PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 7. le livre : du capitalisme à la communauté humaine, UNE CLASSE pour LA RÉVOLUTION (sommaire, texte complet et renvoi aux compléments)

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Patlotch



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MessageSujet: 7. le livre : du capitalisme à la communauté humaine, UNE CLASSE pour LA RÉVOLUTION (sommaire, texte complet et renvoi aux compléments)   Sam 2 Sep - 15:57

des compléments et discussions sont signalés dans le dernier message, avec renvois aux sujets correspondants. Cette première édition devra être remaniée en conséquence avant toute publication papier


du capitalisme à la communauté humaine

UNE CLASSE
pour
LA RÉVOLUTION

théorie communiste
des luttes
ouvrières, féministes, décoloniales et écologistes

version Traitement de texte sur demande à PatlotchAROBASEfreePOINT fr

RÉSUMÉ, esquisse d'une 4è de couv'
Citation :
La lutte de classe ne serait plus qu'un fantasme de fossiles marxistes, quand par ailleurs domine l'idée que la classe ouvrière aurait disparue, alors qu'elle augmente en nombre. Qu'en est-il ?

Ce livre reprend depuis Marx ce qu'il appelait une classe, en montrait la constitution historique, celle de la bourgeoisie puis celle de la classe ouvrière, débouchant sur le prolétariat comme sujet révolutionnaire. Tout en partageant l'idée qu'une révolution communiste consisterait en l'abolition du capital et de toutes les classes, je discute celle de la théorie de la communisation, pour laquelle, la classe ouvrière ayant depuis un demi-siècle perdu son identité ouvrière et sa conscience de classe, le prolétariat va se recomposer le temps de s'auto-abolir et dans le même mouvement, les autres classes sociales.

Je soutiens l'idée que peut émerger et se constituer une nouvelle classe révolutionnaire au-delà du seul prolétariat. Je l'examine non dans sa composition sociologique, ni comme convergence des luttes reposant sur des alliances politiques entre organisations, mais à travers ses activités de luttes par lesquelles elle montrait en puissance dans l'aggravation de la crise du capitalisme, sans être guidée par un parti ou des leaders charismatiques, mais en s'auto-organisant pour le faire sur des contenus multiples de rupture révolutionnaire abolissant l'exploitation et les dominations dans le capitalisme.

SOMMAIRE au 10 septembre
Citation :
0. INTRODUCTION et SOMMAIRE

1. LES CLASSES SOCIALES, COMPOSITION et CONSTITUTION d'HIER à AUJOURD'HUI
1.1. les classes pour Marx, constitution historique, classe au sens générique et au sens spécifique
1.2. la bourgeoisie et sa constitution en classe capitaliste
1.3. le prolétariat, la classe ouvrière et sa constitution, classe en soi, classe pour soi
1.4. la « classe communiste, catégories du possible et du placement »
1.5. composition et décomposition de la classe ouvrière du 19e siècle aux années 1970 : conscience, identité...
identité, conscience de classe, composition, quelques problèmes vus par 'Endnotes'
1.6. 1968, 1975... les derniers feux du programmatisme prolétarien, théorie de la communisation et fuite en avant humaniste hors classe de la « révolution à titre humain »
1.7. le problème actuel et futur de la composition et constitution d'un sujet révolutionnaire comme classe communiste de la révolution : la classe communiste se constitue comme révolutionnaire ou elle n'est rien
1.7.1. ce que n'est pas la classe communiste de la révolution
1.7.2. la constitution de la classe communiste n'est pas convergence organisationnelle ni compromis devant une contradiction principale prioritaire
1.7.3. les femmes et le communisme
1.7.4. les luttes écologistes peuvent-elles devenir révolutionnaires ?
1.7.5. et la classe ouvrière, elle compte les points ? dans le processus révolutionnaire, la classe communiste absorbe et dissout le prolétariat ?
1.7.6. identités de luttes et leurs dépassements à produire : médiations temporelles / à propos d'Identity Politics, et de Whiteness (blanchité)

2. LE MOUVEMENT DU COMMUNISME comme LUTTE de CLASSE
LA RÉVOLUTION vers LA COMMUNAUTÉ HUMAINE, ABOLITION du CAPITAL, SOCIÉTÉ COMMUNISTE

2.1. communisme (mouvement et lutte) et communauté humaine (but et résultat)
remarques terminologiques logiques et dialectiques : communauté humaine = société communiste
2.2. le communisme réalise-t-il la "vraie démocratie" ?
2.3. le communisme est mouvement et activités vers et dans la communauté humaine, lectures
2.4. la révolution est une insurrection mondiale
2.4.1. vous avez dit Révolution ?... Insurrection ?
2.4.2. une révolution mondiale
?

3. L'AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE de CLASSE et son DÉPASSEMENT de L'AUTONOMIE pour L'ABOLITION des CLASSES et de L'ÉTAT
3.1. l'auto-organisation chez Marx : l'auto-changement comme praxis révolutionnaire inscrit dans le programmatisme ouvrier
3.1.1. l'auto-organisation, un problème dès l'origine chez Marx
3.1.2. quel "problème de l'auto" depuis Marx ? ou « l'auto-changement comme praxis révolutionnaire »
3.1.3. l'apparition tardive du 'terme' auto-organisation dans les années 1970

3.2. d'hier à aujourd'hui, quand l'auto-organisation n'en est pas une
3.2.1. hier dans le marxisme programmatique
3.2.2. aujourd'hui l'auto-organisation à toutes les sauces

3.3. autonomie et auto-organisation, recoupements et différenciation
3.3.1. conseils ouvriers, autogestion, autonomie... et auto-organisation ?
3.3.2. Castoriadis et l'auto-organisation (1957) : un management autonome de la production et de la société / de Castoriadis au(x) commun(s) et des communs aux modes de vie auto-organisés dans le capitalisme

3.4. auto-organisation révolutionnaire et autogestion : la société communiste serait-elle autogérée ?
3.5. l'auto-organisation révolutionnaire abolit les médiations capitalistes pour leur substituer des médiations communistes dans la communauté humaine

4. LE DÉPASSEMENT COMMUNISTE DES INDIVIDUS DANS LA RÉVOLUTION ET LA COMMUNAUTÉ HUMAINE
4.1. au centre du Communisme, et du Capital de Marx, l’individu (Lucien Sève sur l'individualité)
4.2. de l'individu à la classe aller-retour : subjectivation communiste
4.3. La tension individu-communauté chez Temps Critiques : parente thèse ?
4.4. Je est des autres : se décentrer par la relation

5. LE DÉPASSEMENT POÉTIQUE DE L'ART(ISTE) DANS LA COMMUNAUTÉ HUMAINE
5.1. poétique de la relation avec Edouard Glissant, œuvre-sujet avec Henri Meschonnic
5.2. Marx et le dépassement de l'art(iste)
5.3. la métaphore du dépassement de l'art(iste) pour penser celui des individus vers la communauté humaine

6. NON-CONCLUSION

7. APPENDICE
7.1. critique marxiste décoloniale de l'eurocentrisme et de l'universalisme prolétarien ou humaniste
7.2. la double crise de la suprématie occidentale et du capitalisme
7.2.1. une civilisation devenue mondiale en crise, doublement, en tant qu'occidentale et capitaliste
7.2.2. restructuration du capital => restructuration des classes

7.3. l'idéologie française, une passion capitaliste occidentale
7.4. macronisme, État (français) et restructuration (mondiale) du capitalisme

8. GLOSSAIRE

autonomie ouvrière / colonialité(s) / communauté humaine / communisation / conjoncture(s) / démocratisme radical / dépassement à produire / dialectique complexe / eurocentrisme / humanisme théorique / identités de luttes / immédiat / luttes auto-théorisantes / œuvre-sujet / paupérisation / pluriversel / programmatisme ouvrier ou prolétarien / prolétarisation/ subsomption formelle et réelle / universalisme prolétarien

9. BIBLIOGRAPHIE très sélective mais conseillée

study

remarques bienvenues par courriel à PatlotchATfreePOINTfr ou sur mon compte tweeter par message privé : @patlotch

version Traitement de texte sur demande. Toutefois, vu l'importance de certains compléments, cette première édition devra être remaniée en conséquence avant toute publication papier



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MessageSujet: Re: 7. le livre : du capitalisme à la communauté humaine, UNE CLASSE pour LA RÉVOLUTION (sommaire, texte complet et renvoi aux compléments)   Mar 5 Sep - 5:08


rédaction à reprendre


0. INTRODUCTION

nous vivons une crise de civilisation, celle du capitalisme et de la suprématie occidentale. Son issue est incertaine et imprévisible. Le « spectre du communisme » a cessé, depuis longtemps, de hanter l'Europe et le monde qui a suivi Le Manifeste du parti communiste (1847) et la critique de l'économie politique du Capital de Marx, dont nous fêtons le 150e anniversaire comme le centenaire de la Révolution d'Octobre en Russie

de cette crise pourrait sortir un capitalisme restructuré* mondialement, mais toujours aussi global, quels que soient les nouveaux maîtres du monde après le nettoyage de la concurrence pour la relance de leurs profits

la révolution n'est pas à l'ordre du jour, alors pourquoi parler d'une classe pour la faire ? Nous ne la voyons pas se dessiner par des luttes suffisamment unies et porteuses des ruptures incontournable pour sortir du monde de l'exploitation des salariés, du rejet de ses inutiles, de la domination masculine structurelle, du racisme et de la xénophobie, des guerres et de la menace écologique sur la planète

cette classe ne peut plus être le seul prolétariat, qui selon Marx n'avait pour vivre que sa force de travail à vendre, dans un contexte où les guerres et la misère provoquent des migrations de millions de personnes en quête d'un lieu pour s'en échapper, et qui, s'ils échappent à la mort dans les eaux glacés de l'égoïsme international, ne trouvent souvent pas même à se faire exploiter (1)

(1) Critique de la raison nègre, Achille Mbembe, 2013
Expulsions, Saskia Sassen, 2014

cette classe ne peut plus être la classe ouvrière, parce qu'elle a perdu depuis quarante ans son identité, dans la décomposition de ses organisations internationales qui visaient le socialisme comme pouvoir, dictature du prolétariat ou autogestion de la production, alors que dans le même temps, le capitalisme se restructurait mondialement en mettant fin à sa reproduction comme à celle de la classe ouvrière dans un seul pays. Ces dernières décennies ont été celles de la casse de l'État providence et des acquis sociaux dans le compromis fordiste et la social-démocratie keynésienne

à la même époque, le début des années 1970, la fin de la guerre du Vietnam sonnait celle du colonialisme et des guerres de libération nationale, qui n'auront conduit qu'au pouvoir de bourgeoisies nationales à la solde des anciens colonisateurs, et bientôt de nouveaux néo-colonialismes (2)

(2) De la "Françafrique" à la "Chinafrique": Quelle place pour le développement africain ? Brian Tourré, 2012
Chindiafrique : la Chine, l'Inde et l'Afrique feront le monde de demain, Jean-Joseph Boillot, 2013

en Europe, en France, aux États-Unis et au Japon, dans les pays capitalistes avancés dits du Centre, les nouvelles générations issues des couches moyennes vivent massivement plus mal que leurs parents ou grands-parents, et envisagent un avenir plus sombre. La paupérisation*, voire la prolétarisation*, les touche ou les menace. Les jeunes et "ceux d'en bas" sont les plus confrontés au précariat et au chômage, avec des conditions de vie et des protections sociales que les gouvernements successifs de droite, de gauche ou des deux aujourd'hui ne cessent de détériorer. Même sort pour tous lesdits "services publics", la santé, l'éducation nationale, la justice, pour les enfants et pour les vieux

la démocratie politique n'est plus ce qu'elle était, ou semblait être, puisque qu'elle fut jusque-là le meilleur régime de gouvernement pour le capitalisme, la meilleure forme d'État assurant la paix sociale et le civisme électoral, avant que l'abstention massive et les populismes de droite et de gauche invitent à muscler sa gouvernance et sa police. Aucune perspective de changement politique, sauf illusoire, n'est à la hauteur des problèmes provoqués par le système capitaliste, son économie politique et sa classe dominante

alors oui, une révolution ne semble plus une idée à écarter, ou repousser à l'infini comme l'ont fait, des années 1995 à la crise de 2007-2008, l'altermondialisme citoyen et ses sommets contre « les excès du néolibéralisme ». Une telle révolution, pour sortir du capitalisme, n'est pas envisageable sans qu'émerge et se constitue en classe un sujet révolutionnaire

c'est cette classe que je nomme classe pour la révolution communiste. C'est aux questions que posent sa composition, sa constitution et son auto-organisation révolutionnaire qu'est consacré ce petit livre. Je dis questions non pour proposer des solutions, car je pense qu'elles émergeront d'elles-mêmes dans les luttes le moment venu, mais pour poser en termes d'anticipation théorique, de façon abstraite, les problèmes redoutables que nous entrevoyons, confrontés aux fragmentations et aux contradictions entre les catégories d'individus susceptibles d'y contribuer par leurs luttes et activités, alors que menacent de se structurer en affrontements raciaux les communautarismes religieux ou ethniques

ce livre ne présente qu'un résumé, les résultats d'un tortueux cheminement depuis 2002, travail d'études et réflexions théoriques, à lire sur mes sites et dans le forum PATLOTCH / COMMUNISME et POÉTIQUE / THÉORIE de la RÉVOLUTION / dans la DOUBLE CRISE du CAPITAL et de l'OCCIDENT, LUTTES de CLASSE : COMMUNISTES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGIQUES. On peut y consulter une somme de documents thématiques, textes et références théoriques

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MessageSujet: Re: 7. le livre : du capitalisme à la communauté humaine, UNE CLASSE pour LA RÉVOLUTION (sommaire, texte complet et renvoi aux compléments)   Mar 5 Sep - 22:54


rédaction en cours 7 septembre 09:47


1. LES CLASSES SOCIALES, COMPOSITION et CONSTITUTION
de la bourgeoisie à la classe communiste révolutionnaire au-delà du prolétariat


Citation :
1.1. les classes pour Marx, constitution historique, classe au sens générique et au sens spécifique
1.2. la bourgeoisie et sa constitution en classe capitaliste
1.3. le prolétariat, la classe ouvrière et sa constitution, classe en soi, classe pour soi
1.4. la « classe communiste, catégories du possible et du placement »
1.5. composition et décomposition de la classe ouvrière du 19e siècle aux années 1970 : conscience, identité...
identité, conscience de classe, composition, quelques problèmes vus par 'Endnotes'
1.6. 1968, 1975... les derniers feux du programmatisme prolétarien, théorie de la communisation et fuite en avant humaniste hors classe de la « révolution à titre humain »
1.7. recomposition du prolétariat ou nouvelle classe révolutionnaire en voie de composition/constitution ?
1.8. le problème actuel et futur de la composition et constitution d'un sujet révolutionnaire comme classe communiste de la révolution : la classe communiste se constitue comme révolutionnaire ou elle n'est rien

dans ce chapitre, il s'agit de remonter à ce que sont les classes pour Marx, afin d'y trouver les éléments de structuration et de constitution, le mouvement des contradictions historiques et sociales, par lesquels elle devient un sujet révolutionnaire. Cela concerne d'abord la bourgeoisie, puis le prolétariat, et nous cherchons à saisir ce qui est commun à ce processus afin d'examiner comment cela pourrait conduire à la formation d'une nouvelle classe révolutionnaire dans le capitalisme actuel

j'aborde successivement :

- de 1.1. à 1.4. le mouvement de composition et constitution en classe du prolétariat ouvrier et son existence de classe communiste comme catégorie du possible
- de 1.5 à 1.7. sa montée en puissance programmatique (pouvoir ouvrier d'État ou autogestionnaire) avec les révolutions ratées du 19e siècle (1948, La Commune), et sa décomposition  après 1968 dans la restructuration globale du capitalisme, puis l'impossibilité de la recomposition en classe révolutionnaire du prolétariat
en 1.8. le problème actuel et futur de la composition et constitution d'un sujet révolutionnaire comme classe communiste de la révolution

1.1. les classes pour Marx, constitution historique, classe au sens générique et au sens spécifique

Maurice Godelier, anthropologue marxiste, a fait en 1990 l'inventaire et l'étude des termes ordre et classe dans les œuvres de Marx et Engels entre 1845 et 1884 (1) : « Les sens de ces mots chez Marx sont fixés dans la période 1846-1859 [sans] changement notable par la suite, y compris dans Le Capital. ». De cet examen il déduit que « la notion de classe chez Marx revêt un double sens, l'un spécifique qui la distingue de la notion d'ordre et l'autre générique (voire métaphorique) qui subsume à la fois les réalités désignées par la notion de classe au sens spécifique et celles que recouvre la notion d'ordre. »

c'est un mixte des notions générique et spécifique qui va nous intéresser pour la suite, car la classe sujet révolutionnaire que nous cherchons n'existe pas (encore) ni comme déjà formée (objectivement, en soi), ni comme constituée (subjectivement, pour soi) - voir chez Marx 1.3. C'est bien une classe pour soi, défendant ses intérêts communs comme universels/pluriversels, mais son intérêt essentiel, qui la caractérise comme spécifique, est d'abolir toutes les classes, y compris elle, du mode de production et reproduction capitaliste. C'est la thèse de la communisation *, à la différence près que ce classe communiste de la révolution n'est plus le seul prolétariat ouvrier

* les mots et expressions suivis de * sont définis dans le glossaire des notions, catégories et concepts

(1) Ordres, classes, Etat chez Marx, Maurice Godelier, Actes du colloque de Rome (18-31 mars 1990), Publications de l'École française de Rome, 1993, Volume 171, Numéro 1 pp. 117-135

1.2. la bourgeoisie et sa constitution en classe capitaliste

Marx écrit :

- dans L'idéologie allemande en 1845-46

Ce n'est que très lentement que la classe bourgeoise se forma à partir des nombreuses bourgeoisies locales des diverses villes.

« La bourgeoisie elle-même ne se développe que petit à petit en même temps que ses conditions propres; elle se partage à son tour en différentes fractions, selon la division du travail, et elle finit par absorber en son sein toutes les classes possédantes préexistantes (cependant qu'elle transforme en une nouvelle classe, le prolétariat, la majorité de la classe non-possédante qui existait avant elle et une partie de la classe jusque-là possédante. Note : Elle absorbe d'abord les branches de travail relevant directement de l'État, puis toutes les professions plus ou moins idéologiques). »

« En général, elle créa partout les mêmes rapports entre les classes de la société et détruisit de ce fait le caractère particulier des différentes nationalités. Et enfin, tandis que la bourgeoisie de chaque nation conserve encore des intérêts nationaux particuliers, la grande industrie créa une classe dont les intérêts sont les mêmes dans toutes les nations et pour laquelle la nationalité est déjà abolie, une classe qui s'est réellement débarrassée du monde ancien et qui s'oppose à lui en même temps. »

« Du seul fait qu'elle est une classe et non plus un ordre, la bourgeoisie, est contrainte de s'organiser sur le plan national, et non plus sur le plan local, et de donner une forme universelle à ses intérêts communs.
»

[nda on ici voit que la bourgeoisie se constitue d'emblée comme classe en soi et pour soi]

- dans Misère de la philosophie en 1847

« On a fait bien des recherches pour retracer les différentes phases historiques que la bourgeoisie a parcourues, depuis la commune jusqu'à sa constitution en classe. »

- dans Le Manifeste

« La bourgeoisie, nous le voyons, est elle-même le produit d'un long développement, d'une série de révolutions dans le mode de production et les moyens de communication.
»

pour Marx, la constitution en classe de la bourgeoisie est donc allée « très lentement... petit à petit... elle finit par absorber en son sein toutes les classes possédantes préexistantes... est contrainte de s'organiser sur le plan national, et non plus sur le plan local, et de donner une forme universelle à ses intérêts communs, elle a parcouru différentes phases historiques jusqu'à sa constitution en classe... elle est le produit d'un long développement, d'une série de révolutions...»

quoi que la classe pour soi ait signifié politiquement et stratégiquement pour Marx en tant que théoricien du programmatisme prolétarien*, luttant pour obtenir son pouvoir étatique et/ou autogestionnaire pour ses héritiers anarcho-communistes et conseillistes des gauches communistes germano-hollandaises aux situationnistes, nous la prenons au sens de forme universelle donnée à ses intérêts communs (formule de Marx concernant la bourgeoisie, classe capitaliste), y compris celui de s'abolir comme classe dans la révolution, c'est-à-dire au-delà de son autonomie*. À cet égard je critique la thèse assimilant auto-organisation et autonomie dans le chapitre 3. L'AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE de CLASSE et son DÉPASSEMENT de L'AUTONOMIE

1.3. le prolétariat, la classe ouvrière et sa constitution en soi et pour soi

dans ce passage de Misère de la philosophie (1847, avant le Manifeste) nous trouvons la distinction entre classe en soi, existence objective, et existence subjective, classe pour soi  :

« Les conditions économiques avaient d'abord transformé la masse du pays en travailleurs. La domination du capital a créé à cette masse une situation commune, des intérêts communs. Ainsi cette masse est déjà une classe vis-à-vis du capital, mais pas encore pour elle-même. Dans la lutte, dont nous n'avons signalé que quelques phases, cette masse se réunit, elle se constitue en classe pour elle-même. Les intérêts qu'elle défend deviennent des intérêts de classe. »

dans toute la phase de montée en puissance du mouvement ouvrier, la classe ouvrière visera, toutes tendances communistes réunies, son pouvoir par la dictature du prolétariat (des léninistes aux trotskistes) ou l'autogestion (des anarcho-communistes aux situationnistes en passant par les conseils ouvriers). C'est le programmatisme prolétarien* qui s'effondre après 1968. Nous y reviendrons en 1.5. Le pour soi de ses intérêts communs a dans cette période le contenu de l'autonomie ouvrière, y compris dans le socialisme ou la première phase du communisme selon Marx dans la Critique du programme de Gotha en 1875, après l'échec de La Commune de Paris en 1871

1.4. la classe communiste, catégories du possible et placement

dans Anthropologie du nom (1996), Sylvain Lazarus, anthropologue marxiste comme Godelier, écrit :

« Scientifique et possible étant chaînés dans l'histoire, le placement, dont la classe communiste est la catégorie, introduit à la catégorie de possible. C'est un possible descriptif d'une part et un possible scientifique d'autre part, ce qui permet la double inscription du possible, à titre scientifique et politique. C'est le placement qui fonde le caractère essentiel et militant de l'histoire des classes, de leur base économique.

L'histoire traite des classes, de l'économie et de l'État. Les catégories de capital, de travail, de bourgeoisie, de prolétariat, de même que celle d'antagonisme, liée à la vision communiste de la classe, sont des catégories historiques, non politiques. On dira donc que pour Marx, il y a une fusion de l'histoire et de la politique sous la catégorie de placement (elle même assignée à celle de la classe communiste) et que le descriptif en relève. Dans le mode bolchévique de placement, le dispositif est différent. »


les deux catégories, de possible et de placement, pour la classe communiste nous intéressent ici, la première parce que la classe que nous cherchons est celle d'un possible, d'une potentialité de constitution; la seconde parce que dans le processus de dépassement du programmatisme prolétarien* (dictature du prolétariat pour le bolchévisme, autogestion pour les conseils ouvriers), son placement est encore différent, puisqu'il vise son auto-abolition sans passer par la case transitoire de l'autonomie

dans mon approche d'une révolution communiste qui doit être à la fois prolétarienne, féministe, décoloniale et écologique, la définition de la classe communiste n'est pas posée a priori, car elle échappe à celles utilisées jusque-là par les théories de la révolution. Elle n'est pas davantage sociologique, mais comme l'écrit Lazarus, elle se place, c'est-à-dire se constitue historiquement et politiquement au sens stratégique du politique contre la (démocratie) politique

1.5. composition et décomposition de la classe ouvrière du 19e siècle aux années 1970 : conscience, identité...

toute l'histoire de la lutte entre la classe capitaliste et la classe ouvrière tourne, des débuts du capitalisme comme mode de production en subsomption formelle au tournant des XVIIIe et XIXe siècles, à la restructuration en subsomption réelle* dans la mondialisation/globalisation du dernier tiers du XXe siècle, toute cette histoire est effectivement celle d'une lutte entre classes antagoniques. C'est celle de la composition de classe ouvrière, sur la base de ses caractéristiques dans le capitalisme qui la pousse à défendre ses intérêts en se constituant en classe de lutte. Ce n'est pas mon propos d'en parler dans le format de ce petit livre

à partir du moment où la classe ouvrière, dans la décomposition du programmatisme prolétarien et la restructuration du capital, perd son identité ouvrière *, il est plus difficile de soutenir, concernant la société capitaliste depuis un demi-siècle, la phrase du Manifeste : « L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes »

le thème de la « décomposition de la classe ouvrière » est présent chez nombre de philosophes et sociologues à partir du milieu des années 1960, quoi qu'ils en tirent idéologiquement, certains à considérer que la classe ouvrière n'existe plus, même en soi, objectivement. Les théoriciens communistes venus de l'ultragauche conseilliste, qui la critique après 1968 avant d'élaborer la théorie de la communisation* au milieu des années 1970, n'ont pas sorti cette notion de leur poche; ils ne font que reprendre le constat, qu'on trouve en 1964 chez André Gorz dans Stratégie ouvrière et néocapitalisme, chez Alain Touraine en 1966 dans La Conscience ouvrière, chez Pierre Ronsovallon en 1979, «Crise et décomposition de la classe ouvrière », André Gorz en 1980 dans Adieux au prolétariat, etc. Exemple, chez Touraine en 1966 : « On assiste à la décomposition de la classe ouvrière comme groupe réel. Les rapports de classes et les échelles de stratification se séparent de plus en plus. ». « groupe réel », comprendre constitué pour défendre ses intérêts, classe pour soi

amère défaite du marxisme prolétarien, il en va de même pour « la perte de l'identité ouvrière », autrement dite « conscience de classe » qui accompagne la compréhension de la classe pour soi dans l'idéologie du programmatisme prolétarien*, dans les partis de l'Internationale communiste pilotée par Moscou aussi bien que celle des trotskistes et l'ultragauche conseilliste. On peut multiplier les citations qui décrivent la formation et la perte de cette identité de classe ouvrière (tous ces textes sont disponibles sur Internet) :

- langages et identités de classes : les classes sociales « se » parlent
Noëlle Bisseret L'Année sociologique (1940/1948-) Troisième série, Vol. 25 (1974)

Classes sociales et identité de classe à Bahia
(Brésil) Francisco de Oliveira 1986

Des identités de métier à l'identité de classe. Un devenir paradoxal 1820-1848
Pierre Ansard. L'Homme et la Société; Paris3 (Jan 1, 1995)

Classe, identité de classe - class, class identity plusieurs textes 2002-2014, troploin (Dauvé&Nesic)

Théorie communiste :
- « Les modalités mêmes de reproduction du capital confirmaient cette puissance comme mouvement ouvrier et identité ouvrière qui trouvaient leurs marques les plus solides dans les compromis élaborés dans le cadre national... », A fair amount of killing,
1997
- « Il n’existe plus d’identité ouvrière propre face au capital et confirmée par lui. Maintenant, l’existence sociale du prolétariat est, et reste, face à lui comme étant le capital même. » Éditorial de TC n°22, 2009
- « Jusqu’à la crise de la fin des années 1960, la défaite ouvrière et la restructuration qui s’ensuivit, il y avait bien autoprésupposition du capital, conformément au concept de capital, mais la contradiction entre prolétariat et capital se situait à ce niveau par la production et la confirmation, à l’intérieur même de cette autoprésupposition, d’une identité ouvrière par laquelle se structurait le cycle de luttes comme la concurrence entre deux hégémonies, deux gestions, deux contrôles de la reproduction. Cette identité était la substance même du mouvement ouvrier. Cette identité ouvrière, quelles que soient les formes sociales et politiques de son existence (des Partis communistes à l’autonomie ; de l’Etat socialiste aux Conseils ouvriers), reposait dans sa totalité sur la contradiction qui se développait dans cette phase de la subsomption réelle du travail sous le capital entre d’une part la création et le développement d’une force de travail mise en œuvre par le capital de façon de plus en plus collective et sociale, et d’autre part les formes de l’appropriation par le capital, de cette force de travail, dans le procès de production immédiat, et dans le procès de reproduction. Voilà la situation conflictuelle qui dans le cycle de luttes se développait comme identité ouvrière, qui trouvait ses marques et ses modalités immédiates d’appréhension dans la « grande usine » ; dans la dichotomie entre emploi et chômage, travail et formation ; dans la soumission du procès de travail à la collection des travailleurs ; dans les relations entre salaires, croissance et productivité à l’intérieur d’une aire nationale ; dans les représentations institutionnelles que tout cela impliquait tant dans l’usine qu’au niveau de l’Etat ; dans le bouclage de l’accumulation sur une aire nationale. » Présentation de Théorie Communiste dans un livre en anglais, 2012

je reviendrai sur le concept d'identité de classe pour parler en ces termes de la subjectivation révolutionnaire comme accompagnant dans les luttes auto-organisées la constitution (éventuelle) d'une nouvelle classe communiste de la révolution

1.6. 1968, 1975... « les derniers feux du programmatisme prolétarien », théorie de la communisation, et fuite en avant humaniste hors classe de la « révolution à titre humain »

* j'emprunte à Temps Critiques « les derniers feux du programmatisme prolétarien », titre d'une critique de “théorie de l'écart” de Théorie Communiste en juillet 2006, à laquelle ce groupe répondit par « TC brûle-t-il ? »dans TC n)21 en février 2007

partant de ce constat dans la décennie 1970-1980, quelles conséquences pouvait-on en tirer pour la théorie communiste de la révolution ? (2) Hé bien que le prolétariat, s'il devait faire la révolution, ne le pourrait plus en affirmant son pouvoir de classe, dans l'État ou par l'autogestion, mais en s'abolissant lui-même dans le mouvement d'abolition des classes et du capital

(2) cf Rupture dans la théorie de la révolution, textes 1965-1975, présentés par François Danel. Compilation passionnante, à la sélection et la présentation près qui passe à l'entonnoir de la vision du seul groupe Théorie Communiste l'ayant suscitée à cette fin en 2004

ce n'était au fond, à défaut de luttes annonçant de telles activités de rupture, qu'une démonstration par l'absurde, avec une condition nécessaire jugée comme suffisante, mais cela n'empêchera pas les théoriciens de la communisation de s'y engouffrer, ce qui vaut à Théorie Communiste et quelques autres la sortie de Jacques Camatte en décembre 1977, publiée dans supplément au n°2 série III d'Invariance en février 1978, Contre une trop lente disparition :

« Le prolétariat en tant que concept opérationnel n'en finit pas de resurgir. La plupart de ceux qui opèrent cette résurrection constatent, pourtant, eux-même, à quel point il est évanescent, surtout lorsqu'ils doivent l'évaluer à partir du pôle révolutionnaire où ils voudraient le trouver.
Nous avons signalé diverses figures qu'a pris le prolétariat au cours du vaste mouvement où se sont opérés ses divers avatars. Ainsi on a indiqué que pour les situationnistes, il a joué le rôle de sujet esthético-sexuel. Il joue maintenant chez les rédacteurs de "Théorie Communiste" et de "Crise Communiste" celui de sujet transcendantal; ce qui est logique et cohérent avec toute leur théorie puisqu'ils développent un structuralisme prolétarien. Ils ne peuvent sortir d'une structure plus ou moins coagulée qu'à l'aide d'un sujet transcendantal. »


ce n'est pas la voie suivie par Jacques Wajnsztejn et Jacques Guigou, qui fonderont la revue Temps Critiques, abandonneront la théorie prolétarienne dont leur critique aboutira à conceptualiser « La révolution à titre humain » fondée sur une « tension individu-communauté humaine », où ils reprennent une formule de L'idéologie allemande et une idée de Jacques Camatte avant qu'il n'abandonne le communisme, la lutte de classe, et « toute cette merde d'économie », comme écrivait Marx (à Engels, 2 avril 1851) :

Prolétariat et Gemeinwesen (Communauté) Jacques Camatte 14 novembre 1968, n° spécial d’Invariance, Novembre 1968 :

« A la suite de ce détour, comme à la suite de celui en passant par le Chine et par les divers pays ayant accédé à l’indépendance après la seconde guerre mondiale, réapparaît encore plus puissante la nécessité d’une révolution radicale, d’une révolution à titre humain. La société humaine ne peut survivre que si elle se transforme en Gemeinwesen (communauté) humaine. Le prolétariat n’a plus à accomplir de tâche romantique mais son œuvre humaine. »

C – La révolution « à titre humain » Temps Critiques n°13 Hiver 2003
« 27 II me semble erroné de dire qu'Invariance, en parlant de « révolution à titre humain », en a déduit que c'est l'humanité qui fait la révolution. Dans un premier temps Camatte a développé l'idée de « classe universelle », à partir, entre autres de l'analyse de Mai 68 et d'une critique de la théorie de la valeur travail avec impossibilité de déterminer aujourd'hui ce qui est « travail productif » et ce qui ne l'est pas. Ce n'est donc pas l'humanité qui fait la révolution, mais ce n'est plus une classe particulière qui dans la réalisation de ses intérêts de classe accomplirait dans un second temps la suppression de toutes les classes. D'où l'idée de la révolution à titre humain a laquelle je souscris encore (c'est d'ailleurs l'un des derniers points que je maintiens de l'apport de cette revue). Si je l'ai reprise, c'est que la position que je tenais à l'époque (au sein d'un réseau d'échanges plus ou moins organisés entre des individus qui participaient aux revues Négation, Bulletin Communiste, Le mouvement Communiste, puis Crise Communiste et Maturation Communiste), à savoir celle de l'auto-négation du prolétariat, c'est-à-dire d'une classe dernière des classes qui n'est déjà plus une classe et qui donc dans la révolution s'affirme et se nie en même temps (fin de toutes les phases de transition et la théorie communiste comme critique de la théorie du prolétariat), et bien tout cela m'est apparu comme une impossibilité logique doublée d'une praxis impossible à produire. Je ne savais pas encore à l'époque à quel point la défaite du prolétariat, consommée dès le milieu des années 70 et la nouvelle dynamique du capital qui en est issue, allaient confirmer cette impossibilité.»

