PATLOTCH / COMMUNISME et CIVILISATIONS

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 NOTES de STYLISTIQUE et POÉTIQUE

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Patlotch



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MessageSujet: Re: NOTES de STYLISTIQUE et POÉTIQUE   Dim 20 Mai - 17:16


« Littérature et improvisation »
Douglas Kennedy : "Tout grand musicien de jazz joue sa vie"
Jazz Magazine, mai 2018, 1958-1968

Douglas Kennedy a écrit:
Ce qui m'a tout de suite fasciné, c'est cette sensation que donne tout grand musicien de jazz de "jouer sa vie" en même temps qu'il fabrique sa musique... L'improvisation, en ce sens, a été une découverte décisive et quand je suis devenu écrivain, j'ai tout de suite pensé au jazz comme une sorte de modèle.

Il existe en gros deux sortes de romanciers. Ceux qui avant d'écrire la première ligne de leur texte ont besoin de tout structurer précisément, tant au niveau de la trame narrative que de la typologie des personnages, et ceux qui comme moi utilisent une autre méthode, beaucoup plus spontanée.

À l'arrivée, mes romans sont très structurés, mais cette forme, je la trouve dans le moment de l'écriture, c'est de la pure improvisation. Quand je me lance dans un nouveau texte, je ne sais absolument pas ce que je vais écrire. J'adore voir surgir un personnage dans la narration alors que je ne l'avais pas prévu, c'est un processus très inconscient, mais qui a une vraie logique, qu'il faut savoir accueillir dans le cours de l'écriture pour ne pas pas gripper l'énergie.

Dans sa plasticité, j'aime à penser que mon écriture a à voir avec le jazz !


Propos recueillis par Stéphane Ollivier, Jazz Magazine n°705, mai 2018


entre autres références dans ses pérégrinations au Vanguard dans les années 60, où il découvre Dexter Gordon, Sonny Rollins, le jeune Keith Jarrett, Douglas Kennedy « a le choc, en direct à New-York, du big band de Charles Mingus au Newport Jazz Festival de 1972. »



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Patlotch



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Date d'inscription : 22/04/2017

MessageSujet: Re: NOTES de STYLISTIQUE et POÉTIQUE   Ven 6 Juil - 16:16


alors que je cherchais à écrire quelque chose sur la prose et le vers, en passant par Flaubert et Rimbaud, ce qui peut sembler paradoxal, je découvre ce rapprochement :



Citation :
En lisant des extraits de la correspondance de Flaubert (puisque, n’est-ce pas, je suis une élève sérieuse qui prépare assidûment son baccalauréat de littérature sur Madame Bovary), un passage m’a interpellée. Le voici :

Jamais de ces vieilles phrases à muscles saillants, cambrées, et dont le talon sonne. J’en conçois pourtant un, moi, un style : un style qui serait beau, que quelqu’un fera à quelque jour, dans dix ans, ou dans dix siècles, et qui serait rythmé comme le vers, précis comme le langage des sciences, et avec des ondulations, des ronflements de violoncelle, des aigrettes de feu, un style qui vous entrerait dans l’idée comme un coup de stylet, et où votre pensée enfin voguerait sur des surfaces lisses, comme lorsqu’on file dans un canot avec bon vent arrière. La prose est née d’hier, voilà ce qu’il faut se dire. Le vers est la forme par excellence des littératures anciennes. Toutes les combinaisons prosodiques ont été faites, mais celles de la prose, tant s’en faut.

(Lettre à Louise Colet datée du 24 avril 1852)

Je me suis dit que j’avais déjà lu ça quelque part. Où ?

Là :

– Voici de la prose sur l’avenir de la poésie. (…)  – De la Grèce au mouvement romantique, – Moyen-Âge, – il y a des lettrés, des versificateurs. D’Ennius à Théroldus, de Théroldus à Casimir Delavigne, tout est prose rimée, un jeu, avachissement et gloire d’innombrables générations idiotes : Racine est le pur, le fort, le grand. – On eût soufflé sur ses rimes, brouillé ses hémistiches, que le Divin Sot serait aujourd’hui aussi ignoré que le premier venu auteur d’Origines. – Après Racine, le jeu moisit. Il a duré deux mille ans ! (…)

Trouver une langue. (…) Cette langue sera de l’âme pour l’âme, résumant tout, parfums, sons, couleurs, de la pensée accrochant la pensée et tirant.


