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 POLICE, RÉPRESSION, MILITARISATION et VIOLENCES POLICIÈRES

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MessageSujet: Re: POLICE, RÉPRESSION, MILITARISATION et VIOLENCES POLICIÈRES   Ven 6 Mai - 12:30


1er mai. "Il y avait tellement de lacrymogènes que les CRS eux-mêmes vomissaient"
Propos recueillis par Alexandre Fache Humanite.fr 3 Mai, 2016


Photo AFP

Étudiante à Londres, Juliette Lanos est venue à Paris le week-end dernier pour défiler pour le 1er mai. Elle raconte le déchaînement des violences policières.

Citation :
Je suis étudiante en anglais à Londres et je suis venue spécialement ce week-end pour défiler pour le 1er mai. J'étais au rassemblement de Nuit Debout samedi soir, qui s'est bien passé, et donc à la manif dimanche. Et ce que j'ai vu m'a vraiment choquée. Dans le trajet entre Bastille et Nation, les CRS ont choisi de couper le défilé en deux, officiellement pour séparer les casseurs des manifestants. Le déploiement de CRS était impressionnant, il y en avait au moins cinq lignes partout. Après avoir coupé la manif en deux, ils nous ont fait attendre environ 45 minutes, une heure, en nous faisant avancer, puis reculer. Forcément, ça s'est tendu un peu. Les CRS nous obligeaient à nous tenir à distance et ont commencé pour ça à lancer des grenades lacrymogènes.

J'ai vu un homme d'une quarantaine d'années qui a été gazé, et s'est évanoui aux pieds des CRS. Les services de secours essayaient de le récupérer, mais dès qu'ils approchaient, ils recevaient des bombes à poivre. Il a fini par être évacué, mais dans une grande violence. Et, là où j'étais, des casseurs, je n'en ai pas vu. Pourtant, on a été gazés toute la journée... On a quand même fini par arriver à Nation. Les gens étaient plutôt tranquilles, discutaient dans l'herbe, distribuaient des tracts. Et d'un seul coup, les CRS ont décidé d'évacuer en gazant l'intégralité de la place, jusque dans les bouches de métro, pour faire partir les gens.

Je suis habituée des manifestations, à Lyon dont je suis originaire. Mais là, j'ai été vraiment surprise par la violence et l'utilisation des massive des lacrymogènes. Il y en avait tellement que j'ai vu deux CRS vomir. Et puis ils étaient extrêmement agressifs, certains matraquaient les gens. Voir tout ça un 1er mai, pour la fête du travail, un rassemblement traditionnel, bon enfant, tranquille, est très surprenant. Je n'avais vraiment pas prévu de passer ma journée avec les yeux en feu et envie de vomir.

Je suis retournée à Nuit Debout le soir, et là aussi, ça s'est dégradé. Je n'ai jamais vu une telle violence dans ma vie. Il y avait une vingtaine de casseurs qui provoquaient des cordons de CRS, qui étaient tout autour de la place. Ca s'est transformé en bataille rangée, les uns lançant des canettes ou des bouteilles, les autres des lacrymogènes. Et au milieu, les participants à Nuit Debout, dont je faisais partie, qui étaient entre les deux 'fronts', les mains levées. A 22h30, un arrêté préfectoral a autorisé l'évacuation de la place. Et ça a été très violent. Au moins 500 à 600 CRS se sont avancés, des fonctionnaires de la BAC sont sortis de leurs rangs, nous couraient dessus avec des matraques, j'ai vu plusieurs personnes se faire frapper au sol, les insultes fusaient. Vers 23 heures, j'étais quelques rues plus loin.

Et il y avait un peu une atmosphère de guerre civile. On voyait encore des petits groupes de CRS courir après d'autres petits groupes de jeunes. Au total, j'ai été choquée par la violence, des deux côtés, celle des policiers, et celle aussi d'une poignée de personnes, qui n'ont rien à voir avec Nuit Debout, mais profitent de ce rassemblement pour en découdre avec la police. Mais ce qui est sûr, c'est que plus il y a de policiers, plus la tension monte.


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MessageSujet: Re: POLICE, RÉPRESSION, MILITARISATION et VIOLENCES POLICIÈRES   Mer 18 Mai - 12:25


« Tout le monde déteste la police » ?



82% des Français ont aujourd'hui une bonne opinion de la police sondage Odoxa/Le Parisien

Citation :
Quelque 82% des Français ont une bonne opinion de la police, qui conserve ainsi le niveau de popularité élevé constaté à l'issue des attentats djihadistes en 2015, selon un sondage réalisé mardi par Odoxa pour «Le Parisien - Aujourd'hui en France» et publié ce mercredi.

Les syndicats de policiers appellent mercredi leurs adhérents à se rassembler place de la République à Paris pour dénoncer la «haine anti-flic», après deux mois émaillés de violents affrontements en marge des manifestations contre la loi travail. «Notre sondage montre que l'image exceptionnelle de la police est toujours intacte, alors même que les images de violences se sont multipliées à la suite des heurts avec des casseurs en marge de Nuit debout», souligne Gaël Sliman, président d'Odoxa.

Neuf Français sur dix comprennent le «ras-le-bol» des policiers


Avec 82% de bonnes opinions pour la police, ce sondage s'inscrit dans la suite de ceux réalisés en janvier 2016 (83%) et en février 2015 (82%), bien au-dessus du taux affiché en octobre 2014 (65%). Les bonnes opinions sont largement majoritaires même dans les secteurs traditionnellement les moins favorables: jeunes de 18 à 24 ans (76%), adultes de 25 à 34 ans (69%) et sympathisants de gauche (76%).

Pour les sondés, les policiers sont efficaces (72%), mais ils ne traitent pas chaque citoyen de la même manière selon son origine (55%). Plus de neuf Français sur dix (91%) affirment comprendre le «ras-le-bol» des policiers, entre état d'urgence, menace d'attentats, mouvement Nuit debout et manifestations contre la loi travail.

L'inquiétude comme sentiment prioritaire

«Alors que les policiers, dans leur ras-le-bol, disent se plaindre de la haine anti-flic, il convient de la remettre à sa (juste) place: seulement un Français sur dix dit ressentir de l'hostilité à l'égard de la police», note Gaël Sliman, qui observe cependant que «les heurts observés récemment en marge des Nuit debout n'ont pas été sans conséquence», avec un quasi-doublement de l'hostilité à la police, passée de 6% en octobre 2015 à 10% aujourd'hui (22% chez les sympathisants d'extrême gauche comme chez les 18 à 24 ans).

Davantage de sondés évoquent l'inquiétude (20%, en hausse) que la sympathie (14%, en baisse) comme sentiment prioritaire quand ils pensent à la police. «Si le sentiment spontané à l'égard de la police est toujours très positif, il commence à se dégrader sensiblement à mesure que les images 'choc' se succèdent à la télévision», selon Gaël Sliman.

Sondage réalisé auprès d'un échantillon de 932 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.


manifestation contre la "haine anti-flics"









le citoyen est une marchandise qui se dispute sur le marché des jours couchés


Placide

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MessageSujet: Re: POLICE, RÉPRESSION, MILITARISATION et VIOLENCES POLICIÈRES   Mer 18 Mai - 12:25


« Violences policières : quelle stratégie de maintien de l'ordre ? »

« une ligne unie entre SO syndical et forces de l'ordre...»



12 mai 2016

Avec
- Jacques de Maillard. Chercheur et universitaire, spécialiste des questions de police et de sécurité, directeur-adjoint du Cesdip.
- Axel Ronde, secrétaire général de la CGT-Police Ile-de-France.
- Éric Beynel, porte-parole du syndicat Solidaires
- Christophe Gueugneau, journaliste à Mediapart


.
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MessageSujet: Re: POLICE, RÉPRESSION, MILITARISATION et VIOLENCES POLICIÈRES   Jeu 19 Mai - 12:46




Le « maintien de l’ordre à la française » connaît une nouvelle phase dans son évolution depuis 1995 avec la généralisation de l’usage des lanceurs de balle de défense et la multiplication des mutilations. Rarement condamnés, les policiers responsables des tirs évoluent dans une relative impunité, allant de pair avec la dureté de la répression des mouvements contestataires.


Pierre Douillard-Lefèvre a été mutilé par un tir de lanceur de balle de défense (LBD) en 2007 quand il était lycéen. Aujourd’hui étudiant en sciences sociales, il vient de publier un essai édifiant sur l’armement répressif du maintien de l’ordre : L’Arme à l’œil, aux éditions Le Bord de l’eau. Il a été "interdit de séjour" le 17 mai à Nantes.

Citation :
Reporterre — À Rennes, le 28 avril dernier, un étudiant de 20 ans a perdu l’usage de l’œil gauche, atteint par le tir d’un lanceur de balle de défense (LBD) [1]. La presse parle de « nouvelle arme ». Pourtant ce fusil à balles de plastique dur n’a rien de nouveau.

Pierre Douillard-Lefèvre — J’ai moi même perdu un œil suite à un tir de cette arme dans une manifestation lycéenne, en 2007. Il y a presque dix ans... Il y a des journalistes mal informés, mais il y a aussi une stratégie d’enfumage savamment orchestrée par la police. Dans un premier temps, comme dans d’autres affaires de blessures par LBD, les autorités utilisent le conditionnel, disent qu’on n’est pas sûr, que la blessure pourrait provenir d’une pierre lancée par les manifestants eux-mêmes... Lors de la manifestation contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes à Nantes le 22 février 2014, trois personnes ont été visées à l’œil et éborgnées. La justice a classé sans suite leurs plaintes, avançant que les faits n’étaient pas clairement établis, ajoutant : « la nature exacte du projectile n’a pu être déterminée, ou nous n’avons pas d’auteur identifié »...

Il y a aussi un paramètre de classe sociale : ces balles en caoutchouc existent depuis plus de vingt ans dans l’armement de la police mais n’ont d’abord servi que dans les quartiers populaires, ne s’attaquant aux manifestants qu’à partir de 2007. Dès 1998, un père de famille de Villiers-sur-Marne, Alexis Ali, perd un œil, touché par un tir de Flash-Ball, la première génération de ces armes, moins précise et moins puissante que le LBD. Mais on entretient la confusion, on parle toujours de Flash-Ball alors que la version améliorée, le Flash-Ball « Super Pro », n’est plus utilisée. Le déficit d’information est organisé.

Avec l’usage massif de gaz lacrymogènes contre le mouvement opposé à la loi travail, les tirs de LBD, les grenades de désencerclement lançant des nuées de petits projectiles, assiste-t-on à un tournant de l’armement du maintien de l’ordre, ou est-ce une continuité ?

Le « maintien de l’ordre à la française » s’inscrit dans une séquence qui suit le traumatisme de Mai-68 et de la mort de Malik Oussekine, en 1986. Jusqu’alors, la doctrine était de refouler la foule, de la maintenir à distance. Le tournant a été pris par Claude Guéant, alors directeur général de la Police nationale, qui a équipé en 1995 les policiers de Flash-Ball. Le nouvel objectif est de frapper les corps. Cela a redonné aux policiers l’habitude de tirer, d’ouvrir le feu. On retrouve la logique à l’œuvre pour la répression de Fourmies, en 1891, où la troupe avait tué huit ouvriers par balles, ou contre la grèves des mineurs en 1948 quand le ministre socialiste Jules Moch a donné l’ordre aux Compagnies républicaines de sécurité (CRS), récemment créées, de tirer sur les ouvriers, faisant deux morts dans la Loire, un dans le Gard.

Aujourd’hui, il ne s’agit plus de balles réelles contre la foule, mais après les attentats du 13 novembre dernier, l’État a réarmé une unité aussi peu fiable que la BAC (Brigade anti-criminalité) avec des armes à feu létales superpuissantes [le fusil-mitrailleur HKG36, utilisé par les militaires en Afghanistan]. On voit aussi des policiers sortir leur arme de service et mettre en joue pour de simples contrôles. Un « geste décomplexé » impensable il y a quelques années.



Policiers en civil lors de la manifestation contre la loi travail le 9 avril, à Nantes

La manifestation nantaise du 22 février 2014, où trois jeunes gens ont perdu un œil suite à des tirs de LBD, constitue-t-elle un tournant ?

Trois mutilés par la police en une seule après-midi, c’est du jamais vu. Les grenades lacrymogènes ont été envoyées par milliers dans une logique de saturation. On en avait rarement vu autant, mais il faudrait comparer avec les mouvements antinucléaires des années 1970, qui ont été largement réprimés à Chooz, Creys-Malville, Golfech ou Plogoff. La manifestation du 22 février 2014 à Nantes s’inscrit dans une suite de l’opération César à Notre-Dame-des-Landes et de manifs qui ont suivi à Nantes. Ces luttes sont clairement des laboratoires du maintien de l’ordre. Les hélicoptères en vol stationnaire au dessus de la ZAD ou des rues de Nantes, de Rennes, de Grenoble, de Paris lors du mouvement contre la loi travail… observent le sol comme une bataille. Chaque manifestation donne lieu à des « retours d’expérience » du « savoir-faire français », comme l’explique un lieutenant-colonel de gendarmerie auditionné le 5 mars 2015 par la commission parlementaire sur le maintien de l’ordre après la mort de Rémi Fraisse à Sivens.

À Rennes, l’étudiant éborgné a porté plainte pour « violences aggravées ayant entraîné une infirmité permanente ». Pourtant, les condamnations des auteurs de ces mutilations sont rarissimes. Comment expliquer l’impunité des policiers après toutes les blessures et décès dont vous faites un inventaire effrayant dans votre étude ?

Michel Foucault expliquait déjà en 1977 que la justice est au service de la police. L’équilibre entre les pouvoirs de police et de justice est rompu depuis longtemps. Mais depuis trente ans, la primauté de la police s’accentue. Sarkozy, Valls, sont d’anciens ministres de l’Intérieur. C’est le poste important, celui qui permet d’accéder au pouvoir. Bien plus que garde des Sceaux. L’hégémonie policière en a fait un corps sanctifié, que célèbrent abondamment les émissions de télévision et les politiques.

Comment analyser la manifestation de policiers « contre la haine antiflics » de ce mercredi 18 mai ?

Dans des moments où ils se trouvent mis en cause dans leurs pratiques, les policiers reprennent l’initiative. En ce moment, leurs actions sont contestées. Mais on retrouve une situation similaire en 2013, quand Manuel Valls a porté plainte, sous la pression des syndicats policiers, contre Amal Bentounsi, dont le frère avait été tué d’une balle dans le dos par un policier, sous prétexte qu’elle avait mis en ligne une vidéo parodique dénonçant l’impunité policière. Un an plus tôt, juste après ce drame et en pleine campagne présidentielle, les policiers avaient défilé sur les Champs-Élysées sirènes hurlantes pour réclamer la « présomption de légitime défense ». Dans ces cas-là, les policiers font bloc.



Les gendarmes mobiles, le 9 avril, à Nantes

En parallèle à l’escalade de l’armement, il y a une guerre des mots qui masque les potentiels de violence...

Lors de la guerre d’Algérie, et plus généralement lors des guerres coloniales, on parlait de « pacification ». Pour le maintien de l’ordre, une grenade devient un « dispositif manuel de protection ». La police parle de « cibles », d’« objectifs à neutraliser », un terme qui, en jargon militaire, signifie donner la mort. Ce lexique illustre la disparition de la différence entre opérations de guerre extérieure et maintien de l’ordre intérieur.

Cette « guerre sociale » semble avoir ciblé au moins trois types de populations, les jeunes des quartiers populaires, les militants dans les manifs et les supporters de football, dont on parle peu. Y en a t-il d’autres ?

