PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 10. pour un UNIVERSALISME PLURIEL : le communisme et les particularités

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Patlotch



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MessageSujet: 10. pour un UNIVERSALISME PLURIEL : le communisme et les particularités   Mar 3 Oct - 17:47


pour avancer sur le dépassement des universalismes particuliers en universalisme pluriversel

ajout 6 octobre : ce sujet intègre plusieurs débats dans le débat, un sommaire :

Citation :
- le dépassement des universalismes particuliers en universalisme pluriversel
- les amis des amis... de couleur dans la ligne* sans la dépasser
- citoyenneté nationale, transnationale, mondiale et États-nations
- des communismes pluriels mais universels, kesako ?
- Étienne Balibar :« l'universel ne rassemble pas, il divise »
- Edouard Glissant : « La créolisation n'est pas une essence mais un processus universel, elle est dépassement »
- produire le dépassement de l'universalisme marxiste
- l'essentialisme décolonial contre l'universel ? Voire... (discussion avec Grosfoguel)
- une exigence éthique de se dépasser : franchir le pas
- contre la mort anti-démocratique de la révolution

1) voici d'abord les sujets qu'il s'agit de réunir, synthétiser, et prolonger :

dans DÉCOLONISER pour des COMMUNISMES pluriversels sans frontières ni classes :

- contre l'ANTIRACISME UNIVERSEL INCOLORE HUMANISTE ou PROLÉTARIEN et le matérialisme abstrait

- MARX entre EUROCENTRISME PROLÉTARIEN UNIVERSEL et OUVERTURE D'AUTRES CHEMINS RÉVOLUTIONNAIRES

et indirectement : MARXISME DÉCOLONIAL / des marxistes s'inspirent de la pensée décoloniale

2) ensuite et pour engager le débat, cet échange entre Étienne Balibar et Norman Ajari, également philosophe, membre du PIR, parti des Indigènes de la République, dont j'ai critiqué le texte Faire vivre son essence 22 juin 2016, soit comme explicitement essentialiste (à base raciale) soit comme posant le problème théorique de ce qu'est une essence. Position au demeurant extrême y compris au sein du PIR (ce n'est pas celle de Selim Nadi). Je lui en ai parlé sur son compte Tweeter, et bien évidemment comme la plupart de ces gens d'en-haut, par la posture surplombante du discours universitaire ou la notoriété militante, il n'a pas daigné me répondre :

autant dire que ce discours qui vaut ce qu'il vaut, quand il prétend "se mettre à l'écoute" de ceux (d'en-bas, dont je ne prétends pas être) qui vivent les situations en cause (pas mon cas non plus, mais s'il être non-blanc ou universitaire pour parler...) : ce qu'il vaut, une séparation du travail comme une autre dans cette société. En un mot, ayant tiré l'échelle à l'étage supérieure, ils parlent à leur place et ne veulent pas être dérangés

cette vidéo du 20 avril 2017 est maintenant en ligne sur le nouveau blog Paroles d'honneur



Balibar 43:45 :
Citation :
Il faut dire qu'il y a un contexte stratégique, qui est celui d'un conflit, dans lequel l'énonciation de la particularité, et sa nomination, et sa revendication, est ce qui porte l'universel le plus authentique et non pas l'inverse, de même que dans le contexte de la lutte antiimpérialiste ou décolonisatrice, l'affirmation de la particularité de l'Africain, de l'Arabe, du Jaune, etc. c'est le langage ou le mot qui porte l'universel.

De même dans le contexte extraordinairement violent que tu viens de décrire aux États-Unis, et dans ses équivalents qui existent dans les banlieues françaises, ce qui fait un effet d'universalisation, c'est pas « toutes les vies valent d'être vécues », même si c'est vrai à un niveau de moralité générale, mais c'est « Black Lives matter ».

Je suis contre la métaphysique ou l'essentialisation de la signification des mots, et pour qu'on pose le problème des discours de l'universel dans des contextes de luttes, des contextes stratégiques, et par conséquent des contextes dans lesquels, au départ, les groupes ou les individus ne sont pas en position d'égalité. Hors l'égalité ça ne se décrète pas, ça s'impose.

ce qui suit porte sur la pertinence du concept d'islamophobie et la justesse de sa critique, puis sur celle de l'État-nation. Pour Norman Ajari : (1:00:57) « Dans la critique de l'État-nation à partir de la thématique de l'exclusion, il importe de comprendre l'inclusion comme toute aussi problématique que l'exclusion [...] et l'inclusion conditionnelle en fait partie, c'est-à-dire les manières ou les conditions par lesquelles on peut accéder à la citoyenneté française »

il va sans dire que même plus longue, l'émission n'aurait pas déboucher sur une critique du citoyennisme, puisqu'Ajari parle de citoyenneté transnationale : face à un État transnational du Capital, qui existe, de fait, déjà ? Et Balibar, s'il

Citation :
ne fait plus de la citoyenneté transnationale une baguette magique[...], c'était une porte d'entrée qui permet de poser le problème dans sa réalité, parce qu'il faut que la citoyenneté se transforme [...], parce qu'aujourd'hui les frontières ont complètement changé de statut et qu'un enjeu fondamental de citoyenneté a à voir avec la traversée des frontières, ou la possibilité exister comme citoyen dans plusieurs lieux à la fois...

... stratégie citoyenne avec laquelle le capitalisme, lui, n'a pas de problème depuis sa restructuration globale et mondiale depuis près d'un demi-siècle

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 10. pour un UNIVERSALISME PLURIEL : le communisme et les particularités   Mar 3 Oct - 19:52


les amis des amis... de couleur
dans la ligne* sans la dépasser


Blanc vous m'appelez,
et bien oui, blanc je suis.

N'allez pas le répétez
mais le Blanc vous emmerde !

je peux maintenant l'affirmer comme une vérité générale parce que vérifiée généralement à de rares exceptions près, les milieux décoloniaux en France, que ce soit les leaders politiques et universitaires ou les militants notamment sur les réseaux sociaux, ont une attitude racialiste consistant à refuser le débat avec des Blancs dès lors qu'ils leur apportent la moindre critique ou ne leur servent pas de marche-pied, bien que du "champ politique blanc", comme la nébuleuse trotskiste, les municipalités de gauche accueillantes ou les camarades syndicalistes utiles aussi pour fournir le matos (un peu comme à Nuit Debout) : opportunisme en réciprocité loin des cités

de même sont systématiquement privilégié.e.s des figures historiques ou théorien.ne.s non-blanc.he.s, pas seulement pour les faire légitimement connaître (merci), mais comme si les Blancs avaient dans leurs gènes d'être par nature racistes ou sans intérêt pour leur cause, qui prend ainsi sa couleur communautariste et politicienne. Comme dit un ami, « ils se comportent en miroir de l'idéologie française »

j'ai soutenu de toute mon énergie la Marche de la dignité en octobre 2015, je n'ai pas critiqué au contraire, car je le trouve légitime, le caractère non-mixte du camp décolonial et d'autres initiatives, mais je serais inconséquent de ne pas le faire concernant un comportement politique aussi méprisable et dangereux que celui de certains "camarades color-blind"

autant dire que leur "déconstruction" n'est pas allée jusqu'à remettre en cause le double piège de l'identité dans lequel ils semblent s'enfermer plutôt que se battre pour la dépasser

je n'en fais pas une question personnelle, mais théorique et stratégique. C'est évidemment déplorable et quelque part tragique, parce que le message pluriversel de la pensée décoloniale est complètement dévoyé

Patlotch = zéro division, dans les deux sens du terme : personne à convaincre de s'embarquer avec eux, et une cohérence à gagner, la mienne, en théorie et sur parole

autrement dit, ce n'est pas comme ça que je vais me faire des amis, ni intimes ni au sens desdits réseaux sociaux, mais bon, hein, choisir, c'est renoncer


* cf La ligne de couleur : COLOR LINE, W.E.B Dubois


LA RACE

tu as la classe
rien de vulgaire
fais pas la guerre
des classes

n'insulte personne
et me soupçonne
j't'aimais naguère

mais je t'embrasse
comme on dit « merde ! »
j'suis un voyou
une racaille

j'ai la mitraille
dans le caillou
fuck you !


Fosobo 3 octobre 2017, 19:51
version modifiée de LA CLASSE


sonnet 408


8. poèmes et contes pour en causer


Selma et CLR James

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: 10. pour un UNIVERSALISME PLURIEL : le communisme et les particularités   Mer 4 Oct - 4:41


citoyenneté nationale, transnationale, mondiale
et États-nations

Tristan Vacances : - Vous reprochez à Balibar et Ajari de promouvoir « une stratégie citoyenne avec laquelle le capitalisme, lui, n'a pas de problème depuis sa restructuration globale et mondiale depuis près d'un demi-siècle ». "Pas de problème" me semble très excessif...

Patlotch : - s'il est vrai que toutes les oppositions anticapitalistes se jouent dans un cadre national et souvent sous drapeaux citoyens, la "citoyenneté transnationale" n'est pas à l'agenda du capital, mais Balibar ajoute (1:08:15) que

Citation :
l'État-nation est en crise de façon irréversible [...] mais je ne crois pas à la disparition des nations, je ne pense même pas que ce soit quelque chose de souhaitable [...] les formes de transformations de l'État-nation est un des problèmes politiques les plus difficiles.

Tristan Vacances : - C'est une évidence, non ?

Patlotch : - une difficulté n'implique pas de la considérer comme insurmontable ou du moins de ne pas viser à la surmonter. Je voulais dire que le capitalisme, lui, traverse les frontières sans problèmes, aussi bien pour les capitaux, les marchandises à faire consommer transnationalement, que pour la force de travail humaine quitte à la juger illégale (sans papiers, migrants...), ce qui permet justement d'alimenter le racisme avec toutes les questions sur l'identité nationale

la nationalité transnationale rejoint l'idée d'un contrôle mondial du néo-libéralisme et les idées d'ATTAC, un altermondialisme vers une société civile mondiale qui n'aurait pas en face d'elle la puissance économique du capital et de ses États nationaux, qui organisent à l'intérieur de leurs frontières nationales ou régionales la transnationalité du commerce capitaliste évoqué

Tristan Vacances : - Vous considériez pourtant que le PIR critique les États-nations...

Patlotch : - c'est vrai mais je n'y avais pas pris garde : le propos d'Ajari dans cette vidéo montre bien que cette critique n'a rien à voir avec celle des anarchistes ou des marxistes conséquents sur la visée d'une disparition des frontières et nations. Ce que veulent les Indigènes de la République, c'est que soit reconnue leur nationalité en même temps que leur manière de vivre différente de la tradition des "Français de souche". C'est donc une critique très limitée de l'État-nation et de la citoyenneté nationale, et l'on voit bien que là-dessus, Balibar et Ajari n'ont pas de fortes divergences

Tristan Vacances : - Marx se disait « citoyen du monde »...

