PATLOTCH / COMMUNISME et CIVILISATIONS

CONTRE LE CAPITAL, LES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES, ÉCOLOGISTES... et POÉTIQUES !
 
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 de la CUISINE avant toute chose, ou les marmites de l'avenir

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PEUTÊTRE



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MessageSujet: Re: de la CUISINE avant toute chose, ou les marmites de l'avenir   Jeu 19 Juil - 13:40


du pain, et du vieux !

Le pain le plus vieux du monde découvert en Jordanie
BFMTV 18/07/2018

Des restes d'une galette de pain datant du Paléolithique ont été découverts, remettant en question le lien entre l'apparition du pain et celle de l'agriculture.

Citation :
Des chercheurs ont découvert ce qui semble être le plus vieux pain du monde en réalisant des fouilles sur un site jordanien datant de l'ère du Paléolithique, d'après une étude publiée dans le journal Proceedings of the National Academy of Sciences.

Inspectant les restes d'un site nommé Shubayqa 1, dans le Nord-Est du pays, ils ont exhumé deux foyers superposés, enfouis sous une couche de sédiments d'une cinquantaine de centimètres. À l'intérieur de ceux-ci, les scientifiques découvrent des restes d'aliments, principalement de céréales et de légumes, mais aussi des sortes de miettes noircies qui ne semblent pas être des restes de bois carbonisé et qui ressemblent à des "miettes au fond d'un grille-pain".

Interrogée par le Washington Post, Amaia Arranz Oaegui, chercheuse à l'université de Copenhague ayant participé à l'étude, explique que cette découverte remet en question l'idée selon laquelle le pain serait le produit de sociétés "sédentaires et complexe", car ce site aurait été fréquenté par une "société de chasseur-cueilleur" primitive.

Galette de pain préhistorique

Après avoir observé ces miettes au microscope électronique, ils ont pu établir qu'elles provenaient d'une sorte de galette de pain plat, similaire aux pitas que l'on retrouve dans beaucoup de pays du Moyen-Orient. On pouvait en effet observer dans les miettes les bulles d'air caractéristiques d'une pâte à base de farine et d'eau lorsqu'elle est cuite.

Composée de différentes variétés de céréales, dont des ancêtres du blé, de l'orge et de l'avoine modernes, cette galette de pain comportait aussi des traces de scirpe marine, un tubercule poussant à proximité de l'eau au goût salé. La datation au carbone 14 a permis de faire remonter ces restes à 14,400 av. JC, soit près de 4000 ans avant l'apparition de l'agriculture.

Alors que de nombreux régimes modernes qualifiés de "paléolithiques" vantent les mérites d'une alimentation pauvre en produits transformés comme le pain, afin de se rapprocher de l'alimentation de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs, cette découverte semble contredire ces affirmations, bien que les auteurs de l'étude affirment ne pas pouvoir déterminer dans quelle mesure ce pain faisait partie du régime quotidien de ces sociétés préhistoriques.

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Patlotch



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MessageSujet: Re: de la CUISINE avant toute chose, ou les marmites de l'avenir   Ven 17 Aoû - 23:07


purée !

les grands chefs sont les virgules de la cuisine

dédié tout spécialement à Lisbeth Salender, pour sa persévérance en pointillés, quatre ans après (ici)...

Lisbeth Salender a écrit:
dndf 17/08/2018 à 15:27 | #4
« Les auteur(e)s ne sont que des accidents de la pensée… »
Quelle drôle de phrase…. Sûrement très agaçante pour nombre de petits scribes, poètes et autres auteurs auto proclamés qui, ça et là, se rêvent en créateurs, artistes…. Auteurs, quoi !

j'avais dit « pas de recette », mais néanmoins poursuivi ma formation quotidienne à la cuisine, par la pratique, étendant mon apprentissage aux terrines, et quelques plats plus difficiles, pour lesquels je n'ai pas regretté mes rudiments

puis il se trouve qu'un « grand chef », Joël Robuchon, est mort, et je me suis penché sur ce qui avait fait sa célébrité, pour découvrir qu'il n'était, au sens où l'explique bien Lisbeth (dit sans ironie), qu'une virgule de la cuisine française. Mais bon, une grosse virgule, et donc, purée

j'ai mis en application cette version de sa recette



Joël Robuchon est le Chef-cuisinier qui a donné ses lettres de noblesse à la purée. Sa recette est connue dans le monde entier et malgré de nombreuses étoiles, les cuisines du chef continuent de servir son efficace recette de purée de pomme de terre plébiscitée par ses clients.


c'est effectivement très bon, même si ça ne ressemble pas à la purée traditionnelle de ma mémé, vu qu'elle n'y mettait pas autant de beurre et n'utilisait pas de rattes, mais les Bintje que cultivait mon grand-père

le plus long dans l'affaire est de sortir toute l'eau des patates cuites et moulinées (5. Faire dessécher la purée obtenue à feu très doux en la remuant avec une spatule en bois - la vapeur de la purée s’évapore), mais c'est le cœur de la recette...

PS : Lisbeth, mon invitation tient toujours

d'abord, Lisbeth, je ne verrais aucun inconvénient à ce que, critiquant ce que j'écris, et quitte à le trouver nul en tout, de la théorie à la poésie, tu le fasses
ad hominem, comme disait Marx...

il est possible, Lisbeth, que tu n'y sois pour rien, puisque chez Pepe, le simple fait de citer ou nommer Patlotch est passible de non-publication, et donc quelques-un.e.s font du slalom. Intéressant procédé pour la liberté du débat "révolutionnaire". Pepe@dndf restera dans le milieu comme l'un des meilleurs experts en censure, une virgule dans l'empêchement de penser. En un mot le stalino-communisateur par excellence, et toujours in fine dans la ligne quitte à se renier sans le dire, comme au bon temps du PCF : misère du militantisme des pauvres en pensée par eux-mêmes

ensuite, Lisbeth, si tu m'avais bien lu et pas à l'envers de tout ce que j'ai pu écrire sur la figure artiste, être l'auteur d'un texte de quelque nature que ce soit est parfaitement compatible avec l'idée d'emprunter aux autres, à son temps, etc. ce qui ne signifie pas que tout ce qu'il y met serait comme déjà contenu dans "la pensée" de son époque. Je ne pense pas que dans cette phrase sortie par Pepe de son contexte, R.S songeait à autre chose qu'à la pensée théorique, à la philosophie, et sûrement pas au génie individuel de divines virgules de la création, sans quoi tout l'art, la musique, la littérature, la poésie... ne serait que la concentration chez quelques-uns d'une "pensée" venue d'ailleurs. M'est avis qu'il y manque, des uns aux autres, une étape, celle de la main à la pâte, à proprement parler le faire, la poïesis. Mais si tu sais mieux, Lisbeth, que ceux qui font, même mal, je ne doute pas de l'impact de ta pensée ponctuée sur le premier abruti venu, du Kentucky ou d'ailleurs

enfin, Lisbeth, viens plutôt goûter ma purée, tu peux même attendre l'hiver, celui de la pensée est arrivé


prenez garde qu'en stigmatisant à raison l'individualisme capitaliste, vous ne penchiez à oublier l'émancipation de tous par celle de chacun.e, qui ne saurait être à aucun moment allégeance à une pensée commune quelle qu'elle soit

