PATLOTCH / COMMUNISME / un ART de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES, ÉCOLOGISTES... et POÉTIQUES !
 
AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  
Rechercher
 
 

Résultats par :
 
Rechercher Recherche avancée
Derniers sujets
» ANTISÉMITISME, SIONISME, antisionisme... Identité juive... UJFP, JJR...
Aujourd'hui à 12:05 par PEUTÊTRE

» 1968 POÈMES et SLOGANS, AFFICHES, ARTS et LUTTES... UNE POÉTIQUE RÉVOLUTIONNAIRE ? (tour d'horizons et debriefing théorique)
Aujourd'hui à 11:13 par PEUTÊTRE

» LA FRANCE, roman initiatique
Aujourd'hui à 7:59 par Patlotch

» CAS TORSE DU PRINTEMPS DIX-HUIT : LA VÉRITABLE CONVERGENCE, chronique et théorie
Hier à 21:37 par Patlotch

» des MOTS que j'aime et d'autres pas
Hier à 10:14 par Patlotch

» DES RIENS DU TOUT
Hier à 9:21 par PEUTÊTRE

» NOTES de STYLISTIQUE et POÉTIQUE
Dim 22 Avr 2018 - 23:11 par Patlotch

» ANARCHISME IDENTITAIRE COMMUNAUTARISTE : indé-passable ?
Dim 22 Avr 2018 - 22:56 par PEUTÊTRE

» au-delà du vrai et du faux, tragique comédie
Dim 22 Avr 2018 - 12:51 par PEUTÊTRE

» 1968 ANNÉE révolutionnaire pour le CAPITAL : documents, récits, et considérations théoriques
Sam 21 Avr 2018 - 13:06 par PEUTÊTRE

» DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés
Ven 20 Avr 2018 - 14:12 par PEUTÊTRE

» LES MURS ONT LA PAROLE : SLOGANS DE NOS JOURS (ET NUITS)
Ven 20 Avr 2018 - 12:30 par PEUTÊTRE

» le GAUCHISME : une catégorie pertinente pour la critique ?
Mer 18 Avr 2018 - 20:07 par PEUTÊTRE

» CATASTROPHES INDUSTRIELLES et POLLUTIONS
Mer 18 Avr 2018 - 17:54 par PEUTÊTRE

» ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie
Mar 17 Avr 2018 - 14:09 par PEUTÊTRE

» critiques et discussions de l'INTERSECTIONNALITÉ "CLASSE-GENRE-RACE"
Mar 17 Avr 2018 - 14:04 par PEUTÊTRE

»  revues, textes et auteurs divers : Période, Viewpoint, Jacobin Magazin, Bloch, Dinerstein, Chuang, Löwy, Korsch/Mattick, Balibar, Takeuchi/Murthy, Angela Davis, multitudes...
Mar 17 Avr 2018 - 12:04 par Tristan Vacances

» 1968 ANNÉE MUSICALE
Mar 17 Avr 2018 - 11:06 par Tristan Vacances

» JAZZ ONLY : "petits maîtres"
Mar 17 Avr 2018 - 9:34 par Patlotch

» 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes
Mar 17 Avr 2018 - 2:52 par PEUTÊTRE


Partagez | 
 

 LE TOURNANT DÉCOLONIAL CONTRE l'essentialisme de LA NÉGRITUDE

Aller en bas 
AuteurMessage
Tristan Vacances



Messages : 450
Date d'inscription : 21/12/2016

MessageSujet: LE TOURNANT DÉCOLONIAL CONTRE l'essentialisme de LA NÉGRITUDE   Jeu 22 Fév 2018 - 11:04


Patlotch a souvent insisté sur le fait que la pensée décoloniale n'est saisissable qu'en tant que dépassement de l'affirmation raciale dont la Négritude était, concernant le monde noir, le premier moment

nous y revenons à l'occasion de la sortie du dernier roman de Maryse Condé, avec quelques interviews



Maryse Condé : « Ma relation avec l’Afrique s’est fondée sur un mensonge » Clarisse Juompan-Yakam Jeune Afrique 21 mai 2015
Citation :
Vous dites votre frustration de ne pas avoir été intégrée à la communauté africaine-américaine aux États-Unis, où vous enseigniez.

