PATLOTCH / COMMUNISME et CIVILISATIONS

CONTRE LE CAPITAL, LES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES, ÉCOLOGISTES... et POÉTIQUES !
 
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 PETITS CHANGEMENTS DEVIENDRONT GRANDS ?

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PEUTÊTRE



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MessageSujet: PETITS CHANGEMENTS DEVIENDRONT GRANDS ?   Jeu 6 Sep - 22:56


ce sera une rubrique fourre-tout de veille sur des changements dans les comportements, croyances, mœurs... Significatifs et durables ou pas, ils s'inscrivent dans l'air du temps en modifiant insensiblement l'idéologie dominante, ou le rapport à l'avenir face aux peurs suscitées par les alertes écologistes, mais aussi féministes et sociales

notre hypothèse relève de l'intuition, à vérifier empiriquement, que le système de croyances est en train de changer, mais à ce stade, nous n'entendons pas en tirer de plans sur la comète théorique d'un changement de civilisation



L'étude du CREDOC / Consommation et modes de vie :
Les nouvelles générations transforment la consommation de viande PDF septembre 2018
> Baisse de 12 % de la consommation de produits carnés en dix ans
> Une baisse plus marquée chez les cadres et les ouvriers
> Les nouvelles générations consomment la viande autrement
> L’évolution de la consommation de viande accompagne celle des régimes alimentaires


Alors qu'une étude du Credoc révèle que la consommation de viande a reculé de 12% ces dix dernières années en France, le Dr Arnaud Cocaul, médecin nutritionniste, constate jeudi sur franceinfo "une prise de conscience" de la population sur la nécessité, selon lui, de diminuer sa consommation de viande.

Citation :
franceinfo : Constatez-vous cette baisse au quotidien, et la conseillez-vous ?

Arnaud Cocaul : Je constate au quotidien que les patients qui viennent me voir font état de nouvelles habitudes alimentaires ou nouvelles tentations alimentaires. Il est vrai que l'on voit monter, de plus en plus, une prise de conscience quant au fait que l'on ne peut pas continuer à manger de la viande et que sept milliards d'individus ne peuvent pas tous être nourris avec de la viande. Je conseille, en tant que nutritionniste, effectivement, de diminuer la viande, et d'aller vers des portions plus raisonnables en quantité, et également vers une qualité accrue, de faire attention à la traçabilité, etc… Et j'accompagne éventuellement les patients qui tentent d'aller vers le veganisme ou le végétalisme, de façon à ce qu'ils ne soient pas carencés en quoi que ce soit, en particulier en fer.

Les Français mangeaient en moyenne 153 g de produits carnés par jour en 2007, 135 g en 2016. A quoi cela correspond-il ?

Un steak moyen correspond, à peu près, à 120 g. Si vous prenez une entrecôte, certaines peuvent atteindre 500 g. On recommande, actuellement, d'après le dernier rapport de l'OMS qui va être dans le Programme national Nutrition-Santé quatrième version, de manger 500 g par semaine au maximum, et, au niveau de la charcuterie, d'être encore plus raisonnable, puisqu'il faut être à moins de 150 g.

Cette baisse concerne à peu près tout le monde, mais les jeunes continuent à manger pas mal de viande. Est-ce un problème ?

Un rapport, l'an passé, a mis en avant que le plat numéro un des Français était le hamburger. Donc, on continue à manger de la viande, mais les gens veulent avoir plus de qualité, que ce soit plus goûtu, et avoir une traçabilité. Les scandales sanitaires à répétition ont fait du mal à la confiance des consommateurs envers les industriels, et les industriels doivent absolument, maintenant, être transparents. Dès que vous avez un scandale, immédiatement, c'est répercuté sur les habitudes alimentaires : vous avez un scandale sur du lait, il va y a avoir une diminution du lait. Vous avez un scandale sur la viande, comme les lasagnes à la viande de cheval, c'est immédiatement suivi d'une conséquence, un boycott.

Dans ce cas, c'est un phénomène durable…

Il y a une prise de conscience du fait qu'il y a une surexploitation des bovins, des conditions d'abattage qui sont d'autant moins acceptables maintenant qu'il y a des images : en 2018 les gens voient comment cela se passe, et cela les traumatise. Et puis, on voit bien aussi qu'il y a cette industrialisation effrénée, surtout aux Etats-Unis, avec de la viande qui est avec des hormones, des antibiotiques, etc… et que cela a des répercussions, en fonction du mode d'élevage et en fonction de la façon dont la bête a été abattue, sur votre propre organisme. Vous allez créer des agents qui peuvent être agressifs sur votre propre santé et aller jusqu'à modifier votre ADN.

Par quoi remplace-t-on la viande si on ne veut pas être vegan ou végétarien ?

Il y a beaucoup de gens qui vont vers la volaille. Il est vrai que l'on recommande d'aller vers la volaille, pourquoi pas, toujours avec cette notion de traçabilité et faire en sorte que les bêtes soient élevées dans des conditions adéquates et en plein air. Les œufs sont une source de protéines pas chère. Il faut absolument réhabiliter les légumineuses, même si là, nous sommes plus dans le végétalien. C'est d'ailleurs ce que nous recommandons dans le Programme national Nutrition-Santé : avoir une consommation plus accentuée de lentilles, de pois chiche, etc… Vous pouvez avoir le steak de soja, pour ceux qui apprécient, les fruits de mer : les huîtres, les moules. Nous rentrons en période de moules, c'est excellent au niveau protéique, je recommande.

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PEUTÊTRE



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MessageSujet: Re: PETITS CHANGEMENTS DEVIENDRONT GRANDS ?   Ven 7 Sep - 12:55


jeunesse : engagement ou dégagement ?

nous poursuivrons ces publications avec ou sans commentaire. L'intérêt des études peut être celui des données, comme faits objectifs, sans que nous partagions l'analyse par leurs sources. Le Credoc (hier) comme le Cnesco (ci-dessous) sont des organismes sous tutelle ministérielle

il est clair par exemple que nous interprétons différemment de l'État ou des citoyennistes le désintérêt des jeunes pour la démocratie politique. Nous relevons qu'il ne s'accompagne pas massivement d'un repli sur soi individualiste. D'une façon générale dans ce sujet d'enquête sur les évolutions sociétales, ce sont les phénomènes de masse qui nous intéressent, pas le caractère marginal des engagements plus radicaux


Les lycéens préfèrent le bénévolat à la politique
Violaine Morin LE MONDE  07.09.2018

Selon une enquête du Conseil national d’évaluation du système scolaire, plus de 40 % des élèves de terminale s’impliquent dans des organisations humanitaires ou environnementales.

