PATLOTCH / COMMUNISME / un ART de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES, ÉCOLOGISTES... et POÉTIQUES !
 
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» 1968 POÈMES et SLOGANS, AFFICHES, ARTS et LUTTES... UNE POÉTIQUE RÉVOLUTIONNAIRE ? (tour d'horizons et debriefing théorique)
Mer 9 Mai - 7:50 par PEUTÊTRE


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 1968 POÈMES et SLOGANS, AFFICHES, ARTS et LUTTES... UNE POÉTIQUE RÉVOLUTIONNAIRE ? (tour d'horizons et debriefing théorique)

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PEUTÊTRE



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MessageSujet: Re: 1968 POÈMES et SLOGANS, AFFICHES, ARTS et LUTTES... UNE POÉTIQUE RÉVOLUTIONNAIRE ? (tour d'horizons et debriefing théorique)   Sam 3 Mar - 21:41


ce gauchisme poétique que nous conchions

Serge Pey : La Poésie-Action, entre art et politique

Organisé par Conséquences. École Normale Supérieure, 45 rue d'Ulm, salle Cavaillès (1er étage, aile sud du bâtiment principal - escalier au bout du couloir à droite en entrant), 19 heures. Entrée libre dans la limite des places disponibles.


Citation :
Enfant de la longue histoire des avant-gardes artistiques et politiques, du dadaïsme, de l'agit-prop, de l'Internationale situationniste, et de Fluxus, la Poésie-action de Serge Pey met en crise la séparation classique entre art et politique. Elle interroge la dimension symbolique de toute pratique politique, de même qu'elle fait du poème un acte révolutionnaire qui conteste l'ordre social. Il s'agit de penser cette dialectique entre la vie et le langage, qui est la source de toute création, et de l'art comme expérience de la liberté. Par-delà la "mort de l'art" dans sa marchandisation, le poème retrouve la conception grecque de la philosophie comme expérience de la vie, et nous indique la possibilité d'un art-action.

Serge Pey écrit : "La révolution ou l'émeute est, comme nous l'ont appris les situationnistes, le point oméga de l'art-action. Prise de la Bastille, mise à bas de la colonne Vendôme par Courbet sous la Commune, arbres peints en rose devant Lénine par les futuristes russes (...) L'art-action est ainsi un art politique, car il est un art des conflits de la pensée et demeure une tentative infinie de transformer les circonstances".

Poète et performeur, Serge Pey enseigne à l'Université Toulouse-2, et vient de publier "Poésie-Action, Manifeste provisoire pour un temps intranquille" (Le Castor Astral).

à propos du gauchisme esthétique, ou gauchisme poétique, voir aussi le GAUCHISME : une catégorie pertinente pour la critique ?

pour leur "révolution", les gauchistes ont déjà leurs poètes officiels, ils sont professeurs d'État... tout un « poème acte révolutionnaire qui conteste l'ordre social »

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MessageSujet: Re: 1968 POÈMES et SLOGANS, AFFICHES, ARTS et LUTTES... UNE POÉTIQUE RÉVOLUTIONNAIRE ? (tour d'horizons et debriefing théorique)   Jeu 8 Mar - 5:01


Action Mai 68, le Group-Show à la galerie Wallworks
Sortir à Paris



Du 4 mai 2018 au 7 juillet 2018
Galerie Wallworks www.wallworks.fr
4 Rue Martel 75010 Paris 10

Gratuit

Citation :
La galerie Wallworks organise une exposition, Action Mai 68, autour des travaux de 40 artistes d’art urbain sur différentes unes du magazine Action du 4 mai au 7 juillet 2018. Une manière originale de découvrir ce journal militant de mai 1968.

Mai 68 au cœur de l’art… La galerie Wallworks propose une exposition autour des travaux de 40 artistes de l’art urbain sur un même support : la couverture du magazine Action, journal militant de mai 68. Intitulée Action Mai 68 – Descendre dans la rue, celle-ci a lieu du 4 mai au 7 juillet 2018 et expose également toute une série de tracts et de documents de l’époque.

Créer à partir des unes de magazines originaux, c’est l’exercice que propose Claude Kunetz, fondateur de la galerie, à ces graffeurs et autres artistes de la rue. Un défi lancé à l’occasion des 50 ans de mai 68, et avec différents exemplaires d’Action que le fondateur de la galerie a conservés pendant tout ce temps. C’est un peu avant l’adolescence que Claude Kunetz découvre cette publication, vivant alors chez ses parents rue Gay-Lussac à Paris. Une collection que le jeune homme commence alors qu’il voit les barricades se construire sous ses fenêtres.

Le magazine, lui, voit son premier exemplaire sortir le 7 mai 1968 et s’ouvre à de nombreux dessinateurs comme Siné, Wolinski ou encore Topor. Des dessinateurs et caricaturistes auxquels les street-artistes – comprenant Alexöne, Katre, Ma Desheng, Stew, Zepha, Colorz, Hobz, Hendrik Czakainski ou encore Rafael Sliks – rendent hommage par cette exposition.

 

 

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MessageSujet: Re: 1968 POÈMES et SLOGANS, AFFICHES, ARTS et LUTTES... UNE POÉTIQUE RÉVOLUTIONNAIRE ? (tour d'horizons et debriefing théorique)   Jeu 15 Mar - 11:24


interlude hic


nous avons montré, ou plutôt il est ressorti de notre enquête, que le mouvement de 68 en France n'avait pas de potentialité révolutionnaire, que de ce ne fut pas une révolution trahie par les 'soixante-huitards' reconvertis, ni une "récupération" par l'État et le capital, mais qu'il contenait en germe et annonçait la restructuration des rapports sociétaux dans celle de l'économie politique qui a suivi dans les années 70

nous considérons cette généralité comme objective, rien de gênant de la retrouver à gauche comme à droite, de Bové à Zemmour en passant par Edgar Morin ou Jean-Luc Marion (ici). Au fond il n'y a guère que les gauchistes, jeunes ou vieux, pour penser le contraire dans leurs fantasmes de refaire mai 68 en mieux dans le printemps qui vient

certes cela ne fait pas pour nous toute l'analyse, et nous allons nous amuser ici à relier cette idée à un mot


slogan

CNRTL a écrit:
extraits

Formule concise et expressive, facile à retenir, utilisée dans les campagnes de publicité, de propagande pour lancer un produit, une marque ou pour gagner l'opinion à certaines idées politiques ou sociales. Slogan politique, publicitaire; slogan original, percutant; slogan belliqueux, humanitaire, pacifiste, révolutionnaire, subversif; slogan de Mai 68; créer, inventer un slogan; répéter un slogan; scander des slogans.

− Par analogie : phrase généralement courte énonçant une règle d'action, une appréciation ou un jugement d'ordre moral ou général; par métonymie, règle de morale, principe de conduite.

Étymologie : slogan, 1842, cri de guerre d'un clan écossais, emprunté à l'anglais slogan, du gaëlique sluagh-ghairm comp. de gairm « cri » et sluagh « troupe », désignant le cri de guerre ou le cri de ralliement de troupes écossaises ou d'Irlandais (depuis 1513 dans NED) puis le mot d'ordre, la devise de tout groupe (depuis 1704, ibid.) d'où son emploi pour désigner un message de type publicitaire (1922-28 ibid.)

dès la définition on a donc le passage possible du politique au publicitaire, comme de mai 68 à son résultat, mais c'est l'étymologie que nous retenons ici : sluagh-ghairm, « "mottos", cris de guerre, devises des clans placées sous leurs blasons pour résumer leurs valeurs ou objectifs, et passés de l'écrit à l'oral » (source)

cortège de tête


image tirée de Braveheart Fight

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MessageSujet: Re: 1968 POÈMES et SLOGANS, AFFICHES, ARTS et LUTTES... UNE POÉTIQUE RÉVOLUTIONNAIRE ? (tour d'horizons et debriefing théorique)   Dim 18 Mar - 16:54


sur le "dépassement de la posture artiste"

dans le livre de Lola Missierhoff, Voyage en outre-gauche, quelques témoignages dans le sens de notre remise en cause de la posture artiste, qui pour nous dépasse celle des situationnistes



L'art est mort, ne consommez pas son cadavre !
Citation :
p. 267 - « Aux Beaux-Arts, chaque fois que je mettais les pieds dans un atelier, je tombais sur des gens qui se prenaient pour des artistes, et moi pas du tout. Au contraire, artiste, c'était presque une insulte. Moi qui avait commencé à lire l'IS, je n'allais pas me prendre pour un artiste ! C'est pour ça qu'après je me suis inscrit à Vincennes, parce qu'on ne faisait pas à ce moment des arts plastiques, mais de l'expression plastique. »

p. 267-268 - « J'ai vécu tellement d'années pendant lesquelles on ne devait pas dire qu'on faisait de la poésie, comme quand tu es homosexuel et que tu n'oses pas le dire. La poésie était proscrite, ce n'était pas la vraie vie. Je me rappelle avoir eu un bouquin de Pierre Reverdy, qu'est-ce que j'ai pas entendu ! Avec l'idée que c'était une compensation dans le monde de l'aliénation, que si on vivait librement et sans aliénation, on n'aurait plus besoin de ça. Dans un monde libre, il n'y aurait plus d'Artaud puisqu'il n'y aurait plus de malheur. On m'a dit : tu es passé de l'autre côté, tu écris de la poésie. Et, en 68, j'avais moi-même défendu cette position dans une AG, j'étais tellement influencé par les théoriciens de l'époque. Des comédiens parlaient de faire un théâtre pour le peuple, j'étais moi-même comédien et j'avais joué dans ce théâtre ; je me suis engueulé avec le metteur en scène, Marcel Maréchal. J'ai fait un discours très enflammé, j'ai dit que dans un monde libre, désaliéné, de vie intense, on n'aurait plus besoin de compensation artistique. Il y avait l'idée que dans un monde intense, on n'aurait plus besoin de béquilles. N. jouait de la musique de chambre. Je lui dis : tu dois être content, et il me répond : ce n'est pas la vraie vie. Tu te rends compte, pour lui, c'était presque avoir une activité bourgeoise par excellence.»

