PATLOTCH / COMMUNISME / un ART de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES, ÉCOLOGISTES... et POÉTIQUES !
 
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 CAS TORSE DU PRINTEMPS DIX-HUIT : LA VÉRITABLE CONVERGENCE, chronique et théorie

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AuteurMessage
PEUTÊTRE



Messages : 237
Date d'inscription : 21/12/2017

MessageSujet: CAS TORSE DU PRINTEMPS DIX-HUIT : LA VÉRITABLE CONVERGENCE, chronique et théorie   Jeu 5 Avr 2018 - 15:48


regroupés, des commentaires du sujet sur les luttes dans la crise


15 mars
SNCF :
une bonne grève ?


calendrier prévisionnel


18 mars


Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. - Erci Feferberg - AFP

Citation :
Le gouvernement fait face, en ce moment, à la colère des cheminots, de fonctionnaires ou encore des retraités. Pour autant, la ministre des Solidarités et de la Santé estime que pour qu'il y ait "convergences des luttes", il faut qu'il y ait "une convergence des problématiques et ce n'est pas le cas".

Si la grogne monte de toute part, la fronde n'est pas commune. C'est en tout cas ce que pense Agnès Buzyn, ministre de la Santé, dans un entretien au JDD.[...]

même si nous ne voyons la même problématique que Buzyn, et pour autant que ce soit en termes de "convergence des luttes" que se pose une constitution en classe révolutionnaire, il est clair que selon la nôtre, il n'y a pas de convergence immédiate possible

il est un peu moins clair pour beaucoup de lutteurs, lutteuses et autres cortégeux.es de tête que ce ne soit pas l'objectif à poursuivre en comptant sur la grève perlée à la SNCF


3 avril

feuille de déroute

Printemps 2018 : sur les mouvements sociaux et la défense du service public
carbureblog 2 avril 2018



image ajoutée

AC a écrit:
Depuis une trentaine d’années en France, toute la conflictualité sociale paraît devoir s’exprimer à travers les luttes de la fonction publique, par le biais de grandes grèves orchestrées par les syndicats, dans ce qu’on appelle des mouvements sociaux. La plupart de ces mouvements ont eu pour enjeu de s’opposer à une réforme touchant le service public, ou la gestion par l’Etat de différents éléments ayant trait à la reproduction globale de la force de travail (assurance chômage, sécurité sociale, retraites, etc.).

Il y a à cela tout un ensemble de raisons, qui ont été mille fois analysées, qui vont du poids effectif et du rôle idéologique qu’a pris le service public dans ce vieil Etat-nation à l’organisation centralisée depuis le Moyen Age qu’est la France, jusqu’à l’affaiblissement des syndicats du secteur privé, résultat des transformations sociales du capital dans sa forme la plus récente, qui ont fait du secteur public le dernier bastion de luttes ouvrières massives.

Mais si la défense du service public a pris en France une telle importance idéologique, c’est essentiellement parce que les grandes concentrations ouvrières qui ont existé jusque dans les années 50-60 ont été progressivement défaites dans le mouvement de restructuration du capital, à partir des années 70, et de façon accélérée à partir des années 1990-2000. La fin de l’identité ouvrière et avec elle la fin de la capacité des ouvriers à se mobiliser en masse, ainsi qu’à produire un discours politique propre, a ouvert un espace à une fonction publique dont les agents pouvaient encore se mettre en grève sans encourir trop de sanctions, et par là se faire les représentants de l’intérêt commun, à travers la défense de leurs intérêts propres. En outre, en France, le service public est composé pour moitié de personnels relevant du secteur de l’enseignement, dont une bonne quantité de professeurs, c’est-à-dire de personnes éminemment capables de produire des discours politiques. Capacité de mobilisation et capacité de production idéologique ont fait que les luttes du service public sont venues prendre la place qu’occupait l’ancien mouvement ouvrier, en en conservant certains traits, imposant de façon hégémonique leur idéologie propre à l’ensemble des luttes.

Il y aurait donc tout lieu de penser qu’en 2018, c’est un énième mouvement social qui va se dérouler, avec son rituel de grandes manifestations, ses débordements-en-marge, ses journées de grèves, ses interviews télévisés d’usagers « pris en otage » dans les gares ou aux stations-services, la dénonciation par les plus radicaux du rôle de collaboration des syndicats, ses assemblées autonomes, et son retour au calme proclamé par les mêmes syndicats, au bout d’un temps plus ou moins long. Cependant, il apparaît à tous que cette fois les choses sont un peu différentes, et que si tous ces éléments ne manqueront pas de se retrouver dans le mouvement qui se prépare, les enjeux ne sont plus tout à fait les mêmes.

C’est tout d’abord que le mouvement qui s’amorce vient après une longue suite de défaites, dont celles notables de la lutte sur l’âge de départ à la retraite en 2010, malgré une mobilisation massive, et de la lutte contre la loi Travail en 2016. Les grèves et les manifestations qui jusqu’à la fin des années 1990, si elles étaient longues et bien menées, pouvaient faire reculer les gouvernements (qui en général parvenaient tout de même à avancer quelques pions), ne semblent plus être traitées que comme des troubles à l’ordre public, et non comme les éléments d’un dialogue qui semble avoir de fait disparu, quand les réformes sont imposées par 49-3 et par ordonnances.

La longue suite d’échecs subis par les mouvements sociaux depuis au moins 2003 (à l’exception notable de celui de 2006 sur le CPE), n’a pas eu qu’un effet démoralisateur, mais également des effets très concrets sur la structure du travail en France, l’éloignant toujours plus du modèle posé par la défense du service public, ainsi que des réalités propres à la fonction publique. C’est ainsi que la défense du service public est devenue de plus en plus omniprésente et urgente, de par son échec même. Mais pendant qu’on se focalisait sur le service public et sa défense, c’est le secteur privé tout entier qui s’ajustait de plus en plus vite aux nouvelles exigences du capitalisme. En parallèle de ce mouvement, les entreprises publiques ont tendu de plus en plus à aligner leurs structures de fonctionnement sur celles du privé, dans leur mode de gestion et leurs exigences de résultats quantifiables, voire de rentabilité financière.

La fracture entre fonctionnaires et salariés du privé n’est pas seulement idéologique mais bien réelle. Si elle existe, ce n’est pas uniquement pour des raisons psycho-politiques de haine du fonctionnaire ou à cause de la propagande médiatique, mais parce que ces réalités ne concordent simplement plus. Des réformes ont été appliquées, et combattues plus ou moins vigoureusement et efficacement. Les salariés du privé, qu’on appelle aujourd’hui au nom de l’intérêt général à soutenir les cheminots, pourraient bien demander aux syndicats ce qu’ils faisaient, en 2003, quand l’allongement de l’âge de la retraite était voté, mais que Balladur garantissait que les régimes spéciaux seraient à l’abri. Mais surtout, les rapports sociaux se sont transformés, changement suivi ou impulsé par des lois, mais qui répond à la transformation globale du capital dans sa phase de restructuration achevée, dans laquelle nous sommes tous pris.

Même au cœur de la fonction publique, le recours à la sous-traitance et aux contractuels, la logique commerciale dans les services, les méthodes de management (parfois encore plus dures que dans le privé, cf. la Poste) tendent à faire de l’emploi garanti, de la protection sociale, ainsi que des chaînes hiérarchiques traditionnelles une survivance du passé. C’est aussi un mode de relations au travail hérité de la vieille identité ouvrière (mélange subtil de conscience de sa position dans les rapports d’entreprise et d’horizontalité dans les rapports interindividuels) qui a été combattu, comme c’est le cas de manière flagrante à la Poste, mais aussi à la SNCF ou à EDF. Voilà plus de 20 ans qu’on modernise, et cela a eu des effets.

***

Pour toutes ces raisons, on sent que c’est plutôt mal parti. Peut-être est-ce pour cela qu’avant même d’avoir commencé, on regarde en arrière, vers 1995, la dernière grande victoire syndicale face à une réforme gouvernementale et mouvement social-type, et aussi vers Mai 68, dont on commémore le demi-siècle. On se souviendra – ou pas – que ce mouvement aura commencé un 22 mars.

Qu’à peu près le même écart de temps sépare ces deux dates, 68 et 95, devrait nous faire comprendre la rupture que marquait 95 vis-à-vis de Mai 68 et des contenus révolutionnaires de l’ancien cycle de lutte, et nous donner le soupçon que la période ouverte par le mouvement de décembre 95 risque bien d’être désormais terminée.

Le mouvement de décembre 95 a été l’acte de naissance officiel de ce qu’on a appelé citoyennisme ou démocratisme radical. Dès après la crise de 2007-2008, l’échec historique de cette idéologie est devenu patent, par l’évacuation de fait de toute possibilité d’un retour au keynésanisme social comme solution à la crise. A travers la gestion de la crise, c’est le capital lui-même qui a réaffirmé la production de richesses comme un résultat de l’exploitation, et non pas un comme objet neutre qu’il s’agirait de répartir harmonieusement, et qui, au travers des politiques d’austérité menées par les Etats, a fait de la mise au pas des prolétaires et de l’intensification de l’exploitation, que ce soit par la baisse des salaires ou la diminution des charges, l’affirmation du contenu objectif du rapport de classes. Les luttes pour le salaire sont alors devenues illégitimes, voire tendanciellement illégales, comme l’atteste le sempiternel débat pour savoir si, durant une grève, on a bien le « droit » de bloquer le pays.

Le citoyennisme, idéologie qui s’est développée en France sur la base de la défense du service public, prônait au contraire une reprise keynésienne dont le modèle se situait dans la période révolue des Trente glorieuses. Mais avec la crise comme point culminant de la restructuration, comme moment où les caractéristiques de cette restructuration s’affirment le plus durement, ce sont tous les éléments sur lesquels reposaient cette idéologie qui sont attaqués et défaits un à un. Le programme positif du citoyennisme se recroqueville alors en simple défense des acquis (devenus au passage des « conquis », pour rappeler que rien n’est gagné), et le maître-mot devient celui de « résistance ». Le réformisme n’a plus rien d’autre à proposer que son opposition à des réformes menées par d’autres, et qui contredisent point par point toutes ses aspirations. Il devient le simple négatif de ce qu’il critique.

Le mouvement de 1995 avait pu formuler la base du programme citoyen sur les éléments de cette résistance, sur ce qu’il fallait préserver : la Sécurité sociale, les retraites, l’assurance-chômage, etc., en bref la reproduction de la force de travail assurée par l’Etat à l’intérieur d’un marché régulé, c’est-à-dire un socialisme modéré permettant d’assurer la préservation des rapports capitalistes fondamentaux. Mais vingt ans plus tard, si l’Etat a bien continué à jouer son rôle d’encadrement de la reproduction de la force de travail, il l’a fait dans ses propres termes comme Etat du capital, dans le moment capitaliste actuel, et non selon une idéologie quelconque, si ce n’est l’idéologie libérale, c’est-à-dire l’idéologie fonctionnellement adéquate, pour la classe dominante, aux rapports de classe existants. L’Etat intervient bel et bien, et il réforme l’assurance chômage afin de pousser les chômeurs à accepter n’importe quel emploi, il rallonge à l’infini l’âge réel de départ à la retraite, il diminue les charges sociales et donc les salaires, etc. Et tout cela, les oreilles pleines de la « défense du service public », nous le subissons au quotidien. Car pour des centaines de milliers de personnes aujourd’hui en France, le service public ce sont aussi les professeurs qui vous humilient et vous trient socialement, les services sociaux inquisiteurs qui vous coupent vos allocations au moindre document mal rempli, les contrôles mensuels au Pôle Emploi, les amendes dans les transports et les contrôles de police.

L’Etat, aujourd’hui, fait en somme la même chose que l’Etat keynésien des Trente glorieuses érigé en modèle par l’idéologie citoyenniste : il encadre les évolutions du capital et fait les ajustements nécessaires à ces évolutions. Après la Seconde Guerre mondiale, il fallait reconstruire et moderniser, les forces productives intégraient la force de travail comme facteur essentiel dans la production de valeur, l’appareil productif national était la priorité, la question du logement, de la santé et de l’éducation étaient des conditions nécessaires pour la fourniture au capital d’une masse de main-d’œuvre qualifiée et valide. L’Etat s’est appliqué à cette tâche, pour le plus grand bien du capital – et sans doute, « globalement » comme disait Marchais, pour celui des prolétaires de cette période, qui ont pour beaucoup vu leurs conditions de vie s’améliorer. Mais il n’en reste pas moins que cette période est révolue : l’Etat-Providence reconstructeur a fait son travail, il a passé la main à l’Etat libéral, qui doit faire le sien, quitte à défaire ce qu’a construit le premier : quand le béton est coulé, il faut bien démonter le coffrage.

***

Nous voici donc en 2018, et à nouveau il faut « défendre le service public ». Cette fois-ci, ce sont les statuts des cheminots qui sont attaqués, et il s’agit de faire de la SNCF  une société anonyme à capitaux publics, afin de l’ouvrir à la concurrence. Il faut noter que la Poste est devenue une société anonyme à capitaux publics en 2010, sans que cela ait donné lieu à autre chose que de « fermes protestations » de la part des syndicats.

L’annonce de cette réforme du statut des cheminots (emploi garanti, âge fixe de départ à la retraite – rallongé de fait en 2007 par l’alignement avec le privé –, régime spécial de Sécurité sociale) a provoqué, sur un mode désormais bien connu mais avec une intensité toute particulière, un déferlement de haine médiatique sur les « privilégiés » et les « feignants » de la SNCF. Face à ce déferlement, les syndicats et les politiques (dont en première ligne Besancenot, qui est parvenu à constituer sur cette question un front de la « gauche de gauche » – qui semble être devenue de fait la seule gauche) ont construit, en puisant dans l’arsenal idéologique à leur disposition, une ligne de défense sous le double axe de la défense du service public et de la solidarité de classe.

Soutenir les cheminots, ce serait nécessairement  défendre le service public, garant de l’intérêt général, et nous défendre nous-mêmes, au nom de l’effet domino des défaites ouvrières.

Mais défendre les cheminots au nom du chemin de fer, de la qualité du service ou de son supposé caractère écologique, c’est englober le travailleur dans son produit, faire du prolétaire une chose de la machine. Dans ce discours, les cheminots deviennent les « moyens humains » du chemin de fer. Lorsque les travailleurs de l’industrie automobile se mettent en grève, est-ce qu’on met en avant le caractère écologique des véhicules qu’ils construisent ou la qualité de leurs moteurs ? Mais voilà, il semblerait que du fait que la SNCF soit un service public, en son sein, les cheminots ne s’y appartiendraient plus, qu’ils soient une partie du bien commun de la nation, un peu comme les poilus de 1914. Ils deviennent nos cheminots. Dans cette veine de nationalisme productif, on se plaît d’ailleurs à rappeler que lesdits statuts datent de la fin de la Première guerre, pour services rendus à la nation.

C’est passer un peu vite sur ce qu’est réellement la SNCF aujourd’hui, c’est-à-dire une entreprise qui a moins des usagers que des clients. Quel est le service public de transport qui est assuré par le train, lorsqu’un billet entre Paris et Marseille coûte 200 euros, de sorte que les cadres prennent le TGV en gare de Lyon, et les prolétaires le Ouigo à Marne-la-Vallée, chez Disney, au mépris de la grande et noble notion de « l’égalité d’accès et de traitement de tous les usagers » ? C’est que la transformation de la SNCF en entreprise privée, qu’on agite comme un épouvantail, a commencé à se faire il y a longtemps déjà, avec la création des TGV dans les années 1980 et l’apparition des logiciels de type Socrate au début des années 1990, qui calculent désormais le prix du billet en fonction de l’offre et de la demande, dans une pure logique de marché. Auparavant, on avait un tarif kilométrique, égal pour tous, en bonne logique républicaine. Personne ne s’est mis en grève contre cela et pour défendre le tarif unique, pas plus que chez Renault on ne se met en grève quand on produit une berline de luxe, au nom de « l’égalité qui doit régner entre les consommateurs », pour la bonne raison que tout le monde reconnaît que seuls les bénéfices de l’entreprise justifient qu’elle nous verse des salaires.

Dès lors, le salarié de la SNCF devrait être un salarié comme les autres. Pourquoi, au nom de l’idéologie du service public, est-il impossible pour les cheminots d’affirmer leur situation propre en tant que prolétaires ? Est-ce que c’est du corporatisme que défendre une situation particulière, dans la mesure où elles le sont toutes ? Les bas salaires, les 3×8 épuisants, le caractère pénible du travail, tout leur donne le droit de défendre les maigres avantages qu’ils possèdent, qui ne sont pas des privilèges, mais des compensations. Et droit ou pas, il n’y a aucune honte à défendre ses intérêts, lorsqu’on est un prolétaire.

C’est que les cheminots aussi sont pris au piège de la défense du service public, parce que c’est bel et bien l’ouverture de la SNCF à la concurrence qui les menace directement. Mais en défendant la SNCF comme service public, c’est « leur » outil productif lui-même que les cheminots se voient contraints de défendre. Lorsque pour leur défense ils présentent dans un tract la baisse continue des effectifs depuis 1950 comme un gage de modernité de « leur » entreprise publique, c’est en réalité les conditions de la rentabilité qu’ils sont contraints de reconnaître, et les politiques menées jusqu’à aujourd’hui. Le problème reste le même pour les cheminots que pour le prolétariat dans son ensemble : dès lors qu’il se reconnaît pour ce qu’il est dans l’appareil productif, il reconnaît aussi qu’il est de trop, que c’est précisément en tant que « moyen humain » qu’il est un coût, service public ou pas.

Il est certain que l’ouverture à la concurrence va accélérer le processus de remise en cause du statut, depuis longtemps amorcé par les « alignements » avec le privé que les syndicats ont encadré. Malgré les promesses de maintien dans le statut des cheminots qui y sont déjà, c’est la main-d’œuvre entrante tout autant que la concurrence et les méthodes de management libérales qui feront pression sur le statut pour le marginaliser. A terme, dans cette évolution, on sent bien que des départs à la retraite anticipée vont être nécessaires, afin de « moderniser » l’entreprise. Et les cheminots ont raison de s’inquiéter de leur avenir dans les petites lignes qui seront ouverte à la concurrence, car il est certain qu’aucun opérateur privé ne souhaitera conserver un personnel dont il est impossible de se séparer : les capitalistes ne sont pas plus des philanthropes que l’Etat. Ce que vont vivre les cheminots, et qu’ils ont déjà commencé à vivre, c’est l’évolution de la société française des trente ou quarante dernières années, en accéléré et à marche forcée. Et cette évolution s’est faite au fil des mouvements sociaux, encadrée par les syndicats, qui l’ont tant bien que mal négociée au coup par coup. Gageons que d’ores et déjà, des garanties sont négociées par les syndicats auprès de la ministre des Transports, afin de protéger ce qui peut l’être, et surtout la pérennité de leur présence à toutes les négociations.

Les cheminots sont dès lors coincés dans la contradiction qu’il y a entre la défense politico-syndicale du service public et la défense immédiate de leurs intérêts comme salariés d’une entreprise, c’est-à-dire finalement comme prolétaires. Martinez peut bien leur faire plaisir en déclarant « Il n’y a qu’à mettre tout le monde au statut des cheminots, et tout ira bien », personne ne peut prendre cela pour une revendication réelle et y voir autre chose qu’une boutade, qui a peut-être un contenu politique, comme la revendication de la semaine de 32h, mais ne fera jamais l’objet de quelque lutte que ce soit. Parler comme en 1936, agir comme en 2018, c’est ça la langue de bois syndicale.

Si les avantages des cheminots, pour maigres qu’ils soient, apparaissent comme des privilèges, c’est qu’ils représentent en 2018 une anomalie dans le marché du travail tel qu’il existe réellement. L’emploi garanti des cheminots, dans la société des années 50-60, n’était qu’une formalisation de ce qui existait déjà de fait pour tous : à cette époque, la plupart des salariés signaient un CDI et travaillaient 35 ou 40 ans pour la même société avant de prendre leur retraite. Quand on faisait grève, on se battait pour les salaires, pas pour la « sauvegarde de l’emploi ». Aujourd’hui le marché du travail est émietté, précarisé, les parcours professionnels se font en zigzags quand ils ne tombent pas dans les ornières de la déqualification et du chômage de longue durée, avec ou sans RSA. Et, de fait, de plus en plus, la principale différence entre les entreprises publiques et les entreprises privées, c’est le statut des fonctionnaires. Ce n’est pas le « progrès » qui veut ça, c’est la marche désastreuse du capitalisme.