Citation :
Non, les jeunes ne se fichent pas de tout. Certes, l’engagement dans des partis politiques ou des syndicats n’a plus leur faveur depuis longtemps mais ils s’intéressent néanmoins à la vie civique. C’est ce que nous apprend l’étude « Bénévolat, projets citoyens, élections, vie du lycée… : les lycéens veulent-ils encore s’engager ? » publiée vendredi 7 septembre par le Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco), l’un des volets de sa grande enquête nationale sur l’école et la citoyenneté qui porte sur 16 000 collégiens et lycéens et qui sera présentée en 2019.
Pour ce premier chapitre, les répondants – 6 600 élèves de terminale – dressent logiquement le portrait d’une jeunesse désengagée du politique mais « pas apathique civiquement » selon la présidente du Cnesco, Nathalie Mons. Une tendance déjà démontrée chez les Français en général : une certaine défiance envers les institutions et un rapport « intermittent » au vote. Deux tiers d’entre eux ont une confiance modérée dans le système démocratique et 37 % seulement se « sentent capables de participer à la vie politique ». Seuls 12 % déclarent s’être déjà engagés en politique.

Mais les jeunes s’engagent malgré tout, différemment. 44 % d’entre eux sont engagés ou se sont engagés par le passé dans des associations humanitaires ou de défense de l’environnement, et 75 % déclarent souhaiter s’engager à l’âge adulte. Mais les lycéens annoncent d’emblée qu’ils choisiront des actions ponctuelles, et non affiliées à une organisation politique. La volonté de s’engager dans un syndicat ne concerne par exemple que 33 % des lycéens. En revanche, 71 % d’entre eux se disent prêts à signer des pétitions, 62 % à participer à des manifestations et 58 % à agir via le boycott de produits.

Des lycéens en rupture avec la vie collective
Cependant, certaines catégories de jeunes ne souhaitent pas s’engager. De fait, 4 % des lycéens (soit 28 000 élèves) sortiront du lycée avec le projet de ne pas s’engager du tout dans la vie de la société. Deux profils de lycéens présentent cette volonté : les lycéens les plus fragiles (11 % des élèves aux résultats scolaires faibles et 11 % des élèves de lycée professionnel) et les très bons élèves.

Les premiers n’ont pas l’intention de s’investir dans des actions revendicatives de contestation du système, via des pétitions, manifestations ou boycotts. L’étude portant sur des élèves de terminale, il faut se garder de généraliser ces chiffres à toute leur tranche d’âge : à ce stade de la scolarité, l’école a déjà écrémé une partie de la jeunesse la plus fragilisée, potentiellement touchée par le même phénomène – les décrocheurs scolaires et les jeunes orientés avant le lycée vers les filières professionnelles (CAP).

Enfin, les seconds, eux aussi, sont 12 % à envisager de ne pas du tout s’engager dans la vie sociale à l’avenir. 31 % de ces très bons élèves disent avoir « peu ou pas confiance » dans le système démocratique.

Sur ce point, le Cnesco avance plusieurs explications : il existe un profil d’adultes CSP + présentant une forte défiance dans les institutions. Cette élite scolaire désintéressée pourrait donc préfigurer de futurs adultes qui ne s’intéressent tout simplement pas à la vie publique. Mais il peut aussi s’agir d’un surinvestissement scolaire qui les empêche d’envisager d’autres activités, les bons élèves étant moins nombreux à déclarer avoir déjà eu des activités annexes comme le bénévolat.

Un système scolaire en deçà des volontés d’engagement des élèves
L’école n’est donc pas entièrement à la hauteur sur ces sujets, et pour plusieurs raisons. D’abord parce que seuls 56 % des élèves qui déclarent « bien comprendre les questions politiques qui concernent la France » : les connaissances civiques des lycéens semblent être en deçà de l’investissement dans l’éducation à la citoyenneté. Avec douze années d’enseignement spécifique (les cours d’éducation morale et civique commencent dès l’école primaire), la France est en effet le pays européen qui propose dans ce domaine l’enseignement spécifique le plus long.

Ensuite, le désintérêt des meilleurs élèves pour la chose publique doit poser question, et l’école pourrait valoriser davantage l’engagement. Le Cnesco préconise ainsi la création d’un « compte temps de bénévolat », qui serait nécessaire pour avoir le bac. Un système similaire existe aux Etats-Unis, où les élèves doivent participer à des « community services » pour valider leur dernière année de lycée. En outre, l’école pourrait créer plus d’opportunités d’engagement, la vie lycéenne étant la première expérience de vie collective à portée des jeunes. Or, seuls 10 % des lycéens déclarent avoir fait du tutorat auprès des plus jeunes, et à peine plus ont déjà participé au journal du lycée.


BÉNÉVOLAT, PROJETS CITOYENS, ÉLECTIONS… LES LYCÉENS VEULENT-ILS ENCORE S’ENGAGER ?

Dossier de synthèse PDF

Citation :
LA RÉALITÉ DES ENGAGEMENTS CITOYENS DES LYCÉENS FRANÇAIS ............................................ 11
I. Première enquête depuis 13 ans sur les attitudes et engagements civiques des élèves..... 11

II. Les lycéens s’éloignent des institutions et des engagements civiques traditionnels ........... 12
Une confiance limitée dans leur pouvoir démocratique et dans les institutions ......................... 12
Des intentions d’engagement intermittent dans le vote lors des élections................................. 16
Un engagement politique limité, particulièrement chez les filles ................................................ 18
Les engagements syndicaux traditionnels relativement peu attractifs........................................ 19

III. Les lycéens souhaitent s’engager différemment
............................................................... 20
Un engagement bénévole plébiscité............................................................................................. 20
Un intérêt pour des actions revendicatives ponctuelles............................................................... 20

IV. L’école ne répond que partiellement aux nouveaux besoins d’engagement ...................... 21
La faiblesse des projets citoyens dans l’établissement................................................................. 21
Un engagement traditionnellement limité aux délégués ............................................................. 21
Un sentiment de ne pas être écoutés par l’institution ................................................................. 22
Des dispositifs d’engagement civiques trop limités pour faire participer les élèves.................... 22

V. Une vigilance nécessaire sur certains groupes de lycéens ................................................. 24
Les profils des lycéens totalement désengagés de la vie citoyenne ............................................. 24
L’élite scolaire à distance de l’engagement citoyen...................................................................... 26
Les fortes inégalités d’engagement citoyen entre les filles et les garçons................................... 26

PROJETS INNOVANTS SUR LES ENGAGEMENTS CITOYENS DES ÉLÈVES.......................................... 29

Rapport scientifique

Citation :
Introduction................................................................................................................................. 7
I. Sentiment d’efficacité politique interne et externe ................................................................ 9
A. Construction des indicateurs..................................................................................................... 10
1. Indicateur du sentiment d’efficacité politique interne ......................................................... 10
2. Indicateur du sentiment d’efficacité politique externe ........................................................ 13
3. Croisement des deux indicateurs du sentiment d’efficacité politique ................................. 16
B. Sentiment d’efficacité politique et caractéristiques des élèves ............................................... 17
1. Sentiment d’efficacité politique interne ............................................................................... 18
2. Sentiment d’efficacité politique externe............................................................................... 20