Patlotch : - Il l'était de fait, puisqu'à part l'Angleterre, aucun pays européen ne voulait plus de lui. Quoi qu'il en soit on peut y entendre un autre sens : mondial ne signifie pas international ni transnational, mais renvoie à l'absence de médiations étatiques ou frontalières. De ce fait, pour qui est contre tout État, « citoyen mondial » est un oxymore, puisque la citoyenneté est toujours relative à un État



des communismes pluriels mais universels, kesako ?

Tristan Vacances : - Vous aviez en décembre 2015 ouvert un sujet 'LES' COMMUNISMES, UNE IDÉE NEUVE DANS LA CIVILISATION, dans lequel nous avions longuement débattu du caractère nécessairement pluriels des communismes. Comment le voyez-vous aujourd'hui ?

Patlotch : - il me faudrait le relire, mais l'objectif était alors de casser la vision prolétarienne universelle de la révolution communiste, et le pluriel permettait de faire le pont avec la pensée décoloniale pluriverselle. Accompagnée de la recherche d'un marxisme décolonial, je tenais trois fils à tisser ensemble

c'est donc fondamentalement la même idée, mais depuis de l'eau a coulé sous mes ponts théoriques

Tristan Vacances : - Le pluriel ne s'oppose-t-il pas à l'universel ?

Patlotch : - nous aurons l'occasion d'y revenir, mais la pensée décoloniale a donné les pistes essentielles, contre l'eurocentrisme, et moi contre l'universalisme prolétarien, qui s'alimentent réciproquement

un aspect important est qu'il est parfaitement utopiste, irréaliste et contradictoire avec le communisme comme libération des individus de toutes médiations surplombantes, d'envisager une communauté humaine homogène en tout et pour tout. Cette universalité unaire du communisme renvoie davantage à sa caricature dans le collectivisme de triste mémoire

Tristan Vacances : - Vous pouvez précisez, plus concrètement, cette pluralité des communismes ?

Patlotch : - oui concernant une pluralité du mouvement communisme, des voies multiples de son cheminement à travers des luttes particulières parce que menées dans des contrées éloignées à partir de situations et conditions différentes, et cela on commence à le voir depuis l'émergence de luttes sur des lignes de fronts dans diverses régions du globe ou même dans la diversité fragmentée des luttes en Europe

non concernant la 'communauté humaine', c'est un peu trop loin, et ça ne nous avancerait pas à grand chose, qu'à donner une compréhension déterministe et programmatiste du mouvement communiste

Tristan Vacances : - Donc, concernant le mouvement pluriel du communisme ?

Patlotch : - vous mesurez bien qu'ayant une conception tout sauf normative du rôle de la théorie communiste, il serait incongru que celle-ci se présente d'une part comme guide des luttes, d'autre part comme garante qu'elles vont bien dans le bon sens, si possible un sens unique qu'elle aurait définie, et qui permettrait de les juger sur ses critères

autrement dit, cette pluralité, cette pluriversalité des voies vers une révolution communiste et même des voies dans cette révolution communiste, suppose une constante adéquation avec des situations particulières données, qui n'est pas une «adaptation» d'une «mesure communiste» type décrétée par je ne sais quel apprenti-sorcier communisateur, ou appliquée à tel endroit qu'il s'agirait d'«élargir» ou de «généraliser», comme s'il y avait un foyer central, une sorte de nouveau Komintern décidant du tout sur le tout universel

Tristan Vacances : - Il y a bien des principes généraux, des contenus minimum sans lesquels il n'y a pas rupture avec le capital ?

Patlotch : - bien évidemment, mais c'est développé par ailleurs, je n'y reviens pas. Il s'agit là de saisir comment partout, c'est au capital que l'on s'affronte dans son universalité, mais dans des contextes ayant leurs particularités où la lutte contient ce caractère universel qui ne peut perdre ses aspects particuliers. Autrement dit l'universalité du communisme ne porte que sur l'essentiel, sans quoi c'est la mort de la créativité libre qui est l'essence dans son moteur

réécouter à cet égard l'échange entre Ajiri et Balibar à propos d'Hegel [préciser le timing], et qui fait dire à ce dernier

Citation :
il y a un contexte stratégique, qui est celui d'un conflit, dans lequel l'énonciation de la particularité, et sa nomination, et sa revendication, est ce qui porte l'universel le plus authentique et non pas l'inverse, de même que dans le contexte de la lutte antiimpérialiste ou décolonisatrice, l'affirmation de la particularité de l'Africain, de l'Arabe, du Jaune, etc. c'est le langage ou le mot qui porte l'universel.

Balibar parle ici de situations particulières dans le contexte général actuel, mais on peut le dire aussi d'une conjoncture révolutionnaire générale

à suivre

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 10. pour un UNIVERSALISME PLURIEL : le communisme et les particularités   Jeu 5 Oct - 3:29


lectures

« Ma conception de l’universel est celle d’un universel riche de tout le particulier,
riche de tous les particuliers...»

Aimé Césaire, lettre de démission du PCF, 1956

je poursuis avec Balibar, ce n'était pas prémédité. Cela nous permet notamment de poursuivre une traversée conceptuelle entre marxisme et décolonialisme, et il faut dire qu'à ce niveau d'exigence théorique on ne trouve pas grand monde pour en discuter

c'est la relation (singularités)-particularités-universel-pluriversel qui m'intéresse dans cet article, pas les considérations sur la citoyenneté. Quant à l'égaliberté c'est un concept de Balibar que je n'ai pas étudié (voir La proposition d’égaliberté, Étienne Balibar)

par contre, on s'intéressera, sans s'arrêter au mot démocratie dans sa compréhension réductrice de "démocratie politique" (État), à cette considération que la démocratie, c'est aussi la résistance à la dé-démocratisation à laquelle tendent des « universalités émancipatrices "absolument universelles", échappent aux limitations de leurs objets », en relevant que l'universalisme prolétarien n'a jamais été, et ne saurait être à même de porter un tel projet révolutionnaire, problème que pose la constitution en classe révolutionnaire d'un sujet pluriel dans ses relations antagoniques au capital

dessous, présentation d'un recueil de Balibar en 2016 et entretien avec l'auteur pour Le Monde-Idées en février 2017


Penser l’universel avec Étienne Balibar

Souleymane Bachir Diagne Raison publique 2014/2 n° 19, via Cairn.Info

Souleymane Bachir Diagne est professeur aux départements de français et de philosophie de l’université Columbia de New York.

Citation :
Dans un important essai, publié en anglais, sous le titre « Sub specie universitatis [2], Étienne Balibar réfléchit à l’avenir de la discipline « philosophie » sous l’angle de sa relation à la question de savoir ce que veut dire « parler l’universel ». Parler l’universel, y explique-t-il, relève de trois stratégies totalement différentes : celle de la « double vérité » pour la tolérance séculière, que l’on trouve chez Spinoza et Wittgenstein ; celle de la construction de l’universel comme « hégémonie », telle qu’elle s’analyse chez Hegel et Marx en termes de consciences collectives ou d’idéologies ; celle enfin d’un programme de traduction généralisée dont il écrit « qu’elle émerge de la critique des « paradoxes traditionnels de l’intraduisible » qui font l’objet des travaux de philosophes sociolinguistes et pragmatistes contemporains ». Je concentrerai mon propos sur les deux dernières stratégies.

Parler l’universel comme hégémonie ? J’évoquerai ici, pour configurer la question, la lettre fameuse qu’Aimé Césaire adressa en 1956 à Maurice Thorez pour lui notifier sa démission du PCF et dans laquelle il écrivit entre autres ceci :


Citation :
Il n’y aura jamais de variante africaine, ou malgache, ou antillaise du communisme, parce que le communisme français trouve plus commode de nous imposer la sienne […] il n’y aura jamais de communisme africain, ou malgache ou antillais, parce que le Parti Communiste Français pense ses devoirs envers les peuples coloniaux en termes de magistère à exercer, et que l’anticolonialisme même des communistes français porte encore les stigmates de ce colonialisme qu’il combat [3]

Il y a deux manières de se perdre : par ségrégation murée dans le particulier ou par dilution dans « l’universel ». Ma conception de l’universel est celle d’un universel riche de tout le particulier, riche de tous les particuliers, approfondissement et coexistence de tous les particuliers [4]

Que l’universel soit hégémonie et qu’on le ressente et le récuse lorsque l’on parle d’un autre lieu que celui où il s’énonce sub specie universitatis, c’est ce qui s’expérimente dans les raisons exprimées par Aimé Césaire pour justifier sa démission du PCF. Dans le discours qui considère que l’universel est affaire d’hégémonie, il est pour ainsi dire naturel que l’on tienne pour chose à inscrire (souscrire, devrait-on dire : écrire sous) sous une hégémonie ou une autre la réalité coloniale qui n’est jamais que contradiction très secondaire : l’universel se joue ailleurs, en son lieu propre, qui ne peut être la colonie. C’est pourquoi Engels pouvait tranquillement écrire que lorsque la révolution sera victorieuse en Europe (le théâtre de l’histoire universelle), les pays colonisés devront « être confiés provisoirement au prolétariat [des anciennes nations coloniales] qui les conduira le plus vite possible à l’indépendance [5]. On le voit : ce que Césaire reprochait au PCF n’avait rien d’accidentel. C’était une posture qui lui était naturelle et qui était dans le droit fil du propos d’Engels.

Évidemment on peut toujours citer en contrepoint Lénine qui déclarait : « la révolution socialiste ne sera pas seulement ni principalement une lutte du prolétariat révolutionnaire de chaque pays contre sa bourgeoisie. Non ce sera la lutte de toutes les colonies et de tous les pays dépendants contre l’impérialisme international [6] ». Il reste que c’est de la classe universelle que viendra l’émancipation. Dès lors qu’il est entendu que l’universel a un lieu, le paternalisme colonial se traduit aisément en un (grand) fraternalisme des partis communistes du centre, et ce n’est pas mieux.

Même le propos sartrien d’Orphée noir continue de s’inscrire dans la continuité de l’universalisme assuré de soi qui prend ici la figure de la dialectique hegelo-marxienne réduisant la protestation de la Négritude à n’être qu’un moment d’un procès dont le moteur, l’agent véritable, est le prolétariat des pays européens.

