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 FUIQP, Front Uni des Immigrations et Quartiers Populaire et Saïd BOUAMAMA, textes et vidéos

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MessageSujet: Re: FUIQP, Front Uni des Immigrations et Quartiers Populaire et Saïd BOUAMAMA, textes et vidéos   Ven 29 Avr - 19:36


6ème rencontre nationale des luttes de l'immigration et des quartiers populaires

28 Avril 2016 #FUIQP  

Vous trouverez en pièce jointe l’affiche et le Flyer des sixièmes rencontres nationales des luttes de l’immigration et des quartiers populaire organisées par le FUIQP. La participation n’est possible que par inscription en écrivant à l’adresse mail figurant sur le Flyer





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MessageSujet: Re: FUIQP, Front Uni des Immigrations et Quartiers Populaire et Saïd BOUAMAMA, textes et vidéos   Lun 2 Mai - 13:18


SITUATION POLITIQUE ACTUELLE avec SAID BOUAMAMA

@Amicale de Tardy (Loire)



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MessageSujet: Re: FUIQP, Front Uni des Immigrations et Quartiers Populaire et Saïd BOUAMAMA, textes et vidéos   Mar 10 Mai - 16:49


Irak, Lybie, Soudan, Somalie, etc., la liste des nations éclatées en morceaux suite à une guerre et à une intervention militaire états-unienne et/ou européenne ne cesse de grandir. Au colonialisme direct d’un « premier âge » du capitalisme et au néocolonialisme d’un « second âge » semble succéder le « troisième âge » de la balkanisation. En parallèle, une mutation des formes du racisme peut être constatée. Au racisme biologique a succédé le racisme culturaliste après la seconde guerre mondiale et ce dernier tend depuis plusieurs décennies à se décliner à partir du religieux sous la forme dominante pour l’instant de l’islamophobie. Nous sommes, selon nous, en présence de trois historicités en articulation étroite : celle du système économique, celle des formes politiques de la domination et celle des idéologies de légitimation.


Saïd Bouamama a écrit:
Retour sur Christophe Colomb

La vision dominante de l’eurocentrisme explique l’émergence puis l’extension du capitalisme à partir de facteurs internes aux sociétés européennes. Il en découle la fameuse thèse de certaines sociétés (certaines cultures, certaines religions, etc.) dotées d’une historicité et d’autres n’en étant pas pourvue. Quand Nicolas Sarkozy affirme en 2007 que « le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire i », il ne fait que reprendre une antienne des idéologies de justification de l’esclavage et de la colonisation :


Pierre Singaravelou a écrit:
La « déshistoricisation » joue un rôle décisif dans la stratégie de colonisation. Elle légitime la présence des colonisateurs et certifie l’infériorité des colonisés. La tradition des histoires universelles, puis les « sciences coloniales » ont imposé un postulat sur lequel s’est construite l’historiographie coloniale : l’Europe est « historique » tandis que « l’a-historicité » caractérise les sociétés colonisées définies comme traditionnelles et immobiles. […] L’Europe, mue par ses valeurs intellectuelles et spirituelles, remplit, à travers l’expansion coloniale, une mission historique en faisant entrer dans l’Histoire des peuples qui en étaient privés ou qui étaient figés dans un stade de l’évolution historique dépassé par les Européens (état de nature, moyen âge, etc.) ii.


L’ancienneté et la récurrence (au-delà des modifications de formes et de présentation) de cette lecture essentialiste et eurocentrée de l’histoire du monde souligne sa fonction sociale et politique : la négation des interactions. Depuis que Christophe Colomb a fait débarquer ses soldats, l’histoire mondiale est devenue une histoire unique, globale, reliée, mondialisée. La pauvreté des uns ne peut plus s’expliquer sans interroger les liens de causalité avec la richesse des autres. Le développement économique des uns est indissociable du sous-développement des autres. Les progrès des droits sociaux ici ne sont possibles que par la négation des droits là-bas.

L’invisibilisation des interactions nécessite une mobilisation de l’instance idéologique afin de formaliser des grilles explicatives hiérarchisantes. Ces grilles constituent le « racisme » à la fois dans ses constantes et dans ses mutations. Il y a invariance car tous les visages du racisme, du biologisme à l’islamophobie, ont une communauté de résultat : la hiérarchisation de l’humanité. Il y a également mutation car chaque visage du racisme correspond à un état du système économique de prédation et à un état du rapport des forces politiques. Au capitalisme pré-monopoliste correspondra l’esclavage et la colonisation comme forme de domination politique et le biologisme comme forme du racisme.

Au capitalisme monopoliste correspondra le néocolonialisme comme forme de domination et le culturalisme comme forme du racisme. Au capitalisme monopoliste mondialisé et sénile correspondra la balkanisation et le chaos comme forme de domination et l’islamophobie (en attendant d’autres déclinaisons pour d’autres religions du Sud en fonction des pays à balkaniser) comme forme du racisme.

Les liens entre l’évolution de la structure économique du capitalisme et les formes de la domination ont depuis longtemps déjà été mis en évidence par Mehdi Ben Barka dans son analyse de l’apparition du néocolonialisme comme successeur du colonialisme direct. Analysant les « indépendances octroyées », il les met en lien avec les mutations de la structure économique des pays dominants :


Mehdi Ben Barka a écrit:
Cette orientation [néocoloniale] n’est pas un simple choix dans le domaine de la politique extérieure ; elle est l’expression d’un changement profond dans les structures du capitalisme occidental. Du moment qu’après la Seconde Guerre mondiale l’Europe occidentale, par l’aide Marshall et une interpénétration de plus en plus grande avec l’économie américaine, s’est éloignée de la structure du XIXème siècle pour s’adapter au capitalisme américain, il était normal qu’elle adopte également les relations des Etats-Unis avec le monde ; en un mot qu’elle ait aussi son « Amérique Latineiii.


Pour le leader révolutionnaire marocain, c’est bien la monopolisation du capitalisme qui suscite le passage du colonialisme au néocolonialisme. De même, la précocité de la monopolisation aux Etats-Unis est une des causalités de la précocité du néocolonialisme comme forme de domination de l’Amérique Latine.

Les liens entre la forme de la domination et les évolutions des formes du racisme ont pour leur part été mis en évidence par Frantz Fanon. Les résistances que suscite une forme de domination (le colonialisme par exemple) contraint cette dernière à muter. Cette mutation nécessite cependant le maintien de la hiérarchisation de l’humanité et, en conséquence, appelle un nouvel âge de l’idéologie raciste. « Ce racisme, précise Fanon, qui se veut rationnel, individuel, déterminé, génotypique et phénotypique se transforme en racisme culturel iv». Quant aux facteurs qui poussent à la mutation du racisme, Frantz Fanon mentionne la résistance des colonisés, l’expérience du racisme, c’est-à-dire « l’institution d’un régime colonial en pleine terre d’Europe », et « l’évolution des techniques » c’est-à-dire les transformations de la structure du capitalisme, comme le relevait Ben Barka..

Sans entrer dans le débat complexe d’une périodisation précisément datée du capitalisme, il est donc possible de relier les trois ordres de faits que sont les mutations de la structure économique, des formes de la domination politique et des transformations de l’idéologie raciste. Les trois « âges » du capitalisme appellent trois « âges » de la domination suscitant trois « âges » du racisme.

L’enfance du capitalisme

Le propre du capitalisme comme mode de production économique est qu’il appelle par sa loi du profit une extension permanente. Il est d’emblée en mondialisation même si cette dernière connaît des seuils de développement. C’est dire la duperie du discours actuel sur la mondialisation, la présentant comme un phénomène entièrement nouveau lié aux mutations technologiques. Comme le souligne Samir Amin, la naissance du capitalisme et sa mondialisation vont de pair :


Frantz Fanon a écrit:
Le système mondial n’est pas la forme relativement récente du capitalisme, remontant seulement au troisième tiers du XIXème siècle lorsque se constituent « l’impérialisme » (au sens que Lénine a donné à ce terme) et le partage colonial du monde qui lui est associé. Au contraire, nous disons que cette dimension mondiale trouve d’emblée son expression, dès l’origine, et demeure une constante du système à travers les étapes successives de son développement. En admettant que les éléments essentiels du capitalisme se cristallisent en Europe à partir de la Renaissance – la date de 1492, amorce de la conquête de l’Amérique, serait la date de naissance simultanée du capitalisme et du système mondial – les deux phénomènes sont inséparables v.


Autrement dit, le pillage et la destruction des civilisations amérindiennes ainsi que l’esclavage ont été les conditions pour que le mode de production capitaliste puisse devenir dominant dans les sociétés européennes. Il n’y a pas eu naissance du capitalisme puis ensuite extension mais un pillage et une violence totale réunissant les conditions matérielles et financières pour que s’installe le capitalisme. Soulignons d’ailleurs avec Eric Williams que la destruction des civilisations amérindiennes s’est accompagnée d’une mise en esclavage. Ainsi, ce n’est pas l’esclavage qui est la conséquence du racisme mais ce dernier qui est le résultat de l’esclavage des Indiens. « Dans les Caraïbes, souligne cet auteur, le terme d’esclavage a été trop exclusivement appliqués aux Nègres. […] Le premier exemple de commerce d’esclaves et de main d’œuvre esclavagiste dans le Nouveau Monde ne concerne pas le Nègre mais l’Indien. Les Indiens succombèrent rapidement sous l’excès de travail et, comme la nourriture était insuffisante, ils mourraient de maladies importées par le Blanc vi ».

La colonisation n’est ensuite que le processus de généralisation des rapports capitalistes au reste du monde. Elle est la forme de la domination politique enfin trouvée pour l’exportation et l’imposition de ces rapports sociaux au reste de la planète. Pour ce faire, il fallait bien entendu détruire les rapports sociaux indigènes et les formes d’organisations sociales et culturelles qu’ils avaient engendrés. L’économiste algérien Youcef Djebari a montré l’ampleur de la résistance des formes antérieures d’organisations sociales et l’indispensable violence pour les détruire : « Le capital français a été confronté, dans toutes ses tentatives d’annexion et de domination de l’Algérie, à une formation sociale et économique hostile à sa pénétration. Il a déployé tout un arsenal de méthodes pour écraser et soumettre les populations autochtones vii. » La violence totale est de ce fait consubstantielle à la colonisation.

C’est pour légitimer cette violence et ces destructions qu’apparaît le racisme biologique. Le racisme, souligne Fanon, « entre dans un ensemble caractérisé : celui de l’exploitation éhontée d’un groupe d’homme par un autre. […] C’est pourquoi l’oppression militaire et économique précède la plupart du temps, rend possible, légitime le racisme. L’habitude de considérer le racisme comme une disposition de l’esprit, comme une tare psychologique doit être abandonnée viii ».

Le racisme en tant qu’idéologie de hiérarchisation de l’humanité justifiant la violence et l’exploitation n’est donc pas une caractéristique de l’humanité mais une production historiquement et géographiquement située : l’Europe de l’émergence du capitalisme. Le biologisme comme premier visage historique du racisme connaît son âge d’or au dix-neuvième siècle en même temps que l’explosion industrielle d’une part et que la ruée coloniale d’autre part. Le médecin et anthropologue français Paul Broca classe les crânes humains à des fins comparatives et conclut que « le Nègre d’Afrique occupe, sous le rapport de la capacité crânienne, une situation à peu près moyenne entre l’Européen et l’Australienix[]». Il y a donc plus inférieur que le Noir, l’Aborigène mais un supérieur incontesté, l’Européen. Et comme toutes les dominations nécessitent des processus de légitimation, si ce n’est similaires du moins convergents, il étend sa méthode à la différence des sexes pour conclure que « la petitesse relative du cerveau de la femme dépend à la fois de son infériorité physique et de son infériorité intellectuellex ».

Monopoles, néocolonialisme et culturalisme

Le vingtième siècle est celui de la monopolisation du capitalisme. Ce processus se déroule à des rythmes inégaux pour chacune des puissances. Ce sont progressivement de grands groupes industriels qui dirigent l’économie et le capital financier devient prépondérant. Le lien physique et subjectif entre le propriétaire et sa propriété disparaît au profit du lien entre le coupon de l’action boursière et l’actionnaire. Le grand colon propriétaire terrien cède la première place à l’actionnaire des mines. Cette nouvelle structure du capitalisme appelle une nouvelle forme de la domination politique, le néocolonialisme que Kwame Nkrumah définit comme suit : « L’essence du néocolonialisme, c’est que l’Etat qui y est assujetti est théoriquement indépendant, possède tous les insignes de la souveraineté sur le plan international. Mais en réalité son économie, et par conséquent sa politique, sont manipulées de l’extérieur xi. »

Les prises de consciences nationalistes et le développement des luttes de libération nationale accélèrent bien sûr la transition d’une forme de la domination politique à l’autre. Mais, comme l’objectif est de maintenir la domination, il y a encore nécessité de justifier une hiérarchisation de l’humanité. La nouvelle domination politique a besoin d’un nouvel âge du racisme. Le racisme culturaliste émergera progressivement comme réponse à ce besoin en devenant dominant dans les décennies 60 à 80. Désormais, il ne s’agit plus de hiérarchiser biologiquement mais culturellement. L’expert et le consultant remplacent le colon et le militaire. On n’étudie plus « l’inégalité des crânes » mais les « freins culturels au développement ». Ne pouvant plus se légitimer sur la base biologique, la hiérarchisation de l’humain se déplace en direction du culturel en attribuant aux « cultures » les mêmes caractéristiques auparavant censées spécifier les « races biologiques » (fixité, homogénéité, etc.).

Sur le plan international, le nouveau visage du racisme permet de justifier le maintien d’une pauvreté et d’une misère populaire en dépit des indépendances et des espoirs d’émancipation qu’elles ont portés. Eludant les nouvelles formes de dépendances (fonctionnement du marché mondial, rôle de l’aide internationale, franc CFA, etc.), il ne reste comme causes explicatives que des traits culturels censés caractériser les peuples des anciennes colonies : l’ethnisme, le tribalisme, le clanisme, le gout de l’apparat, des dépenses somptuaires, etc. Tout un courant théorique dit « afro-pessimiste » s’est ainsi déployé. Stéphan Smith considère que « L’Afrique ne tourne pas parce qu’elle reste “bloquée” par des obstacles socioculturels qu’elle sacralise comme ses gris-gris identitaires » ou encore que « la dactylo, désormais pourvue d’un ordinateur, n’a plus le front coloré du ruban encreur, à force de faire la sieste sur la machine à écrire xii ». En écho, Bernard Lugan lui répond que la charité, la compassion, la tolérance et les droits de l’homme sont étrangers aux « rapports interafricains ancestraux xiii».

Sur le plan national, le racisme culturaliste joue la même fonction mais à l’endroit des populations issues de l’immigration. Expliquer culturellement des faits pointant les inégalités systémiques dont ils sont victimes permet de délégitimer les revendications et les révoltes qu’elles suscitent. L’échec scolaire, la délinquance, le taux de chômage, les discriminations, les révoltes des quartiers populaires, etc., ne s’expliqueraient plus par des facteurs sociaux et économiques, par des causalités culturelles ou identitaires.

Capitalisme sénile, balkanisation et islamophobie

Depuis ce qui a été appelé « mondialisation », le capitalisme est confronté à de nouvelles difficultés structurelles. L’approfondissement permanent de la concurrence entre les différentes puissances industrielles rend impossible la moindre stabilisation. Les crises se succèdent les unes aux autres sans interruptions. Le sociologue Immanuel Wallerstein considère que :


Immanuel Wallerstein a écrit:
Nous sommes entrés depuis trente ans dans la phase terminale du système capitaliste. Ce qui différencie fondamentalement cette phase de la succession ininterrompue des cycles conjoncturels antérieurs, c’est que le capitalisme ne parvient plus à “faire système”, au sens où l’entend le physicien et chimiste Ilya Prigogine (1917-2003) : quand un système, biologique, chimique ou social, dévie trop et trop souvent de sa situation de stabilité, il ne parvient plus à retrouver l’équilibre, et l’on assiste alors à une bifurcation. La situation devient chaotique, incontrôlable pour les forces qui la dominaient jusqu’alors xiv.