S’il y a une solidarité à promouvoir avec les cheminots, ce n’est pas pour défendre le service public, mais pour se placer aux côtés de ceux qui sont attaqués par leur capitaliste, en l’occurrence l’Etat, et ce sans autre horizon que la simple autodéfense de classe. La défense du service public est en réalité ce qui empêche la solidarité de classe, en la transformant en « intérêt général », cette chose de l’Etat et de la bourgeoisie. Mais cela, l’idéologie de service public, engluée dans son propre discours, n’est pas en mesure de le dire, sauf à paraître donner raison au « néo-libéralisme », qui affirme toutes ses réformes, au travers de purs gestionnaires comme Macron, de manière totalement apolitique, comme une cruelle mais nécessaire mise à jour sociale. L’impasse de la défense du service public, c’est qu’elle ne peut donner raison à ce discours, mais qu’elle n’a plus rien à proposer de plus tangible que le statu quo.

Pour sortir de cette impasse, il lui faudrait reconnaître qu’en réalité les protections sociales héritées des Trente glorieuses, comme les régimes spéciaux, sont voués à terme à disparaître, que tout ce à quoi il fallait résister a d’ores et déjà pratiquement vaincu, et que ce qu’il fallait défendre a été perdu. Déjà, lors des luttes contre les retraites, en 2010, la CGT s’est inclinée face à la logique comptable et reconnu que l’allongement de la durée de la vie impliquait celui de la durée du travail, et dit d’une même voix avec l’Etat qu’il fallait avant tout « sauver le régime de retraites par répartition », puisque c’était « l’intérêt général » qui le voulait ; et si ma foi, des fonds de pension peuvent aider à compléter les retraites et qu’en plus ils sont gérés par les syndicats via un Comité intersyndical de l’épargne salariale, tout est dit.

C’est aussi que la défense du service public peut d’abord rassembler le service public lui-même, c’est-à-dire beaucoup de monde, ce qui a très souvent suffi. Mais les appels au secteur privé qui se font sur la base de la défense du service public ne sont entendus que sur la base de cette séparation public/privé. Et si le secteur privé avait les moyens de produire des mobilisations d’ampleur, la défense du service public ne serait peut-être pas en tête des priorités des luttes. L’hégémonie, dès lors qu’elle se fissure, fait apparaître son revers, qui est l’isolement.

A terme donc, le statut des cheminots ira fatalement rejoindre le plein emploi, la retraite à 60 ans et le 13° mois négocié intangiblement au niveau d’un accord de branche au magasin des antiquités du capital restructuré. A terme aussi, les syndicats majoritaires ne seront plus que des outils de cogestion, bataillant entre eux pour conserver leurs sièges dans les multiples institutions paritaires dont ils tirent la majeure part de leurs revenus. Leur avenir est aussi garanti « à la base », lorsqu’on fera appel à eux, au cas par cas, pour gérer des accords d’entreprise, si possible en limitant la casse. Et ceci ne sera pas le résultat d’une dérive idéologique des syndicats ou d’une quelconque trahison, mais bel et bien leur adéquation à la réalité du capitalisme contemporain, comme le syndicalisme révolutionnaire était adéquat à une toute autre situation. Dans la lente dissolution programmée du service public à la française, c’est toute la période des mouvements sociaux qui devrait progressivement se refermer.

***

Les mouvements sociaux reposaient sur une entente tacite entre l’Etat et les « acteurs sociaux » : l’Etat avançait des réformes, mesurait la résistance, et négociait sur la base de cette résistance. C’est ce qu’exprime le bon vieux slogan « Deux pas en avant, trois pas en arrière ». Ce système était propre à la période qui va de 1985 à la fin des années 90. Cette période était bien loin de la violence des affrontements de classe (y compris syndicaux) des années 60-70, sur fond d’une hausse effective de taux de profits qui bénéficiaient des politiques libérales impulsées sous Mitterrand, et sur la base de la défaite de l’offensive de classe de l’après-68. A partir de 1998, la part effective des salaires dans la valeur ajoutée s’est mise à augmenter, sans que le niveau des salaires ait significativement changé, c’est-à-dire que les taux de profits se sont mis à baisser, mettant ainsi fin à une brève embellie capitalistique, et durcissant de fait les politiques dites néo-libérales – les politiques propres au capital restructuré.

La crise économique de 2008 est venue accélérer radicalement cette tendance. Partout en Europe, des politiques d’austérité ont été menées par les Etats sous pression des institutions internationales, afin de mettre en place une sortie de crise qui soit la réalisation des tendances mêmes qui ont conduit à la crise.

Dix ans après, une relative sortie de crise s’est effectuée, par la baisse massive des salaires et des cotisations sociales, par la précarisation croissante de l’emploi, les Etats taillant dans le vif de toutes les formes de Welfare subsistant encore, afin de jeter des millions de prolétaires sur le marché, prêts à accepter de travailler sous n’importe quelles conditions. Cette sortie de crise reconduit effectivement les conditions de la crise, et prépare un nouvel effondrement, qui sera sans doute plus brutal encore, tant dans ses effets que dans sa gestion.

Dans ce nouveau contexte, le système des mouvements sociaux tel qu’il fonctionnait jusque dans les années 2000 est devenu obsolète. D’une part la capacité effective de résistance syndicale s’est érodée, et d’autre part la réaction des gouvernements successifs s’est faite de plus en plus brutale et fermée au « dialogue social ».

Là où les syndicats agissaient à un niveau quasiment symbolique, se contentant de montrer leur capacité de mobilisation en mettant des gens dans la rue et en organisant la grève, l’Etat les prend au pied de la lettre, les forçant à démontrer l’impossibilité dans laquelle ils sont de mettre leurs menaces à exécution, ou mettant en œuvre tous les moyens pour les en empêcher. Dès lors, c’est bel et bien à la criminalisation des mouvements sociaux à laquelle on assiste.

A la question-piège « A-t-on le droit de bloquer le pays ? », la réponse ne peut évidemment être que non. Les syndicats, qui sont des institutions n’ayant de validité que par la reconnaissance par l’Etat de leur caractère légitime, ne peuvent pas se placer d’eux-mêmes hors la loi. Dans toute grève et toute occupation, il y a des débordements. Les syndicats peuvent dans une certaine mesure se cacher derrière des actes individuels (« les gars en ont ras-le-bol »), les couvrir, ou parfois « dénoncer les violences ». On ne peut leur demander d’organiser les débordements, parce que ce n’est pas leur rôle. Leur rôle, c’est à la limite et dans le meilleur des cas de couvrir ces débordements grâce à la légitimité dont ils disposent. Cette légitimité, de plus en plus, n’est reconnue par l’Etat qu’autour de la table de négociation, pour ratifier ce qui a été décidé en amont, avec éventuellement quelques concessions d’ordre cosmétique pour ne pas leur faire perdre la face.

Cependant, plus la politique des gouvernements se durcit, plus les syndicats sont conduits à durcir eux aussi leurs actions. La question du blocage qui se pose depuis une dizaine d’années l’atteste.

En 2010, si le « blocage » des raffineries, loin d’être un arrêt total de la production, n’a consisté qu’en une mise en veille, de sorte que les raffineries puissent être remises rapidement en fonction, c’est simplement parce qu’un arrêt réel et total de la production s’apparenterait à un acte de sabotage, puni sévèrement par la loi. Les syndicalistes ne sont pas des desperados. En 2016, lors d’un autre mouvement des raffineries, l’Etat a puisé dans ses réserves stratégiques, comme en temps de guerre, et les panique aux pompes a plus été provoquée par l’afflux d’automobilistes que par une cessation effective de l’approvisionnement. En 2018, la SNCF instaure du covoiturage et offre une augmentation mensuelle aux cadres pour conduire les trains. Elle s’arrange pour faire que la grève saute-moutons utilisée par les syndicats pour faire durer le mouvement en limitant l’impact sur les salaires soit considérée comme une seule grève, et que tous les jours soient perdus. Il devient assez évident que le but est que, comme le disait Sarkozy, quand il y a une grève en France, on ne s’en aperçoive plus, voire que – dans le respect du droit de grève bien entendu – il n’y ait plus de grèves du tout.

La réalité, c’est que les syndicats n’ont ni la capacité, ni même le désir de « bloquer le pays ». C’est que les syndicats sont réellement composés de travailleurs, qui n’ont que leur emploi pour vivre, et sont de fait attachés à leur outil productif, comme les cheminots n’existent que sous la SNCF, et pour cela défendent le service public. Lorsque l’Etat les met au pied du mur et les pousse à exécuter leurs menaces, les syndicats et les travailleurs qu’ils représentent doivent bien reconnaître que la fonction des syndicats n’est pas de mener une insurrection, mais de négocier. La négociation n’est d’ailleurs pas le seul fait des directions reçues dans les ministères, elle se passe également au niveau des entreprises, et parfois en contradiction avec les axes décidés au niveau national. En 2013, par exemple, la CGT a refusé de signer les accords sur la « flexisécurité », tandis qu’en Aveyron, le syndicat local CGT « sauvait » une usine Bosch en consentant des baisses de salaires et un report des jours de RTT, dans le plus pur esprit « flexisécuritaire ». C’est que les directions font de la politique, et que la base doit croûter. L’existence quotidienne du syndicalisme consiste en ces ajustements quotidiens, loin des projecteurs des grands mouvements sociaux.

Mais si l’Etat, lors d’un mouvement, pousse les syndicats à se mettre hors la loi, et par là même les remet autour de la table de négociation dans les conditions qui lui sont le plus favorables, il affirme aussi de plus en plus qu’on peut se passer de négocier. Le 49-3 et les ordonnances sont là pour ça, mais aussi les procédures démocratiques : que le statut des cheminots et la loi sur l’ouverture de la concurrence passe devant l’Assemblée nationale, ça ne va constituer qu’un petit ralentissement dans la procédure, et peut-être faire durer les grèves, mais tout le monde connaît l’issue des débats dans une Assemblée majoritairement acquise aux réformes. C’est alors que le régime de parti unique institué par Macron tourne à plein rendement.

Le problème des mouvements sociaux, c’est justement qu’ils restent sociaux, qu’à travers les luttes et les critiques qu’ils formulent de la société, ils restaurent en négatif toutes les catégories de cette société qui n’est alors infiniment criticable que parce qu’elle est infiniment sauvable. C’est ainsi qu’ils marquent critiquement, tous les trois ou cinq ans, les évolutions du capital, cheminant main dans la main avec lui sur la route de son développement. C’est ainsi que, prolétaires, nous cheminons main dans la main avec ce qui simultanément nous tue et nous fait vivre.

Dans cette situation bloquée, c’est le débordement qui s’affirme comme la seule issue envisageable. Les « mouvements sociaux », dans leur prétention à prendre en charge toute la conflictualité sociale, à incarner la lutte de classe elle-même, ont eu pour effet d’invisibiliser toute autre forme de conflictualité, de désigner ce qui est une lutte légitime et ce qui ne l’est pas, de réduire tout conflit  à la revendication et au dialogue avec le pouvoir. On pense évidemment ici aux émeutes de 2005 dans les banlieues françaises, qui n’auraient peut-être pas été considérées si exclusivement comme une question de trouble à l’ordre public si le modèle dominant de la lutte n’avait pas été celui des mouvements sociaux. En 2016, lors de la lutte contre la loi Travail, les débordements systématiques ont contribué à réintroduire de la conflictualité là où il n’y avait plus qu’un rituel perçu comme creux et désuet : la fameuse manif « ballons-merguez ».

Dans le mouvement qui s’annonce, la violence subie ou pratiquée, l’absence de revendication comme condition nécessaire à l’action, le dépassement rendu nécessaire du problème de la légitimité de la lutte par sa déligitimation effective, vont de nouveau faire apparaître la question du débordement comme contraire absolu de la convergence des luttes, comme force centrifuge. Le cortège de tête lui-même, désormais institutionnalisé et ritualisé, devient un frein à ce mouvement centrifuge, en ce qu’il désigne les individus par leur appartenance socio-politique (« chasubles rouges et K-Ways noirs »), et se voit réduit à une forme convergente, prise dans la dynamique du mouvement social. Ce constat a déjà été fait par nombre de ceux qui y participaient. Le cortège de tête, dès que formalisé est devenu un objet politique, une affaire de militants, un discours idéologique. Il en est venu à nier ce qui l’avait constitué dans sa forme la plus vivante, et qui existe à un niveau ou un autre dans toutes les luttes de classe de ce cycle : agir et se rencontrer dans une indistinction sociale provisoire, cette indistinction même offrant la possibilité de « tout casser », c’est-à-dire ne rien revendiquer comme sien dans ce monde, ne rien construire, ne plus chercher de commun à l’extérieur de soi, désobjectiver le sujet. Faire sortir le débordement des cortèges où il est contenu, l’instituer comme forme de relation entre individus et, au-delà de l’émeute, le porter dans différents lieux – notamment les lieux de production, mais pas seulement – afin d’en déterminer l’usage immédiat en abolissant leur rôle social, c’est ce qui est posé par le moment où nous sommes : l’enjeu du communisme en actes.

Mais nous n’en sommes pas encore là. Pour l’heure, on peut simplement constater le déclin des mouvements sociaux, leur incapacité à s’opposer à l’évolution du capitalisme, parce que du point de vue du travail, on n’est qu’un pôle de cette évolution, qui nous entraîne avec elle. On peut aussi constater, à travers ce déclin, l’échec idéologique du citoyennisme, et l’incapacité où lui aussi s’est trouvé de promouvoir des politiques effectives, coincé qu’il est dans son apologie de l’Etat et de la démocratie. Nous sommes de toute évidence à un moment de rupture, ou au moins de dislocation. On peut dès lors se demander la direction que prendront à terme les luttes de classe, qui ne se sont jamais limitées à la forme des mouvements sociaux, dans cet affaiblissement. Personne ne peut réellement pour l’heure répondre à cette question. C’est uniquement à partir d’une compréhension de la situation telle qu’elle est, entre autres selon les hypothèses qu’on a formulé ici, que nous pourrons, à partir de l’observation de ce qui se passe dans les cours des luttes quotidiennes, tenter de comprendre efficacement dans quel sens vont les choses. En ce sens, l’enjeu des luttes qui vont se dérouler en ce printemps 2018, au-delà de la victoire ou de l’échec du mouvement, sera aussi de nous indiquer vers quoi nous allons.

***

Mais si le déclin des mouvements sociaux s’annonce comme inévitable dans la situation actuelle, il faut se garder des extrapolations hasardeuses, et ne pas se livrer à ce qu’on pourrait appeler la « théorie de l’épure », selon laquelle la véritable lutte des classes, débarrassée de ses oripeaux syndicaux et citoyens, pourrait enfin apparaître dans toute sa radicalité, et exploser immédiatement en une insurrection généralisée qui balaiera l’Etat et le capital.

Il ne faut pas oublier que nous sommes face à des processus de longue durée (ceci dit sans préjuger des effets de rupture que pourrait avoir une crise généralisée du capital). Même Macron-Jupiter ne peut pas abattre toute opposition en trois semaines et tout privatiser en trois mois. En ce printemps 2018 en particulier, il a peut-être péché par présomption et lancé trop de chantiers simultanés. Si la grève de ce printemps est massive, et elle est bien partie pour l’être, on gagnera peut-être encore un peu de temps. L’entreprise capitaliste France ne peut pas se délocaliser : elle doit composer avec ses personnels, et elle ne peut pas se restructurer à marche forcée, parce qu’elle doit continuer à fonctionner comme cadre capitaliste global, c’est-à-dire comme société. Tout ça va prendre encore du temps et susciter beaucoup de débats et d’oppositions. De plus, comme on l’a déjà souligné, plus les défaites sont cuisantes, plus on se raccroche à l’idéologie. L’idéologie de la défense du service public, si elle s’appuie de moins en moins sur des mouvements sociaux en déclin sous leur forme classique et se voit tout à fait obsolète dans sa version citoyenne, a de bonnes chances, du fait même de ces débats qui vont exister dans la durée et hors mouvement social, de se reconstituer sur un plan strictement politique.

C’est justement ce plan que les gouvernements successifs ont délibérément abandonné, jusqu’à la figure de Macron qui est l’emblème de cet abandon. Le mode de gouvernement purement managérial promu par Macron (et réclamé par une part importante de la classe moyenne), a pour limite absolue de ne plus promouvoir aucune transcendance, ce qui laisse la part belle à tous ceux qui aujourd’hui entendent, à l’intérieur du capital, réinstituer du commun. Ce commun, qui peut prendre mille formes dans les rêveries alternatives, et exprimait une aspiration à plus d’horizontalité dans le « tous ensemble » de 1995, a de bonnes chances, dans le contexte actuel, de s’incarner très fermement dans une forme populiste et nationaliste, que le couple Le Pen-Mélenchon a récemment incarnée, mais qui reste peut-être encore à constituer véritablement. La récente victoire électorale en Italie du M5S de Beppe Grillo nous en donne, entre autres, une idée.

Cette constitution d’un ensemble national-populiste se fera peut-être sur le déclin des mouvements sociaux, dont la composante radicale et la composante institutionnelle se diviseront sur la définition à donner au commun, en faisant un enjeu politique majeur dans les prochaines années. Le commun sera alors l’autre face, la face sociale du débordement, il sera, sous sa version alternative comme dans sa version nationale-populiste, la forme du retour à l’ordre.

Douze partis de gauche réaffirment leur unité contre « la casse de la SNCF »
Alternative Libertaire, EELV, Ensemble, Gauche Démocratique et sociale, Génération.s, Groupe Parlementaire France insoumise, NPA, Nouvelle Donne, PCF, PCOF, Parti de Gauche, République et socialisme -


anarchisme d'État ?


la vision de lundimatin est comme à l'opposée de celle de Carbure ci-dessus. Cette Gazette des invisibles a visiblement bien mérité de 68 : prendre ses désirs en panne de réalisme pour des réalités en marche. Loin du complaisant et condescendant récit outregauchiste, l'écart entre ces deux compréhensions se creuse à la mesure de la volonté des "amis" de Tarnac de mettre de l'eau dans leur vain, pour converger dans l'insignifiance théorique avec le gros des troupes politico-syndicales. L'anarchie au secours des services publics, c'est dgénial !



[1968 – 2018] D’UN MAI SAUVAGE À L’AUTRE...
lundimatin#140, le 2 avril 2018, version française

Le mois dernier, nous publiions un appel parisien aux « amis dispersés de par le monde ». Il s’agissait d’une proposition pour fêter dignement le cinquantenaire de mai 1968. Nous venons de nous signaler cet écho paru sur le site Les Pavés en trois langues.



Citation :
UNE EFFERVESCENCE RÉVOLUTIONNAIRE
Aujourd’hui, certains journalistes, intellectuels, artistes et politiciens souhaitent commémorer l’année 68 et ses révoltes, qu’ils présentent comme animées uniquement par le désir de démocratie capitaliste, de plaisir individualiste et libéral. Une fois encore, il s’agit de vendre, de l’audimat, des torchons littéraires et des bulletins de vote ; il s’agit en fait de neutraliser et de mettre à distance ce qui a pu se jouer de politique lors de l’une des années les plus subversives, violentes et offensives de l’après-guerre. Analyser l’histoire pour marteler sa fin, évoquer la fougue et la révolte d’une génération pour mieux enfermer et pacifier la suivante.

Les étudiants parisiens entament le mois de mai en occupant la Sorbonne, les revendications singulières explosent, le refus d’un monde s’exprime sur les murs des villes et s’incarne dans les barricades nocturnes. Les ouvriers rentrent rapidement dans la danse et déclenchent une grève générale sauvage qui paralyse le pays. En deux semaines, le gouvernement plie et accorde des concessions sociales historiques, concessions rejetées par les grévistes…

A Mexico, pendant plusieurs mois, un mouvement pour la liberté d’organisation et contre la répression politique alterne manifestations de centaines de milliers de personnes, occupations des universités et lycées, et affrontements de rue. L’État mexicain achèvera le mouvement en assassinant plus de deux cents personnes lors du massacre de Tlatelolco.

