PATLOTCH / le COMMUNISME, un ART de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES, ÉCOLOGISTES... et POÉTIQUES !
 
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 LA RÉVOLUTION COMMUNISTE SERA ÉCOLOGISTE OU NE SERA PAS (écologie et marxisme)

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Patlotch



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MessageSujet: Re: LA RÉVOLUTION COMMUNISTE SERA ÉCOLOGISTE OU NE SERA PAS (écologie et marxisme)   Mer 4 Oct - 15:43


le concept de nature ne coule pas de source
mais la sécheresse met le feu

je poursuis, dans le sujet ÉMEUTES, typologie formes/contenus..., l'alternance d'informations proprement dites, de théorisations et débats. Entre les deux, des études, comme celle-ci. Pas de quoi faire une typologie systématique des émeutes, mais assez pour en constater des circonstances de déclenchement et noter qu'elles concernent des situations où sont menacées en proportions variables la vie humaine et celle de son environnement, la "nature"

lier "ère des émeutes", comme vision partielle, et écologie, n'avait rien d'évident, la sécheresse le fait


LA SÉCHERESSE EST BEL ET BIEN SOURCE D'ÉMEUTES
Yves Sciama Sciences et vie  03 oct 2017

Pour la première fois, une étude établit un lien statistique entre les conditions météorologiques et les troubles sociaux en Afrique. De quoi espérer un jour, mieux anticiper les conflits.


Sécheresse ©️ Markus Spiske/Flickr/CC-BY-2.0

Citation :
Guerre en Syrie, au Soudan, Printemps arabe.... le lien entre sécheresse et troubles politiques avait déjà été fait par des analystes. Mais jusqu'ici, ce constat était uniquement empirique. Pour la première fois, une étude vient d'établir un lien statistique fort entre données météorologiques et conflits sociaux.

Une équipe, dirigée par le chercheur français Jeremy Lucchetti, de l'Université de Genève, a eu l'idée de croiser la base de données SCAD (qui recense avec précision la date et la localisation de 1800 troubles sociaux en Afrique), avec un indice de sécheresse mensuel, le SPEI (qui fait la différence entre les précipitations et l'évaporation sur des carrés de 50 km de côté).

Un mois de sécheresse augmente de 10% la probabilité d'émeute


Le résultat est remarquablement net : un mois de sécheresse suffit à augmenter de 10% la probabilité d'émeute. Si l'on ajoute certains facteurs aggravants comme la densité de la population, l'absence de réserve d'eau (lac ou fleuve), et la coexistence d'ethnies, la probabilité s'accroît de 50%. Et dans les régions les plus agricoles, la probabilité est carrément... triplée (+ 300%).

Mieux identifier les périodes et les zones à risque

« Le fait d'utiliser des bases de données que l'on puisse soumettre à des tests statistiques nous a été utile pour convaincre l'ONU, plutôt sceptique au départ, de la véracité de ce lien, commente Jérémy Lucchetti. Cette recherche a une utilité pratique - elle permet d'identifier des périodes et des zones à risque, et donc des priorités d'action. »

Ces travaux mêlant météorologie et sciences sociales ouvrent de nombreuses pistes de recherches complémentaires. Par exemple, ils pourraient révéler quelles pratiques ou réponses permettent d'éviter des troubles en dépit de mauvais indicateurs de sécheresse.

Les chercheurs, qui ont d'abord testé leur démarche sur l'Afrique subsaharienne, parce que c'est une région agricole dotée de structures étatiques fragiles, veulent désormais voir dans quelle mesure cette corrélation tient dans des régions plus développées. Ils démarrent une étude en Inde, où les structures sociales sont plus contrastées.

en somme, c'est encore un champ où plusieurs facteurs sont liés sans qu'on puisse les présenter comme une "dialectique" de circonstances séparées dans la réalité, que la théorie devrait "articuler". Ici l'on vérifie que « la nature n'existe pas » en dehors du rapport activité humaine-nature biologique, qu'elle n'est qu'une production sociale historique

ailleurs on vérifiait qu'il est impossible, si l'on prend en compte le facteur quantitatif, de séparer critique du genre (domination masculine structurelle et sociétale), critique décoloniale et rapports sociaux capitalistes, tout simplement parce qu'aucune lutte réelle massive et durable ne le fait, si l'on en sort celles qui n'ont qu'un caractère militant et intermittent qui en sont un reflet politique assez réducteur

ici, le lien d'une situation et d'un contexte particulier au capital ne produit pas une lutte prolétarienne - peut-on dire sous-prolétarienne ? -, mais qui met néanmoins en jeu la totalité de ce mode de production en tant qu'il détruit le vivant, lutte qui porte donc une dimension immédiatement universelle (voir pour un UNIVERSALISME PLURIVERSEL, le communisme universel !)

le tissage de ces luttes particulières ne se fait pas en descendant de l'idée d'un communisme universel, mais à partir de leurs contextes mêmes. C'est en ceci qu'elles produisent leur propre théorie générale, et contiennent la possibilité de l'émergence d'une classe révolutionnaire globale

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Patlotch



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MessageSujet: Re: LA RÉVOLUTION COMMUNISTE SERA ÉCOLOGISTE OU NE SERA PAS (écologie et marxisme)   Mer 1 Nov - 18:25


quelques notes très générales au fondement de ce sujet dans le cadre de la quête d'une nouvelle classe antagonique au capital, au-delà du prolétariat...

1) d'abord concernant le caractère "bourgeois" ou pas de l'écologie, question qu'on a pu poser aussi à la science en général

si je prends la définition la plus générale...

CNRTL a écrit:
1. Science qui étudie les relations entre les êtres vivants (humains, animaux, végétaux) et le milieu organique ou inorganique dans lequel ils vivent. Le siècle se termine avec les grands traités (...) qui ouvrent les voies à l'écologie ou science de l'action du milieu sur les êtres vivants (Hist. gén. sc.,t. 3, vol. 1, 1961, p. 440). L'écologie des protozoaires est déjà bien étudiée; le peuplement des divers biotopes (terre, mer, eau douce) et les adaptations morphologiques caractéristiques de chacun d'eux ont été analysés par de nombreux chercheurs (Hist. gén. sc.,t. 3, vol. 2, 1964, p. 672:
Connaître l'écologie des plantes fruitières présente un intérêt double : − d'une part, cette science fournit d'utiles indications pour l'implantation des espèces et variétés en dehors de leurs centres originels. Ainsi, le pommier, originaire de régions élevées, croît particulièrement bien en altitude. Boulay, Arboric. et prod. fruit.,1961, p. 25.

2. P. ext. Étude des conditions d'existence et des comportements des êtres vivants en fonction de l'équilibre biologique et de la survie des espèces. On parle aussi parfois d'une biogéographie écologique ou écologie de la distribution géographique (Hist. gén. sc.,t. 3, vol. 2, 1964, p. 682).

B.− P. anal., Sc. Soc. [En parlant de communautés humaines] Études des relations réciproques entre l'homme et son environnement moral, social, économique.

... je n'ai pas de raison d'attribuer à l'écologie un contenu idéologique ou un autre, mais même en en restant à son statut de science, dans le capitalisme aucune n'est neutre ou du moins utilisée de façon neutre. Si l'on déborde dans le champ politique, c'est encore pire (voir les rubriques de ÉCOLOGIE, écologie et marxisme, écologie révolutionnaire, luttes écologiques...

partant de la définition de l'écologie comme « [étude des] relations entre les êtres vivants (humains, animaux, végétaux) et le milieu organique ou inorganique dans lequel ils vivent », il est parfaitement légitime d'envisager la possibilité d'une écologie révolutionnaire, qui ne se réduirait pas à l'étude de ces relations, mais à leur transformation, puisque je pars de l'idée qu'il n'y a pas de rapports de l'humain à la nature qui ne soit historique et social, donc soumis aujourd'hui aux lois du capitalisme

2) ce qui m'amène à une deuxième remarque : au sens des interactions entre l'exploitation capitaliste et les dominations engendrées ou modifiées par ce mode de production, une approche communiste de "l'intersectionnalité" doit intégrer la dimension écologique, et ce tout en restant"fidèle" à Marx :


« La production capitaliste ne développe la technique et la combinaison du procès de travail social
qu’en ruinant dans le même temps les sources vives de toute richesse : la terre et le travailleur »


Karl Marx, Le Capital, livre 1

on peut donc de ce point de vue considérer que l'intersectionnalité à trois têtes classe/genre/race relève dans notre approche d'un réductionnisme anthropocentriste. Au demeurant, celui-ci affecte les approches universitaires bien davantage que les luttes elles-mêmes, dont les dimensions décoloniales, anticapitalistes et féminines sont massivement croisées, notamment contre l'extractivisme ou dans les luttes des "sans-terre"

voir 2 novembre : intersectionnalité : abandonner ce concept et sa méthodologie formaliste et anti-dialectique

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MessageSujet: Re: LA RÉVOLUTION COMMUNISTE SERA ÉCOLOGISTE OU NE SERA PAS (écologie et marxisme)   Sam 4 Nov - 5:36



Citation :
Nature, money, work, care, food, energy, and lives: these are the seven things that have made our world and will shape its future. In making these things cheap, modern commerce has transformed, governed, and devastated Earth. In A History of the World in Seven Cheap Things, Raj Patel and Jason W. Moore present a new approach to analyzing today’s planetary emergencies. Bringing the latest ecological research together with histories of colonialism, indigenous struggles, slave revolts, and other rebellions and uprisings, Patel and Moore demonstrate that throughout history, crises have always prompted fresh strategies to make the world cheap and safe for capitalism. At a time of crisis in all seven cheap things, innovative and systemic thinking is urgently required. This book proposes a radical new way of understanding—and reclaiming—the planet in the turbulent twenty-first century.

