PATLOTCH / COMMUNISME et CIVILISATIONS

CONTRE LE CAPITAL, LES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES, ÉCOLOGISTES... et POÉTIQUES !
 
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 SCIENCES et PERSPECTIVE COMMUNISTE

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PEUTÊTRE



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MessageSujet: SCIENCES et PERSPECTIVE COMMUNISTE   Sam 3 Mar - 11:03


pourquoi un tel sujet ? Par insatisfaction de ce qu'on en dit. Par conviction qu'en rejetant à raison l'idée de progrès historique et le rationalisme étroit comme depuis Marx le matérialisme vulgaire ; par les catastrophes, pas seulement dans la pensée, qu'a générées l'idée de "socialisme scientifique" ; par le repli de la théorie communiste sur les sciences humaines (philosophie, sociologie, histoire...)... on a délaissé ce champ des rapports entre activités scientifiques (recherche, découvertes...) et théorisation communiste. On ne s'est pas remis de l'effondrement du marxisme comme pensée essentielle dans tous les domaines jusqu'aux années 60

comment ne pas évoquer ces merveilleuses doubles casquettes que furent Élysée Reclus, théoricien anarchiste éminent géographe et précurseur de l'écologie, ou Anton Pannekoek, astronome astrophysicien et théoricien du conseillisme ouvrier ?

nous avons fait observer l'absence de scientifiques dans les travaux 'marxistes', les groupes théoriques, et assez largement dans les luttes étudiantes. Tout se passe comme si la théorie communiste était dominée par la philosophie et les sciences humaines, un manque à gagner considérable. Quand vous lisez un Badiou, un Zizek, un Négri et tant d'autres vedettes de la pensée communiste en vogue, et jusqu'aux théoriciens de la communisation, il est frappant de voir qu'ils connaissent bien moins les sciences et techniques de notre temps que Marx et Engels celles du leur

il ne faut tout de même pas oublier que ce sont les découvertes scientifiques qui ont permis l'émergence du matérialisme et des conceptions non religieuses (non idéalistes) en philosophie, et que de grands philosophes ont été aussi, depuis l'Antiquité, des scientifiques. La liste est longue mais elle aboutit à Diderot avec L'Encyclopédie, un des auteurs préférés de Marx

ce n'est pas Marx mais Proudhon qui invente l'expression de "socialisme scientifique"

Qu'est-ce que la propriété ? 1840

Proudhon a écrit:
De même que le droit de la force et le droit de la ruse se restreignent devant la détermination de plus en plus large de la justice, et doivent finir par s'éteindre dans l'égalité ; de même la souveraineté de la volonté cède devant la souveraineté de la raison, et finira par s'anéantir dans un socialisme scientifique. [...] [Il est] « une science de la société méthodiquement découverte et rigoureusement appliquée.

c'est Engels qui le reprend à son compte :

Anti-Dühring, 1878

Engels a écrit:
Ces deux grandes découvertes : la conception matérialiste de l'histoire et la révélation du mystère de la production capitaliste au moyen de la plus-value, nous les devons à Marx. C'est grâce à elle que le socialisme est devenu science, qu'il s'agit maintenant d'élaborer dans tous ses détails

Socialisme utopique et socialisme scientifique, 1880
Engels a écrit:
faire du socialisme une science [...] sur un terrain réel. [...] donner à la classe qui a mission d'agir, classe aujourd'hui opprimée, la conscience des conditions et de la nature de sa propre action, voilà la tâche du socialisme scientifique, expression théorique du mouvement prolétarien.

je ne développe pas la suite, jusqu'à l'Affaire Lyssenko, ni l'affirmation qu'on trouve encore sous les plumes de fossiles selon laquelle « le marxisme est une science »

eh bien non, la théorie communiste n'est pas une science, mais ne saurait se développer sans. Il va sans dire que la responsabilité est réciproque, des théoriciens communistes et des scientifiques, mais on trouve fort peu de rencontres sur ce double terrain. À signaler quand même Lucien Sève et l'ouvrage de 2005 Émergence, complexité et dialectique : sur les systèmes dynamiques non linéaires, dont parle le sujet DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE :  


Citation :
Chaos, émergence, auto-organisation, complexité - à travers ces concepts aujourd'hui en plein débat paraît se révéler à nous plus qu'une série d'aspects inédits du réel : une dimension fondamentale de ce réel tout entier. [...] pousser la réflexion sur le sens philosophique de ces paradoxes scientifiques, en convoquant à nouveau ce grand absent de la culture logique contemporaine : la dialectique, ici exposée et mise en oeuvre dans son ampleur, sous des formes foncièrement repensées et mises à jour.

Arrow

à dire vrai, la décision d'ouvrir ce sujet est consécutive à mon commentaire d'hier dans LA PAROLE EST À LA DÉFONCE

PEUTÊTRE a écrit:

Le Moine Bleu a écrit:
1er mars 2018


« Cependant une telle science, servante du mode de production et des apories de la pensée qu'il a produite, ne peut concevoir un véritable renversement du cours des choses. Elle ne sait pas penser stratégiquement, ce que d'ailleurs personne ne lui demande ; et elle ne détient pas davantage les moyens pratiques d'y intervenir. Elle peut donc discuter seulement de l'échéance, et des meilleurs palliatifs qui, s'ils étaient appliqués fermement, reculeraient cette échéance. Cette science montre ainsi, au degré le plus caricatural, l'inutilité de la connaissance sans emploi et le néant de la pensée non dialectique dans une époque emportée par le mouvement du temps historique. Ainsi le vieux slogan, "la révolution ou la mort", n'est plus l'expression lyrique de la conscience révoltée, c'est le dernier mot de la pensée scientifique de notre siècle. Mais ce mot ne peut être dit que par d'autres ; et non par cette vieille pensée scientifique de la marchandise, qui révèle les bases insuffisamment rationnelles de son développement au moment où toutes les applications s'en déploient dans la puissance de la pratique sociale pleinement irrationnelle.»  

Guy Debord, Thèses sur l'I.S. et son temps 1972

le texte complet publié le 13 novembre 2017 dans la revue BioScience

relevons d'abord que cette « irrationalité » française provient de 184 pays

notons ensuite que toute personne qui vend ou achète, entre autre sa force de travail, comme marchandise, et le remet en cause, serait "irrationnelle". Il n'y aurait pourtant de rationnel que d'abolir la marchandise, ce que Debord n'a pas fait davantage que ceux qu'ils critiquent ici. Mais sans doute le Moine Bleu, dans sa rationalité philosophique, a-t-il dépassé ce stade ?

rappelons enfin que Debord et les siens, au début du moins de l'Internationale situationniste, faisaient l'apologie des moyens techniques dits modernes et totalement confiance aux vertus de l'automatisation de la production pour libérer le travail ouvrier. Le Moine Bleu veut-il des robots sans la science, comme le capitalisme ne l'a pas attendu pour les mettre en œuvre contre le prolétariat productif ?

disons simplement que dans le capitalisme la science, comme toute activité de travail, lui est asservie, ce qui ne fait pas de la science en soi un propre de ce mode de production, et n'interdit pas qu'elle soit orientée différemment dans une perspective communiste. Rien ne dit que tous les signataires de ce texte en sont ignorants, et peut-être même certains l'ont-ils signé dans cet esprit

un esprit sain que n'a pas le Moine, ce qu'on nomme chez nous un gauchiste

notre avis est simple et rationnel : la révolution communiste ne pourra se passer de la science, et donc des scientifiques, que ne sont pas la masse du prolétaires supposés constituer le sujet révolutionnaire par excellence. Vrai que les scientifiques sont de la Classe moyenne salariée jugée contre-révolutionnaire par essence par Bruno Astarian et Hic Salta /communisation

elle pourra par contre fort bien se dispenser de l'avis des schizo- et philosophes, marxistes ou pas, pédants de sus

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PEUTÊTRE



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MessageSujet: Re: SCIENCES et PERSPECTIVE COMMUNISTE   Sam 3 Mar - 11:37


à titre de document, j'y reviendrai


Contre la « neutralité » des scientifiques
Paris-Luttes.Info3 janvier 2018

La science est un garant de l’ordre du monde. Je veux montrer ici deux traits récurrents dans le monde scientifique (mes exemples concerneront principalement la physique et les maths), qui contribuent à justifier un système global de production capitaliste et de contrôle social.

Citation :
Pour une reprise en main collective des découvertes scientifiques, il est nécessaire de se garder de ces comportements.

L’hypocrisie

Le trait le plus visible est l’hypocrisie de certain.e.s scientifiques.
Celle-ci consiste à sanctuariser la science : en tant que scientifique, il serait mal venu de prendre parti, et l’on se place au-dessus des considérations partisanes. Il résulte de cette posture que souvent les scientifiques servent de caution pour l’ordre actuel du monde.
Prenons deux exemples, parmi la dernière promotion des nommé.e.s à l’académie des sciences

Jean Jouzel : chercheur COPiste et expert non engagé.
Saclay, un matin de septembre. La salle Bloch est comble pour assister à l’exposé de Jean Jouzel, chercheur au laboratoire voisin des sciences du climat et de l’environnement.
Le séminaire porte sur les projections des hausses de température suivant les recommandations des précédentes COP. Jouzel étant membre du GIEC [1], il a participé à différentes COP —notamment la COP21— en tant qu’expert.
L’exposé est à la fois passionnant, rigoureux, et glaçant au niveau des scénarios de projections, même basses.

Cependant, politiquement c’est une autre affaire.
Quand il mentionne le rôle du GIEC aux conférences sur le climat, Jeannot nous dit que l’organisation se contente de donner des avis consultatifs, sans prendre parti. Et voilà bien le problème.
Jamais les alertes des scientifiques sur le climat (voir l’appel de 15000 scientifiques dernièrement par exemple) n’ont été accompagnées d’une quelconque remise en question du système de production capitaliste.

Se cachant derrière une pseudo-neutralité, tout aussi vaine que la neutralité journalistique, et se gardant bien de s’engager verbalement, iels participent tout de même aux mascarades planétaires que sont les COP, en valident les décisions et l’organisation (voir à cet égard les multiples articles parus sur Paris-luttes), faisant participer aux décisions les plus gros pollueurs de la planète.



« Certes, la planète a été détruite. Mais pendant une belle période,
on a créé beaucoup de richesses pour les actionnaires. »

Le mal est double : non seulement les scientifiques restent passifs.ves dans la critique du système de production et d’exploitation, mais en plus iels sont une caution de ce système, et sont des éléments clés dans les opérations de greenwashing [2] de la part d’entreprises comme Total ou Areva.

