PATLOTCH / COMMUNISME et CIVILISATIONS

CONTRE LE CAPITAL, LES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES, ÉCOLOGISTES... et POÉTIQUES !
 
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 CAPITALISME et RELIGIONS, histoire et présent d'un mariage de raisons

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Patlotch



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MessageSujet: CAPITALISME et RELIGIONS, histoire et présent d'un mariage de raisons   Lun 25 Sep - 14:20


paradoxalement, alors que j'ai consacré cette rubrique aux religions - Islam, Judaïsme, autres - et plus récemment produit une étude sur COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION, je ne l'ai pas fait sous l'angle des rapports entre capitalisme et religions, sauf dans la montée de la domination de l'Occident sur le monde, accompagnée par le christianisme. Il aurait pourtant fallu commencer par là...

je commencerai ce sujet par l'écoute de 4 émissions de France Culture consacrées à l’esprit du capitalisme


1. L'esprit du Capitalisme Dans la peau de Max Weber

Le capitalisme dont les auteurs ont identifiés des racines différentes. Des racines d’abord historiques - mises en évidence par Marx qui voit dans l’origine du capitalisme des facteurs principalement politiques - et des racines également culturelles et religieuses sur lesquelles s’est penché le sociologue Max Weber qui a inspiré cette série.


1904 et 1905
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Patlotch



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MessageSujet: Re: CAPITALISME et RELIGIONS, histoire et présent d'un mariage de raisons   Lun 25 Sep - 14:33


Le capitalisme, divin enfant du christianisme

Philippe Simonnot Le Monde des religions 29/04/2014

En complément de notre dossier "Dieu et l’argent", voici la version intégrale de l’article de Philippe Simonnot, spécialiste des rapports entre l’économie et la religion.


Citation :
Des trois grandes religions issues de la Bible, le judaïsme, le christianisme  et l’islam, laquelle est la plus proche du capitalisme ? Des siècles d’antisémitisme ont appris aux générations précédentes que c’était le judaïsme. Un sociologue allemand de renom, Werner Sombart, a même écrit un livre entier sur ce sujet (1). Le prophète de l’islam, quant à lui, a d’abord été un marchand, et les caravaniers qu’il envoyait en mission n’avaient de leçons à recevoir de personne en matière économique. Le christianisme, pour sa part, a semblé longtemps le plus éloigné de la sphère marchande avec cette célèbre parole du Christ : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu » (2) . Certes, Max Weber, dans son illustrissime essai (3), a montré qu’une certaine branche du christianisme, issue de la Réforme, n’était pas tout-à-fait étrangère aux choses de l’argent, mais, par son succès même, L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme a empêché de voir les relations profondes et anciennes, bien antérieures à Luther, qui se sont nouées entre christianisme et capitalisme. D’une certaine manière, Weber a blanchi l’argent des autres branches du christianisme et fait oublier que l'Église, pendant des siècles, avait été la première puissance capitaliste du monde. Surtout, à rebours du sociologue allemand, on peut prétendre que sans le christianisme tout court, il n’y aurait pas eu de capitalisme. Cette face cachée, ou déniée, de la religion chrétienne, nous voudrions ici la mettre en lumière.

Le Code napoléonien redécouvre le droit romain


Commençons par cette évidence : il n’y a pas de capitalisme sans capital et il n’y a pas de capital sans appropriation et donc sans droit de propriété.

La Rome antique avait institué les trois composants de ce droit fondamental : l’usus (jouir de sa propriété), le fructus (pouvoir en tirer un revenu ou un intérêt), l’abusus (pouvoir le donner ou le vendre). Mais cet enseignement s’est perdu avec la chute de l’empire romain d’Occident, laquelle a plongé l’Europe pendant  plusieurs siècles dans un profond marasme économique et démographique.

On date en général du XVIIIe siècle la redécouverte d’un droit de propriété à la romaine. L’idée répandue par les théoriciens de l’École du droit naturel (4),  à la grande époque des Lumières, est que la propriété constitue la mise en œuvre d’un droit inné de l’homme sur les choses qui l’entourent. L’aboutissement le plus évident et le plus célèbre de cette réinvention a été le Code civil napoléonien, qui consacre en effet les trois composants du droit de propriété et a permis à la bourgeoisie de prendre son essor, en France et dans tous les pays où ce code s’est implanté. Le Code s’inspirait de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, et notamment de son article II : « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression. »

En fait, la novation en question pourrait bien être le réaménagement d’éléments empruntés à la théorie de la propriété développée par les théologiens de la fin du Moyen-Âge. Le droit de propriété du Code civil, qui parait tiré directement du droit romain – et l’on sait la passion de la Révolution et de l’Empire pour l’Antiquité romaine –,  serait en fait  la version laïcisée d’une construction dont le premier modèle se trouve chez les penseurs de l'Église (5). Chassez la religion par la porte, elle revient par la fenêtre – surtout quand il s’agit d’argent !

Une mission confiée à Dieu par l’homme

Encore aux IVe et Ve siècles, aux yeux des Pères de l’Église, l’appropriation privée est une usurpation et vient détruire un état originaire qui ignorait le tien et le mien. Cette propriété privée, enseignent-ils, ne sépare pas seulement les hommes entre eux ; elle les sépare également de Dieu en faisant disparaître cet état premier où rien n’était à personne parce que tout était à Dieu. À la rigueur, comme dans le judaïsme ancien et dans l’islam primitif, pouvait-on concevoir un droit de propriété limité à l’usus, et, qui plus est, limité par les nécessités de l'État ou du bien commun. Mais certainement pas ce droit de propriété, plus absolu encore que celui du droit romain, que des théologiens chrétiens, du XIe  au XIIIe siècle, allaient inventer.

Ces théologiens, pour asseoir un droit de propriété complet et absolu, vont remonter non pas à La loi des douze tables, (450 avant J.-C.),  matrice du droit romain, mais bien au-delà, jusqu’à… Adam, notre père à tous. La Bible nous enseigne en effet que le premier homme est « maître du monde », par la volonté de Dieu (6). Le premier homme est donc  intronisé par Dieu comme son ministre sur la terre, et donc pouvant exercer un droit de propriété sur l’ensemble de l’univers, et pas seulement sur ce petit morceau que constitue la Terre promise au peuple hébreu. Les théoriciens modernes du droit naturel auraient ainsi retrouvé, sans s’en rendre compte, ce qui pour les théologiens était, non plus un droit naturel, mais une sorte de mission confiée par Dieu à l’homme.

La première trace d’un tel travail sur la Bible se trouve chez Hugues de Saint Victor (1096-1141), et Alexandre de Halès (1180-1245). Ces deux éminents théologiens rappellent que l’homme est supérieur aux autres créatures et que le pouvoir de domination qu’il exerce sur elles est nécessaire à l’ordre et à la beauté de l’univers voulus par Dieu, malgré le péché originel.

Ainsi, le droit de propriété est d’origine divine

Vient ensuite le dominicain Thomas d’Aquin (1225-1274), qui perfectionne la doctrine. Pour le Docteur angélique, le domaine de l’homme, à cause du péché originel, n’a plus sa perfection première : il va désormais répondre aux seuls besoins humains. Du même coup, l’homme peut faire que les choses lui soient  utiles (7) .  

Un pas supplémentaire va être franchi par un certain Jacques Duèze (1244-1334). Issu d'une famille de la bourgeoisie aisée de Cahors, il devient pape en 1316 sous le nom de Jean XXII. Il est le deuxième à régner à Avignon, devenue résidence pontificale. Ce génial administrateur de la fiscalité pontificale (8 ) va prendre le contre-pied d’une doctrine très dangereuse pour les gens d’argent qui se développe à l’époque. Il s’agit de la doctrine des franciscains, disciples du « petit frère des pauvres » (9), qui se prétendent étrangers à toute forme de propriété. Le domaine des choses temporelles, leur répond Jean XXII, n’a pu être donné aux hommes que par celui qui pouvait donner. Or, Dieu seul a la capacité de donner une chose celui à qui elle appartient. Puisque il n’est pas douteux que Dieu soit le dominus, le propriétaire de l’univers, il n’est pas non plus douteux que le domaine des choses ait été introduit par la volonté divine. Le domaine humain n’a donc pas été introduit par le droit humain, mais, ainsi que l’affirme l’Écriture, par  droit divin. Le droit de propriété est donc d’origine divine. D’où son caractère absolu – justement ce dont a besoin le capitalisme !

L’invention du Purgatoire…

Pour donner toute sa force au nouveau droit de propriété absolu encore dans l’enfance, et notamment au fructus, il fallait encore renverser le tabou de l’usure entravant le commerce de l’argent aussi bien chez les juifs que chez les musulmans et les chrétiens. Ce fut chose faite par le truchement de l’invention du… Purgatoire !  

Jusqu’au XIIIe siècle, l’au-delà de la mort était divisé en deux parties distinctes et opposées : le Paradis et l’Enfer. Cette division avait  l’inconvénient de n’établir aucune proportionnalité entre le péché et la sentence. À mesure que le christianisme pousse ses racines plus profondément dans la société, il lui faut un système moins rudimentaire pour gouverner les âmes. Ainsi devait apparaître, dans le courant du XIIe  siècle, un nouveau type de péché, le péché véniel - qui signifie digne de pardon - distingué du péché mortel. Ensuite, on établira que si les pécheurs, au moment de mourir, ne sont plus chargés que de péchés véniels, ils ne sont pas condamnés à perpétuité, mais à un temps limité de supplice dans un lieu fait pour purger les fautes, le Purgatoire. Les morts qui allaient dans ce lieu bénéficient ainsi d’un supplément de biographie ! Surtout, ils sont sûrs qu’au sortir de leurs épreuves purifiantes, ils seront sauvés. Car le Purgatoire n’a qu’une porte de sortie, celle qui ouvre sur le Paradis.

... ou petits arrangements avec les morts

La durée du séjour dans les flammes purgatives ne dépend pas seulement du nombre et de la gravité des péchés du mort, mais aussi de l’affection de ses proches - laquelle se manifeste par des prières et par des offrandes, une occasion supplémentaire pour l’Église de recevoir dons et legs.

Pour que les usuriers évitent la damnation de l’Enfer, ne restait plus à faire de leur faute  un péché seulement véniel.  Pour cela, le taux d’intérêt doit être modéré, donc ne pas dépasser un certain plafond considéré comme « usuraire ». Ensuite on a trouvé des excuses à la perception d’un intérêt. On a considéré que le prêteur, s’il n’est pas remboursé à la date prévue, encourt un dommage que l’on peut indemniser par un intérêt. Ou encore, plus subtilement, que le prêteur, en se séparant de cette partie de son capital, a été empêché de consacrer cet argent à un placement peut-être plus avantageux (10). Enfin, on a estimé que le prêteur encourt le risque de n’être pas remboursé soit à cause de l’insolvabilité du débiteur, soit à cause de sa mauvaise foi.

Cette notion capitale est étendue de l’activité du prêteur à celui du marchand par un génie méconnu de l’époque, le franciscain Pierre de Jean Olivi (1248-1298). Grand rival de Thomas d’Aquin, persécuté par les autorités ecclésiastiques de son temps, il fut l’objet après sa mort d’une véritable dévotion populaire. Pour y mettre fin, son corps fut sorti de terre pour être réduit en cendres, sa tombe elle-même fut détruite...

Le capitalisme alors libéré de la religion

Olivi annonçait les temps nouveaux. Pour lui,  en effet, le marchand a droit à une récompense non seulement par les risques d’entreprise qu’il court, mais encore parce qu’il montre sa capacité à évaluer et à maîtriser les dangers que comporte la pratique commerciale. Le négociant peut donc vendre sa marchandise à un prix plus élevé que celui auquel il l’a achetée parce qu’il a une fonction utile à la collectivité et parce qu’il court des risques. En ce qui concerne les opérations de crédit, elles échappent à la condamnation de l’usure si elles sont faites en fonction d’opérations commerciales utiles à la collectivité.

La brèche béante qui est ouverte ici ne se refermera plus. La première apparition connue d’un contrat d’assurance date de 1287, sous la forme d’un acte notarié rédigé par un notaire de Palerme. Par la suite, son usage allait se répandre, favorisant l’exploitation des mécanismes du marché pour le partage des risques.

Dès lors le capitalisme, libéré des chaînes religieuses par les religieux eux-mêmes, put prospérer, dévorer ses propres géniteurs et partir à la conquête du monde entier. Nous vivons les moments ultimes de ce triomphe planétaire.

Note sur l’auteur
Docteur en sciences économiques, Philippe Simonnot a consacré une partie de son œuvre aux rapports entre l’économie et la religion. D’où plusieurs ouvrages :   Les papes, l’Eglise et l’argent, Histoire économique du christianisme des origines à nos jours (Bayard),   Homo sportivus, Capitalisme, sport et religion (Gallimard), Le marché de Dieu, Économie du judaïsme, du christianisme et de l’islam. En avril 2007, il crée le site www.observatoiredesreligions.fr .


(1)  Les Juifs et la vie économique, traduit de l'allemand avec l'autorisation de l'auteur, par le docteur S. Jankélévitch, Paris, Payot, 1923.
(2) Marc 10, 17-30. Citons encore : « On ne peut servir deux maîtres, Dieu et Mammon », Matthieu 6,24 ; « Heureux les pauvres en esprit », Matthieu 5,3. Sans oublier le Christ chassant à coups de fouet les marchands du Temple, Jean 2, 13-22.
(3) L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme, précédé de Remarque préliminaire au recueil d'études de sociologie de la religion, et suivi de Les Sectes protestantes et l'esprit du capitalisme / trad. de l'allemand, introd. et notes par Isabelle Kalinowski, Flammarion, 2000
(4) Ecole qui tire le droit de la « nature » de l’homme, opposée à l’École positiviste qui fait du droit une création d’une autorité (Dieu, l'Etat), pour le dire succinctement.
(5) Origines théologiques du concept moderne de propriété, Marie-France Renoux-Zagamé, Genève ; Paris : Droz, 1987.
(6) « Dieu dit :“Faisons l’homme à notre image, comme notre ressemblance, et qu’ils dominent sur les poissons, de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre.” Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa. Dieu les bénit et leur dit : “Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la ; dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre.” Dieu dit : “Je vous donne toutes les herbes portant semence, qui sont sur toute la surface de la terre, et tous les arbres qui ont des fruits portant semence : ce sera votre nourriture.” » (Genèse 1, 26-30)
(7) L’économiste n’en demandera pas plus quand, au XVIIIe siècle, il cherchera à fonder le concept d’utilité.
(8 ) Les Papes, l’Église et l’argent, Philippe Simonnot, Bayard 2005.
(9) Il s’agit bien sûr de saint François d’Assise. Ce nouveau « Christ » (il portait les stigmates du Crucifié à la fin de sa vie) aurait pu mettre en danger l’autorité du pape et devenir hérétique. Il a fait au contraire acte de soumission.
(10) Ce que l’on appelle dans la littérature économique contemporaine un coût d’opportunité.

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Patlotch



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MessageSujet: Re: CAPITALISME et RELIGIONS, histoire et présent d'un mariage de raisons   Lun 25 Sep - 14:42


Le Christianisme à l’origine du capitalisme

Observatoire des religions 9 juin 2007


2007

Citation :
Le livre de Rodney Stark est le plus intéressant qu’il nous ait été de donner de lire depuis longtemps sur les relations entre religion et économie. C’est le seul ouvrage de l’auteur qui ait été traduit en français. Stark est un sociologue de la religion (il enseigne cette discipline à Baylor University, Etats-Unis) que les économistes aimeraient bien enrôler dans leur rang. Ses études sur le monothéisme et l’essor du christianisme sont dignes, elles aussi, d’être portées à la connaissance du public français. Il leur manque juste un peu de raisonnement économique.

Avec le Triomphe de la raison, nous ne pouvons que rendre hommage au sociologue qui dépasse de beaucoup, ici, les lieux communs et le jargon trop courants dans cette discipline. Et nous sommes éblouis par la rigueur du raisonnement, l’amplitude des connaissances, et la clarté du propos. Pour résumer le propos de l’auteur, on dira que le capitalisme est à l’origine de la prospérité occidentale et qu’à l’origine du capitalisme, on trouve le christianisme, tout simplement. Cela peut paraître bizarre qu’une religion qui a enseigné que l’on ne pouvait servir deux maîtres, Dieu et Mammon, et béni non seulement l’esprit de pauvreté, mais la pauvreté elle-même, puisse être à l’origine de la hausse du niveau de vie de millions de gens depuis des siècles. Mais Rodney Stark soutient sans ciller ce paradoxe tout au long de ses trois cent cinquante pages avec beaucoup de vaillance et de force.

Rien à voir, disons-le tout de suite avec la thèse fameuse de Max Weber (L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme), qui met la Réforme à l’origine du capitalisme, thèse qui vient récemment d’être renforcée par Robert Ekelund, Robert Herbert, et Robert Tollison dans leur dernier ouvrage, non traduit, qui a été annoncé par l’Observatoire des religions (The marketplace of Christianity, The MIT Press, 2006). Pour Stark, la naissance et l’essor du capitalisme sont bien antérieurs à l’arrivée de Luther et Calvin sur la scène religieuse. Suivons le fil du raisonnement de notre auteur. Au départ, loin du credo qui absurdum de Tertullien, Stark se livre à une sorte de réhabilitation de la théologie, « discipline sophistiquée, hautement rationnelle, qui ne connaît de plein épanouissement que dans le christianisme ». Cette « science de la foi » consiste à raisonner de façon formelle sur Dieu, à découvrir sa nature, ses intentions et ses exigences. Les dieux du polythéisme ne permettraient pas une telle science dans la mesure où ils sont bien trop inconséquents. Même remarque pour le confucianisme et le bouddhisme. La théologie requiert une image de Dieu qui le présente conscient, rationnel et tout-puissant. Ce dieu-là est le dieu unique de la Bible. Soit ! mais quid du judaïsme et de l’islam ? « Les juifs et les musulmans, répond Stark, penchent plutôt vers un strict constructionnisme et appréhendent l’Ecriture sainte comme une loi à comprendre et à appliquer, et non pas comme le point de départ d’une investigation sur son sens ultime ». Bref, judaïsme et islam sont des orthopraxies qui se préoccupent avant tout d’une pratique (praxis) correcte (ortho), alors que le christianisme est une orthodoxie qui met l’accent sur ce qu’il faut penser, par exemple de la Trinité ou de la nature du Christ ou de la perpétuelle virginité de Marie. C’est pourquoi, selon Stark, l’élan fondamental des trois religions a divergé. L’interprétation de la loi juive ou musulmane repose sur le précédent et s’ancre par conséquent dans le passé, « tandis que des efforts pour mieux comprendre la nature de Dieu supposent la possibilité d’un progrès », explique l’auteur. Cette supposition de la possibilité du progrès serait ainsi la différence la plus critique entre le christianisme et toutes les autres religions. « Il en serait peut-être allé autrement si Jésus avait laissé des écrits, remarque astucieusement Stark. Mais, à la différence de Mahomet ou de Moïse dont les textes furent acceptés comme étant de transmission divine et ont par conséquent favorisé une interprétation littérale, Jésus n’a rien écrit et les pères de l’Eglise furent contraints d’emblée de raisonner sur les implications d’une collection de souvenirs de ses paroles ».

Progrès, donc dans la connaissance de Dieu, mais aussi de la nature qui, parce qu’elle a été créée par lui a nécessairement une structure rationnelle, légitime, stable qui attend que l’homme la comprenne mieux. Dès le 5e siècle, dans un texte que Stark nous fait lire, saint Augustin s’exclamait : « Quels progrès merveilleux, et on pourrait dire stupéfiants, l’industrie humaine a faits dans les techniques du tissage, de la construction, de l’agriculture et de la navigation ! » Il poursuivait en admirant « la maîtrise acquise en ce qui concerne les mesures et le calcul ! ». Et tout ceci était dû au « bénéfice ineffable » que Dieu conférait à sa création, « nature rationnelle » ( La cité de Dieu, 22, 24). D’où l’envol de la science là où le christianisme s’est implanté, à savoir l’Europe, alors qu’elle n’y est pas parvenue ni en Chine, ni dans la Grèce ou la Rome antique, ni en terre d’islam. Le christianisme est aussi, selon Stark, à l’origine de quelques innovations éthiques telles que l’individualisme et l’éloge du travail.

De toutes les grandes croyances, le christianisme a été la seule à élaborer une sérieuse opposition religieuse à l’esclavage, et cela dès le 7e siècle. Il fonde aussi la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la légitimité de la lutte contre le despotisme et surtout le droit de propriété. On regrette que l’auteur ne connaisse pas la thèse de Marie-France Renoux-Zagamé sur les Origines théologiques du concept moderne de propriété ( Librairie Droz, Genève, Paris.1987), qui n’aurait pu que renforcer son propos. Il en résulte que contrairement à ce que racontent la plupart des historiens, le haut Moyen Age, loin d’avoir été une époque de ténèbres et de régression, fut une période d’inventivité et de progrès remarquables, dont l’auteur nous dresse une liste impressionnante.

Comme de récents travaux statistiques de l’OCDE l’ont montré, qui confirment les observations de Rodney Stark, c’est aux alentours du 12e siècle que l’Europe a dépassé la Chine et non au 19e siècle comme tant d’historiens l’ont prétendu, et ce « détail » a une importance cruciale pour l’interprétation de la suite de l’histoire : non l’Europe n’a pas connu de progrès économique en dominant et en exploitant le reste du monde par la conquête et la colonisation ; elle a dominé le monde grâce à ses progrès économiques. Ce que l’on a appelé l’ « impérialisme » est la conséquence et non la cause du progrès économique de l’Europe. Le capitalisme a commencé à se développer dans les zones qui échappaient au despotisme étatique, à savoir les cités italiennes, Venise, Gênes, Milan, Florence pour se répandre ensuite là où il était faible : les Pays-Bas, puis l’Angleterre. Les pays en retard ont exactement été ceux qui ont été dominés par des monarchies absolues : l’Espagne, qui a exporté son despotisme en Amérique du Sud, et la France qui en a fait de même dans ses colonies. Par contre, le capitalisme a fleuri là où la liberté et le droit de propriété étaient les mieux respectés, à savoir les Etats-Unis d’Amérique qui ont dépassé l’Europe dès la fin du 19e siècle. « Le monde moderne, conclut Stark, a pris son essor seulement dans les sociétés chrétiennes. Pas en terre d’islam. Pas en Asie [...] Et toute la modernisation qui a depuis gagné l’extérieur de la chrétienté a été importée d’Occident, souvent amenée par les colonisateurs et les missionnaires ». Aussi bien, explique-t-il, « faute à la fois de liberté et de capitalisme, les nations musulmanes restent à l’état de semi-féodalité, incapables de produire la plupart des objets qu’elles utilisent dans la vie quotidienne. Leur niveau de vue exige des importations massives réglées avec l’argent du pétrole exactement comme l’Espagne a joui des fruits de l’industrie d’autres pays tant que l’or et l’argent du Nouveau Monde l’ont maintenue à flot. Sans droit de propriété assurés ni liberté individuelle, il ne peut pas pleinement émerger de sociétés modernes ». Nous dirions, nous, que seul le défaut de droit de propriété est dirimant, la liberté étant une conséquence du droit de propriété.

