PATLOTCH / COMMUNISME / un ART de la RÉVOLUTION

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 CIRCONSTANCES de la CRÉATIVITÉ ou la folle banalité du "génie"

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Patlotch



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MessageSujet: CIRCONSTANCES de la CRÉATIVITÉ ou la folle banalité du "génie"   Jeu 1 Fév - 18:59


de la banalité du "génie"

circonstance : Particularité qui accompagne, entoure, conditionne ou détermine un fait principal

je veux parler de la conjonction d'états dans lesquels on est porté à créer, principalement en arts, mais aussi en sciences (recherche) ou en théorie (philosophie...), et pourquoi pas dans toute lutte ? En ce sens l'on pourrait parler de conjoncture. Le "fait principal" n'est pas ici la création, en tant qu'œuvre créée, mais la créativité en tant qu'état y prédisposant

aussi, lors de mes travaux sur le jazz (voir bibliographie de "Jazz et problèmes des hommes"), ou pour mes notes poétiques, m'appuyais-je sur les écrits des théoriciens de la psychanalyse (Freud, Rank...), mais aussi ceux de psychiatres, dont Roger Vigouroux, La fabrique du beau (neuro-psychiatrie), 1992, ainsi que sur les témoignages de peintres, musiciens, poètes... artistes parlant de leur travail, car ces états, ce sont eux, elles, qui les connaissent le mieux



à l'occasion de la visite de la magnifique expo au Petit Palais, Degas Danse Dessin, dont le fil conducteur est un livre de Paul Valéry, je suis tombé à la librairie sur ce petit ouvrage, de 2007 réédité en poche


Citation :
Les crises hallucinatoires de Rimbaud ; les phases maniaco-dépressives de Goethe, Nerval, Schumann ; l'angoisse de Munch ; la dépendance aux drogues de Coleridge, Baudelaire, Cocteau ; les frasques caractérielles de Michel-Ange ou les excentricités de Satie ; les tendances suicidaires de Gauguin, Van Gogh, Woolf ; l'effondrement de Nietzsche ou Camille Claudel ; la schizophrénie d'Artaud ; la dépression de Beethoven, Pessoa ou Wittgenstein : en littérature, en peinture, en musique, on pourrait allonger à l'infini la liste des personnalités d'exception chez qui génie et folie se sont côtoyés. L'exaltation créatrice se mêle alors à la mélancolie, à la manie, au délire.

Philippe Brenot explore ces destinées hors du commun qui posent cette question centrale : la création puise-t-elle toujours sa source dans la souffrance intérieure ? Et le génie passe-t-il nécessairement par la démence ou l'accablement ? Quand les avancées de la psychiatrie éclairent le mystère de la création...

Philippe Brenot est psychiatre et écrivain, enseignant à l'université Paris-V. Il a notamment publié Le Sexe et l'Amour, Inventer le couple et Le Manuscrit perdu de Romain Gary.

Philippe Brenot a écrit:
Introduction, p. 9 à 11

La question des rapports entre génie, folie et créativité est ancienne. Dès l'Antiquité, Aristote la pose dans son célèbre Problème XXX, ce texte que l'on appelle aussi L'Homme de génie et la mélancolie : pourquoi les hommes d'exception sont-ils si souvent mélancoliques ? Par mélancolie, Aristote veut parler de cette tristesse songeuse attachée à l'image de l'artiste, cette nostalgie artistique que l'on retrouvera à la renaissance puis dans le spleen des romantiques. Il a surtout eu le génie de remarquer le lien qui semble unir créativité et les variations de l'humeur. Diderot sera ensuite l'auteur de ce lieu commun, le génie est proche de la folie, formule que discuteront les premiers psychiatres au XIXe siècle. Cette proximité de la folie qui semble habiter les êtres hors du commun est une idée largement répandue. Le créateur est un caractériel, un original, un être instable, obsédé par son œuvre et, à l'extrême, proche de la folie. [...]

Les biographies, autobiographies et pathobiographies nous livrent des témoignages directs, des analyses ou des opinions psychiatriques qui confirment l'intuition d'Aristote. L'exaltation créatrice est très proche de la mélancolie, sœur de la dépression, fille de la manie, et même proche parente de la folie quand l'œuvre ne parvient plus à contenir tous les affects.

il est aussi question de la solitude et de l'asocialité, de L'aptitude à la persévérance (II 2), de L'insoumission (II 3), des états de rêve plus ou moins éveillé, et de l'usage de l'alcool, ou des drogues dont je n'ai pas l'expérience

car je m'attacherai surtout à reprendre des citations de créateurs divers qui me parlent, c'est-à-dire qui évoquent des circonstances de la créativité que je connais bien

dit autrement, je m'intéresserai non à ce que le génie a d'exceptionnel, mais plutôt de commun : le banal du génie dans lequel tant se reconnaîtront. Dans le génie ne m'intéresse pas la réussite ou la reconnaissance sociale, mais la fragilité, non ce qu'il a en plus, mais plutôt en moins, qui le rend moins apte que d'autres à vivre normalement dans la société, et qu'il compense, entre survie à l'écart et désir de changer le monde, par des créations de divers ordres

il est clair pour moi que, de Marx à Jacques Camatte ou Roland Simon, les penseurs révolutionnaires ont ce type de génie, et donc de folie derrière les apparences. Peut-être au fond Marx n'était-il pas assez fou, mais au moins n'a-t-il pas étranglé sa compagne, comme le 'génie' Althusser. Le communisme n'est-il pas une idée plus folle que scientifique ? Est-il fou celui qui se jette nu sur les flics au péril de sa vie ? Va savoir

dans tout ceci m'intéressent davantage ces proximités-là, que la valeur artistique de mes œuvrages, autrement dit de savoir si je suis un « génie ». Il n'y a guère que Le Moine bleu pour sarcasmoquement relever « le génie de [mon] verbe divin », et son ami Schizosophie pour me conseiller de « déchirer mon site avec mon Opinel » : aurai-je besoin d'eux pour détruire, de temps à autre, ce que j'ai fait ? Y a-t-il meilleur moyen de pousser quelqu'un qui crée, donc dans le doute, au suicide ? Leur pote Claude Guillon, bien vivant 35 ans après Suicide mode d'emploi, n'a-t-il pas, "écrivain anarchiste", conseiller les suicidaires ? Pour abréger leurs souffrances, bien sûr, Viva la Muerte... des autres : quelle empathie !

quel besoin de ces proximités ? Parce que ce sont elles qui m'ont aidé à vivre, et à créer, en retrouvant chez d'autres des traits de caractère ou de personnalité qui ressemblaient aux miens, manifestement assez peu communs pour que notre entourage nous considère original, caractériel, obsédé, voire un peu fou



Georges Simenon a écrit:
Je n'aime pas considérer l'écrivain ou l'artiste comme un surhomme. Il exécute des œuvres différentes des autres, mais cela ne veut pas dire différentes en mieux. L'artiste est avant tout un malade, en tout cas un instable, si les médecins ont raison, et je suis tenté de le croire. Son inquiétude le pousse à imaginer les maux des autres, à les vivre. C'est une éponge, presque un détraqué. Pourquoi voir en cela une supériorité ? J'aurais plutôt envie de m'en excuser.