Jean-Philippe Bouchaud : pour quelques dollars de plus.
Un autre exemple patent de cette hypocrisie est le cas de Jean-Philippe Bouchaud, physicien théoricien à l’origine, et professeur de physique statistique à l’Ecole Polytechnique.
Désormais à la tête du hedge fund Capital Fund Management (attention, site type de start-up, en wall street english qui disrupte mais ne veut rien dire), sis dans la cossue rue de l’Université, l’entreprise a un chiffre d’affaire de plusieurs milliards d’euros.
L’activité est assez classique pour l’époque : investir sur des marchés financiers prometteurs. La particularité est que des physiciens théoriciens —notamment des experts en matrices et marches aléatoires— appliquent leurs résultats issus de modèles physiques, pour réaliser les investissements les moins risqués, et le cas échéant les plus juteux.
Ce qui est fascinant dans ce cas, c’est d’écouter les conférences de J-P. La grosse marade vraiment.
A l’écouter, son hedge fund contribue à stabiliser la finance, à moraliser le capitalisme.
Et dans les faits, leur manière d’appliquer d’appliquer des résultats sur les matrices aléatoires par exemple, permet en effet de minimiser les risques de crise. Mais là encore, jamais un mot de critique des marchés financiers ou du système économique.
Au contraire, il permet de justifier les marchés financiers, en ayant une pratique soi-disant morale, tout en empochant de menus millions. Bah bravo Morray.



On a un site incompréhensible, mais on a mis une photo cool de légo sur un tableau,
on sait s’amuser entre deux millions brassés.

Dans ces deux exemples, on voit que la mécanique de cette hypocrisie est assez maline, à vrai dire.
En effet, lorsqu’on pense à « scientifique engagé », à « vision partisane de la science », on pense à l’obscurantisme de scientifiques s’arrangeant avec la vérité des résultats d’expériences. On pense aussi aux créationnistes, mélangeant croyance religieuse et science.
Dame ! C’est un repoussoir assez puissant pour pouvoir commodément se proclamer « hors/au-dessus de tous partis ».
Il y a confusion auprès du public entre l’interprétation politique des résultats scientifiques (qui est dangereuse en effet), et la vision politique de l’application de ces résultats.
Ainsi, on peut prétendre améliorer la vie des gens, avec la bénédiction des institutions, sans jamais remettre en question le système économique mortifère dans lequel nous vivons. Exigeons donc des scientifiques une prise de position claire, afin de savoir ce qu’iels défendent.

L’aveuglement

Le deuxième trait est nettement plus diffus dans la communauté scientifique. Autant l’hypocrisie est surtout imputable à des pontes invité.e.s à s’exprimer publiquement, autant l’aveuglement est susceptible de concerner tou.te.s les scientifiques, et les exemples sont innombrables.

Nous vivons une période charnière concernant l’intelligence artificielle.
J’entends par là les changements conséquents sur nos vies dus aux récentes avancées dans le Big Data : le machine learning, le deep learning avec des réseaux de neurones multicouches, etc. Les applicatons sont extrêmement diverses, il n’est pas question ici de les lister. Cependant, on peut dégager trois aspects fondamentaux de ces applications :

Elles sont lucratives, une bonne part des start-ups créées ces temps-ci reposent sur le Big Data, voir par-exemple CRITEO, qui fait d’Internet une poubelle publicitaire.

Qu’est ce que c’est beau, j’veux faire ça de ma vie.
Elles vont dans le sens d’un contrôle social croissant (dernièrement, la reconnaissance faciale dans les rues d’une ville chinoise a défrayé la chronique, mais ce n’est qu’un exemple parmi d’autres).
Elles se font sans le moindre contrôle collectif, c’est-à-dire qu’elles ne découlent pas d’une volonté politique d’appliquer une découverte, mais au contraire elles forcent les gens à s’adapter à ces applications.
Ces aspects sont fondamentalement liés : si l’on contrôle/connaît les désirs d’une population, on est plus à même de proposer des objets à lui vendre et gagner de l’argent.
Et tant mieux s’il n’est pas encore interdit de collecter moult données.
Il est entendu que les applications du big data pour le traitement des maladies cérébrales sont peu nombreuses. Il faut du biff.

Certaines applications sont flippantes : un projet de puce connectée au cerveau est en train de voir le jour à Neuralink, une entreprise de ce philanthrope (lol) d’Elon Musk. C’est l’assurance d’aboutir à une société de contrôle total sous l’apparence d’une démocratie lénifiante.

Mais une floppée d’autres applications existent déjà, et sont déjà flippantes. Par exemple, la commande par le ministère de la défense d’algorithmes de reconnaissance d’image pour détecter des véhicules suspects.

On peut bien sûr lutter contre les créateurs d’entreprises ou les dirigeants d’institutions qui font cet usage néfaste des découvertes scientifiques.
Mais un maillon important de la chaîne est l’ingénieur.e qui le met en place. Tou.te.s ces scientifiques qui bossent dans des startups de targetting publicitaire, de reconnaissance faciale ou que sais-je, au motif que « mais tu comprends les outils mathématiques sont intéressants » (sic) et qui se lavent les mains de toute responsabilité derrière.
C’est ce qui constitue l’aveuglement des scientifiques, qui en fait des apprenti.e.s sorcier.e.s.
Ce second trait est plus difficile à combattre, étant plus répandu, et ayant pour lui des arguments du type « il faut bien que je mange ».
Soit, mais personne n’est obligé de fournir du travail qualifié qui accentue l’exploitation dans une société capitaliste et autoritaire.

Notes
[1] Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat

[2] L’écoblanchiment, ou verdissage, aussi nommé greenwashing, est une expression désignant un procédé de marketing ou de relations publiques utilisé par une organisation (entreprise, administration publique nationale ou territoriale, etc.) dans le but de se donner une image écologique responsable. La plupart du temps, l’argent est davantage investi en publicité que pour de réelles actions en faveur de l’environnement. Wikipedia

ce texte est critiquable mais a le mérite de poser des aspects du problème. Quoi qu'il en soit il pose la question évoquée de l'orientation des sciences et techniques en fonction d'intérêts capitalistes, ce qui signifie aussi qu'il n'y a pas d'absolu des découvertes scientifiques, puisque l'on cherche en fonction de ces intérêts. Cela ouvre évidemment d'autres perspectives dans une orientation communiste de la recherche fondamentale même à la recherche appliquée aux inventions techniques pour une autre conception de la production et des rapports humains et "à la nature" (la question du genre, par exemple, est très impactée par l'idée qu'on se fait de son "abolition", et les apprentis-sorciers ne sont pas loin, y compris dans les milieux radicaux. J'ai évoqué l'existence d'anarchistes et communistes transhumanistes...)

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MessageSujet: Re: SCIENCES et PERSPECTIVE COMMUNISTE   Sam 3 Mar - 13:21



le rapport entre communisme et sciences et techniques
pose la question de la constitution en classe révolutionnaire

nous devons bien avouer une difficulté théorique quant à l'étude de la perspective communiste, et des critères mêmes de la révolution quant à ce qu'elle devra détruire ou reprendre et transformer

entre les conceptions peu ou prou réformistes, c'est-à-dire n'envisageant pas l'abolition du capital, donc de la valeur, et celles des gauchistes maximalistes relevant du romantisme révolutionnaire, avec leurs apories dès qu'il s'agit d'envisager concrètement les choses, le communisme comme société, et qui parlent donc plus volontiers de destruction que de construction, nous refusons de choisir

nous avons insisté sur le fait que le seul prolétariat, quelle que soit sa définition, ne pourra pas assumer toutes les tâches d'une révolution réussie. Dès qu'on se penche sur des aspects particuliers, comme la transformation des lieux de productions matérielles ou énergétiques, on se rend compte que même détruire ne peut se faire sans précautions, et qu'on ne peut les prendre et mettre en œuvre des mutations radicales sans les connaissances scientifiques et techniques indispensables*. Au-delà de la production, tous les domaines de la vie sont concernés : les transports, l'alimentation, la santé...

* exemple du nucléaire, de son remplacement, des déchets... cf Tchernobyl, Fukushima, Bure...

il ne nous intéresse plus de polémiquer avec les thèses selon lesquelles "le prolétariat", ce messie ouvrier omniscient, va "absorber les couches moyennes et la paysannerie en achevant leur prolétarisation", cette pirouette communisatrice fondée sur leur "essence contre-révolutionnaire". Il sera toujours temps, ou pas, que leurs adeptes, éminamment lettrés appartenant auxdites couches moyennes dont ils se considèrent schizophrénétiquement des exceptions, se rendent compte qu'en la matière ils ne démontrent que leur incapacité à aborder sérieusement ces questions, les bottant en touche avec des formules magiques répétées à l'envie comme réponse à tout, au prétexte qu'on ne peut pas anticiper et que le prolétariat révolutionnaire trouvera bien, in situ, la solution

nous ne cherchons pas, parmi les non-prolétaires, des individus faisant exception à leur statut de classe, mais à soulever un problème de masse qui bouleverse cette conception dépassée de la composition de classe révolutionnaire devant l'ampleur des problèmes qu'ouvrirait une révolution de civilisation. Il en résulte que nous ne développons aucun complexe d'appartenir, nous, auxdites couches moyennes, parce que nous savons d'où nous parlons sans en faire un problème ni l'évacuer : c'est en tant que tel que nous sommes concernés

ce sujet n'est donc qu'un aspect de la question théorique centrale, LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?

autre sujet en relation directe : de LA MARCHANDISE EN SA FABRIQUE, avec ou sans FÉTICHISME, au TRAVAIL LIBÉRÉ par le COMMUNISME et aux valeurs d'échange communistes

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MessageSujet: Re: SCIENCES et PERSPECTIVE COMMUNISTE   Sam 3 Mar - 16:51


qui peut quoi ?

Marx n'a pas demandé à Darwin d'adhérer à l'AIT

revenons sur un point puisqu'il est évoqué dans les deux textes que nous avons importés, comme critiques de l'alerte des 15.000 scientifiques sur l'état de la planète, parce qu'elle relèverait de « l'irrationalité en France » (Le Moine Bleu) ou que « jamais ces alertes des scientifiques sur le climat n’ont été accompagnées d’une quelconque remise en question du système de production capitaliste. » (texte de Paris-Luttes.Info)

toute lutte spécifique d'une catégorie sociale cherche à regrouper le plus grand nombre, et cela suppose de laisser de côté des points de vue qui ne sont pas partagés. Ces scientifiques s'expriment à partir de leurs compétences professionnelles, et ils sortent de leur strict métier selon une éthique commune qui concerne bien au-delà d'eux-mêmes les rapports sociaux d'ensemble. Rien de corporatiste là-dedans. On peut bien sûr leur reprocher de ne pas se situer sur un terrain politique (au sens général de Marx) ou de vouloir « obliger les dirigeants politiques à agir »

cela ne suffit pas pour affirmer que ce texte relève de la critique de la "neutralité des scientifiques", puisqu'à le lire ils sont ici tout sauf neutres dans ce qu'ils pointent. Peu importe à ce stade leur absence de remise en cause explicite du capitalisme, puisqu'elle perce à chaque paragraphe comme réalité du monde contemporain, qui est produite par le capitalisme, et il est assez clair que sauf à les prendre pour des imbéciles, nombre des signataires le savent

si cette mise en cause avait figuré dans le texte, combien l'aurait signé sur cette base, et qu'est-ce que ça aurait apporté de plus à son impact qu'il le soit par des scientifiques communistes ou assimilés dans leur coin, pour autant qu'ils puissent se mettre d'accord, relayés par des médias militants inaudibles par les masses concernées ? Les plus "conscients" auraient dû s'abstenir par faute de cette mention ? Où serait alors la jonction entre l'expression réelle d'une conscience certes partielle de la réalité et la masse humaine qu'elle promet à la mort par le capitalisme ? Et la conscience de quoi ? De la situation ou déjà de solutions toutes cuites dont ils seraient les détenteurs, alors qu'elles dépendent justement de l'entrée en lutte commune de part et d'autre de cette séparation intellectuelle du travail, et pour ceci d'une conjoncture révolutionnaire favorable qui n'est pas à l'ordre du jour ?