p. 268 - Ambivalences et ambiguïté au sujet de l'art étaient sans doute latentes, y compris dans l'IS : « La théorie des situs sur le dépassement de l'art, ce n'est pas le dépassement de la posture artiste, c'est le dépassement de l'art comme activité. Sauf que, quand tu lis l'IS, ce n'est pas ça. »

c'est le moins qu'on puisse dire concernant le passage en gras

un autre témoignage, concernant le fameux Ateliers des Beaux-Arts champion de toutes les commémorations, et sa critique par le Comité d'action travailleurs étudiants de Censier

Citation :
p. 123-124 - Et ils en profièrent pour développer un atelier d'affiches autonome :« On avait monté à l'Institut d'art un petit atelier d'affiches. Aux Beaux-Arts il y avait un ramassis de gauchistes artistes, bien gentils - puisqu'ils nous ont appris la calligraphie -, mais on se passait volontiers de leurs conversations. C'est ce qui nous a permis de faire nos propres affiches.»

voir page 1, 30 janvier, la sérigraphie, ça va de soie



cela dit, il faudrait vérifier quant aux affiches tirées par les enragés & situs si elles ont des caractères artistiques différents du slogan imagé typique du gauchisme esthétique, car c'est évidemment le rôle qu'on assigne en pratique à l'art en relation avec la propagande qui fait la différence. Lola :
Citation :
p. 266
Sur la critique de l'art, Dada et les situationnistes nous avaient ouvert la voie. L'art comme activité séparée ou récupératrice et « la posture de l'artiste » que nous appelions « artistouille » nous faisaient horreur.

franchement, comme dit dans l'essaim des saints de Lola, ce "nous" créant une unité d'outre-gauche dont le livre même montre qu'elle n'existait pas, me laisse encore plus dubitatif dans les domaine des arts

les "artistouilles" se réclamant des situs n'ont pas manqué, ni les modèles d'artistouillerie dans l'IS même, comme dit plus haut. Tout ça me semble un peu repeint aux couleurs avantageuses d'un avant-gardisme outre-gauchiste, ce qui n'est guère étonnant, puisque pour le poser dans toutes ses dimensions poétiques et révolutionnaires, il faut quand même creuser un peu plus profond. Et ce n'est pas le genre auto-labellisé écrivain-anarchiste qui nous démontrera le contraire

je pense que dans ce milieu, beaucoup ne se sont jamais ou mal posé la question, car cela exige un rien de praxis artistique et de conviction que le poétique (l'art) pour être le poétique doit rester à distance de toute idéologie, ce qui devient compliqué pour un artiste qui a des convictions politico-théoriques et veut plus ou moins les faire passer dans son œuvre, ou pire mettre son talent au service de ses convictions

sur tout ça voir UN RENVERSEMENT POÉTIQUE et RÉVOLUTIONNAIRE de Guy Debord à... Patlotch...

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 1968 POÈMES et SLOGANS, AFFICHES, ARTS et LUTTES... UNE POÉTIQUE RÉVOLUTIONNAIRE ? (tour d'horizons et debriefing théorique)   Mer 21 Mar - 8:27


« Des outres gonflées ne sort que du vent »

nous n'avons pas parlé de l'héritage, je veux dire du pognon, qui n'a pas d'odeur, ni de couleur. L'argent de Johnny était certes plus tricolore qu'anglo-saxon, enfin, pour les ventes de ses disques, mais ça ne tient pas à l'idéologie française, et puis ces histoires de famille n'en sont que l'écume, le remugle

imaginez une vedette de la chanson populaire de second plan, au regard de la carrière et des obsèques, un Brassens, un Brel, un Nougaro, qui vous voudrez (évitez Cantat, il n'est pas mort, lui), on ne connut même pas leurs ayant cause, donc on n'en causa pas

bon d'accord, le rock en roll, qu'il soit bon ou mauvais, ça rapporte, c'est pas comme de ces musiques élitistes qu'il a fini par achever en enthousiasmant la jeunesse toutes classes confondues, aux alentours d'un peu avant et après... 1968

à propos de 1968 justement, encore un truc qu'a rien à voir avec Johnny, qui était en ma bonne ville de Roanne en février - à l'époque ça m'est passé complètement inaperçu autant qu'inouï, si j'ose dire



Roanne, 22 février 1968

ceci, de Lola Miesserhoff : « sans oublier une bonne pincée d’humour et même un peu de sex, drugs, free jazz and rock’n’roll. »


bon d'accord, c'est le « récit choral d'une mouvance hétérogène, « l’archipel outre-gauche », qui va des anarchistes indépendants à l’ultragauche en passant par les situationnistes », et l'on sait qu'en musique, choral a un rapport avec les chœurs

pourquoi, dans ce chœur hétérogène, autrement dit désaccordé, Lola met-elle sur le même plan le free jazz et le rock en roll ? Nonobstant sa « pincée d'humour », moi ça ne me fait pas rire du tout, et je suppose que les inventeurs du free jazz apprécieraient, je parle des vrai.e.s musicien.ne.s, pas de ceux qui se sont mis du jour au lendemain à souffler dans un saxophone en se prenant pour des révolutionnaires révolutionnant du même coup la musique. Ça, pour pratiquer « la mort de l'art », ils étaient l'avant-garde

mais qui aura  remarqué que c'est Lola, de son initiative, qui a inséré le free jazz dans l'expression sex, drugs, and rock’n’roll, avec un bel anachronisme : ils auront vraiment tout annoncé !



1977

je ne ferai pas l'injure aux outregaucheux de penser qu'ils étaient fans de Johnny Halliday, peut-être quelques-uns de rock en roll, mais certainement plus d'un.e savait ce que free jazz portait et signifiait à conséquence. Alors pour revendiquer "humoristiquement" cette expression devenue emblématique de l'époque, il faut penser que certains autres étaient bien de leur temps, et ya vraiment pas de quoi en être fier.e

celleux-là et leur cellulite mentale, que le free jazz les emmerde !



1972

Vocal : Colette Magny
Trumpet : Bernard Vitet
Alto sax : Juan Valoaz
Bass : Beb Guerin
Piano : François Tusques
Drums : Noël Mc Ghie


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MessageSujet: Re: 1968 POÈMES et SLOGANS, AFFICHES, ARTS et LUTTES... UNE POÉTIQUE RÉVOLUTIONNAIRE ? (tour d'horizons et debriefing théorique)   Jeu 22 Mar - 12:54


pour info, sortie le 29 mars




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MessageSujet: Re: 1968 POÈMES et SLOGANS, AFFICHES, ARTS et LUTTES... UNE POÉTIQUE RÉVOLUTIONNAIRE ? (tour d'horizons et debriefing théorique)   Sam 24 Mar - 11:01


« Sous les pavés, la plage »
l'invention d'un publicitaire, déjà...



2008

Citation :
L'expression apparait dès les premières barricades. Les manifestants démantèlent les voies de circulation, faites de pavés, pour les lancer sur les CRS.

À l'époque, Bernard Cousin était étudiant en médecine et travaillait dans une agence de pub. Avec le publicitaire Bernard Fritsch, ils réfléchissent à un slogan, nécessairement percutant, plutôt poétique, qui pourrait être répliqué en graffiti sur tous les murs de la capitale.

Devenu docteur à Tours, le manifestant repenti raconte dans son livre «Pourquoi j'ai écrit "Sous les pavés la plage"», que les deux copains s'étaient d'abord entendus sur la formule «Il y a de l'herbe sous les pavés», avec l'amalgame possible, en allusion au haschich ou au cannabis. Il se mettront finalement d'accord pour remplacer l'herbe par la plage, écrit au feutre rouge sur une feuille de papier. Une virgule y est finalement rajouté au stylo bleu, pour donner du rythme.

« On cherchait quelque chose à rechercher sous les pavés pour inciter le chaland à les retirer, c'est venu assez naturellement car pour noyer les grenades des CRS on ouvrait les vannes des trottoirs et l'eau coulait sur le lit de sable qui servait d'assise aux pavés parisiens. Pour évoquer un avenir paradisiaque commun aux deux compères, si différents de philosophie, nous n'avons trouvé que notre joie d'enfant à la plage. »

Bernard Cousin raconte que son compère publicitaire aurait bombé le slogan plus de 100 fois sur les murs de Paris.



sous l'épave est la page
blanche où l'oubli s'écrit
corruptible ou proscrit
du droit au rattrapage

hier refait demain
tout tracé par chemin
d'un obscur palimpseste

Patlotch, ailleurs, 23 mars 2018 14:29



Raoul Vaneigem a écrit:
Les gens sans imagination se lassent de l'importance conférée au loisirs, à ce qui détruit l'imagination. Cela signifie qu'on ne se lasse pas du confort, de la culture ou des loisirs, mais de l'usage qui en est fait et qui interdit précisément d'en jouir.

Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations
. 1967

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MessageSujet: Re: 1968 POÈMES et SLOGANS, AFFICHES, ARTS et LUTTES... UNE POÉTIQUE RÉVOLUTIONNAIRE ? (tour d'horizons et debriefing théorique)   Lun 26 Mar - 15:02


notre slogan préféré


La Sorbonne 18 mai 1968

si l'on songe à toutes les chapelles qui abritent la mémoire de 68, on se dit que le soleil a du boulot

chacun sa vérité ?
chacun sache hériter !


