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 L'EMPIRE EXTRACTIVISTE. Vols, dette, malnutrition, accaparement de terres et ressources...

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MessageSujet: L'EMPIRE EXTRACTIVISTE. Vols, dette, malnutrition, accaparement de terres et ressources...   Ven 8 Mai - 13:54

L'empire extractiviste. Vols, dette illégitime et réchauffement climatique Nicolas Sersiron Contretemps mai 2015

Nicolas Sersiron a écrit:
L'empire extractiviste. Vols, dette illégitime et réchauffement climatique

Intimement liés, dette et extractivisme, soit le pillage inconditionné des ressources naturelles de la planète, sont facteurs d’injustice, de corruption, et de violences sociales et environnementales. Président du Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde (CADTM France), Nicolas Sersiron livre ici une réflexion développée dans son livre Dette et extractivisme. La résistible ascension d’un duo destructeur (éd. Utopia, 2014). Elle s’ajoute à des textes précédemment publiés par la revue autour du thème de l’extractivisme.

L'extractivisme est une dépossession, la dette publique illégitime en est un levier et elle en est aussi une forme. L'intrication des deux aboutit à un transfert colossal de richesses — ressources naturelles, ressources humaines et ressources financières — des appauvris vers les enrichis. Les détenteurs du pouvoir économique, financier et politique — les grands actionnaires des multinationales et des banques — sont les bénéficiaires de cette spoliation. Dette et extractivisme sont le carburant et le moteur de la mégamachine produisant toujours plus d'inégalités et de gaz à effet de serre (GES).

Conquête des Amériques, esclavage, colonisation et extractivisme

La conquête du monde par l'Europe, a débuté il y a cinq siècles avec la "découverte" des Amériques, ses pillages et massacres. La violence des armées d’occupation — imposant l’esclavage pendant la période du commerce triangulaire puis le travail forcé de la période coloniale — a permis de voler les ressources naturelles, pendant quatre siècles. Après le départ des armées coloniales, au milieu du 20e siècle, la violence physique a été remplacée par la férocité de la dette illégitime. Rendu volontairement invisible pour la très grande majorité des citoyens du monde, sans brutalité apparente, elle impose, aux peuples de la planète qui la subisse, de travailler toujours plus pour la rembourser, alors qu’ils n’ont pas profité des emprunts faits par leurs gouvernants. Les pillages extractivistes des ressources naturelles et la destruction des écosystèmes entraînent des désastres incommensurables pour le vivant : humains, animaux, végétaux... Quant aux jeunes et aux générations futures, leur avenir est sacrifié, oublié, réchauffé, pollué, déforesté, asséché, par les conséquences de l'extractivisme.

L’extractivisme, ce nouveau mot, utilisé ici dans un sens large, recouvre toutes les formes et les moyens d’appropriation de la Nature et du travail par des entreprises, sans payer le prix des ressources extraites, ni celui de ses conséquences : déchets, pollutions, réchauffement, pertes de territoires, destructions du biotope… L’extractivisme est un pillage car il ne prend en compte ni la finitude des ressources ni les dégâts environnementaux et sociaux qu'il provoque. Vol gigantesque des communs il est un triple pillage : celui des ressources naturelles (végétales, fossiles, minières), celui des ressources humaines mais aussi celui des ressources financières, les trois se renforçant par leur interdépendance.

L’extractivisme des ressources naturelles

Il y a quelques centaines d'années, l’or et l’argent de la mine de Potosi en Bolivie n’ont pu enrichir la royauté espagnole puis le reste de l’Europe qu’au prix de la mort de 6 millions de mineurs indiens et d'esclaves africains forcés de travailler six mois sans sortir dans des conditions barbares : chaleur, manque d’oxygène, faim, silicose, épuisement… Il n’y aurait pas eu de tabac, sucre, coton, café, vanille, bois tropicaux, diamants, métaux précieux, etc., débarqués dans les ports européens sans le commerce triangulaire : traite transatlantique, déportation de dizaines de millions de jeunes Africain-e-s réduits en esclavage soumis au « Code noir » de Louis XIV pour « conditionner l'outil esclave ». Ces derniers, arrivés jeunes, ne vivaient guère plus de 8 à 9 ans.

« Lorsque les Blancs sont venus en Afrique, nous avions les terres et ils avaient la Bible. Ils nous ont appris à prier les yeux fermés : lorsque nous les avons ouverts, les Blancs avaient la terre et nous la Bible. » (Jomo Kenyatta)1

Comme un trou noir en astrophysique, l’extractivisme avale dans une extrême violence, toutes les ressources de la planète, pour les fondre dans l’immense chaudron du capitalisme depuis que l’Europe est parti à la conquête du monde. Il est le fondement de la richesse des actionnaires, de la puissance dévastatrice de leurs multinationales et bien sûr du pouvoir de leurs pays d’origine, les pays néo-colonisateurs, dits « développés ». Sa face cachée est l'appauvrissement des extractés-pillés et les dégâts environnementaux considérables. L’extractivisme existe sous différentes formes. Celui des ressources finies, dont la limite sera bientôt atteinte, comme certains métaux comme le cuivre, et les 80 % d'énergies fossiles qu'il faudra laisser dans le sol pour ne pas réchauffer au-delà de la limite des 2°C. Mais aussi celui des ressources renouvelables quand les extractions dépassent la capacité de régénération des écosystèmes. Les immenses bancs de morues de Terre neuve surpêchés, la fertilité des sols détruite, la déforestation massive par l’agriculture industrialisée privant la planète d’un grand régulateur du climat et des pluies, les nappes phréatiques asséchées par des revendeurs d’eau en bouteilles, par des extractions minières, ou l’agriculture productiviste...

L’esclavage, le travail forcé ou/et sous-payé sont des formes de l’extractivisme. Ainsi, en est-il des plus de 1 100 ouvrières du textile, mortes dans l’écroulement du Rana Plaza au Bangladesh en 2013, alors qu'elles ne voulaient pas monter dans l’immeuble déjà dangereusement fissuré. Une interdiction d’entrer avait été publiée par des inspecteurs. Menacées de licenciement par leur patron, elles ont été contraintes d’y aller pour ne pas perdre les deux dollars par journée de 10 h de travail (20 cents de l’heure), qui leur permettaient de faire survivre leur famille.

Faim, pauvreté et guerre sont les moyens et les conséquences de l’appropriation par les nantis des ressources naturelles, humaines et financières. Quand la dette illégitime n’a pas suffisamment asservi et affaibli un peuple ou un pays, alors les moyens militaires ou policiers sont utilisés par les décideurs pour maintenir la continuité des pillages extractivistes. La guerre d’Irak en 2003, celles de Libye, Mali, Centrafrique, ou les massacres et viols par millions au Congo RDC ces dernières années, ne sont-elles pas des guerres extractivistes ? Que ce soit pour conquérir de nouvelles ressources comme le pétrole irakien ou pour conserver la mainmise sur d’anciennes comme l’or du Mali, la cassitérite du nord Kivu pour la high-tech ou l’uranium du Niger à Arlit, et tant d'autres. Si le mouvement Al-Qaïda au Sahel n’avait pas été repoussé du Mali par l’armée française, l’approvisionnement, à des prix très bas, de 40% des centrales nucléaires aurait été fortement compromis dans le pays le plus nucléarisé au monde par habitant, la France. Selon Azaoua Mamane du Niger :

« La population a hérité de 50 millions de tonnes de résidus radioactifs stockés à Arlit et Areva continue de pomper gratuitement 20 millions de mètres cubes d'eau par an pendant que la population meurt de soif. Les rues et les habitations d'Arlit sont construites à l'aide de résidus radioactifs et la nappe phréatique usée et contaminée s'assèche par la faute d'Areva. » (« Manifestation anti-Areva au Niger », LeMonde.fr, 12.10.2013)

Les filons d’or ont aujourd’hui disparu. Pour obtenir 2 à 5 gr d’or, il faut broyer une tonne de roches aurifères, utiliser de grandes quantités d’énergie, de métaux, d’eau et de cyanure pour la lixiviation. Les pollutions de l’eau et de la terre sont énormes que ce soit à Cajamarca au Pérou ou à Catamarca en Argentine et dans bien d'autres lieux.

Sans faire une liste exhaustive de tous les extractivismes comme celui de l’eau douce, des réserves halieutiques par la pêche industrielle, des sites éoliens par la finance spéculative, du sable qui fait disparaitre plages, îles et sols alluvionnaires, il est impossible de ne pas évoquer les terribles accaparements des terres fertiles et de l’eau d’irrigation par les spéculateurs. Ce pillage agricole renoue avec les premières enclosures du 16ème siècle en Angleterre et les dépossessions de la période coloniale. « L’Afrique sans les africains, le rêve blanc du continent noir » titre d'un livre de Stephen Smith, se réalise dans un silence assourdissant.

Dettes odieuses, illégitimité et plans d'ajustement structurel

Les emprunts des pays colonisateurs comme ceux des dictatures sont des dettes odieuses pour un nouveau gouvernement. Si l’emprunt a été fait sans le consentement du peuple et qu’il ne lui a pas profité alors que le préteur le savait, la dette est odieuse et le régime suivant n’est pas tenu de la rembourser. Des ports en eau profonde ou des chemins de fer permettant d’acheminer les ressources naturelles des colonies pour l'exportation ont été financés par des prêts de la Banque mondiale après la Seconde Guerre mondiale. Des pays surendettés comme la France de cette époque ont alors bénéficié de ces facilités pour pouvoir mieux piller leurs colonies. La société de consommation, exportée par l' "ami" américain après la guerre, se développait en Europe très rapidement, alors que la reconstruction du pays nécessitait un surcroit d’importation de matières premières. Les armées coloniales parties, comment assurer la continuité des pillages ?

Dès les indépendances, la Banque mondiale, a imposé à des pays libres le remboursement d’une dette clairement odieuse. Le système dette était né, et avec lui le néocolonialisme. Mais comment a-t-elle procédé pour réussir ce transfert asservissement à des pays libres ? Quant un véritable démocrate était porté au pouvoir par son peuple, souvent un résistant nationaliste, comme Lumumba au Congo, Sankara au Burkina, Allende au Chili et bien d’autres, il contestait le remboursement de la dette illégitime comme la continuité des pillages extractivistes. Les services secrets occidentaux se chargeaient alors de l’éliminer ou de fomenter une guerre civile : réseau Foccart, CIA, etc. Il était aussitôt remplacé par un responsable corruptible que les anciens pays colonisateurs se chargeaient de corrompre avec des prêts et des aides liées. Remboursements illégitimes, appauvrissements des populations et pillages extractivistes en tous genres pouvaient alors continuer voire même s’amplifier sous la férule d’une bourgeoisie locale corrompue. La richesse de Mobutu au Zaïre dans les années 90, devenue RDC depuis — pays aux sous-sols les plus riches de la planète — était égale à la dette du pays.

Depuis plus de 30 ans, les plans d’ajustement structurel, les PAS, ont été infligés aux pays du Sud, par des préteurs comme la Banque mondiale et le FMI. Plus récemment, ils ont été imposés aux pays d’Europe du Sud sous le nom de plans d’austérité. Que ce soit en Afrique ou aujourd'hui en Grèce, le résultat a été un très violent appauvrissement de la population et une augmentation de la fortune des plus riches. Quant à la dette, elle a souvent continué à augmenter comme en Grèce et partout en Europe, même si au Sud elle a pu diminuer momentanément grâce à l’augmentation du prix des matières premières exportées. Ces PAS, conditionnalités accouplées aux prêts de secours, sont des armes de destruction massive des peuples. Ainsi, ils ont permis au grand capital d’imposer, entre autres, le libre-échange et la liberté de mouvement des capitaux. La baisse drastique des droits de douane à autoriser les produits du Nord, issus de l’agro-extractivisme subventionné, de concurrencer de façon déloyale voire de ruiner les agricultures familiales et vivrières du Sud. Quant aux multinationales elles ont été encouragées à racheter les entreprises publiques des pays en développement pour quelques cacahuètes, avec la possibilité de rapatrier leurs bénéfices librement, appauvrissant là encore peuples et gouvernements.

Mais les PAS ont surtout imposé aux pays dits hypocritement « en développement » l’obligation d’exporter leurs ressources naturelles à l'état brut, dans la continuité de la période coloniale. C’était le but. Les paysans ont été encouragés à faire des cultures de rentes exportables (bananes, café, cacao…) plutôt que de l’agriculture vivrière et les gouvernements ont été poussés à augmenter les extractions minières exportées à l’état brut. Emplois et plus-value issus de la transformation ont été réservés aux pays industrialisés. Les mines étant entre les mains des multinationales, les pratiques de vol sur les quantités, de contrats léonins et de prix de transfert à travers les paradis fiscaux ne leurs ont laissé que des miettes… Lesquelles ont été en partie exportées pour le remboursement des dettes illégitimes. Hold-up parfait !

Dette écologique

Miroir inversé du capitalisme, elle est la somme des externalités négatives accumulées au fil des siècles par les pillages extractivistes. Elle n’a jamais été compensée ni réparée et continue de grossir. On peut la diviser arbitrairement en quatre dettes. En posant que l’extractivisme est non seulement le pillage des ressources naturelles mais aussi celui des ressources humaines indispensables à leurs extractions, l’esclavage durant les trois-quatre siècles du commerce triangulaire et ensuite le travail forcé de la période coloniale, ont créé une dette éco-historique. C’est la première. Sinon comment comprendre que l’Europe soit mille fois plus riche que l’Afrique subsaharienne aujourd’hui, alors qu’au temps des colonies, le niveau de vie d’un paysan ardéchois, berrichon ou suisse était semblable à celui d’un paysan sénégalais, camerounais, ou burkinabé.

La seconde, la dette sociale, est celle subie par les peuples ayant perdu leur territoire et leurs moyens de vie du fait des accaparements de terres et des dépossessions de leurs richesses naturelles, minières, fossiles et végétales (déforestation, désertification du fait de monocultures coloniales, etc.) au profit de bourgeoisies locales corrompues mais surtout des riches pays du Nord, principalement de leurs multinationales. Les immenses bidonvilles du Sud comme la persistance des maladies infectieuses, Ebola, paludisme, tuberculose... la pauvreté et la faim n’en sont-ils pas les preuves accablantes ?

La troisième, la dette environnementale, est celle accumulée par les désastres environnementaux, déforestations, pollutions diverses, déchets et la disparition définitive des ressources par le pillage.

La dernière est la dette climatique. Les pays les moins avancés, les PMA, n’ont qu’une responsabilité insignifiante voire nulle dans le réchauffement mais ils sont les premiers à en subir les conséquences et n’ont pas les moyens financiers ni techniques d’y faire face. Je n’oublie pas les générations présentes et futures qui doivent et devront gérer pollutions et déchets sans jamais pouvoir jouir des richesses pillées. Les migrations climatiques ont déjà commencé. Les pays du Nord et tous les détenteurs de capitaux ont donc une lourde dette écologique. Pourtant non seulement ils ne réparent, ni ne compensent mais ils osent contraindre les peuples du Sud à rembourser les dettes financières illégitimes.

Extractivisme et climat

Les énergies fossiles, pétrole, gaz, charbon, émettent après combustion beaucoup plus de CO2 que ne peuvent absorber forêts, terres agricoles et océans au point que l’on a dépassé les 400 particules de CO2 par millions (ppm). La densité en dioxyde de carbone de l'atmosphère était pourtant, depuis 800 mille ans, en dessous de 300 ppm. Selon l’AIE, la Banque mondiale, le GIEC... il faut laisser les 3/4 des énergies fossiles dans le sol pour ne pas dépasser la barre fatidique des + 2°C. Cela d’autant plus que la majorité des ressources faciles à extraire arrivent à épuisement. Alors qu’il y a un siècle au Texas, en plus d’une pioche, il suffisait d’investir 1 baril de pétrole pour en obtenir 100, l’EROIE2 était alors de 100, aujourd’hui avec un baril investi on obtient seulement 2 à 2,5 barils de pétrole au Canada avec les sables bitumineux de l’Alberta. Sans parler des quantités astronomiques d’eau transformée en vapeur pour diluer l’huile mélangée au sable. Selon Philippe Bihouix, la densité de métal dans les minerais étant de plus en plus faible, il faut de plus en plus d’énergie et de métal pour l’extraction des dits minerais. Les difficultés pour extraire les énergies fossiles étant de plus en plus grandes — sables bitumineux, huile et gaz de schiste, puits en eaux profondes — il faut de plus en plus de métaux et d’énergie là aussi.

Conclusion, l’EROIE, partout en chute libre entraîne, une croissance rapide de la quantité d’énergie et de métaux nécessaires pour les extractions, et donc de GES émis. Ils ont été en croissance de 3 % par an ces dernières années. Ce qui doit remettre très fortement en question le mode de vie conso-gaspilleur “à l’occidentale” si nous voulons que nos enfants puissent encore profiter d’un reste de métaux et d’énergie fossile, sans avoir en plus à survivre dans un four. Les énergies renouvelables, les ENR, même généralisées, ne permettront jamais de maintenir le gaspillage énergétique actuel : l’EROIE des panneaux solaires par exemple ne dépasse guère 2.5, celui des agrocarburants est égale à 1. Il est même négatif pour ces derniers quand ils sont produits sur des terres déforestées par brûlis : soja amazonien, huile de palme indonésienne… Seule un passage rapide du gaspillage généralisé à un mode de vie économe en énergie permettra de faire face aux catastrophes climatiques : décroissance de l'hypermobilité et de la consommation de viande, relocalisation des productions agricoles et industrielles, habitat à très faible consommation d'énergie...

Agro-extractivisme et alimentation industrielle : malnutrition partout

L’économie ultralibérale fonctionne selon un cycle connu : extractivisme – productivisme – consumérisme – profits – déchets – pollutions, et l’agriculture productiviste en est l'exemple le plus emblématique. Mais pour que ce cycle apporte les profits désirés aux tenants de l'agrobusiness, il transforme les agriculteurs et les champs respectivement en fournisseur et puits de matières premières.

Selon la FAO, un tiers de la population mondiale ne mange pas suffisamment pour avoir une vie active et selon l’OMS un autre tiers est en surpoids ou obèse. Jean Ziegler comme Olivier de Schutter n’ont cessé de dire que nous produisions suffisamment pour nourrir 12 milliards d’humains. Alors quels rapports y a-t-il entre la dette illégitime, l’alimentation et l’agro-extractivisme ?

L’industrialisation de l'agriculture et son artificialisation est le plus grand crime de tous les temps commis contre le vivant. Les puissances qui en tirent profit sont, en amont, les industriels des pesticides, des semences brevetées, des OGM, des engrais, du pétrole, des machines, de la finance et des exploitations géantes (grains et méga fermes d'élevages), en aval, le grand commerce des grains, les transformateurs alimentaires particulièrement ceux de la viande et des produits laitiers, la finance spéculative (denrées alimentaires et terres), les grandes plates-formes d’achats et les supermarchés, et encore bien d'autres. Cela n'a été possible que par un lobbying politique intense, de la corruption et des mensonges pour en masquer les terribles externalités négatives. Ainsi, la « Climate Smart Agriculture » soutenue par la Banque mondiale comme la Nouvelle Alliance pour la Sécurité Alimentaire et la nutrition, la NASAN, portée par de nombreuses entreprises privées et des organismes publics, sont de dangereux oxymores. Outils de la croissance verte, ils ne visent — contrairement à leur titre écologiquement et socialement compatible — qu’à déposséder encore plus les petits paysans de leurs terres pour augmenter les surfaces dédiées à l’agro-extractivisme et les profits des multinationales cités plus haut. Et contrairement à ce qui est annoncé, la faim, la pauvreté dans les campagnes et le réchauffement climatique ne pourront que continuer à augmenter avec de tels projets. Le rapport de trois grandes ONG internationales « La faim un business comme un autre »3 est très clair. Selon eux, cette initiative « pousse les États africains à mettre en œuvre des mesures de dérégulation et d’ultra libéralisation de leur secteur agricole au détriment de l'agriculture familiale et paysanne ».

L’agro-extractivisme devrait être banni de toutes les campagnes du monde tant ses aspects négatifs sont incommensurables. Alors pourquoi l’étendre encore ? Réponse : la viande et les produits laitiers génèrent des profits colossaux qui seraient impossibles avec le commerce des seuls végétaux. Le productivisme agricole n’existerait tout simplement pas, si la consommation croissante des produits laitiers et de viande n’était pas instrumentalisée par les lobbies, la publicité mensongère omniprésente vantant leurs bienfaits et les gouvernements complices. Près de 80 % des terres agricoles de la planète sont consacrées à l’élevage : parcours, herbages, fourrages, grains. Les déforestations amazoniennes sont à 90 % causés par l’élevage et le soja pour la nourriture animale.4 Près de 70 % de l’eau douce est utilisée par cette agriculture, qui est de très loin le plus grand responsable des pollutions, air, terre, eau, et de la très grande majorité des pertes de la biodiversité planétaire. L’ensemble du système alimentaire des pays industrialisés produit de 44 à 57 % du total des émissions de GES selon le rapport de l’association GRAIN, « Souveraineté alimentaire : 5 étapes pour refroidir la planète et nourrir sa population »5.

Question : la viande est-elle nécessaire pour nourrir l’humanité et être en bonne santé ? Non. Des milliards d’humains sont encore végétariens (1/3 de la Chine et peut être la moitié de l'Inde). Selon « Le rapport Campbell », et bien d’autres auteurs, la nourriture carnée et les laitages seraient responsables d’une grande part des maladies modernes.

Sans l’extraction-pillage des phosphates, potasse, pétrole et gaz, sans l’utilisation des engrais azotés et des pesticides à base d’énergie fossile, et sans la consommation-pollution gratuite de 70 % de l’eau douce, ce système de production ne pourrait pas exister. Or cette agriculture issue des pays de la Triade, très fortement subventionnée, en surproduction permanente, exporte ses excédents. Nourrissent-ils au Sud les populations affamées ou en manque de nutriments et calories ? Celles qui peuvent les payer, oui, avec pesticides en supplément ? Pour les autres, c’est non. Les émeutes de la faim en 2008, quand les prix, suite à une spéculation effrénée, ont violemment augmenté, nous rappellent que ce système n’assure pas la sécurité alimentaire des villes ni même des campagnes.

Depuis l’imposition du libre échange par les PAS dans les années 1980, le blé importé dans les PED en provenance des pays industrialisés, en étant toujours moins cher — puisque vendu en dumping — que le mil produit localement, met en faillite les agriculteurs, comme le poulet congelé importé condamne les éleveurs. Ainsi l’agriculture vivrière, déjà soumise à l’obligation de faire des cultures de rente pour le remboursement des dettes, est encore affaiblie par cette concurrence déloyale. Les paysans ont été appauvris par la dette illégitime et l’agro-extractivisme. Les accaparements de terre en sont la conséquence directe et catastrophique pour l’avenir de l’humanité.

Accaparements de terres et "puits de pétrole" !

Préservées par des générations de paysans, les terres accaparées seront soumises par le système agro-industriel à une intense défertilisation. Et pire, beaucoup d’eau sera prélevée puis polluée par les engrais de synthèse et les pesticides. la fertilité des terres et l'eau virtuelle seront exportées sous forme de produits pour abreuver les voitures, nourrir les élevages des pays industrialisés ou parfumer et embellir les amours des plus riches avec des fleurs. Une surface équivalente à cinq ou six « France agricole » (150 à 200 millions d’hectares) aurait été accaparée ces dernières décennies selon GRAIN. Les habitants de ces territoires, ayant perdu leur autonomie alimentaire, iront grossir les bidonvilles à la recherche de nourriture et travail. Les surfaces dédiées à l’agriculture vivrière diminueront d’autant. Est-ce le but recherché ? Oui. Cela augmente fortement le commerce et les profits de l’agrobusiness et des spéculateurs internationaux. Ces junkies du profit ne veulent surtout pas savoir ni comprendre que l’agriculture locale nourrit encore 70% de la population mondiale, sans détruire la fertilité ni réchauffer la planète. L’agronome Jacques Caplat6 affirme qu’une véritable agriculture biologique, ne nécessitant pas d’intrants extérieurs, a de bien meilleurs rendements dans les pays du Sud que l’agriculture productivo-chimique.

Les accapareurs volent. En complicité avec les gouvernements, ils dépossèdent les populations alors contraintes par la force de quitter leurs territoires ancestraux et perdre leurs traditions culturelles. Elles qui n’ont jamais été aidées pour développer une véritable agroécologie. Cela leurs aurait pourtant permis d’accéder à une vie digne et autonome. Une alimentation sécurisée, des revenus stables, la vente des excédents leurs auraient donné la possibilité d'accéder à une éducation et une santé de qualité. Un rêve. La triste réalité est que le prix des locations à long terme (baux emphytéotiques) payé par les accapareurs aux gouvernements est dérisoire : plus ou moins un euro par hectare et par an. De fortes contreparties sont versées dans les paradis fiscaux et judiciaires aux responsables politiques. Les bénéfices pour les pays en emplois ou taxes sur les exportations sont insignifiants, les investisseurs obtiennent fréquemment des franchises fiscales. C’est ainsi que donner un titre de propriété aux petits paysans — action soutenue par la Banque mondiale — est, en réalité, un moyen pour la grande finance de leurs voler « légalement » les terres. Trop appauvris les paysans ne peuvent résister à une petite poignée de dollars versés par les spéculateurs pour le prix de leurs terres.

L’Éthiopie, pays où sévit encore la famine, a déjà cédé quelques millions d’hectares. Plutôt que de « voler » les terres des peuples, pourquoi ne pas donner aux populations locales les moyens financiers et techniques pour développer une agriculture efficiente et biologique ? Pas de profit pour les accapareurs, pas de spéculation sur les denrées alimentaires ni sur les terres ! L’agriculture vivrière ne profite qu'aux populations locales. Pourtant, piller la fertilité des terres et l’eau est un ethnocide, une mort culturelle, et parfois une mort physique, pour les peuples chassés de leurs territoires ancestraux et contraints d’aller vivre dans les bidonvilles.

L'illégitimité des dettes au Nord

La dette mondiale, privée et publique, augmente chaque année plus vite que le taux de croissance. En 2014 elle était proche de 200 000 milliards de dollars, soit 286 % du PIB mondial. Si le taux d’intérêt moyen avait été de 3 %, les préteurs de capitaux auraient recueilli, 7 000 milliards de dollars d’intérêts, soit les PIB cumulés de trois grands pays : France, Allemagne et Grande-Bretagne. Répartis entre les 1%, cela représenterait 700 000 dollars par personne et par an, entre les 0,1 %, 7 millions de dollars. Ces sommes considérables ne viennent, que de l’exploitation-extraction de la nature et du travail.

La dette publique illégitime, odieuse ou illégale, est une forme de l’extractivisme car elle contraint des peuples à payer des impôts aboutissant à l’« enrichissement sans cause » des détenteurs de capitaux. Il y a alors extraction-pillage de la plus-value produite par les travailleurs. N’y a-t-il pas aussi extractivisme financier quand l’argent prêté a été utilisé pour corrompre les décideurs d’un pays ou pour permettre à des entreprises privées de faire des profits à travers des éléphants blancs en Afrique, ou des « grands projets nuisibles imposés » comme le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes près de Nantes ou la future LGV entre Lyon et Turin à 27 Mds€ ?

Quand les citoyens d’un pays ne bénéficient pas des emprunts publics mais en sont les victimes, la dette est illégitime pour eux. Quand la décision d’emprunter a été prise par le parlement d’un pays, la dette est légale. Mais cela suffit-il à la rendre légitime alors que l’emprunt et les intérêts payés ne profitent qu’à quelques uns qui, le plus souvent, ne paient pas ou très peu d’impôts grâce à l’évasion fiscal dans les Paradis fiscaux ? Les scandales LuxLeaks et SwissLeaks, révèlent que de nombreuses grandes entreprises, des milliers de riches particuliers, même des narcotrafiquants, ont échappé à l’impôt ou/et à la police, dans des proportions considérables, en se réfugiant dans l’opacité des Paradis fiscaux et judiciaires. On connaît la phrase répétée ad nauseam, « les caisses sont vides ». En refusant de taxer entreprises, actionnaires et autres nantis, l’augmentation des impôts de monsieur Tout-le-monde et la baisse des salaires sont devenues, d'après nos gouvernants, les seules solutions pour maintenir la compétitivité de l'économie et le fonctionnement des services publics et des administrations. En réalité c’est un hold-up extractiviste : un vol pour remplacer un autre vol, celui fait par l’évasion fiscale des plus puissants. Merci aux lanceurs d’alerte d’avoir réussi à dévoiler les « pratiques totalement couvertes et protégées par des États laxistes comme le Luxembourg ou la Suisse. Résultat : un trou de 1.000 milliards d’euros en Europe dans les caisses publiques, à cause de l’évasion! »7

L’exemple de la dette publique française, près de 100 % du PIB en 2015, soit plus de 2 000 Mds euros est intéressant pour mieux appréhender le système de transfert des appauvris vers les enrichis organisé par la croissance de la dette publique. Un rapport du « Collectif pour un Audit Citoyen de la dette », le CAC, affirmait en 2014 que 59 % de la dette française était illégitime. Depuis la signature en 1992 du traité européen de Maastricht, les États de l’Union sont obligés de se refinancer auprès des banques privées. Or quand les intérêts sont plus élevés que le taux de croissance de l’économie, cela provoque un effet boule de neige. Le stock de la dette croit mécaniquement. Par ailleurs, depuis une trentaine d’années, les cadeaux fiscaux faits aux entreprises et aux ménages les plus fortunés ont mis le budget en déficit permanent. L’État, s'étant contraint à emprunter aux banques chaque année pour équilibrer ses finances, a fait gonfler, là aussi, la dette. Ainsi le CAC pointe que « l’impact combiné de l’effet boule de neige et des cadeaux fiscaux sur la dette publique est majeur : 53% du PIB (soit 1 077 Mds€). » Il note par ailleurs que si l’État, avait emprunté aux ménages ou aux banques centrales avec un taux de 2% « la dette publique serait inférieur de 29 points de PIB. » Bien que légales car votées par le parlement ces mesures sont-elles pour autant légitimes ? Est-il acceptable que les citoyens paient par l’austérité - privatisation-réduction des services publics et augmentation de leurs impôts — les intérêts d’une dette devenue obèse, alors qu’ils n’en sont pas responsables. Depuis 20 ans les dépenses de l’État en pourcentage du PIB on diminué de 2 points contrairement à la fameuse fable d’un peuple traité de cigales dépensières par son gouvernement. N’avoue-t-il pas, avec ce mensonge, qu’il est au service de la finance plutôt qu’à celui des citoyens ?

