PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 pour une ÉCOLOGIE RÉVOLUTIONNAIRE

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MessageSujet: pour une ÉCOLOGIE RÉVOLUTIONNAIRE   Mar 5 Mai - 11:34


24 septembre 2017 : je rebaptise ce sujet ex "L'ÉCOLOGIE RÉVOLUTIONNAIRE, ça n'existe pas ?"

il est temps de se pencher sur une construction théorique cohérente avec le cœur de mes considérations du capitalisme à la communauté humaine, UNE CLASSE pour LA RÉVOLUTION (sommaire, texte complet et renvoi aux compléments) . Il s'agit de montrer que la contradiction antagonique entre le capitalisme et la vie humaine réside dans son incompatibilité avec la préservation du vivant, et qu'à ce titre elle n'est pas moins essentielle que la contraction entre capital et prolétariat. Problème, si la "nature" réagit, négativement, elle ne va pas faire la révolution


il faut bien l'avouer, je n'ai trouvé rien de vraiment satisfaisant en terme d'écologie radicale, qui soit sur le plan théorique communisation-compatible


Développement durable : Plan National Déchets
« Trier et valoriser les déchets alimentaires » (Ségolène Royal) La France Agricole 10 novembre
Patlotch en deça au-delà de son temps

en France, je connais Jean Zin est un auteur prolixe des plus sérieux, aux connaissances encyclopédiques, mais aux participations politiques parfois douteuses (Ecorev, etc.). Je le trouve plus intéressant pour ses avis scientifiques que pour ses propositions politiques. Il est en tout cas bon connaisseur de Marx > Jean Zin et Marx Jean Zin, sélection de textes

Je donne plus bas l'extrait d'un texte de 2006 intitulé
écologie révolutionnaire

les 3 écologies


1. l'idéologie fondamentaliste réactionnaire
2. l'écologie environnementaliste
3. l'écologie politique


catastrophisme, décroissance et alternative écologiste

les alternatives écologistes


1. le productivisme durable
2. le productivisme bridé
3. la décroissance conviviale
4. le développement humain


l'écologie révolutionnaire

Jean Zin 2006 a écrit:
Il n'est pas question de nous satisfaire de cette société qui n'est pas supportable et on ne peut se contenter d'un réformisme mou devant les menaces planétaires. Nous devons affirmer le caractère révolutionnaire d'une écologie qui ne se borne pas à entretenir les pelouses ou à rendre un peu plus durable l'exploitation de la planète, mais porte le seul projet à l'horizon de ce troisième millénaire. Nous devons dire clairement que nous sommes déterminés à lutter pour des mesures radicales à la hauteur de notre misère sociale, les exclus ne sont pas obligés de se fier à la démagogie fasciste et raciste aggravant le désastre.
     
Il faut redonner aux gens la certitude qu'ils peuvent peser sur les événements et ainsi, formuler ce qu'ils veulent, ce qu'ils refusent vraiment. Être révolutionnaire c'est vouloir transformer le monde et pour cela prendre le parti du négatif, de la critique et de l'amélioration infinie, plutôt que s'illusionner de quelque utopie positive idéale et trompeuse. Ce n'est pas se contenter d'un réformisme qui adapte les règles et pare au plus pressé, il nous faut changer les règles elles-mêmes pour les rendre conformes à notre avenir. Être révolutionnaire, c'est vouloir être un véritable Citoyen et non pas un simple administré.
     
On est loin d'une révolution léniniste ou du mythe du grand soir révolutionnaire (qu'il y en ait une multitude !). L'écologie révolutionnaire ne veut pas "prendre le pouvoir" par la violence mais changer notre base productive radicalement. Il ne s'agit pas d'instaurer une dictature mais de s'engager dans la sortie du salariat. L'écologie révolutionnaire veut sortir du productivisme et abolir le salariat, conscience des contraintes planétaires, des transformations du travail et des possibilités de l'avenir. Cette sortie du processus de valorisation, de l'économie séparée de la société, est le début de la réappropriation de notre vie.
(...)
Il y a toutes sortes d'écologistes révolutionnaires. Ils peuvent être "marxistes", libertaires, alternatifs ou de simples opposants à la "croissance" et à la destruction de la société, c'est-à-dire de véritables écologistes, mais pour nous l'écologie n'est pas une simple amélioration de l'existant, ce qui permettrait de rendre un peu plus durable le monde actuel et son développement inégal et destructeur, rendre un peu plus supportable ses souffrances et ses injustices. Au contraire, pour nous l'écologie est la dénonciation d'un monde qui se fait contre nous. L'écologie est pour nous l'urgence de l'avenir.


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MessageSujet: Re: pour une ÉCOLOGIE RÉVOLUTIONNAIRE   Dim 10 Mai - 16:42

Vlad2 a écrit:
“il faut bien l'avouer, je n'ai trouvé rien de vraiment satisfaisant en terme d'écologie radicale, qui soit sur le plan théorique communisation-compatible”

Peut etre pas ?

Sur le front de l’écologie politique critique, il me semble que le collectif grenoblois PMO a avançé dans l’intervention en produisant un groupe de théorie pratique sur la durée et sur le réel par le bas ,mon seul regret est qu’il soit resté trop local ?,mais ce n’est peut etre qu’une apparence : http://www.piecesetmaindoeuvre.com/

un livre ,un lieu :

Le pic pétrolier, le climat qui se dérègle, la biodiversité qui disparaît… Les scientifiques nous bombardent de nouvelles alarmistes, mais que faire ? Prenons-les enfin au sérieux, préconise Pablo Servigne, co-auteur de « Comment tout peut s’effondrer ». Mais pas de panique : même si le chemin n’est pas facile, il faut l’accepter, pour commencer à préparer le monde d’après.

construire des « réseaux des temps difficiles »:

je ne sais pas vivre sans voiture et sans supermarché.

« Tout va s’effondrer. Alors... préparons la suite »
7 mai 2015 / Entretien avec Pablo Servigne

http://www.reporterre.net/Tout-va-s-effondrer-Alors


salut Vlad2 et merci de troubler ma solitude  Sad

vlad2 a écrit:
Sur le front de l’écologie politique critique, il me semble que le collectif grenoblois PMO a avançé dans l’intervention en produisant un groupe de théorie pratique sur la durée et sur le réel par le bas ,mon seul regret est qu’il soit resté trop local ?,mais ce n’est peut etre qu’une apparence :
http://www.piecesetmaindoeuvre.com/

les apparences peuvent être trompeuses Shocked Je n'ai jeté qu'un œil rapide, et je n'ai rien trouvé d'aveuglant dans ce site, où l'on trouve à boire et à manger, sûrement bio, au demeurant

il ne semble pas y avoir de "ligne générale" et pas de fondements théoriques très clairs de rupture avec le capitalisme
Pièces et Main-d'œuvres a écrit:
Ainsi formons-nous l’espoir qu’à Grenoble et ailleurs se multiplient les enquêteurs et les enquêtes, liant le local au global, le concret à l’abstrait, le passé au futur, le particulier au général, afin de battre en brèche la tyrannie technologique, et d’élaborer de technopole à technopole une connaissance et une résistance communes.

si j'en crois la partie documents, matière à penser il me semble que cela relève en gros de la critique anti-technologique, anti-industrielle, et de la promotion de la "décroissance"... jamais antipathique (il faudra bien casse des usines ou en faire autre chose...), mais dans le contexte de la perspective révolutionnaire qui nous intéresse ici, ça ne casse pas trois pattes à un canard, non ?

plus douteux encore, dans un champ sans rapport à la critique écolo-radicale, le relai de textes tels que

Protestation devant les libertaires d’aujourd’hui sur les capitulations devant l’islamisme avec les classiques de l'idéologie française : La question palestinienne devient la question juive... L’islamophobie, la manipulation des mots...L’ambition politique de l’islam... La laïcité dévoyée...

et l'analyse des deux Jacques de Temps Critiques, caractérisée par son quasi-ralliement à la cause humaniste de la République française bourgeoise... L’être humain est la véritable communauté des hommes / Quelques dits sur l’événement de janvier 2015 à Paris 5 février 2015 par Jacques Guigou



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MessageSujet: Cinq thèses de l'écologie révolutionnaire des peuples du Sud, par Mohammed Taleb   Sam 1 Aoû - 7:59

L'écologie vue du Sud - Pour un anticapitalisme éthique, culturel et spirituel


Citation :
L'écologie, à l'instar de bien d'autres domaines, est traversée par un clivage central : à l'écologie dominante s'oppose l'écologie du Sud, comprise comme un ensemble réfractaire à l'hégémonie occidentale capitaliste. À la fois théorique et pratique, cette écologie est avant tout une démarche d'alternatives et de résistance. ""L'écologie vue du Sud"" donne une voix à cette parole méconnue à travers un choix d'exemples significatifs et porteurs d'une dimension universelle. Du Burkina Faso aux luttes paysannes indiennes en passant par le Mouvement des ""sans terre"" au Brésil et la résistance écopaysanne palestinienne, Mohammed Taleb retrace une aventure écologique faite de spiritualité, de justice sociale et de pluralisme culturel. Et cette aventure n'est pas celle des « pauvres victimes » de la crise écologique, mais celle de producteurs de sens, de créateurs d'analyse, d'inventeurs de solutions alternatives. Écouter le Sud, c'est faire dialoguer les cultures et les civilisations, c'est faire avancer le Nord.

Cinq thèses de l'écologie révolutionnaire des peuples du Sud, par Mohammed Taleb 31 juillet 2015 |  Par malto cortese

Citation :
Les cinq thèses présentées ci-dessous sont d'une certaine façon un condensé des orientations politiques, philosophiques, éthiques et spirituelles des grands mouvements de la résistance socio-écologique des peuples du Sud, et notamment, des mouvements éco-paysans, des peuples autochtones, des mouvements de libération nationale, des réseaux tricontinentaux et plurireligieux de la théologie de la libération.

1ère thèse. Procéder à la délégitimation du développement durable

Même si l'idéologie du «  développement durable » exerce une énorme pression sur les sociétés du Sud, elle ne peut prétendre au monopole en matières d'idées et d'alternatives. Beaucoup l'ont montré : le développement durable correspond à un réaménagement formel de la civilisation capitaliste.  La durabilité envisagée n'est pas celle de l'environnement,  mais celle de l'économie libérale de marché.  Et pour que cette dernière dure le plus longtemps possible, il devient nécessaire pour elle d'intégrer le paramètre environnemental, en tant que contrainte. Cette approche véhicule une représentation technocratique et économiciste de l'environnement.  Elle est aussi étroitement « ressourciste ».  En effet, l'environnement naturel qui nous entoure n'est qu'un ensemble de de matières premières, qu'un stock de ressources. La seule relation que le développement durable propose avec cet environnement est celle de la « gestion ». Dit autrement,  le développement  durable  n'est  pas  une réponse  sérieuse  à  la  crise  socio-écologique.  Au contraire,  il fait partie du problème. Heureusement, nous connaissons d'autres modes d'organisation sociale et de valeurs, comme, pour l'Amérique afro-latino-indienne, le  buen vivir, le Sumak Kawsay de la langue quechua, ou encore le Suma Qamana de l'aymara, expressions qui renvoient à la notion de « plénitude ». En réalité, toutes les cultures de l'humanité sont porteuses de visions écologiques et de socialités alternatives.

2ème thèse. Reconnaître la lutte des classes qui traverse l'écologie

Si en Occident, l'écologie, dans le sillage du développement durable, est largement prise en charge par les classe moyennes aisées,  dans les pays du Sud,  elle est essentiellement l'affaire des prolétaires de la terre,  des paysans sans terre,  des peuples autochtones,  des dépossédés,  des « réfugiés climatiques »,  de ces centaines de millions de personnes qui survivent dans ces  no man's land sociaux,  culturels,  et psychiques que sont les zones périphériques des grandes métropoles du Sud,  du Caire à Sao Paulo,  de Manille à Mexico,  de Delhi à Rio de Janeiro.

Dans le Sud,  l'écologie porte l'empreinte des classes populaires.  C'est pourquoi la réforme agraire,  la souveraineté alimentaire et le droit des peuples à se nourrir eux-mêmes,  le refus du gigantisme des projets économiques et techniques (comme les barrages en Inde ou au Brésil) font le lien entre les  quêtes  de justice  sociale et de justice  écologique.  On peut avec raison parler d'un écosocialisme à propos de l'écologie des peuples du Sud.

3ème thèse. Penser la mondialisation capitaliste, comme masque mortifère de l'occidentalisation du monde

Le capitalisme est d'abord la « mégamachine » qui affecte l'humanité et la Terre, les plongeant dans l'infernale tourmente d'une entreprise qui fait la guerre au vivant.  Son cadre idéologique (la modernité capitaliste) est l'alliance entre la raison technoscientifique, la raison économique et le mythe du progrès.  Ils sont au cœur de la crise socio-écologique, déterminant les processus de la mondialisation dans lesquels évoluent les peuples du Sud.  Mais le discours mondialitaire ne doit pas nous faire oublier ceci : la mondialisation, loin de faire émerger un «  village planétaire » , une «  économie-monde  »,   une «  modernité-monde  » ,   une «  science-monde  » ,  se manifeste réellement comme un «  village planétaire occidentalisé  » , une  « économie-Occident  » ,  une «  modernité-Occident  » ,  une «  science-occident   » .  La mondialisation est d'abord la projection à l'échelle planétaire de la civilisation capitaliste occidentale. La mondialisation est un terme qui voile l' «  occidentalité  »  des dynamiques en cours, qu'elles soient économiques,  technoscientifiques,  agricoles,  juridiques,  culturelles, etc.  Les peuples, les mondes, les univers socioculturels de l'humanité ne sont pas parties prenantes, en tant que sujets historiques autonomes, de cette mondialisation.

4ème thèse. Retrouver les acquis des travaux de «  l'école de la dépendance »

La crise socio-écologique, si elle trouve un déploiement planétaire avec la mondialisation, plonge d'abord ses racines dans le capitalisme qui en constitue la dynamique historique. Or, le capitalisme demeurera inintelligible si nous n'avons pas conscience de l'injustice et de l'inégalité qui structurent les rapports Nord/Sud ( dit aussi Centre/Périphérie ). Ils sont fondés sur l'  échange inégal. Ce concept est important si nous voulons comprendre les crises socio-écologiques d'aujourd'hui. L'échange inégal suppose l'existence, non pas de deux systèmes différents  et juxtaposés ( un Nord développé à côté d'un Sud sous-développé ), mais d'un unique système dans lequel le développement du Nord et le sous-développement du Sud sont intimement articulés.  Plus que de sous-développement, il faut parler de «  mal-développement  »  dans le Sud, car, même si des pays d'Amérique du Sud ou d'Asie peuvent, dans certaines conditions, augmenter les capacités d'exploitation,  de production, de consommation,  ce « développement » ne sera jamais autre chose qu'un «  capitalisme dépendant » . On ne dira jamais assez à quel point les travaux de l'École de la dépendance sur l'échange inégal, dès les années 1960, restent d'une grande actualité : le pillage écologique et l'exploitation des peuples du Sud sont la règle des échanges Nord/Sud.   Samir Amin, Immanuel Wallerstein, Arghiri Emmanuel, Celso Furtado, André Gunder Franck, Raúl Prebisch, Fayçal Yachir, et bien d'autres, malgré les changements importants que la scène économique et stratégique planétaire a connus, restent les références sûres d'une analyse de l'économie-monde capitaliste.

5ème thèse. Pour en finir avec le désenchantement capitaliste du monde

C'est dans la mesure où l'universalité que  nous  voulons  défendre  déconstruira l'universalisme bourgeois et occidental, qu'elle pourra fonder une philosophie écosociale de la libération.  L'Un se décline au pluriel.  Nul ne peut prétendre incarner, seul et définitivement, le sens ou la vérité.  Il n'y a que des figures multiples,  des façons diverses de dire le vrai, des visages à chaque fois différents.  Notre universalité sera plurielle,  bariolée,  multiforme,  frappée  du sceau de la diversité.  Une pensée socio-écologique forte peut le montrer : la bio-diversité n'est pas seulement éco-systémique et environnementale, mais aussi aussi culturelle, civilisationnelle et spirituelle.  Il ne peut y avoir d'alternative écosociale sur fond d'amnésie, non pas seulement celle des luttes anciennes,  mais aussi et plus fondamentalement celle des cultures de l'humanité.  Les peuples du monde ne prendront en charge leur émancipation et leur écologie que dans la mesure où ces causes peuvent se dire avec les «  mots de la tribu ».   Ce  n'est  pas  un  repli sur soi,  mais,  au contraire,  la conjugaison au pluriel d'un humanisme concret, d'un universalisme ancré dans la diversité du monde.  À ce titre, les  Occidentaux  soucieux  du  bien  commun  feraient bien de participer, eux aussi, à la remise en question de ce hold-up  de  l'universel  par  le  monde  occidental.  De même qu'il y eut,  un temps,  un non-alignement géopolitique en Afrique,  en Asie et en Amérique du Sud,   de même l'écologie doit se relier à un non-alignement philosophique, éthique et spirituel. Ce n'est donc pas uniquement le climat ou la bio-diversité qui doivent être guéris, c'est l'histoire et le futur du monde et des mondes qui doivent être sauvés de la noyade «  dans les eaux glacées du calcul égoïste » .

