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 "GUERRE AU TERRORISME" : la grande imposture / CALIFAT et CAPITALISME

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MessageSujet: Re: "GUERRE AU TERRORISME" : la grande imposture / CALIFAT et CAPITALISME   Mar 1 Déc - 20:56



C’est le moment ou jamais de prendre la frontière ! Mike Whitney  1/12/15

Vladimir Poutine a écrit:
« Nous avons reçu des informations complémentaires confirmant que le pétrole contrôlé par ISIS (IS-État Islamique) entre en Turquie dans des quantités industrielles. Nous avons toutes les raisons de croire que la décision d’attaquer notre avion était motivée par la volonté d’assurer la sécurité de ces voies de passage du pétrole vers les ports où il est embarqué dans des tankers »

Vladimir Poutine, le 30 novembre, à Paris, devant les journalistes.



hors article


Citation :
L’attaque surprise, qui n’a pas été précédée d’avertissement, comme le prétend la Turquie, a obligé le pilote, le colonel Oleg Plekov, à s’éjecter après avoir été la cible des tirs turcs, avant d’être tué alors qu’il opérait sa descente en parachute, ce qui constitue un crime de guerre. Alparslan Celik qui a revendiqué l’assassinat d’Oleg Plekov, est un dirigeant des « Loups gris », une organisation terroriste responsable de nombreux crimes politiques dans les années 1970. Le groupe de Celik, considéré comme « jihahiste modéré », est l’une des milices disparates soutenues par les États-Unis et la Turquie dans leur tentative de renverser le président Bachar al-Assad et de diviser le pays en plusieurs petits territoires.

L’attaque du Su-24 n’a pas mis Moscou à genoux, comme beaucoup l’aurait voulu. Au contraire, il a concentré l’attention de Poutine sur son objectif ultime d’éliminer le terrorisme en Syrie et de préserver l’intégrité souveraine de l’État. Poutine a augmenté la présence militaire russe de 69 Sukhoi, 160 bombardiers ainsi que de sous-marins et des navires de guerre en Méditerranée. Il a aussi déployé le système de défense anti-aérien S-400 à Lattaquié et ordonné au Moskva, porteur de missiles de croisière, de rester à une distance de tir des côtes syriennes. La destruction de l’avion russe a, également, montré la détermination de Poutine de boucler la frontière nord, de mettre en échec les terroristes et de gagner la guerre en Syrie. Ce n’est certainement pas la réaction que Washington attendait.

Daech et les 40 voleurs

Répondant aux questions des journalistes, Poutine a impliqué les États-Unis dans l’attaque du Su-24, affirmant que l’armée américaine avait été prévenue du plan de vol et avait transmis immédiatement l’information à la Turquie.

Poutine a écrit:
« Nous avons dit à nos partenaires américains à l’avance où, quand et à quelle altitude nos pilotes allaient intervenir. La coalition conduite par les Américains, qui inclut la Turquie, connaissait l’heure et le lieu de cette opération. Et c’est exactement là et à ce moment que nous avons été attaqués. Pourquoi avons-nous partagé cette information avec les Américains ? Ou ils ne contrôlent pas leurs alliés, ou ils ont transmis l’information à droite et à gauche sans réaliser les conséquences d’un tel acte. Nous allons devoir avoir une sérieuse discussion avec nos partenaires américains. »

Ces remarques de Poutine n’ont pas été publiées par les médias occidentaux. La censure de cette information est identique au blackout des commentaires de Poutine juste deux semaines plus tôt au sommet du G-20, lorsqu’il a annoncé que « quarante pays » financent ISIS, dont des membres du G-20 :

Poutine a écrit:
« J’ai donné des exemples basés sur nos informations concernant le financement de différentes unités d’État Islamique par des particuliers. Cet argent, comme nous l’avons montré, vient de quarante pays parmi lesquels certains sont membres du G-20 »

« J’ai montré à nos collègues des photos satellites et d’avions qui montrent clairement l’échelle du commerce illégal de pétrole et de produits pétroliers. Un cortège de véhicules qui se suivent sur des dizaines de kilomètres
»

a précisé le président russe, comparant le convoi à un système de pipeline

Il est clair que le bombardement de groupes djihadistes par les Russes opérant près de la frontière turco-syrienne a inquiété le président turc Recep Tayyip Erdogan. Erdogan espère depuis longtemps que la zone devienne une zone tampon où les activistes sunnites engagés dans le renversement d’Assad, pourraient recevoir des armes et autres soutiens de leurs sponsors, et circuler librement. La tentative de la coalition dirigée par les Russes de reprendre la zone et de sécuriser la frontière pour arrêter le flot de terroristes venus de Turquie, est probablement ce qui a précipité l’attaque de l’avion russe. C’est une tentative désespérée de briser l’offensive russe et de renverser le cours de la guerre qui a tourné de façon décisive à l’avantage d’Assad.

Selon Pepe Escobar (Sputnik News)

Pepe Escobar a écrit:
« Les SU-24 étaient en réalité en train de poursuivre des Tchéchènes et des Ouzbeks – plus quelques Ouïgours – entrés avec de faux passeports turcs, tous opérant en tandem avec une bande d’islamo-fascistes turcs. La plupart de ces sbires font des allers-retours entre l’Armée syrienne libre, armée par la CIA, et Jabhat al-Nousra. Ce sont les sbires qui ont tiré sur les pilotes russes dans leur descente en parachute. La Turquie, pour des raisons techniques, a été un centre logistique et d’infrastructures pratique pour les djihadistes salafistes. Elle offre tous les avantages, de la frontière poreuse permettant les innombrables retours des djihadistes de Syrie en Europe, facilités par une police corrompue, à un carrefour permettant toutes sortes de trafics et d’opérations de blanchiment d’argent »

(voir aussi Al-Araby al-Jadeed, NDT)

La Russie a touché à la caisse de Daech et ses clients

Il ne fait aucun doute qu’Erdogan et ISIS ont été les meilleurs amis. Le problème auquel la Turquie est confrontée aujourd’hui est que la coalition conduite par la Russie est en train de détruire rapidement les infrastructures qui permettent le financement d’ISIS (raffineries de pétrole, sites pétrolifères, transport) et regagne du terrain sur les territoires contrôlés par les nombreux groupes opposés au régime, ou par les groupes liés à Al-Qaeda dans le nord, l’ouest et le centre du pays. Dans les seuls jours derniers, la Russie et ses alliés ont réussi à encercler la ville d’Alep, ont détruit un convoi de plus de 500 camions citernes de pétrole à proximité de Raqqa, et ont intensifié les bombardements dans les montagnes turkmènes, kurdes et du Prophète Jonas.

La coalition est parvenue aussi loin qu’Azaz, au nord, le long de la frontière turque, et a repris l’autoroute stratégique Alep-Raqqa, coupant ainsi complètement la route d’approvisionnement de l’est à Raqqa. Tous ces récents progrès font suite à la reprise de la base aérienne stratégique de Kuweris qui était le point critique pendant ces quatre ans et demi de guerre. Aujourd’hui, la coalition se concentre sur la fermeture de la frontière, une évolution qui portera atteinte sérieusement aux milices pro-Turques qui agissent en Syrie et forcera les terroristes soit à fuir, soit à se rendre.

Erdogan n’est pas le seul à vouloir un soi-disant « couloir Afrin-Jarabulus » à l’est de l’Euphrate. Des politiciens américains puissants comme John McCain, Lindsay Graham, Jeb Bush, Hillary Clinton et autres, ont tous parlé de cette zone comme la plus propice à la mise en place d’une zone d’exclusivité aérienne. Et, malgré le fait qu’Obama refuse d’envoyer des troupes américaines au sol pour combattre en Syrie, il a continué à nourrir le conflit par d’autres voies moins visibles. La semaine dernière, alors que les vacances de Thanksgiving occupaient les médias dans d’autres directions, Obama a signé la « Loi  d’Autorisation de la Défense nationale » (NDAA) de 2016 permettant d’attribuer une aide de 800 millions de dollars aux extrémistes armés en Syrie et en Ukraine. Le NDAA qui s’oppose efficacement à la fermeture du camp de Guantanamo, reflète la détermination d’Obama de poursuivre la politique vicieuse de Washington en Syrie qui a fait plus de 250 000 morts et plus de 11 millions de déplacés.

Cela explique pourquoi l’offensive russe a tiré l’alarme à Washington. Le plan américain d’établir une zone de transit permanente pour les terroristes au nord de la Syrie est parti rapidement en fumée. Toni Cartalucci, chercheur et écrivain établi à Bangkok, explique exactement ce qui est en jeu pour les parties en guerre dans un brillant article intitulé « Humanitarian Supplies » for ISIS : Nato’s Convoys Halted at Syrian Border » :

Toni Cartalucci a écrit:
« L’activité croissante de la Russie le long de la frontière turque est synonyme de phases finales du conflit syrien. Les forces syriennes et kurdes gardant la rive est de l’Euphrate, le corridor Afrin-Jarabulus est la seule voie possible pour l’approvisionnement des terroristes en Syrie…. Si ce couloir est fermé, et les approvisionnements coupés, ISIS, Nousra et tous les associés des factions soutenues par l’OTAN s’atrophieront et mourront, l’armée syrienne restaurera l’ordre dans le pays…

Privés de ce soutien et de la perspective d’éradiquer les extrémistes, les vrais sponsors derrière ce conflit sont en train d’évoluer plus directement et ouvertement pour sauver leur conspiration avortée contre l’État syrien.

Ce que nous voyons émerger est ce à quoi il fallait s’attendre, voire qui était évident depuis toujours, une guerre par procuration menée pour les ambitions hégémoniques de l’Occident dans la région, qui a nourri intentionnellement les forces extrémistes au lieu de les combattre
».


Vue à cette lumière, la demande d’Obama à la Turquie, le 27 novembre, de déployer 30 000 (soldats) pour contrôler la frontière du côté turc, doit être considérée avec le plus extrême scepticisme. En clair, Washington n’a pas renoncé à sa politique du « Assad doit partir », il a réitéré ce mantra il y a moins d’une semaine. Ce qui signifie que l’équipe Obama peut être en train d’espérer que les forces turques au sol peuvent réussir là où ses intermédiaires djihadistes ont échoué. Ce qui signifie que 30 000 hommes seront utilisés pour nettoyer et tenir un territoire syrien qui peut être transformé en zone tampon. Tout ce dont a besoin la Turquie est un prétexte pour envahir et un peu de couverture aérienne américaine. Ce ne serait pas la première fois qu’un pavillon de complaisance serait utilisé pour commencer une guerre.

Poutine ferait mieux d’avancer rapidement, avant que Washington et Ankara ne mettent de l’ordre dans leurs affaires et ne commencent à mobiliser. C’est le moment ou jamais de prendre la frontière.

*Mike Whitney co-auteur de Hopeless : Barack Obama and the Politics of Illusion (AK Press)

Traduction Afrique-Asie





Citation :
"Those who feel that like lemmings they are being led over a cliff would be well-advised not to read this book. They may discover that they are right." —Noam Chomsky

Jeffrey St. Clair and Joshua Frank have skillfully smoked out the real Barack Obama . . . the technofascist military strategist disguised as a Nobel Peace Laureate, but owned, operated, and controlled by Wall Street, Corporate America, and the Pentagon.” —Thomas H. Naylor, co-author of Affluenza, Downsizing the USA

The writers assembled here hit hard, with accuracy, and do not pull punches."—Marcus Rediker, author of The Slave Ship: A Human History

The Barack Obama revolution was over before it started, guttered by the politician’s overweening desire to prove himself to the grandees of the establishment. From there on, other promises proved ever easier to break. Here's the book that dares not let Obama off the hook. It's all here: the compromises, the backstabbing, the same old imperial ambitions. Covering all major "Obummer" categories since he took office, this fast-paced collection will delight the critical and offer food for thought for those contemplating the 2012 electoral circus—and beyond.

Jeffrey St. Clair is co-editor of CounterPunch, author of Born Under a Bad Sky and Been Brown So Long it Looked Green to Me, and co-author of Whiteout: The CIA, Drugs, and the Press.

Joshua Frank is an environmental journalist and co-editor of Red State Rebels: Tales of Grassroots Resistance in the Heartland. His investigative reports and columns appear in CounterPunch, Chicago Sun-Times, Common Dreams, and AlterNet.


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MessageSujet: Re: "GUERRE AU TERRORISME" : la grande imposture / CALIFAT et CAPITALISME   Mar 1 Déc - 23:45



une bonne guerre vaut bien une bonne bouffe, mais...

COP21: Les agapes parisiennes refusées par Vladimir Poutine  Иван Михайлович Фраков 01/12/2015


Citation :
Ces colloques internationaux ou on aime parler de « sauver la planète » sont en général un prétexte pour nos chers dirigeants et leurs suites de se promener et de goûter aux joies des pays visités.

On se souvient des frasques des agents du Secret Service d’Obama avec des prostituées à plusieurs reprises. Mais les présidents eux-mêmes ne dédaignent pas quelques joies matérielles… Aux frais du contribuable bien sûr.

C’est ainsi qu’au COP21 à Paris, Hollande a invité Obama dans un restaurant chic parisien, l’Ambroisie. On ne connaitra pas le prix du menu, le site internet du restaurant faisant pudiquement l’impasse sur ce détail. Notons d’ailleurs que ce repas se tenait le jour de l’ouverture en France des « Restaus du coeur ». Rien de tel qu’un bon banquet pour célébrer la gamelle gratuite des « sans dents »!

Bref! Hollande avait donc invité ceux à qui il est, selon lui, l’égal: Hussein Obama et Vladimir Poutine. Si le führer noir a sauté sur l’occasion en décidant de faire une escapade en convoi (une trentaine de voitures seulement) à travers paris pour rejoindre le restaurant en déclenchant ainsi des embouteillages mémorables même pour les standards parisiens, Vladimir Poutine a décliné l’invitation. En exclusivité, voici le texte intégral du très court message ayant été transmis à Francois Hollande.

Citation :
« Par respect pour les victimes des attentats du 13 novembre 2015, considérant qu’il serait malsain de festoyer en cette période de deuil, le Président Poutine est au regret de décliner votre invitation. »


Selon certaines informations, ceci n’a pas gâché la fête d’Obama, Kerry, Hollande, Fabius, et Royal.


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MessageSujet: Re: "GUERRE AU TERRORISME" : la grande imposture / CALIFAT et CAPITALISME   Mer 2 Déc - 12:15

Ce n'est pas que ce soit d'une valeur foudroyante, mais les données statistiques sont toujours intéressantes. Ce qui est certain, est que la "folie religieuse" est un bon prétexte pour masquer une réalité bien plus matérielle et dans laquelle un certain nombre d'Etats trempent plus ou moins.

Le Monde.fr

Finances de l’EI : la guerre secrète

LE MONDE | 28.11.2015 à 16h52 • Mis à jour le 28.11.2015 à 16h59 | Par Jean-Michel Bezat, Hélène Sallon, Benjamin Barthe (Beyrouth, correspondant), Jacques Follorou et Allan Kaval (Erbil, correspondance)

Citation :



Champs de pétrole, Al-Rumelan, Syrie, Province de Al-Hassakah - Emilen Urbano-MYOP

Dans son fief de Mossoul, dans le nord de l’Irak, l’organisation Etat islamique (EI) traque jusqu’à la plus petite source de revenus. Ses hommes mettent la main sur les dernières propriétés foncières qui leur échappent pour les revendre à bas prix. Mi-novembre, un message du directorat des propriétés immobilières de l’EI a été diffusé sur la radio Al-Biyan, exhortant les habitants à leur signaler toutes les propriétés abandonnées. Dans le même temps, les commerçants se sont vu réclamer l’intégralité des taxes pour l’année 2016, ce qui a précipité la fermeture d’un tiers des boutiques de vêtements de la rue commerçante Dawasa et de plusieurs dizaines de restaurants du quartier de l’université. Les salaires de ceux que l’EI emploie ont été divisés par deux. Manuels scolaires et soins médicaux sont désormais payants. La zakat, l’aumône pour les pauvres, a été portée de 2,5 % à 10 %. Et la police des mœurs n’a plus de clémence dans les amendes qu’elle distribue.

Ces mesures d’austérité, dont ont témoigné au Monde des habitants de Mossoul joints par téléphone, pourraient être le signe, pour les experts, des effets des pressions exercées sur les finances de l’EI. L’Etat islamique « vit sur ses réserves et a un budget structurellement déficitaire », estime-t-on chez Tracfin. La manne collectée lors des conquêtes territoriales s’épuise, les populations s’appauvrissent et l’intensification des frappes contre les installations pétrolières a accentué la baisse des revenus. La perte, en juin, de Tal Abyad, en Syrie, porte d’accès vers la Turquie, puis de Sinjar, en novembre, sur la route reliant Mossoul à Rakka, a entravé ses capacités de déplacement. La surveillance renforcée des mouvements de biens et de personnes perturbe ses réseaux d’approvisionnement.

En difficulté, l’organisation djihadiste est toutefois loin de la banqueroute. L’EI demeure « l’une des organisations terroristes les mieux financées », disposant d’un système financier « robuste et largement autosuffisant », estime le département d’Etat américain, dans un rapport publié mi-octobre. Il a mis sur pied une économie diversifiée, dont les comptes sont tenus à la virgule près par le ministère des finances (« Bayt Al-Mal ») et ses relais dans les « provinces » de l’EI. Mais c’est une économie de guerre, tournée avant tout vers les dépenses militaires. « Leur objectif n’est pas de développer Rakka ou Mossoul mais de les gouverner sans qu’il n’y ait de soulèvement », souligne une source onusienne.

Depuis sa naissance en Irak en 2004, en réaction à l’invasion américaine, l’organisation djihadiste a investi les réseaux de contrebande à cheval sur la frontière irako-syro-turque, paradis des trafiquants de tout poil depuis les années 1990. Trafics et extorsions lui ont permis de s’émanciper des donations étrangères. Ces dernières ne représentaient que 5 % de ses recettes entre 2005 et 2010, selon le Pentagone. La part des contributions issues de généreux donateurs du Golfe ou du détournement d’actions humanitaires n’a pas évolué de façon significative après l’établissement du « califat » en juin 2014, selon une source onusienne.

En difficulté, l’organisation djihadiste est toutefois loin de la banqueroute. L’EI demeure « l’une des organisations terroristes les mieux financées », disposant d’un système financier « robuste et largement autosuffisant », estime le département d’Etat américain, dans un rapport publié mi-octobre. Il a mis sur pied une économie diversifiée, dont les comptes sont tenus à la virgule près par le ministère des finances (« Bayt Al-Mal ») et ses relais dans les « provinces » de l’EI. Mais c’est une économie de guerre, tournée avant tout vers les dépenses militaires. « Leur objectif n’est pas de développer Rakka ou Mossoul mais de les gouverner sans qu’il n’y ait de soulèvement », souligne une source onusienne.

Depuis sa naissance en Irak en 2004, en réaction à l’invasion américaine, l’organisation djihadiste a investi les réseaux de contrebande à cheval sur la frontière irako-syro-turque, paradis des trafiquants de tout poil depuis les années 1990. Trafics et extorsions lui ont permis de s’émanciper des donations étrangères. Ces dernières ne représentaient que 5 % de ses recettes entre 2005 et 2010, selon le Pentagone. La part des contributions issues de généreux donateurs du Golfe ou du détournement d’actions humanitaires n’a pas évolué de façon significative après l’établissement du « califat » en juin 2014, selon une source onusienne.

« Les ressources ne sont pas illimitées »

La conquête d’un tiers de la Syrie et de l’Irak et le maintien sous son joug de près de 10 millions d’habitants ont offert à l’EI de nouvelles sources de financement. Il s’est retrouvé à la tête d’un véritable butin tiré du pillage des banques – 500 à 800 millions de dollars (471 à 753 millions d’euros), selon le département d’Etat américain –, des stocks d’armes, du pillage des sites archéologiques et de la confiscation des propriétés publiques et privées.

Des plaines de Ninive dans le nord de l’Irak aux provinces de l’est de la Syrie, le mouvement djihadiste administre une région riche en ressources naturelles : pétrole, gaz, blé, ­coton. Le contrôle des mouvements de personnes, de biens et de liquidités vers les autres provinces d’Irak et de Syrie, ainsi que les pays limitrophes, décuple les recettes tirées des activités d’extorsions – désormais sous couvert de taxes et impôts –, de confiscations, de vols et de kidnappings contre rançon. « Cependant, en l’absence de flux entrant de liquidités, le système de taxes mis en place par l’EI n’est pas soutenable. Les affaires souffrent de l’isolement et les ressources ne sont pas illimitées », estime Shwan Zulal, directeur du Carduschi Risk Consultancy.

Le contrôle de cette région de la taille du Royaume-Uni en fait un partenaire économique incontournable, même pour ses ennemis déclarés. Son pétrole alimente les zones tenues par l’opposition modérée comme celles du régime syrien. « Daech [acronyme arabe de l’EI] a vendu du pétrole au gouvernement syrien. On n’a pas la facture, mais on a de bonnes sources », indique un diplomate occidental. Mercredi 25 novembre, le département du Trésor américain a placé l’homme d’affaires syrien George Hassouani sur la liste des personnes sanctionnées pour avoir « servi d’intermédiaire dans l’achat de pétrole par le régime syrien » à l’EI. Une même conjonction d’intérêts existe dans le secteur gazier. Employé de la compagnie nationale de gaz à Al-Chaddadi, dans le nord-est de la Syrie, jusque début 2015, Abou Ahmed a travaillé un an sous le contrôle de l’EI, tout en continuant à toucher son salaire du gouvernement. « Il y a un accord tacite avec le régime. Ses avions ont bombardé toute la ville, sauf le site. L’usine ne fonctionne pas à plein régime, mais il y a un système de pompage automatique qui envoie le gaz vers les générateurs électriques de Homs et Deir ez-Zor », nous a-t-il confié.

Les agences antiterroristes et les experts ont une vision encore parcellaire des finances de l’EI. L’estimation de ses revenus annuels varie, selon les sources, dans une fourchette comprise entre 700 millions et 2,9 milliards de dollars, sans compter les sommes que l’EI pourrait avoir blanchies sur les marchés financiers.

L’EI aurait pour sa part annoncé un budget de 2 milliards de dollars pour l’année 2015, avec un excédent escompté de 250 millions, selon David Cohen, sous-secrétaire chargé de la lutte antiterroriste et des renseignements financiers au Trésor américain. Un document du ministère des finances de la province de l’EI à Deir ez-Zor, daté de janvier, que s’est procuré le chercheur Aymenn Al-Tamimi, offre un aperçu de la répartition de son budget. Sur 8,5 millions de dollars de recettes mensuelles de la province, 44,7 % proviennent des confiscations, 27,7 % du pétrole et 23,7 % des taxes. Plus de 5,5 millions ont été dépensés, ventilés entre salaires des combattants (43,6 %), bases militaires (19,8 %), services à la population (17,7 %), police islamique (10,4 %), aides (5,7 %) et médias (2,8 %).

Ce document conforte les estimations des experts, pour qui le pétrole n’est pas la source principale de financement de l’Etat islamique. L’organisation, qui contrôle 60 % de la production pétrolière en Syrie et 10 % en Irak, a été incapable de maintenir la production à son niveau de 2014, estimé à plus de 100 000 barils par jour par certains experts. « C’est très difficile à estimer, mais cette production ne doit plus dépasser 20 000 barils par jour aujourd’hui », explique Pierre Terzian, directeur de la revue Pétrostratégies. La main-d’œuvre expérimentée que l’EI a recrutée n’a pas réussi à remettre sur pied des installations déjà en mauvais état ni à raffiner le pétrole à grande échelle. Le baril de brut vendu à 20 ou 30 dollars par l’EI est devenu moins profitable avec la chute des prix du baril.

Flux de liquidités et contrebande

« La capacité d’exportation de pétrole brut de l’EI s’est considérablement réduite. Elle semble se limiter dorénavant à des transactions menées avec le régime syrien dans la région de Deir ez-Zor », estime Patrick Osgood, expert à l’Iraq Oil Report. La production suffit à peine à la consommation locale en territoire EI. ­Selon Louay Al-Khatteeb, le directeur de l’Iraqi Energy Institute du centre Brookings, il faut au minimum de 70 000 à 80 000 barils par jour pour couvrir les besoins : diesel pour les générateurs, essence pour les véhicules et gaz pour la cuisine et le chauffage. Les prix ne cessent donc d’augmenter. « Cela dénote d’une rareté croissante des produits raffinés et probablement d’un recours à la contrebande pour en faire venir depuis l’extérieur, d’autant plus que l’EI n’est pas en mesure de faire produire sur ses territoires des produits raffinés d’une qualité satisfaisante », estime Shwan Zulal.

L’intensification des frappes aériennes ­contre les installations et convois pétroliers de l’EI, en novembre, devrait neutraliser presque totalement cette ressource. L’objectif déclaré de l’opération américaine « Tidal Wave II » est de détruire durablement les deux tiers des capacités de production de l’EI et de dissuader les transporteurs qui traitent avec lui.

Le secteur pétrolier est la cible la plus accessible à la coalition internationale. Mais le nerf de la guerre se trouve dans les flux de liquidités et la contrebande de biens avec l’extérieur, qui apportent à l’EI d’importantes recettes sous forme de taxes et de confiscations. Tarir ces ressources est autrement plus complexe. « On ne peut quand même pas bombarder le marché de Mossoul ! », s’exclame une source onusienne. En dépit des pertes territoriales, l’EI s’est toujours assuré de maintenir ces réseaux d’approvisionnement, essentiels à sa survie.

Les bureaux de transfert d’argent à Kirkouk sont le point nodal des flux financiers vers Mossoul et les territoires de l’EI. Les autorités d’Erbil cherchent, d’après Patrick Osgood, à ­limiter ces flux, en vain. Un ingénieur de Bagdad a ainsi expliqué au Monde pouvoir transférer de l’argent à son cousin à Mossoul, via ­Kirkouk, sans que ce dernier n’ait à se déplacer. Les autorités irakiennes ont, elles, décidé de cesser de verser les salaires aux fonctionnaires vivant dans les zones contrôlées par l’EI depuis juillet  2015. La mesure est appliquée à Mossoul, mais pas à Fallouja, à défaut de listes à jour des fonctionnaires restés sur place ou partis en exil, indique un humanitaire originaire de la ville, déplacé au Kurdistan.

Cela représente un manque à gagner pour l’EI qui appliquait une taxe sur ces salaires. Il lorgne désormais du côté des retraites, qui sont perçues au moyen de cartes à puce dans des bureaux privés disposant d’une connexion à Internet. « L’EI a annoncé que, à partir du 1er décembre, l’accès à Internet ne sera possible que dans des points agréés. C’est une manière de surveiller et de centraliser ce type de transfert d’argent », témoigne un pro­fesseur de Mossoul, exilé à Erbil, en contact avec la ville. En Syrie, en revanche, il semble que l’Etat continuerait à verser des salaires aux fonctionnaires restés dans les zones ­contrôlées par l’EI.

Un autre trafic juteux donne du fil à retordre à la communauté internationale. Le trafic d’œuvres d’art a pris une dimension inédite. Selon le Groupe d’action financière, l’organisme intergouvernemental antiblanchiment, l’EI contrôle plus de 4 500 sites archéologiques, soit un tiers de ceux répertoriés en Irak et en Syrie, qu’il exploite méthodiquement. Des permis de fouille sont attribués à des familles, et des taxes de 20 % à 50 % appliquées sur les objets trouvés. Tablettes de l’ère sumérienne ou artefacts assyriens transitent par camions via les pays limitrophes pour alimenter le marché de l’art international. Les salles de vente ferment les yeux sur l’écoulement de ces objets, et les mesures prises par l’Unesco, en coordination avec Interpol, ont encore peu d’effet.

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MessageSujet: Re: "GUERRE AU TERRORISME" : la grande imposture / CALIFAT et CAPITALISME   Jeu 3 Déc - 11:25


Le « pétrin » de l’Occident



Les États-Unis perdus dans le « Côté Obscur » syrien Alastair Crooke 3/12/15


hors article

Citation :
Au début du mois d’août, l’un des anciens plus hauts responsables du renseignement du Pentagone, le général Michael Flynn, a déclaré que la décision de l’Occident de soutenir la mise en place d’une « principauté salafiste légale ou illégale dans l’est de la Syrie » pour faire pression sur le gouvernement syrien, était une « décision délibérée ». Il a ensuite confirmé que le rapport de l’Agence de renseignement de la Défense sur le développement d’ISIS en Syrie déclassifié en 2012, avait explicitement averti de la possibilité d’un « État islamique » déclaré « par une union d’organisations terroristes en Irak et en Syrie ». Les grands médias n’en ont pas parlé.

Personne n’a voulu toucher la « ligne de haute tension » d’une collusion possible des Américains avec les forces du Califat. Mais la déclaration du général américain était très claire : la « jihadification » du conflit syrien a été une politique « délibérée », et puisque qu’Al Qaeda et l’embryon d’ISIS étaient les seuls mouvements capables d’établir un tel califat en Syrie et en Irak, l’administration américaine et ses alliés ont accepté les conséquences tacites, dans le seul but d’affaiblir ou de renverser l’État syrien.

Nombreux furent ceux qui trouvèrent les commentaires du général Flynn peu crédibles, en dépit de sa connaissance directe des événements. Pourquoi ? La plupart des lecteurs ou téléspectateurs auraient trouvé cela tout à fait paradoxale, et c’est un sujet qui touche encore la blessure suppurante de la psyché occidentale : les attentats du 9/11.

Mais aujourd’hui, avec l’intervention militaire russe et iranienne, le « pétrin » syrien dans lequel l’occident se trouve n’est que trop évident : la Russie garantit une couverture aérienne à l’armée syrienne, qui vise à couper les lignes d’approvisionnement des rebelles depuis la Turquie, d’une part, et à couper la route Mossoul-Alep, de l’autre, avec pour objectif la défaite stratégique d’ISIS. Face à ces actions, les dirigeants occidentaux semblent tergiverser, voire souhaiter entraver les efforts russes et autres contre les forces radicales du Califat, et leur créer des difficultés en soutenant les envois massifs de missiles TOW et MANPADS aux groupes islamistes combattants par leurs fournisseurs du Golfe.

Les forces que le 4+1 (Russie, Syrie, Iran et Irak, plus le Hezbollah) doit battre ne sont pas ISIS, mais Al -Nusra et Ahrar Ash-Sham – les forces djihadistes et du Califat qui n’ont absolument aucun intérêt dans la mise en place d’une politique autre que leur propre victoire. Cependant les dirigeants occidentaux crient au scandale et insinuent que ce sont « nos boys » et qu’ils ne doivent pas être attaqués.


Le « pétrin » de l’Occident

Le « pétrin » dans lequel se trouve l’Occident est visible dans toute la région : les États-Unis et leurs alliés sont à la fois « en guerre » avec les forces radicales sunnites coupeuses de têtes, et « couchent» en même temps avec elles. Comment cela est-il arrivé ? Comment ce « pétrin » peut-il être résolu ? Les racines de l’ambivalence américaine vis-à-vis de l’Islam sunnite radical (comme je l’ai noté précédemment) réside d’abord dans le groupe des Néoconservateurs américains qui formaient une courroie de transmission influente de « guerriers de la Guerre froide » autour du vice-président Dick Cheney, obsédés par le retour de l’influence soviétique au Moyen Orient et par le renversement des États socialistes et nationalistes arabes, considérés à la fois comme des « clients » des soviétiques et comme une menace pour Israël.


La Baas, l’ennemi à abattre

David Wurmser, le conseiller de Cheney pour le Moyen-Orient, insistait, en 1996, sur l’idée que « limiter et accélérer l’écroulement chaotique » du Baassisme devait être la priorité américaine dans la région. Il ne fallait avoir aucune pitié pour le nationalisme laïc arabe « pas même pour endiguer la vague du fondamentalisme islamiste. »

Mais l’utilisation par les Américains (et les Britanniques) des mouvements djihadistes radicaux sunnites pour leurs « visées géopolitiques plus larges » était déjà bien engagée avant 1996.

Dans une interview, publiée par le site Counterpunch, en 1998, on demandait à Zbig Brezinski, le conseiller à la Sécurité du président Jimmy Carter, s’il regrettait que la CIA ait secrètement soutenu les djihadistes en Afghanistan, six mois avant l’intervention militaire soviétique (intervention à la demande de Kaboul). Il répondit :

Counterpunch a écrit:
Brezinski : En effet, le président Carter a signé la première directive sur une aide secrète aux opposants du régime pro-soviétique de Kaboul le 3 juillet 1979. (Les soviétiques sont intervenus le 24 décembre 1979). Et ce même jour, j’ai écrit une note au président dans laquelle je lui ai expliqué que, selon moi, cette aide (aux forces islamistes) allait provoquer l’intervention militaires soviétiques.

C. : Malgré ce risque, vous avez défendu l’action secrète. Mais peut-être vouliez vous que l’Union soviétique entre en guerre et avez-vous chercher à la provoquer ?

A. Brezinski : Ce n’est pas tout à fait ça. Nous n’avons pas poussé les Soviétiques à intervenir, mais nous avons consciemment augmenté la probabilité d’intervention.

C. : Quand les Soviétiques ont justifié leur intervention en affirmant qu’ils avaient l’intention de combattre contre un une opération secrète des États-Unis en Afghanistan, les gens ne les ont pas crus. Cependant, il y avait une base de vérité. Vous ne regrettez rien aujourd’hui ?

B. : Regretter quoi ? Cette opération secrète était une excellente idée. Elle a eu pour effet d’attirer les Russes dans le piège afghan et vous voudriez que je le regrette ? Le jour où les Soviétiques ont officiellement passé la frontière, j’ai écrit au président Carter : Nous avons désormais l’occasion d’offrir à l’Union soviétique leur guerre du Vietnam…

C : Et vous ne regrettez pas non plus d’avoir soutenu les mujahiddines islamistes, de leur avoir donné des armes et d’avoir conseillé de futurs terroristes ?

B. : Qu’est-ce qui est le plus important pour l’Histoire du monde ? Les Taliban ou l’effondrement de l’empire soviétique ? Quelques Musulmans excités ou la libération de l’Europe centrale et la fin de la Guerre froide ? www.cnss.org/data/files

C. : Quelques Musulmans excités ? Mais on a dit et répété : le fondamentalisme islamique représente une menace pour le monde, aujourd’hui.

B. : C’est stupide !




hors article

Bien que le principe d’utiliser des djihadistes sunnites fanatiques pour atteindre les objectifs géopolitiques américains était déjà bien en place, les racines de l’imbroglio américain en Syrie résident plus dans les événements de 2006 et 2007 : la guerre de 2003 en Irak n’a pas fait émerger le bloc régional pro-israélien et pro-américain tel que prévu par les Néocons, mais elle a, plutôt, stimulé un « croissant chiite » puissant de résistance allant d’Iran à la Méditerranée, et les dirigeants du Golfe ont commencé à avoir peur. Les États sunnites étaient « pétrifiés par la renaissance chiite, et la rancœur augmenta face au fait que nous misions sur des chiites modérés en Irak . Comme un conseiller du gouvernement américain le dit alors : « Nous ne pouvons pas inverser le gain chiite en Irak, mais nous pouvons le contenir ».

En 2006, Israël n’a pas réussi à porter atteinte sérieusement au Hezbollah, ce qui a provoqué un débat houleux à Washington :

Vali Nasr, un responsable du Conseil pour les Affaires étrangères à Seymour Hersh
Citation :

« Il semble qu’il y ait eu un débat au sein du gouvernement sur le plus grand danger – Iran ou les radicaux sunnites. Les Saoudiens et certains au sein de l’Administration, considéraient que la principale menace était l’Iran, et les radicaux sunnites un moindre ennemi. C’est une victoire pour la ligne saoudienne ».