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PEUTÊTRE



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MessageSujet: Re: de la CUISINE avant toute chose, ou les marmites de l'avenir   Ven 24 Aoû - 14:49


la bonne chère
au pied de la lettre et du prix

nous disions que l'alimentation, la nourriture, et par suite la cuisine, étaient aussi importantes que le sexe dans les rapports de classe, pour autant qu'il y ait un rapport cul-inaire, puisque selon Lacan, « il n'y a pas de rapport sexuel »

repéré sur tweeter par notre ami Stanislas Brown,

@recriweb a écrit:
« Aux États-Unis, la plupart des décès pourraient être évités et sont liés à ce que nous mangeons. Notre régime alimentaire est la première cause de mort prématurée et d’invalidité. »

cela semble tiré de

comme d'autres citations dans la "discussion tweeter"

mais enfin, selon que vous serez... restant la norme en toutes contrées, relevons que, pour une famille de deux adultes et deux enfants en France, "consommez 5 fruits et légumes par jour" représente « 115 à 255 euros par mois », ce dernier chiffre pour le bio, selon Les Échos

pour revenir à notre intro, si l'on en croit le bla-bla radical corrigé des variations saisonnières, un symptoque d'une époque non-révolutionnaire semble être que les "révolutionnaires" s'y intéressent plus au cul qu'à la bouffe ("classe-genre" ad nauseam), ou du moins parlent davantage de celui-là que celle-ci*. Nous en tirons que l'inversion de cette proportion annoncera autant que les émeutes la montée d'une nécessité d'insurrection pour le renversement de tous les sens gustatifs

* deux remarques :

- il convient de le rapporter à la génération d'où ils s'expriment. Il est vrai qu'avec l'âge, on est plus ou moins porté sur tels ou tels plaisirs, et de ce fait met en avant tels besoins ; d'où un biais cognitif à travers internet, puisque les vieux y sont moins habiles technologiquement, comme moins portés sur le sexe que sur la bouffe, saufs exceptions. On relèvera néanmoins le jeunisme des vieux gauchistes en tous genres s'efforçant de rester branchés, ceci expliquant peut-être cela (qu'on parle plus de cul que de bouffe, y compris métaphoriquement, de plaisirs que de moyens de réaliser ses désirs). Comme quoi, la maladie infantile du communisme n'est pas moins une maladie de vieux. À dieu plaise que nous en réchappions

- tout le monde connaît la tendance à parler davantage de ce qu'on ne fait pas, c'est un symptôme assez logique du rapport entre théorie et pratique, puisque l'on comble par la parole le manque que l'on a de le faire. On remarquera que les hommes sont, en tous domaines, du cul à la théorie de la révolution, très forts pour ça


moralité, tu veux changer le monde ? commence par la cuisine tu vas voir le problème

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Patlotch



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MessageSujet: Re: de la CUISINE avant toute chose, ou les marmites de l'avenir   Mer 29 Aoû - 20:15


« Faut payer l'sel ! »
Fernand Raynaud



Alors que la commission d'enquête parlementaire sur l'alimentation industrielle va proposer en septembre de taxer les produits trop salés, on revient avec Pierre Meneton, chercheur à l'Institut National de Santé et auteur du livre "Le sel, un tueur caché" (Editions Favre), sur les causes de cette surconsommation et sur les effets de ce produit.

Citation :
Cinq ans après l'instauration d'une taxe sur les sodas sucrés, des députés ont l'intention d'en faire de même avec les produits salés. Dans un rapport qui devrait être rendu en septembre, la commission d'enquête parlementaire sur l'alimentation industrielle va proposer en effet une taxe, selon une information révélée ce mercredi par Le Figaro.

Le but ? Inciter les fabricants à avoir la main plus légère. En effet, qu'il s'agisse de plat préparés ou bien de pain conçu de manière artisanale, le taux en sel reste excessif. Selon l'Organisation Mondiale de la Santé, la plupart des gens consomment trop de sel, de 9 à 12 grammes par jour en moyenne, soit deux fois l’apport maximum recommandé. Une situation dont s'alarme Pierre Meneton, biologiste et chercheur à l'Institut National de la Santé et de la recherche Médicale (Inserm), auteur du livre "Le sel, un tueur caché" paru en 2009 aux Editions Favre.

Contacté par LCI, le chercheur détermine plusieurs facteurs quant à cet omniprésence du sel dans les aliments transformés. "Tout d’abord le sel est un puissant moteur de consommation : Il donne du goût à des aliments qui n’en ont pas forcément et ce dernier rehausse les saveurs sucrées. Ensuite, en plus d'être peu coûteux, il va charger en eau certains aliments et comme ils sont vendus au poids, cela profite aux industriels. Enfin, plus on mange salé plus on a soif et cela va inciter les consommateurs à boire ½ litre de boisson en plus par jour. Cela sert bien aux multinationales distributrices d’eaux, de sodas ou de bières", estime Pierre Meneton. Selon le biologiste, se prémunir de tels excès relève de la mission "extrêmement difficile".

"Dans les aliments transformés comme le pain, des charcuteries, du fromage ou des soupes, le sel est incorporé à la préparation. Il est présent dans la texture de l'aliment. Ce sel équivaut parfois à une dizaine de cuillères à soupe ajoutées. Si on en faisait autant avec un plat cuisiné par nos propre soins, il serait immangeable. Portant, nos papilles gustatives consomment du sel en grande quantité sans même s’en apercevoir". Selon le chercheur, les aliments à cibler en priorité pour baisser les quantités de sel sont le pain, les charcuteries, les fromages mais aussi les pâtisseries.  