Mohammed Taleb,  philosophe, auteur de L'écologie vue du Sud, éd. le Sang de la Terre, 2014

Ce texte est extrait du journal LA DÉCROISSANCE,  juillet-août 2015

Mohammed Taleb : L'écologie vue du Sud, Pour un anticapitalisme éthique, culturel et spirituel, 2014

Citation :
La lecture de ce livre nous convainc encore un peu plus que le renouveau humain, spirituel et social jaillira et jaillit déjà des bouillantes périphéries plutôt que des centres attiédis ; que les figures qui incarnent au plus haut point le sel de la terre évangélique émergent toujours dans l'inconfort ou la pauvreté des marges méprisées et non de nos salons prospères d'où l'on disserte sur l'avènement d'un monde meilleur entre personnes bien éduquées.

Avant de donner des leçons de civilisation, d'évangélisation et de conscience écologiste à la terre entière, commençons par nous laisser enseigner et convertir par ces plus humbles, qui nous précèdent, souvent de loin, en ces domaines, sur les chemins de Dieu.

Si l'écologie est traversée par un clivage central, c'est bien sur ce plan qu'il se situe, correspondant du reste à un clivage plus global. Il y a une écologie du Nord et il y a une écologie du Sud, comme il y a une «mondialisation» structurée par un rapport Nord/Sud fondé sur l'échange inégal, quoique voudraient nous faire croire les contes mystificateurs autour du gentil «village planétaire». L'hyperdéveloppement de l'occident capitaliste et le maldéveloppement de franges entières des pays du sud sont les deux faces d'un système mondial structurellement liées.

Imprégnée par ce schéma global, l'écologie du Nord, en tout cas dans sa version dominante et médiatisée (donc respectabilisée), est celle qui prétend définir les enjeux, à travers le paradigme du «développement durable» et de la «croissance verte», ces légendes qui unissent les élites et les classes moyennes occidentales dans une même duperie, langues pendues derrière Nicolas Hulot et ses nombreux sponsors, pour sauver le climat et la planète! Miaou miaou....

Pour Mohammed Taleb, l'approche de cette écologie «est clairement technocratique, technoscientifique, économiciste. Elle occulte la profondeur historique de la crise écologique, en même temps qu'elle réprime toutes les écologies dissidentes» (d'où par exemple les avalanches de tartes à la crème sur la décroissance «sectaire», «extrémiste», «qui veut nous faire revenir en arrière», etc...).

Tout l'objet de ce livre, à travers des exemples significatifs et d'une portée universelle, est de nous présenter l'autre versant de l'écologie, celle qu'impulse le Sud : écologie d'alternatives et de résistances, fondamentalement populaire et paysanne, irriguée par ses nombreuses sources spirituelles et culturelles, radicale dans sa critique de la modernité capitaliste.

Ce qui rend son livre d'autant plus passionnant, Mohammed Taleb nous présente cette écologie du sud en entremêlant constamment les références aux actions populaires et militantes les plus concrètes avec les dimensions théoriques, littéraires et poétiques qui mettent en mots le sens à la fois local et universel de ces actions libératrices et la vision du monde et du cosmos qui les habite.

Le regard se pose d'abord sur l'Inde, pays dans lequel le rapport à la nature est intimement forgé par la dimension cosmique de la culture, par un sens du sacré qui traverse toute la vie quotidienne. Aussi l'écologie indienne est inséparablement spirituelle et sociale. On ne peut par exemple comprendre la question de l'approvisionnement en eau de Delhi par le fleuve Yamuna sans prendre en compte la sacralité des fleuves en Inde, déjà mentionnée dans le texte canonique hindou du Rigveda.

Chercheur et militant du peuple autochtone des Adivasis, Alex Ekka exprime en ces termes cette profondeur spirituelle de l'écologie : « C'est seulement en comprenant la vision holistique du monde qui nous anime que vous pourrez comprendre pourquoi nous, Adivasis, nous nous battons pour nos droits, pour notre existence et pour la survie de l'humanité et du cosmos tout entier. Bien loin d'une vision anthropocentrée qui considère l'eau, la forêt, l'atmosphère et les animaux comme étant au service de l'homme, notre façon de voir le monde et notre environnement est cosmo-centrée ».

Mohammed Taleb évoque la figure du grand poète et écrivain indien Rabindranah Tagore (1861-1941), « pourfendeur de la logique anti-écologique de la modernité occidentale et chantre de la Nature vivante », dont il perçut dès son plus jeune âge à la fois la puissante présence du divin en son sein et la violence qui lui était infligée sous les coups de boutoir du «progrès». Il en est très vite convaincu : « La Machine est la monstrueuse figure de cette civilisation qui entend porter la mort dans la vie de l'Âme universelle. Ses propos, sévères, sont ceux d'un Indien qui voit son pays dominé par l'impérialisme britannique ».

L'ampleur de la crise écologique en Inde doit en effet être inscrite dans une perspective historique longue, marquée par l'empreinte de l'impérialisme occidental, en particulier britannique, qui, sous la forme de la Compagnie des Indes (constituée en 1600), fut partout synonyme d'imposition par la force d'une conception prédatrice du monde. L'introduction par l'empire colonial britannique du droit à la propriété privée de la terre en 1793, rompt avec une tradition indienne ancestrale de gestion villageoise et communautaire de la terre :  « la paysannerie fut confrontée à l'émergence d'une nouvelle classe sociale : les grands propriétaires terriens (…) Les britanniques allaient poser, avec cette réforme juridique, les conditions d'une explosion agraire ».

Les multinationales sont aujourd'hui l'autre nom d'une dépendance structurelle au capitalisme occidental. Un des symboles de leur œuvre : 20 000 morts, 300 000 victimes de maladies, en 1984, dans la catastrophe de Bhopal, où explosèrent les installations d'une multinationale américaine, productrice de pesticides.

Le tournant néolibéral pris par l'Inde en 1991, notamment par la ratification des accords de l'OMC, n'a fait qu'accélérer la dépossession des droits et de la souveraineté du pays, et la servilité vis à vis de l'occident. Premier exportateur mondial de riz, l'Inde compte 220 millions d'habitants vivant dans un état de sous-alimentation chronique (chiffre FAO).

Dans un pays où près de 75% de la population vit directement ou indirectement de l'agriculture, un des symboles dramatiques d'un rapport à la terre réduit à la dépendance, est l'explosion des cas de suicides de paysans indiens, notamment sous l'influence de l'introduction des OGM dans l'agriculture (Coton Bt et «Golden Rice») : « A l'origine, les rendements devaient être fabuleux (promettait-on évidemment!) et les semences technologiques résister aux maladies (les paysans devinrent au contraire d'autant plus dépendants des pesticides). Mais le prix à payer, au sens propre et au sens figuré, fut très lourd. Pour la même quantité de semences, les agriculteurs devaient dépenser jusqu'à dix fois plus, faisant de leur surendettement un horizon inéluctable ». Outre que les semences transgéniques devaient être rachetées chaque année, elles consommaient beaucoup plus d'eau que les semences locales et altéraient les sols en profondeur.

Le paysan indien est plongé dans la solitude de son sentiment de honte de ne pouvoir nourrir sa famille. Le nombre de suicides de paysans indiens est estimé à 284 000 entre 1995 et 2013, 15 000 par ans! Comble de l'inhumanité de ce système : « Un des aspects de ce drame est que les dettes ne se volatilisent pas à la mort, mais sont transmises aux enfants ».

Mais au delà de ces drames, Mohammed Taleb évoque aussi les chemins de la résistance et de l'alternative, dans un pays dont la conscience écologique fut marquée dans les années 70 par la lutte contre la déforestation menée par le mouvement Chipko dans le Nord du pays, dont le caractère gandhien et pacifique fut repris dans plusieurs autres États indiens. De nombreux mouvements écologistes se mobilisent contre la construction de barrages, synonymes de déplacements massifs de populations, de destruction de la biodiversité et d'engloutissement de pans entiers du patrimoine culturel et spirituel.

Une des figures mondialement connue de l'écologie indienne est cette physicienne de formation, Vandana Shiva, à la fois promotrice d'une recherche scientifique indépendante des milieux d'affaires et de l'État, fortement engagée pour la mise en valeur des savoir-faire ruraux, des semences paysannes et de l'agriculture familiale, et théoricienne de l'écoféminisme.

Le Brésil est particulièrement représentatif de cette écologie populaire du sud où les combats pour l'environnement et la justice sociale, suscités par des spiritualités de libération, sont indissociablement liés. Le paysan sans terre est la figure emblématique à la fois du drame socio-environnemental et de la profonde créativité des mouvements sociaux au Brésil.

Mohammed Taleb replace d'abord l'enjeu dans son contexte global, celui de choix politiques agricoles dictés par «le marché international au détriment de l'autonomie alimentaire, et la répression, étatique ou privée, qui peut aller jusqu'aux assassinats». Ces chiffres se suffisent presque à eux-mêmes pour poser le décor d'une effarante injustice : « 1% des grands propriétaires (les latifundios) occupent 45% des terres cultivables. En 2010, 175 millions d'hectares de terre étaient non cultivés (en friche), tandis que près de 4 millions de familles étaient sans terre ».

Les paysans pauvres font face non seulement aux latifundios, mais de plus en plus également aux multinationales de l'agro-industrie, dans un contexte de baisse de la production alimentaire, parallèle à l'augmentation de la production destinée aux biocarburants ou aux monocultures du soja transgénique (comme dans l'État du Mato Grosso), qui laminent toute vie sur leur passage. Ce qu'écrit ici le sociologue François Houtart au sujet de la Colombie vaut autant pour le Brésil : « J'ai personnellement marché des kilomètres dans des plantations de palmes du Choco en Colombie, où il n'y avait plus ni un oiseau, ni un papillon, ni un poisson dans les rivières, à cause de l'usage massif de produits chimiques comme fertilisants et pesticides ».

La lutte des paysans, des écologistes et des religieux pour la récupération des terres, entraîne une répression parfois sanglante, dont Mohammed Taleb fait état à travers plusieurs exemples. Des organisations criminelles travaillant pour le compte des propriétaires fonciers créent un climat de menace et d'intimidation dans les camps de sans terre, assassinent des milliers de paysans ou des figures de proue de la résistance, telle Dorothy Stang, cette religieuse catholique américaine, assassinée en 2005 en Amazonie par deux tueurs à gages. Elle s'était mise au service des paysans au sein de la Commission pastorale de la terre. La liste des crimes non punis par la justice est particulièrement longue.

Cette même Commission (CPT) est largement la source «matricielle» du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST), cœur du mouvement social des paysans au Brésil. Née dans les années 60 dans la dénonciation courageuse des dictatures d'extrême-droite, dans la lutte contre le capitalisme et l'impérialisme Nord-américain et dans la volonté de rompre avec les attaches de classe de l'Église catholique, « la Commission Pastorale de la Terre plonge ses racines dans le «socialisme chrétien», paradigme théologico-politique d'une partie importante de la théologie de la libération ». Composée principalement de religieux et directement dépendante de la Conférence nationale des évêques brésiliens, la CPT s'est particulièrement investie dans un travail de conscientisation sociale et d'auto-organisation des travailleurs ruraux.

C'est dans cette filiation historique et spirituelle que s'inscrit la naissance du MST en janvier 1985 à Curitiba, au cours du premier congrès des associations de paysans sans terre. L'objectif prioritaire de la réforme agraire était affiché, auquel la dimension écologique s'articulera par la suite, à travers un programme situant l'impératif d'une agriculture biologique et familiale, une répartition équitable des terres et des semences et un combat ouvert contre la marchandisation de la nature.

Tout un travail est effectué au sein du MST visant à sensibiliser les paysans quant à la dimension écologique du combat social, avec par exemple la création de banques semencières, parfois à l'encontre de certaines habitudes, comme celle de la monoculture de la canne à sucre, très ancrée depuis la colonisation. L'accent est de plus en plus mis sur la formation agroécologique des paysans.

Contre la marchandisation de la terre, le MST privilégie la dimension économique coopérative, en mettant en place en 1992 la Confédération des coopératives de réforme agraire du Brésil. « L'un des critères, pour le MST, du caractère «populaire» de la réforme agraire réside dans la capacité des populations rurales et urbaines à décider elles-même de ce qu'elles veulent «produire et manger». Très tôt, le thème de la souveraineté alimentaire a été posé et, avec lui, celui de la nature de la production agricole ».

Le combat pour la biodiversité semencière et agricole a débouché sur la constitution du réseau Bionatur, faisant des paysans les acteurs de leur économie alternative, tant dans le choix des variétés à cultiver que des marchés à alimenter. Bionatur est devenue une des principales entreprises de semences agroécologiques du Brésil, fondée sur cette conviction : « les semences ne sont pas un bien marchand, mais les fruits d'un savoir-faire rural, d'une imagination sociale créatrice, une part essentielle de la culture paysanne. Autant les OGM sont des produits sans âme, autant les semences traditionnelles, fermières, paysannes portent l'âme des lieux et l'âme des communautés. L'affrontement entre Monsanto et le MST possède incontestablement une forte dimension culturelle, éthique, et même spirituelle ».

L'action du MST a pris une dimension mondiale, contribuant fortement à la création en 2001 du Forum social mondial de Porto Alegre, expression d'une « dynamique planétaire de résistance à la mondialisation néolibérale ». De même le MST est largement à l'origine du réseau international Via Campesina, créé en 1992, «devenu l'un des visages les plus lumineux de l'écologie vue du sud».

Après un court chapitre consacré aux indiens des États-Unis, Mohammed Taleb nous conduit ensuite en Palestine, dans un chapitre particulièrement vibrant de son livre.

Avec la création d'Israël en 1948, 750 000 palestiniens sont chassés de leurs terres, dans ce qui fut un plan d'expulsion planifié par les chefs sionistes, ce que le gouvernement d'Israël continue de nier. L'occupation et la conquête sont en marche et ne s'arrêteront pas. Entre 1948 et 1967, l'unité de la société palestinienne éclate entre les «réfugiés», les «occupés» de Cisjordanie et de la bande de Gaza, et les «palestiniens de l'intérieur» qui ont réussi à rester chez eux, envers et contre tout. La dimension écologique du drame palestinien réside essentiellement en ceci : « On peut dire que la création de l'Israël en 1948 a constitué une catastrophe écologique pour le peuple palestinien, car la fabrication de cet État, littéralement «hors sol», a brisé l'unité existante entre ce peuple et son territoire vécu. La revendication palestinienne, portée par ses mouvements populaires, ses organisations de fedayins, ses élites sociales, politiques et culturelles, est fondamentalement écologique, car elle entend restaurer, sans pour autant tomber dans un retour au passé, cette connexion entre un peuple et son espace de vie ».

De nombreux écrivains et poètes palestiniens ont célébré cette relation intime entre les hommes et la terre de Palestine. Parmi eux, Mahmoud Darwich, né en 1941, a vécu dans sa chair le traumatisme de 1948, voyant sous ses yeux son village détruit par les troupes israéliennes : « Très vite, la poésie devient sa vocation la plus intime. Il devient le porte-parole non seulement de son peuple, mais aussi de la nature meurtrie par l'occupation ». Il ne cessera d'écrire que pour le palestinien, sa terre relève à la fois de la politique et du sacré.

La nature coloniale de l'État sioniste induit une guerre à la fois contre un peuple et contre son environnement : « Accaparer le plus de terres est sa raison d'être (…) On veut la terre sans la population autochtone (…) Ce qui est en jeu est le remplacement d'une population par une autre », ce que mit particulièrement bien en lumière la linguiste israélienne et anti-sioniste Tanya Reinhart (1943-2007).