La nature, l'argent, le travail, les soins, la nourriture, l'énergie et la vie: ce sont les sept choses qui ont fait notre monde et qui façonneront son avenir. En rendant ces choses bon marché, le commerce moderne a transformé, gouverné et dévasté la terre. Dans une histoire du monde en sept choses bon marché, Raj Patel et Jason W. Moore présentent une nouvelle approche pour analyser les urgences planétaires d'aujourd'hui. Apportant les dernières recherches écologiques avec les histoires du colonialisme, les luttes indigènes, les révoltes d'esclave, et d'autres rébellions et soulèvements, Patel et Moore démontrent que tout au long de l'histoire, les crises ont toujours suscité de nouvelles stratégies pour faire le monde bon marché et sûr pour le capitalisme. À un moment de crise pour les sept choses bon marché, une pensée innovante et systémique est nécessaire et urgente. Ce livre propose une nouvelle façon radicale de comprendre — et de revendiquer — la planète au XXIe siècle turbulent.

Jason W. Moore is an environmental historian and historical geographer at Binghamton University, where he is associate professor of sociology. He is author or editor, most recently, of Capitalism in the Web of Life (Verso, 2015), Capitalocene o Antropocene? (Ombre Corte, 2017), Anthropocene or Capitalocene? Nature, History, and the Crisis of Capitalism (PM Press, 2016)

Raj Patel : Stuffed and Starved : The Hidden Battle for the World Food System, Melville House Publishing, 2008, The Value of Nothing : How to Reshape Market Society and Redefine Democracy, Picador, 2010

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MessageSujet: Re: LA RÉVOLUTION COMMUNISTE SERA ÉCOLOGISTE OU NE SERA PAS (écologie et marxisme)   Lun 1 Jan - 22:08


Women, Nature, and Capital in the Industrial Revolution

John Bellamy Foster and Brett Clark Monthly Review volume-69-issue-08-january

extraits
Citation :
The remarkable rise in recent years of “social reproduction theory” within the Marxist and revolutionary feminist traditions, identified with the studies of such figures as Johanna Brenner, Heather Brown, Paresh Chattopadhyay, Silvia Federici, Susan Ferguson, Leopoldina Fortunati, Nancy Fraser, Frigga Haug, David McNally, Maria Mies, Ariel Salleh, Lise Vogel, and Judith Whitehead—to name just a few—has significantly altered how we look at Karl Marx’s (and Frederick Engels’s) treatment of women and work in nineteenth-century Britain. Three conclusions with respect to Marx’s analysis are now so well established by contemporary scholarship that they can be regarded as definitive facts:

1) Marx made an extensive, detailed examination of the exploitation of women as wage slaves within capitalist industry, in ways that were crucial to his overall critique of capital;

2) his assessment of women’s working conditions was seriously deficient with regard to housework or reproductive labor; and

3) central to Marx’s (and Engels’s) outlook in the mid-nineteenth century was the severe crisis and threatened “dissolution” of the working-class family—to which the capitalist state in the late nineteenth century was compelled to respond with an ideology of protection, forcing women in large part back into the home
[...]

The ‘Woman Question’ in Marx’s Day

Reproductive Work, Nature, and Valorization

Regimes of Social Reproduction

Social and Ecological Metabolisms

Conclusion


In the normal operations of capitalist production, according to Marx,


Citation :
Every sense organ is injured by the artificially high temperatures, by the dust-laden atmosphere, by the deafening noise, not to mention the danger to life and limb among machines which are so closely crowded together, a danger which, with the regularity of the seasons, produces its list of those killed and wounded in the industrial battle. The economical use of the social means of production, matured and forced as in the hothouse by the factory system, is turned in the hands of capital into systemic robbery of what is necessary for the life of the worker while he is at work, i.e. space, light, air and protection against the dangerous or the unhealthy concomitants of the production process, not to mention the theft of the appliances for the comfort of the worker.

Marx, Capital, vol. 1, 552–53.

This robbery of the male and female worker’s health within the workplace naturally carries over into the realm of the household and the social reproduction of labor power. In Marx’s day, the demands put on the workers in industry tended to annihilate whatever time there was for the reproduction of labor power. By the late nineteenth century, however, capital had at least formally created separate, alienated spheres of housewife and breadwinner—firmly establishing the two realms of housework and paid work outside the home—thereby altering the conditions in both spheres. This transformed the family itself under monopoly capitalism, resulting in the relative rather than absolute expropriation of time within the household—though giving way in the most recent neoliberal period to new forms of absolute expropriation. Likewise, capital dealt with its first ecological crises (the degradation of the soil and rapacious deforestation) by means of new alienated mediations (synthetic fertilizers), which in the long run were to reappear as crucial aspects of a global metabolic rift that degrades nature even further.

What is required in these circumstances is a struggle that will challenge capital’s subjection of reproductive labor, its colonization of the people of the planet, and its degradation of the earth itself. In this view, if the revolutionary struggle for socialism in the past failed, it is because it was not revolutionary enough, and did not take on the capital system and its particular social metabolic reproduction as a whole. It did not demand the reconstitution of human labor based on a society of associated producers and a world of creative labor—aimed at the fulfillment of human potential, while rationally regulating the human metabolism with nature so as to protect the earth for future generations. It did not embrace the full diversity of human life and of the natural environment. In our age, the revolutionary Anthropocene, such a mistake cannot be repeated.

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MessageSujet: Re: LA RÉVOLUTION COMMUNISTE SERA ÉCOLOGISTE OU NE SERA PAS (écologie et marxisme)   Jeu 25 Jan - 6:49


Armel Campagne déjà signalée dans ce débat par des interviews avant la publications de son livre. Ses positions me paraissent un bricolage flou sur le plan théorique : ses emprunts à Postone mais sa définition "trotskiste" du capitalisme... son attirance pour les thèses de la communisation malgré ses "apories" (sic)..., mais on y retrouve plusieurs des idées que j'ai soutenues ailleurs, la centralité du combat écologique radical, la restructuration 'écologique' du capitalisme autour des énergies renouvelables, propre au macronisme

quant au concept de "capitalocène", est-il bien nécessaire ? Sa fonction n'est-elle pas surtout de fournir une théorie aux luttes dont les zadistes auraient la pratique au niveau local, en attendant une remise en cause globale du capitalisme ?

longue interview, mais somme toute assez superficielle


L’écologie peut-elle se passer d’une critique du capitalisme ?
Entretien avec Armel Campagne pour "Le Capitalocène" (éd. Divergences)
Grozeille 20 janvier 2018

Dans cette contrée lointaine et mal connue qu’est notre « environnement », il paraît que rien ne va plus. Heureusement, les plus fins observateurs nous tiennent quotidiennement au courant. Par exemple, les journalistes s’affolent que les trois dernières années soient parmi les plus chaudes jamais enregistrées et que les émissions de CO2 repartent à la hausse ; la communauté scientifique s’agite d’autant plus que ses cris d’orfraie demeurent sans effet ; les biologistes terrifiés regardent s’accélérer la sixième extinction de masse. Partout, l’on commence à subodorer que la réponse humaine au désastre en cours, sous la forme de grandes conférences internationales (COP), est d’une inutilité parfaite.

Dans le vacarme et l’urgence qui entourent la question écologique, il s’agit pour bien agir de bien distinguer la cause de nos problèmes, afin d’identifier des cibles logiques. Armel Campagne, un jeune historien, vient justement de faire paraître ses recherches sur le "Capitalocène", aux éditions Divergences. L’idée est simple : le dérèglement climatique, dû aux pollutions émises par l’extraction et la consommation d’énergies fossiles, n’est pas séparable de l’émergence d’un régime social et économique particulier, le capitalisme. Historiquement, le lien saute aux yeux : le dérèglement climatique comme le capitalisme apparaissent aux 18-19ème siècles, à partir de la révolution industrielle anglaise. Après avoir lu cet excellent bouquin, nous avons donc souhaité rencontrer Armel Campagne, qui a très aimablement accepté, pour creuser avec lui cette question cruciale : l’écologie peut-elle se passer d’une critique du capitalisme1 ?



Citation :
Comment tu en es venu à te préoccuper d’écologie ?

J’ai commencé mon parcours « militant » par l’écologie, par ce qu’on appelle « la décroissance ». C’est par ça que j’ai commencé à réfléchir de manière critique sur la société capitaliste. J’ai été de tendance libertaire dans un premier temps, et je suis venu à Marx plus tard. Puis en fonction des périodes, mon intérêt pour ces questions écologiques varie, car il n’y a pas que ce sujet-là qui m’intéresse. La question de l’écologie est revenue quand je me suis intéressé à la critique dite « anti-industrielle », que je voulais aborder avec les lunettes de la critique de la valeur et de Marx. Et donc j’ai rencontré par ce biais Christophe Bonneuil [historien des sciences, auteur de L’événement anthropocène (Seuil, 2016)], qui s’intéressait un peu à la critique de la valeur. Dans le cadre de son Master, il m’a proposé d’écrire sur le Capitalocène, que je voulais travailler dans l’optique de la critique de la valeur.