On constate déjà la généralisation : un cégétiste perd un œil à Paris en juin 2015, un pompier à Grenoble, en janvier 2014... Mais, généralement, ce ne sont pas les manifestants ou les militants qui sont visés en tant que tels, mais plutôt les mouvements incontrôlables, dont font partie les ZAD ou le mouvement contre la loi travail. Le récit médiatique utilise la formule « en marge de la manifestation », mais c’est faux, le mouvement est jeune, en avant du cortège, pas forcément pour être violent, mais pour être là, pour tenir la rue. Et ça, ça dérange profondément.

L’armement policier procède-t-il par expérimentations, s’étendant ensuite à toutes les situations ?

C’est un peu comme le fichage ADN, au départ annoncé comme dédié uniquement aux violeurs récidivistes. En moins de 10 ans, il est devenu appliqué à tout le monde. Le Flash-Ball équipe au départ les troupes de choc contre le banditisme. Désormais, toutes les voitures de la BAC en ont un à bord. Des unités comme le Raid ou le GIPN (Groupe d’intervention de la police nationale) interviennent contre des squats avant la COP21. L’arsenal extra-judiciaire offert par l’État d’urgence – assignations à résidence, interdiction de manifestation – est utilisé pour une répression qui n’a rien à voir avec l’anti-terrorisme.

Outre l’armement accru de la police, son anonymisation se généralise...

C’est une curiosité esthétique. Les policiers du maintien de l’ordre se cagoulent de plus en plus et pas seulement la BAC. Quasiment tous les policiers du maintien de l’ordre ont un foulard noir sous leur casque. À mesure qu’on veut décagouler les manifestants, on protège par un mouvement inverse l’anonymat des policiers qui sont de plus en plus surarmés...


En civil ou en uniforme, des policiers masqués (Nantes, novembre 2014)

Vous reprenez l’expression d’armement « rhéostatique ». Qu’est-ce que ça veut dire ?

C’est un concept anglo-saxon qui dépasse l’opposition binaire entre létal et non létal. Un rhéostat, c’est ce qui permet de moduler le courant électrique, de la même manière, une arme peut désormais blesser plus ou moins lourdement, offrant un gradation de la douleur à la blessure, et de la blessure à la mort. Selon la distance, la partie du corps qui est ciblée, le policier peut blesser légèrement, mutiler ou tuer. C’est ça, le maintien de l’ordre du XXIe siècle. Dans les rues de Nantes, depuis le début du mouvement contre la loi travail, il y a énormément de blessures aux jambes. Quand la police veut faire mal, elle vise la tête. Les grenades lacrymogènes ont aussi cette modulation possible, dosage plus ou moins concentré et agressif, de la gêne à la suffocation. Le lanceur de grenades lacrymogènes, le Cougar, est doté d’une crosse courbée qui est conçue pour empêcher les tirs tendus. Les policiers l’utilisent en retournant l’arme, crosse vers le haut, pour pouvoir justement réaliser des tirs tendus...

Est-ce que vous ne pensez pas que la lecture de cet ouvrage pourrait paraître démoralisante, jusqu’à décourager d’aller manifester...


Justement, j’ai essayé d’éviter le fatalisme en montrant qu’il y a des pistes pour résister. Bloquer les usines d’armement, comme ça s’est fait à Pont-de-Buis, en novembre 2015. Les rencontres entre blessés par la police donnent de la force. Même s’il est très réprimé, le mouvement actuel montre que les jeunes n’ont pas peur. Le LBD, c’est fait pour faire peur, atomiser. On voit que ça ne marche pas du tout.

- Propos recueillis par Nicolas de La Casinière

- L’Arme à l’œil. Violences d’État et militarisation de la police, par Pierre Douillard-Lefèvre, éditions Le Bord de l’eau, 90 p., 8,80 €




[1] Les lanceurs de balle de défense tirent des projectiles en caoutchouc dur de 40 mm de diamètre.


je donne cet article pour ses aspects 'techniques', mais je maintiens mes doutes sur la possibilité de comprendre en elle-même la « doctrine du maintien de l'ordre ». Les analyses de Pierre Douillard-Lefèvre sont d'une faiblesse théorique et politique évidente; elles me paraissent d'un moindre intérêt que celles de Mathieu Rigouste. De fait elles correspondent à la vision de la police et de l'État qu'ont les milieux activistes auxquels appartient l'auteur, et ne nous disent pas l'essentiel :

à partir de quel moment le contenu (les enjeux et objectifs) de l'affrontement entre classes atteint-il, en qualité et quantité, un point de non-retour (à la démocratie politique ou à la dictature d'État). En France à mon avis nous en sommes très loin

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MessageSujet: Re: POLICE, RÉPRESSION, MILITARISATION et VIOLENCES POLICIÈRES   Sam 21 Mai - 11:44


« Technique de CRS: Comment transformer les gens en casseurs (technique de la nasse) »



La « nasse », ou l’importation du « kettling »

LundiMatin


"Ce dispositif de maintien de l’ordre est surtout connu sous le terme anglais de kettle (« bouilloire ») ou kettling, la technique étant particulièrement prisée par la police de Sa Majesté." Libération, 3 mai 2016


Citation :
Malgré les discours plaintifs des syndicats policiers concernant les ordres peu clairs, voire contradictoires, qu’ils recevraient, on peut noter depuis le début du mouvement contre la loi travail, en tout cas à Paris, une volonté de roder un dispositif de maintien de l’ordre relativement nouveau à cette échelle en France : le kettling (ou la « nasse »). A plusieurs reprises, lors des manifestations, les unités de maintien de l’ordre (CRS ou Gendarmes mobiles) ont essayé d’encercler les manifestants. L’idée est ici d’isoler tout ou partie du cortège, afin éventuellement de l’immobiliser, d’arrêter certains de ses membres ou de provoquer sa dispersion au compte-goutte. Cette technique n’est pas née soudainement dans l’esprit retors de quelque stratège policier. Elle avait été expérimentée préalablement en France, dans des contextes différents (des rassemblements non-déclarés sur des places), comme lors du mouvement contre la réforme des retraites en 2010 à Lyon, ou lors de la mobilisation contre la COP21 (sous état d’urgence) en novembre dernier. Surtout, il s’agit d’une technique déjà utilisée par la police à l’étranger, notamment en Angleterre (où l’on a déjà vu des "nasses" durer près de 9h) ou au Canada (où l’on a déjà vu la police interpeller plus de 500 manifestants d’un coup).




Concernant le mouvement présent à Paris, la manœuvre a été effectuée une première fois (et a partiellement réussi) le 5 avril. Ce matin-là, la manifestation lycéenne partie de Nation, avait été le théâtre de heurts impliquant les forces de police - qui avaient pris l’habitude de se positionner en grappes sur les côtés du cortège. Assez rapidement ces unités ont violemment chargé la manifestation, non pas dans le but de la disperser (avec des gaz lacrymogènes par exemple), mais au contraire pour « tasser » une partie des manifestants sur un côté de la rue, afin d’encercler une centaine de personnes (composant la partie certainement considérée comme la plus virulente du cortège). Une partie des personnes enfermées a réussi à s’enfuir en grimpant sur le toit d’un bâtiment en chantier. Les autres ont été maintenues encerclées. Le reste du cortège a été violemment incité à poursuivre sa route, et plus tard les policiers ont procédé à la dispersion du groupe encerclé, au compte-goutte ; une partie étant emmenée dans des cars de police (principalement pour vérification d’identité).

La manœuvre a été réitérée le 12 avril contre une manifestation sauvage de quelques centaines de personnes, partie (la nuit) de la place la République en direction du commissariat du 2e. Cette fois c’est la quasi intégralité du cortège qui s’est retrouvée encerclée. C’est une nouvelle fois un chantier qui a offert une porte de sortie aux enfermés. Le 14 avril, lorsque le cortège matinal des lycéens a rejoint le point de départ d’une nouvelle manifestation à Stalingrad, il a de nouveau été intégralement encerclé, avant d’être relâché sous les jets des gazeuzes. La manifestation de l’après-midi a été quasi intégralement entourée de lignes de CRS, qui laissaient cette fois le cortège avancer.

Mais c’est certainement le 28 avril et surtout le 1er mai que la police a le plus nettement cherché à tronçonner la manifestation en « petits » groupes (de quelques centaines de personnes), plus facilement maîtrisables.

COMMENT ?

Il faut distinguer deux situations.

- L’encerclement de l’intégralité des manifestants, qui a généralement lieu au point de départ (COP21) ou au point d’arrivée de la manifestation (commissariat du 2e ; Nation). La chose est relativement simple à mettre en oeuvre pour la police : le dispositif est déjà là, à tous les points de sortie de la place, et il suffit à un moment donné de resserrer les rangs policiers, et ainsi interdire l’accès et la sortie du rassemblement.

- Isoler et immobiliser tout ou partie de la manifestation alors qu’elle est déjà en mouvement. La police se met en situation de décider non seulement du parcours (on commençait à avoir l’habitude) mais aussi du rythme, de la tenue, et de la dispersion de la manifestation. Quand ça suffit, ça suffit : soit le cortège était déjà complètement encadré et il est tout simplement arrêté (avec le fantasme que, comme en Allemagne, la police puisse venir « prélever » des individus trop agités directement dans le cortège encerclé ) ; soit il était trop gros pour être complètement encadré et la police tente donc de le tronçonner (des morceaux plus petits étant plus facilement contrôlables).

POURQUOI ?

Nous sommes face à un mouvement dans lequel, très rapidement, dans les manifestations, les cortèges syndicaux ont été systématiquement dépassés. D’abord, par les cortèges « jeunes », qu’ils n’ont pas su encadrer et dans lesquels œuvraient des groupes de lycéens organisés. Ces groupes, déterminés à ne pas se laisser récupérer, conservent certains modes d’action normalement peu utilisés dans les manifestations ballon-saucisse (s’en prendre aux banques, faire des manifs sauvages, peinturlurer la police). A Paris, de manif en manif, ces cortèges « jeunes » sont devenus de plus en plus gros et hétérogènes (et les manoeuvres des SO ont été "contre-productive" : lorsqu’ils ont tapé des manifestants le 24 mars ; lorsqu’ils ont imprimé des rythmes de tortue, comme le 31 mars). Loin du fantasme d’un « cortège autonome, grimé en noir pour représenter le drapeau pirate » comme le récitait récemment un « expert », on a plutôt vu se former une tête de manif composée de… toutes les composantes du mouvement. Des cheveux blancs au milieu des lycéens, des jeunes qui hallucinent, des moi-à-mon-époque, des porteurs de drapeaux égarés, des anarchistes, des intermittents et des nuitsdeboutistes, beaucoup de chômeurs (puisqu’il y a beaucoup de chômage), des sudistes avec des cgtistes, des gens qui filment la police, d’autres qui la caillassent, des casseurs de pubs, des petits diables qui s’agitent dans leur coin, des harangueurs de foule, des foules qui n’aiment pas suivre les harangueurs de foule, des banderoles renforcées, des banderoles pas renforcées, des visages masqués (à gaz), d’autres découverts, des fioles de sérum phy par centaines, des gens obnubilés par la bac, des gens obnubilés par les trains, pas de clowns, des joueuses de tambour, des gens qui ne supportent plus - c’est viscéral - les uniformes, des fais-pas-ci-fais-pas-ca, des je-fais-ce-que-je-veux-(avec-mes-cheveux), des si-on-fait-rien-ils-feront-rien et tous les autres qui se marrent autour, mais des pacifistes et des casseurs, ça, non.

Pourquoi la police française abandonne une doctrine de maintien de l’ordre qui lui a si souvent réussi jusqu’à présent (on se tient à distance), pour se risquer à un nouvel exercice ? La mise au contact des policiers et des manifestants produit des blessés (de part et d’autres, mais surtout côté manifestants) et des images de violences (surtout à une époque où il est si simple de filmer/diffuser). C’est donc à la fois risqué (le « mort » que les politiques craignent depuis 68 - et surtout 86), et coûteux politiquement (accusations de violence d’une part, de non-maîtrise de la situation d’autre part).




Ce « tournant » avait peut-être été décidé avant les manifestations de mars. En tout cas, il colle tout à fait à la situation décrite plus haut. Quand le cortège des « non-affiliés » devient le cortège principal ; quand il se révèle toujours plus hétérogène ; quand en son sein la détestation de la police se fait toujours plus grande ; quand il y a de plus en plus de gens équipés ; il faut réagir. « Non le mouvement n’échappe pas, de tous côtés, aux services d’ordres syndicaux, il y a simplement un groupe de gens, identifiables, identifiables d’ailleurs par la couleur de leurs habits et leurs pratiques, et ils sont tellement identifiables qu’on va les isoler, réellement, dans la manifestation elle-même. Regardez, ce sont eux, que nous encerclons. Quand à vous autres « manifestants lambda », vous êtes invités à poursuivre votre route, sans regarder. »

La pratique du kettling va de pair avec le discours de minimisation et d’identification de ce qu’il se passe dans les cortèges parisiens ; le discours sur les « quelques dizaines » de casseurs/black bloc/autonomes ; discours qui est l’absolu contraire de ce que l’on a vu grandir dans la rue ; mais qui correspond au rêve policier (la situation serait tellement plus simple à gérer) et médiatique (la situation serait tellement plus simple à expliquer).

COMMENT FAIRE ?

Pour l’instant, à Paris, la technique du kettling n’a pas très bien fonctionné, en tout cas lors des grosses manifestations du 31 mars, 28 avril, 1er mai. Le 28 avril la police a coupé le cortège, mais, notamment du fait de la configuration des lieux (un pont) elle a été contrainte de le faire au mauvais endroit du cortège. Elle s’est retrouvée prise en sandwich elle même, et a donc plutôt cherché à mettre un terme à cette situation en chassant la tête de cortège vers le point de dispersion final à grand coup de lacrymos (retour à des techniques plus « classiques »).

Le 1er mai, elle a réussi à couper le cortège tout en ayant préalablement placé une ligne à l’avant. Elle a donc pris en sandwich une partie des manifestants (un millier). Mais elle n’a pas pu procéder à un encerclement complet, les lignes de policiers situés sur les trottoirs ayant été préalablement chassées par les manifestants. Surtout, c’est toujours le problème quand on essaye d’isoler quelque chose qui n’est pas si facilement identifiable : plusieurs centaines de personnes se sont massées de l’autre côté de la ligne de policiers (côté « cortège syndical »), en insistant fortement pour mettre fin à cette situation. Le cortège syndical ne pouvait pas abandonner la situation telle quelle (c’était prendre le risque de se retrouver bien seuls avec les gros ballons). La police a donc été contrainte de mettre fin à l’encerclement. Les syndicats policiers peuvent bien geindre après coup : que pouvaient-ils faire d’autre ?

La technique a donc échoué à se généraliser jusqu’à présent. Mais le désastre que constituerait la réussite d’une telle opération nous pend au nez (quand les cortèges seront moins fournis notamment ; ou quand certains syndicats se sentiront à nouveau la légitimité de se dissocier pratiquement).

Comment faire pour mettre en échec cette pratique ?