C’est contre l’universalisme tranquille dont rien ne vient troubler la bonne conscience que Césaire exige un « universel qui serait riche de tous les particuliers », ce qu’Immanuel Wallerstein appellera aussi un « universalisme vraiment universel [7]. Il est intéressant à ce propos de noter que le livre d’I. Wallerstein, critique de l’universalisme européen, ne donne pas d’autre indication sur ce que pourrait être cet « universalisme vraiment universel » que cette expression souvent citée par les auteurs de la Négritude, Senghor en particulier : « le rendez-vous du donner et du recevoir ». En effet, Wallerstein à la fin de son livre indique que notre temps « marque la fin de [cette] ère immense » qui pourrait être appelée « âge de l’universalisme européen » et ajoute que se présentent à nous des alternatives dont « l’une serait l’épanouissement d’une multiplicité d’universalismes qui formeraient un réseau d’universalismes universels. Alors, conclut-il, adviendrait le monde du “rendez-vous pour donner et recevoir” à la Senghor [8] ».

De ces différentes expressions, « universel riche de tous les particuliers qui coexistent », « universalismes formant réseau », « rendez-vous du donner et du recevoir », on dira qu’elles restent poétiques, pour ne pas dire naïves, dans leur dimension œcuménique, car elles ne portent pas trace de l’élément de conflit, sauf évidemment dans la dénonciation d’un universalisme de l’exclusion. On peut dire que la pensée balibarienne de l’universel fait avancer dans cette recherche de l’universalisme « vraiment universel »,

1. en insistant à son tour sur la nécessité, soulignée par les penseurs de la décolonisation, de remettre en question l’universel européocentré précisément pour penser la dimension totalement émancipatrice, insurrectionnelle (pour employer un mot qui vient souvent sous la plume d’Étienne Balibar), et donc décolonisatrice sans tergiversation qu’il doit nécessairement comporter.

2. en insistant justement sur la dimension du conflit qui est inhérente à l’universalisme comme « revendication du “décompte” de ceux qui ont été maintenus en dehors du “bien commun” ou de la “volonté générale” [9] » ainsi qu’écrit Étienne Balibar, commentant l’expression de Jacques Rancière parlant de « la part des sans-part ». Sur le premier point on ne peut manquer de citer entièrement ces lignes tirées du chapitre intitulé « l’antinomie de la citoyenneté » :


Balibar a écrit:
Nous ne pouvons nous bercer de l’illusion […] que les luttes de classes organisées seraient immunisées par nature contre l’autoritarisme interne qui découle de leur transformation en « contre-État », donc en contre-pouvoir et contre-violence, ni qu’elles représenteraient un principe d’universalité illimitée ou inconditionnelle. Le fait que dans sa majorité le mouvement ouvrier européen et ses organisations de classe soient demeurés aveugles aux problèmes de l’oppression coloniale, de l’oppression domestique, de la domination qui s’exerce sur les minorités culturelles (quand il n’a pas été directement raciste, nationaliste et sexiste), en dépit de bien des efforts et de conflits internes aigus qui forment comme une « insurrection dans l’insurrection », ne doit rien au hasard [10]. Il faut l’expliquer non seulement par telle ou telle condition matérielle, par telle ou telle corruption ou dégénérescence, mais par le fait que la résistance et la protestation contre des formes de domination ou d’oppression déterminées reposent toujours sur l’émergence et la construction de contre-communautés qui ont leurs propres principes d’exclusion et de hiérarchie. Toute cette histoire – souvent dramatique – attire notre attention sur la finitude des « moments insurrectionnels », autrement dit sur le fait qu’il n’existe rien de tel que des universalités émancipatrices « absolument universelles », échappant aux limitations de leurs objets. Les contradictions de la politique d’émancipation se transposent et se reflètent donc au sein des constitutions de citoyenneté [11] les plus démocratiques, contribuant par là même, au moins passivement, […] à la possibilité de leur dé-démocratisation [12]

Ce passage est essentiel, qui nous mène à la dimension du conflit, laquelle n’est autre que celle du politique, laquelle, encore une fois, pouvait se trouver offusquée dans l’œcuménisme des expressions que j’évoquais précédemment. Il s’agit en effet de « constitution de citoyenneté » et de « construction de l’universel [13]. » tout à la fois, cette construction pouvant alors s’entendre comme la lutte pour l’extension universelle de la constitution, elle-même continue, de citoyenneté. La citoyenneté, « la proposition de l’égaliberté », nous le dit, c’est l’affirmation que la liberté égale l’égalité, que se battre contre l’absolutisme, c’est se battre contre les privilèges. Ce qui nous est dit aussi, c’est que cette égalité se construit dans le mouvement, dans le conflit entre la limitation ou au contraire l’extension universelle. Ainsi, et c’est tout le propos de « la proposition de l’égaliberté », les principes de la révolution de 1789 dont l’universalité est « intensive » doivent-ils pouvoir ou être limités – et la politique d’émancipation qui les a produits se trouvera ainsi dé-démocratisée (lorsque les esclaves furent exclus par exemple des droits qu’ils conféraient), ou au contraire manifester leur « ouverture indéfinie » aux revendications qui seront celles « des salariés, ou des dépendants […], des femmes, des esclaves, des colonisés [14]. » ?

L’universel auquel on a affaire est une universalité dont l’énoncé est négatif, marquant ainsi son « indétermination absolue » qui fait, nous dit Étienne Balibar, « toute la force de l’énoncé mais aussi la faiblesse pratique de l’énonciation [15]». Derechef, le politique s’impose donc lorsqu’il s’agit de la lutte, de la construction « des rapports de force » dont dépend, dans la pratique, le remplissage de la promesse ouverte de l’égaliberté et de la co-citoyenneté portée par l’universalisme intensif qui est la réfutation des différences, de cette hiérarchie dont Césaire repérait les stigmates dans le mouvement même qui se présentait comme émancipation. On voit alors pourquoi Étienne Balibar parle, en une expression qu’il reconnaît paradoxale, d’un « supplément d’universalité » correspondant à « l’incorporation des différences et des singularités dans la construction même de l’universel [16] ».

Je voudrais maintenant aborder la question de l’universel comme traduction, une notion à laquelle j’essaie de réfléchir en une démarche où je m’éclaire de ce qu’écrit Étienne Balibar à ce propos, en particulier dans les lignes qu’il consacre à ce sujet dans « Sub specie universitatis ».

D’abord, permettez-moi d’évoquer brièvement ce qu’il en est du travail que j’essaie de mener sur cette notion. J’ai pensé trouver dans Merleau-Ponty un concept dont il me semblait important de souligner à quel point, malgré les difficultés qu’il présente, il éclaire une tâche philosophique importante pour notre époque : ce concept est celui d’universel latéral. Merleau-Ponty explique en substance que notre époque, qui est de décolonisation, marque la fin d’un universel de surplomb : l’universel postcolonial ne peut advenir que dans l’horizontalité des relations entre les cultures et les langues. C’est du reste ce à quoi le travail de Barbara Cassin, en particulier le Dictionnaire des intraduisibles qu’elle a dirigé, permet aussi de donner contenu : l’universel latéral a à voir avec la traduction et l’intraduisible [17]

L’universel serait donc traduction généralisée. On pourrait alors étendre à la planète entière ce que Umberto Eco dit à propos de l’Europe lorsqu’il déclare que la langue de l’Europe c’est la traduction. Soit. Mais est-ce à dire qu’il suffit de se donner simplement le modèle d’une traduction généralisée pour voir se réaliser l’idéal d’un universel latéral ? Étienne Balibar attire l’attention ici sur trois points cruciaux qui interdisent encore, en la matière, naïveté et simple enthousiasme œcuménique.

D’abord le modèle ne fonctionne que si l’on ne commence pas par se donner les cultures et les langues comme autant d’insularités closes sur elles-mêmes. Pour bien entendre ce propos, considérons la manière dont Emmanuel Levinas décrit notre monde décolonisé, qu’il dit « désoccidentalisé » mais aussi « désorienté ». Si le modèle est celui d’une sarabande de cultures innombrables, chacune ne se justifiant que dans son contexte propre », il n’y a tout simplement pas lieu de parler de traduction. Mais justement aucune culture n’est ainsi enfermée en elle-même et c’est bien du reste ce que disent les penseurs de la négritude même si on a l’habitude de les dire essentialistes (c’est souvent la lecture que nous en faisons qui est essentialiste, qui consiste à pétrifier en quelques formules trop bien connues ce qui est un mouvement qui s’est déployé sur des décennies, avec ses contradictions, palinodies et rectifications).

Deuxièmement, il faut savoir tenir compte de la singularité des individus, comprendre que la traduction n’est pas seulement interculturalité mais intraculturelle également. La traduction montre les lignes de partage qui traversent des communautés qu’il ne faut donc pas essentialiser. Sur cette question É. Balibar donne l’exemple des jeunes des banlieues et de leur langue. Il est bien entendu courant de dire qu’avec les jeunes en général, on « ne parle pas toujours le même langage », mais dans ce cas précis, parle-t-on même la même langue ? En tout cas le modèle d’un passage d’un groupe culturel à un autre par traduction ne doit pas manquer de se compliquer pour intégrer à la réflexion le processus de l’individuation, la manière qu’a l’individu de se « construire » comme capacité de se mouvoir dans un univers (multivers) traversé par « les tendances contradictoires vers la standardisation mais aussi la revendication des différences, l’identification aux traditions et les résistances à la normalisation [18] ».

Troisièmement (c’était le deuxième point pour Étienne Balibar) il ne faut pas oublier, lorsque l’on se donne ce modèle de la traduction généralisée que celle-ci s’effectue toujours sur fond d’incompréhension (Zygmunt Bauman) ou de différend (Lyotard). On remarquera que le propos de Merleau-Ponty disait aussi cela à sa manière. Voici en effet la citation de Merleau-Ponty :


Citation :
L’appareil de notre être social peut être défait et refait par le voyage, comme nous pouvons apprendre à parler d’autres langues. Il y a là une seconde voie vers l’universel : non plus l’universel de surplomb d’une méthode strictement objective, mais comme un universel latéral dont nous faisons l’acquisition par l’expérience ethnologique, incessante mise à l’épreuve de soi par l’autre et de l’autre par soi. Il s’agit de construire un système de référence général où puissent trouver place le point de vue de l’indigène, le point de vue du civilisé, et les erreurs de l’un sur l’autre, de constituer une expérience élargie qui devienne en principe accessible à des hommes d’un autre pays et d’un autre temps [19]

Le système de référence général donc, la traduction généralisée, ce n’est pas la co-présence sans difficulté ni problèmes des langues et des perspectives qu’elles découpent, c’est bien aussi celles des « erreurs », de l’incompréhension et du différend.