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MessageSujet: Re: CIRCONSTANCES de la CRÉATIVITÉ ou la folle banalité du "génie"   Ven 2 Fév - 10:04


L'aptitude à la persévérance
Le génie et la folie, p. 49 à 55

« Le génie n'est rien qu'une grande aptitude à la patience »
Buffon

« Il n'y a pas de vrai génie sans patience »
Musset

« Génie ! Ô longue impatience »
Paul Valéry, Charmes

« Ce génie (si toutefois on peut appeler ainsi le germe indéfinissable du grand homme) doit, comme le saltimbanque apprenti, risquer de se rompre mille fois les os en secret avant de danser devant le public : l'inspiration, en un mot, n'est que la récompense de l'exercice quotidien »
Baudelaire, étude sur L'art romantique, à propos de Delacroix et d'Edgard Poe

« Le génie c'est un pour cent d'inspiration et quatre-vingt-dix-neuf pour cent de transpiration »

Thomas Edison, Life, 1932

« Ma vie, c'est quinze heures de travail, des épreuves, des soucis d'auteur, des phrases à polir... »

Balzac, Lettre à Mme Hanska, 1934


« Un inéluctable despotisme participe du génie »
Mallarmé sur Edgar Poe

« Anton Raphaël Mengs commençait à travailler dès l'aube et, sans s'interrompre sauf pour dîner, il continuait jusqu'à la nuit ; alors, prenant à peine quelque nourriture, il s'enfermait chez lui et se mettait à un autre travail, soit qu'il dessinât, soit qu'il préparât ses matériaux pour le lendemain »
Rudolf Wittkower, historien d'art, sur l'« l'obsession du travail »

« Dimanche matin, 16 mai 1869, 5 heures moins 4 minutes : FINI ! mon vieux ! Oui, mon bouquin est fini !... Je suis à ma table depuis hier, 8 heures du matin. La tête me pèse. N'importe, j'ai un fier poids de moins sur l'estomac »
Flaubert, Lettre à Jules Duplan

« La tête me tourne, la gorge me brûle d'avoir cherché, bûché, creusé, retourné, farfouillé et hurlé, de cent mille façons différentes, une phrase qui vient enfin de se finir. Elle est bonne, j'en réponds ; mais ça n'a pas été sans mal »

Flaubert, à Louise Collet

« Toute la matinée, depuis le lever du soleil jusqu'à l'heure de se mettre à table, était consacrée au travail, et même les promenades dans la nature entretenaient et favorisaient le grondement de la forge cérébrale »

Ignaz von Seyfried, musicien, sur Beethoven

« Je commençais très tôt le matin, à six heures d'une façon générale, et je terminais en fin d'après-midi ; cela représentait deux bouteilles, et quatre-vingts pages... Je travaillais très vite, il m'arrivait d'écrire huit contes en une journée »
Georges Simenon qui, nous dit Brenot, « fut le plus prolifique des auteurs de langue française de tous les temps »

« Les périodes créatives s'accompagnent souvent d'une augmentation de la quantité de travail fourni, exprimant une augmentation des forces vitales et intellectuelles, souvent associée à une diminution du besoin de sommeil »

Alfred Kraus, psychiatre

« L'habileté du génie consiste dans la possession assurée et dans le maniement souple de cette technique nécessaire »
Joseph Segond, Le problème du génie, 1930

quelques remarques de Philippe Brenot que ses citations illustrent :


Citation :
- la très grande aptitude au travail et à la persévérance de la plupart des créateurs

- l'entraînement volontaire, « autodiscipline raisonnée » (Segond), parfois même un despotisme masochiste... tendance à négliger la vie matérielle

- astreinte régulière au travail, évoquant aux psychiatres l'hyperactivité des épisodes maniaques ou tout au moins des personnalités hypomanes, qui présente à un degré moindre cette exaltation de l'humeur et excitation des idées

- une relation positive entre hypomanie et créativité : « Le créateur se sent alors comme soumis à une force étrangère... comme possédé » (Kraus)

- l'astreinte au travail et l'excitation géniale se doublent de l'apprentissage d'une méthode. Quel que soit le domaine de création, s'impose rapidement un système cohérent de procédés techniques qui permettra toute l'expression du créateur... un savoir-faire appris par l'expérience

pour ma part, en musique, j'ai passé considérablement plus de temps à travailler mes instruments (guitare, contrebasse, percussions) qu'à en jouer en "oubliant mon savoir" (Meschonnic). C'est pourquoi sauf rare exception, je n'ai été qu'un piètre musicien en situation d'improvisation, et meilleur dans mes compositions. En peinture à peu près l'inverse. En poésie entre les deux, l'écriture étant en elle-même apprentissage permanent, sans véritable relâchement de la pensée (sauf dans le rêve éveillé, l'écriture quasi automatique qui vous vient dans le demi-sommeil)

la différence entre ces arts est le rapport au temps : en musique et peinture (selon les techniques) on ne revient pas en arrière, on ne se corrige pas...

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MessageSujet: Re: CIRCONSTANCES de la CRÉATIVITÉ ou la folle banalité du "génie"   Ven 2 Fév - 13:20


L'insoumission
Le génie et la folie, p. 55 à 69

« On a dit de l'homme de génie, ainsi que du fou, naît et meurt solitaire, froid, insensible aux affections de famille et aux conventions sociales »
Cesare Lombroso, Genio e follia, 1872, bizarrement traduit L'Homme de génie

« Les grands créateurs se dressent dans un isolement farouche, comme autant de colonnes dans le désert. Certains qui prétendirent ignorer ce destin en furent cruellement punis. On songe à Jean-Sébastien Bach, ses deux femmes et ses vingt enfants, et à la terrible moisson que la mort fit de son vivant dans cette trop belle familles »
Michel Tournier, Le vent paraclet


« Un moment vient où, en regardant autour de moi, je me sens un étranger ;
dès ce moment-là, je sais qu'il faut partir, que c'est presque une question d'équilibre... »

Simenon, qui a changé trente-trois fois de domicile

« L'insomnie pendant des nuits entières
m'a mis ses doigts de plomb
dans le creux des paupières »

Victor Hugo, Les Burgraves

« Proust avait l'air d'une lampe allumée en plein jour »
Jean Cocteau

« Maintenant, c'est la nuit que je travaille. De minuit à cinq heures du matin [...] À trois heures la bougie pâlit : tous les oiseaux crient à la fois dans les arbres : c'est fini. Plus de travail [...] A cinq heures, je descendais à l'achat de quelque pain ; c'est l'heure [...] Je rentrais manger, et me couchais à sept heures du matin quand le soleil faisait sortir les cloportes de dessous les tuiles. »
Rimbaud, Lettre à Ernest Delahaye, 1872

« Le vin façonne le caractère et peut rendre l'un mélancolique, l'autre colérique, le troisième audacieux... Le vin, donc, crée l'exception chez l'individu non pour longtemps, mais pour un moment... »
Aristote, Problème XXX

« Je me suis aperçu qu'après quelques verres, je devenais expansif et que j'étais populaire avec les gens, et l'idée m'a tourné la tête. »
Scott Fitzgerald, Les Éclats du paradis, 1931

« [Les amphétamines] permettent de rédiger plus vite. L'échauffement passe de une heure à dix minutes. Le rendement est meilleur. Et cela n'altère en rien la lucidité [...] Elles produisent un effet d'accélération, permettent des associations d'idées et de mots plus rapides, lèvent les inhibitions... »
Philippe Solers

« Le café tombe dans votre estomac... Dès lors tout s'agite, les idées s'ébranlent comme les bataillons de la Grande Armée sur le terrain d'une bataille, et la bataille a lieu. Les souvenirs arrivent au pas de charge... Les figures se dressent, le papier se couvre d'encre, car la veille commence et finit par des torrents d'encre noire... »
Balzac


Philippe Brenot explique encore
Citation :
- Toutes les biographies évoquent l'indépendance des grands créateurs et des êtres d'exceptions, révoltés de l'ordre social, retirés du monde vers l'exil de la création.

- des constantes : l'indépendance et le retrait du monde ; mais aussi la marginalité et l'insoumission qui reflètent la rupture avec les contemporains.

- La solitude est une nécessité du monde intérieur qui ne peut s'éveiller dans le bruit et la fureur.

- L'originalité artistique et les troubles psychiatriques sont souvent très proches, car l'isolement est pour le psychiatre un signe clinique manifeste de la désorganisation sociale qui affecte de nombreux tableaux pathologiques [...] au point que l'on s'est longtemps demandé si l'isolement ne jouait pas un rôle dans l'apparition de la maladie. L'intolérance aux contacts humains, le désintérêt, le désir de retrait du monde concourent également à la plupart des formes de dépression ou de mélancolie. A la différence de nos patients, le créateur est en prise directe avec son œuvre, il est un être en mutation et ce retrait du monde s'impose comme une nécessité de la création.

- Autre mode d'évasion [que l'exil et l'errance, Descartes, Montaigne, Stendhal, Nietzsche, Verlaine et Rimbaud...], le décalage des rythmes du sommeil est l'un des meilleurs moyens d'isolement social. Ce que nous appelons aujourd'hui « avance » ou « retard de phase » peut se comprendre ainsi : notre horloge interne connaît une grande régularité qui n'accepte que de faibles variations dans les heures de coucher et de réveil. Dans le cas d'une avance ou d'un retard de phase, l'endormissement quotidien est alors avancé ou retardé de plusieurs heures. [...] A l'opposé, le retard de phase qui se traduit par u éveil nocturne, la poursuite d'une activité au cours de la nuit, un endormissement très tardif ou matinal et un sommeil diurne, n'est que difficilement compatible avec le rythme de vie de la société. Le cycle de veille et de sommeil est alors inversé, c'est plutôt la marque d'un comportement asocial et d'une insoumission à l'ordre de la société, qui veut que l'on vive le jour et que l'on dorme la nuit.

