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 PRINTEMPS 2018, la convergence sans luttes vers les vacances, chronique et théorie

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PEUTÊTRE



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MessageSujet: Re: PRINTEMPS 2018, la convergence sans luttes vers les vacances, chronique et théorie   Jeu 10 Mai - 21:16


une explication contre l'auto-organisation des luttes

le Black Bloc relèverait d'une « maladie infantile » inconsciente
de « la nécessité de s’organiser dans une forme permanente de représentation »

nous nous demandions le 6 mai pourquoi le Black Bloc était absent le 5, à "la fête à Macron". Cet article subtil du nouveau journal mélanchoniste Le Média donne une explication intéressante ("L’ultra-gauche s’est donné le temps de la réflexion"), au milieu de considérations historiques qui le sont aussi, mais la chute cousue de fil blanc montre que l'auteur n'a pas vraiment saisi en quoi le Black bloc était un phénomène produit par la situation, à commencer par le désintérêt d'une jeunesse à bout, et qui bout, pour les formes traditionnelles d'expression syndicales et politiques.

ce n'est pour lui que « maladie infantile », ça leur passera, ils vont comprendre « la nécessité de s’organiser dans une forme permanente de représentation ». Notons que les mots sont choisis, explicitement contre le principe même de l'auto-organisation en temps réel des luttes. Un « épiphénomène ». Voire


TIENS, LES CASSEURS NE SONT PAS VENUS
Serge Faubert LeMédia 10 mai 2018

Alors qu’on annonçait des violences encore plus graves que celles du premier mai, la Fête à Macron s’est déroulée sans incident notable. Les encagoulés du cortège de tête n’ont pas fait le déplacement. Explication.


Black blocs lors du 1er mai
Crédits : Capture d’écran Twitter/ @myricau

Citation :
Les Black blocs ont donc brillé par leur absence lors de La fête à Macron, la manifestation organisée à Paris le 5 mai à l’appel du député François Ruffin. Si l’on excepte la vingtaine d’énergumènes qui s’en sont pris aux véhicules de diffusion des médias (France télévisions et surtout France Inter) provoquant ainsi l’intervention d’une compagnie de sécurisation et d’intervention, aucun incident ne fut à déplorer.

Quatre jours après le déferlement du premier mai, le contraste est saisissant. Alors qu’on s’attendait au match revanche du pont d’Austerlitz, il ne s’est rien passé. Les 1.200 encapuchonnés de noir qui avaient pris la tête de la manifestation se sont proprement évanouis.

Il y avait, certainement, la crainte de l’action des forces de l’ordre. Plus de 200 interpellations le 1er mai. Mais, pour l’heure, les condamnations se comptent sur les doigts d’une main, faute d’éléments à charge.

L’explication est à rechercher ailleurs. Dans la nature de cette mouvance qui s’autodésigne sous le nom de cortège de tête.

QUI SONT LES « BLACK BLOCS » ?

Rappelons quelques fondamentaux. Le black bloc n’est qu’une tactique de combat. Derrière la tenue noire qui permet à chacun de se dissimuler dans la masse et d’empêcher ainsi une identification formelle, il y a une large majorité de militants politiques, ou du moins d’individus qui se revendiquent comme tels. Qu’on soit en désaccord avec les méthodes et l’analyse de ces derniers ne doit pas occulter ce paramètre.

Cette violence obéit, en outre, à une logique bien particulière : elle est vécue par ses auteurs comme la réponse légitime à l’agression quotidienne dont le système se rendrait coupable contre chacun d’eux. S’en prendre aux incarnations de l’État et du capital (les forces de l’ordre et les établissements incarnant le capitalisme globalisé comme Mac Do ou Renault) ressort, dans ce schéma, de la riposte collective et non de la casse gratuite.

On observera, en passant, que ce n’est pas toujours le cas. Ainsi lors des manifestations contre le Contrat première embauche (CPE) en 2006, les violences étaient d’une autre nature. Il s’agissait de bandes venues dépouiller les jeunes manifestants, les affrontements avec les forces de l’ordre étant systématiquement évités afin de pouvoir s’enfuir avec le butin. Des délinquants de droit commun bien plutôt que des politiques.

Revenons au cortège de tête du 1er mai. Sur le site Paris-lutte.info, carrefour de cette mouvance, un long texte remet en question cette stratégie d’affrontement.

Intitulé « Réflexions sur la casse en manif et les événements du 1er mai à Paris », l’auteur de cette tribune, un certain « Mercurochrome » s’interroge sur « la légitimité vis-à-vis de nos potentiels alliés » du comportement du cortège de tête. Et de poser l’enjeu en ces termes :

« Si les mouvements révolutionnaires, en rupture avec le capitalisme ne doivent en aucun cas rechercher la légitimité des forces qu’ils combattent, il en est autrement quant aux potentiels alliés dont nous avons besoin pour faire tomber le capitalisme, c’est-à-dire la majorité de la population, celles et ceux qui subissent quotidiennement la violence du capitalisme mais qui ne luttent pas encore ou au contraire n’ont plus la force de lutter. Oui, nous devons gagner la légitimité aux yeux de ces personnes, ce ne sont pas nos ennemis (…)  »

Dès lors, poursuit le (ou les auteurs) du texte :

« Si la casse et le black bloc permettent d’obtenir des victoires ou présentent de grands avantages lors d’une manifestation particulière, alors ils doivent être utilisés et sont naturellement légitimes car ils s’inscrivent dans une lutte légitime. Si en revanche la casse et le black bloc, lors d’une manifestation donnée, ont un impact plus négatif que positif pour des raisons quelconques, alors il convient de ne pas les utiliser, car ces méthodes ne sont pas des fins en soi mais bien des moyens. »

Bref, « Mercurochrome » envisage l’idée que le recours à l’affrontement systématique avec les forces de l’ordre soit totalement contre-productif dans la perspective qui est la sienne, c’est-à-dire un soulèvement général.

C’est dans ce questionnement qu’il faut chercher la raison de l’absence du Black Bloc devant le cortège de « La fête à Macron ». L’ultra-gauche s’est tout simplement donné le temps de la réflexion.

À preuve le tract distribué pendant « La fête à Macron » appelant à une « Assemblée du mouvement », le lendemain – dimanche 6 mai — à Bagnolet pour débattre de « questions stratégiques BRÛLANTES » car, dixit le document, « Il n’appartient pas aux médias ni au gouvernement de débattre à notre place des moyens que nous employons pour lutter contre lui, ni de leur supposée « violence ».

Les initiateurs de cette réunion ne le savent peut-être pas, mais ils renouent ainsi avec une interrogation ancienne du mouvement ouvrier. Une interrogation tranchée par l’histoire.

PETIT DÉTOUR HISTORIQUE

En 1874, la section italienne de l’Association internationale des travailleurs (la 1re Internationale qui n’a alors qu’une dizaine d’années d’existence) théorise un nouveau mode d’action : la propagande par le fait. Les anarchistes Malatesta, Pierre Kropotkine et Louise Michel en seront les principaux théoriciens et zélateurs.

Au-delà des livres et journaux et des discours, il s’agit de faire la démonstration, à travers l’action violente (sabotage, destruction, attentats contre des cibles choisies…) qu’on peut porter des coups sévères à l’État et à son appareil. Chaque coup d’éclat étant censé accélérer la conversion des classes populaires à la nécessité de la révolution. C’est, avant l’heure, la fameuse étincelle des maoïstes des années 1970 qui devait mettre le feu à la plaine.

Pendant une vingtaine d’années, le mouvement anarchiste – alors dominant au sein de la 1re internationale – va s’égarer dans une spirale d’attentats de plus en plus sanglants.

Au lieu de susciter l’adhésion, les assassinats des puissants ne provoquent qu’effroi et rejet chez ceux qu’ils étaient censés entraîner dans l’action violente.

L’échec patent de ce mode d’action conduira à son abandon. Il sera remplacé par « l’action directe », popularisée par le syndicalisme révolutionnaire, qui privilégie l’action de masse sur l’action individuelle et le recours privilégié à la grève générale afin d’exproprier la bourgeoisie.

UNE IMPASSE POLITIQUE ?

Ce qu’expérimente aujourd’hui le cortège de tête, c’est l’impasse à laquelle conduit toute stratégie qui parie sur une logique d’entraînement du plus grand nombre dans la violence. Le triptyque provocation/ répression/ mobilisation, chimère récurrente du romantisme révolutionnaire.

Pour un peu, on pourrait comparer cet échec à celui du foquisme des années 1960 en Amérique latine. À en croire ses initiateurs, il suffisait d’établir un foyer (foco) de lutte armée pour que viennent se rallier les secteurs les plus déshérités de la population. Toutes proportions gardées, Le Che, en Bolivie, fit la cruelle expérience que les choses n’étaient pas aussi mécaniques. Et que ce qui avait fonctionné à Cuba n’était pas reproductible à l’infini.

De fait, en France, depuis mai 1968, cette conjonction entre une minorité radicalisée de la jeunesse et des militants syndicaux encartés de longue date ne s’est produite qu’une fois : le 23 mars 1979 à l’occasion de la marche des sidérurgistes sur Paris.

Encore la minorité en question se contenta-t-elle d’accompagner le mouvement. Confrontés à la suppression de 22.000 emplois, les sidérurgistes de Longwy et des environs affrontaient la police depuis de longues semaines. À Paris, une bonne part de ces derniers étaient résolus à en découdre, convaincus en leur for intérieur qu’il s’agissait d’un baroud d’honneur.

L’intervention des forces de l’ordre contre le cortège en réponse aux provocations des autonomes fit le reste. Pendant toute une après-midi, ils furent ainsi plusieurs milliers, autonomes et sidérurgistes, à affronter des policiers débordés. De la place de l’Opéra à la République, ce ne furent que magasins pillés et barricades. Un tableau en regard duquel les incidents du premier mai ressemblent à un aimable déjeuner sur l’herbe.

Hors cette journée, les inorganisés qui ont rituellement pris la tête des cortèges depuis le milieu des années soixante-dix n’ont jamais réussi à vraiment détourner les manifestations dont ils prenaient la tête.

Car ils n’offrent aucune perspective durable. Sinon celle d’être à l’affût de la prochaine manif pour en découdre avec le capital honni. Au quotidien, cela ne fait guère avancer le schmilblick.