Quand une idée s'empare des masses, elle devient force matérielle, écrivait Marx, mais c'est aux masses d'en faire quelque chose, pas à qui a eu cette idée. Non seulement ce ne sont pas ces donneurs de leçons prolétariens non-prolétaires qui l'ont eue, mais au lieu de s'appuyer sur ce constat alarmant ils tapent sur ses initiateurs. Pourquoi y voir de l'irrationalité plutôt qu'une contradiction inhérente à toute situation de travail dans le capitalisme ? Les professeurs marxistes de philosophie démissionnent-ils de leur fonctions rémunérées par l'État ?

ces scientifiques ont fait la part du boulot à leur portée aujourd'hui, aux communistes et autres qui l'entendent de les prendre au mot, en sachant que le monde scientifique ne changera pas d'abord de l'intérieur, que les scientifiques ne peuvent pas le changer seuls, et que l'enjeu est potentiellement révolutionnaire pour tous

si les révolutionnaires détruisent l'État ou les organismes privés de recherche en tant qu'entreprises capitalistes (ex le secteur pharmaceutique), tous ceux qui en dépendent pour leurs salaires seront confrontés à le défendre ou à choisir d'utiliser leurs savoirs pour la révolution, ceci pour être conséquents avec les critiques qu'ils ont formulées d'eux-mêmes, sans leçons de l'avant-garde des professeurs du prolétariat. C'est depuis ce qu'ils sont en lui donnant un autre sens, sans nul besoin d'être "prolétarisés" selon la vision fantaisiste de Théorie Communiste, que des scientifiques participeront à la révolution

il en va bien sûr de même concernant nombre de catégories de métiers, de savoirs et savoir-faire. Les rapports sociaux se révolutionneront de façon communiste à partir d'eux-mêmes et non de l'extérieur par une intervention de spécialistes en révolution. Si tel n'est pas le cas, ce sera l'échec. Il s'agira d'auto-organisation révolutionnaire de la société en devenir. L'enjeu n'est pas théorique ou conceptuel, il est matériel et concret : nous n'abordons pas ici la nécessité des sciences pour la théorie communiste mais d'emblée dans le processus révolutionnaire comme praxis constitutive de classe

accessoirement, il nous faut ici retourner le slogan romantique de mai 68 :


exigeons le possible : soyons réalistes


PS : pour éclairer le sous-titre :

Citation :
L’Origine des espèces de Darwin paraît en 1859, et est lue par Marx, sur les conseils d’Engels, dès l’année 1860. Or, la réception que fait Marx de l’ouvrage est pour le moins équivoque. D’un côté, il fait immédiatement part à ses correspondants d’un enthousiasme non dissimulé pour la théorie darwinienne. Ainsi écrit-il à Engels le 19 décembre 1860 : « Malgré le manque de finesse bien anglais du développement, c’est dans ce livre que se trouve le fondement historico-naturel à notre conception ». Si on laisse de côté la pique visant le style anglais de Darwin, on mesure bien à quel point est forte la valeur que Marx accorde à l’ouvrage. Il ne s’agit pas seulement de complimenter Darwin, mais d’élever sa théorie de l’évolution des espèces au rang de « fondement » de la sociologie marxienne. Non seulement l’ouvrage de Darwin est un très bon ouvrage, mais ce qui est plus intéressant pour nous, c’est qu’il est un ouvrage que Marx croît déterminant du point de vue du matérialisme historique.

Mais d’un autre côté, Marx formule aussi une critique virulente de la thèse de la sélection naturelle, qu’il dénonce – pour le dire d’un mot seulement, car nous y reviendrons en détail – comme issue d’un transfert du capitalisme dans la nature, c’est-à-dire qu’il condamne comme idéologie.

source : Marx lecteur de Darwin, Paul Guerpillon, 9 février 2015

on serait bien en peine de trouver dans l'appel des 15.000 scientifiques une idéologie qui serait contraire au mouvement communiste, si ce n'est marginalement son contenu politique, mais précisément il ne s'agit pas de leur intervention en tant que scientifiques

il en va de même lorsque nous nous appuyons sur des travaux de chercheurs marxistes ou non sans retenir l'usage politique qu'ils en font éventuellement. Nous l'avons vu entre autres avec Pierre Legendre sur l'État, avec Stuart Hall sur la question raciale, Silvia Federici sur l'histoire du capital croisant celle de la domination masculine, et récemment avec l'anthropologue marxiste Maurice Godelier dans IDÉOLOGIES et CROYANCES : RÉEL, IDÉEL, IMAGINAIRE, SYMBOLIQUE... (avec Maurice Godelier) / ouverture à 'COMMUNISME, FOI, et RÉVOLUTION', sans quoi l'on reste seul, et l'on se sclérose dans ses certitudes de la solitude de LA théorie communiste, la sienne

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MessageSujet: Re: SCIENCES et PERSPECTIVE COMMUNISTE   Dim 4 Mar - 7:49


la recherche "scientifique"
et les positions idéologiques, théoriques et politiques


retour sur la scientificité en théorie communiste

nous évoquions ci-dessus Silvia Federici pour distinguer ses travaux d'historiennes des usages politiques qu'elle en fait. Il se trouve qu'un commentaire de dndf à propos des critiques de son livre par deux militants scientistes de Lutte ouvrière vient faire écho à cette remarque

Citation :
[...] Et depuis quand des thèses ou hypothèses scientifiques devraient être ou non validées selon les positions idéologiques et politiques de leurs auteurs ? Il faut au contraire affirmer et défendre l’indépendance, la neutralité « axiologique »des pratiques scientifiques, elle est assez malmenée comme cela. Depuis quand aussi une thèse devrait plaire à des militant.E.s. pour être validée ? Qu’on commence par répondre à cette question c’est la base même d’une telle discussion. Comprenne qui pourra.

nous avons déjà évoqué à plusieurs reprises le débat autour de Caliban et la sorcière et critiqué cette critique le 22 février : sus à la sorcière ! un faux-nez théorique pour une cabale anti-féministe. La décision des éditions Senonevero (autour du groupe Théorie Communiste, TC) de traduire en 2014 cet ouvrage de 2004 avait déclenché des réactions hostiles tendant à montrer les erreurs de Federici relativement aux thèses marxiennes sur la nature du capitalisme et son histoire (Dauvé, Federici contre Marx octobre 2015). Il s'agissait déjà pour certains de montrer une continuité logique entre ses "erreurs" d'historienne et ses positions politiques ["salaire ménager", "communs"]

Dauvé a écrit:
ce livre expose aussi une vision du passé et du présent capitalistes aussi critiquable que la perspective politique qui en découle.

on admettra que les critiques de Dauvé étaient un peu plus sérieuses, du point de vue marxien, que celles de Yann Kindo et Christophe Darmangeat fondées sur l'opposition "forces productives" et "rapports de production" comme "contradiction principale", une vision sinon abandonnée par Marx lui-même, du moins tempérée parce qu'elle n'est qu'un de ses points de vue, selon sa méthode vue par Bertell Ollman, alors que nos compères lutteurs ouvriers en font un absolu. Leurs critiques sont donc incompatibles (LO et la théorie de la communisation, ça fait deux...), mais se recoupent sur la critique du féminisme en tant que tel et le maintien d'une ligne révolutionnaire strictement prolétarienne (j'y reviens plus bas), comme le zigoto antiféministe et antiécologiste Robert Bibeau, professeur de marxisme dont on a vu le souci scientifique rejoindre celui de Donald Trump et de Boulevard Voltaire (ici)

dans le cas de Dauvé, il s'agissait surtout de contrer Théorie Communiste sur le terrain de la théorie de la communisation, sans quoi l'on s'explique mal que parmi des dizaines de théoriciennes féministes et marxistes, il ait entrepris la critique de la seule Silvia Federici, de même que ses amis d'Incendo Genre&Classe n'ont pas manqué de le relayer et récemment de diffuser ce texte de Kindo et Darmangeat (Contre Silvia Federici). Il en va ainsi de ces petitesses dont ne s'honore pas le milieu radical

Roland Simon (TC) lui-même avait auparavant fait une mise au point dans un texte publié par dndf le 5 novembre 2014


RS a écrit:
J’y voyais (et j’y vois toujours) une importante contribution historique et théorique à l’analyse de la construction du groupe femmes dans le mode de production capitaliste à partir de sa définition socialement construite comme « reproductrice » sur la base de la population et de la force de travail comme principale force productive.
[...]
Ce qui m’avait échappé, ce que je n’avais pas pressenti, malgré la préface de l’auteure, c’est la lecture qui serait faite de l’ouvrage. Le peu d’écho, pour l’instant, en France, de l’inepte idéologie des Commons, m’avait fait négliger ce qui était pourtant clair dans la préface. Or, il me semble, à la lecture de la page que le Monde des Livres (11 juillet 2014) consacre en Une au livre et le long entretien avec Federici en page deux, que cette idéologie est donnée par Virginie Despentes, Beatriz Preciado et Federici elle-même comme la grille de lecture adéquate de l’ouvrage qui en serait un jalon, et même une réflexion fondatrice (il faut remarquer que le compte rendu de Naïké Desquesnes dans le Monde diplomatique de septembre 2014 échappe à cette lecture). Sous peine de me sentir rouler dans la farine, il me parait nécessaire de rejeter cette lecture, quelle que soit l’opinion de l’auteure elle-même.

nous sommes ici dans la problématique de ce commentaire (« la grille de lecture adéquate de l’ouvrage » par « Federici elle-même »)

il faut bien dire qu'aucun travail d'historien marxiste (ou autre) n'échappe à l'idée que « L'histoire est la politique projetée sur le passé » (Mikhaïl Pokrovski) et cela vaut en partie pour la théorie communiste. Nous ne prétendons pas faire exception puisque nos considérations, au fur et à mesure de leur évolution, nous amènent à repenser notre lecture du passé, du présent, et notre vision de l'avenir. C'est le cas de notre thèse centrale sur la constitution en classe révolutionnaire, repartant de Marx concernant la bourgeoisie et le prolétariat, dont nous tirons en retour une autre compréhension du présent, selon la méthode de l'histoire à rebours (la méthode de Marx par Bertell Ollman), et par suite une autre vision des possibles

ce n'est donc pas en soi un problème et l'on voit mal un historien marxiste, ou autre, ne pas chercher une cohérence entre son travail de recherche, sa compréhension du présent, et ses éventuelles positions militantes. Ici donc, pas de neutralité scientifique, celle qui affecte ou honore, selon, les travaux universitaires (par exemple sur l'intersectionnalité classe-genre-'race', ventre mou de la sociologie). Nous ne sommes donc pas en matière de théorisation communiste partisans de "la neutralité axiologique" des pratiques scientifiques », tout simplement parce que nous ne considérons pas que l'histoire et les sciences sociales en général relèvent d'une conception de la science qui dirait LA vérité, puisque celle-ci dépend toujours de l'idée qu'on se fait de la réalité* : le propre de la théorie communiste étant de vouloir changer (le regard sur) la réalité, elle ne saurait être neutre. Plus le domaine scientifique en cause est dépendant des rapports sociaux, et moins il est neutre ; les sciences humaines ou sociales ne sont pas comme les mathématiques, la physique, ou dans une moindre mesure l'anthropologie ou la biologie (on vérifie concernant "le genre" que les chercheur.e.s ne sont pas d'accords entre eu.e.x)

