PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 5.2. du LUMPENPROLETARIAT à la POPULATION en SURPLUS : quelle classe ? le SOUS-PROLÉTARIAT pour ou contre la révolution ?

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Patlotch



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MessageSujet: 5.2. du LUMPENPROLETARIAT à la POPULATION en SURPLUS : quelle classe ? le SOUS-PROLÉTARIAT pour ou contre la révolution ?   Jeu 14 Sep - 1:39


j'ouvre ce sujet pour examiner le lumpenproletariat, une "classe" très composite chez Marx, « armée de réserve du capital », en relation avec celle des expulsés du capital aujourd'hui (Saskia Sassen, voir Patlotch 2016 V.0.1. une classe des expulsés par le capital hors du prolétariat ?)

sommaire

Citation :
1. le lumpenproletariat de Marx et Engels
2. remarques sur le lumenproletariat de Marx et Engels
3. Bakounine, les anarchistes, et le lumpenproletariat
4. dans cet entre-temps-là, les marxistes
5. tiers-monde, paysannerie et lumpenprolétariat chez Fanon
6. l'ultragauche ouvrière historique et le lumpenproletariat
7. théorie de la communisation, environs, et lumpenprolétariat
8. lumpenprolétariat et population en surplus
avec Endnotes
9. un "lumpenprolétariat" de la mondialisation ? avec Sassen, Mbembe, Endnotes, Comin Situ...
10. prolétariat et sous-prolétariat, catégories sociales, identités de luttes, communautés de luttes, composition et constitution de classe, contradictions et dépassements

en 2016 j'écrivais :
Patlotch a écrit:
- prolétariat : chez Marx, celui qui est contraint pour vivre de vendre sa force de travail à un capitaliste. Pose le problème de sa définition à l'heure des "expulsés" (Saskia Sassen), "Nègres du monde" (Achille Mbembe), qui ne sont même plus exploitables, et donc constituent une catégorie de population différente du Lumpen-prolétariat selon Marx. Cela ouvre la question de sa définition si on veut le garder comme sujet révolutionnaire à ce stade du capitalisme remettant en cause la possibilité même de vivre sur terre : d'autres catégories de la population ont autant de raisons que la classe ouvrière de remettre en cause le Capital. C'est pourquoi j'ai renvoyé dos-à-dos, en 2006, les thèses de Temps Critiques (révolution à titre humain abandonnant la contradiction entre classes comme structurante) et les thèses de Théorie communiste (TC) de révolution strictement prolétarienne autour de la contradiction structurelle de l'exploitation. Introduisant la contradiction de genre en 2008, TC fut contraint pour rester cohérent de la construire autour de la contradiction entre classes, ce qui ne saurait entièrement régler le problème de la domination masculine

les « prolétaires en haillons » sont-ils indécrottablement des contre-révolutionnaires en puissance, des "sous-prolétaires" encore prolétaires, des "sans réserve" susceptibles d'entrer dans la composition d'un sujet révolutionnaire, que ce soit le sujet perdu du prolétariat/classe ouvrière des marxistes, ou la nouvelle classe de la révolution que j'ai théorisée dans mon livre du capitalisme à la communauté humaine, UNE CLASSE pour LA RÉVOLUTION, théorie communiste des luttes ouvrières, féministes, décoloniales et écologistes; ou bien sur une planète à part, comme questionnait Bruno Astarian les bidonvilles (Les bidonvilles forment-ils une planète à part?) ?

j'examinerai d'abord cette catégorie de lumpenprolétariat chez Marx, avant son devenir dans le discours et la vulgate marxistes, chez Bakounine et dans la tradition anarchiste révolutionnaire, puis s'il existe une filiation avec une catégorie comparable aujourd'hui, et enfin le rapport avec les catégories sociales rejetées de l'exploitabilité : expulsés de Saskia Sassen, Nègres du monde d'Achille Mmembe, Population en surplus selon Endnotes ou d'autres

lourd programme que je commencerai par l'accumulation primitive de textes concernent le lumpenproletariat chez Marx


1. le lumpenproletariat de Marx et Engels


Marx et Engels devant la marginalité : la découverte du lumpenproletariat
Raymond Huard Romantisme 1988 Volume 18 Numéro 59 pp. 5-17

première page de douze

Lumpenprolétariat : Marx au crible de Wresinski
Déluge allégorique et monstre théorique
Tobias Teuscher Revue Quart Monde, N°200 2006

Engels et le "lumpenproletariat"
Note préliminaire à la réédition en 1870 de La guerre des paysans, 1850


study

à suivre

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 5.2. du LUMPENPROLETARIAT à la POPULATION en SURPLUS : quelle classe ? le SOUS-PROLÉTARIAT pour ou contre la révolution ?   Jeu 14 Sep - 5:26


2. remarques sur le lumenproletariat de Marx et Engels

1) une appréciation subjective et idéologique d'époque

d'emblée, selon Raymond Huard, le lumpenproletariat, qui deviendra une couche sociale en marge du prolétariat et aux frontières de la délinquance, est le pendant de ce qu'est au peuple la populace. Il en est affecté d'une connotation doublement péjorative (haillons et délinquance, canaille), dont Marx et Engels hériteront et n'abandonneront pas quand ils en parlent, de 1844 à 1889 pour le second

de ce point de vue, ils en ont la vision de leur temps, celle d'« un lieu commun chez les auteurs qui traitent de l'histoire contemporaine et de la société du début du XIXe de distinguer dans le peuple deux catégories. « Ceux qui ont un emploi [...] vus avec une certaine sympathie, l'autre aux frontière de la délinquance et qu'on appelle en général la populace. Celle-ci suscite la crainte et fait l'objet de toutes les critiques, notamment à cause de son instabilité et de la violence de ses interventions occasionnelles. » (p. 5)

2) une sentence politique et un rapport au travail :


1847, Le Manifeste : « Quant au lumpenprolétariat, ce produit passif de la pourriture des couches inférieures de la vieille société, il peut se trouver, çà et là, entraîné dans le mouvement par une révolution prolétarienne ; cependant, ses conditions de vie le disposeront plutôt à se vendre à la réaction. [...] toutes les conditions de son existence font que [le Lumpenprolétariat] sera plus disposé à se laisser acheter pour des machinations réactionnaires. »

1852 Marx 18 Brumaire : « Sous le prétexte de fonder une société de bienfaisance, on avait organisé en sections secrètes la canaille [Lumpenprolétariat] de Paris ; (...) Des roués en déconfiture, dont les moyens d’existence n’étaient pas moins douteux que l’origine, des bourgeois déclassés, corrompus, véritables chevaliers d’industrie, des soldats et des prisonniers libérés, des galériens en rupture de ban, des charlatans, des faiseurs de tours, des lazzaroni, des voleurs à la tire, des prestidigitateurs, des joueurs, des maquereaux, des tenanciers de bordels, des portefaix, des littérateurs, des joueurs d’orgue, des chiffonniers, des rémouleurs, des rétameurs, des mendiants, en un mot toute la masse confuse, irrégulière, flottante que les Français appellent la bohème (...) tous ses membres, à l’exemple de Bonaparte, éprouvaient le besoin de vivre aux dépens de la nation qui travaille. »

1870 Engels : La canaille prolétarienne, ce déchet des éléments perdus de toutes les classes, qui établit son quartier général dans les grandes villes, est, de tous les alliés possibles, le pire. C'est une tourbe absolument vénale et absolument importune. Quand les ouvriers français, à chaque révolution, écrivaient sur les maisons : "Mort aux voleurs !" [allusion aux journées de 1830 et 1848] et, de fait, en fusillaient beaucoup, ce n'était pas enthousiasme pour la propriété, mais exacte constatation de ce qu'il faut avant tout se débarrasser de cette bande-là. Tout dirigeant de travailleurs qui emploie ces canailles comme garde du corps ou s'appuie sur elles se montre par cela seul traître au mouvement."

3) une position économique :

1867 Marx Le Capital Livre I tome 3 [Tobias Teuscher 2006] : « les Lumpenprolétaires étaient situés en dehors de tout système économique, soldats perdus de l’armée industrielle de réserve, saisonniers ou chômeurs tombés du cycle économique, « surpopulation flottante, latente et stagnante » perturbant le marché du travail, « sphères inférieures du paupérisme », « précipité le plus bas », et cette description là encore ne ménageait aucune issue : « Si l’on fait abstraction des vagabonds, des criminels, des prostituées, bref, du Lumpenprolétariat proprement dit, cette couche sociale se compose de trois catégories… D’abord les ouvriers et ouvrières que le développement social a, pour ainsi dire, démonétisés, en supprimant l’œuvre de détail dont la division du travail avait fait leur seule ressource ; puis ceux qui par malheur ont dépassé l’âge normal du salarié ; enfin les victimes directes de l’industrie – malades, estropiés, veuves etc., dont le nombre s’accroît avec celui des machines dangereuses, des mines, des manufactures chimiques etc. (...) Plus s’accroît enfin cette couche des Lazare de la classe salariée, plus s’accroît aussi le paupérisme officiel. » »

d'une appréciation subjective on passe à une considération politique (Le Manifeste, 18 brumaire), qui s'explique par la position économique (Le Capital)

pourtant s'agit-il bien d'une position de classe ? C'est une couche sociale très hétérogène dans sa composition, dont Marx fera dans Les Luttes de classes en France la dernière d'une série de sept : l'aristocratie financière, la bourgeoisie industrielle, la bourgeoisie commerçante, la petite bourgeoisie, la paysannerie, le prolétariat, le sous-prolétariat, et l'on a vu dans Le Manifeste que la sanction n'est pas absolue, le lumpenproletariat « peut se trouver, çà et là, entraîné dans le mouvement par une révolution prolétarienne ; cependant, ses conditions de vie le disposeront plutôt à se vendre à la réaction...»

quand, dans les faits, Marx et Engels vérifient leur appréciation, ce n'est qu'une partie de cette couche sociale qui se fait alliées de la répression bourgeoise. On ignore même en quelle proportion une autre rejoint les rangs ouvriers, mais là, évidemment, par l'appréciation subjective du lumenproletariat, quand ils le font ils n'en sont plus...

la boucle se boucle donc entre subjectivisme, économie et politique (lutte de classe), sur le credo prolétarien de la classe ouvrière d'usine, homogène et combattante. Comme l'écrit Tobias Teuscher :


Citation :
Marx ne songea qu’à la solidarité au sein d’une même classe des semblables, excluant de sa conception du prolétariat toute une population déshéritée et rejetée dans un Lumpenprolétariat à connotation résolument péjorative. Cette population semblait aussitôt dépourvue de tout potentiel révolutionnaire et de toute prise historique, ses conditions d’existence dégradées la prédisposant au contraire à se laisser circonvenir par la Réaction pour accomplir ses basses œuvres. Même l’observation historique ne pouvait troubler son schéma bipolaire de deux classes homogènes : Lorsque, dans le 18 Brumaire, Marx a du constater et admettre, du point de vue pragmatique, le rôle moteur joué par l’hétérogénéité des classes pour le succès du coup d’Etat de Louis Bonaparte, il persistera sur le plan théorique dans l’idée que seule une classe homogène pouvait jouer un rôle dans l’histoire, restaurant ensuite l’homogénéité de façade requise par sa construction sociologique en focalisant toute l’hétérogénéité sociale dans la figure du Lumpenprolétariat. Là où le travail et le capital étaient supposés unifier et le prolétariat et la bourgeoisie, et les façonner pour une mission historique, le Lumpenprolétariat restait hétéroclite par sa constitution, par son essence même, stationnant sur le bord de l’histoire sans rien lui apporter, sans y participer, jouet ou mercenaire ôté de volonté propre et entièrement délimité par le conflit de deux autres classes. Que Marx l’ait mesuré ou non, contrairement à son analyse historique qui reconnaît au Lumpenprolétariat une utilité, ce même Lumpenprolétariat en tant que conception sociologique était de prime abord un outil d’exclusion, transposant sur le plan même de la théorie sociologique l’isolement, le mépris social, l’enfermement des plus pauvres. Franz Fanon revient, cent ans plus tard [Les damnés de la terre, 1961], sur la responsabilité sociétale jusqu’alors niée : c’est précisément du Lumpenprolétariat qu’il fallait attendre la rébellion contre l’ordre établi en tant que représentant unique de la société générale, car, ayant à supporter les pires conditions de vie, qu’a-t-il à perdre ? Il est frappant de constater que Marx s’est trompé sur l’hétérogénéité originelle de la classe révolutionnaire et qu’il n’a jamais attribué au Lumpenprolétariat le rôle politique qu’il devrait jouer.

je ne rejoindrai pas l'idée « qu'il fallait attendre du lumpenprolétariat la rébellion », justement parce qu'il n'est pas une couche sociale homogène, et à vrai dire pas une classe du tout dans le bloc théorique qu'en ont constitué Marx et Engels contredisant leur inventaire à la Prévert chaque fois qu'ils le décrivent

en être ou pas

il y avait déjà chez Marx cette tendance à fabriquer des classes sur mesure de sa théorisation de la révolution, qu'on retrouve chez ses héritiers marxistes actuels, dont les théoriciens de la communisation avec le prolétariat classe promise à la révolution et la classe moyenne intrinsèquement contre-révolutionnaire. Quant à la classe des expulsés,ces non-prolétaires de Mbembe, ils n'en parlent pas comme d'un sujet théorique, ni politique... et loin de moi d'en faire le nouveau sujet révolutionnaire comme certains ont tenté, avec les chômeurs et précaires, de vrais prolétaires, eux

d'hier à aujourd'hui

on relève que les trois auteurs cités, en 1988, 2006 et 2014, mettent en parallèle des situations que nous rencontrons aujourd'hui et qui viennent à l'esprit de tout un chacun ayant fréquenté un squat ou une manifestation

mais il y a quelques mot tout de même, de Marx dans le Capital, sur lesquels il faudra revenir : « surpopulation flottante, latente et stagnante [...] sphères inférieures du paupérisme », ce qui nous ramènera à des textes théoriques plus récent, de Hic Salta ou d'Endnotes, sur la population excédentaire, la paupérisation et/ou la prolétarisation des couches moyennes

et revenir aussi sur « l’hétérogénéité originelle de la classe révolutionnaire » puisqu'en somme, c'est aussi une classe révolutionnaire hétérogène dont je théorise la constitution dans mon livre > 1.7. le problème actuel et futur de la composition et constitution d'un sujet révolutionnaire comme classe communiste de la révolution et 5) LA CLASSE DE LA RÉVOLUTION sujet révolutionnaire, composition et constitution

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 5.2. du LUMPENPROLETARIAT à la POPULATION en SURPLUS : quelle classe ? le SOUS-PROLÉTARIAT pour ou contre la révolution ?   Jeu 14 Sep - 10:09


3. Bakounine, les anarchistes, et le lumpen proletariat

Bakounine et le rôle révolutionnaire des déclassés

Jean-Christophe Angaut 22 juillet 2014

Citation :
J’aimerais, dans cette contribution, m’intéresser à l’un des aspects des écrits de Bakounine qui entre le plus en résonance avec l’actualité des mouvements révolutionnaires, à savoir le rôle révolutionnaire qu’il reconnaît à des groupes sociaux ou nationaux qui sont habituellement négligés par les socialistes de son temps, et qui plus généralement l’ont été dans l’histoire du marxisme. D’un point de vue social, je veux parler de la paysannerie, de la jeunesse, des bandits, de ceux que le marxisme a pris l’habitude de réunir sous l’appellation infamante de Lumpenproletariat (sous-prolétariat ou prolétariat en haillons) et de ceux que Bakounine lui-même qualifie de déclassés. D’un point de vue national, cela correspond aux pays dans lesquels de telles couches sociales sont fortement représentées et cela renvoie à des nations qui ne sont pas complètement intégrées à la domination capitaliste.

Classes et révolution dans le marxisme [...]

Bakounine de la question nationale à la question sociale : le statut des paysans ...]

Bandits, jeunes et déclassés : la révolution hors-classe

Plus profondément, autour des dernières pages d’Étatisme et anarchie, Marx et Bakounine divergent en deux endroits sur la question de la dictature de prolétariat : d’une part sur le rôle historique de la classe ouvrière, d’autre part, mais moins nettement qu’on pourrait le croire, sur la question de la dictature elle-même. Il y a une divergence profonde entre Marx et Bakounine s’agissant de l’appréciation du caractère révolutionnaire de telle ou telle couche sociale. En la matière, Marx s’en tient à insister sur le nécessaire accroissement du rôle joué par le prolétariat industriel, ce qui le conduit à nier à la paysannerie toute capacité d’initiative révolutionnaire, mais aussi à rejeter la partie inférieure du prolétariat, dénigrée comme Lumpenproletariat, ou prolétariat en haillons. Dans plusieurs textes, Bakounine s’en prend à cette exclusion, qu’il considère comme le signe d’un attachement de Marx à la civilisation bourgeoise. Quelle que soit la valeur de cette attaque, elle exprime une divergence réelle entre les deux auteurs. Comme il l’explique par exemple dans sa longue lettre à Netchaïev du 2 juin 1870, les militants révolutionnaires ne peuvent ignorer « le monde des vagabonds, des brigands et des voleurs, profondément enraciné dans notre vie populaire, et constituant un de ses principaux phénomènes. » Certes, admet Bakounine, « utiliser le monde des brigands comme instrument de la révolution populaire [...] est une tâche difficile », et il avoue que les hommes de sa génération « en sont incapables » en raison de leur éducation. Mais plus loin, il explique ce que signifie cette utilisation révolutionnaire des brigands :

« Aller vers les brigands ne signifie pas devenir soi-même un brigand et rien qu’un brigand ; cela ne signifie pas partager leurs passions, leurs misères, leurs mobiles souvent odieux, leurs sentiments et leurs actes ; cela signifie leur donner une âme nouvelle et éveiller en eux le besoin d’un but différent, d’un but populaire ; ces hommes farouches et durs jusqu’à la cruauté ont une nature vierge, intacte et pleine de vitalité, et par conséquent accessible à une propagande vivante, si tant est qu’une propagande bien entendu vivante et non doctrinale ose et puisse les approcher. » (V, 234)

Même si un tel projet a pour horizon la réalité sociale russe, on peut y voir la source de la revalorisation fréquente chez Bakounine de la « canaille populaire. » Dès 1868, il s’oppose ainsi à ces révolutionnaires « qui ont une si grande habitude de l’ordre créé par une autorité quelconque d’en haut et une si grande horreur de ce qui leur paraît les désordres et qui n’est autre chose que la franche et naturelle expression de la vie populaire, qu’avant même qu’un bon et salutaire désordre se soit produit par la révolution, [ils rêvent] déjà la fin et le musellement par l’action d’une autorité quelconque qui n’aura de révolutionnaire que le nom. » La révolution doit au contraire se définir comme « le déchaînement de ce qu’on appelle aujourd’hui les mauvaises passions » et comme « la destruction de ce qui dans la même langue s’appelle ”l’ordre public”. »5

L’intérêt que Bakounine porte à des éléments délictueux, qui seraient à même d’incarner la dimension négative de la révolution, s’inscrit dans un intérêt plus large pour des éléments qui ne sont pas révolutionnaires en raison de leur seule appartenance de classe. On peut d’ailleurs remarquer que, discrètement, Bakounine s’oppose aux tentations ouvriéristes d’une partie de l’Internationale, qui s’opposait à l’adhésion des « ouvriers de la pensée ». Bien que le rejet de ces éléments étrangers à la classe ouvrière ait été défendu par des délégués qu’il ne porte guère dans son cœur (notamment le proudhonien de droite Tollain), Bakounine reconnaît que cette défiance ouvrière découle de l’instinct socialiste des prolétaires, car il est vrai « qu’il est très difficile à un enfant de la bourgeoisie de vouloir sincèrement toutes les conditions et toutes les conséquences de la justice et de l’égalité. » (I, 212 [37]) Mais Bakounine ne s’oppose pas moins à l’injustice de ce qu’il considère comme un préjugé6, ce qui lui permet de mettre en avant le caractère révolutionnaire d’éléments qui n’appartiennent stricto sensu pas à la classe ouvrière : paysans, sous-prolétaires, jeunes et déclassés.

Ainsi, à propos de l’Italie, il remarque que les associations ouvrières commencent à échapper à l’influence mazzinienne, à se détourner des questions politiques et à « faire place aux idées socialistes dans leur sein. » Dès lors, pour que l’Internationale puisse s’établir fermement dans la péninsule, « il ne manque que des initiateurs, des semeurs, et c’est précisément ces derniers qu’il faut former. » Pour cette tâche, Bakounine compte sur les éléments de la jeunesse instruite qui se sont détournés de leur milieu d’origine :

« Il existe maintenant en Italie une grande masse de gens nés dans la classe bourgeoise, mais qui ayant dédaigné d’un côté le service de l’État, et n’ayant point trouvé de place ni dans l’industrie ni dans le commerce, se trouvent complètement déplacés et désorientés.

Ils ont été touchés par l’esprit du siècle, et fatigués de contempler la beauté mystique de Dante et la grandeur de la Rome antique, ils se sont faits en masse des libres penseurs, au grand désespoir de Mazzini. De la libre pensée au socialisme, il n’y a qu’un pas qu’il faut les aider à franchir. »
7 (I, 82)

C’est dans cette perspective que s’inscrivent les nombreux appels que Bakounine lance à la jeunesse d’Italie, mais aussi à « la jeunesse déclassée et lettrée de la Russie. »8 Cette valorisation du rôle politique de la jeunesse réfléchit peut-être l’itinéraire de Bakounine lui-même, jeune noble qui quitta l’armée, dédaigna la carrière de fonctionnaire et refusa de s’occuper du domaine familial, préférant la philosophie, puis la carrière de révolutionnaire. Les projets de Bakounine en direction de la jeunesse reposent sur ce constat qu’une part de plus en plus importante de cette dernière ne trouve pas sa place dans la société, et qu’elle est dès lors disposée à remettre en cause l’ordre social tout entier. Un fragment de La théologie politique de Mazzini définit le rôle de le jeunesse par rapport au prolétariat :

« Jeunes gens qui voulez vous sauver de la gangrène qui a gagné et qui dévore aujourd’hui le corps de la bourgeoisie tout entière, prenez le plus souvent possible des bains de vie populaire. Plongez-vous dans le peuple, vivez avec lui et pour lui. Ayez du cœur pour ses misères et pour ses douleurs ; considérez-le non plus comme un instrument nécessaire à la réalisation de vos idées politiques, mais comme le but suprême de tous vos efforts. Apprenez à l’aimer et à le respecter, et comprenez que si vous avez beaucoup de choses à lui enseigner, vous en avez encore plus à apprendre de lui. En retour des pensées que vous lui apporterez, il vous apportera toute la richesse de ses instincts. Vous lui donnerez les formules de la vie, il vous donnera la vie. De l’union de votre pensée avec son instinct naîtra la vie populaire. » (I, 220 [54-55] n.) (Idem I, 258)

Bakounine conçoit ici le rôle révolutionnaire de la jeunesse italienne sur le modèle d’un mouvement qui commence à se répandre dans la jeunesse russe, et au développement duquel il n’a pas peu contribué, un mouvement qui consiste à « aller au peuple. »9 Il ne s’agit pas d’inciter la jeunesse à devenir elle-même ouvrière ou paysanne - comme une partie de la jeunesse protestataire en France au lendemain de mai 1968. Il s’agit au contraire que se produise une rencontre entre la vie et la théorie, entre les instincts populaires, qui seuls portent la vitalité sociale, et leur formulation. Pour Bakounine, cette rencontre ne bénéficie à aucun des deux termes plus qu’à l’autre, puisqu’elle permet à la fois au peuple de rendre ses aspirations audibles et à la jeunesse de participer au « mouvement si vivant, si puissant aujourd’hui, de la réelle émancipation populaire. » (I, 258 [123]) Il est vrai que les appels de Bakounine en direction de la jeunesse russe contiennent la recommandation suivante : « Quittez ces universités, ces académies et ces écoles dont on vous chasse maintenant, et dans lesquelles on n’a jamais cherché qu’à vous séparer du peuple. Allez dans le peuple, là doit être votre carrière, votre vie, votre science. » Mais cette recommandation ne signifie pas que les étudiants doivent se muer eux-mêmes en travailleurs manuels, car ce qu’il s’agit d’apprendre « au milieu de ces masses aux mains durcies par le travail », c’est la manière dont il est possible de « servir la cause du peuple. » Et sur ce point, Bakounine affirme déjà en 1869 à propos de la Russie, le rôle qu’il conçoit également deux ans plus tard pour la jeunesse italienne :

« Rappelez-vous bien, frères, que la jeunesse lettrée ne doit être ni le maître, ni le protecteur, ni le bienfaiteur, ni le dictateur du peuple, mais seulement l’accoucheur de son émancipation spontanée, l’unisseur [sic] et l’organisateur des efforts et de toutes les forces populaires.