Au début, j’ai été une disciple d’Aimé Césaire. J’ai cru à la négritude. Pour moi, tous les Noirs de toutes les "races" étaient mes frères et mes soeurs. Puis je me suis rendu compte que les Africains-Américains ne m’acceptaient pas. Malgré ma peau noire, je venais d’ailleurs, j’avais d’autres référents, une autre histoire. Mes parents n’avaient pas eu à s’asseoir au fond d’un bus pour laisser leur place à des Blancs.

Peut-être inconsciemment me le reprochait-on ? En tout cas, il n’y avait aucune raison qu’on m’accueille à bras ouverts. Mais cela a été pareil en Afrique, en Guinée notamment : les Africains ne m’ont jamais considérée comme l’une des leurs.

C’était dur d’entendre mes enfants traités de fils de "toubabesse". Le fait que je n’aie pu m’intégrer ni à l’Afrique ni à l’Amérique noire confirme le mythe de la négritude. Chaque être dépend de son parcours individuel.

Frantz Fanon l’a bien expliqué : s’il n’y avait pas de monde blanc en face, il n’y aurait pas de Noirs. Nous ne sommes noirs que lorsque nous sommes confrontés au monde blanc qui nous enferme dans le même sac.


Citation :
Dès les années 1970, donc bien avant l’Éloge de la créolité, Condé avait déjà vertement critiqué la négritude. Elle n’a par ailleurs cessé, en parallèle au jugement sévère envers le père, de rappeler sa position d’« ancêtre fondateur » pour les écrivains antillais. Cet article voudrait montrer comment la relation de Condé à Césaire oscille, dans son oeuvre de fiction autant que ses écrits critiques, entre rébellion et fidélité, entre une critique véhémente de la négritude et un retour incessant à cette figure paternelle. La lecture se fait en lien avec le rapport ambivalent de Condé avec l’autre père de la Caraïbe francophone, Frantz Fanon, celui qu’elle a elle-même appelé son « deuxième maître ».

Maryse Condé et les pères fondateurs de la Caraïbe francophone Ching Selao, Études françaises Volume 52, Numéro 1, 2016, p. 73–90


A 80 ans, Maryse Condé est la grande dame des lettres antillaises. Universitaire et romancière, elle est l’auteur d’une production foisonnante et puissante: une vingtaine de romans, des récits autobiographiques, des essais et des articles sur la politique, la langue, l’histoire antillaise et française. Affaiblie par la maladie depuis quelques années, elle s’est retirée dans le Lubéron où elle partage son temps entre lectures, rencontres et réflexions sur le devenir du monde. Dans son nouveau roman Le fabuleux et triste destin d’Ivan et Ivana, elle part des attentats terroristes et d’autres turbulences du monde contemporain pour revisiter les thèmes qui lui sont chers : Afrique, France, négritude... Entretien.


2017

Citation :
Les jumeaux Ivan et Ivana sont nés de l'union d'une Gudeloupéenne et d'un Malien, musicien et poète. Ils sont élevés par leur mère et leur grand-mère car le père est parti au Mali avant leur naissance. Les deux enfants sont très proches, mais leur complicité résistera-t-elle aux turbulences sociales et politiques auxquelles ils sont confrontés lorsque, devenus adolescents, ils débarquent au Mali, dans la famille de leur père. Au contact des jeunes et moins jeunes qu'ils rencontrent dans leur nouveau pays, Ivan se radicalise et se convertit à l'islam. A travers le récit du drame jihadiste qui ravages des pays et des esprits, Maryse Condé raconte le devenir de la négritude mise à l'épreuve de la mondialisation et la guerre des civilisations. Un roman subtil et inattendu.

RFI : La publication du Fabuleux et triste destin d’Ivan et d’Ivana qui est le vingt-deuxième roman sous votre plume est une divine surprise. Comme vous aviez déclaré que vous ne vouliez plus écrire, on ne s’attendait plus à un nouveau roman. Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ?