* de même la poésie comme quête de la réalité signifie pour Patlotch d'assumer un écart entre sa vérité et cette réalité, écart que la poésie, contrairement à la précision de la philosophie ou de la science, exprime par son principe d'équivoque, comme on oppose en photographie une mise au point sur l'objet ou un flou autour de l'objet : parce que l'art ne prétend pas dire le tout sur le tout, il se trompe moins

prenons un autre exemple, celui du mathématicien Jean-Pierre Kahane, membre du PCF récemment disparu. Dans un entretien à L'Humanité du 12 octobre 2016, « La science pour lutter contre les obscurantismes », il dit tout à la fois :


Citation :
L’obscurantisme est une arme électorale quand la politique disparaît de la pensée commune.
[...]
En quoi consistent les obscurantismes ? À trouver des réponses courtes et simplistes à des questions difficiles. Il existe une bataille mondiale entre l’obscurantisme et les Lumières et l’erreur, plus facile, plus flatteuse, plus diverse, arrive souvent avec une longueur d’avance dans l’opinion. Or, les fausses croyances empêchent la société d’avancer sur des questions urgentes : je pense au réchauffement climatique, mis en évidence dès les premiers rapports du Giec… et dénigré par certains. [on aura reconnu Claude Allègre... et Bibeau]
[...]
j’ai élargi mon horizon, y compris ma vision des mathématiques, du fait de mon engagement politique
[...]
l’avenir n’est pas fait uniquement des urgences prévisibles. Le progrès ne résulte pas seulement de la réponse aux questions posées. Le rôle historique de la science est de dégager des voies nouvelles par une exploration sans fin de tout de qui nous entoure, sans souci au départ d’applications. Le temps des grandes découvertes n’est pas révolu, heureusement pour l’humanité, et nous avons à lui frayer la voie. Le progrès des sciences est déjà impressionnant, sachons le transformer en un progrès d’avenir pour toute l’humanité.

on souscrit sans peine à la profession de foi du dernier paragraphe, mais là n'est pas notre question : la politique du PCF et l'électoralisme ou le citoyennisme, ne sont-ils pas, de notre point de vue du communisme, des obscurantismes ? Ces positions théorico-politiques n'apportent peut-être pas « des réponses courtes et simplistes à des questions difficiles », mais sont bien pour nous fondées sur de « fausses croyances », telles que nous en avons relevées chez nombre de militants et théoriciens se réclamant du marxisme (COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI et CROYANCES, renvoi à l'étude et suites). De là à savoir si la « vision des mathématiques [de Kahane], du fait de [son] engagement politique » au PCF, en serait entachée, il y a un pas que nous ne franchirions pas, du fait de la neutralité intrinsèque de cette science relativement aux rapports sociaux, puisqu'elle est une axiomatique

or c'est précisément quand la théorie communiste tend à devenir axiomatique jusqu'à se croire une science pure et dure, c'est-à-dire ne parvient plus à vérifier et démontrer ses présupposés pris alors comme axiomes invariants, qu'elle devient idéologie, comme l'a montré Christian Charrier avec le syllogisme marxien du prolétariat , critique que nous avons élargie à tout le marxisme tenant le prolétariat comme sujet révolutionnaire universel comme par essence, ce qui oblige la théorie à adapter la définition du prolétariat pour qu'il demeure ce sujet

si comme dit précédemment, nous n'abordons pas ici la nécessité des sciences pour la théorie communiste mais d'emblée dans le processus révolutionnaire comme praxis constitutive de classe, c'est bien aussi parce que c'est la seule manière d'être cohérent et conséquent avec l'idée que les luttes sont théorisantes, contre la tendance à faire de la théorie communiste hors sol avec des présupposés conceptuels qu'on ne cherche pas à vérifier empiriquement en permanence, tournant le dos au matérialisme marxien le plus élémentaire

ici l'on admettra qu'à l'instar de la poésie, la théorie communiste portant sur quelque chose de non vérifiable, l'avenir, ne peut se permettre de dire le tout sur le tout, et nous reconnaissons comme nous assumons l'équivoque de notre conception de l'éventuelle constitution en classe révolutionnaire, qui pose davantage de questions qu'elle n'apporte de réponses

nous comprenons avec compassion que cela ne satisfasse pas qui a besoin de croire, et de croire en la scientificité de ses certitudes et de ses prédictions


Twisted Evil

je donne ci-dessous un précédent échange sur la scientificité de la théorie communiste, du 4 septembre 2017, dans 0. un livre ? Une théorie est apparue... Diffusion, réception... débats ?. Certaines considérations apparaissaient déjà, qui sont reprises plus haut

Tristan Vacances a écrit:

cohérence théorique interne et rapport à la réalité :
scientificité ?

Tristan Vacances : - Le 1er septembre, dans LA CLASSE COMMUNISTE DE LA RÉVOLUTION , à mon ironique "avec Patlotch tous les rouages tournent", vous répondiez :
Patlotch a écrit:
holà ! Deux choses sont essentielles pour valider une théorie : sa cohérence interne et son adéquation avec le monde réel présent ou en devenir. Merci donc d'avoir apprécié la première. La seconde est plus difficile à vérifier, à chacun.e son estimation

j'ai trouvé un petit texte qui répond à la question : A quoi reconnaît-on qu'une théorie est scientifique ? Simone Manon, PhiloLog, 23 avril 2008
Citation :
Premier critère : cohérence interne. Une théorie doit être consistante c'est-à-dire exempte de contradiction interne. Un discours non valide formellement n'a aucun titre à la scientificité. Ce critère est nécessaire et suffisant pour les sciences formelles où l'on n'a pas à se préoccuper de la conformité de la théorie à l'objet sur lequel elle porte puisque celui-ci est construit par l'esprit. En revanche si la cohérence est absolument nécessaire, elle n'est pas suffisante pour tous les autres discours.

Deuxième critère : Il doit y avoir correspondance entre les propositions théoriques et les faits et les lois expérimentales. La science a pour vocation de rendre compte du réel tel qu'il est donné dans l'expérience humaine. Sans doute faut-il rompre avec l'expérience sensible pour élaborer la science mais c'est la capacité des formalisations théoriques à rendre compte des phénomènes observables qui fait la scientificité d'une théorie.

Tristan Vacances : - est-ce à cette "scientificité" que vous prétendez avec votre "nouvelle théorie" ?

Patlotch : - oui et non. Oui sur le premier critère, la cohérence interne, mais ça dépend pour le second. La scientificité n'est pas un but en soi, ni même un objectif en théorie communiste, parce que la praxis révolutionnaire ne relève pas d'une science, ni même d'une science sociale. Sans doute Marx n'a-t-il pas tort de considérer sa critique de l'économie politique (Le Capital) comme scientifique, ce qui n'exclut pas ses erreurs ou modifications en cours d'élaboration, mais je ne pense pas qu'il ait jamais considéré la lutte de classe comme relevant d'une science, ni même sa description comme scientifique

j'ai fait des études de mathématiques, donc d'une "science formelle", une théorie axiomatique qui n'a pas à rendre compte de phénomènes observables. La logique dialectique de la théorie communiste n'est pas une logique axiomatique, elle doit trouver tous ses matériaux en dehors d'elle. Dans les théories prolétariennes, l'axiome est « le prolétariat est le sujet de la révolution.» (cf Christian Charrier Le syllogisme marxien du proéltariat, La Matérielle n°3 Janvier 2003). Pour faire mentir Marx (« La classe ouvrière est révolutionnaire ou elle n'est rien », lettre à J.B. von Schweitzer, 13 février 1865), non, le prolétariat n'est pas tout ou rien : il ne sera rien qu'une fois la révolution accomplie, et ne sera pas le tout du sujet révolutionnaire pour la faire

Arrow

Tristan Vacances : - Vous considérez avoir atteint la cohérence interne ?

Patlotch : - dans les sujets en cours, je travaille à un tissage perfectionnant cette cohérence, et c'est pourquoi j'essaye d'y répondre à des questions sous divers points de vue, qui sont ceux de la problématique théorique communiste en général, questions que peut se poser qui ça intéresse. Cette vérification n'était pas donnée avant que je forge de nouveaux concepts tels que auto-organisation révolutionnaire, classe communiste de la révolution, antagonisme(s).... Je valide la cohérence en écrivant, seul moyen de préciser une pensée

Tristan Vacances : - Quels de vos concepts vous paraissent les plus essentiels ?

Patlotch : - c'est leur interpénétration qui fait la cohérence interne, mais si je dois en retenir une poignée, parmi les anciens depuis 2015 : luttes auto-théorisantes, identités de luttes et leurs dépassements à produire, subjectivation révolutionnaire, double crise de l'Occident et (restructuration) du capital... Là, classe communiste de la révolution, qui représente un saut qualitatif dans ma théorisation, ce qui justifie que je l'ai présentée comme nouvelle théorie de la révolution communiste

quelque chose a basculé, puisque le 1er août j'écrivais encore :

Citation :
Aucune théorie pertinente de la révolution ne peut émerger dans ce contexte, qui ne serait frappée de spéculation abstraite, de retour à la philosophie critiquée par Marx
quant à la critique marxiste actuelle, je ressens un creux entre deux l'épuisements : le mélange programmatisme-démocratisme radical, et les tautologies de la théorie de la communisation qui les renverse. Je tente de le combler, mais je concède que cela ne fait pas une théorie de la révolution

Tristan Vacances : - en quoi ces concepts sont-ils essentiels ?

Patlotch : - ce dernier, la classe communiste, ses activités révolutionnaires auto-organisées, parce qu'il réintroduit de façon logique la lutte des classes par la conceptualisation d'une classe-sujet révolutionnaire qui n'est pas réduite au prolétariat. Les autres parce qu'ils sont les plus liés à un contenu critique concret, et aux luttes, ils n'ont pas chez moi la même fonction que des concepts tels que cycle de lutte, écarts, forgés par Théorie Communiste pour bétonner une cohérence théorique flirtant avec le structuralisme et le déterminisme. Il est frappant que les autres théoriciens de la communisation ne les utilisent pas, et pas de tels qui leur seraient propres

Tristan Vacances : - Vous reconnaissez à ce groupe une 'cohérence interne' mais peu d''adéquation avec le monde réel présent ou en devenir' ?