Jacques Wajnsztejn précise, le 24 avril 2017 sur le blog de Temps Critiques :

« Ce n’est pas étonnant que cette « révolution à titre humain » réapparaissent dans un texte de jeunesse de Marx puisque justement il se situe encore, à ce moment là, dans la filiation avec un courant humaniste révolutionnaire qu’il va délaisser par la suite pour une conception classiste de la révolution, une « révolution prolétarienne ». Mais au-delà de ta référence on la retrouve dans L’Idéologie allemande quand il [Marx] essaie de dépasser l’antinomie entre classe, particularisation de la totalité, mais le dépassement de particularités a valeur universelle (il reprend d’ailleurs la notion de classe universelle d’Hegel) et ouvre vers une conception communautaire de la révolution qu’il découvrira concrètement mais tardivement dans la Commune de Paris.
Mais il faut quand même mettre un bémol à cette appréhension du « à titre humain » qui est finalement celle de notre époque. On peut penser que Marx tient, lui, pour une vision ou ce sont les caractères du prolétariat qui font de lui la « classe universelle » potentielle et donc celle de la fin des particularités, mais c’est la révolution prolétarienne qui se fait à titre humain !  »
[...]
La révolution à titre humain a resurgi dans les années 1970 et portée par la revue Invariance [Camatte], dans cette filiation historique bien sûr, mais sur la base de la critique du « programme prolétarien », de la « phase de transition » et finalement de la crise des classes elle-même comme sujets et sujets antagoniques. En effet, la société du capital semble avoir produit la classe universelle regroupant la classe ouvrière ancienne et les nouvelles classes moyennes. C’est aussi l’avis de ceux qui parlent aujourd’hui, abusivement des 99% contre les 1% [les populistes de gauche]. Mais les nouvelles stratégies du pouvoir ne sont justement plus de dresser des antagonismes fondamentaux ouvrant sur deux conceptions du monde, mais de jouer sur les dissensions de la prétendue classe universelle.
C’était aussi une façon de sortir de l’aporie de l’auto-négation du prolétariat défendu par beaucoup de personnes ou mini groupes issus de l’ultra-gauche. Mais dans ce cas, il y a quand même rupture ou plutôt « discontinuité » et la révolution à titre humain dont on parle alors, n’est plus la révolution prolétarienne à titre humain.
»

tout cela leur vaudra de la part de Théorie Communiste le label d'humanisme théorique*, et à dire vrai, je constate que non seulement Temps Critiques n'envisage pas la constitution en classe des individus en tension, ne voit pas en celle-ci une dialectique de dépassement (ni une contradiction puisque par définition, celle-ci n'est pas dépassée avant de l'être), mais ne trouve rien de concret dans la situation actuelle à théoriser dans le sens de sa révolution à titre humain : la non-théorie de la révolution à titre humain n'est pas un long fleuve tranquille

ce groupe ne trouve néanmoins rien à recomposer, ni classe ni identité de classe :

« Quant aux luttes italiennes, à aucun moment elles n’ont affirmé de perspectives gestionnaires mais bien plutôt la révolte contre le travail et la hiérarchie de l’usine. Dans cette mesure, elles exprimaient un véritable « travail du négatif » et non pas encore, comme aujourd’hui, l’impossible affirmation d’une identité prolétarienne, mais son refus.
Les notions d’emplois et d’employabilité ont donc remplacé la notion de travail au sens « noble » du terme : le travail qui permettait d’affirmer l’identité ouvrière, le travail censé transformer le monde, même à travers une condition subordonnée. Le communisme, une médiation ? »
À partir d’un commentaire d’Yves Coleman Temps critiques juillet 2010

« Il s’ensuit qu’il n’y a plus rien à recomposer car non seulement l’identité de classe subjective a été défaite, mais les conditions objectives qui la rendait possible tendent à disparaître avec l’éclatement des collectifs de travailleurs, le fractionnement et la segmentation des salariés, l’atomisation, etc.» Sur la notion de « limites » dans un mouvement Jacques W. 11/06/2016

il finira par se poser la question : « S'il n'y a plus de sujet révolutionnaire, peut-on encore parler de révolution ? », et y répondre : « Dans notre perspective, la révolution à titre humain serait alors le dépassement des particularismes dans le cadre d’une tension directe des individus vers la communauté humaine. Mais dans ce sens le recours à la notion de classe (même universelle) ne semble plus nécessaire à partir du moment où on replace les individus singuliers au centre de la critique et des pratiques subversives et/ou alternatives (la révolution ce n’est plus le « Grand soir » de la grève générale insurrectionnelle et encore moins la prise du Palais d’hiver bolchévique ou le foco guévariste. » Prolétariat, sujet historique, genres et théories de la valeur J. Wajnsztejn, blog de Temps Critiques, juin 2013

dans ma perspective, comme nécessaire pour sortir du capitalisme, si l'on veut parler de révolution, il faut un sujet révolutionnaire, et qu'il se constitue en classe avec une identité de classe, sur un contenu de rupture et non d'une autonomie comme affirmation de soi, affirmation de classe pour soi entendant le rester. Mais cette classe ne pouvant plus être le seul prolétariat ouvrier productif, il convient de lui envisager une autre composition, une autre constitution, problème auquel je viens ci-dessous

lecture : identité, conscience de classe, composition, quelques problèmes vus par Endnotes
LA THESES
, Los Angeles, December 2015 (en ligne)
Citation :
5) Dans le même temps, le déclin de l'identité ouvrière révéla une multiplicité d'autres identités, s'organisant par rapport à des luttes jusqu'alors plus ou moins réprimées. Les «nouveaux mouvements sociaux» qui en résultent ont montré clairement, en retour, dans quelle mesure la classe ouvrière homogène était en réalité de nature composite [par définition, ces luttes sur la base d'identités de dominés ne sont pas le seul fait de la classe ouvrière, qui est devenue une identité parmi elles, disons la classe des exploités]. Ils ont aussi établi que la révolution doit impliquer plus que la réorganisation de l'économie : elle exige l'abolition des distinctions de genre, de race et de nation, etc. Mais dans la confusion des identités émergentes, chacune avec ses propres intérêts sectoriels, on ne sait pas exactement ce que doit être cette révolution. Pour nous, la population excédentaire n'est pas un nouveau sujet révolutionnaire [si cette population excédentaire recoupe les "expulsés" de Saskia Sassen dont j'ai parlé comme d'une nouvelle classe, non exploitable, je n'en fais pas non le sujet révolutionnaire par excellence]. Il s'agit plutôt d'une situation structurelle dans laquelle aucune fraction de la classe ne peut se présenter comme le sujet révolutionnaire. [Endnotes me semble ici proche de mon affirmation, ce n'est pas un problème de composition]

6) Dans ces conditions, l'unification du prolétariat n'est plus possible [ici, on ne sait pas trop ce qu'est "le prolétariat", sinon en termes anciens]. Cela peut sembler une conclusion pessimiste, mais il a une implication inverse qui est plus optimiste : aujourd'hui, le problème de l'unification est un problème révolutionnaire [oui, ce qui est autre chose que la "convergence des luttes" des dominés sur le mode démocratique radical]. Au sommet des mouvements contemporains, sur les places et les usines occupées, dans les grèves, les émeutes et les assemblées populaires, les prolétaires ne découvrent pas leur pouvoir en tant que véritables producteurs de cette société, mais plutôt leur séparation en une multiplicité d'identités (statut d'emploi, genre, race, etc.) [encore une fois, il n'y a pas que les prolétaires qui le découvrent, puisque dans cette "multiplicité d'identités" certaines n'en sont pas, sauf à définir le prolétariat comme le sujet révolutionnaire a priori. Le texte se contredit]. Celles-ci sont marquées et tricotées par l'intégration désintégrée des États et des marchés du travail. Nous décrivons ce problème comme le problème de la composition : des fractions prolétariennes diverses doivent s’unifier, mais ne trouvent pas une unité faite dans les termes de cette société déréglée. [même défini dans les termes d'Endnotes, ce ne sont pas que des "fractions prolétariennes"]

7) C'est pourquoi nous pensons qu'il est si important d'étudier en détail le déroulement des luttes. Ce n'est que dans ces luttes que l'horizon révolutionnaire du présent est défini [cela présuppose que ces luttes annonceraient la forme de la révolution, ce que mon hypothèse sur une nouvelle restructuration du capital se refuse d'affirmer *]. Au cours de leurs luttes, les prolétaires improvisent [oui] périodiquement des solutions au problème de la composition. Ils appellent à une unité fictive, au-delà des termes de la société capitaliste (plus récemment : le black bloc, la démocratie réelle, 99%, le mouvement pour les vies noires, etc.), comme un moyen de lutter contre cette société. Tandis que chacune de ces unités improvisées s'effondre inévitablement, leurs échecs cumulatifs tracent les séparations qu'il faudrait surmonter par un mouvement communiste dans le chaotique tumulte d'une révolution contre le capital. [la formule "mouvement communiste" me convient évidemment]


* au demeurant, en 2013 dans Endnotes 3, spontanéité, médiation, rupture, une remarque va dans le sens de mon reproche de rétroprojeter le schéma révolutionnaire final sur l'analyse du présent : « Qu’est-ce qui est à renverser ou à abolir, pour que le communisme devienne une force réelle dans le monde ? Il y a deux approches à cette question, l’une déductive et l’autre inductive : (1) Qu’est-ce que le capitalisme, et par conséquent, qu’est-ce qu’un mouvement communiste aurait à abolir, pour que le capitalisme cesse d’exister ? (2) Qu’est-ce qui, dans les luttes et le vécu des prolétaires, annonce ou pose la question du communisme ? En fait, nos réponses à la première question sont mises en forme par les réponses à la seconde.»

8 ) C'est ce que nous voulons dire quand nous disons que la conscience de classe, aujourd'hui, ne peut plus être que la conscience du capital. Dans la lutte pour leur vie, les prolétaires doivent détruire ce qui les sépare. Dans le capitalisme, ce qui les sépare est aussi ce qui les unit: le marché est à la fois leur atomisation et leur interdépendance. C'est la conscience du capital comme notre unité dans la séparation qui nous permet de poser, à partir des conditions existantes – même si c’est seulement comme un négatif photographique – la capacité humaine pour le communisme. [ce qui pour Endnotes est différent de la conception de Temps Critiques d'une "Révolution à titre humain"]

à méditer aussi, le parallèle entre "ma" classe communiste et la classe communisatrice de Roland Simon : « la classe n’apparaît pas toujours en clair et même rarement [...] c’est dans une multiplicité de pratiques et de contradictions avec le capital et internes, de confrontations avec toutes sortes d’identités, d’actions à partir d’elles et de dépassement de celles-ci, qu’elle s’autotransforme en classe communisatrice et s’abolit.» (A propos de Charlie, suite dndf 29 janvier 2015)


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Patlotch



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MessageSujet: Re: 7. le livre : du capitalisme à la communauté humaine, UNE CLASSE pour LA RÉVOLUTION (sommaire, texte complet et renvoi aux compléments)   Mer 6 Sep - 13:56


1.7. le problème actuel et futur de la composition et constitution d'un sujet révolutionnaire comme classe communiste de la révolution :
la classe communiste se constitue comme révolutionnaire ou elle n'est rien

1.7.1. ce que n'est pas la classe communiste de la révolution
1.7.2. la constitution de la classe communiste n'est pas convergence organisationnelle ni compromis devant une contradiction principale prioritaire
1.7.3. les femmes et le communisme
1.7.4. les luttes écologistes peuvent-elles devenir révolutionnaires ?
1.7.5. et la classe ouvrière, elle compte les points ? dans le processus révolutionnaire, la classe communiste absorbe et dissout le prolétariat ?
1.7.6. identités de luttes et leurs dépassements à produire : médiations temporelles / à propos d'Identity Politics, et de Whiteness (blanchité)


c'est en octobre 2006 que j'ai fait une première tentative de dépasser les deux conceptions évoquées ci-dessus, dans Communisation troisième courant : « À partir des thèses de Théorie communiste, la revue Meeting se fonde en 2003 sur l'existence d'un « courant communisateur ». Renvoyant dos à dos la « révolution à titre strictement prolétarien » de ce groupe, et « la révolution à titre humain » de Temps critiques, le texte ci-dessous ébauche les éléments d'une approche théorique différente. Par sa conception dialectique, il n'entre pas dans les classifications précédentes et s'il s'appuie sur leurs travaux, il n'en est pas un syncrétisme. Il définit, pour théoriser la communisation, un troisième courant...
« La révolution communiste est une révolution totale. Révolution biologique, sexuelle, sociale, économique ne sont que des déterminations particulières ; en privilégier une c'est mutiler la révolution, qui ne peut être qu'en étant tout. » Jacques CAMATTE, mai 1973 [...] »

devant le peu d'enthousiasme de mes camarades d'alors, j'ai poursuivi ma critique interne du courant communisateur, et je repartirai à la charge en mars 2015 avec Communisation : ruptures communiste et décoloniale dans la théorie de la révolution. Ces textes sont accessibles en ligne. N'ayant pas obtenu davantage de succès, et d'ailleurs aucun écho, j'ai continué mes travaux, pour aboutir à la formulation que je présente dans ce livre

autant le dire d'emblée, la classe dont j'espère l'émergence n'existe pas, ni en soi, ni pour soi. À la différence du mouvement historique et social, vu précédemment, de la composition des classes bourgeoise et ouvrière, cette nouvelle classe ne peut se constituer d'aucuns intérêts véritablement communs dans le capitalisme, si ce n'est de le détruire. Autrement dit, et nous en verrons la raison, elle doit se constituer directement pour soi avec ce contenu et l'objectif d'une révolution communiste s'attaquant à tous les problèmes que j'ai évoqués en introduction, et que l'on peut résumer en termes d'exploitation et dominations masculine et racialiste, écologique... qui font de la crise du capitalisme une crise de civilisation concernant des milliards d'individus bien au-delà du prolétariat

considérer que le capitalisme, comme économie politique, mode de production, fonctionne toujours sur la base de l'exploitation de la force de travail pour en tirer une plus-value et enclencher le procès de la valorisation du capital, ne conduit pas à tenir pour secondaires les autres contradictions qu'il engendre, puisqu'en subsomption réelle, comme société capitalisée (Temps critiques), la production de la valeur ne tient plus qu'à ce seul moment et s'appuie aussi sur des couches sociales qui ne sont plus composées d'ouvriers ni des prolétaires

il est pratiquement impossible de considérer, avec Hic Salta/communisation, que nous serions confrontés au seul Ménage à trois de la lutte des classes (texte en ligne) et de théoriser vraiment une classe moyenne salariée comme intrinsèquement « contre-révolutionnaire », comme dans l'émission à la radio de Sortir du capitalisme :  « Entre Macron et Mélenchon, les classes moyennes salariées » août 2017 : « Les classes moyennes salariées peuvent parier sur un cheval néolibéral (Macron) ou un cheval altercapitaliste (Mélenchon), elles n’en sont pas moins globalement des défenseuses du capitalisme, du compromis capital-travail, de l’Etat et de sa classe politique [...] Une analyse des classes moyennes salariées en politique, entre Macron (option « réaliste » des classes moyennes salariées, surtout du secteur privé « mondialisé ») et Mélenchon (option « populiste » des classes moyennes salariées, surtout du secteur public en voie de déclassement) aux élections présidentielles de 2017 ; mais surtout comme classe du compromis capital-travail (nostalgie du compromis fordiste des 30 Glorieuses), classe des « représentants » politiques (incarnant un pseudo-universalisme au-dessus des classes) et classe contre-révolutionnaire du réformisme (social-démocratie) ou du pseudo-révolutionnarisme (marxisme-léninisme) du fait de sa position d'encadrement du procès global de production et de reproduction du capitalisme. »

les chiffres d'Hic Salta, et au demeurant de la plupart de qui analysent sur des critères de métiers ou de salaires les classes moyennes, proviennent de statistiques nationales où ces salariés ne peuvent cocher qu'une case, qui ne dit au fond rien de leurs véritable place dans les rapports de production, puisque tel est le critère marxiste d'appartenance à telle classe sociale. Ces individus peuvent passer d'un travail à un autre, le perdre, être cadres chargé de tâches d'encadrement et de production, être homme ou femme, noirs ou blancs, soumis ailleurs à l'extractivisme capitaliste et au vol des terres loin de concernés les seuls ouvriers agricoles, etc. etc.

cette vision classiste en trois classes - capitaliste, moyenne(s), prolétaire - est tout simplement trop simpliste pour rendre compte de la situation de toutes celles et ceux qui ont un intérêt objectif à sortir du capitalisme. Son véritable objet théorique est de conforter la conception prolétarienne de la révolution : le sujet révolutionnaire est le prolétariat, d'autant plus sûrement qu'on finit par le définir comme la classe qui va faire la révolution, dans le comble de ce que Christian Charrier appelait en 2003 Le syllogisme marxien du prolétariat (texte en ligne). On aboutit donc, partant d'une situation considérée comme objective - la production de plus-value -, à définir le prolétariat de façon subjective : c'est le sujet qui va faire la révolution. Une tautologie !

Théorie communiste : « Il faut dire cette chose triviale : le prolétariat c'est la classe des travailleurs productifs de plus-value.» divers textes

Bruno Astarian : « le seul intérêt d’une définition du prolétariat est de définir le sujet de la révolution communiste [...] Du point de vue de la subjectivité révolutionnaire, le prolétariat est la classe de ceux qui sont sans réserve face aux capitalistes, et qui ne peuvent se reproduire qu’en vendant leur force de travail. Le prolétariat est la classe qui regroupe ceux qui sont contraints de s’insurger pour assurer leur reproduction immédiate quand le capital entre en crise et cesse d’acheter la force de travail. » Les bidonvilles forment-ils une planète à part ?, Hic Salta février 2010

on n'est pas loin de ce qu'affirmait en 1972 Le Mouvement Communiste, n°3, Juillet 1972 : « la classe ouvrière ne devient pas le prolétariat en un instant [note : Mieux vaut sans doute désigner par classe ouvrière l’ensemble sociologiquement et économiquement défini par sa place dans le système capitaliste et sa fonction de capital variable ; et réserver le mot prolétariat à l’ensemble de ceux qui, par un mouvement révolutionnaire, tentent de détruire ce système.] »

je ne reviens pas ici en arrière, parce que définir le sujet révolutionnaire par le fait qu'il fera la révolution, c'est aussi ce que je fais avec ma classe communiste au-delà du prolétariat, mais ce faisant je n'essaye pas de démontrer qui est a priori révolutionnaire ou contre-révolutionnaire "en tant que classe". Avec de telles considérations, ces (vieux) théoriciens, qui appartiennent tous aux classes moyennes par leurs (ex)professions voire leurs origines, ne savent pas théoriser pourquoi ils sont communistes, alors il leur faut rajouter cette possibilité tombée du ciel, ils sont exceptionnels, hors-classe comme on dit chez les énarques (même émission) : « Loin de se contenter d’une dénonciation rituelle de l’interclassisme, cette émission vise à une analyse radicale des classes moyennes salariées et son rôle contre-révolutionnaire en tant que classe, mais dont des membres peuvent devenir révolutionnaires. »

il existent donc mille raisons de vouloir en finir avec le capitalisme, de part sa situation objective qui n'est pas que dans les rapports de production, et quoi qu'il en soit ces raisons deviennent aussi, par définition, subjectives, sans quoi l'on ne fait rien (je reviendrai au chapitre 3 sur la subjectivation révolutionnaire). C'est pourquoi j'ai ajouté en sous-titre la classe communiste se constitue comme révolutionnaire ou elle n'est rien, paraphrasant la phrase de Marx « la classe ouvrière est révolutionnaire ou elle n'est rien. » (Lettre à J.B. von Schweitzer, 13 février 1865), interprétée hors contexte de mille façons, mais qui entendait dire que le prolétariat n'est pas une entité sociale strictement déterminée par des caractéristiques sociologiques, mais n'a d'existence qu'en se constituant en classe révolutionnaire, sujet politique dont le projet est in fine d'abolir les classes, donc de se nier lui-même. C'est le sens de mon détournement, en abandonnant tout programmatisme*, puisqu'en étant révolutionnaire jusqu'au bout, la classe communiste ne sera plus rien, et tout à la fois, la communauté humaine* entière. De ce point de vue, nous ne sortons pas du projet marxien

je vais examiner successivement la situation de plusieurs catégories sociales constituées comme telles objectivement par le fait que ce sont des femmes, prolétaires ou non, des personnes victimes du racisme en raison de la couleur de leur peau, prolétaires ou non, des victimes du pillage des terres par le capital, prolétaires ou non, des victimes de la pollution, prolétaires ou non, et peut-être d'autres, je verrai

j'examinerai les raisons objectives pour lesquelles ces catégories peuvent être traversées de contradictions, fragmentées en leur sein ou entre elles, puisque chaque identité est multiple. Il me faudra dire quelques mots de l'intersectionnalité classe-genre-race et de l'impossibilité de penser sur cette base la constitution d'une classe de toutes les dominations, idée qui rejoint celle de la convergence des luttes des dominé.e.s, à savoir les alliances politiques entre organisations qui entendent les représenter, qui toutes se précipitent dans les eaux tièdes de l'alternative citoyenne, quand ce n'est pas la pathétique insoumission populiste de gauche (Christine Delphy, nonobstant sa « classe des femmes », était soutien de Mélenchon)

remarque : il est symptomatique et surprenant que l'expression "la classe de la révolution" ou "une classe de la révolution" soit rarissime quand on la cherche sur Google, cad dans des milliers de textes parlant de communisme, de marxisme, ou de révolution

je ne l'ai pas forgée en songeant à Théorie communiste, qui utilise pourtant, dès les années 2000 et peut-être avant, "classe communisatrice". Quand il y est question de « la classe communisatrice en train de se constituer », et quand TC affirme « Le prolétariat ne peut être révolutionnaire qu’en se reconnaissant en tant que classe », c'est le même mouvement de pensée que je reprends en disant « la classe communiste se constitue comme révolutionnaire ou elle n'est rien », seul le sujet révolutionnaire étant différent. À vrai dire, je pense que j'étais le seul à parler alors de "classe de la communisation", que j'avais cru lire chez TC, mais que je ne retrouve pas

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1.7.1. ce que n'est pas la classe communiste de la révolution

1) outre de n'être pas le prolétariat sujet révolutionnaire, la classe communiste de la révolution :

- n'est pas le parti-classe au sens du Manifeste : « Cette organisation du prolétariat en classe, et donc en parti politique, est sans cesse détruite par la concurrence que se font les ouvriers entre eux. »

- n'est pas la classe qui se constitue en parti, comme dans la vision du bordigiste Dangeville, à partir du Manifeste dans Le parti de classe selon K. Marx et F. Engels : « Parvenu au stade de sa constitution en classe, donc en parti — non seulement objectivement, économiquement, en soi, mais pour soi, c'est-à-dire en étant conscient de son existence, de ses intérêts et de ses buts propres, en opposition à toutes les autres classes —, le prolétariat... [...]
avant de se constituer en classe dominante en conquérant le pouvoir politique, le prolétariat doit se constituer en classe autonome, donc en parti distinct, avec son programme et ses buts propres. Dans ce parti ouvrier, les niveaux de formation, d’ancienneté, les capacités, la disponibilité, la force des individus varient considérablement, et il ne peut en être autrement dans cette société de classes, surtout quand il s’agit de la classe la plus basse et de la plus exploitée.»


- n'est donc pas le parti au sens d'Amadeo Bordiga dans Parti et classe, 15 avril 1921 : « Les thèses sur le rôle du Parti Communiste dans la Révolution prolétarienne adoptées par le Second Congrès de l'Internationale Communiste , qui sont véritablement et profondément inspirées de la doctrine marxiste, prennent pour point de départ la définition des rapports entre parti et classe, et établissent que le parti de classe ne peut comprendre dans ses rangs qu'une partie de la classe, jamais sa totalité, ni peut-être même sa majorité.
Le concept de classe ne doit donc pas nous suggérer une image statique, mais une image dynamique. Quand nous découvrons une tendance sociale, un mouvement dirigé vers un but donné, alors nous pouvons reconnaître l'existence d'une classe au vrai sens du terme. Mais alors existe, d'une façon substantielle sinon encore formelle, le parti de classe. »


- n'est ni le parti léniniste, trotskiste... ni les Conseils ouvriers plus ou moins articulés à un parti (Gorter, Luxembourg, Pannekoek... avaient des points de vue différents sur cette question)

certes, pour Marx dans Le Manifeste, « Les communistes ne forment pas un parti distinct opposé aux autres partis ouvriers. Ils n'ont point d'intérêts qui les séparent de l'ensemble du prolétariat. », et par conséquent les conceptions ci-dessus s'en éloignent par la constitution du parti communiste comme organisation séparée, avec tout ce que cela supposera d'articulations à trouver entre le parti et la classe, telles que posées par tous les courants communistes, du léninisme au trotskisme et à la gauche communiste des Conseils ouvriers

- n'est pas un ensemble fermé d'individus que définirait une identité communiste permanente acquise une fois pour toutes

le mouvement communiste se définit par des activités communistes plus que par les individus identifiés comme le composant. De même, l'avant-garde c'est tous ceux qui font, et l'organisation celle des activités. Les un.e.s font tous les jours, les autres quand ça les prend. Dans la classe communiste, on entre et l'on en sort aux rythmes de sa contribution, et parfois de son opposition

2) tout cela nous oriente vers une constitution en classe communiste fonction d'activités davantage qu'une composition sociologique, ni de classe en soi telle qu'on cherche à définir le prolétariat comme révolutionnaire, les classes moyennes comme contre-révolutionnaires, et l'interclassisme sur cette base

dans mon approche, on voit que l'interclassisme concerne aussi des activités davantage que des catégories sociales : ce sont les activités qui s'opposent aux activités communistes de constitution en classe pour faire la révolution, et bien que cette définition frise la tautologie, elle nous suffira à ce stade

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1.7.2. la constitution de la classe communiste n'est pas convergence organisationnelle ni compromis devant une contradiction principale prioritaire

1) on voit bien que les circonstances actuelles sont peu favorables à l'émergence d'une classe communiste idéale portant toutes les dimensions émancipatrices que j'ai dites

il ne s'agit pas seulement de "fragmentations" du prolétariat, qui ne suivent au demeurant que la concurrence que leur impose celle entre capitalistes d'une même branche ou de divers pays

si les salariés d'un pays sentent leur emploi menacé par les immigrés de plus en plus nombreux, c'est dans beaucoup de cas une vision réaliste, n'en déplaise aux bonnes âmes gauchistes. Il ne s'agit pas de légitimer le racisme qui en découle, mais pas non plus de considérer que ça n'a pas d'effets délétères objectifs, non pas produits par la seule propagande capitaliste et étatique nationale ou des pays riches de la "communauté internationale", mais idéologie inhérente à la concurrence inter-capitaliste même, et à la rapacité du capitalisme occidental à l'origine d'une grande partie de ces migrations contraintes

les luttes écologistes se heurtent à la production industrielle polluante, patrons et salariés réunis, et premières remettent en cause l'emploi dans la seconde. Cela reste un conflit au sein du capitalisme, comme le montre le capitalisme vert et son idéologie politique (Hulot au gouvernement de Macron-Philippe dans le bras de fer entre rente énergétique des énergies fossiles et énergies renouvelables). L'historienne Stefana Barca considère qu'il faut concevoir le combat pour l’environnement comme  « une forme de lutte des classes au niveau planétaire entre forces du travail et capital. » Le capitalisme est incompatible avec la survie de la planète, L'Humanité, 28 août 2017

les luttes féministes jettent un trouble dans la lutte de classe prolétarienne, et les luttes décoloniales dans l'appartenance de classe; les luttes féministes et décoloniales sont un mixte des deux, qui légitime une double non-mixité, de sexe et de race

2) mais il n'y a pas d'alternative ou de raccourci

n'y voir qu'un handicap à la "convergence des luttes", et y répondre par celle des organisations ou leurs alliances sur le terrain de la démocratie politique, ne fait pas avancer le schmilblick de contradictions inhérentes à la période actuelle, dans la double crise du capital et de l'Occident, que ne sauraient pas davantage résoudre des gouvernements de gauches radicales plus ou moins populistes

à l'inverse, n'y voir qu'entreprises communautaristes identitaires relève d'une mauvaise appréciation, le plus souvent par eurocentrisme, et d'une incapacité à penser dialectiquement le dépassement d'identités de luttes transitoires (1)

1. voir en ligne, Patlotch, 18 juin 2014 : « abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus »

Temps Critiques entre autres n'y voit que « replis identitaires » et stigmatise particulièrement « le « nous » des identitaires et autres communautaristes » dans L’être humain est la véritable communauté des hommes, en février 2015 à propos des attentats parisiens. Pourtant l'on ne voit guère comment peut se construire le sujet de leur révolution à titre humain s'ils ont une telle conception dialectique des dépassements. Il n'y aurait aucune légitimité à l'auto-organisation des luttes de ces catégories sociales : c'est l'universalisme des Lumières qui a libéré les Noirs de l'esclavage ?