En 1969 l'exégète français Emmanuel Lévyne, analysait avec des accents eschatologiques la nature du conflit israélo-palestinien, comme manifestation «extrême» de la guerre techno-capitaliste occidentale livrée à la vulnérabilité d'un peuple : « L'État d'Israël, c'est la civilisation occidentale à la conquête de l'Orient. Les peuples pauvres ont entrepris la Guerre tricontinentale contre les nations riches, contre les géants industriels pour survivre et échapper à l'extermination, pour ne pas être écrasés par les bottes et leurs machines comme des insectes. Ils comprennent et comprendront de plus en plus clairement le rôle capital de l'État sioniste dans la défense de la civilisation technicienne (…) Le sort du monde – la victoire ou la défaite de l'impérialiste, l'esclavage universel ou la libération messianique de l'humanité – se joue au Moyen-Orient. Le peuple palestinien a un caractère christique, il souffre pour les fautes du monde, Dieu s'incarne en lui. Dieu est avec lui. Il vaincra le sionisme et l'impérialisme - parce qu'il est le plus faible et le plus pauvre – avec l'aide de tous les révolutionnaires du monde. Debout les damnés de la Terre. En marche vers Sion pour établir le royaume de la justice sur terre. Le Dieu qui a libéré les esclaves vous appelle. Il vous invite au jugement dernier du monde capitaliste ».

Ce qui est en jeu, c'est bien le lien organique entre la puissance planétaire du monde occidental et le projet colonial sioniste : « Civilisation conquérante qui a fait reculer les limites de l'humainement possible, l'Occident voit en Israël sa propre représentation en miniature. Et s'il l'admire tant, c'est parce que cette vénération flatte son narcissisme », écrit Bruno Guigue.

La lutte palestinienne contre l'expropriation et la confiscation des terres a vu se constituer dès 1958 le mouvement Al Ard (La Terre). S'opposant au projet sioniste, ce mouvement a été déclaré illégal par la Cour suprême israélienne, avant que ne lui succède dans les années 70 l'organisation Abnaa Al Balad (Les Fils du pays), qui perpétue la lutte pour le droit à la terre, malgré l'intensification de la colonisation et de l'expropriation des terres.

En 1975, dans la ville arabe de Nazareth, naît la Conférence nationale pour la défense des terres arabes, au terme d'un grand rassemblement de paysans, de militants politiques, ou encore de religieux chrétiens et musulmans. Seulement deux mois après, le gouvernement travailliste y répond en confisquant 2 500 hectares de terre en Galilée : « Le projet est clair : chasser les palestiniens, créer des zones militaires et construire de nouvelles colonies juives ».

La revendication d'un État palestinien ne peut-être dissociée du combat pour la maîtrise des ressources naturelles, telles que l'eau, et pour l'accès aux fruits de la terre. Les écologistes palestiniens, à travers le réseaux PENGON, mènent la résistance contre ce mur de 700 km, construit depuis 2002 par les autorités israéliennes, aussi inhumain qu'anti-écologique, qui sépare des villages ou des champs en deux.

De son côté, l'Union des comités de travail agricole, créée en 1986, «est active essentiellement sur le terrain de la défense des terres, et des intérêts de la paysannerie palestinienne», en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Il soutient en même temps les milliers de travailleurs migrants thaïlandais, eux aussi exposés dans leur travail agricole aux produits chimiques manipulés sans protection, ou grimpant en haut de palmiers sans système de sécurité, en général sans le moindre contrat de travail.

D'autres mouvements mettent l'accent sur le danger nucléaire et chimique que constitue l'État d'Israël dans les territoires occupés, où sont enterrés les déchets nucléaires et où sont implantées des usines de produits chimiques particulièrement nocifs, à proximité de fermes agricoles palestiniennes.

Loin de dresser un tableau exhaustif de tous les enjeux du drame environnemental et des expériences écologistes alternatives, Mohammed Taleb entend plutôt se focaliser sur un certain nombre d'entre elles, révélatrices des spécificités de l'écologie du sud.

Ainsi, dans le contexte particulier de l'Afrique, il évoque cette expérience politique unique au Burkina-Faso, autour de Thomas Sankara, « président de l'eau, de l'arbre et de la vie », grande figure de l'Afrique des années 80. Devenant en 1983 président du Conseil national révolutionnaire, il verra très tôt le lien entre la lutte contre la désertification et la lutte, ô combien politique, visant à rétablir un équilibre entre l'homme, la nature et la société. Lors d'une conférence à Paris, il s'exprimait en ces termes : « Notre lutte pour l'arbre et la forêt est d'abord une lutte populaire et démocratique. Car l'excitation stérile et dispendieuse de quelques ingénieurs et experts en sylviculture n'y fera jamais rien ! De même, les consciences émues, même sincères et louables, de multiples forums et institutions ne pourront reverdir le Sahel, lorsqu'on manque d'argent pour forer des puits d'eau potable à 100 mètres et que l'on en regorge pour forer des puits de pétrole à 3000 mètres! Karl Marx le disait, on ne pense ni aux mêmes chose, ni de la même façon selon que l'on vit dans une chaumière ou dans un palais. Cette lutte pour l'arbre et la forêt est surtout une lutte anti-impérialiste. Car l'impérialisme est le pyromane de nos forêts et de nos savanes ».

La révolution démocratique, les besoins humains vitaux et l'urgence d'une régénération de la nature étaient si étroitement articulés, qu'il fit de l'arbre l'axe central de sa politique. Cette action ne pouvait être mobilisatrice et faire son œuvre qu'en étant enracinée dans la profondeur des traditions culturelles des communautés. Dans son esprit, la catastrophe de la désertification était liée à la perte des référents traditionnels, mis à mal sur l'autel de la «modernisation» occidentalo-centrée, et le renouveau devait passer par cette réappropriation des vivantes traditions : « C'est le reboisement, l'acte positif pour recréer la nature. Nous avons ordonné que toutes les villes, tous les villages aient un bosquet d'arbres. Dans la tradition africaine, existait une forme de préservation de la nature, un système socio-économique : le bois sacré. On y accomplissait un certain nombre de rites initiatiques. D'un point de vue mythique et animiste, ces bois avaient une puissance supposée qui les protégeait. Mais en même temps que ces valeurs ont cédé la place au modernisme, à un certain cartésianisme et même à d'autres religions, en même temps la protection a manqué et ces bois ont disparu. Les écrans qu'ils constituaient ont sauté et la désertification a, naturellement, pu faire son chemin plus rapidement encore. C'est une des raisons qui nous a poussés à créer ces bois. Et bien que nous ne réussissions pas à leur donner le contenu religieux d'antan, nous essayons de leur attribuer une valeur sentimentale qui soit équivalente. Ainsi tous les événements heureux sont marqués par une plantation d'arbres : un baptême, un mariage, une cérémonie ».

Pour son franc-parler, pour sa dénonciation inlassable de la corruption et de la soumission à l'influence politique française, Thomas Sankara a très tôt représenté une menace pour de nombreux intérêts politico-économiques. Plusieurs éléments laissent à penser que le gouvernement socialiste français de l'époque «l'avait à l'oeil». Il sera assassiné le 15 octobre 1987 avec douze de ses collaborateurs, et depuis plusieurs années nombre de ses amis ou des personnalités internationales, demandent l'ouverture d'une enquête indépendante sur l'assassinat de cet homme qui, quatre années durant, a incarné les espérances de tout un peuple.

La dernière partie de l'ouvrage synthétise les caractéristiques communes à ces écologies du sud dont la puissance subversive tient en ce lien constant entre justice écologique, justice sociale, enracinement culturel et épaisseur spirituelle.

Ainsi l'économiste algérien Fayçal Yachir (1947-1997) mettait en lumière le face à face frontal entre ces deux visions du monde par essence incompatibles : issue du rationalisme occidental et de l'idéologie dominante du XIXème siècle européen, la croyance mécaniste en l'existence d'une offre illimitée de ressources naturelles plaçait l'homme dans une position de toute-puissance et rompait en cela avec les cosmogonies traditionnelles, « lesquelles dessinaient des limites transcendantes à l'activité humaine» : «Dans les religions comme dans les mythologies, l'homme était toujours perçu comme un élément parmi d'autres, inséré dans une totalité, la Création, l'Univers ou la Nature, plutôt que comme le centre rayonnant de sa puissance sur tous les éléments ».

En cela, pour Mohammed Taleb, l'écologie du sud est foncièrement un combat contre «la mise sous tutelle par l'Occident des trajectoires historiques des divers peuples du monde», par laquelle la toute puissance du capitalisme occidental est imposée de gré ou force en tant que « système de mise à mort, par le biais de la réification/aliénation de l'Âme du monde ».

L'écologie du sud révèle cette fracture fondamentale, l'épicentre d'un conflit à la vie et à la mort : oui, sur toute la surface de la terre, il y a combat entre la puissance destructrice et nihiliste du capitalisme, et la puissance de vie dont sont porteuses les traditions religieuses et spirituelles, aussi inachevées soient-elles.

Contre les ingénieurs experts en endormissement des consciences, qui travaillent à retarder la mise à jour de ce conflit dernier, à sauver les meubles en tentant de rendre compatible ce qui ne le sera jamais, à grands coups de «moralisation du capitalisme», de «développement durable», d' «éthique en entreprise» et autres mensonges, laissons plutôt la parole au philosophe colombien Alfredo Gomez-Muller : « Le capitalisme n'est pas seulement une logique d'appropriation privée du travail social, mais aussi une logique de destruction de la culture en général, c'est à dire de la capacité des personnes et des sociétés à produire du symbolique : des sens et des valeurs permettant d'imaginer des possibles par-delà les finalités du profit, du rendement, de l'accumulation et du pouvoir ».

Ici encore, il faudra bien établir un jour ce lien, direct et radical, entre la colonisation capitaliste des esprits et le processus concomitant de refoulement de la vocation humaine la plus profonde et la plus universelle : la recherche de Dieu et de la Vie en Lui. Et si tel était la visée suprême et dernière du capitalisme, dans l'assurance apparemment implacable de sa marche? Dans cette perspective, susciter la division et le choc des grandes traditions religieuses afin de faire obstacle à la menace que constituerait pour lui leur rencontre, n'est-elle pas la ruse et la diversion la plus diabolique qu'aujourd'hui le capitalisme met en œuvre sous nos yeux embrumés?

Parmi les grandes forces de résistance spirituelle, Mohammed Taleb nous ouvre à l'islam cosmique, à travers Fazlun Khalid, directeur de la Fondation islamique de l'écologie et des sciences environnementales (IFEES). Au plus loin des représentations médiatiques caricaturales qui entourent cette notion, «pour Fazlun Khalid, la sharia est considérée non comme une loi qui s'imposerait de façon autoritaire, mais comme un chemin à parcourir». Les divers textes auxquels se réfère la sharia, «fournissent un grand nombre de prescriptions concernant le respect de la Création, l'amitié que nous devons entretenir avec les éléments, la protection de la biodiversité et, bien sûr, la cessation de toutes les activités qui heurteraient les rythmes du vivant».

Marqué par la philosophie spirituelle de l'iranien Seyyed Hossein Nasr, "une des personnalités les plus en vue de «l'islam cosmique»", Fazlun Khalid, en vue d'élaborer une écologie musulmane, se réfère au principe coranique du Mizan, qui signifie la balance et la juste mesure. Celui-ci n'est pas sans faire écho à la notion grecque du nomos (la Loi), opposé à l'hybris (la démesure).

Autre force de résistance à la fois spirituelle, écologique et sociale : la théologie de la libération, impulsée en Amérique du Sud, enracinée dans le vécu concret des Communautés ecclésiales de base, et expression emblématique de ces spiritualités de combat contre l'impérialisme et le néolibéralisme. Apparue dans les années 50-60, la théologie de la libération, c'est ce qui fait sa force novatrice indéniable, a posé les enjeux de la question sociale sur le mode de l'action chrétienne simultanément personnelle et collective : « le mouvement allait de la charité à la justice. Des théologiens et des théologiennes, des religieux et des religieuses, des moines et des sœurs, des laïcs, élaborèrent à partir d'une expérience spirituelle, intérieure et sociale, une vigoureuse critique du capitalisme d'Amérique du Sud. Pour ces femmes et ces hommes, ce capitalisme était injuste, injustifié et immoral. Ensemble, ils dénoncèrent cette alliance entre les bourgeoisies locales (qui n'avaient de «nationale» que le nom), le capital international, l'impérialisme des États-Unis, les régimes dictatoriaux qui s'imposaient (Brésil, Argentine, Nicaragua, Chili, etc.) et les composantes conservatrices et réactionnaires de l'Église ».

Un de ses principaux apports fut le principe de « l'option préférentielle pour les pauvres », qui sous son influence fut du reste intégré dans l'enseignement social de l'Église, sous Jean-Paul II.

Avec Mohammed Taleb, on ne peut que se réjouir des nombreuses convergences, qu'il souligne dans sa conclusion, entre toutes ces écologies du sud et les diverses sensibilités de l'écologie radicale «dissidente» en Occident. Avec lui également, en ces obscurs temps charliesques où des spécialistes de la diversion voudraient nous faire croire que le genre humain est menacé par l'islam (afin de mieux nous faire oublier qu'il l'est dans sa substance même par le capitalisme), on croit plus que jamais que le terrain de l'écologie et/donc de la justice sociale, sera un des lieux privilégiés de la rencontre entre les grandes traditions religieuses. Et avec lui, sans aucun doute aussi, on frémit d'impatience à l'approche imminente de l' «explosive» encyclique sociale du pape François sur l'écologie.


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MessageSujet: Re: pour une ÉCOLOGIE RÉVOLUTIONNAIRE   Lun 24 Aoû - 9:47


Vlad2 a écrit:
Mieux que les paysans ?

Jean Zin dit : Créer un mouvement des alternatifs ?

LE DIMANCHE 23 AOÛT 2015 - 16:30

Le parti écologiste est perdu dans la politique politicienne. Il peut être utile, notamment au niveau européen, en soutenant quelques mesures importantes, mais il donne un spectacle lamentable et il n'y a rien à en attendre, déconsidérant plutôt l'écologie aux yeux de tous - tout autant d'ailleurs que les écologistes extrémistes et moralisateurs dont se moquent tout le monde. C'est absolument dramatique alors même que l'urgence écologique se fait plus pressante et que les populations y sont de plus en plus sensibles...

http://jeanzin.fr/2015/08/23/creer-un-mouvement-des-alternatifs/

Appel depuis les zads et autres espaces en résistance. Pour que des convois convergent jusqu’à la COP 21

dimanche 23 août 2015 - 18h29 -  Signaler aux modérateurs

Nous appelons à former des convois, marches, tracto-vélos...et à nous rendre aux manifestations contre la COP 21, sommet intergouvernemental sur le réchauffement climatique début décembre à Paris. Nous cheminerons depuis des territoires en lutte jusqu’à la capitale, avec toute l’énergie composite de nos mouvements, en créant en route des espaces de rencontres et de mobilisation.