Me faut-il conclure ? Oui, pour ce qui est de m’arrêter. Non, pour ce qui est de ramasser tout cela en formules qui closent. Étienne Balibar indique qu’il ne s’agit pas de renoncer à l’universel pour penser le multiculturel mais de s’aviser que « le procès » où les différences anthropologiques loin d’être « obstacles internes à l’universalisation des droits du citoyen et au devenir citoyen du sujet » sont au contraire « le point d’appui pour un « devenir sujet du citoyen » (au sens actif, est-il précisé), ce procès-là donc est « déjà en cours [20] ». Il s’agit de le penser pour l’accompagner. Politiquement.

Notes

[2]
É. Balibar, « Sub specie universitatis », Topoi, 2006, 25, p. 3-16.
[3]
Aimé Césaire, Poésie, Théâtre, Essais et Discours, Paris, CNRS Éditions/Présence africaine Éditions, 2013, p. 1505.
[4]
Ibid., p. 1506.
[5]
Ce passage se trouve dans une lettre à Kautsky datée de septembre 1882, qui est citée par Henri Alleg dans une interview réalisée avec lui par Jean Louis Glory et Francis Arzalien sous le titre « le socialisme et la domination coloniale au xxe siècle » et publiée dans le volume dirigé par ce dernier : Expériences socialistes en Afrique. 1960-1990, Paris, Le Temps des Cerises, 2010.
[6]
Ibid.
[7]
I. Wallerstein, L’universalisme européen. De la colonisation au droit d’ingérence, trad. fr. P. Hutchinson, Paris, Éditions Demopolis, 2008, p. 5.
[8]
Ibid., p. 131.
[9]
É. Balibar, La proposition de l’égaliberté. Essais politiques 1989-2009, Paris, PUF, 2010, p. 16.
[10]
Je souligne ici et attire l’attention sur la manière dont le propos fait écho à celui de Césaire.
[11]
Je souligne.
[12]
Ibid., p. 25-26.
[13]
Ibid., p. 271.
[14]
Ibid., p. 71.
[15]
Ibid., p. 72.
[16]
Dans le chapitre intitulé « Nouvelles réflexions sur l’égaliberté », op. cit., p. 163.
[17]
Cf. Merleau-Ponty, « De Mauss à Claude Lévi-Strauss », dans Œuvres, Paris, Gallimard, 2010, p. 1409-1421.
[18]
In « Sub specie aeternitatis », op. cit., p. 15.
[19]
Maurice Merleau-Ponty, « De Mauss à Claude Lévi-Strauss », dans Œuvres, op. cit., p. 1415.
[20]
La proposition de l’égaliberté, op. cit., p. 163.


Citation :
Dans ce recueil, on a voulu contribuer à la clarification des débats sur le sens et la valeur de l’universalisme en problématisant la notion de l’universel. Elle ne saurait être univoque, mais doit être pluralisée, ou plutôt différenciée, pour deux raisons dont l’ensemble fait une dialectique sans fin préétablie : d’une part, toute énonciation de l’universel (par exemple, les « droits de l’homme ») est située dans un cadre géographique et historique (on peut dire une civilisation) qui l’affecte dans sa forme et son contenu ; d’autre part, l’énonciation de l’universel n’est pas tant un facteur d’unification des êtres humains que de conflit entre eux et avec eux-mêmes. Encore faut-il essayer de mettre un peu d’ordre dans cette équivocité de l’universel, qui tout à la fois engendre la dérive des discours universalistes et aide à formuler l’exigence qui les traverse.

Au terme d’un parcours « constructif » et « déconstructif », trois apories sont énumérées, relativement au monde avec ses « places », au sujet collectif (le « nous » et ses « autres »), à la communauté politique (la « cité » ou « citoyenneté »). Leur ensemble confère à la nouvelle querelle des universaux dont nous sommes les témoins ou les acteurs son caractère indissociablement philosophique et politique. L’auteur propose de les articuler avec les thèmes venus au premier plan de son travail dans les dernières années : celui des différences anthropologiques et celui de la traduction inégalitaire des langues qui « se parlent » entre elles. À la notion d’un multiversum expressif qui se situerait au-delà de l’unité, répond la figure d’un sujet quasi transcendantal, pour qui la question ontologique qui le constitue en même temps qu’elle le condamne à l’errance est justement celle de la multiplicité des différences de l’humain.

entretien avec Étienne Balibar
« l'universel ne rassemble pas, il divise »

Le Monde Idées, 09.02.2017 Propos recueillis par Jean Birnbaum.

Citation :
Vous avez récemment publié un livre sur la question de l’universel (« Des Universels  », Galilée, 2016). Or cette notion qui semble si familière demeure souvent obscure. Si vous deviez en donner une définition devant des élèves de terminale, vous diriez quoi  ?

Je dirais que c’est une valeur qui désigne la possibilité d’être égaux sans être forcément les mêmes, donc d’être citoyens sans devoir être culturellement identiques.

Justement, à notre époque, l’universalisme est parfois associé au consensus, et d’abord à une gauche « bien-pensante », présumée molle et naïve… Or, chez vous, l’universalisme est tout autre chose qu’un idéalisme. A vous lire, tout universalisme est porteur de tension, voire de violence.

D’abord, mon objectif n’est pas de défendre une « position de gauche », mais de débattre de l’universalisme comme d’une question philosophique. Mais, bien sûr, je suis de gauche, or la gauche est traversée par tous les conflits inhérents à la question de l’universel. L’universel ne rassemble pas, il divise. La violence est une possibilité permanente. Mais ce sont les conflits internes que je cherche d’abord à décrire.

Quels sont les principaux ?

Le premier, c’est que l’universalisme s’inscrit toujours dans une civilisation, même s’il cherche des formulations intemporelles. Il a un lieu, des conditions d’existence et une situation d’énonciation. Il hérite de grandes inventions intellectuelles : par exemple, les monothéismes abrahamiques, la notion révolutionnaire des droits de l’homme et du citoyen, qui fonde notre culture démocratique, le multiculturalisme en tant que généralisation d’un certain cosmopolitisme, etc. Je soutiens donc l’idée que les universalismes sont concurrents, de telle sorte que ça n’a pas de sens de parler d’un universalisme absolu.

C’est presque une loi de l’histoire : un universalisme qui se constitue n’en remplace jamais complètement un autre, c’est pourquoi les conflits sont susceptibles d’être réactivés. C’est aussi la raison pour laquelle je trouve Hegel si intéressant, à condition de le lire à rebrousse-poil  : il n’a cessé de travailler sur le conflit des universalismes, en particulier le christianisme et les Lumières, en espérant « dépasser » leurs contradictions.

Or, ce que nous observons aujourd’hui, c’est que les universalismes religieux sont plongés dans une crise interminable, tandis que l’universalisme fondé sur les droits de l’homme est entré lui aussi dans une crise profonde. Un universalisme dont la crise n’est pas achevée face à un universalisme dont la crise ne fait que commencer, voilà ce qui, entre autres, explique la violence de la confrontation.

Pour la plupart des gens, « universalisme  » est synonyme de rassemblement et de fraternisation. Or, au cœur de l’universalisme, dites-vous, il y a aussi l’exclusion. Qu’est-ce que cela signifie ?

Bien sûr, en théorie, il y a contradiction entre l’idéal universaliste et l’exclusion. Le problème est de comprendre comment ces contraires en arrivent à devenir l’endroit et l’envers d’une même médaille. Ma thèse, c’est que l’exclusion pénètre dans l’universel à la fois par le biais de la communauté et par celui de la normalité.

Quand on institue des communautés qui ont pour raison d’être la promotion de l’universalisme sous certaines formes (empires, Eglises, nations, marchés…), on formule aussi des normes d’appartenance auxquelles les individus doivent se conformer. Si vous prenez l’idée que le christianisme se fait de la communauté, il y a des élus et des damnés.

Et si vous prenez une communauté politique moderne comme celle des droits de l’homme, qui s’est nouée autour de l’idée de nation, ce sont non seulement les étrangers proprement dits qui sont exclus, mais aussi ceux qui ne sont pas de « vrais nationaux » ou qui sont considérés comme inaptes à la citoyenneté active. Bien entendu, c’est l’objet d’une contestation qui fait bouger les frontières. Il n’y a pas si longtemps que les femmes sont électrices, et les ouvriers ne sont toujours pas vraiment éligibles… Mais la question du racisme apporte un degré de conflictualité supplémentaire.

J’avais soutenu autrefois que le racisme moderne est comme l’inscription du refoulé colonial au cœur de la citoyenneté. C’est une face noire de la nation républicaine qui ne cesse de faire retour à la faveur des conflits de la mondialisation. Aujourd’hui même, en France, nous avons l’illustration tragique de cela avec un certain usage de la laïcité. Comme la nation est de plus en plus incertaine de ses valeurs et de ses objectifs, la laïcité se présente de moins en moins comme une garantie de liberté et d’égalité entre les citoyens et s’est mise à fonctionner comme un discours d’exclusion.

Du reste, ce qu’il y a de commun, ici, avec l’universalisme religieux, c’est que l’argument justifiant l’exclusion consiste presque toujours à dire que les exclus sont ceux qui refusent l’universalisme ou qui sont incapables de le comprendre correctement : « pas de liberté pour les ennemis de la liberté » ou supposés tels. Il y a là une grande constante de l’Occident, mais aussi de l’Orient : ce n’est pas l’universalisme en tant que tel qui est violent et exclusif, c’est la combinaison de l’universalisme et de la communauté. Et comme au fond on ne peut pas l’éviter, il faut trouver le moyen de la civiliser. Tâche politique fondamentale à mes yeux.

Vous allez assez loin dans cette idée, par exemple lorsque vous affirmez que l’universalisme et le racisme ont « la même source  »…

Attention, je ne dis pas que l’universalisme en tant que tel est raciste, ni que le racisme est la forme d’universalisme dans laquelle nous vivons. Simplement, je ne veux pas qu’on puisse croire que ce sont là deux choses qui n’ont rien à voir entre elles. Voilà pourquoi nous avons besoin d’apprendre à penser philosophiquement l’impureté des institutions dans lesquelles nous vivons.

La source commune à ces deux contraires que sont l’universalisme et le racisme est l’idée de l’espèce humaine telle qu’elle a été fabriquée par la modernité bourgeoise, dont un représentant par excellence est Kant. Comment Kant peut-il être à la fois le théoricien du respect inconditionnel de la personne humaine et celui de l’inégalité culturelle des races ? Là réside la contradiction la plus profonde, l’énigme même. Or cela tient d’abord à la façon dont il définit le progrès, qui ne consiste pas seulement à poser un horizon pour l’homme en général, mais aussi à ériger certaines caractéristiques de genre, de nationalité ou d’éducation en normes de l’humain.