3) le problème est donc l'émergence de conjonctures* (2) dans lesquelles surgit la nécessité concrète d'aller plus loin, pour produire dans et par la lutte les dépassements de ces contradictions ou postures identitaires quand elles se sclérosent au stade de la reconnaissance d'une communauté d'intérêts sans s'attaquer à leur production par le capitalisme

ces conjonctures ne se créent pas comme des situations à construire, au sens situationniste, par des minorités agissantes et porteuses de la bonne parole communiste de toutes les dominations. Elle seront produites dans la crise par les limites mêmes du discours sur la convergence et son échec politique déterminé par la dure loi de l'économie concurrentielle, ce qui suppose des affrontements ne faisant pas de celle-ci l'alpha et l'oméga de la lutte communiste

2. j'emprunte à Roland Simon, de Théorie Communiste, le concept de conjoncture qu'il lui-même repris de Lénine et Althusser, et je mets conjonctures au pluriel, tant il est évident qu'il devra s'en produire plusieurs avant d'arriver, si c'est le cas, à une conjoncture révolutionnaire mondiale : « Une conjoncture est aussi une rencontre de contradictions qui avaient leur propre cours et leur propre temporalité, n’entretenaient entre elles que des relations d’interactions : luttes ouvrières, luttes étudiantes, luttes des femmes, conflits politiques à l’intérieur de l’Etat, conflits dans la classe capitaliste, cours mondial du capital, reproduction de ce cours dans une aire nationale, idéologies dans lesquelles les individus menaient leurs luttes. La conjoncture est le moment de ce carambolage des contradictions, mais ce carambolage prend forme selon la détermination dominante que désigne la crise qui se déroule dans les rapports de production, dans les modalités de l’exploitation. La conjoncture est une crise de la détermination autoreproductrice des rapports de production qui se définit par une hiérarchisation déterminée et fixe des instances du mode de production.» Tel quel, Le moment révolutionnaire comme conjoncture TC n°24 2012


personne, hors des intellectuels moralistes, ne va se battre au nom de "l'intersectionnalité classe-genre-race", ce qui serait réservé aux femmes noires ou beurres partant d'elles-mêmes comme individus séparés et réunis dans une communauté d'étroite perspective. Par contre, les travailleuses domestiques, sans être afroféministes (3), sont le plus souvent dans le monde - et pas seulement en Occident -, des femmes prolétaires immigrées ou d'origine extérieure au pays où elles travaillent, avec la triple peine de l'exploitation (conditions de travail et salaires de misère), du harcèlement sexuel et du racisme ou de la xénophobie

3. Interview de Wendie Zahibo, auteure de Reines des Temps Modernes, Afrofeminista 12 janvier 2017
« Idéalement, j’aimerais dire que je suis “simplement féministe” et idéalement le Féminisme avec un grand F devrait considérer toutes ces questions que l’afroféminisme prend aujourd’hui en compte : questions raciales, de genre, sociale. Je considère que le Féminisme devrait être égal à l’afro féminisme + sino féminisme + arabo féminisme + indo féminisme + musulmano féminisme etc.
Malheureusement, ce n’est pas le cas actuellement. Et c’est la raison pour laquelle l’afro féminisme doit exister pour combler les manquement de ce féminisme occidental qui a bien du mal à prendre en compte toutes les voix, toutes les femmes de notre société actuelle. L’afroféminisme est simplement une réponse forte et intelligente donnée par les femmes noires au féminisme occidental ethnocentré. C’est une réappropriation du discours, de la parole et des actions. C’est une volonté de se faire entendre...»


cela ne signifie pas qu'il faudrait remplir la triple condition de prolétaire exploité, femme dominée et de victime du racisme pour participer à la lutte de classe communiste, sans quoi autant l'exiger de chacun qu'il cesse d'être un homme (4) et que chacune soit en même temps écologiste et trie les déchets divers et avariées qu'on trouve dans les corbeilles à papier des bureaux de l'encadrement du monde entier

4. il est vrai que certains y ont pensé et déchaîné, en territoire d'abolition du genre, les passions tristes dans un échange des plus acadabrantesques : dndf, Trouvé quelque part en Ardèche… 17 mars 2017


faudrait-il que chacun.e abandonne des particularités et singularités qui ne tiennent pas qu'au capitalisme ou au patriarcat pour participer à une révolution communiste ? Ce serait bien mal concevoir le dépassement de l'individualisme dans la civilisation occidentale capitaliste, mais ce sera l'objet du chapitre 5. LE DÉPASSEMENT COMMUNISTE DES INDIVIDUS DANS LA RÉVOLUTION ET LA COMMUNAUTÉ HUMAINE

Edward Saïd : « Nul aujourd’hui n’est seulement ceci ou cela. Indien, femme, musulman, américain, ces étiquettes ne sont que des points de départ. Accompagnons ne serait-ce qu’un instant la personne dans sa vie réelle et elles seront vite dépassées. L’impérialisme a aggloméré à l’échelle planétaire d’innombrables cultures et identités. Mais le pire et le plus paradoxal de ses cadeaux a été de laisser croire aux peuples qu’ils étaient seulement, essentiellement, exclusivement, des Blancs, des Noirs, des Occidentaux, des Orientaux. » Culture et impérialisme, 2002

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1.7.3. les femmes et le communisme

je vais critiquer ici le point de vue de Gilles Dauvé dans le texte : Sur la « question » des « femmes », DDT21 juillet 2016 (en ligne). En le faisant je soutiendrai le principe d'une révolution à la fois féministe et communiste, qui ressort de ma lecture de « la double contradiction de genre et de classe » chez Théorie Communiste

domination masculine, pas de problème avec ce qu'en dit Dauvé : « Le terme de domination masculine induit en erreur si l’on croit que la subordination des femmes est aujourd’hui l’œuvre d’individus mâles. Ceux-ci n’en sont plus que les relais, et pas les principaux. Le contrôle social a cessé d’être exercé avant tout par un individu (le mari) : il est chapeauté par la collectivité. Dans les services médico-sociaux, les femmes sont sous tutelle (« pour leur santé et pour leur bien ») d’un personnel au moins autant féminin que masculin. Comme il se doit, rentrée chez elle, dans la rue, partout, l’assistante sociale ou la doctoresse sera elle-même sous l’emprise sociale qu’elle exerçait quelques heures plus tôt sur d’autres femmes. » C'est pourquoi j'ai préféré nommé une catégorie de mon forum de domination masculine > machisme structurel et sociétal

sur le féminisme, une description objective, une problématique biaisée : « Quelque facette du féminisme que l’on critique, il se trouve toujours une (ou un) féministe pour dire que cette critique ne s’applique pas à elle (ou à lui). La situation se complique du fait que parfois la (ou le) féministe radical(e) ne se veut surtout pas « féministe », réservant le terme aux féministes libérales ou bourgeoises. Quoi de commun, nous objectera-t-on, entre les assos féministes sociales-démocrates et les anarcha-féministes ! Il n’y aurait donc pas de « féminisme », seulement un mouvement des femmes multiforme. Pour se démarquer du féminisme bourgeois, le féminisme radical s’ajoute d’ailleurs volontiers un adjectif (luttes de classe, matérialiste, anti-capitaliste, lesbien-radical, queer, libertaire, etc.).

Pourtant, les visages effectivement multiples du féminisme ont en commun de donner la priorité à la question des femmes et à la lutte contre l’inégalité entre les sexes, quels que soient les sens divers et opposés attribués à « l’égalité » (notion récusée comme il se doit par les féministes radicales). Dans le féminisme « bourgeois », ce point de départ est aussi un point d’arrivée et l’on se borne à défendre la cause des femmes. Le féminisme radical, lui, part de la situation des femmes pour l’intégrer à une transformation sociale globale : les variantes simples ajoutent la lutte des femmes aux autres luttes ; les variantes plus subtiles recombinent sexe et classe, ou sexe, classe et race, voire sexe et écologie 8. Dans tous les cas, la place des femmes dans l’histoire étant posée comme essentielle, il n’y a rien d’abusif à définir ces positions et ces courants comme féministes. »


de même dans Féminisme contre social-démocratie, DDT21, août 2017 : « Le féminisme radical veut intégrer le combat des femmes dans un mouvement émancipateur général, tout en faisant des femmes sa priorité – position intenable qu’il vit et théorise comme il peut.»

dans la note 8 du texte de juillet 2016, Dauvé : « [Pour Théorie communiste], Évidemment, au lieu de dire « les femmes », ce qui serait de l’humanisme idéaliste vulgaire, ou de parler de classe des femmes (quand on se veut marxiste, c’est la limite à ne pas dépasser), TC théorise un « groupe femmes » présenté comme aussi important que la classe. Car c’est lui qui sera censé mettre fin à la hiérarchie sexuée, tâche dont la classe (les prolétaires des deux sexes) à elle seule serait incapable car les hommes y dominent.
Le féminisme donne la priorité aux femmes. Le féminisme marxiste, c’est la double priorité. Mais quelle réalité reste-t-il à une priorité quand il y en a deux à la fois ? Nous pensions que le capitalisme se caractérisait par le rapport capital/travail, bourgeois/prolétaires. Erreur, nous explique aujourd’hui TC, le capitalisme est une société de classes et de genre, les deux.
Tant qu’un mouvement prolétarien – hommes et femmes – n’a pas la force de s’attaquer au capitalisme et de supprimer à la fois le travail et le capital, les mouvements féministes seront condamnés à agir dans cette contradiction, et à revendiquer pour les femmes d’être traitées à égal des hommes, bénéficiant notamment des mêmes droits dans le monde du travail. »


voilà donc le problème de Dauvé, il ne faut pas que deux priorités en cachent une... Pour lui, le communisme et la révolution doivent rester simples, en un seul mot une seule priorité : restons strictement prolétariens. Il n'y a donc parmi les femmes que les femmes prolétaires qui font la révolution, en quoi elles ne peuvent pas être féministes radicales car celles-ci accordent « la priorité à la question des femmes et à la lutte contre l’inégalité entre les sexes »

pour Dauvé, si les femmes prolétaires font la révolution, c'est en tant que prolétaires, non en tant que femmes. Retour à la "contradiction principale" du mouvement ouvrier programmatiste, quand il fallait d'abord abolir le capitalisme pour s'attaquer à la libération des femmes. Pourquoi les hommes prolétaires sont immédiatement féministes, sans doute parce que « les individus mâles ne sont plus que les relais, et pas les principaux, de la domination masculine », et que les camarades prolétariens en sont inoculés

à tout prendre, je préfère la « double contradiction de classe et de genre de TC », à la construction théorique bancale près, que Dauvé se fait un plaisir de démonter, pour mieux demeurer en deçà, comme au bon vieux temps. Comment Dauvé peut-il alors écrire plus bas : « La domination masculine ne mourra pas de sa belle mort. Le processus impliquera des conflits homme/femme (comme il y en aura d’ailleurs entre prolétaires – hommes et femmes – radicaux et réformistes). Les piqueteros et les insurgés d’Oaxaca ont donné quelques exemples de la nécessité et de la difficulté de résoudre de tels conflits. Une révolution qui s’avérerait incapable d’affronter la question des sexes serait également incapable du reste. »

dans ma conception, je n'ai pas ce genre de problème insoluble, soit garder une seule contradiction capital-prolétariat, soit en fusionner deux, de classe et de genre. "Ma" Classe communiste de la révolution se constitue sur ces deux lignes et d'autres

car il est pour moi une question de principe incontournable : qui est confronté dans sa vie de façon particulière au capital l'affronte prioritairement selon cette particularité, qui constitue son identité de lutte, et l'on ne voit pas comment des « individus partant d'eux-mêmes » (Marx) procéderaient selon une autre priorité, qui n'est pas la leur, et qui renvoie tout combat extérieur à une solidarité

au demeurant, c'est ainsi que depuis Marx et dans le marxisme, on privilégie la classe ouvrière, en raison de son exploitation et de ses conditions de travail et de vie qui la confrontent directement au capital dans le procès de production de la plus-value et de la valeur

les femmes, dans la lutte de classe communiste, affrontent aussi des hommes prolétaires, communistes ou pas, et se trouvent chez eux des alliés : sur cette ligne classe-genre, c'est dans cette rencontre que se constitue la classe communiste, qui n'est pas donnée a priori comme un bloc homogène, ni sociologiquement, ni idéologiquement

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1.7.4. les luttes écologistes peuvent-elles devenir révolutionnaires ?
André Gorz, un communisme écologique mais programmatiste


l'anti-nucléaire à la façon Hulot, ministre d'État, ne devrait pas nous mener plus loin qu'une restructuration du capital. Dans le "Plan climat" qu'il a présenté en juillet 2017, il a notamment prévu la fin des véhicules diesel et essence à l’horizon 2040, ce à quoi les recherches des constructeurs automobiles sont déjà consacrées depuis plusieurs années, Renaud étant en pointe...

Dauvé écrit quelque part que « Le lobby nucléaire construira des éoliennes », et, en 2009 : « La connaissance de la nature, les inquiétudes écologiques et les réactions aux abus faits aux animaux ne sont pas le signe d'une humanité qui deviendrait consciente de son impact sur le reste de la planète [ ... mais que ... ] le capital possède le monde et qu'aucun propriétaire ne peut s'offrir de ne pas prendre soins de ses possessions.»

c'est strictement juste, et l'écologisme est massivement intégré à l'idéologie dominante. Maintenant, quand on sait que le capitalisme met en danger la possibilité même de vivre sur cette terre, soit il se transforme écologiquement, ce vers quoi le macronisme s'oriente dans la restructuration, et l'on pourra encore envisager une révolution, soit la question ne se posera plus, ou trop tard

dans la présentation son livre De la crise à la communisation, paru en français à l'été 2017, on peut lire « Le concept de com­mu­ni­sa­tion a été le pro­duit d’une époque, et est aujourd’hui marqué par une autre. Né voici plu­sieurs décen­nies d’une crise spé­ci­fi­que, il se déve­loppe main­te­nant sous le poids d’une autre grande crise, qui a l’ampleur et la gra­vité d’une crise de civi­li­sa­tion. Comment la résis­tance des pro­lé­tai­res à l’exploi­ta­tion et à la dépos­ses­sion peut-elle être plus qu’une résis­tance ? Comment peut-elle pro­duire un monde pro­fon­dé­ment dif­fé­rent ? »

est-il raisonnable de penser qu'une crise de civilisation engageant toute l'humanité ne trouve pour la résoudre que l'action des seuls prolétaires ?

quoi qu'il en soit, une communauté du vivant post-capitaliste ne me semble pas envisageable sans révolution. Une des rubriques de mon forum est justement intitulée HUMAIN, CLASSES et "NATURE", Sciences et Techniques -> COMMUNAUTÉ du VIVANT !... car à l'époque, j'avais voulu sortir de l'anthropocentrisme de certaines considérations sur la communauté humaine, et donc par communauté du vivant établir une différence, mais l'expression n'est pas satisfaisante : en quoi les animaux ou la nature seraient-ils partie prenante d'une communauté, puisque cela suppose des activités conscientes dont seuls les êtres humains sont capables ? Mes chats sont adorables, mais ils ne mettent pas leurs crottes aux ordures ménagères ni n'en font le tri

esprit de l'escalier, la Chine veut interdire l’importation de certains déchets. Selon Pierre Moguérou, vice-président de la filière Plastiques de la fédération française des industriels Federec, « A court terme, on va avoir un engorgement du marché européen avec forcément une baisse des prix de vente, parce que les capacités des usines de recyclage en Europe ne suffiront pas à absorber des volumes qui vont rester sur le marché européen » (magazine GoodPlanet Info, 31 juillet 2017)

c'est l'exemple d'une situation qui pousse à la restructuration écolo-capitaliste à l'échelle planétaire. Dans ce contexte, les luttes écologistes sont internes à la concurrence inter-capitaliste, et les prolétaires ouvriers n'y sont pour rien voire s'y opposent, puisque dans les branches industrielles condamnées à terme, ce n'est pas leur intérêt immédiat de perdre leur travail. C'est une des contradictions internes, entre segments du prolétariat, que soulevait le groupe anglais Endnotes, participant à SIC, défunte revue internationale pour la communisation

André Gorz, un communisme écologique mais programmatiste

à propos d'André Gorz disparu en 2008, Michael Löwy sur son blog Médiapart pose le 2 septembre 2017 cette question : « était il-marxiste ? On peut plutôt parler d'une présence du marxisme dans sa pensée. Une pensée qu'on pourrait caractériser comme un socialisme écologique - ou un ecosocialisme - qui s'inspire de Marx et de certains marxistes hétérodoxes dans sa critique de la société (capitaliste) existante, et dans sa formulation d'un projet de société alternative. »

Löwy : « Le philosophe Arno Münster, gorzien éminent, constate à la fois sa distance et son attachement persistant au marxisme : « après la publication d'Adieux au prolétariat [1980], de raisonner et de penser dans le cadre de la plupart des autres concepts clés de la théorie marxiste, dans la perspective d'opérer une synthèse entre l'écologie politique et une critique de l'économie politique expurgée de ses dogmes [...] il a voulu s'inspirer du Marx humaniste, antiproductiviste et libertaire, penseur de l'avènément d'une société de l'association » »

Gorz : « "Adieux" n'avait rien d'une critique du communisme, au contraire. Je m'en prenais aux maoïstes, à leur culte primitiviste d'un prolétariat mythique (...). C'est aussi une critique acerbe de la social-démocratisation du capitalisme à laquelle se réduisait le marxisme vulgaire, et de la glorification du travail salarié.» cité par Willy Gianinazzi, André Gorz, une vie, 2017

« L'écologie n'a toute sa charge critique et éthique que si les dévastations de la Terre, la destruction des bases naturelles de la vie sont comprises comme les conséquences d'un mode de production, et que ce mode de production exige la maximisation des rendements et recourt à des techniques qui violent les équilibres biologiques. Et inversement : l'écologie politique, avec sa théorie critique des besoins conduit en retour à approfondir et à radicaliser encore la critique du capitalisme »
André Gorz, Ecologica, 2008

Löwy :

- « commentant les Grundrisse de Marx, Gorz écrit dans un texte de 2001 : « Considérer le développement des facultés humaines comme création de richesse, c'est déjà, en effet, abandonner une conception marchande-utilitaire-économiste de la richesse. Prendre le développement humain comme fin en lui-même, c'est à dire qu'il vaut pour soi, indépendamment de son utilité économique immédiate. » A. Gorz, "Richesse, travail et revenu garanti", 2001

- « dans un essai significativement intitulé Bâtir la civilisation du temps libéré (1993) il appelle de ses vœux « une société dans laquelle la richesse se mesurera au temps libéré du travail, au temps disponible pour les activités qui portent leur sens et leur fin en elles-mêmes et se confondent avec l'épanouissement de la vie. »

cela n'empêche que Gorz était pour un « État communiste » et l'« autonomie » : « La sphère de la nécessité, et donc du temps de travail socialement nécessaire, ne peut être réduit au minimum que par une coordination et une régulation aussi efficaces que possible des flux et des stocks : c'est à dire par une planification démultipliée (...) La seule fonction d'un Etat communiste est de gérer la sphère de la nécessité (qui est aussi celle des besoins socialisés) de telle manière qu'elle ne cesse de se rétrécir et de rendre disponibles des espaces croissants d'autonomie. » Ecologica

où l'on voit une fois de plus que chez tous les théoriciens ou philosophes parlant du communisme, nous rencontrons un problème d'un ordre ou d'un autre, ce qui signifie qu'en théorie communiste aussi, des dépassements sont à produire

mais ces remarques anticipent sur le chapitre 2 portant sur le mouvement du communisme vers la communauté humaine

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1.7.5. et la classe ouvrière, elle compte les points ? dans le processus révolutionnaire, la classe communiste absorbe et dissout le prolétariat ?

je sens pointer une objection de la part de lutteurs ouvriers et de leur représentants théoriques, qui se sentent privés de leur mission historique. Écoutons leur porte-parole :

AliBlabla : - Maître Patlotch noie le bébé de la lutte de classe ouvrière véritable dans une phraséologie qui la contourne pour lui substituer une énième resucée de l'alternative interclassiste frayant avec les féministes de préférences colorées !

Patlotch : - hé ben dis donc, gamin, t'es en forme. Si tu lis tes cours à la fac comme mes écrits pourtant limpides, je comprends pourquoi tu y joues les prolongations

AliBlabla : - C'est cela, on est pas d'accord donc on a rien compris. Réponds plutôt à ma critique !

Patlotch : - que la révolution ne soit plus définie comme universelle et prolétarienne ne signifie pas que le prolétariat n'y jouerait aucun rôle. Encore faut-il savoir ce qu'on entend par prolétariat. De deux choses l'une, soit il est la classe productrice de plus-value, et dans ce cas il faut y inclure des cadres, ingénieurs ou techniciens que leur (sur)salaire fait appartenir à la classe moyenne salariée (1), soit il s'étend des ouvriers aux employés et d'une façon générale aux bas salaires et à la classe moyenne prolétarisée, mais dans les deux cas on ne peut avoir une critique de la classe moyenne comme « structurellement révolutionnaire » (2), et il est difficile, au vu de ses activités depuis plusieurs décennies, de considérer que la classe ouvrière, dite prolétariat, est révolutionnaire

1. je fais allusion ici au texte : Le ménage à trois de la lutte des classes Episode 2 : Pour une théorie de la classe moyenne salariée Hic Salta Mai 2017. Cela dit Bruno Astarian, un des co-auteurs, répond le 3 juillet à Jacques Wajnsztejn que « La distinction travail productif/improductif est transversale sur les deux classes prolétariat et classe moyenne salariée »

2. je me réfère ici à l'émission de radio en ligne de Sortir du capitalisme : Entre Macron et Mélenchon, les classes moyennes salariées où l'on débat entre autres du texte visée en note 1, signé de B.A. (Bruno Astarian) et R.F.


AliBlabla : - Tu dis que le prolétariat « joue un rôle » dans ta révolution communiste. Lequel ?

Patlotch : - l'expression était mal choisie, le prolétariat y joue sa peau, tout simplement, si on le prend comme la catégorie de ceux qui n'ont que leurs chaînes à perdre. La classe communiste de la révolution ne se réduit plus au prolétariat ouvrier

AliBlabla : - Ben tu vois, tu utilises forcément le concept de prolétariat...

Patlotch : - je ne l'ai pas évacué, je prends en compte la nécessité historique donc théorique d'abandonner le prolétariat comme concept d'un sujet révolutionnaire

ALiBlabla : - Alors ils font quoi, les vrais prolos, dans ta révolution communiste ?

Patlotch : - ils partent d'eux-mêmes comme individus, de leurs vies de merde, pour en déduire qu'ils n'ont rien à perdre à tenter de foutre ce système en l'air. En ceci, ils ne sont pas plus 'concernés" mais sur des bases différentes que d'autres, dont ils ne se prennent pas pour l'avant-garde que toi et tes camarades, qui n'en sont pas, voient en eux. Bref ils se constituent en classe révolutionnaire, mais ils ne sont plus tous seuls, et c'est tant mieux

cela dit, ils ont des atouts : sans eux aucun rouage ne tourne (3)... ce qui est le cas au demeurant de beaucoup qui ne produisent aucune plus-value : des patrons d'entreprises de poids lourds peuvent provoquer un 'blocage' de l'économie, des paysans peuvent bloquer, de semi-fonctionnaires de la SNCF ou de la RATP peuvent bloquer, ce qui ne fait pas d'eux le fer de lance de la révolution : de telles luttes ne sont certes pas communautaristes, mais corporatistes, avec leurs prolongement lobbyistes dans les syndicats et au parlement : nombre de députés macronistes de En marche appartiennent aux catégories sociales qui peuvent 'bloquer'...

je ne sais pas si c'est aux vrais prolos d'abolir la valeur, mais cet aspect de la lutte de classe communiste, sans cela pas de révolution (4)

3. allusion à Sans toi aucun rouage ne tourne, Des agents du chaos, SIC n°2 janvier 2014

4. allusion au livre La valeur et son abolition de Bruno Astarian, et à son entretien avec DDT21, septembre 2017


AliBlabla : - Tu mélanges les patrons et leurs employés ? Je croyait que pour Marx, les salariés des transports appartenaient à la classe ouvrière productive...

Patlotch : - c'est encore et parfois vrai, mais il n'empêche que patrons et salariés peuvent avoir les mêmes intérêts immédiats contre la concurrence dans la branche 'chez nous' ou venant d'autres pays. Dans ce cas, tes prolos de la véritable authentique et vraie classe ouvrière, les communistes les emmerde(ro)nt, c'est comme ça

Twisted Evil

j'ai porté ma réflexion au niveau de la généralité de ce qu'est une classe dans l'histoire pour poser cette question qui conditionne la validité de mon hypothèse selon laquelle une classe nouvelle en formation remplacerait tout en l'absorbant le prolétariat révolutionnaire de Marx et des marxistes. Autrement dit, le mouvement semble un peu l' inverse de celui conçu par Théorie Communiste (TC)

Dans Le pas suspendu de la communisation en 2009 (publié dans SIC en 2011), Bernard Lyon de TC écrit : « La classe se reconnaît elle-même comme divisée et diverse pour s’abolir ; l’abolition du prolétariat comme dissolution des autres classes implique le besoin interne pour le prolétariat de ces autres classes, de les absorber en les dissolvant, en même temps que la contradiction avec elles. La communisation vit constamment dans les conditions de sa sclérose.»

dans ma vision, c'est la classe communiste se constituant dans des luttes multiples contre le capital qui absorberait le prolétariat mais sans le dissoudre en elle-même, ni « en même temps la contradiction » de l'exploitation, pas plus que les communistes subissant les dominations qui la conditionnent. Encore une fois on ne leur demande pas de partir d'autre chose que leur situation dans et face au capital

l'intérêt de cette hypothèse est que le caractère révolutionnaire de la classe communiste n'apparaîtrait plus comme dans la théorie de la communisation* comme un mouvement purement abstrait, un jeu de mot dialectique sur l'auto-transformation /abolition du prolétariat et de toutes les classes par lui-même, mais plus concrètement comme aboutissement et dépassement d'un mouvement engagé dès maintenant dans le capitalisme actuel, malgré les obstacles à la rencontre des catégories particulières concernées, et une expression qui ne sort pas de la convergence des luttes poursuivie à travers des alliances politiques entre organisations entendant les représenter pour une alternative citoyenne démocratique. Comme dit Temps critiques, on sent une tension vers la communauté, mais dans ce cas, on la sent aussi dans La Manif pour tous...

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1.7.6. identités de luttes et leurs dépassements à produire : médiations temporelles

c'est le 18 juin 2014 qu'en réponse à l'animateur du forum-communisation, j'ai formalisé le dépassement des identités, dans  abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus, que l'on peut trouver sur mon blog, après avoir posé, le 27 mai, cette question : quelles 'identités de luttes' constituent la classe, le prolétariat, la multitude... en sujet révolutionnaire ? : « la question de la subjectivation révolutionnaire passe par celle du dépassement de l'identité, mais la « conscience de classe » ne se construira plus seulement sur l'identité de prolétaire ouvrier. Quand on parle de « multitude » on parle encore de classe sociale en puissance (« classe pour soi »), et c'est la puissance qui définit la classe, pas la sociologie ni même la conscience, qui n'est pas l'être. Ce qui pour Marx donnait à la classe ouvrière sa potentialité révolutionnaire, forgeait sa conscience, c'était sa concentration massive en grandes usines et l'ampleur des luttes qu'elle permettait. La conscience de classe pouvait émaner de ces conditions concrètes portant la fonction structurelle de la classe ouvrière face au capital dans l'exploitation productive de plus-value et sa transformation en valeur. Cette particularité de la classe des ouvriers de production n'existe plus à l'échelle mondiale* à laquelle est seulement possible la révolution.»

il me fallait alors spécifier ces identités de luttes dans leurs particularités face au capital, et montrer le processus dialectique de la production de leur dépassement vers un contenu et un objectif commun les tissant entre elles, l'idée que cela puisse constituer une nouvelle classe de dépassement du capital ne me venant là que trois ans après

la période actuelle, par l'absence de cette structuration en classe d'un sujet cherchant son unité, n'est pas celle de luttes immédiatement communistes. Je reprends-là, comme modèle, la critique de l'activisme l'immédiatiste par Théorie Communiste, la nécessité d'une médiation temporelle : « La « médiation temporelle » désigne le fait que c'est le temps lui-même qui est la médiation.» SIC 2010, dans Le moment actuel – Développements et discussions 1. Considérations complémentaires sur la fin de l’activisme

j'écris médiations temporelles au pluriel du fait que la constitution de classe envisagée se tisse à travers plusieurs rencontres dans plusieurs conjonctures...