- empêcher la police de couper le cortège. Il y a déjà une grande attention des manifestants à cette question. Le 28 avril, une première tentative de couper le cortège a été empêchée relativement simplement. Le 1er mai, les manifestants (en tête) ont tout fait pour éviter l’incursion de lignes de policiers sur les côtés, avec un relatif succès (« pas de batards sur les trottoirs ! »). Mais avoir la certitude que la police ne puisse pas « couper » (même en situation d’affrontement, qui est le moment qu’elle privilégie généralement) exigerait un autre niveau d’organisation. Cela nécessiterait que des gens endossent cette tâche avec tout le matériel et les risques que cela implique. Mais le « cortège de tête » a t-il vraiment envie d’être un bloc hermétique (à la police, mais certainement aussi au reste) ? C’est-à-dire de s’enfermer derrière des banderoles, des casques et des bâtons – en somme, derrière un service d’ordre ? Jusqu’à présent c’est plutôt le caractère « lâche » (distendu) du cortège de tête qui a rendu complexe son isolement par la police.

- percer l’encerclement. Ceux et celles qui ont vu le 1er mai les CRS, avec leurs masques à gaz, boucliers contre boucliers, en double-ligne, gazer à la main, placer les bâtons en « position d’attaque » comme ils disent, savent que ce n’est pas possible dans l’état actuel des choses. L’avantage tactique (pour la police) de l’encerclement au contact c’est que les manifestants ne peuvent plus profiter de leur supériorité numérique. Percer la ligne, cela impliquerait donc d’être plus équipés et plus violents que les policiers eux-mêmes. On en revient au point précédent : c’est pousser le cortège de tête à s’isoler soi-même. En vérité, la nasse ne se brise pas facilement de l’intérieur : c’est à l’extérieur qu’elle est plus fragile, et c’est paradoxalement ceux qu’elle ne concerne pas qui sont les mieux placés pour agir. Ceux qui n’y sont pas pris, ou arrivent à en sortir, en se massant de l’autre côté des lignes policières, les fragilisent, et les inquiètent, tout en redonnant confiance aux gens nassés.
- augmenter le coût humain et politique d’un tel dispositif. Attendre que quelqu’un ne meure étouffé dans un mouvement de foule ; ou que quelqu’un pète un plomb et tue un policier. Ce serait vraiment complètement con (et cynique).




Si on ne peut pas gagner le rapport de force en s’affrontant dans la rue et physiquement à ce dispositif (bien que, de manière circonstanciée, cela puisse parfois réussir ; on l’a vu), il faut le gagner politiquement. C’est à dire, annuler les effets politiques recherchés par une telle opération : terreur, isolement, dissociation. La nasse a pour but d’isoler (et de produire en les isolant) les « éléments le plus déterminés » : quand, comme le 1er mai, elle est remplie de gens de toute sorte, elle n’atteint pas ce but. Les policiers procèdent alors en général à un vidage sélectif et progressif de la nasse, en supposant que ceux qui partent en premier sont les plus effrayés, et donc les moins dangereux. C’est cette équation qu’il faut faire mentir : en restant nombreux dans la nasse, ou en laissant les gens ciblés par la police s’enfuir tant qu’il y a encore trop de gens pour procéder à des arrestations. De l’autre côté des lignes policières, ne pas s’arrêter de chanter, ne pas accepter de continuer à manifester tant que la nasse n’est pas levée, lancer de l’eau et des vivres par dessus les lignes quand la nasse dure longtemps et que la fatigue se fait sentir, bref, faire exister une relation forte entre l’intérieur et l’extérieur, tout cela contribue à déjouer l’opération politique de la nasse, à défaut de l’emporter militairement.

On n’a pas fini de parler de kettling et de nasse, dans ce mouvement et plus tard. Et il le faut. Mais à la condition de sortir la réflexion de l’angoisse. « Ho mon dieu, on va se faire nasser, on va se faire… ». C’est joyeusement que le cortège parti prendre l’apéro chez Valls chantait « On est encerclés, on est encerclés, on est, on est, on est encerclés », et c’est joyeusement que ceux qui s’étaient échappés étaient revenu faire pression de l’autre côté, jusqu’à obtenir la levée du dispositif. Un jour comme le 1er mai c’est toute la manifestation qui a subi cette stratégie policière. Il faut que se diffuse la connaissance de celle-ci, et son refus. Il faut que l’intimité avec la police qui nous est imposée dans les manifestations à Paris soit prise pour ce qu’elle est, non pas comme une « provocation », non pas comme une volonté de déclencher des heurts, mais comme la mise en place, petit à petit, d’une nouvelle technique de maintien de l’ordre que toute personne encore déterminée à prendre la rue dans ce pays doit considérer comme insupportable.


Kettling and the Fear of Revolution Ali Riza Taşkale Critical Legal Thinking 23 March 2012

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MessageSujet: Re: POLICE, RÉPRESSION, MILITARISATION et VIOLENCES POLICIÈRES   Mar 24 Mai - 6:00


Le Monde


Edward Nero, l’un des six policiers jugés dans l’affaire de la mort du jeune Freddie Gray, en avril 2015, a été acquitté, lundi 23 mai, par le tribunal de Baltimore. Il était poursuivi pour violences volontaires, mise en danger de la vie d’autrui et fautes professionnelles.

Citation :
Le juge Barry Williams a rejeté l’idée de violences volontaires. Il a estimé que le « contact » entre Edward Nero et Freddie Gray était « légalement justifié » et il a écarté la notion de « négligence ». Selon le juge, le policier n’est pas non plus responsable du fait que Freddie Gray n’était pas attaché par une ceinture de sécurité lors de son transport par la police.

Freddie Gray avait été mortellement blessé dans la foulée de son interpellation, pour un simple regard, le 12 avril 2015. Emmené menotté dans un fourgon de police pour être entendu au poste, le jeune homme a subi, dans des circonstances toujours floues, une fracture des vertèbres cervicales. Il a succombé à ses blessures le 19 avril.

La maire appelle la population au calme

Sa mort avait déclenché des manifestations contre les violences policières, notamment à l’encontre des Noirs, mais aussi des émeutes, pillages et actes de vandalisme à Baltimore. Les autorités avaient dû déclarer l’état d’urgence, instaurer un couvre-feu et appeler des militaires de la garde nationale en renfort pour ramener le calme. Le procès d’Edward Nero est le deuxième de l’affaire : pour le moment aucun des policiers poursuivis n’a été condamné.


Citation :
Aujourd’hui, le juge Barry G. Williams a jugé l’officier Edward Nero non coupable des accusations pénales (…). Maintenant que l’affaire pénale est finie, le policier Nero va faire l’objet d’une enquête administrative du département de la police, a commenté la maire de Baltimore, Stephanie Rawlings-Blake, à l’annonce du jugement. Nous demandons de nouveau aux citoyens d’être patients et de permettre au processus d’être mené à son terme. En cas de troubles dans la ville, nous sommes prêts à répondre.

La décision du juge connue, une quinzaine de manifestants scandaient devant le tribunal de Baltimore : « Pas de justice, pas de paix ! »



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MessageSujet: Re: POLICE, RÉPRESSION, MILITARISATION et VIOLENCES POLICIÈRES   Sam 28 Mai - 19:02


pour la pause dominicale, entre deux lacrymo, lisez :

le manuel du parfait gendarme


(Fuite d’un document interne de la gendarmerie mobile)

Citation :
Un document de 48 pages a fuité. Il s’agit d’un manuel à l’usage des gendarmes mobiles concernant le maintien de l’ordre (MO) et le rétablissement de l’ordre (RO). Si vous ne saviez pas quoi bouquiner le soir avant de dormir...

Dans ce livret est exposé à grand renfort de schémas d’une esthétique douteuse tout le savoir-faire gendarmesque en matière de répression des mouvements sociaux.

Pas de scoop : on y retrouve la panoplie habituelle des différentes formes de violence que les forces de l’ordre déploient pour mater la meute
.

LE MAINTIEN DE L'ORDRE
PDF 48 pages


Patlotch, 26 mai

LES PRINCIPES GENERAUX

Le M.O n'est PAS DU COMBAT et le MANIFESTANT n'est pas un ennemi mais un ADVERSAIRE

LES BASES LÉGALES

LES FORCES ARMÉES AU MO/RO

L'INTERVENTION GRADUÉE AU M.O / R.O

L'EMPLOI DE LA FORCE

L'USAGE DES ARMES

LES SOMMATIONS

LES AVERTISSEMENTS

LA GENDARMERIE MOBILE

LES MISSIONS

LES HAIES

LA STRUCTURE QUATERNAIRE

LA VAGUE DE REFOULEMENT

LA VAGUE DE RATISSAGE

LA CHARGE
la charge ne supporte pas l'échec



LE BOND OFFENSIF





LE MODULAIRE

LES BARRAGES

LE BPDPL
(Bâton de Protection à Double Poignée Latérale > TONFA)



Les mouvements BPDPL et Bouclier



EVACUATION DE LOCAL OCCUPÉ

LE DESENGAGEMENT

LE DÉCROCHAGE

FRANCHISSEMENT DE BARRICADE

séance de rattrapage pour les nuls



et surtout, aucune inquiétude, s'ils ont des casques bleus, c'est pour le maintien... de la paix



initiation pour les + de 4ans




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MessageSujet: Re: POLICE, RÉPRESSION, MILITARISATION et VIOLENCES POLICIÈRES   Dim 29 Mai - 14:29


vous avez dit « violences policières » ?

« Il n'y a pas de "bavures", les violences policières "font système" »

Sihame Assbague ‏ @s_assbague 29 mai 13:39





"violences policières" dans l'actualité

Violences policières : “L’objectif n’est plus de repousser un groupe, mais de blesser des individus”

Pierre Douillard-Lefevre avec Mathieu Dejean Les Inrocks 29/05/2016


A Nantes le 3 mai 2016, lors d'une manifestation étudiante contre la "loi travail"
Stephane Mahe/Reuters

Depuis le début des mobilisations contre la “loi travail”, la répression contre les manifestants s’accentue, et les blessés se multiplient. Pour Pierre Douillard-Lefevre, auteur de L’Arme à l’œil, ces violences sont le fruit d’une “militarisation de la police”. Entretien.


La liste des éborgnés et des blessés graves suite à des tirs de Flash-Ball et des grenades de désencerclement s’allonge depuis le début des mobilisations contre la “loi travail”. “Au rythme où on va, quelqu’un va mourir parce que la violence est à chaque manifestation un peu plus élevée”, s’inquiétait Jean-Luc Mélenchon suite à la manifestation du 1er mai. Pierre Douillard-Lefevre, diplômé en histoire et sociologie, a lui-même perdu l’usage d’un œil en 2007 suite à un tir de Flash-Ball. Engagé depuis aux côtés d’autres blessés contre la militarisation des forces de l’ordre, il vient de publier L’Arme à l’œil, Violences d’Etat et militarisation de la police. Entretien.

Citation :
La mort de Rémi Fraisse aurait pu être l’occasion d’une remise en cause de l’arsenal policier, pourtant comme vous l’expliquez dans votre livre ça n’a pas été le cas. Pourquoi a-t-on raté cette occasion ?

Pierre Douillard-Lefevre – La mort de Rémi Fraisse, tué par une grenade de la gendarmerie en octobre 2014 est un moment révélateur, épiphanique. Non seulement il n’y a pas de remise en cause de l’arsenal policier, mais c’est au contraire l’occasion d’un renforcement historique et d’une légitimation de la violence d’État contre les contestataires par le gouvernement socialiste.

Il faut remonter à l’année 1986 pour trouver un cas comparable : la mort de Malik Oussekine tabassé par les voltigeurs – des policiers à moto – lors d’une manifestation étudiante contre la loi Devaquet. A l’époque, l’ensemble de la gauche descend immédiatement dans la rue, un ministre démissionne, le projet de loi est retiré, les voltigeurs sont supprimés. A l’automne 2014, après la mort de Rémi Fraisse, l’ensemble de la gauche institutionnelle garde le silence. Pire, les manifestations organisées en réponse au drame sont férocement réprimées, voire interdites, à Paris, Nantes, Rennes ou Toulouse. Les socialistes décident d’assumer la mort du jeune manifestant et d’écraser la colère.

Nous entrons dans une nouvelle séquence du maintien de l’ordre, qui est aussi l’aboutissement de 20 ans de surenchère sécuritaire et d’expérimentations d’un nouvel arsenal policier dans les quartiers périphériques des métropoles et aux frontières de l’Europe.

La commission d’enquête parlementaire lancée suite au drame de Sivens rend son rapport après les attentats de janvier 2015. Après des semaines d’auditions largement consacrées à l’écoute des doléances de la police et de la gendarmerie, le rapport final préconise notamment la généralisation du LBD 40 – plus puissant que le Flash-Ball – et l’arrestation préventive d’individus fichés par les services de renseignements. Cette commission lancée après la mort d’un manifestant ne prétend même plus promouvoir un “maintien de l’ordre républicain”, mais consacre ouvertement les revendications des policiers.

Vous dites qu’on assiste depuis deux décennies à une militarisation de la police : comment se manifeste-t-elle ? Les armes ont-elles changé ?

La militarisation du maintien de l’ordre est le processus par lequel on a introduit des armes de plus en plus dangereuses dans les mains des policiers. Il y a aujourd’hui un effacement de la limite entre opérations militaires de “maintien de la paix” à l’étranger et opérations policières de “maintien de l’ordre” à l’intérieur de nos frontières. Cela s’illustre aussi bien dans le lexique de la police – on parle de “neutraliser des cibles”, “d’adversaires” – que dans ses pratiques – utilisation de drone, d’hélicoptères, quadrillage de l’espace, opérations de grande envergure sur les ZAD.

A partir de 1995, trois générations de lanceurs de balles en caoutchouc, de plus en plus puissants, sont distribuées dans la police. Les Flash-Ball Monopro puis Superpro, et enfin le Lanceur de Balles de Défense 40 – LBD 40 – testé à partir de 2007, doté d’un canon rayé, d’un viseur Eotech, et classé dans la catégorie A, “arme à feu à usage militaire”. Aujourd’hui, plusieurs milliers de balles en caoutchouc sont tirées chaque année en France. Le geste n’est pas anodin : on tire à nouveau sur la foule. L’objectif n’est plus de repousser un groupe, mais de blesser des individus, de marquer dans la chair, d’en toucher un pour en terroriser cent. C’est un tournant dans les doctrines du maintien de l’ordre.

En parallèle, l’emploi de toute une gamme d’armes dites “non létales” se généralise, notamment les fameuses “grenades de désencerclement” – Dispositif Manuel de Protection – utilisées massivement et indistinctement, qui ont tout récemment gravement blessé à la tête un journaliste indépendant, à Paris le 26 mai. Le même jour, un policier en civil sortait son arme de service face à des manifestants. Cela illustre parfaitement le phénomène de normalisation de l’utilisation d’armes à feu contre les indésirables. En septembre 2015, le ministère de l’Intérieur lance une commande de 115 000 munitions de LBD 40 par an. Ce qui laisse présager une augmentation exponentielle des tirs de balles en caoutchouc dans les années qui viennent.

Quelles armes sont les plus meurtrières, et provoquent le plus de séquelles ? Comment se fait-il qu’elles aient été légitimées ?


Les promoteurs des nouvelles armes de la police, professionnels de l’euphémisme, les qualifient de “non létales”, voire “sublétales”. Les policiers parlent aujourd’hui “d’armes intermédiaires”. Il convient de déconstruire l’opposition entre des armes qui seraient “létales”, et d’autres qui ne le seraient pas. Le Flash-Ball a déjà tué un homme en 2010, à Marseille. On recense au moins 40 personnes mutilées au visage depuis 2007 en France. La plupart ont perdu l’usage d’un œil. Et la liste ne cesse de s’allonger. On peut d’avantage parler “d’armes rhéostatiques” – le rhéostat est un outil permettant de moduler l’intensité du courant – qui, selon leur utilisation, permettent aux policiers une gradation de la violence, allant de la blessure plus ou moins grave à la mort.