Il ne s’agit pas simplement d’une crise de surproduction. Contrairement à celle-ci, la récession ne prépare aucune reprise. Les crises se succèdent et s‘enchaînent sans aucune reprise, les bulles financières s’accumulent et explosent de plus en plus régulièrement. Les fluctuations sont de plus en plus chaotiques et donc imprévisibles. La conséquence en est une quête du profit maximum par n’importe quels moyens. Dans cette concurrence exacerbée en situation d’instabilité permanente, le contrôle des sources de matières premières est un enjeu encore plus important que par le passé. Il ne s’agit plus seulement d’avoir pour soi-même un accès à ces matières premières mais aussi de bloquer l’accès à ces ressources pour les concurrents (et en particulier des économies émergentes : Chine, Inde, Brésil, etc.).

Les Etats-Unis, menacés dans leur hégémonie, répondent par la militarisation et les autres puissances les suivent afin de préserver également l’intérêt de leurs entreprises. « Depuis 2001, fait remarquer l’économiste Philip S. Golub, les États-Unis sont engagés dans une phase de militarisation et d’expansion impériale qui a fondamentalement bouleversé la grammaire de la politique mondiale xv ». De l’Asie centrale au Golfe Persique, de l’Afghanistan à la Syrie en passant par l’Irak, de la Somalie au Mali, les guerres suivent la route des sites stratégiques du pétrole, du gaz, des minéraux stratégiques. Il ne s’agit plus de dissuader les concurrents et/ou adversaires mais de mener des « guerres préventives ».

A la mutation de la base matérielle du capitalisme correspond une mutation des formes de la domination politique. L’objectif n’est plus principalement d’installer des gouvernements fantoches » qui ne peuvent plus résister durablement aux colères populaires. Il est de balkaniser par la guerre afin de rendre ces pays ingouvernables. De l’Afghanistan à la Somalie, de l’Irak au Soudan, le résultat des guerres est partout le même : la destruction des bases mêmes des nations, l’effondrement de toutes les infrastructures permettant une gouvernabilité, l’installation du chaos. Il s’agit désormais de balkaniser les nations.

Une telle domination a besoin d’une nouvelle légitimation formulée dans la théorie du choc des civilisations. Cette dernière a vocation de susciter des comportements de panique et de peur dans le but de susciter une demande de protection et une approbation des guerres. Du discours sur le terrorisme nécessitant des guerres préventives à la théorie du grand remplacement, en passant par les campagnes sur l’islamisation des pays occidentaux et sur les réfugiés vecteurs de terrorisme, le résultat attendu est sans-cesse le même : peur, panique, demande sécuritaire, légitimation des guerres, construction du musulman comme nouvel ennemi historique. L’Islamophobie est bien un troisième âge du racisme correspondant aux mutations d’un capitalisme sénile c’est-à-dire ne pouvant plus rien apporter de positif à l’humanité, ne pouvant apporter que la guerre, la misère et la lutte de tous contre tous. Il n’y a pas choc des civilisations mais crise de civilisation impérialiste qui appelle une véritable rupture. Ce n’est pas la fin du monde mais la fin de leur monde qu’ils tentent d’éviter par tous les moyens.

Notes:


i Nicolas Sarkozy, discours de Dakar du 26 juillet 2007, http://www.lemonde.fr/afrique/article/2007/11/09/le-discours-de-dakar_976786_3212.html.

ii Pierre Singaravelou, Des historiens sans histoire ? La construction de l’historiographie coloniale en France sous la Troisième République, Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n° 185, 2010/5, p. 40.

iii Mehdi Ben Barka, Option révolutionnaire au Maroc. Ecrits politiques 1957-1965, Syllepse, Paris, 1999, p. 229-230.

iv Frantz Fanon, Racisme et Culture, Pour la Révolution africaine. Ecrits politiques, La Découverte, Paris, 2001, p. 40.

v Samir Amin, Les systèmes régionaux anciens, L’Histoire globale, une perspective afro-asiatique, éditions des Indes savantes, Paris, 2013, p. 20.

vi Eric Williams, Capitalisme et esclavage, Présence Africaine, 1968, p. 19.

vii Youcef Djebari, La France en Algérie, la genèse du capitalisme d’Etat colonial, Office des Publications Universitaires, Alger, 1994, p. 25.

viii Frantz Fanon, Racisme et culture, op.cit., p. 45.

ix Paul Broca, Sur le volume et la forme du cerveau suivant les individus et suivant les races, Volume 1, Hennuyer, Paris, 1861, p. 48.

x Paul Broca, Sur le volume et la forme du cerveau suivant les individus et suivant les races, op.cit., p. 15.

xi Kwame Nkrumah, Le néocolonialisme, dernier stade de l’impérialisme, Présence Africaine, Paris, 1973, p. 9.

xii Stephen Smith, Négrologie, : Pourquoi l’Afrique meurt, Fayard, Paris, 2012, p. 49 et 58.

xiii Bernard Lugan, God bless Africa. Contre la mort programmée du continent noir, Carnot, Paris, 2003, pp. 141 142

xiv Immanuel Wallerstein, Le capitalisme touche à sa fin, Le Monde 16 décembre 2008, http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/12/16/le-capitalisme-touche-a-sa-fin_1105714_1101386.html

xv Philip S Golub, De la mondialisation au militarisme : la crise de l’hégémonie américaine, A Contrario, 2004, n°2, p. 9.



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MessageSujet: Re: FUIQP, Front Uni des Immigrations et Quartiers Populaire et Saïd BOUAMAMA, textes et vidéos   Dim 15 Mai - 20:35


Dans cet entretien accordé à Thinking Africa, Saïd Bouamama expose les relations entre la recherche et le militantisme, apporte un éclairage historique sur les rôles et l’impact du capitalisme et du colonialisme en Afrique, décrypte les masques idéologiques et agendas politiques derrière les flux migratoires (Afrique vers Europe) et explique pourquoi la jeunesse africaine vit actuellement son 3ème âge politique.


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MessageSujet: Re: FUIQP, Front Uni des Immigrations et Quartiers Populaire et Saïd BOUAMAMA, textes et vidéos   Jeu 9 Juin - 15:37


Le traitement médiatique du mouvement social : Casseurs et prises d’otage

Saïd Bouamama Investig'Action 04 Juin 2016

« L’indifférence vis-à-vis des quartiers populaires prépare la généralisation des procédés
qui y sont expérimentés à l’ensemble des contestations sociales »

Le mouvement de contestation de la loi El Khomri fait la Une des médias lourds depuis plusieurs semaines. L’inscription dans la durée lui donne une dimension d’analyseur de ces  médias qui plus que jamais apparaissent comme remplissant une fonction sociale précise, celle que Serge Halimi a dénommé « nouveaux chiens de garde[1] » par paraphrase de Paul Nizan[2] qui attribuait cette fonction aux « philosophes » au service des classes dominantes. Sans être exhaustif, l’analyse de trois leitmotivs médiatiques permet d’interroger la production quotidienne d’une vision dominante qui en dépit de son vernis d’objectivité participe des luttes sociales en cours.


Citation :
Une violence de casseurs et de la CGT

Le discours sur les « casseurs » est le premier leitmotiv se déployant à longueur d’antennes. Il s’inscrit dans un discours plus général sur la « montée de la violence » irrationnelle et/ou illégitime qui depuis des décennies est mis en avant pour justifier un tournant sécuritaire. Il s’agit de produire de la peur pour susciter une demande de « sécurité ». Pour que ce processus d’émergence d’une demande sécuritaire puisse se déployer, il est nécessaire de construire la violence constatée comme étant une « violence sans cause » c’est-à-dire comme une violence pathologique et/ou résultante de la stratégie d’une minorité invisible.

La violence est ainsi mise en scène médiatiquement comme étant le fait d’une minorité de marginaux. Selon les circonstances, cette minorité est soit dépolitisée, c’est-à-dire que les faits de violences qu’on lui impute sont renvoyés au déclassement, à la décomposition ou à la pathologie mentale ; soit surpolitisée la violence est alors attribuée à une minorité politique occulte déployant une stratégie de déstabilisation. Des révoltes des quartiers populaires aux manifestations actuelles en passant par la chemise du directeur des ressources humaines d’Air France, la violence est systématiquement l’objet de réductionnismes médiatiques dont le point commun est de nier les bases matérielles légitimes à la colère sociale.

L’effet des réductionnismes médiatiques est donc le masquage des causes de cette violence. Celles-ci se cumulent pourtant depuis des décennies. Comprendre l’émergence d’une violence sociale nécessite la prise en compte de ces causes et de ne pas les confondre avec les « déclencheurs ». Ces derniers ne sont qu’un canal d’expression qui prend telle ou telle forme selon les circonstances et les canaux disponibles. La révolte des quartiers populaires de novembre 2005 (et la violence des jeunes insurgés qui la caractérise) qui a touchée 400 quartiers pendant 21 jours a comme déclencheur l’assassinat de Zyed et Bouna mais à comme cause les processus massif de paupérisation, de précarisation, de discrimination et de contrôle social policier qui touchent les habitants de ces quartiers. Le mouvement social actuel (et la violence qui caractérise une partie des manifestants) a comme déclencheur la loi El Khomri mais a comme cause la destruction systématique depuis quatre décennies ultralibérales de toutes les sécurités sociales conquises par le passé et la hausse de l’écart social entre la classe qui s’enrichie et celles qui se paupérisent.

La confusion entre « déclencheur » et « cause » est partie intégrante des processus de domination en participant à l’invisibilisation des causes structurelles. Elle permet en outre de légitimer la violence répressive.   Il n’est pas inutile de rappeler ce que disait l’évêque brésilien Helder Camara à ce propos :

« Il y a trois sortes de violence. La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés. La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première. La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres. Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue
[3].»

La négation de la violence institutionnelle dont parle Helder Camara passe par la réduction de la violence à sa seule forme externalisée. Elle suppose la négation de la première réaction des victimes qui est généralement de retourner la violence contre soi ou contre ses proches. La violence institutionnelle fonctionne en effet sur la base de l’invisibilisation de l’agresseur par son inscription dans des mesures en apparence non violentes, mais qui ont des effets destructeurs sur l’existence des personnes qui les subissent.  Ce n’est que lorsque la victime est en mesure de faire des liens, de repérer la source de cette violence invisible, de disposer d’une cible, etc., que sa réaction tend à  s’orienter vers d’autres réponses et entre-autres vers une violence externalisée envers un DRH, un policier ou un ministre.

Que la colère des manifestants soit virulente, qu’une partie d’entre eux  l’exprime de manière plus radicale, qu’une autre partie cherche l’affrontement, etc., ces constats sont des évidences. Mais ces constats portent sur des conséquences dont les causes sont antérieures. Comme le souligne la sociologue Isabelle Sommier : « La loi El Khomri n’a été qu’un catalyseur, la « goutte d’eau qui a fait déborder le vase » du cumul de griefs et d’indignations contre l’état d’urgence, le sort et les discours sur les migrants, la précarisation continue du travail, ou encore le climat général d’un quinquennat calamiteux[4]. » La négation des causes est ainsi un premier procédé des média-mensonges sur le mouvement social.

Une stratégie de la tension

Aux causes structurelles provenant des violences institutionnelles s’en ajoute d’autres conjoncturelles consciemment mises en action par les pouvoirs publics. Nous sommes en présence d’un choix de doctrine dans le rapport aux manifestants. «On glisse d’une conception où l’on maintenait à distance des manifestants à une conception où l’on vise c’est manifestants. C’est flagrant avec le Flash Ball[5] » fait remarquer  la juriste Aline Daillère responsable des programmes police-prison-justice pour la France de l’ONG « Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture » (ACAT).

Un autre aspect de la nouvelle doctrine est la surprésence policière. Le déploiement d’un nombre disproportionné de policiers habillés et armés comme pour une scène de guerre s’inscrit dans une stratégie de la tension dans l’objectif d’isoler un mouvement que l’on sait populaire. Il en est de même de la tactique consistant à couper les cortèges dont le résultat est l’enfermement dans une nasse d’une partie des manifestants qui ne peut que susciter un regain de tension. Même le plus pacifique des manifestants voit sa colère monter d’un cran lorsque qu’il se retrouve ainsi pris en étau. L’affrontement est tout simplement recherché. S’il ne faut pas exclure la présence de provocations sous la forme de policiers déguisés, cette manœuvre n’est qu’un outil parmi d’autres d’une stratégie globale de la tension.

Le discours médiatique pour sa part commente ces faits de manière militaire inversant une nouvelle fois les causes et les conséquences. L’habitude de se faire gazer par exemple conduit à la généralisation des foulards et celle de se faire matraquer à l’utilisation de casques par une partie des manifestants. Ces conséquences sont doctement analysées par les médias lourds comme la preuve d’une « militarisation » d’une partie des manifestants. Cette militarisation supposée apparaît dès lors comme justification de la surprésence policière. De cause, la surprésence policière se transforme en conséquence.

Le but de ce choix de doctrine est de contrecarrer la possible massification du mouvement social. Dissuader les opposants à la loi de venir en famille crier leur refus est le véritable objectif de la nouvelle doctrine.  La couverture médiatique sans investigation, construite à partir des déclarations officielles des seuls préfets, se déployant sur une base sensationnaliste contribue à cet objectif.  En témoigne aujourd’hui des couvertures de manifestations quantitativement importantes avec comme seules images des affrontements. Le bruit des grenades couvre celui des slogans revendicatifs.

La prise d’otage

Le discours sur la « prise d’otage » des citoyens est le second leitmotiv médiatique et politique concernant le mouvement social actuel. « Prendre ainsi en otage les consommateurs, notre économie, notre industrie, continuer des actions qui visent à faire retirer le texte, ce n’est pas démocratique» clame Valls le 23 mai.  « J’ai du mal à accepter que des Français soient pris en otage » lui répond en écho Myriam El Khomri le lendemain. « Pas un jour sans qu’il y ait une grève, un mouvement de contestation, que des gens prennent en otage des citoyens français” enchaîne Nicolas Sarkozy le même jour. Le discours est le même du gouvernement à la droite, du patronat aux différents experts et consultants médiatiques qui pullulent sur les plateaux.

Ce discours n’est pas nouveau. Le principe même d’un mouvement social est de se faire entendre et pour cela de se visibiliser. Cela suppose d’entraver le fonctionnement habituel de la vie sociale. Ces formes d’action sont aussi anciennes que les mouvements collectifs et leurs formes sont si ce n’est similaires du moins comparables : blocage des axes de transport, paralysie d’équipements stratégiques, etc.  La couverture médiatique et politique à partir de l’expression « prise d’otage » n’est pas non plus neuve, quoique plus récente. Elle naît du contexte idéologique ultralibéral négateur de toute légitimité du collectif au profit de la seule approche individuelle. Sa fréquence médiatique est un indicateur de la prégnance de l’idéologie ultralibérale dans nos médias. Les routiers de 1992 et 1996 comme les cheminots de décembre 1995 ont également été transformés médiatiquement en preneurs d’otages [6].

En choisissant une telle expression pour couvrir des actions collectives le discours médiatique dominant prend (consciemment ou non le résultat est identique) position contre le mouvement social. L’attention sur les enjeux et les causes du conflit est détournée vers une attention sur les conséquences du conflit. Les « blocages » n’apparaissent plus comme un moyen pour se faire entendre mais comme une stratégie égoïste ne prenant pas en compte le citoyen moyen transformé en victime impuissante. La scène du voyageur sur un quai de gare lors d’une grève est ainsi devenue un incontournable des journaux télévisés. Il ne s’agit plus d’interroger un citoyen sur son avis sur la loi El Khomri mais de le questionner un individu réduit à la seule dimension de consommateur sur les entraves à l’accès à un bien ou un service.  Le citoyen cédant la place au consommateur c’est bien là, l’idéal des classes dominantes contemporaines que construisent les médias dominants.

Le discours dominant sur la prise d’otage est lourd d’effets. Il active l’imaginaire du terrorisme et de la nécessaire intervention musclée des forces de l’ordre. Il ouvre et encourage une logique de « montée des enchères ». La droite dénonce le laxisme supposée du gouvernement avec un Sarkozy appelant le gouvernement à « remettre de l’ordre et de l’autorité dans le pays ». Le Front National par la bouche de Marion Maréchal Le Pen lui fait écho en considérant que « face aux casseurs comme à la CGT qui prend en otage les Français, la seule réponse de l’Etat doit être la fermeté ». Quant à Pierre Gattaz il appelle le gouvernement « à ne pas céder au chantage, aux violences, à l’intimidation, à la terreur », de « minorités qui se comportent un peu comme des voyous, comme des terroristes ».

