PATLOTCH / COMMUNISME et CIVILISATIONS

CONTRE LE CAPITAL, LES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES, ÉCOLOGISTES... et POÉTIQUES !
 
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 PSYCHOLOGIE, (PSYCH)ANALYSE et PSYCHOPATHOLOGIE des MILITANTS, GROUPES et 'MILIEUX' AFFINITAIRES

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PEUTÊTRE



Messages : 465
Date d'inscription : 21/12/2017

MessageSujet: PSYCHOLOGIE, (PSYCH)ANALYSE et PSYCHOPATHOLOGIE des MILITANTS, GROUPES et 'MILIEUX' AFFINITAIRES   Mar 3 Avr - 15:15


bien qu'ayant émaillé nombre de sujets de considérations psychologiques, nous ouvrons celui-ci pour l'aborder spécifiquement. Quelques remarques préalables :

- il existe de nombreux militants, y compris marxistes, qui refoulent (sic) toutes considérations psychologiques voire refusent la notion d'inconscient du moins en ce qui les concerne. Pourtant les concepts marxiens d'aliénation et de fétichisme, ou de conscience de classe, relèvent bien pour partie de ces champs. Mais il faut penser qu'étant désaliéné des croyances capitalistes, le militant croit atteindre directement à l'objectivité

- ce refoulement est lié à l'objectivisme et au subjectivisme des militants se pensant à peu de frais matérialistes, et considérant qu'ils détiennent la vérité objective, qu'il convient donc de faire découvrir aux autres. On n'est pas loin ici de la posture du missionnaire : qui n'a pas rencontré des militants moines-soldats, d'autres moines-copistes ?

- nous n'inscrivons pas nos idées sur la question dans un freudo-marxisme, et nous n'aborderons pas ici les aspects sexuels de l'inconscient, déjà longuement discutés dans SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique

- nous écrivons (psych)analyse car nous considérons que l'analyse ou l'auto-analyse de son propre inconscient ne relève pas nécessairement d'une cure analytique : la pensée critique héritée de Marx est aussi une analyse de faits à la fois individuels et collectifs ; il n'est pas incongru de l'utiliser pour soi-même

- les premiers livres que nous avions lus sur la question étaient de Bernard Muldworf, psychiatre, psychanalyste et membre du PCF. De mémoire il y est beaucoup question du rapport à l'autorité, à la figure du père, qui peut être le grand chef, le petit chef, le leader ou théoricien charismatique, ou l'entité-parti même, comme "famille" avec toute la variété de relations que cela suppose

s'il est aisé de ce point de vue de saisir ce qui peut distinguer un anarchiste d'un adhérent à un parti fortement hiérarchisé, l'expérience montre qu'on peut être libertaire et tout aussi peu libre de penser par soi-même. On constate une sorte de servitude volontaire, au nom de la solidarité interne qui peut recouvrir plus ou moins de sectarisme (le militant sectaire a du mal à faire des adhésions...)

mais l'on peut vivre "en anarchiste" dans un parti discipliné, car être un dissident de l'intérieur apporte aussi des gratifications psychologiques, et c'est là encore quelque chose de comparable au rapport des croyants à leur Église. Le principe du centralisme démocratique autorise quelques écarts au sein du parti ou de tout groupe en relevant (avec un membre de Théorie Communiste, il est vain d'espérer une discussion sortant de la ligne générale, ce qui ne signifie pas l'absence de désaccords en interne)



1991


2000

Citation :
Ce livre est l'aboutissement d'un long travail de réflexion relatif à l'engagement militant, notamment le militantisme communiste. Il met en circulation un questionnement plus radical concernant la croyance . Le drame du mouvement communiste a concerné des millions d'hommes et de femmes. Ainsi se justifie une démarche psychanalytique, et l'utilisation des données d'anthropologie freudienne.

L'AMOUR
Causalité psychique et psychanalyse
L'homme pulsionnel
Amour et croyance
LA FOI RELIGIEUSE
Psychose, Mystique, Expérience intérieure
Un détour anthropologique
La religion comme illusion
L'ENGAGEMENT MILITANT
Aux origines du PCF
L'illusion communiste
Lénine, Freud, Machiavel
Identité communiste et psychanalyse
D'un militantisme à l'autre

UN DEUIL DIFFICILE (OU LA DECROYANCE A L'ŒUVRE)
Le travail de deuil
Deuil et Mélancolie

ce livre est bien sûr en rapport avec notre étude COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI et CROYANCES

le texte ci-dessous nous est tombé sous l'œil par la recherche à psychanalyse et militantisme. Il concerne largement le FN, mais chacun.e constatera que nombres de remarques concernent tous les partis et groupes


Les ressorts psychologiques du militantisme
Entretien avec Birgitta Orfali
Justine Canonne Le cercle psy 22/08/2013

Loin d’être d’ardents idéalistes attachés mordicus à nos convictions, nous serions avant tout influencés par les autres dès lors qu’il s’agit de s’engager, que ce soit dans un parti politique ou dans une association caritative.


Citation :
L’adhésion au groupe passe par autrui : telle est l’idée forte de votre ouvrage L’adhésion. Militer, s’engager, rêver. Mais quelle est alors la place des idées, des convictions personnelles de l’individu lorsqu’il adhère à un groupe, tel un parti politique ?

Même si les idées existent et apparaissent essentielles dans la décision d’adhérer, l’adhésion passe par la communication : c’est en confrontant son point de vue à l’autre que l’individu se rend compte de la nécessité de s’affilier. J’ai réalisé deux enquêtes, en 1984 et en 2004, auprès d’adhérents du Front National pour étudier leur itinéraire politique. Ce parti me paraît un microcosme assez intéressant pour illustrer les ressorts psychosociologiques de l’adhésion. Mon hypothèse de départ était que la croyance, les convictions étaient au cœur de l’adhésion à un parti extrémiste. Or, les adhérents observés se sentaient surtout impuissants face aux changements de la société, à la crise économique, et ne trouvaient pas de réponses à ces difficultés dans les partis politiques habituels. Franchir le pas d’une adhésion à l’extrême droite consistait, pour eux, à marquer un engagement plus fort.

Il est même surprenant de constater qu’il y a de nombreuses « premières adhésions » au FN : pour certains, il s’agit en effet de leur première adhésion à un parti politique. Les nouveaux adhérents que j’ai pu rencontrer exprimaient tous un sentiment de soulagement une fois qu’ils avaient intégré le parti. C’est en voyant que des adhérents avaient osé s’affranchir de la stigmatisation qu’implique l’appartenance à ce parti que certains individus l’ont à leur tour intégré. Parmi les militants frontistes, il y a un sentiment d’appartenance à une même « famille » [ce point est particulièrement commun à tous les partis et groupes]. L’adhésion passe par la recherche d’un autre semblable.

Certains individus adhèrent à des groupes qui ne leur correspondent pas a priori, ce que vous qualifiez d’« adhésion paradoxale ». Comment expliquer ce phénomène ?


Ce type d’adhésion pose problème car il s’agit d’une affiliation « contre nature ». Pour reprendre l’exemple du FN, il est difficilement compréhensible que des Antillais ou des personnes de confession juive adhèrent à ce parti réputé raciste, antisémite. Des femmes adhèrent aussi à ce parti réputé machiste. On rencontre également des ou­vriers parmi les adhérents du FN, qui est même devenu le premier parti ouvrier de France.

Recourir à la notion d’adhésion paradoxale me semble pertinent pour saisir comment ces affiliations, a priori improbables, annulent des stigmatisations premières relatives au groupe d’origine, qu’il soit ethnique, religieux, statutaire, de genre… Au lieu de vivre une stigmatisation à cause de leur groupe d’appartenance, en choisissant d’appartenir à un parti d’extrême droite, ces individus vont dorénavant être stigmatisés pour leur appartenance politique : il y a une forme de transfert dans la stigmatisation. Or, il est plus facile de répondre psychologiquement à une stigmatisation visant un groupe que l’on a choisi. Parce qu’on est juif, Antillais, femme, fils d’ouvrier, on ne sait pas toujours répondre à la stigmatisation qui peut en découler. Mais, répondre à une stigmatisation parce qu’on est d’extrême droite est plus aisé parce que le parti peut fournir un « prêt-à-penser », un « prêt-à-répondre » à la stigmatisation dont ses membres sont l’objet. Ces adhésions paradoxales permettent parallèlement au FN de réfuter l’accusation de racisme. Les membres et cadres du parti répondent d’ailleurs à ce type d’accusation en disant : « Vous nous traitez de racistes mais il y a des Antillais au parti, vous nous traitez d’antisémites, mais Bruno Gollnisch est des nôtres… ». Il y a ainsi un double enjeu dans l’adhésion paradoxale, pour les individus qui adhèrent, mais aussi pour le groupe lui-même.

Votre ouvrage traite aussi de la participation, que vous définissez comme le résultat attendu de l’adhésion. Quelles sont les différentes formes de participation d’un individu au groupe ?

Il existe des degrés divers d’investissement dans un groupe, qui peuvent être fonction de l’intensité des convictions, par exemple. Il y a en outre une distinction à opérer entre une participation réelle, concrète, objective – celle des adhérents qui font du collage d’affiches pour leur parti –, et une participation subjective. Certains individus se donnent « à fond » pour le parti mais n’ont pas le sentiment d’en faire beaucoup, d’autres ont le sentiment d’être des militants convaincus, très actifs, alors qu’ils ne le sont pas du tout.

