PATLOTCH / COMMUNISME / un ART de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES, ÉCOLOGISTES... et POÉTIQUES !
 
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 1968 ANNÉE révolutionnaire pour le CAPITAL : documents, récits, et considérations théoriques

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Patlotch



Messages : 1579
Date d'inscription : 22/04/2017

MessageSujet: Re: 1968 ANNÉE révolutionnaire pour le CAPITAL : documents, récits, et considérations théoriques   Jeu 22 Mar - 21:54


la marchandise révolutionnaire, ça n'existe pas

tous ces livres dont il est question, textes nouveaux ou textes anciens, un conseil : ne les achetez pas, empruntez-les, reprisez-les, trimardez-les, prenez-les au mot, au pied de la lettre de leur aspiration à la gratuité. Le reste est marchandise d'éditeurs, quels qu'ils soient. Dernière livraison


Citation :
En 1966, un groupe d’étudiants contestataires fut élu à la tête de l’AFGES (Association fédérative générale des étudiants de Strasbourg), alors branche locale de l’Unef.

Leurs sympathies allaient aux anarchistes, allaient à Max Stirner, à Makhno et à Durruti, mais aussi aux surréalistes et aux dadaïstes. Les contacts pris par certains d’entre eux avec l’Internationale situationniste se concrétisèrent par la rédaction de l’emblématique pamphlet «De la misère en milieu étudiant».

Les prises de position publique et les actions concrètes qui entourèrent la diffusion de ce brulôt ne laissaient aucun doute : ces étranges et dangereux élus syndicaux œuvraient à la dissolution de leur syndicat après avoir dilapidé ses fonds en fêtes et en propagande subversive. Ils ne visaient rien d’autre qu’au renversement révolutionnaire de la société — dans le but de libérer la vie quotidienne de l’aliénation du travail salarié, pour «vivre sans temps morts et jouir sans entraves».

Ces exigences élémentaires et leur début d’application causèrent un immense scandale relayé largement par la presse de l’époque tant en France qu’à l’étranger.

On s’accorde à dire que ce scandale fut à la fois le prélude et le ferment des événements de Mai 68. Il est raconté ici pour la première fois en détail par deux de ses principaux acteurs. Les documents et les témoignages qui étayent leur récit dévoilent les dessous de cette aventure, qui propulsa les situationnistes –leur style et leur critique radicale – sur le devant de la scène.


il est inconcevable et scandaleux que de nos jours, où les livres entiers peuvent être publiés gratuitement, la priorité ne soit pas mise à leur diffusion gratuite. Les margoulins de toutes espèces, auteur.e.s, graphistes et éditeur.e.s prétendu.e.s "libertaires" ou "anarchistes", qui sous tous prétextes passent outre à gauche, me rappellent les permanents du PCF et du syndicalisme : joindre l'utile à l'agréable

les véritables idées révolutionnaires ne sont pas à vendre, il n'y a pas à les acheter

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PEUTÊTRE



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MessageSujet: Re: 1968 ANNÉE révolutionnaire pour le CAPITAL : documents, récits, et considérations théoriques   Ven 23 Mar - 9:57


Florence Montreynaud, historienne et linguiste, apporte un nouvel éclairage sur Mai-68, qu’elle qualifie de "révolte d’hommes".

Citation :
"J’étais à Nanterre, j’ai fait mes études justement jusqu’en 1968, et je passais dans les couloirs du hall B. Je jetais un œil par la porte, c’était enfumé, c’était bruyant, ça criait dans tous les sens… Il n’y avait que des garçons qui parlaient à la tribune. Mais à l’époque c’était normal." Florence Montreynaud se souvient de sa propre expérience de Mai-68. L’historienne et linguiste féministe, auteure de Le Roi des cons, quand la langue française fait mal aux femmes, estime qu’il s’est agi d’une révolution machiste.

"C’est la libération sexuelle masculine"

"C’était une révolte d’hommes, de garçons qui sont dans la domination masculine. Ce qu’ils veulent, c’est avoir accès aux dortoirs des filles, c’est quand même assez clair !" Le 22 mars 1968, à Nanterre, tout a en effet commencé par la volonté des étudiants d’ouvrir les dortoirs des filles aux garçons. "Il fallait se plier aux désirs des mecs, sinon on disait 't‘es pas libérée'. Parce qu’à l’époque on commençait à prendre la pilule (…) donc on n’avait plus peur de la grossesse. Mais ce n’est pas pour autant qu’on avait forcément envie de coucher avec tout le monde. (…) 1968, on parle beaucoup de libération sexuelle et c’est vraiment abusif. Parce que c’est la libération sexuelle masculine."

Serge July : le 22 mars 1968, « personne ne voulait de leaders » Libération 21 mars 2018
Citation :
Pour vous, c’est quoi l’héritage laissé par les années 68 ?
La manifestation de la société - dont le féminisme, l’écologie, qui viennent après 68 - me semble de loin le legs le plus important. Le second, c’est la délégitimation du Parti communiste, hostile à Mai 68, et qui prend le printemps de Prague avec des pincettes. Ce processus va s’achever avec l’effondrement du régime soviétique.

Justement, dans votre narration de mai-juin 68, il n’y a pas un nom de femme ?
J’ai oublié Joan Baez et Janis Joplin ! C’est très simple. Le féminisme naît du machisme des organisations et des mouvements gauchistes. En France, en 68, les femmes n’avaient pas la parole, elles l’ont prise après. Et c’était partout pareil !

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: 1968 ANNÉE révolutionnaire pour le CAPITAL : documents, récits, et considérations théoriques   Ven 23 Mar - 18:36


l'après mai 68 ordinaire d'un éternel jobard
suite des 20 et 22 mars

Tristan Vacances : - Vous dites qu'en 1971 à Lyon, c'est « un authentique anarchiste » qui vous fait adhérer à l'UEC. Comment avez-vous pu supporter de militer dans le sillage du PCF ?

Patlotch : - je me pose encore la question. Ce type venait d'un lycée technique de Chambéry, interne comme moi à la Martinière Montplaisir. Il n'y avait que deux classes de mathsup&spé techniques en France, à Lyon et Rouen, qui regroupaient en quelque sorte l'élite des terminales math&technique avec un concours commun aux grandes écoles d'ingénieur, et c'était des classes préparatoires en France celles qui avaient le plus fort pourcentage de fils d'ouvriers

Tristan Vacances : - Un terrain plutôt réceptif a priori, donc...

Patlotch : - que dalle ! les gars avaient envie de s'en sortir, et n'étaient pas spécialement disposés à s'engager politiquement, mais sur une trentaine, nous étions cinq à l'UEC. Militer quand on a 42 heures de cours dont 4 le samedi après-midi, et pratiquement autant à bosser à côté, c'était pas évident. Perso, je n'avais aucun souci de mon avenir professionnel, j'improvisais ma vie au feeling, et finalement je n'ai pas passé ce concours commun, alors que j'étais sorti premier du concours blanc, grâce à Sagesse de Verlaine, d'ailleurs. Prenez la mesure de ce programme : imposer cette mystique religieuse à des étudiants en sciences, sans parler de Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe. Je n'ai lu que bien après les poèmes érotiques de Verlaine

Tristan Vacances : - Ça n'explique pas...

Patlotch : - j'y viens. L'UEC était le seul groupe organisé, en fait dans le cercle des classes prépas de Lyon, avec les khâgneux du centre ville. Comme je n'y connaissais rien, j'aurais pu prendre ma carte n'importe où. Le choc de la découverte du marxisme était plus fort que la tendance, et il n'y avait pas sur place le choix

Tristan Vacances : - Mais lui était anarchiste...

Patlotch : - et fils d'ouvrier, moi non, ma mère avait été ouvrière avant d'arrêter de travailler, mon père était petit fonctionnaire à l'hôpital. L'éventail des adhésions était assez large, et l'essentiel de nos activités n'étaient pas vraiment liées à celles du PCF, que je ne découvrirai que plus tard, cellule de quartier à Cachan, d'entreprise au Ministère

Tristan Vacances : - Le choix, vous l'avez eu après, mais vous êtes resté...

Patlotch : - le PCF était encore un parti de masse, j'ai côtoyé toutes sortes de personnes, pas mal d'ouvriers, et au boulot, notre cellule comportait une majorité de femmes surtout des secrétaires, alors que les groupes d'extrême-gauche étaient plutôt composés de cadres, la même différence entre la CGT et la CFDT, souvent liée aux origines sociales. Cet ancrage social était pour moi important. Un parti de masse, ça veut dire qu'il y avait des chefs à tous les étages, et l'on pouvait vivre une opposition à cette hiérarchie en croyant sincèrement remettre en cause la ligne générale, surtout quand on n'avait pas de repères théoriques pour la critiquer radicalement. Avant que je ne tombe des nues, il faut croire que j'y ai trouvé mon compte, sans quoi je serais parti

quoi qu'il en soit, à mes yeux, aucune alternative ne s'est présentée. C'est assez rare, vous savez, un militant d'ultragauche, dans la vraie vie salariale, et si de plus il ne milite pas parce que c'est "le stade suprême de l'aliénation", vous ne le distinguez pas du vulgus salaryman : il est un poisson dans l'eau qui nage dans le courant, un Woland en puissance, passé de la communisation au gouvernement de Tsipras

Tristan Vacances : - Mais quand même, le PCF et la CGT avaient brisé mai 68 !

Patlotch : - moi, ils ne m'avaient rien brisé encore, et franchement, en tant que syndicaliste, je n'ai jamais vu un seul salarié vouloir aller plus loin que nous. Une administration centrale de Ministère, ce n'est pas une usine, le taux de grévistes n'y dépassait jamais les 15-20%, et l'activité politique étant interdite dans les locaux, nos réunions de cellule étaient clandestines. Certains camarades de la CGT étaient plutôt anarcho-syndicalistes, et ceux de la FA militaient à FO, avec LO, dans un syndicat de fonctionnaires localement hyper corpo et massivement droitier. La CFDT dite "en lutte" était plutôt gauchiste, majoritairement anti-Notat en 95, et quand à quelques-uns de la CGT on créera Sud-Équipement en 1997, ils nous ont fait la gueule ; tous les syndicats étaient trop contents de notre non-reconnaissance par l'État

des bureaucrates staliniens ou démocrates à la CGT, j'en ai connus. Certains étaient déjà permanents il y a plus de trente ans, qui sont encore à la direction nationale du syndicat, avec avancement de carrière garanti, un héritage de 68. L'un était secrétaire de l'Union des transports CGT, sans avoir jamais mis les pieds dans un camion ; délégué à un Congrès du PCF dans les années 80, il a voté à chaque étape contre la position majoritaire de la cellule ; c'était ça, le Centralisme démocratique de bas en haut !

militer syndicalement au quotidien, dans n'importe quelle boîte, ce n'est pas seulement défendre des mots d'ordre tombés d'en-haut ou vouloir la négociation à tous prix, tu te ramasses d'abord toutes les merdes des chefs contre lesquelles défendre les collègues. Dans les années 70, on a coincé plus d'une fois des hauts-fonctionnaires dans leurs bureaux, avec des dizaines de collègues bloquant les couloirs, et parfois gagné. Je montais au créneau dès qu'il y avait un problème, sans demander à personne de prendre sa carte ou d'acheter la VO, qu'au demeurant je ne lisais pas

Tristan Vacances : - Bilan globalement positif !

Patlotch : - pas vraiment... mais vu comme je le voyais, c'était ça ou « dételer », se ranger des voitures

Tristan Vacances : - Et si c'était à refaire ?

Patlotch : - avec des si... Franchement je n'en sais rien, tout est parfois affaire de rencontres, de petites conjonctures dans la vie, pour moi, il n'y a pas eu de clinamen althussérien, sans quoi au lieu d'insulter ma chef de bureau, je l'aurais étranglée, et je me serais retrouvé en prison, pas au placard. Je suis assez surpris du peu de violences anti-hiérarchiques en France, c'est peut-être un indice que les choses sont encore un peu tièdes

Tristan Vacances : - Vous donnez l'impression de faire votre auto-analyse...

Patlotch : - c'est pas nouveau, et je ne pense pas qu'on puisse sainement faire de la théorie, et moins encore écrire de la poésie, sans passer par là. Si j'avais vécu les années 68 aussi richement sur le plan théorique que celle qui en fait un récit d'outre-gauche, c'est un roman que j'écrirais, un mentir-vrai, avec des personnages fictifs mais ayant une profondeur voir un réalisme absents de Voyage en outre-gauche, cad posant plus de questions qu'ils n'apportent de réponses même contradictoires, car la rationalité théorique n'est pas tout. Il y a ce qu'on sent ou pas, et là ce n'est pas senti

vous savez, on a dit beaucoup de mal de la psychanalyse, mais moi je sais d'emblée qui est passé par là ou pas, c'est-à-dire qui est capable ou non d'une distanciation psychologique, qui n'a rien à voir avec une autocritique théorique ou morale

Tristan Vacances : - Vous trouvez qu'il y a de la morale, dans ce bouquin, et pas assez de clefs ?

Patlotch : - très certainement de l'objectivisme même si l'auteure se défend de vouloir être objective, et d'écrire un roman à clefs, d'où une inévitable superficialité. Derrière les apparences, c'est avec un regard froid et sans concession qu'il convient de parler de son passé, mais on ne le fait pas en ménageant la subjectivité des copains ni la sienne pour en fournir une image globalement positive qu'alourdit encore la 4è de couv' : « Depuis, elle n'a jamais cessé de viser la destruction du vieux monde. » Amen ! Ça nous fait une belle jambe

Tristan Vacances : - Superficiel, vous y allez fort !

Patlotch : - le lecteur critique déjà cité pose une question qu'ils ne peuvent que refouler : celle du sens pour le capitalisme de cette "révolution", et de la part qu'y a prise ce milieu pour en avoir été l'avant-garde prétendue consciente :

Citation :
Il m’est douloureux d’admettre que c’est chez les extrémistes, les enragés, les plus irréductibles au compromis et les plus défiants par rapport à la récupération, ceux qui comme nous furent influencés par les situationnistes, et non chez les gauchistes, qu’on trouve les comportements, les formules, les idées qui vont façonner la société que l’on connaît aujourd’hui.

en jeune ringard qui ne se droguait pas, ne partouzait pas, ne pissait pas sur les flics et n'aimait pas le rock en roll, devrais-je me sentir confus de n'avoir pas porté cette radicalité-là ? En préface à L'âge d'homme en 1939, Michel Leiris écrit De la littérature considérée comme une tauromachie, il s'agit d'auto-analyse alors même qu'il n'avait trouvé dans la cure psychanalytique qu'un « cachet d'aspirine ». Hé bien ce bouquin est un cachet d'aspirine sur la jambe de bois de la théorie communiste actuelle

Tristan Vacances : - N'est-ce pas contradictoire de prôner l'auto-analyse si la psychanalyse est un cachet d'aspirine ?

Patlotch : - quand on a saisi la méthode, on n'a plus besoin d'un psy, c'est une hygiène de vie, celle que précisément interdit la vie de groupe, qui vous protège en vous évitant certaines questions douloureuses, comme dit l'autre. Ce que j'ai rencontré jusqu'à l'étouffement dans ce milieu, c'est un refoulement quasi définitoire de leur singularité comportementale commune. À la moindre alerte, on y fait corps, on rentre dans sa coquille, coco béquille. Je pensais que c'était plutôt un truc de mecs, preuve que non, Lola « la femme libre » de la bande, qui ne veut pas être « traitée de "maman" ». La première chose qu'elle a trouvé à dire quand je suis intervenu dans Meeting : « Vous avez vu ce qu'on se ramasse ! » Aujourd'hui, c'est elle qui va à la ramasse : du succès éditorial !

mais ils se tairont tous et feront de la pub à ce seul bouquin en étouffant toutes ses critiques, l'essentiel étant de faire parler d'eux, en attendant la fin. En reconnaissance de leurs services, on leur confiera le Ministère de la Communisation, de la Culture et de l'Information révolutionnaires, et le Secrétariat de non-État au copinage

PS pour le titre :

Pepe@dndf a écrit:
Patlotch, un vieux camarade un peu jobard, passionnant et incontournable mais qu'on ne peut pas sortir car il chie en permanence sur la table de la communisation

longtemps qu'ils n'ont plus besoin de moi pour se chier dessus tout seuls... Solitude de leur théorie communiste

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: 1968 ANNÉE révolutionnaire pour le CAPITAL : documents, récits, et considérations théoriques   Ven 23 Mar - 19:35


enquêtes sans outrage


Peu d’événements auront suscité autant de débats, d’analyses, de recherches historiographiques que mai 68.


Grève à Renault, 27 mai 68 Crédits : Keystone - Getty

Jacques Munier a écrit:
Michelle Zancarini-Fournel rappelle qu’en octobre 1968, le catalogue de la BnF répertorie 124 livres sur le sujet. Dès l’été suivant les événements Raymond Aron rassemble ses articles parus dans Le Figaro en un volume et Christian Fouchet, ministre de l’Intérieur, publie ses Mémoires. À la rentrée, c’est au tour des philosophes Henri Lefebvre, Cornelius Castoriadis, Claude Lefort, des sociologues comme Alain Touraine, ou Edgar Morin… Avec Philippe Artières, l’historienne des femmes et des mouvements sociaux avait publié en 2008 : 68, une histoire collective (1962-1981), un ouvrage qui élargissait la focale aux luttes ouvrières dans la région parisienne et en province, au contexte international, au temps long de la séquence historique où le « moment 68 » s’est inscrit et qui a modifié en profondeur la société française. Les deux reviennent dans les pages Débats de L’Obs sur les interprétations réductrices ou parcellaires qui se sont multipliées au fil des commémorations décennales, souvent limitées aux figures de quelques intellectuels parisiens, de quelques leaders de la contestation, ou aux analyses en termes d’explosion culturelle qui occultent la dimension sociale.

Le mouvement social

« Il a fallu ramer – explique Philippe Artières – pour faire admettre que ce n’était pas seulement un moment hédoniste, mais aussi une grande grève générale. Imaginons qu’en mai 2018 une grève obtienne une augmentation de 35% du smic : ce serait un coup de  tonnerre, un peu comme les congés payés de 1936. Pourtant, ce n’est pas cette hausse de salaire qui est restée dans les manuels d’histoire, ni les dizaines de milliers d’usines occupées dans toute la France, mais les barricades du quartier Latin et les slogans situationnistes. » Aujourd’hui, les historiens ont investi le terrain, avec leur méthode de prédilection : l’exploitation des archives.

Ludivine Bantigny vient de publier au Seuil sous le titre 1968. De grands soirs en petits matins, les résultats d’une recherche dans les archives nationales et départementales, les milliers de tracts et textes ronéotypés, les notes quotidiennes des renseignements généraux et autres traces écrites laissées par l’événement. Quelques idées reçues en font les frais, notamment celle d’une déconnexion du mouvement étudiant et ouvrier. Dès les premiers incidents dans le quartier Latin, à partir du 3 mai, les fiches d’interpellation concernent beaucoup d’ouvriers, ainsi que des techniciens, des coursiers, des plongeurs de restaurant, des serveurs de café, des soldats du contingent…

Restés fidèles aux idéaux de leur jeunesse

Une trentaine de chercheurs ont collecté les récits de vie de plus de 300 militants, actifs entre 1966 et 1983. Sous le titre Changer le monde, changer sa vie, publié aux éditions Actes Sud, l’ouvrage dresse le portrait inédit de la France militante des années 70, loin de Paris, à travers cinq villes : Lille, Lyon, Marseille, Nantes et Rennes. Ceux-là ne sont pas passés « du col Mao au Rotary » : à environ 70 ans d’âge, la plupart sont restés fidèles aux idéaux de leur jeunesse. Pour tracer ce portrait de soixante-huitards ordinaires, les chercheurs ont constitué, à partir du fichier des militants révolutionnaires tenus à l’époque par les RG, un échantillon des personnes engagées. Syndicalisme, féminisme, gauchisme : en tout 3 780 personnes ont été identifiées – en moyenne 750 personnes par ville – pour représenter le paysage militant de l’époque et plus de 360 parcours de vies ont été tirés de cette base. Olivier Fillieule, professeur de sociologie politique à l’université de Lausanne, l’un des codirecteurs de l’ouvrage, avec Sophie Béroud, Camille Masclet et Isabelle Sommier, résume les principaux enseignements de ce travail, qui articule temps biographique et temps historique. Non, les soixante-huitards n’ont pas trusté les postes de pouvoir, bien au contraire, leur engagement militant les a souvent conduit à une forme de déclassement volontaire. Mai 68 ne fut pas dans l’ensemble une révolte d’enfants gâtés contre les pères, les familles et leurs valeurs : « le militantisme des soixante-huitards n’est pas forcément ni toujours en rupture avec les transmissions familiales. »

Logiques et transformations des socialisations militantes
L’intérêt de l’ouvrage tient aussi aux logiques et aux transformations des socialisations militantes qu’il met au jour. « La mobilisation du Larzac, par exemple, ne défendait pas seulement un certain type d’agriculture et ne se limitait pas à l’antimilitarisme : elle posait aussi des questions relatives à l’identité occitane ou à la sauvegarde de l’environnement ». Travaillant la matière d’une tout autre mémoire, Jean-Baptiste Harang avait fait dans Libération, lors du trentième anniversaire de mai 68, un journal des événements à partir de la presse de l’époque, un ensemble opportunément publié aujourd’hui chez Verdier sous le titre Jours de mai. C’est le récit en direct de l’histoire immédiate… Avec en fond sonore les échos de la rumeur du monde, la prose ininterrompue de l’actualité ramène souvent l’événement dans le registre du fait-divers. « Place Maubert, le duel pavés contre grenades reprend, à l’arrière on dépave tandis qu’au front on apprend assez vite à relancer les grenades avant qu’elles n’explosent. Les gardes mobiles sont excédés. Maurice Grimaud, le préfet de police tente de retarder la charge, il se rend sur place et, tout sourire, déclare aux étudiants et devant quelques micros tendus : « Parmi vous, il y en a peut-être un qui deviendra préfet de police. »

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PEUTÊTRE



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MessageSujet: Re: 1968 ANNÉE révolutionnaire pour le CAPITAL : documents, récits, et considérations théoriques   Mar 3 Avr - 0:28


un autre son de cloche ? Sans blague ?!

ce qui devait arriver...

en publiant cette lecture post-situ, « très belle recension du livre de l'amie Lola Miesseroff » sous la citation « C’était l’époque où les jeunes les plus affûtés apprenaient à vivre avec Vaneigem et à penser avec Debord. » Libertalia confirme tout le mal que nous pensons de cette démarche idéologique et confuse sur le plan théorique même d'où elle prétend se soutenir, la communisation, et ce n'est pas ses théoriciens qui nous démentiront. Il est bien dommage que certains s'y soient laissés prendre en acceptant de donner leur témoignage sans pouvoir maîtriser ce qui en serait fait, et compris



Les francs-tireurs des années 68 (Voyage en outre-gauche)…
Jean-Claude Leroy Club Médiapart 1er avril 2018

Citation :
À travers ce « Voyage en outre-gauche », que publie Libertalia cette saison, Lola Miesseroff donne la parole aux francs-tireurs des années 68, et c’est un autre son de cloche qui alors survient, où les plus purs combattants [sic] de l’époque firent montre d’attitudes sans calcul et n’ont pas cherché par la suite à faire fructifier leurs états de service.

Si les plus grosses lettres des livres d’histoire sont gravées par les vainqueurs et imposteurs dans un marbre trop immuable, celui de la postérité, il n’est pas mauvais que des voix moins autorisées mais non moins légitimes puissent se faire entendre à l’occasion. En attendant mieux.

Le livre est dédié à l’ami Arthur, qui nous a quittés il y a bientôt quatre ans. Énergumène franc-tireur ô combien, il a été le type même, et avec un vrai panache, du citoyen incontrôlable. Subversif dans l’âme, Arthur opéra sous divers pseudonymes, à la manière de son cher B. Traven, dont il fut le passeur et traducteur. En 68 Arthur était des Vandalistes de Bordeaux, auteur d’un tract fameux dans lequel on lisait notamment : « Ne dites plus ‘‘Monsieur le professeur’’, ‘‘bonsoir papa’’, ‘‘merci docteur’’, etc. mais ‘‘Crève salope !’’ » De quoi s’attirer quelques durables amitiés. [ça n'a effectivement pas plu au professeur d'histoire Roland Simon, quand je lui ai ressorti, et combien sont devenus profs, si ce n'est Préfet, comme l'annonçait taquin Maurice Grimaud au pied des barricades parisiennes]

Quelqu’un rappelle d’abord le temps d’avant mai à l’école, ici dans un lycée technique public nantais, bonjour l’ambiance : « Le matin, le surveillant général était à la porte du lycée et renvoyait chez eux tous ceux qui étaient en jean. Les filles portaient une semaine une blouse bleue et une semaine une blouse rose. »

Un autre que nous connaissons était à Paris quelque temps après, au lycée Jacques Decour, il décrit la façade bientôt ornée des drapeaux noir et rouge. « Et une banderole proclame que le lycée est autogéré, terme chargé, alors, d’une connotation immédiatement subversive évoquant la Commune de Paris ou les premiers soviets de Russie avant leur confiscation par les bolcheviks. Un courant anarcho-dadaïste s’empare de quelques salles de cours désertées et leur donne les noms d’Antonin Artaud, d’André Breton et de Tristan Tzara, ignorant délibérément les sinistres héros positifs d’un gauchisme essayant de rattraper le mouvement.1 » [voir le fil 1968 POÈMES et SLOGANS, AFFICHES, ARTS et LUTTES... UNE POÉTIQUE RÉVOLUTIONNAIRE ?, pour juger de ce ridicule, non distancié 50 ans après]

C’était l’époque où les jeunes les plus affûtés apprenaient à vivre avec Vaneigem et à penser avec Debord. Par ailleurs, « on critiquait le PC, mais critiquer la CGT, c’était beaucoup plus compliqué. […] Après 68, c’était facile, mais avant, taper sur la CGT, c’était s’attaquer directement à la classe ouvrière. »

« Non contents d’entraver les contacts, les miliciens de la CGT n’hésitaient pas à employer la violence et à cracher leur haine au visage de ces salauds de jeunes » Les étudiants venus semer leur graine à l’usine Renault de Boulogne-Billancourt se souviennent du service d’ordre musclé qui les chassa violemment. Pas question de révolution par ici.