On ne peut clore cette partie sans aborder nos chers experts, consultants et éditorialistes divers. Leurs explications à prétention savante se réduisent à une seule causalité que résume comme suit Nathalie Saint-Cricq au JT de 20 heures du 23 mai sur France 2 : « cette stratégie est justifiée par un score en chute libre à la CGT [7] ». Le ton est donné et la même grille explicative se retrouve le lendemain au Figaro sous la plume de Gaëtan de Capèle et à Libération sous celle de Laurent Joffrin, avant de s’étendre à une grande partie de la presse régionale. Il n’a a donc aucune base matérielle à la colère sociale et à la violence qu’elle suscite. Tout se réduirait à la manipulation par la minorité agissante que serait la CGT.

Il n’y a pas besoin de recourir à une quelconque théorie du complot pour expliquer la production d’un tel discours réducteur. Les causalités ont été mises en évidences depuis longtemps : « difficulté à se libérer des sources institutionnelles, à développer un journalisme d’investigation et d’explication de dossiers complexes. Difficulté à surmonter l’ethnocentrisme professionnel et à rendre compte, non avec complaisance, mais avec compréhension, de mobilisations de milieux sociaux très éloignés de celui des élites journalistiques [8]. » Si nous ajoutons la recherche de sensationnalisme à des fins d’audimat, la ligne éditoriale pouvant être imposée, l’entre soi avec les puissants, etc., nous sommes bien en présence de « chiens de garde ».

les quartiers populaires


Terminons en faisant un pas de côté vers les quartiers populaires. Les médias-mensonges suscités par le mouvement social actuel ne sont, en effet pas sans rappeler ceux se déployant de manière quasi-permanente depuis quatre décennies à l’encontre des quartiers populaires et de leurs habitants. Pour eux aussi, les discours médiatiques nient les causes structurelles pour ne se centrer que sur les déclencheurs et/ou sur les conséquences. Pour eux également, se déploient les deux images de la violence pathologique et de la violence d’une minorité invisible. A leur endroit également la surprésence policière est construite médiatiquement et systématiquement comme étant une conséquence et jamais comme étant une des causes des violences relatées. Les stratégies d’intervention des forces de l’ordre et la doctrine implicite qu’elles portent ne sont pas plus interrogées que pour le mouvement social actuel. Il existe cependant une différence et elle est de taille : l’isolement des quartiers populaires en général et de leurs habitants issus de l’immigration en particulier. Alors que désormais il faut compter par centaines les morts de jeunes issus de l’immigration tués par des policiers, les constructions médiatiques des faits sont parvenues pour l’instant à isoler les luttes contre les violences policières des quartiers populaires. L’indifférence vis-à-vis des quartiers populaires prépare la généralisation des procédés qui y sont expérimentés à l’ensemble des contestations sociales.

Notes:

[1] Serge Halimi, Les nouveaux chiens de garde, Raison d’agir, Paris, 2005.

[2] Paul Nizan, Les chiens de garde, Agone, Paris, 2012.

[3]  Dom Helder Camara, Spirale de violence, Desclée de Brouwer, Paris, 1970.

[4] Isabelle Sommier, Qui sont vraiment les casseurs ?, http://www.lesinrocks.com/2016/05/21/actualite/qui-sont-vraiment-les-casseurs-11829657/, consulté le 2 juin à 14 heures.

[5] Aline Daillère, Violences policières : un rapport dénonce un risque d’impunité des forces de l’ordre, Le Monde du 14 mars 2016, http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2016/03/14/violences-policieres-un-rapport-denonce-un-risque-d-impunite-des-forces-de-l-ordre_4882121_1653578.html, consulté le 2 juin à 15 h 20.

[6] Thomas Chenevier et Laurent Ladouari, Prise en otage, prise à témoin : de la médiatisation des conflits sociaux, Annales des mines, novembre 2000, p.36.

[7] Daniel Schneidermann, Nathalie Saint-Cricq et ses deux amies, face aux dynamiteurs CGT, http://rue89.nouvelobs.com/2016/05/24/nathalie-saint-cricq-deux-amies-264118, consulté le 2 juin à 18 h 30

[8] Erik Neveu, Sociologie des mouvements sociaux, La Découverte, Paris, 1996, p. 109


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MessageSujet: Re: FUIQP, Front Uni des Immigrations et Quartiers Populaire et Saïd BOUAMAMA, textes et vidéos   Ven 10 Juin - 18:22


La planification d’une déportation de masse : Chronique de « l’ensauvagement » de l’UE

La construction médiatique de l’indifférence publique

Saïd Bouamama bouamamas 7 avril 2016

Dans un silence médiatique et politique assourdissant, les premiers bateaux transportant plusieurs centaines de réfugiés ont commencé la mise en pratique de la plus importante déportation de masse en Europe occidentale depuis la seconde guerre mondiale. Il s’agit ni plus ni moins que d’un nouveau crime historique de l’Union Européenne. Que celui-ci soit légal (en vertu de l’accord signé avec la Turquie) ne change bien entendu rien à son caractère violent et attentatoire aux droits humains. Nous avons affaire ici à un nouveau palier de « l’ensauvagement » de l’Europe riche pour paraphraser Aimé Césaire. Aux portes de cette Europe se multiplient et se multiplieront les camps financés par l’Union Européenne et gérés par Le grand démocrate Erdogan.


Citation :
L’accord avec Ankara : une marchandisation des réfugiés

Lundi 4 avril, 202 réfugiés quittent contre leur gré les îles grecques de Lesbios et Chios et sont débarqués dans le port turc de Dikili. La composition du groupe est un véritable panorama de la misère et de l’injustice mondiale actuelle : Pakistan, Afghanistan, Congo, Sri Lanka, Bangladesh, Inde, Irak, Somali, Côte d’Ivoire, Syrie. Cette première déportation en annonce de nombreuses autres en vertu de l’accord signé entre la Turquie et l’Union Européenne le 18 mars 2016. Rarement un accord n’a été mis en application aussi rapidement : dès le 20 mars la frontière entre la Turquie et la Grèce est fermée, c’est-à-dire que désormais les nouveaux réfugiés peuvent être directement refoulés vers la Turquie ; quinze jours après débute la première déportation. Il est vrai en revanche que la conclusion de l’accord a été longue du fait du marchandage sur les vies humaines qui a caractérisé les négociations.

Du côté de l’Union Européenne l’enjeu est de sous-traiter ou d’externaliser la politique de refoulement et de répression des réfugiés. Une telle pratique n’est pas nouvelle. Elle est au cœur des accords qu’impose l’Union Européenne aux pays africains pour faire de ceux-ci des gardes-chiourmes frontaliers (i). Elle est la mission première de l’agence FRONTEX consistant à« délocaliser peu à peu les frontières extérieures de l’UE vers l’Est et vers le Sud pour « mieux repousser les migrants (ii) » ». Tout en continuant ses politiques de pillages et de guerres, l’Union Européenne se dédouane ainsi des conséquences de sa politique étrangère impérialiste.

Du côté turc l’enjeu est également de taille. Les rares couvertures médiatiques de l’accord insistent sur l’aide de 6 milliards d’euros accordée à la Turquie pour cette sale besogne. Or cette aide n’est que l’arbre qui cache la forêt. Elle n’est ni scandaleuse, ni démesurée au regard ce que signifierait un accueil digne de cette « misère du monde » produite par las Etats riches. En revanche, d’autres parties de l’accord sont étrangement passées sous silence. En premier lieu la Turquie se voit attribuer le label de « pays sûr » c’est-à-dire répondant aux critères de protection des réfugiés liés au droit d’asile. Voici ce qu’en pense Jean-François Dubost, un juriste d’Amnesty International :

Citation :
« Cet accord marchande les réfugiés […] Il suppose que la Turquie est un pays sûr pour les réfugiés. Or nous n’avons de cesse de montrer, preuves à l’appui, que la Turquie refoule les réfugiés vers l’Afghanistan et la Syrie de façon assez massive […] Vraisemblablement, ces personnes ne resteront pas en Turquie parce que les conditions de protection n’y sont pas réunies. Elles vont donc chercher de nouvelles routes, plus dangereuses. On peut penser peut-être à des départs, à nouveau, depuis la Libye (iii) »

En second lieu la Turquie se voit offrir ainsi blanc-seing pour la « gestion de la question kurde ». La chancelière Merkel le révèle quelques jours avant la signature de l’accord en soulignant qu’ « Il va de soi que face à la Turquie nous devons mettre en avant nos convictions sur la protection de la liberté de la presse ou le traitement des Kurdes (iv) ». Rarement une hypocrisie a été aussi grande, quand on sait que l’instauration du couvre-feu dans plusieurs régions kurdes du sud-est du pays a fait déjà des centaines de victimes majoritairement civiles. Les deux vice-présidents du Parti Démocratique des Peuples (HDP) résument comme suit la signification de l’accord de déportation :

Citation :
« Il s’agit d’un marchandage sur le dos des réfugiés. L’Europe ferme volontairement les yeux devant la violation des droits de l’homme en Turquie (v). »

Plusieurs associations humanitaires ont refusé d’accompagner l’accord qu’elles estiment contradictoire avec les lois internationales du droit d’asile. Medecins Sans Frontières a décidé de suspendre ses activités sur les îles de Lesbos et de Samos en Grèce pour ne pas être complice de l’accord. Sa conseillère en affaire humanitaire, Aurélie Ponthieu explique cette décision comme suit :

Citation :

« Ces calculs grossiers réduisent les individus à de simples chiffres, leur retirent tout traitement humain et droit d’asile. Ces gens ne sont pas des chiffres ; ce sont des femmes, des enfants, des familles. Environ 88% des personnes qui empruntent cette route sont en quête de sécurité en Europe, et plus de la moitié d’entre eux sont des femmes et des enfants. Ils devraient être traités humainement et dignement (vi). »

Marie Elisabeth Ingres, chef de mission pour la Grèce de cette ONG est encore plus explicite. « Nous refusons de prendre part, précise-t-elle, à un système qui bafoue les besoins humanitaires des demandeurs d’asile […] Nous ne laisserons pas notre aide être instrumentalisée en faveur de déportation de masse (vii) ».

Le son de cloche est identique pour l’International Rescue Committee et le Conseil norvégien (viii) pour les réfugiés. Même l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) refuse de s’impliquer dans ce qu’elle caractérise comme une mise en « détention des réfugiés ».

Les réfugiés sont lucides sur le sort qui leur est réservé : mardi 22 mars, 4 jours après la signature de l’accord un réfugié désespéré s’immole par le feu dans le camp d’Indomeni à la frontière entre la Grèce et la Macédoine pour protester contre cette situation de parcage à la frontière dans des conditions inhumaines.

Comment simplement penser qu’une Turquie qui accueille déjà 3 millions de réfugiés puisse en accueillir des dizaines de milliers supplémentaires dans des conditions dignes ? La vérité crue s’impose : l’accueil sera inévitablement une détention de masse dans des camps sous surveillance militaire. Les victimes de nos guerres et de nos pillages sont ainsi transformées en coupables à surveiller et à enfermer. Les camps de la honte font désormais partis du paysage légal de la grande Europe.

La construction médiatique de l’indifférence publique

La photo du petit Aylan Kurdi, un enfant syrien de 3 ans échoué sur la plage de Bodrum, était à la une de tous les journaux européens le 3 septembre dernier. Le quotidien espagnol El Pais titrait en Une : « l’image qui ébranle toute l’Europe ». De nombreuses manifestations spontanées dans plusieurs pays d’Europe semblaient souligner une prise de conscience de l’opinion publique que le quotidien britannique « The Independent » résumait comme suit : « Si les images, incroyablement bouleversantes, du corps d’un enfant syrien échoué sur une plage ne conduisent pas l’Europe à changer d’attitude par rapport aux réfugiés, qu’est-ce qui pourra le faire ? (ix) »

A peine 6 mois plus tard l’accord de la honte est signé dans une indifférence générale pour le mieux et avec une approbation portant un soulagement pour le pire. Entre temps la couverture médiatique de la question a été marquée par trois discours significatifs : celui de l’invasion, de l’infiltration terroriste et celui des violences sexistes.

La multiplication des images chocs sans explications accompagnatrices et mélangeant allègrement les lieux et les circonstances est la forme dominante de la couverture médiatique de la figure du réfugié : train pris d’assaut par plusieurs milliers de réfugiés en Hongrie, longues files se dirigeant vers la frontière serbe, camps surchargés aux différentes frontières, etc. Toutes ces images accréditent l’idée d’une invasion massive menaçant l’Europe. Une nouvelle fois, le discours médiatique présente des résultats (concentrations aux frontières, tentatives désespérées de franchir des barbelés) sans en souligner les causes : les politiques de fermeture des frontières faisant effet d’accumulation aux points de passage.

Une telle couverture médiatique n’est pas nouvelle mais elle a pris ces derniers mois une dimension anxiogène du fait de sa quotidienneté. Déjà fin 2015 un rapport du Réseau du journalisme éthique (Ethical Journalism Network) concernant 14 pays européens résume cette couverture comme se réalisant avec « un langage détaché et des discours sur des invasions ». Le rapport souligne également que la reprise sans déconstruction des réactions racistes de différents dirigeants et hommes politiques européens a également contribué à accréditer l’idée d’une invasion. Enfin il mentionne l’usage immodéré des hyperboles qui renforce encore le climat anxiogène de la couverture médiatique (x).

Les chiffres pour leur part révèlent une toute autre réalité. Si effectivement près de 5 millions de Syriens ont été contraints de fuir la guerre depuis 2011, ils sont essentiellement réfugiés en Turquie (2.7 millions) et au Liban (1 million). La France pour sa part a « généreusement » accueillis 10 000 syriens depuis 2011 selon les chiffres de l’OFPRA. Quant à la dernière arrivée massive de ces derniers mois, l’Organisation Internationale pour les Migrants (OIM) le Haut-Commissariat pour les Réfugiés de l’ONU (HCR) l’évalue à 1 005 504 personnes pour l’ensemble de l’Europe pour l’année 2015 (xi).

La situation n’est pas étonnante au regard des données disponibles sur l’ensemble des réfugiés au niveau mondial. Elle se résume comme suit : la quasi-totalité des réfugiés sont accueillis par des pays pauvres. Argumentant la nécessité d’une répartition plus équitable des réfugiés, le haut-commissaire aux réfugiés des Nations-Unies Filippo Grandi utilise l’image suivante : « Si l’Europe devait accueillir le même pourcentage de réfugiés que le Liban par rapport à sa population, il faudrait qu’elle héberge 100 millions de réfugiés (xii). »

Non seulement il n’y a aucun danger d’invasion, mais l’Europe est à la fois par ses politiques économiques et militaires une des principales causes des exils forcés et une des régions les moins accueillantes du monde. Contribuer fortement à produire la misère du monde en refusant de l’accueillir ensuite, telle est la réalité de l’Union Européenne.

Le discours de l’invasion est complété par celui du danger terroriste. Il a suffi qu’un des auteurs des attentats du 13 novembre soit passé par la frontière grecque en se présentant comme réfugié syrien pour que se développe une campagne sur le « danger terroriste » nécessitant une fermeture encore plus drastique des frontières aux réfugiés. Un tel amalgame est logique avec l’analyse erronée du terrorisme comme issu uniquement d’un « virus extérieur ». Il occulte que la grande majorité des « terroristes » agissant en Europe sont européens et sont une production de nos sociétés européennes, de leurs inégalités, de leurs discriminations, de leur islamophobie et de leurs humiliations. C’est ce que reconnaît le coordinateur pour la lutte contre le terrorisme depuis 2007, Gilles de Kerchove :

Citation :
« Daesh ou Al-Qaïda n’ont pas besoin d’envoyer leurs membres dans la masse des demandeurs d’asile. Il existe en effet un réservoir de personnes qui sont nées en Europe, qui n’ont pas de contacts avec les organisations terroristes et ne voyagent pas, mais se sont radicalisées sur Internet. […] Malheureusement, cinq mille citoyens européens au moins ont pris la route de la Syrie et de l’Irak. Certains d’entre eux n’avaient pas été identifiés par nos services de sécurité. Donc, si j’étais un dirigeant de Daesh, je préfèrerais choisir un combattant étranger français, belge ou néerlandais pourvu de papiers en règles, et le renvoyer en Europe après l’avoir entraîné. Pourquoi voudrais-je mêler mes hommes aux demandeurs d’asile ? (xiii) »

Malgré cette évidence logique toutes les grandes chaînes télévisuels et toutes les radios importantes ont programmés des émissions et des débats où pseudos experts et autres spécialistes sont venus discourir des liens entre la « crise des réfugiés » et le « terrorisme », de la « stratégie d’infiltration des réfugiés de Daesh », etc. Le 23 novembre France Culture diffuse une émission intitulée « la crise des réfugiés à l’ombre du terrorisme ».