à propos d'Identity Politics, une traduction idéologique

Yves Coleman, de Sans partie ni frontière / mondialisme.org est un traducteur reconnu de l'anglais (et de l'espagnol) : dans la première langue et en français, on peut dire qu'il est bilingue. Mais il n'échappe pas à son idéologie d'arrière-garde eurocentriste : il est depuis 20 ans un anti-racialisateur de choc, color-blind comme il se plaît à le dire. Jugeons-en dans cette présentation de Discussion autour du Black Panther Party, 30 août 2017 , Toulon. Samedi 2 septembre 2017 au Local, 6 rue Corneille, à 18 heures. Coleman : « A l’heure où les politiques identitaires (identity politics) sont à la mode à l’extrême gauche marxiste et dans le mouvement anarchiste, il peut être utile d’en connaître les origines, en essayant d’écarter certains fantasmes et certains clichés fondés sur notre ignorance et le peu d’informations fiables disponibles en français [c'est vrai]. Les « Panthères noires » sont connues par leur uniforme (blouson noir, chemise bleue, béret, lunettes fumées et gants de cuir), leur coupe de cheveux « afro », leurs fusils et leurs martyrs, ainsi que leur idéologie mao-tiersmondiste assez datée et déjà très contestable il y a 50 ans. Plutôt que de nous fixer sur leur idéologie (assez documentée en français) nous aimerions évoquer leurs pratiques et notamment les « campagnes de survie » : petits déjeuners gratuits, distribution de vêtements et de chaussures, dépistage de la drépanocytose, centres de santé gratuits et écoles de la libération, accompagnement des personnes âgées, bus pour les familles de prisonniers. Il nous semble en effet, que au-delà des errements idéologiques et des dérives internes, les Black Panthers ont participé à un véritable mouvement social qui a laissé des traces dans les quartiers populaires afro-américains au-delà du folklore militariste qui fait encore l’admiration des gauchistes européens…»

à l'inverse je suis mauvais en anglais, et piètre traducteur (sauf peut-être pour le jazz dont je connais le vocabulaire dans les deux langues), mais je me soigne, alors donc je cherche ce que signifie "identity politics" et je trouve qu'il peut être traduit par "politique d'identité" et dans certains cas par "politique identitaire", en vouant dire "identitariste"), selon le texte et le contexte, bien sûr... le traducteur, et son idéologie

Angela Davis : « A woman of color formation might decide to work around immigration issues. This political commitment is not based on the specific histories of racialized communities or its constituent members, but rather constructs an agenda agreed upon by all who are a part of it. In my opinion, the most exciting potential of women of color formations resides in the possibility of politicizing this identity – basing the identity on politics rather than the politics on identity. » Le potentiel le plus excitant des groupes de femmes de couleur réside dans la possibilité de politiser cette identité – en fondant l'identité sur la politique plutôt que sur la politique sur l'identité

tout dépend donc du contenu de cette politisation de l'identité. Celle des Black Panthers correspondait à une nécessité d'affirmation de leurs intérêts face au pouvoir américain blanc et capitaliste : c'est pour ça qu'ils se disaient aussi marxistes

le PIR (Parti des Indigènes de la République) parle de « politiser l'antiracisme ». La politisation de leur identité est fondamentalement démocrate radicale, non marxiste, et c'est en cela qu'elle doit être critiquée, pas dans leur projet d'une expression indépendante, prétendue "auto-organisée", des individus dont ils entendent représenter politiquement la, ou les communautés

on ne peut critiquer de façon générale et indiscernée l'auto-organisation des "racisées" au nom de son contenu politique, sous prétexte qu'il serait identitaire, communautariste plus que communautaire, c'est en quelque sorte différence que ne veut pas voir Temps Critiques, les amis d'Yves Coleman qui les publie dans sa revue

cet "à propos" pour dire que j'ai forgé le concept d'identités de luttes à dépasser sans connaître la vogue des Identity Politics aux États-Unis, et si l'on peut y voir un rapport, c'est dans le sens que leur donne Angela Davis, au contenu politique près

à propos de Whiteness (blanchité ou blanchitude), identité de couleur

un livre de David R. Roediger est annoncé en traduction française pour février 2018 : Le salaire du Blanc, race et classe ouvrière aux États-Unis : « Après les événements révélateurs de Charlottesville, un livre lumineux pour éclairer la capacité du racisme à façonner la vie politique des États-Unis. Si, comme le soutient l’auteur, la jeune classe ouvrière américaine du 19e siècle a revendiqué une identité blanche, la blanchité, en réponse aux peurs générées par la discipline capitaliste, la résurgence du suprématisme blanc qui saisit les États-Unis d’aujourd’hui n’est-il pas le produit des peurs nées de la spirale infernale de la mondialisation, du déclassement et de l’immigration économique ?
Pour l’auteur, la force de cette idéologie raciale est d’attacher les Blancs pauvres au chariot du système d’exploitation. Quoi qu’il puisse leur arriver – déclassement social, chômage… –, ils ne perdront jamais un avantage : la blanchité.
Mais que signifie « être blanc », « quels avantages les Blancs tirent-ils de la blanchité » ? Sur les pas de Jean Genet, de Frantz Fanon ou d’Aimé Césaire, David Roediger mêle culture de masse, langage et politique, pour éclairer les voies spécifiques par lesquelles ce marqueur racial s’est socialement et historiquement construit. Le constat est cruel. Les travailleurs blancs ont cherché dans leur supériorité raciale une voie d’émancipation et ce sont ces tendances qui travaillent toujours la société américaine.
Le « salaire du Blanc », à la fois système de privilèges réels et illusion dont s’approprient les Blancs pauvres, entretenu par les classes dominantes, continue de structurer la domination raciale et économique aux États-Unis.
L’auteur propose de reconceptualiser la notion de classe afin de prendre en compte la part de la race dans la conscience de classe.
Pour ce faire, l’étude de la construction de la blanchité [Whiteness] démystifie la fiction de la race qui perdure jusqu’à aujourd’hui et éclaire les modes de domination qu’entretient le capitalisme.»


j'ai consacré un longue rubrique de mon forum à cette question, avec livres et textes de Roediger qui la creuse en marxiste depuis des décennies, mais est tout sauf un théoricien de la révolution communiste. La critique de la blanchité fait en France des émules dans les milieux décoloniaux, sans toujours faire le lien avec une situation de classe. Opposer un avatar de la Négritude de Césaire ou du Black is Beautiful des sixties américaines à la marchandise particularisée et individualisée pour s'adapter aux "besoins" d'un marché spécifique noir ou beur qu'il a lui- même créé ne fait pas peur au capitalisme. Il peut à bon compte se restructurer décolonial, et la question du dépassement des identités noires ou de toutes autres couleurs, y compris blanche, ne serait pas poser

pour autant la nécessité de produire des dépassements d'identités ne se pose pas que pour les prolétaires de couleur, ni pour les seuls "petits blancs" racistes. Les pas de Césaire n'ont pas été seulement suivis par Fanon, il en a franchi d'autres, et la question n'est pas ici de peaufiner l'antiracisme politique en « éclairant les modes de domination qu'entretient le capitalisme », c'est-à-dire seulement par un combat d'idée, une « lutte idéologique », mais de lui donner un contenu communiste révolutionnaire dans les luttes, y compris contre les capitalistes noirs, jaunes, beurs ou rouges à pois bleus

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Dernière édition par Patlotch le Dim 10 Sep - 16:49, édité 2 fois
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Patlotch



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MessageSujet: Re: 7. le livre : du capitalisme à la communauté humaine, UNE CLASSE pour LA RÉVOLUTION (sommaire, texte complet et renvoi aux compléments)   Mer 6 Sep - 16:11


2. LE MOUVEMENT DU COMMUNISME comme LUTTE de CLASSE
LA RÉVOLUTION vers LA COMMUNAUTÉ HUMAINE, ABOLITION du CAPITAL, SOCIÉTÉ COMMUNISTE


Citation :
2.1. communisme (mouvement et lutte) et communauté humaine (but et résultat)
remarques terminologiques logiques et dialectiques : communauté humaine = société communiste
2.2. le communisme réalise-t-il la "vraie démocratie" ?
2.3. le communisme est mouvement et activités vers et dans la communauté humaine, lectures
2.4. la révolution est une insurrection mondiale
2.4.1. vous avez dit Révolution ?... Insurrection ?
2.4.2. une révolution mondiale
?

2.1. communisme (mouvement et lutte) et communauté humaine (but et résultat)
remarques terminologiques logiques et dialectiques : communauté humaine = société communiste

le communisme est mouvement et activités vers et dans la communauté humaine

j'avais en 2009 initié une discussion sous le titre : Le pas non suspendu du communisme. Communisme, communauté vs. mouvement ? Dans ce texte auto-détruit, je partais du fait que dans ceux des théoriciens de la communisation qui retenaient alors mon intérêt, on trouvait les deux sens du mot communisme. Quelques exemples :

en 1996 dans Le communisme – Tentative de définition, Bruno Astarian écrit :

« le communisme est un rapport social inter-individuel. Les hommes du communisme produisent la communauté à titre singulier, personnel et inter-actif. « Produire la communauté » ne signifie ici rien d’autre que d’affirmer le rapport de moi à l’autre comme le principe et la fin de toute activité particulière.

Le communisme ne récupère pas les forces productives du capitalisme pour les libérer et les développer. Il en fait table rase [...]

Dans le communisme, la catégorie de la production matérielle disparaît donc au profit de celle d’activité inter-individuelle totalisante trouvant en elle-même sa raison d’être. On parvient au même résultat en imaginant ce que deviendront les activités actuelles non-productives séparées : le communisme fera, par exemple, de ce qui est actuellement l’activité poétique un rapport reproductif à la nature. »


l'utilisation du futur donne sans ambiguïté à communisme la définition de la production de la communauté humaine dans et par la révolution

de même, Théorie Communiste dans TC23 en 2010 : « La communisation et le communisme sont des choses à venir. »

troploin en 2011 dans : communisation : « Cette théorisation n’approfondit ce que sera le communisme… qu’en obscurcissant le chemin qui y mènera : un intérêt accru pour le contenu du communisme se paye d’une perte sur la compréhension de la réalisation possible de ce contenu.

Ce que le néologisme communisation désigne, c’est une révolution qui crée le communisme, non les conditions du communisme.»
[ici, si la révolution est son mouvement, ce qu'elle crée est le communisme comme résultat.]

sans me citer Théorie Communiste me répondait dans TC24 2012 : Sur l'ambivalence supposée du concept de communisme : « Le terme de « communisme » paraît porter avec lui une ambiguïté dans son utilisation : mouvement et résultat. Mais il n’y a d’ambiguïté que pour notre misérable cerveau spontanément infecté d’idéalisme.

Il y aurait deux utilisations du mot « communisme » : « Le communisme n’est pour nous ni un état qui doit être créé, ni un idéal sur lequel la réalité devra se régler. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l’état actuel. » (Marx, L’Idéologie allemande Ed. Soc., p. 64.), et le communisme comme « société », « communauté », bref, « comme ce sera après… », comme « résultat ». En fait, dans ces deux « communismes », il y en a un qui existe et l’autre non. Cette dualité est le résultat d’une pensée complètement folle qui considère d’une part un mouvement de production, et, d’autre part, le résultat de ce mouvement de production comme l’aboutissement se tenant quelque part comme déjà en attente. En attente de l’effectuation du premier. Même lorsqu’il s’agit du second sens (l’aboutissement), il faut savoir que c’est en réalité toujours du premier dont on parle. Il n’y a qu’un seul sens, qu’un seul emploi : « le mouvement qui abolit ». Quand il s’agit de l’aboutissement, c’est toujours du mouvement dont il s’agit. C’est être complètement imprégné de pensée finaliste que de concevoir que le résultat est déjà un existant et souvent, pire, que le mouvement n’a de sens que de par son résultat. [...]

La chose qui doit exister n’existe pas déjà comme en attente de son actualisation par le mouvement qui la produit, cette chose qui doit exister n’est que son mouvement de production. C’est seulement en tant que tel qu’elle « doit » exister. Le mouvement de sa production est la totalité de son existence. À strictement parler, il n’y a qu’un seul sens, celui du mouvement : quand il s’agit du résultat c’est encore du mouvement dont il s’agit. Le second sens n’existe pas, parce que tout simplement, et c’est une évidence, ce qu’il serait censé désigner n’existe pas. [...]

Même si comme « but » c’est toujours du mouvement dont on parle, comme but, le communisme est amené à se différencier du mouvement, à apparaître, pour lui-même, comme but. Le communisme comme but est toujours présent dans la théorie révolutionnaire. Parler du communisme au présent, c’est parler de la perspective communisatrice qui parce qu’annoncée au présent acquiert une existence d’anticipation. C’est cette anticipation constitutive de la théorie qui pose problème. Ce problème réside dans le fait que si le mouvement est bien la seule existence du but, ce dernier contient la tendance à s’autonomiser comme idéologie. »


Théorie Communiste n'a pas l'habitude de balayer devant sa porte, puisque ces deux sens abondent dans ses propres textes : autocritique ? Sur son site en exergue : « Notre époque est celle où le prolétariat, luttant en tant que classe contre le capital, se remet lui-même en cause et porte le dépassement révolutionnaire de cette société par la production immédiate du communisme comme l’abolition de toutes les classes, l’immédiateté sociale de l’individu. »

s'il y a une « production immédiate » du communisme dans le moment communisateur, c'est que le communisme n'aurait pas été produit avant comme mouvement par la lutte de classe, nonobstant ses échecs, qui sont bel et bien l'absence de résultat, la production de la communauté humaine dont peu ou prou les révolutionnaires faisaient pourtant leur but sans être de fieffés idéalistes

on ne peut empêcher le mot communisme d'être polysémique. Un problème de la théorie est de maîtriser son langage sans jouer sur les mots et leur sens, mais en cherchant à leur en donner un qui soit clair. On peut discuter sur l'existence d'un mouvement du communisme aujourd'hui, mais pas l'idée que tout combat se donne comme perspective la victoire, c'est à dire un changement de la réalité : un mouvement n'est jamais que le passage d'une état à un autre et non, cet état n'est pas que son mouvement, sans quoi il n'y aurait jamais de présent, de moment actuel. La dialectique se propose justement de montrer le mouvement des contradictions qui permet de passer d'un état à un autre par un changement qualitatif... d'état. Cela ne signifie pas que celui-ci soit stable et arrêté au point d'être sans contradictions qui le feront encore changer, être dépassé, mais qu'en tant que produit de et par le dépassement de l'état précédent, il se définit par des qualités essentiellement différentes

je propose de sortir de cette ambiguïté, en abandonnant purement et simplement le sens de communisme comme état, société... :

pour le communisme comme combat, le but, c'est la communauté humaine, ce qui ne signifie pas qu'en son sein, il n'y ait plus d'histoire, une histoire communiste, le communisme comme lutte et mouvement continué dans des conditions différentes, au-delà du capitalisme

j'ai toujours aimé cette blague soviétique :
- Qu'est que le communisme ?
- C'est ce qui se profile à l'horizon.
- Et qu'est-ce que l'horizon ?
- Ce qui recule au fur et à mesure qu'on avance


ironie du sort, cela prouve que l'horizon stal n'était pas borné comme celui du droit bourgeois vertical. Karl Marx : « Dans une phase supérieure de la société communiste [...] alors seulement l'horizon borné du droit bourgeois pourra être définitivement dépassé et la société pourra écrire sur ses drapeaux : "De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins". » Critique du programme de Gotha (1875)

ce serait à vérifier, mais il me semble que si Marx parle de "société communiste", il n'utilise pas communisme au sens de société. Quant à communauté humaine, c'est une traduction de Gemeinwesen der Mensch : « L'être humain est la véritable Gemeinwesen (communauté) de l'homme ». Je ne pense pas que Marx l'ait utilisé au sens de "société communiste", ce dont ne se priveront pas les marxistes. Voir Les ambiguïtés de la traduction de « Gemeinwesen » en italien, Massimiliano Tomba, on a les mêmes en français. C'est Jacques Camatte qui introduit ce sens. Cf Marx et la Gemeinwesen, octobre 1976 :

« Le communisme n’est pas une simple affirmation communautaire; il ne peut plus être caractérisé par la propriété commune ou collective car se serait garder les présuppositions du capital lui-même : la propriété et la séparation [...] Ce dont il est question c’est de l’être des hommes et des femmes et de leur rapport à la totalité du monde vivant implanté sur notre planète qu’on ne peut pas concevoir comme appropriation, comme le pensait Marx, mais comme jouissance. Aussi mieux vaut-il remplacer communisme par communauté humaine.

De même que l’ensemble humain ne doit plus être divisé pour devenir communauté, de même l’individu ne doit plus être divisé pour devenir individualité, donc fin de la coupure État-individus, parti-masse, esprit (cerveau)-corps. Pour sortir de ce monde il faut acquérir un corps en tendant à une communauté, donc en ne s’enfermant pas dans un phénomène individuel, mais en retrouvant la dimension de la Gemeinwesen


c'est ce sens que reprend Temps Critiques dans Classes/communauté humaine/révolution à titre humain, 6 avril 2017, Jacques Wajnsztejn : « Evidemment tout ce qui concerne la communauté humaine nous a beaucoup inspiré (Guigou et moi), surtout dans l’interprétation qu’en a fait Camatte et la revue Invariance (la Gemeinwesen). »

sur ce point, il ne me dérange pas de lui donner ce même sens, le mouvement du communisme produit la communauté humaine, et pour simplifier :

communauté humaine = société communiste

c'est donc celui que j'ai retenu pour ce livre

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2.2. le communisme réalise-t-il la "vraie démocratie" ?

dans "critique de l'État, de la DÉMOCRATIE POLITIQUE, des PARTIS, de la RÉPUBLIQUE..." j'ai écrit en février 2016 :

démocratie et communisme

rappel de mon point de vue sur le rapport entre communisme et démocratie, et sur l'amalgame entretenu par la post-ultragauche anticitoyenniste entre :

- d'une part la nécessaire critique de la démocratie politique, pendant de la critique de l'économie politique, constitutives ensemble du capitalisme comme mode de production étatique et sous-titre du Capital de Marx, et

- d'autre part la critique du concept de démocratie sans prise en compte de ce qu'il peut signifier en rapport avec celui de communisme

pour nous, trois choses sont claires :

1) la démocratie politique est constitutive de l'idéologie de l'État-nation pour le capitalisme[/b], et de sa batterie de concepts critiqués par Marx dans ses œuvres de jeunesse : État, société civile et citoyenneté, et critique de la religion comme matrice de celle de l'idéologie, qui vaut naturellement pour la religion de l'État, qu'elle soit laïque ou athée n'y changeant rien

2) corollaire théorique : le renversement du capitalisme ne peut être entrepris sous la bannière de la démocratie politique

3) corollaire politique : dans la décomposition du programmatisme politique, la nécessaire critique de la démocratie radicale, ou du démocratisme radical et du citoyennisme, telle qu'entreprise par les théoriciens de la communisation
[...]

une fois évacuée ce sens de la démocratie comme démocratie politique aussi radicale serait-elle, qu'est-ce qui s'oppose à considérer que le communisme réaliserait la démocratie dans la communauté humaine. C'est un lieu commun que d'en rappeler l'étymologie : « emprunté, via le bas latin democratia, au grec ancien δημοκρατία, demokratía, dêmos ("peuple"), kratos ("pouvoir").»

évacuons d'emblée l'idée que le peuple (dêmos), ici, serait à opposer au prolétariat : dans le contexte d'un monde sans classes, rien ne s'oppose à nommer peuple les êtres humains dans leur ensemble

« Pour Abensour (auteur de La Démocratie contre l'État, 2012) la démocratie, comprise comme surgissement du dêmos, opère une réduction phénoménale ramenant l’ordre institué à ses fondements » Utopie et démocratie chez Miguel Abensour

pouvoir (cratos) pose déjà plus de problème. Cratos : « Dans la mythologie grecque, Cratos ou Kratos (en grec ancien Κράτος / Krátos) est une divinité personnifiant la Puissance, le Pouvoir, la Force, la Vigueur ou la Solidité comme son nom l'indique.»

pouvoir sous-entend pouvoir sur quelqu'un ou quelque chose, et je n'y vois pas un sens dans le contexte d'un monde sans hiérarchie (Ni dieu, ni maître). Toutes les autres qualités de cette déesse sont utiles au communisme, mais je retiens puissance, le plus intéressant, dans le sens de capacité à...

venons-en au concept de démocratie chez Marx, avec Maximilien Rubel, dans un texte de 1962 : Le concept de démocratie chez Marx : « 3. [reformulé en 1974 : Pour Marx, la démocratie signifie gouvernement du peuple par le peuple. Point de départ et moyen, elle ne prend son véritable sens que dans la société sans classes, libérée de tout pouvoir étatique, de toute médiation politique. En tant que but provisoire, la démocratie doit se réaliser contre le passé féodal et absolutiste par la lutte commune de la bourgeoisie et du prolétariat, chacun remplissant son rôle révolutionnaire spécifique. Une fois ce but atteint, le prolétariat est appelé à s’émanciper par ses propres moyens et son émancipation est celle de l’humanité tout entière. La démocratie acquiert sa véritable signification quand elle est une lutte destructive et rénovatrice. »

dans Marx ou Tocqueville : capitalisme ou démocratie, Nestor Capdevila, Actuel Marx, 2009/2 n°46, on peut lire : « la question de savoir si Marx est démocrate est ambiguë. Sa position révolutionnaire anticapitaliste contient une critique au nom du communisme de ce qui est habituellement considéré comme la démocratie, et la société sans classe n’est pas pensée en termes d’égalité et de démocratie. Mais, en un sens, elle est leur réalisation substantielle[42]
[42]  Cabet identifiait le communisme et la vraie démocratie.... On peut estimer que Marx rejetait la démocratie ou qu’il cherchait à la réaliser de manière authentique »


véritable sens, signification véritable, réalisation substancielle
de la démocratie dans et par le communisme. En un mot, Forum Blabla 18-25 ans, Le communisme démocratique, Cannelle rouge : « Le communisme c'est la démocratie, la vraie démocratie.»

à vrai dire, je n'ai pas trouvé de critique d'une telle option dans les textes de théoriciens communisateurs où la démocratie fait l'objet d'une critique au sens que j'ai dit plus haut (Théorie communiste, Hic Salta, Léon de Mattis auteur de Mort à la démocratie 2007, Dauvé/Nesic, Au-delà de la démocratie 2009). Au-delà de la démocratie représentative, ou citoyenne, je partage leur critique de "la vraie démocratie" comme démocratie "à la base", "démocratie directe" ou "démocratie ouvrière" des conseillistes (qui, s'ils ne sont pas ouvriers, sont plutôt des conseilleurs en démocratie)

parler de la démocratie comme moyen du changement dans le capitalisme est le meilleur moyen d'éviter la question de la révolution comme rupture, car dans les luttes radicales contre le capitalisme ou dans le moment insurrectionnel, il est difficile de parler de démocratie. À la limite peut-on concevoir l'auto-organisation révolutionnaire comme démocratique, mais cela ne ne la définit pas dans un contexte où le mot est source de toutes les confusions

qu'on ne mette pas en avant le concept de démocratie pour définir le communisme, ou la démocratie communiste réalisée, cela peut se comprendre. Confronté à l'idéologie de la démocratie radicale évitant toute rupture révolutionnaire, ce serait brouiller la compréhension et cela n'apporterait pas grand chose. Mais partir en guerre contre toute forme de démocratie au nom du communisme ne me paraît pas juste, et source d'autant d'incompréhensions

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2.3. le communisme est mouvement et activités vers et dans la communauté humaine, lectures

cette affirmation vaut pour avant, pendant et après la révolution comme moment insurrectionnel. Il y a avant des activités de lutte de classe communistes, pendant des activités révolutionnaires au sens du moment d'abolition du capital, après dans la poursuite du processus de construction de la communauté humaine, société communiste. Ainsi s'articulent et se compénètrent en permanence luttes et buts, par les activités qui définissent le communisme comme mouvement

Marx&Engels, L’Idéologie allemande 1845-46

« C’est seulement dans la communauté [avec d’autres que] chaque individu a les moyens de développer ses facultés dans tous les sens ; c’est seulement dans la communauté que la liberté personnelle est donc possible. Dans les succédanés de communautés qu’on a eus jusqu’ici, dans l’État, etc., la liberté personnelle n’existait que pour les individus qui s’étaient développés dans les conditions de la classe dominante et seulement dans la mesure où ils étaient des individus de cette classe. [...] Dans la communauté réelle, les individus acquièrent leur liberté simultanément à leur association, grâce à cette association et en elle.

[...] dans la société communiste, chacun n’a pas une sphère d’activité exclusive, mais peut se perfectionner dans la branche qui lui plaît, la société réglemente la production générale, ce qui crée pour moi la possibilité de faire aujourd’hui telle chose, demain telle autre, de chasser le matin, de pêcher l’après-midi, de pratiquer l’élevage le soir, de faire de la critique après le repas, selon mon bon plaisir, sans jamais devenir chasseur, pêcheur, berger ou critique.»


Le communisme, tentative de définition, Bruno Astarian avril 1996, extraits :

« II [...] le communisme est un rapport social inter-individuel. Les hommes du communisme produisent la communauté à titre singulier, personnel et inter-actif. "Produire la communauté" ne signifie ici rien d'autre que d'affirmer le rapport de moi à l'autre comme le principe et la fin de toute activité particulière. Si c'est en tant qu'individu singulier que je participe à telle activité - que l'autre m'y convie, que je l'y incite - cela implique que cette activité n'est pas le lieu géométrique de nos moyennes, mais au contraire qu'elle est le révélateur de nos personnalités, de nos différences, de notre recherche l'un de l'autre. Dire que la socialité du communisme est inter-individuelle, c'est donc dire que toute activité s'y détermine à partir des visées personnelles des individus. Aucune activité ne sera jugée suffisamment nécessaire pour être entreprise si son déroulement ne donne pas pleine et entière satisfaction à tout instant aux individus qui s'y livrent. Les critères de cette satisfaction sont de l'ordre du plaisir, mais plaisir d'homme libre: être soi et se produire comme un autre, repousser toute limite, construire son rapport à l'autre comme universalisation de soi, prendre et donner sans comptabilité matérielle ou morale. Seule cette satisfaction, et non pas l'accomplissement de quelconques tâches nécessaires et/ou préalables, donne sa cohérence d'ensemble, de proche en proche, à la société communiste.

III. Quand le prolétariat se soulève, il cesse de poser le capital comme ce qui assigne le contenu de son activité : le travail et la production de plus-value. Inversement, et identiquement, la crise éclate parce que le capital ne peut plus acheter la force de travail et dicter leur activité aux hommes qu'il socialise sur cette base. Crise de la détermination unilatérale de l'activité des hommes, la crise capitaliste apparaît comme un premier degré de la liberté: les prolétaires se soulèvent, prennent possession du capital et l'affrontent par une activité multiforme qui n'est pas dictée par le capital - et qui n'est jamais sa valorisation. Ce premier niveau de liberté, cependant, reste contradictoire et limité aussi longtemps que l'activité révolutionnaire* reste au niveau du pur affrontement sans poser les bases d'une reproduction stable et durable.*


* que dans ce moment Astarian appelle encore « activité de crise du prolétariat »

V. Il n'y a pas de spécialistes, mais circulation incessante des individus dans un réseau d'activités où s'achève la globalisation unitaire de la vie de chacun. Et à la place d'un système de distribution du produit matériel, l'actuelle fonction de la consommation privée se réalise comme libre circulation des individus entre une multitude d'activités. L'unité concrète de la communauté n'a pas d'autre réalité que cette versatilité des individus interactifs. La dissolution des catégories de la consommation et de la production signifie ainsi que la seule objectivation que l'on puisse définir pour l'activité communiste est celle d'un flux permanent d'enchaînements d'activités n'ayant pas de déterminations extérieure ou antérieure à elles-mêmes. Telle est la définition la plus générale du dépassement de la propriété.