Par ailleurs, quelques-uns remarquent déjà l’arrivisme de Cohen-Bendit : « Quand les caméras ou les photographes arrivaient à Nanterre, Dany était le premier à se faire photographier, c’était un mec avide de notoriété, de se montrer. » [faiblesse de l'analyse puisque le ver était dans le fruit de cette révolution pour le capital, et qu'au-delà des plus en vus pointés du doigt, il n'y a pas eu de récupération, mais un résultat logique, analyse largement partagée aujourd'hui, sauf par les gauchistes justement et tous ceux qui veulent refaire 68]

Et puis ce moment où se constitue, regroupant enragés et situationnistes, le Conseil pour le maintien des occupations (CMDO). « Outre leur participation aux manifestations et barricades, les camarades du CMDO publièrent moult affiches, textes, bandes dessinées et chansons détournées. Jusqu’à son auto-dissolution à la mi-juin, le CMDO s’efforça, avec un notable succès, d’établir et de conserver des liaisons avec les entreprises, des travailleurs isolés, des comités d’action et des groupes de province. » Selon René Viénet, auteur de Enragés et situationnistes dans le mouvement des occupations2, cité par Lola Miesseroff : « Le CMDO, pendant toute son existence, réussit une expérience de démocratie directe, garantie par une participation égale de tous aux débats, aux décisions et à l’exécution. Il était essentiellement une assemblée générale ininterrompue, délibérant jour et nuit. Aucune fraction, aucune réunion particulière n’existèrent jamais à côté du débat commun. »

À Censier, haut lieu de la période, il est notable après coup, car cela était plutôt nouveau, que les filles prennent des responsabilités, elles « apportent aussi une liberté de parole nouvelle, celle de ‘‘parler sans réticence de sa vie, de ses expériences, de son travail’’. » Au même titre que les garçons, elles participent aux décisions et aux actions politiques. Cependant l’une d’elles conclut son témoignage ainsi : « J’ai su que Mai était terminé lorsque, après le 24 mai, un type m’a draguée dans un couloir de Censier. L’ordre ancien était restauré. À nouveau, j’étais une nana. »

En plein mouvement il faudrait réfléchir aussi vite que l’action qui se mène, et même un peu plus. Or, c’est rarement le cas. En outre il serait indispensable et heureux d’« établir des points de vue communs. » Ne pas louper le coche. L’histoire n’aime pas repasser les plats, comme on dit. Certaine se souvient aujourd’hui de l’état d’esprit du moment : « Je n’ai pas imaginé une seconde que la révolution viendrait plus tard. On avait mis toutes nos forces et c’était impossible qu’on en retrouve autant. J’étais convaincue que la répression serait définitive et mortelle. Que cela ne reviendrait plus… et ça n’est jamais revenu. »

Maintenant, qui sont ces francs-tireurs ? Évidemment, le plus souvent des gens peu organisés, mais se donnant pourtant les moyens d’agir et d’opérer. L’argent manquant, il en faut. D’aucuns n’hésitent donc pas à franchir le seuil de l’illégalité *. Pourquoi pas ? Ils témoignent : « On s’est fait cracher dessus par toute l’ultragauche, ils critiquaient le fait d’avoir recours à la délinquance […]. » C’est en effet l’occasion pour une partie de l’ultra-gauche de préciser sa réprobation, mais d’autres soutiennent ces pratiques, se référant au Mouvement Ibérique de Libération, dont les membres sont à la fois gangsters et révolutionnaires, l’argent volé servant uniquement les caisses de solidarité et la cause anti-franquiste.

* ne surtout pas dire, comme fait pourtant le livre, qu'à cette époque trouver du travail n'était pas un problème, et donc que la délinquance est un choix individuel du refus de travailler (pour diverses raisons), ce qui déplace complètement l'analyse théorique pour rendre vertueux ce qui n'est alors et parfois encore dans les milieux activistes qu'un choix de mode de vie qu'on habille à bon compte en posture révolutionnaire. Nous pensons même qu'il n'y a aucune raison pour qu'un certain nombre en fassent davantage dans un monde libéré des lois de la marchandise force de travail. C'est peut-être pourquoi le mot d'ordre d'abolition du travail a tant de succès chez les partisans du droit à la paresse qui rêvent la société communiste en paradis des plaisirs sans productivité... de leur part

Quand un mouvement échoue, chacun a tendance à se replier sur sa particularité, et revendique à partir d’elle. Mai 68 aura vu fleurir à sa suite notamment les mouvements féministes et homosexuels, pensons au Front homosexuel d’action révolutionnaire, le FHAR, co-fondé par le talentueux Guy Hocquenghem [il n'a pas bien lu ce que pensait déjà Lola Miesserhoff de ces « petits chefs » : « C’étaient des gauchistes. Hocquenghem arrivait directement de chez les trotskystes »], le même qui signera en 1986 un pamphlet impitoyable pour ceux de ces camarades qui ont tourné leur veste.

Quand les protagonistes vieillissent c’est bien sûr qu’ils ne meurent pas, du moins est-ce vrai pour ceux qu’a choisi d’interviewer Lola Miesserof (à la différence de ceux qui ont choisi la carrière nimbée de reniements). Ces vivants-là ne se font plus guère d’illusion, ils pensent qu’ils ne verront pas la révolution à laquelle toujours ils aspirent. Parfois, au coin d’un sourire échangé avec un ami ou un passant, un lecteur, ils se souviennent que « les événements historiques explosent, éclatent alors que personne ne s’y attend, ou que très peu de gens s’y attendent. On a parfois un peu d’intuition en se disant qu’il va se passer quelque chose, mais on ne peut pas deviner quelle va être sa dimension. »

Mais c’est l’auteur du livre qui, après avoir écouté à longueur de pages des échos assez divers, au final, donne son sentiment raffermi : « Quoi qu’il en soit, je maintiens, pour ma part, que la question de la révolution reste d’actualité et que la lutte de classes est la seule façon d’éviter que la faillite du capitalisme soit la destruction de l’humanité. »

À condition, bien sûr, que la lutte soit aussi une lutte pour la vie, avec la vie.


1 Gayraud Joël, Ravachol-city, Lycée en 68, in Un Paris révolutionnaire, éditions L’esprit frappeur/ Dagorno, 2001.
2  Éditions Gallimard, 1968.

comment ne pas souscrire aux derniers mots de Lola et à ceux de son lecteur ? Ça ne mange pas de pain. Reste à savoir comment se constituerait une classe de la révolution, au-delà du prolétariat

cette lecture post-situ sélective est en-deça du contenu du livre pour son meilleur, mais il est à craindre qu'elle donne le ton, car comme nous l'avons dit, à moins de connaître déjà ce qu'il en retourne des désaccords rédhibitoires entre la théorie de la communisation, dans laquelle prétend s'inscrire l'auteure, et les autres courants convoqués pour constituer après-coup cette "outre-gauche" comme avant-garde de modestes franc-tireurs, on n'y comprend rien

de ce livre sans profondeur aux 30 personnages faussement anonymes et vidés de toute épaisseur par une écriture éclatant le récit de chacun.e et appelant une lecture plus encore narcissique, Libertalia peut être fier, en tant qu'éditeur gauchiste dans l'air du temps, d'avoir trouvé un lecteur en ayant été sans rien y comprendre : comme Lola ? Va savoir puisqu'elle renvoie (facebook) à cette lecture sans commentaire


vieux du vedettariat de l'outre-gauche, unissez-vous !

que, dans la situation actuelle, des lycéens et des étudiants en cortèges de tête jouent aux cowboys et aux indiens avec les flics*, on peut le comprendre, mais que des vieux ayant vécu 68 en soit encore à étaler leur infantilisme attardé, c'est bien toute l'ironie du sort qu'attendait leur discrétion jusqu'ici. Ils veulent bien mourir sans vivre la révolution, à condition qu'il soit écrit qu'ils auront essayé, en « plus purs combattants », et non comme tous les autres acteurs, en individus ne faisant l'histoire qu'en conditions données, comme disait Marx : celles de 68 était la nécessité de la restructuration du capital, qu'ils n'auront fait qu'accélérer

nous annoncions dans ce sujet une autre lecture des années 68, et notre lectorate peut constater que "l'autre son de cloche" d'Outre-gauche est bien plus proche de la vulgate que la nôtre, car il ne s'en dégage que de fausses ruptures de continuité, et que les témoignages sur les mêmes événements s'accumulent dans des articles et livres qui ne prétendent pas à l'originalité radicale. Mais c'est Pâques, les cloches sonnent sonnent sonnent... Il faut être absolument différent !

* sur la police
relevons qu'en France, l'usage des forces de l'ordre hérite encore des thèses de Grimaud en 68, qu'il n'y ait pas de morts, et c'est pourquoi n'en déplaise nous considérons que lorsqu'il y en a, ce sont bien du point de vue de l'État des bavures. La différence est qu'il y a chez les CRS et gendarmes aujourd'hui plus de fascistes que d'anciens résistants comme en 68, et que l'État s'accommode des violences policières dans l'exacte mesure où il convient de faire peur à la population entière s'il lui prenait l'envie de se battre illégalement (ce dont témoigne aussi l'Affaire de Tarnac et le délit extensif d'Association de malfaiteurs). C'est au demeurant dans les "quartiers sensibles" et chez les racisés que l'on compte les morts, pas (encore) chez les manifestants des cœurs de ville ou dans les ZAD

au bout du décompte, ce sont les ouvriers morts au travail qui sont les plus invisibilisés, y compris par nos révolutionnaires d'aujourd'hui (cf le TRAVAIL TUE plus que les violences policières... et les attentats)

mais gage qu'avec cette analyse, nous passerons pour des timorés qui n'ont pas saisi l'essence de la police du capital...


Arrow

Lola Missieroff a le droit, avec Claude-Guillon-écrivain-anarchiste, de refourguer aujourd'hui ses potes peintres et chanteurs qu'elle aurait nommés "artistouilles" en 68 (p.266), comme de trouver sublimement poétiques les vers barricadiers de Pierre Peuchmaurd, dont elle lit « l’extrait sur les étrangers et les blousons noirs à chacune de [ses] présentations », renvoyant aux extraits publiés chez Médiapart (qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse):

« Paris, ce soir, était à prendre. Et nous ne l’avons pas fait. Paris était à prendre, dans les ministères on faisait ses valises, le pouvoir n’avait plus que ses flics, il en aurait fallu davantage pour nous arrêter. Nos erreurs, cette nuit-là, furent politiques. Nous étions là, tous, pour faire une aube socialiste. C’est raté, joyeusement raté. Là est peut-être le vrai tournant de mai.»

quelques vers opportuns d’un poète d’exception (et donc toujours ignoré des cuistres) [rien que ça] :


LA PLUS BELLE SCULPTURE
C’EST LE PAVÉ DE GRÈS
LE LOURD PAVÉ CUBIQUE
C’EST LE PAVÉ QU’ON JETTE SUR LA GUEULE DES FLICS.

et nous de trouver cette prose et ces vers doublement nuls sur le plan poétique comme dans leur prétention révolutionnaire, symptomatiques du gauchisme poétique que nous conchions, in fine assez proche de l'Aragon d'Hourra l'Oural, le style en moins

le même Aragon disait en 68 que les jeunes gauchistes font les vieux cons, il avait oublié d'ajouter que l'avenir du jeune gauchiste est la vieille conne

une discussion s'est engagée avec Lola, ici


Citation :
Lola Miesseroff : Enfin des attaques énervées [le terme de Claude Guillon non-lecteur énervé]. La « vieille conne » en remercie l’anonyme Peut-être ( tout un programme!) causer de quoi?

Henry Lassagne : Henry Lassagne, Peutêtre, Tristan Vacances ne sont que les hétéronymes de Patlotch, c'est écrit dessus. Mais enfin, il eût été préférable de causer HONNÊTEMENT de certains point avant, puisque ça fait 12 ans que ça dure, et que vraisemblablement, ce ne sera jamais possible dans VOTRE milieu

"causer de quoi" : foutez-vous de ma gueule, je pose depuis 10 ans des problèmes théoriques qui sont tout simplement censurés par vos potes communisateurs, mais dont certains n'en font pas moins leur beurre, ce qu'on saura bientôt. Et puis merde, apprenez à lire !

Lola Miesseroff : Patlotch n’est ni mon ami, ni mon camarade. « Notre » milieu est un mythe.

vous ne causez qu'avec et entre vous-même, c'est cela qui constitue votre milieu comme auto-référentiel, en permanence, et vous l'avez construit comme "outre-gauche", a priori bien trouvé, mais à y regarder problématique. Perso je cause avec tout le monde, dont est fait le monde, et dont on peut faire de la théorie communiste qui ne se regarde pas le nombril

les mots "amis" et "camarades" structurent votre sectarisme, et vous ne voyez pas ce communautarisme identitaire qui n'a rien à voir avec la lutte de classe

Lola Miesseroff : Désolée mais une grande partie de mes amies et amis ignorent tout de la théorie de la communisation. Et j’ai la chance de pouvoir aussi présenter mon livre dans des lieux non dédiés. Moins que je ne l’aurais voulu mais c’est déjà ça

Avez vous ne serait ce que feuilleté le livre. Je gage que non. Vous sauriez que les soi-disant communisateurs y sont bien peu nombreux à y causer.


Henry Lassagne : mais enfin, pour qui me prenez-vous ? Je l'ai lu et relu, annoté, j'ai reconnu pas mal de protagonistes, et j'en ai rendu compte depuis l'annonce de sa parution dans le sujet dont j'ai donné le dernier commentaire. Il y a un pb de structure avec l'anonymat, compréhensible, qui rend incompréhensible les enjeux théoriques, et je suppose que ça vous a échappé

Lola Miesseroff : Logique de la part d’une vieille conne. Je vais néanmoins essayer de trouver votre commentaire...si vous n’êtes pas Patlotch. Parce que la vieille conne ne sait pas qui est qui.

Henry Lassagne : sur facebook je suis 'Henry Lassagne', et je n'y poste que des commentaires, vu la structure policière dont je vous conseillerais au demeurant de tenir compte, certains commentaires, de vous ou vos "ami.e.s" ne regardant personne (sur votre coiffure, vos lunettes, tel appart à vendre...). Je n'ai rien contre les réseaux sociaux mais je préfère tweeter https://twitter.com/patlotch?lang=fr Je vous rappelle qu'à mon premier commentaire sur Meeting, vous avez réagi me concernant : « Vous avez vu ce qu'on se ramasse », autrement dit un petit con, qui vous renvoie, élégamment, douze ans après, la balle...

et qu'à notre première rencontre où je fus mis en procès quasi-stalinien à Belleville par vos bobos communisateurs, par un comité animé par Léon de Mattis, vous n'avez pas moufté, mais suivi la dérive : j'étais un ennemi démocrate radical infiltré, selon les propos d'un garçon de bar dont on n'a plus depuis entendu parler

fichtrement sur le stalinisme de vos procédés communs, Lola Missieroff, vous feriez mieux de fermer votre grande gueule de nudiste révolutionnaire, car l'essaim de vos saints d'outre-gauche sur son nombril en tombe

plus flic que votre milieu, ça n'existe que dans l'État, ou chez Roland Simon espionnant au Meeting Communisateur, où vous n'êtes pas venue, mes conversations téléphoniques avec ma compagne...


les prolos, dont vous faites si grand cas, vous emmerdent

la révolution ne sera pas un camp de nudistes

que les auteur.e.s et leurs éditeurs, et les critiques qu'ils retiennent, soient absolument dépendants les uns des autres, n'est plus à prouver (Flaubert s'en lamentait déjà), mais il est rare qu'on en voit aussi bien se servir la soupe

épilogue

Citation :
Lola Miesseroff : Mon pauvre Patlotch, votre graphomanie n’a égale que votre mythomanie. Dommage de gâcher ainsi votre plume et votre intelligence. [...] Je vais faire simple : tu me fatigues.

Henry Lassagne : ok, terminus et bonne route, dors bien

dans le pays des ancêtres de Lola, la Russie soviétique, on n'a pas tardé d'enfermer les fous de mon genre. L'imagination n'étant pas le fort de Lola-Mattis-Guillon, elle est bonne en copiés-collés : « Patlotch, graphomane compulsif » est le terme de Léon de Mattis, avec suggestion aux psychologues du futur communisé selon ses vœux. Un.e prolétaire averti.e en vaut deux

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 1968 ANNÉE révolutionnaire pour le CAPITAL : documents, récits, et considérations théoriques   Dim 8 Avr - 1:23



Emilie Seto a écrit:
@EmilieSeto il y a 7 heures

Une illustration pour le numéro de @CQFDjournal de ce mois-ci, pour un article sur le livre Voyage en outre-gauche de Lola Miesseroff, paru chez @LibertaliaLivre

l'outre-gauche s'épure en s'élargissant

Lola Miesseroff a écrit:
Patlotch n’est ni mon ami, ni mon camarade. Notre "milieu" est un mythe.

Patlotch, vous avez été bloqué, vous ne pouvez ni suivre @LibertaliaLivre,
ni voir les Tweets de @LibertaliaLivre

sur facebook j'ai discuté avec Lola, on a vu le résultat : coexistence pacifique à distance. Mais sur Tweeter, je m'étais contenté de répondre à une publicité du livre par un lien vers ces commentaires, qui doivent absolument ne pas être lus par les abonnés de Libertalia

reconnaissons que la réception de ce livre est inattenduellement exceptionnelle, il n'a que des louanges en stalina-archie : le milieu d'outre-gauche se renforce en s'élargissant sans « frontières nettement délimitées », des gauchistes de tous poils et sans poils aux communisateurs, en passant par le risible Guillon-écrivain-anarchiste


Citation :
La lutte intérieure donne au parti la force et la vitalité : la preuve la plus grande de la faiblesse du parti, c'est son amorphisme et l'absence de frontières nettement délimitées; le parti se renforce en s'épurant...

Extrait d'une lettre de Lassalle à Marx, 24 juin 1852

Lenine, en exergue à la Préface de Que faire ? 1902

voir PSYCHOLOGIE, (PSYCH)ANALYSE et PSYCHOPATHOLOGIE des MILITANTS, GROUPES et 'MILIEUX' AFFINITAIRES

Arrow

tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous

« "nous"... les sacrifiés de l'histoire »




« une aventure collective se raconte collectivement, et donc le collectif est anonyme »

certes mais il dessine et cerne un "nous" (c'est Lola qui le fait et les instrumentalise à l'insu de leur plein gré), un milieu dit d'Outre-Gauche, et c'est contradictoire avec l'affirmation : « notre "milieu" est un mythe ». Lola Miesseroff, contre et avec d'autres "clichés", construit un mythe, mais me rapproche ma "mythologie", cherchez l'erreur. Sans parler de sa suffisance à n'être pas comme tout le monde : « Vous avez prétendu changer le monde, et vous nous avez refilé un monde pire qu'avant. Nous on n'a rien fait, on s'est pas mêlé de ça. » Faudrait savoir...

et puis, « sortir d'un discours convenu, que 68 était un monôme étudiant, que 68 était une période de révolte contre les parents », mais qui dit ça, ailleurs que dans la tête à Lola scotchée aux clichés introuvables aujourd'hui, qui l'arrangent ?

quoi qu'il en soit, l'analyse est contradictoire avec celle de Théorie Communiste, 68 année théorique, rapportée plus haut, qui ne lit pas l'histoire comme produite par des minorités d'exceptions et se lavant les mains de ce dont elles ont été l'avant-garde

« Ce qui est gommé de 68, c'est la lutte contre l'exploitation, et contre l'aliénation » dit-elle. Ben désolé, ce n'est pas ce qui ressort majoritairement des propos de cette so called outregauche, et la lutte contre l'exploitation, comme lutte de classe, ne saurait être rapportée au narcissisme collectivisé de la lutte d'une minorité agissante fabriquée après coup (d'autant, quand elle refuse de bosser et préfère la délinquance, qu'elle n'est exploitée mais suceuse de plus-value comme les fonctionnaires)

"Voyage en outregauche" n'est que le livre des potes à Lola, dont elle n'a même pas su faire un "mentir-vrai", et de ce point de vue, l'histoire de 68 comme celle d'aujourd'hui n'en ont rien à cirer

PS :la communisation en version bobo, manquait plus qu'ça, Lola l'a fait, avec l'accent titi-anarcho-parisien, de rigueur dans ce milieu, de Radio libertaire à Vosstanie en passant par Sortir du capitalisme. Adaptation à leur milieu communautaire environne-mental ? Mimétisme ? On le dirait produit d'un même moule :


ce qu'île est de vœux nus

Citation :
Le mimétisme consiste en une ressemblance que prennent certains êtres vivants, soit avec le milieu dans lequel ils se trouvent, soit avec les espèces mieux protégées ou celles aux dépends desquelles elles vivent.

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MessageSujet: Re: 1968 ANNÉE révolutionnaire pour le CAPITAL : documents, récits, et considérations théoriques   Lun 9 Avr - 14:20


Le Moine bleu, suivant son pote Claude Guillon, diffuse la vidéo de Lola Miesseroff. Un commentaire rejoignant nos critiques :


Olivier a écrit:
9 avril 2018 à 10:36

La faiblesse de ce récit choral subjectif tient dans le fait que les témoignages de ces trente individus restent anonymes, avec quelquefois l'apparition d'un nom – par exemple Claude Besson (p. 224) parce que celui-ci écrit… Pour ma part, cet anonymat relève d'une certaine coquetterie, quarante à cinquante ans après les faits. Il eut été plus claire, plus simple (et moins confortable ?) de les nommer comme le fait Claire Auzias dans son livre "Trimards 'Pègre' et mauvais garçons de Mai 68". En bref, certaines réflexions anonymes ne sont pas clairement assumées et passent pour ainsi dire en contrebande. C'est gênant.

nous l'avons dit, l'anonymat comme tel n'est pas gênant et n'empêche pas les citations d'être assumées, mais les éclatent par thématiques sans qu'on puisse les relier à chaque interview, donc aux mouvances dont elles se réclament plus ou moins (des anarchistes aux communisateurs). Donner de faux prénoms aurait conféré au livre une autre densité, et mis en évidence que le "concept" d'Outre-Gauche ne tient que par Lola, un récit très "subjectif" (les années 68, mes copains et moi, Lola) donc d'une nébuleuse comme d'autres, notamment en dehors des villes universitaires d'où proviennent tous les témoignages, avec une très faible proportion d'ouvriers (et seulement 3 femmes, mais ça Lola dit le regretter)

c'est donc un  problème de point de vue, d'idéologie construisant à son insu un "milieu", et non de "méthode" comme le dit cet autre commentaire confirmant cette idéologie, mais au moins le livre d'Auzias cerne-t-il un milieu cohérent. Cf la critique  de Jacques Wajnsztejn Question de méthode février 2018


George WF Weaver a écrit:
9 avril 2018 à 12:17

Un ouvrage salutaire qui diffère dans la méthode mais pas dans la perspective (retracer ce que fut cette aventure foisonnante hors des clichés parisianistes) de celui de Claire Auzias paru voici peu à l'Atelier de Création Libertaire : Trimards - « Pègre » et mauvais garçons de Mai 68.

Pas étonnant d'ailleurs, quand on sait qu'un certain Arthur relie Lola à Claire.

"Arthur" c'est Christian Marchadier, en 68 des Vandalistes de Bordeaux à qui Lola a dédié son livre

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MessageSujet: Re: 1968 ANNÉE révolutionnaire pour le CAPITAL : documents, récits, et considérations théoriques   Dim 15 Avr - 12:36


l'avant-garde à la masse

Mai-68 au fil des jours : témoins, protagonistes, universitaires… Jacques Wajnsztejn, Blog de Temps Critiques, du 11 mars, posté le 10 avril 2018
JW a écrit:
Quelques remarques par rapport aux quatre pages consacrées à « Mai-68 Hors les murs » dans Le Monde des livres du 9 mars 2018...