Le 7 décembre le journaliste Matin Buxant de BEL RTL pose la question significative suivante au secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration Belge, Theo Francken : « il y a quand même des faisceaux d’indications qui tentent à prouver que les réseaux terroristes utilisent les filières de réfugiés pour venir en Europe. Qu’est-ce qu’on fait par rapport à cela ? ».

Des « faisceaux d’indications » rien de moins ! Le 24 février 2016 c’est au tour de Kamal Redouani sur TF1/LCI de déclarer que le lien entre terrorisme et réfugiés est une « réalité » même si ajoute-t-il « il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier ». Nous sommes bien dans une logique de diffusion d’amalgames et de rumeurs indépendantes des faits réels (un seul cas réellement objectivé). Une nouvelle fois l’émotion et l’inquiétude liées aux attentats ont été utilisées à des fins d’audimat. C’est ce que résume le journaliste Bulgare Boyko Vassilev en soulignant la tendance grandissante des médias à oublier « les faits et la réalité » :

Citation :
« Nous sommes devenus à l’aide des réseaux sociaux très agressifs, nous sommes prêts à tout commenter en oubliant dans cet élan les faits et la réalité. Il y a trop d’émotions et pas assez de bon sens et de raison. Je n’ai rien contre la liberté d’expression, mais où sont les reportages, où sont les enquêtes, où sont les faits ? Nous réagissons très vite et très facilement, nous sacrifions notre travail à la médiamétrie et aux taux d’audience, nous voulons qu’on nous aime, mais le journalisme c’est autre chose. Le journalisme c’est de défier les stéréotypes, les clichés, se dresser contre l’opinion générale, c’est chercher les faits, les révéler et essayer de prouver sa propre thèse (xiv). »

Aux discours sur l’invasion et sur la menace terroriste s’est ajouté un troisième volet toujours aussi anxiogène : celui des agressions sexuelles. A l’occasion des festivités du réveillon des violences sexuelles sont faites à de nombreuses femmes à Cologne. Des policiers déclarent anonymement à la presse qu’elles sont le fait de « réfugiés » et immédiatement toute la presse européenne diffuse et commente cette « information ».

Les analyses sont massivement culturalistes fait remarquer Hanane Karimi : « Les traitements médiatique et politique des événements de Cologne démontrent la manière dont les déviances des non-blancs sont directement interprétées en termes de culture (xv). » Ces agressions s’expliqueraient par la culture machiste et patriarcale des réfugiés. Six semaines après les faits le procureur de Cologne rend public les résultats de l’enquête : 3 des agresseurs sur 58 sont des réfugiés. Peu importe le mal est fait et la rumeur circule.

La construction d’un climat anxiogène à propos des réfugiés sous la forme de l’invasion, de la menace terroriste et de l’agression sexuelle dans une société taraudée par l’inquiétude pour l’avenir et la fragilisation sociale du fait des politiques d’austérité ne peut avoir comme conséquence que le développement du racisme pour le pire et de l’indifférence pour le mieux. L’accord de la Honte signé entre l’Union Européenne et la Turquie s’appuie sur cette indifférence médiatiquement et politiquement construite. Il a comme conséquence logique inévitable : la banalisation des rafles et des camps c’est-à-dire un « ensauvagement de l’Europe ».

Notes :

(i) Echanges et partenariats, Frontex et l’externalisation des contrôles migratoires. L’exemple de la coopération avec les Etats africains, http://emi-cfd.com/echanges-partena…, consulté le 6 avril à 10 heures.

(ii) Claire Rodier, Des frontières et des hommes, http://www.migreurop.org/article158…, consulté le 6 avril à 10 h 45 ;

(iii) Jean-François Dubost, Amnesty International, France-Info, 4 avril 2006,http://www.franceinfo.fr/fil-info/a…, consulté le 6 avril à 11 h 15.

(iv) Cécile Ducourtieux, L’accord de renvoi des réfugiés en Turquie toujours contesté, Le Monde du 17 mars 2016.

(v)Ragip Duran, Migrants : l’opposition turque outrée par l’accord avec l’UE, Libération du 18 mars 2016.

(vi) Aurélie Ponthieu, Accord UE-Turquie, réduire les vies des réfugiés à de simples chiffres,http://www.msf.fr/actualite/article…, consulté le 6 avril à 12 h 30 ;

(vii) Chloé Dubois, Les ONG ne seront pas « complices » de l’accord UE-Turquie,http://www.politis.fr/articles/2016…, consulté le 6 avril 2016.

(vii) Réfugiés : des ONG refusent de cautionner l’accord UE-Turquie, L’Humanité du 23 mars 2016.

(ix) The independent du 3 septembre 2015.

(x) Ethical Journalism Network, Report on media and the global migration and refugee crisis, décembre 2015.

(xi) Le Monde du 22 décembre 2015.

(xii) Filippo Grandi, Il faut une répartition équitable des réfugiés,http://www.24heures.ch/monde/Il-fau…, consulté à 16 h 00.

(xiii) Gilles de Kerchove, Daech ou Al-Qaïda n’ont pas besoin de faire passer des terroristes parmi les réfugiés, https://www.euractiv.fr/section/jus…, consulté le 6 avril à 17 h 30.

(xiv) Boyko Vassilev, Médias et réfugiés : halte aux clichés et au prêt-à-parler !,http://bnr.bg/fr/post/100676931/med…, consulté le 6 avril à 19 h 00 ;

(xv) Hanane Karimi, De la banalité du sexisme et du racisme, Retour sur les événements de Cologne et leur traitement médiatique, http://lmsi.net/De-la-banalite-du-s…, consulté le 6 avril 2016 à 20 h 00.


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MessageSujet: Re: FUIQP, Front Uni des Immigrations et Quartiers Populaire et Saïd BOUAMAMA, textes et vidéos   Dim 12 Juin - 13:36


4 Juin 2016 - Saïd Bouamama

Le mouvement de contestation de la loi El Khomri fait la Une des médias lourds depuis plusieurs semaines. L’inscription dans la durée lui donne une dimension d’analyseur de ces  médias qui plus que jamais apparaissent comme remplissant une fonction sociale précise, celle que Serge Halimi a dénommé « nouveaux chiens de garde[1] » par paraphrase de Paul Nizan[2] qui attribuait cette fonction aux « philosophes » au service des classes dominantes. Sans être exhaustif, l’analyse de trois leitmotivs médiatiques permet d’interroger la production quotidienne d’une vision dominante qui en dépit de son vernis d’objectivité participe des luttes sociales en cours.

Citation :


Une violence de casseurs et de la CGT


Le discours sur les « casseurs » est le premier leitmotiv se déployant à longueur d’antennes. Il s’inscrit dans un discours plus général sur la « montée de la violence » irrationnelle et/ou illégitime qui depuis des décennies est mis en avant pour justifier un tournant sécuritaire. Il s’agit de produire de la peur pour susciter une demande de « sécurité ». Pour que ce processus d’émergence d’une demande sécuritaire puisse se déployer, il est nécessaire de construire la violence constatée comme étant une « violence sans cause » c’est-à-dire comme une violence pathologique et/ou résultante de la stratégie d’une minorité invisible.

La violence est ainsi mise en scène médiatiquement comme étant le fait d’une minorité de marginaux. Selon les circonstances, cette minorité est soit dépolitisée, c’est-à-dire que les faits de violences qu’on lui impute sont renvoyés au déclassement, à la décomposition ou à la pathologie mentale ; soit surpolitisée la violence est alors attribuée à une minorité politique occulte déployant une stratégie de déstabilisation. Des révoltes des quartiers populaires aux manifestations actuelles en passant par la chemise du directeur des ressources humaines d’Air France, la violence est systématiquement l’objet de réductionnismes médiatiques dont le point commun est de nier les bases matérielles légitimes à la colère sociale.

L’effet des réductionnismes médiatiques est donc le masquage des causes de cette violence. Celles-ci se cumulent pourtant depuis des décennies. Comprendre l’émergence d’une violence sociale nécessite la prise en compte de ces causes et de ne pas les confondre avec les « déclencheurs ». Ces derniers ne sont qu’un canal d’expression qui prend telle ou telle forme selon les circonstances et les canaux disponibles. La révolte des quartiers populaires de novembre 2005 (et la violence des jeunes insurgés qui la caractérise) qui a touchée 400 quartiers pendant 21 jours a comme déclencheur l’assassinat de Zyed et Bouna mais à comme cause les processus massif de paupérisation, de précarisation, de discrimination et de contrôle social policier qui touchent les habitants de ces quartiers. Le mouvement social actuel (et la violence qui caractérise une partie des manifestants) a comme déclencheur la loi El Khomri mais a comme cause la destruction systématique depuis quatre décennies ultralibérales de toutes les sécurités sociales conquises par le passé et la hausse de l’écart social entre la classe qui s’enrichie et celles qui se paupérisent.

La confusion entre « déclencheur » et « cause » est partie intégrante des processus de domination en participant à l’invisibilisation des causes structurelles. Elle permet en outre de légitimer la violence répressive.   Il n’est pas inutile de rappeler ce que disait l’évêque brésilien Helder Camara à ce propos :

« Il y a trois sortes de violence. La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés. La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première. La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres. Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue[3].»

La négation de la violence institutionnelle dont parle Helder Camara passe par la réduction de la violence à sa seule forme externalisée. Elle suppose la négation de la première réaction des victimes qui est généralement de retourner la violence contre soi ou contre ses proches. La violence institutionnelle fonctionne en effet sur la base de l’invisibilisation de l’agresseur par son inscription dans des mesures en apparence non violentes, mais qui ont des effets destructeurs sur l’existence des personnes qui les subissent.  Ce n’est que lorsque la victime est en mesure de faire des liens, de repérer la source de cette violence invisible, de disposer d’une cible, etc., que sa réaction tend à  s’orienter vers d’autres réponses et entre-autres vers une violence externalisée envers un DRH, un policier ou un ministre.

Que la colère des manifestants soit virulente, qu’une partie d’entre eux  l’exprime de manière plus radicale, qu’une autre partie cherche l’affrontement, etc., ces constats sont des évidences. Mais ces constats portent sur des conséquences dont les causes sont antérieures. Comme le souligne la sociologue Isabelle Sommier : « La loi El Khomri n’a été qu’un catalyseur, la « goutte d’eau qui a fait déborder le vase » du cumul de griefs et d’indignations contre l’état d’urgence, le sort et les discours sur les migrants, la précarisation continue du travail, ou encore le climat général d’un quinquennat calamiteux[4]. » La négation des causes est ainsi un premier procédé des média-mensonges sur le mouvement social.


Une stratégie de la tension


Aux causes structurelles provenant des violences institutionnelles s’en ajoute d’autres conjoncturelles consciemment mises en action par les pouvoirs publics. Nous sommes en présence d’un choix de doctrine dans le rapport aux manifestants. «On glisse d’une conception où l’on maintenait à distance des manifestants à une conception où l’on vise c’est manifestants. C’est flagrant avec le Flash Ball[5] » fait remarquer  la juriste Aline Daillère responsable des programmes police-prison-justice pour la France de l’ONG « Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture » (ACAT).

Un autre aspect de la nouvelle doctrine est la surprésence policière. Le déploiement d’un nombre disproportionné de policiers habillés et armés comme pour une scène de guerre s’inscrit dans une stratégie de la tension dans l’objectif d’isoler un mouvement que l’on sait populaire. Il en est de même de la tactique consistant à couper les cortèges dont le résultat est l’enfermement dans une nasse d’une partie des manifestants qui ne peut que susciter un regain de tension. Même le plus pacifique des manifestants voit sa colère monter d’un cran lorsque qu’il se retrouve ainsi pris en étau. L’affrontement est tout simplement recherché. S’il ne faut pas exclure la présence de provocations sous la forme de policiers déguisés, cette manœuvre n’est qu’un outil parmi d’autres d’une stratégie globale de la tension.

Le discours médiatique pour sa part commente ces faits de manière militaire inversant une nouvelle fois les causes et les conséquences. L’habitude de se faire gazer par exemple conduit à la généralisation des foulards et celle de se faire matraquer à l’utilisation de casques par une partie des manifestants. Ces conséquences sont doctement analysées par les médias lourds comme la preuve d’une « militarisation » d’une partie des manifestants. Cette militarisation supposée apparaît dès lors comme justification de la surprésence policière. De cause, la surprésence policière se transforme en conséquence.

Le but de ce choix de doctrine est de contrecarrer la possible massification du mouvement social. Dissuader les opposants à la loi de venir en famille crier leur refus est le véritable objectif de la nouvelle doctrine.  La couverture médiatique sans investigation, construite à partir des déclarations officielles des seuls préfets, se déployant sur une base sensationnaliste contribue à cet objectif.  En témoigne aujourd’hui des couvertures de manifestations quantitativement importantes avec comme seules images des affrontements. Le bruit des grenades couvre celui des slogans revendicatifs.


La prise d’otage


Le discours sur la « prise d’otage » des citoyens est le second leitmotiv médiatique et politique concernant le mouvement social actuel. « Prendre ainsi en otage les consommateurs, notre économie, notre industrie, continuer des actions qui visent à faire retirer le texte, ce n’est pas démocratique» clame Valls le 23 mai.  « J’ai du mal à accepter que des Français soient pris en otage » lui répond en écho Myriam El Khomri le lendemain. « Pas un jour sans qu’il y ait une grève, un mouvement de contestation, que des gens prennent en otage des citoyens français” enchaîne Nicolas Sarkozy le même jour. Le discours est le même du gouvernement à la droite, du patronat aux différents experts et consultants médiatiques qui pullulent sur les plateaux.

Ce discours n’est pas nouveau. Le principe même d’un mouvement social est de se faire entendre et pour cela de se visibiliser. Cela suppose d’entraver le fonctionnement habituel de la vie sociale. Ces formes d’action sont aussi anciennes que les mouvements collectifs et leurs formes sont si ce n’est similaires du moins comparables : blocage des axes de transport, paralysie d’équipements stratégiques, etc.  La couverture médiatique et politique à partir de l’expression « prise d’otage » n’est pas non plus neuve, quoique plus récente. Elle naît du contexte idéologique ultralibéral négateur de toute légitimité du collectif au profit de la seule approche individuelle. Sa fréquence médiatique est un indicateur de la prégnance de l’idéologie ultralibérale dans nos médias. Les routiers de 1992 et 1996 comme les cheminots de décembre 1995 ont également été transformés médiatiquement en preneurs d’otages [6].

En choisissant une telle expression pour couvrir des actions collectives le discours médiatique dominant prend (consciemment ou non le résultat est identique) position contre le mouvement social. L’attention sur les enjeux et les causes du conflit est détournée vers une attention sur les conséquences du conflit. Les « blocages » n’apparaissent plus comme un moyen pour se faire entendre mais comme une stratégie égoïste ne prenant pas en compte le citoyen moyen transformé en victime impuissante. La scène du voyageur sur un quai de gare lors d’une grève est ainsi devenue un incontournable des journaux télévisés. Il ne s’agit plus d’interroger un citoyen sur son avis sur la loi El Khomri mais de le questionner un individu réduit à la seule dimension de consommateur sur les entraves à l’accès à un bien ou un service.  Le citoyen cédant la place au consommateur c’est bien là, l’idéal des classes dominantes contemporaines que construisent les médias dominants.

Le discours dominant sur la prise d’otage est lourd d’effets. Il active l’imaginaire du terrorisme et de la nécessaire intervention musclée des forces de l’ordre. Il ouvre et encourage une logique de « montée des enchères ». La droite dénonce le laxisme supposée du gouvernement avec un Sarkozy appelant le gouvernement à « remettre de l’ordre et de l’autorité dans le pays ». Le Front National par la bouche de Marion Maréchal Le Pen lui fait écho en considérant que « face aux casseurs comme à la CGT qui prend en otage les Français, la seule réponse de l’Etat doit être la fermeté ». Quant à Pierre Gattaz il appelle le gouvernement « à ne pas céder au chantage, aux violences, à l’intimidation, à la terreur », de « minorités qui se comportent un peu comme des voyous, comme des terroristes ».

