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 2018, LA VÉRITABLE "CONVERGENCE des LUTTES", cas torse du printemps dix-huit, chronique et théorie

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PEUTÊTRE



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MessageSujet: Re: 2018, LA VÉRITABLE "CONVERGENCE des LUTTES", cas torse du printemps dix-huit, chronique et théorie   Jeu 10 Mai - 21:16


une explication contre l'auto-organisation des luttes

le Black Bloc relèverait d'une « maladie infantile » inconsciente
de « la nécessité de s’organiser dans une forme permanente de représentation »

nous nous demandions le 6 mai pourquoi le Black Bloc était absent le 5, à "la fête à Macron". Cet article subtil du nouveau journal mélanchoniste Le Média donne une explication intéressante ("L’ultra-gauche s’est donné le temps de la réflexion"), au milieu de considérations historiques qui le sont aussi, mais la chute cousue de fil blanc montre que l'auteur n'a pas vraiment saisi en quoi le Black bloc était un phénomène produit par la situation, à commencer par le désintérêt d'une jeunesse à bout, et qui bout, pour les formes traditionnelles d'expression syndicales et politiques.

ce n'est pour lui que « maladie infantile », ça leur passera, ils vont comprendre « la nécessité de s’organiser dans une forme permanente de représentation ». Notons que les mots sont choisis, explicitement contre le principe même de l'auto-organisation en temps réel des luttes. Un « épiphénomène ». Voire


TIENS, LES CASSEURS NE SONT PAS VENUS
Serge Faubert LeMédia 10 mai 2018

Alors qu’on annonçait des violences encore plus graves que celles du premier mai, la Fête à Macron s’est déroulée sans incident notable. Les encagoulés du cortège de tête n’ont pas fait le déplacement. Explication.


Black blocs lors du 1er mai
Crédits : Capture d’écran Twitter/ @myricau

Citation :
Les Black blocs ont donc brillé par leur absence lors de La fête à Macron, la manifestation organisée à Paris le 5 mai à l’appel du député François Ruffin. Si l’on excepte la vingtaine d’énergumènes qui s’en sont pris aux véhicules de diffusion des médias (France télévisions et surtout France Inter) provoquant ainsi l’intervention d’une compagnie de sécurisation et d’intervention, aucun incident ne fut à déplorer.

Quatre jours après le déferlement du premier mai, le contraste est saisissant. Alors qu’on s’attendait au match revanche du pont d’Austerlitz, il ne s’est rien passé. Les 1.200 encapuchonnés de noir qui avaient pris la tête de la manifestation se sont proprement évanouis.

Il y avait, certainement, la crainte de l’action des forces de l’ordre. Plus de 200 interpellations le 1er mai. Mais, pour l’heure, les condamnations se comptent sur les doigts d’une main, faute d’éléments à charge.

L’explication est à rechercher ailleurs. Dans la nature de cette mouvance qui s’autodésigne sous le nom de cortège de tête.

QUI SONT LES « BLACK BLOCS » ?

Rappelons quelques fondamentaux. Le black bloc n’est qu’une tactique de combat. Derrière la tenue noire qui permet à chacun de se dissimuler dans la masse et d’empêcher ainsi une identification formelle, il y a une large majorité de militants politiques, ou du moins d’individus qui se revendiquent comme tels. Qu’on soit en désaccord avec les méthodes et l’analyse de ces derniers ne doit pas occulter ce paramètre.

Cette violence obéit, en outre, à une logique bien particulière : elle est vécue par ses auteurs comme la réponse légitime à l’agression quotidienne dont le système se rendrait coupable contre chacun d’eux. S’en prendre aux incarnations de l’État et du capital (les forces de l’ordre et les établissements incarnant le capitalisme globalisé comme Mac Do ou Renault) ressort, dans ce schéma, de la riposte collective et non de la casse gratuite.