Vincent Porhel, l’un des contributeurs au livre lyonnais puisque ce dernier veut inscrire, selon ses propres termes, « l’événement mai-juin, dans le temps long des années 68 ». C’est certes un choix estimable, mais encore faudrait-il dire que ce n’est qu’un choix parmi d’autres. Ce n’est en tout cas pas celui que je défends dans Mai 68 à Lyon, retour sur un mouvement d’insubordination qui met l’accent sur la dimension d’événement et de soulèvement intense et bref de 68, une dimension que l’article du Monde semble reconnaître sans en tirer aucune leçon quant à la logique interne de son argumentaire.

Il y a des moments où il faut choisir : il n’est pas possible de traiter mai-juin 68 comme un événement singulier, un soulèvement, un mouvement d’insubordination d’un côté et de l’autre dire qu’il faut l’inscrire dans le temps long. Sinon, on ne peut comprendre  en quoi cet événement représente une rupture temporelle même s’il est encore lié au passé (le fil rouge des luttes de classes) et qu’il anticipe déjà l’avenir, une révolution à titre humain, perspective que la défaite condamnera sine die.

il y a des jours où je me sens bête, surtout quand je lis Temps Critiques

ce qu'on appelle en France "68" ne saurait se réduire à ce qui s'est passé en "mai 68" et  ce qu'on appelle en histoire le temps long ne relève pas de quelques années

mais si considérer que l'événement « anticipe déjà l’avenir, une révolution à titre humain » ne relève pas du temps long, j'y perds mon quartier latin

nous avons posé ici que l'événement 68 ne pouvait se comprendre, et d'autant qu'il aurait annoncer quelque chose, que par son résultat, que par ailleurs Temps Critiques n'hésite pas à nommer « révolution du capital ». Même si ce concept ne recouvre pas la restructuration du capital qui s'engage dans la défaite ouvrière dès la première moitié des années 70 (en 1974 avec la "crise pétrolière"), il renvoie aux mêmes éléments, aux même faits. Comprendre les événements historiques par leur résultat relève de l'histoire à rebours, la méthode de Marx selon Bertell Ollman

la défaite ouvrière, ce n'est pas la défaite de 68 comme telle, mais celle du mouvement ouvrier international, de ses organisations et de son programme. Tous les contenus de l'avant-garde en 68 ont été intégrés à la restructuration capitaliste, et c'est pourquoi nous avons titré 1968 ANNÉE révolutionnaire pour le CAPITAL, que nous aurions pu mettre au pluriel

50 ans après, rien ne s'est passé ou ne se passe qui annoncerait une « révolution à titre humain », et Temps Critiques lui-même ne parvient pas à le montrer, sauf à avoir prétendu lire dans la manifestation post-attentats du 11 janvier 2015 « la tension individu - communauté humaine »

après ça, certes,

JW a écrit:
Ce n’était pas « la parole partagée » entre des paroles toutes équivalentes en valeur et en temps de parole comme le dit Ludivine Bantigny (1968. De grands soirs en petits matins) qui se croît au printemps des places.

mais ici, nous soutenons que mai 68, comme tout événement historique, doit s'analyser dans sa globalité et ses contradictions comme phénomène de masse, quitte à analyser la part qu'y jouent les luttes de classes. Il n'y a pas de dynamique qui serait portée par une avant-garde comme si les masses les suivaient. On ne peut souligner que mai 68 fut la plus grande grève française du 20è siècle sans prendre en compte d'abord son caractère massif, et transclassiste. Sans les masses en luttes, l'avant-garde, surtout si « elle n’était pas une avant-garde auto-proclamée en provenance des groupuscules » n'aurait pas fait qu'aucun rouage ne tournait plus

un certain nombre de commentateurs, qui ont vécu ces années-là "à l'avant-garde non auto-proclamée" (sic), n'arrivent pas à les distancier, et quoi qu'ils en aient, ramènent leurs souvenirs personnels de « protagonistes actifs de l’événement [...] ayant joué un rôle de premier plan [des femmes] »  au centre de l'Histoire. C'est le même esprit que l'on trouve dans Voyage en Outre-gauche de Lola Miesseroff, des activités d'individus exceptionnels ou qui se pensent tels

personnellement, je n'ai aucune honte à dire que je n'ai pas fait 68, mais que 68 m'a fait, et qu'à l'époque les avant-gardes n'y furent pour rien, parce que dans mon trou de province, elles n'étaient pas là. Je me réjouis donc de la parution d'ouvrages qui donnent la parole à de nombreux et vrais anonymes quelles qu'aient été leurs activités à l'époque, car c'est ainsi que l'on peut faire ressortir "la structure of feeling" (Raymond Williams) de cette époque, la dimension sociétale et culturelle qui est le troisième champ d'une analyse héritée de Marx, avec la critique de l'économie (et de la) politique

en résumé, inscrire mai 68 et les années 68 dans le temps long, cinquante après, ce n'est pas raconter ses souvenirs d'anciens combattants

l'essentiel aujourd'hui, c'est que le temps long du capital a avalé l'événement 68 au point qu'il est devenu quasi sans portée, nonobstant le barouf du cinquantenaire et la prétention à le refaire en mai 2018

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MessageSujet: Re: 1968 ANNÉE révolutionnaire pour le CAPITAL : documents, récits, et considérations théoriques   Lun 16 Avr - 20:05


import de NOTES de STYLISTIQUE et POÉTIQUE


Patlotch a écrit:

merde à la puissance de 10 !

j'ai beau être porté sur les chiffres, je n'ai pas de fétichisme du système décimal

je lui préfère la combinatoire de 7 et 12, avec leurs (sous-)multiples, qui structure mes écritures, et la loi des grands nombres, qui fonde la théorie des probabilités et les statistiques

le système décimal est si imprégné dans notre culture qu'il scande l'histoire qu'on raconte comme si elle en dépendait, les millénaires, les siècles, les décennies et les anniversaires de même : millénaires, centenaires...

ainsi de 1968 en 2018, un cinquantenaire qui n'a objectivement aucun sens historique. Qui y accorde de l'importance est comparable aux millénaristes

notons toutefois que 1968 = 12 x 164

et qu'était exceptionnel, 48 ans (12 x 4) après, 2016 = 12 x 84 = 12 x 12 x 7 x 2. Exceptionnel du point de vue numérique...


« comparable aux millénaristes » : cruel, mais si vrai

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MessageSujet: Re: 1968 ANNÉE révolutionnaire pour le CAPITAL : documents, récits, et considérations théoriques   Mer 18 Avr - 11:17


un autre son de cloche

faire passer des dirigeants syndicaux de Renault pour « des ouvriers qui ont vécu 68 » ne vaut pas mieux que présenter d'autres comme francs-tireurs d'avant-garde : à chacun ses clichés. Pourtant, même si certains faits sont occultés (la reprise), ces interviews ne sont pas sans intérêt sur certains points : les travailleurs immigrés, les revendications satisfaites :

- le premier, comme nous l'avons entrevu avec les immigrés des bidonvilles de Nanterre et leurs relations avec la faculté

- le second parce que mai 68 fut bel et bien, dans la classe ouvrière, une lutte revendicative, alors que chez les étudiants, issus des classes moyennes aisées, c'est l'affrontement à la société chape de plomb qui prime

ces deux aspects se joignent, comme il est dit ici, par la jeunesse, et font la caractéristique majeure des événements de 68 en France, qui à aucun moment n'ont remis en cause le capitalisme, et fort peu l'État. Le discours conseilliste y est complètement marginal, en l'absence générale de conseils ouvriers



Le Mai-68 des ouvriers, c'est un mouvement unique dans l'histoire française, 7 à 10 millions de grévistes sur tout le territoire. La France sort des 30 glorieuses, c'est le début du chômage et le travail à la chaîne est de plus en plus éprouvant. RFI a retrouvé deux anciens salariés et leaders syndicaux des usines Renault-Billancourt, à la pointe de la contestation ouvrière de l'époque. Ils nous racontent leur Mai-68, celui des ouvriers, vu de l'intérieur.


Le site de Renault-Billancourt le 17 mai 1968 lors du vote de la grève reconductible.
Archives personnelles d'Aimé Halbeher

Citation :
Roger Silvain : « 68 n’aurait pas eu cette répercussion sans les travailleurs immigrés »


En mai 68, Roger Silvain est secrétaire général adjoint du syndicat CGT de l'usine Renault-Billancourt.
Il est aujourd’hui âgé de 86 ans.


RFI : Roger Silvain, quel était votre métier chez Renault ?

Roger Silvain : Je suis rentré chez Renault comme apprenti en 1946, j’en suis sorti en 1988. J’étais ajusteur, à l’entretien des machines-outils.

En Mai-68, au moment où les ouvriers entrent eux aussi en lutte, avez-vous l’impression que tout commence d’un coup ? Ou bien y avait-il déjà des revendications dans votre usine ?

En 1968, on avait au pouvoir le général de Gaulle. Cela faisait dix ans qu’il était là. Et quand il est arrivé, en 1958, ça n’a pas été facile pour la classe ouvrière. C’était largement aussi difficile que ça l’est maintenant avec Macron. Et donc il y avait eu des hauts et des bas. Mais on sentait, à partir de 1967, que des choses étaient en train de changer. Il y avait des luttes plus importantes qui s’étaient déroulées.

Sur quoi, par exemple ?

La première question c’est toujours le pouvoir d’achat, le salaire. Il y avait le retour aux 40 heures. En Mai-68 on faisait encore 48 heures par semaine. Surtout, on commençait à avoir, à cette époque-là, une très forte population d’immigrés. A l’époque, les entreprises allaient chercher les immigrés au pays en leur disant : « Venez en France. Vous allez voir ça va être chouette, etc. »

Nous avons eu, à Billancourt, jusqu’à 11 000 travailleurs immigrés. Des Algériens, des Tunisiens, des Marocains… Mais surtout, l’Afrique noire. C’est-à-dire le Sénégal, le Mali, la Côte d’Ivoire, etc. Ils commençaient à arriver en masse. Et pour eux, la revendication principale, c’était de faire sauter les contrats provisoires. Quand ils étaient embauchés, on leur disait : « voilà, on vous fait un contrat provisoire de trois mois (en fait six, ndlr) renouvelés deux fois ». Mais en fait, dans la pratique, on les renouvelait cinq fois, six fois, sept fois… Et pour eux, c’était comme aujourd’hui le CDD par rapport au CDI. A l’époque ils voulaient faire sauter les contrats provisoires, qu’ils soient embauchés comme tout le monde, de manière définitive, au bout de huit jours ou quinze jours d’essai.

Il faut être clair, 68 n’aurait pas eu la répercussion qu’il a eu sans l’apport des travailleurs immigrés. C’est clair ! Ils étaient en lutte ! Ce n’était pas évident !

Mai-68, dans l’imaginaire collectif, pour le monde ouvrier ce sont les grèves, les occupations d’usines… Est-ce que vous vous rappelez comment l’étincelle a pris dans votre usine ?

On le sentait depuis 1967, il y avait de l’agitation. Par exemple, les gars là-bas, à Saint-Nazaire, les gars de l’aviation, ils occupaient déjà quand on est partis (quand on a commencé, ndlr). Eux, ils occupaient déjà depuis quinze jours.

Dans le port de Saint-Nazaire, près de Nantes…

Et puis, ce qui déclenche vraiment 68 en profondeur, c’est la nuit, je crois, du 9 au 10 mai (en fait du 10 au 11, ndlr), où les étudiants qui veulent reprendre la Sorbonne se font coincer dans la rue Gay Lussac, il y a eu un véritable massacre. Il n'y a pas eu de morts, mais il y a eu beaucoup de mecs esquintés par des CRS. Et donc, le samedi matin, Georges Séguy, le secrétaire général de la CGT, dit : « ce n’est pas possible de tolérer des choses comme ça ».

Le bureau confédéral de la CGT, qu’il a réuni dans la journée, annonce « Lundi 13 mai : grève générale ». Donc, il y a eu un rassemblement Place de la République. Une manifestation monstre ! Monstre ! Près d’un million de personnes de la République à Denfert Rochereau.

Le mardi, on retourne au boulot et le jeudi on apprend, le matin, par téléphone : Renault Cléon, en Seine-Maritime, est occupée. Les gars s’étaient mis en grève. Tout de suite, Aimé Halbeher, mon secrétaire général (de la CGT dans les usines de Renault Billancourt, ndlr), fait un petit papier. Il devait être 10 heures du matin, et il fait un petit papier avec le titre : « Cléon occupé ». On le distribue le midi aux portes…

Donc vous informez tous les salariés de votre propre usine ?


Pour informer les gars de Billancourt que Cléon était occupée. Et dans l’après-midi… C’est monstrueux comme surface Billancourt : 98 hectares. Il y a un rassemblement de 4 à 5 000 gars (1 500 selon Aimé Halbeher, ndlr). Ces gars, c’était tous les gars des ateliers professionnels. C’est-à-dire là où on avait le plus de force. Là où, historiquement la conscience de classe était la plus développée, parce qu’il y avait un héritage. Par exemple, dans ma génération, quand on commence à militer, ceux qui nous forment, ce sont des gars qui avaient fait 36 (grèves ouvrières massives, ndlr) et la Résistance (pendant la seconde guerre mondiale contre l’occupant nazi, ndlr). Ça a l’air de rien, mais ça aide !

En termes de lutte c’est déjà une grosse expérience…


Voilà. Alors, 4 à 5 000 gars dirigent un cortège. On rattrape ce cortège dans la pente qui montait à l’île Seguin. Halbeher (son supérieur à la CGT, ndlr) me dit : « écoute, tu fais monter la sono ». Lui, il accompagne les gars. Il y a un meeting qui se fait et là, il annonce : « je vous propose qu’on occupe l’entreprise pour la nuit. Demain matin on rassemble tout le personnel et on voit ce qu’on peut faire ».

Et quelle décision a été prise ?

On a occupé l’entreprise pour la nuit. Mine de rien, aucun d’entre nous n’avait organisé une occupation d’usine avant ! Le lendemain matin, il y a un meeting qui tient beaucoup de monde. Alors les médias, ça y est, c’est parti : «Billancourt occupé, etc… » Et les étudiants qui débarquaient… On en avait des centaines et des centaines autour de nous !

Vous décidez donc d’occuper l’usine une nuit, pour commencer…

25 000 personnes qui sont là votent l’occupation de l’usine. Et on ne décrète pas la grève générale, mais on dit : « tous les matins on fait un meeting. » On rassemblait les salariés et on votait la reprise du boulot ou la continuité. Et on a voté la continuité pendant 34 nuits. Les accords de Grenelle, si ma mémoire ne me trompe pas, c’était le 28 mai et nous, on ne reprend le boulot que le 18 juin. Le 28 mai était important pour un tas de gars en France : dans les petites entreprises, les entreprises moyennes où il n’y avait pas de syndicat… Le Smic augmentait de 35 % ! C’était énorme ! Mais nous, chez Renault, on avait des acquis qu’on avait déjà obtenus par des luttes, Grenelle ça ne nous rapportait rien. Nous, on continue jusqu’au 17 juin. La direction de l’entreprise Renault refusait de discuter de nos revendications. Il a fallu qu’ils ouvrent les négociations.

Et ces négociations spécifiques à Renault ont été fructueuses ?

Oui ! Oui, oui… Si vous voulez, il y a eu des acquis. Nous aussi, l’augmentation des salaires c’était quasiment 30 %. On revient aux 40 heures. Et surtout, le syndicat est reconnu comme légal dans l’entreprise, alors que ce n’était pas le cas. Et les contrats provisoires sont supprimés pour les travailleurs immigrés. C’était une bonne victoire. D’ailleurs, on consulte le personnel mais cette fois avec un vote, atelier par atelier, service par service. Reprise du boulot. Donc la satisfaction globale s’exprime à 78 %. Une victoire incontestable.

Vous pensez que Mai-68, pour le monde syndical, a été un apogée ?

Ça a été un moment très important. Il y a eu des acquis très importants. Mais en fait 68, si vous voulez, c’est pendant dix ans encore des luttes qui se déroulent et des acquis qui s’engrangent, amplifiant ceux qu’on a obtenus en 68. Si je vous prends les OS (ouvriers spécialisés, ndlr), à 90 % ce sont des travailleurs immigrés ! On obtient la reconnaissance de la qualification au boulot. Les chaînes et les cadences seront moins élevées que ce qu’elles étaient.

Aujourd’hui, que pensez-vous du monde syndical ? Est-ce qu’il a poursuivi cette ascension ou est-ce que vous avez l’impression qu’il s’essouffle ?

Non, pas du tout. Ces dernières années, y a eu une période de dix-quinze ans qui a été assez terne. Mais le syndicat, la volonté de lutte, notamment dans la classe ouvrière française, peut connaître des hauts et des bas, mais elle n’est jamais morte complètement.

Et votre regard sur les luttes d’aujourd’hui ? Les cheminots, les éboueurs, les électriciens, les gaziers, le personnel hospitalier… quel regard vous portez sur les luttes sociales menées aujourd’hui par le monde syndical ?


Pour le vieux militant que je suis, c’est un regard de satisfaction de voir qu’il est en train de germer... Il y a les cheminots qui sont à la pointe de la lutte. Macron, l’empereur, moins d’an an après son élection, il faut qu’il gère ça ! Il ne doit pas se marrer tous les jours ! Et l’essentiel, c’est que tous les jours on sent qu’il y a des secteurs qui rentrent dans la lutte, qui n’y étaient pas (avant, ndlr). Pour le vieux militant que je suis, je regarde ça avec beaucoup de satisfaction.


Lors de ce rassemblement, 20 à 25 000 ouvriers lancent le mouvement de grève à Renault-Billancourt.
Archives personnelles d'Aimé Halbeher

On polémique beaucoup sur la jonction ouvriers-étudiants. Pour vous, qui étiez à ce moment-là en pointe dans la lutte ouvrière dans les usines Renault-Billancourt, cette jonction a-t-elle eu lieu ?


Oui, elle a eu lieu. Idéologiquement. Par exemple, le soir où on part avec 5 000 ouvriers, au tout premier jour, lorsqu’on dit « on couche dans l’entreprise cette nuit et demain matin on voit avec l’ensemble du personnel »… Les médias, ça y est, ils annoncent « Billancourt occupé » ! Les étudiants arrivent autour de chez Renault. Halbeher, le secrétaire général de la CGT de l’époque de chez Renault, dit aux étudiants : « on soutient votre lutte, mais on ne peut pas vous laisser rentrer dans l’usine, parce que si on vous laisse rentrer, le patron de chez Renault va en profiter pour appeler les CRS en disant qu’il y a des corps étrangers dans l’usine. Ce n’est pas possible, etc. Donc, on soutient votre lutte. A vous de soutenir la nôtre et on se bat : vous vous battez dans vos facs nous on se bat dans nos usines. On fait les manifs ensemble ». C’est le cas le 13 mai, notamment.

Donc, la fameuse photo restée très célèbre, où on voit les étudiants devant les usines fermées par les ouvriers, elle est mal interprétée ? Ce n’est pas un rejet de la cause étudiante ?

Non, non. Pas du tout ! Non, non. C’était utilisé par l’adversaire qui voulait essayer de fissurer le mouvement, c’est tout.

Et par la suite, il y a eu des jonctions plus physiques, vous avez manifesté ou mené des actions aux côtés des étudiants ?

Oui, dans des manifestations. A la manifestation monstre du 13 mai on avait rendez-vous à la République et les étudiants avaient rendez-vous à la gare de l’Est.

Est-ce qu’il y avait de jeunes ouvriers qui rejoignaient les étudiants sur les barricades, dans le quartier latin ?

Evidemment. C’est normal, c’est humain. Ils voulaient y aller.

Pour revenir à la période d’occupation de l’usine Renault-Billancourt, sur l’île Seguin, comment s’est passé cette occupation ? Est-ce que vous avez des souvenirs de ces moments où vous étiez toute la journée, tous ensemble, dans les ateliers qui ne fonctionnaient pas ?

Ça a duré un mois. Dans la classe ouvrière, c’est ancré, on est en grève contre le patron, pas contre la machine. Certaines machines, quand vous arrêtez le travail, il faut qu’elles soient entretenues. Vous avez des fours, si vous les arrêtez, il faut deux mois pour les remettre en route ! Eh bien les gars, ils étaient en grève, ils étaient dans leurs ateliers, ils occupaient, mais ils veillaient à ce que les machines soient entretenues.

Il fallait faire manger les gars. On avait une cantine qui tournait. Il fallait assurer le ravitaillement. Comme on gérait les cantines - le Comité d’entreprise-, les femmes qui faisaient le marché et les cuisiniers étaient en grève, mais ils faisaient le boulot pour faire manger les gars. Ils faisaient la bouffe normale…

Alors avec quel argent ?

Eh bien si vous voulez, quand vous avez une tôle (une entreprise, ndlr) comme ça… On faisait 21 000 repas par jour, vous avez des fournisseurs qui ont une confiance qui dure depuis longtemps. Et puis, on avait des collectes qui rapportaient. Surtout, ce qui a été terrible, c’est que les syndicats soviétiques, au bout de trois jours de grève, nous ont fait un don considérable ! Je ne dirai pas de chiffres pour ne pas dire de conneries, mais c’était considérable.

Il y avait des spectacles qui étaient organisés… Ferrat… Tous nos chanteurs très près de la classe ouvrière venaient, il y avait du spectacle. Mais après, dans la journée, ils s’occupaient, ils jouaient à la belotte ou aux échecs… Vous voyez, c’est tout. C’est la vie normale.

Vous, quels souvenirs gardez-vous de Mai-68 ? Depuis le début de cet entretien, vous souriez beaucoup. J’ai l’impression que c’est un souvenir heureux, qui vous rend fier ?

Je suis heureux. Je commence à avoir un âge avancé, 87 ans au mois de juillet et on est au mois d’avril, je voudrais bien en voir un autre pareil avant de mourir.

Un autre mouvement de la sorte ?

Le même, oui. D’ailleurs, celui qui est en train de naître là, je ne sais pas ce qu’il va donner.

Le mouvement des cheminots et des autres secteurs ?

Tout ce qui est en train de grandir autour des hôpitaux et tout ça, là… Si ça s’élargit encore un peu, on va voir. Aujourd’hui je ne vais pas vous dire : « ça y est, dans trois jours c’est le grand bazar ». Je n’en sais rien. Mais le grand bazar au sens noble du terme, oui, je voudrais le voir.

On le sentait depuis 1967, il y avait de l’agitation Roger Silvain 17/04/2018 - par David Baché Écouter


Aimé Albeher: « Une fête couronnée de succès »


En mai 68, Aimé Albeher est secrétaire général du syndicat CGT de l'usine Renault-Billancourt. Il est aujourd’hui âgé de 82 ans.
RFI/David Baché

RFI: Vous souvenez-vous de la façon dont la grève de mai-juin 68 a commencé ?

Aimé Albeher : Nous étions déjà dans un mouvement syndical montant depuis plusieurs années. Il y a eu une montée des luttes, notamment en 66-67. En 1967, le ministère de l’Intérieur en France a recensé 4,3 millions de journées de grève, c’est-à-dire un million de plus qu’en 1966, ce qui montre qu’il y avait un développement des luttes. Dès le début 1968, il y a eu des mouvements sociaux importants en France. Chez Renault à Billancourt, on avait recensé, avant la grève de Mai-68, 135 arrêts de travail. Ils étaient partiels, limités, certes, mais cela signifiait un mécontentement grandissant parce que la direction refusait d’ouvrir les négociations sur les salaires, la réduction du temps de travail et la retraite à 60 ans.

Puis il y a le mouvement des étudiants de Nanterre : c’est ce qui vient allumer l’étincelle ?


Oui, c’est ça. Moi, je considère que le mouvement étudiant a donné confiance aux salariés et n’a fait qu’accélérer un mouvement social qui progressait de mois en mois, d’année en année.

Vous vous rappelez de ce jour où tout a commencé pour l’usine de Boulogne-Billancourt ?

Oui, c’était le 16 mai. Je coordonnais l’activité syndicale de toutes les usines Renault en France. Et j’apprends que le 16 mai au matin, Renault-Cléon et Renault-Flins décident d’occuper l’entreprise. On informe par voie de tracts l’ensemble des salariés de Billancourt le matin du 16 mai. Je prends la parole au moment de la pause à midi, j’invite tous les travailleurs à décider des formes d’action à mettre en œuvre. Vers les 4 heures de l’après-midi, un groupe d’à peu près 1 500 salariés décide d’arrêter le travail, de défiler dans l’entreprise de Renault-Billancourt en appelant « Occupation, occupation ». Je vais les voir et je les appelle à se rassembler dans l’île Seguin. Je prends la parole et j’invite les salariés à occuper l’usine pour la nuit, et ceci pour éviter que la direction fasse appel à l’intervention policière, comme on avait déjà vu dans le passé, ce qui aurait remis en cause un peu le développement des luttes. Mais je leur propose aussi qu’on attende le retour des 35 000 travailleurs qui étaient repartis chez eux pour les consulter sur les modalités d’action.