Par volonté ou pas nécessité, de très nombreux créateurs présentent un retard de phase, profitant du silence de la nuit ou des moments d'insomnie pour retrouver l'inspiration. L'excitation d'un moment d'enthousiasme est alors suffisamment intense pour chasser le sommeil pendant de longues nuits.

quand je travaillais pour un salaire, dans une amplitude, transports obligent, de 8 heures du matin à 19 heures, ma discipline était du soir jusqu'à une heure avancée de la nuit, et les jours de repos. En somme le travail salarié empêchait celui de mes œuvrages, et je l'ai toujours considéré ainsi, tant et si bien que je mettais un point d'honneur à consacrer au second plus d'heures dans la semaine qu'au premier. Et c'est ainsi, du moins dans ma période célibataire d'une dizaine d'années, que je suis devenu un ermite, ne m'accordant aucun "loisir", parce que je n'avais pas le temps de sortir et d'avoir, hormis pour le travail, une vie sociale "normale". La solitude de la création se payait d'une solitude sociale, sauf par le boulot et le militantisme

disposant de la retraite comme rente et temps libre, je suis maître de mes rythmes quotidiens, mes journées ne sont pas régulières, ni mes moments de sommeil. Il m'arrive de ne pas dormir deux jours d'affilée, ou d'avoir de courtes tranches de sommeil décalées au fil des jours. Ma seule discipline est de préparer le repas du soir pour le prendre avec ma compagne, et quels que soient mes rythmes de sommeil, dans le créneau de l'après-midi à la soirée, je fais au plus une courte sieste

je bois, modérément ou trop, du vin, mais plus d'alcools forts, peu de café, et ne consomme aucune drogue. Quant aux créateurs qui ont usé de drogues diverses, le liste est longue, mais selon Brenot « tous s'accordent à dire que les extases artificielles ne confèrent pas le génie, n'ajoutent rien au talent [...] S'il fallait ajouter une vertu, j'insisterais sur l'effet « starter » que peuvent avoir les drogues psychotropes sur le processus créatif et qui en a rendu l'usage si fréquent chez les créateurs. »

l'insomnie vient plutôt chez moi de la concentration et de l'excitation du travail de la journée. La tête continue à travailler toute seule, jusqu'à produire des lignes entières de réflexions ou de poésie, avec des corrections, des reprises, exactement comme quand on écrit sur le papier. Mais si l'on ne se lève pas alors pour le relever, après le sommeil c'est oublié, irrécupérable, comme pour les rêves en quelque sorte. D'une façon générale, de même en plein éveil, c'est pourquoi je sors toujours avec un carnet dans la poche pour noter une idée aussitôt qu'elle me vient

une situation qui favorise les rêves à demi éveillés est la grasse matinée prolongée au-delà du sommeil nécessaire, et mieux encore si l'on a envie de pisser...

quant à l'insoumission, celle revendiquée par certains anarchistes "sans dieu ni maître" complètement dépendants de leur groupe, me fait parfois sourire, parce que je ne crois pas avoir rencontré plus indépendant d'esprit que des artistes, quelles que soient leurs convictions politiques

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Patlotch



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MessageSujet: Re: CIRCONSTANCES de la CRÉATIVITÉ ou la folle banalité du "génie"   Sam 3 Fév - 13:15


depuis l'ouvrage de Brenot, il y a eu quelque "découverte scientifique"...


Pas de génie sans un grain de folie
Clément Guillet Slate.fr 11.02.2013

Ce n'était qu’une vague intuition jusqu’à présent, c’est désormais prouvé : il existe une association entre la pathologie mentale et la créativité.



Citation :
Sorti en début d'année [2013], le film Maniac, embarque le spectateur en caméra subjective dans la tête d’un psychopathe serial killer.

Interprété par le frêle Elijah Wood, ce déséquilibré, lorsqu’il ne tue pas sauvagement de jolies jeunes femmes, passe son temps à confectionner des mannequins avec leur scalp… Un artiste capillaire, dangereux malade mental à ses heures perdues.

Les fous et les artistes ont souvent été mélangés. D’Antonin Artaud à Camille Claudel, les troubles psychiques et le souffle de la création ont longtemps semblé aller de pair. Une étude vient de vérifier ce pressentiment et démontre qu'il existe des liens bien réels entre les deux.

Artiste maudit et savant fou


« Il n'y a pas de génie sans un grain de folie ». Cette phrase d'Aristote dans Poétique montre que l'association n'est pas nouvelle. Dans « Problème XXX », le philosophe s'interroge : « Pourquoi tous les hommes exceptionnels du passé, en philosophie, en politique, en poésie ou dans les arts, étaient-ils manifestement mélancoliques ? »

Cette idée est renforcée dans les représentations collectives par l'archétype romantique de l'artiste maudit hérité du 19e siècle. La créativité semble alors associée à la maladie mentale et aux addictions diverses. Van Gogh, Maupassant, Séraphine de Senlis… la liste est longue des artistes dont la vie et l’œuvre sont marquées par les pathologies psychiatriques.

Et la folie créative n'est pas l'apanage des artistes. L'image du savant fou est aussi classique. A l'instar d'Einstein, qui aurait été atteint du syndrome d'Asperger ou du génial mathématicien John Nash, prix Nobel d’Economie et schizophrène, dont la vie à est mise en scène dans Un homme d'exception.

Les diagnostics psychiatriques posthumes se multiplient et la psychobiographie  tente d'expliquer certaines œuvres. Les hallucinations de Van Gogh lui auraient par exemple inspiré ses tableaux. Et la théorie de la gravitation de Newton devrait plus au trouble bipolaire qu'à une pomme.

La folie est tellement associée à l’archétype de l’artiste excentrique qu’elle est même devenue une pose. De Dali à Green Day ou Eminem, passer pour un fou est devenu un classique, presque un «must have» sur un CV d’artiste. Un culte de «l'artiste fou», comme si la formation qualifiante pour avoir ce statut n'était plus les Beaux Arts, mais un séjour en hôpital psychiatrique ou en centre de désintoxication.

Des pathologie mentales plus fréquentes chez les écrivains

Face à cette pose, certains comme Jean Dubuffet, ont voulu dissocier maladie mentale et créativité. Selon la formule qu'on lui attribuait, le créateur de l’art brut issu des hôpitaux psychiatriques estimait ainsi qu'« il n’y a pas plus d’art des fous que d’art des dyspeptiques ou des malades du genou », rappelant ainsi que tous les créatifs ne sont pas des malades mentaux ni tous les malades mentaux des créatifs.

Pourtant une étude menée par le Dr Simon Kyaga de l’Institut suédois Karolinska, publiée en septembre 2012 dans le Journal of Psychiatric Research, montre qu’il existe bel et bien un lien entre les personnes créatives et les maladies mentales.

En suivant l'évolution de 1.173.763 patients des services de psychiatrie, et de leurs proches, sur une durée de 40 ans, les chercheurs ont étudié les rapports entre professions créatives (artistes, chercheurs, musiciens…) et pathologies mentales (schizophrénie, troubles bipolaires, dépression...) répertoriées grâce à une échelle de référence internationale (CIM).

Au final, cette étude ne montre pas de lien général entre professions créatives et troubles psychiques, à l'exception du trouble bipolaire. Mais, pris à part, les écrivains se révèlent être de manière statistiquement significative plus à risque pour toutes sortes de pathologies psychiatriques. Schizophrénie, troubles bipolaires, dépression, addictions, troubles anxieux ou suicide: être auteur semble dangereux pour la santé mentale. Ou une santé mentale défaillante semble devoir pousser à l'écriture.

Des statistiques qu'on pourrait illustrer par les destins de Verlaine (alcoolique), Virginia Woolf, Hemingway (bipolaires et suicidés) ou encore Michel Houellebecq (dépressif).

Autre découverte, l'étude montre que les parents, frères et sœurs des patients schizophrènes, bipolaires, anorexiques ou autistes exercent plus souvent des professions créatives que la moyenne. Un lien entre créativité et maladie mentale semble donc bien exister a fortiori si l'on prend en compte la famille dans sa globalité.

Remise en cause des normes

Il est clair qu'une œuvre est le résultat d'un travail, d'un contexte favorable. Mais remettre en cause des normes, trouver des solutions inédites est indispensable : c'est la créativité.