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MessageSujet: Re: 1968 POÈMES et SLOGANS, AFFICHES, ARTS et LUTTES... UNE POÉTIQUE RÉVOLUTIONNAIRE ? (tour d'horizons et debriefing théorique)   Sam 31 Mar - 20:57


brumaire en mai
ou
le (20)18 brumeux de Macroléon et cortégeux associés

avouons que nous sommes quelque peu effarés par le 'niveau' des slogans de ce qui se présente et se voudrait un 50è anniversaire réussi de 68 (voir LES MURS ONT LA PAROLE : SLOGANS DE NOS JOURS (ET NUITS)

il faut croire que la baisse de la sélection sociale de l'après 68 aux années Jospin (80% d'une classe d'âge au bac) n'a pas armé la poésie des murs de la prétention littéraire de ses aînés du joli mois de mai, dont on a pourtant constaté le marasme du point de vue poétique

il y aurait une étude à faire du romantisme révolutionnaire comme idéologie de couches moyennes et de la "petite bourgeoisie", quand en fait "les issus des" classes populaires n'aspirent qu'à en sortir par le haut dans le cadre de l'économie capitaliste, ce que n'expriment et récupèrent aujourd'hui que des tendances droitières, avec une facilité rhétorique que leur sert sur un plateau la vulgate gauchiste des luttes à l'Université

franchement les clowns du matérialisme théâtreux comme farce de la non-tragédie de 68, c'est le clou du Spectacle, comme dirait l'autre

PS : cela dit, il est très intéressant de comparer l'infantilisme gauchiste de 68 à celui d'aujourd'hui, les générations de "jeunes" se suivent et se ressemblent. Le plus triste est qu'il y ait des vieux (et des vieilles) d'outre-gauche pour revendiquer ce spectacle à nombril que veux-tu

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MessageSujet: Re: 1968 POÈMES et SLOGANS, AFFICHES, ARTS et LUTTES... UNE POÉTIQUE RÉVOLUTIONNAIRE ? (tour d'horizons et debriefing théorique)   Dim 1 Avr - 15:45


interlude


2008

extrait. C'est le proviseur du lycée Maxence-Van-der-Mersch à Roubaix qui parle, quelques pages avant d'être assassiné
Citation :
En province on avait pas trop à se plaindre. Les jeunes se contentaient pour l'instant de suivre le mouvement, mais sans bobos. Rien de comparable avec Paris où la plupart des chefs d'établissement avaient dû céder à la force. Même Janson-de-Sailly, Henry-IV ou Louis-le-Grand étaient devenus la cible des enragés qui ne respectaient rien. Courant à cloche-pied sur les traces de leurs aînés qui avaient saccagé la Sorbonne, les élèves se déchaînaient. Ils occupaient les lycées comme s'ils avaient investi des citadelles, et du haut de leur incompétence, rédigeaient des cahiers de doléances d'où, ils n'en doutaient pas, sortirait bientôt un nouveau code éducatif vaguement rousseauiste basé sur la créativité, la spontanéité, et l'absence de contrainte et surtout de sélection. Ensuite, au nom de la résistance à la violence oppressive, ils allaient affronter les flics et, drogués aux gaz lacrymogènes, épuisés de courses-poursuites, barbouillaient leurs graffitis à tous les coins de rues comme les chiens pissent au pied des réverbères.

Un amateur d'art naïf aurait déjà pu recueillir un plein album de leurs slogans. Débauche de formules puériles, dictées par une rhétorique de bazar s'essayant à l'aphorisme cinglant à coup de chiasmes faciles : Les murs ont des oreilles, vos oreilles ont des murs. Les armes de la critique passent par la critique des armes ; d'antithèses indigentes : Crier la mort c'est crier la vie ; de paradoxes redondants : Il est interdit d'interdire ; de spots publicitaires détournées : Mettez un flic sous votre moteur ; d'injures primaires : Mort aux tièdes ! J'emmerde la société ! ou d'éructations pseudo-surréalistes aux relents de dadaïsme mal digéré : Ici on spontane. Veau + Révolution = Réveaulutionnaire. Ne prenez plus l'ascenseur prenez le pouvoir.

Et le pire, songeait Antoine Pruvost, c'est qu'il se trouverait sans doute un jour des sociologues, voire des universitaires assez pédants pour analyser ce tissu d'inepties. D'ailleurs certains intellectuels opportunistes ne s'empressaient-ils pas déjà d'applaudir cette belle jeunesse dont la verve créatrice n'avait d'égal que son enthousiasme politique ? On se plaisait à dénoter dans cet élan printanier une vigoureuse fraîcheur romantique qui n'annonçait rien de moins qu'une immense révolution culturelle.

Bande d'idiots, comme si leur bric-à-brac de barricades était de taille à détourner le cours de l'Histoire ! Ces apprentis sorciers narguant les forces de l'ordre avc leurs petits pavés croyaient-ils vraiment défier le pouvoir ? Frustrés de n'avoir jamais eu l'occasion d'en découdre avec de véritables hordes barbares, ils en étaient réduits à chercher quelques émotions fortes sur un front de carton-pâte face à des fusils chargés à blanc.

p. 15 à 17

Les libraires placent le bouquin sur le rayon «Mai 68» mais il s'agit d'un roman, pas d'un essai !
Jean Marie-Guichard ©️ La Voix du Nord 13 juin 2008

Au milieu des commémorations officielles et très sérieuses des « événements de Mai 68 », le roman du Villeneuvois Philippe Delepierre arrive comme une bouffée d'oxygène et contribue à redonner à cette affaire la distance critique qui sied, quarante ans après.

Citation :
En titrant ce polar situé dans la métropole lilloise Sous les pavés, l'orage, Philippe Delepierre fait coup double. Il s'inscrit dans l'actualité du moment - la « commémoration » - tout en détournant un des slogans les plus fameux de l'époque, une façon coutumière chez lui de prendre une distance ironique avec l'événement.

« J'avais 17 ans et je m'intéressais plus au rock qu'à ce qui se disait dans les assemblées générales
, confie l'auteur. En tant que gamin issu d'un milieu populaire, le quartier du Petit-Belgique à Haubourdin, je ressentais ces manifs étudiantes comme des querelles de privilégiés. Vous vous rendez compte, ces fils de bourgeois voulaient m'expliquer à moi ce qu'était la classe ouvrière... ! » Comme dans ses romans précédents, le professeur de français du lycée Queneau a mixé les caractères et particularités de contemporains rencontrés dans la vie réelle pour construire ses personnages, dont le jeune héros, Robert, un élève moyen et tourmenté du lycée Van-der-Meersch, tiraillé entre sa laideur, réelle ou supposée, les soucis de sa mère, abandonnée par son mari, paumée et alcoolique, et les copains frimeurs ou donneurs de leçons. Il ne va pas tarder à être victime d'une machination diabolique montée par un autre jeune, aristocrate et nihiliste, qui résout son mal-être d'une manière radicale.

L'intrigue policière, à partir de la défenestration d'un proviseur, se développe à toute vitesse. Le lecteur, pris par le tableau au vitriol de la société de l'époque, sur le point de devenir la société de consommation, et les rebondissements de l'histoire, jalonnée des réflexions d'un policier bougon et perspicace, lit le roman d'une seule traite. C'est presque trop rapide, monsieur le professeur... «  J'aurais pu développer le passé des personnages, m'étendre sur leurs motivations profondes, mais ce qui m'importe ce sont les situations au paroxysme, le tourbillon qui les saisit à un certain moment et façonne leur destin. De l'anti-Gavalda, en quelque sorte, qui met trois pages à raconter qu'une personne entre dans une pièce. Le lecteur d'aujourd'hui, je crois, s'intéresse aux moments forts pas à la description d'une vie banale qu'il connaît trop bien... »

Avec son éternel franc-parler, Philippe Delepierre ne cherche pas à séduire à tout prix. Depuis son succès de 2004, Fred Hamster et Madame Lilas, couronné par le prix des lecteurs RTL-Lire, on sait que ses héros ne correspondent pas aux critères du politiquement correct. Dans son univers, les putes ont plus de dignité que beaucoup de notables, les harkis sont des gens fréquentables et beaucoup d'enseignants, calculateurs et formatés, n'ont plus grand-chose à voir avec les hussards noirs de la République... On évitera d'entrer dans le détail pour ne pas déflorer le sujet mais sachez encore que sont « visés », au gré des pages de son dernier ouvrage, les hypermarchés (qui commençaient juste à s'implanter), les communistes, la gauche caviar (même si ça ne s'appelait pas encore comme ça)...

Bien sûr, on est dans un roman et n'allez pas imaginer que Philippe Delepierre cherche à régler des comptes. Mais bon. De Voltaire à Houellebecq, l'histoire littéraire française regorge de romanciers « engagés », surtout à gauche mais pas toujours, heureusement pour le pluralisme culturel. Ce qui ne fait pas de Delepierre un affreux réactionnaire pour autant. Constater la baisse du niveau des lycéens, refuser le manichéisme dans les débats sur le colonialisme ou estimer que l'événement majeur de 68 ce sont les chars soviétiques à Prague, pas le grand monôme du Quartier latin, c'est peut-être simplement du bon sens.

le bon sens me porterait à rapprocher plutôt qu'à opposer tout ce qui fit 68 dans monde, surtout quand il s'agit du début de l'effondrement du mouvement ouvrier sous direction soviétique...

quant au livre, nous vous en livrerons plus tard d'autres joyaux

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MessageSujet: Re: 1968 POÈMES et SLOGANS, AFFICHES, ARTS et LUTTES... UNE POÉTIQUE RÉVOLUTIONNAIRE ? (tour d'horizons et debriefing théorique)   Lun 2 Avr - 15:10


interlude 2


2008

extrait. p. 143-148 Édouard est un rejeton de famille aristo, aux idées fascistes, infiltré chez les anarchistes...
Citation :
Depuis qu'il vient mettre son grain de sel dans les AG, Édouard prêche la croisade pour une reconquête de l'art confisqué par les classes dirigeantes qui, à force de contresens, l'ont momifié sous des couches de vernis petit-bourgeois. À l'en croire, il est urgent de décaper les grands textes afin de révéler leur authentique fibre révolutionnaire anesthésiée par la culture de classe. Théorie qui enchante Larivière [prof d'Art dramatique communiste et féministe à la MJC de Roubaix] mais beaucoup moins les ouvriers qu'elle essaie d'attirer à la MJC.

La dernière fois qu'il est monté à la tribune, il a failli déclencher une émeute. Les prolos étaient venus discuter de l'augmentation du SMIC, des cadences infernales, des heures supplémentaires payées au lance-pierres, des points de retraite, bref, de choses sérieuses, rien d'étonnant que le charabia ampoulé du vicomte leur ait échauffé la bile. Ils ont cru mordicus que cet avorton se payait leur fiole et toute la diplomatie de Georges [le directeur des lieux] n'a pas été de trop pour soutenir sa copine syndiquée qui s'évertuait à justifier l'engagement révolutionnaire, certes un peu maladroit mais sincère, de son protégé.

Heureusement pour Monseigneur, les gros bras de la CGT ne sont pas là aujourd'hui. Ça lui permet de jacasser en paix avec les théâtreux regroupés autour de lui.