On observera, en passant, que ce n’est pas toujours le cas. Ainsi lors des manifestations contre le Contrat première embauche (CPE) en 2006, les violences étaient d’une autre nature. Il s’agissait de bandes venues dépouiller les jeunes manifestants, les affrontements avec les forces de l’ordre étant systématiquement évités afin de pouvoir s’enfuir avec le butin. Des délinquants de droit commun bien plutôt que des politiques.

Revenons au cortège de tête du 1er mai. Sur le site Paris-lutte.info, carrefour de cette mouvance, un long texte remet en question cette stratégie d’affrontement.

Intitulé « Réflexions sur la casse en manif et les événements du 1er mai à Paris », l’auteur de cette tribune, un certain « Mercurochrome » s’interroge sur « la légitimité vis-à-vis de nos potentiels alliés » du comportement du cortège de tête. Et de poser l’enjeu en ces termes :

« Si les mouvements révolutionnaires, en rupture avec le capitalisme ne doivent en aucun cas rechercher la légitimité des forces qu’ils combattent, il en est autrement quant aux potentiels alliés dont nous avons besoin pour faire tomber le capitalisme, c’est-à-dire la majorité de la population, celles et ceux qui subissent quotidiennement la violence du capitalisme mais qui ne luttent pas encore ou au contraire n’ont plus la force de lutter. Oui, nous devons gagner la légitimité aux yeux de ces personnes, ce ne sont pas nos ennemis (…)  »

Dès lors, poursuit le (ou les auteurs) du texte :

« Si la casse et le black bloc permettent d’obtenir des victoires ou présentent de grands avantages lors d’une manifestation particulière, alors ils doivent être utilisés et sont naturellement légitimes car ils s’inscrivent dans une lutte légitime. Si en revanche la casse et le black bloc, lors d’une manifestation donnée, ont un impact plus négatif que positif pour des raisons quelconques, alors il convient de ne pas les utiliser, car ces méthodes ne sont pas des fins en soi mais bien des moyens. »

Bref, « Mercurochrome » envisage l’idée que le recours à l’affrontement systématique avec les forces de l’ordre soit totalement contre-productif dans la perspective qui est la sienne, c’est-à-dire un soulèvement général.

C’est dans ce questionnement qu’il faut chercher la raison de l’absence du Black Bloc devant le cortège de « La fête à Macron ». L’ultra-gauche s’est tout simplement donné le temps de la réflexion.

À preuve le tract distribué pendant « La fête à Macron » appelant à une « Assemblée du mouvement », le lendemain – dimanche 6 mai — à Bagnolet pour débattre de « questions stratégiques BRÛLANTES » car, dixit le document, « Il n’appartient pas aux médias ni au gouvernement de débattre à notre place des moyens que nous employons pour lutter contre lui, ni de leur supposée « violence ».

Les initiateurs de cette réunion ne le savent peut-être pas, mais ils renouent ainsi avec une interrogation ancienne du mouvement ouvrier. Une interrogation tranchée par l’histoire.

PETIT DÉTOUR HISTORIQUE

En 1874, la section italienne de l’Association internationale des travailleurs (la 1re Internationale qui n’a alors qu’une dizaine d’années d’existence) théorise un nouveau mode d’action : la propagande par le fait. Les anarchistes Malatesta, Pierre Kropotkine et Louise Michel en seront les principaux théoriciens et zélateurs.

Au-delà des livres et journaux et des discours, il s’agit de faire la démonstration, à travers l’action violente (sabotage, destruction, attentats contre des cibles choisies…) qu’on peut porter des coups sévères à l’État et à son appareil. Chaque coup d’éclat étant censé accélérer la conversion des classes populaires à la nécessité de la révolution. C’est, avant l’heure, la fameuse étincelle des maoïstes des années 1970 qui devait mettre le feu à la plaine.

Pendant une vingtaine d’années, le mouvement anarchiste – alors dominant au sein de la 1re internationale – va s’égarer dans une spirale d’attentats de plus en plus sanglants.

Au lieu de susciter l’adhésion, les assassinats des puissants ne provoquent qu’effroi et rejet chez ceux qu’ils étaient censés entraîner dans l’action violente.

