PATLOTCH / COMMUNISME / un ART de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES, ÉCOLOGISTES... et POÉTIQUES !
 
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 de LA MARCHANDISE EN SA FABRIQUE, avec ou sans FÉTICHISME, au TRAVAIL LIBÉRÉ par le COMMUNISME et aux valeurs d'échange communistes

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Patlotch



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MessageSujet: de LA MARCHANDISE EN SA FABRIQUE, avec ou sans FÉTICHISME, au TRAVAIL LIBÉRÉ par le COMMUNISME et aux valeurs d'échange communistes   Jeu 12 Oct - 14:43


ce que vous n'avez jamais voulu savoir ni même vous demander

un fétichisme du concept : l'objet n'existe pas matériellement

une aporie majeure de la théorie communiste radicale

ce n'est pas ici de la fabrique conceptuelle de la marchandise qu'il sera question, celle que Marx a construite dans les premières pages du capital et poussée jusqu'à la critique du fétichisme de la marchandise*, c'est de sa fabrique, de sa production matérielle, telles qu'en sont pleines les pages du Capital, et le plus souvent vides les textes théoriques actuels

* cf France Culture : Le Capital de Karl Marx (3/4) Le fétichisme de la marchandise 11/10/2017


classe et classes de la pensée pure

pourquoi un tel dédain des choses ? J'ai là-dessus ma petite idée. Les milieux théoriques sont le plus souvent, depuis 1968, de formation littéraire, philosophique, issus de lycées (de garçons à l'époque) dans lesquels il pouvait y avoir un enseignement scientifique, mathématique, mais aucun technique ou technologique. Lycées dans lesquels on était orientés selon la sélection sociale, et où le pourcentage d'enfants d'ouvriers était faible. J'étais moi-même dans un de ces lycées techniques (de garçons) et la question n'a jamais été posée par mes parents qu'il en aille autrement : avoir un futur emploi, c'était forcément dans une branche "solide", le reste était littérature

de même on constate qu'aujourd'hui, les lycées "bloqués" sont des lycées de ce type, malgré la redistribution des enseignements depuis quarante ans (Bergson, Voltaire, Lamartine, Renoir... à Paris), y compris en banlieue (voir les enseignements y compris STMG, du lycée Jean Jaurès à Montreuil)

cet état de fait, concernant les cursus lycéens et étudiants, correspond à l'absence des connaissances et apprentissages pratiques, scientifiques, techniques et technologiques qui sont indispensables à la production matérielle industrielle, y compris des machines supports du cognitif via le numérique, l'informatique, le so called "immatériel", car un ordinateur c'est d'abord du hardware, « Ensemble de l'équipement matériel, mécanique, magnétique, électrique et électronique, qui entre dans la constitution d'un ordinateur, ou des machines de traitement de l'information en général » : Qui fabrique vraiment nos PC ?


robinsonnades en marmites de l'avenir

autrement dit, à l'absence du prolétariat industriel dans des luttes de rupture correspond l'absence du matériel dans la production théorique radicale, et la tendance à l'utopie romantique pour ce qui concerne la description d'un monde post-capitaliste débarrassé des contraintes de la production matérielle. Certains vont jusqu'à dire qu'il n'y aura plus de "produits", mais n'abordent jamais la question de savoir comment l'on fabriquera, dans un « flux d'activités immédiates entre individus », sans usines ni ouvriers ni professions qualifiées, des chaussures, des moyens de transport, de l'électricité ou de l'eau potable et leur distribution, comment l'on transformera en aliments comestibles la production agricole, etc. Les exemples qu'ils donnent ne sont rien d'autres, pour reprendre Marx, que des "robinsonnades", et quand ils les critiquent les de l'autonomie sous le capitalisme, c'est pour mieux promouvoir leurs robinsonnades post-capitalistes

le concept contre la chose

il faut absolument que leurs démonstrations soient le plus abstraites et générales possibles, sans quoi ça ne marche pas. Et même ainsi, ça ne marche qu'aux yeux de qui ne se pose jamais ces questions bassement matérielles. À l'inverse, ces spéculations ne peuvent intéresser ceux qui ont, en la matière, la tête sur les épaules, dont nos intellos révolutionnaires pensent bien sûr qu'ils sont des bourrins, et qu'il faut résister à leur "réalisme", qui ne serait qu'idéologie (l'idéologie, c'est toujours celle des autres). À mon avis, c'est ce qui rend si peu crédible toute cette théorisation et qu'elle rencontre, dans sa "solitude", si peu d'intérêt chez tous les producteurs réels de plus-value dont ils font tant de cas, sans jamais les écouter

la division du travail redoublée

ce n'est certes rien d'autre qu'un effet de la division du travail entre "intellectuel" et "manuel", mais qui se redouble d'une domination de la pensée abstraite de ceux qui ne font pas sur les activités intellectuelles de production matérielle, domination dans laquelle "la race des professeurs" prédomine, qui n'interroge jamais sa position de classe. Autrement dit, c'est l'idéologie dominante au sein même de celle qui prétend la combattre

disant ceci, je ne suis pas plus anti-intello qu'anti-universitaire, opposant qui fait et qui pense, mais contre les intellectuels qui pensent mal parce qu'ils sont de la race qui ne fait pas


mon objet est ici de parler de la fabrique matérielle sous le capital, aujourd'hui : comment et par qui sont réalisés ces objets dont nous nous servons tous les jours pour vivre ?

comment fabrique-t-on...?



« La philosophie est au monde réel ce que la masturbation est au sexe.»

Marx


produire pour le capital vs produire pour le communisme

L’industrie au quotidien : comment sont fabriqués les sièges automobiles en cuir ?
afpa 28 octobre 2015

Vélos, toboggans, cannes à pêche, prothèses médicales, habillage pour les voitures et les transports en commun, aménagement pour les cabines d’avion, peinture, parfums, DVD, écrans plasma… tous ces objets de notre quotidien sont pensés et conçus par les professionnels de l’industrie. Aujourd’hui, Eric Oulhen, formateur sellier garnisseur et 3eme génération d’artisan sellier-garnisseur, nous explique la conception d’un siège automobile en cuir.

Citation :
La sellerie, kesako ?

Le métier de sellier se décline en 4 spécialités : sellier bourrelier, sellier garnisseur, sellier harnacheur et sellier maroquinier. L’automobile, le nautisme, l’aéronautique,  les loisirs et  le secteur du plein air ont souvent recours à des selliers. Les ateliers sont pour la plupart industriels, sauf ceux de l'automobile de luxe qui exécutent le travail à la commande et sur mesure.

Focus sur la sellerie automobile

Le sellier garnisseur est un ouvrier qualifié qui confectionne, à l'unité ou en petites séries, des sièges, des habillages, aménagements intérieurs pour les véhicules automobiles ainsi que des capotes de cabriolets.

Les grands constructeurs automobiles proposent deplus en plus souvent des garnitures cuir partielles ou totales des sièges de l’habitacle ou d’éléments comme le volant, la planche de bord, contreportes… Les marques de luxe (Ferrari, Bentley, Maserati…) utilisent des cuirs de très grandes qualités pour leurs modèles exclusifs. Certains modèles nécessitent jusqu’à plus de 10 peaux.

Un marché de niche : celui des collectionneurs qui ne demandent que du sur-mesure et nécessite beaucoup de préparation.  « La demande ne cesse de d’augmenter mais il y a de moins en moins d’artisans », déclare Eric Oulhen.

Comment est fabriqué un siège automobile en cuir ?

Cahier des charges et gabarit

« Le client nous transmet un cahier des charges qui porte essentiellement sur la sécurité et l’ergonomie. A partir de ce cahier des charges, un prototype est réalisé. S’il convient aux clients, un gabarit est conçu », explique Eric Oulhen.

Le sellier-garnisseur  découpe le gabarit sur les peaux de cuir. Après avoir placé la mousse sur l’ossature ou éventuellement la carcasse le sellier prend une toile blanche et lui fait épouser la forme à habiller. La toile blanche étant souple suit fidèlement les galbes. Le sellier peut utiliser aussi du papier kraft pour cette opération.

Choix des matériaux

Cuir, cuir perforé, cuir Alcantara, skaï mais aussi pour les véhicules haut de gamme, des peaux exotiques comme le crocodile… « Il faut que cela soit hors-norme. »

Confection

Dans les grandes entreprises, le sellier-garnisseur fait appel à une couturière qui lui fabrique une série de 20 à 30 pièces.  « Un accoudoir est fabriqué en 20/30 minutes ; un siège baquet peut prendre 8 heures », précise Eric Oulhen.  

Dans une petite entreprise, le sellier-garnisseur assemble lui-même les pièces de cuir, ajoute des morceaux de mousse. « La mousse peut être plus ou moins dure. Maintenant, et notamment sur les Twingo, on utilise de plus en plus de mousse injectée, déjà formée, qui ne nécessite aucune couture. C’est un manque à gagner pour la profession. »

En plus de la couture simple, un sellier-garnisseur peut procéder à la couture rabattue, la double couture ou le passepoil, des types de couture plus esthétiques.

Garnissage et finitions

Le sellier-garnisseur rend au siège sa forme d’origine en tirant, tendant le cuir afin qu’il épouse parfaitement la forme du siège et d’amener les coutures à leurs emplacements exacts. La finition des coutures est un travail très rigoureux.

Les coutures ne doivent pas se détériorer au fil des années.

Le sellier-garnisseur peut être amené à réaliser une teinture. Pour redonner de la souplesse à des intérieurs fatigués, il utilise de la graisse ou del’ huile pied de bœuf.

Contrôle et remontage

Le sellier-garnisseur contrôle son travail et effectue le montage. « Ce n’est pas un métier alimentaire. C’est presque un métier d’art. Il faut avoir le goût du travail bien fait et parfois accepter de recommencer de A à Z. »

la science au service du capital

une chose n'est pas dite, c'est que dans l'industrie, toute production fait l'objet d'un calcul économique de rentabilité (donc en gros le profit moyen escompté), qui détermine la qualité de fabrication, le nombre de pièces considérées "bonnes" entre des limites fixées, qui feront sa fiabilité et sa durée prévisible dans le temps, et donc, à l'inverse son « obsolescence programmée », le prix et la durée de la "garantie" étant fixés en conséquence

le cadre-ingénieur producteur de plus-value

cela fait appel à des connaissances poussées en statistiques et probabilités, en métrologie, et en réglage de machines plus ou moins perfectionnées et pilotées par des ouvriers ou techniciens plus ou moins qualifiés. C'est de tels cours que j'avais quand j'étais élève-ingénieur à l'Ecole supérieure de micro-mécanique et mécanique de précision de Besançon, où je ne suis resté qu'un an, peu empressé de gagner ma vie au service des patrons : notons qu'ici ce n'est pas la fonction d'encadrement qui est en cause, mais la fonction de producteur de plus-value des cadres non ouvriers. Je ne sais pas si l'on peut parler dans ce cas de sursalaire, puisque la production de plus-value est bien réelle, comme dans la production en amont de robots remplaçant le travail humain, qui eux n'en produisent pas

la science au service de la révolution ?

on peut imaginer (parlant de production sans productivité Bruno Astarian l'a fait - j'y reviendrai à partir d'une critique superficielle de Temps Critiques) que dans une société libérée des contraintes de la productivité et dans une certaine mesure du temps passé à produire des objets, il n'y aura plus d'intérêt à les fabriquer en prévoyant et programmant leur usure pour qu'ils soient à plus ou moins court terme remplacés, relançant production et consommation du marché capitaliste. On peut même envisager que le calcul de probabilités soit mis au service d'une production plus efficiente sur des critères de temps, pénibilité, et durée d'usage

je ne sais pas ce qu'en penseront les vaches du futur, mais l'utilisation du cuir devrait plutôt se généraliser, et coûter à la longue moins de temps de travail global, ce qui à qualité et quantité égale peut aboutir à une diminution du temps de travail pour chacun.e


anciennes tanneries à Roanne, ma bonne ville







Dernière édition par Patlotch le Lun 12 Fév - 20:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: de LA MARCHANDISE EN SA FABRIQUE, avec ou sans FÉTICHISME, au TRAVAIL LIBÉRÉ par le COMMUNISME et aux valeurs d'échange communistes   Jeu 12 Oct - 18:41


produire, c'est chocolat ?

n'ayant pas la télévision, je ne saurais l'assurer, mais il me semble que peu d'émissions portent sur la fabrication des objets, de la nourriture, et quand elles existent s'en tiennent à la technologie et aux méthodes. Cela traduit sûrement le peu d'empressement du patronat à montrer ce qui se passe dans ses usines, ou seulement à travers des visites "guidées"

Comment c'est fait (How It's Made en anglais) est un documentaire télévisé canadien diffusé pour la première fois aux États-Unis sur Science Channel en 2001, au Canada sur Discovery Channel Canada et au Québec sur Ztélé.



j'ai pu dans les années 60 visiter la chocolaterie de Casino, à Saint-Étienne. Le souvenir qu'il m'en reste est l'odeur et les vapeurs insupportablement écœurantes du chocolat chaud dans certains ateliers, et que le personnel y était essentiellement féminin. J'ignore si c'est nuisible à la santé, si les ouvrières mangeaient du chocolat à leurs heures de loisir, et si elles fabriquaient des gâteaux au chocolat pour le dimanche en famille


Citation :
Le personnel syndiqué de la chocolaterie de Noisiel réuni en A.G. le 28 janvier 1906 envoie, à l'occasion du renouvellement de l'année au journal le Briard, l'expression de sa gratitude et de sa vive reconnaissance pour la campagne qu'il a menée en faveur des ouvriers de la dite chocolaterie au point de vue de leur émancipation sociale et pour la part qu'il prend a défendre les intérêts des travailleurs par l'action syndicale, seul moyen capable d'amener l'amélioration de leur sort et le respect des libertés ouvrières.
Le secrétaire Émile Jannet





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MessageSujet: Re: de LA MARCHANDISE EN SA FABRIQUE, avec ou sans FÉTICHISME, au TRAVAIL LIBÉRÉ par le COMMUNISME et aux valeurs d'échange communistes   Jeu 12 Oct - 19:16


et l'acier fut trempé







le travail c'est la santé



Italie : le géant national de l'acier dans le collimateur de Bruxelles

latribune.fr  20/01/2016

Les émissions toxiques du site de Terente, dans les Pouilles, semblent avoir favorisé des taux anormalement élevés de cancers dans la région. Une procédure pénale est en cours. (Crédits : Reuters)

Citation :
Le sidérurgiste ILVA va faire l'objet d'une enquête approfondie de la Commission européenne, afin de déterminer si 2 milliards d'euros d'aides d'Etat dont il a bénéficié respectent le droit de la concurrence. Par ailleurs, le parquet italien attribue au moins 400 décès à l'aciérie de Tarente, l'une des plus polluantes d'Europe. En outre, le groupe, en difficultés financières, cherche un repreneur.

Le groupe sidérurgique ILVA, dont l'usine de Tarente (dans les Pouilles) est accusée d'être l'une des plus polluantes d'Europe, sera au centre d'une enquête approfondie de l'UE. Mais non pas sous le prisme du respect du droit de l'environnement. Bruxelles vérifiera plutôt si l'aide d'Etat accordée à l'entreprise par l'Italie est conforme aux règles de la concurrence, a annoncé la Commission européenne mercredi 20 janvier.

La Commission compte "examiner en particulier si les mesures facilitant l'accès d'Ilva à un financement en vue de la modernisation de son aciérie de Tarente confèrent à l'entreprise un avantage indu dont ne bénéficient pas ses concurrents".

"Compte tenu des problèmes de surcapacité que connaît le secteur sidérurgique de l'Union, les règles de l'UE en matière d'aides d'État autorisent uniquement les mesures de nature à promouvoir la compétitivité et l'efficience de la sidérurgie à long terme, et non le soutien aux producteurs en proie à des difficultés financières", précise la Commission européenne dans un communiqué.

De nombreuses plaintes

Les mesures visées par l'enquête représentent environ deux milliards d'euros de financements susceptibles d'avoir bénéficié d'un soutien de l'Etat. Ce montant regroupe des garanties publiques sur des prêts, ainsi que des lois accordant aux créanciers d'Ilva une priorité absolue de remboursement en cas de faillite et assurant au groupe l'accès à des fonds saisis dans le cadre d'une procédure pénale en cours visant ses actionnaires. La Commission dit avoir reçu de nombreuses plaintes contre ces différentes aides.

L'ouverture d'une enquête approfondie par la Commission européenne permet aux tiers intéressés de présenter leurs observations sur les mesures soumises à examen. Elle ne préjuge en rien de l'issue de la procédure.

16.000 emplois en cause

Confrontée, comme d'autres groupes sidérurgiques européens, à une concurrence violente de leurs rivaux chinois, Ilva a été placée sous administration judiciaire en 2013, après la saisie par la justice de 8,1 milliards d'euros détenus par ses actionnaires, la famille Riva, sur fond d'allégations selon lesquelles les émissions toxiques du site favorisaient des taux anormalement élevés de cancers dans la région de Tarente, dans les Pouilles. L'Etat a repris le site l'an dernier pour sauver ses quelque 16.000 emplois et gérer la dépollution.

Le 5 janvier dernier Rome a lancé la procédure visant à trouver un repreneur au groupe. Le directeur général Massimo Rossini, qui avait été chargé par les trois administrateurs nommés par le gouvernement de remettre l'entreprise sur pied avant de lui trouver un repreneur, a quitté son poste mardi. Le Commissaire européen à la Concurrence, Margrethe Vestager, a souligné approuver la démarche, en déclarant que "la meilleure garantie pour assurer un avenir durable à la production sidérurgique dans la région de Tarente est la vente des actifs d'Ilva à un acquéreur qui les mette à niveau pour leur permettre de respecter les normes environnementales et qui les exploite à des fins productives".

400 décès au moins

Le parquet italien attribue au moins 400 décès à l'aciérie de Tarente, la plus grande d'Europe. A ce propos, l'UE a d'ailleurs précisé:

"Compte tenu de la nécessité impérieuse de décontaminer l'installation d'Ilva à Tarente, la décision de la Commission prévoit également des mécanismes qui permettent à l'Italie de procéder immédiatement à des mesures de dépollution".

Seule condition exigée par la Commission: que les frais engagés soient par la suite remboursés par le pollueur. L'Italie est en train de la formaliser par décret.

Des relations déjà tendues

L'enquête survient au moment où les relations sont déjà tendues entre le chef du gouvernement italien Matteo Renzi et la Commission européenne, notamment à propos de la flexibilité budgétaire et de la crise migratoire. D'un côté comme de l'autre, on a donc tenu à rassurer.

Margrethe Vestager, a déclaré: "Nous collaborerons avec l'Italie afin de dépasser nos inquiétudes actuelles". La ministre italienne du Développement économique, Federica Guidi, a pour sa part réagi en promettant que "l'Italie allait continuer à collaborer avec la Commission européenne pour démontrer que ses interventions sur Ilva sont correctes".


Citation :
Voici un livre mythique de la littérature soviétique. Il nous raconte la vie aventureuse du jeune Pavel Kortchaguine emporté par les événements de la révolution d'Octobre. Il participe à la guerre civile contre les armées blanches, connaît des amours contrariées, et sa vie brûle au feu de l'action. Et l'acier fût trempé est le livre du romantisme révolutionnaire. Introuvable en France depuis de nombreuses années, c'est un roman qui a profondément marqué des générations de lecteurs. Son auteur, Nicolas Ostrovski, qui écrivit ce roman dans les années trente, fut également un des acteurs de cette révolution (à quinze ans, il entre dans la cavalerie rouge de Boudienny). Il meurt à trente-deux ans, aveugle et paralysé, après avoir écrit deux romans majeurs, celui-ci et Enfanté par la tempête.