La discussion prend vite de l'altitude et je m'esquive en douce avant de manquer d'air. Pas de pot, la grande salle où se tient l'assemblée générale macère dans un épaiscumulo-nimbus bleu Gauloises.

Je débarque en pleine séance plénière du comité Jules Vallès, c'est le nom que l'élite militante a choisi pour son club de réflexion. Les lycéens sont plus ou moins avachis sur une table couverte de projets d'affiches et de tracts cochonnés à la ronéo, tout le monde ne possède pas le matériel de monsieur Nowells [ancien imprimeur, anarchiste].

À califourchon sur leur chaise, le feutre à la main, des créatifs esquissent des caricatures ou des projets de slogans mais l'inspiration semble les snober, ils crayonnent au petit bonheur des gribouillis comme on peut en remplir les pages d'agendas téléphoniques, l'écouteur à l'oreille mais la tête ailleurs. Certains d'entre eux sont installés sur l'estrade où les Bats [groupe de rock dont le narrateur est l'installateur sono] sont censés répéter dans moins d'une demi-heure.

Les cendriers débordent de mégots encore fumants et de paquets de cigarettes vides chiffonnés ou roulés en boules. Ici, on fume sans filtre, sans Tampax comme disent les puristes, la règle est de rechercher le contact direct de la langue sur le tabac noir qui décape les bronches, à condition de cloper vraiment, de ne pas crapoter comme les gonzesses ou les pédés avec leurs Royales ou leur Peter Stuyvesant. Depuis mes quatorze ans, il a bien fallu que je m'y mette, c'était la condition sine qua non pour être admis chez les grands qui se regroupent devant les chiottes au fond de la cour, les affranchis qui tournent tout en dérision, sauf la politique. Néanmoins, j'y vais mollo, le tabac brun, je n'ai jamais pu m'y habituer, alors je camoufle des Gauloises jaunes tabac de Virginie dans des paquets de Gitanes et je fais de mon mieux pour avaler la fumée sans sourciller.

Quand je rejoins le groupe, le secrétaire de séance, un ancien militant de la JEC [Jeunesse étudiante chrétienne], entreprend de résumer l'essentiel des propos qui se sont tenus au début de la réunion. Personne n'écoute. Il est presque aussitôt interrompu par un binoclard de terminale qui s'occupait du club de hand avant les événements.
- Ouais, c'est bien joli ton baratin, mais si tu veux mon avis, ça manque surtout de filles dans cette turne !
Il n'a pas tord. Larivière interprétait la démobilisation féminine comme la preuve par neuf de leur soumission au conditionnement sexiste ayant bridé leur conscience depuis que sévit la tyrannie du mâle.

Delcour, un gars qui se la joue intello à fond depuis qu'il fréquente une bande de maoïstes basés à Tourcoing, tire sur sa Boyard, la marque favorite de Jean-Paul Sartre, tout en feuilletant son Petit Livre rouge d'où il sort rapidement une citation appropriée.
- Une véritable égalité entre l'homme et la femme n'est réalisable qu'au cours du processus de la transformation socialiste de l'ensemble de la société.
- Alors, qu'est-ce qu'on attend pour la transformer socialistement, et d'urgence, cette putain de société ?  rétorque le binoclard en montant le ton.
Pour se calmer les nerfs, il se sert au passage dans le gros paquet bleu foncé que, pas radin, le sympathisant mao liasse à disposition.
- C'est vrai, merde, où elles sont, les femmes, bordel ?
- Le camarade a raison, approuve un barbu embroussaillé qui s'efforce de ressembler à l'auteur de L'Insurgé, pendant la Commune, elles allaient au massacre avec leurs hommes !
Sa pomme d'Adam fait du yoyo, il communie dans le sang et la chair des martyrs, prêt à en découdre, pourvu qu'une fille l'accompagne, demain dès l'aube pour entrer dans la légende.

Un ange passe, coiffé du bonnet phrygien, les plumes de ses ailes sont rouges de Chine. Les dernières mouches ayant survécu à la tabagie suspendent leur vol afin de respecter cette minute de silence à la mémoire des héros fauchés par les forces réactionnaires. Visité tout à coup par un souffle poétique irrépressible, un graphiste remplit une affiche vierge de sa belle écriture enfiévrée. Les lettres s'allongent, noires et fébriles, stimulées par la ferveur poétique de l'aphorisme : La révolution, c'est l'évolution du rêve.

N'étant plus lycéen depuis deux ans, Stéphane est invité en tant qu'observateur mais n'a pas voix au chapitre en cas de vote. Impatient de retrouver sa guitare il regarde sa montre toutes les deux minutes, visiblement agacé par l'enlisement des propos. La bière, exceptionnellement tolérée à la MJC, rend les idées flottantes. On a oublié l'ordre du jour. Je commence moi aussi à trouver le temps long, je ne suis pas venu changer le monde ni déplorer le manque de recrues féminines et j'aimerais bien que les artistes libèrent l'estrade où j'ai mon matériel à installer. Si le comité de salut public avait décidé d'annuler la répétition, fallait me prévenir, j'en aurais profité pour nettoyer les litières des colocataires de Vidocq [un bouc et de vieux animaux récupérés par l'imprimeur anarchiste].

Un costaud demande la parole. Cheveux courts, faciès chevalin, l'œil gris et perçant, il approche sa silhouette carrée de Decour [le mao], repousse le paquet de Boyards qu'on lui présente et fait remarquer qu'on pédale dans la semoule depuis plus d'une heure et que ça commence à bien faire. Deux créatifs en panne d'inspiration confirment.
- Moi, je vous répète que ça manque de cul, insiste le binoclard, j'ai rien à ajouter !
- Il a raison, ajoute Faelens, un ancien chahuteur dont la verve comique s'est évaporée avec l'éveil de sa conscience politique, on ne peut pas dissocier le désir de révolution du désir sexuel. N'avez qu'à lire Wilhelm Reich, il explique tout ça en long et en large. L'émancipation de la jeunesse commence avec la baise !
S'il dit vrai, je vais devoir m'armer de patience ! Les puceaux coincés et timorés dans mon genre n'ont pas trop d'illusions à se faire.

Le barbu en profite pour rappeler qu'au mois de mars, sur le campus de Nanterre, c'est le fait d'avoir interdit aux garçons l'accès aux résidences des filles qui a mis le feu aux poudres. Reste à savoir s'ils avaient quand même trouvé le moyen de s'envoyer en l'air avant d'aller affronter les CRS ou s'ils s'étaient jetés à corps perdus dans la bagarre, justement pour se donner du cœur au ventre et revenir se présenter en vainqueurs devant leurs copines pour savourer un repos du guerrier bien mérité.

Avec une arrogance de tribun, Delcour informe l'assistance qu'il a pris bonne note des remarques et qu'on essaiera d'en tenir compte à condition que l'on cesse de se fourvoyer dans des questions annexes.
Non mais, il se prend pour qui ? Dix-huit ans tout juste, même pas le permis de conduire, deux milligrammes de responsabilité, délégué élu, et ça jargonne déjà comme un vieux briscard des législatives !

Morts d'ennui, bras croisés, le cul posé contre le babyfoot, les musiciens attendent désespérément qu'une âme charitable lève la séance.

s'il y a une invariance historique dans les moments révolutionnaires, c'est les grandes gueules, y compris aujourd'hui pour expliquer aux masses (tout est relatif) l'autonomie des luttes et le rejet des chefs...

on dira que c'est un marqueur de la limite entre mouvement folklorique et soulèvement de masse, ceux d'en-bas n'ayant jamais été que les troupes aux yeux des premiers (de la classe bien qu'hors classe), quand ce n'est la chair à canon. C'est aux résultats que l'on peut mesurer l'écart entre les rêves, et l'évolution... jusqu'à se poser la question : en quoi les classes, pour autant que ce ne soit pas leurs représentants, font l'histoire des sociétés ? Jusqu'ici, dans le capitalisme, le prolétariat a toujours été le dindon de la farce révolutionnaire, y compris quand elle s'est écrite en son nom par des leaders qui n'en étaient pas

champion toutes catégories, le professeur d'économie politique à la retraite Robert Bibeau, de plus en plus proche des thèses du CCI :
« Je suis marxiste en effet mais surtout PROLÉTAIRE RÉVOLUTIONNAIRE qui me sied davantage » (ici)

esprit de l'escalier : les révolutions supposées prolétariennes, à la proportion près, n'auront jamais été qu'interclassistes, demandez à Lénine ! C'est pourquoi il n'est pas si saugrenu de se poser la question quant à la prochaine, et à son échec programmable par la même race de leaders

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MessageSujet: Re: 1968 POÈMES et SLOGANS, AFFICHES, ARTS et LUTTES... UNE POÉTIQUE RÉVOLUTIONNAIRE ? (tour d'horizons et debriefing théorique)   Sam 7 Avr - 14:50


les avant-gardes à contrepied

au vu des slogans comme forme-contenu, nous sommes loin de partager les considérations démagogiques et relevant du gauchisme esthétique sur "la poésie dans la rue", et moins encore l'affirmation de Michel de Certeau “Une foule est devenue poétique”, ce qui ne nous empêche pas de considérer qu'« en mai-juin 1968 la prise de parole généralisée fait que tout un chacun devient un producteur d’idées », que « non seulement les acteurs de Mai sont pluriels et ne sauraient s’abreuver aux mêmes sources, mais en outre leur révolte part moins d’idéologies préconstituées que d’une sensibilité critique à l’égard de l’ordre existant. »

tant et si bien que si les avants-gardes (Gobille évoque Tel Quel) sont « prises à contrepied » c'est parce que le caractère massif et populaire de l'événement d'insubordination (Temps Critiques) fait que l'avant-garde est en quelque sorte partout, diffuse, autrement dit qu'elle n'existe plus, n'en déplaise aux récits sur l'Outre-gauche (Lola Miesseroff) qui prétend en dessiner aujourd'hui les contours dans un bel oxymore théorique


Mai 68, le temps du possible : entretien avec l'historien Boris Gobille
Jean-Marie Durand Les Inrocks 07/04/18


les CRS et les pavés de Mai 68 AGIP/RDA/Hulton Archive/Getty Images

L’historien Boris Gobille, auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet, analyse Mai 68 à travers la pluralité des prises de parole, la transgression des frontières sociales et les avant-gardes littéraires.