L’échec patent de ce mode d’action conduira à son abandon. Il sera remplacé par « l’action directe », popularisée par le syndicalisme révolutionnaire, qui privilégie l’action de masse sur l’action individuelle et le recours privilégié à la grève générale afin d’exproprier la bourgeoisie.

UNE IMPASSE POLITIQUE ?

Ce qu’expérimente aujourd’hui le cortège de tête, c’est l’impasse à laquelle conduit toute stratégie qui parie sur une logique d’entraînement du plus grand nombre dans la violence. Le triptyque provocation/ répression/ mobilisation, chimère récurrente du romantisme révolutionnaire.

Pour un peu, on pourrait comparer cet échec à celui du foquisme des années 1960 en Amérique latine. À en croire ses initiateurs, il suffisait d’établir un foyer (foco) de lutte armée pour que viennent se rallier les secteurs les plus déshérités de la population. Toutes proportions gardées, Le Che, en Bolivie, fit la cruelle expérience que les choses n’étaient pas aussi mécaniques. Et que ce qui avait fonctionné à Cuba n’était pas reproductible à l’infini.

De fait, en France, depuis mai 1968, cette conjonction entre une minorité radicalisée de la jeunesse et des militants syndicaux encartés de longue date ne s’est produite qu’une fois : le 23 mars 1979 à l’occasion de la marche des sidérurgistes sur Paris.

Encore la minorité en question se contenta-t-elle d’accompagner le mouvement. Confrontés à la suppression de 22.000 emplois, les sidérurgistes de Longwy et des environs affrontaient la police depuis de longues semaines. À Paris, une bonne part de ces derniers étaient résolus à en découdre, convaincus en leur for intérieur qu’il s’agissait d’un baroud d’honneur.

L’intervention des forces de l’ordre contre le cortège en réponse aux provocations des autonomes fit le reste. Pendant toute une après-midi, ils furent ainsi plusieurs milliers, autonomes et sidérurgistes, à affronter des policiers débordés. De la place de l’Opéra à la République, ce ne furent que magasins pillés et barricades. Un tableau en regard duquel les incidents du premier mai ressemblent à un aimable déjeuner sur l’herbe.

Hors cette journée, les inorganisés qui ont rituellement pris la tête des cortèges depuis le milieu des années soixante-dix n’ont jamais réussi à vraiment détourner les manifestations dont ils prenaient la tête.

Car ils n’offrent aucune perspective durable. Sinon celle d’être à l’affût de la prochaine manif pour en découdre avec le capital honni. Au quotidien, cela ne fait guère avancer le schmilblick.

Osons une hypothèse : et si la nébuleuse de tête, quelle que soit son appellation – anars, spontex, inorganisés, autonomes, black bloc — se révélait être, génération après génération, un laboratoire où les révoltés découvriraient, à leur corps défendant, la nécessité de s’organiser dans une forme permanente de représentation sous peine de disparaître ? Une sorte de maladie infantile qui les vaccinerait, une fois pour toutes, contre l’inanité du pavé pour seul projet politique. Cela n’excuse certainement pas la violence, mais cette explication a le mérite de ramener l’événement à sa juste proportion : un épiphénomène au regard de ce qui se joue dans les mobilisations sociales.

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MessageSujet: Re: 2018, LA VÉRITABLE "CONVERGENCE des LUTTES", cas torse du printemps dix-huit, chronique et théorie   Mar 15 Mai - 4:07


triste printemps venu

Un 1er mai orphelin de sa cause
gzavier Blog de Temps Critiques 15 mai 2018

Texte sur le 1er mai 2018 initié au lendemain des manifestations mais ayant mit son temps à être finalisé permettant, finalement, à la fois de ne pas hurler avec les loups mais surtout de développer et préciser ce qui devait l’être grâce à la participation de quelques complices.