C’est pourquoi dans mes études sur l’adhésion au FN, j’opère une distinction entre militants, adhérents et membres, pour illustrer les divers degrés de participation : le militant est a priori le plus convaincu, le plus actif mais pas forcément celui qui pense être le plus actif. En revanche, le membre peut avoir simplement la carte du parti, agir peu, et pourtant avoir la sensation d’en faire beaucoup.

Il y a par conséquent une pluralité de possibilités pour les individus qui adhèrent à un groupe : dans de nombreux cas, ils ne se sentent pas contraints de devenir des activistes forcenés. Cela dit, on peut retrouver la configuration de l’activisme partisan dans quelques partis groupusculaires, comme la LCR (Ligue communiste révolutionnaire), aujourd’hui le NPA (Nouveau parti anticapitaliste) : il s’agit d’un parti qui fonctionne essentiellement sur l’activisme de ses membres. À l’inverse, le FN, qui a certes commencé comme une minorité active, n’a pas seulement cette caractéristique : en 1984, j’ai réalisé des entretiens avec des épouses d’agriculteurs qui adhéraient au FN uniquement parce que le mari était lui-même adhérent, sans agir pour ce parti. En revanche, je ne pense pas qu’au NPA, « Madame » adhère parce que « Monsieur » y est déjà… Il y a donc divers degrés d’activisme en fonction du groupe d’adhésion.

Les médias et les analystes politiques pointent régulièrement une crise du militantisme, 
de l’engagement. Le constat vous paraît-il justifié ?

Il y a incontestablement une crise du militantisme politique. Il est en perte de vitesse, sauf dans les partis extrémistes justement, de droite en particulier.

Ce phénomène n’est pas particulier à la France, il est européen. Néanmoins, le militantisme associatif, lui, connaît une embellie depuis les années 1980 : cette décennie a connu ce que certains ont qualifié de « crise des idéologies ». D’aucuns ont même parlé de « fin des idéologies ».

Ainsi, face à la perte de vitesse des idéologies – la chute du Mur de Berlin en 1989 a eu une influence certaine de ce point de vue – et à la perte de repères qu’elle engendre, certains individus se sont tournés vers le militantisme associatif des grandes causes humanitaire et écologique… L’engagement de nature sociale tient à mon avis à cette raison. Il existe une autre raison à cette hausse de l’investissement dans les associations : le bénévolat des militants, qui faisait office de preuve de moralité, a presque disparu dans les partis politiques. La professionnalisation progressive des cadres des partis n’a plus donné son aura au bénévolat. Dans ces structures, il n’y a plus l’idée de sacrifice, de don de soi que l’on y trouvait auparavant. Or, les individus veulent adhérer à une cause qui les transcende, qui les élève au-dessus d’eux-mêmes. D’où cet intérêt de plus en plus grand pour les associations.

Vous décrivez un processus d’influence du groupe minoritaire sur l’individu qui va conduire ce dernier à l’adhésion. Mais ne faut-il pas également prendre en compte le caractère, la personnalité des individus dans leur décision d’adhésion ?

Je ne suis pas partisane des théories de la personnalité, telles qu’elles ont pu être développées chez Theodor Adorno, Else Frenkel-Brunswik, Daniel Levinson et Nevitt Sanford (voir encadré ci-contre) ou d’autres. Elles ne permettent pas véritablement d’appréhender le processus d’adhésion à des groupes extrémistes ou dogmatiques. Ces approches veulent révéler une « tendance à… », ou encore un « fascisme potentiel ». Or, pour moi, elles ne permettent pas d’expliquer pourquoi une personne va un jour aller prendre sa carte au FN par exemple. Ces approches expliquent que si un individu a des parents progressistes, il sera progressiste, ou que s’il a des parents conservateurs, il sera conservateur. Ce peut être le cas, mais nombre de contre-exemples prouvent que la reproduction des comportements politiques n’est pas si évidente. La plupart des adhérents au FN qui se racontent dans mes entretiens réalisés en 1984 et en 2004 s’inscrivaient dans une tradition politique de droite. Mais entre l’appartenance à une famille de droite et le fait de franchir le pas de l’adhésion au FN, j’estime qu’il y a un grand fossé. En outre, les théories de la personnalité n’expliquent pas du tout certains changements politiques, comme le passage d’un individu du Parti communiste au FN. Si l’individu en question a une « tendance » inscrite dans les « gènes familiaux », il serait étrange qu’il en change… Les individus n’ont pas des attitudes identiques tout au long de leur vie. Les premières explications sur l’adhésion au FN dans les années 1980 tendaient à décrire des adhérents à la personnalité autoritaire, idéologiquement portés vers la violence, la restriction des libertés, etc. Or, on constate que certaines personnes y adhèrent en ne connaissant pratiquement rien du programme [nous avons constaté que même dans et autour des groupes théoriciens, des adeptes ne comprennent pas les thèses qu'ils soutiennent pourtant mordicus] : c’était le cas des épouses d’agriculteurs frontistes que nous évoquions plus tôt.

Comment un groupe originellement minoritaire et peu visible parvient-il à attirer des adhérents ?

Pour être socialement visible et reconnue, une minorité active va dans un premier temps chercher à introduire du conflit dans la sphère publique, à choquer les esprits : dans le cas du FN, le triptyque « Immigration, Chômage, Insécurité », qui a été le cheval de bataille de Jean-Marie Le Pen durant des années, a servi à cela. Cette équation du chômage et de l’immigration a choqué les esprits.

Puis, lors de la phase dite d’« incubation », l’idée fait son chemin dans l’esprit de certaines personnes, d’une manière incidente. Un jour, un événement, un incident social, ou encore professionnel, provoque une « prise de conscience » chez certains individus.

Celle-ci les amène peu à peu à une « conversion privée », privée car le groupe minoritaire à l’origine de ce processus d’influence se dit stigmatisé, se victimise - cette victimisation était présente dans le discours lepéniste dès les années 1980. Ces individus ont opéré leur « conversion privée » sans savoir que d’autres pensent la même chose : c’est ce qu’on nomme « l’ignorance plura­listique ». Enfin ces individus décident d’adhérer au parti d’extrême droite, dans notre exemple, révélant publiquement leur conversion à un groupe minoritaire.

Le détail de ce processus renvoie à ce que j’évoquais à propos des changements de comportements politiques : pour moi, on ne peut pas affirmer qu’un individu choisira le groupe X parce qu’il est X au départ. L’individu a des possibilités, et certains processus peuvent amener l’individu X vers un groupe Y. On ne naît pas ethnocentriste, fasciste, raciste, antisémite. On le devient, par le biais de diverses socialisations.

Si chaque individu se construit une personnalité, il se construit également sa propre représentation du monde. Au cours de sa vie, il peut rencontrer des groupes qui développent une représentation du monde similaire. Les gens se rencontrent sur des constructions communes.

Je ne nie pas qu’il existe un capital social, économique, culturel ou symbolique des individus, mais il me semble que nous gardons tout de même une certaine autonomie dans nos constructions et nos représentations.

nous avons eu trop tendance à considérer que les militants refoulant cet aspect de leur convictions étaient d'odieux manipulateurs. Ils le sont certes, ce qui ne signifie pas qu'ils en soient conscients, mais leur faire saisir est une gageure, car le plus souvent, ils ne voient pas même ce dont on parle. C'est encore à défaire cette croyance que nous entendons contribuer ici, tout en étant persuadé qu'on ne peut le faire que (face à) soi-même

nous ne considérons pas pour autant que le militantisme soit le stade suprême de l'aliénation. Il est somme toute normal, quand on est convaincu que ses idées sont bonnes pour l'humanité, de vouloir les faire partager. Il nous paraît peu sincère de prétendre qu'on fait et diffuse de la théorie persuadé de l'inutilité de le faire. Cette posture communisatrice repose sur la conviction marxiste que les idées ne changent pas les choses tirée à la caricature, refusant l'importance des idées dans la subjectivation révolutionnaire, ce qui nous semble démenti par les faits et relever du B A BA d'une dialectique de la représentation




de même que l'idéologie c'est toujours celle des autres,
on est toujours l'aliéné d'un autre

en relation : ANARCHISME IDENTITAIRE COMMUNAUTARISTE : indé-passable ?