VI. C'est en particulier à ce niveau que l'on comprend que la communauté s'appréhende elle-même dans une forme de conscience qui n'est pas séparée des réseaux d'activités dans lesquelles sont engagés les individus. Comme chaque activité s'élabore sans nécessité extérieure [ah bon, « immédiatement sociaux » les individus sont immédiatement coupés de la communauté qui n'a pas de « besoins », ni eux, à satisfaire ? nda], que les individus s'y engagent sans exclure la participation à d'autres activités et que les rapports entre les individus et entre les activités sont le seul critère de leurs entreprises ou de leur abandon, l'unité réelle de la communauté ne saurait recevoir de représentation séparée qui serait l'apanage d'un groupe de spécialistes de la conscience. »


cela rejoint les textes de Marx ci-dessus, selon l'avancement des choses, mais j'y vois un rien d'angélisme :

Le Capital, livre III, 1867

« À la vérité, le règne de la liberté commence seulement à partir du moment où cesse le travail dicté par la nécessité et les fins extérieures ; il se situe donc par sa nature même, au-delà de la sphère de la production matérielle proprement dite. Tout comme l’homme primitif, l’homme civilisé est forcé de se mesurer avec la nature pour satisfaire ses besoins, conserver et reproduire sa vie ; cette contrainte existe pour l’homme dans toutes les formes de société et sous tous les types de production. Avec son développement, cet empire de la nécessité naturelle s’élargit parce que les besoins se multiplient ; mais en même temps se développe le processus productif pour les satisfaire. Dans ce domaine, la liberté ne peut consister qu’en ceci : les producteurs associés – l’homme socialisé – règlent de manière rationnelle leurs échanges organiques avec la nature et les soumettent à leur contrôle commun au lieu d’être dominés par la puissance aveugle de ces échanges ; et ils les accomplissent en dépensant le moins d’énergie possible dans les conditions les plus dignes, les plus conformes à leur nature humaine. Mais l’empire de la nécessité n’en subsiste pas moins. C’est au-delà que commence l’épanouissement de la puissance humaine qui est sa propre fin, le véritable règne de la liberté qui cependant ne peut fleurir qu’en se fondant sur ce règne de la nécessité. La réduction de la journée de travail est la condition fondamentale de cette libération. »

Travail, liberté et nécessité dans l’utopie communiste : André Gorz lecteur de Marx par Richard Sobel, Actuel Marx 2009/2 (n° 46) : « Dans "Métamorphoses du travail, Quête du sens", 1988, Gorz insiste sur la radicalité avec laquelle il faut entendre « des activités qui sont à elles-mêmes leur propre fin » et qu’il propose d’appeler "activités autonomes" :

« Elles valent par et pour elles-mêmes, non pas parce qu’elles n’ont pas de but autre que la satisfaction ou le plaisir qu’elles procurent, mais parce que la réalisation du but autant que l’action qui le réalise sont source de satisfaction : la fin se reflète dans les moyens et inversement ; il n’y a pas de différence entre l’une et les autres ; je peux vouloir le but en raison de la valeur intrinsèque de l’activité qui le réalise et l’activité en raison de la valeur qu’elle poursuit ». Elles s’opposent aux activités hétéronomes ou accomplies dans « la sphère de l’hétéronomie », laquelle, dans toute société, regroupe « l’ensemble des activités spécialisées que les individus ont à accomplir comme des fonctions coordonnées de l’extérieur par une organisation préétablie »
[sous le capital, l'auto-organisation véritable est impossible, nda]. Bien évidemment, en fait, toute hétérorégulation s’appuie sur un minimum de coopération autorégulée et de solidarité au sein de petits groupes (par exemple, les équipes dans le taylorisme), mais le tout est toujours finalement réinscrit dans un mouvement d’intégration quant à lui essentiellement hétérorégulé.»

Gilles Dauvé, Déclin et renouveau de la perspective communiste (date introuvable) : « Le communisme ce n’est pas une société qui satisferait adéquatement celui qui a faim, soignerait le malade, logerait ceux qui n’ont pas de maison… Il ne peut reposer sur la satisfaction des besoins tels qu’ils existent aujourd’hui, ni comme on pourrait les imaginer dans le futur. Le communisme ne produit pas assez pour tout le monde et le répartit de façon égalitaire entre tous. C’est un monde où les gens entrent dans des relations et des actes (entre autres choses) desquels résulte qu’ils sont capables de s’alimenter, se soigner, se loger… eux-mêmes. Le communisme n’est pas une organisation sociale. C’est une activité. C’est une communauté humaine

Karl Nesik, Un autre regard sur le communisme et son devenir 1996 : « La réalité du mouvement communiste se trouve[/b] donc non dans le travail ou les compétences techniques qui en dépendent, mais au contraire dans la disponibilité, la capacité de s’associer pratiquement avec d’autres. Ce n’est donc jamais le pessimisme qui fait agir, des désespérés ne font pas la révolution, ils peuvent certes se révolter, mais sans plus. Loin d’être des rabougris sociaux, les révolutionnaires sont des insatisfaits fondamentaux, et leur insatisfaction porte sur l’absence d’une richesse à produire et non sur la richesse vide de sens que nous propose et nous vend le capital. Le prolétariat sera fait d’individus à la recherche de leur humanité, humanité que leur refuse l’organisation pratique et concrète du capital. Contrairement à une vision essentiellement technicienne de la révolution et du communisme, la base de la communauté humaine et prolétarienne ne saurait donc être le manque, le vide, elle sera le début de la réappropriation pratique et associée de toutes les conditions de vie

notons que dans ce texte qui n'est pourtant pas autonomiste, Nesic parle du prolétariat comme le sujet constitué « d’individus à la recherche de leur humanité » dans le contexte de « la communauté humaine et prolétarienne ». Étrange méli-mélo, puisque si la communauté est humaine après abolition de toutes les classes, dont la sienne, par le prolétariat, celui-ci n'y existe plus...

ajoutons qu'activités communistes avant, révolutionnaires pendant, communautaires après, ont en commun cette satisfaction que procure la lutte. On peut élargir ce qu'écrit Gorz concernant les « activités autonomes » : « Elles valent par et pour elles-mêmes, non pas parce qu’elles n’ont pas de but autre que la satisfaction ou le plaisir qu’elles procurent, mais parce que la réalisation du but autant que l’action qui le réalise sont source de satisfaction »

qui n'a pas ressenti le bonheur de lutter n'a rien vécu

parler d'activités communistes, c'est parler de L'AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE de CLASSE et de son DÉPASSEMENT de L'AUTONOMIE. C'est l'objet du chapitre 3

2.4. la révolution est une insurrection mondiale

2.4.1. vous avez dit Révolution ?... Insurrection ?

Tristan Vacances : - selon vous, la marche vers la communauté humaine passe par une révolution. Qu'est-ce qui vous porte à considérer que le processus de sortie du capitalisme prendrait la forme d'une révolution ?

Patlotch : - quand le capitalisme aura disparu, par définition, l'humanité aura vécu, réalisé, une révolution. Le concept est incontournable, ses formes concrètes discutables car imprévisibles

Tristan Vacances : - On y entend l'idée de violence

Patlotch : - nous parlons de révolution communiste, d'abolition du mode de production capitaliste, des classes et des rapports sociaux d'exploitation et de dominations. Nous parlons d'un changement de civilisation, pas de la définition du Larousse : « changement brusque et violent dans la structure politique et sociale d'un État, qui se produit quand un groupe se révolte contre les autorités en place, prend le pouvoir et réussit à le garder ». Pour citer Mao « La révolution n'est pas un dîner de gala ; elle ne se fait pas comme une œuvre littéraire, un dessin ou une broderie ; elle ne peut s'accomplir avec autant d'élégance, de tranquillité et de délicatesse, ou avec autant de douceur, d'amabilité, de courtoisie, de retenue et de générosité d'âme. La révolution, c'est un soulèvement, un acte de violence par lequel une classe en renverse une autre. » (Le petit livre rouge, 1966)

Tristan Vacances : - Les théoriciens de la communisation sont d'accord pour considérer qu'elle commence par une insurrection

Patlotch : - au niveau de la conjoncture courte, événementielle, je suis d'accord, mais il se passe avant, pendant, et après, des choses qui empêchent de réduire le processus révolutionnaire à ce moment insurrectionnel

. avant : la conjoncture ne tombe pas du ciel, elle est produite en amont par l'intensification des contradictions antagoniques du capitalisme. On peut presque dire que le processus révolutionnaire commence avant la révolution proprement dite, par le fait que le changement de civilisation est devenu une nécessité historique

. pendant : l'insurrection même s'accompagne de toutes sortes d'activités de survie et d'invention de rapports nouveaux entre les insurgés et la population

. après : les bases de nouvelles formes de vie ayant été posées dans et par la destruction des anciennes, une fois l'ordre ancien éradiqué, subsistent des tentatives de retour en arrière, et l'exigence (nécessité, besoin, désir) d'organiser ces nouveaux rapports

Tristan Vacances : - C'est très général...

Patlotch : - mais suffisant pour poser quelques questions à ceux qui centrent toute la théorie communiste sur le moment insurrectionnel, par exemple Bruno Astarian dans Solitude de la théorie communiste, Hic Salta 2016. Extraits :[/color]
Bruno Astarian a écrit:
1 – La théorie communiste et la lutte de classes

L’existence même de ce rapport social insurrectionnel pose pratiquement la question du dépassement du MPC [mode de production capitaliste]. C’est dans ce rapport social insurrectionnel que la théorie communiste trouve son ancrage. Elle en est la conscience de soi.

2.1 – Le cas particulier de la théorie communiste

C’est dans l’insurrection prolétarienne que la contradiction des classes éclate ouvertement et appelle à son dépassement pratique, car dans cet éclatement la société dans son ensemble se bloque.

Après la défaite de l’insurrection, après que l’ouverture sur tous les possibles a disparu dans le retour à la routine du travail, la théorie communiste se donne pour tâche de comprendre pourquoi ça a raté. Presque par essence, la théorie communiste se développe post festum, et donc dans la séparation d’avec le rapport social qui est sa source.

Patlotch : - on n'est pas très loin des insurrectionnalistes, à l'immédiatisme près

Tristan Vacances : - En 2009, Astarian étudie d'autres aspects dans "La communisation comme sortie de crise" : « activité de crise du prolétariat, production sans productivité, ‘consommation’ sans nécessité »...

Patlotch : - s'il en parle, c'est que ces questions se posent déjà à la théorie communiste, et donc qu'elle ne se limite pas à la « conscience de soi du rapport social insurrectionnel »

Tristan Vacances : - Vous dites pourtant qu'« un des débats les plus intéressants est celui qui s'est tenu autour du livre de Joshua Clover "Émeutes, grèves, émeutes", et vous évoquez le débat "The Crisis and the Rift: A Symposium on Joshua Clover’s Riot.Strike.Riot"

Patlotch : - je parlais du débat, donc aussi des désaccords avec Clover, or l'émeute n'est pas l'insurrection, alors que Joshua Clover théorise l'émeute comme forme de l'insurrection à venir (présentation du livre : Award-winning poet Joshua Clover theorizes the riot as the form of the coming insurrection[/i] :
Citation :
Baltimore. Ferguson. Tottenham. Clichy-sous-Bois. Oakland. Nôtre est devenu l'« âge des émeutes », la lutte du peuple contre l'État et le capital a envahi les rues. Joshua Clover, poète primé et érudit offre une nouvelle compréhension de ce moment présent et de son histoire. L'émeute a été la forme centrale de protestation aux XVIIe et XVIIIe siècles et a été supplantée par la grève au début du XIXe siècle. Elle est revenue dans les années 1970, et profondément modifié ainsi  les coordonnées de race et classe.

Des premières revendications salariales aux récentes campagnes pour la justice sociale poursuivies par des occupations et des blocages, Clover relie ces protestations aux bouleversements de l'économie sclérosée dans un état d'effondrement moral. Des événements historiques tels que la crise économique mondiale de 1973 et le déclin des syndicats, du point de vue de vastes transformations sociales, sont le cadre adéquat pour comprendre ces éruptions de mécontentement. Comme l'agitation sociale contre un ordre insoutenable continue de croître, cette histoire précieuse aidera comme guide futur dans leurs luttes vers un horizon révolutionnaire.

Tristan Vacances : - Vous continuez à penser qu'il faut travailler sur les contenus positifs de la révolution et du communisme ?

Patlotch : - oui, j'ai parlé en 2012 de positivité communiste

Citation :
Ce qui importe à mon sens, c'est de considérer que nombre d'activités humaines actuelles, même menacées et/ou redéfinies par le contexte capitaliste, portent des potentialités de reconversion dans un contexte de monde non capitaliste, non échangiste, non marchand, selon d'autres critères de valeur, sans jeu de mot, en admettant qu'à défaut de droit, d'État, le nouveau monde produise ses propres valeurs déterminant les nouveaux rapports entre individus, communauté, comme on voudra...

Naturellement, et c'est en quoi je suis d'accord avec les communisateurs, ce ne sont pas des activités susceptibles en elles-mêmes de détruire les rapports sociaux capitalistes...

Pourquoi diantre ne faudrait-il pas y voir une positivité, une capacité présente des individus humains, prolétaires ou pas, de vivre sans le joug capitaliste et la loi de ses valeurs ? Une positivité sur laquelle seront produites d'autres valeurs ? Des valeurs communistes...

Tristan Vacances : - Cela fait partie de la théorie communiste ?

Patlotch : - évidemment, et même de la théorie de la révolution. Il faut l'étudier dès aujourd'hui concernant l'avant insurrection évoqué plus haut, car c'est à partir de là que se construit dans les masses une subjectivation révolutionnaire, un désir de révolution

2.4.2. une révolution mondiale ?

Tristan Vacances : - L'idée est assez partagée chez les marxistes, anarchistes, et communisateurs, que la révolution ne peut réussir que si elle se déclenche à l'échelle mondiale, et simultanément, ou par extension rapide. Certains l'envisagent sans trop en poser les difficultés, d'autres n'y croient pas :[/color]

extrait d'un échange dans « Du mouvement communiste à la communisation[/color] », dndf septembre 2011
Citation :
- pouvons nous sincèrement envisager qu’il y aura une homogénéité spatio-temporelle d’une révolution communiste à l’échelle mondiale ? Ceci relève d’une douce rêverie pour ne pas dire qu’il s’agit d’une production fantasmée du communisme et de sa dérive « théoriciste »...

- Quand on dit « la révolution communiste sera mondiale ou ne sera pas », c’est pas du pinaillage parce qu’on est pressé. C’est qu’elle sera mondiale, ou ne sera pas communiste, au sens ou un assaut partiel contre l’économie, contre le capitalisme, la valeur, etc. ne peut hélas qu’être défait...

Tristan Vacances : - Comment voyez-vous ça ?

Patlotch : - Je ne le vois pas. Je partage bien sûr l'idée qu'une révolution communiste à l'échelle nationale est une contradiction dans les termes, mais franchement, c'est une des questions les plus difficiles qui se pose(ra) si le jour en vient

là encore, on a le concept de révolution mondiale parce qu'elle ne peut réussir qu'à cette échelle, mais le projeter de façon abstraite relève en termes théoriques de la démonstration par l'absurde, et l'imaginer en termes concrets du récit de science-fiction

à ma connaissance, personne ne l'a fait - n'a pu le faire - de façon sérieuse, d'autant que les questions de seuils quantitatifs ne sont généralement pas abordées, la dialectique théorique se contentant généralement de considérations qualitatives, ce qui revient à dire qu'elle reste au niveau conceptuel : le concept de révolution ne la fait pas



cheers



Dernière édition par Patlotch le Sam 9 Sep - 13:43, édité 1 fois
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Patlotch



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MessageSujet: Re: 7. le livre : du capitalisme à la communauté humaine, UNE CLASSE pour LA RÉVOLUTION (sommaire, texte complet et renvoi aux compléments)   Mer 6 Sep - 18:46


3. L'AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE de CLASSE et son DÉPASSEMENT de L'AUTONOMIE pour L'ABOLITION des CLASSES et de L'ÉTAT


résumé 29 août
Citation :
1) l'auto-organisation est une forme toujours liée à un contenu, celui de ses objectifs mais aussi forme comme contenu en tant qu'elle s'en prend à ceci ou cela pour en faire autre chose. L'auto-organisation n'a donc de limites intrinsèques que celles de ses contenus. Elle n'est pas révolutionnaire en soi, mais relativement à son contenu et des luttes de rupture et leur but au-delà dans l'organisation de la société communiste
2) le lien entre autonomie et auto-organisation ne passe pas avant 1970 par le terme d'auto-organisation, absent du vocabulaire du communisme des conseils ou de celui des des situationnistes
3) le terme apparaît dans les années 70, encore lié à l'autonomie ouvrière jusque dans les années 90-2000, et l'idéologie autonome-autogestionnaire a aujourd'hui encore une vigueur dans des luttes au-delà des organisations, avec l'exemple de la ZAD
4) Castoriadis en fait dès 1957 un synonyme de management de la production et de la société socialiste par les travailleurs et la population : ce n'est plus vraiment l'autonomie ouvrière, le pouvoir du prolétariat, mais une vision de la "société autonome" : par rapport à quoi ? Son "imaginaire" reste un mystère à mes yeux, bien qu'il puisse avoir des rapport avec la subjectivation révolutionnaire et "l'utopie concrète" (Dinerstein 2016)
5) nombre de militants et d'organisations, des néo-trotskistes aux Insoumis de Mélenchon, en passant par des décoloniaux, utilisent le terme comme un moyen de séduction, une contradiction dans les termes organisations/auto-organisation
6) un usage idéologique des communs saute à pied joint, entre avant (ZAD) et après (Dardot/Laval), sur la nécessité d'une révolution de rupture avec le capitalisme comportant une dimension insurrectionnelle
7) le mouvement du communisme produisant positivement la communauté humaine dans et après la révolution s'auto-organise de manière non autonome, ce qui supposerait quelque chose d'extérieur à cette communauté humaine
8 ) l'auto-organisation révolutionnaire abolit les médiations capitalistes pour leur substituer des médiations communistes
9) la société communiste serait-elle autogérée ?

Citation :
3.1. l'auto-organisation chez Marx : l'auto-changement comme praxis révolutionnaire inscrit dans le programmatisme ouvrier
3.1.1. l'auto-organisation, un problème dès l'origine chez Marx
3.1.2. quel "problème de l'auto" depuis Marx ? ou « l'auto-changement comme praxis révolutionnaire »
3.1.3. l'apparition tardive du 'terme' auto-organisation dans les années 1970

3.2. d'hier à aujourd'hui, quand l'auto-organisation n'en est pas une
3.2.1. hier dans le marxisme programmatique
3.2.2. aujourd'hui l'auto-organisation à toutes les sauces

3.3. autonomie et auto-organisation, recoupements et différenciation
3.3.1. conseils ouvriers, autogestion, autonomie... et auto-organisation ?
3.3.2. Castoriadis et l'auto-organisation (1957) : un management autonome de la production et de la société / de Castoriadis au(x) commun(s) et des communs aux modes de vie auto-organisés dans le capitalisme

3.4. auto-organisation révolutionnaire et autogestion : la société communiste serait-elle autogérée ?
3.5. l'auto-organisation révolutionnaire abolit les médiations capitalistes pour leur substituer des médiations communistes dans la communauté humaine

3.1. l'auto-organisation chez Marx : l'auto-changement comme praxis révolutionnaire inscrit dans le programmatisme ouvrier

3.1.1. l'auto-organisation, un problème dès l'origine chez Marx


remarque sémantique :

Citation :
- le premier sens d'organisation est le processus social, l'action d'organiser
- le second sens, d'organisations, est celui d'ensembles d'individus ayant un but collectif (partis, syndicats, groupes,  réseaux...), et qui rentrent en rapport avec ceux qu'ils veulent (auto-)organiser pour en orienter les activités et les luttes dans leur sens, rapport plus ou moins d'intériorité/extériorié : en gros, le parti et la classe

d'un côté l'auto-organisation pose le problème de ce rapport, d'un autre elle est alors un non-sens, puisqu'en toute rigueur, qui s'auto-organise le fait par et pour lui-même sans apport extérieur. Et l'on va voir que dès qu'apparaît le concept de l'auto-organisation, son idée sous ce terme ou un autre, cette contradiction est au cœur du problème, c'est-à-dire la lutte de classe pour l'émancipation. C'est au plus haut degré une contradiction théorique dans le rapport entre les communistes (anarchistes...) et les prolétaires en luttes, puisque dès lors qu'ils se considèrent comme une avant-garde, et quelle que soit leur propre forme d'organisation interne (entre eux), ils définissent une identité et une extériorité, un eux et un nous qu'ils prétendront combler en étant "comme des poissons dans l'eau" de la classe, ou tout simplement par des discours quand ils ne le sont pas, ce qui est de plus en plus fréquent...

partons de la célèbre devise de l'Association Internationale des Travailleurs (AIT) figurant dans son Adresse inaugurale et ses statuts provisoires rédigés par Karl Marx en 1864 : « l'émancipation des travailleurs doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes [...] l'émancipation définitive de la classe travailleuse, c'est-à-dire pour l'abolition définitive du salariat »

si l'on entend que cette formule définit l'auto-organisation de la classe en vue de la révolution, on voit que le ver est déjà dans le fruit puisqu'elle émane d'une organisation qui n'est pas la classe même si (certains de) ses membres en sont issus, mais se prétend son avant-garde organisée et organisatrice

remontons vingt ans plus tôt, à la troisième des Thèses sur Feuerbach], où Marx écrit en 1845 : « La coïncidence du changement des circonstances et de l'activité humaine ou auto-changement ne peut être considérée et comprise rationnellement qu'en tant que pratique révolutionnaire. »

cette phrase suit le début de cette thèse : « La doctrine matérialiste qui veut que les hommes soient des produits des circonstances et de l'éducation, [que, par conséquent, des hommes transformés soient des produits d'autres circonstances et d'une éducation modifiée], oublie que ce sont précisément les hommes qui transforment les circonstances et que l'éducateur a lui-même besoin d'être éduqué. C'est pourquoi elle tend inévitablement à diviser la société en deux parties dont l'une est au-dessus de la société [par exemple chez Robert Owen].» Les ajouts entre [] sont de Engels

dans Autopraxis historique du prolétariat Maximilien Rübel, fait remonter à William Benbow les origines de l'idée d'auto-organisation, et propose de traduire par autopraxis le mot Selbsttätigkeit, littéralement, le fait de faire par soi-même, qui se trouve dans le Manifeste de 1847 : « Aber sie erblicken auf deri Seite des, Proletaraits keine geschichtliche Selbsttätigkeit, keine ihm eigentümliche politische Bewegung. / Toutefois, ils ne voient du côté du prolétariat aucune autopraxis historique, aucun mouvement politique qui lui soit propre. »

Rübel se réfère à un texte de Benbow, disciple de Robert Owen, en 1832 :

« De toutes les folies dont la nature humaine peut se rendre coupable, il n’y en a pas de plus grande que de croire que les autres feront pour nous ce que nous devrions faire pour nous-mêmes. Si les autres ne sentent pas comme nous, si les autres ne sont pas opprimés, volés, pillés et dégradés, comment peuvent -ils entrer dans nos sentiments ? Attendre l’aide des tories, des wighs, des libéraux, attendre l’aide des classes moyennes ou de toute autre classe que celle qui souffre, c’est pure folie. »

3.1.2. quel problème de "l'auto" depuis Marx ?ou l'auto-changement comme praxis révolutionnaire

remarques sémantiques et problème de la traduction des multiples significations de "auto"
Citation :
self-organisation (ou self-organization en anglais états-unien) renvoient-ils davantage au sujet, soi-même, ce qui reposerait la question de la compréhension de l'auto-organisation comme autonomie (autonomy)

l'autonomie est la capacité de quelqu'un à ne pas être dépendant d'autrui ou le caractère de quelque chose qui fonctionne ou évolue indépendamment d'autre chose, on voit bien que c'est rarement le cas de l'auto-organisation, particulièrement celle des luttes

le problème est insoluble avec le seul mot auto-organisation, mais c'est et ce n'est pas celui de l'«auto» comme l'affirmait RS/TC, car il y a une ambivalence que ne peuvent lever que le contexte et les précisions qu'il apporte

AUTO- est un préfixe qui vient d'un pronom grec qui signifie de soi-même, par soi-même, et dans certains cas pour soi-même. Exemples :

- l'auto-entrepreneur est patron de soi-même et par soi-même, pour soi-même. Il dépend néanmoins des autres pour son organisation (plate-forme) et ses revenus (clients)

- l'auto-compassion est compassion pour soi-même, c'est le sens principal, comme dans auto-évaluation, auto-connaissance...

- l'auto-organisation organise un sujet de et par lui-même, dans un acte qui est pour soi-même ou pour autrui : objet et sujet peuvent ou non être identiques

je ne pense pas que le problème soit très différent en anglais puisque la traduction est littérale

l'idéal serait donc un ou d'autres mots : le concours est ouvert pour l'auto-organisation révolutionnaire. Vous pouvez y participer de vous-même pour autrui. Pas de prix : c'est auto-gratifiant

remarque 1 : le cas de l'auto-école ou de l'auto-stop est différent, puisqu'auto y est une réduction d'automobile, voiture, donc substantif et non préfixe. On comprend donc que l'auto-école enseigne à des personnes extérieures qui y sont dépourvues d'autonomie, que l'auto-stop est une action de soi-même et par soi-même mais dépendant de quelqu'un d'autre conduisant une voiture, en attendant la véritable automobile automatique sans chauffeur
remarque 2 : j'utilise l'orthographe traditionnelle avec un tiret à auto-, mais la nouvelle orthographe, comme pour les préfixes micro, macro et anti, autorise un seul mot, même en cas de voyelle redoublée : antiimpérialisme
remarque 3 : auto-organisation peut être l'organisation de l'auto(nomie), construction comme l'auto-école est l'école de l'auto; ou l'auto de l'organisation qui n'est donc pas l'autonomie

Arrow

alors que nous cernions en 3.1.1. l'auto-organisation, un problème dès l'origine chez Marx, dans le rapport entre organisation et organisations du mouvement ouvrier, nous y revenons après cette "discussion" à propos de cette remarque de Roland Simon en 2005 : « Le problème de l’auto-organisation que ce soit pour en parler pour le communisme ou pour en parler maintenant comme activité plus ou moins révolutionnaire, c’est le « auto ». »

pour Marx, l'auto-changement est la coïncidence du changement des circonstances et de l'activité humaine, considérée en tant que praxis révolutionnaire. Thèses sur Feuerbach 1845 : « Das Zusammenfallen des Ändern[s] der Umstände und der menschlichen Tätigkeit oder Selbstveränderung kann nur als revolutionäre Praxis gefaßt und rationell verstanden werden.»
à cette transcription classique :
La coïncidence du changement des circonstances et de l'activité humaine ou auto-changement ne peut être considérée et comprise rationnellement qu'en tant que pratique (praxis) révolutionnaire.
je préfère une traduction littérale : La coïncidence du changement des circonstances et de l'activité humaine ou auto-changement ne peut être considérée qu'en tant que praxis révolutionnaire et ne peut être comprise que rationnellement.

si activité humaine/praxis révolutionnaire n'appellent pas l'idée d'organisation, auto-changement convoque bien "auto". Portant sur les circonstances et l'activité humaine, l'auto-changement n'est pas a priori celui d'un sujet, c'est l'activité humaine qui change les circonstances en même temps qu'elle s'auto-change

dans cette compréhension, on retrouve deux idées :

- l'auto-organisation comme « auto-organisation de la lutte », « organisation des tâches », bref, l'auto-organisation de l'activité (d'un sujet) révolutionnaire

- les activités communistes sont le sujet révolutionnaire par excellence (cf Patlotch 16 octobre 2016 : des activités communistes dans les luttes et la théorie, la subjectivation révolutionnaire et la poétique de l'œuvre-sujet)

il va sans dire que si « l'essence humaine [...] dans sa réalité, est l'ensemble des rapports sociaux » (Thèse 6), l'activité humaine est rapport, et ici clairement rapport de lutte, dans laquelle il faut être deux, et non pas sujet autonome

dans Le Manifeste, "le mouvement autonome du prolétariat" entre spontanéité, indépendance, et auto-conscience
Citation :
Die proletarische Bewegung ist die selbständige Bewegung der ungeheuren Mehrzahl im Interesse der ungeheuren Mehrzahl.

Le mouvement prolétarien est le mouvement spontané de l'immense majorité au profit de l'immense majorité.

traduction marxist.org, identique ici à celle de Laura Lafargue en 1897 et Charles Andler en 1901

c'est une erreur manifeste de traduction : selbständig (contraction de selbst­stän­dig, qui a lieu par soi-même) veut plutôt dire indépendant ou autonome, alors que spontané correspond à selbsttätig, littéralement autoactif. En 1893, Laura Lafargue retenait pourtant "autonome", si j'en crois sa mise en ligne par l'UCAQ. Un ami me confirme que Rubel a bien retenu "mouvement autonome" pour la traduction de La Pleïade

la traduction anglaise, de Andler aidé par Engels en 1888, est plus précise, sans idée de spontanéité mais ajoutant l'auto-conscience : The proletarian movement is the self-conscious, independent movement of the immense majority, in the interest of the immense majority.

remarque : dans quelle mesure cette traduction de selbständig par spontanéité, à la fin du 19e siècle, dans une des œuvres les plus lues de Marx&Engels, correspondait-elle à un choix, et a-t-elle eu une influence ? Difficile à dire. [relier au texte de Endnotes, spontanéité, médiation, rupture Endnotes 3, septembre 2013

quand Marx écrit en 1864 pour La première Internationale (AIT) : « l'émancipation des travailleurs sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes. », on n'y trouve pas, strictement, l'idée d'autonomie, mais bien celle d'œuvre-sujet : c'est l'œuvre (des travailleurs) comme activité qui produit l'émancipation. Difficile de ne pas y voir une conception de l'auto-organisation sans retour à soi du sujet : si Marx est le théoricien inventeur du programmatisme, il n'est pas celui de l'autonomie ouvrière

3.1.3. l'apparition tardive du terme auto-organisation dans les années 1970

Roland Simon (RS), 21 juillet 2005 : « Pour moi, les termes d’auto-organisation et d’autonomie sont strictement liés à une période historique, celle qui va de 1905/1917 au début des années 1970. La période de la décomposition du programmatisme (décomposition ne renvoyant pas à une simple dégénérescence mais à une structure particulière de la lutte des classes). Avant on peut dire « l’émancipation des travailleurs sera l’oeuvre des travailleurs eux-mêmes », on dit alors que le prolétariat doit s’organiser pour lui-même en un mouvement ouvrier. On a pas besoin de rajouter « auto ». Si à partir du début du siècle précédent on ajoute « auto » c’est qu’il faut précisément se distinguer de l’organisation du mouvement ouvrier. »

en toute rigueur, il fallait écrire : en tant que visant l'autonomie, l'auto-organisation est strictement liée à une période historique de la lutte de classe ouvrière :
- comme forme d'organisation, elle existait avant, dans les luttes du 19e siècle (La Commune...) et elle existe après 1970 (Italie...). On a vue qu'elle a même aujourd'hui un beau succès avec divers contenus politiques, y compris par définition l'autonomie chez les anarcho-autonomes
- quant aux premières utilisations historiques du terme auto-organisation dans le vocabulaire des luttes, je cherche encore*, mais je doute qu'elle existe avant les années 70, auquel cas il y aurait quelque chose d'anachronique et même faux de considérer les termes d’auto-organisation et d’autonomie strictement liés à une période historique (1905-1970) dans laquelle les luttes n'utilisaient pas l'un des termes, apparu massivement après...