Maryse Condé : Vous savez c’est difficile pour un écrivain qui a toujours écrit, de se résigner à ne plus le faire. Mon corps est peut-être malade, affaibli, handicapé, mais mon esprit reste actif comme il l’a toujours été. La source de l’inspiration ne s’est jamais tarie. Mon imagination réagit aux évolutions du monde en faisant advenir à la surface de ma conscience des images, des pensées. Il était difficile de résister longtemps à la tentation de les mettre en forme. C’est donc ce que j’ai fait en me faisant aider par mon mari pour la partie pratique.

C’est un roman sur la radicalisation de la jeunesse musulmane des Antilles. Quel a été l’événement déclencheur ?

Le monde dans lequel nous vivons actuellement est très étrange car il ne ressemble aucunement à ce que nous avons pu connaître dans notre jeunesse. Nous n’avons pas été victimes d’attentats terroristes, ni vu des voitures fonçant sur la foule. J’ai eu envie de raconter ces nouveaux dangers qui guettent nos sociétés, décrire l’étendue des dégâts tout en m’interrogeant sur les causes profondes de ces dysfonctionnements humains et sociaux. Je suis parti du phénomène de radicalisation qui touche aussi les jeunes caribéens. En bavardant avec une chercheuse d’origine pakistanaise, j’ai appris que des Haïtiens, des Antillais étaient partis se battre en Syrie aux côtés des jihadistes. Et puis il y a eu en 2015, le meurtre de la policière antillaise Clarissa Jean-Philippe par le jihadiste Amedy Coulibaly, à Montrouge, une banlieue parisienne. Cette tuerie aveugle d’une femme noire par un homme, lui aussi noir, était un tournant pour moi. Nous avions atteint le sommum de la violence. Il fallait que je réagisse.

Vous voulez dire que si la victime était européenne ou chinoise ou indienne, la violence du meurtre aurait été moins traumatisante ?

Bien évidemment que non. En revanche, en abattant la policière antillaise, le Malien Amedy Coulibaly mettait fin au mythe de la négritude basée sur la solidarité intra-raciale. La négritude est morte à Montrouge ce jour-là car elle s’est révélée pour ce qu’elle a toujours été : un mythe. La violence dont le jihadiste malien a fait preuve ne se soucie guère de la couleur de la peau et n’épargne ni parents ni amis. C’est cette violence que j’ai voulu mettre en scène à travers le duo de frère et sœur jumeaux Ivan et Ivana, les deux personnages centraux de mon livre, reliés à la fois par un grand amour et une haine farouche.

Le drame que vous racontez dans votre roman nous entraîne en Afrique, plus précisément au Mali en proie à des violences communautaires et religieuses. Vos héros y retournent pour retrouver leur père africain. Ce retour en Afrique a été une constante dans le parcours des hommes et femmes de la diaspora noire de votre génération.

Comme je l’ai raconté dans le premier volume de mes mémoires (1), à cause de mon éducation coloniale et bourgeoise, j’ai longtemps cru que les Noirs étaient natifs des îles de la Caraïbe. C’est à vingt ans, en découvrant Discours sur le colonialisme d’Aimé Césaire que j’ai compris que la présence des Noirs sur le continent américain n’allait pas de soi et qu’elle était le résultat d’un processus historique. Grâce à Aimé Césaire, je suis partie en Afrique où j’ai vécu une dizaine d’années. Ce retour en Afrique m’a permis de m’assumer en tant que femme noire et de devenir cet écrivain que je suis devenue.

Vous avez aussi déclaré que votre relation avec l’Afrique était fondée sur un « mensonge ». De quel mensonge s’agit-il ?