Selon les auteurs de l'étude, le lien familial entre les personnes créatives et des pathologies comme la schizophrénie, le trouble bipolaire ou l'autisme pourrait avoir un rapport avec trois composantes de la créativité : la capacité à faire des associations inhabituelles (schizophrénie, personnalité schizotypique), la motivation, le surinvestissement (trouble bipolaire), un intérêt intense et restreint pour certains domaines (traits autistiques).

Ce n'est pas la première fois que le trouble bipolaire de type 2 a été supposé propice à la créativité : à la phase dépressive et son lot de remise en cause succède la période d'hypomanie qui peut permettre son expression. Intense activité, fluidité des idées, confiance en soi, insomnie sans fatigue... autant de symptômes qui peuvent favoriser la créativité.

La création peut aussi être une catharsis des troubles de l'humeur, comme l'écrit Artaud « nul n’a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé, construit, inventé que pour sortir en fait de l’enfer. »

Mais les auteurs rappellent aussi que lorsque les symptômes deviennent trop intenses, la créativité s'effondre, traçant grossièrement une relation en «U inversé» entre créativité et psychopathologie.

Explication neurologique

Certains auteurs ont même recherché une explication neurobiologique. En 2010, une étude dirigée par le Dr. Örjan de Manzano au sein du même institut suédois avait étudié la présence de récepteurs à un neurotransmetteur (la dopamine) chez des personnes saines créatives. Ils avait constaté que comme chez les personnes souffrant de psychose, ces récepteurs manquaient dans une zone particulière du cerveau, le thalamus. Un déficit qui pourrait expliquer un moindre filtrage, conduisant à des idées novatrices (chez les personnes créatives) ou des idées délirantes (chez les schizophrènes).

L’étude menée par le Dr. Kyaga, la plus complète à ce jour sur le sujet, vient donc valider une intuition ancienne : il existe effectivement un lien entre folie et créativité. Ce lien n'est ni nécessaire, ni suffisant la réalisation d’une œuvre et les hôpitaux psychiatriques ne sont pas remplis d’artiste en devenir. Mais cette nouvelle approche éclaire d'une autre lumière la création. Et contribue à déstigmatiser la pathologie mentale.

nombre d'articles en rendent compte dans les années 2010-2012

disons que du point de vue des circonstances de la créativité, cet aspect est loin d'être le seul à favoriser l'émergence d'une conjoncture favorable à la création, et que les approches psychopathologiques ou neurologiques ont toujours tendance à minimiser les facteurs sociaux, c'est-à-dire la dialectique des rapports entre individualités et rapports sociaux

par ailleurs, je n'ai pas remarqué ce qui est souvent constaté, une moindre créativité dans les périodes "dépressives" ou "mélancoliques" que dans les périodes "maniaques" ou "suractives", tout au plus des formes et tonalités différentes de créations, ceci aussi bien dans la poésie que dans la musique

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Patlotch



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MessageSujet: Re: CIRCONSTANCES de la CRÉATIVITÉ ou la folle banalité du "génie"   Sam 3 Fév - 14:47



original : l'artiste, ou l'œuvre ?

Philippe Brunot a écrit:
p. 25

Au terme de ce parcours historique il nous faut prendre conscience de l'évolution récente du concept de génie. Il me semble ainsi difficile de parler de génie, terme peu utilisé aujourd'hui, et préférable d'évoquer la notion plus moderne de personnalité créatrice originale, en s'accordant sur la valeur novatrice de l'œuvre et ses conséquences pour l'héritage culturel de l'humanité. En cela, les êtres d'exceptions sont toujours des créateurs, d'une idée, d'une technique, d'un moment, et notre réflexion sur la nature du génie rejoint celle de l'être créateur que nous pourrions définir par cinq points fondamentaux :

- le caractère particulièrement innovant de l'œuvre
- une œuvre en rupture avec celle de ses contemporains
- une reconnaissance publique, large et durable
- l'hypothèse d'un appareil psychique particulier
- l'existence ou non de prédispoitions

Brunot met la barre très haut, non pour le génie, exception parmi les exceptions, mais pour l'être créateur y compris d'idées, techniques ou moments qui n'ont pas marqué ses contemporains au point d'une reconnaissance large et durable, ou surtout à mon sens d'une influence sur d'autres créateurs (Vinci, Picasso, Einstein...) ou sur la société (Aristote, Marx...) qui distingue le génie des simples créateurs originaux mais ne faisant pas école

on peut néanmoins retenir l'idée qu'il n'y a pas de "génie" non reconnu, et que jouer à l'artiste maudit tient plus de la mégalomanie paranoïaque que d'un regard lucide sur l'intérêt pour l'humanité de son œuvre

de son point de vue de psychiatre, Philippe Brunot n'aurait-il pas tendance à mélanger l'originalité de la personnalité créatrice et celle de l'œuvre ? Sa réponse est claire

Brunot a écrit:
4. La folie (p. 70)

Dernière idée reçue, le génie est un original, le génie est un fou. C'est souvent un être curieux aux comportements inhabituels et qui se distingue de ses contemporains. Certains qui se veulent des génies rechercheront à tout prix l'originalité comme une manière d'être. mais les créateurs géniaux nimbés d'étrangeté seront souvent rejetés ou mis à l'écart, ce qu'ils vivront toujours avec douleur.

Car l'archétype populaire du génie est plus ou moins fou. (p. 72) [...]

Création et originalité de la découverte font taxer le poète ou l'inventeur de folie. C'est Paul Delvaux qui en fait la remarque en 1939 : « Quand on veut faire des choses qu'on ne voit pas partout, on est soupçonné d'être fou. ». Le sentiment d'étrangeté révolutionnaire que possède naturellement l'œuvre géniale suscite dans le même temps une forte réaction de rejet qui préserve l'ordre établi [ou le dogme révolutionnaire même, ordre établi dans la pensée] et marginalise le créateur sous la facile étiquette de la folie. Il n'est que de voir combien de régimes totalitaires ont utilisé l'alibi psychiatrique pour évincer les opposants « progressistes » et tous les novateurs dans le domaine de la science et des arts. (p. 72 et 73)

Alors la folie s'attache à l'image du poète, de l'original et de l'excentrique. (p. 73)


Paul Delvaux, Phases of the Moon, 1939

il est patent que nombreux sont ceux qui comblent le manque de créativité exceptionnelle en en rajoutant à l'originalité sociale de leur comportement en société. L'artiste reconnu n'a pas besoin de "faire son original", mais en tous milieux sociaux, il se trouve un public qui apprécie celui dont l'œuvre, c'est plutôt lui-même quoi qu'il ait, ou non, créé. C'est l'histrion au sens de personnage qui se donne en spectacle en usant d’effets outranciers

à mon sens et en général, l'artiste authentique ne joue pas à l'original, il l'est par l'originalité de son œuvre qui, en retour, le fait voir comme hors du commun, dans le sens que chantait Brassens : « Les braves gens n'aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux. »




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MessageSujet: Re: CIRCONSTANCES de la CRÉATIVITÉ ou la folle banalité du "génie"   Sam 3 Fév - 20:16


je redescends ce commentaire du 2 février pour le compléter d'éléments fournis par Brenot confirmant « la diversité des modes d'expression et le caractère polymorphique de l'œuvre » comme facteur d'équilibre


créer sans devenir fou

notes connectées à mon expérience

contre la folie qui menace la solitude, par retrait social, un bon moyen de préserver son équilibre psychique est de multiplier les centres d'intérêts, dont la mise en relations stimule l'imagination et la créativité, de procéder par association d'idées provenant de champs différents

même si tout doit aboutir à l'écriture, puisqu'actuellement je ne dispose pas des conditions matérielles pour une expression musicale ou visuelle (dessin, peinture ou photo), c'est le passage d'une forme de travail et de langage à l'autre qui enrichit chacune. Faire des recherches strictement documentaires sur un sujet donné demande peu d'efforts et aucune créativité, seulement de la logique et des techniques de recherches. En tirer des réflexions théoriques est d'un autre ordre, écrire un poème à partir d'événements réels d'un autre encore. Il y a des moments où l'on est plus disposé à l'un qu'à l'autre, et s'obstiner quand on n'a pas envie est stérile

quelques explications :