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MessageSujet: Re: PSYCHOLOGIE, (PSYCH)ANALYSE et PSYCHOPATHOLOGIE des MILITANTS, GROUPES et 'MILIEUX' AFFINITAIRES   Mar 3 Avr - 20:49


affinités et identités militantes de groupes ou de milieux

une première idée générale serait que moins on a les moyens de penser par soi-même et plus on a besoin du groupe, du leader ou du théoricien pour penser à sa place. Inversement plus on pense par soi-même et plus on aura tendance à se passer d'un groupe affinitaire constitué ou non, ou à s'y comporter comme opposant interne voire dissident à l'extérieur, au mépris des règles écrites ou non, le centralisme démocratique par exemple, ou l'allégeance sans discussion à telle théorie

qui dit groupe affinitaire dit création d'une identité militante de groupe ou de milieu même informel, identité camarade d'ailleurs revendiquée et qui se voit comme le nez au milieu de la figure, mais qui reste déniée par ceux qui s'y reconnaissent : il y a bel et bien "eux" et les autres. Cf la belle dénégation de Lola Miesseroff nous répondant d'un oxymore à l'insu de son plein gré, alors que son livre a construit un improbable milieu d'outre-gauche des « plus purs combattants » des années 68, comme l'écrit sans rire un de ses lecteurs emballé (ici) :

Lola Miesseroff a écrit:
Patlotch n’est ni mon ami, ni mon camarade. « Notre » milieu est un mythe.

ceux du "milieu de la théorie radicale" font moins de chichis pour se reconnaître comme lui appartenant, et appeler "camarade" qui en est à leurs yeux : à cette aulne il ne nous déplaît pas de n'être "ni leur ami ni leur camarade", car les enjeux de discussions au-delà de ce milieu affinitaire et identitaire ne sont pas là. Cela semble d'ailleurs leur échapper vu leur bel enthousiasme à ne diffuser que leurs textes, magnifique entre-soi communisateur confinant à l'isolement auto-produit, ainsi pas dérangés par ceux qu'ils traitent en chiens crevés du haut de leur tour d'y voir... pas grand chose : oh modeste gloire d'avoir raison tout seul dans la Solitude de la théorie communiste (Bruno Astarian 2016)

à leur décharge, observons que tous les milieux militants fonctionnent de la même manière, si l'on en juge par les "amis" facebook et "abonnements" tweeter, qui dessinent comme des ensembles le plus souvent fermés à toute curiosité hors de cercles d'affinités idéologiques électives, à moins qu'il ne s'agisse de s'informer ou de se surveiller pour alimenter les polémiques et resserrer les liens militants. C'est le cas aussi bien pour les partis de gauche, les groupes anarchistes, et les militants décoloniaux, pas épargnés par un gauchisme décolonial assez éloigné des thèses théoriques éponymes

il faudrait encore parler des groupes féministes, LGBT, et autres vegans... Nous espérons n'oublier personne, nous ne voudrions pas faire des jaloux.e.s


scratch

sans fétichiser le démocratisme d'assemblée, la nouvelle vogue consistant à refuser la démocratie d'assemblée tendra toujours à favoriser les leaders d'opinions, les 'grandes gueules', jusqu'à outrepasser les limites de la manipulation au prétexte de la spontanéité, voire de l'auto-organisation à condition qu'elle soit pilotée par des leaders objectifs auto-organisateurs... des autres

Citation :
Charles Reeve montre également les limites de la critique des assemblées qui vient du comité invisible ou des mouvances bordiguisantes comme Léon de Mattis et la communisation. La dénonciation des palabres d’assemblée peut également déboucher vers des pratiques avant-gardistes qui valorisent l’organisation affinitaire plutôt que la lutte avec les autres exploités.

Zones subversives, lecture de Charles Reeves dans Une histoire de l’autonomie des luttes 17 Mars 2018

dit en passant nous ne saisissons pas bien ce que Léon de Mattis et la communisation auraient de "bordiguisant"

tout leader de fait ou théoricien responsable devrait garder en tête que ceux et celles qui sont là et se taisent ne sont pas nécessairement et pour autant d'accord. À cette question, la réponse que me fit un jour Roland Simon (Théorie Communiste, TC), lors d'un meeting sur la communisation, « s'ils sont là, c'est qu'ils sont d'accord », est simplement fausse et inadmissible. La réponse de Bernard Lyon quant au "fonctionnement organique" de TC relève pour l'essentiel de la même pirouette. Nous devons considérer a priori qu'on ne peut rien savoir de ce que pense quelqu'un qui ne s'exprime pas

l'expérience du parti de masse m'a éclairé à vie sur les rapports sociaux-psychologiques militants, comme une matrice de la compréhension de ce qui se passe y compris dans un groupe de quelques individus ou dans un milieu identitaire par affinités camarades. Je n'imaginais pas à quel point les comportements sont analogues, surtout chez ceux qui ne se croient en rien "staliniens". Cela peut sembler paradoxal, mais comme le montre l'histoire des courants ultragauche, le groupusculisme porte aux tendances et scissions bien au-delà du célèbre adage, « Un trotskiste, un parti ; deux trotskistes, une tendance ; trois trotskistes, une scission. »). La critique de la forme-parti n'aura quoi qu'il en soit pas soulevé le lièvre des nouvelles formes de militance en réseaux dans lesquelles on retrouve les mêmes symptômes

souvenirs du PCF, années 70-80 : en réunion de cellule d'entreprise, où étaient réunies des personnes de tous niveaux sociaux-culturels, de la secrétaire à l'énarque, l'on se faisait une obligation d'un tour de table dans lequel chacun.e était invité.e à s'exprimer. Le problème n'était pas seulement de la hiérarchie interne dans le parti, mais des inégalités face à l'expression des adhérent.e.s, militants actifs ou non. Les énarques avaient tendance à beaucoup parler et longtemps, et à quitter la réunion avant la répartition des tâches, les plus dépourvus intellectuellement à se taire toute la réunion et à se montrer volontaires pour les 'tâches pratiques', selon le moule idéologique de la division intellectuelle et manuelle du travail

si, certes, « la réunion de cellule n'est pas un club de discussion », ni le parti un modèle de société égalitaire communiste, il fallait donc une démarche volontariste pour tenter de tempérer cette distinction, au sens de Bourdieu, car elle recouvrait évidemment des différences d'appartenance de classe que n'effaçait pas le fait d'être tous et toutes camarades : il y en a toujours qui le sont plus que d'autres aux yeux de ceux qui tirent les ficelles de la démagogie, et les "bons camarades" sont bien sûr ceux qui les approuvent et les diffusent sans broncher


affraid

il apparaît légitime aujourd'hui que puissent se tenir des réunions non mixtes permettant à des minorités de s'exprimer librement sans la contrainte de groupes (syndicaux ou autres) et de directions majoritairement composées de ce qu'elles ne sont pas (femmes, racisé.e.s...). Cela ne s'oppose pas à la nécessaire cohésion militante mais permet que ces minorités ne soient pas toujours sous la coupe des mêmes, beaux et hauts parleurs

study

le problème du rapport aux textes est un peu différent, car ils n'engagent pas l'approbation dès lors qu'ils sont lus avec esprit critique, et le nez dans un livre, on est seul. Comme l'écrivait Marx s'adressant aux lecteurs du Capital dans la Préface de la première édition, en 1867 : « Je suppose naturellement des lecteurs qui veulent apprendre quelque chose de neuf et par conséquent aussi penser par eux-mêmes. » Cela apparaîtra peut-être à certains pure clause de style ou évidence, mais va savoir, quand on ne le précise pas, si l'on en est persuadé

Alain Badiou dit qu'
« Il faut doter la jeunesse d'un esprit critique » (La Dépêche 30/03/2018). Il n'apparaît pas toujours que les têtes encortègeuses en soient le mieux pourvues. Badiou ajoute que « Le plus grand bonheur, c'est de se découvrir capable de quelque chose dont on ne se savait pas capable. » Encore faut-il en favoriser l'expression, c'est-à-dire l'expérimentation, à qui n'en est pas convaincu

il n'est pas du tout évident que les textes théoriques soient écrits et lus dans cette disposition d'esprit, par laquelle il nous semble qu'on éviterait de s'exprimer en militant sûr de détenir la vérité au point de n'écouter que son son de cloche. Ce n'est malheureusement pas ce que nous avons constaté, bien que nous soyons persuadés que les muets n'en pensent pas moins, et même, sans narcissisme excessif, que certains nous trouvent "passionnants"


cheers

l'horizon de la liberté de tous et chacun est à nos pieds,
c'est un chemin autant qu'un but
elle est incompatible avec tout leadership


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PEUTÊTRE



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MessageSujet: Re: PSYCHOLOGIE, (PSYCH)ANALYSE et PSYCHOPATHOLOGIE des MILITANTS, GROUPES et 'MILIEUX' AFFINITAIRES   Mar 3 Avr - 22:36


comment en sortir, ou des moyens de la "guérison"

concernant ce qui précède, il s'agit bien entendu de ne pas confondre la concurrence entre groupes militants ou sur le marché de la théorie avec la lutte des classes (ou autres s'agissant des féministes et décoloniaux) en termes de luttes de masses sur la base d'intérêt immédiats communs réels ou supposés

c'est ce que nous semble pointer dndf en chapeau au texte de
Tristan Leoni, DDT21, Race et nouvelle droite

dndf a écrit:
Ce texte a les inconvénients de ses avantages : bien documenté il comporte un intérêt historique certain mais présente l’inconvénient majeur d’éclairer un épisode de la lutte des classes sous un angle trop exclusivement discursif : l’importance ou l’influence des idéologies et théories diverses sur le cours historique des rapports de classes.