[Note : Pour nous comme pour Armel Campagne ou Andreas Malm, le terme « capitalocène » est bien plus approprié que le vague « anthropocène », qui a le défaut majeur de faire de la nature humaine (anthropos) le sujet de l’histoire, alors que vraisemblablement « l’homme » a existé avant d’avoir son ère géologique à lui. Par contre, une certaine configuration des rapports humains, le capitalisme, c’est-à-dire le mode de production et de socialisation qui naît non du fait de « l’homme », mais de certains hommes (Anglais, riches) à une certaine époque (XVIIIe), semble beaucoup plus indiqué comme origine des bouleversements climatiques, géologiques et biologiques les plus importants que nous vivons depuis 200 ans2. Les explications dans la suite de l’entretien.]


Panneau artistique à la Edge Hill University.

La force de ton analyse est d’allier la critique anticapitaliste et la critique écologique. Souvent les deux sont séparées, et c’est embêtant puisqu’elles se renforcent mutuellement : la critique du capitalisme évite à l’écologie de tendre vers l’odieux développement durable, et la critique écologique montre que le capitalisme est en marche vers son suicide. Pour prouver leur indissociabilité, il est primordial d’associer capitalisme et crise écologique, et c’est ce que tu cherches à faire avec l’expression de « capitalisme fossile ». Tu montres que capitalisme et énergies fossiles sont indissociables historiquement, et que les émissions de CO2 sont corrélées avec l’essor du capitalisme industriel. Peux-tu revenir sur cette démonstration historique : il n’est pas évident que le capitalisme (un mode de production) est forcément associé aux énergies fossiles ?


Ma thèse générale, que je reprends à Moishe Postone, proche de la critique de la valeur, c’est que l’industrie est « la matérialisation adéquate du processus de valorisation capitaliste ». L’idée est, plus précisément, que les énergies fossiles ont été matériellement les plus adéquates à la logique du capitalisme. Un historien du capitalisme fossile, Andreas Malm, a montré que les machines vapeur et l’énergie qui les alimente, le charbon, ont été les plus adéquats pour les besoins des capitalistes anglais au début du XIXème siècle. Les causes de ce passage aux énergies fossiles sont multiples, elles ne sont pas purement « économiques » ou techniques, mais dépendent aussi et surtout des rapports sociaux.

Andreas Malm montre que la limitation de la journée de travail à 13h30 en 1833 et d’autres lois analogues en 1847-1850 ont poussé les capitalistes à l’utilisation de machines-vapeur. En réponse à l’impossibilité d’augmenter la survaleur en augmentant le temps de travail, il a fallu augmenter la productivité du travail et accélérer la production. D’un point de vue « technique », la machine-vapeur s’est donc présentée comme la plus adéquate, parce qu’elle permet de s’abstraire des contingences des cycles naturels, contrairement aux machines propulsées à l’aide de l’énergie hydraulique, et donc dépendantes du cycle de l’eau. Avec l’énergie fossile, les capitalistes peuvent choisir directement quand ils activent leurs machines et à quelle vitesse. L’énergie hydraulique rendait les capitalistes dépendants des cycles naturels, mais jusqu’en 1833, ils avaient la possibilité de compenser, si le processus de production n’avait pu avoir lieu que 6 heures pendant une certaine période, par des journées de 18 heures à une autre période. Mais avec cette loi, c’est devenu interdit sous peine d’amendes, et donc pratiquement compliqué.


Manchester en 1840, par Edward Goodall (1795-1870).

Les énergies fossiles leur ont donc permis de s’abstraire de la temporalité et de la spatialité des cycles naturels : en effet, une fabrique impulsée à l’aide d’énergies fossiles, contrairement à une fabrique propulsée par de l’énergie hydraulique, peut être localisée dans les villes, où il y a une « armée de réserve industrielle » (Marx) aux salaires très bas et qu’on peut facilement renvoyer. Et même plus largement, l’énergie fossile peut être transportée un peu n’importe où sur la planète, du moment qu’il y a des infrastructures adéquates. L’usage des machines fonctionnant à l’aide d’énergies fossiles s’est donc progressivement généralisé. En outre, les machines-vapeur ont aussi permis aux capitalistes de se débarrasser des ouvriers les plus revendicatifs et les plus qualifiés, en les remplaçant par des machines et du travail déqualifié (et donc moins payé et plus facilement remplaçable). À partir d’une certaine phase de l’industrialisation capitaliste, la machine-vapeur et le charbon sont donc devenus plus adéquats aux besoins du capital que l’énergie hydraulique, qui était jusque-là la plus utilisée.

Le pétrole, bien que j’ai moins étudié la question, me paraît encore plus matériellement adéquat à un capitalisme plus développé. Notamment parce que si les voitures devaient être rechargées au charbon, ça marcherait moins bien… Blague à part, le pétrole est plus adéquat à un capitalisme qui a connu une accélération de ses flux, et surtout de ses redéploiements spatiaux. En effet, il y avait avec le charbon encore un lien spatial entre les lieux de production de charbon et les lieux d’usage, même s’il y avait une déconnexion déjà beaucoup plus forte qu’avec les systèmes hydrauliques les plus sophistiqués. L’industrialisation en Angleterre s’est faite principalement, et pas par hasard, dans des zones proches de mines de charbon. Alors qu’avec le pétrole, les oléoducs, les tankers, etc., là c’est sûr que le capital est encore plus indépendant spatialement du lieu de production énergétique. Ce qui fait que les principaux lieux de production de pétrole sur la planète ne sont pas les lieux les plus industrialisés. Au contraire, la localisation des mines de charbon restait un paramètre important dans l’industrialisation au XIXème siècle, notamment en France.

Avec le pétrole, un nouveau palier est franchi. D’une part, le capitalisme s’abstrait des contraintes géographiques, des lieux d’extraction énergétique. Et d’autre part, le pétrole est aussi une énergie plus adéquate à l’accélération des flux du capitalisme. C’est la théorie de Timothy Mitchell : le pétrole, en déliant les lieux d’extraction énergétique et les lieux de consommation, a aussi affaibli le mouvement ouvrier. Même s’il y a un mouvement ouvrier lié au pétrole, malgré tout, de grandes grèves générales comme en Angleterre en 1842, où les mineurs et les ouvriers ont pu stopper en même temps la production, seraient beaucoup plus compliquées à mettre en place aujourd’hui. On n’imagine guère des formes de grève synchronisées dans l’industrie automobile aux Etats-Unis et au Japon, et dans telle raffinerie ou lieu d’extraction en Arabie Saoudite.


La raffinerie de Jubail (Total), en Arabie saoudite

Après, il y a aussi l’histoire du nucléaire, qui est certes théoriquement la matérialisation la plus adéquate de la logique du capitalisme technoscientifique, mais qui en même temps marche quand même moins bien en pratique que les énergies fossiles : le capitalisme ne s’est pas reconfiguré autour du nucléaire dans les années 60, car cette énergie pose plein de problèmes d’un point de vue capitaliste (pas seulement d’un point de vue environnemental). Notamment parce que le nucléaire est lié à des infrastructures et des investissements nécessitant des investissements colossaux et des consignes de sécurité très contraignante, ce qui fait que le nucléaire est très lié à l’État.

Pour résumer, donc, il y a un caractère matériellement adéquat des énergies fossiles : elles permettent d’accélérer le processus de production et de l’abstraire des contraintes spatio-temporelles des cycles naturels. Et à partir de ce moment-là, il y a une forme de pass dependency, de lock-in technologique, qui fait que le capitalisme s’est embarqué sur cette structuration énergétique jusqu’à aujourd’hui où les énergies fossiles représentent environ 80% de son assiette énergétique à un niveau mondial.


Répartition de la consommation d’énergie finale dans le monde en 2006 (Source : DGEMP)

Qu’est-ce qui te fait penser que capitalisme et énergies fossiles sont forcément associés et qu’ils le seront forcément à l’avenir ? Tu parles de deux impasses : le capitalisme vert et la planification écologique. Que répondre d’abord à ceux qui diraient qu’un capitalisme « vert » est possible ? Pourquoi le capitalisme est-il « coincé » ?


Ces questions constituent l’objet de certaines réflexions, notamment celles de Daniel Cunha. Est-ce qu’un capitalisme basé sur les énergies renouvelables serait quand même possible ? Tout d’abord, on peut constater qu’actuellement, les énergies renouvelables sont installées sous la forme d’additions énergétiques, et non d’une transition énergétique. Les énergies renouvelables s’ajoutent aux énergies fossiles déjà existantes, elles ne les remplacent pas, et la consommation d’énergies fossiles continue ainsi d’augmenter. Donc, effectivement, la part relative des énergies fossiles dans l’assiette énergétique du capitalisme mondial devrait diminuer au fur et à mesure des années, mais ça sera une diminution relative masquant une augmentation absolue de la consommation énergétique d’énergies fossiles.