à défaut de comprendre le russe, un excellent documentaire photos



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MessageSujet: Re: de LA MARCHANDISE EN SA FABRIQUE, avec ou sans FÉTICHISME, au TRAVAIL LIBÉRÉ par le COMMUNISME et aux valeurs d'échange communistes   Jeu 12 Oct - 21:16


la voiture du voisin, avant l'émeute


certains propos des techniciens, dans cette vidéo, sont un chef-d'œuvre d'admiration béate, sans le moindre recul critique. Bref un must de fétichisme de l'objet et de la marchandise et de sa production. On regrette Charlot...


"Le pauvre et le prolétaire"
Roland Barthes Mythologies 1957


Roland Barthes a écrit:
Le dernier gag de Charlot, c'est d'avoir fait passer la moitié de son prix soviétique dans les caisses de l'abbé Pierre. Au fond, cela revient à établir une égalité de nature entre le prolétaire et le pauvre. Charlot a toujours vu le prolétaire sous les traits du pauvre : d'où la force humaine de ses représentations, mais aussi leur ambiguïté politique. Ceci est bien visible dans ce film admirable, Les temps modernes. Charlot y frôle sans cesse le thème prolétarien, mais ne l'assume jamais politiquement; ce qu'il nous donne à voir, c'est le prolétaire encore aveugle et mystifié, défini par la nature immédiate de ses besoins et son aliénation totale aux mains de ses maîtres (patrons et policiers).

Pour Charlot, le prolétaire est encore un homme qui a faim : les représentations de la faim sont toujours épiques chez Charlot : grosseur démesurée des sandwiches, fleuves de lait, fruits qu'on jette négligemment à peine mordus; par dérision, la machine à manger (d'essence patronale) ne fournit que des aliments parcellés et visiblement fades. Englué dans sa famine, l'homme-Charlot se situe toujours juste au-dessous de la prise de conscience politique: la grève est pour lui une catastrophe parce qu'elle menace un homme réellement aveuglé par sa faim; cet homme ne rejoint la condition ouvrière qu'au moment où le pauvre et le prolétaire coïncident sous le regard (et les coups) de la police. Historiquement, Charlot recouvre à peu près l'ouvrier de la Restauration, le manœuvre révolté contre la machine, désemparé par la grève, fasciné par le problème du pain (au sens propre du mot), mais encore incapable d'accéder à la connaissance des causes politiques et à l'exigence d'une stratégie collective.

Mais c'est précisément parce que Charlot figure une sorte de prolétaire brut, encore extérieur à la Révolution, que sa force représentative est immense. Aucune œuvre socialiste n'est encore arrivée à exprimer la condition humiliée du travailleur avec autant de violence et de générosité. Seul Brecht, peut-être, a entrevu la nécessité pour l'art socialiste de prendre toujours l'homme à la veille de la Révolution, c'est-à-dire l'homme seul, encore aveugle, sur le point d'être ouvert à la lumière révolutionnaire par l'excès «naturel» de ses malheurs. En montrant l'ouvrier déjà engagé dans un combat conscient, subsumé sous la Cause et le Parti, les autres œuvres rendent compte d'une réalité politique nécessaire, mais sans force esthétique.

Or Charlot, conformément à l'idée de Brecht, montre sa cécité au public de telle sorte que le public voit à la fois l'aveugle et son spectacle; voir quelqu'un ne pas voir, c'est la meilleure façon de voir intensément ce qu'il ne voit pas : ainsi au Guignol, ce sont les enfants qui dénoncent à Guignol ce qu'il feint de ne pas voir. Par exemple, Charlot dans sa cellule, choyé par ses gardiens, y mène la vie idéale du petit-bourgeois américain : les jambes croisées, il lit son journal sous un portrait de Lincoln, mais la suffisance adorable de la posture la discrédite complètement, fait qu'il n'est plus possible de s'y réfugier sans remarquer la nouvelle aliénation qu'elle contient. Les plus légers engluements sont ainsi rendus vains, et le pauvre est sans cesse coupé de ses tentations. En somme, c'est pour cela que l'homme-Charlot triomphe de tout : c'est parce qu'il échappe de tout, rejette toute commandite, et n'investit jamais dans l'homme que l'homme seul. Son anarchie, discutable politiquement, représente en art la forme peut-être la plus efficace de la révolution.




« la bouteille représente le temps de travail...»



chaud devant



Shocked

Usine de fabrication de godemichet en verre
vidéo ina.fr 1988

Citation :
Dans l'usine de MONSIEUR MAX en banlieue parisienne les ouvriers s'atellent à la fabrication de godemichets. On découvre ainsi toutes les étapes de façonnage de cet objet.

affraid

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MessageSujet: Re: de LA MARCHANDISE EN SA FABRIQUE, avec ou sans FÉTICHISME, au TRAVAIL LIBÉRÉ par le COMMUNISME et aux valeurs d'échange communistes   Sam 14 Oct - 16:13


13 octobre


le travail comme libre activité de création pour tous

à ce stade de notre visionnage, que pouvons-nous dire ? Rien de surlecutant pour la théorie communiste de « l'abolition du travail », dès lors que dans ce mot on enferme le concept du travail exploité, du travail salarié, du travail aliéné, et de la séparation du producteur de son produit dans l'économie capitaliste

remplacer le mot travail par activité ne change pas le fait que beaucoup se réalisent dans leur travail, qu'ils soient ou non exploités, et qu'une des plus grandes souffrances du travail, privation de travail, est de ne plus se sentir utile à rien, même si en cela on se trompe, puisqu'au-delà du besoin d'argent, on peut toujours créer

on perçoit, comme avec prolétariat, l'enfermement du concept dans le mot, un nominalisme, et partant de là, l'impossibilité d'ouvrir certains débats tabous dans le milieu radical, et de celui-ci à débattre en dehors de lui-même, car on ne peut discuter avec qui réagit devant un mot en chien de Pavlov du langage



Bruno Astarian a écrit:
Le fait que depuis quelques décennies, depuis les luttes des années 1960-1970, on a pu commencer à envisager le communisme sans travail – ce qui ne veut pas dire sans production. La grande différence est là.

La valeur et son abolition. DDT21 5 septembre 2017

on en viendrait presque à avoir des scrupules à nommer travail ce que l'ont fait avec plaisir, cuisiner, bricoler, jardiner, écrire des poèmes... Et si l'on dit labeur, aura-t-on changé le problème ? J'utilise œuvrage, ça vaut ce que ça vaut...

on évitera le culot de comparer le plaisir naïvement cynique voire sadique du management, perceptible dans les interviews des cadres sur la fabrique de l'usine automobile, avec l'amour du travail bien fait chez les artisans ou ouvriers professionnels. Dans la communauté humaine réalisée par le communisme, il faut espérer que les individus prendront du plaisir, non pas à travailler, mais à ouvrager bien au service de tous


Marx a écrit:
Le travail est de prime abord un acte qui se passe entre l’homme et la nature. L’homme y joue lui-même vis-à-vis de la nature le rôle d’une puissance naturelle. Les forces dont son corps est doué, bras et jambes, tête et mains, il les met en mouvement afin de s’assimiler des matières en leur donnant une forme utile à la vie. En même temps qu’il agit par ce mouvement sur la nature extérieure et la modifie, il modifie sa propre nature et développe les facultés qui y sommeillent. Nous ne nous arrêterons pas à cet état primordial du travail où il n’a pas encore dépouillé son mode purement instinctif. Notre point de départ c’est le travail sous une forme qui appartient exclusivement à l’homme. Une araignée fait des opérations qui ressemblent à celles du tisserand, et l’abeille confond par la structure de ses cellules de cire l’habileté de plus d’un architecte. Mais ce qui distingue dès l’abord le plus mauvais architecte de l’abeille la plus experte, c’est qu’il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche. Le résultat auquel le travail aboutit préexiste idéalement dans l’imagination du travailleur. Ce n’est pas qu’il opère seulement un changement de forme dans les matières naturelles ; il y réalise du même coup son propre but dont il a conscience, qui détermine comme loi son mode d’action, et auquel il doit subordonner sa volonté.

nous nous y arrêterons, à cet état du travail mais sans le considérer comme purement instinctif. C'est d'ailleurs ce que Marx a fait à plusieurs reprises, et sans quoi l'on ne sait plus ce qu'il critique dans le travail exploité et aliéné. Pour lui le travail est aliéné lorsqu'il n'est pas « libre activité physique et intellectuelle [...], qu'il est le moyen de satisfaire des besoins en dehors du travail » et :

Marx a écrit:
Dans une phase supérieure de la société communiste, quand auront disparu l'asservissante subordination des individus à la division du travail et, avec elle, l'opposition entre le travail intellectuel et le travail manuel ; quand le travail ne sera pas seulement un moyen de vivre, mais deviendra lui-même le premier besoin vital ; quand, avec le développement multiple des individus, les forces productives se seront accrues elles aussi et que toutes les sources de la richesse collective jailliront avec abondance, alors seulement l'horizon borné du droit bourgeois pourra être définitivement dépassé et la société pourra écrire sur ses drapeaux « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ! »

Gloses marginales au programme du Parti Ouvrier allemand, 1875

14 octobre

y aurait-il, dans le travail, l'activité de travail, le rapport au travail, une part qui ne se laisse pas aliéner ? Oui et non, puisqu'on l'a vu, cet "amour du travail bien fait" participe en même temps d'une aliénation, la rendant plus douce, jusqu'à devenir raison de vivre : trouver un travail "intéressant", etc.

autrement dit, sous cet angle de l'intérêt pris à toute activité de création, sortir du travail capitaliste serait en abolir la part dont le besoin est "en-dehors", dans la création de valeur


il ne s'agit donc pas tant d'abolir le travail que la valeur
en tant que le travail est le moyen de l'obtenir


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Patlotch



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MessageSujet: Re: de LA MARCHANDISE EN SA FABRIQUE, avec ou sans FÉTICHISME, au TRAVAIL LIBÉRÉ par le COMMUNISME et aux valeurs d'échange communistes   Dim 15 Oct - 11:47


le charme persistant de la vulgate marxiste

texte très intéressant que j'utiliserai comme antithèse "marxiste" (et marxienne) de ce que j'ai soutenu précédemment. L'auteur commence très fort par soutenir une connerie concernant LE langage comme n'étant que le "langage bourgeois", comme on le disait de la science. Et donc le mot "travail" n'a qu'un sens, celui, ne manque pas de rappeler ce perçant "Oeil de faucon", de son étymologie : travail = torture

et l'on verra que sur cette sentence s'enfilent toutes les perles qui suivent, Marx et Engels à la rescousse, à qui ainsi cités hors contexte on peut faire dire tout et son contraire. Problème : le nominalisme n'est pas la dialectique, et les sens du mot travail, les langages y compris les mots des prolos lui disent "merde !"


Activité humaine contre travail

Œil de faucon Les7duQuébec 13 octobre 2017

« Il ne s’agit pas d’affranchir le travail, mais de le supprimer. »
– Karl Marx –

je souligne en gras et commente en bleu. On a un brassage de considérations marxiennes toujours justes avec une série d'affirmations qui ne tiennent la route que par un usage idéologique du langage. Généralement, ça fonctionne à merveille, les militants peuvent asséner des notions simplistes, qu'ils sont les seuls à croire, s'étonnant que le prolétariat ne les suivent pas : où est le véritable mépris ?
Citation :
Le mot « travail » est la dénomination bourgeoise pour « activité humaine »

Le langage, comme toute sphère de la société bourgeoise, est déterminé par le capital. Le langage est fondamentalement le langage de la classe dominante, le langage bourgeois. On peut définir celui-ci comme la suprématie de l’idéologie bourgeoise s’exerçant dans la manière même de communiquer. [ça c'est de la linguistique "prolétarienne" !] Le langage bourgeois est l’échange verbal qui se fait à l’aide des signes offrant le plus de commodités à la perpétuation de la domination de classe de la bourgeoisie. Ainsi, le mode de communication régnant réussit dans une large mesure à nous imposer ses limites. Comme il ne peut s’agir actuellement de réinventer un langage qui ne pourrait être basé que sur une nouvelle compréhension des rapports humains, nous sommes par conséquent continuellement obligés de démasquer la perfidie des mots et de les redéfinir de la même manière que se redéfinissent les concepts. [autrement dit, c'est la novlangue. À un seul sens qu'auraient les mots sous le capital, on va opposer "le nôtre", tout aussi unique, et idéologique]

Le mot « travail » est l’exemple parfait, total de la falsification des consciences humaines. Alors que l’homme s’est toujours défini, exprimé, réalisé au travers de son activité vitale (qu’est-ce que la vie sinon l’activité ?), alors que la réalisation de l’homme ne peut que passer par la matérialisation de cette activité vitale (la création d’objets, d’idées, …), le système marchand va enfermer cette activité dans la forme « travail ». [tout travail est activité, mais toute activité humaine n'est pas travail, et même "l'idéologie dominante" ne le prétend pas] Le capital universalisera cette forme en en faisant sous son aspect salarié, le rapport dominant de la planète. Ainsi, aujourd’hui, en étant l’unique possibilité de survie de l’immense majorité des personnes, la seule manière d’exister pour le prolétariat, la forme « travail » devient aussi l’activité vitale centrale de l’homme, l’activité universelle, celle autour de laquelle tout tourne. [ça c'est vrai, mais ne tient pas qu'au sens du mot travail par le "langage bourgeois". Il s'agirait au demeurant de "faire le tour du monde" (Pierre Legendre) du concept travail et des mots pour le dire dans les différentes langues. On aurait quelques surprises avec la pauvreté de l'opposition travail/activité] Le travail étant devenu l’activité essentielle de l’homme, l’activité la plus importante, la bourgeoisie nous explique l’essence de l’homme comme étant le travail.

Voilà comment le mot « travail » (1) qui ne désigne en fait qu’une forme bien particulière de l’activité humaine [ah bon, mais le mot travail ne désigne que celui du capital... C'est vraiment prendre les gens et les prolos en particulier pour des imbéciles. Heureusement que les "marxistes" sont là], résonne aujourd’hui aux oreilles de tout un chacun comme le synonyme complet d' »activité », puisque pour la majorité des hommes, le travail est effectivement devenu dans la réalité, la totalité de leur activité ! Dès lors, « agir » signifie « travailler » et « être actif » se comprend comme « être travailleur », c’est-à-dire d’un bon rendement ! [évidemment, quand on utilise "travailler" en ce seul sens, on obtient "les travailleurs", un syllogisme de plus] L’hypocrisie et le cynisme du langage bourgeois culminent dans des expressions telles que « faire travailler l’argent », image d’une richesse hermaphrodite, se reproduisant de par elle-même, comme si derrière l’argent ne se trouvaient pas les bras, la sueur et le sang de ceux à qui l’on extorque la plus-value, seule source d’enrichissement des capitalistes.

Il faut donc, lorsque l’on parle de « travail », comprendre en quoi l’utilisation de ce terme détermine une catégorie, une forme bien précise de production de l’activité humaine, intrinsèquement liée au système marchand; il faut comprendre le travail comme étant la production de l’activité humaine en tant qu’activité étrangère à l’homme, à la manifestation de sa vie et à la conscience qu’il a de sa vie; c’est l’homme réduit à l’état de travailleur.


« Le travail est l’acte d’aliénation de l’activité humaine pratique »
(Marx – Manuscrits de 1844)

Le travail n’est pas autre chose que l’expression de l’activité humaine dans le cadre de l’aliénation, l’expression de la manifestation de la vie comme extraénisation de la vie, dépossession de son être. [la confusion continue entre toute forme de travail, tous sens du mot travail, et travail exploité, aliéné, salarié. Avec cette méthode, on peut tout démontrer] Le caractère aliéné du travail apparaît de différentes façons et tout d’abord au travers de l’objet créé : celui-ci, en effet, n’appartient pas à l’ouvrier. Alors que le résultat de la production humaine devrait se définir comme l’affirmation de l’homme, le moyen de reconnaissance par l’autre de sa propre personne humaine, le travail rend l’homme étranger à son produit, celui-ci lui faisant face et s’opposant à lui. L’ouvrier est dessaisi de l’objet qu’il crée. Contraint de vendre sa force de travail, il met sa vie dans l’objet et cette vie ne lui appartient plus désormais. L’extraénisation du travail est bien la nécessité pour le prolétaire de vendre sa force de travail afin de produire une marchandise qui lui est totalement étrangère. L’ouvrier ne peut tirer aucune satisfaction du résultat de son travail. [si, justement, la satisfaction du "travail bien fait", quoi qu'elle porte comme aliénation, elle existe, il suffit de les écouter, les ouvriers] Quand bien même l’objet créé aurait pour lui un intérêt immédiat, il ne peut pas en jouir; [si justement, sans quoi l'on ne consommerait pas toutes ces merdes, jouissance aliénée, mais jouissance réelle] sa réalisation lui est arrachée, elle est soumise aux lois de l’économie marchande. L’absurdité d’un tel état de chose apparaît alors parfois dans toute sa cruelle dimension lorsque des ouvriers travaillant aux pièces par 35°, sans climatisation ni ventilation, apprennent que l’usine pour laquelle ils travaillent produit également des appareils de climatisation vendus avec le slogan: « Les températures estivales ne nuiront pas à votre énergie si vous possédez un climatiseur X »!!!

Mais le prolétaire ne s’est pas seulement rendu étranger l’objet de son activité, il s’est rendu étranger son activité elle-même. L’activité productrice ne lui appartient pas non plus en tant qu’activité libre; en effet, le travail est extérieur à l’ouvrier, mais comme il est la seule activité lui permettant de se procurer les moyens de subsistance en système capitaliste, il est bien obligé, pour survivre, de s’y soumettre. Le travail est donc l’activité non libre par excellence, il ne peut être que contraint et forcé.


« Le caractère étranger du travail apparaît nettement dans le fait que,
dès qu’il n’existe pas de contrainte physique ou autre, le travail est fuit comme la peste. »

(Marx – Manuscrits de 1844)

En travaillant l’ouvrier ne s’affirme donc pas, mais se nie. De la même manière qu’il met sa vie dans l’objet et qu’il en est dépossédé, il abandonne son existence à l’activité de production de cet objet.

Citation :
Si donc le produit du travail est l’aliénation, la production elle-même doit être aliénation en acte, dessaisissement de l’activité, l’activité du dessaisissement. L’aliénation de l’objet du travail n’est que le résumé de l’aliénation, de l’extraénisation, dans l’activité du travail elle-même.
Marx – Manuscrits de 1844

Le travail, l’acte de production en système capitaliste, devient donc pour l’ouvrier, l’activité en tant que passivité, la force en tant qu’impuissance; chaque jour, huit heures d’activité absurde, contraire à l’essence [sic] et à la raison humaines; l’aliénation de soi comme plus haut, l’aliénation de la chose.

Perte de soi, perte de l’objet, reste encore la perte de l’autre. Le travail aliéné rend étranger à l’homme le genre humain (2). Il sépare la vie individuelle de la vie générique. Ce qui distingue l’homme de l’animal est que ce dernier s’identifie directement avec son activité vitale, « il est cette activité. L’homme fait de son activité vitale l’objet de sa volonté et de sa conscience. Il a une activité vitale consciente. » (Marx – Manuscrits de 1844) L’activité vitale de l’homme devenant travail aliéné dans le système marchand, le rapport se renverse dans la mesure où l’ouvrier est obligé de faire de son activité vitale consciente un simple moyen de subsistance, un moyen d’exister. Alors que cette activité vitale consciente se doit d’être l’expression de l’homme en tant qu’élaboration par l’homme d’un monde objectif dans lequel il peut se contempler, se reconnaître, cette production étant sa vie générique active, comme reconnaissance des hommes entre eux, le travail aliéné réduit l’activité vitale de l’homme à la simple production de richesses; il fait de l’activité de l’homme un simple moyen de subsister. Sous le capital, le travail domine l’homme et pas le contraire!


« La conscience que l’homme a de son genre se transforme donc du fait de l’extraénisation,
de telle façon que la vie générique devient pour lui un moyen. »

(Marx – Manuscrits de 1844)

Le travail rend l’homme étranger à lui-même, à son être générique et donc à l’autre, à l’homme en face de lui.