Ne vous souciez pas en ce moment de la science au nom de laquelle on voudrait vous lier, vous châtier. Cette science officielle doit périr avec le monde qu’elle exprime et qu’elle sert ; et à sa place, une science nouvelle, rationnelle et vivante, surgira, après la victoire du peuple, des profondeurs mêmes de la vie populaire déchaînée. »
10

À travers ses appels à la jeunesse, ce que cherche à concevoir Bakounine, c’est une forme d’alliance inédite entre les deux pôles dont il ne cesse d’observer une tension depuis le début des années 1840 : la jeunesse instruite est en effet la représentante de la théorie, même si ses tendances populistes ou nihilistes entraînent son exclusion des universités, alors que le peuple est l’incarnation de la pratique, du développement spontané de la vie sociale indépendamment de toute théorie. La seule alliance qui soit alors possible entre théorie et pratique consiste en ce que la jeunesse instruite exprime les aspirations du prolétariat, contribue à l’élaboration de cette science sociale vivante qui serait le fidèle reflet de l’évolution économique et sociale spontanée. Cette manière de se mettre au service du peuple ou du prolétariat ne place pas la jeunesse instruite à la remorque de ce dernier, s’il est vrai que les aspirations qu’elle formule ne sont pas les désirs mortifères qui peuvent parfois s’emparer du peuple.

L’insistance de Bakounine sur les tendances révolutionnaires de la jeunesse instruite, du sous-prolétariat et de la paysannerie constitue une remise en cause importante du schéma marxiste qui affirme une structuration de la société en classes et qui fait de la lutte entre ces dernières le moteur du devenir historique. Elle est particulièrement intéressante pour nous aujourd’hui. Il est indéniable que le fait qu’une partie importante de la population possède à la fois un niveau élevé d’instruction et ne parvienne pas à trouver sa place dans une société constitue un facteur très puissant de révolution. De fait, en Égypte et en Tunisie, ce sont notamment de jeunes instruits issus de classes moyennes en crise qui ont provoqué l’écroulement de régimes arbitraires et corrompus. Cela fait confluer les analyses de Bakounine avec celles qui avaient été proposées dans les années 1960 par Marcuse ou par les situationnistes, autour de la question de savoir si une révolution était encore possible dès lors que le capitalisme tardif semblait constituer une machine à intégrer et que le prolétariat industriel, notamment au travers de ses organisations politiques et syndicales, semblait avoir renoncé à renverser la domination capitaliste. Il y a bien chez Bakounine la dénonciation d’une tendance à l’embourgeoisement de certaines composantes du monde ouvrier, tendance qu’il faut moins comprendre en termes sociaux qu’en termes politiques : l’embourgeoisement signifie ici l’acceptation des règles du jeu de la démocratie bourgeoise. Comparativement, l’existence de groupes sociaux, de plus en plus larges, qui ne sont pas intégrés au jeu de la négociation, des élections, de la recherche de travail, constitue donc un facteur de révolutions. Mais il ne faut jamais oublier que la constitution de ces groupes est aussi liée au fait que l’État, dans tous les pays, prend de plus en plus une allure prédatrice : si la révolution peut être une fête, ce n’est jamais contre des choses bien réjouissantes que les révolutions surgissent.

5. Programme et objet de l’organisation révolutionnaire des Frères internationaux (automne 1868), p. 4.

6. L’autre préjugé que combat Bakounine, c’est celui qui concerne la richesse : « Ne calomnions donc pas la richesse, elle est une condition de notre humanité, et sans elle nous ne saurions accomplir le moindre progrès. Ce qui démoralise, c’est l’accaparement des richesses entre des mains privilégiées et nécessairement oisives ; ce sont les jouissances matérielles et même intellectuelles et morales, non accompagnées de travail ou surpassant la quantité, l’intensité ou la peine du travail. » (I, 263 [133]) L’Adresse de février 1872 revient dans les mêmes termes sur la participation d’éléments issus de la bourgeoisie à l’Internationale (III, 74-75 [124-128] n.)

7. Voir aussi la lettre à Francesco Mora du 5 avril 1872 : « il y a en Italie ce qui manque aux autre pays : une jeunesse ardente, énergique, tout à fait déplacée, sans carrière, sans issue, et qui malgré son origine bourgeoise n’est point moralement et intellectuellement épuisée comme la jeunesse bourgeoise des autres pays. » (Bakounine souligne)

8. Quelques paroles à mes jeunes frères en Russie (septembre 1869), in Le socialisme libertaire, édition citée, p. 205

9. Ibid., p. 210 : « L’union de cette jeunesse avec le peuple, voilà le gage du triomphe populaire. » (Bakounine souligne)

10. Ibid., p. 210-211 (souligné par l’auteur).

cette théorie est abandonnée par le mouvement anarchiste quand il entre dans le militantisme syndical en 1895 (Dictionnaire de l'anarchie, Michel Ragon 2008), mais elle resurgit de temps à autre et encore aujourd'hui. Quelques exemples :

1967-1969 Italie Autonomisation de la catégorie de Lumpenproletariat et pratique de la violence
Les enjeux de la transition de Lotta continua aux Nuclei armati proletari
Fabrizio Carlino, Cahiers du GRM [Groupe de recherches matérialistes], 5 août 2010
Doctorant auprès de l’Università del Salento/Paris IV Sorbonne. Il s’intéresse à l’histoire du marxisme du XX siècle et, actuellement, à la réception marxiste de Hegel en France pendant les années 1930.

je ne donne que le sommaire et la conclusion
Citation :
- Expansion et négation de la violence endogène
- La violence en tant que théorie
- Lotta continua et ses ambigüités
- La prison en tant qu’occasion
- L’extra-légal contre la moralité ouvrière
- Le « prolétariat en haillons » et les textes
- La rupture : entre élections et clandestinité, l’accomplissement d’une tendance

72 En 1974 l’économiste Paolo Sylos Labini publie un « essai sur les classes sociales »161, où il propose une nouvelle division conceptuelle binaire : il divise la société en deux groupes, par-delà la division classique en bourgeoisie et prolétariat. Ce texte est à l’origine de la division entre Garantis et Non-Garantis, faisant glisser la question des classes vers une distinction en termes de salaires et de droits. Mais surtout, cette dichotomie assignait la classe ouvrière au groupe des garantis, en confirmant son statut présumé d’aristocratie ouvrière. D’autre part, les Non-Garantis apparaissaient comme une masse hétérogène dépourvue de toute connotation en termes de classe. Au moment où les rédacteurs de Controinformazione reprirent cette distinction entre garantis et non-garantis162, cherchant à l’articuler, voire à la substituer, à l’antagonisme entre les classes, en 1976, la tendance exprimée par les détenus s’affirmera dans toutes ses implications. Finalement, il est intéressant de remarquer que la même revue a critiqué violemment la distinction qu’Alberto Asor Rosa, ancien opéraïste devenu idéologue du PCI, faisait à la même époque entre les « deux sociétés »163, une société étant dominée par une classe ouvrière porteuse de valeurs progressives et rationnelles, et l’autre étant composée d’une foule de marginaux et de déracinés. Bien qu’ils aient critiqué cette position, les nappistes ont reproduit le même schéma en le renversant : ils ont opposé eux aussi la masse des extra-légaux non-garantis en tant que véritable sujet révolutionnaire au prolétariat industriel, vu comme aristocratie ouvrière. La voie était donc ouverte à ce qu’on pourrait appeler une autonomie des non-garantis.

162 Cf. Controinformazione, Quaderno 1, op. cit., p. 12, 36-46.
163 Cf. Ibid., p. 6-7.

2009-2015 Le lumpen prolétariat moderne, Pierre 20 Socialiste de gauche août 2009, repris par Les enragés/Le capitalisme nous affame, bouffons-le ! 21 janvier 2015
Citation :
Pour qu’il n’y pas de confusion avec un quelconque archaïsme, nous disons « moderne ». Comme on est toujours l’archaïque de quelqu'un , nous prenons les devants afin de ne pas en être taxé à priori. D’ailleurs cela pourrait se résumer au titre, puisque certains utilisent « moderne » pour éviter un développement ou une quelconque explication. C’est juste puisque c’est « moderne ». L’esclavage le fut en son temps, « moderne » et considéré par une majorité comme juste.

Le lumpen prolétariat, interprété  à tort comme étant le sous prolétariat. Il s’agit en fait du « prolétariat en haillons », qui selon l’auteur, Karl Marx, parcourait les chemins et se louait, n’hésitant pas à casser une grève . C’est une main d’œuvre de remplacement utilisée par le patronat, sans conscience civique , sociale et politique. Il sert de « garde chiourme », d’indicateur de police ou patronal, de « mouchard » et plus particulièrement lors de mouvements sociaux. Le lumpen prolétariat n’a pas d’attaches et peut vivre de rapines, de la prostitution des femmes, d’expédiants et d’une économie souterraine  et quand sa position ou les conditions dans lesquelles il évolue le permettent, de sa domination sur des malheureux. Il exploite les autres, à l’image de la société dans laquelle il vit. Une vraie cours des miracles. Homme de peu de scrupules, utilisable pour de basses besognes, par le patronat, la police, la mafia, toujours disponible au service des pouvoirs en place, contre le milieu dont il est issu, le prolétariat. Détrousseur de pauvres et briseur de grèves. Le lumpen prolétariat vote à droite, pour ses maîtres ou pour le plus offrant.

Pour Marx, le Lumpen prolétariat est l’allié objectif de la bourgeoisie. C’est un de ses instruments. Qu’est ce qui a changé ? Entre temps il est allé à l’école. Il a appris , pas plus que le reste du prolétariat mais il a d’autres stratagèmes et l’intelligence de la survie dans la jungle sociale et au dépend des autres. Le patronat en fabrique du lumpen prolétariat, par le conditionnement en donnant à ce dernier le sentiment de force, d’indépendance, du « moi je » supérieur qui n’a nullement besoin des autres et de l’action collective. L’image du héros de la propagande américaine, celui qui se fait seul face à la couardise collective et qui rafle la belle, la grosse cylindrée et la fortune au mépris des lois et des risques. C’est toujours la même fable du héros solitaire et taciturne .

En fait c’est un être faible, sans conscience civique et sociale. Toutes les dictatures ont utilisé ce milieu. Pour mieux se débarrasser de prisonniers politiques, on les enfermaient avec des prisonniers de droit commun, qui se chargeaient de la basse besogne.

Rien n’a changé, sauf que le Lumpen prolétariat peu porter le costume neuf ou des « godasses » à prix forts et selon la mode du moment, l’économie parallèle est aujourd’hui souterraine et il ne cours pas forcément les chemins à pied, modernité oblige. Il ne porte pas de signe distinctif et peut même travailler derrière un bureau. Il n’est même pas un traître à sa classe puisqu’il n’a aucune conscience d’appartenance à une classe, surtout à celle dont il est issu mais il s’identifie à la classe dominante au travers de ceux qui dirigent. C’est vrai à l’usine, au bureau, dans les quartiers ; et bien sur, il vote toujours à droite mais prétend ne pas faire de politique. Il défend la France , lui, et l’ordre établi et contre la chienlit, il milite à droite. Ce n’est pas un corps, ni une classe à part. Il est disparate et s’opposent les uns aux autres dans le désordre de l’ordre en place. Il peut brûler des voitures qui ne valent pas un sou mais qui sont la seule  fortune du voisin, ou vociférer contre en réclamant la peine de mort. Il peut imposer son ordre sur tout le quartier et un code de conduite aux filles et exiger plus d’ordre en face : »que fait la police » « et la justice ». Sévir et châtier, les fonctionnaires fainéants, privilégiés et nantis, les salauds de grévistes… etc. Il est une catégorie de citoyens  opposés à la notion de citoyenneté pour les autres. Le lumpen prolétariat est pluriel ayant en commun, la non reconnaissance des droits des autres. Il y a également celui des villes et celui des champs et si les pistoleros des latinfundios ont disparu, leur mission est toujours la même. Raciste, xénophobe et d’autres particularités qu’il partage avec la petite bourgeoisie, pour le plus grand bien du système en place. Cerise sur le gâteau, comme sous l’ancien régime, les gens de qualité savent tout sans rien apprendre. C’est bien connu le lumpen prolétariat n’a pas besoin d’apprendre, il sait tout par nature. Une catégorie en expansion et la bourgeoisie le sait, elle y travaille.

4. dans cet entre-temps-là, les marxistes

1906 Rosa Luxemburg : Grève de masse, parti et syndicat
après avoir cité Engels critiquant Bakounine en 1873 :
Citation :
La révolution russe, cette même révolution qui constitue la première expérience historique de la grève générale, non seulement ne réhabilite pas l'anarchisme, mais encore aboutit à une liquidation historique de l'anarchisme. On pourrait penser que le règne exclusif du parlementarisme sur une aussi longue période expliquait peut-être l'existence végétative à laquelle l'essor puissant de la social-démocratie allemande condamnait cette tendance. On pouvait certes supposer que le mouvement orienté tout entier vers « l'offensive » et « l'action directe » que la « tendance révolutionnaire » au sens le plus brutal de levée de fourches était simplement mis en sommeil par le train-train de la routine parlementaire, prêt à se réveiller dès le retour d'une période de lutte ouverte, dans une révolution de rue, et à déployer alors sa force interne.

La Russie surtout semblait particulièrement faite pour servir de champ d'expériences aux exploits de l'anarchisme. Un pays où le prolétariat n'avait absolument aucun droit politique et ne possédait qu'une organisation extrêmement faible, un mélange sans cohérence de populations aux intérêts très divers se traversant et s'entrecroisant; le faible niveau de culture où végétait la grande masse de la population, la brutalité la plus extrême employée par le régime régnant, tout cela devait concourir à donner à l'anarchisme une puissance soudaine même si elle devait être éphémère. En fin de compte, la Russie n'était-elle pas historiquement le berceau de l'anarchisme ? Pourtant la patrie de Bakounine devait devenir le tombeau de sa doctrine. Non seulement en Russie ce ne sont pas les anarchistes qui se sont trouvés ou se trouvent à la tête du mouvement de grèves de masse, non seulement la direction politique de l'action révolutionnaire ainsi que la grève de masse sont entièrement aux mains des organisations social-démocrates, dénoncées avec acharnement par les anarchistes comme « un parti bourgeois » - ou aux mains d'organisations plus ou moins influencées par la social-démocratie ou proches d'elle comme le parti terroriste des « Socialistes Révolutionnaires [3] », mais l'anarchisme est absolument inexistant dans la révolution russe comme tendance politique sérieuse. On note seulement à Bialystok, petite ville de Lituanie où la situation est particulièrement difficile, où les ouvriers ont les origines nationales les plus diverses, où la petite industrie est très éparpillée, où le niveau du prolétariat est très bas, parmi les six ou sept groupements révolutionnaires différents une poignée d’« anarchistes » ou soi-disant tels qui entretiennent de toutes leurs forces la confusion et le désarroi de la classe ouvrière. On peut aussi observer à Moscou et peut-être dans deux ou trois villes une poignée de gens de cette espèce. Mais à part ces quelques groupes « révolutionnaires », quel est le rôle propre joué par l'anarchisme dans la révolution russe ? Il est devenu l'enseigne de voleurs et de pillards vulgaires; c’est sous la raison sociale de « l'anarcho-communisme » qu'ont été commis une grande partie de ces innombrables vols et brigandages chez des particuliers qui, dans chaque période de dépression, de reflux momentané de la révolution, font rage. L'anarchisme dans la révolution russe n'est pas la théorie du prolétariat militant mais l'enseigne idéologique du Lumpenproletariat contre-révolutionnaire grondant comme une bande de requins dans le sillage du navire de guerre de la révolution. Et c'est ainsi sans doute que finit la carrière historique de l'anarchisme.

[3] Le parti social-révolutionnaire, créé en 1900 par Tchernov. Héritier du socialisme traditionnel russe, il préconisait la collectivisation du sol dans le cadre du moi. Il employait volontiers des méthodes terroristes (assassinat de trois ministres de l'Intérieur et du grand-duc Serge en 1905).

le rapport de Lénine à Bakounine et à l'anarchisme est plus complexe, du moins avant la Révolution d'octobre. Je n'entre pas dans cet épisode sans suite du bolchévisme. On lira :

1906, Lénine : La guerre des partisans
Citation :
Le phénomène qui nous intéresse, c'est la lutte armée. Elle est menée par des individus et par de petits groupes d'individus. Partiellement, ils adhèrent à des organisations révolutionnaires ; partiellement (et, dans certaines localités de
la Russie en majeure partie) ils n'appartiennent à aucune organisation révolutionnaire. 
La lutte armée poursuit deux buts différents, qu'il est indispensable de distinguer rigoureusement ; d'abord, cette lutte a pour objet de tuer des individus, chefs et subalternes de la police militaire ; ensuite, de confisquer des fonds appartenant tant au gouvernement qu'à des particuliers.[...]
III. Habituellement l'appréciation de cette forme de lutte se résume à ceci : c'est de l'anarchisme, du blanquisme, un retour à
l'ancien terrorisme ; ce sont des actes d'individus ayant perdu tout contact avec les masses, qui démoralisent les ouvriers,
détournent de ceux-­ci les sympathies des larges couches de la population, désorganisent le mouvement et nuisent à la
révolution. 
On trouve facilement, dans les événements que relatent chaque jour les journaux, dos exemples qui confirment cette appréciation.
Mais ces exemples sont­-ils probants ? 

1917 Lénine, Thèses d'avril : Bakounine et Lénine La presse anarchiste, Laslo Sekelj 1980
Citation :
Paul Avrich, l’historien de l’anarchisme russe, compare Bakounine et Lenine dans l’article « L’héritage de Bakounine ». Pour Avrich, « Bakounine a prévu la vraie nature de la révolution moderne plus clairement que tous ses contemporains, sans excepter Marx. [6] » Bakounine ― selon Avrich ― et non Marx a vu le cours de la révolution russe et ses porte-paroles : les paysans, les intellectuels déclassés et le lumpenprolétariat. De même Bakounine a également annoncé son développement : l’établissement d’une dictature et le pouvoir d’une « nouvelle classe ». Sur cette base, Avrich cherche ces éléments chez Lenine. Et il trouve aussitôt l’anti-libéralisme et l’anti-parlementarisme, en se fondant sur les « Thèses d’Avril ». Avrich trouve également d’autres éléments anarchistes dans d’autres parties de cet écrit, qu’il groupe de la façon suivante : le problème de la réalisation immédiate du socialisme, en évitant la phase capitaliste (et cela en se basant de nouveau sur les « Thèses »). Tout ceci montre, pour Avrich, l’adoption de tradition anarcho-populiste russe par Lenine : « alors que le côté marxiste demande à Lénine d’être patient, pour laisser la Russie évoluer selon les lois du matérialisme historique, le côté bakouninien lui suggère que la révolution doit être faite tout de suite, en fondant la révolution prolétarienne avec celles de la paysannerie assoiffée de terre et de l’élite militante des intellectuels déclassés ; éléments sociaux que Marx, comme nous l’avons vu, méprisait. » [7]

Faisant allusion à la période suivant la conquête du pouvoir, Avrich affirme que Bakounine a prévu les conséquences autoritaires de la révolution russe. Cela correspond, avant tout, à l’apparition d’une « nouvelle classe » d’intellectuels qui prendront de force la position prise par les forces sociales, à la place des propriétaires terriens et de la bourgeoisie dépossédés. À la différence de Kunzli et de la majorité des interprétations de Bakounine, Avrich développe la réalisation de la prophétie selon la théorie anarchiste de la révolution de Bakounine. Ce dernier a affirmé ― ce qui s’est avéré exact ― que les méthodes révolutionnaires doivent déterminer de façon décisive la nature de la société post-révolutionnaire. [8]

Avrich, faisant référence à la collaboration (jamais démontrée, note de L. Sekelj) de Bakounine et de Netchaev [9] au « Catéchisme révolutionnaire ». déclare que c’est justement ce qui est arrivé dans la société post-révolutionnaire, à cause de l’emploi de moyens conformes au « Catéchisme révolutionnaire ». Avrich va encore plus loin, en reliant de prétendus jugements amoralistes de la téléologie révolutionnaire de Bakounine avec la théorie de l’organisation révolutionnaire : « Bakounine fut amené à créer sa propre société secrète de conspirateurs, dont les membres seraient “sujets” à une hiérarchie stricte et à une obéissance inconditionnelle ». Cette organisation clandestine, de plus, demeurera intacte même après la réalisation de la révolution afin d’éviter l’établissement de toute « dictature officielle. »

En falsifiant la théorie bakouninienne de la révolution et en la réduisant à une contradiction latente (le blanquisme) contre laquelle Bakounine a lutté toute sa vie Avrich en arrive à la thèse centrale de son article : « par sa croyance en une organisation clandestine de révolutionnaires et en une dictature révolutionnaire “provisoire”, Bakounine était un ancêtre direct de Lénine. » [11] Ainsi Avrich arrive exactement à la même conclusion que Goldenberg et Blos, avec une différence : ce qui chez les deux sociaux-démocrates était un argument au plan des luttes politiques devient chez notre historien un argument « scientifique ».