Citation :
Certains se souviennent sans doute de l’existence de débats au sortir des contre-sommets (G8, OMC, WEF, FMI, etc.) à propos de la forme d’intervention des black blocs (BB), branche « radicale » de ces rassemblements et qui a marqué de son empreinte (et pas celles des bottes des carabinieri à Gênes) les pratiques militantes autour de « l’altermondialisation ». Cela se situait après les années 90, la fin de l’histoire pour certains, avec le triomphe du capitalisme et pas d’ouverture politique pour la gauche radicale à l’horizon. Ce fut, alors, le triomphe d’un activisme transfrontalier plus qu’internationaliste. Il y a encore sur infokiosques.net des traces des différentes réactions que tout cela suscitait (https://infokiosques.net/contre-sommets) et beaucoup d’autres textes faciles à exhumer (il y a même un spécialiste en BB comme Dupuis-Déri).

Il faut souligner tout de même que les cortèges en bloc des contre-sommets agrégeaient des points de vue tellement divergents qu’il fallait sans cesse justifier ces divergences par rapport à l’événement qui lui, était unificateur. De plus c’était, d’une certaine façon, un point de fixation et de construction militante fort, le tout, de façon condensée, mais non dénuée de débats.

Donc, un certain nombre de choses ont été dites, mais aujourd’hui, comme hier, nous ne cherchons pas la dissociation, pour une raison ou une autre, avec ce type d’action, mais à les replacer dans un contexte qui nous semble passablement différent, dans les lieux et peut-être, voire sûrement, chez les protagonistes aussi.

Un corps collectif et offensif en noir à la tête du cortège, tout cela se passe désormais en France, pays où les dispositifs policiers n’ont pas anéanti les potentialités qui s’offraient à cette tactique, malgré des tentatives d’y répondre dès le mouvement du printemps 2016 et aussi dans les manifestations de septembre 2017 contre la loi travail, pendant lesquelles les forces de police employaient une méthode de harcèlement, à partir des trottoirs, visant à provoquer et isoler des groupes de jeunes dans une nasse, comme à Lyon, par exemple, où la manifestation du 12 septembre, de ce fait, partit avec trois heures de retard et de nombreux petits accrochages avec la police qui voulait empêcher justement la formation d’un cortège de tête.

Cependant, qui connaît d’autres pays d’Europe, par exemple, sait que l’action sous la forme de BB est maintenant parfaitement circonscrite et la police bien préparée à contenir la chose, comme on a pu le voir, à l’époque (années 80-90), en Allemagne ou en Suisse alémanique.

L’agrégation des causes à défendre semble désormais convenir comme explication du phénomène BB, bien que la question du cortège de tête pléthorique reste en suspens. Nous avons eu droit à la Une de Libération le 02/05/2018 donnant la parole à un « participant au black bloc » (http://www.liberation.fr/france/2018/05/02/mardi-j-ai-participe-au-black-bloc-parisien_1647381) qui se dit, en son nom, préoccupé par : « Au quotidien, l’État exerce une pression sourde sur différents groupes du corps social : les exilés, les sans-papiers, les zadistes, certains mouvements étudiants, les salariés au chômage, les squatteurs. » La rupture avec tout ce qui est attendu comme expression du monde du travail, en ce 1er mai, est éloquente. Seuls les chômeurs échappent au ras de marée de l’éviction, les « précaires » ne trouvant même pas ici leur salut. Dans cette mesure, l’absence de propos sur les syndicats n’est pas pour surprendre. À la place, on trouve cette combinaison de causes susnommées qui, assurément, tombe donc à pic.

Mais à autant de participants autant de paroles n’est-ce pas ? C’est la ritournelle que l’on nous sert sans cesse dans les médias « alternatifs » comme paris-lutte.info qui nous font découvrir des « réflexions » au lendemain de ce 1er mai 2018 (https://paris-luttes.info/reflexions-sur-la-casse-en-manif-10133).
Un tel article reste dans le cadre d’une compréhension du capital comme « mode d’organisation de la production » au sein duquel le « travailleur » (et pas les prolétaires, nuance…) n’est rien car il « ne possède pas son outil de production ». Mais une fois faite cette référence/révérence au marxisme, cette petite cuisine mécaniste saute du coq à l’âne pour répéter que la casse n’est que symbolique. Sans même tenter d’opposer cette action à « la casse du service public » de la part de l’État, formule chère aux syndicats, sa légitimité ne lui viendrait que du fait qu’elle est la réponse adéquate à une politique de l’État réduite à sa fonction répressive contre les catégories ciblées que nous avons déjà évoquées. On a donc droit, là, à une actualisation sommaire des arguments en défense du BB qui parcourt le monde militant depuis 15 ans au moins.