Si le christianisme n’a désormais plus de rapport avec la modernisation, comme le prétendent tant de philosophes et d’experts, alors comment expliquer qu’il continue à se répandre si rapidement, demande Rodney Stark. Et le fait qu’il se répand en Amérique du Sud, en Afrique, et même en Chine où notre grand Blaise Pascal craignait qu’il ne pénétrât jamais vraiment. Un facteur de cette expansion, prétend Stark, est que le christianisme fait appel à la raison et qu’il est indissolublement lié à l’essor de la civilisation occidentale. « Pour beaucoup de non-Européens, devenir chrétien revient intrinsèquement à devenir moderne » conclut-il.

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Patlotch



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MessageSujet: Re: CAPITALISME et RELIGIONS, histoire et présent d'un mariage de raisons   Lun 25 Sep - 15:17



1966

Citation :
Pourquoi le capitalisme s’est-il développé tardivement dans le monde musulman ? Ce fait historique a engendré le préjugé que l’islam serait un frein au développement du capitalisme. Cette idée ne résiste pas à l’analyse du mode de production antérieur et de la transition au capitalisme dans les pays arabes. Un deuxième préjugé, répandu chez les musulmans, est que l’islam serait égalitaire. L’analyse historique et sociologique de Rodinson montre qu’il n’en est rien et permet de comprendre l’illusion et l’échec du nationalisme arabe à la recherche d’une introuvable « voie musulmane au socialisme ». Cet échec politique n’a pas remis en cause le préjugé mais favorisé le succès de la recherche d’une toute aussi introuvable « voie musulmane au capitalisme » portée par les Frères musulmans et les monarchies du Golfe. En analysant dans quelle mesure le capitalisme s’est développé en pays d’islam par un processus interne ou par l’imitation de l’Occident, l’auteur montre simultanément l’importance des idées de Mahomet et le rôle relativement neutre qu’elles jouent pour les forces sociales en jeu et l’évolution du mode de production capitaliste.

Une religion comme les autres ? Les Lettres françaises 16 juillet 2014
Citation :
Le Coran n’est pas le livre d’une religion fataliste

En 1966, à la parution d’Islam et capitalisme, la dévalorisation de l’islam ne jouait pas le même rôle que de nos jours, et la question de l’incompatibilité de l’islam avec la modernité capitaliste était envisagée par rapport à la problématique du développement et de la sortie du sous-développement dans les pays du Tiers-monde. L’islam était utilisé comme catégorie explicative pour en faire, selon les intervenants, un inhibiteur au développement économique, une religion prônant une forme de socialisme ou, au contraire une religion favorable à l’expansion économique marchande et capitaliste. Le livre de Maxime Rodinson, qui se revendique d’« un marxisme pragmatique », tendant le plus à l’objectivité, visait deux choses : établir les rapports entre l’idéologie coranique (puis post-coranique) et le capitalisme, puis évaluer le rôle de ces idéologies dans le fonctionnement effectif de la civilisation musulmane, des origines jusqu’à nos jours. Et il y réussit parfaitement à chaque fois.

On suit avec plaisir la démonstration du grand érudit qu’était Maxime Rodinson, qu’il ait recours aux textes musulmans originels, aux autres sources religieuses en guise de comparaison, à toute la littérature historique disponible à son époque, mais aussi à Karl Marx, à Ernest Renan ou à Max Weber. Et ses conclusions sont claires : si le Coran et les textes relevant de la tradition post-coranique (la Sunna)ne prônent pas le « capitalisme », qui n’existait et ne pouvait pas exister à l’époque, ils ne sont en rien incompatibles avec ce dernier. Contrairement aux préjugés, le Coran n’est pas le livre d’une religion fataliste et obscurantiste poussant à la passivité et à la routine. Rodinson fait remarquer que le verbe « aqala »,qui signifie « lier des idées ensemble, raisonner », revient cinquante fois dans le texte coranique et qu’il est fréquemment employé pour dénigrer les incrédules, accusés de ne pas raisonner. A contrario, la raison est ce qui lit Dieu aux croyants : « Ainsi nous exposons intelligemment nos signes à un peuple capable de raisonnement. » De facto, la passivité des musulmans découlant du refus du principe du libre-arbitre décrié par les critiques est fortement relativisée par Rodinson : non seulement le raisonnement est une forme d’activité valorisée, mais d’autres pratiques sont prônées, mettant le « djihad » (« effort » qui n’est pas forcément guerrier) au premier plan des devoirs du musulman.

On sait en outre que le Coran ne se contente pas de prescriptions générales, mais formule des consignes sur des questions concrètes. Il est bien connu par exemple que l’islam condamne explicitement l’usure (riba), à la manière de la religion chrétienne, d’ailleurs. Rodinson explique qu’il ne s’agit pas pour autant d’une condamnation de toutes les activités de négoce ou même de finance : la condamnation de l’usure va de pair avec celle des jeux de hasard (maysir), car ce qui est condamné n’est pas le gain en tant que tel, mais le gain lié à l’incertitude. Un gain est justifié s’il correspond à une activité réelle de l’acteur économique. D’ailleurs, dans le Coran, c’est bien le marchand qui fait figure d’archétype économique, et cette figure est envisagée sous un angle favorable. Rappelant qu’il s’agissait de la profession de Mahomet et de bon nombre des ses compagnons, Rodinson cite même un hadith du Prophète annonçant que le « marchand sincère et de confiance sera (au jour du Jugement dernier) parmi les prophètes, les justes et les martyrs ». En conséquence, l’islam justifie pleinement la propriété privée, si elle s’accompagne du versement de l’aumône envers les plus pauvres. Dans l’Arabie du VIIe siècle, comme le remarque l’auteur, la propriété et sa concentration n’était d’ailleurs pas un problème social majeur et le message coranique ne pouvait en rien prôner un modèle de communisme, fut-il primitif.

Renverser les termes du problème


Au final, il apparaît vraisemblable que la théologie musulmane ait moins joué un rôle inhibant quant au développement économique et marchand que ne le fit la religion chrétienne à la même époque : « Pour la théologie chrétienne médiévale, le péché d’avarice consiste dans la recherche ou dans le désir de conserver les biens au-delà du nécessaire. […] Pour l’Islam, l’accent est mis sur le bon usage des biens, sur le mérite qu’il y a à les dépenser avec intelligence et à les distribuer avec générosité. Attitude qui favorise plus l’expansion économique que celle des théologiens chrétiens. » (p. 121).

Il faut donc renverser les termes du problème et le poser en fait ainsi : pourquoi l’islam, cette religion si favorable au négoce, au calcul économique et à la propriété, n’a pas entraîné le monde arabe et musulman sur la route du capitalisme ? Rodinson cite de nombreux exemples, dans l’histoire musulmane, du développement de ce qu’il appelle « un secteur capitalistique » : il note les spécialisations économiques précoces entre les régions, du Maghreb au Machrek, qui renvoient à des logiques de marché, le développement d’une certaine forme de salariat dans les ateliers des grandes villes de l’Islam médiéval, et les succès des changeurs-banquiers dans l’Afrique du Nord du XIIe siècle. Au final, il fallut sans doute attendre le XVe siècle pour que l’Europe développe un secteur capitalistique de la même importance que celui de l’Islam.

Pourtant, malgré tout, les pays d’Islam n’ont pas entamé d’eux-mêmes la transition vers le capitalisme et les secteurs capitalistiques n’ont jamais dominé l’ensemble des formations sociales. Ainsi, la logique d’extraction rentière du surplus par l’État et ses fonctionnaires a prédominé. Et jamais la classe des marchands n’a pu se constituer en une authentique bourgeoisie capitaliste : elle est restée sous l’hégémonie de classes militaires improductives, par exemple les mamelouks égyptiens, et des groupes religieux conservateurs. Le conservatisme de ces derniers n’a pu être secoué que lorsque le modèle de développement capitaliste européen eût commencé à s’imposer à l’échelle mondiale.

La leçon qu’en tire avec justesse Maxime Rodinson est fidèle à son matérialisme affirmé : il n’est du pouvoir d’aucune idéologie de modeler entièrement une société, car les hommes et les classes sociales restent des acteurs qui dernière instance décident, en s’appropriant, escamotant ou transformant les idées, selon les besoins de l’heure. L’islam n’est ni « capitaliste », ni « féodal », ou « arriéré » : il est ce qu’en font les sociétés musulmanes.

Focus sur « Islam et capitalisme » de Maxime Rodinson avec Alain Gresh Adel Taamalli Médiapart 23 mars 2015
Citation :
Adel Taamalli pour Le Club de Mediapart : Bonjour Monsieur Gresh. Merci de nous accueillir pour ces quelques minutes d’entretien, juste avant votre conférence.

Dans Islam et capitalisme, Maxime Rodinson s’affirme être fidèle au « marxisme non-institutionnel », c’est-à-dire aux grandes thèses socio-historiques et sociologiques établies par Karl Marx. Elles sont, selon lui, solidement établies. Vous qui avez rédigez la préface de la réédition d’Islam et capitalisme, dans quelle mesure êtes-vous, vous-même, fidèle à ces orientations ?


Alain Gresh : J’adhère aux thèses marxistes non-primaires qui affirment que la vie concrète des hommes influence l’évolution des sociétés. Il est illusoire de dire que les grandes religions et les idéologies façonnent l’Histoire de manière souveraine. Cela est vrai en ce qui concerne le monde musulman. Les tendances qu’il a connu, ou qu’il connait, ne peuvent être expliquées en analysant le Coran. La religion a, certes, un rôle, mais il est relativement second (ce qui ne veut pas dire qu’il est secondaire).

Les modes de production et la vie sociale influent directement sur l’état et l’évolution des sociétés. Les grandes religions, comme le christianisme, le judaïsme ou l’islam, s’adaptent, finalement, à tous les changements d’époque.

Le Club de Mediapart : En quoi souscrivez-vous à la thèse de Maxime Rodinson développée dans Islam et capitalisme, et disant que l’islam n’a pas été un empêchement objectif à l’émergence du capitalisme moderne ?

Alain Gresh : L’islam n’a pas été un empêchement à cette émergence dans la mesure où Maxime Rodinson montre concrètement comment il n’existe pas plus de fatalisme en islam que dans la Bible, dans l’Ancien Testament, où les notions de prédestination sont fortement présentes. Maxime Rodinson essaie, effectivement, de relativiser les choses. D’ailleurs, il y a des pays musulmans qui sont, aujourd’hui, cinquante ans après la première édition de l’ouvrage, entrés de plain-pied dans le capitalisme, même s’il est différent du capitalisme tel que nous le connaissons. Il y a les cas de la Turquie, de l’Indonésie, de quelques pays d’Asie…

Le Club de Mediapart : … sauf que beaucoup disent que le capitalisme, de fait, a d’abord émergé en Occident, alors que cela n’a pas été le cas dans les pays musulmans. Comment expliquez-vous cet état de fait ?

Alain Gresh : Vous savez, aujourd’hui, on dit cela par rapport à l’islam, mais on le disait aussi par rapport à la Chine, ou à l’Asie.

Il y a une question qui a toujours été posée : pourquoi l’Europe a-t-elle émergé à un moment donné de son Histoire ? En fait, on se rend compte – et il y a eu toute une littérature sur le sujet, notamment La Grande divergence de Kenneth Pomeranz qui fait une comparaison entre le développement de l’Europe et celui de la Chine depuis le XVIIIème siècle –, que les éléments de développement capitaliste étaient présents dans des pays situés hors de l’Europe, et que, au fond, devant beaucoup d’autres, il y a deux raisons principales qui ont amené à cette domination européenne :

La conquête de l’Amérique, qui a donné à l’Europe des moyens financiers supérieurs, des ressources agricoles énormes et un lieu de prédilection pour l’exportation de son surplus de population…

Le Club de Mediapart : … peut-être aussi une sorte de « conscience-monde » qui faisait défaut aux autres civilisations…

Alain Gresh : …Oui. Peut-être.

2. La compétence militaire. Cela s’explique par le fait que l’Europe était divisée entre des Etats qui se sont beaucoup faits la guerre et qui ont acquis très tôt des capacités à mener des actions que les Empires (hors- européens : ottoman, chinois, moghol en Inde, aztèque, inca…, ndlr) ne possédaient pas. On le voit quand le Royaume-Uni s’attaqua à la Chine, et ce, très facilement, alors que des régions de la Chine n’étaient pas très éloignées, en termes de développement, de ce qui avait cours en Europe.

En fait, c’est cette domination militaire qui va entraîner le retard de ce qu’on appellera le Tiers-Monde, et non celui uniquement du seul monde musulman.

Il faut rappeler que si l’on dit aujourd’hui que l’islam rime avec fatalisme, c’est exactement ce que l’on disait des Chinois, alors que leur pays est en train de devenir la première puissance économique mondiale.

Le Club de Mediapart : Mais, pourtant, pour continuer dans la même lancée, le capitalisme, historiquement, a d’abord émergé en Europe occidentale. Vous venez d’évoquer quelques exemples de la litanie de facteurs qui ont amené à cette émergence. Sauf que, le capitalisme, comme le souligne Maxime Rodinson dans son ouvrage, a dû son développement en Chine, dans le monde musulman ou dans le Tiers-monde dans son ensemble, à des causes exogènes, à savoir l’introduction qui en a été faite par l’Europe. En partant de cette idée, est-ce que l’on peut dire que les cultures du Tiers-monde possèderaient en leur sein une sorte de non-adaptation au capitalisme, même si l’on voit des pays comme la Chine se développer rapidement sur le plan capitalistique, encore que les inégalités y sont effroyables ?

Alain Gresh : C’est vrai que les inégalités y sont effroyables. Mais il faut aussi voir que, chez nous, en Occident, elles n’arrêtent pas d’augmenter depuis trente ans.

Au-delà de cela, je pense que le marxisme dogmatique fut un appauvrissement de la pensée de Karl Marx, lorsqu’il voyait une succession de stades se succéder dans l’évolution des sociétés (stade esclavagiste, stade féodal, stade capitaliste, stade socialiste), lesquels de stades étaient caractérisés par des modes de production dominant, et ce, en prenant l’Histoire européenne comme modèle unique.

Sur la fin de sa vie, Karl Marx a beaucoup étudié les sociétés colonisées, dont l’Inde. Et alors qu’au départ, il avait une vision assez positive du colonialisme car il y voyait le chemin par lequel devait s’effectuer l’exportation du progrès, il va mettre en lumière à la fois le caractère destructeur du colonialisme et le fait que l’on ne peut pas analyser ces sociétés de la même manière que celles d’Europe. Ainsi, il dit que sa philosophie devait s’appliquer à l’Europe, mais non à la Russie, encore moins à l’Inde.

Le Club de Mediapart : Ce serait donc dans cette perspective que l’on pourrait comprendre l’intérêt de l’ouvrage de Maxime Rodinson, dans le sens où, en ce qui concerne le monde musulman, il accouche d’une théorie sur l’évolution des sociétés qui prend en compte le fait colonial…

Alain Gresh : …Marx prend aussi en compte le fait colonial dans la dernière période de sa vie, même s’il est compliqué de connaître la totalité de sa pensée puisqu’il a écrit des dizaines de milliers pages qui ne furent pas publiées (documents, lettres). Mais en analysant ces pages, l’on se rend compte que sa pensée a connu une évolution sur le fait colonial.

Le Club de Mediapart : Francis Fukuyama a émis une hypothèse qui eut un grand retentissement lors de la parution de son ouvrage majeur, La Fin de l’Histoire et le Dernier Homme. Selon lui, la fin de l’Histoire serait atteinte lorsque le libéralisme, le capitalisme et la démocratie libérale seraient développés au sein d’une société. Par ailleurs, il avait pointé, dans ce même ouvrage, que l’islam serait, peut-être, une exception à la règle. Maxime Rodinson a montré que l’islam ne pouvait pas avoir été un empêchement à l’émergence du capitalisme. Est-ce que l’islam pourrait être un empêchement à l’émergence de la démocratie ?

Alain Gresh : Je ne crois pas à la thèse de Fukuyama, lequel prenait appui sur la fin de l’Union soviétique et la défaite du communisme pour affirmer qu’on était arrivés à la fin de l’Histoire grâce à la victoire d’un modèle unique de société. L’Histoire n’est pas terminée. On le voit dans les conflits existants en Ukraine, dans le monde arabe, et dans beaucoup d’autres endroits du monde. L’idée que l’économie détermine tout est une idée absurde. C’est une idée qui est très loin de la pensée marxiste, laquelle prend en compte l’Histoire propre des pays…

Sur la question de l’islam et de la démocratie, je me méfie de toute simplification. Je donne l’exemple, dans la préface de l’ouvrage de Maxime Rodinson, du droit de vote des femmes, qui participe de ce que nous pensons, nous-mêmes, de la démocratie. Dans les années 1950, en Egypte, les femmes sont descendues dans la rue pour demander le droit de vote. L’Université d’Al-Azhar avait affirmé que c’était contraire à l’islam. Aujourd’hui, sauf exceptions dont l’Arabie Saoudite, ce n’est plus le cas. Les femmes ont, partout dans le monde musulman, le droit de vote. Ainsi, si l’on se demande si le droit de vote est conforme à l’islam ou non, il n’y a pas de réponse toute faite. Ce qui importe, c’est que les femmes votent, quelle que soit la façon, au sein de l’islam, par lequel est autorisé ce vote. En revanche, il est clair que les musulmans ont à composer avec cette situation.

Plus généralement, on voit très bien, dans le monde musulman, la forte aspiration à la participation et à la démocratie. D’une certaine manière, c’est ce que nous avons vu en Egypte : jusqu’au coup d’Etat du 3 juillet 2013 (par lequel les militaires ont renversé le gouvernement des Frères musulmans, ndlr), il y a eu une participation massive et une mobilisation des gens à la vie démocratique naissante. Comme dans d’autres pays, cette aspiration existe dans le monde musulman.

Le Club de Mediapart : est-ce que cette aspiration doit forcément prendre « la couleur » de l’élément culturel majeur qui, lui-même, est tiré de la religion islamique ? Est-ce que cela est possible ? Est-ce qu’il pourrait exister un développement d’un capitalisme post-contemporain et d’une démocratie type en ce qui concerne le monde musulman ?

Alain Gresh : Je ne crois ni au capitalisme musulman, ni même chrétien. Maxime Rodinson montre bien que le fonctionnement d’une usine dans le monde musulman n’est pas différent de celui d’une usine dans un autre point du monde.

Mais il n’est pas inenvisageable que la démocratie y prenne des formes particulières. Si l’on compare des démocraties européennes, elles ont des règles parfois très différentes. Il y a, toutefois, un certain nombre de principes dont celui qu’il ne peut pas y avoir de démocratie sans élections libres, même si des élections libres ne font pas nécessairement une démocratie. Car il peut y avoir élections libres, et en même temps, existence d’un système de répression policiers…

Il y a une possibilité. Chacun va s’adapter aux situations. Il est évident qu’une démocratie dans un pays comme l’Egypte où un grand nombre de gens vivent à la campagne et ont peu accès à l’information, ce n’est pas la même chose qu’en Europe.

Le Club de Mediapart : Est-ce que vous voyez, au sein de la scène intellectuelle musulmane, émerger des pensées qui prennent en compte la spécificité de tel ou tel pays musulmans, différents les uns par rapport aux autres, afin de construire une démocratie ? Pouvez-vous donnez des exemples ?

Alain Gresh : Aujourd’hui, la plupart des forces dites « islamistes », notamment Les Frères musulmans, ou des intellectuels comme Tariq Ramadan qui se réclament de leur identité musulmane, sont, au moins au niveau des discours, dans l’acceptation de la démocratie, du libéralisme…

Est-ce que, en ce qui concerne les organisations politiques influencées par les Frères musulmans, cela va assez loin ? Il y a des différences : Ennahda, en Tunisie, a une position plus ouverte que celle des Frères musulmans en Egypte.

Il existe, sur ce sujet, des débats importants. Ce n’est pas une question liée à l’islam stricto sensu parce que les sociétés musulmanes aspirent à la démocratie, au droit individuel des gens, au fait de ne pas être traité de manière arbitraire, au fait d’avoir une justice indépendante. N’importe quelle force politique dans le monde musulman, qu’elle se réclame ou non de l’islam, doit prendre en compte cet état de fait.

Le Club de Mediapart : Monsieur Rodinson tire une règle, en prenant exemple sur le monde musulman médiéval : les dignitaires religieux seraient le réceptacle de l’état social de la société dans laquelle ils évoluent, notamment par la défense, en général, de l’ordre social effectif. Est-ce que c’est le cas dans le monde musulman actuel ? Si oui, pouvez-vous donner des exemples ?

Alain Gresh : La problématique a évolué. Depuis les années 1970 et l’émergence de l’Arabie Saoudite comme puissance pétrolière et comme centre religieux majeur, on assiste à une extension du wahhabisme, qui, jusque là, était très minoritaire et était considéré par beaucoup de musulmans comme une secte. Il véhicule un double-discours : un discours apolitique, les partis salafistes affirmant qu’ils ne veulent pas se mêler à la compétition pour le pouvoir et qu’il faut respecter le dirigeant, comme le roi en Arabie Saoudite par exemple ; et, en même temps, une vision très conservatrice de l’islam, de la femme, des pratiques sociales, qui réduit la religion à une dialectique haram/halal (haram est un mot arabe représentant tout ce qui interdit religieusement en islam, tandis que halal renferme tout ce qui y est autorisé, ndlr). Exemple : « est-ce que je peux porter une chemise », etc.