[6] [7] Paul Avrich « The legacy of Bakunin » dans « Bakunin on anarchy » édité par S. Dolgoff, « Pour Marx, la révolution socialiste avait besoin de la formation d’un prolétariat bien organisé et ayant une conscience de classe, événement attendu dans des pays hautement industrialisés comme l’Allemagne ou l’Angleterre »
[8] Arnold Kunzli « Problemi moći u anarhisticoj kritici marksizma » Praxis no1-2, 1970, p. 122.
[9] Cette accusation absurde a été abandonnée même par l’historiographie soviétique actuelle, voir Natalia Pirumova « Bakunin », éd. russe ou yougoslave (Rijeka, 1975, p. 223).

1930-33 Trotsky, Comment vaincre le fascisme ?, sur la prise du pouvoir par Mussolini :
Citation :
Grâce à la propagande fasciste, le capitalisme a mis en mouvement les masses de la petite bourgeoisie affolée et les bandes d’un lumpenprolétariat déclassé et démoralisé - tous ces êtres humains, innombrables, que le capitalisme financier avait lui-même portés au désespoir et la frénésie.

mon propos n'est pas de prétendre que ces analyses marxistes seraient fausses, et justes celles des anarchistes héritant de Bakounine, mais de questionner la pertinence de la notion de lumpenproletariat prise en bloc

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MessageSujet: Re: 5.2. du LUMPENPROLETARIAT à la POPULATION en SURPLUS : quelle classe ? le SOUS-PROLÉTARIAT pour ou contre la révolution ?   Jeu 14 Sep - 10:44


5. tiers-monde, paysannerie et lumpenprolétariat chez Fanon

évoquée en 2006 par Tobias Teuscher dans Lumpenprolétariat : Marx au crible de Wresinski, la position de Fanon, sans être anarchiste, s'oppose à celle de Marx et des marxistes

Frantz Fanon et le lumpenprolétariat

Peter Worsley ActuelMarx 2014/1 n° 55 pp. 73-98
article payant...

Peter Worsley (1924-2013) était un sociologue et anthropologue marxiste, spécialiste des théories du développement. Il est l’introducteur du terme de tiers-monde en langue anglaise. Membre fondateur de la New Left Review, il est l’auteur notamment de : The Third World (Georges Weidenfeld & Nicholson, 1964) ; Marx and Marxism (Tavidstock Publications, 1982) ; The Three worlds : Culture and World Development (University of Chicago Press, 1984).

Citation :
- L’identité de l’homme noir
- Le marxisme de fanon
- L’agression organisée
- La violence : une réaffirmation positive de la subjectivité du colonisé
- Paysannerie et lumpenprolétariat
- Tiers-monde et sous-prolétariat

- L’internationalisme de Fanon

pour Jean-Jacques Cadet, Frantz Fanon marxiste ? Le Grand Soir 27 mai 2014 :
Citation :
Peter Worsley attaque la question du marxisme de Frantz Fanon. Selon lui, il revisite la pensée de Karl Marx en fonction de la réalité du Tiers Monde au XXème siècle. Frantz Fanon érige le lumpenproletariat, relégué au second plan par Karl Marx, en potentiel sujet révolutionnaire. Le prolétariat n’a plus, avec lui, le primat de la révolution. Peter écrit à ce propos : « Frantz Fanon considérait la théorie attribuant au prolétariat le rôle dirigeant dans le processus révolutionnaire comme un résidu du colonialisme ; une idée politique importée de l’Europe urbanisée et industrialisée, où le prolétariat n’avait d’ailleurs produit aucune révolution.»

La paysannerie occupe aussi une grande place dans la pensée politique de Frantz Fanon. Selon Peter Worsley, la paysannerie et le lumpenprolétariat sont les principales classes qui apportent leur soutien à la révolution. Il y a même chez Frantz Fanon, affirme-t-il, une alliance entre ces deux classes. On est en présence de ce que Hourya Bentouhami appelle un ¨marxisme décentré¨ dont Gramsci fut le père.

Le plus grand mérite de la pensée de Fanon est d’avoir réussi à imbriquer les rapports sociaux de classe, de sexe et de race. Son attention particulière pour la domination de race est à comprendre comme étant un effort à l’élever au même niveau théorique que celui de la domination de classe. Dans une telle dynamique, Frantz Fanon complète la démarche marxienne qui s’intéresse plus aux rapports de classe. Notre monde contemporain est marqué par un entrelacement de ces trois rapports sociaux et nous devons les prendre en compte sans considération supérieure pour l’un au détriment des deux autres. Un véritable projet de transformation sociale doit affronter ce défit relatif aux différentes formes de domination crées dans le capitalisme mondialisé. Il faut dire que Frantz Fanon n’était pas loin d’une telle lignée politique.

Ce dossier de la revue Actuel Marx ouvre une brèche qui mérite d’être creusée, le rapport ambigu de Frantz Fanon au marxisme. Fanon a regardé le Tiers Monde avec des lunettes marxistes mais avec l’ajout du colonialisme et des subalternes. Ce dont on est sûr, il n’a jamais rejeté le marxisme. Il en a plutôt fait un autre usage, peut-être non marxiste. A quel niveau peut-on utiliser le marxisme pour comprendre et transformer la domination colonialiste ?

dans Les Damnés de la terre (1961), Fanon écrit :

Citation :
Le lumpenprolétariat. Cette cohorte d’affamés détribalisés, déclanisés constitue l’une des forces le plus spontanément et le plus radicalement révolutionnaire d’un peuple colonisé. /…/ Le colonialisme va trouver également dans le lumpenprolétariat une masse de manœuvre considérable. Aussi tout mouvement de libération nationale doit apporter le maximum d’attention à ce lumpenprolétariat. Celui-ci répond toujours à l’appel de l’insurrection, mais si l’insurrection croit pouvoir se développer en l’ignorant, le lumpenprolétariat, cette masse d’affamés et de déclassés, se jettera dans la lutte armée, participera au conflit, aux côtés cette fois de l’oppresseur.

ainsi Fanon, à l'opposé de Marx, rejette sur « l'appel à insurrection » (par qui ?) la responsabilité de « rejeter le lumpenprolétariat dans les bras de l'oppresseur »

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MessageSujet: Re: 5.2. du LUMPENPROLETARIAT à la POPULATION en SURPLUS : quelle classe ? le SOUS-PROLÉTARIAT pour ou contre la révolution ?   Jeu 14 Sep - 12:20


6. l'ultragauche ouvrière historique et le lumpenproletariat

je n'ai pas étudié la réalité de la question, mais logiquement, par son principe d'organiser les prolétaires dans l'usine et de viser l'autogestion/autonomie, le courant des Conseils ouvriers ne devrait pas avoir du lumpenprolétariat une image plus favorable que Marx, Engels et le courant marxiste bolchévique

dans le texte ci-dessous, ce n'est pas sous cet angle du travail que Pannekoek aborde le lumpenproletariat, mais relativement à l'action de la masse dans les luttes et plus particulièrement les insurrections, avec « l'aspect économique où s'enracinent les différences de forme et de but des mouvements de masse », en distinguant la catégorie de lumpenproletariat, mais sans que ce passage nous dise précisément si, dans sa critique de Kautsky, il le jette lui-même en bloc « indistinctement dans le même sac sous le label « action de masse » »


1912 Anton Pannekoek Action de masse et révolution Neue Zeit, 30e année, 2e vol
Citation :
Personne, parmi les disciples de Marx, n'a mis en relief avec autant de force que Kautsky dans ses écrits sur l'Histoire l'importance de la théorie marxiste pour celui qui étudie l'histoire ; et s'il traite de façon si lumineusement claire tous les sujets qu'il aborde, c'est essentiellement parce qu'en chaque chose il va droit aux classes, à leur situation, à leurs intérêts, à leurs visions des choses et explique leurs actions à partir de ces données. Mais, dans le cas présent, il a oublié son équipement marxiste à la maison, et c'est pour cela qu'il ne parvient à rien. Nulle part dans son exposé historique il n'est question du caractère de classe spécifique des masses ; quand il fait référence à Le Bon et Kropotkine et polémique contre eux, il ne met l'accent que sur la dimension psychologique des choses qui n'est qu'accessoire, mais il ne prend pas en considération l'essentiel, l'aspect économique où s'enracinent les différences de forme et de but des mouvements de masse. L'action du lumpenprolétariat qui ne sait que piller et détruire sans poursuivre des buts qui lui soient propres, l'action des petits-bourgeois qui sont montés sur les barricades à Paris, l'action des salariés d'aujourd'hui qui arrachent par une grève de masse des réformes politiques, l'action des paysans dans des pays économiquement arriérés - comme en 1808 en Espagne ou au Tyrol - contre la volonté de greffer artificiellement des lois modernes, toutes ces actions sont différentes les unes des autres et ne peuvent être comprises quant à la spécificité de leurs méthodes et des effets qu'elles engendrent que si l'on examine la situation de classe et les sentiments de classe qui étaient à l'origine de ces mouvements. Mais si on les jette tous indistinctement dans le même sac sous le label « action de masse », il n'en sortira qu'un méli-mélo qui nous apportera tout sauf la clarté. Présenter la guerre de guérilla espagnole comme une action de masse réactionnaire qui chassa les Français (qui se consacraient à une œuvre utile) pour remettre en selle une « racaille réactionnaire » composée de « curés, de propriétaires terriens et de courtisans », cela peut apparaître sympathique en ces temps de lutte contre le bloc de Junkers et des cléricaux, mais cela n'est pas conforme pour autant à la méthode historique qui est habituellement celle du camarade Kautsky. Quand il évoque la bataille de Juin comme l'exemple à méditer d'une action de masse provoquée par le gouvernement et écrasé dans le sang, ceci afin que les générations actuelles en fassent leur profit et leur bénéfice, il manque à sa démonstration l'essentiel : dans ce cas-là, deux masses se faisaient face, l'une bourgeoise, l'autre prolétarienne. Ainsi, tout événement historique se trouve placé sous un mauvais éclairage, si l'on essaie, en négligeant ce qui fait l'essentiel de sa spécificité, de le mettre sous le signe de l'abstraction généralisante et vide de l'action de masse.

1934 revue Bilan, bulletin théorique de la Fraction de Gauche du Parti communiste italien (1933-1938 Une quatrième internationale ou une réplique de la Troisième Bilan[/i] n°8 - Juin 1934
Citation :
Dans ce développement politique psychologique, on peut dire aussi que la dictature russe a appelé à la vie des forces antiféodales par sa politique de tutelle vis-à-vis des formations politiques avancées de l’Europe occidentale, en modelant les dirigeants nationaux d’après le type russe et par sa politique intérieure et extérieure. Ce sont ces agissements qui ont contribué à rendre le prolétariat incapable de résister à la vague de la contre-révolution. Les masses ouvrières de Russie démontrèrent qu’elles n’étaient pas encore capables de remplacer par leur activité les intellectuels professionnels. Les masses allemandes ont démontré, malgré l’étiquette du parti "communiste" qui leur avait été collée sur le dos, une immaturité idéologique non moins grande. La social-démocratie allemande était des plus bornées, mais les partis communistes de tous les pays ne l’étaient pas moins. Leur ignorance, leur flatterie du lumpenprolétariat, leur adulation du meneur professionnel, leur propension vers la bureaucratisation les rendirent inaptes à l’action révolutionnaire.

ici, contre toute attente, c'est donc une position opposée à celle de Lénine que j'ai évoquée au commentaire précédant

concernant les derniers feux des conseils ouvriers à la fin des années 60 et après 1968, on peut lire, dans
L’Anarcho-syndicaliste, un intéressant compte-rendu par le groupe révolutionnaire autonome lorientais de la grève chez Ripoche à Lorient, et p.6-7 concernant notre sujet : Sur la nécessité, pour les membres du conseil de Nantes, de quitter le 'Secours rouge' :
Citation :
L'Ouest-syndicaliste de décembre 1956 titrait : "LE PARTI DE L'ORDRE" s'en prenant au parti communiste, lors de l'insurrection hongroise noyée dans le sang; André Stil écrivait alors dans l'Humanité: "qu'un grand nombre de ces conseils ouvriers étaient constitués par des aventuriers et éléments du lumpen prolétariat...”.
"Les travailleurs nantais n'ont pas oublié non plus comment le PCF en août 1955, dénonça les éléments irresponsables et provocateurs".
"Aventuriers, lumpen prolétariat à Budapest,éléments irresponsables et provocateurs à Nantes".
"Les staliniens français pour rester fidèles aux impératifs de la politique impérialiste de la Russie, sont contraints de se désolidariser de travailleurs en lutte".

ces conseillistes-là n'avaient donc rien contre le lumpenproletariat participant aux luttes contre les staliniens,
à l'Est comme à l'Ouest...

enfin, il faut lire dans son entier
1975
Lumpenprolétariat et Révolution, Gérald Dittmar, Marge n°9, Décembre 1975-Janvier 1976, p. 4-5
Citation :
DELINQUANCE ET SUBVERSION
Devant le recul toujours plus grand d’une certaine problématique révolutionnaire le repérage des pôles subversifs devient l’enjeu d’analyses de plus en plus nombreuses, par­fois divergentes, parfois convergentes. Il n’est plus aujourd’hui nécessaire de démon­trer en quoi le discours sur/de la classe ouvrière, comme sujet historique révolution­naire, n’est plus crédible. C’est sans doute pour cela que le lumpen-prolétariat tant nié prend de nos jours sa véritable importance et son analyse comme ensemble subversif se fait au niveau de son infractionnalité. [c'est la question que je pose quant à l'analyse en bloc du lumpenprolétariat] [...]

Le danger réel de ces analyses est donc bien là dans cette amalgame discursif qui permet à certains d’affirmer que la délin­quance c’est encore le pouvoir. Cette généralisation interdit un repérage sérieux de ces pôles subversifs, car il n’est pas possible de soutenir que la délinquance ne crée pas de courts-circuits réels dans l’ordre du pouvoir. [...]

Ce n’est donc pas la délinquance en tant que telle qui justifie l’appareil policier mais bien le danger de la subversion de la machi­ne capitaliste par la délinquance dans sa radicalisation et sa montée. Le risque de des­truction, le sabotage constant, le court-circuitage permanent, le détournement général, le gaspillage de l’argent et des marchandises, la dérision de la valeur et de la machine économique, le mauvais exemple (imaginons un instant ce que pourrait être le phénomè­ne d’une pratique délinquantielle générali­sée et de ses effets sur l’ordre économique et militaire du pouvoir) sont les éléments d’analyse les seuls sérieux pour démontrer une fois pour toutes qu’il n’y a pas de con­trôle absolu de la délinquance et qu’elle reste dans son investissement du champs social une pratique presque toujours subversive.

LUMPEN-PROLETARIAT ET RÔLE.

A propos du lumpen-prolctariat, Marx di­sait : "Des vagabonds, des soldats licenciés, des forçats sortis du bagne, des galériens en rupture de ban, des filous, des charlatans, des lazzaroni, des pickpockets, des escamoteurs, des joueurs, des soute­neurs, des tenanciers de maisons pu­bliques, des portefaix, des écrivassiers, des joueurs d’orgues, des chiffonniers, des rémouleurs, des rétameurs, des men­diants, toute cette masse confuse, décompo­sée, flottante", il ajoutait : "Le lumpen- prolétariat, cette lie d’individus corrompus de toutes les classes, qui a son quartier gé­néral dans ces grandes villes, est de tous les alliés le pire. Cette espèce est absolument vénale et impudente", et Engels : "Pépi­nières de voleurs, de criminels de toutes espèces vivant des déchets de la société, indi­vidus sans métier avoué, rôdeurs, gens sans lieu et sans feu" [5]. C’est assez Marx et En­gels dans leurs fausses prophéties s’étaient une fois de plus ridiculisés et trompés. Ces déclassés de la société, comme ils disaient, n’étaient pas réductibles à des ensembles sociaux définis par des rapports de production précis.
Ces irréductibles se déplaçant dans le jeu social ne pouvaient qu’être gênant dans une analyse de type économique, ils brouillaient tout, il fallait donc les exclure, les margina­liser puisque tel était déjà leur choix et leur désir. Ce qui fut fait dans les conditions que l’on sait.
Parfaitement d’accord la bourgeoi­sie et son allié s’unirent dans un même souf­fle pour rejeter ces forces sociales parasitai­res et improductives aux confins du systè­me. Dans leur mouvement nomade, ces para- prolétaires devenaient parfois des "maî­tres" et le plus souvent rejoignaient le camps des "esclaves". De là un certain discours sur ces couches dangereuses de la société dans leur aptitude profonde à être "récupérées". Cette "récupération" se fai­sait d’ailleurs dans les deux camps (18 Brumaire de Louis Napoléon Bonaparte et Com­mune de Paris).

Selon l’habitude consacrée on ne parlait jamais que d’un seul type de récupération, celui censé être nuisible au développement des forces révolutionnaires. [c'est mon analyse en 1. de la position de Marx et Engels] [...]

Le lumpen-prolétariat et les marginaux n’ont pas de rôle. En parler n’est pas en faire la théorie, il n’y a pas en effet de possibilités théoriques à leur encontre. L’erreur de beau­coup est de vouloir faire des marginaux les sujets historiques, les nouveaux prophètes ou messies de la révolution à faire et à ve­nir. Investir le lumpen-prolétariat en disant les marginaux d’aujourd’hui sont les prolétaires d’hier, c’est s’enfermer de nouveau et encore dans une logique dialectique du res­sentiment et d’une conceptualisation du dé­sir de révolution [Baudrillard et ses disciples. Utopie n° 6]. [même remarque : s'il n'y a pas de possibilité théorique, c'est en raison du fait que le lumpenprolétariat n'est pas une classe, ni même une catégorie sociale homogène objectivement et subjectivement]

NAISSANCE.

Dans notre décadence, nous assistons à la fin d’une pensée, celle de la mauvaise cons­cience, des révolutions classiques et religieu­ses. Dans leur souffle libérateur, la barbarie et le paganisme reviennent enfin compris. La critique des valeurs qui fondait la pensée religieuse est finie. Notre désir aujourd’hui est de dégager une pensée nouvelle et d’en forger ses valeurs. Dans le choix marginal, une nouvelle pratique sociale est née, celle du refus du code et de ses normes. Une re­distribution se fait, celle des rapports et des rencontres. Rapport à l’autre dans le désir de le sentir, rapport au travail dans le refus de s’y soumettre.
Ce temps arrivé sera celui de la désertion sociale générale. L’insoumission ici, maintenant et toujours sera ce règne tant attendu, celui des déserteurs sociaux.
Notre actualité n’est encore que virtuelle mais les signes annonciateurs de cette dé­sertion sont déjà dans ces révoltes de jeunes, de prostituées, de militaires, de prisonniers, d’immigrés, de chômeurs, de psychiatrisés, de délinquants, d’homosexuels, de lycéens, d’étudiants, etc. qui luttent pour que change la vie. Difficile à définir est la potentialité tactique et stratégique de ce mouvement face à la gigantesque machine répressive d’une part et à l’inertie générale de l’autre. Ce qu’il faut faire n’est pas simple à formuler et personne ne le sait, ce qu’il ne faut pas re faire est connu, il est donc possible de partir de ces prémices. C’est ainsi que cette volonté de lutter contre l’isolement qui se manifeste doit être aussi la voloné de lutter contre une dispersion qui ne peut que nous affaiblir. C’est dénoncer par exemple le mys­ticisme de l’îlot car ce n’est pas dans la création d’une société autre et qui se vou­drait parallèle que la réponse à nos ques­tions se trouve. La création artificielle de tels îlots conduit de nouveau et encore à l’isolement et à la séparation que nous su­bissons et connaissons déjà. Il y a dans cet­te proposition une nouvelle aberration qui est déjà le retour à la construction territo­riale avec sa configuration despotique. L’îlot ou société parallèle, outre le fait qu’ils ne peuvent fonctionner dans le cadre de ce système, ne sont les produits que des fantas­magories des petits-chefs toujours bien vivants et qui n’attendent que le moment de leur retour. L’îlot n’existe pas et ne peut exister car il n’y a pas d’extériorité ou d’intériorité du corps social, il est déjà une conception de l’Etat, le tout petit Etat. Notre lutte passe aujourd’hui dans la naissance d’un ensemble subversif non-formel ou Dis­positif composé d’une multitude de commu­nautés et de groupes coordonnés. Ce stade est celui de l’association et non plus de l’or­ganisation.

il fallait citer intégralement cette chute car bien qu'elle ça sonne un rien vaneigemiste ou deleuzo-guattariste, un ton d'époque, elle annonce quelque chose entre Maintenant du Comité invisible et Patlotch dans son rêve de la constitution d'une nouvelle classe révolutionnaire

je poursuivrai ci-dessous avec d'éventuels considérations des théoriciens de la communisation sur le lumpen prolétariat, si j'en trouve

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 5.2. du LUMPENPROLETARIAT à la POPULATION en SURPLUS : quelle classe ? le SOUS-PROLÉTARIAT pour ou contre la révolution ?   Jeu 14 Sep - 14:53


7. théorie de la communisation, environs, et lumpenprolétariat

recension Google

c'est pendant les Émeutes de 2005 dans les banlieues française que le débat théorique est devenu presque aussi violent que les événements mêmes. On a vu alors refleurir sous les plumes marxistes le meilleur du Marx anti-lumpen, adressé à ce qu'ils n'appelaient pas comme Sarkozy « la racaille », mais c'était tout comme. Un petit tour de recherche sur Google est édifiant émeutes de 2005 lumpenprolétariat Marx

mais je préfère relever ici des textes explicitement théoriques


La lutte anti-CPE Théorie Communiste TC n°21 2007
Citation :
p.7 Les jeunes de banlieue mais aussi les marginaux de tous les systèmes scolaires ne pouvaient qu'être là, mais leur seule présence était la manifestation physique (personnalisée) de l'inanité de la revendication du retrait du CPE. Une telle nature du rapport à l'intérieur du mouvement entre ses divers éléments ne prend pas la forme d'un long fleuve tranquille.

p.9 Que certains ne se soient pas reconnus dans le mouvement, c'est ce qui est apparu de manière frappante lors de la manifestation qui s'est achevée aux Invalides. Cette segmentation en groupes antagonistes ne peut être interprétée comme l'opposition entre les « jeunes de banlieue », qu'on les qualifie de « vrais prolétaires », de « classes dangereuses » ou de « lumpen-barbares » et les « étudiants des classes moyennes ». D'un côté, les étudiants sont loin d'être un groupe homogène comme « classe moyenne » et encore moins les étudiants qui étaient dans l'action ; de l'autre l'identification par la casquette ou le capuchon et les Nike n'a jamais fourni la base d'aucun groupe social, ni celle de comportements unifiés. Il est important d'interpréter la segmentation comme étant celle d'un tout, le prolétariat, dont une des caractéristiques communes est justement d'être en permanence
segmenté. La segmentation est telle que les catégories segmentées – que ce soit les « étudiants », les « jeunes de
banlieue » ou même les « classes moyennes » – sont dépourvues des caractéristiques communes qui font qu'on pourrait les considérer comme classe (aucune partie ne possède en elle-même la qualité du tout). Il n'y a pas de catégorie « tout en bas » qui serait seule à même de recueillir la légitimité prolétarienne. La dynamique était contradictoire, une contradiction pouvant aller jusqu'à la violence entre les acteurs.[...]