Philippe Brenot a écrit:
En termes psychanalytiques, la créativité sous-entend une riche communication entre inconscient et conscient, c'est-à-dire entre l'ordre symbolique et le langage, entre les représentations d'objets et les représentations de mots. Cette libre commutativité semble propre à tous les processus d'invention puisqu'elle permet d'établir facilement des liens inhabituels entre les idées et leurs représentations (p. 100)

je laisse ici tomber les considérations sur la sublimation, « déplacement des pulsions sexuelles vers un but déterminé, l'objet de la créativité. » mais il est vrai que « cette sublimation peut encore s'entendre comme le déplacement d'une jouissance impossible dans l'acte de création. Le génie créateur est alors animé d'une obsession monomaniaque qui le confine dans l'accomplissement de l'œuvre » (P. 101)

Philippe Brenot a écrit:
Trois critères me semblent importants à souligner car ils jouent à la frontière du génie et de la folie. Indispensables à la pensée originale, ils se transforment en traits pathologiques dès qu'ils sont plus accusés : obsession, perfectionnisme et niveau élevé d'énergie. (p. 99)

L'idée obsédante qui concentre dynamiquement toute l'énergie de la personnalité sur le point le plus précis du travail créatif, idée ridicule, folle ou grandiose, est encore l'une des constances du portrait du créateur et de l'être exceptionnel. Elle fonctionne toujours au risque de la dépression qui en est l'exutoire naturel. Kretschmer nous en offre un magnifique exemple dans ce témoignage lucide du grand naturaliste Linné : « Quand les pensées ne s'attachent plus qu'à une seule chose et qu'on perd le goût des autres sciences, commence la mélancolie... La mélancolie n'est donc rien d'autre qu'une préférence obstinée et tenace pour une chose, entraînant mépris et négligence de toutes les autres. » (p. 101)

je me suis souvent reproché d'être trop touche-à-tout pour approfondir tel domaine en m'y consacrant exclusivement (Qui trop embrasse mal étreint), mais c'est au fond ce qui m'a sauvé de la monomanie du théoricien ou de l'artiste dans une seule forme d'expression. L'obsessionnel a des limites, et ce sont celles de la folie monomaniaque, à partir de laquelle on décolle de la réalité : on le vérifie aussi bien chez les philosophes et théoriciens*que chez les artistes, et même chez certains militants

* il me semble que Jacques Camatte, dans le dernier état de sa pensée, a dépassé le stade de la perception matérialiste, qu'elle soit rationaliste ou naturaliste. Il se prend pour un prophète et ça part dans tous les sens et non-sens. Cf Le devenir à l'inversion, octobre 2017

revenons à l'envie. Si comme disait Brel : « L'inspiration c'est l'envie », varier les plaisirs c'est varier les envies. Pourtant, dans l'année de mes collages quotidiens, l'envie n'était pas toujours au rendez-vous ; je m'y collais tous les soirs par discipline en rentrant du travail, mais le meilleur, au sens du plus "inspiré" jusqu'à me surprendre moi-même, ne correspondait pas nécessairement aux soirs où j'en avais le plus envie

il faut de tout pour faire un monde intérieur, surtout si ce monde entend interpréter ou représenter le monde extérieur à soi. Il faut donc le nourrir, et avec l'envie vient le besoin, besoin de nourritures comme matériaux de base et besoin de les transformer, qui par discipline se passe de l'envie première. C'est le cercle vertueux de toute créativité ouverte sur le monde. Ici la recherche documentaire, et de toute information sur "ce qui se passe", est celle de matériaux de base qui serviront tant à la création poétique que théorique. Internet s'avère malgré sa virtualité un moyen de rester connecté au monde

j'ai souvent affirmé, que pour moi, la poésie (les arts) et la théorie sont des formes complémentaires d'appréhension du réel, et pratiquer l'une sans l'autre serait une amputation volontaire qui nuirait à ma créativité dans chacune

ajout. Brenot 4. L'équilibre du génie, p. 202 à 207


Citation :
Aux prises avec les multiples forces qui agissent sur lui, le génie tente de maintenir un bien fragile équilibre. [...] Sont nécessaires la détermination précoce, des aptitudes intellectuelles, l'apprentissage d'une méthode et souvent d'un système cohérent de procédés techniques, l'obsession du travail et l'aptitude à la persévérance... puissantes vertus de la continuité.

L'image du génie se construit ensuite autour du narcissisme et de l'idéal de soi, dont les blessures seront toujours prétexte au dépassement supérieur. [...]

Ce difficile équilibre du génie me semble avoir souvent été approché par de nombreux créateurs, dans une tentative de « contrôle » de la pulsion créatrice [...] (p.202)

C'est le contrôle de la pulsion créatrice qui apparaît comme le principal facteur d'équilibre du génie. Contrôle de cette force animée de l'énergie intarissable qui habite le poète, et des thèmes noirs qu'elle laisse remonter. [...] (p.205)

Le réalisme et la pondération sont rarement des vertus du génie. On peut cependant remarquer que ceux, parmi les plus grands, qui ont laissé un nom à la postérité, associent souvent une pointe de folie et la grande qualité de la persévérance. « Un grain de folie dans la sagesse. » disait Sénèque.[...]

mais c'est ce passage qui nous intéresse ici :

Enfin, dernier facteur d'équilibre pour ces personnalités hors du commun et à fort potentiel énergétique : la diversité des modes d'expressions et le polymorphisme de l'œuvre. On pense tout de suite à Léonard de Vinci, peintre, sculpteur, homme de sciences...; à Victor Hugo dont l'œuvre graphique a une réelle importance à côté de la littérature ; à Rousseau et à son intérêt pour la musique et la botanique ; plus près de nous à Cocteau, peintre, poète, écrivain, homme de théâtre... Il n'est pas impossible d'interpréter cet intérêt pour des modes d'expression à la fois verbaux et non verbaux comme une tentative de stabilisation du déséquilibre permanent nécessaire à la création. (p.206)



Victor Hugo, autres


cet équilibre je le trouve en alternant des formes d'expression diverses, certes plus ou moins créatives, entre documentation, théorie communiste, poésie, et autrefois peinture et musique. Je pense qu'y participent tout autant de faire la cuisine, jardiner un brin ou composter un max, qui relèvent de la « créativité quotidienne », nous dit plus haut Jean Cottraux

quand je travaillais, je n'étais jamais satisfait, voire me sentais coupable, quand allant à une manif je n'étais pas à la musique ou la peinture, et inversement quand je ne militais pas davantage. J'en faisais une question de temps, d'emploi du temps, et certes sans en avoir le temps on ne fait rien, mais en consacrant tout son temps à faire la même chose, on s'y perd

quoi qu'il en soit je ne considère pas ce que je fais comme « une œuvre », tout au plus ma poésie ou ma peinture comme telles par leur ensemble, et c'est pourquoi je préfère parler d'œuvrages. Quand on considère tout l'art qui est produit, comme on l'a vu, dans des moments de perte de contrôle, non de la technique, mais de ce qu'on en fait, on n'a pas de raison de conserver, sauf pour des exceptions exceptionnelles, le mot de "génie", ou seulement dans le sens général de "génie créateur", mais alors un peu comme celui qui sort de la lampe frottée par Aladin

dès lors on ne se sent plus que l'œuvrier, celui qui met en forme ce qui sort de lui sans qu'il y soit pour rien au-delà du travail accumulé, de la persévérance et de l'énergie qu'il y met, beaucoup d'huile de coude et de cerveau, de l'émulsion et de l'émotion : créer en art est un pari que ce qu'on sent et exprime rencontrera le regard, les sensations d'un.e autre qui aura(it) ressenti la même chose, réelle au-delà de sa perception rationnelle et raisonnable  : il n'y a pas de raison dans la nature ni dans la société, et le structuralisme n'en fournit qu'une caricature

ce n'est pas affaire de modestie vs fatuité, ni de niveau, mais de relation sociale et intime à la création : bien des créateurs ou artistes mineurs connaissent les mêmes affres, sans la compensation psychologique de la réussite et de la reconnaissance sociale. Certains ne sont (re)connus qu'après leur mort. Je conteste donc à Brenot, surtout comme psychiatre, de s'être focalisé sur "les grands hommes", alors que ce qu'il décrit est loin de ne concerner que les so called "génies"

c'est pourquoi j'apprécie particulièrement ce qu'en dit Simenon :


Citation :
Je n'aime pas considérer l'écrivain ou l'artiste comme un surhomme. Il exécute des œuvres différentes des autres, mais cela ne veut pas dire différentes en mieux. L'artiste est avant tout un malade, en tout cas un instable, si les médecins ont raison, et je suis tenté de le croire. Son inquiétude le pousse à imaginer les maux des autres, à les vivre. C'est une éponge, presque un détraqué. Pourquoi voir en cela une supériorité ? J'aurais plutôt envie de m'en excuser.

parler d'êtres exceptionnels est à peine plus satisfaisant si on ne le pense que positivement, car nombre d'authentiques génies créateurs sont exceptionnellement invivables pour leur entourage, quand ce n'est pour eux-mêmes, jusqu'à la folie, ou au suicide

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MessageSujet: Re: CIRCONSTANCES de la CRÉATIVITÉ ou la folle banalité du "génie"   Dim 4 Fév - 14:15


interlude

Principales thèses de la Créativité
Eglise Mondiale du Créateur 21 mars 2017


Citation :
POUR la survie de la Race Blanche

La Créativité est en faveur de la survie de la Race Blanche en tant que peuple distinct du reste de la population planétaire.