"En dépit des alertes sanitaires et les seuils fixés par l’OMS en 2007, nous continuons à manger trop salé et l’attente d’initiatives volontaires de la part du secteur agro-industriel ne permet pas d’atteindre de véritables objectifs en matière de santé publique. On est donc dans un statu quo avec un excès de sel chronique dans la population et ce dès le plus jeune âge",  déplore Pierre Meneton, toujours à LCI.

Alors, comment réduire sa consommation ?


Pour réduire sa consommation en sel, il n'y a pas 36 solutions, selon Pierre Meneton. "La marge de manœuvre est infime pour  le consommateur. Le conseil que l’on peut donner c’est passer un peu de temps à faire la cuisine plutôt que de  réchauffer des plats cuisinés. Mais cela demande un investissement personnel assez important", souligne t-il. "Il y a 50 ans, la consommation de sel dépendait du consommateur, aujourd’hui les ¾ dépendent de l’industrie agro-alimentaire. C’est comme si on faisait fumer tout le monde", a lâché le docteur.

L'excès de sel  favorise l’hypertension, les maladies cardiovasculaires, l’ostéoporose ou le cancer gastrique. L'OMS estime qu’on pourrait éviter chaque année 2,5 millions de décès si sa consommation au niveau mondial était ramenée au niveau recommandé.



"Taxer, c'est bien, mais il faut faire de la pédagogie, expliquer aux gens en quoi le sel est important, les quantités à ne pas dépasser", plaide la nutritionniste Laurence Plumey.

Citation :
"On ne resale jamais ses plats, on goûte avant de saler et surtout on introduit les épices au quotidien, c'est fondamental", a conseillé mercredi 29 août sur franceinfo le médecin nutritionniste Laurence Plumey, alors que des députés réfléchissent à taxer les produits les plus salés. Une commission d'enquête parlementaire travaille sur le sujet et doit remettre son rapport fin septembre.

franceinfo : Y a-t-il des astuces pour moins saler ce que l'on mange ?

Laurence Plumey : La première astuce est d'utiliser moins le sel et davantage les épices. En France, on a toujours le réflexe sel-poivre, et pas assez le réflexe épices, herbes aromatiques, ail, oignons. Cela permet de donner du goût à un plat autrement qu'avec le sel. Cela suppose que le Français réinvente sa façon de cuisiner, pour adopter une approche un peu plus exotique. Dans d'autres pays où l'on utilise beaucoup les épices, il y a une moindre consommation de sel. Autre conseil : il faut goûter avant de saler, et éviter de mettre la salière sur la table. Une pincée de sel pèse 1 gramme. Sachant qu'il ne faut pas dépasser 6 grammes de sel en moyenne par jour, il suffit que vous mettiez trois pincées de sel dans votre plat avant même de l'avoir goûté, et vous êtes déjà à la moitié de votre apport quotidien à ne pas dépasser. Cela va très vite. On ne resale jamais ses plats, on goûte avant de saler et surtout on introduit les épices au quotidien, c'est fondamental.

On a tendance à mettre du sel pour donner du goût à des aliments qui en manquent ?


Bien sûr. Le sel est un extraordinaire exhausteur de goût. C'est bien pour cela que l'industrie agroalimentaire en met souvent trop dans ses plats, parce que cela permet de leur donner du goût. Ils se donnent un peu plus de chances d'avoir des consommateurs, ce d'autant qu'en habituant le consommateur à manger salé, celui-ci sera toujours en demande de recettes de plus en plus salées. Il faut casser ce cercle vicieux, demander aux industriels de baisser la teneur en sel de leurs produits en étant beaucoup plus créatifs, et en intégrant des épices dans leurs recettes. Bref, passer par tous les moyens possibles pour avoir des recettes savoureuses mais qui ne soient pas nécessairement salées.

C'est un problème d'éducation ?

D'éducation et de pédagogie. Souvent, les gens pêchent parce qu'ils ne savent pas. Taxer, c'est bien, mais il faut faire de la pédagogie, expliquer aux gens en quoi le sel est important, les quantités à ne pas dépasser, quelle quantité il y a dans les aliments. Des applications sont très utiles pour ça et il faut savoir lire les étiquettes. Il ne s'agit pas de se priver de sel. Mais si on mange de la charcuterie en entrée, on ne prend pas de fromage en dessert.

Quels sont les risques d'un excès en sel pour la santé ?

C'est un risque qui est à moyen et long terme. Le sel, nous en avons besoin. C'est du chlorure de sodium et il héberge un ion, le sodium, qui est absolument nécessaire dans notre corps pour conduire l'eau. Il est responsable de la pression artérielle, et des mouvements d'eau entre les cellules et les tissus qui les hébergent. Et donc un excès de sel augmente le risque d'hypertension artérielle, très mauvaise à long terme pour le cœur et les vaisseaux. C'est un risque de maladie cardio-vasculaire qui est parfaitement identifié, et qui peut à la longue augmenter le risque d'insuffisance cardiaque, d'accident vasculaire cérébral ou d'infarctus.

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MessageSujet: Re: de la CUISINE avant toute chose, ou les marmites de l'avenir   Dim 2 Sep - 18:06


nous avions ouvert ce sujet par...

Citation :
une interrogation : pourquoi les théoricien.ne.s communistes ou féministes d'aujourd'hui attachent-ils ou elles plus d'importance au genre et au sexe qu'à la nourriture et à la cuisine, alors qu'ils ont en commun une double fonction, de reproduction et de plaisir ?

il est clair que "révolution sexuelle" et "révolution culinaire" ne sont pas dans le même rapport ni au capitalisme ni à la révolution communiste (voir cuisine et révolution)

une nouvelle série d'émission de France Culture commence ce dimanche, avec d'intéressantes commentaires du cuisinier-historien Emmanuel Perrodin parcourant l’exposition photographique « Manger à l’œil » au Mucem à Marseille


recette du jour : Tarte aux tomates cerises à la tapenade noire et au basilic

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MessageSujet: Re: de la CUISINE avant toute chose, ou les marmites de l'avenir   Mar 11 Sep - 12:07


Citation :
Un peu plus d’un cinquième des Français sondés (21 %) ont, en effet, déclaré ne pas être en mesure de s’offrir une alimentation saine leur permettant de faire trois repas par jour et 27 % ont admis ne pas avoir les moyens financiers de s’acheter quotidiennement des fruits et légumes.