Nous convergerons à Paris parce nous ne concevons pas de laisser le gouvernement se refaire une verte image de protecteur providentiel de la couche d’ozone, alors qu’il ne veut officiellement renoncer ni à l’aéroport de Notre dame des Landes, ni à mille autres projets destructeurs de vies, forêts, et prairies, de territoires habités et cultivés. Il faut parfois aller interpeller ceux qui s’obstinent à pourrir la planète précisément là où ils espèrent donner l’illusion de la sauver.......

http://bellaciao.org/fr/spip.php?article147110

en lien,une blague ou enigme ?

https://noblogs.org/register/




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MessageSujet: Re: pour une ÉCOLOGIE RÉVOLUTIONNAIRE   Lun 17 Oct - 11:21


écologie, lutte pour le vivant, catastrophe écologique : quel sujet révolutionnaire ?

j'ai peu abordé la question de dites de l'«écologie» que je préfère appeler celle du vivant, sur terre et au-delà

voir les sujets dans HUMAIN, CLASSES et "NATURE", Sciences et Techniques -> COMMUNAUTÉ du VIVANT !

si l'on opte pour un catastrophisme de la destruction du vivant par le capitalisme, c'est-à-dire de l'autodestruction de la civilisation capitaliste, se pose à nouveaux frais celle d'une révolution pour en préserver l'humanité et son environnement comme condition de vie

à cet égard, quel serait le sujet de cette révolution, que j'ai posé comme activité révolutionnaire plus que défini sociologiquement

l'intérêt immédiat du prolétariat industriel productif est de préserver son outil de travail lui permettant de vivre pour son salaire, c'est-à-dire ce qui produit la destruction de son environnement. On n'a pas commencé de sortir de cette contradiction, comme le montrent les oppositions entre luttes écologistes et revendications ouvrières

une révolution de civilisation se pose donc tant dans les termes d'une remise en cause de son exploitation par le prolétariat, auto-abolition en tant qu'objet-sujet du capital, que contrainte de l'ensemble de l'humanité, au capital et au prolétariat, contre le productivisme destructeur de ses conditions de (sur)vie

elle se présenterait donc, de ce point de vue écologiste, comme un mixte entre révolution à titre prolétarien (Théorie Communiste et autres théoriciens de la communisation), et révolution à titre humain (Temps Critiques). J'avais déjà renvoyé dos-à-dos ces approches faussement opposées sur la base de l'humanisme théorique et de leur anthropocentrisme commun dont l'aporie est la non remise en cause des rapports séparés humain-nature typique de l'occidentalo-centrisme

c'est encore une boucle théorique qui se boucle

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MessageSujet: Re: pour une ÉCOLOGIE RÉVOLUTIONNAIRE   Lun 28 Aoû - 18:16


il faut concevoir le combat pour l’environnement comme
« une forme de lutte des classes au niveau planétaire entre forces du travail et capital. »


Le capitalisme est incompatible avec la survie de la planète

L'Humanité 28 août 2017

Alors que les études se succèdent pour démontrer la gravité et l’étendue des atteintes à l’environnement, peut-on faire confiance au capitalisme pour réparer ce qu’il a produit ? Non, répondent des scientifiques, militants environnementaux et eurodéputés réunis à Bruxelles par la Gauche Unitaire Européenne (1). Ils proposent d’autres alternatives.


photo AFP

Jean-Jacques Régibier a écrit:
Les mauvaises nouvelles sur le réchauffement climatique et la dégradation de l’environnement s’accumulent à un rythme alarmant depuis le début de l’été sous forme d’une avalanche d’études scientifiques qui aboutissent toutes au même diagnostic : si des mesures drastiques ne sont pas prises très vite à l’échelle mondiale, une partie de la planète risque de devenir invivable dans un délai assez bref. Certaines études concluent même qu’il est déjà trop tard pour redresser la barre.

Florilège non exhaustif de ces chroniques estivales d’une catastrophe planétaire annoncée :

- Dans la revue Nature, le climatologue français Jean Jouzel et un groupe de scientifiques, prévoient que si d’ici 3 ans les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas stabilisées, la planète passera dans un autre type climat aux conséquences « catastrophiques » : recrudescence des décès dus à la chaleur ( certaines régions de France connaîtraient des températures supérieures à 50°), des incendies, accroissement des réfugiés climatiques venant de régions particulièrement touchées comme la Corne de l’Afrique, le Moyen-Orient, le Pakistan ou l’Iran ( on compte déjà actuellement 65 millions de réfugiés climatiques sur la planète ), baisse des rendements agricoles, etc...

- Un rapport établi par plus de 500 scientifiques dans plus de 60 pays, (2) montre que 2016 aura été l’année de tous les records en matière de températures, d’émissions de gaz à effet de serre, de montée des océans et de terres soumises à la sécheresse.

- Selon le climatologue américain Michael Oppenheimer, avec le retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris, les chances de réussir à le mettre en œuvre ne dépassent pas 10% ( d’autres chercheurs parlent de 5% de chances.)

- Selon une étude réalisées par les chercheurs du Massachusets Institut of Technology (MIT) et de l’Université Loyola Marymount, la chaleur risque de rendre l’Asie du Sud-Est invivable d’ici 2100.

- Une évaluation scientifique effectuée en avril dernier par l’Unesco conclut que si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas réduites très rapidement, les 24 sites coralliens classés au patrimoine mondial  auront disparu d’ici à 2100. C’est déjà le cas pour 20% d’entre eux.

- Début juillet, une étude menée par des chercheurs américains et mexicains (3) montre que les espèces de vertébrés reculent de manière massive sur terre, à un rythme inégalé depuis la disparition des dinosaures il y a plus de 60 millions d’années. Les chercheurs parlent de « sixième extinction de masse des animaux » et analysent les conséquences « catastrophiques » de cette « défaunation » aussi bien sur les écosystèmes que sur l’économie et la société en général.

- Selon article de la revue Science Advances, la fonte des glaces du Groenland, région qui se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète, va s’accélérer dans les prochaines années. Selon l’un des auteurs de cette étude, Bernd Kulessa ( Collège des sciences de l’université britannique de Swansea ), si les glaces devaient disparaître complètement, le niveau des océans monterait de 7 mètres.
Comme pour le confirmer, il y a quelques jours, un méthanier de 300 mètres battant pavillon du groupe Total, franchit le passage du Nord-Est habituellement obstrué par la banquise, sans l’aide d’un brise-glace. Ce rêve de relier l’Atlantique au Pacifique par le Détroit de Bering que caressaient depuis longtemps les pétroliers, mais aussi des états comme la Russie, est désormais une réalité.

- Pour couronner le tout, un institut de recherche international  travaillant sur les données fournies par l’ONU (4), nous apprend que depuis la fin du mois de juillet, la planète vit « à crédit », c’est-à-dire que l’humanité a consommé en 7 mois, toutes les ressources que la terre peut produire en une année. Circonstance aggravante : cette date fatidique arrive désormais de plus en plus tôt.
En prime, toujours au chapitre de la consommation, une autre étude nous indique que si tous les habitants du monde voulaient vivre comme un Français, il faudrait trois planètes terre pour assurer leurs besoins.

Le capitalisme responsable

Si toutes ces études se recoupent et se complètent sur les constats, elles s’accordent également sur leurs causes : c’est bien le développement explosif de la production et l’exploitation sans limite des ressources de la planète depuis le début de « l’ère industrielle », qui est la cause de la catastrophe en cours. Le fait que la situation se soit dégradée à très grande vitesse au cours des dernières décennies en est une preuve supplémentaire. Cette accélération est liée directement au développement du capitalisme dans les pays émergents, et plus généralement à l’extension hégémonique de ce mode de production à l’ensemble de la planète. Rappelons que la Chine, premier pays émergent, est aussi le premier pays émetteur de gaz à effet de serre, juste devant les Etats-Unis, première puissance capitaliste mondiale. « La logique de la croissance va vers l’autodestruction du système, voilà ce qui se passe quand on confie la gestion des ressources de l’humanité à des privés », juge le député européen espagnol Xabier Benito ( GUE-GVN .)

C’est également l’avis de Daniel Tanuro qui rappelle que le but du système capitaliste étant de produire de la survaleur, il n’y a pas d’autre solution que de remplacer le travail vivant par du travail mort pour lutter contre la baisse du taux de profit, donc « d’accroître de plus en plus vite la masse des marchandises, ce qui amène à consommer de plus en plus de ressources et d’énergie. » Et l’écosocialiste le répète : « la croissance capitaliste est la cause de la crise écologique, dont le chômage massif permanent est l’autre aspect.» C’est pourquoi, pour Daniel Tanuro, il est indispensable de  lier les combats sociaux et environnementaux.



Pas d’illusion non plus à se faire du côté du « capitalisme vert » promu notamment par l’Union européenne au niveau international. Pour Daniel Tanuro qui y a consacré un livre, « capitalisme vert est un oxymore. » Ce que l’on constate aujourd’hui dans les destructions qu’il opère partout sur la planète, c’est bien au contraire sa violence, dit Eleonera Forenza, qui explique par exemple comment le sud de l’Italie est ainsi devenu la décharge du Nord.

Quelles alternatives ?

Une fois reconnu que la voie préconisant la « modernisation » du capitalisme, son « verdissement », est une impasse (de même que la promotion des valeurs « post-matérialistes » ou « post-classes » qui l’accompagnent), il faut poser clairement, analyse l’historienne Stefania Barca, que « le capitalisme est le problème, » et pensez la politique a partir de cet axiome, dans des termes nouveaux par rapport à ceux du XXème siècle. « Où est-ce qu’on peut bloquer le capitalisme ? » devient une question politique centrale, explique Dorothée Haussermann, de Ende Gelände, un vaste collectif d’organisations environnementales et de groupes politiques qui concentre ses actions sur le blocage des mines de lignite et de charbon en Allemagne. « Le charbon fait partie du problème du réchauffement climatique, on doit en empêcher la production. Il faut commencer quelque part, c’est à nous de prendre les choses en mains, » explique Dorothée Haussermann.

En matière de changement climatique, ce n’est pas l’information qui nous manque, fait remarquer Rikard Warlenhus (Left Party, Suède), mais on a l’impression que changer les choses est au delà de nos possibilités. C’est, pour les raisons que l’on vient de voir, parce qu’au fond, remarque l’eurodéputé Ernest Cornelia ( GUE / Die Linke ), « imaginer la fin du capitalisme est impossible. » Pour lui, la question devient donc : « comment passer du stade actuel à l’étape suivante ? » Cette question est d’autant plus centrale que, comme l’explique Rikard Warlenhus, « les dossiers climatiques ont tendance à nous diviser. » Par exemple, explique Dorothée Häussermann, « le mouvement environnemental peut être conçu comme une menace à l’emploi.» C’est la raison pour laquelle une partie du mouvement syndical est converti au « capitalisme vert », bien qu’il soit évident que le chômage continue à augmenter, ou que de nombreux syndicats soutiennent les énergies fossiles. « Une difficulté à mettre sur le compte de 3 décennies de déclin du mouvement ouvrier », analyse l’historienne Stefana Barca, dont il faut être conscient qu’elle provoque des divisions. C’est pourquoi, ajoute-t-elle, il faut concevoir le combat pour l’environnement comme « une forme de lutte des classes au niveau planétaire entre forces du travail et capital. »

Constatant la vitalité des combats pour l’environnement menés partout dans le monde sous des formes et par des acteurs très différents, les intervenants insistent tous sur la nécessité de promouvoir des articulations entre tous ces mouvements et des acteurs institutionnels quand ils existent ( des villes, des régions, par exemple ), ou des syndicats, des partis, et ce, au niveau mondial. L’objectif est de se situer « à la même échelle d’action que notre adversaire », explique Rikard Warlenhus « parce que le capital dépasse la structure de l’Etat national. »

Le rôle crucial des femmes

De nombreux analystes soulignent également comme un point central, le rôle des femmes dans le combat écologique et social. Il ne s’agit pas de dire qu’il est bien que les femmes y participent à égalité avec les hommes (l’égalité homme-femme est un leitmotiv  consensuel de nos sociétés, en général jamais respecté), mais bien de repérer l’apport spécifique, déterminant et innovateur des femmes, en tant que femmes, dans les nouvelles formes de combat. La députée italienne Eleonora Forenza (GUE-GVN) voit dans les mobilisations qui ont suivi la catastrophe de Seveso en juillet 1976, l’événement fondateur de cet éco-féminisme. « Ce sont les femmes qui ont joué un rôle essentiel en exigeant que soient menées des études médicales, car les femmes enceintes risquaient de donner naissance à des enfants malformés. Ce sont également elles qui ont lancé les premiers appels pour l’IVG en Italie. » (L’IVG a été légalisé en 1978, mais il est toujours très difficile de la faire appliquer, ndlr.) Cet apport des femmes au combat écologique est également majeur pour Daniel Tanuro qui explique que « la place que le patriarcat donne aux femmes leur procure une conscience particulière. » Il rappelle que 90% de la production vivrière dans les pays du Sud est assurée par des femmes, faisant d’elles le fer de lance de tous les combats actuels liés à l’agriculture, à la propriété de la terre, aux pollutions ou au climat.

(1) Colloque au Parlement européen, 27 mars 2017, Bruxelles publiées dans les Proceedings of the Natural Academy of Science (PNAS)
(3) publié en juillet par l’Agence américaine océanique et atmosphérique (NOAA) et L’American Meteorological Society (AMS),
(4) Le Global Foodprint Network, Oakland (Californie)
(5) Daniel Tanuro, « L’impossible capitalisme vert », La Découverte.

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Patlotch



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MessageSujet: Re: pour une ÉCOLOGIE RÉVOLUTIONNAIRE   Lun 4 Sep - 20:15


LE MARXISME D'ANDRE GORZ

Michael Löwy blog Médiapart, 2 septembre 2017

André Gorz était il-marxiste ? On peut plutôt parler d'une présence du marxisme dans sa pensée. Une pensée qu'on pourrait caractériser comme un socialisme écologique - ou un ecosocialisme - qui s'inspire de Marx et de certains marxistes hétérodoxes dans sa critique de la société (capitaliste) existante, et dans sa formulation d'un projet de société alternative.

Michael Löwy a écrit:
Ce titre semble une provocation : Gorz n'a-t-il pas fait, en 1980, ses "Adieux au Marxisme" ? Telle semble être l'opinion de beaucoup de ses partisans ou adversaires. Mais voici, par contraste, le point de vue d'un observateur intelligent, distant mais non dépourvu de sympathie, Alain Touraine, en 1993 : "André Gorz est le plus vraiment marxiste des penseurs européens et aussi - faut-il dire : mais aussi ? - le plus imaginatif et le plus activement antidoctrinaire. Avec lui le marxisme a la force libératrice qu'il avait chez...Marx, quand celui-ci critiquait le jacobinisme français ou la droite hégélienne". [1] Le philosophe Arno Münster, gorzien éminent, constate à la fois sa distance et son attachement persistent au marxisme : "malgré le scepticisme dont il faut preuve concernant ce concept central de la sociologie marxiste, Gorz continue, après la publication d'Adieux au prolétariat, de raisonner et de penser dans le cadre de la plupart des autres concepts clés de la théorie marxiste, dans la perspective d'opérer une synthèse entre l'écologie politique et une critique de l'économie politique expurgée de ses dogmes". [2] Enfin, Françoise Gollain, une autre gorzienne importante,   résume ainsi son itinéraire : "Contre la tradition marxiste dominante et de nombreux écrits de Marx lui-même d'une part, et contre une écologie entretenant le statu-quo d'autre part, il a voulu s'inspirer du Marx humaniste, antiproductiviste et libertaire, penseur de l'avénément d'une société de l'association".[3]      Que faut-il conclure ?

        Sans aucun doute, le Gorz des années 1960 ou 70 se situait dans le camp du marxisme; un marxisme existentialiste, proche de Sartre, qui avait proclamé dans Questions de méthode : "le marxisme est l'horizon indépassable de notre temps". En 1968-70 Gorz tend vers un gauchisme tiers-mondiste que, selon son biographe Willy Gianinazzi, "on peut aisément rapprocher en France des positions neotrotskystes de la Jeunesse communiste revolutionnaire (JCR)" de Daniel Bensaïd. [4]   Au cours des années 1970 il est proche aussi d'un grand marxiste hétérodoxe, Herbert Marcuse, avec lequel il maintiendra un dialogue constant. Mais avec Adieux au prolétariat (1980) n'a t-il pas pris congé, de forme définitive, avec toutes les idées marxistes ?   Le principal intéressé peut nous donner la réponse la plus pertinente à cette question. Voici ce qu'on trouve dans un entretien avec Marc Robert, publié dans Ecorev en 2005 :

    "Adieux n'avait rien d'une critique du communisme, au contraire. Je m'en prenais aux maoistes, à leur culte primitiviste d'un prolétariat mythique (...). C'est aussi une critique acerbe de la social-démocratisation du capitalisme à laquelle se réduisait le marxisme vulgaire, et de la glorification du travail salarié.
"[5]

        Certes, en refusant la centralité de la lutte de classes, et le rôle émancipateur du prolétariat, Gorz s'éloignait de deux thèses fondamentales du marxisme - et non seulement dans sa forme maoiste ou social-démocrate. Dans le livre de 1980 il a tenté de remplacer la classe ouvrière par la "non-classe des non-travailleurs"...C'était une hypothèse bien hasardeuse, qu'il semble abandonner par la suite, sans pour autant revenir au "prolétariat".  Il va même jusqu'à dire, dans un entretien avec des interlocuteurs brésiliens en 2005, que "travail et capital sont fondamentalement complices par leur antagonisme pour autant que 'gagner de l'argent' est leur but déterminant".   Il semble ici réduire le point de vue des travailleurs au syndicalisme corporatiste le plus borné... [6] Pourtant, en 1983, dans Les Chemins du paradis, il avait développé une vision bien plus nuancée de cet antagonisme : "C'est par le fait de tout ramener à des catégories économiques que le capitalisme est un antihumanisme (...) Les revendications ouvrières les plus fondamentales et les plus radicales ont été des combats contre la logique économique, contre la conception utilitaire, échangiste, quantitativiste du travail et de la richesse". [7]   Curieusement, dans le même texte de 2005 on trouve l'idée, qui me semble essentielle, de la convergence entre ceux qui ont et ceux qui n'ont pas un travail : la stratégie de domination du capital, écrit-il, consiste à "empêcher que travailleurs et chômeurs s'unissent pour exiger un autre partage du travail et de la richesse socialement produite". [8]

        En tout cas, il est évident que l'appropriation du marxisme par Gorz est séléctive.   Si l'on peut parler d'un marxisme de Gorz - ou, si l'on prefère, d'un attachement à la pensée de Marx et de certains marxistes hétérodoxes, de Marcuse et Jean-Marie Vincent à Robert Kurz - c'est surtout à propos de deux questions - il est vrai, essentielles -  qui sont au cœur de son engagement écologique, ou, pour reprendre le terme utilisé par Françoise Gollain, écosocialiste : l'anticapitalisme, et l'alternative communiste comme civilisation du temps libre. Essayons d'analyser ces deux moments, en nous référant principalement au recueil Ecologica, qui rassemble des textes de différentes périodes, et qui constitue une sorte de testament politico-théorique d'André Gorz.  