Citation :
Dans ce qu’on a appelé “les événements de mai-juin 1968”, qu’est-ce qui constitue selon vous précisément un événement ?

Boris Gobille – Tout dépend de ce que l’on entend par “événement”. En un premier sens, il y a événement en mai-juin 1968 parce que des mondes sociaux auparavant cloisonnés se parlent, mêlent leurs revendications respectives, agissent ensemble. Comme l’écrivent les historiens Xavier Vigna et Michelle Zancarini-Fournel, les “rencontres improbables” entre étudiants, ouvriers, mais aussi cadres ou paysans ont été nombreuses. Cette transgression des frontières sociales tranche avec la division du travail dans les sociétés différenciées, qui sépare et hiérarchise. Il y a événement parce qu’il y a crise radicale du fonctionnement social et politique ordinaire.

Ensuite, il y a événement parce qu’on ne sait pas, quand on y est plongé, comment les choses vont tourner. Cette sensation est très exactement celle qu’ont éprouvée nombre de contemporains de 68, du côté du pouvoir comme du côté des contestataires. C’est le règne de l’incertitude, et c’est pourquoi, sur le moment, il est toujours difficile de qualifier avec justesse ce qui se passe.

L’événement, c’est aussi le règne du possible. Là encore, nombre de contemporains de 68 ont le sentiment qu’une brèche est en train de s’ouvrir qui pourrait transformer radicalement l’existence. De fait, beaucoup ont réorienté leur vie, sont devenus syndicalistes, se sont engagés dans une organisation révolutionnaire, ont repris des études, se sont établis en usine, ont tenté de repenser leur vie quotidienne ou professionnelle selon les principes de Mai.

Gilles Deleuze n’avait pas tort quand il disait qu’un événement, c’est d’abord un devenir. Que 68 n’ait pas accouché d’un régime révolutionnaire ou d’une mutation radicale de l’ordre politique ne change rien au fait qu’il a suscité un sens du possible que bien des gens ont fait vivre ensuite d’une manière ou d’une autre. L’ordre s’est bien défendu, c’est certain, n’empêche : durant plusieurs semaines, il a montré sa vulnérabilité, et ceci montre qu’il est possible de renverser un état de fait qui paraît pourtant inamovible et qui se présente comme allant de soi.

Cinquante ans après, quel sens donnez-vous à l'ensemble des réflexions et expositions qui aujourd'hui tentent de repenser l'événement de mai-juin 1968 ?

Si bien sûr on entend déjà et on entendra encore les clichés habituels sur 68, il existe un nombre important d’initiatives dont on peut se réjouir parce qu’elles dessinent une tendance. En plus des colloques universitaires et des publications de sciences sociales qui continuent à faire leur travail et à débroussailler les nouvelles frontières de la connaissance de l’événement, un certain nombre d’institutions publiques prévoient des manifestations qui ne cherchent pas tant à “commémorer” qu’à produire, avec le recul que permet le demi-siècle écoulé, des articulations nouvelles entre production de connaissances et sensibilisation du public. Si l’on regarde par exemple les initiatives regroupées sur le site http://soixantehuit.fr/ c’est patent.

Le Centre Pompidou programme plusieurs semaines d’expositions, de débats, de performances, d’ateliers qui visent non seulement à rappeler et à remettre au travail l’extraordinaire effervescence créative de Mai-Juin 68, mais également à diffuser la recherche, qu’il s’agisse des mini-conférences prévues en mai ou de l’atelier de réflexion collective sur les enjeux théoriques générés, portés ou amplifiés par 68 animé par Patrice Maniglier et Laurent Jeanpierre. De leur côté, les Archives nationales, sous l’égide d’Emmanuelle Giry et Philippe Artières, proposeront une exposition  "68, les archives du pouvoir" qui présenteront des archives inédites sur la façon dont le pouvoir a "géré" la crise.

Ces initiatives, parmi d’autres, témoignent qu’on prend de plus en plus conscience, au-delà du monde universitaire, de la nécessité de produire une vision documentée et rigoureuse de l’événement. Que des institutions culturelles et archivistiques soient ainsi mobilisées ne signifie d’ailleurs pas du tout que le pouvoir politique soit à la manœuvre. On connaît la volonté du président de la République de commémorer Mai, mais c’est une mauvaise idée. Il serait contradictoire que le pouvoir commémore un événement qui a bousculé tous les pouvoirs en place, de quelque nature qu’ils soient. Sauf à ce qu’il en célèbre (et on se doute que ce ne sera pas le cas) les modes d’action parfois illégaux, les promesses d’égalité, la critique de toutes les formes de délégation et de verticalité du pouvoir, le contrôle ouvrier des usines et des entreprises, on ne voit pas comment une commémoration officielle pourrait être autre chose qu’une récupération ou, pour reprendre l’expression de l’écrivain Christian Prigent à propos de la consécration après-coup des grands hérétiques de la littérature, une sorte de "digestion patrimoniale du scandaleux".



Manifestation unitaire ouvriers et étudiants à Paris en mai 1968
Gérald Bloncourt/Rue ds Archives

Entre la phrase de Deleuze et Guattari "Mai 68 n'a pas eu lieu" et celle de Blanchot, "le mouvement de mai a été la révolution, dans la fulgurance et l'éclat d'un événement qui s'est accompli et, en s'accomplissant, a tout changé", comment comprendre les différences d'interprétation ?

Entre ces deux phrases, il n’y a pas tant de divergences que cela. Ce que disent Deleuze et Guattari dans leur texte de 1984, c’est que "la société française a montré une radicale impuissance à opérer une reconversion subjective au niveau collectif, telle que l’exigeait 68" et à "former les agencements collectifs correspondant à la nouvelle subjectivité". Au fond, ils ne parlent pas tant de Mai que des rappels à l’ordre qui l’ont suivi.

Quant à Blanchot, lui et le Comité d’action étudiants-écrivains qu’il cofonde le 18 mai 1968 estiment que la révolution a bel et bien eu lieu, mais selon une définition empruntée pour partie à Walter Benjamin, c’est-à-dire comme interruption de la continuité historique, comme instant de pure soustraction. Ils souhaitent que se maintienne ce grand refus capable "d’ouvrir un avenir", et exhorte pour cela à ne pas figer l’énergie révolutionnaire dans un programme ou une plateforme. En cela ils ne sont pas loin de ce que Deleuze : pour lui, 68 a été un "devenir révolutionnaire sans avenir de la révolution", c’est-à-dire sans fixation de ce que la société révolutionnée devait être. Pour le reste, les interprétations de Mai sont multiples et parfois divergentes, mais c’est normal pour un événement aussi énigmatique par sa fulgurance, sa vitesse, son ampleur, son caractère inattendu, sa capacité à secouer toute la société jusque dans ses profondeurs les plus intimes.

Mai-juin 1968 reste-t-il un “instrument critique du présent”, selon les mots du philosophe Patrice Maniglier ?

Il me semble que oui, et pour plusieurs raisons dont on ne peut donner ici qu’un aperçu. D’abord, parce que 68 montre que l’état présent des rapports politiques et sociaux est toujours susceptible d’être remis en cause et questionné de fond en comble. Il peut représenter un antidote à tous les fatalismes qui nous donnent le monde tel qu’il est comme impossible à changer. Ensuite, face aux inégalités socio-économiques toujours plus grandes, 68 nous rappelle la puissance que peuvent avoir les demandes d’égalité (dans tous les domaines d’ailleurs), lorsqu’elles sont portées par des voix innombrables. La critique soixante-huitarde de l’aliénation marchande, du productivisme, de la société de consommation et de la société du spectacle me paraît par ailleurs d’une actualité brûlante si l’on songe à diverses expériences alternatives (d’ailleurs très différentes les unes des autres), du mouvement “antipub” aux “zones à défendre” en passant par Tarnac.

De même, alors que se durcit la verticalité du pouvoir, on voit se multiplier, de Nuit debout à de nombreux collectifs autonomes, des pratiques d’horizontalité qui récusent le principe même de la délégation de pouvoir, et qui ne sont pas sans rappeler celles des comités d’action en mai-juin 1968. Des groupes comme le Comité Invisible revendiquent des pratiques “destituantes” qui, en dépit de ce qui les sépare, ne sont pas sans résonance avec cette grande destitution symbolique que fut Mai 68. Mais attention, il ne s’agit pas de dire qu’il y a déjà tout dans Mai 68 ni qu’il faille s’en inspirer. Ce serait une erreur grossière. 68 ne doit pas faire écran à la réinvention du présent. Des lignes souterraines et invisibles relient parfois entre elles, à travers le temps, les ruptures historiques et les expériences révolutionnaires, mais c’est moins comme des “modèles” à imiter que comme des signes de discontinuité et des réservoirs de possibilités critiques, à réinvestir et à réinventer selon les nécessités présentes.

Peut-on parler d’une “pensée 68” ? Et si oui, en quoi se distingue-t-elle de ce que Luc Ferry et Alain Renaut en disaient dans les années 1980, ce moment de retournement critique vis-à-vis de cet héritage ?

Je crois qu’il faut être extrêmement prudent avec l’idée d’une “pensée 68”. D’une part, elle tend à traiter des idées de Mai sur le mode personnifié, à travers quelques “maîtres à penser” dont on suppose qu’ils auraient influencé le mouvement, alors qu’en mai-juin 1968 la prise de parole généralisée fait que tout un chacun devient un producteur d’idées. D’autre part, elle est habitée par une forme d’idéalisme, ou d’intellectualisme, qui prête aux idées le pouvoir de faire l’événement. Or, non seulement les acteurs de Mai sont pluriels et ne sauraient s’abreuver aux mêmes sources, mais en outre leur révolte part moins d’idéologies préconstituées que d’une sensibilité critique à l’égard de l’ordre existant.