La Grèce de 2015 en est une terrible illustration du pillage d'un pays et de son peuple par la dette : en échange de ses prêts de secours, pour rembourser la dette publique, pourtant très majoritairement illégitime, odieuse ou/et illégale, la Troïka a imposé la baisse des salaires, retraites, services de santé (près d’un tiers des grecs ne sont plus assurés), vente et privatisation des terres, ports, plages, îles, mines et autres ressources naturelles. De plus, les prêts faits à la Grèce ont été transférés à 77% aux banques privées depuis le début de la crise, aboutissant à un pillage de ses ressources financières en transférant la charge de la dette des banques privées étrangères sur le peuple grec. La population, laissée dans un abandon social proche de celui des pays en développement depuis 30 ans — par les mémorandums de la Troïka — doit payer impôts et taxes pour rembourser une dette dont elle n’est pas responsable, avant de pouvoir se soigner et manger. La dette illégitime est bien en elle-même une forme d’extractivisme financier mais elle est aussi le levier, par les conditionnalités imposées avec les prêts, des autres extractivismes.

Luttes et alternatives

Notre planète, « Titanisée » par ses officiers-aux-longs-profits ne pourra être déviée de sa course suicidaire que par les citoyens du monde conscients que le pillage généralisé en est la cause essentielle. Demain ne pourra exister que s’il est post-extractiviste. De nombreux groupes de personnes agissent pour s’extraire de la gangue du conso-gaspillage à l’origine de ces pillages. En plus de détruire le monde ils ont compris qu’elle ne les rendra jamais heureux. Dans une course sans fin, les faux-besoins qui apparaissent chaque jour nous obligent à travailler toujours plus pour tenter de les satisfaire. La consommation, raison d’être de l’extractivisme, est une drogue dure. Le sevrage est un cheminement lent et difficile car il demande de décoloniser notre imaginaire, de réinventer-retrouver d’autres plaisirs. C’est en restituant la priorité à des valeurs de simplicité volontaire, sobriété heureuse, lenteur, collectif, solidarité, échange, partage, gratuité, harmonie avec la nature que nous pourrons lutter contre les valorisations instrumentalisées par l'idéologie ultralibérale telles que richesse matérielle, vitesse, compétitivité, individualisme, domination sur la nature.

Aller vers la vie bonne, le buen vivir des natifs d’Amérique du Sud, c'est comprendre que la recherche continuelle du mieux vivre par le toujours plus correspond nécessairement à du moins et du mal vivre ailleurs. Le réchauffement climatique en est un exemple terrifiant. Climatiser l’intérieur de sa maison ou de sa voiture l'été revient à réchauffer l’extérieur, le climat. En effet cela requiert une consommation supplémentaire d'énergie qui émettra des GES directement ou indirectement. Lesquels sont la source principale du réchauffement climatique impactant déjà les populations appauvris et fragiles du Sud. Alors qu'isoler les habitations préserve le climat. La société à réinventer urgemment sera nécessairement post-consumériste si nous voulons préserver l’ensemble des êtres vivants, l’avenir de nos enfants et petits enfants.

Le donner-recevoir-rendre, base des échanges entre les hommes depuis toujours, leur a permis de se constituer en société. Le respect de cette tradition est indispensable pour maintenir la paix8. Le temps qui passe entre le recevoir et le rendre nécessite la confiance. Ce temps est celui du crédit, de la dette. Ne pas rendre, ne pas rembourser, casse les liens sociaux. Le pillage extractiviste comme la dette illégitime sont des prendre sans rendre ni avoir reçu. Ils ne peuvent apporter que violence, conflits, guerre et pauvreté pour le plus grand nombre. La compétition pour le dépeçage de la nature est une rupture gravissime des échanges équilibrés qui ont permis et permettent encore de relier les humains entre eux et avec la nature sans qu’ils la détruisent ni s’autodétruisent. Une civilisation dont la valeur première est l'accumulation de l’avoir individuel ne peut déboucher que sur une barbarie globalisée. Elle est une négation de l'être en temps qu'individu relié aux autres par les cultures ancestrales. Or la croissance continue de la marchandisation ne peut qu'accentuer la rareté des ressources et le réchauffement. Ce qui provoquera l'effondrement à court terme de nos sociétés hypermatérialistes. Un monde de plus en plus interconnecté par l'échange des biens, des aliments, de l'énergie, de la finance, des informations... est un monde fragilisé car il a perdu son autonomie. Le chaos climatique augmente les risques de rupture, la disparition des ressources obère l'avenir, le nucléaire et l'agriculture productiviste sont dangereux et non pérennes, les gâchis impliquent de produire toujours plus dans un monde toujours plus fini. Un maillon casse et la chaîne se disloque. Si les villes ont pu tenir pendant les dernières guerres c'est bien grâce à l'autonomie productive et alimentaire des campagnes. Aujourd'hui c'est fini, il n'existe plus guère que l'agroextractivisme pour fournir l'industrie alimentaire, les supermarchés importent énormément et ils n'ont que trois jours de réserve. Une rupture de fourniture en énergie fossile, les camions qui ne roulent plus, les frigos qui s'arrêtent, provoquerait une famine immédiate.

Ce n’est pas la « croissance verte », cet oxymore, qui stoppera le chaos climatique et les désastres environnementaux. Face à nos angoisses sur l’avenir, avec un habillage fait d’arbres, de petites fleurs et de pseudo respect de la Nature, les extractivistes se déguisent pour continuer dépossessions et destructions. Ils ne sont que des dealers pour qui notre dose quotidienne de biens à gaspiller est le seul moyen qu’ils ont trouvé pour obtenir leur drogue mortifère : le profit. Ces junkies détruisent le monde, avec notre tacite consentement.

Nous sommes de plus en plus nombreux à comprendre qu’une économie post-extractiviste donc post-consumériste, est non seulement possible, mais éminemment souhaitable. L’urgence climatique impose la décroissance matérielle aux nantis des pays industrialisés, la justice sociale celle de la décroissance des inégalités. La malnutrition par la faim et le gavage de milliards d’humains comme le réchauffement climatique sont les monstrueux échecs du capitalisme ultra-libéralisé. Le monde est déjà d’une cruauté abominable, un effondrement ne pourra produire qu'un accroissement démentiel de la barbarie déjà existante. Alors que faire ?

Les alternatives, les résistances actives et passives sont de plus en plus nombreuses. Les passages à l'acte par des collectifs conscients augmentent chaque jour. Malgré le mur idéologique dressé par le TINA thatchérien ["There is no alternative"], vrillé chaque jour dans nos cerveaux par les médias et les politiques, les résistances à l'effondrement et à la sauvagerie s'organisent. Ne pouvant en dresser une liste exhaustive, nous citerons quelques luttes essentielles. L'audit citoyen de la dette est indispensable pour savoir qui paient les impôts, dans quelle proportion, et ce qui est fait de l'argent des contribuables. Le parlement grec a décidé de faire un audit citoyen de la dette. Une fois déterminée, la part illégitime ne devrait jamais être payée. Un audit ne pourra être efficace et juste que si les paradis fiscaux et judiciaires deviennent des enfers pour ceux qui y cachent leurs profits sans contribuer aux dépenses collectives. Pour lutter contre les inégalités et les pillages extractivistes, ces deux combats sont primordiaux. La prime au voleur a fait des pilleurs extractivistes, banksters et autres spéculateurs les maîtres du monde d'aujourd'hui. En unissant les luttes des peuples du Sud à celles du Nord, nous pouvons redonner la primauté à la justice sociale, faire cesser la casse environnementale et reconstruire un avenir désirable.

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1. Jomo Kenyatta (1893-1978), leader politique puis président kenyan.
2. EROIE, energy return on invested energy, le retour d’énergie sur l’énergie investie.
3. « Rapport : la fin un business comme un autre », http://ccfd-terresolidaire.org, 16.09.2014.
4. Une montre que l’élevage bovin brésilien est responsable de 80 % de la déforestation de l’Amazonie : Agnès Stienne, « Quand l’industrie de la viande dévore la planète », Visions cartographiques, Les blogs du Diplo, 21.06.2012.
5. « Souveraineté alimentaire : 5 étapes pour refroidir la planète et nourrir sa population », Grain.org, 05.12.2015.
6. Jacques Caplat, L’agriculture biologique pour nourrir l’humanité, Actes sud, 2012.
7. Gilles Bridier, « SwissLeaks et LuxLeaks, de bonnes nouvelles pour la démocratie », Slate.fr, 10.02.2015.
8. L'histoire montre que rois et empereurs ont bousculé cette coutume primordiale pour construire des empires, des ordres hiérarchiques et des castes. Pourtant encore aujourd'hui ne pas rendre revient à couper les liens relationnels qui permettent de vivre avec les autres, de faire société. L'individualisme poussé à son paroxysme est une fracture qui isole et oblige à compenser par un consumérisme parfois compulsif. L'idéologie ultralibérale dominante ne veut pas des échanges gratuits et des liens induits par le donner-recevoir-rendre car son potentiel de profit est nul.


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MessageSujet: Les lois semencières criminalisent les paysannes et les paysans : résistances et luttes    Dim 17 Mai - 11:09

"GRAIN est une petite organisation internationale qui soutient la lutte des paysans et des mouvements sociaux pour renforcer le contrôle des communautés sur des systèmes alimentaires fondés sur la biodiversité."

Les lois semencières criminalisent les paysannes et les paysans : résistances et luttes La Via Campesina GRAIN 8 avril 2015

GRAIN a écrit:

Les semences paysannes sont attaquées de toutes parts. Sous la pression des grandes entreprises, les législations de nombreux pays posent des obstacles à ce que les paysans et les paysannes peuvent faire de leurs propres semences et des semences qu'ils achètent. La conservation et la réutilisation des semences, une pratique millénaire à la base de l'agriculture devient une activité criminelle. Que peut on faire ?

Table des matières (liens actifs dans l'original)

Introduction

1. Comment les législations semencières convertissent les semences paysannes en semences illégales

2. Les semences africaines: un trésor menacé

3. Amériques: la résistance massive contre les lois Monsanto

4. Asie: la lutte contre une nouvelle vague de semences industrielles

5. Europe: les paysans s’efforcent de sauver la diversité agricole

Conclusion

Glossaire

Liste des acronymes

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MessageSujet: Philippines : une réforme agraire qui intensifie l’accaparement des terres    Sam 20 Juin - 1:36


Philippines : une réforme agraire qui intensifie l’accaparement des terres AlterAsia 15 juin 2015 by in A la Une

AlterAsia a écrit:
Pour les fermiers, permettre aux étrangers de posséder la terre à 100% et prolonger le programme de réforme agraire du gouvernement signe leur arrêt de mort.

La Chambre des représentants a adopté en seconde lecture la semaine dernière la résolution N°1 des deux Chambres ou Loi de Modification de la Charte. La résolution vise à lever les dispositions économiques protectionnistes de la Constitution pour accorder aux étrangers la propriété à 100% de terres, d’industries, de medias et d’autres ressources. En attendant, le Projet de Loi 4296 visant à étendre le Programme Complet de Réforme Agraire (CARP) pour deux années encore sera probablement adopté par la Chambre en séance plénière avant l’ajournement du 11 juin.

Le Kilusang Magbubukid ng Pilipnas (KMP) estime que la levée de la règle 60-40 pour la propriété des terres grâce à la Modification de la Charte ouvrirait la voie à la possession à 100% des terres par les étrangers tandis qu’une extension du CARP garantirait la protection des intérêts étrangers dans l’agriculture.

Rafael Mariano, président du KMP, se demande « où le Cha-Cha (Modification de la Charte) d’Aquino va trouver les terres à vendre aux étrangers ? » Le groupe dit s’attendre à « une augmentation des revirements de la réforme agraire, des exemptions et une nouvelle concentration des terres sous le Cha-Cha d’Aquino ». Pour lui, « les législations jumelles d’Aquino contre les paysans, les projets de Loi Cha-Cha et d’extension du CARP, vont nécessairement aggraver les accaparements de terres et les expulsions forcées de fermiers à la campagne ».

Sur la base des contrôles effectués par le groupe de réflexion indépendant, Ibon Foundation, des sociétés étrangères de 14 pays différents ont des intérêts agro-industriels aux Philippines, en grande partie pour la production d’aliments et de bio-carburants. Certaines de ces sociétés ont signé des baux ou des concessions couvrant des milliers d’hectares dans différentes parties du pays.

Investissements étrangers soutenus par la Banque mondiale

Au cours d’une conférence de presse le 2 juin, Mariano a indiqué que des baux comme ceux des sociétés américaines Dole et Del Monte concernant 200 000 hectares seraient convertis en propriété à 100 % dès l’approbation de la Modification de la Charte. Il a ajouté que le « CARP a servi de couverture légale pour les accaparements de terres par des locaux ou des étrangers avec des soi-disant accords de cession-bail et partenariats agro-industriels. »

D’autres sociétés agro-industrielles étrangères se penchent déjà sur des investissements aux Philippines. Selon un rapport du Wall Street Journal posté par farmlandgrab.org, la Banque Mondiale et l’Agence de Coopération Internationale du Japon préparent une enveloppe de prêts d’un montant de 250 millions de dollars pour soutenir l’investissement étranger dans l’agriculture rien que pour le Mindanao.

Ce même rapport citait John Perrine, président du groupe exportateur de bananes Unifruitti, disant que les compagnies étrangères dans l’attente de l’enveloppe de prêts s’étaient engagées à investir un total de 366 millions de dollars dans environ 18 700 hectares. D’après Perrine, parmi ces sociétés figurent Jinwon and Chalmers, de Corée du Sud, qui prévoit une bananeraie de 2 000 hectares pour 61 millions de dollars ; Volcafe, société basée aux Etats-Unis, filiale de ED&F Man, qui propose d’installer une plantation de café sur 4 000 hectares et Kennemer Foods Int, basé aux Etats-Unis, fournisseur du chocolatier Mars, qui étudie un projet de production de cacao. Deux sociétés japonaises envisagent également de développer 4 000 hectares de bananes et 2 700 hectares d’ananas.

Pendant ce temps, un rapport de Davao Today révèle que le Conseil Philippin du Développement de l’huile de palme a proposé une feuille de route pour le développement sur dix ans de 300 000 hectares de palmiers à huile, principalement à Mindanao.

Josephs Canlas, président de Alyansa ng Magbubukid sa Gitnang Luson (AMGL) affirme que le projet Apeco couvrant plus de 12 000 hectares de terres dans la province d’Aurora et le projet de Clark Green City sur plus de 9 000 hectares à Tarlac attireront des investisseurs étrangers. Il a ajouté que les deux projets ont déjà causé le déplacement de fermiers et de populations indigènes. Le KMP a annoncé une série de protestations la semaine suivante contre la modification de la Charte et l’extension du CARP.

Traduction : Edith Disdet
Source (Ronalyn V. Olea / Bulatlat) : Charter change, agrarian reform extension to intensify land grabs, according to farmers group
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MessageSujet: Les impacts éco-bio-politiques de l’ extractivisme : une décennie tragique et l’avenir de plusieurs générations compromis   Mar 30 Juin - 23:01

Les impacts éco-bio-politiques de l’ extractivisme : une décennie tragique et l’avenir de plusieurs générations compromis

Horacio Machado Aráoz a écrit:
Au cours de la dernière décennie, notre pays a suivi une voie qui s’avère être l’une des plus coûteuses de son histoire sur le plan écologique. Cette « croissance à des taux dignes de la Chine » si hautement célébrée a été obtenue au prix d’un modèle primaire-extractif-exportateur qui loin de nous projeter dans le XXIe siècle nous ramène — politiquement et économiquement — aux pires moments du XIXe. Concentration, priorité à l’étranger et re-primarisation, c’est-à-dire : recul de la part des activités manufacturières et avancées du secteur primaire, ont été les effets et les caractéristiques macro-économiques essentielles de ce style de croissance


En dépit de la rhétorique anti-néolibérale, la voie structurelle suivie par le kirchnerisme affiche une très grande continuité avec les politiques fondamentales suivies entre les années 70 à 90. Le fait que reste pleinement en vigueur la Loi sur les Investissements Étrangers (Loi Nº 21.382 ratifiée par la Dictature et confirmée par le Décret 1853/93) ainsi que les politiques suivies dans l’élevage, la biotechnologie, la pêche, l’exploitation forestière, les mines, les hydrocarbures et l’énergie, ont fortifié un système qui garantit au capital multinational l’accès illimité aux richesses naturelles du pays et à leur contrôle. Sous ce régime, on assiste à la consolidation et à l’intensification d’un modèle basé sur l’exploitation intensive de la Nature. Les exportations de matières premières étaient de 8,644 milliards de dollars US en 2 000 et ont bondi à 19,282 milliards de dollars en 2010, soit 69,2 % du total des exportations. Alors que, pendant la décennie des années 90, 331 millions de tonnes de matières premières ont été exportées, ce total a dépassé les 585 millions de tonnes pour la première décennie des années 2000.

Le territoire national a été l’objet d’un drastique processus de fragmentation entre les mains de grands capitaux qui l’ont réduit, en fait, en « réserve écologique » pour l’approvisionnement primaire-énergétique des chaînes mondiales de valeur. L’extension des zones entièrement vouées à l’extraction minière a profondément redessiné les régions aujourd’hui converties en un quadrillage de secteurs mono-exportateurs de matières premières sous le contrôle technologique, commercial et financier des grandes multinationales.

Les implications environnementales et politiques du « modèle » ne permettent aucun triomphalisme insensé. Un simple regard jeté sur quelques-uns des éléments de l’ensemble, lourds de conséquences, suffit pour comprendre que nous venons de vivre une décennie tragique.

La grande culture intensive du soja et les profondes blessures qu’entraînent les expropriations qui en sont la conséquence

Ces dix dernières années, on a vu une phénoménale accélération de l’extension de la culture du soja qui avait commencé au milieu des années 90. Entre 2003 et 2012, la culture du soja transgénique est passée de 13 à 20 millions d’hectares et a fini par représenter 56 % du total des surfaces cultivées. Les zones qui ont connu la plus forte croissance de cette culture se situent dans les écosystèmes les plus fragiles de la région du Chaco. C’est là que cette culture a prospéré, en raison de sa grande capacité biologique à capter l’eau et les nutriments au détriment d’autres espèces, au détriment des forêts naturelles et des populations locales. Et c’est ainsi que l’on a intensifié la dégradation des sols et l’exportation d’eau et de nutriments. (1) L’extension des monocultures implique par elle-même une érosion phénoménale de la biodiversité avec des pertes pour la flore, la faune et des atteintes portées aux habitats y compris humains. Et cela s’aggrave avec la pollution massive et à grande échelle spatio-temporelle que suppose la technologie transgénique combinée à l’emploi de pesticides et de fertilisants chimiques. Seul le glyphosate (Roundup) a connu une croissance plus spectaculaire que le soja. Des 38 millions de litres utilisés en 1996, on est passé à plus de 300 millions de litres en 2012. Et nous savons qu’il s’agit d’un herbicide à large spectre, qu’il est bio-accumulatif, qu’il présente des effets cancérigènes et qu’il est cause de mutations génétiques (Carrasco, 2010). Il se concentre dans les corps et les cours d’eau et se transmet aux organismes vivants. Il est désormais prouvé qu’on le retrouve dans le lait maternel (Pignatti, 2010) tout comme sont prouvés ses effets mortels sur la santé des populations soumises à son épandage par moyens aériens.(2)

Déforestation : spoliation des terres et mort de l’eau demain

L’extension des monocultures a entraîné l’extension de la déforestation. Entre 2004 et 2012, les bulldozers ont dessouché 2.501.912 ha de forêts originelles. Cela implique la spoliation et la concentration de terres agricoles, l’expulsion de la population paysanne et indigène, l’érosion de la sécurité alimentaire et la détérioration des nappes aquifères. Plusieurs études comptabilisent plus de 200.000 familles paysannes déplacées au cours de la dernière décennie qui s’ajoutent à la disparition de plus de 100.000 fermes selon le dernier recensement effectué sur le secteur agricole, 44 % étant des fermes de moins de 5 ha. En contrepartie, la concentration ne cesse de croître : en 2010, plus de 50 % de la production de soja a été contrôlée par 3 % du total des producteurs exploitant des propriétés de plus de 5 000 ha.

La disparition d’une si considérable superficie de forêts affecte les sols et le cycle des nutriments, accélère l’érosion et modifie les taux naturels des ruissellements, altère le débit des rivières, le comportement biotique des écosystèmes fluviaux et accroît les risques et les pertes dues aux inondations et aux sècheresses. Si on ajoute cela aux impacts des fertilisants chimiques et des pesticides, le modèle « culture-de-soja-sur-déforestation »représente une énorme accumulation d’empoisonnement à long terme du plus vaste bassin fluvial du pays : celui Río Paraná-Rio de La Plata.

Extraction minière à grande échelle : ou comment on dynamite les têtes de bassins Si la législation des années 90 avait ouvert la porte à une totale aliénation des richesses du sous-sol au profit du grand capital multinational, durant ces dix dernières années cette réalité a pris une tournure épouvantable. En plus de garantir par des aides fiscales la rentabilité des investissements privés, le fort élan impulsé à l’activité minière à grande échelle par le kirchenerisme a signifié une dommageable atteinte aux sources et aux rivières vitales pour les populations de la Cordillère. (3). Soulignons également qu’il s’agit d’une activité énergo-intensive à très faible incidence sur la création d’emplois qui entraîne des effets destructeurs sur les économies locales. Malgré ce constat et la forte résistance populaire provoquée par l’extension de cette activité, le Gouvernement a développé les politiques d’alliance avec le capital minier multinational et avec les directions provinciales pro-industrie minière, même au prix d’une escalade dans la répression et la criminalisation de la protestation sociale.

Dilapidation des réserves énergétiques du pays

Le maintien, durant ces quasi dix dernières années, du régime de privatisation et de libéralisation des ressources pétrolières du pays, — régime mis en place par la néfaste Loi 24.145/92 —, entraîne une incontournable corresponsabilité dans le pillage de YPF et la dilapidation des réserves pétrolières stratégiques du pays. La tardive et incomplète renationalisation de YPF apparaît comme une action compensatoire extrêmement limitée et inefficace pour couvrir ce coûteux passif écologique. Au moment de la renationalisation, les réserves de pétrole représentaient seulement 34 % de celles que REPSOL avait acquises en 1999, et les réserves de gaz s’élevaient à peine à 24 %. Pendant ce temps, la société espagnole REPSOL avait rapatrié 97 % des bénéfices tirés de YPF entre 2003 et 2007 ; en outre, entre 2008 et 2010, elle a eu des bénéfices pour un montant dépassant le plafond autorisé [14,9 milliards de dollars sur des bénéfices déclarés de 12,9 milliards de dollars). Le pays se trouve donc au bord de la paralysie énergétique et face à une extrême vulnérabilité structurelle.

Comme quand on se débat au bord de la noyade, on recourt aujourd’hui à des mesures extrêmes pour tenter de pallier à court terme à l’asphyxie provoquée par la perte de l’auto-approvisionnement énergétique. C’est exactement ainsi qu’il faut comprendre la forte impulsion donnée à l’exploration de gisements non-conventionnels (shale oil et shale gas) qui font appel à la fracture hydraulique, une technologie hautement polluante, qui comporte de très grands risques pour l’environnement et qui est interdite dans de nombreux pays européens ainsi que dans certains États des USA et du Canada. Et, en plus du fracking, on réactive le Plan Nucléaire National avec l’accélération de la construction de Atucha II et le projet d’une quatrième centrale nucléaire sur les rives du Pilcomayo, ce qui ne suppose rien de moins que l’ajout d’une menace nucléaire dans le bassin aquifère le plus vaste et le plus peuplé du pays (bassin Paraná/Río de La Plata).

En définitive, le modèle « productif » et énergétique mis en place au cours de cette décennie nous laisse une inestimable mutilation écocide qui, au final, ébauche une situation critique où sont réunies la concentration, la pollution et les dommages causés au patrimoine environnemental. Loin d’une « décennie gagnée », nous assistons à un phénoménal processus de spoliation et de pillage des ressources concrètes et essentielles à long terme vitales pour la viabilité économique de la société tout entière.


De telles politiques ont signifié, en termes de durabilité et de souveraineté territoriale, alimentaire, hydrique et énergétique, infiniment plus qu’une « décennie perdue ». Nous parlons d’un avenir compromis pour plusieurs générations. Le miroir aux alouettes du progrès fondé sur l’extractivisme minier prétend poser un dilemme entre droits sociaux versus droits environnementaux. Cependant, il n’y a pas d’atteinte à l’environnement qui n’implique pas une atteinte aux droits fondamentaux des humains.

S’il est vrai que, dans bien des aspects, cette décennie a représenté une avancée dans la restitution et la récupération de droits, il faut aussi insister sur le fait que l’on a vu s’ouvrir un nouveau cycle dans la violation des droits des citoyens. Droits les plus élémentaires des populations victimes des épandages de pesticides par les airs, intoxiquées à grande échelle, victimes du dynamitage et de la pollution massive de leurs sources d’eau potable, de leurs sols et de leur atmosphère, populations harcelées et réprimées. Dans les provinces, on a assisté au développement du féo-déralisme (c) extractiviste : les revenus induits par l’activité fondée sur le schéma « production et exportation de matières premières agricoles puis importation des produits manufacturés » a très faiblement fait progresser la démocratisation de la société. C’est, au contraire, le « rentisme » (d), le clientélisme et la corruption qui sont en expansion. S’il est vrai qu’on a assisté à un rattrapage du niveau des salaires et de l’emploi, il est également vrai que la population captive est en augmentation, soumise à des chefs qui gèrent des politiques et des subventions. Les mouvements socio-environnementaux ont connu des morts suite à des répressions, des centaines de personnes ont été illégalement emprisonnées et poursuivies en Justice. Des plébiscites ont été interdits (Calingasta, Andalgalá, Tinogasta, Famatina et Chilecito) au nom de la démocratie et de la Constitution et ce, toujours au bénéfice des grandes sociétés. En définitive, l’équation politique de l’extractivisme se résume à la combinaison de la déprédation des écosystèmes, la dégradation des conditions sanitaires, la violation des Droits et la détérioration des conditions d’exercice d’une véritable démocratie.

S’il est indéniable que le taux de pauvreté par manque de revenus a diminué, il est tout aussi vrai que la pauvreté et l’inégalité écologiques ont augmenté. En termes écologiques, un pauvre est une personne mal nourrie, victime de la pollution, du manque d’eau, privée de l’accès à l’énergie minimum nécessaire, chassée de son habitat et forcée à vivre dans des zones insalubres et/ou à risques. Dans ces termes, nous sommes devenus une société plus pauvre. Mais aussi plus inégalitaire et plus vulnérable.

Enfin, en termes géopolitiques, nous sommes une société plus dépendante. L’extractivisme implique une dynamique d’aliénation territoriale. [/b]La dépendance s’imprime dans les formes géographiques. C’est le capital, et non l’État, qui dispose et qui fait usage du territoire à sa convenance. Cela implique, en outre, une phénoménale captation de plus-value écologique : les méga-exploitations minières, non seulement impliquent la destruction, la dégradation et la perte de capacité productive des écosystèmes locaux, mais aussi le transfert net d’actifs écologiques de ces territoires vers d’autres où ils sont finalement transformés et consommés.

En définitive, nous pensons qu’en suivant cette voie, nous sommes très loin d’un processus réformiste « qui vise à plus », autrement dit d’un processus qui, pour atteindre de meilleurs niveaux de démocratisation réelle, doit garder le même cap et approfondir son modèle. Au contraire, la question se pose de savoir si ce modèle-là n’est pas précisément le principal problème et non pas la solution. Si on veut consolider la souveraineté populaire au moyen de plus hauts niveaux d’égalité, de justice sociale et de mise en oeuvre de droits, il faut exiger un changement à 180º du « modèle » et non pas son perfectionnement.

(a) — En Amérique hispanophone, le terme « extractivisme » se rapporte aux industries extractives au sens strict (mines et hydrocarbures) ... Il est utilisé pour désigner de façon plus générale l’accélération de toutes les activités d’exploitation des ressources naturelles à échelle industrielle (y compris l’agro-industrie et jusqu’aux infrastructures facilitant les activités d’extraction), ainsi que la place centrale de ces secteurs d’activité pour les économies exportatrices de matières premières. [d’après Wikipedia]

(b) — YPF, [Yacimientos Petrolíferos Fiscales] (Gisement Pétrolifère d’État), est la plus grande entreprise d’Argentine dédiée à l’exploitation, l’exploration, la distillation, la distribution et la vente de pétrole et de ses dérivés. [d’après Wikipedia]

(c ) — L’auteur qualifie ainsi la politique des administrations des provinces minières de la Cordillère qui prétendent abusivement s’approprier les richesses naturelles de leur sous-sol — y compris les glaciers —, au nom du « fédéralisme » et contre le gouvernement central...

(d) — On qualifie de « rentista » une économie qui repose sur des rentes extérieures substantielles (hydrocarbures, mines, matières agricoles, etc.)

Notes :

(1) — Pour 1 tonne de soja, ce sont 1 000 m3 d’eau et une énorme quantité de nutriments basiques qui sont exportés, ce qui se traduit par un appauvrissement des sols et une perte des récoltes chiffrée entre 19 et 30 tonnes par campagne (GRAIN, 2013). L’étude effectuée par GRAIN précise que, pour une production de 47 380 222 tonnes de soja (campagne 2006/2007), il faut utiliser 1 148 970,39 tonnes de nitrate, 255 853,20 tonnes de phosphore, 795 987,73 tonnes de potassium, 123 188,58 tonnes de calcium, 132 664,62 tonnes de soufre et 331,66 tonnes de bore.