C’est dans les foyers les plus modestes que cette tendance est la plus marquée. Ainsi, plus d’un français sur deux dont les revenus mensuels sont inférieurs à 1 200 euros a déclaré avoir des difficultés à payer la cantine de ses enfants et près d’un sur deux (48 %) estime avoir des difficultés à se procurer une alimentation variée.

Par ailleurs, ils sont une écrasante majorité (86 %) à estimer que la précarité alimentaire est le signe d’une situation de pauvreté.



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MessageSujet: Re: de la CUISINE avant toute chose, ou les marmites de l'avenir   Dim 16 Sep - 17:40


le cuisinier et la ménagère

LE POUVOIR DANS LA CUISINE
CHEF, CHEFFE DE CUISINE : PARADOXE D’UN MÉTIER ET TROUBLE DU GENRE

Martine Bourelly, Salariée et syndicaliste à Pôle emploi, Fondation Gabriel Péri, 26 octobre 2009

Cette ’intervention est issue de la recherche que Martine Bourelly a menée pendant l’année universitaire 2007-2008 : "Égalité des chances entre les hommes et les femmes" (Université Paris IV-Pierre et Marie Curie - Université Paris III-Sorbonne Nouvelle). Son mémoire est nourri par une longue expérience dans l’accompagnement de projets professionnels de demandeurs d’emploi et de salariés.

« Se dessinerait donc le schéma suivant : le gouvernement domestique appartient à la femme, le gouvernement politique à l’homme. L’autorité, dans les deux cas, doit rester masculine : l’homme est le seul chef possible. » [1]

Geneviève Fraisse, Les deux gouvernements : la famille et la Cité

Citation :
Aujourd’hui, l’image de la femme émancipée qui travaille à l’extérieur du foyer s’est substituée aux images de mère nourricière et de bonne ménagère. Néanmoins, la cuisine familiale comme les autres tâches domestiques restent souvent à sa charge [2]. En revanche, la cuisine professionnelle en France est une histoire d’hommes. Elle est longtemps restée un véritable bastion masculin.

« Faire la cuisine » est d’une part, un savoir-faire socialement désigné comme « naturellement » féminin et d’autre part, un métier masculin, celui de cuisinier. Ce métier s’est construit en s’appuyant sur des valeurs « viriles » – hiérarchie, commandement, force, discipline - en s’opposant et en dévalorisant la cuisine domestique et la cuisinière.

J’ai choisi d’analyser la situation paradoxale de l’activité culinaire. Le métier de chef, dont il est souvent question dans tous les médias à travers les grands chefs étoilés, s’entrouvre à présent aux « cheffes », qui bénéficient à leur tour d’une certaine « starisation ». Les femmes sont néanmoins encore assez rares à ce poste de pouvoir En 2006, 94 % des chefs de cuisine étaient des hommes, 6 % seulement étaient des femmes [3].

Les obstacles rencontrés par les femmes voulant accéder à ce métier sont nombreux. Elles s’affrontent à la domination masculine et la construction de l’identité professionnelle de ces femmes qui veulent être cheffe à la place du chef trouble les frontières du genre.

I. « Faire la cuisine » : un métier d’homme


Le métier de cuisinier en France s’est constitué en dehors des femmes et de leur savoir-faire ancestral. A l’origine, la grande cuisine française est une cuisine de cour commandée par des hommes. Taillevent, considéré par les historiens comme le premier « chef » français, était premier écuyer de cuisine du roi, en l’occurrence Charles VI. La « grande cuisine » sera jusqu’à la Révolution française la cuisine des « grands ». Toutefois, à côté de la noblesse, la bourgeoisie montante emploie très tôt des femmes pour faire la cuisine, à une nuance près : « seuls les bourgeois les moins riches » confiaient « la responsabilité de leur cuisine à une femme » [4].

Au cours du XIXe siècle, les restaurants se multiplient et la cuisine gastronomique apparaît. La rivalité entre cuisiniers et cuisinières s’accentue, les premiers craignant une dévalorisation de leur métier et une diminution de leur salaire. La corporation des cuisiniers dénigre assez violemment leurs rivales. La prose de Phileas Gilbert, cuisinier et critique gastronomique qui ira jusqu’à traiter les cuisinières de « scorie de la profession », en témoigne :

« Certains ont dit que la cuisine était l’apanage de la femme. Je l’accorde dans une certaine mesure, car comme il y a fagot et fagot, il y a cuisine et cuisine, et nous ne sommes pas à contester aux ménagères le pot-au-feu et le ragoût de mouton traditionnels. Que la majeure partie des cuisinières s’en tienne là et ne prétende pas s’immiscer dans nos travaux, d’abord trop fatigants pour leur complexion de femmes, ensuite beaucoup trop étendus pour leurs faibles connaissances, et dont elles ne peuvent rendre, quoi qu’elles fassent, qu’une très imparfaite, je dirais même une très mauvaise imitation. » [5].

L’objectif étant de tracer une ligne de démarcation nette entre la noble cuisine gastronomique et la vile cuisine domestique, la stratégie est claire : renvoyer les cuisinières à leur fourneau en mettant en avant leur « faiblesse » physique et surtout leurs « faibles connaissances ». Historiquement, cette stratégie professionnelle d’exclusion des femmes s’inscrit dans un contexte d’organisation d’une profession qui avait en outre un grand besoin de reconnaissance : à cette époque-là les cuisiniers sont souvent des gens de basse extraction formés sur le tas qui exercent dans des conditions très dures une activité féminine [6].

Évidemment, il y avait des intérêts divergents dans cette profession en gestation où se côtoyaient domestiques et employés, cuisiniers anonymes et célèbres, petits et grands chefs. On serait tenté d’affirmer que leur seul point d’accord était le refus d’accorder aux femmes leur place dans le métier. En 1893 à Paris, au cours d’un congrès de la Chambre syndicale ouvrière, les cuisiniers se déclarent opposés à l’admission des femmes comme apprenties dans les grandes cuisines. Néanmoins, et la chose est d’importance, ils approuvent le principe de l’enseignement ménager.