Osons une hypothèse : et si la nébuleuse de tête, quelle que soit son appellation – anars, spontex, inorganisés, autonomes, black bloc — se révélait être, génération après génération, un laboratoire où les révoltés découvriraient, à leur corps défendant, la nécessité de s’organiser dans une forme permanente de représentation sous peine de disparaître ? Une sorte de maladie infantile qui les vaccinerait, une fois pour toutes, contre l’inanité du pavé pour seul projet politique. Cela n’excuse certainement pas la violence, mais cette explication a le mérite de ramener l’événement à sa juste proportion : un épiphénomène au regard de ce qui se joue dans les mobilisations sociales.

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MessageSujet: Re: PRINTEMPS 2018, la convergence sans luttes vers les vacances, chronique et théorie   Mar 15 Mai - 4:07


triste printemps venu

Un 1er mai orphelin de sa cause
gzavier Blog de Temps Critiques 15 mai 2018

Texte sur le 1er mai 2018 initié au lendemain des manifestations mais ayant mit son temps à être finalisé permettant, finalement, à la fois de ne pas hurler avec les loups mais surtout de développer et préciser ce qui devait l’être grâce à la participation de quelques complices.

Citation :
Certains se souviennent sans doute de l’existence de débats au sortir des contre-sommets (G8, OMC, WEF, FMI, etc.) à propos de la forme d’intervention des black blocs (BB), branche « radicale » de ces rassemblements et qui a marqué de son empreinte (et pas celles des bottes des carabinieri à Gênes) les pratiques militantes autour de « l’altermondialisation ». Cela se situait après les années 90, la fin de l’histoire pour certains, avec le triomphe du capitalisme et pas d’ouverture politique pour la gauche radicale à l’horizon. Ce fut, alors, le triomphe d’un activisme transfrontalier plus qu’internationaliste. Il y a encore sur infokiosques.net des traces des différentes réactions que tout cela suscitait (https://infokiosques.net/contre-sommets) et beaucoup d’autres textes faciles à exhumer (il y a même un spécialiste en BB comme Dupuis-Déri).

Il faut souligner tout de même que les cortèges en bloc des contre-sommets agrégeaient des points de vue tellement divergents qu’il fallait sans cesse justifier ces divergences par rapport à l’événement qui lui, était unificateur. De plus c’était, d’une certaine façon, un point de fixation et de construction militante fort, le tout, de façon condensée, mais non dénuée de débats.

Donc, un certain nombre de choses ont été dites, mais aujourd’hui, comme hier, nous ne cherchons pas la dissociation, pour une raison ou une autre, avec ce type d’action, mais à les replacer dans un contexte qui nous semble passablement différent, dans les lieux et peut-être, voire sûrement, chez les protagonistes aussi.

Un corps collectif et offensif en noir à la tête du cortège, tout cela se passe désormais en France, pays où les dispositifs policiers n’ont pas anéanti les potentialités qui s’offraient à cette tactique, malgré des tentatives d’y répondre dès le mouvement du printemps 2016 et aussi dans les manifestations de septembre 2017 contre la loi travail, pendant lesquelles les forces de police employaient une méthode de harcèlement, à partir des trottoirs, visant à provoquer et isoler des groupes de jeunes dans une nasse, comme à Lyon, par exemple, où la manifestation du 12 septembre, de ce fait, partit avec trois heures de retard et de nombreux petits accrochages avec la police qui voulait empêcher justement la formation d’un cortège de tête.

Cependant, qui connaît d’autres pays d’Europe, par exemple, sait que l’action sous la forme de BB est maintenant parfaitement circonscrite et la police bien préparée à contenir la chose, comme on a pu le voir, à l’époque (années 80-90), en Allemagne ou en Suisse alémanique.

L’agrégation des causes à défendre semble désormais convenir comme explication du phénomène BB, bien que la question du cortège de tête pléthorique reste en suspens. Nous avons eu droit à la Une de Libération le 02/05/2018 donnant la parole à un « participant au black bloc » (http://www.liberation.fr/france/2018/05/02/mardi-j-ai-participe-au-black-bloc-parisien_1647381) qui se dit, en son nom, préoccupé par : « Au quotidien, l’État exerce une pression sourde sur différents groupes du corps social : les exilés, les sans-papiers, les zadistes, certains mouvements étudiants, les salariés au chômage, les squatteurs. » La rupture avec tout ce qui est attendu comme expression du monde du travail, en ce 1er mai, est éloquente. Seuls les chômeurs échappent au ras de marée de l’éviction, les « précaires » ne trouvant même pas ici leur salut. Dans cette mesure, l’absence de propos sur les syndicats n’est pas pour surprendre. À la place, on trouve cette combinaison de causes susnommées qui, assurément, tombe donc à pic.

Mais à autant de participants autant de paroles n’est-ce pas ? C’est la ritournelle que l’on nous sert sans cesse dans les médias « alternatifs » comme paris-lutte.info qui nous font découvrir des « réflexions » au lendemain de ce 1er mai 2018 (https://paris-luttes.info/reflexions-sur-la-casse-en-manif-10133).
Un tel article reste dans le cadre d’une compréhension du capital comme « mode d’organisation de la production » au sein duquel le « travailleur » (et pas les prolétaires, nuance…) n’est rien car il « ne possède pas son outil de production ». Mais une fois faite cette référence/révérence au marxisme, cette petite cuisine mécaniste saute du coq à l’âne pour répéter que la casse n’est que symbolique. Sans même tenter d’opposer cette action à « la casse du service public » de la part de l’État, formule chère aux syndicats, sa légitimité ne lui viendrait que du fait qu’elle est la réponse adéquate à une politique de l’État réduite à sa fonction répressive contre les catégories ciblées que nous avons déjà évoquées. On a donc droit, là, à une actualisation sommaire des arguments en défense du BB qui parcourt le monde militant depuis 15 ans au moins.

Mais cette langue de bois se renouvelle, sur le fond, grâce au site « lundi matin » (lundi.am) qui a fait de l’humour (sic) en présentant le « communiqué de presse » du cortège de tête. Mais on rigole moins quand on apprend, par un autre article, que des infos circulaient sur les tractations en amont entre le SO de la CGT et la préfecture dont vraisemblablement on a omis de diffuser sur son site la moindre bribe… dommage pour le péquin moyen… et aussi pour ceux qui auront répondu à leur appel international (https://lundi.am/Depuis-Paris-a-nos-amis-disperses-de-par-le-monde). Il n’y a pas à s’étonner puisque les recommandations faites dans le texte À nos amis cultivent la double pensée, d’un côté, celle des appels à l’insurrection ou, au minimum, à la désertion ; et de l’autre une « morale de la situation » qui doit s’adapter aux situations, se fondre dans l’environnement et pratiquer une « infiltration par le bas » en évitant les points de rupture puisqu’il n’existe plus que des opinions de convenance et des valeurs contingentes comme l’indique la citation suivante : « Un geste est révolutionnaire, non par son contenu propre, mais par l’enchaînement des effets qu’il engendre. C’est la situation qui détermine le sens de l’acte, non l’intention des auteurs » (p. 147).

D’un point de vue général, c’est l’abandon de la ligne schmittienne ami/ennemi qui prévalait dans Tiqqun et l’IQV. Seuls les flics (émanation de l’État réduit au ministère de l’Intérieur) restent des ennemis.

Laissons l’avant-garde invisible et les supputations autour de son rôle pour revenir à ce qui est bien visible par tous. Nous pourrions nous réjouir d’un cortège de tête qui n’exhibe pas de représentant et qui semble se poser en rupture avec les syndicats, avec qui il marque ostensiblement sa différence, d’abord de par son positionnement dans la manifestation qui immédiatement pose problème à tous les service d’ordre, puis, parce qu’il n’en reprend pas les slogans (quel que soit l’objet de la manifestation) ; en rupture aussi, avec les groupes anarchistes ou trotskistes armés de leurs habituels drapeaux et badges, qui eux et depuis longtemps, ont assumé le fait de présenter leur différence ou leur alternative à la place que les organisations traditionnelles du mouvement ouvrier leur laissaient, à savoir, les queues de manifestations avec les éventuels débordements de fin de manif, quand le cortège principal est dispersé depuis longtemps. Que gauchistes et anarchistes organisés restent obéissants en queue de manifestation et que les BB se placent, conquérants, en tête, manifeste l’écart politique entre les deux stratégies. D’une part un suivisme par rapport aux organisations traditionnelles du mouvement ouvrier ; d’autre part, une attaque « ici et maintenant », mais au-delà du discours politique, contre des symboles de la société capitalisée et d’abord sa police. Mais cette position offensive des BB n’a pas, concrètement, davantage de portée politique que celle, suiviste des gauchistes et des anarchistes, car le suivisme des uns et la contre-dépendance des autres les enferment dans le monde qu’ils paraissent combattre. Contre-dépendance aux moyens de communication du capital et à ses images chez les BB, puisque ce sont eux qui rendent visibles ce qui, autrement, resterait invisible ; suivisme par rapport aux syndicats dits « non réformistes » de l’autre (SUD, CNT et même CGT).

Néanmoins, la stratégie BB qui impose une présence au premier rang ne peut-être assimilée à une gaminerie de lycéens ou de « jeunes excités », mais affirme bien l’idée que c’est ce cortège de tête qui représente la véritable contestation, c’est-à-dire la contestation moléculaire et intersectionnée qui tend à se substituer à l’ancienne conception du sujet révolutionnaire… ou alors, mais ce n’est pas incompatible, que la révolution (ou plutôt l’insurrection) n’est pas le fruit d’une dialectique de forces sociales-politiques, mais affaire de stratégie, d’agencements, de techniques de reconfiguration du monde.