(2) — le Service de Néonatalogie de l’Hôpital Perrando (Resistencia, Chaco) note que les cas de malformations chez les nouveau-nés sont passés de 46 en 1997, à 186 en 2008. L’an dernier, lors d’un procès historique intenté par les Mères de Itunzaigó (Ciudad de Córdoba), l’incidence des épandages aériens de pesticides a été prouvée dans les cas de cancer chez l’enfant et l’adulte ; malgré cela, le tribunal a rendu une sentence historique qui condamne les auteurs des épandages, mais non les grandes firmes et les fonctionnaires du gouvernement qui soutiennent et impulsent le « modèle ».

(3) — Sur les impacts socio-environnementaux de la grande industrie minière, voir Voces de Alerta (2011) [Cris d’Alerte 2011]

Source : Journal de Notre Amérique no.4, Investig’Action, mai 2015. Lien : http://michelcollon.info/Le-Journal...



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MessageSujet: Venezuela : les natifs s’indignent contre l’exploitation illégale de leurs terres    Ven 3 Juil - 17:42

Venezuela : les natifs s’indignent contre l’exploitation illégale de leurs terres Aline Timbert ActuLatino 19 juin 2015

Aline Teimbert a écrit:
Il souffle comme un vent de révolte parmi les natifs vénézuéliens qui souhaitent attirer l’attention sur les risques qui menacent chaque jour un peu plus leur mode de vie. En effet, les communautés indigènes de ce pays sud-américain s’inquiètent de l’intromission régulière de trafiquants sur leurs territoires ancestraux parmi lesquels des mineurs illégaux dont les actions ont un impact négatif sur l’environnement.


Ainsi, au premier jour du mois de juin, des représentants de la communauté indigène Kanaimó ont souhaité frapper les esprits en bloquant l’aéroport qui dessert le parc Naturel de Canaima, inscrit au patrimoine de l’Humanité de l’UNESCO en 1992, un moyen d’interpeller les autorités sur l’exploitation illégale des métaux précieux, en particulier l’or, par des trafiquants prêts à tout pour s’enrichir au détriment du respect de l’environnement et des droits des natifs à jouir librement de leurs terres. Le porte-parole de la communauté, Domingo Castro, a ainsi révélé ses motivations lors d’une allocution à la radio où il a déclaré « nous sommes en train de protester principalement contre les activités minières illégales, une pratique qui a lieu  sur notre fleuve río Carrao, près de Salto Ángel, qui constitue l’une des plus belles beautés au monde ».

Le 1er juin, l’aérodrome a été paralysé en guise de protestation, une piste qui dessert le parc Canaima, le sixième parc naturel le plus grand au monde, un membre de l’ethnie s’est assis au beau milieu de la piste pour empêcher tout décollage ou atterrissage. Les natifs mécontents ont manifesté leur souhait de s’entretenir avec le chef de l’État, Nicolas Maduro, pour évoquer concrètement leurs problèmes.

Le leader indigène a indiqué que cette action se justifiait par le manque d’actions concrètes visant à les protéger, évoquant l’incapacité des organisations gouvernementales à trouver des solutions leur permettant de vivre paisiblement « si rien n’est fait, ou si les autorités poursuivent leur politique de l’autruche, nous prendrons des mesures, j’ignore encore lesquelles pour le moment, mais oui il y aura des actions. Nous ne souhaitons pas prendre des mesures extrêmes si cela n’est pas nécessaire, sincèrement ».


L‘ancien ministre au Tourisme, Andrés Izarra, avait dénoncé il y a quelques mois la déprédation de la zone par des groupes de mineurs illégaux qui menacent l’équilibre écologique en développant leurs activités dans les cours d’eau, menaçant tout l’écosystème local ( fleuves Carrao et Caroní). Les risques de contamination sont particulièrement importants concernant le fleuve Río Carrao, ce cours d’eau est l’un des principaux affluents de fleuve Caroní qui produit environ 70 % de l’électricité de ce pays.

Ces pratiques provoquent de sévères dommages sur l’environnement et de fait menacent le mode de vie des natifs qui dépendent de leur habitat naturel, l’utilisation de mercure est à l’origine de graves pollutions.

Canaima est un parc naturel qui s’étend sur environ 30 000 km², il est situé dans l’État de Bolívar, à la frontière entre le Brésil et la Guyane, il abrite les chutes les plus hautes au monde; Salto Angel. Environ 65 % du parc sont occupés par des montagnes tabulaires tepuis. Elles constituent un milieu biologique unique et présentent un très grand intérêt géologique.

« Nous écoutons l’ensemble de la communauté, nous écoutons l’ensemble de leurs doléances, de leurs problèmes sur différentes zones », a signalé de son côté la ministre des peuples indigènes du Venezuela, Aloha Nuñez, qui a fait le déplacement en début de mois à l’aéroport en compagnie de la ministre du Tourisme.

Comme le souligne l’organisation Survival International (le mouvement mondial pour les droits des peuples indigènes), l’exploitation clandestine de métaux précieux et minéraux, parfois encadrée par des groupes armés et dangereux a augmenté sur tout le territoire amazonien au Venezuela, et ce sont plusieurs communautés natives qui sont impactées par ce trafic, les Yanomami, les Hoti, les Eñepa, les Yekuana et les Arekuna.

Un porte-parole arekuna a expliqué la terrible situation à Survival International, : « L’exploitation minière sur nos terres ancestrales est un grave problème. Les mineurs extraient nos ressources les plus précieuses et la terre nous appelle à l’aide. Nos rivières se tarissent. Nous devons prendre soin de la nature. Si nous ne le faisons pas, c’est toute la planète qui en souffrira ». La présence de groupes armés (comme les FARC) dans certaines communautés indigènes a engendré deux fléaux, prostitution et alcoolisme.

À ce jour, la Constitution vénézuélienne reconnaît les droits territoriaux des peuples indigènes, mais peu d’entre eux ont reçu des titres de propriété officiels sur leurs territoires ancestraux. Par ailleurs, fait inquiétant pour ces communautés vulnérables, le gouvernement a annoncé qu’il permettrait l’exploitation minière légale sur de grandes surfaces de la forêt amazonienne, y compris des terres appartenant aux natifs.

Pour rappel, la Convention 169 promeut un ensemble de droits fondamentaux attachés à la survie des peuples indigènes et Les États l’ayant ratifiée (c’est le cas du Venezuela qui a ratifié la Convention en 2002) s’engagent à garantir de manière effective leur intégrité physique et spirituelle et à lutter contre toute discrimination à leur égard.

Le texte de la Convention No. 169 de l’OIT figure dans son intégralité sur le site Internet de l’Organisation : www.ilo.org. Ces dispositions les plus importantes sont notamment :
Citation :
Article 4: demande aux États l’ayant ratifiée d’adopter des mesures spéciales, en tant que besoin, en vue de sauvegarder les personnes, les institutions, les biens, le travail, la culture et l’environnement des peuples indigènes et tribaux

Article 5: dispose qu’en appliquant la Convention les États devront reconnaître et protéger les valeurs et les pratiques sociales, culturelles, religieuses et spirituelles de ces peuples et respecter l’intégrité des valeurs, des pratiques et des institutions desdits peuples.

Article 6: dispose, entre autres, que les États ayant ratifié la Convention devront consulter les peuples indigènes et tribaux, par des procédures appropriées, et en particulier à travers leurs institutions représentatives, chaque fois que l’on envisage des mesures législatives ou administratives susceptibles de les toucher directement. Les États devront également mettre en place les moyens permettant de développer pleinement les institutions et initiatives propres à ces peuples.

Article 7: dispose notamment que les peuples indigènes et tribaux doivent avoir le droit de décider de leurs propres priorités en ce qui concerne le processus du développement, et d’exercer autant que possible un contrôle sur leur développement économique, social et culturel propre, et que les gouvernements doivent prendre des mesures, en coopération avec les peuples intéressés, pour protéger et préserver l’environnement dans les territoires qu’ils habitent.

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MessageSujet: Re: L'EMPIRE EXTRACTIVISTE. Vols, dette, malnutrition, accaparement de terres et ressources...   Dim 23 Aoû - 17:17

Résistance mondiale contre les accaparements de terres par Bolloré et Socfin ReAct | 22 avril 2015 | accaparement des terres | Cambodge, Cameroun, Cote d'Ivoire, Liberia, Sierra Leone

Les paysans privés de leurs terres lancent une série d’occupations sur les plantations Socfin au Cameroun, au Liberia, au Cambodge et en Côte d’Ivoire qui va durer jusqu’aux Assemblées Générales des groupes Socfin (27 mai) et Bolloré (4 juin).


Citation :
« Ces terres nous ont été volées. Nous venons maintenant les reprendre et les occuper jusqu’à qu’un accord avec Bolloré et la Socfin soit trouvé». Avec Michel Essonga, ils sont 6 000 paysans camerounais à avoir vu leurs forêts détruites et 40 000 ha de leurs terres appropriées par la Socapalm, une plantation contrôlée par la Socfin. Ce Jeudi 23 avril, l’occupation de la plantation à Dibombarri inaugure une série d’actions qui se poursuivra au Cambodge la semaine suivante, puis au Liberia et en Côte d’Ivoire. Mis en relation par l’ONG ReAct, les paysans affectés par les abus de la même multinationale aux quatre coins du globe ont décidé d’unir leur force pour contraindre l’entreprise à respecter leurs droits.

Le groupe Bolloré est l’actionnaire principal (39%) de la Socfin qui détient des plantations industrielles de palmiers à huile et d'hévéas dans ces pays. Depuis 2008, l’expansion de ces plantations est continue. Les surfaces plantées des sociétés africaines de la Socfin sont passées de 87 303 à 108 465 ha entre 2011 et 2014.Une augmentation de 24% qui se fait au détriment des terres des communautés locales multipliant ainsi les tensions Pour tenter de résoudre ces conflits, Bolloré avait accepté d’entamer un processus de négociation dont le 1er round a eu lieu à Paris le 24 octobre dernier avec les représentants des communautés de ces cinq pays. Mais Hubert Fabri et Philippe de Traux de Wardin actionnaires belges historiques de la Socfin ont repoussé cette volonté d’apaisement. Ils ne reconnaissent comme interlocuteur que les autorités publiques et refusent le dialogue avec les communautés. « Ils profitent de la corruption massive qui gangrènent les autorités publiques de nos pays » explique Ange Tchrouin Saré , président de l’Union des Villages Déguerpis victimes des plantations Socfin en Côte d’Ivoire (voir la lettre à la Socfin en annexe). Le groupe Bolloré a finalement fait marche arrière et s’est aligné à la position dure des Belges.

« Le non-respect des promesses nées de la rencontre avec le groupe Bolloré en octobre 2014 a exacerbé les frustrations des populations locales, ajoute Neth Prack au Cambodge. Mais nous sommes déterminés et nous organiserons de nouvelles actions dans tous les pays tant que nous n’obtiendrons pas la reconnaissance de nos droits. ».

Contact presse :

En France : Eloise Maulet 06 38 01 25 94 eloise.maulet@projet-react.org

Au Cameroun : Emmanuel Elong, Président de l’Alliance Internationale des riverains des plantations Socfin Bolloré 00237674529387


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MessageSujet: Re: L'EMPIRE EXTRACTIVISTE. Vols, dette, malnutrition, accaparement de terres et ressources...   Dim 23 Aoû - 17:32

Quand les lois privent les paysans de leurs terres : la réforme agraire à rebours de l’Asie GRAIN | 05 mai 2015 | A contre-courant

L'Asie est une terre de paysans. Mais d'un bout à l'autre du continent, les gouvernements introduisent actuellement dans leur législation foncière des changements qui menacent de déplacer des millions de paysans et de mettre à mal les systèmes alimentaires locaux. L'Asie est confrontée à une réforme agraire à rebours.


Des paysans taïwanais manifestent contre la perte de leurs terres pour des raisons de développement industriel

Malgré des décennies d'industrialisation et de croissance économique rapides, les campagnes asiatiques comptent à elles seules davantage de paysans que le reste du monde. La pérennité des paysans d’Asie témoigne de leurs talents, de leur profond attachement à la terre et de leurs luttes historiques. Au fil du temps, les paysans ont réussi à obtenir des protections juridiques qui leur ont fourni quelques garanties de base pour préserver leur accès aux terres.


extraits
Citation :
Mais l’héritage de ces luttes est en danger. Aujourd’hui les paysans d’Asie sont relégués sur des parcelles de plus en plus petites. Sur tout le continent, la terre agricole disparaît au profit des barrages, des mines, des projets touristiques et de l’agriculture à grande échelle, et peu importent les gens qui dépendent de ces terres pour leur survie. Des fermes dont les familles paysannes ont pris soin depuis des générations sont recouvertes de béton pour construire des routes ou permettre le développement immobilier au fur et à mesure que les villes s’étendent. Les vieilles promesses des gouvernements de redistribuer la terre de manière plus juste ont été reniées et ce sont souvent les gouvernements qui privent les paysans de leurs terres.

La concentration foncière en Asie est plus élevée de nos jours qu’elle ne l’a jamais été : en Asie, 6 pour cent des propriétaires fonciers possèdent les deux tiers de la superficie agricole. Beaucoup de ces propriétaires fonciers font partie des élites politiques, comme on le voit aux Philippines, en Malaisie, au Pakistan et en Indonésie.1

L’une des conséquences de cette concentration croissante est l’émergence des conflits fonciers dans tout le continent. Les manifestations paysannes contre l’accaparement des terres sont devenues une occurrence régulière dans les rues des grandes villes comme Phnom Penh et Manille. Les tribunaux chinois et vietnamiens ont des milliers de cas de conflits fonciers en attente. Et la répression armée est souvent une dure réalité quotidienne là où les communautés opposent une résistance à l’accaparement des terres, de la Papouasie occidentale au Bengale occidental.

Le présent rapport montre comment dans toute l’Asie les gouvernements mettent discrètement en place une série de changements législatifs destinés à faire disparaître les quelques protections dont bénéficiaient traditionnellement les paysans, laissant ainsi les grandes entreprises s’emparer de leurs terres pour développer l’agriculture à grande échelle. Les changements varient selon les pays, mais ils ont tous pour but d’aider les entreprises à obtenir des paysans qu’ils leur cèdent de vastes parcelles de terre.

Ces changements législatifs vont déplacer des millions de familles paysannes, ruiner les systèmes alimentaires locaux et augmenter le nombre et la violence des conflits fonciers.

[...]


Villageois cambodgiens déplacés pour laisser la place à des plantations de canne à sucre appartenant à un sénateur ayant le bras long. Moins d’un quart des paysans philippins – ils sont un million et demi - possèdent des terres. Le gouvernement a adopté une nouvelle loi autorisant les entreprises privées à devenir propriétaires de concessions de 10 000 ha sur une période pouvant aller jusqu’à 99 ans. Cette loi a permis le transfert de 70 % de la superficie arable du pays, soit 2,1 millions d’hectares, aux entreprises d’agriculture industrielle, et chassé des milliers de paysans de leurs terres

sommaire
Citation :
- Utilisation des réformes législatives pour chasser les paysans de leurs terres
- Encadré 1 – Accords commerciaux et transferts de terres
- L’ampleur du transfert de terres
- Résistance
- Encadré 2 : les “trusts de mise en circulation des terres ” en Chine
- Annexe 1 – Quelques cas de pays : Birmanie, Cambodge, Inde, Indonésie, Japon, Laos, Pakistan, Philippines, Taïwan, Thaïlande


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MessageSujet: Re: L'EMPIRE EXTRACTIVISTE. Vols, dette, malnutrition, accaparement de terres et ressources...   Dim 23 Aoû - 17:36

un site


derniers articles :

Citation :
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30 juil 2015 Des paysans cambodgiens assignent en justice en France le groupe Bolloré Le Monde
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29 juil 2015 Les gestes du BJP en direction du monde rural Les Échos
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28 juil 2015 Tanzanie: le projet de plantation d’huile de palme dans le district de Kisaware renaît de ses cendres Agence Ecofin
27 juil 2015 Mali : Accaparement de terres a l'office du Niger, Sahou et Sanamadougou maintiennent la pression Le Prétoire
27 juil 2015 Sénégal : des éleveurs mis dehors pour du biocarburant qu'on attend encore Libération
24 juil 2015 Mali : Conflit foncier autour de 20 000 ha dans les villages de Sahou et de Sanamadougou : Les habitants envisagent de récupérer leurs champs par la force Le Républicain
24 juil 2015 Au Sénégal, l'accaparement des terres est sur le point d'imploser Re:Common
23 juil 2015 Liberia: une firme accusée d'exploiter Ebola Le Figaro
23 juil 2015 Cameroun - Secteur foncier: Les pratiques de corruption gagnent du terrain

[...]


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MessageSujet: Re: L'EMPIRE EXTRACTIVISTE. Vols, dette, malnutrition, accaparement de terres et ressources...   Dim 23 Aoû - 17:43

Au Sénégal, l'accaparement des terres est sur le point d'imploser 24 juin 2015 le Collectif pour la Défense du Ndiaël | Re:Common


Sénégal : comment on accapare la terre, un nouveau rapport établi par des chercheurs italiens, montre que le projet controversé de Senhuile, au Sénégal, est au bord de l'effondrement. Le projet, initié par des investisseurs italiens et sénégalais il y a quatre ans pour produire des biocarburants, a provoqué une résistance farouche des communautés affectées par le projet qui s'est soldée par six décès. Les investisseurs affirment avoir obtenu les droits pour 45 000 hectares de terres, alors que la société n'a cultivé qu'une petite partie de cette surface ; pire encore, l'ancien PDG de Senhuile, démis de ses fonctions, contre-attaque l'entreprise en justice pour divers motifs.



Citation :
Senhuile est (maintenant) synonyme d'accaparement des terres au Sénégal. Le projet est en butte à d'innombrables problèmes depuis qu'il a été mis en place. En 2011, des villageois furieux de la signature d'un accord cédant à l'entreprise 20 000 ha à Fanaye, se sont révoltés. Deux villageois ont été tués et le projet a ensuite été suspendu et transféré dans un nouvel emplacement, dans le Ndiael. Là, plusieurs enfants de la région se sont noyés dans les fossés d'irrigation non protégés du projet, tandis que des soupçons de financement illicite ont ébranlé la crédibilité de l'entreprise. Maintenant, un nouveau rapport établi par des chercheurs italiens et publié par Re:Common montre que les opérations de relations publiques de l'entreprise se retournent contre elle et que le projet s'embourbe de plus en plus profondément dans le conflit et les contradictions.

« Depuis trois ans que le Gouvernement lui a octroyé un bail, le projet Senhuile-Senethanol a provoqué, outre des problèmes avec les populations locales, une guerre des actionnaires. L'échange d'accusations entre l'ancien DG Benjamin Dummai et le Tampieri Financial Group jette une ombre inquiétante sur la direction, que ce soit l’actuelle ou l’ancienne. L'entreprise locale, plus intéressée par le pouvoir que par le véritable objectif alimentaire du projet, a déjà recueilli les fruits de tout ça, » a déclaré Lorenzo Bagnolli, un journaliste indépendant de l'Investigative Reporting Project Italie, une organisation italienne de journalistes d’investigation, qui a travaillé sur le rapport..

Quelques résultats clés du rapport :

- L'entreprise a licencié son PDG, Benjamin Dummai, qui a par la suite été emprisonné pour détournement de fonds, mais ce dernier contre-attaque maintenant Senhuile en justice pour 14 infractions, notamment collecte frauduleuse de capitaux et blanchiment d'argent.

- Au cours des dernières semaines, les investisseurs italiens ont clairement fait savoir que leurs propriétés foncières au Sénégal ne se limitent pas aux 20 000 ha qui leur ont été attribués dans la région du Ndiael. Ils affirment avoir conservé les droits sur les 20 000 ha qui avaient été initialement cédés au projet à Fanaye. Ils affirment également avoir récemment acquis 5 000 ha à Fass Ngom. Pourtant, l'entreprise n'a réussi à cultiver que 1 500 ha au cours de l'année écoulée, ce qui soulève de sérieuses questions sur la raison pour laquelle les autorités lui ont alloué autant de terres. Dans toutes les zones concernées par le projet, ce dernier est farouchement contesté par les agriculteurs et les éleveurs qui ne parviennent plus à gagner leur vie. De nombreuses rumeurs circulent sur l'éventuelle reprise du projet par une grande société américaine ou ouest-africaine.

- Tampieri a passé la dernière année à investir massivement dans un travail de relations publiques pour gagner la confiance et l'estime (des populations) dans les villages qui entourent le site du projet. Cependant, des visites menées dans les communautés font apparaître une contradiction flagrante entre les discours de l'entreprise et ce que vivent les gens sur le terrain et révèlent la vacuité du programme de responsabilité sociale de l'entreprise.

- Les pires conséquences du projet sont des souffrances bien réelles pour la population et la perte de vies humaines. Le mois dernier, un éleveur de 16 ans s'est noyé en essayant de traverser le canal d'irrigation de la société et la famille se prépare à déposer plainte. L'entreprise a également mis à pied des travailleurs et s'oppose aux 37 villages entourant le projet qui lui demandent de plier bagages et rentrer chez elle.

« Quelle que soit la position qu'on peut avoir sur le développement ou la gestion des ressources foncières, on ne peut pas continuer à mettre en évidence les réalités concrètes du terrain ainsi que les preuves d'irrégularité incessantes de l'entreprise, alors que celle-ci se contente de nier et de cacher les divisions, contradictions et conflits qui existent sur le terrain et dans le projet même. Cela fait 5 ans qu'il y a un conflit ouvert autour de ce projet. Cela ne peut pas continuer comme ça, »
a déclaré Davide Cirillo, chercheur du collectif italien WOTS [Walking on the South], qui a beaucoup travaillé avec les communautés sénégalaises.

Ce rapport est lancé collectivement par le Collectif pour la Défense du Ndiaël et Re:Common, en cooperation avec GRAIN, Investigative Reporting Project Italy (IRPI), SUNUGAL, et le collectif Walking on the South (WOTS?), des groupes italiens, sénégalais et internationaux qui ont travaillé ensemble pour démontrer que le projet Senhuile est illégitime et nuisible.


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MessageSujet: Re: L'EMPIRE EXTRACTIVISTE. Vols, dette, malnutrition, accaparement de terres et ressources...   Lun 31 Aoû - 13:10



Algérie, le deal américain qui a permis l’exploitation du gaz de schiste Hocine Malti 31 Août 2015

Ancien de la Sonatrach, Hocine Malti a dressé, le 27 aout devant l'université d'ATTAC, un état des lieux critique de l'exploitation de gaz de schiste en Algérie.


Hocine Malti a écrit:
La situation de l’Algérie est particulière en ce sens que seule l’entreprise nationale des hydrocarbures, Sonatrach a démarré une certaine activité en vue de l’exploitation du gaz de schiste. Pour différentes raisons les compagnies étrangères ne s’y sont pas encore intéressées. Total qui était associé à Sonatrach sur le permis de l’Ahnet dans la région d’In Salah, dit n’y être plus présent; les explications ambiguës qu’il a fournies n’ont cependant pas convaincu.

Etat des lieux

Sonatrach aurait foré à ce jour une dizaine de puits de gaz de schiste, (je dis "aurait" parce que l’omerta la plus totale prévaut dans ce domaine), dont deux sur ce permis. L’exploitation du gaz de schiste a été autorisée par une loi établie en 2012 et entérinée par le Parlement algérien en 2013. Le mouvement de contestation prit forme dès que furent connues, en 2012, les premières dispositions de cette loi et prit de l’ampleur après sa promulgation. C’est à In Salah qu’il a été et qu’il est encore le plus puissant, où a été créé dans le courant de l’année 2014 un collectif anti gaz de schiste.

Depuis le 1er janvier 2015, c’est toute la population de cette petite ville située au coeur du Sahara qui manifeste quotiidiennement sa colère sur la place centrale de la ville qu’elle a débaptisée et qu’elle appelle Sahat Essoumoud (Place de la résistance). Cette population a déjà subi d’autres traumatismes par le passé, notamment les expériences atomiques françaises des années 1960 et la séquestration du gaz carbonique dans le gisement de gaz de Krechba, où ont été constaté des fuites extrêmement dangereuses pour l’homme, son environnement et qui favorisent le réchauffement climatique. Deux déclarations, faites en 2014, par le premier ministre et par le ministre de l’énergie ont contribué à jeter de l’huile sur le feu; le premier ministre a dit que les produits chimiques utilisées lors de la fracturation hydraulique n’étaient guère plus nocifs que ceux dont sont imbibées les couches bébé, tandis que le ministre de l’énergie a lui accusé les habitants d’In Salah de vouloir du mal à leur pays et de chercher à entrainer l’Algérie dans la situation de l’Irak ou de la Libye par leur manifestation de rejet du projet du gouvernement.

Fronde citoyenne

Ce mouvement de contestation est inédit en Algérie et ce pour plusieurs raisons. C’est, en effet, la première fois que l’on assiste à une fronde citoyenne qui dure aussi longtemps; même si elle a baissé récemment d’intensité en raison du mois de Ramadan qui vient tout juste de s’écouler et en raison des températures caniculaires qui prévalent en cette période de l’année, la colère continue à gronder à In Salah. Secundo, à l’inverse de ce que l’on a connu par le passé, ces citoyens n’expriment de revendications ni politiques, ni matérielles. Tertio, c’est la première fois que l’on voit pratiquement autant d’hommes que de femmes dans une manifestation de rue. Au cours du premier trimestre 2015, on a vu naître un peu partout à travers le pays des collectifs identiques à celui d’In Salah qui se sont rassemblés au sein d’un « Collectif national, Non au gaz de schiste » qui a adressé, le 23 février une demande de moratoire au président de la République.

Dans l’argumentaire accompagnant cette demande, avaient été soulignés tous les dangers que représentent, pour l’homme, la faune et la flore, la technique de fracturation hydraulique utilisée pour extraire le gaz de la roche-mère. Y étaient mentionnées aussi les énormes quantités d’eau consommées lors de chaque forage ( 15 à 20 millions de litres), une denrée précieuse en zone désertique. Il y était indiqué aussi que l’exploitation du gaz de schiste n’est pas une activité rentable en Algérie, vu les énormes capitaux qu’elle requiert et vu que les Algériens ne maitrisent pas la technique nécessaire. Il y était enfin fait état des risques de pollution du sol, du sous-sol, de l’air et des couches d’eau souterraines que causerait le fracking.

Le plus grand danger est que soit polluée la couche albienne qui recèle plusieurs dizaines de milliers de milliards de m³ d’une eau fossile, provenant des pluies qui se sont abattues depuis la nuit des temps sur les montagnes de l’Atlas au nord du pays et qui s’est accumulée dans cette couche géologique. Si une telle éventualité devait survenir, c’est la vie de plusieurs générations de Maghrébins qui serait mise en danger. La pollution est d’ailleurs déjà là, puisque que ne sachant trop quoi faire des eaux usées, les exploitants les rejettent dans des bassins creusés dans le sable, recouverts de plastique qui en assure une étanchéité très relative; car ces eaux contenant toutes sortes de produits chimiques extrêmement dangereux finissent par s’infiltrer dans le sol. Par ailleurs, ainsi exposées à l’air libre et aux rayons du soleil, elles polluent lors de leur évaporation l’atmosphère par les émanations qu’elles dégagent et le sol par les résidus qu’elles génèrent. Les habitants d’In Salah ont d’ailleurs constaté, que depuis qu’ont été forés ces deux puits dans la proximité immédiate de la ville, des pigeons, des faucons et des volées de cigognes en migration sont morts. Ils ont demandé aux autorités locales de se pencher sur le phénomène et de déterminer les causes d’une telle hécatombe, tout comme ils ont demandé à la compagnie nationale des hydrocarbures d’installer des appareils de mesure de la toxicité de l’air dans la région.

Ces demandes sont restées pour le moment lettre morte. De par sa démarche résolue, cette population semble avoir néanmoins gagné la bataille puisque la Sonatrach, avec l’accord de l’Etat certainement, aurait dit-on renoncé à forer un troisième puits qui était programmé sur ce permis.

Deal américain

Pourquoi un tel forcing de la part de l’Etat ?


Deux raisons expliquent l’entêtement du régime à vouloir exploiter coûte que coûte le gaz de schiste : l’alignement sur la politique américaine en la matière et la panique qui règne dans les rangs du pouvoir depuis qu’a été constatée la baisse drastique des recettes pétrolières du pays.

En faisant appel à Abdelaziz Bouteflika et en le faisant élire président de la République en avril 1999, l’armée et les services de sécurité, qui constituent l’ossature du régime, lui ont fait comprendre qu’il ne pouvait exercer ses pouvoirs au-delà de lignes rouges qu’ils lui ont tracées d’entrée de jeu. Afin d’échapper à cette tutelle - ne pas être un 3/4 de président comme il l’a souvent déclaré lui-même - et dans l’espoir qu’il pourrait ainsi s’imposer aux généraux qui l’avaient installé dans le fauteuil présidentiel, il a sollicité le soutien de l’étranger, notamment celui du président des Etats-Unis. Lors de deux rencontres avec George W. Bush en octobre et novembre 2001, il passait un deal avec lui : l’Algérie mettrait immédiatement en application la nouvelle doctrine américaine en matière d’énergie, avec pour conséquence la cession déguisée des richesses pétrolières algériennes aux entreprises américaines; elle mettrait aussi à disposition des services de sécurité américains la mine d’informations sur Al Qaïda qu’elle détenait alors. En contrepartie de quoi les Etats-Unis fourniraient aux hommes du régime et à lui personnellement, soutien et protection. Les dispositions les plus controversées de la loi sur les hydrocarbures qui fut alors adoptée - un copier-coller de la doctrine de l’administration de George W. Bush en la matière - furent certes annulées à l’issue d’une saga qui dura 5 années, mais l’engagement pris par Bouteflika d’une exploitation intensive des ressources pétrolières algériennes afin de satisfaire les besoins et desiderata des Américains fut maintenu.