L’enseignement ménager sera rapidement intégré dans le système d’enseignement primaire public. L’État y voyait « une discipline qui pouvait contribuer à la défense de l’ordre social » [7] :

« L’enseignement ménager – hygiène, coupe, couture, repassage, cuisine – est pour ainsi dire l’adjuvant le plus puissant de la morale théorique : c’est comme une morale en action surtout pour les classes peu favorisées de la fortune. Bien instruites à ces différents points de vue, les jeunes filles se préparent plus efficacement à leurs devoirs de gardienne du foyer. Elles feront des familles fortes et c’est de la famille, cellule sociale, que dépend le progrès normal de la société, elles contribueront à la paix, au bonheur de l’humanité même. » [8]

Le souhait de promouvoir l’enseignement ménager est au cœur de la stratégie sociale de maintien des femmes dans la sphère domestique. Cette politique a permis de les assigner à résidence en quelque sorte : elles allaient apprendre à devenir de bonnes ménagères et à faire bon ménage avec les hommes.

La Grande Guerre va bouleverser l’ordre ancien des cuisines : au-delà de la quasi-disparition de la haute cuisine, ce sont les pratiques culinaires et les usages de la table, les menus, les relations entre les acteurs de la cuisine qui changent. Après la guerre, la corporation bénéficie de l’essor du tourisme (le Guide Michelin voit le jour en 1900 et prend son essor dans les années vingt) et des associations gastronomiques.

C’est dans ce contexte qu’après avoir été des cuisinières de maison bourgeoise, apparurent les « mères lyonnaises », qui étaient devenues propriétaires en achetant, à force d’économies, auberges ou modestes cafés. C’est le début de la gloire et lorsqu’en 1933, le Guide Michelin, attribue pour la première fois ses fameuses étoiles, ce sont deux femmes, la « Mère Brazier » [9] et la « Mère Bourgeois » qui reçoivent cette distinction. D’autres cuisinières se sont fait connaître sans atteindre la reconnaissance suprême : « Dans les gargotes, les auberges, les bouchons lyonnais, dans le sillage des "mères" persiste une cuisine de femmes (sœurs Tatin, Mère Poulard…) dont le chroniqueur du Monde des années 1960, La Reynière, vantait le mérite… » [10]

Il aura fallu attendre les années quatre-vingt pour voir des filles accéder au CAP de cuisine. Elles sont devenues à présent plus nombreuses dans les écoles hôtelières et la voie de la formation, à côté de celle de l’apprentissage, leur est plus favorable. Même si les professeurs de cuisine sont en majorité des hommes et « reproduisent les schémas classiques d’autorité, d’humiliation sous prétexte de préparer les élèves à leurs futures conditions de travail. » [11]

Les filles sont toujours en minorité dans la filière cuisine. Elles se trouvent orientées, selon le niveau d’études, plutôt vers les métiers de la salle, les arts de la table ou la gestion-management. En outre, celles qui poursuivent la formation de cuisinier se voient souvent proposer une option « plus féminine » : la pâtisserie. Autant dire que le parcours professionnels d’une cheffe de cuisine s’apparente souvent à une course d’obstacles.

II. Obstacles à la présence des femmes dans la cuisine professionnelle


Lorsqu’une femme veut accéder au métier de cheffe de cuisine, elle doit alors surmonter de nombreux obstacles liés aux caractéristiques de ce poste. Il apparaît alors que la prédominance des critères masculins pour l’exercice du métier de chef de cuisine érige une barrière difficilement franchissable. La première qualité masculine mise en avant ici comme dans d’autres métiers est la force physique.

2.1. Un travail physique pénible

Les conditions de travail en cuisine ont longtemps été très rudes. Elles étaient insalubres et l’activité avait des effets nocifs sur la santé : les maladies professionnelles étaient nombreuses et l’alcoolisme fréquent chez les cuisiniers. Ces conditions se sont améliorées avec l’apparition de normes d’hygiène et la formation du personnel à ces normes, la réglementation du temps de travail (jour de repos obligatoire et prise en compte des heures supplémentaires). Sans oublier les avancées technologiques  : « côté force physique : il existe à présent une panoplie d’outils, de nouveaux matériaux qui permettent une certaine aisance à travailler » et « le matériel est plus léger, l’ergonomie pensée différemment » [12]

Une constante demeure, il s’agit toujours d’un métier "physique" avec toutes les contraintes que cela suppose : longues positions debout, piétinements, déplacements rapides du corps, port de charge, résistance physique à la fatigue, aux changements de température, aux odeurs, aux dégagements de fumée… Mais les chefs (hommes et femmes) sont unanimes : « la pénibilité physique en cuisine n’est plus ce qu’elle était. » [13]

En outre, dans les restaurants gastronomiques, la variété des plats proposés suppose de fabriquer en plus petites quantités. L’argument du travail physique ne peut donc plus constituer l’élément discriminatoire par excellence. Une cheffe peut même y voir une valeur ajoutée sinon un défi : « C’est effectivement très physique : comme un sportif, il faut vraiment avoir une hygiène de vie, mais c’est ça qui me plaît. » [14] Hommes et femmes semblent d’accord sur ce point : « physiquement, ce n’est pas plus difficile pour une femme que pour un homme » [15]

La référence au corps et à la force physique, qui a toujours été une caractéristique de ce métier, n’est donc plus déterminante. Une évolution partagée avec d’autres professions (notamment dans le bâtiment, la conduite de PL, etc.) où le critère de la force physique n’est plus une barrière infranchissable. Cette avancée peut être considérée comme « un progrès incontestable car c’est sur le corps que l’on fonde l’idée de compétences propres à chaque sexe » [16]

2.2. La dangerosité et la répartition sexuée des tâches

La cuisine n’est pas un métier sans risques. Elle est associée à deux sortes de dangers : le tranchant et le coupant de certains ustensiles d’une part, le brûlant d’autre part. Concernant les ustensiles qui tranchent et qui coupent, c’est une vieille histoire de « distanciation par rapport au meurtre alimentaire ». Le cuisinier vient de loin, les armes à la main. A l’origine, dagues et poignards sont aussi des ustensiles de table. Le découpage des viandes, confié à un « écuyer tranchant » est longtemps resté au même titre que l’escrime une composante de l’éducation du jeune noble. Rien d’étonnant alors à ce que les femmes aient été tenues à l’écart d’une activité si étroitement associée à l’usage des armes. L’anthropologue Paola Tabet [17] affirme que le pouvoir des hommes sur les femmes est précisément assuré par le monopole des armes-outils.