D’autre part, le désavantage des énergies renouvelables, c’est qu’elles ne sont pas très profitables, qu’elles ne sont pas très adéquates à la logique de profit du capital, dans le sens où elles demandent des investissements lourds au début et qu’elles rapportent un profit faible. Elles pourraient avoir un intérêt pour un capitalisme d’État – encore qu’il resterait le problème de l’inégale localisation des métaux rares3, aujourd’hui produits à 95 % en Chine, et indispensables notamment aux panneaux solaires –, si le but est uniquement de générer de l’énergie pour les autres industries ; mais pour faire du profit, ça ne semble pas très adéquat. Ce n’est pas un secteur susceptible de générer beaucoup de survaleur, au contraire du secteur des hydrocarbures.

Ce qu’on voit pour l’instant, et ce qui est donc le plus probable à l’avenir, c’est que les énergies renouvelables vont pour l’essentiel s’additionner aux énergies fossiles, et que ce sont plutôt les États qui vont investir dans des grosses infrastructures d’énergies renouvelables, pas dans une logique de profit, et peut-être à perte. Un peu d’une manière analogue au nucléaire français.


Additions énergétiques dans l’histoire du capitalisme (Wikipédia)

Tu penses donc qu’il ne pourrait pas y avoir une restructuration du capitalisme autour des énergies renouvelables ?

Je ne pense pas que ça soit exclu, mais toutefois je pense qu’il ne pourrait pas y avoir de reconfiguration massive sans que la forme du capitalisme change à un niveau mondial, et qu’on en arrive à un capitalisme beaucoup plus étatisé. Mais il ne me semble pas qu’on va vers là pour l’instant, le capitalisme privé étant une forme prédominante. Par contre, au niveau de certains États, il peut y avoir de fortes additions d’énergies renouvelables, voire un début de transition énergétique. Je pense que ça se limitera à des États comme la Chine, la France, la Suède. [on ne voit pas pourquoi...]

Ce que dit Andreas Malm, c’est que le capital se déplace de toute façon là où l’énergie nécessaire aux industries coûtera le moins cher. Tant qu’on est dans un capitalisme mondial qui fonctionne de manière concurrentielle, même si la Suède réussit sa transition énergétique, et même si la Chine décide d’investir massivement dans les énergies renouvelables, les standards environnementaux deviendront trop coûteux et le capital se déplacera au Bangladesh, au Vietnam ou un pays analogue. Après c’est vrai que le capital mondial a l’air relativement déterminé à faire de petits efforts sur le dérèglement climatique, c’est pour ça que même des industriels américains ont râlé quand Trump a dit qu’il s’en foutait des accords de Paris. Mais après, de quelle ampleur seront ces efforts ? Sachant qu’il y a une forte inertie du capitalisme mondial, une dépendance gigantesque aux énergies fossiles, les mesures prises en faveur des énergies renouvelables entraîneront peut-être une diminution relative, mais ont peu de chance de contrecarrer la tendance mondiale actuelle, laquelle va vers un désastre climatique.


Scénarios du GIEC en 2013. Les dernières estimations du scénario « tendances actuelles » (ni pessimiste, ni optimiste) nous emmènent bien au-dessus du seuil de la hausse de 2°C prévue par les accords de Paris. Voir l’article « Seulement 5 % de chances de limiter le réchauffement climatique à 2 °C » (Le Monde).

Après, peut-être que dans 20 ans on sera dans un capitalisme complètement vert, mais j’ai un peu de mal à y croire. On en parle quand même depuis 40 ans de cette transition énergétique du capitalisme, des énergies renouvelables, et ça va très lentement. D’un autre côté, le capitalisme est structurellement lié aux énergies fossiles depuis plus de 200 ans. Si jamais tout cela devient obsolète dans 20 ans, il restera néanmoins d’autres très bonnes raisons d’en finir avec le capitalisme, d’ailleurs pas forcément liées à l’écologie.

Tu nommes une autre impasse, après le capitalisme vert : la planification de la crise écologique, qui est notamment la solution proposée par Andreas Malm. En gros, il faudrait prendre le contrôle de l’État, car c’est le seul outil à la mesure du problème écologique, le seul lieu d’où l’on pourrait amorcer une transition écologique. C’est pour lui une question d’échelle : on ne fermera pas les puits de pétrole ni les centrales nucléaires sans des techniciens, sans le contrôle de l’État. Pourquoi la transition pilotée par l’État ne te paraît ni envisageable ni souhaitable ?

On ne peut pas répondre grand-chose à la solution d’un État mondial – je dis « mondial » car s’il y en a plus qu’un, son économie devra impérativement rester compétitive, ce qui implique vraisemblablement une consommation forte d’énergies fossiles, et donc un échec prévisible de toute « planification écologique » – du point de vue de son efficacité énergétique, du moins en théorie, même si on peut objecter qu’historiquement l’État lui-même a été très énergivore. Je pense que la réponse doit surtout être politique : est-ce qu’on a envie d’un capitalisme d’État bureaucratique, autoritaire et centralisé pour régler les problèmes écologiques ? Andreas Malm semble le croire, et contre cette option il faut relire toute la critique du capitalisme d’État et de l’URSS. En fait, je ne sais même pas si c’est concevable, si ça peut vraiment fonctionner aujourd’hui. Il faudrait une révolution mondiale avec un pouvoir d’État mondial. C’est difficilement imaginable, et ce n’est même pas souhaitable. Andreas Malm a une vision très programmatiste de la révolution et de l’organisation de ce qu’elle sera, mais cela se heurtera probablement aux mêmes impasses que l’URSS, à cause de la logique autoritaire sous-jacente.

Sur la seule question du dérèglement climatique, on peut imaginer que la planification étatique à la Malm pourrait peut-être s’avérer une solution partiellement efficace. Après ce serait une solution catastrophique sur tout le reste : il faut voir le livre de James C. Scott, Seing like a State [Voir avec les yeux de l’Etat], où il montre que la logique technocratique, lorsqu’elle est appliquée à la foresterie par exemple, produit des résultats catastrophiques, car il y a non-identité entre les schémas gestionnaires « scientifiques » et la réalité des écosystèmes particuliers. Et clairement, Malm n’est pas du tout critique de cette vision technocratique. Lui et d’autres théoriciens comme Daniel Cunha ont une vision cybernétique dans laquelle la nature peut être intégralement gérée de façon techno-scientifique, informatique même. Il y a fort à parier que pour gérer les conséquences locales du dérèglement climatique, la logique technocratique sera peu efficace, et qu’elle produira les mêmes problèmes qu’on a vus les deux derniers siècles en cette matière.


Une forêt opaque (à gauche) vs. une forêt transparente et « scientifique » (à droite). La première vit, la deuxième est morte.

Reste qu’il est difficile de se positionner entre une critique anti-industrielle qui va trop loin sur certains aspects et un vieux techno-prophétisme marxiste qui est complètement périmé. C’est un problème à soulever. Il ne s’agit pas d’une question centrale du livre, mais effectivement la question des technosciences et de la rationalité instrumentale pose problème.

Ce qui est ennuyeux, c’est que seule une abolition mondiale des rapports capitalistes peut fournir une véritable solution aux problèmes écologiques. Des problèmes écologiques locaux peuvent clairement être réglés par des ZAD, par des luttes locales, dans le cadre global de la société capitaliste. Mais un problème aussi large que celui du dérèglement climatique, qui est un problème global, ne peut se régler qu’au niveau global. Alors, les différentes solutions qu’on nous propose, c’est la géo-ingénierie (un fantasme techno-prophétique), le capitalisme vert (ça parait ne pas trop devoir marcher), la planification écologique à la Malm (peu souhaitable), et une révolution anti-autoritaire mondiale. Bien sûr, en attendant, il ne faut pas se tourner les pouces. Ça dépend vraiment de quel problème écologique on parle : le dérèglement climatique stricto sensu, je ne vois pas comment on pourrait le résoudre à une échelle locale. Par contre, pour des problèmes liés à l’érosion des sols, à l’artificialisation des terres, la conflictualité à l’intérieur de la société capitaliste peut suffire. Mais je ne pense pas que des ZAD suffiront pour résoudre le problème du dérèglement climatique…


Florilège signalétique autour de Notre-Dame-des-Landes.

La critique du capitalisme est au cœur de ton analyse. Force est de constater que le terme est généralement utilisé avec très peu de rigueur, et qu’on ne sait pas toujours bien ce qu’on désigne par là. Ce qui n’est pas ton cas. Comment définirais-tu le capitalisme, quels sont ses traits distinctifs ?

J’appréhende la question de manière historique, notamment à travers la question de l’émergence du capitalisme. Je rejoins assez largement sur ce point le courant du « marxisme politique », même si je ne partage pas du tout leurs conclusions politiques (ils sont plutôt trotskistes). À mon sens, on peut parler de société capitaliste à partir du moment où il y a 3 choses :

Une dépendance généralisée des acteurs sociaux, toutes classes confondues, au travail au sens capitaliste, c’est-à-dire à la vente ou à l’achat de la force de travail. Les classes dominées sont contraintes de louer leur activité (à l’instar des ouvriers) ou de vendre l’essentiel de leur production (à l’instar des artisans et des agriculteurs), les classes dominantes pour leur reproduction matérielle doivent acheter du travail salarié et lui faire produire des marchandises de manière profitable. Ça c’est quelque chose qu’on observe qu’en Angleterre à partir du 17-18ème siècle, alors qu’en France on n’est pas encore dans ce schéma à cette époque.