C’est dans ce cadre que furent engagés par le ministère de l’énergie, dans le courant des années 2010/2011, des contacts secrets avec les multinationales pétrolières qui aboutirent à la promulgation en 2013 de la nouvelle loi autorisant l’exploitation du gaz de schiste. L’alignement de l’Algérie sur la politique américaine dans ce domaine est apparu au grand jour dans le courant du premier trimestre de cette année. De crainte que le virus de la contestation anti gaz de schiste n’atteigne les rouages de l’entreprise nationale des hydrocarbures, le gouvernement fit appel en février aux services d’un « spécialiste » Mr. Thomas Murphy, directeur d’un centre de recherches chargé du suivi de l’exploitation du gisement de Marcellus en Pensylvannie, qu’il fit venir à Alger pour y « prêcher » la bonne parole aux cadres supérieurs de Sonatrach. Quand on sait que le financement et le fonctionnement du centre que dirige Mr. Murphy sont assurés par quelques 300 entreprises qui participent à des degrés divers à l’exploitation du gaz de schiste de ce gisement, on peut imaginer aisément ce qu’a pu dire Mr. Murphy aux cadres de la Sonatrach. On vit, de même, en mars de cette année, le sous secrétaire d’Etat aux affaires économiques Mr. Rivkin déclarer lors de son passage à Alger, au cours d’une conférence de presse tenue à l’ambassade américaine, qu’il n’avait pas de conseils à donner aux Algériens, mais qu’il les informait néanmoins que l’exploitation de ce gaz avait été créative d’emplois dans son pays, que la technique utilisée était saine et sans dangers et que les Etats-Unis étaient disposés à leur fournir l’assistance technique nécessaire, s’ils le désiraient.

"L'après pétrole"

La seconde raison pour laquelle le régime a décidé de faire le forcing pour l’exploitation du gaz de schiste a commencé à prendre forme en 2011, quand il se rendit brusquement compte de l’essoufflement des gisements de pétrole et de gaz dont la production avait commencé (et continue) à chuter. En parallèle, le prix du baril de pétrole a entamé une dégringolade devenue encore plus importante depuis novembre 2014. Or les hydrocarbures représentent 98% des recettes en devises de l’Algérie qui importe quasiment tout ce qu’elle consomme. Etant donné que rien n’a été fait par le régime pour préparer ce qu’il appelle « l’après-pétrole », dont il parle depuis une quinzaine d’années au moins, il se retrouve de par son incurie pris de panique, car il sait que toute baisse de ces recettes affectera directement le vécu quotidien des citoyens, dont il craint le réveil brutal.

Par ailleurs et surtout, cette rente constitue l’assise du régime qui l’utilise pour acheter des consciences et des soutiens à l’intérieur et à l’extérieur du pays et à acheter  aussi la paix sociale en distribuant de l’argent à tout-va (subventions diverses, prêts qui ne sont jamais remboursés, etc.) qui sert à éteindre les nombreux foyers de tension qui apparaissent journellement aux quatre coins du pays. C’est donc pour renflouer la rente pétrolière qui lui permet de renforcer et de pérenniser son pouvoir, qui permet aussi aux barons du régime de gonfler leurs comptes en banque par les énormes commissions qu’ils perçoivent de la part des entreprises pétrolières exerçant dans le pays, et par celles qu’ils perçoivent également sur les ventes de pétrole de Sonatrach et sur quasiment tous ses contrats de fourniture de matériels ou de services; c’est donc pour toutes ces raisons que le pouvoir en place à Alger a opté pour une politique de la terre brulée, en remplaçant une rente par une autre, en autorisant l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels, bien qu’il soit conscient des dangers encourus par la population. Je suis cependant convaincu que la mobilisation de la population d’In Salah a réussi à semer le doute dans l’esprit des responsables politiques algériens. Et cela aussi est un fait inédit en Algérie.

De tous temps et en toutes occasions le pouvoir a considéré qu’il était seul à détenir la vérité, que les citoyens étaient des mineurs incapables de toute réflexion, qu’il n’avait donc pas à discuter ou à négocier quoi que ce soit avec eux et qu’il pouvait donc les manipuler à sa guise. Mais là, pour la première fois, on a réellement l’impression qu’il hésite. C’est pourquoi notre soutien aux militants anti gaz de schiste algériens, aux habitants d’In Salah en particulier, est important et les aidera certainement à vaincre cette hésitation et à imposer le changement de politique souhaité.

Cette présentation a été faite par Hocine Malti lors de l'Université d’été d’ATTAC qui s'est tenue à Marseille le 27 août 2015


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MessageSujet: Re: L'EMPIRE EXTRACTIVISTE. Vols, dette, malnutrition, accaparement de terres et ressources...   Lun 31 Aoû - 22:01


L'Amérique du Sud à l'heure du post-extractivisme
20 mars 2015 |  Par Les invités de Mediapart

Pour Joan Martínez Alier, professeur d’économie et d’histoire économique à l’Université autonome de Barcelone, le modèle économique extractiviste est dans l'impasse, malgré la multiplication des projets sur le continent: « Le Pérou, le Brésil et la Colombie exportent pourtant, en tonnes, beaucoup plus qu’ils n’importent, mais ils ne parviennent pas à payer leurs importations. Il en va de même en Équateur. »

Joan Martínez Alier a écrit:
Alors que certains dirigeants sud-américains, tant néolibéraux que nationalistes populaires, s’échinent à promouvoir les exportations primaires et vont jusqu’à prétendre que pour sortir de l’extractivisme il faut plus d’extractivisme (de l’avis du président Rafael Correa), tout concourt à montrer que l’on se trouve devant un échec économique.

On observe que la balance commerciale du Brésil a affiché en 2014 un déficit de 3 930 millions de dollars, premier solde négatif en 14 ans. Si les exportations ont atteint 225 101 millions de dollars (7% de moins que l’année précédente), les importations se sont chiffrées à 229 031 millions. La cause en est la baisse des cours du minerai de fer et du soja. Le Brésil continue d’exporter beaucoup plus qu’il n’importe, mais il vend peu cher, au prix de la banane, comme on dit en portugais. La réaction irraisonnée de plusieurs ministres consiste à encourager davantage les exportations primaires.

En Colombie, entre janvier et novembre 2014, le déficit commercial a atteint 4 807 millions de dollars, et les choses ne vont pas s’améliorer vu que les cours du charbon et du pétrole restent bas à cause d’un excédent de l’offre mondiale. La valeur des importations a grimpé de 7,5% durant les 11 mois de 2014 objets de l’analyse, pour atteindre 55 868 millions de dollars, par rapport à la même période un an plus tôt. En revanche, les exportations colombiennes ont totalisé 51 060 millions de dollars, ce qui représente une baisse de 4,7%.

En Amérique du Sud, on parlait il y a quelques années de la maladie hollandaise: les entrées de devises augmentaient grâce au bon prix des exportations. Cela faisait augmenter la valeur de la monnaie nationale et desservait l’industrie face à des importations bon marché (comme cela s’était produit aux Pays-Bas, il y a des décennies, bien avant l’arrivée de l’euro, lorsque le florin s’était apprécié du fait des exportations de gaz). Aujourd’hui, on ne connaît pas de maladie hollandaise, mais une dépréciation du peso ou du real. Il existe une contagion de la Chine. L’économie chinoise éternue et va éternuer encore davantage, et l’Amérique du Sud contracte une grippe, voire une pneumonie.

Le Pérou a enregistré en 2014 le plus grand déficit commercial de son histoire, à cause de la chute des cours internationaux des métaux, lesquels représentent 60% de ses exportations. L’an passé (2014), le déficit commercial du Pérou s’est élevé à 2 555 millions de dollars, alors qu’il n’avait été que de 40 millions de dollars en 2013. Les exportations péruviennes ont reculé de 9,3% en 2014 pour se chiffrer à 38 252 millions de dollars, tandis que les importations ont atteint 40 807 millions de dollars, soit une baisse de 3,3%. Si les importations ont progressé en Colombie, elles ont diminué au Pérou.

Le Pérou, le Brésil et la Colombie exportent pourtant, en tonnes, beaucoup plus qu’ils n’importent, mais ils ne parviennent pas à payer leurs importations. Il en va de même en Équateur, dont la balance commerciale a accusé en 2014 un déficit de 727 millions de dollars à cause de la chute des recettes pétrolières, selon ce que la banque centrale a indiqué en février. En Équateur, la contagion de la Chine se manifeste de façon particulière : le ralentissement de l’économie chinoise a généralement pour effet de contracter la demande de matières premières. En Équateur (et dans d’autres pays de l’Amérique du Sud), les dettes financières à l’égard des Chinois augmentent du même coup, parfois occultées par des ventes anticipées de matières premières.

En dépit de ce qu’ils subissent – dommages environnementaux et sociaux sur les lieux d’extraction et de transport des matières premières, pollution de l’eau à grande échelle, utilisation de nombreux produits toxiques dans l’agriculture qui nuisent à la santé –, ces pays ne sont même pas en mesure de payer ce qu’ils importent. On a appelé post-extractivistes les auteurs, activistes et anciens ministres qui, en pleine flambée des cours des matières premières, à l’écart des gouvernements néolibéraux ou nationalistes populaires – avec parmi eux Eduardo Gudynas, Maristella Svampa, Alberto Acosta, Carlos Monge, Edgardo Lander et Raúl Prada Alcoreza, ont mis en garde contre les maux sociaux, environnementaux et économiques des politiques extractivistes, même si elles s’accompagnaient d’une augmentation des revenus et d’une meilleure répartition de ces derniers dans la population. Ils ont signalé que les termes de l’échange étaient structurellement négatifs (en moyenne, une tonne a toujours valu plus cher à l’importation qu’à l’exportation, même pendant la flambée des cours des matières premières) et que, de plus, on pouvait s’attendre à un cycle de baisse des matières premières. Ils ont apporté leur soutien aux centaines de mobilisations sociales de l’écologie populaire. Ils se sont appelés post-extractivistes. Leur heure est en train d’arriver.

Joan Martínez Alier, professeur d’économie et d’histoire économique à l’Université autonome de Barcelone (Institut de science et technologie environnementale, ICTA)

Traduction de Gilles Renaud pour Dial.
Article initialement publié (en espagnol) dans le quotidien mexicain La Jornada (21 février 2015).


Poppie a écrit:
Abattre des millions d’arbres pour de l’aluminium ? C’est NON !


Chers ami(e)s de la forêt tropicale,

Le gouvernement brésilien est prêt à sacrifier des millions d’arbres en Amazonie pour la construction de méga-barrages sur le fleuve Tapajós. Il destine l’électricité produite aux compagnies minières et fonderies d’aluminium. La réalisation de ces projets serait ainsi une double catastrophe environnementale puisque des forêts tropicales seraient inondées… au profit d’activités minières qui détruiront d’autres forêts tropicales !

Les sociétés françaises EDF et GDF Suez ont participé à la réalisation des études d’impact environnemental des centrales hydrauliques dans le bassin du Tapajós et seront très probablement candidates à la construction de ces barrages.

Sur place, les Indiens Mundurucús défendent leur territoire ancestral de la destruction.Soutenons leur action en écrivant à la Présidente brésilienne Dilma Roussef et aux dirigeants d'EDF et GDF Suez :

PÉTITION  button-deco-ee294b.gif

Le prétendu développement doit, en l'occurence, surtout profiter à EDF/GDF Suez et aux élus brésiliens qui favoriseront cet accord.

Les habitants de ces forêts seront expulsés, et la terre polluée irrémédiablement.   Sans compter la catastrophe qu'est la destruction de la forêt amazonienne, dans le contexte de la limitation du CO2.


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MessageSujet: Re: L'EMPIRE EXTRACTIVISTE. Vols, dette, malnutrition, accaparement de terres et ressources...   Ven 30 Oct - 2:32

dans ce domaine, on ne trouve pas d'approches critiques des ravages du capital sans propositions alternatives dans le capital. À défaut je fais avec. Pour les liens et dossiers, voir le site


Extractivisme et climat : retrouvez une compilation de nos ressources !


Nos modes de production et de consommation actuels mènent à une surconsommation d’énergie, poussant à la multiplication des projets pétroliers, miniers et gaziers dans le monde. Au lieu d’amorcer la transition énergétique, les compagnies extractives repoussent sans cesse les frontières, en s’appropriant de nouveaux territoires et en utilisant des techniques d’exploitation toujours plus dangereuses, polluantes et coûteuses. Pourtant, pour limiter l’augmentation des températures à 2°C, seuil du point de non retour de la crise climatique, il est nécessaire de laisser dans le sol plus de trois quart des réserves prouvées en combustibles fossiles (pétrole, gaz et charbon).

Egalement...

Citation :
La Baleine 180 - Extractivisme : plongée au coeur de la crise climatique (...)

Élaborer un traité international sur les multinationales et les droits (...)

Extractivisme : plongée au coeur de la crise climatique

Les villages Alternatiba : un succès populaire suivi par les Amis de la (...)

Retour sur l’Assemblée Générale des Amis de la Terre france à Bure


LES AMIS DE LA TERRE FRANCE VOUS PROPOSE, DANS CE DOSSIER WEB, DE RETROUVER L’ENSEMBLE DE CES RESSOURCES SUR LE SUJET.

CE QUE NOUS VOULONS :

• Arrêter les projets fossiles, interdire immédiatement l’exploration, l’exploitation et l’importation d’hydrocarbures non conventionnels
• Respecter les droits des populations locales, notamment le droit au consentement libre, préalable et informé
• Contraindre les entreprises extractives à remédier aux dommages sociaux et environnementaux causés par leurs activités et verser des indemnisations justes à l’ensemble des populations affectées
• Mettre en place des politiques publiques pour soutenir la sobriété, l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables !

A VOIR
Ces documentaires ont été produits par les Amis de la Terre, n’hésitez pas à nous contacter pour organiser des projections près de chez vous ! ✉secretariat@amisdelaterre.org

Afrique du Sud : la France au charbon 2015, 25min.

Terres de schiste 2014, 44 min. Disponible en DVD.

Sables bitumineux : jusqu’au bout de la Terre. 2012, 28 min.

A LIRE
N’hésitez-pas à nous demander des exemplaires pour diffuser autour de vous !

Laissons les énergies fossiles dans le sol ! Brochure, mai 2015.

Climat - Pollutions d’État. Brochure, avril 2015.

Climat : comment choisir ma banque ? Guide, octobre 2014.

Émissions d’État, comment les centrales d’EDF et d’ENGIE réchauffent la planète ? Rapport des Amis de la Terre France et Oxfam France, mai 2015.

Charbon, le mauvais calcul des banques françaises. Rapport des Amis de la Terre France et Oxfam France, mai 2015.

Impacts de Total en Egiland, recueil de témoignages au Nigéria. Rapport, novembre 2014.

Repousser les limites - la ruée vers les gaz et huiles de schiste en Patagonie argentine. Rapport, mai 2014.

Sables bitumineux, toujours plus loin, toujours plus sale ! Publication et campagne, 2010 - 2014.

Madagascar : nouvel eldorado des compagnies minières et pétrolières. Rapport, novembre 2012.

POUR AGIR

Interpellez Total, 1ère entreprise pétrolière française !

Quittez votre banque !

Allongez la vie de vos produits ! Plus d’extraction = plus de déchets.



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MessageSujet: Re: L'EMPIRE EXTRACTIVISTE. Vols, dette, malnutrition, accaparement de terres et ressources...   Mer 4 Nov - 9:43



Au Cambodge, les Bunongs luttent pour leurs terres contre Vincent Bolloré 04 novembre 2015 | Par Eléonore Sok-Halkovich

Eléonore Sok-Halkovich a écrit:
Depuis l’implantation de la culture de l’hévéa, le mode de vie des Bunongs a été totalement déstabilisé. Des villageois demandent au milliardaire français la restitution de leurs terres devant le tribunal de grande instance de Nanterre et se battent pour la préservation de leurs ressources et de leur culture.

Phnom Penh (Cambodge), correspondance.- C’est dans le Mondolkiri, la région la plus vaste et la moins peuplée du Cambodge, surnommée la « Suisse cambodgienne » pour ses collines d’un vert criard, ses pins et ses chutes d’eau, que le caoutchoutier Socfin-KCD a élu domicile en 2007. La Socfin-KCD est le fruit d’une joint-venture entre la holding Socfinasia, société de droit luxembourgeois détenue à hauteur de 38 % par le groupe Bolloré, et la Khao Chuly, une entreprise de construction cambodgienne, proche du pouvoir central.

Même si le milliardaire Vincent Bolloré n’est pas actionnaire majoritaire, c’est au nom du contrôle exercé sur cette structure que, le 24 juillet 2015, l’avocat Fiodor Rilov a lancé une action en responsabilité civile contre l’industriel français. Une date vient d'être fixée pour le procès, qui s'ouvrira en mai 2016. Désormais, 93 plaignants réclament la restitution de leurs terres, ainsi que des milliers d’euros de dommages et intérêts.


Sethikula et Varanasi, des noms indiens légendaires, ont été choisis pour les deux concessions de la Socfin-KCD. Le mysticisme a pourtant pris un coup dans ce district de Busra, au point même que le Guide du routard prévient, pessimiste : « N’y allez pas, le Mondolkiri, rongé par la déforestation, a perdu son âme. » Pourtant, ici, on se bat pour conserver cette âme. L’enjeu du combat : le “mir”, la terre, l’axe central du mode de vie des Bunongs, une minorité indigène des hauts plateaux. Hormis sous le régime khmer rouge, les Bunongs ont toujours vécu ici. La légende dit même qu’ils sont nés du Phnom Nam Lear, la colline qui s’étend le long des plantations.

C’est ce que raconte Pé Beuh, un des 93 villageois ayant assigné Bolloré en justice. Cet homme de 75 ans, qui refuse d’abord de nous parler craignant que nous ne soyons des émissaires de la compagnie, nous reçoit finalement dans sa maison de bois, plantée au milieu de poivriers et de champs de manioc, dans l’enceinte des concessions. Avant l’implantation de la Socfin-KCD, Pé Beuh possédait ici des terrains où il pratiquait l’agriculture itinérante traditionnelle.

« Sur certaines parcelles, on avait des rizières, sur d’autres des légumes, des fruits, puis quand la terre ne rendait plus, on la laissait en jachère et on cultivait une autre parcelle pour laisser au sol le temps de se renouveler », détaille le vieillard aux yeux translucides, en tirant des bouffées de cigarette. « Quand les Français sont arrivés en 2007, ils ont envoyé un Bunong repérer les meilleures terres et les marquer. L’année d’après, les tracteurs débarquaient pour tout détruire, raser les champs et la forêt sacrée ! Ils n’ont pensé qu’à l’argent mais pas à notre futur. »


Entourée de rouge, la région du Mondolkiri.
© Google Maps

Le dossier des plantations de Bolloré est un serpent de mer. Déjà en 2010, lorsque la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) avait publié un rapport dénonçant les agissements de la Socfin-KCD 3, l’entreprise avait menacé l’ONG de poursuites pour calomnie et diffamation. Mais depuis que sa reprise en main contestée de Canal Plus l’a de nouveau propulsé sur le devant de la scène, Vincent Bolloré est bien décidé à contre-attaquer toute remise en cause de la gestion de son vaste empire agricole, bâti sur l’ancienne puissance coloniale Rivaud. Début octobre, le site Bastamag 3 a ainsi annoncé qu'il était attaqué pour diffamation après une enquête pointant des dérives dans ses plantations d’hévéa de l’Asie à l’Afrique.


Les deux concessions détenues par la Socfin-KCD dans le Mondolkiri
© Eléonore Sok-Halkovich


Sethikula et Varanasi sont des concessions foncières à des fins d’exploitation économique (ECL), des baux à long terme octroyés par le gouvernement cambodgien à des entreprises locales, ou souvent étrangères, afin d’y développer des projets agricoles ou industriels. Du fait du potentiel de cette région, où l’on dit que « tout pousse », pas moins de 94 731 hectares y sont actuellement exploités par des entreprises cambodgiennes, vietnamiennes, malaisiennes, chinoises et anglaises, réparties en 15 concessions selon les chiffres du ministère de l’agriculture, 16 d’après la base de données de la coalition NGO Forum.

Pé Beuh dit avoir été dépossédé de la moitié de ses terrains (dont il ne connaît pas la superficie), pour lesquels il a reçu une compensation financière unique de 200 dollars (180 euros), alors que la somme avancée par la Socfin-KCD était de 200 dollars par hectare. Un tarif jugé insuffisant par les ONG défendant la minorité, la culture d’un hectare de riz pouvant rapporter en moyenne 1 500 dollars par an. « Les villageois étaient là depuis longtemps, mais ils n’avaient pas de titre d’occupation », explique Sok Ratha, le coordinateur régional de l’Association pour les droits de l’homme et le développement (Adhoc). « C’était vraiment facile pour la compagnie de les accuser d’occuper les terrains illégalement, avec la complicité des autorités. »

Au Cambodge, 80 % de la population vivent en zone rurale et plus de 70 % dépendent de l’agriculture pour survivre, selon la Banque mondiale. Privés de leurs ressources, les Bunongs sont donc entrés de plein fouet dans l’économie de marché et en subissent désormais les fluctuations. « Avant, on avait la liberté d’action, poursuit Pé Beuh. On pouvait chasser, on avait tout ce dont on avait besoin sur place. Maintenant, on doit acheter notre riz et en ce moment c’est très cher pour nous : 35 dollars le sac de 15 kilos, près de 5 dollars le kilo de bœuf, etc. »

«J’ai parfois peur qu’avec tout ce qui se passe, mon peuple ne disparaisse»

À une dizaine de kilomètres, dans la commune de Busra, Keo Chat voit rouge lorsqu’il parle des “Barangs” (Français). « Une personne de la compagnie m’a dit : on prend votre champ car quand vous serez vieux, vous ne pourrez plus l’exploiter, et en échange on vous donne de l’argent », relate-t-il, amer. Avec ses voisins, il a tenté de défendre ses terres, un tracteur a même été incendié, en vain. Entouré de cinq de ses neuf enfants, lesquels sont vêtus uniquement de tee-shirts et traînent pieds nus dans la boue, Chat affirme n’avoir jamais reçu l’argent promis. Pour faire vivre sa famille, il a commencé à travailler pour la plantation en 2009.

« Je me levais à 5 heures du matin, à 6 heures on devait se mettre en ligne pour que le patron nous compte. On commençait à travailler à 7 heures, jusqu’à 16 heures. Après avoir collecté le latex, il y avait une très forte odeur qui faisait tourner la tête. On était payé cinq dollars par jour, j’étais épuisé, j’ai arrêté. » Il tire désormais sa principale source de revenus de l’alcool de riz qu’il distille dans de gros baquets sous les pilotis de sa maisonnette. Les bons mois, ce commerce peu orthodoxe lui rapporte 50 dollars.


Don Ouch, la femme de Keo Chat et 4 de leurs 9 enfants au village de Busra
© Eléonore Sok-Halkovich
.
Dans les longues allées des 6 600 hectares de concession, la rigueur rectiligne des parcelles d’hévéas, plantés à un mètre d’intervalle, contraste étrangement avec la touffeur des forêts environnantes. Il faut six ou sept ans pour commencer à exploiter le caoutchouc, mais des tests sont déjà réalisés sur de nombreuses parcelles où le latex s’écoule le long des entailles circulaires appliquées au tronc. Dopé par le marché automobile chinois, la production du caoutchouc naturel utilisé pour les pneumatiques est devenu un véritable or blanc. Entre 2008 et 2010, le Cambodge a triplé ses exportations, passant de 16 à 45 milles tonnes, d’après les données de l’Association des producteurs de caoutchouc naturel (ANRPC 3). Et même si le royaume reste un petit marché face aux mastodontes thaïlandais et vietnamien, le gouvernement a fait du développement de l’hévéaculture une de ses priorités.

Au bout d’un long chemin boueux rendu difficilement praticable en scooter en cette fin de saison des pluies, Rom nous conduit à l’emplacement de l’ancien cimetière de sa famille. C’est ici, à l’ombre d’arbres centenaires, que reposaient ses grands-parents. « Lorsque les tracteurs ont déboisé la zone, ils ont excavé les tombes, pourtant les stèles étaient visibles ! Les os sont remontés à la surface », s’émeut cette femme au visage sans âge. Pour faire amende honorable, les responsables de la compagnie ont néanmoins fourni un buffle et participé à son sacrifice lors d’une cérémonie expiatoire. « Les Bunongs sont animistes, explique Dy, un guide touristique local. Ils croient aux esprits des arbres et aux esprits des morts. Depuis cet incident, ils disent que les morts reviennent les hanter, qu’il y a eu plusieurs crises au village… Ils ont comme perdu leurs repères. »


La nuit tombée à Busra, le temps se fige. Et toujours cette boue, encore plus épaisse, qui s’insinue partout. Kliou Sokphirun doit faire avec, car sa maison bâtie en bambous n’a pas de plancher. Cette jeune femme en mini-short et débardeur rouge a été élue il y a quelques mois chef du village. « Ici, les gens sont en colère car au moins 40 % n’ont pas été payés », estime-t-elle, dans la pénombre de cette pièce éclairée à la bougie. « Seulement une quarantaine de villageois ont réussi à récupérer leurs terres, mais pour les autres, la procédure judiciaire est le dernier espoir. »

Sur place ou dans les officines de la capitale, la perspective de ce procès exceptionnel crée des tensions, certains craignant qu’il ne nuise aux négociations reprises fin 2014. « Force est de constater que sept ans après, peu de chose ont changé, mais que depuis que Bolloré est au courant de la procédure, les négociations reprennent de plus belle », sourit Ngach Samin, responsable de ce dossier à l’ONG de défense des indigènes CIYA. Il prépare un travail de cartographie des concessions afin de prouver que la déforestation de parcelles continue. « Les droits des minorités sont bafoués, car nous manquons de représentativité au parlement et ce genre de business génère trop de corruption. » Pourtant, les Bunongs refusent de courber l’échine, et en octobre, une pétition a été envoyée au ministère de l’intérieur 3 afin de demander la destitution du gouverneur du Mondolkiri, qui leur avait refusé le droit de défiler lors du jour international des indigènes le 9 août dernier.

Dans la nuit de Busra, une lumière brille encore. Une petite salle aux murs lézardés accueille une quinzaine d’enfants, assis par terre sur des nattes. Ils suivent religieusement des cours d’écriture du langage bunong, qui a été adaptée à l’écriture khmère par une ONG. « J’ai parfois peur qu’avec tout ce qui se passe, mon peuple ne disparaisse », confie le jeune guide Dy. « Si la langue résiste au khmer et à l’anglais, au moins une partie de notre culture survivra. »


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MessageSujet: Re: L'EMPIRE EXTRACTIVISTE. Vols, dette, malnutrition, accaparement de terres et ressources...   Sam 7 Nov - 13:06



[url=http://cadtm.org/Extractivisme-et-sous]Extractivisme et sous-développement[/url]

La malédiction de l’abondance


Alberto Acosta 6 novembre

« Le point discutable de ce mode d’accumulation est, dans une approche insuffisante, dans la façon dont ces ressources sont extraites et mises à profit, ainsi que la manière dont ses fruits sont distribués. La question est beaucoup plus complexe. Les chemins de l’extractivisme, néolibéral ou progressiste, ne sont pas le plus gros problème. La difficulté réside dans l’extractivisme lui-même, qui, en substance, est toujours d’origine coloniale et toujours violent, avec tout ce que cela implique. Et en conséquence, nous sommes condamnés au sous-développement »



Alberto Acosta a écrit:
L’appropriation des ressources naturelles qui sont extraites par une série de violences, piétinant les droits humains et les droits de la nature, « n’est pas une conséquence d’un type d’extraction, mais est une condition nécessaire pour mener à bien l’appropriation » comme le souligne à juste titre Eduardo Gudynas. Et il le fait sans tenir compte des impacts négatifs sur le plan social et environnemental, même économiques, des projets d’extraction. En effet souvent même l’épuisement des ressources n’est pas pris en compte ainsi que ses conséquences postérieures.

Nous devons comprendre que l’extractivisme n’est pas limité au pétrole, il concerne aussi l’agriculture, la foresterie, la pêche et même le tourisme |1|.


Le néo-extractivisme

Au cours des dernières années, conscients de certaines des caractéristiques pathologiques propres du mode d’accumulation extractiviste, plusieurs pays de la région avec des régimes « progressistes » ont impulsé certains changements. Cependant, au-delà des discours il n’y a pas de signes clairs qu’ils cherchent à dépasser vraiment ce mode d’accumulation.

A partir d’une position nationaliste cela procure principalement un plus grand accès et contrôle par l’Etat sur les ressources naturelles, et sur les bénéfices que cette extraction procure. Cela n’est pas mauvais. Ce qui est négatif, de ce point de vue, est le contrôle et l’exploitation des ressources naturelles par des transnationales et non l’extraction par elle-même. Et cela est encore plus compliqué lorsque les entreprises d’État agissent comme si elles étaient des multinationales.

Au moins jusqu’à présent, grâce à des prix élevés des matières premières, en particulier dans les pays avec des gouvernements « progressistes », qui ont gagné une plus grande part des revenus de l’extractivisme, les segments traditionnellement marginalisés de la population ont connu une amélioration relative de la meilleure distribution de ces revenus. Et n’ayant pas réalisé une redistribution des actifs et moins encore, de ne pas avoir changé le mode d’accumulation, les groupes les plus puissants ont obtenu la part du lion. Cette situation est expliquée par l’absence de gouvernements vraiment révolutionnaires et il est relativement facile de profiter de la nature généreuse, sans entrer dans les processus sociaux et politiques complexes de la redistribution.

Bien sûr, dans les pays avec des gouvernements néolibéraux, les extractivismes jouissent également d’une très bonne santé. Grâce également aux prix élevés des matières premières sur le marché mondial, ces pays ont également enregistré des améliorations dans le domaine social. Cela a également permis de réduire la pauvreté par des politiques sociales financées par des recettes supplémentaires.

Maintenant, lorsque le cycle des prix élevés des matières premières semble avoir pris fin, les pressions extractivistes ne diminuent pas. Au contraire. La dépendance aux marchés extérieurs, paradoxalement, est encore plus prononcée en temps de crise. Tous, ou presque tous, les pays dont l’économie est liée à l’exportation des ressources primaires tombent dans le piège d’augmenter les taux d’extraction. De nouvelles incitations sont offertes aux entreprises extractives, tandis que les normes environnementales et sociales sont diminuées. Ceci se termine effectivement au profit des pays du centre : une plus grande fourniture de matières premières – pétrole, minéraux ou denrées alimentaires, en période de baisse des prix, entraîne une nouvelle réduction de ces prix.