Derrière le rideau de fer, un nouveau gouvernement lance un processus de libéralisation politique, soutenu par le peuple qui accélère sa mise en œuvre : liberté d’expression et de réunion, fin de la censure, ouverture des frontières vers l’Ouest, limitation du pouvoir de la surêté d’État. Il faudra que des chars investissent les places pour mettre fin au printemps de Prague.

Les Viêt-Congs lancent l’offensive du Têt contre les principales villes du Sud. Si les assaillants sont globalement repoussés après quelques semaines, cette offensive montre au monde les capacités de l’armée populaire vietnamienne, annonçant les débuts de la défaite américaine.

En Italie, le mouvement étudiant entre dans sa deuxième année. Partant d’une critique du système universitaire, de son autoritarisme et de sa fonction capitaliste, le mouvement déborde ce cadre, se mêle de politique internationale et de questions domestiques, enchaîne les grèves, quitte les campus pour se fondre dans les villes, et connaît ses premiers affrontements victorieux contre les flics. L’année 68 s’inscrit dans les débuts de la longue séquence rouge italienne, douze années d’expérimentations et de conflits politiques, d’occupations, de grèves, d’émeutes, de lutte armée, de radios pirates, d’expropriations, de quartiers en rébellion. Un bouleversement de tous les aspects de la vie...

Ailleurs aussi, au Japon, aux Etats-Unis, en Allemagne, au Sénégal, un mouvement d’émancipation sans précédent secoue la planète : libérations sexuelle et politique, luttes contre toutes les formes d’autorité, mouvement féministe et dissidence politique ; refus du travail, du monde de l’économie et de ses diktats ; vies communautaires et illégalismes ; naissance de l’écologie radicale et rejet du système académique, réappropriation de savoirs ; rébellion contre l’impérialisme, l’institution militaire et les guerres coloniales.

Les femmes et les hommes qui ont porté ces luttes en ont payé le prix fort, des dizaines de milliers de blessés et de morts, de prisonniers et d’exilés. Mais ils ont aussi connu des victoires et des puissances nouvelles, expérimenté des formes de vie et de combats inédites ; fissurer le monde pour en faire émerger d’autres, inconnus et fous... Partout, ce sont des alliances entre ouvriers et étudiants, entre hommes et femmes, entre immigrés et citoyens nationaux qui ont forgé l’ampleur et l’intensité de ces mouvements, l’altérité comme puissance commune, une manière de désarçonner l’adversaire, de se réinventer, d’apprendre à se battre, et à gagner.

ILS COMMÉMORENT, ON RECOMMENCE
Malgré toutes ces tentatives révolutionnaires, le régime capitaliste a continué sur sa lancée, de mutations en récupérations, de pics de croissance en crises mondiales, le monde est plus malade qu’il ne l’a jamais été :

Les citoyens européens sont supposés être au sommet de la liberté, leurs vies regorgent de choix palpitants. Le choix de liker ou pas, le choix de cette marchandise de merde, ou de la suivante, le choix de ce parti ou d’un autre, qui mèneront de toute façon la même politique, et, évidemment, le choix du type de cancer qui nous fera crever… Une abondance de trajectoires vides de sens pour nous faire oublier notre absence de destin, voilà ce que le capitalisme offre aux « privilégiés » de notre époque. Quant aux autres, les millions de migrants fuyant les guerres, la pauvreté ou les destructions climatiques, ils sont condamnés à l’errance et à la mort aux portes de l’Europe, ou, lorsqu’ils arrivent à passer, à devenir la main d’œuvre exploitée du patronat, ainsi que la chair à canon sur laquelle les polices occidentales expérimentent leurs techniques répressives.

Sur le plan de l’égalité, certaines femmes blanches et cultivées peuvent aujourd’hui devenir des managers comme les autres, et même parfois les dirigeantes de grandes puissances mondiales. Mais le nombre de viols et de féminicides ne diminue pas pour autant, et les femmes racisées continuent à être le ciment inavouable de nos sociétés : laver, soigner, assembler, éduquer, et surtout rester invisibles.

Le travail est plus que jamais imposé comme la valeur cardinale de notre société. Les chômeurs sont traqués, méprisés et éradiqués. Uber, Amazon et leurs armées de managers « créatifs » entreprennent de ré-inventer le fordisme et un mode d’être au monde où chaque seconde est comptée et contrôlée : le culte de l’instant, un présent perpétuel ne laissant aucune place au passé ni à l’avenir…

Au niveau global, on ne peut plus compter le nombre d’espèces animales disparues ou en voie de disparition, pas plus que le nombre d’écosystèmes détruits ou le degré de pollution des océans. Le monde de l’économie continue d’imposer toujours plus la domination de la planète, et la destruction de toutes les formes de vie.

Dans cet univers merveilleux émergent heureusement une forme de conscience lucide, des tentatives de subversions et de confrontations. Un peu partout, la désertion progresse, le capitalisme vert et les politiciens professionnels ne font plus rêver que les idiots ou les salauds. Des alliances se tissent, des migrants occupent des places et des bâtiments, rendent visibles leurs existences et leurs expériences, des femmes s’organisent ensemble pour faire valoir leurs droits, leurs voix et leurs vies. A une échelle plus large, des réformes politiciennes ou des meurtres policiers peuvent entraîner des éruptions politiques massives et inattendues, des grands projets d’infrastructure donnent parfois naissance à des communes libres et à des transformations sensibles de territoires entiers, certaines réunions des dirigeants de ce monde finissent par la mise en échec de milliers de policiers et le saccage en règle de métropoles hyper-sécurisées.

Dans le cadre de ces tentatives, un appel à se rendre à Paris pour un mois de mai sauvage a été lancé par des camarades français. Par ce texte, nous souhaitons répondre positivement à cette invitation, et la relayer auprès de tous nos complices et amies, en devenir ou éprouvées.

Nous nous rendrons à Paris parce que nous pensons que, tout autant que l’état du monde, les mots et l’histoire méritent eux aussi un combat. Il ne s’agit pas de fétichisme ou d’idéalisation d’une période révolue, mais de se nourrir, de rendre vivantes une mémoire, une histoire, des vies et des luttes, ainsi que les désirs et visées qui les ont traversés. Il y a cinquante ans, des milliers de compagnons se sont lancés à l’assaut du ciel. Qu’ils aient finalement échoué à abattre le capitalisme n’est pas l’important. Ce qui nous importe, ce sont les questionnements, les gestes et les élans qu’ils ont posés et comment leur faire écho, comment les respirer, les interroger, les réitérer peut-être. Comme le disent nos amis zapatistes, l’avenir est dans notre passé...

Nous nous rendrons également à Paris pour ce qui s’y joue actuellement, pour soutenir nos camarades français et présenter nos meilleurs vœux à Macron. Elu sur le rejet de la classe politique traditionnelle et se présentant comme « apolitique », Macron met en œuvre depuis un an une politique néolibérale à un rythme frénétique : destruction des droits sociaux, autoritarisme assumé, accroissement du contrôle étatique. Sa première erreur pourrait être de mener actuellement de front des réformes du baccalauréat, de l’accès à l’université et de la SNCF, tout en ayant rendu clair qu’il s’apprête à démolir le secteur public français. Les cheminots, connus comme étant les ouvriers les plus combatifs, ont initié un mouvement de grève qui affectera fortement les transports à partir de début avril. De nombreux lycéens et étudiantes ont commencé à bloquer et occuper leurs écoles et universités. Dans la fonction publique, les travailleurs comprennent que les cadences infernales et le management agressif auxquels ils sont soumis ne feront qu’empirer. Bien sûr le gouvernement double ses attaques politiques d’attaques médiatiques contre les cheminots et les fonctionnaires, alors que les occupations de lycées et d’universités font face à une répression policière et administrative féroce.

Mais la journée de grève et de manifestations du 22 mars 2018 a laissé voir une combativité et une détermination qu’on n’avait plus vu depuis le mouvement contre la loi travail de 2016 : 180 manifs dans toute la France, les systèmes ferroviaires et aérien durement touchés, des cortèges de tête massifs et offensifs. Personne ne peut dire comment ce début de mouvement évoluera dans les semaines à venir, mais il y aura un enjeu certain à créer des ponts, multiplier les rencontres et les mondes à partager : envahir les gares en manif, ouvrir les assemblées, occuper des lieux, trouver des cibles communes… Essayer de sentir et de combattre ensemble, pour que le printemps qui vient dépasse l’histoire et libère enfin un temps dont on s’éprenne.

Rien n’est fini, tout commence…

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PEUTÊTRE



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MessageSujet: Re: CAS TORSE DU PRINTEMPS DIX-HUIT : LA VÉRITABLE CONVERGENCE, chronique et théorie   Jeu 5 Avr 2018 - 15:51

3 avril

nous plaçons ici ce texte du PIR et non dans un suivi spécifique de ses positions politiques. Nous pensons pouvoir constater un infléchissement de ces positions, probablement dû aux leçons tirées par le PIR de l'isolement dans lequel il s'est lui-même placé par la formulation provocatrice, notamment de sa porte-parole Houria Bouteldja. Celle-ci ne manque pas une occasion, sur facebook, de montrer patte blanche. Elle s'est récemment félicitée de l'accord entre partis de gauche dans un soutien commun aux cheminots évoqué plus haut, à l'initiative du NPA. Tout ce passe au demeurant comme si, sur le plan politique, le PIR était la section indigène du NPA, ce qui se complète, sur le plan théorique, de la ligne générale des revues Période et Contretemps, avec nombre de textes allant en ce sens sous des plumes indigéno-trotskistes. Cet opportunisme vise donc aussi, pour le PIR, à se refaire une santé, ce qui ne le distingue pas du soutien des partis politiques en général aux luttes actuelles, "contre le macronisme", mais de là à jouer dans la cour des grands...


Citation :
Comme prévu, la grève du 22 mars a engendré une dynamique dépassant la seule lutte des cheminots, pour interroger de manière plus globale la signification même du macronisme. Face au mouvement social qui, des lycéens et étudiants aux cheminots, monte en puissance, et face à l’image d’étudiants petits-bourgeois blancs ou de cheminots privilégiés que veulent nous vendre certains médias, il est important de saisir la signification de ces réformes pour les indigènes.

En quoi des réformes qui, a priori, ne nous ciblent pas directement, nous concernent-elles ?

Une première réponse pourrait-être que la place des indigènes dans les rapports de (re)production est déterminée, en partie, par l’ordre racial : si des pans entiers du prolétariat sont attaqués par les réformes macroniennes, les indigènes sont, souvent, les plus concernés. Si, comme l’ont démontré nombre d’études, les conditions de travail des indigènes ne s’améliorent pas mécaniquement lorsque celles du prolétariat blanc progressent, l’inverse est vrai : lorsque l’exploitation des blancs s’aggrave, celle des non-blancs explose.

Il est également essentiel de rappeler que les attaques de la direction de la SNCF à l’encontre des non-blancs ne sont plus à démontrer. On peut se féliciter de la victoire des Chibanis qui avaient, en leur temps, été embauchés avec un statut moins « favorable » que les cheminots français et qui ont réussi à faire condamner la SNCF pour discriminations le 31 janvier dernier. En île de France, un sous-traitant de la SNCF, la société H. Reinier ONET, en charge de l’entretien des gares franciliennes, a également dû plier en décembre dernier face à la grève de ses travailleurs issus des anciennes colonies.

Si Macron risque, après la SNCF, de s’en prendre violemment à d’autres services publics, il s’est déjà très largement attaqué aux lycées et aux universités. Les réformes du Baccalauréat et de l’enseignement supérieur (engagées bien avant ce gouvernement) visent à adapter l’enseignement aux besoins du capital, produisant des travailleurs pauvres bien formés, mais également à une plus grande sélection qui pénalisera évidemment les indigènes.

Nous ne vivons plus dans les années 1950 : les étudiants ne sont plus uniquement des enfants de bourgeois blancs. Si nous sommes encore peu nombreux à l’université, à fortiori dans les cycles supérieurs et les filières d’excellence, notre nombre a crû ces dernières années, malgré le fait que notre mobilité sociale soit inférieure à la fin de nos études, et que notre place sur le marché du travail reste très précaire. Il est assez évident que la sélection à l’entrée de l’université pénalisera en premier lieu les enfants des classes populaires, et d’abord les non-blancs. Rappelons aussi que parmi les élèves qui arrêtent les études à 16 ans, ou qui sont réorientés vers des filières de sortie, on trouve nombre d’indigènes, ce qui ne va pas aller en s’arrangeant avec l’aggravation de la sélection à l’université.

De plus, le fait que les groupes fascistes pullulant dans toute la France s’en prennent, après les indigènes, violemment aux étudiants (comme nous l’avons vu à Montpellier ou Strasbourg) n’est pas un hasard. Ces groupes accompagnent et parfois remplacent la répression policière. Le fait que ces groupes soient convaincus de pouvoir agir impunément n’est pas anodin. Cela est directement lié au racisme d’État. Alors que le gouvernement prépare une loi « asile et immigration », rappelons que l’Allemagne (citée en exemple par le Premier ministre) a durci les conditions d’asile au début des années 1990 à la suite de divers pogroms de groupes néonazis contre des centres de réfugiés.

Il est impératif que ces groupes ne se sentent pas intouchables, sans quoi le gouvernement risque de continuer à faire des « concessions » extrêmement graves à l’extrême-droite. Lorsqu’ils agressent des étudiants, ils participent à faire pencher le rapport de force en leur faveur. Au delà de ses revendications sociales, le mouvement qui s’annonce, du moins le mouvement étudiant, n’a pas d’autre choix que de renforcer sa dimension antifasciste et antiraciste, s’il veut être à la hauteur réelle de l’enjeu.

Le mouvement social qui commence, bien que son issue soit très incertaine, marque également, tout comme les manifestations contre la loi travail et la montée en puissance des luttes autonomes de l’immigration, une recomposition des rapports de forces politiques. S’il apparaît (en termes de communication) comme moins agressif qu’un Sarkozy ou qu’un Valls, Macron prépare, à travers ses réformes, une intensification des inégalités raciales.

Ce mouvement de mobilisation, s’il se confirme et apprend de l’aveuglement racial de ses prédécesseurs, peut participer à la construction d’une lutte commune contre l’aggravation de nos conditions d’exploitation et contrer les campagnes racistes et les guerres impérialistes qui vont de pair avec les réformes néolibérales des dernières décennies. Ses victoires ou ses défaites seront riches d’enseignement pour préparer les combats à venir.

4 avril

Ruffin-Lordon, le retour

François Ruffin veut rejouer Nuit debout à la Bourse du Travail
Geoffroy Clavel et Pierre Tremblay AFP Huffpost

Rejoint par le philosophe Frédéric Lordon, le député de la Somme veut "essayer quelque chose" en pleine effervescence sociale.


image ajoutée

Citation :
"Eh les copains, vous faîtes quoi mercredi prochain ?" Tandis que la grogne monte chez les cheminots, étudiants, salariés d'Air France, éboueurs et personnels hospitaliers, le député (apparenté France Insoumise) François Ruffin rêve de ressusciter le mouvement Nuit Debout qui avait fortement marqué les esprits sous la présidence de François Hollande.

Pour ce faire, le parlementaire et réalisateur de "Merci Patron !", primé aux César, a fixé rendez-vous à tous les acteurs du mouvement social ce mercredi 4 avril à la Bourse du Travail à Paris. C'est là qu'était né, de manière quasi-spontanée, le mouvement Nuit Debout, qui avait occupé la place de la République pendant plus d'un an, dans l'effervescence de la contestation contre la loi El Khomri adoptée sous le précédent quinquennat.

"Et si on essayait quelque chose ? Avec Frédéric Lordon, avec les étudiants, les hôpitaux, les cheminots! On va causer, toujours, et on verra bien si des esprits surgit l'énergie!", a lancé François Ruffin sur sa page Facebook.

Objectif assumé du "député-reporter": "Faire se réunir les petites rivières de colère en une grande rivière d'espérance" en dépassant la convergence des luttes traditionnelle.

"A côté des petits ilôts [de contestation], il y a un océan de gens qui sont prêts à se bouger. C'est pas seulement en parlant des cheminots, des éboueurs ou de Air France qu'on y arrivera. [...] Il faut amener de la joie dans tout ça. On peut pas s'en sortir simplement en étant dans le contre et tirer la tronche. Il faut faire la fête à Macron, il faut que ce soit un élan", plaide le parlementaire.

"Flou artistique"

"Ce n'est pas un Nuit Debout 2. Oui, il y a des similarités, mais ce n'est pas une redite", promet l'entourage du député de la Somme joint par Le HuffPost. Difficile pourtant de ne pas relier les deux événements: même lieu, mêmes acteurs, contextes sociaux similaires et quasiment même période de l'année, à deux ans d'intervalle.

"L'objectif, c'est d'impulser quelque chose et que différents acteurs, différentes colères, se rencontrent dans un cadre festif, moins classique qu'une manifestation. On veut attiser une envie"
, plaide cette même source en saluant un "flou artistique qui fait la beauté de l'événement."

Lors d'une conférence donnée ce mardi dans un amphithéâtre occupé de l'université de Tolbiac, l'économiste et philosophe Frédéric Lordon, qui avait été une des têtes pensantes de Nuit Debout, a appelé les étudiants de "la commune de Tolbiac" à se joindre à la réunion de la Bourse du Travail. "Il s'agit d'organiser la coalescence, que ça se connecte de partout. La situation présente est tout à fait singulière. On a rarement vu à ce point un alignement de planètes favorable", a-t-il plaidé en identifiant un "point critique" porté par "le nombre de lieux de l'espace social qui sont en train de clignoter rouge".

5 avril

opération Ruffin-Lordon
suite

Lancement dans l’enthousiasme du « Grand débordement » du 5 mai
Lorène Lavocat et Alexandre Reza Kokabi Reporterre 5 avril 2018

Réunis à l’initiative d’amis de François Ruffin, un millier de personnes ont adopté dans l’enthousiasme le projet d’une Grande manifestation le samedi 5 mai. Elle rassemblera partis, associations, organisations, qui surmonteront leurs divisions contre la politique de Macron. Reportage sur un meeting vibrionnant à la Bourse du travail hier soir.


Citation :
- Paris, reportage

« Il faut essayer quelque chose. Ce soir, il ne s’agit pas que de parler, il faut avancer un tout petit peu, ensemble. » Deux ans après Nuit debout, sous la verrière de la Bourse du travail à Paris qui a vu germer le mouvement des places, François Ruffin esquisse les contours d’un nouveau printemps social. Pour ce faire, il est venu avec ses compagnons de 2016 — le philosophe Frédéric Lordon, le comédien Loïc Canitrot —, une dizaine de représentants des luttes sociales, et une idée : « Se rassembler le 5 mai pour faire sa fête à Macron ». « Notre proposition », expliquera-t-il, « c’est de faire déborder la rivière, d’inverser le rapport de forces. Que fera-t-on le 5 mai au soir ? Ce sera un point de départ. » La date de cette « grande manifestation nationale commune » n’est-elle pas trop éloignée ? Il y aura des étapes, dans le mouvement qui se continue, et notamment la manifestation interprofessionnelle du 19 avril. Mais pourquoi attendre un mois ? « Parce que », dit Ruffin, « nous demandons aux partis, aux associations, aux syndicats de discuter pour se rassembler sur cette date. Qu’ils cherchent ce qui les rassemble. »

Les préparatifs ont commencé dans une ambiance électrique, portée par les notes cuivrées et révolutionnaires de la Fanfare invisible. Ce mercredi soir 4 avril, la grande salle de la Bourse du travail vibre d’excitation et de colère. 600 personnes sont là, tandis que dehors, des centaines de personnes n’ont pu entrer. Se faufilant à travers la foule massée à l’entrée du bâtiment, une petite sexagénaire glisse, le regard déterminé : « il faut que Macron recule, et pas qu’un peu ! »

« Dans les facs, le ferroviaire, les hôpitaux, à Carrefour ou à la Poste, ça bouillonne, constate en introduction le député de la Somme. Mais tout ça ne forme que des îlots, même pas un archipel.  » C’est pour poser les bases de cette fameuse convergence des luttes que Ruffin et Lordon ont organisé cette conférence-débat. Mais ils espèrent aller plus loin, en s’appuyant « sur cette vaste aspiration, invisible mais massive, à autre chose de joyeux, d’humain. »

A la tribune, syndicalistes et « lutteurs » prennent la parole, sous les applaudissements enthousiastes d’un public galvanisé. Les étudiants de la désormais Commune libre de Tolbiac viennent annoncer le vote lundi 2 avril d’un blocage illimité de l’université de Paris 1 par une assemblée générale de 1.500 jeunes. « La fac libérée pourrait être un foyer de lutte pour la préparation du 5 mai », propose l’un d’eux.