Mais, je pense que ce développement ne sera pas éternel, parce que les sociétés arabes, même si elles connaissent une situation difficile, sont dans un climat qui prédispose à la démocratie, du fait de l’éclosion du Printemps arabe.

Le Club de Mediapart : Pour finir, une dernière question liée à la société française. Monsieur Rodinson affirme que l’être social a une influence certaine, voire prépondérante, sur l’évolution des idéologies. Aujourd’hui, les musulmans de France vivent sous l’effet d’une dialectique entre d’une part la hausse de l’islamophobie mais aussi des discriminations, et d’autre part le fait qu’ils vivent dans une société libre, sans commune mesure dans l’Histoire. En quoi cette dialectique assez caractérisée peut-elle influencer l’évolution de l’idéologie musulmane en France, et quelle en serait l’incidence dans le vivre-ensemble ?

Alain Gresh : Il existe, aujourd’hui, une communauté musulmane en Europe, qui connait à la fois des situations d’oppression, d’islamophobie qui se développent depuis quelques années, et, en même temps, la jouissance d’une liberté qui crée les conditions favorables à l’émergence d’une pensée religieuse plus ouverte. Malheureusement, la force de l’islamophobie, aujourd’hui, est, selon moi, un obstacle principal à l’émergence de cette pensée. Je le sens bien dans le cadre de mon travail et des conférences que je donne : j’y rencontre des personnes de la communauté musulmane, y compris des gens qui ne sont pas intégristes, qui disent se sentir agressées. Dans ces conditions, quand les gens sont sous pression, il ne peut pas y avoir de dialogue apaisé…

Le Club de Mediapart : … vous pensez donc qu’il peut y avoir des réactions malheureuses ?

Alain Gresh : Il y a des réactions. Des gens se tournent vers le salafisme – je ne dis pas vers le terrorisme –, en disant : « on ne veut rien avoir à faire avec cette société qui nous considère comme des étrangers alors que nous sommes français ».

Le Club de Mediapart : Cela est un phénomène majoritaire au sein de la communauté musulmane ?

Alain Gresh : Non, je ne crois pas. Mais cela existe.




2011

Citation :
Depuis quelques années, l’Asie du Sud-Est est touchée, à son tour, par le phénomène de « commercialisation du religieux » (religious commodification). On y constate l’apparition de prédicateurs qui font l’éloge de la richesse pieuse, de banques islamiques, mais aussi d’entreprises déclarant fonctionner selon les principes éthiques du Coran, ou encore de complexes immobiliers où port du voile et prière commune sont de rigueur. Cette nouvelle confluence des champs économique et religieux insuffle une dynamique inédite au débat fondateur initié par L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme de Max Weber au début du XXe siècle.

L’Indonésie, le plus grand pays musulman au monde par sa population, est l’un des principaux lieux de cette effervescence spirituelle initiée par l’avènement d’une nouvelle classe moyenne musulmane. Le cas de l’archipel est d’autant plus intéressant qu’il s’articule autour de la rivalité historique entre les hommes d’affaires indigènes (pribumi) et les entrepreneurs de la minorité sino-indonésienne, parmi lesquels nombreux sont les convertis au protestantisme évangélique. Dans le cas des communautés diasporiques chinoises, il a été suggéré que la structure familiale, la solidarité ethnique, les croyances culturelles et religieuses peuvent constituer un avantage dans le processus de développement économique. La question est alors de savoir si l’islam représente également un capital spirituel et social sur lequel l’entrepreneur musulman peut se reposer.

Cet ouvrage se concentre sur deux objets d’étude : d’une part, la Muhammadiyah, la grande organisation de l’islam réformiste, créée en 1912 et comportant plusieurs millions de membres et de sympathisants, qui a tenté d’adjoindre à ses fondations caritatives une dimension lucrative à partir des années 1990 ; d’autre part, les réseaux d’entrepreneurs de la prédication qui représentent le plus clairement l’orientation économique adoptée récemment par l’Islam indonésien. Pour déterminer comment s’effectue cette « greffe » du capitalisme, l’auteur s’appuie sur les outils proposés par la nouvelle sociologie économique, adoptant une approche à la fois culturaliste et structuraliste du développement. Il décrit ainsi comment s’opère le processus de négociation constante qui aboutit à l’élaboration d’une « économie morale » (moral economy) au sein du monde musulman.

Gwenaël Njoto-Feillard est docteur en science politique (Institut d’études politiques de Paris/Centre d’études et de recherches internationales). Il est actuellement associé au Centre Asie du Sud-Est (UMR 8170, CNRS/EHESS).

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Patlotch



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MessageSujet: Re: CAPITALISME et RELIGIONS, histoire et présent d'un mariage de raisons   Lun 25 Sep - 15:54


à ce stade de ma (re)compréhension des rapports entre capitalisme et religions, quelques remarques :

1. on n'imagine mal le capitalisme naître sans l'aide de la religion, principalement du christianisme, mais l'on peut sans doute avancer l'idée que c'est en raison du fait que la religion était l'idéologie dominante parmi les croyances, pour autant qu'il y en ait eu d'autres, avant leur "déconstruction" par la raison, de Descartes aux Lumières en passant par Spinoza et Kant

2. on comprend alors mieux que pour Marx la critique de la religion est la matrice de la critique des idéologies (critique de l'idéalisme de Hegel puis du matérialisme de Feuerbach)

3. aucune religion n'empêche l'émergence ou le développement du capitalisme, au besoin évolue-t-elle pour les favoriser, c'est à quoi l'on assisterait aujourd'hui avec l'Islam

4. des points 2. et 3. découle que s'attaquer frontalement aux religions a peu de chance de générer une critique du capitalisme et de son idéologie, celle de l'État et de la laïcité notamment en France. Cf l'impuissance des laïcards de tous poils de l'extrême-gauche à l'extrême-droite

5. revers de la médaille : le communisme comme idée, croyance, foi, religion...

6. l'idée que l'idéologie capitaliste a remplacé la religion, métaphores fréquentes chez Marx, est sans doute vraie dans les pays capitalistes développés (Occident, Japon...) mais n'empêche que les religions portent pour partie la résistance interne au capitalisme : Amérique latine, Islam...


le pape François : Le capitalisme est «un terrorisme de base, contre toute l’humanité» Le Figaro 26 mai 2017
Citation :
Je me demande combien de jeunes qui n’ont pas de travail, les Européens ont laissé sans idéaux. Ensuite, ils se tournent vers la drogue et l’alcool ou s’enrôlent dans l’État islamique.

Je n’aime pas parler de violence islamique, parce qu’en feuilletant les journaux je ne vois tous les jours que des violences, même en Italie : celui-là qui tue sa fiancée, tel autre qui tue sa belle-mère, et un autre… et ce sont des catholiques baptisés, hein !
Ce sont des catholiques violents. Si je parle de la violence islamique, je dois parler de la violence catholique. Non, les musulmans ne sont pas tous violents, les catholiques ne sont pas tous violents. C’est comme dans la macédoine [la salade ??? ndlr], il y a de tout… […] Une chose est vraie : je crois qu’il y a presque toujours dans toutes les religions un petit groupe de fondamentalistes. Nous en avons.

On ne peut pas dire, ce n’est pas vrai et ce n’est pas juste, que l’islam soit terroriste. Le terrorisme est partout. […] Le terrorisme est aussi… je ne sais pas si je peux le dire car c’est un peu dangereux, mais le terrorisme grandit lorsqu’il n’y a pas d’autre option. Et au centre de l’économie mondiale, il y a le dieu argent, et non la personne, l’homme et la femme, voilà le premier terrorisme. […] Ceci est un terrorisme de base, contre toute l’humanité. Nous devons y réfléchir.


Twisted Evil

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MessageSujet: Re: CAPITALISME et RELIGIONS, histoire et présent d'un mariage de raisons   Lun 25 Sep - 18:43


illustration du point 6. l'idéologie capitaliste a remplacé la religion



La religion du Capital – cette « farce » savoureuse dont la publication débute dans « Le Socialiste » le 27 février 1886, est le compte-rendu d'un congrès international tenu à Londres, au cours duquel les représentants les plus éminents de la bourgeoisie rédigent les Actes d'une nouvelle religion pour ce Chaos qu'ils ont créé et ont décidé d'appeler « Monde civilisé ». – Une nouvelle religion, susceptible non seulement « d'arrêter le dangereux envahissement des idées socialistes », mais capable de donner à ce monde chaotique et capitalistique une forme au moins apparemment définitive. Il faut bel et bien au Capital un Dieu propre, qui « amuse l'imagination de la bête populaire ».

Table des matières
Citation :
1. Le congrès de Londres

2. Le catéchisme des travailleurs

3. Le sermon de la courtisane

4. L'Ecclésiaste ou le livre du capitaliste
- Nature du Dieu-Capital.
- Élu du Capital
- Devoirs du capitaliste
- Maximes de la sagesse divine
- Ultima Verba

5. Prières capitalistes
- Oraison dominicale
- Credo
- Salutations. (Ave Miseria)
- Adoration de l'or

6. Lamentations de Job Rothschild, le capitaliste


"Le capitalisme comme religion"

Walter Benjamin, 1921

extrait
Citation :
Il faut voir dans le capitalisme une religion, c.à d. que le capitalisme sert également à apaiser les mêmes soucis, les mêmes tourments et les mes inquiétudes auxquels ce qu’il est convenu d’appeler religion donnait autrefois une réponse. Démontrer la structure religieuse du capitalisme - c’est à dire démontrer qu’il est non seulement une formation conditionnée par la religion, comme le pense Weber, mais un phénomène essentiellement religieux -nous entraînerait encore aujourd’hui dans les détours d’une polémique universelle démesurée.[...]

On peut néanmoins d’ores et déjà reconnaître dans le temps présent trois traits de cette structure religieuse du capitalisme.

Premièrement, le capitalisme est une religion purement cultuelle, peut-être la plus extrêmement cultuelle qu’il y ait jamais eu. Rien en lui n’a de signification qui ne soit immédiatement en rapport avec le culte, il n’a ni dogme spécifique, ni théologie. L’utilitarisme y gagne, de ce point de vue, sa coloration religieuse.

Le deuxième trait du capitalisme est étroitement lié à cette concrétion du culte ; la durée du culte est permanente. Le capitalisme est la célébration d’un culte sans trêve et sans merci. Il n’y existe pas de jours ordinaires, pas de jours qui ne soit de fête, dans le sens terrible du déploiement de la pompe sacrée, de l’extrême tension qui habite l’adorateur.

En troisième lieu ce culte est culpabilisant. Le capitalisme est probablement le premier exemple d’un culte qui n’est pas expiatoire mais culpabilisant. En cela, le système religieux est précipité dans un mouvement monstrueux. Une conscience monstrueusement coupable qui ne sait pas expier, s’empare du culte, non pour expier cette culpabilité, mais pour la rendre universelle, pour la faire rentrer de force dans la conscience et, enfin et surtout, pour impliquer dieu dans cette culpabilité, pour qu’il ait en fin de compte lui-même intérêt à l’expiation. Mais il ne faut attendre l’expiation ni du culte même, ni de la réforme de cette religion, parce qu’il faudrait que cette réforme puisse s’appuyer sur un élément certain de cette religion.

Il tient à l’essence de ce mouvement religieux qu’est le capitalisme de persévérer jusqu’au bout, jusqu’à la complète culpabilisation finale de dieu, jusqu’à un état du monde atteint par un désespoir que l’on "espère" tout juste encore. Ce que le capitalisme a d’historiquement inouï tient à ce que la religion n’est plus réforme mais ruine de l’être. Le désespoir s’étend à l’état religieux du monde dont il faudrait attendre le salut. La transcendance divine est tombée, mais Dieu n’est pas mort, il est inclus dans le destin de l’homme.

La transition de la planète homme, suivant son orbite absolument solitaire, dans la maison du désespoir, est l’hétos qui détermine Nietzsche. Cet homme est le surhomme, le premier à entreprendre en connaissance de cause de réaliser la religion capitaliste. Son quatrième trait est que son Dieu doit être caché, qu’il n’est pas permis de s’adresser à lui qu’au moment où la culpabilité de Dieu atteint son Zénith. Le culte est célébré devant une divinité immature, toute représentation de cette divinité, toute pensée consacrée à celle-ci porte atteinte au secret de sa maturité.

ESSAI : L'IDÉOLOGIE CAPITALISTE PERÇUE COMME RELIGION Mouvimat Ibouanga Loundou, DNGB Congo, 6 décembre 2008

Citation :
Désormais et à jamais, l'argent trône dans toutes les consciences et dans tous les coeurs comme le nouveau Dieu dont l'universalité se présente en clair au travers du culte du "travail" de la religion capitalisme dont les nouveaux lévites ne sont autres que les banquiers et grands financiers internationaux qui ne permettent pas à ceux qui ne sont pas membres de cette tribu d'officier devant ce dieu qui est une pure idole car créé par l'homme. Le travail, cette manière payante de gagner sa gratuite de vie.

Qu'on le sache, le capitaliste est le nouveau prophète qui nous prophétise depuis ses sectes francs-maçonniques et autres le novo ordo, le nouvel ordre mondial dans lequel l'argent aura conduit à la conversion totale de toute l'humanité en réussissant à imposer un seul culte : le sien, celui du travail qui est une sorte d'esclavage. Le banquier international est le Moïse des temps modernes, celui dont la tâche est de vouer à interdit, entendez de détruire, toute société dans laquelle l'argent ne détermine pas les destins ; le monde à l'image de la société libérale idéale doit être une jungle où l'on se discute les faveurs du dieu Pluton ou pour ceux qui aiment la Bible - de Mammon.

Dans ce tourbillon de vies qui se déchirent, un seul arbitre : l'Etat, nouveau Aaron, protégeant le riche, nouveau saint, et décimant les pauvres, les pécheurs, à coups de taxes, de sorte que se vérifie la parole de l'Evangile : "A celui qui possède (de l'argent), on donnera encore et encore ; à celui qui n'a que sa propre vie, on la retirera pour la donner aux riches". En effet, au misérable, on a retiré le droit même de rêver, déjà que l'on pense à sa place car il y a bien une Bible du libéralisme pour cela, le philosophe se chargeant de son idéologie, le romancier de ses sentiments et la publicité de ses goûts : " Mangez ceci est ma chair ; moi, le capitaliste, je décrète les rillettes bonnes pour vous !"

Liberté ! Démocratie ! Egalité ! Fraternité ! Ces slogans religeux jetés en pâture aux pauvres de la terre sont les puissants somnifères qui composent les versets sacrés qui endorment même les esprits les plus brillants de l'Occident. Qui est libre de ne pas payer ses impôts, ses taxes, son loyer, son pain, sa vie ? Seuls les lévites qui ont reçu le droit de fabriquer de l'argent à partir de vulgaire papier monnaie le peuvent car ils créent la richesse, en créant leur dieu-idole : l'argent. Des scandales comme celui de Madoff ou de Kirviel montrent qu'on n'a pas le droit d'être pris en flagrant délit de péché devant le dieu Argent - au risque de perdre sa qualité de grand prêtre...

Les "Grands" de ce monde, voyant la guillotine par eux inventés se retourner contre leur pouvoir de droit divin, on inventé une nouvelle religion, en prêchant cette bonne parole : "Vous n'êtes plus esclaves puisque désormais libres de choisir vos maîtres, pardon, vos gouvernants, non, vos représentants. Donnez gratuitement et de votre propre gré vos libertés ; nous gérerons vos vies pour le meilleur et le pire (entendez, le pire et le pire) car qui peut mieux le faire que nous qui avons réussi car notre dieu l'argent a fait de nous le peuple élu ?" Ainsi naquit la grande doctrine religieuse de la démocratie, une doctrine qui promet le paradis de la "réussite" à tous...

La réussite ? C'est le côté exotérique de la ruse, c'est l'espérance populaire qui pousse le rmiste à jouer aux jeux de hasard où ils ne possèdent qu'une chance sur 70 millions de gagner, la face ésotérique et kabbalistique se trouvant dans le jeu catisfié de la possession de l'argent, apanage des nouveaux lévites (patrons, banquiers, etc.)

A présent, voilà l'homme aliéné, quantifié, chosifié, bêtifié, machinisé. Au bas de l'échelle, l'homme noir, à peine sorti de l'esclavage, que dis-je, de l'animalité, celui dont mille vies ne valent pas grand' choses. Pour la nouvelle religion capitaliste, il a été réduit à l'état de bien meuble et vendu comme une vulgaire marchandise. On le maintient en enfance pour toujours tout lui prendre et pour prêcher cette bonne parole de l'évangile du bonheur aux pauvres de l'Occident : "N'êtes-vous pas, dans votre abondante pauvreté riches aux yeux des Nègres que nous avons trouvés à moitié-nus ? Soyez heureux car votre blancheur est déjà à leurs yeux une bénédiction divine." La pauvreté du continent noir est là pour maintenir le sentiment de "mieux lotis" chez les pauvres d'Europe.

Il faut ressusciter Marx plus prophète que Jérémie car plus terrestre donc plus humain et plus proche de la misère du monde pour avoir été considéré comme hérétique par la nouvelle religion capitaliste triomphante. Oui, maître Marx, nous réclamons ton retour du paradis des Champs-Elysée de l'Hadès car depuis les temps esclavagistes jusqu'à nos jours, les hommes politiques africains, à quelques rares exceptions près, ces "politichiens", véritables Cerbères pour leurs maîtres blancs, n'ont fait que trahir leurs frères et leurs pays pour jouir de la puissance divine du pognon. Tous cherchent, prêchant à pleines dents le développement (de leurs poches) à entrer dans le cercle restrient des saints nouveaux riches en argent.

Le capitalisme a détrôné tous les dieux de la bonté leur substituant le dieu-argent, le nouvel Arhiman qui n'arrête pas de se prendre pour Ahura Mazda. En somme, l'argent revendique la totalité de la nature divine car est dieu complet celui qui possède le monopole du Bien et du Mal. L'argent s'autoproclame Bien du monde en toujours faisant le Mal qu'il n'arrête pas de nier pour duper les pauvres en esprit afin de les maintenir dans l'espérance. Sans nul doute, le profit est Satan sur terre car il ne se fait qu'en saignant, qu'en détruisant des vies, qu'en détruisant - même la terre elle-même, source de toute richesse...

Nous, Africains, serons toujours la lie du monde tant que nous ne comprendrons pas que notre ennemi s'appelle "CAPITAL-PROFITS GOURMANDS",  lui, le Seigneur de ce système de choses où tout se vend et s'achète, lui qui fait notre pauvreté en mettant au sommet de nos nations des serviteurs bien avilis qui n'ont qu'un seul dieu, un seul maître : celui qui possède l'argent. Selon la doctrine religieuse capitaliste, nous ne pourrons accéder à la démocratie (ce Saint-Esprit social) que si nous parvenons par nous-mêmes au stade de sociétés capitalistes, LA DÉMOCRATIE N'ÉTANT QUE L'ENZYME RÉGULATEUR DES CONTRADICTIONS DU SYSTÈME MARCHAND UNIVERSEL, LA VÉRITABLE RELIGION MONOTHÉISTE DE CE MONDE...

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MessageSujet: Re: CAPITALISME et RELIGIONS, histoire et présent d'un mariage de raisons   Lun 25 Sep - 19:10


Chine

Être bouddhiste et capitaliste, c'est possible !

Geoffrey Saint-Joanis Le Journal International 28 Novembre 2012

Les moines du Mont Putuo sont en accord avec leur temps. Considérée par les croyants comme la première terre sainte bouddhiste de Chine, le Mont Putuo est devenu une véritable multinationale bientôt en bourse. Explications.



Un Bouddha de neuf mètre, symbole d'un enrichissement rapide

Citation :
Envie de rester quelques jours sur l'île? Les moines vous invitent à dormir dans des hôtels d'une rare qualité. Un souvenir à emporter ? Ne vous en faites pas, des boutiques sont à votre disposition, présentant des bracelets bénis par Bouddha d'un montant de 3000 euros. Plus d'argent sur soi? Quelle chance, une rue entière propose des services bancaires gérés par les moines eux-mêmes.

Situé à 400 km de Shanghai, le mont Putuo est l'une des montagnes sacrées du bouddhisme chinois. Connu pour son Bouddha géant, l'île accueille cinq millions de touristes chaque année, surfant sur la vague des nouveaux riches attirés par les promesses d'une prosperité rapide.

Dès l'arrivée sur l'île, le pèlerin s'attelle à payer son entrée d'un montant de 20 euros. Une fois véritablement entré, le guide explique aux nouveaux convertis le fonctionnement de la prière, et donne même ses astuces pour plus de réussite en échange de quelques alléchants pourboires. Pour les plus fortunés, une cérémonie privée peut être organisée, mais il faudra débourser pas loin du million d'euros. En revanche, pour ceux qui ne peuvent s'offrir une cérémonie à un tel prix, il suffit de faire un don de 25 euros par moine et un petit mot sera dit sur vos affaires.



Une cérémonie privée peut coûter près d'un million d'euros

En moyenne, un temple gagne 6000 euros par jour de semaine, et jusqu'à 10 000 euros durant les week-end. Cinquante temples sont présents sur l'île... Une aubaine pour les moines mais surtout pour l'État, qui supervise les opérations. Fort de leur succès, le mont Putuo entrera prochainement en bourse. Ding Hongbin, vice-président de Putuo, explique la démarche : « ce ne sont pas les temples directement qui vont entrer en bourse, mais les entreprises qu'ils gèrent. Le marché boursier est un tremplin pour mieux les adapter à l'économie de marché. Elles pourront gagner encore plus d'argent ».
Organisé en holding, le mont Putuo gère quatre entreprises prêtes à entrer en bourse, comme la « Lumière de Bouddha », une entreprise spécialisée dans la fabrique d'encens. Sur plus de 13 000m², cent-cinquante ouvriers travaillent nuit et jour, faisant revenir le coût de fabrication à 6 euros la boite... qui sera revendue 30 euros aux touristes de l'île. A savoir que le chiffre d'affaires de Putuoshan s'élève à plus de 5 millions d'euros par an simplement grâce à cet encens.

Ce temple de l'argent n'attire pas seulement les touristes, mais également les entrepreneurs, à l'instar du Yacht Club de l'île qui ne cesse de construire des villas de luxe aménagées de ports pour accueillir les centaines de yachts des millionnaires chinois. Clou de l'opulence affichée de l'île, un golf dont les neuf trous ont été orientés vers le Bouddha géant.