Mais cette langue de bois se renouvelle, sur le fond, grâce au site « lundi matin » (lundi.am) qui a fait de l’humour (sic) en présentant le « communiqué de presse » du cortège de tête. Mais on rigole moins quand on apprend, par un autre article, que des infos circulaient sur les tractations en amont entre le SO de la CGT et la préfecture dont vraisemblablement on a omis de diffuser sur son site la moindre bribe… dommage pour le péquin moyen… et aussi pour ceux qui auront répondu à leur appel international (https://lundi.am/Depuis-Paris-a-nos-amis-disperses-de-par-le-monde). Il n’y a pas à s’étonner puisque les recommandations faites dans le texte À nos amis cultivent la double pensée, d’un côté, celle des appels à l’insurrection ou, au minimum, à la désertion ; et de l’autre une « morale de la situation » qui doit s’adapter aux situations, se fondre dans l’environnement et pratiquer une « infiltration par le bas » en évitant les points de rupture puisqu’il n’existe plus que des opinions de convenance et des valeurs contingentes comme l’indique la citation suivante : « Un geste est révolutionnaire, non par son contenu propre, mais par l’enchaînement des effets qu’il engendre. C’est la situation qui détermine le sens de l’acte, non l’intention des auteurs » (p. 147).

D’un point de vue général, c’est l’abandon de la ligne schmittienne ami/ennemi qui prévalait dans Tiqqun et l’IQV. Seuls les flics (émanation de l’État réduit au ministère de l’Intérieur) restent des ennemis.

Laissons l’avant-garde invisible et les supputations autour de son rôle pour revenir à ce qui est bien visible par tous. Nous pourrions nous réjouir d’un cortège de tête qui n’exhibe pas de représentant et qui semble se poser en rupture avec les syndicats, avec qui il marque ostensiblement sa différence, d’abord de par son positionnement dans la manifestation qui immédiatement pose problème à tous les service d’ordre, puis, parce qu’il n’en reprend pas les slogans (quel que soit l’objet de la manifestation) ; en rupture aussi, avec les groupes anarchistes ou trotskistes armés de leurs habituels drapeaux et badges, qui eux et depuis longtemps, ont assumé le fait de présenter leur différence ou leur alternative à la place que les organisations traditionnelles du mouvement ouvrier leur laissaient, à savoir, les queues de manifestations avec les éventuels débordements de fin de manif, quand le cortège principal est dispersé depuis longtemps. Que gauchistes et anarchistes organisés restent obéissants en queue de manifestation et que les BB se placent, conquérants, en tête, manifeste l’écart politique entre les deux stratégies. D’une part un suivisme par rapport aux organisations traditionnelles du mouvement ouvrier ; d’autre part, une attaque « ici et maintenant », mais au-delà du discours politique, contre des symboles de la société capitalisée et d’abord sa police. Mais cette position offensive des BB n’a pas, concrètement, davantage de portée politique que celle, suiviste des gauchistes et des anarchistes, car le suivisme des uns et la contre-dépendance des autres les enferment dans le monde qu’ils paraissent combattre. Contre-dépendance aux moyens de communication du capital et à ses images chez les BB, puisque ce sont eux qui rendent visibles ce qui, autrement, resterait invisible ; suivisme par rapport aux syndicats dits « non réformistes » de l’autre (SUD, CNT et même CGT).