Ce fut aussi, d’une certaine manière, une victoire pour les dirigeants libanais proches des saoudiens pro-sunnites qui au cours des années précédentes, avaient renforcé  leurs liens avec les groupes sunnites extrémistes qui épousaient une vision militante de l’Islam, comme Fatah al-Islam, étaient hostile aux États-Unis et favorables à Al-Qaeda. Ces « Alliés secrets du 14 mars » (une coalition libanaise anti-syrienne du nom de la date de la soi-disant révolution du Cèdre) étaient considérés par l’élite sunnite libanaise comme les soldats d’infanterie potentiels, « ayant l’expérience de la guerre » depuis le conflit irakien, qui pouvaient être soutenus et progresseraient suffisamment pour battre le Hezbollah militairement au Liban : ils devaient former les troupes de choc sunnites « du 14 mars », en d’autres mots, ils contrôleraient l’influence chiite et peut-être même les finiraient par les vaincre.

L’expérience libanaise fut présentée à l’Administration américaine par des gens comme Jeff Feltman (alors ambassadeur à Beyrouth), comme la stratégie « pilote » pour ce qui pourrait être fait en Syrie. Les dirigeants du 14 mars arguèrent qu’ils pouvaient contrôler sans problème ces éléments radicaux : En dépit de leur orientation « Al-Qaeda », ils appartenaient, dirent-ils, à la « Grande tente » sunnite, érigée et dirigée par Saad Hariri et l’Arabie saoudite.

La chute de la Syrie portait l’espoir de lever un obstacle entre les ennemis jurés iranien et israélien : le Hezbollah. C’était un projet séduisant pour l’Administration américaine : « Cette fois, un conseiller du gouvernement américain m’a dit, écrivit Seymour Hersh (journaliste américain spécialisé dans les affaires militaires NDT), que Bandar et d’autres Saoudiens avaient assuré la Maison Blanche qu’ils garderaient un œil sur les fondamentalistes religieux. Leur message étaient : « Nous avons créé ce mouvement et nous pouvons le contrôler ». Non que nous ne voulons pas que les Salafistes jettent des bombes : la question est sur qui ils les jettent –le Hezbollah, Moqtada al-Sadr, l’Iran et les Syriens – s’ils continuent d’agir avec le Hezbollah et l’Iran ».

Tous les Saoudiens, cependant, n’étaient pas aussi sûrs : un ancien diplomate, dans une conversation avec Hersh, a accusé le dirigeant du Hezbollah, Nasrallah, d’essayer de « détourner l’État », mais il objecta aussi aux soutiens libanais et saoudiens des djihadists sunnites au Liban : « Les Salafistes en ont assez et sont pleins de haine. Et je suis tout à fait opposé à l’idée de flirter avec eux. Ils détestent les chiites, mais ils détestent les Américains encore plus. Si vous essayez de jouer aux plus fins avec eux, ils joueront aux plus fins avec nous. »


Les conseils de Bandar Bin Sultan

Cheney et son équipe étaient, néanmoins intrigués par les idées de Bandar sur la Syrie. Ils restèrent, cependant, prudents : « Nous devons faire tout notre possible pour déstabiliser le régime syrien et exploiter chaque instant où ils dérapent stratégiquement. »

Dans une interview au Telegraph, en 2007, David Wurmser (ancien conseiller de Cheney et de John Bolton) confirmait « que cela implique la volonté d’escalade autant que nous en aurons besoin pour renverser le régime syrien ». Selon lui, « la fin du régime baassiste entraînera l’écroulement du régime de Téhéran ».

Bandar s’était vanté de sa capacité à contrôler les djihadistes : « Laissez moi ça ! ». Le conseiller à la sécurité de Cheney, John Hannah, notait plus tard :

John Hannah a écrit:
« En tandem avec les États-Unis, Bandar, et ses immenses talents, pouvaient s’avérer être un énorme avantage pour influencer les révoltes de 2011 au Moyen-Orient dans une direction favorable aux intérêts américains. Mais utilisés à d’autres fins, ces mêmes talents pouvaient conduire à des résultats que Washington aurait pu ne pas trouver tout à fait à son goût ».

Ce point - l’entrée de l’Arabie saoudite dans une initiative importante contre la Syrie - a aussi marqué la naissance de l’alliance stratégique entre Israël et l’Arabie saoudite, unis par leur hostilité commune à l’égard de l’Iran. En fait, l’ancien diplomate saoudien avait raison. Ni Hariri, ni le Prince Bandar, ne purent contrôler les forces fanatiques du Califat avec lesquelles ils œuvraient. Si modérés qu’ils fussent, ils ont migré politiquement vers le camp Al-Qaeda et ISIS – tout comme les armes livrées par la CIA. Le conflit syrien se précisait, en grosses lettres, de plus en plus djihadist, exactement comme le général Flynn en avait averti dès 2012.

Le président Barack Obama est claire sur le fait que, depuis le début, il n’a jamais cru dans la notion de « modérés ». En 2012, il dit à Jeffrey Goldberg (journaliste israélo-américain spécialiste des affaires internationales et Israël, NDT) :

Obama a écrit:
« Si vous avez une armée professionnelle bien équipée et soutenue par deux grands États qui ont un énorme intérêt dans l’affaire, et qu’elle combat contre un fermier, un charpentier, un ingénieur qui ont commencé par manifester et se retrouvent soudain au milieu d’une guerre civile, l’idée que l’on aurait pu changer l’équation sur le terrain, proprement, sans impliquer les forces américaines militaires, n’a jamais été juste ».

Obama ne croyait pas dans les « modérés », mais il était sous la pression des « Faucons », y compris son propre émissaire, Fred Hof, et le général Allen, pour accélérer le renversement d’Assad. Cependant, face à Goldberg, le président fut catégorique sur le fait que « nous n’allons pas plonger et être impliqués dans une guerre civile qui concerne, en fait, certains éléments du peuple qui sont sincèrement en train d’essayer d’avoir une vie meilleure, mais qui implique, également, des gens qui, à long terme, nuiraient aux États-Unis ». La réponse, comme si souvent, fut d’utiliser encore plus de moyens secrets pour calmer les « Faucons » en augmentant les opérations clandestines de soutien à l’opposition, y compris les djihadistes.

Barack Obama : Nous estimons que les jours du président Bachar al Assad sont comptés. Ce n’est pas une question de « si », mais de « quand ». Aujourd’hui, pouvons-nous accélérer ça ? Nous agissons avec la communauté internationale pour essayer de réussir (…)


Goldberg : N’y a-t-il rien que vous ne puissiez faire pour aller plus vite ?


Obama : Rien que je puisse vous dire, car vos garanties de secret ne sont pas assez bonnes !

Cependant, l’Administration pouvait voir comment d’autres – et pas « proprement » - étaient « en train de changer l’équation sur le terrain ». En 2014, le vice président Biden était beaucoup plus candide :

« Toute la question est la capacité à identifier un centre modéré en Syrie – il n’y avait pas de centre modéré parce que le centre modéré est composé de commerçants, pas de soldats… Et j’ai constamment dit que nos alliés, nos alliés dans la région, étaient notre principal problème en Syrie. Les Turcs – c’étaient de grands amis, et j’ai eu la meilleure relation avec Erdogan avec qui je viens de passer beaucoup de temps, les Saoudiens, les Émiratis etc. Que faisaient-ils ? Ils étaient si décidés à renverser Assad et à n’avoir qu’une guerre par procuration Sunnites contre Chiites, qu’ont-ils fait ? Ils ont déversé des centaines de millions de dollars et des dizaines de milliers de tonnes d’armes à quiconque combattrait contre Assad, sauf que ceux qui ont été approvisionnés s’appellent Al-Nousra et Al-Qaeda et les éléments extrémistes djihadistes venus d’autres parties du monde.

Où tout ça est-il parti ? Qu’est-ce qui se passe maintenant ? Tout d’un coup, tout le monde se réveille parce que ce groupe appelé ISIL qui était auparavant Al Qaeda en Irak qui quand ils ont été jetés d’Irak ont trouvé un espace ouvert dans le territoire de l’est syrien et ont agi avec Al Nousra que nous avons déclaré groupe terroriste il y a quelques temps, et nous ne pouvions pas convaincre nos collègues d’arrêter de les approvisionner ! Et qu’est-ce qui est arrivé ? Tout d’un coup – je ne veux pas être trop facétieux – ils ont vu Dieu ! (c’est-à-dire que les États du Golfe ont dit qu’ils allaient former une coalition contre ISIS).

Maintenant nous avons, le président a pu former une coalition de nos voisins sunnites, parce que l’Amérique ne peut pas une nouvelle fois aller dans un pays musulman et être vu comme l’agresseur, c’est les Sunnites qui doivent y aller pour attaquer une organisation sunnite !


Se référant à la réunion de juin 2015 avec les dirigeants du Golfe à Camp David, John Hannah, peut-être grâce au bénéfice de l’expérience, a paradoxalement déclaré ceci sur la politique syrienne d’Obama :

Citation :
« Obama sème ses petits cailloux : les Arabes, selon le président des États-Unis doivent tirer des leçons de l’exemple Iranien. En fait, ils doivent lire quelques pages du manuel des Forces de Qods – voulant dire développer leurs propres intermédiaires capables d’affronter pied-à-pied et de battre les agents de l’Iran. Le président semblait s’émerveiller de la capacité de l’Iran à avoir des intermédiaires pour défendre ses intérêts, du Hezbollah aux Houthis en passant par les milices Irakiennes. « Où, demanda-t-il, est l’équivalent du côté sunnite ? Pourquoi, voulut-il savoir en particulier, les Saoudiens et leurs partenaires n’ont-ils pas été capables de « cultiver » assez de Yéménites pour porter le poids du combat contre les Houthis ? Les Arabes, suggéra Obama, ont dramatiquement besoin de développer une boîte à outils qui va au-delà de la force brute d’une intervention. Bien sûr, ils doivent être plus subtils, plus sournois, plus efficaces, en fait, que l’Iran. »


À quoi John Hannah répond (maintenant qu’il bénéficie de plus d’expérience) :
Citation :
« Réfléchissez, se sentant menacés, désespérés, avec un soutien américain incertain et un combat existentiel à mort avec l’Iran chiite, vers quel intermédiaire pensez-vous que les Saoudiens se tourneront, à coup sûr, en un clin d’œil ? Al-Qaeda au Yémen ? Jabhat al-Nosra en Syrie ? État Islamique en Irak ? Impossible, dites-vous ? Peut-être. Mais peut-être pas. »


Le passé n’est pas nécessairement un prologue, mais il est certainement une raison pour agir très, très prudemment. Le président semble avoir un engouement spécial pour les opérations secrètes bon marché, « hors radar » et les activités paramilitaires ; Il semble aussi impatient, voir désespéré, de soulager la charge du meneur américain du monde en forçant ses difficiles alliés à se dépêcher de discipliner leurs propres voisins.  « Combinez ces impulsions et tout semblera parfait en théorie pour contrer l’Iran. Mais c’est le Moyen-Orient et le djihad qui arrive contre la conflagration du djihad sectaire ne fait que commencer. Soyez donc prudent sur ce que vous espérez ».


Transformer un cercle en carré

D’où la nature du chaos en Syrie : parfois il n’est pas possible de transformer un cercle en carré en concédant une portion à chaque partie – aux Faucons nationaux, au secteur des Opérations spéciales, aux alliés du Golfe – tout en essayant de tenir la ligne de non intervention militaire américaine. La sémantique et le « maquignonnage » mis à part, peu importe la fréquence des changements de nom, al-Qaeda/Al Nosra et autres du même acabit (Ahrar Ash-Sham, etc) ne pourra jamais signifier « modérés », dans n’importe quel sens du terme.

Tom Friedman (journaliste américain, éditorialiste du New York Times, affaires internationales-NDT)
Citation :
« Obama a eu raison, dans son ambivalence quant à un engagement plus fort en Syrie. Mais il n’a jamais eu le courage de sa propre ambivalence pour expliquer son raisonnement au peuple américain. Il a continué de se laisser taper dessus en faisant et en disant des choses que ses tripes lui disaient qu’elles ne marcheraient pas, et a reçu le pire de tous les mondes : sa rhétorique dépasse la politique et la politique ne marche pas ».

Il n’est, donc, pas surprenant, dans ces conditions, que certains en Amérique commencent (prudemment) à considérer le président Poutine et son initiative militaire comme la seule voie pour trancher le nœud gordien et délivrer le président Obama du « nœud » de son ambivalence : laissons la Russie et ses alliés battre ISIS et laissons « le fermier, le charpentier, l’ingénieur qui ont commencé comme manifestants, et soudain se voient aujourd’hui au milieu d’une guerre civile », comme dit Obama, entrer d’une manière ou d’une autre, dans le processus politique. Ce pourrait être là le début d’un « exploit ».


* Alastair Crooke est un diplomate qui a joué un rôle important dans le Renseignement britannique et la diplomatie européenne. Il est le fondateur et le directeur du Forum des Conflits qui prône un engagement entre l’islam politique et l’Occident.


Source : www.conflictsforum.org

Traduction Christine Abdelkrim-Delanne

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MessageSujet: Re: "GUERRE AU TERRORISME" : la grande imposture / CALIFAT et CAPITALISME   Jeu 3 Déc - 12:32

Ce qui se passe en Syrie est une tragédie, mais nous sommes loin d’un conflit planétaire

Aron Lund, rédacteur en chef de Syria in Crisis au centre Carnegie pour la paix internationale

La guerre en Syrie, un conflit international d'un nouveau genre Bachir El Khoury Slate.fr 01.12.2015


Dégâts causés par les frappes aériennes russes dans la région d’Alep
le 7 octobre 2015 | REUTERS/Ammar Abdullah

Elle mobilise plus d'un tiers des pays de la planète, mais n'est pas une guerre mondiale. Elle manifeste les frictions entre les Etats-Unis et la Russie, mais n'est pas une nouvelle Guerre froide. Elle rappelle la guerre d'Afghanistan, mais dans un monde multipolaire

Citation :
Même si le troisième incident militaire en sept semaines entre Ankara et Moscou a été vite contenu par les deux pays, l’abattement d'un Su-24 par l’aviation turque, le 24 novembre, reste un vecteur de tension dans un contexte déjà assez explosif. Si certains voient dans cette succession d’évènements –deux autres incidents similaires avaient eu lieu le 3 et 16 octobre– une simple tentative de conforter les leviers d’influence en vue des négociations actuelles sur la Syrie, d’autres y perçoivent les germes d’un embrasement régional, voire l’étincelle d’un nouveau conflit planétaire entre les principaux protagonistes de la crise syrienne. Entre le 30 septembre, date du lancement officiel de l’opération russe, et le 13 novembre, ces craintes étaient d’ailleurs assez vives malgré la délimitation de l’espace aérien et l’accord conclu entre Moscou et Washington le 20 octobre pour un partage du ciel syrien.

Mais les attentats de Paris et le rapprochement conséquent entre la France et la Russie avaient éloigné ce spectre et laissé croire à l’émergence d’un front mondial contre le terrorisme international –une «autre» Grande guerre, qui aurait déjà commencé, selon certains, en 2001. Cette parenthèse a toutefois vite cédé la place à de nouvelles spéculations sur un troisième conflit planétaire, qui serait différent dans la forme, mais qui partagerait de nombreuses similitudes de fond avec celui de 1914 et de 1939.

Le principal argument: le nombre d’acteurs désormais impliqués dans le conflit syrien, à la tête desquels se trouvent la quasi-totalité des membres permanents du Conseil de sécurité; en effet, quelques 70 Etats, soit plus du tiers des pays de la planète, participent désormais de manière directe ou indirecte à ce conflit à travers des alliances militaires, auxquels s’ajoutent les milliers de mercenaires provenant de pays qui ne sont pas forcément impliqués sur le plan officiel (Kazakhstan, Ouzbékistan, etc.).

À elle seule, la coalition internationale mise sur pied par les États-Unis en septembre 2014 regroupe une soixantaine de pays, même si seule une dizaine d’États sont réellement engagés dans les raids aériens. La récente intervention russe a, en outre, mobilisé davantage de légionnaires antirusses ainsi que certains pays, dont la Chine, qui se serait rangée très discrètement auprès de son voisin et allié stratégique.


«Conflits de grande envergure»

Parmi les autres arguments évoqués par les théoriciens d’une «WWIII» figurent les similitudes entre certains événements récents et ceux ayant précédé la Seconde Guerre mondiale. Le parallèle porte notamment sur la Grande Dépression de 1929 et la crise internationale de 2008, lesquelles ont été suivies d’une radicalisation de l’Allemagne, dans le premier cas, et du monde arabo-musulman, dans le second, mais aussi de la Russie dans une certaine mesure, dont le nouveau «tsar» cherche à venger l’humiliation subie lors de la chute du bloc soviétique il y a vingt-six ans. À ces analogies se greffent enfin des points de convergence entre le conflit syrien et la guerre d’Espagne, qui fut également un prélude à la guerre de 1939.

Pour d’autres, les probabilités d’un scénario catastrophe à l’échelle internationale restent néanmoins faibles. « L’expression “Guerre mondiale” est généralement assimilée à une série de conflits de grande envergure et simultanés entre divers États, provoquant des destructions massives ainsi que des millions de morts. Certes, ce qui se passe en Syrie est une tragédie, mais nous sommes loin d’un conflit planétaire », tempère Aron Lund, rédacteur en chef de Syria in Crisis au centre Carnegie pour la paix internationale.

« Pour la première fois depuis la guerre de Corée (1950-1953), l’armée russe combat sur le même théâtre que les États-Unis. Mais aucune puissance n’est prête ou désireuse d’engager des ressources conséquentes, à commencer par Washington », ajoute de son côté Julien Nocetti, chercheur à l’Institut français des relations internationales (Ifri).

Cette volonté d’éviter toute dynamique frontale, même par procuration, a été, du moins officiellement, réitérée à maintes reprises par le président Barack Obama –une attitude prudente que les Américains ne sont d’ailleurs pas les seuls à adopter. «L’Europe, en voie de démilitarisation, reste tiraillée entre plusieurs approches. Quant à la Russie, la réalité de sa situation économique rattrapera sans doute ses ambitions stratégiques, surtout si le prix du pétrole reste à son niveau actuel», ajoute Nocetti, spécialiste de la politique russe au Moyen-Orient.


Guerre froide par procuration

Il n’en demeure pas moins que le conflit syrien, qui rentrera dans sa sixième année en mars prochain, a pris, depuis le début de l’intervention russe, les allures d’une guerre par procuration entre les deux anciens ténors de l’ère bipolaire. L’offensive militaire russe intervient au lendemain de l’annexion de la Crimée en Ukraine et de la guerre dans le Donbass, où la Russie tente toujours d’étendre son influence malgré le cessez-le-feu et les accords Minsk 1 et Minsk 2.

Dans une tribune intitulée «Pourquoi une nouvelle guerre froide entre la Russie et l’Occident se dessine» publiée en octobre sur le site Challenges, le géopolitologue Jean-Sylvestre Mongrenier soutient ce point de vue:
Citation :

« La diplomatie russe met l’accent sur la menace commune incarnée par l’État islamique, mais l’engagement militaire sur le théâtre syro-irakien, un espace complexe où plusieurs guerres se superposent, s’inscrit dans une logique d’opposition à l’Occident.»


Pour Julien Nocetti, cette intervention «sans mandat onusien mais “à la demande de l’État syrien” constitue, en outre, une forme de pied de nez aux Américains en matière d’interventionnisme». Il précise: « Le langage utilisé par Moscou pour justifier son opération militaire emprunte d’ailleurs à la terminologie utilisée par les Américains pour décrire leur invasion de l’Irak [en 2003, NDLR].»

Dans un univers unipolaire ayant érigé les États-Unis et son principal appui, l’Otan, en gendarme du monde au cours du dernier quart de siècle –avec comme ultime épisode la guerre en Libye, perçue comme une trahison par Moscou–, Vladimir Poutine chercherait à «rééquilibrer» un rapport de force longtemps en défaveur de son pays depuis la chute de l’URSS, et à redorer le blason d’une ancienne puissance mondiale en déclin.


Monde multipolaire

Après le coup de force en Ukraine, l’homme fort du Kremlin semble ainsi vouloir « briser le monopole de l’Otan en matière d’interventions militaires au Moyen-Orient, soixante ans après que la Russie a rompu le monopole occidental sur les armes dans cette région », rappelle le spécialiste à l’Ifri.

Le révisionnisme géopolitique entamé par Poutine ne vise pas pour autant à «reconquérir» la moitié de la planète et à l’intégrer à un bloc politique transnational, fondé sur une idéologie spécifique, face à un autre, comme cela a été le cas entre 1945 et 1989.

« À l’époque, les Américains et les Russes étaient à la tête de deux camps idéologiques rivaux. La situation est désormais différente. En outre, les États-Unis sont toujours une superpuissance, tandis que la Russie, en dépit de son arsenal nucléaire, d’une grande armée et d’importantes ambitions, reste une puissance moyenne à supérieure, en raison de sa posture économique », souligne Aron Lund.

Selon lui, Moscou chercherait, parmi d’autres objectifs, à réaffirmer son rôle d’acteur incontournable sur l’échiquier mondial et à être pris « plus au sérieux » dans les calculs et les desseins de la politique internationale.

Autre dissonance majeure avec l’époque du Rideau de fer: la montée en puissance de nouveaux acteurs au cours des deux dernières décennies –la Chine et l’Inde en tête– et l’émergence conséquente, quoique encore balbutiante, d’un monde multipolaire post-occidental. Dans cette nouvelle configuration ou équation géopolitique globale, le défi du pouvoir russe est d’autant plus laborieux pour asseoir son rôle de premier rang. « Désormais, la Russie fait face à la concurrence de plusieurs acteurs, ce qui est, en soi, antinomique avec l’ère bipolaire », souligne Aron Lund. « L’histoire se répète toujours deux fois, la première comme une tragédie, la seconde comme une farce », ajoute-t-il, citant Karl Marx.

Guerre d’Afghanistan bis

Si le conflit en Syrie n’est donc pas tout à fait une nouvelle Guerre froide, encore moins le noyau d’une Troisième Guerre mondiale, il risque néanmoins de se transformer, progressivement en une nouvelle guerre d’Afghanistan, en cas d’échec des négociations actuellement en cours. Avec la récente intervention russe, l’Arabie saoudite et la Turquie vont sans doute «renforcer leur aide militaire aux groupes opposés au régime syrien. La question est donc de savoir si l’on s’apprête à vivre un “Afghanistan bis”: dans les années 1980, les États-Unis et l’Arabie saoudite avaient financé la rébellion islamiste face aux Soviétiques en leur livrant notamment des missiles portatifs Stinger, qui avaient causé des pertes considérables à l’Armée rouge», souligne, à cet égard, Julien Nocetti.

Cette guerre, qui avait duré dix ans, de 1979 à 1989, s’était finalement soldée par un retrait des troupes soviétiques et avait provoqué la mort de plus de 1,2 million d’Afghans, dont 80% de civils. Loin d’être achevée au lendemain du retrait russe, elle s’est poursuivie avec l’arrivée des talibans au pouvoir en 1996 avant qu’une nouvelle guerre « contre le terrorisme » ne soit lancée, après les attentats du 11 septembre 2001. Celle-ci aura duré jusqu’en 2014 et coûté aux États-Unis 800 milliards de dollars, sans que l’Afghanistan ne renoue avec la stabilité ou que le risque terroriste ne soit anéanti.

Bachir El Khoury


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MessageSujet: Re: "GUERRE AU TERRORISME" : la grande imposture / CALIFAT et CAPITALISME   Ven 4 Déc - 9:33

il y a de ces nouvelles, parfois, qui ne changent pas grand chose, mais qui font quand même plaisir

Les Danois votent contre une coopération policière renforcée avec l’UE Le Monde.fr avec AFP et Reuters 03.12.2015


Des Danois font la queue dans un bureau de vote à Copenhague, le 3 décembre

Les Danois ont rejeté par référendum, jeudi 3 décembre, une participation de leur pays aux programmes européens de sécurité. Le non, défendu par l’extrême gauche et le Dansk Folkeparti (Parti du peuple danois), pourtant soutien au Parlement du gouvernement, a obtenu 53,1 % des suffrages, contre 46,9 % pour le oui, selon des résultats définitifs

Citation :
L’enjeu de ce scrutin était de savoir si le Danemark voulait continuer à être dans Europol, l’agence intergouvernementale chargée de la lutte contre le crime organisé, les trafics et le terrorisme. Le traité de Lisbonne a changé la donne et, pour continuer à en faire partie, le Danemark devait renoncer à certaines de ses exemptions, obtenues après qu’il eut rejeté le traité de Maastricht, en 1992. Le non triomphant, le Danemark s’exclut donc d’Europol, du moins jusqu’à négociation d’un accord séparé.

Le premier ministre, Lars Lokke Rasmussen, a reconnu la victoire du non au référendum. Il s’est efforcé de ne pas livrer une interprétation négative du résultat :

« Les raisons pour lesquelles les Danois ont refusé de choisir ce que nous proposions sont probablement liées au fait qu’il y a ce sentiment d’incertitude étant donné que l’Europe est actuellement confrontée à d’autres problèmes majeurs que nous n’avons pas véritablement réglés. »

« Plus d’UE ? Non merci »

Le référendum, le huitième soumis aux électeurs du royaume scandinave depuis celui sur son adhésion à l’UE en 1972, confirme la défiance de l’opinion danoise à l’égard du projet européen, mais aussi la grande forme du Parti du peuple danois.

Cette formation anti-immigration, premier parti de droite, a fait campagne sur le thème « Plus d’UE ? Non merci », séduisant une partie des nombreux électeurs indécis.

Initialement prévu en 2016, ce référendum a été avancé afin d’éviter des interférences avec celui que le Royaume-Uni doit convoquer avant 2017 sur son appartenance européenne. Ce résultat devrait d’ailleurs conforter toutes les forces, dans les divers pays de l’UE, et surtout au Royaume-Uni, qui militent pour un retour vers davantage de souveraineté nationale.


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MessageSujet: Re: "GUERRE AU TERRORISME" : la grande imposture / CALIFAT et CAPITALISME   Ven 4 Déc - 9:40

Suisse

L'EI se renforce dans son fief libyen de Syrte

Visées stratégiques — Profitant du chaos qui règne dans ce pays où deux gouvernements se disputent le pouvoir, le groupe Etat islamique a implanté sa base à Syrte



A l'arrière-plan des tanks aux mains des djihadistes de l'EI
à proximité de leur fief libyen de Syrte. ARCHIVES/Keystone

L'Etat islamique (EI) ne cesse de se renforcer dans son fief libyen de Syrte, où affluent combattants et nouvelles recrues étrangères. Des experts de l'ONU soulignent toutefois que les djihadistes font face à une forte résistance de la population en Libye

Citation :
«L'EI a des visées stratégiques sur la Libye depuis longtemps et l'on constate désormais que de plus en plus de combattants (...) affluent vers Syrte au lieu de se diriger vers la Syrie», indique à l'AFP Mattia Toaldo, expert au conseil européen des relations extérieures (ECFR).

Profitant du chaos qui règne dans ce pays avec des combats meurtriers entre milices rivales et deux gouvernements se disputant le pouvoir, le groupe ultraradical a implanté en février sa base à Syrte, la ville natale du défunt dictateur Mouammar Kadhafi, sur le bord de la mer Méditerranée, à 450 km de la capitale Tripoli.

Des responsables de l'armée loyale aux autorités reconnues, basées dans l'est, affirment aussi que la ville est devenue une destination de choix pour de nouvelles recrues.

Formation et initiation

«Syrte est désormais le centre (...) où les nouvelles recrues sont formées et initiées à l'idéologie de l'EI», a déclaré à l'AFP le commandant Mohamed Hijazi, porte-parole de l'armée du gouvernement reconnu dirigée par le colonel Khalifa Haftar.

«Des centaines de combattants étrangers affluent de Tunisie, du Soudan, du Yémen mais également du Nigeria pour être formés et prêts à mener des attentats dans d'autres pays», affirme un colonel des forces gouvernementales qui a préféré garder l'anonymat.

Une source du ministère libyen des affaires étrangères évalue le nombre des combattants recrutés par l'EI à Syrte «à plusieurs milliers». Il souligne sa crainte de voir «ce nombre augmenter dans le contexte des pressions que le groupe subit en Syrie et en Irak».

Un autre responsable du gouvernement libyen reconnu indique que «les frappes contre Daech - acronyme en arabe de l'EI - (en Irak et en Syrie) pourraient le pousser à transférer ses chefs et des centres de commandements vers la Libye».

Plusieurs milliers de combattants

L'ONU évalue le nombre de combattants locaux de l'EI entre 2000 et 3000, dont 1500 à Syrte. «Tout a changé à Syrte. Les combattants de Daech sillonnent les rues comme s'ils étaient chez eux. Ils vérifient que les gens ne ratent aucune prière, appliquent les lois de la charia et l'on voit rarement des femmes», témoigne un ancien responsable du conseil local de Syrte, réfugié à Misrata (200 km à l'est de Tripoli).

«Lorsque l'on s'approche d'un checkpoint» contrôlé par l'EI, «on est salué avec un accent soudanais, puis à un autre barrage par un accent tunisien ou des pays du golfe Persique», a-t-il ajouté.

L'EI tente de donner une image de normalité à Syrte en organisant des reportages sur l'inauguration de nouvelles pâtisseries ou boucheries, mais elle diffuse également des vidéos sur des amputations de mains pour rappeler sa présence impitoyable.

«Tant que le conflit continue en Libye, l'EI sera capable de maintenir une présence si importante en Libye qu'elle pourra soutenir ses branches dans toute la région», souligne la société d'analyse de risques britannique Verisk Maplecroft dans une étude publiée mercredi.

Sommet sur la Libye

A Paris, le premier ministre français Manuel Valls a averti mardi que la Libye serait «incontestablement le grand dossier des mois qui viennent». Ancienne puissance coloniale, l'Italie est désireuse de créer les conditions pour réunir un sommet international sur la Libye à l'image de la conférence sur la Syrie organisée à Vienne.

Mais pour l'instant aucune solution politique n'est en vue pour mettre fin au conflit. Les pourparlers pour former un gouvernement d'unité nationale, menés sous l'égide de l'ONU à l'automne, ont échoué et n'ont pas encore repris.

Le groupe djihadiste tente donc d'élargir sa zone d'influence notamment vers Ajdabiya. Contrôlée par des milices armées loyales au gouvernement reconnu, la ville se situe à quelque 350 km de Syrte et à 190 km de Benghazi, dans une zone où se concentre la plupart des gisements et terminaux pétroliers et gaziers. L'EI se bat aussi dans certains quartiers des villes de Derna et Benghazi.

L'EI est «une menace évidente à court et long terme en Libye», ont reconnu des experts de l'ONU dans un rapport publié mardi. Mais il «fait face à une forte résistance de la population ainsi qu'à des difficultés à bâtir et entretenir des alliances locales», ont-ils souligné.


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MessageSujet: Re: "GUERRE AU TERRORISME" : la grande imposture / CALIFAT et CAPITALISME   Ven 4 Déc - 15:57



Vers un possible usage d’armes nucleaires tactiques en Syrie /Irak si ...?:


Putin Orders “Doomsday” Plane Into Air After Military Warns US-Turkey Plot Is “Beyond Staggering” Sorcha Faal, and as reported to her Western Subscribers December 2, 2015
Citation :

The Ministry of Defense (MoD) is reporting today that President Putin has ordered the Federation’s Ilyushin-80 giant command and control aircraft designated for use during nuclear war (otherwise known as the “Doomsday plane”) to prepare for worldwide war operations within a fortnight after military intelligence analysts discovered a “beyond staggering” plot by United States and Turkish government factions to bring down Turkey’s President Recep Erdogan and replace him with the Central Intelligence Agency (CIA) “designated figurehead” Fethullah Gulen—while at the same time utilizing Islamic State terrorists as “leverage”...



Le “concept-Daesh” et notre Grande Crise-Système

Citation :
4 décembre 2015 – D’abord, il y a la personnalité et la vie professionnelle qui en disent long. Gloria Eiland, général israélien à la retraite : il quitta l’armée en 2003, après de nombreux postes opérationnels et de planification, puis de direction, pour être rappelé par le Premier ministre Sharon en 2004, à la tête du Conseil National de Sécurité israélien. Il démissionna en juin 2006, après avoir informé la direction politique qu’il était arrivé au bout de ses capacités de tenter d’influencer le processus de décision de sécurité nationale d’Israël, qu’il jugeait, et qu’il juge toujours, profondément retranché dans sa sclérose bureaucratique et son incapacité d’adopter quelque novation que ce soit dans sa perception de la situation. Il s’agit donc d’un esprit à la fois doté d’une prodigieuse expérience professionnelle, à la fois ayant identifié et condamné les tares de le version israélienne du Système qui pèse sur la politique israélienne.



L’article que signe Eiland dans le Guardian du 1er décembre, sur la querelle entre la Russie et la Turquie, et surtout sur les sentiments et perceptions à long terme des élites de sécurité nationale de ces deux pays, est d’un prodigieux intérêt.

(Sputnik.News en a fait aussitôt une présentation, ce même 1er décembre, ce qui montre que les Russes ne sont pas trompés sur l’intérêt de la chose, et notamment pour leur propre cause dans la crise actuelle.)...

Russia is Right: Turkey Acts Against Common Interests in Fight Against ISIL

Citation :
Writing for the Guardian, former head of Israel’s National Security Council Giora Eiland relates his own past experiences in dealing with both the Turks and the Russians, and argues that Moscow has had the right anti-terror strategy all along.


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MessageSujet: Re: "GUERRE AU TERRORISME" : la grande imposture / CALIFAT et CAPITALISME   Sam 5 Déc - 6:39


Chronique « Lex Americana » Chérif Abdedaïm 4 décembre 2015 les7duQuébec


La résolution 2249 du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies, qui prépare la guerre contre la Syrie, vient d’être publiée. Votée vendredi 20 novembre, elle était sous embargo jusqu’au lundi 23, à 18 h 30, heure de New York, mais s’avère foncièrement identique au projet rédigé et diffusé en anglais par la France



Citation :
Pour mémoire, sur ce sujet de la lutte contre le terrorisme en général et l’État islamique en Irak en au Levant en particulier, la Russie avait présenté un projet de résolution le 30 septembre, qui a été bien accepté par la plupart des membres du Conseil mais bloqué par le Royaume-Uni, soutenu par les États-Unis d’Amérique et la France, au motif que ce projet prévoyait une coordination des efforts de lutte contre l’État islamique : coordination entre intervenants mais également avec les pays où cette lutte est menée, ce qui ne convenait pas aux pays membres de l’Alliance atlantique.

De son côté, la France a présenté son propre projet, et la Russie, voulant éviter une compétition des propositions ou une division du Conseil, n’a finalement pas re-présenté son projet, et a voté celui de la France.

Elle le regrettera, comme elle a regretté d’avoir laissé passer le 17 mars 2011 la résolution 1973, immédiatement brandie et outrepassée par la France et l’alliance islamo-atlantique pour attaquer la Libye.

Mais, ce qui est à souligner surtout, c’est que la résolution 2249 suspend la souveraineté de la Syrie et de l’Irak, puisqu’elle ne mentionne pas leurs gouvernements ni la nécessité de les associer à ce que l’on entreprendra sur leurs territoires nationaux.

Les pays qui en ont les moyens sont encouragés à engager des campagnes militaires «dans les zones contrôlées par l’EIIL en Irak et en Syrie » en ignorant totalement ces deux pays, leurs gouvernements et leurs frontières.

Afin que les choses soient bien claires, dans son discours d’explication des raisons pour lesquelles les États-Unis votaient en faveur de cette résolution, l’ambassadrice états-unienne Michele Sison mentionne avec insistance l’urgence de procéder à un changement de régime en Syrie.

Voilà ce qui se cache réellement derrière la résolution 2249 du Conseil de sécurité de l’ONU : sous le prétexte de quelques attentats terroristes, c’est la reconnaissance de l’État islamique en Irak et au Levant comme acteur international, l’intensification de la guerre contre la Syrie, l’enregistrement de sa perte de contrôle d’une partie de son territoire, et la suspension de sa souveraineté sur l’ensemble de celui-ci.