Deuxième trait caractéristique : une dépendance généralisée des acteurs sociaux par rapport au Marché. C’est-à-dire que même les classes dominantes dépendent avant tout pour leur reproduction matérielle non pas d’une logique d’extorsion de type féodal, tributaire, etc., mais dans le cas des landlords anglais, de la location de leurs terres à des fermiers qui produisent de manière compétitive, et qui dégagent pour ces propriétaires capitalistes une rente qui dépend des prix du marché, du rapport de classes. Pour ce qui est des classes dominées, cette dépendance se manifeste par une absence de moyens d’auto-subsistance, de reproduction matérielle autonome ; et donc une nécessité d’acheter au Marché leur nourriture, leurs vêtements, etc.

Troisième caractéristique : cette dépendance des acteurs sociaux au travail et au Marché (et aux autres catégories du capitalisme évidemment : au capital, à l’argent, etc.), elle prend place dans une certaine unité des rapports économiques, avec au minimum une forme de libéralisation interne de l’économie : abolition des corporations, des barrières douanières, des monopoles, bref des obstacles au Marché concurrentiel auto-régulé. Sont supprimées tout un tas de choses qui sont des freins à cette caractéristique du capitalisme qu’est la « compulsion de croissance » : l’ensemble des acteurs sociaux sont forcés d’améliorer la productivité du travail du fait d’une concurrence généralisée. Cette logique de contrainte impersonnelle, la compulsion de croissance, entraîne des crises cycliques, et donc une dynamique contradictoire du capital.

Je dirais que c’est ça les trois caractéristiques du capitalisme, car je trouve que la plupart des autres définitions qui sont souvent avancées sont imprécises. Par exemple, le profit, comme simple gain, c’est clairement quelque chose qu’on retrouve avant, le commerce, la monnaie aussi. Ce ne sont pas des caractéristiques suffisamment distinctives, et qui d’ailleurs sont incapables de saisir les spécificités de ce qu’on vit depuis environ deux siècles. Ainsi, on tombe vite dans une définition smithienne du capitalisme : la division du travail, le commerce, le profit, l’innovation, etc. Finalement, une définition si générale qu’on ne voit pas ce qu’est le capitalisme. L’intérêt avec ledit « marxisme politique », c’est qu’il s’agit de la seule historiographie marxiste qui cherche à historiciser le capitalisme, et par-là même à le dénaturaliser. Car le capitalisme n’est pas partout et de tout temps. Si on a une définition un peu lâche du capitalisme en termes de profit, de commerce, on peut faire remonter ça à la Mésopotamie, le troc, etc. Et puis là on n’en finit plus.

Pour de longs bonus sur l'histoire du capitalisme, n'hésitez pas à dérouler ce 'spoiler'

Pourrait-on voir ton livre comme un bon argument contre une écologie qui ne serait pas anticapitaliste et révolutionnaire, contre une écologie qui situe la solution dans les comportements individuels de consommation (couper les robinets, éteindre les lumières, ne pas manger de viande, recycler, zéro déchet, etc.) ?


L’idée du Capitalocène et la théorie du capitalisme qui va avec est évidemment dirigée contre ce genre d’écologie. J’ai choisi de parler des causes historiques du dérèglement climatique car c’est un problème qui est assez reconnu, qui interpelle les gens, et qui est relativement facile à comprendre pour un non-scientifique comme moi. Le lien entre l’essor du capitalisme et des énergies fossiles est très facilement démontrable : c’est la dynamique du capitalisme qui entraine le dérèglement climatique. Un des aspects intéressants du concept de « Capitalocène » est qu’il raccroche les problématiques anti-capitalistes à une écologie qui est globalement très loin de ce genre de préoccupations, qui pense en termes de consommation, de petits choix individuels, et qui finalement conduit à l’impuissance. Car chacun prend individuellement le fardeau du dérèglement climatique et de l’érosion des sols, sachant que ça conduit au pire à des choix extrêmes qui ne changent pas grand-chose et peuvent pourrir l’existence, ou alors au mieux à se donner bonne conscience et n’avoir finalement aucun impact significatif.

À mon avis, l’idée de Capitalocène est intéressante pour les écologistes car elle permet de prendre conscience que les luttes écologistes, sans une critique et une attaque du capitalisme, sont vouées à se fourvoyer. Ce concept permet de montrer que même une question aussi mainstream que le dérèglement climatique, il y a moyen de la rattacher à une critique du capitalisme. Le livre fait le pari inverse de quelqu’un comme Philippe Pelletier, un géographe anarchiste, qui considère que cette histoire de dérèglement climatique est une vaste fumisterie (j’exagère beaucoup) dont les anticapitalistes devraient s’éloigner pour revenir aux vraies luttes sociales. Peut-être que dans 30 ans le capitalisme sera intégralement vert et ne produira plus une once de CO2, et dans ce cas-là on pourra mettre mon livre aux poubelles de l’histoire, mais aujourd’hui les problèmes climatiques qu’engendre le capitalisme sont un angle d’attaque, même si ce n’est pas le plus évident pour opérer une transformation sociale. Pour ça, il vaut mieux des luttes écologiques plus locales, ou des luttes sur d’autres sujets.

Je pense que, malgré tout, la question du dérèglement climatique peut être utile pour faire venir des écologistes à la critique du capitalisme. Enfin, disons que souvent en écologie, soit c’est trop vaste, l’ennemi est « la civilisation », et donc on va vers un anarcho-primitivisme qui est intéressant écologiquement, mais qui est voué à rester très minoritaire, ou alors soit c’est trop restreint, on va au supermarché bio, et ça ne règle pas le problème écologique. J’ai l’impression que le Capitalocène permet de dresser des passerelles entre des militants anticapitalistes préoccupés par des questions plus sociales, et des écologistes qui se préoccupent de leur consommation.

Et ton bouquin permet donc de les radicaliser ?

Voilà !

Pour des bonus sur la radicalisation d'Armel Campagne, déroulez ce 'spoiler'


Ce serait quoi pour toi les modes de résistance les plus adéquats, si ce n’est pas prendre des douches plus courtes et acheter des courges aux AMAP ?


Je pense que les luttes de type ZAD sont les plus intéressantes, car déjà il y a une efficacité directe : on préserve directement des milieux de vie particuliers. Elles ont aussi l’avantage de gripper concrètement les mécanismes du capitalisme : empêcher un projet d’aéroport a quand même un impact plus fort que de diminuer sa consommation d’eau ! Pareil pour des choses comme Bure, la ZAD de Roybon, etc. Aujourd’hui, les luttes territoriales me paraissent ce qu’il y a de plus efficace. Après, la limite que je verrais avec la stratégie des ZAD, c’est que ça ne résolve pas les problèmes écologiques globaux, il faudrait une lutte bien plus vaste. Et puis, la sortie du capitalisme ne peut pas s’opérer par une multiplication des ZAD, car si cela advenait, le niveau de répression serait vraisemblablement beaucoup plus élevé. Et troisièmement, il ne faut pas que la ZAD devienne la seule forme de lutte.

Sans tomber dans les guéguerres de milieu, il me semble que les tensions autour des ZAD viennent de l’idée que c’est devenu « la » forme de lutte, et que les autres formes de lutte sont devenues un peu has been, genre les grèves. Or, ce sont des formes de lutte qui ont leur pertinence par rapport à d’autres objectifs que les luttes écologiques. Après, c’est vrai qu’il y a des tentatives de croiser les deux. Ça peut être effectivement intéressant, même si là on se heurte au fait que la classe ouvrière est intégrée structurellement au capitalisme, et que malgré tout, les ouvriers sont obligés de produire de manière polluante. Claus Peter Ortlieb avait écrit un article, « Droit dans le mur », où il essayait de démontrer comment le lien entre mouvement ouvrier et luttes écologiques était compliqué, car le mouvement ouvrier dépend pour sa reproduction matérielle de la croissance capitaliste et des ravages écologiques du capitalisme. Ce n’est pas une critique, mais un état de fait. Après je ne dis pas qu’il ne peut pas y avoir d’articulation, mais ça reste compliqué…


Texte de 2009, paru dans la revue Théorie communiste.

Je pense que dans l’immédiat, les ZAD ont leur intérêt, leur légitimité, ce sont les plus efficaces d’un point de vue écologique. Je dirais qu’il faut simplement garder à l’esprit, dans la perspective d’un dépassement émancipateur du capitalisme, que la multiplication des ZAD dans un monde restant capitaliste ne sera pas suffisante. Il faut garder clairement comme horizon une sortie mondiale du capitalisme. Le scénario qui me parle le plus en ce moment, mais qui n’est pas forcément le plus crédible, est celui de la communisation, c’est-à-dire celui d’une crise violente du capitalisme, une contradiction capital-travail qui arrive à un tel point que les logiques capitalistes ne fonctionneront plus et les gens seront obligés d’inventer de nouveaux rapports sociaux. C’est une vue qui a l’avantage de ne pas être programmatique, dans le sens où ce n’est pas « on va construire une conscience de classe, un parti, etc. », mais d’un autre côté ça peut paraître attentiste, et ça semble supposer que les gens vont créer d’eux-mêmes le communisme sans y avoir réfléchi. La théorie de la communisation souffre donc, en apparence du moins, d’un certain nombre d’apories.

Pour d'autres bonus sur la critique de la valeur et la collapsologie, n'hésitez pas à dérouler ce 'spoiler'

Merci à celles et ceux qui sont arrivés jusqu’ici.