L'anticapitalisme.

       Comme l'observe à juste titre Willy Gianinazzi, la critique marxienne du capital "demeure pour Gorz irremplaçable : il n'aura de cesse de s'appuyer sur elle". [9] Cette critique gorzienne du mode de production capitaliste, loin de s'adoucir, semble se radicaliser de plus en plus à partir de 1980, notamment en rapport avec sa réfléxion sur l'écologie. Par exemple, dans l'interview avec Marc Robert cité ci-dessus, il observe :

        "L'écologie n'a toute sa charge critique et éthique que si les dévastations de la Terre, la destruction des bases naturelles de la vie sont comprises comme les conséquences d'un mode de production, et que ce mode de production exige la maximisation des rendements et recourt à des techniques qui violent les équilibres biologiques. " Et inversement : l'écologie politique, avec sa théorie critique des besoins "conduit en retour à approfondir et à radicaliser encore la critique du capitalisme". [10]    

        Dans son analyse critique des dégats écologiques du capitalisme, il se refère directement à certains passages du Capital. Par exemple, dans l'entretien avec les brésiliens de l'Unisinos (2005), il signale :

    "Sous l'angle écologique, l'accélération de la rotation du capital conduit à exclure tout ce qui diminue dans l'immédiat le profit. L'expansion continuelle de la production industrielle entraîne donc un pillage accéléré des ressources naturelles. Le besoin d'expansion illimitée du capital le conduit à chercher à abolir la nature et les ressources naturelles pour les remplacer par des produits fabriqués, vendus avec profit. (...) Ce que Marx écrivait il y a cent quarante ans dans le livre premier du Capital est d'une étonnante actualité".
  Suit le célèbre passage du Capital où Marx constate que "chaque progrès de l'agriculture capitaliste est un progrès non seulement dans l'art d'exploiter le travailleur, mais encore dans l'art de dépouiller le sol; chaque progrès dans l'art d'accroître sa fertilité pour un temps, un progrès dans la ruine de ses sources durables de fertilité". [11]

        Curieusement on trouve peu de critiques de Gorz aux limites de la réflexion écologique chez Marx. Il ne reprend pas à son compte les attaques de nombreux écologistes (Alain Lipietz, parmi d'autres) contre le supposé "prométhéisme" de Marx.   Le débat, qui a beaucoup occupé les eco-marxistes américains, depuis les années 1980 jusqu'au aujourd'hui, sur les avancées et les contradictions de Marx et Engels sur la question du rapport à la nature, ne semble pas l'intéresser. Apparemment il ne connaît pas les travaux de James O'Connor et Joel Kovel, rédacteurs de la revue Capitalism, Nature and Socialism, ou, dans les années 2000, de John Bellamy Foster et Paul Burkett, de la Monthly Review.

        La critique du capitalisme et l'urgence de sortir de ce système destructif gagnent une nouvelle dimension avec le changement climatique. Dans un de ces derniers écrits, lui aussi destiné à Ecorêv, "La sortie du capitalisme a déjà commencé" (2017), Gorz insiste :

       "La question de la sortie du capitalisme n'a jamais été plus actuelle. Elle se pose en des termes et avec une urgence d'une radicalité nouvelle".   Rejettant les illusions de l'écologie social-libérale dans un capitalisme vert, il se rallie à une version résolument anticapitaliste de la décroissance et pose la nécessité, à la lumière de la crise climatique, d'un changement civilisatoire radical :

        "Il est impossible d'éviter une catastrophe climatique sans rompre radicalement avec les méthodes et la logique économique qui y menent depuis cent cinquante ans. (...) La décroissance est donc un impératif de survie. Mais elle suppose une autre économie, un autre style de vie, une autre civilisation, d'autres rapports sociaux". [12]

    Mais il existe un autre aspect de l'analyse gorzienne du capital où il est proche de certains écrits de Marx : l'optimisme technologique... Par exemple, dans le Capital I, Marx affirme : "La socialisation du travail et la centralisation de ses ressorts matériels arrivent à un point où elles ne peuvent plus tenir dans leur enveloppe capitaliste. Cette enveloppe se brise en éclats. L'heure de la propriété capitaliste a sonné. (…) La production capitaliste engendre elle-même sa propre négation avec la fatalité qui préside aux métamorphoses de la nature".[13] Personnellement, en tant que "éco-marxiste", je m'inscrit en faux contre ce genre de raisonnement...Non seulement parce que les "fatalités" n'existent pas dans l'histoire sociale, mais aussi parce que le capitalisme n'est pas seulement une "enveloppe" : il détermine la nature même de la production et des forces productives.

        Or, on retrouve l'argument de Marx chez Gorz, sous une forme modifiée, à la lumière des changements technologiques contemporains (l'informatique, Internet, etc).   Il semble convaincu que, grâce aux logiciels libres, "la propriété privée des moyens de production et donc le monopole de l'offre deviennent progressivement impossibles (...). Il s'agit là d'une rupture qui mine le capitalisme à sa base";    ou encore, que "le capitalisme lui-même, sans le vouloir, travaille à sa propre extinction en développant les outils d'une sorte d'artisanat high tech". [14] Bref, comme le constate Willy Gianinazzi, le logiciel libre a nourri "les espoirs les plus utopiques, voire infondés de Gorz". [15]   Françoise Gollain se distancie elle aussi de cet optimisme technologique, en constatant, avec acuité, son affinité avec certaines analyses de Marx : "L'assertion selon laquelle ' c'est le capitalisme lui-même, qui, sans le vouloir, travaille à sa propre extinction (...)', porte la marque indéniable de la conception marxienne du rôle révolutionnaire de l'évolution de la structure de la production". [16]

    Heureusement Gorz échappe au piège de ce fatalisme optimiste, c'est à dire la croyance dans une auto-destruction du capitalisme - croyance partagé, dans une large mesure, par Robert Kurz et les théoriciens de la critique de la valeur -    grâce à son humanisme marxiste sartrien, allérgique aux déterminismes et assoiffé de liberté. Par exemple, dans Métamorphoses du travail (1988) il s'affranchit clairement de tout automatisme de ce genre :

      "Nous ne serons libérés par un déterminisme matériel et comme à notre insu. Le potentiel de libération qu'un processus contient ne s'actualise que si les homes s'en emparent pour se faire libres". [17]

        L'autre correction apportée par Gorz c'est, comme l'observe F. Gollain, la prise de conscience de l'ambivalence structurelle des nouvelles technologies, comme la micro-électronique, qui peuvent servir autant à l'hypercentralisation qu'à l'autogestion. [18]   Sans adhérer à la technophobie de certains écologistes, Gorz n'est pas moins persuadé que "le socialisme ne vaut pas mieux que le capitalisme s'il ne change pas d'outils".   Dans l'entretien avec Marx Robert il reprend cette formule déjà présente dans Ecologie et Politique (édition de 1978), et l'explique ainsi (en se référant encore une fois aux Grundrisse) : si la classe ouvrière s'emparait des moyens de production du capitalisme sans les changer radicalement "elle finirait pas reproduire (comme cela s'est fait dans les pays sovietisés) le même système de domination" - et, pourrait-on ajouter, le même système de destruction de l'environnement. [19]


le communisme, civilisation du temps libre

        Gorz n'est pas seulement rédévable à Marx dans sa critique du capitalisme, mais aussi dans sa conception de cet autre mode de production, de cet autre civilisation qu'il appelle de ses voeux : le socialisme. Voici ce qu'il écrit dans Adieux au prolétariat, son livre apparemment le plus éloigné du marxisme :

     " Seul le socialisme - c'est à dire : seule une façon de produire dégagée de l'impératif du profit maximum, gérée dans l'intérêt de tous et par tous ceux qui y concourent - seul le socialisme peut se payer le luxe de rechercher la plus grande satisfaction au moindre coût possible. Seul il peut rompre avec la logique du profit maximum, du gaspillage maximum, de la production et de la consommation maximum, et de la remplacer par le bon sens économique : le maximum de satisfaction avec le minimum de dépense. (...) L'utilisation du terme 'socialisme' est d'ailleurs ici impropre. C'est plutôt de communisme qu'il faudrait parler (...)".   Et il poursuit quelques lignes plus loin : "L'idée même (...) que la poursuite du 'plus' et 'mieux' puisse le céder à la poursuite de valeurs extra-économiques et non marchandes, cette idée est étrangère à la société capitaliste. Elle est, en revanche, essentielle au communisme (...)". [20]  

        Ce qui signifie, traduit en termes écologiques : seul le socialisme/communisme peut dépasser le productivisme et le consumérisme qui conduisent à la destruction de l'environnement naturel. Bien entendu, le communisme dont parle Gorz n'est pas celui des pays du prétendu "socialisme réel", mais une sorte d'eco-communisme d'un type nouveau.

        La signification humaine et écologique du communisme est celle d'une civilisation du temps libre. Il se refère ici à un passage célèbre de Marx, dans le volume III du Capital :  

      "Le règne de la liberté commence là ou finit le travail déterminé par le besoin et les fins extérieures : par la nature même des choses, il et en dehors de la sphère de la production matérielle.   (...) La liberté dans ce domaine ne peut consister qu'en ceci : l'être humain socialisé (vergesellschafte Mensch), les producteurs associés, règlent rationnellement ce métabolisme (Stoffwechsel) avec la nature, le soumettant à leur contrôle collectif, au lieu d'être dominés par lui comme par un aveugle pouvoir; ils l'accomplissent avec les efforts les plus réduits possibles, dans les conditions les plus dignes de leur nature humaine et les plus adéquates à cette nature.   C'est au-delà de ce règne que commence le dévéloppement des puissances de l'être humain, qui est à lui-même sa propre fin, qui est le véritable règne de la liberté, mais qui ne peut s'épanouir qu'en s'appuyant sur ce règne de la nécessité. La réduction de la journée de travail est la condition fondamentale." [21]

        Gorz traduit cette approche en termes écologiques, dans plusieurs de ces écrits; par exemple dans un article de 1992 dans la revue Actuel Marx : "Le sens fondamental d'une politique écosociale (...) c'est de rétablir politiquement la corrélation entre moins de travail et moins de consommation d'une part, plus d'autonomie et plus de sécurité existentielles, d'autre part, pour chacun et chacune. Il s'agit, autrement dit, de garantir institutionnellement aux individus qu'une réduction générale de la durée de travail ouvrira a tous (...) une vie plus libre, plus détendue et plus riche".  [22]

        Il se refère aussi souvent à un passage des Grundrisse de Marx, où celui-ci proclame : "Le libre developpement des individualités et (...) la réduction à un minimum du travail nécessaire de la société (deviennent le but de la production), à quoi correspond alors le développement artistique, scientifique, etc, des individus (...). Ce n'est plus alors la durée du travail mais le temps libre qui est la mesure de la richesse". [23]   Commentant ce passage et d'autres semblables dans les Grundrisse, Gorz écrit dans un texte de 2001 : "Considérer le développement des facultés humaines comme création de richesse, c'est déjà, en effet, abandonner une conception marchande-utilitaire-économiste de la richesse. Prendre le développement humain comme fin en lui-même, c'est à dire qu'il vaut pour soi, indépendement de son utilité économique immédiate".[24]   Cette rupture avec la conception capitaliste de la richesse est, pour Gorz, un pas essentiel vers une nouvelle civilisation écologique, au délà du productivisme et du consumisme. Dans un essai significativement intitulé "Bâtir la civilisation du temps libéré" (1993) il appelle de ses vœux "une société dans laquelle la richesse se mesurera au temps liberé du travail, au temps disponible pour les activités qui portent leur sens et leur fin en elles-mêmes et se confondent avec l'épanouissement de la vie". [25] Cet argument est donc directement inspiré par les écrits de Marx, mais, là aussi, Gorz leur donne une dimension nouvelle, socio-écologique, qui n'est pas nécessairement présente chez l'auteur des Grundrisse.

        Dans le passage du Capital III ci-dessus, Marx fait référence aux "producteurs associés, règlent rationnellement ce métabolisme avec la nature, le soumettant à leur contrôle collectif" : c'est l'idée de la planification socialiste de la sphère du travail nécessaire qui est ici suggérée.   Le concept de planification n'est pas souvent présent dans les écrits de Gorz, qui semble l'identifier à la planification centralisée bureaucratique de l'Union Soviétique stalinienne; mais on le trouve, formulé dans des termes explicitement marxiens, dans... Adieux au proletariat; c'est d'ailleurs un passage repris dans Ecologica :

        "La sphère de la nécessité, et donc du temps de travail socialement nécessaire, ne peut être réduit au minimum que par une coordination et une régulation aussi efficaces que possible des flux et des stocks : c'est à dire par une planification démultipliée (articolata) (...) La seule fonction d'un Etat communiste es de gérer la sphère de la nécessité (qui est aussi celle des besoins socialisés) de telle manière qu'elle ne cesse de se rétrécir et de rendre disponibles des espaces croissants d'autonomie". [26]



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        Pour conclure : Gorz était-il marxiste ? Si l'on considère qu'existent, selon la belle formule d'André Tosel, "mille marxismes", ne pourrait-on pas imaginer aussi un "marxisme gorzien" ? Je ne le pense pas. Pour commencer, Gorz lui-même ne se reconnaîtrait pas dans une telle définition, après 1980. Il me semble plus juste et plus approprié, de parler d'une présence du marxisme dans sa pensée. Une pensée qu'on pourrait caractériser comme un socialisme écologique - ou, selon les gorziens Arno Münster et F. Gollain, un ecosocialisme - qui s'inspire de Marx et de certains marxistes hétérodoxes dans sa critique de la société (capitaliste) existante, et dans sa formulation d'un projet de société (socialiste) alternatif.   Comme le suggère le titre de cet article, il y a du marxisme chez Gorz, et son œuvre, une des plus importantes dans l'écologie critique du 20ème siècle, n'est pas compréhensible sans cette dimension.  



[1] Cité par Willy Gianinazzi, André Gorz, une vie, Paris, La Decouverte, 2017, p. 250.

[2] Arno Münster, André Gorz ou le socialisme difficile, Paris, Lignes, 2008, pp. 44-45.

[3] Françoise Gollain, Andre Gorz, pour une pensée de l'écosocialisme, Le passager clandestin, série "Les précurseurs de la décroissance", 2014, p. 10.

[4] W.Gianinazzi, op.cit. p. 129.

[5] André Gorz, Ecologica, Paris, Galilée, 2008, p.18;

[6] In Ecologica, p. 133.

[7] A.Gorz, Les Chemins du paradis. L'agonie du capital, Paris, Galilée, 1983, p. 101.

[8] In Ecologica, p. 143.

[9] W.Gianinazzi, André Gorz, p. 216.il est

[10] Ecologica, p. 15.

[11] Ecologica, pp. 137-139. Soit dit en passant, ce texte est important comme dénonciation, par Marx, du progrès capitaliste comme "progrès destructif".

[12] Ecologica, p. 29.

[13] Marx, Le Capital, trad. Joseph Roy, Paris, Editions Sociales, 1969, tome I, pp. 566-567.

[14] Ecologica, pp. 39, 116.

[15] W.Gianinazzi, André Gorz, p. 319.

[16] F.Gollain, André Gorz, pp. 51-52.

[17] A.Gorz, Métamorphoses du travail, quête de sens. Critique de la raison économique, Paris, Galilée, 1988, pp. 225-226.

[18] F.Gollain, André Gorz, p. 49.

[19] A.Gorz, Ecologica, p. 17. Il est surprenant que dans cet entretien avec Marc Robert, qui est sans doute un des textes les plus importants du dernier Gorz, la classe ouvrière ré-apparaît comme sujet de la transformation sociale...