Citation :
Ce qui est vrai du rapport de l’homme à son travail, au produit de son travail et à lui-même, est vrai du rapport de l’homme à l’autre ainsi qu’au travail et à l’objet du travail de l’autre. D’une manière générale, la proposition que son être générique est rendu étranger à l’homme signifie qu’un homme est rendu étranger à l’autre comme chacun d’eux est rendu étranger à l’essence humaine. [Marx était là encore très feuerbachien]
Marx – Manuscrits de 1844

Cette conscience du genre humain, conscience de l’espèce [resic], de l’autre est détruite sous le capital. Les manifestations de solidarité de classe sont la trace et l’ébauche de ce qu’est cette conscience générique de l’homme: l’homme qui comprend que ses intérêts propres passent par ceux de la communauté, l’être humain qui comprend la satisfaction de ses besoins et de ses désirs au travers de la jouissance de l’être collectif. [exemple, sous le capital, il va au bal popu, activité humaine s'il en est]

L’abolition du travail s’exprime sous la forme politique de l’émancipation du prolétariat

Nous venons de voir en quoi l’être humain aliéné par le travail ne s’appartient plus. Mais s’il ne s’appartient plus, il se doit dès lors d’appartenir à quelqu’un d’autre. Si l’activité humaine devient tourment pour l’ouvrier, c’est qu’elle est nécessairement jouissance d’un autre. Au travers du travail aliéné, l’homme ne crée pas seulement un rapport étranger à son produit et à sa production, il engendre également la domination de celui qui ne produit pas, domination qui s’exerce sur son produit, sur son activité productrice et sur lui-même.

Rien ne justifie aujourd’hui que l’activité humaine reste emprisonnée, aliénée, extraénisée, dans la forme « travail », si ce n’est l’intérêt de la classe dominante; le profit que tire la bourgeoisie de sa domination l’empêche de voir plus loin que ses propres intérêts égoïstes. La classe sociale qui libérera l’humanité du travail extraénisé ne peut être que celle qui en subit les effets néfastes, l’émancipation universelle de l’homme dépend de l’émancipation du prolétariat car cette dernière classe se concentre dans son rapport à la production, TOUT l’asservissement de l’homme.


Citation :
Une classe aux chaînes radicales, une classe de la société civile qui ne soit pas une classe de la société civile; un ordre qui soit la dissolution de tous les ordres, une sphère qui possède, par ses souffrances universelles, un caractère universel, qui ne revendique pas un droit particulier parce qu’on n’a pas commis envers elle une injustice particulière, mais l’injustice pure et simple, qui ne peut provoquer à un titre historique, mais seulement à un titre humain, qui ne soit pas en opposition unilatérale avec les conséquences, mais en opposition globale avec les présuppositions de la forme de l’Etat, une sphère enfin qui ne peut s’émanciper sans s’émanciper de toutes les autres sphères et par là les émanciper toutes, qu’en un mot, elle soit la perte totale de l’homme et ne puisse se reconquérir qu’à travers la réacquisition complète de l’homme. La dissolution de la société en tant qu’état particulier, c’est le prolétariat.
Marx – Critique de la philosophie du droit de Hegel

C’est donc au prolétariat que revient la tâche historique de libérer l’humanité du travail et de résoudre une fois pour toutes les antagonismes entre l’homme et la nature, entre l’homme et l’homme, entre son activité et sa jouissance, entre l’individu et l’espèce. [perso, je ne ferais pas trop confiance au "prolétariat" pour me libérer du travail]

A bas le travail !

A la suite de ce développement, on peut peut-être se rendre plus facilement compte en quoi les mots d’ordre syndicalistes et gauchistes de « droit au travail » et de « garantie de l’emploi » sont éminemment réactionnaires et utopiques. Les prolétaires savent que le travail en système capitaliste est le seul moyen de subvenir à leurs besoins et qu’en ce sens, ne pas avoir de travail signifie très clairement crever. On en voudra pour preuve les milliers d’êtres humains assassinés de faim chaque jour. Il faut donc comprendre l’exigence d’un emploi par l’ouvrier comme l’exigence d’une possibilité de se nourrir, de se vêtir et de se reproduire, lui et sa famille. Mais revendiquer du travail pour tous au sein du système bourgeois, c’est faire croire que cela est possible, c’est nier le caractère catastrophique du capitalisme, son non-contrôle sur le mouvement qu’il engendre. Les communistes savent que la revendication du travail pour tous est utopique et ils en prennent pour preuve évidente que si le capital n’est pas parvenu à réaliser le plein emploi au niveau mondial en période de prospérité, on voit mal comment il pourrait satisfaire cette demande en pleine période de crise. Le mot d’ordre est réactionnaire car il correspond à une vue idéalisée du système en place; c’est la négation de la nature contradictoire du capital qui, s’il développe le travail ne peut que développer le chômage, c’est-à-dire le travail au degré zéro; la nature de la dictature du capital est la richesse engendrant la misère. Tous les « économistes » et autres idéologues du travail tenteront de nous expliquer en quoi le travail est nécessaire parce qu’ils confondent production de marchandises et richesses sociales. [dans la société produite par le communisme, le travail ne cesse pas d'être « le premier besoin vital » (Marx), il crée des produits qui ne sont plus des marchandises] C’est là la plus haute hypocrisie que de tenter de nous présenter le travail comme étant l’unique source de richesse. Nous définissons le travail, en tant qu’activité aliénée, extraénisée, comme la perte de l’homme.


Citation :
Le travail lui-même, non seulement dans les conditions présentes mais en général dans la mesure où son but est le simple accroissement de la richesse, je dis que le travail lui-même est nuisible et funeste. [bien lire cette phrase : dans la mesure, ce n'est pas dans toute mesure, ou non-mesure, du temps de travail, entre autres...]
Marx – Manuscrits de 1844

Au lieu du mot d’ordre réactionnaire, « un salaire équitable pour une journée de travail équitable », Marx nous disait déjà d’inscrire le mot d’ordre révolutionnaire: « abolition du salariat ». De la même manière, à la place des revendications de « travail pour tous », nous opposerons le mot d’ordre invariant du programme communiste: « à bas le travail ! ».

Travail, loisirs et communisme


Citation :
Dans toutes les révolutions antérieures, le mode d’activité restait inchangé et il s’agissait seulement d’une autre distribution de cette activité, d’une nouvelle répartition du travail entre d’autres personnes, la révolution communiste par contre, est dirigée contre le mode d’activité antérieur, elle supprime le travail et abolit la domination de toutes les classes en abolissant les classes elles-mêmes.
Marx – L’idéologie allemande

Le communisme détruit le mode d’activité spécifique au système capitaliste : le travail, essence de la propriété privée. En même temps qu’il supprime le travail, il supprime l’organisation des loisirs en tant que complément indispensable au travail aliéné. Il faut comprendre par loisir le temps donné au prolétaire pour refaire sa force de travail. [si "le communisme supprime le travail" comme "premier besoin vital", c'est bien simple, l'humanité crève] Tout comme le salaire représente l’entretien de l’ouvrier et ne peut être considéré que comme le « graissage » nécessaire à la continuité d’un bon fonctionnement des pistons, les loisirs n’ont qu’une utilité, un rôle d’exutoire aux tensions occasionnées durant l’activité-travail. Loisir ne correspond aucunement à temps libre puisqu’il ne peut s’agir pour l’ouvrier que de préparer ses forces, ses énergies, pour un rendement chaque fois plus efficace, pour une exploitation encore plus intense de ses capacités. Les loisirs sont dictés par la nécessité pour le prolétaire d’être au poste et en forme le lundi matin. De par son travail l’homme ne connaît plus le véritable sens de son activité vitale et il ne reproduira pendant ses heure « perdues » qu’une activité « miroir » du travail aliéné, de manière à ce que cette période de son temps, de son activité dite « libre » n’entre pas en contradiction avec la période « travail »; à l’activité extraénisée ne peut correspondre que l’inactivité extraénisée; au travail extraénisé, les loisirs extraénisés. Le capital oppose temps de travail et temps de loisir; il sépare les deux activités tout en les rendant complémentaires. La scolarité prépare déjà cette séparation: « vous êtes ici pour travailler; vous êtes ici pour vous amuser; mais ne faites jamais les deux en même temps! ». Mais l’activité humaine est une totalité. En ce sens, la société communiste n’a rien à voir avec une quelconque société des loisirs, idéalisation du pôle « positif » du système bourgeois. A la séparation travail/loisir, le communisme oppose l’activité vitale qui est jouissance, la jouissance qui est activité. [ah la belle jouissance, opposée romantiquement à tout "réalisme", comme dit Astarian, en quoi la théorie de la communisation ne se différencie pas des fossiles de l'utopie du paradis sur terre, renversement "matérialiste" de la religion]

« L’activité et la jouissance, tant par leur contenu que par leur genre d’origine sont sociales :
elles sont activité sociale et jouissance sociale. »

Marx – Manuscrits de 1844

Dans le communisme primitif, le même mot désignait travail et jeu [ah bon, en toutes langues, ou seulement en gaulois du Québec ?]. De la même manière, le communisme supprime les oppositions entre temps de travail et temps de loisir, entre production et apprentissage, entre ce qui est vécu et expérimenté. Cette description ne résulte aucunement d’une anticipation idyllique, d’une vision idéalisée du futur mais bien du mouvement même de l’histoire et du monde. [pour savoir ce que produira le mouvement de l'histoire, il n'y a pas mieux que nos prophètes et préviseurs marxistes, pas déterministes pour deux sous] Ce mouvement n’est en rien le fruit du hasard, c’est le développement fantastique des forces productives [sic, un marxisme qui date un peu...] qui rend plus actuelles que jamais la possibilité, la nécessité du communisme.

L’abolition du travail en tant qu’activité humaine extraénisée est un point essentiel du programme communiste [ie le programmatisme prolétarien] et le prolétariat accomplira cette oeuvre humaine en s’affirmant comme classe dominante pour nier toutes les classes [c'est la dictature du prolétariat]. Aux quarante heures semaine, aux tortures des levers de matin, à l’angoissante recherche de travail, aux crachats polis des capitalistes qui licencient, aux fins de journée pressurisées et debout dans le métro, à l’abrutissement des heures creuses, aux cadences infernales, aux assassinats de travail, à la propriété privée, nous opposerons notre force, notre connaissance et notre détermination d’une société sans travail, une société communiste assurant pour la communauté la libre disposition du temps comme champ d’épanouissement de l’activité humaine. [beau comme du Jean Ferrat, j'en fera rien]


Citation :
Une autre source de l’immoralité des travailleurs, c’est le fait qu’ils sont des damnés du travail. Si l’activité productrice libre est le plus grand plaisir que nous connaissons, le travail forcé est la torture la plus cruelle, la plus dégradante. Rien n’est plus terrible que de devoir faire, du matin au soir, quelque chose qui vous répugne. Et plus un ouvrier a des sentiments humains, plus il doit détester son travail, car il sent la contrainte qu’il implique et l’inutilité que ce travail représente pour lui-même.
Engels – La situation de la classe ouvrière laborieuse en Angleterre  1854 [c'est 1844, sans quoi on n'aurait pas eu Le Manifeste en 1847]

Notes :
1. L’origine étymologique du mot « travail » provient du latin « trepalium » qui signifie « instrument de torture » ! (cf. Petit Robert). De même « labor » signifie « peine ».

2. Il faut comprendre le genre comme l’homme se comprenant en tant qu’Homme, la conscience que l’individu humain peut avoir de l’espèce humaine.

où l'on perçoit le besoin d'une telle science d'avant-garde, et que nous sommes sans elle tous des cons, c'est qu'aucun, dans son activité de bricoler, cuisiner, écrire, peindre, bref de créer quotidiennement hors de son éventuel travail salarié pour le capital, ne dit jamais : « je retourne à mon activité humaine », mais bel et bien « à mon travail », ou « au boulot »

je ne serais jamais le dernier à considérer avec Marx que « dès qu’il n’existe pas de contrainte physique ou autre, le travail est fuit comme la peste.» À preuve, ce que j'en disais autant dans MABOUL ISIDORE, roman-feuilleton


Patlotch a écrit:
10 D'un débat intérieur vu de l'extérieur

À la question Qu'est-ce qu'être normal ?, Freud répondait : « aimer et travailler ». Pour Nietzsche, le travail salarié constitue « la meilleure des polices », « il tient chacun en bride et s'entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l'indépendance ».

Isidore M dit à Maboul I Va pour aimer, mais travailler,  et quoi encore, aimer travailler !? Maboul I lui répond, la civilisation du manège, la ronde à la folie, c'est l'injonction d'aimer et travailler et le rendre impossible. Ensemble ils en conviennent, calmons-nous, rendons affreux ce qui est à Freud.

37 De l'activité

Isidore Maboul dit que confondre travail et activité est idée d'esclave-esclavagiste. Isidore a remplacé l'ennui de la passivité par l'ennui comme activité, le travail nécessaire par l'activité socialement inutile. Oui, pis-allé individéalisé. L'humanité se libèrera du travail en prenant la mesure de l'activité libre et gratuite, sans la confondre avec le loisir, complément du travail. La bonne mesure à prendre ? Supprimer, non le temps, mais la mesure par le temps. Ne mesurant plus le temps de travail, on n'en pourra plus comparer les quantités, plus de valeur, et, partant, plus d'échange possible, donc plus besoin d'argent. On aura fait mentir le proverbe "Time is money". On ne mesurera pas davantage son temps libre. Le temps humain et l'idée de liberté partiront en voyage la main dans la main, semaine au vent, le pied ! L'avenir passera au présent pour l'éternité.

Isidore est Maboul. Isidore est d'accord.

autrement dit je jouais à l'intérieur du syllogisme marxiste du travail salarié, exploité, aliéné..., mais je ne faisais là qu'un libre travail d'écriture

florilège pour le travail

petit défi : trouver là-dessous l'idéologie dominante du capital, et merci aux "camarades" de ne pas censurer les artistes au travail, ni de faire dire aux mots ce qu'ils ne disent pas toujours ni seulement

“Quant au bonheur établi, domestique ou non...
non, je ne peux pas. Je suis trop dissipé, trop faible.
La vie fleurit par le travail, vieille vérité : moi, ma vie n'est pas assez pesante,
elle s'envole et flotte loin au-dessus de l'action, ce cher point du monde.”
[/b]
Arthur Rimbaud Une saison en enfer 1873

“Relie par des rêves bien dirigés le travail du soir au travail du matin.”

Jules Renard Journal

“Être artiste, c'est une affaire de vocation et de discipline, une discipline de fer.
Être artiste, c'est du travail, du travail, du travail et encore du travail.”

Jean-Louis Murat Le Monde 18 Novembre 2007

“Le travail est l'aliment des âmes nobles.”

Sénèque

“Le travail est pour les hommes un trésor.”
Esope Fables

“Un travail constant vient à bout de tout.”
Virgile Géorgiques

“Je ne crois pas au génie, seulement au dur travail.”
Michel Petrucciani, pianiste de jazz

“Le fruit du travail est le plus doux des plaisirs.”
Vauvenargues Réflexions et maximes

“C'est par le travail que l'homme se transforme.”

Louis Aragon

“Le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin.”
Voltaire Candide ou l'optimisme

et pour ne pas mourir en marxiste idiot : travail, définitions CNRTL



lecture : un peu de théorie

Pour en finir avec la critique du travail , Théorie Communiste 2001, extraits :
TC a écrit:
La critique du travail ne peut avoir d’objet et se justifier elle-même que si elle construit son objet antérieurement aux rapports sociaux, mais alors elle devient purement spéculative ; inversement si ce sont les rapports sociaux historiquement déterminés qu’elle se met à critiquer, elle entre alors en contradiction avec son premier moment de formalisation abstraite de son objet. La critique du travail voudrait le travail comme rapport social antérieurement à tout rapport social. La critique du travail est une impasse.

Premièrement, elle construit un objet d’analyse qui est le travail en soi ; deuxièmement, elle veut déduire de l’analyse de cette activité, qui telle qu’elle l’a posée est une abstraction spéculative, les rapports sociaux contradictoires dans lesquels évoluent les hommes. Cela, soit par un développement contradictoire interne de cette activité, soit de par un caractère irréductible à l’aliénation que, par nature, cette activité posséderait. Les modulations particulières de cette impasse générale aboutissent toutes à la transformation de la critique de la société capitaliste et de son rapport social fondamental, l’exploitation, en critique du travail, critique de l’activité.

Ne confondons pas « le travail aliéné » tel qu’il fonctionne dans les « Manuscrits… » et l’aliénation du travail que l’on retrouvera dans les « Fondements… » ou dans « Le Capital ».
Dans le premier cas, le « travail aliéné » est l’auto mouvement de l’essence de l’homme comme être générique ; dans le second, il n’est plus question d’essence de l’homme, mais de rapports sociaux, historiquement déterminés, dans lesquels le travailleur est séparé en totalité ou en partie de ses conditions de travail, de son produit et de son activité elle-même (la petite production marchande, de par l’échange des produits et donc leur production comme marchandise, est également une aliénation du travail).

Il n’y a ni  contradiction, ni nécessité, de posséder une définition ontologique du travail, pour le considérer simultanément comme « auto production de l’homme » et comme négation de toute « manifestation de soi » pour l’ouvrier, car le travail n’a pas de définition en soi, mais n’est défini que dans la mesure où il est investi par les rapports sociaux, tout comme l’essence de l’homme n’est pas une nature inhérente à chaque individu, mais l’ensemble de ces rapports sociaux. Pour parvenir à nous débarrasser de cette définition « éternelle » du travail

Nous avons vu que le terme de « travail » était ici un abus de langage, même si  « l’éternité » de ce qui est désigné dans cette notion ne souffre aucune contestation. Mais il faut se garder de voir dans la révolution communiste le triomphe, le libre développement enfin réalisé, de ce « travail éternel ». Dans l’abolition du travail, ce qui est aboli, c’est la possibilité d’une production d’un « travail en général » et de sa distinction par rapport aux formes historiques concrètes du travail et par rapport aux travaux particuliers. etc.

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: de LA MARCHANDISE EN SA FABRIQUE, avec ou sans FÉTICHISME, au TRAVAIL LIBÉRÉ par le COMMUNISME et aux valeurs d'échange communistes   Dim 15 Oct - 13:13


les mots pour le dire,
et pour penser de façon critique créatrice

Tristan Vacances : - N'est-ce pas vous, au contraire, qui faites l'idiot en faisant mine de ne pas comprendre ce que disent du travail les marxistes, que tout le monde a bien compris ?

Patlotch : - en êtes-vous certain ? Il ne disent qu'une chose, liée à un sens unique du mot travail, qui réduit considérablement ceux qu'il avait pour Marx. Ce sur quoi j'attire l'attention, c'est que procédant ainsi, par un usage idéologique du langage, d'une part l'on peut démontrer n'importe quoi, d'autre part on ne peut plus parler qu'avec soi-même

on aboutit à un dialogue de sourds, à se couper de tout entendement et de toute possibilité d'intelligence commune, et pire on ne sait plus penser. Je l'ai montré concernant ce qu'est une classe, la constitution en classe qui ne se ramène pas au seul prolétariat, à partir de sa construction par Marx comme sujet révolutionnaire adéquat à son époque

Tristan Vacances : - Où est le problème ?

Patlotch : - il en va de même toutes les fois qu'un concept est porté par un mot du langage courant, les mots classe, race, valeur... en font aussi les frais. On remplace un échange de fond par une dispute de mots auxquels on donne des sens différents. Il va sans dire que nous avons besoin de concepts, la théorie a son langage propre, mais elle a bon dos quand elle s'enfonce à ce niveau de contre-vérités, propres à la rendre ridicule. Et qu'elle s'étonne ensuite d'être "seule"...

s'ils ne sont pas foutus de trouver les mots pour le dire, les militants resteront les dupes stupides d'eux-mêmes. Pour le dire avec Rimbaud, ils ne sont pas près de dérégler tous les sens

Tristan Vacances : - Vous ne les aimez guère...