Mais, un cortège de tête d’une telle ampleur (une fourchette de 12’000 à 15’000 personnes), qui soutient (jusqu’à quel point ?) une action comme celle des BB, c’est-à-dire une intervention qui fait de l’affrontement et de la critique de la passivité en manifestation le cœur de son action, n’est-ce pas un peu contradictoire avec le caractère non offensif du cortège lui-même ? Oui des gens applaudissent à la casse (du moins durant le printemps 2016) ou du moins pensent qu’une vitrine de banque, un Mac Do ou un panneau publicitaire J-C Decaux, ce ne sont que des dégâts collatéraux, mais n’est-ce pas justement le témoignage de leur propre impuissance à agir par eux-mêmes ? Et qu’attendent ceux présents dans un cortège de tête de ce BB, quand leur propre cortège n’est qu’une masse sans but autre qu’individuel (être là parce qu’on ne trouve pas sa place ailleurs ou parce qu’il faut être avec « les jeunes » ?) Quelle rupture réelle en laissant la place au spectacle évident qu’engendre le BB ? Comment comprendre, l’écart entre ce qui apparaît comme une violente attaque contre le capitalisme et le fait que les luttes sociales sont d’une telle basse intensité ?

Les personnes dans les cortèges de tête sont-elles comme ces fameux collègues « de gauche » que l’on côtoie tous, un jour et qui s’achètent une bonne conscience par des biais idéologiques, mais sont parfois d’infâmes carriéristes ou des individus parfaitement conformes aux hiérarchies et à la discipline du travail une fois la manifestation terminée ?

Du point de vue du monde du travail, comment ne pas voir que le capital, comme rapport social, nous oblige à composer sans cesse et donc à ne pas pouvoir faire bloc au quotidien, au boulot surtout, quel qu’il soit. Mais peut-être que faire émerger un bloc à la symbolique offensive sert à compenser la frustration de tous les jours, le silence de certains qui veulent « durer » sur leur lieu de travail et ne s’associent pas aux autres quand une action collective y semble possible ? Que des personnes aux liens faibles ou intermittents avec le monde du travail ou carrément en rupture soient des acteurs de tout cela, pourquoi pas ? Des individus au RSA, des jeunes sans travail, des « vieux » qui n’y sont plus, mais ne peuvent se résoudre à rejoindre la CGT des retraités, etc. pensent peut-être trouver là un catalyseur de lutte qui remplace ce qui s’est dérobé.

La présence et l’arrestation de nombreux étudiants le 1er mai semblent montrer aussi qu’un certain nombre d’entre eux n’a que peu d’intérêt pour l’opposition à « parcoursup », à la réforme et à la sélection et plus d’appétence pour une contestation plus générale, d’autant que l’intervention policière dans certaines facultés vient se greffer là-dessus et produire les effets habituels répression/réaction.

Qu’il y ait eu une distorsion entre, d’un côté le cortège syndical et sa composante gréviste dont les cheminots représentent le fer de lance actuel et de l’autre le BB et le cortège de tête, est apparu encore plus clairement que dans les manifestations précédentes, parce que nous étions un 1er mai et que s’est effacée, pour le cortège de tête du moins, jusqu’à la mémoire des dures luttes contre la durée de la journée de travail qui eurent lieu le 1er mai 1886, la répression qui s’en suivit à Chicago puis en réponse, côté prolétaires, l’internationalisation des manifestations du 1er mai. Pour eux, il ne s’agissait même plus de durcir la manifestation dans le sens d’une critique du travail (« faire sa fête au travail ») face à un mouvement gréviste strictement délimité par les syndicats qui semble avoir lui-même oublié ce que contenait de violence les luttes de l’époque et par ailleurs incapable de poser aujourd’hui, dans le mouvement même de grève, cette question du travail et éventuellement des formes de lutte contre le travail. De la lutte pour d’autres rapports sociaux dans laquelle les questions ne se poseraient plus en termes de service public (et naturellement en termes de statut pour ses salariés), mais en termes, moins particuliers comme celui de la communauté humaine.

Mais le folklore alternatif n’est peut-être pas pour tout le monde, car celui qui manifeste le 1er mai et qui devra travailler le lendemain — et non être en garde en vue ou ne veut pas être une cible pour les CRS — a peu de chance de participer autrement qu’en faisant masse dans un cortège de tête. De la même façon qu’on a eu à partir de 1995, des grèves par procuration, on a aujourd’hui une violence par procuration, mais qui reste au niveau de sa mise en scène, dans ce qu’on pourrait appeler une « création d’ambiance » de violence (être en noir, cagoulés, serrés les uns contre les autres). Qu’en avait-il à faire le cortège au k-way noir de l’image jaunie du cheminot ? Que cette ancienne figure du « prolétariat » se joigne à lui pour déborder en faisant mine de combattre les CRS et briser l’aménagement urbain !? Il n’y comptait pas.

Pour finir, ce que certains promeuvent en se présentant comme BB aujourd’hui, tient plus d’une sorte de « kit militant », qui se résume en quelques formules : la politique sans le poids du discours, l’organisation sans le besoin de la structure, la forme avec le résultat immédiat de la « lutte » comme spectacle. On a donc l’impression de tomber sur un cortège en noir, comme si c’était là une météorite politique tombée sur terre, sans tenir compte des conditions d’existence présentes, alors que tout cela est en phase avec ce qui tient de l’affirmation satisfaite de soi. Face à l’État et au capital pas besoin de tergiverser, la seule force de la volonté suffit ; montrons notre appartenance individuelle à une force collective. Mais force est de constater que cette volonté trouve sa limite dans l’objectif, pour le moins limité, de mettre en échec la police, ponctuellement, dans la rue, comme cela se passe parfois dans les « quartiers ». En cela, ce collectif est du même moule que les courants qui veulent affirmer plutôt que dépasser, positiver une identité plutôt que se frotter à « la question sociale », avec toujours ce souci, prouver qu’on existe et qu’on est là. En l’absence de tout devenir-autre qu’ils souhaitent sans doute, le BB et sa garde rapprochée témoignent de l’insurrection qui ne vient pas.

mai 2018
Gzavier et autres complices.

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MessageSujet: Re: PRINTEMPS 2018, la convergence sans luttes vers les vacances, chronique et théorie   Jeu 17 Mai - 13:01


la "convergence des luttes" ne pouvait être qu'une convergence politique

la CGT isolée syndicalement tente la courroie de transmission à l'envers

pour l'heure, c'est Jean-Luc Mélenchon qui "gagne son pari", ayant lancé l'idée de "marées populaires" lors de La Fête à Macron (voir ici)
sur fond de la faiblesse des luttes réelles, on note que ce mai 2018 fonctionne à l'envers par rapport à mai 68
toute l'ancienne nébuleuse démocrate radicale converge désormais dans le populisme de gauche


Convergence. Premier pari gagné pour la marée populaire du 26 mai
Sébastien Crépel et Julia Hamlaoui, L'Humanité 17 mai 2018

La CGT appelle à participer à la « marée populaire » du 26 mai
Raphaëlle Besse Desmoulières Le Monde 16 mai 2018

Le syndicat a annoncé, mercredi, qu’il se joindra à l’appel lancé par des associations, syndicats et partis politiques, tels que La France insoumise, le PCF ou le NPA.

42 associations, partis et syndicats appellent à une « marée populaire pour l’égalité, la justice sociale et la solidarité ».


Citation :
Un constat s’impose, Emmanuel Macron, son gouvernement et le Medef sont décidés à imposer coûte que coûte une restructuration en profondeur de la société française : politique d’austérité, destruction des droits des salarié.es, introduction de la sélection à l’entrée de l’université, casse des services publics, aggravation du sort des sans emplois, réorganisation aggravant les inégalités en matière d’accès à la justice, réforme fiscale favorable aux plus riches, loi répressive contre les migrant.es, priorité donnée au secret des affaires contre le droit à l’information, introduction de l’état d’urgence dans le droit commun, répression des mouvements sociaux et des jeunes des quartiers populaires, utilisation de l'égalité femmeshommes comme simple outil de communication, sans moyens financiers, alors que les femmes sont les premières concernées par les régressions sociales… sans oublier une politique militariste au niveau international. La multiplication des mesures prises avec brutalité sur tous les fronts a un objectif, celui de créer un effet de sidération et espérer ainsi empêcher toute riposte. Le patronat profite de la situation pour multiplier les restructurations et rester sourd aux revendications du monde du travail. En s’en prenant aux personnels à statut, en particulier aux cheminot.es, Emmanuel Macron espère, s’il l’emporte, casser tout esprit de résistance.

Ce coup de force peut échouer, car les mobilisations se multiplient dans le pays, chacune avec sa spécificité : journée nationale d’action, grèves, occupation d’universités, manifestations… Il appartient évidemment aux organisations syndicales de décider, avec les personnels concernés, de leurs formes d’action. Chacune d’entre elles a, a priori, des ressorts différents, mais au-delà de tel ou tel aspect, ce dont il est question concerne la nature même de la société dans laquelle nous voulons vivre. Voulons-nous vivre dans une société où les droits sociaux seraient réduits à néant, où les services publics et la sécurité sociale auraient disparu, où l’inégalité de traitement des territoires serait la règle, où l’accès à l’université serait de plus en plus réduit, où les lanceuses et lanceurs d’alerte et journalistes seraient bâillonnés, où les défis écologiques seraient soumis aux intérêts de la finance, où le logement, les HLM et les locataires seraient marchandises, où la lutte contre les discriminations se réduit à des discours ? Ou, au contraire, voulons-nous une société plus juste, plus solidaire, plus démocratique, plus égalitaire avec un meilleur partage des richesses ? Tel est l’enjeu.

Le gouvernement espère que ces mobilisations sectorielles restent isolées et qu’il pourra les défaire les unes après les autres en tenant bon, en les laissant s’épuiser ou en les réprimant. Affichant sa détermination, il espère ainsi nous décourager. Il se trompe, comme le montre la multiplication des collectifs citoyens en lien avec les salarié.es, les retraité.es et les étudiant.es ainsi que le succès de la solidarité aux grévistes, notamment à ceux de la SNCF. Il s’agit maintenant d’aller plus loin et, toutes et tous ensemble, d’affirmer dans la rue que des alternatives existent, que nous ne nous résignons pas au sort que nous promet ce gouvernement. Il fait la sourde oreille, il faut le forcer à nous entendre et à retirer ses projets.

Dans le respect de nos champs d’interventions respectifs, nous voulons aller au-delà de toutes les mobilisations positives qui existent déjà et rassembler toutes les forces sociales, syndicales, associatives, politiques pour construire et réussir ensemble un grand rendez-vous citoyen. Partout en France organisons le samedi 26 mai une marée populaire pour l’égalité, la justice sociale et la solidarité.