à propos de 1968, des comités aux AG, nombre de textes parlent rétrospectivement d'auto-organisation, mais je n'en ai pas trouvé de l'époque (tracts, affiches...) utilisant le terme

si le principe de l'auto-organisation remonte à l'ultragauche conseilliste (Gorter...Pannekoek), je n'ai trouvé le terme "self organisation" que dans une interview de Paul Mattick en 1975 (Interview with J.J. Lebel 1975) :

« la question de savoir si l’idée des conseils telle qu’elle est exprimée par Pannekoek peut ou ne peut pas être comprise et reprise par les travailleurs d’aujourd’hui est assez étrange, parce que l’idée des conseils sous-entend rien de plus, mais rien de moins, que l’auto-organisation des travailleurs (self organisation of the workers), chaque fois que celle-ci devient une nécessité inévitable de la lutte pour des buts immédiats ou à plus long terme et qui ne peuvent plus être atteints par le biais des organisations traditionnelles, syndicats et partis politiques, ou, pour être plus exact, auxquels celles-ci s’opposent.»

dans L'organisation des conseils, en 1949, Pannekoek, n'utilise pas le terme, mais celui d'auto-gouvernement :
« Les conseils ouvriers sont la forme d’auto-gouvernement qui remplacera, dans les temps à venir, les formes de gouvernement de l’ancien monde. Bien entendu, pas pour toujours ; aucune de ces formes n’est éternelle. Quand la vie et le travail en communauté constituent une façon d’être normale, quand l’humanité contrôle entièrement sa propre vie, la nécessité fait place à la liberté et les règles strictes de justice établies auparavant se résolvent en un comportement spontané. Les conseils ouvriers sont la forme d’organisation de la période de transition pendant laquelle la classe ouvrière lutte pour le pouvoir, détruit le capitalisme et organise la production sociale. Pour connaître leur véritable caractère, il sera utile de les comparer aux formes existantes d’organisation et de gouvernement, que la coutume présente à l’esprit public comme allant de soi.»

dans les Archives de l'autonomie, Fragments d’Histoire de la gauche radicale, sur des centaines de textes d'avant 1970, très rares occurrences d'auto-organisation. Je n'ai trouvé que celle-ci, de 1946, dans Quelques points sur l’époque actuelle et sur la révolution prolétarienne {Bulletin d’études révolutionnaires} n°2 - Juin 1946

« III 11e a) l’échelle : l’action spontanée des masses ouvrières dans des secteurs ouvriers concentrés ;
b) les objectifs : l’orientation de cette action vers la destruction de certains pouvoirs et organismes de la bourgeoisie, non seulement dans les entreprises, mais dans l’ensemble de la société : officiers, police, administrations municipales ou supérieures, etc.
c) le mode d’action : la violence de cette action, en rupture avec les "voies légales" de l’Etat bourgeois et tendant, plus ou moins nettement à l’armement du prolétariat et à son auto-organisation militaire (milices) ;
d) le mode d’organisation : l’auto-organisation politique des ouvriers qui se donnent une direction politique sur la base des lieux de travail et de combat.»


dans La gestion ouvrière, Paul Mattick, 1967, l'emploi du mot est déjà rétrospectif : « Il en fut de même dans d’autres pays [que l'Allemagne de la République de Weimar nda] — en Italie, en Hongrie, en Espagne, par exemple, où les aspirations révolutionnaires des masses laborieuses prirent corps dans la formation de conseils ouvriers. Dès lors, il tombe sous le sens que l’auto-organisation des travailleurs ne garantit en rien le prolétariat contre des politiques et des actions opposées à ses intérêts de classe et que, le cas échéant, les conseils ouvriers sont supplantés par les autorités d’hier ou par de nouvelles, qui reprennent eh main la classe ouvrière en se servant de méthodes traditionnelles ou inédites.

dans Préliminaires sur les conseils et l’organisation conseilliste par René Riesel, pour l'Internationale situationniste n°12 en septembre 1969, il est question d'organisation conseilliste, d'autonomie et de démocratie interne, d'autogestion [vérifier] mais pas d'auto-organisation, terme qui à ma connaissance est absent du vocabulaire situationniste, et de celui d'ICO (Information et correspondances ouvrières), Henri Simon ne l'utilisant je pense que rétrospectivement, par exemple à propos des désaccords entre Castoriadis (Socialisme ou Barbarie) et Pannekoek en 1953-1954 :

« Vous avez dit « ultra gauche » ?, Interview d’Henri Simon dans les numéros de mars et d’avril 2009 de l’Emancipation syndicale et pédagogique: « Castoriadis soutenait alors l’idée qu’il fallait à toute force créer une organisation structurée sur le modèle des partis ouvriers ou des syndicats classiques, pour faire pièce aux tentatives de mainmise et de prise de contrôle des mouvements de luttes de la part de ces organisations traditionnelles.
Pannekoek voyait dans cette démarche une contradiction évidente, et considérait que, tant que les salariés n’étaient pas capables de construire et d’organiser l’ensemble du processus de leur lutte par eux-mêmes, toutes les tentatives d’organiser les luttes par en haut de la part de quelque avant-garde que ce soit, faisaient le lit des oppressions bureaucratiques futures. Il était, pour sa part, convaincu que les capacités d’auto-organisation et d’émancipation du prolétariat ne se décrètent par personne, et sont largement conditionnées par les conditions matérielles de leur existence comme par celles de leurs luttes


dans les années 90, toujours lié à l'autonomie ouvrière et à l'autogestion, Una vision de la Coordinadora de Colectivos de Lucha Autonoma, 1990-1997, Gonzalo Wilhelmi, ed. Traficantes de Suenos, p.121, in Infokiosques 1999-2003 :
« Ce qui est fondamental dans le mouvement autonome[/b], et ce qui rompt avec la tradition de la gauche, c’est qu’il ne prétend posséder aucune vérité, et que non seulement il tolère, mais il favorise la divergence. Ainsi, nous n’avons aucune hésitation à signer nos affiches avec le A cerclé, la faucille et le marteau, et l’étoile. (...) Nous n’aspirons pas à une organisation où tout le monde pense pareil, mais à l’extension de l’auto-organisation et de l’autogestion. Nous pensons que les problèmes quotidiens des gens sont le fruit de rapports sociaux que nous impose le système. Nous voulons développer une critique du système à partir de nos batailles quotidiennes. La révolution commence par soi-même. Nous devons commencer par transformer nos rapports personnels et notre environnement le plus proche. La révolution se fait jour après jour. »

Philippe Bourinet, auteur en 1999 de La Gauche Communiste Germano-Hollandaise des origines à 1968, est tout sauf un théoricien, mais son travail de documentaliste est sérieux. Dans son long texte de 2007, LES CONSEILS OUVRIERS dans la théorie de la gauche communiste germano-hollandaise, le mot auto-organisation n'apparaît pas dans ses nombreuses citations, et une seule fois sous sa plume, dans une utilisation rétrospective : « Pannekoek soulignait un fait majeur : la capacité d’auto-organisation du prolétariat luttant massivement par des moyens extraparlementaires. »

dans Histoire critique de l'ultragauche, Roland Simon 2009, pas trace du terme auto-organisation dans les textes cités d'avant les années 1970, ce qui n'empêche la quatrième de couverture de l'utiliser : « pour l'ultragauche] tout est suspendu à une mystique de l'autonomie (comme contenu de la révolution) / auto-organisation (comme forme) ou du Parti, qui doit être la révélation de l'être véritablement révolutionnaire du prolétariat, faisant exploser son existence de classe. »

Arrow

en vérité, ce qui se démontre, c'est le contraire de ce qu'affirme l'historien (!) Roland Simon : les termes autonomies et auto-organisation ne sont liés qu'à partir du début des années 70, et auto-organisation appartient désormais à la vulgate rétrospective concernant les Conseils ouvriers et 1968 (même Krivine l'utilise pour parler de 68)

Shocked

par contre j'ai trouvé cette source cocasse de 1935 : « le peuple russe penche naturellement vers un régime d'auto-organisation.» Pierre Pascal, L'âme russe pendant la révolution, in Le Monde slave. On comprend qu'il ait pu ensuite avoir trop d'État et des états d'âme...

en résumé, pour moi, on ne peut pas évacuer l'auto au nom de l'autonomie et/ou de l'auto-organisation, car il demeure, entier, avec Marx et au-delà de toute périodisation historique, le problème de l'auto-changement comme praxis révolutionnaire

Arrow

3.2. d'hier à aujourd'hui, quand l'auto-organisation n'en est pas une

3.2.1. hier dans le marxisme programmatique

on pourrait citer des centaines d'exemples où la contradiction du programmatisme*, entraperçue dans l'Adresse de l'AIT en 1864, se fixe en une norme par laquelle le parti tend à se substituer à la classe. Cela n'a pas été l'apanage des seuls staliniens de la Troisième internationale, le Komintern

symptomatique en est la page auto-organisation de Wikirouge, mise à jour en 2016. Ce site présente le point de vue des « communistes révolutionnaires, principalement les trotskistes, et d'autres courants antistaliniens comme les bordiguistes, luxemburgistes...». On n'y trouve aucune référence au communisme de conseils ou aux anarchistes...

est mis en avant une texte d'Ernest Mandelde 1989, Auto-organisation et parti d'avant-garde dans la conception de Trotsky. Notons que le terme est de Mandel, pas de Trotsky... d'emblée l'auto-organisation n'existe que dans le rapport entre classe et parti : « Le rapport entre l'auto-organisation de la classe ouvrière et l'organisation d'avant-garde constitue un des problèmes les plus compliqués du marxisme.»

dans la moitié du texte, Mandel parle de l'organisation d'avant-garde, le parti : « Il s'ensuit la nécessité d'une interaction dialectique entre l'auto-organisation de la classe - qui est sujette à des fluctuations considérables - et un parti d'avant-garde permanent, dont l'ampleur et l'influence de masse sont égaIement sujettes aux hauts et aux bas de la conjoncture, mais qui est quand même plus stable, qui peut travailler de façon continue et qui peut donc mieux résister à la pression des rapports de forces défavorables. La liquidation de cet acquis, de l'organisation et de ses cadres implantés dans la classe, peuvent entraver la reprise ultérieure de la lutte de masse. »

il distingue le parti d'avant-garde, la classe, et l'avant-garde de celle-ci : « Pour qu'il puisse y avoir une interaction entre l'auto-organisation de la classe et l'activité politique dirigeante du parti d'avant-garde révolutionnaire, il doit y avoir une classe ouvrière active ou du moins une large avant-garde ouvrière active.»

il présente La démocratie interne du parti [comme] le pont vers la démocratie des soviets. Cette position de Trotsky dans les années 1920 annonce l'évolution des partis communistes vers "plus de démocratie interne" et, suite à leur effondrement dans la décomposition du programmatisme, les nouvelles formes organisationnelles qui font de l'auto-organisation le principe d'organisation entre militants interventionnistes, reconduisant dans la forme de réseaux plus ou moins structurés la séparation initiale posée par Marx dans le Manifeste et les Statuts de l'AIT. En effet, dans les partis communistes de masse, et malgré leur structure hiérarchique, il y avait bien plus d'auto-organisation formelle des activités qu'on ne veut bien le retenir, une auto-organisation qui n'avait rien à envier à celle des Nuits debout  

je ne développe pas, on peut le vérifier en parcourant les articles auto-organisation réunis par Paris-Luttes.Info

sur le plan historique, je conseille la riche recension de textes de Robert Paris sur son site Matière et révolution : Auto-organisation prolétarienne, autonomie ouvrière et conseillisme

on peut certes dire que se sont défaits en route, par rapport à Trotsky, le caractère de masse du parti et la lutte massive d'une classe ouvrière active, mais l'essentiel est bien que les conditions historiques n'étaient pas réunies dans lesquelles l'auto-organisation, par son double contenu émancipateur et abolitionniste, peut conduire la révolution à son terme. Cette nécessité historique adviendra-t-elle ? Qui vivra verra

on peut relever qu'il n'y a pas vraiment, concernant le rapport partis-conseils (soviets), rupture de continuité entre certaines vues exposées ici et les positions sur la question de conseillistes de l'ultragauche germano-hollandaise. Pannekoek est davantage opposé au parti que Gorter, sans parler de Luxembourg... C'est un point qui les rapproche dans l'idéologie du programmatisme ouvrier

3.2.2. aujourd'hui l'auto-organisation à toutes les sauces
vive l'auto-orgasmisation ! ou la soupe aux grimaces militantes florilège

parfois, l'impression vient qu'écrire un tract ou un article relève de la méthode de Pour faire un poème dadaïste (Tristan Tzara 1920) : Découpez dans le journal les mots auto-organisation, peuple, démocratie, lutte, révolution, autonome... Mettez les dans un sac. Agitez doucement. Sortez ensuite chaque coupure l’une après l’autre. Copiez les consciencieusement dans l’ordre où elles ont quitté le sac. Le poème vous ressemblera... Ça c'est sûr ! Aucun risque que s'y hasarde les mots prolétariat, et  lutte de classe ne s'y mouillent

une version populiste de gauche

L’émergence du peuple-classe vers son auto-activité
Christian Delarue blog Médiapart 8 août 2017


« Certains marxistes évoquent "l’auto-activité du prolétariat" (au sens large du terme - pas que les ouvriers, les employés du public et du privé aussi, ainsi que les cadres avec des difficultés) mais sans toujours expliquer comment cette auto-activité s’installe dans la durée. Quel est le rôle de la couche sociale qui fonctionne comme avant-garde ? Comment pense-t-on le rôle des syndicalistes plus ou moins en extériorité (car permanent) de l’ensemble du monde du travail privé et public ? Quid des acteurs politiques ? Quelles conquêtes tout à la fois sociales et démocratiques ? »

L'auto-organisation du peuple-classe est-elle réellement envisageable ? A quelles conditions ? [...]

Concernant le peuple conçu comme peuple d'en-bas large, comme peuple-classe : - Jean-Luc Mélenchon*, Chantal Mouffe... [...]

Populisme et peuple : aller vers une société socialiste de pluri-émancipation(s) [...]

Pour avancer vers des changements profonds, l’auto-organisation de la population et la pression populaire sur les gouvernements sont indispensables [lien vers le texte d'Éric Toussaint/CADTM donné plus bas] [...]

une version mélenchonienne

du leader maximo des Insoumis français, sur son blog L'ère du peuple, on peut lire le 24 juillet Pauvreté, mouvement, auto organisation[/b]. Le mot auto-organisation y vient deux fois : « Les pauvres forment un nouveau continent de pratiques, d’attentes, d’auto-organisation. [...] Il nous faut donc nous y construire comme une contre-société. Autrement dit : développer et organiser autant que nous le pouvons toutes les formes d’auto-organisation populaire destinée à remplacer l’État disparu, la municipalité défaillante, le service public absent et ainsi de suite.»

une version abolitionniste... de la dette

Pour avancer vers des changements profonds, l’auto-organisation de la population
et la pression populaire sur les gouvernements sont indispensables


Eric Toussaint, Victor Lustres, CADTM, 4 août 2017
[il y a des lustres, un 4 août, on abolissait les privilèges...]

conseiller de Tsipras, Toussaint a du "radical" plein la bouche, pour : « l’application de politiques radicales et désobéir aux accords et aux lois injustes, gagner les élections et surtout appliquer des politiques qui rompraient avec le capitalisme et les politiques néolibérales,  remunicipaliser les services publics,  développer des initiatives locales et solidaires, depuis les monnaies locales jusqu’aux coopératives de consommation ou de travail [...] suffisamment pour provoquer par contagion un changement réel dans la société. Il faut aussi un gouvernement prêt à prendre des mesures, à changer les lois, à changer la constitution, à résister aux accords internationaux [...] avancer vers une transition écologique [...] contrôler la production et la distribution de l’énergie. etc. »
(je n'ai pas trouvé auto-organisation dans le texte)

une version néo-trotskiste

]Une lecture de « Maintenant », du Comité invisible
Michel Kokoreff et Joëlle Le Marec, Contretemps, 3 août 2017


« En matière d’organisation précisément, Maintenant ne propose rien. Fin de non-recevoir aux déçus. Il n’empêche, la question de l’organisation est cruciale [amen ! nda]. Elle n’est pas seulement le Leviathan, elle est de savoir comment « discipliner l’événement », pour parler comme Badiou repris par Bertho dans Les enfants du chaos (la Découverte, 2016). Dit autrement, comment s’auto-organiser dans le respect de l’autonomie de chacun [sic] – plutôt que dans le phantasme totalisant de la « convergence des luttes » – avec un sens du commun, une perspective ? Sur le front des luttes et des actions, la recherche de ponts ou de passerelles, de lieux intermédiaires, d’un langage commun est une chose qui trouve sur internet, dans les réseaux et dans la rue de nombreux relais. A cet égard, comment s’organiser sur et par les réseaux sociaux est crucial [resic*], afin de rendre plus encore possible la circulation et le partage des événements, initiatives, actions, dans la recherche de latéralité, de vitesse, de preuves numériques, de façon plus rationnelle. Internet comme support d’intelligence et de résistance collectives, contre-média face aux empires médiatiques de masse. Il convient juste ne pas oublier cette question de l’organisation se pose très concrètement, comme lors de cette manif’ caniculaire du 19 juin Place de la Concorde, afin d’éviter la nasse pour se retrouver ailleurs, partir en cortège sauvage mais le faire savoir au bon moment. On n’a pas fini d’en discuter. » [ça c'est vrai... nda]

* une version anarchiste américaine : Développons les stratégies médiatiques de nos mouvements, sur Paris-Luttes Info, 16 août 2017

une autre (on ne s'en lasse pas)
Démocratie des luttes et auto-organisation
Révolution permanente, Courant Communiste Révolutionnaire du NPA, 14 mars 2016

Emmanuel Barot : comment organiser concrètement cette auto-organisation ?


Maryse Tref et Emmanuel Barot sur le marché de Foix
il était une foi, d'un p'tit bonhomme de Foix...

Auto-organisation et esprit de la démocratie prolétarienne [esprit, es-tu là ?]

« C’est de tels organismes d’auto-organisation que peut – à l’image du 1917 russe –, selon les évolutions de la situation, surgir le « double pouvoir » permettant seul de contester, progressivement, l’ensemble du système.

[...] la défense de l’auto-organisation et de ce qui est son cadre et son instrument principal, l’assemblée générale souveraine, donnant mandat à des élus révocables pour l’accomplissement concret de toutes les tâches requises de la lutte, est le principal héritage de cette démocratie réelle des luttes ouvrières [...]

La vraie radicalité, c’est réussir à mettre un maximum de gens dans les rues sur des perspectives capables de les mobiliser jusqu’à ce que l’ennemi capitule. »


une version pécéfienne

La lutte doit se radicaliser pour préparer la Révolution !
Pas de socialisme sans auto-organisation populaire
Jean-Paul Legrand, militant communiste Maire adjoint PCF de Creil, 3 juin 2008

« La situation appelle à travailler à l’auto-organisation populaire de la révolution qui peut connaître dans les prochains mois ses premières tentatives et dont la dimension ne sera pas seulement nationale mais aura des relations permanentes avec les mouvements populaires de toutes les nations en particulier avec ceux de l’Amérique Latine qui sont à ce jour les plus avancés en matière de développement démocratique. Pour le moment, il serait suicidaire pour les exploités de participer à des actions de révolte dépourvues de direction et d’organisation et qui seraient vite réprimées, la bourgeoisie étant prête à utiliser la violence armée pour écraser tout mouvement. Seule la démocratie permanente du mouvement populaire peut déjouer les pièges et la répression que la classe dominante utilise pour maintenir son hégémonie. [...]

A contrario l’éducation populaire à l’organisation démocratique autonome du peuple est une condition des succès à venir qui n’exclut pas des formes de luttes importantes pouvant revêtir un caractère non-violent comme les occupations d’entreprises, le blogage des transports, l’intervention des citoyens dans les assemblées élues et les conseils d’administration, la revendication d’une utilisation de l’argent pour les besoins populaires dans tous les lieux de décision, l’organisation d’assemblées générales de citoyens et de salariés partout où eux mêmes le décideront, assemblées qui seront souveraines dans la conduite des luttes.

L’unité du peuple et son auto-organisation révolutionnaire [merde, il m'a piqué mon concept !] et démocratique vont bousculer les vieilles idées et donner à la société ce qu’elle attend : la liberté de chaque individu de créer, d’être libéré de la course au fric, celle d’agir pour le bien commun et le progrès humain en mettant la productivité du travail au service de tous sans discrimination.»


une version salmigondis incontournable

des dispositifs d'auto-organisation pour un processus d'émancipation
Philippe Corcuff, Avec Marx blog de Michel Peyret, rubrique Anarchisme, 25 juillet 2017
[pauvre Marx et pauvre Anarchisme !]


Corcuff vu par Patlotch

« L’émancipation est, de Kant à Bakounine et Marx, auto-émancipation. Certes, des minorités actives davantage mobilisées y jouent un rôle particulier. Cependant, une des leçons du XXe siècle, sous une forme « hard » avec le stalinisme ou plus « soft » avec le parlementarisme social-démocrate, est le risque de transformation de ces minorités actives en nouvelles « tutelles », abîmant de fait l’auto-émancipation dans l’oligarchie. Ce risque, on le trouve encore aujourd’hui dans la focalisation sur le contenu de l’alternative à proposer face au capitalisme néolibéral, avec une fétichisation du programme. Car on oublie ainsi que les dispositifs d’auto-organisation populaire et citoyenne sont, dès maintenant, des garanties plus solides pour un processus d’émancipation que la présence de telle mesure sur une feuille de papier [sauf les papiers à Corcuff nda]. Les tragédies et les échecs du mouvement ouvrier au XXe siècle nous ont appris qu’il était vain de porter une autre politique sans que cela prenne appui sur un autre rapport, plus démocratique et libertaire, à la politique...

Il faudrait plutôt être radical, au sens étymologique de reprendre les choses à la racine : partir des résistances et des alternatives localisées pour tenter patiemment de bâtir des convergences
[pauvres racines nda]. Et donner une place aux paroles populaires (notamment parmi les ouvriers et les employés) plutôt que d’attribuer un quasi-monopole de la représentation du « peuple » aux couches moyennes, comme le plus souvent dans les organisations de la gauche radicale, la France insoumise comprise. [qui peut le moins peut le plus nda] »

ce texte de Corcuff est publié par L'Humanité du même jour sous le titre Un autre rapport à la politique pour une gauche d’émancipation

une autre impression ressort de ce succès actuel du mot auto-organisation, son utilisation par des militants d'organisations politiques en lieu et place de démocratie, pas même radicale ni dans le sens ultragauchiste d'autonomie, pour faire oublier, ou pas, ou mal, qu'ils entendent rester à la manœuvre

study

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MessageSujet: Re: 7. le livre : du capitalisme à la communauté humaine, UNE CLASSE pour LA RÉVOLUTION (sommaire, texte complet et renvoi aux compléments)   Mer 6 Sep - 20:21

Citation :
3.3. autonomie et auto-organisation, recoupements et différenciation
3.3.1. le double contenu de la forme auto-organisation révolutionnaire : émanciper-abolir-émanciper
3.3.2. Castoriadis et l'auto-organisation (1957) : un management autonome de la production et de la société
3.3.3. de Castoriadis au(x) commun(s) et des communs aux modes de vie auto-organisés dans le capitalisme : l'exemple de la ZAD

3.3.1. le double contenu de la forme auto-organisation révolutionnaire : émanciper-abolir-émanciper

l'auto-organisation ne se limite pas aux formes spécifiques caractérisant les activités d'individus agissant pour se changer eux-mêmes et les circonstances, l'auto-organisation porte un contenu émancipateur, l'auto-apprentissage de l'émancipation dans la lutte contre l'adversité capitaliste, elle est comme dit Marx « auto-changement par la pratique révolutionnaire » (3ème thèse sur Feuerbach), à quoi l'on peut ajouter auto-compréhension dans cette action de transformer le monde (11ème thèse) : les thèses font boucle

c'est le premier contenu de l'auto-organisation, qui lui est intrinsèque. Elle est en ceci une forme-contenu révolutionnaire quand elle ne consiste pas à « diviser la société en deux parties dont l'une est au-dessus de la société » : elle combat la division du travail intellectuel et manuel, la séparation de la théorie et de la pratique, et toute forme d'organisation hiérarchique dans laquelle les individus obéissent à des ordres ou appliquent des mesures dictées par une organisation se présentant comme son guide ou son "sauveur suprême", le parti d'avant-garde ou ses avatars

étant en lui-même émancipateur, ce contenu est en même temps un objectif de l'auto-organisation, c'est l'auto-apprentissage de la liberté. L'auto-organisation participe ainsi de l'auto-subjectivation révolutionnaire

deuxième aspect de son double contenu : pour être révolutionnaire, l'auto-organisation s'assigne un objectif révolutionnaire, abolir le capital et toutes ses déterminations

au cours de l'histoire du mouvement ouvrier puis dans la décomposition du programmatisme* et jusqu'à aujourd'hui, on constate que ces deux contenus sont liés et plus ou moins présents dans les formes d'existence de l'auto-organisation

reprenons l'Adresse de l'AIT : « l'émancipation des travailleurs doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes, [...] l'émancipation définitive de la classe travailleuse, c'est-à-dire pour l'abolition définitive du salariat »

Marx pose bien ici le principe de ce double contenu/objectif, mais celui-ci est doublement contredit, d'abord par l'existence de l'organisation d'avant-garde, ensuite par la stratégie programmatique visant le pouvoir des travailleurs, la dictature du prolétariat pour les partis communistes, plus tard l'autogestion pour les conseils ouvriers

Statuts de l'Association Internationale des Travailleurs (AIT)
« Art. 7a. - Dans sa lutte contre le pouvoir uni des classes possédantes, le prolétariat ne peut agir en tant que classe qu'en se constituant lui-même en parti politique distinct et opposé à tous les anciens partis politiques créés par les classes possédantes. Cette constitution du prolétariat en parti politique est indispensable pour assurer le triomphe de la Révolution sociale et de sa fin suprême : l'abolition des classes. »

l'objectif n'est pas, ou pas directement (immédiatement comme disent les communisateurs c'est-à-dire sans transition d'étapes), l'auto-abolition du prolétariat comme classe du capital, mais son autonomie pour son pouvoir


illustration de la page auto-organisation de wikirouge

dans le programmatisme ouvrier et l'autonomie ouvrière, l'auto-changement est révolutionnaire en principe, contre-révolutionnaire en pratique. La dialectique du dépassement s'enraye en cours de route; abandonnant sa fin, elle interdit sa production

c'est in fine le sens du texte de Roland Simon pour Meeting 3, en 2005 : L’auto-organisation est le premier acte de la révolution, la suite s’effectue contre elle : « L’autonomie, comme perspective révolutionnaire se réalisant au travers de l’auto-organisation, est paradoxalement inséparable d’une classe ouvrière stable, bien repérable à la surface même de la reproduction du capital, confortée dans ses limites et sa définition par cette reproduction et reconnue en elle comme un interlocuteur légitime.

L’auto-organisation comme théorie révolutionnaire avait un sens dans les conditions exactement identiques à celles qui structuraient le « vieux mouvement ouvrier ». L’auto-organisation c’est la lutte auto-organisée avec son prolongement nécessaire l’auto-organisation des producteurs, en un mot le travail libéré, en un mot encore, la valeur. »


ce texte présente à mon sens un défaut, dont rend compte la discussion de 2005 évoquée précédemment, à laquelle j'avais participé en béotien de la théorie communiste, c'est d'assimiler par trop auto-organisation et autonomie

c'est le premier contenu/objectif de l'auto-organisation, présenté plus haut, qui est ici sous-estimé dans sa vertu révolutionnaire, car elle n'est pas seulement celle d'un "premier acte", mais doit persister tout au long de "l'auto-changement" du sujet révolutionnaire dans celle des "circonstances" et même au-delà, tant il est est évident que même acquise la victoire, le capital aboli, la communauté humaine devra continuer de s'auto-organiser, mais sans classes donc sans prolétariat, qui n'aura plus à le faire. Ce sera même son mode de vie essentiel, les relations entre les individus répondant à la phrase du Manifeste : « A la place de l'ancienne société bourgeoise, avec ses classes et ses antagonismes de classes, surgit une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous.» Dans ce mouvement dialectique il y a un passage de l'auto-organisation du sujet révolutionnaire à celle de tous

autrement dit, c'est le sujet de l'auto-organisation qui s'auto-transforme au point de n'être plus le même, dans le mouvement du dépassement produit par le prolétariat de son abolition comme être du capital. L'auto-organisation porte la dynamique communiste dans l'action révolutionnaire pour la communauté humaine*

l'auto-organisation révolutionnaire est inhérente au mouvement du communisme réel,
avant, pendant, et après la révolution


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3.3.2. Castoriadis et l'auto-organisation (1957) : un management autonome de la production et de la société

j'ai montré plus haut l'absence du terme auto-organisation (self organization) dans la littérature du communisme des conseils, et son apparition tardive, dans les années 1970. Toutefois, Castoriadis l'utilise dès 1957, et peut-être avant, mais dans un sens différent de l'auto-organisation de la lutte, qui comporte l'autonomie de la production (autogestion managériale), puis plus tard l'auto-institution (1975) de la société autonome (2001)

j'enchaîne en 3.3.3. sur la critique des communs avec Dardot et Laval héritant de Castoriadis, et de l'auto-organisation prétendue communisatrice de la ZAD

Castoriadis et l'auto-organisation : un management autonome de la production, de l'administration, et de la société

la revue Échanges et mouvement avait publié l'intégralité de la correspondance entre Pannekoek et Castoriadis en 1953-54 (PDF), avec des commentaires d'Henri Simon. On la trouve aussi sur mondialisme.org en 2007

je n'ai pas trouvé le terme auto-organisation dans ces textes. Par contre, il figure bien sous la plume de Castoriadis en 1957, dans Sur le contenu du socialisme. Dans le sous chapitre La racine de la crise du capitalisme, on peut lire (je souligne) :

« L’organisation capitaliste de la vie sociale — et nous parlons aussi bien du capitalisme privé de l’Ouest que du capitalisme bureaucratique de l’Est — crée une crise perpétuellement renouvelée dans toutes les sphères de l’activité humaine. Cette crise apparaît avec la plus grande intensité dans le domaine de la production : la production, l’atelier de l’usine —non pas l’ « économie » et le « marché ». Mais la situation, quant à l’essentiel, est la même dans tous les domaines — qu’il s’agisse de la famille, de l’éducation, de la politique, des rapports internationaux ou de la culture. Partout, la structure capitaliste consiste à organiser la vie des hommes du dehors, en l’absence des intéressés et à l’encontre de leurs tendances et de leurs intérêts. Ce n’est là qu’une autre manière de dire que la société capitaliste est divisée entre une mince couche de dirigeants, qui ont pour fonction de décider de la vie de tout le monde, et la grande majorité des hommes, réduits à exécuter les décisions des dirigeants et, de ce fait, à subir leur propre vie comme quelque chose d’étranger à eux-mêmes.