Et le lendemain matin, la décision est prise…


Le lendemain matin, les salariés rentrent dans l’usine. On les appelle à ne pas se rendre à leur poste de travail, à se rassembler dans l’île Seguin, un rassemblement massif. Ils seront 20-25 000 dans ce rassemblement. Je leur explique ce qui s’est passé la nuit et je leur dis : « nous vous proposons d’occuper l’usine aujourd’hui et de décider d’une occupation reconductible chaque jour, de façon à ce que l’on mette la direction devant ses responsabilités. Il ne tient qu’à elle que le mouvement cesse si elle ouvre les négociations et commence à discuter sérieusement. »

Et le mouvement va durer 34 jours…

Oui, parce que la direction n’a pas ouvert les négociations, y compris après Grenelle, les discussions nationales : la direction va encore attendre une quinzaine de jours pour ouvrir les négociations alors qu’au niveau national, il y avait eu un constat sur les grandes questions de salaires, réduction du temps de travail etc.

Vous expliquez que c’est la révolte étudiante qui a donné confiance aux ouvriers pour se mettre à leur tour en grève et initier le mouvement ouvrier de Mai-68. Dans le même temps, il y a cette photo qui est restée célèbre : des étudiants bloqués devant les grilles fermées des usines de Boulogne-Billancourt, où vous étiez en train de commencer votre mouvement de grève…

Oui. Quand j’ai entendu les dirigeants étudiants -je ne me souviens plus lesquels, je crois que c’est Daniel Cohn-Bendit (étudiant libertaire meneur de la révolte, devenu par la suite député européen, ndlr) et Jacques Sauvageot (à l'époque vice-président du syndicat étudiant Unef, ndlr)- appeler les étudiants à venir occuper l’usine Renault-Billancourt à l’intérieur, on a tout de suite réagi pour une raison simple, c’est que si on avait laissé rentrer les étudiants à l’intérieur de l’entreprise, les salariés qui sont arrivés le lendemain matin auraient été mécontents. Et on offrait un prétexte à la direction pour faire appel à l’intervention policière et évidemment, la lutte des Renault aurait été enrayée dès le départ. C’est ce que j’ai expliqué, et finalement aucun étudiant n’est rentré alors que s’ils avaient voulu, ils auraient pu rentrer.

Ce que vous dites, c’est qu’il n’y avait pas d’opposition entre les étudiants et les ouvriers... Est-ce qu’on doit parler de jonction -c’est souvent un terme qui fait polémique- entre les étudiants et les ouvriers durant cette période de Mai-68 ?

A mon avis, il y a eu deux mouvements -qui n’étaient pas distincts, mais qui avaient quand même des objectifs différents- qui se sont aidés mutuellement, et qui se rejoignaient sur une grande revendication : la liberté. La liberté d’expression, le droit d’être reconnu comme citoyen dans les entreprises et dans les universités. C’est cela le lien commun. Il faut bien voir que nous avons eu d’énormes discussions avec les étudiants tout au long de ces 33 jours et 33 nuits, quand on a occupé l’usine. Et ces discussions étaient de plus en plus intéressantes au fur et à mesure que les étudiants prenaient connaissance des conditions réelles des entreprises et des salariés à l’intérieur… et inversement, les salariés qui occupaient l’usine prenaient connaissance des conditions dans lesquelles les étudiants étaient dans les universités, les lycées etc. Puis on a été invités souvent à venir parler aux étudiants, dans pas mal d’universités. Moi, personnellement je suis allé à la fac de droit, qui n’était pas une fac facile, je suis allé à Nanterre, et on a eu plusieurs militants de la CGT Renault-Billancourt qui ont été à la Sorbonne, à Vincennes etc.

Est-ce que pendant cette période de grève et d’usines occupées par les salariées, vous avez des souvenirs du quotidien dans l’usine ?

Oui, parce que les salariés, dès lors qu’ils ont occupé l’usine, ce n’était plus les mêmes. Ils se sont transformés, c’est-à-dire qu’on a découvert des individus qui étaient devenus très fiers d’eux, qui étaient joyeux alors que pendant des années, ils baissaient la tête, pendant des années, ils étaient soucieux. Et il y a eu dans toute cette grande entreprise des banquets, des artistes qui sont venus chanter, des tournois sportifs organisés par le comité d’entreprise : des tournois de pétanque, de ping-pong, de volley-ball. Ça a été la fête pendant 33 jours ! A l’intérieur et dans chaque atelier, on était assez créatifs, on essayait de créer des jeux, des tournois de belote… c’était la fête.

Une fête couronnée de succès !

Une fête couronnée de succès parce qu’il faut bien voir que cette grève de 68 n’a pas seulement permis d’obtenir les revendications importantes, notamment l’augmentation des salaires et des engagements de retour aux 40 heures alors qu’on faisait 47 heures, sans perte de salaire, sans modération salariale… Elle a obtenu aussi, dans notre propre entreprise, satisfaction sur des revendications qui n’avaient pas été évoquées à Grenelle. Par exemple, on a obtenu la suppression de formes de rémunération qui existaient chez Renault, qui étaient un modèle américain, et qui consistaient à payer les salariés en fonction de la machine sur lesquelles ils étaient. Mais nous avons imposé la refonte des grilles de salaire et des classifications à partir des diplômes, des connaissances et de l’expérience. Nous avons obtenu la suppression des contrats provisoires : c’est-à-dire qu’il y avait 3 000 salariés qui tous les six mois quittaient l’usine et on en embauchait 3 000 autres. La plupart était des immigrés. Et nous avons obtenu que ces 3 000 salariés soient embauchés définitivement et qu’on arrête ces contrats presque esclavagistes, parce qu’on allait les chercher au Maroc, en Tunisie ou en Algérie, on les faisait arriver en France, on les mettait dans les foyers, on les faisait travailler six mois et on les renvoyait après. On a obtenu aussi, et ça c’est très important,  la suppression des clauses illégales qui existaient sur le paiement d’une partie de la rémunération des salariés, des clauses anti grève : lorsqu’on faisait plus de six heures de grève sur un trimestre, les salariés pouvaient perdre 20, 30% de leur rémunération sur les primes trimestrielles. Et cette clause illégale, on la justifiait dans la direction de Renault en disant qu’elle avait un caractère exceptionnel alors qu’elle était toujours exceptionnelle, mais on la recevait tous les trois mois. Et on a obtenu cette suppression.


Aimé Halbeher, le 17 mai 1968, exhorte les ouvriers à occuper l'usine Renault-Billancourt.
Archives personnelles d'Aimé Halbeher

Il existe de nombreux mouvements sociaux actuellement en France, chez les cheminots et pas seulement. Est-ce que cela vous rappelle Mai-68, est-ce que cela vous semble différent ? Est-ce que vous les soutenez ?

Bien entendu je les soutiens ! J’ai d’ailleurs été invité à plusieurs reprises pour prendre la parole et pour soutenir les salariés en grève. Pas pour leur dire de faire comme en 1968, parce qu’à mon avis on ne refait pas deux fois la même chose, mais je pense  qu’il y aura un mouvement qui va se développer en France, largement majoritaire, peut-être plus important encore qu’en 68, parce qu’il y a des catégories nouvelles qui sont en réaction maintenant, qui sont dans la protestation, et qui n’étaient pas dans l’action en 68. Je pense par exemple aux retraités…

Les retraités, comme vous, qui n’ont pas cessé le combat ?

Voilà, bien sûr. Pas seulement, mais les retraités c’est le point de mire du gouvernement, notamment les retraités qu’on appelle « les plus aisés », les retraités comme moi qui gagnent à peine 2 000 euros par mois… Il y a les retraités, il y a les ingénieurs et cadres. Je trouve qu’il y a des mouvements de protestation maintenant chez les ingénieurs et cadres alors qu’ils ont été plutôt spectateurs en 68. Il y a des professions libérales. Enfin, il y a toute une série de catégories de la population qui peuvent faire en sorte que, sur un mouvement qui, je le répète, aura d’autres formes que celle de Mai-68, constitue un rapport de force qui permettra d’obtenir de grandes revendications démocratiques et matérielles en France.

Et vous ne dites pas cela juste parce que je vous pose la question 50 ans après ?

Non, pas du tout. Au contraire, maintenant je suis quand même un observateur, je vois des choses positives et je suis prêt à les soutenir un peu partout pour leur indiquer que, finalement, ce qui compte surtout, c’est l’unité. Et j’espère que chez les cheminots et un peu partout, on va conserver voire renforcer l’unité. C’est ce qui nous a fait gagner en 68, et la persévérance et l’espoir que cette société peut être plus juste pour tout le monde s’il y a des changements profonds.
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PEUTÊTRE



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MessageSujet: Re: 1968 ANNÉE révolutionnaire pour le CAPITAL : documents, récits, et considérations théoriques   Sam 21 Avr - 13:06


Le Mai 68 des immigrés en France
Entretien avec Daniel A. Gordon par Selim Nadi, Contretemps 6 septembre 2017

Daniel A. Gordon est maître de conférences en histoire européenne à l’Université Edge Hill et membre du comité éditorial de la revue Modern and Contemporary France. Il a obtenu le Alistair Horne Fellowship du St Antony’s College pour écrire son ouvrage Immigrants and Intellectuals : May’68 & the rise of anti-racism in France, Merlin Press, 2012


Certaines parties de l’ouvrage ont, depuis, été traduites en français : « Le 17 octobre 1961 et la population française : la collaboration ou la résistance ? » in Aïssa Kadri, Moula Bouaziz et Tramor Quemeneur (dir.) La guerre d’Algérie revisitée : nouvelles générations, nouveaux regards, Editions Karthala, 2015. « Sans Frontière et la fin des années 68 en France » in Caroline Rolland-Diamond, Xavier Landrin, Anne-Marie Pailhès et Bernard Lacroix, Les contrecultures : genèses, circulations, pratiques, Editions Syllepse, 2015.

Il revient dans cet entretien sur la participation des travailleurs immigrés à Mai 68, et sur la façon dont les luttes de l’immigration se sont développées en France dans la foulée du soulèvement ouvrier et étudiant.


Citation :
Contretemps : Dans votre livre Immigrants & Intellectuals. May ’68 & the rise of anti-racism in France, vous vous intéressez à la manière dont Mai 68 fut vécu du côté de l’immigration en France ; comment en êtes-vous venu à vous intéresser à ce sujet ?

Daniel A. Gordon : L’idée m’est venue, pour la première fois, en 1998, en lisant Sixty-Eight: The Year Of the Barricades de David Caute. Caute mentionne, en passant, que l’Université de Nanterre, où les événements de Mai ont commencé, était bâtie près d’un bidonville algérien, mais il en reste là. Je me suis alors demandé ce que pensaient les Algériens de la révolte de campus devenue grève générale ? N’ayant que peu à perdre, les ont-ils rejoints avec enthousiasme, ou alors se demandaient-ils, avec incompréhension, contre quoi des étudiants de la classe moyenne pouvaient bien se révolter ? A quoi ressemblait 1968 depuis le bidonville ? De la même façon : à quoi ressemblait le bidonville pour les révoltés de 1968 ? Immigrants & Intellectuals est donc le produit de ma recherche pour mettre au jour cette rencontre entre deux mondes différents.

Comment définiriez-vous le tiers-mondisme ? Comment expliquer qu’avant 1968, la gauche française se soit passionnée pour le « tiers-monde » mais que, paradoxalement, cet intérêt ait amené cette même gauche à sous-estimer la question des immigrés en France ? Dans votre livre, vous expliquez que cela est notamment dû à des raisons structurelles, pourriez-vous expliciter cela ?

Le tiers-mondisme était une idée très influente au sein de l’extrême gauche de nombreux pays, mais particulièrement en France, où elle se cristallisa durant la période de concrétisation des indépendances des anciens pays colonisés – autour des années 1960-1962. Selon ce courant, la classe ouvrière européenne n’était plus révolutionnaire, tandis que les masses des pays nouvellement indépendants étaient la nouvelle force révolutionnaire au niveau mondial. Ainsi, entre 1962 et 1968, une période d’apparente stabilité politique en France, il y avait une tendance à voir la tâche principale de la gauche radicale française comme étant de l’autre côté de la Méditerranée, à aller aider à bâtir le socialisme dans le Tiers-Monde. On n’a donc pas immédiatement remarqué que le « Tiers-Monde » pouvait commencer aux portes de Paris, les ouvriers immigrés allant dans la direction contraire de la gauche radicale tiers-mondiste : vers le Nord afin de trouver du travail grâce au boom économique de la France, s’entassant dans des bidonvilles tentaculaires, boueux et avec des risques d’incendies mortels. Pour comprendre le sous-développement, il n’était en fait pas nécessaire de faire tout le trajet jusqu’en Algérie ou en Bolivie : il suffisait d’aller à Aubervilliers ou Bobigny. Mais les radicaux du Quartier Latin n’ont pas immédiatement vu cela, puisqu’il ne s’agissait pas d’endroits qu’ils fréquentaient. Ainsi, la raison structurelle de cette absence de rencontre avant 1968 résidait dans une ségrégation de classe tacite entre une extrême gauche intellectuelle du centre de Paris, qui était assez cosmopolite et radicalement internationaliste, mais souvent ignorante des réalités de la vie de la classe ouvrière, et une classe ouvrière, dominée par la gauche communiste, dans les banlieues, où vivait en fait la masse des ouvriers immigrés. Ainsi, pour la gauche estudiantine émergente dans les années précédant directement 1968, la question immigrée ne faisait pas partie de leurs priorités politiques car il ne s’agissait pas encore d’une réalité concrète pour eux. Dans le même temps, dans les banlieues, les préoccupations de la plupart des ouvriers immigrés étaient bien plus concrètes comme, par exemple, faire des économies afin d’aider leur famille. Les actions politiques, en France, représentaient une prise de risque pour les étrangers, et même la minorité que constituaient les immigrés qui était des militants politiques s’intéressaient, à l’époque, principalement au changement en cours dans leurs pays d’origine.

Les grèves ouvrières de Mai 1968 en France eurent-elles un impact sur l’organisation politique et la conscience de classe des ouvriers immigrés ?

Absolument. Cela a été le moment clé qui a vu une sorte de conscience de classe émerger parmi les ouvriers immigrés, comme ayant un intérêt commun avec leurs collègues français. Des grandes usines automobiles, comme Renault ou Citroën, aux chantiers à travers toute la France, de nombreux immigrés ont participé à la grève générale, que ce soit en tant que grévistes passifs ou actifs, certains d’entre eux jouant un rôle important lors des piquets de grève. La CGT et la CFDT possédaient des sous-organisations dédiées aux ouvriers immigrés et leurs publications soulignaient le rôle des immigrés dans la grève. Si l’on regarde des enquêtes de l’époque, conduites par des organisations comme la JOC quant à la participation de leurs adhérents immigrés à la grève, on trouve des preuves qui rompent avec l’idée qui dominait avant 1968 selon laquelle les immigrés étaient des briseurs de grève. D’ailleurs, comme chez de nombreux ouvriers français, on trouve chez nombre d’ouvriers immigrés un sens aigu du fait que la grève allait au-delà d’une simple question d’argent – il s’agissait de dignité humaine. On trouve donc, bien que pour une courte et intense période, un sentiment de camaraderie et d’unité entre les ouvriers immigrés et français, brisant l’isolement social dans lequel les immigrés vivaient avant 1968.

Comme vous l’écrivez dans votre livre, Mai 68 a, parfois, été caractérisé de « révolution des mots », afin de désigner les interminables débats qui secouèrent les mouvements de grève et d’occupation d’usines ou d’universités à cette époque : à quel point les travailleurs immigrés, qui étaient acteurs de ces mobilisations, jouèrent-ils un rôle dans ces discussions ?

Beaucoup d’immigrés suivaient ces débats qui avaient court dans des bâtiments occupés. Dans de nombreux cas, il s’agissait d’une participation passive : tout comme pour les membres du public français, les gens y allaient par curiosité et étaient soit fascinés, soit rebutés par ce qu’ils entendaient, en fonction de leur point de vue. Dans certains cas, la participation était plus active : les étrangers pouvaient participer, dans les mêmes conditions que n’importe qui, aux débats, rencontrant des accords et des désaccords en fonction des arguments mobilisés plutôt qu’en fonction de qui ils étaient. Il semble qu’il y ait eu un tabou entourant le racisme explicite lors de ces occupations : à de rares occasions, lorsque les participants immigrés étaient critiqués suivant la ligne « tu es un étranger, tu n’as pas le droit de faire une révolution en France », la foule huait ce type de commentaire. En revanche, les immigrés étaient plus réticents à prendre part à des activités plus risquées en dehors de tels espaces libérés. Certains ouvriers immigrés participaient aux manifestations les plus ordonnées, d’un point A à un point B, organisées par la CGT, mais ils évitaient, généralement, les confrontations dans la rue et les émeutes, car ils savaient à quel point la police française pouvait être brutale, spécialement envers les non-blancs – des centaines d’étrangers furent expulsés en juin 68.

La mobilisation des immigrés vivant en France en 1968 (et dans les années qui suivirent) se doubla-t-elle de structures organisationnelles propres aux immigrés ou alors leur politisation se fit elle au sein des nouveaux groupes de la gauche radicale française ?

Les deux. Dès avant 1968, il y avait eu quelques groupes radicaux auto-organisés, comme l’Union Générale des Travailleurs Sénégalais en France par exemple, et toute une galaxie d’organisations par nationalité, qui s’opposaient aux gouvernements de leurs pays d’origine, fleurirent après 1968. Dans le même temps, dans l’immédiat après Mai, il y avait une tendance certaine à la fois à vouloir recruter des ouvriers immigrés et à définir les immigrés comme les victimes emblématiques de l’oppression capitaliste, dans les multiples groupes de la gauche radicale française. Or, vers 1972, certains immigrés ayant vécu cette expérience exprimaient des velléités d’autonomie, puisqu’ils se demandaient s’ils étaient instrumentalisés dans une veine paternaliste par l’extrême-gauche française, d’une manière pouvant être dangereuse pour les étrangers. Quoiqu’il en soit, numériquement, la plus grande présence des ouvriers immigrés au sein d’organisations politiques, dans la période post-1968, ne se fit pas dans la nouvelle extrême-gauche, mais plutôt au sein d’organisations ouvrières plus traditionnelles, comme celles liées au Parti Communiste par exemple.

Le rapport entre les intellectuels de gauche français et les immigrés résulta-t-il en une théorisation de la « question immigrée » en France ?

Oui, il y eut de nombreux débats théoriques sur la situation des immigrés en France. Certains théoriciens de la nouvelle gauche, comme André Gorz, étaient pessimistes quant à la possibilité de politiser les immigrés : de ce point de vue, tout l’objectif du capitalisme en employant une force de travail immigrée était de diviser la classe ouvrière et de réduire sa force politique. Mais les événements de 1968 allaient à contre-courant de cette analyse. Ainsi, au contraire, certains groupes, comme les maoïstes, devinrent assez largement sur-optimistes, fétichisant les ouvriers immigrés en tant qu’avant-garde révolutionnaire exoticisée. Mais il y avait également d’autres points de vue à gauche, il est donc difficile de généraliser autrement que de dire qu’entre 1971 et 1975, la question de l’immigration était assez importante dans l’agenda de l’intelligentsia de gauche en France, car les immigrés devenaient eux-mêmes politiquement actifs.

Pourriez-vous revenir sur la naissance des « Comités Palestine » ? En quel sens la cause palestinienne représentait-elle une possibilité de jonction entre les immigrés arabes et le mouvement ouvrier français ?

Les Comités Palestine puisent leurs origines dans une double radicalisation des militants Nord-Africains de gauche vivant en France, influencés d’une part par Mai 68 et d’autre part par la défaite arabe pendant la guerre des Six Jours en 1967. Pour commencer, il faut noter que le militantisme pro-palestinien en France était assez marginal, comprenant surtout des étudiants Nord-Africains ainsi que quelques militants français. Toutefois, après les événements sanglants de Septembre noir en 1970, lorsque des guérilleros palestiniens furent massacrés par l’armée jordanienne, les Comités Palestine commencèrent à compter une large masse d’ouvriers immigrés d’Afrique du Nord : ce fut un élément significatif dans les origines d’un mouvement d’ouvriers immigrés de masse en France. Mais il serait exagéré de voir les Comités Palestine comme la rencontre entre les immigrés arabes et le mouvement ouvrier français. Les Français qui y prenaient part étaient généralement des intellectuels d’extrême gauche. Dans les années 1970, il y avait une conscience moins importante quant à la question palestinienne au sein du grand public comparé à aujourd’hui, et elle était filtrée par la question du terrorisme.

Rétrospectivement, comment évaluez-vous l’expérience du Mouvement des Travailleurs Arabes (MTA) ? Cette expérience a-t-elle permis de lutter contre le racisme d’une frange de la classe ouvrière française ? Quels furent ses rapports aux organisations de gauche ?

Le MTA était sans aucun doute la plus importante et influente organisation des immigrés de gauche de cette période. Il a été fondé par des militants marocains et tunisiens ayant une expérience du mouvement français de Mai 1968, des Comités Palestine, et des mouvements de solidarité avec l’opposition à la répression dans leurs pays d’origine. Mais leur expérience de rencontres avec des ouvriers immigrés, dans des endroits comme La Goutte d’Or, les a convaincu qu’un ouvrier nord-africain qui avait constamment peur de se faire tuer simplement en rentrant du travail le soir avait des préoccupations bien plus immédiates que celles, lointaines, de la Palestine. La formation du MTA fut un tournant pour les immigrés qui commençaient alors à voir leur futur sur le long terme en France, à questionner le « mythe du retour » et à affirmer leur place dans la société française. Le MTA mobilisait largement autour des questions de violences racistes et des tentatives du gouvernement pour freiner les droits des ouvriers immigrés. Ils jouèrent un rôle déterminant en lançant la première grève de la faim des sans-papiers en 1972-1973, qui amena à la régularisation de 35 000 personnes. Étant donné la récurrence des mouvements de sans-papiers dans les périodes plus récentes, c’est là un exemple de la manière dont le MTA commença quelque chose qui dure toujours, même si l’organisation n’exista qu’entre 1972 et 1976. Le MTA fut fermement condamné par le PCF et la CGT pour ce que ces dernières organisations voyaient comme une « division de la classe ouvrière », mais il avait de plutôt bons rapports avec la CFDT, avec d’autres groupes de gauche comme le PSU ou certains mouvements chrétiens. Sur le long terme, on peut également voir l’influence culturelle du MTA : depuis le magazine Sans Frontière, à la fin des années 1970 au début des années 1980, jusqu’à l’ONG Génériques qui promeut depuis 1987 la compréhension publique de l’histoire de l’immigration en France, puis à travers le Musée national de l’histoire de l’immigration, d’anciens militants du MTA ont joué un rôle crucial pour la mémoire et l’histoire de l’immigration. L’un d’eux, Saïd Bouziri, que j’ai interrogé pour mon livre, a désormais un square à son nom dans le 18ème arrondissement de Paris.

L’un des intérêts de votre livre est que vous ne vous intéressez pas qu’à l’immigration issue des anciennes colonies françaises, mais également à l’immigration issue de pays européens : qu’en était-il de la politisation de l’immigration portugaise, espagnole et grecque des années 1970 ? La chute des régimes dictatoriaux de ces pays changea-t-elle la donne quant à l’organisation politique des immigrés d’Europe du sud ?

Oui, pour moi il était très important de saisir l’histoire de l’immigration dans sa totalité durant cette période, à rebours de cette tendance réductrice dans la France d’aujourd’hui à voir les « immigrés » simplement comme des synonymes d’ « Arabes » ou de « Musulmans ». Dans les années 1970, la plupart des personnes entendait le terme « immigrés » essentiellement comme un synonyme d’« ouvriers immigrés » au sens économique plutôt que comme une supposée catégorie culturelle séparée du reste de la population française, ce qui signifie que les ouvriers portugais – qui vivaient souvent dans les bidonvilles – étaient tout autant des « ouvriers immigrés » que les Algériens. Je souhaitais également interroger le stéréotype qu’avaient les syndicats français de l’époque, selon lequel les ouvriers portugais et espagnols étaient dociles et n’avaient pas de conscience de classe (une perception renforcée par le haut niveau de pratique religieuse catholique dans ces groupes, ce qui rompait avec le sécularisme de la gauche française). Contrairement à ce stéréotype, j’ai trouvé nombre d’exemples de cas dans lesquels les ouvriers d’Europe du sud participèrent aux événements de 1968. Néanmoins, il était également vrai qu’ils avaient de bonnes raisons de rester discrets sur cela, car la police secrète portugaise gardait un œil sur la subversion au sein de leurs compatriotes à l’étranger – il y avait beaucoup de déserteurs de la conscription dans l’armée portugaise qui vivaient en France. Ainsi, la chute des dictatures en 1974-1975 a été un moment important pour les immigrés d’Europe du sud en France, engendrant une floraison d’activités au sein des associations immigrées, mais également une réaction contre ce que certains percevaient comme les excès de la période révolutionnaire : la révolution comme la contre-révolution au Portugal ont eu des échos en France.