Qui plus est, même les soixante-huitards les plus “lettrés” ou militants n’avaient pas forcément lu, loin s’en faut, ces penseurs “antihumanistes” (Foucault, Althusser, Derrida, Bourdieu, etc.) dont Luc Ferry et Alain Renaut nous disent (c’est un artefact) qu’ils forment “la pensée 68”. Enfin, l’image d’une “pensée 68” unifie un moment idéologique qui est au contraire marqué par une très grande diversité. Même en schématisant à outrance, on remarque que les idées de mai-juin 1968 puisent à la fois dans le fonds marxiste “orthodoxe”, qui oriente vers la critique radicale de l’exploitation, et dans des “pensées critiques” et des traditions marxistes hétérodoxes, libertaires, conseillistes, surréalistes, situationnistes, qui, elles, pointent plus particulièrement vers la critique de l’aliénation sous toutes ses formes. Et entre ces pôles un peu stylisés, bien des bricolages et bien des dérivations ont lieu qui alimentent la révolte, laquelle, il faut le redire, n’avait pas nécessairement besoin de ces idées pour éclore.

Vous avez travaillé sur “la révolution de la parole”, comme si c’était un motif particulièrement cinglant de mai-juin 1968. Quelle définition donnez-vous de cette révolution de la parole ?

Je crois bel et bien que la “révolution de la parole” est une dimension majeure de mai-juin 1968. L’expression vient de Michel de Certeau. Ce qu’il voulait dire, c’est qu’en mai-juin 1968 la parole a été prise par celles et ceux à qui n’était reconnue aucune autorité pour le faire : les profanes, les non-spécialistes, les anonymes, les jeunes, les femmes, etc. Cette révolution de la parole a contesté les partages habituels entre “la base” et les “porte-parole”. Que chacun, sans condition préalable, prenne publiquement la parole en toute légitimité, en tous lieux, à tout moment, pour dire ce que doit être le destin collectif, voilà qui contrevient aux hiérarchies d’appareil et à la démocratie représentative.

La société est repensée par le bas, souverainement, et indépendamment de tout “délégué”, de tout “représentant”, de tout “premier de cordée” dirait-on aujourd’hui. Il écrit dans la même veine qu’on a alors pris “la parole comme on avait pris la Bastille en 1789”. Cela revient à dire que le langage était une place forte à investir, le lieu où se reproduisait un ordre inégal et arbitraire, le lieu aussi d’un emprisonnement de l’imagination, qu’il fallait libérer.

“Une foule est devenue poétique”, a écrit Michel de Certeau. Le bonheur d’expression fut-il une marque distinctive de mai-juin 1968 ?

Oui, et quantité de témoignages de l’époque le prouvent. C’est d’ailleurs ce qui a frappé les commentateurs immédiats. Barthes célèbre la “parole sauvage” de Mai, qui renoue avec “les joies de l’écriture” et le “bonheur d’expression”. Jacqueline Piatier salue “l’heure des poètes anonymes”. Claude Roy et Alain Jouffroy louent les “écrivains de murailles” et les “inscrivains” qui bardent les murs des villes de leurs slogans politiques et de leurs aphorismes poétiques. Dans une société cadenassée où l’on n’écoutait guère que les “importants”, il y a une joie à pouvoir s’exprimer à la face du monde et à libérer sa créativité sous toutes les formes possibles.

Le renouveau de l’engagement politique des écrivains, la multiplication des prises de position publiques, la création de groupes, l’élaboration de nouvelles articulations entre écriture et révolution furent déterminants dans les événements. Pourquoi les avant-gardes littéraires furent à ce point à l’avant-garde de la révolution ?


Depuis au moins le surréalisme, les avant-gardes littéraires se caractérisent par la revendication conjointe de la révolution esthétique et de la révolution politique. Sauf à contrevenir à cette identité, elles ne pouvaient que prendre position dans une situation potentiellement révolutionnaire comme mai-juin 1968. Elles y sont également “autorisées” parce que, à la différence de la tradition léniniste où les intellectuels sont toujours un peu suspects du fait de leur position de classe, les mots d’ordre de la “créativité révolutionnaire” ou de la révolution par la créativité généralisée accordent à chacun le droit de prendre part à la rébellion collective.

Mais si elles s’impliquent à ce point, c’est aussi parce qu’elles sont dans le même temps défiées par la démocratisation radicale de la créativité. La créativité est réputée révolutionnaire en 1968 à proportion qu’elle est l’affaire de tous, pas de quelques avant-gardes spécialisées qui la revendiqueraient pour elles seules. Les avant-gardes structuralistes, Tel quel en particulier, sont prises à contrepied. Pour elles, seule une écriture portée par le “matérialisme dialectique” et les théories linguistiques les plus avancées peut se dire révolutionnaire.

Cette conception de “spécialistes” est défiée par la critique de la spécialisation en mai-juin 1968. Il leur faut donc se positionner. Plus généralement, j’explore dans mon livre les diverses réponses que les avant-gardes littéraires apportent à ce défi. Et si elles s’affrontent entre elles, c’est précisément parce qu’elles échafaudent de nouvelles articulations entre écriture et révolution qui ne convergent pas. Il y a par exemple tout un monde entre la surenchère de Tel quel, qui critique l’expressivité de Mai, et le renoncement à tout privilège d’auteur, la fusion anonyme et impersonnelle dans le mouvement révolutionnaire que portent à la fois le comité d’action étudiants-écrivains et les surréalistes.

Vous parlez d’une “rencontre entre un moment critique singulier et les avant-gardes littéraires”, d’une “rencontre entre une crise et un champ”. C’est-à-dire ?

J’ai voulu prendre au sérieux les propriétés de mai-juin 1968. Ce n’est pas un événement comme les autres, pour les avant-gardes, en raison précisément de l’importance qu’y acquièrent la créativité généralisée, les écritures sauvages, la prise de parole. Cette dimension symbolique est cruciale pour comprendre l’engagement des écrivains. J’ai également voulu prendre au sérieux le fait même que je parlais d’écrivains. Souvent, dans les histoires intellectuelles des “années 1968”, ils sont fondus parmi les autres intellectuels. Or, il s’agit d’écrivains, pas de philosophes ou de scientifiques. Ils appartiennent à un champ spécifique, le champ littéraire, qui a ses règles, ses valeurs, ses hiérarchies. C’est en croisant ces propriétés respectives que l’on peut identifier précisément les points de frottement et de résonance entre “l’ordinaire” du champ et “l’extraordinaire” de la crise et que, par conséquent, on peut pleinement comprendre pourquoi 68 a mis en mouvement, en effervescence les avant-gardes littéraires.

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: 1968 POÈMES et SLOGANS, AFFICHES, ARTS et LUTTES... UNE POÉTIQUE RÉVOLUTIONNAIRE ? (tour d'horizons et debriefing théorique)   Sam 7 Avr - 17:27


Femmes de mai 68 : Régine Deforges, la scandaleuse du "vaste bordel"
Frantz Vaillant TV5 Monde 07.04.2018


devant un dessin de Wolinski

Citation :
En mai 68, l'éditrice Régine Deforges est en pleine tourmente judiciaire. La police a investi son bureau pour saisir tout le stock du "Con d'Irène", un récit érotique de Louis Aragon. Ses ennuis coïncident avec la grande fête libertaire. L'écrivaine en gardera un souvenir très acide.


"Que fut pour moi l'année 1968 ? Une année faste ? Une année joyeuse ? Une année de merde ? Disons : une fastueuse année de merde ! En 1968, j'étais très amoureuse et rien d'autre ne comptait que cet amour qui, sans me combler, occupait mes jours et mes nuits. Il ne me comblait pas car j'étais affamée d'amour et ne mangeais pas à ma faim" écrit Régine Deforges dans  A Paris, au printemps, ça sent la merde et le lilas (Fayard, 2008).

Il faut dire que cette année a drôlement commencé. A peine six mois auparavant, en août 67, avec l'aide de l'éditeur Jean-Jacques Pauvert, (ce fameux amour qui occupait ses jours et ses nuits), elle a créé une maison d'édition de textes érotiques, L'Or du temps. Le nom est un hommage à André Breton, qui a fait inscrire sur sa tombe  "Je cherche l'or du temps".

Elle est devenue ainsi, en France,  la première femme éditrice. Mais sa volonté de publier des textes érotiques dérange. La clientèle est pourtant là. Les bibliophiles amateurs de curiosa, ces collectioneurs adeptes du genre, sont nombreux. " Tout ce petit monde vivant de la pornographie clandestine ne vit pas d'un bon oeil l'irruption d'une jeune femme affichant si ouvertement ce qu'il cachait avec soin." Régine Deforges n'a, en effet, pas fait mystère de ses intentions dans les journaux. Elle entend publier et vendre par correspondance et en librairie  des textes érotiques.  

Son premier ouvrage est un chef d'oeuvre du genre, Le Con d'Irène, écrit par  Aragon mais le distingué poète, par peur du scandale, refuse d'en assumer la paternité.

Elle se lance. Elle veut faire de l'érotisme un genre littéraire respectable, au même titre que le roman policier ou la science-fiction.

Mais en 1968, dans la France pompidoulienne, on ne badine pas avec les textes "licencieux". Les ciseaux de la censure n'ont guère le temps de rouiller.

Les policiers débarquent donc chez elle en avril et saisissent tout le stock du Con d'Irène, prêt à être publier. "Le commissaire Ottavioli, alors patron de la Mondaine, m’a expliqué tous les malheurs qui allaient me tomber dessus, et qu’effectivement j’ai vécus. J’ai été privée pendant trois ans de mes droits civiques et j’étais quasiment ruinée puisque je ne pouvais plus vendre de livres." Le choc est rude.

La jeune femme est abasourdie. Elle ne comprend pas. Dans la presse, on peut alors voir les photos grands formats des atrocités de la guerre du Vietnam mais il est défendu d'évoquer l'amour physique.

Drôle de France.

Sur les murs de la capitale commencent à fleurir d'étranges slogans comme "Il est interdit d'interdire" mais une chanson comme L'Amour avec toi de Michel Polnareff est toujours interdite d'antenne jusqu'à 22 heures, au moment où les enfants doivent être couchés.

"Une mignonne petite dame comme vous !"

Régine Deforges doit en outre endurer les remarques souvent machistes des magistrats : "Vous n'avez pas honte ? Une mignonne petite dame comme vous, faire un si vilain métier ! Et votre mari ? Vos enfants ? Y avez-vous songé ?".