Maquette de la future marina

Le succès de Putuo faisant des envieux, d'autres lieux saints - comme le Mont Jiuhua - se lancent dans la compétition. Parc à thèmes autour du Bouddha doré à l'or fin de 99 m de haut, la religion se mêle désormais à la finance. Quant à savoir lequel des deux manipule l'autre... C'est une autre histoire.


L'affaire de détournement de fonds autour du temple Dhammakaya a provoqué un débat en Thaïlande sur les dérives mercantilistes de certains temples. Un enjeu important dans un pays qui adhère à 95% à la religion bouddhiste. Le bouddhisme est la principale religion de la Thaïlande: 95 % des Thaïlandais se déclarent bouddhistes. Mais depuis quelques années le bouddhisme traverse une crise profonde, aggravée par les scandales financiers à répétition.

Citation :
Depuis les années 1990, les scandales concernant les bonzes thaïlandais s’accumulent : détournements de fond, vie dissolue, marchandisation, drogue, viols,…

En 1996 un article paru dans Libération est intitulé « La déliquescence du bouddhisme thaïlandais : Drogue, viols, vols et meurtres ».

Pendant des années, les rapports sur des moines corrompus étaient traités comme des affaires internes, en dehors du cadre commun des lois.

En 2013, Luang Pu Nen Kham défraie la chronique. Surnommé le « moine jet-seteur », ce religieux ne se déplaçait qu’en voiture de luxe et avion privé. Il aurait délesté ses fidèles de sommes considérables.


Ray Ban, sac Vuitton et jet privé : le bouddhisme selon Luang Pu Nen Kham

Monk Business

Certains moines ont été jusqu’à assurer à leurs fidèles que le salut dans l’au-delà, un concept d’ailleurs peu bouddhiste, dépendait du montant de leurs dons en liquide.

95 % des Thaïlandais se déclarent bouddhistes, mais plus qu’une stricte observation des préceptes religieux, ces traditions s’apparentent parfois à une culture assez peu en rapport avec les enseignements bouddhistes, se rapprochant davantage d’un mélange de superstitions et de folklore animiste.

Le manque de transparence financière et l’absence de toute comptabilité n’ont rien arrangé. Les scandales à répétition ont déjà passablement écorné la réputation du bouddhisme thaïlandais

Dans son dernier ouvrage « Thaïlande : histoire, société, culture », le journaliste Arnaud Dubus, spécialiste du pays, dénonce « la tare du bouddhisme actuel : une commercialisation à outrance. »

Il s’en prend au temple Dhammakaya, à 20km de Bangkok.

« Ce temple prône une forme de bouddhisme assez particulière qui non seulement ne condamne pas le capitalisme, mais l’encourage. Un des enseignements des bonzes se résume ainsi : faites de l’argent du lundi au vendredi, venez au temple samedi et dimanche pour méditer, et votre esprit sera beaucoup plus souple et plus clair pour que vous puissiez faire plus d’argent le lundi. C’est du consumérisme religieux. »

Quant la compassion s’achète avec une carte Visa

Quant à la « compassion » envers autrui, qui est l’un des principaux enseignements de Bouddha, elle peut s’honorer avec une carte de crédit : les donations aux ONG sont défiscalisées, l’acquisition des « mérites » est devenue un véritable marché.

A l’origine, il s’agit de simples bonnes actions qui doivent garantir au fidèle un meilleur avenir dans l’au-delà, comme recueillir un chien abandonné ou libérer un oiseau en cage.

Les plus « rentables », car frappées du sceau divin, sont celles dont les moines bénéficient : nourrir les bhikkhu (ceux qui mendient), leur donner des vêtements, entretenir les temples… Les villageois avaient coutumes d’y consacrer beaucoup de temps et d’énergie.

Seulement aujourd’hui, la plupart des Thaïlandais se contentent de payer. Et forcément plus la somme est importante, plus ils auront de chances de renaître sous une meilleure étoile… Ce qui accentue encore les disparités énormes entre pauvres et riches…

Mais pour certains Thaïlandais, ces dérives concernent surtout un minorité de riches. Encore nombreux sont ceux qui préfèrent s’exprimer plus simplement dans des petits rituels tels que vider les bols à offrandes chaque soir et les remplir tous les matins, ou se prosterner devant un autel trois fois.

Troisième pilier du bouddhisme – avec le Bouddha et le Dharma (la loi)- la Shanga (la communauté des fidèles) a été sévèrement malmenée par la modernité et la croissance exponentielle des inégalités.

Le consumérisme, nouvelle religion de la Thaïlande ?

De 1987 à 1996, l’ancien royaume du Siam, devenu Thaïlande en 1939, a connu un véritable boom économique, avec une croissance annuelle moyenne de près de 10%.

La société de consommation et la libération des mœurs concurrencent de plus en plus les modes de vie ancestraux, tandis que la famille nucléaire est devenue le nouveau pilier de la société thaïe.

On observe une baisse de l’indice de religiosité en Thaïlande, notamment chez les nouvelles générations, comme dans tous les autres pays du globe.

“La Retraite des pluies” est en chute libre. Il s’agissait entre l’adolescence et l’âge adulte, d’un rite de passage quasi obligatoire pour les garçons.

A la saison humide, de quelques jours à quelques mois, ils prenaient la robe des moines et se retiraient de la société. Ce rituel était l’un des meilleurs moyens pour acquérir des «mérites ».

Mais ces dernières années les candidats sont de moins en moins nombreux…

Dans les zones rurales, les villages se sont vidés, la main d’œuvre ayant migré vers la ville. Le temple a perdu son rôle central.

Avant la pagode s’occupait de l’école et les bonzes enregistraient les naissances et décès. Les jeunes qui traînaient tous les soirs dans les salles d’accueil du monastère préfèrent s’amuser au karaoké.


Inde

un échec religieux du capitalisme ?


Hindouisme, bouddhisme et jaïnisme en Inde
11e partie : jaïnisme et capitalisme


les matérialistes.org
16 novembre 2013

Qu'est-il advenu du capitalisme indien? Il avait en fait déjà une idéologie extrêmement développée : le jaïnisme.

Citation :
Mais Karl Marx n'a pas pu voir cela, pour deux raisons. Tout d'abord, le jaïnisme était moins connu, pour ne pas dire inconnu, ce qui est encore aujourd'hui le cas. Ensuite, Marx connaissait une forme avancée d'idéologie capitaliste, et le jaïnisme était « démocratique » dans une forme très élémentaire.

Le jaïnisme est apparu au même moment que le bouddhisme ; sa philosophie en était très proche. Mais si le bouddhisme était l'idéologie de la ville, du royaume, le jaïnisme était directement l'idéologie du capitalisme. C'est pourquoi le jaïnisme est beaucoup plus exigeant : une personne qui offre à son insu de la nourriture empoisonnée est innocente selon le bouddhisme, coupable selon le jaïnisme.



Si le mot jaïnisme vient en effet du verbe sanskrit jin, qui signifie se battre - ici la bataille contre les passions et la réalité de la matière -, le paradoxe est que le jaïnisme est une religion très pragmatique. Sur le plan scientifique, c'est de l'empirisme dans la tradition bourgeoise primitive : les choses sont supposées avoir de multiples aspects, chaque personne prenant peut-être un aspect différent, et ainsi toute proposition est vraie de façon conditionnelle et non pas de façon absolue.

C'est un relativisme très utile au capitalisme ; en fait c'est ici une forme ouverte de libéralisme, un appel à la pratique autonome, sans avoir à être jugé par des « forces suprêmes ». Un jaïn devait être austère et digne de confiance ; pour le jaïnisme, il n'y avait ni castes, ni possibilité d'être « parfait » en tant qu'être humain, seule la mort pouvait provoquer la libération finale. Et le jaïnisme des débuts refusait aussi le culte des images.

Il est évident que tout ceci a la même dynamique que le protestantisme.

Et nous voyons que du point de vue matérialiste, le jaïnisme rejette le concept de la création de l'univers ; dans la même perspective, le jaïnisme réfute le principe d'une « force suprême » qui « organiserait » le monde.

Ce qui est ici extraordinaire, c'est que cette ligne pré-bourgeoise était si progressiste qu'elle acceptait ouvertement la conception matérialiste de l'unité du monde.

Le jaïnisme était la religion la plus proche de considérer que la réincarnation était le développement éternel de la matière vivante par le mouvement des atomes. Le jaïnisme allait si loin, qu'il considérait que tous les êtres vivants étaient liés ; comme l'a formulé le mathématicien jaïn Umā Svāti au deuxième siècle, « les âmes existent pour se rendre service les unes aux autres ». Dans la lignée de cette reconnaissance de la matière vivante, il est interdit pour les jaïns de faire du mal à tout être vivant. Dans le livre sacré traditionnel appelé l'uttaradhyayana sutra, nous pouvons lire ceci :


Citation :
Des bâtons et des couteaux, des pieux et des massues, de mes membres brisés,
J'ai impitoyablement souffert à d'innombrables reprises.
Par des rasoirs, des couteaux, des lances bien affûtées, j'ai été si souvent
Traîné, écartelé, découpé et dépecé
Tel un cerf aux abois pris au collet, tombé dans un piège,
J'ai si souvent été attaché, ligoté et même tué.
Comme un poisson sans défense, j'ai été pris avec des hameçons et dans des filets,
Crocheté, écaillé, fendu et éviscéré, et tué un million de fois...
Né arbre, j'ai été abattu et débité, à coup de hache et de burin
Puis découpé en planche à l'infini.
Incarné dans le fer, j'ai subi le marteau et les pinces
Tellement de fois, pris en étau, frappé, tordu...
Toujours tremblant de peur ; dans une souffrance permanente,
J'ai ressenti la plus grandes tristesse, la plus grande agonie.




De nos jours, le jaïnisme a encore quatre millions d'adeptes, la plupart en Inde où cette religion a toujours été associée aux marchands ; en Belgique, cette communauté est connue à Anvers pour sa présence dans le commerce des diamants.

Les jaïns ont donc pour ainsi dire été intégrés comme une caste de marchands au sein de l'hindouisme, après que ce dernier ait bien sûr triomphé du bouddhisme, qui était le grand concurrent du jaïnisme.

Sous la domination islamique, les jaïns ont conservé ce rôle de commerçants, pour lequel ils étaient protégés, et même tenus en grand respect par Akbar, le grand souverain qui a tenté d'unifier l'empire comme l'avait fait Ashoka.

Akbar, profondément influencé par Hiravijaya ji (1526-1595), a renoncé à la pêche et à la chasse, est devenu végétarien et a interdit le meurtre d'animaux pendant les festivals de Paryusana et Mahavir Jayanti, a fait interdire l'abattage des animaux pendant six mois dans le Gujarat, a abandonné certains impôts etc..

Mais ce n'est pas tout, même après la tentative d'Akbar de construire une nouvelle idéologie pacifique et universelle, le Sulh-e-Kul, les commerçants jaïns ont conservé la protection de l'empire Moghol, même sous Aurangzeb. Les jaïns avaient la liberté de culte, la protection des pèlerinages et l.a possibilité de les entreprendre comme ils le souhaitaient, etc.

Symboles de cette liberté dans les affaires, les temples jaïns, dont la construction a débuté au 11e siècle, se trouvent par centaines sur le mont Shatrunjaya, dans le Gujarat.

Le fait que le jaïnisme se soit maintenu uniquement dans le nord-ouest de l'Inde est important. Sa dimension politique avait déjà disparu à l'époque de l’ascension du bouddhisme ; c'était uniquement l'idéologie capitaliste de l'ascension de la bourgeoisie à ses débuts.

Mais comme le jaïnisme avait déjà un niveau culturel très élevé, nous y trouvons beaucoup d'interdictions morales qui ont joué un grand rôle dans l'échec du capitalisme indien.

Parmi ces interdictions, on retrouve celles qui sont liées aux êtres vivants. Un jaïn ne peut pas participer à la production et à la vente de charbon de bois et de bois, tout comme il n'a pas le droit d'utiliser ou de vendre des animaux, et donc pas le droit de construire ou de vendre des chariots (à cause du bois et de l'utilisation des animaux).

Étaient évidemment interdits le commerce des produits issus des animaux comme l'ivoire, les os, les coquillages, les peaux, mais aussi le commerce de l'alcool ou d'articles dangereux comme les armes, les poisons, et encore les outils agricoles qui représentaient une menace à la vie dans le sol (les jaïns évitent ainsi de manger de l'ail et des oignons, comme leur arrachage est un danger pour des êtres vivants).

Dans le même esprit, il était interdit d'assécher des lacs ou de défricher des forêts, notamment par le feu, ou d'opérer des moulins ou des presses à écraser le grain et la canne à sucre.

Les jaïns étaient donc usuriers, commerçants, prêteurs sur gages, etc. ; ils refusaient d'investir dans toute production opposée au principe de l'« Ahiṃsā », d'absence de souffrance. Les marchands du Gujarat profitaient des échanges maritimes internationaux, étant présents dans les ports de Goa, Chaul, Diu.

Nous tenons ici l'explication de l'échec du capitalisme dans l'Inde antique.

Comme le brahmanisme était un système de caste raciste, il s'opposait à la responsabilité et à l'initiative individuelles nécessaires aux marchands. Il était donc inévitable que ces derniers forgent leur propre idéologie.

Mais contrairement à la situation en Europe, les marchands ne pouvaient pas cohabiter avec la monarchie absolue. Par conséquent, le jaïnisme en tant qu'idéologie du capitalisme a décliné, pour devenir une religion locale ; cette défaite a empêché la construction d'une idéologie capitaliste forte présente dans tout le pays.

De plus, les artisans étant sous le joug du féodalisme, les marchands ne pouvaient pas établir de liens avec eux.

Mais ce n'était pas tout, et ce dernier point explique pourquoi Karl Marx n'a pas pu voir le jaïnisme. Le capitalisme est un mode de production, et donc de reproduction. Cela veut dire que l'argent doit circuler d'un côté, et que des travailleurs individuels doivent être prêts à travailler de l'autre côté.

Le problème n'était pas seulement que le féodalisme bloquait l'émergence de travailleurs libres. C'était aussi que le faible capitalisme indien n'avait pas de marché.

Comment le capitalisme européen s'est-il développé ? Par la vente de marchandises à la bourgeoisie.

Mais Rosa Luxembourg a posé cette question : comment le capital peut-il s'élargir si tout l'argent est dans les mains de la bourgeoisie ? Et elle pensait que la clé était l'intégration des secteurs non capitalistes.

La réponse est claire avec l'exemple indien : l'accumulation du capital s'est accélérée grâce à l'intensification du travail animal, et de la vente de produits entraînant des dépendances tels que l'alcool, l'opium, le sucre, le tabac, etc.

Ces ventes ont permis de s'emparer de tout l'argent et de le réinjecter dans le circuit capitaliste. Mais en Inde, le jaïnisme était déjà une idéologie hautement civilisée.

La base même de l'accumulation n'a pu être atteinte à cause de cela ; même le commerce le plus lucratif, celui des chevaux, était rejeté par les jaïns. Le résultat a été un faible développement de la bourgeoise.

Ainsi, le jaïnisme n'a jamais plus été en capacité de défier l'hindouisme, qui est devenu l'idéologie du féodalisme. Ce féodalisme a été pris d'assaut par les envahisseurs, qui n'ont eu qu'à maintenir les choses telles qu'elle étaient, bloquant la société indienne.

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Patlotch



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MessageSujet: Re: CAPITALISME et RELIGIONS, histoire et présent d'un mariage de raisons   Lun 25 Sep - 20:39


la parole divine
de la banque du Vatican


« Comment un riche peut-il entrer dans le Royaume des Cieux ?
En devenant plus riche ! Et en en faisant bon usage.
Si on ne crée pas de richesses, on ne peut que distribuer la pauvreté.»


Le capitalisme est-il d’origine catholique ? Réflexions à l’italienne

La Croix 2 mars 2011


Citation :
Intéressante rencontre, hier soir, au siège de « Communion et Libération », à Rome. Ce mouvement italien de laïcs catholiques, très actif dans la péninsule, organise chaque année fin août à Rimini, une semaine de rencontres internationales. Ces « Semaines sociales » à l’italienne rassemblent pas moins de 800 000 personnes et des personnalités internationales de tout premier plan.

Hier soir donc, la rencontre portait sur un livre intitulé « Les catholiques et l’économie globale » (Ed. Lindau), dont l’auteur est Ettore Gotti Tedeschi, président de l’IOR (la banque du Vatican), conseiller du ministre des finances italien Tremonti, président de la Banque espagnole Santander en Italie. Il répond dans ce livre aux questions de Rino Cammilleri, chroniqueur au « Giornale ».

Pour dialoguer avec lui étaient présents G. Mussari, président de la Fédération des Banques italiennes, président de la Banque Monte Paschi di Siena (fondée en 1462), et GM Vian, directeur de « L’Osservatore Romano ».

Pour un observateur français, il est toujours étonnant, en Italie, de voir et d’entendre des acteurs de premier plan, imprégnés de culture catholique, prendre résolument en compte les défis économiques globaux à la lumière de la doctrine sociale de l’Eglise, entendue non pas comme une option, mais comme un impératif.

Extraits « verbatim » :

E. Gotti Tedeschi

Citation :
En fait, la crise économique vient à peine de commencer. Elle est avant tout morale. Alors que les évolutions technologiques croissent sans cesse, la sagesse humaine ne suit pas. On veut nous faire croire que l’homme n’est qu’un « animal intelligent ».  Mais la globalisation a profondément affecté l’homme dans l’équilibre entre ses trois dimensions : producteur, consommateur, investisseur. L’Asiatique produit sans consommer, tandis que l’Européen consomme sans produire. La croissance américaine n’a été fondée que sur l’endettement des ménages. Désormais, il n’y a plus d’argent à investir.

La chute de la natalité est à la source du blocage de l’économie. Nos populations vieillissent, ne peuvent plus investir et innover. L’actuelle tentation de l’euthanasie trouve sa source dans cette tension : les plus âgés coûtent trop cher à l’économie ! La doctrine sociale de l’Église, troisième voie entre capitalisme et socialisme, concilie la liberté individuelle, le souci du bien commun, et une juste place accordée à l’État. Mais sa mise en oeuvre suppose que l’Eglise soit reconnue dans ses fonctions caritative, maternelle et enseignante. Ce qui est de moins en moins le cas. Sur ce plan, l’encyclique de Benoît XVI « Caritas in veritate » est un véritable Manuel de survie pour l’homme du 21 éme siècle

Comment un riche peut-il entrer dans le Royaume des Cieux ? En devenant plus riche ! Et en en faisant bon usage. Si on ne crée pas de richesses, on ne peut que distribuer la pauvreté. Les deux vraies questions sont l’origine de la richesse, et l’usage qu’on en fait.  Jean Guitton disait : « L’homme ne peut posséder que les choses dont il peut faire du bien. S’il n’en fait pas du bien, ce sont les choses qui le possèdent. »

Historiquement, bien avant les protestants, ce sont les catholiques, les franciscains, les dominicains, les jésuites qui ont créé l’économie moderne, en luttant contre l’usure, en légitimant le prêt à intérêt, en créant des banques coopératives, en prenant en compte la loi de l’offre et de la demande. Le marxisme s’est construit contre le capitalisme protestant, pas contre la doctrine sociale de l’Église.




la Commission cardinalice de surveillance de la Banque du Vatican

un pape du Sud 'anticapitaliste'
qui ne perd pas le Nord


Le pape François fait fructifier les profits de la banque du Vatican

Maxime Brigand Le Figaro 26/05/2015

L'Institut pour les œuvres de religion (IOR) a enregistré un bénéfice net de 69,3 millions d'euros l'an passé, soit plus de 20 fois le bénéfice de 2013. Un regain de forme considérable pour le Saint-Siège, fruit d'une lutte totale pour limiter les dépenses extraordinaires.

Citation :
C'est le résultat d'une profonde remise en cause d'un système gangrené pendant de longues années par de nombreux scandales entourés de blanchiment d'argent, de pots-de-vin et d'assassinats non élucidés. Après la publication d'un premier bilan annuel historique en 2013, l'Institut pour les œuvres de religion, la banque du Vatican, a présenté un exercice 2014 record avec 69,3 millions d'euros de bénéfices, soit plus de 20 fois que les résultats de 2013 (2,3 millions d'euros). La «banque» du Vatican est donc bien rentrée dans une phase de restructuration interne pour chasser ses vieux démons. Le rapport publié par l'IOR explique ces résultats par «une évolution positive dans la gestion du portefeuille financier et une diminution des dépenses extraordinaires», dans la ligne directe de la volonté du pape François de s'attaquer aux finances du Saint-Siège.

Dirigé depuis 2014 par le Français Jean-Baptiste de Frassu, l'Institut a annoncé vouloir placer 55 millions d'euros au budget et conserver 14,3 millions d'euros dans les réserves de l'IOR. Au 31 décembre dernier, les comptes affichaient un patrimoine net de 695 millions d'euros contre 720 millions fin 2013. Le directeur de l'Institut pour les œuvres de la religion a affirmé qu'un «grand effort a été fait pour combattre les comportements illicites qui ont concerné dans le passé l'Institut». Les résultats présentés le prouvent.

4614 comptes fermés depuis mai 2013

L'opération nettoyage serait en passe de se terminer et lavolonté de Benoît XVI de «rendre propre la Banque de Dieu» entendue. Sous son pontificat, le Vatican avait déjà entamé une lutte contre le recyclage de l'argent sale notamment par la mafia. L'action a grimpé encore d'un cran sous François, qui avait dès sa prise de fonction dénoncé «le fétichisme de l'argent» et la richesse «qui gouverne au lieu de servir». Le rapport annuel indique alors que l'IOR comptait au 31 décembre, 15.181 clients et que 4.614 autres comptes avaient été fermés depuis deux ans. 274 autres cas sont actuellement à l'étude et les comptes «en phase de clôture».

Les scandales semblent désormais derrière l'Église de Rome qui a engagé un vaste plan de réformes de son institution. L'assainissement et la transparence sont encore en cours et la justice italienne enquête encore aujourd'hui sur des opérations suspectes liées à l'IOR. En prenant ses fonctions, François avait déclaré que «Saint-Pierre n'avait pas de compte bancaire».