Le brûlant renvoie à la chaleur produite par le feu, un élément fortement symbolique s’il en est, qui est au cœur des opérations culinaires. L’apprentissage en cuisine commence par les plats froids et se poursuit par les plats chauds. On peut voir là une progression pédagogique allant du simple au complexe. Mais la distinction est bien plus significative. Le feu trace une ligne de démarcation entre « le cru et le cuit » : « La cuisson accomplit la transformation culturelle du cru » [18]. D’un côté, le cru, la nature, de l’autre, le cuit, la culture. Qui renverrait à une division femme/homme. À l’intérieur même du métier de cuisinier, nous retrouvons entre le « chaud » et le « froid » une division sexuée qui concerne plus précisément le poste de « chef de partie » dans l’organisation de la cuisine aujourd’hui. Le poste de chef de partie « rôtisseur » est plutôt occupé par les hommes alors que celui de chef de partie « pâtissier » est davantage féminisé. Il apparaît ainsi que s’instaure une division sexuée qui peut donner lieu à une hiérarchie – et prendre la forme d’une promotion.

2.3. Le sens du commandement

La discipline quasi militaire qui règne dans le milieu professionnel de la cuisine et le rôle autoritaire du chef sont liés à l’origine du métier. L’idéologie machiste affirme souvent que les femmes, le « sexe faible », n’auraient pas l’autorité « naturelle » indispensable pour diriger… des hommes, qui plus est. Ce qui semble signifier qu’il n’existe pas d’autorité sans usage de la force, sans agressivité ou même sans violence, lesquelles seraient l’apanage de l’homme.

Les cheffes que nous avons interviewées ont dû trouver les moyens de s’imposer. Certes, il est intéressant de noter que nombreuses sont celles qui appartiennent à une dynastie de cuisiniers. Un atout sans doute mais elles n’échappent pas pour autant à la question : qui est le chef ? Une cheffe, qui a « repris le flambeau », tenu jusqu’alors par une lignée d’hommes, ne s’est pas faite sans mal. Parvenue au poste de cheffe, elle a dû asseoir une autorité contestée.

Une autre cheffe, issue d’un milieu modeste, aspirait à une carrière militaire et semblait « bien armée » pour affronter le problème de l’autorité. Mais avant d’occuper le poste, après avoir suivi une formation hôtelière classique, il a fallu qu’elle s’impose comme « seconde » de cuisine et cela non sans humiliation : elle s’est même vu qualifiée de « femme du chef ».

Les femmes avouent plus facilement avoir eu des problèmes d’autorité lors de leur entrée en cuisine. Les hommes n’en parlent jamais, ce qui ne signifie pas qu’ils n’en ont pas eu. Certaines cheffes expriment la nécessité d’adopter des façons différentes de diriger : « C’est pas forcément quand on crie qu’on se fait entendre », affirme l’une. « Il y a un moment angoissant au début du service où les choses doivent se faire rapidement ; ça met de la tension, mais bon, de là à gueuler et à envoyer les casseroles en l’air… Moi, je m’y suis prise différemment  » explique une autre. Il semble que les relations de travail puissent évoluer en cuisine et des méthodes nouvelles de management apparaître avec l’arrivée des femmes. La volonté de changement de certains hommes peut y aider.

Les premières femmes chefs, en l’occurrence les « mères lyonnaises », étaient réputées pour leur "fichu caractère". A l’époque elles durent endosser les attributs masculins pour être reconnue, et non pas comme chef mais comme « mère ». On peut noter une certaine avancée sur ce point aujourd’hui : lorsqu’elles parviennent au poste de "chef-fes", les femmes innovent souvent des postures de commandement qui leur évitent ces contorsions identitaires.

2.4. La créativité culinaire


L’élévation de la cuisine au rang d’un art a toujours été l’objectif de la grande cuisine. À présent que des femmes accèdent à des postes de cheffes, leur accorde-t-on la capacité de créer en cuisine ? Certes, « intellectuellement, il est désormais admis que la supériorité innée des hommes sur les femmes n’est pas défendable.  » [19] Néanmoins, du côté masculin, les résistances à propos des capacités créatives des femmes s’expriment encore de diverses manières.

« Ce qui nous différencie des femmes, c’est que nous, les mecs, on est terriblement égoïstes et qu’il faut l’être pour qu’il y ait création », affirme un chef étoilé. D’où l’équation : Homme = égoïste = créatif. Et comme les femmes ne sont pas égoïstes… Un autre chef souligne la capacité des hommes à innover et même transgresser : « Par créateur, j’entends enfoncer les portes, aller dans la provocation, les types ont des délires, des formes d’avant-gardisme et je parle là de l’art culinaire. » Et il l’oppose à la capacité des femmes à produire de la qualité de manière régulière. Les femmes sont alors renvoyées à nouveau à la cuisine domestique et son aspect répétitif, les « délires » de la cuisine artistique étant réservés aux hommes.

Chez les cheffes, le discours sur l’aspect artistique du métier est plus modeste et moins assuré : « Le côté artiste [de la cuisine], c’est le côté poète de la chose, du produit, le raffinement et je ne suis pas persuadée que ce soit particulièrement masculin ». Quand elles évoquent l’art de cuisiner, c’est en tant que recherche, tâtonnement, en mettant l’accent sur sa face cachée, « l’art avec des ratés » : « le principe même de la création en cuisine, c’est l’irrégularité, les choses imparfaites. ».

La créativité dans la cuisine apparaît comme un thème sur lequel femmes et hommes ont un point de vue particulièrement divergent. Un écart significatif qu’une cheffe explique généreusement ainsi : « L’homme est dans l’apparat et cette poussée vers l’art pour asseoir son pouvoir, quand il y arrive, est une pulsion intéressante. »

2.5. L’environnement machiste


Les femmes sont arrivées tardivement dans ce secteur professionnel : « À l’époque dans ces sections de cuisine, je n’ai souvenir d’aucune fille. Elles sont arrivées plus tard, en minorité, dans les années 1985-1990. L’ambiance était très macho évidemment. » Les femmes sont alors perçues comme des rivales et ont le leur fait payer : « Quand on arrive dans une brigade d’hommes un peu machos, lorsqu’on est la seule femme et qu’on a toute la brigade contre soi, il faut vraiment aimer le métier pour rester ». Il y a énormément de blagues machistes et d’actes de malveillance : « On me met de l’eau dans la sauce ou on augmente le feu discrètement… ! »

Dans ce métier très physique l’accès au corps des femmes est une monnaie d’échange possible. Une responsable de l’AVFT (Association européenne contre les violences faites aux femmes) souligne le nombre important de procès en cours dans ce secteur professionnel. Elle met en relief un élément propre aux métiers où l’on change de vêtements pour travailler : « Il y a des vestiaires, des douches et ce sont des lieux très propices à une ambiance sexuellement chargée. » Les hommes justifient leurs attitudes par les contraintes, le stress lié à ce type de travail : « Ce sont des taquineries pour se détendre car on est toujours sous pression » et ça peut aller de la parole - « raconter des blagues de cul » - aux actes - « se tripoter, ça fait du bien ».