Vous terminez votre ouvrage par la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983 ; vous qualifiez l’année 1983 de « mort des années 1960 » (The Death of the Sixties), pourriez-vous expliquer cette expression ? Notamment en ce qui concerne la politisation des immigrés…

Il y a beaucoup de débats chez les historiens quant à la date exacte de la fin des « années 68 », des estimations précédentes rangeant celle-ci dans une période comprise entre 1972 et 1981. Dans le dernier chapitre de mon livre, je plaide en faveur de l’année 1983 comme tournant décisif. C’était l’année au cours de laquelle de nombreux paramètres de la vie politique française contemporaine sont apparus, le plus évident étant une extrême droite remportant des succès électoraux, un aspect dont l’absence était notoire durant la période couverte par le livre, le FN n’arrivant même pas à récolter 1% des votes. Ce n’est pas un hasard si cela a été le moment du « tournant de la rigueur », accompagné par un retournement partiel des politiques initialement pro-immigrés du gouvernement Mitterrand. Ainsi, les ouvriers immigrés se trouvaient embourbés dans des luttes défensives très dures pour défendre leur place difficilement acquise dans la société française, à une époque où ils semblaient désuets – à la fois parce que l’idée même d’ouvriers étaient désormais perçue comme archaïque, mais aussi parce qu’ils vieillissaient, tandis ce que les orientations de la jeunesse faisaient du soi-disant « beur » un nouvel objet de fascination. En fait, même la politisation de la « seconde génération » ne commença pas avec la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983 : elle trouvait également ses racines dans la fin de la culture d’extrême gauche post-68, durant la seconde moitié des années 1970. Mais tout cela est devenu sujet à une certaine amnésie : l’idée se répandit que la « première génération » d’ouvriers immigrés avaient simplement pâti du silence. Ainsi, si une nouvelle ère dans l’histoire de l’antiracisme en France s’est ouverte le 3 décembre 1983, lorsque Mitterrand accueillit les marcheurs à l’Élysée, la précédente fut occultée. C’est pour cette raison que je perçois 1983 comme « la mort des années 1960 ».

Ces longues années 1968 de l’immigration ont-elles laissé une trace dans le paysage français politique ou relèvent-elles plutôt de la « simple » érudition historique ?

Oui, elles ont laissé une trace, en partie parce que certains des acteurs majeurs ont – contrairement à certaines idées reçues sur les soixante-huitards qui auraient tous été « vendus » – continué à être actifs politiquement depuis, notamment sur la question du droit de vote des étrangers. Le 1er mai 2017, je me suis rendu, en compagnie de deux personnes que j’ai interrogées pour mon livre, à la commémoration annuelle du meurtre de Brahim Bouarram (1995), sur le Pont du Carrousel, et il était frappant de voir le nombre de personnes avec lesquelles j’ai parlé qui étaient des militants dont l’engagement date de l’époque de la première génération de militants de l’immigration, et qui sont toujours engagés dans les campagnes pour le droit de vote. De telles questions restent pertinentes au-delà du temps et de l’espace, et même lorsqu’il n’y a pas de lien causal direct, des questions et formes d’actions similaires tendent à réapparaître avec chaque vague d’immigration et chaque contrecoup anti-immigrés. Par exemple, en septembre 1973, à la suite d’une série de meurtres racistes dans la région de Marseille, le MTA lança une grève générale des immigrés d’une journée contre le racisme, particulièrement bien suivie dans la région du Midi. Il est donc intéressant que le 20 février 2017, des immigrés au Royaume-Uni aient lancé une journée d’action sous le slogan « Une journée sans nous » (One Day Without Us) pour protester contre la montée du racisme anti-immigrés depuis le vote en faveur du Brexit et pour accentuer la contribution invisible de leur travail à la bonne marche quotidienne du pays – ce qui sonne à mes oreilles quelque peu comme ce qu’essayait de faire le MTA en 1973.

Un problème est que si les jeunes militants n’étudient pas l’histoire, ou l’étudient de manière a-critique en cherchant uniquement des héros et des méchants, alors ils risquent de répéter les mêmes erreurs. Je pense, par exemple, que tous ceux qui participent aux polémiques actuelles sur les organisations anti-racistes en France pourraient profiter d’une compréhension de l’histoire des « années 68 », celle-ci faisant écho aux débats sur l’autonomie durant les années du MTA. Il y a, aujourd’hui, un danger de polarisation entre, d’une part, un néo-républicanisme très rigide, qui perçoit toute auto-organisation des minorités comme illégitime et, d’autre part, une importation tout aussi dogmatique de certains des aspects les plus discutables des politiques de l’identité américaine, où la présence de blancs dans le militantisme anti-raciste est perçu comme illégitime. Alors que si l’on retourne dans la France des années 1970, on peut trouver des manières plus fluides et créatives de s’attaquer à ces questions. Le MTA, malgré ce que pourrait laisser supposer son appellation, était assez ouvert au travail avec des membres d’autres communautés immigrées, européennes comme non-européennes, tout comme avec des Français – l’autonomie n’était, dans la pratique, qu’un concept assez relatif. Néanmoins, les alliés français qu’ils se sont fait faisaient plutôt partie de la petite bourgeoisie intellectuelle : l’unité entre les ouvriers immigrés et français était plus compliquée à réaliser hors de certains moments d’exceptions comme Mai 68. Les « années 68 » démontrent qu’il existe toujours des rapports de pouvoir au sein des mouvements politiques, et que ces rapports de pouvoir ne sont pas uniquement réductibles à une opposition entre « Français » et « immigrés », mais doivent être également rapportés au genre, à la classe et au capital culturel.

Entretien réalisé et traduit de l’anglais par Selim Nadi.

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PEUTÊTRE



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MessageSujet: Re: 1968 ANNÉE révolutionnaire pour le CAPITAL : documents, récits, et considérations théoriques   Sam 28 Avr - 15:38


bien que les témoignages, documents ou analyses soient pour l'heure assez rares, nous avons insisté sur la place - ou la non-place - des immigrés dans les événements de 68. La position exposée ci-dessous y revient


L'afroféministe Kiyémis sur Mai 68 :
"J'en ai marre de voir l'histoire française en monochrome"


Pour un nouveau Mai 68 qui présenterait un front uni pour tous.
Sandra Lorenzo Huffpost 28 avril 2018

En Mai 68, la mère de Kiyémis venait de voir le jour. Sa famille vivait au Cameroun, loin des barricades du Quartier Latin. Ce n'est que bien plus tard, au lycée, que cette jeune femme, née en région parisienne, en entend parler pour la première fois.


Derrière ce pseudonyme, une contraction du prénom de sa mère et sa grand-mère, se trouve l'une des figures de l'afroféminisme en France, un courant du féminisme dans lequel les femmes noires ne luttent pas seulement contre le sexisme mais aussi contre le racisme dont elles sont victimes. Kiyémis a publié en mars 2018 son premier recueil de poèmes, "À nos humanités révoltées", produit de ses réflexions sur l'oppression, les luttes multiples qui en découlent.

Mai 68 vue par la génération 2018. Qu'en pensent-ils ? Quel regard portent-ils sur cette période ? Et comment veulent-ils finir le boulot commencé par leurs grands-parents ? Le HuffPost leur donne la parole.


Citation :
Kiyémis a fait des études d'histoire, elle estime donc que son point de vue est "biaisé" sur Mai 68. Cependant, une chose l'étonne. "J'ai en tête les manifestations, les barricades mais ce n'est que quand j'en ai parlé avec mes amis antillais que j'ai entendu parler de Mai 67 en Guadeloupe. J'avais jusqu'à présent une image très blanche de Mai 68."

En octobre 2016, un rapport écrit par des historiens et dirigé par Benjamin Stora a été remis à la ministre des Outre-mer pour faire la lumière sur ces trois jours d'émeutes à Pointe-à-Pitre. Tout commence avec une grève d'ouvriers du bâtiment, une répression policière et la mort d'un syndicaliste, Jacques Nestor.



"Il y a aussi des personnes noires en métropole qui ont participé à Mai 68, rappelle-t-elle encore. La jeune femme cite aussi les travaux de l'historien anglais Gordon Daniel A. "Immigrants and Intellectuals. May '68 and the Rise of Anti-Racism in France" ("Immigrants et intellectuels. Mai 68 et la montée de l'anti-racisme en France") [recensé plus haut]. Cet ouvrage que la revue du Collège de France, La Vie des Idées, résume ainsi : "l'auteur postule que la protestation de 1968 joue un rôle d'accélérateur dans une double prise de conscience: celle des Français qui découvrent les conditions d'existence des immigrés sur le territoire national; celle des immigrés eux-mêmes, aspirant progressivement à l'égalité des droits avec les citoyens français et engagés dans les luttes sociales.

"Seulement,
regrette-t-elle, en ne regardant que les photos qui sont entrées dans l'Histoire, je ne l'aurais jamais su. Cela met un voile sur une partie de cette période. On se rend moins compte de l'ampleur du mouvement, ça manque pour l'analyse et ça participe à une invisibilité. J'en ai marre de voir l'histoire française en monochrome".

Cela n'empêche pas Kiyémis de se reconnaître dans certaines idées de Mai 68, "'Sous les pavés la plage', l'idée que tout n'est pas fixé, c'est une belle idée", résume-t-elle. Cependant, elle est loin d'être nostalgique de cette époque, "vue la place de la femme noire à l'époque, je n'aurais pas aimé vivre ce moment".

Aujourd'hui, la jeune femme rêve encore de "manifs", de "blocages", "mais quelque chose qui soit efficace", précise cette déçue du mouvement contre la loi travail. "Je trouvais ça très intense mais ça n'a abouti à rien. Pour moi un Mai 2018, ça ressemblerait à un printemps 2016 qui aurait fonctionné, avec un gouvernement qui démissionne".

Et ce Mai 2018 concernerait tout le monde. "J'imagine un front uni qui mêlerait les problématiques de tous les travailleurs et étudiants, les problématiques autour du racisme de toutes les personnes qu'elles soient françaises ou étrangères".

Une lutte qui n'est pas si utopique puisque Kiyémis cite certaines occupations de facs qui ont eu lieu en faveur des réfugiés, demandeurs d'asile et d'exilés, à Paris 8 par exemple. "Ce sont des dynamiques à souligner", se félicite-t-elle.

Un front uni ne signifie pas pour autant un effacement de mots d'ordre différents."Un mai 2018 idéal donnerait une place essentielle à des travailleuses précaires qui luttent et dont on parle un peu moins : notamment des femmes de ménage dans les gares et dans les hôtels. J'aimerais que des gros secteurs puissent se mobiliser pour ces causes là aussi."

rappelons, ce n'est pas le sujet ici, que ces questions actuelles font l'objet du fil CAS TORSE DU PRINTEMPS DIX-HUIT : LA VÉRITABLE CONVERGENCE, chronique et théorie, et signalons un récent texte présenté à Nanterre par un membre du PIR, sur lequel nous reviendrons (quand nous l'aurons lu) : Les mouvements sociaux et la question de la race : les angles morts de l’extrême-gauche blanche Wissam Xelka, 27 avril 2018

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: 1968 ANNÉE révolutionnaire pour le CAPITAL : documents, récits, et considérations théoriques   Ven 4 Mai - 9:17



France Soir 30 mai 1968



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PEUTÊTRE



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MessageSujet: Re: 1968 ANNÉE révolutionnaire pour le CAPITAL : documents, récits, et considérations théoriques   Lun 7 Mai - 12:11


ce qui devait arriver arriva

"outre-gauche" devient une catégorie d'analyse proche de "communiste libertaire"

sous ce titre, Zones subversives propose un résumé de Voyage en outre-gauche de Lola Miesseroff, avec quelques critiques sur la communisation, selon une compréhension bizarre ("bordiguisme", "déterminisme économique et scientisme") que ne facilite pas davantage ce livre. Ce qu'il en ressort est comme nous le disons la création d'une mouvance générale, d'un "milieu" dit d'outre-gauche, un fourre-tout qui n'était jusque-là que les amis des amis de Lola. Ce résumé fait du récit de Lola un récit général, en un mot une nouvelle vulgate


La révolte de Mai 68 se nourrit de pensées libertaires. La contestation remet en cause toutes les formes d'autorité et aspire à bouleverser tous les aspects du quotidien.


en gras, l'outre-gauche comme milieu et sujet politique
Citation :
L’histoire de Mai 68 donne la part belle aux sectes gauchistes, trotskistes ou maoïstes. En revanche, la composante libertaire du mouvement reste occultée. Les anarchistes hétérodoxes, les communistes de conseils, les communistes libertaires et les situationnistes ont pourtant marqué cette révolte spontanée. Ensuite, Mai 68 ne se cantonne pas au quartier latin. Ce mouvement s’est également révélé explosif dans des villes comme Lyon, Bordeaux ou Nantes. Lola Miesseroff a connu cette période et propose un récit nourrit de nombreux témoignages dans son Voyage en outre-gauche.


Le modèle fordiste des Trente glorieuses s’essouffle. Les ouvriers refusent la misère de leur vie quotidienne. Avant 1968, de nombreuses grèves éclatent. « Les jeunes ouvriers se font remarquer par leur agressivité. Ils cassent des vitrines, brûlent des bidons de fuel, utilisent des frondes et des billes d’acier », décrit Bruno Astarian. La jeunesse rejette l’étouffoir du conformisme et de l’ordre moral. La musique et la contre-culture traduisent des aspirations de liberté. Une critique de la vie quotidienne émerge pour dénoncer la répression sexuelle et le rapport hiérarchique avec les profs.

La critique de l’URSS apparaît comme le marqueur de l’outre-gauche. Cornélius Castoriadis et la revue Socialisme ou barbarie attaquent le capitalisme bureaucratique de l’URSS. Ils critiquent également le modèle marxiste-léniniste. Le Parti communiste apparaît comme un encadrement autoritaire qui abandonne toute perspective révolutionnaire. L’outre-gauche critique le colonialisme mais se méfie des luttes de libération nationale, dirigées par un parti stalinien pour imposer un nouvel Etat. Ces mouvements inter-classistes permettent la promotion d’une nouvelle bourgeoisie nationale. L’outre-gauche s’oppose aux organisations structurées qui se vivent comme des avant-gardes pour contrôler les luttes et encadrer la classe ouvrière. Au contraire, c’est la spontanéité, l’auto-organisation et l’autonomie des luttes qui est valorisée.

Origines intellectuelles et politiques de Mai 68

La politisation passe par des rencontres et des lectures. Daniel Guérin, et son livre L’anarchisme, reste une référence incontournable. Voline propose une critique de la révolution russe. Le mouvement Dada exprime une révolte créative. Wilhelm Reich attaque la répression sexuelle imposée par le capitalisme. Les analyses de la revue Socialisme ou barbarie deviennent le carrefour de l’outre-gauche. Les situationnistes relient ces diverses références. La brochure De la misère en milieu étudiant fait écho à la vie quotidienne de toute une jeunesse. Les textes de Raoul Vaneigem insistent sur la subjectivité radicale.

L’outre-gauche s’oppose à la vieille Fédération anarchiste qui rejette la lutte des classes. Elle s’oppose également aux partis gauchistes qui tentent de recruter et de porter la bonne parole aux ouvriers. Ils veulent faire la révolution pour prendre le pouvoir. Les militants gauchistes incarnent le puritanisme, avec une attitude rigoriste et sacrificielle.

A Strasbourg, des libertaires parviennent à prendre le contrôle de l’Unef locale, le syndicat étudiant. Il ne s’agit pas de prendre le contrôle d’une structure, mais au contraire d’en profiter pour mieux ridiculiser la bureaucratie syndicale. En 1966, ces libertaires utilisent les moyens de cette organisation pour diffuser Le retour de la colonne Durruti, un détournement de bande dessinée. En 1967, ils diffusent la brochure De la misère en milieu étudiant qui critique le conformisme de la jeunesse pour mieux l’inviter à rejoindre le prolétariat dans la lutte des classes.

A Nantes, il existe une tradition de lutte ouvrière, notamment liée à la proximité avec le chantier naval de Saint-Nazaire. Les libertaires critiquent également le syndicalisme et l’Université. Mais, lorsqu’ils prennent le contrôle de l’Unef, ils mènent des luttes pour les bourses, les cités universitaires et la sécurité sociale. Ils dialoguent également avec les syndicats de travailleurs. Pourtant, ils tentent toujours de déborder le cadre syndical. Une manifestation ouvrière débouche même vers l’attaque de la préfecture. Nantes devient un berceau de la contestation, avec la grève à Sud-Aviation. Une véritable jonction entre étudiants et ouvriers est créée.

Bordeaux abrite davantage la contre-culture et la libération sexuelle. Les films de Pierre Molinier sont projetés. Les Vandalistes distribuent le tract « Crève salope » qui attaque toutes les autorités. Des ouvriers et des voyous de banlieues rencontrent les Vandalistes en 1968. Mais ce groupe privilégie l’action culturelle et la perturbation événements, plutôt que l’action directe et la lutte des classes.

Au cœur de la révolte

Les Comités d’action lycéens (CAL) sont contrôlés par les trotskistes de la JCR. Mais des jeunes libertaires forment une tendance révolutionnaire qui refuse de collaborer aux commissions pour réformer le lycée. Ils valorisent l’action et les occupations. A la faculté de Nanterre, les Enragés perturbent les cours, distribuent des tracts et collent des affiches. Ils impulsent l’agitation politique. Le 22 mars, ils occupent le bureau de la direction de la fac. Ils sont également à l’origine de nombreux slogans des graffitis de Mai 68. Ils occupent ensuite la Sorbonne avec les situationnistes avant de créer le Comité pour le maintien des occupations (CMDO). Ils tentent de créer du lien entre les travailleurs isolés et les grévistes.

La rue et l’affrontement avec la police permettent aux jeunes prolétaires de se rassembler. Les manifs sauvages permettent de sortir de l’encadrement des syndicats et des gauchistes. Mais seules les luttes du prolétariat dans les lieux de production peuvent déclencher une révolution. Les libertaires refusent d’intervenir dans les entreprises pour servir leur propagande. Ils incitent plutôt les travailleurs à s’exprimer par eux-mêmes. Henri Simon tente de partir des problèmes concrets pour ensuite déclencher une grève. Néanmoins, beaucoup de grévistes restent chez eux. Ils délèguent la lutte aux syndicalistes et ne participent aux comités d’action qui organisent le mouvement. Les conflits les plus importants surgissent au moment de la reprise du travail. Les pratiques d’auto-organisation ne se généralisent pas.

Les travailleurs et les étudiants ne luttent pas ensemble. Le syndicat de la CGT empêche que des liaisons se créent. Les revendications catégorielles priment sur les perspectives interprofessionnelles. Le Comité d’action de Censier apparaît comme une expérience unique. Travailleurs et étudiants luttent ensemble. Ils préparent des actions, des tracts et des manifs. La fac est occupée. Un comité de coordination se forme pour éviter la délégation de pouvoir. L’influence du communisme de conseils apporte une armature politique. Le comité distribue des tracts dans les usines, les métros, les gares, les grands magasins pour appeler à la création de comités d’action autonomes sur les lieux de travail.

Changer la vie

Le mouvement de 1968 remet en cause toutes les autorités et les contraintes de la vie quotidienne. Les relations humaines évoluent. Les femmes participent activement au mouvement, même si les orateurs sont tous des hommes. Les femmes se libèrent des carcans, expriment leurs désirs et développent leur propre réflexion. Elles sortent du rôle de la femme docile et obéissante imposé par la société patriarcale. Cette remise en cause des rapports hiérarchiques fait vaciller la domination des adultes sur les enfants. Les lycéens participent au mouvement et n’hésitent pas à s’affirmer face à leurs professeurs. Dans les entreprises, l’autorité des petits chefs et des syndicats est attaquée.

Le mouvement de 1968 exprime une remise en cause radicale de la société marchande. La critique du travail devient centrale. Le texte de Paul Lafargue reste une source d’inspiration. Le travail est attaqué comme exploitation et comme aliénation. Associé à la souffrance, le travail s’oppose à la créativité et au plaisir. L’indiscipline règne dans de nombreuses entreprises. Les luttes collectives permettent de tenir tête au patron. Mais la période est encore au plein emploi.

L’idée d’autogestion se développe, mais reste limitée. Les ingénieurs et les cadres syndiqués à la CFDT diffusent une conception technocratique de l’autogestion. Mais sans remettre en cause l’utilité de l’activité de l’entreprise. Au contraire, il semble indispensable de penser un autre mode de production, une autre manière de produire. « On ne dira pas : produisons des pommes de terres parce que c’est nutritif et qu’il faut se nourrir. Mais : imaginons une façon de se rencontrer, de ne pas s’ennuyer, qui soit productive de pommes de terre », indique un texte sur le communisme. La gestion de l’usine par les ouvriers s’oppose au refus du travail.

La critique de la vie quotidienne devient un thème central. Les surréalistes et les situationnistes pratiquent la dérive et diverses activités qui visent à sortir de la routine. Henri Lefebvre propose une conception plus théorique. Cette critique peut se traduire par une remise en cause des rapports sociaux hiérarchiques, des vieilles conventions, de la répression sexuelle. La critique de l’urbanisme et du travail s’inscrivent également dans cette perspective de changer la vie. Les bandes de jeunes pratiquent sans le savoir cette critique de la vie quotidienne. Ensuite, l’amour libre est valorisé contre les sentiments de possessivité et de jalousie. Mais cette libération amoureuse dérive lorsqu’elle remplace le désir et la sensualité par une norme imposée.

La critique de la psychiatrie se développe. Le freudo-marxisme, incarné notamment par Otto Gross, estime que les souffrances psychiques sont créées par la société capitaliste. La psychanalyse repose au contraire sur une individualisation des problèmes sociaux pour pouvoir supporter l’ordre existant. L’antipsychiatrie critique la dimension carcérale des asiles, mais sans parvenir à développer une thérapie efficace. L’Université est attaquée à cause de son enseignement médiocre, mais aussi pour former les futurs cadres de la société capitaliste.

Ultra gauche et mouvement social


Le livre de Lola Miesseroff retrace bien les idées et les pratiques de tout un courant révolutionnaire trop méconnu [vu l'inventaire qui précède, il ne faut rien exagérer]. Les témoignages permettent de rythmer un récit vivant qui relie les théories à une expérience vécue. Les années 1968 permettent de développer une critique totale et radicale du monde marchand. Après l’explosion de Mai 68, la révolution sociale semble imminente. Aujourd’hui, le défaitisme de la gauche valorise les luttes parcellaires, spécialisées, qui se focalisent sur une cause particulière. La convergence des luttes se propose ensuite d’additionner les divers corporatismes et revendications spécifiques sans dégager une perspective de renversement de l’ordre existant.

Lola Miesseroff souligne son attachement à ce courant de l’ultra gauche libertaire. Mais elle cède à la mode de la communisation qui repose sur le confusionnisme. Les témoignages du livre expriment les idées d’un communisme de conseils qui repose sur l’auto-organisation des prolétaires. La communisation vise à fusionner ce courant avec celui du bordiguisme qui s’inscrit dans une tradition marxiste-léniniste et autoritaire [l'auteur n'a pas compris grand chose, et le livre de Miesseroff ne pouvait pas l'aider]. Malgré la critique pertinente du formalisme libertaire, ce courant repose surtout sur le déterminisme économique et le scientisme. Néanmoins, Lola Miesseroff reste attachée à la lutte des classes et à une pensée libertaire. Elle insiste sur la spontanéité des révoltes, contre tout dogmatisme déterministe.

L’ultra gauche apparaît comme un petit milieu replié sur lui-même. En dehors de quelques expériences, comme le Comité d’action de Censier, ce courant semble surtout préoccupé par lui-même. Lola Miesseroff fait le choix de donner la parole à ses camarades proches de l’ultra gauche. Cette démarche permet de faire revivre les réflexions et les pratiques de ce courant passionnant [il faut vraiment ne pas être exigeant...]. Mais le livre peut aussi donner l’idée d’un groupe idéologique qui pratique un certain avant-gardisme [ce n'est pas faux, mais l'auteur n'a pas compris comment ni pourquoi]. Mai 68 n’a pas uniquement été déclenché par l’agitation de quelques libertaires. [nous voilà rassurés]

Bien heureusement, le refus de la discipline, des petits chefs, des cadences, voire du travail s’est exprimé au-delà du courant de l’ultra gauche. Sans forcément théoriser leur révolte, de nombreux ouvriers et ouvrières en lutte remettent en cause l’ordre usinier. L’ultra gauche semble partir de la théorie pour ensuite recruter des prolétaires et faire de l’agitation gauchiste. Il semble plus intéressant de s’appuyer sur les résistances et les luttes à la base pour ensuite élaborer une théorie critique. Les luttes autonomes et spontanées semblent plus décisives que l’activité d’une ultra gauche ou de quelque secte idéologique que ce soit.

Néanmoins, cette focalisation sur le courant libertaire permet aussi de montrer ses multiples apports théoriques. Lola Miesseroff fait revivre une contestation ludique et joyeuse ainsi que des débats toujours actuels. Aujourd’hui, il manque cruellement une critique totale du monde marchand. Il manque également des réflexions sur les moyens de détruire la société capitaliste et des pistes pour inventer un nouveau monde. L’outre-gauche ravivée par Lola Miesseroff pose ses questionnements et incite à transformer le monde pour changer la vie. [tout ça pour aboutir à cette platitude ?]