L'opération main propre menée au sein de la Banque du Vatican est un processus long et stratégique à long terme. L'État a normalisé sa situation fiscale avec l'Italie. L'IOR gère aujourd'hui 6 milliards d'euros d'actifs et plus d'une quinzaine de milliers de comptes bancaires (15.181 clients). L'Institut s'est donc normalisé, laissant derrière lui ses nombreuses casseroles. Depuis février, les responsables du Vatican suivent même des cours de gestion et de finance à l'université de Latran. Un stage est également prévu prochainement sur un campus américain pour pousser encore un peu plus loin la réforme.


Des gardes suisses devant la banque du Vatican ©️ REPORTERS

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Patlotch



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MessageSujet: Re: CAPITALISME et RELIGIONS, histoire et présent d'un mariage de raisons   Lun 25 Sep - 21:04



Citation :
Les Baruya de Nouvelle-Guinée sont l'une des dernières sociétés tribales découvertes par l'Occident. Comment ont-ils réussi à passer, en quelques décennies, du néolithique à la modernité ? Que sont devenus les « secrets des hommes », dont la trahison redoutée eût sapé un ordre social fondé sur la subordination des femmes ?

Avec un art exceptionnel de conteur, Maurice Godelier retrace ces transformations en s’appuyant sur un demi-siècle d’observations quasi ininterrompues de plusieurs générations d’anthropologues. Car depuis son séjour pionnier dans les années 60 beaucoup de choses ont changé, et aujourd’hui les Baruya (hommes et femmes) jouent gros jeu aux cartes, tout en suivant les cours du café à la radio.

L’histoire de cette petite société offre un exemple particulièrement clair des effets conjoints du christianisme et du capitalisme mondialisé. On peut y lire en miniature les caractéristiques de notre monde et y voir tout à la fois l’occidentalisation forcée d’une société tribale et la résistance de ses valeurs traditionnelles.

Citation :
Avant-Propos
En 2015, mon ami Thierry Marchaisse, fondateur d’une maison d’édition encore jeune, mais qui va grandir, vint me voir, très enthousiaste. Il avait – je ne sais trop comment – exhumé un texte dont j’avais presque oublié l’existence et désirait fortement le republier. Cet article, rédigé en 1987, s’intitulait : « Trahir le secret des hommes1 ». J’acceptai en principe sa proposition, sous réserve que j’aie relu ce texte et vérifié s’il fallait le modifier ou le compléter, car après la parution de l’article, en 1988, j’étais retourné une dernière fois chez les Baruya et on m’en avait dit plus.
1 Le Genre Humain, n° 16-17, 1988, p. 243-265.

Lecture faite, il m’est apparu qu’en effet il fallait expliquer mieux la nature des « secrets » des hommes baruya, si l’on voulait
vraiment comprendre le rôle de la trahison dans la genèse et le fonctionnement de cette société, notamment dans la peur collective permanente qui la caractérise, cette peur qu’un initié vienne justement « trahir le secret des hommes ». Mais au-delà de ces nécessaires ajouts et remaniements, il m’a semblé qu’autre chose encore justifiait la reprise de mes analyses des trahisons
subies ou fomentées par les ancêtres des Baruya. Car je pouvais – je devais – en profiter pour retracer, à l’aide de mes matériaux et de ceux de mes jeunes collègues venus ensuite me rejoindre chez les Baruya, les transformations successives de cette petite
société tribale qui, jusqu’en 1960, se gouvernait elle-même, ne connaissait ni l’État, ni l’économie de marché et encore moins
la « vraie » religion, celle du Christ évidemment.

Le contexte n’est plus du tout le même aujourd’hui. La société baruya a profondément changé sous l’impact de la colonisation
australienne (1951), de l’accès à l’indépendance de la Papouasie-Nouvelle-Guinée (1975), de l’économie marchande et surtout de la christianisation, menée par diverses Églises protestantes américaines ou australiennes. Que sont donc devenus les « secrets des hommes », existent-ils encore ? Que sont devenus les Grands Hommes et les Grandes Femmes, qui servaient d’exemples et de supports à cette société, avant que les « Blancs » ne la découvrent et ne la soumettent à leur ordre ?

Pour répondre à ces questions, je commencerai par retracer brièvement les circonstances et les raisons qui m’ont conduit chez les Baruya, afin d’y vivre et d’y travailler, avec d’autres, pendant des années. Puis, je rappellerai quelques éléments clés de l’histoire de cette société tribale et ce qu’il faut savoir pour comprendre les mécanismes qui font de la trahison l’une de leurs formes de reproduction sociale.

Tout ceci étant rappelé en guise d’introduction, le lecteur pourra alors prendre connaissance de ce que j’avançais dans « Trahir le secret des hommes », mais dans une version nouvelle qui améliore largement le texte original, et le complète sur un point décisif.

Je ferai ensuite une sorte de pause méthodologique, pour mieux préparer le saut temporel qui est au centre de cet essai. J’en profiterai pour faire passer le lecteur dans les coulisses de mon travail d’anthropologue et pour insister notamment sur le rôle qu’ont joué la photographie et surtout le cinéma dans mes recherches avec et sur les Baruya.

Enfin, dans  la troisième partie, j’aurai la chance assez exceptionnelle de pouvoir décrire, un demi-siècle après, ce qu’il reste des initiations masculines et féminines en pays baruya, et ce que sont devenus, désormais, les rapports entre les hommes et les femmes. Cette dernière partie repose essentiellement sur les données recueillies par les jeunes collègues qui m’ont aidé et m’ont succédé. On les rencontrera au fil des pages qui suivent, mais je me fais un plaisir de les nommer ici, et de saluer d’abord Jean-Luc Lory et Pierre Lemonnier, qui ont été longtemps sur le terrain avec moi. Puis Pascale Bonnemère, qui a continué avec Pierre le
travail après mon départ. Et enfin Anne-Sylvie Malbrancke, qui a repris tout récemment le flambeau.

Introduction


En 1966, je suis arrivé à Canberra, en Australie, afin d’obtenir des autorités australiennes un « visa de recherche » pour aller faire du terrain en Nouvelle-Guinée. C’était impératif à l’époque et le reste encore aujourd’hui. J’y allais aussi pour apprendre le tok pisin (pidgin english) dans un laboratoire de linguistique.
Le pidgin est une langue qui est née dans les plantations européennes de Nouvelle-Guinée et des îles avoisinantes, où des centaines d’hommes provenant de dizaines de tribus aux langues complètement différentes ont été recrutés pour travailler
ensemble, pendant des années, sous le commandement d’Européens. Une langue commune s’est alors développée, faite d’un mélange d’anglais, d’indonésien, d’espagnol, de mots polynésiens, et elle a été finalement adoptée par l’administration australienne, puis par les différentes organisations missionnaires qui créaient des écoles primaires là où elles s’implantaient.

À l’origine, la Nouvelle-Guinée, la plus grande île de l’Océanie, a été colonisée par trois puissances européennes, qui s’en sont partagé le territoire. La partie ouest de l’île fut colonisée par les Pays-Bas, qui lui donnèrent alors le nom de Nouvelle-Guinée
néerlandaise (fin xixe siècle jusque 1962), mais cette partie de l’île a changé plusieurs fois de nom depuis. Aujourd’hui, l’ouest
de l’île, devenue indonésienne, s’appelle « Papua ». La partie est, par contre, fut divisée en deux par le milieu. Le territoire au
sud devint une colonie de la Grande-Bretagne sous le nom de « British Papua » (1884-1975). Le territoire au nord devint une
colonie de l’Allemagne sous le nom de « Neuguinea » ou, plus exactement, « Kaiser-Wilhelms-Land » (1884-1973/1975).

Après la Première Guerre mondiale, l’Allemagne perdit toutes ses colonies et finalement la Société des Nations confia le territoire
de la Kaiser-Wilhelms-Land en tutelle à l’Australie, à laquelle la Grande-Bretagne céda également le sien. En 1975,
le gouvernement (travailliste) australien octroya leur indépendance à ces territoires, qui furent unifiés sous le nom de « Papua
New Guinea ». De leur côté, les Pays-Bas avaient été contraints d’accorder l’indépendance à leurs colonies dites des « Indes
orientales néerlandaises » et lorsqu’ils abandonnèrent la partie occidentale de l’île, l’État indonésien qui se constituait annexa celle-ci à son territoire sous le nom de « West Irian ».

Les Baruya, quant à eux, ne furent « découverts » qu’en 1951, par une expédition militaire australienne, et c’est seulement en
1960, c’est-à-dire dans les toutes dernières années précédant l’indépendance de la Nouvelle-Guinée, qu’ils furent « colonisés
». En ce sens qu’ils perdirent définitivement leur souveraineté sur eux-mêmes et leur territoire, et que désormais leur avenir n’a plus dépendu seulement d’eux-mêmes et de leurs rapports avec les tribus voisines, amies ou ennemies, mais de décisions prises par des centres de pouvoir qui leur étaient auparavant totalement inconnus et étrangers : État, missions, plantations, etc., tous entre les mains « d’Européens », de « Waitman », de « Blancs ».

Arrivé chez eux en 1967, je suis resté alors plus de deux ans sur le terrain, mais j’y suis retourné plusieurs fois ensuite, jusqu’en 1981 pour des séjours de plusieurs mois, puis une dernière fois, en 1988. Cela fait donc près de trente ans que je ne suis plus retourné chez les Baruya. Dès lors, on peut légitimement se demander comment je peux prétendre reconstituer ici, avec assez de données, les transformations de la société baruya de 1961 à 2016. L’explication est pourtant très simple. En 1974, contrairement aux habitudes des anthropologues qui aiment être seuls sur leur terrain, j’ai invité un jeune chercheur, Jean-Luc Lory, à me rejoindre, et à m’aider à faire le relevé cartographique de tous les jardins cultivés cette année-là par les habitants du village de Wiaveu où j’habitais. C’était là une énorme tâche, pour laquelle nous n’étions pas trop à deux. En 1979, nous nous attaquâmes également au recensement démographique, village après village, maison après maison, des Baruya, c’est-à-dire de tous les habitants des deux vallées de Wonenara et de Marawaka, qui constituent le territoire de la tribu.

Puis, Pierre Lemonnier est venu nous rejoindre à son tour. Jeune économiste alors, il avait été intéressé par mon article sur la monnaie de sel chez les Baruya, qui recroisait ce que luimême avait étudié chez les producteurs de sel des marais de Guérande. D’abord venu reprendre et enrichir mon analyse de la production du sel chez les Baruya, il a élargi rapidement son champ de recherche à d’autres aspects de leur vie matérielle. Lui aussi est revenu plusieurs fois chez les Baruya en 1980, en 1982 et 1983, année de la reprise de la guerre entre les Baruya et leurs voisins, les Yuwarrounatché (je n’étais pas alors sur place), où il travailla avec Jean-Luc Lory. En 1985, Pierre Lemonnier fit à nouveau un séjour chez les Baruya, au moment où il commençait avec Pascale Bonnemère un grand terrain chez les Ankavé, un groupe très isolé vivant loin des Baruya, au sud, vers le golfe de Papouasie. En 1988, ce fut mon dernier terrain, en compagnie de Jean-Luc Lory, où nous assistâmes aux rites d’intronisation de nouveaux shamanes, rites qui ne se reproduisaient que tous les dix ou quinze ans,  donc très rares. En 1982 puis en 1990, et à nouveau en 2009, deux ethno-archéologues, Annick Coudart et Olivier Weller, vinrent étudier les restes matériels que produisait encore un mode de vie reposant sur l’horticulture de tubercules, la chasse et la cueillette.

Entre 1993 et 2008, aucun d’entre nous ne fut sur le terrain. Depuis, les brefs séjours de Pierre Lemonnier se sont succédé, et
en 2013 et 2014, Anne-Sylvie Malbrancke est partie, à son tour, chez les Baruya, avec sur son ordinateur des centaines de généalogies, des données démographiques, mes trente-deux cahiers de terrain scannés avant son départ et mis à sa disposition. Elle aussi a accumulé des dizaines d’observations et d’entretiens, qui témoignent des changements les plus récents de la vie des
Baruya de la vallée de Wonenara. Elle les a rassemblés sous la forme d’une thèse brillante, qu’on espère voir bientôt publiée.

Nous avons enfin été superbement aidés du côté des Baruya, qui ont été nombreux à s’intéresser à notre travail. Parmi eux, je dois citer au premier rang Koumaineu, du clan des Nounguyé, et son épouse Ouroumiannac, du clan des Ndélié, qui, sans relâche, nous expliquèrent ce qui se passait sous nos yeux et que nous ne pouvions comprendre. Koumaineu est venu en France quatre fois, dont deux avec Ouroumiannac. À Paris et à Goroka, il a appris à manier une caméra et à faire des films, et, de retour dans sa tribu, il a filmé les rituels d’initiations masculines (1985) et féminines (2010) et produit ainsi des documents précieux sur sa propre société et sa culture Ouroumiannac, elle, nous a aidés à chaque fois à mieux comprendre les initiations
féminines et les rôles des femmes dans sa société.

Les Baruya sont, aujourd’hui, les libres citoyens d’un État post-colonial devenu indépendant depuis 1975, date à laquelle, les uns après les autres, les empires coloniaux des pays occidentaux commencèrent à se disloquer et à disparaître. Cette société tribale fut l’une des dernières au monde que l’Occident découvrit, pacifia, colonisa, commença à christianiser et à faire entrer dans l’économie mondiale. Les Baruya ne sont pour rien dans leur État, ils ne l’ont pas demandé, encore moins conçu, puisque sa structure a été façonnée pour eux sur mesure et imposée par l’Australie. Et de même, si cet État est devenu « indépendant », ce n’est nullement de leur fait, mais parce que l’Occident leur a « octroyé » leur liberté politique, à eux comme aux autres populations de la Papouasie-Nouvelle-Guinée.

En 1951, lorsque Jim Sinclair arriva dans la vallée de Wonenara, à la tête de la première « patrouille » australienne, il se comporta certes tout autrement que les missionnaires espagnols du xviie siècle, qui forçaient les Indiens du Pérou à se convertir au christianisme et s’employaient à extirper par le feu et par le sang leurs croyances en des « idoles ». Cependant, même en ces tout derniers moments « soft » de la domination coloniale, il faut rappeler que la soumission des Baruya se passa comme au bon vieux temps. D’abord, parce que leur découverte fut le fait d’une expédition militaire, et ensuite parce que celle-ci fut également suivie de l’arrivée de missionnaires, européens, australiens, américains, et du recrutement d’une partie des hommes baruya, obligés d’aller travailler dans les plantations créées par des Australiens. Quant aux autres, qui sont restés ou revenus ensuite dans leurs villages, l’administration leur distribua généreusement et gratuitement, dès les années 1970, des plants de caféiers, pour qu’ils les replantent et entrent par là dans l’économie de marché en cultivant du café (robusta), produit que les Baruya ne consomment pas eux-mêmes, mais que diverses compagnies leur achètent au prix qu’elles fixent.

Le premier chapitre va nous faire remonter dans le temps. Il décrit et analyse une succession de trahisons et de massacres, d’abord subis par les ancêtres des Baruya, puis perpétrés par eux. J’y montre comment ces exactions ont contribué à faire
naître une nouvelle tribu au cœur d’une chaîne de hautes montagnes (Kratke Range) de Nouvelle-Guinée, probablement vers
la fin du xviiie siècle. Cette naissance se fit dans une vallée qu’occupaient depuis longtemps d’autres tribus, qui ne pouvaient
que lui être hostiles au départ. Mais elle se fit grâce à la trahison de l’une d’elles. Et plus précisément des Ndélié, un clan appartenant à la tribu des Andjé, qui se fit complice des ancêtres des Baruya pour s’emparer, avec eux, d’une partie du territoire des Andjé et forcer les rescapés du massacre à vivre au-delà d’un volcan (presque) éteint, le Mont Yelia (3 384 mètres d’altitude), qui flanquait la vallée de Marawaka, leur territoire ancestral.

Une fois née, cependant, la tribu n’exista vraiment que quand les réfugiés construisirent leur première tsimia, la maison cérémonielle. C’est derrière ses murs qu’ils ont commencé à initier eux-mêmes, pour la première fois, leurs enfants, les générations de garçons et d’adolescents appelés à devenir des hommes, et parmi lesquels étaient censés se distinguer de grands guerriers, des shamanes, mais aussi de grands chasseurs de casoar, cet oiseau de grande taille ressemblant à une autruche. Dans la pensée des Baruya, cet oiseau qui ne vole pas était en fait une femme-sauvage, vivant dans les forêts. Sa chair était interdite
aux femmes et ses plumes noires servaient à parer la tête des hommes, lorsqu’ils franchissaient le dernier stade des initiations
collectives et se mariaient. Autrefois, tous les hommes portaient cette coiffe en tant que guerriers, mais tous les hommes n’étaient
pas de « grands guerriers », des hommes capables de s’avancer seuls pour défier l’ennemi en corps à corps, casse-tête de pierre à la main.

Comme toute autre tribu de Nouvelle-Guinée, celle des Baruya s’est retrouvée, dès sa naissance, sous la menace de nouvelles trahisons, et celles-ci étaient de deux sortes. Il y avait d’abord cette forme de trahison qu’on pourrait dire « ordinaire » dans les sociétés tribales. C’était celle qui pouvait surgir constamment des conflits entre certains des groupes de parenté qui la composaient, entraînant des violences armées et des scissions, comme cela avait déjà été le cas pour les ancêtres des Baruya. Ce type de trahison était même d’autant plus probable que plusieurs clans des Baruya provenaient en fait de tribus ennemies vaincues. En s’intégrant aux Baruya, ces clans avaient donc eu la vie sauve et conservé l’usage de leurs terres. Mais ils avaient perdu alors à jamais le droit de partager les fonctions rituelles impliquées dans l’initiation des garçons et des jeunes hommes. C’était le cas, par exemple, d’Arindjané, que le lecteur découvrira plus loin. Arindjané n’avait pas eu le droit d’initier lui-même ses fils, ceux-ci l’avaient été, comme tous les autres garçons de leur âge, par les clans propriétaires des objets sacrés et des formules nécessaires pour initier les hommes. Et ces clans ne pouvaient être que ceux qui avaient fondé la tribu, avec l’aide du clan des Ndélié, qui les avait aidés à massacrer les Andjé et à s’emparer d’une partie de leur territoire.

Mais la pire trahison n’était pas celle-là qui, après tout, peut naître dans n’importe quelle tribu, à cause des conflits d’intérêts et des rapports de force qui opposent parfois des lignages ou des clans entre eux. Celle que les Baruya redoutaient le plus était qu’un initié révèle un jour aux femmes et aux non-initiés les secrets des hommes. Et les Baruya la redoutaient d’ailleurs tout autant que les tribus amies ou ennemies, qui partageaient avec eux les mêmes représentations de l’univers et de la société, les mêmes institutions, les mêmes rites. Car une telle révélation ne pouvait que saper les fondements de l’ordre social, faire perdre aux yeux des femmes toute légitimité à la domination  des hommes, et au fait que ce sont eux, et non les femmes, qui gouvernent ensemble la société, la représentent vis-à-vis des tribus voisines, mais aussi la défendent contre celles-ci.

Cette forme de trahison était donc à éviter à tout prix. Elle avait le pouvoir de détruire, non seulement la force physique des
hommes, mais aussi leur puissance métaphysique, puisqu’elle ruinait les liens privilégiés qu’ils entretenaient depuis l’origine avec le Soleil, la divinité qui avait fait don à Kanaamakwé, leur ancêtre glorieux, des kwaimatnié, les objets sacrés et les formules secrètes. Or, c’est en eux que résidait tout ce qui permet aux maîtres des initiations de faire grandir (ñimatnié) les garçons, pour en faire des hommes (kwala) « forts », capables d’abattre les grands arbres de la forêt et d’ouvrir ainsi les jardins
que cultiveront les femmes, capables aussi de défendre leur territoire et leurs enfants contre les ennemis ou d’attaquer ceux-ci et les repousser loin de leurs terres.

Table des matières
Avant-Propos 9
Introduction 13
Les plantes sacrées de la trahison 21
La tsimia, corps symbolique de la tribu 25
Garder les secrets de son sexe 28
Le système des initiations masculines 31
La légende de Bravégareubaramandeuc 33
Une unité toujours menacée 40
Raisons et mécanismes de la trahison chez les Baruya 44
L’alliance contre la filiation 47
L’alliance entre ennemis 49
La peur des femmes 53
Connaître les autres. Outils et éthique 61
Une leçon d’ethnologie comparée 63
Les limites de la photographie 64
L’observateur observé 66
L’art de transformer un anthropologue en femme 68
Visiter une ville avec les Baruya 74
Filmer les rituels 76
Du bon usage des archives de la vie 78
Devant puis derrière la caméra 80
Derniers arrêts sur image 83
Cahier d’images 87
Les Baruya aujourd’hui. Du néolithique à la modernité 105
Avant l’arrivée des Blancs 107
Les débuts de l’occidentalisation 111
Behainim Djisa, mekim bisnis, ou comment être moderne 119
Dernières nouvelles des Baruya 126
Les métamorphoses de l’alliance 133
Les métamorphoses de la domination masculine 139
Une société entre occidentalisation et résistance à la modernité 143
Le principe d’égalité 151
Conclusion 155
Synopsis des transformations de la société des Baruya sur un demi-siècle (1966-2016) 159
Bibliographie 161

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MessageSujet: Re: CAPITALISME et RELIGIONS, histoire et présent d'un mariage de raisons   Lun 25 Sep - 21:22


« Je n’ai pas encore eu l’occasion de rencontrer les salariés de Whirlpool,
mais je les assure qu’ils font partie de mon attention et de ma prière »



je n’ai pas à trancher des conflits sociaux

« Un capitalisme qui ne laisse pas de place à l’homme est inacceptable »
   
Entretien de Monseigneur Leborgne La Croix du 3 mai 2017
Propos recueillis par Antoine d’Abbundo

Citation :
La Croix : Avec la visite d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen à Amiens, le 26 avril, la situation à l’usine Whirlpool a été placée au cœur de la campagne de l’entre-deux-tours. Quelle réflexion vous inspire ce conflit ?

Mgr Olivier Leborgne : D’ordinaire, je prends peu la parole sur ces questions car je n’ai pas de compétence particulière en économie et je n’ai pas à trancher des conflits sociaux. Mais ce qui se passe à Whirlpool est le résultat manifeste d’une mondialisation, d’un capitalisme financier qui ne laisse plus de place à l’homme, et cela n’est pas acceptable.