Patlotch : - ça dépend lesquels, mais beaucoup c'est vrai me foutent les boules, me font chier, et j'ose le dire me font peur. Ils ne me donnent aucun désir de leur "communisme" de la castration mentale ni de leur société du "travail aboli", cette foutaise : je me passerai du mot et ils me trouveront en face, où ils n'auront pas que le capital. Et je continuerai à travailler, sans dieu ni maître, ni patrons, ni militants cons !

Tristan Vacances : - Vous proposez quoi ?

Patlotch : - de partir des sens que les gens donnent à leurs propos, quels que soient les mots qu'ils utilisent, d'entendre derrière les mots, sous les mots, comme un poète, comme un psychanalyste, comme un sociologue, bref, de façon pragmatique en penseur sérieux, pas en coupeur de têtes dépourvus d'oreilles, d'empathie et d'imagination. C'est exactement le comportement des flics et des professeurs face au langage des banlieues

Tristan Vacances : - Vous niez l'existence d'un langage de classe dominant ?

Patlotch : - plusieurs classes plusieurs langages, qui dominent dans leurs milieux et selon les situations. Personne ne parle chez lui comme au boulot, du moins c'est à espérer, mais je défie quiconque de le rapporter à ces simplismes, y compris dans une classe sociale donnée. Écoutez les hommes de la bourgeoisie quand ils se lâchent. Lisez les textes des "révolutionnaires" en tête, pas mieux comme niveau de langage sorti de l'école de la bourgeoisie. Comme retour du refoulé, on fait pas mieux, car il n'y a pas mieux que le langage pour trahir une origine de classe. Je m'avoue incapable d'écrire comme eux et j'en suis fier

je connais des jeunes banlieusards qui sont parfaitement bilingues, peuvent parler un français châtié ou le langage de la "racaille", qui relèvent de codes différents dont ils savent parfaitement user en situations différentes



Tristan Vacances : - ça nous éloigne un peu de la marchandise et des objets produits avec amour...

Patlotch : - lalangue est un objet produit par les langages, un objet d'amour, du moins pour les poètes. Il n'y a rien de plus désaliénant le langage qu'écrire un poème qui traverse et bouscule les sens, avec ses contraintes de son et de rythme


TRAVAIL

Travail que vaille
ensommeillé
baille à trouvaille

Bête de somme
payée à l'œil
quand au soleil
se dore un bail

Fosobo, 15 octobre 2017 11:23




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MessageSujet: Re: de LA MARCHANDISE EN SA FABRIQUE, avec ou sans FÉTICHISME, au TRAVAIL LIBÉRÉ par le COMMUNISME et aux valeurs d'échange communistes   Mar 7 Nov - 18:20


du 26 octobre, complété en-dessous



l'impasse de la communisation strictement prolétarienne
une utopie abstraite

qui possède les connaissances et les moyens :

- de faire fonctionner, arrêter, détruire en sécurité une centrale nucléaire ?

- concevoir des réseaux d'eau, électricité, gaz, énergie, transports...?

- produire des machines pour fabriquer quoi que ce soit ?

- soigner les maladies ?

etc.

réponse : la classe moyenne salariée des chercheurs, ingénieurs et techniciens, médecins... la fameuse CMS dont les "communisateurs" de Hic Salta (Bruno Astarian et R.F., Le ménage à trois de la lutte des classes)) et Alain Cornebouc (AC/Carbure, radio "Sortir du capitalisme", Facebook...) nous disent qu'elle est par nature contre-révolutionnaire, et Théorie communiste que « le prolétariat révolutionnaire » devra « achever sa prolétarisation »

plus je lis de telles sornettes (de la part d'individus complexés appartenant à cette classe), moins je trouve pertinentes les démonstrations conceptualistes et idéalistes de cette théorie, et plus je la considère au même titre que tous les marxismes prolétaristes du passé comme une utopie abstraite

voir LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?

à lire dans LA NOUVELLE GAZETTE DES VANNES (Franzoseur Zeitung)


êtes-vous au courant ?

"sans toi aucun rouage ne tourne"
c'est pas des vannes !

la révolution sans les soviets... ni l'électricité ?

évidemment, il ne s'agit pas d'une "situation révolutionnaire" rêvée dans une crise économique démiurgique et magique, car si aucun rouage ne tourne, ce n'est pas par la volonté du prolétariat de bloquer l'économie. Le problème, on le voit est d'ordre "humanitaire" et de survie immédiate. Si la situation se dépasse en communisation, les fantaisies de cette théorie sur « la classe moyenne contre-révolutionnaire » (Hic Salta/Astarian, AC/Carbure...), dont il s'agit d'« achever la prolétarisation » (Théorie Communiste), sont de la pure irresponsabilité théorique ultragauchiste de "camarades" ignorants et incompétents dans tous les domaines techniques, scientifiques, médicaux alors requis une fois épuisés les mesures d'emparement de la production, qu'il s'agit alors de relancer : comment ? Avec les gros concepts sur « l'abolition de la valeur » et les « mesures communistes » décrites par le bouffon du milieu radical Léon de Mattis ?

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MessageSujet: Re: de LA MARCHANDISE EN SA FABRIQUE, avec ou sans FÉTICHISME, au TRAVAIL LIBÉRÉ par le COMMUNISME et aux valeurs d'échange communistes   Mar 14 Nov - 18:07


11:20, complété grâce à un ami...

je le mets là, c'est une marchandise comme une autre, d'ailleurs c'est écrit dessus :



Citation :
Les interprètes classiques de Marx voient dans le travail une essence humaine, naturelle. Moshe Postone affirme lui que Marx critique le "travail sous le capitalisme" et non le capitalisme du point de vue du travail. Si c'est le cas, le "travail" appartient intégralement au capitalisme et ne constitue pas un point d'appui suffisant pour s'en émanciper.

Le théoricien contemporain qu'est Moshe Postone défend un "marxisme hétérodoxe", une nouvelle vision du marxisme, pour penser notre expérience moderne du travail. Sa relecture de Marx va cependant se heurter à des limites pour pouvoir constituer une alternative complète au capitalisme. Le "marxisme orthodoxe", auquel il s'oppose, se concentre sur les antagonismes et conflits entre groupes sociaux. C'est "la lutte des classes" : les rapports...

la suite le mois prochain, à moins qu'une bonne âme...

une heure plus tard, mon vœu fut exaucé. Merci


Citation :
Les interprètes classiques de Marx voient dans le travail une essence humaine, naturelle. Moshe Postone affirme lui que Marx critique le "travail sous le capitalisme" et non le capitalisme du point de vue du travail. Si c’est le cas, le "travail" appartient intégralement au capitalisme et ne constitue pas un point d’appui suffisant pour s’en émanciper.

Le théoricien contemporain qu'est Moshe Postone défend un "marxisme hétérodoxe", une nouvelle vision du marxisme, pour penser notre expérience moderne du travail. Sa relecture de Marx va cependant se heurter à des limites pour pouvoir constituer une alternative complète au capitalisme. Le "marxisme orthodoxe", auquel il s'oppose, se concentre sur les antagonismes et conflits entre groupes sociaux. C'est "la lutte des classes" : les rapports de propriété économique et de distribution des richesses produites.

Les orthodoxes mettent au centre du capitalisme le rapport capital/travail, chacun existant séparément, et posent que les travailleurs doivent s'émanciper de ceux qui contrôlent le capital. Le "marxisme hétérodoxe" de Postone, lui, déconstruit radicalement la religion "travailliste" actuelle, qui pense le travail comme existant en lui-même et de toute éternité, hors du capital.

Moshe Postone et un sujet nommé "Valeur"


En effet, à l'inverse, pour Postone et le courant critique de la valeur auquel il appartient, il faut partir d'un seul sujet social au sein du capitalisme. C'est le sujet "capital", ou "capital-fétiche" : une "valeur" qui s'auto-valorise sous la forme d'une accumulation infinie (argent, marchandises, titres boursiers).

Le "travail" ne vient qu'ensuite. Il fonctionne comme principe dominant de cohésion sociale, c'est-à-dire comme activité qui fait le lien entre ces valeurs et est historiquement spécifique au système capitaliste. Il n'est pas, comme le pense le marxisme orthodoxe, une activité qui traverse l'histoire, une essence générique de l'homme qui aurait été phagocytée par le capital, mais qui pourrait, moyennant la Révolution prolétarienne, être enfin rendue à elle-même et s'épanouir dans le communisme.

Le "capital" déborde l'économie pour tout inclure

Le mouvement d'auto-accroissement du capital est susceptible d'absorber toutes les activités humaines par leur transformation en marchandise, leur marchandisation. La valeur n'est donc pas une structure limitée au seul "domaine" économique, mais sa logique peut coloniser d'autres domaines comme la politique, l'éducation, la culture, la famille, la vie sentimentale ou sexuelle. Elle déploie sa domination sur toute la société, au point de devenir un principe de socialisation qui s'accompagne d'un fétichisme intégral : le capital est un pilier et l'on y croit.

Sortir du capitalisme, oui - s'il est hors de contrôle

Même s'il est inégalitaire du point de vue du travail, ce système pourrait être régulé et fonctionnel, car en apparence, la "classe capitaliste" gère ce processus d'accroissement indéfini des richesses en prétendant servir l'intérêt général. Le capitalisme pourrait alors être accepté comme le principe pérenne des organisations humaines. La structure permettrait à chacun d'être autonome et de mener ses activités sans être contraint par les autres.

En réalité, la "classe capitaliste" est intégrée elle aussi dans le jeu de rôle capital/travail et donc dominée par cette implacable "loi de la valeur". Tout comme la classe des travailleurs, elle n'est finalement que le rouage d'un processus sans origine ni fin qui tout à la fois la constitue et la dépasse. Elle ne la contrôle pas. Le marxisme hétérodoxe propose donc de sortir radicalement du capitalisme, seule façon de s'émanciper véritablement.

Une faille de taille


L'intérêt et l'originalité de Postone, c'est de proposer une critique du capitalisme qui n'est pas extérieure à son objet (où le travail existerait en lui-même hors du capital), mais qui lui est intrinsèque. Il met bien au jour les effets de la valorisation capitaliste sur l'ensemble de la société.

Son reproche, "le capitalisme ne peut pas être géré", repose cependant sur une conception où le capitalisme pourrait exister comme une totalité sociale, où le "travail" serait une substance homogène. Là se trouve une limite dans son raisonnement : le capitalisme est toujours traversé par des luttes sociopolitiques.

Il ne se déploie jamais comme une structure harmonieuse et pleine, pouvant, sans qu'elle ne comporte aucune pression de pouvoir, occuper tranquillement la "fin de l'histoire". Postone, installé dans une logique de tout ou rien (ne plus se baser sur le "capital" permet seul l'émancipation), est incapable de rendre compte des transformations contemporaines du rapport salarial et de l'élaboration de l'État social.

La subjectivité des acteurs


S'inscrivant dans le courant critique de la valeur, Moshe Postone apporte de nouveaux concepts pour la philosophie économique. Pour autant, il ne tient pas assez compte de l'activité normative des acteurs, même dominés, c'est-à-dire de l'historicité des pratiques humaines qui fait qu'un système, aussi puissant soit-il, reste toujours une construction que ces acteurs peuvent transformer.

La réflexion philosophique postmarxiste doit désormais s'attacher à explorer dans le capitalisme le lien qu'il y a entre le système existant et son interprétation par les protagonistes pour repenser avec plus de pertinence la question de l'émancipation sociale et le dépassement du capitalisme.

Richard SOBEL, Université de Lille, CLERSÉ
D'après : " Le travail est-il soluble dans le capitalisme ? Apports et limites de l'interprétation de Marx par Moishe Postone " , Revue économique, vol. 68, n° 6, novembre 2017, p. 1103-1134.

autrement dit, et c'est "la presse bourgeoise" qui le dit :

Postone a oublié la lutte des classes

dans la société communiste, la gratuité sera de principe, il n'y aura donc plus de marchandises. Aussitôt vient l'idée que le mot gratuit ne veut plus rien dire, quand rien n'est payant

toutefois, dans la société communiste, il y aura encore des journaux, qu'il faudra écrire, corriger, composer, imprimer, diffuser... toutes activités qui ne seront plus un travail ? Ou plus un travail salarié ?

où l'on voit que si le mot gratuit deviendra désuet, aucune novlangue ne pourra faire qu'aucune activité ne sera en rien un travail

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MessageSujet: Re: de LA MARCHANDISE EN SA FABRIQUE, avec ou sans FÉTICHISME, au TRAVAIL LIBÉRÉ par le COMMUNISME et aux valeurs d'échange communistes   Lun 20 Nov - 10:05


petit déjeuner capitaliste

je suis encore en tenue de nuit, un samue japonais de moine en coton indigo. Je passe un gilet en laine à fermeture éclair en laiton (cuivre et zinc) et j'enfile des espadrilles basques en toile de chanvre et semelle caoutchouc modèle Picasso. Ici l'on a les pieds sur terre, enfin, un carrelage de tomettes d'argile et un parquet de pin

il fait encore noir dehors, mais clair dans l'appartement : il y a l'électricité et un circuit d'éclairage par ampoules. Je n'ai pas froid, il y a un chauffage à gaz avec chaudière murale et radiateurs

je donne à mes chat.te.s leur dose matinale de farce de dindon dans leur écuelles en plastique

je sors du réfrigérateur du lait de vache et du beurre de Bretagne, verse le café moulu de dans le filtre en papier posé sur mon bol de faïence dans lequel je mets un morceau de sucre de canne, de l'eau du robinet dans une casserole en aluminium posée sur la plaque de cuisson à gaz

je fais cuire dans une poêle à fond céramique deux œufs de poule avec du lard fumé de porc, avec un peu de sel de Guérande et poivre de Cayenne

je prends sur l'étagère en bois de sapin de la confiture de myrtille et du pain dans un torchon, que je coupe en tranches avec un couteau à lame d'acier, et tartine avec une petite cuillère sans argent, sur une planchette en bois d'olivier

je m'assieds sur une chaise en bois de hêtre à une table en bois de chêne, et je prends mon petit déjeuner, que je termine par une pomme canada et un yaourt de chèvre

une fois fini, je jette les épluchures au compost et les déchets à la poubelle puis je fais la vaisselle avec du liquide ad hoc et une éponge ; je la dépose dans l'égouttoir

à mon bureau en bois de frêne, je roule dans du papier à gomme arabique ma première dose de tabac, j'allume mon ordinateur, lis et réponds à mon courrier et fait le tour de mes sites d'informations habituels

autant de marchandises qui ont été produites pour être vendues, achetées et consommées, après avoir été, selon, animaux élevés et tués, bois et fruits plantés et cueillis, matières transformées et objets fabriqués... stockées ou non et mises en circulation par voies de transports, bateaux, avions, trains ou camions, pour les acheminer où je me les suis procurées, que j'y sois allé à pied, avec d'autres chaussures et vêtements, ou en voiture à essence de pétrole

autant d'activités et travaux en autant de lieux et conditions de travail pour autant de gestes et d'efforts humains, autant de salaires, ou pas, autant de situations de vie, pour autant d'échanges et autant d'argent, ou pas, autant de petits déjeuners, ou pas

et dont j'ignore à peu près tout


scratch

entracte

aurais-je trouvé un allié théorique ?

Luc Ferry: « La fin du travail serait calamiteuse »
Le Figaro 22/11/2017

Bien que parfois pénible, le travail est le propre de l'homme,
la condition de sa survie et celle de son humanisation
.

[c'est pas de Marx, mais de Luc Ferry]

Citation :
À l'encontre de ce que prétendent les théoriciens du revenu universel de base (RUB), le travail n'est pas vraiment une option pour les humains. Bien qu'il soit souvent considéré comme une activité plutôt pénible, la plupart des gens en reconnaissent malgré tout la nécessité, voire l'utilité, non seulement pour «gagner sa vie», mais aussi pour se cultiver, acquérir des savoirs et des savoir-faire, pour se socialiser, entrer en relations avec autrui, bref, pour devenir nous-mêmes plus humains. Par contraste, on admet en général que le chômage est un fléau et qu'un enfant qui ne travaille pas à l'école se retrouvera vite en échec scolaire, ce qui n'est jamais considéré par les parents comme...

Cet article est réservé aux abonnés. 85% reste à lire.


réservé... aux abonnés du Figaro, pas du forum, où l'on pense que le travail est le propre de la femme aussi, surtout quand c'est sale

moi je suis transgenre, homme de ménage, quoi. Et franchement, je fais ce que je déteste le plus, ce que faisait ma mère ouvrière, devenue "femme au foyer"

mais je le fais, somme toute, avec bonheur, celui de voir le contentement des miens quand ils rentrent du boulot, et je me dis que c'est un peu comme ça, le communisme, en plus grand, bien sûr

payer une domestique (ya peu le masculin), même une baby-sitter, cela m'aurait fait honte. Heureusement pour elleux, illes ont les bourgeois.e.s (et leurs petit.e.s), pour ça. C'est très in.exclusi.f.ve

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MessageSujet: Re: de LA MARCHANDISE EN SA FABRIQUE, avec ou sans FÉTICHISME, au TRAVAIL LIBÉRÉ par le COMMUNISME et aux valeurs d'échange communistes   Jeu 4 Jan - 17:59


plus ça va, moins ça va... en finira-t-on avec le devenir marchandise des inventions humaines ? L'énergie est en marche



Citation :
Avec un procédé original de microfluidique, une équipe américaine espère produire jusqu'à 20 watts d'électricité grâce à des chaussures exploitant l'énergie mécanique dégagée par les mouvements de la marche. Une start-up est déjà créée.


Tenter de tirer de l'énergie du milieu environnant ou des mouvements du corps est une quête occupant aujourd'hui de nombreux laboratoires. Du bruit ambiant aux mouvements des doigts en passant par celui des vêtements, les idées originales ne manquent pas pour explorer des pistes inédites. Les productions de ces microgénérateurs sont faibles mais, justement, les consommations des appareils portatifs sont en baisse régulière et les deux sont en train de se rejoindre.

À l'université du Wisconsin-Madison, l'équipe de Tom Krupenkin explore une voie déjà connue : les chaussures. À chaque pas, de l'énergie mécanique est perdue, transformée en chaleur, et plusieurs méthodes ont été tentées pour en récupérer un peu. D'après ces chercheurs, qui viennent de décrire leur travail dans la revue Nature Communications, les meilleurs résultats n'ont pas atteint le watt. Tom Krupenkin, lui, annonce une puissance de 10 watts par pied grâce à un procédé tout à fait original, qualifié d'électromouillage inverse.


Un dessin du dispositif tel qu'il n'existe pas encore. Les mouvements de la marche font circuler le fluide conducteur vers l'avant ou vers l'arrière, ce qui génère un peu d'électricité, gérée par le boîtier central. Reste à y brancher l'appareil à alimenter... ©️ InStep Nanopower

Opérationnel dans deux ans ? [2013]

L'électromouillage désigne cette technique consistant à forcer l'étalement d'un fluide (qui doit être conducteur) à l'aide d'une tension électrique. On peut ainsi augmenter la surface mouillée en étalant mieux le liquide. L'équipe américaine fait le contraire : l'étalement d'un liquide conducteur génère une tension électrique. Le liquide est contenu dans de minuscules tubes capillaires et se déplace entre des électrodes. C'est l'écrasement de ces tubes par le pied qui provoque l'étalement, lequel produit un peu d'électricité.