Et pourtant, Allant au-delà du programme de la Société des Nations de l’entre-deux-guerres, les Nations Unies ont reconnu le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes (article 1 de la Charte), le respect de l’intégrité territoriale et de l’indépendance politique des Etats et la non-intervention dans les affaires relevant essentiellement de la compétence nationale d’un Etat (article 2), de même que la nécessité de régler de manière collective les problèmes menaçant la paix et la sécurité internationales (article 24).
Depuis que les Etats-Unis sont la seule superpuissance de la planète, c’est avant tout de leur comportement que dépend la sauvegarde ou la disparition de l’architecture internationale de sécurité que le monde s’est donnée au cours des cinquante dernières années.

Aujourd’hui, l’Assemblée générale de 190 membres n’a plus guère voix au chapitre. Les décisions essentielles sont prises par les quinze délégués qui forment le Conseil de Sécurité (cinq membres permanents disposant d’un droit de veto plus dix membres choisis pour une durée de deux ans). Théoriquement, les cinq « grands » – USA, Royaume-Uni, France, Russie et Chine – font la pluie et le beau temps. C’était du moins le cas jusqu’en 1990 : occidentaux d’un côté, communistes de l’autre pouvaient bloquer toute décision jugée non conforme à leurs intérêts. Avec la liquidation de l’URSS et la restauration progressive du capitalisme en Chine, ces deux pays ont enterré leurs ambitions internationales et évitent avec soin de se laisser entraîner dans des conflits extérieurs.

Autant dire, donc, que l’ONU, remplacée de facto par son Conseil de Sécurité, est devenue aussi inutile que possible. Sa seule fonction, aux yeux de l’administration américaine actuelle, est d’apaiser l’opinion mondiale au cas où cette dernière ne comprendrait pas ce que veut l’Amérique. Si l’organisation internationale n’exécute pas avec diligence les ordres reçus de la Maison Blanche, on se passe d’elle, tout simplement. Dans ce contexte, la phrase suivante, lue sur le site www.un.org à la rubrique Conseil de Sécurité, prend une saveur toute particulière: « Lorsqu’un différend aboutit à un conflit armé, le Conseil s’occupe avant tout d’y mettre fin le plus rapidement possible. »
Le journaliste britannique John Lichfield écrit dans The Independent, en février 2003 : « Si le Conseil de Sécurité de l’ONU veut survivre, il doit le faire, dans le monde de l’après-11 septembre, en tant que réincarnation d’une sorte de Soviet Suprême international, dont la mission est d’entériner les visions de l’Amérique. »

Les Etats-Unis ont donc fait de l’ONU un organisme à leur botte, servile et empressé. Par la même occasion, ils protègent de leur veto systématique un autre pays, aussi arrogant qu’eux-mêmes et aussi peu respectueux du droit international : Israël. Sans le moindre risque et sans la moindre conséquence, le régime sioniste peut se permettre, depuis 1967, de bafouer toutes les résolutions prises à son encontre : un cas sans précédent dans toute l’histoire de l’organisation internationale.

En mars 2005, Koffi Annan, à la tête de l’ONU présente un projet de « réforme » de la moribonde organisation internationale : il y aurait désormais au Conseil de Sécurité 24 membres au lieu de 15 (l’Allemagne et le Japon seraient membres permanents) ; en revanche, la Commission des Droits de l’homme (présentement 53 pays) subirait un « dégraissage » et verrait ses prérogatives rehaussées (du moins en théorie) ; elle deviendrait en quelque sorte un organe aussi important que le Conseil de Sécurité. De la sorte, les pouvoirs déjà bien faibles de l’Assemblée générale seraient quasiment réduits à néant. Le tout aurait lieu « au nom de la lutte contre le terrorisme et la pauvreté » – ce qui ne manque pas de piquant quand on sait que les Etats-Unis sont la principale cause de terrorisme et de pauvreté dans le monde.

L’application des principes d’auto-détermination, de non-ingérence et d’intégrité territoriale :

Ces principes, qui constituent l’ossature de la Charte de l’ONU, ont toujours été difficiles à mettre en oeuvre, tant ils sont à double tranchant. L’auto-détermination exclut souvent l’intégrité territoriale et peut être utilisée pour abolir celle-ci; la non-ingérence sert souvent à étouffer l’auto-détermination.

Tant qu’existaient deux grands blocs antagonistes, un glacis s’est établi autour de chacun d’eux, toute violation des principes de l’ONU à l’intérieur d’un des blocs n’entraînant aucune réaction sérieuse de la part de l’autre. Cette acceptation tacite et réciproque a plus ou moins bien fait ses preuves, mettant à l’abri d’une guerre les populations des deux blocs – mais n’empêchant pas, malheureusement, les conflits externes.

Depuis 1990, tout a changé: plus de blocs, plus de glacis, plus d’abri. Les trois principes de l’ONU tombent chaque jour un peu plus en désuétude, faisant place dans les relations internationales à la loi de la jungle, à la loi du plus fort. Le plus fort étant en l’occurrence les Etats-Unis, ce pays déforme la loi internationale pour l’adapter à ses besoins hégémoniques ou agit tout simplement comme si la loi n’existait pas. Pour cela, il suffit de dresser la liste des guerres et agressions militaires états-uniennes pour s’en apercevoir.
L’interprétation de la notion de menace pour la paix et la sécurité internationales :
La Charte des Nations Unies confère au Conseil de Sécurité la responsabilité de lutter contre cette menace en prenant les mesures nécessaires dans l’éventualité d’une agression d’un Etat par un autre.

Dans le cas des attentats du 11 septembre, afin de transformer cet acte de terrorisme interne en menace pour la paix internationale et d’obtenir ainsi la caution de l’ONU, les USA ont prétendu qu’il s’agissait d’un « acte de guerre » soutenu par un Etat étranger. Pour les raisons mentionnées plus haut, le Conseil de Sécurité a suivi cette argumentation, « autorisant » ainsi la guerre américaine contre l’Afghanistan.

Si l’ONU avait rempli correctement son rôle, elle aurait bien entendu rejeté la demande des Etats-Unis. Plus encore, elle n’aurait jamais toléré que l’agresseur américain déclenche ses bombardements. Mais depuis 1990, l’ONU n’est plus en mesure ou n’a plus la volonté de s’opposer à l’arbitraire de Washington. En 2002, la Maison Blanche n’estime même plus nécessaire de recourir à une interprétation abusive de la Charte de l’ONU. Elle se déclare « menacée » par une attaque « future » et agit de manière « préventive » – que l’ONU suive ou non.

Le Conseil de Sécurité de l’ONU a-t-il le droit de déclarer la guerre ?
Aucun article de la Charte et aucun autre texte ne donne au Conseil un tel pouvoir. Une intervention n’est prévue qu’en cas de légitime défense, c’est-à-dire lorsqu’un conflit a déjà éclaté et que des mesures sont à prendre contre le pays agresseur. Ni dans le cas de l’Afghanistan en octobre 2001, ni dans celui de l’Irak un an plus tard, une telle intervention n’est justifiable. Une guerre par procuration, menée au nom des Nations Unies par un Etat ou groupe d’Etat (par l’exemple l’OTAN) n’est pas davantage admise ou couverte par le droit international. Et pourtant, il faut rappeler que plus de 90 % des pays siégeant à l’Assemblée générale des Nations Unies n’ont pas du tout été consultés et ne le seront pas. Et c’est cependant en leur nom que les USA et leurs vassaux ont déclaré la guerre à l’Irak. On mesure le degré de perversion atteint par ce qui devait être à l’origine un système de sécurité collective.

Le droit de la guerre : Les Etats-Unis refusent que la Convention de Genève de 1929, révisée en 1949, portant sur le droit humanitaire en cas de conflit armé, soit appliquée aux prisonniers considérés comme « talibans » ou « membres d’Al-Qaïda », capturés en Afghanistan ou ailleurs et transférés vers la base militaire de Guantánamo Bay (base que les Américains occupent illégalement en territoire cubain). Le Pentagone considère qu’il s’agit de « combattants illégaux », de « terroristes », de « détenus du champ de bataille ». Ces termes n’ont en fait aucune valeur juridique internationale, puisqu’ils ne sont définis nulle part. En revanche, la Convention de Genève concerne « les membres des forces armées, de même que les membres des milices et des corps de volontaires faisant partie de ces forces armées », catégories dont relèvent bien les prisonniers de Guantánamo, si l’on s’en tient aux affirmations américaines.

Ce n’est pas seulement le statut de ces prisonniers qui est en cause, mais aussi le traitement qui leur est réservé. Les USA estiment qu’ils n’ont pas, là non plus, à se conformer à la Convention de Genève. Et si le droit international est déclaré inapplicable aux talibans, le droit américain – déjà peu équitable, surtout depuis le 11 septembre – ne vaut pas davantage pour eux, puisqu’ils sont détenus hors du territoire US. (dans ce contexte, cf A U.S. Gulag For Children – des enfants de 13 ans à Guantánamo).

La répression des crimes de guerre : Si les Nations Unies étaient parvenues à mettre en place, après le Tribunal allié de Nuremberg, un système universellement accepté pour la répression des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, elles auraient accompli la mission qui leur avait été impartie en 1945. Malheureusement, il n’en a rien été.
Après la dissolution du bloc de l’Est, l’unique superpuissance et ses alliés dociles ont créé la caricature d’un tel système en établissant le Tribunal pénal international de La Haye (TPI), soi-disant destiné à juger les crimes de guerre commis dans l’ex-Yougoslavie. Ce « tribunal » est parfaitement illégal car il n’émane pas de l’Assemblée générale de l’ONU, seule compétente pour la création d’un tel organe, mais du Conseil de Sécurité, ou plutôt de ses animateurs. Le personnel de ce « tribunal » a été choisi par les Etats-Unis, qui en assurent d’ailleurs le financement. Il se trouve donc que les « accusés » que l’on fait « comparaître » ne sont pas les criminels de guerre américains, anglais, français, allemands et autres, qui ont violé la souveraineté d’un Etat membre de l’ONU et procédé à son dépeçage avant de lancer contre lui une guerre d’agression se soldant par l’assassinat de milliers de civils, mais au contraire ceux des Yougoslaves – en particulier l’ancien président Milosevic – qui se sont opposés à l’agression. Le prétendu « procès » monté contre Milosevic tourne d’ailleurs si peu à l’avantage de ceux qui en sont les instigateurs, que les médias n’en parlent pratiquement pas. En mars 2006, mettant fin à quatre années de farce judiciaire, Milosevic est empoisonné dans sa cellule et le dossier classé.

Une tentative plus sérieuse de poursuivre les crimes de guerre a été la création de la Cour pénale internationale. Malheureusement, elle a échoué dès le départ, les Etats-Unis ayant exigé l’immunité pour leurs ressortissants. L’organisation internationale a accepté, comme il se doit. Pour sauver la face, on a négocié un prétendu compromis prévoyant que l’immunité en question (= impunité) ne vaudrait « que pour les militaires et les diplomates ». On ne pouvait dire plus clairement que les tueurs américains sont au-dessus des lois. Ce principe vaut aussi en temps de paix. Partout où des membres des forces d’occupation tuent des civils, ils sont soustraits à la Justice du pays où le crime a été commis et acquittés par les tribunaux militaires américains. Exemples: adolescentes japonaises violées à Okinawa, enfants écrasés par des chars en Corée, chute d’une cabine de téléphérique en Italie provoquée par le passage de jets au-dessous des câbles…

L’allié privilégié des USA, l’Etat d’Israël, ne bénéficie pas, lui, d’une telle immunité officielle. Il règle donc les choses à sa façon. Un projet de loi présenté à la Knesset par le parti de Sharon fin 2002 prévoit de punir de dix ans de prison toute collaboration, aussi bénigne soit-elle, avec la future Cour pénale internationale. Une association qui enfreindrait cette loi serait dissoute.

Bien que les organisations internationales se comportent de manière parfaitement servile à son égard, Washington éprouve une certaine réticence à recourir à leurs services. La méfiance demeure. On préfère prendre soi-même les choses en mains, comme le montrent les « juridictions spéciales » que la Maison Blanche réserve aux « terroristes » (par exemple ces prisonniers de Guantánamo).

Les Etats-Unis et Israël ou la solidarité des Etats voyous : S’il est un domaine où le droit international est continuellement violé, où ce droit n’a pratiquement plus aucune valeur, c’est bien celui des « relations » de d’Israël avec le monde extérieur. Grâce au soutien sans faille de l’administration américaine, Israël peut se permettre d’adopter un comportement qui, s’il émanait d’un autre pays, entraînerait automatiquement de sévères sanctions. Israël n’est pas seulement protégé par le veto systématique des USA au Conseil de Sécurité de l’ONU. Du fait de l’influence et de l’emprise des milieux sionistes sur la vie politique américaine, c’est comme si ce pays était partie intégrante des Etats-Unis, avec tous les avantages que cela comporte, mais sans les inconvénients. Car si Israël était le 51ème état de l’Union, il n’aurait que deux sièges au Sénat et une douzaine à la Chambre des représentants. En fait, comme dit le journaliste israélien Uri Avnery, l’Etat sioniste contrôle pour le moins 80 sénateurs et 300 représentants, ce qui garantit un financement ininterrompu par le contribuable américain de l’aventure militaire et colonialiste en Palestine.

Pratiquement tous les traités et conventions mentionnés plus haut sont bafoués par le gouvernement sioniste – sans même parler des nombreuses discriminations raciales dont sont victimes, à l’intérieur, les « citoyens » israéliens non juifs. Dans les territoires occupés, au mépris des diverses résolutions de l’ONU, le droit des peuples, le droit la guerre et les droits de l’homme sont restés lettre morte. La torture y est courante (et légalisée par la Cour suprême), y compris sur les enfants. De même que sont courants les assassinats ciblés ou aveugles, les emprisonnements arbitraires, les violations du droit de libre circulation, les déplacements forcés de population, la destruction de maisons, l’arrachage de cultures, la mainmise sur l’eau, l’implantation de colonies, etc… Les terroristes d’Etat commandés par Sharon, ensuite Netanyahu détruisent systématiquement l’infrastructure dont dispose (ou disposait) l’Autorité palestinienne. Ses représentants sont déclarés hors-la-loi (quelle loi ?), pourchassés, tués ou traînés devant des tribunaux illégaux situés hors des territoires (par exemple, en octobre 2002, le procès-spectacle mis en scène à Tel Aviv contre le député palestinien Marwan Barghouti, kidnappé au mépris de son immunité parlementaire et jeté en pâture à un « public » composé exclusivement d’enragés du Mossad) .

Les maîtres d’Israël pratiquent au quotidien, à l’échelle de la Palestine, ce que les dirigeants des Etats-Unis rêvent de faire partout dans le monde, mais n’osent pas encore mettre à exécution – statut oblige.

Depuis une douzaine d’années, on assiste donc à une remise en cause systématique par les Etats-Unis de l’édifice juridique international péniblement mis en place au cours de quarante années d’équilibre des blocs. « La sécurité du pays ne doit dépendre d’aucune contrainte extérieure » avait proclamé Condoleezza Rice, conseillère à la Maison Blanche. En vertu de ce principe, le pouvoir déclare caducs les traités qu’il estime gênants pour sa politique expansionniste et impose au monde ses propres lois.

A l’ère de la mondialisation, le droit international doit céder la place à la Lex Americana.
Pourtant, on aurait tort de croire que cette Loi américaine est celle que prévoient les textes juridiques du pays. Il n’en est rien ; les détenteurs du pouvoir agissent comme bon leur semble, en vertu de leurs propres règles. En février 2003, un groupe de militaires et de parents de soldats, soutenus par six députés démocrates, intente une action en justice contre George Bush et Donald Rumsfeld, dans le but d’empêcher la guerre d’agression contre l’Irak – action tout à fait symbolique, bien entendu, et sans la moindre chance de succès dans le cadre de l’imaginaire « Etat de droit ». Les plaignants rappellent que, selon la Constitution, seul le Congrès des Etats-Unis est habilité à déclarer la guerre à un pays étranger. Or, il ne l’a pas fait, ni cette fois ni les fois précédentes. Cependant, personne aux USA ne s’en émeut, au Congrès moins qu’ailleurs – à l’exception de six représentants sur 435.

En 2005, pour bien montrer le mépris qu’il affiche vis-à-vis de l’ONU, le gouvernement de Washington nomme John Bolton ambassadeur auprès de l’organisation internationale. Bolton, qui comme beaucoup de néo-conservateurs sionistes influents pratique la double allégeance américano-israélienne – avec toutefois un penchant très marqué pour la formule Israel First – voulait quelques années plus tôt dissoudre les Nations-Unies ou, du moins, les chasser de New York.


- Dis papa, c'est loin le Québec libre ?

- Tais-toi ! Et nage...



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MessageSujet: Re: "GUERRE AU TERRORISME" : la grande imposture / CALIFAT et CAPITALISME   Sam 5 Déc - 11:02

Les drones de la terreur : bienvenue dans la barbarie « civilisée » Nafeez Ahmed 30 novembre 2015


Nafeez Ahmed's picture

L’assassinat de masse ? Tout à fait acceptable, tant que c’est nous qui tuons pour empêcher que d’autres nous tuent

Citation :
Les terroristes se plaisent à croire que, s'ils commettent des assassinats de masse, c’est au nom d’une noble cause politique.

Les acolytes de L’État Islamique (Daech) sont convaincus de lutter contre les funestes états « Croisés » des kuffar (infidèles), afin d'établir un khilafah mondial (califat).

Les partisans de « la guerre contre le terrorisme » croient qu'ils défendent la civilisation occidentale contre des terroristes barbares, acharnés à détruire nos « valeurs » et notre « mode de vie ».

Ces deux perspectives conçoivent les ennemis comme des sous-hommes, des barbares déferlant jusqu’à leurs portes. Elles tentent ainsi de justifier la mort d’un nombre colossal de civils : un mal nécessaire, inévitable pour atteindre de nobles objectifs politiques.

Dans la foulée des attentats de Paris, une fois de plus, les citoyens lambda se sont posés des questions : comment peut-on devenir si foncièrement mauvais, au point de délibérément commettre cette violence de masse contre des civils innocents ?

La réponse tient en un mot : déshumanisation. Tuer est plus facile quand l'humain n'a pas la même valeur pour tous. Vous percevez vos victimes comme moins humaines, comme les Autres.

Le massacre atroce de 130 personnes à Paris un vendredi soir, au cœur de la capitale, à l’heure où les gens passaient un bon moment avec amis et famille, illustre comment fonctionne la terreur : frapper une société par surprise, pour lui infliger peur et panique afin de la paralyser. Le Président François Hollande a, à juste titre, décrit ces meurtres de masse comme un « acte de guerre », exigeant donc une réponse « impitoyable ».

Or, imaginez maintenant que des attentats de la gravité de ceux perpétrés par l’EI à Paris étaient infligés à la France et à d'autres pays occidentaux tous les deux jours. Qu’arriverait-il si un massacre du genre « Charlie Hebdo » était commis tous les quinze jours aux États-Unis, au Royaume-Uni et en France, avec plus d’une dizaine de victimes chaque fois ?

Cela déclencherait, à juste titre, un tollé assourdissant. Il tomberait sous le sens d'exiger des représailles. Tous les leaders occidentaux approuveraient à l'unanimité la nécessité de prendre « toutes les mesures nécessaires » pour écraser ces terroristes. Alors, les civils tués en Irak et Syrie seraient balayés d’un revers de main : classés comme de simples « dommages collatéraux », certes regrettables, mais inévitables au nom de la légitime défense.

Ces attaques terroristes récurrentes se solderaient par le massacre d’innocents citoyens américains, britanniques et français, entre autres occidentaux, un jour ou une semaine sur deux. Prétendre alors qu’elles puissent trouver la moindre justification au nom des politiques étrangères occidentales serait fermement rejeté et moralement irrecevable.

C’est pourtant précisément ce qui se passe déjà.

Le ministère britannique de la Défense a publié des chiffres ayant pour but de montrer que les frappes de drones Reaper par la Royal Air Force (RAF, l’aviation britannique) – auraient, depuis le 9 Novembre 2014, éliminé environ 305 combattants de Daech, sans faire la moindre victime civile. Voici le libellé exact de la déclaration du ministère de la Défense :

« À ce jour, on ne déplore aucun cas connu de victimes civiles, suite aux frappes britanniques en Irak. Elles se sont toutes déroulées en conformité avec les Règles d'Engagement du Royaume-Uni et le droit applicable. »

Une formulation si ambiguë prouve-t-elle que les frappes de drones britanniques n'ont fait aucune victime civile ?

Non. Le ministère de la Défense n'a pas de listes de « cas connus de victimes civiles », et pour une bonne raison : l'armée britannique a pour politique de ne garder aucune trace des victimes civiles. Institutionnellement, le gouvernement britannique n'a aucune idée du nombre de civils irakiens tués depuis le début (2003) des opérations militaires britanniques dans ce pays.

En fait, le ministère de la Défense n’a mis en place aucun système officiel permettant de compter les victimes civiles de ses opérations militaires, tant en Irak qu'en Afghanistan, au Pakistan ou ailleurs – en violation d'obligations qui lui incombent en vertu des Conventions de Genève.

Le mythe de la « précision »

Nous savons désormais que les images de frappes « chirurgicales » par des drones ciblant avec précision et décapitant les chefs terroristes, relèvent du mythe absolu.

The Intercept a eu entre les mains des documents confidentiels – classés secret défense et couvrant cinq mois d’une guerre menée via des frappes « chirurgicales » de drones américains en Afghanistan : ils révèlent que les attaques de drones tuent des innocents non identifiés, « dans 90 % des cas ».

Ryan Devereaux, journaliste à Intercept, a rapporté que beaucoup de ces victimes sont, néanmoins, classées comme « combattants ennemis », alors qu’on y dénombre régulièrement beaucoup de femmes et d’enfants, entre autres civils.

Les proportions entre civils et cibles visées seraient même pires dans les autres régions où l’on dispose de moins de renseignement : « Au Yémen et en Somalie, où les États-Unis possèdent des capacités beaucoup plus limitées de renseignement pour confirmer que les personnes éliminées sont bien les cibles visées, les ratios équivalents seraient bien pires. »

Il y a quelques années, la New America Foundation a déclaré, « sources d'informations dignes de confiance » à l’appui : le taux de victimes civiles des frappes de drones au Pakistan était certes d'environ 50 % en 2008 mais, dès 2012, il a été ramené « à zéro ou presque ».

D’autres documents du Pentagone, ayant récemment fait l'objet d'une fuite, et rendus publics par Intercept, apportent un démenti formel à cette affirmation, et démontrent que les communiqués de presse sont, par nature, une source d'informations  très sélective et peu fiable sur l'ampleur réelle des pertes infligées par les opérations militaires occidentales.

L’an dernier, le cabinet d'avocats pour les droits de l’homme Reprieve a révélé que 96,5 % des victimes des frappes de drones américains au Moyen-Orient étaient des civils, et seulement 3,5 % des terroristes.

Ces résultats confirment les premières mises en garde de David Kilcullen, ancien conseiller contre-insurrectionnel au Pentagone et d’Andrew Exum, ex officier de l'armée américaine : la proportion des victimes d'attaques de drones est d'environ un seul terroriste pour 50 civils.

Ils appuient leur analyse sur les communiqués de presse indiquant que les frappes de drones ont tué environ 14 chefs terroristes en trois ans, et se fondent sur des sources pakistanaises pour estimer qu’au cours de cette même période 700 civils ont été tués par des drones. Les communiqués de presse n’avaient donc pas du tout perçu l’ordre de grandeur du nombre réel des victimes civiles.

Depuis, ces chiffres été largement discrédités, car ils n’ont presque jamais été corroborés par le nombre de victimes indiqué dans les communiqués de presse.

Or, les documents militaires secrets américains communiqués à Intercept montrent que leur première analyse était beaucoup plus précise que les ratios, plus conservateurs, se fondant sur les données des communiqués de presse.

Célébration du massacre

Quatre anciens pilotes de drones américains (ayant participé à des missions d’anéantissement en Irak, en Afghanistan et au Pakistan) ont témoigné que le massacre de civils lors des frappes de drones faisait l’objet de plaisanteries largement appréciées des personnels de l’Armée de l’Air – et faisait partie intégrante de sa culture institutionnelle. On y appelait les enfants « des mignons petits terroristes » ; et leur massacre par drone était assimilé à « tondre la pelouse avant que l'herbe pousse trop haut ».

Michael Haas, ancien officier supérieur de l'Armée de l'Air, a déclaré que ces meurtres étaient légitimés par la déshumanisation des victimes : « On avait un regard détaché sur ces personnes confiées à notre surveillance. » Les pilotes de drones étaient encouragés à développer « leur soif de sang », et à avoir la gâchette facile pendant les missions.

Les documents divulgués montrent comment un tel processus a été favorisé par une bureaucratie technocratique. Comme l'a souligné Arjun Sethi, professeur de droit à la Georgetown University Law Center, « les dossiers sur les cibles sont réduits à des "cartes de baseball" ; les cibles appelées "objectifs" ; et les "objectifs" tués par drone appelés "jackpots" tandis que, quand une mission de frappes est menée à bien, elle est archivée sous l’étiquette d’un "beau scénario". Tous ces termes banalisent les frappes de drone et déshumanisent leurs victimes ».

Les militants de Daech ont recours à l'idéologie, au lexique et au symbolisme religieux pour déshumaniser les « apostats » (murtadeen) et « infidèles » (kuffar) qu'ils combattent. Mais les chevaliers de la « guerre contre le terrorisme » n’ont pas besoin de religion. Pour déshumaniser des innocents en les traitant de « combattants ennemis » de facto, ils préfèrent la langue laïque de la technologie militarisée, le sectarisme institutionnalisé et l'idéologie politique.

Ça revient au même : le massacre des innocents, en masse.

« Des adolescents de 15 ans ont grandi en voyant des drones planer au-dessus de leur tête tous les jours de leur vie », a déclaré Cian Westmoreland, lui aussi ancien officier supérieur de l’Armée de l’Air. « Mais vous avez également des expatriés qui regardent ce qui se passe dans leur pays d'origine ; ils risquent fort de se radicaliser devant toutes ces violations dont ils sont témoins ».

Le sénateur républicain Lindsey Graham, fervent partisan des frappes de drones, a déclaré que le bilan des morts à ce jour est d'environ 4 700 personnes – des militants pour la plupart, selon lui.

Cependant, compte tenu des nouvelles preuves, qui concordent avec les meilleures études sur les données publiques disponibles, 90 %, voire davantage, de ces victimes étaient innocentes.

Le pire c’est que les documents du gouvernement américain ayant récemment fait l’objet d’une fuite réfutent un mythe fabriqué en interne pour apaiser les citoyens : la CIA et le Pentagone ne seraient  pas conscients qu’ils massacrent régulièrement des civils en Irak, Syrie et Afghanistan, au Pakistan, au Yémen et en Somalie.

Quand les militants de Daech terrorisent nos populations, ils montrent aucune honte à cibler intentionnellement des civils.

Nos « guerriers » politiciens font rarement preuve d’une telle franchise, préférant cacher leurs intentions sous une série de voiles pudiques, tissés de prises de décision institutionnelles, qui leur permettent de s’absoudre de leurs propres massacres des innocents, en masse, perpétrés en toute connaissance de cause.

Les terroristes de Daech sont des barbares, c’est vrai.

Il est aussi vrai cependant qu’à leur manière les maîtres de la politique de la terreur par drones interposés le sont aussi.

Mais il existe entre eux une différence cruciale : nos barbares à nous sont « civilisés ».



- Nafeez Ahmed est journaliste d’investigation et auteur à succès. Titulaire d’un doctorat, il s’est spécialisé dans les questions de sécurité internationale, examinant ce qu’il appelle les « crises de civilisation ». Il a obtenu une récompense de la part de l’organisation Project Censored dans la catégorie « Outstanding Investigative Journalism » (« journalisme d’investigation d’exception ») pour un reportage d’investigation, publié par le journal The Guardian, sur l’intersection des crises globales de nature écologique, énergétique et économique et des conflits et géopolitiques régionales. Il a également écrit pour The Independent, Sydney Morning Herald, The Age, The Scotsman, Foreign Policy, The Atlantic, Quartz, Prospect, New Statesman, Le Monde diplomatique et New Internationalist. Son travail sur les causes profondes et les opérations secrètes liées au terrorisme international a officiellement contribué à l’établissement de la Commission nationale sur les attaques terroristes contre les États-Unis du 11 septembre 2001 et à l’enquête du Coroner sur les attentats du 7 juillet 2005 à Londres.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : Le MQ-1 Predator Drone de l'Armée de l'Air américaine (Wikipedia).

Traduction de l’anglais (original) par Dominique Macabies.
- See more at: http://www.middleeasteye.net/fr/opinions/les-drones-de-la-terreur-bienvenue-dans-la-barbarie-civilis-e-101354298#sthash.1oOphZCG.dpuf


textes de Nafeez Ahmed sur le site





Dernière édition par Admin le Ven 15 Juil - 13:50, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: "GUERRE AU TERRORISME" : la grande imposture / CALIFAT et CAPITALISME   Sam 5 Déc - 14:30



« La France en voulait plus »



L'Union européenne s'accorde sur la mise en place d'un outil antiterrorisme 05-12-2015

TERRORISME - Après des années de négociations, les 28 Etats-membres de l'UE ont enfin trouvé un accord sur la mise en place du PNR, un outil antiterrorisme permettant de tracer les itinéraires des passagers aériens circulant en Europe



Le "PNR" permettra de tracer les déplacements des passagers aériens circulant en Europe
TREVOR COLLENS / AFP

Citation :
Trois semaines après les attentats du 13 novembre qui ont fait 130 morts, les ministres de l'Intérieur des 28 Etats-membres de l'Union européenne se sont réunis vendredi 4 décembre à Bruxelles pour s'accorder sur la mise en place du PNR (Passenger Name Record). Cet outil antiterrorisme devrait permettre de suivre à la trace les passagers aériens circulant en Europe et repousserait le débat sur l'avenir de la libre circulation dans l'espace Schengen.

Cet outil de traçage pourrait également (et surtout) permettre d’améliorer le suivi des terroristes et faciliter l'accès à leurs itinéraires depuis les informations fournies par les compagnies aériennes. Abdelhamid Abaaoud par exemple, le commanditaire présumé des attaques de Paris (mort dans l’assaut de Saint-Denis) était en France, alors que les services de renseignement le pensaient encore en Syrie. Pourtant fiché S et soupçonné d'être l'une des têtes pensantes du groupe Etat islamique, le terroriste était passé inaperçu.

La France en voulait plus

Cet accord conclu entre les 28 pays européens lève enfin les dernières réserves du Parlement européen, qui trouvait trop longue, la période pendant laquelle étaient conservées les données des passagers. Celle-ci sera donc de six mois. "Dans un esprit constructif, les Etats-membres ont déclaré leur accord sur un délai de rétention de six mois", comme le demandaient les eurodéputés, a déclaré Etienne Schneider, le ministre luxembourgeois de l'Intérieur. "Après tant d'années de discussions, nous avons enfin pu trouver un accord sur un PNR européen".

"Nous avons obtenu l'engagement de tous les Etats-membres pour que tous les vols intra-européens et les vols charters soient inclus" dans le fonctionnement du PNR, a de son côté déclaré Bernard Cazeneuve, sans évoquer la durée votée, la France ayant réclamé un délai d'un an.


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MessageSujet: Re: "GUERRE AU TERRORISME" : la grande imposture / CALIFAT et CAPITALISME   Dim 6 Déc - 0:00



Après les attentats de Paris, le Mossad offre ses services aux renseignements français Steve Nadjar 03/12/2015


Selon le quotidien Haaretz, les responsables français s’attendaient bien à subir un attentat majeur,
mais à l’issue de la COP 21 (DR).

Israël ne semble pas avoir fourni d’alerte aux services français en amont des attentats du 13 novembre

Citation :
Contrairement à une rumeur diffusée notamment dans les milieux complotistes, rien ne permet aujourd’hui d’affirmer que le Mossad aurait eu connaissance de plans d’attaque précis de l’Etat islamique sur le territoire français. Pour autant, la collaboration entre les services d’espionnage extérieur israéliens et leurs homologues français, la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE), va bon train.

Dans la foulée des attaques contre Paris et Saint-Denis, Binyamin Netanyahou s’est entretenu avec François Hollande, demandant aux services de renseignement israéliens de se mettre à la disposition des Français afin de déterminer les responsabilités dans cette vague terroriste inédite sur le sol hexagonal. « Sur les aspects sécuritaires et en matière de lutte contre le terrorisme, Israël fait partie des pays avec lesquels la France et les pays occidentaux ont des relations fréquentes et assez bonnes » analyse pour Actualité Juive David Elkaïm, chercheur au Centre français de recherche sur le renseignement. Ces dernières années, sur fond de convergences sur la lutte contre l’islamisme djihadiste et le nucléaire iranien, les relations entre le Mossad et la DGSE ont connu une certaine embellie, chacune de ces institutions disposant d’un agent de liaison respectivement à Paris et à Tel-Aviv. « Face à des menaces communes, on a conscience de la nécessité de partager des informations » ajoute l’auteur de « Services secrets israéliens : Aman, Mossad, Shin-Beth » (2014, Tallandier).


Opposition de la DGSI

Selon le quotidien Haaretz, les responsables français s’attendaient bien à subir un attentat majeur, mais à l’issue de la COP 21. La conférence sur le climat, qui réunira les principaux dirigeants de la planète, doit se tenir du 30 novembre au 11 décembre, au Bourget.

S’ils suivent davantage le Hezbollah au Liban ou le Front Al Nosra, lié à Al Qaïda, dans le Golan, les services israéliens pourraient néanmoins proposer des informations précieuses sur Daech, qu’il s’agisse d’un « état des lieux des Français actifs en Syrie, des réseaux de recrutement ou des mouvements de capitaux » indique M. Elkaïm. A en croire le Yediot Aharonot, la France aurait reçu deux semaines avant les attentats une alerte indiquant une accélération des échanges entre la base de Daech en Syrie et des terroristes affiliés à l’organisation dans plusieurs villes de la planète. Aprèes les attentats, la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) aurait néanmoins mis son veto aux propositions israéliennes, selon le journaliste du Figaro, Georges Malbrunot, citant une source militaire.


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MessageSujet: Re: "GUERRE AU TERRORISME" : la grande imposture / CALIFAT et CAPITALISME   Dim 6 Déc - 1:05


à quelque chose malheur est bombe

Lutte contre Daech : la France à court de bombes 04 Déc. 2015


En réponse aux attentats de Paris, la France a intensifié
ses frappes aériennes contre Daech. AFP/ Anne-Christine Poujoulat

Citation :
L'accélération des frappes contre Daech n'était pas prévue [salauds de terroristes, ils auraient pu passer un coup de fil !]. Avec 680 bombes larguées depuis le début de l'opération «Chammal» en 2014, la France se retrouve à court, selon Le Monde ce vendredi

Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian aurait ainsi commandé des munitions aux entreprises américaines en urgence.
Plusieurs centaines de bombes guidées GBU seraient demandées par l'exécutif français. La commande était prévue, mais pas avant fin 2016. L'intensification des frappes contre le groupe Etat islamique a accéléré le calendrier. Surtout qu'une partie des stocks de GBU a été cédée à l'Arabie saoudite, précise le quotidien.

Pour autant, la France va devoir faire preuve de patience. Les Etats-Unis pourraient mettre du temps avant de livrer puisqu'ils se sont engagés à fournir 8000 bombes à... l'Arabie saoudite. Le royaume est actuellement en guerre contre les rebelles chiites au Yémen.


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MessageSujet: Re: "GUERRE AU TERRORISME" : la grande imposture / CALIFAT et CAPITALISME   Lun 7 Déc - 8:11



État islamique : la stratégie territoriale au fondement de sa puissance financière 5 décembre 2015 Edern de Barros

L’EI poursuit une stratégie qui s’inscrit dans une réalité territoriale, à la différence du djihadisme global d’Al-Qaida


jihad credits zoriah (licence creative commons)


L’EI se présente comme un État salafiste djihadiste sans frontière et de droit divin. Pour autant, l’EI poursuit une stratégie qui s’inscrit dans une réalité territoriale, à la différence du djihadisme global d’Al-Qaida. C’est cette stratégie d’implantation, sur les terres mésopotamienne et syrienne de l’ancien califat abbasside qu’elle prétend restaurer, qui fonde d’abord sa puissance actuelle. En outre, la politique de conquête locale s’accompagne d’une stratégie de déstabilisation des cibles plus lointaines au moyen d’attentats et de propagandes numériques. L’EI poursuit ainsi une politique de guerre totale à la fois sur le terrain local par la conquête, mais aussi à l’échelle internationale par les armes de la terreur et de la division.