Éric Coquerel a écrit:
@ericcoquerel 16 mai

Franchement quel bonheur cette #MareePopulaire que nous avons si longtemps espérée ! Syndicats, associations, organisations politiques, tous ensemble pour s’opposer à la politique de Macron partout en France le #26mai ps : la FSU se joint ce soir à cet appel historique


Cette rencontre au sommet est inédite. Le siège de la CGT qui accueillait ce jeudi 17 mai une réunion pour préparer la grande journée d'action du 26 mai a vu arriver tous les ténors des partis à la gauche du PS.



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MessageSujet: Re: PRINTEMPS 2018, la convergence sans luttes vers les vacances, chronique et théorie   Mar 22 Mai - 10:29


le mot pour le dire


peut-être est-ce Macron qui a commencé : « Il n'y a pas de coagulation des luttes. » (interview 16 avril), et le prenant au pied de la lettre, veut-on lui prouver le contraire avec la « marée humaine » du 26 mai ? Dans l'idée de convergence, encore peut-on voir une fluidité, mais la coagulation n'est qu'une pétrification : ce qui était liquide devient solide

CNRTL a écrit:
Coaguler : figer en une masse plus ou moins solide les particules en suspension.

le comble est à lire dans un texte publié par Paris-Luttes.Info, 26 mai : soignant·es en tête de cortège ! : « nous souhaitons faire coaguler les luttes ». Déformation professionnelle, pour éviter l'hémorragie, et que le sang ne coule par trop ?

toujours est-il que nous y voyons un mot bien choisi pour dire qu'il y a coagulation politique sous les bannières unies de la France Insoumise, du PCF, du NPA, etc.

ajoutons que pour qu'il y ait "marée", encore faudrait-il que ça coule, et qu'elle soit montante



ils pourraient fort l'avoir dans le dos

on est ici à rebours de toute auto-organisation, qui serait plutôt un anti-coagulant, contre la politique

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MessageSujet: Re: PRINTEMPS 2018, la convergence sans luttes vers les vacances, chronique et théorie   Mar 22 Mai - 15:48


Lordon et l'idéologie de l'alternative

nous donnons ici un extrait de la dernière intervention de Frédéric Lordon, sur son blog du Monde diplomatique, à partir d'un film-tract qui n'a eu, comme il se doit et pas pour des raisons politiques, aucun prix au Festival de Cannes, ce qui n'empêchera sans doute pas un succès de salle comparable à Merci Patron, de François Ruffin...


ce texte est intéressant, car sous la rhétorique habituelle, Lordon laisse plus que percer son idéologie, celle de « l'alternative antinéolibérale», qu'il justifie en ces termes :

Frédéric Lordon a écrit:
Maintenant, si quelqu’un voit la sortie du capitalisme dans les conditions d’aujourd’hui, c’est qu’il a la vue psychédélique. Et si, ne connaissant que cet horizon, il se désintéresse de tout ce qui ne l’atteint pas, il est aveugle aux opportunités de la période. Ce n’est pas que penser/militer/expérimenter des rapports non-capitalistes ne soient pas urgent – ça l’est. C’est que délaisser, à ce motif, la possibilité de faire quelque chose dans la conjoncture et à l’étage majoritaire est une absurdité, où l’on ne discerne plus à la fin que la condescendance des virtuosités minoritaires pour le grand nombre.

nous pourrions y revenir dans le détail, mais à quoi bon. Ce qui est intéressant, c'est que Lordon commence à avancer les contre-feux à la critique de réformisme qui monte, depuis Nuit Debout et jusqu'à la coagulation qui vient ce 26 mai des organisateurs politiques de leur convergence vers une alternative elle-même psychédélique

En guerre – pour la préemption salariale !
Frédéric Lordon, 21 mai 2018

Frédéric Lordon a écrit:
On ne résiste à la puissance suffocante du film de Stéphane Brizé (En guerre) qu’à y discerner une place vide, la place du discours manquant. Il faut absolument y voir cet espace inoccupé, et la possibilité de le remplir, l’espace d’une réponse, c’est-à-dire d’un discours à déployer, opposable aux impossibilités montrées par le film, capable d’en faire sauter un mur, sinon c’est insupportable.

C’est insupportable, car ce que montre le film, c’est la force d’un ordre institutionnel capable de se donner raison à lui-même, un ordre qui mure portes et fenêtres, qui bouche toutes les issues pour ne laisser subsister que sa vérité. Lorsque les économistes stipendiés, les experts de service, les éditorialistes débiles et les patrons odieux disent qu’« il n’y a pas d’alternative », c’est vrai. C’est vrai parce que les structures ont été aménagées pour que ce soit vrai. Lorsqu’ont été installés la déréglementation financière et le pouvoir actionnarial, le libre-échange commercial au mépris de toute norme sociale et environnementale, la libéralisation du régime des investissements directs, c’est-à-dire de la localisation des sites industriels (à laquelle on ajoutera celle des sièges sociaux), il est exact que tout est joué ou presque, et qu’en effet il n’y a plus d’alternative. En somme, la disparition des alternatives, ça s’organise.

[...]

Briser le pouvoir actionnarial

Si elle se remanifeste, où son effort doit-il porter ici ? Aux trois lieux stratégiques du pouvoir actionnarial, du libre-échange et des investissements directs – par parenthèse, dénonciation des traités européens non-optionnelle. Mais spécialement au premier, qui domine hiérarchiquement les deux autres. Le discours ordinaire dit que, sous le pouvoir des actionnaires, il n’y a pas d’alternative ; restaurer le discours manquant, c’est dire qu’il y a une alternative au pouvoir des actionnaires. Et comment en finit-on avec le pouvoir des actionnaires ? À ce sujet, il y a des idées assez précises. Une série d’idées même, bien graduée, selon ce que les conditions politiques du moment rendent possible. D’abord le SLAM (Shareholder Limited Authorized Margin) qui procède par fixation d’un taux limite de rentabilité complète pour les actionnaires (Total shareholder return), applique un impôt confiscatoire à tout ce qui dépasse, et cisaille ainsi toute incitation à augmenter indéfiniment la pression à la rentabilité financière – l’État capterait tout. En régime, sous SLAM bien ajusté (et sans doute avec les « bonnes » mesures complémentaires), Perrin Industrie (le nom de l’entreprise du film de Brizé) ne ferme pas, car la fermeture est devenue sans objet.

Mais il n’est pas interdit d’aller plus loin. L’étape d’après, c’est de fermer la Bourse. Son charme particulier tient au fait d’apparaître comme l’irresponsable rêverie par excellence quand en réalité elle a toute la rationalité économique pour elle – et même de quoi nouer une alliance objective entre le salariat et une certaine fraction du capital contre leur fléau commun de la finance.

On dira que l’alternative réelle au pouvoir des actionnaires, c’est l’abolition de la propriété financière du capital. C’est vrai. On ajoutera que s’en prendre à la finance ne fait que reconduire l’alternative « du “mauvais” capitalisme (financiarisé) et du “bon” (industriel) », c’est-à-dire rester dans l’exploitation capitaliste. C’est vrai aussi. Maintenant, si quelqu’un voit la sortie du capitalisme dans les conditions d’aujourd’hui, c’est qu’il a la vue psychédélique. Et si, ne connaissant que cet horizon, il se désintéresse de tout ce qui ne l’atteint pas, il est aveugle aux opportunités de la période. Ce n’est pas que penser/militer/expérimenter des rapports non-capitalistes ne soient pas urgent – ça l’est. C’est que délaisser, à ce motif, la possibilité de faire quelque chose dans la conjoncture et à l’étage majoritaire est une absurdité, où l’on ne discerne plus à la fin que la condescendance des virtuosités minoritaires pour le grand nombre.

On ne redira jamais assez que les grands libéraux sont des marxistes structuralistes à l’état pratique. Eux visent ce qui va saisir le grand nombre, et ils savent à quels étages de la politique se joue ce saisissement : aux plus élevés, là où l’on refait les structures – de la finance, du commerce et de la politique économique : UE, BCE, FMI, BRI, OMC, traités variés (CETA), etc., lois nationales bien sûr. Sans surprise, c’est à cet étage que Macron opère pour accroître les latitudes stratégiques des uns et les impossibilités des autres – puisque c’est l’état des structures qui règle le rapport de force du capital et du travail. Or on ne défera la politique des structures que par une contre-politique des structures.

Le moment de la politique macroscopique – le moment de la préemption

Au reste, on aurait tort de jouer l’un contre l’autre les deux registres de l’anticapitalisme et de l’antinéolibéralisme. D’abord parce qu’il redevient possible de les tenir ensemble pourvu qu’on les réinscrive dans leurs temporalités distinctes, et que rien n’interdit d’avoir l’esprit au premier sans abandonner de saisir les possibilités plus rapprochées du second. Ensuite parce que, même dans l’immédiat, ils ne sont pas sans points d’accrochage. Ainsi de celui qui passerait par un droit de préemption des salariés pour une reprise en coopérative des entreprises ou des sites qui ferment : abolition locale de la propriété financière des moyens de production, instauration de leur propriété collective d’usage, suppression par conséquent du rapport salarial, remplacé par une politique de la production collective. Les choses, alors, ne s’agencent-elles pas merveilleusement : si le néolibéralisme ferme à tour de bras, puisqu’« il n’y a pas d’alternative », c’est le capital lui-même qui, abandonnant le terrain de son propre mouvement, se laissera grignoter et déposséder de l’intérieur.

Assurément, il y faudrait une loi. C’est-à-dire jouer le jeu où l’on passe des lois. Mais une petite loi – plus innocente (et plus filoute) que s’il s’agissait de décréter la fin révolutionnaire de la propriété privée –, une loi à portée de main. Par exemple d’un mouvement social de quelque ampleur, qui, sortant du registre du seul refus, l’élirait comme sa revendication positive. Car c’est une bénédiction rare qu’une vision d’avenir, et même une vision d’ampleur, ni plus ni moins que la diffusion invasive de rapports de production postcapitalistes, ait ainsi le bon goût de se laisser résumer dans une disposition législative aussi simple, aussi modeste, aussi accessible – et aussi capable de dérober le sol sous les pieds du pouvoir capitaliste.

Mais, précisément, un mouvement social, nous en avons un sous la main.