II. Engagement dans le cadre scolaire ...................................................................................... 22
A. Engagement dans des instances du lycée ................................................................................. 22
1. Profils des délégués............................................................................................................... 22
2. Importance attachée au rôle de délégué de classe............................................................... 25
B. Engagement dans des activités au sein du lycée ...................................................................... 28
1. Formes d’engagement au sein du lycée retenues dans l’enquête........................................ 28
2. Réponses des élèves.............................................................................................................. 30

III. Engagement associatif......................................................................................................... 33
A. Engagement sociétal ................................................................................................................. 33
B. Engagement politique ............................................................................................................... 36
C. Engagement religieux................................................................................................................ 39
D. Engagement sportif................................................................................................................... 40
E. Engagement artistique et culturel............................................................................................. 42
F. Profils des élèves qui s’engagent dans une association............................................................ 44
IV. Engagement futur............................................................................................................... 47
A. Engagement électoral................................................................................................................ 47
B. Engagement politique actif ....................................................................................................... 52
C. Engagement bénévole............................................................................................................... 56
D. Engagement protestataire ........................................................................................................ 59
2
Conclusion ................................................................................................................................. 65
Références................................................................................................................................. 67
Annexe 1.................................................................................................................................... 71
Annexe 2.................................................................................................................................... 73
A. Engagement dans des instances du lycée ................................................................................. 73
B. Engagement dans des activités du lycée................................................................................... 75
Annexe 3.................................................................................................................................... 77
A. Engagement associatif – sociétal .............................................................................................. 77
B. Engagement associatif – politique ............................................................................................ 79
C. Engagement associatif – religieux ............................................................................................. 81
D. Engagement associatif – sportif ................................................................................................ 83
E. Engagement associatif – culturel .............................................................................................. 85
Annexe 4.................................................................................................................................... 87
A. Engagement électoral................................................................................................................ 87
B. Engagement politique actif ....................................................................................................... 90
C. Engagement bénévole............................................................................................................... 93
D. Engagement protestataire ........................................................................................................ 95

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MessageSujet: Re: PETITS CHANGEMENTS DEVIENDRONT GRANDS ?   Mar 11 Sep - 13:18


Sommes-nous des mutants ?
L'Obs 23 mars 2014

L'homme change désormais à une vitesse qui n'a plus rien à voir avec l'évolution darwinienne. Entretien avec le biologiste Jean-François Bouvet, qui publie un essai passionnant sur les mutations en cours.


Citation :
En quelques décennies seulement, l'«Homo sapiens» a considérablement changé, sans avoir pour autant subi de réelles mutations génétiques.

Jean-François Bouvet Oui, c'est bien ce qui m'intéresse, et fait l'objet de mon livre, car on n'avait jamais rien vu de tel, ni avec l'humain, ni avec aucune autre espèce: ce changement «en live», qui se déroule sous nos yeux. Tandis que l'Evolution, par sa lenteur, oeuvre d'une façon invisible.

Mais les humains actuels sont - en moyenne, et d'une façon quasi fulgurante à l'échelle des temps biologiques - devenus plus grands, et plus obèses; ils vivent bien plus vieux; l'âge de la puberté s'abaisse, surtout pour les filles, alors que partout le sperme des garçons contient presque deux fois moins de spermatozoïdes qu'il y a quarante ans; ces mêmes garçons connaissent une diminution de... leur distance ano-génitale, celle qui sépare l'anus de la base postérieure des bourses, et constitue un indice de féminisation - tout comme la baisse concomitante du taux de testostérone, qu'attestent de nombreuses études; à force de vivre à l'intérieur, et de ne contempler que de proches écrans en guise d'horizons lointains, la proportion des myopes explose.

Notre flore intestinale se modifie au gré des aliments nouveaux, nous rendant inaptes à digérer les anciens - tout en multipliant les allergies. Ces bouleversements se produisent à une vitesse effarante. Même si nous avons peu «évolué», il devient impossible de soutenir que l'homme «moderne» n'a pas changé depuis le néolithique.

L'être humain, avec ses conditions de vie de plus en plus artificielles, aurait-il échappé à la nature, donc à l'évolution darwinienne ?

C'est vrai en bonne partie : grâce aux progrès de la médecine, beaucoup d'humains, que la nature aurait condamnés, atteignent l'âge de la reproduction, et donc propagent leurs gènes. Cependant la sélection naturelle n'a pas totalement disparu, et fait un peu de résistance.

On le voit avec certaines maladies, dont le paludisme, qui tue des millions d'enfants avant l'âge de la reproduction - et les empêche de perpétuer leurs éventuels facteurs de vulnérabilité vis-à-vis du parasite. Et le fait de manger des nourritures toujours plus molles, hachées d'avance, réduit le rôle de l'appareil masticatoire, qui se réduit - et pose problème avec les dents de sagesse devenues inutiles.

Mais il faut bien constater que nous sommes de moins en moins des «enfants de Darwin», et que d'autres facteurs de changement sont à l'oeuvre - par les moeurs, la médecine, l'alimentation, et surtout... le pouvoir d'achat: l'homme est dorénavant sous l'influence de choses qui découlent de lui.

Il s'agit de facteurs qui, pour plusieurs, sont potentiellement réversibles: ainsi, l'allongement de l'espérance de vie, croisé avec la crise économique, risque-t-il de ne pas durer - et, en attendant, de se concrétiser par un «gain» en années... de maladie. Certaines statistiques de l'Inserm constatent déjà, pour la France, que l'«espérance de vie sans maladie chronique» est en diminution.

Il n'y a donc plus grand sens à tenter d'extrapoler l'avenir de l'homme selon les concepts darwiniens ?

Non, car nous n'avons aucune idée des contraintes qui seront celles de notre espèce. L'homme cherchera toujours à s'adapter, mais à quoi? A quelles pressions climatiques, économiques, sanitaires, démographiques, alimentaires, énergétiques devra-t-il faire face...? Nous n'en savons rien.

Le quotidien britannique «The Sun» s'était essayé en 2012 à un pareil exercice, dessins à l'appui, pour dresser le portrait-robot de l'Homo sapiensen l'an 3000: très grand, mais avachi, avec des dents et des testicules minuscules, de grands bras et un cerveau réduit (pour cause d'ordinateur y suppléant), et de grands yeux (pour une communication plus visuelle qu'orale), etc. Mais il ne s'agit que d'élucubrations de tabloïd, sans la moindre validation scientifique, de toute façon impossible.

Contrairement à ce que l'on avait pensé après le fameux décryptage du génome, l'être humain - pas plus qu'aucun individu d'une autre espèce - ne se réduit à ses gènes. Et deux clones ne sont jamais identiques.

En effet, la donne a beaucoup changé, et il nous faut aujourd'hui compter avec l'épigénétique - la façon dont les gènes s'expriment, ou pas, ou différemment, en fonction des conditions rencontrées dans le milieu, ou de l'histoire personnelle de l'individu.

Or nos gènes sont influencés dans leur mode d'expression, par exemple par les polluants chimiques. Ils sont ainsi modulés, puis transmis tels quels à la descendance - comme une mémoire informatique qui n'aurait pas été «rebootée».