[20] Ecologica, pp.98-100.

[21] Cité d'après Karl Marx, Morceaux Choisis, trad. Henri Lefebvre et Norbert Gutermann, Paris, Gallimard, 1934, pp. 234-235. Traduction légèrement corrigée par nous, voir Marx, Engels, Werke, vol. 25, Berlin, Dietz Verlag, 1968, p.828.

[22] Ecologica, pp. 66-67.

[23] Marx, Grundrisse des Kritik der politischen ökonomie, Berlin, Dietz Verlag, 1953, p.596. Traduction en français par Gorz lui-même, cf. W.Gianinazzi, André Gorz, pp. 104-105.

[24] A.Gorz, "Richesse, travail et revenu garanti", 2001, cité par W.Gianinazzi, Op.cit. p.305;

[25] A.Gorz, "Bâtir la civilisation du temps liberé" (1993), cité par W.Gianinazzi, Op.cit. p.299.

[26] Ecologica, pp. 104-105.
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Patlotch



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MessageSujet: Re: pour une ÉCOLOGIE RÉVOLUTIONNAIRE   Dim 24 Sep - 10:38


24 septembre 2017 : je rebaptise ce sujet ex "L'ÉCOLOGIE RÉVOLUTIONNAIRE, ça n'existe pas ?"

il est temps de se pencher sur une construction théorique cohérente avec le cœur de mes considérations du capitalisme à la communauté humaine, UNE CLASSE pour LA RÉVOLUTION (sommaire, texte complet et renvoi aux compléments). Il s'agit de montrer que la contradiction antagonique entre le capitalisme et la vie humaine réside dans son incompatibilité avec la préservation du vivant, et qu'à ce titre elle n'est pas moins essentielle que la contraction entre capital et prolétariat

problème, si la "nature" réagit, négativement, elle ne va pas faire la révolution

jusque-là, je me suis contenté de signaler l'existence de Jean Zin, d'André Gorz et quelques autres. Le premier est intéressant en raison de sa connaissance de Marx et de ses solides bases scientifiques, mais s'enlise politiquement dans l'écologie alternativiste et citoyenne (membre des Verts...). Le deuxième, on l'a vu, ne sort pas du programmatisme, de l'État et de la démocratie politique

si l'on peut trouver une sensibilité écologiste avant la lettre chez Marx, il est clair que c'est dans le capitalisme contemporain, en subsomption réelle, que l'on doit trouver le fondement d'une théorie de la révolution comme écologique. C'est pourquoi je poursuis cette réflexion ici, et non dans MARX, le MARXISME et l'ÉCOLOGIE

il me faudra donc faire la critique des limites de ce qu'on appelle l'écosocialisme (cf l’écosocialisme entre théories révolutionnaires et alternative capitalisme verte) ou l'écologie révolutionnaire, sans me contenter de botter en touche comme les théoriciens de la communisation, tel Gilles Dauvé affirmant en 2009 dans Lettre sur la libération animale :

Citation :
La connaissance de la nature, les inquiétudes écologiques et les réactions aux abus faits aux animaux ne sont pas le signe d'une humanité qui deviendrait consciente de son impact sur le reste de la planète [ ... mais que ... ] le capital possède le monde et qu'aucun propriétaire ne peut s'offrir de ne pas prendre soins de ses possessions.

certes, mais si ceux qui dominent et possèdent ce monde n'en prennent pas soin, ils ne seront pas seuls à en crever, et l'on pourra toujours compter les survivants révolutionnaires. Ce type de position relève du marxisme à grand-papa : quand les prolétaires auront fait la révolution, on pourra se pencher sur les problèmes des femmes et les rapports de "l'Homme nouveau" à la nature

ainsi Dauvé en vient-il à stigmatiser

Citation :
les variantes plus subtiles [qui] recombinent sexe et classe, ou sexe, classe et race, voire sexe et écologie
il lui faut une dialectique simpliste des rapports sociaux, qui ne sont pour lui que la production industrielle. De fait, il pense l'écologie comme la domination masculine, des contradictions secondaires à l'ancienne :
Citation :
Partir du genre c’est considérer en priorité une activité sociale à partir du critère de rôle sexué (imposé ou choisi), et dès lors mettre au second plan les rapports de production et la possibilité de mettre à bas ce système.
[...]
Le féminisme donne la priorité aux femmes. Le féminisme marxiste, c’est la double priorité. Mais quelle réalité reste-t-il à une priorité quand il y en a deux à la fois ? Nous pensions que le capitalisme se caractérisait par le rapport capital/travail, bourgeois/prolétaires. Erreur...

je partirai plutôt de cette définition de Jean Zin en 2006, qui ouvrait ce sujet en mai 2015 :

l'écologie révolutionnaire
Jean Zin 2006 a écrit:
Il n'est pas question de nous satisfaire de cette société qui n'est pas supportable et on ne peut se contenter d'un réformisme mou devant les menaces planétaires. Nous devons affirmer le caractère révolutionnaire d'une écologie qui ne se borne pas à entretenir les pelouses ou à rendre un peu plus durable l'exploitation de la planète, mais porte le seul projet à l'horizon de ce troisième millénaire. Nous devons dire clairement que nous sommes déterminés à lutter pour des mesures radicales à la hauteur de notre misère sociale, les exclus ne sont pas obligés de se fier à la démagogie fasciste et raciste aggravant le désastre.
     
Il faut redonner aux gens la certitude qu'ils peuvent peser sur les événements et ainsi, formuler ce qu'ils veulent, ce qu'ils refusent vraiment. Être révolutionnaire c'est vouloir transformer le monde et pour cela prendre le parti du négatif, de la critique et de l'amélioration infinie, plutôt que s'illusionner de quelque utopie positive idéale et trompeuse. Ce n'est pas se contenter d'un réformisme qui adapte les règles et pare au plus pressé, il nous faut changer les règles elles-mêmes pour les rendre conformes à notre avenir. Être révolutionnaire, c'est vouloir être un véritable Citoyen et non pas un simple administré.
     
On est loin d'une révolution léniniste ou du mythe du grand soir révolutionnaire (qu'il y en ait une multitude !). L'écologie révolutionnaire ne veut pas "prendre le pouvoir" par la violence mais changer notre base productive radicalement. Il ne s'agit pas d'instaurer une dictature mais de s'engager dans la sortie du salariat. L'écologie révolutionnaire veut sortir du productivisme et abolir le salariat, conscience des contraintes planétaires, des transformations du travail et des possibilités de l'avenir. Cette sortie du processus de valorisation, de l'économie séparée de la société, est le début de la réappropriation de notre vie.
(...)
Il y a toutes sortes d'écologistes révolutionnaires. Ils peuvent être "marxistes", libertaires, alternatifs ou de simples opposants à la "croissance" et à la destruction de la société, c'est-à-dire de véritables écologistes, mais pour nous l'écologie n'est pas une simple amélioration de l'existant, ce qui permettrait de rendre un peu plus durable le monde actuel et son développement inégal et destructeur, rendre un peu plus supportable ses souffrances et ses injustices. Au contraire, pour nous l'écologie est la dénonciation d'un monde qui se fait contre nous. L'écologie est pour nous l'urgence de l'avenir.

deux problèmes chez Jean Zin :
la démocratie politique et la non-violence pour principes

Jean Zin a écrit:
Nous devons dire clairement que nous sommes déterminés à lutter pour des mesures radicales à la hauteur de notre misère sociale, les exclus ne sont pas obligés de se fier à la démagogie fasciste et raciste aggravant le désastre.

Il faut redonner aux gens la certitude qu'ils peuvent peser sur les événements et ainsi, formuler ce qu'ils veulent, ce qu'ils refusent vraiment. [...] Être révolutionnaire, c'est vouloir être un véritable Citoyen et non pas un simple administré.

ainsi, l'écologie révolutionnaire ne s'opposerait pas au capital, mais au fascisme et au racisme, d'où il découle qu'elle sera portée par l'antifascisme et l'antiracisme, soit la démocratie politique, soit l'anticapitalisme dans le capital
     
Jean Zin a écrit:
L'écologie révolutionnaire ne veut pas "prendre le pouvoir" par la violence mais changer notre base productive radicalement. Il ne s'agit pas d'instaurer une dictature mais de s'engager dans la sortie du salariat. L'écologie révolutionnaire veut sortir du productivisme et abolir le salariat, conscience des contraintes planétaires, des transformations du travail et des possibilités de l'avenir. Cette sortie du processus de valorisation, de l'économie séparée de la société, est le début de la réappropriation de notre vie.

la révolution n'est pas une prise du pouvoir (d'État) mais sa destruction. Et la violence n'est pas un choix politique, mais une contrainte tout simplement parce que le capital ne se laissera pas faire pendant que les révolutionnaires changeraient "notre vie" paisiblement

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MessageSujet: Re: pour une ÉCOLOGIE RÉVOLUTIONNAIRE   Dim 24 Sep - 11:44


repartir de Marx

« La difficulté avec le débat de l’écologie marxiste est qu’il n’y en a pas »
La nature du capital : un entretien avec Jason W. Moore revue Période

Citation :
Benjamin Birnbaum : En 2000 John Bellamy Foster a publié "Marx Ecologiste" qui a déclenché un retour aux aspects écologiques des travaux de Marx. Simultanément, cela a constitué le point de départ de ce que vous appelez l’école de l’Orégon. Dans quelle situation se trouve le débat marxiste concernant l’écologie aux États-Unis – il semble plus vivant qu’en France – et comment s’y inscrit "Capitalism in the Web of Life" ?

JWM : La difficulté avec le débat de l’écologie marxiste est qu’il n’y en a pas. Bien entendu, des différences existent. Or, pour l’instant elles n’ont pas encore généré de débat significatif autour des fondamentaux de la pensée radicale. Peut-être la vivacité relative du débat aux États-Unis provient-elle d’une conscience répandue que la nature compte pour les enquêtes radicales. Nous sommes à un moment où la question – comment la nature importe-elle ? – entre dans une nouvelle phase. De nouvelles discussions, au-delà de l’arithmétique verte deviennent possibles. Toutefois, nous sommes au premier stade de la discussion. Très peu de nouvelles réflexions ont été engagées sur la manière dont l’accumulation du capital agit dans la tissu de la vie. Les savants radicaux ont épuisé l’économie politique ; ils ont usé l’économie politique. Et pourtant ils doivent repenser les relations fondamentales de la valeur, du capital et de la crise d’accumulation en y intégrant la nature. Heureusement, cette nouvelle approche – cette discussion – a désormais commencé.

quant à montrer l'antagonisme entre capital et monde vivant, humanité comprise, je partirai plutôt de considérations de Marx, telle celle-ci dans Le Capital :

Citation :
La production capitaliste concentre la population dans de grands centres urbains avec une double conséquence. D’une part, elle concentre les forces historiques motrices de la société et d’autre part elle détraque l’interaction métabolique entre l’humanité et la terre ; elle empêche, autrement dit, le retour à la terre de ses éléments nutritifs constituants […].

Tout progrès dans l’agriculture capitaliste devient ainsi un progrès dans l’art, non seulement de dépouiller le travailleur, mais de spolier le sol ; tout progrès qui accroît la fertilité du sol pour une durée déterminée est aussi un progrès qui ruine ses sources à plus long terme. Ainsi, la production capitaliste ne développe la technique et ne contribue au procès social de production qu’en minant simultanément les sources originelles de toute richesse : le sol et le travailleur.

on pourrait considérer alors, de même que pour Marx la révolution était l'affaire des seuls ouvriers d'usine, le prolétariat industriel, le passage à l'agriculture industrielle du capitalisme en subordination réelle feraient des ouvriers agricoles les sujets par excellence de cette aspect d'une révolution communiste totale, au sens de Jacques Camatte en 1973 :
Citation :
La révolution communiste est une révolution totale. Révolution biologique, sexuelle, sociale, économique ne sont que des déterminations particulières ; en privilégier une c'est mutiler la révolution, qui ne peut être qu'en étant tout.

de même que le prolétariat ouvrier visait son autonomie par l'autogestion de la production industrielle, le prolétariat paysan devrait se réapproprier la terre et la gérer sans la ruiner pour le bien de tous. On aurait ainsi de sujets révolutionnaires que les producteurs, et non les consommateurs de la mort en boîte ou les victimes de l'extractivisme, de la pollution industrielle et du « détraqu[ag]e l’interaction métabolique entre l’humanité et la terre », dont les récents ouragans nous ont donné un bel exemple

ainsi, le sujet révolutionnaire serait le strict prolétariat, ouvriers d'usines et des champs réunis. C'est la thèse communisatrice, à ceci près que des prolétaires paysans, ils parlent assez peu

reprenons un extrait des
Bonnes feuilles de Marx écologiste, de John Bellamy Foster, Éditions Amsterdam, 2011, trad. Aurélien Blanchard, Joséphine Gross, Charlotte Nordmann.


John Bellamy Foster a écrit:
Une mise en perspective historique de l’écologie de Marx

Dans le premier volume du Capital, Marx précisait que « l’un des immortels mérites de Liebig est d’avoir développé le côté négatif de l’agriculture moderne, du point de vue des sciences naturelles. »11

Les deux principales analyses de Marx concernant l’agriculture moderne se concluent par une analyse de « l’aspect destructeur de l’agriculture moderne ». Dans ces passages, Marx énonce plusieurs choses fondamentales :

1) le capitalisme a rompu de façon « irréparable » l’« interaction métabolique » entre les êtres humains et la terre [earth], c’est-à-dire la condition éternelle, imposée par la nature, de la production ;

2) ce problème exige la « restauration systématique » de cette relation métabolique nécessaire comme « loi de régulation de la production sociale » ;

3) néanmoins, la croissance dans le cadre du capitalisme de l’agriculture à grande échelle et du commerce sur de longues distances ne fait qu’aggraver et étendre cette rupture métabolique ;

4) l’appauvrissement des sols, le gâchis de ses nutriments, a pour contrepartie le développement de la pollution et des déchets urbains – « à Londres, écrit-il, on n’a trouvé rien de mieux à faire de l’engrais provenant de 4 millions et demi d’hommes que de s’en servir pour empester, à frais énormes, la Tamise » – ;

5) l’industrie et l’agriculture mécanisée à grande échelle collaborent à ce processus de destruction, « l’industrie et le commerce fournissant à l’agriculture les moyens d’épuiser la terre » ;

6) tout ceci exprime l’antagonisme entre ville et campagne caractéristique du régime capitaliste ;

7) une agriculture rationnelle, qui suppose soit des petits fermiers indépendants produisant chacun de son côté, soit l’action de producteurs associés, est impossible dans le cadre du capitalisme moderne ; et

8 ) les conditions existantes imposent une régulation rationnelle de la relation métabolique entre les êtres humains et la terre, ce qui pointe au-delà de la société capitaliste, vers le socialisme et le communisme.12

L’idée développée par Marx d’une rupture métabolique était l’élément fondamental de sa critique écologique. Le procès de travail humain lui-même était défini dans le Capital comme « la condition générale du métabolisme entre l’homme et la nature, la condition naturelle éternelle de la vie des hommes »13. Par conséquent, la rupture de ce métabolisme ne signifiait rien moins que la mise en danger de la « condition naturelle éternelle de la vie des hommes ». De plus, la question se posait aussi de la préservation14 de la terre, c’est-à-dire la question de savoir dans quelle mesure elle pouvait être transmise aux générations futures dans un état équivalent ou meilleur qu’aujourd’hui.

Comme l’écrivait Marx : « Du point de vue d’une organisation économique supérieure de la société, le droit de propriété de certains individus sur des parties du globe paraîtra tout aussi absurde que le droit de propriété d’un individu sur son prochain. Une société entière, une nation et même toutes les sociétés contemporaines réunies ne sont pas propriétaires de la terre. Elles n’en sont que les possesseurs, elles n’en ont que la jouissance et doivent la léguer aux générations futures après l’avoir améliorée en boni patres familias. »15

Pour Marx, la société capitaliste, qui aggrave et étend sans cesse la rupture métabolique entre les êtres humains et la terre, est tout à fait incapable d’affronter la question de sa soutenabilité. Selon lui, le capitalisme crée « les présupposés matériels d’une nouvelle synthèse à un niveau supérieur, de l’association de l’agriculture et de la manufacture sur la base des configurations propres qu’elles se sont élaborées en opposition l’une à l’autre ». Pourtant, pour réaliser cette « synthèse à un niveau supérieur », il affirme qu’il serait nécessaire que les producteurs associés de la nouvelle société « institu[ent] systématiquement [le métabolisme entre l’homme et la terre] en loi régulatrice de la production sociale » – une exigence qui soulève d’irréductibles défis pour la société post-révolutionnaire16.