Et c’est dans ce moment que, providentielle coïncidence, le film de Brizé nous arrive. Si son tableau des impossibilités objectives est suffocant, il n’appelle par-là que plus intensément le complément du discours manquant, le discours des structures. Du fond de son impasse, il crée la nécessité impérieuse de se décaler, de se désobnubiler des impossibilités locales pour regarder du côté de la cause globale qui les a installées toutes – et rouvrir une possibilité d’ensemble. Il est vrai que recréer une ouverture de cette sorte ne peut être l’affaire que d’une politique macroscopique : on ne refait les structures globales que par de la politique globale – seul moyen, redisons-le, de reconstituer les conditions pour que les luttes locales aient de nouveau leur chance. Mais le mouvement social d’aujourd’hui pressent sa propre portée macroscopique, il entrevoit la portée globale de ses enjeux, il en pose à nouveau la question. C’est bien pourquoi il importe de désectoriser les luttes présentes, de dégager leur dénominateur commun, de voir qu’elles renvoient toutes au même lieu, de nommer ce lieu, et d’unir tous pour l’attaquer. Les moments de cette sorte sont rares, dominés la plupart du temps par l’étroitesse et la compartimentation des horizons locaux (lire « Tisser les luttes »). Voilà qu’il s’en présente un, propice à magnifier l’effet d’un film peut-être appelé à marquer l’opinion, effet paradoxal s’il en est, puisqu’il force à trouver les voies du ré-espoir à partir de son fond de désespoir – et que, bien complémenté, il peut y conduire. Par exemple sous un mot d’ordre simple, ramassé, faussement modeste, mais réellement subversif de l’ordre présent : « Pour la préemption salariale ! »

[...]


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MessageSujet: Re: PRINTEMPS 2018, la convergence sans luttes vers les vacances, chronique et théorie   Ven 25 Mai - 11:13


luttes décoloniales, cortège de tête, blacks blocs, spontanéité...
"infiltrations", "racialisme"... et aveuglement idéologique


Manifestation du 26 mai : le comité Adama s’invite dans le cortège
Abel Mestre, Le Monde 24 mai 2018

L’association créée après la mort d’Adama Traoré en 2016, lors d’une interpellation par les gendarmes dans le Val d’Oise, va défiler en tête, samedi.


Manifestation « Fête à Macon », le 5 mai, à Paris. ZAKARIA ABDELKAFI / AFP

Citation :
Ils promettent un « 26 mai pimenté ». Le Comité Adama – une association créée après la mort d’Adama Traoré, 24 ans, lors de son interpellation en 2016 par les gendarmes dans le Val d’Oise – appelle « les quartiers populaires » à former « un cortège de tête » devant la « marée populaire parisienne ». Cette manifestation est appelée par une cinquantaine d’associations, de syndicats et de partis de gauche et doit être le point d’orgue de l’opposition à la politique d’Emmanuel Macron. L’occasion rêvée, donc, pour les militants « des quartiers populaires », de « montrer de quoi [ils sont] capables » et d’occuper les premiers rôles politiques. « On veut dire : vous vous mettez derrière nous, vous suivez nos luttes. On va au bout du processus, et on prend le contrôle de la manifestation unitaire, explique au Monde le porte-parole du comité, Youcef Brakni, 32 ans. Ils veulent des ouvriers, et ils regardent ailleurs… Alors on va se mettre devant. On n’a besoin de personne pour parler à notre place. »

L’appel du Comité Adama a été publié le 18 mai sur les réseaux sociaux et rencontre un certain succès. Dans son viseur, les organisations de gauche. « Il est temps d’en finir avec les appels creux à “la convergence des luttes”, peut-on ainsi lire. Nous refusons les injonctions qui sont faites aux mouvements des quartiers populaires de n’aborder que “la question sociale”, avec au passage un refus de considérer le racisme qui structure la société comme participant de cette “question sociale”. […] On assiste à une véritable gestion coloniale des quartiers qui font face aux violences policières. »

« Il n’y a pas plus politisé que les quartiers populaires »

La publication de cet appel est une sorte de tournant pour le « cortège de tête » − groupe affinitaire réunissant des militants radicaux se réclamant de l’antifascisme, de l’anarchisme ou de l’autonomie, dont certains constituent le black bloc, en raison de leur tenue entièrement noire, masques ou cagoules compris. Cette fois, la seule dimension émeutière veut être dépassée, laissant la place à un message politique et des revendications. Soit une forme plus classique de contestation.

« Il n’y a pas plus politisé que les quartiers populaires, même si cela ne se traduit pas par des manifestations. Les luttes sont là, mais on ne veut pas les voir. On n’a pas de leçons à recevoir, nous sommes la cible numéro un des politiques de Macron », continue M. Brakni. Il ajoute : « La gauche ne veut pas se confronter à ces luttes. Mais on ne sera pas un réservoir électoral. Il faut respecter les gens, ce pourquoi ils se battent. »

Dans leur texte, les militants du Comité Adama insistent sur les violences policières et le « racisme d’Etat ». Selon eux, la gauche entre dans cette logique « post-coloniale » et fait preuve de paternalisme envers les quartiers populaires et notamment les musulmans. « Ce n’est pas possible de demander les voix des quartiers et de faire les déclarations comme celles d’Adrien Quatennens (député LFI du Nord) et Jean-Luc Mélenchon sur la militante voilée de l’UNEF, de hurler avec l’extrême droite », résume M. Brakni.

« On a des comptes à demander à la gauche »


L’action antifasciste Paris-Banlieue, proche du Comité Adama, a très rapidement appuyé la démarche. « C’est un événement politique majeur », écrivent les antifascistes franciliens. Ils dénoncent un « apartheid social et racial qui structure la métropole parisienne », une « violence industrielle » de la part de l’Etat contre « les damnés des métropoles ». Avant de conclure : « Nous appelons toutes et tous à se retrouver en tête de cortège, derrière ces collectifs, en veillant à ne pas les invisibiliser par nos pratiques. » En langage de militant radical, cela veut dire : pas de constitution d’un black bloc qui pourrait faire fuir les familles, mais aussi mettre en danger les migrants et les sans-papiers qui doivent être présents samedi aux côtés du Comité pour Adama. Une consigne similaire avant été lancée − et plutôt respectée − lors de la marche pour la justice et la dignité de 2017.

SUR LE MÊME SUJET Le 26 mai, « nous serons dans le cortège de tête avec le comité Vérité et justice pour Adama »

Les partis de gauche et les organisateurs de la « marée populaire » sont dans l’embarras, notamment LFI qui est implantée dans les quartiers populaires (six députés sur les dix-sept que compte le groupe à l’assemblée nationale ont été élus en banlieue parisienne). Impossible, pour eux, de critiquer la démarche du Comité Adama au risque de se voir reprocher un certain paternalisme. « J’aurais préféré que l’on discute avec eux pour les intégrer au “cortège des luttes” de la manifestation où ils ont toute leur place », indique Eric Coquerel, député La France insoumise (LFI) de Seine-Saint-Denis qui représentait LFI lors des préparatifs de la manifestation. « Leur engagement montre l’effet d’entraînement autour du 26 mai, veut croire Clémentine Autain, députée du même département. Que des collectifs qui se réclament des quartiers populaires et du combat antiraciste viennent est une belle nouvelle. » De son côté, Youcef Brakni prévient : « On a des comptes à demander à la gauche, l’heure du bilan est là. Elle ne comprend que le rapport de force politique. » Y compris dans la rue.

d'aucuns ne manqueront pas de faire le rapprochement avec l'intervention de Stella Magliani-Belkacem (PIR, éditions La Fabrique) et Félix Boggio Ewanjé–Epée (de la revue Période), au Bandung du Nord le 6 mai, épinglée par le blog Saint-Denis ma ville Quand le PIR rejoint les « Black blocs »… (12 mai), sur quoi ont vite sauté les anti-racialisateurs, le petit Guillon en tête : Les racialistes du PIR envisagent d’infiltrer le Black Block et les cortèges de tête (Claude Guillon, 19 mai)

il est difficile de dire que le Comité Adama n'émane pas des "quartiers populaires racisés", comme de l'opposer au PIR ou autres militants décoloniaux français (Amal Bentounsi et le Comité "Urgence notre police assassine", Sihame Asbague et le Camp décolonial...) puisqu'ils y sont présents sur une base similaire. Que ce soit pour des raisons politiques de la part du PIR et de ses leaders néo-trotskistes une stratégie entriste n'est pas un scoop, mais tout ce bouillon de culture mérite une analyse un peu plus subtile que les gros sabots guillonesques et Cie. Les proximités existent bel et bien entre militants décoloniaux et activistes dit d'ultragauche, comme on l'a constaté depuis l'Affaire de la "keufmobile brûlée" lors d'une manifestation contre les violences policières dont Antonin Bernanos fut le héros principal, présent au Bandung du Nord

l'appel du Comité Adama se démarque de la stratégie Black Blocs pour sa participation au Cortège de tête, tout en s'inscrivant dans sa "déspontanéisation", puisque le principe de départ était qu'il ne soit pas constitué d'organisations mais d'individus (dernière minute : paraît que le PCF veut être devant le Comité Adama : devant le Cortège de tête ?)

dans une vision qui rejoint étonnamment celle de la droite identitaire et de la police, il y aurait donc désormais beaucoup de racialistes infiltrés partout, mais les mêmes n'ont aucune critique de la dimension décoloniale des luttes sur une base politique. C'est ainsi que dans leur aveuglement concernant l'articulation classe-"race" les anti-racialisateurs au nom de l'universalisme marxiste ou anarchiste passent complètement à côté d'une critique radicale du gauchisme décolonial

le petit Guillon va avoir de plus en plus de mal à trier les Blacks et les Blancs du Black Bloc    Suspect     afro     Suspect

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MessageSujet: Re: PRINTEMPS 2018, la convergence sans luttes vers les vacances, chronique et théorie   Sam 26 Mai - 11:12


François Ruffin n'est pas complètement idiot mais...

François Ruffin : « L’enjeu est de sortir les gens de la résignation »
Reporterre, 25 mai 2018

brefs extraits
Citation :
Peut-on parler de « convergence des luttes » ? Au fond, aujourd’hui, on a peu de secteurs qui sont vraiment en lutte. En revanche, le concept de « convergence des causes » me paraît bien plus intéressant. Parce qu’il y a aujourd’hui des tas de causes qui ne sont pas en lutte.