« Mensonge » n’est pas un terme approprié. Il faut peut-être parler du piège de la quête des origines qui nous a conduits, les Antillais et les Américains noirs, en Afrique. Nous nous somme très vite rendu compte que nous n'étions pas Africains. Il n’y avait pas d’ancêtre fondateur, il n’y avait que le bateau négrier dans la cale duquel s’est constituée notre véritable identité. Dans la douleur de l’arrachement à la terre natale et de la dépossession. Pour douloureuse que soit cette prise de conscience, c’est sans doute parce que je suis passée par là que je vis bien et pleinement aujourd’hui ce métissage culturel dont je suis le produit, comme tous les Antillais, mais aussi tous ceux qui sont passés par la colonisation. En fait, je me sens proche de tous ceux qui questionnent les notions d’origine. « Je ne suis d’aucune nationalité prévue par les chancelleries », pourrais-je dire en citant Aimé Césaire.

Cette histoire coloniale pourtant nourrit votre œuvre. Sa mémoire est transmise par les femmes telles que Maeva, Simone, grand-mère et mère respectivement de vos personnages principaux dans votre nouveau roman. N’avez-vous pas toutefois l’impression qu’avec la mondialisation qui rapproche aujourd’hui les hommes et les sépare aussi, nous sommes passés à un autre cycle de l’évolution humaine ?

Oui, je vois bien que les pays sont engagés dans des voies nouvelles qu’on ne pouvait imaginer il y a vingt ans. L’histoire de l’homme n’est pas finie, mais les problèmes tels que les guerres civilisationnelles, les migrations que nous rencontrons aujourd’hui dans le monde, découlent aussi en partie des dysfonctionnements causés par l’esclavage et l’impérialisme occidental. Ces crimes ne sont pas étrangers aux ravages que connaît par exemple ma terre natale la Guadeloupe, plongée dans la violence et le chômage. La résolution de ces problèmes passe par un véritable dialogue des cultures.

Pour finir, je voudrais vous demander quels sont les auteurs qui vous ont marqué le plus ?

Je dirais Frantz Fanon, à cause de sa lucidité et Aimé Césaire pour la beauté et la puissance de son œuvre. On peut ne pas aimer la politique d’Aimé Césaire, mais ses textes continueront longtemps de nous interroger et interpeler.

(1) La Vie sans fards, JC Lattès, 334 pages


Citation :
[...]

Quels ont été votre plus grande souffrance et votre plus grand bonheur ?

La plus grande souffrance a été de vivre dans des pays où je n'étais pas acceptée, intégrée. En Guinée, par exemple, tout le monde m'appelait la « toubabesse » , ça signifie l'étrangère, la blanche. Au Ghana, c'était pire, il n'y avait aucun effort d'intégration. Le plus grand bonheur, peut-être, c'est justement le fait d'arriver à vivre en étant étranger quelque part.

Aimé Césaire a écrit que « Le mouvement de la négritude affirme la solidarité des Noirs de la diaspora avec le monde africain ». Votre expérience de vie ne semble pas aller dans ce sens...

Il n'y a aucune solidarité. Les Africains ne nous [les Antillais, NDLR] ont jamais considérés comme des frères. Moi, je n'ai jamais connu cette solidarité.

C'est un mythe, une construction de l'esprit qui ne repose sur rien de vécu.

D'après vous, est-ce que la négritude est un concept qui fascine autant qu'il déçoit alors ?

Non, c'est plutôt le désir de construire quelque chose qui vous permet d'avoir de la force. On peut avoir de la force en n'ayant rien de construit : force dans le dénuement, force dans le désert, force dans l'absence. Je crois que la négritude est une construction qui ne repose sur rien et qui n'apporte rien à l'individu.

Quelle place tient par contre l'africanisme selon vous ?

C'est la connaissance intellectuelle de l'Afrique. C'est une connaissance raisonnée et raisonnable.

Et comment combinez-vous la créolité ?

Je porte en moi une forme de créolité qui est ma nature, ma vie. On peut dire que je suis créole de façon confuse et je suis africaniste de façon intello. Tout cela se mêle pour fonder Maryse Condé, une femme.

Est-ce que vous pouvez nous raconter votre rencontre avec Cahier d'un retour au pays natal ?

J'étais en hypokhâgne quand une camarade me l'a fait connaître [milieu des années 50]. J'ai passé la nuit à le lire et il m'a complètement envahie d'une façon positive et négative. Au début, j'étais plus sensible à la construction, c'est pour ça que je suis allée en Afrique. Mais une fois arrivée là-bas, j'ai découvert le mythe.