Armel Campagne présentera son ouvrage le 23 à la librairie Quilombo (Paris) et le 25 au séminaire Conséquences de l’ENS (Paris).

* Armel Campagne s’exprime ici en tant qu’essayiste engagé, et non comme doctorant en histoire.

Notes
1. ↑ Est-il besoin de préciser que critiquer le capitalisme n’implique pas de faire en creux l’éloge des « communismes » historiques (URSS, Chine) ? L’URSS, la Chine de Mao et autres pays soi-disant communistes sont bien entendu définis au sein du livre d’Armel Campagne comme des capitalismes d’Etat et comme parties du Capitalocène.
2. ↑ Notons néanmoins que la datation de ce changement d’ère géologique, qu’on l’appelle « capitalocène » ou « anthropocène », fait l’objet d’un intense débat. Dans une interview récente, Jason Moore, qui a une définition plus extensive et moins spécifique du capitalisme qu’Armel Campagne, le fait commencer vers 1452. Néanmoins, il pose bien les termes du débat : « L’anthropocène est devenu le concept environnemental majeur de notre temps. Il désigne le fait que l’être humain est devenu une force géophysique, et a commencé à transformer la biosphère à un tel point qu’il menace la capacité de la planète à accueillir la vie. En ce sens, le concept d’anthropocène est très intéressant.
Pour les géologues, parler d’anthropocène soulève la question du commencement de cette nouvelle ère géologique : il y a plusieurs centaines d’années ? À la fin de la Seconde Guerre mondiale ? Ou après 1850, avec l’augmentation du taux de CO2 dans l’atmosphère induite par la révolution industrielle, comme le soutiennent la plupart des chercheurs ?


Mais cette manière de voir l’histoire humaine pose problème. D’abord, parce que c’est de la mauvaise histoire, puisque la transformation de la biosphère par l’activité humaine n’a pas été produite par tous les hommes à parts égales. C’est avant tout la responsabilité des populations détenant de la richesse et du pouvoir. Ensuite, parce qu’on ignore ainsi le véritable tournant dans les relations de l’homme à la nature, qui est bien plus précoce, et qu’on peut dater symboliquement de 1492. Les émissions de CO2 se sont intensifiées à partir du XIXe siècle, mais notre manière de traiter la nature date de bien avant.

Au XVIe siècle, l’invention du capitalisme a aussi été l’invention d’une manière de penser et de traiter la nature, en la séparant totalement de l’humanité. Dans l’Europe médiévale, comme dans de nombreuses autres civilisations, les humains se percevaient certes comme distincts de la nature mais tout en en faisant partie quand même. Avec l’essor du capitalisme, cette distinction s’est transformée en dualisme, comme si la nature se trouvait dans une boîte, et la société dans une autre. La « société » était en réalité réservée à une étroite portion de l’humanité aux XVIe et XVIIe siècles. Les esclaves africains, les populations indigènes d’Amérique, mais aussi la grande majorité des femmes, étaient versés dans cette catégorie de « nature ». La séparation des humains et de la nature était donc en réalité toute symbolique.

Aujourd’hui, pas plus qu’hier, nous ne sommes séparés de la nature. Notre vie quotidienne lui est intimement liée, à une échelle géographique inédite. Les ordinateurs que nous utilisons, la nourriture que nous ingurgitons, les vêtements que nous portons, l’air que nous respirons dépendent de ce qui se passe à l’autre bout de la planète. Le « capitalocène » affirme donc que nous vivons l’âge du capital, et non « l’âge de l’homme », et que « l’âge du capital » ne désigne pas seulement une acceptation économique étroite, mais une manière d’organiser la nature, à la fois en faisant de la nature quelque chose d’externe à l’homme, et en faisant de la nature quelque chose de « cheap », dans le double sens que peut avoir ce terme en anglais : ce qui est bon marché, mais aussi le verbe « cheapen » qui signifie rabaisser, déprécier, dégrader… »

3. ↑ Sur les terres rares, on ne peut que vous recommander l’excellente interview du spécialiste Guillaume Pitron avec le Groupe d’études géopolitiques : « Que sont les métaux rares ? Des ressources peu connues mais essentielles au fonctionnement de l’espace mondialisé. Insérées au cœur de tout appareil électronique, sans elles aucune de nos technologies numériques n’existerait. Composant également la plupart de nos technologies vertes (éoliennes, panneaux solaires ou voitures électriques), leurs modes de production laissent toutefois perplexe sur leur capacité à s’établir comme alternatives durables aux énergies fossiles. La pollution ne serait pas réduite mais simplement délocalisée… essentiellement en Chine où 95% des terres rares sont produites. Un chiffre qui par ailleurs devrait nous alarmer sur la situation de dépendance à la Chine dans laquelle le reste du monde -dont l’Europe- se trouve depuis les années 1980. Guillaume Pitron nous présente une enquête de six ans, dont les résultats sont à retrouver dans son livre La guerre des métaux rares
4. ↑ Une histoire plus globale du capitalisme telle que la pratique Spencer Dimmock dans The origin of capitalism par exemple
5. ↑ A partir du livre How the West Came to Rule (2015), où Alexander Anievas et Kerem Nisancioglu se ressaisissent de la théorie du développement inégal et combiné développée chez Trotsky pour mettre en valeur le rôle décisif des sociétés non-occidentales dans l’émergence du capitalisme.
6. ↑ Dans Capitalism in the web of life, Jason Moore critique la notion d’anthropocène et retrace l’histoire du capitalisme en Europe, en Amérique Latine et aux États-Unis depuis le « long XVIe siècle » jusqu’au néo-libéralisme.

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MessageSujet: Re: LA RÉVOLUTION COMMUNISTE SERA ÉCOLOGISTE OU NE SERA PAS (écologie et marxisme)   Sam 27 Jan - 19:06


comme le temps passe sur les certitudes...
sauf pour les croyants

circule actuellement sur les réseaux sociaux (Libcom/facebook, Cominsitu/Tweeter...) un texte de Paul Mattick, éminent théoricien et combattant du conseillisme, à la fin de l'ultragauche ouvrière. Évidemment sans le moindre commentaire, la moindre distanciation critique


je n'en donne et traduis ici que la conclusion

Paul Mattick a écrit:
What, then, is to be done in this apparently hopeless situation? In general, nothing, so long as the problem is looked at from the standpoint of ecology. It is, first of all, not the thing that is most obvious that threatens the continuing existence of humankind. The “ecological crisis” is to a great extent itself a product of a situation of social crisis, and the approaching catastrophe arising from the latter is coming sooner than the ecological catastrophe. As things stand today, the great likelihood of conflicts involving atomic warfare makes concern with the ecological crisis superfluous. We need to concentrate on social processes to stop the atomic criminals of East and West. If the world’s workers do not succeed in this they will also not be in a position to counter the ecological threat or to create the communist society that would make possible the further existence of humanity.

Que faut-il donc faire dans cette situation apparemment désespérée ? En général, rien, aussi longtemps que le problème est examiné du point de vue de l'écologie. Tout d'abord, ce n'est pas la chose la plus évidente qui menace l'existence continue de l'humanité. La "crise écologique" est en grande partie elle-même un produit d'une situation de crise sociale, et la catastrophe qui s'approche de celle-ci arrive plus tôt que la catastrophe écologique. Comme les choses se sont aujourd'hui, la grande probabilité de conflits impliquant la guerre atomique fait craindre la crise écologique superflue. Nous devons nous concentrer sur les processus sociaux pour arrêter les criminels atomiques de l'est et de l'Ouest. Si les travailleurs du monde n'y parviennent pas, ils ne seront pas non plus en mesure de contrer la menace écologique ou de créer la société communiste qui rendrait possible l'existence de l'humanité.

comme on le voit, cette analyse a considérablement vieilli, le capitalisme s'étant presque chargé de renverser le problème, et le prolétariat de n'y pouvoir rien, sauf pour ceux qui en font le messie à venir du sauvetage de l'humanité

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MessageSujet: Re: LA RÉVOLUTION COMMUNISTE SERA ÉCOLOGISTE OU NE SERA PAS (écologie et marxisme)   Lun 12 Fév - 15:05


épilogue au bout de deux jours, en bas

une discussion s'est engagée avec Robert Bibeau des 7duQuébec, sous son texte du 7 février 2018



Patlotch a écrit:
bonjours,

il y a une intrication manifeste entre luttes de classe (disons prolétariennes) et luttes écologistes. Il n’y a pas de raison pour que le prolétariat soit le sujet par excellence d’une révolution nécessairement écologiste, ou pas de révolution communiste possible

j’ai traité de cette question dans
LA RÉVOLUTION COMMUNISTE SERA ÉCOLOGISTE OU NE SERA PAS (écologie et marxisme)
http://civilisation-change.forumactif.org/t63-la-revolution-communiste-sera-ecologiste-ou-ne-sera-pas-ecologie-et-marxisme

et au niveau critique dans
LA CLASSE ÉCOLOGISTE DU CAPITAL
http://civilisation-change.forumactif.org/t485-la-classe-ecologiste-du-capital

il est évident que les ouvrages de John Bellamy Foster, cité par Nelpal, renouvellent entre autres l’approche révolutionnaire de ces problèmes, dans le contexte d’un capitalisme qui remet en question à la vitesse grand V les possibilités de vivre sur terre. Il n’y a pas de raison pour que le prolétariat soit en première ligne sur ce front, d’autant que les contradictions entre combat de classe, coincé par la sauvegarde de l’emploi, et luttes écologistes radicales, sont évidentes

tout ceci bien compris dans le contexte de mon questionnement sur la constitution en classe d’un éventuel sujet révolutionnaire au-delà du prolétariat, puisque la restructuration mondiale du capitalisme depuis quarante ans, avec la perte de l’identité ouvrière (« conscience de classe », « classe pour soi » de Marx) ne permet plus d’en faire le sujet par excellence d’une révolution communiste, ou seulement en des termes in fine idéalistes, c’est-à-dire en retrait sur le Marx des Thèses sur Feuerbach

cf 5. LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?
http://civilisation-change.forumactif.org/t465-5-la-constitution-en-classe-pour-le-communisme-quel-sujet-revolutionnaire

amicalement,

Patlotch

Robert Bibeau a écrit:
Que voilà une contribution solide et substantielle au débat. MERCI de votre post PATLOCH.