Je n’ai pas encore eu l’occasion de rencontrer les salariés de Whirlpool, mais je les assure qu’ils font partie de mon attention et de ma prière. Je suis très sensible à la vulnérabilité des gens de la Somme, et toute la réflexion que je mène pour le diocèse vise à mettre en œuvre les numéros 198 à 201 de l’exhortation apostolique Evangelii gaudium, « La joie de l’Évangile », qui invite notre Église à être une Église avec et pour les pauvres.

La solidarité n’est pas un à-côté de la foi mais doit être au cœur de notre foi et se traduire en gestes concrets.

Le pape François a déclaré que fermer des usines et supprimer des emplois pour des motifs économiques troubles était un « péché très grave ». Partagez-vous ce jugement ?

Mgr O. L. : Absolument ! Quand on prend des décisions uniquement pour satisfaire des actionnaires sans prendre en compte les réalités humaines, alors, oui, on commet un péché. Ce capitalisme sauvage, financier, qui ne cherche que son propre profit est irrecevable et doit être fermement condamné.

Je dis aux chrétiens que chaque fois qu’ils se résignent à accepter l’inacceptable sur les sujets économique ou politique, ils abjurent leur foi. Nous devons oser chercher les paroles et les gestes qui font bouger les choses.

La mondialisation est une chance ou un risque ?

Mgr O. L. : Sans doute les deux à la fois. Mais le repli communautariste, la fermeture à l’autre, l’exclusion sont des impasses absolues. On ne peut construire l’avenir de la France sans que celle-ci trouve sa place en Europe et dans le monde. Ceux qui promettent le contraire mentent aux Français. En même temps, on ne peut pas construire l’Europe sans remettre l’homme au centre. C’est ce que peuvent apporter les chrétiens au débat public.

Certains reprochent à l’Église de tenir un message peu clair pour le second tour de scrutin. Pourriez-vous préciser cette position ?

Mgr O. L. : Je m’étonne qu’on reproche à l’Église d’appeler à la responsabilité et la conscience personnelle. Pour autant, je pense que le message est clair. Pas plus qu’au premier tour, aucun des deux candidats qui restent en lice ne peut prétendre porter la totalité de la doctrine sociale de l’Église ou capter positivement le vote des chrétiens.

Tout en étant évêque de tous, je dois ajouter qu’en tant que chrétiens, et au nom des chrétiens persécutés dans le monde et qui souffrent du rejet et du fanatisme, nous ne pouvons pas soutenir un projet fondé sur la peur, le repli sur soi et l’exclusion. Maintenant, que chacun se prononce en conscience.

au royaume des lourds Leborgne est évêque

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MessageSujet: Re: CAPITALISME et RELIGIONS, histoire et présent d'un mariage de raisons   Lun 25 Sep - 21:50


bourgeoisie française et catholicisme aujourd'hui

Le catholicisme d’ouverture a-t-il laissé la place à un catholicisme bourgeois ?

Jean Mercier La Vie publié le 28/11/2014

Les 27 et 28 novembre 2014, historiens et sociologues des religions se sont succédé à la tribune d’un colloque organisé à Paris à l'EHESS sur le thème du « catholicisme d’identité », pour analyser la réalité d’un phénomène historique. Jadis minoritaire, le catholicisme identitaire semble se retrouver, du moins du point de vue médiatique, en position de représenter les valeurs majoritaires du catholicisme, comme on a pu le voir au moment des débats sur le mariage pour tous.


©️ Corinne Simon / Ciric ©️

Citation :
L’historien Guillaume Cuchet (université Paris Est, Créteil) s’est interrogé sur « l’étrange déclin du catholicisme d’ouverture ». Il semble en effet que le catholicisme d’identité a été « depuis les années 1960, plus « résilient » que le catholicisme d’ouverture face au choc de la sécularisation, de sorte que ce dernier a fini assez logiquement par perdre la main dans l’institution, du moins jusqu’à une période récente. Étrange déclin à vrai dire, parce qu’on aurait pu penser a priori que, par ses dispositions et ses orientations, le catholicisme d’ouverture était plus à même que son homologue de l’identité de faire face aux enjeux de la modernité et de s’y adapter sans disparaître dans l’opération. »

A ce propos, Cuchet revient sur la déception courante des catholiques d’ouverture face à leur marginalisation, qu’il a décelée notamment chez René Rémond à la fin de sa vie et qu’il résume ainsi : « Qu’avons nous fait aux « modernes », avait-il l’air de dire, pour avoir mérité cela, nous qui avons représenté, dans l’histoire contemporaine du catholicisme, la plus ouverte et la plus brillante des générations qu’il ait vue depuis longtemps ? »

Une question de transmission

D'abord, Cuchet se penche sur le « taux de conservation intragénérationnel » de la foi, à savoir la capacité de conservation de la foi au sein d’une même génération. Il constate que les baby boomers sont la génération qui a massivement décroché à partir de 1965 (selon les fiches du chanoine Boulard, soit bien avant le phénomène de mai 68, qui n’a fait qu’accentuer la tendance). Cuchet se demande ainsi quel est le poids que pèsera le catholicisme une fois que les générations « formées avant la rupture du milieu des années 1960 auront intégralement disparu. »

Ensuite, l’historien pose la question du taux de « transmission intergénérationnel de la foi », à savoir la plus ou moins grande capacité d’une génération à transmettre la foi à la génération suivante. « On peut dire en gros que les milieux plus conservateurs ont eu des taux de transmission de la foi beaucoup plus élevés que les autres, de sorte qu’à la génération suivante, ils ont fini par reprendre le pouvoir au sein de l’institution. »

Enfin, Cuchet souligne la « capacité de chaque pôle, dans une institution qui demeure cléricale, à susciter en son sein des vocations, en particulier sacerdotales et religieuses. » Le chercheur reconnaît qu’il s’agit d’une banalité de dire que le pôle identitaire a été plus « fécond » que celui de l’ouverture, et donc que les équilibres ont évolué « au détriment du pôle de l’ouverture, non sans susciter des tensions au sein du clergé ou entre jeunes prêtres de tendance conservatrice et fidèles plus âgés. »
Guillaume Cuchet souligne que la perte d’une génération à l’autre (inter-générationnelle) a été plus accentuée que la perte à l’intérieur d’une même génération (intragénérationnelle). Il rejoint ici une problématique analysée récemment par François Xavier Bellamy dans Les Déshérités (Plon). Il suggère de mener à bien des enquêtes au sein de familles pour voir comment s’est articulée cette plus ou moins grande perte intergénérationnelle, selon les milieux.

Un enjeu sociologique

L’intérêt de l’approche de Cuchet et qu’elle revalorise la question du milieu social dans la transmission de la foi. A rebours d’une vision idéalisée de la foi comme un pur élan spirituel, Guillaume Cuchet resitue l’enjeu comme sociologique. En d’autres termes, le désir de transmettre de la foi qu’ont les parents vis-à-vis de leurs enfants n’est pas dissociable de leur désir de transmettre un modèle social. Il constate donc qu’une « bonne partie de l’explication tient aux choix éducatifs et pédagogiques des familles, selon qu’ils ont été plus ou moins libéraux ou permissifs. » Selon lui, plus les familles ont été libérales, plus le décrochage a été important.

Il souligne aussi le facteur politique, faisant l’hypothèse qu’une politisation à gauche d’une partie des catholiques français s’est parfois accompagnée d’une prise de distance ou de rupture d’avec la religion, de sorte que l’orientation politique s’est mieux transmise que la pratique dominicale ou l’appartenance ecclésiale.

Au final, Cuchet estime que le catholicisme des moins de 65 ans est de plus en plus bourgeois, reprenant la remarque récente de Marcel Gauchet pour qui le catholicisme est en train de devenir une « élite sociale». Selon Cuchet, il faut penser le catholicisme en termes de conscience de classe. « Un catholicisme qui, pour être sincère et profond bien souvent, fait partie de la « culture de classe » d’une certaine bourgeoisie qui agit en conséquence pour le conserver dans ses choix éducatifs, sociaux et idéologiques. »


C'est l’histoire de la famille Guillem, un couple bourgeois catholique de Bayonne,comme ils se décrivent eux-mêmes qui a tout lâché pour s’installer dans les quartiers nord de Marseille, avec leurs trois enfants.


Citation :
Au départ, ces croyants avaient caressé l’idée de servir dans une ONG sur des terres lointaines. Avant de réaliser qu’il fallait s’engager en France.

Cela fait deux ans qu’Amaury et Marie-Alix ont troqué leur appartement cossu de la côte basque pour un 54 mètres carrés au 11ème étage de la plus gigantesque barre d’immeuble de Marseille, une sorte de monstre de 275 mètres de long et 40 mètres de hauteur.

Dans le quartier bien nommé de Campagne Lévêque ! Une cité caricaturale, où ils sont presque les seuls blancs raconte le journal La Vie . Entre l'ascenseur en panne, les dealers qui stagnent en bas et la violence, le cadre est peu réjouissant mais les Guillem assument leur choix parce qu’ils ont repris le Rocher, une structure associative laïque mais d’inspiration chrétienne qui aide les habitants.

Le retour des jeunesses ouvrières chrétiennes

Ils se disent inspirés par le pape François qui a clairement exhorté les croyants à investir le terrain près de chez eux. Et s’ils ne font pas de l’évangélisation (il n’y a d’ailleurs plus guère de chrétiens dans la cité) les Guillem font de l’alphabétisation.

Une façon d’entamer le dialogue. Pour parler ensuite, et dans l'ordre, "de Dieu puis du travail" raconte ce couple.

Comme si la foi était le langage commun avec les familles pour la plupart musulmanes qui apprécient, semble-t il, des interlocuteurs inspirés par Dieu.

Une sorte de communauté des croyants, par delà les croyances

Tout n’est probablement pas si harmonieux. Et les Guillem ont mis leurs enfants à l’école privée catholique. Mais leur itinéraire symbolise, une nouvelle forme d’engagement que l’on observe dans la société française, ultra local.

Quand on ne croit plus à la politique, on mise sur l’action de voisinage, sans autre ambition que celle d’alléger le quotidien. Par ailleurs, dans une France sécularisée, le chaos identitaire de ces derniers temps tout comme la visibilité des musulmans a réveillé chez certains catholiques, l’envie d’affirmer leur foi.

Certains le font comme une réaction, presque dans la crispation. Les Guillem l’utilisent pour aller au devant des autres et s’installer dans une cité oubliée des pouvoirs publics


Les catholiques soutenant François Fillon,
intransigeants sur les mœurs et libéraux en économie ?
Un catholicisme bourgeois ?


Michel Durand En manque d'Église 30 décembre 2016


repris de La Croix lundi 5 décembre 2016
Primaire de la droite : mais où est passé le catholicisme social ?

Citation :
Bernard Laurent - professeur EMLYON Business School. Chercheur associé au Von Hügel Institute for critical catholic inquiry (Université de Cambridge)

Le catholicisme et le pape ont été invités, à leur corps défendant, dans la campagne des primaires de la droite et du centre. Les commentateurs de la scène politique française mettent en avant le vote catholique pour expliquer le score surprenant de François Fillon. Il est présenté comme le candidat des militants chrétiens de « La manif pour tous » et de « Sens commun » dont la forte mobilisation expliquerait son score élevé. Lui-même ne cache pas sa pratique religieuse et sa proximité avec les valeurs défendues par l’Église.

Notre très grande surprise vient de la réduction du catholicisme faite par les analystes comme par François Fillon au discours sur la famille et à la morale sexuelle.

Pourtant la morale comme la personne humaine ne se divisent pas. Il n’y a pas d’un côté la morale privée, de l’autre la morale sociale, ce que rappelle sans cesse le pape François qui, fidèle à la doctrine catholique, place la dignité de la personne humaine au cœur du magistère pour défendre la vie certes mais aussi pour approcher les questions économiques et sociales : « L’homme (…) représente le cœur et l’âme de l’enseignement social catholique. Toute la doctrine sociale se déroule, en effet, à partir du principe qui affirme l’intangible dignité de la personne humaine » (Compendium de la doctrine sociale de l’Église, n. 107)

La doctrine sociale propose une vision de la société subordonnée à l’idée de la justice qui ne peut être satisfaite par le seul bon fonctionnement des marchés concurrentiels. François juge « grossière » et « naïve » la confiance que l’on accorde « aux mécanismes sacralisés du système économique dominant » (Evangelii gaudium, n.54). L’Église insiste sur la responsabilité des autorités politiques pour permettre à chacun d’être intégré dignement à la société : l’autorité « doit rendre accessible à chacun ce dont il a besoin pour mener une vie vraiment humaine : nourriture, vêtement, santé, travail, éducation et culture, information convenable, droit de fonder une famille, etc. » (Catéchisme de l’Église catholique, n. 1908). Cette intervention de l’État doit se faire dans le respect de l’action des corps intermédiaires (entreprises et syndicats). Autrement dit l’Église se prononce pour une économie aux finalités humaines et solidaires dont l’option préférentielle pour les pauvres est l’expression.

Le programme de François Fillon paraît bien éloigné de l’enseignement social de l’Église. Ses recommandations économiques très libérales ont conduit les commentateurs à le comparer avec raison à Margaret Thatcher : libéralisation plus poussée de l’économie grâce à la dérégulation des marchés, réduction draconienne de la dépense publique, baisse des impôts, remise en cause de la politique sociale avec la réduction de la redistribution à l’exclusion de la politique familiale, privatisation partielle de la politique de santé, augmentation du temps de travail, mépris affiché pour les partenaires sociaux.

Les soutiens catholiques de François Fillon ne semblent guère s’émouvoir de cette distance prise avec l’enseignement social. Les commentateurs politiques n’en disent rien. Église contre bourgeoisie, titrait l’un des livres d’Émile Poulat. Cela traduit-il une évolution sociologique du catholicisme français : intransigeant sur les mœurs - libéral en économie ? La revanche du catholicisme bourgeois ?

Bernard Laurent, économiste, auteur de L’enseignement social de l’Église et l’économie de marché. Janvier 2009, premier colloque de CPP



2007

Citation :
Dans une lecture économique de la Doctrine sociale de l'Eglise, Bernard Laurent avance l'idée que, depuis Léon XIII, l'Eglise perpétue son opposition à un libéralisme économique sans limites, au pouvoir démesuré du " tout marché ". L'Eglise ne se contente pas de livrer un enseignement moral - actualisé en fonction des problèmes rencontrés - qui vise à éclairer les chrétiens pour favoriser leur discernement face aux questions rencontrées dans le monde économique et social. Elle défend une conception de l'homme qui la conduit à critiquer la société moderne dominée par la sphère marchande. Cette réserve s'inscrit dans la perpétuation de la tradition intransigeante, celle d'un catholicisme en délicatesse avec le système de valeurs issu des Lumières, tradition à laquelle Jean-Paul II a donné un nouveau souffle. Le renouveau des thèses libérales, tout autant que la situation économique de crise, rend davantage recevable une parole anti-moderne, anti-libérale, soucieuse avant tout de l'homme.


cause chrétienne, cause toujours
et bois de l'eau bénite


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MessageSujet: Re: CAPITALISME et RELIGIONS, histoire et présent d'un mariage de raisons   Mar 26 Sep - 7:21


par ce petit voyage dans les rapports intimes du capitalisme et des religions, nous n'avons certes pas appris grand chose de nouveau. Cependant, nous avons pu noter qu'ils sont, à travers l'histoire et jusqu'à ce jour sans cesse reformulés, de divers ordres entremêlés : économique et social, politique, idéologique et culturel (sociétal)

en fait, tout se passe comme si leur fond de commerce était le même, exploiter la pauvreté, l'exploiter économiquement part besoin pour le profit, l'entretenir par la charité en lui distribuant les miettes, et l'exploiter idéologiquement :


« Si on ne crée pas de richesses, on ne peut que distribuer la pauvreté. »
Ettore Tedeschi, président de la banque du Vatican

« Il faut prendre l'argent chez les pauvres,
ils sont plus nombreux que les riches »

Alphonse Allais (1854-1905)



« Garde au sein du malheur l'espérance et la foi :
Tout pauvre peut trouver un plus pauvre que soi. »

Don Juan Manuel de Castille et de Leon (1282-1348)

alors on observera tous les degrés auxquels sont déclinés ces principes, des plus cyniques aux plus moralistes, du plus froid égoïsme au plus culpabilisé des gestes portés chez les bourgeois grands et petits et par la religion dans les rapports sociaux quotidiens

la compassion gauchiste, athée et laïque, dans les classes moyennes, n'en relève-t-elle pas ? Va savoir

se pencher sur les religions chrétiennes, en France, est aussi un bon moyen de relativiser les débats sur l'Islam, et de prendre la mesure du masque qu'il permet de poser sur des réalités bien de chez nous

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MessageSujet: Re: CAPITALISME et RELIGIONS, histoire et présent d'un mariage de raisons   Sam 30 Sep - 15:19


Christianisme contre capitalisme ?

Famille chrétienne 28/09/2017


Citation :
« On était prévenu depuis longtemps : “Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent”. De quel côté êtes-vous ? Pour ma part, de celui de mon prochain, comme de moi-même. » Journaliste et essayiste, Falk Van Gaver – qui a récemment perdu la foi – aborde dans cet ouvrage la question délicate de la relation entre le christianisme et l’économie.

À la question que pose le titre de son livre, il apporte une réponse sans ambiguïté : nous sommes appelés à une « radicale rupture » avec le capitalisme mondialisé. Injuste, la dynamique d’acquisition et d’accumulation des richesses s’oppose à la logique chrétienne de partage des ressources et du travail. Au-delà du refus assumé de l’hyper-puissance de l’argent, l’auteur nous conduit à une perspective plus large : insuffler une empreinte chrétienne à notre société. La question n’est pas de savoir si l’on est de droite ou de gauche. Le message de l’Évangile nous appelle à un esprit de pauvreté réelle, qui ne se cantonne pas au domaine de l’affect et du sentiment. Nous avons ordre de « remettre nos dettes », la première étant « envers notre prochain et le plus pauvre ».

Pour Falk Van Gaver, le libéralisme économique est inséparable du libéralisme moral, puisque les deux procèdent de la même logique d’arraisonnement du vivant. Contre cela, il propose « une véritable révolution systémique ». Cela passe par une conversion à l’écologie et aussi de l’écologie : il ne s’agit pas uniquement de la question environnementale, mais aussi d’« écologie humaine », que défend d’ailleurs le pape François. En mettant l’être humain à sa place, c’est-à-dire derrière la figure d’un Père créateur, l’écologie « intégrale » prône le respect de l’homme dans la nature, et de la nature dans l’homme.    

Citation :
« Aime ton prochain comme toi-même », nous dit l’Évangile. Cette maxime, notre monde l’a oubliée. Soumise à la finance, à la puissance du capitalisme et à l’oligarchie des traders, l’économie n’obéit plus qu’à une logique de rentabilité. Et nous n’obéissons plus qu’à l’économie.

Falk Van Gaver s’insurge contre un marché devenu fou et rappelle le premier devoir des chrétiens : protéger les pauvres. Des mouvements anarchistes du XIXe siècle, inspirés par Proudhon, à l’écologie chrétienne du XXIe, défendue par le pape François, en passant par la Théologie de la libération du xxe, dont un de ses illustres représentants, Óscar Romero, a été assassiné en pleine messe par des militaires, c’est l’histoire de la défense des opprimés qui nous est ici contée.

Un livre salutaire, qui sonne le branle-bas pour une humanité retrouvée. « Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent. » De quel côté êtes-vous ?

Journaliste, essayiste, diplômé de l’Institut d’Études politiques de Paris, Falk Van Gaver a notamment publié : Anarchrist : une histoire de l’anarchisme chrétien (2015)


Citation :
Anarchiste et chrétien ? Une équation impossible ?Habitués aux clichés tardifs du type « ni Dieu ni maître », nous avonsoublié que l'anarchisme, comme le premier socialisme d'ailleurs,doit au christianisme plus qu'à n'importe quelle autre doctrine ouphilosophie. Jacques de Guillebon et Falk van Gaver nous plongentici dans les eaux profondes de l'insoumission à l'ordre des hommes.Fleuve souterrain aux détours sinueux, l'anarchisme chrétien irriguedepuis deux siècles la vie politique et intellectuelle du monde. Loin du« catéchisme révolutionnaire » de Netchaïev, des bombes de Ravacholet des cavalcades de Makhno, tantôt orthodoxe et tantôt hérétique,cette anarchie religieuse fonde la pensée de la non-violence, inspireles arts modernes, engendre la critique conjuguée de l'État et dulibéralisme. Les anarchistes chrétiens furent les premiers à s'élevercontre un monde rapace livré à la technique. Pour eux, l'« ordre sansle pouvoir » est le dernier mot temporel des enfants de Dieu.

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MessageSujet: Re: CAPITALISME et RELIGIONS, histoire et présent d'un mariage de raisons   Sam 11 Nov - 10:24


nous voilà rassurés...

Catholiques et musulmans s’accordent sur leur conception du travail

Vincent de Féligonde La Croix 10/11/2017


Une rencontre à Marseille organisée par le Mouvement des cadres chrétiens (MCC), a permis de confronter les conceptions du travail dans le christianisme et l’islam. Et de formuler des propositions en vue du centenaire de l’organisation internationale du travail, en 2019.


Joseph Touvenel, vice-président de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC)
lors de la rencontre organisée à Marseille par le MCC / Dominique Faget/AFP

Citation :
« L’avenir du travail ». Dans la perspective de son centenaire en 2019, l’organisation internationale du travail (OIT), a lancé une large consultation dans diverses parties du monde afin de « vérifier la pertinence de ses textes constitutifs » au service de l’objectif des Nations unies de « travail décent pour tous ».

Elle a notamment sollicité le Mouvement chrétien des cadres et dirigeants (MCC).

L’association chrétienne organisait une rencontre, les 3 et 4 novembre, destinée à rechercher les « convergences des valeurs éthiques » au « cœur des cultures judéo-chrétiennes et musulmanes du tour de la Méditerranée, donnant dignité au travail, sens dans la vie et place dans la société ». Le lieu choisi était symbolique : la Villa Méditerranée, à côté du MuCem à Marseille, dont l’architecture veut signifier l’ouverture vers le sud.