Quels souvenirs gardez-vous de votre rencontre avec Aimé Césaire ?

Aucun, c'était un homme très timide, très réservé, très renfermé. Il avait fait l'École normale supérieure avec un de mes frères, donc il m'en a parlé, mais il ne s'est jamais intéressé à moi.

C'est une déception ?

Non, car quand j'avais 20 ans, il y avait le monde des hommes et les femmes ne comptaient pas, donc il m'a paru normal qu'il n'attache aucune importance à ce que j'étais.

Vous faites partie de ceux qui ont mené un combat actif pour que le 10 mai soit reconnu comme la journée de commémoration de l'abolition de l'esclavage. Quel message avez-vous envie de transmettre aux jeunes générations ?

Rien ! Chacun se débrouille et fait ce qu'il peut. Pas de règle et pas de voie tracée qu'il faut suivre. Comme dit la chanson : « chacun fait fait fait... c'qu'il lui plaît plaît plaît... ! » (rires).

Propos recueillis par N. F.

avec leur insistance sur Césaire et l'anticolonialisme, les militants décoloniaux particulièrement ceux du PIR tirent en arrière la pensée décoloniale sans véritablement retenir la leçon de Franz Fanon (voir plus bas). Le problème n'est pourtant pas nouveau...

ajout 11 mars
et même Césaire écrivait dans une lettre à à Senghor en 1997 :

Citation :
Plus qu’hier encore, il est place pour tous au rendez-vous de la conquête, car l’universel à refondre questionne l’urgent dépassement des identités particulières.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Tristan Vacances



Messages : 450
Date d'inscription : 21/12/2016

MessageSujet: Re: LE TOURNANT DÉCOLONIAL CONTRE l'essentialisme de LA NÉGRITUDE   Jeu 22 Fév 2018 - 13:24


Fanon contre Césaire et Senghor


« Pour Fanon, la négritude est une mystification »
Jean Khalfa Jeune Afrique 16 février 2016

extrait
Citation :
Vous évoquez l’influence de Césaire. Mais Fanon était assez critique vis-à-vis à la négritude.

Fanon admire Césaire en tant que poète, et il se soucie particulièrement de son opinion sur ses propres écrits, mais il se méfie beaucoup de l’interprétation de la négritude comme célébration d’identité ou d’origine, en particulier par Senghor. Il la désigne explicitement comme une mystification qui peut être utilisée à des fins politiques. Pour lui, la maladie mentale est l’une des reconstructions pathologiques d’une personnalité dont les bases ont été endommagées, déformées. Il pense la négritude dans des termes similaires.

Elle suit l’expérience vécue du Noir, qui correspond, dans Peau noire, masques blancs, à une dissolution intérieure, une fragmentation de la personnalité. La critique qu’en avait faite Sartre a été très importante pour Fanon. Elle lui permit de voir la négritude comme l’une des réactions fantasmatiques à la situation coloniale. À la fin des années 1950, elle lui apparaît comme un instrument de récupération du néocolonialisme.

En quoi Fanon est-il révolutionnaire dans son approche de la psychiatrie ?


En ce qu’il utilise des méthodes qui sont toutes nouvelles à l’époque, tels la socialthérapie, les thérapies de groupe, les jeux de rôles. Très vite après son arrivée en Algérie, en tant que psychiatre, il dénonce le racisme de l’École psychiatrique d’Alger, menée par Antoine Porot, pour qui les indigènes sont des « primitifs ». Fanon refuse le biologisme et l’essentialisme, et du coup il est amené à inventer, en parallèle à d’autres à la même époque, l’ethnopsychiatrie moderne.

Fanon explique que la prise en considération de l’environnement culturel, la manière dont on conçoit et gère la folie dans un environnement précis, est fort utile. Il se montre, malgré tout, assez réservé quant au relativisme culturel…

Le relativisme culturel, c’est quand même une invention de la philosophie coloniale, qui très vite au début du XXe siècle tend à enfermer chacun dans sa propre culture, qu’il chosifie. Cela dit, Fanon explique que la prise en considération de l’environnement culturel, la manière dont on conçoit et gère la folie dans un environnement précis, est fort utile.