Le liquide se présente sous forme de gouttelettes et est composé de mercure ou de galinstan (un alliage de gallium, d'indium et d'étain, utilisé entre autres pour remplacer le mercure dans les thermomètres). Pour l'instant, le prototype réalisé (qui n'a pas été montré) ne comporte que 150 gouttes de ce liquide et ne produit que quelques milliwatts. Mais les calculs montrent, expliquent les chercheurs, qu'un tube de même diamètre mais de 4 mètres de longueur, qui occuperait 40 centimètres carrés et contiendrait un millier de gouttes, produirait « plusieurs watts ».

L'équipe est donc encore loin des 10 watts espérés mais y croit suffisamment pour avoir déjà monté une entreprise, InStep NanoPower, afin d'exploiter cette invention et l'espère dans deux ans.



qu'à cela ne tienne


et tout le monde sait que marcher fatigue... l'énergie est en route


Citation :
Le nouveau monde automobile qui se dessine sous nos yeux avec notamment les voitures autonomes à propulsion électrique passe aussi par une mutation du réseau routier. À son tour, Le revêtement des voies de circulation ne veut plus dépendre du seul pétrole et servir ainsi la cause des translations écologiques. Une révolution qui passe par la route solaire. En France, l’expérience est en cours et a livré son premier bilan. Une portion d’un kilomètre à l’époque considérée comme la plus longue du monde.


Mais ça, c’était avant que la Chine ne s’éveille…

La coûteuse et jusque-là inédite départementale solaire desservant la commune de à Tourouvre dans l'Orne est entrée dans l’histoire. Car maintenant, il y a mieux : une autoroute à énergie solaire, un tronçon de deux kilomètres à Jinan, la capitale de la province du Shandong, en Chine.

Le tronçon muni de panneaux photovoltaïques s'étendra sur deux kilomètres, le long du périphérique sud de la ville de Jinan. La chape de l'autoroute comprend trois couches : les panneaux solaires sont installés entre une couche de béton transparent dont les caractéristiques ressemblent à ceux de l'asphalte et un isolant qui les protège de l'humidité.

« Je conduis à plus de 100 kilomètres heure » souligne le conducteur d'un minibus. « Il n'y a aucune différence avec une autoroute classique. La distance de freinage est presque identique aussi. » Une remarque à comparer avec l’expérience tricolore où le bruit généré par les 2 800 mètres carrés de panneaux photovoltaïques posés sur un kilomètre de long avait contraint les responsables à limiter la vitesse à 70 km/h sur la portion expérimentale.

En Chine c’est le Qilu Transportation Development Group qui est constructeur du projet. Et il est porteur de grandes ambitions : l'électricité produite par la section d'essai pourra être utilisée pour alimenter les éclairages, les panneaux de signalisation, les caméras de surveillance, les tunnels et les péages de cette route. L'électricité excédentaire sera transmise au réseau électrique d'État. La future autoroute pourra alimenter, sans fil, les futures voitures électriques et faire fondre la glace instantanément sur la route.

Les panneaux, couvrant 5 875 mètres carrés, peuvent générer un million de kWh d'électricité chaque année, suffisamment pour satisfaire la demande quotidienne d'environ 800 foyers. Il n’a pas révélé le coût de cette route solaire, mais il a été indiqué qu'il atteignait la moitié des projets similaires dans les pays étrangers. En France, 5 millions d'euros avaient été injectés par le gouvernement dans ce projet qui est encore loin d'atteindre la rentabilité d'un panneau solaire classique posé sur un toit d'habitation.

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MessageSujet: Re: de LA MARCHANDISE EN SA FABRIQUE, avec ou sans FÉTICHISME, au TRAVAIL LIBÉRÉ par le COMMUNISME et aux valeurs d'échange communistes   Ven 5 Jan - 22:08


marchandise jetable vs objet durable


incidemment sur Tweeter je répondais à Alice Krieg-Planque  (Analyse des discours politiques, médiatiques et institutionnels. Enseignante-chercheuse (mcf) en sciences de l'information et de la communication)

@KriegPlanque a écrit:
L'expression "culture du jetable" : une formule à suivre : "Peut-on fabriquer des objets inusables ?" France Culture 04/01/2018

@Patlotch a écrit:
le "jetable" est ce qu'on peut jeter, sans y être contraint par "l'obsolescence programmée", principe même de la production industrielle, puisqu'on y calcule scientifiquement la durée statistique moyenne des objets, parfois en fonction de la garantie. Après, il y a des degrés...

capitalisme : en effet, tout est calculé, depuis la qualité des matériaux (résistance à l'usure, à la rupture...) jusqu'aux réglages des machines (marges de précisions des pièces) : plus un produit est durable, plus il exige de temps et de soins de travail, de main-d'œuvre qualifiée, et plus il est cher. C'est pourquoi le calcul de probabilité et les statistiques tiennent tant de place dans la formation des ingénieurs et techniciens de production. C'est du moins par là que je suis passé, avant d'abandonner les patrons à leurs exploités et les consommateurs à leurs illusions

anecdote : il m'est arrivé une panne de machine à laver quelques jours après la fin de la garantie d'un an. Il a fallu changer la pompe. J'ai écrit un courrier ironique au fabricant, le félicitant de la précision de son calcul de probabilités pour que ses machines durent le temps de la garantie : il m'a remboursé pièces et main-d'œuvre...

communisme : si la production d'objets inusables est improbable, il va sans dire que la fabrication débarrassée de la productivité au temps et du profit, ou plutôt de la valeur d'échange et d'usage, devrait conduire à des objets plus fiables, de plus longue durée, et relativement à de moindres coûts si cela devait se mesurer en termes d'économie : on consacrerait un peu plus de temps et de soins à leur fabrication, ce qui est déjà le cas des objets les plus chers et les plus longtemps garantis

bonheur des dames : on peut supposer que ne fabriquant plus d'objets "de merde", les déchets et donc la pollution, ainsi que le temps total de travail humain serait réduits, et par suite le temps de chacun.e au travail à l'activité  

un autre monde possible, quoi...


cheers



Traduction: BHÛ

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MessageSujet: Re: de LA MARCHANDISE EN SA FABRIQUE, avec ou sans FÉTICHISME, au TRAVAIL LIBÉRÉ par le COMMUNISME et aux valeurs d'échange communistes   Dim 28 Jan - 11:03


3D jetés pour abolir le bazar ?

Impression 3D : l’industrie du futur est en marche
Capital 20/05/2014

Au croisement des bits et des atomes, l’impression 3D réconcilie le physique et le numérique, la main et la pensée. A travers ses trois aspects principaux, voici à quoi pourrait bien ressembler demain notre nouvel univers industriel.


André Mora a écrit:
C’est une starlette qui a de la bouteille. Et qui fait parler d’elle chaque semaine ou presque. En novembre 2013 sortait le premier pistolet imprimé en métal – dont le fichier numérique a depuis été banni d’Internet. En décembre, le premier avion de chasse, un Tornado, équipé de pièces stéréolithographiées, le nom savant de l’impression 3D, décollait en Angleterre. A Noël, l’imprimante 3D premier prix (600 euros) entrait au top 10 des cadeaux branchés.

Et pourtant, l’impression 3D est tout sauf récente. Son premier brevet remonte à 1984 et il est… français (lire page 70). A l’époque, Alain Le Méhauté (Alcatel), Olivier de Witte (Cilas) et Jean-Claude André (CNRS), les inventeurs de ce drôle de procédé, ne sont pas suivis par leurs employeurs. Et l’Américain Chuck Hull dépose son propre brevet. La société qu’il crée, 3D Systems, est aujourd’hui leader mondial du secteur. Un marché encore modeste, évalué à quel­ques ­centaines de millions d’euros, mais dont les principaux acteurs ont grossi de 650% ces cinq dernières années. Et que les perspectives situent entre 400 milliards et 600 milliards de dollars d’ici à une dizaine d’années. Ici, cependant, les chiffres ne signifient pas grand chose. L’impact de cette technologie va bien au-delà de ses retombées économiques.

Car il s’agit d’une révolution. Technologie additive et non soustractive, l’impression 3D libère l’industrie de ses procédés traditionnels de fabrication : l’injection plastique, le fraisage et l’emboutissage. Et ça change tout. Plus besoin de fabriquer un moule onéreux pour créer un objet. Plus besoin de produire des milliers de pièces pour amortir le coût d’une fabrication classique. Plus besoin d’une machine ultraspécialisée pour obtenir ce fameux boulon de 4. Désormais, quelques clics sur un ordinateur suffisent à modéliser une pièce en 3D et à l’imprimer, à la maison ou au bureau. C’est le plus court chemin de l’idée à l’objet.

Le réel et son double. Premiers à en avoir vu l’intérêt : les bureaux d’études et les designers, gros consommateurs de prototypes. «La facilité à créer un objet permet de tester rapidement un grand nombre d’hypothè­ses et de raccourcir le cycle de l’innovation en entreprise», explique Dominique Sciamma, directeur du développement et de la recherche au Strate Collège, école de design. Mais pourquoi la fabrication d’ébauches en relief devrait-elle bouleverser le cours de l’histoire ? Parce qu’au passage le statut du réel change. Dé­sor­mais, la réalité physique d’un objet devient insé­parable de sa numérisation. Le fichier et l’objet ne font plus qu’un. Le réel n’a plus de double symbolique : il est son propre dou­ble. Et, en tant que tel, modifiable à l’infini. Phi­lo­so­phiquement, la perspective est vertigineuse.

Concrètement, aussi. Pour créer un objet de niveau industriel, il suffit de (bien) maîtriser un logiciel de 3D. Et il en existe des gratuits pour faire ses premières armes. Au sens propre : «Le pistolet imprimé, en plastique ou en métal, fait partie des objets qu’on nous demande le plus, et que nous refusons d’imprimer», raconte Clément Moreau, patron de Sculpteo, start-up française qui propose des services d’impression 3D à la demande. Vous pouvez envoyer l’objet numérisé à l’autre bout du monde sous forme de bits et d’octets. Le bidouiller, le retoucher, le partager, en faire ce que vous voulez. Et le rematérialiser quand vous êtes satisfait. N’importe où. Pour rien, ou presque.

Sur le plan industriel, cette nouvelle façon d’inventer et de fabriquer engendre un saut de paradigme. Car la 3D s’installe aujourd’hui sur les chaînes de production. Après le prototypage rapide, voici le high speed manufacturing ! Capable de bouleverser les frontières entre l’usine et la maison. De produire industriellement des objets uniques. De délocaliser et de relocaliser instantanément une production, via l’échange de fichiers n’importe où sur la planète. Mais aussi de changer la façon dont les objets-fichiers s’achètent, s’échangent, se vendent ou se piratent sur le réseau mondial. Et la plupart des secteurs économiques sont concernés.

Génération makers. Quel futur sortira de ce grand échange numérique ? Beaucoup de questions restent en suspens. Les imprimantes 3D personnelles sauront-elles un jour produire autre chose que des gadgets grossiers en plastique verdâtre ? Seront-elles plus ou moins polluantes que les industries classiques ? Per­met­tront-elles de relocaliser chez nous les industries perdues ? Potentiellement révolutionnaire, cette technologie suscite bien des fantasmes. Et sa version politique n’est pas le moindre. Car cette imprimante 3D démocratisée, que concrétise-t-elle d’autre que la maîtrise des moyens de production, appelée de ses vœux par Karl Marx, entre autres ? [sic] Pour Adrian Bowyer, initiateur du projet RepRap (l’imprimante 3D open source capable de se reproduire elle-même), la 3D, c’est «la révolution sans la violence». [resic]

Portée par l’ouvrage «Makers, la nouvelle révolution industrielle» de Chris An­der­son (Pearson éd.), ex-rédacteur en chef de Wired, la génération des makers (les «fabricants») part à l’assaut des citadelles de l’économie traditionnelle. Les pirates de la fabrication numérique sauront-ils imposer l’open source et la valeur d’usage contre le brevetage du savoir et la propriété des moyens de production ? Nul ne le sait encore. «L’impression 3D est une rupture épistémologique dans l’histoire industrielle. Son véritable enjeu, c’est la réconciliation de la main et de la pensée», estime Jean-Louis Fréchin, pape du design industriel en France. Il est temps, peut-être, de sortir du virtuel pour se confronter à cette chose oubliée : la matière. Voici trois directions pour imaginer l’industrie de demain.

> Scénarios pour le futur : une révolution... en trois dimensions

Perspectives infinies. Tout notre environnement matériel va être transformé par cette technologie en plein développement.

1) des prototypes pour l’industrie de masse

L’impression 3D représente aujourd’hui environ 1 milliard de dollars de chiffre d’affaires dans le monde. Selon une étude de janvier 2013 du cabinet de conseil stratégique Oliver Wyman, ce chiffre devrait grimper aux alentours de 400 milliards de dollars en 2030, dont 75% seront générés par les applications industrielles, le prototypage rapide et la production de petites séries destinées à des marchés de niche, dans le médical notamment. «Entre 10 et 30% de la production industrielle pourrait être relocalisée près des lieux de consommation grâce au passage à l’impression 3D, qui améliore la réactivité des usines», précise Marc Boilard, consultant et auteur de cette étude. Mais les process industriels classiques ne seront pas balayés pour autant : «On aura toujours besoin de fabriquer en très grandes séries des objets complexes, comme les téléphones ou les voitures, à des volumes pour lesquels cette technologie n’est pas compétitive», poursuit Marc Boilard.

Elle n’en reste pas moins stratégique. «Même s’il ne représente qu’un faible pourcentage de la production industrielle, le basculement d’une partie des process vers la 3D concernera des volumes très importants», estime Raphaël Gorgé, PDG du Groupe Gorgé, qui vient de racheter Phidias, rebaptisé Prodways, seul fabricant français d’imprimantes 3D industrielles très haut de gamme. Le mouvement est déjà en­clenché. Pour la production des drones, par exem­ple, de 10 à 30% des pièces sont déjà imprimées, afin de gagner en légèreté et en coût. Dans le domaine spatial, l’un des clients de Prodways a remplacé une pièce complexe formée de cinq éléments par un objet en métal imprimé en un seul passage. Ce basculement ne fera pas que des heureux. L’industrie du jouet, notamment, concurrencée par l’impression à domicile de poupées, figurines et autres jeux de plateau, fera grise mine. Les transports et les messageries également, menacés par les relocalisations et la baisse du fret longue distance. FedEx, UPS et La Poste commencent déjà à installer des imprimantes 3D dans leurs agences. En quête d’un nouveau modèle.

- Probabilité : 9/10.
- Echéance : cinq ans.
- Condition : accélération des cycles d’innovation en entreprise.

2) Des usines de proximité pour les petits volumes

Sur son site Internet, Sculpteo, start-up créée en 2009, propose le «3D printing batch control». «Cet outil d’assistance permet à nos clients d’optimiser leur prix de revient, lorsqu’ils ont besoin d’imprimer une série de 50, 100, 1 000 objets», explique Clément Moreau, DG. Plus besoin d’un atelier ou d’une imprimante person­nelle. Vous envoyez à Sculpteo votre fichier 3D, que ­l’entreprise vous aide éventuellement à améliorer. Quelques jours plus tard, vous recevez votre bidule, imprimé dans une usine du sud de la France ou chez un prestataire. Sculpteo propose aussi un catalogue d’objets : tasses, lampes, assiettes, etc., en céramique, métal, résine… Chaque pièce est personnalisable, unique et imprimée à façon. Le marché ? Architectes, designers, créateurs d’entreprise qui lancent un produit en minisérie. Particuliers amateurs de poupées, figurines, coques d’iPhone personnalisées… Ou encore demandeurs de pièces détachées pour aspirateurs, Cocotte-Minute et robots ménagers.

Notre futur industriel pourrait bien ressembler à ça. Des usines de proximité, inscrites dans des réseaux flexibles, capables de produire des pièces uniques à la demande de chaque client. Vaisselle, mobilier, voitures, instruments de musique… Potentiellement, tous les objets sont concernés selon leur degré de numérisation et les capacités de production des imprimantes du futur. Début 2014, les premières machines capables de mélanger plusieurs matières dans un même objet sont apparues au Consumer Elec­tronic Show (CES) de Las Vegas. «Certaines entreprises abandonneront la production, pour se consacrer à la conception et à la protection juridique de leurs objets-fichiers», prédit Philippe Durance, futurologue aux Arts et métiers. Cette relocalisation-décentralisation de la fabrication restera cependant le fait de professionnels, car les imprimantes personnelles ne progresseront pas assez pour atteindre une qualité de rendu suffisante. Et elle s’accompagnera aussi d’une relance de l’artisanat et de métiers oubliés, comme le dépannage ou la fabrication de pièces détachées, dont les grandes entreprises ne voudront plus s’occuper. Mais ce bouleversement sera peut-être peu visible pour le grand public. «Dans cinq ans, le buzz autour de la 3D sera retombé. On commandera un produit sur Internet et personne ne se demandera s’il a été imprimé dans le voisinage ou produit en Asie», estime Clément Moreau.

- Probabilité : 8/10.
- Echéance : dix ans.
- Condition : évolution de la demande vers des objets toujours plus personnalisés.

3) une société utopique pour horizon

Janvier 2031. Antoine lance une impression d’œufs brouillés, pas trop salés, comme il les aime. La recette est enregistrée dans l’élégante iBot noire de sa cuisine. A cette époque pas si lointaine, l’imprimante 3D est dans tous les foyers. Certaines font à manger. D’autres impriment de la vaisselle, des pièces de rechange pour robots ménagers, des meubles ou des objets de décoration achetés en bitcoins sur Etsy ou Thingiverse, des catalogues en ligne créés dans les années 2010. Pour gagner sa vie, Antoine a rejoint un réseau de prestataires industriels : la nuit, sa grosse NoBot open source produit des pièces variées pour différents donneurs d’ordre. La journée, Antoine fréquente le fab lab voisin, où il bricole avec des geeks du monde entier un robot rétro inspiré du premier androïde open source créé par le Français Gaël Langevin, dans les années 2015 (InMoov. fr). Au fab lab, on trouve aussi des imprimantes costaudes pour fabriquer des tables de jardin, changer une portière emboutie ou imprimer un vélo.

Chacun bricole ainsi ce dont il a besoin. La société a réinventé l’autarcie, mais aussi l’échange, en croisant les réseaux de machines, de fichiers, de compétences. Les fichiers numériques en open source ont ouvert le passage vers l’open hardware. La valeur d’usage a pris le pas sur la propriété. Certains objets ne se vendent même plus : le fichier imprimable fait partie du domaine public. De leur côté, les grandes entreprises ont découvert les vertus de l’usine flexible et distribuent leur production à des myriades de petits producteurs locaux plutôt qu’à un unique prestataire en Chine.

Quant à la technologie 3D, elle progresse sans cesse. La photocopieuse 3D sera bientôt réalité. A l’hôpital, les reins et les cœurs artificiels imprimés à partir de l’ADN de chacun prolongent la vie des patients. Outre-Atlantique, la convergence entre fabrication 3D et nanomatériaux produit des bizarreries exotiques. Au MIT, la première imprimante 4D a fait son apparition : aux trois dimensions de la matière, elle ajoute le temps. L’objet imprimé se «termine» tout seul, en s’intégrant à son milieu. Ça ne vous rappelle rien ? Bientôt de petites imprimantes autoréplicables dotées de bras et de jambes vont envahir le square voisin…

- Probabilité : 5/10.
- Echéance : de vingt à trente ans.
- Condition : amélioration des performances des imprimantes personnelles.

> Comment ça marche ?

L’impression 3D, ou stéréolithographie, est un procédé de fabrication additive : au lieu d’enleverde la matière à un bloc ou de la mouler à l’intérieur d’une forme, la machine ajoute des atomes, couche par couche, jusqu’à obtenir l’objet désiré. Une seule étape suffit pour produire un objet, sans montage, même lorsque la pièce comporte des engrenages, des emboîtements complexes, voire des volumes creux ou à structure alvéolaire, que seule la fabrication en 3D permet de réaliser. Les machines actuelles sont capables d’imprimer du plastique, des résines dotées de propriétés mécaniques variées, mais aussi du métal (à partir de poudres fondues à très haute température), dont l’or et l’argent, de la céramique, du béton… ou de la pâte à pizza, du gazon synthétique et du chocolat ! En revanche, elles ne savent pas (encore) déposer plusieurs matières en un seul passage. En gros, on peut d’ores et déjà imprimer une coque en PLA (polyester thermoplastique) à son effigie pour habiller son smartphone. Pour le smartphone lui-même, il faudra attendre un peu !