Néanmoins, la stratégie BB qui impose une présence au premier rang ne peut-être assimilée à une gaminerie de lycéens ou de « jeunes excités », mais affirme bien l’idée que c’est ce cortège de tête qui représente la véritable contestation, c’est-à-dire la contestation moléculaire et intersectionnée qui tend à se substituer à l’ancienne conception du sujet révolutionnaire… ou alors, mais ce n’est pas incompatible, que la révolution (ou plutôt l’insurrection) n’est pas le fruit d’une dialectique de forces sociales-politiques, mais affaire de stratégie, d’agencements, de techniques de reconfiguration du monde.

Mais, un cortège de tête d’une telle ampleur (une fourchette de 12’000 à 15’000 personnes), qui soutient (jusqu’à quel point ?) une action comme celle des BB, c’est-à-dire une intervention qui fait de l’affrontement et de la critique de la passivité en manifestation le cœur de son action, n’est-ce pas un peu contradictoire avec le caractère non offensif du cortège lui-même ? Oui des gens applaudissent à la casse (du moins durant le printemps 2016) ou du moins pensent qu’une vitrine de banque, un Mac Do ou un panneau publicitaire J-C Decaux, ce ne sont que des dégâts collatéraux, mais n’est-ce pas justement le témoignage de leur propre impuissance à agir par eux-mêmes ? Et qu’attendent ceux présents dans un cortège de tête de ce BB, quand leur propre cortège n’est qu’une masse sans but autre qu’individuel (être là parce qu’on ne trouve pas sa place ailleurs ou parce qu’il faut être avec « les jeunes » ?) Quelle rupture réelle en laissant la place au spectacle évident qu’engendre le BB ? Comment comprendre, l’écart entre ce qui apparaît comme une violente attaque contre le capitalisme et le fait que les luttes sociales sont d’une telle basse intensité ?

Les personnes dans les cortèges de tête sont-elles comme ces fameux collègues « de gauche » que l’on côtoie tous, un jour et qui s’achètent une bonne conscience par des biais idéologiques, mais sont parfois d’infâmes carriéristes ou des individus parfaitement conformes aux hiérarchies et à la discipline du travail une fois la manifestation terminée ?

Du point de vue du monde du travail, comment ne pas voir que le capital, comme rapport social, nous oblige à composer sans cesse et donc à ne pas pouvoir faire bloc au quotidien, au boulot surtout, quel qu’il soit. Mais peut-être que faire émerger un bloc à la symbolique offensive sert à compenser la frustration de tous les jours, le silence de certains qui veulent « durer » sur leur lieu de travail et ne s’associent pas aux autres quand une action collective y semble possible ? Que des personnes aux liens faibles ou intermittents avec le monde du travail ou carrément en rupture soient des acteurs de tout cela, pourquoi pas ? Des individus au RSA, des jeunes sans travail, des « vieux » qui n’y sont plus, mais ne peuvent se résoudre à rejoindre la CGT des retraités, etc. pensent peut-être trouver là un catalyseur de lutte qui remplace ce qui s’est dérobé.

La présence et l’arrestation de nombreux étudiants le 1er mai semblent montrer aussi qu’un certain nombre d’entre eux n’a que peu d’intérêt pour l’opposition à « parcoursup », à la réforme et à la sélection et plus d’appétence pour une contestation plus générale, d’autant que l’intervention policière dans certaines facultés vient se greffer là-dessus et produire les effets habituels répression/réaction.

Qu’il y ait eu une distorsion entre, d’un côté le cortège syndical et sa composante gréviste dont les cheminots représentent le fer de lance actuel et de l’autre le BB et le cortège de tête, est apparu encore plus clairement que dans les manifestations précédentes, parce que nous étions un 1er mai et que s’est effacée, pour le cortège de tête du moins, jusqu’à la mémoire des dures luttes contre la durée de la journée de travail qui eurent lieu le 1er mai 1886, la répression qui s’en suivit à Chicago puis en réponse, côté prolétaires, l’internationalisation des manifestations du 1er mai. Pour eux, il ne s’agissait même plus de durcir la manifestation dans le sens d’une critique du travail (« faire sa fête au travail ») face à un mouvement gréviste strictement délimité par les syndicats qui semble avoir lui-même oublié ce que contenait de violence les luttes de l’époque et par ailleurs incapable de poser aujourd’hui, dans le mouvement même de grève, cette question du travail et éventuellement des formes de lutte contre le travail. De la lutte pour d’autres rapports sociaux dans laquelle les questions ne se poseraient plus en termes de service public (et naturellement en termes de statut pour ses salariés), mais en termes, moins particuliers comme celui de la communauté humaine.