Arrow

cela posé, et puisque nous avons pointé une psychopathologie du militantisme, nous voudrions dans ce commentaire aborder les moyens d'en guérir, termes choisis tant il est vrai que ces comportements sont aussi sources de souffrances voire de dérives suicidaires, points qu'aborde Muldworf en dernière partie de son livre Figures de la croyance : Amour, foi religieuse, engagement militant : UN DEUIL DIFFICILE (OU LA DÉCROYANCE A L'ŒUVRE)/ Le travail de deuil / Deuil et Mélancolie

j'y reviendrai non en expert du psychisme que je ne suis pas, mais selon l'expérience douloureuse que j'en ai eu à deux reprises (comme quoi la répétition est une figure justifiée de la psychanalyse), ma sortie du PCF à la fin des années 80 et mon compagnonnage problématique depuis 2005 avec le "milieu de la communisation" jusqu'à ma rupture définitive en 2015

remarques :

1) chaque rupture, qu'elle soit amoureuse ou politique, est singulière et faire part de mon "vécu" ne prétend donner aucun conseil. Je ne parle pas de rupture religieuse parce qu'au fond, bien qu'élevé dans la tradition catholique mais dans une famille fort peu pratiquante, je pense n'avoir jamais eu la foi. J'aurais été plus religieux dans mes adhésions successives à des courants du communisme qu'à l'égard d'aucun dieu, ou maître au demeurant. Il m'arrive de penser que plus anar que moi, tu meurs

2) que Muldworf ait conçu un livre où il rassemble ces trois passions en ce qu'elles ont de triste (Spinoza) ne doit rien à une lubie de psychanalyste, et son ancrage communiste n'a rien de freudo-marxiste. J'ai connu des militant.e.s communistes qui sont allés le voir en tant que psychiatre, et leur cas n'avait rien de léger

une rupture politique, d'avec un parti ou ne serait-ce qu'une conviction dont on a perçu les limites, s'apparente à un divorce, et selon la place qu'on y tient, peut s'avérer plus ou moins facile. Pour le dire avec Dostoïevski, certains seront toujours l'éternel mari , ou femme, comme éternelle épouse

pour d'autres, cela pose d'autant moins de problèmes qu'ils sont les décideurs de la rupture, qu'un clou chasse l'autre et leur épargne ainsi la traversée de la solitude, ou du désert, alors que, somme toute, ils étaient trop peu engagés pour que se dégager soit franchir une montagne

3) j'ai fait l'expérience de la "cure psychanalytique" mais à vrai dire j'y suis allé en périodes de deuils amoureux, et c'est seulement dans le travail analytique qu'est venu, concomitamment, celle du deuil politique, ou mieux dit du deuil de l'identité communiste pour moi liée à mon adhésion au PCF, mais valant bien au-delà. L'occasion me sera donnée plus tard d'en théoriser le dépassement (du DÉPASSEMENT RÉVOLUTIONNAIRE des IDENTITÉS de LUTTES). Disons que concernant mon deuil du PCF, je ne l'ai fait que pour moi, alors que mon deuil du milieu de la communisation, sur la base de cette expérience individuelle, a pris d'emblée d'autres dimensions, mon cas n'en étant qu'un chantier que je connaissais bien, même si cela ne suffit pas pour échapper à certains travers

si j'affirmais dans mes critiques du livre de Lola Miesseroff que je peux reconnaître d'emblée quelqu'un qui a eu l'expérience de la psychanalyse, c'est par la naïveté qu'affichent certaines personnes en mettant en avant leur refoulement en parfaites dupes d'elles-mêmes, protégées par leur idéologie qu'elles ne reconnaissent pas comme telle. Plus elles fonctionnent ainsi, plus il vain d'espérer avec elles un quelconque dialogue cartes sur tables. In fine, comment Lola s'en est-elle sortie ?
« Tu me fatigues », ce que je crois volontiers avec la plus grande des compassions : Terminus, Patlotch descend, bonne nuit camarade

4) si la cure analytique a été d'un très grand enrichissement intellectuel, et m'a permis de repérer des constantes de ma personnalité, ce n'est pas elle qui m'a permis d'en sortir, mais la pratique artistique (musique, peinture, écriture) par son effet cathartique, autant que la lecture d'ouvrages théoriques sur la question, ou d'œuvres de caractères intimiste, comme celle de Michel Leiris

5) complétant le titre et la remarque 1, comment en sortir ne signifie pas nécessairement quitter son parti, son groupe ou le milieu de ses amis et camarades. Le mélange entre raisons politiques ou théoriques et nécessités psychologiques, parfois de sauver sa peau ou sa santé mentale, est assez complexe pour ne relever que du choix de chacun.e. Ce que j'ai résolu par la rupture relevait d'un tel mélange d'impossibilités à continuer, tout à la fois pour des raisons psychologiques, et pour préserver ma capacité à produire encore une réflexion théorique

en la matière donc, chacun.e voit midi, ou minuit, à sa porte, mais il est des ruptures que l'on ne fait plus à un âge avancé, assuré que l'on est que s'ensuivra une solitude à laquelle rien ne nous a préparé

alors quand il s'agit de franchir le pas, n'hésitez pas : Hic Salta !

n'oubliez pas que moins vous serez entouré, notamment de vos anciens amis et camarades perdus, plus vous faudra une capacité hors du commun de survie psychologique dans la solitude, et que pour ça comme disait Octavio Paz dans Liberté sur paroles, même « poète, il te faut une philosophie forte ! », quitte à vous la tailler dans le granit de vos rapports aux autres et au monde, tel qu'ils sont, tel qu'il est


Twisted Evil

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MessageSujet: Re: PSYCHOLOGIE, (PSYCH)ANALYSE et PSYCHOPATHOLOGIE des MILITANTS, GROUPES et 'MILIEUX' AFFINITAIRES   Mer 4 Avr - 15:12


catharsis

à propos de l'effet de catharsis de la création pour en sortir, texte de 1989, extrait de LIVREDEL, poème-roman, 1er avril 1988 - 1er avril 1991 /II LIVRE DE CATHERINE / Chapitre 3

travail de deuil s'il en est, dans le mélange de considérations psychologiques et politiques (ici elles sont ce qu'elles sont, contre le fonctionnement du parti davantage que critique de son idéologie). Déchirement de n'être plus nulle part, puisque "dehors" tu ne te reconnais pas d'amis et que tes anciens camarades te regardent en renégat, traître à la cause, adversaire : « T'es dans quel camp, toi ? ». Le phénomène est analogue quel que soit le milieu que tu quittes

le dernier paragraphe évoque la position intenable du représentant syndical quand il ne devient plus que le porte-parole de salariés qui ne bougent pas leur cul. Les gauchistes évoquent facilement la traîtrise des syndicalistes qui enrayeraient la mobilisation des masses, moins souvent du fait qu'en dehors de luttes intenses, les masses sont totalement inertes, et les syndicalistes seuls au front. Cela bien sûr dans le contexte de la négociation, mais pas encore à la CGT de la cogestion


Patlotch a écrit:
Il est absurde et criminel envers soi-même de donner à l'Histoire plus qu'elle n'est capable de vous rendre, soi-même vivant (si l'on ne croit pas au paradis, à l'enfer, etc.) Roger Vaillant, Journal intime

dedans t'étouffes dehors tu t'empoisonnes tu vas où tu fais quoi tu peux toujours chercher l'air pur dans les montagnes de ta pensée voir ça de haut croire que t'es un aigle t'es qu'un moineau blessé en chute libre t'es tout seul et sans ciel deviens pas un vautour t'as pas raison tout seul t'as seulement des raisons déraison démission t'as seulement des visions dérision et la nuit c'est chacun son aire chacun son nid chacun sa grotte là t'atteinds des sommets en philosophie caverne contre caserne ça c'est drôle on dirait de la joie du Jouary Lajoinie d'la pensée la joie triste à mourir et dedans forcément si t'as le nez dessus quand ça pue c'est terrible tu prends la porte et tu crois prendre l'air tu prends tes jambes à ton tes désirs pour des du coup t'en viendrais même à plus sentir du tout et pas la merde que font dehors les autres t'en as jusqu'aux genoux si t'es fort jusqu'au cou si c'est faible et sans parler des morts de tous ceux qu'on voit plus noyés dedans dessous qu'on marcherait dessus à pas lourds à pas faire attention et qu'on y plongerait comme d'autres s'y baignent ils en ont plein les yeux se croient au chaud dedans au chaud d'un ventre ventre toujours fait con comme dirait l'autre sans parler des assis au bord qui font concours de pêche avec leur carte en poche société privée d'exploitation du genre humain et du reste alors faudrait mener ta barque au large en optimiste toutes voiles dehors te dire que vivent ceux qui rament contre vents et marées non ceux qui rament crèvent vogue la galère et vivent ceux qui rêvent faudrait repartir à zéro et tout recommencer quoique les re ça t'as de ces relents de ces requins qu'on sait plus trop à qui bien mal a qui déjà tout seul c'est pas aisé à deux t'es bien souvent baisé alors quand t'es un peuple t'as beau te dire sans parti pris les autres feront la part de tes excès et toi de leurs raisons in-tel-lec-tu-el-col-lec-tif ou duel collectif il faut choisir son camp renoncer à soi-même apprendre les réponses avant de poser les questions douter de tout douter de rien maxime contre minime chacun son goût de l'absolu tout est si relatif on coupe en quatre les cheveux de l'autre ça fait des tifs ou des têtes qui tombent sous les superlatifs des plumitifs laisse béton qui peut Le Puill peut le moins plus Spire des deux n'est pas celui qu'on coupez ici on ne pense pas on s'approprie on se nettoie dit le Petit Robert s'il se nettoie c'est donc ton frère de combat dieu que c'est compliqué il en faut du courage l'ennemi à ta porte ouverte dans les deux sens alors ton frère toi-même as-tu bien su t'approprier prier te nettoyer passez-moi le savon de Marseille mais qu'est-ce que tu dis t'oublies faut dire que la mémoire faudrait s'en faire une autre sur mesure appropriée nettoyée oublier ce qu'on a ou ce qu'on n'a pas dit ou écrit ajouter ce qu'on ne pouvait pas tout savoir inventer l'avenir pourtant moi qui croyais le mieux serait d'être un jeunadéran un adhérentanplan pas un amer en plan pas un Rouge à la mer cherchant le vent du large le mieux serait d'être un proche de nous pas trop curieux un loin de nous mais qui réfléchit bien un qui conserve ses désaccords en attendant d'avoir compris que ce sont des erreurs le mieux serait d'avoir confiance pas en soi mais en eux de leur faire aveugle confiance sourde confiance et muette confiance le tout bien digéré par toi autogéré par eux avant-garde appropriée et auto-nettoyante professionnels de l'erreur infailliblement corrigée reconductibles éternels dialecticiens à la faucille pédagogues de l'oubli hommes au passé plus que parfait courageux du silence exonérés d'autocritique machines à pomper l'air castrateurs de l'esprit critique parasites de l'espoir médiocres incasables concours lépine de l'échec stratèges du déclin rassembleurs d'eux-mêmes et encore ventilateurs d'air en boîte philosophes de casernes désaffectées chefs d'armées introuvables monarques de l'autogestion majoritaires automatiques Don Quichotte des non-dits tendanciels et des valeurs unilatérales pourfendeurs de l'idyllisme visionnel grands thermomètres de l'influence réelle indicateurs universels de l'horizon hommes nouveaux toujours nouveaux toujours nouveaux toujours nouveaux toujours

Calme-toi ! Offre leur ta pitié. Réserve ton mépris. Garde ta haine pour ceux d'en face, les tiens (?) ne t'auront plus. Panse ta blessure. N'oublie pas ceux que tu aimes encore et ne leur dis pas adieu puisqu'en partant tu demeures

Elle te laisse un peu seul, ta Révolution...