Source : Lola Miesseroff, Voyage en outre-gauche. Paroles de francs-tireurs des années 1968, Libertalia, 2018

même effet, l'outre-gauche comme sujet, dans le titre de la recension de non-fiction, au contenu certes meilleur : Les « années 68 » à travers les souvenirs de l’outre-gauche, 3 mai

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MessageSujet: Re: 1968 ANNÉE révolutionnaire pour le CAPITAL : documents, récits, et considérations théoriques   Dim 13 Mai - 9:58


on dit souvent de mai 68 que ce fut une "révolution culturelle", sociétale, ce qui nous renvoie aux thèses de Raymond Williams pour qui la culture est la troisième dimension du marxisme, avec l'économie et le politique. L'approche sociologique d'enquête ci-dessous ne relève pas d'une telle approche, mais fournit quelques éléments

alors que cette dimension a été déterminante contre "la vieille société", le capitalisme se chargeait lui-même de transformer l'économie politique, et la "culture" ne pouvait que suivre, ce qu'elle a fait idéologiquement. Au total, cela donne la défaite ouvrière, l'effondrement du mouvement communiste, et la restructuration du capitalisme


« on ne met pas des gens dans des cases »

Un autre mai 68 – Entretien avec la sociologue Julie Pagis
Vamille Aujames Maze 12 mai 2018

Mai 68, mouvement ouvrier, mouvement étudiant, manifestations, etc. Julie Pagis prend le revers de cette histoire et raconte un autre mai 68, le sien, celui de ses parents, celui des inconnus qui ont fait mai 68.

Chercheuse en sociologie au CNRS, Julie Pagis travaille depuis de nombreuses années sur ce sujet qui la compose, étant elle-même fille de soixante-huitards. Elle nous montre un autre regard, parfois personnel mais surtout plus large sur un événement dont on fête les cinquante ans.


Citation :
Quel regard aviez-vous de Mai 68 avant votre recherche ?

J’avais un regard lié à mon expérience personnelle de fille de soixante-huitards. Mes parents ont participé aux évènements de mai-juin 68. Ils étaient alors étudiants. Puis ils sont devenus ingénieurs agronomes et se sont rencontrés après 68 à Marseille où ils travaillaient. Ils ont décidé, au milieu des années 1970, de démissionner de leur poste, de changer de profession, de tout laisser derrière eux pour aller élever des chèvres au pied du Mont Ventoux. En 1975, ils s’installent dans un petit village où ils habitent toujours et où je suis née. Mais, contrairement à d’autres néo-ruraux de l’époque, ils y sont restés et sont restés paysans.

Mon frère et moi sommes nés dans les années 1980. On était scolarisé dans l’école du village. On a grandi dans ce contexte de parents paysans un peu particuliers qui avaient fait un retour à la terre. J’avais donc forcément entendu parler de mai 68 par mes parents, par les amis qu’ils avaient gardés de cette époque et qui passaient beaucoup de temps à la ferme. J’ai reçu une éducation axée sur le refus du conformisme et des normes dominantes. Le lieu dans lequel j’ai grandi et l’éducation que j’ai reçue ont construit ma représentation de mai 68, une représentation située donc.

En grandissant, je ne comprenais pas et je ne me retrouvais pas dans ce qui était dit de la « génération 68 ». Ce qui était construit dans la sphère médiatique et mémorielle ne correspondaient pas du tout à mes parents ni à leurs amis soixante-huitards. Je pense que ce décalage a été une des motivations pour faire un travail de recherche sur les devenirs des soixante-huitards.

Une des motivations ?

A l’école du village, on se faisait traiter d’enfants de hippies, d’enfants de drogués, c’était nous qui amenions les poux à l’école… Les enfants sont durs entre eux. Enfant, ma revanche face à cette forme de stigmatisation a été l’école. Je me disais « ils me disent que mes parents sont des hippies et qu’on pue les cochons mais je vais faire mieux qu’eux à l’école ». J’ai joué le jeu de l’école, et l’école me l’a bien rendu : après un baccalauréat scientifique, deux années de classe prépa en mathématique et biologie, je suis rentrée à l’Ecole Normale Supérieure d’Ulm.

Puis je me suis dit que j’avais assez donné et je me suis demandée ce que j’allais faire de ma vie. Comme pour pleins d’enfants de soixante-huitards, je pense que je me posais beaucoup de question sur « où est ma place » dans cette société. Le sentiment d’être coupée en deux, tiraillée entre d’un côté l’éducation contre-culturelle et l’héritage soixante-huitard transmis par mes parents et de l’autre côté, l’acculturation par l’école, une socialisation secondaire plus classique. Que faire avec ce tiraillement ? Faire de mai 68 un objet d’étude a été une réponse face à ce hiatus, un moyen de faire avec cet héritage soixante-huitard.

Vers quelle perception de mai 68 cette recherche vous a-t-elle menée ?

J’ai enquêté pendant six ans pour réaliser ma thèse donc ma représentation des événements s’est élargie et affinée. Je voulais déconstruire l’idée d’une unique « génération mai 68 ». Pour avoir une image plus diversifiée des trajectoires des soixante-huitards, s’est vite posée la question du corpus. L’image qu’on dépeint dans une thèse dépend de la diversité de l’échantillonnage. Je ne voulais pas travailler que sur des parisiens, ou que sur des étudiants, ou que sur des leaders. Je voulais travailler sur des anonymes. Fille de soixante-huitards, j’ai imaginé partir des enfants. Des premiers entretiens m’ont conduit à l’école Vitruve, une école expérimentale dans laquelle les soixante-huitards avaient scolarisé leurs enfants. J’ai décidé de constituer mon corpus de famille à partir des registres d’anciens élèves de l’école Vitruve et d’une école équivalente à Nantes.

J’ai mené une véritable enquête de détective, passé plus de 3 000 appels téléphoniques. J’ai eu accès à une grande diversité de trajectoires politiques, certains encartés à l’extrême-gauche d’autres au PSU (parti socialiste unifié), d’autres au parti communiste, et bien d’autres non encartés. Une grande diversité aussi en terme d’âges, des gens qui sont nés de la fin des années 30 au milieu des années 50. Cette très grande diversité, je ne l’avais pas en tête au tout début de l’enquête. J’imaginais mes parents et j’avais lu Génération de Hervé Hamon. Comme beaucoup, j’avais une représentation de mai 68 très étudiante. Mais la diversité révélée par l’enquête donne à voir des formes de participations très différentes. Les plus âgés avaient été politisés avant, par la Guerre d’Algérie ; d’autres ensuite avec la guerre du Vietnam ; d’autres enfin avec Mai-juin 68. Ma mère était dans un CLEOP, un comité de liaison étudiants-ouvriers-paysans. Mais la mémoire a été reconstruite autour des étudiants, l’aspect ouvrier a été gommé de cette reconstruction de l’histoire.

Ce qui a donc évolué au cours de l’enquête c’est aussi de comprendre la notion de faire l’évènement. Je me suis rendue compte qu’il y avait une lutte entre les uns et les autres qui a commencé dès le lendemain des événements. Des auteurs très respectables ont publié des textes qui voulaient raconter qui étaient les vrais soixante-huitards. Avec le recul, et le fait de ne pas y avoir participé, il m’était plus facile de déconstruire ces interprétations.

C’est compliqué a posteriori de répondre et de dire comment je voyais mai 68 puisque la thèse n’a pas été faite du jour au lendemain, ça a pris six années de ma vie puis encore des années pour transformer ma thèse en livre. Et en plus j’ai continué à travailler sur les trajectoires soixante-huitardes dans le cadre de l’enquête ANR SOMBRERO (Sociologie du militantisme : Biographies, Réseaux, Organisations). Donc à chaque fois ma représentation s’enrichit.

Vous avez sollicité plus de 300 personnes en leur envoyant des questionnaires. Dans votre livre, vous mentionnez les réponses négatives de certains enquêtés. Pourquoi avoir retranscrit ces réponses ?

C’est mettre en œuvre la réflexivité. En sociologie, on nous apprend à comprendre en quoi la réaction des enquêtés à l’enquête en dit long sur le rapport que l’enquêté entretient à l’objet de recherche. On peut l’enseigner et le dire mais l’avoir éprouvé est différent. Parfois les refus étaient violents, l’un me dit « si vous envoyez un questionnaire sur mai 68 c’est bien que vous n’avez rien compris à mai 68, on ne peut pas être mis dans des cases », d’autres me demandaient, énervés : « comment vous osez poser des questions sur les origines juives ? ». Plusieurs m’ont dit « je veux bien vous rencontrer mais je ne veux pas répondre à un questionnaire parce qu’on ne met pas des gens dans des cases ».

Ce sont des gens qui pensent qu’ils sont uniques, qu’ils sont sortis des sentiers battus, donc qui ne peuvent pas être mis dans des cases. De plus, certaines questions pouvaient être douloureuses, pouvaient déstabiliser. Il faut donc rester calme, relancer les enquêtés, s’excuser s’ils avaient été blessés, leur demander les raisons de leur refus de participer et noter tout cela dans son carnet de terrain… Et quand certains acceptaient finalement de me rencontrer, ils me parlaient pendant des heures et trouvaient finalement l’enquête fantastique ! Ces réactions en disent long sur eux et leur rapport à 68. Donner à voir ces réactions à l’enquête, parfois négatives, était donc un moyen de montrer ce qu’elles pouvaient dire de la diversité des rapports aux événements.

Vous mentionnez très souvent l’utilité de votre carnet de terrain, pourquoi ?

J’avais des carnets de terrain à la fois manuel et électronique. Pourquoi ? Car mon carnet de terrain faisait des centaines de pages, j’y notais tout. Et pourquoi cela s’est avéré important ? Parce qu’il y a eu des fois des réactions un peu vives que je notais. Par exemple, après un refus de la part d’une femme assez âgée, des mois après, en contactant ses enfants, l’un d’eux me dit « vous avez contacté ma mère, vous n’auriez jamais du, vous ne vous rendez pas compte, elle attribue à 68 sa séparation ». J’ai mis longtemps à comprendre les conflits intra-familiaux, parfois des conflits violents. Au départ, quand on n’a pas saisi cela, on peut dire des bêtises. D’où l’intérêt de tout noter. Quand on veut nouer une vraie relation avec les gens, c’est important de se souvenir de la précédente discussion. C’est du donnant-donnant l’enquête, les gens vous donneront plus si vous montrez que vous êtes impliquée.

Vous êtes fille de soixante-huitards, une seconde génération devenu le point de départ de votre recherche. Qu’est-ce que ces autres enfants de mai 68 vous ont appris ?

Dans les années 2000 s’est développée l’idée reçue d’une génération d’enfants de soixante-huitards « élevés sans repères », « individualistes », « sans Histoire ». Je ne m’y reconnaissais pas du tout. J’avais une vision positive de mon enfance, assez enchantée de la liberté que j’avais eu. Il y avait un hiatus entre ce que j’avais vécu et certaines représentations qui commençaient à être véhiculées dans la presse. J’avais le sentiment que c’était forcément plus compliqué.

Ce qui est commun aux enfants de soixante-huitards est le sentiment d’être scindés en deux, entre : d’un côté leur socialisation primaire, leur éducation familiale souvent contre-culturelle fondée sur le rejet des normes et le rejet des institutions reproductrices de l’ordre bourgeois (la famille, l’école) ; et de l’autre côté une socialisation secondaire plus classique. L’éducation familiale, renforcée par les écoles expérimentales, se fonde sur le rejet des relations pédagogiques hiérarchiques, le rejet des notes, des classements, de toutes les relations de domination. Il y avait donc une socialisation à l’anti-conformisme. Mais tous ces enfants ont aussi eu une socialisation secondaire plus classique. Et certains disent avoir souffert de cette dyssocialisation. Les enfants sont particulièrement intolérants à la différence. Il y a dans la cour de l’école l’appel au conformisme notamment à son rôle de sexe, sortir des sentiers battus pour les enfants n’est pas évident. Mais les uns et les autres ont différentes ressources pour faire face à la dyssocialisation : il n’y a donc pas de « profil type » d’enfant de soixante-huitard, mais différents profils d’héritiers.

Des façons différentes ?


Il y a quatre façons de s’arranger face à la dyssocialisation. Personnellement, je suis passée par trois d’entre elles : elles ne sont donc pas exclusives les unes des autres.

Les premiers ont tellement souffert de leur éducation qu’ils vont réagir au contraire en mettant dans leur vie le plus de conformisme possible. Une enquêtée va ainsi mettre ses enfants dans le privé, se marier l’église et ses parents me disaient « c’est atroce, ils se sont mariés à l’église » !.

Les seconds se trouvent mal dans le système classique, ne supportent pas les hiérarchies, ni le monde dominant. Ils restent très nostalgiques de leur enfance. Ils cherchent des niches où ils peuvent exprimer leur héritage politique contre-culturel. On les retrouve dans des milieux artistiques, des niches du marché du travail sans patrons, sans hiérarchie. Parfois ils deviennent des néo-ruraux qui partent à la campagne un peu comme certains parents ont pu le faire à leur époque. Ceux-là me disent : « on ne va pas se compromettre avec la société qu’on a appris à détester ».

Les troisièmes sont ceux qui vous disent « j’ai toujours le cul entre deux chaises », « je suis à l’aise partout mais à ma place nulle part ». Beaucoup cloisonnent leur sphère d’activité : certains vont avoir une trajectoire professionnelle classique, devenir salariés dans de grandes entreprises, mais exprimer leur héritage contre-culturel dans leur sphère privée par les loisirs ou le militantisme. Ce cloisonnement est si fort que parfois les amis d’un lieu ne connaissent pas les amis de l’autre sphère d’activité.

Les quatrièmes sont dans une posture réflexive : faire de l’héritage politique un objet de recherche ou d’étude. Beaucoup ont fait des sciences sociales, ont travaillé sur la politique d’une manière ou d’une autre, mais aussi dans le journalisme, parfois un journalisme militant.

Rester fidèle à son héritage soixante-huitard mais trouver une place dans la société, c’est ainsi que l’on peut expliquer très simplement ce hiatus. C’est pour cela que l’on ne peut pas parler d’un groupe unitaire d’enfants de soixante-huitards. Je me rends compte que pour résumer cela, surtout avec les 50 ans de mai 68, on est obligé de re-simplifier. L’idée est de montrer qu’un même évènement n’a pas laissé les mêmes traces sur les soixante-huitards en fonction de s’ils étaient politisés ou non avant. Et évident cela n’a pas laissé les mêmes traces sur les deuxièmes générations donc les héritages de mai 68 sont très divers.

Que pouvez-vous dire de la troisième génération ?


On me demande souvent : et quid des petits-enfants ? N’ayant pas travaillé dessus je ne peux rien dire de scientifique. Ce qui est sûr c’est que la 2ème génération a hérité des combats féministes et écologiques qui surviennent dans les années 70 : mais là où leurs mères et pères portaient ces combats sur un plan théorique,  eux les mettent en pratique. Pour les enfants, ces revendications sont ainsi incorporées : ils ont des pratiques quotidiennes féministes et écologistes, qu’ils ne qualifieront peut-être pas ainsi d’ailleurs. Mais on peut donc imaginer d’une manière ou d’une autre qu’ils élèvent leurs enfants avec des pratiques pédagogiques féministes, écolos, « de gauche » (car la quasi totalité d’entre eux se positionnent à gauche de l’échiquier politique). À voir ce que ça donnera !

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MessageSujet: Re: 1968 ANNÉE révolutionnaire pour le CAPITAL : documents, récits, et considérations théoriques   Mer 30 Mai - 12:55


témoignage, souvenirs et réflexions précieuses d'Henri Simon, qui ne se paye pas de théorisation, mais dit assez bien les limites concrètes d'un mouvement « sans perspectives ». De quoi faire tomber quelques idées reçues, et relativiser les schémas explicatifs, y compris ceux qui ont encore cours dans l'Outre-gauche de Lola Miesseroff, livre dans lequel le seul témoignage non anonyme est celui du même Henri Simon



Ce fut aussi cela, Mai 68
Henri Simon
Ce texte est publié dans le n° 163 de la revue Echanges (printemps 2018).

Henri Simon a écrit:
En mai 1968, j’avais quarante-cinq ans et déjà derrière moi vingt et trois années de militantisme syndical et politique (bien que j’aie toujours renié le titre de militant, refusant le sens classique de ce mot, d’œuvrer ardemment pour une cause politique précise). A la fois, j’étais animateur d’un groupe d’opposition syndicale dans la boîte où je travaillais depuis 1945, et en partie animateur du groupe de travailleurs Informations Correspondances Ouvrières (ICO) (issu du groupe Socialisme ou Barbarie), qui ne rassemblait guère plus d’une vingtaine de travailleurs à Paris. Dès les premiers jours de Mai 68, ICO s’était soudainement gonflé d’un afflux de près d’une centaine de sympathisants, principalement des étudiants et des intellos. Tout ceci est une autre histoire et contrairement à nombre de ceux qui, tous à la retraite, tentent de mettre sur le papier les faits et méfaits de leur jeunesse d’alors, je n’écrirai rien sur ce que fut « mon » Mai-68, sauf les quelques notes qui suivent.

Qu’apporterait de plus ce qui ferait un gros livre de mes propres souvenirs évoqués à travers une mémoire défaillante, qu’aucun de ceux qui m’accompagnèrent dans cette galère d’un grand mois ne pourrait corriger car ou ils ont disparu, ou n’en sont plus capables, ou s’en fichent éperdument (et ils ont bien raison) ?

Ce que je voudrais, dans ces quelques lignes, c’est souligner quelques points précis de ce que j’ai vécu alors, pour mettre en évidence que ces événements ne furent pas souvent ce qu’on pouvait leur prêter alors ni ce que, témoignages ou pas, on peut encore leur prêter aujourd’hui, cinquante ans après.

D’abord et avant tout, en tout bien tout honneur, ce sur quoi certains insistent justement, cette libération du rapport et des rapports sociaux. Dans cette boîte d’assurance où je « militais » avec les quelque 3 000 employés, lorsque la grève éclata le 20 mai (un peu tardivement pour suivre le mouvement) avec la mise en place d’un imposant comité de grève (en fait une sorte d’assemblée permanente), une jeune femme de vingt ans vint troubler mon ordinaire (je ne fus sans doute pas le seul touché par ce qui était une petite partie d’une sorte de transcendance des rapport sociaux). Mais pour moi, et pour moi seul, cette démarche consacra la naissance d’une amitié amoureuse, qui faillit déborder dans la sexualité mais finalement n’y versa pas. Ce qui ne changea rien à une relation si intense qu’elle existe encore mais que les vicissitudes de la vie et les distances géographiques ont fait que les rencontres matérielles se sont de plus en plus espacées, ne laissant que cette réalité du cœur. Ce n’était pourtant qu’une petite part immense de cette « libération » que fut pour quelques mois Mai 68 : j’avais déjà connu cela, très brièvement dans de « vrais » mouvements de lutte mais cette fois, c’était à l’échelle du monde et du temps.

Pourtant, il y avait déjà, dès le début, des limites évidentes du mouvement. Et ce sera mon premier souvenir. Dans la foulée de cette réunion d’ICO, où nous avions vu affluer cette masse indéfinissable de plus d’une centaine de sympathisants, nous avons dû organiser une assemblée (ce fut la seule) dans un amphi de Jussieu. Il était plein à ras bords et j’y fus le seul à prendre la parole. Manifestement la plus grande partie des présents attendaient des consignes d’action. Mais ils furent largement déçus. Je leur dis tout simplement qu’ils devaient trouver en eux-mêmes ce qu’ils devaient faire, chercher à y associer d’autres et décider en commun à la fois du choix, des méthodes et des perspectives. Je n’avais à transmettre que ce message et rien d’autre. Je n’employais même pas le mot « autonome » tant il me paraissait superflu. Mais je constatais, avec une certaine amertume, vu la déception évidente pour mon « message », que la « libération » des rapports sociaux n’avait pas modifié beaucoup l’attachement à des règles préétablies, à des consignes en fait à un leader porteur d’un message idéologique d’action suivant une certaine ligne. Ce que mes expériences ultérieures confirmeront.

Le 20 mai , au matin, avant l’embauche, alors que la grève n’avait pas encore commencé, des camarades étudiants du 22-Mars avec lesquels nous étions en contact par le groupe Noir et Rouge (dont Cohn-Bendit était plus ou moins membre), étaient venus distribuer un tract anonyme que quelques-uns d’entre nous, un petit groupe oppositionnel antisyndical, avions rédigé, et dans lequel était préconisées l’occupation totale de la boîte, l’expulsion de tous les dirigeants et la mise de l’entreprise en autogestion. On nous reprocha comme une absurdité l’autogestion d’une boîte d’assurance mais, pour nous, ce n’aurait été qu’une étape dans l’utilisation de cet énorme bâtiment pour en faire tout autre chose que des bureaux. Il serait revenu été à tous les employés d’en décider. Je ne sais pas quel écho cela eut parmi les employés, mais nous sûmes que la direction avait pris cela au sérieux et avait convoqué de toute urgence un conseil d’administration pour envisager les mesures à prendre. Cela se concrétisa par une alliance de fait entre la direction (qui put jouir tout au long de la grève de ses bureaux et circuler librement dans la boîte) et les syndicats qui s’érigèrent en « gardiens de l’outil de travail » pour prévenir toute « action malveillante ». Michael Seidman précise que ses recherches (1) ont montré que les actes de sabotage furent relativement mineurs et très spécifiques. Nous nous en rendîmes compte quand nous avons envisagé des coups : piquer tous les dossiers du bureau du personnel pour les distribuer à chaque employé, saboter l’imposant ordinateur central (ce qui était facile). Mais nous nous aperçûmes que tous les secteurs sensibles étaient bien gardés nuit et jour par des sortes de milices syndicales et que, faute d’un mouvement de masse, toute action de commando était condamnée. D’ailleurs même si les syndicats, la CFDT notamment, mirent sur le tapis la question de l’autogestion, celle-ci n’intéressait que les petits cadres qui n’y voyaient que le moyen d’accroître leur influence sur les décisions. La grande masse des employés s’en fichait éperdument. La plupart s’étaient mis en grève pour suivre le mouvement, sans trop savoir pourquoi. Et commença l’élaboration de revendications où chacun mettait en avant ses problèmes personnels plus qu’une vision générale d’un mouvement, fût-il de réforme. La grève ne visait nullement à des réformes profondes, mais devait améliorer l’ordinaire. Elle ne dépassa pas ce niveau y compris chez Renault où la CGT dominante dut revenir plusieurs fois devant l’assemblée des travailleurs de Billancourt avec des propositions de rémunération un peu plus alléchantes pour justifier la reprise du travail. Ce fut aussi cela, Mai 68, qui ne dépassa pas sauf en de rares endroits isolés, notamment vers la fin à Montbéliard, l’action revendicative traditionnelle. Sans doute, la plupart des votes de reprise montrèrent que près d’un tiers des travailleurs voulaient « autre chose », mais quoi ? car cela ne s’était jamais concrétisé dans des revendications ou des actions plus radicales.

J’allais parfois traîner dans la cour de la Sorbonne occupée où l’on pouvait naviguer partout sans contrainte. En fait sauf une exception. Un jour je rencontrai dans cette cour un camarade britannique animateur du groupe Solidarity, Chris Pallis, et nous nous avisâmes qu’il y avait une seule partie du bâtiment qui restait totalement close : la chapelle qui jouxte la cour et qui est plus qu’une chapelle, car elle contient la dépouille du cardinal de Richelieu, un personnage de l’Histoire de France. A la craie, nous avons écrit en grosses lettres sur la porte de la chapelle cette phrase suivante : « Peut-on penser librement à l’ombre d’une chapelle ? »

Cette inscription fut attribuée plus tard aux situationnistes, mais elle n’eut aucun effet. Pourtant nous y posions deux questions fondamentales : la présence de la chapelle et du personnage qui y gisait, c’était le symbole de la religion (il était cardinal) et de l’Etat (ministre tout puissant sous Louis XIII et qui avait largement contribué au renforcement du pouvoir d’Etat) et en respectant la chapelle, on respectait tout cela. Après tout, la révolution de 1789 avait bien désacralisé et vandalisé les églises et coupé la tête au roi, l’Espagne républicaine avait fait en partie de même. Ici, en mai 1968, on en était bien loin. Et dire que de l’autre côté de la cour de la Sorbonne, à l’ombre de cette chapelle si symbolique on palabrait sur la liberté, la religion et l’Etat. Tout en paroles, rien en actes, fut-ce cela Mai 68 ?