Mais le folklore alternatif n’est peut-être pas pour tout le monde, car celui qui manifeste le 1er mai et qui devra travailler le lendemain — et non être en garde en vue ou ne veut pas être une cible pour les CRS — a peu de chance de participer autrement qu’en faisant masse dans un cortège de tête. De la même façon qu’on a eu à partir de 1995, des grèves par procuration, on a aujourd’hui une violence par procuration, mais qui reste au niveau de sa mise en scène, dans ce qu’on pourrait appeler une « création d’ambiance » de violence (être en noir, cagoulés, serrés les uns contre les autres). Qu’en avait-il à faire le cortège au k-way noir de l’image jaunie du cheminot ? Que cette ancienne figure du « prolétariat » se joigne à lui pour déborder en faisant mine de combattre les CRS et briser l’aménagement urbain !? Il n’y comptait pas.

Pour finir, ce que certains promeuvent en se présentant comme BB aujourd’hui, tient plus d’une sorte de « kit militant », qui se résume en quelques formules : la politique sans le poids du discours, l’organisation sans le besoin de la structure, la forme avec le résultat immédiat de la « lutte » comme spectacle. On a donc l’impression de tomber sur un cortège en noir, comme si c’était là une météorite politique tombée sur terre, sans tenir compte des conditions d’existence présentes, alors que tout cela est en phase avec ce qui tient de l’affirmation satisfaite de soi. Face à l’État et au capital pas besoin de tergiverser, la seule force de la volonté suffit ; montrons notre appartenance individuelle à une force collective. Mais force est de constater que cette volonté trouve sa limite dans l’objectif, pour le moins limité, de mettre en échec la police, ponctuellement, dans la rue, comme cela se passe parfois dans les « quartiers ». En cela, ce collectif est du même moule que les courants qui veulent affirmer plutôt que dépasser, positiver une identité plutôt que se frotter à « la question sociale », avec toujours ce souci, prouver qu’on existe et qu’on est là. En l’absence de tout devenir-autre qu’ils souhaitent sans doute, le BB et sa garde rapprochée témoignent de l’insurrection qui ne vient pas.

mai 2018
Gzavier et autres complices.

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MessageSujet: Re: 2018, LA VÉRITABLE "CONVERGENCE des LUTTES", cas torse du printemps dix-huit, chronique et théorie   Jeu 17 Mai - 13:01


la "convergence des luttes" ne pouvait être qu'une convergence politique

la CGT isolée syndicalement tente la courroie de transmission à l'envers

pour l'heure, c'est Jean-Luc Mélenchon qui "gagne son pari", ayant lancé l'idée de "marées populaires" lors de La Fête à Macron (voir ici)
sur fond de la faiblesse des luttes réelles, on note que ce mai 2018 fonctionne à l'envers par rapport à mai 68
toute l'ancienne nébuleuse démocrate radicale converge désormais dans le populisme de gauche


Convergence. Premier pari gagné pour la marée populaire du 26 mai
Sébastien Crépel et Julia Hamlaoui, L'Humanité 17 mai 2018

La CGT appelle à participer à la « marée populaire » du 26 mai
Raphaëlle Besse Desmoulières Le Monde 16 mai 2018

Le syndicat a annoncé, mercredi, qu’il se joindra à l’appel lancé par des associations, syndicats et partis politiques, tels que La France insoumise, le PCF ou le NPA.

42 associations, partis et syndicats appellent à une « marée populaire pour l’égalité, la justice sociale et la solidarité ».


Citation :
Un constat s’impose, Emmanuel Macron, son gouvernement et le Medef sont décidés à imposer coûte que coûte une restructuration en profondeur de la société française : politique d’austérité, destruction des droits des salarié.es, introduction de la sélection à l’entrée de l’université, casse des services publics, aggravation du sort des sans emplois, réorganisation aggravant les inégalités en matière d’accès à la justice, réforme fiscale favorable aux plus riches, loi répressive contre les migrant.es, priorité donnée au secret des affaires contre le droit à l’information, introduction de l’état d’urgence dans le droit commun, répression des mouvements sociaux et des jeunes des quartiers populaires, utilisation de l'égalité femmeshommes comme simple outil de communication, sans moyens financiers, alors que les femmes sont les premières concernées par les régressions sociales… sans oublier une politique militariste au niveau international. La multiplication des mesures prises avec brutalité sur tous les fronts a un objectif, celui de créer un effet de sidération et espérer ainsi empêcher toute riposte. Le patronat profite de la situation pour multiplier les restructurations et rester sourd aux revendications du monde du travail. En s’en prenant aux personnels à statut, en particulier aux cheminot.es, Emmanuel Macron espère, s’il l’emporte, casser tout esprit de résistance.

Ce coup de force peut échouer, car les mobilisations se multiplient dans le pays, chacune avec sa spécificité : journée nationale d’action, grèves, occupation d’universités, manifestations… Il appartient évidemment aux organisations syndicales de décider, avec les personnels concernés, de leurs formes d’action. Chacune d’entre elles a, a priori, des ressorts différents, mais au-delà de tel ou tel aspect, ce dont il est question concerne la nature même de la société dans laquelle nous voulons vivre. Voulons-nous vivre dans une société où les droits sociaux seraient réduits à néant, où les services publics et la sécurité sociale auraient disparu, où l’inégalité de traitement des territoires serait la règle, où l’accès à l’université serait de plus en plus réduit, où les lanceuses et lanceurs d’alerte et journalistes seraient bâillonnés, où les défis écologiques seraient soumis aux intérêts de la finance, où le logement, les HLM et les locataires seraient marchandises, où la lutte contre les discriminations se réduit à des discours ? Ou, au contraire, voulons-nous une société plus juste, plus solidaire, plus démocratique, plus égalitaire avec un meilleur partage des richesses ? Tel est l’enjeu.

Le gouvernement espère que ces mobilisations sectorielles restent isolées et qu’il pourra les défaire les unes après les autres en tenant bon, en les laissant s’épuiser ou en les réprimant. Affichant sa détermination, il espère ainsi nous décourager. Il se trompe, comme le montre la multiplication des collectifs citoyens en lien avec les salarié.es, les retraité.es et les étudiant.es ainsi que le succès de la solidarité aux grévistes, notamment à ceux de la SNCF. Il s’agit maintenant d’aller plus loin et, toutes et tous ensemble, d’affirmer dans la rue que des alternatives existent, que nous ne nous résignons pas au sort que nous promet ce gouvernement. Il fait la sourde oreille, il faut le forcer à nous entendre et à retirer ses projets.

Dans le respect de nos champs d’interventions respectifs, nous voulons aller au-delà de toutes les mobilisations positives qui existent déjà et rassembler toutes les forces sociales, syndicales, associatives, politiques pour construire et réussir ensemble un grand rendez-vous citoyen. Partout en France organisons le samedi 26 mai une marée populaire pour l’égalité, la justice sociale et la solidarité.

Éric Coquerel a écrit:
@ericcoquerel 16 mai

Franchement quel bonheur cette #MareePopulaire que nous avons si longtemps espérée ! Syndicats, associations, organisations politiques, tous ensemble pour s’opposer à la politique de Macron partout en France le #26mai ps : la FSU se joint ce soir à cet appel historique


Cette rencontre au sommet est inédite. Le siège de la CGT qui accueillait ce jeudi 17 mai une réunion pour préparer la grande journée d'action du 26 mai a vu arriver tous les ténors des partis à la gauche du PS.



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