Patlotch : - on peut le dire comme ça. C'est le piège de sa séduction théorique dans lequel je suis tombé

Tristan Vacances : - Et le second critère, « de rendre compte du réel tel qu'il est donné dans l'expérience humaine » ?

Patlotch : - je vous ai en partie répondu, la praxis révolutionnaire ne relève pas d'une science sociale plus que de la philosophie, c'est le sens des Thèses sur Feuerbach et plus précisément du lien entre les thèses I, III, et XI, entre activité révolutionnaire pratique-critique (I), coïncidence du changement des circonstances et de l'activité humaine ou auto-changement en tant que pratique révolutionnaire (III), et concomitance de la compréhension et de la transformation du monde (XI) : auto-théorie et pratique d'un sujet révolutionnaire sont indissociables de par ses activités

Tristan Vacances : - Vous n'avez donc pas de preuves ?

Patlotch : - par définition d'un événement non advenu, non. Je n'ai pas à en fournir, puisqu'à ce stade ce n'est qu'anticipation théorique abstraite. Aucune théorie communiste ne prouve la réalité, c'est la réalité qui prouve la théorie, ou non





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MessageSujet: Re: SCIENCES et PERSPECTIVE COMMUNISTE   Dim 4 Mar - 12:24


de la scientificité de la théorie
à la praxis de classe incluant la science
en passant par la subjectivation et l'autoorganisation révolutionnaires


pas de révolution communiste sans révolution scientifique

dans le « tissage perfectionnant la cohérence » entre les points de vue et sujets de ce forum, il nous faut ici aborder sous un autre angle la question de la scientificité théorique en relation avec la lutte de classe conçue comme auto-organisation révolutionnaire contre l'autonomie prolétarienne et sa part nécessaire de subjectivation

nous pouvons alors considérer notre approche théorique comme relevant d'une utopie concrète, selon le concept d'Ana Cecilia Dinerstein emprunté à Ernst Bloch et reprenant son "principe espérance"

Patlotch a écrit:
renouveller le lien entre théorie communiste et luttes par l'auto-subjectivation révolutionnaire

[...] il me semble que le plus intéressant est l'articulation faite par Dinerstein et rejoignant la mienne, entre subjectivité objectivée dans le capital et subjectivation révolutionnaire comme auto-production d'un "espoir" par la lutte

MARXISME FÉMINISTE et DÉCOLONIAL avec Ana Cecilia Dinerstein : 'utopies concrètes', 'organiser l'espoir'... auto-subjectivation révolutionnaire 28 septembre 2016

dès lors qu'il est question d'inclure la subjectivité dans la théorie, celle-ci ne peut être réduite à une science objective, et nous quittons l'approche structuraliste "froide" d'Althusser comme de Théorie communiste, au demeurant critiqué sur ce point par Gilles Dauvé et Karl Nesic à l'époque de troploin

la subjectivation pour et dans l'autoorganisation révolutionnaire pose d'emblée le primat de la praxis de classe sur sa théorisation séparée, ce qui rejoint « nous n'abordons pas ici la nécessité des sciences pour la théorie communiste mais d'emblée dans le processus révolutionnaire comme praxis constituante de classe. »

car pour nous, ici comme pour Kahane nonobstant ses positions politiques :

Citation :
Le rôle historique de la science est de dégager des voies nouvelles par une exploration sans fin de tout de qui nous entoure, sans souci au départ d’applications. Le temps des grandes découvertes n’est pas révolu, heureusement pour l’humanité, et nous avons à lui frayer la voie. Le progrès des sciences est déjà impressionnant, sachons le transformer en un progrès d’avenir pour toute l’humanité.

il s'agit par conséquent de l'appropriation scientifique par la classe de la révolution (quelle qu'elle soit) et réciproquement du rôle des scientifiques choisissant d'y contribuer en tant que tels

« Le progrès des sciences » est alors « transformé en un progrès d’avenir pour toute l’humanité », parce qu'il prend un caractère révolutionnaire, dans une orientation contraire à celle qu'il a pour et dans le capitalisme

à ce prix l'on peut faire le deuil de la prétendue scientificité de la théorie communiste séparée, en acceptant les sciences comme partie prenante de la subjectivation et de l'autoorganisation révolutionnaires de classe. On bascule de la théorie comme science à une praxis incluant la science et, par définition de la subjectivité, la poétique

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MessageSujet: Re: SCIENCES et PERSPECTIVE COMMUNISTE   Lun 5 Mar - 12:31


à titre documentaire

intéressant à plus d'un titre, l'histoire des rapports entre marxisme, sciences et utopie, le dialectique sciences-utopies dans le marxisme. On y retrouve nos considérations avec A C Dinerstein. Cette approche ne concerne toutefois que le premier mouvement de notre réflexion, sur les rapports entres sciences et théorie communiste, et non l'intérêt de la science pour la lutte de classe même et le processus réciproque de révolution sociale et révolution de/dans la science. Elle tend à en faire davantage un problème de théoriciens que d'activité de classe

rappelons en effet que pour nous l'utopie concrète est la subjectivité ou la subjectivation dans le mouvement révolutionnaire autoorganisé, donc une praxis, un processus de classe, et non un rapport d'extériorité entre savoirs (scientifiques, théoriques...) et activités (luttes, "pratiques"...)


Le marxisme entre science et utopie
Georges Labica 1993, via Période 2016


PDF

Période a écrit:
La vulgate marxiste oppose, selon la formule, socialisme utopique et socialisme scientifique. L’utopie n’aurait rien à faire avec la science ; les grands systèmes de Saint Simon, de Thomas More ou de Fourier auraient été à tout jamais dépassés par le marxisme. Pour Georges Labica, les choses ne sont pas si simples. Le rejet de l’utopie a été, pour Marx et Engels, leur façon de rompre avec la démarche surplombante de la gauche philosophique allemande. Elle convoque la raison historique contre les approches spéculatives. Mais les utopies résistent à l’empire de la science : leur portée anticipatrice a constamment nourri Marx et Engels. Et l’évacuation de l’utopie critique a aussi marqué l’avènement de la terrible utopie stalinienne, la pseudo-science ossifiée du marxisme-léninisme. L’utopie, le « non-encore-advenu », est décidément une part indissociable de la conception marxiste de l’histoire et de la politique.

Ce texte représente très partiellement une reprise, ou plus exactement une repensée, d’une intervention faite au colloque de Cerisy, en juillet 1975, sur le Discours utopique et publié dans le recueil des actes, sous le même intitulé, chez UGE, collection 10/18, en 1978. Il a été initialement publié dans la revue Mots, Vol. 35, No1, 1993, pages 19-38.

introduction et plan
Labica a écrit:
Le fil conducteur de mon propos sera le suivant : la question de l’utopie éclaire le marxisme, point seulement la pensée de Marx et d’Engels, car elle rend raison à la fois de sa genèse et de sa clôture, qui paraissent désigner aujourd’hui le marxisme comme la fin d’une utopie et, peut-être, de façon paradigmatique, la fin de toute utopie. A cette fin je consacrerai quelques thèses, de caractère passablement abrupt, en ce sens qu’elles ne pourront être développées dans toutes leurs conséquences.

La récusation de l’utopie

Classes, philosophie, révolution

Le règne de la science

La résistance de l’utopie

La science comme utopie

L’utopie dans le marxisme

L’espérance au cœur du réel


A la lumière des événements les plus récents, la déjà longue et exceptionnellement complexe histoire du marxisme vient sans doute de délivrer son ultime leçon : ses tiraillements entre science et utopie, ses va-et-vient lourds d’ambiguïtés et parfois de contradictions, auxquels nous n’avons pu échapper, nous renvoient indéfiniment à la 11e thèse sur Feuerbach et à l’obligation de penser ensemble la nécessité d’interpréter et de changer le monde [« Les philosophes ont seulement interprété différemment le monde, ce qui importe c’est de le changer »]. Cette obligation propose, à son tour, un programme de travail à sans cesse actualiser. Il n’est en rien illégitime de voir dans le marxisme, selon le beau mot de Lucien repris par Erasme, à destination de More, une véritable morosophie, sagesse folle ou folie du savoir. Aussi vrai que « mettre un terme à la misère, c’est loin d’être insensé » [Ernst Bloch, Le Principe Espérance] et que, pour reprendre cette fois Oscar Wilde, « aucune carte du monde n’est digne d’un regard, si le pays d’utopie ne s’y trouve pas ».



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MessageSujet: Re: SCIENCES et PERSPECTIVE COMMUNISTE   Mer 7 Mar - 11:49


d'hier, pour signaler un article, en bas


le scientisme idéaliste de deux théoriciens communistes :
Althusser et Badiou

à vrai dire je peine à considérer Alain Badiou comme un théoricien ; il est davantage un philosophe, et bien souvent au sens de la philosophie critiquée par Marx. Quant à Althusser, on trouvera plaisant que ce prétendu défenseur du matérialisme et de la théorie comme science enfile de telles perles

florilège

Althusser a écrit:
La pratique théorique est à elle-même son propre critère... ce critère se confondant totalement avec les formes rigoureuses de la pratique scientifique considérée.

Aucun mathématicien au monde n'attend que la physique, où pourtant des parties entières de mathématiques sont appliquées, ait vérifié un théorème pour le déclarer démontré ; la vérité de son théorème lui ait fournie à 100% par des critères purement intérieurs à la pratique de la démonstration mathématique, donc par le critère de la pratique mathématicienne... Nous pouvons en dire autant de toutes les sciences.

Lire Le Capital, 1965


ce que dit Althusser des mathématiques est vrai, et tient au fait qu'elles sont une axiomatique, comme nous l'avons vu : la scientificité interne leur suffit. Ce n'est déjà plus le cas en physique, puisqu'on y fait des expériences. Mais pour « toutes les sciences », hors les maths, cela ne concerne que la cohérence logique interne, et non leur vérification externe, leur rapport avec telle réalité selon leur champ. Rappelons ceci :  A quoi reconnaît-on qu'une théorie est scientifique ? Simone Manon, PhiloLog, 23 avril 2008[/size]
Citation :
Premier critère : cohérence interne. Une théorie doit être consistante c'est-à-dire exempte de contradiction interne. Un discours non valide formellement n'a aucun titre à la scientificité. Ce critère est nécessaire et suffisant pour les sciences formelles où l'on n'a pas à se préoccuper de la conformité de la théorie à l'objet sur lequel elle porte puisque celui-ci est construit par l'esprit. En revanche si la cohérence est absolument nécessaire, elle n'est pas suffisante pour tous les autres discours.