Il te laisse un peu seul le petit peuple de Nimistaire pas même représentable s'entend dans l'honneur mais dont tu es censé porter parole paroles qu'il ne prend paroles de muets que tu t'inventes non tu n'as rien à dire au nom de ces fantômes aux âmes mortes ah s'ils n'étaient conditionnés que d'air mais l'air du temps les a vidés d'eux-même pourquoi te devrais-tu de forger un pouvoir à mettre dans leurs mains s'ils ne voient pas qu'elles se ressemblent ah nom de dieu qu'ils se les prennent qu'ils les rassemblent qu'ils te surprennent enfin et ne te poussent pas au désespoir de les abandonner au désespoir de n'être plus qu'un animal chauvin et déshumanisé plus qu'un enfant sauvage non qu'ils te gardent de la haine qui te guette et qu'ils t'aident seulement un peu à les aimer ah les aimer tiens revoilà donc l'amour c'est vrai l'amour ton Amour parlons-en

Il te laisse un peu seul ton Amour

[...]

entre le sentiment de participer à la lutte de classe dans une organisation que l'on considère comme un moyen, et la fidélité en soi à cette organisation, il y a la même différence qu'entre la foi du croyant et son allégeance à l'Église

l'ordre règne dans le milieu

c'est aussi ce que nous constaterons dans le milieu de la théorie radicale

le fait de l'exprimer de telle ou telle façon n'a rien à voir à l'affaire, et les dérapages d'une colère légitime ne seront que prétextes à la censure des critiques de fond, accompagnés d'un dénigrement comparable à la psychiatrisation stalinienne des dissidents

la fin justifie les moyens, florilège :

Citation :
Léon de Mattis : « Patlotch graphomane compulsif... Les psychologues du futur diront... »
Pepe@dndf : « Logorrhée auto-passionnelle du Wichinsky de la communisation. »
Roland Simon : « Anathème... comble du narcissisme »
Claude Guillon : « Non-lecteur énervé »
Lola Miesseroff : « Avez-vous ne serait ce que feuilleté le livre. Je gage que non. [...] Mon pauvre Patlotch, votre graphomanie n’a égale que votre mythomanie. »

« Quand le sage montre la lune, l'imbécile regarde le doigt. »
Lao Tseu

ton compte est bon, ta réputation suivra en Europe et traversera l'Atlantique... Circulez, ya rien à voir chez Patlotch :
Doc Sportello a écrit:
@Kommunisierung
@rosswolfe  Funny to write about Patlotch, in France he's almost systematically ignored by anyone. His comments give you an idea why...

C’est marrant d'écrire au sujet de Patlotch, en France, il est presque systématiquement ignoré par tout le monde. Ses commentaires vous donnent une idée pourquoi...

Patlotch a écrit:
@Kommunisierung @rosswolfe Ah bon ? Mais encore ?

sur le fond, que tchi ! Il s'agit d'abord de faire corps et de se protéger en évacuant les problèmes

et puis hein, humain trop humain, des petits arrangements de la vie « normale » de ces « plus purs combattants » à leurs histoires de cul, tout le monde a quelque chose à cacher, ceci explique parfois cela. Comprenne qui pourra



« Familles, je vous hais ! »
André Gide, Les nourritures terrestres, 1897

la difficulté, nous l'avons dit, est que les rapports entre tel militant et son groupe, son milieu affinitaire, ses convictions théoriques ou idéologiques sont chaque fois une histoire singulière, dans laquelle il est impossible de discerner de l'extérieur les raisons générales et les raisons personnelles tant politiques que psychologiques : l'individu est produit de ses rapports sociaux, qui ne se limitent pas à des rapports de classes généraux mais incluent les relations inter-personnelles

il serait tout aussi vain et absurde d'en traiter uniquement au plan individuel que d'y voir seulement des raisons idéologiques

dès lors que le militant est protégé par sa croyance et son identité de groupe, tout ce qui les perturbera fera obstacle à un travail sur soi d'ordre analytique qu'il est le seul à pouvoir entreprendre. L'idéologie fait de la résistance au bal masqué des apparences à sauver, la belle image à préserver, comme dit cet amer critique du livre Outre-gauche :

Citation :
imageries qu’on entretient comme un petit trésor pour affronter l’adversité, en gardant une belle image de soi, de son parcours, de sa jeunesse, de ses rêves.

image flatteuse que te renvoient complaisamment ceux que tu considères comme tes « amis et camarades », car cela fonctionne en boucle pour qui se détermine dans le regard des autres, comme disent les psy

je me souviens de Christian Charrier en 2006, qui après 40 ans d'appartenance au milieu de la communisation, me confiait qu'il craignait de leur dire ce qu'il pensait vraiment. Quelles qu'aient été le mélange de ses raisons et déraisons, on ne peut que constater et regretter qu'il ait décidé depuis de se taire (la Matérielle). J'ignore ce qu'il est devenu : cadavre dans le placard de la communisation ?, mais une chose dont je suis convaincu, ce sont les souffrances psychologiques de cet homme, et ce qu'il en doit à sa "famille"

on comprend donc que certains préfèrent « dételer », puisqu'après tout, entre eux et qui « depuis 68, n’a jamais cessé de viser à la destruction du vieux monde », l'histoire ne retient pas la différence : « Les plus purs combattants » ne le sont qu'à leurs yeux

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: PSYCHOLOGIE, (PSYCH)ANALYSE et PSYCHOPATHOLOGIE des MILITANTS, GROUPES et 'MILIEUX' AFFINITAIRES   Mer 4 Avr - 15:56


Tristan Vacances : - « Votre ressentiment est un bourreau que vous portez en tout lieu au dedans de vous, c'est un vautour qui déchire vos entrailles. » Isaïe

Patlotch : - on dirait du Philippe Corcuff

Tristan Vacances : - Votre approche psycho-machin, la lutte des classes s'en fout

Patlotch : - il y a des sujets pour traiter de la théorie communiste, celui-ci a un titre et un contenu assumés, et relève de la rubrique INDIVIDUS, Capital, État = ALIÉNATION => COMMUNAUTÉ HUMAINE !

l'enjeu est double, le dépassement des identités militantes et le dépassement des individus forgés par le capital, et nul ne fait exception : il y en a qui s'y collent et d'autres qui vivent comme si le problème n'existait pas

tout est à sa place dans le forum, après, on peut le lire de travers mais...




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Patlotch



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MessageSujet: Re: PSYCHOLOGIE, (PSYCH)ANALYSE et PSYCHOPATHOLOGIE des MILITANTS, GROUPES et 'MILIEUX' AFFINITAIRES   Ven 6 Avr - 15:07


la déserte heure

si c'était à refaire, non, je n'adhérerais à aucune organisation politique ou syndicale, je ne m'inscrirais dans aucun courant théorique prétendu révolutionnaire, je ne serais d'aucun 'milieu'. Je participerais aux luttes à ma mesure, quitte à y foutre le bordel, dans ma ligne générale :

outre-moi !

à distance, libre d'expression, de passion triste et de gai savoir

je consacrerais beaucoup plus de temps à la création, moins aux manifs inutiles, aux polémiques stériles, aux controverses sans échos, à critiquer les crétins de tous bords : la bêtise commune est invincible. Je me battrais avec mes armes, serait-ce vainement

et dans la révolution itou, pas un geste pour recommencer avec les nouveaux maîtres à penser l'avenir dans les ornières du passé

ni dieu, ni maître, c'est pas pour les cochons cococus et les moutons serviles

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PEUTÊTRE



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MessageSujet: Re: PSYCHOLOGIE, (PSYCH)ANALYSE et PSYCHOPATHOLOGIE des MILITANTS, GROUPES et 'MILIEUX' AFFINITAIRES   Mar 10 Avr - 7:43


texte sur l'engagement d'une portée plus grande que la seule analyse "psy" du militant ou du militantisme, qui conteste certains lieux communs posés comme évidences par les militants, du moins des anciennes générations


Miguel Benasayag : « Il ne faut pas traiter les gens désengagés de cons »
Entretien paru dans le n° 5 de la revue papier Ballast (automne 2016)

Philosophe et psychanalyste, ancien guérillero emprisonné en Argentine, animateur du collectif Malgré tout, auteur d’une vingtaine d’ouvrages et sympathisant communiste libertaire : voici notre homme en deux ou trois mots. Si ses derniers travaux s’attachent à démonter le transhumanisme et l’empire de la technologie, c’est d’engagement politique dont nous discutons ici, dans un bistrot. Miguel Benasayag s’avance, depuis les années 1990, en critique résolu du pouvoir et du ressentiment militant ; il leur préfère la « multiplicité », la « puissance » et la lutte, concrète, par le bas et tous azimuts, sans garantie jamais de l’emporter : « L’espoir nous condamne à la tristesse. »


Extrait d’une affiche de René Mederos

Citation :
« Heureusement que les gens se méfient de l’engagement », avez-vous déclaré. Comment une revue comme la nôtre doit-elle le prendre ?