Il semblerait qu’en cuisine tout soit prétexte à centrer le travail sur des éléments sexuels. Pour y échapper, les femmes « organisent leur travail pour éviter de se retrouver face à des situations qui prêteraient le flanc à des remarques ou des agressions sexistes. » Et pourtant, selon certains, cheffes ou chefs, l’arrivée des femmes en cuisine aurait des effets positifs, notamment sur le comportement des hommes. Version masculine : « c’est-à-dire que les types se comportent autrement, en principe ils sont moins cons, ça amène une certaine sérénité ». Version féminine : « ça apporte une fraîcheur qu’il y ait plus de femmes, une douceur aussi quelque part et moi je trouve que c’est nécessaire. Les hommes entre eux sont… différents ».

2.6. Le rôle des réseaux

L’importance des réseaux dans les parcours professionnels n’est plus à démontrer. Dans le monde de la cuisine, ils sont très présents et peuvent jouer un rôle déterminant dans la carrière d’un cuisinier. Un premier réseau non professionnel, celui de la franc-maçonnerie, est souvent cité par les professionnels. Ils en parlent plus ou moins librement : « Il y a encore un grand truc dans la profession, c’est la franc-maçonnerie. Ils sont liés les uns aux autres et ça va assez loin dans les concours, les femmes on n’en voit pas souvent… Ils vont être dans presque toutes les associations, ils font partie des jurys, ils font partie de l’organisation. » [20]

Les associations professionnelles ou paraprofessionnelles sont légion – au moins une soixantaine - souvent à géométrie et à durée variables, et les plus notables regroupent uniquement des hommes. En 2001, l’Association des maîtres cuisiniers de France s’est encore illustrée en rejetant la candidature d’Anne-Sophie Pic qui obtiendra trois étoiles en 2007. Il existe à présent d’autres formes d’associations féminines, notamment des réseaux de femmes-entrepreneurs : « La création d’entreprises, c’est le fait de donner aux femmes la possibilité de devenir des sujets plutôt que des assistées […] et je trouve que l’existence de tels réseaux est vitale pour les femmes car elles ne sont pas habituées à être dans un réseau. » [21] Il est en effet primordial qu’elles se saisissent de cet outil extraordinaire que constitue l’entraide. D’autant que les hommes savent parfaitement l’utiliser depuis très longtemps à des fins de domination et de pouvoir.

III. « Trouble dans le genre » : entre inertie et mouvement


Les femmes devenues "chef-fes" de cuisine ont su conquérir une partie du pouvoir inhérent à ce poste. Peut-on pour autant parler à ce sujet d’une inversion du genre ? Non, si l’on entend par là une inversion de la domination d’un genre sur l’autre. Oui, en revanche, si l’on fait « l’hypothèse qu’en transgressant les orientations genrées en termes de métiers et/ou de positions professionnelles et personnelles, femmes et hommes bousculent les définitions traditionnelles des catégories sexuées… ». [22] Mais, est-ce suffisant pour faire réellement bouger les lignes au-delà de la présence emblématique des femmes à ce poste de chef de cuisine ?

Le genre de « chef »

Comment endosser l’habit de chef quand le mot lui-même ne se met pas au féminin ? Le féminin de chef n’existe pas : l’usage ne s’est jamais fait sentir. Il appartient à la catégorie des mots désignant des fonctions ou des métiers exercés uniquement ou principalement par les hommes, Certes, on pourrait toujours parler de la chef ou de « une/cette/ma » chef. [23] Ce qui semble être déjà l’usage et qui fait partie des préconisations officielles.

Dans les textes officiels [24], la règle s’appliquant aux noms masculins terminés par une consonne stipule que le féminin est soit identique au masculin, soit se forme en « e » avec ajout d’un accent sur la dernière voyelle ou doublement de la consonne finale. On écrirait donc chèfe ou cheffe (utilisé en Suisse).

Appeler la femme qui occupe le poste de chef (de cuisine) peut troubler l’équipe qu’elle dirige : « Je n’ai jamais rien demandé mais quand j’ai commencé, ils n’avaient pas l’habitude, ils ne savaient pas comment m’appeler, ils faisaient comme ils voulaient  » [25] Apparemment, les femmes n’aiment pas être appelées « chef », la plupart se font appeler par leur prénom ou alors « madame ». Et elles ne semblent pas vouloir « jouer au chef » : « Le mot chef, je n’aime pas. Je préfère cuisinière ou cuisinier. Chef, ça dit ce que ça dit : un p’tit chef, un grand chef. Ce n’est pas ce qui me fait palpiter ou rêver ! » [26] Il en irait différemment avec l’autre genre selon une autre cheffe : « Mais, je crois que les hommes, ils aiment bien ça, ça les valorise énormément et ça leur permet de gueuler même quand ce n’est pas nécessaire. »

Conclusion

À l’issue de la réflexion que nous avons menée sur chacun des termes du paradoxe – d’un côté une activité féminine, la cuisine domestique, de l’autre, une activité masculine, la cuisine professionnelle –, celui-ci nous apparaît à présent comme l’illustration même de la plasticité des rôles attribués aux genres. En effet, la même activité humaine – tellement humaine que l’homme a été défini comme « animal cuisinant » – a persisté sous une forme spécifiquement féminine dans la sphère réservée aux femmes et s’est développée d’une manière spécifiquement masculine dans la sphère publique. Dans chaque sphère, le genre semble « aller comme un gant » au chef comme à la cuisinière. Il n’en est rien, évidemment : le chassé-croisé des genres en cuisine est le résultat d’une histoire socioprofessionnelle où le chef a réussi jusqu’à récemment à maintenir la cuisinière dans son rôle de ménagère. Résultat obtenu non sans lutte.