Les promoteurs de ces armes les ont d’abord légitimées en les vendant comme des armes “anti-bavure” qui remplaceraient les tirs à balles réelles. En réalité, les tirs à balles réelles n’ont pas diminué. Ce nouvel arsenal s’est d’avantage substitué à la matraque, augmentant de façon exponentielle la violence de la police, notamment à l’encontre des contestataires. Cette légitimation s’opère également sur fond d’hégémonie culturelle réactionnaire et sécuritaire. Le lexique de l’extrême droite a envahi la scène médiatique et politique. Les socialistes au pouvoir ont achevé ce processus.

De plus en plus de vidéos recensent les violences policières – des journalistes indépendants sont d’ailleurs parfois pris pour cible par la police. Ces vidéos peuvent-elles permettre de briser le consensus sur l’usage de ces armes ?

La vidéo est omniprésente au cœur des manifestations. Elle permet effectivement de rendre visible, compréhensible au plus grand nombre la violence d’État, de montrer qu’il n’y a pas de “bavures”, que ces violences font système. Disposer de la preuve filmée d’une agression policière est également déterminant pour espérer obtenir justice, on le verra pour le lycéen de Bergson frappé par un policier, on l’a vu lors du procès d’un policier qui a mutilé un lycéen à Montreuil en 2010. Mais la place de la vidéo est ambivalente. Les images peuvent être détournées. Elle peuvent également mettre en danger les manifestants ou être le support d’une propagande gouvernementale, comme l’ont été les images du véhicule de police incendié diffusées en boucle pendant plusieurs jours sur l’ensemble des chaînes de télévision, comme pour légitimer la répression.

Sur une de ces vidéos on voit des policiers user de tirs tendus, ce qui est interdit. Ces policiers obéissent-ils à des ordres, ou est-ce une dérive individuelle ?

Les policiers violents disent qu’ils ne font qu’obéir à des ordres. Le pouvoir politique, quand il est acculé, parle au contraire de “bavures”. En réalité, le maintien de l’ordre comprend un dispositif de marges parfaitement intégré par la hiérarchie. Selon les unités déployées, les armes distribuées, le ministère de l’Intérieur peut moduler la tension. En 2007, ce sont des policiers volontaires pour expérimenter le LBD 40 qui ont été envoyés en première ligne. L’État a maintenu un niveau très élevé de probabilité de mutilation. L’utilisation systématique de Brigades Anti Criminalité – connues pour leurs pratiques violentes en marge de la légalité – pour attaquer des cortèges lycéens est également une décision politique. L’impunité judiciaire totale dont bénéficient les forces de l’ordre encourage également à des défoulements individuels et à des vengeances extra-légales.

Il y a aussi en toile de fond le paramètre de la droitisation au sein des forces de l’ordre. Les policiers votent aujourd’hui en grande majorité pour les franges les plus à droite de l’échiquier politique. La hiérarchie peut décider de laisser plus ou moins de marge de manœuvre à ses hommes. Voire de leur donner carte blanche. C’est le cas ces dernières semaines.

Un débat a récemment opposé Mathieu Rigouste à un représentant du syndicat Alliance à Ce soir (ou jamais !). Ce-dernier soutenait qu’il n’y avait pas d’impunité policière. Concrètement, les policiers sont-ils vraiment au-dessus des lois ?

On dit souvent que les policiers sont au dessus des lois, car il est effectivement quasiment impossible de faire condamner des policiers violents en France. Mais en réalité, les policiers ne sont pas seulement au dessus des lois, c’est également l’institution policière qui fait la loi. Qui la dicte. Les dernières lois sécuritaires et les dispositions prévues par l’état d’urgence sont intégralement destinées à renforcer le pouvoir de la police, et en particulier celui des services de renseignement. La “présomption de légitime défense” est également une vieille revendication des syndicats policiers, elle est désormais reprise par l’ensemble des responsables politiques, du PS au FN.

Ce n’est plus la police qui s’adapte à la loi, mais la loi qui doit s’adapter à la police. Le poste de ministre de l’Intérieur est aujourd’hui un tremplin presque incontournable pour accéder au sommet du pouvoir. Le corps du policier est sacralisé à mesure que ceux qui lui font face sont réifiés. Alors que les centaines de manifestants blessés n’obtiendront probablement jamais justice, on envoie en prison pour “tentative d’homicide” des manifestants, qui risquent donc des procès aux Assises. C’est sans précédent.

Une autre violence existe cependant : celle de manifestants qui semblent chercher la confrontation avec les forces de l’ordre, dans une logique parfois insurrectionnelle. Ces deux formes de violence ne s’alimentent-elles pas l’une et l’autre ? Et ne nuisent-elles pas à la possibilité d’une réforme du maintien de l’ordre ?

L’idée d’une montée de la violence et de la “haine anti-flic” – pour reprendre le slogan du syndicat Alliance – est un récit largement construit par le gouvernement et l’institution policière. On peut le relativiser en décentrant notre regard dans le temps et l’espace. Qu’il s’agisse des grands conflits sociaux de 1947 dans le nord de la France, des grèves insurrectionnelles de Nantes et Saint-Nazaire en 1955, de l’agitation des années 1960 et 1970, voire des mouvements étudiants de 1994, à chaque fois le degré d’offensivité est très élevé. Bien plus qu’aujourd’hui. Et les policiers ne disposaient pas de l’équipement renforcé qu’on peut voir actuellement dans les rues.

Hors de France, les confrontations sont plus sérieuses dans les pays méditerranéens comme la Grèce, où la police n’utilise pourtant pas de balles en caoutchouc ou de grenades à effet de souffle. En revanche, on assiste aujourd’hui en France à la faveur du mouvement, à une prise de conscience d’une partie de la jeunesse de la nécessité de se protéger, ainsi qu’à une reconfiguration du champ politique et pratique de la contestation. Les syndicats ne parviennent plus à encadrer et pacifier une contestation qui déborde aujourd’hui de toutes part. Ça s’incarne par des techniques extrêmement vastes d’autodéfense collective.

Revenons à la question d’une “réforme du maintien de l’ordre”. Fondamentalement, l’objectif de toute révolte n’est-il pas de déstabiliser l’ordre existant voire de le renverser ? Cela se heurte forcément à ceux qui prétendent le maintenir.

Dans votre livre vous avez une phrase prémonitoire : “La mort de Rémi Fraisse est le début d’une nouvelle ère : celle de la gouvernance par le 49-3 et le flash ball”. Pensez-vous qu’il y a un risque de dérive autoritaire en France ?

Précisons que ce texte a été écrit avant l’état d’urgence. Nous sommes aujourd’hui dans une situation de crise totale : politique, écologique, économique, sociale. Le gouvernement a atteint un niveau de discrédit sans précédent et ne peut continuer à régner que par l’antiterrorisme, le 49-3 et les balles en caoutchouc.

Dans un pays où l’on assigne à résidence des centaines d’indésirables – musulmans ou militants –, où l’on parque derrière des barbelés des milliers d’exilés, ou l’on jette en prison des manifestants sur simple dénonciation de policiers infiltrés, et où l’on attaque des grévistes à coups de grenades, peut-on encore parler de “risque de dérive” ?

Les gouvernements successifs mettent à sac depuis 30 ans le pacte social arraché par la Résistance à la Libération. Nous entrons donc dans une période de violence sociale croissante et d’instabilité, que les gouvernants entendent mater dès aujourd’hui. Il est d’ailleurs intéressant d’observer qu’à mesure que l’État se dépouille de ses prérogatives sociales, il renforce considérablement sa puissance répressive. L’augmentation drastique des primes pour les forces de l’ordre par un gouvernement qui impose en même temps la “loi travail” est une illustration de l’époque. Sans soulèvement, nous assisterons certainement dans les mois et les années à venir à un durcissement de la situation politique et sociale.

Propos recueillis par Mathieu Dejean




L’arme à l’oeil. Violences d’Etat et militarisation de la police
Pierre Douillard-Lefevre, éd. Le Bord de l’eau, 90 p., 8€


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MessageSujet: Re: POLICE, RÉPRESSION, MILITARISATION et VIOLENCES POLICIÈRES   Dim 5 Juin - 19:02


le bouclier ARWEN


Le fusil ARWEN serait-il arrivé en France ?
 
Paris-Luttes Infos 5 juin 2016

Un fusil ressemblant très nettement au lanceur ARWEN a été vue entre les mains d’un CRS le 2 juin 2016 à Oullins, près de Lyon, lors d’une manifestation à l’occasion du déplacement d’Emmanuel Macron.




source ajoutée : ARWEN 37mm grenade launcher

Citation :
D’autres personnes affirment en avoir vu un entre les mains des policiers le 5 avril 2016 devant le commissariat de la rue de l’évangile à Paris lors d’un rassemblement de soutien à des personnes interpellées.

Une photographie prise par Anar’ckanethym et publiée sur sa page Facebook puis reprise par Nantes Révoltée laisse sérieusement à penser que le gouvernement français expérimente l’utilisation d’un fusil à barillet (multi-coups) de 37 mm à destination du maintien de l’ordre.

Tristement connue de nos compagnons québécois, l’Anti Riot Weapon ENfield 37 (ARWEN), créée en 1977 par la Royal Small Arms Factory (RSAF) britannique pour mater les émeutes en Irlande du Nord, est fabriquée depuis 2001 par l’entreprise Police Ordnance Compagny.

L’ARWEN a déjà causé de nombreuses blessures graves, et notamment celles de Maxence L. Valade, Dominique Laliberté et Alexandre Allard, blessés le 4 mai 2012 dans le cadre des mouvements étudiants à Victoriaville. Le collectif Armes à l’Oeil s’est constitué au Québec autour des blessés par cette arme pour alerter sur sa dangerosité.

Cette arme, comme l’explique en détail un article de Moïse Marcoux Chabot, peut tirer différents projectiles : des grenades de gaz lacrymogène, mais également des balles en plastique, les "bâtons cinétiques" (modèle AR-1).




Moïse Marcoux-Chabot a écrit:
Précisons que les fusils de type ARWEN ont été conçus à l’origine pour le gouvernement britannique dans le conflit l’opposant à l’Irlande du Nord, pour remplacer le L67A1 38mm Riot Gun qui tirait des balles de caoutchouc. Entre 1970 et 1975, plus de 55 000 balles de caoutchouc y avaient été tirées, causant la mort de 17 personnes, dont 8 mineurs. Les balles de caoutchouc ont aussi fait plusieurs victimes dans le conflit Israélo-Palestinien et posent de réels dangers pour la vie. Il n’est donc pas surprenant que David Cameron ait attendu au quatrième jour des graves émeutes de Londres du mois d’août 2011 avant d’autoriser l’usage de balles de caoutchouc ou de plastique sur les émeutiers.

D’ailleurs, le fusil ARWEN n’a finalement pas été adopté dans les années 1970 par le gouvernement britannique, jugé trop intimidant. Il n’a été manufacturé qu’à partir de 1983 et a été acheté d’abord par la police du Kentucky, aux États-Unis. Il est maintenant produit exclusivement par la compagnie ontarienne Police Ordnance depuis 2001. Brian Kirkey, PDG de Police Ordnance, a d’ailleurs déjà souligné le danger posé par le fusil ARWEN : « It’ll break bones if it hits. You don’t want to hit them in the head. You don’t want to hit them in the neck. That’s where you have a potential fatality. »


L’État français semble vouloir faire escalader la situation bien au delà de ce qu’on aurait cru possible il y a deux ans. L’État d’urgence n’est de loin pas le seul prétexte au renforcement militaire de la police. Cette tendance lourde semble être hélas dans l’air du temps et ne nous laisse pour seul choix que de se préparer à toujours pire.

La violence de l’État est sans limite. Et il n’est pas inutile de rappeler qu’elle n’a aucune excuse.

Protégeons-nous !

Collectif Désarmons-les !
Site : desarmons.net




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MessageSujet: Re: POLICE, RÉPRESSION, MILITARISATION et VIOLENCES POLICIÈRES   Mer 20 Juil - 21:34


voir aussi les sujets émeutes et quartiers populaires

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MessageSujet: Re: POLICE, RÉPRESSION, MILITARISATION et VIOLENCES POLICIÈRES   Ven 22 Juil - 14:29




Ce qu'ils disent est confirmé : ADAMA N'ETAIT PAS RECHERCHE pour Extorsion de fond, contrairement à ce que prétendait la version médiaticio-policière du premier jour. A Beaumont-sur-Oise le Mercredi 20 Juillet, les proches d'Adama Traore (24 ans), décédé suite à un contrôle de gendarmerie, prennent la parole à la conférence de presse organisé à la mairie.

Images : Abdelkarim Aïchi

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MessageSujet: Re: POLICE, RÉPRESSION, MILITARISATION et VIOLENCES POLICIÈRES   Lun 8 Aoû - 16:00


militarisation en Allemagne

les textes de WSWS sont toujours taillés à la serpe, avec les grands mots du vocabulaire des années fleurissantes du programmatisme ouvrier. Mais ici, l'info est en soi intéressante, dans le cadre de la militarisation des forces de police et plus généralement de l'évolution de la fonction des États en Europe


Citation :
La Bundeswehr, l’armée allemande, est en train d’être préparée pour être utilisée à l’intérieur du pays. C’est ce qui fut confirmé mercredi dans une interview accordée par la ministre de la Défense Ursula von der Leyen (CDU, Union chrétienne-démocrate) au journal Bild. Des exercices conjoints débuteront dans quelques semaines.

« Oui. À la fin de l’été, nous déciderons lors de la conférence des ministres de l’Intérieur des Länder du genre d’intervention pour laquelle il faudra nous entraîner. En cas d’urgence, la chaîne d’alarme doit être prête, les compétences clairement définies et suffisamment de personnel disponible », a dit von der Leyen. « C’est pourquoi, nous procéderons tout d’abord à un exercice d’état-major qui testera l’interaction entre le gouvernement fédéral et les autorités de police de plusieurs Länder. » Trois Länder fédérés ont « déjà manifesté de l’intérêt. »

La ministre de la Défense n’a laissé aucun doute qu’en « cas d’urgence » la Bundeswehr ne gérerait pas seulement la logistique mais « fournirait aussi un soutien militaire. »

« Dans les cas les plus graves, la police décidera de ce qui est nécessaire pour faire face à une situation terroriste. En principe, la Cour suprême a clairement indiqué que dans des cas extrêmes, le soutien de l’armée peut être demandé. »

Dans un entretien accordée au Süddeutsche Zeitung, le lieutenant général Martin Schelleis a, en tant que chef du service de soutien interarmées (Streitkräftebasis, SKB), donné un aperçu des mesures extensives qui sont préparées dans le dos de la population.

Selon Schelleis, la Bundeswehr peut fournir sur demande « des capacités telles une surveillance mobile de l’espace aérien à basse altitude pour l’identification des aéronefs à grande vitesse », ou donner des conseils en cas de menace nucléaire, biologique ou chimique, « le cas échéant en recourant même à un laboratoire mobile. »

De plus, l’armée pourrait assister la police à l’aide de véhicules blindés. Les officiers de la police militaire de l’armée assurent d’ores et déjà certaines fonctions dans des missions étrangères, « qui ne diffèrent pas fondamentalement de celles assurées en Allemagne », a précisé Schelleis.