Cette organisation est profondément irrationnelle et contradictoire, et le renouvellement perpétuel de ses crises. sous une forme ou une autre, est absolument inévitable. Il est profondément irrationnel de prétendre organiser les hommes, qu’il s’agisse de production ou de vie politique, comme s’ils étaient des objets, en ignorant délibérément ce qu’eux-mêmes pensent et veulent quant à leur propre organisation. Dans les faits, le capitalisme est obligé de s’appuyer sur la faculté d’auto-organisation des groupes humains, sur la créativité individuelle et collective des producteurs, sans laquelle il ne pourrait pas subsister un jour. Mais toute son organisation officielle à la fois ignore et essaie de supprimer le plus possible ces facultés d’auto-organisation et de création. Il n’en résulte pas seulement un gaspillage immense. un énorme manque à gagner ; le système suscite obligatoirement la réaction, la lutte de ceux à qui il prétend s’imposer. Longtemps avant qu’il ne soit question de révolution ou de conscience politique, ceux-ci n’acceptent pas, dans la vie quotidienne de l’usine, d’être traités en objets. L’organisation capitaliste ne peut pas se faire seulement en l’absence des intéressés, elle est obligée en même temps de se faire à l’encontre des intéressés. Son résultat n’est pas seulement le gaspillage, c’est le conflit perpétuel. »


je n'ai trouvé ce qui suit qu'en anglais : The Principles of Socialist Society
Citation :
Socialist society implies people's self-organization of every aspect of their social activities. The instauration of socialism therefore entails the immediate abolition of the fundamental division of society into a class of directors and a class of executants.

The content of the socialist reorganization of society is first of all workers' management of production. The working class has repeatedly staked its claim to such management and struggled to achieve it at the high points of its historical actions: in Russia in 1917-18, in Spain in 1936, in Hungary in 1956.

Workers' councils, based on one's place of work, are the form of workers' management and the institution capable of fostering its growth. Workers' management means the power of the local workers' councils [conseils ouvriers] and ultimately, at the level of society as a whole, the power of the central assembly of workers' councils and the government of the councils. Factory councils (or councils based on any other place of work such as a plant, building site, mine, railway yard, office, etc.) will be composed of delegates who are elected by the workers, responsible for reporting to them at regular intervals, and revocable by them at any time, and will unite the functions of deliberation, decision, and execution. Such councils are historic creations of the working class. They have come to the forefront every time the question of power has been posed in modern society. The Russian factory committees of 1917, the German workers' councils of 1919, the Hungarian councils of 1956 all sought to express (whatever their name) the same original, organic, and characteristic working-class pattern of self-organization.

To define the socialist organization of society in concrete terms is to draw all the possible conclusions from two basic ideas: workers' management of production and the rule of the councils, which are themselves the organic creations of proletarian struggles. But such a definition can come to life and be given flesh and blood only if combined with an account of how the institutions of this society might function in practice. [...]

The Councils: Exclusive and Exhaustive Form of Organization for the Whole Population

The setting-up of workers' councils will create no particular problems in relation to industry (taking the term in its widest sense to include manufacture, transport, communications, building, mining, energy production, public services and public works, etc.). The revolutionary transformation of society will in fact be based on the establishment of such councils and would be impossible without it.

In the post revolutionary period, however, when the new social relations become the norm, a problem will arise from the need to regroup people working in smaller enterprises. This regrouping will be necessary if only to ensure them their full democratic and representational rights. Initially, it will be based on some compromise between considerations of geographical proximity and considerations of industrial integration. This particular problem is not very important, or even if there are many such small enterprises, the number of those working in them represents only a small proportion of the total industrial work force.

Paradoxical as it may seem, the self-organization of the population into councils could proceed as naturally in agriculture as in industry. It is traditional on the Left to see the peasantry as a source of constant problems for a working-class power because of its dispersion, its attachment to private property, and its political and ideological backwardness. These factors certainly exist, but it is doubtful that the peasantry would actively oppose a working-class power that has formulated an intelligent (i.e., socialist) farming policy. The "peasant nightmare" currently obsessing so many revolutionaries results from the telescoping of two quite different problems: on the one hand, the relations of the peasantry with a socialist economy, in the context of a modern society; and on the other hand, the relations between the peasantry and State in the Russia of 1921 (or of 1932) or in the satellite countries between 1945 and today.

[...]

The Councils: Universal Form of Organization for Social Activities

The basic units of social organization, as we have envisaged them so far, will not merely manage production. They will, at the same time and primarily, be organs for popular self-management in all its aspects. On the one hand, they will be organs of local self-administration, and on the other hand, they will be the only bases of the central power, which will exist only as a federation or regrouping of all the councils.

To say that a workers' council will be an organ of popular self-administration (and not just an organ of workers' management of production) is to recognize that a factory or office is not just a productive unit, but is also a social cell, and that it will become the primary locus of individual "socialization."
Although this varies from country to country and from workplace to workplace, myriad activities other than just earning a living take place around it (canteens, cooperatives, vacation retreats, sports clubs, libraries, rest homes, collective outings, dances) - activities that allow the most important human ties (both private and "public") to become established. To the extent that the average person is today active in "public" affairs, it is more likely to be through some trade-union or political activity related to work than in a capacity as an abstract "citizen," putting a ballot into a box once every few years. Under socialism, the transformation of the relations of production and of the very nature of work will enormously reinforce, for each worker, the positive significance of the working collective to which he belongs.

de ceci on peut dire que Castoriadis utilise effectivement le terme d'auto-organisation, mais pas dans le sens où Henri Simon l'oppose à Pannekoek, qui « était, pour sa part, convaincu que les capacités d’auto-organisation et d’émancipation du prolétariat ne se décrètent par personne, et sont largement conditionnées par les conditions matérielles de leur existence comme par celles de leurs luttes.»

pour Castoriadis :

- l'auto-organisation n'est pas celle de la lutte

- l'auto-organisation est le management autonome par les (conseils) ouvriers qui va de la production à l'auto-administration populaire

- l'auto-organisation se généralise en management de la société, d'où découleront plus tard ses thèses sur l'auto-institution de la société (1975) qu'il inscrira en 2001 dans le projet d'autonomie



un sommaire plein de sens...
Citation :
SOCIALISME OU BARBARIE ET LES PREMISSES DE LA REFLEXION SUR L'AUTONOMIE
De la critique du stalinisme à la théorie du " capitalisme bureaucratique "
La critique du marxisme
L'exigence révolutionnaire, maintenue et revisitée

L'AUTONOMIE : UNE VISION NEUVE DU PROJET DE TRANSFORMATION SOCIALE
L'auto-institution explicite et permanente de la société, nouvelle visée du projet révolutionnaire
Autonomie, praxis, politique
Le projet de " société autonome "
Société, individus, paideia : un processus de mutation anthropologique

LE PROJET D'AUTONOMIE, MOUVEMENT VERS UNE DEMOCRATIE VERITABLE
Le projet d'autonomie, une création social-historique continuée
Valeurs et principes fondamentaux d'une société autonome
Structuration concrète et fonctionnement d'une société autonome
La société autonome : une démocratie véritable
Les conditions d'instauration d'une démocratie véritable
La justification du projet d'autonomie

L'AUTONOMIE DEMOCRATIQUE, UN PROJET POLITIQUE POUR AUJOURD'HUI
La modernité occidentale
Les sociétés contemporaines
Quelle démocratie ? L'autonomie démocratique aujourd'hui : les défis devant nous.

en somme, chez Castoriadis, la boucle se boucle entre auto-organisation et autonomie, mais en un sens qui dépasse le rapport qu'il avait pour le communisme des conseils, l'autonomie ouvrière, l'autogestion

on peut se demander de quoi une « société autonome » s'autonomise, si tout y devient auto-organisé. Cela semble rejoindre la critique que me faisait RS en 2005 : « Dans le communisme, parler d’humanité qui s’auto-organise est si englobant que cela ne nous avance pas à grand chose, durant toute son histoire l’humanité n’a fait que s’organiser elle-même, que « s’auto-organiser. En outre, je pense qu’ « auto-organise » renvoie à un sujet qui a un moment donné se prend comme objet et se donne une forme adéquate à ce qu’il est, en un mot qui se fixe et se reproduit comme tel. »

en confirmant l'égalité pour lui entre autonomie et auto-organisation, RS confondait logiquement "s'autonomise" avec "s'auto-organise"

la généralisation par Castoriadis de l'auto-organisation à toute la société semble rejoindre ma propre vision d'une communauté humaine auto-organisée, mais elle s'enlise dans une socialisation qui n'a pas a priori les caractéristiques de la production du communisme. Sa vision de la société autonome n'a eu aucune influence sur la mienne d'une auto-organisation de la société communiste, puisque je découvre ces textes, et si j'ai lu quelques-uns de ses ouvrages, ils portaient sur autre chose

sur le tard, sans vraiment affirmer le socialisme comme le pouvoir autonome du prolétariat, sa conception semble plus proche de ce qu'on nomme aujourd'hui les communs. Voir à ce sujet mon billet d'hier : 20. le communisme et l'administration des choses : administration des communs ?

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3.3.3. de Castoriadis au(x) commun(s) et des communs aux modes de vie auto-organisés dans le capitalisme

on le vérifie, puisque Castoriadis est une référence importante pour les auteurs de Commun en 2014 :

De l’autonomie au commun. Sur Cornelius Castoriadis[/color][/size][/b] entretien avec Pierre Dardot et Christian Laval, Vacarme, 10 juin 2016. Dans cet entretien, Amador Fernández-Savater fait directement le lien avec le texte de 1957 que j'ai cité

L’un des penseurs les plus cités dans 'Commun' est Cornelius Castoriadis, et l’ouvrage est une puissante réactualisation de sa pensée politique.

Citation :
Vacarme : Le cœur de votre ouvrage Commun me rappelle le long travail de Castoriadis dans "Le Contenu du socialisme". Voici comment il présente l’originalité de sa perspective : au lieu de commencer par dénoncer l’état de choses existant, il faut commencer par montrer les modèles positifs d’auto-organisation (et ceci non pas de manière spéculative mais en partant de l’expérience des luttes des travailleur·ses comme celles qui eurent lieu en Hongrie en 1956). Ainsi, à la lumière du « positif » (l’autonomie), on pourra discerner le « négatif » (la domination). Est-ce que ceci a un quelconque rapport avec ce que vous faites dans "Commun" ?

La tâche que nous avons à accomplir est du même ordre mais elle s’inscrit dans une période très différente. Le « négatif » ne peut être identifié qu’à la lumière du « positif ». Une bonne partie de la gauche critique s’est trop longtemps enfermée dans une dénonciation stérile des méfaits du système sans prendre la peine d’ouvrir la voie à une alternative positive à partir des mouvements en cours. Selon nous, il est essentiel de partir des expérimentations pour imaginer à une plus vaste échelle ce que pourrait être un autre système social et politique. Sans vouloir diminuer l’importance de son texte sur Le Contenu du socialisme, il faut cependant préciser que Castoriadis n’a fait que renouer avec une tradition beaucoup plus ancienne dans le mouvement ouvrier qui consistait à instituer un nouveau droit, de nouvelles formes d’activité, de nouveaux rapports sociaux. [...]

Christian Laval précise dans « Commun » et « communauté » : un essai de clarification sociologique, SociologieS 19 octobre 2016 : « Par « communs », on entend donc un ensemble de pratiques instituantes et d’institutions constituées répondant au principe selon lequel un groupe plus ou moins étendu s’engage dans une activité collective productrice de biens tangibles ou intangibles mis à la disposition des 'commoners' ou d’une collectivité plus large, selon des règles démocratiques d’auto-organisation. »

on découvre que les mêmes auteurs, en 2009 dans La nouvelle raison du monde, « esquissent en positif des pratiques de communisation du savoir, d’assistance mutuelle, de travail coopératif dessinant une autre « raison du monde », la « raison du commun »

des communs à la "communisation" comme mode de vie auto-organisé dans le capitalisme : l'exemple de la ZAD

quoi qu'en dise le sous-titre de Commun, la révolution du XXIè siècle, de fait la communisation n'a pas chez eux le sens d'une révolution d'abord insurrectionnelle, mais un peu celui de "communiser la vie" qui a fleuri à la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes où « s'invente une culture politique de l’autonomie. [...] La ZAD hisse l’occupation et l’auto-organisation, la solidarité au rang de bien commun.» multitudes mars 2016

« Mettre en place dès maintenant une communisation des terres et des pratiques, nous prenons la terre et nous la garderons ! » Le Jura Libertaire[/i], 13 avril 2013

De la Zad aux communaux, lundimatin#25 15 juin 2015 : « Les communs, cʼest toutes les infrastructures de lʼautonomie dont a su se doter le mouvement au fil des années et qui sʼinventent au jour le jour dans ce bocage. [...] Les communs, pour lʼinstant, cʼest un archipel diffus de groupes entremêlés qui sʼorganisent parfois ensemble, parfois côte à côte, pour tenir des infrastructures mises en partage avec lʼensemble du mouvement.

Que ce soit bien clair : la communisation dʼune partie des terres de la ZAD nʼa pas pour objectif de soustraire des terres aux agriculteurs en lutte, qui refusent de collaborer avec AGO, qui font lʼobjet de procédures dʼexpropriations et de menaces dʼexpulsion. Nous souhaitons quʼils puissent continuer dʼavoir lʼusage de ces terres et de les travailler dans de bonnes conditions. »


amère victoire du concept d'auto-organisation, qui n'aura pas duré...

on mesure ainsi que ma réélaboration critique du concept d'auto-organisation révolutionnaire concerne davantage qu'une forme et un contenu de luttes dans la révolution, pour se prolonger dans la production de la communauté humaine*. On constate la persistance d'une idéologie de l'autonomie* qui saute à pied joint sur la nécessité de la révolution comme moment de rupture avec le Capital. C'est une vision renouvelée de l'auto-organisation comme un axe du mouvement du communisme avant, pendant, et après la révolution

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 7. le livre : du capitalisme à la communauté humaine, UNE CLASSE pour LA RÉVOLUTION (sommaire, texte complet et renvoi aux compléments)   Mer 6 Sep - 23:28

Citation :
3.4. la société communiste serait-elle autogérée ? auto-organisation révolutionnaire et autogestion
3.5. l'auto-organisation révolutionnaire abolit les médiations capitalistes pour leur substituer des médiations communistes dans la communauté humaine

3.4. auto-organisation révolutionnaire et autogestion : la société communiste serait-elle autogérée ?

étant l'auteur, en 2006, de la définition de la page communisation de wikipédia, détruite en 2015 (par Léon de Mattis ou l'un des siens afin de promouvoir sa prose, et lui-même), qu'on trouve néanmoins en ligne, répondre "oui" serait de ma part renoncer à un point important qui me relie encore à ce courant théorique

Patlotch, 2007 : « La «communisation», pour simplifier, est le concept de l'abolition du capital, des classes, et du prolétariat par lui-même dans une révolution communiste, sans transition "socialiste", ni autogestion. La communisation se conçoit par conséquent à la fois comme rupture et transition à partir de mesures directement communisatrices, c'est-à-dire ouvrant la voie au communisme.»

par ailleurs, j'ai soutenu et je soutiens toujours la critique de l'autogestion dans le capitalisme cf forum : AUTOGESTION, AUTO-EXPLOITATION et AUTONOMIE : utopies ouvrières dans l'économie capitaliste

aux critiques que j'avais recensées, on peut ajouter celles-ci :

- Lettre sur l'auto-gestion Adel Spartakus, Vosstanie 18 septembre 2014
Citation :
L'interrogation sur la forme, se fait uniquement au niveau du pouvoir et de la domination au sens large du terme, et absolument pas au niveau de la logique d'accumulation/valorisation qui dicte sa forme. Ce que je ne comprends pas plus, c'est que toutes les expériences présentées qui s'inscrivent dans le capitalisme (et comment pourrait-il en être autrement), sont censées faire du profit ou viser l'équilibre de la rotation de flux d'argent et que même si elles sont toutes anti-hiérarchiques ou à égalité de revenus sur le papier ou dans le cerveau des militants, ils appellent cela «auto-gestion» mais ils pourraient nommer cela coopératives, mutuellisme, ou simplement «notre trip entre copains». Mais pourquoi n'accorderions-nous pas sémantiquement parlant à ces différentes formes d'alternatives à l'administration du capital ce qu'elles sont littéralement et étymologiquement c'est à dire : « Qu'ils gèrent eux mêmes ». Mais que gèrent-ils ? [...]

Toutes les expériences «autogestionnaires» historiques se sont passées dans des moments particuliers d'affrontement avec le capital comme solution de «gestion» de l'urgence et du lendemain. Qu'il faille manger demain matin c’est bien vrai, mais il faut que l'on cesse de parler de communisme à ce sujet.

- Contre le mythe autogestionnaire brochure 2009
Citation :


A travers l’analyse des exemples-phares autogestionnaires que sont l’Espagne en 1936, l’atelier Lip à Besançon en 1973 et l’Argentine depuis décembre 2001, notre volonté est de montrer en quoi la perspective de gestion des processus productifs et d’échange est un arrêt du processus révolutionnaire, un renforcement de l’ordre établi qui renvoie le prolétariat à la seule place que lui laisse le capital, celle de producteur de valeur quitte à lui laisser le rôle de gestionnaire pendant un temps ! Les expériences alter éco sympa en pleine paix sociale n’ont rien de contradictoire, elles sont des entreprises capitalistes sans ambiguïté. Ce qui nous questionne, c’est l’antagonisme qui traverse tout mouvement de classe dans sa dynamique combative, vivante et donc profondément contradictoire (...).
A travers la critique de l’autogestion, l’enjeu de cette analyse du processus révolutionnaire est de nous permettre de mieux saisir où nous en sommes aujourd’hui, à travers toutes nos forces et nos contradictions internes.

L’autogestion ne peut qu’être l’autogestion de l’exploitation [33], voilà la réalité, ce sont les ouvriers eux-mêmes qui décident comment ils vont perdre leur vie au travail et comment le travail va être encore plus au centre de leur vie, au point de le ramener à la maison, d’en rêver, tellement les tâches de gestionnaires, de producteurs sont fortes.

33. Que certains appellent "auto-exploitation", bien qu’il y ait dans cette expression une aberration. L’ouvrier ne peut pas s’auto-exploiter : c’est le capital qui l’exploite, bien qu’il se fasse l’agent de sa propre exploitation. Le capital est toujours là, c’est ce dont n’ont pas conscience ces ouvriers qui ne se sentent plus exploités, du moins dans un premier temps.

comme le résume ce texte en un sous-titre, Insurrection versus autogestion (et réciproquement), ce qui est critiqué là c'est l'autogestion dans le capitalisme et/ou comme transition au communisme

à partir de là, je m'oppose comme eux à ces thèses, telles qu'on les trouv(ai)ent chez dans les organisations françaises d'extrême gauche 1977-1982, peu ou prou chez Alternative Libertaire et partie à la CNT-AIT (j'en passe et pas meilleurs)

mon propos n'est pas d'user de la rhétorique de Théorie Communiste considérant le terme d'autogestion comme strictement lié à ces positions et à l'autonomie ouvrière, le problème que je pose est de savoir si le fonctionnement auto-organisé de la société communiste relève ou non de l'autogestion, de quoi et comment ?

le terme de gestion lui-même n'a rien de sympathique à mes yeux mais on pourrait en dire autant de celui d'administration, et faire de grandes phrases sur les activités communistes sans médiations ni institutions, ni lieux de production matérielle et intellectuelles, la question étant la séparation du travail (intellectuel et manuel, sexuel...) et de la hiérarchie (donner et recevoir des ordres étant maquillé comme il l'est déjà dans les entreprises actuelles). On donne à gérer les synonymes administrer, conduire, gouverner, guider, manager, manier, présider, régente, régir, rien qui ne sonne très communiste ou anarchiste

la société communsite : ascenseur vs descendeur ?

on peut encore poser la question autrement comme Vosstanie à propos du film portugais L'usine de rien : La société communiste se passera-t-elle d'ascenseurs et de motocyclettes ?


« Le pragmatisme pro-autogestion s’il n’est bien sûr absolument pas satisfaisant pose malgré lui quelques questions à notre avis fondamentales. Pour le cas du film, ou il s’agit d'auto-gérer une usine de fabrication d'ascenseurs, il va de soi que la concurrence, le marché se chargera toujours de régler le débat en dernière instance, aussi utopique et même pratique-réaliste soit la démarche. En revanche elle pose une vraie question et fort sérieuse à notre avis : la société communiste, libertaire - se passera-t-elle d'ascenseurs ? Question qui n'est point travaillée dans le film et les débats. Cette usine ne fabrique-t-elle vraiment rien d’utile ? est-elle vraiment “l’usine de rien” ? L’ascenseur est-il bourgeois ou capitaliste ?

La société communiste pourrait bien nous permettre de rouler seuls en motocyclettes ...et si cela n’était pas le cas en vaudrait-elle seulement la peine ? Le communisme ne sera pas la fausse abondance capitaliste c’est certain, pas plus la pénurie joyeuse, mais encore moins un cours de botanique autogéré dans les jardins obligatoirement communs.»


faut-il envisager la société communiste comme la CNT-AIT : « L’État sera remplacé par une société fédéraliste fonctionnant de bas en haut suivant les principes autogestionnaires. Des délégués avec des mandats précis, révocables, des conseils de coordination et de gestion suffisent à administrer une société moderne, aussi complexe soit-elle. »

si la société «fonctionne de bas en haut », c'est qu'il y a un haut d'où redescendent des décisions suite à des choix, sous-entendant que le bas les met en œuvre, et notre problème reste entier, car si ce ne sont pas des ordres, cela m'évoque un certain centralisme démocratique généralisé. Toujours est-il que ces anarchistes-là n'ont pas d'états d'âme à utiliser les mots gérer, coordonner, administrer, et société : on est loin de la suppression communisatrice de toutes les médiations et d'individus immédiatement sociaux sans ascenseurs et se faisant la courte échelle


je ne répondrai pas à la question que j'ai posée : la société communiste serait-elle autogérée ? Il m'a semblé nécessaire de la poser en faisant sauter le tabou communisateur sur le mot autogestion, qui ne fabrique pas moins un mythe romantique révolutionnaire dont on imagine sans peine qu'il déboucherait sur un communauté du rien ayant fait du passé table rase, étant donné que « tout ce qui existe mérite de périr », mais avec une novlangue pour le dire... et pour appeler à l'aide ?


un homme retrouvé mort dans l'ascenseur un mois après avoir appelé à l'aide

voilà, chère lectorate, en attendant le début, je te laisse sur ta faim

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3.5. l'auto-organisation révolutionnaire abolit les médiations capitalistes pour leur substituer des médiations communistes dans la communauté humaine

l'auto-organisation révolutionnaire est-elle la suppression des médiations* entre individus et société ?

je poursuis la théorisation de l'auto-organisation révolutionnaire en cherchant le rapport entre auto-organisation de la communauté humaine, société communiste, et suppression des médiations sociales, et je je présente d'abord deux extraits de textes où la question est abordée dans et après le processus révolutionnaire

Le pas suspendu de la communisation : communisation vs socialisation, BL Théorie Communiste SIC n°1 (nov. 2011) juin 2009 :
BL/TC a écrit:
Le processus révolutionnaire de désobjectivation du capital est donc aussi processus de destruction de la subjectivité séparée du prolétariat, c’est ce processus que nous désignons comme autotransformation des prolétaires en individus immédiatement sociaux.

L’abolition des classes c’est l’abolition de la société, la création de la société socialiste voire « communiste », c’est toujours et encore le maintien de l’indépendance de la communauté par rapport à ses membres, qui ne sont sociaux que par la médiation de la société. La communisation c’est la fin de toute médiation entre les individus et leurs groupements affinitaires constamment changeants
, mais dans la révolution il y a encore médiation par le capital, puisque l’activité est abolition du capital ! La communisation en tant qu’elle est médiée par son objet même, porte toujours la possibilité que sa médiation s’autonomise, dans la constitution de la révolution en structure différente de l’action révolutionnaire.

La communisation c’est la fin de toute médiation entre les individus et leurs groupements affinitaires constamment changeants, mais dans la révolution il y a encore médiation par le capital, puisque l’activité est abolition du capital ! La communisation en tant qu’elle est médiée par son objet même, porte toujours la possibilité que sa médiation s’autonomise, dans la constitution de la révolution en structure différente de l’action révolutionnaire.

La communauté humaine et la question des médiations, Jacques Wajnsztejn, Temps Critiques, 15 juillet 2017 :
Citation :
Tu peux regarder tous nos textes sur la question des médiations et la critique de l’individu immédiatement social (par exemple, avec notre notion d’aliénation initiale, la critique de l’immédiateté). Mais pour prendre un exemple historique classique, Marx aborde ce point dans son analyse de la Commune. Pour lui la grandeur de la Commune réside dans cette capacité à créer sa propre médiation politique, qu’il appelle « la constitution communale » et non pas à vouloir s’emparer du pouvoir d’Etat comme le bolchévisme le théorisera. La Commune comme forme qui dépasse le formalisme dans la mesure où ce qui compte est son contenu, son opposition à la forme étatique et son action contre.

Marx essaie ici, premièrement, de définir plus concrètement la tendance vers la communauté humaine qu’il ne le faisait dans les Manuscrits de 1844 dont la vision de la communauté humaine, de la Gemeinwesen, est sous-tendue par sa vision du communisme comme réalisation d’un individu immédiatement social, c-à-d sans médiation entre individu et société parce que fondamentalement l’homme est identifié à son activité sociale et à ses rapports sociaux (ce que nous critiquons aussi à de nombreuses reprises ; deuxièmement, il prend ici le contre-pied de ses positions précédentes sur la disparition de la forme politique (« une révolution sans phrases » dans laquelle peu importe ce que chaque prolétaire pense parce que …) et le communisme comme « administration des choses » (cf. grosso modo, les positions actuelles dites « communisatrices »)

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MessageSujet: Re: 7. le livre : du capitalisme à la communauté humaine, UNE CLASSE pour LA RÉVOLUTION (sommaire, texte complet et renvoi aux compléments)   Jeu 7 Sep - 11:38


4. LE DÉPASSEMENT COMMUNISTE DES INDIVIDUS DANS LA RÉVOLUTION ET LA COMMUNAUTÉ HUMAINE


Citation :
4.1. au centre du Communisme, et du Capital de Marx, l’individu (Lucien Sève sur l'individualité)
4.2. de l'individu à la classe aller-retour : subjectivation communiste
4.3. La tension individu-communauté chez Temps Critiques : parente thèse ?
4.4. Je est des autres : se décentrer par la relation

4.1.  au centre du Communisme, et du Capital de Marx, l’individu (Lucien Sève sur l'individualité)

un article récent de Lucien Sève : Au centre du Capital, l’individu, L'Humanité 14 mars 2017

à 90 ans Lucien Sève le confirme, l'individu est au centre de son communisme, quoiqu'on pense par ailleurs de son œuvre dans la mouvance du PCF puis du démocratisme radical. Elle fut un jalon décisif dans mon propre parcours depuis le début des années 70, même si j'ai dû par la suite critiquer sévèrement sa conception du dépassement au service de la politique pour un passage progressif et démocratique au communisme (cf Patlotch DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE). Et si l'œuvre de Sève fut décisive, c'est en raison de sa lecture de Marx faisant ressortir une définition du communisme comme « association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous » (Le Manifeste). Il y revient ici avec le Capital, d'où le titre de l'article, il s'agit du livre, pas du capitalisme

Lucien Sève a écrit:
Qui n’a pas vraiment lu le Capital pense bien savoir ce qu’il contient : une « critique de l’économie politique », traitant donc de réalités purement sociales – marchandise, monnaie, travail, valeur, survaleur, taux de profit…, donc exploitation de classe, et pour finir, à l’horizon, société sans classes. Et il y a bien en effet tout cela dans cette grande œuvre.

Mais il y a aussi ce qu’on n’attend pas du tout, au point que sa présence a été gravement sous-estimée, qu’elle l’est toujours, quand elle n’est pas même ignorée : c’est l’individu. Car l’économie au sens où l’entend Marx dans le Capital est beaucoup plus que l’économique, c’est la base de tous les rapports sociaux, c’est-à-dire de ce qui fait de nous les humains que nous sommes ; c’est l’anthropologique en sa double dimension, celle de la collectivité et celle de l’individualité. Je vais quant à moi jusqu’à soutenir que le Capital est d’aussi profonde portée pour penser l’individualité que la collectivité. Qu’il touche au fond de la biographie des personnes autant que de l’économie des sociétés, l’une ne pouvant se comprendre vraiment sans l’autre.

Le plein développement de tous les individus en est un complément décisif 

Il faudrait des pages pour étoffer ce propos. Mais on peut s’en expliquer en quelques lignes. Le développement des forces productives est immédiatement aussi celui des capacités personnelles. Et il en est venu, montre Marx, à exiger « sous peine de mort » des individus intégralement développés (Livre I, chapitre 13). Aller vers cette plus haute civilisation a pour condition obligée la réduction toujours plus ambitieuse du temps de travail nécessaire, l’augmentation du temps libre pour le développement des capacités et des jouissances supérieures (Livre III, chapitre 48). Un des mérites historiques du capitalisme est d’avoir libéré l’individu de dépendances ancestrales, mais en même temps la dictature de l’appropriation privée des richesses sociales engendre à la fois la rapacité sans borne de l’individu concurrentiel et l’aliénation sans rivage de l’individu dépossédé. L’issue, la seule issue, c’est d’en venir à l’appropriation à la fois commune et « individuelle » – je cite Marx – des moyens sociaux de production (Livre I, chapitre 24).