Ce que nous savons avec certitude, après tant d’expériences accumulées, est que, indépendamment du gouvernement progressiste ou néolibéral, dans la mesure où les gouvernements élargissent et approfondissent les extractivismes, la dévastation sociale et environnementale s’aggrave. Les droits collectifs des communautés autochtones et paysannes sont touchés afin d’accroître encore l’espace du pétrole ou de permettre ou même encourager les monocultures ou de méga projets miniers de toutes sortes. La criminalisation de la protestation sociale est à l’ordre du jour : des dizaines de dirigeants populaires sont pénalement poursuivis pour avoir pris la défense de l’eau, des droits et de la vie elle-même |2|.

Il est également clair que si les coûts économiques des impacts sociaux, environnementaux et de production de l’extraction du pétrole ou des minéraux étaient enregistrés, disparaîtrait alors bon nombre des avantages économiques de ces activités. Mais ces comptes complets ne sont pas faits par les différents gouvernements, qui ne jurent que par les bénéfices de ces activités d’exportation primaire.


Le piège

Le point discutable de ce mode d’accumulation est une approche insuffisante dans la façon dont ces ressources sont extraites et utilisées, ainsi que la manière dont ses fruits sont distribués. La question est beaucoup plus complexe. Les chemins de l’extractivisme, néolibéral ou progressiste, ne sont pas le problème majeur. La difficulté réside dans l’extractive lui-même, qui, en substance, est toujours l’origine violente et coloniale, avec tout ce que cela implique. Et en tant que tels nous sommes condamnés au sous-développement.

Ce fait détermine l’existence d’économies d’extrême fragilité et dépendantes, attachées à des crises économiques récurrentes, tandis que les mentalités « rentières » sont consolidées. Tout cela renforce les institutions faibles et encourage la corruption. Ce qui précède est aggravé par le clientélisme et le patrimonialisme, déployés par l’intermédiaire de politiques sociales qui minent le tissu organisationnel de la communauté et de la société. Tout cela, au-delà des impacts sur l’environnement, contribue à endiguer la construction de démocraties fortes.

La réalité d’une économie primaro-exportatrice, soit de ressources pétrolières, de minéraux et / ou de fruits tropicaux, par exemple, autrement dit exportateur de nature, se reflète également dans un manque d’intérêt à investir dans le marché intérieur. Il en résulte une intégration limitée du secteur des exportations à la production nationale. Aucune incitation à développer davantage et à diversifier la production nationale en reliant les processus exportateurs, en mettant en place des industries de transformation des ressources naturelles en produits de plus grande valeur ajoutée.

Cette situation est expliquée par la façon dont il est relativement facile de profiter de la nature généreuse, et souvent aussi de la main-d’œuvre peu couteuse.

Pour boucler la boucle, on doit comprendre que la plupart des avantages de ces activités d’extraction vont aux économies riches, importatrices de ces ressources, qui tirent davantage profit de la transformation et de la commercialisation de produits finis. Pendant ce temps, les pays exportateurs de produits de base ont généralement une part minimale des recettes minières ou pétrolières, et sont ceux qui portent le poids des passifs environnementaux et sociaux. Les premiers importent la nature, les seconds l’exportent. Les premiers sont développés, les autres ne le sont pas.

A ce qui précède s’ajoute la concentration massive des revenus dans quelques oligopoles. Ces secteurs et de larges segments d’affaires, infectés par le mercantilisme, ne trouvent pas d’incitations (et ne les crées pas non plus) pour leurs investissements dans l’économie nationale. Souvent, ils sortent leurs bénéfices hors du pays et font des affaires avec des sociétés basées dans des paradis fiscaux

Donc, il y a une incitation ou une pression à investir les recettes provenant de l’exportation de produits primaires dans leurs propres activités d’exportation, comme conséquence de l’avantage comparatif résidant dans la générosité de la nature, plutôt que dans l’effort d’innovation des êtres humains. La réponse pour affronter une demande croissante, ou même de répondre à la baisse des prix de ces ressources sur le marché mondial, a été d’étendre la frontière extractive, provoquant plus et de plus complexes difficultés.

Jusqu’à quand acceptera-t’on que tous les pays produisant des produits semblables, qui sont nombreux, puissent croître en attendant que la demande internationale soit soutenue et permanente pour assurer cette croissance. Il ne faut pas oublier que ce type d’économie extractive, avec un fort besoin de capitaux et de technologie, fonctionne avec une logique d’enclave, c’est à dire sans une proposition d’intégration de ces activités primaro-exportatrices vers le reste des activités économiques de la société. Ainsi, l’appareil productif est soumis aux vicissitudes du marché mondial. Il est particulièrement vulnérable à la concurrence des autres pays dans des conditions similaires, cherchant à maintenir leur revenu, avec une faible réflexion sur une gestion plus appropriée des prix. Et ces extractivismes entravent en outre le processus de l’intégration régionale.

Dans ce scénario, nous devons reconnaître que le véritable contrôle national des exportations est dans les mains des pays centraux, bien qu’il n’y ait pas toujours d’importants investissements étrangers enregistrés dans les activités extractives. De nombreuses entreprises de l’Etat des économies exportatrices de produits primaires (avec évidemment le consentement de leurs gouvernements respectifs) semblent programmées pour réagir uniquement à des impulsions étrangères. D’autre part, il y a des pays, comme la Chine aujourd’hui, qui offrent directement ou indirectement des prêts importants, garantissant le remboursement par le fourniture des ressources naturelles. En bref, la logique de l’extraction des ressources naturelles, tirée par la demande extérieure, caractérisé l’évolution de ces économies primaro-exportatrices.

En raison de ces conditions et des caractéristiques technologiques des activités pétrolières ou minières, et même de l’agro-industrie intensive, il n’y a pas création massive d’emplois directs. En outre, les collectivités ou les quartiers sur le territoire desquels ces activités extractives ont lieu ont souffert et souffrent des effets d’une série de problèmes sociaux et environnementaux découlant de ces exploitations.

La misère de grandes masses de population semble donc inhérente à la présence de grandes quantités de ressources naturelles (avec haute rente différentielle). Ce mode d’accumulation ne nécessite pas du marché intérieur, fonctionne même avec des salaires décroissants. Il n’y a pas de pression sociale qui oblige à réinvestir dans l’amélioration de la productivité. Ces activités extractives empêchent souvent le déploiement de plans appropriés de développement local.

Comme on le voit, tout cela contribue à affaiblir la gouvernance démocratique, et fini par établir ou faciliter le maintien de gouvernements autoritaires et d’entreprises voraces et le clientèlisme.

Pour toutes ces raisons décrites rapidement, ces économies primaro-exportatrices n’ont pas réussi à surmonter le « piège de la pauvreté ». Ceci est le grand paradoxe : il y a des pays qui sont riches en ressources naturelles, qui peuvent même avoir un revenu financier important, mais ne parviennent pas à établir la base pour leur développement et restent pauvres |3|.


Oui, nous pouvons surmonter.

Face à l’omniprésence des extractivismes, les revendications pour des alternatives sont négligées. Celles-ci existent. Bien sûr, le chemin de sortie ne passe pas par l’accroissement de cette modalité d’accumulation primaro-exportatrice. Ni non plus tout en suspendant toutes les activités extractives brutalement.

Il doit aussi être clair que l’élimination de la pauvreté ne pas peut être atteinte seulement avec l’investissement social et des travaux publics, et / ou une meilleure répartition des revenus. Si on souhaite éradiquer la pauvreté il faut faire place à une redistribution substantielle de richesse |4|.

Mais l’essentiel est de ne pas continuer d’étendre et d’approfondir un modèle économique extractiviste, à savoir l’exportation primaire. Ce régime n’a pas été le chemin pour sortir de la pauvreté dans aucun pays |5|. Pour la sortie d’une économie extractive, qui subsistera pour un temps, on doit envisager un point clé : la baisse programmée de l’extraction. Par conséquent, considérer comme une option plus d’extractivisme pour surmonter l’extractivisme, est un sophisme.

En conséquence de ce qui précède, nous devons encourager les activités durables, ainsi qu’à ce qui favorise la transformation industrielle de matières premières au sein de chaque pays, mais sans tomber dans la logique du productivisme et du consumérisme favorisés par les exigences de l’accumulation de capital. D’autre part il faut un autre mode de participation au marché mondial en mettant en place les fondations d’une intégration régionale plus autocentrée. Mais surtout ne pas détériorer davantage la nature ou approfondir les inégalités sociales. Le succès de ces stratégies pour traiter une transition sociale, économique, culturelle et écologique, dépendent de leurs cohérences et, en particulier du degré de compréhension et de soutien social dont elles disposent.

Par conséquent, pour ce faire, il est nécessaire de définir, avec une large et authentique participation populaire, une approche pratique pour répondre à ces activités menaçant la biodiversité et même la vie sociale. La première étape est donc de renforcer les communautés qui résistent à l’extraction pour le moment.

Toute aussi urgent est la nécessité d’aborder avec responsabilité la question de la croissance. Ainsi, il est pour le moins opportun de distinguer, en fonction de leurs histoires sociales et environnementales, ce qui est la « bonne » la croissance de la croissance « mauvaise » (par exemple, la croissance économique dans les pays producteurs de pétrole ne les a pas conduit au développement bien que certains très riches, mais peu développés). Nous comprenons que la croissance économique n’est pas synonyme de développement, et ce, d’ailleurs, a été présenté comme un fantasme inaccessible. Même si cela peut surprendre certaines personnes, les pays qui sont considérés comme développés sont « mal développés » ; par exemple, ils vivent au-delà de leurs capacités écologiques et ont échoué à résoudre les inégalités sociales |6|.

Ce défi ne va pas résoudre en une nuit. On doit faire place à des transitions partant des milliers de pratiques alternatives existantes à travers le monde, horizons orientés vers une vie en harmonie entre les humains et la nature. Il nous pousse à aller vers une nouvelle civilisation : passer de l’anthropocentrisme au biocentrisme est le défi. Cette nouvelle civilisation ne sortira pas spontanément. Il s’agit d’une construction et reconstruction patientes et déterminées, qui commence par démanteler plusieurs fétiches et de promouvoir des changements radicaux à partir des expériences existantes.

Telle est la situation. Nous avons des valeurs, des expériences et des pratiques civilisationnelles alternatives, comme celle du « bien vivre » ou « sumak kawsay » ou « qamaña » offerte par des communautés andines et autochtones de l’Amazonie. Et il y a beaucoup d’autres approches de pensées philosophiques, en quelque sorte, liées à la poursuite de la bonne vie dans diverses parties de la planète. La bonne vie, comme culture de la vie, avec des noms différents et des variétés, est connue et pratiquée dans des périodes différentes dans diverses régions de la Terre Mère, qui pourrait être le « Swaraj Ubuntu » en Afrique ou en Inde. Il serait encore mieux de parler au pluriel de « convivires », de ne pas ouvrir la porte à une seule « bonne vie », homogène, impossible à construire.

Nous devons faire un monde où subsiste d’autres mondes, sans qu’aucun d’entre eux ne soit victime de marginalisation et d’exploitation, et où les humains vivent en harmonie avec la nature.

Traduction du castillan Jean-Paul Petit

Notes

|1| Pour tenter une définition exhaustive va utiliser le terme d’extractivisme proposée par Eduardo Gudynas, en se référant à des activités qui éliminent de grandes quantités de ressources naturelles qui ne sont pas traitées (ou qui le sont de façon limitée), en particulier pour l’exportation en fonction de la demande des pays centraux.

|2| Peu importe, par exemple, que la nature en Equateur est constitutionnellement un sujet de droits.

|3| Jurgen Schuldt, dans plusieurs de ses précieuses contributions, propose cette distinction afin d’inviter à la réflexion, comme un point de départ pour la construction d’alternatives.

|4| Par exemple, en Equateur, si le fardeau fiscal des 10 pour cent des plus riches de la population augmentait de 3,5 pour cent et que les ressources soient allouées au service des plus démunis, la pauvreté serait éliminée. Résoudre la question des subventions aux carburants qui profitent aux plus riches et non aux pauvres, serait une autre source de financement. Une renégociation des contrats avec les compagnies de téléphone ajouterait beaucoup ; il faut considérer que les entreprises ont augmenté leur bénéfice annuel de 38,5 pour cent relativement au patrimoine net ! Et ainsi de suite.

|5| La Norvège ne fait pas exception à la règle. Dans ce cas, l’extraction de pétrole a commencé et s’est élargie quand il y avait des politiques économiques saines et des institutions démocratiques et institutionnalisées, avec une société sans les inégalités comparables aux pays riches en pétrole et ressources minières, c’est-à-dire lorsque ce pays scandinave pouvait déjà être considéré comme développé.

|6| En Allemagne, en 2008, les de 10 pour cent les plus riche de la population possède 53 pour cent des actifs, tandis que la moitié de la population possède 1 pour cent de l’actif ; une situation qui, loin de s’être améliorée, doit avoir empiré (Der Spiegel, 1-9-2014).



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MessageSujet: Re: L'EMPIRE EXTRACTIVISTE. Vols, dette, malnutrition, accaparement de terres et ressources...   Dim 8 Nov - 13:46



Comment les multinationales privent les Mexicains d’un accès à l’eau potable Marie-Pia Rieublanc 2 novembre 2015


Neuf millions de Mexicains vivent sans accès à l’eau potable. Le gouvernement s’apprête pourtant à renforcer la politique de libéralisation du secteur, en partie responsable de la situation actuelle. Les multinationales détiennent déjà d’immenses concessions d’eau, et leurs activités entraînent pollutions, raréfaction des ressources et conflits sociaux. Les entreprises françaises ne sont pas en reste : Suez et Veolia gèrent de manière controversée des systèmes de distribution d’eau, et l’entreprise Total veut y lancer l’exploitation très polluante du gaz de schiste. Une coalition citoyenne lutte pour mettre fin à la privatisation, l’accaparement et la surexploitation de l’eau. Mais la bataille s’annonce rude. Enquête


Citation :
Neuf millions de Mexicains – sur une population de 121 millions – n’ont pas accès à l’eau potable. La situation empire dans le pays : en 50 ans, la disponibilité de l’eau par habitant au Mexique a chuté de 64% [1] ! En cause notamment, la libéralisation du marché de l’eau instaurée en 1992, qui a rendu possible la vente des eaux nationales à des entreprises privées ou des particuliers sous forme de concessions. Cette libéralisation a fait entrer le secteur privé dans la gestion des systèmes d’eau et d’assainissement municipaux. Et des secteurs économiques très gourmands de cette ressource, comme l’industrie de l’eau en bouteille, des sodas ou des bières, possèdent désormais d’importantes concessions, dont une partie est pourtant située dans des zones à risque.

Coca-Cola a ainsi le droit d’extraire 33,7 millions m3 d’eau par an au Mexique, l’équivalent de la consommation annuelle minimale pour faire vivre 20 000 personnes. Le groupe américain exploite 50 nappes d’eau, dont 15 sont surexploitées [2]. À moindre échelle, la compagnie suisse Nestlé extrait 9 millions m3 d’eau par an dans le pays et exploite 16 aquifères, dont 6 sont surexploités.

Les eaux du Mexique sont à vendre

L’industrie minière – tout comme l’extraction de gaz et de pétrole – a un impact encore plus important. Elle consomme quotidiennement des millions de litres d’eau. La mine d’or Los Filos, dans l’État de Guerrero, dans le sud du pays, en utilise 418,8 millions chaque jour rien que pour la lixiviation, processus durant lequel les tonnes de minéraux extraits sont aspergés d’eau et de cyanure de sodium pour séparer l’or des détritus [3]. Cette mine, située dans une zone gangrenée par le narcotrafic, est exploitée depuis 2007 par Goldcorp, première compagnie minière des Amériques et deuxième au niveau mondial. Goldcorp prévoit d’extraire 200 tonnes d’or de Los Filos dans les vingt prochaines années, pour un chiffre d’affaires de 7 milliards de dollars. L’entreprise canadienne s’est installée grâce aux accords de libre-échange nord-américains (Alena). L’usage de produits toxiques comme le cyanure a de graves impacts sur l’environnement et les populations.

Ces excès sont aussi associés à de nombreux incidents, comme le déversement accidentel de 40 000 m3 de sulfate de cuivre dans le fleuve Sonora en août 2014 dans le nord du pays, dont les eaux ont viré à l’orange sur plus de 150 kilomètres après la rupture d’un bassin dans une mine de cuivre exploitée par Grupo Mexico. 20 000 habitants ont été privés d’eau, des dizaines d’autres sont tombés malades et tous attendent toujours réparation de la part du groupe, propriété de German Larrea, deuxième homme le plus riche du pays après Carlos Slim. À l’origine de ces dérives se trouve la réforme du droit agraire orchestrée par le président Carlos Salinas de Gortari (Parti révolutionnaire institutionnel, PRI) en 1992 [4]. Pour faciliter l’entrée du capital étranger, elle a impulsé la conversion des terres de « propriété sociale » en propriétés privées et simplifié l’octroi de l’usufruit des terres collectives aux entreprises, portant un coup fatal à l’héritage de Zapata.

La production d’énergie hydroélectrique a elle aussi, par définition, besoin d’eau. La multiplication des concessions octroyées à ce secteur cristallise les tensions sociales : la construction de barrages dérègle l’écosystème des rivières et peut inonder des centaines d’hectares de terres habitables et cultivables. Dans l’État du Guerrero, les habitants de La Parota résistent depuis onze ans à la construction d’un barrage destiné à alimenter en électricité la grande ville d’Acapulco, au détriment des pêcheurs et agriculteurs du village.

Arsenic, pesticides et hydrocarbures

Conséquence de ces réformes libérales, et de l’accroissement de la population, le pays se rapproche un peu plus chaque année du stress hydrique, fixé à 1700 m3 d’eau disponible par an et par habitant. Sur les 37 régions hydrologiques que compte le pays, trois pourraient passer sous le seuil fatidique d’ici à 2030 si la tendance persiste : la région du Rio Bravo (907m3), la péninsule de Basse Californie (780m3) et la Vallée de Mexico (127 m3).

L’autre grand problème auquel fait face le Mexique est l’inégal accès aux systèmes d’eau potable à travers le territoire. Les populations les plus marginalisées se trouvent en milieu rural, où cinq millions de personnes n’ont pas accès à cette denrée. Dans le Guerrero, État le plus concerné par ce problème, une personne sur trois est affectée, dans le Veracruz, une sur quatre, et dans le Tabasco, le Chiapas et le Oaxaca, une sur cinq.


Pour ne rien arranger, 21 bassins hydrographiques étaient fortement contaminés en 2009 (sur les 1471 que compte le Mexique). La Commission nationale de l’Eau (Conagua) y a enregistré la présence d’arsenic, de pesticides, d’hydrocarbures, de métaux lourds, de composants pharmaceutiques et antibiotiques, et de bactéries. Une partie de cette pollution est de source industrielle : les fuites pétrolières sont innombrables. Un rapport du ministère de l’Environnement a recensé plus de 7000 incidents en quinze ans pour la seule entreprise parapublique Petroleos Mexicanos (Pemex) [5]. Soit 1,3 incident par jour ! L’activité minière, en plus d’être régulièrement responsable de déversements accidentels de produits chimiques dans les rivières, est à l’origine de la dispersion de métaux lourds provoquée par les explosions à la dynamite. L’épandage d’engrais chimique en agriculture est lui aussi très polluant. Mais la pollution domestique est également importante dans ce pays où 11 millions d’habitants – dont 7,8 millions en zone rurale – ne sont pas reliés à un système de drainage des eaux usées et d’assainissement.

Gaz de schiste et fracturation hydraulique, la nouvelle menace

Face à cette situation critique, le président mexicain Felipe Calderón (Parti action nationale - PAN, de centre droit) fait entrer en 2012 le droit à l’eau dans la Constitution du pays, deux ans après la reconnaissance de ce droit fondamental par les Nations unies : « Toute personne a droit à une eau accessible, disponible et assainie en vue d’un usage domestique ou personnel », précise désormais la Constitution [6]. Depuis lors, le Congrès mexicain est appelé à réformer la Loi des Eaux de 1992, héritée du gouvernement de Carlos Salinas de Gortari et dénuée de vision écologique et sociale, afin d’assurer le respect de ce nouveau droit. Le gouvernement du président Enrique Pena Nieto (PRI), qui succède à Felipe Calderon en 2012, s’est promis de faire passer cette réforme avant la fin de son mandat. Va-t-il enfin remettre la population au centre de la politique de l’eau ? Il prend malheureusement la direction inverse. Sa réforme énergétique de 2014 a mis fin au monopole de l’entreprise parapublique Pemex sur le secteur des hydrocarbures, instauré en 1938. L’extraction et la distribution du gaz et du pétrole sont désormais ouvertes aux entreprises privées nationales et étrangères – avec à la clé des besoins en eau encore plus importants.


L’un des objectifs de cette réforme est d’ouvrir la voie à l’exploitation des hydrocarbures « non conventionnels », tels que le gaz de schiste, extraits au moyen de la technique controversée de la fracturation hydraulique (fracking en anglais). Chaque fracturation requiert entre 15 et 20 millions de litres d’eau [7], et les produits chimiques utilisés pénètrent dans les nappes phréatiques. Les gisements de schiste mexicains se trouvent essentiellement à la frontière avec les États-Unis, dans les régions les plus arides du pays. Leur exploitation à grande échelle risque de créer de nouvelles zones de conflits liés à l’eau.

Le géant français Total, déjà investi dans l’extraction de gaz de schiste dans le Texas voisin – il possède des parts dans des gisements de l’entreprise américaine Chesapeake – est intéressé par ces nouveaux filons. En avril 2014, son PDG Christophe de Margerie accompagne le président François Hollande lors d’une visite officielle au Mexique. Il en repart avec un accord signé avec Pemex concernant « un échange de technologie dans l’exploration et la production d’hydrocarbures » et « une évaluation des futures opportunités dans les secteurs non conventionnels, comme le gaz de schiste ».

Une nouvelle Loi des Eaux qui viole les droits humains

En mars 2015, la Commission nationale de l’Eau (Conagua), organisme dépendant du ministère de l’Environnement, présente un projet de réforme de la Loi des eaux. Un texte à rebours de l’objectif affiché par le gouvernement qui « viole le droit humain à l’eau », dénoncent chercheurs et ONG [8]. Il limite le minimum vital d’eau par jour et par habitant à 50 litres – alors que l’Organisation mondiale de la santé l’établit entre 50 et 100 – et promeut la privatisation de cette ressource, soulignent-ils.

En juin 2015, les députés enterrent (provisoirement) cette loi controversée [9], qui appelle à construire davantage de barrages hydroélectriques, à utiliser des eaux nationales « pour l’extraction de tout type de substance et pour n’importe quel processus de transformation », facilitant ainsi l’extraction d’hydrocarbures mais aussi l’activité minière qui occupe déjà près de 13% du territoire. « Le projet de la Conagua est clairement lié à la réforme énergétique car il facilite l’appropriation des ressources en eau pour l’extraction de combustibles et la production d’énergie dans le pays », explique Gerardo Alatorre, professeur et chercheur à l’Université de Veracruz.

La gestion de l’eau désastreuse de Veolia et Suez

Selon ce projet de loi, les autorités locales doivent « promouvoir » la participation du secteur privé dans les services publics d’eau et d’assainissement, qui devient une obligation, et non plus une simple possibilité comme dans la loi de 1992. La participation du secteur privé à la gestion de l’eau suscite pourtant beaucoup de critiques. « Depuis la décentralisation de la gestion de l’eau et de l’assainissement dans les années 1980, les gouverneurs des États reçoivent des fonds et en font ce qu’ils veulent, explique María Luisa Torregrosa, docteure en sociologie et coordonnatrice du Réseau de l’eau de l’Académie mexicaine des Sciences. Il y a aussi un manque de professionnalisation du personnel et de continuité dans les projets qui changent en fonction des maires. »

À Aguascalientes, dans le centre du pays, l’eau est gérée depuis 1993 par Proactiva Medio Ambiente CAASA, succursale du groupe français Veolia et de ICA, entreprise mexicaine dirigée par Carlos Slim. Bilan : le réseau de distribution n’a pas été étendu, CAASA ayant renoncé après des difficultés financières à financer la construction d’infrastructures. Les tarifs ont flambé et sont parmi les plus élevés du pays – 22 pesos par m3 par mois, quand la moyenne nationale est de 12,3 – alors que le service n’est pas satisfaisant et que l’eau manque constamment dans certains quartiers de la ville [10].

À Saltillo (Coahuila, nord), le service est opéré par la ville et par l’entreprise Aguas de Barcelona (Agbar), filiale du groupe français Suez environnement. Les tarifs ont triplé tandis que 70% de la population ne peut toujours pas boire l’eau du robinet. Agbar vient pourtant de décrocher un contrat de 30 ans avec la ville de Veracruz, dans le golfe du Mexique, pour gérer son service d’eau et d’assainissement, en tandem avec l’entreprise brésilienne Odebrecht. Nul doute que Veolia et Suez, leaders mondiaux du marché de l’eau, bénéficieront de la réforme proposée par la Conagua, si celle-ci finit par voir le jour.

Mettre fin à la privatisation, l’accaparement et la surexploitation de l’eau

Mais la résistance s’organise face à cette privatisation de la gestion et des ressources en eau. Gerardo Alatorre coordonne le collectif national Agua para Todos, Agua para la Vida (« De l’eau pour tous, de l’eau pour la vie »), qui réunit 420 chercheurs et organisations de tout le pays. Le collectif travaille depuis 2012 à une proposition de réforme citoyenne de la Loi des Eaux. Celle-ci a été déposée devant la Chambre des Députés le 12 février 2015, mais le projet de loi du gouvernement l’a vite éclipsée.

Le texte du collectif citoyen « reconnaît l’eau comme un bien commun de la Nation, provenant de la Nature et devant être géré sans fins lucratives ». Opposé à la multiplication des barrages, il propose une gestion des ressources hydriques bassin par bassin, par des instances participatives communautaires et citoyennes. Il prévoit de démonter le système de concessions « qui a mené à la privatisation, l’accaparement et la surexploitation de l’eau ». Et d’interdire « l’usage des eaux nationales pour l’industrie minière toxique et pour le fracking ».

Le projet a récolté près de 60 000 signatures. Plusieurs sénateurs de l’opposition ont promis leur soutien, assure Gerardo Alatorre, qui espère une forte mobilisation populaire si le projet initial du gouvernement était validé. Mais le gouvernement mexicain sait faire passer des réformes controversées en douce. En 2014, la réforme énergétique a été adoptée en pleine Coupe du monde de football. Et les élections de juin dernier ont permis au parti au pouvoir, le Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI), de gonfler ses rangs à la Chambre des députés. Celle-ci est chargée d’adopter un nouveau texte au plus vite. Sera-t-il du même acabit que le précédent ?

Marie-Pia Rieublanc



Photos :

- Une : Peter Barwick @ flickr CC
- L’usine Coca-Cola exploite les eaux de San Cristóbal de Las Casas (Chiapas) depuis 1980. Son activité a suscité le mécontentement de nombreux habitants des communautés voisines, inquiets de voir leurs réserves hydriques se vider au profit de l’entreprise américaine. / © Marie-Pia Rieublanc.
- Un opposant à la fracturation hydraulique devant le Sénat mexicain le 22 juillet 2014. L’Alliance mexicaine contre le fracking venait de remettre ce jour-là aux sénateurs une pétition leur demandant d’adopter une loi interdisant cette technique polluante. / Alianza mexicana contra el fracking (libre de droits)
- Cours d’eau du sud du Chiapas menacé par l’industrie minière. / © Marie-Pia Rieublanc


Notes

[1]
De 18 035 m3 en 1950, puis 11 500 m3 en 1955 à 4 312 m3 en 2007. Source.

[2]
Selon l’économiste mexicain Gian Carlo Delgado, dans son ouvrage Apropriación del agua, medioambiente y obesidad : los impactos del negocio de bebidas embotelladas en México (UNAM, CIICH, Colección Alternativas).

[3]
Déclaration d’impact environnemental du projet minier Los Filos, 2005

[4]
Réforme de l’article 27 de la Constitution mexicaine, qui a mis fin à la redistribution des terres des grands propriétaires terriens aux paysans par l’État, mise en place après la révolution de 1910 et gênante à l’heure de signer un accord de libre-échange avec les États-Unis et le Canada (l’Alena).

[5]
Rapport publié en 2007, par le ministère de l’environnement mexicain, qui a depuis 1993 répertorié 7279 incidents chez PEMEX, Petroleos Mexicanos, entreprise paraétatique chargée de l’extraction et la production d’hydrocarbures au Mexique.

[6]
Article 4 de la Constitution mexicaine.

[7]
Selon un rapport de l’ONG Food and Water Watch. Cette technique de la fracturation hydraulique consiste à forer la terre jusqu’à plusieurs kilomètres de profondeur pour y injecter un mélange d’eau, de sable et de centaines de produits chimiques afin de libérer le gaz contenu dans la roche.

[8]
Lettre ouverte d’une trentaine de chercheurs et d’organisations dont Greenpeace. L’Union des scientifiques engagés auprès de la société au Mexique fustige également cette loi qui « promeut la privatisation de l’eau en la considérant principalement comme un bien économique et non culturel et social », « aggravant les inégalités sociales à travers la hausse des tarifs » et « compromettant la disponibilité de l’eau ».

[9]
Approuvé le 5 mars par deux commissions de la Chambre des députés dans le cadre d’une procédure accélérée qui a scandalisé l’opinion publique et une partie de l’opposition, le texte n’a finalement jamais été examiné en session plénière.

[10]
Constat réalisé en juin dernier par la Commission citoyenne d’eau potable et d’assainissement d’Aguascalientes. Source.