Allons-y une point à la fois.
1) Personnellement, je n’utilise plus les expressions RÉVOLUTION SOCIALISTE ou encore RÉVOLUTION COMMUNISTE car ces expressions évacuent la force = la classe sociale = dirigeante et portante de cette révolution qui ne visera pas à réformer le mode production capitaliste mais à le renverser, à en détruire les rapports de production et à ériger de nouveaux rapports de production permettant aux forces productives colossales de s’épanouir (ce que le capitalisme entrave présentement)

2) Évidemment que je réfute catégoriquement toute allégation tendant à prétendre que la classe ouvrière et prolétarienne est disparue. Ceux qui affirment ces choses ne savent as lire les statistiques de l’OMC et de l’OIT. La classe ouvrière est mondialement en expansion même si dans certains patelins (à côté de chez-moi en Amérique du Nord ou en France – à St-Clinclin on a moins de travailleurs) Nous discutons ici d’une RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE MONDIALE pas de ce qui se passe à St-meuxmeux des adieux.

3) Abordons le point suivant ou il est dit que : « Il n’y a pas de raison pour que le prolétariat soit en première ligne sur ce front, d’autant que les contradictions entre combat de classe, coincé par la sauvegarde de l’emploi, et luttes écologistes radicales, sont évidentes »
Plusieurs réponses :
A) Seule la classe prolétarienne a la force physique – matérielle – éventuellement militaire de mener à bien la RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE (qui sera violente ne vous en déplaise) face aux moyens immenses du capital (son armée, son État, ses policiers, ses tribunaux, ses prisons, ses mercenaires d’armées privées, etc.)
B) Il n’y a aucune lutte écologique radicale ou que ce soit dans le monde. Ainsi, en Syrie où se déroule une lutte armée RADICALE impliquant des dizaines de milliers de morts – la cause écologique compte pour rien dans ce conflit. Nommez-moi une lutte écologique radicale OÙ? QUI? QUAND? Forces en présences? Laissez tomber les manifs et les pétitions adressées au Premier ministre Couillard SVP ou encore les conférences de Naomi Klein
C) Très important : Il est vrai que le prolétariat ne donnera pas sa vie (car c’est bien de cela que l’on parle ici ) pour sauver les PANDAS ou les bisons – pas d’avantage que la petite bourgeoisie ne sacrifie sa vie sur les champs de batailles écologiques – mais il faut comprendre qu’au moment de la révolution prolétarienne – la CLASSE PROLÉTARIENNE – n’en sera pas à se battre pour sauver ses emplois – la société toute entière en sera passez à un autre stade La bataille se mènera pour le pouvoir hégémonique sur tous les aspects de la société et la contradiction = EMPLOI – ENVIRONNEMENT ne sera pas un enjeu de la guerre. MAIS
D) Sitôt la guerre de classe sanglante gagnée, quand la véritable RÉVOLUTION S’AMORCERA (pour moi la phase précédente, celle de la guerre civile, s’appelle INSURRECTION POPULAIRE) et qu’il faudra commencer à construire le nouveau mode de production alors la classe prolétarienne devra prendre en compte tous les vecteurs environnementaux et le fera, qu’il soit plus coûteux ou non de promouvoir ces solutions car ce ne sera plus le profit qui guidera les décisions de développement. Pour ce qui est des emplois les nouveaux rapports de production auront réglés cette question qui n’existe que sous le mode de production capitaliste.

4) Pour le Marx des thèses de Feuerbach ??? Pardonnez-moi = connais pas = jamais lu ce bouquin, c’est de Marx dites-vous ? j’espère qu’une autre secte gauchiste ne m’excommunira pas pour ce grave manquement à l’orthodoxie communiste.

MERCI infiniment pour ton post camarade

Patlotch a écrit:
merci de votre réponse, Robert Bibeau

1) je n’ai pas de fétichisme des mots-concepts, je conserve « communisme » et « révolution communiste » dans le sens marxien de « le mouvement réel qui abolit l’état actuel des choses. » (IE 1845). Ce point de langage n’est pas capital, à condition de ne pas s’y enfermer dogmatiquement

2) nulle part je ne nie l’existence ni l’augmentation de la classe ouvrière (en soi). Tel n’est pas le problème théorique que je pose

3)
« A) Seule la classe prolétarienne a la force physique – matérielle – éventuellement militaire… » Ah bon, ça sort d’où ?
« B) Il n’y a aucune lutte écologique radicale ou que ce soit dans le monde.. » évidemment si, mais il faut regarder aux bons endroits, ce qui ne signifie pas qu’elles soient en elles-mêmes, dans les conditions actuelles, révolutionnaires

dit comme ça, il n’y a pas non plus de lutte radicale de la classe ouvrière, elles sont défensives de ce qu’est le prolétariat dans et pour le capital (cf sur ce point les thèses des théoriciens de la communisation)

« D) Sitôt la guerre de classe sanglante gagnée, […] alors la classe prolétarienne devra prendre en compte tous les vecteurs environnementaux et le fera… »
vous êtes un voyant, Robert Bibeau, un prophète. Pourquoi serait-ce « la classe prolétarienne » qui le ferait seule, alors que ces questions concernent bien au-delà de cette seule classe sociale ?

« 4) Pour le Marx des thèses de Feuerbach ??? Pardonnez-moi = connais pas = jamais lu ce bouquin, c’est de Marx dites-vous ? j’espère qu’une autre secte gauchiste ne m’excommunira pas pour ce grave manquement à l’orthodoxie communiste. »

il ne s’agit pas d’un bouquin, mais de quelques notes de 1845 considérées majeures dans l’œuvre de Marx, parce qu’elles sont au tournant entre ses écrits de jeunesse (Critique de Hegel, L’Idéologie allemande etc.), peu avant le Manifeste (fin 1847) et les débuts de la Critique de l’économie politique (en 1857, vers Le Capital)

elles sont ici
https://www.marxists.org/francais/marx/works/1845/00/kmfe18450001.htm

je faisais implicitement référence aux Thèses I, II, II, et XI

il ne s’agit nullement d' « orthodoxie communiste » mais tout de même de quelques lignes incontournables pour qui prétend hériter de Marx. Vous voyez, moi aussi je peux faire mon désagréable  Wink

bien à vous toussétoutes,

Patlotch


j'invite la fraction armée rouge de ma lectorate à suivre cette conversation sur le site des camarades québecquois.e.s libres (enfin, n'exagérons rien)


Robert Bibeau a écrit:
Je m’excuse si je t’ai froissé – ce n’était pas mon intention.

Je crois que ta réaction est excessive et que si tu lis bien mon dernier post tu constateras que je prends beaucoup de temps pour répondre par des faits et des arguments a ton post précédant.

Notamment sur la période 1968-1985 que nous pourrions revivre (quoique différemment) ces temps-ci… je le crois du moins.

Merci de ta patience et de ton indulgence

Patlotch a écrit:
mais non, Pipeau Robert, tu ne m’a pas froissé, mais j’apprécie les discussions exigeantes de part et d’autre, et désolé, je suis habitué depuis des années à croiser le fer avec des personnes armées qui savent de quoi elles parlent, même s’il leur arrive de tricher aussi, ce que je ne supporte pas, ils en savent quelque chose car j’ai ma réputation…

je déteste que tu me fasses passer pour l’intello de service, au nom de je ne sais quelle vérité prolétaire de ton parcours professionnel, car franchement ça ne le fait pas. Trop facile et tant pis si ton lectorat s’en contente

ma première intervention était déjà limite dans le sujet « collapsologie », mais je tenais à encourager à la lecture recommandée par Nelpal de John Bellamy Foster, croisant marxisme et écologie, celle-ci relevant pour toi des délires "bobos" que tu te complais, en so called « prolétaire », à conchier

hé bien non, ce ton prenant à partie les « petits bourgeois », catégories de couches moyennes auxquelles tu appartiens aussi nonobstant ta posture d’exception, ce ton ne permet pas de débattre sereinement

quant à moi, je ne suis pas dans l’esprit de faire des adeptes, mais de donner des billes, comme disait Marx en intro au Capital, à qui veut penser par soi-même

ce qui m’intéresse en tant que chercheur impénitent, ce sont des critiques même sévères qui me fassent avancer, reconnaître mes éventuelles erreurs ; en un mot de l’élaboration théorique collective, ou collaborative. Mais non, rien n’y fait : tu profites de mes interventions pour tenter d’en convaincre d’autres. Bref, le militant dans toute sa splendeur, qui a les réponses. Moi je n’ai pour ainsi dire que des questions

bonne continuation à toussétoutes

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Patlotch



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MessageSujet: Re: LA RÉVOLUTION COMMUNISTE SERA ÉCOLOGISTE OU NE SERA PAS (écologie et marxisme)   Ven 16 Fév - 16:28


Marx et l’écologie au XXIe siècle
entretien et traduction par Jérôme Skalsky, L'Humanité 16 février 2018

Kohei Saito, professeur d’économie politique à l’université de la ville d’Osaka, montre que Marx fournit un fondement méthodologique essentiel et incontournable à une analyse critique de la crise écologique mondiale actuelle.