Même s’il y a des variantes, ce discours est commun aux révolutionnaires français et américains du XVIIIe siècle et aux mouvements d’émancipation sociale du XIXe siècle, sur lesquels nous vivons encore. Mais ce qui est fondamental à mes yeux, c’est qu’un tel universalisme autorise aussi la résistance. Au XVIIIe siècle, la Française Olympe de Gouges et la Britannique Mary Wollstonecraft ont fondé le féminisme politique en proclamant que l’identification de l’universel avec une norme masculine contredit son postulat de l’égale liberté et de l’accès aux droits pour tous et toutes.

On peut donc contester l’universalisme au nom de ses propres principes, comme l’a fait aussi toute une partie du discours anticolonialiste. Voyez Toussaint Louverture et Frantz Fanon, William E. B. Du Bois, Aimé Césaire. C’est l’autre face de la tension qui travaille tout universalisme : il peut justifier les discriminations, mais il rend aussi possibles la révolte et l’insurrection.

Dans votre bel essai intitulé « Saeculum. Culture, religion, idéologie » (Galilée, 2012), vous notez que les chocs les plus violents sont ceux qui opposent non pas un universalisme à un particularisme, mais deux universalismes rivaux. De ce point de vue, le djihadisme est lui-même un universalisme extrêmement agressif. Allez donc discuter de l’universalisme démocratique et de ses contradictions à Rakka, en Syrie !

C’est vrai, les espaces de liberté se réduisent… Dans tous ces pays qui tombent sous la dictature, c’est impossible de penser et de débattre sans risquer sa liberté ou sa vie. Les courriels que je reçois de Turquie en ce moment m’empêchent souvent de dormir. Mais c’est là où je pense qu’il faut faire des distinctions : l’Etat islamique, c’est une variante locale du djihadisme, qui lui-même ne se confond pas avec le fondamentalisme musulman en général. Et a fortiori le fondamentalisme ne se confond pas avec l’islam, profondément divisé entre différents traditionalismes et variétés de modernisme.

Comme en d’autres temps, on constate les ressources idéologiques qu’une dictature peut tirer de la référence à l’absolu, mais c’est l’islam qui est universaliste, ce n’est pas l’Etat islamique. Et c’est l’Etat islamique qui est barbare, non pas l’islam. Reste que l’Etat islamique est un vrai problème pour l’islam. En cette matière, les sensibilités sont tellement à vif qu’il est très difficile de se faire comprendre. Après les attentats de janvier 2015, j’avais écrit une tribune dans Libération qui m’a été beaucoup reprochée. Il y avait cette phrase : « Notre sort est entre les mains des musulmans. »

Dans mon esprit, cela ne voulait pas dire : « Musulmans, modernisez-vous d’urgence ou vous êtes foutus et nous avec ! » Cela signifiait que, si la résistance ne vient pas de l’islam lui-même, alors les choses s’aggraveront de manière irréversible. Ce n’était pas une façon de rejeter les responsabilités sur l’autre, qui d’ailleurs est aussi une partie de nous-mêmes. Mais il est vrai que chacun occupe une certaine place et se trouve donc contraint de parler un certain langage.

Personnellement, bien sûr, j’ai tendance à accorder un privilège au séculier, et on me l’a objecté. Mais comment faire autrement ? Je ne vais pas me transformer en musulman ou en catholique, j’ai été communiste, vous savez, c’est une expérience religieuse très formatrice… [sic ! cf 1. COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION] C’est pourquoi j’ai aussi écrit qu’il nous faudrait inventer une sorte d’hérésie généralisée, qui rendrait le discours religieux et le discours séculier capables de transgresser leurs propres interdits.

Vous qui avez beaucoup écrit sur l’Europe (« Europe, crise et fin ? », Le Bord de l’eau, 2016) et qui n’hésitez pas à dire « Nous, Européens », quelle est votre réaction quand vous entendez Jean-Luc Mélenchon proclamer que la France est une « nation universaliste » ?

Si je pouvais l’interpeller, je lui dirais que je veux bien accepter ce discours, à condition qu’il soit l’équivalent de « noblesse oblige », c’est-à-dire : « République oblige ». République oblige à un certain universalisme, qui ne peut plus reposer sur l’identification de la République à la nation. Pour demeurer républicaine, il faudrait que la France se dépasse elle-même, qu’elle formule l’idée d’une extension de la citoyenneté au-delà des frontières. Donc, « Français, encore un effort… ».

En ce qui concerne l’Europe, toute la question est de savoir si on peut résoudre les problèmes des Français en dehors d’un ensemble continental. Je suis convaincu que non – et ce, même si l’Europe fait le pire, comme en Grèce. Tout programme reposant sur le renoncement au projet européen est voué à sombrer dans le chauvinisme, si ce n’est dans le trumpisme.

Quand je dis cela, des gens comme mon amie Chantal Mouffe [figure philosophique de la gauche radicale] me tombent dessus et me disent : « Mais sur quelle planète vis-tu ? L’identité nationale est le seul cadre qui permette de défendre les classes populaires contre le capitalisme sauvage ! » Je crois qu’ils se trompent, mais, bien sûr, il faut le prouver. C’est mon point d’honneur : je ne veux renoncer ni à la critique sociale ni à l’internationalisme.

Ce qui est original pour une figure de la gauche postmarxiste comme vous, c’est que vous refusez avec la même énergie la crispation identitaire et ce que vous nommez l’« hybridité sans frontières ». Pour vous, il n’y a pas d’universalisme possible sans conscience identitaire. Tout universalisme est enraciné.

Bien sûr, parce que nous sommes des sujets humains, qui ne pouvons vivre sans nous demander « qui suis-je ? ». Personne ne peut vivre sans identité ou en changer de façon aléatoire, mais l’imposition d’une seule identité n’a jamais été possible non plus sans violence. A mon avis, la théoricienne américaine Judith Butler a raison sur ce point, si on ne confond pas sa parole avec les variantes conformistes du discours queer ou postmoderne, qui affirment qu’on peut changer sans cesse d’identité de façon aléatoire. Et au fond, il s’agit d’une contradiction insurmontable. On peut seulement chercher à l’aménager.

Le philosophe Vincent Descombes a bien montré que la notion d’identité est paradoxale, car on l’attribue aux individus alors qu’elle vise une appartenance. Mais j’ajouterai : on parle de sa propre identité, ou de ce qui la met en relation avec d’autres, soit pour affirmer ce qu’on possède en commun, soit au contraire pour se distinguer, voire se retirer du commun. L’un ne va pas sans l’autre.

La difficulté nouvelle, c’est que nous participons tous aujourd’hui à des communautés multiples dont les critères de reconnaissance ne sont pas interchangeables. C’est pourquoi j’explore une voie pour pluraliser l’universel sans l’édulcorer ou le renverser en une somme de particularismes. Cela consiste à construire des stratégies de traduction généralisée entre les langues, les cultures et les identités, ayant une portée sociale et pas seulement philologique ou littéraire.

Traduction et conflit sont, si vous voulez, les deux pôles dialectiques de mon travail sur la violence de l’universel. Je crois qu’il n’est pas vivable de n’être rien de déterminé, et je reconnais qu’il n’est pas facile d’être plusieurs choses à la fois. Mais ce n’est pas impossible, et il faut même que le plus grand nombre d’entre nous puissent y avoir accès autrement que comme une expérience de dépossession de soi. Le cosmopolitisme dont nous avons besoin exige une certaine forme de malaise identitaire que je me hasarderai à dire actif, ou agissant.

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MessageSujet: Re: 10. pour un UNIVERSALISME PLURIEL : le communisme et les particularités   Ven 6 Oct - 12:18


Edouard Glissant :
« La créolisation n'est pas une essence mais un processus universel »


entretien Nouvel Obs 1993


avec Glissant et suite à Fanon, le concept de créolisation rompt avec la revendication identitaire de la négritude de Césaire, et aux Antilles la créolité de Confiant et Chamoiseau. On voit très bien où en sont restés les Indigènes de la République...

Citation :
Le lieu commun en littérature est l'équivalent de l'invariant de la scène du chaos. Il est le contraire de l'universel abstrait. L'invariant me laisse disponible tout en me mettant à disposition. Tout le monde a le pressentiment, le désir et le besoin du «tout-monde». C'est le besoin d'aller à la rencontre de quelque chose d'impalpable qui pourrait nous libérer de toutes les horreurs identitaires, de tous les faux-semblants de l'ethnie ou de la race, de tous les enfermements de l'Histoire, de tous les aveuglements des nationalismes... Tout le monde rêve du «tout-monde». L'idéologie sépare et divise. La seule politique possible est une poétique: celle de l'imaginaire.

La défense militante de la créolité n'est pas votre affaire. Vous, au contraire, êtes un ardent héraut de la créolisation.

Mes amis Raphaël Confiant et Patrick Chamoiseau se sont un peu trop hâtés dans leur « Eloge de la créolité » : la créolité, ça ne marche pas ailleurs qu'aux Antilles. La créolisation, elle, n'est pas une essence, mais un processus universel.

Malheureusement, les Antillais se sont décolonisés avec le modèle identitaire au nom duquel l'Occident les a colonisés. Il est donc indispensable d'inventer une autre trace que la revendication identitaire. Il faut que nous soyons les inventeurs de nous-mêmes. Cela concerne tout le monde. Et que l'Europe ne nous joue pas la comédie de la fatigue du Vieux Monde !

Chacun revient aux mêmes «lieux communs» que nous devons apprendre à partager. Eux seuls peuvent dérégler les vieilles machines identitaires. Il est incroyable de constater combien de personnes appartenant à des lieux différents de la planète pensent la même chose, posent les mêmes questions au même moment. Tout est dans l'air. Notre plus urgente exigence est celle de l'invention. C'est notre seule parade contre les systèmes et les idéologies.

[...]

Les nègres marrons, qui tentaient dans les forêts antillaises de fuir l'esclavage, frayaient une trace qui ne laissait aucune... trace, de peur que le maître ne les rattrape. Les esclaves, appartenant à cent ethnies africaines différentes, n'avaient rien en commun, sinon la mémoire collective de la trace. Tous ont gardé en eux la trace fondamentale des musiques africaines et, grâce à elles, ont inventé, recomposé une matière inédite et imprévisible qui s'appelle le jazz. Pour ce faire, ils ont détourné les instruments des maîtres de leurs fonctions originelles - contrebasse, saxophone.

Le jazz émeut la planète entière parce qu'il est principe d'improvisation du «tout-monde». Les langues créoles et les musiques de jazz sont des traces frayées par une Amérique qui s'invente. Toutes les cultures du monde sont invitées à cette fête de la créolisation. A Strasbourg, des écrivains japonais sont venus me voir. Cela fait longtemps qu'ils s'interrogeaient sur l'origine de leur langue. Finalement, ils ont découvert que le japonais est une langue créole. Ils m'ont donné leur livre. Il s'appelle «Créolismes». C'est incroyable.

[...]

