PATLOTCH / COMMUNISME / un ART de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES, ÉCOLOGISTES... et POÉTIQUES !
 
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 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes

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PEUTÊTRE



Messages : 298
Date d'inscription : 21/12/2017

MessageSujet: Re: 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes   Jeu 8 Mar - 17:34


un cheminement théorique proche du nôtre

"penser dans son mouvement même l’émergence
de nouveaux sujets révolutionnaires, nécessairement pluriels
"

nous avions déjà cité ce n° de Réfractions, mais pas le texte anarcho-marxiste qui suit, de 2010. Il arrive un peu tardivement par rapport à notre construction théorique, mais l'on verra qu'en plusieurs points il la rejoint. Nous faisons quelques remarques dans le texte, et nous y reviendrons éventuellement. De quoi se sentir moins seul...

je souligne en gras
Citation :
Un concept kitsch

Dans la tradition marxiste, qui passe pour celle dans laquelle elle a été forgée, la notion de sujet révolutionnaire repose sur un double implicite: qu’une société donnée est vouée à connaître une transformation révolutionnaire, et que cette transformation aura pour moteur un sujet qu’il y aurait lieu d’identifier comme tel. Dans ce même cadre, ces deux implicites sont à leur tour lourds de plusieurs présupposés, notamment en matière de philosophie de l’histoire : le devenir historique serait orienté vers une certaine fin, dont l’accomplissement constituerait la mission d’un sujet particulier, peut-être en raison de certaines propriétés qu’il tiendrait de son essence ou des circonstances historiques et sociales dans lesquelles il se trouve plongé.

Dans cet article, je parlerai peu des problèmes que soulève la notion marxiste de sujet révolutionnaire en tant qu’elle a partie liée avec une philosophie de l’histoire1 et des questions qui en découlent, touchant aux rapports entre classe et conscience de classe ou entre classe et parti de classe (questions qui ne peuvent manquer de surgir dès lors qu’on se demande si le sujet révolutionnaire, identifié comme une classe sociale particulière, est spontanément conscient de la mission qui lui échoit, ou bien si cette conscience lui est apportée comme du dehors par une avant-garde éclairée), bien que ces problèmes et ces questions aient un intérêt évident, tant du point de vue de l’histoire des mouvements révolutionnaires que d’un point de vue pratique immédiat.

Je souhaite plutôt interroger d’une manière critique la démarche qui transparaît dans les tentatives qui ont scandé l’histoire du marxisme dans ses efforts pour identifier ce sujet révolutionnaire tout en en construisant le concept, et en tirer quelques enseignements sur les résurgences actuelles de la thématique du sujet révolutionnaire, avant de conclure sur les pratiques politiques qui ont pu être associées à cette recherche du sujet révolutionnaire et sur les critiques dont elles sont susceptibles. En somme, avant de se demander si le sujet révolutionnaire, c’est le prolétariat (et dès lors de se demander ce qu’il faut entendre par là), ou la classe ouvrière, ou l’ensemble des personnes qui sont soumises au salariat, etc., il me semble important d’interroger la démarche même consistant à repérer un sujet révolutionnaire dans l’histoire. Le choix du marxisme comme terrain d’investigation n’est pas le fruit du hasard puisque c’est dans cette tradition de pensée que le concept a été, sinon forgé, du moins popularisé.

1. Je renvoie sur ce point à l’article de Daniel Colson dans ce même numéro.

Ce n’est donc pas à la quête du sujet révolutionnaire que je souhaite me livrer pour commencer, mais plutôt à une enquête sur la construction de la notion, et de la problématique qu’elle véhicule, dans l’histoire du marxisme – ce qui n’est pas nécessairement chose plus évidente.

Comme on va le voir, les auteurs qui sont réputés avoir conceptualisé la notion de sujet révolutionnaire (à commencer par Marx lui-même, mais aussi Lukács et Lénine) n’emploient pas ce syntagme, et ceux qui l’emploient (par exemple Marcuse) le font avec des guillemets, soit par réticence à employer une formule qui risque de réifier une réalité nécessairement mobile, soit tout simplement parce qu’ils considèrent que le terme est bien connu et fait référence à quelque chose dans l’histoire du marxisme. On trouve toutefois cette notion expressément revendiquée dans la période contemporaine par trois auteurs qui semblent incarner l’actualité du marxisme : Toni Negri, qui identifie la multitude à un nouveau sujet révolutionnaire2, Slavoj Zizek, qui tente d’allier une réactivation de la notion de sujet révolutionnaire à une réflexion d’orientation plus psychanalytique (lacanienne) sur une crise actuelle du sujet en général3, et Alain Badiou qui, depuis le début des années 1980 4, n’a cessé de penser la possibilité qu’émerge un sujet révolutionnaire à partir d’une situation donnée (qualifiée comme événement).

2. Outre Empire, coécrit avec Michael Hardt, Paris, UGE, 2004, on consultera l’entretien accordé à l’hebdomadaire Politis, n° 822 et 823, sous le titre « La multitude, nouveau sujet révolutionnaire».


Je soutiendrai dans cet article l’hypothèse suivante : le concept de sujet révolutionnaire tel qu’il a été élaboré dans
l’histoire du marxisme constitue aujourd’hui un concept kitsch, si l’on entend par là un concept formaté à partir d’une réception qui est étrangère à l’activité à laquelle elle se réfère pourtant, un concept philosophiquement surchargé et qui représente un substitut à une conception indexée sur une véritable pratique
[c'est en gros ce que je nomme en l'idéalisme de la méthode, fondé sur une certitude, croyance non interrogée]. Pour reprendre une formule forgée par Thomas Bernhard dans Maîtres anciens à propos de la philosophie de Heidegger, la notion de sujet révolutionnaire ne représenterait rien d’autre que la kitschification5 philosophique de la révolution. Mais ce processus de transformation en objet kitsch n’est lui-même pas dénué de signification.

3. Voir notamment Le sujet qui fâche, Paris, Flammarion, 2007.
4. Voir en particulier Théorie du sujet, Paris, Seuil, 1982 et Logique des mondes, Paris, Seuil, 2006.
5. Thomas Bernhard, Maîtres anciens, Paris, trad. Gilberte Lambrichs, Folio Gallimard, 1999, p. 74 : « Heidegger […] a kitschifié la philosophie».


En effet, on ne parle jamais tant du sujet révolutionnaire que lorsqu’on pense l’avoir perdu [on ne pense pas, on l'a perdu dans la disparition de l'identité ouvrière, la déconstitution du prolétariat universel comme sujet dans la restructuration globale/mondiale du capital] : il semble devoir n’être évoqué que comme le grand disparu à la recherche duquel on part. Le concept de sujet révolutionnaire pourrait ainsi apparaître comme le concept d’intellectuels révolutionnaires appartenant à des époques et à des aires géographiques qui semblent avoir été désertées par toute perspective – d’où la tentative de repérer dans l’état de choses actuel les éléments qui pourraient en effectuer la dissolution. Cela permet, à mon avis, de rendre compte de l’apparition tardive de la notion de sujet révolutionnaire, au moment précisément où, dans les sociétés occidentales, des intellectuels révolutionnaires s’interrogent sur la possibilité d’un retour de la révolution. Les relectures de Marx à la lumière de la conjoncture actuelle sont de ce point de vue très éclairantes : il n’est pas anodin, par exemple, de plaquer la notion de sujet révolutionnaire sur le Manifeste communiste 150 ans après sa parution (bien entendu à propos du rôle historique du prolétariat), en s’interrogeant en même temps sur le moment de crise du sujet révolutionnaire6. Enquêter sur la construction du concept de sujet révolutionnaire dans l’histoire du marxisme, ce n’est peut-être rien d’autre qu’enquêter sur un symptôme de la décomposition du marxisme [on peut le dire comme ça, du fait de la sclérose théorique ou de la pente réformiste de la plupart de ses courants] : la recherche, en tous points misérable, du sujet révolutionnaire par des intellectuels intégrés devenus étrangers à tout processus révolutionnaire et qui ne se rapportent à ce dernier que par l’intermédiaire de sa représentation réifiée.

6. Je songe ici à l’article de Marco Aurélio Garcia, «Le Manifeste et la refondation du communisme», dans l’ouvrage collectif Le Manifeste Communiste aujourd’hui, Paris, Éditions de l’Atelier, 1998, p. 79-92.

L’une des spécificités de la notion de sujet révolutionnaire telle qu’elle a été discutée et élaborée dans l’histoire du marxisme, c’est qu’elle ne cesse d’être construite à partir de références marxiennes, sans pour autant se trouver dans quelque texte de Marx que ce soit. C’est pourtant chez ce dernier que les théoriciens du sujet révolutionnaire, jusqu’aux plus récents, ont tenté de trouver une légitimation à leur quête – ce qui apparaît comme caractéristique de l’histoire du marxisme en général, où l’une des principaux enjeux des discussions entre chapelles consiste à se disputer la référence à Marx. Dans cette quête, plusieurs textes sont mis à contribution – comme si, en l’absence de l’expression, la chose du moins pouvait néanmoins s’y trouver. J’en retiendrai deux: l’Introduction à la Critique du droit public hégélien, rédigée par Marx au tournant des années 1843-1844 et publiée dans l’unique numéro des Annales francoallemandes en février 18447, et le Manifeste communiste de 1848.

7. Je cite ce texte dans la traduction d’Albert Baraquin in Marx, Critique du droit politique hégélien, Paris, Éd. Sociales, 1975, p. 197-212.

Le premier de ces deux textes est resté célèbre parce qu’on y trouve la première référence marxienne positive au prolétariat. Il est en outre important parce qu’il est longtemps demeuré le seul texte du jeune Marx auquel pouvaient avoir accès ceux que l’on considère comme les principaux élaborateurs de la problématique du sujet révolutionnaire dans la tradition marxiste.

C’est le cas en particulier d’Histoire et conscience de classe de Lukács, ouvrage antérieur (1922) à la redécouverte des Manuscrits de 1844 et de L’idéologie allemande (1932), mais qui est incontestablement nourri d’une confrontation avec les problématiques esquissées dans ce texte de Marx et fortement empreintes d’hégélianisme. L’une des questions que n’ont pas manqué de soulever les commentateurs a consisté à interroger la référence marxienne qui sous-tend l’une des distinctions centrales qu’on trouve chez Lukács : la distinction entre classe ouvrière et prolétariat, qui correspond à l’écart entre une catégorie sociale objective et un sujet révolutionnaire conscient de soi, le mouvement de l’un à l’autre désignant à proprement parler la conscience de classe8. Mais ce qui vaut pour Marx vaut aussi pour Histoire et conscience de classe de Lukács, où l’expression «sujet révolutionnaire» ne se trouve pas davantage, ce qui n’empêche pas les commentateurs de l’y commenter.

8. Voir notamment l’ouvrage du futur sénateur socialiste Henri Weber, alors l’un des dirigeants de la Ligue Communiste Révolutionnaire, Marxisme et conscience de classe, Paris, 1975.

Marx et les classes révolutionnaires

Je souhaiterais à présent examiner ce qui dans les deux textes de Marx a pu donner lieu à une conceptualisation d’un sujet révolutionnaire, mais aussi éventuellement ce qui y résiste et ce qu’on peut en penser. Soit d’abord le texte de 1843-1844, Critique du droit public hégélien. Introduction. Lorsqu’il rédige ce texte, Marx ne s’est pas encore déclaré communiste et il n’est pas non plus en possession d’une quelconque critique de l’économie politique. De fait, bien que ce texte contienne certaines des formules les plus célèbres de Marx (la religion est l’opium du peuple, l’arme de la critique ne peut remplacer la critique des armes) et bien qu’il ait été mis à contribution par tout un courant marxiste hétérodoxe (on songe notamment à l’usage que les situationnistes ont pu faire de la conceptualisation des rapports entre théorie et pratique que propose ce texte), il n’y est fait mention des classes sociales que très tardivement, et du prolétariat lui-même que dans la dernière page.

Le contexte de cette intronisation du prolétariat dans la réflexion de Marx est le suivant : Marx s’interroge dans l’Introduction
sur les conditions auxquelles une révolution est possible en Allemagne. Le texte contient d’ailleurs certaines des formules les plus dures de la gauche hégélienne sur le marasme politique allemand, vécu comme un sempiternel retard sur l’agitation révolutionnaire permanente qui est réputée régner en France. Ce retard, qui implique que la France soit capable de faire des révolutions politiques, est aussi ce qui justifie pour Marx l’espoir d’une révolution beaucoup plus radicale en Allemagne, une révolution qui serait davantage qu’une révolution politique et qui s’enracinerait dans la manière même dont les besoins fondamentaux des hommes sont (ou bien plutôt ne sont pas) satisfaits. Marx explique ainsi qu’une révolution simplement politique consiste en ceci: « une classe déterminée entreprend, à partir de sa situation particulière, l’émancipation générale de la société », ce qui implique également qu’une autre classe sociale personnifie l’abjection sociale. L’archétype d’une révolution de ce genre est fourni par la Révolution française, où la bourgeoisie est parvenue à entraîner le reste de la société en utilisant le clergé et la noblesse comme repoussoirs. Or une telle révolution, limitée à l’action politique d’une classe déterminée, n’est pas possible en Allemagne en raison de l’étroitesse de vues de la bourgeoisie. En France, un processus d’universalisation par étapes de la révolution à partir d’une situation sociale particulière est possible, parce que toute classe sociale ne prend conscience d’elle-même qu’en se représentant ses propres besoins comme des besoins universels. En Allemagne au contraire, cette même dialectique de l’universel et du particulier produit cette conséquence que la «liberté totale» ne peut naître que de l’impossibilité d’une libération par étapes. La révolution allemande ne peut naître, de ce fait, que de « la formation d’une classe sociale aux chaînes radicales, d’une classe de la société civile qui ne soit pas une classe de la société civile, d’un état social qui soit la dissolution de tous les états sociaux, d’une sphère qui possède un caractère d’universalité par l’universalité de ses souffrances, […] d’une sphère enfin qui ne puisse s’émanciper sans s’émanciper de toutes les autres sphères de la société et sans émanciper de ce fait toutes les autres sphères de la société. » Et Marx conclut: « cette dissolution de la société réalisée dans un état social particulier, c’est le prolétariat »9.

Dans l’horizon d’une enquête généalogique sur les origines de la thématique marxiste du sujet révolutionnaire, le texte
de Marx appelle trois séries de remarques.

La première est attenante au contexte étroitement allemand des déclarations que ce texte contient. Il ne s’agit pas de désigner d’une manière universelle un sujet révolutionnaire, mais de penser à quelles conditions sociales et politiques une révolution est possible dans l’Allemagne du milieu des années 1840, la réponse de Marx consistant à dire qu’une telle révolution ne peut venir que de cette classe (ou non-classe) en formation que constitue le prolétariat. S’il faut chercher sous la plume du jeune Marx une théorie plus générale de la révolution, elle vaut pour les révolutions politiques, dont la Révolution française fournit l’archétype :
une classe parvient à faire représenter ses propres intérêts pour des intérêts universels
.

Une deuxième série de remarques consiste à souligner la grande indécision de ce qu’il faut mettre sous la notion de prolétariat : tout au plus Marx précise-t-il que ce dernier est le résultat d’un processus de paupérisation lié au développement industriel. En somme, le prolétariat, c’est une classe sociale paupérisée en raison de facteurs artificiels et non naturels.

Mais une troisième série de remarques doit alors nécessairement souligner qu’en dépit de l’imprécision de la référence, la notion de prolétariat désigne avant tout une catégorie objective, indépendante de toute interrogation sur la conscience qu’une telle classe sociale aurait d’elle-même. De sorte que les élaborations ultérieures, consistant par exemple à distinguer, comme chez Lénine, ou plus encore chez Lukács, une classe ouvrière résultant d’un processus économique objectif et un prolétariat qui serait la classe ouvrière prenant conscience d’elle-même, une telle distinction n’a pas lieu de s’autoriser de ce texte de Marx, qui pour la partie intellectuelle, s’en remet encore à la philosophie10 : « la philosophie trouve dans le prolétariat ses armes matérielles comme le prolétariat trouve dans la philosophie ses armes intellectuelles ».

Résumons : l’Introduction de 1843-1844 est un texte où la possibilité d’une révolution allemande est suspendue au développement en Allemagne du prolétariat, c’est-à-dire d’une classe sociale paupérisée par l’industrialisation, un texte dont est absente toute interrogation sur un quelconque processus de subjectivation révolutionnaire, un texte enfin qui propose deux schémas pour qu’une classe sociale accomplisse une révolution, un schéma général qui vaut pour les révolutions politiques et un schéma d’exception qui vaut pour l’Allemagne.

Qu’en est-il maintenant dans le Manifeste ? La théorie du prolétariat comme classe universelle et donc comme classe révolutionnaire, exposée dans l’Introduction de 1843-1844 à propos de l’Allemagne, est-elle reconduite en l’état, voire généralisée, quatre ans plus tard ? Ce qu’ajoute d’une manière spectaculaire le Manifeste, ce sont les acquis de la conception
matérialiste de l’histoire exposée en 1845-1846 dans la première partie de L’idéologie allemande. Mais contre l’idée selon laquelle interviendrait chez Marx une « rupture épistémologique » (thèse initiée par Louis Althusser), on ne peut manquer de souligner les éléments de continuité entre le Marx de l’Introduction et celui du Manifeste. Marx récupère en effet dans ce dernier texte des éléments des deux thèses sur la révolution qu’on trouvait dans le texte de 1843-1844 : d’une part, la révolution se joue bien dans l’action d’un élément social qui porte sa particularité à l’universalité ; mais d’autre part, ce processus, s’agissant du prolétariat, est censé avoir pour originalité irréductible qu’il ne s’agit plus de l’un de ces mouvements qui « ont été […] accomplis par des minorités ou au profit des minorités », mais d’un « mouvement spontané de l’immense majorité au profit de l’immense majorité »11. La lutte entre la bourgeoisie et le prolétariat est la forme que prend l’éternelle lutte entre oppresseurs et opprimés dans l’histoire de l’humanité, lutte qui aboutit ou bien à la transformation révolutionnaire de la société dans laquelle elle intervient, ou bien à la destruction des deux termes en conflit.

Néanmoins, ce qui fournit le modèle de cette transformation révolutionnaire des sociétés, c’est la lutte que la bourgeoisie a menée contre l’ordre féodal, mais aussi la manière dont elle ne cesse de bouleverser les instruments de production. Comme l’indiquent les auteurs du Manifeste12, « la bourgeoisie a joué dans l’histoire un rôle éminemment révolutionnaire ». Simplement, au moment où écrivent Marx et Engels, la domination de la bourgeoisie est censée être entrée en crise, de sorte que ce n’est plus elle qui est la « classe révolutionnaire», qui «porte en elle l’avenir», mais le prolétariat, dont les rangs ne cessent de grossir : « de toutes les classes qui, à l’heure présente, s’opposent à la bourgeoisie, le prolétariat seul est une classe vraiment révolutionnaire »13. Comme dans l’Introduction, le prolétariat n’est pas tant défini par sa conscience de classe que par sa situation objective, et c’est cette situation même qui fait de lui un élément de dissolution de la société existante.

Dans la deuxième partie du Manifeste, on peut toutefois avoir le sentiment d’un écart, non pas entre classe ouvrière et prolétariat comme ce sera le cas chez Lukács, mais entre prolétaires et communistes : par rapport à l’ensemble du prolétariat, les communistes sont censés avoir une conscience plus claire que le reste du prolétariat, mais n’en partagent pas moins les buts, qui sont les suivants: « constitution des prolétaires en classe, renversement de la domination bourgeoise, conquête du pouvoir politique »14, ce qui est explicité un peu plus loin comme « la conquête de la démocratie » et le fait de « centraliser tous les instruments de production entre les mains de l’État »15.

11. Marx & Engels, Manifeste du parti communiste, Paris, Éditions Sociales, 1966, p. 49-50.
12. Ibid., p. 33.
13. Ibid., p. 47.
14. Ibid., p. 54.
15. Ibid., p. 67.


De Lénine au néo-stalinisme

Si ce parcours mérite d’être rappelé, c’est qu’il porte en lui certaines des ambiguïtés qui seront ensuite développées par la réception de Marx: d’un côté, le prolétariat est désigné comme classe révolutionnaire, et sa révolution comme un mouvement spontané de l’immense majorité, de l’autre il apparaît que c’est l’organisation politique du prolétariat (son organisation en vue de la conquête du pouvoir) qui le constitue en classe et qu’en son sein, la fraction des communistes bénéficie de lumières qui lui permettent d’entraîner les autres fractions; de même, la révolution dont le prolétariat est l’agent est censée être d’une originalité radicale par rapport à celles qui l’ont précédé. Mais on peut en même temps avoir le sentiment que Marx pense la révolution sur le modèle de celle que la bourgeoisie est censée avoir accompli, notamment pour ce qui regarde la conquête du pouvoir politique. [on retrouve ici le mouvement que j'ai montré d'une modélisation de la constitution en classe révolutionnaire, de la bourgeoisie puis du prolétariat par Marx. L'auteur a suivi le même cheminement dans l'œuvre de Marx]

Conformément aux théories de la réception qui veulent que la réception d’une œuvre actualise les potentialités que cette œuvre contient, l’histoire ultérieure du marxisme, envisagée au travers du prisme du sujet révolutionnaire, semble n’avoir fait qu’actualiser les potentialités contradictoires qu’on trouve dans le Manifeste. [ce sont les contradictions des marxistes programmatistes en général, avec le parti constituant littéralement le prolétariat en classe de la révolution]

Cette histoire peut être sommairement résumée autour d’une double ligne. La première s’enracine dans une distinction entre classe économique et sujet révolutionnaire, distinction qu’on trouve chez Lénine, chez qui elle était due à une prise en compte de l’inadéquation de la théorie marxienne pour rendre compte de la réalité révolutionnaire en Russie. Selon cette première orientation, c’est de l’extérieur de la classe ouvrière que la conscience de classe y est importée : le parti se veut une avant garde (entendons qu’il est en fait un état-major), ce que théorisent des textes comme Que faire ? (1902) et Un pas en avant, deux pas en arrière (1904). Si l’on interprète ce texte dans l’horizon d’une théorie du sujet révolutionnaire, cela signifie que le processus de subjectivation de la classe ouvrière n’est pas immanent au devenir de cette classe et que celle-ci réclame une intervention, celle d’intellectuels révolutionnaires, pour parvenir à la conscience claire de ses buts, de sa mission historique et de sa stratégie. Cette distinction entre classe économique et sujet politique fut ensuite approfondie et hégélianisée par Lukács dans Histoire et conscience de classe, qui creuse un écart entre la classe ouvrière, dont il est possible de fournir une délimitation économique objective, et le prolétariat, qui est cette même classe parvenue à la conscience d’elle-même – ce que l’on désignera ultérieurement comme sujet révolutionnaire.

Mais cette orientation fut d’emblée contestée par des penseurs, davantage enracinés dans la réalité sociale de l’Europe occidentale, et qui défendirent une ligne plus spontanéiste : ainsi Rosa Luxemburg et Anton Pannekoek [et l'ultragauche conseilliste en général]. Derrière l’idée selon laquelle il y aurait un sujet révolutionnaire élu par le devenir historique et dont la mission serait essentiellement d’être l’opérateur de la révolution, il y a toutefois une ambiguïté. Les choses sont en effet compliquées du fait que les versions staliniennes du marxisme ont consisté à essentialiser le prolétariat comme sujet révolutionnaire (ce qu’illustre exemplairement l’opposition entre une science bourgeoise et une science prolétarienne selon Jdanov).

D’où l’ambiguïté du retour contemporain des thématiques du sujet révolutionnaire. Ainsi Negri et Hardt semblent-ils, à l’instar de Marx et Engels, osciller entre une conception spontanéiste, qui indexerait le caractère révolutionnaire d’un sujet sur sa situation socio-économique objective, et une vision plus léniniste insistant sur la nécessaire construction volontariste du sujet révolutionnaire: d’un côté, la multitude, nouvelle figure du sujet révolutionnaire, n’est rien d’autre que « l’ensemble de ceux qui travaillent sous la tutelle du capital »16, ce qui constitue indéniablement une définition objective; mais d’un autre côté, la multitude, pour devenir un « sujet social actif »17, doit être construite18, ce qui semble davantage renvoyer à un processus de subjectivation révolutionnaire, sans pour autant que soit précisé le passage de l’une à l’autre de ces deux dimensions. Les choses sont encore plus inquiétantes chez des auteurs comme Badiou et Zizek19, où la thématisation du sujet révolutionnaire semble réactiver des schèmes de pensée directement dérivés du stalinisme: affirmation de la nécessité de processus de purification par Zizek dans Parallaxe ou éloge de figures de «onnaires» d’État chez le Badiou de Logiques des mondes.

16. Negri & Hardt, Empire, édition citée, p. 132.
17. Ibid., p. 126.
18. Voir l’entretien donné à Politis, avec notamment cette déclaration : « il faut maintenant construire ce nouveau sujet révolutionnaire qu’est la multitude». Dans le même entretien, Negri explique également que Marx a « inventé la classe ouvrière révolutionnaire ».
19. Pour une critique marxiste de ces deux auteurs, voir Alex Callinicos, « Alain Badiou et Slavoj Zizek ou les nouveaux théoriciens de la dialectique ? » in Actuel Marx, n° 43, Paris, PUF, 2008, p. 154-162.


Éléments de critique

Au rebours de cette thématisation à la fois glauque et kitsch, je souhaite pour conclure examiner un usage critique de la notion de
sujet révolutionnaire dans certains courants hétérodoxes du marxisme, avant de voir dans quelle mesure une critique anarchiste de la thématique du sujet révolutionnaire telle qu’elle se présente dans le marxisme est possible.

Cet usage, c’est celui qu’on trouve par exemple dans une lettre de Marcuse. Marcuse est en effet célèbre pour avoir prononcé, au cours des années 1960, que la classe ouvrière ne pouvait plus être considérée comme révolutionnaire dans la mesure où elle avait été intégrée à la société capitaliste – ce dont témoignait notamment, selon Marcuse, la manière dont fonctionnaient désormais les syndicats.

Cette thèse, Marcuse la remet en cause au moment des révoltes de 1968. Lorsqu’il écrit à Dutschke en 1971, Marcuse est en train de travailler à Contrerévolution et révolte, qui paraîtra en 1972, et il explique qu’il souhaiterait proposer « une analyse marxiste du mouvement radical au sein du capitalisme monopoliste » en évitant « toute fétichisation des concepts marxistes, notamment la réification du ‘‘sujet révolutionnaire’’ – comme si c’était quelque chose que l’on découvrait en cherchant seulement correctement, alors que c’est pourtant quelque chose qui ne peut voir le jour que dans la praxis même »20.

20. Lettre de Marcuse à Rudi Dutschke le 16 avril 1971, in H. Marcuse, Nachgelassene Schriften, Bd 4: Die Studentenbewegung und ihre Folgen, p. 209-210.Traduite par Igor Krtolica dans son article «Herbert Marcuse, penseur de la révolte des étudiants allemands », disponible à l’adresse : http://www.europhilosophie.eu/ recherche/IMG/pdf/GRM_3annee_9janvier20 10_IGOR_KRTOLICA.pdf (consulté la dernière fois le 28 septembre 2010) adressée à l’une des figures du mouvement des étudiants allemands de 1968, Rudi Dutschke.

Cette déclaration me semble manifester une tentative de sortir du marxisme par le marxisme : le sujet révolutionnaire, qui est mentionné entre guillemets comme pour souligner la difficulté qu’il y a à reprendre cette expression sans la resémantiser, est le concept dans lequel se réifie la pratique politique et sociale des éléments qui sont susceptibles de révolutionner la société. Or c’est précisément dans la référence à une pratique autonome, auto-organisée [dans ce contexte auto-organisation et autonomie ne s'opposent pas, il s'agit clairement d'autonomie vis-à-vis des partis et intellectuels dirigeants] et spontanée que me semble pouvoir résider une critique anarchiste de la conception marxiste du sujet révolutionnaire, en tant que cette conception est inévitablement associée à une pratique politique consistant pour l’essentiel à consacrer tel ou tel élément social, réel ou fantasmé, comme révolutionnaire, avec ce que cela implique d’extériorité par rapport au mouvement par lequel la société est censée se transformer d’une manière révolutionnaire, avec ce que cela implique aussi comme position d’auto-consécration pour celui qui prononce ce verdict. [on retrouve, même s'ils se défendent de considérer le prolétariat comme d'essence révolutionnaire, ma critique des thèses communisatrices, et leur flottement entre objectivité et subjectivité pour définir ledit prolétariat, ceci faut d'avoir creusé ces points : la subjectivation révolutionnaire, la constitution en classe comme différente de la construction de ce sujet comme composition de classe]

Parce qu’elle a pour trait constant de s’être située dans l’immanence des transformations sociales et dans la résistance
à toutes les formes de fixation, la pensée anarchiste apparaît comme la meilleure prophylaxie contre la résurgence de cette thématique stérilisante, en même temps qu’elle permet de penser dans son mouvement même l’émergence de nouveaux sujets révolutionnaires, nécessairement pluriels. [CQFD, l'auteur aboutit en gros à la même conclusion que moi : sortir de l'universalisme prolétarien et envisager un sujet universel pluriel, voir les sujets du livre en question]

l'auteur pousse plus loin que moi la mise en cause du sujet révolutionnaire en le démultipliant comme "pluriel", mais à l'inverse si nous n'"avons plus à le chercher, c'est que nous l'avons trouvé, dans le contenu diversifié de ses antagonismes au capital, base sur laquelle il peut se constituer

vraie bouffée d'oxygène que cette lecture serrée des textes de Marx et la suite...


Arrow

nous rappelons également la découverte d'un texte signalé hier dans le sujet SCIENCES et PERSPECTIVE COMMUNISTE, en rapport avec notre conception du dépassement des identités de lutte et de la  subjectivation révolutionnaire :


nous y reviendrons dans le sujet ad'hoc. ce qui nous intéressera n'est pas tant le contenu, de rupture ou non, que le processus de subjectivation en conjoncture :

Citation :
La subjectivation politique, quant à elle, n’est pas une suridentification, mais, reprenant l’idée de Rancière, une désidentification. Agençant un blocage des mécanismes de l’ordre social, elle investit, non pas une suridentité mesurant l’injustice de la ségrégation, mais un tort à traiter dans un horizon diffus et indéterminé.
[...]
la subjectivation politique n’est que le blocage pratique des mécanismes de reproduction « normale », ce qui met en scène un sujet polémique qui insiste sur la nécessité de traiter ses problèmes, qui les font circuler en vue de la transformation de l’ordre qui ne cesse de les reproduire. [...] Cette notion risque de faire croire qu’il s’agit de se libérer de tout trait identitaire, et de dépasser un ordre social essentiellement conservateur et réactif. Or ce n’est pas ainsi que le mouvement s’est réfléchi à Montgomery. C’est aussi que la ségrégation nie et refoule ce que le « Noir » est véritablement, où des cultures, des héritages, des modes de vie et des appartenances sont conçus comme immédiatement contraires à la ségrégation, comme si celle-ci ne leur laissait que des identités fausses, vides, des masques. Si la croyance religieuse et la subjectivation politique trouvent à s’embrancher dans ces circonstances, c’est aussi en raison de l’idée de libérer un peuple qui est à la recherche de son monde, de sa justice. La désidentification, en ce sens, n’est pas le dépassement de tout trait d’identité, mais plutôt une coupe mobile qui les emporte dans une contradiction polémique avec les règles de l’ordre social, situation dans laquelle ils sont aussi susceptibles de métamorphoser.

Au lieu donc de surdéterminer les situations politiques par un schéma conceptuel qui polarise nettement les situations en dynamiques dominatrices et émancipatrices, il me semble plus intéressant de les étoffer par des couches d’indécidabilité, non pas pour ajourner à l’infini la question de l’émancipation, mais pour refléter l’imprévisibilité concrète et les différents registres entre lesquels circulent les identités, les mobilisations, les espoirs, registres qui produisent des effets, parfois en convergence, parfois en dissonance, parfois menant à l’éclatement.

en termes de rupture révolutionnaire, ces considérations sont moins proches des nôtres que celles du premier texte, mais ils sont complémentaires, les deux nous permettant, par l'introduction de nouvelles notions ou concepts, ou simplement par leur raisonnement, d'envisager une démultiplication de la formulation de nos thèses, et par suite d'améliorer leur compréhension

il n'y a pas que la cuisine dans notre vie     Evil or Very Mad

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MessageSujet: Re: 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes   Lun 2 Avr - 13:19


rappel, dans État, société et guerre civile en Syrie, AC/Carbure, 11 mai 2017, d'un questionnement qui a complètement disparu dans les textes suivants, notamment le très classique Questions et réponses sur le prolétariat, l’alternative et la communisation « ici et maintenant » 17 mars 2018


"déprolétarisation ?"

Le chaos comme sortie de crise ?
AC a écrit:
Si les clés de la compréhension de la guerre civile syrienne se trouvent bien hors de Syrie, ce n’est pas en raison de quelque complot des puissances internationales, mais bien en raison de l’évolution mondiale du capitalisme, et de la place spécifique de la région dans celui-ci. Une place peu enviable, dans laquelle le développement proprement capitaliste s’accommode et se nourrit de formes d’exploitation et de reproduction de la force de travail en apparence archaïques, sans l’agréable connotation « traditionnelle » que peut comporter ce terme, où la prédation des entreprises capitalistes peut se déchaîner sans les freins qui leurs sont imposés dans les aires les plus développées.

Localement, ce sont des pôles d’intense richesse, qu’ils se trouvent non seulement en Israël ou dans les pays du Golfe, mais y compris, par taches, dans les pays les plus pauvres de la zone, pôles qui se nourrissent d’un océan de pauvreté.

Que des masses de pauvres vivent de plus en plus dans des zones sans Etat, loin d’être la promesse de réalisation d’utopies anarchistes, ouvre bien plutôt la perspective d’un effondrement du monde capitaliste dans sa préservation même, la possibilité d’une rétraction du capitalisme avancé par l’extension du rapport d’exploitation le plus sauvage, jusqu’à l’abandon de toute forme sociale adéquate à la reproduction de ce rapport, y compris l’Etat. Prendre au sérieux la fin définitive de l’intégration fordiste doit nous conduire à envisager ce type de perspective tout aussi sérieusement que nous envisageons celle de la communisation, et pour les mêmes raisons.

La possibilité pour le capitalisme de se dégager de la contradiction qui consiste à devoir reproduire en lui-même la force de travail (ce qui est la définition a minima de toute « société capitaliste ») tout en l’expulsant sans cesse du procès de valorisation pourrait consister à l’avenir dans l’expulsion effective dans des « zones grises » de masses de prolétaires surnuméraires, qui seraient seuls chargés de leur reproduction et auraient la liberté d’autogérer leur propre misère. La « déprolétarisation » à l’intérieur même du monde du capital se ferait alors sur le mode de l’extension du bidonville et de territoires en situation de guerre civile permanente. Il faut considérer ceci comme une hypothèse de sortie de crise pour le capital, à placer sur le long terme, mais dont les prémisses s’annoncent déjà, que ce soit en Syrie, mais aussi en Libye, au Mali, dans certaines zones d’Afghanistan, ainsi qu’aux marches de l’Europe, en Ukraine.

rappelons dans le milieu de la communisation, l'idée partagée que
Il Lato Cattivo a écrit:
le mode de production capitaliste (MPC) – est essentiellement structurée par les fonctions, réciproquement dépendantes, de capital d’une part et de travail salarié productif de plus-value (et donc de capital) de l’autre. Ces deux fonctions essentielles fondent l’existence de deux classes fondamentales, le prolétariat et la classe capitaliste, dont le conflit [...] constitue en tant que tel la dynamique et la vie même du mode de production capitaliste. Ce type de conflit que nous définissons, sans aucun pathos particulier, comme « lutte de classe »...

de cette affirmation, qui recouvre la notion marxienne de classe en soi - l'objectivité de la classe ouvrière au cœur du processus d'extraction de la plus-value et de reproduction de la valeur - ce milieu théorique déduit le caractère à terme révolutionnaire du prolétariat, sur la base marxienne de la classe pour soi débarrassée du programmatisme ouvrier (quête du pouvoir) : un pari pascalien sur le retour de l'identité prolétarienne perdue le temps de faire la révolution

d'où, depuis une quinzaine d'années de plus en plus de difficultés à le fonder sur des observations empiriques, et par conséquent les contorsions que l'on trouve chez Bruno Astarian (Classes moyennes...), Dauvé (profil théorique bas), Carbure et Il Latto Cattivo sur le rôle de la théorie, autrement dit le leur : une théorie qui tourne en rond sur ses bases, l'universalisme prolétarien, en décalage complet avec les exigences de la sortie du capital comme civilisation

le problème de la constitution en classe d'un sujet révolutionnaire par ses activités, ne peut alors plus être posé par la théorie de la communisation qu'à travers des considérations philosophiques, avec une réponse toujours déjà là

ici ou là émerge un doute, que nous ne manquons pas de relever

la question de la "déprolétarisation" posée par AC/Carbure rejoint évidemment celle du sous-prolétariat (cf 5.2. du LUMPENPROLETARIAT à la POPULATION en SURPLUS : quelle classe ? le SOUS-PROLÉTARIAT pour ou contre la révolution ?) mais sans l'investir, comme Endnotes et d'autres rencontrés dans ces sujets, d'une réflexion théorique à la hauteur


"la communisation ou le chaos !" ?

il est bien évident que nous ne pouvons retenir cette alternative à la version structuraliste de la communisation, et qu'en un sens, notre hypothèse est à la fois plus réaliste, plus optimiste, tout en ouvrant à des questionnements redoutables que nous regrettons d'être pour l'heure seuls à poser

dans ce milieu théorique, paradoxalement, la surprise pourrait venir de Théorie Communiste. Qui lira son n°26 verra...

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MessageSujet: Re: 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes   Mar 17 Avr - 2:52


il est aussi question de Constitution and Class Struggle, de Detlev Claussen




Subjectivity and Class Composition: Methodological Notes on Krahl and Negri
Elia Zaru April 14, 2018


Krahl and other students block a street during a May 30, 1968 demonstration in Frankfurt (AP)

Citation :
“Why do those who have no need for it take up the red flag?” “It is humanity that understands itself in activity.”1 With this quote from Bloch, Hans-Jürgen Krahl concludes the brief political autobiography he wrote while facing the trial that saw him and several of his comrades tried for protest actions against the conferring of the peace prize on Senegalese president Leopold Senghor in 1968 by the Deutscher Buchhandel. Here we find pages full of a lived, political intensity that portray “the background of experiences from which a process of politicization arose” for a man who, born in a context packed with “ideologies of blood and land,” managed to “pass from a feudal state of nature of an agricultural economy to a modern, capitalist industrial society.”2 And also, to pass from the Christian Democrat-conservative positions of the CDU to the anti-authoritarian, anti-capitalist movements, and more generally, Marxism. But how did this transition happen – how was it possible for Krahl to take up the red flag?

[This transition] did not happen due to the mourning for the death of the bourgeois individual, but due to the experience, mediated by the intellect, of what exploitation, total and radical destruction, means in this society, i.e., of the development of needs in the dimension of human consciousness. It is the enchainment of the masses to the most elementary forms of the satisfaction of needs, when even material needs are substantially satisfied, for the fear that the state and capital extract the guarantees of security from.3

Experience mediated by the intellect: theory and practice, closely linked, with the former deriving from the latter and vice versa. Krahl’s reflection arises in contingency, or even, for contingency. It serves an immediate political necessity: thinking revolution in “late capitalism,” posing the problem of the overthrow of capitalism. In all likelihood, this is Krahl’s greatest strength, and also his major point of friction with the Frankfurt School Critical Theory in which he had been trained. On several occasions, Krahl lashes out against a knowledge that has abandoned the possibility of any practical intervention, such that “the immediately practical vice of Critical Theory” appears as “the theoretical absence, in the formation of the theory itself, of class antagonism,” and “the misery of Critical Theory consists simply in the absence of the organizational question.”4 Emblematic, in this regard, is the following 1968 anecdote, in which Krahl recounts the student occupation of the University of Frankfurt: “unique among the professors, Adorno came to the students in their sit-in. Showered with ovations, he headed straight towards the microphone and, when he got close to it, deviated into the philosophy seminar; one step away from practice, he returned to theory.”5

This characteristic – thinking in and for contingency – is also a part of another substantial experience in heretical Marxism. Elsewhere, Italian workerism experimented in both theory and practice with the same exigency. And, in full continuity, a workerist like Antonio Negri has continued to reproduce that method, continued to pursue an unstable theory of revolution – unstable because its counterpart is unstable and changing. In this case as well, we are faced with a thought nourished and strengthened by experience, as Negri’s autobiography demonstrates.6 And in this case too, communist heresy must first of all clear the field of orthodoxy, getting rid of those who wish to apply pre-packaged recipes which are (perhaps) good for theory, but have nothing to say in practice, in contingency. Starting from practice, therefore, in order to return to practice. From this common intent comes a common method, which perhaps represents one of the most important legacies in Krahl and Negri. The aim of this essay is precisely to investigate this method and its heresy along two fundamental lines: subjectivity and class composition.

Subjectivity
The question of subjectivity immediately appears as central to both thinkers. It runs throughout all of Negri’s work, but takes on particular importance in his writings from the 1970s, due to the political situation in which Negri found himself thinking and acting. From the first of the fourteen theses that comprise Proletarians and the State, Negri claims that “the subjective insurgency of working class and proletarian struggle”7 presents itself as the element capable of multiplying the tendency of the rate of profit to fall, as well as the brake slowing down capitalist reaction (restructuring), and even as determining the “crisis of the Historical Compromise,”8 and the realization of the “transition” to communism, which is

possible when the working class, instead of being moved by capital, moves itself and subordinates capital to its own forms of behavior. This material and objective dictatorship of the class over capital is the first fundamental passage of transition, most obviously when the relationship does not result in the capitalist mediation of development, but rather in the workers’ mediation of the capital’s crisis.9

In Domination and Sabotage, Negri puts forth a revolutionary theory that moves from the viewpoint of “proletarian self-valorization,” or the necessity that the proletariat disengage from its relation with capital, and in this way – destroying that relation – determine the “capitalist catastrophe.”10 The critique of reformism is based precisely on this assumption: reformist politics denies the self-valorization/de-structuration nexus because it believes that the only valorization possible is capitalist valorization, and therefore poses the capitalist governing of valorization as the only problem, rather than an explosion against capital: “when we say self-valorization, we mean the alternative that the working class sets into motion on the terrain of production and reproduction, by appropriating power [potere] and re-appropriating wealth, in opposition to the capitalist mechanisms of accumulation and development.”11 In this text, a reference to Krahl appears, in the first notes to the second section. Not by chance, this section has the title “A First Parenthesis, Regarding Method.” Negri writes:

« As Hans-Jürgen Krahl has intuited, the totality of class consciousness is first and foremost an intensive condition, a folding back on the totality of productive being, which elides the relationship with the totality of the capitalist system. Class self-valorization is above all de-structuring of the enemy totality, taken to the point of exclusivity of the self-recognition of the class’s own independence. I am not depicting the history of class consciousness in a Lukacsian sense, as some predestined, all-embracing recomposition; on the contrary, I see it as a moment of intensive rooting within my own separateness. I am other—as is the movement of that collective practice within which I am included.12 »

On the one hand, therefore, the Lukacs of History and Class Consciousness presents a dialectical schema that we could define as classic, wherein, in the transition to synthesis, the antithetical contradiction (the working class) is “resolved,” that is, recomposed into a totality (communist, but still recomposed totality). On the other, Negri uses Krahl for the contrast (beyond recomposition) between the proletarian totality and the capitalist totality in order to claim the alterity of the contradiction (the working class) not only in the absence of the necessity of the decisive moment of synthesis, but also in its capacity for precisely breaking the dialectical schema which presents itself not so much as a negative contradiction, but more as an autonomous subjectivity.

My relationship with the totality of capitalist development, with the totality of historical development, is guaranteed solely by the force of destructuring that the movement determines, by the overall sabotage of the history of capital that the movement enacts. […] I define myself by separating myself from the totality; I define totality as other than me, as a net that is cast over the continuity of the historical sabotage that the working class carries out.13

The autonomous constitution of the class takes place by separation from the capitalist totality, and not only by conflict. The existence of conflict, in fact, does not preclude the presence of a relationship (albeit, precisely, conflictual), whereas on the contrary, separation necessarily implies dissolution. This is why in the first case the working class can still be conceived as a “dialectical object” that occupies the position of negative contradiction, while in the second case it must be conceived as “antagonistic subject” capable of breaking – by itself – the capital relation: “I do not want the other, I want instead to destroy it. The fact of my existence implies the destructuring of the other. Above all else, I want to acquire a method by which to increase my separation, to conquer the world by appropriating the network of class self-valorization.“14

Krahl’s critique of Lukacs demonstrates the same refusal of a transcendental approach to the working class, and the necessity to bring the revolution down to the immanence (contingency) of proletarians as subjects. On the contrary, the main problem of the author of History and Class Consciousness lies both in the hypostatization of an ahistoric “identity of the revolution” of Leninist nature, and in the development of a concept of “class consciousness” that, fundamentally, assumes idealizing traits that stand in no relation to “the experience of struggle”: “[Lukacs’s] way of dealing with the question of organization and class consciousness implies a concept of totality that does not arrive within the empirical psychological consciousness of individual proletarians. They can only carry out, post festum, the decisions of the central committee, which is the only instance that refers to the totality.”16 And again, “because class consciousness can truly form itself as partisan consciousness of totality, the theoretical moment of scientific socialism, even if transformed and mediated, it must be translated into the consciousness of the masses and entered into their experience. Lukacs is incapable of identifying this moment of translation”17 because he opposes that which must be the objectivity of the class’s dialectical position against the subjectivity of the class. Against the ahistorical and idealized interpretations of the October Revolution “and the Leninist party of cadres, which suggests mechanistic organizational models,”18 Krahl opposes instead the necessity of considering historical materialism as a “non-conclusive theory,” impossible to identify solely with a party or nation. Historical materialism is a fluid theory, and its practice must also be fluid. Otherwise, it is impossible to develop a revolutionary theory for late capitalist metropolises. It is not possible to newly run into the errors of “Marx’s epigones in the Second International, who used the image of a natural and continual progress of humankind in order to dispense the proletariat and themselves from the revolutionary task of liberation in order to rationalize their reformist betrayal.”19 Revolution is not an objective matter of the dialectic, but a subjective task of the proletariat.

Class Composition
“Lenin’s April Theses, after all, could only have been written in April 1917.”20 These are Negri’s words, which very well could have been written by Krahl. For both, indeed, the question of subjectivity, of the refusal of a mechanistic idea of revolution, rests on a foundation that makes theory begin from practice: the variability of class composition, both technical and political, and the specific mutations that took place in the working class of the metropolises invested by capitalist restructuring, that is, by the extension of the factory – or better, of the capitalist relation of the Fordist factory – to the whole of society.21 Hence the necessity of again shifting the viewpoint, to focus on the class and its partiality, in order to develop valid and functional organizational methods. If, as Negri writes, “the entire society is drawn into subordination to the enterprise-command,” and “the form of enterprise production becomes the hegemonic form of the overall social relation,”22 then the only possible operation is that of decentering the concept of working class from its Fordist framing, that is, from the identifications of the identities in the traditional labor movement. In the words of Krahl, it is necessary to extend the category of working class beyond the industrial working class, and to identify a “collective worker” who integrates intellectual, and, we could say, relational labor into productive labor. In this sense, Krahl’s critique of Habermas’s conception of production is masterful.23 Historical materialism, Krahl reiterates, must be considered a non-conclusive theory, impossible to identify solely with a party or nation. And impossible to identify with a precise place as well, we can add, the Fordist factory and its enclosures.

Here is why Krahl considers the extension of the concept of class beyond the industrial proletariat necessary:

« the second fact – which concerns rather the elaboration of a revolutionary strategy by the SDS – lies only in the SDS’s own concept of class: a limited concept, because it in fact only includes the industrial proletariat. If we account for the measure in which science and technology have today become a universal social and economic productive force – even without going into value theory – then, according to the Marxian approach, we must move from the widening of productive labor. […] In other words: if intellectual labor is always more incorporated into productive labor, then the industrial proletariat, the army of mechanical workers who perform physical labor, can no longer develop by itself the totality of proletarian class consciousness.24 »

This passage becomes even clearer in the “Theses on the General Relationship of the Scientific Intelligentsia to Proletarian Class Consciousness”:

« If the sciences, according to their degree of technical applicability, and their bearers, intellectual laborers, are now integrated into an overall productive laborers, it is no longer acceptable that social-revolutionary strategies continue to refer almost exclusively to the industrial proletariat. The possibility, for scientific intelligentsia, of developing a proletarian class consciousness, is not in question; we need to ask ourselves what modification has taken place in the concept of the immediate producer, and therefore, the working class.25 »

Understanding this modification is essential for elaborating a revolutionary strategy that does not limit itself to a sterile re-presentation of mechanistic, identitarian, and in the last instance, idealized political practices. But what is the context, we could say contingency, within which Krahl arrives at these conclusions? In the midst of late capitalism and the ‘68 protests, Krahl finds himself faced with “on the one hand, a student movement increasingly hypnotized by the organizational models of the past and greedy for dogmatic certainties, and on the other, a critical intelligentsia frightened by its own catastrophic predictions and torn between tragic ethics and the reformist adjustments and Realpolitik of the organized labor movement, which by then included the compatibility of the market economy within the parameters of its teleological-objectivist doctrine.”26 An SDS that “agonizes between Marxist-Leninist reflux and sclerosis” while “the workers organizations, followed by a large part of democratic public opinion, peacefully digest extremely heavy measures restricting democracy in the Federal Republic.”27 It is at this juncture that Krahl poses the question of revolution in late capitalism, “the problem of communism as a problem of his present.”28

An analogous problem and a similar reflection can be found in Negri. What does the figure of the social worker represent in the crisis of the 1970s, in fact, if not the attempt to identify a new antagonistic figure in the restructuration of metropolis, which is impossible to comprehend within the objectivistic determination of the concept of the industrial working class? The terrain on which proletarian subjectivity fights its antagonistic battle by means of self-valorization is the entire society. “The mechanism worker attack-capitalist restructuration,-reconfiguration of class composition”29 leads from the mass worker to the social worker in a Krahlian sense: “to dissolve the concept of the working class produced by the Second International is to respond to the theoretical imperative, which is to discern the proper characteristics of a subject that results from the combined apparatus of workers’ struggles and capitalist restructuring in this historical period.”30 What is this historical period? That in which, for both Negri and Krahl, “the category of the ‘working class’ goes into crisis but as the proletariat it continues to produce all of the effects that are proper to it on the social terrain as a whole.”31 For this reason, the path that both present can be summarized in a trajectory that goes from the objectivity of the working class to the subjectivity of the proletariat.

When in the 2000s the social worker became the “multitude,” it did not lose the characteristics of antagonism that derive from its predecessor, or the possibility of converging with Krahl. For both the multitude and the collective worker, it becomes necessary to broaden the concept of production to the immaterial – not by chance, Krahl refers to the university as a “factory of scientific production.”32

In the Foreword to the Italian edition of Constitution and Class Struggle, Detlev Claussen writes that “three years after Krahl’s death, it became clearer which two situations in late capitalism must be confronted by a radical politics of the left: a politicization of the spontaneous needs of the masses and the necessity of turning such action against a concrete enemy.”33

What can we gather from all of this today? First of all, a method – both heretical and, potentially, efficacious – of analysis, but above all, political intervention. A method that, on the basis of these two elements – class composition and subjectivity – is both tactical and strategic. Tactically, the analysis of class composition allows the politicization of “the spontaneous needs of the masses,” at least because it allows us to know them. It allows us to know them in contingency, that is, away from the identitarian and sociological demands of these “masses,” and allows for the microphysical individuation of those points in which it is possible that the capitalist relation will crack. Strategically, subjectivity reminds us that no preconceived revolutionary recipe is possible, that no mechanism exists behind the revolution, that, in the last instance, there is a concrete enemy to depose. And that this task belongs to proletarians, no matter whether they work in material or immaterial production.

— Translated by Dave Mesing



Ernst Bloch, The Principle of Hope, cited in Hans-Jürgen Krahl, Costituzione e lotta di classe (Milano: Jaca Book, 1973), 38. ↩️

Hans-Jürgen Krahl, Costituzione e lotta di classe (Milano: Jaca Book, 1973), 28. ↩️

Ibid., 38. ↩️

Ibid., 322. ↩️

Ibid., 281. ↩️

Antonio Negri, Storia di un comunista, ed. Girolamo de Michele (Milano: Ponte alle Grazie, 2015). ↩️

Antonio Negri, Proletarians and the State, in Antonio Negri, Books for Burning: Between Civil War and Democracy in 1970s Italy (London: Verso, 2005), 123. ↩️

Ibid., 150. ↩️

Ibid., 162. ↩️

Negri opposes the existence of a nexus between crisis theory and class composition in Marx against the mechanistic reading of “Marxian catastrophism”: “It is in the making of the struggle, the incessant internal modification in the relationship between classes, the continuity of the process of recomposition of the proletariat that determines the pace and forms of the crisis. Moreover, at this point the analysis of the crisis falls back upon the analysis of working-class composition as the only explanation of the crisis itself. In the second place, this analytical explanation becomes a prescription of forms of behavior and an indication and definition of tasks.” Antonio Negri, Workers’ Party Against Work, in Antonio Negri, Books for Burning: Between Civil War and Democracy in 1970s Italy (London: Verso, 2005), 53. Negri adds that “only Lenin knows how to read the relationship between political class composition and organization in adequate Marxian terms,” but his epigones have “made Leninism into a key to open every door, and imposed the identity of the revolutionary model and the quality of the social formation described by Lenin as a scheme applicable at all times and all places.” Ibid, 54-55. Translation modified. ↩️

Antonio Negri, Domination and Sabotage: On the Marxist Method of Social Transformation, trans. Ed Emery and rev. Timothy S. Murphy, in Antonio Negri, Books for Burning: Between Civil War and Democracy in 1970s Italy (London: Verso, 2005), 255. ↩️

Ibid., 237. ↩️

Ibid., 238. ↩️

Ibid., 260. ↩️

See “Estratti da una discussione su Lukacs,” in Costituzione e lotta di classe, 229-233. ↩️

Krahl, Costituzione e lotta di classe, 367. ↩️

Ibid., 368. ↩️

Ibid., 362. ↩️

Ibid., 240. ↩️

Antonio Negri, Crisis of the Planner-State, in Antonio Negri, Books for Burning: Between Civil War and Democracy in 1970s Italy (London: Verso, 2005), 15. ↩️

“The authoritarian state can exercise the economic domination within capitalist business only through the false delimitations that are constitutive of capitalist sovereignty, which is to say, only through the extension of factory discipline to the entire society.” Krahl, Costituzione e lotta di classe, 142. It is interesting to return to Tronti’s analysis in “The Factory and Society” here. His point of departure is the contradiction between the sociality of the production process and the private appropriation of the product, explained as the contradiction between the “single capitalist” who tries to break down the sociality of the process and the “collective worker” who recomposes it for the capitalist, between the “boss’ attempt at economic integration and the political response of worker antagonism.” According to Tronti, this contradiction extends beyond the factory to all of society - such that “factory-State-society is the point in which scientific theory and subversive practice, the analysis of capitalism and worker revolution, coincide” - and “at the highest level of capitalist development, the social relation becomes a moment of the relation of production, and society becomes an articulation of production, i.e., all of society lives according to the function of the factory and the factory extends its exclusive domination over all of society.” Mario Tronti, “La fabbrica e la societa,” Quaderni Rossi 2 (1962): 20. This clearly does not mean that the social relations of the Fordist factory disappear, but that they are spread throughout the social body, mystified as processes of outsourcing when, actually, they are processes of proletarianization. Against the ideology that wants to mystify these processes, Tronti claims the necessity of observing distribution, exchange, and consumption from the viewpoint of production (and production from the viewpoint of valorization), that is, the necessity of observing society by starting from the factory. The extension of the factory to all of society remains. Differently from Krahl, however, for Tronti this extension marks the loss of the centrality of an immediate revolutionary possibility, and manifests his turn towards the autonomy of the political in embryo. ↩️

Negri, Workers’ Party Against Work, 72. ↩️

Krahl, Costituzione e lotta di classe, 354. ↩️

Ibid., 347-348. ↩️

Ibid., 366. ↩️

Marco Bascetta, “Prefazione” to Hans-Jürgen Krahl, Attualita della rivoluzione: Teoria Critica e Capitalismo maturo (Roma: Manifestolibri, 1998), 8-9. ↩️

Ibid., 9. ↩️

Ibid., 10. ↩️

Antonio Negri, Dall’operaio massa all’operiao sociale: Intervista sull’operiasmo (Verona: Ombre Corte, 2007), 21. ↩️

Antonio Negri, Proletarians and the State, in Antonio Negri, Books for Burning: Between Civil War and Democracy in 1970s Italy (London: Verso, 2005), 126. ↩️

Ibid. ↩️

Krahl, Costituzione e lotta di classe, 237. It should be noted that in these passages, both Krahl and Negri refer to a “heterodox” Marx, that of the Grundrisse and the general intellect for Negri, and that of the unedited sixth chapter of Capital for Krahl. ↩️

Detlev Claussen, “Premessa all’edizione italiana,” in Krahl, Costituzione e lotta di classe, 11. ↩️

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes   Sam 5 Mai - 20:06


d'hier. Une correction de RS et une remarque de mézigues sur dndf, en attente...


nous l'attendions, il arrive :

un numéro de Théorie Communiste sur la segmentation raciale du prolétariat

si l'on a en tête la façon dont la question était évacuée par TC il y a quelques années, quand il se penchait sur la double contradiction de classe et de genre, l'événement est considérable. Certes, la "race" n'est pas une nouvelle contradiction à articuler avec ces deux-là (chez nous non plus), mais elle est prise en compte à la hauteur des enjeux pour la constitution d'un sujet révolutionnaire qui n'aura pas les atours du prolétariat universel dans sa mission programmatique

sans attendre de lire ce qu'il en est, nous saluons cette évolution salutaire pour le concept même de communisation, puisque nous n'aurons cessé de l'appeler de nos vœux depuis les années 2012-2014


« Le prolétariat « un » et, par nature, révolutionnaire,
fut une construction nécessaire aujourd’hui obsolète. »


Fin 2016 paraissait cette critique de TC 25. Quelques (sic!) mois plus tard, TC 26 est sous presse. Nous vous préviendrons de son arrivée physique d’ici quelques jours (deuxième partie du mois de mai). Voici en avant propos la couverture, dont la quatrième résume l’importance du contenu en ces temps agités!!


La quatrième de couverture :
Citation :
La segmentation raciale du prolétariat est un phénomène objectif qui a dans les catégories du mode de production capitaliste son processus de production, ses lieux de production, ses matériaux, ses outils. Elle fonctionne selon ses propres critères dans son autonomie relative.

De l’identité par le travail des années 50 et 60 à l’essentialisation culturelle parachevée dans le « musulman » et le « voile » en passant par les « Marches », les émeutes et les mouvements issus des cités, les luttes de sans-papiers, les grèves de l’automobile des années 80, les foyers Sonacotra, l’interclassisme et les questions de mixité/non mixité des luttes, la segmentation raciale est un processus mouvant, un virus opportuniste. Le prolétariat « un » et, par nature, révolutionnaire fut une construction nécessaire aujourd’hui obsolète.

Crier « La classe ! La classe ! », n’est pas plus pertinent dans une « perspective révolutionnaire » que de crier « La race ! La race ! ». Il ne s’agit pas de combiner les deux, comme dans une mauvaise compréhension de « l’intersectionnalité ». Le prolétariat n’existe pas préalablement dans une sorte de pureté théorique avant de compter en son sein des Arabes, des Noirs, etc., ou… des femmes (il contient bien des hommes blancs). C’est à partir de l’exploitation dans le mode de production capitaliste que nous déduisons les constructions raciales comme nécessaires et le cours des luttes de classe comme relevant, à leurs risques et périls, de cette nécessité.

Ce n’est pas dans leur situation commune de classe qui contient toutes les segmentations, mais en se retournant contre elle que les prolétaires les dépassent. La lutte de classe travaille la fragilité, la labilité, des segmentations raciales qui bien que configurations mouvantes, sont des processus objectifs et non l’invention de quelques entrepreneurs en racialisation, s’alimentant à la réécriture de l’histoire et du capital selon le Grand Récit décolonial.

sur cette chute à propos du "Grand Récit décolonial", notre conception  d'un marxisme décolonial s'inscrivant dans le moment actuel de la crise historique de la suprématie occidentale sur le capitalisme mondial ne relève pas davantage d'un "grand récit" (étrange reprise des post-modernes de la part de TC) que l'on ne peut mettre tout le marxisme dans un même sac, et comme de multiplicité du marxisme, de la diversité de la pensée décoloniale découlent un réformisme et un gauchisme décolonial que nous savons critiquer sur une base de classe

pour toutes ces raisons et pour la première fois, nous versons une intervention théorique de TC dans ce sujet 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes


RS a écrit:
dndf 04/05/2018 à 22:21
Salut
Dans le dernier paragraphe de la quatrième, on lit : « La lutte de classe travaille la fragilité, la labilité, des segmentations raciales … ». Il aurait été bien mieux d’écrire « travaille En ELLE, etc. »
Bon, c’est fait, il n’y aura pas que ça comme problèmes.
R.S

Patlotch a écrit:
dndf, en attente d'approbation

effectivement mieux dit comme ça mais :
la question, c'est quelle classe révolutionnaire, en terme d'activités, donc de constitution. On ne s'en tire pas en rusant sur le concept à géométrie variable de prolétariat ("kaléidoscopique") après l'avoir défini ("trivialement") comme le producteur de plus-value. Tout ça mélange des périodes du capitalisme que TC a bien su distinguer par ailleurs... Je regarderai ça de plus près
Patlotch

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PEUTÊTRE



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MessageSujet: Re: 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes   Mar 15 Mai - 4:31


un développement proche de notre conception de luttes de dépassement
d'une "condition identique" dans et face au capital


Théorie Communiste N° 26 : les bonnes feuilles…

« Dans toutes les organisations et pratiques non-mixtes,
ce qui est en jeu c’est la fixité (essentialisation) versus la fluidité et l’insatisfaction.

L’essentiel n’est pas de se poser normativement en contradiction avec ce qui est,
mais d’exister dans les contradictions qui sont.
Ces contradictions, telles qu’elles sont, sont le point de départ et la dynamique de leur dépassement possible.»

Mixité / non-mixité ; autonomie / unité

TC a écrit:
Une solution unilatérale à l’alternative absurde entre autonomie et unité ne s’impose qu’à ceux qui considèrent la segmentation raciale comme un phénomène non-objectif de la reproduction du mode de production capitaliste et pour qui la classe fait face au capital toute bien une. C’est du mode de production et de sa reproduction contradictoire dont il faut partir (voir plus loin dans la seconde partie de ce texte) pour saisir à la fois l’aspect nécessaire de la segmentation raciale et son aspect mouvant comme composante interne de la lutte des classes.

Toutes les contradictions et segmentations sont définitoires de la « position commune » des prolétaires dans le mode de production capitaliste, elles existent de façon interne à l’existence et à la pratique de la classe ; le prolétariat n’existe pas d’abord tel qu’en lui-même, puis traversé par ces segmentations et contradictions. Comme si le prolétariat était (ce qui est  toujours implicitement présupposé) blanc et masculin (en effet, si les femmes se disent « camarades mais femmes » ce serait aussi une entorse malveillante à l’unité de la classe). Etre une classe n’existe plus que comme un rapport au capital, c’est alors avoir de façon intérieure à sa situation de classe toutes les segmentations et contradictions produites par les catégories du mode de production et leur reproduction. La segmentation et la position commune, race et classe, ne sont pas des contraires exclusifs et seulement substituables, tels que parler de l’une serait s’interdire de parler de l’autre.

Quand des femmes se réunissent en non-mixité c’est bien parce qu’elles sont femmes (assignées comme telles) et qu’elles en sont insatisfaites. Quand des Arabes, des Noirs, etc. se réunissant en non mixité c’est identique. Dans un cas comme dans l’autre, la confortation dans l’essentialisation n’est jamais absente (voir le féminisme d’Antoinette Fouque dans un cas et l’entreprenariat racial des Indigènes dans l’autre). Mais on ne dépasse pas une contradiction objective en l’ignorant.

Personne ne peut contester, sauf à se considérer soi-même comme a priori universel, la légitimité pour des individus partageant une condition identique de se réunir et d’agir sur la base de cette condition. En ce qui concerne les constructions raciales dont nous analyserons plus loin les mécanismes dans les catégories du capital et leur reproduction, l’efficacité dans leur domaine propre de ces constructions qui ne sont pas solubles dans l’économie, même de façon différentielle, transcende les classes. Si nous admettons que le racisme a son autonomie, il nous faut admettre que cette autonomie a ses manifestations dont la non-mixité.

Le troisième point porte sur le type de non-mixité. Nous prendrons deux cas antithétiques : les organisations quasi exclusivement noires (du moins se revendiquant comme telles) des ouvriers de l’industrie automobile de Détroit et les « Indigènes de la République » en France. Dans le premier cas (les ouvriers de Détroit), le point de départ justifiant le rassemblement n’est pas le fait d’être « noir » en général, mais d’être un ouvrier noir. C’est-à-dire le sort particulier réservé à un ouvrier quand il est noir, cela recoupant, bien sûr, le racisme global et institutionnel de la société américaine. Si nous essayons d’être clairs : le point de départ se situe dans la façon particulière dont dans une situation sociale spécifique est intégré le racisme général. Dans le second cas (les « Indigènes »), la genèse du rassemblement est strictement inverse. Sur la base du « Grand Récit décolonial » (voir plus haut), on construit une situation générale et unidimensionnelle occultant volontairement et consciemment toutes distinctions de classes ou de genre. Le point de départ est la situation générale de racisés. La race est mise en avant comme distinction primordiale et comme construction du rassemblement.

Dans les deux cas, pour des raisons strictement inverses, le point de départ se trouve miné par son autre terme.

Dans toutes les organisations et pratiques non-mixtes, ce qui est en jeu c’est la fixité (essentialisation) versus la fluidité et l’insatisfaction. La fixité peut être, au mieux, un piège difficilement évitable (et pas toujours à éviter…) comme dans le cas des organisations syndicales noires de Détroit ou, au pire, une volonté délibérée de créer un objet à représenter politiquement en s’en autoproclament les « protecteurs », ce que trivialement on appelle un « racket ». La non-mixité n’est pas absolument, de façon normative, à opposer à la stricte position de classe, comme si la segmentation raciale n’était pas un phénomène objectif avec ses conséquences tout aussi objectives, comme s’il suffisait de la dénoncer pour la faire disparaître. L’essentiel n’est pas de se poser normativement en contradiction avec ce qui est, mais d’exister dans les contradictions qui sont. Ces contradictions, telles qu’elles sont, sont le point de départ et la dynamique de leur dépassement possible. La fluidité, la labilité, l’historicité des constructions raciales c’est là-dessus qu’il faut se battre et non se réfugier dans le déni, la condamnation manœuvrière et la norme ou inversement dans la promotion d’identités essentialisées. La fluidité est aussi ce qui permet de penser la possibilité d’une lutte antiraciste non identitaire, cette fluidité en est la possibilité et le contenu même contre la « prison » que constitue la race : « Nous avons dissipé le mensonge de la race – la vieille race biologique, génétique, héréditaire – et l’avons dénudée pour qu’elle se révèle telle qu’elle s’impose à nous : comme une structure sociale, comme des catégories construites dans lesquelles nous sommes assignés de force, comme une marque qui détermine nos positions sociales et nos ressources matérielles, nos interactions et nos vies quotidiennes. La race n’est pas, elle s’exerce, elle s’impose, elle violente. Comment des catégories raciales dans lesquelles nous sommes confinés pourraient-elles devenir des refuges familiers et confortables quand elles sont des trous, des pièges, barbelés par l’hégémonie blanche et creusés pour l’esclavage et la colonisation. (…) Je revendique mon individualité contre l’assignation raciale et l’injonction à l’appartenance. « Nous n’avons pas le devoir d’être ceci, ou cela » écrivait Fanon : lutter contre le système raciste, c’est simultanément reconnaître sa condition de racisé et refuser de s’y laisser enfermer. » (Mélusine, Bouteldja ses « sœurs » et nous, sur le net, 2016). Dans ce texte d’une intelligence parfaite qui énonce l’essentiel en peu de pages dans une écriture à la fois personnelle et théorique, on retrouve l’articulation des thèmes développés plus haut de l’insatisfaction, de l’inauthenticité et de la remise en cause.

On peut soutenir que conceptuellement on ne peut déduire directement la racisation en général et la segmentation raciale de la force de travail en particulier de la forme fondamentale du capital et qu’il faut pour cela passer par les catégories déduites de cette forme fondamentale. Tout cela est bon, il n’empêche que demeure une question simple : conceptuel ou pas, direct ou non, qu’est ce que cela change dans le cours des luttes que ce soit « fondamental » ou non ? Ce qui change c’est la reconnaissance du caractère labile, transitoire des assignations raciales, certaines sont créées, d’autres disparaissent, au cours des luttes la « frontière » entre segments de la force de travail engagée peut être poreuse, elle peut se déplacer, sans disparaître tout à fait, des moments communs sont possibles, etc. Cette contingence des constructions raciales, leur labilité, n’est pas sans importance au niveau immédiat des conflits et des luttes, des relations entre fractions de la classe au cours de ces luttes. Produites par une conjonction toujours spécifique des catégories du capital (voir plus loin), la segmentation raciale est toujours dépendante de cette conjonction de déterminations et de son caractère mouvant, ce qui ne peut manquer d’avoir des conséquences sur le cours des luttes. Faire de la population comme principale force productive une catégorie économique discriminant les groupes hommes et femmes, c’est faire de la distinction plus qu’une essentialisation, la distinction devient « irrémédiable », « éternelle », parce que de Nature. La biologisation raciale n’a été qu’un moment du classement racial hiérarchique des populations, elle n’en fut même pas à l’origine (cf. Nicolas Bancel et alii, L’invention de la race, éd. La Découverte), elle s’est révélée historiquement extrêmement fragile et n’est plus guère à l’ordre du jour (au point de faire d’une supposée appartenance religieuse un marqueur racial).

Il faut toujours considérer l’intersectionnalité comme une notion intrinsèquement historique et pratique. L’histoire, c’est-à-dire la domination de l’un ou l’autre terme fait partie du concept qui ne peut être formellement défini. L’intersectionnalité est une question pratique, historique, question de rapports de force et d’objectifs, elle est chaque fois spécifique en tant que conflictuelle dans ses termes qui ne sont jamais en équilibre. Quand les termes sont sclérosés comme entités surplombant les individus, l’intersectionnalité devient un conflit parfois violent entre pratiques et organisations prônant chacune une unidimensionnalité. Les femmes et les non-blancs sont déjà dans la classe des prolétaires et non des déterminations venant la croiser, comme une conception simpliste de l’intersectionnalité peut le laisser entendre. Bien qu’occultée, et du fait de son occultation, la chose est là et travaille dans toutes sortes de conflits la classe telle que son abstraction nécessaire la fait apparaître.

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9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes
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