POUR le Progrès technique

La Créativité soutient l’avancement des sciences sociales et fondamentales, de la technique et de tout progrès pouvant se montrer bénéfique à la Race Blanche. De manière générale, la Créativité rejette le conservatisme, le traditionalisme moralisateur et la peur irrationnelle envers les nouvelles technologies.

POUR le nationalisme Blanc

La Créativité est en faveur du nationalisme Blanc, c’est à dire qu’elle reconnaît l’ensemble des Blancs comme faisant partie d’une même nation et sans distinction nationales historiques. La Nation Blanche se confond alors avec la Race Blanche.

POUR une religion de la race

La Créativité est une religion non révélée qui se revendique des Lois Éternelles de la Nature et visant à devenir la religion la plus pratiquée par le peuple Blanc. Cette religion se base sur les écrits et les idées de Darwin, Nietzsche, Hitler et Ben Klassen.

POUR le respect des Lois Éternelles de la Nature

Les Lois Éternelles de la Nature sont les lois immanentes de l’Univers dans lequel nous vivons. Elles ont été principalement décrites par Lamarck et Darwin et concernent l’évolution de la biosphère terrestre, la survie du plus fort, la sélection naturelle. L’Église du Créateur considèrent ces lois comme sacrées et comme nécessaires à la compréhension du monde et à la survie de la Race Blanche.

POUR l’eugénisme

La Créativité considère l’eugénisme comme nécessaire à l’avancement de la Race Blanche. La Créativité souhaite orienter à long terme l’évolution intellectuelle, physique, anthropologique, culturelle et morale du peuple Blanc par la sélection des couples, le dawinisme social, et l’inégalité de traitement entre individus.

POUR une civilisation Blanche universelle


La Créativité pense que la Race Blanche doit à terme se répandre sur l’ensemble de la planète pour faire de la planète dans son ensemble un endroit accueillant et propice au développement de la Race Blanche.

POUR un combat légal

La Créativité n’est pas une religion prônant la violence ou la haine. Au contraire, elle prêche l’amour des siens et mène pour cela un combat légal aux yeux de la loi et n’incite à aucune action illégale.

CONTRE le métissage

La Créativité lutte contre le métissage entre races. La Race Blanche est tout, le reste n’est rien. Le métissage signifie la dilution de notre bien le plus précieux : notre Sang pur et aristocratique.

CONTRE le christianisme

La Créativité considère le christianisme comme le principal ennemi de la Race Blanche, avant même le judaïsme. Le christianisme est vu comme un sous-marin du judaïsme incrusté dans l’esprit de l’Homme Blanc pour le pervertir, le mener à la haine de soi et au métissage en vu de faire disparaître la Race Blanche de la surface de la Terre.

CONTRE le communisme

La Créativité abhorre le communisme qui a été historiquement crée et financé par le judaïsme international dans le but de faire disparaître la Race Blanche. Il s’agit de la suite logique, une extension, des dégâts déjà initiés par le christianisme dans l’âme européenne.

CONTRE le nationalisme


La Créativité considère le nationalisme comme un frein à la victoire de la Race Blanche pour notre domination raciale au niveau mondial. Le nationalisme crée des  barrières entre peuples Blancs en se basant sur les différences linguistiques et culturelles. La Créativité, sans nier ces différences, veut réunir tous les Blancs sous une même bannière pour étendre l’influence et le territoire de notre Race au niveau mondial.

CONTRE le judaïsme

Le judaïsme est évidemment considéré comme un ennemi à combattre sans égard ou considérations pour des excuses ou des accommodations diverses. l’inimitié et les dégâts causés sont trop profonds.

CONTRE le conservatisme

Le conservatisme tant social que technologique, scientifique ou religieux est un leurre conduisant notre Race dans une impasse dangereuse pour notre avenir. La Créativité veut surmonter les dangers qui nous menacent et le conservatisme, par son immobilisme, s’oppose à toute espèce de voie victorieuse.

CONTRE le suprémacisme

La Créativité s’oppose fermement à toute forme de suprémacisme blanc. La Créativité pense que la Race Blanche n’a aucun intérêt à dominer tel ou tel autre peuple ou race. Elle incite au contraire au séparatisme racial, culturel et territorial le plus rigide. La Race Blanche n’a aucun intérêt à côtoyer les autres sous-race.

CONTRE le colonialisme

Du fait de son rejet du suprémacisme, la Créativité rejette également toute forme de colonialisme. La Race Blanche n’a pas vocation à éduquer ou aider financièrement, militairement ou socialement. Cela est même contraire à son intérêt, comme l’Histoire l’a prouvé. Seul compte le territoire effectivement et totalement contrôlé et habité par le peuple Blanc.

CONTRE l’égalitarisme


L’égalitarisme est un poison juif, chrétien et communiste instillé au fil du temps dans le mental de l’Homme Blanc par ses ennemis mortels. Il rabaisse le fort au niveau du faible, l’intelligent au niveau de l’imbécile, le beau au niveau du laid, le grandiose au niveau du misérable, la civilisation au niveau du sauvage, la Volonté au niveau du Néant; en un mot l’égalitarisme rabaisse l’Homme Blanc au niveau du nègre et du primate.

pour aller plus loin

Comment devenir Créateur en 2018 ? 27 janvier 2018
Citation :
Je reçois un nombre conséquent de courriels me demandant comment rejoindre l’Église du Créateur, comment adhérer, qui contacter, comment organiser une section, comment imprimer des t-shirts, etc, etc, etc…
...
Si vous souhaitez vous engager pour votre Race, créez ou rejoignez un réseau d’entraide pro-Blanc, usez de votre intelligence, gagnez de l’argent et de l’influence, répandez le message et les idées de Ben Klassen autour de vous, voilà comment devenir Créateur en 2018. Si toutefois vous avez la volonté de rejoindre officiellement la Créativité, vous pouvez contacter le Révérend Devalez, le représentant de notre religion en France depuis plus de dix ans à l’adresse suivante...

à propos des « idéalistes passionnés qui rêvent de refaire le monde, qui rêvent de la paix universelle et du grand ordre mondial », Philippe Brenot écrit, p.159 dans Le génie et la folie :
Citation :
Ils nous livrent leur délire exubérant avec une foi souvent très convaincante. Dans une certaine mesure ils ne sont, eux aussi, que des prophètes qui n'ont pas réussi. [plus haut Brenot écrit : « il est parfois difficile de savoir s'il s'agit d'un malade ou d'un inventeur méconnu, qui vit son discrédit comme une persécution. Il existe des inventeurs de génie : s'ils ne sont pas reconnus, ce sont des paranoïaques. »]

Que seraient devenus Jésus, Moïse, Luther, Confucius ou Mahomet s'ils n'avaient pas eu de disciples ? Ou encore Charles Russel, le fondateur des Témoins de Jéhovah, Joseph Smith, celui des Mormonts, Ron Hubbard, de la Scientologie, ou Sun Myung, Moon, de l'Église de l'Unification ? Le délire et la réalité étant si proches chez les philosophes et les meneurs d'hommes, l'œuvre de certains d'entre eux dérive insensiblement à la mesure du crédit qu'on veut bien leur accorder. [suit l'exemple d'Auguste Comte, du positivisme au Catéchisme de la nouvelle religion universelle, mais on peut penser à l'aboutissement récent des travaux de Jacques Camatte, Le devenir à l'inversion]

mais ce n'était qu'un interlude, le cas de ce Ben Klassen et de son Eglise Mondiale du Créateur étant hors normes, et son « délire exubérant » sans rien de« très convaincant », à tel point qu'on peut se demander s'il ne s'agit d'un gag, le plus probable étant que non