« Nos soldats ont acquis à l’occasion de diverses missions à l’étranger une considérable expérience en matière d’organisation de points de contrôle, de gestion des risques d’explosion ou de garde d’immeubles. Ils apportent des connaissances et des qualifications qui pourraient servir dans une situation terroriste », a dit le général.

Les déclarations de Schelleis mettent en lumière les conséquences de grande envergure de l’utilisation de la Bundeswehr sur le sol allemand. En cas d’urgence, la Bundeswehr apporte sur la ligne de front domestique « des connaissances et des qualifications » qu’elle a acquis durant des opérations de guerre au Kosovo, en Afghanistan ou au Mali – l’assujettissement et la répression brutale de la population indigène !

Le déploiement policier-militaire de la Bundeswehr viole de manière tellement évidente la Loi fondamentale [la Constitution allemande] que même des défenseurs d’une stricte politique sécuritaire ont émis des critiques. Dans un article d’opinion paru dans le quotidien économique Handelsblatt, le chef du syndicat de la police fédérale allemande, Rainer Wendt, a prévenu que les prochains « jeux de guerre à l’intérieur du pays » pourraient « supplanter ce qui est la chose la plus précieuse que notre société a à offrir, notre constitution. Les hommes et les femmes qui ont rédigé notre constitution savaient exactement pourquoi ils avaient imposé de strictes limites au déploiement de forces armées à l’intérieur du pays. »

Wendt, qui préconise un considérable renforcement des pouvoirs et de l’équipement de la police, n’aborde pas directement cette question. Mais l’interdiction visant les missions de la Bundeswehr sur le sol allemand ainsi que la séparation de la police et de l’armée ont été inscrites dans la constitution d’après-guerre précisément à cause des expériences faites sous l’Empire du Kaiser, la République de Weimar et la dictature nazie. L’armée allemande et les formations de combat paramilitaires tout comme les services de renseignement et la police, ont servi d’instruments brutaux de domination et d’oppression à l’intérieur du pays.

Cette tradition funeste doit actuellement être relancée. Le nouveau « Livre blanc 2016 sur la politique allemande de sécurité et l’avenir de la Bundeswehr » établit la doctrine de la politique sécuritaire officielle de l’Allemagne. Il affirme dans la partie « Déploiement et rôle de la Bundeswehr en Allemagne » qu’« afin de seconder la police dans la gestion efficace d’une situation d’urgence, les forces armées sont aussi habilitées sous certaines conditions bien particulières à accomplir des tâches relevant de la souveraineté en ayant recours à des pouvoirs d’intervention et de contrainte. »

Le Livre Blanc, tout comme les politiciens allemands, justifient l’utilisation de la Bundeswehr en faisant référence aux récentes attaques terroristes commises en Europe. Dans une interview du Bild, von der Leyen a dit, « Paris nous a tous ouvert les yeux. Je préfère quant à moi le scepticisme à une accusation ultérieure comme quoi nous n’étions pas préparés. »

En réalité, des mesures telles l’imposition de l’état d’urgence comme c’est le cas en France ou le recours à l’armée à l’intérieur du pays n’empêchent en aucun cas de futurs attentats. Une déclaration du PSG concernant le déploiement policier massif à Munich a prévenu :

« Toutes ces mesures n’ont en rien rendu la situation plus sûre, bien au contraire. Ce sont avant tout les guerres menées par les États-Unis sous le prétexte de la « guerre contre le terrorisme » et dans lesquelles l’Allemagne est de plus en plus impliquée, qui ont transformé des pays tels l’Irak, la Libye et la Syrie en un terreau de réseaux terroristes qui n’y existaient pas auparavant. De plus, il y a de nombreux liens entre les agences de renseignement occidentales et les terroristes islamiques qui sont soutenus et financés par les alliés de puissances occidentales tels l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie. »

Elle poursuit en disant : « La véritable cible du renforcement des pouvoirs de l’État au nom de la ''lutte contre le terrorisme'' est la classe ouvrière et l’ensemble de l’opposition sociale et politique. Dans des conditions où les contradictions sociales sont en train de s’intensifier, où l’Union européenne est en train de s’effondrer et où la prochaine crise financière se profile à l’horizon, la classe dirigeante s’apprête à mener des batailles de classe acharnées. Un militarisme grandissant à l’étranger va de pair avec une militarisation de la politique intérieure. »

Le Livre Blanc prône une politique étrangère et de défense européenne dominée par Berlin afin de défendre dans le monde entier les intérêts géopolitiques et économiques de l’Allemagne. À cette fin, le budget militaire sera presque doublé par rapport à l’actuel coût de près de 39 milliards d’euros. Sous le paragraphe, « L’OTAN et l’Union européenne », le Livre Blanc indique : « Le gouvernement fédéral s’est donné pour tâche et s’emploiera à atteindre à long terme et dans le cadre des ressources disponibles l’objectif de deux pour cent du PIB pour les dépenses de la défense tout en s’efforçant d’arriver à un taux d’investissement de 20 pour cent dans le domaine de la défense. »

Tout comme dans les années 1930, les élites allemandes savent qu’elles doivent établir une dictature afin d’imposer contre la volonté de la population leurs projets massifs de réarmement et de guerre. Telle est la véritable raison des exercices qui sont pratiqués entre la police et les forces armées et du déploiement de l’armée sur le sol allemand.

(Article original paru le 6 août 2016)


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MessageSujet: Re: POLICE, RÉPRESSION, MILITARISATION et VIOLENCES POLICIÈRES   Mar 23 Aoû - 15:33


simplisme et caricature idéologiques

racisée.e.s" mais "racialisateurs" vs vrais révolutionnaires incolores

ou comment se donner pure conscience en surfant sur l'idéologie française


Révolte contre les crimes policiers

Zones subversives, édito n°25, 20 Août 2016


Citation :
Adama Traoré : tué par la police, bras armé de l’Etat. Voilà le seul mot d’ordre suffisant pour évoquer l’histoire de ce jeune homme qui n’est pas sorti vivant d’un commissariat. « Justice et vérité pour Adama », le slogan des pacificateurs semble déconnecté de la réalité. L’enjeu reste celui d’une révolte contre tous les crimes policiers et contre l’Etat. Demander « Justice et vérité » ne sert à rien. C’est surtout un slogan flou qui ne dit rien à personne, comme souvent dans les processions gauchistes. [parmi les membres nombre ne font pas de politiques]

Les habituels récupérateurs racialistes se sont rapidement saisis de l’affaire, pour évidemment en évacuer tout début d'analyse politique. "Urgence notre police assassine" accompagne la démarche de la famille auprès de la justice [à l'origine, cette association a été créée par une femme dont le petit frère, qu'elle élevait, est mort sous les coups de la police, c'était surtout un moyen de réunir les familles, entre autres pour une meilleure défense juridique]. Il n’est pas nécessaire de discuter des choix d’une famille endeuillée. En revanche, Black Lives Matter, le Parti des Indigènes de la République et autres groupuscules identitaires s’empressent de jouer leur rôle de falsificateurs.

Adama Traoré serait mort uniquement parce qu’il est Noir. Voilà la seule vérité ânonnée par ceux qui se placent du côté de la race. La police est effectivement raciste, elle l'a toujours été et le sera toujours [ si ce n'est pas une vérité ânonnée abstraitement, t'en tires quoi, bouffon ?]. Demander une police non raciste tout en conservant l'Etat et les institutions relève de la blague. "Urgence notre police assassine" déplore même que « ses » morts ne soient pas autant pris en compte dans les tweets de Mélenchon. On est loin de la critique de l'Etat proposée par un de leur militant [nul n'est parfait, la lutte pure n'existe pas, et sans ces luttes avec leurs défauts, aucune "zone subversive"]. La propagande identitaire et la Marche de la dignité sont passés par là entre temps pour éradiquer les discours trop critiques [quels discours trop critiques" ? Où ? L'appel à cette marche était censuré jusque chez Médiapart où je fus le seul à en parler des moins durant : ça dérangeait les calculs de Plenel...]. Tous ces sous-gauchistes feraient mieux de s'en tenir à commenter les tenues des plagistes.

Plus de 140 personnes ont été tuées par la police depuis 2000, généralement issues des quartiers populaires. Si la mort d’Adama Traoré est rendue visible en plein cœur de l’été, entre deux attaques terroristes, ce n’est pas grâce aux sectes racialistes. Ce n’est pas grâce à un lobbying politicien avec ses manifs inoffensives.  Ce sont les émeutes à Beaumont-sur-Oise qui ont permis d’attirer l’attention sur un jeune de 24 ans qui meurt dans un commissariat [c'est le fait de sa mort qui a entraîné et les émeutes et la médiatisation, cela se passe toujours comme ça, émeutes ou pas, cf aux USA]. Et oui, n’en déplaise aux racialistes, les révoltes spontanées des quartiers populaires restent plus efficaces que le lobbying politicien.

A Paris, la manifestation encadrée par "Urgence notre police assassine" s’est attachée à étouffer toute forme de colère. Les amis d’Adama se révoltent et les manifs parisiennes contre la Loi Travail tiennent en respect la police. Mais, pour les racialisateurs, il faut respecter la police républicaine. Ne pas céder à la provocation, selon leurs termes. Heureusement que les habitants de Beaumont-sur-Oise ont cédé à la provocation. Sinon, pas grand monde ne pleurerait sur le sort d’Adama. Le plus important, ce n’est pas de pleurnicher auprès de la Justice. C’est au contraire de se solidariser des émeutiers de Beaumont-sur-Oise et de dénoncer la répression qu’ils subissent, comme toutes les violences d'Etat.

Après la mort d'Adama Traoré, les médias n'ont fait que relayer la propagande policière. L'observation conditions de production de l'information doit permettre d'élaborer une critique du journalisme. Ensuite, la police apparaît comme une institution violente. Son armement doit permettre de mâter les classes populaires. La police et les violences d'Etat révèlent la nature de la société marchande. La justice se situe clairement du côté de la bourgeoisie et vise à criminaliser les classes populaires. L'institution judiciaire permet uniquement la défense de l'ordre existant.

La lutte contre les crimes policiers s’inspire en partie des mouvements des Noirs aux Etats-Unis, sans critiquer leurs limites. Angela Davis montre la continuité des révoltes historiques avec les mouvements actuels. Des luttes de quartiers permettent aux classes populaires de s’organiser contre les problèmes de leur vie quotidienne. Ce modèle du Community organizing inspire de nombreuses associations en France. Mais ces structurations semblent trop figées. En revanche, il existe aussi des révoltes spontanées dans les quartiers populaires [Ah bon, où en est-il question sur ce blog, et plus que sur les réseaux sociaux de ceux qu'il met en cause ? Cf Sihame Assbague, FUIQP, PIR, etc.]. Les conditions de vie et la misère sociale expliquent les explosions de colère.

Il existe aussi une histoire de la lutte de classes qui peut inspirer les révoltes actuelles. Dans les années 1968, le Parti socialiste unifié propose de soutenir les luttes entre posture radicale et discours gestionnaire. Mais l’histoire du XXe siècle reste rythmée par des révoltes spontanées. Des émeutes ouvrières éclatent à Saint-Nazaire en 1955. Dans ces moments s’inventent de nouvelles formes de lutte et la vie devient plus intense.


on rappellera à ce bloguiste montpellierain que sans le travail des associations qu'il cloue au pilori avec les mêmes mots que Valls et Rossignol, et Bel Kacem (communistes libertaires bien connus), il n'y aurait pas eu un tel rassemblement à Beaumont-sur-Oise : ils ont fait TOUT le boulot, et je connais de ces participant.e.s qui contrairement à ses assertions n'ont pas un discours anti-émeutes, ni même anti-violences

ce blogueur a je le reconnais quelques bonnes réflexions, car il est moins bête que les autres, mais nul ne s'y trompe, ils sont tous là, dans ses liens favoris : non-fides, dialectical délinquent, BadKids, Incendo, Vosstanie... : on attend que, même tous ensemble, ils provoquent un rassemblement de cette ampleur !

à trop vouloir prouver, on devient abject, usant sans respect ni pudeur de la même rhétorique que les médiocrates français de l'État et du capital. Mais « ce qui est réel est rationnel » et finit par se savoir dans la nébuleuse anarchiste même, ce qui participe d'un très sain clivage (cf titre du sujet), celui de l'antiracisme en France. Certains blogs relaient aussi les infos de ces groupes "identitaires" : Zones subversives les a ni plus ni moins censurés, comme du reste ce forum, à la Coleman & Cie. Belle preuve de faiblesse chez ces forts en gueule !

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MessageSujet: Re: POLICE, RÉPRESSION, MILITARISATION et VIOLENCES POLICIÈRES   Sam 3 Sep - 10:53


La Martinique


autres images et vidéo dans l'original
Lisa David a écrit:
Contre l’installation d’une usine polluante en Martinique, une soixantaine de personnes, militants de l’Assaupamar et autres citoyens ont tenté, ce mercredi 24 août sur le port de Fort-de-France, d’empêcher pacifiquement la sortie du convoi transportant du matériel vers la future usine polluante Albioma Gallion II à Trinité. En réponse à la légitime inquiétude des Martiniquais, qui ont déjà été empoisonnés par le chlordécone pulvérisé pendant des années au dessus des champs de banane, le Préfet a choisi d’envoyer gendarmes et policiers, en grand nombre, pour les charger violemment, avant de les nasser dans un coin du port.

Mercredi le convoi Albioma a pu quitter le Port à l’heure prévue. Parmi les manifestants les femmes étaient nombreuses et les force de l'ordre avaient la tache facile. Elles ont été bousculées violemment, trainées, lancées par terre sans ménagement. Un jeune martiniquais a bien failli finir comme Adama Traoré, ce jeune Noir de 24 ans dont la mort après une interpellation de la police, a déclenché des échauffourées dans le Val-d’Oise.

Dans l’obscurité du Port, trois gendarmes se sont jetés sur le jeune manifestant, le maintenant au sol avec des gestes qui peuvent entraîner la mort et qui font débat après des asphyxies récentes de personnes interpellées. Alors que les militaires l’immobilise, leur chef ordonne : « lui, ce serait bien qu’on l’interpelle ! »  




Il est allongé  au sol, un gendarme lui serre les jambes, un autre a un genou appuyé sur son ventre. Il ne résiste pas. Ils sont quatre autour de lui, pourquoi le retournent t-ils ?

Je vois qu’un autre va lui poser le genou sur le cou. Je m’insurge, criant qu’il ne faut pas le tuer comme Adama Traoré. Deux des gendarmes qui l’immobilisent lèvent la tête et me regardent.

Je sais à cet instant qu’ils vont me bousculer un peu plus, d’autant que dès le début de la soirée j’ai été prise en photo par un policier en civil, qui l’a fait ostensiblement. Désignée dérangeante pour qui ? Je suis fliquée, je-m’en-fiche.

Devrais-je avoir des relations privilégiées avec le pouvoir politique et avec les dirigeants de la  police pour être autorisée à filmer tranquillement ?  Devrais-je me taire ? Non. Etre journaliste ce n’est pas rester sans réaction quand un homme est à terre et qu’il subit des violences. Ça s'appelle lâcheté et plus diplomatiquement, non assistance à personne en danger.




La mode de la nasse, très utilisée par la police pendant les manifestations parisiennes contre la loi El Khomri, expérimentée en Martinique contre les manifestants pacifiques

Les gendarmes poussaient au hasard des manifestants vers un coin du port utilisé comme nasse. Le jeune homme a voulu s’éloigner rapidement vers la sortie pour éviter d’être parmi les « nassés. » D’ailleurs de nombreux manifestants sont restés à l’extérieur de cet encerclement sans être inquiétés. Ils regardaient outrés et protestaient contre cette mise en cage ouverte de leurs camarades.