Dans le cadre de leur analyse de la rupture métabolique, Marx et Engels ne s’en sont pas tenus au cycle des nutriments de la terre, ou aux relations entre villes et campagnes. À divers moments de leur travail, ils ont évoqué des problèmes comme ceux de la déforestation, de la désertification, du changement climatique, de la disparition des cerfs des forêts, de la marchandisation des espèces, de la pollution, des déchets industriels, du relâchement de substances toxiques, du recyclage, de l’épuisement des mines de charbon, des maladies, de la surpopulation et de l’évolution (ou de la coévolution) des espèces17.

11. Karl Marx, Le Capital, livre 1, trad. coll. sous la direction de J.-P. Lefebvre, Paris, Éditions sociales, 1983, p. 566, note 325.
12. op. cit., p. 564-567 ; Karl Marx, Le Capital, livre 3, tome 3, trad. de C. Cohen-Solal et G. Badia, Paris, Éditions sociales, 1974, p. 180 et p. 191-192.
13. Karl Marx, Le Capital, livre 1, op. cit., p. 207.
14. NdT : « préservation » traduit ici « sustainability », terme très fréquent dans les articles de John Bellamy Foster et qui n’a pas d’équivalent exact en français. Il désigne l’idée de préserver, de « soutenir » (au sens de soutenir un effort), de rendre soutenable, de faire durer. On le traduira parfois ici par les néologismes « durabilité » et « soutenabilité ».
15. Karl Marx, Le Capital, livre 3, tome 3, op. cit., p. 159.
16. Karl Marx, Le Capital, livre 1, op. cit., p. 565-566 ; Le Capital, livre 3, tome 3, op. cit., p. 191-192.
17. On trouvera des éléments factuels concernant les diverses préoccupations écologiques de Marx dans le chapitre suivant et dans John Bellamy Foster, Marx’s Ecology et Paul Burkett, Marx and Nature. Marx et Engels soulevèrent en leur temps le problème du changement climatique local (les interrogations sur les changements de températures induits par la déforestation). Voir les notes d’Engels sur Fraas dans Karl Marx et Friedrich Engels, MEGA IV, n° 31, Amsterdam, Akademie Verlag, 1999, p. 512-515.

on lit en creux les apories de l'universalisme prolétarien (industriel) des marxistes, communisateurs compris, qui ont oublié de lire ce Marx-là, entre autres

Twisted Evil

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MessageSujet: Re: pour une ÉCOLOGIE RÉVOLUTIONNAIRE   Dim 24 Sep - 14:02


partir de Marx, ce n'est pas y rester
la nature : une valeur d'usage ?
... la "nature" n'existe pas !

si l'on reprend l'invitation de Jason W. Moore à « repenser les relations fondamentales de la valeur, du capital et de la crise d’accumulation en y intégrant la nature », il nous faut replonger au plus profond de la théorie de la valeur, et discuter la valorisation marxiste de la "valeur d'usage", telle qu'elle apparaît, par exemple, dans ce texte du site Contretemps, 8 septembre 2017 : L’économie écologique tiraillée de tous côtés, lecture critique de L’économie écologique de Ali Douai et Gaël Plumecocq, La Découverte, 2017 :
Citation :
Et surgit l’épineux problème de la valeur

On s’en doutait depuis le début du livre, les auteurs l’ayant laissé entendre : les principales controverses au sein de l’EE se structurent autour de la valeur de la nature, et ce problème fait l’objet des deux derniers chapitres formant la troisième partie de leur ouvrage. « Comment prendre en compte la valeur des éléments naturels appelés à être dégradés ou détruits ? » (p. 67). Pour avoir mis le focus sur ce problème dans des termes très différents de ceux que l’on trouve habituellement dans l’immense littérature qui lui est consacrée, le livre de D&P mérite d’être salué. Dans leur chapitre 4, ils détaillent l’approche néoclassique standard qui n’est pas exempte d’incohérences ou de contradictions.

La valeur économique totale de la nature a-t-elle un sens ?

Premièrement, l’analyse en termes de coûts/bénéfices est-elle capable de fournir une mesure de la « valeur économique totale » (VET) de la nature ? D&P reproduisent un schéma rassemblant les différentes composantes de cette VET (p. 69). Ce schéma est inspiré par un article de David Pearce datant de 1992 et qui fut repris dans le cadre du Millenium Ecosystem Assessment et en France par le Conseil d’analyse stratégique et le Commissariat général au développement durable[v].

Arrêtons-nous sur cette VET qui est la somme des dénommées « valeurs d’usage » (elle-même égale à valeur d’usage direct + valeur écologique + valeur d’option) et des « valeurs de non-usage » (comprenant valeur d’existence + valeur de legs). L’économie standard reconnaît que les questions éthiques, comme le fait d’accorder une valeur morale ou politique à l’existence d’un être vivant non humain, font partie de la définition du bien-être humain, mais, à ce moment-là, que vient faire cette « valeur » sous le vocable « valeur économique totale », englobant des éléments qui… ne sont pas économiques ? Les économistes néoclassiques croient se tirer de ce mauvais pas en avançant l’idée d’une valeur économique intrinsèque de la nature, c’est-à-dire une valeur économique… en soi. Mais cela équivaut à abandonner l’idée que l’économie relève de l’activité humaine. La théorie néoclassique évolue ici entre naturalisation des faits sociaux et fétichisme.[vi] Les choses naturelles, comme les choses produites d’ailleurs, auraient une valeur économique en soi, indépendamment du contexte social et culturel, indépendamment de la période historique considérée ; bref, on serait revenu à un stade pré-critique de l’économie politique dans lequel les catégories économiques, et notamment celles de valeur et de prix, auraient un caractère universel et intemporel. La seule façon cohérente, et peut-être même la seule façon éthique, de reconnaître une dimension éthique à la vie, traversant le temps et l’éphémérité de chaque vie humaine individuelle, est de lui conserver son caractère fondamentalement différent de l’acte économique de production : si la valeur éthique devient économique, ne cesse-t-elle pas du même coup d’être éthique pour être simplement contingente ? En réalité, si l’on attribue une valeur intrinsèque à la nature, elle est non économique ; et elle reste un attribut décerné par l’homme. En un mot, la catégorie « valeur », quel que soit le domaine où elle est appliquée, est une catégorie socio-anthropologique.

Au fond, en reprenant un concept de l’économie politique, celui de valeur d’usage, tous les courants de l’EE qui valident la notion de VET font subir au concept de valeur d’usage une torsion qui le vide de sens : parce qu’il n’a pas de mesure possible, il est incommensurable à quoi que ce soit. Dans le cas des ressources naturelles, une valeur calculée en faisant, si elle était possible, la somme des éléments [composant la VET] aboutirait à une valeur infinie s’il s’agit de ressources conditionnant la survie de l’espèce humaine, c’est-à-dire à une valeur proprement inestimable. Or, parler de valeur infinie vide de sens toute notion économique de valeur.[vii]

D&P montrent bien que, pour l’économie standard, « la valeur de la nature pour l’homme, comme pour la valeur de toute chose, quels que soient les motifs de valorisation, pourrait être exprimée dans cette métrique commune que serait la monnaie, conçue comme la meilleure expression d’une essence commune à tous ces motifs (l’utilité) » (p. 74). Les auteurs poursuivent : « Cet « universalisme » est également assis sur l’idée que l’argent a la même valeur pour tous les individus, quel que soit leur niveau de revenu. » (p. 74). C’est là-dessus que se fondent toutes les préconisations actuelles sur la notion de « service écosystémique » et celle de « paiement pour services écosystémiques ». La notion de service écosystémique, qui s’est imposée aujourd’hui dans toutes les publications d’économie de l’environnement est directement puisée chez Jean-Baptiste Say :


Citation :
Ainsi, lorsqu’on laboure et qu’on ensemence un champ, outre les connaissances et le travail qu’on met dans cette opération, outre les valeurs déjà formées dont on fait usage, comme la valeur de la charrue, de la herse, des semences, des vêtements et des aliments consommés par les travailleurs pendant que la production a lieu, il y a un travail exécuté par le sol, par l’air, par l’eau, par le soleil, auquel l’homme n’a aucune part, et qui pourtant concourt à la création d’un nouveau produit qu’on recueillera au moment de la récolte. C’est ce travail que je nomme le service productif des agents naturels. »[viii]

Il y a donc dans l’EE, version néoclassique, de la cohérence dans l’incohérence : le concept de valeur d’usage irréductible à celui de valeur économique nié à la manière de Say, les services écosystémiques assimilant le travail humain et le « travail » de la nature à la manière de Say, la confusion entre richesse et valeur à la manière de Say.

Si D&P ont raison de dire que « la question de la valeur de la nature est une question sensible en EE » (p. 83), peut-être auraient-ils pu en explorer davantage la profondeur en montrant que la « valeur d’usage » de l’EE, façon VET, est un contresens au regard de l’histoire de la pensée économique et un non-sens dès lors qu’elle est postulée mesurable en monnaie.

[v] D. Pearce (1992), « Economic Valuation and the Natural World », Background for World Development Report 1992, October, http://documents.worldbank.org/curated/en/721891468764692718/pdf/multi0page.pdf. MEA (2003), Ecosystems and Human Well-Being. A Framework For Assessment, Washington D.C., Island Press ; CAS (2008), « La valeur du vivant : quelle mesure pour la biodiversité ? », Note de veille n° 89, 4 février, http://archives.strategie.gouv.fr/cas/system/files/noteveille89.pdf. CGDD (2010), « Donner une valeur à l’environnement : un exercice délicat mais nécessaire », La Revue du CGDD, décembre, http://temis.documentation.developpement-durable.gouv.fr/docs/Temis/0068/Temis-0068599/19001.pdf.

[vi] J.-M. Harribey (2014), « Sur la nature, éviter le fétichisme », Les Possibles, n° 3, printemps, https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-3-printemps-2014/dossier-l-ecologie-nouvel-enjeu/article/sur-la-valeur-de-la-nature-eviter.

[vii] Même P.A. Samuelson n’est pas si éloigné de cela lorsqu’il adopte « la convention de rendre infini le prix de tout bien qui n’est pas disponible » dans Les fondements de l’analyse économique, Paris, Gauthiers-Villars Editeur, 2e éd., 1971, tome 1, Théorie de l’équilibre et principales fonctions économiques, p. 199.

[viii] J.-B. Say, Traité d’économie politique, 1803, Institut Coppet, http://www.institutcoppet.org/wp-content/uploads/2011/12/Traite-deconomie-politique-Jean-Baptiste-Say.pdf, p. 44.

le problème est-il seulement que « tous les courants [...] font subir au concept de valeur d’usage une torsion qui le vide de sens » et que « la "valeur d’usage" de l’économie politique, façon VET (valeur économique totale), est un contresens au regard de l’histoire de la pensée économique et un non-sens dès lors qu’elle est postulée mesurable en monnaie. » ?

ici, j'aurais recours aux services de Bruno Astarian, parce que ce travail théorique - sauf dans ses conclusions romantiques habituelles - n'est pas selon moi entaché de certains présupposés de la théorie de la communisation quant au prolétariat comme strict sujet révolutionnaire
La valeur et son abolition entretien avec ddt21 5 septembre 2017
Citation :
Ma réflexion est en particulier passée par la critique de la notion de valeur d’usage. Et dans l’ensemble, le changement de point de vue que j’opère dans la théorie de la valeur représente une simplification par rapport à Marx, et devrait donc nous éloigner des spécialistes marxologues.


Citation :
Pour Marx, l’abo­li­tion de la valeur consiste en la sup­pres­sion de l’échange et son rem­pla­ce­ment par une économie pla­ni­fiée où les hommes tra­vaillent avec enthou­siasme à la satis­fac­tion de leurs besoins (le pre­mier d’entre eux étant le tra­vail lui-même). Et sa théo­rie de la valeur est tout impré­gnée de ce point de vue. L’objet de L’Abolition de la valeur est de revi­si­ter la théo­rie marxienne de la valeur en tenant compte des condi­tions actuel­les du mode de pro­duc­tion capi­ta­liste – sans remet­tre en cause la tra­jec­toire d’ensem­ble du Capital. La dif­fé­rence essen­tielle avec l’époque de Marx est qu’il est devenu impos­si­ble d’envi­sa­ger le com­mu­nisme comme une économie d’« hommes libres » gérant leur tra­vail par une pla­ni­fi­ca­tion com­mune.

Notre époque permet de mettre au concret la théo­rie de la valeur en s’appuyant sur les carac­té­ris­ti­ques pra­ti­ques, et non pas abs­trai­tes, du tra­vail pro­duc­teur de mar­chan­di­ses. Cela a des consé­quen­ces déci­si­ves sur la façon d’envi­sa­ger l’abo­li­tion de la valeur et l’au-delà du capi­tal et du tra­vail. Car il faut main­te­nant com­men­cer à réflé­chir à ce que pour­rait être une société sans tra­vail – ce qui ne veut pas dire sans pro­duc­tion, mais sans usines, sans chro­no­mè­tres, sans souf­france.

regardons ce qu'il en dit dans ce livre, puisqu'il voit un problème chez Marx
Chapitre 2 : La théorie marxienne de la valeur, d’après le premier chapitre du Capital, mai 2012
Bruno Astarian a écrit:
La valeur d’usage

Pour introduire la marchandise, Marx commence par la valeur d’usage. Dans ce premier abord de la question, la formulation est simple. « L’utilité d’une chose fait de cette chose une valeur d’usage » (p. 562). La valeur d’usage, c’est l’utilité de l’objet.

De plus, « dans la société que nous avons à examiner, [les valeurs d’usage] sont en même temps les supports matériels de la valeur d’échange » (id). Ici donc, la valeur d’usage est une catégorie naturelle, même pas spécifique à la marchandise ni, à la limite, à un produit du travail. Cette façon de voir la valeur d’usage, excessivement naturaliste, est sans doute ce qui incite Marx à reprendre la question à la fin de la première partie du chapitre. Après avoir réaffirmé que

« une chose peut être valeur d’usage sans être valeur. Il suffit pour cela qu’elle soit utile à l’homme sans qu’elle provienne de son travail. Tels sont l’air, des prairies naturelles, un sol vierge, etc. » (p. 568),

il est obligé de préciser :

« Pour produire des marchandises, le travail doit non seulement produire des valeurs d’usage, mais des valeurs d’usage pour d’autres, des valeurs d’usage sociales » (p. 568).

Il veut ainsi attacher à l’utilité la spécification supplémentaire de l’échangeabilité. Cependant, comme le fera remarquer Engels, les impôts en nature du Moyen Age sont des valeurs d’usage pour l’autre, sans être pour autant des marchandises. Engels ajoute donc en note, dans la 4° édition allemande, que la transmission à l’autre de la valeur d’usage doit se faire par l’échange. Ce qui est tautologique et ne nous avance pas.

On voit donc que, au final, Marx et Engels ont une vision plutôt naturaliste de la valeur d’usage. Pour eux, celle-ci se définit comme l’utilité brute de la chose. Pour l’instant, restons en là: c’est la définition de la valeur d’usage par Marx et Engels. Mais il faudra revenir sur cette question au moment de reprendre la théorie de la valeur, et on verra alors que, dans la marchandise, la valeur d’usage est une catégorie pleinement sociale, qui ne doit rien à la nature, et qu’il faut distinguer la valeur d’usage de l’utilité de la chose, même produite par le travail (lorsque celui-ci est pré-marchand).

Marx et sa valeur d'usage naturalistes ? Ici, recours à Paul Guillibert La nature n’existe pas, Période, juillet 2014

Citation :
La nature n’est pas un terrain neutre, mais le nœud de conflits sociaux irréductibles. L’ouvrage de Razmig Keucheyan, « La nature est un champ de bataille », s’attache à déconstruire le discours de l’écologie politique dominante. Il y analyse en outre la place de l’écologie dans la réorganisation actuelle du capitalisme. En considérant l’environnement comme un lieu traversé par divers rapports de domination, Razmig Keucheyan s’attache à élaborer un concept de nature réinvesti par certaines problématiques issues de la théorie marxiste. Et c’est précisément cette perspective que se propose d’examiner Paul Guillibert dans cet article, en interrogeant le concept de nature ici mobilisé.
[...]
Conclusion

Critiquer le caractère idéologique des discours écologistes dominants suppose d’en passer par une déconstruction du concept substantialiste de nature. La thèse selon laquelle ce concept est à la fois supposé et produit par le processus d’abstraction-échange et par la modélisation de la nature est l’une des thèses les plus originales et les plus fortes de l’ouvrage. Elle pourrait permettre d’expliquer l’origine matérielle du concept idéologique de nature et ainsi d’engager un débat extrêmement fructueux avec le pragmatisme. L’absence de distinction explicite entre le concept substantialiste de nature produit par l’abstraction-échange et le concept matérialiste d’une nature donnée dans le procès de travail conduit à un flottement concernant l’objet même de l’ouvrage : une critique de la marchandisation de la nature et de l’idéologie qui en est solidaire ou une critique de l’exploitation de l’environnement. Le choix des exemples et la méthodologie employée indique sans aucun doute qu’il s’agit bien d’une critique de la marchandisation de la nature et de l’idéologie écologiste.