Ce n’est pas une provocation de ma part. Nombre d’amis et de camarades passent leur temps à regretter le « désengagement » et la méfiance actuelle des gens à l’endroit de tout projet politique. Il ne faut pas en rester là. Tout n’est pas négatif : les peuples font une expérience de pensée — il n’y a pas que les intellectuels. Cette expérience est liée à des expériences, des échecs et des désirs. Le XXe siècle fut une période au cours de laquelle les promesses des engagements et les projets de radicalité et de changement ont, pour la plupart, produit le contraire de ce qu’ils voulaient. Les gens se sont sentis trahis : ce fut une déception immense. Qui aurait pu croire que tout cela conduirait à l’horreur du Goulag, à des massacres ? Voilà pour le courant révolutionnaire. Il y eut aussi le courant social-démocrate, et ce n’est pas mieux : il en est venu à gérer le néolibéralisme. Cette méfiance relève d’une positivité : « Attention, attention ! » Il en va de même à l’endroit de la médecine virile et conquérante du siècle dernier : le toubib qui savait où était la santé et le bien de son patient et prescrivait des antibiotiques à tour de bras et opérait à droite et à gauche… C’est une méfiance qui nous importe pour un renouveau de l’engagement. Il faut se dire que tous ces hommes et ces femmes ne sont pas morts pour rien ; il faut « capitaliser » ce qui n’a pas marché. Donc analyser, pour avancer dans ce désir d’émancipation et de justice sociale.

Il ne faut pas traiter les gens désengagés de lâches, de cons ou d’aliénés ; nous ne sommes pas des élites qui voyons tandis que le pauvre peuple ne voit rien. Si les gens n’y vont pas, c’est qu’il faut croire qu’il existe un savoir populaire ; nous avons trop cher payé les avant-gardes. Quelle est la conséquence ? Non pas qu’il ne faille plus y aller. Nous ne devons  plus prendre l’inertie populaire pour du bruit dans le système qu’il convient d’écraser. Cherchons la vérité qui se trouve derrière. Lorsque des personnes de votre génération, sans forcément succomber à l’individualisme féroce et barbare, ne veulent pas s’engager, ne sont pas enthousiasmées par cette perspective, je n’ai pas envie de dire qu’elles se trompent. Je me méfie énormément des vieux intellectuels et militants de ma génération, ceux qui sont tombés, comme Obélix, dans la marmite de la vérité lorsqu’ils sont nés, et ont toujours eu raison — même quand ils appuyaient Staline ou Pol-Pot. À tout prendre, je préfère tous ceux qui n’ont pas voulu marcher derrière Alain Badiou…

Ce n’est pas la première fois que vous le critiquez…

C’est un exemple. Je ne supporte pas le platonisme — Platon expliquait qu’il détestait les corps et la vie (des simulacres) et que la vérité se situait dans les idées. Non : celles-ci sont très importantes mais la vérité est dans la vie. Dans sa fragilité. J’ai été officier durant dix ans ; je peux dire qu’il faut faire très attention à un philosophe-guerrier comme Badiou. Les idées « bien faites », au compas et au tire-ligne, ne m’enthousiasment pas — c’est sans doute la raison de la position marginale que j’occupe. Je les ai toujours détestées. J’ai accepté de militer au plus haut niveau de violence tout en me méfiant absolument de ceux qui savaient. Leur savoir éclipsait ce qu’ils vivaient. Je préfère être bête que trop intelligent et devenir un petit maître libérateur qui vous conduit à l’abattoir.

Vous évoquez régulièrement un « troisième âge de l’engagement ». À quoi correspond-il ?

Je constate un renouveau : l’engagement joyeux. Sans transitivité messianique (« Je souffre et je meurs aujourd’hui pour que demain… »). Quand il faut passer à la caisse, on y passe ; si on va en taule ou qu’on tombe au combat, dans le cadre d’une lutte, c’est malheureux, mais c’est normal. Cela n’oblige en rien à adorer le sacrifice et à mépriser ceux qui « aiment la vie ». Depuis quelques années, nous assistons à l’émergence diffuse d’un mode d’engagement existentiel : un projet radical qui refuse d’employer les gens comme de la chair à canon. Cela se passe notamment dans les expériences de contre-pouvoir. En Amérique latine, nous sortons de deux coups d’État institutionnels : au Paraguay et au Brésil. Je ne doute pas un instant que l’entourage de Cristina Kirchner soit corrompu : quiconque a le goût du pouvoir le montre en manipulant de grandes sommes. Il est arrivé que certains hommes aient dû prendre le pouvoir par nécessité — comme Mandela ou Václav Havel —, mais ils restent des exceptions : ceux qui, d’ordinaire, aspirent au pouvoir relèvent de la pathologie. La corruption n’est pas un accident. La population ne s’en montre pas moins très déçue : il y a eu, chez nous, en Amérique latine, les militaires, le néolibéralisme, puis un processus d’émancipation d’une décennie à travers le continent — et voilà la droite revancharde qui revient… On entend dire que « Rien n’a servi à rien ». Le nouvel engagement implique de comprendre la vie non comme une route vers mais comme des cycles.

Le retour de l’horreur et de la Réaction n’est pas l’échec du projet. Aucune marche vers l’émancipation n’est sans retour ; la seule chose qui le soit relève de l’expérimentation, chez les humains — ce qui, dirait Deleuze, « fait jurisprudence ». Autrement dit : une fois qu’on a expérimenté qu’une femme, une seule, peut être médecin, c’est irréversible ; une fois qu’on a expérimenté qu’un Noir, un seul, peut être président des États-Unis, c’est irréversible. Bien sûr, le racisme revient et reviendra, il y aura encore des victimes, mais il y a des nouveaux possibles. Il n’y a pas de marche cumulative vers l’émancipation ; les expériences sont irréversibles au cœur de l’éphémère. Le saisir permet d’éviter la tristesse permanente. Dans notre guérilla contre la dictature, nous avons pris le bunker de Somoza puis nous avons « fait justice », c’est-à-dire qu’on l’a liquidé. (rires) Le Nicaragua est ensuite devenu une sorte de merdouille sans nom, mais il ne faut jamais penser « Tout ça pour ça ». Dans la situation de la dictature de Somoza, la liberté passait par son renversement. Il y a des actes d’émancipation, pas d’état d’émancipation. Fidel Castro, en 1959, lorsqu’il renverse le régime de Batista, c’est l’émancipation ; aujourd’hui, Cuba est une horrible caricature. Le Che disait, et ça semblait une idiotie, qu’un révolutionnaire fait la révolution : on n’est révolutionnaire qu’à l’instant précis de l’acte révolutionnaire. Il n’y a pas de monde de la révolution. C’est notre grand défi : pour gagner de nouveaux possibles, il faut abandonner l’idée de lutte finale, de société de justice. Ça ne produit que de la déception — ou de la dictature, lorsque les « justiciers » triomphent.

Ces « nouvelles radicalités » parlent volontiers de « projets », de fluidité, d’existentiel… En quoi est-ce vraiment différent du langage managérial d’un DRH ne jurant que par le « développement de soi » ?

(Rires) Tous les deux ont en un commun des pratiques et des récits de la fin des grands récits. Le néolibéralisme propose, puisqu’il n’y a plus de révolutions ni de grandes ruptures, des microrécits minables : « Occupe-toi de ton cul et de tes enfants, sois heureux, souris au boulot quand tu fabriques de la merde. » Il n’est pas étonnant que nous et les partisans de la Réaction — le new management, l’entreprise, l’évaluation — soyons à la même heure, sur le même socle, puisqu’il n’y a plus d’émancipation finale ; la différence, c’est qu’ils trouvent ça génial et appellent à jouir comme des porcs, à « s’éclater », à être des winners. Nous, nous affirmons qu’un monde de justice totale n’existe pas mais nous cherchons à savoir ce qu’est la justice. Le désir de justice est inhérent à la vie ; il est désir de déployer sa puissance d’agir. Le DRH dit d’acheter un 4x4 et nous disons que la vie, c’est l’arbre, les fils, les ancêtres, pas seulement toi. Nous constatons tous deux l’impossibilité de la grande rupture, mais ce ne sont pas des discours symétriques. Le néolibéral se rallie à la maladie au prétexte que le médecin s’est trompé ; nous nous demandons comment continuer à lutter pour la santé en dépit des échecs du médecin. Nous ne devons pas nous considérer comme extraterrestres par rapport au DRH, mais mesurer à quel point nos conclusions sont inverses.

Vous écrivez, dans Résister c’est créer, qu’il ne faut pas se construire par rapport à l’ennemi, bâtir notre « nous » sur le modèle de l’affrontement, car il y a risque de mimétisme. C’est-à-dire ?