« Le travail est bien plus qu’une marchandise »


« Ce qui nous rassemble, c’est la conviction que le travail est bien plus qu’une marchandise. Il joue un rôle essentiel de cohésion de la société » a souligné Cyril Cosmes, directeur de l’OIT pour la France. L’idée selon laquelle « il ne peut y avoir de paix universelle et durable sans justice sociale » a d’ailleurs présidé à la création, dans le cadre du Traité de Versailles, de ce qui est désormais la plus vieille organisation internationale, après la disparition de la société des nations (SDN).

L’originalité de l’OIT est sa structure tripartite, qui met les travailleurs, les employeurs et les gouvernements sur un pied d’égalité « en vue d’une action commune pour promouvoir les droits au travail, encourager la création d’emplois décents, développer la protection sociale et renforcer le dialogue social dans le domaine du travail ».

« L’expérience de chacun nourri la réflexion de tous »


La rencontre a réuni près de 150 participants. « L’expérience de chacun nourri la réflexion de tous, souligne Bruno Boulnois, responsable des activités internationales du MCC, et ancien cadre dans l’aéronautique. Face à cet avenir où tout est lié, il faut sortir du constat intellectuellement confortable dans lequel on se dit’changer le monde est hors de portée et se limiter à une goutte d’eau est sans effet’».

Parmi les propositions retenues, figurent l’idée de définir une forme de « label de l’OIT pour valoriser les entreprises qui respectent l’homme » et celles qui travaillent dans le sens de l’« économie circulaire » – la réutilisation des déchets –, mais aussi d’octroyer un « droit à la prévoyance et la retraite » ainsi qu’une « rémunération » pour les personnes qui effectuent un travail non marchand ou domestique.

« Le meilleur d’entre vous est celui qui est utile aux autres »

La rencontre a notamment permis de mettre en avant les parallèles dans le rapport au travail selon les traditions chrétiennes et musulmanes. « Le meilleur d’entre vous est celui qui est utile aux autres » a ainsi énoncé Moulay Youssef Alaoui, chef d’entreprise marocain, citant un hadith (parole prêtée au prophète de l’islam, Mohammed).

Au quotidien, l’entrepreneur utilise le concept de nya, autrement dit l’intention juste, celle qui permet de remettre le futur – et donc le résultat de son travail –– dans les mains de Dieu. Et donc de « lâcher prise », souligne-t-il.

Moulay Youssef Alaoui est l’un des membres fondateurs, le 15 octobre, de l’association Foi pour entreprendre, qui se donne pour objectif de mobiliser les entrepreneurs musulmans, chrétiens et juifs, pour « promouvoir une nouvelle économie plus humaniste ».

« Être au service et redonner du sens »

Joseph Touvenel, vice-président de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) va dans le même sens. « Travailler, c’est participer à l’œuvre commune. C’est à la fois se réaliser et créer du lien social : je travaille pour les autres et avec les autres », souligne-t-il.

Le discours n’est pas très différent chez Patricia Lormeau, présidente du MCC et cadre bancaire, qui rappelle la phrase de Jean-Paul II, selon lequel « les chrétiens doivent aider la grâce divine ». « Cela suppose de ne pas être dans une posture de pouvoir, mais être au service et redonner du sens », souligne-t-elle, tout en reconnaissant que « la segmentation du travail, la complexification des normes et les stratégies court-termistes des entreprises » rendent cette tâche de plus en plus difficile.

« Le premier lieu du dialogue interreligieux est celui du dialogue social »

« L’un des points clés sur lesquels nous nous retrouvons c’est que, comme croyants, nous aspirons à une cohérence entre une éthique et notre foi, et à témoigner de nos valeurs à tout moment et en tout lieu… y compris en entreprise », souligne pour sa part Anouar Kbibech, cadre supérieur chez SFR et président sortant du Conseil français du culte musulman.

Reprenant l’expression de Benoît XVI, le jésuite Pierre Martinot Lagarde, conseiller spécial auprès de l’OIT, en est persuadé : « Le premier lieu du dialogue interreligieux est celui du dialogue social ». Car, ajoute-t-il, « c’est celui de la fraternité ».

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MessageSujet: Re: CAPITALISME et RELIGIONS, histoire et présent d'un mariage de raisons   Dim 19 Nov - 8:47


la réforme de l'histoire

un papier qui vaut mieux par ce qu'il dit illustrant son titre que le parallèle douteux avec la période actuelle, si ce n'est, peut-être, le début de la constitution en classe économique et  idéologique de la bourgeoisie capitaliste et des signes de sa fin, de sa défaisance

« Le programme commença par la suppression de plusieurs jours de fête,
« des occasions de vice et de paresse », qui, particulièrement aux moments des moissons,
eut un effet immédiat sur la vie des villages »

Réforme anglaise, wikipédia

Ce capitalisme qui doit tout à La Réforme

Michel Santi CentPapiers 19 novembre 2017


Citation :
La Réforme a cinq siècles. Elle a transformé l’économie européenne et a largement contribué à la domination morale, culturelle et matérielle occidentale du monde. Son avènement fut en effet un authentique point de bascule pour le monde occidental dont l’enrichissement et le développement furent inversement proportionnels à l’influence d’une Eglise catholique sévèrement battue en brèche, en tous cas dans certaines régions très riches d’Europe. Nous, Occidentaux, devons énormément à ce puissant élan religieux – le Protestantisme – prônant son attachement inconditionnel aux écritures («Sola scriptura») ayant défié avec succès l’hégémonie – le monopole, dirait-on aujourd’hui – du catholicisme, et ayant accessoirement contribué de manière décisive à la sécularisation de notre société.

Toute puissante et extrêmement riche, l’Eglise devait subir une saignée de ses ressources qui passèrent progressivement sous le contrôle des dirigeants séculiers, et de ce que l’on qualifierait aujourd’hui de société civile. Les régions ayant opté pour le protestantisme furent donc les premières à bénéficier d’une croissance économique qui, dès 1517, fut redevable à une ré allocation du capital humain et matériel s’étant opéré au détriment des élites religieuses de l’époque. La théologie fut supplantée par le droit et la construction des Eglises par celle des palais, dans une lame de fond irrésistible qui devait faire glisser le pouvoir des mains du clergé à celles des responsables temporels.

La contestation par Luther du système pernicieux des indulgences et autres donations permit en outre de considérablement saper le monopole de l’Eglise catholique dès lors privée de revenus considérables mis à profit de manière nettement plus judicieuse par les consommateurs de religion qu’étaient les croyants, qui purent dès lors ré orienter leur consommation en faveur de l’ensemble du tissu économique. Cette nouvelle répartition des richesses – profitant jusque-là à la bureaucratie ecclésiastique – ne fut que le démarrage de cette considérable perte d’influence de l’Eglise dont le point culminant fut la fermeture progressive, dès 1517, de nombre de monastères situés dans les territoires touchés par La Réforme. Ces expropriations impliquèrent des sommes substantielles et décisives pour la croissance de l’économie de l’époque puisque le pouvoir spirituel était, par exemple en Allemagne, le plus grand propriétaire terrien.

Plus fondamental encore, les étudiants se détournèrent lentement mais sûrement de la théologie vers d’autres spécialisations et recherches qui profitèrent à l’essor matériel et social de l’ensemble de la société. Il y a cinq siècles, Martin Luther fut donc à l’origine d’un mouvement, certes religieux au départ, qui eut néanmoins un rôle essentiel dans la transformation économique et politique de l’Europe, voire du monde, car il permit à notre continent d’être le laboratoire du capitalisme.

Aujourd’hui, ce même capitalisme se fissure de toutes parts car il n’est plus capable de produire une croissance stable, tout au plus des épisodes mortifères jalonnés d’implosions de bulles spéculatives. Comme croissance ne rime avec travail honorable et correctement payé que pour une minorité, il n’est désormais plus possible de vivre sur l’illusion selon laquelle l’augmentation progressive de nos revenus nous autoriserait à vivre mieux que nos parents, et nos enfants mieux que nous. Et nous nous sommes rendus compte que la classe moyenne – pilier de nos démocraties modernes – croulait sous les coups de boutoir de dettes illégitimes contractées par les politiques pour maintenir la paix sociale, et prodiguées par la finance pour gonfler ses profits. Cette perception, de plus en plus répandue, selon laquelle le système est pourri parce que nombre d’entreprises et d’individus semblent au-dessus des lois ruine donc l’image du capitalisme qui est désormais en danger, car menacé par ceux-là même qui en profitent le plus, les capitalistes.

Alors, faut-il jeter le capitalisme avec la boue des capitalistes ? Celui-ci est-il seulement capable de se réformer, ou subira-t-il le même sort que l’Eglise catholique à l’époque de Luther ?

cela me rappelle la série romanesque de Robert Merle, de Fortune de France en 1977 à 2003, racontant les débuts de l’époque moderne et ses tourmentes religieuses.
Citation :
De la mort de François Ier en 1547 à l’édit de Nantes en 1599, de la Renaissance de Catherine de Médicis au règne de Louix XIV. la France s’enlise dans l’épreuve des guerres de Religion. C’est dans ce pays dévasté, en proie à la misère, au brigandage, à la peste, à la haine, que grandit le jeune Pierre de Siorac, rejeton d’une noble famille périgourdine et huguenote, héros et narrateur du roman.
au château, le père s'est convertit au protestantisme, mais le peuple alentour est resté attaché au saints du catholicisme, dont le culte fut interdit, supprimant leurs fêtes, ces "jours fériés" d'alors...

en somme, la suppression du Lundi de Pentecôte chômé n'est pas une première

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MessageSujet: Re: CAPITALISME et RELIGIONS, histoire et présent d'un mariage de raisons   Dim 14 Jan - 13:19


aux sources de l'anticommunisme secondaire du pape

Le père Gaston Fessard, cet auteur qui a inspiré le pape François
Kévin Boucaud-Victoire Aleteia 11 janvier 2018

Philosophe et théologien, le père Gaston Fessard a développé une philosophie de l’histoire chrétienne originale, grâce à laquelle il a su identifier les erreurs du nazisme et du communisme.

Dans un entretien accordé à la chaîne EWTN en décembre 2017, l’archevêque Christophe Pierre, nonce apostolique français aux États-Unis, explique que le père Gaston Fessard serait « le premier auteur important ayant contribué à sa formation [du pape François] ». L’occasion de se replonger dans la pensée de ce jésuite philosophe et résistant.



Citation :
Appel à la résistance sous l’occupation

Né en 1897, le père Gaston Fessard a été en novembre 1941 le rédacteur du premier numéro des Cahiers du Témoignage chrétien, fondé par prêtre le jésuite Pierre Chaillet, devenu par la suite Témoignage chrétien.  Sous-titré « France, prends garde de perdre ton âme », le journal appelle à s’opposer au nazisme et au régime de Vichy au nom des valeurs chrétiennes. Le jésuite s’inspire des écrits de Carl von Clausewitz, théoricien militaire et politique de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle. Selon ce dernier, il convient d’obéir au prince lorsqu’il reste souverain et agit au nom du bien commun, mais la résistance s’impose au « prince-esclave » dont la souveraineté est limitée et l’action dictée par l’occupant. Pour Fessard, le régime de Vichy est clairement un prince-esclave.



Il rédige à la même période Autorité et Bien commun, qu’il publie en 1944. Ce « petit chef-d’œuvre de réflexion politique », selon le père Frédéric Louzeau dans sa préface de la réédition de l’ouvrage en 2015 (Ad Solem), s’interroge sur l’avenir de notre société. « Vouloir de sa propre fin » et « médiatrice du Bien commun », l’autorité, qui est réalité multiple, a pour mission, selon le jésuite, de préserver le lien social. Si le Bien commun se définit comme l’amour. La bonne autorité est alors celle qui se donne cette dernière pour la fin, ce qui n’est pas le cas du régime de Vichy. Le père Gaston Fessard prend comme exemple l’autorité du maître, qui abolit la hiérarchie qui le sépare de son disciple, en le rendant aussi savant que lui. Le jésuite y affirme aussi la dialectique originale, inspirée par Hegel et saint Ignace de Loyola, qui accompagne le restant de son œuvre.


Trois dialectiques

Il retient les exercices spirituels du fondateur de la Compagnie de Jésus, qui se composent de médiations systématiques et progressives et représentent pour lui une grande élévation spirituelle. Chez le philosophe allemand, c’est sa dialectique du maître et de l’esclave (ME), méthode d’analyse permettant de comprendre comment l’opposition de deux contraires comme étant le moteur de l’histoire, qui l’intéresse. De ces deux réflexions, il formule deux nouvelles dialectiques : celle entre homme et femme (HF) et celle du païen et du juif (PJ), qui s’ajoutent à celle de Hegel. Selon lui ces trois dialectiques qu’il perçoit dans les lettres de l’apôtre Paul, sont fondamentales pour comprendre « les trois histoires » naturelle (HF), humaine (ME) et surnaturelle (PJ). Or, Jésus est celui qui a réconcilié ces trois dialectiques. Dans la lettre de Saint Paul aux Galates, l’apôtre explique ainsi : « Il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous vous êtes un en Jésus-Christ ».

Selon lui, ces trois dialectiques sont universelles, même si, comme le relève Ana Petrache dans Fessard, un chrétien de rite dialectique (éditions du cerf, 2017), la dialectique du païen et du juif est « le point central de son analyse sur le mystère de la société, car elle est capable de dépasser les deux autres ». Les identifier lui permet de renvoyer dos-à-dos deux idéologies, même s’il ne les mets pas exactement sur le même pied d’égalité, qui ont pu séduire les chrétiens de son époque : le nazisme et le communisme.

Des mises en garde et un appel à l’engagement chrétien

Ainsi, le nazisme serait le projet d’une société de maîtres, quand le communisme serait le projet d’une société d’esclaves. De même, « le nazisme par l’interdiction de tout commerce sexuel entre le peuple des maîtres et les nations d’esclaves tend à constituer celui-ci comme un Homme sans Femme, et d’autre part, la suppression de tout État, visée par la société sans classes, tend à constituer celle-ci comme une Femme sans Homme ». Enfin, comme le souligne Ana Petrache, le nazisme « réunit  l’idolâtrie païenne de la race, le culte païen de la nature et le sentiment de l’élection juive. La logique nazie arrive à la conclusion qu’il est impossible d’avoir deux peuples élus, d’où la nécessité d’exterminer le « faux » peuple élu. »

De même, « le communisme est l’idéologie qui unifie le millénarisme juif à l’idolâtrie de la classe, tout en gardant le sentiment de l’élection juive et le rationalisme de celui qui rejette Dieu pour se donner sa propre loi. » De manières symétriques, les deux idéologies, pour le père Gaston Fessard, se trompent sur la nature des choses et se condamnent à l’échec. Il met à nouveau en garde les catholiques vis-à-vis du communisme dans Chrétiens marxistes et théologie de la libération, qui paraît juste après sa mort en 1978 et développe la même argumentation. Des mises en garde qui se couplent avec un appel à l’engagement chrétien.



Citation :
Ce livre est l'analyse la plus fine et la plus complète de cette illusion qui porte tant de chrétiens aujourd'hui au-devant du marxisme, à partir des confusions d'un dialogue mal engagé, pour aboutir régulièrement à pervertir leur christianisme de façon radicale. Les degrés successifs, les paliers progressifs de cette métamorphose inconsciente d'une foi trop peu lucide en apostasie de fait sont marqués avec une sûreté, une précision singulières.

La troisième partie, en analysant la double transposition des notions chrétiennes d'abord dans Hegel, puis dans Marx, nous reconduit à l'origine première de la mystification dont sont victimes les innombrables Girardi de notre temps.

Le dernier chapitre (XII) établit comment tout cela n'est point du tout fortuit, puisque le Mensonge est le, produit naturel et inévitable de la "dialectique" marxiste.

Enfin, le père Gaston Fessard ne fait pas dans l’ « anti-communisme primaire », comme le relève le père Frédéric Louezau dans L’anthropologie sociale du père Gaston Fessard. Au contraire, pour lui, « la fracture entre l’Église et la société ouvrière » est due au rapprochement entre le catholicisme et « la bourgeoisie voltairienne et de Thiers ». D’après lui, les catholiques auraient fini par mettre de côté « les exigences de leur foi ». Il leur rapproche alors d’être « fascinés par la défense de l’ordre social, au point d’en oublier toute réforme efficace. » Pour contrer le marxisme, l’Église devrait, selon lui, retrouver l’esprit de L’Ere nouvelle, journal fondé en 1848 par l’économiste Charles de Coux, l’abbé Maret et Frédéric Ozanam, également fondateur de la Société de Saint-Vincent-de-Paul quelques années plus tard, pionnier du catholicisme social.

les catholiques peuvent se faire "sociaux", autrement dit réformistes, mais il y a une ligne à ne pas franchir, celle de l'abolition du capital. Si la religion est l'opium du peuple, l'Église est son dealer, la misère son fond de commerce

la religion est le syndicalisme de l'âme

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MessageSujet: Re: CAPITALISME et RELIGIONS, histoire et présent d'un mariage de raisons   Mar 16 Jan - 10:39


Jacques Fradin mène depuis 40 ans un minutieux travail de généalogie du capitalisme. Il y a presque trois ans, nous avions publié une série de vidéo intitulées Qu’est-ce que l’économie, cette nouvelle salve en est la suite logique, dans le sens d’un approfondissement. Le propos est rapide, dense et complexe tout autant qu’il est érudit, précieux et indispensable. Enregistrées à l’hiver 2016, ces 9 vidéos demandent de la patience et de la concentration, qualités nécessaires à tout bon lecteur de lundimatin. Cinquième épisode : Le concubinage notoire du christianisme institué et du despotisme économique


Citation :
Deuxième Série

La fusion économique du christianisme autoritaire
Épisode B : Le concubinage notoire du christianisme institué et du despotisme économique




Résurgence du christianisme politique de type franquiste.
Que peut signifier la définition de l’Europe par sa tradition chrétienne, lorsque l’Europe est un régime politique de despotisme économique ?

L’affirmation « simple » que l’économie est un système de contrôle des comportements, qu’il y a donc possibilité d’aliénation (possibilité de modification de la personnalité ou de fabrication de rôles sociaux, etc.), que l’économie déploie un ordre moral (du Travail par exemple), et que c’est cet ordre des comportements (déterminés, définis, normés) qui est essentiel (comme en témoigne la nécessaire « restauration » régulière de l’ordre moral), cette affirmation selon laquelle l’être humain n’est pas « naturellement » une « conscience pleine impénétrable » (thèse de la philosophie de la conscience, pensée comme indispensable pour assurer la liberté) cette affirmation est l’objet d’une guerre, guerre idéologique signalant bien l’enjeu religieux du contrôle des croyances.
De manière simpliste, il suffit de critiquer le mythème de « liberté du commerce » (où cette liberté normée, encadrée, est confondue machiavéliquement avec la « création démocratique » — il s’agit de la restriction des Droits Humains au seul droit de propriété et à la sécurité associée) pour retrouver le centre actif de l’économie : la surveillance, la sécurité, la propriété défendue militairement, l’autorité & l’obéissance, le despotisme économique (simple question de mise en jambes : pourquoi ne pas étendre aux entreprises la structure statutaire et parlementariste des universités, mais plutôt étendre aux universités le despotisme de la fabrique ?).

Sitôt, donc, que l’on comprend : éco-Nomie = fabrication des comportements disciplinés, réguliers — comme le Travail, l’objet de l’économie est la fabrication d’un type humain, le Travailleur discipliné, zélé, performant, etc. — nous pouvons comprendre que l’économie est fondée sur une morale autoritaire, constitue un ordre moral (de la mise au Travail, de la réaffirmation violente, sans cesse reprise, de la « valeur (du) Travail »).
Un ordre moral : ce qu’est évidemment une religion instituée en ordre politique.

Nous pouvons alors répondre facilement à la question : comment se fait-il qu’il y ait des régularités économiques, des régularités transformées idéologiquement en « lois naturelles », alors qu’il s’agit de régularités contingentes, aléatoires, statistiques, de « lois de répartition » ? Simplement parce qu’il y a des comportements disciplinés, surveillés, que les comportements sont rendus prévisibles, obéissants. Mais il n’y a pas de « lois » en soi, seulement des apparences de « lois » (lois statistiques exclusivement) qui sont les expressions (aléatoires) de la police des comportements.
C’est bien cela qui définit l’économie comme une religion : la prévisibilité moutonnière des habitudes conformées, le grand conformisme. Et, à l’envers, toute rupture de l’ordre régulier est anti-commerciale !

L’économie est la religion d’arrière tâche.
Son régime despotique quasi-théocratique a toujours cherché à piller les traditions les plus autoritaires des religions installées. Comme le christianisme patronal et de patronage.
Il s’agit toujours de conformer, de discipliner, de policer.
L’Europe se prétend une union de tradition chrétienne.
Et l’appel répété à cette tradition, le rappel de sa fonction normative, conformatrice et conservatrice, cet appel réprime, refoule et tente de forclore le plus grand conflit qui a clivé cette tradition (finalement non unitaire) et mené aux pires exactions.

Il n’y a pas une tradition chrétienne, mais, au moins, deux.
L’une mène du conservatisme au despotisme économique, le christianisme patronal de type franquiste. Et sert même à ressusciter ce fascisme glauque de type espagnol ; un “caudillisme” appuyé sur le christianisme noir.
L’autre prépare, depuis les origines gnostiques, au communisme.
Il est bien connu que le communisme est une possibilité révolutionnaire d’un certain christianisme ; et peut-être même un christianisme plus originaire.
Nommons cette forme : gnostique.
Le communisme gnostique (chrétien) est en guerre perpétuelle contre l’autoritarisme conservateur, l’autre christianisme des inquisiteurs et des redresseurs d’insensés (non rationnels).
Il n’y a pas de tradition chrétienne unique sur laquelle se fonder.
Puisqu’il y a, au moins, deux voies chrétiennes.
Deux voies hostiles et conflictuelles.
La grande guerre civile européenne est, encore, une guerre de religions : l’économie contre le communisme.
Nouvel aspect qui explique la violence de l’économie.
Violence à la limite armée et fasciste.
Lorsque l’Europe se revendique « de tradition chrétienne » (comme le Juncker “démocrate-chrétien” gouverneur d’un paradis fiscal), il s’agit évidemment de la pire tradition, celle des chasseurs d’hérétiques, celle des chasseurs de têtes, celle des chasseurs d’esclaves.
Et lorsque l’économie devient la religion, l’introjection du christianisme autoritaire, l’opposition à l’économie devient une hérésie, une désertion intolérable.
Hérésie, gnostique ou communiste, qu’il est nécessaire d’éradiquer en excommuniant puis exécutant les réfractaires, les scissionnistes.
Car il en va du bon fonctionnement, régulier et ronronnant, de l’économie.