C'est ainsi que les agressions chimiques - comme celles dues aux perturbateurs endocriniens, ou aux médicaments qui imbibent notre univers - sont, le plus génétiquement du monde, transmises à notre descendance. Cela a été démontré sur les souris : il y a bel et bien transmission des caractères acquis, ce qui rappelle un peu les théories discréditées du biologiste Lamarck.

Mais au moins il s'ensuit qu'il est impossible de fabriquer en série de vrais clones humains, ce qui nous libère d'une ancienne angoisse.

Mais c'est pour faire place à une autre, scientifiquement validée celle-ci par l'expérimentation animale: sur plusieurs générations, on hérite de beaucoup d'effets pervers, indésirables, des substances toxiques subies par les ascendants.

Ces modifications fâcheuses vont-elles se perpétuer indéfiniment, avant qu'enfin les gènes impliqués se «remettent à zéro» (dans leur état initial) ? On n'en sait rien, mais jusqu'ici, en expérimentation sur des lignées de souris, cette remise à jour n'a pas été constatée.

Or nous subissons une insidieuse pollution par les perturbateurs endocriniens, due notamment aux pesticides agricoles. Or non seulement il n'y a aucun espoir d'en être rapidement délivrés mais, en plus, il en existe énormément que nous n'avons pas encore identifiés.

Même si nous en étions miraculeusement débarrassés, ils resteraient dispersés dans les terres, les eaux, les sols. Et surtout, par l'épigénétique, même évanouis, ils continueraient à agir sur nos descendants, via des effets dits transgénérationnels.

La taille, la stature des humains, a fait l'objet de nombreuses modifications au fil des millénaires, et même seulement des siècles, pas toujours dans le sens que l'on pense.

Au moins dans la plupart des pays développés d'aujourd'hui, les humains grandissent à vue d'oeil. On en déduit volontiers que le phénomène résulte d'une meilleure alimentation et de meilleures conditions de vie. On en a la preuve expérimentale a contrario, par la comparaison des Coréens du Nord et du Sud.

Après un gros demi-siècle de frontière étanche, le résultat, hélas, est là: les adolescents nord-coréens font aujourd'hui en moyenne 20 centimètres de moins que leurs voisins du Sud. Seuls les dictateurs Kim Jong-il et Kim Jong-un, père et fils, pouvaient se permettre d'effectuer une expérience «scientifique» aussi éclairante - sur les humains plutôt que sur les rats !

L'ascension de l'espèce humaine, même correctement nourrie, a connu bien des vicissitudes...

C'est même une sorte de yo-yo : au paléolithique, hommes et femmes étaient aussi grand(e)s, voire davantage que les gens d'aujourd'hui. Mais les sujets de Louis XIV s'étaient en moyenne rapetissés d'environ 6 centimètres par rapport aux Français du Moyen Age...

On a cru pouvoir relier ces fluctuations à différents facteurs, dont les approvisionnements en nourriture, et les changements de température : plus il fait chaud, et plus on a besoin de surface corporelle pour évacuer les calories thermiques. En résumé : le réchauffement climatique devrait nous faire grandir encore un peu plus... sous réserve d'approvisionnements nutritionnels adéquats.

Propos recueillis par Fabien Gruhier

JEAN-FRANCOIS BOUVET, docteur ès sciences, est biologiste et essayiste. Il a publié notamment "la Stratégie du caméléon" (Points-Seuil) et, récemment, "le Camion et la poupée. L'homme et la femme ont-ils un cerveau différent ?" (Flammarion). Son dernier livre, édité chez Flammarion, vient de paraître: "Mutants. A quoi ressemblerons-nous demain ?

p. 196
Jean-François Bouvet a écrit:
[...] Homo sapiens apparaît à l'évidence placé dans une situation nouvelle sur le plan évolutif : il a tellement modifié son environnement chimique que sa biologie s'en trouve durablement affectée. Certes, il n'est pas nouveau que l'espèce humaine agisse sur son milieu, et la différence avec les époques antérieures peut ne sembler que quantitative. Sauf que son ampleur est telle que le saut apparaît bel et bien qualitatif. Le changement environnemental généré par l'homme actuel est en effet si important qu'il devient un facteur à la fois direct et majeur de son propre changement. C'est donc à un processus évolutif de type rétroaction que nous assistons : l'homme est sous l'influence de choses qui découlent de lui. Dès lors, il ne paraît pas légitime de parler de rétro-évolution, puisqu'il s'agit d'une évolution en retour. Elle se traduit de manière souvent négative - obésité, baisse du taux de spermatozoïdes... et autres dommages collatéraux.

focaliser sur le fait que "le capital détruit le vivant" pousse aux thèses du catastrophisme et plus récemment à la collapsologie

toujours est-il que les mutations en cours accroissent le degré d'imprévisibilité quant à l'avenir du vivant et de l'humanité. Les options "communistes" y sont prises tant au niveau des rapports humains "internes" notamment de genre quant à la tendance à la séparation entre reproduction et sexualité*, qu'"externes" dans le dit "rapport à la nature" avec les facteurs de rétroaction évoqués. On trouve des apprentis sorciers des deux côtés de la lutte des classes, et même des communistes et anarchistes partisans du transhumanisme, nouvelle variante de « l'homme nouveau ». C'est en quelque sorte le symétrique des options anti-sciences envisagées par Jacques Camatte : à chacun sa Gemeinwesen... Dans ces conditions on ne peut préjuger de l'option qu'emprunterait une "révolution communiste", et il est devenu aujourd'hui impossible de n'en faire qu'une contradiction entre classes. Le problème appelle à creuser la place des sciences dans un processus révolutionnaire (cf le sujet SCIENCES et PERSPECTIVE COMMUNISTE) et celui d'une éthique communiste bien au-delà des réflexions actuelles sur l'éthique scientifique

* la perspective de l'utérus artificiel permet de penser autrement l'identité sexuelle, et même d'envisager la disparition de la différence entre les sexes. Où l'on voit que les partisans communisateurs de "l'abolition du genre" peuvent rejoindre les tenants des manipulations génétiques. S'y profile l'idée que le charnel, toujours associé au féminin, est inférieur, et que le progrès consiste à éliminer cette dimension du corps

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MessageSujet: Re: PETITS CHANGEMENTS DEVIENDRONT GRANDS ?   Mar 11 Sep - 21:00


collapsologie : administration idéologique de la catastrophe capitaliste


puisque nous avons ci-dessus évoqué la collapsologie, voici un article digne d'intérêt, à ceci près que nous ne voyons pas alors, puisque l'industrie n'a jamais existé que dans le mode de production capitaliste, pourquoi parler de « civilisation industrielle » et non de civilisation capitaliste, même si l'expression a quelque chose d'un oxymore selon l'acception de ce qui serait civilisé ou non. Comme s'il était possible d'envisager un capitalisme non industriel, au sens de la production de masse de marchandises, ou si un au-delà du capitalisme pouvait être industriel (dans le marxisme dit productiviste par exemple, qui a du plomb dans l'aile depuis belle lurette)

autrement dit, pour nous, sous l'angle de la production de marchandises : civilisation capitaliste <=> civilisation industrielle, mais la première n'est pas qu'industrie...