Dauvé&Nesic Sortie d'usine troploin 2010
Citation :
  Sous-prolétaires & Lumpen-prolétaires
    Le mot étant lourdement chargé de sens, il n’est pas inutile de revenir aux origines En 1844-45, dans La Condition de la classe ouvrière en Angleterre, Engels dresse un tableau peu flatteur des Irlandais émigrés dans ce pays, présentés en des termes qui ne dépareraient pas une description des marginaux les plus instables, tant cette « armée de réserve » industrielle est en général difficilement employable, faute de qualification et d’habitudes de travail. Selon Engels, pourtant, cette couche est susceptible de se joindre à la lutte des travailleurs anglais. L’industrialisation prolétarise et sous-prolétarise, mais les prolétaires peuvent par leur dynamisme intégrer à eux les sous-prolétaires.

    En 1847-48, analyse différente dans le Manifeste : en déclassant des pans entiers de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie, la prolétarisation générale crée un prolétariat « en haillons » dont il n’y a guère à attendre.

    Etudiant la restauration sanglante de la royauté à Naples, La Nouvelle Gazette Rhénane du 1er juin 1848 souligne le rôle du très bas peuple, les lazzaroni. Quoique partisans de la réaction religieuse, ils « penchaient vers le peuple », mais un amiral français finit par réussir à les rallier à ses troupes : « Ce acte du prolétariat en guenilles de Naples décida de la défaite de la révolution. »

    Un degré supplémentaire est franchi en Juin 48, la bourgeoisie recrutant la garde mobile – force de répression capitale de l’insurrection ouvrière - parmi les chômeurs et éléments flottants, « une masse nettement distincte du prolétariat industriel » : « Ce Lumpenprolétariat organisé a livré bataille au prolétariat travailleur organisé. (..) C’est ainsi qu’il y avait face au prolétariat de Paris une armée tirée de son propre milieu (..) » (Nouvelle Gazette Rhénane, 29 juin 1848 ; souligné par nous)

    En 1851, le coup d’Etat bonapartiste mobilise une partie de la marge sociale, et en fait une masse de manœuvre parallèle aux forces de l’ordre « officielles ». Dans cette Société du 10 Décembre, « (..) on avait organisé le sous-prolétariat en sections secrètes, mis à la tête de chacune d’elles des agents bonapartistes (..) A côté de « roués » ruinés, aux moyens d’existence douteux, et d’origine également douteuse, d’aventuriers et de déchets corrompus de la bourgeoisie, on y trouvait des vagabonds, des soldats licenciés, des forçats sortis du bagne, des galériens en rupture de ban, des filous, des charlatans, des lazzaroni, des pickpockets, des escamoteurs, des joueurs, des tenanciers de maisons publiques, des portefaix, des écrivassiers, des joueurs d’orgue, des chiffonniers, des rémouleurs, des rétameurs, des mendiants, bref, cette masse confuse, décomposée, flottante, que les Français appellent la bohème. » (Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, 1852, chap. V)

    S’il est permis de douter de la validité d’une énumération trop belle pour être vraie, où se côtoient petits métiers manuels et intellectuels, pègre et rebut de toutes les classes, Marx cherche avant tout à distinguer les ouvriers chômeurs des parasites vivant des miettes du revenu de toutes les classes. Pour lui, les travailleurs (mais travail ne signifie pas emploi permanent, encore moins qualifié) sont au cœur de la révolution, parce que ceux qui (re)produisent le capitalisme sont essentiels à son renversement. Comme toute frontière, pourtant, la distinction s’avère parfois floue, puisque la garde mobile anti-révolutionnaire de juin 48 venait du « propre milieu » des prolétaires. Il est finalement aussi complexe de délimiter le lumpenprolétariat que de cerner le prolétariat. [j'ignorais ce texte avant d'ouvrir le sujet, nous sommes ici d'accord]

    La liste de Marx pose aussi la question de l’illégalité. Quand celle-ci est un choix, comme pour Alexandre Jacob (1879-1954) et ses « Travailleurs de la nuit », l’illégalisme a une dimension subversive. Par contre, dans ce que décrivent le livre et le film Gomorra, une partie des habitants vivotent (et parfois meurent) aux franges d’un impitoyable système marchand dont dépend leur survie. De même, Mesrine luttait contre les QHS, mais ses activités d’homme libre n’avaient rien de révolutionnaire, et d’ailleurs n’y prétendaient pas, comme le prouve son autobiographie L’Instinct de mort, parue en 1977, deux ans avant sa mort.

    Le passage par l’illégalité peut s’avérer inévitable et nécessaire. En faire un principe, l’illégalisme, est une des voies menant au révolutionnaire professionnel.  

    La réalité est rarement aussi tranchée que les exemples extrêmes d’A. Jacob et de Gomorra. En tout cas, ni l’illégalité ni la violence (y compris anti-flics) ne sont des critères valables. Car il arrive aussi que des individus ou groupes troublent l’ordre établi pour défendre un ordre qui leur profite, ou promeuvent un désordre qui ne profite qu’au pouvoir en place.

    Le radical a souvent du mal à comprendre cette banalité de base. Bien qu’il sache que le prof de fac soit rarement à l’initiative d’une insurrection prolétarienne, il a du mal à l’admettre pour le vendeur de hasch. Tout dépend de la place de ce vendeur dans ce commerce. Il est évident qu’à partir d’un certain niveau de statut social (et donc de revenu), la critique s’émousse… Il en va de l’illégalité comme de la légalité : on n’attend pas le même comportement social du maître auxiliaire et de son proviseur, du manutentionnaire et du gérant du magasin, ni donc du revendeur de drogue occasionnel et de celui qui en contrôlant le trafic s’assure un revenu élevé. Il ne s’agit pas de disqualifier une catégorie, seulement de voir à quelle condition elle serait ou non absorbée par un mouvement social dont cette catégorie ne peut être l’initiatrice (car ses intérêts spécifiques la lient à l’argent), mais que beaucoup de ses membres pourront rejoindre.

    Industrialisation massive et emploi salarié ne riment pas avec capacité révolutionnaire : chacun sait que Marx envisageait un apport spécifique au communisme de la Russie paysanne (cf. sa correspondance avec V. Zassoulitch en 1881). Mais on ne saurait espérer autant de ceux qui sont forcés d’alterner petits boulots et périodes de chômage, et de ceux qui survivent sans presque jamais exercer de travail salarié.

    Certains quartiers pauvres de Sao Paulo régulent les conflits par ce qu’ils appellent « le débat », auto-organisation de la population hors des canaux officiels, lancée par le PCC – Premier Commando de la Capitale – né lui-même dans les prisons en 1993, et qui vit du commerce de la drogue : « au sein de cette organisation criminelle, il y a la mise en place d’un ordre qui engendre une pacification, dans les prisons comme à l’extérieur » (C.Q.F.D., n°68, juin 2009).

    Le commerce de la cocaïne n’est pas meilleur ou pire que celui du tabac, d’ailleurs sévèrement réprimé dans divers pays. Tant que les prolétaires, pour mieux (sur)vivre collectivement, auront recours à une économie souterraine, fût-elle horizontale, « à échelle humaine » et hors la loi, ils amélioreront sans doute leur sort, mais ne rompront pas avec le monde du salariat, et en aménageront seulement les marges. Il faut une période particulière, l’Espagne des premières décennies du 20e siècle, ou l’Italie des années 1970 par exemple, pour que « la légitime défense » des pauvres contre les riches, dont une des formes est le vol, participe à une lutte sociale. Sinon elle reste un acte individuel, ou de groupe, mais en vase clos, et donne naissance à une bande, un gang, dont l’existence même suppose la perpétuation de l’ordre social, à commencer par la perpétuation de l’argent.

Gilles Dauvé A to Z communization  Jailbreak 2016
Citation :
Later, Engels wrote on the lumpenproletarians : “If the French workers, in the course of the Revolution, inscribed on the houses:Death to the thieves ! and even shot down many, they did it, not out of enthusiasm for property, but because they rightly considered it necessary to hold that band at arm’s length.”

Though we can appreciate the point made by Engels, the Lumpenproletariat concept raises more problems than it solves, and proves as slippery as the middle class concept is stodgy.

Plus tard, Engels écrit sur le lumpenproletariat : « Si les ouvriers français, au cours de la révolution, ont inscrit sur les maisons : « mort aux voleurs !» et en ont même abattus beaucoup, ils l'ont fait, non par enthousiasme pour la propriété, mais parce qu'ils ont à juste titre jugé nécessaire de tenir cette bande à distance.

Bien que nous puissions apprécier le point fait par Engels, le concept de lumpenproletariat soulève plus de problèmes qu'il ne résout, et se révèle aussi glissant que le concept de classe moyenne est indigeste.
[hé bien c'est toujours un point sur lequel nous sommes d'accord]

à propos des émeutes en Grèce
L’émergence du (non-)sujet Woland, blaumachen and friends, SIC n° février 2012
Woland a écrit:
Le fragment du prolétariat qui met le feu aux bâtiments et pille est un produit de la période néolibérale et, plus particulièrement, de la période récente qui a conduit à la crise. Tous ceux qui, lors des événements de novembre 2005, en France, ont parlé d’incidents n’impliquant que des marges sociales, parlaient en mars 2006 des « voyous qui, à Paris, attaquent les marches étudiantes » et, en décembre 2008, d’une « insurrection métropolitaine d’une espèce qui apparaît de temps en temps mais qui s’éteint comme un feu d’artifice tandis que ce qui importe réellement est le mouvement ouvrier », tous ceux-là ont trouvé les choses un peu plus compliquées quand Londres a explosé en août 2011. C’est parce que cette section du prolétariat n’a pas (ou tout du moins, pas encore) les moyens de stopper le processus de production de l’intérieur qu’elle agit au niveau de la circulation des biens et des services. Le (non-)sujet émergent est à la fois sujet et non-sujet du fait de sa relation historiquement définie, entre intégration et exclusion, au processus de la production de la valeur. La question centrale n’est pas celle de la production d’une augmentation quantitative du lumpenprolétariat mais celle d’une lumpenisation accrue du prolétariat — une lumpenisation qui n’apparaît pas comme externe par rapport au travail salarié mais comme élément définitionnel. La précarité, le constant « in-and-out » produit un (non-)sujet de (non-)exclu puisque l’inclusion tend de plus en plus à se réaliser par l’exclusion, en particulier pour les jeunes. Il s’agit d’une dynamique, d’un mouvement se régénérant en permanence. Nous ne faisons pas seulement référence à l’exclusion radicale du marché du travail mais surtout à l’exclusion de tout ce qui est regardé comme travail « normal », salaire « normal », survie « normale ». Dans un environnement produisant des populations excédentaires et de violentes attaques contre la valeur historiquement définie de la force de travail, le « sujet » tant attendu voit le sol se dérober sous ses pieds. Un « sujet » ne peut exister sans que l’« objectivité » soit distinctement donnée puisque c’est cette « objectivité » qui lui permet de mener la vie d’un sujet. Dans la crise du capitalisme restructuré le terrain (l’ancrage dans le rapport salarial) disparaît en même temps que l’oxygène (la capacité d’exiger de meilleurs niveaux de vie). Le (non-)sujet émergent apparaît simultanément comme sujet sans objectivité et comme condensation de l’objectivité sous la forme de sa dissolution. Ceux qui sont déjà pris au piège dans le continuum précarité-exclusion ont envahi un mouvement qui tend encore à invoquer des emplois « normaux » et des salaires « normaux » ; et l’invasion du (non-)sujet a été un succès car ce mouvement a déjà été envahi par le bombardement incessant du capital sur le travail « normal » et sur le salaire « normal ». C’est cette situation dans son ensemble qui, comme un écart à l’intérieur de l’activité du prolétariat, produit des pratiques destructrices, poussant le capital à intensifier l’aspect répressif de sa reproduction en tant que rapport et à essayer d’élever le taux d’exploitation de façon de plus en plus violente.

un texte qui n'émane pas du milieu de la communisation

Les Communes de l'insurrection du Comité invisible Laboratoire Urbanisme Insurrectionnel 15 juin 2011
Citation :
Pour les néo-autonomes post-situationnistes, il s’agit de remettre au goût du jour les pratiques illégalistes, la fraude, des autonomes des années 70. Ces méthodes illégalistes, qui font du lumpenprolétariat le modèle de la rébellion politique, trouvent leurs racines dans l’illégalisme des anarchistes individualistes de la Belle Époque qui prônaient le vol ou la fraude contre le travail. Elles prennent également sources au modèle des mouvement de 77 en Italie, qui prônaient l'auto-réduction ou la fraude [des loyers, des concerts, des transports publics, de l'électricité, du gaz, du téléphone, etc.] et le pillage -l'appropriation collective- des supermarchés.

En contrepoint : quelques remarques sur la lutte des classes
Jacques Wajnsztejn Temps Critiques octobre 1993
Citation :
1 — À l'origine de la définition des classes : classe ouvrière et prolétariat
5 Notons plusieurs approches au xixe. Proudhon part concrètement de l'analyse d'une fraction de classe, sous l'influence du mouvement des Canuts lyonnais. Ce mouvement lui servira de modèle dans sa vision d'une future société des producteurs. Marx, par contre, produit un concept de classe adéquat à sa vision du communisme. Il développe une vision assez idéaliste et réductrice d'une classe pure qui est révolutionnaire ou qui n'est pas. C'est en quelque sorte sa mission qui la fait exister même si ce sont ses conditions objectives qui la rendent porteuse de cette mission. Il expliquera la défaite de 1848 par le retard de la société, par le fait que la classe n'est pas encore assez « pure », qu'elle porte encore en elle l'ombre de la classe nourricière, la classe paysanne. Or pour lui Marx), cette classe n'en est pas vraiment une car elle n'a pas d'unité; elle n'est composée que d'individus additionnés mais non pas liés. C'est sur ce modèle de l'atomisation paysanne qu'il construira son concept de lumpen proletariat. Le lumpen est la classe ou la fraction de classe qui retombe dans l'atomisation, qui perd conscience de ses intérêts et de la nécessité de la solidarité. C'est la classe ou la fraction de classe qui ne correspond pas à son essence !

allant plus loin que les 'communisateurs' dans les raisons d'abandonner le sujet prolétarien
prolétariat, sujet historique, genres et théories de la valeur Jacques Wajnsztejn blog Temps Critiques juin 2013
Citation :
S’il n’y a plus de bourgeoisie à vision universaliste dotée d’une vision du monde (Weltanschauung) ni de classe ouvrière à vision progressiste et émancipatrice, il y a bien des forces de domination qui s’exercent sur des rapports de subordination. Mais la subordination n’est pas productrice d’autre chose. Il faut assurément convenir que ce qui pourrait encore être appelé la classe exploitée ne forme plus qu’un magma atomisé, (prolétaires immigrés des quartiers tentés par les gangs ou le communautarisme, « petits blancs » des zones désindustrialisées mus par le ressentiment) qui ne mérite pas le nom de « nouvelles classes dangereuses » et s’apparente plutôt au terme marxien péjoratif de lumpenprolétariat (des prolétaires en haillons qui parfois la dénomination de « sous-prolétaires »).

de Francis Cousin, habitué de Radio-Courtoisie et Égalité et Réconciliation, dans un ouvrage de 2013 préfacé par Alain de Benoist, après ses tirades habituelles contre l'immigration, qui n'ont d'équivalent que celle de Jean-Louis Roche du Prolétariat universel :
Entretiens avec des hommes remarquables Le retour aux sources 11 février 2017
Citation :
Sur ce terrain, l’immigration se révèle ici comme une stratégie capitaliste de vaste envergure qui vise fondamentalement à disloquer la spontanéité historique des solidarités prolétaires naturelles en hétérogénéisant le substrat de la réalité du sentir et du ressentir ouvriers. De la sorte, l’immigration comme l’a bien vu Marx, est toujours l’expression de la contre-révolution du capital car elle permet avant tout de dé-manteler la combativité ouvrière en dés-articulant l’identité de ce qui structure les cohésions et les immanences de l’éco-système de sa longue durée.

Aujourd’hui, les faunes urbaines de l’économie souterraine qui brûlent rituellement des voitures ne sont pas des enfants d’ouvriers en révolte qui se battent par haine de la marchandise, mais des paumés incultes adorateurs du fric, de ses modes insanes et de toutes ses grossières insipidités… Bien loin d’être des persécutés en rupture, ce sont les enfants chéris du système de la discrimination positive de l’anti-subversif, les talismans médiatiques de l’ordre capitaliste à révérer, bref ce que Marx désignait sous le terme de lumpenprolétariat : cette « masse strictement différenciée du prolétariat industriel recrutée dans les bas-fonds, voleurs et criminels de toutes sortes, vivant en marge de la société, des gens sans travail défini, sans foi ni loi » et qui sont bien sûr toujours les meilleurs alliés de l’État lorsqu’il s’agit de livrer combat à la véritable désobéissance prolétarienne.

loin des yeux troubles d'irréductibles gaulois marxologues ou sous-marxistes sans haillons, le lumpenprolétariat de Marx ne passe plus. Il n'en avait bricolé le concept que pour aboutir au prolétariat comme sujet révolutionnaire, avec son parti communiste du programmatisme ouvrier, pour s'affirmer au pouvoir sur le travail autogéré : sans lumpen et sans abolition des classes

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MessageSujet: Re: 5.2. du LUMPENPROLETARIAT à la POPULATION en SURPLUS : quelle classe ? le SOUS-PROLÉTARIAT pour ou contre la révolution ?   Jeu 14 Sep - 16:20


8. lumpenprolétariat et population en surplus

A HISTORY OF SEPARATION
THE CONSTRUCTION OF THE WORKERS' MOVEMENT
Endnotes #4 October 2015

ADDENDUM ON THE LUMPEN-PROLETARIAT
Quelle est la relation entre le lumpenproletariat et la population en surplus ?
Traduction approximative...
Citation :
We have referred elsewhere to the surplus population as the extreme embodiment of capital’s contradictory dynamic.33 What is the relationship between the surplus population and the lumpen-proletariat? Are they one and the same? Whereas Marx expounds on the surplus population, at length, in Capital, he does not refer to the lumpen-proletariat at all in that work; he uses the phrase only in his political writings *. How did the “lumpen” become such a popular topic, among revolutionaries, in the course of the twentieth century?

33. Misery and Debt, Endnotes 2, April 2010.

* ce n'est pas tout-à-fait exact, j'ai trouvé cette référence, signalée plus haut :
1867 Marx Le Capital Livre I tome 3 [Tobias Teuscher 2006] : « les Lumpenprolétaires étaient situés en dehors de tout système économique, soldats perdus de l’armée industrielle de réserve, saisonniers ou chômeurs tombés du cycle économique, « surpopulation flottante, latente et stagnante » perturbant le marché du travail, « sphères inférieures du paupérisme », « précipité le plus bas », et cette description là encore ne ménageait aucune issue : « Si l’on fait abstraction des vagabonds, des criminels, des prostituées, bref, du Lumpenprolétariat proprement dit, cette couche sociale se compose de trois catégories… D’abord les ouvriers et ouvrières que le développement social a, pour ainsi dire, démonétisés, en supprimant l’œuvre de détail dont la division du travail avait fait leur seule ressource ; puis ceux qui par malheur ont dépassé l’âge normal du salarié ; enfin les victimes directes de l’industrie – malades, estropiés, veuves etc., dont le nombre s’accroît avec celui des machines dangereuses, des mines, des manufactures chimiques etc. (...) Plus s’accroît enfin cette couche des Lazare de la classe salariée, plus s’accroît aussi le paupérisme officiel. » »


As it turns out, “lumpen proletariat” was a key category for the workers’ movement, and particularly for Marxists, in their Social Democratic and Bolshevik variants [les conseillistes en parlent aussi, voir 6.]. Marxists were always hurling curses at perceived lumpen proletarians and anarchists alike, so much so that the two categories blended together. According to Rosa Luxemburg in The Mass Strike, “Anarchism has become in the [1905] Russian Revolution, not the theory of the struggling proletariat, but the ideological signboard of the counterrevolutionary lumpenproletariat, who, like a school of sharks, swarm in the wake of the battleship of the revolution.”34

34 Rosa Luxemburg, ‘The Mass Strike’, 1906 in The Essential Rosa Luxemburg (Haymarket 2008), p. 114

Who were these lumpen proletarians, preaching anarchy? Attempts to spell that out usually took the form not of structural analyses, but rather, of long lists of shady characters, lists which collapsed in on themselves in a frenzied incoherence. Here is Marx’s paradigmatic discussion of the lumpen proletariat, from The 18th Brumaire of Louis Bonaparte: “On the pretext of founding a benevolent society, the lumpen proletariat of Paris had been organised into secret sections, each section led by Bonapartist agents”. These lumpens supposedly consisted of “vagabonds, discharged soldiers and jailbirds, escaped galley slaves, swindlers, mountebanks, lazzaroni, pickpockets, tricksters, gamblers, pimps, brothel keepers, porters, literati, organ grinders, ragpickers, knife grinders, tinkers, beggars — in short, the whole indefinite, disintegrated mass, thrown hither and thither, which the French call la bohème.” Is there any truth in this paranoid fantasy? Do escaped convicts and organ grinders share a common, counter-revolutionary interest with beggars, which distinguishes them from the common mass of workers, who are apparently revolutionary by nature? To think so is insane.
Y a-t-il une vérité dans ce fantasme paranoïaque ? Est-ce que les condamnés échappés et les broyeurs d'organes partagent un intérêt commun et contre-révolutionnaire avec les mendiants, qui les distingue de la masse commune des travailleurs, qui sont apparemment révolutionnaires par la nature ? Le croire est insensé.

The lumpen proletariat was a spectre, haunting the workers’ movement. If that movement constituted itself as the movement for the dignity of workers, then the lumpen was the figure of the undignified worker (or more accurately, the lumpen was one of its figurations). All of the movement’s efforts to give dignity to the class were supposedly undermined by these dissolute figures: drunks singing in the street, petty criminals and prostitutes. References to the lumpen proletariat registered what was a simple truth: it was difficult to convince workers to organise as workers, since mostly, they didn’t care about socialism: “a great many of the poor, and especially the very poor, did not think of themselves or behave as ‘proletarians,’ or find the organisations and modes of action of the movement as applicable or relevant to them.”36 In their free time, they’d rather go to the pub than sing workers’ songs.
Le lumpenprolétariat était un spectre qui hantait le mouvement ouvrier. Si ce mouvement se constituait comme le mouvement pour la dignité des travailleurs, alors le lumpen était la figure du travailleur indigne (ou plus précisément, le lumpen était une de ses représentations). Tous les efforts du mouvement pour donner de la dignité à la classe étaient soi-disant minés par ces figures dissoutes : les ivrognes chantant dans la rue, les petits criminels et les prostituées. Les références au lumpen prolétariat forfaitaire enregistraient une vérité simple : il était difficile de convaincre les travailleurs de s'organiser en tant que travailleurs, car la plupart du temps, ils ne se soucient pas du socialisme: «un grand nombre de pauvres, et surtout les très pauvres, ne pense pas à» eux-mêmes ou se comporter comme «prolétaires», ou de trouver les organisations et les modes d'action du mouvement selon le cas ou pertinent pour eux. »36 Dans leur temps libre, ils préfèrent aller au pub que chanter les chansons des ouvriers.