Deux étudiants de Tolbiac (à gauche) ont fait le point sur la lutte dans les facultés, avant que deux cheminots (à droite) racontent le mouvement à la SNCF.

« La convergence des luttes, on la vit tous les jours, ajoute une jeune femme. Nous sommes ensemble contre le gouvernement, ensemble dans la rue, car c’est la même logique qui veut détruire le service public ferroviaire, celui de l’enseignement supérieur et celui des hôpitaux. »

Puis Bruno et Béranger, cheminots « inquiets et en colère » rappellent que la bataille du rail concerne tout un chacun. « Si le gouvernement gagne contre nous, les réformes vont s’enfiler - retraites, chômage... » insiste le premier, tandis que le second lance : « on se bagarre pour que le rail reste un service public, pour arrêter de nationaliser les pertes et privatiser les profits ! » Un malaise du secteur public décrit par Catherine, infirmière à Lyon. « Nos métiers sont mis à mal, nous n’avons plus de sens à notre travail. On nous demande d’être rentable, de rentrer dans un cadre comptable, gestionnaire, mais ce n’est pas pour ça que nous avons choisi cette voie. »

Mirabelle, femme de chambre pour le groupe Holiday Inn, est venue raconter sa longue et victorieuse lutte - 111 jours - contre le géant de l’hôtellerie. « Nous n’étions que douze grévistes, mais nous avons réussi ! Alors les cheminots qui sont si nombreux, et nous tous si nous nous mettons ensemble, on doit pouvoir faire quelque chose. »


Zohra, de Carrefour : « Le mépris des dirigeants, ça a été la goutte d’eau de trop ».

Zohra, employée de Carrefour, témoigne ensuite de la grève historique organisée samedi 31 mars dans les magasins. « C’est difficile de mobiliser les gens, car les emplois sont précaires, et très mal payés, précise-t-elle. Mais le mépris des dirigeants, ça a été la goutte d’eau de trop, et là, les salariés et les syndicats sont enfin parvenus à s’unir. Face au patronat et à Macron, c’est notre seule solution. »

Costard cravate et regard fatigué, un chauffeur VTC explique pour sa part les dégâts de l’ubérisation - « 70 h par semaine pour 1.000 euros par mois, une hygiène alimentaire, une qualité de sommeil et une vie de couple dégradées ». Il met en garde contre l’horizon macronien : « si on se fait tous ubériser, on se retrouvera tous solitaires et on perdra notre humanité. »

Les prises de parole se succèdent, devant une audience attentive et un applaudimètre emballé. Une chargée de campagne de Greenpeace égraine des combats environnementaux en cours - pesticides, alimentation, agriculture bio - fustigeant le désengagement de l’État. Puis la salle accueille avec une ferveur renouvelée Gaël Quirante, postier syndicaliste récemment licencié avec l’aval de la ministre du Travail contre l’avis de l’inspection du travail.


Gaël Quirante : « Une société où l’on envoie des CRS contre les étudiants, qui supprime l’ISF et qui sert la vis aux retraités, c’est une société qui marche à l’envers et qu’il faut remettre à l’endroit »

« Une société où l’on envoie des CRS contre les étudiants, qui supprime l’ISF [impôt sur la fortune] et qui sert la vis aux retraités, c’est une société qui marche à l’envers et qu’il faut remettre à l’endroit, 50 ans après Mai 68 », s’exclame-t-il, suscitant une envolée de cris appelant à la « Grève générale ! ». L’ex-postier ajoute dans l’enthousiasme : « On sait bien qu’il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton pour lancer le mouvement social, mais c’est cela qu’il faut qu’on construise. »


Frédéric Lordon

Oui, mais comment ? « On n’est pas venu rejouer Nuit debout, prévient Frédéric Lordon. Il y a du malheur dans ce pays, mais le malheur que chacun ressent quand il est seul se convertit en rage quand on se retrouve ensemble. Face à l’offensive généralisée du macronisme, nous devons répondre par un débordement général. » Mordant, le philosophe dénonce « ces fanatiques, démolisseurs qui se présentent comme modernisateurs » et pointe « ce lien qui nous relie tous » : « Il y a un saccage, cinquante ans de politiques publiques qui ont conduit les gens à s’abîmer voire à se supprimer. L’oligarchie allume partout la guerre sociale puis vient s’en offusquer sur les plateaux télé ».

Dans l’assemblée, têtes grisonnantes et tignasses estudiantines se côtoient. Un auditoire très blanc - l’importance de la solidarité avec les migrants sera rappelée par Loïc Canitrot - mais aussi parsemé de députés insoumis, tels Eric Coquerel et Alexis Corbière. François Ruffin soulignera d’ailleurs les interactions possibles entre le palais Bourbon et la rue. « Les ministres ne nous écoutent que quand il se passe quelque chose. Sur les Ehpad, ils ont commencé à bouger quand la mobilisation s’est durcie, alors que nous portions ce problème depuis plusieurs mois, en vain. »



Il est 21 h passées quand le micro atteint enfin un public frétillant d’impatience. De la chômeuse au salarié de Free en passant par la cheminote, tous se réjouissent de cette date du 5 mai présentée comme une grande manifestation commune. Une occupation de gare a aussi été évoquée, mais l’action ne semble pas faire consensus. Quelques idées se dessinent : aller parler à ses voisins, réunir des « comités du 5 mai » dans son quartier ou son entreprise, enregistrer des petites vidéos pour expliquer « pourquoi je manifeste ».


François Ruffin : « La locomotive du mouvement social ne peut rien s’il n’y a pas de wagons derrière. L’enjeu, c’est de rattacher le maximum de wagons ».

Les mains sont encore nombreuses à se lever pour demander la parole quand François Ruffin sonne la fin de la soirée. Et le début d’une aventure. « Le 5 mai, c’est dans un mois, mais il y a beaucoup à faire avant. » Et après ? La manifestation nationale, qui devrait donc se tenir à Paris, est érigée comme un « point de départ ». L’arrivée dépendra de la capacité du mouvement social à « rattacher le maximum de wagons ».

« Appel au samedi 5 mai : faire sa fête à Macron ! »

Citation :
Les personnes présentes au meeting de la Bourse du travail ont adopté à l’unanimité le principe d’une grande manifestation le samedi 5 mai. Voici le texte de l’appel à cette manifestation, sous forme d’une pétition. Autres infos sur cette page.

« Ce mercredi 4 avril, la Bourse du Travail à Paris était pleine à craquer, plus de 600 citoyens, syndicalistes, étudiantes, cheminots, etc. rassemblés. Et plus de 1200 autres personnes, à l’extérieur, qui n’ont pu rentrer.

A la quasi-unanimité, ces deux assemblées improvisées ont voté pour une manifestation nationale, à Paris, le samedi 5 mai.

Nous, signataires de cet appel, demandons :
1 – que tous les syndicats, associations, partis, mettent ce rassemblement du samedi 5 mai en débat en leur sein, tant au niveau local que national ;
2 – que se montent localement, dans les villes, dans les facs, des « comités 5 mai » ;
3 - que la jonction, la discussion soient recherchées à tout moment et en tout endroit : 14 avril, 1er mai, etc. Et notamment que le jeudi 19 avril, au soir, devant leur gare, les citoyens organisent des AG communes aux cheminots, étudiants, hôpitaux, etc.
4 - que chacune, chacun, témoigne en une vidéo d’une minute du pourquoi il viendra le samedi 5 mai et le partage sur les réseaux, que cette manif ait mille visages, mille raisons ;
5 - que les artistes, chanteurs, musiciens, peintres, acteurs, metteurs en scène, nous rejoignent et rendent cette manif encore plus vivante, inédite, surprenante.

Samedi 5 mai : faire sa fête à Macron !

Faut-il dresser la liste ?
Elle est longue.
Trop longue.
Ordonnances travail et « nouveau pacte ferroviaire », hausse de la CSG pour les retraités, pour les étudiants, la sélection à l’université, pour les futurs licenciés, ceux de Carrefour, Pimkie et tant d’autres, plafonnement des indemnités, « maltraitance institutionnelle » dans les Ehpad, sans que la ministre de la Santé trouve autre chose à y répliquer que : « La France n’a pas les moyens budgétaires. »
Cette même France du président Macron qui a supprimé l’Impôt sur la fortune pour les actionnaires et plafonné l’impôt sur le capital : les « moyens budgétaires », elle les a trouvés, en milliards et en urgence. Cette même France où les firmes du CAC40 accumulent près de cent milliards de profits, du jamais vu depuis 2007. Cette même France qui vient d’offrir aux multinationales opacité et impunité grâce au « secret des affaires ».

En résumé : tout pour ceux qui ont déjà tout ; rien pour ceux « qui ne sont rien ».
Mais tout ne se passe pas aussi tranquillement. Partout ça résiste : les cheminots évidemment, les facs également, Air France, les hôpitaux, les éboueurs, les caissières, les électriciens... Mais en ordre dispersé, sans leur trait d’union. Si ces ruisseaux de colère convergeaient, quel fleuve puissant ne formeraient-ils pas.

Il y a autre chose aussi, moins visible, plus souterrain, mais plus massif, plus explosif : quelque chose qui ressemble à un vaste désir d’autre chose. Quoi ? On ne sait pas, ou pas encore. Mais autre chose que cet économisme étroit, cette bureaucratie patronale qui contrôle, qui « manage », qui évalue sans relâche, qui maltraite aussi. Et ne connaît rien d’autre que ses ratios.

Le texte du projet de loi sur la SNCF contient 84 fois le mot « concurrence ». Mais 0 fois « climat », « réchauffement », « biodiversité ». Leur projet de société ? Un dogme sans autre finalité que produire et vendre. Sans bonheur commun, sans solidarité, sans avenir ensemble. Les sans-statut dressés contre ceux qui en ont un afin de protéger ceux qui ont tout.

Il est probable que Macron ne se rende pas compte que, sous son règne, tout devient très clair, trop clair. Le moment est peut-être venu de lui faire savoir, pour notre part, où nous en sommes. Dans les ordonnances SNCF, se trouvent repliés tous les éléments d’un monde dont nous ne voulons pas. Si ce qui est clair pour nous ne l’est pas pour lui, rassemblons-nous donc pour le lui expliquer un peu plus nettement. Premier anniversaire à l’Elysée ? Qu’il sente non pas la bougie mais le vent du boulet.

La conscience grandit que cette affaire des cheminots nous concerne tous. Et par conséquent que la dispersion des luttes nous fera tous perdre. Nous pensons qu’il n’y a pas d’autre moyen de le dire qu’une grande manifestation nationale à Paris.
Que ce samedi 5 mai signale aux puissances d’argent qu’elles n’ont pas gagné, et que le plus grand nombre ne veut pas de leur monde. Et que le 5 mai, ce grand nombre… se met en marche !

Pour participer à#LaFeteaMacron, écris nous à contact@lafeteamacron.org »


1995 : Discours de Pierre Bourdieu aux cheminots grévistes

Le 12 décembre 1995, à la Gare de Lyon, à Paris, Pierre Bourdieu s’adressa aux cheminots grévistes pour leur exprimer son soutien. Le discours qu’il leur tint demeure incroyablement actuel et pertinent. (BLOG : Hugo Grimal-Paoli, Blog Médiapart)




Patlotch a écrit:

ma solidarité. Ben voilà, mon pépé était cheminot, mon tonton et ma tata était cheminot.e.s, mon grand-tonton cheminot, résistant : terroriste !


Le turbo train
Blues traditionnel

Tous les matins, j'prends l'turbo train, Oh la la, Oh la la
Et dans ce train, j'me sens pas bien, Oh la la, Oh la la
Mais c'est comm'ça, tous les matins, quand j'prends le train train quotidien

Un jour j'en parle, à mon méd'cin, j'lui dis "- Dans l'train, j'me sens pas bien"
Alors i'm'dit "- Où qui va c'train ?" qu'i'm dit, "- Oh la la , Oh la la docteur,
C'est l'turbo-train, qui tous les matins, m'emmène au turbin, au turbin"


Alo' l'méd'cin i'm'dit "- Cherch' pas plus loin", moi j'le regarde "- Qu'est-ce que j'ai docteur ?"
Alo' l'méd'cin i'm'dit "- C'est pas l'mal du train, c'est l'mal du turbin - L'mal du turbin ?
- C'est pas l'turbo-train, c'est l'trop d'turbin, pas l'turbo-train, mais trop d'turbin"


(Reprise)
Tous les matins, j'prends l'turbo train, Oh la la, Oh la la
Et dans ce train, j'me sens pas bien, Oh la la, Oh la la
Mais c'est comm'ça, tous les matins, quand j'prends le train train quotidien

Mais quand le soir, j'vais à la gare, alors là, j'prends l'aut' train
J'arrive chez moi, j'prends ma guitare, ben voilà, c'est cell' là
Train du matin, chagrin, train du soir... espoir (bis)

Patlotch 27 décembre 1983
CHANSONS, 1980-85




contribution poétique, extrait


sous-réalisme

chemine haut

cheminée parchemin de fumée
cimentant la montée au ciel

nous chats échaudés par l'effroi
de la censure à l'échafaud

écimés décimés par l'effort
nous partîmes sains sans
arriver parmi les forts

ailleurs, 5 avril 2018 13:12

une fois ce poème écrit, je peux, en tant que lecteur, me demander ce qu'il 'veut dire', relativement au mouvement cheminot actuel, mouvement qui chemine à l'assaut d'on ne sait trop quel ciel, qui fera beaucoup de fumée et n'ira pas très haut ni très loin dans une situation cimentée, chaque vers dans un tel contexte pouvant évoquer mille choses à chacune/un, fonction de son propre rapport au réel

le résultat me semble écrit comme sur le grand rouleau de Diderot, un parchemin

incidemment un ami m'écrit


Citation :
Ça a l'ai de tenir le coup pour le moment le "mouvement social" cheminots en tête

Patlotch a écrit:
franchement, je n'arrive pas à m'en faire une idée claire, sauf d'un résultat qui n'ira pas très loin

dans l'Appel Lordon-Ruffin, on peut lire ceci
Citation :
5 - que les artistes, chanteurs, musiciens, peintres, acteurs, metteurs en scène, nous rejoignent et rendent cette manif encore plus vivante, inédite, surprenante.

il n'y a rien de tel pour me dissuader d'y mettre les pieds en poète ou en tant que poète, et tout pour me faire détester les artistes qui répondraient en tant que tels à cet appel

ce n'est même plus du gauchisme esthétique, mais le spectacle folklorisé de l'auto-organisation par le haut

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MessageSujet: Re: CAS TORSE DU PRINTEMPS DIX-HUIT : LA VÉRITABLE CONVERGENCE, chronique et théorie   Dim 8 Avr 2018 - 16:48


6 avril


convergences des luttes : les avis divergent

actus recension

Élisa bande à part

Cheminots-étudiants : pour la divergence des luttes !
Élisabeth Lévy Causeur 6 avril 2018


 
Patlotch qu'on verge

divergence des buts

divers gens sont des luttes
qu'on verge à leurs fruits

raisons de la colère
qu'importe le score but
si l'on en fait le bruit

de paroles en l'air
converge la dispute

ailleurs, 6 avril 2018 11:41

verger, selon :
- frapper, battre avec une verge
- mesurer, jauger avec une verge

8 avril


Anne-Laurence Petel a écrit:
@al_petel Députée de la 14e circo des Bouches-du-Rhône | Bureau exécutif de #LaREM...

Il y a le militantisme et il y a la violence. Certains ont choisi la 2e option, transformant la revendication syndicale en appel au meurtre...

ce n'est pas d'aujourd'hui que dans les manifs et les fêtes militantes on brûle ou tire à boulets rouges sur des mannequins de personnalités politiques

je me souviens avoir réalisé au début des années 70, pour un stand de l'UEC à Besançon, des figurines à abattre avec des boules de tissu, à l'effigie de Pompidou, Lecanuet, Giscard, Chaban-Delmas, Chirac...

cette mise à mort symbolique est plutôt bon enfant, mais il faut croire qu'ils s'énervent facilement. C'est peut-être un bon signe, même si le mot d'ordre « Macron démission » paraît bien naïf


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MessageSujet: Re: CAS TORSE DU PRINTEMPS DIX-HUIT : LA VÉRITABLE CONVERGENCE, chronique et théorie   Dim 8 Avr 2018 - 18:10


phraséologie révolutionnaire et alternative réformiste

ici, dire que nous n'aimons ni l'un ni l'autre est un euphémisme, mais les écouter pour les critiquer fait partie du boulot. 2h10mn, à ceux qui les supporteront sans les supporter, nous disons bravo. Nous y reviendrons



« En quoi la révolution est-elle encore d'actualité ? »
Paris, Tolbiac 3 avril 2018

Tolbiac actualités

Tisser les luttes
Frédéric Lordon Le Monde diplomatique 8 avril 2018

rappel, pour commencer

Salaire à vie ou communes libertaires ?
Un débat entre Bernard Friot et Armel Campagne, 2016
Armel Campagne se réfère entre autre à la théorie de la communisation et la Critique de la valeur



Idea

une question peut se poser : pourquoi ces deux-là, Lordon et Friot (membre du PCF), sont-ils d'emblée au cœur du débat dans ce qui se présente, Tolbiac, comme au centre des luttes actuelles, parallèlement à l'opération Lordon-Ruffin, député France insoumise, à la Bourse du travail, en poisson pilote de Mélenchon ?

peut-on parler de "pré-récupération" alors même que le contenu de ces luttes, des cheminots aux étudiants malgré la phraséologie gauchiste, nous apparaît intrinsèquement revendicatif, ou plutôt défensif, dans la défense des services publics présentés comme base des futurs communs ?

avec ce culot, du haut de leur tribune,prétendent à l'auto-organisation !

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MessageSujet: Re: CAS TORSE DU PRINTEMPS DIX-HUIT : LA VÉRITABLE CONVERGENCE, chronique et théorie   Mar 10 Avr 2018 - 0:32


toutes nos luttes en même temps limitées

Toutes nos luttes, en même temps
Théo Roumier blog Médiapart 9 avril 2018

Ça y est, les grèves explosent au grand jour ! Au premier rang bien sûr, celle des Cheminot.es. Mais il faut aussi compter avec les salarié.es de Carrefour, d’Air-France, les éboueurs, électricien.nes, étudiant.es, fonctionnaires… toutes et tous sont en train d’ouvrir une séquence sociale inédite. Mais la « convergence des luttes » est-elle possible pour autant ?

Citation :
C’est peu dire que la grève des cheminot.es a démarré en trombe et s’annonce historique. Même si ses modalités restent débattues (calendrier de grève ou reconduction ?), elles appartiendront au final aux grévistes. Le coup d’envoi du 3 avril dans le Rail avait été précédé d’une grève non moins historique le 31 mars à Carrefour, avec au moins 300 magasins touchés, dont plusieurs complètement bloqués.

À Air-France, une intersyndicale très large a encore renforcé son appel à la grève avec quatre nouvelles journées en plus de celles des 10 et 11 avril. Chez les éboueurs et égoutiers, chez les électricien.nes, la grève s’est également invitée. Quant aux universités, la mobilisation est à un tournant et il faut la prendre au sérieux. Reste les fonctionnaires, qui, après la grève forte du 22 mars, attendent un nouvel appel de l’intersyndicale de la Fonction publique… si cette dernière ne perd pas trop de temps à se décider.



©️ Mathieu Colloghan

Un nouveau « toutes et tous ensemble » ?

Même si la mobilisation n’est pas identique partout, que des secteurs ne sont pas touchés, tout ça commence à faire. Et les appels à la « convergence des luttes » se multiplient. Les références à novembre/décembre 1995, à Mai 68 même en ce cinquantenaire, font florès.

La journée de grève interprofessionnelle du 19 avril, initialement appelée en solo par la CGT, mais rejointe depuis par des structures départementales, syndicats et fédérations de la FSU et de Solidaires, prend pour certain.es dans ce scénario un sens particulier. Assistera-t-on à l’envol d’un mouvement large, d’un « toutes et tous ensemble » ?

La colère est là et elle s’exprime à nouveau de service en service, d’atelier en atelier, c’est certain. Mais il faut se défier des modèles. Est-il vraiment pertinent de vouloir revivre des mouvements passés, bâtis sur d’autres réalités que celles que nous vivons ?

Depuis 2003, chaque « grand » mouvement social cherche à rejouer 1995. Et depuis 2003, hormis le mouvement de 2006 contre le CPE (qui doit beaucoup à la jeunesse au demeurant), ces grands mouvements sociaux n’ont pas franchement abouti sur des victoires.

Pour que la séquence sociale que nous vivons puisse se développer pleinement il faut peut-être y revenir, lucidement, sans pour autant mettre en berne nos espoirs.

Certains, parmi celles et ceux attaché.es au mouvement social, apportent ces derniers temps un regard critique ou sceptique sur l’idée de « convergence des luttes ». Par exemple, dans un hors-série récent de Politis, le sociologue et philosophe Geoffroy de Lagasnerie y voit une « aspiration [qui] fait perdre de l’énergie aux mouvements en les incitant à essayer de se transformer pour rejoindre l’impossible… au lieu d’être simplement ce qu’ils sont ». Dans une contribution pour le site AOC, Stéphane Sirot, historien du syndicalisme, estime pour sa part qu’elle s’annonce bien improbable, du fait notamment d’un syndicalisme trop prisonnier de son institutionnalisation.

Chaque lutte vaut pour elle-même

Ces réflexions ne sont pas sans rencontrer les préoccupations de nombreuses et nombreux syndicalistes. Elles disent quelque chose des problèmes que nous rencontrons concrètement dans la construction de l’action collective. Le danger de mettre en perspective une « convergence » de manière un peu incantatoire est réel. Pour deux raisons essentiellement.

La première, c’est qu’il y a déjà manifestement encore beaucoup à faire pour assurer une combativité de terrain. Des syndicalistes libertaires l’ont récemment exprimé assez crûment à propos des mouvements de 2016 et 2017 : « il est difficile d’imaginer que des salarié.es qui ne font pas grève lorsque les Négociations annuelles obligatoires (NAO) se soldent par un échec complet vont se mettre en grève pour refuser la baisse du nombre des élu.es et l’inversion de la hiérarchie des normes ». Ce qui pose la question du frein que peut représenter le caractère trop surplombant d’une revendication qui se veut « unifiante » et/ou trop déconnectée du niveau de combativité.

La seconde est la difficulté qu’il peut y avoir à trouver… ce qui pourrait unifier les luttes ! S’agit-il, par exemple, autour de la grève cheminote, des mobilisations dans les Ehpad, chez les fonctionnaires, d’appeler à un mouvement d’ensemble sous la revendication unifiante de « défense du service public » ? Mais alors, comment y associer les revendications des grévistes de Carrefour ?

Inévitablement, cela pose des enjeux stratégiques immédiats pour les équipes syndicales, particulièrement celles interprofessionnelles locales. Ne faut-il pas inciter finalement à faire feu de tout bois « en même temps » ? C’est à dire de s’appuyer sur les luttes là où elles existent pour en renforcer d’autres, en profitant d’un « effet d’aspiration », dans le sens sportif du terme.

Être au diapason des grèves, en assumer toutes leurs diversités et en respecter les rythmes, pour pousser au plus loin le possible.

Choisir l’affrontement

Pour autant il ne s’agit pas de liquider toute référence à la « convergence des luttes ». Pour bien des équipes syndicales, et même de nombreuses et nombreux salarié.es, ces mots invitent à rechercher l’unité. Au travers c’est aussi la généralisation des grèves qui est posée. Il serait contre-productif d’évacuer cette convergence des luttes : par contre peut-être faut-il reprendre la question en partant de son « terrain » et pas de son « idée ».

Par exemple, il n’est sans doute pas vraiment utile de chercher, à tout prix et dès maintenant, à caler le jour, le top-départ, de la grève générale (si tant est que cela soit possible). Plus que les opposer, il faut sans doute beaucoup plus articuler les modalités de l’action gréviste.

Ainsi, qu’il y ait de larges secteurs où la grève déborde du cadre étroit des journées d’action est une très bonne chose. Parce que, oui, la grève auto-organisée, reconduite par des assemblées générales, est notre meilleure garantie : d’une part pour s’assurer de son ancrage au plus près des salarié.es, d’autre part pour hisser le rapport de force là où il doit être. [avec quel contenu pour quelle visée ?]

Mais ailleurs, une journée d’action peut permettre de rassembler et donner écho à des résistances dans des entreprises et des services qui n’ont pas franchi le cap de faire plusieurs journées de grève d’affilée. L’essentiel est le climat social qui s’instaure avec ce retour des grèves. Et ce qu’il permet.

D’abord, les Cheminot.es peuvent gagner et nous avons toutes et tous besoin de victoires qui redonneront confiance partout. Ils et elles ont porté leur grève à un haut niveau d’emblée. La solidarité est forte. Les cagnottes de soutien aux grévistes mises en place pour l’occasion (particulièrement celle lancée par un collectif d’intellectuel.les) remportent un vrai succès. Certaines sont impulsées localement, directement par les syndicats de cheminot.es, ce qui peut en faire des outils d’échanges sur les lieux de travail ou les marchés (à ce sujet : « Caisses de grève : pour quoi faire ? »).

Ce que permet aussi le moment que nous vivons c’est d’assumer l’affrontement, d’en finir avec le « dialogue social ». Tout comme il ne peut pas y avoir « d’égalité » entre un.e salarié.e et son employeur, il est illusoire de croire à un dialogue entre pairs. Il n’y a guère plus que Laurent Berger de la CFDT, dont la stratégie est largement perdante par ailleurs, pour chercher encore « à éviter l'éruption ».

À l’inverse c’est le rapport de force qui est plébiscité. Et c’est bien sur le terrain du blocage de l’économie et de l’activité qu’il s’exprime. Ce que disent les grèves c’est qu’il n’y a rien à attendre, tout à arracher. Toutes les stratégies de communication, gouvernementale ou patronale, tous les éditorialistes de Marché ne suffiront pas à cacher ce qui est aujourd’hui en pleine lumière : la lutte des classes ça existe, et oui, c’est une lutte.

Ce billet est centré sur les mobilisations syndicales. Il va sans dire qu’en parallèle, l’expulsion en cours de la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes ne sera pas sans impact sur le climat social.

Pour finir, merci à Mathieu Colloghan pour l’illustration de ce billet qu’il m'a amicalement permis d’utiliser (et qui, en plus, en a inspiré le titre).

oui « la lutte des classe ça existe » mais, depuis Marx et la naissance des syndicats, on a appris à distinguer luttes syndicales, revendicatives ou défensives, et luttes révolutionnaires, en sachant qu'il n'y a pas de transcroissance des unes aux autres (Théorie communiste TC)

le « rapport de force » ne peut pas être découplé du contenu, ni rapporté à la forme « sur le terrain du blocage de l’économie et de l’activité » alors que dans ce mouvement celle-ci s'inscrit dans l'objectif défensif/revendicatif

il est trop facile d'épingler Laurent Berger, de la CFDT, alors que la CGT, SUD et même les étudiants (sur le retrait de la loi sélection) ne visent qu'à négocier, car c'est leur fonction et leur raison d'être, voilà tout le « rapport de force » qu'ils cherchent ensemble, et sur lequel surfent Lordon, Friot, Ruffin, Mélenchon...

alors oui, dans ce contexte « chaque lutte vaut pour elle-même », mais leurs objectifs ne sont pas toujours compatibles ou seulement dans l'illusion que le gouvernement et le patronat pourraient reculer sur tout à la fois, alors même qu'il a pris lui l'initiative pour aller de l'avant, qu'il a des marges si l'on compare la France à l'Europe ou pire aux pays dans lesquels les services publics, ça n'existe pas

cette tradition même fait le décalage français dans les luttes de classes mondiales, et tout le mouvement historique depuis 30 ans va dans le sens d'un effacement de cette donnée par le mouvement du capital comme concurrence pour le (taux de) profit : nous ne pensons pas ici que ce mouvement puisse être enrayé « dans ce cycle » comme dit TC, puisqu'il est le mouvement d'une « restructuration sans fin » et l'essence du macronisme

article « intéressant, qui lui aussi tente de penser le mouvement actuel par-delà les appels incantatoire à la « convergence » et au « tous ensemble » » (dndf) mais qui par son flou théorique rentre dans les limites sans pouvoir les dire


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MessageSujet: Re: CAS TORSE DU PRINTEMPS DIX-HUIT : LA VÉRITABLE CONVERGENCE, chronique et théorie   Mer 11 Avr 2018 - 9:19


du 10 avril, rechargé


les limites, plus près

le texte qui suit est plus ambitieux que le précédent, plus distancié, moins pris dans l'immédiateté, du fait même de son inscription dans l'auto-organisation pour l'autonomie et la visée réaliste d'une grève sociale appuyée sur une grève logistique.  Aujourd'hui, il est vrai qu'on ne voit guère quoi rêver de mieux. Un texte de Toni Negri du 28 mars, diffusé par Contretemps allait aussi dans ce sens : Après le 22 mars. Vers une grève sociale ? 10 jours plus tard, ça semble pouvoir aller dans ce sens

Freed from desire ! Pour un printemps de grève sociale
Plate-forme d'enquêtes militantes 9 Avril 2018


Crédits C. Allain / APEI / 20 minutes

Citation :
Le printemps 2018 s’est ouvert par une nouvelle séquence de mobilisation sociale, potentiellement déterminante du fait du nombre de secteurs concernés, de la position occupée par certains d’entre eux dans la production, des enjeux continentaux et des rapports de force européens dans lesquels elle s'inscrit. Suite aux premières manifestations massives des cheminot.e.s et aux dynamiques de résistance syndicales, à l'entrée en lutte d'autres secteurs et à l’occupation en nombre de plusieurs universités dans tout le pays, nous souhaitons proposer quelques pistes d’analyse.

Conjoncture actuelle

Après la défaite de l’été 2016, la volonté de consolider les noyaux d’auto-organisation de certains lieux n'a pas toujours abouti, tandis que les centrales syndicales ont persisté dans leur stratégie centrée sur la défense des garanties et droits sociaux subsistants. La mobilisation contre les ordonnances de la seconde Loi Travail ont témoigné, d’une part, de leur incertitude tactique (face aux tentatives de récupération politique de la part de Mélenchon par exemple) et, d'autre part, des difficultés de la dynamique de conflit de rue expérimentée par le cortège de tête (où la ritualisation semble avoir pris le pas sur l'efficacité, notamment lors de la reconfiguration du dispositif répressif). Il s'ensuit que le pouvoir a les mains libres : après les ordonnances, les agressions gouvernementales se sont démultipliées de manière tout à fait décomplexée sous la forme d’une véritable offensive générale. La Loi Travail 1 (approfondissement de la précarisation du monde du travail et attaques dirigées contre les syndicats et le salaire direct) et la Loi Travail 2 (démantèlement des droits sociaux et attaque contre le salaire indirect) ont préparé le terrain à des opérations ciblées qui participent d'une même campagne : baisse des APL, réduction drastique des « contrats aidés », contrôle accru des chômeurs, révision des retraites, réforme du Bac, sélection à l’université, loi sur le droit d’asile, et vaste plan de libéralisation et de privatisation du secteur public. Un programme qui dérive non seulement des aspirations de Macron au leadership européen, mais qui répond dans le même temps aux attentes de la gouvernance néolibérale. Comme la France est en retard par rapport à beaucoup de ses voisins en termes d'effritement des acquis sociaux, défaire un des derniers résidus du mouvement ouvrier traditionnel et donc de l’État keynésien, permettrait en effet à Macron : 1) de se faire valoir comme nouveau modèle politique auprès de ses alliés européens ; 2) d'accélérer ensuite la déstructuration, une fois admise la caducité des syndicats dans les secteurs jadis les plus protégés.

Le combat initié par Macron contre les travailleur.euse.s du transport ferré ressemble à ce titre à un all in, rappelant les conflits des années 80 entre l'administration Reagan et les pilotes aériens, ou entre Thatcher et les mineurs. La lutte sur le statut des cheminot.e.s et l'avenir de la SNCF constitue en ce sens un tournant dans la période à venir : l'issue, quelle qu'elle soit, entraînerait une variation majeure dans les rapports de force à l’échelle européenne ; la défaite étant déterminante pour la tenue du projet néolibéral, tandis que la victoire pourrait ouvrir un nouveau cycle de mobilisation.

Perspectives de lutte

Le climat d’effervescence sociale qui a perduré de façon intermittente après juin 2016 a participé à la construction des conditions matérielles et organisationnelles du mouvement qui commence à s’exprimer depuis quelques semaines. Celles-ci le conduisent actuellement à conjuguer deux dynamiques complémentaires : efficacité immédiate de l’opposition au gouvernement, et travail de construction sur le moyen terme de terrains d’autonomie, de lieux capables d’expérimenter des contre-institutions non souveraines et anticapitalistes.

La mobilisation ainsi configurée a su se confronter ces dernières semaines à deux obstacles : attaques de milices fascistes contre les occupations, et instrumentalisations médiatiques et administratives de cette situation. La pérennisation du conflit via son auto-organisation a précisément permis de les surmonter en produisant un détournement de l’information qui travaille à une narration potentiellement hégémonique par le recours à des images et des prises de parole anonymes. Il s'agit là d'une rupture salutaire avec la formation systématique de leaders qu'ont connue les précédents mouvements.

La nécessité d’agir pour la prolifération et la connexion dynamique des foyers de lutte – plutôt qu'en vue d’une abstraite « convergence » de tous les conflits sociaux – est aujourd'hui évidente. Mais le défi qu'affrontent les présentes mobilisations est bien plutôt de faire grandir chacun de ces pôles et de les articuler à partir de leurs nécessités spécifiques et de leurs massifications potentielles. Elles semblent actuellement le relever par la pratique élargie et informelle d'enquêtes-interventions – une forme de co-recherche diffuse dont témoignent les récentes conjonctions, régulières, entre étudiant.e.s, cheminot.e.s, hospitalier.ère.s et travailleur.euse.s de la logistique opérées par exemple depuis la Commune de Tolbiac ou les AG tenues dans les gares.

C'est que la mobilisation des cheminot.e.s – étant donné son impact économique et ses répercussions générales – enclenche une dynamique qui dépasse ses limites corporatistes, alimentant d’autres foyers parmi les travailleur.euse.s ou dans les facs. Le tissu ainsi composé rappelle que les diverses mesures relèvent en vérité d'une même gouvernance : c'est-à-dire qu’il n’y aura pas de destruction complète des droits sociaux sans réforme méritocratique de l’éducation nationale, ni de flexibilisation aboutie du monde du travail sans une certaine gestion des frontières et, par conséquent, de la force de travail migrante. Au sein des différentes rencontres évoquées, la pratique de l’enquête confirme l'un de ses atouts, qu’il s’agirait d’intensifier : la production d’un savoir politique apte à renforcer l’organisation des luttes et leur coordination horizontale. Les cheminot.e.s, par exemple, connaissent le fonctionnement du réseau ferroviaire, et savent quand, où et comment frapper les mailles du système pour bloquer ou déstabiliser au mieux l’ensemble du transport ferré. Il pourrait donc s'élaborer à leur côté un savoir pratique à même de se transformer en source d’initiatives et d’actions. Quant aux occupations de fac, elles fournissent d'ores et déjà un appui matériel aux différentes grèves et blocages, contribuant ainsi à rompre la stratégie gouvernementale d'isolement des travailleur.euse.s.

Vers la grève sociale

La combinaison des dynamiques évoquées dessine pour les prochaines semaines un horizon de socialisation de la grève : une grève sociale qui consiste en une pluralité de sujets en grève et en une multiplicité des pratiques de lutte.

Dans ce cadre, la logistique (c’est-à-dire le secteur de la circulation et du déplacement des marchandises et des hommes) paraît déterminante. Les cheminot.e.s sont certes la cible principale du gouvernement, et la subjectivité en lutte la plus forte et la plus organisée. Mais la logistique ne s’arrête pas aux voies ferrées : elle s'étend dans les ramifications des métropoles productives, à travers leurs boulevards, les autoroutes qui les lient entre elles, les ports et aéroports, les entrepôts de distribution, etc. Le devenir social de la grève se déclinerait par conséquent dans la généralisation de la pratique du blocage, l'amplification des AG de base dans les gares, l'interruption des flux de trafics et de marchandises : bref, comme grève logistique, dont il s’agit encore de trouver le versant positif, les pratiques affirmatives d’auto-organisation immédiates qu’elle pourrait déployer à la façon des occupations d’université.

Par ailleurs, la critique de l'enseignement qui se dégage de ces dernières, ainsi que la participation   à ces luttes du précariat qu'emploie l'université, ont montré que celle-ci n'est pas le sanctuaire d’un prétendu travail intellectuel nettement séparé du travail manuel. Elle est en effet déjà immergée dans les réseaux logistiques de la métropole – plus intensément encore dans le cas des campus en banlieue – et représente le lieu de formation des sujets précaires. Les universités occupées et autogérées, pôles d’affirmation de formes de vies en rupture, sont destinées dans cette perspective à se constituer en centres d’accumulation de forces et points de départ des actions de blocage : des lieux de concentration diffusive de la mobilisation. La grève sociale se doublerait ici d'une grève positive, affirmation et autogestion de la vie commune. Le sabotage de l'application technique de la sélection via Parcoursup discuté dans les AG des étudiant.e.s et des précaires renvoie d'ailleurs à la possibilité concrète du passage d'une opposition à la réforme à la pratique d'une université autre, ouverte et critique : commune, par-delà public et privé.

En somme, les blocages et occupations constituent aujourd'hui des forteresses qui courent le risque d'être assiégées, tandis que les travailleur.euse.s de la logistique cherchent le soutien des occupant.e.s. Il s'agit désormais de faire déborder blocages et occupations jusqu'au sein des métropoles et de leurs réseaux, de saboter toutes les formes de sélection dans un même mouvement d'affirmation.

le site Plate-forme d'enquêtes militantes semble récent, et s'inscrire dans le principe de l'enquête ouvrière et de l'autonomie

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MessageSujet: Re: CAS TORSE DU PRINTEMPS DIX-HUIT : LA VÉRITABLE CONVERGENCE, chronique et théorie   Jeu 12 Avr 2018 - 11:24

nous avions misé sur la relaxe d'Yldune et Coupat. C'est fait
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MessageSujet: Re: CAS TORSE DU PRINTEMPS DIX-HUIT : LA VÉRITABLE CONVERGENCE, chronique et théorie   Ven 13 Avr 2018 - 21:16


Jupiter seigneur des anneaux

notre diagnostic du 11 avril, d'une grève sociale d'ampleur en perspective, nous paraît aujourd'hui optimiste

nous n'avons pas suivi l'intégralité de l'entretien du Président Macron hier à 13 heures mais, alors que les lutteurs tous azimuts parlent beaucoup de "rapport de force", il nous semble que lui, autrement dit l'État et la grande bourgeoisie française, en ont une perception des plus justes, à savoir que leur politique n'est pas mise en danger par les conflits actuels, car la sauce de la convergence n'est pas près de prendre, et qu'elle n'offre aucune perspective crédible

il est certes difficile de se prononcer sur la grève des cheminots alors que nous n'en sommes qu'à la troisième sur 18 des séquences de 2 jours jusqu'à fin juin, et qu'on perçoit dans "l'opinion publique" un mélange de soutien à distance, de lassitude et d'autre chose à faire

le cas des étudiants est encore plus mitigé : 10 universités seraient bloquées dont 4 complètement, sur 75 en France (à Roanne où j'étais ces derniers jours, la presse locale a dénombré 35 soutiens aux zadistes, et je n'ai vu ni tags ni affiches dans les lieux étudiants). Le mouvement semble se durcir sans s'étendre, et l'évacuation policière menace au moindre débordement ; l'expérience de la Zad NDDL montre que le pouvoir joue habilement du bâton et de la carotte, ayant bien saisi les failles dans lesquelles il peut enfoncer le coin d'une division qui est déjà dans l'œuf des intérêts contradictoires au sein d'un même secteur en lutte (c'est patent dans les facs parking repoussant le chômage d'une jeunesse sans avenir)

c'est pourquoi Macron s'est contenté de déminer, désamorcer, en s'adressant de façon diversifiée à ses différents auditoires, avec la centralité du mérite au travail et par les études, en attendant une retraite imméritée : « Merci ! »



il faudra encore suivre son intervention dimanche "face à" Plenel et Bourdin, dans lequel il aura l'occasion de prouver qu'il reste maître des horloges avec une finesse machiavélienne que ne pourrait démentir que de mauvaises nouvelles économiques, grève ou pas grève le "social" n'étant pas à son agenda

dans le cours idéologique des choses, mai 2018 ne saurait être qu'un moment de la restructuration sans fin du capital, et plus encore qu'en mai 68 les acteurs les plus radicaux n'y joueront qu'un rôle spectaculaire, amplifié par la médiatisation en temps réel et le surjeu sur les réseaux sociaux des acteurs de tous bords

pour l'heure, le macronisme suit son cours

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MessageSujet: Re: CAS TORSE DU PRINTEMPS DIX-HUIT : LA VÉRITABLE CONVERGENCE, chronique et théorie   Dim 15 Avr 2018 - 15:05


Vous avez été bloqué, vous ne pouvez ni suivre @carbureblog,
ni voir les Tweets de @carbureblog

finalement sans commentaire. Comprenne qui pourra

voir plus haut dans le premier post un texte de Carbure apprécié,
et lire PSYCHOLOGIE, (PSYCH)ANALYSE et PSYCHOPATHOLOGIE des MILITANTS, GROUPES et 'MILIEUX' AFFINITAIRES

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MessageSujet: Re: CAS TORSE DU PRINTEMPS DIX-HUIT : LA VÉRITABLE CONVERGENCE, chronique et théorie   Dim 15 Avr 2018 - 15:53



Véloce @lisez_veloce il y a 21 minutes

La providence est morte
OU QUELQUES BANALITÉS RÉVOLUTIONNAIRES
tract III, Printemps 2018

Citation :
1.
Le monde vit depuis les années 70 un mouvement contre-révolutionnaire, qui poursuit la destruction des conditions de vie passées, pour opérer la transformation cybernétique de la société. Le cadavre de l’État-providence, dont les morceaux s’arrachent en France depuis cinquante ans, n’est qu’un exemple parmi d’autres de cette tendance générale, qui aligne sur un protocole unique toutes les activités humaines.

2.
Le détournement des « réformes » est un symptôme superficiel de ce changement d’époque. D’avantages cédés pour calmer les ardeurs révolutionnaires, elles sont devenues les étapes d’un travail de sape qui durcit le contrat passé sur nos vies, et organise la bureaucratisation informatique.

3.
Le gouvernement actuel condense en un temps très court les attaques des gouvernements précédents. C’est aussi celui qui a le plus conscience de sa mission historique, la modernisation cybernétique de la société. Non que ses managers soient particulièrement intelligents. C’est simplement un signe que le capitalisme n’a plus de temps devant lui. L’état désastreux de la planète et ses propres contradictions le poussent à muter rapidement.

4.
Face à cette transformation générale, les organisateurs abrutis du mouvement social – syndicats ou autres – espèrent conserver leurs « droits » avec des moyens plus faibles que ceux par lesquels ils les ont d’abord obtenus. Ces vendus ne gagneront d’autres miettes que contraints et forcés, pour trahir une colère plus profonde. Quant à ceux d’entre eux qui sont honnêtes, ils ressemblent à des enfants sages, nostalgiques d’un État-providence qui ne reviendra pas. Ils n’ont pas compris que l’État a toujours été la propriété de la classe dominante. Qu’il s’est montré providentiel un temps donné pour maintenir la paix sociale. Ils l’opposent encore au capital et ne voient pas pourquoi ce bon père, même lorsqu’il se dit de gauche, se retourne finalement contre eux.

5.
On ne peut opposer à ce changement radical de la société qu’un autre changement désirable et adverse. Toute posture défensive sera balayée. Nous n’avons pas de « service public » à sauver. Le salariat d’État est aussi misérable que le salariat tout court. Si nous voulons vivre, c’est le travail-marchandise dans son ensemble qu’il faut abolir : sa servitude comme ses produits.

6.
Ce ne sont pas les luttes qu’il s’agit de faire converger, mais tous les possibles refoulés par notre existence concentrationnaire, retenus par le chantage à la survie, l’abrutissement spectaculaire et le simulacre cybernétique. En ce sens, la spécialisation militante n’est pas une nécessité mais un frein : elle dégoûte les dégoûtés du monde, partout où elle croit imposer sa vision stupide et bureaucratique, ses rapports à peine voilés de domination. Il s’agit de retrouver collectivement un usage du réel qui dépasse toutes les promesses de l’aliénation.

7.
L’anéantissement de l’humanité est à l’ordre du jour. L’informatique étend partout la quantification et le rapport marchand. Jamais un monde n’a été aussi unifié dans la misère et l’exploitation, et jamais la totalité n’a été si peu prise en compte. Pour que la lutte d’une classe (la plus riche) ait une chance de redevenir une lutte des classes, il faut une perspective révolutionnaire totale. Nous l’avons esquissée ici.

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MessageSujet: Re: CAS TORSE DU PRINTEMPS DIX-HUIT : LA VÉRITABLE CONVERGENCE, chronique et théorie   Dim 15 Avr 2018 - 18:33


« Alors que cette réforme concerne les lycéens en premier lieu,
aujourd'hui ils ne se mobilisent pas massivement. »


Universités, la lutte continue ?
France Culture 15/04/2018 59mn

Après une semaine marquée par des faits de violence dans des facultés, l'émergence de projets de cours alternatifs voire de ZAD à Tolbiac et alors que peu de lycéens participent à la contestation contre Parcoursup, quelle suite se dessine pour le mouvement étudiant ?


Assemblée Générale à l'extérieur de l'université de Lille 2 le 11 avril 2018
Crédits : Philippe Huguen - AFP

Citation :
Nous parlions déjà des universités dimanche dernier en analysant les modalité de la mobilisation actuelle et en donnant une perspective historique à l'actualité en nous référant aux différentes mobilisations étudiantes contre la sélection à l’université depuis 68.

Ce mouvement contre Parcoursup et le Plan étudiant continue, la situation s'est tendue cette semaine avec des occupations encore, à Paris Panthéon Sorbonne par exemple sur le site Tolbiac où l'on parle désormais de ZAD. Semaine marquée aussi par des violences, des évacuations, des partiels reportés, ce fut le cas à Montpellier où les serveurs informatiques de l'université ont été détruits par des opposants, nous en parlerons avec le Président de l'université Paul Valéry.

Une situation de plus en plus médiatisée où la tenue des examens est devenu l'enjeu autour duquel se joue la "victoire" des uns ou des autres. Pour la première fois, la Président de la République s'exprimait sur le sujet dans une interviewe accordée à TF1 et déclarait qu' "il n'y aura pas de diplôme en chocolat". Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur et la recherche, affirmait de son coté au micro de Guillaume Erner sur notre chaine vendredi que «les examens se tiendront et s’il le faut, ils seront aménagés, délocalisés ».

Enfin, et c'est important pour envisager la suite des événement, nous nous demanderons pourquoi les premiers concernés par les réformes en cours, les lycéens, sont remarquablement absents du mouvement contre Parcoursup jusqu'ici.

Avec

- Patrick Gilli, Président de l'Université Paul-Valéry Montpellier 3 et Professeur d’Histoire médiévale.

Le dialogue avec les étudiants est difficile depuis la destruction de nos serveurs, mercredi, ce qui est un délit de droit commun et non une revendication. P.Gilli

- Nicolas Offenstadt, historien et maître de conférences en histoire du Moyen Âge à l'université Panthéon-Sorbonne.

Aménager les examens n'est pas pour nous une situation inédite, on sait faire. Ce ne sont quelques cours en moins qui vont défavoriser un élève. Par contre, on ne donne pas d'examens! C'est une tradition qui ne change pas, on ne donne pas un examen au rabais. N.Offenstadt

- Hugo Melchior, doctorant en histoire contemporaine à l'Université Rennes 2. Ses recherches portent essentiellement sur les organisations trotskistes françaises et les mouvements étudiants depuis 1968. Associé au Laboratoire ARENE, et membre du Germe (Groupe d'études et de recherche sur les mouvements étudiants).

Cette réforme concerne les lycéens en premier lieu. A l'époque de la réforme Devaquet en 1986, la mobilisation des lycéens avait joué un rôle décisif, aujourd'hui ils ne se mobilisent pas massivement. H.Melchior

Cette réforme peut constituer une bombe à retardement à la rentrée. H.Melchior

Question

recettes pour faire bouillir les marmites du présent

Pourquoi y a t’il si peu de monde aux manifestations ?
Appel à sortir des facs

Paris-Luttes.Info 13 avril 2018

Alors que le mouvement contre la sélection semble prendre son envol et que les occupations battent leur plein, il semble que ce mouvement ne pèse pas encore assez dans le rapport de force général. Voici quelques propositions d’anciens étudiants ayant vécu le mouvement contre le CPE.

Citation :
Ces derniers temps, on a vu fleurir les occupations dans les universités. Cette solution qui s’est présentée à beaucoup comme naturelle et évidente est en fait relativement nouvelle.

En effet, si certaines occupations ont eu lieu durant les mouvement contre le CPE et les LRU, la solution privilégiée de l’époque était plutôt le blocage au petit matin. Durant ces mouvements, peu de facs ont été occupées de façon permanente. L’occupation s’avérait souvent comme beaucoup plus énergivore que d’autres modes d’action. Il est en effet difficile d’organiser l’occupation et l’offensive à l’extérieur. De plus, les présidents de fac cherchaient régulièrement à fermer les facs afin de ne pas permettre à d’autres étudiants de rentrer dans la danse et prenaient ces occupations comme prétexte pour nous envoyer les flics. Ce prétexte est encore utilisé. Il est beaucoup plus facile pour nous de mobiliser les étudiants au matin, de faire une AG et de foncer tous ensemble en action directe ou en manif.

Toujours est-il que le mouvement étudiant d’aujourd’hui semble se retrouver dans ces occupations. Ne boudons pas notre plaisir : ces occupations sont incroyablement riches en rencontres, en discussions, en élaboration collective. On y fait la fête, on y fait l’amour, on rigole bien. Bravo ! C’est pour des moments de vie comme ça qu’on a aussi commencé à s’engager et à lutter au sein de nos facs. C’est aussi pour ça qu’on a continué et qu’on espère continuer encore un moment !

Des occupations, oui mais pourquoi ?
Néanmoins, nous sommes un certain nombre d’anciens du mouvement contre le CPE à ressentir une certaine gène devant ces occupations qui fleurissent car elles semblent parfois des espaces relativement inoffensifs politiquement. Les étudiants mobilisés au sens large restent ensemble, ça discute mais ça peine à s’organiser collectivement pour intervenir dans les luttes à l’extérieur.

Comment expliquer qu’alors que la ZAD est sur toutes les lèvres aux AGs étudiantes, il y ait si peu de monde aux rassemblements parisiens de la semaine ? Comment expliquer aussi qu’aucun tract ne soit distribué durant ces rassemblements ? Pourquoi très peu de banderoles fleurissent ?

Plus inquiétant encore, on peut noter le faible nombre de personnes à la manifestation de mardi 10 avril pourtant consacré à la lutte contre la loi Vidal. Entre 1500 et 2000 personnes pour aller devant Jussieu, c’est peu au vu du nombre de personnes en AGs… Cela nous pose d’autant plus question, qu’au même moment, les amphis occupés sont encore bien garnis.

On a beaucoup vu se constituer des « programmes alternatifs » de fac. L’idée peut sembler intéressante mais là encore, elle semble enfermer l’action politique dans l’institution de l’université, quand bien même il faudrait en sortir. Destituer l’université oui, mais du coup pourquoi y rester et se réclamer étudiant ?

Il est pourtant clair que l’occupation en soit ne peut suffire à créer un rapport de force suffisant pour faire reculer le gouvernement.

Parce que pendant qu’on passe du temps dans les amphis à s’intéresser à divers sujets théoriques, la société continue de tourner à plein régime. Les cheminots se font toujours trasher par BFM, les caissières se font toujours harceler par leur patron, les balayeurs balaient toujours, les postiers en lutte sont toujours trop isolés, les profs du 93 toujours confrontés à la misère et au manque de moyens, les sans papiers se font expulser et les bourgeois s’engraissent tranquillement.

Des propositions, s’ouvrir et passer à l’action !
Des mouvement efficaces comme la lutte contre le CPE en 2006 ont "gagné" parce qu’ils ont assumé un affrontement avec l’État. Affrontement physique d’abord. Le CPE c’est des centaines d’arrestations, de la bagarre 4 soirs d’affilés dans le quartier latin, des manifestations massives qui dégénèrent bien comme il faut…

Mais cet affrontement physique était surtout la conséquence d’un affrontement politique qui a été mené tambour battant. Les semaine du CPE c’était : une manif le mardi, une manif le jeudi, une action le mercredi et parfois une action ou manif le samedi. Et sans compter les extras (occupations d’agences intérim, rassemblement anti répression…). Autant d’actions possibles du fait de la grève des facs. Autant d’actions possibles aujourd’hui.

Ainsi, il serait possible de peser beaucoup plus sur le gouvernement et rendre la lutte plus massive et donc plus radicale. Voici quelques propositions pratiques :

- Occuper des gares en solidarité avec les cheminots. Les cheminots n’ont pas les moyens de se mobiliser en dehors de leur temps de grève. Par contre il est possible pour des soutiens de venir perturber le train train quotidien des gares parisiennes.
- Envahissement de voies, distributions de tracts d’usagers solidaires, lancés de confettis… Tout est possible !
- Cibler des pôles emploi. De toute façon parcoursup ça a pour but d’envoyer des milliers de jeunes au chomdu alors autant y aller direct !
- Aller occuper des postes en solidarité avec les grèvistes de la poste. Là encore faire vivre la convergence dont tout le monde parle.
- Aller distribuer des tracts dans les marchés, dans les manifs, dans les centres commerciaux.
- Faire des affiches toutes plus belles les unes que les autres, des stickers qui claquent, et en recouvrir la ville
- Faire un atelier slogans pour tout.e celles et ceux qui en ont marre d’entendre les même chants dans le cortège de tête depuis 2 ans !
- Aller occuper les sièges de partis, des conseils généraux, les mairies !
- Occuper BFM, le Figaro, Le Monde, qui nous pourrissent la gueule depuis trop longtemps ! Ça a été fait pendant la loi travail.
-Écrire des textes sur le pourquoi du mouvement, sur nos envies, sur pourquoi on est là tous ensemble.

Bref, faire vivre politiquement un mouvement déjà bien vivant ! La grève peut nous changer radicalement. Elle peut changer ce que nous sommes et la manière dont nous voyons la vie. Profitons en et vivons là à 100 à l’heure !

Paroles de vieux, des occasions comme ça y en a pas 50, foncez les ami.es !



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MessageSujet: Re: CAS TORSE DU PRINTEMPS DIX-HUIT : LA VÉRITABLE CONVERGENCE, chronique et théorie   Lun 16 Avr 2018 - 11:42


que la Tour Eiffel était belle


©️ Sipa Press

il est certes discutable de rendre compte d'une interview du Président de la République dans une rubrique intitulée LE MOMENT ACTUEL du CAPITAL et les LUTTES. Au demeurant, le mot "capitalisme" n'a pas été prononcé. Pourtant, La France insoumise, par la voix de ses leaders, n'a pas attendu la fin du match pour apprécier :

Jean-Luc Mélenchon a écrit:
15 avr. 2018 21:56

Incroyable entretien de presse. On n'écoute plus les réponses, on attend les questions. #MacronBFMTV #Bourdin #Plenel

Clémentine Autain a écrit:
15 avr. 2018 23:08

Le Président en chocolat a bien fondu ce soir face à deux journalistes qui n'avaient pas décidé de faire les laquais. #MacronBFMTV

Eric Coquerel a écrit:
15 avr. 2018 23:19

Face à de vrais journalistes et non des passeurs de plat, @EmmanuelMacron a vainement tenté de justifier sa politique toujours plus à droite à coup d‘approximations, de circonvolutions et de mensonges. Jupiter est à terre #MacronBFMTV

assurément, Plenel et Bourdin ne sont pas Poujadas ou Pernaut, mais où serait la différence ? L'exercice est en lui-même un moment de communication présidentielle, et si Macron a choisi ces deux "punchers"-là, c'est justement qu'il avait tout à y gagner

durant trois heures il aura retourné toutes les questions pour servir ce qu'il aurait dit face à n'importe quel autre journaliste, faisant penser à cette blague sur les énarques : tu leur poses une question, et au bout de la réponse, tu ne sais plus quelle était ta question

en prime l'illusion d'un combat à armes (intellectuelles) égales dans un échange démocratique sur le terrain de la politique, politique dont Plenel et Bourdin se sont attachés à montrer qu'elle pourrait être différente. Apologie de la démocratie politique donc, dans un pays qui n'en a plus que les apparences, sauf comparée aux « démocraties illibérales » (sic), et silence radio sur les causes structurelles, quand le Président prétend prendre les choses à la racine : un radical donc, selon Marx ? Oui, un dirigeant radical du capitalisme français dans un moment de restructuration accélérée dont il est politiquement le pilote

la seule différence avec ses prédécesseurs, c'est que Macron connaît parfaitement ses dossiers et dispose d'un talent d'expression spontanée qui l'autorise à cette forme il est vrai inédite. Il était assez plaisant de voir les deux journalistes plutôt tendus avec leurs feuilles de notes, et Macron à l'aise sans papier. Ce qu'il ont en commun, à un an de leur élection, c'est d'affirmer qu'il est trop tôt pour juger et qu'il va falloir faire preuve de patience

compte-tenu du niveau quantitatif et qualitatif des luttes actuelles dont nous avons dit que l'État le mesurait parfaitement, confirmation : Jupiter est le maître des horloges et le seigneur de ses anneaux

cerise pour les gâteux et grand moment de langage inclusif : « Vos confrères féminines » qu'il serait trop simple de nommer des consœurs

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: CAS TORSE DU PRINTEMPS DIX-HUIT : LA VÉRITABLE CONVERGENCE, chronique et théorie   Mar 17 Avr 2018 - 18:49

La réforme de la SNCF largement adoptée à l'Assemblée
RTL 17 avril 2018

L'Assemblée nationale a très largement adopté mardi en première lecture, par 454 voix contre 80, le projet de loi "pour un nouveau pacte ferroviaire".

Citation :
C'est fait ! La réforme de la SNCF est adoptée à l'Assemblée nationale ce mardi 17 avril. Un vote en première lecture avec une très large majorité. La réforme de la SNCF a été adoptée à 454 voix contre 80.

Les syndicats de la SNCF, qui dénonçaient un passage en force, n'ont donc pas réussi à ralentir le travail législatif. L'exécutif avait promis d'aller jusqu'au bout, malgré les mouvements sociaux. La ministre des Transports, Élisabeth Borne, a salué à l'issue du vote "un moment important, une étape décisive dans la conduite de cette réforme".

Et pendant ce temps, toujours peu de trains. Ce soir à partir de 19 heures et jusqu'à vendredi 8 heures, quatrième séance de grève dans ce conflit. La SNCF annonce un TGV sur trois, deux TER et Transiliens sur cinq et un train Intercités sur quatre. À l'international, il y aura quatre Eurostar sur cinq, un train Lyria sur trois, tandis que le Thalys sera "quasi normal".

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MessageSujet: Re: CAS TORSE DU PRINTEMPS DIX-HUIT : LA VÉRITABLE CONVERGENCE, chronique et théorie   Mer 18 Avr 2018 - 11:37


un des points communs entre les mouvements actuels contre la sélection et la bataille contre le CPE en 2006, c'est qu'ils ont lieu contre une loi votée (comme depuis hier concernant la SNCF). Une des grosses différences est la (non-)participation des lycéens



Alors qu'une quinzaine de sites universitaires sont bloqués ou perturbés, les lycéens n'ont pas suivi. Tentative de décryptage d'un « non-mouvement ».

Malgré une réforme du bac, du lycée et des modalités d'accès à l'enseignement supérieur, les lycéens n'ont guère envahi les rues de nos villes. Leurs syndicats appellent bien à « la convergence des luttes », mais, malgré quelques échauffourées limitées et alors que les vacances d'avril viennent de débuter en zone C, les plus jeunes ne sont pas jusqu'à présent venus prêter main-forte à leurs aînés qui perturbent une petite quinzaine de sites, notamment à Nanterre, Tolbiac, Toulouse, Montpellier. Normal ? Voire.