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MessageSujet: Re: L'EMPIRE EXTRACTIVISTE. Vols, dette, malnutrition, accaparement de terres et ressources...   Dim 8 Nov - 14:11



Extractivisme

Pollutions, sécheresses, menaces : l’inquiétant cocktail de l’industrie pétrolière en Colombie
6 novembre 2015 par Nadège Mazars


Perenco est une discrète compagnie pétrolière française, propriété de l’une des familles les plus riches de France. Basta ! et l’Observatoire des multinationales ont enquêté sur ses pratiques en Colombie, où Perenco dispose de plusieurs concessions aux côtés d’autres compagnies. L’industrie pétrolière y est accusée de contribuer à la sécheresse qui s’installe dans la savane amazonienne, et de nombreuses négligences face aux pollutions qui contaminent étangs et rivières. Face aux actions de blocages organisées par les habitants et aux centaines de plaintes déposées, les autorités locales s’illustrent par leur totale indifférence. Ceux qui osent dénoncer ces pratiques sont, eux, menacés de mort.



Citation :
Milton Cardenas a le regard las des personnes qui ont tout tenté. Assis à une table dans le patio de la maison de ses parents, il montre sur l’écran de son ordinateur les images qui, selon lui, lui ont coûté son travail et valu des menaces de mort : « Regardez ! Les produits chimiques qu’ils jettent dans n’importe quels endroits ! Ils sont très dangereux ! De la soude caustique ! Regardez ! » Une partie de ces photos a été prise quand il travaillait pour la multinationale française Perenco. « Regardez ! Tous ces poissons morts ! Quand ils font une perforation, ils entreposent à cet endroit ce qu’ils sortent, la terre mélangée au pétrole. Quand il pleut, tout s’en va dans l’étang [1]. […] Regardez ! Cette vache morte qu’on retire de l’eau ! »

Les photos défilent, illustrations de la contamination, images d’animaux tels le capybara, ce grand rongeur typique de la savane des Llanos, recouverts de pétrole. Les piscines où le pétrole se déverse ne sont pas bien isolées, les animaux peuvent entrer. L’eau de pluie qui y tombe est évacuée sans traitement dans la savane. Milton raconte aussi les camions-citernes, jusqu’à sept tous les jours envoyés pour déverser leur contenu d’eaux usagées dans les rivières alentours. Il est le président du conseil de direction communale de Tesoro del Bubuy et, depuis 2009, il participe, avec la plus grande majorité de la communauté, à une bataille devenue juridique contre la multinationale qui exploite le champ pétrolifère de La Gloria.

Ce diaporama présente une sélection d’images transmises par les riverains des sites pétroliers de Perenco dans la région du Casanare

               
Une région asséchée par l’industrie pétrolière

Située à trois heures de route de Yopal, la capitale du département du Casanare, au pied de la Cordillère des Andes, le village est situé au cœur de la savane des Llanos colombiennes. Les étendues de hautes herbes sont parsemées de palmeraies où naissent les multiples petites rivières qui parcourent le territoire. C’est une région riche en eau, même si celle-ci disparaît durant l’été dans les nappes souterraines. Le bassin colombien de l’Orénoque, dont fait partie le Casanare, contiendrait environ un tiers des réserves hydrauliques du pays. Le Casanare est l’une des terres de la tradition llanera, une culture créée autour de l’élevage extensif bovin. Mais, depuis une trentaine d’années, la région a connu de profondes transformations socio-économiques.

L’exploitation pétrolière est devenue la principale ressource économique, plaçant le Casanare au deuxième rang national des départements producteurs de pétrole, avec 2 286 millions de dollars de pétrole exporté en 2014. Des sécheresses inhabituelles sont apparues, comme celle de l’an passée qui a tué plus de 20 000 bêtes, sauvages et d’élevage, près de Paz de Ariporo [2]. Gourmande en eau, l’activité pétrolière est pointée du doigt. Au moins neuf barils d’eau sont prélevés pour chaque baril de pétrole généré. La captation des eaux souterraines par l’industrie pétrolière serait à l’origine de l’assèchement des étangs « d’été », ceux qui, en dépit de la période sèche, restaient à flot. Essentiels à l’équilibre écologique, ces étangs permettent d’abreuver bétail et faune dans une région où la température monte couramment à 40 °C à l’ombre.

L’eau souterraine extraite des perforations a de plus la particularité d’être salée. Rejetée dans la nature ou mal entreposée, elle contribue à déstabiliser l’équilibre écologique des Llanos et sa biodiversité. Normalement, un impôt prélevé auprès des compagnies pétrolières est prévu pour dédommager les villes de l’usage des sous-sols sur leur territoire. Mais la Contraloría, organisme de contrôle national des institutions publiques, a récemment révélé que, sur l’année passée, plus de sept millions d’euros provenant de cet impôt et destinés à la gestion de l’eau ont été perdus en raison d’une mauvaise gestion, dans le seul département du Casanare [3].

Perenco, dont nous avons sollicité la réaction sur les faits dénoncés dans cet article, assure par la voix d’un porte-parole travailler en Colombie « en coordination avec les autorités nationales dont relèvent les opérations pétrolières », et « dans le strict respect des normes environnementales et sociales en vigueur », y compris l’interdiction du rejet d’eaux non traitées dans l’environnement. « Le retraitement des eaux est en partie mené à bien au moyen de bassins de rétention, dont l’accès est fermé pour limiter au maximum les intrusions. La sécheresse qui sévit occasionnellement à l’est du pays n’est pas imputable à l’activité pétrolière mais constitue un phénomène climatique bien connu dans les Llanos. »





Milton Cardenas montre les documents des procédures judiciaires en cours, accumulées depuis un peu plus d'un an. Le dossier de déclarations du tribunal et d'échange de lettres entre la communauté, les institutions et Perenco comporte plus de 200 pages. Tesoro del Bubuy, municipalité de Aguazul, 30/04/2015.

Menaces de mort pour les dissidents du pétrole

Pendant dix-sept ans, Milton a régulièrement travaillé pour l’entreprise française, installant les conduits de l’oléoduc, aménageant les piscines de stockage, participant à des opérations de maintenance. Comme la plupart des habitants de la zone, dont les dernières générations ont progressivement abandonné l’élevage bovin pour le secteur pétrolier, il a bénéficié des accords locaux passés entre la communauté et l’entreprise. Mais, en 2009, il perd son travail pour avoir participé, en tant que président du conseil, au blocage des voies d’accès des sites de Perenco. La communauté accuse alors l’entreprise de pollution des sources d’eau et de non-respect des accords passés.

Son engagement lui coûte même de figurer sur une liste noire qui lui interdit tout travail dans la zone. Et puis surtout, on lui mentionne indirectement que sa vie est en danger. « Un employé de Perenco a dit à mon père qu’on ne savait pas ce qui pourrait m’arriver, à moi ou à d’autres, si nous continuions dans cette voie… » Dans une région que les groupes paramilitaires ont contrôlée, et où l’on sait que les démobilisés restent très actifs, le message a de quoi effrayer.

Des soupçons que Perenco récuse catégoriquement : « Perenco dément tout lien avec les organisations terroristes en Colombie, dont elle était encore victime lors d’une attaque menée contre son personnel et ses installations le 29 juin 2015. Rappelons aussi que ces organisations terroristes ont délibérément commis un écocide en déversant plus de 22 000 barils de pétrole brut dans les rivières, pour le seul mois de juin 2015. »

Mais il y a un précédent. Depuis sa prison l’un des chefs du groupe armé d’extrême droite, Nelson Vargas Gordillo, a avoué qu’il existait, treize ans auparavant, un accord entre les paramilitaires et Perenco [4]. Selon cette source, l’entreprise aurait payé au groupe paramilitaire un peu plus de 150 euros par camion-citerne accompagné pour sécuriser les trajets aux sorties des sites. C’est à cette époque que l’un des responsables du village de Tesoro del Bubuy, Wilson Pizon Romero, est assassiné.


Les propriétaires de Perenco : 13e fortune française

À l’origine, les puits de La Gloria étaient la propriété d’Elf Aquitaine, la défunte géante française absorbée depuis par Total. Perenco en reprend la gestion et l’exploitation en 1997, en partenariat avec l’entreprise nationale colombienne Ecopetrol. D’une petite entreprise œuvrant à Singapour dans la maintenance maritime au cours des années 1970, Perenco est devenue une géante opérant en Asie, en Afrique, en Europe et en Amérique latine. Elle est sous l’unique possession d’une famille, les Perrodo, dont le logo à l’hermine rappelle leur origine bretonne.

C’est en 2002 puis en 2012 que Perenco prend son envol. Peu connue du grand public, cultivant sa discrétion, l’entreprise a cependant produit suffisamment de capitaux pour hisser les Perrodo au 13e rang des familles les plus riches de France, avec une fortune évaluée à 5,5 milliards d’euros en 2014 [5]. Sur sa page internet, Perenco annonce la production en Colombie de 35 000 barils de pétrole par jour [6].

Pour s’implanter dans le secteur, Perenco a adopté une stratégie spécifique. L’entreprise rachète des puits dont la production est estimée en déclin pour leur donner une deuxième vie. Mais la stratégie a les défauts de ses qualités : si les installations existent déjà, elles sont aussi usées par les années d’exploitation. Tesoro del Bubuy a ainsi connu deux déversements accidentels de pétrole, un premier, fin 2012, puis un nouveau, fin 2013. La défaillance de tubes de l’oléoduc est à l’origine de la contamination de la seule source d’eau permanente, le caño Palo Blanco.

Lors des deux incidents, les habitants de la zone ont dénoncé une intervention insuffisante de Perenco, ce qui les a conduits, en mars 2014, au blocage de la route d’accès aux sites de la station La Gloria. Ils se sont aussi rendu compte que les recommandations données après le premier incident de 2012 par Corporinoquia, l’organisme régional de contrôle et de protection environnementale, n’ont pas été suivies. Le blocage leur donne l’occasion de visiter les sites d’exploitation, et leur constat est mauvais : pollution et négligence sont au rendez-vous. Au bout de un mois, Perenco et les trois communautés (Tesoro del Bubuy, Coralia, Piñalito) arrivent cependant à un accord… qui n’est par la suite pas respecté.


1 % des bénéfices au profit des communautés, vraiment ?

Un deuxième blocage commence en août 2014 et dure plus de trois mois. Deux points sont au cœur des revendications. L’attention se porte d’abord sur l’oléoduc défaillant. En février 2014, l’Association nationale des licences environnementales (ANLA) avait émis un rapport exigeant l’accomplissement de certains arrangements. L’un d’entre eux stipule la fermeture de l’oléoduc [7]. Mais Perenco se refuse à laisser la communauté en constater l’effectivité. En réponse à nos questions, l’entreprise a indiqué s’être bien « conformée à cette décision » : « Les conduites ne seront rouvertes qu’après validation par les autorités que leur remplacement a été fait dans des conditions satisfaisantes. »

Les documents récoltés dans le cadre du conflit révèlent aussi que l’entreprise n’a respecté ni les engagements pris dans l’étude d’impact ni le plan de gestion environnementale, présentés à l’ANLA. Les documents lui ont permis d’obtenir la licence environnementale obligatoire avant toute exploitation des sous-sols. La licence prévoit en compensation la création d’un parc de reforestation et, surtout, l’allocation de 1 % des bénéfices de Perenco à un aménagement des sources d’eau et des rivières dans le département. Sur ces deux points, Perenco n’avait toujours pas rempli ses engagements. En réponse à nos questions, elle précise qu’« à la Gloria, le reversement de 1 % des profits s’est fait au bénéfice d’un projet à l’échelle départementale, avec la collaboration de l’IDEAM ; la communauté avait manifesté sa préférence pour un projet de proximité mais qui n’a pas encore obtenu l’agrément de l’ANLA ».


Les critiques à l’égard de Perenco ne sont malheureusement pas des cas isolés dans le Casanare. Fin avril, les membres du Cospacc [8], organisation de défense des droits de l’homme du centre-est colombien, le constatent lors de leur visite de vérification des effets de l’action des pétrolières dans cinq autres zones du département. Outre Perenco, des entreprises comme la canadienne Pacific Energy ou Cepsa l’espagnole causent des nuisances écologiques répétées. À San Luis de Palenque et à Orocué par exemple, des procédures menées par des représentants locaux sont en cours contre Pacific Energy, pour non respect des normes. Gustavo Torres, coordinateur de l’association de contrôle environnemental du village de Surimena, explique que près d’Orocué, sur la zone d’exploitation de Cravo Viejo, Pacific Energy a installé une station trop près de l’étang d’été Matemarrano mettant en danger son intégrité. Par ailleurs, un oléoduc récemment construit passerait à proximité des maisons de Carrizales, sans respect des normes de sécurité. Quant aux actions menées auprès des institutions de contrôle, Gustavo a eu la désagréable surprise de constater que les archives déposées chez Corporinoquia pour appuyer les procédures ont été perdues…

Fuites d’oléoducs, mousse suspecte dans l’eau...

À l’opposé, les entreprises obtiennent une licence environnementale dans des délais assez courts, quand il faut plusieurs mois à un paysan pour être autorisé à couper des arbres sur son terrain. Ulvio Martín Ayala, président du conseil de direction du Cospacc, juge avec dépit le rôle des organismes de contrôle. « Leur mission est d’octroyer le plus rapidement possible des licences environnementales. Elles aident à accélérer le processus d’extraction des ressources naturelles. […] La majorité des études environnementales se font depuis un bureau. Ils ne font pas d’études depuis le terrain. Ils ne font pas non plus d’études sur l’impact environnemental. » En somme, les institutions de contrôle opéreraient depuis les bureaux de Bogotá, tel un tampon de validation certifiant la « propreté écologique » d’entreprises dont le travail sur le terrain n’a été que substantiellement contrôlé.

Les déversements pour défaillance des oléoducs sont courants, constate la Cospacc. Après la contamination du caño El Duya par un oléoduc de Perenco en 2010, les propriétaires des terres ont touché un modique dédommagement, sans que la pollution au quotidien ne cesse [9]. L’eau rejetée présente une mousse suspecte. L’un des lieux d’entreposage des déchets ne respecte pas les normes d’isolation, comme en témoigne Jorge Eliecer Oros, éleveur qui a dû laisser un de ses terrains à l’usage de Perenco [10].

Et puis il y a la sécheresse, le constat, année après année, de la baisse régulière, voire de la disparition, des étangs qui auparavant restaient à flot durant les étés sans pluie, comme on le remarque dans la réserve autochtone d’El Duya. À Trinidad, le passage constant de camions-citernes sur la piste de terre rouge soulève une poussière insupportable et contamine les herbes des prairies alentours. La solution trouvée par les entreprises pour limiter les nuages de poussière n’a pas été de goudronner pour faire une vraie route mais d’arroser d’eau. Problème, cette eau est soupçonnée d’être celle contaminée sortant du processus d’extraction, comme cela se pratique couramment dans le département voisin du Meta. Une pratique que dément le porte-parole de Perenco : « Les eaux utilisées pour les routes proviennent de sources autorisées pour les opérations ou achetées localement, avec l’approbation des autorités environnementales. »

500 plaintes, aucune enquête

La persistance de ces situations conduit Cospacc à demander la démission de la présidente de Corporinoquia, l’organisme régional de contrôle et de protection environnementale, Martha Plazas Roa [11]. « Au cours de 2014, nous avons recensé plus de 500 plaintes concernant différents puits dans le Casanare. Corporinoquia n’a mené aucune étude de responsabilité », explique Martín. « Les gens se fatiguent à déposer ces plaintes sans qu’il y ait un soutien des institutions. Dans son rapport public du 7 avril 2015, la directrice de Corporinoquia ne responsabilise aucune entreprise. C’est du cynisme de sa part, et nous demandons sa démission pour inefficacité. »

Dans leurs relations avec les communautés, les entreprises ont des attitudes tout autant irresponsables. Si la consultation locale est une obligation, les conclusions de ces consultations ne sont pas toujours respectées. Les accords d’embauche passés avec les communautés deviennent aussi des leviers d’influence. Comme dans le cas de Tesoro del Bubuy, la menace de perdre son travail plane quand se présente un conflit. Mais des blocages de route de plusieurs mois, il y en a eu beaucoup ces derniers temps. Avec la baisse des cours du pétrole, l’industrie traverse une crise et les entreprises ont choisi de réduire la masse salariale.


Les pétrolières répondent aux blocages par des procédures judiciaires contre les représentants des communautés, pour obstruction de voie et restriction à l’exploitation pétrolière pouvant conduire jusqu’à l’emprisonnement. C’est ainsi le cas d’un conseiller municipal et de deux autres personnes à San Palenque de Luis, où se conduit une bataille contre Pacific Energy. À Miralindo, à Poré, à Trinidad, d’autres personnes et dirigeants locaux sont visés par des procédures similaires que l’on met à exécution si les blocages reprennent. À Tesoro del Bubuy, Milton et deux autres personnes sont eux aussi sous la menace de cette épée de Damoclès.

« Anéantissement du territoire et des institutions publiques »

L’industrie pétrolière est devenue une priorité nationale avec l’arrivée au pouvoir de Juan Manuel Santos (droite) en 2010. La politique économique suit un « plan national de développement » où les « locomotives minéro-énergétiques » [12], comme Santos les désigne, ont pour objectif d’impulser l’entrée de capitaux étrangers parallèlement à la signature de traités de libre-commerce. Mais comme dans de nombreux cas, la logique économique va à l’encontre du respect des procédures démocratiques.

C’est ce que constate Ivan Cepeda, sénateur du Polo Democrático, qui est aussi l’un des principaux leaders de l’opposition de gauche. « Les multinationales ont leurs propres règles face auxquelles l’ordre institutionnel ne vaut rien », explique-t-il. « Il y a à la fois anéantissement du territoire et anéantissement des institutions publiques. » Le nouveau plan national de développement appuyant l’extraction minéro-énergétique dans les páramos vient d’être approuvée [13]. Ces landes d’altitude à la biodiversité spécifique sont aussi des sources hydrauliques essentielles à l’équilibre des différents étages écologiques des montagnes et plaines du pays andin. Et Cepeda de s’inquiéter, si ce qui est en jeu n’est pas « tout simplement la destruction de notre pays ».

A Tesoro del Bubuy, quelques premières victoires provoquent des étincelles dans le regard de Milton. L’un des propriétaires qui a dû laisser l’entreprise entrer sur ces terres a gagné une première bataille juridique. La nouvelle est d’autant mieux accueillie qu’elle permet d’oublier un instant les récentes menaces : une semaine après la visite de Cospacc, la famille de Miltón a été attaquée par deux hommes encagoulés. Son père et sa mère ont été attachés et retenus plusieurs heures. On leur a volé de l’argent et quelques objets. L’attaque a de quoi surprendre dans une campagne où la confiance entre voisins est telle qu’on oublie facilement de fermer la porte quand on s’absente. Difficile de dire aujourd’hui qui sont les vrais responsables de cette agression. Mais ce qui est certain, c’est que le comportement de Perenco, sur le terrain, tranche avec les intentions vertueuses affichées sur ses pages internet.

Nadège Mazars


Photos : © Nadège Mazars | hanslucas.com, sauf le diaporama, qui présente des photos transmises par les riverains des opérations de Perenco.

Légende des photos (dans l’ordre d’apparition) :
- John Eliecer Oros visite le terrain qu’il prête à Perenco. Des tas noirs de terre mélangée à du pétrole sont accumulés sans aucune condition adéquate d’isolation. Miralindo, municipalité d’Orocué, 26/04/2015. (Une)
- Milton Cardenas montre les documents des procédures judiciaires en cours, accumulées depuis un peu plus d’un an. Le dossier de déclarations du tribunal et d’échange de lettres entre la communauté, les institutions et Perenco comporte plus de 200 pages. Tesoro del Bubuy, municipalité de Aguazul, 30/04/2015.
- Un “estero” à sec, sur le terrain de John Eliecer Oros.
- Lors de la réunion annuelle de compte-rendus de Corporinoquia, les membres et soutiens du Cospacc manifestent leur désaccord avec la politique menée par l’institution de contrôle en se couvrant la bouche. Ils veulent ainsi témoigner que leur point de vue n’est pas pris en compte. Ils demandent la démission de la présidente de la corporation, Martha Plazas Roa. Yopal, 17/04/2015.
- Réunion de la communauté de Miralindo avec les membres de Cospacc. Miralindo, municipalité d’Orocué, 26/04/2015.
- Trace de l’investissement social de Perenco dans la communauté de Miralindo, municipalité d’Orocué, 26/04/2015.
- L’un des dirigeants locaux de Miralindo conduit la délegation de Cospacc vers la rivière El Duya et la conduite d’évacuation des eaux de la station Sardinas. Miralindo, municipalité d’Orocué, 26/04/2015


[1] Les esteros, ici traduit sous le terme d’étangs, sont en fait des étendues d’eau spécifiques des Llanos. Ce sont des dépressions géologiques proches des rivières, qui se remplissent d’eau au moment de la saison des pluies et qui conservent un fond d’eau au moment de la saison sèche.

[2] Semana, « Muertos de sed », 29/03/2014, et El Espectador, « Autoridades apuntan “cinco pecados” posibles como causa de sequia en Casanare », 31/03/2014.

[3] Source.

[4] Libération, « La Colombie ferme les yeux sur les entreprises alliées aux milices », 25/02/2012, et El Espectador, « La petrolera Perenco y los ‘paras’ », 14/01/2012.

[5] Voir le classement du magazine Challenges. En mars 2015, Forbes estime la richesse de la famille Perrodo à 8,1 milliards de dollars, la plaçant au 149e rang mondial et au 10e rang français des familles les plus riches.

[6] Voir http://www.perenco-colombia.com/.

[7] - Source.

[8] Pour connaître leurs actions dans la région, voir notamment le documentaire de Cospacc, Detrás de la sequia, réalisé par Amandine D’Elia. En septembre 2015, Cospacc a reçu le prix national de défense des droits humains de la fondation suédoise Diakonia.

[9] Le déversement provenait de l’oléoduc de la station Sardinas gérée par Perenco. Vidéos amateurs montrant l’étendue des dégâts.

[10] En Colombie, les sous-sols restent la propriété de la nation, qui décide, quand il y a possibilité d’exploiter une ressource naturelle, de l’attribuer à la gestion d’une entreprise. Les propriétaires des terres en surface doivent autoriser l’accès aux exploitants contre dédommagements, ces ressources étant considérées comme d’intérêt stratégique pour le pays.

[11] Nous n’avons pas pu rencontrer la présidente de Corporinoquia, celle-ci « s’excusant » d’un emploi du temps chargé, en dépit de notre insistance et de notre disponibilité… De même, la direction colombienne de Perenco n’a pas jugé nécessaire de répondre à notre demande d’interview.

[12] Voir le document Bases del Plan Nacional de Desarrollo 2010-2014 – Prosperidad para todos, Republica de Colombia, DNP, 150 pages.

[13] Voir El Espectador, « Habría al menos 347 títulos mineros en 26 páramos del país », 17/04/2015.


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MessageSujet: Re: L'EMPIRE EXTRACTIVISTE. Vols, dette, malnutrition, accaparement de terres et ressources...   Dim 8 Nov - 14:16



Bientôt du gaz de schiste américain dans les chaudières françaises 2 novembre 2015 par Olivier Petitjean

Après EDF il y a quelques mois, Engie (ex GDF Suez) vient de signer un contrat d’approvisionnement en gaz naturel liquéfié américain avec Cheniere. À partir de 2017 et 2018, le gaz consommé en France sera donc en partie du gaz de schiste en provenance des États-Unis. Au moment même où ils multiplient les beaux discours sur les énergies vertes à l’occasion de la COP21, les deux champions français sont donc en train de signer des contrats qui enfermeront leurs usagers dans la dépendance envers une source d’énergie fossile particulièrement polluante et controversée.

Citation :
Le groupe énergétique français Engie (ex GDF Suez) vient de signer avec l’entreprise américaine Cheniere un contrat d’approvisionnement en gaz naturel liquéfié (GNL) issu des États-Unis. À compter de 2018, les réseaux de gaz et les chaudières de France et d’Europe seront donc partiellement alimentées en gaz de schiste américain.

Il y a quelques mois déjà, EDF avait signé un contrat similaire avec Cheniere pour recevoir jusqu’à 50 cargaisons de GNL par an au terminal méthanier de Dunkerque. Engie, quant à elle, recevra jusqu’à 12 bateaux chargés de gaz liquide par an dans son terminal de Montoir-de-Bretagne. Comme le note Bloomberg, grâce à ses deux champions EDF et Engie, la France - qui a interdit la fracturation hydraulique et donc le gaz de schiste sur son territoire - se positionne ainsi comme un « point d’entrée clé en Europe » du gaz de schiste américain,

Le boom du gaz de schiste aux États-Unis a provoqué une crise de surproduction et une chute du prix du gaz qui menace la viabilité économique de tout le secteur. Les exportations de gaz américain vers l’Asie et l’Europe représentent un enjeu stratégique majeur qui lie les intérêts des firmes pétrolières américaines à ceux des géants européens de l’énergie comme EDF et Engie. Cheniere a été l’une des premières entreprises à se lancer dans la construction de nouveaux terminaux pour exporter le surplus de gaz américain, avec deux usines de liquéfaction en construction à Sabine Pass (Louisiane) et Corpus Christi (Texas). Engie est d’ailleurs impliquée dans un autre projet de terminal de liquéfaction aux États-Unis, Cameron LNG, sur la côte de Louisiane.

Le choix du gaz de schiste derrière les beaux discours de la COP21

À l’occasion de la COP21, aussi bien Engie qu’EDF se prévalent volontiers de leur conversion à la transition énergétique et de leurs investissements dans les énergies vertes (lire ici et là, ainsi que nos deux contre-rapports annuels sur EDF et Engie).

Leur choix de s’approvisionner à long terme en gaz de schiste américain apparaît en totale contradiction avec ces beaux discours. Si les dirigeants d’Engie parlent d’une source d’énergie « propre et sûre », en réalité le gaz de schiste et la fracturation hydraulique nécessaire à son extraction sont une source majeure de pollution et de risques environnementaux (séismes, contamination de l’eau, déchets, pollution de l’air...). Pire encore, les forages de gaz de schiste occasionnent d’importantes fuites de méthane - un gaz à effet de serre 84 fois plus puissant que le dioxyde de carbone - ce qui rend cette source d’énergie virtuellement aussi polluante et aussi nocive pour le climat que le charbon [1].

Olivier Petitjean


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MessageSujet: Re: L'EMPIRE EXTRACTIVISTE. Vols, dette, malnutrition, accaparement de terres et ressources...   Lun 9 Nov - 11:34



ÉQUATEUR - Conséquences du système capitaliste dans les communautés et peuples indiens Humberto Cholango 15 octobre 2015


Après les mobilisations d’août 2015 contre le gouvernement de Rafael Correa, DIAL propose deux textes pour mettre en lumière les enjeux et acteurs des événements. Le premier texte, rédigé par François Houtart, analyse les événements d’août en les replaçant dans un contexte national et international plus large. Le second, ci-dessous, date d’août 2013 mais permet de mieux saisir les positions d’un des acteurs clés des mobilisations, le mouvement indien.

Citation :
La Troisième Rencontre latino-américaine Foi et Politique [1] a eu lieu en août 2013 à l’Université andine Simón Bolívar (Quito), à l’occasion des 25 ans de la mort de Mgr Leonidas Proaño. Les présentations et débats réalisées à cette occasion ont été rassemblées et publiées en 2014 dans un ouvrage collectif sous la direction de Nidia Arrobo Rodas, directrice de la Fundación Pueblo Indio del Ecuador. Ce texte est une traduction de l’exposé [2] d’Humberto Cholango, dirigeant historique du mouvement indien équatorien, alors président de la Confédération des nations indiennes de l’Équateur (CONAIE).


Citation :
Bonsoir à tous.

On m’a demandé de parler du capitalisme et de ses conséquences dans les communautés, les peuples et les nations indiennes. Merci de m’avoir invité. Je veux saluer les organisateurs de cette rencontre et toutes les personnes présentes au nom de la CONAIE.

Nous sommes issus, par la naissance, d’une culture communautaire, d’une culture dans laquelle nous agissons de manière collective et nous vivons sur ces terres depuis que la Terre mère nous a enfantés ou – comme disent certains – depuis que Dieu nous a bénis.

En tant que peuple, en tant que civilisation, nous avons une identité, une culture, nous avons une manière d’être, une vision, une cosmovision qui détermine notre rapport à l’environnement, à la nature.

Le capitalisme est entré avec force dans les communautés indiennes et paysannes, ce dont nous discutons justement en ce moment avec de nombreux dirigeants. Par exemple, la société indienne équatorienne ou la société indienne en général, à l’échelle andine, n’est plus ce qu’elle était il y a une vingtaine d’années. Elle est très différente, au point que, souvent, le risque, le danger existe que cette société indienne devienne elle aussi une société consumériste. C’est le fruit des avancées du capitalisme, qui chasse les communautés des territoires, qui impose une vision des choses, une façon d’être distinctes de ce qui constitue chacun de nos peuples.

Souvent, à nous les Indiens, on nous demande : pourquoi est-ce que vous ne maintenez pas la tradition ? Pourquoi est-ce que vous ne restez pas en communauté ?

Mais comment maintenir tout cela si c’est précisément sur nos territoires que s’exerce le capitalisme le plus inhumain, le capitalisme le plus sauvage qui est représenté par les industries extractives, comme les entreprises pétrolières ou minières, avec les grands travaux d’infrastructure qu’elles réalisent ? Et cela se traduit en pratique par le changement d’un modèle de vie, ou, ensuite, la disparition totale de l’identité de nos peuples.

Ici, en Équateur, par exemple, avec cette opération très proche de nous réalisée par Chevron Texaco dans le nord de l’Amazonie, nous constatons que cette multinationale a provoqué une énorme destruction de la biodiversité, entraîné une pollution gigantesque et, surtout, a réduit l’espace géographique des peuples qui habitaient là-bas. Les nations siona, secoya, cofán, etc. se trouvent pratiquement en voie d’extinction, de déstructuration, et certains disent même que deux nations ont disparu. Et, malheureusement, ce n’est pas seulement le capitalisme pétrolier qui conduit à l’exploitation sur les territoires indiens, car derrière les compagnies pétrolières arrivent les entreprises forestières et la production de biocombustibles, qui toutes entraînent la colonisation de nos territoires ; et, finalement, après tout cela, survient l’imposition d’une culture très distincte, d’une « culture » consumériste qui détruit quasiment l’identité et les moyens de reproduction culturelle de nos peuples.