Durant les années 1960 et 1970, nous étions, dans le monde entier et en Amérique latine plus particulièrement, ouvert aux nouveaux possibles : les femmes n’avaient plus à être des animaux de basse-cour, les formes artistiques n’étaient plus limitées à la Beauté, etc. C’étaient des années d’invention tous azimuts. La Réaction, à échelle planétaire, a eu très peur : la contre-offensive fut particulièrement violente et sanglante. Face à leur brutalité grandissante, la conflictualité multiple des nouveaux types de vie s’est, pas à pas, réduite jusqu’à accepter l’affrontement. J’ai vu l’Argentine foisonnante de contre-cultures et d’alternatives (des femmes, des Indiens, des homosexuels…) s’aligner comme une armée, symétrique et spéculaire à l’armée ennemie. C’est ainsi que j’ai découvert, avec effroi, qu’on m’avait donné un grade ! Je venais de l’anarcho-hippisme, je faisais du rock et me voilà officier ! (rires) Petit à petit, nous nous battions sur leur terrain. Avant même qu’ils ne nous écrasent militairement, nous avions déjà perdu. La lutte armée était une possibilité parmi d’autres : le théâtre alternatif, l’alphabétisation, la lutte des femmes et des Indiens, les communautés, les galeries d’art, l’antipsychiatrie… Tout ceci formait un monde multiple que la répression avait du mal à saisir, à connaître, et sur lequel il était difficile de cogner ; en devenant comme nos ennemis, nous devenions une cible évidente. La lutte armée était à mes yeux une des dimensions de la lutte, une de plus. J’aimais la musique, je m’intéressais à l’antipsychiatrie et je pensais qu’il fallait leur tirer dessus — tout ceci ensemble. Croire qu’il suffisait de tirer, c’était être vaincus. Un autre exemple, moins tragique : en France, les élections, tous les cinq ans ; sous la droite, les expériences se multiplient et lorsqu’arrive le jour des élections, on discipline tout le monde ! « La droite ne doit pas passer ! » Ce n’est plus l’heure de « s’amuser » ; il y a des « choses sérieuses ». On nous refait le coup à chaque fois. Quand on se discipline pour le deuxième tour, on a déjà perdu.

« La politique — avance Chantal Mouffe — a toujours à voir avec la construction d’une identité collective, d’un nous qui, pour se constituer, doit se distinguer d’un eux. » Cela ne vous semble pas pertinent ?

Je dirais qu’il n’y a pas de « nous » défini. Oui, il y a des salauds et des canailles, mais il n’y a pas de saints. Nous devons trouver des pratiques émancipatrices sans jamais nous déclarer du bon côté. Dire « nous/eux », cela  signifierait que le « nous » ne compte ni adversaires ni ennemis en son sein. La multiplicité qui nous compose en tant qu’individu compte pourtant des éléments très réactionnaires et mortifères : je suis au quotidien mon propre ennemi. Ma seule condition de mâle me rend par endroits ennemi de moi-même ; ma condition de père m’oblige — et c’est compliqué — à ne pas écraser mes enfants… Se méfier de soi est très important. J’ai souvent observé que les personnes les plus intègres sont celles qui, frottées à l’ennemi, se brisent le plus rapidement. Prenez la torture : celui qui se considère comme un lâche a de fortes chances de s’en tirer sans trop de dégâts ; celui qui se prend pour un surhomme est cassé, net, car l’ennemi trouve sa faille. Je le dis en tant que clinicien et militant : il faut assumer la multiplicité contradictoire qui nous permet d’éprouver la merde qui existe partout dans le monde tant elle est tout près, chez soi. Si on pense la merde extérieure à soi, on risque de devenir une canaille. Ça ne signifie pas que nous soyons tous des nazis ou des xénophobes… Ce qui nous définit (comme salaud ou résistant), c’est l’acte. Ce n’est pas l’essence. On peut être la pire des merdes mais, dans telle situation, être du bon côté.

Mais ça devient plus compliqué, tout de suite, pour forger une identité collective à même de rassembler…

Le chavisme a déployé le « nous » et « eux » calqué sur Castro : ça n’a pas permis l’inventivité du peuple. Bien sûr, de chaque lutte émerge un imaginaire, un grand « nous » plein de joie et d’élan, mais il doit rester dans l’éphémère de l’acte — qui peut s’étendre en années. Le « nous » doit exister à cette condition. Castro ou Chávez s’approprient ce « nous » et, dès lors, le poussent à devenir le contraire de ce qu’il était pour durer et survivre. Bien sûr, il faut ce « nous » pour « rester motivés quand on les aura en face », comme dit la chanson ; ce « nous » qui n’est pas que le camarade à nos côtés mais qui englobe de façon transhistorique de Spartacus jusqu’à aujourd’hui — heureusement qu’il est là, au cours d’une manifestation, quand il y a des CRS en face. Quand on te tape dessus dans un cachot, tu tiens le coup si tu gardes à l’esprit tous ceux qui sont avec toi au point d’en faire exploser les murs. Le problème advient lors de sa bureaucratisation, de son institutionnalisation. Les leaders, les petits chefs. Ils capturent l’élan libertaire : c’est une horreur.

Le mouvement social autour de la loi Travail et la mobilisation Nuit debout avaient fait resurgir la fameuse « question de la violence » dans les espaces militants. Comment sortir des gros blocs de pensée, en la matière ?

Déjà, Nuit debout. Je me suis montré très critique. Avoir un impact dans les mass media n’est pas avoir un impact social : c’est un raccourci dangereux. Ce n’est pas normal qu’une réunion de gens très sympathiques et pleins de bonne volonté sur une place de Paris soit commentée à Buenos Aires, à New York et en Chine. Ça doit nous mettre la puce à l’oreille. La répercussion médiatique est un piège. Nuit debout est l’idéal de la contestation qui ne passe pas à la caisse. Je me souviens avoir entendu un militant se plaindre qu’il manquait toujours des toilettes publiques au bout de trois semaines d’occupation : mon chéri… J’ai l’impression qu’ils voulaient changer le monde en traversant sur les clous. La question de la violence est une fausse question. La vraie question, c’est celle du terrorisme. La situation détermine s’il faut ou non assumer la violence — c’est tout. Monsanto vire des communautés indiennes pour déforester et leur lutte a « seulement » cinq siècles… Répercussion médiatique ? minimale. Mais les Indiens ne se laissent pas faire. Ce n’est pas une question théorique : quand on veut te virer, tu assumes les moyens de résistance nécessaire. La violence ne se décide jamais par avance. C’est un élément de la vie. Paris devrait être isolé de la violence ? La Syrie, ce sont des Martiens ? Le monde méchant et moche commence à Calais ? Le pouvoir dit : « Il faut surtout que vous ne soyez pas violents, mais laissez-nous massacrer les bougnoules, bombarder et laisser couler les bateaux de migrants. » Quiconque jure, alors que l’on détruit la planète, qu’il ne sera jamais violent ne fonctionne pas correctement. Il ne faut rien jurer, ni de la violence, ni de la non-violence. Il faut assumer la tâche qui se présente à nous.

Et le « terrorisme », donc ?

C’est autre chose. C’est la méthode des puissants : ils utilisent des personnes dont ils n’ont rien à faire pour faire passer un message à d’autres puissants. Tout terroriste, même le plus petit, est du côté du mirador. Quand nous attaquions des casernes, il y avait des morts, oui. Des morts militaires. Nous avions une énorme divergence avec les Fuerzas Armadas Peronistas, qui liquidaient des dirigeants syndicaux bureaucratisés. Nous refusions : un dirigeant, même bureaucrate, reste un élu — il doit être écarté par la base syndicale. Même chose pour les dirigeants d’extrême droite élus, qui, qu’on le veuille ou non, représentent une partie du peuple. Nous attaquions les flics, les tortionnaires et les militaires : jamais nous n’avons utilisé le terrorisme. Amalgamer la violence et le terrorisme est profondément réactionnaire ; le second est toujours du côté du pouvoir. Parler, d’en haut, de « violence » pour le militant qui jette un petit caillou sur le Goldorak-CRS, c’est un geste réactionnaire ; clamer, d’en bas, « Pas de cailloux contre les Goldorak ! », c’est une connerie.

Vous écrivez dans Du contre-pouvoir qu’il est vain de chercher à s’emparer du pouvoir central en ce qu’il est un « lieu vide », inutile en matière de transformation sociale. Quelqu’un comme Daniel Bensaïd estime à l’inverse qu’on ne peut agir sans s’en saisir. Comment expliquer, alors que vos prémisses sont assez proches, que vos conclusions soient à ce point divergentes ?


La seule chose que nous ayons en commun, c’est que nous sommes juifs séfarades ! (rires) Daniel comptait parmi les meilleurs — il n’était pas un stalinien, pas un bureaucrate ; il était honnête mais tout nous opposait, en réalité, même si nous étions d’accord sur beaucoup de points. Au Forum social européen, il me disait qu’il y avait trop de social et pas assez de politique : dans sa bouche, ça signifiait un parti organisé, une avant-garde, des militants éclairés qui savent ce qui est bien pour le peuple. Daniel, comme beaucoup d’amis, s’est laissé prendre entre les bornes de l’institution politique : il a essayé de démocratiser le communisme mais n’a pas pu jeter par-dessus bord ce qui ne fonctionnait pas. La vision pyramidale est une erreur historique. Seules les luttes décentralisées et bordéliques — à l’instar du combat des femmes, des indigènes, des Noirs ou des homosexuels —, qui visaient le changement ici et maintenant et non le pouvoir, ont pu changer le monde ; celles qui voulaient le pouvoir ont produit des dictatures. J’aimais Daniel. Et cette incompréhension, toute notre vie durant, a été une douleur. Je paie ma liberté, il est vrai, d’une certaine impuissance ; il avait la LCR [aujourd’hui le NPA, ndlr], je n’ai personne — mais je ne saurais pas quoi en faire !