On ne peut clore cette partie sans aborder nos chers experts, consultants et éditorialistes divers. Leurs explications à prétention savante se réduisent à une seule causalité que résume comme suit Nathalie Saint-Cricq au JT de 20 heures du 23 mai sur France 2 : « cette stratégie est justifiée par un score en chute libre à la CGT [7] ». Le ton est donné et la même grille explicative se retrouve le lendemain au Figaro sous la plume de Gaëtan de Capèle et à Libération sous celle de Laurent Joffrin, avant de s’étendre à une grande partie de la presse régionale. Il n’a a donc aucune base matérielle à la colère sociale et à la violence qu’elle suscite. Tout se réduirait à la manipulation par la minorité agissante que serait la CGT.

Il n’y a pas besoin de recourir à une quelconque théorie du complot pour expliquer la production d’un tel discours réducteur. Les causalités ont été mises en évidences depuis longtemps : « difficulté à se libérer des sources institutionnelles, à développer un journalisme d’investigation et d’explication de dossiers complexes. Difficulté à surmonter l’ethnocentrisme professionnel et à rendre compte, non avec complaisance, mais avec compréhension, de mobilisations de milieux sociaux très éloignés de celui des élites journalistiques [8]. » Si nous ajoutons la recherche de sensationnalisme à des fins d’audimat, la ligne éditoriale pouvant être imposée, l’entre soi avec les puissants, etc., nous sommes bien en présence de « chiens de garde ».


Terminons en faisant un pas de côté vers les quartiers populaires. Les médias-mensonges suscités par le mouvement social actuel ne sont, en effet pas sans rappeler ceux se déployant de manière quasi-permanente depuis quatre décennies à l’encontre des quartiers populaires et de leurs habitants. Pour eux aussi, les discours médiatiques nient les causes structurelles pour ne se centrer que sur les déclencheurs et/ou sur les conséquences. Pour eux également, se déploient les deux images de la violence pathologique et de la violence d’une minorité invisible. A leur endroit également la surprésence policière est construite médiatiquement et systématiquement comme étant une conséquence et jamais comme étant une des causes des violences relatées. Les stratégies d’intervention des forces de l’ordre et la doctrine implicite qu’elles portent ne sont pas plus interrogées que pour le mouvement social actuel. Il existe cependant une différence et elle est de taille : l’isolement des quartiers populaires en général et de leurs habitants issus de l’immigration en particulier. Alors que désormais il faut compter par centaines les morts de jeunes issus de l’immigration tués par des policiers, les constructions médiatiques des faits sont parvenues pour l’instant à isoler les luttes contre les violences policières des quartiers populaires. L’indifférence vis-à-vis des quartiers populaires prépare la généralisation des procédés qui y sont expérimentés à l’ensemble des contestations sociales.

Notes:

[1] Serge Halimi, Les nouveaux chiens de garde, Raison d’agir, Paris, 2005.
[2] Paul Nizan, Les chiens de garde, Agone, Paris, 2012.
[3]  Dom Helder Camara, Spirale de violence, Desclée de Brouwer, Paris, 1970.
[4] Isabelle Sommier, Qui sont vraiment les casseurs ?, http://www.lesinrocks.com/2016/05/21/actualite/qui-sont-vraiment-les-casseurs-11829657/, consulté le 2 juin à 14 heures.
[5] Aline Daillère, Violences policières : un rapport dénonce un risque d’impunité des forces de l’ordre, Le Monde du 14 mars 2016, http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2016/03/14/violences-policieres-un-rapport-denonce-un-risque-d-impunite-des-forces-de-l-ordre_4882121_1653578.html, consulté le 2 juin à 15 h 20.
[6] Thomas Chenevier et Laurent Ladouari, Prise en otage, prise à témoin : de la médiatisation des conflits sociaux, Annales des mines, novembre 2000, p.36.
[7] Daniel Schneidermann, Nathalie Saint-Cricq et ses deux amies, face aux dynamiteurs CGT, http://rue89.nouvelobs.com/2016/05/24/nathalie-saint-cricq-deux-amies-264118, consulté le 2 juin à 18 h 30
[8] Erik Neveu, Sociologie des mouvements sociaux, La Découverte, Paris, 1996, p. 109
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MessageSujet: Re: FUIQP, Front Uni des Immigrations et Quartiers Populaire et Saïd BOUAMAMA, textes et vidéos   Dim 12 Juin - 22:19

20:18 mis à jour 23:56

une rhétorique de chefs de parti
qui se prévalent de représenter en France "le soutien sans faille au peuple palestinien" :

avec un tweet ?


Communiqué du FUIQP n° 2 12 juin 2016 Soutien total à Aya Ramadan

12 juin 2016



Citation :
Le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, Gilles Clavreul a annoncé son intention de saisir la justice pour « apologie du terrorisme » contre Aya Ramadan, une militante du PIR. Il lui est reproché un message sur son compte Twitter disant « Dignité et fierté ! Bravo aux deux Palestiniens qui ont mené l’opération de résistance à Tel-Aviv ».

Le FUIQP apporte son soutien plein et entier à Aya Ramadan dont le seul crime est de soutenir la résistance palestinienne. L’attaque contre Aya n’est qu’un nouvel épisode d’une vaste et longue campagne visant à criminaliser l’antisionisme en France. Le développement d’un vaste mouvement de solidarité dans les quartiers populaires avec la lutte du peuple palestinien depuis les Intifadas fait peur aux défenseurs de l’État sioniste de l’hexagone. Ne pouvant contrecarrer cette prise de conscience massive dans les quartiers populaires, ils veulent tout simplement l’interdire. De l’accusation d’antisémitisme à chaque prise de position antisioniste, à celle « d’apologie du terrorisme » à chaque soutien aux actions de la résistance palestinienne, en passant par les procès intentés contre des militants de la campagne BDS, une même logique se dévoile : celle de la criminalisation de la solidarité anti-coloniale.

Il n’appartient pas au FUIQP de choisir les formes de lutte que doit choisir le peuple palestinien. Celles-ci sont le résultat du contexte et du rapport des forces. Il est en revanche de son droit et de son devoir de les soutenir. Toute l’histoire des luttes anticoloniales démontre que le recourt à la violence par les colonisés n’est que le résultat de la violence du dominant. Elle démontre également que les actes de résistance ont toujours été taxés de « terrorisme » par les mêmes dominants. Les nazis appelaient les résistants des terroristes,  l’Etat colonial français appelait les indépendantistes algériens des terroristes et Mandela était lui-même taxé de  terroriste  par le régime de l’apartheid.

Le délégué interministériel semble n’avoir rien d’autre à faire que de réagir aux réseaux sociaux. Il déclare lui-même avoir saisi le parquet à 42 reprises. Pourtant les discriminations racistes massives et systémiques constituent quotidiennement des ruptures d’égalité qui détruisent les vies de nombreux habitants de l’hexagone. La lutte contre le racisme c’est d’abord et surtout s’attaquer à ces discriminations.

Face à ces attaques nous n’avons qu’une seule arme : la solidarité sans faille. Face à la tentative de criminalisation du soutien à la résistance palestinienne nous ne devons avoir qu’une réponse : renforcer ce soutien.



éléments précédents ICI

le jour n'est pas venu où je considèrerai juste une telle affirmation : « Il n’appartient pas au FUIQP de choisir les formes de lutte que doit choisir le peuple palestinien. Celles-ci sont le résultat du contexte et du rapport des forces. Il est en revanche de son droit et de son devoir de les soutenir. »

« les formes de lutte » ne sont pas « choisies » par « le peuple palestinien » comme un tout indifférencié et sans désaccords sur ces formes entre les parties palestiniennes en luttes contre la politique d'Israël. Il s'agit ici d'un choix du FUIQP de soutenir des formes pilotées par le Hamas, que je sache pas encore un parti communiste et qui n'hésite pas à la répression contre les prolétaires palestiniens mêmes

quant à « soutenir sans faille » quelque chose qu'on ne choisit pas... cela laisse rêveur sur la conception du parti que recouvrent les communiqués de telles directions, que ce soit celle du FUIQP ou celle du PIR

et voilà comment « la solidarité sans faille avec le peuple palestinien » se transforme en justification du tweet d'Aya Ramadan comme seul soutien possible, un « droit et un devoir » (pourquoi l'a-t-elle effacé, alors ? Un faille dans sa solidarité ?)

ni la lutte armée ni l'Intifada ne me posent de problèmes, mais ce genre d'actes aveugles contre des civils oui, et ce "soutien total" de loin plus encore, et bien malin qui me renverra dans le camp de Valls, Clavreul et Netanyahu pour autant

PS : là je sens qu'on va ressortir les textes de Fanon sur les réticences de la gauche française relativement aux attentats du FLN... Je le fais par anticipation :


Frantz Fanon, Pour la révolution africaine 1964 «Cahiers libres» Maspero, intégral UQAC p. 91-92

Frantz Fanon a écrit:
Depuis 1956, les intellectuels et les démocrates français s’adressent périodiquement au F.L.N. La plupart du temps, il s’agit soit de conseils politiques, soit de critiques concernant telle physionomie de la guerre de libération. Cette attitude de l’intelligentzia française ne doit pas être interprétée comme la conséquence d’une solidarité, interne avec le peuple algérien. Ces conseils et ces critiques s’expliquent par le désir difficilement réprimé de guider, d’orienter jusqu’au mouvement de libération de l’opprimé.

Ainsi se comprend l’oscillation constante des démocrates français entre une hostilité manifeste ou latente et l’aspiration totalement déréelle à militer « activement jusqu’au bout ». Une telle confusion indique le manque de préparation aux problèmes concrets et la non-insertion des démocrates français sur le plan de la vie politique intérieure française.

Le long de cette ligne d’oscillation, les démocrates français, en dehors de la lutte ou manifestant la volonté de l’observer de l’intérieur, voire d’y participer en qualité de censeurs, de conseillers, incapables ou refusant de choisir un terrain précis ou se battre à l’intérieur du dispositif français, menacent et pratiquent le chantage.

La pseudo-justification de cette attitude est que, pour avoir une influence sur l’opinion française, il faut condamner certains faits, rejeter les excroissances inattendues, garder ses distances devant les « excès ». Dans ces moments de crise, d’affrontement, il est demandé au F.L.N. d’orienter la violence, et de la faire sélective.


tous et toutes au "jeu des 7 différences" avec la situation actuelle, la lutte palestinienne aujourd'hui vs la lutte anti-colonialiste en Algérie en 1956-1962, et accessoirement le fait que ni les membres du PIR ni ceux du FUIQP ne sont palestiniens, comme étaient les Algériens contre la France alors puissance colonialiste occupante, et que leur qualité respectable d'indigènes contre la République française ne les autorise pas à faire ce genre d'amalgames politiques déshistorisés sous prétexte de se réapproprier leur histoire au présent

je ne suis pas un « démocrate français », ne donne aucun « conseil » ni ne fais de « critiques » aux palestiniens en lutte armée légitime, mais je ne m'adresse pas au PIR et au FUIQP comme s'ils étaient, à les entendre, un FLN palestinien en France... Je suis favorable à l'auto-organisation des luttes indigènes en Palestine comme en France, et particulièrement des prolétaires racialisés des quartiers populaires, pas à leur encadrement par des partis dictant leurs conditions politiques de représentation démocratique

inutile pour un tweet merdique de surjouer au meilleur défenseur des peuples à distance, quand on se désespère d'obtenir des alliances électorales avec le NPA et le PCF. Rappel : Bobigny 2014 : quand les Arabes et les Noirs font campagne pour la droite blanche 2 avril 2014 par Aya Ramadan, membre du PIR

pour le reste et relativement à l'attaque en justice de Aya Ramadan par Clavreul, j'ai bien compris que c'est la seule ligne de défense possible, force et faiblesse d'une manipulation réciproque dans un rapport de forces très déséquilibré, mais seule la vérité est révolutionnaire


le plus tranquille serait une fois sur deux de ne rien dire

l'ont compris ceux pour qui la vérité est révolutionnaire une fois sur deux


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MessageSujet: Re: FUIQP, Front Uni des Immigrations et Quartiers Populaire et Saïd BOUAMAMA, textes et vidéos   Lun 13 Juin - 23:57

FUIQP 59/62 a écrit:
En ce jour de triste anniversaire de la mort de Ray Charles, le FUIQP vous souhaite une bonne nuit avec se célèbre chanson "Georgia on my Mind"


source FUIQP 59/62

une version plus longue au festival d'Antibes Juan-les-Pins 1961 INA, à la flûte David Newman
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MessageSujet: Re: FUIQP, Front Uni des Immigrations et Quartiers Populaire et Saïd BOUAMAMA, textes et vidéos   Dim 3 Juil - 17:14


La campagne politique de criminalisation de la CGT et la tentative d’interdire une manifestation syndicale sont des caractéristiques notables de la période. Le principal syndicat ouvrier de France est explicitement accusé par un préfet et implicitement par un ministre de complicité au moins passive avec les dits « casseurs ». La logique en œuvre n’est pas nouvelle. Elle a été largement utilisée par le passé et dans le présent contre les militants et organisations soutenant la lutte du peuple palestinien ou contre des militants et organisations issus de l’immigration. Dans les deux cas il s’agit de produire politiquement et médiatiquement un « ennemi public » autorisant la prise de mesures d’exceptions durables au prétexte de protéger la société et ses « valeurs républicaines».


Joos van Craesbeeck – Die Versuchung des Heiligen Antonius (La tentation de Saint Antoine), vers 1650
et non Bosch comme indiqué en source

Citation :
De l’ennemi civilisationnel…

Les systèmes de domination ont consubstantiellement besoin de susciter la peur et de mettre en scène un péril.  Ne pouvant pas se présenter pour ce qu’ils sont, ils sont contraints de se légitimer par cette menace construite de laquelle ils affirment nous préserver. Devant masquer leur violence structurelle et systémique, ils ont besoin d’une figure de la menace pour justifier les répressions contre les résistances à ces violences premières.  Au plus la légitimité d’un pouvoir d’Etat est en difficulté, au plus la production d’un ou de plusieurs ennemis publics est nécessaire. A ce titre la multiplication des discours de désignation des ennemis est un révélateur d’une crise de légitimité.

A l’échelle internationale c’est l’absence de légitimité des nouvelles guerres coloniales pour le pétrole, le gaz et les minerais stratégiques, qui conduit à la production d’un « ennemi civilisationnel » avec la figure du « musulman ». Du Choc des civilisations de Samuel Huntington à l’ « axe du mal » de Georges Bush nous avons la déclinaison du champ théorique au champ de la propagande de ce processus de production d’un ennemi civilisationnel.

Le premier théorise dès les premières lignes de la préface du Choc des civilisations :

« Les conflits entre groupes issus de différentes civilisations sont en passe de devenir la donnée de base de la politique globale. »
(1)

Le second traduit cette thèse dans le langage de la propagande :

« Les Etats comme ceux-là [l’Iran et l’Irak], et leurs alliés terroristes, constituent un axe du mal, s’armant pour menacer la paix du monde. » (2)

Le philosophe Marc Crépon a mis en évidence l’objectif principal de la démonstration « scientifique » d’Huntington : « Savoir de qui nous devons avoir peur » (3)

Une fois l’ennemi désigné, la chaîne des relais visant à transformer cette thèse en « arôme idéologique immédiat », pour reprendre l’expression d’Antonio Gramsci, peut se déployer. Les médias sont, bien entendu, le premier relais de diffusion. Donnons quelques exemples :

1) Le Nouvel Observateur titre un des hors-série « La guerre des Dieux » (4)  avec trois sous-titres « Le conflit des valeurs est-il inéluctable ? Les droits de l’homme sont-ils universels ? Le choc des huit civilisations majeures » Même le nombre de civilisations est emprunté à Huntington.

2) L’hebdomadaire Le Point lui fait écho avec un numéro portant comme titre : « Les chrétiens face à l’Islam, enquête sur un choc mondial». (5) La reprise du mot « choc » et de l’adjectif qualificatif « mondial » est en lien direct avec la théorie d’Huntington.

3) L’hebdomadaire « Valeurs actuelles » tire lui des conclusions guerrières : « La France en guerre, – contre la barbarie au nom de l’Islam, – contre la barbarie antisémite, – contre l’aveuglement des élites». (6)

La référence à « l’axe du mal » de Bush est évidente. Les trois étapes de la théorie du choc des civilisations sont ainsi présentes : l’annonce d’un péril ; la désignation d’un ennemi ; l’appel à l’action virile et guerrière. Bien sûr la désignation de l’ennemi peut se moduler en fonction des préoccupations tactiques. Si globalement l’Islam est l’ennemi, des nuances sont apportées pour les « pays modérés ».