Cette rivalité entre hommes et femmes autour d’une même activité pour « faire sa place » dans la société montre bien que rien n’était écrit (ni dans les gènes, ni dans le sexe) concernant leurs compétences respectives, en l’occurrence « faire la cuisine ». Tout porte à penser, au contraire, et une fois n’est pas coutume, que dans ce domaine les femmes auraient pu être avantagées par leur fonction nourricière, qu’elles auraient pu exploiter leurs compétences domestiques sur le marché du travail. Et ce n’est sûrement pas leur « destin biologique » qui les en a empêchées mais bel et bien les rapports sociaux de sexe, la division sexuelle du travail, bref « l’ordre sexué ». [27] Nous voyons dans ce paradoxe la preuve en négatif de l’adaptabilité sociale des hommes et des femmes. Aujourd’hui, l’ordre est troublé : les cordons bleus masculins et les cheffes de cuisine ne sont pas légion mais ne sont plus l’exception. Et ils sont bien la preuve de la plasticité des rôles de genre que nous aimerions rapprocher de la plasticité du cerveau humain.

Références

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Beauvoir Simone de, Le Deuxième Sexe, II : l’expérience vécue, Paris, Gallimard, 1949.
Bourdieu Pierre, La Domination masculine, Paris, Seuil, 1998.
Butler Judith, Trouble dans le genre, le féminisme et la subversion de l’identité, Paris, La Découverte, 2005.
Cadalen Sophie, Les Femmes de pouvoir, des hommes comme les autres ?, Paris, Seuil, 2008.
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Singly François de, L’Injustice ménagère, Paris, Armand Colin, 2007.
Tabet Paola, La Construction sociale de l’inégalité des sexes, des outils et des corps, Paris, L’Harmattan, 1998.


[1] C’est nous qui soulignons.

[2] Une étude de la Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques (Drees) d’avril 2007 confirme cette inégalité persistante. Dans la hiérarchie de ces tâches, les repas quotidiens sont encore préparés à 72 % (juste après le repassage), dans la typologie des « mères qui font tout ou presque » et à 41 % dans « les couples qui partagent toutes les tâches ».

[3] Statistiques de la Dares (Direction de l’animation et de la recherche des études et des statistiques) « Métiers et qualifications, Portraits détaillés des métiers, Hôtellerie, restauration, alimentation – Les familles professionnelles – données de cadrage 1982-2002 » Études/Recherche, 2005.

[4] Stephen Mennell, Français et Anglais à table du Moyen-âge à nos jours, Paris, Flammarion, 1987.

[5] Philéas Gilbert, « Cuisiniers, cuisinières et journaux », L’Art culinaire, 1883, cité in Alain Drouard, Histoire des cuisiniers en France XIXe-XXe siècle, Paris, CNRS Éditions, 2004, p. 25.

[6] Alain Drouard, Histoire des cuisiniers en France XIXe-XXe siècle, Paris, CNRS Éditions, 2004, p. 14.

[7] Ibid. p. 66.

[8] Extrait d’un Mémoire sur l’enseignement ménager présenté à l’Exposition internationale d’hygiène de Londres en 1884, cité dans Alain Drouard, op. cit. p. 66, n. 22.

[9] Notons le poids des mots utilisés pour désigner ces femmes chefs : mère, sœur et parfois tante.

[10] Michelle Perrot, « La place des femmes à la cuisine » in Gusto, été 2007, no 3, p. 10.

[11] Éliane Ghaguidi et Yann Marolleau, conseillers principaux d’éducation du lycée Médéric.

[12] Cheffes et chefs de cuisine interviewé(e)s par l’auteure.

[13] Ibid.

[14] Ibid.

[15] Ibid.

[16] L’inversion du genre, quand les métiers masculins se conjuguent au féminin… et réciproquement, Yvonne Guichard-Claudic et Danièle Kergoat et Vilbrod Alain, 2008

[17] Paola Tabet, La Construction sociale de l’inégalité des sexes : Des outils et des corps, Paris, L’Harmattan, 1998.

[18] Lévi-Strauss, 1964

[19] Sophie Cadalen, psychanalyste et écrivain, "les femmes de pouvoir, des hommes comme les autres ?", 2008

[20] Cheffes et chefs de cuisine interviewé(e)s par l’auteure.

[21] Ibid.

[22] Yvonne Guichard-Claudic, Danièle Kergoat et Alain Vilbrod (dir.), L’inversion du genre – Quand les métiers masculins se conjuguent au féminin… et réciproquement, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2008.

[23] Le nom est épicène lorsque son signifiant est identique pour les deux genres ; c’est le choix du déterminant (article, pronom démonstratif ou possessif) et les accords qui indiquent le sexe (par ex. un/une pianiste)

[24] Circulaire du 11 mars 1986 relative à la féminisation des noms de métier, fonction, grade ou titre.

[25] Cheffes et chefs de cuisine interviewé(e)s par l’auteure.

[26] Ibid.

[27] Sénac-Slawinski Réjane, 2005

quand vous cherchez une recette donnée et ses variantes, rien de plus facile sur Internet. Les sites culinaires y pullulent, et en bon rang, les recettes des chefs. L'offre est si riche que l'on peut se passer complètement des livres de recettes. J'en ai chez moi des dizaines et je ne les ouvre plus, en dehors des notes de ma mère dans ses cahiers, pour retrouver les recettes de mes grand-mères qu'elle y avait recopiées, et par là les goûts de mon enfance, mes "Madeleine"...

plusieurs de ces blogs proposent des commentaires de personnes ayant mis ces recettes en œuvre et donnant leur avis ou conseils, et l'immense majorité sont des femmes. Il apparaît évident que nombreuses cuisinent aussi bien que les chefs cuisiniers, dans l'anonymat de la femme au foyer, car quoi qu'il en soit, cuisiner à une certain niveau relève d'un "métier", exige beaucoup de temps, la maîtrise des bases et tours de main quand on se lance dans des recettes plus sophistiquées ou dites gastronomiques, ce que ne permet pas une activité salariée extérieure, ni même la cuisine du dimanche ou celle des réceptions familiales ou entre amis, à laquelle se livrent volontiers les hommes, pour les raisons expliquées dans ce texte, quant à la valorisation, qui leur apparaît sans doute insuffisante dans le cadre familial quotidien

je ne pense pas que la reconnaissance de "femmes-chefs" change fondamentalement la place des femmes relativement à la cuisine. Il y a certainement un problème, déjà discuté, à considérer "faire la cuisine" comme une "tâche domestique" avec la connotation de corvée au même titre que "faire la vaisselle, la lessive, ou le ménage", ou l'aspect créateur est indéniablement plus limité. J'ai déjà insisté sur le peu de place réservé à la cuisine, et même à l'alimentation, par la théorie communiste, en comparaison du sexe, et c'est certainement un signe de son accaparation par les hommes

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