Deuxième critère : Il doit y avoir correspondance entre les propositions théoriques et les faits et les lois expérimentales. La science a pour vocation de rendre compte du réel tel qu'il est donné dans l'expérience humaine. Sans doute faut-il rompre avec l'expérience sensible pour élaborer la science mais c'est la capacité des formalisations théoriques à rendre compte des phénomènes observables qui fait la scientificité d'une théorie.

son élève le platonicien Badiou n'hésitera pas à en rajouter une couche, même s'il distingue l'Être de l'événement : Badiou : "Les mathématiques sont la seule discipline capable d'expliquer l'Ȇtre" Le Point 4 avril 2011

Alain Badiou a écrit:
Dans votre premier grand ouvrage, L'Ȇtre et l'événement, publié en 1988, votre utilisation des mathématiques pour expliquer l'Ȇtre a surpris plus d'un lecteur...

Je crois que les mathématiques sont la seule discipline capable d'expliquer l'Ȇtre, et d'atteindre la scientificité. On le voit en physique : c'est seulement quand on peut expliquer les phénomènes par les mathématiques qu'on les comprend vraiment. La science de l'Ȇtre en général, l'ontologie que je propose, se sert aussi des mathématiques, mais à un niveau plus abstrait. La théorie des ensembles me permet d'expliquer que l'Ȇtre est multiplicité, et que tout ce qui est est multiple. Les mathématiques, et elles seules, permettent de comprendre ce qui est ˗˗ sans faire appel à Dieu ˗˗, et complètement intelligible une fois découvertes les structures mathématiques adéquates.

Mais vous accordez aussi une place importante aux événements historiques, et donc au hasard. N'est-ce pas contradictoire ?

Je fais une distinction entre ce que j'appelle l'état des choses, qui relève de l'Ȇtre et qui est mathématisable, et les événements, qui, eux, ne le sont pas. Ce sont des nouveautés, des surgissements imprévisibles, qui ne se réduisent pas à l'état des choses. Ceux-ci introduisent une coupure, une création porteuse de nouveauté. C'est cette coupure que j'appelle événement, et aucune mathématique ne peut l'expliquer. [on peut admettre qu'ici l'on retrouve le matérialisme aléatoire de la conjoncture de l'Althusser tardif

Plus concrètement ?

Un événement, c'est par exemple l'apparition aux XVIe et XVIIe siècles d'une nouvelle physique, celle de Galilée et de Newton, dans un monde jusqu'alors dominé par celle d'Aristote et par le christianisme. Rien ne permet d'éclairer les raisons de cette mutation extrêmement rapide. En revanche, les conséquences de cet événement hasardeux sont universelles, et portent jusqu'à nous. Ce passage entre un événement particulier, remontant à cinq siècles, et l'universel qui en découle est ce que j'appelle une vérité. Un autre exemple? La Révolution française. Il y a eu, depuis 1789, beaucoup de tentatives pour en identifier les causes, mais aucune n'est satisfaisante. C'est une mutation inexplicable, qui a stupéfié ses auteurs mêmes, et dont la vérité nous détermine toujours aujourd'hui.

Vous passez bien vite de l'Ȇtre et des mathématiques à la politique...


Je pense, en effet, qu'il y a des événements et des vérités politiques universelles. C'est là aussi une idée de Platon, qui fut le premier à proposer une politique à valeur universelle [...]


certes Marx s'est servi des mathématiques, ce qui est incontournable concernant l'économie, et il y a consacré beaucoup de temps après La Commune, en période de vaches maigres de la lutte des classes. Voir écrits mathématiques Marx. Il est bien évident que ces affirmations d'Althusser l'aurait fait bondir, ou rugir, concernant même le caractère scientifique de son œuvre, qui lui repose bel et bien sur la double cohérence interne et la vérification empirique, ou plutôt sur le matériau social comme base de sa théorisation

on laissera tomber l'Être, ce suprême devant lequel je me sens tout petit, comme devant Badiou et Althusser il est vrai inintelligent et sous-cultivé, ce qui ne m'empêche pas de penser qu'ils disent ici des âneries



Citation :
Relire Marx contre Althusser

1844 : aliénation et humanisme

1846 : aliénation antihumaniste

1847 : capital et antagonisme

Subjectivation et expérimentation politique

Une tension productive

article à 5€ : nous lançons une souscription

du même, un texte en libre accès, en rapport avec notre conception du dépassement des identités de lutte et de la  subjectivation révolutionnaire :



nous y reviendrons dans le sujet ad'hoc. ce qui nous intéressera n'est pas tant le contenu, de rupture ou non, que le processus en conjoncture :

Citation :
La subjectivation politique, quant à elle, n’est pas une suridentification, mais, reprenant l’idée de Rancière, une désidentification. Agençant un blocage des mécanismes de l’ordre social, elle investit, non pas une suridentité mesurant l’injustice de la ségrégation, mais un tort à traiter dans un horizon diffus et indéterminé.
[...]
la subjectivation politique n’est que le blocage pratique des mécanismes de reproduction « normale », ce qui met en scène un sujet polémique qui insiste sur la nécessité de traiter ses problèmes, qui les font circuler en vue de la transformation de l’ordre qui ne cesse de les reproduire. [...] Cette notion risque de faire croire qu’il s’agit de se libérer de tout trait identitaire, et de dépasser un ordre social essentiellement conservateur et réactif. Or ce n’est pas ainsi que le mouvement s’est réfléchi à Montgomery. C’est aussi que la ségrégation nie et refoule ce que le « Noir » est véritablement, où des cultures, des héritages, des modes de vie et des appartenances sont conçus comme immédiatement contraires à la ségrégation, comme si celle-ci ne leur laissait que des identités fausses, vides, des masques. Si la croyance religieuse et la subjectivation politique trouvent à s’embrancher dans ces circonstances, c’est aussi en raison de l’idée de libérer un peuple qui est à la recherche de son monde, de sa justice. La désidentification, en ce sens, n’est pas le dépassement de tout trait d’identité, mais plutôt une coupe mobile qui les emporte dans une contradiction polémique avec les règles de l’ordre social, situation dans laquelle ils sont aussi susceptibles de métamorphoser.

Au lieu donc de surdéterminer les situations politiques par un schéma conceptuel qui polarise nettement les situations en dynamiques dominatrices et émancipatrices, il me semble plus intéressant de les étoffer par des couches d’indécidabilité, non pas pour ajourner à l’infini la question de l’émancipation, mais pour refléter l’imprévisibilité concrète et les différents registres entre lesquels circulent les identités, les mobilisations, les espoirs, registres qui produisent des effets, parfois en convergence, parfois en dissonance, parfois menant à l’éclatement.

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MessageSujet: Re: SCIENCES et PERSPECTIVE COMMUNISTE   Jeu 8 Mar - 3:17


jusqu'ici, nous avons examiné sous diverses coutures les rapports des sciences avec le marxisme et la lutte des classes. L'idée en vient moins avec l'anarchisme. En voici l'occasion, bien que le colloque annoncé  ne porte que sur les sciences sociales, ce qui déporte inévitablement le sujet sur le versant de l'anarchisme comme théorie

l'expression même de science sociale anarchiste indique qu'il ne peut y avoir en la matière de "neutralité axiologique", ce qui distingue les sciences sociales des sciences en général et des mathématiques fondamentales en particulier


Anarchisme et sciences sociales
Anarchy and social sciences


Céline Guilleux Calenda 23 octobre 2017

RÉSUMÉ
Ces dernières années, les approches de la réalité sociale d’inspiration libertaire, voire franchement anarchistes, ont acquis une visibilité nouvelle. Les mouvements anarchistes ont fait l’objet d’une attention renouvelée, jusqu’à l’émergence récente, certes modeste, des anarchist studies et de recherches philosophiques d’inspiration anarchiste. Cependant, les relations entre anarchisme et sciences sociales, ce qu’ils se doivent et ce qu’ils se font, font rarement l’objet d’une discussion – limitant par là les possibilités d’émergence, sinon d’une science sociale anarchiste, en tout cas d’un dialogue entre celles et ceux qui entendent faire des sciences sociales en anarchistes. Ce colloque rassemblera des communications posant les fondements d’une investigation universitaire des liens entre anarchisme et sciences sociales.

ANNONCE

Citation :
Organisation
Organisé par Samuel Hayat et Sidonie Verhaeghe Lille, 22–23 mars 2018

Argumentaire

Ces dernières années, les approches de la réalité sociale d’inspiration libertaire, voire franchement anarchistes, ont acquis une visibilité nouvelle. Les catastrophes sociales et environnementales engendrées par le développement sans frein du capitalisme, les transformations néolibérales de l’Etat, le retour des cléricalismes et la montée des autoritarismes jusqu’au cœur des démocraties libérales ont rendu bien plus audible la critique radicale adressée par les anarchistes au capitalisme, au productivisme, aux religions et à l’Etat.

Dans les mondes intellectuels, la fin de la domination du marxisme à gauche n’a pas seulement permis à la « pensée tiède » (Perry Anderson) de s’imposer. Elle a aussi amené les personnes travaillant à repenser les modalités de transformation radicale et émancipatrice du monde social à chercher dans l’anarchisme de nouvelles armes. Ainsi les mouvements anarchistes ont fait l’objet d’une attention renouvelée, jusqu’à l’émergence récente, certes modeste, des Anarchist Studies1 et de recherches philosophiques d’inspiration anarchiste2. Cependant, les relations entre anarchisme et sciences sociales, ce qu’ils se doivent et ce qu’ils se font, font rarement l’objet d’une discussion – limitant par là les possibilités d’émergence, sinon d’une science sociale anarchiste, en tout cas d’un dialogue entre celles et ceux qui entendent faire des sciences sociales en anarchistes. En conséquence, le but de ce colloque n’est pas tant de rassembler des contributions sur l’anarchisme et les anarchistes que d’ouvrir un espace de discussion sur les rapports entre sciences sociales et anarchisme, sur ce que cela peut vouloir dire de faire des sciences sociales en anarchiste.

Nous invitons les personnes qui souhaiteraient se joindre à nous, qu’elles se reconnaissent ou non dans le projet anarchiste, à proposer une contribution s’intégrant dans un ou plusieurs de ces axes :

1° Ce que les sciences sociales et l’anarchisme se doivent
Le lien établi par le marxisme entre science économique et projet de transformation sociale est caractéristique du matérialisme historique. Des travaux récents ont exploré les affinités historiques et théoriques existant entre les sciences sociales, et en particulier la sociologie, et le socialisme réformiste3. En revanche, la contribution des anarchistes à la construction de sciences sociales est souvent minorée, ou en tout cas ne fait pas l’objet d’une investigation spécifique. Or les exemples ne manquent pas qui pointent vers une affinité entre l’anarchisme et certains traits constitutifs des sciences sociales4. Les anarchistes entendent généralement s’appuyer, à rebours des courants faisant appel à une transcendance (religieuse ou non), sur une conception purement scientifique de la réalité sociale – avec les ambiguïtés que cela induit sur le rôle de la science.