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MessageSujet: Re: CAPITALISME et RELIGIONS, histoire et présent d'un mariage de raisons   Dim 11 Fév - 14:47


ce que montre surtout cette intervention du chef de l'État, c'est la nature intrinsèquement étatique du principe de la laïcité et l'instrumentalisation par l'État de la religion à la fin de préserver les deux

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MessageSujet: Re: CAPITALISME et RELIGIONS, histoire et présent d'un mariage de raisons   Dim 18 Fév - 13:26


L’entrepreneuriat islamique, entre religion et capitalisme
Pauline Compan Saphir News 8 Février 2011

Le tissu entrepreneurial des États du Maghreb et du Machrek évolue. Les structures économiques se modifient sous l’effet conjoint des transformations du capitalisme mondial et du renouveau de l’islam politique. Mais ces transformations prennent des formes bien différentes d’un pays à l’autre. Des chercheurs de Sciences Po-CERI ont mené plusieurs études auprès d’entrepreneurs des pays du monde musulman. L’islam devient ici « une stratégie puissante de construction de réseaux sociaux d’affaires ».


image ajoutée

Citation :
Le 2 février dernier se tenait le colloque « Transformations du capitalisme et émergence d'entrepreneurs islamiques » au centre de recherche du CERI de Sciences-Po Paris. L’occasion d’écouter des chercheurs de différents horizons exposant l'état de leurs recherches.

Pour ce colloque, Béatrice Hibou, l’organisatrice, avait choisi une approche comparative. Les chercheurs ont pris la parole chacun leur tour pour présenter leur champ d’étude. À l’honneur lors de cette conférence : les cas turc, marocain et iranien.

Turquie : les intérêts de la classe politique et ceux de la bourgeoisie capitaliste convergent

« L’islam politique n’a cessé de progresser en Turquie depuis le coup d’État militaire de septembre 1980. Le processus s’est accéléré avec l’arrivée au pouvoir de l’AKP (Parti pour la justice et le développement) en 2002. » Ayse Bugra est professeure d’économie politique à l’Université du Bosphore, à Istanbul. Elle constate l’émergence dans son pays d’une « bourgeoisie anatolienne » à la tête de grands groupes et qui entretient des relations étroites avec le pouvoir. « Aujourd’hui, il y a environ treize groupes d’entreprises en Turquie qui ont grandi avec le pouvoir de l’AKP. »

Cette nouvelle bourgeoisie s’est adaptée à des marchés compétitifs et mondialisés. Elle revendique aussi une identité religieuse marquée et proche de celle du parti au pouvoir.

Dans ce cas, l’islam devient compatible avec le capitalisme. Mais l’État joue un rôle central dans les affaires avec tous les problèmes de corruption et de monopole que cela peut entraîner. Par exemple, depuis 2002, la loi sur les procédures d’attribution des marchés publics a été remaniée 17 fois. Des changements dénoncés par l’opposition et la bourgeoisie « traditionnelle » qui craint pour ses privilèges.

Maroc : les entreprises du roi en position dominante

La société marocaine est plus difficile à analyser, car elle recouvre des situations très hétérogènes. La monarchie y est garante d’un certain type de religiosité et les entreprises du roi abusent de leur position dominante, sans que le débat soit clairement abordé (au niveau politique ou même dans les médias).

« Les entrepreneurs interrogés présentaient moins d’unicité que leurs homologues turcs », explique Irene Bono de l’université de Turin. « Ils se définissent eux-mêmes selon plusieurs catégories : pieux, conservateur, libéral… »

Cette diversité reflète un rapport complexe à la norme religieuse au sein de la société marocaine. Si le PJD (Parti de la justice et du développement) clame désormais se rapprocher de l’AKP turc et cherche à construire un « référentiel économique de l’islam », le parti Istiqlal (Parti de l'indépendance), quant à lui, considère toujours la religion comme accessoire, qui n’est pas centrale dans la dynamique économique.

La monétarisation des activités religieuses en Iran

« Ahmadinejad est ingénieur de formation. Il pourrait entrer dans la catégorie qui nous intéresse », plaisante Fariba Adelkhah, anthropologue et chercheuse à Sciences Po-CERI. Pour elle, la situation économique de l'Iran est un paradoxe.

La révolution de 1979 a mené les gardiens de la révolution au pouvoir, c’est un État chiite qui se réfère à l’islam. Les grandes réformes initiées par la révolution ont largement oublié le secteur économique. « Une grande partie du corpus de lois iraniennes datent d’avant la révolution, ce sont des lois dites "modernes" pour l’économie », rappelle Mme Adelkhah.

Les entreprises privées iraniennes respectent donc des lois inspirées du paradigme libéral en vogue dans les années 1970. Pourtant, le pouvoir en place avait tenté de réorganiser l’économie selon des préceptes islamiques. À titre d’exemple, en 1987, le Conseil de la raison d’État avait voté l’interdiction de licencier dans les entreprises iranienne. Mais lors de son arrivée au pouvoir, le président Ahmadinejad s’est empressé d’abolir cette réforme.

L’économie iranienne est donc mixte. Partagée entre des entreprises privées et de puissantes entreprises d’État, souvent positionnées sur des secteurs stratégiques. L’État gère, par exemple, à travers son ministère de la Culture, un large marché de 4 à 5 millions de clients chaque année. Il s’agit des entreprises qui organisent les pèlerinages pieux dans les pays voisins (Irak, Syrie, Arabie Saoudite). Un secteur lucratif et porteur, qui représente un aspect d’un entreprenariat « islamique ».

L’économie mondiale de marchés est désormais le référentiel commun auquel chaque État espère prendre part. Chaque pays du monde musulman invente ses propres codes pour tenter de concilier l’économie du pays et son histoire politique avec l’islam.

Entreprendre dans ces pays revient à se conformer à des orientations souvent étatiques et peut se trouver limiter par ce même État. Ainsi, certains acteurs choisissent désormais de se conformer à des préceptes dits « islamiques » dans le double but d’exister au sein de leur environnement économique et de construire les indispensables réseaux qui peuvent leur permettre de trouver les débouchés nécessaires pour écouler leurs produits.

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MessageSujet: Re: CAPITALISME et RELIGIONS, histoire et présent d'un mariage de raisons   Mar 27 Fév - 20:25


pérégrinations indouses d'un occidenté





Vive le Canada Dry !

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MessageSujet: Re: CAPITALISME et RELIGIONS, histoire et présent d'un mariage de raisons   Mar 10 Avr - 16:24


0:52, modifié


lundi, Macron drague la calotte



voir la presse
Macron devant les évêques de France

et jeudi la France d'en-bas
le JT a un public "plutôt âgé, populaire et rural" et forte audience
sans oublier le milieu centre-gauche, et les couches moyennes : Médiapart
bien joué !


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MessageSujet: Re: CAPITALISME et RELIGIONS, histoire et présent d'un mariage de raisons   Mer 27 Juin - 20:20


Emmanuel Macron à Rome :

« Nous avons anthropologiquement, ontologiquement, métaphysiquement besoin de la religion. »



le pape : « Mais pour qui qu'i' s'prend ?! »

anthropologiuement : encore faudrait-il que les anthropologues l'aient exprimé comme ça. Ce qui est un produit des sociétés humaines en construction n'est pas nécessairement un besoin inhérent à toute société humaine : essentialisme

ontologiquement : l'être, encore l'essence...

métaphysiquement : tautologie, la métaphysique, c'est justement la religion, avec ou sans dieu

Macron, accordons-lui sur le plan intellectuel et personnel, veut sans doute dire que nous avons besoin d'une dimension de plus que celle donnée par la raison, la science, le matérialisme vulgaire... Celle que nous appellons poétique, ou qu'on pourrait nommer le sacré, un sacré débarrassé de toute divinité, qu'elle soit céleste ou terrestre. Une poétique et une éthique communiste, pour la communauté humaine et du vivant

mais nous savons aussi que si Macron l'exprime ainsi en tant que chef de l'État du capitalisme français, c'est en toute connaissance des effets idéologiques et politiques, dans un combat pour la laïcité qui montre ici ses limites, puisqu'elle suppose un compromis entre l'État et les Églises, et dévoile au-delà des religions le besoin d'une religion de l'État et de la politique. Cette religion, c'est la citoyenneté, doublée en France de la laïcité

ici, nous croyons à l'infini d'une démarche matérialiste

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MessageSujet: Re: CAPITALISME et RELIGIONS, histoire et présent d'un mariage de raisons   Jeu 9 Aoû - 17:05


puis exploiter ne fut pas un péché

un article de 2014

Le capitalisme, divin enfant du christianisme
Philippe Simonnot Le Monde des religions 29/04/2014

En complément de notre dossier "Dieu et l’argent", voici la version intégrale de l’article de Philippe Simonnot, spécialiste des rapports entre l’économie et la religion.


Citation :
Des trois grandes religions issues de la Bible, le judaïsme, le christianisme  et l’islam, laquelle est la plus proche du capitalisme ? Des siècles d’antisémitisme ont appris aux générations précédentes que c’était le judaïsme. Un sociologue allemand de renom, Werner Sombart, a même écrit un livre entier sur ce sujet (1). Le prophète de l’islam, quant à lui, a d’abord été un marchand, et les caravaniers qu’il envoyait en mission n’avaient de leçons à recevoir de personne en matière économique. Le christianisme, pour sa part, a semblé longtemps le plus éloigné de la sphère marchande avec cette célèbre parole du Christ : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu » (2). Certes, Max Weber, dans son illustrissime essai (3), a montré qu’une certaine branche du christianisme, issue de la Réforme, n’était pas tout-à-fait étrangère aux choses de l’argent, mais, par son succès même, L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme a empêché de voir les relations profondes et anciennes, bien antérieures à Luther, qui se sont nouées entre christianisme et capitalisme. D’une certaine manière, Weber a blanchi l’argent des autres branches du christianisme et fait oublier que l'Église, pendant des siècles, avait été la première puissance capitaliste du monde. Surtout, à rebours du sociologue allemand, on peut prétendre que sans le christianisme tout court, il n’y aurait pas eu de capitalisme. Cette face cachée, ou déniée, de la religion chrétienne, nous voudrions ici la mettre en lumière.

Le Code napoléonien redécouvre le droit romain


Commençons par cette évidence : il n’y a pas de capitalisme sans capital et il n’y a pas de capital sans appropriation et donc sans droit de propriété.

La Rome antique avait institué les trois composants de ce droit fondamental : l’usus (jouir de sa propriété), le fructus (pouvoir en tirer un revenu ou un intérêt), l’abusus (pouvoir le donner ou le vendre). Mais cet enseignement s’est perdu avec la chute de l’empire romain d’Occident, laquelle a plongé l’Europe pendant  plusieurs siècles dans un profond marasme économique et démographique.

On date en général du XVIIIe siècle la redécouverte d’un droit de propriété à la romaine. L’idée répandue par les théoriciens de l’École du droit naturel (4),  à la grande époque des Lumières, est que la propriété constitue la mise en œuvre d’un droit inné de l’homme sur les choses qui l’entourent. L’aboutissement le plus évident et le plus célèbre de cette réinvention a été le Code civil napoléonien, qui consacre en effet les trois composants du droit de propriété et a permis à la bourgeoisie de prendre son essor, en France et dans tous les pays où ce code s’est implanté. Le Code s’inspirait de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, et notamment de son article II : « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression. »

En fait, la novation en question pourrait bien être le réaménagement d’éléments empruntés à la théorie de la propriété développée par les théologiens de la fin du Moyen-Âge. Le droit de propriété du Code civil, qui parait tiré directement du droit romain – et l’on sait la passion de la Révolution et de l’Empire pour l’Antiquité romaine –,  serait en fait  la version laïcisée d’une construction dont le premier modèle se trouve chez les penseurs de l'Église (5). Chassez la religion par la porte, elle revient par la fenêtre – surtout quand il s’agit d’argent !

Une mission confiée à Dieu par l’homme

Encore aux IVe et Ve siècles, aux yeux des Pères de l’Église, l’appropriation privée est une usurpation et vient détruire un état originaire qui ignorait le tien et le mien. Cette propriété privée, enseignent-ils, ne sépare pas seulement les hommes entre eux ; elle les sépare également de Dieu en faisant disparaître cet état premier où rien n’était à personne parce que tout était à Dieu. À la rigueur, comme dans le judaïsme ancien et dans l’islam primitif, pouvait-on concevoir un droit de propriété limité à l’usus, et, qui plus est, limité par les nécessités de l'État ou du bien commun. Mais certainement pas ce droit de propriété, plus absolu encore que celui du droit romain, que des théologiens chrétiens, du XIe  au XIIIe siècle, allaient inventer.

Ces théologiens, pour asseoir un droit de propriété complet et absolu, vont remonter non pas à La loi des douze tables, (450 avant J.-C.),  matrice du droit romain, mais bien au-delà, jusqu’à… Adam, notre père à tous. La Bible nous enseigne en effet que le premier homme est « maître du monde »,  par la volonté de Dieu (6). Le premier homme est donc  intronisé par Dieu comme son ministre sur la terre, et donc pouvant exercer un droit de propriété sur l’ensemble de l’univers, et pas seulement sur ce petit morceau que constitue la Terre promise au peuple hébreu. Les théoriciens modernes du droit naturel auraient ainsi retrouvé, sans s’en rendre compte, ce qui pour les théologiens était, non plus un droit naturel, mais une sorte de mission confiée par Dieu à l’homme.

La première trace d’un tel travail sur la Bible se trouve chez Hugues de Saint Victor (1096-1141), et Alexandre de Halès (1180-1245). Ces deux éminents théologiens rappellent que l’homme est supérieur aux autres créatures et que le pouvoir de domination qu’il exerce sur elles est nécessaire à l’ordre et à la beauté de l’univers voulus par Dieu, malgré le péché originel.

Ainsi, le droit de propriété est d’origine divine

Vient ensuite le dominicain Thomas d’Aquin (1225-1274), qui perfectionne la doctrine. Pour le Docteur angélique, le domaine de l’homme, à cause du péché originel, n’a plus sa perfection première : il va désormais répondre aux seuls besoins humains. Du même coup, l’homme peut faire que les choses lui soient  utiles (7).  

Un pas supplémentaire va être franchi par un certain Jacques Duèze (1244-1334). Issu d'une famille de la bourgeoisie aisée de Cahors, il devient pape en 1316 sous le nom de Jean XXII. Il est le deuxième à régner à Avignon, devenue résidence pontificale. Ce génial administrateur de la fiscalité pontificale (Cool  va prendre le contre-pied d’une doctrine très dangereuse pour les gens d’argent qui se développe à l’époque. Il s’agit de la doctrine des franciscains, disciples du « petit frère des pauvres » (9) , qui se prétendent étrangers à toute forme de propriété. Le domaine des choses temporelles, leur répond Jean XXII, n’a pu être donné aux hommes que par celui qui pouvait donner. Or, Dieu seul a la capacité de donner une chose celui à qui elle appartient. Puisque il n’est pas douteux que Dieu soit le dominus, le propriétaire de l’univers, il n’est pas non plus douteux que le domaine des choses ait été introduit par la volonté divine. Le domaine humain n’a donc pas été introduit par le droit humain, mais, ainsi que l’affirme l’Écriture, par  droit divin. Le droit de propriété est donc d’origine divine. D’où son caractère absolu – justement ce dont a besoin le capitalisme !

L’invention du Purgatoire…

Pour donner toute sa force au nouveau droit de propriété absolu encore dans l’enfance, et notamment au fructus, il fallait encore renverser le tabou de l’usure entravant le commerce de l’argent aussi bien chez les juifs que chez les musulmans et les chrétiens. Ce fut chose faite par le truchement de l’invention du… Purgatoire !  

Jusqu’au XIIIe siècle, l’au-delà de la mort était divisé en deux parties distinctes et opposées : le Paradis et l’Enfer. Cette division avait  l’inconvénient de n’établir aucune proportionnalité entre le péché et la sentence. À mesure que le christianisme pousse ses racines plus profondément dans la société, il lui faut un système moins rudimentaire pour gouverner les âmes. Ainsi devait apparaître, dans le courant du XIIe  siècle, un nouveau type de péché, le péché véniel - qui signifie digne de pardon - distingué du péché mortel. Ensuite, on établira que si les pécheurs, au moment de mourir, ne sont plus chargés que de péchés véniels, ils ne sont pas condamnés à perpétuité, mais à un temps limité de supplice dans un lieu fait pour purger les fautes, le Purgatoire. Les morts qui allaient dans ce lieu bénéficient ainsi d’un supplément de biographie ! Surtout, ils sont sûrs qu’au sortir de leurs épreuves purifiantes, ils seront sauvés. Car le Purgatoire n’a qu’une porte de sortie, celle qui ouvre sur le Paradis.

... ou petits arrangements avec les morts

La durée du séjour dans les flammes purgatives ne dépend pas seulement du nombre et de la gravité des péchés du mort, mais aussi de l’affection de ses proches - laquelle se manifeste par des prières et par des offrandes, une occasion supplémentaire pour l’Église de recevoir dons et legs.

Pour que les usuriers évitent la damnation de l’Enfer, ne restait plus à faire de leur faute  un péché seulement véniel.  Pour cela, le taux d’intérêt doit être modéré, donc ne pas dépasser un certain plafond considéré comme « usuraire ». Ensuite on a trouvé des excuses à la perception d’un intérêt. On a considéré que le prêteur, s’il n’est pas remboursé à la date prévue, encourt un dommage que l’on peut indemniser par un intérêt. Ou encore, plus subtilement, que le prêteur, en se séparant de cette partie de son capital, a été empêché de consacrer cet argent à un placement peut-être plus avantageux (10). Enfin, on a estimé que le prêteur encourt le risque de n’être pas remboursé soit à cause de l’insolvabilité du débiteur, soit à cause de sa mauvaise foi.

Cette notion capitale est étendue de l’activité du prêteur à celui du marchand par un génie méconnu de l’époque, le franciscain Pierre de Jean Olivi (1248-1298). Grand rival de Thomas d’Aquin, persécuté par les autorités ecclésiastiques de son temps, il fut l’objet après sa mort d’une véritable dévotion populaire. Pour y mettre fin, son corps fut sorti de terre pour être réduit en cendres, sa tombe elle-même fut détruite...

Le capitalisme alors libéré de la religion

Olivi annonçait les temps nouveaux. Pour lui,  en effet, le marchand a droit à une récompense non seulement par les risques d’entreprise qu’il court, mais encore parce qu’il montre sa capacité à évaluer et à maîtriser les dangers que comporte la pratique commerciale. Le négociant peut donc vendre sa marchandise à un prix plus élevé que celui auquel il l’a achetée parce qu’il a une fonction utile à la collectivité et parce qu’il court des risques. En ce qui concerne les opérations de crédit, elles échappent à la condamnation de l’usure si elles sont faites en fonction d’opérations commerciales utiles à la collectivité.

La brèche béante qui est ouverte ici ne se refermera plus. La première apparition connue d’un contrat d’assurance date de 1287, sous la forme d’un acte notarié rédigé par un notaire de Palerme. Par la suite, son usage allait se répandre, favorisant l’exploitation des mécanismes du marché pour le partage des risques.

Dès lors le capitalisme, libéré des chaînes religieuses par les religieux eux-mêmes, put prospérer, dévorer ses propres géniteurs et partir à la conquête du monde entier. Nous vivons les moments ultimes de ce triomphe planétaire.

Note sur l’auteur

Docteur en sciences économiques, Philippe Simonnot a consacré une partie de son œuvre aux rapports entre l’économie et la religion. D’où plusieurs ouvrages :   Les papes, l’Eglise et l’argent, Histoire économique du christianisme des origines à nos jours (Bayard),   Homo sportivus, Capitalisme, sport et religion (Gallimard), Le marché de Dieu, Économie du judaïsme, du christianisme et de l’islam. En avril 2007, il crée le site www.observatoiredesreligions.fr .



(1) Les Juifs et la vie économique, traduit de l'allemand avec l'autorisation de l'auteur, par le docteur S. Jankélévitch, Paris, Payot, 1923.
(2) Marc 10, 17-30. Citons encore : « On ne peut servir deux maîtres, Dieu et Mammon », Matthieu 6,24 ; « Heureux les pauvres en esprit », Matthieu 5,3. Sans oublier le Christ chassant à coups de fouet  les marchands du Temple, Jean 2, 13-22.
(3) L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme, précédé de Remarque préliminaire au recueil d'études de sociologie de la religion, et suivi de Les Sectes protestantes et l'esprit du capitalisme / trad. de l'allemand, introd. et notes par Isabelle Kalinowski, Flammarion, 2000
(4) Ecole qui tire le droit de la « nature » de l’homme, opposée à l’École positiviste qui fait du droit une création d’une autorité (Dieu, l'Etat), pour le dire succinctement.
(5) Origines théologiques du concept moderne de propriété, Marie-France Renoux-Zagamé, Genève ; Paris : Droz, 1987.
(6) « Dieu dit :“Faisons l’homme à notre image, comme notre ressemblance, et qu’ils dominent sur les poissons, de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre.” Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa. Dieu les bénit et leur dit : “Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la ; dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre.” Dieu dit : “Je vous donne toutes les herbes portant semence, qui sont sur toute la surface de la terre, et tous les arbres qui ont des fruits portant semence : ce sera votre nourriture.” » (Genèse 1, 26-30)
(7) L’économiste n’en demandera pas plus quand, au XVIIIe siècle, il cherchera à fonder le concept d’utilité.
(Cool Les Papes, l’Église et l’argent, Philippe Simonnot, Bayard 2005.
(9) Il s’agit bien sûr de saint François d’Assise. Ce nouveau « Christ » (il portait les stigmates du Crucifié à la fin de sa vie) aurait pu mettre en danger l’autorité du pape et devenir hérétique. Il a fait au contraire acte de soumission.
(10) Ce que l’on appelle dans la littérature économique contemporaine un coût d’opportunité.

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MessageSujet: Re: CAPITALISME et RELIGIONS, histoire et présent d'un mariage de raisons   

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CAPITALISME et RELIGIONS, histoire et présent d'un mariage de raisons
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