36. Hobsbawm, Age of Empire, p. 140

In the figure of the lumpen, we discover the dark underside of the affirmation of the working class. It was an abiding class-hatred. Workers saw themselves as originating out of a stinking morass: “At the time of the beginning of modern industry the term proletariat implied absolute degeneracy. And there are persons who believe this is still the case.”37 Moreover, capitalism was trying to push workers back into the muck. Thus, the crisis tendencies of capitalism could only end in one of two ways: in the victory of the working class or in its becoming lumpen.

37. Kautsky, The Class Struggle, 1892, chapter 5, available on marxists.org.

Dans la figure du lumpen, nous découvrons le dessous sombre de l'affirmation de la classe ouvrière. C'était un cours de haine de classe. Les ouvriers se voyaient comme originaires d'un bourbier puant : « au commencement de l'industrie moderne le terme prolétariat impliquait la dégénérescence absolue. Et il y a des gens qui croient que c'est toujours le cas. » 37 en outre, le capitalisme essayait de repousser les travailleurs dans la boue. Ainsi, les tendances de crise du capitalisme ne pouvaient se terminer que de deux façons : dans la victoire de la classe ouvrière ou dans son devenir lumpen.

bon, tout le monde a les mêmes références de textes, c'est déjà ça. Le débat reste ouvert, j'y reviens avec Sakia Sassen et Achille Mbembe

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 5.2. du LUMPENPROLETARIAT à la POPULATION en SURPLUS : quelle classe ? le SOUS-PROLÉTARIAT pour ou contre la révolution ?   Jeu 14 Sep - 19:32


9. un "lumpenprolétariat" de la mondialisation ?

des guillemets à "lumpenproletariat", car comme on l'a vu, on ne lui souhaite pas un devenir marxien, qui pèse...

lectures (à) croiser et méditer, avec un constat : la vieille garde de la communisation semble dépassée... à titre humain ?


 scratch

Trapped at a Party Where No One Likes You cominsitu 2015
The surplus proletariat at present / The struggles of surplus proletariat
Citation :
This problem has often been described as a problem of composition, i.e. as the complexity of unifying proletarian fractions in the course of struggle. Indeed, the content of revolution no longer appears as the triumph of overflowing proletarian class power as it might have during the first half of the 20th century.[38] Struggles whose site of conflict is less the realm of production, but increasingly the sphere of reproduction, expresses this development. The Arab Spring, Indignados, Occupy, Taksim, Maidan and the heterogeneous riots abroad, for example, have not seen the affirmation of the workers’ identity in conflict with capital, but rather the unavailability of constituting a unifying identity in the dynamics of these movements. The recent racial upheaval against the police in the US, most notably in Ferguson and Baltimore, shares little in common with the employment ambitions of yesteryear. This is further corroborated by the expansion of the surplus proletariat alongside the increase in surplus capital and an overcapacity unable to find lasting investment. The workers’ movement no longer provides consistency to class struggle. As such, fragmentation emerges as a new class consistency. Contemporary struggles express themselves less as a unity than as an aggregate of segmented interests sharing various affinities through material reproduction (evictions, food prices, transportation costs), abstract demands (“corruption”, “inequality”, “injustice”), or through self-sacrificing identifications with false fragments impersonating the social whole (with either national or religious sects). As a result, what was in the past the centrality of the wage-demand characterizing the struggles of the previous period has become tangential. The surplus proletariat, as a dynamic of class struggle in the present moment, cannot harbor the dreams of a Keynesian class compromise. The class affirmation of the proletariat is perpetually on the defense.
[38] This does not of course mean that struggles within the sphere of production are no longer important, but only that they attain a new meaning within a changed historical and social context of class composition. They cannot therefore be understood as a return of the old workers movement. The more important question about concerning such struggles is whether or not they entail a moment of negation of the existence of the class relation in all of its mediations.

de fait, tous ces théoriciens communistes se réfèrent, directement ou pas, en le disant ou non, aux travaux de Saskia Sassen depuis une vingtaine d'années

REFLEXIONEN ÜBER DAS SURPLUS-PROLETARIAT[/url
Freundinnen und Freunde der klassenlosen Gesellschaft 2015
Les amis de la société sans classe, groupe allemand qui travaille avec Endnotes

Globalization and Development: Themes and Concepts in Current Research
Don Kalb, Wil Pansters, Hans Siebers - 2007 p. 21-22
Citation :
An insulated bougeoisie and a self-exploiting lumpenproletariat with little in-between, this whas Sassen's prediction for metropolitan city in the north

Une bourgeoisie isolée et un lumpenproletariat autoexploité avec peu d'entre-deux, c'est la prédiction de Sassen pour les grandes villes du Nord

Expelled: Humans in Capitalism’s Deepening Crisis
Saskia Sassen Columbia University
Copyright ©️2013, American Sociological Association, Volume 19, Number 2, Pages 198-201, ISSN 1076-156X
Citation :
p 1-2
I use the term “expelled” to describe a diversity of conditions. They include the growing numbers of the abjectly poor, of the displaced in poor countries who are warehoused in formal and informal refugee camps, of the minoritized and persecuted in rich countries who are warehoused in prisons, of workers whose bodies are destroyed on the job and rendered useless at far too young an age, of able-bodied “surplus populations” warehoused in ghettoes and slums.

My argument is that this massive expulsion is actually signaling a deeper systemic transformation, one documented in bits and pieces in multiple specialized studies but not quite narrated as an overarching dynamic that is taking us into a new phase of global capitalism. It has also generated an emergent type of politics, marked by its use of the street (Sassen 2011).

Today, after twenty years of a particular type of advanced capitalism, we confront a human and economic landscape marked by dualizing dynamics. On the one hand: the familiar reconditioning of terrain in the direction of growing organizational and technological complexity, epitomized by the state of the art space of global cities in the North and the South.

On the other hand: a mix of conditions often coded with the seemingly neutral term of “agrowing surplus population.” A key underlying condition of this “surplus” is the growing expanse of territory that is devastated – by poverty and disease, by various kinds of armed conflict, and by governments rendered dysfunctional by acute corruption and a crippling international debt-regime, all leading to an extreme inability for people to meet their basic needs. To this we should add the sharp increase in land acquisition by foreign firms and foreign government agencies, which is creating additional mass displacements of whole villages and smallholder agriculture.

p.4
This systemic shift signals that the sharp increase in displaced peoples, in poverty, in deaths from curable illnesses, are part of this new phase. Key features of primitive accumulation are at work in the making of these increases. But to see this role of primitive accumulation in our current advanced capitalism dominated by high finance we have to go beyond logics of extraction. We need to recognize the fact of systemic transformation. One of these systemchangingpractices and projects is the expulsion of people: growing numbers matter less as workers and consumers than they did in much of the 20th century, which helps account for the pattern Robinson describes as the rise of social control states around the world.

COSMOTRASH: A NEW GENRE FOR A NEW EUROPE
Cinephile, The University of British Columbia's film journal
liste des films dans l'article
Citation :
All of these Cosmotrash films feature a cosmo-lumpen sensibility. Very hip, grungy-looking young adults are depicted not simply as drug addicts or two-bit hustlers, but rather as part of quasi-collectives with albeit partially-tenuous and disorganized agency that is able to do battle with the forces of disorganized global finance capital that, as Saskia Sassen likes to say, “hits the ground” in global cities*. Cosmotrash films can be understood as an analysis of what happens when those forces hit what at the end of WWII was rubble, imbuing in the process the lumpenproletariat with politically cosmopolitan sensibilities.

* La Ville globale : New York - Londres - Tokyo [The Global City: New York, London, Tokyo], 1996

Tous ces films Cosmotrash présentent une sensibilité cosmo-lumpen. Très Hip, de sales jeunes adultes sont représentés non seulement comme toxicomanes ou arnaqueurs à deux balles, mais plutôt dans le cadre de quasi collectifs avec des agences partiellement désorganisées qui sont capables de rivaliser avec les forces du capital financier mondial qui, comme Saskia Sassen aime à dire, «frappe le sol» dans les villes mondiales. Les films Cosmotrash peuvent être compris comme une analyse de ce qui s'est passé lorsque ces forces ont frappé, ce qui à la fin de la seconde guerre mondiale a été décombres, imprégnés du processus de la lumpenproletariat avec des sensibilités politiquement cosmopolites.


La haine
film-culte mais aux dires de certains dans les quartiers et pas seulement,
qui en rend très mal compte (conte ?)

depuis mon site en 2014


'critique de la raison nègre', le capitalisme animiste, Nègres du monde.... Diverses citations, 2010-2014
Mbembe a écrit:
Les Inrocks : Qu’appelez-vous précisément le “capitalisme animiste” ?

Il y a une convergence entre le capitalisme et l’animisme. Le capitalisme a non seulement pour fonction de produire des races et des espèces, mais aussi des espèces marchandes. C’est dans sa dynamique de donner vie à l’objet, d’animer ce qui a l’air inerte, d’ouvrir sur une sorte d’idolâtrie, une sorte de situation où ne savons plus faire la distinction entre l’homme et la chose. Confondre l’homme et la chose, adorer la chose en l’homme, donner une âme à la chose, c’est cela l’animisme; de ce point de vue, l’animisme n’est pas le propre des sociétés primitives, elle est le propre des sociétés dites modernes.

La critique de la raison nègre serait donc cette critique de la raison occidentale ?

C’est la critique de la raison qui s’efforce d’effacer les distinctions entre l’homme et la chose, dans le but d’adorer la chose, d’imputer à la chose un vie spéculaire d’autant plus dangereuse qu’elle a des traductions très concrètes, légales, institutionnelles.

Vous parlez d'un "devenir nègre" du monde, pensez-vous aux migrants d'origines diverses, Syrie, Somalie, qui affluent sur ses rivages ?

Oui, car ils font l'expérience d'un arrachement à leur lieu natal et d'une plongée dans l'inconnu, hier l'Atlantique, aujourd'hui la Méditerranée, en prenant un risque mortel. Le voyage est aléatoire, la destination pas du tout garantie. Mais la différence avec le nègre du premier capitalisme (du XVe au XIXe siècle), c'est qu'hier les nègres, objets de vente, étaient achetés pour une aventure qui se soldait souvent par le désastre, l'Atlantique devenant un énorme cimetière au temps de la traite de l'esclavage. Alors qu'aujourd'hui ces migrants payent des passeurs. S'agissant de ceux qui fuient la misère, ce déplacement nous dit quelque chose de fondamental de la structure actuelle du capitalisme : il y a toute une humanité subalterne dont le capitalisme n'a pas besoin. Le drame d'aujourd'hui, c'est de ne même plus pouvoir être exploité, alors qu'hier le drame était d'être exploité. Là réside le basculement que mon livre s'efforce de pointer.

Le nègre est le symbole du corps-marchandise

Face au nègre, la raison perd la raison. On peut parler de la raison chinoise, ou autres, mais la différence avec le nègre est que, de tous les êtres humains, il est le symbole du corps dont il fut fait marchandise, et du fait que le projet final du capitalisme, dans un système économique d'exploitation des richesses, est d'abolir la distinction entre êtres humains, choses et marchandises. Dans l'histoire, seul le nègre a été l'exemple vivant de cette tentative d'abolition.



« Le sous-prolétaire chinois est un nouveau nègre »
Rue89 27 octobre 2013

« Est nègre une large catégorie de l’humanité qu’on pourrait qualifier de subalterne »
Entretien à Libération 1er novembre 2013

Une humanité pour laquelle la grande tragédie, c’est de ne même plus pouvoir être exploitée. Alors qu’au XIXe siècle, la pensée de l’émancipation reposait sur l’idée de la sortie de l’aliénation, la réalité qui s’impose aujourd’hui est celle de la quête de l’auto-aliénation. Les pauvres cherchent à se vendre là où, autrefois, ils étaient vendus.

Et c’est ce retournement du mécanisme d’exploitation qui conduit à considérer que la condition nègre ne renvoie plus nécessairement à une affaire de couleur. Le nègre est devenu post-racial, il s’identifie à une nouvelle catégorie de gens qui ne sont même plus exploitables et qui sont, par conséquent, laissés à l’abandon.

Le nègre est une création du capitalisme
: au départ, il définit cet «homme-objet», «homme-marchandise», qui apparaît avec la traite des esclaves. Il a permis l’essor du premier capitalisme. Mais à l’âge du néolibéralisme, le nègre s’affranchit du concept de race. Et l’abandon, l’indifférence vis-à-vis de pans entiers de l’humanité deviennent les formes paroxystiques de l’exploitation capitaliste. Tout simplement parce que la production de richesses s’est détachée des besoins réels. Elle ne sert plus à offrir du travail et à réduire le chômage, elle ne permet plus depuis longtemps d’aboutir à de nouvelles procédures de redistribution. La richesse, du fait de la financiarisation de l’économie, est devenue abstraite, elle n’a plus autant besoin des travailleurs ou des esclaves.

on peut discuter certains arguments de Mbembe en terme de critique de l'économie politique, mais l'essentiel y est en terme que je pose comme double crise de l'Occident et du capitalisme, qui manque le plus souvent à la théorie communiste...



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MessageSujet: Re: 5.2. du LUMPENPROLETARIAT à la POPULATION en SURPLUS : quelle classe ? le SOUS-PROLÉTARIAT pour ou contre la révolution ?   Sam 16 Sep - 7:41


dans ce qui précède, nous avons parcouru près de deux siècles d'histoire de la théorie communiste, marxienne, marxiste, anarchiste et au-delà, sur le fil de la marge du "prolétariat", une marge devenue centre, car il n'y a plus dans le monde du capital ni périphérie, ni extérieur du cercle de ses dominations, avec chacune leur dose d'exploitation, ou pas...

il s'agirait maintenant de recoller les morceaux d'une humanité à retrouver, et c'est l'objet de mon livre du capitalisme à la communauté humaine, UNE CLASSE pour LA RÉVOLUTION, dont ce sujet propose et recompose une lecture particulière, sans haillons ni baillon

comme l'écrit cominsitu en 2015 dans
Trapped at a Party Where No One Likes You
The surplus proletariat at present / The struggles of surplus proletariat
Citation :
This problem has often been described as a problem of composition, i.e. as the complexity of unifying proletarian fractions in the course of struggle.
Ce problème a souvent été décrit comme un problème de composition, c'est-à-dire comme la complexité de l'unification des fractions prolétaires au cours de la lutte.
mais je que conçois au-delà d'un problème de constitution du prolétariat en classe

en attendant, nous pouvons intégrer cette réflexion dans le sujet 5) LA CLASSE DE LA RÉVOLUTION sujet révolutionnaire, composition et constitution


10. prolétariat et sous-prolétariat,
catégories sociales, identités de luttes, communautés de luttes,
composition et constitution de classe
contradictions et dépassements

avec le sujet du LUMPENPROLETARIAT à la POPULATION en SURPLUS : une classe ? pour ou contre la révolution ? nous avons interroger, depuis le 19e siècle, la relation entre le prolétariat, la classe ouvrière réellement travailleuse, ayant un "emploi"* et ceux qui n'en ayant pas, en cherchent ou non, rentiers ou de familles, (sous-)prolétaires, et/ou délinquants, éclopés

* ce mot d'emploi, pour dire qu'on n'est pas au chômage, ceux d'employeur et d'employé, comme le terme de population active, apparaissent au début du 20e siècle, et deviennent du langage économique, social et politique dans les années 1960

Citation :
CNRTL
c) Fait d'employer une pers. ou une catégorie de pers. Emploi de + compl. indiquant la pers. employée. « Il [le général] prépare le plan d'emploi de l'armée de l'intérieur en fonction des possibilités (...) d'action. » (de Gaulle, Mém. guerre, 1956, p. 478) [le sens du mot glisse d'utiliser une chose, un moyen, à employer des personnes]
3. ... « nous multiplierons nos valeurs par un habile emploi d'amis, de protégés, d'affranchis exercés et fortifiés par notre aide.» Maurras, Kiel et Tanger, 1914, p. 209.
− Spéc., ÉCON. Emploi de la main-d'œuvre. Fait d'employer les personnes actives de la population à des activités économiques. P. ell. Agence Nationale pour l'emploi (A.N.P.E.). « La technique et le développement gigantesque du machinisme ne risquent-ils pas, dans certains cas, de provoquer une diminution d'emploi de la main-d'œuvre ? » (Lesourd, Gérard, Hist. écon., 1966, p. 329).

employeur
Personne qui emploie un ou plusieurs salariés :
« ... les lettrés du xviiie siècle avaient fait décréter comme éminemment raisonnable, juste, (...) une certaine législation du travail d'après laquelle tout employeur, étant libre, et tout employé, ne l'étant pas moins, devaient traiter leurs intérêts communs d'homme à homme, d'égal à égal, sans pouvoir se concerter ni se confédérer avec leurs pareils...» Maurras, L'Avenir de l'intelligence, 1905, p. 37 [c'est le contrat libre du salariat décrit par Marx]

Wikipédia : L'Agence nationale pour l'emploi (ANPE) était un établissement public administratif français placé sous la tutelle du ministère de l'économie, de l'industrie et de l'emploi, créé par l’ordonnance no 67-578 du 13 juillet 1967 sous l'impulsion de Jacques Chirac pour centraliser les offres et les demandes d'emploi, effectuer des statistiques sur le nombre de demandeurs d'emploi et gérer des centres de ressources pour aider les chercheurs d'emploi dans leurs démarches et leur parcours. Avec l’Unédic (et d’autres établissements), elle faisait partie du service public de l'emploi français et concrétisait le droit au travail reconnu par la Constitution de 1958. [...]
Avant la création de l'ANPE existaient déjà des systèmes facilitant la transmission d'informations entre employeurs de demandeurs de travail. En 1628 ou 1629, est créé le Bureau d'adresses par Théophraste Renaudot, destiné à recevoir les annonces proposant des emplois pour permettre aux pauvres de retrouver du travail. Aux lendemains de la Première Guerre mondiale, l'Action française crée un Office de placement gratuit destiné à servir d’intermédiaire entre employeurs et employés, dans l’espoir de leur rendre service.

chômage
A.− Suspension des travaux le dimanche et les jours de fête. « Le chômage du dimanche, le chômage des jours fériés. Le chômage d'une multitude de fêtes (About, La Grèce contemporaine, 1854, p. 268) [nous reste les jours chômés, où les salariés ne travaillent pas, pas pour autant chômeurs]
1. « Ce qui me frappait le plus, c'était l'apparence fantastique de la vieille femme, qui était pourtant une véritable paysanne, mais qui ne tenait aucun compte des dimanches, et filait sa quenouille ce jour-là avec autant d'activité que dans la semaine, bien que l'observation du chômage soit une des plus rigoureuses habitudes du paysan de la Vallée Noire.» G. Sand, Histoire de ma vie, t. 2, 1855, p. 280.
B.− P. ext. Situation d'une personne, d'une entreprise, d'un secteur entier de l'activité économique caractérisée par le manque de travail. Être en chômage, indemnités de chômage, l'augmentation du chômage en France, politique de lutte contre le chômage, résorber le chômage, la hantise du chômage. Ouvriers réduits au chômage (Joffre, Mémoires, t. 2, 1931, p. 195). « Le chômage dans (...) la chaussure. » (Abellio, Heureux les pacifiques, 1946, p. 155):
2. « Voilà deux misérables, deux serfs, mais différemment serfs. L'un de l'éternelle fixité des vœux absurdes qu'il lui faut faire demain, l'autre des hasards, des arrêts subits d'un métier de luxe, toujours menacé du chômage et de la faim.» Michelet, Journal, 1854, p. 252.
3. « Dans le secteur industriel, les chômeurs ou anciens chômeurs, ceux qui connaissent ou ont connu, dans le passé, la crainte du chômage, votent généralement à gauche.» Traité de sociol., 1968, p. 68.

le lumpenprolétariat de Marx, avec sa "bohème", est un mélange de tout ça, que l'on peut suivre dans son hétérogénéité depuis, mais difficilement analyser comme un rapport entre classes constituées de façon symétriques relativement aux rapports de production, parce que certaines catégories sont poreuses. Un sous-prolétaire devient prolétaire et inversement, un rentier absolument paupérisé, ou un délinquant, ne sont pas nécessairement prolétarisés. Sous-prolétariat m'apparaît comme plus parlant et juste que lumpenproletariat. Quant aux haillons, aujourd'hui, il en porte ou non

peut-être, en établissant ces distinctions objectives, dans le rapport au travail, peut-on établir des contours plus clairs du prolétariat au sens marxien de qui n'a pour vivre que sa force de travail

où l'on voit que ces différences restent valables d'hier à aujourd'hui, et sont plus pertinentes (que lumpenproletariat) en terme de composition donc de constitution de classe, considérant aussi que leurs intérêts, immédiats ou à long terme, ne sont pas toujours communs et donc la subjectivation de classe de ces catégories pas la même

entre la classe et les individus, il y a les catégories sociales, ou couches sociales qui introduisent une hiérarchie de revenus et de situations réelles, mais quant à la subjectivation révolutionnaire ou non, ou contre-révolutionnaires, il n'y a pas une absolue nécessité. Aussi constate-t-on qu'à origine, revenu et situation égale, des individus peuvent faire différents choix politiques (au sens large, en tant que sujet.s politique.s), mais jamais ne peut-on affirmer que leur subjectivité/subjectivation, même de classe, n'est pas, un temps, individuelle et dépendante d'un conjoncture de transformation en subjectivation de classe, et moins encore que la seule qualité de "sans réserve", au fond définissant un seuil de pauvreté, suffit à produire la subjectivation révolutionnaire


Citation :
Tant que la contradiction n'est pas apparue, les conditions dans lesquelles les individus entrent en relations entre eux sont des conditions inhérentes à leur individualité; elles ne leur sont nullement extérieures et seules, elles permettent à ces individus déterminés et existant dans des conditions déterminées, de produire leur vie matérielle et tout ce qui en découle; ce sont donc des conditions de leur affirmation active de soi et elles sont produites par cette affirmation de soi. En conséquence, tant que la contradiction n'est pas encore intervenue, les conditions déterminées, dans lesquelles les individus produisent, correspondent donc à leur limitation effective, à leur existence bornée, dont le caractère limité ne se révèle qu'avec l'apparition de la contradiction et existe, de ce fait, pour la génération postérieure. Alors, cette condition apparaît comme une entrave accidentelle, alors on attribue aussi à l'époque antérieure la conscience qu'elle était une entrave. [...]

Cette subordination des individus à des classes déterminées ne peut être abolie tant qu'il ne s'est pas formé une classe qui n'a plus à faire prévaloir un intérêt de classe particulier contre la classe dominante.