Le 24 mai, en début de soirée, avec quelques copains d’ICO, nous nous sommes retrouvés sur le parvis de la gare de Lyon dans le départ d’une manifestation monstre convoquée comme alors par le téléphone arabe et qui, vu l’affluence, se scinda en plusieurs morceaux. Celui où nous nous sommes trouvés s’achemina par la Bastille vers la Bourse. Lorsque nous y arrivâmes, un commando, on ne savait trop qui, avait mis le feu aux cabines téléphoniques en bois du hall d’entrée, ce qui faisait une illumination mais ne risquait pas d’enflammer ce monstre de pierre (alors que le sous-sol du bâtiment recelait des tonnes de produits inflammables d’une imprimerie qui auraient pu faire un feu d’artifice boursier spectaculaire, mais nos apprentis pyromanes le savaient-ils ?). Personne n’osait entrer dans le bâtiment. Et différents faits me révélèrent cette indécision et un refus d’engager des actions au-delà de certaines limites invisibles et qui pouvaient se résumer par « Personne n’était là pour faire une révolution ». A côté de moi une jeune femme piqua une crise hystérique à la vue du rougeoiement à l’intérieur du bâtiment, criant à plusieurs reprises « Je ne suis pas venue pour faire ça ». Un peu plus loin une bonne centaine de maos de l’UJCML cherchaient les consignes de leur chef qui, grimpé sur la grille d’enceinte, leur déclara tout de go « Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? » Quelques voix, ailleurs, proposaient d’occuper le bâtiment en permanence, récusées aussitôt par le plus grand nombre : « Impossible, on va s’y faire massacrer. » On peut imaginer pourtant quelle qu’en pouvait être l’issue, ce qu’aurait été l’occupation du Temple de la Finance, peut-être un pôle de résistance enchaînant sur un mouvement plus vaste. Mais la foule refusait manifestement l’affrontement et ne voyait surtout pas une dimension future du mouvement, sinon cette promenade nocturne : l’occupation du Théâtre de l’Odéon n’était porteuse d’aucun risque et d’aucun symbole, ce n’était que du spectacle. Ne fut-ce que cela, Mai 68 ?

La suite confirma ces prémisses. La manif finit par repartir pour atterrir place Vendôme où siégeait le ministère de la Justice, un autre symbole ; ce fut un bis repetita de ce qui s’était passé à la Bourse, sauf qu’il n’y eut même pas le jeu des allumettes. Il paraît que c’est Rocard, du PSU d’alors, qui s’opposa à l’occupation du ministère car il aurait fallu se battre avec les flics qui, on n’en savait pourtant rien, devaient en garnir l’intérieur. Et bredouille d’un résultat quelconque hors de velléités vite calmées, la foule, sans qu’on sache qui la guidait, repartit vers son bercail, le Quartier latin, qui devint une vraie souricière. Lorsque nous longions les Tuileries sur les bords de Seine, j’eus vraiment le sentiment d’une morne troupe de moutons qui partaient résignés silencieusement à l’abattoir. Ce qui fut bien le cas : embossés sur tout le boulevard Saint-Michel fermé solidement par les flics aux deux bouts, inondés de gaz divers, il n’y avait d’autre opportunité que de fuir par les rues latérales où les policiers attendaient pour la chasse à l’homme et à la matraque. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés, pour le reste de la nuit, une quinzaine de copains dans la piaule exiguë de mes enfants étudiants rue Monsieur-le-Prince : quand nous en sortîmes prudemment au matin, le boulevard Saint-Michel était bien propre, tout y circulait normalement. Seuls quelques relents des lacrymos matérialisaient le souvenir de cette nuit. A quoi tout cela avait-il servi ? L’inutile quelque peu dangereux, mais bien peu quand même, velléitaire, spectaculaire, la peur de l’affrontement, rien d’autre, était-ce cela Mai  68 ?

On occupait la Sorbonne, les usines et bureaux, les facultés, les lycées, les écoles, l’Odéon… mais pas le reste, mis à part quelques commissariats de quartier, tableau de chasse de quelques groupes isolés cherchant à en découdre, aucun des sièges du pouvoir (mairies, préfectures, etc.), des sièges sociaux des gros trusts, ou des chambres patronales. Même pas, on l’a vu, les bureaux de direction des usines occupées. Un ingénieur qui avait approché ICO en 1958 mais qui s’en était coupé pour aller travailler au syndicat patronal national de l’automobile, nous avait contacté pour nous donner les clés du bâtiment où ce syndicat siégeait, mais ceux du 22-Mars, contactés, ne cherchèrent pas à utiliser ce levier. Etait-ce la crainte d’un affrontement (de Gaulle y pensait, qui fit le voyage à Baden-Baden auprès des troupes françaises cantonnées en Allemagne) qui fit que tout resta de ces occupations sans risques, ou la conscience de l’inégalité des forces ? Ce fut aussi cela, Mai 68, dans des choses essentielles auxquelles l’immense majorité ne pensait pas, laissant les avant-gardes politiques sur la touche… ou bien ces avant-gardes parlaient-elles un langage que pratiquement personne ne comprenait ? ou avançaient-elles des projets qui ne correspondaient pas à l’avenir que la plupart des grévistes pouvaient envisager ? – comme, par exemple, le discours autogestionnaire.

Même dans d’infimes détails on retrouvait ce respect des sièges de la légalité du système. Parmi les 3 000 employés de la boîte d’assurances dont j’ai parlé, personne n’eut la moindre idée que le comité de grève aurait pu siéger illégalement sous les ors de la salle du conseil d’administration où les dirigeants se réunissaient régulièrement, alors que tous les membres de ce comité de grève trouvaient tout à fait normal de se tenir en permanence et en toute légalité dans l’austérité, la nudité de la salle du Comité d’entreprise. Tout un symbole. Ce fut aussi cela, Mai 68, ne pas transgresser hors des clous.

Je ne sais pas si c’est une légende ou si simplement ce fut dû à la grève des hôpitaux, toujours est-il que le bruit a circulé après Mai 68 que dans toute cette période les hôpitaux psychiatriques n’avaient enregistré aucune entrée. Cela s’expliquerait par le fait que tous les psychotiques divers auraient eu la possibilité de se défouler sans contrainte dans la rue et ailleurs. Dans deux cas personnels, j’ai pu constater le pouvoir d’attraction de tels événements pour concrétiser des fantasmes refoulés jusqu’alors. Revenant à Paris en voiture, j’ai pris en stop deux hommes, un jeune et un moins jeune, qui m’ont dit avoir entendu qu’on se battait dans les rues de Paris et qu’ils montaient à la capitale pour en découdre, alors qu’apparemment ils n’avaient aucune motivation directe pour le faire. Et une nuit de ce Mai 68, alors qu’avec un copain nous explorions les actions diverses et dispersées de groupes d’activistes, nous avons croisé quelques jeunes qui nous ont avoué être à la recherche d’un flic isolé pour le déshabiller entièrement et le laisser dans la nuit, nu comme un ver – et de fait il y eut quelques agressions de policiers isolés, avant que leurs chefs leur ordonnent de rester groupés. Ces défoulements individuels furent certainement légion mais il n’est personne pour les conter et les acteurs ont plutôt intérêt à se taire sur leurs exploits. Ce fut aussi cela, Mai 68, cette expansion démesurée d’actes individuels asociaux méconnus.

Je ne sais plus quel jour de mai 1968, je passais, allant je ne sais où, par la cour intérieure du palais du Louvre et j’y ai assisté à un spectacle particulièrement insolite, presque surréaliste. Il s’y déroulait une remise de décorations à des flics dans le plus pur style du cérémonial de circonstance ; Paris n’était pas à feu et à sang mais en plein chaos des occupations, des manifestations, et d’une violence à peine contenue. Mais la machinerie de l’Etat continuait de fonctionner, même dans ses aspects les plus dérisoires. Etait-ce la démonstration de la certitude des dirigeants de toutes sortes que tout n’était qu’un épisode facilement surmontable et que les routines ne devaient pas être interrompues pour si peu ? Cela m’a instillé quelque pessimisme et douché un peu mon enthousiasme. Fut-ce cela aussi, Mai 68, ces dirigeants si sûrs d’eux face à un mouvement qui n’affichait pas réellement de perspectives ?

Mai 68, s’il y eut ceux qui échappèrent à la folie, et l’immense majorité qui vécut ces heures inoubliables, eut aussi ses morts, mais pas à la démesure de mouvements considérés comme « révolutionnaires ». Dans le gouvernement d’alors, une tendance non directement répressive l’emporta contre ceux qui, comme de Gaulle, voulaient « tirer dans le tas ». La tendance conciliatrice pensait justement qu’on pouvait faire confiance aux syndicats pour contrôler le mouvement et l’orienter vers la négociation et la fin progressive du mouvement. Ils savaient aussi que toute action répressive violente pouvait enclencher une réaction encore plus forte des grévistes et autres manifestants et ouvrir ainsi une crise majeure du système lui-même. Après tout, Frachon, le leader de 1936, n’avait-il pas déclaré aux patrons lors des discussions sur les accords Matignon : « Si vous n’aviez pas systématiquement licencié les responsables syndicaux, nous n’en serions pas là. » C’est ce qui fera la différence entre Renault Billancourt, où la CGT régnait en maître et interdisait toute dérive radicale, et l’usine Peugeot de Sochaux, d’importance identique, mais où la réputation de Peugeot dans la chasse aux syndiqués autres que ceux du syndicat maison n’était plus à faire. Effectivement les syndicats n’avaient qu’une présence très réduite dans les usines Peugeot. Ce qui laissa libre champ, pas tant à la base des 25 000 travailleurs de l’usine, qu’à une minorité plus radicale qui n’eut aucun mal, contrairement à ce qui se passait ailleurs, à surenchérir dans l’action, suivie en cela par une partie des travailleurs. Les pressions diverses, les manipulations évidentes d’un vote ultra-minoritaire pour un accord de reprise minimal le 10 juin, firent que ce qui était considéré comme une trahison se traduisit par une réoccupation sauvage et dure de l’usine de Sochaux, le jour même d’une reprise annoncée, et suivie par une part importante des travailleurs (2). Dans cette période de déclin de la grève généralisée, alors que la reprise du travail s’amorçait avec un peu partout une opposition de près du tiers des grévistes, cette action devenait intolérable car elle pouvait faire tout capoter vers des mouvements encore plus radicaux. Et les syndicats impuissants chez Peugeot pouvaient l’être tout autant devant une telle extension possible. La barrière syndicale, celle de la négociation, n’opérant plus, la force était le seul recours. Patronat et gouvernement (et syndicats dans la coulisse) commandèrent l’intervention des CRS qui purent tirer dans le tas pour liquider l’abcès. Ce qui fut fait au prix de deux morts ouvriers dont un par balles et plus de 120 blessés, certains par balles. La région de Montbéliard étant entrée en quelque sort en résistance, en réaction contre cet assaut meurtrier, il ne fallut pas moins de dix jours pour que les interventions politiques et un nouvel accord parviennent à restaurer « le calme » et assurer une reprise du travail. Un accord qui, outre des avantages financiers et une amélioration des conditions de travail non négligeables, instituait l’entrée des syndicats dans l’entreprise dont ils avaient été exclus jusqu’alors, ironie d’un mouvement antisyndical qui leur donnait la légitimité de s’opposer d’une manière ou d’une autre à tout mouvement qu’ils ne contrôlaient pas. Hors de Sochaux, en mai-juin 1968, on n’avait dénombré – officiellement – que trois morts : un jeune de dix-sept ans, Gilles Tautin, qui près de l’usine Renault de Flins s’était noyé le 10 juin en se jetant dans la Seine pour échapper aux CRS, et deux autres, le 24 mai, plutôt controversés autour d’une crise cardiaque : un manifestant à Paris et un commissaire de police à Lyon. Traditionnellement, pour la fête religieuse de la Pentecôte, le lundi est chômé. Habilement, le 31 mai, le gouvernement décida de ravitailler les stations-services à sec depuis le début de la grève (on peut s’interroger sur le rôle des syndicats qui auraient pu alors s’opposer à ce déblocage). Ce qui fit qu’on assista à une ruée hors de Paris de ceux qui, la grève touchant à sa fin, voulaient parachever ces vacances exceptionnelles par une évasion tout autant exceptionnelle. On vit d’énormes embouteillages, mais aussi dans cette sorte de folie on dénombra en trois jours, les 1er, 2 et 3 juin, 117 morts sur les routes des espoirs de quelques moments de vie plus intense. Faut-il les compter parmi les morts de Mai 68 ? Car Mai 68, ce fut aussi cela.

Pour terminer ces bribes de souvenirs ponctuels et l’interprétation que je puis leur donner, je voudrais évoquer la mémoire non pas de ceux qui sont morts depuis Mai 68 mais qui ont pu, avant de passer l’arme à gauche, en parler autour d’eux ou même écrire quelque peu sur ce qu’ils avaient vécu alors –ce que nous avons essayé de faire à ICO jusqu’à fin 1968 (3). Mais évoquer la mémoire de ceux qui se donnèrent la mort dans les années qui suivirent, murés pour une bonne part dans la perte des illusions que Mai 68 avait pu susciter sur des âmes trop sensibles et portées à l’enthousiasme. Bien sûr, dans ces suicides, on trouve aussi des raisons touchant les difficultés de sa propre vie, des problèmes affectifs graves, et, qui peut savoir, d’autres qui obèrent la fragilité d’une sensibilité trop envahissante… Toutes ces raisons qui font partie du quotidien avec plus ou moins d’intensité mais qui, à elles seules, ne conduisent pas à cet acte de courage (certains disent de lâcheté) de supprimer sa vie. Dans la période ascendante d’un mouvement spontané d’une ampleur inégalée comme Mai 68, ces questions « personnelles » passent au second plan, reléguées par cette part d’un sang collectif d’un renouveau qui fait que chacun donne une force au mouvement ascendant et en reçoit en retour la force de surmonter le quotidien. Mais dans la période descendante du mouvement, inévitable puisque finalement il ne savait pas lui-même où il allait vraiment, ces pesants problèmes du quotidien reviennent au grand galop et, goutte d’eau qui fait déborder le vase, la désillusion d’une fin peu glorieuse et de la perte des espoirs rendent intolérable une vie qui ne voit plus qu’un enfermement dans d’infranchissables murs.

J’ai retrouvé, dans ces années post-68, cinq camarades qui se sont suicidés, ce qui fait beaucoup pour le cercle limité d’ICO. Florence Ribon, une jeune et petite femme brune dont je revois le visage et rien d’autre, fut la première du cercle à disparaître en se jetant par une fenêtre. Un autre, Germinal Clemente, qui était coursier au journal Le Monde et dont je n’évoquerai pas les circonstances particulièrement tragiques de sa fin. Les souvenirs des trois autres sont bien plus précis. Michel Marsella était le fils d’un couple anarchiste de Lyon. Etudiant, il avait fait ses premières armes de soixante-huitard à Lyon, mais il était monté à Paris, la capitale de la Révolution, et il rêvait presque d’être révolutionnaire professionnel, se consacrant pour une bonne part à ICO et à d’autres groupes comme VLR, et vivotant de petits boulots. Pour son malheur, il devint éperdument amoureux d’une participante d’ICO, une ambitieuse qui ne se souciait guère de lui et n’était dans l’ultragauche que comme dans la première étape d’une ascension sociale. Le pauvre Michel cumula les désillusions de son amour insatisfait et de la fin de 68, et il en mourut en se jetant lui aussi par la fenêtre, d’un troisième étage. Nicolas Boulte avait été un militant exemplaire du groupe maoïste UJCML, devenu Gauche prolétarienne, et à ce titre avait fait de l’entrisme comme ouvrier chez Renault Billancourt, et participé activement au Comité de Lutte Renault fondé par cette organisation. Les magouilles innombrables dans le maoïsme d’alors, autant que les options politiques imposées d’une manière parfois violente, l’avaient conduit à sortir de cette ornière du maoïsme et à écrire sous un pseudonyme un Bilan du Comité de Lutte Renault (4). Le fait qu’il ait proposé à ICO de publier son texte était une reconnaissance de l’objectivité du groupe et un signe de la confiance qu’il lui accordait. Cela valut à ICO, mais surtout à lui-même, la vindicte de ses anciens camarades, qui le considérèrent comme un traître qu’il fallait éliminer : il subit, outre plusieurs agressions, un harcèlement constant sous toutes ses formes qu’il finit, peut être certaines circonstances personnelles aidant, par ne plus pouvoir supporter au point de se suicider, ne laissant que ce texte dont l’importance avait conditionné sa mort.

J’ai conservé le dernier des cinq pour terminer cette évocation, celui – Christian Lagant – qui fut une relation politique d’abord puis un ami, au plein sens du terme. Nous nous étions connus en 1959 lors de la création des prémisses d’ICO et jusqu’à mon licenciement en 1971 (nos lieux de travail étant proches car il travaillait dans une petite imprimerie comme correcteur, refusant le poste doré de correcteur de presse) nous nous sommes rencontrés chaque jeudi midi dans un petit bistrot derrière la Bibliothèque nationale.

Cela devint d’ailleurs un lieu de rencontre pour les uns et les autres. Sans jamais le dire et sans grandes démonstrations nous nous sentions très proches, discutant de tout. Christian était un homme complet, artiste (peintre autant que caricaturiste), écrivain (poète surréaliste autant que militant politique), tribun, que sais-je encore (on peut retrouver toutes les facettes de sa personnalité en tapant son nom sur un moteur de recherches Internet). Nos rencontres se firent plus épisodiques, encore plus lorsqu’en 1977 j’émigrais à Londres, mais je ne manquais jamais de le rencontrer à chacun de mes brefs voyages à Paris. Le jour de son suicide par barbituriques je revenais sur Paris et nous étions convenus de nous rencontrer. Christian était d’une discrétion légendaire sur sa vie privée bien que parfois il s’en soit un peu ouvert à moi. Quelque temps avant sa décision de passer outre, son père, avec lequel il vivait seul depuis longtemps dans un HLM du XVIIIe arrondissement, était décédé.

Quelle accumulation de déceptions personnelles et politiques a-t-elle pu motiver son geste ? Nul ne le saura, mais il devait aussi être hanté depuis longtemps par la mort pour avoir écrit dans les années 1950 pour le journal du MIAJ (Mouvement Indépendant des Auberges de Jeunesse), dont il était un militant actif, le poème suivant qui peut clore cette incursion chez les oubliés de Mai 68 :

Si je meurs
Ne vous fatiguez pas
Pour moi
L’incinération
Ou le cimetière
Cela me laisse froid

Ne chantez pas de Marseillaise
Ou d’Internationale
Ne cherchez pas de drapeau noir
De drapeau rouge
De drapeau noir et rouge
Ne cherchez pas
Tout ça

Si j’ai un trou
Ne vous « recueillez » pas
Je n’y serai pour personne
Même si vous voulez me voir

Je serai plus loin
Avec les copains
Heureux de les voir rire
Rigolant avec eux
Je serai près du feu
Sous les cheminées traîtresses
Et si je m’y cogne
Les « Jeunes du monde entier »
Ne seront pas ébréchés

Pas de tristesse, amis
Sinon j’irai, la nuit
Vous chatouiller les pieds
Pour vous faire rire
C. L. 

APRÈS TOUT ?

Ils furent nombreux dans le « milieu » ceux qui pensaient que 1968 portait les prémisses d’un vaste mouvement révolutionnaire mondial, et qui se lancèrent pendant des années à corps perdu dans un activisme forcené pour que leurs espoirs se concrétisent.
A l’occasion, ils traitaient avec mépris – voire de lâches – ceux qui ne partageaient ce messianisme. Ils ne voyaient pas que Mai 68 avait été tout autre chose qu’ils ne pouvaient comprendre, pris dans leurs schémas politiques. Comme nous l’avons montré dans différents épisodes, la grande masse des acteurs ne cherchait nullement à « faire la Révolution ». Il n’est pas du tout sûr que les 30 % qui, en moyenne, avaient refusé les accords d’entreprise pris dans la foulée des accords de Grenelle, pour la reprise du travail, l’aient fait parce qu’ils jugeaient que ce qui était proposé était bien médiocre eu égard à souvent presque un mois de grève. A moins qu’ils n’aient cherché tout simplement à prolonger la fête de ces vacances insolites. Une partie de la contestation porta d’ailleurs sur le paiement des journées de grève.

Bien sûr les questions d’argent et/ou de conditions de travail jouèrent un rôle dans ces débats pour la reprise, le retour au quotidien, à la routine du travail et des soucis de la vie. On avait vécu des vacances exceptionnelles, une sorte de libération totale, des vacances comme on n’en aurait jamais plus. On avait, sans l’avoir vraiment cherché, vécu intensément. On avait, enfin, vécu comme on aurait voulu vivre et c’est cela qui comptait avant tout ; consciemment ou pas, on cherchait à prolonger ce coin de paradis social qu’on venait de vivre, et s’en faire un peu payer, le plus possible au besoin. Quelques jours après la fin de la grève un tout petit film – La Reprise du travail aux usines Wonder – avait montré le cri du cœur d’une ouvrière qui fustigeait avec une violence verbale ­inégalée son refus de retourner dans l’enfer quotidien de son travail. Mais ce cri, qui était celui de toute une classe d’exploités, exprimait aussi, pour tous ceux qui avaient vécu une sorte de paradis temporaire de relations sociales, un certain désespoir de voir qu’il disparaissait peut-être à jamais, ne laissant qu’une nostalgie profonde, un lancinant souvenir d’émotions jusqu’alors inconnues.

Ce cri rejoignait le slogan des émeutiers qui n’en étaient pas vraiment, « Sous les pavés, la plage ». Car c’était bien la plage qu’ils avaient tous vécu, que tout a été fait pour effacer. Les pavés remis à leur place sont aujourd’hui recouverts de l’asphalte grise du quotidien. On pourrait en dire beaucoup mais surtout tenter de situer ces splendides vacances de Mai 68 dans une perspective historique. Ce mouvement qui s’étend sans but bien défini (on ne trouvait rien de mieux que « malaise »), ces marches dans la ville tout autant sans but, négligeant tous les symboles du pouvoir, cet abandon global, malgré quelques vestiges des formes de lutte du passé autour de la conquête armée, cela ne vous dit rien, eu égard à ce qui s’est développé dans la dernière décennie ?

Mai 68 : la prémonition de ce que nous voyons aujourd’hui dans le monde, de ce qui apparaît comme une nouvelle forme de lutte internationale globale. Mais surtout pas le modèle que tentent encore aujourd’hui, comme nos matamores de Mai 68, les prétendues avant-gardes autoproclamées, de perpétuer dans l’action directe violente de l’affrontement avec les forces de répression du capital.

Ce fut aussi cela Mai 68, un immense mouvement dont la force se trouva non dans l’extériorité de l’action violente, mais dans le cœur individuel et collectif de la ­recherche de la Vie.


NOTES

(1) The Imaginary Revolution. Parisian Students and Workers in 1968, de Michael Seidman, Berghahn Books, 2004. (Voir ici p. 60.)

(2) Voir « Chez Peugeot en juin 1968, une insurrection ouvrière peu connue », récit de cette grève, dans Echanges n°124 (printemps 2008). Et Les Grèves en France en mai-juin 1968, de Bruno Astarian, Echanges et Mouvement, 2003.

(3) Copies de textes d’ICO disponibles sur demande.

(4) Tentative de bilan du Comité de lutte Renault, de Baruch Zorobabel, ICO, septembre 1972.

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MessageSujet: Re: 1968 ANNÉE révolutionnaire pour le CAPITAL : documents, récits, et considérations théoriques   Sam 2 Juin - 22:19


d'une outre gonflée il ne sort que du vent


la vidéo ci-dessous comme document. La discussion sur le sens de la définition d'une mouvance outre-gauche, que reconstruit ce livre après-coup, figure plus haut

on ne comprend rien à une période historique en l'approchant par le côté personnel, même collectif, ou simplement par le seul côté des luttes (participant d'une implication réciproque avec le capital qui mène la danse), d'où la grande faiblesse théorique de ce livre, et son incapacité rétrospective à analyser 68 dans le mouvement du capitalisme et de sa restructuration nécessaire dont mai 68 indique les prémisses,

incapacité dont découle celle de saisir le sens contradictoire des luttes segmentées d'aujourd'hui, avec les lamentations habituelles de la post-ultragauche sur le genre et la race effaçant la classe, en bons nostalgiques du prolétariat universel révolutionnaire, auquel ils n'appartiennent même pas, d'où leur idéologie de marginaux de classe moyenne

du point de vue des luttes, on pourrait voir dans cette approche une critique non achevée du programmatisme ouvrier, alors même que mai 68 en annonçait la fin, et c'était sa limite y compris à l'ultragauche historique (d'ICO à l'IS)

au total, l'aspect identitaire (puisque définissant une identité d'outre-gauche) de cette approche ne relève pas moins d'une vulgate de 68 que ce que l'auteure prétend dénoncer (elle reprend la thèse de la "récupération" comme tous ceux qui se sont sentis "trahis")), ce que montre fort bien le discours subjectiviste, suffisant et avant-gardiste d'ancienne combattante dans cette vidéo : quelle importance elle (se) leur donne !, au demeurant ce que ne partagent pas plusieurs des interviewés, notamment Henri Simon (voir son texte ci-dessus) et les théoriciens (anonymes) de la communisation (cf 68 année théorique, de TC). Franchement, en rester là 50 ans après...

bref, pour nous, ça pète plus haut que son cul, ça pisse pas loin, mais là encore tout ce qu'il faut pour se complaire dans le milieu, de Miesseroff au petit Guillon, en passant par leur éditeur chéri, Libertalia



là, j'avoue mon parti pris subjectif, ce genre de voix, de pose, d'effets, d'esprit de sérieux même quand il prétend faire de l'humour, me gonfle vite fait. C'est pour moi un style, une classe sociale et son déni d'en être, à l'insu de son plein de graisse et in fine de son manque de simplicité. La boucle de ce milieu est bouclée par les lieux où Lola sert sa soupe, et ne pose aucune question intéressante à la problématique actuelle et future de la révolution

la théorie communiste comme vernis pédant et vieillot, quasi autoréférenciel par l'ignorance de pans entiers de la critique héritée de Marx et même des anarchistes, incapable de s'emparer des questions qu'elle pose aujourd'hui, ça ne fait pas longtemps illusion. Mais on peut reconnaître à Lola Miesseroff qu'elle n'a pas fait son temps

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MessageSujet: Re: 1968 ANNÉE révolutionnaire pour le CAPITAL : documents, récits, et considérations théoriques   Ven 8 Juin - 16:18


1848... 1968... 2018...

on peut lire dans les blogs du Monde Diplomatique cet article d'un professeur de sciences politiques à Nanterre, avec quelques bonnes remarques. Nous avons retenu cet extrait pour des raisons... littéraires, et notamment l'évocation de Flaubert, dont nous avons noté ailleurs que tout bon réac qu'on l'a dit, il n'était certainement pas moins lucide que bien de ses contemporains les "révolutionnaires", sans parler de Hugo...

l'histoire ne peut se faire qu'à rebours, en partant de ses résultats, et rétrospectivement voir qui en son temps ne prenait pas ses rêves pour la réalité. Avec Marx, ce n'est jamais simple, et c'est sans doute pourquoi il reste beaucoup plus lisible que bien de ses héritiers


Mai 68… et après ?
Alain Garrigou, 5 juin 2018

Citation :
[...]