La créolisation est un dépassement. Le monde entier est métissé, mais il n'en a pas conscience. Prendre véritablement conscience du métissage, c'est la valeur ajoutée de la créolisation. Il y a des métissages sans créolisation, mais pas le contraire. C'est pour cela que je suis hostile à la créolité, qui est une prison, comme la latinité, la francité ou la négritude. Le chaos-monde va à une vitesse telle que nous pouvons à peine le suivre.

en relation, le long sujet POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ

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MessageSujet: Re: 10. pour un UNIVERSALISME PLURIEL : le communisme et les particularités   Ven 6 Oct - 13:35


produire le dépassement
de l'universalisme marxiste

nous percevons que jusqu'ici, tous les universalismes, des religions aux Lumières, du marxisme à une conception essentialiste du combat décolonial, sont restés particularismes face à l'universel authentique, qui ne peut qu'être pluriel

l'universalisme prolétarien n'aura été qu'un moment dans la critique radicale du capitalisme, sans doute correspondant au capitalisme avant sa restructuration mondiale des années suivant 1968, dans laquelle se sont effondrés le mouvement ouvrier international et sa perspective de pouvoir prolétarien d'État ou autogestionnaire

le mouvement du communisme, en tant qu'il vise cette universalité, la communauté humaine véritable, est convoqué à se dépasser lui-même, au delà disons, du marxisme traditionnel, sans larguer sa puissance à poser l'antagonisme de classe au cœur de l'enjeu révolutionnaire

toute la question est donc : quelle classe ? et c'est à quoi tentent de répondre mon livre du capitalisme à la communauté humaine, UNE CLASSE pour LA RÉVOLUTION et ses prolongements, dans lesquels je creuse la question sous divers points de vue, dont ici celle de l'universalisme pluriel du communisme

l'exemple d'une fausse piste est donnée par le leader du PRCF, Georges Gastaud, avec son livre



Citation :
Faut-il continuer d’opposer, comme y invite l’opinion dominante, l’universalisme des « droits de l’homme » au particularisme des classes sociales, des nations ou des « civilisations » ? À l’inverse, « la » nation et l’« humanité », et en conséquence, le patriotisme et l’humanisme, ne sont-ils pas secrètement divisés par des fractures de classes bien réelles dont doit tenir compte toute stratégie progressiste ? Quant à la lutte des classes, dans laquelle les dominants ont provisoirement conquis l’initiative historique, n’est-elle pas le levier paradoxal par lequel le genre humain peut réellement s’unifier au lieu de s’abandonner au faux universalisme de la « construction européenne » et du « transatlantique », ce particularisme du riche qui voudrait imposer au monde une seule pensée et une seule langue ? C’est à quoi ce livre de Georges Gastaud invite à réfléchir à travers une série d’articles sur la lutte des classes, la nation, l’exterminisme capitaliste, mais aussi sur le devenir de la France et de la langue française.

en effet, on y trouve un chapitre :
Citation :
Vivent les Nations ! ; “l’Inter-Nationale” sera le genre humain ! ; A propos du centième anniversaire de l’assassinat de Jaurès “Leur” Jaurès n’est pas le nôtre ! ; Eléments pour une réflexion marxiste sur la question nationale ;

l'inter-nationalisme prolétarien dit bien son nom : il tisse une convergence d'intérêts de prolétaires de nations différentes, et s'arrête à ce stade, depuis longtemps dépassé par le capitalisme même

avec Gastaud, et tant d'autres "marxismes" populistes-nationalistes, la nation tourne le dos à Marx : « Les ouvriers n’ont pas de patrie. On ne peut leur prendre ce qu’ils n’ont pas. », Norman Ajari du PIR posant la nécessité de « faire vivre son essence » raciale évacue la question centrale de l'antagonisme de classe

autant de dépassements à produire, dans le sens où Édouard Glissant nous dit (commentaire précédent) : « La créolisation n'est pas une essence mais un processus universel... Elle est un dépassement. »

pour la bonne bouche, on parle de moi chez Indymédia Bruxelles, qui a censuré mon livre, mais pas ça, d'hier :


Anarchisme et nationalisme, ou le triangle des Bermudes
Citation :
tout nationalisme est réactionnaire
bim dans la bouche du troll pro-palestinien (ou des trolls Patlotch et son jeune disciple, La hyène toulousaine et l’ex-la sulfateuse aka mignon chaton)

une bonne nouvelle pour LA NOUVELLE GAZETTE DES VANNES (Franzoseur Zeitung)

cheers

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 10. pour un UNIVERSALISME PLURIEL : le communisme et les particularités   Ven 6 Oct - 14:43


l'essentialisme décolonial contre l'universel ? Voire...

l'essentialisme dans la pensée décoloniale en est une tendance qui oppose ses théoriciens. Il m'apparaît paradoxal que cette critique soit portée par Ramon Grosfoguel contre Walter Mignolo, mais qu'il la taise contre le PIR, dont il est  un des conseillers théoriques. En voici une explication

entretien avec Ramón Grosfoguel Claude Rougier-Bourguignon Réseau d'Études Décoloniales 2 Septembre 2016  
Citation :
Claude Bourguignon : Tu parles de fondamentalisme indigéniste. J’aimerais te poser une question: que réponds-tu à ceux qui critiquent  » l’essentialisme  » de la théorie décoloniale en pointant sa vision idéalisée de l’indigénéité ?

Tout d’abord, je dirai que ce type de critique relève de ce que j’appelle « l’anti-essentialisme essentialiste » parce qu’il prend sa source dans une des variantes de gauche d’un fondamentalisme eurocentrique qui essentialise et homogénéise une pensée décoloniale qui est pourtant diverse et hétérogène. Selon cette perspective, toutes les pensées issues d’épistémologies indigènes, islamiques, africaines ou latino-américaines sont essentialistes. Ceux qui formulent ce type de critique sont sceptiques face à l’idée qu’il puisse exister une pensée critique hors des paramètres de la pensée occidentale. Pour eux, seule la pensée occidentale existe : le reste n’est que fantaisies occidentales, comme le « bon sauvage » de Rousseau. Il leur est très difficile d’imaginer ne serait-ce que la possibilité d’une pensée critique hors de la métaphysique occidentale. C’est pour cela qu’ils réagissent vivement lorsque quelqu’un se met à défendre la pensée critique indigène ou des pensées qui viennent de l’expérience coloniale, comme par exemple la pensée noire. Les sujets colonisés sont très divers; toutes ces cultures le sont aussi.

Penser, par conséquent, que la décolonialité ne s’exprimerait que d’une seule manière relève d’une forme grossière d’essentialisme. Si la pensée décoloniale est aussi diverse, pourquoi faudrait-il la réduire à la pensée d’une seule personne, comme Mignolo, par exemple ? Oui, j’en conviens : certaines affirmations de Mignolo sont fortement essentialistes. J’ai déjà critiqué dans certains de mes écrits les aspects essentialistes et réductionnistes de sa pensée. Mais il existe d’autres pensées décoloniales ; on ne peut aucunement les réduire à la perspective de Mignolo.

[...]

Le concept de géopolitique de la connaissance d’Enrique Dussel ne relève pas du réductionnisme géographique. C’est Mignolo qui le caricature et en fait en un concept essentialiste et réductionniste. Mignolo a souvent l’air d’affirmer que si tu es, d’un point de vue géographique, latino-américain, africain ou indigène alors, tu es forcément décolonial et, qu’à l’inverse, si tu es européen, tu es colonial. Ce type de réductionnisme pose problème. Mignolo ne distingue pas la localisation épistémique de la localisation sociale ou, pire encore, il ne fait pas la différence entre la localisation épistémique et la localisation géographique. Du fait de cette confusion, il tombe souvent dans un essentialisme très problématique, voire dans des formes de racisme inversé.

[...]

La position de Mignolo au sein du système universitaire est très différente : elle est avant tout celle d’un universitaire qui enseigne dans une université occidentale privée très prestigieuse. Il est arrivé aux Etats-Unis en tant qu’américaniste et disciple de Barthes. Je crois que cela explique la place prééminente qu’il occupe parmi les universitaires, et tout particulièrement, les Français. Par conséquent, beaucoup croient qu’il est le porte-parole ou le représentant de la pensée décoloniale.

et pourquoi votre fille est muette ?

avec le « champ politique blanc » du PIR, nous y voilà... mais pourquoi Grosfoguel ne le dit pas concernant le PIR ? Par solidarité militante !

Grosfoguel a écrit:
Et si jamais dans le cours de tes recherches tu trouvais quelque chose qui remet en question telle ou telle prise de position d’un mouvement social ? Que faut-il faire ? Eh bien, consulter les militants, leur faire état de ta critique. Le débat est toujours important à l’intérieur des mouvements. Ce que nous ne ferons en aucun cas, c’est de les dénoncer publiquement et déjuger parce qu’ils ont commis une erreur dans leurs analyses.

je n'ai jamais entendu aucun écho extérieur de ces débats internes, et quand je leur ai posée, de l'extérieur face à face ou sur tweeter, ils ont fui la question, comme Bouteldja, Ajari, Selim Nadi aussi. Une sorte de "centralisme démocratique", on cause à l'intérieur, mais on parle d'une seule voix à l'extérieur. Chez Théorie Communiste, c'est pareil, et

sur cette question, RS triche encore dans un texte récent, parlant de « l'idéalisme de l'idéologie décoloniale » ou insérant « (nous lais­sons ici de côté tout le fatras idéologico-historique issu des théo­ries déco­lo­niales comme le "déclin de l’identité euro­péenne blanche") ». Si ces inepties sont « issues des théories décoloniales », suffit-il d'en rester là, les juger en bloc à partir de l'essentialisme du PIR ? Les inepties issues des théories de la communisation sont-elles imputables à TC ?

allons plus loin :

Grosfoguel a écrit:
On peut certes élaborer un marxisme décolonial, des féminismes noirs/indigènes/islamiques, ou de la Queer Theory décoloniale. Mais, pour cela, il faut amorcer un tournant décolonial, en situant sa pensée dans une autre géopolitique et dans une autre corpo-politique de la connaissance.

c'est ce que j'ai tenté dans MARXISME DÉCOLONIAL / des marxistes s'inspirent de la pensée décoloniale

Grosfoguel a écrit:
La difficulté qu’il y a à comprendre la pensée décoloniale vient en partie du fait que lorsqu’on dit pensée ou culture dominantes occidentales, on entend le mot « Occident » comme une géographie ou comme une couleur de peau. En réalité, nous les décoloniaux, nous entendons « Occident » comme une position à l’intérieur de rapports de pouvoir et comme un certain type d’épistémologie.

c'est évidemment ma position aussi. Voir sur l'OCCIDENT, son histoire, son concept, et sa CRISE dans celle du capitalisme

voilà comment se tisse une cohérence théorique par le débat ouvert, qui rencontre des obstacles de tous côtés. À défaut de l'obtenir dans la réalité, je l'auto-organise virtuellement...