La distinction binaire entre « modérés » et « radicaux » recouvre entièrement les intérêts économiques et géostratégiques états-uniens. Ainsi l’Arabie Saoudite et les monarchies pétrolières sont considérées comme modérées, alors que la Syrie et l’Iran sont placés dans l’axe du mal.

La presse européenne en général et française en particulier a été un relais de la théorie du choc des civilisations et de la production de l’ennemi qui l’accompagne. Reproduisant les canevas, les logiques, les leitmotive des grands médias états-uniens, elle a contribué à produire un « choc des représentations » :

Après les attentats du 11 septembre 2001, les chaînes américaines, par l’intermédiaire de leurs réseaux dominants de couverture et de diffusion, se sont surimposées comme référentes des autres grands médias occidentaux selon le schéma inapproprié, inadapté et idéologiquement fabriqué du « choc des civilisations » : le mal absolu venait du Proche et du Moyen-Orient dont il fallait se protéger et se différencier en faisant retour aux ethnotypes de l’orientalisme le plus éculé. Transposé sur le plan de la fabrication des images, cet impératif idéologique a fortement contribué à la fabrication d’un « choc des représentations. (7)

… à l’ennemi syndical

Si des Etats sont désignés, l’ennemi civilisationnel ne se limite pas à ceux-ci. Sont ainsi inclus dans « l’axe du mal » des organisations politiques comme le Hezbollah et le Hamas. Plus largement encore tous ceux qui s’opposent aux politiques étrangères occidentales sont l’objet d’un soupçon de complicité, active ou passive, objective ou subjective, consciente ou non, etc., avec les « terroristes », les « islamistes »,  etc. La géométrie variable de l’axe du mal permet ainsi une adaptation à toutes les priorités tactiques.

Donnons quelques exemples récents. Le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme (DILCRA) Gilles Clavreul accuse, dans une tribune publiée sur son compte Facebook, mon organisation (le Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires - FUIQP) et aussi le Parti des Indigènes de la République (PIR) et le Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF), d’être « antidémocratiques, racistes et antisémites » : « sous couleur d’un antiracisme perverti, cette offensive vise uniquement à légitimer l’islamisme, à défendre des prédicateurs fondamentalistes et à piéger la jeunesse des quartiers dans une radicalité sans issue ». (Cool

Critiquer la politique gouvernementale envers les Rroms, la politique d’intervention militaire en Afrique et au Moyen-Orient, l’islamophobie, etc., suffit à faire de vous un « antidémocratique, raciste et antisémite ».

Autre exemple mais cible similaire : les militants de la campagne Boycott-Désinvestissement-Sanctions (BDS). Cette fois c’est Manuel Valls qui monte au créneau : « Nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour condamner ces campagnes » annonce-t-il à l’assemblée nationale le 16 décembre 2015. Il répondait en l’approuvant à l’intervention du député sioniste UDI Meyer Habib qui accuse le Boycott de créer un climat de haine en France. « A-t-on oublié qu’en janvier c’est un Hyper Cacher que Coulibaly a pris pour cible ? On stigmatise avant de tuer ». (9)

Des militants s’opposant aux pratiques coloniales d’un Etat deviennent ainsi des complices directs du terrorisme.

Le 27 avril 2016 c’est au tour de Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’éducation de déclarer à l’assemblée nationale en critique de l’initiative d’un « camp d’été décolonial » réservé aux « personnes subissant à titre personnel le racisme d’Etat en contexte français» que « ces initiatives (…) confortent une vision racisée et raciste de la société ». (10)

La volonté de réunir des personnes vivant la même injustice est devenue dans la bouche de la ministre une vision raciste du monde. A ce titre les mouvements féministes organisant des réunions non mixtes seront bientôt cataloguées comme « sexistes ».

Depuis l’arrivée de ce gouvernement à la tête du pays, on ne compte plus les déclarations de ministres ou de délégués interministériels qui annoncent le péril « communautariste » et désignent un ennemi qu’il convient de réprimer urgemment. Le relais médiatique assure à chacune de ces déclarations une diffusion massive laissant accréditer la véracité du péril. La préparation de l’opinion étant faite, il ne reste plus que le prétexte pour déclencher une remise en cause du droit de manifester. C’est alors au tour d’un préfet ou du ministre de l’intérieur d’entrer en scène en invoquant les risques de violence. Ainsi la manifestation prévue à Paris le 19 juillet 2014 en soutien eu peuple palestinien est-elle interdite « au vu des risques graves de trouble à l’ordre public qu’engendrerait sa tenue dans un contexte de tension accrue ». (11)

Le rappel de ces déclarations et faits est nécessaire pour prendre la mesure du scénario qui s’est déployé pour tenter d’interdire une manifestation syndicale le 23 juin dernier au motif que les manifestations précédentes ont « donné lieu à d’importants débordements et à de graves violences ». (12)

Le prétexte déclencheur est donc similaire. Il est mis en avant après le même scénario en trois phases : annonce d’un péril, désignation d’une cible ennemie et relai médiatique.

L’utilisation de la peur comme outil politique n’est pas une pratique neuve. Le journaliste états-unien Henry Louis Mencken déclarait déjà au début du siècle dernier que « le but de la politique est de garder la population inquiète et donc en demande d’être mise en sécurité, en la menaçant d’une série ininterrompue de monstres ». (13)

De la « menace juive» et du « péril rouge » des nazis au « péril jaune » des justificateurs des interventions impérialistes en Chine au début du vingtième siècle, en passant par les « armes de destruction massive » de Saddam Hussein et par le danger d’une « invasion migratoire », la politique de la peur est une réalité indéniable.

La communication gouvernementale anxiogène n’a pas manqué à l’endroit des manifestations contre la loi El Khomri. Le péril est ici de nature économique. L’abandon de la loi conduirait à une remise en cause du redressement de l’économie française que Hollande perçoit et répète à longueur d’antennes.

Curieusement ce péril est exactement le même que celui que souligne le FMI par la bouche de sa présidente Christine Lagarde qui encourage la France à aller plus loin dans les réformes.

« L’économie française est en train de se redresser, mais d’importants efforts sont toujours nécessaires pour renforcer la création d’emplois et mettre les finances publiques sur une voie plus soutenable » note l’évaluation annuelle du FMI pour l’année 2015.

Les efforts supplémentaires nécessaires sont explicitement cités : « réformer les normes de l’assurance-chômage », « rallongeant la période minimale de cotisation qui est actuellement de quatre mois », « renforcer le soutien à la recherche d’emploi », « faciliter la régulation pour les start-up et les auto-entrepreneurs », « réduire encore plus le déficit budgétaire afin de garantir que la dette, toujours en hausse, se retrouve sur une ferme trajectoire à la baisse. » (14)

Avec de tels objectifs, le droit du travail devient un obstacle à faire sauter entièrement afin d’ouvrir la voie à des accords entreprise par entreprise. Maintenir une régulation même minimum serait un péril pour une économie fragile. Ceux qui nient cette évidence ultralibérale seraient soit des inconscients, soit des irresponsables, soit des égoïstes défendant leur propre intérêt. Pierre Gattaz considère ainsi que « le signe CGT est égal à chômage ». (15)

La désignation de l’ennemi Cégétiste

Décrivant la fabrique d’un ennemi en temps de guerre, le livre La construction de l’ennemi  précise : « La figure de l’ennemi prépare, accompagne et soutient l’effort de guerre. Des rhétoriques et des scénographies la construisent. Des savoirs à prétentions scientifiques ou religieuses la légitiment. Des médias la transmettent. » (16)

Force est de constater que la même logique est repérable dans les discours politiques et médiatiques portant sur la CGT dans le mouvement social en cours. Il est vrai que pour ce gouvernement nous serions en guerre depuis le 11 janvier.

Ainsi le président du MEDEF appelle le 30 mai dans le journal Le Monde à ne pas céder « au chantage, aux violences, à l’intimidation, à la terreur » et à résister à des « minorités qui se comportent un peu comme des voyous, comme des terroristes.» (17)

Le 15 juin le premier ministre dénonce l’attitude « ambigüe» du service d’ordre de la CGT à l’endroit des « casseurs qui veulent sans doute tuer ». (18)

Le 19 juin c’est au tour du ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve d’accuser : « Le mardi 14 juin des militants de la CGT ont pris violemment à partie les forces de l’ordre au point de dispersion pourtant convenu avec les organisateurs ». (19)

Le 21 juin c’est au tour du syndicat de police Alliance d’exiger «le report de cette manifestation comme d’ailleurs de tout rassemblement statique car nos collègues sont sur tous les fronts et sont épuisés, usés et fatigués. Ils vivent d’autant plus mal ces manifestations qu’elles sont répétitives et très violentes ». (20)

La désignation de l’ennemi CGT a été précédée par une couverture médiatique quasi-consensuelle visant à soutenir la loi travail comme nécessaire et incontournable pour combattre le chômage. L’argument clef récurrent quel que soit le média est martelé en permanence : le chômage serait dû en grande partie à la « rigidité » et à la « lourdeur » du code du travail.

Dès le 9 septembre 2015 Arnaud Leparmentier dans Le Monde appelle à « passer en force ». Il décrit ainsi son « espoir » : « Comme souvent, nous nous sommes mis à espérer. Avec le rapport Combrexelle, la France socialiste va s’attaquer au Code du travail. Enfin un mouvement pour combattre cette préférence nationale qu’est le chômage ! […] La France s’attaque, veut-on espérer, au sujet comme l’ont fait toutes les social-démocraties apaisées de la vieille Europe. En passant en force. Courageusement. » (21)

L’argument du MEDEF est repris tel quel sans aucune nuance critique. Le président de celui-ci Pierre Gattaz considère en effet que « L’attente créée par la loi El Khomri est grande, à la mesure des blocages que vivent les chefs d’entreprise et de la crise du marché de l’emploi ». (22)

Le second acte de la pièce médiatique consiste à expliquer les oppositions à la loi. Celles-ci ne sont, bien entendu, pas abordées comme une défense des intérêts des salariés. Elles sont soit le fait d’un corporatisme syndical, soit le fait d’une incompréhension, soit enfin le fait d’une minorité qui ne serait même pas concernée comme les « jeunes » et les « fonctionnaires ».

Le troisième acte est le centrage des couvertures sur les conséquences catastrophiques pour les usagers, c’est-à-dire le choix d’aborder les sujets sous l’angle des conséquences du mouvement en éludant quasi-complètement celui des causes. Le vocabulaire des journalistes fait, sur cet aspect, preuve d’une grande diversité : pagaille, galère, chaos, etc. Toujours sous l’angle des conséquences, on trouve la focalisation sur les « casseurs » et les « violences » permettant de passer sous silence l’ampleur des mobilisations.

Il reste à tirer les conclusions dans un dernier acte à l’image de Nathalie Saint-Cricq dans le Journal de 20 h de France 2 en accusant doctement la CGT de « jouer l’explosion sociale [et de] prendre finalement la responsabilité qu’il y ait un accident, un blessé ou un mort ». (23)

Donnons le dernier mot à l’hebdomadaire Le Point qui lance le 26 mai un sondage en ligne avec une question significative : « la CGT est-elle un syndicat dépassé et dangereux pour la France ? » (24)

Le résultat est bien sûr à l’avenant : 47.473 Oui contre 4.851 NON.

Pour la quasi-totalité de la presse comme pour le gouvernement il y a un péril indiscutable, un ennemi désigné et le besoin d’une réponse ferme et virile.

Le besoin d’ennemis révèle une crise de légitimité ouvrant à une tentation totalitaire qu’il ne faut pas sous-estimer. Selon le bilan du ministre de l’intérieur se sont 1300 manifestants qui ont été interpellés depuis le début du mouvement se traduisant par 819 gardes à vue et « 51 personnes ont été condamnées en comparution immédiate, souvent à de lourdes peines ». (25)

Ces chiffres sont à la hauteur de la délégitimation de la politique économique menée par le gouvernement avec les encouragements du MEDEF, de l’Union Européenne et du Fond Monétaire International. D’autres « ennemis » ont été construits antérieurement et parallèlement, en particulier contre les mouvements de soutien au peuple palestinien et contre les associations dénonçant les violences policières. A ne pas prendre en compte les liens qui relient les différentes catégories criminalisées, c’est la capacité de résistance commune qui est affaiblie. Ne nous trompons pas, la notion d’ennemi est extensive.



Notes:

i Samuel Huntington, Le Choc des civilisations, Odile Jacob, Paris, 1997, p.9.

ii Georges Bush, discours du 29 janvier 2002, https://georgewbush-whitehouse.archives.gov/news/releases/2002/01/20020129-11.html, consulté le premier juillet à 14h et traduit par nos soins.

iii Marc Crépon, L’imposture du Choc des civilisations, Pleins feux, Paris, 2002, p. 66.

iv Nouvel Observateur, La guerre des Dieux, Hors-série, n° 46, janvier 2002.

v Le point, Les chrétiens face à l’Islam. Enquête sur un choc mondial, n° 2217, 5 mars 2015.

vi Valeurs actuelles, n° 4077, du 15 au 21 janvier 2015.

vii Richard Labévière, Choc des civilisations, choc des représentations et ruses de la raison médiatique, Hermès la Revue, n° 55, 2009/3, p. 172.

viii Fouad Bahri, Gilles Clavreul tacle les associations antiracistes décoloniales, https://www.zamanfrance.fr/article/gilles-clavreul-tacle-associations-antiracistes-decoloniales-19890.html, consulté le 1er juillet à 16 h.

ix Manuel Valls, réponse aux questions au gouvernement à l’assemblée nationale, 16 décembre 2015, http://www.lcp.fr/la-politique-en-video/mouvement-bds-manuel-valls-condamne-toutes-les-campagnes-de-boycott-legard-des, consulté le 1er juillet à 17 h 30.

x Najat Valaud Belkacem, réponse aux questions au gouvernement à l’assemblée nationale, 27 avril 2016, http://www.lcp.fr/la-politique-en-video/camp-dete-decolonial-vallaud-belkacem-condamne-absolument-des-initiatives, consulté le 1er juillet à 19 h.

xi A Paris, le tribunal interdit la manifestation en soutien à Gaza, Le Monde du 18 juillet 2014,
http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/07/18/cazeneuve-prone-l-interdiction-de-la-manifestation-propalestinienne-a-paris-samedi_4459324_823448.html, consulté le 2 juillet à 8 h.

xii
 Catherine Gasté, Loi Travail : la préfecture interdit la manifestation… durant quelques heures, http://www.leparisien.fr/economie/loi-travail-la-prefecture-interdit-la-manifestation-de-jeudi-22-06-2016-5904335.php, consulté le 2 juillet à 10 h.

xiii
 Henry Louis Mencken, Mencken Chresthomathy : His own Selection of his Choicest Writing, Vintage, New-York, 1982, p. 29. (traduit par nos soins).

xiv
 Christine Lagarde, Pour le FMI, la loi El Khomri n’est pas suffisante, Valeurs actuelles du 26 mai 2016, http://www.valeursactuelles.com/economie/pour-le-fmi-la-loi-el-khomri-nest-pas-suffisante-62032, consulté le 2 juillet à 11 h 15.

xv
 Pierre Gattaz, Le sigle CGT égale à chômage,  Interview au Monde du 30 mai 2016, http://www.lemonde.fr/economie-francaise/article/2016/05/30/la-charge-de-pierre-gattaz-contre-la-cgt-ils-se-comportent-comme-des-voyous_4928844_1656968.html, consulté le 2 juillet à 13 h.

xvi
 Reinhard Johler, Freddy Raphaël et Patrick Schmoll (dir.), La construction de l’ennemi, Néothèque, Strasbourg, 2009, quatrième de couverture.

xvii
 Pierre Gattaz, Le sigle CGT égale à chômage,  Interview au Monde du 30 mai 2016, op.cit.

xviii
 Manuel Valls, La CGT « ambigüe », les casseurs veulent « tuer des policiers », http://www.valeursactuelles.com/societe/valls-la-cgt-ambigue-les-casseurs-veulent-tuer-des-policiers-62677, consulté le 2 juillet à 15 h

xix
 Bernard Cazeneuve, communiqué de presse du 19 juin 2016, http://www.leparisien.fr/economie/cazeneuve-des-militants-cgt-ont-pris-violemment-a-partie-la-police-19-06-2016-5897699.php, consulté le 2 juillet à 15 h 30.

xx
 Interview de Frédéric Lagache au journal Le Monde du 21 juin 2016, http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2016/06/21/loi-travail-le-syndicat-alliance-demande-un-report-de-la-manifestation-de-jeudi_4954711_1653578.html, consulté le 2 juillet à 17 h.

xxi
 Arnaud Leparmentier, « Chiffons rouges » sociaux, Le Monde du 9 septembre 2015, http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/09/09/chiffons-rouges-sociaux_4749623_3232.html, consulté le 2 juillet à 17 h 45.

xxii
 Pierre Gattaz, http://www.medef-gironde.fr/soyons-ambitieux-sur-la-loi-el-khomri-pour-enfin-faire-baisser-le-chomage.html, consulté le 2 juillet à 18h15.

xxiii
 Nathalie Saint-Cricq, Journal de 20 h de France 2 du 23 mai 2016, http://television.telerama.fr/television/pour-france-2-la-radicalisation-de-la-cgt-est-vouee-a-l-echec,143019.php, consulté le 2 juillet à 19 h.

xxiv
 Sondage en ligne de l’hebdomadaire Le Point, http://www.lepoint.fr/sondages-oui-non/la-cgt-est-elle-un-syndicat-depasse-et-dangereux-pour-la-france-26-05-2016-2042145_1923.php, consulté le 2 juillet à 19 h 45.

xxv
 Déclaration de Bernard Cazeneuve à Renne, http://www.20minutes.fr/rennes/1845859-20160515-loi-travail-cazeneuve-annonce-1300-interpellations-depuis-debut-manifestations, consulté le 2 juillet 20 h 30.