Le groupe aéronautique français Latécoère vient d’intégrer la fabrication additive dans sa chaine de production. Il commencerait à déployer les solutions FDM de Stratasys dans son processus de design et de fabrication; le groupe affirme que ce développement lui a déjà permis d’améliorer ses performances globales et de réduire ses coûts de 40%.

Citation :
Latécoère travaille historiquement avec des géants de l’aérospatial comme Airbus, Bombardier et Dassault et a connu une croissance rapide. Le groupe français a alors dû faire face à des délais de production plus longs mais aussi à un processus de conception allongé. Pour faire face à ces défis, Latécoère s’est tourné vers la fabrication additive et a acquis une Fortus 450mc Production de Stratasys avec laquelle il a commencé à faire du prototypage rapide et de la production d’outils.


Prototype d’un boîtier de caméra imprimé en 3D pour un Airbus 380

Bien que l’adoption de la fabrication additive soit récente dans l’entreprise, Simon Rieu, responsable des méthodes composite et de la fabrication additive au Centre de R&D et d’Innovation de Latécoère, note quand même un changement dans les méthodes de travail : “La fabrication additive s’intègre parfaitement dans notre processus de conception et de fabrication et nous a permis de réduire nos délais, nos coûts et d’augmenter notre efficacité opérationnelle. Comme les exigences de l’industrie aérospatiale sont plus élevées, nous savons que nous devons maintenir notre avantage concurrentiel et les solutions de Stratasys nous permettent d’atteindre cet objectif.”

Jusqu’ici, Latécoère explique qu’il utilisait l’usinage CNC traditionnel pour du prototypage rapide mais cette technique présentait des limites apparentes. Rieu explique que l’un des premiers prototypes imprimés en 3D, une partie de la doublure intérieure d’une porte d’avion, a souligné le contraste entre deux méthodes de fabrication. “Auparavant, on l’aurait fait à partir de tôle – un procédé souvent long. Avec notre imprimante 3D Fortus 450mc, nous avons fabriqué un prototype fonctionnel en 2 jours, réduisant ainsi nos délais de 95%. Cela a surtout accéléré notre processus de validation de la conception avant de s’engager dans de l’outillage coûteux et long. L’impression 3D nous aura également permis de réduire nos coûts de 40%.”


Outil imprimé en 3D pour installer le câblage dans un boîtier de caméra pour un Airbus A380

Latécoère utiliserait également cette nouvelle imprimante 3D pour une fabrication sur mesure à la demande d’outils de production personnalisés. Le groupe explique aussi qu’il voudrait imprimer en 3D les pièces de ses futurs avions, ce qui voudrait dire que ceux d’Airbus ou de Boeing pourraient en bénéficier. Un projet en phase avec celui d’Airbus qui produit déjà certains de ses composants grâce à la fabrication additive.

Pour l’instant, Latécoère aurait déjà commencé à explorer les possibilités de créer des pièces finies certifiées  certifier pour l’intérieur des avions. Un projet qui fait écho à celui de la compagnie aérienne Ethiad Airways qui souhaite concevoir l’intérieur des cabines grâce à cette technologie. Pour en savoir plus sur le groupe aéronautique français et son projet, rendez-vous sur son site officiel.


Différents objets obtenus grâce à une imprimante 3D ©️ Radio France - Boris Loumagne

il ne manque que le Nutella...

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MessageSujet: Re: de LA MARCHANDISE EN SA FABRIQUE, avec ou sans FÉTICHISME, au TRAVAIL LIBÉRÉ par le COMMUNISME et aux valeurs d'échange communistes   Mar 30 Jan - 19:32


avec certains objets je suis fétichiste : le crayon, et le couteau, mais


« La fabrication industrielle n'a aucune âme »


j'ai eu la chance de visiter cette coutellerie de Sakaï à Osaka (1:59 et l'on prononce Ossaka...), puisque mes "beaux-parents" habitaient dans cette ville de la banlieue Sud. J'ai été frappé non seulement par les couteaux, mais par le nombre de pierres à aiguiser différentes, que l'on trouve dans ce magasin, les mêmes dont il est question à 4:30

les techniques (de forge, trempe et recuit... 3:36) ne sont pas sensiblement différentes de celles que l'on peut encore voir chez certains artisans à Thiers (plutôt proche de mon bled, Roanne), les aciers, oui. Mais hormis les couteaux de poche, je n'y ai vu que de la production artisanale de petite série (y compris à destination... de la Chine), et dans les coutelleries de Thiers que j'ai parcourues depuis les années 60 jusqu'à récemment, je n'ai vu en vente aux particuliers que des pierres à aiguiser communes



nous n'avons rapporté du Japon que quelques couteaux pour les poissons, ma compagne ayant la technique qu'elle a apprise de sa grand-mère et chez des pros pendant ses études (au fait, s'il vous prend de faire des sashimis de poisson cru, pour le saumon notamment il faut le congeler avant. L'histoire du ténia ne vient pas d'un abus de consommation, mais de poisson non congelé au préalable. Le mieux est de le manger avec du wasabi, qui tue les parasites)

je me suis souvent demandé pourquoi les couteaux en acier inoxydable ("inox", <1,2 % de carbone et >10,5 % de chrome, qui ne rouillent pas) coupent moins ou s'aiguisent plus difficilement : les aciers sont plus durs et pour les aiguiser il faut des meules. C'est pourquoi à la maison, pour la cuisine, nous utilisons de vieux couteaux qui rouillent si on ne les sèche pas, parce qu'on peut les aiguiser facilement à la pierre à main (voir Comment affûter ses couteaux à la pierre ?)


L’homme s’exerce dans le monde comme le couteau s’affûte sur la pierre.”
proverbe chinois

comme il est dit à partir de 0:58 dans la première vidéo, pour une bonne coupe c'est la vitesse et le tempo qui comptent. Et la vitesse avec la précision, c'est comme avec un instrument de musique, il faut des années pour l'acquérir


ces couteaux français (Le Sabot, Parapluie, La Fourmi, Pradel...) me viennent de mes grands-parents (mes parents n'en voulaient pas). De mon grand-père, j'utilise encore ce modèle mais beaucoup plus usé, parce qu'à la meule, sur des décennies, ça creuse


avec ce modèle, ma grand-mère a beaucoup tué... des poules, lapins, canards... Elle avait pourtant un œil crevé, d'un accident dans sa jeunesse à la ferme


personnellement, je n'aime pas les couteaux à lame céramique pour leur absence de toute souplesse. Ils ne sont pas très polyvalents, bons neufs à condition d'être de qualité, et là encore préférer les inventeurs (Kyocera dans les années 1980 avec une lame en oxyde de zirconium)


je n'ai pas essayé les lames au titane ou autres alliages d'exception...

Arrow

pour un bon couteau de poche, si l'on n'est pas regardant sur l'originalité, je conseille un Opinel, premier prix, non inox. J'ai taillé pas mal dans ma vie et, à condition de bien l'affûter et de l'essuyer après usage, je n'ai rien trouvé de mieux dans le rapport qualité-prix. J'ai eu de meilleurs couteaux de paysans, notamment un hongrois acheté à Budapest perdu à Toulouse, car je perds tout, comme les lunettes, du coup je porte des loupes à 12€...



... plutôt que Le Thiers, très bien dessiné mais qui coupe autant, autrement dit pas plus qu'un Laguiole, auquel il a succédé dans les années 1990 (dans la "ville" de Laguiole, il y a plus que belle lurette qu'on ne fabrique plus de couteaux, les "vrais" l'étaient à Thiers)


mais pour la guerre sociale, préférer le Laguiole avec un poinçon... et un tire-bouchon


si la police vous prend avec, vous n'avez qu'à dire que vous allez à l'assemblée saucisson-pinard, et qu'il vous faut un cure-dent

Twisted Evil

"Mack the Knife"



Le requin, lui, il a des dents,
Mais Mackie a un couteau :
Le requin montre ses dents,
Mackie cache son couteau.

[...]

On a trouvé Jenny Trowlen
Un poignard entre les seins ;
Sur les quais, Mackie se promène,
Il n'est au courant de rien.

sa poule a trouvé un couteau, c'est comme ça


Evil or Very Mad

Dix mois de prison avec sursis pour une femme qui a poignardé son compagnon
avec un couteau de cuisine

La Voix du Nord, 29 janvier 2018

l'histoire ne donne pas la marque du couteau, mais ici, praxis oblige pour  se défendre (philosophie de la violence), rien de bien "foucaldien", n'en déplaise au Moine bleu, ce "gauchiste ridicule"

PS : je reviendrai demain sur le rapport entre artisanat et "le travail libéré par le communisme", car j'avoue être plus qu'agacé par le slogan "Tout le monde déteste le travail" quand il ne creuse pas le rapport des individus à l'activité de création, qu'elle soit manuelle ou intellectuelle. De la part des Lordon, ou autres Damasio et Quadrupanni qui ne sont même pas des salariés, c'est assez faux-cul, parce que quoi qu'on pense de leurs idées, ils ont plus que bossé pour les produire. Franchement, tout ce discours antitravail est tout sauf clair, et d'autant moins clair qu'il ne met pas en cause le capital ni la production marchande (de lundimatin, en autres)

c'est à tel point que je n'ose plus appeler "travail" ce que je fais, et pourtant, hein, j'en sue


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MessageSujet: Re: de LA MARCHANDISE EN SA FABRIQUE, avec ou sans FÉTICHISME, au TRAVAIL LIBÉRÉ par le COMMUNISME et aux valeurs d'échange communistes   Mer 31 Jan - 11:42


pour en finir avec la critique du travail
version modeste *

non je ne fais pas l'apologie de l'artisanat ni ne prône un retour avant la manufacture où les artisans spécialisés, regroupés, préfigurent la fabrique, puis l'usine

mais j'aime le travail bien fait, un labeur sans ennui et qui prend tout son temps sans compter ni la peine ni l'argent. Or certes ce n'est pas le cas des artisans que j'ai montrés, moins encore celui des ouvriers professionnels aux tâches qualifiées, dont la plupart ont aimé leur travail, un peu trop leur patron, ou l'utopie d'un devenir-patron

quand je travaillais, pour un salaire, j'aimais faire bien mon travail, du moins tant qu'il avait un sens, de service à quelques-uns qu'il se trouve je connaissais dans un rapport direct. Et puis avec le temps, de faire bien ce travail se heurtait à l'objectif que lui assignait la rentabilité et la productivité, le management. Alors je l'ai dit, et je me suis retrouvé au placard

au fond, n'est-ce pas à cela que se heurtent ceux et celles qui, aujourd'hui, se battent pour des conditions de travail leur permettant de le bien faire, au service des autres, je pense notamment aux personnels de santé, hier la grève des EHPAD (établissements d'ébergement médicalisé pour personnes âgées)...

bien sûr cela ne fait ni un combat ni un objectif communistes, rien qui prétende abolir le salariat ni la marchandise. Mais le jour où l'on distinguera, dans la critique du travail, ce contenu qui fait sens, dans le bon sens si j'ose dire, on mesurera l'absurdité de mots d'ordres tels que « Tout le monde déteste le travail », car simplement c'est faux, et le plus faux est bien que ceux qui l'embouchent ne remettent pas en cause le capital, ni même certains le salariat

alors, "l'activité épanouissante" communiste en lieu et place du travail capitaliste ? Sûrement. Mais qui ne voit que dans certains métiers, on en perçoit l'annonce ?

* ce titre en allusion à Pour en finir avec la critique du travail Théorie Communiste N°17, septembre 2001

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MessageSujet: Re: de LA MARCHANDISE EN SA FABRIQUE, avec ou sans FÉTICHISME, au TRAVAIL LIBÉRÉ par le COMMUNISME et aux valeurs d'échange communistes   Mer 31 Jan - 16:27


du couteau je suis fétichiste, et disais-je aussi du crayon


histoires dialectiques de crayons
imprévisation

Wikipédia a écrit:
Un crayon est un instrument de dessin et d'écriture. Il est constitué d'une petite baguette servant de gaine à une mine de la même longueur. Lorsque la mine est usée, on taille le bois en maintenant la forme conique de l’extrémité, de manière à dégager une nouvelle longueur de mine, au moyen d’un canif ou d’un taille-crayon.

Le crayon moderne a été mis au point indépendamment par l'inventeur autrichien Joseph Hardtmuth en 1792 (l'Allemagne disposait de gisements de graphite de qualité très inférieure) et par le chimiste français Nicolas-Jacques Conté en 1795 pour remplacer le graphite pur (la plombagine) dont l'importation d'Angleterre était interdite par le blocus. « Il mélangea du graphite moulu très fin avec de la poudre d'argile, en fine pâte qu'il compressa en mines, et après séchage les mit au four. En variant le temps de cuisson, la température, et la proportion argile/graphite il obtint des mines de diverses duretés. »

"moderne" est toujours relatif, puisqu'à toute époque comme disait Rimbaud « Il faut être absolument moderne ! » (Adieu dans Une saison en enfer, 1873-1875). "Moderne", c'est nouveau ; "absolument", radical

le crayon nouveau a donc toujours été moderne en son présent, ceci depuis la préhistoire



j'ai la bizarre impression que l'on utilise le crayon pour dessiner plus que pour écrire, mais John Steinbeck écrivait au crayon de papier et l'on lit que « l'auteur des 'Raisins de la Colère' ne se mettait au travail que lorsqu'il avait sur son bureau douze crayons bien taillés », et puis :

John Steinbeck a écrit:
I have found a new kind of pencil—the best I have ever had. Of course it costs three times as much too but it is black and soft but doesn’t break off. I think I will always use these. They are called Blackwings and they really glide over the paper.

J'ai trouvé un nouveau type de crayon - le meilleur que j'ai jamais eu. Bien sûr, il coûte trois fois plus cher, mais il est noir et doux, et ne rompt pas. Je pense que je vais toujours les utiliser. Ils sont appelés Blackwings et glissent vraiment sur le papier.


Citation :
L'emblématique Blackwing 602 qui, comme tout le monde le sait, était le préféré de l'écrivain respecté John Steinbeck, est un crayon supérieur aux autres. Sa mine ferme et foncée fait des points et trace des lignes comme nul autre crayon sur le marché. Parfait pour les marathons d'écriture.

Vous avez fait une faute ? N'ayez crainte ! Le Palomino Blackwing 602 viendra à la rescousse grâce à sa gomme unique extensible qui ne laisse aucune trace. Ainsi armé, vous ne tarderez pas à faire partie des grands de la littérature.

Chaque boîte contient 12 crayons en graphite ferme et lisse de la meilleure qualité. Mesure (approx) 21,5 x 7 x 1,9 cm.

le prix de la boîte avoisine 80 €. En plus d'être un outil d'écriture, le crayon est donc une marchandise. Mon premier fait sa valeur d'usage, mon second sa valeur d'échange. Du moins en première analyse, et je m'éviterais la dernière, en attendant l'abolition de la valeur

la valeur d'échange est aussi de ce qu'avec le crayon l'on écrit ou dessine. C'est l'échange avec qui le lit ou le regarde, et pour qui cela fait une valeur, dont l'usage est de communication d'une information, d'une émotion, etc. À vrai dire, cet échange n'est pas plus direct de l'écriteure au lecteur que de l'ouvrier au consommateur, de crayon ou autre. C'est ce qu'on appelle la séparation, l'absence d'immédiateté sociale entre ces deux individus, mais c'est une autre histoire

vous trouver cela tortueux ? Pas plus que le fragment d'Héraclite gravé dans ma mémoire :


« Dans la machine à fouler, le chemin de la vis, droit et courbe, est un et le même »
Fragment 59, Hippolyte, Réfutation de toutes les hérésies, IX, 10, 4

on le vérifie dans le mouvement du crayon écrivant droit sur la ligne, et courbe dans les lettres


Exemples d'écritures sur des chèques

par exemple un chèque pour acheter une boîte de crayon Palomino Blackwing 602, mais qu'il est déconseillé d'écrire avec un crayon

tout cela est plus simple que compliqué, c'est le début de la dialectique complexe, encore une autre histoire

mais revenons à nos crayons



sachez encore que « Crayon est dérivé du mot craie, qui vient du latin creta et signifie "argile blanche", et donc que la creta n'est pas la femelle du crétin. Au demeurant crétine a signifié, je vous dirai pas quand, à Caen et environs, crue d'eau


un crétin dans la crétine


gravure d'après un croquis de crétine au crayon
source : Les chroniques météo de l'année 1870-1879

Ah... j'oubliais, pour tailler les crayons, on peut utiliser un couteau. J'ai oublié aussi de vous montrer ce modèle, dont j'ai un exemplaire trouvé à Thiers


couteau de poche avec scie et pointeau, Benoît Sauzède, XIXè siècle

(à suivre, car il faut apprendre à tailler)

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MessageSujet: Re: de LA MARCHANDISE EN SA FABRIQUE, avec ou sans FÉTICHISME, au TRAVAIL LIBÉRÉ par le COMMUNISME et aux valeurs d'échange communistes   Jeu 1 Fév - 12:16


« Le couteau a beau être tranchant, il ne peut tailler son manche. »
Mahmud de Kachgar, linguiste ouïgour du XIe siècle

dédié à Schizosophie : « Déchirez donc votre site avec votre Opinel préféré. Un conseil...»

les conseilleurs n'étant pas les tailleurs, hommage à l'Opinel :



il est déconseillé d'utiliser un taille-crayon

durant mes années de dessin industriel, le matériel était


mais l'on utilisait de préférence ce bel objet


Citation :
Le porte-mine (pousse-mine au Québec) a été breveté pour la première fois en Angleterre en 1822 par Sampson Mordan et Gabriel Riddle, d’où l’estampillage « SMGR » qui figure sur les premiers portemines Mordan. Sampson Mordan continua à produire des crayons et d’autres objets en argent jusqu’à la Seconde Guerre mondiale lorsque son usine fut bombardée.

Entre 1820 et 1873, plus de 160 brevets ont été déposés concernant toutes les améliorations possibles à apporter au portemine.


et le dessin industriel n'était pas mon destin


Patlotch, dessins

allez, Schizo, fais pas ta sale mine

"taillable et corvéable à merci" ?

Citation :
Qu'on puisse tailler un crayon ou bien une pipe (comme à Saint-Claude, bien sûr), cela se comprend aisément. Mais comment peut-on tailler un individu ?

Il y a bien longtemps, au Moyen-Âge, la 'taille' était un impôt que le serf devait à son seigneur. Le paysan était donc 'taillable'. Mais ce même paysan devait également des journées de travail à son maître, la corvée. Il était donc aussi 'corvéable'.