On peut (et notre auteur nous y invite à plusieurs reprises, notamment dans le chapitre « L’écologie politique qui vient » et dans la conclusion du troisième chapitre) dégager des propositions négatives et positives pour une politique écologiste matérialiste. Elle doit, d’un point de vue idéologique, refuser l’idée que le rapport de l’homme à la nature transcenderait les rapports de production et les dominations de race, de classe et de genre. La préservation de la nature ne peut donc pas être un objectif des politiques écologistes radicales. Vouloir préserver la nature suppose d’appréhender l’environnement comme un domaine séparé du monde social et historique, alors qu’il est en permanence transformé et modifié par celui-ci. Une politique écologiste matérialiste doit, en revanche, du point de vue de la pratique, résister à l’exploitation capitaliste de l’environnement et permettre d’assurer les conditions de possibilité du « métabolisme sociétés-nature ».

ce qui permet de relier critique de l'idéologie écologiste et critique de l'eurocentrisme

Paul Guillibert, Décoloniser la nature, Période avril 2014

Citation :
La séparation entre nature et société n’est pas seulement une erreur théorique, c’est aussi l’instrument de la domination occidentale. Revisitant les débats de l’histoire environnementale du colonialisme, Paul Guillibert retrace les jalons d’une analyse marxiste de l’impérialisme écologique. Il examine ici deux vecteurs de la prédation occidentale : la domestication des écologies non européennes et la préservation environnementale dans les colonies.

Conclusion : décoloniser la nature
.

Décoloniser la nature ce n’est certainement pas répondre à une pseudo urgence écologique qui viendrait suspendre les luttes dans les rapports de classe, de genre et de race. Décoloniser la nature ce n’est pas non plus ajouter aux luttes une quatrième dimension : celle de la préservation de la nature. Décoloniser la nature signifie, au contraire, qu’il faut renoncer au partage entre un ordre de la culture, de la société et de l’histoire et un ordre de la nature, de l’environnement, de l’écologie. Autrement dit, une écologie politique doit faire le deuil de toute politique de préservation de la nature.

on le voit, il est impossible de penser le mouvement du communisme, la révolution et la communauté humaine en séparant voire en opposant des contradictions principales et secondaires, chacun.e la sienne, prolétariat-capital, femmes-patriarcat, racisme-décolonial, écologie-capitalisme, ceci pour deux raisons : chacune contient les autres et aucune ne permet de dépasser le tout

on est loin des marxistes et autres Dauvé qui évacuent comme non prioritaires les questions de la domination masculine, de l'écologie, du racisme, au nom de l'unique et sacro-sainte contradiction principale. En attendant la révolution, ils peuvent aller se faire cuir l'œuf ou la poule sur le Pont d'Avignon

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Patlotch



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MessageSujet: Re: pour une ÉCOLOGIE RÉVOLUTIONNAIRE   Dim 24 Sep - 16:15


interlude

à propos de « faire le deuil de toute politique de préservation de la nature »


Dans le bassin du Congo, les Pygmées sacrifiés sur l’autel de la protection de la nature

Laurence Caramel Le Monde 24 septembre 2017

La responsabilité de WWF et de WCS, deux grandes ONG qui gèrent les aires protégées dans la région, est mise cause dans un rapport de Survival International.


Des Pygmées Baka dans le bassin du Congo.

Citation :
Il ne s’agit pas de bavures isolées. Les témoignages de Pygmées rassemblés par l’ONG Survival International dans trois pays du bassin du Congo – Cameroun, Centrafrique et Congo-Brazzaville – font la lumière sur les violences infligées aux peuples des forêts pour les tenir à distance des aires naturelles protégées.

La lecture du rapport intitulé « Comment allons-nous survivre ? La destruction des tribus du bassin du Congo au nom de la conservation ? », auquel Le Monde a pu avoir accès en exclusivité, laisse un profond sentiment de malaise.

Près de trente ans après les grandes campagnes pour la défense des peuples autochtones contre le « colonialisme vert » des ONG de conservation, leurs droits, pourtant officiellement reconnus par ces organisations, ne seraient dans cette région du monde qu’une réalité de papier et les agressions, parfois mortelles, n’auraient jamais cessé.

« Colonialisme vert »

Parmi les dizaines de témoignages, on peut lire ces mots d’un Baka du district de Souanké, au Cameroun : « Ils ont fouillé ma maison sans rien trouver. Puis ils ont pris la machette sous mon lit et m’ont menacé : nous allons te trancher la gorge parce que tu caches des braconniers. »

D’autres rapportent le cas d’une femme enceinte ayant fait une fausse couche en fuyant des rangers près du parc national de Nki, au Cameroun, d’un homme dont le tendon d’Achille a été sectionné à la machette, toujours au Cameroun, et, partout, de campements détruits, d’hommes battus, humiliés, punis pour avoir pénétré dans les zones interdites pour y chercher de la nourriture.

Survival International, qui travaille de longue date aux côtés de ces populations marginalisées, retrace l’histoire de ces relations conflictuelles en exhumant des témoignages remontant au début des années 1990. Les derniers ont été recueillis en 2017 dans le sud-ouest du Cameroun et au Congo, en 2016 à l’extrême sud-est de la Centrafrique.

Au cours de la période, une dizaine de parcs nationaux ont été créés dans cette région dont la biodiversité est parmi les plus riches au monde. Certaines, comme la réserve d’Ozala-Kokoua, couvrent des superficies immenses de plus de 100 000 km² et ont été dessinées en absorbant les terres où vivaient des milliers de Baka et de Bayaka.

Deux ONG sont visées par les accusations de Survival : la suisse WWF (World Wild Fund) et l’américaine WCS (Wildlife Conservation Society). Très implantées dans le bassin du Congo, elles jouent un rôle de premier plan dans la mise en œuvre des politiques de protection de la nature des gouvernements locaux et reçoivent pour cela d’importants financements des bailleurs étrangers. La gestion des aires protégées leur est ainsi souvent directement confiée et, avec elle, celle des milices anti-braconnage, protagonistes des exactions commises à l’encontre des Pygmées.

Accusés de braconnage

« Les Baka et les Bayaka, comme des douzaines d’autres tribus du bassin du Congo, sont chassés illégalement de leurs terres ancestrales à l’intérieur et parfois même à l’extérieur des aires protégées (…) Ils sont accusés de braconnage quand ils chassent pour nourrir leurs familles », dénonce l’organisation londonienne, aussi connue pour sa défense des Indiens d’Amazonie ou des Dongrias en Inde, dont le réalisateur James Cameron s’est inspiré dans le film Avatar.

Pour Survival, ces ONG, qu’elle qualifie d’« industrielles », ne peuvent pas se retrancher derrière le fait que « ce sont les gouvernements qui décident d’interdire la chasse ou l’accès aux parcs. Ces mêmes gouvernements dépendent de leur soutien financier, technique et logistique, et elles doivent donc faire tout ce qui est en leur pouvoir pour protéger les populations de ces abus. » Survival rappelle leur engagement d’obtenir « le consentement libre, informé et préalable » des populations autochtones avant d’imposer tout programme de conservation.

Ce n’est pas la première fois que WWF et WCS sont la cible de telles accusations. En décembre 2016, fait sans précédent, l’OCDE avait accepté de recevoir la plainte déposée par Survival contre WWF pour « violation des droits de l’homme » contre les Baka du Cameroun. Le point de contact de l’OCDE en Suisse qui avait instruit l’affaire avait considéré qu’il était légitime de demander à une ONG de la taille de WWF et dont l’activité peut être qualifiée de « commerciale » de respecter les lignes directrices qui s’appliquent aux multinationales en la matière.

La médiation n’a pas abouti

La médiation engagée depuis cette date n’a cependant pas abouti. Le 5 septembre, Survival a annoncé son retrait de la procédure en critiquant notamment le manque d’impartialité des médiateurs.

« Que l’OCDE accepte de recevoir notre plainte a été une grande victoire, mais nous devons reconnaître que ce n’est pas le lieu où la justice pourra être rendue, explique Michael Hurran, coordinateur du rapport. Le dialogue proposé par l’OCDE n’a mené nulle part. Nous demandons que WWF se dote d’un mécanisme qui garantisse le respect de la politique des droits de l’homme adoptée il y a vingt ans. Et elle a refusé. Nous ne pouvions indéfiniment rester dans ce huis clos où les discussions sont soumises à la confidentialité. »

Dans un communiqué de presse, WWF a réagi en affirmant que son « objectif restait le même : travailler avec les Baka et pour les Baka ». « WWF-Cameroun a développé de nombreux projets pour aider à améliorer les droits et les vies des Baka à travers la conservation. En plus du plaidoyer mené auprès du gouvernement pour officialiser et étendre le “consentement libre, informé et préalable”, nous avons aidé les communautés à gérer de manière communautaire leurs forêts, des zones de chasse durable et des commerces », affirme le texte.

Survival International a estimé qu’il serait plus efficace de poursuivre la bataille au grand jour en prenant l’opinion à témoin. Ce rapport en est la démonstration. « Nous porterons toujours la souffrance d’avoir été battus. Mais comment nos enfants vont-ils survivre ? Les rangers ont même frappé une jeune fille. Elle est morte. Nous demandons à ceux qui leur donnent de l’argent de venir ici pour faire revenir la paix et nous demander ce que nous pensons. Sinon nous sommes perdus », exhorte la dernière victime, interrogée le 9 septembre au Congo.

alien

à qui s'intéresse à ces questions je conseillerais de ne pas en rester à une apparence de critique radicale, car quand on croise pour la recherche communisme et écologie, ou anticapitalisme, on tombe justement sur la nécessité de « protéger/préserver l'environnement » critiquée plus haut, ceci même chez ceux qui condamnent le « capitalisme vert » et son Hulot (voir ici, NPA, PCF, et leur presse, Contrepoints, Bellaciao... rejoignent le Pape dans la grande concurrence de l'alternative anticapitaliste verte, en se demandant ingénument, comme Mélenchon, ce que Hulot était allé faire dans la galère Macron)

exemple, extraits des propositions de l'ouvrier-candidat Poutou à l'élection présidentielle, un copié-collé du programme des Verts :

Citation :
Nous voulons une baisse rapide du recours aux énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz). Cela nécessite de développer massivement les transports en commun gratuits, d’entamer la reconversion industrielle des secteurs les plus polluants : pétrochimie vers le renouvelable, automobile vers la production de véhicules propres et de transports collectifs, etc.

De plus, il faut rénover et isoler l’habitat et recourir aux modes de chauffage fonctionnant à l’énergie renouvelable ou par cogénération.

Nous voulons sortir du nucléaire en 10 ans ! C’est nécessaire et possible, tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre. Cela nécessite le développement massif des énergies renouvelables, couplé à un vaste plan d’économies d’énergie.

Il faut rapprocher l’agriculture des lieux de consommation, en réorientant la production vers les besoins locaux et régionaux.

Il faut (...) aller vers la généralisation de l’agriculture biologique, interdire les OGM en plein champ.

Nous voulons (...) un principe de précaution concernant les produits dangereux pour les êtres humains ou la planète.

Il faut (...) interdire progressivement l’emploi des engrais et pesticides chimiques.

« être radical, c'est prendre les choses à la racine »
Karl Marx, Critique de “La philosophie du droit” de Hegel, 1843



Patlotch photos "la forêt est un état d'âme" 6 novembre 2014

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MessageSujet: Re: pour une ÉCOLOGIE RÉVOLUTIONNAIRE   Mer 4 Oct - 15:43


le concept de nature ne coule pas de source
mais la sécheresse met le feu

je poursuis, dans le sujet ÉMEUTES, typologie formes/contenus..., l'alternance d'informations proprement dites, de théorisations et débats. Entre les deux, des études, comme celle-ci. Pas de quoi faire une typologie systématique des émeutes, mais assez pour en constater des circonstances de déclenchement et noter qu'elles concernent des situations où sont menacées en proportions variables la vie humaine et celle de son environnement, la "nature"

lier "ère des émeutes", comme vision partielle, et écologie, n'avait rien d'évident, la sécheresse le fait


LA SÉCHERESSE EST BEL ET BIEN SOURCE D'ÉMEUTES
Yves Sciama Sciences et vie  03 oct 2017

Pour la première fois, une étude établit un lien statistique entre les conditions météorologiques et les troubles sociaux en Afrique. De quoi espérer un jour, mieux anticiper les conflits.


Sécheresse ©️ Markus Spiske/Flickr/CC-BY-2.0

Citation :
Guerre en Syrie, au Soudan, Printemps arabe.... le lien entre sécheresse et troubles politiques avait déjà été fait par des analystes. Mais jusqu'ici, ce constat était uniquement empirique. Pour la première fois, une étude vient d'établir un lien statistique fort entre données météorologiques et conflits sociaux.

Une équipe, dirigée par le chercheur français Jeremy Lucchetti, de l'Université de Genève, a eu l'idée de croiser la base de données SCAD (qui recense avec précision la date et la localisation de 1800 troubles sociaux en Afrique), avec un indice de sécheresse mensuel, le SPEI (qui fait la différence entre les précipitations et l'évaporation sur des carrés de 50 km de côté).

Un mois de sécheresse augmente de 10% la probabilité d'émeute


Le résultat est remarquablement net : un mois de sécheresse suffit à augmenter de 10% la probabilité d'émeute. Si l'on ajoute certains facteurs aggravants comme la densité de la population, l'absence de réserve d'eau (lac ou fleuve), et la coexistence d'ethnies, la probabilité s'accroît de 50%. Et dans les régions les plus agricoles, la probabilité est carrément... triplée (+ 300%).

Mieux identifier les périodes et les zones à risque

« Le fait d'utiliser des bases de données que l'on puisse soumettre à des tests statistiques nous a été utile pour convaincre l'ONU, plutôt sceptique au départ, de la véracité de ce lien, commente Jérémy Lucchetti. Cette recherche a une utilité pratique - elle permet d'identifier des périodes et des zones à risque, et donc des priorités d'action. »

Ces travaux mêlant météorologie et sciences sociales ouvrent de nombreuses pistes de recherches complémentaires. Par exemple, ils pourraient révéler quelles pratiques ou réponses permettent d'éviter des troubles en dépit de mauvais indicateurs de sécheresse.

Les chercheurs, qui ont d'abord testé leur démarche sur l'Afrique subsaharienne, parce que c'est une région agricole dotée de structures étatiques fragiles, veulent désormais voir dans quelle mesure cette corrélation tient dans des régions plus développées. Ils démarrent une étude en Inde, où les structures sociales sont plus contrastées.

en somme, c'est encore un champ où plusieurs facteurs sont liés sans qu'on puisse les présenter comme une "dialectique" de circonstances séparées dans la réalité, que la théorie devrait "articuler". Ici l'on vérifie que « la nature n'existe pas » en dehors du rapport activité humaine-nature biologique, qu'elle n'est qu'une production sociale historique

ailleurs on vérifiait qu'il est impossible, si l'on prend en compte le facteur quantitatif, de séparer critique du genre (domination masculine structurelle et sociétale), critique décoloniale et rapports sociaux capitalistes, tout simplement parce qu'aucune lutte réelle massive et durable ne le fait, si l'on en sort celles qui n'ont qu'un caractère militant et intermittent qui en sont un reflet politique assez réducteur

ici, le lien d'une situation et d'un contexte particulier au capital ne produit pas une lutte prolétarienne - peut-on dire sous-prolétarienne ? -, mais qui met néanmoins en jeu la totalité de ce mode de production en tant qu'il détruit le vivant, lutte qui porte donc une dimension immédiatement universelle (voir pour un UNIVERSALISME PLURIVERSEL, le communisme universel !)

le tissage de ces luttes particulières ne se fait pas en descendant de l'idée d'un communisme universel, mais à partir de leurs contextes mêmes. C'est en ceci qu'elles produisent leur propre théorie générale, et contiennent la possibilité de l'émergence d'une classe révolutionnaire globale

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