Le problème de la collapsologie
Nicolas Casaux, Le Partage, Critique sociologique radicale 28 mars 2018

« Qualifier la société de thermo-industrielle permet aussi de négliger tout ce qui d’ores et déjà s’y produit en matière de coercitions et d’embrigadement, sans contribuer, ou si peu, à l’épuisement des ressources énergétiques. On passe d’autant plus volontiers là-dessus qu’on y trempe soi-même, à l’Éducation nationale ou ailleurs. Attribuer tous nos maux au caractère « thermo-industriel » de cette société est donc assez confortable, en même temps qu’assez simpliste pour combler les appétits critiques des niais et des crétins arrivistes, déchets ultimes de l’écologisme […]. »
— René Riesel et Jaime Semprun, Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable, Éditions de l’Encyclopédie des Nuisances (2008).

France Culture, Le Monde, Le Point, Les Echos, Libération, Mediapart, LCI, L’Obs
, sont quelques-uns des médias grand public qui ont choisi de faire la promotion du courant relativement récent de la « collapsologie ».

Citation :
La « collapsologie » — néologisme issu du latin lapsus qui signifie « chute », inventé (« avec une certaine autodérision ») par les chercheurs Pablo Servigne et Raphaël Stevens dans leur livre Comment tout peut s’effondrer, petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes (Seuil) — désigne, toujours selon eux : « l’exercice transdisciplinaire d’étude de l’effondrement de notre civilisation industrielle, et de ce qui pourrait lui succéder, en s’appuyant sur les deux modes cognitifs que sont la raison et l’intuition, et sur des travaux scientifiques reconnus. »

Derrière cette définition un peu nébuleuse, la collapsologie se caractérise — dans les publications qui lui sont associées, comme le livre de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, les conférences qu’ils tiennent ou que d’autres personnes proposent sur ce sujet — par des perspectives et des analyses parfois contradictoires, ou bien trop limitées.

Dans l’ensemble, elle correspond à une réflexion qui admet l’inéluctabilité de l’effondrement de la civilisation « thermo-industrielle », qui le considère comme un drame, comme une « catastrophe » (Pablo Servigne et Raphaël Stevens dans leur livre précité), et qui implique de « faire le deuil de notre civilisation industrielle » (ibid.). La réalisation de ce que la civilisation industrielle n’est pas viable, de ce qu’elle est vouée à s’auto-détruire, constitue, à leurs yeux, « un énorme choc qui dézingue les rêves » (ibid.), une « mauvaise nouvelle » (ibid.). Ils citent même, à ce propos, cette phrase de Jean-Pierre Dupuy : « C’est parce que la catastrophe constitue un destin détestable dont nous devons dire que nous n’en voulons pas qu’il faut garder les yeux fixés sur elle, sans jamais la perdre de vue. »

Mais avant de continuer à examiner cet aspect de la collapsologie, un rappel : au-delà du fameux Rapport Meadows de 1972 sur « les limites à la croissance », de nombreux courants, collectifs et individuels ont réalisé et dénoncé l’insoutenabilité de la civilisation industrielle il y a bien longtemps, et bien souvent sans avoir eu besoin, pour cela, d’une avalanche de « chiffres », de « données » et « d’études scientifiques ». Le seul bon sens leur aura suffi.

Citons, pour exemple, Aldous Huxley dans un essai de 1928 intitulé « Progress : How the Achievements of Civilization Will Eventually Bankrupt the Entire World » (en français : « Le progrès : comment les accomplissements de la civilisation vont ruiner le monde entier ») publié dans un vieux numéro du magazine Vanity Fair, pour lequel il écrivait à l’époque :

« La colossale expansion matérielle de ces dernières années a pour destin, selon toute probabilité, d’être un phénomène temporaire et transitoire. Nous sommes riches parce que nous vivons sur notre capital. Le charbon, le pétrole, les phosphates que nous utilisons de façon si intensive ne seront jamais remplacés. Lorsque les réserves seront épuisées, les hommes devront faire sans... Cela sera ressenti comme une catastrophe sans pareille. »

En France des anarchistes naturiens de la fin du XIXe siècle à de nombreux écologistes du 20ème siècle (on peut penser à ceux du journal La Gueule Ouverte), en passant par les situationnistes, les auteurs de l’Encyclopédie des Nuisances, et bien d’autres (Bernard Charbonneau, Jacques Ellul, Ivan Illich, etc.), beaucoup nous ont averti et nous avertissent depuis longtemps de l’insoutenabilité de la civilisation industrielle.

Ainsi Pierre Fournier écrivait dans le journal Hara-Kiri Hebdo du 28 avril 1969 :

« Pendant qu’on nous amuse avec des guerres et des révolutions qui s’engendrent les unes les autres en répétant toujours la même chose, l’homme est en train, à force d’exploitation technologique incontrôlée, de rendre la terre inhabitable, non seulement pour lui mais pour toutes les formes de vie supérieures. Le paradis concentrationnaire qui s’esquisse et que nous promettent ces cons de technocrates ne verra jamais le jour parce que leur ignorance et leur mépris des contingences biologiques le tueront dans l’œuf. »

Tandis qu’aux États-Unis, l’historien et sociologue états-unien Lewis Mumford écrivait, dans un article publié en 1972 :

« Malgré toutes ses inventions variées, les dimensions nécessaires à une économie de vie font défaut à notre économie technocratique actuelle, et c’est l’une des raisons pour lesquelles apparaissent des signes alarmants de son effondrement. »

Il ajoutait également qu’il « devrait être évident que cette société d’abondance est condamnée à périr étouffée sous ses déchets [...] ».

Toute l’œuvre littéraire de l’écologiste étasunien Derrick Jensen (et des écologistes des courants anti-industriel et anti-civ en France, aux EU et ailleurs), depuis son premier livre publié en 1995, se base sur la compréhension de ce que la civilisation industrielle est fondamentalement destructrice et qu’elle est au bout vouée à s’auto-détruire.

Tout cela pour dire que cette réalisation n’est pas nouvelle, que de nombreux individus se sont efforcés de l’exposer et s’efforcent de l’exposer depuis déjà longtemps. Seulement, la manière dont ils le faisaient et dont ils le font n’est pas médiatiquement recevable (politiquement correcte), contrairement à la manière dont les collapsologues discutent de ce sujet, comme nous allons le voir.

Reprenons l’examen de la collapsologie. Une des raisons pour lesquelles les médias grand public s’autorisent à la promouvoir, c’est qu’elle considère l’effondrement de la civilisation industrielle comme une « catastrophe », un drame, une terrible nouvelle. Du point de vue de la culture dominante, qui détruit les biomes et les espèces du monde entier pour satisfaire sa frénésie de croissance et de progrès, cette perspective est logique. Mais pour tous ceux qui se sont défaits de l’aliénation qu’elle impose, pour les peuples autochtones du monde entier, menacés de destruction (et non pas d’extinction) à l’instar de toutes les espèces vivantes, pour les rivières, les saumons, les ours, les lynx, les loups, les bisons, pour les forêts, pour les coraux, et ainsi de suite, la catastrophe est la civilisation industrielle, et son effondrement, lui, constitue la fin d’un désastre destructeur qui accable la planète depuis bien trop longtemps.