Dans le contexte algérien, cela signifie qu’au sein d’une famille où l’on pense que quelqu’un est possédé par les djinns, on va complètement abandonner l’idée de l’intentionnalité du malade. On ne va donc pas le punir ou se sentir blessé par ses propos. Alors qu’en Occident, où on a scientifiquement pensé la folie comme une maladie, et donc où l’on ne devrait jamais traiter les fous d’un point de vue moral, on le fait pourtant concrètement, en particulier dans l’enfermement asilaire. Fanon explique tout cela au moment où Foucault commence à l’écrire.

Que nous disent les écrits de Fanon de notre monde actuel ?

Que sans doute beaucoup de problèmes soulevés à son époque, si lucidement analysés par lui, n’ont pas été résolus et que l’on en paie les conséquences à l’heure actuelle : sur la violence, sur la folie et sur la capacité à constituer une société civile après les indépendances. Dès Les Damnés de la terre, c’était son obsession : le risque de voir se reproduire des structures d’oppression et leur intériorisation. Aujourd’hui, Fanon est bien plus connu dans le monde anglo-saxon que dans le monde francophone. Il y a un fort intérêt pour son œuvre dans les universités américaines – où il a joué un rôle important, et pas uniquement dans les études postcoloniales.

Frantz Fanon, la décolonisation et les dangers de la négritude
Jacques Chevrier Jeune Afrique 6 décembre 2011
Citation :
« Nous pensons, écrit Fanon dans l’introduction à Peau noire, Masques blancs, que seule une interprétation psychanalytique du problème noir peut révéler les anomalies affectives responsables de l’édifice complexuel. » D’une pratique clinique individuelle, la démarche se voit donc déplacée sur le plan de l’engagement militant et transposée en méthode d’analyse des perversions de la société coloniale. Pour Fanon, la lutte anticoloniale passe nécessairement par tout un travail d’anamnèse (comme le fera plus tard son compatriote Édouard Glissant), en soulignant l’urgence pour les groupes opprimés qui la composent de se réapproprier leur histoire. Le repli sur les valeurs du passé (famille, religion, etc.) est selon lui une fausse solution, car suite à la colonisation ces valeurs ont été dégradées au niveau du folklore, si bien que le colonisé se trouve placé dans une double situation d’extériorité, par rapport à la société des Blancs, mais également par rapport à sa propre société privée de son dynamisme interne.

Dans ces conditions, le colonisé se retrouve en dehors de l’Histoire, qui, dès lors qu’il ne la fait plus, devient pour lui fatalité. Ce n’est donc pas la mémoire individuelle qui doit être réactivée, mais bien celle de l’ensemble des colonisés, non pour se complaire dans un passé « encapsulé », mais pour se projeter dans l’avenir et émerger à l’universel.

autres textes sur Fanon et la Négritude

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Tristan Vacances



Messages : 450
Date d'inscription : 21/12/2016

MessageSujet: Re: LE TOURNANT DÉCOLONIAL CONTRE l'essentialisme de LA NÉGRITUDE   Jeu 22 Fév 2018 - 13:26


La diaspora noire selon les auteures « décoloniales »
Pascale Montrésor Timpesta Loxias 54, 15 septembre 2016
texte intégral

Résumé
Citation :
Dans ses deux récits de vie intitulés The Heart of a Woman et All God’s Children need traveling Shoes (Tant que je serai noire et Un billet d’avion pour l’Afrique), Maya Angelou retrace son périple en Égypte puis au Ghana. Elle confronte sa réalité d’immigrante américaine noire aux idéaux afrocentristes en interrogeant son statut de femme américaine face à l’homme africain, à la femme africaine et à l’Afrique.


Ce questionnement est également soulevé par Maryse Condé dans son autobiographie, La vie sans fard, où elle perçoit lors de ses séjours en Afrique et en Angleterre les fourvoiements de la négritude. Ces deux pionnières révèlent les failles du mythe du retour sur la terre ancestrale africaine en contestant la notion de « diaspora noire ».