Pour quiconque suit les questions d'éducation en France, les mouvements lycéens sont une menace constante qui fait trembler les ministres et, à l'occasion, les font chuter. Tentative d'explications avec Olivier Galland, directeur de recherche au CNRS, qui vient de publier avec Anne Muxel La Tentation radicale. Enquête auprès des lycéens (PUF).



Citation :
Le Point : Il n'y a pas de mouvement lycéen malgré l'agitation dans les universités. Pourtant, des réformes ont eu lieu qui naguère auraient jeté des milliers de lycéens dans les rues. Cela vous étonne ?

Olivier Galland : Oui. Les réformes de l'accès à l'enseignement supérieur, du bac et du lycée sont un bouleversement total. Je note d'ailleurs que la réforme du lycée est un quasi-copié-collé de ce que Darcos avait tenté de faire en 2008 : à l'époque, cela avait suscité une levée de boucliers et lui avait coûté sa carrière politique. Or, le projet de Blanquer repose sur les mêmes fondamentaux : faire sauter les filières, permettre aux lycéens de panacher leur parcours. Et là, rien… Alors, oui, je l'avoue, cela me surprend.

Vous avez des hypothèses ?


Il n'y a pas de réponses miracles. Mais on peut supposer que les esprits ont évolué. Les lycéens se rendent compte peut-être qu'agiter les symboles d'une égalité purement formelle n'est qu'un leurre, cette idée que tout le monde passe le même bac... On sait très bien – et eux aussi – que ce n'est pas le cas… Et puis le système précédent était-il préférable ? Ce tirage au sort dans les filières en tension, cet échec massif en premier cycle… Certains des bacheliers professionnels ou technologiques pouvaient certes s'inscrire dans des filières de sciences humaines ou littéraires, mais très peu s'en sortaient. En ont-ils pris conscience ? Je ne sais pas. Mais, objectivement, on peut dire que, si le nouveau système d'inscription dans le supérieur n'est pas idéal, l'ancien n'était pas satisfaisant.

Pour les lycéens, Parcoursup est un progrès ?

Il faudra juger sur pièces, car il subsiste en effet des interrogations. Comment les universités vont-elles pouvoir effectuer ce travail de classement, et au final de tri, entre les milliers de demandes qu'elles ont reçues ? Vont-elles pouvoir mettre en place la remise à niveau promise pour les élèves qui ont obtenu un « oui si ». La réponse à ces deux questions est loin d'être évidente. Mais il est une autre question rarement posée et pourtant fondamentale, c'est celle de l'offre de formation qui n'est pas adaptée. Il n'y a pas assez de formations professionnalisantes dans le supérieur, les licences professionnelles, IUT et STS sont trustés par les bacheliers généraux. Il faudrait en multiplier le nombre, d'autant que l'économie française a besoin de cadres intermédiaires et de techniciens. Mais cette demande ne fait pas partie des revendications en cours dans les facs bloquées.

Le moindre incident peut tout faire dégénérer. C'est d'ailleurs l'espoir des bloqueurs et ce qui rend ce mode d'action très efficace. L'absence de mouvement lycéen et la faiblesse du mouvement étudiant ne traduisent-elles pas aussi la perte d'influence des syndicats lycéens et de l'Unef ?

C'est indéniable. Les taux de participation aux élections universitaires ont toujours été très faibles. Ces mouvements représentent peu de choses. Récemment, la Fage, un mouvement plus pragmatique, attaché à faire évoluer les conditions de vie des étudiants, a pris le pas sur l'Unef. L'idéologie recule. La Fage d'ailleurs ne s'est pas opposée au principe de la réforme.

N'est-ce pas, pour le dire plus crûment, le signe de la perte d'influence du PS sur les mouvements de jeunesse ?

La question de la manipulation politique des mouvements de jeunes est difficile. Mais il est indéniable que l'Unef, longtemps appelée l'ENA bis, était l'antichambre du PS, qu'un de ces anciens présidents fait aujourd'hui une belle carrière comme adjoint à la Mairie de Paris… Cette époque est en effet révolue. Mais au-delà, il y a l'évolution de fond de l'engagement politique des jeunes, qui se détournent depuis longtemps des partis politiques, participent relativement au premier tour de la présidentielle, mais s'abstiennent fortement lors des élections intermédiaires, y compris les législatives. En parallèle progressent les mouvements protestataires, comme les manifestations ou, comme on le voit aujourd'hui, le blocage. Pour une majorité de jeunes, bloquer un campus, c'est une manière normale de faire valoir son opposition. Or, c'est illégal. Et la décision de bloquer est prise à l'issue d'un processus très antidémocratique, comme je le montre dans un article récent.

Quel avenir voyez-vous à ce mouvement ?

C'est difficile à dire. Il prend peu, et seule une minorité d'établissements est bloquée. Mais les mouvements de jeunesse sont explosifs : le moindre incident peut tout faire dégénérer. C'est d'ailleurs l'espoir des bloqueurs et ce qui rend ce mode d'action très efficace : une petite minorité suffit à la mettre en œuvre et lutter contre est très difficile. Faire appel aux forces de l'ordre est dangereux et c'est très mal vu, y compris de la communauté universitaire. La meilleure solution ? Attendre les vacances et que la pression des examens fasse son œuvre…

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MessageSujet: Re: CAS TORSE DU PRINTEMPS DIX-HUIT : LA VÉRITABLE CONVERGENCE, chronique et théorie   Mer 18 Avr 2018 - 21:23


19:33 complété


dans la restructuration sans fin, la défaite ouvrière est sans fin

dndf publie des impressions qui recoupent les nôtres sur la faiblesse qualitative et quantitative des luttes des facs et qualitative des luttes cheminotes. L'enjeu de classe existe bien, mais il est entièrement siphoné du côté du capital


Une camarade nous a fait parvenir ses impressions sur le mouvement actuel à la sncf et dans les facs.


Citation :
A la sncf

Concernant les cheminots, on s’est rendu à l’AG de St Lazare qui étaient ouverte aux non-cheminots ce matin. Ils ont voté à l’unanimité la poursuite de la grève à 60, mais globalement les cheminots sont peu nombreux dans les AG parce qu’il n’y a pas d’enjeu de vote, elle est déjà votée, mais la grève continue d’être bien suivie. Les plus forts taux de gréviste sont chez les mécanos (68%). Lors des AG sur place, on constate que les grévistes sont nombreux vu qu’il y a vraiment très très peu de trains qui roulent.

A Gare du Nord, les AG réunissent plus de monde qu’a St Laz, ils sont environ 140 (70 votent la grève reconductible ; 40 votent la grève perlée ; et une trentaine s’abstient). Après, St Lazare c’est spécial vu qu’il s’agit d’un centre commercial dans lequel se trouve une gare. Sud y est présent en tant que Sud Rail pour pouvoir y syndiquer les personnels de la gare qui n’ont pas le statut cheminot.

Apparemment à Austerlitz c’est très suivi mais pareil peu de monde en AG, et les contacts de cheminots d’un dépot me disent qu’ils ont eu beaucoup de mal à mobiliser en AG ; ils ne pourront pas tenir la grève très longtemps ; ils sont venus aux AG étudiantes pour trouver un renfort ; la différence entre ceux du dépôt et le reste des gares (Austerlitz, gare du nord, St Laz), c’est qu’il ne semble pas y avoir d’établi, de membre de parti (NPA) ou militants professionnel (Sud).

Sur la défense du service public par les cheminots, il ne faut pas oublier l’impact du bashing qu’ils se prennent dans la gueule depuis 1995, ça a l’air de leur peser énormément (en plus des perspectives de perdre un fric monstre), à tel point que certains hésitent à parler de leur métier en public. C’est possible que cette délégitimisation de leurs luttes entraîne une modification de leur positionnement : mettre en avant le service public sert aussi aux « preneurs d’otage privilégiés » à se relégitimer en tant que travailleurs « utiles ».

Les cheminots sont rassurés de la cagnotte de plus de 800 000€, mais ils savent aussi qu'ils sont trop nombreux pour que ça les fasse vraiment tenir. https://www.leetchi.com/fr/Cagnotte/31978353/a8a95db7

Sur les facs


La lutte dans les facs parisiennes semble pâtir d’un problème de forme : les 12 ans d’absence du mouvement étudiant[1] coûtent très cher aux étudiants mobilisés, lorsqu’ils se retrouvent comme seuls acteurs de leur lutte. Ils ne plus peuvent plus se greffer a des militants plus organisés comme ce fut le cas pendant la loi travail ; en l’absence de transmission et de formation, ceux-ci ont un rapport très naïf, voire pacifié à la lutte : excès de démocratisme en AG, peu de conscience des rapport stratégiques nécessaires pour aller vers un rapport de force offensif [2], incapacité à écrire un tract (c’est dur pour des étudiants !). D’ailleurs, ce qui a fait monter le nombre de présents en AG n’est pas l’offensive de la mobilisation mais l’émotion suscitée par répression.

L’autre problème est une question de fond (mais qui rejoint forcément la forme) c’est sa composition sociale : ce sont les plus sélectionnés qui luttent contre la sélection. On aurait pu espérer de l’extrême gauche mobilisée sur place un discours un peu plus ambiguë [un peu moins ?], qui tirerait vers la critique de l’école, ou vers la réforme des lycées pro, mais il n’en est rien : ces mondes sont distincts. Les enfants de cadres, qui sont la majorité des diplômés de la fac dans les jeunes générations, semblent être les grands perdants de la réforme [?] : l’Etat ne veut plus payer pour plus leur formation.

Bref, entre l’absence d’enjeu de classe et de conflictualité, il semble que Nuit Debout ait trouvé sa continuité dans les facs : même population et même « luttes » de folklore.

Un mouvement de scolaires sans lycéens…

Alors qu’ils sont les premiers concernés [3] par les réformes, et qu’ils ont à Paris intra-muros des capacités de blocage privilégiées [4], les lycéens sont les grands absents de la mobilisation. Étant allé tracter devant quelques lycées, on constate que ceux-ci sont concernés et intéressés mais que Parcoursup fait son effet : entre le bac, les lettres de motivation à écrire et le stress de son avenir qui se joue si tôt, ceux-ci ne pensent pas franchement à bloquer, d’autant qu’ils savent que l’intervention des flics sera immédiate [5].

De l’autre côté la répression (quotidienne et lors des mouvements) et l’austérité sont trop fortes pour que les lycées de désélectionnés se mobilisent : être un futur chômeur et perdre un œil en plus ?

Entre gérer les prochaine années de sa vie sur Parcoursup, la répression, et l’absence de mots d’ordre plus large que la fac, il semble qu’il y ait aussi un autre aspect de démobilisation lycéenne : c’est une génération qui n’a connu que des luttes qui ont échoué.

Remplacé par une tentative d’alliance ouvriers qualifiés/futurs encadrants


Certains cheminots passés par la fac (établis ou étudiants non diplômés) engagent une alliance avec les étudiants sur un rapport conjoncturel (le calendrier) et politique (le rôle de l’Etat dans le salaire indirect) : ils viennent faire des interv dans les facs, font un départ d’une manif de cheminots de Tolbiac, et quelques-uns viennent même prêter main forte aux étudiants pour bloquer Nanterre.

Il s’agit là d’un volontarisme des cheminots : seuls dans la bataille, ils tentent un dernier recourt et se dirigent vers les étudiants, qui comptent tenu de leur rôle dans les rapports de classe ne peuvent pas comprendre que c’est à eux d’aller vers les travailleurs. Grosse blague, on a vu à l’AG des cheminots de gare st Lazare les lycéens de Charlemagne [6] prendre la parole avec des étudiants de l’ENS, dans le but d’inviter des cheminots à leur apéro pour convaincre les scolaires de faire grève. Bref, le logiciel 95 apparaît dorénavant non plus comme périmé mais comme nocif.

En manif


S’il y a peu de monde en manif, je pense que c’est parce que dans le mouvement de scolaires contre la sélection il manque les lycéens, qui normalement apportent vigueur et bordelisation aux manifs d’étudiants.

Alors que les AG étudiantes font salle comble, une partie des mobilisables désertent les manifs, car elles ne sont plus le lieu de conflictualité qu’elles ont été en 2016. Dans ces petites manifs (quelques milliers de personnes) il n’y a pas d’affrontements, car d’un côté des flics ont opéré un changement dans le maintien de l’ordre et évitent dorénavant l’affrontement pour empêcher que la manif « dégénère », et de l’autre on n'a pas les forces sans les dizaines de milliers de manifestants derrière.

On prend d’un côté le contre-coup de la loi travail avec une démobilisation sur l’échec des manifs offensives de 2016, et de l’autre côté le contre contre-coup du modèle 1995 ; bien qu’il soit peu cité dans les AG, il reste la référence d’organisation des travailleurs mobilisés (postiers, cheminots) : ils sont bloqués sur logiciel 1995-2003 « fonctionnaire en lutte pour le service public » et comme ils ont du mal à mobiliser en AG, ils oublient les salariés du privé.

Le 18 avril 2018

[1] Le dernier mouvement apres le CPE était LRU (2009), mais il s’agissait d’un mouvement extrêmement minoritaire au sein des facs. Pendant les retraites les étudiants étaient plutôt absents et durant la loi travail ils se sont mobilisés hors de leur fac, sans leur statut étudiant, en venant avec de petits cortèges ou de manière informelle dans le cortège de tête.

[2] Les antibloqueurs sont autorisés a parler en AG sans être chahutés (Tolbiac et p8), absence d’affrontement de rue ou d’occupations de gares.

[3] Et ce du bac pro au lycée général : les lycéens du général exclus de parcoursup se redirigeront vers les BTS, et prendront les places des lycéens pro et techno. Ce à quoi ce rajoute la réforme du lycée professionnel.

[4] avec la très forte densité de population parisienne, les lycées très proches les uns des autres facilitent les capacités d’action : on peut débrayer 3 lycées en l’espace de 10 minutes, et bloquer la place la plus proche à 500 jeunes 15 minutes plus tard.

[5] Le dernier « 11h nation » (rdv lycéen), le 22 mars, a duré 20 minutes avant que la manif soit chargée et dispersée par les flics.

[6] Charlemagne est l’un des lycées les plus sélectifs de paris, situé dans l’un des arrondissements les plus chers de France.

plus les acquis (ou les "conquis") des luttes pour l'État-providence sont remis en cause jusqu'à disparaître, plus leur défense paraît décalée historiquement dans l'affrontement des classes

concernant la Zad-NDDL, voir sans hasard quand ça se lézarde, Hulot dans le Larzad, l'État dans son bazar


Question


vers le plus grand fiasco depuis 1968 ?

l'analyse des luttes en ce printemps français serait l'occasion d'exemplifier ce que nous avons ici nommé gauchisme, mélange de contenus de rupture impossibles immédiatement, de réformisme démocratique utopique, et de surenchère verbeuse dans des slogans qui rivalisent de nullité, le tout sur fond d'autoroute au macronisme débridé

du compromis attendu sur la ZAD à la "convergence des luttes", qui ne saurait avoir d'objectif que la démocratie politique, c'est-à-dire un autre pouvoir d'État dans le capitalisme, les luttes sociales de ce printemps s'annoncent actuellement à tous points de vue comme un fiasco sans précédent depuis 1968

certes, nous ne sommes pas encore en mai, mais si nous pouvons nous tromper, nous ne voyons pas au fond sur quoi

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MessageSujet: Re: CAS TORSE DU PRINTEMPS DIX-HUIT : LA VÉRITABLE CONVERGENCE, chronique et théorie   Jeu 19 Avr 2018 - 20:08


la véritable convergence

1) la ZAD et l'État

10:06 suite de sans hasard quand ça se lézarde, Hulot dans le Larzad, l'État dans son bazar


Avec Sarah, éleveuse de brebis et membre du collectif des Cent Noms, Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne, et José Bové, député européen du Groupe des Verts/Alliance libre européenne.

Notre-Dame-des-Landes : l'unité des zadistes se fissure
Mélanie Nunes, François Coulon et A.D Europe1 19 avril 2018
@ CHARLY TRIBALLEAU / AFP

Les zadistes les plus modérés seraient prêts à accepter les propositions du gouvernement. Les plus radicaux appellent en revanche à un grand rassemblement.

Citation :
Après dix jours de tensions et d’affrontements dans la ZAD de Notre-Dame-des-Landes entre les occupants et le gouvernement, le contact a été rétabli mercredi à la préfecture de Nantes. Les zadistes ont jusqu’au lundi 23 avril pour régulariser leur situation individuellement avant que les menaces d'évacuations soient mises à exécution. Très tard dans la soirée, mercredi, une grande assemblée des occupants s’est tenue sur le site de NDDL, laissant apercevoir quelques fissures dans l'unité des zadistes.

"Il y aura des dossiers". L'assemblée a tourné à la foire d'empoigne. Deux camps semblent en effet se dessiner. D'un côté, les plus modérés, les historiques pacifistes, ceux qui ont rencontré Nicolas Hulot et la préfète des Pays-de-la-Loire, Nicole Klein, ceux qui en sortant de cette réunion n'étaient pas franchement à l'aise. Car certains pourraient accepter l'offre du gouvernement et inscrire des prête-noms sur les formulaires distribués. Il en faudrait vingt-cinq pour couvrir le territoire de la ZAD, ce qui leur permettrait d'héberger tous ceux qui veulent rester. A l'issue de la réunion, Nicole Klein se montrait d'ailleurs très confiante : "Il y aura des dossiers", assurait-elle.

La division, stratégie du gouvernement. Mais d'un autre côté, beaucoup ne veulent pas signer. Les plus radicaux estiment qu'ils se sont jetés dans la gueule du loup en acceptant cette rencontre. "Nicolas Hulot a réitéré les positions que la préfète tenait, donc ça veut dire que sa venue n'était absolument pas nécessaire, on avait compris le message une première fois. Ce n'est pas une main tendue, c'est le refus de considérer l'ensemble de ce qui a été bâti pendant dix années", analyse Camille, un porte-parole des Zadistes.

Ce dernier reconnaît que le rapport de force n'est pas en sa faveur. Pour gagner cette bataille, dit-il, il faut faire venir du monde dans la ZAD et appelle à un grand rassemblement ce week-end.

Hulot déçu. De son côté, le ministre de l'Ecologie a lui aussi exprimé sa déception à l'issue de la réunion de mercredi au micro d'Europe 1 : "Nous avons un sentiment de tristesse, de gâchis que j'espère provisoire, d'une situation qui ne devrait pas prendre cette tournure. Il faut peut-être s'interroger sur le fait de savoir, si à un moment ou un autre, il ne faut pas cesser un combat que l'on pense avoir gagné", a-t-il dit à l'adresse des plus radicaux. "Ne ratons pas la dernière étape. Ne rentrons pas dans une spirale de posture, de confrontation et de violence. Ne confondons pas écologie et anarchie. On risque simplement, pour peut-être quelques exigences de trop, d'achopper au dernier moment. N'ayez pas mené tout cela pour cela. Si je ne craignais pas que tout cela dérape, je ne serais aps ici", a-t-il conclu.

Les différentes composantes du mouvement doivent se rencontrer aujourd'hui, jeudi 19 avril, chacune de leur coté. Une nouvelle Assemblée générale se tiendra dans la soirée.



Citation :
Hier soir, après leur rencontre avec Nicolas Hulot ce mercredi 18 avril 2018, les membres de la délégation du mouvement anti-aéroport a rendu compte des échanges devant l’assemblée de la Zad à Notre dame des landes. D’après des personnes présentes, l’ambiance était « posée constructive ». Mais aucune décision à chaud n’a été prise.

Les différentes composantes du mouvement doivent se rencontrer ce jeudi, chacune de leur coté. Une nouvelle Assemblée générale se tiendra dans la soirée.

Pour l’instant, le rendez-vous proposé par la préfecture demain vendredi n’a été ni accepté ni refusé. Le mouvement anti-aéroport souhaite que cette nouvelle réunion ait un caractère politique, et pas seulement administratif pour discuter des projets agricoles.


Malgré l'impasse notable, le député européen se réjouit de la rencontre entre le gouvernement et les zadistes. "On a renoué les fils du dialogue", assure-t-il.
Citation :
Les routes doivent être libre de circulation et là-dessus, je crois qu’il n’y a pas ambiguïtés possibles. Il faut clairement discuter des projets mais dans le même temps, il faut la libre circulation. On ne peut pas avoir un combat dans le combat. Ça n’a pas de sens.

12:40

2) friandise printanière : le salaire révolutionnaire de Bernard Friot

on peine à croire qu'en posant le salaire à vie comme révolutionnaire, on puisse s'inscrire dans la tradition de Marx, qui voulait l'abolition du salariat. Bernard Friot l'a fait, mais nul n'est contraint de le suivre : même le NPA le considère comme un néo-réformisme propositionnel et d'autres comme un contre-révolutionnaire depuis 1968

si pourtant il trouve aujourd'hui un certain écho, aux côtés de Frédéric Lordon, c'est précisément parce que les mouvements actuels sont structurés autour de la défense du service public, avec en pointe les cheminots : Friot affirme que « La fonction publique est le dernier bastion du salaire à vie, mais elle a moins de tradition syndicale combative que les cheminots. »



Les cheminots sont à nouveau en grève contre la réforme de la SNCF, qui prévoit notamment la suppression du statut de cheminot. Pour Bernard Friot, sociologue et économiste, cette réforme s’inscrit dans une contre-révolution néolibérale contre celles et ceux qui bénéficient d’un salaire à vie.

Bernard Friot est un sociologue et économiste, professeur émérite à l’université Paris X-Nanterre. Il a écrit de nombreux ouvrages sur la Sécurité sociale et le salariat. Son dernier livre, paru en 2017 aux éditions La Dispute, s’intitule : "Vaincre Macron."



Bernard FRIOT, économiste professeur émérite à l'Université Paris-Ouest Nanterre

Citation :
Reporterre — Pourquoi le gouvernement se focalise-t-il autant sur le statut des cheminots ?

Bernard Friot — Depuis la fin des années 1980, la seconde gauche emmenée par Michel Rocard a lancé une offensive absolument déterminée contre le salaire à la « qualification personnelle », autrement dit contre le statut des fonctionnaires ou de certains salariés comme les cheminots. Cette contre-révolution se prolonge jusqu’à aujourd’hui, Emmanuel Macron étant un parfait « baby Rocard ».

Ce salaire à la qualification personnelle est pourtant la conquête sociale majeure du XXe siècle face au capital ! Macron veut des free-lance, des autoentrepreneurs, afin que la reconnaissance du travailleur s’opère sur un marché — marché du travail ou des biens et services.

Tout au long du XXe siècle, le combat des mouvements sociaux a été d’imposer au capital d’employer les travailleurs. En 1910, le contrat de travail va lier le salaire au poste de travail, et non plus à la tâche. Puis, mieux que ça : le mouvement social va obtenir le salaire lié à la personne même. Au cours du siècle dernier, on assiste ainsi à une lente montée en puissance de ce salaire à la qualification personnelle : en octobre 1946, la loi Thorez sur les fonctionnaires concerne 500.000 personnes. Aujourd’hui, ce sont 5,5 millions de personnes : les fonctionnaires, les salariés à statut (cheminots, EDF, RATP, etc.), la moitié des retraités. Tous ont une forme de salaire lié à la personne, détaché du fait qu’ils aient un poste, ce qu’on appelle aussi salaire à vie.

Et il y a une haine de classe pour ça ! La classe dominante est absolument déterminée à maintenir la reconnaissance sociale du travailleur dans une logique marchande. Accepter que des gens soient payés pour un attribut qui leur est propre, que ce ne soit pas leur poste qui soit qualifié, mais eux, c’est un refus absolu ! L’idée que les travailleurs se libèrent de l’aléa du marché, qu’ils puissent relever la tête parce qu’ils sont titulaires de leur salaire, ça leur est insupportable.

Une classe dirigeante ne défend pas ses sous, elle défend son pouvoir sur le travail, parce que c’est de ce pouvoir qu’elle tire ses sous. Or, ce pouvoir repose sur deux institutions : l’aléa marchand pour la reconnaissance du travailleur — c’est-à-dire le fait que le travailleur soit un individu sur un marché — et la propriété lucrative de l’outil. L’attaque de Macron contre la SNCF porte sur ces deux institutions : l’ouverture à la concurrence (la propriété lucrative de l’outil) et le statut du cheminot (l’aléa marchand pour le travailleur).

Pourquoi se centrer sur les cheminots plutôt que sur les fonctionnaires ?

La fonction publique est effectivement le dernier bastion du salaire à vie, mais elle a moins de tradition syndicale combative que les cheminots. Étant donné qu’Emmanuel Macron a pu réformer depuis un an sans coup férir, il fait un pari : s’il gagne contre les cheminots, donc contre les plus combatifs, il pense avoir un boulevard pour les fonctionnaires, dont la plupart partagent un certain défaitisme. Il a donc ajouté cette réforme de la SNCF qui n’était pas dans son programme. De fait s’il gagne ce pari, il faut se faire du souci pour le reste.

Donc, à l’inverse, le combat que le mouvement social doit mener, c’est l’extension du statut du cheminot à tous, comme le dit Philippe Martinez.

Effectivement. La seule bataille qui soit fédérative, c’est celle qui propose d’étendre à tous la libération vis-à-vis du marché du travail. C’est donc l’extension à tous et toutes d’un salaire à la qualification personnelle, aussi appelé salaire à vie. L’idée est la suivante : à 18 ans, chacun se voit attribuer un premier niveau de qualification, et le salaire correspondant, ces qualifications et salaires pouvant augmenter ensuite au cours de la vie professionnelle. Par exemple, ce salaire pourrait commencer à 1.500 euros nets par mois à 18 ans et aller jusqu’à un salaire maximum de 6.000 euros si l’on retient quatre niveaux de qualification, ce qui correspond aux conventions collectives les plus avancées.


Manifestation parisienne du vendredi 13 avril où les cheminots,
les étudiants, le personnel de santé ou encore les postiers ont défilé de Tolbiac jusqu’à la gare Austerlitz.


En quoi est-ce différent du revenu de base ?

Le revenu de base ne s’attaque pas — y compris quand il s’élève à 1.000 euros par mois — à la logique du capital. Il n’offre pas vraiment d’alternative au marché pour la reconnaissance des travailleurs. Ce n’est qu’un premier pilier de ressource. Or, quand on cumule une allocation fiscale, comme le revenu de base, et du salaire, c’est toujours au détriment du salaire. L’employeur peut se dédouaner et dire « tu as déjà 800 balles, voici 400 balles, et tu as ton Smic ». C’est ce qui se passe avec le RSA activité.

Le revenu de base est porté par des écologistes, mais c’est une erreur intellectuelle ! En aucun cas le revenu de base ne peut être un soutien à la décroissance.

En quoi le salaire à vie pourrait-il être moteur de décroissance ?

Parce qu’il n’est pas isolable d’une proposition plus générale. Il ne se conçoit pas sans une révolution. C’est un élément d’un autre mode de production que le système capitaliste.

Le salaire à vie signifie que nous sommes porteurs du salaire parce que nous produisons la valeur économique. Et donc, nous devons être propriétaires de l’outil de travail et décider de l’investissement. Avec le droit politique au salaire vient la propriété d’usage et patrimoniale de l’outil de travail.

Dans le système capitaliste, la seule chose qui intéresse un propriétaire lucratif, ce qui guide sa décision en matière de production, c’est : « Est-ce que ça rentabilise le capital ? » Point. Il ne se pose aucune question quant à l’utilité sociale, quant à la prédation sur la nature. Nous sommes dans une dictature de la rentabilité financière du patrimoine.

À l’inverse, dans un système avec un salaire à vie et sans propriété lucrative des outils de travail, que se passe-t-il ? L’entreprise n’a plus l’obsession de payer ses salariés puisqu’elle verse une cotisation au prorata de sa valeur ajoutée à une caisse commune, et c’est la caisse qui paye ses salariés. Elle n’a plus l’obsession des emprunts puisqu’elle ne s’endette plus, elle est subventionnée. En revanche, elle verse une cotisation — qui remplace le profit — permettant de financer des caisses d’investissement gérées par les travailleurs.

Quels sont les prochains pas pour renforcer le mouvement ?

Il faut fédérer. Car il y a une cohérence dans ces contre-réformes de la SNCF, de l’université, des hôpitaux.

Prenons la lutte des étudiants contre la sélection. Ce que veut Macron au départ, c’est la réforme du bac : un bac à la carte, avec beaucoup de contrôle continu. Le bac va être lié au type d’établissement dans lequel on l’a passé, et non plus un examen national. Donc, si le bac n’a plus de cours à l’échelle du pays, il faut de la sélection à l’université, c’est cohérent. C’est déjà ce qui se passe en Angleterre !

La sélection met en compétition les étudiants, mais aussi les établissements. Ils vont embaucher très cher des profs très connus pour attirer les meilleurs étudiants, tout ceci va entraîner des coûts, des hausses des frais d’inscription, et donc des prêts pour les étudiants. Derrière la logique d’endettement, il y a l’idée qu’un étudiant ne travaille pas, il n’est pas productif, mais il a le droit d’avoir un prêt qu’il remboursera quand il bénéficiera d’une amélioration de son capital humain lié à ses études.

Là aussi, la réponse à apporter, c’est que nous avons tous droit à une qualification de 18 ans à notre mort, et à un salaire correspondant.


L’occupation de Sciences-Po, à Paris, le 18 avril.

Vous dites que le salaire à vie n’adviendra qu’avec une révolution. Comment fait-on ?


C’est très facile en matière économique mais beaucoup plus difficile en matière politique. Gramsci nous raconte qu’une classe est dirigeante lorsqu’elle est hégémonique, c’est-à-dire quand elle fait accepter son récit du réel par ceux qu’elle domine. Donc, il faut imposer un contre-récit. Expliquer que le salaire à vie n’est pas irréalisable, qu’il existe déjà. Nous devons avoir conscience que la bataille autour du salaire à la qualification est la mère des batailles. On n’en est pas là. Pour le moment, c’est plutôt une addition de rages.

Qu’est-ce qui fait qu’en 2018 ça pourrait marcher ?

De nombreux jeunes entrent en dissidence. Avec toutes les mesures jeunes — les emplois jeunes, les services civiques —, on a complètement fait chuter le salaire d’embauche. À 25 ans, en euros constants, ce salaire est deux fois et demie moindre que ce qu’il était à la fin des années 1960, alors que le pays est infiniment plus riche. Il y a donc eu un effondrement complet, qui a entraîné beaucoup de jeunes dans la révolte. Ils ne vont plus sur le marché du travail, ils recherchent des alternatives au capital, ici et maintenant. Beaucoup de jeunes diplômés ne jouent pas le jeu. S’il s’ajoute à cela des travailleurs indépendants qui se rendent compte combien ils sont exploités et qui ne veulent plus payer la rente aux propriétaires et créer des coopératives, ça commence à être intéressant.

Mais il faut aussi un syndicalisme qui soit capable de dire à tous ces jeunes qui sont dans la dissidence : on peut faire autrement, nous avons déjà conquis le salaire non lié à un emploi, allons-y battons-nous pour l’extension à tous du salaire à vie !

LE STATUT DES CHEMINOTS, UN EMPLOI À VIE
Citation :
Le tout premier statut de cheminot date de 1920, mais il a été modifié à plusieurs reprises. La principale différence avec un contrat de droit privé (type CDI), c’est que le statut de cheminot met les agents de la SNCF à l’abri d’un licenciement économique. En effet, il prévoit seulement trois cas de départ : la démission, la retraite ou la radiation. Comme pour les fonctionnaires, on parle ainsi d’emploi à vie, ou, comme l’explique Bernard Friot, de salaire à la qualification personnelle.

90 % des 150.000 salariés de la SNCF relèvent de ce statut. Il s’accompagne d’une période d’essai plus longue, d’un an à deux ans et demi pour certains cadres.

16:54

3) du lard politique pour du cochon revendicatif

du point de vue revendicatif, catégoriel, c'est une évidence, comme le dit Berger de la CFDT : « la convergence des luttes ne fonctionne pas », ou le président de la CFE-CGC : « La convergence des luttes nuit à l'efficacité syndicale » et comporte « beaucoup trop de risques de mélange des genres avec le politique »

d'une part, dans la conjoncture actuelle, satisfaire les revendications ensemble est impossible pour l'État et le patronat, et qu'au mieux il s'agit d'habiller Pierre en déshabillant Paulette. Berger dit que c'est « une approche politique », et il est évident parce qu'elle ne s'inscrit que dans la perspective illusoire d'un changement de politique ou lointaine de gouvernement politique



du point de vue politique, la convergence des luttes est une stratégie d'accès au pouvoir d'État, et ne peut donc porter aucun dépassement du capitalisme. Les luttes pour l'abolition du capital ne convergeront pas ; chacune sur leur base elles porteront l'universalisme de la communauté humaine parce qu'en tant que telles elles sauront que leur situation particulière est le fait du capital comme tout

dans l’émission "Grain à moudre" d’Hervé Gardette le 9 mai 2016, Miguel Benasayag disait aussi, à propos de "convergence des luttes" :


Citation :
Je crois que l’idée que les luttes doivent converger est ce qui fait échouer, toujours, les luttes. Je prends comme exemple les luttes du dernier siècle : toutes les luttes qui ont été radicales et singulières (les femmes, les homosexuels, les Noirs, les droits civiques, etc.) ont changé la face du monde. Toutes les luttes qui ont été convergentes, centralisées par des maîtres-libérateurs, elles n’ont pas seulement toutes échoué mais elles ont produit le contraire de ce qu’on souhaitait.

Tristan Vacances : - Vous qui tapez sur les gauchistes, ne craignez-vous pas de diviser ce qui tente de s'unir et de tenir un discours démobilisateur ?

Patlotch : - d'une part nous n'avons strictement aucune influence sur le contenu des luttes et la mobilisation, d'autre part nous écrivons pour comprendre ce qui se passe, non pour faire plaisir à des partisans de thèses que nous critiquons radicalement, justement comme à la fois réformistes et gauchistes

Tristan Vacances : - Alors vous pensez comme Macron qui «conteste l’idée d’une coagulation des mécontentements » parce qu'« il ne faut pas tout mélanger » ou Bruno Le Maire : « Je ne crois pas dans la convergence des luttes. Il y a des colères, mais je ne vois pas de points communs. »

Patlotch : - il ne faut justement pas mélanger lutte revendicative et politique avec lutte révolutionnaire, deux niveaux de la lutte des classes ; passer de l'un à l'autre suppose un dépassement qualitatif des contenus, de l'adaptation à la rupture. Le niveau où cela se mélange aujourd'hui, dans l'implication réciproque travail-salariat, n'atteint pas les limites de ce dépassement par les luttes telles qu'elles se définissent elles-mêmes

Philippe Martinez, qui affirme : « Il y a un point commun entre une caissière à Carrefour et un pilote d'Air France, ce sont les problèmes de pouvoir d'achat », fait le buzz sur les réseaux sociaux, parce que de 1 500 à plus de 10 000 euros par mois, tout le monde fait la différence. Alors quand nombre de prolétaires du privé ou chômeurs considèrent les cheminots ou les fonctionnaires comme privilégiés, allez leur vendre, comme Friot, la CGT et la gauche "radicale", qu'il faut défendre le service public. C'est pourquoi nous disons encore que la convergence anticapitaliste sur une base revendicative est une utopie politique abstraite, et nous pensons que les faits l'ont vérifié même dans la période faste du démocratisme radical

Tristan Vacances : - Vous pensez qu'on revient à la CGT « courroie de transmission du PCF », en version gauche radicale ?

Patlotch : - ça y fait penser depuis que Martinez est aux manettes

Tristan Vacances : - Vous êtes inaudible, du moins par ceux qui sont en colère et ont envie d'en découdre...

Patlotch : - tant pis, nous ne faisons pas de la retape mais de la théorie communiste sur la base des luttes telles qu'elles sont. De ce point de vue, une question légitime serait de savoir si nous les percevons de façon juste, et nous laissons notre lectorate en juger

cherchez l'erreur : la CGT, qui n'est pas connue pour sous-estimer les chiffres, revendique 300.000 manifestants dans toute la France, pour 500.000 le 22 mars. Elle revendique aussi 500.000 adhérents, et le pays compte 7 millions de fonctionnaires et cheminots : une convergence de qui pour quoi ?

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MessageSujet: Re: CAS TORSE DU PRINTEMPS DIX-HUIT : LA VÉRITABLE CONVERGENCE, chronique et théorie   Hier à 15:04


humain trop humain
l'auto-insuffisance théorique ne paye pas l'essence


SOLIDARITE AVEC NDDL : un texte de Raoul Vaneigem qu’il nous envoie à l’instant
Zone A Défendre 23 avril 14:38

Citation :
Ce qui se passe à Notre Dame des Landes illustre un conflit qui concerne le monde entier. Il met aux prises, d’une part, les puisssances financières résolues à transformer en marchandise les ressources du vivant et de la nature et, d’autre part, la volonté de vivre qui anime des millions d’êtres dont l’existence est précarisée de plus en plus par le totalitarisme du profit. Là où l’Etat et les multinationales qui le commanditent avaient juré d’imposer leurs nuisances, au mépris des populations et de leur environnement, ils se sont heurtés à une résistance dont l’obstination, dans le cas de ND des Landes, a fait plier le pouvoir.

La résistance n’a pas seulement démontré que l’État, « le plus froid des monstres froids », n’était pas invincible – comme le croit, en sa raideur de cadavre, le technocrate qui le représente – elle a fait apparaître qu’une vie nouvelle était possible, à l’encontre de tant d’existences étriquées par l’aliénation du travail et les calculs de rentabilité. Une société expérimentant les richesses de la solidarité, de l’imagination, de la créativité, de l’agriculure renaturée, une société en voie d’autosuffisance, qui a bâti boulangerie, brasserie, centre de maraîchage, bergerie, fromagerie. Qui a bâti surtout la joie de prendre en assemblées autogérées des décisions propres à améliorer le sort de chacun.

C’est une expérience, c’est un tâtonnement, aves des erreurs et ses corrections. C’est un lieu de vie. Que reste-t-il de sentiment humain chez ceux qui envoient flics et buldozer pour le détruire, pour l’écraser ? Quelle menace la Terre libre de ND des Landes fait-elle planer sur l’État ? Aucune si ce n’est pour quelques rouages politiques que fait tourner la roue des gtandes fortunes. La vraie menace est celle qu’une société véritablement humaine fait peser sur la société dominante, éminamment dominée par la dictature de l’argent, par la cupidité, le culte de la marcchandise et la servitude volontaire.

C’est un pari sur le monde qui se joue à ND des Landes. Ou la tristesse hargneuse des résignés et de leurs maîtres, aussi piteux, l’emportera par inertie ; ou le souffle toujours renaissant de nos aspirations humaine balaiera la barbarie. Quelle que soit l’issue, nous savons que le parti pris de la vie renaît toujours de ses cendres. La conscience humaine s’ensommeille mais ne s’endort jamais. Nous sommes résolus de tout recommencer.

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MessageSujet: Re: CAS TORSE DU PRINTEMPS DIX-HUIT : LA VÉRITABLE CONVERGENCE, chronique et théorie   Hier à 21:37


interlude


Citation :
Duo voix et contrebasse.
Double bass and vocal duet
Business Music / Dactylo Lounge

Leah Gracie : chant
Jonathan Joly : contrebasse et chœurs https://wolfgangamadeusbordiga.wordpr...

Découvrez le monde poétique de l'entreprise moderne ! Rompus aux nouvelles techniques de communication, nos deux héros du capitalisme contemporain vous le feront découvrir en chansons. Munis des équipements les plus performants de notre compagnie (journaux financiers, flûte traversière, machine à dactylographier et contrebasse), ils vous feront partager les joies et les peines de leur quotidien : croissance, pop music, ressources humaines, maloya, feel-good-management, hybridations jazzistiques et travail aliéné

« What a day » c'est un voyage musical et disruptif au cœur du taylorisme.

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MessageSujet: Re: CAS TORSE DU PRINTEMPS DIX-HUIT : LA VÉRITABLE CONVERGENCE, chronique et théorie   

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CAS TORSE DU PRINTEMPS DIX-HUIT : LA VÉRITABLE CONVERGENCE, chronique et théorie
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