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MessageSujet: Re: 10. pour un UNIVERSALISME PLURIEL : le communisme et les particularités   Ven 6 Oct - 16:18


une exigence éthique de se dépasser

franchir le pas

je l'ai déjà dit et le répète :

il est normal que toutes les théories qui se présentent comme universelles, cherchant à faire rentrer les autres dans leurs prémisses et conclusions, ne puissent pas le faire sur la base de leur noyau dur idéologique

pourtant, il ne s'agit surtout pas de les aider à s'enfermer dans leur noyau de certitudes, mais au contraire de leur montrer comment elles peuvent casser ce noyau sans abandonner le lieu d'où elles proviennent. C'est ici que je me sépare de toutes les théories qui veulent discréditer les autres, au besoin en trichant. Quitte à utiliser ce qu'elles ont d'adéquat, comme dit Lola concernant Théorie communiste, mais qui vaut pour toutes :


Citation :
quitte à y utiliser les outils de TC lorsqu’ils sont adéquats de redonner à la théorie le caractère d’un outil de combat qui sache être drôle, poétique et passionné et, pour cela justement, subversif de dire et faire savoir, autant que faire se peut par des moyens non orthodoxes (dans leur forme, leur ton, leur contenu)
Lola Miesseroff, une belle tranche de vie et d'extimité 5 octobre

orthodoxes ou pas, chacun.e ses goûts, tous les moyens sont bons, dès lors qu'ils lui sont propres, selon ses possibilités, pour se dépasser

en somme, ces théories doivent produire sur leur base leur propre dépassement en s'ouvrant aux autres

il en va donc en théorie comme pour les luttes particulières, qui portent leur universalisme en l'essentialisant, sur une base prolétarienne, sexuelle ou raciale

mais il n'y a pas à espérer que ce dépassement théorique, même s'il peut être produit, comme j'espère le faire, poussent les théories fermées à s'ouvrir, tant qu'elle n'auront pas, confrontées aux réalités, constaté leurs limites : les idées ne transforment pas le monde, mais le monde peut les transformer. Pour celles qui restent persuadées que la réalité se trompe, que leurs certitudes vont un jour apparaître vraies, il n'y a rien à faire...

... qu'à prier, peut-être, puisqu'après tout, on n'a jamais prouvé que ça ne servait à rien, mais je l'avoue, ce n'est pas mon truc

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 10. pour un UNIVERSALISME PLURIEL : le communisme et les particularités   Sam 7 Oct - 9:51


contre la mort anti-démocratique de la révolution


ni par le vote ni par la base
ni par la communisation
la perspective démocratique ne s'épuise
en un mot : la mort

Tristan Vacances : - Vous écrivez le 5 octobre :
Patlotch a écrit:
par contre, on s'intéressera, sans s'arrêter au mot démocratie dans sa compréhension réductrice de "démocratie politique" (État), à cette considération que la démocratie, c'est aussi la résistance à la dé-démocratisation à laquelle tendent des « universalités émancipatrices "absolument universelles", échappent aux limitations de leurs objets », en relevant que l'universalisme prolétarien n'a jamais été, et ne saurait être à même de porter un tel projet révolutionnaire, problème que pose la constitution en classe révolutionnaire d'un sujet pluriel dans ses relations antagoniques au capital

or on constate que le "communisme" a été critiqué, en raison du stalinisme, parce qu'il allait contre la démocratie. Et les partisans de la communisation sont « contre la démocratie sous toutes ses variantes (représentative, alternativiste, radicale ou non, directe) »... Voudriez-vous insinuer qu'il resterait dans le milieu radical quelque chose de "stalinien"

Patlotch : - le "stalinisme" dont il est question est increvable, à commencer chez les trotskards, à continuer dans l'ultragauche à suivre chez les communisateurs puis en cortèges de grosses têtes. Si, par "stalinien", on entend ce qu'on reprochait au PCF dans ses méthodes et fonctionnement, c'est évident, je l'ai vécu et vu de mes yeux vus, et je le vois continuer, même sans orga, en réseaux, avec les "leaders objectifs" comme Léon de Mattis dragué par BL/TC parce que dixit, il était un "leader objectif" de l'anarchisme de gauche (ni dieu, ni maître : ni Mattis ?). Ils n'ont rien inventé, ils s'adaptent, experts en manipulation à l'insu de leur plein de graisse

Tristan Vacances : - Parler de "manipulation", n'est-ce pas exagéré ?

Patlotch : - écoutez, quand j'ai sorti ce mot, RS de Théorie Communiste m'a répondu en substance que ce n'est pas de la manipulation, si les gens sont là même s'ils se taisent, c'est qu'ils sont d'accord. Autrement dit, ces potiches des SummerMeetings étaient le reflet des "luttes théoriciennes" qui ne disent rien d'autre que ce qu'y lit, dans sa boule de crystal, le théoricien adéquat à notre temps. Dans ma cellule du PCF au début des années 70, c'était tour de table, tout le monde, secrétaire ou énarque, blanc ou noir, était invité à dire son mot : stalinien démocratique ? Pas de problème chez les communisateurs, des secrétaires et des Noirs, yen a pas, des énarques, style Woland, oui

Tristan Vacances : - Le PCF était plus démocratique que le milieu de la communisation ?

Patlotch : - quand il a cessé de devenir stalinien, sans guillemets, il a voulu montré qu'il était plus démocratique que tous les autres (Marchais, Démocratie française, etc.), et ça glissait vers ce qui deviendra vingt ans après le démocratisme radical puis le populisme de gauche", larguant tout héritage conséquent de Marx. N'empêche que dans les années 2000 encore, les trots' au boulot m'interpellaient amicalement d'un air entendu : "- alors le stal..." (LCR/CFDT) , et d'autres (LO/FO) : "- salut l'anar"... Va savoir

mais là n'est pas le problème, la démocratie dans l'orga, on s'en tape parce qu'on ne veut plus d'orga. Il est tel que le pose Balibar du point de vue théorique, de la possibilité d'une révolution qui ne se retourne pas contre elle-même et ses objectifs assignés*. Or cette question demeure tabou dans le milieu radical, dont la critique de la démocratie reste partielle, enfermant ce mot dans ce qu'il ne signifie pas seulement. On a vu le même procédé avec "auto-organisation", et d'autres. C'est du nominalisme, pas de la critique théorique sérieuse. C'est fait pour éliminer, comme d'autres te tirent une balle dans le dos (on a vu ça pendant la Révolution d'Octobre, en Espagne, dans la résistance française, partout et en tout temps "l'ennemi dans nos rangs"...)

* il y revient là (je traduis) : Étienne Balibar | L'idée de la révolution : hier, aujourd'hui et demain, 27 août 2017, à propos de contre-révolution : « identifier les «ennemis» au sein du Parti révolutionnaire lui-même, qui ont besoin d'être neutralisés ou éliminés » c'est ce qu'ils font déjà dans les débats, en attendant :

Citation :
La question qui est latente dans ces épisodes, qui sont trop fréquents pour être considérés comme marginaux, est de savoir si les excès et les inversions du processus révolutionnaire par rapport à ses propres objectifs (son côté «apolitique» pour ainsi dire) doivent être laissés de côté afin de recréer un «pur» concept de la révolution (si ce n'est un mythe), ou devrait être intégré dans la phénoménologie de la révolution comme un problème intrinsèque à sa manière spécifique de l'histoire articuler et politique. Je privilégie cette deuxième position, qui donne une plus grande intelligibilité et répond plus précisément aux raisons pour lesquelles, au seuil du XXIe siècle, l'idée de révolution reste suspendue dans une sorte d'incertitude spectrale, entre une promesse et une menace.

si ce qu'en disent les "communisateurs" est pris au pied de la lettre, au nom du prolétariat universel révolutionnaire devant « absorber toutes les autres classes », entendu comme dans un rapport de forces au sens militaire (sans armée dans leurs rêves), si aucune initiative communiste ne ressemble en rien à une quelconque démocratie au sens basique admis, nous pouvons imaginer toutes sortes de bandes qui se foutront sur la gueule, élimineront leurs supposés traîtres intérieurs, etc. Il n'y aura de juge que la loi du plus fort, ce qui est de bonne guerre si l'on ne voit que l'implication réciproque capital-prolétariat, mais laisse à désirer concernant les plus faibles physiquement, quelles que soient leurs intentions

je ne me fais aucune illusion sur ce que peuvent faire, dans toute situation révolutionnaire, les révolutionnaires auto-proclamés dans leur bon droit : la fin justifie les moyens au nom de chacun sa vérité

ce n'est pas complètement à tort que des anarchistes ont reproché à Théorie communiste son attitude lors du passage de Woland, théoricien de Sic, au gouvernement de Syrisa, dans
La communisation et le Grand bond en arrière… la communisation en chine juillet 2015
Sam FantoSamotnaf a écrit:
Le fait que les communisateurs d’aujourd’hui insistent constamment sur le fait qu’ils sont contre l’État n’altère en rien la mentalité hiérarchique qui consiste à déclarer que l’on détient la vérité. Et il est possible que Woland lui-même participe à la dépossession des travailleur/ses grec-que-s de leurs terres, qui ont représenté jusqu’à présent une petite marge d’indépendance vis-à-vis du marché mondial et de l’esclavage salarié. Est-ce qu’une telle chose se produira, cela reste à voir, bien qu’il soit peu probable qu’il utilise le terme de « communisation » pour la justifier ; mais sait-on jamais.

la comparaison avec Mao, qui suit, est certes outrancière, et je n'ai pas manqué de le reprocher à l'auteur à l'époque, mais lire certains passages de Bernard Lyon sur le processus d'achèvement [sic] de la prolétarisation des paysans et couches moyennes (Communisation vs socialisation, 2009) par la so called fraction révolutionnaire du prolétariat, une sorte de fraction armée rouge, lire ce BL là fait frémir, ce qu'ont même relever certains proches de cette théorie (sûrement des traîtres en puissance, tel que je fus traité...)

quoi qu'il en soit il faut poser ce problème, et le poser d'abord théoriquement. Le poser en théorie, c'est critiquer le concept du prolétariat comme sujet révolutionnaire universel. Le dépasser, c'est considérer la révolutionnarité universelle d'autres sujets particuliers, toujours radicalement contre le capital via ce qu'ils en subissent. C'est donc poser tel que je le fais le problème d'une constitution en classe universelle de la révolution au-delà du prolétariat

on prend toujours le risque de passer pour timoré aux yeux de ces maximalistes fonctionnant à la pure surenchère gauchiste, mais quelque chose trahit chez eux un retour du refoulé : parce qu'ils sont impuissants (qui ne l'est pas ?), ils en rajoutent dans les mots, comme ayant quelque chose à se faire pardonner (exemple, Léon de Mattis son passé au PS). Du même ordre psycho-social se battant la coulpe, considérer en bloc sa classe, la classe moyenne, comme intrinsèquement "contre-révolutionnaire", sauf soi-même, bien sûr; une pathologie qui s'entend dans l'émission de Sortir du capitalisme Entre Macron et Mélenchon, les classes moyennes salariées, avec ce ton dans la voix de l'auto-complaisance : nous, on n'est pas comme ça, on est l'exception qui confirme la règle, on ressemble plutôt au bourgeois Engels

mais il faut avoir le courage de mettre cette question sur la table de la révolution, car refuser ce débat sur la démocratie révolutionnaire - après tout TC a bien assumé "dictature du prolétariat" dans un sens communisateur -, c'est prêter le flan à tous les soupçons, et ça n'a pas manqué, mais ces critiques sont restées sans réponse, sauf l'ironie des faibles, qui ne savaient pas quoi dire pour se laver les mains de "l'affaire Woland"

Tristan Vacances : - Vous dites qu'il ne faut pas s'arrêter au mot "démocratie", mais vous l'utilisez quand même...