Considérer l’effondrement de la civilisation industrielle comme la catastrophe, c’est perpétuer le paradigme destructeur qui le précipite. Si la culture dominante, la civilisation industrielle, se dirige vers son effondrement, si elle détruit les écosystèmes du monde entier, c’est entre autres parce qu’elle ne considère pas le monde naturel et ses équilibres et ses dynamiques comme primordial. Au contraire, ce qu’elle considère comme primordial, c’est elle-même, son propre fonctionnement, sa croissance, son développement, ses industries, etc.

C’est précisément parce que la civilisation industrielle est profondément et fondamentalement narcissique, qu’elle ne se soucie que d’elle-même, qu’elle est amenée à détruire tous les autres (les autres espèces et les autres cultures), tout ce qui n’est pas elle.

Ainsi, considérer l’effondrement de la civilisation industrielle comme la catastrophe, c’est perpétuer le paradigme destructeur qui le précipite, c’est perpétuer le narcissisme qui est au cœur de ses pulsions destructrices.

L’effondrement de la civilisation industrielle est une solution, pas un problème. La santé de la biosphère est ce qu’il y a de plus important. Au-delà de l’aspect empathique élémentaire qui devrait nous pousser à nous soucier des autres, il s’agit également d’une réalité écologique élémentaire. Nous ne pouvons pas vivre sans une biosphère saine.

Pourtant, à côté de cette tendance majeure qui consiste à percevoir l’effondrement comme une catastrophe, dans leur livre, Pablo Servigne et Raphaël Stevens nous rappellent que :

« Dans un texte publié en décembre 2013, le cocréateur du concept de permaculture, David Holmgren, plus pessimiste que jamais, s’inquiétait des récentes découvertes sur les conséquences du réchauffement climatique. Selon lui, la seule issue pour éviter de trop graves dommages sur la biosphère serait désormais de provoquer un effondrement rapide et radical du système économique global.

La proposition a généré une grande controverse chez les collapsologues du monde entier, qui est loin d’être terminée... »


David Holmgren semble avoir les pieds sur Terre.

Le principal problème de la collapsologie relève donc du narcissisme qu’elle perpétue (l’effondrement comme la catastrophe plutôt que la civilisation industrielle comme la catastrophe).

Ce narcissisme s’observe également dans les questions souvent posées par les collapsologues vis-à-vis de l’effondrement :

« Comment fait-on pour “vivre avec”  ? » (Pablo Servigne et Raphaël Stevens)
« Comment vivre avec toutes ces nouvelles tristes sans sombrer ou rester dans la dépression   ? » (Clément Montfort dans un billet publié sur Reporterre (1)
« Qu’est ce qui nous attend concrètement   ? Comment s’y préparer  ? » (ibid.)

Beaucoup de leurs questions tournent autour d’un « nous » ou d’un « on » qui désignent quelques habitants des pays riches qui redoutent la fin de leur mode de vie destructeur, basé sur l’exploitation systématique de tout une myriade d’autres, d’autres êtres humains et d’autres espèces.

Une autre citation tirée du livre de Pablo Servigne et Raphaël Stevens qui rend particulièrement flagrant le narcissisme de la collapsologie :

« Au fond, la vraie question que pose l’effondrement de la civilisation industrielle, au-delà de sa datation précise, de sa durée ou de sa vitesse, c’est surtout de savoir si nous, en tant qu’individus, allons souffrir ou mourir de manière anticipée. Projetée à l’échelle des sociétés, c’est la question de la pérennité de notre descendance, et même de notre “culture”. »

Là encore, plutôt que de se soucier du sort de ces autres, actuellement exploités, torturés ou tués par le fonctionnement normal de la civilisation industrielle, c’est du futur du leur que ces privilégiés du monde se soucient avant tout.

Rien d’étonnant. La plupart de ceux qui promeuvent la collapsologie (et dans une autre mesure, de ceux qui s’y intéressent) ne sont pas issus des milieux militants, des luttes contre les injustices sociales, ils ne sont pas de ceux que le fonctionnement normal, quotidien – diaboliquement et fondamentalement inique – de la civilisation industrielle révulse. D’où la citation introductive de René Riesel et Jaime Semprun.

Et pourtant, dans leur livre, Pablo Servigne et Raphaël Stevens expliquent que les inégalités sont un des facteurs dont découle la destructivité de la civilisation industrielle. Malheureusement, dans l’ensemble, et notamment dans les médias grand public, ne reste de leur réflexion qu’une « critique écologique expurgée de toute considération liée à la critique sociale » (Jaime Semprun et René Riesel).

L’objet de ce billet n’étant pas d’examiner toutes les exploitations, toutes les coercitions, toutes les aliénations, toutes les acculturations, tous les embrigadements, tous les conditionnements, qui constituent la civilisation industrielle (et la civilisation tout court), et dont elle dépend, fondamentalement, je me contenterai de rappeler que les quelques objets que monsieur tout le monde utilise au quotidien le lient à l’exploitation d’une multitude d’individus et d’endroits du monde (endroits constitués d’autres individus non-humains, végétaux, animaux, etc.), dont il ignore à peu près tout, et que de cette ignorance des conséquences réelles de son mode de vie découlent les horreurs les plus diverses et les plus insoupçonnées (2). Il nous suffirait d’examiner la fabrication d’un téléphone portable, d’une télévision, d’un t-shirt Nike, ou d’une simple brosse à dent, ou encore d’un ballon de foot, d’une voiture, ou de n’importe quel objet produit en masse, de n’importe quelle infrastructure industrielle, pour trouver d’innombrables destructions environnementales et asservissements sociaux.

La collapsologie, en s’appuyant uniquement « sur des travaux scientifiques reconnus » (considérés comme tels par l’autorité dominante de la Science institutionnelle moderne), et d’ailleurs en le vantant, sert également à renforcer le règne de l’expertise officielle, du « fétichisme de la connaissance quantitative » (Jaime Semprun et René Riesel).

Ce règne de la Science institutionnelle et de la connaissance quantitative a été (et est) une des raisons pour lesquelles ceux qui dénonçaient (et dénoncent) l’insoutenabilité et la destructivité de la civilisation industrielle simplement sur la base du bon sens et de l’observation sont souvent moqués, ignorés ou dénigrés.