Sous de très nombreuses formes, le capitalisme s’infiltre dans les communautés indiennes et paysannes. Et c’est un fait que le capitalisme et le consumérisme sont arrivés jusque chez nous. Prenons l’exemple des nouvelles technologies. Qui ne possède pas aujourd’hui de téléphone mobile ? Bien sûr, posséder un mobile n’est aujourd’hui plus un luxe parce qu’il est devenu un outil de travail ou, dans le cas des émigrants, le seul moyen de communication. Évidemment, ce n’est pas seulement le cas des Indiens, mais de la société en général.

Un camarade indien d’Amazonie m’a dit un jour : « Les téléphones de toute la famille me coûtent à eux seuls environ 150 dollars par mois. » Je me demande qui sont les gagnants de l’histoire. Pas le peuple équatorien, ni même l’État. Non. Les gagnants, ce sont le grand capital transnational.

D’autre part, précisément sur les territoires indiens et dans les communautés, il y a des projets qu’on cherche avec force à développer. Le Président de la République soutient que « pour sortir de la pauvreté, et de la misère, et pour sortir de l’extractivisme, il faut faire de l’extractivisme ». C’est en gros comme si on disait à un alcoolique de boire de l’alcool pour sortir de l’alcoolisme.

Je ne sais pas, c’est une logique que nous ne comprenons pas ; peut-être que nous nous trompons, mais nous ne comprenons pas. Comment comprendre qu’on impose des exploitations minières sur les territoires indiens, sur les terres des paysans, ou qu’on impose de nouvelles concessions pétrolières ? Comment comprendre la décision d’exploiter le Yasuní [3] ? On a appris dernièrement qu’on veut imposer aussi une nouvelle concession pétrolière dans le centre sud de l’Amazonie, qui va toucher au moins sept nations et peuples indiens. Concrètement, ce sont trois millions d’hectares qui risquent d’être touchés par la politique pétrolière actuelle.

Mais ce n’est pas tout. Concernant l’agro-industrie, on a adopté des politiques avantageuses pour ces industries, les mêmes qui ont déjà bénéficié de la concentration des terres. La terre s’accumule dans un nombre de mains de plus en plus réduit. Le capital de l’agro-industrie est aussi le secteur où les Indiens et paysans les plus modestes sont exploités parce qu’ils constituent une main-d’œuvre bon marché, main-d’œuvre très prisée pour la production de fleurs, de brocoli, d’huile de palme, de bananes… Dans ce secteur, ce sont en particulier les jeunes Indiens, hommes et femmes – celles et ceux qui n’entrent pas à l’université – qui sont embauchés.

On voit ainsi comment le capitalisme se transforme, très clairement par le biais de la modification de lois et de structures, pour favoriser l’expansion d’un modèle économique. On voit en outre qu’il doit opérer un coup de force géopolitique pour arriver jusqu’à nos communautés et, quand nous lui faisons face et lui résistons comme nous l’avons toujours fait, nous sommes accusés de terrorisme non seulement dans le cas équatorien mais aussi au niveau régional.

C’est ainsi qu’en Équateur – ces dernières années – 204 camarades dirigeants indiens ont été accusés de terrorisme par le gouvernement actuel. Tous n’ont bien sûr pas été accusés directement par le gouvernement, mais le gouvernement a engagé cette politique et les entreprises pétrolières, minières, productrices de brocoli lui ont emboîté le pas en déposant accusations et plaintes contre nos dirigeants et nos leaders.

Quand nous résistons, quand nous nous opposons à la politique extractiviste, ils nous disent que nous sommes des « écologistes infantiles » [4] ou des « Indiens infantiles », mais je crois qu’en tout temps, le devoir éthique et moral de tout révolutionnaire est de défendre la nature, la biodiversité et la Pachamama. Sinon, qui mènera la lutte, qui d’autre les défendra ?

Pour cette raison, par exemple, l’affaire du Yasuní nous étonne aujourd’hui parce que le Président se rétracte et annonce l’exploitation du pétrole dans le parc national Yasuní (bloc ITT). Nous partagions auparavant avec le gouvernement l’initiative de laisser le pétrole sous terre, nous l’avons soutenue de toute notre force. À cette époque, qui ne remonte qu’à quelques semaines, oui, nous étions tous révolutionnaires, du Président au dernier frère waorani qui vit dans la jungle, en appuyant l’idée de ne pas exploiter le Yasuní. Mais maintenant que le Président retire la proposition de laisser le pétrole sous terre et que, de notre côté, nous continuons de soutenir cette proposition de défendre le parc Yasuní, on nous traite d’« écologistes infantiles ».

Une chose doit être bien claire, en particulier pour les nombreux camarades de l’étranger en visite chez nous et qui participent à cette rencontre : notre lutte et notre résistance sont contre l’extractivisme. Notre lutte n’est pas contre le gouvernement, nous n’agissons pas par opposition au gouvernement. Comme l’a dit Monsieur le recteur de l’université [5], nous reconnaissons les choses importantes qu’il a réalisées : fermer la base militaire [états-unienne] de Manta, refuser de signer le traité de libre-échange, promulguer la nouvelle Constitution de l’État, mener dans la région le mouvement en faveur de la CELAC, de l’UNASUR et de l’ALBA. Autant de propositions que nous avons toujours travaillées et défendues. Mais, de là à reculer, à s’opposer au mouvement indien, à taxer les Indiens de terroristes, personne ne comprend.

Nous avons dit en face au Président de la République que nous sommes d’accord avec lui lorsqu’il affirme que l’insurrection colombienne n’est pas terroriste. Pourquoi alors les Indiens ici seraient-ils terroristes ? Notre opposition n’est pas aveugle, elle ne relève pas du ressentiment ni du fondamentalisme ; nous pensons simplement que le mieux pour notre pays, pour les peuples indiens et pour la planète est de ne pas exploiter le Yasuní. Et nous avons des propositions que l’on pourrait mettre en œuvre pour faire entrer des devises sans nuire au parc national. Le Président nous dit que l’exploitation du bloc ITT dans le Yasuní rapportera 18 000 000 000 dollars en 25 ans ; mais, ce faisant, on mettra en péril non seulement la vie des peuples mais aussi l’énorme biodiversité que le parc abrite.

Comme alternative, nous pensons qu’il est possible d’effectuer une réforme fiscale en profondeur, en revoyant les subventions consenties aux plus fortunés, aux banques, à la grande chaîne de l’agro-industrie. Une autre alternative serait, par exemple, de nationaliser la téléphonie mobile – je signale au passage qu’en Équateur, 68 % de la téléphonie mobile sont contrôlés par une société transnationale de l’actionnaire Carlos Slim. Sur ce seul poste, on pourrait récupérer, selon les études, environ un milliard de dollars par an. En 25 ans, nous aurions ainsi vingt-cinq milliards de dollars pour la seule téléphonie mobile, beaucoup plus même que l’exploitation du Yasuní. Les propositions créatives ne manquent pas ; ce qui se passe, c’est qu’on pense parfois d’abord au plus facile, à la manière de trouver rapidement de l’argent quelque part. Les gouvernements manquent de créativité et de décision politique.

En conclusion, je vous dirai que notre mouvement indien, malgré toutes ces difficultés, va poursuivre la lutte. Nous avons résisté à des moments très durs et très difficiles. Nous avons des divergences avec le gouvernement actuel mais reconnaissons les avancées sur des points importants. Nous disons que sur les thèmes importants qui existent, nous irons de l’avant, que sur les points de désaccord, nous ferons face, nous critiquerons et mettrons sur la table des propositions, et s’il faut lutter comme dans le cas du Yasuní, nous défendrons et nous lutterons. C’est ce que nous a enseigné Mgr Leonidas Proaño et je crois que c’est ce que nous devons continuer.

Que soient bienvenues les propositions de la part des secteurs les plus humbles, des plus humiliés et des plus offensés de la patrie. Je crois que là, nous répondons avec des propositions plus démocratiques et viables mais, quand nous le faisons, nous sommes disqualifiés par un flot de termes méprisants.

Cependant, même ainsi, nous allons continuer avec notre organisation parce nous, les peuples indiens de l’Équateur, nous ne sommes pas venus sur ces terres en visite, nous ne sommes pas seulement de passage sur ces terres. Nous sommes ici sur cette terre parce que nous y sommes nés, nous y avons poursuivi la lutte et nous allons continuer ici. Nous ne sommes pas là pour dix ans, pour des circonstances données, mais pour continuer de défendre et bâtir notre patrie et notre nation.

Merci beaucoup.


• Dial – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 3343.
• Traduction de Gilles Renaud pour Dial.
• Source (espagnol) : Humberto Cholango, « Consecuencias del sistema capitalista en las comunidades y pueblos indígenas del Ecuador », dans Nidia Arrobo Rodas [dir.], Memorias del Tercer Encuentro Latinoamericano Fe y Política : Pachamana, agua, territorio y territorialidad en contexto del capitalismo global y alternativas desde la fe de los pueblos – Homenaje a Monseñor Leonidas Proaño, Quito, Fundación Pueblo Indio del Ecuador, 2014, p. 46-50.

En cas de reproduction, mentionner au moins l’auteur, le traducteur, la source française (Dial - www.dial-infos.org) et l’adresse internet de l’article.

Les opinions exprimées dans les articles et les commentaires sont de la seule responsabilité de leurs auteur-e-s. Elles ne reflètent pas nécessairement celles des rédactions de Dial ou Alterinfos. Tout commentaire injurieux ou insultant sera supprimé sans préavis. AlterInfos est un média pluriel, avec une sensibilité de gauche. Il cherche à se faire l’écho de projets et de luttes émancipatrices. Les commentaires dont la perspective semble aller dans le sens contraire de cet objectif ne seront pas publiés ici, mais ils trouveront sûrement un autre espace pour le faire sur la toile.


Notes

[1] Dont DIAL a publié la Déclaration finale fin 2013, voir DIAL 3264 - « ÉQUATEUR - 3e Rencontre latino-américaine Foi et politique « Pachamama, eau, territoire et territorialité dans des contextes de capitalisme global et alternatives à partir de la foi des peuples » : déclaration finale ».

[2] Humberto Cholango, « Consecuencias del sistema capitalista en las comunidades y pueblos indígenas del Ecuador », dans Nidia Arrobo Rodas [dir.], Memorias del Tercer Encuentro Latinoamericano Fe y Política : Pachamana, agua, territorio y territorialidad en contexto del capitalismo global y alternativas desde la fe de los pueblos – Homenaje a Monseñor Leonidas Proaño, Quito, Fundación Pueblo Indio del Ecuador, 2014, p. 46-50.

[3] Nom d’un gisement pétrolier important situé dans un parc national – note DIAL.

[4] Une expression du président Rafael Correa – note DIAL.

[5] De l’Université andine Simón Bolívar, siège de la rencontre – note DIAL


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MessageSujet: Re: L'EMPIRE EXTRACTIVISTE. Vols, dette, malnutrition, accaparement de terres et ressources...   Sam 21 Nov - 8:42

Amérique Latine : les ressources naturelles pillées au mépris des populations locales  (ré)écouter cette émission disponible jusqu'au 22/07/2018

Citation :
Les riens,

Qui ne sont pas des êtres humains mais des ressources humaines.

Qui n’ont pas de visage mais des bras.

Qui n’ont pas de nom, mais un numéro.

Qui ne figurent pas dans l’histoire universelle mais dans la presse locale.

Qui ne valent pas la balle qui les tue.



Citation :
Nous sommes à Caracas, et vous venez d’entendre la fin d’un poème d’Eduardo Galeano, auteur de l’essai, Les Veines ouvertes de l’Amérique latine paru en 1971, qui raconte l'histoire du pillage des ressources naturelles du continent. Le poème a été lu lors d’une conférence organisée à l’Université bolivarienne du Vénézuela, pour commémorer le 12 octobre, qui s’appelle Jour de l’Hispanité en Espagne mais qui a été renommée Jour de la Résistance Indigène par Hugo Chavez en 2004.

Miguel Casimiro est un avocat Indien qui vient de la Tribu d’Atacama au nord de l’Argentine. Il est très critique des ONG qui disent défendre l’environnement, mais sont en fait financés par les plus gros pollueurs de la planète.

Si l’on regarde l’histoire de l’ONG d’origine suisse Avina, qui veut dire « Action pour la VIe et la NAture », on va voir que cette ONG est financée par le gouvernement du Canada, qui est l’un des principaux prêteurs des différentes entreprises minières dans le monde.

Pour les Indiens Kariña*, dont fait partie José Poyo, la lutte pour défendre leur territoire est très dure car ils vivent dans une région pétrolifère. Rappelons que presque toute l’économie du Vénézuela repose sur l’extraction du pétrole.  


La déforestation en Amazonie brésilienne
© christian franz tragni (italian/Demotix/Demotix/Corbis - 2015


Citation :

« Ces 20 dernières années, l’activité dans le bassin pétrolier de l’Orénoque a été plus forte, où inévitablement les multinationales ont affecté notre environnement. Mais désormais c’est l’Etat lui-même qui est concerné, c’est à dire la compagnie pétrolière publique PDVSA. Nous croyons qu’à court terme le peuple kariña* demandera à notre gouvernement d’organiser des réunions pour initier une série de conversations à ce sujet. »


Selon Miguel Casimiro, les peuples originaires devraient toujours être consulté au préalable, si une entreprise souhaite extraire un minéral sur leur territoire.

La région d’Atacama possède 80 % des réserves mondiales de lithium. Le lithium c’est le minéral qui sert à fabriquer les batteries pour les téléphones portables. Quand les entreprises viennent sur notre territoire et nous disent : « hé, on veut extraire du lithium dans tel secteur du Salar d’Atacama ». Et bien, il faut qu’on nous demande l’autorisation d’abord, et qu’on nous donne une participation nécessaire, en échange de l’usage de nos ressources naturelles.

Malheureusement, en l’an 2000, l’IIRSA, l’Initiative pour l’Intégration de l’Infrastructure Régionale Sud-Américaine, a été présentée par la banque interaméricaine de développement et signé par les présidents du continent à Brasilia. Ces dizaines de routes terrestres et fluviales qui sont censé faciliter le transport des ressources naturelles, sont déjà surnommées par les écologistes, les veines rouvertes de l’Amérique latine.


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MessageSujet: Re: L'EMPIRE EXTRACTIVISTE. Vols, dette, malnutrition, accaparement de terres et ressources...   Mar 8 Déc - 11:24



Dans l'île de Bornéo, un projet contesté de barrage hydroélectrique menace l'habitat des peuples autochtones Traduction publiée le 22 Mai 2015


Vue de Baram, Sarawak, où doit se construire un barrage
Photo de Jettie Word, reproduction autorisée

Dans l'état du Sarawak en Malaisie, le gouvernement local a autorisé la construction d'un barrage géant malgré la vive opposition des habitants et des peuples autochtones qui seront affectés par le projet. Sarawak se trouve sur l'île de Bornéo, connue pour la richesse de ses ressources naturelles

Citation :
Un barrage à l'étude à Baram, dans le nord du Sarawak, pourrait générer 1 200 mégawatts d'électricité, mais beaucoup craignent qu'il ne submerge 412 kilomètres carrés de forêt tropicale. En outre, la construction du barrage entraînerait le déplacement forcé d'environ 20,000 personnes des communautés Kayan, Kenyah et Penan de 27 villages. Le barrage de Baram est l'un des 12 méga-barrages que les autorités locales prévoient de construire dans le Sarawak.

Peter N. J. Kallang, dirigeant local et militant anti-barrage, a alerté sur le fait que le barrage pourrait décimer la majeure partie de la population indigène de Baram:

Citation :
On le construit pour le bénéfice des autres plutôt que pour ceux qui vivent à Baram et pour le bien à long terme du Baram. Etant moi-même concerné, je ne peux tout simplement pas comprendre cette injustice et cette exploitation abusive et scandaleuse. Cela me semble être une exploitation insensée motivée avant tout par l'avarice et l'immoralité. Personne ne peut nous blâmer, nous qui sommes directement et négativement affectés, de penser qu'il s'agit d'une manœuvre calculée, intentionnelle et réfléchie destinée à éradiquer nos peuples.


Depuis l'année dernière, les habitants ont mis en place un blocus pour empêcher la construction du barrage. Ils ont également appelés les autres communautés de Malaisie et les réseaux de protection de l'environnement du monde entier à soutenir leur campagne contre le barrage.


Protestation contre le projet de barrage à Baram
Photo de la page Facebook de Save Rivers


Un blocus a été initié par les habitants pour arrêter la construction du barrage
Photo de la page Facebook de Save Rivers

Rally against Baram Dam project. Photo from Sarawak Report
Marche contre le projet de barrage à Baram. Photo de Sarawak Report.


Le blocus continue à Baram. Photo de Jettie Word, reproduction autorisée

La semaine dernière, au 555ème jour du blocus du barrage de Baram mené par la communauté locale, “The Borneo Project” a diffusé un documentaire [en anglais] qui explique en quoi le projet de barrage dans le Sarawak n'est pas nécessaire et ne bénéficierait pas aux populations locales. Le film cherche également à savoir si la corruption a été un facteur déterminant dans la mise en œuvre du projet.

[vidéo dans l'original]

Les protestations devraient s'intensifier alors que le gouvernement a ordonné la construction du barrage de Baram il y a quelques jours.

Creative Commons License

Photo de Mong Palatino
Ecrit par Mong Palatino
Traduit par Maéva Rose


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MessageSujet: Re: L'EMPIRE EXTRACTIVISTE. Vols, dette, malnutrition, accaparement de terres et ressources...   Mer 9 Déc - 14:22



Forest survey of India: Behind net gain, a loss of 2,500 sq km of best forests in two years, says report Jay Mazoomdaar | New Delhi December 6, 2015  

Behind these happy figures, the report recorded a loss of 2,511 sq km of very dense and mid-dense forests that have been completely wiped out, and become non-forest areas since 2013

Forest survey of India, forest survey, India biennial report, plantation, dense forest, mid dense forest, forest news, plantation news, forest conservation, forest conservation news, india news, nation news


Figures extrapolated from the 2015 report show that while 2,511 sq km of prime forests have disappeared altogether, 1,135 sq km of non-forest areas have become either very dense or mid-dense forests during that time

Citation :
The Forest Survey of India’s biennial report released on Friday showcased how India has added 3,775 sq km to its green cover since 2013. It also reported an increase of 2,402 sq km in the very dense forest category that had remained static since 2007.

Behind these happy figures, the report recorded a loss of 2,511 sq km of very dense and mid-dense forests that have been completely wiped out, and become non-forest areas since 2013.



While an area of at least 1 hectare (0.01 sq km) with a canopy density of 10% is considered forest, prime forests are classified as very dense and mid-dense with canopy densities of at least 70% and 40% respectively.

Figures extrapolated from the 2015 report show that while 2,511 sq km of prime forests have disappeared altogether, 1,135 sq km of non-forest areas have become either very dense or mid-dense forests during that time.

But this can hardly offset the loss, because these new forests are mostly plantations or areas that were already forests, but had not been recorded until now.
“Yes, it is impossible for a non-forest area to become a dense forest in two years. Some of these are plantations that have grown enough to be identified in satellite images. And there were certain existing forest areas that were not clearly identifiable from the images earlier,” said Dr Anmol Kumar, director general, Forest Survey of India.

Even accounting for the non-forest areas now recorded as dense and mid-dense forests, the net loss of forests in these prime categories works out to be 1,376 sq km — more than twice the area of Mumbai — in two years. The states of J&K, Uttarakhand, Meghalaya, Kerala, Arunachal Pradesh, Karnataka, Uttar Pradesh, Telangana and Manipur, and the Andaman & Nicobar Islands took major hits.

On the other hand, the overall gain of 2,402 sq km of very dense forests since 2013 is largely due to positive results from the Andaman and Nicobar Islands, Uttar Pradesh and Tamil Nadu. The archipelago has gained a remarkable 1,932 sq km of very dense forests, putting 5,686 sq km — or 84% — of its entire forest cover of 6,751 sq km under the top category. Uttar Pradesh added 572 sq km of very dense forest — a jump of 35% since 2013. Tamil Nadu reported a net gain of 100 sq km of very dense forest.

“We have planted a lot of mangroves since the tsunami. Under the forest improvement scheme, we also do regular plantations in the gap areas inside mid-density forests. And timber extraction was reduced to one-eighth of the one lakh tonne quota in 2002. All these efforts are now showing results,” said Omkar Singh, principal chief conservator of forests, A&N Islands.

Asked if the report’s emphasis on net gain is deceptive since it over-compensates the loss of prime forests with plantations, Dr Kumar underlined the “overall stability” of the country’s forest cover.

“What is wrong with plantations? Other than old root stocks coming up, that is the only way forests can be created. Private commercial monoculture plantations are there but the (forest) department plants only mixed native species. The net gain, however small, indicates we have stability,” he said.

Loss Of Prime Forests (2013-2015)

Very dense forest to non-forest 257

Non-forest to very dense forest 157

Net loss of very dense forest 100

Mid-dense to non-forest 2,254

Non-forest to mid-dense forest 978

Net loss of mid-dense forest 1,276

Total loss of prime forest 1,376

*In sq km


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MessageSujet: Re: L'EMPIRE EXTRACTIVISTE. Vols, dette, malnutrition, accaparement de terres et ressources...   Ven 11 Déc - 10:38


le capitalisme américain s'offre l'univers

Space Act

Space Act : les Etats-Unis privatisent les ressources de l'espace RFi

Baptisée « Space Act », une loi américaine autorise désormais les entreprises des Etats-Unis à s'emparer des ressources de l'espace



La ruée vers l'or spatial est lancée aux Etats-Unis 07 Déc. 2015


Photo remise par la Nasa montrant le lancement de la Delta II Heavy Rocket de l'United Launch Alliance depuis la Floride, le 13 décembre 2012 (AFP/HO)

Boire de l'eau de l'espace, porter un bijou en or lunaire ne relèveront bientôt plus de la science-fiction: les Américains disposent depuis peu du feu vert légal pour se lancer à la chasse aux trésors cosmiques.

Le président Barack Obama a signé fin novembre une loi autorisant l'usage commercial des richesses dont regorgeraient les astéroïdes et la Lune, une première.

Citation :
Cette législation, baptisée "The US Commercial Space Launch Competitiveness Act" ou "Space Act", prévoit que tout matériau trouvé par un Américain ou une entreprise américaine dans un astéroïde ou sur la Lune lui appartient et il ou elle peut en jouir pleinement, résume à l'AFP Jim Dustan, avocat spécialisé en droit de la propriété intellectuelle au cabinet Mobius Legal Group.

Les Etats-Unis rompent ainsi avec l'idée communément partagée que l'espace appartient à tous et doit être exploré à des buts scientifiques pour l'intérêt commun.

"C'est le début de la deuxième partie de l'exploration spatiale après l'ère du prestige national", avance Christopher Johnson, juriste chez l'ONG Secure World Foundation, qui promeut la coopération internationale pour la gestion des richesses de l'espace.

Pour le commun des citoyens américains, cette initiative s'apparente à une nouvelle version épique de la conquête de l'Ouest mais le coût exorbitant d'un voyage ou d'une mission dans l'espace devraient en dissuader plus d'un.

Le grand chambardement est pour les entreprises américaines: si les grandes sociétés évaluent encore leurs cartes, les start-up spécialisées dans le forage et l'exploitation minière trépignent d'impatience.
-Investisseurs rassurés-

Depuis le passage de la loi, les portes des investisseurs s'ouvrent plus facilement, expliquent Meagan Crawford de Deep Space Industries (DSI) et Chris Lewicki de Planetary Resources.

"En levant les incertitudes légales, le passage de la loi a rassuré les investisseurs et nous permet de construire sereinement notre modèle économique", déclare à l'AFP Chris Lewicki dont l'entreprise a été fondée en 2012 par Larry Page, un des cofondateurs de Google.

"Les investisseurs rassurés savent maintenant qu'ils ne jettent pas leur argent par les fenêtres", [dans l'espace, mieux vaut pas les ouvrir...] renchérit Meagan Crawford, dont l'entreprise veut lever 3 millions de dollars d'ici février.

Pionnières dans le secteur, les deux "jeunes pousses" affirment qu'elles disposent de la technologie pour aller conquérir le nouvel eldorado spatial riche en nickel, minerai de fer, or et platine destiné à être utilisé dans des systèmes anti-pollution. Ces richesses seraient, selon les observateurs, aussi importantes pour les activités spatiales de ce siècle que l'ont été les gisements de fer du Minnesota pour l'industrie automobile aux Etats-Unis.

Les premières missions de prospection devraient intervenir à compter de 2017 et s'étaler jusqu'en 2019, selon les différents acteurs interrogés par l'AFP, afin de confirmer les informations disponibles actuellement sur les quelque 1.500 astéroïdes facilement accessibles recensés par la Nasa dont 10% seraient dotés de ressources minières. Le début de l'extraction n'est pas prévu avant 2020.

DSI et Planetary Resources veulent commencer par exploiter l'eau, contenue sous forme de glace dans les astéroïdes proches de la Terre, pour réapprovisionner les engins spatiaux en eau et carburant via l'hydrogène, en imaginant la construction d'une station de ravitaillement.

"L'envoi de 2 tonnes d'eau par an dans l'espace revient à 100 millions de dollars. Si nous parvenons à exploiter l'eau sur place et alimenter les engins se trouvant en orbite c'est une énorme opportunité qui s'ouvre", calcule Chris Lewicki.
DSI, qui parie sur le déploiement sur orbite de centrales d'énergie solaire alimentant la Terre, a conçu des engins spatiaux de 25 kilos baptisés "FireFlies" (lucioles) et des sondes de 32 kilos ou "DragonFlies" (libellules) pour concrétiser ses ambitions.

Planetary Resources indique pour sa part que ses télescopes spatiaux placés en orbite terrestre basse depuis l'an dernier ont déjà repéré des astéroïdes prometteurs. Elle doit lancer un petit engin spatial au printemps pour les explorer, selon M. Lewicki.

Le marché de l'exploitation de l'"or spatial" est estimé pour l'instant à quelques milliards de dollars mais devrait atteindre les 3.000 milliards de dollars dans les dix à quinze prochaines années, selon DSI et Planetary Resources.
Outre la Station Spatiale Internationale et la Nasa, les deux start-ups veulent avoir une clientèle internationale mais pour ce faire doivent faire pression auprès de gouvernements étrangers pour qu'ils adoptent des lois similaires au "Space Act".


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MessageSujet: Re: L'EMPIRE EXTRACTIVISTE. Vols, dette, malnutrition, accaparement de terres et ressources...   Ven 11 Déc - 10:48



Les Américains veulent s’approprier l’espace 30 novembre 2015

Le Congrès américain vient de voter le Space Act of 2015. En résumé, c’est une loi qui permet aux entreprises américaines de s’accaparer la totalité de l’univers.

NASA/wikimedia

Cet article est une traduction de celui de Gbenga Oduntan qui l’a publié sur le site The Conversation.

Citation :
Un événement aux proportions cosmiques s’est produit le 18 novembre quand le Congrès américain a passé le Space Act of 2015. Cette loi autorise les firmes spatiales américaines à s’accaparer et à vendre les ressources naturelles qu’elles peuvent exploiter dans l’espace. La loi, qui a bénéficié du support des républicains et des démocrates, nécessite la signature d’Obama, mais on peut dire que c’est juste une formalité. Cette loi est l’un des plus puissants coups de canon sur l’une des questions les plus importantes du cosmos : Qui possède l’espace ? Cette loi implique qu’une législation américaine, donc une loi sur un continent d’une planète minuscule, pourrait s’appliquer à la totalité de l’univers.


Une loi s’inspirant de la mentalité du Far West

Cette nouvelle loi n’est rien de plus que la philosophie des colons américains : L’avenir appartient aux audacieux. Cette loi permettra aussi au secteur privé d’investir dans l’innovation spatiale sans un contrôle ou des lois qui pourraient freiner cette innovation pendant 8 ans. Elle protège aussi les entreprises spatiales privées de la faillite pendant la même période. Cette loi annonce un changement majeur. Désormais, les entreprises américaines vont intégrer l’exploitation spatiale dans leurs plans d’investissement en promettant une rentabilité juteuse aux investisseurs

Les partisans et lobbyistes du Space Act of 2015 arguent que cela permet aux firmes américaines de se lancer dans les vols spatiaux privés sans devoir passer par la lourde législation gouvernementale. Et c’est là tout le problème. L’exploration spatiale est une activité universelle et par ce seul fait, elle nécessite une législation internationale et non américano-américaine.


Une attaque frontale contre les lois fondamentales de l’espace

Le Space Act of 2015 n’est rien de plus qu’une attaque frontale contre 2 principes fondamentaux. Le premier est le droit de l’exploration scientifique spatiale et des corps célestes. Le second interdit expressément tout dommage ou exploitation commerciale des ressources spatiales. Ces principes fondamentaux sont inclus dans l’Outer Space Treaty de 1967 et le Moon Agreement de 1979.


NASA, ESA, and The Hubble Heritage Team

Le comité de la Chambre des représentants sur la science, l’espace et la technologie nie que la loi Space Act of 2015 viole les obligations américaines envers les traités internationaux. Selon ce comité, le droit d’extraire et d’utiliser les ressources spatiales est autorisé par le gouvernement et le Département d’Etat dans des témoignages au Congrès et dans leur correspondance. Le problème est qu’il n’y a aucune référence aux lois internationales dans ces échanges. De plus, ce comité scientifique est majoritairement républicain, adepte des valeurs néolibérales et son président est Lamar S Smith. On a déjà parlé de ce personnage puisqu’il exerce une pression énorme sur la NOAA pour qu’elle change d’avis sur un rapport sur le réchauffement climatique.