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MessageSujet: Re: FUIQP, Front Uni des Immigrations et Quartiers Populaire et Saïd BOUAMAMA, textes et vidéos   Dim 21 Aoû - 12:29


le FUIQP est certainement moins coupé des quartiers populaires que certains ne veulent bien le croire. Ce que j'avais constaté lors d'une réunion de la région parisienne à Evry, c'est plutôt une composition comprenant pas mal de jeunes élus dans cette municipalité communiste, en concluant à la critique de sa constitution en parti et d'illusions démocratiques institutionnelle. Cela ne saurait rendre ses activités sans intérêt, dans la mouvance décoloniale où ce parti, bien qu'en soient membres des Musulmans, se distingue par l'absence d'attache à l'Islam et la présence d'authentiques communistes, que je suppose athées : cela ne les empêche pas de combattre l'«islamophobie»


FUIQP 59/62

La famille du FUIQP s’agrandit

Nous dépassons aujourd'hui les 10 000 "j'aime" pour la page facebook du FUIQP

Citation :
Merci à toutes et à tous pour votre amitié et surtout pour le relais que vous faite chaque jour à nos idées communes. Le combat que nous avons décidés de mener sera long et dur. Nous ne visons pas moins que de constituer une force autonome des immigrations et des quartiers populaires capable d'abord d'ébrécher les dominations de classe, de race et de sexe, pour ensuite les détruire "par tous les moyens nécessaires" comme le disait Malcolm.

Nous invitons tous ceux qui partagent nos idées à rejoindre un de nos collectif (dans le 93, à Paris, à Saint-Etienne, à Grenoble et en PACA. Pour les autres régions contacter nous pour envisager la création d'un collectif dans votre ville.

Pour ceux qui ne sont pas encore entièrement convaincus, continuons à échanger.

Enfin notre page est un outil de combat politique : Inviter vos amis à aimer la page pour que la famille s’agrandisse encore et encore.

Nous vaincrons "par tous les moyens nécessaires".

MERCI ENCORE


s'appuyer sur des "j'aime" dans une page Facebook est un peu léger pour rendre compte d'une implantation, et quand à moi, même si j'aime ceci ou cela, n'étant pas inscrit, ma voix n'est pas prise en compte. Il est simplement dommage que le FUIQP ne dispose pas encore d'un blog digne de ce nom et de l'intérêt de ses textes, notamment ceux de Saïd Bouamama

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MessageSujet: Re: FUIQP, Front Uni des Immigrations et Quartiers Populaire et Saïd BOUAMAMA, textes et vidéos   Ven 26 Aoû - 13:59

Sihame Assbague ‏@s_assbague  · il y a 1 heure  

Intervention du sociologue Saïd Bouamama :
"inscrire la lutte anticapitaliste dans la lutte antiraciste"




réactions sur Twitter

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MessageSujet: Re: FUIQP, Front Uni des Immigrations et Quartiers Populaire et Saïd BOUAMAMA, textes et vidéos   Mer 31 Aoû - 14:14


à signaler d'abord que le blog du FUIQP a enfin vu le jour, ce qui sera plus clair pour apprécier ses positions et activités



Citation :
Le FUIQP est une organisation nationale regroupant des militantes et des militants des immigrations et/ou des quartiers populaires.

Crée en novembre 2011 à l’issue des troisièmes rencontres nationales des luttes de l’immigration et des quartiers populaires, elle se donne pour objectif de combattre les dominations de classe, de race et de sexe.

Elle a aussi pour vocation de s’opposer aux rapports néocolonialistes et impérialistes que la France impose aux pays du Sud et de soutenir les luttes des peuples pour leur émancipation nationale et sociale.

Nous avons fait le choix de nous construire pas à pas et par en bas pour nous garantir des dérives bureaucratiques et rester ancré sur les préoccupations concrètes des classes populaires et des immigrations.

Organisation autonome, le FUIQP refuse toute imposition d’agendas et choisi ses priorités de réflexions et d’actions à partir de la réalité de l’oppression subie par les quartiers populaires et les immigrations.

Organisations d’éducation populaire, nos collectifs locaux et régionaux veillent à la formation coopérative de nos membres pour que chacun puisse participer activement et égalitairement aux décisions.

Exister c’est exister politiquement (Abdelmalek Sayad)

j'y reviendrai, mais je note d'emblée que les mots parti, islamophobie, musulmans n'y figurent pas, qu'il est question d'« une organisation nationale regroupant des militantes et des militants des immigrations et/ou des quartiers populaires. », ce qui ne limite pas l'adhésion à des "racisés" ou "non-Blancs"... et qu'elle a pour « objectif de combattre les dominations de classe, de race et de sexe. » et pour « vocation de s’opposer aux rapports néocolonialistes et impérialistes...»

on peut le critiquer d'un point de vue théorique, mais pas lui faire dire le contraire, hein, "camarades" pour qui Saïd Bouamama n'est qu'un « islamo-gauchiste gratiné » ? (un mail de 2014 me reprochant de diffuser ses textes)

un texte publié aujourd'hui



L’été 2016 a été marqué par trois faits de nature différente : un ignoble attentat endeuille le pays le 14 juillet, une loi détruisant le code du travail massivement rejetée par la population et les travailleurs est votée le 21 juillet et un arrêté municipal interdisant l’accès à la plage pour les femmes portant un « burkini » est pris à Cannes, déclenchant en quelques jours une véritable épidémie d’arrêtés similaires dans d’autres villes. Les réactions sociales et les commentaires politiques et médiatiques qui ont suivis ces trois événements constituent un excellent analyseur de l’état de notre société, des contradictions qui la traversent et des intérêts qui s’y affrontent.


Citation :
« Radicalisation rapide », stratégie de dissimulation et production d’une psychose collective

Dès le 16 juillet le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve évoque la thèse d’une « radicalisation rapide » du chauffeur meurtrier accompagnée d’une série de précisions angoissantes :

« Il n’était pas connu des services de renseignement car il ne s’était pas distingué, au cours des années passées, soit par des condamnations soit par son activité, par une adhésion à l’idéologie islamiste radicale […] Il semble qu’il se soit radicalisé très rapidement. En tous les cas, ce sont les premiers éléments qui apparaissent à travers les témoignages de son entourage […] des individus sensibles au message de Daesh s’engagent dans des actions extrêmement violentes sans nécessairement avoir participé aux combats, sans nécessairement avoir été entraînés […] La modalité de la commission de son crime odieux est elle-même nouvelle. »
(1)

La thèse de la « radicalisation rapide » est lourde de conséquences. Elle accrédite l’idée que tous les musulmans sont susceptibles de se transformer rapidement et brusquement en terroriste. Le danger est désormais partout où sont présent des musulmans ou supposés tels. L’heure est donc à la méfiance à chaque fois que l’on croise un musulman réel ou supposé. Bien sûr, on ajoutera systématiquement « qu’il faut veiller à ne pas faire d’amalgame » soulignant ainsi la conscience des effets probables d’une telle thèse.

Le fait que le profil du tueur soit atypique (au regard de celui que nos médias dessinent depuis des années pour nous aider à repérer les « candidats au djihadisme ») renforce encore la production d’une psychose collective. On ne peut même plus reconnaître un musulman compatible avec la république à des faits simples comme « ne pas fréquenter une mosquée », « ne pas faire le Ramadan » ou « manger du porc ».

Pendant près de deux semaines, des « experts » se sont succédé sur nos plateaux pour nous convaincre d’un danger multiforme nécessitant une méfiance permanente vis-à-vis de certains de nos concitoyens. La perle pour les « spécialistes » revient une nouvelle fois à Mohamed Sifaoui présenté par BFM TV comme « journaliste spécialiste du terrorisme islamique », qui estime que la radicalisation peut-être « instantanée » :

« Elle peut s’accomplir [la radicalisation] le jour même de l’attentat; car il est dit par les idéologues islamistes que l’attentat kamikaze, l’attentat martyre fait pardonner l’ensemble des péchés. » (2)

Mais ce « spécialiste » ne se contente pas d’accélérer à l’extrême la rapidité de la radicalisation, il appelle dans la même émission ses confrères à ne pas chercher à comprendre le comportement du tueur à partir d’une « rationalité occidentale ».

Nous avons donc à faire à des individus qui ne fonctionnent pas ni ne raisonnent comme nous. Ils sont extérieurs à notre monde, non produits par lui et inexplicables rationnellement. C’est ainsi que se construit une psychose collective qui élimine une partie de la population du « Nous » social. Or à chaque fois qu’il y a des processus d’exclusion d’un « Nous » social, il y a autorisation au passage à l’acte. Les conditions de possibilité d’un pogrom se réunissent par ce type de processus.

Mais Mohamed Sifaoui ajoute un argument de taille : la stratégie de dissimulation. « La dissimulation est une technique que l’on apprend dans des manuels qui sont distribués par Daesh » développe-t-il dans la même émission. La thèse de la « préméditation dissimulée » s’ajoute immédiatement à celle de la « radicalisation rapide ».

Le procureur de la république de Paris, Louis Molins, déclare dans une conférence de presse le 21 juillet qu’ « il apparaît que Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a envisagé son projet criminel plusieurs mois avant son passage à l’acte ».(3) Il annonce également la mise en détention provisoire de cinq suspects soupçonnés de complicité. Sans attendre de précisions les média dominants s’emballent. Les téléspectateurs et les lecteurs des grands médias apprennent un nouveau mot arabe : « La Taqiya ». L’hebdomadaire Mariane titre « Taqiya : la dissimulation comme nouvelle arme de guerre » en expliquant en chapeau d’article :

« Certains terroristes l’utilisent comme stratégie pour passer sous les radars des renseignements, d’autres s’en servent comme un alibi pratique pour continuer de mener leur vie d’occidentalisés : dans tous les cas, la taqiya – l’art de la dissimulation – est prônée par l’Etat islamique pour ces « soldats de Dieu ». Enquête  ». (4)

Du Figaro à Nice-Matin en passant par BFM ou RTL, ce nouveau mot angoissant entre dans le vocabulaire. Non seulement ils se radicalisent vite mais de surcroît ils se dissimulent pour ne pas être repérés. Décidément nous devons nous méfier de tous les musulmans ou supposés tels. Une dose supplémentaire de psychose est ainsi diffusée quelques jours après la première.

L’opposition de droite s’engouffre immédiatement dans la surenchère en ajoutant ainsi un troisième niveau de psychose. Le député Les Républicains Georges Fenech appelle à la création d’un « Guantanamo à la française ». L’ex-maire de Nice Christian Estrosi propose des « centres de rétentions préventifs pour les djihadistes présumés ». Sarkozy préfère lui le port du bracelet électronique pour tous ceux présentant un risque de radicalisation, mesure que l’on peut compléter par des assignations à résidence.

Bref, il n’est rien proposé d’autre que de considérer comme coupables des « suspects » avant même qu’ils n’aient commis le moindre délit. Une justice d’exception, tel est le fond commun vers lequel convergent toutes ces propositions.

Le « burkini » comme dissimulation du « djihadisme »

L’assassinat du prêtre Jacques Hamel dans l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray le 28 juillet achève de créer les conditions des dits « arrêtés anti-burkini ». L’arrêté municipal est pris deux jours après le drame mais un mois après le début de la saison. Pendant le mois de juillet la presse ne s’est faite le relais d’aucune difficulté sur les plages à propos des tenues vestimentaires. Une nouvelle fois une pratique sociale est désignée comme « problème » non pas par la population mais par une autorité politique. Le moment de l’arrêté indique son caractère opportuniste. Il s’agit simplement d’utiliser le contexte d’émotion intense lié aux deux drames de juillet pour faire avancer un agenda préétabli : imposer l’immigration et l’identité comme deux centralités de la présidentielle.

En reliant ces deux thèmes à la question du terrorisme la dimension problématique est posée. En faisant ce lien dans un contexte d’émotion publique intense, la nécessité d’une « urgence de l’action » est suggérée avec en implicite un appel à chaque citoyen à dénoncer les « fraudeurs ». C’est ainsi qu’un « problème » produit « par en haut » se transforme en problème « d’en bas » pour une partie de la population. L’épidémie de décrets qui suivent celui de Nice confirme le caractère sur-idéologisé du « problème ». Alors qu’en juillet aucune des trente villes qui prendront un décret n’a fait état d’un problème à propos du « burkini », voici que brusquement le problème apparaît partout.

L’ordonnance de référé du tribunal administratif du 13 août qui valide l’arrêté cannois (et ouvre à la prolifération de décrets similaires) est par son argumentaire significatif des enjeux. « Dans le contexte d’état d’urgence et des récents attentats islamistes survenus notamment à Nice il y a un mois, le port d’une tenue vestimentaire distinctive, autre que celle d’une tenue habituelle de bain, peut en effet être interprétée comme n’étant pas, dans ce contexte, qu’un simple signe de religiosité » (5) précise cette ordonnance.

Autrement dit,  le « burkini » dissimule autre chose. Nous sommes de nouveau en présence de la thèse de la dissimulation que nous avons déjà rencontré à propos de l’attentat de Nice. Les femmes portant le burkini deviennent ainsi porteuses de toute autre chose : d’une négation des droits des femmes pour le mieux, du terrorisme pour le pire.

La prise de position immédiate de Manuel Valls légitime et renforce la « gravité » de la question et l’urgence d’adopter une posture de fermeté. «  Ces arrêtés ne sont pas une dérive. C’est une mauvaise interprétation des choses. Ces arrêtés ont été pris au nom même de l’ordre public » (6)  affirme notre premier ministre. Dans une interview au Journal La Provence il précise sa pensée :

« Le burkini n’est pas une nouvelle gamme de maillots de bain, une mode. C’est la traduction d’un projet politique, de contre-société, fondé notamment sur l’asservissement de la femme. […]Certains cherchent à présenter celles qui le portent comme des victimes, comme si nous mettions en cause une liberté … Mais ce n’est pas une liberté que d’asservir la femme. […] Face aux provocations, la République doit se défendre. […] Je soutiens donc ceux qui ont pris des arrêtés, s’ils sont motivés par la volonté d’encourager le vivre ensemble, sans arrière-pensée politique » (7).

Rarement la caricature et l’illogisme n’aura autant caractérisé le discours politique : c’est pour libérer la femme qu’il faut lui refuser un droit ; c’est pour le « vivre ensemble » qu’il faut exclure. Rarement également le caractère de « gravité » supposé de la situation n’aura été autant mise en avant : contre-société ; ordre public ; asservissement de la femme ; provocation ; nécessité de se défendre.

La conséquence était prévisible : à Nice et à Cannes des femmes se font verbaliser et humilier par des policiers municipaux simplement parce qu’elles portent un voile. Il ne s’agit pas de dérives mais d’une conséquence logique. On ne peut pas produire une police des habits basée sur le caractère de « dangerosité » supposée de certains vêtements et sur la thèse de la dissimulation et ne pas avoir en conséquence une chasse à ce qui est caché, masqué, dissimulé. La chose n’est pas nouvelle. Rappelons-nous lors de la loi sur le foulard de 2004 les débats ubuesques pour savoir si le « bandana » n’était pas un voile dissimulé.