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MessageSujet: Re: CIRCONSTANCES de la CRÉATIVITÉ ou la folle banalité du "génie"   Dim 4 Fév - 15:20


je redescends ce post d'hier pour un déroulement plus logique vers, sinon une conclusion, un aboutissement cohérent avec l'ensemble de mes cogitations



du capitalisme au communisme
le génie propre de chacun.e

le développement de sa créativité est à la mode dans tous les domaines, de la psychologie de bagazines au management des salariés "acteurs" de leur carrière. Le travailleur en artiste succède à l'artiste en travailleur, l'autoentrepreneur de l'ère Macron est innovant... Cette idéologie tendant à l'hégémonie dans les relations de travail vient de loin


2002

Citation :
Le temps n'est plus aux représentations héritées du XIXe siècle, qui opposaient l'idéalisme sacrificiel de l'artiste et le matérialisme calculateur du travail, ou encore la figure du créateur, original, provocateur et insoumis, et celle du bourgeois soucieux de la stabilité des normes et des arrangements sociaux. Dans les représentations actuelles, l'artiste voisine avec une incarnation possible du travailleur du futur, avec la figure du professionnel inventif, mobile, indocile aux hiérarchies, intrinsèquement motivé, pris dans une économie de l'incertain, et plus exposé aux risques de concurrence interindividuelle et aux nouvelles insécurités des trajectoires professionnelles. Comme si, au plus près et au plus loin de la révolution permanente des rapports de production prophétisée par Marx, l'art était devenu un principe de fermentation du capitalisme. Comme si l'artiste lui-même exprimait à présent, avec toutes ses ambivalences, un idéal possible du travail qualifié à forte valeur ajoutée.

il convient donc, ici, de donner un sens au développement de la créativité de chacun.e, un sens communiste de dépassement des conditions d'inhibition des individus dans le capitalisme. Loin de moi l'idée que nous serions tous des Mozart assassinés

« Ce qui me tourmente, les soupes populaires ne le guérissent point.
Ce qui me tourmente, ce ne sont ni ces creux, ni ces bosses, ni cette laideur.
C'est un peu, dans chacun de ces hommes, Mozart assassiné. »

Antoine de Saint-Exupéry Terre des hommes 1938

car le but n'est pas que tous deviennent des génies, la place des exceptions devant je suppose être moindre dans un monde débarrassé de la valeur des êtres humains et de leurs créations individuelles ou collectives comme marchandises

ci-dessous des distinctions très simplement expliquées, mais avec l'idée qu'« il y a une créativité en chacun de nous » l'hypothèse du livre (son sous-titre) étant qu'il y a « un continuum entre la création quotidienne (l'art culinaire par exemple), une créativité artisanale, une créativité technique, une créativité de pensée... et la créativité qui est l'apanage des génies, qui est minoritaire »



Ne jugez pas la vidéo ci-dessus sur sa forme ! Si l’interviewer et la mise en scène ne sont pas très professionnels, l’interviewé, le psychiatre Jean Cottraux, est, lui, tout à fait intéressant, et mérite que nous lui consacrions cette 22ème tribune dominicale #JourDuPenseur, à l’occasion de la sortie de son dernier livre : « A chacun sa créativité. Einstein, Mozart, Picasso… et nous », que Brune Diricq (@BruneD sur Twitter) m’a fait découvrir.

Citation :
Jean Cottraux, né en 1942,  est psychiatre, enseignant à Lyon, membre fondateur de l’Académie de thérapie cognitive de Philadelphie et directeur de scientifique de l’Institut francophone de formation et recherche en thérapie comportementale et cognitive. Il a publié de nombreux ouvrages rendant particulièrement accessibles sa discipline , notamment « La force avec soi », « La répétition des scénarios de vie », et « Les ennemis intérieurs ». Il est un spécialiste reconnu du traitement des troubles de l’anxiété, et s’est fait remarquer par des positions très critiques sur la pratique de la psychanalyse. Dans son dernier livre, le neuropsychiatre part du postulat que « chacun a une part de créativité », et peut être créatif, à un moment de sa vie, ou tout au long de sa vie dans des domaines qu’on ne penserait pas forcément comme créatif : que l’on soit cuisinier ou mère de famille, artiste ou créateur de lien social.


Dans » A chacun sa créativité », Jean Cottraux propose, à travers de nombreux exemples de créateurs célèbres,  une analyse des personnalités créatives, des styles de pensée et traits psychologiques qui favorisent la créativité (paranoïa, optimisme, narcissisme rebelle, narcissisme conformiste…) et essaie d’isoler un schéma cognitif de la créativité : « le créateur est simplement quelqu’un qui est sorti du rang et a bousculé les spectateurs trop complaisants de la comédie humaine en leur donnant à voir l’inhabituel. »

Pour Jean Cottraux, la figure du créateur « génial mais fou », est un mythe du même acabit que celui du savant fou : les données de la psychologie clinique montrent que la créativité a essentiellement un lien avec les troubles affectifs, plus qu’avec les troubles du comportement : pas de Balzac sans amour contrarié, pas de Chopin sans exil ! Et que les facteurs biologiques sont des conditions nécessaires, mais insuffisantes pour expliquer la créativité.

D’autres facteurs, comme la recherche de postérité peuvent aussi être déterminants, à l’exemple du général Choderlos de Laclos, qui, en 1779, fut vexé de recevoir l’offre de fortifier l’ile de Ré au lieu de partir libérer l’Amérique, et qui décida de « faire un ouvrage qui sortît de la route ordinaire… et qui retentît encore sur la terre quand il y aurait passé ». Ainsi sont nées « Les Liaisons Dangereuses », son unique roman, qui le fit effectivement passer à la postérité… Développer sa créativité, selon l’auteur, c’est une façon de se sentir bien, de sortir du quotidien, de guérir de l’ennui, faisant disparaître la préoccupation de soi et de la durée.

Jean Cottraux veut nous démontrer que l’ouverture d’esprit, le travail et la persévérance, comptent plus en la matière que le talent et le don. La créativité donne du sens à la vie des individus mais aussi des sociétés. La créativité, définie ici comme la capacité à produire une innovation qui a du sens, opposée à une production triviale ou bizarre, existe dès lors qu’elle fait avancer la culture. La démarche créative peut produire des œuvres intemporelles, mais elle peut produire, tout simplement, une vie réussie.

en terme de combat communiste la question serait donc, pour détourner la célèbre phrase du Manifeste, de savoir comment dépasser les limites des individus dans le capitalisme, et faire surgir une association où la libre créativité de chacun est la condition de la libre créativité de tous

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MessageSujet: Re: CIRCONSTANCES de la CRÉATIVITÉ ou la folle banalité du "génie"   Sam 17 Fév - 17:39


destruction créatrice ?

Citation :
Patlotch : - ce que je ressens c'est un immense gâchis. Je suis perdu, Tristan. Totalement, inexorablement perdu

Tristan Vacances : - Furieux, désemparé, oui, perdu, je ne crois pas. Il se peut que l'essentiel vous échappe..

Patlotch : - s'il n'y avait que ça

Tristan Vacances : - Quoi d'autre ? Vous vous embarrassez de trop de considérations. Le problème n'est pas de commettre des erreurs. Cela nous arrive à tous. Le secret c'est d'être vous. Demandez-vous ce qui est essentiel pour vous et oubliez le reste. Et si cela doit vous perdre, au moins vous ne vous serez pas trahi.

librement adapté de Les âmes troubles Olivier Taveau, Éditions du Masque, 2015, p. 323

je n'ai pas aimé ce "thriller" entre polar et science-fiction ; les "mondes parallèles" me laissent froid, mais...

mais sans être perdu je sens que je me perds en vaines controverses théoriques (pour le mieux, vu le niveau des "marxistes" et des autres) et qui, au fond, sont pour moi réglées. Si donc j'y perds mon temps c'est par un besoin qui devient addictif, opium du Patlotch. Il s'agit de m'en désintoxiquer, donc de rompre

ici, rompre est davantage avec moi-même, ce que je suis comme j'ai été, qu'avec d'autres, vu qu'avec la plupart des autres j'ai déjà rompu

la question est du besoin "vital" qui serait derrière mon addiction, et qui renvoie à l'équilibre psychique précaire dont je me tiens debout dans la solitude, dont j'ai parlé dans ce sujet

tout se passe comme si je ne dépendais que de ce qui se passe, sans véritable initiative, et comme il ne se passe pas grand chose, je suis tenté d'en abandonner le suivi que j'ai choisi par ce forum, et qu'il me (re)prend tout bonnement l'envie de détruire, pour aller voir ailleurs si j'y suis

et donc, j'ai peur de ne pas survivre à cette destruction alors même que je sens nécessaire à la création de franchir ce pas de rompre, une fois encore, avec moi-même

Tristan Vacances : - Mais enfin, vous n'êtes pas obligé de détruire ce que vous avez fait pour créer autre chose. Vous pouvez, brutalement ou progressivement, le laisser en jachère...