Si le pouvoir n’est pas dans l’appareil d’État, ni dans les banques ou les multinationales, où se niche-t-il ?

Partout. C’est la vraie question. Les pouvoirs sont des microstructures de pouvoir, comme dirait votre compatriote Michel Foucault. Les institutions sont la partie visible de ces microstructures de pouvoir ; si la microphysique du pouvoir n’était pas néolibérale — ou fasciste —, il n’y aurait pas d’institutions gouvernementales néolibérales — ou fascistes. On aime penser que le fascisme est contre le peuple… Si un pouvoir fasciste, comme Pinochet, a tenu si longtemps, c’est parce qu’il correspondait malheureusement à la volonté majoritaire du peuple chilien. On aime à croire qu’il existe quelque part un calife, un Big Brother : la vérité, c’est qu’il existe des défenseurs, des agents et des bénéficiaires du pouvoir, mais il n’y a pas de maîtres.

Ne serait-il pas possible d’imaginer une position médiane et articulée : un pied dans l’institué et l’autre dans l’horizontalité radicale ?

Ce ne devrait pas être antinomique, en principe. J’ai beaucoup participé à des expériences de contre-pouvoirs dans la province de Buenos Aires : il y avait des usines et des écoles en autogestion, des terres occupées… On a fini par gagner une mairie. Une façon, pensions-nous, de potentialiser les expériences par cet instrument supplémentaire. Deux jours après l’élection de notre camarade, il a dit qu’il fallait arrêter de casser les couilles ! Nous n’avons, au final, rien gagné. Il serait possible d’articuler les deux niveaux si les gens en place parvenaient, par quelque heureuse coïncidence, à comprendre qu’ils ne sont à la tête de rien, qu’ils ne sont qu’une dimension de plus au sein du processus général. Un élu devrait comprendre qu’il ne possède rien de plus que le militant de base, mais ils ont beaucoup de mal à se penser ainsi… Ceux qui occupent les lieux de pouvoir n’ont, contrairement à ce qu’ils croient, pas de « vue d’ensemble ». Les gestionnaires ne voient que la gestion, pas la vue globale ; la gestion n’est que portion de la multiplicité — ni plus, ni moins.

Le tirage au sort ne serait-il pas en mesure de sangler le désir de pouvoir des individus ?

Je ne crois pas. Il faut marteler, cogner : quelle est la nature des institutions de pouvoir ? Il faut tatouer sur la peau des militants que chacun est au même niveau. Mieux vaut perdre les élections que de discipliner les copains. La pratique et l’expérience permettent de ne pas tomber amoureux du pouvoir : faire l’amour à une femme, lorsqu’on est un homme, peut l’amener à changer sur son rapport aux femmes. Bien plus que l’éducation, entendue comme information. Il y a plus de puissance et de joie à ne pas vouloir saisir l’autre comme un objet dans notre film.

Le leader politique peut-il néanmoins avoir une fonction progressiste ? Celui qui, en France, porte la parole au sein d’un plus grand public — un Besancenot, un Mélenchon…

C’est un propre de l’humain : il y a toujours quelqu’un pour cristalliser un état collectif. En général, il faut qu’il soit médiocre.

Il ne faut pas plutôt qu’il soit une grande gueule ?

Si, donc un médiocre. (rires) Je ne dis pas cela d’un point de vue moral : si la personne est trop maligne, trop fine, personne ne va la comprendre, même si elle monte sur la table… Pour galvaniser, il faut croire en soi ; or, l’intelligence, c’est de trouver en permanence un contre-argument à ce qu’on vient d’énoncer : difficile de galvaniser, ainsi ! On devrait pouvoir imaginer, aujourd’hui, des leaders qui n’enrégimentent pas les gens. Que leur message ne soit pas « Suivez-moi » mais « Faites ». Le Che était de cette sorte-là, contrairement à Fidel. Fidel en appelait à l’obéissance de ceux qui se montraient d’accord avec lui ; le Che les exhortait à agir. Le guévarisme a été une multiplicité de pratiques contradictoires. Avec ses hommes, il se comportait comme un officier classique et borné — avec tout ce que ça a de négatif —, mais son nom a recouvert des pratiques nombreuses, même non-autoritaires.

Quelle place occupe la puissance argumentative et rationnelle dans votre dispositif militant ? Vous n’aimez pas ceux qui cherchent à « convaincre », n’est-ce pas ?

Si j’explique à quelqu’un ce qu’est le néolibéralisme et qu’il a, dans sa vie, même de façon extrêmement parcellaire, des expériences qui lui permettent de prouver ce que je dis, cela peut se développer. Si rien n’entre en résonance, ça va glisser. Je songe à un voisin que j’avais : le plus gentil de tous les voisins. Poli, sympa, ingénieur chez Total en Afrique. Tu peux lui parler de la destruction du vivant mais rien, dans son expérience de la vie — le rugby et ses enfants —, ne l’amenait à souffrir de ça. Il n’y avait, en lui, aucune surface d’affection au sein de laquelle le monde le fasse souffrir. Bien sûr, il souffre : son appartement est trop petit, son fils a une grippe, il se coince un doigt dans une porte. Mais aucune surface hors et au-delà de son moi. Et c’est cela, le mal. Mon voisin est une horreur totale de par sa sympathie. (rires) Aucun argument ne peut rien contre ça car le changement est un défi immédiat. Rien dans son expérience n’est plus immédiat que son loyer, son sport et ses enfants. D’autres personnes, moins bien faites, un peu bancales, faillibles, sont concernées par ces problèmes « extérieurs » de la même manière que leur propre doigt dans une porte. Ma propre conscientisation vient des Indiennes boliviennes à genoux devant le marché car elles ne pouvaient pas entrer. Ça m’abîmait pour la journée. Puis j’ai trouvé des paroles.

Il y a une vulgate que vous mettez à mal : les années 1970 ne seraient pas celles de l’idéologie à tout crin et notre époque celle du soupçon, du doute…

Il y avait à l’époque une place pour le réel et la confrontation. Il y avait plusieurs idéologies en conflictualité ; aucune n’était vraiment dominante. Aujourd’hui, tout le monde pense que l’économie est première ; c’est le triomphe de l’idéologie car elle ne se voit pas, elle apparaît comme une seconde nature. Aucune idéologie n’était parvenue à triompher par le passé, c’est-à-dire à se rendre invisible. Des milliers de jeunes vont dans des écoles de commerce chaque année, et rien à signaler…

Notre époque serait aussi, à lire votre ouvrage Parcours, celle de la « fabrique de l’oubli ». Nous n’avons pourtant que le « devoir de mémoire » à la bouche !

On en parle comme d’un passé qu’on veut figer. Il faut honorer la mémoire de Jean Moulin mais surtout ne plus se révolter. Il faut honorer l’Holocauste mais on peut massacrer au Rwanda. Le passé n’est jamais fermé ; c’est un élément du présent en perpétuelle refondation, reproduction. Il y a un oubli bien caché par le devoir de mémoire. Les médias participent énormément à cette vision d’une actualité qui seule serait importante — et d’un passé qui serait, bien sûr, passé. C’est une illusion dangereuse.

dans l’émission "Grain à moudre" d’Hervé Gardette le 9 mai 2016, Benasayag disait aussi, à propos de "convergence des luttes" :

Citation :
Je crois que l’idée que les luttes doivent converger est ce qui fait échouer, toujours, les luttes. Je prends comme exemple les luttes du dernier siècle : toutes les luttes qui ont été radicales et singulières (les femmes, les homosexuels, les Noirs, les droits civiques, etc.) ont changé la face du monde. Toutes les luttes qui ont été convergentes, centralisées par des maîtres-libérateurs, elles n’ont pas seulement toutes échoué mais elles ont produit le contraire de ce qu’on souhaitait.

sur cette question aujourd'hui en France, voir CAS TORSE DU PRINTEMPS DIX-HUIT

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MessageSujet: Re: PSYCHOLOGIE, (PSYCH)ANALYSE et PSYCHOPATHOLOGIE des MILITANTS, GROUPES et 'MILIEUX' AFFINITAIRES   Mar 8 Mai - 14:44


du culte de la personnalité


@ProfGrosfoguel BandungduNord


Houria Bouteldja et Angela Davis au #BandungduNord 7 mai

Patlotch a écrit:
@patlotch 7 mai
degré Zorro.e n'est pas arrivéE : vivement que #HouriaBouteldja @PartiIndigenes soit condamnés à la prison à vie. Ça nous rappellera notre jeunesse « Libérez #angeladavis ! »

Patlotch a écrit:
@patlotch 7 mai
les milieux militants parlent d'abord à eux-mêmes dans l'entre-soi de #FranceInsoumise à@PartiIndigenes passant par @PCF et qui vous voudrez. Les réseaux sont soucieux. Ça leur tient sûrement chaud, mais la propagande au forceps et le culte des leaders ont assez duré, non ?

allusion au fait que sur les réseaux sociaux, les militants semblent surtout soucieux de relayer la voix de leurs leaders, ou parfois juste leurs photos et leurs risettes, sans parler de leurs grandes figures historiques de la lutte contre le colonialisme dont beaucoup devenus dirigeants des bourgeoisies nationales après le colonialisme comme occupation par le capitalisme occidental

entre le musée et les galeries contemporaines, c'est beaucoup demander à notre "amour révolutionnaire"

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MessageSujet: Re: PSYCHOLOGIE, (PSYCH)ANALYSE et PSYCHOPATHOLOGIE des MILITANTS, GROUPES et 'MILIEUX' AFFINITAIRES   

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