(La Lettre du Voyant, 15 mai 1871).

Reconnaître le vers comme la forme vieille, inventer une langue… Flaubert et Rimbaud, dont les œuvres (et les vies) sont pourtant si différentes, semblent se rejoindre.

ils ne sont pas les seuls protagonistes de cette histoire, qui passe par Baudelaire et Verlaine et se poursuit jusqu'à Aragon

Citation :
J’ai tenté de matérialiser un principe que j’ai proclamé toute ma vie, mais sans que personne, semble-t-il, n’y ait prêté attention, à savoir que pour moi, il n’existe pas de distinction fondamentale entre la prose et le vers. De même que pour moi, il n’existe pas de différence entre le poème et le roman.

Entretien avec Dominique Arban, 1968

cela s'inscrit dans le long chemin de déconstruction du vers classique, métré et rimé, de la fin du romantisme à Apollinaire et au vers libre, à Reverdy, etc.

et c'est le même mouvement que l'on constate en musique et dans la peinture, du point de vue du rythme autant que de l'harmonie des sons (déconstruction de la tonalité après Wagner, modalisme, Schoenberg et l'atonalisme...) et des couleurs (de Delacroix aux Fauves en passant par l'impressionnisme), et de la perspective (Cézanne, cubisme, avants-gardes...)

ceci en tête, il est époustouflant de lire Flaubert sous cet angle


Citation :
Pour Flaubert, nous dit Meschonnic, le travail de la prose n’était pas qu’un travail de récit, mais une activité de prosodie, c’est-à-dire la réalisation du rythme dans un texte. Car, s’il veut « donner à la prose le rythme du vers », comme il l’écrit à Louise Colet (lettre du 27 mars 1853), c’est « en la laissant prose et très prose ». Flaubert est dans le prosodique, mais il n’est pas dans la métrique. « Il est dans la perspective d’une rythmique » (Traité du rythme, page 202).

Théorie et pratique du rythme chez Henri Meschonnic. Deux exemples du rythme dans la prose., Michel Henri Blanc, 21 septembre 2009

il y a toutefois un excès dans la conceptualisation du rythme par Meschonnic, qui le fait partir en guerre contre tout ce qui est rime et métrique, et qui provient à mon avis d'une relative insensibilité à la musique, comme si la bonne lecture ne pouvait être que la sienne (cf Célébration de la poésie, 2001)

toujours est-il que si l'on découpe, visuellement en vers, la prose de Flaubert, le résultat est fort proche de poèmes en vers du 20e siècle, libres ou non réguliers. À mon sens, tout cela doit à Verlaine*. Quand il dire dans Art poétique « préférer l'impair », cela ne signifie pas, ou ne se limite pas au choix de vers impairs (5, 7, 9 syllabes) mais à sa fluidité dans l'enchaînement de vers où la rime se fait oublier ou se démultiplie par assonances et allitérations ; c'est alors le découpage syntaxique qui est impair comme dans ses dodécasyllables ou la césure est 5+7 et nom à l'hémistiche comme dans l'alexandrin

* voir l'étude Poésie et musique chez Verlaine : forme et signification, Alain Baudot, Études françaises 4-1, 1968

voilà ce que j'ai tenté dans nombre de poèmes qui se lisent de la même façon disposés en vers ou en prose, ou peuvent se découper selon différentes métriques : à l'oreille, on ne fait la différence que si l'on marque la fin des vers, ce qui n'a pas lieu d'être

au total, c'est comme si les vers correspondaient aux mesures en musique, et à la signature rythmique (3/4, 4/4, 6/8...), dont on s'affranchit par syncope ou par des phrases polyrythmiques (du 3 pour 4, 4 pour 5, etc comme dans le jazz et à partir de Thelonious Monk particulièrement), une polyrythmie que l'on trouve... chez Flaubert

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