Ainsi, le socialisme scientifique, fondé sur l’analyse précise des mouvements économiques réels, est revendiqué par Proudhon bien avant d’être récupéré par Marx et Engels. Des militants anarchistes ont aussi joué un rôle fondamental dans la formation des sciences sociales modernes : Elisée Reclus et Léon Metchnikov et la géographie, Pierre Kropotkine et l’anthropologie, Louise Michel, Francisco Ferrer, Sébastien Faure ou Paul Robin et les sciences de l’éducation, Ebenezer Howard et l’urbanisme, Noam Chomsky et la linguistique, Patrick Geddes et Murray Bookchin et l’écologie sociale… Des figures centrales des sciences sociales contemporaines continuent à se revendiquer de l’anarchisme5. Des contributions pourraient s’intéresser à la question de l’influence réciproque entre anarchisme et sciences sociales, à travers l’exploration d’exemples précis et/ou en formulant des hypothèses plus générales sur ce que les sciences sociales et l’anarchisme se doivent.

2° Produire une science sociale anarchiste

Si des anarchistes produisent des sciences sociales, il y a lieu de se demander si analyser les faits sociaux dans une perspective anarchiste se distingue d’autres courants de pensée sociologiques. On a pu parler, à la suite de Paul Feyerabend, d’anarchisme épistémologique pour qualifier le scepticisme radical vis-à-vis des prétentions explicatives de la science6. Existe-t-il à l’inverse une méthodologie anarchiste, voire une épistémologie anarchiste ? Celle-ci s’opposerait peut-être à l’individualisme méthodologique en postulant que les décisions ne sont jamais calculées en abstraction de la société et de la culture. Elle s’extrairait également du marxisme sociologique et de la pensée gramscienne de l’hégémonie, en analysant la lutte et l’organisation quotidienne des subalternes comme des résistances discrètes, cachées, à la domination7. Dans cette perspective, on peut penser qu’articuler les pensées anarchistes aux sciences sociales permet de renouveler les modèles théoriques d’analyse du politique : revoir la philosophie politique et la typologie des régimes politiques8, réinterpréter le pragmatisme9, ou encore repenser la théorie du privilège10.

Cette journée entend laisser la place aux interrogations théoriques et épistémologiques d’une science sociale anarchiste, en s’intéressant en particulier à son rapport au constructivisme. Les anarchistes, y compris en sciences sociales, ont parfois justifié leurs théories par la référence à des principes universels, comme la primauté de la coopération sur la compétition, l’égalité des intelligences, voire l’existence d’une nature humaine bonne qu’il s’agirait de laisser se développer librement11. Comment cette perspective résiste-t-elle ou s’adapte-t-elle au constructivisme sociologique et aux critiques poststructuralistes de l’essentialisme et de l’universalisme ? On pourra ici s’intéresser au post-anarchisme, qui tente de relire l’anarchisme à l’aune des pensées critiques postmodernes12, ainsi qu’à l’importance des pensées anarchistes (notamment la tradition anarchiste individualiste) dans l’élaboration et le développement des théories queers13 et des féminismes déconstructionnistes et/ou intersectionnels. Enfin, on pourra se demander ce que l’anarchisme comme objet fait aux regards scientifiques qui le saisissent. En particulier, comment analyse-t-on l’anarchisme dans une perspective de sociologue ou d’historien du politique ? Est-ce que les outils de la science politique, construits pour penser l’État et les partis, fonctionnent pour étudier l’anarchisme ?

3° S’extraire de l’État : les objets d’une science sociale anarchiste

Se pose alors la question de savoir ce que permet de voir un point de vue anarchiste (donc a- étatique) sur le social et le politique. Cette question apparaît d’autant plus centrale que certaines disciplines, comme la sociologie historique du politique, ont construit leur légitimité dans et par l’analyse du fait étatique, considérant la construction de l’État comme objet principal et passage obligé de la modernité politique. Le travail d’anthropologues témoigne de la fécondité intellectuelle d’une approche anarchiste des sciences sociales14. Pierre Clastres avec le fonctionnement des sociétés amazoniennes, David Graeber avec la mémoire des descendants d’esclaves de Madagascar, ou James C. Scott avec la résistance des paysans malaisiens et des peuples nomades, ont montré l’intérêt de décentrer le regard hors ou à côté des structures politiques et étatiques pour comprendre ce qui se joue, politiquement et socialement, dans des communautés d’individus constituées en sociétés.

Réfléchir à l’absence d’État et aux formes de sa contestation permet de mieux révéler les formes d’organisation infra-étatique. Cela conduit à s’intéresser à des zones interstitielles, comme les montagnes de la Zomia15 ou les « Zones d’autonomie temporaires16 », qui existent en dehors de l’État. S’extraire de l’État invite également à s’intéresser à des communautés transnationales qui fuient le contrôle des États, qui se constituent sur une base non pas nationale mais idéologique ou politique : les « lanceurs d’alerte », par exemple, qui s’identifient collectivement dans leur appartenance à une communauté de démocrates17, ou les communautés hackers comme Anonymous18.

Sans rejeter l’importance des structures de domination dans la compréhension du fonctionnement politique, social et économique, envisager des organisations autonomes hors de l’État révèle des vies politiques alternatives, régies par des normes non- hégémoniques. Ces objets offrent ainsi une prise nouvelle pour penser le lien entre État, nation et capitalisme, et pour aborder les institutions par le prisme des phénomènes « infrapolitiques », qui ne sont pas désignés comme politiques, qui n’ont pas d’existence publique et visible, mais qui ont des enjeux et des conséquences sur les relations de pouvoir et le fonctionnement des sociétés. Des contributions pourront présenter de telles recherches ou rendre compte plus largement de ce que l’anarchisme fait aux objets ou aux problématiques  de disciplines ou de domaines de savoir donnés.

4° Diffusion des savoirs anarchistes / diffusion anarchiste des savoirs

Parallèlement aux réflexions sur les conséquences d’une perspective anarchiste dans la construction des savoirs scientifiques, ce colloque entend également interroger les formes de leur diffusion. En effet, dans une perspective anarchiste, il n’est pas possible de se satisfaire de la défense des dispositifs étatiques de création et de diffusion des savoirs, en premier lieu de l’université. Il n’existe pas, d’un point de vue anarchiste, une opposition entre université étatique publique et marchandisation des savoirs, mais bien une alliance, voire une profonde affinité. En tant que lieux de (re)production des dominations, servant tout autant l’utilitarisme capitaliste (ce qu’incarne le processus de Bologne) que le monopole étatique de production et de distribution de la légitimité culturelle, les institutions universitaires n’apparaissent pas – ou plus – pour certain-e-s intellectuel-le-s anarchistes comme propices à l’élaboration de savoirs autonomes des pouvoirs politiques et économiques19. D’autres espaces et moyens de production et de diffusion des savoirs, hors de l’emprise de l’État et du capitalisme, sont alors pensés et créés : les universités populaires (dont ce colloque peut être l’occasion de retracer l’histoire, les principes et les enjeux depuis la fin du XIXe siècle)20, les sites internet et les hackerspaces21, les brochures et les fanzines, les séminaires, débats et conférences organisés dans les lieux militants autogérés, ou encore la traduction et l’édition de textes anarchistes. Nous pourrons ainsi nous demander comment s’organisent ces formes de production et de diffusion alternatives des savoirs et ce qu’ils produisent en écho sur la structuration et l’organisation de l’institution universitaire.

Enfin, si l’on considère que les savoirs eux- mêmes, en particulier en sciences sociales, sont imbriqués dans des relations de pouvoir, quelles stratégies anarchistes des savoirs peuvent être développées et comment peuvent-elles être défendues ? Comment articuler l’idée d’un savoir émancipateur, constitutif de la démopédie anarchiste, avec une critique des effets d’oppression des savoirs scientifiques, d’autant plus grands lorsqu’ils sont construits et utilisés comme des moyens de contrôle étatique22 ou de conquête impérialiste ? En tant qu’ils mettent en question le partage entre les savants et les profanes, les dispositifs anarchistes de diffusion des savoirs et les critiques anarchistes des sciences ouvrent la voie à une interrogation plus générale sur ce que serait une politique scientifique anarchiste, en vue de construire une science autogérée23.

Modalités de soumission
Les propositions de communication d’une page environ doivent être envoyées

avant le 20 décembre 2017
par mail à : samuel.hayat@univ-lille2.fr et sidonie.verhaeghe@gmail.com

Comité scientifique
Samuel Hayat (science politique, CR CNRS, CERAPS)
Sidonie Verhaeghe (science politique, chercheure associée, CERAPS)

Notes et références
[1] On peut ainsi noter l’apparition en 1993 de la revue Anarchist Studies, puis dans les décennies suivantes de sections dévolues à l’anarchisme dans les associations de science politique, de collections dédiées dans les presses universitaires, puis de groupes de recherche comme le Anarchist Research Group de l’université de Loughborough. En France, plusieurs colloques internationaux (dont les actes sont publiés aux éditions Atelier de création libertaire) se sont tenus autour de l’anarchisme : « La culture libertaire » en 1996 à Grenoble, « Les incendiaires de l’imaginaire » en 1998 à Grenoble, « L’anarchisme a-t-il un avenir ? Histoire de femmes, d’hommes et de leurs imaginaires » en 1999 à Toulouse, « Philosophie de l’anarchie. Théories libertaires, pratiques quotidiennes et ontologie » en 2011 à Lyon. A noter également l’organisation du 21 au 23 septembre 2017 du premier colloque international des géographes et géographies anarchistes à Reggio Emilia en Italie. Ces initiatives viennent s’ajouter aux Centres internationaux de recherches sur l'anarchisme (CIRA) de Lausanne et de Marseille, respectivement fondés en 1957 et 1965.

[2] Jean-Christophe Angaut, Daniel Colson et Mimmo Pucciarelli (dir.), Philosophie de l’anarchie. Théories libertaires, pratiques quotidiennes et ontologie (Lyon : Atelier de création libertaire, 2012).

[3] Francesco Callegaro, La science politique des modernes : Durkheim, la sociologie et le projet d’autonomie (Paris : Economica, 2015) ; Francesco Callegaro and Andrea Lanza (dir.), Incidence, 11. Le sens du socialisme: histoire et actualité d’un problème sociologique (Paris : Le Félin, 2015).

[4] Éric Dacheux, « Redécouvrir les liens entre science et anarchie pour penser l’indiscipline du chercheur et sa nécessaire responsabilité », Hermès, n 67, 2014, p.192–98.

[5] David Graeber, Fragments of an Anarchist Anthropology (Chicago : Prickly Paradigm Press, 2004) [trad. fr. Pour une anthropologie anarchiste, Montréal : Lux, 2006] ; James C. Scott, Two Cheers for Anarchism: Six Easy Pieces on Autonomy, Dignity, and Meaningful Work and Play (Princeton : Princeton University Press, 2012) [trad. fr. Petit éloge de l'anarchisme, Montréal : Lux, 2013].

[6] Thierry Hoquet, « Paul Feyerabend, anarchiste des sciences », La Vie des idées, 7 avril 2015. URL : http://www.laviedesidees.fr/Paul-Feyerabend-anarchiste-des-sciences.html

[7] James C. Scott, Domination and the Arts of Resistance : Hidden Transcripts (New Haven : Yale University Press, 1990) La domination et les arts de la résistance : fragments du discours subalterne, Paris : Editions Amsterdam, 2009].