Les individus sont toujours partis d'eux-mêmes, naturellement pas de l'individu "pur" au sens des idéologues, mais d'eux-mêmes dans le cadre de leurs conditions et de leurs rapports historiques donnés. Mais il apparaît au cours du développement historique, et précisément par l'indépendance qu'acquièrent les rapports sociaux, fruit inévitable de la division du travail, qu'il y a une différence entre la vie de chaque individu, dans la mesure où elle est personnelle, et sa vie dans la mesure où elle est subordonnée à une branche quelconque du travail et aux conditions inhérentes à cette branche. [...]. Dans l'ordre (et plus encore dans la tribu), ce fait reste encore caché; par exemple, un noble reste toujours un noble, un roturier reste toujours un roturier, abstraction faite de ses autres rapports; c'est une qualité inséparable de son individualité. La différence entre l'individu personnel opposé à l'individu en sa qualité de membre d'une classe, la contingence des conditions d'existence pour l'individu n'apparaissent qu'avec la classe qui est elle-même un produit de la bourgeoisie.

Marx-Engels, L'idéologie allemande, Feuerbach 1845

ainsi, Temps Critiques, en partant de l'individu (voir) pour cherche la tension individu-communauté, ne pouvait qu'abandonner non seulement le prolétariat comme sujet politique, mais toute idée d'une classe révolutionnaire dont produire la constitution

c'est pourquoi, sur le plan théorique, il ne leur a pas été possible d'aller plus loin, puisqu'ils sautent à pieds joints et sur le processus de subjectivation comme dépassements à produire d'identités qu'ils ne peuvent plus alors considérer que comme particularités s'opposant à la communauté, et devenant communautariste. Identités de luttes pour communautés de luttes* spécifiques de catégories sociales
* on trouve chez eux ce terme, ainsi que chez Dauvé, dommage qu'ils n'en tirent pas davantage

dans le passage de l'IA : « tant que la contradiction n'est pas encore intervenue, les conditions déterminées, dans lesquelles les individus produisent, correspondent donc à leur limitation effective, à leur existence bornée, dont le caractère limité ne se révèle qu'avec l'apparition de la contradiction et existe... », nous pouvons voir un problème, c'est l'absence de ce processus passant pas la particularité d'une formation d'une identité de lutte spécifique à telle catégorie sociale confrontée à telle domination face au capital, sous un rapport idéologique certes, mais relevant d'une situation on ne peut plus objective comme rapport social particulier (femmes, "racisés"...)

l'erreur du prolétarisme voyant la constitution d'une classe révolutionnaire dans le seul rapport de travail (voire à la production) est un économisme; il s'effondre historiquement, socialement, et politiquement, et donc en théorie

c'est à quoi m'avait amené également ma critique du texte d'Hic Salta sur la couche moyenne salariée (CMS)

si « l’essence humaine n’est pas une abstraction inhérente à l’individu isolé. Dans sa réalité, elle est l’ensemble des rapports sociaux.» (Marx, Thèses sur Feuerbach, 1845), l'ensemble des rapports sociaux, ce ne sont pas que les rapports sociaux de production, et nous devons l'examiner sous l'angle de ce que sont les "rapports sociaux", de production et d'exploitation, de pouvoir et de domination, de sexe, de race, et les rapports sociaux à la nature, qui sont la base sur laquelle se forgent les identités de luttes face au capital selon des particularités différentes et des intérêts possiblement opposés, mais pas à opposer comme intrinsèquement révolutionnaires ou contre-révolutionnaires en termes de gros concepts tel que prolétariat et classe moyenne, même salariée

il n'y a pas plus "sans réserve" que le sous-prolétariat, et si ça n'en fait pas le sujet révolutionnaire par excellence, ça interroge la "révolutionnarité" du vrai prolétariat travaillant sans réserves

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MessageSujet: Re: 5.2. du LUMPENPROLETARIAT à la POPULATION en SURPLUS : quelle classe ? le SOUS-PROLÉTARIAT pour ou contre la révolution ?   Dim 24 Sep - 17:21


d'une sous-estimation relative de la surpopulation d'aujourd'hui

un peu de théorie, ou plutôt de Critique de l'économie politique, sous-titre du Capital, lu ici en 2009 par Alain Bihr, qui est tout sauf un mauvais lecteur de Marx bien que dans ce texte, il soit extrêmement discret sur le peu de cas que faisait celui-ci du lumpenprolétariat. Lui d'ailleurs ne va pas au-delà d'établir une corrélation entre d'une part chez Marx, la nature du capitalisme de produire de la misère, et d'autre part les formes de ce rapport aujourd'hui, ce qui nous semble bien court et parfois faux (mes remarques en bleu dans le texte de Bihr) sur le plan de l'analyse, un peu comme si Marx avait tout dit du capitalisme contemporain. Mais admettons que ce ne soit pas l'objet de ce texte, en retrait relativement aux considérations des précédents commentaires

Bihr Alain, « La surpopulation relative chez Marx »

revue Interrogations ?, N°8. Formes, figures et représentations des faits de déviance féminins, juin 2009

Sommaire
Citation :
- Introduction
- La production de la surpopulation relative
- Les deux fonctions de la surpopulation relative
- Les différentes formes de surpopulation relative
- La loi générale de l’accumulation capitaliste

Citation :
Introduction

L’exposé de ce concept occupe une bonne partie du chapitre XXV du Livre I du Capital, cependant intitulé « La loi générale de l’accumulation capitaliste », une formulation dont le sens se révélera en fin d’exposé. L’enjeu de l’introduction de ce concept est double.

En premier lieu, Marx entend rendre compte d’un phénomène socio-économique tout à fait particulier, propre au rapport de production capitaliste, qui le distingue donc radicalement des rapports de production qui l’ont précédé, et qui est un effet direct de l’accumulation du capital [1]. A savoir le fait qu’une partie de la population active (au sens économique habituel du terme), plus largement même une partie de la population en âge de travailler, se trouve exclue de l’emploi (donc vouée au chômage et à l’inactivité), voire exclue du circuit économique tout court. En un mot : placée en situation d’exclusion socio-économique. Tout se passe donc comme si cette population était « surnuméraire » (le terme est utilisé à de multiples reprises par Marx dans le cours du chapitre) : comme si elle était en excès, en excédent – comme si la société pouvait s’en passer. C’est ce que désigne directement le terme de surpopulation utilisé par Marx.

Mais cet excédent de population n’est pas absolu. Il ne s’agit pas d’un excès de population par rapport aux richesses produites, ou par rapport à la capacité de la société de produire des richesses, ou encore par rapport aux besoins de la production, aux besoins à satisfaire. Il faut en effet rappeler, Marx ne cesse d’y insister, que la production capitaliste n’a pas pour but premier de satisfaire les besoins sociaux existants, encore moins d’employer la main-d’œuvre disponible. Son but propre et en fait unique est la valorisation du capital, l’accroissement de la valeur-capital engagée dans la production par la formation d’une plus-value, et son accumulation, par capitalisation de cette plus-value. Et c’est uniquement en fonction des nécessités et des possibilités de cette valorisation et de cette accumulation que la population active ou, plus largement, celle en âge de travailler, va se trouver employée par le capital. Si excès de population il y a, il s’agit donc d’un excès seulement relatif au niveau de l’emploi tel qu’il est déterminé par les nécessités et les possibilités de la valorisation et de l’accumulation du capital. C’est pourquoi Marx parle de surpopulation relative : cette population n’est excédentaire que relativement aux exigences et aux opportunités de l’accumulation capitaliste.

En second lieu, contre Malthus qui est ici sa cible directe bien que non désignée comme telle, Marx entend montrer qu’il n’y a pas de loi générale de la population, valable en tout temps et en tout lieu, qu’au contraire chaque mode de production possède sa propre loi de population. À cette fin, il entend établir la loi de population qui caractérise spécifiquement le mode de production capitaliste.

La production de la surpopulation relative


Marx part de la question suivante : quels sont les effets de l’accumulation du capital sur le nombre de salariés employés par le capital, autrement dit sur le volume de la population active employée ? Et de montrer que ces effets sont doubles et contradictoires [2].

D’une part, toute accumulation du capital tend à produire une augmentation absolue de la population active occupée par le capital. En effet, quand du capital s’accumule (que ce soit sous la forme de l’accroissement d’un capital déjà existant ou sous celle de la formation d’un nouveau capital autonome), une partie de ce capital supplémentaire correspond à une avance additionnelle de salaires. Si l’on suppose que la valeur moyenne de la force de travail ne change pas entre-temps et a fortiori si elle tend à diminuer, comme c’est le cas en régime capitaliste, cette avance additionnelle de salaires se traduit nécessairement par des embauches supplémentaires.

Mais, d’autre part et inversement, l’accumulation du capital va aussi se traduire par une diminution relative de la population active occupée par le capital. En effet, l’accumulation de capital n’est pas un processus purement extensif, un simple élargissement de l’échelle de la production qui n’en modifierait pas les éléments composants et leurs rapports réciproques. Au contraire, c’est un processus dans lequel se produit sans cesse une révolution des conditions de production (des techniques, des moyens de travail, de l’organisation du travail, etc.) destinée notamment à accroître la productivité du travail. Or tout accroissement de la productivité du travail signifie, en définitive, une économie de travail : elle implique que l’on puisse produire autant, ou même plus, avec une moindre quantité de travail.

Evidemment, une économie de travail, cela ne signifie pas nécessairement une économie de travailleurs : moins de travailleurs occupés. Tout dépend de la manière dont varient simultanément la durée du travail et son intensité. Mais comme la tendance du capital est simultanément à l’accroissement de la durée et de l’intensité du travail (tendance qui n’est freinée que par la résistance et la lutte des travailleurs), l’économie de la quantité de travail que représente l’accroissement de la productivité se traduit nécessairement, dans un contexte capitaliste, par une économie de travailleurs : par un moindre nombre de travailleurs occupés relativement au volume du capital qui l’emploie et, par conséquent, au volume de la production.

L’accumulation du capital produit donc deux effets contraires quant au volume de la population active employée : son augmentation absolue et sa diminution relative. Dans ces conditions, à tout moment, la résultante des deux dépend de l’intensité relative avec laquelle chacun de ces deux effets se produit. Mais, globalement et à long terme, lequel des deux effets finit-il par l’emporter sur l’autre ? Là encore, les choses ne sont pas simples.

D’une part, le premier effet tend globalement à l’emporter sur le second. Autrement dit, la croissance absolue de la demande de travail l’emporte sur sa décroissance relative. Et, par conséquent, le nombre de travailleurs employés continue à croître absolument, malgré leur diminution relative, tant que se poursuit l’accumulation de capital.

Mais ce résultat global ne se produit ni de manière continue ni de manière uniforme. Il ne s’obtient qu’à travers des variations temporaires importantes (diminution pendant certaines années, stagnation pendant d’autres, augmentation pendant d’autres encore) ; et avec d’importantes disparités de situation entre les différentes branches, les différentes régions, les différents pays, le nombre des travailleurs employés diminuant dans certains cas pour augmenter dans d’autres. On retrouve ici l’effet des différentes combinaisons possibles entre l’augmentation absolue de la demande de travail produite par l’accumulation du capital, et sa diminution relative produite par l’augmentation de la productivité du travail.

D’autre part, si le premier effet l’emporte globalement sur le second, ce dernier se fait néanmoins de plus en plus sentir et se traduit par une diminution constante du taux d’augmentation de la demande absolue de travail (de forces de travail) de la part du capital. Autrement dit, au fur et à mesure que l’accumulation du capital se développe, la demande absolue de travail augmente certes, mais son taux d’augmentation ne cesse de diminuer. En conséquence, la population active employée par le capital continue de croître, mais son taux de croissance diminue régulièrement.

Ainsi arrive-t-il nécessairement un moment où le taux d’accroissement de la demande de travail (de nouvelles forces de travail) devient inférieur au taux d’accroissement de l’offre de travail, tel qu’il résulte des mouvements démographiques et sociologiques (natalité, mortalité, mouvements migratoires, comportements d’activité, etc.). Et c’est ainsi que l’accumulation du capital, avec ses effets contraires, produit en définitive nécessairement une surpopulation relative au sein des « travailleurs libres  », c’est-à-dire parmi ceux qui ont pour seule propriété leur force de travail et qui ne peuvent compter que sur la vente de cette force pour pouvoir vivre (se procurer les ressources monétaires indispensables à la satisfaction de leurs besoins vitaux dans le cadre d’une économie marchande). Une partie de la population des « travailleurs libres », qui serait en mesure de prendre part à la production, donc de travailler, ne trouve pas ou ne trouve plus à s’employer par le capital, à lui vendre sa force de travail tout simplement parce que celui-ci n’en a plus besoin (au moins immédiatement) pour se valoriser. Et, comme le processus ne cesse de se répéter à une échelle sans cesse plus étendue, cette surpopulation relative ne cesse pas elle-même de croître au fil de l’accumulation du capital.

Les deux fonctions de la surpopulation relative

Mais l’existence d’une telle surpopulation relative, pour aberrante qu’elle paraisse, n’est d’ailleurs nullement une anomalie au sein du mode capitaliste de production. Bien au contraire, elle y remplit deux fonctions fondamentales relativement à l’accumulation du capital, selon Marx.

En premier lieu, cette surpopulation relative constitue ce que Marx nomme, d’une expression très imagée, « l’armée industrielle de réserve  » du capital : une réserve de main-d’œuvre que le capital embauche ou débauche, de manière à gonfler ou dégonfler « l’armée industrielle en activité  », c’est-à-dire la main-d’œuvre salariée employée, au gré des fluctuations de ses besoins en main-d’œuvre variables selon les différentes phases du procès cyclique de son accumulation. C’est que l’accumulation du capital n’est pas un processus régulier et continu, c’est au contraire un processus cyclique au cours duquel se succèdent les phases de croissance lente, plus rapide, conduisant fréquemment à des emballements débouchant régulièrement sur des crises de surproduction, qui ne peuvent se résoudre que par de brutales contractions, avant que l’accumulation ne reprennent timidement pour parcourir le même cycle. L’existence de la surpopulation relative assure donc au procès d’accumulation du capital toute la flexibilité qu’exige l’irrégularité de sa propre marche. Et rend de surcroît l’accumulation du capital totalement indépendante du mouvement naturel de croissance ou de décroissance de la population. Elle lui assure une autonomie relative par rapport aux mouvements démographiques (natalité, mortalité, immigration). Autrement dit, l’existence d’une surpopulation relative n’est pas seulement un résultat du procès d’accumulation du capital, elle en est encore une condition.

C’est aussi ce que va faire apparaître sa seconde fonction : celle de faire constamment pression sur les travailleurs salariés employés, de manière à ce qu’ils acceptent leur exploitation, qu’ils se soumettent aux conditions (d’emploi, de travail et de rémunération) que leur impose le capital. Comment la surpopulation relative peut-elle produire un tel effet sur la partie employée des « travailleurs libres  » ? Tout simplement par la concurrence qu’elle leur mène en permanence et par la menace qu’elle fait peser sur chaque d’entre eux de se trouver remplacé par l’un des « surnuméraires » qui composent la surpopulation relative. Autrement dit, par la menace du chômage et de l’exclusion socio-économique potentielle qu’il représente pour chaque salarié employé.

Ainsi la surpopulation relative conduit à « discipliner » la part employée de la population. Elle est un merveilleux moyen créé par le capital pour déséquilibrer encore un peu plus en sa faveur le rapport de forces qui l’oppose en permanence aux travailleurs salariés. La menace du chômage et de l’exclusion socio-économique, menace incluse dans le fonctionnement normal de l’économie capitaliste, est un des plus sûrs moyens de maintenir l’ordre que requiert la marche de cette économie.

Il se forme ainsi un véritable cercle, vicieux pour les salariés et vertueux pour le capital. L’exploitation à laquelle est soumise la part employée du salariat permet de générer et de faire grossir en permanence la surpopulation relative, dont la concurrence contraint la précédente à accepter ses conditions d’exploitation. Autrement dit, chacune des deux parties, celle employée et celle inemployée, de la classe des « travailleurs libres », ainsi divisée et globalement affaiblie, fait le malheur de l’autre : la part employée parce que, par l’augmentation de la productivité mais aussi de l’intensité voire de la durée de son travail, elle crée les conditions qui permettent au capital de se passer des services productifs de l’autre partie, en la condamnant au chômage et à l’inactivité ; la part inemployée parce que, par sa concurrence et sa menace permanentes, elle force la partie occupée à accepter les conditions d’exploitation que lui fait le capital.

Les différentes formes de la surpopulation relative


Qui compose cette surpopulation relative ? Sa composition varie évidemment constamment, en fonction des circonstances, des différentes phases du cycle économique, selon les régions et les pays et bien évidemment selon les époques historiques. Sur l’exemple de l’Angleterre de la seconde moitié du XIXe siècle, Marx proposait cependant d’y distinguer quatre catégories, en allant de la moindre à la plus grande précarité dans le rapport salarial et par conséquent de la moindre à la plus grande distance par rapport à l’emploi salarié. Ces catégories ne constituent pas, évidemment, des ensembles étanches ; et les passages de l’une à l’autre sont parfaitement possibles, dans un sens comme dans l’autre. Marx distingue ainsi :

La surpopulation flottante
, ainsi dénommée parce qu’elle se compose de travailleurs constamment ballottés entre l’emploi et le chômage, mais pour lesquels l’emploi l’emporte malgré tout sur le chômage. Elle constitue donc une part de « l’armée industrielle de réserve » qui est enrôlée de manière régulière mais discontinue. Cela correspond aujourd’hui à la situation de salariés qui enchaînent les contrats à durée déterminée ou les missions d’intérim, les uns et les autres entrecoupés de brèves périodes de chômage. [je préfère l'idée développée par Théorie Communiste pour qui aujourd'hui Le précariat définit le salariat, ce n'est pas vraiment une réserve, ou par intermittence, et pas seulement industrielle]

La surpopulation latente : elle constitue le gros de « l’armée industrielle de réserve », immédiatement employable par le capital et qui l’est d’ailleurs dès que le besoin s’en fait sentir par le capital, par exemple dès que l’accumulation repart, que le cycle économique redémarre. Aujourd’hui : le gros des chômeurs en attente d’emplois et immédiatement employables. [comment Bihr la distingue-t-il d'une partie de la précédente, les précaires ?]

La surpopulation stagnante : elle se situe sur les franges, les marges extérieures de « l’armée industrielle de réserve ». Elle se compose de travailleurs qui n’ont (plus) que très peu de chances d’être enrôlés par le capital, du fait soit de leur manque de qualification, soit de leur âge, soit d’autres handicaps (maladie, infirmité, migration, etc.). Quand ils sont employés, c’est généralement sur les emplois les plus déqualifiés et les plus mal payés [s'ils sont employés, ils sont exploités, et ne sont plus dans la "marge extérieure"]. Ce sont donc des travailleurs le plus souvent installés durablement dans le chômage et l’inactivité (au sens actuel de ces termes). Et ils vivent pratiquement tous dans la pauvreté ou dans des situations proches de la pauvreté.

Enfin, dernière catégorie, ceux que Marx nomme d’un terme aujourd’hui passé de mode ou utilisé dans un sens différent, « le paupérisme ». On dirait aujourd’hui « les exclus ». Il s’agit de la part de la surpopulation qui ne fait pas (plus) partie de « l’armée industrielle de réserve », autrement dit qui n’est pas (plus) employable par le capital, donc qui se trouve en principe totalement et définitivement exclue de l’emploi salarié, rejeté sur les marches extérieures de celui-ci : ouvriers en état de travailler mais durablement jetés sur le pavé, enfants abandonnés et orphelins, ouvriers démonétisés ou trop vieux pour travailler, malades chroniques, infirmes, estropiés, etc. [mais enfin toute paupérisation n'est pas plus synonyme de prolétarisation que d'exclusion absolue !].En somme « l’hôtel des invalides de l’armée active du travail et le poids mort de sa réserve » [3] auquel il convient d’ajouter la masse des vagabonds, mendiants, criminels et prostituées qui se gonfle régulièrement d’éléments issus des groupes précédents. À de rares exceptions, les membres de cette dernière catégorie vivent dans la pauvreté, voire dans la misère et le dénuement total. Dans cette mesure même, ils se distinguent encore des autres catégories composant la surpopulation relative par leur statut d’assistés : ils ne doivent leur survie qu’à la charité, privée ou publique, ne pouvant tirer aucune ressource monétaire d’une occupation économique régulière (du moins licite).

La loi générale de l’accumulation capitaliste


Concluons. L’accumulation du capital, synonyme d’accroissement de la richesse sociale et, plus encore, des moyens sociaux de production de cette richesse, génère donc simultanément tout un dégradé de situations de pauvreté et de misère. Il se manifeste ainsi :

« Une corrélation fatale entre l’accumulation du capital et l’accumulation de la misère, de telle sorte que accumulation de richesse à un pôle, c’est égale accumulation de pauvreté, de souffrance, d’ignorance, d’abrutissement, de dégradation morale, d’esclavage au pôle opposé, du côté de la classe qui produit le capital même. » [4]

En somme, en régime capitaliste, la pauvreté et la misère ne résultent pas d’une insuffisance de la richesse sociale ou des moyens de la produire mais, tout au contraire, de l’accumulation même de la richesse et des moyens de la produire parce que cette richesse et ces moyens prennent une forme capitaliste, autrement dit la forme de valeur qui n’a d’autre but que sa propre valorisation.

Telle est la loi générale de l’accumulation capitaliste que la ‘mondialisation’ du capitalisme a universalisée, dont elle a fait une réalité aux dimensions planétaires, au fur et à mesure où elle a rapproché empiriquement le monde dans lequel nous vivons des présupposés mêmes de l’analyse marxienne : un monde purement et intégralement capitaliste. Pour qui voudrait s’en convaincre, qu’il consulte par exemple l’édition 2006 du Rapport sur le développement humain publié par l’ONU : il y apprendront que le revenu des 500 personnes les plus riches de la planète, quasi exclusivement générés par des droits de propriété capitalistes sur la richesse sociale, excèdent celui des 486 millions d’individus les plus pauvres de la planète… [5] Jamais dans leur histoire les sociétés humaines n’ont connu des inégalités sociales aussi abyssales que celles qui s’étalent sous nos yeux comme illustration de cette loi générale !

Notes
[1] Par capital, Marx entend un rapport social de production fondé sur l’expropriation des producteurs, la transformation de leur force de travail en marchandise, la formation d’une plus-value par exploitation de cette même force de travail permettant la valorisation du capital et la conversion d’une part plus ou moins importante de cette plus-value en capital additionnel (moyens de production et forces de travail supplémentaires), donnant ainsi naissance à une accumulation de capital.

[2] Tout le raisonnement de Marx a lieu, au sein de ce chapitre comme dans l’ensemble du Livre I du Capital, sur la base du double présupposé que toute l’économie est entièrement capitaliste et que le monde entier constitue, comme il le dit, « une seule et même nation », autrement dit un espace économique entièrement unifié, un seul et même espace de socialisation marchande du travail. Une situation vers laquelle tend, de fait, le capitalisme de nos jours.

[3] Le Capital, Livre I, Editions Sociales, Paris, 1950, tome III, page 86.