Sur le terrain social, [Macron] a un calendrier de six mois à six mois. Et il parie qu’il n’y aura pas de jonction entre Notre-Dame-des-Landes et les cheminots. Il n’a pas tort…

on a fait le 5 mai [le pari] de mobiliser au-delà des gens en lutte. Car il y a quelque chose de plus massif et de plus explosif, c’est le désir d’autre chose qu’ont les gens.

J’ai eu une discussion avec Philippe Martinez, de la CGT. Il a dit : « Ce dont on a besoin, ce n’est pas d’argent, c’est de mots ! » Comment fait-on pour que ceux qui mènent une lutte ne se sentent pas isolés ? Il y a besoin de mots de journalistes, d’intellectuels, d’artistes, de chanteurs, de politiques qui viennent dire « Vous n’êtes pas seuls ». Le verbe a une vraie fonction.

[La manifestation du 26 mai] sera un moment historique. Un moment où, pour la première fois depuis des décennies — en 1906, la Charte d’Amiens avait théorisé la séparation des syndicats et des partis politiques —, des syndicats acceptent de manifester avec les partis politiques. À la Charte d’Amiens s’ajoute l’expérience traumatisante pour la CGT de l’alliance avec le Parti communiste. La CGT a failli s’affaisser en même temps que le Parti communiste, avec qui elle avait été trop liée. Il y a un lien à retrouver entre syndicats et politiques. Il faut des moments où les cloisons tombent. C’est en cela que le 26 mai sera historique, parce que la CGT accepte de défiler avec des partis.

vieilles recettes programmatistes de l'articulation syndicalisme/politique institutionnelle, sur fond d'idéalisme : tout serait là pour le changement, il n'y manquerait que des mots, des idées, pour créer du désir : de quoi ?

et bien sûr, si "le peuple" n'est pas au rendez-vous, c'est qu'il est « résigné ». À moins qu'il ne soit vacciné de solutions qui n'en sont pas, auxquelles il ne croit plus, en ceci quelque part plus lucide que ses aspirants guides

certes cela ne crée pas un boulevard aux luttes d'une classe révolutionnaire en voie de constitution, mais nous dit que tout le monde n'est pas prêt de s'enfiler dans leur impasse politique. Les manifestations d'aujourd'hui sont en quelque sorte un test, qui permettra de mesurer si les 60 organisations appelantes provoquent plus que leur simple addition (moins les multicartes ;-)

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MessageSujet: Re: PRINTEMPS 2018, la convergence sans luttes vers les vacances, chronique et théorie   Dim 27 Mai - 18:33


le populaire de la marée au front

nous avions annoncé pour ce printemps (le 18 avril ici) le plus grand fiasco depuis 68

double fiasco en qualité et quantité...

Mélenchon possède, entre autres qualités, celle de prendre ses désirs pour la réalité, même en l'ayant sous le nez. Ainsi d'être certain de l'emporter aux présidentielles puis de mettre en doute les résultats du premier tour, d'annoncer régulièrement la prochaine manif comme une déferlante, et d'avoir ridiculement nommé à l'avance celle-ci marée humaine, à la précédente, La fête à Macron, qui fit un meilleur score

comme le dit un militant selon Le Figaro « Ce n'était peut-être pas très malin d'appeler ça une “Marée populaire”. Nous sommes bien loin encore du million dans toute la France… »



devant les micros, savoureuses contorsions des vedettes du jour, Laurent, Martinez, Ruffin, Besancenot... qui se promettent de faire mieux la prochaine fois. Nous n'avons plus aucune envie de plaindre ceux et celles qui s'y laissent prendre

en politique la compassion, c'est la passion des cons

aux dernières nouvelles, Mélenchon veut un Front populaire. Rappelons toutefois qu'en 1936-38, le Front populaire regroupait la SFIO (ex-PS), le parti radical-socialiste et le parti communiste, qui soutenait les deux premiers mais ne participait pas au gouvernement, "leçon" que tireront Marchais, puis Hue et Buffet. Le petit Laurent court derrière... Tous ensemble, ils vont bientôt inventer la machine à remonter le temps

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MessageSujet: Re: PRINTEMPS 2018, la convergence sans luttes vers les vacances, chronique et théorie   Jeu 7 Juin - 10:37


déjà que c'est la faute aux syndicats, faudrait pas qu'on nous reproche d'avoir empêchée la grève générale, qui commence cette après-midi, un cortège de tête sans queue


tiens, v'là la grève générale

L’AG des secteurs en lutte s’est retrouvée à l’EHESS occupée, le 30 mai 2018, pour préparer la manifestation que les directions syndicales n’organisent pas.



Citation :
Depuis son élection, le gouvernement Macron intensifie une offensive antisociale, autoritaire et répressive. Les secteurs se mettent en lutte au fil des mois : cheminot.es, postièr.es, hospitalièr.es, étudiant.es, lycéen.es, collectifs de quartiers, travailleur.ses du social, grévistes des catacombes, de MacDo ou de Velib, collectifs de migrant.es, de sans-papiers, et tout.es les citoyen.es insurgé.es, des zadistes aux parents d’élèves, en passant par les retraité.es…

Aujourd’hui, aucune stratégie d’ensemble, de mise en commun des luttes, des pratiques, des outils, des calendriers, des organisations, n’est mise en place par les directions syndicales.

Pourtant, des rencontres se sont multipliées, des liens se tissent et génèrent des solidarités concrètes. Dans l’action, des alliances ont permis des victoires : blocages des partiels contre PARCOURSUP, blocages d’entrepôts, manifestations communes, libération des lycéens nassés à la Sorbonne, quartiers populaires en tête de cortège… de nouveaux réseaux se construisent.

Contre la dispersion organisée, intensifions ce processus et donnons-nous un autre calendrier.

Nous, secteurs en lutte et collectifs militants, appelons donc à manifester le 7 juin pour défendre ensemble la nécessité de généraliser un mot d’ordre : même Macron, même combat !

L’objectif est de donner la force de gagner aux secteurs en lutte et à ceux qui ne sont pas mobilisés de rejoindre le mouvement.

Généralisons les luttes et préparons la grève générale !

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MessageSujet: Re: PRINTEMPS 2018, la convergence sans luttes vers les vacances, chronique et théorie   Jeu 14 Juin - 19:37


il a beaucoup été question de la faible participation des lycéens contre la réforme de l'entrée à l'université. De notre côté et malgré tout ce qui était reproché à cette réforme, nous n'avons jamais pensé qu'elle était de nature à les mobiliser largement

voici une tentative d'explication de cette "atonie"


Débat : Les raisons du consentement lycéen à Parcoursup
Claude Poissenot The Conversation 10 juin 2018

Claude Poissenot, enseignant-chercheur à l'IUT Nancy-Charlemagne et au Centre de REcherches sur les Médiations (CREM), Université de Lorraine

Citation :
Beaucoup de commentaires se sont développés sur Parcoursup, depuis avant même que cette plate-forme n’entre en fonction. Accusée de bien des maux, elle est particulièrement visée autour de son rôle dans la fabrication ou la reproduction d’inégalités sociales.

Comment expliquer une certaine atonie des lycéens ?

Il est sain que des données se confrontent et des débats se multiplient. Mais par-delà la réalité (ou non) de cette question, on doit constater que la mobilisation n’a guère touché qu’une fraction très ciblée des jeunes (tant dans son ancrage disciplinaire que probablement dans son profil sociologique).



Manifestation des lycéens Rouen en janvier 2018.  Alix Jolly/Flickr


Pour l’essentiel et à l’exception de quelques établissements, les premiers concernés, les lycéens n’ont pas battu le pavé et repris les fréquents appels à se mobiliser venus de leurs aînés. On sait pourtant que les lycéens ont eu l’occasion, à de nombreuses reprises, de se mobiliser dans la période récente (on pense par exemple au CPE en 2006 ou même à la loi travail en 2016) ce qui montre qu’ils auraient pu, eux aussi, prendre le chemin du pavé… surtout en ce cinquantenaire de 1968.

À quoi attribuer cette atonie des lycéens présentés par les détracteurs de Parcoursup comme les premières victimes de ce nouveau mécanisme d’affectation dans l’enseignement supérieur ?

Il fallait remplacer APB

La première hypothèse consiste à considérer que l’ancien système avait montré ses limites. Même si ces cas n’ont pas représenté la majorité (on parle de 5 %), l’application Post Bac avait conduit à des situations dans lesquelles l’accès à certaines formations (STAPS, PACES) résultait de tirages au sort.

Qu’importe la réalité et l’intensité de la motivation personnelle, certains lycéens ont vu leur orientation se jouer au hasard. Certains ont sans doute renouvelé leur candidature cette année. Alors même que les élèves sont pris dans un monde qui leur demande de construire un projet personnel et professionnel qui les implique au cœur de leur identité personnelle, celle-ci était niée par une logique statistique froide et indifférente à chacun.

Les lycéens de 2018 ont assisté à ces scènes désolantes de 2017 (peut-être mise en avant par le jeu médiatique) non sans plaindre ceux qui les précédaient. Et quand un nouveau président et un nouveau ministre leur ont présenté un mécanisme alternatif leur donnant des gages que le hasard n’aurait plus le dernier mot, ils ont sans doute éprouvé un certain soulagement.

Peut-être imparfait, le nouveau système évitait l’arbitraire de l’ancien qui ne pouvait ainsi plus apparaître comme un recours. Le repli sur « c’était mieux avant » n’était pas possible. Et cela ne concernait pas seulement les étudiants des filières potentiellement concernées mais tous les autres au nom d’un principe supérieur de mise à distance de l’aléatoire dans les choix essentiels de son existence. Le hasard est bien la négation de l’autonomie dans la construction de son monde, de la liberté de choisir ou du moins du sentiment de pouvoir le faire.

Les lycéens sélectionnés ont le dernier mot

Par ailleurs, l’idée de Parcousup est passée parce que cette nouvelle application a inversé le rapport de force entre les institutions et les lycéens. Les vœux ont été examinés par les institutions qui les ont classés mais le dernier mot a été confié aux lycéens.