Citation :
Les instruments d’un État

L’assise territoriale de l’EI lui permet de déployer les instruments d’un État pour tirer des terres et des populations les ressources nécessaires à son développement. Outre le calife qui coiffe l’ensemble du système, ce dernier est secondé par deux anciens généraux irakiens qui s’occupent respectivement des opérations en territoire irakien et en territoire syrien. Un cabinet conseille al-Baghdadi à propos des décisions de l’État. Un conseil consultatif le conseille sur les affaires juridiques. Le maillage administratif du territoire repose sur une subdivision en « sept vilayets, ou provinces », représentées par des « comités locaux », dirigés par des gouverneurs, lesquels s’appuient sur des chefs locaux, et sur « les populations sunnites délaissées par le gouvernement précédent d’al-Maliki ». De cette manière, l’EI administre une population d’environ 10 millions d’habitants pour appliquer rigoureusement la charia, tout en gérant des services publics de base pour s’attirer un relatif soutien populaire, alors même que les fonctionnaires sont encore payés par les autorités irakiennes : écoles, universités, bureaux de poste, hôpitaux, transports publics.

Une nouvelle monnaie

Signe de cette volonté de conquête d’une souveraineté étatique, l’EI annonçait dans un communiqué publié en novembre 2014, la mise en place d’un nouveau système monétaire constitué uniquement de pièces métalliques, sur le modèle des califats médiévaux, frappées des inscriptions « l’État islamique » et « le califat », accompagnées de l’indication du poids et la valeur de la monnaie : le « dinar islamique » est constitué de pièces en or de 1 et de 5 dinars, de pièces en argent de 1, 5 et 10 dirhams et de pièces en cuivre de 10 et 20 fills, dont la valeur intrinsèque correspond à la valeur du métal qui la compose. De cette manière, en indexant sa monnaie sur une valeur réelle intrinsèque, et en bannissant du même coup l’usage des billets, l’EI donne une valeur en soi à son nouvel instrument des échanges, sans taux de change possible, espérant ainsi éviter une guerre des monnaies dont serait la cible son économie. L’objectif annoncé dans le même communiqué étant in fine « de concurrencer le système monétaire tyrannique occidental qui asservit les musulmans », pour se libérer du « mercantilisme et de l’oppression économique satanique ». Par ailleurs, l’EI a pris le contrôle sur un ensemble de banques irakiennes. Elle s’est notamment emparée des importantes réserves en liquide de la banque centrale de la ville de Mossoul, conquise en juin 2014, soit 450 millions de dollars.

Pour autant, l’EI n’est pas coupé du monde, nonobstant les embargos internationaux. Pour accéder aux marchés extérieurs et faire circuler l’argent qu’elle génère des ressources intérieures, l’organisation emploie les réseaux clandestins. En exportant à bas prix, elle mobilise les filières d’exportations clandestines pour déverser ses produits sur les marchés mondiaux : une fois ses marchandises passées en Turquie, profitant de la porosité des frontières et du laissez-faire des autorités turques, elles deviennent difficilement traçables, en particulier le pétrole mélangé à des pétroles d’autres origines. Pour contourner le blocus international sur les transactions financières qui touche le réseau de banques sous son contrôle, l’EI s’appuie sur des réseaux de paiement informel (hawala) : l’échange se fait par l’intermédiaire d’un « hawaladar », qui contacte un autre « hawaladar » pour lui demander de verser la somme au destinataire (moins une commission) en échange de la promesse de lui rembourser plus tard, court-circuitant de cette manière les réseaux bancaires institutionnels.

L’exploitation des ressources locales

82% des financements provient de l’exploitation des ressources dont l’EI dispose sur son territoire. L’organisation diversifie petit à petit son économie, et exporte en dessous du prix du marché via les réseaux trafiquants.

D’abord, les conquêtes et les prises de guerre à l’armée irakienne, suréquipée par la coalition, et à l’armée syrienne, lui fournissent l’essentiel de son armement : l’EI fait dans la récupération.

L’une des principales ressources de l’EI est l’impôt. Les populations sunnites sont soumises à une taxe aumônière imposée par la charia (le zakât), tandis que les gens du livre (les Ahl-kitâb), notamment les chrétiens d’Orient, sont sommés de quitter le territoire ou d’accepter la Jizia et le kharâj (sur leur bien foncier) contre un pacte de protection, ou plutôt un pacte de non-agression qui relève à cet égard de pratiques mafieuses. L’EI prélève également des droits de passages sur les axes commerciaux.

Les conquêtes ont permis l’accès à des mines de phosphates et des zones d’extraction d’hydrocarbures vendus à l’état brut sur les marchés internationaux à bas prix via la Turquie ou raffinés dans des usines, qui sont notamment les cibles des bombardements de la coalition. Les conquêtes ont permis également le contrôle de plaines agricoles, dans le nord de la Syrie entre Manbij et Rakka, important lieu de production de céréale et de coton : les djihadistes se sont ainsi emparé d’environ 40% de la production de blé et d’orge irakienne. La production et le trafic de captagon, drogue consommée par les djihadistes au combat, serait une source de revenus très rentable. Elle serait entre autres vendue en très grande quantité aux consommateurs saoudiens à des fins récréatives : en octobre 2015, le prince Abdel Mohsen Ibn Walid Ibn Abdelaziz a été arrêté à l’aéroport de Beyrouth avec deux tonnes de captagon, réparties dans 40 valises.

Le trafic d’antiquités est une autre source de revenus importante pour l’organisation. Si l’idée qu’il faut faire table rase des traces préislamiques sur les territoires occupés n’est pas négligeable, l’EI a conscience de la richesse archéologique mésopotamienne, et des ressources qu’il peut en tirer dans leur trafic. La destruction d’une partie des monuments de la cité antique de Palmyre, célébrée notamment par Volney dans Les ruines, s’inscrit aussi dans la stratégie de communication de l’EI. Il s’agit à la fois d’afficher au monde le projet fondamentaliste de l’organisation, de choquer les esprits, et d’augmenter la valeur des œuvres sur le marché par la raréfaction provoquée ou feinte. Pour autant, il s’agit en partie d’une politique d’affichage par la mise en scène de la destruction de répliques en plâtre de certaines œuvres, dont ils conservent les originaux, et destinées à la contrebande.

Les enlèvements et les demandes de rançon fournissent une source de revenu important
: l’EI marchande la libération d’individus ou de population capturés. Mais c’est aussi une arme diplomatique dans ses relations extérieures. La mise en scène spectaculaire de l’exécution des otages, ou encore la réduction en esclavage de population (turkmènes chiite, yézidis, chrétiens assyriens surtout) participent à la stratégie de la terreur aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Enfin, les donations étrangères sont une autre forme de financement. Ce sont pour la plupart des donateurs privés en Arabie saoudite, au Qatar ou au Koweït, partisans du califat de l’EI. Le rôle de l’Arabie saoudite est particulièrement complexe à démêler. Après la Seconde guerre mondiale, le régime saoudien devient un allier stratégique des États-Unis d’Amérique, notamment depuis la signature en février 1945 du Pacte de Quincy, valable pour une durée de 60 ans, et renouvelé par George Bush en 2005. Ce dernier assure « les intérêts vitaux » des États-Unis d’Amérique, à savoir un accès locatif des compagnies concessionnaires américaines pour l’exploitation et l’approvisionnement en ressources énergétiques, en échange de la protection militaire de la famille, la défense du leadership de son royaume wahhabite et la non-ingérence dans la politique intérieure.

Or cette alliance américano-saoudienne accentue les tensions internes au régime oligarchique, déjà présente depuis l’alliance entre les Anglais et les Saouds à la suite du démantèlement de l’Empire Ottoman : en effet, d’un côté le régime saoudien se revendique du salafisme dans sa version wahhabite, prônant une vision fondamentaliste et rigoriste du Coran, et de l’autre, il apparaît auprès d’une frange de la population radicalisée du royaume comme un protectorat américain rongé par l’hubris, qui trahit les valeurs de l’islam. Enfin, la Guerre d’Afghanistan de 1979 à 1989, et le soutien américain aux moudjahidines contre l’occupation soviétique, ont participé à l’essor du djihadisme, notamment dans les territoires arabes sous tutelle américaine.

Dans ces conditions, le Royaume saoudien, et plus généralement les « pétromonarchies » du Golf alliées aux États-Unis d’Amérique, sont devenues des terreaux pour l’émergence d’un salafisme djihadiste anti-impérialiste, né du wahhabisme. Ousama Ben Laden est lui-même saoudien, comme la plupart des terroristes du 11 septembre, pour lesquels l’ennemi est aussi le régime de la famille Saoud qu’ils jugent compromis avec les américains et avec les infidèles.


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MessageSujet: Re: "GUERRE AU TERRORISME" : la grande imposture / CALIFAT et CAPITALISME   Mar 8 Déc - 0:19



L'Etat islamique Asie du Sud-Est


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L'État islamique menace la sécurité des pays d'Asie du Sud-Est. D'où vient cette menace? Quelles sont les solutions mises en place? Un dossier qui fait le tour de la région, surtout en Indonésie et en Malaisie.

Les articles du dossier

Citation :
La menace de l’État islamique sur l’Indonésie est-elle crédible?
Bien qu’une centaine de combattants islamistes soit rentrée en Indonésie en provenance du Moyen-Orient, la menace reste considérée.. 4 décembre 2015

Indonésie: les jihadistes désabusés peuvent-ils servir de repoussoir ?
Ahmad Junaedi, un Indonésien de 32 ans qui gagne sa vie en vendant des boulettes de viande, est parti en Syrie rejoindre les rangs de.. 26 octobre 2015

Les Fondamentalistes brisent le pacte de l’opposition en Malaisie
En voulant faire appliquer la Sharia, le PAS détruit la coalition. 22 juin 2015

La Malaisie durcit sa législation antiterroriste
La Malaisie adopte une sévère législation antiterroriste pour lutter contre l’influence de l’organisation Etat Islamique. 67.. 6 avril 2015

Indonésie : les autorités s’inquiètent de la présence sur leur sol de groupuscules revendiquant une affiliation avec l’Etat islamique
Le 23 mars, au petit matin, des unités de lutte anti-terroriste de la police nationale ont mené des raids dans trois localités de la..29 mars 2015

Malaisie : hausse alarmante de l’extrémisme religieux
On évalue entre 400 et 1000 le nombre de jeunes musulmans malaisiens qui ont rejoint l’Etat Islamique en Syrie et en Irak. Cependant,.. 28 mars 2015

La Malaisie ne serait plus un « hub » pour l’Etat islamique
La Malaisie semble avoir remporté une petite victoire contre les militants de l’État Islamique d’Irak et de Syrie (ISIS) cette.. 26 janvier 2015

Malaisie : l’ONG « Sisters in Islam » conteste une fatwa des autorités religieuses
Les Sisters in Islam (SIS) s’investissent pour aider les femmes musulmanes à connaître et à faire respecter leurs droits depuis.. 26 janvier 2015

L’Indonésie pourrait durcir le ton face à l’État islamique
Selon le quotidien singapourien The Straits Times, le président indonésien Joko Widodo a rencontré ses ministres chargés de la.. 26 janvier 2015

L’attentat contre Charlie Hebdo met en lumière l’hypocrisie en Asie du Sud-Est
Les attaques devraient pousser les Etats à majorité musulmane à se pencher sur ce qui se passe chez eux. Les deux plus grands pays.. 25 janvier 2015


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MessageSujet: Re: "GUERRE AU TERRORISME" : la grande imposture / CALIFAT et CAPITALISME   Mar 8 Déc - 1:23



Qui fournit internet à l'Etat islamique ? Propagande 2.0.

On le sait, Internet est le canal privilégié de l'Etat islamique pour diffuser sa propagande soignée et pour embrigader de nouvelles recrues. Mais comment l'organisation terroriste, basée dans des zones de guerre où il ne reste souvent plus grand chose des infrastructures de télécommunication, peut-elle être aussi connectée ? Une enquête parue vendredi sur le site du Spiegel révèle que des sociétés européennes fournissent à l'organisation jihadiste un accès internet via satellite. Ses prestataires le font sciemment, d'après des documents obtenus par le journal allemand, selon qui ils pourraient relativement facilement couper cet accès.

Le Spiegel explique que pour se connecter en Syrie ou en Irak, les membres de Daech achètent du matériel à Antioche, une ville située dans une province de Turquie limitrophe de la Syrie, où des milliers de paraboles permettent d'accéder à internet par voie satellitaire (contrairement à notre ADSL, qui est une connexion de type terrestre). Révélation gênante : l'implication du groupe français de satellites Eutelsat (dont la Caisse des Dépôts, bras financier de l'Etat, est actionnaire). Contacté par le Spiegel, l'opérateur affirme qu'il ne peut pas contrôler à quelles fins sont utilisées ses terminaux et qu'il n'est pas en contact direct avec ses clients en bout de chaîne.

Vu sur le Spiegel



European Satellites: How Islamic State Takes Its Terror To the Web Nicolai Kwasniewski


An Islamic State propaganda video Shows fighters marching at an undisclosed location

Islamic State is a master at using the Internet to spread propaganda. SPIEGEL ONLINE research indicates European companies may be providing the terrorist organization Internet access by satellite dish

Citation :
No terror organization uses the Internet as successfully when it comes to marketing itself and recruiting supporters as Islamic State (IS) does. But how is it able to do so given that the group operates in a region where telecommunications infrastructure has been largely destroyed?

The answer to this question is an extremely problematic one for Europe, for it is European companies that provide the terrorists with access to the platforms they use to spread their propaganda. It remains unclear whether the companies knowingly do so, but documents obtained by SPIEGEL ONLINE show that they may very well know what's going on. And the documents show that the companies could immediately cut off Islamic State's Internet access without much effort.

If you need to get online in Syria or Iraq, the technology needed to do so can be purchased in the Hatay province -- a corner of Turkey located between the Mediterranean Sea and the Syrian border. In the bazaar quarter of the regional capital of Antakya, peddlers hawk everything from brooms and spices to pomegranates, wedding dresses, ovens, beds and all kinds of electronics. Antakya has served as a crossroads for numerous trade routes for thousands of years. Wares continue to flow through the region's relatively porous borders even today.


Thousands of dishes have been installed in the region allowing users to access the Internet by satellite. There has been a huge surge in recent years in the satellite Internet business. Instead of the usual landline cable connection, all one needs is a satellite dish with a transmission and reception antenna and a modem. The result is top-speed Internet access, with downloads at a rate of 22 Megabits per second and uploads of 6 Megabits.

Accessing the Internet by satellite is easy, but it isn't cheap. The equipment needed costs around $500 in Syria right now. On top of that are the fees charged by Internet service providers, which run at about $500 for six months for a small data package and customer service provided by email.

A Blessing

The technology is a blessing for people who live in rural areas lacking infrastructure. It enables them to maintain contact with friends, family and the rest of the world using email, Facebook or Instagram. It also provides them with access to all the entertainment and information services. For members of the political opposition and activists in non-democratic countries, the Internet is the most important means of communication. Aid organizations also use satellite-based Internet access to coordinate their work.

The problem is that terrorist organizations also rely on the technology, which allows them to connect from even the most remote, infrastructure-barren regions, providing them with the means they need to upload their propaganda, exchange information and possibly even plan attacks.

In Antakya, the demand for satellite technology on the other side of the border has fueled a boom in business. Two of the numerous dealers based here say independently of each other that they each have about 2,500 users in Syria and that they have monthly revenues of around $100,000. When asked who, specifically, they are selling their equipment and services to, they cautiously answer that they provide them only to commercial partners. They say they don't know who the end customers are.

That's not implausible. In theory, anyone with the money can buy and install a satellite dish for Internet access. But in regions ruled by Islamic State, IS exerts extensive control over Internet access. Syrian media activists with Aleppo24 and Deirezzor24 tell SPIEGEL ONLINE that in cities with stronger IS presences, like Raqqa or Deir-al-Zor, only technicians affiliated with the terrorist militia are permitted to install satellite dishes.

Local IS leaders, known as emirs, decide whether private individuals are allowed to have Internet access. In some regions, they have cut the area off entirely, whereas in others, access is given to currency-exchange stands, at Internet cafés or even in the form of neighborhood Wi-Fi networks. But no Internet access is possible without the Islamic State's permission.

Syrian activists claim that satellite dishes are located all over the place -- on the rooftops of IS media centers and on top of the private homes of members of the terrorist militia. Without them, IS would be cut off from the outside world.

A Lucrative Business

Most of the satellite dishes going to the Middle East make their way through Rotterdam, the world's third-largest port. It's here, among the 12 million containers processed annually, that the satellite technology and modems arrive in Europe. Most of the manufacturers are located in the Far East, with their customers based in Paris, London or Luxembourg.

A number of distribution firms are involved in the sales chain of the technologies required to obtain satellite Internet access. At the beginning of this chain are the major European satellite operators, led by France's Eutelsat, Great Britain's Avanti Communications and Luxembourg's SES. Among the most popular brands are Hughes by Avanti and, especially, Tooway by Eutelsat. The French company has been in business for years and offers almost complete global coverage with its satellites.

Distribution firms then buy facilities and satellite capacity from the big companies and resell it to corporate or private customers. They also work together with additional companies like the German firm Sat Internet Services based in the northern city of Neustadt am Rübenberge.

It's a lucrative business for company CEO Victor Kühne, who expanded distribution to Turkey a few years ago. His problem is: the market for satellite Internet technology is limited in the European Union because of near blanket coverage of standard broadband Internet connections on the continent. Sales in Turkey are fairly slow too, because satellite connections are more expensive than classic DSL access.

The satellite operators don't provide data on the number of customers they have, but there is anecdotal evidence. In Turkey, for example, those seeking to access the Internet using a satellite dish are required to register with the government's BTK telecommunications authority. According to the most recent data available from the agency, there were 11,000 registered satellite Internet users in Turkey during the first quarter of 2015, only 500 more than the previous year.

But during 2013 and 2014, alone, Neustadt-based Sat Internet Services exported more than 6,000 dishes to Turkey, customs agency documents obtained by SPIEGEL ONLINE show. It is likely that most of those satellite dishes did not remain in Turkey, and there's a strong chance a good deal of them ended up in Syria. The Syrian market has a decisive advantage in that there is no alternative Internet access available, meaning prices can be set very high.

What Firms (Might) Know

It's unlikely that any of these companies are deliberately trying to help or support the Islamic State, and it is also unclear if they really know who their equipment is ultimately delivered to. One source who has observed sales in Antakya describes some of the transactions, saying that bearded men often visit the stores in the city, wearing only flip-flops. They pull bundles of cash from their pant pockets and order dozens of satellite dishes at a time -- often also buying radio communication devices with a range of several Kilometers.

Is this evidence that the Islamic State uses middlemen to purchase satellite equipment in Turkey?

SPIEGEL ONLINE solicited comment from all the companies concerned, with only SES and Eutelsat providing responses. Officials with Luxembourg-based SES said they only sell their services to major dealers who have been reviewed and that they do not sell to end customers. SES officials say they have no knowledge of users in areas of Syria controlled by Islamic State. The company says that if it were to find this to be the case, it would use all means at its disposal to immediately stop access.

Officials at France's Eutelsat offered more reserved comments, saying that modern satellite terminals are very small, compact and mobile and that they could thus not rule out any possible illicit use. Eutelsat officials say the company has none of its own service providers in Syria and that it has no direct contact with end customers. Avanti's German lawyers issued vague warnings but said little about the content of the story and said they could not be quoted. But it doesn't appear that their practices are different from SES and Eutelsat.

Surely some information gets lost in the long distribution chain. When a dealer in Antakya or in a Syrian city like Aleppo makes a sale, it's not possible to determine which company exported the goods from Europe to Turkey, the companies say.

But is that true? Satellite operators and their distribution partners generally can determine the location of the equipment they are supplying. When they install satellite dishes and configure Internet access, their customers are required to provide their GPS coordinates. If the wrong information is provided, then customers are either unable to access the Internet or they end up with poor connections, the documents show. GPS data obtained by SPIEGEL ONLINE from 2014 and 2015 clearly indicate that satellite dishes were in fact located in precisely the places that are under Islamic State control.

Many of the satellite dishes are located in Aleppo, Syria's second city, which isn't completely under the control of the terror regime, but other locations of the dishes include Raqqa, the unofficial IS headquarters, al-Bab, Deir al-Zor and along the Euphrates River into Iraq and the IS-occupied city of Mosul.

Why Don't Companies Take Action to Stop It?

Given the high investments costs of the required infrastructure, the general business practice of the satellite operators is to gain as many customers as quickly as possible. Although most satellite operators do not publish their internal figures, industry analysts say it costs between €300 million and €400 million to build a satellite and to launch it into orbit. Costs associated with operating a satellite must also be factored in. There's an additional aspect as well: The average operating life of a satellite is only 15 years, meaning that the investment must be recouped as quickly as possible.

Does that explain why satellite operators might be willing to accept the fact that they provide the infrastructure needed by a terrorist group to communicate, disseminate their propaganda and possibly plan attacks? For the satellite operators, it's technically relatively easy to cut access to networks. Using the web portal OSS, it only takes one click to eliminate access. In cases where they harbor suspicions, operators would also have the technical ability to see what kind of data is be transmitted or received by the satellite dishes.

It may be true that the companies simply want to used their technology to increase the reach of television stations -- in the way recently described by Eutelsat CEO Michel de Rosen as he presented an award sponsored by his company to SPIEGEL TV (ironically enough for a documentary film about the Islamic State). Or perhaps the companies simply want to pursue their business goals without checking precisely to see who is profiting from the services they provide.

Or perhaps the companies have full knowledge of who is using their services and are sharing that information with intelligence services. When asked, neither the companies nor intelligence services were willing to comment.

That would mean that intelligence services have been listening in for years, even as IS continued growing in strength. It wouldn't be difficult for intelligence services to tap the connections either, given that the ground stations used to feed the satellite signals into the cable networks are also located in European countries, including Cyprus (Avanti) and Italy (Eutelsat).

Possible connections linking Eutelsat with Syria could be particularly uncomfortable for the French government, which indirectly holds a 26-percent share in the satellite operator through the state-owned Bank Caisse des Dépôts.


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MessageSujet: Re: "GUERRE AU TERRORISME" : la grande imposture / CALIFAT et CAPITALISME   Mar 8 Déc - 9:57



Le nouveau découpage impérialiste du Moyen-Orient Joseph Kishore 8 décembre 2015

Les événements de la semaine passée entreront dans l’histoire comme un des jalons majeurs du développement de l’impérialisme au 21ème siècle. Suite à l’intensification par la France, le mois dernier, de sa campagne de bombardements en Syrie, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Allemagne ont intensifié eux aussi, en l’espace de quelques jours, leur engagement militaire en Syrie

Citation :
Le prétexte de ces opérations sont les attentats terroristes du 13 novembre à Paris et l’horrible fusillade qui s’est déroulée depuis à San Bernardino, en Californie. Les raisons présentées à l’opinion publique pour expliquer la rapide escalade de la guerre en Syrie n’ont cependant pas grand-chose à voir avec le débat stratégique en cours aux plus hauts échelons de l’armée et des services de renseignement.

Aussi tragique que soit le meurtre de 130 personnes à Paris et de 14 personnes à San Bernardino, il ne peut expliquer l’escalade militaire soudaine et brutale opérée au Moyen-Orient par les principales puissances impérialistes. Il faut se souvenir qu’en 1915, après le torpillage du RMS Lusitania qui causa la perte de 1.198 vies humaines, les Etats-Unis s’étaient abstenus d’entrer dans la Première Guerre mondiale. A cette époque, la classe dirigeante américaine était encore partagée quant à l’opportunité d’intervenir dans la Grande guerre.

La force motrice essentielle de la guerre en Syrie est la même que celle qui a poussé au découpage du Moyen-Orient dans son ensemble: les intérêts du capital financier international. Les principales puissances impérialistes savent que si elles veulent avoir leur mot à dire dans le partage du butin, elles doivent aussi avoir réalisé leur part de meurtre.

Cette course à la guerre au Moyen-Orient est profondément impopulaire, ce qui explique la précipitation et la frénésie avec lesquelles on s’est servi des récents attentats et le climat de peur créé par les médias pour imposer des actes le plus vite possible. Considérez les événements de la semaine dernière:

Mardi dernier, le gouvernement Obama annonçait vouloir déployer un nouveau contingent de forces spéciales théoriquement dirigé contre l’Etat islamique en Irak et en Syrie (EI ou Isis). Lors d’une conférence de presse le même jour, Obama a répété que tout règlement de la guerre en Syrie devait inclure l’éloignement du président Bachar al-Assad, un allié clé de la Russie.

Mercredi, le parlement britannique votait le soutien à une action militaire en Syrie après que le dirigeant travailliste Jeremy Corbyn eut ouvert la voie à une guerre en acceptant un « vote libre » des députés de son parti. Immédiatement, le même soir, des avions de combat britanniques décollaient pour bombarder des cibles en Syrie alors que le premier ministre David Cameron attaquait tout opposant à la guerre comme « sympathisant des terroristes. »

Vendredi, le Bundestag allemand votait en toute hâte et quasiment sans discussion la participation à la guerre en Syrie. L’approbation de la guerre par le parlement suivait de près une décision du gouvernement, en début de semaine, d’envoyer dans la région 1.200 soldats, six avions Tornado et un navire de guerre.

Puis, ce week-end, les médias et l’establishment américains ont décidé d’exploiter la tuerie de San Bernardino pour pousser à une extension de la guerre. Les candidats présidentiels républicains firent des déclarations belliqueuses, insistant pour dire que les Etats-Unis étaient confrontés à « la prochaine guerre mondiale » (Chris Christie, gouverneur du New Jersey), que « la nation [avait] besoin d’un président de guerre » (Ted Cruz, sénateur du Texas), qu’« ils nous ont déclaré la guerre et que « nous devons leur déclarer la guerre » (Jeb Bush, ex-gouverneur de Floride).

Dans un discours Obama a défendu dimanche soir sa propre politique en Syrie face à ses critiques républicains. Il réitéra son opposition à un déploiement massif de forces au sol en Irak et en Syrie, favorisant une accélération des frappes aériennes, un financement de groupes en Syrie et l’utilisation de troupes des pays voisins. Saluant les décisions de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni, Obama a déclaré, « Depuis les attentats de Paris, nos proches alliés… ont amplifié leur contribution à notre campagne militaire, ce qui nous aidera à accélérer nos efforts pour détruire l’EI. »

Alors qu’ils prônent la guerre, ni Obama ni aucune section de l’establishment politique ne sont capables de dire quoi que ce soit sur les véritables origines de l’EI, qui font voler en éclats le prétexte de la « guerre contre le terrorisme », le fondement de la politique étrangère américaine depuis 15 ans.

Dans une allocution, Obama a parlé dimanche de la croissance de l’EI « au milieu du chaos de la guerre en Irak, puis en Syrie, » comme si cela n’avait rien à voir avec la politique pratiquée par les Etats-Unis. En fait, les Etats-Unis et leurs alliés ont d’abord, illégalement, occupé et ravagé l’Irak, puis mis en place les groupes fondamentalistes islamistes en Syrie dont l’EI est devenu le fer de lance dans la guerre contre le président syrien Bachar al-Assad.

Les combattants de l’EI qui ont perpétré les attentats de Paris ont pu voyager librement entre l’Europe et la Syrie parce que des milliers de jeunes semblables allaient d’Europe en Syrie avec le soutien des autorités pour rejoindre la guerre contre Assad.

Quant à la fusillade de San Bernardino, les responsables ont mentionné le voyage effectué par ses deux auteurs en Arabie saoudite et leur relation avec des individus du Front al-Nosra pour justifier de la qualifier d’attentat terroriste. L’Arabie saoudite, le centre du financement et du soutien de groupes fondamentalistes islamistes partout au Moyen-Orient, est un allié clé des Etats-Unis dans la région et le Front al Nosra, lié à al Qaïda, est un allié de fait des Etats-Unis en Syrie.

Plutôt qu’une réaction aux récents attentats, les actes des puissances impérialistes sont la réalisation de projets et d’ambitions de longue date. En Grande-Bretagne, le vote de la semaine dernière révoquait celui de 2013 qui rejetait une participation à une guerre préparée et conduite par les Etats-Unis contre le régime Assad. L’élite dirigeante allemande réclame un rôle militaire bien plus actif afin de s’affirmer en tant que puissance dominante de l’Europe.

Aux Etats-Unis, avant l’attentat de San Bernardino, l’establishment politique et des médias demandait avec insistance un déploiement de troupes au sol et l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne en Syrie.

Les puissances impérialistes, conduites par les Etats-Unis, sont engagées depuis un quart de siècle dans une guerre interminable axée sur le Moyen-Orient et l’Asie centrale. Plus d’un million de personnes ont été tuées et des millions d’autres transformées en réfugiés. Après les guerres d’Afghanistan et d’Irak sous le gouvernement Bush, Obama a supervisé la guerre en Libye et les campagnes de changement de régime soutenues par la CIA en Ukraine et en Syrie. Les conséquences désastreuses de chaque opération ont préparé le terrain à l’expansion et à l’intensification de la guerre.

Ce qui est en train de se produire est un nouveau partage et une recolonisation du monde. Toutes les vieilles puissances se précipitent pour réclamer leur part. Bien qu’axé actuellement sur le Moyen-Orient riche en pétrole, le conflit en Syrie est en train de se développer en une guerre par procuration avec la Russie. De l’autre côté du continent eurasiatique, les Etats-Unis lancent en Mer de Chine méridionale des actions de plus en plus provocatrices contre la Chine.

La situation géopolitique actuelle est plus explosive qu’à n’importe quel moment depuis la veille de la Seconde Guerre mondiale. L’élite dirigeante, en proie à une crise économique et sociale insoluble et pour laquelle elle n’a pas de solution progressiste, considère de plus en plus la guerre et le pillage comme la seule réponse possible
.

(Article original paru le 7 décembre 2015)


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MessageSujet: Re: "GUERRE AU TERRORISME" : la grande imposture / CALIFAT et CAPITALISME   Mer 9 Déc - 14:33

(Mexique)

¿El Islam es terrorista y está en guerra con Occidente? Pablo Gómez Análisis 23 de noviembre de 2015


El cardenal Norberto Rivera Carrera. Foto: Octavio Gómez

MÉXICO, DF (apro).- Carta abierta e impersonal a Norberto Rivera Carrera

Citation :
El semanario Desde la fe, órgano de la Arquidiócesis Primada de México, publicó un editorial (23/11/2015) titulado “la violencia terrorista del Islam”, en el que afirma: “… Nuestro país pertenece cultural e históricamente a ese Occidente al que el Islam ha declarado la guerra”.

Bajo la conducción de Norberto Rivera Carrera, el arzobispado metropolitano se ha distinguido por brindar opiniones polémicas y generar enfrentamientos de contenido político, pero no había hecho hasta hoy proclama belicista, cuestión por lo demás cuestionable también a la luz de postulados contemporáneos de la Iglesia romana. Lo más duro del editorial no consiste en la confrontación de Rivera con el clero al que pertenece sino con el país del que es ciudadano y con el mundo occidental, cualquiera sea la acepción de Occidente a la que él mismo se adhiera.

El Islam no ha declarado ni ha realizado actos de guerra contra Europa Occidental, Estados Unidos y demás países de la misma “pertenencia cultural”. Ni siquiera ha sucedido esto con la otra gran zona cristiana compuesta por los países eslavos, entre otros. Pero, para mayor concreción, ¿hay un “verdadero choque de culturas más que de religiones” como suscribe Rivera?

Dentro de la tesis de la “guerra cultural” entre el Islam y Occidente, expuesta atropelladamente por Rivera en su editorial, no existe el menor análisis de la guerra de Siria, de los 200 mil muertos, musulmanes en su inmensa mayoría, de las intervenciones de las potencias occidentales y de Rusia, así como de otros países de mayoría islámica. Para abordar la “guerra del Islam y Occidente”, Rivera ignora la guerra de verdad, la que ha desangrado a un país entero. También ignora a todo efecto práctico la acción terrorista y más aún los efectos de ésta, las reacciones de varios gobiernos, la suspensión de derechos y libertades, el fomento del racismo y la discriminación, la desconfianza étnica contra los árabes, la intensificación de los bombardeos en Siria, el atentado en la capital de Malí.

Rivera expone entre sus pruebas algo atroz: “¿Cómo podemos explicar –escribe– que el Islam no hunde sus raíces en la violencia cuando vemos que sus líderes y jefes se deslindan, a regañadientes, de esos actos de barbarie diabólica, y no se atreven a hacer una condena contundente?”. Tenemos un arzobispo que podría estar peor que los cruzados de la Edad Media, los cuales al menos reconocían la pretensión de enriquecerse como parte de las guerras contra el Islam.

Y llega al extremo de echar en cara a los “cinco millones de musulmanes” que viven en Francia el no haber realizado “una marcha multitudinaria condenando sin regateos el atentado”. Al margen del hecho de que las manifestaciones en Francia están prohibidas, al menos por el momento, habría que preguntarle a Rivera parafraseando al Papa Francisco: ¿Quién eres tú para juzgar así a esos millones de franceses sólo porque su religión no es la tuya?

Norberto Rivera quiere llevar a México al odio contra el Islam tomando como un simple pretexto el terrorismo yihadista procedente de Medio Oriente y de Europa misma. Vivimos un mundo ya enloquecido de por sí como para tener que inventarnos otro peor por consejo de un arzobispo.


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MessageSujet: Re: "GUERRE AU TERRORISME" : la grande imposture / CALIFAT et CAPITALISME   Mer 9 Déc - 18:48


LE TERRORISME ARME DU CAPITAL POUR SON INDUSTRIE DE GUERRE Gérard Bad. Le site web Spartacus 30.11.2015.


Gérard Bad a écrit:
Tout d’ abord, il nous faut rappeler que tout état est arrivé au pouvoir par la terreur. La terreur, ensuite se stabilise sous la forme d’ un État et considère à son tour tout opposant comme un futur terroriste.

Pour la France il suffit de se souvenir du FLN algérien passé du statut de terroriste au statut d’ ami de la France depuis la paix en Algérie. Ceux qui furent opposés à la paix, allaient devenir des terroristes, et l’OAS organisation de l’armée secrète un ennemi de l’état gaulliste… Des histoires de ce type il y en a des centaines, notamment les groupes Irgoun et Stern qui allaient être à la tète de l’État d’Israël. Le terrorisme n’est jamais qu’un embryon d’état en devenir qui cherchera une reconnaissance à l’international. La aussi les exemples ne manquent pas, exemples les kurdes, les sarahouis qui reviennent sur le devant de la scène, les kabyles contre l’état algérien…

L’IRA face à la Grande Bretagne, les indépendantistes basques et tous les petits nationalistes en herbes voulant une reconnaissance. Le franchouillard Hollande le sait, c’est pour cela qu’il a pris soin de dire qu’il ne fallait pas dire État Islamique mais Daesh.

Daesch est directement ou indirectement une production des rivalités capitalistes autour de la rente pétrolière et de son recyclage, rivalités qui peuvent être atténuées si les principaux acteurs de l’ ordre mondial et le capital financier globalisé y trouvent leur compte et parviennent à masquer et colmater l’émergence d’une nouvelle crise financière. La chute du prix du pétrole1, est en quelque sorte un choc pétrolier à l’envers qui permet de réduire les dettes des pays «désindustrialisés» aux frais des peuples de certains pays de l’OPEP. L’Arabie saoudite, nous dit on serait devenue le mauvais élève de l’oncle Sam refusant de réduire sa production de pétrole pour maintenir les cours. De plus elle serait l’accoucheuse de Daesch dont elle ne maîtriserait plus les actes.