[4] Idem, page 88.

[5] United States Development Programme, Human Development Report 2006, New York, 2007, page 269 (http://hdr.undp.org/en/media/hdr06-complete.pdf)

moralité : Bihr est un bon pédagogue, ce qui n'est pas forcément un compliment chez moi, mais il est resté très "marxiste", ici rien au-delà de Marx

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MessageSujet: Re: 5.2. du LUMPENPROLETARIAT à la POPULATION en SURPLUS : quelle classe ? le SOUS-PROLÉTARIAT pour ou contre la révolution ?   Jeu 28 Sep - 11:05


à partir d'une critique autonomiste de la communisation en version Endnotes

« population en surplus, reproduction sociale,
et problème de la formation de classe »



dans Viewpoint Issue 5, SOCIAL REPRODUCTION, ce texte à l'entrée POPULATIONS

Surplus Population, Social Reproduction, and the Problem of Class Formation Bue Rübner Hansen October 31, 2015

Bue Rübner Hansen is a postdoctoral researcher and member of the editorial collective of Viewpoint.

Citation :
1. Introduction
2. The Necessity of Surplus Population Under Capitalism
3. Reproductive Crisis and Revolutionary Hopes
4. The Common Problem of Reproduction
5. Proletarian Differentiation
6. Class Formation Through Struggle
7. The Material Conditions of Composition

bien que je partage la critique du sujet centré sur le prolétariat exploité, de la vision sociologique des classes compartimentée selon la division du travail, et chez Endnotes du déterminisme structurel (à vrai dire jusqu'à 2013 seulement, Endnotes#4 infléchissant la réflexion et quittant le modèle français de la communisation), la production subjectiviste de «l'espoir» et l'alternative quasi-autonomiste proposées par Hansen ne vont pas dans le sens de mes considérations, et ce texte n'intéresse donc pas ma réflexion sur la constitution en classe, y compris dans sa dimension subjective. Le principal reproche de Hansen à Endnotes est de poser un modèle téléologique de la révolution/communisation et, en attendant la fin, d'observer les luttes actuelles sur ce critère : c'est celui que je fais à la théorie de la communisation en général et à Théorie communiste en particulier

quant aux longs passages consacrés au problème de la composition de classe (de Marx contre le lumpenprolétariat aux opéraïstes), il conduirait à nombres de redites, ces questions ayant déjà été traitées. Par contre cette conception permet de mieux saisir la différence entre composition et constitution en classe telle que je l'ai esquissée dans les précédents commentaires et précisée à partir du texte de Chuang sur les émeutes en Chine (voir suite chinoise dans 5. UNE CLASSE POUR LA RÉVOLUTION sujet révolutionnaire, composition vs constitution)

dans mon approche, il ne s'agit pas de trouver, comme dans ce texte, une unité de classe y compris dans une composition élargie à d'autres composantes d'un sujet révolutionnaire prolétarien, mais de saisir que c'est à partir de situations particulières diverses que ces individus et catégories sont confrontées directement au capital global, par définition de la subsomption réelle (le capital comme société), et luttent sur la base de leurs intérêts propres tout en prenant conscience par ces luttes "identitaires" (et leurs échecs tant qu'elle ne dépassent pas le communautarisme de lutte), conscience de leurs limites, « conscience du capital » qu'elles mettent en cause dans sa totalité

j'imagine par conséquent la possibilité d'un double mouvement, d'une part de communautés en luttes sur leur fronts spécifiques, d'autre part de (ces) luttes croisant des identités de prolétaires, de femmes, de victimes à divers titres de l'exploitation, des dominations, de la pollution, de l'expulsion... Cela permet d'envisager, sur le plan théorique, la production de dépassements de luttes "partielles" et la constitution d'un front commun pour un dépassement général, et pointe dans la crise des situations, des conjonctures dans lesquelles ces luttes se tissent des contenus et objectifs communs sur une somme d'intérêts pour tous au-delà d'un pour-soi, prolétarien, dominé sexuellement ou discriminé racialement, bref, cela pointe la constitution de sujets pluriels en classe des abolitions

cela ne saute pas pour autant à pieds joints, ou par une convergence politique illusoire, sur les segmentations et fragmentations, mais suppose possible une subjectivation révolutionnaire construisant une perspective universelle, ou pluriverselle, mieux que ne le fait la révolution basée sur le seul prolétariat (lequel ?), dont toute la tâche serait reportée dans le processus révolutionnaire, justifiant qu'« il va falloir attendre » (troploin), et cela donne donc du grain à moudre, de maintenant à la révolution, aux communistes

cerise sur le gâteau théorique, cela repose la question de l'immédiateté du processus de communisation, dans lequel ces tissages sont produits comme l'absorption par le prolétariat des couches moyennes et paysannes, « achevant leur prolétarisation » dans un « processus global d’intégration de l’humanité au prolétariat » (TC24), tout en s'abolissant comme classe. Ma présentation demeure schématique, mais elle n'aboutit pas à plus schématique encore par pure logique "dialectique" et bâton magique de la crise démiurge qui va tout déclencher, mondialement et de façon immédiate

PS : avec un tel texte, je comprends mieux que "Viewpoint", qui constitue des dossiers et diffusent des textes dans la mouvance opéraïste, enquête ouvrière, ultragauche autonome, ou décolonial, garde ses distances avec la théorie de la communisation, et accessoirement avec moi. Aux États-Unis, la communisation est connue par les textes de Dauvé, ceux de Endnotes et ceux de "Théorie communiste" qu'il a traduit, et la compilation "Communization and its Discontents", ed. Benjamin Noys (Wivenhoe/New York/Port Watson: Minor Composition, 2013)

dans l'introduction à ce numéro 5 en octobre 2015, Making a Living, Asad Haider and Salar Mohandesi, coéditeurs de Viewpoint, écrivent :

Citation :
We should not take this to mean that social reproduction is a transhistorical category of economic necessity, and that therefore it joins production as an anthropological imperative. It should point us instead to the specificity of capitalist social relations, which begin, in the words of Michael Denning, “not with the offer of work, but with the imperative to earn a living.”20 When we assume the perspective of social reproduction, we see that our basic state, so to speak, is not defined by a waged job, but rather existential wagelessness. On the terrain of social reproduction it becomes abundantly clear that unemployment precedes employment, the informal economy precedes the formal, and proletarian does not mean wage worker.

20. Michael Denning, “Wageless Life,” New Left Review 66 (November-December 2010): 80

Nous ne devrions pas prendre [ce qui précède] pour signifier que la reproduction sociale est une catégorie transhistorique de la nécessité économique, et qu'elle rejoint donc la production comme un impératif anthropologique. Elle devrait nous diriger plutôt vers la spécificité des relations sociales capitalistes, qui commencent, selon les mots de Michael Denning, «non pas avec l'offre de travail, mais avec l'impératif de gagner sa vie ».20 Lorsque nous assumons la perspective de la reproduction sociale, nous voyons que notre état fondamental, pour ainsi dire, n'est pas défini par un travail salarié, mais plutôt par une existence sans salaire. Sur le terrain de la reproduction sociale, il devient très clair que le chômage précède l'emploi, l'économie informelle précède le formel, et le prolétaire ne signifie pas travailleur salarié.

The struggles at the level of social reproduction link with those in the fast food industry, agriculture, hospitals, universities, and logistics, attesting to the need for a unitary field of analysis and antagonism. The political question today is how to effectively articulate the plurality of struggles on these diverse terrains in a way that can begin the long process of building a new class power. And that brings us once again to the question of political organization.

Les luttes au niveau du lien de la reproduction sociale avec ceux de l'industrie de la restauration rapide, l'agriculture, les hôpitaux, les universités et la logistique, attestent de la nécessité d'un champ unitaire d'analyse et d'antagonisme. La question politique aujourd'hui est de savoir comment articuler efficacement la pluralité des luttes sur ces différents terrains d'une manière qui peut commencer le long processus de construction d'un nouveau pouvoir de classe. Et cela nous ramène encore une fois à la question de l'organisation politique.

si semble se dessiner l'idée d'une nouvelle classe, elle n'est pas très loin de la multitude selon Toni Negri, à quoi s'ajoute l'ambivalence d'organisation, entre structure permanente et organisation des tâches, qui ouvre la boîte de pandore de tous les syncrétismes théorico-politiques possibles, ce que ne manque pas de faire la revue Viewpoint

l'insistance sur la reproduction sociale de tous les textes cités comme pouvant rejoindre partie de mes questions, me semble chercher une dynamique dans les rapports de distribution plutôt qu'entre ceux-ci et les rapports de production, sans parler des thèses de Joshua Clover dans Riot Strike Riot, avec le primat de la circulation sur la production caractérisant la période historique comme ère des émeutes, et la confusion entre reproduction sociale et reproduction du capital relevée par Alberto Toscano dans son excellente critique de Clover Limits to Periodization, September 6, 2016

la trilogie reproduction sociale-circulation-distribution recouvre et masque la centralité de la production pour le capital : disons simplement que des marchandises qui ne sont pas produites ne circulent pas, ne sont pas distribuées, et ne reproduisent rien ni personne

tout cela renvoie aux analyses de Théorie communiste dans Relec­ture cri­tique de Une séquence particulière 19 septembre 2017 :

Citation :
ce jeu (rap­ports de pro­duc­tion / rap­ports de dis­tri­bu­tion) défini comme sus­cep­tible de dyna­mique à par­tir du moment où on ne consi­dère pas les termes comme ceux d’une alter­na­tive (soit l’un, soit l’autre). Si les cir­cons­tances impactent cette rela­tion entre les rap­ports de pro­duc­tion et les rap­ports de dis­tri­bu­tion c’est qu’elle est spé­ci­fi­que­ment déter­mi­nante dans la crise actuelle et que par là c’est elle-même qui défi­nit la pos­si­bi­lité d’efficacité des cir­cons­tances sur elle.

Les reven­di­ca­tions et luttes sur la dis­tri­bu­tion sont constam­ment dans une ambi­guïté et qu’elles ne sont pas toutes iden­tiques dans leur capa­cité à dési­gner les rap­ports de pro­duc­tion. C’est pour cela que toutes les révoltes contre un « des­tin de pauvre » (pay­sans même « sans terre », micro entre­pre­neurs infor­mels) ne sont pas iden­tiques. Il fau­drait éga­le­ment reve­nir sur la rela­tion entre rap­ports de pro­duc­tion et de dis­tri­bu­tion dans la consti­tu­tion de l’identité ouvrière.

il faut y revenir parce qu'un problème de même type se pose pour la constitution d'une classe révolutionnaire, donc de son identité aussi traduisant son existence pour soi-pour tous, autrement dit son caractère universel/pluriversel. Dans le capitalisme comme société (subsomption réelle), il y a du travail productif (de plus-value) un peu partout, mais ce n'est pas pour autant que les luttes des travailleurs (en partie) productifs pointent la production comme centrale dans le capitalisme, mode de production qui se reproduit : that is the question

scratch

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MessageSujet: Re: 5.2. du LUMPENPROLETARIAT à la POPULATION en SURPLUS : quelle classe ? le SOUS-PROLÉTARIAT pour ou contre la révolution ?   Lun 9 Oct - 20:58


en relation, pas encore lu, mais j'aime bien l'accent, et les images bounce


Welcome to Brexitland!

Kosmoprolet "Amis de la société sans classes" 27. September 2017

«HURRA, DIESE WELT GEHT UNTER!», TRIUMPHIERT HENNING MAY IN SEINER HOOK IN DEM GLEICHNAMIGEN K.I.Z.-SONG UND LIEFERT DEN SOUNDTRACK FÜR DIE LANDSCHAFTEN DES POST-KAPITALISMUS. DOCH DAVON KANN HEUTE NOCH KEINE REDE SEIN: VON MANCHESTER ÜBER DRESDEN UND REIMS BIS DETROIT – VERLASSENE FABRIKHALLEN, ROSTIGE MASCHINENPARKS UND LÖCHRIGE STRASSEN BILDEN DIE KULISSE FÜR DIE WÜTENDEN PROLETARISIERTEN, DIE SPÄTESTENS SEIT DEM EINBRUCH DER GLOBALEN KRISE 2008 DIE POLITISCHE BÜHNE DER EINSTIGEN INDUSTRIENATIONEN BETRETEN HABEN. SIE HABEN IHRE FESTEN JOBS VERLOREN. ODER SIE WISSEN ZUMINDEST VON FREUNDEN, FAMILIE UND NACHBARN, WAS IHNEN JEDERZEIT BLÜHEN KANN. EIN LEBEN ZWISCHEN ARBEITSLOSIGKEIT UND UNSICHEREN, SCHLECHT BEZAHLTEN JOBS OHNE DIE AUSSICHT AUF EINE BESSERE ZUKUNFT. NACH EINER GLOBALEN WELLE VON KÄMPFEN - ZWISCHEN OCCUPY, PLATZBESETZUNGEN UND MASSENBEWEGUNGEN IN GRIECHENLAND, SPANIEN UND FRANKREICH, DEM ARABISCHEN FRÜHLING ODER DEM GEZI-PARK AUFSTAND IN DER TÜRKEI – WIRD SPÄTESTENS MIT MILLIONEN STIMMEN FÜR BREXIT, TRUMP, LE PEN UND JETZT AUCH FÜR DIE AFD EIN PROZESS DER GESELLSCHAFTLICHER REGRESSION IMMER OFFENBARER. WAHLKÄMPFE UND REFERENDEN WERDEN ZU SCHAUBÜHNEN VON NEUEN PARTEIEN UND IHREN SCHRILLEN KANDIDATEN, DIE MIT RASSISTISCHEN PAROLEN, UNMISSVERSTÄNDLICHEN DROHGEBÄRDEN UND NATIONAL-CHAUVINISTISCHEN FORDERUNGEN DAS WAHLVIEH AGITIEREN. DOCH WÄHREND K.I.Z. BEREITS DIE FROHE BOTSCHAFT EINER BESSEREN WELT («AUF DEN TRÜMMERN DAS PARADIES!») VERKÜNDEN, BEGINNT SCHEINBAR GERADE EINE NEUE ÄRA DER MONSTER. DER FOLGENDE ARTIKEL IST EIN STREIFZUG DURCH NORDENGLAND, EINST DIE GRÖSSTE INDUSTRIEREGION DER WELT – HEUTE ABGEHÄNGT UND DEINDUSTRIALISIERT: WELCOME TO BREXITLAND!


Citation :
Um in die ehemalige Kohle-Stadt Stainforth zu gelangen, nimmt man die Regionalbahn der Northern Railway von Doncaster nach Scunthorpe. Die Fahrt fühlt sich an wie eine Reise in die Vergangenheit. Der Antrieb der Bahn erfolgt durch eine alte Diesellok. Bei jeder Anfahrt wird ein höllischer Lärm erzeugt, dazu schleicht im ganzen Waggon der ölige Geruch des mittlerweile aus der Mode gekommenen Dieseltreibstoffes durch die Luft. Von der Decke hängen mit Schweiß vollgesogene Ledergriffe zum Festhalten. Die schweren Türen machen beim Schließen noch richtig Krach. Keine Displays, keine Computerstimme, die die nächste Station ansagt. Das übernimmt der grimmig aussehende Fahrkartenkontrolleur nebenbei. Blechern ertönt seine Durchsage: „Next station Hatfield & Stainforth“.

Der Ausgang des kleinen Bahnhofs führt direkt vom Bahnsteig über eine Betontreppe auf eine blaue Eisenbrücke. Oben angelangt hat man das Gefühl auf einer Aussichtsplattform zu stehen. Fast unvermeidlich fällt der Blick auf das alte Kohlebergwerk, The Hatfield Main Colliery, das nur weniger hundert Meter entfernt wie eine rostige, tote Krake emporragt: Riesige Türme, Speicheranlagen und Kohleförderbänder, die jetzt stillstehen. Man könnte denken, dass die Überbleibsel der alten Zeche bei Stainforth als Denkmal dienen sollen – als Andenken für eine Zeit, in der Großbritanniens Kohleminen, Stahlgießereien, Glaswerke und Autofabriken noch unermüdlich für den Weltmarkt produzierten. Dörfer wurden zu Kleinstädten. Ununterbrichen stieg der dunkle Rauch aus den Fabrikschloten, rund um die Uhr wurde malocht. Nach der Schicht ging es in die Pubs, die hier wie Pilze aus dem Boden schossen. Bis zu 5000 Minenarbeiter sollen zu Hochzeiten alleine in der Kohlemine der Minenarbeiterstädte Hatfield und Stainforth gearbeitet haben.

The making of the english working class

Stainforth liegt im Nordosten Englands, in der Region Yorkshire südlich von Leeds und östlich von Sheffield, Manchester und Liverpool. Hier schlug noch vor wenigen Jahrzehnten das Herz der britischen Schwerindustrie, täglich wurden tausende Tonnen Kohle und Stahl für den Weltmarkt gefördert. Und hier liegen die „Fabrikstädte“, die Friedrich Engels schon vor 170 Jahren besucht hat, um sich ein Bild der Lebensbedingungen der neuen Fabrikarbeiter zu machen. Es war die Zeit der industriellen Revolution im 19. Jahrhundert. In seinem Buch Die Lage der arbeitenden Klasse in England zeichnete Engels ein düsteres Bild: „Man gibt ihnen feuchte Wohnungen, Kellerlöcher […] Man hetzt sie ab wie das Wild und lässt sie nicht zur Ruhe und zum ruhigen Lebensgenuss kommen […] Arbeitet sie dagegen täglich bis zur gänzlichen Abspannung aller geistigen und physischen Kräfte ab.“ Hier entstand die kapitalistische Maschinerie mit ihren neuen riesigen Fabrikhallen und damit auch das moderne Industrieproletariat: the making of the english working class. So ist es wohl die kühle Ironie der Geschichte, dass in den 1970er Jahren ausgerechnet hier die symbolträchtige De-Industrialisierung und damit auch der Niedergang der großen Industriearbeiterklasse der westlichen Industrienationen seinen Anfang nahm. Ob in Detroit, Manchester, dem Norden Frankreichs oder dem Ruhrpott, die Bilder sind die gleichen: Verlassene Fabrikhallen, rostige Maschinenparks, löchrige Straßen und Fabrikarbeiter, die nicht mehr gebraucht werden.

Der rust belt von England


Die Demontage der Fabriken erfolgte nicht ohne Widerstand. Massive Mobilisierungen gegen die Ankündigung der Schließung eines Großteils der Kohleminen gipfelten schließlich in den legendären großen Minenarbeiterstreiks gegen Thatcher 1984/85 und waren – von heute aus betrachtet – das vorerst letzte Aufbäumen der Arbeiterklasse zwischen Liverpool, Manchester und Sheffield. Bekanntermaßen erlitten die Arbeiter dabei auch ihre größte Niederlage. Danach schlossen erst die Zechen, dann die Stahlgießereien, schließlich Glaswerke und Autofabriken. Nach dem die Iron Lady die Macht der Arbeiter gebrochen hatte, war der Weg frei für Thatchers radikale ökonomische Wende: Sozialer Kahlschlag, drastische Privatisierungen staatlicher Unternehmen – von Bahn, Post, Telekommunikation, Schulen, Krankenhäusern – und die Liberalisierung des Finanzmarktes. In kürzester Zeit wurde die einstige Stahlregion zum rust belt von England, aus den Minenarbeitern wurden Arbeitslose. Großbritannien, vormals größte Industriemacht der Welt, verkrüppelte zu einem Industrie-Invaliden. Gleichzeitig wurde das Land, und allen voran die Londoner-City, nach Thatchers Deregulierung zu einem der größten Finanzmärkte der Welt.

Am Bahnhof von Hatfield & Stainforth bin ich mit Sheena Moore verabredet. Nach einer herzlichen Begrüßung wechselt sie gleich in den Kampfmodus: „Today we get that bitch down“, gemeint ist Theresa May. Es ist der 8. Juni, der Tag der vorgezogenen Wahlen in Großbritannien. May ist nicht nur mit dem Versprechen eines harten Brexits angetreten, sondern auch mit der Ankündigung von massiven sozialen Kürzungen. Der Hass auf die Tories wurde Sheena Moore quasi in die Wiege gelegt. Sie ist 55 Jahre alt, Sozialarbeiterin, in Stainforth geboren und aufgewachsen. Ihr Vater, ihr Bruder und auch ihr Ex-Ehemann waren alle früher Kumpel in der Zeche der Hatfield Main Colliery. Sie selbst arbeitete nie in der Mine, das war „Männersache“, so Sheena Moore. Aber 1984/85 kämpfte sie als junge Frau zusammen mit zehntausenden Bergarbeiterfamilien auf der Straße und bei den Massenstreiks ganz vorne mit an den picket lines. Mehrmals hat Sheena Moore die Knüppel der britischen riot-police abbekommen und dabei Prellungen und blutige Wunden von der heftigen Konfrontation mit der Staatsmacht davongetragen. Hier wurde gemeinsam gekämpft und hier ging man zusammen unter. Heute trägt das verarbeitende Gewerbe Großbritanniens nur noch ca. zehn Prozent zum BIP bei. Zum Vergleich: Die vor allem in der Londoner City angesiedelte Finanzindustrie liegt mittlerweile je nach Statistik zwischen 14 und 17 Prozent.

Die Zeche war das pulsierende Herz von Stainforth

Heute arbeitet Sheena Moore als Sozialarbeiterin im sozial-psychologischen Dienst. Sie könnte Stunden über die Menschen und Probleme vor Ort erzählen: Alleinerziehende Mütter ohne Arbeit, junge Männer, die von Alkoholismus und Hoffnungslosigkeit befallen sind, prekär Beschäftigte, die in den wenigen kleinen Shops, Call Centern und vor allem im Transportwesen oder im Servicebereich arbeiten. Amazon hat kürzlich 500 Jobs in einem neuen Logistikzentrum geschaffen, „schlecht bezahlt, aber wenigstens etwas“, so Sheena Moore. Die Arbeitslosigkeit liegt in der Region laut Statistik zwar nur bei sieben Prozent, aber die Einkommen zählen zu den niedrigsten in ganz Großbritannien. So sind sehr viele Haushalte von staatlicher Hilfe abhängig, denn der Lohn allein trägt nicht mehr die Lebenshaltungskosten. Die Tristesse des Alltags vermischt mit der Perspektivlosigkeit hat schwerwiegende Folgen: Psychische Erkrankungen häufen sich, die Suizidrate in Yorkshire ist im Verhältnis zu anderen Gegenden des Vereinigten Königreichs hoch. Als Sheena Moore mir das alte Kohlebergwerk zeigt, lässt sie ganz nebenbei einen Satz fallen, der hängenbleibt: „Die Zeche war das pulsierende Herz von Stainforth, jetzt hat es aufgehört zu schlagen . Ungefähr so schnell, wie der Rost sich durch die alten Stahlträger des Bergwerks frisst, sterben auch die Häuser, die Stadt und die Menschen langsam mit.“ Wie um es zu beweisen, legt sie mit einer plausiblen Erklärung nach. Über 20 Pubs hätte es damals gegeben, die abends nach der Schicht natürlich immer überfüllt waren. Die Leute haben getrunken, waren zusammen, hatten Spaß, man verliebte sich, feierte; die Kumpel, das war eine Community. Jetzt gibt es noch ein einziges Pub in Stainforth – und das steht kurz vor dem Aus.