C’est à ce moment, il est un plus de 22 heures, que j'interroge les encagés : leur a t-on donné une explication justifiant leur mise à l’écart ?  Intervient alors le chef qui ordonnait d’interpeller le jeune homme immobilisé au sol. Il avance vers moi, menaçant. Je luis rappelle une fois de plus que je suis journaliste, que je suis en train de faire mon travail. Il me bouscule et me dit : « Vous me gênez, vous excitez tout le monde, arrêtez ! »  Il ordonne à ses hommes de me faire entrer dans la nasse. Deux d’entre eux me prennent par les bras et me poussent sans ménagement dans la nasse. Une femme de plus violentée, le bonheur est dans le port ! Des voix s’élèvent parmi les manifestants pour s’indigner de cette volonté de m'empêcher de filmer. Mais ce chef gendarme a décidé d’utiliser le pouvoir de son uniforme, n’ayant pas supporté que je m’indigne devant le sort réservé à ce jeune homme malmené au sol.

Des interpellations pouvant entraîner la mort

Personne n’a pu venir au secours du médecin de Schloelcher dans cette nuit de mars 2015  quand il était interpellé par des gendarmes dans des conditions troublantes. Il n’a jamais repris conscience depuis son interpellation et il en est mort quelques semaines plus tard, à l’hôpital de la Meynard. L’affaire est entre les mains d’un juge d’instruction et a récemment fait l’objet d’un articles dans les colonnes du « Canard Enchaîné » (9/08/ 2016).

Sous un titre sans équivoque, « Mort au plaqué plié », la journaliste Dominique Simonnot écrit que « l’affaire ressemble furieusement à celle d’Adama Traoré, mort après un plaquage ventral » pratiqué par des policiers, qui ont déclaré : « Il a commencé à nous dire qu’il avait du mal à respirer. On se trouvait à trois dessus pour le maîtriser. »




Le Canard Enchaîné rappelle que : « Depuis des années l’Acat, une association de chrétiens contre la torture, ou Amnesty International, entre autres, dénoncent, rapports scientifiques à l’appui, des pratiques qui « peuvent entraîner la suffocation et ont déjà provoqués plusieurs décès en France. Au point que la Suisse et la Belgique y ont même renoncé.»

Et la journaliste interroge : « Et, en France, jusqu’à combien de morts ? »

La répression contre les opposants au projet Albioma Galion II a fait augmenter la mobilisation

Ce déploiement de force disproportionné, pour permettre au convoi de l’entreprise privée Albioma de prendre la route et les images des violences largement diffusées sur les réseaux sociaux, ont choqué de nombreux Martiniquais. Résultat, jeudi soir les manifestants étaient plus nombreux et surtout, plus déterminés. Tout le long du parcours que devait emprunter le convoi d’Albioma à partir de 22heures, des barrages ont été érigés, des feux allumés.




Ce n’est que vers deux heures du matin que sous haute protection, les camions ont quitté le Port de Fort-de-France, ralentis par les nombreux obstacles où pompiers, policiers et gendarmes ont du intervenir. A coup de grenades lacrymogène ou de flash-ball lancés contre les manifestants, la route du convoi de l’empoisonnement annoncé a été dégagée. Les opposants promettent de continuer leur mobilisation jusqu’à ce que le projet polluant Albioma Galion II soit abandonné, au profit d’une structure propre, qui ne menace pas la santé des Martiniquais.

L’article concernant ce projet Albioma Gallion II : La Transition Energétique à la Martinique : Une catastrophe annoncée | Free Pawol




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MessageSujet: Re: POLICE, RÉPRESSION, MILITARISATION et VIOLENCES POLICIÈRES   Mer 21 Sep - 21:44

signalé par Mathieu Rigouste sur Twitter

Des équipements du GIGN financés par l’Union Européenne

L'essor de la gendarmerie nationale 21 septembre 2016



Le GIGN va recevoir, au cours des prochains mois, plus d’un million d’euros de subventions pour financer de nouveaux matériels de contre-terrorisme
Citation :


Un gendarme du GIGN lors d'une démonstration au camp de Beynes en 2008
(Photo M. Guyot/Essor)

75% du financement des matériels assuré par le FSI

Cette aide financière est apportée par le Fonds pour la sécurité intérieure (FSI) de l’Union européenne, au terme d’un processus de sélection rigoureux. Le FSI va ainsi participer à hauteur de 75% au financement des nouveaux matériels de pointe du GIGN pour lutter contre le terrorisme.

Ces équipements comprennent un système de suivi, un système de reconnaissance, un système de contre-mesures, des jumelles de vision nocturne et un véhicule d’assaut.


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MessageSujet: Re: POLICE, RÉPRESSION, MILITARISATION et VIOLENCES POLICIÈRES   Sam 29 Oct - 19:16


reçu de Mathieu Rigouste via twitter


La manière dont on se relève

(L’Etat m’a tabassé, il continue son travail)

Mathieu Rigouste Quartiers libres 29 octobre

Citation :
Une nuit de juin 2013, j’ai été attrapé par des policiers qui m’ont cassé le poignet en me traînant par les menottes jusque dans un véhicule et m’ont ensuite mis la tête dans les murs et portes du commissariat central de Toulouse.1 Peut-être parce qu’ils manquaient d’imagination mais sans doute avant tout parce que l’endroit est propice. Ils ont fait ça sous les yeux et les oreilles de tous leurs collègues occupés à garder la paix qui ne leur avait rien demandé non plus. Tous ces fonctionnaires appliqués avaient surtout l’air complètement habitués et aucun ne s’est soucié de ce qui se passait. C’est ce qui nous fait dire avec mes proches que la police m’a traité comme elle gère généralement les galériens qu’elle capture dans ce quartier.

Le poulailler reste un palais doré pour le coq, malgré la puanteur des lieux

Apparemment persuadés qu’ils seront couverts par la Justice, deux d’entre eux, ont donc aussi porté plainte contre moi. Ce n’est pas une faveur particulière, mais une habitude encore une fois. Pour se couvrir lorsqu’ils ont défoncé quelqu’un, ils portent plainte et peuvent même récupérer des indemnités à la personne sur laquelle ils se ont pu se fouler la matraque. Dans mon cas, l’un de ces héros du roman national a déclaré que j’avais fait mal au dos à son collègue pendant qu’ils m’écrasaient à trois sur le béton. Pourtant le collègue déclare s’être fait un lumbago tout seul en me menottant. Pour deux d’entre eux, j’aurais refusé un contrôle d’identité puis ils auraient dû me mettre au sol, mais pour le troisième, leur équipe n’a en fait jamais cherché à contrôler mon identité et celui-ci m’aurait arrêté alors que je m’enfuyais, en « me posant la main sur l’épaule ». Deux m’accusent d’avoir mis un coup de pied dans le tibias d’un troisième qui ne l’évoquera jamais. Aucun ne s’est présenté à la médecine légale pour faire constater une quelconque blessure. L’un a quand même eu la judicieuse idée de déclarer que je me serais cogné la tête tout seul en me débattant par terre contre le béton. Mais un autre déclare n’avoir aucun souvenir de m’avoir vu blessé avant de m’emmener au commissariat. L’un m’accuse même d’avoir été violent avec des infirmières dans l’ambulance qui m’emmena à l’hôpital pour justifier qu’ils m’y ont laissé attaché et sanglé, alors que ces dernières démentent complètement et se souviennent surtout que je criais de douleurs et que je demandais qu’on desserre les bracelets.

Ces policiers peuvent se permettre de déclarer tout et n’importe quoi, sans même vérifier entre eux la concordance de leurs mises en scène, parce qu’ils savent que cela suffit généralement à les couvrir.

De farouches sauveurs de veuves et d’orphelins ont failli me tuer en m’écrasant la tête contre des murs et des portes non prévus à cet effet, mon poignet gauche reste en partie invalide et donc ils m’accusent de violences, outrage et rébellion. En fait, il n’y a pas de contradiction dans tout ça. D’ailleurs pendant ce temps, ma plainte comme victime de violences policières et les accusations importantes que je porte à l’encontre de la police et de l’Etat ne semblent toujours motiver aucune ouverture de procès. Je serai donc jugé par le pays des droits de l’homme blanc et riche le 17 novembre 2016 au Tribunal de Grande Instance de Toulouse, à 8h30. Vous pouvez venir exprimer ce que vous pensez de tout ça, on pourra boire un thé avec les potos après et discuter un peu, ça fera plaisir de vous voir.

Dans la nuit du 7 au 8 août 2016, un homme dont ni la police ni les médias n’ont voulu livré le nom, a été retrouvé mort, le crâne fracassé, dans une cellule de ce même commissariat. Les médias dominants, comme toujours, ont servi la version policière et commencé par dire qu’il était tombé plusieurs fois sur la tête avant d’être « recueilli » par la police municipale qui l’avait emmené au commissariat central. Sûrement pour le soigner et parce que les hôpitaux ne sont plus très sûrs de nos jours. Une autopsie réalisée le 8 août révèle une fracture du crâne « vraisemblablement à l’origine de la mort », puis un complément d’autopsie rendu le 9 aout ajoute une « importante hémorragie intra-crânienne » et quatre côtes cassées. Selon le Parquet, les vidéos de la caméra dans la cellule de dégrisement « n’indiquent aucune trace de violences, de rébellions, ou de quelconques complications ». Un médecin avait aussi validé la mise en cellule et il faudrait donc envisager « l’intervention d’un tiers avant son admission au commissariat » selon les flics et leur Dépêche. Dans mon cas, les condés m’avaient cogné la tête dans le couloir central et m’y avaient laissé étalé, menotté les mains dans le dos, face contre carrelage sans jamais m’amener jusqu’en cellule. Vue la banalisation de cette technique de défoulement policier au commissariat de l’Embouchure, il est possible qu’elle ait été employée contre cet homme. Et s’il lui a été fait quoi que ce soit dans ce commissariat, comme dans mon cas, on peut être sûr qu’aucun fonctionnaire ne s’en est inquiété. Car finalement, même si sa tête avait subi des chocs avant de croiser la police, si les flics ne l’avaient pas emporté et mis en cellule, n’importe quel être humain passant par là aurait pu appeler les urgences. Encore une fois, une personne est morte entre les mains de la police ; c’est-à-dire entre les mains de l’Etat. Un an plus tôt, le 17 octobre 2015, à Toulouse, Thimothée Lake avait été abattu par la BAC pour protéger la caisse d’un commerce. C’était jour pour jour, 54 ans après le massacre policier des Algériens le 17 octobre 1961 à Paris.

Les violences et crimes policiers ne sont pas des « bavures » mais le fonctionnement normal d’un système d’oppression chargé de protéger une société inégalitaire.




Ils voulaient nous enterrer, ils ne savaient pas que nous étions des graines

Si on veut empêcher l’Etat de masquer les crimes de ses agents, l’obliger à ouvrir des procès contre eux et le soumettre à des enquêtes publiques et indépendantes, il n’y a sûrement pas d’autre moyen que la lutte collective. Mais là encore, lorsqu’on réussit à faire ouvrir un procès après de longues années de lutte, à la sortie de la quasi totalité des tribunaux, nous n’obtenons rien qui ressemble à ce que nous appelons la vérité et la justice. Plutôt des simulacres, des humiliations pour nos familles et nos proches, de la hoggra encore et toujours.

Les derniers rendus comme l’immense majorité des précédents, dans les affaires Akim Ajimi, Ali Ziri, Amine Bentounsi, Lamine Dieng, Zied Benna et Bouna Traore, Hocine Bouras, comme toutes les dernières lois, nous confirment que l’Etat et son institution judiciaire réaffirmeront sans cesse le permis de tuer pour les policiers.

Nos luttes rendent éternels les disparus ; paix, force et courage à tous leurs proches.




Avec les miens, nous venons réaffirmer que rien de tout ce carnage ne changera tant que nous ne serons pas assez (bien) organisé.e.s., par et pour nous-mêmes. Parce que la police n’est qu’une institution parmi d’autres qui participent à la ségrégation et à l’écrasement des habitant.e.s des quartiers populaires (administrations, éducation nationale, services sociaux, services d’urbanisme…) Parce que les dominants ont trop besoin de la violence des flics pour reproduire leur pillage industriel des peuples et de la planète. Parce qu’ils ont absolument besoin de maintenir les classes les plus pauvres écrasées et ségréguées. Parce qu’il leur faut nous diviser, soumettre nos luttes et détruire les formes de vie insoumises qui émergent partout autour du monde. Parce que le patriarcat, la suprématie blanche et tous les systèmes de privilèges collaborent en s’appuyant aussi sur la domination policière.

Leurs tribunaux sont des champs de bataille où nous continuerons à combattre parce que nous n’avons pas le luxe de pouvoir les laisser gérer tranquillement le business de l’asservissement. Des comités vérité et justice et des comités anti-répression continuent à se développer, et travaillent de plus en plus régulièrement ensemble. A l’horizon, un réseau d’entraide et d’auto-défense populaire commence à s’esquisser. Il pourrait mettre en liens et appuyer la construction, en ville comme à la campagne de différents moyens de résistance collective indépendants : des groupes de veille et de contre-enquête sur les forces de l’ordre et les institutions en charge du contrôle et de la guerre, des observatoires et des auto-médias indépendants pour diffuser la contre-information, des caisses de solidarité pour subvenir à tous les coûts de ces luttes, des moyens juridiques (listes d’avocats et de juristes compétents et compatibles avec ces luttes, archivage des affaires précédentes dans la région…), des lieux de vie et d’organisation, des moyens de formation collective (brochures, sites web, émissions de radio, info-kiosks…), des moyens de rencontre, de mobilisation et d’action…




Continuons à construire ce mouvement d’auto-défense. Il semble clair que nous n’aurons de justice sociale que ce nous arracherons. A ce sujet, des camarades m’ont fait savoir qu’ils m’avaient dédicacé quelques gestes de solidarité durant les derniers mouvements, en exprimant leur colère de manière plus ou moins symbolique contre diverses représentations de l’entité oppressante. Potos, j’espère bien danser avec vous sur les ruines de tout ça.

Flics et autres tortionnaires du quotidien, toute la violence que vous projetez, se fixe dans les corps de vos proies, se noue dans nos muscles et éclate un jour comme l’orage. Vous savez très bien d’où vient la colère que les gens vous portent. Vous faites mal semblant de ne pas comprendre. Comment se plaindre d’être détesté par ceux que l’on contrôle au quotidien ? Et non, vous ne mourez pas à cause de cette « haine antiflic » que vous produisez comme des grands. Vous êtes principalement victimes d’accidents à l’entraînement, d’accidents avec vos armes, d’accidents en service et notamment sur la route où vos manières de conduire constituent le principal « danger public » pour nos communautés. Et enfin vous mourrez de suicides – une cinquantaine par an – tant ce boulot merdique pourrit vos vies après les nôtres. Finalement, 2 à 3 flics meurent par an en mission en raison d’un tiers, c’est-à-dire une infime minorité et principalement due au grand banditisme ou à coups de fusil… à la campagne. Statistiquement vous n’êtes donc quasiment jamais tué par des « anti-flics » comme vous tentez de le faire croire2. C’est la police et l’Etat eux-mêmes qui vous tuent, vous aussi, mais dans leur manière de vous mettre à leur service. Vous n’êtes pas du peuple. Lorsque vous faites « grève du zèle », vous ne gênez personne, bien au contraire. Et nous seuls savons ce qu’il y a vraiment dans les assiettes qui vous sont servies aux déjeuners de vos brasseries préférées. Mâchez bien, savourez et n’oubliez jamais que c’est le peuple que vous persécutez au quotidien, qui prépare vos repas.