Comme 2004 pour la loi sur le foulard, le nombre de burkini sur les plages françaises a été inversement proportionnel au nombre d’émissions, de prises de position et d’appel à la fermeté dans le discours politique et médiatique. Chaque citoyenne et chaque citoyen est appelé à avoir une opinion, alors même que la plupart d’entre eux n’ont jamais eu l’occasion de croiser une femme portant cette combinaison. Elles et ils découvrent cette tenue de bain à partir d’une question préalable : que dissimule-t-elle ?

La conséquence qui en découle une survisibilité du burkini. Alors qu’il était perçu par le citoyen quelconque comme une « tenue » de bain auparavant, il est désormais perçu comme problème. Alors qu’il était appréhendé comme relevant du choix individuel, il devient désormais une question publique et politique. Alors qu’on pouvait ne même pas le remarquer, il saute désormais aux yeux avec tout le background des débats et prises de position alarmantes entendus dans les médias.

Comme en 2004 à propos du port du foulard, une pratique aux motivations plurielles et aux significations diverses est ramenée à une causalité et à une signification unique et homogène à connotation problématique. Cela a un nom scientifique et un nom populaire. Il s’agit sur le plan théorique de la même démarche essentialiste que celle qui est massivement diffusée dans les discours politiques et médiatiques dominants depuis la décennie 1990.

Il s’agit plus simplement de la stigmatisation des musulmans réels et supposés diffusée largement par une multitude d’islamalgames : islam incompatible avec le féminisme, avec la laïcité, avec la république, etc. Même pour les femmes invoquant leur croyance religieuse pour porter cette tenue de bain les explications dominantes inversent la réalité. Alors que cette tenue est un signe d’une volonté de présence dans l’espace public, il est interprété comme « communautarisme ». Alors qu’elle est un indicateur d’une « intégration à la plage », elle est présentée comme « menace pour l’ordre public ».

Les débats de cet été qu’ont dû une nouvelle fois subir nos concitoyens musulmans ou supposés tels ont été marqués par trois postures qui sont révélatrices d’une société malade qui refuse de regarder sa maladie en face pour pouvoir la soigner. La première bien que minoritaire est de plus en plus fréquente : l’islamophobie décomplexée. L’irremplaçable Nadine Morano déclare ainsi le 12 août à Europe 1 que «les islamistes, tels que cette femme voilée intégralement sur le territoire national, sont comparables avec les nazis ». note 8

La seconde est celle de l’instrumentalisation en préparation des présidentielles. D’ores et déjà le burkini estival est relié à la question de « l’identité nationale » en danger qu’il faudrait protéger des « ennemis de l’intérieur » qui de surcroît sont devenus maître dans l’art de se dissimuler. Dès à présent le lien est fait avec les questions de sécurité et de terrorisme nécessitant un Etat d’urgence quasi-permanent et des « Guantanamo » à la française.

La troisième posture est celle de l’appel à la soumission et au renoncement aux droits. L’utilisateur du terme « sauvageon » pour désigner les jeunes des quartiers populaires, Jean Pierre Chevènement est sorti du placard. L’ancien ministre pressenti par Valls pour diriger la future « Fondation pour l’Islam de France » conseille au musulman « la discrétion » dans l’espace public. L’injonction à l’invisibilité pour une catégorie de citoyens a toujours été synonyme de domination. La lutte contre une oppression a toujours comportée des stratégies de visibilisation que ce soit pour le mouvement ouvrier, les luttes de libération nationale, le combat féministe ou encore les luttes des gays et lesbiennes.

Ces trois postures soulignent le danger de la séquence historique actuelle en France. Ce qui s’est passé cet été n’est rien d’autre que l’effritement de digues idéologiques et politiques à la fascisation. Si l’arrêt du conseil d’Etat invalidant les arrêtés est une bonne nouvelle, il n’est pas le remède à la maladie de la société française que révèlent les symptômes de cet été. D’ores et déjà les appels à une modification de la loi se multiplient et font partie des promesses de campagne des présidentielles.

La réunion progressive des conditions d’un pogrome

Plusieurs faits insignifiants en eux-mêmes mais significatifs pris ensemble ont également caractérisé l’été français. Ils marquent un seuil qualitatif nouveau dans la libération de la parole explicitement raciste. Un reportage de Louise Couvelaire à Nice dans Le Monde du 23 juillet en donne des exemples édifiants :

« Sandra, médecin et niçoise d’adoption depuis six ans, a la voix qui tremble et les mots qui se bousculent : « Ce qui est en train d’arriver, là, maintenant, après l’attentat, est d’une violence inédite», se désole-t-elle.

« La montée de la haine envers les musulmans est terrifiante. » Pour la première fois, elle entend des « horreurs », notamment de l’une de ses meilleures amies : « Si j’en croise une avec un foulard, je la plombe, qu’elle rentre chez elle. » […] « Ce tragique événement a complètement libéré la parole des Niçois qui se disent de souche», analyse Teresa Maffeis, de l’Association pour la démocratie à Nice (ADN), militante des causes humanitaires (Roms, réfugiés…). « Je suis très inquiète. »

Chauffeur de poids lourd depuis quatorze ans dans Nice et sa région, Karim attend que son agence d’intérim le rappelle. « Un Arabe au volant d’un camion, ça fait peur à tout le monde maintenant », souffle-t-il, en listant les insultes : « Sale connard », « Il faut tous les éradiquer », « Retourne chez toi »… « Les Arabes tout court, ils n’en veulent pas», renchérit Malik, 41 ans. « Il faut voir les regards noirs qu’on nous lance et les parents qui prennent leurs enfants par la main dès qu’ils nous voient. » (9)

La participation active de citoyens à la dénonciation de femmes portant le burkini, les appels téléphoniques à la police pour signaler leur présence sur une plage ou l’applaudissement des policiers lors des verbalisations sont des attitudes qui se sont multipliées au fur et à mesure du délire politique et médiatique de cet été. Elles nous renseignent sur l’enracinement de l’islamophobie dans une partie de la population française. Plus de vingt ans de discours médiatiques et politiques posant l’Islam comme problème pour la société française révèle aujourd’hui leurs effets. Deux décennies d’instrumentalisation politique donnent aujourd’hui des fruits amers et acides.

Ce qui s’est passé à Cisco n’est que ce qui s’annonce ailleurs et à une plus grande échelle si nous ne réagissons pas collectivement pour stopper la logique dominante actuelle. Une rixe entre des « maghrébins » et des « riverains » pour reprendre les termes de la presse, se transforme dès le lendemain en manifestation de plus de cinq cents personnes scandant des slogans significatifs comme « aux armes », « on est chez nous », etc.

Le même jour, le 14 août, un élu de la république, Charles-Antoine Casanova, maire de la commune de Guardale écrit sur sa page Facebook : « En tant qu’élu, je demande à mon collègue, le maire de Sisco, dans un premier temps, de prendre toutes les mesures nécessaires afin d’exclure définitivement de sa commune tous les maghrébins et leurs familles, qu’ils soient impliqués ou non dans ces incidents ».

Précisant sa pensée sur le site d’extrême-droite Breizh-info, il complète : « Ce gouvernement ne nous protège pas, alors nous sommes obligés de nous protéger nous-mêmes et de nous défendre contre toute attaque d’où qu’elle vienne.» (19)

Quelles ont donc été les réactions de riposte à ces symptômes de l’enracinement de l’islamophobie dans une partie de la population française. Nous en distinguons trois : la condamnation compréhensive ; la thèse du racisme historique de la population française et la thèse de l’instrumentalisation.

La première a été largement dominante. Elle consiste à faire précéder (ou à faire suivre) la condamnation des actes islamophobes par une longue diatribe visant à condamner le « burkini », le « communautarisme », « l’islamisme », etc., selon les différentes déclarations. Ce type de déclaration pose de fait un lien entre les actes islamophobes condamnés et les objets de la démarcation. Ce faisant il accorde une écoute compréhensive et une légitimité implicite aux faits dénoncés qui enlève toute efficace à la condamnation qui suit ou qui précède. Pas plus que l’attitude des juifs n’a été la cause de l’antisémitisme dans la décennie 30, l’attitude des musulmans aujourd’hui n’est la cause de l’islamophobie.

La seconde réaction consiste en une vision essentialiste de l’islamophobie française. Le peuple de France serait congénitalement islamophobe et cela se révélerait dans des moments de difficultés sociales ou de crises sociales et économiques. Outre qu’elle ne peut produire que des postures d’impuissance politique cette thèse nie le caractère politiquement produit de l’islamophobie contemporaine. C’est par en haut que l’islamophobie contemporaine s’est développée en France à coup de débats et de lois successives désignant les musulmans ou les supposés tels comme problème et comme danger. L’hystérisation du débat est le fait des médias et d’une partie conséquente de la classe politique et non d’une brusque et soudaine épidémie d’islamophobie.

Cette seconde réaction comporte néanmoins un élément de vérité. Il existe dans la société française un héritage culturel islamophobe hérité de l’histoire coloniale française et qui n’a jamais été déconstruit et combattu sérieusement. Celui-ci n’est d’ailleurs qu’un segment d’un racisme colonial plus vaste construit en même temps que la pensée républicaine dominante. C’est ce qui explique la possibilité d’un « racisme républicain ». Cet élément de vérité est justement nié par la troisième réaction qui a marquée l’été français. Tout ne serait affaire que d’instrumentalisation pour masquer d’autres questions sociales telles que le vote de la loi El Khomri.

En fait le deux dernières thèses sont indissociables et ne peuvent être séparées. C’est parce qu’il existe un terreau hérité de l’histoire que des hommes et des femmes politiques font le choix d’une stratégie de diversion et d’instrumentalisation. A l’inverse l’instrumentalisation renforce systématiquement le terreau existant conduisant à la réunion progressive des conditions d’un futur pogrome. Ni simple racisme préexistant, ni résultat de la seule instrumentalisation, l’islamophobie contemporaine est le résultat de la logique infernale constituée par la juxtaposition historique de ces deux réalités. Le caractère infernal de la logique est encore renforcé par le contexte mondial des guerres pour le pétrole et de la théorie du « choc des civilisations » qui les légitime.

C’est aujourd’hui qu’il faut réagir pour détruire cette logique dominante. Cela passe par une véritable prise en compte de la lutte contre l’islamophobie dans les agendas politiques et militants. Sans une telle mobilisation nous assisterons impuissant à une fascisation de notre société et à la réunion progressive des conditions d’un pogrome à l’ombre desquels le projet ultralibéral pourra se déployer avec de moins en moins de contestation. Une telle logique ne disparaît pas seule ou par la « discrétion ». Elle ne s’arrête que par le rapport des forces.

Notes :

1. Bernard Cazeneuve, déclaration du 16 juillet à 14 h 30, http://www.lejdd.fr/Societe/Attentat-de-Nice-l-enquete-se-poursuit-debut-des-trois-jours-de-deuil-national-797335, consulté le 29 août 2016 à 15 h 30.

2. Mohamed Sifaoui, émission spéciale sur l’attaque de Nice du 16 juillet 2016 présentée par Pauline Revenaz et François Gapihan, http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/attentat-a-nice-c-est-la-premiere-fois-qu-un-tel-profil-s-exprime-en-france-mohamed-sifaoui-843709.html, consulté le 29 août 2016 à 16 h 30.

3. Conférence de presse de Louis Molins du 21 juillet 2016, http://www.rtl.fr/actu/societe-faits-divers/attentat-a-nice-ce-qu-il-faut-retenir-de-la-conference-de-presse-de-francois-molins-du-21-juillet-sur-les-avancees-de-l-enquete-7784179987, consulté le 29 août à 18 h30.

4. Vladimir de Gmeline, Taqiya : la dissimulation comme nouvelle arme de guerre, http://www.marianne.net/taqiya-dissimulation-nouvel-art-guerre-100244631.html, consulté le 29 août à 19 h 00.

5. Interdiction des burkinis : la justice conforte l’arrêté de la mairie de Canne, Le Monde du 13 août, http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/08/13/le-tribunal-administratif-valide-l-arrete-municipal-bannissant-le-burkini-a-cannes_4982397_3224.html, consulté le 30 août 2016 à 8 h 00.

6. « Burkini » : Manuel Valls désavoue Najat Vallaud-Belkacem, http://www.lemonde.fr/religions/article/2016/08/25/burkini-manuel-valls-desavoue-najat-vallaud-belkacem_4987686_1653130.html, consulté le 30 août 2016 à 8 h 45

7. Interview de Manuel Valls à La Provence, http://www.laprovence.com/article/politique/4078328/valls-sur-le-burkini-une-vision-archaique-de-la-place-de-la-femme-dans-lespace-public.html, consulté le 30 aout à 9 h 15.

8. Interview de Nadine Morano du 12 août, http://www.tsa-algerie.com/20160812/video-france-ancienne-ministre-compare-femmes-voilees-aux-nazis/, consulté le 30 août à 9 h 45.

9. Louise Couvelaire, A Nice, des tensions accrues après l’attentat, http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/07/23/a-nice-l-attentat-a-accru-les-tensions_4973862_3224.html, consulté le 30 août 2016 à 10 h 30.

10.Interview de Charles-Antoine Casanova à Breizh-info, http://www.breizh-info.com/2016/08/25/48376/sisco-charles-antoine-casanova-maire-de-guargale-sexplique-propos-polemiques-interview, consulté le 30 août 2016 à 11 h 15.


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MessageSujet: Re: FUIQP, Front Uni des Immigrations et Quartiers Populaire et Saïd BOUAMAMA, textes et vidéos   Dim 6 Nov - 22:14


ils ne sont pas monté très haut, et dure fut la chute...

La Tricontinentale. Les peuples du tiers-monde à l’assaut du ciel

Saïd Bouamama Bouamamas 4 novembre 2016


Citation :
Le 3 janvier 1966 s’ouvre à La Havane, la Conférence de solidarité avec les peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, plus connue sous le nom de «Tricontinentale». Vers la capitale cubaine convergent des représentants de tous les mouvements de libération et de toutes les organisations luttant contre «le colonialisme, le néocolonialisme et l’impérialisme» du tiers-monde. Des personnalités importantes comme le Chilien Salvador Allende ou le Guinéen Amilcar Cabral sont également de la partie. Certains des délégués ont quitté pour quelques jours leurs maquis pour participer à cette rencontre inédite.

D’autres ont fait un périple de plusieurs milliers de kilomètres pour éviter les arrestations et participer à au rendez-vous des damnés de la terre. Au menu des débats: la solidarité avec le peuple vietnamien et avec les autres luttes de libération nationale. L’ambition est aussi de coordonner les luttes des trois continents. Jamais une rencontre n’a suscité autant d’espoir chez les uns et autant de crainte chez les autres. La conférence prit des décisions et décida d’une organisation tricontinentale pour les mettre en œuvre.

Elle participa à la socialisation politique de toute une jeunesse au quatre coins du monde. Des rues de Paris à celles d’Alger, des maquis d’Angola aux campus de New York, l’écho de la Tricontinentale se fait entendre pendant plusieurs décennies. Il porte l’espoir d’un nouvel ordre économique et politique mondial plus juste, plus égalitaire, plus solidaire. Ces échos retentissent encore aujourd’hui dans les dynamiques latino-américaines d’un Chavez (Venezuela) ou d’un Morales (Bolivie), dans les Forums sociaux mondiaux de Porto Alegre à Tunis.

Le monde a changé depuis la Tricontinentale, mais les questions posées par elle, restent d’une grande modernité. La connaissance de cette période, de ses espoirs, de ses luttes et de ses erreurs est indispensable à la compréhénsion du monde d’aujourd’hui.


Said Bouamama est socio-économiste et chargé de recherche à l’Intervention Formation Action Recherche (IFAR) à Lille.  Ses principaux thèmes de recherche portent sur les  classes populaires, l’immigration et les rapports Nord-Sud. Auteur d’une vingtaine de livre, il a notamment publié: "La France, autopsie d’un mythe national" (Larousse, 2008); "Dictionnaire des dominations" (Syllepse, 2012); "Figures de la Révolution africaine" (La Découverte, 2014).


s'il fallait présenter les luttes décoloniales actuelles comme uniquement héritières ou prolongeant cette histoire-là, autant dire qu'elles sentiraient le réchauffé idéologique, et si je n'ai pas lu le livre, il est patent que Saïd Bouamama n'a guère renouvelé ses repères théoriques...

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FUIQP, Front Uni des Immigrations et Quartiers Populaire et Saïd BOUAMAMA, textes et vidéos
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