Josyane Savigneau lui fera raconter l'envers du procès pour Le Monde : "Du côté des « amis » éditeurs et de la presse, « on ne se bouscule pas pour être solidaire. Paradoxalement, à une soirée qui réunissait des femmes ayant été des premières dans leur domaine – et j’avais été la première à créer ma propre maison d’édition –, j’ai été attaquée parce que j’étais une éditrice de livres pornographiques. Et c’est Simone Rozès, première femme haut magistrat, devant laquelle je m’étais retrouvée au tribunal, qui a pris ma défense, disant que je publiais non des livres pornographiques mais des livres érotiques de qualité. Elle m’a demandé si je lui en voulais pour les procès. Je lui ai dit que non. Elle faisait son métier et moi le mien »."

Et le mois de mai arriva.

Elle confiera au Figaro : " Je passais tout mon temps à la Sorbonne et à l’Odéon. Je distribuais des tracts, je vendais l’Enragé. J’étais complètement attirée par la fête. C’était un vaste bordel ! Je trouvais ça très rigolo. Mais quand j’ai vu les adultes se raccrocher à tout cela, j’ai trouvé cela moins drôle. Je les voyais descendre les Champs, je trouvais ça grotesque. Sartre, Genet, on les sentait émoustillés. Ils se la pétaient. Ça sonnait faux. J’ai pourtant fait partie du comité Écrivains-Étudiants de Censier avec Margurite Duras, Maurice Blanchot et Claude Roy. Je ne prenais pas la parole, mais j’écoutais. Mes camarades ouvriers étaient atterrés. Aux Beaux-Arts, j’ai été huée par les féministes. Je ne les prenais pas au sérieux. J’avais écrit une petite nouvelle intitulée “CRS, tous en bas et jarretelle !”. J’étais alors la première femme éditeur à publier des livres érotiques. Pour moi, Mai 68 n’est pas un truc de liberté mais de répression. "

Elle confiera aussi un autre souvenir resté bien vivace : "Je me souviens d'un soir, à la Sorbonne, en mai 68. C'était la fête. Tout le monde se sentait bien dans sa peau. Les uns dansaient, d'autres s'embrassaient. Cela n'avait rien de scandaleux. Et soudain, exaspéré par cette ambiance de tendresse, un petit Saint-Just a crié : 'Où vous croyez-vous ? Ce n'est pas un "bordel ici !' Et voilà, le charme était rompu."

Les années vont passer mais l'écrivaine restera fidèle à sa définition de l'érotisme : "Libre, dénué de tout sens du péché, joyeux, païen et non pas didactique.".

L'auteure à succès de la saga de "La bicyclette bleue" (plus de 10 millions d'exemplaires vendus) s'éteint à Paris le 3 avril 2014, victime d'une crise cardiaque.

A l'église, lors de sa messe, les personnalités présentes ont entendu ses mots qui résonnaient  dans la nef : "Que soient bénis nos amants, ceux d'une nuit, ceux d'un mois, ceux de toujours..."

Sulfureuse jusqu'au bout...

aujourd'hui 7 avril 2018 :
Aragon / André Masson dans Les Lettres françaises Paris, ENS, 45 rue d'Ulm, salle des Résistants
Citation :
L’équipe Aragon de l’ITEM (dir. Luc Vigier) a le plaisir de vous convier au séminaire « Aragon, André Masson, et les arts dans Les Lettres françaises » :

Séminaire organisé et animé par Alice Lebreton (Université de Poitiers, Equipe Aragon).

Nous connaissions les relations entre le peintre André Masson et André Breton (amitié tumultueuse), entre André Masson et Michel Leiris (depuis le temps de la rue Blomet, le Journal de Leiris fait de l’artiste l’un de ses personnages principaux), ou encore celle d’André Masson et Georges Bataille (leur questionnement sur le désir et la collaboration autour de la revue Acéphale). Mais l’on connaît sans doute moins la relation entre ces deux surréalistes de la première heure que sont Aragon et André Masson. Où trouver en effet trace d’un dialogue entre eux depuis le temps du surréalisme et la dédicace au peintre du récit d’Aragon Le Paysan de Paris et leur collaboration autour de la nouvelle érotique du Con d’Irène en 1928 jusqu’à la Cantate à André Masson publiée en 1979 ?

Réponse : dans le journal culturel Les Lettres françaises, issu de la Résistance, journal au sein duquel Aragon prend ses premières responsabilités officielles dans le cahier intérieur « Tous les arts » en 51, avant d’en prendre la direction en février 53.

Depuis l’amitié surréaliste jusqu’à la valorisation du geste du dessin et de l’esquisse d’André Masson dans Les Lettres françaises, depuis le surréalisme jusqu’à l’époque du « Mentir-Vrai », ce séminaire tente de remonter à l’obsession esthétique et philosophique du « mouvement perpétuel », où Les Lettres françaises constituent tout à la fois un lieu de critique et d’invention.

Matinée :

9h45-10h : présentation des intervenants et de la journée par Alice Lebreton.

10h-10h-40, Alice Lebreton : "Les Lettres françaises : lieu du mouvement perpétuel de l’échange et de l’invention entre Aragon et André Masson.

10h45-11h25, Raphaëlle Herout : “Aragon, Masson et la préoccupation de l'écriture dans Les Lettres françaises“.

11h25 à 12h : temps de discussion.

12h : déjeuner

Après-midi :

13h30 - 14h10 : William Jeffett : « Leiris, Masson, Picasso and Tauromachie within the context of Les Lettres françaises. » (communication en anglais).

14h10- 14h30 : discussion.

14h35-15h25 : entretien avec Jean Ristat.

15h25-15h55 : questions du public à Jean Ristat.

16h-16h30 Lecture publique de Sonia Masson de poèmes d’Aragon.

Entrée libre dans la limite des places disponibles.

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MessageSujet: Re: 1968 POÈMES et SLOGANS, AFFICHES, ARTS et LUTTES... UNE POÉTIQUE RÉVOLUTIONNAIRE ? (tour d'horizons et debriefing théorique)   Dim 8 Avr - 14:33


Vous reprendrez bien un peu de Mai 68... 50 ans après la création des ateliers populaires, les affiches qui ont scandé la révolte du joli mois de mai font peau neuve. Pour rendre hommage à ce patrimoine graphique exceptionnel (et peut-être vous donner envie de battre le pavé, sait-on jamais) j'envisage de publier 68 affiches qui détourneront les codes graphiques et les slogans de l'époque pour parler d'aujourd'hui.

Et surtout de les imprimer avec la même technique qu'en mai 68 : la sérigraphie, avec la complicité de l'atelier Co-op. Pour me joindre : 68affiches[at]gmail.com



Citation :
Vilipender la « pensée 68 » est assurément le passe-temps favori de la droite. Mais les conservateurs de tous poils se trompent d'ennemi. Ils feraient mieux de se méfier de l'« esthétique 68 ». Et si c'était ça le véritable legs de mai 68 ? Et non pas les polémiques stériles, les renoncements, les instrumentalisations ou la frustration d'une lutte inachevée. Qui se souvient encore des longs discours enflammés ou des empoignades qui ont scandé les assemblées générales du joli mois de mai ? Ce qui a imprimé de manière indélébile la rétine collective, en revanche, c'est bien cette silhouette menaçante d'un CRS placardée sur les murs, la matraque brandie et prête à vous fendre le crâne. Mai 68 a bel et bien été une révolution graphique, où les occupants de l'Atelier populaire des Beaux arts ont déboulonné les fioritures, renversé les perspectives, détourné le bon goût. Au service d'une ambition: aller à l'essentiel, être efficace, marquer les esprits au fer rouge.


Cinquante ans après, Enzo rend hommage à ce patrimoine graphique en essayant de lui redonner vie. Non pas pour commémorer un événement qui appartient au passé. Mais pour parler d'aujourd'hui. Et il y a tant à dire… « Il est interdit d'interdire d'afficher » est un livre-affiches, dont les pages n'attendent que d'être collées sur les murs. C'est un objet imprimé avec la même technique que les affiches de mai 68 (la sérigraphie), avec le même esprit potache, prompt au détournement, et avec des convictions bien encrées. Il est édité par la coopérative d'impression et d'édition Co-op et sortira le 11 avril. Avec une soirée de lancement à la librairie Le-monte-l’air, à Ménilmontant, à Paris.

Vous pouvez aussi pré-commander le livre sur : http://atelier-coop.com/livres/151-il-est-interdit-d-interdir-d-afficher-1968-2018.html

pauvre Vaneigem


Vaneigem a écrit:
Les gens sans imagination se lassent de l'importance conférée au loisirs, à ce qui détruit l'imagination. Cela signifie qu'on ne se lasse pas du confort, de la culture ou des loisirs, mais de l'usage qui en est fait et qui interdit précisément d'en jouir.

Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations 1967


travailler toujours !



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MessageSujet: Re: 1968 POÈMES et SLOGANS, AFFICHES, ARTS et LUTTES... UNE POÉTIQUE RÉVOLUTIONNAIRE ? (tour d'horizons et debriefing théorique)   Lun 9 Avr - 17:41


je ne suis pas un fan de Gérard Garouste, mais disons qu'il est resté un peintre dans un temps où la peinture de tableau n'était par loin d'être considérée comme réactionnaire, ce qui aboutira à l'art conceptuel (on raconte au lieu de faire)



« Avoir 20 ans en mai 68 » 2/5 avec le peintre Gérard Garouste qui était alors étudiant aux Beaux-Arts de Paris en 1968 et nous raconte la manière dont il a vécu les événements.