Citation :
En quoi la crise environnementale contemporaine et le réchauffement climatique en particulier impliquent-ils le capitalisme en tant que mode de production ?

Kohei Saito : Le capitalisme ne peut réaliser aucune production durable en raison de son système de production et de consommation de masse axé sur le profit. La logique de l’accumulation du capital s’avère incompatible avec les conditions matérielles de la reproduction de la nature à long terme. La nécessité urgente d’aujourd’hui de prévenir le changement climatique et de faire de notre planète un espace habitable pour les générations à venir exige une transformation radicale de notre mode de vie actuel. Le temps qui nous reste n’est pas si long.

On peut soutenir que le capitalisme ne peut ignorer les conditions naturelles parce que sa production dépend essentiellement de la contribution de la nature. Cependant, tout ce qui compte pour le capital, c’est sa propre valorisation. Tant que cet objectif peut être atteint d’une manière ou d’une autre, le capitalisme en tant que système social peut subsister même si une grande partie de la Terre devient inadaptée aux humains et aux autres animaux. Ce fait indique que la « crise écologique » n’est pas égale à la « crise économique » du capitalisme. Ainsi, il est indispensable que les humains « changent tout » le plus vite possible, c’est-à-dire tout ce qui concerne ce système économique irrationnel de gaspillage pour trouver une solution à la crise écologique avant que la situation ne devienne désespérément fatale pour la planète, sinon pour le capitalisme.

Quel rapport entre la pensée de Karl Marx et cette situation ? N’est-elle pas historiquement dépassée par cette dimension du développement capitaliste ?

Kohei Saito : C’est Karl Marx qui a insisté sur ce point en exigeant la nécessité de « gouverner le métabolisme humain avec la nature d’une manière rationnelle » dans le socialisme. Bien qu’il existe en France une longue tradition marxiste d’écosocialisme représentée par André Gorz, Alain Lipietz et Michael Löwy, Marx a souvent été critiqué pour son idée inadéquate de la maîtrise absolue de la nature. Cependant, le récent renouveau de l’écologie de Marx initié par John Bellamy Foster (1) et Paul Burkett (2) a démontré qu’il reconnaissait les limites de la nature, dénonçant dans le Capital le fait que le capitalisme créait une « fracture irréparable » dans le métabolisme universel de la nature.

Selon Marx, le travail est l’activité médiatrice du métabolisme humain avec l’environnement. Dans toute société, les êtres humains doivent transformer la nature pour vivre sur cette planète. Marx a étudié comment les manières concrètes de la relation homme-nature diffèrent dans chaque société, et comment le processus capitaliste de ce métabolisme est radicalement transformé et réorganisé par la valeur. Dans le capitalisme, la logique autonome du capital traite le travail abstrait comme la seule source de valeur, de sorte que l’effort de travail acquiert une signification et une fonction totalement différentes de celles des sociétés précapitalistes. Le travail n’est pas simplement conduit à produire des valeurs d’usage pour satisfaire les besoins humains, mais pour produire de plus en plus de valeur, et cela à l’infini. De plus, tout comme le travail devient un simple moyen d’atteindre la plus-value, les forces « libres » de la nature sont exploitées au maximum. La contribution de la nature au processus de travail reçoit également un caractère spécial pour la valorisation du capital. Par conséquent, tout le processus du métabolisme entre l’homme et la nature est unilatéralement médiatisé et transformé du point de vue du capital, créant des « fractures métaboliques ». Cette aliénation humaine de la nature sape les conditions matérielles de la production sociale durable et du libre développement des individus.

Comment Marx a-t-il été mené à lier exploitation sociale des travailleurs et exploitation de la nature dans son analyse du procès de production capitaliste ?

Kohei Saito : Alors qu’il étudiait attentivement les rapports du Parlement britannique sur l’aggravation des conditions de travail et l’épuisement des forces physique et mentale des travailleurs, Marx lisait également intensément divers ouvrages sur la chimie, la géologie et la botanique pour résoudre le problème de l’épuisement des forces naturelles. En conséquence, Marx était convaincu que la domination par le capital crée une perturbation globale du métabolisme universel de la nature, liée à un impérialisme écologique réprimant violemment les habitants locaux et détruisant les écosystèmes originaux pour une accumulation plus efficace du capital.

De toute évidence, l’épuisement mondial des ressources naturelles et la hausse de leurs prix due aux perturbations naturelles constituent des obstacles à l’accumulation du capital, mais le capital tente constamment de les surmonter en développant de nouvelles technologies, en découvrant de nouvelles valeurs d’usage et en ouvrant de nouveaux marchés, signification propre de la « grande influence civilisatrice du capital ». Cependant, puisque ces développements des technologies et des sciences naturelles provoqués par le capital sont motivés par la seule logique de la valorisation, ils ne font que renforcer l’aliénation humaine de la nature. Pour illustrer cette question, il suffirait de dire que la fracturation du pétrole et du gaz naturel stimule l’émission de gaz à effet de serre malgré sa production soi-disant « propre » et « sécurisée ».

Marx a clairement reconnu ce point en mars 1868 lorsqu’il a trouvé une « tendance socialiste » chez Carl Fraas, un agronome allemand, qui mettait en garde contre une déforestation excessive en Europe. Selon Fraas, le développement des moyens de transport a permis la déforestation dans les zones plus élevées de la montagne, ce qui était trop coûteux auparavant. Cependant, ce « développement » provoque un effet négatif énorme sur le climat local, la température changeante et la sécheresse de l’atmosphère d’une manière défavorable à la flore et à la faune originales comprenant l’agriculture et l’agriculture pratiquées par les paysanneries locales. Dans ses dernières années, Marx a sérieusement étudié comment les nouveaux développements des technologies renforceraient la puissance et l’élasticité du capital, tout en entraînant l’épuisement du sol, la déforestation, le changement climatique et l’extinction des espèces.

Marx ne connaissait certes pas les causes exactes du réchauffement climatique, mais ce n’est pas un déficit majeur car Marx ne prétendait pas tout expliquer. Jusqu’au dernier moment de sa vie, il était très désireux d’intégrer de nouvelles découvertes dans la science naturelle dans son analyse des fractures métaboliques. Il n’a pas été capable d’atteindre pleinement ce but, et le Capital est resté inachevé. Mais la théorie de la valeur de Marx a démontré la logique fondamentale de la façon dont le capitalisme crée inévitablement des fractures métaboliques globales. Puisque sa critique du « rift métabolique » fournit un fondement méthodologique à une analyse critique de la crise écologique mondiale actuelle, il nous incombe aujourd’hui de confirmer et de mettre à jour l’écologie de Marx pour le XXIe siècle en développant l’analyse synthétique de l’économie politique et des sciences naturelles comme une critique radicale du capitalisme.

Auteur de Karl Marx’s Ecosocialism : Capital, Nature, and the Unfinished Critique of Political Economy. Éditions Monthly Review Press, 2017.
(1) Marx’s Ecology. Materialism and Nature, de John Bellamy Foster. Éditions Monthly Review Press, 2002 ; Marx écologiste. Éditions Amsterdam, 2011.
(2) Marx and Nature : A Red and Green Perspective, de Paul Burkett. Éditions Haymarket, 2014.

Citation :
Karl Marx, author of what is perhaps the world’s most resounding and significant critique of bourgeois political economy, has frequently been described as a “Promethean.” According to critics, Marx held an inherent belief in the necessity of humans to dominate the natural world, in order to end material want and create a new world of fulfillment and abundance—a world where nature is mastered, not by anarchic capitalism, but by a planned socialist economy. Understandably, this perspective has come under sharp attack, not only from mainstream environmentalists but also from ecosocialists, many of whom reject Marx outright.

Kohei Saito’s Karl Marx’s Ecosocialism lays waste to accusations of Marx’s ecological shortcomings. Delving into Karl Marx’s central works, as well as his natural scientific notebooks—published only recently and still being translated—Saito also builds on the works of scholars such as John Bellamy Foster and Paul Burkett, to argue that Karl Marx actually saw the environmental crisis embedded in capitalism. “It is not possible to comprehend the full scope of [Marx’s] critique of political economy,” Saito writes, “if one ignores its ecological dimension.”

Saito’s book is crucial today, as we face unprecedented ecological catastrophes—crises that cannot be adequately addressed without a sound theoretical framework. Karl Marx’s Ecosocialism shows us that Marx has given us more than we once thought, that we can now come closer to finishing Marx’s critique, and to building a sustainable ecosocialist world.

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