Bien sûr, ceux qui n’ont pas été retenus ne sont pas les plus intéressés par ce changement mais ce renversement discret de la distribution du pouvoir n’est pas anodin. Les établissements le découvrent maintenant qui dépendent de la prise de décision des lycéens là où ils étaient maîtres du jeu sous APB.

Dès lors que les étudiants avaient obtenu une réponse positive à un vœu, ils quittaient le jeu. Les meilleur·e·s élèves ont désormais le pouvoir de choisir et ainsi de remanier ou d’amplifier des hiérarchies établies entre formations.

À la date du 6 juin, près de la moitié des candidats ayant reçu au moins une proposition d’admission (295 577 sur 607 911) ne l’ont pas acceptée définitivement. Sous APB, ils n’auraient pas pu continuer à peser dans ce mécanisme d’attribution des places d’enseignement supérieur aux élèves.

On comprend dès lors l’adhésion des meilleurs élèves à la réforme mais alors pourquoi les moins bons ne sont-ils pas entrés en résistance ?

Parcoursup ou l’impression d’une prise en charge personnalisée

C’est que Parcousup a donné l’impression que les lycéens seraient pris en compte à travers la singularité de leur cas. Chacun de leurs vœux (10 au maximum mais en réalité chaque vœu pouvait être décliné sur des établissements différents donc certains candidats ont totalisé plus de 50 vœux) était examiné et classé avec la garantie du non recours au tirage au sort.

Scolarité, notes du bac de première, lettre de motivation rebaptisée « projet de formation », bulletins scolaires, avis des enseignants (« fiche avenir »), CV, tous ces éléments confortaient les lycéens dans l’idée d’une prise en compte à la fois personnelle et assez globale de leur situation personnelle.

De même l’idée d’un « oui, mais » c’est-à-dire d’un accès à une formation sous réserve du suivi de modules de rattrapage accréditait une prise en charge personnalisée des candidats.

Sur le site Parcoursup
Et c’est sans doute ce sentiment d’un traitement particulier de chacun qui a rendu acceptable cette nouvelle plate-forme. Par-delà les inégalités sociales et la hiérarchisation des élèves, au moins chaque élève n’était plus une boule numérotée dans une machine géante.

Ce sentiment est sans doute discutable là où les candidats étaient nombreux car des destins vont se jouer à des écarts millimétriques mais cela semblera comme une « inégalité juste » pour reprendre l’expression de François Dubet.

« Plutôt les inégalités et la prise en compte de chacun que la loterie » semblent dire les lycéens. Et du coup, le jugement de Parcoursup apparaît comme une reconnaissance personnelle pour ceux qui obtiennent leur vœu ou la possibilité de choisir parmi plusieurs. Comment ne pas être sensible à l’accumulation de réponses positives ? À l’inverse, il peut apparaître violent pour ceux qui restent en attente.

Une hiérarchisation sévère


Parcoursup donne à voir la hiérarchie et la position que chacun y occupe. Dans les mêmes établissements (mais dans certains plus que dans d’autres) les lycéens se découvrent « élus » ou « perdants » d’une compétition qui les implique à titre personnel (quoi de plus personnel qu’un choix d’orientation ?).

L’ensemble des éléments qui forgent leur dossier est pris en compte avec des conséquences visibles. Il est possible que cela produise une modification du rapport des élèves à leurs études. Du choix des options aux appréciations sur les bulletins et à leur CV, ils seront peut-être plus nombreux à penser aux conséquences à venir de leurs décisions tout au long de leur scolarité.

Cela ne fera pas disparaître les inégalités sociales dans la maîtrise de l’information sur le système d’enseignement ou dans la capacité à intérioriser la norme du comportement scolaire mais là où les conséquences étaient jusqu’alors euphémisées ou cachées, elles apparaîtront de façon plus directe.

Le désir de reconnaissance individuelle propre à notre société conduit à l’acceptation des inégalités sociales. C’est désormais vrai y compris dans le cadre des études supérieures. C’est un monde sans fard qui naît. C’est aussi un monde qui ne parvient toujours pas à penser la différenciation en dehors de la hiérarchie.

atonie générale

le qualificatif d'atonie pourrait être étendue à bien d'autres secteurs (y compris d'ailleurs l'université), et qui fait de ce cinquantième anniversaire de 68 un enterrement en profondeur comme nous le présagions. Les yakafokon et les leçons des gauchistes n'y pourront rien, sans parler des textes qui font porter le chapeau aux syndicats (cf le rentier Claude Guillon : Les syndicats et les partis de la gauche du capital ont saboté la grève à la SNCF, en la canalisant vers la défense de l’entreprise ferroviaire et de l’État-patron… Texte débilitant puisque sans cet objectif il n'y aurait eu ni la grève ni son soutien relativement large pour la défense du service public, objectif critiquable, mais pas comme ça)

et si le prolétariat cheminot avait voulu débordé les syndicats pour s'assigner d'autres objectifs, il l'aurait fait. L'explication est donc ailleurs. Voir la conjoncture en début de sujet

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MessageSujet: Re: PRINTEMPS 2018, la convergence sans luttes vers les vacances, chronique et théorie   Dim 26 Aoû - 23:15


ce texte n'a rien d'antipathique, mais enfin, nous sommes loin d'y trouver une compréhension du contexte, et de l'échec programmé, telle que nous l'avons développée dans ce sujet. On y rêve de "convergence des luttes"... Il faut, ya qu'à... la "conscience de classe"...


Tirons le bilan de la grève à la SNCF !
publié le 26 août 2018 sur Paris-Luttes.Info
par Un collectif d’ouvriers collectifdouvriers@protonmail.com

Ce texte est la synthèse de discussions menées entre cheminots de la région de Nantes sur le mouvement de mars à juillet 2018. Issue d’échanges entre grévistes, elle se veut une contribution au bilan de cette lutte.

Citation :
La longue période de grève perlée n’est pas encore terminée, mais le résultat est là. Déroute complète devant les plans gouvernementaux. Ce mouvement, qui se représentait comme le dernier verrou d’un secteur organisé, a subi une défaite sous le regard de tous les travailleurs. Même les responsables syndicaux se grattent la tête pour trouver des conquêtes à mettre à l’actif de la grève : des négociations avec le premier ministre plutôt qu’avec la ministre ; la reprise par l’État d’une partie de la dette de la SNCF, reprise déjà actée par le rapport Spinetta et rendue nécessaire par le changement de statut de l’entreprise en société anonyme (S.A.) Bref : on a gagné que dalle !

Alors un bilan, pour quoi faire ? Cette défaite d’une lutte ouvrière s’inscrit dans la suite impressionnante de revers qui nous est infligée par l’offensive capitaliste. Fort de son succès, le gouvernement va multiplier ses initiatives sur tous les plans (retraite, chômage, etc.) en mettant à profit le sentiment que résister est sans effet. Si l’on veut rompre avec ce sentiment, contribuer à ce que les luttes ouvrières se hissent à la hauteur de cette offensive débridée et retrouver les véritables forces du mouvement ouvrier, il faut un bilan sans concession. Bilan en positif comme en négatif qui doit nous servir pour continuer de militer en apprenant du passé.

On pourra nous dire : vous noircissez le tableau à parler de défaite, il n’y a qu’à voir les chiffres de participation à la grève pour se convaincre du contraire. Oui bien sûr, la base des grévistes a été souvent nombreuse. Mais cette réalité pose encore plus de problèmes. Comment, dans ces conditions de forte participation, arrive-t-on à une sortie de lutte sans qu’aucune concession, même la plus minime, n’ait été arrachée au gouvernement ? Nous sommes d’avis que la critique et l’auto-critique sont vitales pour tirer les leçons de ce mouvement.

Les points de vue développés ici reflètent une expérience locale et limitée. Nous sommes donc très intéressés à les approfondir à la lumière d’autres expériences de lutte (contact : collectifdouvriers@protonmail.com). Il est bien possible qu’ailleurs la lutte ait pris des formes différentes. Enfin et surtout, nous voulons ouvrir la discussion dans l’intérêt de l’ensemble de notre classe sociale, sans nous limiter au cadre étroit d’une entreprise. Il n’y a pas de raccourci sur le chemin de l’organisation des ouvriers par les ouvriers eux-mêmes.

Premières réactions

Le rapport Spinetta est publié le 15 février. Dans ses grandes lignes est déjà annoncé le contenu du plan gouvernemental : reprise de la dette, transformation de l’entreprise en S.A., mise en concurrence, suppression du statut, etc. Le gouvernement avance ouvertement.

De l’autre côté, c’est l’attentisme. Il faut attendre le 22 mars pour voir la première réaction organisée par les syndicats. Cette journée d’action à Paris est annoncée comme une démonstration de force et c’est le cas… en trompe l’œil. Plusieurs milliers de manifestants dans la rue, qui défilent en deux cortèges parallèles : cheminots d’un côté, salariés de la fonction publique de l’autre. Pour faire du bruit, on a fait du bruit ! Mais entre les fumigènes, les sonos, les pétards éclatés à la masse, difficile de s’entendre et de discuter. Déjà l’option choisie par les syndicats (CGT en tête) apparaît : montrer la force de la corporation organisée du haut vers le bas.

Pourtant des manifestations de la fonction publique ont lieu le même jour dans les différentes villes, à Nantes et ailleurs. On voit déjà que cette option tourne le dos à la recherche d’unité là où les travailleurs, localement, pourraient en maîtriser le développement.

Entre-temps est connu le calendrier de grèves : deux jours suivis de trois jours de reprise du travail. Notre première impression est négative : est-ce vraiment en étalant en longueur le mouvement qu’on va gagner ? Avec ce calendrier on donne des billes à la SNCF pour la laisser s’organiser (pas de réservation TGV ouvertes les jours de grève, par exemple). On peut se rassurer en se disant que des moyens d’action différents peuvent se compléter et monter en puissance. Il resterait possible de déborder le calendrier intersyndical après les premières périodes de grève.

Des discussions sur les modalités de grève ont lieu, mais la grande majorité s’affirme pour. D’autres y sont favorables avec quelques nuances. Quelques-uns espèrent un mouvement puissant qui déborde le cadre fixé. L’argument principal de cette majorité, ce sont les difficultés à mobiliser. Mais dans l’ensemble il reste difficile de tirer les vers du nez des uns et des autres pour faire un bilan du 22 mars et des suites. Or il y aurait un grand besoin de débattre de l’action.