Gérard Garouste le 8 mars 2018 à l'école des Beaux-Arts de Paris pour l'exposition "Zeugma, le grand œuvre drolatique"
Crédits : JOEL SAGET - AFP

Citation :
Je pense que les étudiants en mai 68 étaient plus que concernés, ils étaient impliqués. Moi, j’étais concerné de très loin, perplexe, et je crois que c’est bien plus tard que j’ai vu les conséquences positives de mai 68, en médecine notamment. Mais aux beaux-arts, ce bordel m’emmerdait complètement. Ce qui m’intéressait par contre c’était l’atelier Brianchon qui sortait toutes ces affiches et je regrettais de ne pas être dans cet atelier avec cette activité intéressante et populaire. Grâce à mai 68, plus tard, les ateliers des Beaux-Arts ont été beaucoup mieux organisés, les artistes choisis pour enseigner étaient mieux également, il y a eu une véritable révolution que j’ai pu constater. ["conséquences positives" : tout est rentré dans l'ordre]

Dans la période de mai 68, il y a eu une remise en question. Aux Beaux-Arts, il y avait des ateliers soit figuratifs, soit abstraits. En tant qu’artiste, est-ce qu’il fallait qu’on continue à travailler avec ses mains ou est-ce qu’il fallait rentrer dans ce chemin de l’avant-garde dans lequel nous invitait Marcel Duchamp ? Pour ma part, dans ce tourbillon des avant-gardes comme dans le jeu de l’oie, il faut retourner à la case départ : finalement, qu’est-ce qu’un tableau ? J’ai préféré mettre Marcel Duchamp de côté et reprendre l’œuvre d’art, repartir à partir du siècle d’or de la peinture…

Pour moi, l’art est un tout : le passé, le présent et l’avenir. Je me nourris de mémoire, c’est ça la mythologie, mais les mythes sont universels et intemporels… En mai 68 j’étais un grand lecteur de Roland Barthes qui m’a rassuré sur la peinture. Les propos qu’il tient sur la mythologie c’est là ma réponse à mai 68, tout d’un coup en mai 68 on était tous géniaux on s’éclatait etc., je n’y ai jamais cru. J’ai vu une ouverture dans la manière dont Roland Barthes parlait des mythes, dans cette recherche par rapport à notre société dans une impasse, chacun essayait de trouver des ouvertures, mais celles qui se présentaient à moi comme les réunions aux beaux-arts, c’était rien. D’arracher des pages à des livres sublimes dans la bibliothèque des beaux-arts, je trouvais ça débile.



Gérard Garouste, "Diane et Actéon", acrylique sur toile, 200 x 260 cm, 2015
Crédits : ©️ Musée de la Chasse et de la Nature. Cliché: David Bordes

Je présente trois expositions réunies sur un même thème : Zeugma, ce qui veut dire le pont, le lien. Depuis toujours, et je l’ai emprunté à Roland Barthes, ce qui m’intéresse c’est l’espace qu’il y a entre deux tableaux, supposer un troisième tableau entre ces deux tableaux, cet entre-deux.

Gérard Garouste, artiste, pour trois expositions à Paris :
Zeugma, le grand œuvre drolatique aux Beaux-Arts de Paris du 15 mars au 15 avril 2018
Zeugma à la galerie Templon du 15 mars au 12 mai 2018
Zeugma, Diane et Acteon au Musée de la chasse et de la nature du 13 mars au 1er juillet 2018.

Musique du générique : Dominique Grange, Chacun de vous est concerné, 1968
Musique diffusée durant l'entretien : George Moustaki, Le temps de vivre, 1970


Les étudiants et les oies grasses, 2017 huile sur toile

si l'on voulait comprendre ce qui se joue dans la peinture dans les années autour de 68, il faudrait considérer toute la production picturale, pas seulement celle qui se donne pour engagée dans les luttes de l'époque

par exemple, c'est de ces années-là que surgit l'hyperréalisme, sous ce nom à partir de 1973, mais héritée du photoréalisme, utilisé dans certaines œuvres que nous avons croisées plus haut



Gérard Fromanger 1968

or, en art, c'est la forme qui parle comme contenu dans son rapport au temps


Richard Estes - Telephone Booths, 1968, Oil on canvas

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MessageSujet: Re: 1968 POÈMES et SLOGANS, AFFICHES, ARTS et LUTTES... UNE POÉTIQUE RÉVOLUTIONNAIRE ? (tour d'horizons et debriefing théorique)   Lun 16 Avr - 10:48


de la peinture avant toute chose

nous écrivions ci-dessus : si l'on voulait comprendre ce qui se joue dans la peinture dans les années autour de 68, il faudrait considérer toute la production picturale, pas seulement celle qui se donne pour engagée dans les luttes de l'époque. Voici un choix de tableaux propres à l'exercice


Zao Wou-Ki - lithographie 1968

rappelons que
Citation :
la lithographie (du grec lithos, « pierre » et graphein, « écrire ») est une technique d’impression qui permet la création et la reproduction à de multiples exemplaires d’un tracé exécuté à l’encre ou au crayon sur une pierre calcaire. Bien que le mot « lithographie » désigne une technique basée sur la pierre, ce support a pu être assez vite remplacé par des plaques métalliques (zinc, aluminium : on parle alors de zincographie ou de métallographie), sans modifier radicalement la technique.

La chromolithographie fut inventée en 1836 une méthode à la fois théorique : l'emploi des trois couleurs primaires, le cyan (bleu), le jaune et le magenta (rouge), auxquelles on ajoute le noir, pour obtenir toutes les teintes et les nuances possibles (ce qui constitue toujours le principe de l'impression en couleurs actuelle, ou quadrichromie), et pratique : la mise au point de presses lithographiques munies de systèmes élaborés pour obtenir un bon repérage des impressions successives.

Elle est à l'origine du procédé d'impression offset, inventé en 1970

la lithographie est un procédé beaucoup plus sophistiquée que la sérigraphie. Les peintres font souvent appel à des lithographes, comme les sculpteurs à des mouleurs


Guy Laffont Feuillages  peinture 1968


Carl Walter Liner Composition  peinture 1968


François Calvat Cuir et peinture 1968-69


Wifredo Lam Untitled 1968


Roberto Matta Watchman What of the Night 1968

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MessageSujet: Re: 1968 POÈMES et SLOGANS, AFFICHES, ARTS et LUTTES... UNE POÉTIQUE RÉVOLUTIONNAIRE ? (tour d'horizons et debriefing théorique)   Mar 24 Avr - 11:13


la confusion des genres

« C'est de l’art non déclaré ! Comme les surréalistes l’ont été,
de l’art brut comme le définissait Buffet.»

une confusion en entraînant une autre, Yves Pagès prend le faiseur Bernard Buffet pour Jean Dubuffet, alors qu'il y a fort peu d'art brut dans les graffitis de 68. Quant au surréalisme, ils en sont comme le macacadémisme

« Le graffiti est à la fois poétique et subversif »
Yves Pagès a collecté et continue de collecter les graffitis.
Corinne Printemps Ouest-France 12/04/2018

Éditeur, écrivain, Yves Pagès a reçu en amour filial, la passion des graffitis qu’il a compilés récemment dans un livre. Il est l’invité d’une rencontre littéraire dans le cadre du festival Livres et musiques de Deauville du 13 au 15 avril 2018, sur le thème de l’art de la révolte. Entretien.


Citation :
Vous avez collecté et vous collectez encore les graffitis urbains, comment est née cette démarche ?

Disons que c’est une graffitomanie familiale ! J’avais 5, 6 ans en mai 68, mes parents travaillaient à la Sorbonne. Ma mère psychosociologue a eu l’idée, comme beaucoup d’autres, de noter ces graffitis, il y en avait tellement ! J’ai retrouvé ces aphorismes urbains dans les papiers de ma mère, et j’ai édité un corpus. Elle avait noté les mots, les dates, les lieux…

En quoi, les graffitis sont l’expression artistique de la révolte ?

Cela a à voir avec l’enfance, le graffiti c’est l’expression de l’enfance en soi. L’enfance, l’adolescence sont les temps de la contestation instinctive qui n’est d’ailleurs pas forcément politique, elle peut être ironique, poétique. C’est une expression toujours marginale et qui reste transgressive.

Même quand elle devient très populaire comme en mai 68 ?

La technique du pochoir remonte au temps des cavernes ! Avec l’apparition du stylo marqueur et de la bombe de peinture, Mai 68 a vu l’explosion de cette expression de toutes les humeurs possibles. Une parole plus ou moins clandestine, plus ou moins massive qui a vocation à dire le non-dit, l’inexprimé, ce qui est sous le couvercle de la société. Une expression hors institution, hors droit d’auteur, spontanée.

Mais est-ce de l’art ?

Je dirai oui. De l’art non déclaré ! Comme les surréalistes l’ont été, de l’art brut comme le définissait Buffet. Quand je lis « Chômage-famille-selfie », je me dis qu’il y a une intuition qui dit quelque chose de la société.

De l’art, surtout, quand vous le mettez à votre tour, en scène ?

Les 4 500 graffitis regroupés, c’est un long poème qui, l’air de rien, transcrit l’air du temps. Mon ambition a été de faire résonner collectivement des actes individuels, à la façon des cadavres exquis des surréalistes, et, en quelque sorte, de révéler leur potentialité artistique. Inconnus ou mondialement reconnus, dans ce livre, les compteurs sont remis à zéro.

Car l’underground s’institutionnalise aussi ?

Oui, il y a toujours eu ce phénomène, à l’exemple du gospel, du blues… Aujourd’hui, l’institutionnel a laissé la place au commercial. À la marge de la marge, le graffiti reste l’art, mineur, sauvage, éphémère, même s’il existe de beaux livres de street-art à l’égal de livres de peinture.

Vous les dénichez où ces graffitis ?


J’ai un œil de mouche ! Certaines villes sont davantage propices à cette expression. La cour Julien à Marseille jeune et populaire donne à voir beaucoup de graffitis, plus qu’à Neuilly (sourire). Mais aussi davantage à Douarnenez qu’à Quimper…

Ils sont pourtant chassés des murs ?

Ils disparaissent très vite des murs, mais ils perdurent sur les écrans des portables, des ordinateurs… L’art s’est déplacé hors les murs, et des personnes tout à fait propres sur elles, s’en emparent. C’est une vraie mutation !

Ces graffitis ont-ils influencé vos romans ?

Oui, mon dernier livre, Encore heureux, met en scène un héros subversif qui utilise le pochoir et le graffiti ironique. Des phrases me sont restées en tête, elles infusent mes romans.

Tiens, ils ont repeint !, Yves Pagès, Ed. La Découverte, 300 pages, 19 €

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MessageSujet: Re: 1968 POÈMES et SLOGANS, AFFICHES, ARTS et LUTTES... UNE POÉTIQUE RÉVOLUTIONNAIRE ? (tour d'horizons et debriefing théorique)   Mer 9 Mai - 7:50


pour le titre, sorti le 18 avril 2018


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MessageSujet: Re: 1968 POÈMES et SLOGANS, AFFICHES, ARTS et LUTTES... UNE POÉTIQUE RÉVOLUTIONNAIRE ? (tour d'horizons et debriefing théorique)   

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