Dans la mythologie de Mai 68, la chose la plus ordinaire, sans doute la plus évidente et donc cachée, fut la vision d’une continuité révolutionnaire. Avant même les événements de mai, le rappel prémonitoire en avait été fait par Pierre Viansson-Pontet lorsqu’il reprenait le célèbre mot que Lamartine avait lancé deux ans avant la révolution de 1848 : « La France s’ennuie  ». Mot parfaitement laconique dont on ne sait ce qu’il annonce. Toujours est-il que tout le monde paraissait surpris. Quant à la différence des sociétés séparées par plus d’un siècle et des transformations sociales et politiques profondes, on crut qu’elle n’empêchait pas le rapprochement. Rien ne l’établit mieux que la consonance des dates — 1848, 1968 — qui permit de donner aux révoltés les noms de quarante-huitards et soixante-huitards — des termes d’une grande polysémie, qui désignent en même temps la participation effective aux événements, la seule contemporanéité des témoins ou encore l’appartenance à une génération formée par un contexte historique spécifique.

La farce et la tragédie

La révolution de 1848 avait ouvert la voie à cette vision de l’histoire comme répétition. Alexis de Tocqueville y insistait, mi-inquiet, mi-ironique : « Tout ce que je vis ce jour-là porta la visible empreinte de ces souvenirs ; il me semblait toujours qu’on fut occupé à jouer la Révolution française plus encore qu’à la continuer  (3)  ». Gustave Flaubert imaginait une réunion du Club de l’Intelligence où, un soir de mars 1848, « chaque personnage se réglait sur un modèle, l’un copiant Saint Just, l’autre Danton, l’autre Marat, lui, il tâchait de ressembler à Blanqui, lequel imitait Robespierre  (4)  ». Marx moquait aussi les plagiaires : « Caussidière pour Danton, Louis Blanc pour Robespierre  (5)  ». Depuis Londres et à la lecture de la presse, le théoricien allemand semblait bien partager cette vision d’une révolution qui imitait en croyant inventer. Il ouvrait donc Le 18 brumaire de Louis Bonaparte par une accroche fameuse : « Hegel note quelque part que tous les grands événements et personnages historiques surviennent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d’ajouter : une fois comme (grande) tragédie et la fois d’après comme (misérable) farce ». On a souvent utilisé cette brillante citation sans source précise — et semble-t-il apocryphe — pour moquer les acteurs de 1848. Or Marx visait bien le coup d’État du 2 décembre 1851, pâle copie de son modèle de 1799, à savoir le coup d’État du neveu, Napoléon le petit comme l’appela Hugo, plagiaire de son oncle, Napoléon le Grand. Avec encore une formule cruelle : « Le 18 brumaire de l’idiot pour le 18 brumaire du génie ». Depuis Londres d’où il n’assista par non plus au coup d’État, Marx reprenait un mot souvent employé dans les conversations du moment par les Parisiens : une « farce », ironisaient-ils, pour signifier qu’ils étaient presque surpris qu’un événement aussi prévisible advienne. Une figure d’oxymore. L’Assemblée nationale dissoute le jour anniversaire d’Austerlitz revendiquait symboliquement la grandeur d’une victoire militaire et du grand homme, inspiration historique redoublée par le nom de code du coup d’État de 1851 : opération « Rubicon », qui en appelait à César. Mais les révolutions ne se décident pas dans le secret des cabinets. Si elles répètent le passé, par quel mystère le font-elles ?

« Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas de plein gré, dans des circonstances librement choisies ; celles-ci, ils les trouvent au contraire toutes faites, données, héritages du passé. La tradition de toutes les générations mortes pèse comme un cauchemar sur le cerveau des vivants ». Marx se doutait-il que l’adage hégélien se vérifierait à nouveau plus d’un siècle plus tard ? Comme Tocqueville, Flaubert et Marx l’avaient fait pour 1848, leurs lecteurs le firent pour Mai 68 : très vite, l’écho d’un épisode sur l’autre fut mis en valeur, notamment par Raymond Aron dans son essai sur la révolution introuvable (6). Aron avait moins à l’esprit Marx que l’impression obsédante de Tocqueville. Si les personnages de la République romaine étaient souvent cités par les orateurs de la Grande révolution, hommes bercés de textes classiques, les hommes de la Grande révolution furent moins cités mais bien présents dans les esprits des quarante-huitards — qui n’étaient pas si éloignés de 1789 et avaient lu les histoires de la Révolution de Guizot et de Thiers, et plus encore Les Girondins de Lamartine, best sellers de leur temps. La qualification de quarante-huitards leur fut ensuite donnée par leurs héritiers républicains qui combattirent le Second Empire par la lutte électorale. Une prise de distance. Plus d’un siècle après, les soixante-huitards devaient-ils quelque chose aux quarante-huitards ? On peut en douter tant la culture politique du XXe siècle ignorait les grands personnages des révolutions qui avaient embrasé une partie de l’Europe un siècle plus tôt. Qui connaît encore des personnages comme Alexandre Ledru Rollin, initiateur du suffrage univers masculin, François Arago, grand savant promu ministre, ou même Alphonse de Lamartine, poète devenu chef du gouvernement provisoire ? Moins une pique contre l’ignorance qu’un constat sur les nouveaux cadres de l’action politique, pour lesquels les personnages historiques comptent moins que les images.

Comme la manifestation, qu’on appelait encore « démonstration » en 1848 et dont la forme s’était dessinée à partir du modèle du défilé militaire, les autres formes d’action empruntaient aux scènes révolutionnaires. Tout en renvoyant au souvenir des révolutions parisiennes, les barricades de mai 1968 représentaient moins une technique de soulèvement urbain, comme en juin 1848, qu’un symbole du peuple soulevé. L’anthropologue Julian Pitt-Rivers a d’ailleurs remarqué combien les lieux de leur édification n’avaient pas de logique militaire puisqu’elles pouvaient être prises à revers (7). En somme le symbole des barricades importait plus que leur efficacité. La référence en la matière était plutôt les peintures de Delacroix que les barricades de juin 1848 barrant la rue du faubourg Saint-Antoine sur deux étages, ou celles de la Commune au réseau serré et à l’architecture rationalisée, ou encore celle imaginées par Auguste Blanqui, calculant le nombre des pavés nécessaires selon la largeur des rues et la hauteur de la barricade. Quant à l’efficacité des pavés comme armes de jet, elle est douteuse. De même les cortèges de Mai 68 témoignèrent d’étranges inhibitions en passant devant les lieux de pouvoir comme les ministères de la rue de Varenne. Ou encore en évitant de s’approcher de l’Élysée. Un appel à l’occupation eût suffi à déclencher une répression directe. Mais tout s’est passé comme si nul manifestant n’avait pris la responsabilité d’un coup irréversible.

De même les cortèges de Mai 68 témoignèrent d’étranges inhibitions en passant devant les lieux de pouvoir comme les ministères de la rue de Varenne. Ou encore en évitant de s’approcher de l’Élysée…

La dialectique de la farce et de la tragédie n’invite donc pas seulement à une réflexion sur la répétition dans l’histoire, mais également sur la violence. Les journées de février 1848 mirent fin à la monarchie de juillet par la tuerie qui eut lieu devant la demeure de François Guizot, où la garde nationale tira sur des manifestants. Dans une mise en scène macabre habituelle des journées insurrectionnelles, les cadavres furent promenés dans les rues de Paris pour appeler la population à s’insurger. Ce rituel fut aussi utilisé dans les villes européennes, comme à Berlin où le monarque prussien dut subir l’humiliation de devoir s’incliner depuis son palais sur les cercueils des victimes de la répression militaire. Au siècle suivant, la violence répressive est restée un outil de mobilisation. Seulement ce n’était plus des morts qu’on promenait dans les rues de Paris, où des cadavres qu’on refusait de rendre à leur famille comme en 1851, mais des images de violence et des accusations de rigueur répressive. Suffisamment réelles pour qu’en mai 1968, le préfet de police de Paris Maurice Grimaud rappelle ses troupes à la discipline et à la modération, suffisamment scandaleuse pour qu’en 1986 la mort de Malik Oussekine sonne le recul du gouvernement et suffisamment crainte ensuite pour que les forces de l’ordre procèdent avec une retenue que les manifestant actuels ne peuvent cependant pas reconnaître, tant l’accusation de la violence policière fait partie de la panoplie obligée du contestataire. Il n’empêche que la violence répressive a diminuée pour que la police de mai 1968, pourtant celle de la guerre d’Algérie et de Maurice Papon, préfet de police jusqu’en 1967, n’assassine pas comme l’armée au XIXe siècle ; quant à la police d’aujourd’hui, elle a encore fait des progrès techniques dont la douceur ne convaincra probablement pas ceux qui l’ont affrontée.

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MessageSujet: Re: 1968 ANNÉE révolutionnaire pour le CAPITAL : documents, récits, et considérations théoriques   Ven 15 Juin - 18:18


nous donnons ici la conclusion d'un texte de Michael Seidman, auteur de Les ouvriers contre le travail, mis en ligne par le blog Spartacus. Il ne va pas à l'encontre du point de vue que nous avons adopté, au contraire...


Ce texte paru dans Echanges n° 163 (printemps 2018) et n° 164 (été 2018) est la traduction de la conclusion d’un ouvrage de Michael Seidman, "The Imaginary Revolution. Parisian Students and Workers in 1968" (« La Révolution imaginaire. Etudiants et ouvriers parisiens en 1968 », non traduit en français ; une version espagnole devrait bientôt paraître chez Alianza Editorial), Berghahn Books, 2004. Michael Seidman enseigne l’histoire à l’université de Caroline du Nord à Wilmington.


2004

Citation :
Les faiseurs d’opinion et l’opinion elle-même considèrent fréquemment que les événements de mois de mai ont marqué l’époque autant qu’ils ont été bénéfiques. Il est certain que les actions de ce mois-là sont plus faciles à célébrer que d’autres événements majeurs de l’histoire française de l’après-seconde-guerre-mondiale : l’Indochine et l’Algérie furent d’importantes défaites et le deuxième conflit a quasiment mené à une guerre civile. Le seul concurrent contemporain en célébration est le débarquement de Normandie dont le cinquantième anniversaire en 1994 a pour l’occasion donné lieu à une couverture médiatique comparable à celle du trentième anniversaire de Mai (70). Une comparaison entre ces deux événements est instructive. L’assaut en Normandie fut la plus importante opération amphibie de l’histoire et un pas essentiel dans la défaite de l’Allemagne nazie. Ce fut un « événement historique » autant qu’un événement puisse l’être.

Mai 1968, bien que lié à la vague internationale d’agitation des années 1960, fut essentiellement une péripétie française aux conséquences modestes. La publicité qui en faite révèle la carence en occasions dignes d’être célébrées dans l’histoire de France récente. Les opportunités de s’apitoyer sont plus nombreuses.

Mai 1968 comble un vide dans la conscience sociale française mais n’a sans doute pas l’importance qu’on lui accorde. Les événements n’ont pas marqué une rupture mais montré plutôt une continuité dans les tendances sociales et politiques. Aucune crise de civilisation n’a éclaté subitement, aucune tentative significative de contrôle ouvrier n’est apparue. Au contraire, les événements de mai-juin ont fait la preuve du pouvoir de l’Etat centralisé et de l’attrait de la société de consommation qui ont affaibli de fait la révolution par assimilation de l’hédonisme.

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MessageSujet: Re: 1968 ANNÉE révolutionnaire pour le CAPITAL : documents, récits, et considérations théoriques   Dim 17 Juin - 17:31


il faut porter sur mai 68 (les années 68) un regard froid, un regard d'historien de la moyenne-longue durée. Tous ne le font pas d'un point de vue communiste ou révolutionnaire, mais celui-ci ne saurait prendre ses rêves d'alors pour des réalités d'après. Nous insistons sur le fait que ce qui donne sens à l'événement est son résultat, fidèle en ceci à la nécessité d'écrire l'histoire à rebours (Marx selon Holman). C'est ce que ne font ni les gauchistes, quel que soit le sens qu'on donne à ce qualificatif (cf le GAUCHISME : une catégorie pertinente pour la critique ?), ni la plupart des "outre-gauchistes", anarchistes et post-ultragauche conseillistes et néo-situs. L'analyse de 68 par Temps Critiques, qui y voit les prémisses d'une « révolution à titre humain » sur la base d'une « tension individu-communauté humaine » est à notre sens le plus grand fiasco théorique dans le milieu post-ultragauche

Alain Touraine est le prototype du sociologue social-démocrate honni par l'extrême-gauche. Il n'est pas plus marxiste que Régis Debray dont nous avons vu la lucidité à la fin des années 70. Ils partagent l'idée que « le mouvement de Mai-68 n'a pas été révolutionnaire », là où nous pensons qu'il y a eu une forme de révolution interne au mode de production capitaliste, ou son annonce comme restructuration du capitalisme mondial dans la défaite du mouvement ouvrier communiste international, partageant en gros sur ce point l'analyse des théoriciens de la communisation, notamment Théorie Communiste

s'est produit ce que prévisait Marx dans L'idéologie allemande, « une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat », autrement dit son caractère universel comme autre du capital, la seule universalité présente qui l'exploite, certainement pas de quoi faire une révolution communiste, a minima abolition et non affirmation comme tel du prolétariat


Alain Touraine, sociologue : « Mai 68, c'est l'invention d'un nouvel acteur social…»
Propos recueillis par Pierre Challier La Dépêche, 17 juin 1968

« On est là dans un moment plus rêvé que réel »

Citation :
Quelle est votre regard sur Mai-68, 50 ans après, et cette place qu'occupaient les travailleurs dans les slogans ?

Concernant Mai-68, il y a eu des gens pour lesquels la grande affaire de ce mouvement a été la «fusion» des étudiants et des ouvriers syndiqués. Ce n'est pas du tout ce qui s'est passé. 68, c'est un jeu à trois, avec les étudiants de Nanterre et de la Sorbonne, d'un côté, les jeunes ouvriers de l'autre, les uns et les autres rapprochés par l'hostilité à un troisième élément, l'appareil communiste dans cette Europe qui est divisée en deux et avec un PCF prosoviétique en France. Il y a eu une incompréhension entre ces jeunes et les dirigeants communistes. Le monde ouvrier lui, avait commencé à se mobiliser avant les étudiants, en 1967. Il y a aussi une référence constante dans le mouvement étudiant à des images sanctifiant de grands moments des luttes populaires. Il y a la Commune de Paris de 1871 avec les barricades, mais aussi, dans une France qui est encore marquée par la Deuxième guerre mondiale la Libération de Paris et puis bien sûr et surtout, 1936 et le Front populaire. On est là dans un monde plus rêvé que réel : le mouvement de Mai-68 n'a pas été révolutionnaire. Le milieu ouvrier et ceux qu'on appelait dans les meetings les «travailleurs» se méfiaient d'ailleurs de ces «révolutionnaires»-là et ne se reconnaissaient pas dans les revendications étudiantes. Mais c'est aussi plus qu'un simple mouvement social.

C'est-à-dire ?


1968, qui déborde largement le seul cadre de la France concernant la contestation, puisqu'il y a déjà eu Berkeley en 1964 aux Etats-Unis, mais aussi l'Allemagne, le Mexique, l'Italie… 1968, donc, c'est d'abord la création d'un acteur social. Une foule se transforme en acteur social, mais ce qui en ressort, c'est l'individu avant même la jeunesse. L'individu veut désormais exister et agir dans la société. Et cet individu s'identifie dans la lutte à des chanteurs, des groupes, comme on le voit aux Etats-Unis avec Joan Baez, Bob Dylan, les mouvements noirs américains. 68 va donc beaucoup plus dans le sens d'une libération que d'une révolution.

Ce qui est aussi vrai pour le travail ?

Nous sommes dans une période de très forte croissance. Ce sont les 30 glorieuses qui prendront réellement fin avec le choc pétrolier de 1973 mais qui, en fait, se seront achevées deux ans plus tôt avec la rupture des accords de Bretton Woods fin 1971, lorsque Nixon qui décide de la fin de la convertibilité du dollar et de toutes les monnaies. Mais bref, 1968, c'est un monde de l'industrialisation qui est déjà à la fin de la grande société industrielle. Depuis plus de 20 ans, on y reconstruit la France mais on ne s'occupe guère des Français. Par exemple, pour l'énergie, on ne va pas reconstruire les maisons des mineurs mais d'abord les mines. Les travailleurs vivent cependant mieux, grâce à «l'état providence» né du programme du Conseil national de la Résistance. La sécurité sociale est créée, c'est quelque chose de fabuleux. Mais les conditions de travail restent dures et surtout, les syndicats n'ont pas d'espace, de place dans l'usine, dans l'entreprise.

Que vient alors changer Mai-68 ?

Eh bien il faut se souvenir que du côté salarial, le SMIG de l'époque va être augmenté de 35 % du jour au lendemain, les salaires de 10 % et le temps de travail réellement réduit à 40 heures et il y a également la quatrième semaine de congés payés. Mais surtout et c'est très important, un petit syndicat, à l'époque, la CFDT, va obtenir une chose que personne ne voulait et qui sera très importante pour le monde du travail : la reconnaissance de la section syndicale dans l'entreprise. Les syndicats peuvent désormais être présents sur le lieu de travail même, ce qui permettra aussi beaucoup d'avancées, par la suite, et assurera également une meilleure protection aux salariés. [qui ne durera qu'un temps...]

Qu'est devenu le travail, lui, 50 ans après ?

Eh bien force est de constater qu'aujourd'hui on ne parle plus de «travail» mais d'«emploi»… En 1968, on vivait dans un monde national qui croyait en la construction de l'Europe alors qu'aujourd'hui, le monde déconstruit l'Europe dans le cadre d'un «monde mondialisé», si l'on ose dire et la «société», on ne sait plus ce que c'est. Mais déjà les mécanismes de mutation du travail étaient à l'œuvre, en 1968, avec l'automatisation et à la disparition de la main-d'œuvre directe de fabrication qui ont entraîné une augmentation du niveau de qualification. À la baisse de l'effort physique a succédé l'augmentation de la charge mentale, on le voit très bien aujourd'hui, le salarié a l'esprit beaucoup plus occupé, préoccupé. La fatigue nerveuse a succédé à la fatigue physique. Dans le même temps, on assiste, avec la globalisation à l'affaiblissement de l'État. En France, pays qui a une haute conscience historique de lui-même, ayant toujours pensé son histoire comme l'histoire d'un État plus que d'une société, cela a aussi des conséquences car pendant des décennies, l'État a dirigé voire dicté les négociations sociales.

Quel sera le mouvement moteur de demain ?

Chacun peut constater que cinquante ans après 1968 nous avons vécu cette année un grand mouvement étudiant… dans l'indifférence quasi générale. La mobilisation des syndicats, dans la SNCF, a pour le moment été aussi un échec. Nous sommes peut-être presque à la fin du syndicalisme car les mobilisations s'organisent différemment et ailleurs, désormais… Selon moi, le mouvement le plus fort à l'avenir sera celui des femmes. Mais dès aujourd'hui, le thème des migrants est une affaire majeure. Dans un contexte de retour des nationalismes, de repli identitaire, la peur des migrants à laquelle s'oppose la tradition de la solidarité de classe, occupe déjà tout l'espace européen. Pour moi, c'est plus qu'une inquiétude car c'est le rejet de l'autre qui l'emporte. La France a de fait fermé ses frontières, la situation est pire qu'à la fin de la guerre d'Espagne.

on peut reconnaître dans le printemps 2018 « un moment plus rêvé que réel » dans les slogans et les actions qui se pensent immédiatement révolutionnaires, mais sur une base de contradictions quasi inversée dans la crise, au sens où la restructuration du capital a rendu caduques les aspirations à une libération par le travail, car paradoxalement en 68, et malgré le mot d'ordre situationniste "Ne travaillez jamais ! », il y avait un taux de chômage très faible et aucune pression sur l'emploi, ou sa garantie à vie, autrement dit aucune angoisse quant à l'avenir de ce côté-là

un point que refusent les gauchistes c'est de reconnaître que mai 68 aboutit à une victoire syndicale et revendicative, autrement dit que les syndicats et particulièrement la CGT n'étaient pas tant à contre-courant de la classe ouvrière qu'ils veulent bien le dire, et que la "trahison du PCF" ne fait pas de lui le grand empêcheur d'une prise de pouvoir politique qui n'a jamais été à l'ordre du jour, sauf à travers l'opération Charléty-Mendès-France dont on connaît le flop suivi du raz-de-marée gaulliste. Il est impossible de faire l'histoire des années 68 sur la base des idées et des actes de ceux qui en auraient été les avant-gardistes (cf notre critique du livre de Lola Miesseroff, Voyage en Outre-gauche)

une autre différence entre "mai 68" et le printemps 2018 est que les slogans et graffitis d'alors traduisaient grosso-modo la sensibilité du mouvement dans son ensemble, alors qu'aujourd'hui ils sont extrêmement minoritaires, quand ce n'est pas d'un niveau franchement déplorable (voir le sujet LES MURS ONT LA PAROLE : SLOGANS DE NOS JOURS (ET NUITS))

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MessageSujet: Re: 1968 ANNÉE révolutionnaire pour le CAPITAL : documents, récits, et considérations théoriques   Ven 22 Juin - 11:07


des témoignages plus intéressants que ne le laissent supposer les positions politiques des intervenants. Belle iconographie dont une partie assez peu connue


Dix actrices et acteurs de 68 reviennent sur ces événements qui ont changé leur vie. Une série documentaire d'Olivier Besancenot, Florence Johsua et Tancrède Ramonet proposée par Temps Noir et Mediapart.

témoignage ouvrier


Citation :
Charles Piaget est une figure emblématique du mouvement autogestionnaire en France. En 1968, il est un des principaux animateurs de la CFDT à l’usine Lip de Besançon. Il est alors membre du Parti socialiste unifié (PSU). Aujourd’hui, il poursuit son engagement, principalement aux côtés des luttes de chômeurs.

témoignage antillais


Citation :
Dès son adolescence, Gilbert Pago participe aux luttes ouvrières qui embrasent les Antilles. Exclu du Parti communiste martiniquais à l’issue de Mai 68, il fonde le Groupe révolution socialiste avec d’autres militants anticolonialistes révolutionnaires et continue aujourd’hui le combat en s’engageant notamment dans la grande grève générale de Guadeloupe et de Martinique en 2009.

témoignage d'une enseignante


Citation :
En 1968, Marie-Noëlle Thibault est enseignante au lycée de Chantilly. Politisée au travers de son soutien aux luttes de libération nationale, elle occupe son lycée, s’engage dans la grève et participe aux mobilisations pour une éducation nouvelle. Elle poursuivra ces combats à l’université de Vincennes et dans le syndicalisme interprofessionnel, puis enfin sous le nom de Dominique Manotti, dans le polar noir.

témoignage d'une militante trotskiste


Citation :
Membre de l’Union des étudiants communistes (UEC), Janette Habel en est exclue en 1965 avec plusieurs centaines d'étudiants du secteur Sorbonne-Lettres. En avril 1966, ils fondent la Jeunesse communiste révolutionnaire. Après 1968, elle milite au sein de la Ligue communiste révolutionnaire qu’elle quitte à la fondation du NPA. Aujourd'hui, elle est membre du conseil scientifique d’Attac et co-présidente de la Fondation Copernic.

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MessageSujet: Re: 1968 ANNÉE révolutionnaire pour le CAPITAL : documents, récits, et considérations théoriques   

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