Participation forte à la grève visible dans les taux de grévistes, aux premières AG aussi (240 le 3 avril) mais rapidement la démobilisation et la routine s’installent.

Le train-train de la grève

L’alternance jours de grève / jours travaillés devient une routine, certains choisissent leurs jours en fonction de leurs besoins personnels, du week-end, … La participation oscille entre 60 et 150 grévistes aux AG, avec un rebond parfois à 200. Le train-train s’installe et se reproduit jusqu’au bout de cette période.

Il y a bien des discussions, des interrogations. Mais pourquoi le calendrier de l’intersyndicale CGT-UNSA-CFDT n’a jamais été débordé ?

il est évident que la masse des grévistes n’a jamais été en position d’aller plus loin que ce cadre, qui s’est imposé sur tout autre initiative. Soyons directs : il manque la détermination chez bon nombre de se déplacer pour construire le mouvement, comment l’expliquer ? Les pertes de salaires ne peuvent sérieusement expliquer les freins à la combativité. Les menaces disciplinaires sont réelles, mais pas générales. On constate quelques fois un individualisme affirmé, on croise plus souvent le sentiment d’impuissance. « À quoi bon lutter puisque Macron veut aller jusqu’au bout ? » Ce manque de détermination, de liens actifs avec la grève, peuvent s’expliquer : éloignement du domicile du lieu de travail, des collectifs de travail, poids des restructurations successives, etc. mais les doutes sur les méthodes syndicales sont plus que justifiées. L’intérêt de l’AG comme assemblée de débat avait déjà été vidé de sa substance par les syndicats qui organisent le mouvement. On est assommés par la lecture de longs communiqués syndicaux tout faits. En revanche le débat sur place est inexistant. Seules quelques interventions plus « pêchues » rompent cette monotonie, mais ne remplacent pas le véritable débat. L’issue de l’assemblée est connue d’avance.

Convergence des luttes ?


On a entendu cet argument ahurissant : les cheminots seront plus forts s’ils restent sur leurs revendications propres à la défense de la SNCF et du statut. Rien de plus faux ! L’intersyndicale a travaillé constamment dans une optique corporatiste en mettant en avant l’unité des cheminots (donc entre exécution, maîtrise et cadres), par l’épuisement du mouvement dans la fameuse « vot’action », etc. Et elle parle au bout du compte d’une « lutte exemplaire » !

En avril, plusieurs mouvements ou grèves locales (Nantes métropole, EDF, étudiant-e-s) permettaient d’envisager une possible extension du mouvement. Cependant les luttes ou début de luttes resteront isolées entre elles, telle la journée d’action (22 mai) de la fonction publique décalée par rapport au préavis SNCF. Les syndicats de ENEDIS de leur côté lanceront une grève large à la toute fin du mouvement cheminot…

La manifestation du 14 avril a vu la succession de deux manifestations : la 1re appelée par l’intersyndicale, la 2nde par les soutiens de la ZAD de NDDL. Sans être ridicule, la participation à la première est limitée et les cadres syndicaux sont exaspérés parce que le cortège cheminot est dépassé par d’autres éléments. Même si la manifestation reste assez solidaire pour le « deuxième tour », seule une poignée de cheminots reste sur place. De toutes façons, la manifestation est arrêtée par les flics et stérilisée par les affrontements.

À la fin de la manif du 19 avril, nous avons été accueillis par les forces de l’ordre au bout du pont Anne de Bretagne par un petit jet de gaz lacrimo. Nous avons mis un peu de temps pour arriver à se rassembler devant les anciens chantiers Dubigeon. Plein de monde était déjà parti à cause de l’attente, des gaz et de la mise en place tardive du camion du syndicat pour que les gens prennent la parole. Les même discours aussi longs, nous sommes restés à une centaine de personnes. Par la suite les flics ne sont plus intervenus et sont partis. Pour une manif interpro, c’était bien maigre !

Il faut bien remarquer le peu d’intérêt de la base porté aux autres luttes. Nous voyons peu de curiosité pour aller échanger avec d’autres sur des perspectives communes. Il est remarquable que malgré les nombreuses journées de grève, presque tous les rendez-vous aient lieu dans un rayon de 500 mètres autour de la gare. Des échanges auront lieu (intervention d’un représentant CGT de l’EDF, de groupes étudiant-e-s à plusieurs reprises, rencontre aux finances publiques) sans déboucher sur une quelconque mobilisation.

Chacun reste devant son lieu de travail plutôt que d’aller rechercher l’extension du mouvement. Ces initiatives attirent peu et manquent vraiment de combativité. On voit bien que des mots d’ordre séparés, chacun de son côté, ne sont pas un terrain favorable à la lutte collective.

La création d’une caisse de solidarité et la publicité qui lui est faite dans les media accréditent l’idée que les cheminots serviraient de bouclier pour les autres travailleurs. Ceux-ci devraient soutenir les cheminots, non par leur propre action et leur lutte, mais par le don d’argent. La Tribune des cheminots (juillet-août 2018) valorise cette attitude de spectateur, pas d’acteur, en reproduisant des messages reçus de donateurs : « merci de vous battre pour vous et pour nous », « ne lâchez rien, tenez bon », etc. Les acteurs de cette caisse sont connus : des intellectuels de gauche qui trouvent là leur raison d’exister et les organisations syndicales. Si l’importance des dons témoigne d’une sincère solidarité à la base, la stratégie syndicale de grève longue et d’unité par délégation est une impasse pour l’avenir.

Il existe certes une petite minorité active composée de militants syndicaux ou politiques qui cherche à provoquer des convergences. Mais il ne lui appartient pas de créer des conditions que seul le mouvement des travailleurs peut développer, conditions qui manquent encore.

Au printemps 2018, la dynamique du mouvement étudiant était localement assez importante et aurait pu être un terrain de convergences (on fait exception de la lutte à NDDL qui renvoie à une autre composition sociale, d’autres buts et donc d’autres développements). Or le mouvement des cheminots n’est jamais allé vers la solidarité agissante, et c’est par là que les grévistes ont perdu.

Le verrou syndical

Les syndicats sont restés de bout en bout aux commandes de la lutte. Beaucoup de collègues sont critiques, sceptiques, ne se sentent pas représentés par les syndicats, mais ne sortent pas des habitudes de délégation. Nombreux sont les militants de la grève à être encartés ou à s’afficher avec un badge syndical (90 % à vue d’œil). Le rôle dirigeant de la CGT ne lui a jamais été disputé.

Le syndicat a un fonctionnement basé sur l’homogénéité de façade, une structure pyramidale à l’image de l’État. Les AG inter-services sont balisées au préalable par l’intersyndicale et les AG de syndiqués (elles-mêmes dirigées en amont).

SUD n’a pas joué un rôle plus positif : des interventions certes moins corporatistes, plus combatives, mais sa position sur le passage à la grève reconductible est restée très timorée. SUD est resté solidaire de l’intersyndicale et n’a pas cherché à transformer le mouvement dans le sens d’une organisation de la grève par les grévistes eux-mêmes. Ainsi l’enjeu n’est pas d’opposer un syndicat à un autre, mais de débattre d’une orientation sur le fond.

Le matériel syndical est abondant pour diffuser les consignes d’action et les explications techniques. Les syndicats ne manquent pas de propositions et d’inventivité, comme si Macron avait seulement fait de mauvais choix et que d’autres choix seraient à portée de main.

Il n’y a donc aucune explication véritable de la crise qui mène au démantèlement de l’ex-monopole SNCF. Il n’y a pas non plus de contenu positif pour les ouvriers (conditions de travail, nuit et travail décalé, mobilité imposée, salaires, etc.). La CGT défend au contraire le statut avec des droits comme contre-partie des devoirs du cheminot envers son entreprise.

Nous avons dégagé de ces expériences quelques leçons :

1°- Après la fin du calendrier initial (28 juin), la CGT lance de nouvelles journées, elle nous appelle à « continuer la lutte » dans le cadre de cette « mobilisation inédite ». Plutôt que d’appeler à de nouvelles actions qui ne peuvent que reproduire l’échec de celles auxquelles nous avons déjà participé, l’urgence est de se regrouper pour discuter et exercer notre esprit critique.

La classe ouvrière n’est pas épargnée par l’inculcation, dès le plus jeune âge, d’idées puantes : concurrence, chacun pour soi, nécessité d’écraser les autres pour s’en sortir. Face à toute cette pollution dans les têtes, la conscience de classe est notre 1re force. Cette conscience ne peut s’affirmer qu’en prenant le temps de débattre, de remettre en question les consignes, surtout quand elles viennent des syndicats qui prétendent être nos défenseurs. D’autres mouvements vont venir : il faudra se regrouper dès le début pour favoriser cet état d’esprit et éviter de se mettre à la traîne des événements.

2°- La situation actuelle est marquée par un mécontentement ouvrier général. Mais notre lutte n’a pas été prise en main par les grévistes eux-mêmes, elle n’a pas cherché à déborder le cadre traditionnel du syndicat et des mots d’ordre propres à la SNCF. Or la conscience véritable de la situation passe par des revendications communes aux ouvriers contre toutes les divisions d’entreprises, de régions, de secteurs, etc. puisque nous avons tous en commun d’être salariés (ou privés d’emploi) par le capital,

3°- Au-delà de la résistance indispensable au gouvernement et au patronat, il faut donner à notre lutte un contenu beaucoup plus large et radical. Les ouvriers forment la classe qui par son travail est à l’origine du profit. C’est par notre travail que les Vinci, SNCF, Arcelor-Mittal, E.Leclerc, LU et autres capitalistes se battent dans la course au profit. Nous n’avons aucun devoir ou respect à observer pour les entreprises responsables de l’exploitation et la hiérarchie.

Le progrès technique ne doit plus servir à augmenter le chômage et la précarité. Il devrait servir au contraire à réduire drastiquement le temps de travail. Il devient clair que le système capitaliste s’enfonce dans la crise. Défendre nos conditions de vie doit donc déboucher sur une lutte contre ce système dans sa globalité. Nous ne voulons pas servir la machine à fric, mais nous en débarrasser.

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