Car nous savons combien vos congrégations d’assassins fragiles se foutent de nos vies. Nous ne pouvons pas vous laisser continuer à tenir vous-même votre laisse en échange de quelques os rassis. Même si c’est là votre kif, il en va de nos vies. Mais vous feriez bien de rompre avec ce désastre pour vous-même aussi. Car vous pouvez pleurnicher des armes et des « moyens », le temps et l’accroissement des inégalités ne joueront pas en votre faveur. Vos maîtres se moquent de vous comme de nous et ils vous abandonneront dès que vous ne les servirez plus assez bien. Hâtez-vous de quitter cette boucherie, chaque jour suivant sera plus dur et nous devenons nuées.

On entend le fracas des arbres qui tombent, mais pas le murmure de la forêt qui pousse

Dans nombre de cités, à différentes époques, des habitant.e.s se sont rendu.e.s capables de s’associer pour dissuader ces milices assermentées de venir y chasser. Et pour se faire justice. Partout déjà, nous sommes habitué.e.s à surveiller la police, à la filmer, à publier les videos. Nous sommes les « spécialistes » de nos territoires et nous savons mieux que quiconque, comment protéger nos communautés. Organisons l’autodéfense populaire et appuyons les collectifs militants de quartier qui résistent au quotidien. Mais gardons à l’esprit que ce carnage n’aura pas de fin tant que nous ne pourrons pas nous passer de l’Etat et de son monde. Car tout cela repose aussi sur notre aliénation.




Au point que certains des nôtres en viennent à s’embaucher auprès d’impérialismes récents comme Daesh mais bien plus souvent auprès des vieilles machineries du meurtre de masse que sont les polices et les armées des puissances occidentales. C’est une défaite et un drame chaque fois que quiconque s’engage dans l’une ou l’autre de ces entreprises de terreur d’Etat. Et si certain.e.s s’y perdent c’est sans doute aussi parce qu’aucun mouvement de lutte et de libération ne s’est encore rendu capable d’organiser concrètement la reprise en main de leurs destinées par les classes populaires et en particulier les quartiers ségrégués. Nous sommes dans cette situation parce qu’en Afrique comme ici, en Amérique comme en Asie, nous avons été dépossédés des terres, des savoirs et des possibilités de formes de vies autonomes. Parce que nous sommes obligés de travailler pour leur système, de consommer leurs marchandises, de mendier de l’aide à nos propres bourreaux.

La violence policière est l’aboutissement technique d’un système forgé sur notre mise en dépendance.

Dans chaque ville, dans chaque quartier, dans chaque village, des groupes d’entraide peuvent constituer les bases fondatrices de comités d’auto-défense face à toutes les violences d’Etat. En créant de la rencontre et de la force, ces comités peuvent organiser de la veille contre les différentes formes de dominations et outiller les luttes contre la répression. Appuyer aussi les résistances aux plans de « rénovation urbaine » qui assurent le « grand remplacement » des plus pauvres par des résidences bourgeoises ou des grands projets dévastateurs. Le tissu de ces collectifs peut renforcer les solidarités envers les prisonnier.e.s et porter les luttes contre tous les enfermements. Depuis chacun de ces points de départ, nous pouvons passer à l’offensive, c’est-à-dire à la reconstruction de formes d’autonomie populaire. Nous pouvons nous organiser pour créer des moyens d’appuyer les grèves de loyers. Il nous faudra de toute façon sans cesse plus de caisses de solidarité. Et en les fédérant, il devient possible de subvenir à des tas d’autres besoins, par nous-mêmes. Chaque quartier a la force de se doter de ses propres caisses d’auto-financement, de sa case de santé communautaire, de son centre social autogéré, de ses coopératives… Nous avons besoin de tisser des liens directs et constants entre habitant.e.s. à travers des réunions de tours, de barres et de maisons, des assemblées de quartiers ou de vallées, de campagnes, de prisons ou de montagnes.

La répression est féroce avec tout ce qui tente de se libérer par soi-même, elle frappera sans répit ces expériences. C’est pour cela que nous avons intérêt à mettre en réseau, à fédérer le plus possible les lieux, les collectifs et les luttes pour l’autonomie. Il s’agirait de pouvoir associer des ateliers, des fermes, des cantines, des espaces d’hébergement et d’organisation pour appuyer les luttes et en particulier celle des classes les plus opprimées et ségréguées. Mais aussi pour organiser des stages de formation, des festivals de soutien, des séjours de vacances intergénérationnels, des rencontres de toutes sortes. Mettre des moyens à disposition des habitant.e.s des quartiers et des campements, des détenu.e.s nouvellement libérés, de toutes celles et ceux qui fuient la chasse aux migrant.e.s… Non plus seulement créer de l’autonomie mais de l’autonomisation. Cela suppose de répondre collectivement et par nous-mêmes à nos besoins matériels et à l’amélioration des conditions de vie des plus précaires. Cela suppose d’orienter sans répit la construction des communes libres vers leur prise en mains par les classes dominées, pour qu’en s’y formant collectivement nous puissions y créer ensemble les moyens de nos libérations respectives. Mettre en synergie des forces et des lieux pour que les exploité.e.s, les opprimé.e.s et les aliéné.e.s puissent se rejoindre, penser et agir ensemble, se former en développant des bases d’appui et puis continuer leur chemin en semant l’autonomisation partout où elles et ils passent.

Dans des conditions de répression et d’oppression différentes, dans certains coins du Burkina Faso ou de Tunisie, à Barbacha ou à Détroit, au Rojava ou au Chiapas, des peuples, avec souvent les femmes, les plus jeunes, les plus pauvres en premières lignes, ont commencé à s’auto-organiser pour se défendre, puis à créer les chemins de leur autonomisation et inventer les bases de mondes plus joyeux. Ils nous montrent qu’il ne s’agit ni de prendre l’Etat ni d’essayer d’améliorer cette société mais de construire d’autres mondes en même temps que nous démontons l’ancien.

Comme un proverbe populaire, chaque situation renferme les possibles auxquels on veut bien croire. Alors puisque personne d’autre que nous-mêmes ne risque de le faire à notre place, commençons par croire en nous et en notre capacité d’associer la diversité de nos tactiques, de nos techniques et de nos pratiques, de nos idées, de nos communautés et de nos territoires, de nos volontés et de nos puissances.


Le plus important, c’est pas la chute ni l’atterrissage

mais la manière dont on se relève


Mathieu Rigouste



1 Cette histoire est détaillée dans un premier texte, « L’Etat m’a tabassé, il a fait son travail », paru en juin 2014 et qu’on trouve sur internet.

2 Rapports ONRDP et http://www.liberation.fr/france/2015/04/04/policiers-morts-en-service-ciotti-et-marechal-le-pen-font-desordre_1234526



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MessageSujet: Re: POLICE, RÉPRESSION, MILITARISATION et VIOLENCES POLICIÈRES   Ven 11 Nov - 20:02

via Viewpoint on twitter

avec les conseils de Giuliani, ça promet !

The New Top Cop: How President Trump Might Reshape Urban Policing

A World Without Police  November 11, 2016
 
This interview, originally posted on CityLab, and was conducted by George Joseph with Alex Vitale, an Associate Sociology professor at Brooklyn College. Shout out to both of them and their great work.


U.S. Republican presidential candidate Donald Trump speaks to the press after receiving an endorsement
from the New York Veteran Police Association in the borough of Staten Island in New York City, April 17, 2016.
(Brendan McDermid/Reuters)

Citation :
On the campaign trail and in debates, Donald Trump often scored cheers for his defense of police in the wake of protests over officer-involved shootings. Calling police “the most mistreated people in America” earned the then-GOP nominee endorsements from major law enforcement organizations, such as the Fraternal Order of Police and the National Border Patrol Council.

So what would a President Trump do to support law enforcement officers or change policing?

That remains unclear. His spirited defense of Stop & Frisk at the first presidential debate, for example, may have won him adulation in some circles, but it’s unlikely to be a practice he could mandate at the local level, given its dubious constitutionality. On the other hand, Trump’s controversial calls for surveillance of Muslim communities and mass deportation operations (both of which are already occurring) could dramatically expand local police powers.

To understand what changes in policing Trump could enact, CityLab spoke with Alex Vitale, an Associate Sociology professor at Brooklyn College, whose scholarship focuses on contemporary American policing.

Will Trump’s primary impact on policing come through action at the federal level (through agencies like the Department of Homeland Security and the Department of Justice) or through a devolution of power to localities?

I don’t think he will have a big effect on localities because he won’t have tons of money to throw around from Congress…. One should not overstate the importance of federal policy on local policing. You have 18,000 local police departments that are largely autonomous, and there’s very little evidence that federal oversight has ever made much of a difference. The Department of Justice has sued many departments, and they have entered into reform agreements, but then their problems continue… I think he will mostly reshape policing in terms of federal law enforcement.

So what policing issues can a Trump administration most dramatically have an effect at the federal level?

Number one, the loss of these Department of Justice investigations is clearly gonna happen. There was almost nothing under Bush, so there will be nothing in the way of these broad pattern and practice investigations pressuring departments to reform. Some of these people are civil service career folks, and so they will remain and the investigations won’t be cut off overnight. But over time, we’ll see no new investigations being undertaken, and actual litigation won’t be approved.

Two is the militarization of policing. We can expect that access to military weapons that Obama limited will most likely be expanded. And any strings for federal policing grant money that may have existed—and have been very weak anyway—now those will be gone.

Third is the impact on federal law enforcement, ramping up the size of Border Patrol, which is already now the largest law enforcement agency in the country and bigger than all other federal law enforcement agencies combined.

Over 2009 to 2015, Obama deported a record-breaking 2.5 million people. Will further expansion of the border patrol make Trump’s proposed scale of deportation, which could double Obama’s figure, actually possible?

There are definitely limits. The logistics are quite daunting. You would have to create massive new bureaucracies and detention centers. It would be extremely expensive and he would have to get a fiscally conservative Congress to go along with it. He can, however, begin to make incremental changes, shifting priorities within budgets.

Right now border patrol can stop anyone within a 100 miles of the border without probable cause. We could see a big increase in these kinds of check-point operations. Operation Wetback [in 1954] was able to deport over a million people a year; there is no reason why they couldn’t start moving that direction. I would not want to be a Latino living near the border right now.

In terms of other federal law enforcement activities, Trump has called for increased surveillance of mosques and floated the idea of compiling a national database of Muslims living in the U.S. How do you think he can or will expand those types of efforts? And how will that involve local police?

Civil liberties groups will have their hands full trying to monitor what is going on. If you have Rudy Giuliani as attorney general and Chris Christie heading the Department of Homeland Security, there will be repeated constitutional violations: They’re going to try to do more warrantless surveillance, build more questionable cases against people, more entrapment of vulnerable people, etc… And I think it will involve local police extensively, too, because now you have all these post-9/11 fusion centers and joint terrorism task forces, so you can expect local police to be pulled into these investigations.

What will “police reform” now look like?

The attempts to get departments to experiment with practices based on federal research into best practices will likely evaporate, such as trying to reduce use of force against mentally health problems, or efforts to develop crime prevention strategies with communities. This issue, and any reform, has become politicized, and divorced from rational consideration of evidence based practices.

That research is no longer relevant. The question will now be: Does the “reform” fit with the new kind of authoritarianism that Trump has campaigned on? This is why he got the endorsements of many of the national police organizations. The whole Blue Lives Matter movement is looking for Trump to validate their punitive approach to crime, disorder, and community problems.

–Originally posted on Citylab


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MessageSujet: Re: POLICE, RÉPRESSION, MILITARISATION et VIOLENCES POLICIÈRES   Mar 7 Fév - 20:28


Aulnay-sous-Bois, viol-ence policièce

quand l'État s'inquiète





actualités

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MessageSujet: Re: POLICE, RÉPRESSION, MILITARISATION et VIOLENCES POLICIÈRES   Jeu 9 Fév - 19:38


« la police n'est pas légitime...»


un titre et un article intéressants, des illusions aussi...


Presque sept mois après la mort d'Adama Traoré, l'affaire Théo -quatre policiers sont mis en examen pour violences et un seul pour viol- soulève une nouvelle fois la question des violences commises par des policiers. Et celle, lancinante, de leur présumée impunité.



En juin 2016, des affrontements entre la police et des manifestants, lors d'une mobilisation à Paris, contre la loi Travail.
REUTERS/Philippe Wojazer

Citation :
Rémi, Adama, Théo... La question des violences policières refait surface après l'interpellation violente du jeune homme à Aulnay, qui a débouché sur la mise en examen de trois policiers pour violences volontaires et un pour viol.  

A Rouen, un rassemblement en soutien à Théo se tiendra samedi pour lutter contre "l'impunité policière", tandis que l'association Genepi a publié ce jeudi un communiqué sur l'affaire pour dénoncer cette "'impunité policière [restant] la norme". D'où vient ce sentiment d'impunité souvent partagé par les jeunes des quartiers dits sensibles? L'Express fait le point.

Trop peu de condamnations

"Ce qui est intéressant, c'est que les policiers disent au contraire qu'ils sont trop surveillés et que ce sont les jeunes en face d'eux qui ont l'impunité", note d'emblée Christian Mouhanna, directeur du Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (CESDIP). Si le sociologue pointe "des dérapages des deux côtés et une méconnaissance de part et d'autre", il ajoute que les forces de l'ordre restent "peu condamnées par la justice" dans les cas de violences policières.  

En mars 2016, un rapport de l'ACAT, l'ONG Action des chrétiens pour l'abolition de la torture, intitulé "L'ordre et la force", dénonçait le risque "d'impunité" des forces de l'ordre. "L'actualité en 2016 a confirmé notre constat", estime Aline Daillière, responsable des programmes France. Entre 2005 et 2015, 89 cas de blessures graves - dont 26 ayant entraîné la mort - ont été étudiés par l'ACAT. Seuls sept ont donné lieu à des condamnations, relevait le rapport.  

Un organe de contrôle pas considéré comme objectif

Un très faible taux qui nourrit le sentiment d'une impunité des forces de l'ordre, selon Aline Daillière. "Dans ces affaires de violences policières, on retrouve souvent des points similaires: des enquêtes qui peinent à être indépendantes, sont peu approfondies ou pas complètes, et qui débouchent sur très peu de condamnations. Et lorsque celles-ci sont prononcées, elles sont relativement faibles par rapport à ce qu'un citoyen encourt pour des faits similaires."  

Ce jeudi, les enquêteurs de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) ont écarté la thèse d'un "viol délibéré" sur Théo. Mais "la police enquête sur la police, donc même si elle fait bien son travail, elle sera toujours suspecte de ne pas avoir travaillé à charge et à décharge", analyse de façon générale Christian Mouhanna. C'est pourquoi, il faudrait envisager "un système d'enquête indépendant", juge-t-on à l'ACAT.  

Une vision du maintien de l'ordre qui pousse au conflit

Si les récentes affaires de violences policières ont encore accentué ce sentiment de rupture, la fracture entre la population -notamment dans les quartiers dits "sensibles"- et les forces de l'ordre, ne date pas d'hier. "Depuis de nombreuses années, on est plutôt dans la construction d'une relation de haine, uniquement conflictuelle", indique Christian Mouhanna. A partir de la fin des années 1990, "on a cessé de relancer des opérations pour rapprocher la population et la police", développe le sociologue qui rappelle notamment la disparition de la police de proximité, en 2002, sous l'égide de Nicolas Sarkozy.  