Cette contestation est également perceptible dans Le Blues d’Élise de Léonora Miano où les expériences de sujets masculins, féminins, noirs et blancs se confrontent dans la sphère parisienne aux essentialismes communautaires pour en récuser les fondements.


Mais, à l’instar de Cassandre, la posture de ces écrivaines est minorée, car le « pouvoir symbolique », selon la terminologie de Pierre Bourdieu, aussi bien européocentriste qu’afrocentriste motive la légitimité de la catégorie « diaspora noire » pour définir les Afro-descendants. Or, comment enrôler sous la même classification l’appréhension du monde par les Afro-Américains aux États-Unis et celles des Antillais et des Africains qui vivent aux Antilles, en France et en Angleterre ? En questionnant la notion de diaspora noire au travers de leurs récits, Angelou, Condé et Miano révèlent les failles des discours essentialistes qui renient leurs singularités en tant que sujet noir.

Plan
Citation :
La parole de la femme noire
Les expériences africaines et européennes
Le « tournant décolonial » de l’imaginaire du couple »

Conclusion
Citation :
En conséquence, ces différentes auteures légitiment leur « pluriversalité » en contestant les essentialismes occidentaux, africains et antillais. Elles valorisent la singularité afin de promouvoir l’être aux dépens du paraître. La reconnaissance n’est pas dans la domination mais dans l’acceptation de sa méprise pour s’appréhender et appréhender l’Autre sans le réifier.

Ces écrivaines se fondent sur un dialogue interculturel et critique pour dénoncer le conditionnement de la notion de « diaspora noire » et représenter le groupe « minoritaire » noir comme « une communauté a-centrée » dont le paradoxe est de véhiculer les valeurs de la diversité tout en formant une unité. La « posture décoloniale » de ces auteures participe donc à l’émergence d’un « pluriversalisme transmoderne et multiculturel ».

précédents : Patlotch, décolonial et négritude

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Tristan Vacances



Messages : 450
Date d'inscription : 21/12/2016

MessageSujet: Re: LE TOURNANT DÉCOLONIAL CONTRE l'essentialisme de LA NÉGRITUDE   Ven 23 Fév 2018 - 21:07


c'est une question que nous aurions dû aborder plus tôt, ou plutôt mettre davantage en évidence, parce qu'elle est fondatrice de distinctions (entre négritude, créolité, créolisation... décolonial) qui conditionnent la compréhension de ce qui est en jeu, évidemment, dans l'héritage de Marx (cf MARXISME DÉCOLONIAL / des marxistes s'inspirent de la pensée décoloniale)

en France, ce que dit Mbembe de « Macron, dont l'entourage continue de faire preuve d'une telle hostilité à l’égard des théories décoloniales dont il ne comprend, au demeurant, pas grand-chose » (ici), est vrai bien au-delà, et malheureusement aussi dans la nébuleuse anarcho-marxiste

bref, tout ça relève d'une histoire, et la France pourtant bien placée est le trou du cul du monde de l'incompréhension, pour qui "décolonial = interdit aux blancs", ce que les so called décoloniaux français auront servi, ad nauseam, à la française

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: LE TOURNANT DÉCOLONIAL CONTRE l'essentialisme de LA NÉGRITUDE   

Revenir en haut Aller en bas
 
LE TOURNANT DÉCOLONIAL CONTRE l'essentialisme de LA NÉGRITUDE
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Appel à un front républicain contre Sarkozy...
» La flottille belgo-néerlandaise de lutte contre les mines
» A ceux qui sont Contre.
» Pétition à Marrakech contre le bureau syndical
» pour ceux et celles qui sont contre le syndicat

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
PATLOTCH / COMMUNISME / un ART de la RÉVOLUTION :: ENTRÉES THÉMATIQUES : CAPITALISME, MONDE, COLONIALITÉS... LUTTES :: DÉCOLONISER pour des COMMUNISMES pluriversels sans frontières ni classes :: LUTTES et THÉORIES DÉCOLONIALES, féminismes et communismes-
Sauter vers: