PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes

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Tristan Vacances



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MessageSujet: 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes   Mar 19 Sep - 19:42


une veille sur les changements en théorie communiste
en quête d'un sujet révolutionnaire

Tristan Vacances : - répondant à ma question une révolution communiste mondiale au XXIè siècle ?, vous disiez voir un « signe des temps » dans le fait que « d'autres, séparément, se posent les mêmes questions et commencent à y apporter des réponses allant dans le même sens. » Pouvez-vous précisez qui ils sont et en quoi leurs questions, ou leurs réponses, rejoignent les vôtres ?

Patlotch : - je n'ai pas fait l'inventaire et ne le ferai pas car le problème n'est pas de distribuer bons et mauvais points, encore moins de constituer un regroupement théorique. Plusieurs aspects :

- cet inventaire serait impossible et trop limité à ceux que j'ai repérés, et cités ici ou là dans mes réflexions, sans lesquels elles n'auraient pas avancé si vite une remise en perspective de la théorie communiste
- "signe des temps" parce que de nouvelles idées ne surgissent ni par hasard ni de têtes pensantes, mais d'un regard neuf sur l'histoire, le présent, les possibles avenirs
- "le même sens" peut recouvrir des éléments partiels ou globaux, se présenter au seul stade du doute renouvelant des questions anciennes (par exemple, qu'est-ce qu'une classe révolutionnaire dans l'histoire ? comment se constitue-t-elle ?), en poser de nouvelles (une classe non composée de catégories sociales mais par ses activités et luttes face au capital...), et des réponses partielles ou globales, le tout étant de ne pas enfermer le nouveau dans tel corpus à prendre ou à laisser
- enfin c'est l'évolution de la situation mondiale, ou plutôt des situations particulières, qui conduit à poser ces nouvelles questions, et je les prends comme un symptôme, parfois un frémissement

Tristan Vacances : - Si vous ne voulez pas donner de noms, parlez au moins des champs dans lesquels se posent ces questions communes.

Patlotch : - ils sont ceux que je n'ai cessé d'évoquer tout au long de mes travaux, mais il y a effectivement un retour d'ancienne questions de la tradition marxiste, la constitution en classe, les contenus et formes des luttes, et plus généralement un souci de partir de celles-ci plutôt que les regarder à travers de gros concepts, quand on considère qu'ils ont perdu en pertinence ou changé de placement et d'enjeux : prolétariat, organisation, unité... Voilà pour des aspects méthodologiques ou transversaux. Ensuite il y a les axes d'exploitation /domination /expulsions qui sont le fait du capital comme société globale, avec les médiations et contradictions entre elles. Il est donc normal que l'on constate des transversalités de pensées portant ces problématiques

Tristan Vacances : - Pouvez-vous donner quelques exemples de ces rencontres muettes ?

Patlotch : - puisque vous y tenez, j'ai cité ceux qui travaillent sur la surpopulation ou le sous-prolétariat, Saskia Sassen, Endnotes, Kosmoprolet (Freundinnen und Freunde der klassenlosen Gesellschaft)... le livre et l'interview de Kevin Van Meter par Viewpoint, les critiques féministes, écologistes et décoloniales qui se réfèrent au marxisme et le renouvellent

je découvre ce matin, via dndf, une nouvelle parution du groupe italien Il Lato Cattivo, Foto dal finestrino (Photo de la fenêtre), qui croit discerner dans les dernières années un « changement de phase » et qui en tire la nécessité, pour « rompre la monotonie de la "traversée du désert" [] de poursuivre, approfondir, développer le travail théorique entrepris » :

Citation :
Voici un inventaire (provisoire) des sujets que nous proposons de traiter dans un avenir plus ou moins prochain :

 la contradiction fondamentale : l'exploitation de la classe;
 l'analyse générale de la période;
 la classe moyenne;
 la rente foncière;
 le capitalisme mafieux et le secteur de la drogue;
 les facteurs de race, de nation et de sexe social;
 la question agraire;
 la crise environnementale;
 la question de la violence;
 la Loi de la valeur dans sa signification internationale;
 le passage au communisme.

Vaste programme, qui va nous engager à nouveau pendant plusieurs années.

bien que ce groupe théorique ne se caractérise pas par sa souplesse d'esprit (sur la dialectique, par exemple, ici la "contradiction principale"), il serait difficile de ne pas y voir des échos aux catégories mêmes que j'utilise depuis l'ouverture de ce forum

même les tenants irréductibles de la révolution à titre strictement prolétarien, Théorie communiste, parlent depuis dix ans de la double contradiction classe-genre et préparent leur prochain numéro autour de la question raciale...

je pense que les penseurs "purement" marxistes ont du mal à tourner la page du prolétariat comme classe révolutionnaire, et qu'il faut du temps pour que les dernières générations de marxistes prennent ce tournant pour éviter de se transformer eux-mêmes en fossiles. Et comme les questions posées sont affaire d'années ou de décennies, de nouvelles générations de théoriciens communistes apparaîtront qui n'auront pas accrochées aux fesses les marmites du passé. En théorie comme dans les luttes, la jeunesse, ça compte, et la vieillerie vient toujours trop tôt à qui ne fait pas d'exercice

Tristan Vacances : - Vous souhaitez que se crée un courant ?

Patlotch : - sic... Que les dieux et déesses du communisme nous en préserve, on sait à quoi ça mène., des coteries, des exclusions, des batailles d'égos, les débats truqués... Mais pourquoi pas un jeu de ping-pong avec ces nouvelles balles théoriques ?

Tristan Vacances : - En attendant le tir à balles réelles, les armes de la théorie suivies de la critique des armes. Vous voilà d'un coup bien optimiste si ce n'est œcuménique...

Patlotch : - c'est un tournant énorme que je propose à la critique communiste, qui plus se présente de façon globale et cohérente, ce qui ne facilite ni sa compréhension approfondie, ni des échanges avec qui ne l'a regardé que superficiellement. De tels échanges ne m'intéressent pas, car ils n'apportent rien à personne, que la confirmation des tares habituelles. Quant à mon œcuménisme, il a des limites qui ont fait ma réputation

Tristan Vacances : - Quoi qu'il en soit, il m'a semblé utile de consacrer un sujet à cette veille sur les changements en théorie communiste

Patlotch : - c'est une bonne idée bien auto-organisée


Shocked

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes   Mar 19 Sep - 21:02


à théorie nouvelle, titre nouveau

Tristan Vacances : - Vous avez encore changé le titre du forum, pourquoi ?

Patlotch : - il me fallait maintenant aller droit au but, et l'ancien titre était trop chargé; conceptualiser une crise de l'Occident repousse et ne permet pas de rendre compte du racisme en Chine ou en Inde ou même en Afrique, alors que la restructuration géo-économique du capital et la démographie font que ces régions du monde déterminent aujourd'hui les choses du capitalisme. Décolonialisme et critiques des racismes se recoupent sans être identiques, il y avait une ambiguïté qui prêtait le flan à des critiques légitimes

Tristan Vacances : - Vous avez donc privilégié, comme pour votre livre, la classe de la révolution...

Patlotch : - oui, c'est le nœud nouveau, et partant de là, face à la réalité, se tordre l'esprit pour "articuler classe, genre et race", perd son sens parce que cela ne renvoie qu'à la conception de la classe prolétariat/classe ouvrière productive comme sujet révolutionnaire universel, qui n'aura été que transitoire dans l'histoire du capitalisme, et se sera effondrée dans la restructuration post-keynésienne du capitalisme comme le programmatisme du mouvement ouvrier

une théorie communiste audible, prenant ces réalités en compte n'est pas un luxe d'intellos, il est temps qu'elle se fasse entendre et qu'elle suscite des discussions autant qu'elle générera d'autres postures dans les luttes

en posant la classe révolutionnaire dans son adéquation à l'abolition du capitalisme en subsomption réelle, je tourne la page de controverses dépassées par le capital-même. Soit la théorie communiste l'entend, soit elle crève, et l'ironie du sort, c'est que le prolétariat sera au premier rang des perdants d'une nouvelle trahison des clercs

Tristan Vacances : - «Partie de ping-pong théorique », « Aller droit au but », les métaphores sportives abondent, mais vous avez laissé tomber la poésie, la poétique...

Patlotch : - c'est bien à regret, mais qui sait, comme disait Debord en 1963, qu'il s'agira in fine de « mettre la révolution au service de la poésie » saura la trouver chez moi. Cela ne s'adresse qu'à certaines oreilles triplement sensibles aux choses, aux mots et à la musique pour les dire, par affinités électives d'extimes intimités

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes   Mer 20 Sep - 12:35


des critères de discernement

sur quels critères pouvons-nous repérer des "questions et thèses parentes" ? Rappelons où nous en étions hier (ici) sur la lecture des LA Theses, EndNotes, Los Angeles, décembre 2015

Patlotch a écrit:
la clef théorique des luttes pour une révolution communiste totale
composition/constitution en classe
la conscience du capital comme facteur d'unité


l'histoire ne repasse pas les plats

la constitution d'une classe pour abolir exploitation et dominations doit être pensée vers l'avenir en des termes nouveaux prenant en compte le caractère inédit d'une révolution abolissant le capital au-delà de l'autonomie. Ses contenus sont incomparables avec toutes les révolutions antérieures et ne peuvent être ceux d'une révolution prolétarienne, et pas davantage comparables aux intérêts communs dans une lutte revendicative ou défensive, communs mais partiels car dépassant les différences seulement en évitant les oppositions de races, de sexes, de générations, pour défendre salaires, emplois, retraites...

le prolétariat n'a jamais été la classe révolutionnaire universelle

la question n'a jamais été résolue de l'idéal de Marx selon qui le prolétariat devenait la classe universelle en défendant ses "intérêts communs" (de sans réserve, donc contraint) et libérait en même temps l'humanité entière en abolissant les classes. Les luttes prolétariennes des pays capitalistes occidentaux se sont accommodées du colonialisme et n'ont jamais visé la fin de la domination masculine. Cette vision était utopique et aporétique chez Marx, et aucune révolution du passé n'a eu ce contenu total

de fait, le prolétariat n'a jamais été révolutionnaire au-delà de ses intérêts propres, laissant de côté races, genre et plus, et les théoriciens communistes qui l'ont idéalisé ont fait de même, sans voir que concernant ces dominations, il était une classe du capital comme les autres, et peu qu'il ne visait que son affirmation autonome


la clef théorique d'une révolution communiste totale

« La révolution communiste est une révolution totale. Révolution biologique, sexuelle, sociale, économique ne sont que des déterminations particulières ; en privilégier une c'est mutiler la révolution, qui ne peut être qu'en étant tout. » Jacque Camatte, mai 1973

nous avons aujourd'hui sous les yeux les éléments de cette constitution en classe d'une révolution communiste totale, et sur le plan théorique, elle pose beaucoup moins de problèmes que la révolution à titre prolétarien, quand on voit les contorsions communisatrice envisageant dans le même temps l'unité et l'abolition du prolétariat, son absorption des autres classes pour les abolir toutes... immédiatement

c'est davantage un problème de constitution EN classe que de composition DE classe, si on pense celle-ci en surplomb comme unité de catégories sociales autour du prolétariat défragmenté. C'est insoluble en termes théoriques généraux. Il faut descendre au niveau de chaque situation spécifique, de chaque lutte spécifique, de chaque individu y participant

alors oui, comme l'écrit Endnotes il est « important d’étudier en détail le déroulement des luttes », mais tout dépend quels "détails" on y cherche et pour quoi en faire. Le travail théorique consiste à promouvoir la « conscience du capital » dans toutes les luttes particulières, en partant du fait que les individus qui y participent sont confrontés de façon spécifique au capital, parce qu'exploités ou expulsés, ou par leur opposition à la domination masculine, au racisme, à la pollution ou à l'extractivisme..., et tous ensemble confrontés à la police donc à l'État. Autrement dit, on ne peut ni doit empêcher les contradictions (femmes prolos ou pas contre prolos machos, travailleurs blancs contre noirs, etc.) mais leur donner un contenu qui les dépasse vers l'unification de la classe contre le capital. Ce travail théorique n'est pas différent de l'activité communiste dans ces luttes, il en est un aspect


les communistes ne forment pas un parti opposant les luttes particulières
Ils n'ont point d'intérêts qui les séparent de l'ensemble de la classe contre le capital

c'est plus facile à dire qu'à faire, car différent dans chaque situation et chaque relation avec chaque personne, mais il n'y aura pas d'autre voie : il n'y a que la lutte et c'est la tâche des communistes de lui donner ce sens Rolling Eyes



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Patlotch



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MessageSujet: Re: 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes   Mer 20 Sep - 13:17


(re)lecture

On Everyday Resistance: An Interview with Kevin Van Meter

September 14, 2017




juin 2017

Citation :
Shane Burley: Does that mean everyday resistance, or this inclination towards resistance, should be thought of as the core element of revolutionary struggle?

KVM: I am interested in how cooperative and autonomous ways of life are not just captured by capitalism, but how they escape capitalist command and allow people to survive. When autonomists say self-activity, when we say everyday resistance, when we say mutual aid, when we say commoning, we are interested in how cooperative and autonomous ways of life can forge a new society beyond capitalism. Then the task of the revolutionary is to ask, what are our life activities, how does capitalism capture them, and how do we escape capitalism to create other life ways and forms of resistance?

In the book, I argue that the foundation for all revolutionary politics and social movements is everyday resistance. An organization, a coalition, a federation only emerge out of these prior, earlier forms of self-activity. People become revolutionaries because they become involved in these everyday practices. And you don’t need to become a revolutionary to become involved in these everyday practices; this is not a question of revolutionary consciousness, this is a question about activity and the composition of struggle.

We also can’t just judge these practices on their own. Forms of resistance are not always good. When white workers would strike against the inclusion of black workers or women in the factory, that’s a form of resistance, but that’s not necessarily one we want to honor. So, I argue that everyday resistance itself is important, it is something we should really pay attention to, and it’s a factor in revolutionary struggle and revolutionary upheaval – but it’s not the only factor we have to consider. We should consider other factors: of exploitation and oppression, of domination and control.

The question we need to answer as revolutionaries attuned to everyday resistance, mutual aid, and self-activity is this: how does everyday resistance express the desires of those who are exploited and oppressed, dominated and controlled by capitalism and the state? And this question cannot be answered abstractly, outside of the specific context in which you are inquiring and operating. I wanted to make sure to not just add everyday resistance to the hodgepodge that is contemporary revolutionary theory. What I attempted to do in the book is to use everyday resistance as a catalyst to reconsider and rethink theory and organizing, because while I see everyday resistance is an important factor in revolutionary struggles, there are all these other factors that we should be constantly reconsidering.

SB: Guerrillas of Desire sets up the premise that everything we know about organizing is wrong. How can “everyday resistance” inform organizing and what can we do to take today’s  movements in a new revolutionary direction?

KVM: Let me be as clear and concise as possible. In the introduction to the book, I write: “Guerrillas of Desire offers a contentious hypothesis: the fundamental assumption underlying Left and radical organizing, including many strains of anarchism, is wrong. I do not mean organizationally dishonest, ideologically inappropriate, or immoral. I mean empirically incorrect. Historical and current strategies on the Left and in radical movements are predicated on the assumption that working class and poor people are unorganized and not resisting. Hence the role of the activist, organizer, and insurrectionist is to activate, organize, and educate a disengaged population through various initiatives. Illustrating that everyday resistance is a factor in revolution and a form of politics, maintaining that its effects on overt rebellion and crises are measurable, requires the reversal of this assumption. Working class and poor people—as slaves, peasants, and workers in the industrial and social factory—are already organized and resisting.”

So, while this addresses your question about how everyday resistance challenges our premises around organizing, it doesn’t fully tackle the question of how everyday resistance informs organizing. In effect, I am suggesting that if we are to be attuned to everyday resistance, mutual aid, and working class self-activity, we need three things: a new type of organizer; mechanisms that organizers utilize to “record, circulate, amplify, and intervene into the new society as it emerges”; and a constellation of revolutionary and “survival pending revolution” initiatives that express the actually existing needs and desires of the working class in struggle. What is more, because everyday resistance is expressly contextual, our mechanisms and initiatives will be particular to the contexts they are operating within. Now, I think answering the question of what direction revolutionary movements should go in, is always difficult, and possibly one we shouldn’t ask in the abstract. Rather, I am interested in asking, how do organizers, revolutionary organizations, and movements emerge? In this sense, we are not looking from the point of view of the organization on up to coalitions, federations, general strikes or revolutionary upheavals, but looking in the opposite direction – from the organization “all the way down.” This results in a different set of questions being asked.

For the sake of precision, let me read from the chapter on organizing: “What are the integral elements of an organization? Where are its precursors? Who told the hallowed stories that predate its formation? What experiences and encounters has the organizer emerged from? Where have these been recorded, and how can those of us acting in common amplify, circulate, and propagate these experiences and expressions? What are the constituent elements, forces, relationships, materials, needs, and desires that came together and allowed this organization to emerge? A response to these queries would require militants to investigate the constituent elements, forces, relationships, materials, needs, and desires that could emerge and are in fact emerging. Becoming attuned to the taxonomy of struggle, to everyday resistance in this manner, in turn requires a new type of organizer.” And it’s going to be up to the reader of this interview and the book, if they find what I am saying at all interesting or useful of course, to figure out what kind of organizer is needed in their own context.

l'objection qui vient d'abord est qu'il s'agit d'un ènième discours prônant l'autonomie sur la base de modes de vie tentant d'échapper au capitalisme, autrement dit de chercher « La sortie, c’est par où ? » (Vosstanie, 9 septembre 2017), et je ferais rentrer par la fenêtre ce que j'avais par la porte sorti

pourtant, sans avoir lu le livre, il faut y regarder de plus près, dans la multiplicité des luttes de résistance exposées. Il me semble qu'il met davantage l'accent sur l'auto-organisation (self-activity) que sur l'autonomie, comme je l'ai fait dans 3) AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, dépassement contre autonomie

quoi qu'il en soit, c'est sur nos critères (ci-dessus) qu'il convient de l'apprécier, et c'est à ce titre que ce livre peut nous aider, même si nous ne formulons pas les mêmes questions que l'auteur, car notre perspective est longue, c'est la constitution en classe, qui ne sortira pas de nulle part

Tristan Vacances : - Ce seraient vos "écarts" à vous, "annonçant"... ?

Patlotch : - tsss...


Alors toutes tes fredaines,
Guilledous et prétentaines,
Tes écarts, tes grands écarts,
Te seront pardonnés
, car
Les filles quand ça dit 'Je t'aime',
C'est comme un second baptême,
Ça leur donne un cœur tout neuf,
Comme au sortir de son œuf.




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Patlotch



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MessageSujet: Re: 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes   Mer 20 Sep - 16:39


rappel de théorisations recoupant la mienne

je poursuis ce repérage d'expressions théoriques procédant eux-mêmes de divers courants théoriques. L'inconvénient, je l'ai dit pour Période, dans son néo-trotskysme mâtiné de "décolonial", et dans une moindre mesure pour Viewpoint vu son centre de gravité autour des « traditions révolutionnaires extraparlementaires, ultra-gauche et opéraïstes », l'inconvénient est que la ligne générale est peu lisible ou trop large, sans cohérence, ce qui ne peut produire une théorisation nouvelle. Mais certains textes sont susceptibles de féconder la nôtre

Théorie et enquête. Rencontre avec la revue Viewpoint
Salar Mohandesi et Asad Haider

Période 6 juillet 2015


Citation :
Viewpoint Magazine est une revue de théorie marxiste en ligne basée aux États-Unis, initiée dans le cadre des débats autour des mouvements Occupy. Il s’agit d’une publication ouverte sur les nouvelles formes de radicalités et portée théoriquement sur les traditions révolutionnaires extraparlementaires, ultra-gauche et opéraïstes. Viewpoint Mag propose régulièrement des livraisons thématiques, sollicitant des contributeurs contemporains mais aussi traduisant ou republiant des analyses plus anciennes du mouvement révolutionnaire – en particulier la séquence rouge des années 1960 et 1970 en Italie, France et Allemagne. Dans cet entretien, les deux initiateurs de la revue nous expliquent leur projet théorique et politique et les défis de la pensée marxiste aux États-Unis. Ils nous mettent en garde contre tout esprit défensif vis-à-vis des « pensées critiques » non marxistes, et invitent à réinventer la tradition marxiste à l’aune du présent.

Citation :
Du point de vue d’une revue théorique marxiste, dans un contexte anglophone, comment parler de race et de féminisme, c’est-à-dire : comment en parler en évitant les identity politics et les anti-oppression politics très importantes dans la gauche américaine, qui présentent l’aporie d’être à la fois extrêmement focalisées sur les rapports interindividuels (et très maximalistes dans ce domaine) et complètement indéterminés politiquement ?

Asad Haider : Vous posez une question très difficile pour des marxistes étatsuniens. Quand j’étais un peu plus jeune, j’ai fait la découverte du marxisme en lisant simultanément le Manifeste communiste et les mémoires de Huey P. Newton, tous deux aussi importants de mon point de vue, en tant qu’immigré de la deuxième génération, pour faire du marxisme un outillage approprié à l’étude de la société américaine. Et en effet, la lutte contre le racisme a constamment joué un rôle crucial dans les combats liés à l’histoire du marxisme aux États-Unis, qu’il s’agisse des contributions des membres noirs du Parti communiste jusqu’à la radicalisation de grande échelle rendue possible par le tournant marxiste-léniniste du black power – amenant dans son sillage vers le marxisme une large partie de la nouvelle gauche (une histoire sur laquelle il reste sans doute beaucoup à écrire). Bien entendu, dans toute son histoire le marxisme s’est vu concurrencé par d’autres théories (bourgeoises) de l’identité. Le premières polémiques des communistes noirs étaient dirigées contre l’idéologie de la race, promue par le réformisme de la bourgeoisie noire, qu’il s’agisse de versions libérales ou séparatistes de ces visions. Le black power avait un rapport ambigu à cela. Ce mouvement a représenté une innovation stratégique, rompant avec la problématique des droits civiques – mais il faut bien dire que les rapports entre nationalisme noir et communisme sur le plan théorique est resté ambivalent. C’est probablement cette incertitude qui a été exploitée par l’idéologie réactionnaire des identity politics qui neutralisent cette subversion interne du marxisme qu’on été les luttes anticoloniales et antiracistes.

Malheureusement, les polémiques menées par les marxistes contre les « politiques identitaires » se résument souvent à des débats théologiques et sur un plan « éthique » à propos de la prépondérance de la race ou de la classe, sur l’existence d’une nature humaine qui transcenderait les différences, sur la possibilité de fonder toutes les formes d’injustice sur la base des rapports de production. De telles réactions ne sont le plus souvent que de la chicane académique, qui semble plutôt appréciée des deux côtés de la polémique. La stupidité des débats reste pour autant inexcusable tant que le racisme et l’exploitation demeurent des forces matérielles et engendrent encore la ségrégation, l’appauvrissement de quartiers entiers, l’incarcération d’êtres humains à une échelle de masse, ou tant que ces forces matérielles tuent des enfants.

Pourquoi, malgré l’urgence de la situation, sommes-nous toujours piégés par ces discussions sans intérêt ? Il faut commencer par dire que les identity politics constituent un discours extrêmement technique et académique, difficile à étudier étant donné son incohérence. Son jargon a réussi à sortir des frontières de l’université précisément à cause des implications individuelles dont vous avez parlé : c’est une doctrine basée sur la mobilité sociale, dont on peut comprendre l’attrait du côté d’une population élitaire au sein des subalternes, mobilisant ces idées contre les discriminations bien réelles qu’ils et elles subissent en cherchant à monter dans l’échelle sociale. J’ai bien entendu fait toute ma vie l’expérience de ce genre de discriminations et n’ai aucune envie de les relativiser. Cependant, une grande partie de ceux qui se réclament de l’héritage des Black Panthers sont totalement indifférents (voire sont opposés) à l’émergence de mouvements de masse qui attaquent le racisme à sa racine. Il s’agit donc en un sens d’une appropriation opportuniste des Panthers, mais c’est aussi le fruit des ambiguïtés des mouvements passés.

À la différence de l’attitude à avoir vis-à-vis des développements dans la théorie sociale bourgeoise, les marxistes n’ont pas grand chose à apprendre des identity politics qui vont rarement au-delà de la posture « morale ». Ces courants sont essentiellement une neutralisation des mouvements de masse de lutte contre le racisme. Ils ne sont pas simplement non marxistes, mais correspondent au fond à l’idéologie de l’ennemi de classe. Les identity politics ayant pour horizon et base matérielle la réussite individuelle, elles visent finalement à contenir et désamorcer les mouvements qui seraient à même d’éliminer les racines systémiques du racisme – à partir du moment où une telle démarche donnerait le pouvoir aux masses dans leur ensemble et non à une élite intellectuelle.

Au-delà de ces considérations, notre méthode reste la même. Nous considérons qu’une théorie du racisme nécessite d’abord d’étudier les mouvements de masse antiracistes, leur histoire, les forces et les limites qui caractérisent leur production théorique. Comme je l’ai déjà expliqué – et toute personne ayant une connaissance historique superficielle en conviendra –, ces mouvements de masse ont toujours eu parmi eux des marxistes, qui ont été amenés à jouer un rôle de cadre ou de théoricien. Il faut revisiter cette histoire avec ouverture et créativité, et ne pas abandonner le précieux héritage des luttes antiracistes à l’élite subalterne qu’on connaît aujourd’hui. Sous cet aspect, le marxisme étatsunien est digne d’intérêt pour quiconque (quel que soit son contexte géographique) cherche à formuler une théorie du racisme, et comme l’a dit Salar nous en traiterons prochainement au sein de Viewpoint.

Un important manque au sein des approches marxistes aux États-Unis concerne la question migratoire. Malgré le rôle essentiel des immigrés (majoritairement latino-américains) dans la classe ouvrière étatsunienne, nous sommes en retard sur le marxisme européen dans notre prise en compte des migrations en tant que question théorique. Cet enjeu n’est pas réductible à la « race ». Il nous faut travailler cette question de manière approfondie.

Je n’ai pas encore parlé de féminisme car c’est une autre affaire. L’une des distorsions des identity politics contemporaines est d’ailleurs justement de proposer cette formulation « race et genre » comme s’il s’agissait de deux attributs d’une même substance (« l’identité ») !

Les relations du féminisme à la pensée révolutionnaire, et sa cooptation dans le féminisme bourgeois, constituent une histoire autonome et singulière qui doit être étudiée dans ses propres termes. Pour nous, les productions féministes au sein de l’opéraïsme italien sont universellement utiles pour développer une compréhension actuelle du marxisme. Ce n’est pas une élaboration secondaire mais l’un des aspects principaux d’une théorie des formations de la classe ouvrière.

Il est d’ailleurs manifeste que la gauche radicale a de sérieux problèmes du côté du genre, ce que la récente crise au sein du Socialist Worker’s Party britannique a encore une fois prouvé de façon irrévocable. Les marxistes continueront à avoir des difficultés à résister au féminisme bourgeois tant qu’ils seront représentés par des sexistes. Ces tendances inexcusables ne peuvent être combattues que par la direction concrète et théorique du travail politique par des féministes révolutionnaires.

[...]

Entretien mené et traduit de l’anglais par Félix Boggio Éwanjé-Épée et Stella Magliani-Belkacem.

leur critique des identity politics est autrement plus pertinente que celle d'Yves Coleman, mais ne disposant pas du concept d'identités de luttes et leurs dépassements à produire, elle en reste à celle de sa forme intellectuelle et universitaire. Or là aussi, comme le disent par ailleurs, il s'agit de partir des luttes concrètes, non des discours sur elles. Là j'ai forgé un concept de méthodologie dialectique portant d'emblée sur une catégorie concrète dans le mouvement de ses contradictions

dans un autre entretien avec Période Pour une critique radicale de l’eurocentrisme, avec Alexander Anievas et Kerem Nisancioglu, auteurs en 2015 de



Comment l'Occident est devenu la règle
ça voir plus

j'ai trouvé cette remarque :

Citation :
Simultanément, la présence accrue des conceptions poststructuralistes, postcoloniales, des théories critiques raciales, féministes et queer de la manière dont le capitalisme – et le pouvoir plus généralement – fonctionne ont provoqué un besoin conceptuel plus important de prendre en compte les questions de liminalité, d’hybridité et d’intersectionnalité, etc. De nombreux courants du marxisme plus dogmatiques tendaient à ignorer, mettre sur la touche ou s’opposer ouvertement à ces différentes approches, et beaucoup d’entre eux continuent à faire cela (Il suffit de penser aux multiples rejets paresseux de « l’identité politique » qui continuent à se répandre dans des organisations politiques variées se réclamant de la libération et de la révolution).

droit à la paresse, quand tu nous tiens...

PS : j'ai contacté Viewpoint en 2015, qui m'a remercié de mon intérêt... De même je "suis" ses deux co-rédacteurs, Salar Mohandesi et Asad Haider, sur tweeter, mais sans réciprocité...

Tristan Vacances : - dites, Patlotch, c'est loin l'Amérique ?

Patlotch : - Tais-toi, et nage !


je complète le rappel de théorisations dont j'ai déjà parlé comme recoupant la mienne : MARXISME FÉMINISTE et DÉCOLONIAL avec Ana Cecilia Dinerstein : 'utopies concrètes', 'organiser l'espoir'... auto-subjectivation révolutionnaire


avec John Holloway et Mike Neary, 27 juin 2017

avec AC Dinerstein, on rencontre le même problème qu'avec Silvia Federici, une théorisation intéressante, mais une utilisation problématique dans l'idéologie des Commons, et un flirt permanent avec les mouvements démocrates radicaux, comme je le constate en suivant Dinerstein sur tweeter (là c'est réciproque...). Peut-on séparer l'un de l'autre, la théorie du politique ? Tout dépend de ce qu'on en fait soi-même, si l'on évite de jeter tout le corpus en bloc

j'écrivais le 28 octobre 2016

Patlotch a écrit:
le plus intéressant est l'articulation faite par Dinerstein et rejoignant la mienne, entre subjectivité objectivée dans le capital, qu'Astarian appelle conscience immédiate, et subjectivation révolutionnaire comme auto-production d'un "espoir" par la lutte

à cette condition peut-être la théorie communiste pourrait-elle être utile [...] c'est dans son rapport aux luttes que le problème se pose, tant dans leur caractère auto-théorisant que fait ressortir Dinerstein, que dans sa formulation théoricienne qui tente de les reformuler dans le langage de la théorie

dans certains cas, chez Endnotes par exemple, l'utilisant du terme de prolétariat ne semble plus avoir valeur que de mémoire de l'ancien sujet révolutionnaire englouti avec l'identité ouvrière, comme en témoigne l'idée de sa recomposition à base d'ingrédients qui ne sont pas le prolétariat industriel de Marx

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MessageSujet: Re: 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes   Mer 20 Sep - 23:31


Further Conversations with Myself



Far From Seamless: a workers’ inquiry at Deliveroo
Loin de la transparence : une enquête ouvrière à Deliveroo

Facility Waters and Jamie Woodcock, Viewpoint, September 20, 2017


From Hito Steyerl’s ‘How Not to Be Seen: A Fucking Didactic Educational.MOV File’

la chute
Citation :
As the intensity of capitals’ occupation of everyday life41 through the “gig-economy” and its contestations of space progress, so too do the rhythms of defiance fall into new synchronicities. What we could be seeing here is the opportunity to converge industrial action with social strikes. Facility was involved in one of the University rent strikes in London of 2016, which spread from UCL to three other universities in the city.42 The demands put forward there for safe and affordable housing are synonymous with the demands for living wages and job security at Deliveroo.

Guy Debord wrote that “self proclaimed democratic society seems to be generally accepted as the realisation of a 'fragile perfection'… it must no longer be open to attacks, being fragile; and indeed it is no longer open to attack, being perfect as no other society before it. It is a fragile society because it has great difficulty managing its dangerous technical expansion.”43 If we apply this criticism specifically to Deliveroo, and platform capitalism more generally, then we can see how they legitimize themselves by appearing to collapse space into seamless perfection, therefore obscuring labour processes out of sight. Marx’s famous claim that capitalism requires the “annihilation of space by time”44 is abundantly clear in Deliveroo’s technical rationality. A distance becomes absolute and binary, complete or incomplete, delivered or not delivered – the delivery as a commodity in itself, as something to be produced by one and consumed by another. However, the strikes reveal the fragility of this “perfection”; the movement from dots on screens to bodies in the streets simultaneously alters the visibility of the worker, removing them from the “God’s eye-view” of the commodity, whilst rupturing the seamless, hyperreal space of the city.

41. Understanding ‘everyday life’ as a political territory, where Lefebvre (1991, 228) sees “the only genuine, profound human changes [as being] those which cut into this substance and make their mark on it.”

42. Diane Taylor, “University students across London take part in rent strike”, The Guardian, (May 6th, 2016), available here: https://www.theguardian.com/commentisfree/2016/may/09/rent-strike-students-ucl-london-threat-to-education-access

43. Guy Debord, Comments on the Society of the Spectacle, (London: Verso, 1998), 21. ↩ French ici

44. Karl Marx, Grundrisse, (1857) available online: https://www.marxists.org/archive/marx/works/1857/grundrisse/ch10.htm


est un album du pianiste de jazz Bill Evans paru en 1967
piano en re-recording 2 pistes




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MessageSujet: Re: 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes   Jeu 21 Sep - 16:07


je reprends et complète cette intervention publiée cette nuit, en interrogeant le concept de classe, son contenu et sa constitution chez Toni Negri. Les marxistes de tous courants lui sont tombés dessus au nom de son abandon du sujet révolutionnaire prolétarien, avec plus ou moins de pertinence. Ma proposition d'une nouvelle classe à constituer face au capitalisme en subsomption réelle amène à s'interroger sur son rapport avec la 'multitude' et son contenu de rupture, on non, avec le capital


Toni Negri entre intuitions, contradictions, et âneries

quel "pouvoir constituant" ? d'une classe ? quelle "révolution permanente" ?

Toni Negri est un théoricien du passé, trop et pas assez marxiste, il veut le prolétariat dans sa multitude, il le voit partout même où il n'est pas, et « prenant acte de la fin de la dialectique », il veut son affirmation dans le capital, l'opéraïsme étant une forme d'autonomie : « il faut éviter autant que possible les luttes de résistance. Il faut s’échapper, fuir, tracer des lignes de fuite et aussi développer la capacité d’inventer des choses positives, déjà dehors »

Toni Negri abandonne le prolétariat universel comme sujet révolutionnaire, il ne nie pas la lutte des classes, ni la nécessité que se constitue une classe, mais sa multitude est un ventre mou qui n'a pas à faire la révolution. J'en passe et des meilleures sur le "revenu universel", la "démocratie réelle" et la "citoyenneté globale"

mais Toni Negri a vu juste en cernant le « problème du rapport entre l’un et le multiple [qui] doit être posé en actes [sans] assimiler la multiplicité à des formes d’unité, ni la multitude au concept abstrait d’unité, mais plutôt de chercher à l’intérieur de la multitude, des formes communes d’action. [] Il faut accepter [] que le sujet ne soit pas la classe ouvrière au sens étroit où on pouvait la définir dans le fordisme. »

flemme d'aller chercher dans Empire, Multitude, et Commonwealth, je prends cet entretien de 2000, où je souligne en gras les intuitions et les âneries. Poil à Negri, l'âne est gris



Le contre-empire attaque Vacarme 2 octobre 2000. Extraits
Toni Negri a écrit:
Le mouvement communiste est un mouvement qui détruit systématiquement et continuellement les sujets, ou qui les porte au-delà des figures et des rapports - et donc des catégories conceptuelles - par lesquels ils étaient définis.
[]
La multitude ne peut devenir corps, ou esprit, c’est à dire ne peut être unifiée comme telle à travers un pouvoir qui la transcende. D’autre part il faut arrêter de dire que la multitude est un réseau, parce que tout a toujours été un réseau, donc cela ne change rien. Le problème est celui du rapport entre l’un et le multiple, et il doit être posé en actes. Je veux dire que la seule façon d’aborder ce problème au niveau actuel des luttes et de la composition sociale du prolétariat est de ne pas mettre la charrue avant les bœufs, de ne pas assimiler la multiplicité à des formes d’unité, ni la multitude au concept abstrait d’unité, mais plutôt de chercher (et si possible de trouver) à l’intérieur de la multitude, des formes communes d’action.
[]
Le modèle explicatif que Michael et moi avons adopté est que les luttes ouvrières - et les mouvements prolétariens en général - constituent la clé du développement. Les formes capitalistes de gestion, de l’extraction de la valeur, sont indubitablement un effet des mouvements de lutte du prolétariat. C’est la thèse fondamentale à partir de laquelle nous développons notre discours. Je ne crois pas qu’il soit possible de soutenir une thèse hybride, où d’une part on insisterait sur le capital et de l’autre sur la classe ouvrière. Cette thèse fondamentale est à la base de la lecture du marxisme qui a été faite par les camarades dans les années 50 et 60 en Italie, ce marxisme qui s’appelle marxisme opéraïste et qui est assez bien diffusée désormais au niveau international. Et cette thèse est probablement une des grandes affirmations de l’opéraïsme : elle est à la fois une affirmation historiographique, une affirmation ontologique - au sens où la valeur est reconnue là où existent les luttes - et une affirmation éthique et politique. Il faut accepter pour y comprendre quelque chose, que le sujet ne soit pas la classe ouvrière au sens étroit où on pouvait la définir dans le fordisme. Quand nous parlons du travail comme producteur du processus historique (et même du processus historique capitaliste), nous en parlons en termes de travail vivant c’est à dire d’une force qui n’est pas seulement production, mais aussi capacité d’intervenir sur la reproduction, intellectualité et affects etc.
[]
Les luttes ouvrières ont créé une inter nationalisation réelle, y compris de la force de travail. Cette internationalisation n’est évidemment pas celle que nous avions désirée, qui était à la base de la construction du communisme mais c’est néanmoins un énorme pas en avant, parce que cela détruit toutes les catégories classiques de la pensée politique socialiste et communiste. Aujourd’hui, nous nous trouvons dans l’empire. Qu’est-ce que cela veut dire que vivre dans l’empire. Quand on définit la construction de l’empire, de l’empire arrivé à maturité, on en a fini avec le paradigme de la lutte des classes comme on l’a défini auparavant, pas seulement imaginé mais aussi construit vécu.
[]
La construction du paradigme n’est possible qu’à la fin du cycle, et cela des conséquences énormes, au sens où cela implique le passage de la lutte de résistance à une lutte qui construit. C’est absolument fondamental : il ne s’agit plus simplement de résister. Au contraire, il faut éviter autant que possible les luttes de résistance. Il faut s’échapper, fuir, tracer des lignes de fuite et aussi développer la capacité d’inventer des choses positives, déjà dehors. Cela rappelle la Cité de Saint Augustin. Il faut commencer à penser cette nouvelle classe ouvrière comme ceux qui commencent à refuser la représentation, qui choisissent l’expression contre la représentation, qui refusent tout type de commandement direct sur le travail, qui se déplacent continuellement, qui commencent à construire des tribus vraiment extérieures... et puis nous verrons ce qui arrive. Mais nous devons commencer à montrer et à définir ces nouveaux mouvements du prolétariat. Ce sont des mouvements nouveaux qui encerclent, tournent, sortent, se déplacent d’une manière complètement ab-normale ; et tout cela touche un point central, parce que le capital n’a plus d’éthique, de théorie, et sera peu à peu contraint de suivre ces mouvements.
[]
Avant la fin de ce cycle, il y avait une dialectique. Maintenant, on pourrait prendre acte de la fin de la dialectique. La fin de la dialectique, cela signifie concevoir l’empire.
[]
Evidemment, cela pose un problème de décréter la fin d’un terme aussi glorieux que " classe ouvrière ", et il est un peu ridicule de penser la multitude comme " conclusion " d’un processus contradictoire de luttes, de révolutions... Dans tous les cas, il me semble que, du point de vue de l’analyse, on peut dire qu’il existe une certaine continuité, de l’ouvrier-masse à l’ouvrier social, c’est-à dire à l’actuel ouvrier mobile, flexible, postmoderne - une continuité qui est liée à la production de valeur ; chose qui n’apparaît pas dans le terme de multitudes. D’autre part, multitudes est un concept dont il faut chercher plus loin l’origine, dans l’histoire de la pensée politique, de la théorie politique. Le rapprochement de cette figure conclusive du processus de dissolution, mais aussi de transformation prolétarienne avec le concept de multitude est donc quelque chose qui manque encore dans sa définition. Même s’il est évident qu’aujourd’hui, dans la dernière phase d’évaluation du processus socio-économique, de critique des catégories du capitalisme et de la classe ouvrière, on assiste à une singularisation du travail, de la fonction du travail. Quand on parle d’ouvrier social, on parle vraiment d’une singularité, d’une singularité active de ce point de vue, je pense que la singularisation de la force de travail comme travail vivant touche vraiment la limite du concept de multitude ; mais celui-ci n’a pas en soi la complexité et la puissance du discours sur le prolétariat.
[]
Il faudra charger le concept de multitude des caractéristiques du prolétariat, et donc du travail vivant dans la forme sous laquelle le travail se présente aujourd’hui. Je crois beaucoup à l’hybridation de concepts différents, c’est la seule façon dont on peut procéder. [...] Utiliser le terme de multitudes, même dans l’enquête ouvrière, par exemple celle à laquelle nous travaillons actuellement est extrêmement utile, parce qu’on comprend tout de suite qu’on parle de formes diverses, que la classe n’est plus quelque chose qui se concentre sur soi même, mais quelque chose qui s’élargit explose, devient multiple, à travers différentes stratification sociales.

il y a, chez Negri, décomposition et recomposition du sujet (non-)révolutionnaire dans et par "le capital cognitif". Le « sujet bio-politique » se constitue autant qu'il est constitué. Il parle alors de « pouvoir constituant » et « parler de pouvoir constituant, c’est parler de la démocratie ». Daniel Bensaïd écrit en 2002 : « Le pouvoir constituant se réalise en « révolution permanente » et cette permanence conceptualise l’unité contradictoire de l’événement et de l’histoire, du constituant et du constitué.»

Negri@Hardt a écrit:
Le seul événement que l’on attend toujours est la construction d’une puissante organisation révolutionnaire [...] nous n’avons pas de modèle à proposer pour cet événement [...] On ne peut le dire pour le moment  [...] La tâche de la multitude reste plutôt abstraite. [...] Elle est consciente d’une nouvelle misère, précisément là, à l’intérieur de ce travail intellectuel et immatériel où des signes d’émancipation émergent plus que partout ailleurs.

on n'est pas très loin , à la démocratie près, d'Alain Badiou et de son « hypothèse communiste », le communisme comme idée

les auteurs d'Empire et Multitude vont jusqu'à affirmer, en substance, qu'« il n'est plus nécessaire de faire une critique de l'économie politique ». Leur théorisation tend à présenter le capital non plus comme un rapport social, et l’activité des travailleurs structurée par et pour l’extraction de plus-value, mais comme un contrôle exercé de l’extérieur sur un  procès social de production tendanciellement autonome

cela n'empêchera pas Negri, en 2015, de porter des coups sévères à Dardot et Laval pour leur ouvrage "Commun, la révolution du XXIe siècle", dans La métaphysique du commun (texte complet dans Toni Negri, ses ambiguïtés et les limites de l'opéraïsme) :


Toni Negri a écrit:
ne peut être différent l'effet produit par la critique et par la reconstruction du concept de commun, élaborée dans cet ouvrage, car, en reprenant Proudhon contre Marx, à la correcte et de plus en plus effective rupture avec tout sorte de telos du socialisme, succède une non moins obsédante dématérialisation du concept de capital et du contexte de la lutte de classe - par conséquent, à la fin de ce livre, on ne comprend plus comment le commun est revendiqué, où se situent les sujets qui le construisent, quelles sont les figures du développement du capital qui en constituent l'arrière-plan.

Un vrai concept de "commun" ne peut se donner que comme produit d'une praxis politique consciente et donc se composer en un processus instituant, dans un dispositif d'"institutions du commun". Le "commun" trouve son origine non pas dans des objets ou des conditions métaphysiques, mais seulement dans des activités.

Il semble que la dématérialisation du "commun", si lourdement menée (et la définition exclusive du "commun" comme "action", comme principe d'activité),  implique de manière co-respective la dématérialisation de la "lutte de classe" [...]

Que le commun n'est donc pas simplement "activité", mais activité productive de richesse et de vie - et  transformatrice du travail. Le commun n'est pas un idéal (il peut aussi l'être), mais la forme même dans laquelle la lutte des classes se définit aujourd'hui.

Dardot et Laval semblent répondre que le principe du commun est une catégorie de l'activité, de l'institution - il ne se fonde pas sur le réel mais fonde le réel - il n'est pas conquis mais (ils soutiennent enfin - on ne le conquiert pas mais (ils argumentent longuement - et il faudra reprendre le concept ailleurs) éventuellement on l'administre. Pourquoi alors lutter ?

bonne question, mais « il faut éviter autant que possible les luttes de résistance. Il faut s’échapper, fuir, tracer des lignes de fuite et aussi développer la capacité d’inventer des choses positives, déjà dehors ». Nous voilà à l'opposé de la thèse vue chez Kevin Van Meter dans son entretien avec Viewpoint,  On Everyday Resistance

pas de transcroissance des luttes de "résistance" aux luttes de rupture révolutionnaire, mais celles-ci surgiront entre autres sur la base des premières, en produisant leur dépassement

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MessageSujet: Re: 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes   Ven 22 Sep - 19:30


je signale ici un texte récent d'Étienne Balibar. Je n'ai fait que le balayer et souligner quelques passages; j'y reviendrai. A première vue, s'il explique bien pourquoi une révolution ne se pose plus à l'avenir comme les modèles du passé, et s'il insiste sur la subjectivation collective, il ne passe pas à la question de la constitution en classe d'un sujet révolutionnaire. Il ne l'aborde pas pour aujourd'hui (demain), à mon avis parce qu'il ne le repère pas malgré son long exposé long sur les révolutions bourgeoises de la classe capitaliste naissante et celles contre elle de la classe du prolétariat industriel



par ailleurs, importé de 'RACES' et rapports de CLASSES, racisme structurel ou systémique, racisme d'État...

TC : un dépassement théorique auto-produit ?

relevé dans les notes de lecture de Théorie communiste sur L’idéologie raciste, 31 août 2017


R.S. a écrit:
du piège à son dépas­se­ment : Le refus de l’intégration est pris dans le même piège que celui que défi­nit l’intégration ou même la reven­di­ca­tion de l’égalité qui se réfère à la norme domi­nante (les contra­dic­tions et l’impasse des Marches). Lutte néces­saire, mais si la révolte et la lutte du mino­ri­taire est iné­luc­table et néces­saire, elle est un nœud de contra­dic­tions et une impasse tant qu’elle se déli­mite et s’effectue sur l’identité défi­nie et recon­nue socia­le­ment construite par le groupe majo­ri­taire. C’est cepen­dant dans ces contra­dic­tions que peut sur­gir la remise en cause même des iden­ti­tés par l’insatisfaction vis-à-vis de soi. Du fait que cette iden­tité est celle que vous vou­lez que je sois*]

RS cite James Bald­win, « je ne suis pas votre nègre » et Cas­sius Clay, « Je n’ai pas à être ce que vous vou­lez que je sois…»

il est patent que TC n'aurait pu écrire cela avant de plonger plus sérieusement dans le rapport classe/race. Sans le dire, il utilise ici mon concept d'identité de lutte avec le problème de son dépassement (du stade de la Négritude, du Black is Beautiful et du Black Power... cf abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus 18 juin 2014). Si le dépassement surgit des contradictions de l'identité, c'est que celle-ci n'est pas vouée à n'être que cela, comme le voient Temps Critiques et tous les "anti-racialisateurs" réduisant ces luttes à un « communautarisme identitaire » (ce qu'il arrive bien sûr à des militants décoloniaux de faire eux-mêmes jusqu'à l'inconséquence sectaire, particulièrement quand ils sont encartés dans des partis ou groupes peu présents dans les "quartiers" qu'ils prétendent représenter. C'est le double-piège dont il est question à propos d'intégration et de luttes identitaires contre elle)

cela dit, tant mieux si des concepts sérieux conduisent à des théorisations sérieuses... et dialectiques

si l'on considère la « lutte néces­saire » pour « le refus de l’intégration [...] ou même la reven­di­ca­tion de l’égalité », alors les communistes n'ont pas à lutter contre elle mais à favoriser la production de son dépassement face au capital et à l'État, « redoutable problème », m'écrivait RS en 2015

22 septembre :

à cette veille sur des questions et thèses parentes, il convient d'ajouter la poursuite de la réflexion théorique sur les rapports entre rapports de classes et autres rapports sociaux

>>> CLASSES SOCIALES et AUTRES RAPPORTS SOCIAUX, de sexes, races, nations, générations...

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MessageSujet: Re: 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes   Sam 23 Sep - 10:32


lutte de classe : franchir le pas !

le populaire est à la mode et les auteurs n'en font pas un usage populiste. C'est déjà bien, mais...

Les classes populaires, sujet politique

À propos de :
S. Béroud, P. Bouffartigue, H. Eklert et D. Merklen, En quête des classes populaires, un essai politique, La dispute

Sophie Wahnich idées.fr 22 septembre 2017

Les classes populaires sont fragmentées et précarisées. Ce constat doit-il conduire à dénier leur potentiel de subversion politique ? Des sociologues et politistes répondent par la négative dans ce stimulant essai.


septembre 2016

Citation :
Avec ce travail rigoureux, précis et relativement bref (216 pages), Sophie Béroud, Paul Bouffartigues, Henri Eckert et Denis Merklen réalisent une démonstration en acte de la possibilité de réarticuler les questions épistémologiques, politiques et poétiques. D’une manière ultime l’enjeu de ces pages est cependant politique. Il s’agit de savoir s’il faut, dans un contexte de fragmentation des classes populaires précarisées, faire le deuil d’une lutte des classes telle qu’elle avait été formalisée par la tradition marxiste. La réponse est très élaborée et aboutit à un « non » en forme de pari utopique sur l’inventivité.

Politique

L’ouvrage s’appuie sur une analyse des luttes, non seulement syndicales, mais aussi luttes des femmes, luttes antiracistes et luttes plus diffuses dans les quartiers sensibles où l’émeute est trop souvent restée inintelligible. Toutes habitent ces mondes populaires certes fragmentés, mais tentant de « résister à l’avenir qu’on voudrait leur imposer » (p. 211). Or ces tentatives, comme le disent les auteurs, permettent de renouer avec la perspective d’une « conscience de classe » car, avec ces luttes, ces groupes sociaux, ces fameuses classes populaires se constituent subjectivement et peuvent s’imaginer en nouveau sujet politique. Certes il s’agit encore de penser les modalités qui permettraient d’unifier ces fragments dans une conscience commune. Elle n’est pour le moment qu’embryonnaire, voire incertaine.

Même en mal d’unification, le sociologue et le politiste ne peuvent pas ne pas voir que la dépolitisation, la désaffiliation, la domination symbolique ne sont pas les seuls objets à observer et à comprendre aujourd’hui, bien au contraire. Voilà une bonne nouvelle. Il s’agit de saisir en lieu et place des refus des modes ordinaires de la politisation partidaire et des modes de représentation qui lui sont attachés, la montée en puissance d’une nouvelle politicité arc-boutée sur l’expérience vécue. Les auteurs appellent politicité tout témoignage de la condition politique active des êtres en société, quelle que soit la forme que prend cette activité. Cette politicité débouche sur la réalisation de nouveaux modes d’engagement et d’action autonomes. S’ils sont parfois difficiles à décrypter, comme les incendies de bibliothèque, ils sont d’autres fois inscrits à même la lettre volée des créations culturelles spécifiques à ces classes, comme le hip-hop et le rap, en particulier en banlieue. Loin de l’atomisation individuelle résultant de la précarisation de la condition salariale, l’affiliation est désormais de fait, territoriale et culturelle.

En tant que telles ces nouvelles affiliations témoignent d’une capacité à ne pas subir seulement la domination symbolique, mais à tirer les bénéfices, même parcimonieux, d’une scolarité de service public plus longue et donnant ainsi accès à un mode spécifique et neuf de créativité par l’usage de la langue. N’est-ce pas avoir conscience de ce gain que de réclamer que l’éducation, comme bien de l’État social, soit à la hauteur de la promesse d’égalité entre tous les citoyens qu’elle annonce ? La politisation consiste alors non plus à réclamer la redistribution sous forme consumériste des gains de la croissance, mais bien à revendiquer, parfois d’une manière paradoxale, cette égalité des citoyens qui n’est autre que l’égalité politique. À ce titre les nouvelles revendications ne se contentent plus de réclamer la survie et la consommation, elles revendiquent une vie bonne et autonome pour chacun et pour tous, ce qui constitue une véritable demande d’ethos démocratique et une critique ferme de la république actuelle, qui n’a plus rien de républicaine au sens que prend ce terme dans l’histoire révolutionnaire et dans celle du mouvement ouvrier.

Épistémologie

Cette proposition politique n’est ni péremptoire, ni produite dans une affirmation de vérité absolue. Elle demeure une hypothèse à tester, vérifier, ou réfuter. Elle est ici étayée sur une démonstration qui tient compte des travaux accumulés dans les champs respectifs des auteurs, sociologie du syndicalisme, du travail, des banlieues depuis les années 1980, voire, en amont, dans la fragilité assumée d’un changement de perspective épistémologique. Il s’agit de quitter les territoires de l’académisme sociologique et politiste sans en renier les apports substantiels, mais en explicitant la nécessité d’une critique active de certaines routines de la pensée.

Tout politique qu’il soit cet ouvrage est un ouvrage de savants qui prennent au sérieux leur responsabilité de savants et considèrent qu’elle consiste à choisir des positions épistémologiques qui conduiront à pouvoir se donner de meilleures lumières sur le présent et ainsi à pouvoir agir sur lui avec plus de lucidité. Cet enjeu épistémologique ne se fabrique pas dans ce livre parmi une offre qui existerait déjà, mais en passant au crible les écueils des travaux qui, tout engagés qu’ils soient du côté d’un désir d’émancipation, ont reconduit ou naturalisé des catégories sans adopter de véritable position critique.

La première catégorie inquiétée est celle même de classes populaires au pluriel, dont les auteurs considèrent qu’elle n’est plus désormais suffisamment interrogée dans ses implications idéologiques, car comme ils le soulignent, tout enjeu de nomination et de catégorisation est d’abord idéologique, la langue portant l’idéologie comme la nuée porte l’orage. Ils retrouvent là, sans le dire, les enjeux les plus massifs du marxisme inventif : ceux hérités, bien sûr, de « l’idéologie allemande », et des liens entre production sociale de la conscience et langage comme manière pour l’être humain de dire sa perception du monde vécu, sinon du monde réel, mais aussi ceux de la Critique de la raison dialectique de Jean Paul Sartre qui, dans « questions de méthode », revient longuement sur les rapports entre langage, langue et idéologie. Ceux aussi, enfin, de la tradition marxiste de l’analyse de discours à la française, inaugurée par des althussériens comme Régine Robin, puis Jacques Guilhaumou. Althusser d’ailleurs rôde souvent dans les pages de ce travail, aux côtés de Poulantzas, quand les auteurs convoquent l’idée d’une classe qui ne serait pas antécédente aux luttes, mais dérivée et coextensive des luttes. La fameuse conscience de classe est alors elle même coextensive aux luttes et se distingue ainsi d’une conscience vécue de domination aliénée.

Or à cet égard nos auteurs soulignent un fait. Alors que les sociologues les plus engagés se réclament par exemple de E. P. Thompson et de sa « formation de la classe ouvrière anglaise », parfois de Marx et de son universalité historicisée de la lutte des classes, ils continuent de traiter les classes sociales comme les étagements d’une société hiérarchisée qui se donnerait comme telle d’une manière quasi naturelle. Loin d’expliquer les classes par les luttes, et de tenir compte du fait que chaque classe se constitue dans le conflit, les études sociologiques font l’inverse et expliquent les luttes par les catégories et les situations économiques et sociales. Elles décrivent le monde en fabriquant des déterminations en lieu et place de l’historicité, qui par définition suppose de refuser les déterminations naturalistes au profit d’une analyse des contingences et des situations. Les formations sociales, si elles dépendent des rapports de production, sécrètent leur propre culture conflictuelle du fait des contradictions qui les habitent ; c’est à ce titre qu’elles sont historiques et contingentes. Or, c’est bien cette contingence potentiellement porteuse d’inventivité, de créations idéologiques comme armes de combat qui est trop souvent gommée dans la catégorisation « classes populaires ».

Historicité

L’effort proposé consiste donc à réintroduire cette variable historique dans une épaisseur temporelle réelle, à comprendre la teneur d’historicité des classes populaires, comprendre d’où elles viennent pour mieux comprendre ce qu’elles sont, ce qu’elles sont devenues et ce qu’elles peuvent devenir. Comprendre comment et pourquoi.

J’avoue ne pas avoir été complètement convaincue par l’usage de l’histoire proposé dans les premiers chapitres, un usage un peu éloigné des archives et peu critique à l’égard des débats historiographiques et idéologiques qui habitent la discipline, même dans les grandes synthèses sérieuses. Mais peu importe pour le moment, car ce que l’ouvrage indique, c’est un nouveau rapport d’usage pour l’interrogation sociologique faisant le détour par l’histoire. L’histoire ne sert plus à trouver une genèse rassurante et linéaire, mais à comprendre que les erreurs d’analyse sur le présent peuvent aussi relever d’erreurs d’analyse sur le passé, et que ce sont donc les interrogations sur le présent qui permettent de poser les bonnes questions sur le passé. La dénaturalisation passe par ce rapport dialectique au temps. Ainsi est-il proposé de ne plus considérer la fragmentation des mondes populaires comme une donnée matérielle nouvelle, mais bien comme délitement de la représentation académique, politique et syndicale d’une classe ouvrière homogène qui, en fait, n’avait jamais existé. Non pour dire qu’en vérité rien n’a changé, mais pour faire varier le questionnaire, et se demander, non pas comment la fragmentation est apparue, mais pourquoi elle est redevenue lisible alors que les fonctionnements de la représentation en avaient gommé les aspérités.

Si la notion de « classe ouvrière » n’est plus un ouvroir politique pertinent aujourd’hui pour l’intérimaire, le précaire, la femme dominée, les groupes ethniquement, sexuellement discriminés, etc., il faut donc varier les laboratoires historiques pour sortir d’un état de stupeur et élargir les focales en pensant à nouveau les processus de prolétarisation et les modes de résistance et d’affirmation qu’ils génèrent. Se demander ainsi quel genre de politicité existait à la veille de la Révolution française, savoir que même à l’apogée du concept de classe sociale et de classe ouvrière au sens marxien du terme, il n’y avait pas que l’exploitation qui suscitait une conscience de classe, mais aussi l’illettrisme, la répression policière, l’abandon ou la discrimination étatique, pourvu que des luttes se soient organisées pour en refuser la fatalité. On comprend alors que les enjeux théoriques de cette nouvelle alliance disciplinaire ne fait plus de l’histoire l’arrière-cour du présent comme genèse, origine ou fondation, mais lui demande d’étayer de nouvelles représentations dénaturalisantes du monde, d’offrir des ouvroirs imaginatifs en rendant lisibles des luttes restées dans l’ombre, et de redonner le courage de penser le présent et d’agir sur lui.

En pointant les ambiguïtés du « populaire », le sociologue comme l’historien récusent le relativisme qui pèse sur le terme s’il reste détaché des luttes d’émancipation. En effet le vocable « populaire », cantonné à une description sociologique classique de groupes sociaux, recèle une ambiguïté politique fondamentale. Le spectre est large, des catégories sociales pauvres qui peuvent être embrigadées aussi bien dans une référence au fascisme qu’au communisme. Pour comprendre et critiquer cette complexité des usages du populaire, l’histoire s’offre comme moment spécifique d’analyse critique.

Où en est-on avec la domination ?


Mais au delà de cette alliance disciplinaire et de ce retour de l’historicité sous de multiples faces, « c’est une critique épistémologique de la sociologie de la domination que cet ouvrage propose. En ayant troqué la lutte des classes pour les positions de groupe, l’exploitation pour la domination, Pierre Bourdieu a proposé des outils aptes à décrire un moment spécifique de l’idéologie des Trente Glorieuses où le symbolique supplantait selon lui l’économique et le politique. Face à la décomposition de la classe ouvrière, soit les chercheurs restaient figés et médusés dans un archéo-marxisme devenu inopérant, soit ils abandonnaient la notion de classe sociale et de lutte de classe. Les sociologues ont ainsi contribué à affirmer la « fin de la classe ouvrière ».

Cette lecture ne consiste nullement à renier Bourdieu, mais à affirmer sur un plan théorique que la domination n’est jamais totale et que chacun construit son espace « propre » de lutte et de subjectivation, et que lorsqu’on parle des classes populaires la découpe des objets doit en tenir compte. Des formes d’entraide, de solidarité, de marges d’action contestent de fait les normes dominantes de la société, des syndicats et des partis. Exploitation, domination, exclusion résultant du chômage de masse, effets de désaffiliation, vulnérabilité, aucun de ces phénomènes ne fait les « classes » populaires. Ces dernières se constituent en fonction des situations qu’elles doivent affronter, des luttes qu’elles doivent mener, des visions du monde produites qui sont chaque fois différentes. Il faut donc retrouver la question de la lutte des classes comme manière de réhistoriciser le présent. Les classes populaires se font elles-mêmes en se dotant de collectifs (antiracistes, contre les violences policières, contre la domination masculine, etc.) et en construisant le sens de ce qu’elles vivent par leurs productions culturelles (en particulier dans le domaine de la musique et de la littérature). Ce sont ces objets liés aux luttes effectives qui aujourd’hui doivent être découpés par les sciences humaines et sociales si elles veulent produire une contribution substantielle à la transformation radicale des mondes contemporains et à leur émancipation.

à la lecture de cet article, le titre du livre ne semble pas en première analyse correspondre aux réponses apportées, puisque « la fragmentation des classes populaires précarisées » ne permet pas « de faire le deuil d’une lutte des classes telle qu’elle avait été formalisée par la tradition marxiste. », que « le vocable « populaire », cantonné à une description sociologique classique de groupes sociaux, recèle une ambiguïté politique fondamentale ». Si, pour les auteurs « chaque classe se constitue dans le conflit », et s'il s'agit « d'expliquer les classes par les luttes », il y a bien un renversement théorique avec le primat de la chose sur le concept avec sa dose de déterminisme

le mouvement semble donc un peu le même que celui que j'ai suivi depuis quelques années, primat des luttes, constitution en classe à venir sur une multiplicité de fronts remettant en cause le capital

toutefois, demeure une ambiguïté quant à l'usage du terme "politique". "Sujet politique" ne s'entend pas, en philosophie politique, nécessairement comme sujet citoyen pour la représentation politique, les institutions politiques, bref la démocratie politique. Et c'est ici que l'on sent que ça peut glisser de l'un à l'autre, puisque la question du contenu de cette "lutte de classe" ne semble pas évoqué, le mot rupture avec le capital n'étant pas prononcé

alors, oui, « les « classes » populaires [] se constituent en fonction des situations qu’elles doivent affronter, des luttes qu’elles doivent mener, des visions du monde produites qui sont chaque fois différentes. Il faut donc retrouver la question de la lutte des classes comme manière de réhistoriciser le présent », mais c'est à populaires et non à classes que j'aurais mis les guillemets

si « L’ouvrage s’appuie sur une analyse des luttes, non seulement syndicales, mais aussi luttes des femmes, luttes antiracistes et luttes plus diffuses dans les quartiers sensibles [...] » il est faux d'affirmer que « Toutes habitent ces mondes populaires certes fragmentés », ou du moins que les mondes des luttes des femmes et antiracistes soient le seul fait des classes populaires. Si l'on est loin du populisme qui remplace le "prolétariat" par le "peuple", quand on dit "classes populaires", on pense "gens d'en-bas", et il est alors difficile de poser leur constitution en classe comme sujet politique. Le même flou que pour définir le "prolétariat" dans sa relation avec des catégories sociales en luttes qui n'en sont pas de façon homogène (femmes, "racisés"...). À la complexité de la situation correspond l'ambivalence des concepts

autrement dit, cela fait trois ambiguïtés, dans l'usage des mots "populaire", "classe", et "politique", ambiguïtés levées par la présentation de l'éditeur

Citation :
Les forces d'alternative ne doivent-elles pas à nouveau relever le défi majeur d'organiser leur représentation et leur action politiques ?

reste que le questionnement part du même constat que le mien, et que si la réponse reste au milieu du gué, ça n'empêche pas d'autres de franchir le pas. Comme il ne l'est pas dans la réalité, il est normal qu'il ne le soit pas en sociologie, et il ne le sera pas par la sociologie

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MessageSujet: Re: 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes   Lun 25 Sep - 11:31


l'émergence de la constitution en classe
par un processus entre expérience et apprentissage


The Emergence of the Working Class as a Learning Process

Michael Vester historical materialism 20th Sep, 2017

(Extracts translated from Die Entstehung des Proletariat als Lernprozess. Die Entstehung antikapitalistischer Theorie und Praxis in England 1792–l848, third edn., Frankfurt 1975) Translated by Jairus Banaji


Citation :
The following is a translation of parts of Michael Vester’s classic work The Emergence of the Working Class as a Learning Process, which was first published in Germany in 1970.*  The translation below was made from the third German edition of 1975 and includes Vester’s important introduction to his study as well as smaller portions of Chapters 2 and 3.  It is itself a very recently revised version of a translation published, in cyclostyled form, in 1978 in what called itself the Bulletin of the Communist Platform.**  

Small groups of anti-Stalinist Marxists and socialists active in India (in Bombay, Delhi and Bangalore) led a double existence throughout the seventies into the eighties, both working with workers and unions where they could (Bombay, Pune, Bangalore) and engaged in intense theoretical study that encompassed a wide range of topics and styles of Marxist theory. Apart from Capital and everything related to it (value theory, crisis theory, etc.), those debates included Hegel, Lukács, Sartre, Althusser, Colletti, Poulantzas, Arthur Rosenberg’s essay on fascism, Kautsky’s work on the Agrarian Question, Preobrazhensky’s New Economics, Trotsky’s writings, the new feminist literature, and of course the whole debate about party and class, including the way E. P. Thompson had approached the history of the English working class.

This is where Vester comes in because Emergence is a brilliant and extended reflection on Thompson’s work and fed directly into discussions of the ‘Leninist’ party and of non-party forms of class organisation, but crucially also of what it means for a working class to exist (to come into being) and to become aware of itself as a class. In Vester, the key idea (which ties in so well with the Hegel of the Phenomenology) is the notion of a learning-process as fundamental to class formation and combativity. Vester uses Thompson’s work to construct a theory of class learning that both valorises experience and allows for the ‘rational’ moment of drawing lessons from it. The subtitle of his book The Emergence of Anti-Capitalist Theory and Practice in England 1792–1848 suggests that this dialectic (between experience and the structured reflection on it) is the heart of the process by which ‘class consciousness’ comes alive in periods of history when social learning has been effective both in terms of the goals workers set themselves and of the means by which they strive to realise those goals. - JB

De petits groupes de marxistes et de socialistes antistaliniens actifs en Inde (à Bombay, à Delhi et à Bangalore) ont mené une double existence dans les années soixante-dix, tous deux travaillant avec des ouvriers et des syndicats où ils pouvaient (Bombay, Pune, Bangalore) et ont engagé une étude théorique intense englobant un large éventail de sujets et d'approches de la théorie marxiste. Outre Le Capital et tout ce qui lui est lié (théorie de la valeur, théorie des crises, etc.), ces débats incluaient Hegel, Lukács, Sartre, Althusser, Colletti, Poulantzas, l'essai d'Arthur Rosenberg sur le fascisme, le travail de Kautsky sur la question agraire, de Preobrazhensky sur la Nouvelle économie, les écrits de Trotsky, la nouvelle littérature féministe, et bien sûr tout le débat sur le parti et la classe, y compris la façon dont E.P. Thompson avait abordé l'histoire de la classe ouvrière anglaise.

C'est là que Vester intervient, ["Emergence" étant une réflexion brillante prolongeant le travail de Thompson, alimenté directement par les discussions sur le parti «léniniste» et les formes sans parti de l'organisation de classe, mais aussi sur ce que cela signifie pour la classe ouvrière d'exister (venir à être) et de prendre conscience d'elle-même comme classe. Chez Vester, l'idée clé (liée aussi bien à la phénoménologie de Hegel) est la notion de processus d'apprentissage comme fondamental à la formation de classe et à sa combativité. Vester utilise le travail de Thompson pour construire une théorie de l'apprentissage de classe qui valorise l'expérience et permet au moment «rationnel» d'en tirer des leçons.

Le sous-titre de son livre "l'émergence de la théorie et la pratique anticapitaliste en Angleterre 1792-1848" suggère que cette dialectique (entre l'expérience et la réflexion structurée sur elle) est le cœur du processus par lequel la «conscience de classe» s'anime dans les périodes de l'histoire où l'apprentissage social a été efficace à la fois en termes de buts que les travailleurs se sont fixés et de moyens par lesquels ils s'efforcent de réaliser ces objectifs

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MessageSujet: Re: 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes   Mer 27 Sep - 9:02


composition de classe vs constitution en classe
suite chinoise

je rappelle un débat en 2010 chez dndf, relatif au texte écrit en 1975 par Giacomo Marramao pour la revue Telos : ‘Théorie des crises et le problème de la constitution’

j'y faisais le 09/04/2010 une première remarque, qui trahit mon peu de distance d'alors avec la théorie de la communisation (sept ans de malheur ont passé...)

Citation :
il me semble que c’est la limite d’intérêt de ce texte par rapport à la problématique telle que la pose du moins TC – certains aspects sont effectivement en relation avec la polémique RS – Astarian, celle des deux textes évoquée comme celle esquissée l’an dernier à propos de l’Unification de la théorie des crises de RS, et les commentaires de BA. Il apparaît clairement qu’on est, avec la problématique de « la conscience de classe », dans un autre rapport de la théorie et de la pratique, sans quoi au demeurant on parlerait de ‘théorie révolutionnaire’, pas de ‘conscience de classe’ qui a l’inconvénient, une fois évacué par la porte subjectivisme et objectivisme, de les réintroduire par la fenêtre, et donc de chercher à les articuler de l’extérieur (en théorie) et non dans le procès de la contradiction tel qu’il apparaît aujourd’hui.

mais dans la chute de mon commentaire j'ajoutais :
Citation :
peut-être que je me plante complètement, mais il me semble qu’il n’existe plus, pour TC, de « problème de la constitution », et que dans la communisation il se pose de façon si immédiate et pratique, posé par le saut qualitatif à opérer de l’abolition du capital et des classes, que ce ne peut-être en termes de « conscience » ou de « mouvement révolutionnaire » à « constituer ».

il me semble que R.S avait confirmé ma compréhension sur ce point de Théorie communiste, mais il va sans dire qu'aujourd'hui je le pose différemment, puisque je mets au centre le problème de la constitution d'un mouvement révolutionnaire




cela invite à préciser encore les différences entre composition de classe et constitution en classe, tel que le débat les ouvre, par exemple avec le texte de Chang de 2015 relu ce jour : à propos des émeutes en Chine


Chuang a écrit:
Cela ne signifie pas que le "problème de la composition" est résolu simplement par une intensification de la crise, mais plutôt que la «composition» présente de la classe n'est pas vraiment le problème.

Composition peut être comprise comme un substantif, avec une composition actuelle de la classe contenant ou non une sorte de "sujet révolutionnaire prédéfini", ou comme un verbe, dans lequel la subjectivité révolutionnaire est composée par l'action. En assimilant le substantif au verbe, l'hypothèse d'Endnotes devient ambiguë par inadvertance sur la différence entre ce qui est historiquement donné (quelque sujet «prédéfini») et actes historiques.

composition comme substantif reste statique et renvoie aux éléments du « sujet prédéfini » qui doivent composer le sujet, alors que le verbe composer indique le mouvement, la dynamique de « composer la subjectivité révolutionnaire dans l'action » : c'est ce que je nomme plutôt constitution

c'est la même chose de dire que le communisme est le mouvement de ses activités plutôt qu'une somme de sujets individuels sous identité communiste

à cet égard, conserver le prolétariat, avec en prime le flou de sa définition/composition, comme sujet révolutionnaire, c'est le prédéfinir comme « historiquement donné ». Ici, Chuang comme le dernier Endnotes se séparent de TC et de la théorie française de la communisation en général. Pourtant, il parle encore de fragmentations du prolétariat, alors même qu'il semble viser un sujet qui ne s'en constitue pas uniquement :

Chuang a écrit:
Dans le contexte des grèves et des émeutes urbaines, le problème de la composition apparaît également dans le caractère relativement délimité de chaque "type" d'incident de masse. Les protestations environnementales restent généralement distinctes de luttes ouvrières et de protestations contre des démolitions forcées ou l'accaparement de terres, même quand les mêmes couches sociales sont impliquées dans chacune d'entre d'elles. Ces divers types ont également leurs propres formes de discours, généralement adaptés pour les variétés spécifiques de négociation. Chacun peut outrepasser le cadre de cette négociation dans une certaine mesure, mais jusqu'à présent, ils ne se sont pas interconnectés d'une quelconque façon substantielle.

ambiguïté persistante et difficulté durable de s'arracher d'un programmatisme prolétarien qui n'en finit plus de traîner ses marmites. Cela dit, nous partageons le mouvement, le primat de l'activité de luttes produisant la subjectivation révolutionnaire :
Chuang a écrit:
Dans son quatrième numéro, Endnotes élimine cette ambiguïté par une analyse historique en ligne avec la nôtre. Ici, nous faisons écho à cela, posant que l'absence d'un "sujet révolutionnaire prédéfini" n'a rien à voir avec le "problème de la composition." Au lieu de cela, c'est seulement la possibilité de «dialogue social» entre les vicaires du capital et certaines fractions du prolétariat qui rend problématique l'activité de composition. Les divisions dans le prolétariat vont persister, mais si la capacité de dialogue social tombe en panne, ces divisions seront atténuées, devenant plus faciles à surmonter. L'idée d'une "conscience de classe pour-soi" ou d'un projet révolutionnaire basé sur "l'intérêt général, partagé entre tous les travailleurs" a toujours été un mythe, claironné par ceux qui ont été trompés et par les puissants, en particulier ceux tenant la barre de révolutions mourantes. Le sujet révolutionnaire "unifié" est quelque chose qui ne précède pas l'élan révolutionnaire. Il est fait, plutôt que donné

mais quand commence « l'élan révolutionnaire » ? Est-ce au début insurrectionnel de la « communisation immédiate » ? ou par un processus de subjectivation dans les luttes qui s'engage à travers diverses conjonctures partielles, qui ne sauraient être ni immédiatement mondiales, ni engageant toutes les dimensions divisées, mais ce selon des situations particulières ? Sans quoi d'ailleurs on ne voit pas l'intérêt de les examiner localement, en Grèce, dans les pays arabes, ou en Chine, puisque précisément y apparaissent les différences relevées

partant de là, tout dépend de que l'on observe pour y attendre quoi, et quant à moi je ne serai pas le "préviseur d'annonces" d'un processus révolutionnaire même tel que je l'imagine seulement possible, c'est-à-dire total

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MessageSujet: Re: 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes   Lun 2 Oct - 11:15


ce sujet est relativement peu lu, alors qu'il est celui où je confronte mon hypothèse théorique à d'autres travaux d'obédience marxiste, sans doute pour me sentir moins seul. Dans ce panorama, un livre est annoncé pour 2018



un sommaire alléchant
Citation :
List of Figures and Tables List of Contributors

Introduction: Marxism without guarantees Richard McIntyre, Theodore Burczak, and Robert Garnett Contributors

Part I: Knowledge, class, and economics
Chapter One A Conversation with Rick Wolff Richard McIntyre

Part II: Economics without guarantees
Chapter Two Strangers in a Strange Land: A Marxian Critique of Economics David F. Ruccio
Chapter Three Marxian Economics without Teleology: The Big New Life of Class Bruce Norton
Chapter Four Class-Analytic Marxism and the Recovery of the Marxian Theory of Enterprise Erik Olsen
Chapter Five Uncertainty and Overdetermination Donald W. Katzner
Chapter Six Catallactic Marxism: Marx, Hayek, and the Market Ted Burczak

Part III: Labor, value, and class
Chapter Seven Class and Overdetermination: Value Theory and the Core of Resnick and Wolff's Marxism Bruce Roberts
Chapter Eight Wolff and Resnick's Interpretation of Marx's Theory of Value and Surplus-Value: Where's the Money? Fred Moseley
Chapter Nine Rethinking Labor: Surplus, Class, and Justice Faruk Eray Duzenli

Part IV: Heretical materialism
Chapter Ten The Last Instance: Resnick and Wolff at the Point of Heresy Warren Montag
Chapter Eleven Aleatory Marxism: Resnick, Wolff, and the Revivification of Althusser Joseph W. Childers
Chapter Twelve Process: Tracing Connections and Consequences Yahya M. Madra

Part V: Appraising the postmodern turn
Chapter Thirteen Marxism's Double Task: Deconstructing and Reconstructing Postmodernism Jan Rehmann
Chapter Fourteen Overdetermination: The Ethical Moment George DeMartino
Chapter Fifteen The Cost of Anti-Essentialism Paul Smith
Chapter Sixteen Marxism and Postmodernism: Our Goal is to Learn from One Another Richard D. Wolff

Part VI: Postcolonial Marx
Chapter Seventeen Global Marx? Gayatri Chakravorty Spivak
Chapter Eighteen Primitive Accumulation and Historical Inevitability: A Postcolonial Critique Anjan Chakrabarti, Stephen Cullenberg, and Anup Dhar
Chapter Nineteen Draining the "Blood Energy": Destruction of Independent Production and Creation of Migrant Workers in Post-Reform China Joseph Medley and Lorrayne Carroll
Chapter Twenty Problematizing the Global Economy: Financialization and the "Feudalization" of Capital Rajesh Bhattacharya and Ian J. Seda-Irizarry
Chapter Twenty One Reproduction of Noncapital: A Marxian Perspective on the Informal Economy in India Snehashish Bhattacharya

Part VII: Capitalism and class analysis
Chapter Twenty Two Management Ideologies and the Class Structure of Capitalist Enterprises: Shareholderism vs. Stakeholderism at Scott Paper Company Michael Hillard and Richard McIntyre
Chapter Twenty Three Lewis L. Lorwin's "Five-Year Plan for the World": A Subsumed Class Response to the Crises of the 1930s Claude Misukiewicz

Part VIII: Communism without guarantees
Chapter Twenty Four Bad Communisms Maliha Safri and Kenan Ercel
Chapter Twenty Five Hope without Guarantees: Overdeterminist Anti-Capitalism amidst Neoliberal Precarity Ellen Russell

Part IX: Knowledge and class in everyday life
Chapter Twenty Six The Work of Sex Harriet Fraad
Chapter Twenty Seven Homelessness as Violence: Bad People, Bad Policy, or Overdetermined Social Processes? Vincent Lyon-Callo
Chapter Twenty Eight Family Farms, Class, and the Future of Food Elizabeth Ramey
Chapter Twenty Nine A Long Shadow and Undiscovered Country: Notes on the Class Analysis of Education Masato Aoki
Chapter Thirty Ecological Challenges: A Marxist Response Andriana Vlachou

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deux présentations valent mieux qu'une

Citation :
"Knowledge, Class, and Economics: Marxism without Guarantees" surveys the "Amherst School" of non-determinist Marxist political economy, 40 years on: its core concepts, intellectual origins, diverse pathways, and enduring tensions. The volume’s 30 original essays reflect the range of perspectives and projects that comprise the Amherst School—the interdisciplinary community of scholars that has enriched and extended, while never ceasing to interrogate and recast, the anti-economistic Marxism first formulated in the mid-1970s by Stephen Resnick, Richard Wolff, and their economics Ph.D. students at the University of Massachusetts-Amherst.

The title captures the defining ideas of the Amherst School: an open-system framework that presupposes the complexity and contingency of social-historical events and the parallel "overdetermination" of the relationship between subjects and objects of inquiry, along with a novel conception of class as a process of performing, appropriating, and distributing surplus labor. In a collection of 30 original essays, chapters confront readers with the core concepts of overdetermination and class in the context of economic theory, postcolonial theory, cultural studies, continental philosophy, economic geography, economic anthropology, psychoanalysis, and literary theory/studies.

Le titre résume la définition de l'école d'Amherst: un cadre de système ouvert qui présuppose la complexité et la contingence des événements sociaux-historiques et la «surdétermination» parallèle de la relation entre les sujets et les objets d'enquête, avec une conception nouvelle de la classe comme un processus d'exécution, s'appropriant, et distribuant le travail excédentaire. Dans une collection de 30 essais originaux, les chapitres confrontent les lecteurs aux concepts de base de la surdétermination et la classe dans le contexte de la théorie économique, la théorie postcoloniale, les études culturelles, la philosophie continentale, la géographie économique, l'anthropologie économique , la psychanalyse et la théorie des études littéraires.

Though Resnick and Wolff’s writings serve as a focal point for this collection, their works are ultimately decentered—contested, historicized, reformulated. The topics explored will be of interest to proponents and critics of the post-structuralist/postmodern turn in Marxian theory and to students of economics as social theory across the disciplines (economics, geography, postcolonial studies, cultural studies, anthropology, sociology, political theory, philosophy, and literary studies, among others).

Bien que les écrits de Resnick et Wolff servent de point focal pour cette collection, leurs œuvres sont en fin de compte décentrées, contestées, historicisées, reformulées. Les sujets explorés intéresseront les promoteurs et les critiques du virage postmoderne /post-moderne dans la théorie marxiste et les étudiants en économie comme théorie sociale à travers les disciplines (économie, géographie, études postcoloniale, études culturelles, Anthropologie, sociologie, théorie politique, philosophie et études littéraires, entre autres).

Citation :
The historical materialism of the classical Marxist tradition envisions human history as a developmental sequence, with each stage defined by the level of technology and the corresponding mode of production. Marx and Engels themselves expressed confidence that socialism and communism were gestating within 19th century capitalism, just as capitalism had gestated for centuries within European feudalism. Stephen Resnick and Richard Wolff, both Economics professors at the University of Massachusetts Amherst, responded to the teleology and economism of this Marxist orthodoxy by adopting a notion of overdetermination from Marxist philosopher Louis Althusser. In the hands of Resnick and Wolff, overdetermination became a methodological-cum-ontological premise according to which every social phenomenon is to be understood as the byproduct of an infinitely complex causal web that defies reduction to any subset of causes. For Resnick and Wolff, the Marxist project is to envision and examine the conditions and consequences of class processes: exploitative and non-exploitative, actual and envisioned.

Le matérialisme historique de la tradition marxiste classique envisage l'histoire humaine comme séquences de développement, chaque étape étant définie par le niveau de la technologie et le mode de production correspondant. Marx et Engels eux-mêmes ont exprimé leur confiance que le socialisme et le communisme étaient en gestation au sein du capitalisme du XIXe siècle, tout comme le capitalisme l'avait été pendant des siècles au sein de la féodalité européenne. Stephen Resnick et Richard Wolff, tous deux professeurs d'économie à l'Université du Massachusetts Amherst, ont répondu à la télétopologie et à l'économisme de cette orthodoxie marxiste en adoptant la notion de surdétermination du philosophe marxiste Louis Althusser. Dans les mains de Resnick et Wolff, la surdétermination est devenue une prémisse méthodologique-?-ontologique selon laquelle chaque phénomène social doit être compris comme le sous-produit d'une toile causale infiniment complexe qui défie la réduction à n'importe quel sous-ensemble de causes. Pour Resnick et Wolff, le projet marxiste est d'envisager et d'examiner les conditions et les conséquences des processus de classe : exploitation et non-exploitation, réelle et envisagée.

This book presents a broad, reflective survey of the "Amherst school" of non-determinist Marxist political economy inspired by the work of Resnick and Wolff: its elemental concepts, intellectual origins, and future prospects, and the multiple pathways explored in its 40-year evolution. The volume’s original essays reflect the range of projects and perspectives that comprise the Amherst school and it’s defining ideas: a novel conception of class as a process of performing, appropriating, and distributing surplus labor, and an overarching open-system framework that presupposes the irreducible complexity and contingency of social-historical events. The Amherst school has influenced contemporary economic theory, literary theory, diverse strands of the Marxian tradition, and major intellectual movements of the late 20th century: postcolonialism, psychoanalysis, feminism, deconstruction, poststructuralism and postmodernism.

Ce livre présente une vaste étude réflexive de l'«Amherst School» de l'économie politique marxiste non déterministe inspirée par le travail de Resnick et Wolff : ses concepts élémentaires, ses origines intellectuelles et ses perspectives d'avenir, ainsi que les multiples voies explorées dans son évolution de 40 ans. Les essais originaux du volume reflètent la gamme de projets et de perspectives qui composent l'école Amherst et ses idées de définition : une conception nouvelle de la classe comme un processus d'exécution, d'appropriation, et de distribution le travail excédentaire, et le cadre global d'un système ouvert qui présuppose la complexité irréductible et la contingence des événements sociaux-historiques. L'école d'Amherst a influencé la théorie économique contemporaine, la théorie littéraire, les diverses branches de la tradition marxiste et les grands mouvements intellectuels de la fin du XXe siècle : post-colonialisme, psychanalyse, féminisme, déconstruction, poststructuralisme et le postmodernisme.

c'est Stuart Hall qui est à l'origine du titre, avec un article de 1984 pour Australian Left Review: For a Marxisme without Guaranties

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MessageSujet: Re: 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes   Mar 3 Oct - 10:17


à propos de la Catalogne

penser la révolution au-delà du seul prolétariat productif

Alain Cornebouc, alias AC du blog Carbure et "communisateur" ex-TC, écrit hier sur son compte facebook :
Citation :
Un nouveau défi pour la gauche post-léniniste dans le moment populiste : penser la révolution sans le prolétariat.[...]

Il est certain que la matrice dominante est lesdites «classes moyennes» (un concept qui place au premier plan sa propre définition de l’hétérogénéité des composantes de ces classes ainsi que leur rapport avec des attentes de classe déterminée au détriment d’une définition marxiste, c’est-à-dire en lien avec la propriété des moyens de production) et que la «classe laborieuse» dans son acception classique est absente. C’est-à-dire que nous nous trouvons devant un mouvement interclassiste, au sein duquel on rencontre des ouvriers, des petits propriétaires, des fonctionnaires, des politiciens, des avocats, médecins et ingénieurs ainsi que des patrons de petites et moyennes entreprises, etc.

Leur relation avec le mouvement indépendantiste n’est toutefois pas déterminée par leur place dans le rapport économique, mais plutôt par leur adhésion national-populaire au projet d’une Catalogne indépendante. [...]

la question n'est pas de « penser la révolution sans le prolétariat », mais au-delà du seul prolétariat dans la définition floue et contradictoire entre objectivité et subjectivité qu'en ont les "communisateurs". Au demeurant, le livre de Roland Simon (RS), de Théorie communiste en 2001, avait pour titre Théorie du communisme : Volume 1, Fondements critiques d'une théorie de la révolution : au-delà de l'affirmation du prolétariat, bien que la thèse en soit justement l'affirmation du prolétariat dans le mouvement révolutionnaire de son auto-abolition, ce que les partisans de la communisation attendent, se contentant de constater que ça n'arrive pas. Le même RS parlait encore de classe communisatrice, mais cette piste "au-delà du prolétariat" n'a pas été suffisamment explorée par ce milieu théorique

évidemment, la critique de l'interclassisme fonctionne avec les mouvements actuels (mouvement des places, Catalogne, Nuit debout et loi travail,...), mais cela ne lui confère pas une pertinence relativement à nombre de situations dans le monde. Par conséquent elle ne peut plus être considérée comme suffisante ni centrale pour partir de situations réelles et concrètes dans leur complexité. C'est la vue eurocentrée d'un prolétariat universel qui est au demeurant remise en cause y compris par d'ex-partisans de la communisation ailleurs qu'en France et en Europe continentale de l'Ouest

la grille de lecture prolétariat-classes moyennes-capitalistes est trop grossière pour permettre une compréhension des lignes de front face au capital dans la montée des luttes identitaires de femmes, de races ou autres (écologie radicale...). Si elle le permettait, on se demande pourquoi TC aurait théorisé depuis dix ans la double contradiction de classe et genre et préparerait son prochain numéro sur la question raciale

Alain Cornebouc n'est pas insensible aux questions raciales, mais il ne sait pas qu'en faire, avec sa classe moyenne par essence "contre-révolutionnaire" et son prolétariat mythique qui ne vient pas, même en Catalogne, la plus ouvrière des provinces espagnoles :
Le conflit entre la Catalogne et l’Espagne en 6 graphiques BFMTV 02/10/2017
Citation :
3. Le plus grand nombre d’entreprises
Le tourisme n’explique pas seul le poids économique de la Catalogne. Ce territoire détient 18,4% des entreprises actives espagnoles. La région compte 41.130 entreprises dans l’industrie et 80.318 dans la construction, deux secteurs très porteurs en terme d’emploi. Nissan et Volkswagen (via sa marque Seat) y possèdent par exemple des usines de production.

La Catalogne possède d’ailleurs l’un des taux de chômage les moins élevé du pays : 13,2% de sa population active ne trouve pas d’emploi, contre 17,6% à l'échelle nationale et 25,2% en Andalousie, communauté la plus touchée par la récession.

en montrant quels sont les intérêts immédiats de la classe ouvrière catalane, au besoin contre le prolétariat industriel espagnol, BFMTV donnerait presque des leçons de critique de l'économie politique (voir les autres graphiques) aux so called marxistes de la gauche radicale (NPA etc.). Il y a meilleure explication à trouver là son absence de lutte radicale contre le capital et son populo-national-indépendantiste qu'en pointant l'interclassisme de la classe moyenne

c'est la même erreur théorique que fait Hic Salta dans Ménage à trois de la lutte des classes, que reprend d'ailleurs AC/Carbure dans l'émission radio de Pour sortir du capitalisme : montrer, de plus en l'absence de révolution, la classe moyenne contre-révolutionnaire, ne démontre pas que le prolétariat deviendra révolutionnaire, et n'explique pas son absence aujourd'hui. Cela relève plutôt d'un dogme marxiste plutôt classique pour cette avant-garde théorique issue de l'ultragauche qui ne renonce pas à ses vieux démons

il est certes nécessaire de critiquer « la gauche post-léniniste » (de fait davantage post-trotskiste), mais c'est plus facile que de s'attaquer au problème théorique...

mes autres interventions sur la Catalogne sont dans EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump, Catalogne..

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes   Jeu 5 Oct - 12:46


un nouveau concept de lutte de classes...
ça se discute et ça se lutte



on pourra lire article de Pierre Zaoui intitulé Le prolétariat hors la lutte ?, notamment le début portant sur ce qu'était pour Marx et le marxisme le prolétariat comme sujet révolutionnaire de la lutte des classes. Je ne reviens pas sur les raisons de la caducité d'un tel projet, mais sur la question posée à la fin de ce texte :

Citation :
Or tout le problème est justement qu’une telle dialectique entre lambeaux et blancs-manteaux du prolétariat a déjà un concept et une histoire : le concept de lutte de classes et l’histoire des alliances et des ruptures entre les différentes classes de nos sociétés que cette lutte produit. Si l’on veut donc sortir complètement des impasses tantôt sanglantes, tantôt méprisantes, tantôt abrutissantes du marxisme-léninisme historique, peut-être ne suffit-il donc pas de se livrer à une apologie unilatérale de la petite-bourgeoisie ou du Lumpenproletariat. Peut-être faut-il aussi repenser un autre concept de « lutte de classes » qui permette encore de dialectiser les différentes formes de revendications sociales, et donc de promettre encore une véritable politique. C’est peu de dire que nous en sommes aujourd’hui encore bien loin.

cet « autre concept de lutte de classes », je l'ai avec sa dialectique des diverses luttes sociales de rupture, et non des « revendications sociales »; mais il ne prétend pas « promettre encore une véritable politique », parce qu'il n'est pas construit pour ça, faire des promesses et de la politique, sauf à repenser aussi ce qu'on appelait dans le programmatisme prolétarien universel la politique, c'est-à-dire le programme, au demeurant programme du parti et non du prolétariat auto-organisé

comment cette nouvelle théorisation communiste peut-elle d'abord faire débat ? C'est une telle perte d'identité pour le marxisme prolétarianiste, et un tel pas à faire pour d'autres d'accepter le concept même de lutte de classes au-delà du seul prolétariat, qu'effectivement « nous sommes aujourd'hui encore bien loin »... de quoi ? Non d'une théorie qui ne m'aura coûté que du temps et de l'obstination, mais de luttes démentant qu'« il suffirait d’un clic informatique pour oublier le cocktail brimbalant » de Patlotch (RS à propos de Adorno et la discussion sur le prolétariat comme classe révolutionnaire, dndf juin 2015)

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MessageSujet: Re: 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes   Jeu 12 Oct - 12:34


douter de tout, sauf de l'essentiel ?

oui mais de quel essentiel ? Et comment douter, de quoi, comment savoir de quoi ? La méthode n'est pas ici dans la raison, quand elle tend à démontrer ce qu'elle croit, puis à croire ce qu'elle croit avoir démontré. Elle est dans l'écoute de la moindre alerte que, on aurait fait un saut de logique, confondu conditions nécessaire et suffisante

c'est patent dans le passage de "la classe moyenne est contre-révolutionnaire" à "seul le prolétariat le sera", qui fonctionne en croyant démontrer mon second après avoir construit mon premier sur sa base : c'est le retour du "syllogisme marxien du prolétariat" alors que sa constitution en classe n'a plus rien d'évident, que seul le raisonnement spéculatif y conduit, un plein de certitudes sur un vide, un manque qui signe un fonctionnement religieux

c'est le retour de l'idéalisme pré-marxien dans la mesure où Marx, lui, avait construit le sujet révolutionnaire "prolétariat" à partir de ce qu'il avait "sous les yeux", la montée en puissance de la classe ouvrière industrielle occidentale

mais "l'écoute de la moindre alerte" n'est pas facile quand on n'a pas de critique extérieure, et qu'on doit en permanence faire sa propre critique interne, ce que d'aucun prend pour de la rhétorique. C'est en cela que le refus du débat est désastreux, et que ceux qui en portent la responsabilité, des trotskistes aux communisateurs en passant par les décoloniaux, sont méprisables et méritent le mépris


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MessageSujet: Re: 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes   Ven 13 Oct - 15:52


une vieille "question parente"...



Eric Aunoble, auteur de Le communisme maintenant. Le mouvement des communes en Ukraine soviétique (1919-1920) nous présentera son livre le 15 Novembre 2017 à 18h00 au Jusqu’ici (169 grande rue de la Guillotière, Lyon 7e). Gratuit



Citation :
Il y a 100 ans, la révolution en Russie changea la face du monde.

Chose méconnue, en Ukraine, les paysans les plus pauvres se sont organisés en communes exigeants le communisme tout de suite. Et cela avec le soutien du parti Bolchevik. S’organisant dans les propriétés de la grande bourgeoisie foncière, les communes surprennent par leur avant-gardisme social. Même si ce n’était pas toujours réellement appliqué. Les femmes et les jeunes y avaient les mêmes droits que les hommes, les tâches ménagères et d’entretiens étaient partagés par tous et toutes, les décisions étaient collectives. Ces communes montraient alors toute la capacité créative de la classe ouvrière. [je ne vois pas en quoi des "communes organisées par les paysans les plus pauvres" montrent la "capacité créative de la classe ouvrière". Cela me semble plus en rapport avec les derniers écrits de Marx sur d'autres voies révolutionnaires possibles, à partir de la Commune russe, justement...]

Cette aventure ne dura que quelques mois, de janvier à juin 1919 avant d’être renversé par les contre-révolutions. Tout d’abord la blanche, celle des partisans du Tsar, qui écrasèrent par la force et le meurtre les communards. Puis par les paysans “moyens” et koulaks qui reprochaient aux communes d’avoir des terres supplémentaires, pour finir par être délaissé par le parti Bolchevik, qui préféra mettre en avant les Sovkhozes, moins impopulaires.

Plus que voulant décrire les institutions, Éric Aunoble nous explique les attitudes des uns et des autres. Le communisme maintenant nous démontre que la lutte des classes était bien présente dans le milieu paysan et que le parti bolchevik, alors, laissait encore une large place à la base.

Eric Aunoble, doctorant de l’EHESS, est également auteur de La Révolution russe, une histoire française à la Fabrique. Il anime le site internet Kommuna.

Le communisme maintenant. Le mouvement des communes en Ukraine soviétique
(1919-1920) est édité aux éditions aux nuits rouges, 18€30.

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MessageSujet: Re: 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes   Ven 13 Oct - 17:56


du 13 octobre. En bas une réaction des auteurs


un texte intéressant... mais non,
"le manque" d'un sujet révolutionnaire ne se réduit par à celui "d'un prolétariat"

je place ce texte dans ce sujet pour les questions qu'il pose, et non les réponses qu'il apporte, l'habituelle syllogisme du prolétariat comme sujet révolutionnaire, une tautologie nominaliste. Le texte est repris par Paris-Luttes.Info le 13 octobre sous le titre Un prolétariat contemporain est-il possible ? avec le chapeau en cause, qui en déforme le contenu et en réduit considérablement l'intérêt, rabattu sur le lieu commun de la "convergence des luttes", sans parler de l'habituelle narcissisme de cette pensée française radicale qui ne voit pas plus loin que le bout de son net


en attente de ma traductrice

Premier bulletin sauvage avant désoccidentalisation : Vous avez dit “prolétariat” ?

Comité taoïste libertaire / Front Taoïste Néoprolétarien (sic) 5 octobre 2017

Paris-Luttes a écrit:
La rentrée sociale a levé un certain nombre d’inquiétudes relatives à la convergence des luttes et à la constitution d’un front unitaire. Le propos qui suit défend l’idée que ce qui manque au mouvement social est, en premier lieu, un sujet révolutionnaire ; osons dire le mot : un prolétariat. Mais pouvons-nous seulement parler de prolétariat aujourd’hui ?

La multiplication diffuse des dates de mobilisation n’est pas seulement le fait d’un manque - volontaire ou pas - de communication entre les différentes formations en lutte contre les ordonnances et leur monde. Plus encore, c’est la définition d’un sujet révolutionnaire qui fait défaut. Il nous manque, pour le dire clairement, un « prolétariat »
.

Citation :
Qu’est-ce que le prolétariat ?

Le prolétariat est le sujet révolutionnaire cherchant à s’émanciper [le syllogisme est posé d'emblée, comme chez Astarian, TC, etc.]. Il ne s’agit pas, comme le prétendent les détracteurs.rices habituel.les d’un communisme poussiéreux, d’ouvrier.es métallurgistes, dont l’absence ne cesse de croître face aux évolution du monde du travail. Les formations qui se revendiquent à la fois du communisme et de cette conception prolétarienne ont leur place dans un musée, tout au mieux.

Le prolétariat est le sujet de sa propre émancipation.

La devise de la première Association Internationale des Travailleurs traduisait le caractère pronominal de l’émancipation : « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. » Nous affirmons que, de même que le processus d’émancipation, la définition du prolétariat revient exclusivement au prolétariat [et donc pas aux auteurs de ce texte...]. Que les centrales syndicales, organes politiques et autres porte-parole des travailleurs.euses aillent faire leur autocritique : le prolétariat a besoin d’espace pour faire son auto-définition. Cette étape du processus révolutionnaire doit être renouvelée régulièrement, sinon constamment, car l’émancipation n’est jamais acquise, mais bien toujours en devenir.[re-définir en permanence le sujet révolutionnaire est effectivement indispensable, mais seulement possible si on ne le présuppose pas sur des bases caduques]

La figure prolétarienne est privée-de-monde.


Ce qui, selon nous, fait l’originalité du prolétariat, c’est la privation de monde à laquelle sa position (politique, économique et sociale) le contraint. Ce que nous entendons par « privée-de-monde » n’est autre que la privation du lien entre les prolétaires et leur monde. Sont prolétaires celles et ceux qui, issu.es du monde paysan, ont perdu le lien avec la terre. Sont prolétaires, aussi, celles et ceux qui travaillent dans une usine ou une entreprise sans pouvoir profiter pleinement du fruit de leur labeur. [définition déjà différente de celle posée au début, la même contradiction que dans la théorie de la communisation] Sont prolétaires les jeunes privé.es d’études, ou forcé.es de travailler à côté pour « se payer un avenir ». Sont prolétaires celles et ceux qui arrivent tout juste à survivre, au sens biologique du terme, de leur retraite. Sont prolétaires celles et ceux qui subissent la pénibilité du travail. Sont prolétaires celles et ceux qui doivent choisir entre la santé et la vie, qui rentrent dans leur foyer « avec leurs doigts bouffés aux acides et leurs poumons en rade », pour citer Ferré.

Mais le prolétariat excède le cadre du travail : toutes les violences institutionnelles ont leurs victimes, et ces victimes sont des prolétaires. Il est absolument impossible de penser le prolétariat sans penser les victimes du florilège d’oppressions qui structurent les modèles capitalistes et hiérarchiques, que ces victimes le soient par leurs origines ethniques ou par le choix de leur genre. Si nous choisissons de mettre en avant ces prolétaires dans un paragraphe différent, c’est parce que leur intégration au cadre du travail ne constitue pas un argument de relégation de leurs luttes identitaires. En effet, les oppressions racistes, sexistes et transphobes, pour ne citer qu’elles, ne sont pas des luttes secondaires, moins importantes que la lutte économique. [ce paragraphe est intéressant, mais pourquoi parler de prolétaires, dans un inventaire à la Prévert qui n'a plus aucun sens relativement aux seuls rapports de production, et ne dit pas non plus en quoi ces "nouveaux prolétaires" sont face au Capital dans une contradiction antagonique : c'est cela qu'il faut montrer, en subsomption réelle de tous les rapports sociaux sous le capitalisme contemporain]

Le prolétariat est le sujet de sa propre émancipation. Cesse d’être prolétaire celui ou celle qui vit en entravant l’émancipation du prolétariat. Ainsi, si les forces de l’ordre présentent des traits prolétariens, leur place dans la société les place comme les adversaires direct.es du prolétariat. La Police, au même titre que les autres institutions répressives, ne fait pas partie du prolétariat. Les institutions policières sont des outils de domination du prolétariat, et doivent être combattues jusqu’à leur destruction. Quant aux forces de l’ordre, elles doivent être combattues aussi, mais avec pour objectif de leur faire abandonner leur fonction répressive. Il ne s’agit donc pas de prendre la vie des forces de l’ordre, mais bien de leur faire changer de vie.

Le prolétariat contribue à la richesse du monde sans en profiter. Il est la douleur que le Capital entend cacher, déguiser, ou du moins édulcorer. Le prolétariat est privé de monde, intégré dans le monde du travail, plongé dans le monde de la consommation fascisante, et privé du monde de la liberté et de la jouissance. Le bonheur du prolétariat empeste la fragilité et l’insécurité ; il est illusoire mais addictif, insuffisant mais indépassable ; il est absolument creux, mais ce vide est la seule bouffée d’air concédée au prolétariat. Ce dernier est en réalité très proche de ce qu’on appelle désormais « précariat ».

Résilience du prolétariat.

Force est de constater que l’émancipation du prolétariat n’intéresse qu’une minorité de ce prolétariat. Pire encore : combien compte-t-on de prolétaires qui se sont réfugié.es dans les discours nationalistes et xénophobes de la droite et de l’extrême droite ? Notre incapacité à redéfinir le prolétariat, à diffuser cette définition et à inviter l’ensemble du prolétariat à rejoindre le processus de détermination du sujet révolutionnaire : voilà la principale cause de notre échec. C’est un travail laborieux que nous avons à mener pour extirper le prolétariat des diverses tares qu’il a pu intérioriser. Ce travail de déconstruction, que beaucoup de camarades mènent au quotidien tout en manquant cruellement de soutien, est la première bataille à mener. Elle constitue la première condition nécessaire à la réalisation du projet révolutionnaire de définition et d’émancipation prolétarienne.

Le second problème qu’il importe de poser est celui de la consommation. Nous ne reproduirons pas ici le discours situationniste, auquel nous accordons un grand intérêt. Nous mobiliserons plutôt une analyse historique d’un événement qui paraît sans lien avec le sujet : la gestion de la révolte des troupes Cipayes en Inde. En 1857, les troupes cipaye se rebellent contre les Britanniques et manquent de libérer l’Inde de leur présence. Quelle est la réaction des Britanniques ? L’armée coloniale est restructurée : dorénavant, elle ne doit plus être en capacité de disputer l’autorité métropolitaine. Les forces coloniales deviennent des forces supplétives, mal équipées. L’armée n’est plus un vecteur de puissance, mais un vecteur d’assimilation, d’adaptation à l’ordre et au système d’autorité des dominants. L’armée coloniale, présentée comme l’incarnation des valeurs du dominant, est marquée par la soumission à l’autorité coloniale, mais jamais par l’égalité avec les colonisateurs.

Les prolétaires-consommateurs sont la force supplétive du capitalisme. Leur capacité de résilience est sans cesse mise à mal. Sa capacité à consommer, présentée comme un vecteur de bonheur et, en un sens, de puissance, est en réalité un vecteur d’assimilation. Intégré.es au monde du travail, plongé.es dans celui de la consommation, les prolétaires incarnent le système capitaliste et ses valeurs. Notre seconde bataille est donc contre nous-même : nous devons nous efforcer de tuer notre moi capitaliste. Pour y parvenir, il faut s’appuyer sur quelque chose. Nous avons identifié cette chose comme le communisme.

Qu’est-ce que le communisme ?


Le communisme est avant tout une vie, un mode de vie qui diffère du modèle capitaliste. Ce mode de vie s’accompagne nécessairement de systèmes économiques et sociaux différents de ceux dictés par le capitalisme [le communisme n'est ni "mode de vie", ni "économie". œ la limite peut-on considérer la communauté humaine visée comme "mode de vie", cad de nouveaux rapports sociaux comme dit dans ce qui suit]. Dans le communisme, les rapports sociaux ne sont pas marchands, la valeur d’usage l’emporte sur la valeur marchande, la solidarité prévaut sur la concurrence débridée, la hiérarchie n’a plus de raison d’être, l’avarice laisse place au partage, la rareté est dépassée au profit de l’abondance, le paradigme dialectique de la domination de la nature est dépassé au profit d’une écologie sociale, les oppressions liées au genre et aux origines ethniques ont été éradiquées, l’économie a perdu ses droits sur la vie, les conditions nécessaires à la vie deviennent des droits inaliénables, la propriété privée recule au profit de la mise en commun, etc.

S’il existe autant de communismes que de communistes [intéressant pluriel, cf pour un UNIVERSALISME PLURIEL : le communisme et les particularités], c’est sans doute que le communisme est fondamentalement émotionnel et humain [c'est une raison, mais pas la seule, il en est d'historique et qui tiennent à ce qu'une civilisation universelle ne peut qu'être pluriverselle]. Il n’est pas fait pour être un monolithe, un concept homogène. Il n’y a pas de « pensée unique » du communisme. Et pourtant le communisme est possible. Il est possible parce que, s’il ne repose pas sur une unité de groupe, il peut s’appuyer sur une unité des groupes. [c'est a minima plutôt mal dit, mais bon...]

au total un texte qui pose de bonnes questions, mais sans en saisir la portée, théorique d'abord, pour les raisons cent fois redites...

Citation :
Comité Taoïste Libertaire
Nous te remercions pour ce commentaire critique ! Nous espérions justement susciter ce genre de démarche.

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes   Mer 18 Oct - 16:43


à titre documentaire, avec quelques remarques



Citation :
On observe partout dans le monde de multiples contestations de l’ordre économique globalisé et quelques expériences d’organisation alternative qui parviennent à atteindre une certaine importance et à s’inscrire dans une certaine durée. Ainsi, sur les cinq continents, des mouvements paysans, se revendiquant ou non d’une tradition indigène précoloniale, cherchent à se réapproprier des terres pour y développer une agriculture de subsistance, respectueuse des hommes et de l’environnement.

Dans les autres secteurs de la production, une telle mise en question reste minime (pour des raisons qu’il serait utile de comprendre finement) mais elle est effectuée, de l’extérieur et de manière théorique, par les tenants de la décroissance et de la simplicité volontaire. À côté de cela, une opposition politique aux instances dirigeantes mondiales (entreprises multinationales et gouvernements supranationaux) s’exprime dans les manifestations anti-mondialisation et dans les contre-sommets, et de multiples mouvements de désobéissance civile contestent les lois nationales liberticides, xénophobes, coloniales. Des insurrections spontanées embrasent des villes et des banlieues, dont on peut identifier les facteurs déclenchants mais dont on ne perçoit pas encore les devenirs et les débouchés futurs.

Jusqu’à présent, malgré de fréquents appels à l’unification des luttes, ces initiatives sont restées locales et fragmentaires. Cependant, les acteurs qui y sont engagés et les observateurs qui les encouragent sont de plus en plus conscients de la similitude de leurs motivations et, jusqu’à un certain point, de leurs buts. Est-il permis dès lors d’espérer que se constitue progressivement, à un niveau international, un nouveau « sujet révolutionnaire », comparable à ce qu’a pu représenter la classe ouvrière au XIXe siècle ?

L’expression elle-même ne va pas sans poser quelques questions : faut-il parler de « sujet » ou plutôt de « subjectivation » ? Qui peut-on considérer comme « sujet » : des individus, des collectifs, des sociétés ? D’autre part, peut-on dire qu’un sujet est « révolutionnaire » avant d’être dans l’action révolutionnaire, ce qui est totalement imprévisible ? Dans ce cas, peut-être serait-il préférable de parler de « sujets émancipateurs », étant entendu qu’il existe différentes conceptions de l’émancipation et différents moyens d’y parvenir. Au-delà des mots, la question est claire : assiste-t-on à l’émergence d’une quantité significative de forces capables de remplacer le système économique et politique global par un ou plusieurs autres, qui seraient viables, égalitaires et épanouissants pour l’ensemble des êtres humains ?

Sans prétendre prédire l’avenir, nous souhaitons évaluer le potentiel de ces diverses alternatives et les moyens que nous pourrions nous donner pour les renforcer. Évaluer aussi certaines théories géopolitiques comme la proposition de Michael Hardt et Toni Negri de voir dans les « multitudes » une réponse adéquate au nouveau type d’oppression de l’ « Empire ».

Enfin, s’interroger sur les raisons du si petit nombre de révoltes, alors que chaque être humain porte en lui tant de potentialités qui sont empêchées de se réaliser : comment lutter contre l’imaginaire aliéné, contre le fatalisme et la soumission ?

des questions communes mais pour être sévère, sans doute encore une confusion entre constitution (mouvement de dépassement produit) et composition (somme de sujets), le terme de classe n'étant pas utilisé, et mise en avant la subjectivation individuelle de « l'être humain », ce qui est bien vague, comme de le poser en terme d'aliénation et soumission, donc privilégiant il me semble les idées plutôt que les luttes qui les produisent

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MessageSujet: Re: 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes   Sam 21 Oct - 16:31


sans doute parce que je n'ai pas ici grand-chose à me mettre sous la dent, je suggère la lecture de ce texte, dont en raison de sa longueur je ne donne que le plan et la conclusion

un peu comme le texte plus haut commenté, Premier bulletin sauvage avant désoccidentalisation : Vous avez dit “prolétariat” ? du Comité taoïste libertaire / Front Taoïste Néoprolétarien, c'est quelque part l'invention de langage qui me porte à cet intérêt pour sortir des grands mots grands remèdes conceptuels usés. Si on les critique au nom de normes ayant par avance réponse à tout, c'est foutu, tous les autres sont des cons, et l'on se lamente avec Bruno Astarian de la "Solitude de la théorie communiste", dont il est avec deux ou trois français le dernier des Mohicans, non indigène, suffisant, auto-suffisant et condescendant descendant ses cons

je n'ai là ni l'esprit ni le cœur à le critiquer/commenter, mais j'y reviendrai


Manifeste pour la société des sociétés
F, S, L, J, C, E, B, T de Résistance 71, Octobre 2017

Citation :
- Avant-propos
- La société, l’origine
- Le passage de la société égalitaire non-coercitive à la société inégalitaire coercitive
- Pouvoir politique et dérive économique
- Tyrannie moderne et fin d’un système anti-naturel corrompu
- Que faire ? La société émancipée, société des sociétés
- Que veut-on dire par “complémentarité” ?
- Comment concevoir cela dans la pratique ?

En conclusion

Au cours de cette étude, nous sommes remontés à l’origine de l’organisation politique de la société humaine dont la nature est pour l’essentiel faite de coopération, d’égalité, dans un mode de fonctionnement au pouvoir non coercitif, dilué dans son peuple et dont les mécanismes empêchent la création d’une entité du pouvoir politique séparée du corps social. L’humanité a vécu de la sorte pendant près d’un demi million d’années entre le paléolithique supérieur et le néolithique moyen. À cette période se produisit une scission politique qui vit le pouvoir sortir du corps social pour former une entité séparée de facto créant une caste de dominants régnant sur un grand nombre de dominés. Nous avons suivi l’évolution historico-sociale de cette division initiale jusqu’à la création des premiers États puis des États-nations d’où est sortie l’hydre économique du capitalisme.

Nous avons analysé le pourquoi de la dégénérescence programmée du modèle de contrôle social Étatico-capitaliste et les solutions entrevues par son oligarchie pour maintenir sa domination sur la vaste majorité de l’humanité.

Ceci nous a amené à analyser les deux systèmes et à identifier leur dénominateur commun : l’antagonisme qui, appliqué à différents niveaux de la société empêche l’humanité d’embrasser sa tendance naturelle à la complémentarité, facteur d’unification de la diversité dans un grand Tout socio-politique organique : la société des sociétés.

Nous avons de là identifié les caractéristiques essentielles de la société organique retrouvée, qui formeront la structure du renouveau politicosocial de notre humanité émancipée par et pour sa base.

Sans cet angle de vision, nous demeurons impuissants à l’action directe politique concertée, fondée sur une compréhension élargie de ce qui nous a amené il y a bien longtemps, à prendre le mauvais tournant sur le chemin de notre évolution.

Ainsi, la société des sociétés représente t’elle l’avenir de l’humanité, un avenir qui verra la société humaine s’unifier par la complémentarité bien comprise aux niveaux des individus et au niveau collectif en abolissant la relation immature d’antagonisme ; unification qui se fera au gré des associations libres, des communes, des associations libres de communes, des confédérations régionales et trans-régionales, qui réalisera globalement le bonheur de tous selon la formule d’”à chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins” et où personne n’aura ou ne “vaudra” plus qu’un autre ; une société à pouvoir non coercitif qui réalisera enfin le désir suprême de l’Homme d’être libre et heureux en harmonie avec ses semblables et la Nature, sans conflit interne ni externe.

Nous espérons que ce manifeste pour la société des sociétés trouvera un écho suffisant chez nos frères et sœurs de la grande congrégation humaine afin qu’ensemble, nous œuvrions pour notre émancipation finale et définitive.

Nous sommes tous inter-reliés… dans la complémentarité du grand tout universel.

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MessageSujet: Re: 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes   Mar 24 Oct - 16:28


en quoi un mouvement transclassiste interroge la question du sujet révolutionnaire

ce qui se passe avec le hashtag #balancetonporc n'a certes rien de révolutionnaire, et n'alimente pas directement la thèse centrale de mon livre, la constitution en classe d'abolition du capital sur de multiples fronts qui ne sont pas strictement prolétariens

cet événement médiatique est cependant un matériau d'excellence pour observer et analyser ce qui se passe. J'ai tenté de montrer en quoi dans mon commentaire de ce jour à la DOMINATION MASCULINE en FRANCE : machisme, travail, domesticité, violences...

féminisme ? premières leçons de #balancetonporc

la lutte des femmes se définit à l'heure actuelle plus encore que par ce qu'elle est, par qui, femmes et hommes, la défendent et par celles et ceux qui l'attaquent


j'y relève non seulement la virulence de tout le gratin réactionnaire français contre cette forme de lutte qui n'est pas féministe organisée, mais aussi le silence ou pire de "marxistes", "anarchistes" et autres amateurs de "prolétariat universel" (mâle ?)

autrement dit, il est nécessaire de se confronter théoriquement à ce mouvement bien qu'il apparaisse d'évidence transclassiste (au sens de la trilogie prolétariat/classe moyenne/capitalistes), mais relativement à quelles situations sociales devenues antagoniques au capital, quand la civilisation capitaliste crée tant d'antagonismes, avec le prolétariat au sens traditionnel, avec la vie des femmes, avec la surpopulation expulsée, avec la possibilité même de la survie sur terre ?

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes   Jeu 9 Nov - 14:42


subsomption réelle et voies plurielles du communisme

à plusieurs reprises je me suis référé au concept de "subsomption réelle" comme signifiant une domination totale du capital sur la société-monde. Je l'ai utilisée positivement pour pointer le fait que le capitalisme actuel ne peut plus être pensé uniquement comme mode de production ni les rapports sociaux uniquement structurés autour de la contradiction capital-prolétariat. J'en ai déduit la possibilité de lignes de fronts plurielles antagoniques au capital comme totalité, et invité à penser une nouvelle classe révolutionnaire croisant des voies multiples dans un mouvement communiste pluriversel

j'ai donc tout à la fois pris au pied de la lettre la périodisation du capitalisme telle qu'elle est notamment théorisée par Théorie Communiste, et suggéré qu'elle ouvre paradoxalement ces voies plurilinéaires vers et de la révolution

plus récemment, j'ai interrogé ce paradoxe dans de la classe moyenne chinoise au capitalisme en subsomption réelle (2 novembre)


Citation :
il est beaucoup question, dans ce fil, de la paupérisation ou de la prolétarisation des couches ou classes moyennes, mais le phénomène ne vaut que dans les pays capitalistes avancés, pour autant que la Chine ne le soit pas. Dans ce pays la classe moyenne progresse.

la classe ouvrière progresse aussi en nombre dans les pays de l'ancienne "périphérie", et la question demeure posée de la subsomption réelle posée en termes marxiens de plus-value absolue vs plus-value relative. L'usage de ce concept pour caractériser les périodes du développement du capitalisme reste discutable, y compris dans ma vision qui s'appuie sur cette périodisation par Théorie communiste, que je critique par ailleurs pour n'en point tirer toutes les conséquences et conserver le strict prolétariat comme sujet révolutionnaire, mais de l'eau peut couler sous les ponts avant que ne se constitue une nouvelle classe révolutionnaire correspondant réellement au capitalisme en subsomption réelle

un texte tombe à point pour prolonger mon point de vue, Deprovincialized Marxism, Harry Harootunian 2011, qui vient d'être traduit en français par Matthieu Renault, avec l’aide de Frédéric Monferrand pour la revue Période

Déprovincialiser Marx
Harry Harootunian

Citation :
Sous le concept de « subsomption réelle », l’école de Francfort et l’opéraïsme ont popularisé l’idée selon laquelle le capital aurait dorénavant produit un monde à son image, dans lequel toutes les pratiques seraient soumises à la logique de la valeur d’échange.

Pour Harry Harootunian, cette idée typique du « marxisme occidental » constitue aujourd’hui un lieu commun dont il est il est urgent d’interroger les origines et les présupposés. Elle apparaît en effet comme une reprise de l’image que les sociétés capitalistes ont voulu donner d’elles-mêmes à l’époque de la Guerre froide. Et elle repose sur une conception eurocentrique de l’histoire, dans laquelle la marchandisation totale de la vie apparaît comme un destin auquel tous les peuples doivent se soumettre.

Contre ce mythe d’un capital devenu omnipotent, Harootunian propose de relancer l’enquête historique sur les différences de temporalités et les formes de subsomption hétérogènes qui co-existent au sein du capitalisme, afin d’élargir l’horizon des pistes qui s’offrent à son dépassement.

j'y reviendrai avec des extraits et une discussion en relation avec les thèmes que j'ai abordés par ailleurs (critique de l'eurocentrisme, marxisme décolonial, universalisme pluriel, etc.)

Citation :
L’objectif de cet essai est de remettre en question la catégorie de « marxisme occidental ». Dans l’histoire des débats marxistes, peu de tâches ont davantage retenu l’attention que celle qui a consisté à pointer du doigt le pêché d’eurocentrisme de Marx. Il aurait approuvé l’impérialisme et le colonialisme britanniques en Inde au motif qu’ils avaient pour conséquence involontaire de renverser une structure archaïque malade et de la remplacer par de nouveaux fondements capitalistes. Une tâche moins visible, mais beaucoup plus importante, a été la provincialisation de Marx qui a réussi à déplacer la charge discursive des préoccupations relatives au procès de production et de travail vers la circulation, la marchandisation et la culture. Cette tendance est devenue de nos jours si hégémonique qu’elle est parvenue à masquer ses propres origines culturelles et politiques spécifiques derrière des arguments universalistes. Son succès inattendu l’a en outre exposé au risque de rendre ses arguments complices de la représentation que le capitalisme se fait de lui-même. [...]

Je voudrais examiner de quelle manière, dans la conjoncture de la Guerre froide, la singulière hégémonie du marxisme occidental a non seulement permis d’éclipser les arguments associés à la longue histoire du marxisme en Russie et en Union soviétique, mais également d’ignorer et même d’exclure les lectures marxiennes produites dans le monde colonial et semi-colonial de la périphérie euro-américaine avant la Seconde Guerre mondiale et dans ce qui a été appelé le Tiers Monde dans l’après-guerre, comme si le colonialisme n’était rien d’autre qu’un effet de la modernité capitaliste, alors qu’il entretient avec elle un rapport d’interaction, comme le suggère Marx dans son chapitre sur le « colonialisme de peuplement » et sur la théorie de Wakefield dans le Livre I du Capital. [...]

L’effet irréfléchi de la promotion du « marxisme occidental » dans le cadre du passage à la critique culturelle fut de renforcer l’argument capitaliste de la « subsomption réelle » et de l’achèvement du rapport marchand. De fait, ce postulat accompagna le tournant vers l’idée de l’ « autonomie » de la forme marchande comme force structurant la formation sociale toute entière, de sorte que la valeur supplante la valeur d’usage en se donnant comme auto-déterminée et que les individus confondent la seconde avec la première. Dès lors que le capital se présente définitivement comme un « automate », signalant le moment où il produit ses propres présupposés – de l’argent générant de l’argent –, il dissimule la source de la valeur dans le travail vivant et ouvre la voie à la perspective de la circulation. Cette représentation d’une société capitaliste qui serait pleinement réalisée en Occident accentue dramatiquement le contraste entre le développement avancé – ou, comme on l’appelait, la modernisation – et l’arriération. En résulte une fois encore l’abandon d’un matérialisme historique méticuleux fondé sur l’examen minutieux des contextes particuliers et souvent singuliers permettant l’identification de différences réelles. [...]

Marx concevait l’histoire comme incluant des formes économiques distinctes et multiples, notamment en Europe occidentale ; des formes hétérogènes relevant de modes de production distincts les uns des autres. Qui plus est, lorsqu’il se référait à l’Angleterre, il déclarait que son « esquisse historique » des origines du capitalisme était un portrait valant pour l’Europe et non « une théorie historico-philosophique de la marche générale [de l’histoire], fatalement imposée à tous les peuples, quelles que soient les circonstances historiques où ils se trouvent placés ». La véritable clef des phénomènes historiques, concluait-il dans une lettre à une revue russe, n’avait rien à voir avec « le passe-partout d’une théorie historico-philosophique générale dont la suprême vertu consiste à être supra-historique » [...]

Avant même que Marx ne se tourne vers l’ethnologie, il avait déjà reconsidéré ses positions sur « le procès de travail » et « l’organisation du travail » en tant que façonnés par les circonstances données de certains types de production industrielle et agricole11. La catégorie de subsomption formelle (et son corollaire, la subsomption réelle), qui apparaît dans les « Résultats du procès de production immédiat », un chapitre auquel n’avaient pas accès les générations antérieures (chapitre VI dit « inédit »du Capital), fournit le prisme analytique à travers lequel peuvent être saisies les formes spécifiques (et non les stades) informant la « restructuration du procès de travail afin de générer de la survaleur relative ». Le processus entièrement achevé fut appelé la subsomption réelle. Marx l’associa à la réalisation de la « survaleur relative » et au rôle joué par l’introduction de la technologie et du système des usines. Il est difficile de dire si Marx a réellement cru ou non que le capital accomplirait à terme le rapport marchand (en éliminant ainsi les dernières traces d’inégalité de développement). Mais il est indubitable qu’il a eu besoin de recourir à un tel concept pour dépeindre le capitalisme comme une totalité achevée, pour littéralement l’imaginer et ainsi le soumettre à l’analyse et à la critique qui caractérisent Le Capital. Cela est évident en particulier dans son récit de l’accumulation et du processus de transformation de la survaleur en capital, où il reconnaît que dans le processus de conversion.
[...] Marx a posé ici l’accomplissement de la subsomption réelle comme un modèle, peut-être même comme un proto-idéal type, en envisageant l’éventualité de la réalisation et de l’achèvement du rapport marchand dans un avenir encore inaccessible et qui ne viendrait éventuellement jamais. D’un point de vue méthodologique, la subsomption réelle dépouillait le capitalisme « de toutes perturbations secondaires » et permettait d’imaginer une société exclusivement constituée par le capital et le travail. [...] Il n’est cependant pas question de suggérer que les différentes formes de subsomption, en particulier les formes hybrides de subsomption mentionnées par Marx dans le chapitre du Capital sur la survaleur absolue et relative et qui ont largement été ignorées, sont de simples substituts à la catégorie surévaluée de transition, ni de réactiver une forme d’étapisme historiciste déguisé. L’enjeu est plutôt de réintroduire dans le texte historique la figure de la contingence et l’apparition imprévue de phases conjoncturelles ou aléatoires. [...]

Si Marx s’intéressait moins à l’ « historicité » présumée des formations précapitalistes qu’au présent capitaliste dans son immédiateté, il reconnaissait cependant dans les sociétés communales qui perduraient au sein du monde contemporain la forme de la société archaïque qu’il avait décrite dans les Grundrisse et y identifiait des ressources politiques et économiques pour des développements à venir. Dans les années 1860 et par la suite, Marx, loin de modifier sa propre perspective, l’étendit et l’élargit de manière substantielle pour mieux neutraliser les effets de l’inversion qui « spatialisait le temps » et rétablir la réalité de la « temporalisation de l’espace ». Au sein de cet ensemble plus large de possibilités, la forme de développement la plus pertinente était l’inégalité et le désordre temporel qu’elle est susceptible d’engendrer. Dès lors, chaque présent nourrit une multiplicité de lignes de développement potentielles, ainsi que Marx le soutint dans ses ébauches de lettre à Véra Zassoulitch au moment où il commença à changer de point de vue sur le progrès historique et envisagea la promesse que la commune russe se libère elle-même graduellement des entraves de sa forme primitive pour encourager la production à l’échelle nationale. [...]

Il faut également signaler que dans la mesure où la subsomption était une forme, elle pouvait inclure et faire coexister des contenus culturels, politiques et sociaux détachés des systèmes dont ils provenaient et libérés des fonctions qu’ils avaient pu autrefois remplir pour jouer de nouveaux rôles dans une configuration différente. Enfin, nous devons également prendre en compte les différents corrélats temporels associés à ces formes historiques-temporelles et au nouveau mode de production. De fait, les pratiques qui avaient survécu aux modes de production antérieurs ne constituaient pas en tant que tels des « vestiges », mais s’offraient comme autant de formes historiques et temporelles dissociées de l’époque qui les avait vues naître et opérant désormais dans un environnement historique différent, gouverné par la quête de survaleur. Marx tendait ainsi à concevoir des possibilités plurielles de transformation au sein des sociétés non-européennes. Dans un tel scénario, ces sociétés n’avaient plus à suivre les étapes du chemin balisant les grandes étapes de l’ascension du capital en Occident ; elles n’étaient plus dépendantes de la catégorie surdéterminée de transition. Cette catégorie, faut-il ajouter, fournissait à l’Europe son récit en jouant le rôle de pont permettant de maintenir l’idée d’un développement linéaire et continu du passé au présent – un récit qui en était venu à occuper le centre de l’histoire nationale pour expliquer l’évolution exceptionnelle de la société moderne et qui constituait en quelque sorte un deus ex machina rendant compte d’une continuité linéaire des origines à la fin, du passé au présent. [...]

Le « marxisme occidental » tout en adoptant une posture universaliste a implicitement présupposé un principe d’exclusion. [...]

Afin d’échapper à l’exceptionalisme à présent inséparable du « marxisme occidental » et le soumettre à une critique qu’il exclut, il paraît donc naturel de se tourner précisément vers ces marxistes de la périphérie qui n’étaient pas sujets à une provincialisation se dissimulant sous le masque de l’universalité, mais étaient convaincus qu’en affrontant la conjoncture qui leur était contemporaine ils participaient à une lutte indivisible à l’échelle mondiale. [...]

Dans la mesure où, comme le dit Marx, la subsomption formelle constituait le fondement et la forme générale de tout développement capitaliste, elle devint le principe gouvernant du capitalisme partout où il parvint à imposer son agenda. Parce que la subsomption était une forme plutôt qu’une étape déterminée à laquelle pourrait finalement s’en substituer une autre, le processus n’était pas limité à un temps et à un lieu donnés, mais se caractérisait, et se caractérise, par la co-présence de pratiques plus et moins avancées. La subordination des secondes n’imposait pas la nécessaire perte ou disparition de leur identité historique mais favorisait leur préservation et des formes de coexistence. Ce que les marxistes plus tardifs qualifiaient de « résidus » devaient finir selon eux par être dissout par le capitalisme ; quant aux modernisateurs bourgeois, ils décrivaient les « traditions » qui avaient survécu comme ayant pour fonction de médiatiser et de faciliter le processus de modernisation en assurant une évolution pacifique vers la modernité. Or, ces traces d’autres modes de production et l’historicité de l’événement de la subsomption se conjuguaient pour faire de ces pratiques des formes historiques et temporelles surdéterminées, incarnant la mémoire de temporalités différentes et mises au service de présents autres que ceux dans lesquels elles puisaient leur racines. Même si elles avaient été synchronisées par des chronomètres « universels » (par le marché mondial et plus encore par l’État-nation) marquant la temporalité du travail socialement nécessaire, elles dénotaient une inégalité maintenant une différence à même de provoquer une rupture dans l’atemporalité de la « fantasmagorie » capitaliste, et ainsi de faire l’histoire. [...]

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MessageSujet: Re: 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes   Dim 12 Nov - 10:34


la nouvelle théorie
et la périodisation de l'histoire du capitalisme
avec la méthode de Marx selon Ollman : l'étude de l'histoire à rebours

ce sera encore une "question parente", mais sans référence positive à quelque chose que j'aurais pu lire ailleurs. Parente à celle posée dans le commentaire précédent, non sous l'angle explicite de la "subsomption réelle", mais de la "périodisation historique du capitalisme", ou de son phasage

1) bref rappel du débat au sein de la théorie de la communisation

la théorie que je présente comme nouvelle l'est aussi parce qu'elle repose cette question en termes nouveaux. Je l'avais déjà fait avant de m'engager dans ce livre, le moment actuel du capitalisme ne permet pas de considérer que nous serions comme pour Théorie communiste" (TC), dans un « dernier cycle de lutte » dont la fin serait la communisation comme révolution. Je n'étais pas le premier à la discuter puisque la controverse avec TC existait dès la fin des années 2000 avec Bruno Astarian, Christian Charrier, Aufheben puis Endnotes

rappelons que pour TC, ce dernier cycle de lutte s'inscrit dans la « deuxième phase de la subsomption réelle » liée à « la restructuration globale/mondiale du capitalisme » à partir des années 1970, et a pour corollaire « c'est au présent que nous parlons de communisation », même s'il ne s'agit pas d'être « immédiatiste », mais d'attendre la crise démiurgique avant laquelle toute activité communiste serait frappée de ce défaut rédhibitoire

le comble de cette thèse fut atteint lors du SuperMeeting de 2007 lors duquel un débat porta sur la relation entre "cycles de lutte" et "cycles économiques" (Kondratieff, etc.). On se souvient que ce croisement permettait à Bernard Lyon (BL de TC) de "préviser" la communisation en 2020. Si je comprends ce besoin, je doute de sa pertinence ou du moins de la possibilité de faire sérieusement ce croisement de deux champs d'approche comme "comparer des pommes et des poires", qui tombent il est vrai sous la loi de Newton

des précautions ont certes été prises par les théoriciens de la communisation (Dauvé est très prudent sur ce genre d'annonce qu'il considère déterministe chez TC, Astarian est discret mais ne voit rien venir), mais quand on lit que la communisation peut intervenir dans deux décennies ou deux siècles, cela laisse dubitatif sur l'intérêt de caractériser un "dernier cycle de lutte" à l'échelle d'une histoire longue dans laquelle deviendrait impossible de se situer au présent, puisque ne débouchant que sur cette sanction attentiste : « Il va falloir attendre » (troploin 2002)

2) le problème de la périodisation dans la théorisation que je présente

rappel pour situer, mais tels ne sont pas les problème théoriques que pose mon hypothèse d'une période à venir dans laquelle émergerait la constitution d'une classe révolutionnaire avant la révolution, et nous avons vu que cela renvoie à l'approche par Marx de la constitution en classe révolutionnaire dans la genèse de son concept de prolétariat. Pour approfondir notre hypothèse théorique, nous sommes donc convoqués à avoir une double approche historique et structurelle du capitalisme, et ici, je vais partir du texte dont j'ai hier conseillé la lecture, le dernier chapitre de La dialectique mise en œuvre, de Bertell Ollman, que l'on peut lire en ligne (p. 132-151), et sur lequel je reviendrai concernant cette histoire de la constitution en classe : 3. L’étude de l’histoire à rebours : un aspect négligé de la conception matérialiste de l’histoire de Marx

Ollman y critique (partie 1.) la plupart des interprétations de Marx (en pour ou contre), leur incompréhension de « la juxtaposition paradoxale dans les écrits de Marx de la liberté et du déterminisme » car « quelques soient leurs vues politiques, presque tous les intervenants de ces débats examinent l'histoire en suivant l'ordre dans lequel elle s'est produite. ». Il expose donc la méthode suivie par Marx, l'ordre de l'étude et celui de l'exposition étant différents. Il met en avant « le couple présupposé/résultat » et explique en détail qu'il entend par là « des mouvements dans le procès de leur devenir » dont il examine les conditions d'une approche rigoureuse ne rabattant pas cette méthode sur une logique de cause à effet. il montre (partie 2.) que « le double mouvement du présupposé et du résultat occupe la place centrale dans la plupart des études historiques de Marx. », mais :


Citation :
Cette lecture de l'histoire à rebours ne signifie pas que Marx accepte une cause située à la fin de l'histoire, une « force motrice » qui opérerait en marche arrière, une téléologie. [...]

Dans son étude de l'histoire à rebours, Marx fait une distinction importante entre : d'une part les présuppositions qui sont en elles-mêmes des résultats, bien que formes antérieures de leurs propres résultats fonctionnant maintenant comme présuppositions ;
et d'autre part les présuppositions qui incluent des caractéristiques qui leur viennent de formations sociales antérieures. C'est la différence entre ce dont le capitalisme a besoin pour se développer comparé à ce qu'il requérait pour émerger à sa naissance. [...]

Les développements au sein du régime féodal qui rendirent possibles la bifurcation vers le capitalisme étaient eux-mêmes, bien entendu, des aspects liés de façon interne au mode de production féodal, mais ils n'ont eu ni place ni rôle à jouer dans ce qui suivit. Marx appelle ces développements des « présuppositions dépassées (« aufgehoben voraussetzungen » [Grundrisse]). Elles étaient nécessaire à la création du capitalisme, mais, une fois en marche, le capitalisme n'a pas besoin de les reproduire pour se maintenir.

il faut lire tout ce développement chez Ollman sans quoi cela risque de ne pas être compris, ni là où je veux en venir. J'y viens :

3) des questions nouvelles à mettre en chantier


Ollman a écrit:
Il en est de même pour des périodes plus anciennes [que le féodalisme], car les racines du capitalisme contemporain remontent même jusqu'à elles. En conséquence, lorsque Marx fait remonter les présuppositions du capitalisme jusqu'au régime féodal et au système de l'esclavage, il ne prétend pas ériger ces trois stades en modèle de développement par lequel chaque pays devrait passer, comme c'est souvent le cas lorsqu'ils sont traités dans l'ordre inverse par les disciples de Marx. Ceci est un autre exemple de la différence entre la nécessité lue à rebours, du présent au passé, et la nécessité lue dans le sens du temps à partir d'un point dans le passé. Ce qu'on appelle « la périodisation marxiste de l'histoire » n'est qu'une autre résultat malheureux de la pratique consistant à faire marcher la méthode de Marx sur la tête. En résumé, le fait de regarder en arrière du point de vue de ce que le capitalisme est devenu vers ce qu'il présuppose permet à Marx de se concentrer sur certains traits spécifiques dans les ruines du passé, qu'il manquerait ou minimiserait sans cela, et enrichit en même temps la compréhension de ce qu'il trouve - faisant des derniers moments d'un système en train de mourir les moments de la naissance du système suivant.

ici, je recopie intégralement la partie 3. de ce chapitre :

Citation :
Le même double mouvement de présupposition et résultat qui prévaut dans son étude du passé joue aussi un rôle décisif dans la recherche de Marx sur l’avenir. Dans la philosophie des relations internes, le futur est un moment essentiel du présent. Car il n’est pas simplement ce que le présent devient : ce qui arrive dans le futur existe déjà dans le présent, au sein de toutes les formes présentes, à l’état de potentiel. Pour Marx, une étude complète du présent remonte jusqu’à ses origines, et elle s’étend aussi dans l’avenir pour examiner de ce présent les issues probables et possibles. En ce qui le concerne, en faire moins diminuerait notre compréhension de ce qu’est le présent et réduirait notre capacité à le modeler selon nos buts. Antonio Gramsci a dit que pour un marxiste la question « Qu’est-ce que l’homme? »138 est en fait une question sur ce que l’homme peut devenir.

Qu’il s’agisse des êtres humains, d’un ensemble d’institutions ou de toute une société, le déploiement d’un potentiel jouit d’un statut privilégié dans les études de Marx. Mais comment procède-t-on pour étudier le futur comme partie du présent ? Selon Marx, l’investigation du passé en tant que « présuppositions dépassées » du présent « mène aussi à des points où s’esquisse l’abolition de la configuration actuelle des rapports de production et donc la naissance d’un mouvement, préfiguration de l’avenir. Si, d’une part, les phases pré-bourgeoises apparaissent comme des présuppositions purement historiques, c’est-à-dire abolies et dépassées (Aufgehoben), les conditions actuelles de la production apparaîtront comme des conditions en train de s’abolir elles-mêmes et qui se posent, par conséquent, comme les présupposés historiques d’un nouvel état de société »(souligné par Marx).

Qu’on étudie le passé ou le futur, il s’agit principalement de regarder en arrière, et de déduire les présuppositions à partir des formes qui les contiennent. Nous avons vu Marx appliquer cette méthode au passé saisi comme porteur des présuppositions du présent, mais comment peut-il saisir le présent comme porteur des présuppositions d’un futur qui est encore à venir? D’où provient le sens du futur qui lui permet de se retourner vers le présent et d’y voir les présuppositions de l’avenir ?

Deux réponses sont possibles. En premier lieu, et spécialement en ce qui concerne le futur proche (ce qui va arriver prochainement dans le capitalisme) et le futur à moyen terme (représenté par la révolution socialiste), on déduit les anticipations en projetant les tendances existantes (les lois) et les contradictions dans l’avenir. On part du point de vue du présent, mais c’est un présent dont l’extension a été abstraite pour inclure les trajectoires des diverses pressions émergeant du passé immédiat ainsi que leur intensification progressive. En ce qui concerne le futur proche, Marx abstrayait fréquemment les processus qu’il observait dans la réalité en les dotant d’une extension temporelle assez large pour inclure ce qu’ils allaient devenir comme partie de ce qu’ils étaient, allant jusqu’à utiliser le nom associé à la forme future qu’ils n’avaient pas encore assumée pour se référer à toute la transition. Ainsi, tout travail qui produit ou qui est sur le point de produire des marchandises dans le capitalisme est appelé « travail salarié »; l’argent sur le point d’acheter des moyens de production est appelé « capital »; les petits hommes d’affaires qui vont faire banqueroute et les paysans en passe de perdre leur terre sont désignés comme « classe ouvrière », et ainsi de suite.

Marx attire souvent l’attention sur son parti pris futuriste dans sa pratique de dénomination en ajoutant des qualifications telles que « en lui-même », « de par ses intentions », « de par sa destinée », « par essence », et « potentiellement ».

En ce qui concerne le futur à moyen terme, c’est-à-dire le moment du changement qualitatif non dans un ou quelques uns des processus mais dans la formation sociale tout entière dont ils font partie, le point de départ principal de Marx est le nœud de contradictions majeures qu’il a trouvées au cours de son étude du capitalisme. « Le fait », dit-il, « que la production bourgeoise soit obligée, par ses propres lois immanentes, d’une part, de développer les forces productives comme si elle n’était pas une production sur une base sociale étroite, et d’autre part, qu’elle ne puisse à son tour se développer que dans les limites de cette étroitesse, est la raison la plus profonde et la plus secrète des crises, des contradictions criantes qui éclatent en son sein, au milieu desquelles elle se meut et qui la caractérisent, même pour un œil peu exercé, comme simple forme historique transitoire ».

Marx croyait que « même un œil peu exercé » pouvait voir clairement que le capitalisme ne peut pas continuer beaucoup plus longtemps. Tout ce qu’il nous suffit de voir, c’est qu’il construit sur et requiert une base sociale - essentiellement, l’appropriation privée d’un produit social en expansion continue - qui n’est pas en mesure de porter son propre poids grandissant.

Projeter les contradictions majeures du capitalisme de cette manière implique des conditions subjectives ainsi qu’objectives - en termes marxistes, la lutte de classes et l’accumulation du capital - dans leur interaction distinctive. Marx ne doute jamais que ce
sont les gens qui font l’histoire, mais, comme il s’empresse d’ajouter, « pas dans des circonstances qu’ils ont eux-mêmes choisies ».

La plus grande part du travail de Marx est consacrée à la mise en lumière de ces circonstances pour l’ère capitaliste, mais toujours en connexion avec la manière dont elles affectent et affecteront probablement les classes (l’abstraction pertinente pour les gens) qui opèrent en leur sein. Répondant aux pressions issues de leur situation sociale et économique ainsi qu’aux résultats de leur propre socialisation interne, ces classes sont encore prédisposées à choisir et à agir comme elles le font par la gamme d’alternatives qui leur sont ouvertes. Mais toutes les circonstances propres au capitalisme et au capitalisme moderne qui sont principalement responsables du comportement des gens sont en train de changer. Projetant la somme de tous ces changements dans le futur, organisant en contradictions les options de moins en moins nombreuses qu’ils offrent, Marx peut prévoir une époque où une nouvelle explosion de lutte de classes mènera l’ère capitaliste à sa fin. Rien, naturellement, dans ces tendances qui se déploient et se recouvrent partiellement, ni dans ces contradictions, ne permet à Marx de prédire avec une absolue certitude ce qui arrivera, encore moins quand et comment cela arrivera. Le futur ainsi conçu ne peut pas être assemblé aussi aisément que les pièces d’un puzzle, mais est lui-même un ensemble d’issues possibles, sans qu’aucune ne soit plus que hautement probable. Telle est la forme dialectique du futur au sein du présent, le sens de « déterminé » contenu dans ce que l’on veut dire par « potentiel ».

La seconde façon dont Marx construit un futur à partir duquel regarder le présent s’applique surtout, mais non exclusivement, au futur lointain (la société socialiste/communiste) qui suivra, selon lui, la révolution. Lorsqu’il étudie les présuppositions du présent dans le passé, Marx se concentre sur le caractère capitaliste du présent et sur ses origines dans un passé pré-capitaliste. A la différence des qualités qui sont aujourd’hui le partage de la condition humaine, on peut s’attendre à ce que les qualités résultant du capitalisme changent profondément ou même disparaissent complètement avec sa propre disparition. Après avoir été posées comme un résultat historique spécifique, les formes de vie capitalistes peuvent maintenant être posées comme les prémisses historiques de ce qu’à leur tour elles rendent possibles. Nous avons simplement reproduit, pour les relations qu’elles ont avec leur futur probable, les relations que ces présentes formes se sont révélé avoir avec leur passé réel, sauf que la position et par conséquent le rôle du présent ont été inversés. Dans la mesure où les formes de vie associées au capitalisme appartiennent à un ordre des choses qui a des présuppositions historiques - autrement dit, si elles ont émergé dans un temps historique réel -, elles sont donc aussi susceptibles de servir de présuppositions à ce qui va suivre. Et pour Marx, comme nous l’avons vu, c’est l’analyse
même qui les révèle comme l’un (comme résultats) qui les révèle « en même temps » comme l’autre (comme présuppositions), et ce faisant nous donne des « préfigurations de l’avenir ».

Pour construire sa vision du futur lointain, Marx abstrait hors du tableau les conditions historiques spécifiques du capitalisme (traitant en présuppositions ce qui s’est trouvé être des résultats historiques), et projette les tendances et les contradictions existantes dans l’avenir, en prenant soigneusement en compte les changements de critères et de priorités qui interviendraient sous un gouvernement socialiste. On apprend, par exemple, que « Les ouvriers, s’ils commandent, s’il leur est permis de produire pour eux-mêmes, mettront très vite et sans grande peine le capital (pour parler comme les économistes vulgaires) au niveau de leurs besoins ». Ici, « les ouvriers, en tant que sujets, emploient les moyens de production - comme objet - afin de créer de la richesse pour eux-mêmes. Naturellement, dans ce raisonnement on a supposé que la production capitaliste a déjà porté les forces productives du travail en général au niveau nécessaire où cette révolution peut intervenir ».

Marx commence par évacuer les conditions historiques spécifiques de la production capitaliste qui ont fait des ouvriers un moyen pour la production de la plus-value (elle-même résultat de l’histoire antérieure) et projette ensuite dans le futur ce que ces
ouvriers seraient en mesure d’accomplir avec les instruments de production une fois laissés maîtres d’eux-mêmes. Ayant construit une partie de l’avenir socialiste du point de vue du présent, il se retourne et considère le présent du point de vue de ce futur pour spécifier l’une de ses présuppositions majeures - le haut degré de développement des forces productives.

Quand on projette les tendances et les contradictions existantes dans le futur (qu’il soit proche, à moyen terme ou lointain), leur issue éventuelle est considérée comme l’extension prolongée d’un résultat qui a son noyau central dans le présent. Cependant,
quand on se place du point de vue du futur, celui-ci devient le résultat, et ce qui existe dans le présent devient une partie de ses présuppositions étendues, qui comprennent ce qui avait été précédemment marqué comme les présuppositions propres du présent. Du fait de son changement de statut, de celui de résultat à celui de présupposition, la manière dont le présent nous instruit au sujet de l’avenir change également. Prises comme un résultat, les formes du présent sont utilisées comme base pour la projection dans l’avenir des tendances et des contradictions qui constituent sa propre histoire; alors que le fait de voir les formes du présent, y compris leurs origines, comme présuppositions du futur permet à Marx d’utiliser le présent pour aider à clarifier l’avenir, de la même façon que son utilisation du passé l’aide à clarifier le présent. En examinant des temps plus reculés du point de vue du capitalisme, comme ses présuppositions, Marx a pu apprendre non seulement ce qui a mené à notre présent mais il en a tiré aussi une compréhension bien plus complète du capitalisme comme développement et transformation ultérieurs de ces mêmes présuppositions. Surtout, cette démarche permettait de distinguer les parties qui s’étaient révélées les plus importantes de notre histoire, et de les incorporer revivifiées comme des traits essentiels d’un présent arrangé dialectiquement.

De même, notre image de l’avenir acquiert une meilleure définition dans la mesure où des éléments importants de la société d’aujourd’hui peuvent être traités comme ses présuppositions. Les critères de pertinence et l’établissement des priorités de la recherche pour l’étude de ce qui est en gestation en sont aussi affectés. Bien entendu, cette approche place de sérieuses limites sur la quantité de détails que Marx peut offrir quant à l’avenir. A la différence des libres envolées de l’imagination à partir desquelles les socialistes utopiques ont construit leurs sociétés futures, Marx ne coupe jamais les relations internes qui relient l’avenir à son passé, ni par conséquent à la variété des possibilités, non plus qu’aux tendances dominantes inhérentes à ce passé. Si Marx ne donne aucun plan détaillé de  l’avenir, c’est parce que sa méthode ne lui permet pas d’en avoir.*

* Ceci dit, il existe un nombre considérable de “descriptions”, disséminées dans les écrits de Marx, du communisme à venir tel qu’il l’imaginait. Pour une reconstruction de la façon de vivre qui émerge de ces propos, voir le chapitre “Marx’s Vision of Communism” dans mon livre Social et Sexual Revolution: Essays on Marx and Reich. Boston: South End Press, 1978, pp. 48-98.

Le raisonnement présenté ci-dessus mérite d’être répété : Marx commence par considérer le passé du point de vue du présent (passant des résultats aux présuppositions). A nouveau du point de vue du présent, mais en y incluant maintenant les liens qu’il a découverts avec le passé, il projette ce présent en avant jusqu’à un certain stade de l’avenir (passant d’une partie du résultat à une autre).

Enfin, adoptant le point de vue de ce qui a été établi dans l’avenir, il examine le présent avec ses liens au passé (passant du résultat aux présuppositions). Marx ne pouvait construire aucune partie de l’avenir sans la traiter comme un développement
du présent. Le présent ne manifesterait aucun développement à moins d’être d’abord constitué comme un système de processus en interaction émergeant de son passé. Et l’avenir n’émergerait pas, même au degré minimal qu’il connaît dans les écrits de Marx, si celui-ci n’avait pas à l’étape finale adopté le point de vue de l’avenir pour reconsidérer le présent. Paradoxalement, c’est aussi ce dernier moment qui boucle l’analyse de Marx du présent capitaliste.

Faire de la relation entre le passé, le présent et l’avenir une partie de l’interaction présupposition/résultat a pour effet principal de permettre à Marx la mise en lumière, afin de l’étudier, du mouvement historique du mode de production capitaliste, en évitant de laisser de côté ou de banaliser son mouvement organique. Il peut alors se concentrer sur le présent de manière à mettre le plus possible en relief les changements (déjà accomplis) qui le lient à son passé réel et ceux (en procès de réalisation) qui le relient à son futur probable, indiquant les influences majeures là où elles existent, sans cesser pour autant de tenir compte des interactions mutuelles qui caractérisent chaque phase du développement. De plus, le fait de voir le présent du point de vue de son potentiel non encore réalisé donne à notre présent capitaliste la valeur d’un tremplin pour l’avenir. Au lieu du sentiment d’être arrivés, nous
devenons soudain conscients et hautement sensibles au fait que nous allons vers quelque chose, que nous sommes en train de construire ici et maintenant - quelque part au milieu du processus historique - les fondements d’un avenir totalement différent. En conséquence, le projet et nos intentions qui en font partie prennent un plus grand poids dans notre conscience, dans la conscience de classe, et exercent un impact correspondant sur nos actions. De fait, l’étude par Marx du présent avec son orientation vers le futur devient de plus en plus pertinente, tout comme ce futur, éclairci par cette même étude, devient une possibilité de plus en plus réaliste.

cette longue citation n'aurait aucun intérêt si elle n'invitait pas à confronter nos hypothèses avec la méthode qu'elle décrit. Je suggère donc de la lire attentivement en ayant en tête les différents points de vue selon lesquels j'ai construit ma propre théorisations, car c'est la méthode avec laquelle nous pouvons vérifier la pertinence théorique des thèmes tels que la constitution en classe selon plusieurs lignes de fronts croisées (luttes prolétariennes contre l'exploitation, luttes féministes mettant en cause le capitalisme comme patriarcat, tournant décolonial, limites écologiques du système), les voies plurielles du mouvement communiste et son universalisme pluriel, etc.

4) un nouveau programme de travail, chantier ouvert, work in progress...

à théorie nouvelle, problèmes nouveaux et spécifiques, dont certains redoutables, mais qui ne sont plus de l'ordre de sa confrontation avec les théories marxistes, communisation comprises, telles que je les ai critiquées

en effet, nous voyons bien en quoi le moment actuel du capital et des luttes fait apparaître des caractéristiques nouvelles du fait même de la disparition de l'identité ouvrière et du prolétariat agissant comme classe pour soi, et comment cela nous convie, comme expliqué ci-dessus, à remonter dans le passé pour examiner en quoi cela était déjà contenu en puissance dans la période de naissance du capitalisme, pour tendre à s'effacer dans son installation comme mode de production à l'époque où Marx l'avait « sous les yeux », pouvant en conclure alors au prolétariat comme sujet révolutionnaire. Nous pouvons retisser le passé sous un arc historique plus long que l'histoire proprement dite du capitalisme comme mode de production économique, et partant reprendre le travail de Marx sans abandonner sa méthode, mais en laissant la vie régler ses comptes avec les versions fossiles du marxisme

pour le dire plus précisément, armés de cette approche de lecture du passé aux débuts du capitalisme, avant l'émergence du prolétariat comme classe révolutionnaire dans l'œuvre de Marx (le tournant du Manifeste en 1847), nous pouvons désormais repenser les luttes particulières qui se sont développées après la disparition de l'identité ouvrière signant la caducité du programmatisme et de la conception prolétarienne universelle sur le modèle euro-occidental, en les rattachant à ce que le capitalisme a reformulé des rapports de genre, de races, et à la nature. Nous pouvons donc relire la critique du programmatisme et des luttes alternatives du démocratisme radical dans la perspective de leur dépassement rupturiste, et non plus seulement de façon a-dialectique comme ne portant qu'une dimension contre-révolutionnaire. L'exercice est certes périlleux mais c'est à ce prix que nous pouvons comprendre, à rebours de l'histoire, continuités et ruptures dans le capitalisme contemporain depuis un demi-siècle, et éclairer notre lecture du présent à la lumière de son possible dépassement (résultats comme présuppositions sans téléologie). Si, à cet égard, sont typiques de l'idéologie française eurocentriste les ruminations charlistes de Temps Critiques sur le caractère strictement "communautariste" de ces luttes et celui "racialiste" de toute prise en compte des luttes antiracistes par les intéressé.e.s... en revanche nous pouvons lire dans les approche féministes marxistes, écologiques marxistes et décoloniales marxistes comme dans les luttes qui les alimentent (voir les sujets correspondant), les prémisses d'une compréhension théorique du présent parente à la nôtre, même quand les orientations politiques n'en relèvent pas (trotsko-décolonialisme, idéologie écolo des Communs...)

alors apparaîtront plus clairement en quoi devraient consister maintenant nos tâches théoriques, et j'ajoutent politiques au sens de l'activité pratique concrète des communistes dans les luttes actuelles et futures, puisque si  notre hypothèse n'est pas qu'utopie abstraite, sa validation ne saurait attendre qu'elle tombe toute cuite du ciel des idées ou d'une vision téléologique de son accomplissement. Contrairement au positionnement que la théorie de la communisation génère pour les communistes : participer aux luttes telles qu'elles sont, sans rien faire d'autre que dissiper les illusions immédiatistes des activistes, c'est présupposer un automatisme de l'apparition d'une conjoncture révolutionnaire dans la crise de reproduction du capital, et prolonger dans "la pratique" l'idée que "la théorie" ne sert à rien. C'est en rester en-deçà des deux premières Thèses sur Feuerbach de Marx : « I. l'importance de l'activité "révolutionnaire", de l'activité "pratique-critique" [...]. II C'est dans la pratique qu'il faut que l'homme prouve la vérité, c'est-à-dire la réalité, et la puissance de sa pensée, dans ce monde et pour notre temps. [...] »

mais encore faut-il que la théorie, dans son abstraction, soit adéquate à ce qui se produit concrètement, ou peut surgir des luttes, à condition qu'elles portent le dépassement de leurs limites, et que celles-ci soient bien cernées par la théorisation qui en émane, et non fondées sur une rétroprojection d'un modèle futur de révolution qui ne tient plus la route d'une théorie pour notre temps

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MessageSujet: Re: 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes   Jeu 16 Nov - 22:08


une reformulation originale :
en causer des effets

comme question parente, je dois signaler ici la (re-)formulation de Adé, dans un débat surréaliste chez dndf, que j'ai repris et commenté à partir du 11 novembre dans 5. LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?

voici le condensé qu'en donne Adé :

Citation :
dndf 15/11/2017 à 19:36 | #19

Je suis influencé par le blog de Patlotch sur plusieurs points :
- La constitution d’une (classe) fraction communiste [fraction est un terme de Adé, qui est plus heureux au pluriel : je ne vois pas la révolution sur une seule voie] comme condition sine qua non d’une rupture communiste;
- La dynamique affirmative, inclusive, de cette fraction et sa lutte pour l’hégémonie; [hégémonie se discute,
car comportant un parfum d'autonomisme, ou de déjà dominant, comme la bourgeoisie à la fin du féodalisme]

- La nécessité pour cette dynamique d’englober les luttes non-spécifiquement ouvrières : environnement, genre, segmentation raciale, et plus généralement les dimensions occultées par la prépondérance de la civilisation occidentale, luttes des paysans, luttes des communautés autochtones ,etc…

Je suis en désaccord avec T.C.
- La révolution « strictement prolétarienne » et le rôle démiurgique du prolétariat
et par voie de conséquence :
- La conception de la communisation telle que définie par B.L. [l'achèvement par le prolétariat révolutionnaire de la prolétarisation des autres classes sociales non capitalistes, pour dans le même mouvement s'abolir comme classe]
- La périodisation du MPC et la signification de « subsomption formelle/ réelle ». [j'ai traité de ce point plus haut]
- La conception des CMS (classe moyenne salariée) [plus que de TC, c'est de Hic Salta/Astarian]
- L’impossibilité de toute organisation en dehors des périodes de lutte. A ce sujet, je remarque que T.C. semble échapper, comme miraculeusement à cette « critique ».

Je ne suis d’accord ni avec l’Un [je n'ai pas compris qui est cet Un, dans lequel je ne me reconnais pas], ni avec les Autres sur :
- Le moteur de l’Histoire c’est la lutte des classes (K. Marx), ce qui veut dire que l’Histoire prendra fin [pour Marx le communisme est au contraire « la fin de la préhistoire de l'humanité »], faute de moteur, lorsque, ou plutôt, si les classes sont détruites… D’autre part, la société divisée en classes est l’apanage du MPC, hors ce MPC, et donc hors de l’Europe qui l’a produit, à partir du XVIII, XIXèmes S., l’affirmation est au moins hasardeuse, sinon totalement infondée. [L'histoire des sociétés est néanmoins scandée par des révolutions amenant une autre classe au pouvoir que la précédente. Preuve qu'il y a eu auparavant antagonismes de situations et de constitutions en classes, donc lutte des classes : l'histoire se lit "à rebours", cf Ollman/Marx]
Je pense plutôt que à partir du MPC, le carburant de l’Histoire est la lutte des classes, non le moteur éternel. A ce sujet, j’évoquais des analogies entre, d’une part la montée de la fraction communiste et celle de la bourgeoisie,au XVII, XVIIIème. En effet, la bourgeoisie représente à ce moment particulier à la fois une classe en formation, et une classe dominée. D’un côté dominante ou en cours, de l’autre dominée. [je me méfie de ces analogies pour les raisons expliquées dans le sujet dit. Il n'y a que dans l'opéraïsme et chez Negri que la classe-multitude serait déjà dominante dans le capitalisme]
– L’Homme ne se pose que les questions auxquelles il a déjà une réponse (K.Marx) [Marx écrit « L'humanité ne se pose que des questions qu'elle peut résoudre...», c'est assez différent]. Tout simplement parce que cet « Homme » n’a aucune existence réelle, c’est une abstraction [l'Humanité a une existence réelle, elle n'est pas une abstraction...]. Ce genre de formule est sous-tendue par une vision démiurgique du prolétariat [en fait, de la crise], elle-même comprise comme « sens de l’Histoire ».
- Les points de vue sur les divers mouvements étiquetés « alternativistes », « démocratistes radicaux », ainsi que sur IQV (Insurrection qui vient), et autres mouvements non classistes. [il s'agit d'observer comment ces mouvements se dépassent en toute « conscience du capital » (Endnotes) car ils sont de fait massivement alternativistes et démocrates radicaux]
– La place de l’écologie révolutionnaire, puisque la base matérielle c’est bien la nature, cette écologie est ce qui englobe et universalise. Le rapport premier est celui du genre humain à la nature : c’est à partir de là que peut être dépassé le MPC. Humaniser la nature, animaliser l’Homme (K.M.), bien que je préfère LES hommes. ou l’espèce humaine…

nouvelle théorie  <=> nouveaux regards sur les réalités

critiquer la théorie de la communisation est vain, inutile et dépassé. Elle n'a pas sa place dans ce sujet, car encore une fois, ce n'est plus la question posée par la théorie que je présente, qui a bien d'autres problèmes à résoudre et d'autres interlocuteurs disposés à le faire honnêtement, avec ou sans moi. Ce n'est ni polémique ni refus de la bonne polémique mais qu'une nouvelle théorie engage de nouveaux regards sur les réalités, et réciproquement. Cela ne veut pas dire qu'elle voit la révolution arriver plus vite, mais autrement : la question comment une classe...? n'est plus la même parce que la classe n'est plus la même et la question devient comment des catégories particulières exploitées et dominées se constituent en classe ?

en 2007 Daredevil écrivait Sur « Théorie Communiste » qu'il concluait en ces termes :

Citation :
Dans cette contradiction, toute production théorique est TC, mais TC doit séparer le vrai du faux tout en considérant le faux comme partie intégrante de sa théorie. Ainsi Dauvé, La Matérielle, Aufheben, l’autre courant de Meeting, cette critique même, etc. sont pour TC du TC. TC se retrouve comme l’Idée Absolue qui est la totalité et son aliénation pour se retrouver. Pour TC cette critique même sera du TC en mouvement.

Mais, n’est-ce pas cela la théorie adéquate (naturelle) à la période ? Peut-on faire une autre théorie que celle de style TC ? N’est-ce pas inhérent à la théorie ? Ne lui demande-t-on pas d’être autre chose que ce qu’elle peut être ? Est-ce que la critique du systématisme spéculatif n’est pas la critique de la théorie ou la revendication de faire de la « mauvaise théorie » ? On peut critiquer la théorie « técéiste », peut-on en faire une autre ?