„UND JETZT NENNT ER MICH RASSISTIN!“

Nordengland ist Brexitland. In der Region Doncaster hat eine überragende Mehrheit von fast 70 Prozent für Leave gestimmt. In London-City haben 60 Prozent dagegen gestimmt. Stärker könnte der Kontrast kaum sein. Die Zahlen passen zu der Entwicklung, die der französische Autor Didier Eribon in seinem autobiografischen Roman Rückkehr nach Reims festgehalten hat. In Frankreich sind es die mittlerweile tendenziell überflüssig gemachten Proletarier der Schwerindustrie aus dem Nordosten, die früher die Kommunistische Partei gewählt haben und heute die Basis des rechtsnationalen Front National bilden. In Nordengland, eigentlich eine uneinnehmbare Hochburg der Labour Partei, konnte die nationalistische UKIP mit ihrer migrantenfeindlichen, rassistischen Brexit-Kampagne nun die alten Malocher aus den Zechen und Stahlwerken mobilisieren.

Ein Jahr später, am 8. Juni sind wieder Wahlen in Großbritannien. Um für die Brexit-Verhandlungen mit der EU eine komfortable Mehrheit hinter sich zu wissen, hat Premier Theresa May kurzerhand zu Neuwahlen aufgerufen. Sheena Moore und ihre Leute sind für eine Tee-Pause zuhause eingekehrt. Von hier wird gleich weiter in die Schlacht gezogen. Die letzten Stimmen für den sozialdemokratischen Kandidaten Jeremy Corbyn sollen gesichert werden. Das Wohnzimmer gleicht einer inoffiziellen Parteizentrale; überall liegen Flyer von der Labour Partei, Listen, mit den Namen der bereits abgeklapperten Straßen fliegen herum, Leute diskutieren aufgeregt am Essenstisch. Es gibt ein kleines Buffet zur Stärkung – gekochte Eier, Salat, Kekse, Tiefkühlpizza und Fertig-Quiche aus dem Ofen. Das Haus ist voll. Aber nur einer aus der Runde, der sich seit Tagen tüchtig für die sozialdemokratische Partei einsetzt, ist Mitglied bei Labour. Ein Freund mit seinem kleinen Sohn ist da, Sheenas ältere Schwester Linda, der eigene Sohn Brandon mit Tochter und die 40jährige Nichte. Auch die beste Freundin Karry. Als das Thema auf den Brexit kommt, erzählt Sheenas Schwester von ihrem Sohn. Er ist Grafikdesigner und lebt in der Hauptstadt, der „London Bubble“, wie sie sie nennt. Seit dem EU-Referendum redet er nicht mehr mit seiner Mutter. Er sagt, sie sei eine Rassistin, weil sie sich für den Brexit eingesetzt habe. Sheena Moore mischt sich ein: „Ich werde es immer wieder sagen: es geht nicht um Rassismus, sondern um Klassenkampf.“ Ihre Schwester wird wütend: „Wir sind Sozialisten. Ich habe meinen Sohn früher immer gesagt, dass er Flüchtlinge und Migranten respektieren soll, dass Rassismus in meinem Haus nicht akzeptiert wird. Und jetzt nennt er mich eine Rassistin! Welche Drogen nehmen die denn da in London? Und: er ist nicht einmal reich. Hat keine richtige soziale Absicherung, hangelt sich von Job zu Job. Er ist blind.“ Sie atmet tief ein. Aufbruch: Die nächste Runde Door-Knocking steht an. Es ist 15 Uhr, die Wahllokale schließen um 22 Uhr. Das Vertrauen, dass „Jeremy“, wie sie den linksnationalistischen Neo-Keynesianer hier zärtlich beim Vornamen nennen, nach einem Wahlsieg endlich anpacken und etwas verändern würde, ist groß.

„We want to take back control of our country!“

Wir ziehen durch die Straßen von Stainforth. Die kleinen, roten Backsteinhäuser mit ihren Hinterhofparzellen erinnern an die Kulisse von Billie Elliot oder Szenen in Ken Loachs Film Kes von 1969, der von dem Arbeiterjungen Barry handelt, gedreht tatsächlich nur ein paar Kilometer weiter in der ehemaligen Kohlestadt Barnsley. An den Türen sind zwei Themen Dauerbrenner: Der Brexit und Theresa Mays angekündigte Sparmaßnahmen. Fast alle sind sich einig: Leave war die richtige Entscheidung, denn so könne es nicht weitergehen. Ebenso vereint sind die Leute in den Hoffnungen, die mit dem Labour-Vorsitzenden Corbyn verbunden sind. Bei der Frage, was die Leute von dem Brexit erwarten würden, kommen Argumente, die stark an Trumps „Make America Great Again“-Rhetorik erinnern. Und auch hier sind des die nationalistischen Slogans der Leave-Kampagne, die ziehen: „We want to take back control of our country!“. Jeremy Corby hat sich diese Parole für die Wahlen selbst angeeignet und gibt ihr einen links-nationalistischen Dreh. So ist von seinen Anhängern zu hören: Die abgewanderte Industrie solle wieder aus Deutschland und Frankreich zurückgeholt werden. Man sei verarscht worden damals. London habe die Banken bekommen, Deutschland die exportstarken Fabriken. Es geht um die Wiederverstaatlichung von Bahn und Telekommunikation, aber auch um die Kontrolle der Migration. Da wird man hellhörig. Gibt es denn keinen Zusammenhang zwischen der rassistischen Kampagne von UKIP und der erstarkten nationalistischen Stimmung, sowie den vielen Übergriffen auf Migranten nach dem Brexit Votum? Es wird abgewiegelt. „Das waren Einzelne. Darum geht es nicht beim Brexit“. Wenn man aber tiefer gräbt, geht es ans Eingemachte. Man sei „nicht prinzipiell gegen Flüchtlinge oder Arbeitsmigranten“, die seien ja nicht schuld. Zwei junge Männer kommen uns mit dem Auto entgegen. Freunde von Sheena Moore. Auch sie machen Wahlkampf. Bei dem Thema Migration sind sie auf Corbyns Seite: „Es kann nicht sein, dass die großen Firmen sich Menschen ins Land holen, denen man nur einen Hungerlohn zahlt und wir am Ende ohne Jobs dastehen. Das sei doch nur gut für die Unternehmer“, so der stark gebaute, volltätowierte Marc. Sie fahren weiter, mit runtergelassener Fensterscheibe durch ihren Stadtteil, das Megafon in der Hand. „Wählt Labour. Wählt für Gerechtigkeit. Stürzt die Tories. Stürzt Theresa May. Jetzt.“, schreit einer der beiden in die Blechtüte.

Traum vom gerechten Staat gegen das Finanzkapital

In einem lesenswerten Interview mit der Wochenzeitung Die Zeit hat Didier Eribon die neuen Entwicklungen des Linksnationalismus sehr treffend kommentiert: „Dass die Linken rechte Argumentationen übernehmen, sieht man aber leider immer häufiger: Die Nation gegen die Oligarchie, die Heimat gegen die Finanzelite, das Volk gegen die da oben. Viele meiner Freunde sagen jetzt nach dem Brexit: Das ist der schlechte Nationalismus, wir aber vertreten den guten Nationalismus. Ich kann da keinen Unterschied erkennen.“ Der „richtige Nationalismus“, so argumentieren die Britischen Corbyn-Fans auch. Ihre „Take back control of our country“-Idee ist der Traum vom gerechten Staat gegen das Finanzkapital. Die Illusion vom guten Kapitalismus gegen den bösen oder wie es hierzulande die Sozialdemokratie benennt: den Turbokapitalismus. Die Logik bleibt die gleiche: Politische Inszenierung und Stimmenfang mit reaktionären und rassistischen Ideen. Ob es der Franzose Melanchon ist, der im Wahlkampf unter wehender Nationalflagge und dröhnender Marseillaise verkündet: „das höchste gut der Völker ist die nationale Souveränität“, oder hierzulande die Linkspartei mit ihrer Spitzenkandidatin Sara Wagenknecht und ihrer Parole: „Wer Gastrecht missbraucht, hat sein Gastrecht verwirkt.“ Besser kann es eigentlich nur noch die NPD ausdrücken: „Kriminelle Ausländer raus“. Leider ist das keine neue Entwicklung. Die Linke und den Patriotismus verbindet eine lange Tradition. In entschiedenen Momenten konnten Sozialisten und Sozialdemokraten nationalistische Stimmungen unter den Arbeitern oft erst wirklich salonfähig machen. Fängt man einmal an mit der Blut- und Bodenrhetorik, dann ist es nicht mehr weit mit dem Hass auf die, die anders aussehen oder einfach nur den falschen Pass besitzen. So gab es in Großbritannien kurz nach dem Brexitvotum zahlreiche Übergriffe auf Migranten. Die polnischen Gastarbeiter beispielsweise können ein trauriges Lied davon singen.

Ausgerechnet jetzt, ausgelöst durch den Krisenschub 2008, der die zerstörerischen Kräfte der kapitalistische Produktionsweise auch in Europa immer deutlicher zum Vorschein gebracht hat und mittlerweile selbst die fleißigen Schreiberlinge in den Feuilletons der Bürgerzeitungen fragen lässt, ob der Kapitalismus denn noch richtig funktioniere, verwechseln viele anscheinend Keynesianismus und Steuerpolitik mit radikaler Gesellschaftskritik. Obwohl es die Regierungschefs und ihre Minister sind, oft im Verbund mit den Gewerkschaftsbossen, linken Parteien und Arbeitgeberverbänden, welche die massiven Austeritätsprogramme gegen die Proletarisierten durchsetzen, sinkt nicht das Vertrauen in den Vater Staat, sondern in letzter Hoffnung klammern sich viele an die Nation wie an ihr letztes Hemd. Didier Eribon steht mit seiner deutlichen Ablehnung der linksnationalistischen Irrwege auf der richtigen Seite und macht sich zum sympathischen Gefährten des bescheidenen Haufens der vaterlandslosen Genossen. Leider ist er, wie viele Kritiker der Stunde, kein großer Dialektiker, so hat er den Marxismus gegen bourdieuische Soziologie eingetauscht. Auch eine grundlegende Staatskritik bleibt ihm fremd. So sieht er die reaktionäre Wende der Industriearbeiterklasse vor allem im Versagen der Linken begründet: Sie seien es gewesen, die die neoliberalen Reformen mitgemacht und diskursiv verteidigt hätten. Damit hätten sie ihre Wählerschaft verprellt und sich selbst unwählbar gemacht. So kann man sich dann auch seine diffuse Hoffnung auf eine neue linke Partei erklären, die es richten soll. Dass die krisenhafte Entwicklung des Kapitalismus, kurzum die kapitalistische Produktionsweise selbst, mit der aktuellen Misere zu tun haben könnte, darauf kommt er nicht. Wer am Ende nicht sehen will, dass es einen zentralen Widerspruch zwischen Arbeit und Kapital gibt, das die Klassenfrage nicht durch Umverteilungspolitik geregelt und in Krisenzeiten die soziale Verelendung nicht mal gelindert werden kann, hat entweder die Tragweite der aktuellen Situation nicht begriffen oder ist schlichtweg borniert. Es hat schon eine gewisse Ironie, dass heute ein großer Teil der Bourgeoisie und ihrer politischen Vertreter gegen Brexit, Trump und Le Pen zu mobilisieren versuchen, sich für offene Grenzen und gegen Protektionismus oder für die Schwulenehe einsetzen, aber die Proletarier auf der anderen Seite aus Angst vor den Folgen der nächsten Rationalisierungswelle auf die nationale Karte, quasi als letztem Trumpf in der Arbeitsplatzkonkurrenz setzen und sich nebenbei zunehmend auch noch als Hüter reaktionärer, konservativer Werte versteht. So kann man wohl sagen: Die Klassenfrage ist wieder auf dem Tisch. Aber nicht als vereinigte Internationale, sondern in ihrem reaktionärsten Gewand, zutiefst verunsichert, versprengt und häufig mit der hässlichen Fratze des Chauvinismus sichtbar gemacht.

Mythos über die guten alten Zeiten der Arbeiterklass
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Mitten im Ortskern von Stainforth angekommen zeigt Linda, die ältere Schwester Sheena Moores, auf die andere Seite der Hauptstraße. „Hier war früher der Marktplatz und gleich daneben mehrere Pubs. Hier haben wir uns getroffen, hier wurden Neuigkeiten ausgetauscht. Es wurde viel gelacht. Hier hat man sich sogar verliebt.“ Ihre Augen füllen sich für einen kurzen Moment mit Tränen. „Der Verlust des sozialen Zusammenhalts sei das schlimmste“, so Linda. Auf dem einstigen Marktplatz gegenüber liegt Müll, rostige Autos stehen herum, es sieht nicht danach aus, dass diese jemals wieder abgeholt werden würden. Die meisten Ladenlokale sind geschlossen und werden auch wohl nicht mehr öffnen. An einem Eingang kann man noch die abgeblätterte Aufschrift erkennen: „Fresh Fish Market“

Sowohl die ehemaligen Minenarbeiter selbst, als auch viele Linke verfallen bei dem Rückblick auf die goldenen 1960er Jahre auf eine Art Proletkult. So waren zwar für einen gewissen Teil der Arbeiterklasse die materiellen Verhältnisse besser und sicherer, aber trotzdem waren die Verhältnisse letztlich beschissen. Der Mythos der guten alten Zeiten der Arbeiterklasse ist falsch und es ist wichtig, damit aufzuräumen. Somit ist es auch kein Wunder, dass trotz der guten materiellen Bedingungen weltweit zwischen Detroit, Manchester, Paris, Köln und Turin die Fabrikarbeiter seinerzeit auf die Barrikaden gegangen sind. Neben massiven Streiks und der Erkämpfung höherer Löhne – teilweise auch gegen die eigenen Gewerkschaften samt ihrer Bürokraten, denen die neue Aufmüpfigkeit ihrer Proletarier bald zu weit ging – wurde der Widerstand gegen die Arbeit zentraler Bestandteil. So brach in in vielen Werken fast ein Wettbewerb der Kreativität neuer Widerstandsformen gegen die Lohnplackerei aus: Krankfeiern, Bummelstreiks, Sabotage, Überziehung der Pausen usw. Mit der populären Parole aus Italien „Wir wollen alles“ wurde aber auch über das Werkstor hinaus der Alltag, der in allen Bereichen in der Monotonie und tödlichen Langeweile des Fließbands getaktet war, von der Schule über den Betrieb, dem Krankenhaus, der Universität oder der Küche und dem Schlafzimmer zum Kampffeld erklärt.

Somit kommen wir zum zweiten Mythos, den man in einem kurzen Dialog mit den ehemaligen Minenarbeitern von Stainforth schwer entmystifizieren kann: Es waren vor allem (wild) streikende Proletarier, rebellierende Frauen, aufständige Migranten, Schwule und Lesben, antiautoritäre Studenten und Schüler selbst, die durch ihre unerbittlichen Kämpfe und Forderungen das Kapital und Staatslenker vor sich hergetrieben und die Profitraten in den Keller getrieben haben. Und das muss auch die Antwort auf die Anhänger aller heutigen sozialdemokratisch-keynesianischen Träumer sein: Die Schuld an Privatisierungen, sozialem Kahlschlag und der Misere in Süd-Europa ist der krisenhaften, kapitalistischen Produktionsweise geschuldet und nicht den vermeintlich falschen Entscheidungen einzelner Politiker. Der Neoliberalismus sei an allem Schuld ist ein Mythos und verklärt, dass es einen anderen, sozial gerechten, nicht für Krisen anfälligen Kapitalismus geben könnte oder jemals gegeben hat. So gern man den romantischen Erinnerung Lisa und Sheena Moores an die stolze kämpferische Arbeiterklasse im Stainforth von einst zuhört – und zugegebenermaßen der Kommunist in mir für einen Augenblick Glückssprünge macht – vermisst man das Bewusstsein darüber, dass auch früher vieles schon scheiße war und es auch damals tausende von Gründen gab, die kapitalistischen Zustände in all ihren Formen zu bekämpfen, die körperlich schwere Plackerei mehr Fluch als Segen war. Die situationistische Parole „Ne travaillez jamais“ (Arbeit? Niemals!), die heute ihren Inhalt entleert, höchstens noch im Hochglanzprogramm der Staatsbühnen benutzt wird, um das hiesige hippe, urbane Publikum mit einem hauch der Subversion ins Theater zu locken, war damals ein ernst gemeinter Ausruf der allgemeinen Revolte gegen die Zurichtung am Arbeitsplatz.

„If there is austerity, there will be riots in UK.“


Trotzdem vieles war anders damals: Mit Kollegen, hatte man mehr Zeit um zu scherzen, der Postbote musste nicht rennen, sondern konnte auch mal im Hauseingang eine Verschnaufpause für eine Zigarettenpause und Pläuschchen einlegen, man verhielt sich unter Kollegen oft solidarisch gegenüber dem Chef, konnte satte Lohnerhöhungen durchsetzen und bei zu viel Krankfeierei verlor man seinen Job ohne große Angst. Denn der nächste Job in einer Zeche, am Fließ- oder Montageband oder an der Kasse war nur einen Katzensprung entfernt und wegen der Vollbeschäftigung auch fast garantiert. Auch von Arbeitslosengeld und Sozialhilfe ließ sich hierzulande relativ gut leben. Hier liegt wohl auch der qualitative Unterschied zu der Situation von heute. Es ist wohl eines der absurdesten Zeichen unserer Zeit und damit des Kapitalismus selbst, dass sich heute kein Proletarier mehr über Rationalisierungen freuen kann. So bekommt man es als Sortierer im Logistikzentrum bei Amazon bei der Ankündigung vom Einsatz neuer Maschinen mit der Angst zu tun, dass der, ohnehin schlecht bezahlte, Arbeitsplatz bald schon durch einen ferngesteuerten Roboter ersetzt werden könnte. Der rasante technische Fortschritt produziert zunehmend überflüssige Proletarier, deren Aussicht auf einen sicheren Arbeitsplatz und somit auch auf eine sichere Zukunftsperspektive immer beschissener aussieht. Dieser Zustand hat auch auf der Subjektseite verheerende Folgen, die aber für die Zuwendung zu national-chauvinistischen Ideen einen weiteren wichtigen Erklärungsgrund liefern können. Gerhard Vinnai formuliert aus sozialpsychologischer Sicht diese Entwicklung: „Je schwächer das Ich ist, desto mehr gerät die Psyche unter das Diktat unbewusster seelischer Kräfte. Wenn sich das Ich aufgrund fehlgelaufener Erziehungsprozesse nicht entwickeln konnte oder aufgrund eines Mangels an sozialen Gestaltungsspielräumen verkümmert, sind Menschen besonders in Gefahr, undurchschauten inneren Mächten zu verfallen.“ Treffender könnte man wohl die psychische Verfassung der Menschen kaum beschreiben, die sich an Trumps Mauerplänen ergötzen, dem Brexit als nationaler Befreiung berauschen oder sich als schweigende Mehrheit hinter den EU-Türkei-Deal stellen.

Als ich mich nach einem langen Tag von Sheena Moore verabschiede, gibt sie mir neben einer herzlichen Umarmung noch eines mit auf den Weg: „If there is austerity, there will be riots in UK. You´ll see!“ Beim Schreiben dieser Zeilen brennt in London der Grenfell Tower. Eine der wenigen sozialen Wohnungsbauten der Millionenmetropole, die noch in zentraler Lage für Geringverdiener zur Verfügung stehen. Das Hochhaus brennt, weil Brandschutzbestimmungen vom städtischen Eigentümer nicht beachtet wurden. Bewohner des Hauses haben die Hausverwaltung schon seit Monaten darauf aufmerksam gemacht. 79 Menschen kommen ums Leben. Nur einen Tag später gibt es Proteste von Angehörigen und Bewohnern des jetzt in Schutt und Asche liegenden Hochhauses. Das Rathaus des wohlhabenden Stadtteils Kensington wird gestürmt. Die Polizei wird angegriffen. „Murderers, murderers“ und „We want justice“, schreien sie wutentbrannt dem Bürgermeister entgegen. Eine junge Frau sagt einem Reporter: „Dieser Vorfall symbolisiert die Trennung zwischen arm und reich. Nur Leute aus der Arbeiterklasse sind hier ums Leben gekommen.“ Die linksliberale Zeitung The Guardian titelt Bezug nehmend auf Friedrich Engels Schrift Die Lage der arbeitenden Klasse in England: „Over 170 years after Engels, Britain is still a country that murders its poor“. Sicherlich hat sich seit dem die Lage der arbeitenden Klassen in England erheblich verändert: Die erbärmlichen Baracken der Arbeiter von Manchester, ohne fließend Wasser, verschlammten Wege, voll mit Fäkalien, Kinder die an den einfachsten Krankheiten sterben - davon kann heute keine Rede mehr sein. Trotzdem: die Realität der Proletarisierten – egal ob aus dem Londoner Vorstadtghetto oder der ehemaligen Kohlestadt Stainforth - scheint perspektivlos, die bessere Zukunft unvorstellbar. Die Alternative zur Arbeitslosigkeit und der damit verbundenen Drangsalierung durch einen immer repressiveren Sozialstaat auf Sparflamme, sind miese Jobs in der Service- und Transportindustrie. Dass diese Bedingungen keinen guten Nährboden für emanzipatorische Kämpfe bieten, zeigt sich gegenwärtig nicht nur in Großbritannien. Stattdessen verselbständigt sich ein Prozess der gesellschaftlichen Regression. Die erlebte Ohnmacht und Langeweile des tristen Alltags befeuern die kollektive Identitätsstörung und Herausbildung eines autoritären Charakters. Der Hass auf die eigene klägliche Existenz wendet sich in reaktionärer Weise nach Außen. Das hässliche und gleichzeitig verzweifelte Festklammern an der Nation als letzte Hoffnung im Kampf gegen den eigenen Untergang erscheint im krisengeschüttelten Zeitalter des Wahnsinns plötzlich rational. Somit hat der Nationalchauvinismus Hochkonjunktur. Und in diesem Fahrwasser erscheint auch die Wahl für den Brexit letztendlich nur konsequent.

Jimmy Meyer, Ein Freund der klassenlosen Gesellschaft

Dieser Artikel wurde ebenfalls auf Lower Class Magazine veröffentlicht.

Dieser Artikel bezieht sich auf:
REFLEXIONEN ÜBER DAS SURPLUS-PROLETARIAT: PHÄNOMENE, THEORIE, FOLGEN
»PROLETARIER ALLER LÄNDER, BEKÄMPFT EUCH!» - ANMERKUNGEN ZUR FLÜCHTLINGSKRISE



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5.2. du LUMPENPROLETARIAT à la POPULATION en SURPLUS : quelle classe ? le SOUS-PROLÉTARIAT pour ou contre la révolution ?
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