Mais quel est l’enjeu de cette loi ? Comme d’habitude, l’enjeu est le monopole des ressources et cette fois, les Américains veulent s’approprier l’univers. Actuellement, on a environ une douzaine de pays qui peuvent explorer l’espace et qui ont des missions en cours. À mesure que la technologie va évoluer, l’exploration spatiale va devenir de plus en plus abordable. D’autres pays vont rejoindre l’exploration spatiale et ils risquent de débarquer dans l’espace avec leurs propres programmes et lois sur l’exploitation minière de l’espace. Oui, tout le monde pense à la Chine. L’exploitation des ressources spatiales va détruire ces corps célestes de manière irrémédiable et on risque de ne jamais connaitre l’origine de la vie sur Terre et donc, de nos origines. De même, on risque de contaminer les corps célestes avec les microbes terrestres ce qui supprime toute chance de trouver une vie alien.

L’exploitation commerciale de l’espace pourrait également endommager l’environnement proche de la Terre sans oublier que cela risque de créer des conflits spatiaux. Les États-Unis ne sont pas des enfants de chœur. Ce pays est le second plus gros pollueur de la planète. Ce sont ses entreprises qui sont à l’origine de cette pollution. Imaginez ce qui va se passer si on autorise ces entreprises à jouer avec les ressources spatiales. Certes, il est inutile d’être catastrophiste, mais l’exploitation spatiale va devenir une réalité en moins d’une décennie.

L’univers appartient à toute l’humanité [oui, bon, l'humanité... c'est les rates ?]

Les Américains connaissent parfaitement les lois internationales sur l’espace. L’argent n’est pas un vain mot dans l’espace. La valeur totale de l’industrie des communications par satellite avoisinait les 193 milliards de dollars en 2013. Et les principes du marché libre s’appliquent aussi aux opérations de la Station Spatiale Internationale.


WikiImages/pixabay
Actuellement, les entreprises peuvent exploiter l’espace de plusieurs manières. Ils peuvent faire du tourisme spatial et pratiquer la formation scientifique. Les entreprises peuvent aussi extraire certaines ressources, mais un amendement de l’Outer Space Treaty de 1967, qui a été signé par les États-Unis, stipule qu’une telle exploitation des ressources doit bénéficier à tous les pays. Cela empêche de facto l’exploitation des ressources pour un objectif commercial. Ce traité stipule également que l’espace appartient à toute l’humanité et que les États doivent éviter toute contamination dangereuse de l’espace.

De même, le Moon Agreement de 1979 interdit aux pays de pratiquer l’exploitation sur les planètes et les astéroïdes jusqu’à ce qu’il y ait un régime international pour ce type d’exploitation. Les États-Unis avaient refusé de signer ce traité, mais cela reste un traité international. Le Space Act of 2015 est l’un des pires aspects de la mentalité américaine et néolibérale. Elle implique qu’une loi domestique américaine peut s’appliquer au reste de l’univers. Elle montre un esprit de colonisation qui balaie les risques environnementaux d’un revers de la main au profit d’une avidité féroce qui est déguisé comme une innovation et l’exploration.

L’Empire Romain possédait une grande partie de la Terre à une époque et les Américains devraient se souvenir d’une de leurs maximes : Ce qui concerne tout le monde doit être décidé par tout le monde.


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MessageSujet: Re: L'EMPIRE EXTRACTIVISTE. Vols, dette, malnutrition, accaparement de terres et ressources...   Lun 14 Déc - 8:42



Quillagua, Chili



Chili : quand l’industrie minière assoiffe les villages et pollue l’environnement 17 novembre 2015 par Anne Le Bon

Le Chili dépend fortement de ses exportations de cuivre. Mais le revers de la médaille est désastreux. Les multinationales minières ont dévasté des territoires, pompant et polluant l’eau, asséchant fleuves et lagunes, poussant à l’exil des villages entiers. Et ce, en toute impunité, l’État chilien n’ayant pas rompu avec certaines pratiques initiées sous la dictature de Pinochet. La société civile résiste malgré tout, et fait parfois reculer les géants miniers.


Citation :
Quillagua a des allures de ville fantôme. Écrasée par le soleil, enveloppée de poussière, cette localité perdue dans le désert d’Atacama, au nord du Chili, a perdu 90 % de sa population en vingt ans. La faute au manque d’eau. Non pas que la pluie ait brusquement cessé de tomber : dans cette zone, la plus aride au monde selon la NASA, les précipitations annuelles n’ont jamais dépassé une moyenne de 0,2 millimètres par an…

Pourtant, Quillagua était, jusque dans les années 1990, une oasis florissante à l’agriculture prospère. Les habitants – principalement des agriculteurs issus du peuple aymara – cultivaient le maïs et la luzerne, irriguant leurs champs avec l’eau du fleuve Loa, dans lequel il faisait également bon se baigner, ce qui attirait les touristes. Mais aujourd’hui, le fleuve a disparu. Il ne reste plus que des flaques d’eau stagnante à l’odeur insupportable.


Le fleuve pollué à l’arsenic et à l’acide sulfurique...


« Codelco et Soquimich ont tué le Loa », explique Eliana Soza. Installée derrière la caisse du minimarché poussiéreux qu’elle tient avec son mari, elle raconte la catastrophe. Née à Quillagua il y a 53 ans, elle a vu le fleuve mourir brutalement, suite à la rupture de réservoirs d’eau contaminée par les déchets miniers de la compagnie publique Codelco, spécialisée dans l’extraction de cuivre. « C’était en mars 1997, se souvient-elle. Il y a eu de gros orages qui ont fait déborder les piscines d’eau contaminée. Il y a eu une coulée de boue noire qui s’est mélangée au fleuve. Les poissons sont morts, tous les animaux qui vivaient dans l’eau sont morts. »

La même catastrophe s’est répétée trois ans plus tard, en février 2000. En plus du fleuve, l’air et les champs alentours ont été durablement contaminés par les déchets miniers – en particulier l’arsenic et l’acide sulfurique : le bétail est mort, ainsi que les abeilles. Il est devenu impossible de cultiver les champs. La présence d’arsenic dans le sol s’étant élevée à des taux dix fois supérieurs au seuil critique.

Malgré les rapports d’experts, le ministère de l’Environnement a dédouané Codelco. L’entreprise n’a donc jamais été poursuivie, et n’a jamais versé un seul centime pour réparer les dommages subis par la communauté. Sans possibilité de cultiver la terre, et privés des revenus auparavant issus du tourisme et de l’élevage des crevettes de rivière, les habitants sont tombés dans les filets d’une autre compagnie minière, Soquimich, qui a racheté 70 % des droits d’extraction de l’eau détenus par la communauté.


...Puis asséché par une autre compagnie minière

Au Chili, depuis la loi sur l’eau instaurée en 1981 sous la dictature militaire du général Pinochet, l’eau est un bien commercial comme un autre, que l’on peut posséder, acheter et vendre. « Nous étions sans ressources. Des gens de la mine sont venus à la maison, ils nous ont proposé d’acheter nos droits sur l’eau. On n’avait pas le choix : on avait besoin de cet argent et, de toute façon, l’eau était contaminée, alors on a signé, » se souvient José Salazar, un habitant du village. Ce n’est pas un cas isolé : presque toutes les familles ont vendu leur droits d’extraction de l’eau. Depuis, Soquimich pompe sans relâche dans le fleuve, en toute légalité. En théorie, la communauté peut encore extraire du Loa soixante litres d’eau par seconde pour arroser ses cultures. Dans la pratique, à hauteur de Quillagua, il n’y a plus rien à prélever : le fleuve est à sec.


image ajoutée

Suite à l’assèchement, la grande majorité des habitants sont partis. Ceux qui restent tentent de survivre. Trois fois par semaine, la ville est approvisionnée en eau potable par camion-citerne. Pas question de gâcher : « Avant, on avait autant d’eau qu’on voulait pour arroser les plantes, se laver, faire le ménage... Maintenant, il faut économiser », raconte Eliana. Économiser l’eau, mais aussi l’argent, devenu dur à gagner dans un village figé sous le sable du désert.


Une économie basée sur l’extraction

Les habitants de Quillagua ne sont pas les seules victimes du manque d’eau. Le nord du Chili – le désert d’Atacama en particulier – est constellé de mines, avec plus de 3 000 exploitations minières, principalement tournées vers l’extraction du cuivre. Le Chili est le principal producteur mondial de ce minerai, avec 5,7 millions de tonnes produites en 2014. C’est une ressource essentielle pour le pays, qui représente près de 50 % des exportations et contribue à hauteur de 11 % au produit intérieur brut.

Or, l’extraction du cuivre est particulièrement gourmande en eau et intervient dans une zone particulièrement sèche. Un contexte peu favorable et qui semble empirer, selon le glaciologue et ingénieur minier Jorge Hernandez : « À cause du changement climatique, les hivers sont chaque année plus courts, avec très peu de neige et des températures très élevées (à tel point qu’on peut se promener en tee-shirt à 4 500 mètres d’altitude), ce qui a un impact très fort sur l’approvisionnement hydrique de la région. » Or, l’eau utilisée dans les mines est principalement issue de la fonte des neiges et captée dans des fleuves ou des nappes souterraines près de la Cordillère des Andes.


A quelques kilomètres de Quillagua passe la route panaméricaine,
où subsiste une activité commerciale.
Photo : Axelle de Russé

Mélangée à divers produits chimiques, elle sert à séparer le cuivre des autres matériaux (roches, sédiments et minéraux) recueillis lors de l’extraction. « Par exemple, pour séparer le cuivre des minerais oxydés, on arrose le concentré de cuivre avec une solution d’eau et d’acide sulfurique pendant cinquante jours », explique Jorge Hernandez. Une fois utilisée, cette solution hautement toxique est conservée dans des bassins appelés « piscines de déchets ». Ces réservoirs n’ont pas vocation à être vidés : ils stockent indéfiniment des millions de tonnes de déchets toxiques issus de la mine. Lorsqu’une piscine est pleine, une autre prend le relais.


Une industrie en marge des lois

En cas de fortes pluies – très inhabituelles mais de plus en plus fréquentes dans le nord du pays, ces dernières années, probablement en raison du changement climatique – ou de tremblement de terre (le Chili est le pays le plus sismique au monde), les conséquences sur l’environnement sont désastreuses, comme ce fut le cas à Quillagua. Pour les populations locales, en majorité indigènes, l’industrie minière représente donc un double péril permanent : menaces d’assèchement des cours d’eau, d’un côté, de pollution, de l’autre. D’où de nombreux conflits entre les communautés et les entreprises minières.

C’est le cas de la communauté indigène aymara de Cancosa, située dans la région de Tarapaca, tout au nord du pays. La mine de Cerro Colorado, filiale de la multinationale BHP Billiton, est installée sur son territoire depuis 1981. Cette mine de cuivre extrait l’eau de nappes souterraines à raison de 90 litres par seconde. Or elle n’a légalement le droit d’utiliser que 35 litres par seconde. Conséquences directes : le niveau de la lagune est en baisse depuis 2002 ; le marécage d’altitude, les cinq sources d’eau de la communauté et de nombreux puits sont à sec. Il n’y a plus assez d’eau pour irriguer les cultures et abreuver les animaux.


Sur les 2 000 habitants qui vivaient à Quillagua dans les années 1970,
il n’en reste qu’une centaine.
Photo : Axelle de Russé

La situation est reconnue par les tribunaux : la mine de Cerro Colorado a d’ailleurs été condamnée en février 2006 par la cour régionale de Tarapaca à verser une amende de 70 000 euros pour contamination environnementale. À cette occasion, la société s’est engagée à rétablir le niveau initial d’eau dans la lagune et le marécage (grâce à un système d’arrosage automatique puisant directement dans une nappe souterraine), et à installer des instruments d’observation pour surveiller leur niveau. Mais la solution n’est pas durable : quand la mine arrêtera d’arroser, la lagune et le marécage s’assècheront de nouveau.


Complicité et désinformation de l’État

La mine n’a jamais payé l’amende : elle a conclu un accord extrajudiciaire avec la communauté et s’est engagée à financer des programmes d’investissement et des bourses d’études pour les habitants de Cancosa. Cette stratégie de compensation directe des dommages causés aux communautés est très répandue au Chili. Les entreprises minières ont pris l’habitude de mettre en place des fondations d’aide aux résidents des communes sur lesquelles elles s’installent pour limiter les conflits potentiels.

De son côté, l’État n’hésite pas, au besoin, à désinformer les citoyens. Un exemple flagrant est l’attitude de l’État chilien face au désastre écologique provoqué par l’entreprise nord-américaine Andes Copper, puis par la société nationale Codelco dans la baie de Chañaral. « De 1938 à 1990, la compagnie Andes Copper, puis la société Codelco [à partir de 1971] , ont rejeté directement dans la mer les déchets miniers provenant de la mine El Salvador », raconte Manuel Cortés, auteur du livre La mort Grise de Chañaral et président de l’association Chadenatur, qui lutte pour la défense de la nature dans la commune. « 320 millions de tonnes de résidus solides et 850 millions de tonnes d’eaux usées ont été déversées dans la baie via le fleuve Salado », décrit-t-il en contemplant l’étendue grise qui fait office de plage.


Plage au sable toxique

Il s’agit en fait d’une accumulation de déchets miniers très fins, qui, à première vue, ressemblent à du sable. S’étendant sur neuf mètres d’épaisseur et sur près de six kilomètres de long, elle a fait reculer la mer de plusieurs centaines de mètres, rendant totalement inutilisables les installations portuaires aujourd’hui enfouies. Le sable de cette plage artificielle est hautement toxique. Une toxicité que nie totalement le gouvernement : la baignade est officiellement autorisée depuis 2003.

« De 2001 a 2003, Codelco a prétendument nettoyé la plage et la baie. Le président Ricardo Lagos [président de la République de 2000 à 2006] en personne s’est baigné ici en décembre 2003, devant les médias, pour prouver qu’il n’y avait plus aucun risque sanitaire, raconte Manuel Cortés. Et la municipalité a fait construire trois piscines sur la plage. Pourtant, les dernières analyses du sol indiquent une contamination grave, et il y a autant de nickel dans l’air qu’à proximité d’une centrale thermoélectrique. » Chañaral est d’ailleurs la commune qui compte le plus de morts par tumeurs au niveau régional, selon le service de santé d’Atacama.

Si aujourd’hui les déchets de la mine El Salvador ne sont plus rejetés directement dans la baie, c’est grâce à l’action des citoyens qui, en 1988, ont saisi la Cour suprême pour faire interdire cette pratique. Codelco a été contraint de faire construire un canal de décantation des déchets, mis en service en 2001. « Les eaux usées sont acheminées sur 78 kilomètres jusqu’à Caleta Palito, au nord de la baie. Les déchets solides tombent dans le fond du canal, et l’eau claire qui reste en surface est rejetée dans la mer… », explique Manuel Cortés. Malgré cette première victoire, le combat des habitants de Chañaral continue : « Nous exigeons la reconnaissance et la réparation des dommages subis par notre communauté. Nous réclamons le droit à vivre dans un environnement libre de contamination, comme le garantit l’article 19 de notre Constitution », martèle Manuel Cortés.


L’eau du sud : source d’énergie pour les mines du nord

Sa colère contre l’impunité des sociétés minières, Manuel Cortés la partage avec des milliers de Chiliens, du nord au sud du pays. Si les mines pompent l’eau du Nord, elles utilisent également indirectement l’eau du Sud, pour s’approvisionner en électricité. Si le nord du Chili est désertique, le sud est pour sa part très riche en eau, avec de nombreux lacs, fleuves et torrents, propices à l’installation de centrales hydroélectriques. Une énergie propre mais à l’impact environnemental non négligeable : les centrales fonctionnent grâce à la construction de grands barrages qui déséquilibrent totalement les systèmes hydriques, asséchant certains cours d’eau et inondant des zones sèches.

À Neltume, une localité située à 800 kilomètres au sud de Santiago, de nombreuses communautés mapuches sont mobilisées depuis 2006 contre le projet de construction de trois centrales hydroélectriques qui provoquerait l’inondation de 160 hectares de terres indigènes, dont une zone pourtant déclarée « réserve de la biosphère » par l’Unesco en 2007. L’énergie produite serait bien supérieure aux besoins locaux en électricité : « L’électricité produite au Sud, au détriment des populations locales, sert à alimenter en énergie les mines du Nord, dont les bénéfices profitent bien plus aux multinationales étrangères qu’à l’économie chilienne », dénonce Marcela Mella, porte-parole de l’association No a Alto Maipo, qui lutte contre l’installation d’une centrale hydroélectrique à quelques kilomètres de Santiago. Selon les chiffres émis par la Commission nationale d’énergie, la demande d’électricité du pays a été multipliée par quatre ces vingt dernières années, « ce qui est normal pour un pays minier, plus gourmand en énergie qu’un pays dont l’économie est basée sur d’autres types de services », a déclaré l’institution au journal La Tercera. Pour un pays qui ne dispose pas de ressources pétrolières ou gazières notables, l’énergie hydroélectrique s’impose comme la solution pour soutenir l’activité minière.

Une pression citoyenne efficace

La mobilisation citoyenne réussit cependant parfois à contrecarrer les projets industriels, comme celui baptisé HidroAysén. La transnationale espagnole Endesa prévoyait de construire une centrale hydroélectrique et cinq barrages en Patagonie ainsi qu’une ligne à haute tension de 2 000 kilomètres de long pour assurer l’acheminement de l’énergie produite jusqu’à Santiago. Sept ans de mobilisation citoyenne dans tout le pays ont finalement conduit au rejet du projet par le gouvernement en juin 2014. Face à ces difficultés d’acceptation des grands projets électriques, certaines mines mettent en place des solutions pour produire elles-mêmes une partie de leur électricité grâce à des champs de panneaux photovoltaïques et d’éoliennes.

Le besoin des entreprises de redorer leur blason environnemental, d’être acceptées par les populations locales et d’anticiper un éventuel assèchement des sources d’approvisionnement en eau douce conduit les ingénieurs des mines à chercher des solutions pour résoudre les problèmes liés à l’eau [1]. Ainsi, de nombreuses mines privilégient désormais l’usage d’eau de mer à celui d’eau douce. Le groupe BHP Billiton construit actuellement, au sud d’Antofagasta, la plus grande usine de dessalement d’eau de mer du continent – d’une capacité de traitement de 2 500 litres d’eau par seconde – pour alimenter l’une de ses mines d’extraction de cuivre.


Trois fois par semaine, des camions de la municipalité apportent l’eau
Photo : Axelle de Russé

D’autres groupes, comme Antofagasta Minerals, ne dessalent qu’une petite partie (8 %) de l’eau de mer qu’ils utilisent, le sel ne nuisant pas à la plupart des procédés de traitement du cuivre. Grâce à l’eau de mer, les mines réduisent significativement leurs besoins en eau douce et donc leur impact environnemental [2]. Selon les estimations de la commission chilienne sur le cuivre (Cochilco), ce procédé permettrait de stabiliser la demande en eau douce de l’industrie minière autour de 550 millions de mètres cubes annuels à partir de 2016.

Cette technologie représente un surcoût de production pour l’industrie, qui doit par ailleurs faire face à une baisse du prix du cuivre. Mais elle ne diminue en rien l’intérêt économique que représente le secteur, dans un pays où l’impôt minier est très faible (de 3 à 15 % en fonction des minerais et seulement pour les mines dont le chiffre d’affaires annuel est supérieur à 7 millions d’euros). Les bénéfices annuels réalisés au Chili par les principales sociétés minières représentent environ 12,5 milliards d’euros. Des chiffres qui expliquent la volonté des mines de développer des solutions garantissant leur approvisionnement en eau et en électricité sur le long terme.

Ces initiatives limitent sans aucun doute l’impact des mines sur l’environnement, mais n’apportent cependant aucune solution à la gestion des déchets miniers qui s’accumulent dans les piscines à proximité des cours d’eau. Elles ne changent en rien la situation des habitants de Quillagua, Cancosa, Chañaral et des centaines d’autres localités sinistrées par l’industrie minière, qui voient leur environnement et leur économie détruits en totale impunité, au nom d’une course aux profits à laquelle ils ne prendront jamais part.

Anne Le Bon


[1] Divers projets plus ou moins fantaisistes de transfert de l’eau du sud chilien vers le nord au moyens de canaux sur plusieurs milliers de kilomètres ont été proposés, dont l’un par l’entreprise française de BTP Vinci.

[2] Le dessalement comporte néanmoins des problèmes, comme une forte consommation d’énergie, et le problème de la pollution engendrée par les résidus extrêmement salins engendrés par les usines.


Immersion dans Quillagua, la ville la plus sèche du monde [reportage et photos]

Selon le «Guinness des records», Quillagua est la ville la plus sèche du monde. Avec sa pluviométrie proche de zéro, un fleuve pompé et pollué par l'industrie minière, cette bourgade du désert de l'Atacama, dans le nord du Chili, lutte pour sa survie. Reportage


Une grand-mère du village montre une photo de ses enfants se baignant dans le fleuve,
dans les années 1980
. Photo : Axelle de Russé


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MessageSujet: Re: L'EMPIRE EXTRACTIVISTE. Vols, dette, malnutrition, accaparement de terres et ressources...   Sam 26 Déc - 11:21

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L’extractivisme des ressources naturelles, une menace pour le climat

1er décembre par Nicolas Sersiron


Citation :

La course effrénée aux ressources naturelles conduit à une surexploitation de la planète. Elle la menace aussi puisque, pour limiter le réchauffement climatique à 2 degrés Celsius à la fin du siècle, il faut s’empêcher d’exploiter 80 % des ressources en énergie fossile de la planète. Dans l’ouvrage collectif Creuser jusqu’où ? Extractivisme et limites à la croissance, Nicolas Sersiron revient sur les risques que l’extractvisme, c’est-à-dire la trop grande exploitation des ressources naturelles, fait peser.

Comme un trou noir, l’extractivisme contemporain avale dans une extrême violence toutes les ressources de la planète pour les fondre dans l’immense chaudron du capitalisme, et ce, depuis que l’Europe est partie à la conquête du monde. Il est le fonde­ment de la richesse des actionnaires, de la puissance dévastatrice des multinationales qu’ils contrôlent et, bien sûr, du pouvoir de leurs pays d’origine, les pays néo-colonisateurs, dits « dévelop­pés ». L’appauvrissement des extractés-pillés et les dégâts envi­ronnementaux considérables en représentent la conséquence la plus manifeste, ce que les médias mainstream ignorent toujours.

L’extractivisme s’applique d’abord à celui des ressources finies, pour lesquelles la limite sera très bientôt atteinte, comme c’est le cas pour certains minéraux dont le cuivre, ou pour les énergies fossiles. Selon le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), la Banque mondiale et l’Agence internationale de l’énergie (AIE), il faudrait laisser la majeure partie des réserves fossiles connues dans le sol pour ne pas réchauffer le climat au-delà des 2 °C. Mais l’extractivisme s’ap­plique aussi aux ressources renouvelables, quand leur exploita­tion dépasse la capacité de régénération des écosystèmes. Les conséquences d’une telle exploitation ne sont au demeurant pas à sous-estimer : qu’on pense aux immenses bancs de morues surpêchés au large de Terre-Neuve, à l’acidification des océans, à la réduction de la fertilité des sols liée à la disparition de la matière organique, à la déforestation massive pour faire place à l’agriculture industrialisée (privant la planète d’un grand régula­teur du climat et des pluies), aux nappes phréatiques vidées par des revendeurs d’eau en bouteilles, aux fleuves asséchés par l’agriculture productiviste, etc.

L’esclavage, le travail forcé et/ou sous-payé peuvent égale­ment être considérés comme des formes d’extractivisme. Ainsi en est-il par exemple des plus de 1 100 ouvrières du textile mortes dans l’écroulement du Rana Plaza au Bangladesh en 2013. Bien qu’un avis d’interdiction de pénétrer dans le bâtiment avait été émis par des inspecteurs et qu’elles ne voulaient pas monter dans l’immeuble déjà dangereusement fissuré, elles y ont été contraintes sous les menaces de licenciement de leur patron. Impossible pour elles de perdre les deux dollars par journée de 10 h de travail (20 cents de l’heure) leur permettant de faire survivre leur famille.

Faim, pauvreté et guerre sont les moyens et les conséquences de l’appropriation par les nantis des ressources naturelles, humaines et financières de la planète. Et quand la dette illégitime ne suffit plus à asservir un peuple ou un pays, alors les moyens policiers, voire militaires, sont déployés pour maintenir la conti­nuité des pillages extractivistes. La guerre d’Irak en 2003, les interventions en Libye, au Mali et en Centrafrique plus récem­ment, ou les massacres et viols par millions en République démocratique du Congo ces dernières décennies sont autant d’exemples de guerres extractivistes.

Que ce soit pour conquérir de nouvelles ressources, comme le pétrole irakien, ou pour conserver la mainmise sur d’anciennes, comme l’or du Mali, la cassitérite du Nord-Kivu pour les tech­nologies high-tech ou l’uranium du Niger à Arlit pour l’industrie nucléaire, les militaires occidentaux sont prêts à intervenir. Si les islamistes armés du Sahel n’avaient pas été repoussés du Mali par l’armée française, l’approvisionnement, à des prix très bas, de 40 % des centrales nucléaires dans le pays le plus nucléarisé au monde par habitant, la France, aurait été fortement compromis. Un approvisionnement qui n’est cependant pas sans conséquence pour les populations touchées. Ainsi, selon le nigérien Azaoua Mamane :

La population [nigérienne] a hérité de 50 millions de tonnes de résidus radioactifs stockés à Arlit et Areva va continuer de pomper gratuitement 20 millions de mètres cubes d’eau par an pendant que la population meurt de soif. Les rues et les habitations d’Arlit sont construites à l’aide de résidus radioactifs et la nappe phréatique usée et contaminée s’assèche par la faute d’Areva.

Sans faire la liste exhaustive de tous les extractivismes, il ne faudrait pas oublier de mentionner ceux des sites éoliens par la finance spéculative, du sable qui fait disparaître plages, îles et solsalluvionnaires, et surtout les terribles accaparements des terres fertiles et de l’eau d’irrigation par les spéculateurs. Nous reviendrons en détail plus loin sur ces pillages et dépossessions de terres à grande échelle, au nom d’une supposée supériorité de l’agriculture industrielle sur l’agriculture vivrière, renouant ainsi avec les premières enclosures du XVIe siècle en Angleterre et les terribles dépossessions de la période coloniale. Pour reprendre le titre provocateur d’un livre de Stephen Smith, « l’Afrique sans les Africains, le rêve du continent noir » se réalise actuellement dans le silence assourdissant des campagnes. Il est une des plus graves conséquences humaines de l’appauvrissement continu des popu­lations par le remboursement de la dette publique illégitime.

Extractivisme et climat

Le rythme d’exploitation-consommation actuel des énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon) fait qu’elles émettent beaucoup plus de GES (gaz à effet de serre) que ne peuvent en absorber forêts, terres agricoles et océans, à tel point que la concentration de CO2 dans l’atmos­phère a dépassé la barre symbolique des 400 particules par mil­lion (ppm). La densité en dioxyde de carbone de l’atmosphère était pourtant, depuis 800 000 ans, en dessous de 300 ppm. Selon le groupe de recherche Carbon Tracker Initiative, les réserves connues renferment 2 795 gigatonnes de CO2. Or, pour ne pas dépasser la barre fatidique des + 2 °C, « il ne faudrait pas émettre plus de 565 gigatonnes de CO2 entre 2011 et 2049 », donc laisser entre 75 et 80 % des énergies fossiles dans le sol. Or non seulement les grandes compagnies ne veulent pas ralentir la cadence des pompages, mais les extractions de pétroles non conventionnels entraînent des émissions de CO2 en forte hausse. Alors qu’il y a un siècle au Texas, en plus d’une pioche, il suffisait d’investir 1 baril de pétrole pour en obtenir 100 – l’EROEI (EROEI, de l’anglais energy return on energy invested, est le retour d’énergie sur l’énergie investie) était alors de 100 –, aujourd’hui avec un baril investi on obtient seu­lement 2 à 2,5 barils de pétrole au Canada avec les sables bitu­mineux de l’Alberta. Sans oublier les quantités astronomiques d’eau transformée en vapeur pour diluer l’huile mélangée au sable et les terribles pollutions engendrées (eaux et GES). Selon Philippe Bihouix, on peut faire le même constat avec les métaux. La densité de métal dans les minerais étant de plus en plus faible, il faut de plus en plus d’énergie et de métal pour l’extraction des minerais. Les difficultés pour extraire les énergies fossiles étant de plus en plus grandes – sables bitumineux, huile et gaz de schiste, puits en eaux profondes –, il faut de plus en plus de métaux et d’énergie là aussi.

Conclusion, l’EROEI, partout en chute libre, entraîne une croissance rapide de la quantité d’énergie et de métaux néces­saires pour assurer la poursuite du processus extractif, et donc aussi celle de GES. Ce qui, en supplément, accélère la fin de nombreuses ressources naturelles. Et malgré les accords de Kyoto visant à stabiliser les émissions de GES, c’est l’inverse qui s’est produit : elles ont été en forte croissance, 3 % par an, ces der­nières décennies. Ce qui doit nous amener à remettre complète­ment en question le mode de vie conso-gaspilleur « à l’occidentale » si nous voulons que nos enfants puissent encore profiter d’un reste de métaux et d’énergies fossiles, sans avoir en plus à sur­vivre dans un four. D’autant plus que les énergies renouvelables, même généralisées, ne permettront jamais de maintenir le gaspil­lage énergétique actuel : l’EROEI des panneaux solaires ne dépasse guère 2,5 et celui des agrocarburants est proche de 1. Quand ils sont produits sur des terres déforestées par brûlis – soja amazonien, huile de palme indonésienne, etc. –, l’EROEI comme le bilan des émissions de GES sont négatifs. Seul un passage rapide du gaspillage actuel à un mode de vie économe en énergie permettra de contenir les catastrophes climatiques. Ce qui implique d’adopter rapidement de nouvelles valeurs qui assureront un avenir à tous : décroissance de l’hypermobilité et de la consommation de viande, relocalisation des fabrications industrielles et artisanales, recyclage des métaux, systèmes low-tech, réparation et réutilisation des objets, habitat à très faible consommation d’énergie, voire nulle ou positive, relocalisation des productions agricoles vivrières et instauration d’une agroé­cologie véritable capable de refroidir la planète par captation du CO2 remis dans le sol sous forme de biomasse, etc.

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L'EMPIRE EXTRACTIVISTE. Vols, dette, malnutrition, accaparement de terres et ressources...
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