A la place, les gouvernants on imposé la politique anglo-saxonne du "containment" qui consiste "à mettre la pression sur ces quartiers, à cibler, à contrôler". "Il faut que les apparences donnent l'illusion de la maîtrise du territoire, alors qu'on ne règle pas les problèmes de fond", analyse le directeur du CESDIP. Mais désormais chargée par l'Etat de "gérer les populations", la police s'éloigne des habitants auprès desquels elle pourrait aussi trouver appui dans son travail. Résultat ? "Pour des pans entiers, la police n'est pas légitime", déclare le chercheur.

"Il y a un vrai besoin de s'interroger sur les manières de faire police, sur ce que l'on attend d'elle", pense Aline Daillière de l'ACAT. Cette remise en question passe notamment par la formation des agents de police. Car pour Christian Mouhanna, cette crispation est avant tout le résultat de politiques liée à une vision du maintien de l'ordre, plutôt qu'aux hommes eux-mêmes.

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MessageSujet: Re: POLICE, RÉPRESSION, MILITARISATION et VIOLENCES POLICIÈRES   Lun 20 Fév - 11:34


une texte qu'on pourrait qualifier d'excellent, d'un ancien de Théorie Communiste sauf erreur


Note sur la police et les banlieues

AC carbureblog 17 février 2017

On pourrait dire de la police ce qu’on a dit de l’armée, qu’elle est une chose trop sérieuse pour être confiée à des policiers ; mais il ne faut pas oublier que le capitalisme a laissé les militaires mener les guerres à leur guise aussi longtemps qu’il a été pertinent pour lui de le faire.


Citation :
Comme toute institution, la police jouit d’une autonomie relative par rapport à ses autorités internes et externes : l’Etat, sa propre hiérarchie. Cette autonomie existe à tous les niveaux : dans la rue, au niveau du commissariat, comme au niveau de la Préfecture, la police défend ses propres intérêts, comme corporation et comme institution. Mais elle est toujours dépendante de l’Etat. Comme corporation, elle dépend des moyens matériels et légaux que l’Etat lui accorde, comme institution, elle dépend de sa justification idéologique par l’Etat, de ce qu’on nomme doctrine en matière de sécurité.

Cette doctrine elle-même s’appuie sur une appréciation générale de la situation par l’Etat, de son point de vue. C’est une forme théorique et stratégique, qui s’appuie sur les présupposés de l’Etat, à savoir d’une part sa propre légitimité, d’autre part sa spécificité qui est de mettre en forme, selon les catégories opérantes pour lui, c’est-à-dire sous la classe dominante, les rapports entre les classes. La police, à son niveau, qui est celui de la violence considérée comme légitime, est chargée de maintenir ce rapport de classe dans une forme déterminée, qui est choisie par l’Etat.

Quand les policiers, comme corporation, refusent d’obéir à l’Etat sur tel ou tel point (comme dans le cas de l’obligation de porter leur matricule, par exemple), ils ne remettent pas plus en question l’Etat ou ses doctrines de sécurité que les syndicalistes de la CGT Energie ne remettent en cause le nucléaire. Mais l’autonomie des policiers qui manifestent leur ras-le-bol a une connotation particulière, car que reste-t-il de l’Etat si sa police ne lui obéit plus ? Et quel Etat succéderait à un Etat auquel sa police, sans pour autant abandonner sa fonction, ferait défaut ? On peut dire d’une part que tout Etat est policier, en ce qu’il ne peut se passer d’une police, et d’autre part que certains le sont plus que d’autres, ce qui a son importance.

L’intérêt de la police, comme corporation, c’est qu’existe un Etat policier. La police est pour un Etat policier comme les cheminots sont en faveur du ferroutage. La police préfère le Front national comme les ouvriers d’il y a trente ans préféraient le PC. Mais l’Etat lui-même ne devient à proprement parler policier que si les circonstances l’exigent, c’est-à-dire si la police devient le meilleur moyen de gouverner, et c’est peut-être là qu’il y a lieu de s’inquiéter.

En France, l’ethnicisation du travail ouvrier couplée à l’assignation géographique de masses de prolétaires racisés a conduit à une situation où les différences de traitement entre un centre-ville même pas très riche et les banlieues deviennent criantes. Est-ce qu’on voit, dans les centres-villes, des patrouille de police collant les gens au mur, contrôlant leurs papiers deux ou trois fois par jour, les giflant et les insultant quotidiennement ? De pareils agissements seraient jugés scandaleux, c’est pourtant le quotidien des habitants des banlieues, en particulier des plus jeunes.

Le rapport de classes en France s’est construit sur l’attribution des travaux les moins qualifiés à une main-d’œuvre issue des anciennes colonies, afin de permettre, dans une division du travail qui allait en se complexifiant, la qualification d’une grande partie de la classe ouvrière sans pour autant faire exploser les salaires. Cette division est devenue structurelle, c’est-à-dire « naturelle ». La classe moyenne française s’est elle-même construite sur cette division ethnique du travail, qui arrangeait (presque) tout le monde : c’était les Trente (presque) glorieuses.

Avec la restructuration des années 1970-80, le démantèlement des grands centres ouvriers, et le développement des « villes nouvelles », cette assignation raciale de la partie la plus exploitée du prolétariat s’est redoublée d’une assignation géographique, tandis que le chômage de masse devenait structurel. La classe ouvrière blanche, les ouvriers en « blanc de travail » (ouvriers qualifiés, maîtrise), ont alors progressivement abandonné les cités aux ouvriers racisés et à leurs familles, jusqu’à ce que le travail tel qu’on l’avait connu disparaisse tout à fait.

Si les banlieues en France sont aujourd’hui le lieu auquel sont massivement assignés les surnuméraires du capitalisme restructuré, il faut s’entendre sur le terme de « surnuméraires ». Les surnuméraires ne sont pas « de trop », en surplus, ils travaillent. Cependant ils travaillent dans des secteurs où la précarité est endémique, où la flexibilité est la règle, les contrats de courte durée ou simplement absents, etc. Le résultat est là : des banlieues où la population est trois fois plus souvent au chômage qu’ailleurs, isolées des centres-villes convoités par la classe moyenne supérieure, isolées géographiquement mais connectées aux centres-villes où se trouve le travail. Avec le chômage viennent aussi la délinquance et les trafics, et la police a beau jeu de justifier ainsi son action, mais il ne faut pas plaisanter : les banlieues de France ne sont pas le cartel de Medellin, parce que si c’était le cas les policiers ne pourraient pas tranquillement s’y promener par bande de quatre en distribuant des baffes aux gamins. La réalité des banlieues, comme partout ailleurs, c’est le travail, et en l’occurrence, celui dont personne d’autre ne veut.

La police joue là-dedans son rôle, qui est celui de maintenir cet état de choses par la force, en rappelant sans cesse à ceux qui le subissent que ça pourrait être pire encore. Et l’injustice même, quand on la supporte au quotidien, a un sens fonctionnel : qui est prêt à supporter calmement un contrôle policier pour ne pas perdre son travail sera prêt aussi à faire une heure supplémentaire non payée pour le conserver. En ce sens, les cités ne sont pas des zones oubliées, mais des zones particulières, soumises à un traitement particulier.

Ce traitement particulier présente les caractères d’un Etat policier localisé : la suspicion permanente jetée sur les personnes, la brutalité érigée en mode de gouvernement, la négation des droits qui sont la seule chose qui protège les citoyens de leur propre Etat, la mise au pas qui est aussi une mise au travail. Cette situation existe de manière répandue dans le monde, elle existe chez nous dans certaines zones.

Au quotidien, dans les banlieues, les policiers existent comme un groupe d’hommes armés qui font régner l’ordre racial en tant qu’il est l’ordre social. Le racisme qu’ils ont dans la tête est immédiatement adéquat à leur fonction. L’injure raciste et la violence ne sont pas des anomalies, mais la règle, comme tous ceux qui ont eu affaire à la police dans la rue le savent.

Il n’y a pas d’une part le racisme individuel des policiers et d’autre part le caractère structurel du racisme : c’est bel et bien la structure raciale générale de cette société qui fait des policiers des individus racistes.

Les policiers agissent non seulement comme des individus racistes et violents, mais comme une corporation, qui en tant que telle reprend de manière consistante ce racisme structurel, et le défend. Aucun syndicat policier ne va dénoncer la politique de ségrégation raciale et géographique qui est appliquée quotidiennement par la police. Au contraire, il s’agira d’obtenir plus de moyens pour mener à bien cette tâche. Que des policiers tirent à balles réelles lors d’une manifestation contre les violences policières, alors qu’on doit le lendemain voter une loi élargissant les règles de la légitime défense des policiers, cela dit assez que la police – comme « corps constitué » – sait ce qu’elle fait et où elle veut en venir.

La police n’est pas en tant que telle responsable du traitement particulier réservé à une catégorie d’individus en fonction de leur couleur de peau, mais son travail est de faire perdurer cette situation, parce qu’elle est en charge du maintien de l’ordre, et que c’est cet ordre-là qu’elle doit maintenir. C’est là sa fonction, comme c’est également la fonction de l’ensemble des institutions de la société, du tribunal à l’école, une fois la distinction raciale devenue structurelle. La particularité de la police est qu’elle doit le faire respecter par la force. Elle en veut les moyens juridiques et matériels, et tant que sa fonction sera telle, l’Etat les lui accordera, non pas parce qu’il tremble devant sa police, mais parce que c’est en adéquation avec la politique qu’il mène. Il lui restera à condamner les bavures, à promettre des sanctions qui ne viennent jamais (ce qu’on appelle « laisser la justice faire son travail »), et éventuellement à se rendre, en présidentielle personne, au chevet des victimes.

La police est un corps parfaitement improductif. Il n’y a donc pas à s’étonner que les policiers n’aient pas inventé leur propre racisme, ni leur sexisme ou le mépris social dont ils font preuve envers tout ce qui ne ressemble pas à un costume-cravate, qui sont le produit d’une société qui instaure les assignations de genre, de race et de classe comme conditions de la richesse de quelques-uns, et qui sépare les individus en assignant à chacun sa place dans la division généralisée du travail.

Mais il arrive qu’un jeune homme de 27 ans qui porte un uniforme enfonce une matraque dans l’anus d’un jeune homme noir de 22 ans, et que cela semble résumer parfaitement la situation, qui est insupportable.

Face à cela, les émeutes, qui explosent à chaque « goutte d’eau » qui fait déborder un vase qui se remplit sans cesse, sont évidemment nécessaires, à tous les sens du terme. Moins évidente est la constitution d’une visibilité politique des « banlieues », ce terme même échouant à dire tout ce qui existe là d’oppression raciale et d’organisation spécifique de l’exploitation capitaliste.

La critique de la police, qui est la réalité commune de tant de situations diverses, pourrait être le point de départ de luttes menées de manière plus concertée, brisant le silence et l’invisibilité, et obligeant à d’autres réponses que policières. Si ramener la violence de la police dans les banlieues à ce qu’elle est dans le reste du territoire peut paraître utopique, il est peut-être possible de rendre visible l’écart qui existe entre les deux, ce qui serait déjà beaucoup, parce que pour certains, demander la justice commune, c’est déjà trop demander.

Reste à savoir si cet écart, une fois rendu visible, ne serait pas de nature à rassurer plus qu’à scandaliser ceux qui sont du bon côté, et tiennent à y rester. Mais c’est une autre histoire, et l’objet d’autres tristesses.

Patlotch a écrit:
Bonjour,

Peut-être un de vos meilleurs textes… Merci

Patlotch

sur dndf

il ne faut parler ni de race, ni de racisés ni de blancs

schizosophie a écrit:
L’analyse est juste dans les grandes lignes, mais elle se corrode d’elle-même par l’emploi d’adjectifs substantivés comme « racisés » ou de qualifications comme « classe ouvrière blanche ». Ces concessions au nouveau kit idéologique produisent de l’amnésie, y compris quant à l’histoire réelle de la constitution de la classe ouvrière en France, d’abord alimentée par la transformation de la plupart des paysans en ouvriers puis faite d’immigrations aussi bien intérieure, française (bretonne par exemple, et très féminine pour les servitudes des grandes villes), et européenne (ritals, pollaks, pour le mines entre les deux guerres, plus récemment, portugaise, puis slovène, yougo,… dans le bâtiment, turque, yougo, dans la confection).

Finalement, il n’en reste de justesse que l’analyse du rôle de la police dans l’État.
Visibiliser est un exercice bien en deçà de la critique des représentations.
PS. Les flics basanés et/ou féminins ne sont pas plus gentils que les autres.

réponse de l'auteur
20 février
AC a écrit:
Le petit ramoneur savoyard de Hugo était-il racisé ? L’ethnicisation du travail a-t-elle attendu la période post-coloniale ? Les policiers de couleur peuvent-ils être racistes ? Quand un Arabe dit que les Arabes sont des feignants qui grattent les allocs, a-t-il plus raison que le facho français qui dit la même chose ? Notre amour communiste doit il augmenter de façon proportionnelle à la quantité de mélamine, ou inversement proportionnelle au revenu ? Les questions fourmillent, et tout se complique, quand on parle de ces choses.

Elles semblaient pourtant assez claires à Mauroy, lors des grèves automobiles de 1983 (puisqu’on parle pas mal d’Aulnauy en ce moment), quand il déclarait « Les principales difficultés qui demeurent sont posées par des travailleurs immigrés dont je ne méconnais pas les problèmes mais qui, il me faut bien le constater, sont agités par des groupes religieux et politiques qui se déterminent en fonction de critères ayant peu à voir avec les réalités sociales françaises. » Et Auroux, ministre des affaires sociales : « Il y a à l’évidence une donnée religieuse et intégriste dans les conflits que nous avons rencontrés. »

Et dans le même moment, qui était celui de la marche pour l’Egalité, la CGT s’inquiétait : « De différents côtés, il est question d’initiatives diverses qui engagent les travailleurs immigrés à se battre seuls, voire à s’organiser exclusivement entre eux pour leurs droits et leurs revendications. En toute franchise, la CGT estime devoir vous mettre en garde contre de telles initiatives. » Car de telles initiatives divisent la classe ouvrière, qui doit rester unie, incolore et asexuée.

Et pendant ce conflit, qui portait sur des licenciements massifs dans la production, et donc touchait massivement les OS, la CFDT trouvait préférable, de son côté, de revendiquer les 35h…

Mais pourquoi parler des Noirs et des Arabes quand il y a tant d’ouvriers Polonais, Portugais et Yougoslaves ? Et, mon fils, il y a pas assez de belles juives que tu vas nous ramener une goy, et qu’en plus elle est même pas communiste ? Oy veh…

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MessageSujet: Re: POLICE, RÉPRESSION, MILITARISATION et VIOLENCES POLICIÈRES   Mar 21 Fév - 18:10




Citation :
Emission politique dont la 1ère thématique est: Les violences policières.
Amal Bentounsi (porte parole du collectif UNPA et sœur d'Amine Bentounsi), Omar Slaouti (Collectif Ali Ziri), Nacira Guénif-Souilamas (sociologue, professeure des universités à Paris VIII), Olivier Le Cour Grandmaison (politologue, maître de conférences en science politique à l'université d'Evry-Val d'Essonne).

partie 2 le 22 février

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POLICE, RÉPRESSION, MILITARISATION et VIOLENCES POLICIÈRES
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