Ainsi que Jaime Semprun et René Riesel l’écrivent dans Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable :

« Le fétichisme de la connaissance quantitative nous a rendus si sots et si bornés qu’on passera pour un dilettante si l’on affirme qu’il suffisait d’un peu de sens esthétique – mais pas celui qui s’acquiert dans les écoles d’art – pour juger sur pièces. »

Ils ajoutent, à propos de la soumission à l’autorité Expertise-chiffrée-et-approuvée-par-les-institutions-scientifiques :

« Telle est en effet la rigueur de l’incarcération industrielle, l’ampleur du délabrement unifié des mentalités à quoi elle est parvenue, que ceux qui ont encore le ressort de ne pas vouloir se sentir entièrement emportés par le courant et disent songer à y résister échappent rarement, quelque condamnation qu’ils profèrent contre le progrès ou la technoscience, au besoin de justifier leurs dénonciations, ou même leur espoir d’une catastrophe salvatrice, à l’aide des données fournies par l’expertise bureaucratique et des représentations déterministes qu’elles permettent d’étayer. »


Car « accepter de “penser” avec les catégories et dans les termes qu’a imposés la vie administrée » (Jaime Semprun et René Riesel, encore), c’est effectivement se soumettre aux limites, aux contraintes et aux risques que cela implique. Dont le risque de donner l’impression que puisque les choses sont mesurées et mesurables, alors elles sont d’une certaine manière maîtrisées et maîtrisables.

À ce propos, un autre extrait de l’excellent Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable de Riesel et Semprun :

« Le culte de l’objectivité scientifique impersonnelle, de la connaissance sans sujet, est la religion de la bureaucratie. Et parmi ses pratiques de dévotion favorites figure bien évidemment la statistique, par excellence science de l’État, effectivement devenue telle dans la Prusse militariste et absolutiste du XVIIIe siècle, qui fut aussi la première, comme l’a remarqué Mumford, à appliquer à grande échelle à l’éducation l’uniformité et l’impersonnalité du système moderne d’école publique. De même qu’à Los Alamos le laboratoire était devenu caserne, ce qu’annonce le monde-laboratoire, tel que se le représentent les experts, c’est un écologisme de caserne. Le fétichisme des mesures, le respect enfantin de tout ce qui se présente sous la forme d’un calcul, tout cela n’a rien à voir avec la crainte de l’erreur mais plutôt avec celle de la vérité, telle que pourrait se risquer à la formuler le non-expert, sans avoir besoin de chiffres. C’est pourquoi il faut l’éduquer, l’informer, pour qu’il se soumette par avance à l’autorité scientifique-écologique qui édictera les nouvelles normes, nécessaires au bon fonctionnement de la machine sociale. Dans la voix de ceux qui répètent avec zèle les statistiques diffusées par la propagande catastrophiste, ce n’est pas la révolte qu’on entend, mais la soumission anticipée aux états d’exception, l’acceptation des disciplines à venir, l’adhésion à la puissance bureaucratique qui prétend, par la contrainte, assurer la survie collective. »

Enfin, un autre problème de la collapsologie, en partie lié à tout ce qui précède, concerne la naïveté de son discours.

Mais pour le comprendre, récapitulons. En quoi tout cela pose-t-il problème  ?

Eh bien, si la collapsologie passe à la télévision et est promue dans les journaux, c’est parce qu’elle ne dérange pas plus que ça l’idéologie dominante : comme elle, elle considère que l’effondrement de la société industrielle est une catastrophe. En outre, la diffusion d’un tel message dans les médias ne fait que renforcer le climat d’insécurité et de peur qui garantit une population toujours plus docile et apathique. Du pain béni pour l’hyperplasie mondiale qui ne cesse de s’enrichir sur notre dos à tous (à ce sujet, le dernier rapport d’Oxfam (3) est effarant, comme ceux d’avant).

En effet, pour prendre un exemple, l’intervention de Pablo Servigne sur LCI s’est résumée à la prédiction d’un effondrement de la civilisation industrielle par manque de ressources (principalement). Aucune suggestion de ce que la civilisation industrielle constitue une catastrophe mortifère qui détruit, exploite, torture et asservit au quotidien humains et non-humains.

Tout ce que cela a dû instiller dans l’esprit du téléspectateur de LCI, c’est qu’il va falloir que les gouvernements et les experts se retroussent les manches pour trouver des moyens de faire continuer cette magnifique aventure de Progrès et de Bonheur™️ qu’est la civilisation industrielle.

Je crois savoir que Pablo Servigne a des penchants anarchistes. [sur le site de Yves Coleman, Mondialisme.org, un lien vers le blog Divergences, revue libertaire, lui-même important de Contretemps, revue néo-trotskiste) un entretien avec Pablo Sevigne]

Paradoxalement, en l’état des choses, le discours extrêmement modéré et anthropocentré (narcissique) de la collapsologie risque d’appuyer à la fois le narcissisme des habitants des pays riches qui vont principalement s’inquiéter de leur propre sort, de leur propre survie, ainsi que la soumission aux mesures gouvernementales et étatiques dont le discours dominant affirme et affirmera de plus en plus qu’elles permettent et permettront si ce n’est d’éviter l’effondrement, au moins de le repousser.

Les initiatives comme celle de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes n’émanent pas, ou du moins pas uniquement et pas principalement, d’une inquiétude narcissique, elles émanent d’un désir de faire cesser le désastre industrialiste, de défendre le monde naturel et tous ces autres que la civilisation ignore et méprise. Elles s’inscrivent dans une logique conflictuelle, d’opposition à l’État (et à la civilisation industrielle en général).

Actuellement (et dans les années à venir), le développement des technologies dites « renouvelables » (solaire, éolien, barrages, biomasse, etc.) et des hautes-technologies en général engendre (et va engendrer) une intensification (4), un accroissement, des pratiques extractivistes et de l’exploitation des « ressources naturelles » en général (au nom donc, de la « croissance verte (5) » et/ou du « développement durable »), qui correspondent à une aggravation significative de l’impact environnemental de la civilisation industrielle. Entre autres, parce que le solaire et l’éolien industriels requièrent des métaux et minerais rares que l’on trouve en quantité limitée et en certains endroits du globe uniquement. L’extraction, le traitement et l’exploitation de ces matières premières génèrent d’ores et déjà une catastrophe écologique (6).

Les États du monde et leurs dirigeants (PDG et politiciens) connaissent ces problèmes écologiques et s’en moquent éperdument – c’était attendu. Les dirigeants étatiques savent que cela risque de créer de nouveaux conflits internationaux. Ils se disent prêts à affronter cette éventualité, ainsi qu’on peut le voir dans un rapport d’office parlementaire publié sur le site du sénat (7) et intitulé « Les enjeux stratégiques des terres rares et des matières premières stratégiques et critiques ».

De manière globale, la militarisation du monde va croissante, également à cause des prévisions concernant les migrations humaines massives que les changements climatiques vont engendrer, et des pénuries ou épuisements à venir ou de différentes ressources stratégiques (dont la terre elle-même, l’eau, etc.).

Les injustices massives vont perdurer et s’accentuer.

Plus que jamais, si nous voulons défendre le monde naturel contre les assauts qu’il subit et qu’il subira au cours des décennies à venir, nous avons besoin d’une résistance organisée, qui assume une conflictualité délibérée vis-à-vis de l’État, ainsi que Notre-Dame-des-Landes nous l’a montré.