« Celui qui ne pouvait payer, donnait son corps et son temps, taillable et corvéable à merci, obligé de labourer, moissonner, faucher, façonner la vigne, curer les fossés du château, faire et entretenir les routes. »
Émile Zola - La terre

source

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MessageSujet: Re: de LA MARCHANDISE EN SA FABRIQUE, avec ou sans FÉTICHISME, au TRAVAIL LIBÉRÉ par le COMMUNISME et aux valeurs d'échange communistes   Ven 2 Fév - 11:33


de la fabrique du crayon
l'usine ou l'artisan
à celle du dessin



« mes crayons sont faits un par un, avec mes mains, pas avec des machines
Quand tu fais les choses avec du cœur, tu calcules plus le truc
L'artisanat c'est ça, c'est pas simplement une histoire de profit

3:50



au Musée Ghibli de Miyasaki, une des choses les plus impressionnantes dans son atelier est la boîte de crayons usés jusqu'au bout













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MessageSujet: Re: de LA MARCHANDISE EN SA FABRIQUE, avec ou sans FÉTICHISME, au TRAVAIL LIBÉRÉ par le COMMUNISME et aux valeurs d'échange communistes   Sam 3 Fév - 22:53


interlude

du taille-crayon musical
à la fabrique d'un chef-d'œuvre de simplicité



Double Bass and Vocals, Duet
Jonathan Joly, Leah Gracie

Citation :
Découvrez le monde poétique de l'entreprise moderne ! Rompus aux nouvelles techniques de communication, nos deux héros du capitalisme contemporain vous le feront découvrir en chansons. Munis des équipements les plus performants de notre compagnie (journaux financiers, flûte traversière, machine à dactylographier et contrebasse) , ils vous feront partager pour une soirée les joies et les peines de leur quotidien : croissance , pop music , ressources humaines, maloya , management, hybridations jazzistiques et aliénation du travail. « What a day » c'est un voyage musical dans les entrailles de l'appareil bureaucratique.

autres

conseillé :




vu les moyens, plutôt respectueux de l'original








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MessageSujet: Re: de LA MARCHANDISE EN SA FABRIQUE, avec ou sans FÉTICHISME, au TRAVAIL LIBÉRÉ par le COMMUNISME et aux valeurs d'échange communistes   Lun 5 Fév - 14:45


Hambāgu n'est autre que le mot Hamburger, prononcé en japonais transcrit ici en rōmaji(s), caractères latins pour écrire l'équivalent phonétique des katakanas, eux-mêmes caractères phonétiques réservés dans l'écriture japonaise aux mots d'origine occidentale. Le trait sur le ā signifie un a long. Ils sont présentés en syllabaire et non en alphabet avec voyelles et consonnes

le tableau se lit de droite à gauche et de haut en bas :
a i u e o, ka ki ku, etc.


ceci pour l'aspect linguistique, le signifiant. Le signifié du Hambāgu est un hamburger un peu spécial. Ce qui frappe chez les Japonais dans tous les domaines, c'est leur capacité à emprunter aux étrangers tout en restant eux-mêmes. On admettra que le hamburger n'est pas le pire qu'ils tiennent des Américains

 

voici donc une recette de hambāgu parmi d'autres :

Citation :
L’hambagu désigne la recette pour préparer la viande utilisée dans la déclinaison japonaise du hamburger. On notera que l’hambagu (ou Hambāgu Steak) ne sert pas à garnir un pain bun comme c’est le cas du steak haché en Occident. L’hambagu est servi sur une assiette accompagné de légumes, riz ou pain. Il est arrosé d’une sauce demi-glace.

Les ingrédients principaux : bœuf et porc hachés
L’hambagu est fait principalement d’un mélange de viandes de porc et de bœuf, tous deux hachées. On trouve dans les supermarchés japonais des préparations déjà toutes faites appelées Aibiki-Niku. Ainsi, il n’est plus nécessaire d’acheter séparément la viande de porc et celle de bœuf.

Des ingrédients facultatifs
Même si ce n’est pas obligatoire, certains cuisiniers y rajoutent de la chapelure. Dans ce cas, il faudra également des œufs légèrement battus. Le lait peut par ailleurs entrer dans la liste des ingrédients. Et pour les condiments, on trouve bien évidemment du sel, du poivre et des oignons. Ces derniers sont hachés avant d’être cuits avec un peu d’huile. On les retire dès qu’ils sont mous. Ces oignons cuits ajouteront une douceur naturelle à la saveur de l’hambāgu. À titre facultatif, on peut enrichir la recette de noix de muscade et de gingembres marinés.

La préparation
Tous ces ingrédients sont à mélanger simultanément dans un grand bol. Très important, il est recommandé de pétrir à la main, mais jamais avec un robot. Pour poursuivre, diviser grossièrement le mélange en plusieurs portions avant de jeter chaque portion d’une main à l’autre pour la débarrasser de l’air qui s’y est infiltré. Laisser reposer le mélange pendant 30 minutes.

La cuisson
Former une boulette légèrement aplatie avec chacune des portions. On obtient alors comme une galette de viande épaisse. Faites frire les galettes dans un peu d’huile chauffée jusqu’à ce que les deux faces soient bien dorées. Cela peut prendre 3 minutes, mais pas plus. Recouvrer ensuite la poêle et réduire le feu au maximum. Laissez mijoter durant une dizaine de minutes. On notera que cette étape peut également se faire dans au four. Pour cela, la durée de cuisson de 10 minutes reste inchangée.

Un plat à multiples recettes

Au Japon, l’hambagu est souvent cuisiné à domicile même si on en propose très souvent dans les Yoshoku. Ce terme désigne les établissements de restauration spécialisés dans les recettes occidentales qui ont été japonisées après leur introduction dans le pays. L’hambagu est en effet réputé pour être la version japonaise du steak haché destiné à garnir les burgers aux USA. D’aucuns disent également que la recette est presque similaire à celle du salisbury steak. Étant donné la popularité de ce plat au Japon, il n’est pas étonnant de constater ses multiples déclinaisons. On a par exemple le Wafu Hambāgu préparé à partir d’une sauce soja et de daikon râpé. On peut également citer le Teriyaki Hambāgu. Et c’est sans compter la diversité des accompagnements pour changer des traditionnels riz et légumes. Certains proposent par exemple des œufs sur le plat ou encore des shimeji (variété de champignon) sautées.

les haricots verts (frais) que l'on voit sur la photo du haut sont cuits croquants à l'eau quelques minutes, puis passés à l'eau froide pour rester verts. On les fait ensuite sauter à la poêle dans de l'huile de sésame ou de préférence du sésame torréfié puis écrasé jusqu'à devenir huileux. On y ajoute un peu de sucre (sucré ça l'est) et de la sauce de soja (voir la recette)

enfin n'oubliez jamais que la cuisine japonaise se prépare et se présente autant pour le plaisir des yeux que du palais



de l'écriture à la vie quotidienne, c'est L'Empire des signes  


1970

ça y est, voilà que je fais mon structuraliste posmoderne

affraid

révision générale : qu'est-ce qui, dans le hambāgu, tient de la marchandise, et quoi non ? Question prospective : qu'est-ce qui distinguera le hambāgu communiste des temps futurs ?

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MessageSujet: Re: de LA MARCHANDISE EN SA FABRIQUE, avec ou sans FÉTICHISME, au TRAVAIL LIBÉRÉ par le COMMUNISME et aux valeurs d'échange communistes   Mer 7 Fév - 18:28


de la fabrication et de la production
de quoi ?
et d'un communisme insuffisamment affranchi




La fabrication d’enveloppes “Moderne” selon Karl Marx
Le Capital, Vol. I, partie IV, Chap. XV, section 1


Karl Marx a écrit:
« Dans la moderne manufacture d’enveloppes, un ouvrier pliait le papier avec la plieuse, un autre apposait la colle, un troisième pliait le rabat sur lequel on estampait l’en-tête, un autre estampait celui-ci, et ainsi de suite, selon toute une série d’opérations partielles, pour chacune desquelles l’enveloppe passait de main en main.

Aujourd’hui, une machine à faire des enveloppes exécute toutes ces tâches, fabriquant plus de 3 000 unités par heure. Lors de l’exposition industrielle de Londres, en 1862, une machine américaine de sacs en papier fut présentée : elle coupait le papier, l’encollait, le pliait au rythme de 300 pochettes par minute. On constate que, une seule machine, travaillant avec divers outils combinés, peut exécuter tout le processus qui était décomposé en plusieurs phases graduelles dans la manufacture. »


dans les premières lignes de cette section du livre :

« John Stuart Mill, dans ses "Principes d'Economie politique", affirme la chose suivante : on peut douter que toutes les inventions mécaniques, créées jusqu'à maintenant, aient provoqué les lassitudes quotidiennes dont souffrent les êtres humains. Parce que, l'application capitaliste de la machinerie ne cherche pas a atteindre un tel but. A l'instar des autres moyens employés pour augmenter la productivité du travail, les machines prétendent abaisser les coûts de production, et, en écourtant la partie de la journée de travail que le travailleur consacre à ses propres besoins, il allonge, par conséquent, la partie restante qu'il livre, sans contrepartie, au capitaliste. En bref, celles-ci constituent un moyen pour obtenir une plus-value.

Dans les industries manufacturières, la révolution dans le mode de production commence par la main d'œuvre, alors que, dans l'industrie moderne, elle le fait à travers des instruments de travail. Nous nous devons de nous demander, par conséquent et en premier lieu, comment se transforment les instruments de travail et passent d'outils à des machines, ou quelle est la différence entre une machine et les objets utilisés par l'artisan ? »

MACHINE A PLIER ET COLLER ENVELOPPES LEGRAND 1857 ARMENGAUD


pour notre modeste part ici, nous nous sommes demandé ce qui distingue la fabrication et la production, et nous avons constaté que tout produit d'une fabrication humaine n'est pas nécessairement une marchandise, dédiée à l'échange de valeurs (achat-vente) donc à l'économie. Il est donc compréhensible que pour des marxistes conséquents, le communisme comme société n'est pas un mode de production (économique). Sur ce point, Léon de Mattis, dans Qu’est-ce que la communisation ? en 2011, a raison :

Citation :
Le communisme n’est pas un mode de production en ce sens que les rapports sociaux n’y sont pas déterminés par la forme que prend la processus de fabrication des objets nécessaires à la vie, mais à l’inverse que ce sont les rapports sociaux communistes qui déterminent la manière dont sont fabriqués les objets nécessaires.

qu'à cela ne tienne, Robert Bibeau, professeur d'économie à la retraite, directeur des 7 du Québec et soi-disant prolétaire décrit le mode de production communiste prolétarien

Citation :
Disons d’abord que selon Marx le mode de production socialiste n’existe pas. Selon Marx le mode de production capitaliste ayant atteint son point culminant, celui où ses contradictions internes auront atteint un point de non-retour, et où ce mode de production aura harnaché la totalité des forces productives qu’il sera capable de valoriser (faire produire de la plus-value) alors, ce mode de production [capitaliste] s’écroulera sous le poids des forces insurrectionnelles antagonistes. De cette anarchie destructrice surgira le mouvement révolutionnaire prolétarien qui construira un nouveau mode de production révolutionnaire, le mode de production communiste prolétarien.

Pour les marxistes le mode de production communiste prolétarien c’est l’abolition de l’économie marchande, de la propriété des moyens de production, d’échange et de communication, c’est l’abolition du salariat, de l’argent, de la bourse et des banques, c’est l’extinction de l’État, et la fin de la séparation des producteurs de leurs moyens de production (aliénation originale selon Marx), et la fin de la séparation entre la ville et la campagne (aliénation fondamentale selon Marx).

ailleurs (ici) :

Seule la classe prolétarienne, grosse de son savoir-faire, son savoir produire et aménager, son savoir planifier et construire socialement pourra créer un nouveau mode de production qui respecte la nature et réponde aux besoins sociaux, conditions de survie de l’espèce.

quoi qu'il (n')en dise (pas) le communisme de Robert Bibeau n'abolit pas la valeur... Ses prolétaires sont heureux, ils ne sont plus « séparés de leurs moyens de production » puisqu'ils en ont la propriété en communauté. Bref, c'est l'autogestion, un communisme insuffisamment affranchi


lettre de Agram (Zagreb) à Paris, du 13 janvier 1866  

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MessageSujet: Re: de LA MARCHANDISE EN SA FABRIQUE, avec ou sans FÉTICHISME, au TRAVAIL LIBÉRÉ par le COMMUNISME et aux valeurs d'échange communistes   Lun 12 Fév - 15:16


du 8 février, mis à jour avec Flaubert sous Karl Marx...


l'art n'est pas une marchandise ?
ça dépend...



Citation :
Au sens strict, la production est une activité économique qui transforme les facteurs de production (matières premières, énergie, main d’œuvre et capital) en nouveaux produits. Selon Karl Marx, seule est production celle de la marchandise qui ajoute une plus-value au capital. Tel n’est pas le cas du travail intellectuel et artistique, explique-t-il en citant le cas du poète britannique John Milton :

« Milton, l’auteur du "Paradis perdu", est un travailleur improductif, alors qu’un écrivain qui fournit à son éditeur un travail de fabrication (Fabrikarbeit) est un travailleur productif. Milton a produit son poème comme un ver à soie produit la soie, en exprimant sa nature par cette activité. En vendant plus tard son produit pour la somme de 5 £, il fut, dans cette mesure, un marchand. En revanche, le littérateur prolétaire de Leipzig qui, sur commande de son éditeur, produit des livres, par exemple des manuels d’économie politique, se rapproche du travailleur productif dans la mesure où sa production est soumise au capital et n’existe qu’en vue de sa valorisation » (1971 [1867], p. 94).

Le produit doit donc pouvoir être détaché de son producteur pour devenir marchandise autonome et être soumis aux lois du marché. Dans l’exemple cité, le Paradis perdu n’est pas dissociable de son auteur : si le texte peut être aliéné au moment où il est vendu à l’éditeur ou au libraire, l’œuvre ne l’est jamais, et sa valeur reste tributaire de la signature. Il en résulte une distinction fondatrice qui confère au livre le statut de marchandise, résultant du travail productif (de l’imprimeur, des typographes) lié à la reproduction technique, mais qui conserve au texte poétique le statut d’une œuvre unique et inaliénable. Le droit d’auteur et la propriété intellectuelle sont fondés sur cette distinction.

source : production, Lucie Robert

l'explication générale est bonne, mais il y a une erreur dans le texte de cette professeure de littérature québécoise : « l’œuvre [le poème] ne l’est jamais [aliéné], et sa valeur reste tributaire de la signature. » Non ! Que le poème soit signé ou diffusé anonymement ne modifie pas sa valeur artistique intrinsèque et toute relative. C'est parce qu'elle inverse en principe philosophique « le droit d’auteur et la propriété intellectuelle » qu'elle l'inscrit dans l'acceptation de la valeur d'échange propre au capitalisme

de ce point de vue là, il n'y a fondamentalement pas de différence entre les types de formes artistiques. Les éditeurs font du profit avec la poésie de Victor Hugo, Rimbaud, Aragon... plus difficilement avec certain.e.s poètes

ce qui fait la valeur marchande d'une œuvre d'art est relativement indépendant de ce qui fait sa valeur artistique. Tout au plus, la reconnaissance sociale de celle-ci augmente celle-là, dès lors que l'œuvre est mise en vente. C'est pourquoi notre professeure va parler de "reconnaissance" (sociale). C'est d'ailleurs pour la définir que l'on paye des professeur.e.s de littérature et des critiques d'art !

plus loin, dans La production sociale de la valeur, Lucie Robert poursuit précisément la même indistinction entre valeur artistique (ici littéraire) et valeur marchande :


Citation :
L’étude de la production sociale de la valeur, ce que désigne l’adjectif « littéraire », réunit les conditions de la réception des textes et la reproduction des compétences ou des savoirs collectifs. Elle reste le parent pauvre de la recherche en études littéraires [...]. L’on pourra en conclure que la valeur est produite d’abord par le type d’approche convoqué par l’œuvre et qu’elle est ainsi tributaire de la division en disciplines du travail universitaire. [...] Aussi cette valeur est-elle d’abord la littérature elle-même, conçue comme une valeur transitive, socialement produite et accordée au texte, le constituant dès lors en œuvre légitime.

En tant que valeur, la littérature appelle du même coup sa reproduction, ce à quoi contribuent l’enseignement de la littérature, la critique littéraire, et tout discours sur la littérature. [...] Aussi la réflexion sur la production sociale de la valeur demande-t-elle à être prolongée par une analyse textuelle qui mettrait en évidence la manière dont les œuvres affichent des traits qui favorisent leur reconnaissance. [...]

Outre sa critique de l’humanisme et du structuralisme ambiant des années soixante, l’intérêt du concept de production est d’avoir permis l’appréhension de la création comme processus et comme travail, c’est-à-dire comme transformation du matériau (matériau linguistique, matériau idéologique, matériau psychique) au-delà de toute considération qui limiterait la fonction de l’œuvre à la représentation du monde ou au plaisir esthétique.

Parce qu’il ne contient pas un jugement préalable sur son objet, il dissout la frontière qui autrement divise la culture entre productions légitimes (érigées en monuments) et productions non légitimes (considérées comme documents). Toutefois, le concept de production laisse en suspens la réflexion sur ce qui est ainsi produit et que désigne l’adjectif (production littéraire, production textuelle, production signifiante) lequel demande dès lors à être redéfini plus avant.

on ne lui fait pas dire, puisqu'elle introduit le concept de production, sa signification dans un mode de production marchand, dans son approche de la production artistique, celle de l'œuvre, alors ramenée à un produit avec une valeur qui se dédoublerait en art et marchandise. Cela n'a aucun sens. Tout au plus pourrait-on parler, justement, de fabrication, dans les termes du précédent commentaire

la reproduction ne fait qu'introduire une différence entre une œuvre unique (peinture...) et une œuvre reproductible - littérature, musique, cinéma... cf Benjamin). Le prix d'un livre n'est pas indexé sur la reconnaissance de son auteur, mais le profit qu'on en tire sur le nombre de ventes. Il s'agit toujours d'une reconnaissance socialement vérifiable, qui échappe pour l'œuvre d'art au coût de revient de sa fabrication : rapporté au prix de la toile et des pinceaux, et même les heures payées un bon salaire, un tableau de Picasso ne vaut pas plus qu'une croûte Place du Tertre


Twisted Evil

j'ai traité plus à fond de tout ça dans UN RENVERSEMENT POÉTIQUE et RÉVOLUTIONNAIRE de Guy Debord à... Patlotch... et PATLOTCH : UN CADAVRE ! Mise à mort de "l'artiste" par lui même

diffusée gratuitement, une œuvre ne peut pas devenir une marchandise, du moins si cette exigence de son auteur n'est pas trahie. Sur le marché de la poésie (sic) c'est un suicide, puisque dans le capitalisme, c'est une contradiction sans dépassement possible



dans sa geste, c'est un appel au dépassement de l'art par la révolution, c'est-à-dire l'abolition de sa valeur marchande, de la 'marchandisabilité' sur la base de la valeur artistique



intéressantes considérations de Flaubert sur la valeur de l'art, tout-à-fait similaires à ce que j'en dis en renonçant à toute commercialisation de mes œuvrages



« Pour Flaubert, l'art n'a pas de prix et par conséquent ne devrait pas être monnayé. Une autre raison qui devrait empêcher un écrivain de se vendre à un éditeur, c'est la conscience de la disproportion fondamentale qui existe entre la valeur réelle de son œuvre et la somme qu'il en retire. Comment, se demande Flaubert, estimer la valeur d'une œuvre en termes économiques et d'après quels critères ? »

Flaubert a écrit:
Nous sommes des ouvriers de luxe ; or, personne n’est assez riche pour nous payer. Quand on veut gagner de l’argent avec sa plume, il faut faire du journalisme, du feuilleton ou du théâtre. La Bovary m’a rapporté... 300 francs, que J’AI PAYÉS, et je n’en toucherai jamais un centime. J’arrive actuellement à pouvoir payer mon papier, mais non les courses, les voyages et les livres que mon travail me demande ; et, au fond, je trouve cela bien (ou je fais semblant de le trouver bien), car je ne vois pas le rapport qu’il y a entre une pièce de cinq francs et une idée. Il faut aimer l’Art pour l’Art lui-même ; autrement, le moindre métier vaut mieux.

au comte René de Maricourt, 4 janvier 1867

Pourquoi publier, par l’abominable temps qui court ? Est-ce pour gagner de l’argent ? Quelle dérision ! Comme si l’argent était la récompense du travail, et pouvait l’être ! Cela sera quand on aura détruit la spéculation : d’ici là, non. Et puis comment mesurer le travail, comment estimer l’effort ? Reste donc la valeur commerciale de l’oeuvre. Il faudrait pour cela supprimer tout intermédiaire entre le producteur et l’acheteur, et quand même cette question en soi est insoluble. Car j’écris (je parle d’un auteur qui se respecte) non pour le lecteur d’aujourd’hui, mais pour tous les lecteurs qui pourront se présenter, tant que la langue vivra. Ma marchandise ne peut donc être consommée maintenant, car elle n’est pas faite exclusivement pour mes contemporains. Mon service reste donc indéfini et, par conséquent, impayable.