Patlotch : - qu'on en trouve un meilleur, je ne suis pas fétichiste, moi, mais qu'on arrête de jouer aux cons, parce que tout le monde voit très bien de quoi il s'agit

Tristan Vacances : - "démocratie révolutionnaire" serait un de vos nouveaux concepts à élaborer, comme "auto-organisation révolutionnaire" ?

Patlotch : - je n'y avais pas songé, mais pourquoi pas, histoire de foutre un joyeux bordel dans les certitudes maximalistes infantilo-séniles



Tristan Vacances : - Bruno Astarian dit qu'il faut résister au "réalisme", c'est-à-dire à trancher de ce qui serait impossible sur la base de ce nous pouvons imaginer

Patlotch : - s'il voyait plus loin que moi, je n'y verrais aucun inconvénient. En effet, pourquoi pas "convoiter l'impossible"*, mais j'y vois du romantisme révolutionnaire, qui n'atteint vraiment pas, question imagination, l'invention d'un Fourier. Après ces gens-là cloueront au pilori les "robinsonnades" sous le capital : pour nous en refourguer au nom de leur pureté révolutionnaire ? À d'autres la pirouette. Qu'ils s'étonnent après ça d'être recyclés par ceux-là même dont ils disent qu'ils n'ont rien compris, alors qu'ils leurs servent leur théorie comme sur un plateau pour leur pratique fantasme : ils alimentent eux-même l'idéologie qu'ils condamnent, dans un durable ménage à deux interne à la classe moyenne "cultivée"

* Convoiter l'impossible : l'utopie avec Marx, malgré Marx Henri Maler 1995

pourquoi est-ce entre eux, incompatibles supposés, qu'ils discutent, et ni les uns ni les autres avec moi ? Poser la question, c'est y répondre

rappel des questions abordées dans ce sujet :

Citation :
- le dépassement des universalismes particuliers en universalisme pluriversel
- les amis des amis... de couleur dans la ligne sans la dépasser (WEB Dubois)
- citoyenneté nationale, transnationale, mondiale et États-nations
- des communismes pluriels mais universels, kesako ?
- Étienne Balibar :« l'universel ne rassemble pas, il divise »
- Edouard Glissant : « La créolisation n'est pas une essence mais un processus universel, elle est dépassement »
- produire le dépassement de l'universalisme marxiste
- l'essentialisme décolonial contre l'universel ? Voire... (discussion avec Grosfoguel)
- une exigence éthique de se dépasser : franchir le pas
- contre la mort anti-démocratique de la révolution

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: 10. pour un UNIVERSALISME PLURIEL : le communisme et les particularités   Sam 7 Oct - 17:02


Patlotch parano ?

Tristan Vacances : - Au vu du commentaire précédent, et de tant d'autres, ne seriez-vous pas un brin paranoïaque ?

Patlotch : - je ferai mentir Desproges : « Ce n'est pas parce que je suis paranoïaque qu'ils ne sont pas tous après moi », parce que personne n'est vraiment après moi, au contraire, ils se défilent. Mais je donnerai pour une fois raison à Dali :

Citation :
L’activité paranoïaque-critique est une force organisatrice et productrice de hasard objectif. Contre l’attitude passive, désintéressée, contemplative et esthétique des phénomènes irrationnels, l’attitude active, systématique, organisatrice, cognoscitive, de ces mêmes phénomènes, considère des événements associatifs, partiels, et significatifs, dans le domaine authentique de notre expérience immédiate et pratique de la vie.

source : La méthode paranoïaque-critique

Tristan Vacances : - Et vous y croyez ?

Patlotch : - tel que défini par Dali, non, mais j'aime bien l'idée de méthode paranoïaque critique, parce qu'au fond, elle est assez fréquente dans les controverses théoriques, où il s'agit de construire en partant d'un autre, par « une critique qui devient radicale quand elle argumente ad hominem » comme disait Marx, qui l'a utilisé contre Stirner, Proudhon et bien d'autres

quant au "hasard objectif", que Dali emprunte à Nadja de Breton, je préfère le penser comme hasard subjectif, ce qui renvoie à l'ambiguïté de l'opposition objectivisme/subjectivisme qui sont en fait, d'un point de vue matérialiste marxien, les deux faces d'une même monnaie

Tristan Vacances : - Vous voulez dire que Marx aussi était paranoïaque ?

Patlotch : - dans certains cas, c'est évident, et je ne serais pas le premier à le considérer. Son ami Georges Jung écrit en 1841 ceci, qui vous rappellera quelqu'un :

Citation :
Il semble que Karl Marx ait été victime d'une sorte de paranoïa et qu'il ait voulu systématiser son esprit de révolte dans une œuvre intellectuellement très solide et cohérente parce que basée sur une logique interne et fermée.

Tristan Vacances : - Il n'est pas possible de faire sans ? Ça m'a tout l'air d'un jeu, d'une simulation...

Patlotch : - c'est aussi une méthode d'émulation/stimulation réciproque, une tactique poussant "l'adversaire" à se dépasser lui-même, à sortir de sa coquille



Enfant géopolitique observant la naissance de l'homme nouveau
Dali 1943


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MessageSujet: Re: 10. pour un UNIVERSALISME PLURIEL : le communisme et les particularités   Ven 13 Oct - 18:48


ce qui tient en nous à l'État, aboli ou pas

remarque décalée dans ce sujet, mais dans la logique de ce qui précède

poser comme nécessaire, jusqu'à l'abolition de l'État, le combat contre la démocratie politique, n'épuise pas ce qu'est l'essence en nous de l'État, ce qui reste de l'État quand celui-ci est "aboli", de la violence d'État qui prétend ne pas avoir recours à la police, et que cette police s'organise comme produit de la lutte révolutionnaire ne lui ôte pas sa caractéristique de l'État en nous

je n'ai pas résolu la question d'
Étienne Balibar dans L'idée de la révolution : hier, aujourd'hui et demain, 27 août 2017, à propos de contre-révolution : « identifier les «ennemis» au sein du Parti révolutionnaire lui-même, qui ont besoin d'être neutralisés ou éliminés » c'est ce qu'ils font déjà dans les débats, en attendant :
Citation :
de savoir si les excès et les inversions du processus révolutionnaire par rapport à ses propres objectifs (son côté «apolitique» pour ainsi dire) doivent être laissés de côté afin de recréer un «pur» concept de la révolution

je ne l'ai pas plus résolue que celle de la violence révolutionnaire. Cf la VIOLENCE venue dans la "CONTRE-RÉVOLUTION" CAPITALISTE, mais ce dont je suis sûr, c'est qu'il faut (se) les poser

je considère que dans les projections communisatrices et dans ce qui est au fond leur stratégie,- car ils en ont une, que trahit leur pratique théorique comme leur comportement politique militant qu'ils dénient -, il y a encore de l'État, beaucoup trop d'État

on a beaucoup et à juste titre interrogé, critiqué, condamné le stalinisme comme dictature du parti, dictature d'État, capitalisme d'État, mais on a peu remarqué combien la population "soviétique", prolétarienne ou non, avait de son plein gré amplifié le phénomène. Pourtant, c'est depuis ces dernières années que paraissent des ouvrages d'historiens, des mémoires, des romans, des essais théoriques... qui le décrivent par le menu. En voici quelques-uns :


- Le stalinisme au quotidien. La Russie soviétique dans les années 30 Sheila Fitzpatrick 2002

- Alexandre Zinoviev : Les Hauteurs béantes 1976, L'Avenir radieux 1978, L'Antichambre du paradis, 1979, Notes d'un veilleur de nuit 1979, Le Communisme comme réalité 1981

Citation :
Des millions de personnes ont participé au processus historique qui a donné naissance à la société communiste de l'Union soviétique. Ces personnes ont accompli des milliards d'actions différentes. Elles les ont accomplies dans leur propre intérêt. Elles ont agi selon les lois de la conduite communautaire et non pas seulement selon les lois de l'histoire, lesquelles n'interviennent pas dans la conduite des individus. Une partie de ces actions ont œuvré en faveur de la société nouvelle, l'autre contre. Parfois les même actions ont œuvré soit en faveur de cette société, soit contre. Les partisans de la nouvelles sociétés n'ont pas toujours forcément agi pour elle, et inversement ses adversaires ne lui ont pas toujours nui. Les révolutionnaires ont fait beaucoup contre la révolution et les contre-révolutionnaires beaucoup en sa faveur, sans s'en douter.

Le Communisme comme réalité, 1981


il n'est pas ici important que Zinoviev
utilise le mot communisme
pour sa critique de la société soviétique

- La Fin de l’homme rouge Svetlana Alexievitch 2013, Prix Nobel

quiconque a une expérience de la vie militante, ou tout simplement de la vie en société, ou quelques connaissances historiques sur les rapports humains dans les périodes de guerre révolutionnaire, de guerre civile ou de guerre de résistance, ne saurait avec honnêteté évacuer ces questions d'un revers de main. Depuis 1968, j'ai vu les travers "staliniens" dans tous les partis et groupes, y compris les plus libertaires

si je les pose, c'est persuadé que la théorie communiste n'est pas à la hauteur aujourd'hui d'une révolution universelle susceptible de réussir, et que par ses apories, ses refoulements ou certaines de ces certitudes, il faut se réjouir que la théorie ne détermine pas le cours des choses comme un programme à appliquer, sans quoi l'échec est assuré. C'est ma conviction et ce qui me pousse à continuer

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