[8] Francis Dupuis-Déri, « L’anarchie dans la philosophie politique. Réflexions anarchistes sur la typologie traditionnelle des régimes politiques », Les ateliers de l’éthique. La revue du CREUM, vol. 2, n°1, 2007 ; David Graeber, « La démocratie des interstices : que reste-t-il de l’idéal démocratique ? », Revue du MAUSS, n°26, 2005, p.41-89.

[9] Philippe Corcuff, Enjeux libertaires pour le XXIe siècle par un anarchiste néophyte (Paris : Éditions du Monde libertaire, 2015) ; Irène Pereira, Peut-on être radical et pragmatique ? (Paris : Textuel, 2009) ; « Pour un usage anarchiste du pragmatisme – I – Théorie de la connaissance pragmatiste et anarchisme », 2013 [URL : http://www.grand-angle-libertaire.net/pereira-irene-pour-un-usage-anarchiste-du-pragmatisme-i-theorie-de-la-connaissance-pragmatiste-et-anarchisme/] et « Pour un usage anarchiste du pragmatisme – II – L’action politique anarchiste dans le cadre du naturalisme pragmatiste », 2013 [URL : http://www.grand-angle-libertaire.net/pereira-irene-pour-un-usage-anarchiste-du-pragmatisme-ii-laction-politique-anarchiste-dans-le-cadre-du-naturalisme-pragmatiste/].

[10] Anarchist Federation, « A class struggle anarchist analysis of privilege theory », 2012 [URL: https://afed.org.uk/a-class-struggle-anarchist-analysis-of-privilege-theory-from-the-womens-caucus/] ; Francis Dupuis-Déri, « Is the State part of the matrix of domination and intersectionality ? An anarchist inquiry », Anarchist Studies, vol. 24, n°1, 2016, p.36-62 ; Francis Dupuis-Dériet Irène Pereira, « Les libertaires, l’intersectionnalité, les races, l’islamophobie, etc. Dialogue sur les contextes français et québecois », 2017 [URL : http://www.grand-angle-libertaire.net/les-libertaires-lintersectionnalite-les-races-lislamophobie-etc-dialogue-sur-les-contextes-francais-et-quebecois/].

[11] Noam Chomsky, Michel Foucault, De la nature humaine : justice contre pouvoir, entretien dirigé par Fons Elders ; traduit de l'anglais par Anne Rabinovitch (Paris : L'Herne, 2006).

[12] Vivien Garcia, L’anarchisme aujourd’hui (Paris : L’Harmattan, 2012) ; Thomas Ibañez, Fragments épars pour un anarchisme sans dogmes (Paris : Editions des Cascades, 2010) ; Thomas Ibañez, Anarchisme en mouvement. Anarchisme, néo-anarchisme et post-anarchisme (Paris : Nada, 2014) ; Thomas Ibañez, Nouveaux fragments épars pour un anarchisme sans dogmes (Paris : Editions des Cascades, 2017).

[13] C.B. Daring, J. Rogue, Deric Shannon et Abbey Volcano, Queering Anarchism. Addressing and Undressing Power and Desire (Oakland : AK Press, 2012) ; Fray Baroque et Tegan Eanelli, Queer Ultraviolence. Bashback ! Anthology (San Francisco : Ardent Press, 2011) [trad. fr. : Vers la plus queer des insurrections, Paris :Libertalia, 2016]

[14] Le récent appel à articles « Anthropologie et anarchisme » du Journal des anthropologues, dont la publication est prévue au premier semestre 2018, va en ce sens.

[15] Willem Van Schendel, « Geographies of knowing, geographies of ignorance : jumping scale in Southeast Asia », Environment and Planning D : Society and Space, 2002, n°20, p.647-668 ; James C. Scott, The Art of Not Being Governed: An Anarchist History of Upland Southeast Asia (New Haven : Yale University Press, 2009) [trad. fr. :Zomia ou l’art de ne pas être gouverné, Paris, Seuil, 2013].

[16]Terme introduit par Hakim Bey, TAZ, Temporary Autonomous Zone (New York : Autonomedia, 1991) [trad. fr : Zone d’autonomie temporaire, TAZ, Paris : Editions de l’Eclat, 1997]. Il est ensuite repris, sans être pour autant véritablement conceptualisé, pour analyser des espaces comme les festivals, les free parties, les squats, des collectifs d’hacktivistes ou les ZAD.

[17] Geoffroy de Lagasnerie, L’art de la révolte – Snowden, Assange, Manning (Paris : Fayard, 2015).

[18]Gabriella Coleman, Hacker, Hoaxer, Whistleblower, Spy: The Many Faces of Anonymous, (London : Verso Books, 2014) [trad. fr. Anonymous. Hacker, activiste, faussaire, mouchard, lanceur d’alerte, Montréal, Lux, 2016]

[19] Annick Stevens, « Pourquoi je démissionne de l’université après dix ans d’enseignement », janvier 2012 [URL : http://sauvonslarecherche.fr/sites/95.142.173.69_2001/IMG/pdf/Lettre_demission.pdf].

[20] Perrine Gambart, Hugues Lenoir, Les anarchistes individualistes et l’éducation (1900-1914) (Lyon : Atelier de création libertaire, 2015) ; Hugues Lenoir, Pour l’éducation populaire (Paris : Editions du Monde Libertaire, 2012) ; Hugues Lenoir, Autogestion pédagogique et éducation populaire : l’apport des anarchistes (St Georges d’Oléron : Editions libertaires, 2014).

[21] Charles-Louis Roseau, Les anarchistes et l’Internet. Etude sur les enjeux pratiques, politiques et esthétiques des sites anarchistes francophones, mémoire de master 1, Université Paris-Sorbonne, 2007 ; Les anarchistes et Internet, Réfractions, n°10, printemps 2003 ; Michel Lallement, L’Âge du faire. Hacking, travail, anarchie (Paris : Seuil, 2015).

[22] James C. Scott, Seeing Like a State. How Certain Schemes to Improve the Human Condition Have Failed (New Haven : Yale University Press, 1999).

[23] Brian Martin, « Anarchist science policy », The Raven, vol. 7, n° 2, 1994, p. 136-153 « Pour une politique scientifique anarchiste », Réfractions, n° 13, 2004, p. 125-137].

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MessageSujet: Re: SCIENCES et PERSPECTIVE COMMUNISTE   Mar 13 Mar - 12:05


la 'neutralité axiologique' de



Outre-mer : quel colonialisme français ?
Cerises n°344, 9 mars 2018

Citation :
La multiplication des mots, colonial, néocolonial, postcolonial, décolonial, sont pour nous comme une alerte à la nécessité de déchiffrer sérieusement ce qui, depuis la départementalisation, a cessé d'être, ce qui demeure ou ce qui s'est métamorphosé.

Cependant, nous nous refusons à fonder notre action sur une proposition idéologique. Nous voulons qu'elle se nourrisse des savoirs construits de la recherche.

à lire leur questionnement : « La matrice socio-historique de l’esclavage et de la colonisation continue-t-elle d’œuvrer dans les structures comme dans les habitus ? Que nous disent les intellectuels locaux quant à cette potentielle survivance néocoloniale ? Que nous apprend la comparaison entre Césaire et Fanon ? », ils n'ont l'air ni d'échapper à l'idéologie, ni d'être très au parfum sur le plan de la connaissance de ce dont ils parlent, pour en être encore à s'interroger sur la différence entre les « mots, colonial, néocolonial, postcolonial, décolonial »

bien la peine d'inviter un expert en « savoirs construits de la recherche » : qu'y a-t-il de communiste dans cette posture ?

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MessageSujet: Re: SCIENCES et PERSPECTIVE COMMUNISTE   Mar 20 Mar - 10:25


"vive l'ignorance scientifique !"

Lola Missieroff, Voyage en outre-gauche p. 267
Citation :
Les sciences « exactes » n'échappent pas non plus à la critique. La « cybernétique » et « le pouvoir de la connaissance » ont été attaqués par les situationnistes, mais on critique aussi la médecine [...]

On critiquait aussi « le scientisme », y compris chez Marx, et « la pensée technicienne » : « il ne fallait pas croire à la science, pas lui faire confiance ». Notre camarade bordelais Alain Montesse s'employa ainsi à démontrer que « les sciences sont des techniques de représentation » et, dit-il, « vu que ça ne répondait pas bien quand je parlais de ce genre de choses en milieu situ, du coup, j'en ai fait une thèse plus tard » [extrait] : « Toute loi « scientifique » n'est jamais qu'une loi socio-économique camouflée. [...]»

de notre côté, nous nous inquiétons davantage du pouvoir de l'ignorance, et de la suffisance à parler à tord et à travers de ce qu'on ne connaît ni en théorie ni en pratique

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MessageSujet: Re: SCIENCES et PERSPECTIVE COMMUNISTE   Sam 7 Avr - 15:33


interlude

"L'amour pour le Parti commence avec un spermatozoïde"

A Pékin, même les spermatozoïdes sont priés d'être communistes
AFP Sciences et Avenir 06.04.2018

Les donneurs d'une des principales banques du sperme de Pékin doivent "être fidèles à la cause du Parti communiste"


AFP/ARCHIVES - WANG ZHAO

Citation :
"Être fidèle à la cause du Parti communiste chinois" : cette exigence surprenante est désormais imposée aux donneurs d'une des principales banques du sperme de Pékin, dans un contexte de raidissement idéologique en Chine.

L'injonction est mentionnée dans un appel aux dons lancé mercredi par l'Hôpital n°3 de l'Université de Pékin. Cet établissement hospitalier est affilié à la plus prestigieuse école supérieure du pays.

Les donneurs potentiels ne doivent pas souffrir de maladies génétiques ou infectieuses, et avoir "un fond idéologique sain", indique une note publiée par l'hôpital sur le réseau social WeChat.

Les hommes de 20 à 45 ans désireux de donner leur sperme doivent "aimer la patrie socialiste, soutenir la gouvernance du Parti communiste, être fidèles à la cause du parti, faire preuve d'intégrité morale, avoir une bonne conduite, respecter la discipline et les lois, et n'avoir aucun problème politique", selon la même source.

Après deux tests médicaux, destinés à évaluer la qualité de la semence et la santé du donneur, ce dernier sera payé 5.500 yuans (710 euros), indique le communiqué.

L'hôpital ne précise pas comment il compte vérifier si les donneurs satisfont aux exigences politiques. Des appels téléphoniques de l'AFP à l'établissement afin de savoir si celles-ci font partie d'une campagne gouvernementale sont restés sans réponse.

La Chine ne compte que 23 banques du sperme. Beaucoup font face à une pénurie de donneurs.

D'autres centres importants de collecte, notamment dans les grandes villes de Shanghai (est) et de Canton (sud), n'imposent aucune condition politique.

La campagne lancée par l'hôpital pékinois, qui durera jusqu'à fin mai, a été fustigée par plusieurs internautes moqueurs.

"L'amour pour le Parti commence avec un spermatozoïde",
a ironisé un commentateur sur le réseau social WeChat.

"Est-ce qu'ils ont vraiment appris la biologie ? Les traits acquis ne se transmettent pas à la descendance", a souligné un autre sur la plateforme de microblog Weibo
.

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