à George Sand, 4 décembre 1872

J'ai voulu dire seulement ceci : quand on ne s’adresse pas à la foule, il est juste que la foule ne vous paye pas. C’est de l'économie politique. Or, je maintiens qu'une œuvre d'art (digne de ce nom et faite avec conscience) est inappréciable, n'a pas de valeur commerciale, ne peut pas se payer. Conclusion : si l'artiste n'a pas de rentes, il doit crever de faim ! On trouve que l’écrivain, parce qu’il ne reçoit plus de pension des grands, est bien plus libre, plus noble. Toute sa noblesse sociale maintenant consiste à être l’égal d’un épicier. Quel progrès ! Quant à moi, vous me dites : « Soyons logiques » ; mais c'est là le difficile ! Je ne suis pas sûr du tout d'écrire de bonnes choses...

à George Sand, 12 décembre 1872

« La prostitution artistique en est d'autant plus impardonnable. »

et nous voyons ainsi en quoi la valeur artistique non commerciale préfigure l'abolition de la valeur d'échange de toute création humaine, « question en soi insoluble » dans le capitalisme

« Je maintiens qu'une œuvre d'art (digne de ce nom et faite avec conscience) est inappréciable, n'a pas de valeur commerciale, ne peut pas se payer. Conclusion : si l'artiste n'a pas de rentes, il doit crever de faim ! » Gustave Flaubert à George Sand, 12 décembre 1872



16. À MORT L'ARTISTE

Des dés jetés pas trop dé-construit le bazar
ceci est le pipeau dé pipé des beaux-arts

Dépité capital de la douleur artiste
par la valeur usée du calcul égoïste

Sois invendable et fier ou que diable t'emporte
entré par la fenêtre et sorti par la porte

En emportant la clef du paradis perdu
des illusions gagnées sur un marché tordu

La poésie est morte au champ de déshonneur
elle a vendu son âme au chaland salonneur

Je dis à mort l'artiste et qu'il crève de faim
en marchand de lui-même et jetons le défunt

À la fosse commune en la fausse Commune
de l'art et du cochon pine hard et saucisson

Fosobo 12 février 2018 11:05/13:21[i]

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MessageSujet: Re: de LA MARCHANDISE EN SA FABRIQUE, avec ou sans FÉTICHISME, au TRAVAIL LIBÉRÉ par le COMMUNISME et aux valeurs d'échange communistes   Mar 13 Fév - 11:13


Des transformations du travail
Olivier Grenouilleau, historien Ouest France 13/02/2018

Amazon veut faire porter des bracelets électroniques à ses employés

Amazon préfigure-t-elle l'entrée dans un monde où les ouvriers ne seraient plus que des robots, réduits par la technologie à la merci de leur employeur ?


Photo d'illustration : AFP

Citation :
Le travail n'est-il pas, à la fois, susceptible de fournir à l'homme un moyen de s'accomplir et, trop souvent, celui, concret, de son assujettissement ?

Amazon : des bracelets permettent de localiser les employés et de les suivre en temps réel dans les entrepôts où ils travaillent. Symbole d'un capitalisme en excroissance (avec un chiffre d'affaires multiplié par plus de 420 depuis son introduction en Bourse, en 1997), la firme internationale préfigure-t-elle l'entrée dans un monde où les ouvriers ne seraient plus que des robots, réduits par la technologie à la merci de leur employeur ?

Au-delà de la métaphore de « l'esclavage moderne », se profile une autre interrogation : celle de la capacité de ce même capitalisme à inventer sans cesse de nouvelles méthodes destinées à accroître l'efficacité du travail, tout en soulignant que l'ouvrier y gagnerait aussi. N'est-ce pas en ces termes que Taylor (qui inspira le constructeur automobile Ford) expliquait, au début des années 1880, les avantages de ce qui allait devenir l'« organisation scientifique du travail » ? Étudier la meilleure façon, pour l'ouvrier, d'utiliser son corps permettait de réduire chacun de ses efforts. Au final, un manutentionnaire arrivait à manipuler 48 tonnes par jour, au lieu de 2,7 tonnes. Son salaire était augmenté de 60 %, mais sa productivité s'envolait, et le nombre d'employés nécessaire fondait...

Émancipation ou assujettissement

Nos sociétés sont issues de civilisations d'outils et de machines en tous genres. Mais avec le mouvement d'industrialisation qui s'opère à partir des années 1780, révolution à la fois technologique, énergétique et financière, tout change. Les ordres de grandeur ne sont plus les mêmes. La capacité de l'homme à maîtriser la nature et à s'en libérer paraît presque infinie. Et ce ne sont pas seulement des banquiers ou des chefs d'entreprise qui le disent. Ce sont aussi, entre autres, Karl Marx et Friedrich Engels.

Marx et Engels

Le premier s'émerveille devant les prouesses accomplies par les hommes de son temps, jamais égalées dans toute l'histoire de l'humanité. En introduction du livre Le rôle du travail dans la transformation du singe en homme (morceau de La dialectique de la nature, 1883), le second écrit : « Le travail, disent les économistes, est la source de toute richesse. [...] Mais il est infiniment plus encore. Il est la condition fondamentale première de toute vie humaine, et il l'est à un point tel que, dans un certain sens, il nous faut dire : le travail a créé l'homme lui-même. »

Suivant nos deux auteurs, on pourrait dire que, historiquement, l'homme serait né avec le travail avant que, bien longtemps après, avec la « révolution industrielle », il puisse entrevoir la possibilité, sinon de s'en affranchir, du moins d'en faire un instrument de son accomplissement. Que deux des principaux théoriciens de l'aliénation de l'homme par l'exploitation de sa force de travail soient, en même temps, autant séduits par les virtualités de ce même travail, peut sembler paradoxal.

Mais l'est-ce vraiment ? Le travail n'est-il pas, à la fois, susceptible de fournir à l'homme un moyen de s'accomplir et, trop souvent, celui, concret, de son assujettissement ? En tout cas, depuis la fin du XIXe siècle, le discours servant le capitalisme s'ingénie à mettre en avant les virtualités émancipatrices du travail pour mieux justifier des innovations servant à en relancer l'efficacité.


Schéma de l'utilisation du bracelet electronique développé par Amazon
UNITED STATES PATENT AND TRADEMARK OFFICE

Citation :
Ce système de "traçage (...) des mouvements des mains d'un employé (...) pourrait être utilisé pour surveiller la réalisation de tâches assignées" comme l'inventaire et la préparation des commandes, expliquent les documents officiels relatifs à ce brevet. L'appareil est "prévu pour être porté (...) près de la main et pour émettre des vibrations".

Concrètement, si un employé place ses mains au mauvais endroit ou ne touche pas le bon objet au moment de la collecte dans les entrepôts, le bracelet pourra se mettre à vibrer par ultrason. Un moyen de guider, mais aussi de surveiller, tous les mouvements des salariés logistiques de l'entreprise.



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MessageSujet: Re: de LA MARCHANDISE EN SA FABRIQUE, avec ou sans FÉTICHISME, au TRAVAIL LIBÉRÉ par le COMMUNISME et aux valeurs d'échange communistes   Jeu 15 Fév - 16:18


art ou artisanat ?
le cul entre deux chaises

nous avons rencontré l'artisan, amoureux du travail bien fait et pour qui la valeur marchande du produit n'est pas seule visée, ni même sa stricte valeur d'usage ; mais aussi, pour le dire simplement sa beauté, en termes anciens dans lesquels l'esthétique était le but de l'art

nous avons distingué dans l'art sa valeur artistique et celle de l'œuvre considérée comme produit, marchandise. Puis nous en avons imaginé quelque prolongement heureux dans la société communiste

je reviens ici sur la différence entre art et artisanat, pour repartir d'un autre pied... de chaise



Citation :
Jusqu’au XVIIème siècle, l’artiste et l’artisan sont confondus. Ce n’est qu’en 1762 qu’une différenciation institutionnelle est réalisée pour fixer deux ordres. Ainsi, l’artisan est reconnu comme un homme de métier, l’artiste comme celui qui exprime le Beau. Tous deux ont certes ce point commun qui est de transformer le réel pour la création d’une œuvre. Mais toute œuvre n’est pas de l’art ; il existe des différences qui déterminent une réalisation comme artistique, et distinguent une production comme artisanale.

La première d’entre elles nous indique que l’art ne sert pas à autre chose qu’à lui-même. Il est une fin en soi, contrairement au travail de l’artisan. Celui-ci en effet se charge de donner une fonctionnalité à la chose travaillée. Il s’inscrit dans le domaine de la technique, pour une fabrication qui servira autre chose. L’artisanat s’inscrit dans une dynamique technicienne ; il participe de l’utile. Ainsi, l’artisan est propriétaire d’un savoir-faire, qui demande un degré plus ou moins important d’expertise selon la spécialisation. Mais cette compétence est un acquis, reposant sur une connaissance assimilée suite à un apprentissage. Autrement dit, le métier d’artisan s’apprend, et non l’art.

Pour autant, l’artiste se doit de disposer d’une maîtrise technique, sauf qu’elle ne suffit pas. Elle est une base au service de son art. Il y dans l’œuvre plus que l’application de règles. L’art ainsi est autonome, mais cette autonomie est reconnue depuis peu, c’est-à-dire à compter du XIXème siècle. Auparavant, l’art est avant tout subordonné à des commandes, avec la contrainte de respecter les codes établis. L’art se conforme donc au goût convenu. L’artiste ne déroge pas aux conventions esthétiques, et ce respect le positionne socialement comme un fournisseur du beau, reconnu dans la communauté comme tel.

L’ère moderne met fin à ce lien de subordination. Les artistes n’acceptent plus de pression extérieure. Ils considèrent que l’art ne doit appartenir, dans sa conception, qu’à celui qui s’y adonne, et rien qu’à lui. Cette revendication détermine l’art comme une activité désintéressée, sans limite, ni code. Dès lors, définir ce qu’est une œuvre d’art devient un exercice difficile car il n’est plus possible de s’appuyer sur des règles préétablies. Ainsi faut-il préférer orienter l’analyse vers l’artiste pour tracer la frontière entre l’art et l’artisanat, et la réflexion induit la question suivante : qu’est-ce qui fait d’un homme un artiste, et non un artisan ?

La compétence technique, nous l’avons dit, tous deux la possèdent. Mais ce qui les sépare tient au goût et à l’investissement spirituel. Non pas que l’artisan n’ait point de goût. Mais il l’exprime dans un cadre bien défini ; il fait son travail avec goût. Pour l’artiste, le goût est affaire de jugement : il juge ce qui est beau ou laid, provoquant ou consensuel, conformiste ou à la marge. Cependant, ce jugement s’exerce au gré de l’avancement de l’œuvre. Aucune recette ne dit en effet comment faire de l’art.

L’artiste est celui qui ne connaît pas à l’avance le résultat de ce qui sera plus tard son œuvre. Il n’a pas d’objectif ; l’artisan oui, et celui-ci s’engage avant tout professionnellement. Pour l’artiste, l’investissement est total. C’est toute sa personne qui participe à son art. Une production artistique n’est pas que l’interprétation de la réalité, ou le souvenir d’un fait, d’une émotion. L’art construit aussi son homme, certes comme pour l’artisanat, mais pour l’artiste la construction est entière, tout autant que peut l’être ce qu’il restitue. L’artiste en effet se donne physiquement pour accomplir son œuvre, mais aussi et surtout spirituellement. Il colore son œuvre de son âme, et le génie artistique est de transmettre cette couleur au spectateur, en la lui soufflant avec la transformation de la matière.

Il y a ainsi chez l’artiste une capacité à créer de l’art. Cette conclusion peut passer pour un truisme. Mais elle met surtout en évidence la difficulté quant à définir précisément ce qu’est un artiste. Certains voient dans le génie* la manifestation d’un miracle, et considèrent l’artiste comme une sorte de messager divin. Ce n’est pas un esprit humain qui guiderait la main, mais une force qui dépasse l’artiste. Le génie échapperait alors à son auteur. D’autres, comme Nietzsche, refusent cette déduction, et considèrent plus le talent comme l’aboutissement d’un travail constant et rigoureux, comme la récompense d’un effort permanent. Il est aussi possible de penser qu’une œuvre est artistique parce que le spectateur la reçoit de cette façon. Ce serait donc le regard porté sur elle qui qualifierait d’artistique une représentation. Ainsi, la beauté ne serait plus la quête de l’artiste. C’est ce qui fait dire à Barnett Newman, l’un des représentants les plus importants de l’expressionnisme abstrait du XXème siècle, que « le mobile de l’art moderne a été de détruire la beauté… en niant complètement que l’art ait quoi que ce soit à voir avec le problème de la beauté. »

sur la question du génie en art, voir le sujet CIRCONSTANCES de la CRÉATIVITÉ ou la folle banalité du "génie"

L’art ne s’inscrit donc plus dans une démarche purement esthétique. Marcel Duchamp en fait d’ailleurs volontairement l’expérience lorsqu’en 1917, il expose un urinoir renversé sur lequel il appose la signature « R. Mutt ». Duchamp entend enlever à l’objet sa fonction pour révéler sa forme. L’art devient alors aussi un média. Il donne à voir, ou comme le disait le peintre Paul Klee, « l’art n’imite pas le visible, il rend visible ». L’artiste moderne dès lors n’est plus seulement quelqu’un qui communique du sens. Il s’inscrit dans la revendication, en montrant ce qui est à voir selon une perspective nouvelle et parfois subversive. Il donne également à réfléchir sur l’art et le rapport entretenu avec le monde. Le pop art par exemple, à la fois, pastiche les procédés publicitaires d’une société de consommation en gestation dans les années 50-60, et fait de l’art un produit consommable, l’estimant éphémère. L’œuvre d’art n’est alors plus pérenne, mais c’est parce qu’elle est exécutée sur une durée précise qu’elle est aussi artistique.

L’art moderne est devenu contemporain par rapprochement avec le quotidien en trouvant matière, dans des objets usuels, pour une nouvelle forme d’esthétisme, mais aussi parce qu’il est momentané et n’est plus uniquement reclus dans des lieux réservés. L’art est aussi dans la rue, et peu importe que lui soient reconnus ou non des principes le démarquant de l’artisanat. L’essentiel n’est-il pas que l’art appartienne à tout le monde, que chacun en ait conscience et ainsi en fasse sa propre définition ?

s'il semble que l'(in)utilité fasse la différence entre l'œuvre artistique et l'œuvre artisanale, il faut convenir que l'une peut contenir de l'autre, tel produit artisanal une valeur artistique qui ne participe d'aucune utilité. La frontière est parfois floue dès lors que l'on quitte la poésie ou la peinture, ou mieux dit le poème ou le tableau, d'autant que les mêmes compétences techniques, voire les mêmes matériaux et formes peuvent entrer dans la fabrication de l'une et de l'autre

exemple : une chaise artisanale unique, à trois ou quatre pieds, ne perd pas sa fonctionnalité, tout en pouvant passer pour aussi artistique qu'une sculpture, elle "inutile". Mais une chaise de même facture à deux pieds, de même facture, perd a priori, avec sa stabilité, la fonction de s'y asseoir :



Benoît Malta, et le nouveau concept avec « Inactivité »

a priori car dans ce cas, si la valeur d'usage est différente elle est toujours recherchée, même "très recherchée" conceptuellement, mais aussi industriellement. Diplômé de l’École Boulle, le designer industriel Benoît Malta explique :
Citation :
« À travers ce projet j’ai souhaité manipuler des perturbations dans notre environnement quotidien, qui puissent être non seulement acceptées mais finalement désirées, afin d’interpeller le corps, dans le but de faire évoluer les rapports que nous entretenons avec lui. L’idée est de réinvestir une activité corporelle dans nos usages afin de le sortir de l’état statique dans lequel l’inactivité l’a plongé. » (source : Ecole Boulle).


la chaise communiste

nous avons vu plus haut que l'œuvre d'art, en sa dimension poétique relationnelle peut annoncer quelque chose des produits non marchands de la société communiste. Mais l'on ne s'y passera pas de chaises sur lesquelles on puisse s'asseoir, même en "activité", sans risque de se retrouver cul par terre. C'est donc qu'il y passe quelque chose qui tient plus de l'artisanat, dans son utilité, que de l'art, en tant qu'il est inutile (ce n'est pas le lieu de discuter de l'inutilité de l'art, la question étant un peu plus compliquée que ne le pose le texte plus haut : utile à qui ? à quoi ?... Ici on se contente de l'idée que l'art en tant qu'art est inutile au capital)


(2014-2015) United States of Romania: “Communist Comfort”
3D Simulation (work in progress); ca. 1 cubic meter


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MessageSujet: Re: de LA MARCHANDISE EN SA FABRIQUE, avec ou sans FÉTICHISME, au TRAVAIL LIBÉRÉ par le COMMUNISME et aux valeurs d'échange communistes   Sam 17 Fév - 23:40


des rigolos révolutionnaires

vous voyez, le problème ? Non. Je suis un grand complexé : pendant que les futurs théoriciens radicaux apprenaient leurs humanités latino-gratinées sur les bancs du lycée, en classes littéraires et philosophiques, moi depuis la 4ème j'apprenais l'usine, pour y travailler, ou y diriger : tourner, percer, fraiser, ajuster, traitements thermiques, métrologie, mécanique appliquée, dessin technique, mathématiques et physiques adéquates... 42 heures en terminale dont une heure de philo (pour la maturité)

et j'ai repiqué en mathsup/mathspé techniques, dans les 80 heures de boulot pas semaine, alors que j'étais devenu coco, et que la perspective de servir un patron me terrifiait, d'oussque que j'ai abandonné mes études d'ingénieur

autant dire qu'à 17 ans lire Marx, Rimbaud, ou Debord, non, désolé, l'occasion ne m'en a pas été donnée dans mon trou du cul provincial paysan-ouvrier, et donc il m'a fallu du temps pour rattrapper

mais il n'empêche, quand je les entends parler de production capitaliste et de "non-production" ou de "production sans productivité", d'absence de toute valeurs d'échanges sous le communisme, ces MECS qui ne savent pas faire grand chose de leurs dix doigts, mais refont le monde à grands coups de concepts en vous assurant qu'il faut refuser le réalisme (Astarian chez Dauvé) me font rigoler, parce qu'ils ne sont que des rigolos


68 c'est du passé, il va falloir se réveiller


1968, MYTHES et LIMITES : une autre lecture

le communisme n'est pas une idée, et encore moins une idée de rigolos

dans toutes les révolutions antérieures, les sciences et les techniques ont joué un grand rôle dans l'ascension des nouvelles classes dominantes (penser à Diderot et l'Encyclopédie, et tous les scientifiques accompagnant la révolution française et la suite). Aujourd'hui, la science serait plutôt vue comme un danger par les révolutionnaires de tous poils, ou comme un pari pour les apprentis sorciers (on trouve des anarchistes et communistes transhumanistes...). Mais le constat est là : aucun scientifique, aucun technicien, aucun ouvrier chez les théoriciens de la révolution prolétarienne. C'est dire sa crédibilité

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MessageSujet: Re: de LA MARCHANDISE EN SA FABRIQUE, avec ou sans FÉTICHISME, au TRAVAIL LIBÉRÉ par le COMMUNISME et aux valeurs d'échange communistes   

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de LA MARCHANDISE EN SA FABRIQUE, avec ou sans FÉTICHISME, au TRAVAIL LIBÉRÉ par le COMMUNISME et aux valeurs d'échange communistes
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