Patlotch : - vous connaissez des gens qui passent vraiment à autre chose sans radicalement abandonner leur passé, ce qu'on appelle "couper les ponts" ? Si oui, c'est que vous n'avez pas idée de ce qu'exige une révolution, ne serait-elle qu'individuelle. Quand les autres ont fini de vous retenir de créer, l'ennemi, c'est vous-même comme l'autre que vous n'êtes plus

Tristan Vacances : - Et...?

Patlotch : - et cela vous met au bord de la folie, comme Rimbaud abandonnant la poésie pour rentrer dans le rang de l'échange économique, fût-ce en contrées colonisées, ce qu'il explique assez bien, quand plein de lucidité au bout de son "dérèglement de tous les sens", il sent qu'« affolé, il finirait par perdre l'intelligence, et ses visions... »

Tristan Vacances : - Et...?

Patlotch : - à l'inverse j'entrerais bien radicalement en poésie, si je ne savais trop que j'en deviendrais fou

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MessageSujet: Re: CIRCONSTANCES de la CRÉATIVITÉ ou la folle banalité du "génie"   Dim 8 Avr - 2:04



il n'aura échappé à personne, sauf aux tenants du surréalisme selon leur maître Breton, que ce programme poético-révolutionnaire est appliqué depuis par les fous et les terroristes, autrement dit les fous-terroristes, qui n'ont pas le génie de Breton : « Si j'avais une minute de lucidité, je tuerais le médecin-chef de l'asile. » (Najda)

mais enfin, me direz-vous, aucun terroriste n'a tiré dans la foule en se réclamant de Breton. Vrai. Mais des paumés ont-ils foncé dans la foule vraiment par idéologie islamiste et des racailles tué une Knoll par antisémitisme ? Va savoir

il ne serait pas inutile d'analyser ce que signifient, dans le capitalisme, les crimes de masse relevant supposément d'une idéologie (au hasard objectif, dit Breton). Pierre Legendre est précieux qui les décrypte en 1989, du point de vue analytique, dans



Citation :
Le 8 mai 1984, un jeune caporal de l'armée canadienne faisait irruption dans l'Assemblée nationale du Québec, avec l'intention de tuer le gouvernement. Courant dans les corridors, tirant à l'arme automatique sur les gens qu'il croisait, Denis Lortie arrivait bientôt à la Chambre où se réunissent les députés. Mais, ce jour-là, l'Assemblée ne siégeait pas et la salle était vide. Il alla s'asseoir dans le fauteuil du Président. Une négociation s'ensuivit pour le désarmer. Après sa reddition, on compta trois morts et huit blessés.

La doctrine du meurtrier s'est dite en une formule: "Le gouvernement du Québec avait le visage de mon père". Ces Leçons VIII étudient ce cas de parricide.

Faut-il donc que de nos jours le rapport des montages normatifs à la tragédie ne soit plus représentable qu'à l'occasion des mises en acte? Le temps nous presse. Comment faire face, pour notre temps, à la nécessité de mettre en paroles la scène humaine de l'inceste et du meurtre, afin d'en déjouer l'accomplissement dans la vie quotidienne ?

L'interdit est avant tout un problème de vérité _ la vérité de la différenciation humaine. Tel est le sens de l'office du père, indissociable du principe de Raison dont il est, en somme, la traduction juridique. Tout parricide le dévoile: le meurtrier s'attaque à la construction même de la Raison.

après ça, lisez Lola Miesseroff, Voyage en Outre-Gauche, p. 249-259 Libérons les fous parce que ce sont nos dieux et vu le niveau n'en pensez pas moins, ce que vous voudrez, ici, on s'en FOU

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MessageSujet: Re: CIRCONSTANCES de la CRÉATIVITÉ ou la folle banalité du "génie"   Sam 7 Juil - 7:29


ils arrivent à tout le monde mais pas sans connaissances de base

Cerveau : les éclairs de génie livrent leurs secrets
Nathalie Mayer Futura Santé 06/07/2018

Ils arrivent à tout le monde. Plus ou moins souvent. Pourtant, les éclairs de génie restent des phénomènes mystérieux. Mais même s'ils n'ont pas encore la recette pour les provoquer, des chercheurs américains nous dévoilent aujourd'hui quelques-uns de leurs secrets.

Citation :
« Eureka ! » C'est, selon la légende, ce qu'aurait crié le savant grec Archimède, plus de 200 ans avant J.-C., en sautant hors de son bain après avoir compris que « tout corps plongé dans un fluide subit une poussée verticale, dirigée de bas en haut, égale au poids du fluide déplacé ». Un « J'ai trouvé ! » enthousiaste venu ponctuer un éclair de génie, ce phénomène qui reste mystérieux.

Pourtant, de nombreux chercheurs se sont penchés sur la question. Mais il leur a fallu attendre l'émergence des techniques d'imagerie les plus récentes - comme l'électroencéphalogramme (EEG) ou l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) - pour espérer démêler les fils des mécanismes neuronaux qui président à la naissance des plus créatives de nos idées.

Aujourd'hui, des chercheurs de la Drexel University (États-Unis) nous apportent quelques données scientifiques sur la manière dont les éclairs de génie apparaissent dans nos cerveaux. « Nous avons observé une explosion d'oscillations à haute fréquence sur le gyrus temporal supérieur droit du cerveau », raconte John Kounios, neuroscientifique cognitif à la Drexel University. Mais plus surprenant, les EEG ont montré comme une mise en sommeil du cortex visuel droit, la zone dédiée au traitement des informations visuelles.


Autre découverte qui semble émerger de cette étude : des différences marquées entre les individus dans leur tendance à compter ou non sur un éclair de génie pour résoudre un problème.
©️ fotogestoeber, Fotolia

Différentes zones du cerveau mobilisées

Pour mieux comprendre, revenons sur le mode opératoire. Pour étudier le mécanisme des éclairs de génie, les chercheurs américains ont invité des volontaires à résoudre des anagrammes et à presser un bouton lorsqu'ils avaient trouvé la réponse. Ils devaient aussi préciser si cette réponse était le fruit d'un raisonnement ou plutôt d'un éclair de génie. Pendant toute la durée de l'expérience, les cerveaux des volontaires étaient surveillés de près.

Le gyrus temporal supérieur droit, siège des éclairs de génie ?

L'opération a montré que les éclairs de génie donnent bien lieu à un modèle unique d'activité neurale. John Kounios imagine que la mise en sommeil de la zone dédiée au traitement des informations visuelles peut aider à mobiliser plus de ressources sur le problème à résoudre. Cependant, il juge que ce sont les oscillations observées dans le gyrus temporal supérieur, une fraction de seconde avant pression du bouton, qui signent réellement l'éclair de génie.

« Ces oscillations haute fréquence semblent permettre de synchroniser différentes régions du cerveau afin de traiter le problème de manière globale », explique le neuroscientifique. Un constat qui a permis aux volontaires de doper leur créativité. Mais la méthode semble difficile à appliquer plus largement. Et John Kounios continue pour l'instant de conseiller, pour stimuler le génie, d'étudier le domaine dans lequel on souhaite innover. Les connexions entre concepts ne semblent en effet pouvoir se faire que s'il existe une base de connaissances riche sur laquelle s'appuyer. Le chercheur recommande aussi une certaine « positive attitude », propice selon lui à la créativité.

autre scoop, les "éclairs de génie" proviennent d'une zone localisée du cerveau. À chacun sa fonction, quoi, on marche avec les pieds, on mange avec la bouche, on est génial avec le "gyrus temporal"

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MessageSujet: Re: CIRCONSTANCES de la CRÉATIVITÉ ou la folle banalité du "génie"   

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CIRCONSTANCES de la CRÉATIVITÉ ou la folle banalité du "génie"
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