La réalité est tout autre et tourne toujours autour de la rente pétrolière, du capital financier, et le bloc militaro-industriel mondial. Quelques auteurs comme Luc Manpaey et claude Serfati ont amplement démontrer la place de la finance dans la transformation du système militaro-industriel (SMI) américain depuis les attentats du 11 septembre 2001.

Récemment encore Luc Mampaey 2 indiquait que

Citation :
« l’indice boursier du secteur de l’armement (DFI) n’intéressait que très peu les investisseurs, surtout braqués sur le Nasdaq. C’est ce que l’on a appelé la «bulle Internet». Celle-ci a explosé en avril 2000 et nombre d’investisseurs se sont rabattus sur le DFI, qui a connu un envol, accentué par les attentats du 11 septembre 2001 et l’agression contre l’Irak en 2003. La valeur du DFI a ensuite chuté, comme toutes les autres, lors de l’automne 2008, avant de reprendre et de ne plus cesser d’augmenter depuis. Actuellement, elle représente 2000 % de ce qu’elle était en 1996, alors que celle du Nasdaq ne représente que 300 %. Ce qui montre qu’il y a bel et bien militarisation de l’économie. Le travail s’annonce très difficile pour le mouvement pour la paix. »


Ceci démontre qu’ au delà des rivalités apparentes au sein même du capital , celui-ci à un intérêt commun, celui de maintenir et de développer son secteur le plus parasitaire celui de la « sécurité » en fabriquant un climat de terreur de plus en plus généralisé. Climat visant à justifier la militarisation de l’ économie, l’ union sacrée, et le recrutement de militaires, avec bien sur la note à la clef pour le citoyen contribuable. Pour rappel c’ est la 1ére guerre mondiale qui a justifiée l’impôt sur le revenu. Mais aujourd’hui il y à mieux, les dirigeants américains, dans la pure tradition des nazis qui s’attaquaient au biens des juifs, s’ attaquent aux biens de ceux qui s’opposent à leur politique.

Citation :
« Depuis 2007, les États-Unis ont procédé la confiscation des biens de personnes qui s’opposent à leur politique en Irak et au Liban. Cette mesure a été appliquée aussi bien à des nationaux qu’à des étrangers ; que leur opposition ait pris une forme violente ou non. Ces dispositions, prises par l’administration Bush, ont été prorogées par l’administration Obama. Elles violent aussi bien la Constitution des Etats-Unis que le Pacte des droits civils et politique de l’ONU, dont Washington est pourtant signataire. » (Les Etats-Unis ont confisqué les biens d’opposants à leur politique en Irak et au Liban )


Il faut sauver le soldat Daesch et tuer les islamo-fascistes

Comme le dit Michel Chossudovsky 3

Citation :
« Ceux qui ont ordonné les bombardements sont ceux qui sont derrière le projet de califat. Les milices de l’EI, qui sont actuellement la cible présumée d’une campagne de bombardements des États-Unis et de l’OTAN en vertu d’un mandat de «lutte au terrorisme», ont été et sont toujours soutenues clandestinement par les États-Unis et leurs alliés.

Autrement dit, l’État islamique a été créé par le renseignement étasunien , avec le soutien du MI6 britannique, du Mossad israélien, de l’Inter-Services Intelligence (ISI) pakistanais et l’Al Mukhabarat Al A’amah de l’Arabie saoudite (ou General Intelligence Presidency (GIP) en anglais). Par ailleurs, selon des sources du renseignement israélien (Debka), l’OTAN, en liaison avec le haut commandement turc, était impliqué dans le recrutement de mercenaires djihadistes dès le début de la crise syrienne en mars 2011.

En ce qui concerne l’insurrection syrienne, les combattants de l’État islamique ainsi que le Front Al-Nosra, des forces djihadistes affiliées à Al-Qaïda, sont les fantassins de l’alliance militaire occidentale. Ils sont secrètement soutenus par les États-Unis, l’OTAN et Israël. Leur mandat consiste à mener une insurrection terroriste contre le gouvernement de Bachar al-Assad. Les atrocités commises par les combattants de l’État islamique en Irak sont similaires à celles commises en Syrie. »


Dans le chaos qui règne au moyen orient, les effets d’ annonces et l’intox généralisée dans les médias (occidentaux et orientaux) sont si courantes qu’il est bien difficile de savoir qui est avec qui et pourquoi. Même Machiavel doit se retourner dans son tombeau. Michel Chossudovsky a raison de dénoncer une mascarade de guerre entretenue volontairement :

Citation :
« Les meurtres de civils innocents par les terroristes de l’État islamique en Irak sont utilisés afin de créer un prétexte et une justification en faveur d’une intervention militaire étasunienne pour des raisons humanitaires. Les bombardements ordonnés par Obama, cependant, ne sont pas destinés à éliminer l’État islamique, qui constitue un «atout du renseignement» étasunien. Bien au contraire, les États-Unis visent la population civile ainsi que le mouvement de résistance irakien.»


Ce n’est certes pas une nouveauté d’apprendre que les États-Unis, ont toujours collaboré avec les forces les plus réactionnaires du monde arabe :

Citation :
«En règle générale, les régimes les plus laïcs du moyen-Orient sont ceux qui se sont montrés les plus indépendants vis-à-vis des États-Unis. Plus un régime est allié avec Washington, plus il est islamique. L’Égypte de Nasser, l’Irak républicain, le mouvement national palestinien, l’Algérie d’après l’indépendance, la République du Yémen du Sud, la Syrie baasiste : tous ces pays ont choisi une trajectoire indépendante des États-Unis. Aucun d’eux ne s’est proclamé État islamique, et ils sont nombreux à avoir réprimé chez eux les mouvements islamiques. En revanche, les gouvernements dépendants des États-Unis ont toujours revendiqué une autorité islamique, qu’ils soient gouvernés par un monarque affirmant descendre du prophète, comme en Jordanie, au Yémen du Nord et au Maroc, ou prétendant à un rôle particulier de protecteur de la foi, comme dans le cas de l’Arabie saoudite. Quand d’autres gouvernements se sont rapprochés des États-Unis – l’Égypte de Sadate dans les années 1970, le Pakistan de Zia ul-Haq dans les années 1980 -, leur rhétorique politique et leur mode de légitimation se sont faits ouvertement plus islamiques. »

Carbon democracy, Timothy Mitchell, p. 240/241, La découverte


Le New Deal militaro-industriel

Nombreux sont ceux qui ont entendu cette histoire que durant le New Deal, on faisait creuser des trous par des chômeurs qu’ils devaient ensuite reboucher pour simplement les occuper. L’ affaire Daesh est du même tabac. Les occidentaux et les pétromonarchies comme nous venons de le voir ont mis sur pied Daesh à grand renfort de vente d’armes de part et d’autre, comme l’indique René Naba : Le croquemitaine n’est peut pas celui que l’on croit:

Citation :
« À l’Iran s’est superposée depuis la créature saoudo américaine, Da’ech. Ses prises de guerre sur l’ennemi notamment le matériel de guerre pris à l’armée irakienne conduit au renouvellement des stocks. Le jackpot est ainsi assuré pour l’industrie américaine d’armement avec l’appauvrissement consécutif des pays arabes et l’accentuation de leur dépendance.

Par un subterfuge que les politologues américains désignent du vocable de « Politics of Fears », l’Iran sert depuis trente ans de prétexte pour éponger le surplus de pétrodollars arabes en alimentant le complexe militaro-industriel américain, et Israël, un prétexte pour maintenir la dépendance technologique arabe.

Alors que le Monde arabe accuse un retard manifeste tant au niveau de la recherche scientifique que du développement des nouvelles technologies et que le chômage atteint des proportions rarement égalées ailleurs dans le monde, quatre pétromonarchies auront débloqué la colossale somme de 253 milliards de dollars en cinq ans (123 milliards en 2010+130 milliards en 2014-2015), pour résorber le chômage… des Etats-Unis.

Force est pourtant de constater que l’unique intervention militaire iranienne contre les pétromonarchies s’est produite à l’époque où l’Iran se situait dans la mouvance occidentale dans la décennie 1970 sans que la protection américaine n’ait été d’un grand secours aux protégés arabes qui se sont vus amputer ce jour là de trois îlots appartenant à l’Émirat d’Abou Dhabi: (la grande et la petite Thomb et l’île d’Abou Moussa. Il est vrai que le Chah d’Iran Mohamad Reza Pahlevi faisait office à l’époque de gendarme du Golfe pour le compte des Américains et que les princes arabes ne pouvaient qu’obtempérer, sur injonction américaine, au super gendarme régional qui leur avait été assigné. »

René Naba « Vers une révision des priorités saoudiennes en matière de désignation de l’ennemi principal : L’Iran ou Da’ech ? » extrait



Le rôle de l’ état français dans la guerre au moyen orient et ailleurs

Il est bien connu que le rôle de la France dans le cadre de l’alliance atlantique et de l’OTAN est sous contrôle américain. Que les États-Unis s’ occupent du ciel et la France du sol, ceci est toujours d’actualité pour la présence française en Afrique. Mais la donne a quelque peu changé sous la présidence de Sarkosy, ce dernier s’ est lancé dans l’opération Harmattan 4 contre la Libye de Kadhafi sous les conseils de BHL Bernard Henri Lévy,

L’État français nous l’avons sans cesse souligné, veut être la tête de pont de l’armée européenne, tous les conflits se doivent de montrer la capacité de la France d’intervenir… Derrière chaque opération il y a cette volonté de faire fonctionner le complexe militaro-industriel européen, avec l’autorisation américaine qui s’octroi la gestion informatique des théâtres de guerre. Chaque intervention française est à ce titre, un présentoir de sa panoplie guerrière, et doit se traduire par des commandes, les éternels achats puis annulation de la vente du Rafale, l’affaire des Mistral; finalement vendus à l’Égypte.

Bien entendu toutes les occasions sont bonnes pour faire un appel aux armes et au drapeau et entraîner tous les gogos des stades aux églises à chanter la Marseillaise «aux armes citoyens» mais il n’ est nullement question de l’ armement du peuple dans cette affaire ; mais de son adhésion à la guerre et à l ‘état d’urgence. Quand la mayonnaise du national sera bien prise, l’ État passera aux frais de la guerre5 vis à vis de la classe moyenne, les autres sont déjà bien plumés (prolétaires, retraités, chômeurs et indigents de toute sorte), Là, ils ne chanteront plus la « Marseillaise » ni la « Carmagnole » mais l’ Ave Maria pour enterrer les morts.

A ce titre, Daesh fait figure d’ un nouveau fascisme «les islamo-fascistes» que la démocratie prétend combattre sur le plan militaire et idéologique. Comme toujours on fabrique un ennemi extérieur pour créer un réflexe national et occidental aujourd’hui, la dichotomie au sein de laquelle on veut placer le prolétariat mondial est «démocratie ou barbarie».

Nous devons combattre les deux, car ils sont du même moule : la terreur capitaliste, celle des «marchands de canons»

GERARD BAD

**********


1Au 19 novembre 2015 il est à son cours le plus bas 41,47 USD le baril WTI

2- directeur du GRIP depuis mai 2012.Il a publié de nombreux travaux et articles et collaboré à plusieurs ouvrages sur l’évolution de l’industrie de l’armement aux États-Unis et dans l’Union européenne et plus généralement sur les questions liées à l’économie de l’armement. Il coordonne au GRIP les travaux de recherche relatifs à la production d’armements et à la gouvernance dans les grands groupes de l’industrie de l’armement.

3Michel Chossudovsky est un économiste canadien, professeur à la faculté des sciences sociales de l’université d’Ottawa, fondateur et directeur du Centre de recherche sur la mondialisation à Montréal.

4-Les noms de codes des interventions d’armées étrangères sont l’opération Harmattan pour la France19, l’opération Ellamy pour le Royaume-Uni, l’opération Odyssey Dawn pour les États-Unis, l’opération Mobile pour le Canada et l’opération Unified Protector pour l’OTAN.

5-l’heure de vol d’un Rafale est estimée à 13 000 euros et l’heure d’intervention du porte-avions Charles-de-Gaulle à 50 000 euros. Une dizaine de millions d’euros concerne enfin les primes versées aux militaires.» Le Monde FR 05 05 2011


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MessageSujet: Re: "GUERRE AU TERRORISME" : la grande imposture / CALIFAT et CAPITALISME   Mer 9 Déc - 19:10



Allemagne : les appels se multiplient pour des troupes au sol en Syrie Johannes Stern WSWS 9 décembre 2015

Les événements se précipitent à Berlin depuis que le gouvernement a fait voter à toute vapeur vendredi l’intervention militaire en Syrie. Quelques heures après le vote à peine, la frégate allemande Augsbourg faisait route vers la Syrie. Selon un porte-parole du Commandement opérationnel à Potsdam, elle avait rallié dimanche le porte-avions français Charles de Gaulle. On est en train de préparer, sur une base aérienne de la Luftwaffe près de Kiel, des avions de combat Tornado pour un déploiement en Turquie.


Citation :
Alors que ces préparatifs de guerre, officiellement reconnus, marchent à plein régime, un article du magazine Der Spiegel montre clairement que des projets encore plus étendus sont débattus et planifiés à l’insu de la population.

L’Allemagne pourrait « à moyen terme être entraînée dans une guerre terrestre », écrit le magazine sous le titre révélateur « Sur la glissoire ». A Berlin, il y avait accord pour dire que « l’EI ne peut pas être vaincu par de seules frappes aériennes. » Selon le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn, « tous les spécialistes le disent, pour gagner le combat contre l’EI les frappes aériennes à elles seules ne suffisent pas. »

Der Spiegel cite Harald Kujat en qualité d’« expert. » Le général à la retraite, et ancien inspecteur général de la Bundeswehr (armée allemande), décrit un scénario avec des troupes occidentales déployées en Syrie par dizaines de milliers. « En ce moment, nous devons supposer que la stratégie occidentale fonctionne. Si ce n’était pas le cas, alors l’Occident est confronté à la question de savoir s’il envisage de déployer des troupes au sol, » a dit Kujat. Le général a ensuite établi un parallèle avec la mission de l’OTAN en Yougoslavie dans les années 1990 et a déclaré, « Il nous faudra alors envoyer entre 50.000 et 60.000 soldats dans le pays sous la direction des Etats-Unis ou de l’OTAN. »

Jusqu’à présent la ligne gouvernementale officielle a été de s’abstenir de toute discussion sur le recours à des forces terrestres allemandes en Syrie, du moins en public. A présent, Der Spiegel cite des politiciens de haut rang qui exigent précisément ceci.

Selon l’ancien ministre de la Défense Franz-Joseph Jung (Union chrétienne-démocrate, CDU), les forces spéciales allemandes pourraient être utilisées « sur le sol syrien » afin de libérer des pilotes allemands de Tornado, au cas où ils tomberaient entre les mains de l’EI. Selon Jung, « de tels actes de libération » ont déjà été effectués avec succès par la Bundeswehr en Afghanistan. » Le porte-parole du groupe parlementaire du CDU au Bundestag Jürgen Hardt a lui aussi évoqué la question de forces terrestres allemandes. Il pouvait « s’imaginer un déploiement de soldats allemands sur le sol syrien dans le contexte d’un accord de paix avec la Syrie et dans le contexte d’une résolution de l’ONU l’autorisant. »

De l’avis de Der Spiegel, « la question de soldats allemands sur le territoire syrien » pourrait bientôt se poser. Mercredi, l’opposition syrienne veut se mettre d’accord sur les délégués devant participer à une réunion en Arabie saoudite. S’ils devaient se mettre d’accord sur un gouvernement de transition, l’Allemagne pourrait « difficilement… se désister. » « Steinmeier et la ministre de la Défense Ursula von der Leyen [ont] trop souvent parlé du fait que l’Allemagne assumera plus de responsabilité dans le monde. »

Le magazine d’informations fait allusion au retour de l’Allemagne à une politique étrangère agressive et à une politique de grande puissance. Au début de 2014, le ministre SPD des Affaires étrangères, von der Leyen et le président allemand Gauck avaient annoncé la « fin de la retenue militaire » à la Conférence de Munich sur la sécurité. L’Allemagne était « trop grande pour commenter simplement la politique mondiale depuis la touche » et devait « être prête à intervenir plus tôt et de façon plus décisive et substantielle, » dirent-ils.

Cette politique est désormais mise en oeuvre avec les Tornados, les navires de guerre, au moins 1.200 soldats et bientôt éventuellement des forces terrestres allemandes en Syrie. Von der Leyen a dernièrement reconnu, qu’en effet, l’effort de guerre de l’Allemagne en Syrie faisait partie d’un véritable complot de politique étrangère de la part des élites allemandes. (Voir : comment la résurgence du militarisme allemand a-t-elle été préparée?)

Dans une récente interview au quotidien économique Handelsblatt sous le titre « La lutte sera longue » elle a déclaré, « Au printemps de 2014, la situation actuelle n’était prévisible par personne… Et pourtant, il était bien que le président, le ministre des Affaires étrangères et moi ayons initié ce débat presque simultanément: nous avons débattu des questions et développé des points de vue sur lesquels nous pouvions nous appuyer quelques mois plus tard lors de crises réelles. »

De quels « points de vue » il s’agit là, devient de plus en plus évident. Les politiciens allemands, l’armée et leurs laquais dans la rédaction des principaux journaux attendent avec impatience que les soldats allemands se battent, bombardent et tuent enfin de nouveau.

Le journal conservateur Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung a par exemple accusé, dans un éditorial ce week-end, le gouvernement de ne se « battre [en Syrie] qu’avec des appareils photo ». Si « le pays européen chef de file en terme de moralité et de discipline budgétaire » s’était jusque-là limité à « fournir quelques fusils d’assaut aux francs-tireurs kurdes dans le nord de l’Irak et à organiser des exercices de tir, » il daignait maintenant « envoyer des avions Tornado munis de caméras haute résolution, une frégate et quelque 1.200 personnels militaires dans la zone de guerre. »

Pour l’auteur, Peter Carsten, le plus important déploiement de la Bundeswehr à l’étranger est, comme tous les autres, totalement insuffisant. C’est de l’« étroitesse d’esprit de se cacher une fois de plus derrière les autres, en paroles et en actes. » Qu’il s’agisse de « Sarajevo, de Priszren, de l’Afghanistan et du nord Mali, » ce qui a toujours importé c’était de « rester aussi éloigné que possible du combat et, dans la mesure du possible, de ne pas tirer. Combattre, soumettre des adversaires ou les tuer devrait être l’affaire des autres. »

Le déploiement de « Tornados photographes en Syrie » était « dans la même tradition » vitupère Carsten. Mais « la réalité était aussi que la Bundeswehr a pendant un quart de siècle été réduite à une infime petite troupe avec peu de ressources, quelques soldats et une faible efficacité au combat. » Chaque fois qu’il s’agit de « combattre, » on dit: « L’Allemagne ne veut pas, l’Allemagne ne peut pas. »

En réalité, l’éditorial de Carstens montre bien avec quelle « tradition » la politique du gouvernement est en train de renouer; c’est celle du militarisme allemand qui, après deux guerres mondiales, est une fois de plus en train d’opérer un réarmement massif dans le but de défendre par des moyens militaires les intérêts de l’impérialisme allemand dans le monde.

Ce week-end, André Wüstner, le président de l’Association de l’armée allemande, a réitéré son appel en faveur d’un accroissement de la taille de la Bundeswehr. Dans l’édition de samedi de la Passauer Neue Presse, il déclare, « Les défis sont énormes. Le plafond de l’effectif doit être rehaussé et l’équipement des troupes amélioré. » Dans la réforme de la Bundeswehr de 2011 et la réduction associée du niveau des effectifs, les politiciens n’avaient pas envisagé le déploiement en Syrie ni la crise en Ukraine. « Nous ne pouvons pas assumer de plus en plus de tâches avec un nombre de soldats considérablement réduit, » a dit Wüstner en réclamant au moins 5.000 à 6.000 soldats supplémentaires.

(Article original paru le 8 septembre 2015)


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MessageSujet: Re: "GUERRE AU TERRORISME" : la grande imposture / CALIFAT et CAPITALISME   Jeu 10 Déc - 9:09



L’impérialisme, la « guerre contre le terrorisme » et l’hystérie anti-musulmane André Damon 10 décembre 2015

Lundi, le milliardaire Donald Trump, candidat à la nomination présidentielle du Parti républicain, a exigé qu’à la suite des attentats terroristes de Paris et San Bernardino, on « ferme totalement et complètement les frontières pour les musulmans arrivant aux Etats-Unis ». Ce n’est là que la toute dernière d’une série de revendications violentes et fascisantes du favori à l’investiture républicaine.

Citation :
Bien qu’allant plus loin que ceux d’autres membres de l’establishment politique américain, l’appel de Trump est à l’unisson des déclarations faites par d’autres politiciens. Le sénateur républicain Ted Cruz a réclamé le mois dernier une interdiction pour les réfugiés syriens musulmans mais pas chrétiens, et le gouverneur de la Louisiane Bobby Jindal a dit avoir ordonné à la police de surveiller les mosquées.

David Bowers, membre du Parti démocrate et maire de Roanoke, en Virginie, avait favorablement cité le mois dernier l’internement par les Etats-Unis de citoyens américains d’origine japonaise dans des camps de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale. « Il s’avère que le danger qui émane de l’EI pour l’Amérique est actuellement tout aussi réel et sérieux que l’était celui venu de nos ennemis d’antan, » a déclaré Bowers.

La résurgence de telles revendications réactionnaires n’est pas limitée aux Etats-Unis, elle a lieu aussi dans d’autres pays impérialistes. En Grande-Bretagne, le premier ministre David Cameron a qualifié les opposants à l’autorisation de la guerre en Syrie de « sympathisants terroristes. » En France, le Front National (FN) néofasciste de Marine Le Pen a obtenu un nombre important de voix aux élections régionales cette semaine dans le contexte d’une abrogation de fait des droits démocratiques par le gouvernement du président François Hollande et de la promotion d’une atmosphère de peur et d’hystérie après les attentats du 13 novembre à Paris.

Partout en Europe, on a systématiquement attisé le chauvinisme antimusulman en réaction à la crise des réfugiés en même temps que toutes les grandes puissances s’efforcent de justifier leurs projets d’expansion de la guerre en Syrie.

Aux Etats-Unis, les déclarations de Trump ont été accueillies avec une indignation hypocrite par des politiciens et personnalités des médias qui s’en disent choqués. De qui se moquent-ils? Les bêtises débitées par cet imbécile fascisant n’expriment que sous forme concentrée l’hystérie perpétuelle entendue tous les jours dans les médias. La différence entre Trump et quelqu’un comme Wolf Blitzer de CNN n’est qu’une question de degré. Il est le résultat d’un environnement politique malade.

Quant à Obama, il a pris dans son discours à la nation dimanche la pose d’un critique des appels républicains visant les musulmans. Mais le gouvernement Obama est responsable de la poursuite d’une politique impérialiste qui a ravagé des pays entiers du Moyen-Orient, tuant au moins un million de personnes, la plupart des musulmans.

Le déchaînement des forces de la réaction extrême est en fait une manifestation organique de la nature de l’impérialisme. Comme le soulignait Lénine, l’impérialisme est la « réaction politique sur toute la ligne. » Ecrivant pendant la Première Guerre mondiale, il explique, « La différence entre la bourgeoisie démocratique républicaine et la bourgeoisie monarchiste réactionnaire est effacée précisément parce qu’elles pourrissent toutes deux sur pied. » La putréfaction de la société capitaliste contemporaine – fondée sur le parasitisme, l’escroquerie financière, la guerre et le pillage – fait une fois de plus remonter à la surface l’ordure politique sous forme de démagogie raciste.

Toute l’expérience du 20ème siècle a montré que la guerre impérialiste s’accompagne toujours d’attaques contre les droits démocratiques et d’incitation à la xénophobie. L’engagement américain dans la Première Guerre mondiale, officiellement voulu par Woodrow Wilson en vue de rendre le monde sûr pour la démocratie, est allé de pair avec le lynchage des travailleurs et l’emprisonnement de dirigeants socialistes comme Eugene V. Debbs, suivis des rafles antisocialistes de Palmer.

La période avant et durant la Seconde Guerre mondiale a produit des horreurs indescriptibles, la montée du fascisme et la « solution finale » des nazis qui a causé le meurtre de 11 millions de personnes et l’extermination d’une large portion de la communauté juive. Aux Etats-Unis, le gouvernement de Franklin Roosevelt a supervisé l’internement des Américains d’origine japonaise et l’emprisonnement de membres influents du mouvement trotskyste en vertu du Smith Act.

La période de la guerre de Corée a été la grande époque de la chasse aux sorcières du McCarthysme organisée contre les socialistes dans les syndicats et l’industrie du spectacle. La guerre coloniale menée par la France en Algérie a conduit le pays au bord de la guerre civile; il y eut l’instauration de l’état d’urgence et le massacre de manifestants pacifiques. Durant la guerre du Vietnam, le FBI a massivement infiltré les organisations politiques aux Etats-Unis et supervisé l’assassinat de figures de l’opposition, dont celui de membres influents des Panthères noires.

Dans chaque guerre impérialiste, la classe dirigeante cherche à cultiver les sentiments les plus arriérés et les plus racistes. La « guerre contre le terrorisme » ayant causé la mort d’au moins un million de musulmans n’est pas différente; elle a créé un environnement où l’hystérie est inlassablement promue dans les médias.

On peut voir que la course à la guerre et les attaques contre les droits démocratiques ont de profondes racines dans le fait que la fin du gouvernement Bush n’a pas entraîné de changement de cap significatif. En fait, l’abrogation des droits démocratiques se poursuit sous Obama. Son apport particulier a été d’institutionnaliser le meurtre parrainé par l’Etat en tant que pilier essentiel de la politique étrangère américaine.

L’impotence politique de ce qui passe pour le libéralisme contemporain, comme celle des diverses organisations de la pseudo-gauche, est la conséquence du fait qu’ils sont tous profondément impliqués dans la promotion et la justification de la guerre et du militarisme.

Il n’y a pas de soutien populaire large ou profond pour les conceptions prônées par Trump et l’establishment politique en général, et ce en dépit du barrage constant de la propagande médiatique. Mais l’expression organisée des sentiments démocratiques et anti-impérialistes dépend d’une mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière sur la base d’un programme visant la source de la guerre et de la réaction politique: le système capitaliste.

(Article original paru le 9 décembre 2015)


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MessageSujet: Re: "GUERRE AU TERRORISME" : la grande imposture / CALIFAT et CAPITALISME   Ven 11 Déc - 5:51



Daesh restaure le Califat

Daesh en 3 cartes

Maxime Zoffoli

Graphiste indépendant, Maxime Zoffoli travaille dans tous les champs du design graphique, avec un intérêt particulier pour les questions de design d’information et de visualisation de données.

Alors que F. Hollande envisage depuis début septembre 2015 de frapper l’EI en Syrie, il est utile de disposer de cartes pour voir comment Daesh rétablit le califat. Maxime Zoffoli a réalisé pour Diploweb.com trois cartes qui présentent les zones d’action de Daesh, la répartition religieuse en Syrie comme en Irak et les ressources en hydrocarbures.

Les frappes françaises en Syrie ont commencé fin septembre 2015. Ces trois cartes aident à considérer le contexte.




Daesh restaure le Califat, Patrice GOURDIN, le 1er février 2015

Docteur en histoire, professeur agrégé de l’Université, Patrice Gourdin enseigne les relations internationales et la géopolitique auprès des élèves-officiers de l’Ecole de l’Air. Membre du Conseil scientifique du Centre géopolitique auquel est adossé le Diploweb.com.


Géopolitique de Daesh. La situation est peu banale : l’assise territoriale de Daesh semble se renforcer constamment. État atypique, le Califat s’enracine chaque jour davantage du simple fait que personne ne se trouve actuellement en mesure de le déloger. L’asymétrie favorise la sanctuarisation. Parallèlement, la mouvance terroriste que le Califat inspire à l’échelle mondiale persiste et s’amplifie, sans se structurer en réseau, ce qui complique considérablement le renseignement, la parade et l’éventuelle riposte. Territorialisation et déterritorialisation se combinent donc pour former un gigantesque casse-tête stratégique.

Solidement documenté, rédigé de façon maîtrisée, ce texte est appelé à faire référence.

Citation :
TRÉS affaibli entre 2006 et 2010 par les forces américaines épaulées par les milices arabes sunnites antidjihadistes, l’État islamique en Irak, antenne locale d’Al Qaida, se revivifia à partir de 2011 dans la guerre civile syrienne. Engageant sur le champ de bataille ses combattants aguerris survivants, il remporta des succès qui lui procurèrent peu à peu les moyens de sa conquête : nouvelles recrues, armement et ressources financières. Cela sans attirer suffisamment l’attention de la communauté internationale qui fut donc prise au dépourvu par l’offensive lancée début 2014 dans le nord de l’Irak. En dépit de quelques revers, les forces de ce qui s’appelait depuis 2013 l’État islamique en Irak et au Levant opérèrent une progression foudroyante. Disposant d’un excellent réseau de renseignement, dotées de nombreux véhicules, appuyées par de l’artillerie et des chars sans pour autant perdre en souplesse, elles menèrent des offensives conventionnelles victorieuses, tout en poursuivant leurs actions de guérilla et leurs attentats terroristes [1]. Leur avancée leur permit de renforcer leurs effectifs par la libération de centaines de combattants emprisonnés en Irak et par le ralliement d’anciens cadres et soldats de l’armée de Saddam Hussein.

Forts de ces résultats, les djihadistes de l’organisation rebaptisée, en juin 2014, État islamique (Daesh) [2] ont entrepris de fonder un État territorial de part et d’autre de la frontière internationale séparant l’Irak et la Syrie. Prise de court, la communauté internationale a réagi de manière brouillonne et, pour le moment du moins, inefficace. Dénier à cette entité la qualité d’État ainsi que son appartenance à l’islam ne résout rien. Il semble paradoxal que les États en lutte contre le terrorisme islamiste soient surpris par cette entreprise. Agissant à l’échelle mondiale, comme Al Qaida et Daesh, ou localement, comme les taliban afghans et pakistanais, le Groupe islamique armé algérien des années 1990 ou Al Qaida au Maghreb islamique, son avatar contemporain, les shabab somaliens ou les Nigérians de Boko Haram, les radicaux de l’islam ambitionnent tous de conquérir un territoire sur lequel exercer le pouvoir. Les événements en cours en Irak et en Syrie offrent l’occasion d’examiner le projet et la stratégie des refondateurs du califat.

L’espace, les ressources et la population de plus de 200 000 km² (approximativement 170 000 km2 en Irak et 60 000 km2 en Syrie, soit environ un tiers de chacun de ces pays) se trouveraient sous l’influence ou le contrôle effectif sinon efficace de l’organisation. Celle-ci tente d’instaurer une variante d’État totalitaire se réclamant d’une conception religieuse et politique qui s’estime légitime parce qu’elle plonge ses racines dans l’islam des origines. Désireux d’échapper au cordon sanitaire qui pourrait l’asphyxier, le Califat reste relié au monde extérieur et cherche à étendre le combat au territoire de ses ennemis.


I. Conquérir le territoire d’un État viable

L’examen des cartes localisant les zones contrôlées ou influencées [3] par l’État islamique et leur juxtaposition avec les cartes physiques et économiques révèlent un projet rationnel [4]. Il s’agit d’un phénomène récurrent : depuis le début de l’Histoire, les hommes ou les groupes porteurs d’un projet politique ou politico-religieux cherchent à le réaliser sur un territoire. Autant que faire se peut, ce territoire doit leur conférer ressources et sécurité. Peut-être s’est-on trop focalisé, depuis la fin de la Guerre froide, sur la déterritorialisation prophétisée des rapports de force et sur la montée en puissance des organisations réticulaires. Al Qaida et Daesh poursuivent le même objectif : instaurer un État, c’est-à-dire une autorité régissant la population d’un territoire donné. Ce qui les oppose, hormis de possibles rivalités de personnes, c’est l’ordre des opérations. La première pose la défaite du monde occidental en préalable à la restauration de l’État islamique, le second - influencé par les thèses d’Abou Moussab al-Souri [5], l’auteur de l’Appel à la résistance islamique mondiale, paru en 2004 - fait de la refondation de ce dernier un prérequis à la domination mondiale de l’islam. Gilles Kepel a résumé la stratégie préconisée par al-Souri : « [les] attentats à caractère dispersé appartiennent à une première phase, qu’il nomme “guerre d’usure“, et dont le but est de déstabiliser l’ennemi. Une deuxième, celle de “l’équilibre“, voit les cellules attaquer systématiquement l’armée ou la police, en pourchasser et exécuter les chefs, s’emparer des zones qu’il est possible de libérer. Pendant la troisième, la “guerre de libération“, les cellules se basent sur les zones libérées pour conquérir le reste du territoire, tandis que, derrière les lignes ennemies, continuent assassinats et attentats qui achèvent de détruire le monde de l’impiété [6] ». La feuille de route suivie par l’État islamique depuis 2011 correspond à ce schéma.

L’espace contrôlé ou sous influence occupe une partie du Croissant fertile : des abords de l’axe vital Alep-Damas (Syrie) à l’ouest, aux environs de Bagdad (Irak) à l’est. Il recouvre environ deux tiers de la Mésopotamie antique, celle unifiée et organisée dans le premier empire babylonien (2000-1500 av. J.-C.). Ce qui compte parmi les premières constructions étatiques n’avait pu être édifié que grâce à la présence combinée de l’eau (fleuves Tigre et Euphrate avec leurs affluents) et de terres cultivables (irriguées ou non). Les cartes montrent l’emprise de Daesh sur une partie de ces espaces nourriciers : vallée de l’Euphrate de Jarabulus à Anah, puis (de façon discontinue) de Haditah à Falloudja ; vallée de la Khabour (affluent de l’Euphrate) et vallée du Tigre entre Rabia et l’amont de Samara. Bénéficiaires d’aménagements hydrauliques plus ou moins récents (Daesh exerce son emprise sur la plus grande partie des 56 000 km2 de terres irriguées en Syrie pour bonifier la Djézireh), ces régions produisent notamment du coton, de l’orge et du blé. Selon le ministère irakien de l’agriculture, Daesh aurait la mainmise sur 40% de la production agricole irakienne [7]. La Syrie assurait son autosuffisance alimentaire avant la guerre civile, mais il est difficile de savoir quelles sont aujourd’hui les disponibilités en nourriture dans les zones insurgées. La construction de barrages équipés assure une importante production d’électricité (Tichrin et Tabqa, en Syrie, Haditha en Irak). Les assauts répétés pour contrôler le barrage de Mossoul semblent liés à la nécessité d’assurer l’approvisionnement électrique de la population de cette très grande ville (entre 1 500 000 et 2 000 000 d’habitants avant les combats). Des stations d’épuration permettent aux habitants des villes de consommer une eau potable. Bref, Daesh tente de disposer des ressources et des équipements indispensables à la vie quotidienne des populations. Son emprise sur ces dernières en dépend partiellement. Un économiste a même comparé l’État islamique à un système de Ponzi : il ne tiendrait qu’au prix d’une extension territoriale continue [8]. Ceci explique en partie la poussée enregistrée récemment en direction de la Syrie “utile“ (axe Damas-Alep). Encore faut-il que les équipements demeurent en état de fonctionner et que les travaux agricoles se déroulent normalement, ce que l’état de guerre ne garantit pas. L’influence dans la partie désertique de la Syrie et du centre de l’Irak, milieu particulièrement difficile à contrôler, contribue à occulter une part des activités de Daesh. Mais les conditions de vie n’y favorisent pas la présence humaine et, dans cet espace, l’État islamique règne sur du vide.

PNG - 408 ko3 cartes. Daesh rétablit le califatCliquer sur la vignette pour voir les cartes. Zones d’action de Daesh ; répartition religieuse ; ressources en hydrocarbures. Cartes réalisées par Maxime Zoffoli pour Diploweb.com
Le Califat contrôle des gisements d’hydrocarbures : dans les provinces de Hassaké et surtout de Deir ez-Zor (avec deux raffineries de pétrole et une usine de liquéfaction de gaz) au nord-est de la Syrie (60% de la production syrienne [9]) ; les sites de Akkas, Husaybah (province d’Al-Anbar), Ajeel, Hamrin et Baiji, ainsi que les raffineries de pétrole de Baiji et de Tikrit (province de Salah Ad-Din) au nord-ouest de l’Irak (entre 10 et 20% de la production irakienne, selon les sources). La zone de peuplement arabe sunnite en Irak est pratiquement dépourvue de pétrole et la prise de contrôle de gisements en zone de peuplement kurde sonne aussi comme une revanche sur la géologie. Mais les Kurdes sont tenaces et n’abandonneront pas facilement les hydrocarbures, qui sont la principale source de financement de leur autonomie et de leur éventuelle indépendance. Grâce à des circuits de contrebande vers la Turquie cela assure des revenus substantiels : potentiellement de l’ordre de plusieurs centaines de millions de dollars par an, mais les chiffres les plus divers circulent, sans aucun fondement sérieux. Élément tout aussi important, ces ressources couvriraient les besoins énergétiques locaux et opérationnels de Daesh. Voici une des spécificités du Califat : pour la première fois, une organisation djihadiste contrôle un territoire à haute valeur économique. Mais soulignons le caractère potentiel de celle-ci. Les sites pétroliers et gaziers font l’objet de bombardements incessants de la part de la coalition internationale depuis l’automne 2014, précisément pour annihiler cette source de revenus. Aucun bilan de ces opérations n’est disponible, mais il semble que le flux acheminé ait diminué. Les installations ne peuvent être entretenues et réparées faute de pièces de rechange et les hydrocarbures sont écoulés à des prix très inférieurs aux cours officiels (réduits eux-mêmes de moitié depuis la fin de l’été 2014).


Il s’agit de la première entreprise djihadiste assurant son emprise durable sur un territoire à très haute valeur stratégique : au centre du plus important carrefour terrestre mondial, à la charnière Afrique-Asie-Europe.

Daesh maîtrise le réseau des communications terrestres entre Alep et Ramadi ainsi qu’entre Falloudja et Mossoul. À quoi il faut ajouter le contrôle de Rutba, au cœur du désert, carrefour des pistes reliant la vallée de l’Euphrate à Amman ou à Damas. Voies de transport de marchandises licites, chemins de toutes les contrebandes, support de longs tronçons des oléoducs (en service ou non) reliant le Golfe Arabo-Persique et la mer Méditerranée, ces axes de communications représentent un atout considérable en temps de guerre et pourraient contribuer à la relance économique d’un Proche-Orient en paix. Là réside une autre particularité du Califat : il s’agit de la première entreprise djihadiste assurant son emprise durable sur un territoire à très haute valeur stratégique : au centre du plus important carrefour terrestre mondial (charnière Afrique-Asie-Europe). Les taliban n’ont jamais régné que sur l’aire pashtoune, zone isolée du monde depuis l’abandon des routes de la soie. Les shabab ne dominent qu’une frange d’un État failli et qui a perdu sa valeur stratégique, même s’il exerce une nuisance non négligeable comme havre de la piraterie (activité dont les djihadistes ne détiennent pas le monopole). Al Qaida dans la Péninsule Arabique demeure cantonné aux montagnes du sud du Yémen, en dépit d’opérations ponctuelles à l’extérieur. Al Qaida au Maghreb islamique est aux abois dans les rudes Aurès et n’a pu faire mieux que coloniser des zones de la bande saharo-sahélienne désertique ou semi-désertique, enclavée et réduite au transit des trafics divers. Boko Haram sévit dans la partie sahélienne, isolée, enclavée et la plus déshéritée du Nigéria.

Daesh possède une portion de la frontière commune (longue au total de 822 kilomètres) entre la Syrie et la Turquie, bénéficiant de plusieurs points de passage sur la section d’environ 200 kilomètres située entre Jarabulus (sur l’Euphrate) et Ras Al-Aïn (sur le Khabour). Cela présente deux avantages : d’une part, la garantie de la liberté de circulation pour assurer les trafics qui abondent les caisses du Califat (hydrocarbures, antiquités) et pourvoient en partie à l’approvisionnement des miliciens et des populations civiles. D’autre part, sont facilités l’arrivée de cadres civils indispensables au bon fonctionnement du Califat et le maintien du flux de combattants étrangers volontaires pour le djihad dont Daesh a besoin pour mener ses opérations - défensives ou offensives - sur les divers fronts ouverts. Le segment de frontière à sécuriser pour gêner les réseaux Daesh est nettement moins long que ce que prétend Ankara, ce qui alimente la suspicion de complicité avec les djihadistes.

Le territoire du Califat est un territoire en guerre, aux limites mouvantes, vidé de toute autorité légale, ravagé et extrêmement dangereux. Depuis l’invasion américaine de 2003, la partie arabe du nord-ouest de l’Irak n’a pas cessé de connaître des affrontements de plus ou moins grande ampleur. Au printemps 2011, le nord-est de la Syrie a basculé à son tour dans la violence armée (rebelles contre loyalistes, factions rebelles entre elles, djihadistes contre Kurdes, une partie de la coalition internationale contre les djihadistes). Cela relativise la normalité du fonctionnement de l’État fondé par al-Baghdadi et ses partisans.


II. Contrôler la population d’un État viable

L’assise territoriale d’un État n’a de valeur que si elle porte une population. Les stratèges de l’État islamique ont pris soin de conserver sous leur contrôle ou leur influence une part non négligeable des habitants, probablement entre huit et dix millions [10]. Main-d’œuvre, contribuables, bouclier humain, esclaves, cobayes pour une forme ressuscitée de gouvernance, adeptes, recrues, autant d’utilisations possibles de cet ensemble humain.

États de création récente, la Syrie et l’Irak englobent des populations hétérogènes, dont les composantes se trouvent le plus souvent réparties sur plusieurs pays. Les Arabes (89% de la population en Syrie, 75% en Irak) sont les plus nombreux. La région héberge depuis des siècles des populations non-arabes : Kurdes (8% de la population en Syrie, 20% en Irak) et Turcs (0,5% de la population en Syrie, 3% en Irak). Ces minorités ethniques sont en butte à de mauvais traitements. Mais ces pratiques, en particulier vis-à-vis des Kurdes, sont antérieures à l’emprise de Daesh.

La population est très largement de confession musulmane, mais partagée entre sunnites (70% de la population en Syrie, 35% en Irak) et chiites ou assimilés (19% de la population en Syrie en comptant les alaouites, 60% en Irak). Le Califat aspire à éliminer de sa population tous les éléments “impurs“. Il œuvre donc à l’éradication des tenants du chiisme sous toutes ses formes ainsi que des nombreuses minorités religieuses présentes depuis l’Antiquité : chrétiens (10% de la population en Syrie, 5% en Irak), yézidis et zoroastriens, notamment. Promis au massacre, au viol ou à l’esclavage, les membres de ces communautés ont fui en masse, ajoutant bien contre leur gré aux difficultés de la région.

Daesh s’intéresse avant tout aux Arabes de confession sunnite (majoritaires en Syrie, minoritaires en Irak). Parmi ceux-ci, un nombre non négligeable - mais impossible à évaluer avec précision - ont appelé de leurs vœux l’avènement de l’État islamique ou, du moins, ont observé une neutralité bienveillante à son égard. À l’origine, dans les cas irakien comme syrien, leurs motivations semblent avoir été plus politiques (lutte contre l’oppression, du clan al-Assad en Syrie et rejet de la politique sectaire pro-chiite de Nouri al-Maliki en Irak) que religieuses. D’autres Arabes sunnites, en revanche, ont fui et certains sont demeurés contre leur gré. Ces derniers subissent la radicalisation religieuse dans toute sa rigueur, mais restent pris au piège et ne semblent pas en mesure de s’opposer à la terreur djihadiste. D’autant que, selon une pratique totalitaire bien rôdée, Daesh infiltre l’ensemble de la société afin de la surveiller au plus près et de la réprimer, souvent de manière préventive. Il aurait identifié et recensé les avocats, les professeurs, les médecins et les ingénieurs, les contrôlerait étroitement et exercerait des pressions sur eux. Les juristes seraient même contraints à quitter le Califat car ils connaissent trop bien le droit et pourraient dénoncer les abus commis au nom de la charia ou du fait de son ignorance. L’organisation aurait également utilisé des cinquièmes colonnes pour préparer certaines de ses opérations militaires les plus audacieuses, comme la prise de Mossoul. Ces agents clandestins seraient également à l’œuvre dans les régions loyalistes pour détruire de l’intérieur la société, par exemple en contraignant ses cadres qualifiés à ne plus exercer leurs activités.

Ces populations comptent un grand nombre de jeunes (49% des Irakiens et 45% des Syriens sont âgés de 20 ans ou moins), inégalement éduqués (taux d’analphabétisme de 20 à plus de 30% de la population jeune dans la zone contrôlée en Syrie alors que la moyenne nationale est de 6%, entre 5% et 20% dans la zone contrôlée en Irak alors que la moyenne nationale est de 11%), mais victimes dans une proportion significative des défaillances de leurs dirigeants. Ces derniers n’ont ni su ni voulu consentir les efforts nécessaires pour assurer un emploi et, plus largement, une insertion sociale à l’ensemble de ces jeunes. Une partie d’entre eux, désœuvrés, sans perspectives, se trouvent disponibles pour les aventures les plus hasardeuses. D’autant plus que le niveau de vie de ces populations est des plus modestes : l’indice de développement humain-IDH classe la Syrie 120e (équivalent à celui de l’Afrique du Sud) et l’Irak 121e (proche de celui du Guyana ou du Viêt Nam) sur 187 pays évalués. Les zones contrôlées ou influencées par Daesh figurent parmi les plus déshéritées. Les plaines alluviales et les plateaux steppiques de la Djézireh, en dépit de l’irrigation et des hydrocarbures, constituent une région périphérique, en Syrie comme en Irak. Dans chaque camp en présence, l’engagement dans les forces armées, les unités paramilitaires ou les milices constitue un (le seul) moyen d’exister et/ou de nourrir les siens.

Faute d’États garantissant à l’ensemble des habitants le statut de citoyennes ou de citoyens libres et égaux en droits et en devoirs, la Syrie et l’Irak demeurent marqués par l’emprise des structures tribales sur la population. Loin d’être le symptôme d’un attachement archaïque à la tradition, il s’agit de pragmatisme. Les hommes se tournent vers les liens de solidarité traditionnels, les seuls qui leur assurent la sécurité, les moyens de vivre et d’avoir une existence sociale. Cette survivance sanctionne l’échec de l’instauration (en admettant qu’elle ait été tentée ou… que les tribus ne s’y soient pas opposées victorieusement) d’un État de droit. Parce qu’il s’agit d’intermédiaires indispensables, l’État islamique noue, avec des fortunes diverses, des relations avec les notables des principales tribus de sa zone d’opérations. En Irak, dans la province d’Al Anbar, il s’appuie sur un partie de la puissante confédération Dulaymi (très présente dans l’armée de Saddam Hussein avant 2003) et autour de Mossoul, il compte des partisans au sein de la branche al Djarba, sunnite, des Shammar. En Syrie, il est lié à une partie des Shammar al-Kursah et des Charabya. Mais la logique tribale est dominée par l’impératif de survie du groupe, ce qui rend les allégeances aléatoires car elles fluctuent au gré des intérêts et des rapports de force. La résistance de la tribu al-Sheitaat (provinces de Raqqa et de Deir ez-Zor) à l’État islamique tenait au moins en partie à la concurrence pour l’exploitation des champs de pétrole. Conjuguée à la règle fondamentale de la vengeance (intiqâm) contre tout outrage, la segmentation propre à ce type de société pose le problème des luttes intertribales. Celles-ci contribuent à empêcher toute unification durable des populations de la zone contrôlée et facilitent les manœuvres, comme l’utilisation des certaines tribus contre les djihadistes. Les massacres spectaculaire de plusieurs centaines de membres (parmi lesquels de nombreux civils) de la tribu al-Sheitaat (provinces de Raqqa et de Deir ez-Zor), en août 2014, et de la tribu Albou Nimr (province d’Al-Anbar), en novembre 2014, visaient, notamment, à imposer par la terreur une neutralité sinon une loyauté durables. Le cheik de la tribu al-Sheitaat, Rafaa Aakla al-Raju, avait appelé (en particulier sur une vidéo diffusée par YouTube) les tribus bédouines à se soulever contre l’État islamique. Cela révèle les limites de l’efficacité tant des liens personnels tissés par Daesh que du réseau de renseignement extrêmement dense que l’État islamique a organisé dans les zones arabes sunnites d’Irak et de Syrie. Ce dernier lui permet d’empêcher, y compris par des assassinats préventifs, la constitution d’une vaste coalition semblable au Réveil (Sahwa). Organisée par les Américains, à l’instigation du général David L. Petraeus, entre 2006 et 2010, elle avait pratiquement anéanti Al Qaida en Mésopotamie, la matrice de Daesh. Mais rien ne garantit à Daesh un soutien sincère et durable. En outre, la terreur ne dissuade que jusqu’à ce que le seuil de l’insupportable soit atteint. Et les pratiques extrêmement violentes et cruelles du Califat risquent de provoquer rapidement cette saturation. Encore faudra-t-il que les adversaires de Daesh soient capables de le savoir et d’en tirer parti.

L’État islamique se trouve confronté à un défi majeur où il joue en grande partie sa crédibilité et donc son avenir vis-à-vis des populations locales : sa capacité à assurer le fonctionnement normal d’une société. La logique d’un conflit asymétrique répond habituellement à la démarche inverse : paralyser ou bloquer tous les services qu’une population attend de ses dirigeants afin qu’elle se tourne vers les insurgés. Quelques témoignages récents [11] rapportent que le Califat, s’il fait régner la sécurité, s’avèrerait incapable de fournir en suffisance l’électricité, l’eau potable, l’alimentation de base, les médicaments et les soins médicaux dont ont besoin les hommes et les femmes qui se trouvent dans ses zones de domination ou d’influence. Cela s’expliquerait d’une part, par les dégâts résultant des combats, d’autre part, par le manque de main-d’œuvre qualifiée, en particulier des spécialistes de haut niveau (ingénieurs et médecins, notamment).

Daesh s’est emparé de plusieurs villes - notamment Raqqa, Falloudja et Tikrit -, de taille variable, toutes en zone de peuplement arabe sunnite, dont la plus grande est Mossoul. Compte tenu des difficultés d’administration et d’approvisionnement que semble rencontrer l’organisation, la raison de ces conquêtes serait d’abord stratégique. Les djihadistes se fondent dans la population qui se retrouve ainsi servir involontairement de bouclier humain contre les bombardements aériens. En outre, la reconquête de ces périmètres urbains nécessitera des effectifs et du matériel en quantité considérable et sera tout à la fois extrêmement meurtrière et destructrice. Les forces loyalistes de Syrie et d’Irak ne paraissent pas en état de mener de telles opérations, encore moins de vaincre. Quant à la coalition internationale, elle n’entend pas s’engager au sol. Par conséquent, le Califat peut, jusqu’à nouvel ordre, conforter ses positions urbaines. Nul doute que ses stratèges ont étudié avec soin les combats auxquels ils ont pris part dans les villes d’Irak depuis 2003 et de Syrie depuis 2011, ainsi que les pratiques du Hezbollah au Sud Liban et du Hamas à Gaza. Ces précédents n’augurent pas d’une déterritorialisation rapide de Daesh. La reconquête de Kobane par des Kurdes appuyés par l’aviation de la coalition internationale, le 26 janvier 2015, ne semble pas significative. L’État islamique, peut-être pris d’hybris à cause de ses victoires antérieures et certainement aveuglé par son idéologie, était tombé dans le piège de la bataille symbolique. Il usa ses forces pour un enjeu insignifiant sur le plan stratégique, mais transformé en enjeu politique majeur par la médiatisation de la résistance héroïque des milicien(ne)s kurdes. Daesh s’est révélé vulnérable et a sorti les marrons du feu au profit des nationalistes kurdes. Gageons que les leçons de cet échec seront tirées et que les stratèges du Califat ne reproduiront pas cette erreur-là.


III. S’appuyer sur une représentation géopolitique cohérente

Loin d’être une entreprise aberrante, la restauration du califat dans la région conquise ou sous influence, résulte d’un projet idéologique rigoureux et élaboré. En effet, tout s’inscrit dans la mémoire arabe, musulmane et sunnite, dans le but de susciter l’adhésion du plus grand nombre possible d’Arabes musulmans sunnites. À commencer par ceux dont le désir de revanche semble le plus intense : ceux d’Irak, dépossédés du pouvoir et humiliés par les chiites depuis 2003, et ceux de Syrie, chassés du pouvoir, discriminés et impitoyablement réprimés par certains clans alaouites depuis 1970.

Le chef suprême cultive la ressemblance avec le prophète Mahomet. Outre qu’il arbore une barbe fournie, il se couvre d’un turban et revêt un manteau réputés pareils à ceux que portait le fondateur de l’islam. Ces effets sont de couleur noire, celle du prophète, reprise par ceux qui se présentaient comme ses descendants légitimes : les souverains abbassides. Il s’attribue une filiation avec la tribu de la Mecque à laquelle appartenait Mahomet : les Quraysh. Les généalogies ne présentent pas toujours d’incontestables garanties d’authenticité, mais cette ascendance est indispensable car, selon la tradition musulmane [12], le califat ne peut être détenu que par l’un d’entre eux.

La proclamation du Califat, le 29 juin 2014, vise à réactiver la mémoire glorieuse de l’empire au temps de la dynastie abbasside. Dans la civilisation arabo-musulmane, ce geste revêt une importance en général mal comprise et/ou sous estimée en Occident. La définition d’Ibn Khaldûn (1332-1406), référence essentielle à ce sujet, permet de comprendre : le calife, écrit-il, est « le substitut du Législateur pour la garde de la religion et le gouvernement des affaires d’ici-bas sur un fondement religieux [13] ». Le calife ( khalifa ) est, littéralement, le “successeur“ du prophète Mahomet. Ce fut le titre adopté par celui qui, à sa suite, prit la tête de la communauté des croyants (oumma), son beau-père Abu Bakr (632-634). Il fut pérennisé par ‘Umar (634-644), autre beau-père de Mahomet, véritable bâtisseur du califat en tant que forme particulière d’autorité, à la fois politique et religieuse. Héritée des pratiques tribales de la péninsule arabique, la conception califale du pouvoir est, dans le meilleur des cas du moins, arbitrale et non despotique. Toutefois, elle peut déroger à cet idéal pour accomplir sa tâche prioritaire, qui est de garantir l’unité de l’oumma, d’en éviter la division (fitna). Afin d’écarter l’anarchie, chacun des membres de l’oumma doit, lors d’une cérémonie collective, prêter un serment d’allégeance personnelle (bay’a) au calife. Toute contestation est impitoyablement châtiée car considérée comme une rébellion contre l’État voulu par Dieu, une innovation (bid’a) déviante par rapport à un ordre qui doit demeurer immuable. La doctrine du pouvoir fixée sous les Abbassides rend obligatoire l’obéissance à l’égard de toute personne qui gouverne, sauf si celle-ci ordonne la désobéissance (ma’siya) à Dieu. Cette obligation équivaut à un devoir religieux. Calife, prétendant renouer le fil de l’histoire interrompue en 1258, Ibrahim ne pouvait donc que réclamer la bay’a dans les zones qu’il contrôle et c’est en toute “légitimité“ qu’il pratique une politique de terreur à l’encontre des tribus rebelles.


Abou Bakr al-Baghdadi veut signer la revanche de la communauté des Arabes sunnites sur une humiliation pluriséculaire. Il traduit la volonté de renouer avec la grandeur perdue.

Durant la période abbasside (750-1258), la réflexion politique fixa la doctrine du pouvoir califal et définit les fonctions principales du détenteur de celui-ci : préserver la religion telle que fixée par Mahomet et les premiers musulmans (salaf) ; protéger les territoires musulmans ; combattre pour la conversion des non-musulmans. Le supplice du dernier souverain abbasside, Al-Muta’sim, par les Mongols lors de la prise de Bagdad, en 1258, marqua la fin à la fois de la lignée califale et de la prépondérance politique et économique des Arabes sunnites dans l’empire. Le geste d’Abou Bakr al-Baghdadi veut signer la revanche de la communauté des Arabes sunnites sur une humiliation pluriséculaire. Il traduit la volonté de renouer avec la grandeur perdue. Il entend aussi et surtout marquer la renaissance de l’islam que ses adeptes considèrent comme le seul véritable : celui “restauré“ par les Abbassides après le dévoiement dont ceux-ci accusaient les Omeyyades de s’être rendus coupables. Cela le place, enfin, en position de force, au moins symbolique, face au chef d’Al Qaida, Ayman al-Zaouahiri : le calife impose sa primauté. Selon la pratique instaurée par les Abbassides, les décisions du calife ne peuvent être ni contredites, ni ignorées ni enfreintes sans que ses adversaires ne soient considérés comme des traîtres à l’islam. Encore faut-il que le calife dispose des moyens de faire respecter son autorité. Ce qui suppose préalablement la reconnaissance de sa légitimité, ce que, dans le cas d’Abou Bakr al-Baghdadi, n’ont fait ni Ayman al-Zaouahiri, ni aucune des autorités religieuses respectées par l’immense majorité des musulmans sunnites.

Ibrahim Awad Ibrahim Ali al-Badri, dit Abou Bakr al-Baghdadi se fait désormais appeler calife Ibrahim. Certes, il s’agit de son vrai prénom et cela pourrait être une raison suffisante pour expliquer ce choix. Toutefois, ce prénom revêt également une très forte valeur symbolique dans la religion musulmane. Correspondant à l’Abraham des juifs et des chrétiens, Ibrahim compte parmi les prophètes reconnus par les musulmans. Ceux-ci le considèrent comme le père du monothéisme et comme le modèle du croyant, absolument soumis à Allah, comme en témoigne son acceptation du sacrifice d’Ismaël. La tradition musulmane lui attribue la construction du temple de la Ka’ba, à La Mecque. Certaines tribus arabes, parmi lesquelles les Quraysh, se proclament descendantes de son fils Ismaël. En effet, ce dernier vécut : alors qu’Ibrahim s’apprêtait à le sacrifier comme Allah le lui avait demandé pour éprouver sa foi, sur l’ordre de ce dernier, l’ange Jibril arrêta sa main et substitua un mouton à Ismaël. C’est ce que commémore l’Aïd el-Kebir.


Les djihadistes entendent également manifester leur rejet de la conception occidentale de l’État, celle de l’État-nation (construction d’un vouloir-vivre en commun forgé par une population hétérogène), devenue la norme internationale par le biais de l’expansion impériale des nations européennes au XIXe et dans la première moitié du XXe siècle.

La destruction spectaculaire d’un poste frontière entre la Syrie et l’Irak, le 26 juin 2014, affirme la volonté de rompre avec un ordre territorial imposé de l’extérieur. Le découpage du Proche-Orient résulte des accords Sykes-Picot, conclus secrètement par la France et la Grande-Bretagne en 1916, révisés à la fin de la Première Guerre mondiale, puis entérinés par la Société des Nations-SDN à San Remo en 1920. Ils consacraient le démantèlement de l’Empire ottoman et la domination de la région par les deux principales puissances occidentales d’alors [14]. Dans la mémoire collective arabe, donc bien au-delà des rangs de Daesh, ces frontières constituent la marque tangible de la trahison des promesses faites en 1916 (correspondance Hussein-McMahon reconnaissant l’existence de la nation arabe et acceptant le principe de la création d’un État arabe), du dépècement des territoires arabes et de la privation d’indépendance de leur population. Les djihadistes entendent également manifester leur rejet de la conception occidentale de l’État, celle de l’État-nation (construction d’un vouloir-vivre en commun forgé par une population hétérogène), devenue la norme internationale par le biais de l’expansion impériale des nations européennes au XIXe et dans la première moitié du XXe siècle. L’État islamique (dawla al-islâmiya) forgé sous les Abbassides dont se réclame le calife Ibrahim, regroupe une communauté homogène : les croyants d’une seule religion, l’islam, dans une seule composante, le salafisme djihadiste, et régie par une loi divine, la charia. Il récuse tout ordre politique, intérieur ou international, qui ne procède ni ne se fonde sur le divin. D’où l’inutilité des ergotages sur l’appellation de l’entité créée le 29 juin 2014. Daesh n’est pas un mouvement indépendantiste combattant en vue de sa reconnaissance juridique en tant qu’État-nation, il a instauré un Salafistan , un territoire où règnent de nouveau la Vérité révélée par Mahomet et la Loi qui en découle. Le calife Ibrahim entend en faire le noyau auquel s’agglomèreront toutes les terres d’islam, un ensemble transcendant les frontières et les appartenances tribales ou nationales, et une base à partir de laquelle la conversion du monde entier à l’islam sera menée à bien.

Prétendant à la qualité d’État, le Califat ajouta aux prérogatives régaliennes qu’il exerce de fait (sécurité, justice, défense) celle de battre monnaie. Le 13 novembre 2014, il présenta les pièces de monnaie qui auraient désormais seules cours sur son territoire : 1 et 5 dinars d’or, 1, 5 et 10 dirhams d’argent, 10 et 20 fills de cuivre. De la sorte, il renouait avec un autre héritage de l’islam originel. Les monnaies iraniennes et byzantines circulèrent jusqu’au règne du calife omeyyade Abd al-Malik (685-705). Celui-ci fit frapper les premières monnaies musulmanes : le dinar (or) et le dirham (argent). Le calife abbasside Al-Ma’mun (813-833) mit en circulation de nouvelles pièces qui fournirent le standard en usage durant plusieurs siècles. Outil économique et fiscal autant que vecteur idéologique (elle porte le nom du souverain et des citations du Coran qui expriment la politique menée par le calife), la monnaie est un instrument essentiel du pouvoir califal que Daesh a restauré. Le retour à un système monétaire métallique, outre la volonté d’affirmer l’existence d’un État et de renouer avec la grandeur des Abbassides, traduit un projet politique émancipateur vis-à-vis de l’ordre économique mondial. Daesh veut briser la domination des institutions financières internationales et américaines. Contrôlées, selon lui, par les chrétiens et les juifs, ce sont, à ses yeux, des instruments voués au pillage des ressources du monde arabe. Battre dinar et dirham est donc sensé libérer l’oumma et montrer aux peuples opprimés la voie à suivre pour se défaire de l’hégémonie occidentale.

S’inscrivant dans la durée, le Califat réorganise la société selon son projet totalitaire. Surveillés de près, les individus doivent tous œuvrer à la réalisation de l’utopie salafiste, faute de quoi ils sont éliminés sans état d’âme. L’administration est maintenue ou rétablie, non seulement pour assurer le fonctionnement normal des services publics, mais aussi pour instaurer et pérenniser l’ordre islamique. Certains auteurs évoquent une “djihadisation“ des esprits. L’action sociale fait l’objet d’une attention particulière, dans une évidente stratégie de séduction. La charia est appliquée dans toute sa rigueur. L’éducation est très étroitement contrôlée, les salafistes désirant endoctriner la jeune génération. Outre la séparation stricte des sexes, le nouveau pouvoir impose une modification complète des programmes. Trois séries de matières sont bannies : d’abord, celles contribuant à l’épanouissement personnel (arts plastiques, musique, sport), ensuite celles développant la réflexion personnelle et l’esprit critique (histoire, philosophie, sciences sociales), enfin celles délivrant une connaissance jugée non conforme au Coran (psychologie, théorie de l’évolution). La lutte contre les Kurdes contient une forte dose idéologique : ceux-ci militent (ou prétendent militer, afin de s’attirer les bonnes grâces de l ’Occident ?) pour un État laïque, “socialiste“ et respectueux des droits de la femme. Ils incarnent donc, aux yeux des salafistes djihadistes, un contre-modèle à détruire.

Bref, Daesh tente de matérialiser le rêve de résurrection de la grandeur perdue en 1258, lorsque les conquérants mongols mirent fin au dernier empire musulman dominé par les Arabes. Rien ne serait plus erroné que de sous-estimer la portée de cette entreprise. Cette nostalgie dépasse très largement les rangs des seuls adeptes de Daesh. Cela ne provoquera probablement pas la levée en masse attendue par ces derniers, mais à tout le moins une sympathie plus ou moins marquée d’une partie des populations arabes sunnites, pouvant évoluer dans certains cas vers un soutien plus ou moins actif.

Ceux qui rejoignent les terres du Califat affichent une détermination sans faille, celle des fanatiques. Au IXe siècle, une tradition apocalyptique naquit dans les rangs chiites : un Mahdi (un être “bien guidé“) accompagné d’une armée invincible viendrait préparer le Jugement Dernier. Au XIe siècle, les savants sunnites reprirent ces croyances afin d’entretenir la ferveur religieuse et de stimuler la fidélité politique des populations de l’empire abbasside. Daesh se réclame de cette eschatologie sunnite et enflamme ses partisans en les persuadant qu’ils sont les annonciateurs du Jugement d’Allah. Les djihadistes pensent que la fin du monde approche et qu’il faut séparer le camp du Bien de celui du Mal, celui de la religion révélée par Mahomet de toutes les autres. Cela impose une purification par la violence et une annihilation des impies, qui passe, en particulier, par la décapitation des ennemis (musulmans et non-musulmans) de l’islam qu’ils défendent, le seul véritable à leurs yeux. Cette pratique, couramment utilisée à l’encontre des animaux, participe de la déshumanisation de l’autre, commune à tous les totalitarismes. En outre, dans la tradition musulmane médiévale, la tête est le siège de l’âme. La victime voit donc son humanité niée dans ses dimensions tant physique que spirituelle. Une prophétie (hadith de Amaq [15]) assure que la bataille finale entre le Bien et le Mal, qui doit assurer la victoire des croyants sur les infidèles, se déroulera au nord du pays de Sham (la Syrie) en un lieu appelé tantôt Amaq, tantôt Dabiq, d’où le choix de ce nom pour le titre de la revue de propagande de Daesh [16]. Ces deux villages se situent entre Alep et la frontière turque [17].

Daesh développe une vision manichéenne du monde : il incarne le camp du Bien - réduit aux salafistes djihadistes qui se rallient à lui. Il se déclare en lutte contre le camp du Mal. Ce dernier regroupe le reste de l’humanité. D’abord, les “mécréants“ (kouffar), au premier rang desquels les athées, les juifs, les chrétiens et les musulmans chiites, mais auxquels s’ajoutent les adeptes de toutes les religions, y compris les musulmans sunnites ne partageant pas leur vision de l’islam. Ensuite, les “hypocrites“, soit tous les dirigeants arabes, corrompus par l’Occident. Enfin, les États-Unis et la Russie sont les ennemis étatiques principaux. La vision salafiste djihadiste du monde s’inscrit dans le droit fil de celle du nazisme - qui sédui(si)t une partie de l’opinion et des dirigeants arabes [18]-, puisqu’il y aurait un complot mondial antimusulman, ourdi par les Juifs, réels détenteurs du pouvoir à Washington et à Moscou.


IV. Provoquer une résonance mondiale

Comme les bolcheviks après la révolution d’octobre 1917, les chefs de l’État islamique redoutent par-dessus tout l’isolement. Le changement radical qu’ils veulent instaurer n’a de chance de survivre que s’il trouve des soutiens extérieurs. Par surcroît, le groupe poursuit des objectifs expansionnistes : contrôler le Moyen Orient, puis tous les pays musulmans et enfin imposer un califat mondial. Pour ces deux motifs, Daesh recrute activement des jeunes djihadistes sur l’ensemble de la planète. De plus, le Califat est un projet politique particulier : la réalisation d’une utopie susceptible de séduire des musulmans du monde entier puisqu’il s’agit d’édifier ici-bas une société régie par la Loi divine. Comme il y eut (a) un “rêve américain“, se dessine un “rêve islamique“, celui de la cité de Dieu sur la Terre. Ainsi pensent les familles qui, depuis les pays les plus divers, rejoignent le Califat : elles sont persuadées d’agir au mieux et, notamment, d’assurer le salut de leurs enfants [19]. Un État animé d’une idéologie universaliste a certes besoin de guerriers pour le défendre et l’étendre, mais son bon fonctionnement suppose qu’il dispose de cadres qualifiés dans tous les domaines. Daesh tente d’en recruter dans le monde entier. Toutefois, ce qui transpire des difficultés d’existence dans le Califat semble limiter les capacités de séduction.


L’une des spécificités de Daesh réside dans sa communication [20]. Très élaborée et très maîtrisée, elle vise tout à la fois à séduire de nouveaux adeptes, à entretenir l’ardeur des combattants, à drainer des financements, à démoraliser les adversaires et à défier le droit international qu’elle récuse. Elle se montre particulièrement prolixe : présente sur internet et les réseaux sociaux, elle diffuse des messages, une revue de propagande (Dabiq), des vidéos d’exécutions sanglantes et des films de propagande (comme Le Choc des épées) qu’elle réalise grâce à son propre organe de production audiovisuelle (Al-Furqân Media Production). Daesh exploite sans vergogne l’obscénité de la violence sanglante et fournit sans se soucier des conséquences les preuves tangibles de sa pratique du crime de guerre et du crime contre l’humanité. Ce que l’on a nommé un “djihad médiatique“ semble séduire puisqu’il contribuerait largement à alimenter le flux de combattants et de résidents qui rejoignent le territoire du Califat. Cette communication est de bien meilleure qualité technique et beaucoup plus manipulatrice que celle d’Al Qaida. Cette dernière occupe d’ailleurs une large place dans les polémiques diffusées par le forum qui relaie le discours de l’État islamique, Al-Minbar. Toutefois, le Califat ne dispose pas (encore ?) des moyens de mener une cyberguerre, notamment contre les États de la coalition qui le combat. La vague d’attaques de janvier 2015, pour médiatisée qu’elle ait été, ne reflétait pas une capacité de nuisance considérable : selon les spécialistes, tous les sites piratés présentaient la caractéristique d’être mal ou peu protégés.

Depuis la fin 2014, Daesh enregistre des ralliements hors de sa zone et a validé l’allégeance (bay’a) de plusieurs groupes : Ansar Bait al-Maqdis dans le Sinaï, Ansar Dawlat al-Islammiyya au Yémen, Majlis Shura Shabab al-Islam en Libye, Jund al- Khilafah fi Ard al-Jazaïr en Algérie, Ansar al-Tawheed en Inde, Jundallah au Pakistan, la Brigade de l’Islam dans le Khorosan en Afghanistan, Abou Sayyaf et les Combattants islamiques pour la liberté de Bangsamoro aux Philippines, une partie du Jamaah Ansharut Tauhid en Indonésie. On ignore le nombre de combattants de ces groupes, mais cela traduit à tout le moins un rayonnement de l’idéologie propre à l’État islamique dans l’ensemble de l’aire musulmane sunnite.

Or, les équilibres régionaux se trouvent menacés. Le destin de la Syrie revêt une importance particulière car le pays est un État-tampon essentiel, ce que révèle la complexité de la guerre civile devenue conflit régional indirect et lieu des rivalités pour l’influence mondiale. Il se trouve à l’intersection des poussées expansionnistes contradictoires des États sunnites (Égypte, Arabie Saoudite, Turquie) et chiites (Iran, Irak), au centre de la lutte entre Israël et les organisations musulmanes extrémistes, au cœur de la rivalité américano-russe. En outre, Daesh a identifié des points faibles dont la prise de contrôle fait ouvertement partie de ses plans : Liban, Jordanie, Sinaï et Arabie Saoudite.

L’Iran, aspirant à la puissance régionale, se trouve largement impliqué aux côtés des forces pro-gouvernementales en Syrie comme en Irak. Au-delà de la solidarité religieuse avec les chiites au pouvoir à Bagdad et avec les alaouites qui tentent de garder le contrôle de la Syrie, l’Iran est engagé dans un bras de fer avec l’Arabie Saoudite. Or, l’Irak et la Syrie sont ses deux principaux appuis. Ajoutons que Téhéran aurait tout à craindre d’un éclatement de l’Irak : l’affirmation d’une entité sunnite extrémiste à ses frontières pourrait déstabiliser sa propre minorité arabe sunnite (province frontalière du Khouzistan) et l’indépendance du Kurdistan réveiller l’irrédentisme de ses propres Kurdes.

Outre les financements privés qu’elle a autorisés par le passé (et dont rien ne garantit qu’ils ont réellement pris fin), l’Arabie Saoudite partage beaucoup avec Daesh : vision salafiste de l’islam, glorification du djihad et mêmes adversaires (les musulmans chiites, le clan al-Assad, le gouvernement chiite d’Irak, l’Iran et le Hezbollah libanais). L’inconvénient pour la dynastie des Saoud résulte du fait que la défense de l’islamisme, fut instrumentalisée par le fondateur du royaume (puis par ses successeurs), d’abord pour imposer son pouvoir à l’intérieur, ensuite pour contrer le nationalisme arabe à l’extérieur. À la suite de Ben Laden, les salafistes djihadistes dénoncent l’hypocrisie de la monarchie, coupable de ne pas respecter les principes salafistes, et proclament leur volonté de chasser ceux qu‘ils qualifient d’“usurpateurs“ pour prendre le contrôle des lieux saints de Médine et de La Mecque. C’est ce qu’a annoncé le calife Ibrahim durant l’été 2014. Or, le projet n’est pas aussi irréaliste qu’il y paraît. D’une part, le programme de Daesh ressemble beaucoup à celui affiché par les Saoud : un régime régi par la Loi divine et fondant sa légitimité sur la défense de la Foi. D’autre part, outre le mécontentement d’une partie de la population, les Saoud redoutent la mécanique des solidarités tribales : certaines tribus arabes de Jordanie, de Syrie et d’Irak proches de Daesh sont originaires de la péninsule arabique et entretiennent des liens avec les tribus peuplant encore aujourd’hui l’Arabie Saoudite. En dépit des frontières tracées à San Remo (1920), les solidarités et les complicités ont persisté, pour le meilleur et pour le pire. La rivalité de puissance avec l’Iran pousse Ryad à manipuler les appartenances communautaires, tout comme Téhéran, au Liban, en Syrie, en Irak, au Bahreïn et au Yémen. Elle n’intervient contre les forces du Califat qu’en Syrie, parce que c’est l’épicentre de Daesh, mais aussi parce qu’elle ne veut pas renforcer le régime chiite de Bagdad, allié de l’Iran.

La Turquie se préoccupe d’abord de sa stabilité intérieure, laquelle dépend en partie de la question kurde. Sa priorité est donc d’empêcher l’émergence d’une entité kurde indépendante, sur son sol comme chez ses voisins. Pareille au Pakistan prêt à tout pour neutraliser l’irrédentisme pashtoun, elle s’appuie sur n’importe quelle force pour briser les aspirations kurdes. Sa surveillance de la frontière avec la Syrie ne semble pas à la hauteur de la situation et, malgré ses dénégations, il paraît plus que probable qu’elle joue la carte des djihadistes contre les Kurdes [21]. Cette alliance objective sinon formelle (dénoncée par le vice-président américain, Joseph Biden, devant des étudiants de Harvard le 2 octobre 2014) explique en partie que le gouvernement turc n’autorise pas les avions de combat de la coalition internationale formée par les États-Unis à utiliser sa base d’Incirlik. Il est vrai que les actuels dirigeants élus du peuple turc puisent eux aussi aux sources du fondamentalisme musulman, même s’ils affirment en rejeter la variante extrémiste. Ankara aspire également à la puissance régionale. Elle estime, à tort ou à raison, que cela passe par le renversement de Bachar al-Assad en Syrie. Elle tente en vain d’en faire la priorité des États-Unis et de leurs alliés, ce qui contribue aussi à expliquer son refus de prêter la base d’Incirlik. Certains évoquent, enfin, un sentiment anti-Arabe assez répandu : pourquoi venir en aide à des gens qui se sont faits les complices des Occidentaux pour trahir l’Empire ottoman durant la Première Guerre mondiale ? Singulière conception pour un État membre de l’Alliance atlantique !

La Russie, bien que directement menacée par Daesh dans une vidéo en russe diffusée le 2 novembre 2014, minimise le danger, du moins dans l’immédiat. Obsédée par sa détestation de l’Occident et accaparée par les conséquences de son aventure ukrainienne, Moscou se borne à défendre ce qu’elle considère comme ses intérêts au Proche-Orient : l’alliance avec Bachar al-Assad en Syrie, avec l’Iran et avec le gouvernement irakien. Cela ne contribue en rien à la solution du conflit.

Une vaste coalition internationale tente d’épauler les forces irakiennes légalistes et les éléments de la résistance syrienne non contaminés par le salafisme djihadiste. Les États-Unis ont pris l’initiative de l’opération Inherent Resolve en septembre 2014. Plusieurs mois après le début des opérations, il semble bien que l’aveu de Barack Obama au début de l’été 2014 demeure d’actualité : Washington n’a pas vraiment de stratégie. Comment en irait-il autrement ? L’équipe dirigeante américaine elle-même est divisée, au point que le secrétaire à la Défense, Chuck Hagel, a été limogé sèchement en novembre 2014. Selon la presse américaine, il préconisait une action militaire aussi intense en Syrie qu’en Irak alors que les partisans d’une intervention essentiellement centrée sur l’Irak, bastion de Daesh, ont emporté l’adhésion du président. Outre un sentiment de culpabilité poussant à tenter de réparer la faute commise en Irak par son prédécesseur, qui fut incapable de réparer le chaos qu’il y avait semé, il semble que Barack Obama ait donné la priorité à deux impératifs : ne pas ajouter encore aux contentieux avec la Russie et ne pas mécontenter l’Iran, avec qui des négociations cruciales sur la prolifération nucléaire militaire sont en cours et dont l’intervention militaire au côté des forces irakiennes est indispensable. En effet, la coalition tire à hue et à dia car les pays qui la composent divergent sur les priorités et le rythme, mais tous se retrouvent sur un plus petit dénominateur commun : aucun ne veut engager de troupes au sol. Donc les Gardiens de la Révolution et autres combattants iraniens sont irremplaçables. L’issue de cette entreprise, fondée essentiellement sur l’emploi des forces aériennes, est incertaine. Tout repose, aujourd’hui, en dernière analyse, sur la réussite de l’attrition du territoire influencé ou contrôlé par Daesh.

Or, le Califat, parfaitement conscient de ce risque mortel, fait tout pour contrer la stratégie de la coalition internationale. Par le biais d’une communication agressive et racoleuse, il cherche à attirer le plus grand nombre possible de djihadistes (environ 20 000 fin janvier 2015 [22]) et de spécialistes civils venus de l’étranger. Le bon fonctionnement de ces flux suppose le contrôle d’une partie de la frontière turque (ce qui pose la question de la complicité objective de la Turquie avec Daesh, comme il a toujours existé une complicité objective entre le Pakistan et les talibans) et la persistance de facilités de déplacement sur l’ensemble de la planète (fruit de l’accélération et de l’amplification de la mondialisation intervenue après la fin de la Guerre froide), notamment dans l’espace de l’Union européenne. Démarche originale, Daesh diffuse de nombreuses vidéos montrant des militants de nationalités diverses afin de prouver qu’il n’y a pas d’exclusion vis-à-vis des musulmans non-Arabes, notamment ceux venus de l’Occident. Citadelle assiégée, Daesh tente également de porter le feu sur le territoire de l’ennemi. Ainsi a-t-il appelé à des actions de guerre sur le territoire de l’ensemble des États qui prennent part à la coalition qui le combat. Cela correspond à la stratégie préconisée par al-Souri, celle des petites cellules disséminées en territoire adverse, partageant la même idéologie, ayant reçu une formation pratique, agissant de manière autonome et au gré des opportunités. Selon lui, les actions spectaculaires type 11 septembre 2001 sont vouées à l’échec car elles requièrent une structure et une logistique importantes donc vulnérables, surtout depuis que l’adversaire est averti.


Une guerre de longue haleine ?

Le débat sur la terminologie à employer semble oiseux. Il s’agit bien d’une guerre et c’est d’ailleurs le terme utilisé par les djihadistes. Le problème est de savoir quelle sera la durée du conflit. En effet, la situation est peu banale : l’assise territoriale de Daesh semble se renforcer constamment. État atypique, le Califat s’enracine chaque jour davantage du simple fait que personne ne se trouve actuellement en mesure de le déloger. L’asymétrie favorise la sanctuarisation. Parallèlement, la mouvance terroriste que le Califat inspire à l’échelle mondiale persiste et s’amplifie, sans se structurer en réseau, ce qui complique considérablement le renseignement, la parade et l’éventuelle riposte. Territorialisation et déterritorialisation se combinent donc pour former un gigantesque casse-tête stratégique.

La question de la violence djihadiste ne saurait être résolue par une réponse strictement militaire. D’ailleurs, si les frappes aériennes semblent avoir enrayé la progression de Daesh, elles ne paraissent pas avoir empêché sa consolidation dans les zones de peuplement arabe sunnite. Les sociétés arabo-musulmanes connaissent une crise profonde affectant toutes leurs dimensions. Leur stabilisation ne peut donc résulter que d’un processus politique, au sens noble du terme. C’est-à-dire le traitement de l’ensemble des maux qui affectent les habitants. Pour réussir, ce processus doit être le fait des populations elles-mêmes, mené à leur rythme et bénéficier, le cas échéant, de l’aide de la communauté internationale. Cela devrait être la leçon des échecs occidentaux en Afghanistan, en Irak et en Libye. Encore faut-il que les sociétés arabo-musulmanes forgent le contexte favorable pour que la frange de leurs élites disposée à conduire ces changements puisse agir efficacement.

Article clos le 27 janvier 2015

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MessageSujet: Re: "GUERRE AU TERRORISME" : la grande imposture / CALIFAT et CAPITALISME   Ven 11 Déc - 5:55




Daesh restaure le Califat, Patrice GOURDIN, le 1er février 2015

Docteur en histoire, professeur agrégé de l’Université, Patrice Gourdin enseigne les relations internationales et la géopolitique auprès des élèves-officiers de l’Ecole de l’Air. Membre du Conseil scientifique du Centre géopolitique auquel est adossé le Diploweb.com.


Géopolitique de Daesh. La situation est peu banale : l’assise territoriale de Daesh semble se renforcer constamment. État atypique, le Califat s’enracine chaque jour davantage du simple fait que personne ne se trouve actuellement en mesure de le déloger. L’asymétrie favorise la sanctuarisation. Parallèlement, la mouvance terroriste que le Califat inspire à l’échelle mondiale persiste et s’amplifie, sans se structurer en réseau, ce qui complique considérablement le renseignement, la parade et l’éventuelle riposte. Territorialisation et déterritorialisation se combinent donc pour former un gigantesque casse-tête stratégique.

Solidement documenté, rédigé de façon maîtrisée, ce texte est appelé à faire référence.

Citation :
TRÉS affaibli entre 2006 et 2010 par les forces américaines épaulées par les milices arabes sunnites antidjihadistes, l’État islamique en Irak, antenne locale d’Al Qaida, se revivifia à partir de 2011 dans la guerre civile syrienne. Engageant sur le champ de bataille ses combattants aguerris survivants, il remporta des succès qui lui procurèrent peu à peu les moyens de sa conquête : nouvelles recrues, armement et ressources financières. Cela sans attirer suffisamment l’attention de la communauté internationale qui fut donc prise au dépourvu par l’offensive lancée début 2014 dans le nord de l’Irak. En dépit de quelques revers, les forces de ce qui s’appelait depuis 2013 l’État islamique en Irak et au Levant opérèrent une progression foudroyante. Disposant d’un excellent réseau de renseignement, dotées de nombreux véhicules, appuyées par de l’artillerie et des chars sans pour autant perdre en souplesse, elles menèrent des offensives conventionnelles victorieuses, tout en poursuivant leurs actions de guérilla et leurs attentats terroristes [1]. Leur avancée leur permit de renforcer leurs effectifs par la libération de centaines de combattants emprisonnés en Irak et par le ralliement d’anciens cadres et soldats de l’armée de Saddam Hussein.

Forts de ces résultats, les djihadistes de l’organisation rebaptisée, en juin 2014, État islamique (Daesh) [2] ont entrepris de fonder un État territorial de part et d’autre de la frontière internationale séparant l’Irak et la Syrie. Prise de court, la communauté internationale a réagi de manière brouillonne et, pour le moment du moins, inefficace. Dénier à cette entité la qualité d’État ainsi que son appartenance à l’islam ne résout rien. Il semble paradoxal que les États en lutte contre le terrorisme islamiste soient surpris par cette entreprise. Agissant à l’échelle mondiale, comme Al Qaida et Daesh, ou localement, comme les taliban afghans et pakistanais, le Groupe islamique armé algérien des années 1990 ou Al Qaida au Maghreb islamique, son avatar contemporain, les shabab somaliens ou les Nigérians de Boko Haram, les radicaux de l’islam ambitionnent tous de conquérir un territoire sur lequel exercer le pouvoir. Les événements en cours en Irak et en Syrie offrent l’occasion d’examiner le projet et la stratégie des refondateurs du califat.

L’espace, les ressources et la population de plus de 200 000 km² (approximativement 170 000 km2 en Irak et 60 000 km2 en Syrie, soit environ un tiers de chacun de ces pays) se trouveraient sous l’influence ou le contrôle effectif sinon efficace de l’organisation. Celle-ci tente d’instaurer une variante d’État totalitaire se réclamant d’une conception religieuse et politique qui s’estime légitime parce qu’elle plonge ses racines dans l’islam des origines. Désireux d’échapper au cordon sanitaire qui pourrait l’asphyxier, le Califat reste relié au monde extérieur et cherche à étendre le combat au territoire de ses ennemis.


I. Conquérir le territoire d’un État viable

L’examen des cartes localisant les zones contrôlées ou influencées [3] par l’État islamique et leur juxtaposition avec les cartes physiques et économiques révèlent un projet rationnel [4]. Il s’agit d’un phénomène récurrent : depuis le début de l’Histoire, les hommes ou les groupes porteurs d’un projet politique ou politico-religieux cherchent à le réaliser sur un territoire. Autant que faire se peut, ce territoire doit leur conférer ressources et sécurité. Peut-être s’est-on trop focalisé, depuis la fin de la Guerre froide, sur la déterritorialisation prophétisée des rapports de force et sur la montée en puissance des organisations réticulaires. Al Qaida et Daesh poursuivent le même objectif : instaurer un État, c’est-à-dire une autorité régissant la population d’un territoire donné. Ce qui les oppose, hormis de possibles rivalités de personnes, c’est l’ordre des opérations. La première pose la défaite du monde occidental en préalable à la restauration de l’État islamique, le second - influencé par les thèses d’Abou Moussab al-Souri [5], l’auteur de l’Appel à la résistance islamique mondiale, paru en 2004 - fait de la refondation de ce dernier un prérequis à la domination mondiale de l’islam. Gilles Kepel a résumé la stratégie préconisée par al-Souri : « [les] attentats à caractère dispersé appartiennent à une première phase, qu’il nomme “guerre d’usure“, et dont le but est de déstabiliser l’ennemi. Une deuxième, celle de “l’équilibre“, voit les cellules attaquer systématiquement l’armée ou la police, en pourchasser et exécuter les chefs, s’emparer des zones qu’il est possible de libérer. Pendant la troisième, la “guerre de libération“, les cellules se basent sur les zones libérées pour conquérir le reste du territoire, tandis que, derrière les lignes ennemies, continuent assassinats et attentats qui achèvent de détruire le monde de l’impiété [6] ». La feuille de route suivie par l’État islamique depuis 2011 correspond à ce schéma.

L’espace contrôlé ou sous influence occupe une partie du Croissant fertile : des abords de l’axe vital Alep-Damas (Syrie) à l’ouest, aux environs de Bagdad (Irak) à l’est. Il recouvre environ deux tiers de la Mésopotamie antique, celle unifiée et organisée dans le premier empire babylonien (2000-1500 av. J.-C.). Ce qui compte parmi les premières constructions étatiques n’avait pu être édifié que grâce à la présence combinée de l’eau (fleuves Tigre et Euphrate avec leurs affluents) et de terres cultivables (irriguées ou non). Les cartes montrent l’emprise de Daesh sur une partie de ces espaces nourriciers : vallée de l’Euphrate de Jarabulus à Anah, puis (de façon discontinue) de Haditah à Falloudja ; vallée de la Khabour (affluent de l’Euphrate) et vallée du Tigre entre Rabia et l’amont de Samara. Bénéficiaires d’aménagements hydrauliques plus ou moins récents (Daesh exerce son emprise sur la plus grande partie des 56 000 km2 de terres irriguées en Syrie pour bonifier la Djézireh), ces régions produisent notamment du coton, de l’orge et du blé. Selon le ministère irakien de l’agriculture, Daesh aurait la mainmise sur 40% de la production agricole irakienne [7]. La Syrie assurait son autosuffisance alimentaire avant la guerre civile, mais il est difficile de savoir quelles sont aujourd’hui les disponibilités en nourriture dans les zones insurgées. La construction de barrages équipés assure une importante production d’électricité (Tichrin et Tabqa, en Syrie, Haditha en Irak). Les assauts répétés pour contrôler le barrage de Mossoul semblent liés à la nécessité d’assurer l’approvisionnement électrique de la population de cette très grande ville (entre 1 500 000 et 2 000 000 d’habitants avant les combats). Des stations d’épuration permettent aux habitants des villes de consommer une eau potable. Bref, Daesh tente de disposer des ressources et des équipements indispensables à la vie quotidienne des populations. Son emprise sur ces dernières en dépend partiellement. Un économiste a même comparé l’État islamique à un système de Ponzi : il ne tiendrait qu’au prix d’une extension territoriale continue [8]. Ceci explique en partie la poussée enregistrée récemment en direction de la Syrie “utile“ (axe Damas-Alep). Encore faut-il que les équipements demeurent en état de fonctionner et que les travaux agricoles se déroulent normalement, ce que l’état de guerre ne garantit pas. L’influence dans la partie désertique de la Syrie et du centre de l’Irak, milieu particulièrement difficile à contrôler, contribue à occulter une part des activités de Daesh. Mais les conditions de vie n’y favorisent pas la présence humaine et, dans cet espace, l’État islamique règne sur du vide.

PNG - 408 ko3 cartes. Daesh rétablit le califatCliquer sur la vignette pour voir les cartes. Zones d’action de Daesh ; répartition religieuse ; ressources en hydrocarbures. Cartes réalisées par Maxime Zoffoli pour Diploweb.com
Le Califat contrôle des gisements d’hydrocarbures : dans les provinces de Hassaké et surtout de Deir ez-Zor (avec deux raffineries de pétrole et une usine de liquéfaction de gaz) au nord-est de la Syrie (60% de la production syrienne [9]) ; les sites de Akkas, Husaybah (province d’Al-Anbar), Ajeel, Hamrin et Baiji, ainsi que les raffineries de pétrole de Baiji et de Tikrit (province de Salah Ad-Din) au nord-ouest de l’Irak (entre 10 et 20% de la production irakienne, selon les sources). La zone de peuplement arabe sunnite en Irak est pratiquement dépourvue de pétrole et la prise de contrôle de gisements en zone de peuplement kurde sonne aussi comme une revanche sur la géologie. Mais les Kurdes sont tenaces et n’abandonneront pas facilement les hydrocarbures, qui sont la principale source de financement de leur autonomie et de leur éventuelle indépendance. Grâce à des circuits de contrebande vers la Turquie cela assure des revenus substantiels : potentiellement de l’ordre de plusieurs centaines de millions de dollars par an, mais les chiffres les plus divers circulent, sans aucun fondement sérieux. Élément tout aussi important, ces ressources couvriraient les besoins énergétiques locaux et opérationnels de Daesh. Voici une des spécificités du Califat : pour la première fois, une organisation djihadiste contrôle un territoire à haute valeur économique. Mais soulignons le caractère potentiel de celle-ci. Les sites pétroliers et gaziers font l’objet de bombardements incessants de la part de la coalition internationale depuis l’automne 2014, précisément pour annihiler cette source de revenus. Aucun bilan de ces opérations n’est disponible, mais il semble que le flux acheminé ait diminué. Les installations ne peuvent être entretenues et réparées faute de pièces de rechange et les hydrocarbures sont écoulés à des prix très inférieurs aux cours officiels (réduits eux-mêmes de moitié depuis la fin de l’été 2014).


Il s’agit de la première entreprise djihadiste assurant son emprise durable sur un territoire à très haute valeur stratégique : au centre du plus important carrefour terrestre mondial, à la charnière Afrique-Asie-Europe.

Daesh maîtrise le réseau des communications terrestres entre Alep et Ramadi ainsi qu’entre Falloudja et Mossoul. À quoi il faut ajouter le contrôle de Rutba, au cœur du désert, carrefour des pistes reliant la vallée de l’Euphrate à Amman ou à Damas. Voies de transport de marchandises licites, chemins de toutes les contrebandes, support de longs tronçons des oléoducs (en service ou non) reliant le Golfe Arabo-Persique et la mer Méditerranée, ces axes de communications représentent un atout considérable en temps de guerre et pourraient contribuer à la relance économique d’un Proche-Orient en paix. Là réside une autre particularité du Califat : il s’agit de la première entreprise djihadiste assurant son emprise durable sur un territoire à très haute valeur stratégique : au centre du plus important carrefour terrestre mondial (charnière Afrique-Asie-Europe). Les taliban n’ont jamais régné que sur l’aire pashtoune, zone isolée du monde depuis l’abandon des routes de la soie. Les shabab ne dominent qu’une frange d’un État failli et qui a perdu sa valeur stratégique, même s’il exerce une nuisance non négligeable comme havre de la piraterie (activité dont les djihadistes ne détiennent pas le monopole). Al Qaida dans la Péninsule Arabique demeure cantonné aux montagnes du sud du Yémen, en dépit d’opérations ponctuelles à l’extérieur. Al Qaida au Maghreb islamique est aux abois dans les rudes Aurès et n’a pu faire mieux que coloniser des zones de la bande saharo-sahélienne désertique ou semi-désertique, enclavée et réduite au transit des trafics divers. Boko Haram sévit dans la partie sahélienne, isolée, enclavée et la plus déshéritée du Nigéria.

Daesh possède une portion de la frontière commune (longue au total de 822 kilomètres) entre la Syrie et la Turquie, bénéficiant de plusieurs points de passage sur la section d’environ 200 kilomètres située entre Jarabulus (sur l’Euphrate) et Ras Al-Aïn (sur le Khabour). Cela présente deux avantages : d’une part, la garantie de la liberté de circulation pour assurer les trafics qui abondent les caisses du Califat (hydrocarbures, antiquités) et pourvoient en partie à l’approvisionnement des miliciens et des populations civiles. D’autre part, sont facilités l’arrivée de cadres civils indispensables au bon fonctionnement du Califat et le maintien du flux de combattants étrangers volontaires pour le djihad dont Daesh a besoin pour mener ses opérations - défensives ou offensives - sur les divers fronts ouverts. Le segment de frontière à sécuriser pour gêner les réseaux Daesh est nettement moins long que ce que prétend Ankara, ce qui alimente la suspicion de complicité avec les djihadistes.

Le territoire du Califat est un territoire en guerre, aux limites mouvantes, vidé de toute autorité légale, ravagé et extrêmement dangereux. Depuis l’invasion américaine de 2003, la partie arabe du nord-ouest de l’Irak n’a pas cessé de connaître des affrontements de plus ou moins grande ampleur. Au printemps 2011, le nord-est de la Syrie a basculé à son tour dans la violence armée (rebelles contre loyalistes, factions rebelles entre elles, djihadistes contre Kurdes, une partie de la coalition internationale contre les djihadistes). Cela relativise la normalité du fonctionnement de l’État fondé par al-Baghdadi et ses partisans.


II. Contrôler la population d’un État viable

L’assise territoriale d’un État n’a de valeur que si elle porte une population. Les stratèges de l’État islamique ont pris soin de conserver sous leur contrôle ou leur influence une part non négligeable des habitants, probablement entre huit et dix millions [10]. Main-d’œuvre, contribuables, bouclier humain, esclaves, cobayes pour une forme ressuscitée de gouvernance, adeptes, recrues, autant d’utilisations possibles de cet ensemble humain.

États de création récente, la Syrie et l’Irak englobent des populations hétérogènes, dont les composantes se trouvent le plus souvent réparties sur plusieurs pays. Les Arabes (89% de la population en Syrie, 75% en Irak) sont les plus nombreux. La région héberge depuis des siècles des populations non-arabes : Kurdes (8% de la population en Syrie, 20% en Irak) et Turcs (0,5% de la population en Syrie, 3% en Irak). Ces minorités ethniques sont en butte à de mauvais traitements. Mais ces pratiques, en particulier vis-à-vis des Kurdes, sont antérieures à l’emprise de Daesh.

La population est très largement de confession musulmane, mais partagée entre sunnites (70% de la population en Syrie, 35% en Irak) et chiites ou assimilés (19% de la population en Syrie en comptant les alaouites, 60% en Irak). Le Califat aspire à éliminer de sa population tous les éléments “impurs“. Il œuvre donc à l’éradication des tenants du chiisme sous toutes ses formes ainsi que des nombreuses minorités religieuses présentes depuis l’Antiquité : chrétiens (10% de la population en Syrie, 5% en Irak), yézidis et zoroastriens, notamment. Promis au massacre, au viol ou à l’esclavage, les membres de ces communautés ont fui en masse, ajoutant bien contre leur gré aux difficultés de la région.

Daesh s’intéresse avant tout aux Arabes de confession sunnite (majoritaires en Syrie, minoritaires en Irak). Parmi ceux-ci, un nombre non négligeable - mais impossible à évaluer avec précision - ont appelé de leurs vœux l’avènement de l’État islamique ou, du moins, ont observé une neutralité bienveillante à son égard. À l’origine, dans les cas irakien comme syrien, leurs motivations semblent avoir été plus politiques (lutte contre l’oppression, du clan al-Assad en Syrie et rejet de la politique sectaire pro-chiite de Nouri al-Maliki en Irak) que religieuses. D’autres Arabes sunnites, en revanche, ont fui et certains sont demeurés contre leur gré. Ces derniers subissent la radicalisation religieuse dans toute sa rigueur, mais restent pris au piège et ne semblent pas en mesure de s’opposer à la terreur djihadiste. D’autant que, selon une pratique totalitaire bien rôdée, Daesh infiltre l’ensemble de la société afin de la surveiller au plus près et de la réprimer, souvent de manière préventive. Il aurait identifié et recensé les avocats, les professeurs, les médecins et les ingénieurs, les contrôlerait étroitement et exercerait des pressions sur eux. Les juristes seraient même contraints à quitter le Califat car ils connaissent trop bien le droit et pourraient dénoncer les abus commis au nom de la charia ou du fait de son ignorance. L’organisation aurait également utilisé des cinquièmes colonnes pour préparer certaines de ses opérations militaires les plus audacieuses, comme la prise de Mossoul. Ces agents clandestins seraient également à l’œuvre dans les régions loyalistes pour détruire de l’intérieur la société, par exemple en contraignant ses cadres qualifiés à ne plus exercer leurs activités.

Ces populations comptent un grand nombre de jeunes (49% des Irakiens et 45% des Syriens sont âgés de 20 ans ou moins), inégalement éduqués (taux d’analphabétisme de 20 à plus de 30% de la population jeune dans la zone contrôlée en Syrie alors que la moyenne nationale est de 6%, entre 5% et 20% dans la zone contrôlée en Irak alors que la moyenne nationale est de 11%), mais victimes dans une proportion significative des défaillances de leurs dirigeants. Ces derniers n’ont ni su ni voulu consentir les efforts nécessaires pour assurer un emploi et, plus largement, une insertion sociale à l’ensemble de ces jeunes. Une partie d’entre eux, désœuvrés, sans perspectives, se trouvent disponibles pour les aventures les plus hasardeuses. D’autant plus que le niveau de vie de ces populations est des plus modestes : l’indice de développement humain-IDH classe la Syrie 120e (équivalent à celui de l’Afrique du Sud) et l’Irak 121e (proche de celui du Guyana ou du Viêt Nam) sur 187 pays évalués. Les zones contrôlées ou influencées par Daesh figurent parmi les plus déshéritées. Les plaines alluviales et les plateaux steppiques de la Djézireh, en dépit de l’irrigation et des hydrocarbures, constituent une région périphérique, en Syrie comme en Irak. Dans chaque camp en présence, l’engagement dans les forces armées, les unités paramilitaires ou les milices constitue un (le seul) moyen d’exister et/ou de nourrir les siens.

Faute d’États garantissant à l’ensemble des habitants le statut de citoyennes ou de citoyens libres et égaux en droits et en devoirs, la Syrie et l’Irak demeurent marqués par l’emprise des structures tribales sur la population. Loin d’être le symptôme d’un attachement archaïque à la tradition, il s’agit de pragmatisme. Les hommes se tournent vers les liens de solidarité traditionnels, les seuls qui leur assurent la sécurité, les moyens de vivre et d’avoir une existence sociale. Cette survivance sanctionne l’échec de l’instauration (en admettant qu’elle ait été tentée ou… que les tribus ne s’y soient pas opposées victorieusement) d’un État de droit. Parce qu’il s’agit d’intermédiaires indispensables, l’État islamique noue, avec des fortunes diverses, des relations avec les notables des principales tribus de sa zone d’opérations. En Irak, dans la province d’Al Anbar, il s’appuie sur un partie de la puissante confédération Dulaymi (très présente dans l’armée de Saddam Hussein avant 2003) et autour de Mossoul, il compte des partisans au sein de la branche al Djarba, sunnite, des Shammar. En Syrie, il est lié à une partie des Shammar al-Kursah et des Charabya. Mais la logique tribale est dominée par l’impératif de survie du groupe, ce qui rend les allégeances aléatoires car elles fluctuent au gré des intérêts et des rapports de force. La résistance de la tribu al-Sheitaat (provinces de Raqqa et de Deir ez-Zor) à l’État islamique tenait au moins en partie à la concurrence pour l’exploitation des champs de pétrole. Conjuguée à la règle fondamentale de la vengeance (intiqâm) contre tout outrage, la segmentation propre à ce type de société pose le problème des luttes intertribales. Celles-ci contribuent à empêcher toute unification durable des populations de la zone contrôlée et facilitent les manœuvres, comme l’utilisation des certaines tribus contre les djihadistes. Les massacres spectaculaire de plusieurs centaines de membres (parmi lesquels de nombreux civils) de la tribu al-Sheitaat (provinces de Raqqa et de Deir ez-Zor), en août 2014, et de la tribu Albou Nimr (province d’Al-Anbar), en novembre 2014, visaient, notamment, à imposer par la terreur une neutralité sinon une loyauté durables. Le cheik de la tribu al-Sheitaat, Rafaa Aakla al-Raju, avait appelé (en particulier sur une vidéo diffusée par YouTube) les tribus bédouines à se soulever contre l’État islamique. Cela révèle les limites de l’efficacité tant des liens personnels tissés par Daesh que du réseau de renseignement extrêmement dense que l’État islamique a organisé dans les zones arabes sunnites d’Irak et de Syrie. Ce dernier lui permet d’empêcher, y compris par des assassinats préventifs, la constitution d’une vaste coalition semblable au Réveil (Sahwa). Organisée par les Américains, à l’instigation du général David L. Petraeus, entre 2006 et 2010, elle avait pratiquement anéanti Al Qaida en Mésopotamie, la matrice de Daesh. Mais rien ne garantit à Daesh un soutien sincère et durable. En outre, la terreur ne dissuade que jusqu’à ce que le seuil de l’insupportable soit atteint. Et les pratiques extrêmement violentes et cruelles du Califat risquent de provoquer rapidement cette saturation. Encore faudra-t-il que les adversaires de Daesh soient capables de le savoir et d’en tirer parti.

L’État islamique se trouve confronté à un défi majeur où il joue en grande partie sa crédibilité et donc son avenir vis-à-vis des populations locales : sa capacité à assurer le fonctionnement normal d’une société. La logique d’un conflit asymétrique répond habituellement à la démarche inverse : paralyser ou bloquer tous les services qu’une population attend de ses dirigeants afin qu’elle se tourne vers les insurgés. Quelques témoignages récents [11] rapportent que le Califat, s’il fait régner la sécurité, s’avèrerait incapable de fournir en suffisance l’électricité, l’eau potable, l’alimentation de base, les médicaments et les soins médicaux dont ont besoin les hommes et les femmes qui se trouvent dans ses zones de domination ou d’influence. Cela s’expliquerait d’une part, par les dégâts résultant des combats, d’autre part, par le manque de main-d’œuvre qualifiée, en particulier des spécialistes de haut niveau (ingénieurs et médecins, notamment).

Daesh s’est emparé de plusieurs villes - notamment Raqqa, Falloudja et Tikrit -, de taille variable, toutes en zone de peuplement arabe sunnite, dont la plus grande est Mossoul. Compte tenu des difficultés d’administration et d’approvisionnement que semble rencontrer l’organisation, la raison de ces conquêtes serait d’abord stratégique. Les djihadistes se fondent dans la population qui se retrouve ainsi servir involontairement de bouclier humain contre les bombardements aériens. En outre, la reconquête de ces périmètres urbains nécessitera des effectifs et du matériel en quantité considérable et sera tout à la fois extrêmement meurtrière et destructrice. Les forces loyalistes de Syrie et d’Irak ne paraissent pas en état de mener de telles opérations, encore moins de vaincre. Quant à la coalition internationale, elle n’entend pas s’engager au sol. Par conséquent, le Califat peut, jusqu’à nouvel ordre, conforter ses positions urbaines. Nul doute que ses stratèges ont étudié avec soin les combats auxquels ils ont pris part dans les villes d’Irak depuis 2003 et de Syrie depuis 2011, ainsi que les pratiques du Hezbollah au Sud Liban et du Hamas à Gaza. Ces précédents n’augurent pas d’une déterritorialisation rapide de Daesh. La reconquête de Kobane par des Kurdes appuyés par l’aviation de la coalition internationale, le 26 janvier 2015, ne semble pas significative. L’État islamique, peut-être pris d’hybris à cause de ses victoires antérieures et certainement aveuglé par son idéologie, était tombé dans le piège de la bataille symbolique. Il usa ses forces pour un enjeu insignifiant sur le plan stratégique, mais transformé en enjeu politique majeur par la médiatisation de la résistance héroïque des milicien(ne)s kurdes. Daesh s’est révélé vulnérable et a sorti les marrons du feu au profit des nationalistes kurdes. Gageons que les leçons de cet échec seront tirées et que les stratèges du Califat ne reproduiront pas cette erreur-là.


III. S’appuyer sur une représentation géopolitique cohérente

Loin d’être une entreprise aberrante, la restauration du califat dans la région conquise ou sous influence, résulte d’un projet idéologique rigoureux et élaboré. En effet, tout s’inscrit dans la mémoire arabe, musulmane et sunnite, dans le but de susciter l’adhésion du plus grand nombre possible d’Arabes musulmans sunnites. À commencer par ceux dont le désir de revanche semble le plus intense : ceux d’Irak, dépossédés du pouvoir et humiliés par les chiites depuis 2003, et ceux de Syrie, chassés du pouvoir, discriminés et impitoyablement réprimés par certains clans alaouites depuis 1970.

Le chef suprême cultive la ressemblance avec le prophète Mahomet. Outre qu’il arbore une barbe fournie, il se couvre d’un turban et revêt un manteau réputés pareils à ceux que portait le fondateur de l’islam. Ces effets sont de couleur noire, celle du prophète, reprise par ceux qui se présentaient comme ses descendants légitimes : les souverains abbassides. Il s’attribue une filiation avec la tribu de la Mecque à laquelle appartenait Mahomet : les Quraysh. Les généalogies ne présentent pas toujours d’incontestables garanties d’authenticité, mais cette ascendance est indispensable car, selon la tradition musulmane [12], le califat ne peut être détenu que par l’un d’entre eux.

La proclamation du Califat, le 29 juin 2014, vise à réactiver la mémoire glorieuse de l’empire au temps de la dynastie abbasside. Dans la civilisation arabo-musulmane, ce geste revêt une importance en général mal comprise et/ou sous estimée en Occident. La définition d’Ibn Khaldûn (1332-1406), référence essentielle à ce sujet, permet de comprendre : le calife, écrit-il, est « le substitut du Législateur pour la garde de la religion et le gouvernement des affaires d’ici-bas sur un fondement religieux [13] ». Le calife ( khalifa ) est, littéralement, le “successeur“ du prophète Mahomet. Ce fut le titre adopté par celui qui, à sa suite, prit la tête de la communauté des croyants (oumma), son beau-père Abu Bakr (632-634). Il fut pérennisé par ‘Umar (634-644), autre beau-père de Mahomet, véritable bâtisseur du califat en tant que forme particulière d’autorité, à la fois politique et religieuse. Héritée des pratiques tribales de la péninsule arabique, la conception califale du pouvoir est, dans le meilleur des cas du moins, arbitrale et non despotique. Toutefois, elle peut déroger à cet idéal pour accomplir sa tâche prioritaire, qui est de garantir l’unité de l’oumma, d’en éviter la division (fitna). Afin d’écarter l’anarchie, chacun des membres de l’oumma doit, lors d’une cérémonie collective, prêter un serment d’allégeance personnelle (bay’a) au calife. Toute contestation est impitoyablement châtiée car considérée comme une rébellion contre l’État voulu par Dieu, une innovation (bid’a) déviante par rapport à un ordre qui doit demeurer immuable. La doctrine du pouvoir fixée sous les Abbassides rend obligatoire l’obéissance à l’égard de toute personne qui gouverne, sauf si celle-ci ordonne la désobéissance (ma’siya) à Dieu. Cette obligation équivaut à un devoir religieux. Calife, prétendant renouer le fil de l’histoire interrompue en 1258, Ibrahim ne pouvait donc que réclamer la bay’a dans les zones qu’il contrôle et c’est en toute “légitimité“ qu’il pratique une politique de terreur à l’encontre des tribus rebelles.


Abou Bakr al-Baghdadi veut signer la revanche de la communauté des Arabes sunnites sur une humiliation pluriséculaire. Il traduit la volonté de renouer avec la grandeur perdue.

Durant la période abbasside (750-1258), la réflexion politique fixa la doctrine du pouvoir califal et définit les fonctions principales du détenteur de celui-ci : préserver la religion telle que fixée par Mahomet et les premiers musulmans (salaf) ; protéger les territoires musulmans ; combattre pour la conversion des non-musulmans. Le supplice du dernier souverain abbasside, Al-Muta’sim, par les Mongols lors de la prise de Bagdad, en 1258, marqua la fin à la fois de la lignée califale et de la prépondérance politique et économique des Arabes sunnites dans l’empire. Le geste d’Abou Bakr al-Baghdadi veut signer la revanche de la communauté des Arabes sunnites sur une humiliation pluriséculaire. Il traduit la volonté de renouer avec la grandeur perdue. Il entend aussi et surtout marquer la renaissance de l’islam que ses adeptes considèrent comme le seul véritable : celui “restauré“ par les Abbassides après le dévoiement dont ceux-ci accusaient les Omeyyades de s’être rendus coupables. Cela le place, enfin, en position de force, au moins symbolique, face au chef d’Al Qaida, Ayman al-Zaouahiri : le calife impose sa primauté. Selon la pratique instaurée par les Abbassides, les décisions du calife ne peuvent être ni contredites, ni ignorées ni enfreintes sans que ses adversaires ne soient considérés comme des traîtres à l’islam. Encore faut-il que le calife dispose des moyens de faire respecter son autorité. Ce qui suppose préalablement la reconnaissance de sa légitimité, ce que, dans le cas d’Abou Bakr al-Baghdadi, n’ont fait ni Ayman al-Zaouahiri, ni aucune des autorités religieuses respectées par l’immense majorité des musulmans sunnites.

Ibrahim Awad Ibrahim Ali al-Badri, dit Abou Bakr al-Baghdadi se fait désormais appeler calife Ibrahim. Certes, il s’agit de son vrai prénom et cela pourrait être une raison suffisante pour expliquer ce choix. Toutefois, ce prénom revêt également une très forte valeur symbolique dans la religion musulmane. Correspondant à l’Abraham des juifs et des chrétiens, Ibrahim compte parmi les prophètes reconnus par les musulmans. Ceux-ci le considèrent comme le père du monothéisme et comme le modèle du croyant, absolument soumis à Allah, comme en témoigne son acceptation du sacrifice d’Ismaël. La tradition musulmane lui attribue la construction du temple de la Ka’ba, à La Mecque. Certaines tribus arabes, parmi lesquelles les Quraysh, se proclament descendantes de son fils Ismaël. En effet, ce dernier vécut : alors qu’Ibrahim s’apprêtait à le sacrifier comme Allah le lui avait demandé pour éprouver sa foi, sur l’ordre de ce dernier, l’ange Jibril arrêta sa main et substitua un mouton à Ismaël. C’est ce que commémore l’Aïd el-Kebir.


Les djihadistes entendent également manifester leur rejet de la conception occidentale de l’État, celle de l’État-nation (construction d’un vouloir-vivre en commun forgé par une population hétérogène), devenue la norme internationale par le biais de l’expansion impériale des nations européennes au XIXe et dans la première moitié du XXe siècle.

La destruction spectaculaire d’un poste frontière entre la Syrie et l’Irak, le 26 juin 2014, affirme la volonté de rompre avec un ordre territorial imposé de l’extérieur. Le découpage du Proche-Orient résulte des accords Sykes-Picot, conclus secrètement par la France et la Grande-Bretagne en 1916, révisés à la fin de la Première Guerre mondiale, puis entérinés par la Société des Nations-SDN à San Remo en 1920. Ils consacraient le démantèlement de l’Empire ottoman et la domination de la région par les deux principales puissances occidentales d’alors [14]. Dans la mémoire collective arabe, donc bien au-delà des rangs de Daesh, ces frontières constituent la marque tangible de la trahison des promesses faites en 1916 (correspondance Hussein-McMahon reconnaissant l’existence de la nation arabe et acceptant le principe de la création d’un État arabe), du dépècement des territoires arabes et de la privation d’indépendance de leur population. Les djihadistes entendent également manifester leur rejet de la conception occidentale de l’État, celle de l’État-nation (construction d’un vouloir-vivre en commun forgé par une population hétérogène), devenue la norme internationale par le biais de l’expansion impériale des nations européennes au XIXe et dans la première moitié du XXe siècle. L’État islamique (dawla al-islâmiya) forgé sous les Abbassides dont se réclame le calife Ibrahim, regroupe une communauté homogène : les croyants d’une seule religion, l’islam, dans une seule composante, le salafisme djihadiste, et régie par une loi divine, la charia. Il récuse tout ordre politique, intérieur ou international, qui ne procède ni ne se fonde sur le divin. D’où l’inutilité des ergotages sur l’appellation de l’entité créée le 29 juin 2014. Daesh n’est pas un mouvement indépendantiste combattant en vue de sa reconnaissance juridique en tant qu’État-nation, il a instauré un Salafistan , un territoire où règnent de nouveau la Vérité révélée par Mahomet et la Loi qui en découle. Le calife Ibrahim entend en faire le noyau auquel s’agglomèreront toutes les terres d’islam, un ensemble transcendant les frontières et les appartenances tribales ou nationales, et une base à partir de laquelle la conversion du monde entier à l’islam sera menée à bien.

Prétendant à la qualité d’État, le Califat ajouta aux prérogatives régaliennes qu’il exerce de fait (sécurité, justice, défense) celle de battre monnaie. Le 13 novembre 2014, il présenta les pièces de monnaie qui auraient désormais seules cours sur son territoire : 1 et 5 dinars d’or, 1, 5 et 10 dirhams d’argent, 10 et 20 fills de cuivre. De la sorte, il renouait avec un autre héritage de l’islam originel. Les monnaies iraniennes et byzantines circulèrent jusqu’au règne du calife omeyyade Abd al-Malik (685-705). Celui-ci fit frapper les premières monnaies musulmanes : le dinar (or) et le dirham (argent). Le calife abbasside Al-Ma’mun (813-833) mit en circulation de nouvelles pièces qui fournirent le standard en usage durant plusieurs siècles. Outil économique et fiscal autant que vecteur idéologique (elle porte le nom du souverain et des citations du Coran qui expriment la politique menée par le calife), la monnaie est un instrument essentiel du pouvoir califal que Daesh a restauré. Le retour à un système monétaire métallique, outre la volonté d’affirmer l’existence d’un État et de renouer avec la grandeur des Abbassides, traduit un projet politique émancipateur vis-à-vis de l’ordre économique mondial. Daesh veut briser la domination des institutions financières internationales et américaines. Contrôlées, selon lui, par les chrétiens et les juifs, ce sont, à ses yeux, des instruments voués au pillage des ressources du monde arabe. Battre dinar et dirham est donc sensé libérer l’oumma et montrer aux peuples opprimés la voie à suivre pour se défaire de l’hégémonie occidentale.

S’inscrivant dans la durée, le Califat réorganise la société selon son projet totalitaire. Surveillés de près, les individus doivent tous œuvrer à la réalisation de l’utopie salafiste, faute de quoi ils sont éliminés sans état d’âme. L’administration est maintenue ou rétablie, non seulement pour assurer le fonctionnement normal des services publics, mais aussi pour instaurer et pérenniser l’ordre islamique. Certains auteurs évoquent une “djihadisation“ des esprits. L’action sociale fait l’objet d’une attention particulière, dans une évidente stratégie de séduction. La charia est appliquée dans toute sa rigueur. L’éducation est très étroitement contrôlée, les salafistes désirant endoctriner la jeune génération. Outre la séparation stricte des sexes, le nouveau pouvoir impose une modification complète des programmes. Trois séries de matières sont bannies : d’abord, celles contribuant à l’épanouissement personnel (arts plastiques, musique, sport), ensuite celles développant la réflexion personnelle et l’esprit critique (histoire, philosophie, sciences sociales), enfin celles délivrant une connaissance jugée non conforme au Coran (psychologie, théorie de l’évolution). La lutte contre les Kurdes contient une forte dose idéologique : ceux-ci militent (ou prétendent militer, afin de s’attirer les bonnes grâces de l ’Occident ?) pour un État laïque, “socialiste“ et respectueux des droits de la femme. Ils incarnent donc, aux yeux des salafistes djihadistes, un contre-modèle à détruire.

Bref, Daesh tente de matérialiser le rêve de résurrection de la grandeur perdue en 1258, lorsque les conquérants mongols mirent fin au dernier empire musulman dominé par les Arabes. Rien ne serait plus erroné que de sous-estimer la portée de cette entreprise. Cette nostalgie dépasse très largement les rangs des seuls adeptes de Daesh. Cela ne provoquera probablement pas la levée en masse attendue par ces derniers, mais à tout le moins une sympathie plus ou moins marquée d’une partie des populations arabes sunnites, pouvant évoluer dans certains cas vers un soutien plus ou moins actif.

Ceux qui rejoignent les terres du Califat affichent une détermination sans faille, celle des fanatiques. Au IXe siècle, une tradition apocalyptique naquit dans les rangs chiites : un Mahdi (un être “bien guidé“) accompagné d’une armée invincible viendrait préparer le Jugement Dernier. Au XIe siècle, les savants sunnites reprirent ces croyances afin d’entretenir la ferveur religieuse et de stimuler la fidélité politique des populations de l’empire abbasside. Daesh se réclame de cette eschatologie sunnite et enflamme ses partisans en les persuadant qu’ils sont les annonciateurs du Jugement d’Allah. Les djihadistes pensent que la fin du monde approche et qu’il faut séparer le camp du Bien de celui du Mal, celui de la religion révélée par Mahomet de toutes les autres. Cela impose une purification par la violence et une annihilation des impies, qui passe, en particulier, par la décapitation des ennemis (musulmans et non-musulmans) de l’islam qu’ils défendent, le seul véritable à leurs yeux. Cette pratique, couramment utilisée à l’encontre des animaux, participe de la déshumanisation de l’autre, commune à tous les totalitarismes. En outre, dans la tradition musulmane médiévale, la tête est le siège de l’âme. La victime voit donc son humanité niée dans ses dimensions tant physique que spirituelle. Une prophétie (hadith de Amaq [15]) assure que la bataille finale entre le Bien et le Mal, qui doit assurer la victoire des croyants sur les infidèles, se déroulera au nord du pays de Sham (la Syrie) en un lieu appelé tantôt Amaq, tantôt Dabiq, d’où le choix de ce nom pour le titre de la revue de propagande de Daesh [16]. Ces deux villages se situent entre Alep et la frontière turque [17].

Daesh développe une vision manichéenne du monde : il incarne le camp du Bien - réduit aux salafistes djihadistes qui se rallient à lui. Il se déclare en lutte contre le camp du Mal. Ce dernier regroupe le reste de l’humanité. D’abord, les “mécréants“ (kouffar), au premier rang desquels les athées, les juifs, les chrétiens et les musulmans chiites, mais auxquels s’ajoutent les adeptes de toutes les religions, y compris les musulmans sunnites ne partageant pas leur vision de l’islam. Ensuite, les “hypocrites“, soit tous les dirigeants arabes, corrompus par l’Occident. Enfin, les États-Unis et la Russie sont les ennemis étatiques principaux. La vision salafiste djihadiste du monde s’inscrit dans le droit fil de celle du nazisme - qui sédui(si)t une partie de l’opinion et des dirigeants arabes [18]-, puisqu’il y aurait un complot mondial antimusulman, ourdi par les Juifs, réels détenteurs du pouvoir à Washington et à Moscou.


IV. Provoquer une résonance mondiale

Comme les bolcheviks après la révolution d’octobre 1917, les chefs de l’État islamique redoutent par-dessus tout l’isolement. Le changement radical qu’ils veulent instaurer n’a de chance de survivre que s’il trouve des soutiens extérieurs. Par surcroît, le groupe poursuit des objectifs expansionnistes : contrôler le Moyen Orient, puis tous les pays musulmans et enfin imposer un califat mondial. Pour ces deux motifs, Daesh recrute activement des jeunes djihadistes sur l’ensemble de la planète. De plus, le Califat est un projet politique particulier : la réalisation d’une utopie susceptible de séduire des musulmans du monde entier puisqu’il s’agit d’édifier ici-bas une société régie par la Loi divine. Comme il y eut (a) un “rêve américain“, se dessine un “rêve islamique“, celui de la cité de Dieu sur la Terre. Ainsi pensent les familles qui, depuis les pays les plus divers, rejoignent le Califat : elles sont persuadées d’agir au mieux et, notamment, d’assurer le salut de leurs enfants [19]. Un État animé d’une idéologie universaliste a certes besoin de guerriers pour le défendre et l’étendre, mais son bon fonctionnement suppose qu’il dispose de cadres qualifiés dans tous les domaines. Daesh tente d’en recruter dans le monde entier. Toutefois, ce qui transpire des difficultés d’existence dans le Califat semble limiter les capacités de séduction.


L’une des spécificités de Daesh réside dans sa communication [20]. Très élaborée et très maîtrisée, elle vise tout à la fois à séduire de nouveaux adeptes, à entretenir l’ardeur des combattants, à drainer des financements, à démoraliser les adversaires et à défier le droit international qu’elle récuse. Elle se montre particulièrement prolixe : présente sur internet et les réseaux sociaux, elle diffuse des messages, une revue de propagande (Dabiq), des vidéos d’exécutions sanglantes et des films de propagande (comme Le Choc des épées) qu’elle réalise grâce à son propre organe de production audiovisuelle (Al-Furqân Media Production). Daesh exploite sans vergogne l’obscénité de la violence sanglante et fournit sans se soucier des conséquences les preuves tangibles de sa pratique du crime de guerre et du crime contre l’humanité. Ce que l’on a nommé un “djihad médiatique“ semble séduire puisqu’il contribuerait largement à alimenter le flux de combattants et de résidents qui rejoignent le territoire du Califat. Cette communication est de bien meilleure qualité technique et beaucoup plus manipulatrice que celle d’Al Qaida. Cette dernière occupe d’ailleurs une large place dans les polémiques diffusées par le forum qui relaie le discours de l’État islamique, Al-Minbar. Toutefois, le Califat ne dispose pas (encore ?) des moyens de mener une cyberguerre, notamment contre les États de la coalition qui le combat. La vague d’attaques de janvier 2015, pour médiatisée qu’elle ait été, ne reflétait pas une capacité de nuisance considérable : selon les spécialistes, tous les sites piratés présentaient la caractéristique d’être mal ou peu protégés.

Depuis la fin 2014, Daesh enregistre des ralliements hors de sa zone et a validé l’allégeance (bay’a) de plusieurs groupes : Ansar Bait al-Maqdis dans le Sinaï, Ansar Dawlat al-Islammiyya au Yémen, Majlis Shura Shabab al-Islam en Libye, Jund al- Khilafah fi Ard al-Jazaïr en Algérie, Ansar al-Tawheed en Inde, Jundallah au Pakistan, la Brigade de l’Islam dans le Khorosan en Afghanistan, Abou Sayyaf et les Combattants islamiques pour la liberté de Bangsamoro aux Philippines, une partie du Jamaah Ansharut Tauhid en Indonésie. On ignore le nombre de combattants de ces groupes, mais cela traduit à tout le moins un rayonnement de l’idéologie propre à l’État islamique dans l’ensemble de l’aire musulmane sunnite.

Or, les équilibres régionaux se trouvent menacés. Le destin de la Syrie revêt une importance particulière car le pays est un État-tampon essentiel, ce que révèle la complexité de la guerre civile devenue conflit régional indirect et lieu des rivalités pour l’influence mondiale. Il se trouve à l’intersection des poussées expansionnistes contradictoires des États sunnites (Égypte, Arabie Saoudite, Turquie) et chiites (Iran, Irak), au centre de la lutte entre Israël et les organisations musulmanes extrémistes, au cœur de la rivalité américano-russe. En outre, Daesh a identifié des points faibles dont la prise de contrôle fait ouvertement partie de ses plans : Liban, Jordanie, Sinaï et Arabie Saoudite.

L’Iran, aspirant à la puissance régionale, se trouve largement impliqué aux côtés des forces pro-gouvernementales en Syrie comme en Irak. Au-delà de la solidarité religieuse avec les chiites au pouvoir à Bagdad et avec les alaouites qui tentent de garder le contrôle de la Syrie, l’Iran est engagé dans un bras de fer avec l’Arabie Saoudite. Or, l’Irak et la Syrie sont ses deux principaux appuis. Ajoutons que Téhéran aurait tout à craindre d’un éclatement de l’Irak : l’affirmation d’une entité sunnite extrémiste à ses frontières pourrait déstabiliser sa propre minorité arabe sunnite (province frontalière du Khouzistan) et l’indépendance du Kurdistan réveiller l’irrédentisme de ses propres Kurdes.

Outre les financements privés qu’elle a autorisés par le passé (et dont rien ne garantit qu’ils ont réellement pris fin), l’Arabie Saoudite partage beaucoup avec Daesh : vision salafiste de l’islam, glorification du djihad et mêmes adversaires (les musulmans chiites, le clan al-Assad, le gouvernement chiite d’Irak, l’Iran et le Hezbollah libanais). L’inconvénient pour la dynastie des Saoud résulte du fait que la défense de l’islamisme, fut instrumentalisée par le fondateur du royaume (puis par ses successeurs), d’abord pour imposer son pouvoir à l’intérieur, ensuite pour contrer le nationalisme arabe à l’extérieur. À la suite de Ben Laden, les salafistes djihadistes dénoncent l’hypocrisie de la monarchie, coupable de ne pas respecter les principes salafistes, et proclament leur volonté de chasser ceux qu‘ils qualifient d’“usurpateurs“ pour prendre le contrôle des lieux saints de Médine et de La Mecque. C’est ce qu’a annoncé le calife Ibrahim durant l’été 2014. Or, le projet n’est pas aussi irréaliste qu’il y paraît. D’une part, le programme de Daesh ressemble beaucoup à celui affiché par les Saoud : un régime régi par la Loi divine et fondant sa légitimité sur la défense de la Foi. D’autre part, outre le mécontentement d’une partie de la population, les Saoud redoutent la mécanique des solidarités tribales : certaines tribus arabes de Jordanie, de Syrie et d’Irak proches de Daesh sont originaires de la péninsule arabique et entretiennent des liens avec les tribus peuplant encore aujourd’hui l’Arabie Saoudite. En dépit des frontières tracées à San Remo (1920), les solidarités et les complicités ont persisté, pour le meilleur et pour le pire. La rivalité de puissance avec l’Iran pousse Ryad à manipuler les appartenances communautaires, tout comme Téhéran, au Liban, en Syrie, en Irak, au Bahreïn et au Yémen. Elle n’intervient contre les forces du Califat qu’en Syrie, parce que c’est l’épicentre de Daesh, mais aussi parce qu’elle ne veut pas renforcer le régime chiite de Bagdad, allié de l’Iran.

La Turquie se préoccupe d’abord de sa stabilité intérieure, laquelle dépend en partie de la question kurde. Sa priorité est donc d’empêcher l’émergence d’une entité kurde indépendante, sur son sol comme chez ses voisins. Pareille au Pakistan prêt à tout pour neutraliser l’irrédentisme pashtoun, elle s’appuie sur n’importe quelle force pour briser les aspirations kurdes. Sa surveillance de la frontière avec la Syrie ne semble pas à la hauteur de la situation et, malgré ses dénégations, il paraît plus que probable qu’elle joue la carte des djihadistes contre les Kurdes [21]. Cette alliance objective sinon formelle (dénoncée par le vice-président américain, Joseph Biden, devant des étudiants de Harvard le 2 octobre 2014) explique en partie que le gouvernement turc n’autorise pas les avions de combat de la coalition internationale formée par les États-Unis à utiliser sa base d’Incirlik. Il est vrai que les actuels dirigeants élus du peuple turc puisent eux aussi aux sources du fondamentalisme musulman, même s’ils affirment en rejeter la variante extrémiste. Ankara aspire également à la puissance régionale. Elle estime, à tort ou à raison, que cela passe par le renversement de Bachar al-Assad en Syrie. Elle tente en vain d’en faire la priorité des États-Unis et de leurs alliés, ce qui contribue aussi à expliquer son refus de prêter la base d’Incirlik. Certains évoquent, enfin, un sentiment anti-Arabe assez répandu : pourquoi venir en aide à des gens qui se sont faits les complices des Occidentaux pour trahir l’Empire ottoman durant la Première Guerre mondiale ? Singulière conception pour un État membre de l’Alliance atlantique !

La Russie, bien que directement menacée par Daesh dans une vidéo en russe diffusée le 2 novembre 2014, minimise le danger, du moins dans l’immédiat. Obsédée par sa détestation de l’Occident et accaparée par les conséquences de son aventure ukrainienne, Moscou se borne à défendre ce qu’elle considère comme ses intérêts au Proche-Orient : l’alliance avec Bachar al-Assad en Syrie, avec l’Iran et avec le gouvernement irakien. Cela ne contribue en rien à la solution du conflit.

Une vaste coalition internationale tente d’épauler les forces irakiennes légalistes et les éléments de la résistance syrienne non contaminés par le salafisme djihadiste. Les États-Unis ont pris l’initiative de l’opération Inherent Resolve en septembre 2014. Plusieurs mois après le début des opérations, il semble bien que l’aveu de Barack Obama au début de l’été 2014 demeure d’actualité : Washington n’a pas vraiment de stratégie. Comment en irait-il autrement ? L’équipe dirigeante américaine elle-même est divisée, au point que le secrétaire à la Défense, Chuck Hagel, a été limogé sèchement en novembre 2014. Selon la presse américaine, il préconisait une action militaire aussi intense en Syrie qu’en Irak alors que les partisans d’une intervention essentiellement centrée sur l’Irak, bastion de Daesh, ont emporté l’adhésion du président. Outre un sentiment de culpabilité poussant à tenter de réparer la faute commise en Irak par son prédécesseur, qui fut incapable de réparer le chaos qu’il y avait semé, il semble que Barack Obama ait donné la priorité à deux impératifs : ne pas ajouter encore aux contentieux avec la Russie et ne pas mécontenter l’Iran, avec qui des négociations cruciales sur la prolifération nucléaire militaire sont en cours et dont l’intervention militaire au côté des forces irakiennes est indispensable. En effet, la coalition tire à hue et à dia car les pays qui la composent divergent sur les priorités et le rythme, mais tous se retrouvent sur un plus petit dénominateur commun : aucun ne veut engager de troupes au sol. Donc les Gardiens de la Révolution et autres combattants iraniens sont irremplaçables. L’issue de cette entreprise, fondée essentiellement sur l’emploi des forces aériennes, est incertaine. Tout repose, aujourd’hui, en dernière analyse, sur la réussite de l’attrition du territoire influencé ou contrôlé par Daesh.

Or, le Califat, parfaitement conscient de ce risque mortel, fait tout pour contrer la stratégie de la coalition internationale. Par le biais d’une communication agressive et racoleuse, il cherche à attirer le plus grand nombre possible de djihadistes (environ 20 000 fin janvier 2015 [22]) et de spécialistes civils venus de l’étranger. Le bon fonctionnement de ces flux suppose le contrôle d’une partie de la frontière turque (ce qui pose la question de la complicité objective de la Turquie avec Daesh, comme il a toujours existé une complicité objective entre le Pakistan et les talibans) et la persistance de facilités de déplacement sur l’ensemble de la planète (fruit de l’accélération et de l’amplification de la mondialisation intervenue après la fin de la Guerre froide), notamment dans l’espace de l’Union européenne. Démarche originale, Daesh diffuse de nombreuses vidéos montrant des militants de nationalités diverses afin de prouver qu’il n’y a pas d’exclusion vis-à-vis des musulmans non-Arabes, notamment ceux venus de l’Occident. Citadelle assiégée, Daesh tente également de porter le feu sur le territoire de l’ennemi. Ainsi a-t-il appelé à des actions de guerre sur le territoire de l’ensemble des États qui prennent part à la coalition qui le combat. Cela correspond à la stratégie préconisée par al-Souri, celle des petites cellules disséminées en territoire adverse, partageant la même idéologie, ayant reçu une formation pratique, agissant de manière autonome et au gré des opportunités. Selon lui, les actions spectaculaires type 11 septembre 2001 sont vouées à l’échec car elles requièrent une structure et une logistique importantes donc vulnérables, surtout depuis que l’adversaire est averti.


Une guerre de longue haleine ?

Le débat sur la terminologie à employer semble oiseux. Il s’agit bien d’une guerre et c’est d’ailleurs le terme utilisé par les djihadistes. Le problème est de savoir quelle sera la durée du conflit. En effet, la situation est peu banale : l’assise territoriale de Daesh semble se renforcer constamment. État atypique, le Califat s’enracine chaque jour davantage du simple fait que personne ne se trouve actuellement en mesure de le déloger. L’asymétrie favorise la sanctuarisation. Parallèlement, la mouvance terroriste que le Califat inspire à l’échelle mondiale persiste et s’amplifie, sans se structurer en réseau, ce qui complique considérablement le renseignement, la parade et l’éventuelle riposte. Territorialisation et déterritorialisation se combinent donc pour former un gigantesque casse-tête stratégique.

La question de la violence djihadiste ne saurait être résolue par une réponse strictement militaire. D’ailleurs, si les frappes aériennes semblent avoir enrayé la progression de Daesh, elles ne paraissent pas avoir empêché sa consolidation dans les zones de peuplement arabe sunnite. Les sociétés arabo-musulmanes connaissent une crise profonde affectant toutes leurs dimensions. Leur stabilisation ne peut donc résulter que d’un processus politique, au sens noble du terme. C’est-à-dire le traitement de l’ensemble des maux qui affectent les habitants. Pour réussir, ce processus doit être le fait des populations elles-mêmes, mené à leur rythme et bénéficier, le cas échéant, de l’aide de la communauté internationale. Cela devrait être la leçon des échecs occidentaux en Afghanistan, en Irak et en Libye. Encore faut-il que les sociétés arabo-musulmanes forgent le contexte favorable pour que la frange de leurs élites disposée à conduire ces changements puisse agir efficacement.

Article clos le 27 janvier 2015

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MessageSujet: Re: "GUERRE AU TERRORISME" : la grande imposture / CALIFAT et CAPITALISME   Ven 11 Déc - 12:53



Daech, un arsenal qui donne le vertige Amnesty international Hassane Zerrouky 9 Décembre, 2015

le rapport complet en PDF :  the arming of islamic state

Citation :
Chapter 1: The arsenal of Islamic Sta tE
Chapter 2: chains of custody: capture, Acquistion and illicit trade
Chapter 3: arms proliferati on in Iraq
Chapter 4: Stat es’ responsibilities under Internati onal law
Conclusions and recommendations [sic]


En plus d’un trésor de guerre évalué à plusieurs milliards de dollars, de la vente de pétrole, l’Etat islamique (EI) s’est doté d’un armement supérieur ou équivalent à celui de l’armée jordanienne


Citation :
C’est un rapport accablant publié mardi par Amnesty international sur les armes de l’Etat islamique. « Un arsenal qui donne le vertige » écrit l’ONG, des armes en provenance de 25 pays, dont les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la Belgique, pillées par les djihadistes dans les énormes stocks de l’armée irakienne après la chute de Mossoul et plusieurs villes irakiennes. Selon Patrick Wilcken,  spécialiste de la question au  sein d’Amnesty International, « l’absence de réglementation et de suivi des importations de très grandes quantités d’armes en Irak, durant des décennies, a constitué une aubaine pour l’EI et les autres groupes armés, leur offrant l’accès à une puissance de feu sans précédent. »  

C’est avec ces armes que l’EI a étendu son territoire en Syrie et en Irak.  « Les terroristes se sont également emparés d’un important arsenal en prenant le contrôle de bases de l’armée et de la police à Fallouja, Saqlawiya et Ramadi (dans l’ouest), Tikrit (dans le nord) ainsi qu’en Syrie. Les opérations lancées par les forces  gouvernementales pour reprendre Ramadi, chef-lieu de la province d’Al-Anbar, sont ainsi entravées par les « plus de 100 véhicules de combat blindés, y compris des chars » dont des Abrams américains que s’est approprié Daech.  Et « parmi les armements sophistiqués de l’EI figurent les systèmes de défense antiaériens Sol-Air À Très Courte Portée (SATCP), les missiles guidés antichars et les véhicules blindés de combat, ainsi que les fusils d’assaut tels que les AK russes, les M16 et Bushmaster américains et les FAL et d’autres armes automatiques produits par de la FN Herstal ».

Ces énormes  stocks de l’armée irakienne se sont constitués durant la fin des années 1970-80,  et « pendant et après l’invasion du pays » par les Etats-Unis  note Amnesty qui souligne que « la plupart n’étaient pas sécurisés ni dûment contrôlés par les forces de la coalition et les forces irakiennes reconstituées ».  Qui plus est ajoute  l’ONG, « entre 2011 et 2013, les États-Unis ont signé des contrats de plusieurs milliards de dollars pour, entre autres, des tanks 140 M1A1 Abrams, des avions de combat F-16, des missiles portables 681 Stinger et des batteries antiaériennes Hawk. En 2014, ils avaient livré plus de 500 millions de dollars d’armes légères et de munitions au gouvernement irakien ». Et qu’« en raison de la corruption endémique au sein de l’armée irakienne, ainsi que des contrôles défaillants sur les stocks militaires et le suivi des armes, le risque était élevé que ces armes ne soient détournées vers des groupes armés comme l’EI ».

Dans ce rapport, Amnesty international ne mentionne pas les 3000 4x4 Hummer fabriqués par la General Motors tombés aux mains de Daech, ni  les armes et matériel fournis par les Etats du Golfe, Arabie saoudite en tête,  aux insurgés syriens dit « modérés »  comme les missiles Tow dont dispose  Daech.  Ni non plus, ces milliers de véhicules 4x4 flambant neuf de marque Toyota, notamment des « Toyota Land Cruiser » et « Toyota Hilux », qu’exhibe fièrement l’EI dans les rues de Raqqa et Mossoul.  Embarrassée et sommée de s’expliquer par  Washington, qui a pourtant beaucoup de choses à se reprocher en la matière – les Etats-Unis ont déjà livré des Toyota aux rebelles dit modérés -  la firme japonaise a ouvert une enquête.


Exemples de saisies de d’armes par l’EI documentées par Amnesty


Citation :
• En juin 2014, l’EI a saisi 250.000 munitions chimiques dans le complexe chimique irakien d’Al-Muthana

• En juin 2014 toujours, lors de la fuite de Mossoul par l’armée irakienne désorganisée, EI a ainsi récupéré une grande quantité de véhicules blindés, y compris de nombreux tanks américains flamant neufs. La quantité d’armes et de munitions abandonnées dans la ville a permis à l’EI d’équiper jusque 20.000 djihasites.

• En août 2014, l’EI a récupéré des avions de combat, des hélicoptères et des tanks en prenant possession de l’aéroport de Raqqa, en Syrie.

• En mai 2015, plus de 100 blindés, dont des douzaines de tanks ont été saisis par EI à Ramadi en Irak. Des pièces d’artillerie et autres mortiers ont également été récupérés.



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MessageSujet: Re: "GUERRE AU TERRORISME" : la grande imposture / CALIFAT et CAPITALISME   Sam 12 Déc - 10:54


Califat bidon ?

Face à la devalorisation constante du capital,notamment petrolier,la guerre est la aussi pour soutenir la valeur, les cours de l’energie, sans grand succés, baril à 36$ ? :

ISIS est simplement une armée déguisée de l’ Arabie saoudite

F. William Engdahl dit : a écrit:
Ce que nous avons, alors, n'est pas une guerre russe isolée contre ISIS en Syrie. Que se cache-t-il derrière ISIS n'est pas régime criminel juste Erdogan, mais beaucoup plus importante, le Royaume d'Arabie saoudite et ses alliés Wahhabite Koweït, Emirats Arabes Unis, Qatar.

Dans le vrai sens, ISIS est simplement une « Arabie saoudite armée déguisé ».

Si nous dépouillons la couverture religieuse bidon, ce qui ressort est un mouvement saoudien de saisir certaines des plus grandes pétrolières mondiales de réserve, ceux des parties sunnites de l'Irak et de la Syrie, à l'aide du régime criminel turc dans le rôle de voyou pour faire le travail rude, comme un videur dans une maison close.

Si Moscou n'est pas consciente de cette dimension plus grande, elle court le risque de se coincer les doigts dans un mortel « bear trap » qui rappellera plus eux de l'Afghanistan dans les années 1980.

Ce qui pue en Arabie saoudite, n'est pas la bouse de chameau. C'est la monarchie du roi Salman et son fils impétueux, le Prince Salman. Pendant des décennies, ils ont financé le terrorisme sous un faux déguisement religieux, pour faire avancer leur programme ploutocratique privé. Il n'a rien à voir avec la religion et tout à voir avec l'argent et l'huile.

Un coup d'oeil à la carte ISIS d'Irak vers la Syrie montre qu'on cible précisément les richesses pétrolières de ces deux Etats souverains. Contrôle saoudien de cette richesse pétrolière par l'intermédiaire de leurs agents d'ISIS, ainsi que son plan clair pour souscrire la concurrence huile de schiste aux États-Unis, ou tellement Riyad estime, rendrait la monarchie saoudienne un état beaucoup plus riche, un, peut-être à cause de cet argent, enfin respecté par les hommes riches occidentaux blancs et leur société.

C'est la pensée clairement bovine. Ne pariez pas sur que Salman.

F. William Engdahl est conférencier et consultant en risques stratégiques, il est diplômé en politique de l'Université de Princeton et est un auteur de Best-sellers sur le pétrole et la géopolitique, exclusivement pour magazine en ligne "nouvelle perspective orientale".


Ce qui pue en Arabie saoudite n'est pas la bouse de chameau

What Stinks in Saudi Ain’t the Camel Dung By F. William Engdahl

http://www.informationclearinghouse.info/article43693.htm
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