Les initiatives d’individus du monde riche cherchant à augmenter la résilience de leurs communautés (façon villes en Transition) à l’aide de panneaux solaires et d’éoliennes industriels ne feront qu’appuyer l’extractivisme des États et des corporations et l’exploitation d’esclaves modernes à travers le globe et surtout dans les pays pauvres.

Nous ne savons pas quand un effondrement se produira. Mais nous savons qu’actuellement les choses vont mal et qu’elles vont empirer, pendant un certain temps.

Pour celui qui se bat contre l’agrégat d’exploitations et d’injustices qui compose la civilisation industrielle, la perspective de son effondrement n’est qu’un espoir distant. De même que pour celui qui se bat contre l’accumulation des destructions écologiques qui la compose. Pour eux, l’effondrement constitue un évènement attendu avec impatience.

Plus haut, j’ai dit comment les collapsologues ont tendance à considérer l’effondrement à venir comme une catastrophe. C’est majoritairement et le plus souvent le cas. Mais pas toujours. Dans leur livre, Pablo Servigne et Raphaël Stevens, en plus de la timide référence à la position de David Holmgren, suggèrent de temps à autre que l’effondrement de la société industrielle sera une sorte de délivrance.

Cette ambivalence, cette incapacité à savoir ce qui constitue une catastrophe, de la civilisation industrielle ou de son effondrement, se double d’une incapacité à tenir un discours clair et cohérent sur ce qui est à entreprendre.

La web-série NEXT produite par Clément Montfort sur le thème de la collapsologie s’inquiète, à l’instar de la plupart des collapsologues, à la fois des désastres écologiques que la civilisation industrielle génère (les « anéantissements biologiques des écosystèmes ») ET de l’effondrement de cette civilisation (« les risques d’effondrement de notre civilisation »). L’épisode où Yves Cochet est interviewé, par exemple, ne fait que discuter de la perspective d’effondrement pour les humains qui vivent au sein de la civilisation industrielle, il y parle d’« événements dramatiques », d’un « certain type d’effondrement quand même assez atroce », du fait que « quelque chose d’aussi atroce que l’effondrement puisse arriver », d’une « réalité catastrophique qui nous attend », et de choses du genre. Après quoi on a le privilège de découvrir comment M. Cochet fait pour vivre avec cette idée d’effondrement (« Comment vous faites, vous personnellement au quotidien pour vivre avec cette idée d’effondrement   ? »).

Cette confusion quant à ce qui compte vraiment, cette consternante propension à considérer qu’il est en quelque sorte aussi problématique et aussi triste de voir le monde naturel partir en lambeaux que de concevoir l’effondrement de la monoculture mondialisée qui le détruit, est typique de la confusion culturelle et idéologique sur laquelle la civilisation industrielle s’est bâtie et qu’elle entretient toujours.

Pire, en réalité, cette série penche largement du côté du narcissisme des civilisés et se concentre principalement sur la catastrophe que l’effondrement va représenter pour les habitants des pays riches et pour les membres de la civilisation industrielle plus globalement.

D’ailleurs, dans l’épisode 4, intitulé « Bercy invite les collapsologues », nous suivons Pablo Servigne et Raphaël Stevens qui se rendent au Ministère de l’Économie et des Finances, en octobre 2016, pour participer à une réunion du Conseil Général de l’Économie organisée par une certaine Dominique Dron, qui y travaille et qui a apparemment beaucoup apprécié leur livre. Et l’on apprend que « lors de cette réunion, une vingtaine d’experts de l’État assiste à leur présentation » et que « le Conseil Général du Ministère de l’Économie rédige des avis et expertises à destination des ministres demandeurs ». Si Dominique Dron a apprécié leur livre, c’est parce que son contenu « était très intéressant pour notre activité portant sur les risques », pour « le travail de la section ‘sécurité-risque’ » qui s’occupe de « cyber-résilience » (qui vise à garantir des « systèmes numériques résilients »), mais aussi des « risques d’approvisionnement sur l’énergie », et d’autres choses dans « le domaine de l’énergie, le domaine de l’industrie, le domaine Télécom numérique, le domaine services financiers ». Nous avons là à la fois une collaboration avec les services de l’État, qui confirme l’absence d’esprit critique de ces collapsologues, leur sympathie pour l’État (ce qui infirme probablement ma remarque concernant les penchants anarchistes de Pablo Servigne), et une illustration de ce que la collapsologie peut servir au renforcement de l’État face aux multiples risques qu’il encourt et qu’il encourra davantage à l’avenir.

Et pourtant dans l’épisode 5, Yves Cochet parle des Zadistes et de ceux qui luttent contre divers projets étatico-corporatistes comme de « précurseurs ». Aider l’État ou lutter contre  ? On ne sait pas trop. Les deux apparemment.

L’article du journal Le Monde sur la collapsologie publié au début de cette année 2018 présente — évidemment — l’effondrement de la civilisation industrielle comme une catastrophe, tout en promouvant, à travers Jared Diamond, le mensonge raciste du pessimisme anthropologique, qui consiste en une affirmation grossière selon laquelle « l’homme s’est toujours comporté de façon dévastatrice dans ses relations avec tout ce qui vit ». Et passent aux oubliettes de l’histoire — rédigée par les vainqueurs — tous ces peuples qui vivaient d’une manière si ce n’est entièrement soutenable, au moins infiniment plus soutenable que les civilisés qui les ont massacrés. Sans parler de ceux qui subsistent encore aujourd’hui, en Inde, en Amazonie, en Océanie, en Afrique et ailleurs (des Jarawas aux Penan, en passant par les Pygmées), et que la civilisation industrielle détruit actuellement à petit feu.

Une manière de justifier et de rationaliser l’abominable au prétexte que c’est simplement la nature humaine (cette nature humaine qui n’est, en réalité, qu’une invention occidentale, ainsi que Marshall Sahlins le rappelle très justement).

C’est dire qu’en l’état des choses, la collapsologie renforce l’identification toxique de la plupart des gens qui vivent au sein de la civilisation industrielle à cette culture mortifère, au lieu d’encourager leur identification au monde naturel. Ainsi, elle sert les desseins destructeurs de l’État et des médias grand public, de leur propagande, de la culture dominante, bien plus qu’elle ne sert la planète et toutes les espèces vivantes.

On ne peut que souhaiter que ses promoteurs éclaircissent leur perspective, qu’ils s’affranchissent des relents toxiques de la culture dominante qui les empêchent de prendre position de manière plus déterminée, qu’ils intègrent la critique sociale à leur analyse, qu’ils adoptent une perspective plus compréhensive, biocentrée ou écocentrée, rejoignant ainsi, sans équivoque, le camp de ceux qui luttent contre la « guerre contre le monde vivant » que mène la civilisation industrielle, selon l’expression de George Monbiot.

cela étant, il nous semble bien que les deux champs de l'énergie et de la démographie sont déterminants pour penser un au-delà communiste du capitalisme. Nous y reviendrons

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