Je n’ai pas de réponse…

et bien la preuve existe qu'on peut aujourd'hui faire, et autrement, une autre théorie : il va falloir penser et se battre avec, même pour qui est contre

si dndf est un lieu malsain pour les discussions, on constate par contre chez TC des évolutions concernant la prise en compte de la segmentation raciale, que je ne suis pas sans avoir influencées, bien qu'il soit habituel que Roland Simon ne dise pas où il prend ses idées (comme dit Daradevil, pour TC Patlotch est du TC). Il faudra voir ce qu'elles changent à son corpus systémique, comme l'a fait le genre en 2007, débouchant sur un mécano structuralo-dialectique dont RS a le secret. Je ne vois pas à ce stade en quoi cela rapprocherait nos points de vue incompatibles sur le prolétariat universel révolutionnaire, qui, nonobstant leur rupture dans les années 1970 avec l'ancien programmatisme ouvrier décomposé, rattache TC et les théoriciens de la communisation au marxisme orthodoxe, sur plusieurs points contre Marx. De plus comme disait un intervenant il y a quelques années, cette théorie ne porte pas à conséquences ; elle ne cause aucun effet dans aucune lutte depuis 40 ans, et se l'interdit pour ne pas être "immédiatiste", en véritable pédagogie de l'attentisme, le contraire d'une théorie communiste de l'activité et de la praxis, un exploit dans l'histoire du marxisme

j'ai précisé le 12 novembre

Patlotch a écrit:
l'important c'est que de telles reformulations existent, et qu'elle fassent marcher les têtes, l'imagination, naturellement pour moi dans les limites des principes posés, et pas à la manière dont a été dévoyé le concept même de communisation en immédiatisme folklorique (je ne dis pas que c'est ce que fait Adé)

l'important c'est de débloquer les esprits de leurs certitudes acquises et non questionnées

je remercie Adé de s'être jeté à l'eau glacée du calcul théoriste, sans douter un instant que cela va faire causer et bouillir la marmite de l'avenir... des débats théoriques, de préférence ailleurs, où est la vie

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MessageSujet: Re: 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes   Sam 2 Déc - 16:21


thèse on ne peut plus parente, du moins sur plusieurs points


réorganiser l'espérance : pour un marxisme ouvert et décolonial

mis à jour, du 23 novembre, traduction par Adé de


je n'utilise pas personnellement la formule de "marxisme ouvert" (MA), qui a l'air d'avoir été formalisée en Amérique latine, et si elle se comprend assez bien en nos contrées, encore faut-il savoir ouvert à quoi... On peut considérer que Marx a développé toute sa vie un marxisme ouvert, comme Ana Dinerstein le rappelle concernant « les travaux de ses dix dernières années (1872- 1881) » dans l'esprit de "voies plurilinéaires" dont parle KB Anderson dans Marx aux antipodes

tout le passage sur le marxisme décolonial rejoint largement mes propres considérations : critique de l'eurocentrisme y compris marxiste et anarchiste, prise en considération du capitalisme en subsomption réelle, formes pluriverselles de subjectivité et de rébellion, critique de l'universalisme unitaire, ce qui tourne autour d'une subjectivation révolutionnaire produite par les luttes... C'est d'autant plus remarquable que je l'ai 'conceptualisé' sans connaître les travaux de Dinerstein, découverts par hasard sur internet, et complètement ignorés en France, tant des marxistes que des décoloniaux. J'en souligne quelques passages en gras


Citation :
Vous êtes l’une des principale animatrices, avec des personnes telles que John Holloway, Kosmas Psychpedis, Richard Gunn et Werner Bonefeld, d’un courant appelé «marxisme ouvert». En quoi consiste cette lecture du marxisme?

Le terme Marxismo Abierto (MA= marxisme ouvert) vient du titre d’un livre [1] où Mandel et Agnoli ont débattu sur la signification de la critique de Marx. Ils se sont demandé si l’idée « d’économie marxiste » était une contradiction dans ses propres termes ou pas.Alors que pour Mandel il n’y avait pas contradiction, pour Agnoli, il y en avait bien une, car pour ce dernier Marx ne créa pas une autre économie (critique), mais développa une critique de l’économie, de l’économie politique. Ce n’est pas un hasard si Agnoli est devenu l’un des inspirateur du MA, souvenons-nous qu’il fut le maître de l’un des créateurs du MA, Wemer Bonreld.

Le MA affirme que Marx nia le capital à partir de la démonstration de son contenu humain. Le MA n’est donc pas une autre école marxiste, ni une autre théorie, mais une attitude ainsi que le soutient Richard Gunn ; c’est une critique ouverte et permanente du capital et des catégories qui le soutiennent et l’analysent. Le MA rejette la fermeture dogmatique  des catégories de la pensée. Comme le disent les éditeurs dans l’introduction du premier des trois volumes du MA publiée par Pluto Press entre 1992 et 1995 [2], le MA se propose de conceptualiser les conditions internes de la domination elle-même et de maintenir vivante la réciprocité complète entre théorie et pratique. Pour Holloway, le MA signifie libérer Marx d’une théorie et d’un marxisme fermé et traditionnel. Il s’agit d’une théorie de lutte. Pour ma part, le MA fut une révélation en tant qu’outillage critique et pour saisir les formes de constitution de la subjectivité rebelle à l’intérieur, contre, et au-delà du capital.

A votre sens, quels sont les principaux apports du MA au paysage de la théorie critique contemporaine ?

Ils sont nombreux. Je pense que les plus importants sont l’utilisation de la notion de « forme » pour comprendre l’existence sociale dans le capitalisme. L’un des grands apports des collègues d’Edimbourg, tels Richard Gunn et Wermer Bonefeld, est l’idée que le travail existe dans, contre (et au-delà) du capital, et à cause de cela, le travail, ou l’existence sociale même existent dans un mode d’être nié. Le MA propose une critique des formes sociales, économiques, légales et politiques, à travers lesquelles s’exprime le rapport au capital, au lieu de prendre ces formes comme données, comme si elles étaient des abstractions formelles descriptrices de la réalité, par exemple dans l’économie. La notion de « forme » met en relief les conditions historiques transitoires des formes sous lesquelles le travail existe, dans, contre (et au-delà) le capital. « Forme » implique également totalité, mais une totalité qui n’est pas impénétrable, comme suggéré par la théorie marxiste traditionnelle,mais plutôt subsumée dans les luttes de classes.

La deuxième question, très imbriquée à la première, est la reconnexion interne entre travail et capital établie par le MA, où le travail comme activité est ce qui constitue la réalité sociale. Comme le dit Holloway, suivant en cela Ernst Bloch, nous sommes les uniques créateurs du monde. Clarke, Holloway ainsi que d’autres membres de la « Conferencia de los Economistas Socialistas (CSE)» suivant Hirsch, posent qu’en fait nous faisons face à notre propre pouvoir objectivé dans les formes politiques, sociales et économiques. Le MA critique la séparation capital/travail que réalise, par exemple, l’autonomie italienne de Negri et Tronti, en inversant la polarité et  en opposant l’auto-valorisation de la classe laborieuse à l’auto-valorisation du capital. Le problème est qu’ils créent deux sujets en opposition, doués d’une vie propre, et que sont perdus alors à la fois la dépendance du capital envers le travail, et le pouvoir du travail sur le capital. [note Patlotch : en d'autres termes l'implication réciproque prolétariat-capital]

La troisième question est la considération des aspects abstraits du capital pour comprendre la résistance et la subjectivité contre et au-delà de la totalité. Mike Neary et moi-même avons édité un livre The Labour Debate (2002), d’abord en Anglais, traduit en Turc et en Castillan, avec des contributions de Simon Clarke, J. Holloway, W. Bonefeld, Massimo de Angelis, et Harry Cleaver, où cette question est discutée. J’ai travaillé sur la question de la « forme » de la subjectivité du travail en Argentine au XXème siècle, et je me suis focalisée sur le chômage au cours des années 90 et à la formation du mouvement des travailleurs au chômage, ou Piqueteros. Mon idée est la suivante, bien qu’il semble évident que le chômage résulte d’un manque de travail capitaliste, il s’agit en fait d’une forme de travail capitaliste caractérisé par une intensification de la subsomption réelle du travail et de la société sous le capital.  La caractéristique la plus importante du capitalisme n’est pas l’insertion des travailleurs dans les procès productifs et leur exploitation, mais bien la subordination de la vie humaine et de sa reproduction à travers l’argent. Ce qui compte pour le capital c’est la dématérialisation du travail concret afin d’obtenir du travail abstrait ( argent ), c’est-à-dire le temps de travail socialement nécessaire constituant, dans une période historique déterminée, la substance de la valeur. Cette substance est générée indépendamment des formes concrètes de l’exploitation, utilisation ou non (chômage) du travail concret utilisé. Le problème pour les sciences sociales prend sa source dans les difficultés de reconnaître que bien que le chômage apparaît comme manque de travail, et , a fortiori de subsomption réelle, il occulte une réalité non empirique, où s’ouvrent et se développent des espaces de réinvention des formes humaines et sociales d’existence et de résistance, espaces de subjectivation, et de construction de relations sociales.  Les chômeurs constituent une subjectivité problématique, produite par les nouvelles formes d’imposition (plus que par leur défaut) du travail capitaliste et de son expansion de plus en plus intense (globalisation). Le chômage comme « forme du », et non comme « manque de »  travail, n’implique ni exclusion ni carence de subsomption, mais à l’inverse, la plus cruelle des subsomption, celle de la vie sous la forme valeur-argent, car la personne au chômage est obligée de vendre sa force de travail et de se reproduire à travers de l’argent, mais dans l’incapacité à vendre sa force de travail, elles se trouve dans l’incapacité de trouver l’argent. C’est là, pendant cette expérience de l’abstraction qui se donne comme un abandon, que d’autres subjectivités peuvent émerger à l’intérieur de la formule M-M’ [3], dans le domaine de la reproduction sociale, mues par la fonction utopique de l’espérance. Le défi est de pouvoir reconnaître d’autres espaces de subjectivation et de construction de nouveaux liens sociaux à l’intérieur même du rapport au capital. Finalement, le plus grand apport du MA, en général, a été la re-conceptualisation de l’idée de révolution, du changement radical, de classe, en rejetant l’optique marxiste-léniniste, étatique, productiviste, fonctionnaliste ou structuraliste, afin de présenter une optique différente de la classe et des luttes de classes, ainsi que la signification de révolution dans un monde post-soviétique.

Vous avez élaboré des réflexions très originales sur le marxisme dans la perspective décoloniale. Pouvez-vous résumer ce projet ?

Il s’agit d’un travail en cours, j’écris un livre pour Pluto Press à ce sujet. Cela fait un bout de temps que je pense à la nécessité de décoloniser le marxisme (ouvert). Le fait que je suis Latino-américaine m’a peut être influencé. Je crois nécessaire de produire une rupture épistémologique, au sein du MA vers ce que j’appelle le « marxisme décolonial ». Je suggère que la possibilité pour le marxisme d’exister en tant que théorie de lutte dépend actuellement de sa décolonisation.

Au cours des deux dernières décennies, les mouvements indigènes se sont renforcés dans le cadre de la résistance globale, en particulier avec des luttes contre le néo-extractivisme, l’appropriation des terres, et la privatisation des terres communales (ejidos) qui, aujourd’hui caractérisent ce moment de la globalisation néo-libérale. Cette transformation de l’activisme indigène ont éveillé l’intérêt, la sympathie et la solidarité des chercheurs-activistes anarchistes et marxistes autonomes qui interprètent la politique indigène comme faisant partie de la lutte anti-capitaliste, mais laissent de côté sa spécificité. Ils reproduisent ainsi la colonialité contre laquelle ces mouvements résistent.

Cela prend sa source dans la méconnaissance de la part de la pensée radicale occidentale des différences existant entre résistances indigènes et non-indigènes, suggérant ainsi l’idée d’une résistance universelle contre la globalisation néo-libérale. Cependant, les différences auxquelles je me réfère ne sont pas « culturelles », mais relèvent d’un positionnement historique différencié de la part des peuples indigènes envers l’État,  la loi et le capital dans le cadre de l’économie mondiale. Il s’agit d’une forme alternative de la politique et d’un positionnement historiquement différencié des peuples indigènes.

Dans mon livre The Politics of Autonomy in Latin America. The Art of organising hope, j’esquissais la différence entre d’une part, autonomie indigène et, de l’autre, autonomie des mouvements sociaux, j’y critiquais l’anarchisme et le marxisme eurocentriques, en y incluant mes collègues du MA, parce qu’ils ne saisissent pas la question de la colonialité du pouvoir aujourd’hui, mais je crois que ce qui leur fait défaut c’est une compréhension plus adéquate du capitalisme des temps présents.

La décolonisation du marxisme excède la reconnaissance du fait que Marx avait commencé à rompre avec son propre eurocentrisme dans les travaux de ses dix dernières années (1872- 1881). Elle signifie chercher et reconnaître les racines épistémologiques eurocentriques qui menèrent Marx à expulser de son analyse d’autres formes historiques de subsomption réelle de la vie par l’empire européen global émergent en 1492, avec la conquête des Amériques ainsi que l’indique l’option décoloniale.  

Marx universalise la relation de classe entre travail et capital comme moteur des transformations sociales. Ce péché originel que Marx ne pût dépasser car il se référait à une épistémologie eurocentrée, héritière de Hegel, de Descartes, des Lumières, etc... l’empêcha de questionner d’autres formes de subsomption et de domination médiées, par exemple, par l’idée de genre, ou de race. Si nous pensons que la subsomption de la vie prend de nombreuses formes dans le capital, nous en tirons comme conséquence que des formes pluriverselles de subjectivité et de rébellion sont donc générées. La décolonisation du Marxisme peut offrir les outils adéquats pour détruire les bases épistémologiques euro /nord centrées et occidentales du marxisme, et le reconstruire en tant que méthode et critique, au-delà de Marx, vers une compréhension du caractère pluriversel des luttes d’aujourd’hui. La théorie eurocentrée se délie de la critique expérimentale-pratique présentée des sujets sociaux subalternes se mobilisant autour des questions de reproduction sociale et en faveur de la justice sociale. L’eurocentrisme de la critique occidentale / nord /centrée a été considérée depuis des décennies par les chercheurs post-coloniaux, décoloniaux, et marxistes. Aujourd’hui, la « question épistémologique », comme le dit  Martin Alcoff ne peut plus être évitée. Le soulèvement des Zapatistes au Chiapas en 1994 a produit un renforcement de la conscience de « la colonialité du pouvoir » pour utiliser l’expression d’Anibal Quijano, persistant dans le monde post-colonial. Sans être fondamentaliste, les zapatistes pointèrent les difficultés de la théorie eurocentrique pour appréhender les nouvelles formes de résistances subalternes (femmes, indigènes, réfugiés, migrants) contre la politique néo-extractiviste, la financiarisation, la violence et les guerres. L’utilisation des catégories de la pensée moderne pour saisir ce phénomène complexe contribue à faire taire l’arc-en-ciel des critiques et les philosophies subalternes [4], et produit la violence épistémologique. Nous sommes dans un autre moment. Nous avons besoin de connaissances,  et que celles-ci fleurissent. Mon objectif n’est pas de rejeter  la théorie critique produite au nord, mais de dénier son universalisation, au profit d’une nouvelle géopolitique, et une nouvelle écologie de savoirs et de résistances.

Dans votre travail au sujet des mouvements populaires, vous avez forgé le concept de « Movimientos Esperanza », comment les définissez-vous, et quels sont les chemins de construction de ses mouvements ?

Une motivation centrale pour la réémergence de l’autonomie en tant qu’utopie mobilisatrice du XXIème siècle a été, pour de nombreux mouvements sociaux, le refus de l’imaginaire néo-libéral de la caducité des rêves sociaux et de son amour du règne technocratique du possible.

Les pratiques autonomes se sont affronté à l’imposition de la dystopie néo-libérale. Les cas d’élaboration d’alternatives dépassant la médiocrité de cette idée de « réalité »  dépourvue d’horizons nouveaux, et montrent que l’autonomie, est possible comme catalyseur de radicalités nouvelles ou rénovées, contre la réalité de la globalisation néo-libérale.

Par définition, tous les mouvements sociaux sont une forme efficace d’opposition, et par tant elles ont toujours l’objectif de produire des changements radicaux, et ainsi ils défient le pouvoir en générant de nouvelles dynamiques politiques et en produisant des changements radicaux.

Une qualité nouvelle des mouvements qui émergent contre la mondialisation néo-libérale dans le Sud global est qu’ils ne se caractérisent plus par un appel à l’État, mais bien par l’affirmation de la nécessité vitale d’ouvrir des espaces à partir desquels il soit possible de récupérer l’horizon des rêves collectifs et repenser ses formes et contenus. La détermination collective à proposer et anticiper, à travers de la pratique concrète, des alternatives à la réalité capitaliste portée par ses mouvements contre l’hégémonie néo-libérale est notoire et nouvelle. C’est pourquoi, avec ma collègue Belge Séverine Deneulin [5], nous les avons nommés « mouvements espérance ».

L’idée d’espérance n’indique pas un désir d’amélioration, ou un simple optimisme. Nous en reprenons l’idée à Ernst Bloch, qui dans son merveilleux livre Le principe d’espérance de 1959, propose quelques idées intéressantes pour appréhender les processus de construction d’autonomie collective au présent.
En premier lieu, il affirme que le monde est non-conclus et ouvert. Si tel n’était pas le cas, il ne saurait être altéré.
En deuxième lieu, les êtres humains ont une conscience anticipatrice qui nous permet de rêver, rendre conscient et connaître ce-qui-n’est-pas-encore-advenu.
Troisièmement, futur ne signifie pas après dans une temporalité linéaire. Le futur est plutôt conçu comme présent dans sa forme non-résolue, et contient donc, en son sein un espace en blanc : « un élan, ou une sensation de rupture de ce qui n’est pas parvenu à advenir » que E. Bloch nomme « Novum ». Le futur est déjà contenu dans le présent. L’espérance repose dans la nécessité humaine de la faim que génère un manque matériel ou immatériel.

En ce sens, l’espérance nous permet la possibilité d’expérimenter une vie meilleure où ces besoins peuvent être satisfaits, même si nous ne savons pas comment et quand. L’espérance fait de la réalité un processus inachevé et ouvert. Et, finalement, c’est l’impulsion utopique ou le besoin de l’utopie comme anticipation d’un monde meilleur dans le présent ne peut s’objecter. Plus tard, j’ai appelé ce processus « l’art d’organiser l’espérance ». Ce terme a été pris très au sérieux par des mouvements artistiques. Par exemple, Victoria Deluxe, en Belgique ont créé un projet européen d’alternatives au capitalisme qui porte ce titre. La singularité de ces mobilisations demande un tournant épistémologique et conceptuel.

Nous avions proposé de les appeler « mouvements espérance » pour rendre compte de l’action collective diriger vers l’anticipation imparfaite des réalités alternatives qui surgissent de l’ouverture du présent. La notion d’espérance a un énorme potentiel pour capturer la dimension émancipatrice des mouvements sociaux sans les étiqueter comme anciens ou nouveaux. En les appelant « mouvements d’espérance », nous avons eu l’intention de faire la lumière sur ses dimensions invisibles et non-exprimées des actions de  ces mouvements, et de contribuer aux tentatives épistémologiques qui explorent les formes qui sont en train de réinventer l’émancipation.

*

Ana a écrit des livres, articles de revues et des recensions aussi bien pour universitaires que pour tout public, à propos du travail et de la subjectivité, des mouvements sociaux, indigènes et populaires, la rénovation de la théorie marxiste. Elle est connue internationalement par son travail sur le Marxismo Abierto et ses recherches sur le travail et la subjectivité du travail, la politique argentine et le Movimiento de Trabajadores Desocupados  Elle est membre du Comité Scientifique des revues Work, Employment & Society (Londres) Sociología del Trabajo (Madrid), Observatorio Latinoamericano(Buenos Aires). Ses principales publications incluent The Labour debate (2002), traduit en Turc (2006)  et en Castillan, ainsi que El Trabajo a debate(2009), La Ruta de los Piqueteros. Luchas y Legados (2010, avec M. Deledicque y D. Contartese), Movimientos Sociales y Autonomía Colectiva: política de la esperanza en América latina (éditrice  et auteure avec l’équipe de  recherche) ainsi que, The politics of autonomy in Latin América Latina: The art of organising hope (2015) Ciencias Sociales para una Política otra: Mujeres teorizando sin paracaídas (Palgrave Macmillan, 2016) Ana est chercheuse associée du Proyecto New Politics (2016-2020) dirigé par le Transnational Institute (Amsterdam), Coordinatrice du groupe de recherche El Trabajo en Transición, et Coordinatrice du grupo internacional de investigación activista Mujeres al borde.


[1] Agnoli y Mandel, “Marxismo abierto. Una conversación sobre dogmas, ortodoxia y la herejía de la realidad”, Barcelona, Crítica, 1982. Versión digital en: https://gcodasf.files.wordpress.com/2015/03/marxismo-abierto-ernest-mandel.pdf

[2] Bonefled, Gunn y Psychopedis (eds), “Open marxism volumen I: Dialectics and History”, London, Pluto Press, 1992. Versión digital en: http://libcom.org/files/Bonefeld,%20Gunn%20and%20Psychopedis%20-%20Open%20Marxism%20-%20Volume%201%20-%20Dialectics%20and%20History.pdf

[3] Dans le Ch. 3 du Livre I du Capital, Marx affirme que "En ce qui concerne son contenu matériel le mouvement M-M est un échange de marchandise contre marchandise, métabolisme du travail social, dont le résultat s'épuise dans le procès même". note Adé : « A mon avis, avec la formule M-M', Dinerstein réinterprète ce procès en posant un échange sans médiation d'argent qui fonde de nouvelles dynamiques d'espérance et d'émancipation en son sein par ceux-là même qui ont été exclus du procès de production. »

Cf. " Recuprerando la Dignidad"[/i] A mi juicio, con la fórmula M-M’, Dinerstein reinterpreta este proceso planteando un intercambio sin mediación del dinero que funda nuevos procesos de esperanza y emancipación en su interior por parte de aquellos que han sido excluidos del proceso productivo. Ver ‘Recuperando la Dignidad: El desempleo como espacio de subjetivación invisible y los Piqueteros’, Herramienta no 22, Buenos Aires, http://www.herramienta.com.ar/revista-herramienta-n-22/recobrando-la-materialidad-el-desempleo-como-espacio-de-subjetivacion-invis (La versión original fue publicada como Regaining Materiality: Unemployment and the Invisible Subjectivity of Labour’ en Dinerstein A. C. y Neary M. (2002) The Labour Debate. An Investigation of the Theory and Reality of Capitalist Work,  Routledge, London, pp 203-223.
(Nota de AMQ).

[4] Ver al respecto el reciente trabajo de Sara Motta, “Emancipation in Latin America: On the Pedagogical Turn”.

[5] Dinerstein, AC y Deneulin, D (2012) “Hope Movements: Naming Mobilization in a Post-development World”, Development &  cheers

Ana a écrit:
à "Patlotch" et "Adé" 24 novembre 2017

Merci beaucoup!
J'apprécie beaucoup cela!
Sincères amitiés
Ana



Dr Ana Cecilia Dinerstein
Research Ethics - MREs Sociology/Social Policy
Centre for Development Studies
University of Bath
Claverton Down, BATH, BS2 7AY
Tel. +44(0)1225 386958


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