Je souligne : l’appropriation commune doit impérativement être en même temps individuelle, c’est-à-dire que chaque individu doit accéder pour de bon à la maîtrise collective du destin de tous et chacun. C’est là une dimension cruciale de la visée marxienne. Au Livre I, chapitre 22, page 575, figure cette définition du communisme : « une forme de société supérieure dont le principe fondamental est le plein et libre développement de chaque individu ». La foncière incompréhension, le refoulement même de cette vue capitale de Marx, a été une faute dramatique du marxisme doctrinaire, du socialisme stalinisé, du mouvement communiste massifiant.

Le développement universel des forces productives est un présupposé absolu du passage à une société sans classes – thèse marxiste de base, qui fait comprendre bien des choses aux drames du XXe siècle. Le plein développement de tous les individus en est un complément décisif – thèse encore profondément sous-estimée. Il est vital pour la stratégie et la forme d’organisation de nos combats du XXIe siècle de la faire passer au premier plan de nos pratiques. Sortir enfin du capitalisme ne se fera que moyennant une vraie explosion d’initiative appropriative compétente et concertée des individus. Rien n’importe plus que de la favoriser.

mon propre travail sur la question est là : INDIVIDUS, Capital, État = ALIÉNATION => COMMUNAUTÉ HUMAINE !, le sujet le plus théorique étant L'INDIVIDU au-delà de L'INDIVIDUALISME => "Je est des autres" : COMMUNISATION, le plus en relation avec ce texte de Sève "L'INDIVIDU chez MARX" Noun de Los Cobos 1997-98, "MARX philosophe de L'INTERSUBJECTIVITÉ", Jad Hatem 2002 (tous textes en ligne)

qu'on ne voit pas là une contradiction avec mon affirmation le communisme est une affaire de masses. Le problème n'est pas entre individus et masses, mais dans le passage de l'individu à la classe de la révolution par la subjectivation révolutionnaire qui est toujours, in fine, individuelle. Et l'on ne la produit pas par la médiation d'un parti ou d'organisations, ce qui est le thème du chapitre 3. L'AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE de CLASSE...

comment relier tout ça en cohérence ? C'est affaire de dialectique, comme j'ai dit une question problématique dans l'œuvre de Sève. Depuis son ouvrage sur la personnalité, il a privilégié avec bonheur le concept d'individualité, comme en témoigne son dernier ouvrage


septembre 2015

Citation :
La psychologie est-elle cette présentation raisonnée des mouvements des souris dans des labyrinthes ou des liens entre les fonctions mémorielles et les zones du cerveau, ou bien peut-elle nous permettre de comprendre le mouvement et la logique des biographies individuelles, de la formation d’un individu humain tout au cours de son existence ?

Le livre de Lucien Sève rassemble la préface à la 4e édition allemande de Marxisme et Théorie de la personnalité à paraître en 2015 et un texte très court sur les formes d’individualité, concept clé de sa « psychologie », paru dans l’encyclopédie marxiste allemande de 2002. A eux deux ils forment une présentation simple de cette science de la biographie à travers 60 ans de travaux, articles et livres.

Le premier, version française de la préface à la 4e édition allemande de Marxisme et théorie de la personnalité, suit la chronologie des idées qui, en construisant cette théorie de la personnalité, ont construit la personnalité de son auteur.
Il y détaille les débats qui l’ont opposé aux pavloviens, aux psychologues expérimentalistes, aux partisans des « dons », à son ami Louis Althusser, en lui permettant d’affiner sa conception. On y croise Marx bien sûr, et aussi Stendhal, Politzer, Vygotski, Freud, Oddone, Clot, S. Jay Gould… pour chaque fois, expliquer une notion, faire naitre un concept, éclaircir une question fondamentale.

Le second présente l’apport spécifique de Marx à cette réflexion. Toujours considéré comme penseur des formations sociales et de l'histoire, ce qu'il est bien sûr, Marx est aussi du même mouvement penseur des formations individuelles correspondantes, des formes historiques d'individualité, base de cette science psychologique effective.

Arrow

4.2. de l'individu à la classe aller-retour : subjectivation communiste

j'ai engagé une réflexion sur la subjectivation révolutionnaire avec Ana Cecilia Dinerstein : 'utopies concrètes', 'organiser l'espoir', auto-subjectivation révolutionnaire... et plus récemment l'étude COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION : la 'foi communiste', c'est la subjectivité révolutionnaire de classe

auto-subjectivation est un pléonasme si elle concerne l'individu, puisque par définition de la subjectivité, l'individu se subjective lui-même. S'il est subjectivisé par d'autres, il y a du souci à se faire pour son émancipation, son « libre développement ». Mais concernant la classe, la subjectivation (révolutionnaire) est produite par et dans l'auto-organisation (révolutionnaire) : font la révolution des individus non séparés, en tant que classe

Marx&Engels L'idéologie allemande, cité par Théorie communiste n°21, p. 74-75 dans Karl Marx et la fin de la philosophie allemande : « Les individus isolés ne forment une classe que pour autant qu'ils doivent mener une lutte commune contre  une autre classe; pour le reste, ils se retrouvent ennemis dans  la concurrence. Par ailleurs, la classe devient à son tour indépendante à l'égard des individus, de sorte que ces derniers trouvent leurs conditions de vie établies d'avance, reçoivent de leur classe, toute tracée, leur position dans la vie et du même coup leur développement personnel; ils sont subordonnés à leur classe. C'est le même phénomène que la subordination des individus isolés à la division du travail et ce phénomène ne peut être  supprimé que si l'on supprime la  propriété privée et le travail lui-même. [...] Mais il apparaît au cours du développement historique, et précisément par l'indépendance qu'acquièrent les rapports sociaux, fruit inévitable de la division du travail, qu'il y a une différence entre la vie de chaque individu, dans la mesure où elle est personnelle, et sa vie dans la mesure où elle est subordonnée à une branche quelconque du travail et aux conditions inhérentes à cette branche. »

dès lors se pose la question du passage de l'individu à la classe, mais aussi de la classe aux individus, si, comme nous l'avons vu plus haut avec Lucien Sève, l'individu est au centre du communisme et celui-ci « une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous » (Le Manifeste), pour « une forme de société supérieure dont le principe fondamental est le plein et libre développement de chaque individu » (Le Capital, Livre I, chapitre 22). De l'un à l'autre, Marx réunit moyen et but

où l'on voit que se dire communiste tout seul, ou isolé, n'a pas de sens, puisque cette subjectivité ne construit pas des relations de classe, objectives (lutter) et subjectives (penser), avec d'autres individus : cette solitude n'auto-organise rien. Alors on est seulement communiste en pensées. Ça la fout mal, si le communisme n'est pas une idée...

4.3. La tension individu-communauté chez Temps Critiques : parente thèse ?

ma conception peut évoquer la "tension individu-communauté humaine" de Temps Critiques, mais si celle-ci peine à produire théoriquement le passage à la "révolution à titre humain", c'est à mon avis par défaut de penser le sujet révolutionnaire en terme de classe, et la dialectique individus-classe comme dépassement de l'individualisme par la subjectivation révolutionnaire de classe


1998

Temps Critiques a écrit:
DEUXIÈME PARTIE
La tension individu-communauté

Chapitre I  : Situation actuelle de l'individu
I.1. L'individu démocratique ou le miroir tragique du salariat
I.2. De l'individu à la singularité du tout autre
I.3. Cette liberté qui nous subjugue
I.4. Servitude volontaire et mystification démocratique

Chapitre II : Sur la subjectivité
II.1. L'individu, le sujet, la subjectivité
II.2. La fabrication de la subjectivité féminine
II.3. De la construction à la destruction de la subjectivité féminine
II.4. Le plaisir capitalisé

Chapitre III : Les rapports individu-communauté
III.1. Communauté humaine et communautés de référence
III.2. Le temps des confusions
III.3. Cité grecque et communisme
III.4. " Communauté " : poème graphique

4.4. Je est des autres : se décentrer par la relation

« Je est un autre » de Rimbaud demeure centré sur l'individu : « Pour qu’autrui soit vraiment autrui, il faut et il suffit qu’il ait le pouvoir de me décentrer, d’opposer sa centration à la mienne » Maurice Merleau-Ponty, Le visible et l’invisible.

Je est un autrui qui se construit des autres à condition de se décentrer par la relation, au sens de la Poétique de la relation d'Édouard Glissant : « Naître au monde, c’est concevoir (vivre) enfin le monde comme relation : comme nécessité composée, réaction consentie / plus l’autre résiste dans son épaisseur ou sa fluidité (sans s’y limiter), plus sa réalité devient expressive, et plus la relation féconde » (L’Intention poétique, 1969) « La réclame d’identité n’est que profération quand elle n’est pas aussi mesure d’un dire. Quand au contraire nous désignons les formes de notre dire et les informations, notre identité ne fonde plus sur une essence, elle conduit à la relation.» (Traité du tout-monde, 1997)


1990

ici, j'anticipe sur le chapitre 5. LE DÉPASSEMENT POÉTIQUE DE L'ART(ISTE) DANS LA COMMUNAUTÉ HUMAINE

la révolution communiste défait l'individu du capital sur la base de son existence dans, pour et contre le capital

l'individu individualiste, égo-centré (égo-géré pour Jacques Guigou de Temps Critiques) est appelé à se dépasser pour produire son individualité libérée dans la communauté post-capitaliste, ce que l'on met sous l'expression "relations immédiates entre individus"

cela relève du même processus d'ensemble de subjectivation révolutionnaire, dés-objectivation et dé-subjectivation, de son être dans le capital, en relation avec la défaisance des identités dans une conjoncture * de dépassement



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MessageSujet: Re: 7. le livre : du capitalisme à la communauté humaine, UNE CLASSE pour LA RÉVOLUTION (sommaire, texte complet et renvoi aux compléments)   Jeu 7 Sep - 13:21


en rédaction...


5. LE DÉPASSEMENT POÉTIQUE DE L'ART(ISTE) DANS LA COMMUNAUTÉ HUMAINE

Citation :
5.1. poétique de la relation avec Edouard Glissant, œuvre-sujet avec Henti Meschonnic
5.2. Marx et le dépassement de l'art(iste)
5.3. la métaphore du dépassement de l'art(iste) pour penser celui des individus vers la communauté humaine


la mise à mort de l'artiste par lui même, Patlotch : un cadavre !
mais qui ramène sa fraise

5.1. poétique de la relation avec Edouard Glissant, œuvre-sujet avec Henti Meschonnic

je dis souvent que cette partie est la plus difficile à saisir, mais quand elle l'est que tout le reste suit. Surprenante prétention que mettre la poétique au cœur de la problématique révolutionnaire. Cela ne signifie pas, comme l'avait compris Jacques Guigou, que j'en ferais une « poétique révolutionnaire » et de ma Guigou avait envisagé une « critique de Patlotch », et de « sa prétention à vouloir poétiser la révolution ». Il y a renoncé...

Guigou n'a pas compris le concept de poétique de la relation de Glissant dans Des poétiques révolutionnaires tiers mondistes puis combinatoires sur blog, il écrit :
-« Sur Édouard Glissant : abondance, fulgurance et rayonnance de ses poèmes du début des années 60 (Le sel noir, La terre inquiète) mais faiblesse et impasse de sa « poétique de la Relation » qui finalement aboutit à une apologie des flux, des connexions, des réseaux et des rhizomes chers aux idéologues de la dynamique du capital que furent Deleuze et Guattari. E. Glissant exalte la combinatoire des particularismes sans percevoir qu'elle constitue un opérateur majeur de la globalisation, une forme-monde de la capitalisation des individus et de l'espèce humaine. »

il n'a pas mieux compris le concept d'œuvre-sujet d'Henri Meschonnic, que j'ai évoqué en ... pour dire que le sujet révolutionnaire est fait d'activités plus que d'individus
« Henri Meschonnic, une poétique néoprogressiste d’un sujet qui s’auto-affirme sujet...  
Sur H.Meschonnic dire mon accord avec sa remarquable théorie du rythme mais critiquer sa notion « d'œuvre-sujet » appliquée au poème. Il est prisonnier de la vieille philosophie du sujet cartésiano-kanto-hégeliano-marxiste mais aussi de la phénoménologie. La poésie n'a pas de sujet ni d'objet ; pas davantage, un poème est sujet ou objet. Le linguiste et poéticien Meschonnic semble piégé par son idéalisation du langage. Or, la poésie n’est pas un langage c’est une parole au présent dite aux autres dans une langue parlée par l’espèce humaine sur la planète terre. De plus la notion d'œuvre est inappropriée pour définir le poème car elle relève de l'idéologie de l'art, de l'artiste, de l'industrie culturelle, etc. : un monde auquel la poésie est étrangère. L'œuvre est une autonomisation de la vie, son abstraïsation, sa séparation, sa sinistre caricature... »


il est pourtant très simple de comprendre que ce qui fait quelque chose à qui la lit, la regarde ou l'écoute, c'est l'œuvre d'art et pas son auteur comme sujet. C'est elle qui est performatrice, et en ceci œuvre-sujet. Meschonnic : « contre toutes les poétisations je dis qu'il y a un poème seulement si une forme de vie transforme une forme de langage et si réciproquement une forme de langage transforme une forme de vie. »

car il ne s'agit pas davantage de « poétiser la révolution », que de mettre, comme Debord, « la révolution au service de la poésie »


2001

mais pour commencer, nous allons revenir à Marx

Arrow

5.2. Marx et le dépassement de l'art(iste)

« Dans une société communiste, il n’y aura plus de peintres, mais tout au plus des gens qui, entre autres choses, feront de la peinture » L'idéologie allemande, 1845

si j'écris dépassement de l'art(iste), c'est qu'il s'agit de sa posture individualiste séparée de spécialiste, et non de l'art lui-même en ses œuvres. Dans l'Introduction à la critique de l’économie politique, en 1857, Marx se demande pourquoi « l’art grec et l’épopée / nous procurent encore une jouissance esthétique » ? Il y a toujours, il y aura toujours des œuvres d'art produites par l'activité d'individus ou de collectifs d'individus. Là n'est pas la question. Marx avec cette phrase nous invite à penser le dépassement de l'individu particulier qu'est l'artiste, mais au fond, cela concerne toute spécialisation, même si, bien entendu, dans la communauté humaine, tout le monde ne saura pas tout faire, mais à chacun.e rien ne sera inaccessible

dans Communisation (2011) de Dauvé et Nesic (site troploin), on peut lire
Citation :
Dès lors que s’effacera la coupure aujourd’hui systématique entre apprendreet faire, l’acquisition de pratiques et d’activités s’ouvrira et se simplifiera, dans beaucoup plus de domaines que nous ne saurions l’imaginer. Pour autant, tout le monde ne sera pas chirurgien, traducteur d’arabe ou astrophysicien, et la meilleure éducation ou auto-éducation musicale ne fera jamais de chacun un virtuose. Pour que ce problème ne devienne pas un obstacle, la communisation tiendra compte de l’inégalité des goûts et des compétences. Là comme ailleurs, nous nous délivrerons d’habitudes et de servitudes millénaires… sans  faire preuve de naïveté excessive.

5.3. la métaphore du dépassement de l'art(iste) pour penser celui des individus vers la communauté humaine

c'est un peu plus qu'une métaphore, un aspect particulier d'un dépassement plus général, celui de l'individu 'du capital', mais je ne veux pas prêter à dérives...

dépasser l'art ne signifie pas que les œuvres disparaîtraient ni qu'elles seraient meilleures que celle de toutes époques, y compris le capitalisme (encore faut-il trier entre tout ce qui, dans cette société, est nommé œuvre d'art, ou artiste), mais « La pensée est plus importante que l'art. Pour vénérer l'art ils n'ont aucune compréhension du processus qui l'oblige à l'existence, et finalement pas même de comprendre ce qu'est l'art. »


l'articulation entre poétique et révolution, au niveau "théorique" comme "pratique", en terme d'œuvre-sujet imprévisée (imprévisible et improvisée) collectivement en temps réel dans une conjoncture révolutionnaire, est le plus haut niveau d'assimilation de la question du comment ?, du problème de la subjectivation révolutionnaire comme produite ensemble par les luttes qui dépasseront les appartenances de classe, de race, de genre, de nationalités et les identités particulières

Alain Jouffroy, poète surréaliste mort en 2015, parlait de la « poésie vécue comme être-au-monde », ce qui se comprend par sa théorisation de l'individualisme révolutionnaire, « pour combattre les différentes théories qui ont censuré l'existence et le rôle des individus dans l'histoire des idées et des œuvres révolutionnaires [elles révolutionnent l'art, mais plus difficilement la vie nda]. Il donne ici de nombreux exemples de poètes, d'écrivains et d'artistes qui ont changé non seulement la conception traditionnelle de l'individu (égoïste, narcissique, etc.) et de la collectivité, mais le langage même de l'écoute et de l'entente des individus libres. Pour lui, l'individu est la chance de la collectivité, comme la collectivité est la chance de l'individu. En pratiquant des brèches dans les doctrines systématiques : «psychanalytique», «marxiste», «économique», Alain Jouffroy n'a cessé d'ouvrir un gué entre l'individualisme révolutionnaire et tous les autres. Le gué n'est pas une fin, mais ouverture, commencement perpétuel. »

dans le moment où nous sommes, il est normal que de telles affirmations puissent apparaître comme fumisteries de poètes (sans rapport avec les poètes dits Fumistes, qui avec les Hydropathes se réunissaient au Chat Noir entre 1881 et 1897), intello-artistes un rien fleur bleue (Vaneigem...), et qu'elles ne soient comprises que par une ultra-minorité, soit sur le versant poétique, soit sur le versant communiste, et moins encore des deux côtés, mais tout se rejoindra, s'éclaircira, dans telle situation de lutte, dans telle conjoncture rendant possible le dépassement produit des limites auxquelles se cognent toutes ces appartenances comme contraintes identitaires de luttes dans et contre le capitalisme

alors on saisira dans son corps-esprit ce que signifie la révolution sera poétique ou ne sera pas sans rêver un transhumanisme qui abolirait la mort :

Michel Leiris dans Frêle bruit, en 1996 : « Changer la vie. Transformer le monde.
Trop volontiers nous avons cru, quelques-uns dont j'étais, à la convergence de ces deux formules, l'une de Rimbaud, l'autre de Marx. Certes, la formule du poète et celle de l'économiste ne se contrarient pas, mais il serait absurde de les penser équivalentes. Si la religion a quelque droit, elle n'a pas ce droit où la science se tait, et il en est ainsi de la poésie qui - drogue, et palliatif de la mort comme de tout ce à quoi la révolution ne saurait porter remède - trouve son domaine par excellence au-delà de ce qu'un bouleversement social peut prendre en charge. »


COMMUNISME À COQUILLE

Drame surréaliste en un acte


« Pour le quotidien ommuniste, l'importance des surréalistes dans la deuxième moitié de 1925 est, dans un certain sens, considérable.»
Le Surréalisme dans la presse de gauche (1924-1939), Au Palais des miroirs
Le quotidien est L'Humanité. La coquille est réelle

C'est de coquille qu'ommuniste
jette un dé fille agenriste
à la farce de la raison
pure en perte de l'oraison

Mon Q peut arranger ce mythe
au début C rongé des mites
Attendant la fin des visions
commençons par une évasion

Cet Homme à l'H muet m'a tout l'hair inspiré
d'une Samson douce par les cheveux tiré

coupés en quatrains par cette hache de guerre
des nerfs entre doctrines dont reste Que faire ?

Ciel donne-moi la cleFemme d'omme nouveau
sans âge et sans limite à l'horizon où veau

d'or s'abolira en poussière
surpoétique et nourricière
d'ironiriques di-amants
rêve haut lu sillon des amants

Poètes du réel en grève
des lits débordant leurs dénis
seront mis au piquet de rêve
ci-giront à jamais punis

Patlotch 1er décembre 2011


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MessageSujet: Re: 7. le livre : du capitalisme à la communauté humaine, UNE CLASSE pour LA RÉVOLUTION (sommaire, texte complet et renvoi aux compléments)   Jeu 7 Sep - 14:37

6. NON-CONCLUSION

au terme de ce voyage en première classe de la révolution qui viendrait, comment conclure alors qu'on attend plutôt un début ? Plutôt que me risquer à fermer les possibles, et ceux des lectures, car ce livre n'est pas un manifeste, je ferai une petite suggestion :

posez-vous la question, ou posez-la autour de vous : qu'avez-vous, prolétaire ou non, à perdre ou à gagner d'une révolution communiste telle que j'ai tenté de la décrire ?

« Les prolétaires n'ont rien à perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à gagner.
Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »

Marx et Engels, Manifeste du parti Communiste

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MessageSujet: Re: 7. le livre : du capitalisme à la communauté humaine, UNE CLASSE pour LA RÉVOLUTION (sommaire, texte complet et renvoi aux compléments)   Jeu 7 Sep - 17:28


7. APPENDICE

Citation :
7.1. critique marxiste décoloniale de l'eurocentrisme et de l'universalisme prolétarien ou humaniste
7.2. la double crise de la suprématie occidentale et du capitalisme
7.2.1. une civilisation devenue mondiale en crise, doublement, en tant qu'occidentale et capitaliste
7.2.2. restructuration du capital => restructuration des classes

7.3. l'idéologie française, une passion capitaliste occidentale
7.4. macronisme, État (français) et restructuration (mondiale) du capitalisme

7.1. critique marxiste décoloniale de l'eurocentrisme et de l'universalisme prolétarien ou humaniste

j'ai sur mon forum alimenté un long sujet : vers un MARXISME DÉCOLONIAL / des marxistes s'inspirent de la pensée décoloniale

si l'on en croit la recherche sur Internet, cette notion n'existe en français que chez moi. En anglais on trouve "Conceptualizing a Decolonial Marxism" comme paragraphe d'un texte de Lilia D.Monzo et Peter McLaren publié en 2014, Critical Pedagogy and the Decolonial Option : challenges to the inevitability of capitalism à partir de la critique des décolonialités chez Walter Mignolo et Ramón Grosfoguel. Celui-ci reproche au premier son essentialisme, il explique leurs accords et désaccords dans un entretien avec Claude Bourguignon Rougier en août  2015. On y lit : « On peut certes élaborer un marxisme décolonial, des féminismes noirs/indigènes/islamiques, ou de la Queer Theory décoloniale. Mais, pour cela, il faut amorcer un tournant décolonial, en situant sa pensée dans une autre géopolitique et dans une autre corpo-politique de la connaissance. »

on trouve également le marxisme décolonial chez Ana Cecilia Dinerstein, qui m'a dit préparé un livre sur ce thème. Ce qu'elle nomme "marxisme décolonial" semble proche, « conversation, dialogue imaginaire », de ce que j'ai fait dans mon forum, les références de textes la situant dans le marxisme radical de gauche, avec les références aux zapatistes que l'on trouve dans ce courant. Voir en ligne Dinerstein July 15, 2014  'Decolonial Marxism' and Neozapatismo : Bridging Counterhegemonic Struggles in the Global North and South

précision importante, la pensée décoloniale n'est pas une simple critique de l'Occident, et davantage celle de l'eurocentrisme*, comme au demeurant de tout ethnocentrisme passé, présent, ou à venir

Grosfoguel a écrit:
L’anti-occidentalisme, à proprement parler, constitue une simple inversion des constructions binaires de la civilisation occidentale. Les « anti », comme je les nomme, ne font qu’inverser les constructions binaires de la civilisation occidentale, selon lesquelles l’Occident serait naturellement et intrinsèquement scientifique alors que le reste du monde serait superstitieux ; l’Occident serait naturellement et intrinsèquement démocratique et le reste du monde autoritaire ; l’Occident serait naturellement et intrinsèquement libéral et le reste du monde autoritaire ; l’Occident serait naturellement et intrinsèquement féministe et le reste du monde patriarcal, etc. Les tiers-mondistes fondamentalistes qu’ils soient islamistes, indigénistes ou afro-centristes acceptent les dualismes occidentaux : ils ne font que les inverser. Ils adoptent les constructions binaires imposées par l’Occident avec la colonisation, des constructions binaires qui légitiment la domination raciale ; ils les acceptent et les inversent pour dire : « oui, nous sommes patriarcaux, oui, nous sommes despotiques et nos formes culturelles sont supérieures aux vôtres ». C’est pour cela que je considère que les fondamentalismes tiers-mondistes ne sont jamais que des « variations de l’eurocentrisme. [...]

Les fondamentalismes afro-centrés, islamistes, ou indigénistes sont des variations de l’eurocentrisme : pas seulement parce qu’ils sont le produit de stratégies militaires et financières qui correspondent au projet impérial de l’Occident mais parce que, d’un point de vue épistémologique, ils s’enracinent dans un autre fondamentalisme qui, lui, est eurocentré. Ce fondamentalisme eurocentré est de loin le plus dangereux : il dispose en effet des ressources militaires, financières et institutionnelles qui lui permettent d’imposer au reste du monde le dualisme raciste de son épistémologie coloniale. C’est lui qui crée dans le Tiers Monde ces miroirs inversés, en réalité tout aussi eurocentrés que leur modèle occidental.

pour Michael Löwy : « Le courant décolonial est large et hétérogène - comme tu l'as indiqué - il y a ce que je nommerai une « gauche décoloniale » composée précisément de ceux qui cherchent une synthèse entre marxisme et pensée décoloniale, qui utilisent certaines idées centrales du marxisme qui sont universelles - qui ne sont pas nécessairement européennes -, le capitalisme est universel, la lutte de classe est universelle, avec bien sûr des caractères différents, et ils utilisent ces concepts universels du marxisme mais depuis un point de vue de la périphérie, et ce faisant questionnent l'occidentalo-centrisme.»

pour ma part, j'ai voulu faire un recensement des théoricien.ne.s marxistes qui sont aux sources ou qui poursuivent ce croisement entre critique du capitalisme et critique de la domination occidentale. On y trouve, sur une histoire de plus d'un siècle : WEB Dubois, Jacques Roumain, José Carlos Mariátegui, CLR James, Aimé Césaire, Audre Lorde et le "Black Feminism" marxiste qui se poursuivra avec Angela Davis, Frantz Fanon, Stuart Hall, Gayatri Spivak et les études subalternes, Enrique Dussel, Anibal Quijano, Ramón Grosfoguel, Cedric Robinson (Black Marxism), Ana Cecilia Dinerstein, Beatriz Preciado (qui parle d'un "Marx décolonial" !), le canadien d'origine indienne Glen Coulthard (Red Skins, White Masks, 2014), Amanda Dunbar-Ortiz (textes dans Historical Materialism)...

Gayatri Spivak, entre marxismes et Études subalternes, d'origine indienne, est comme un pendant de Stuart Hall héritant de Marx dans les Cultural Studies. Son essai de 1988 Les Subalternes peuvent-elles parler ? « Je pars d’une critique des efforts déployés actuellement en Occident [notamment par Gilles Deleuze et Michel Foucault] visant à problématiser le sujet, pour aboutir à la question de la représentation du sujet du Tiers-Monde dans le discours occidental. Chemin faisant, l’occasion me sera donnée de suggérer qu’il y a en fait implicitement chez Marx et Derrida un décentrement du sujet plus radical encore.»

Achille Mbembe a des positions politiques non révolutionnaires, mais quelle révolution se présente-t-elle au monde aujourd'hui ? Quand il parle de « capitalisme animiste » ou, dans Critique de la raison nègre en 2013, des « Nègres du monde », il rejoint Spivak : « Est nègre une large catégorie de l’humanité qu’on pourrait qualifier de subalterne », et il ne méconnaît pas Marx dans sa critique du capitalisme :

Mbembe a écrit:
La pensée contemporaine a oublié que pour son fonctionnement, le capitalisme, dès ses origines, a toujours eu besoin de subsides raciaux.

[les migrants d'origines diverses, Syrie, Somalie, qui affluent sur les rivages de l'Europe] font l'expérience d'un arrachement à leur lieu natal et d'une plongée dans l'inconnu, hier l'Atlantique, aujourd'hui la Méditerranée, en prenant un risque mortel. Le voyage est aléatoire, la destination pas du tout garantie. Mais la différence avec le nègre du premier capitalisme (du XVe au XIXe siècle), c'est qu'hier les nègres, objets de vente, étaient achetés pour une aventure qui se soldait souvent par le désastre, l'Atlantique devenant un énorme cimetière au temps de la traite de l'esclavage. Alors qu'aujourd'hui ces migrants payent des passeurs. S'agissant de ceux qui fuient la misère, ce déplacement nous dit quelque chose de fondamental de la structure actuelle du capitalisme : il y a toute une humanité subalterne dont le capitalisme n'a pas besoin. Le drame d'aujourd'hui, c'est de ne même plus pouvoir être exploité, alors qu'hier le drame était d'être exploité. Là réside le basculement que mon livre s'efforce de pointer.

L’esclavage atlantique est le seul complexe servile multi-hémisphérique qui fasse des gens d’origine africaine des marchandises. C’est en cela qu’il est le seul à avoir inventé le Nègre, c’est-à-dire une sorte d’homme-chose, d’homme-métal, d’homme-monnaie, d’homme plastique. C’est dans les Amériques et les Caraïbes que les êtres humains sont transformés, pour la première fois dans l’histoire universelle, en cryptes vivantes du capital. Le Nègre est le prototype de ce processus.

exemple de travaux récents, en espagnol :
- en 2013 : « Pauvre avant la fête : vers un Marx décolonial » Comentarios sobre "El Manifiesto Comunista"
Repensar Marx: Una Introducción, Mauricio Sandoval Cordero
- en 2016 : Marx et la transmodernité décoloniale : Vers un Marx du XXI siècle par une relecture des Grundrisse

en France, il y a une résistance en raison des difficultés à questionner passé colonial et ses conséquences au-delà de ce que j'ai appelé l'idéologie française, qui traverse tous les courants politiques, y compris les anarchistes et la post-ultragauche, résistance redoublée du peu de traductions en anglais, et à ma connaissance d'aucun livre en espagnol. Les débats entre genre et race ont un peu plus de chance, mais tout est relatif dès qu'il s'agit d'introduire la lutte de classe, autrement dit le rapport entre marxisme et féminisme et critique du racisme : on annonce pour février 2018 la traduction de The Wage of Whiteness Race and the Making of the American Working Class - le salaire du blanc, race et classe ouvrière aux États-Unis, de David R. Roediger, dont la première édition est de 1991, un décalage plus grand encore que pour Caliban and the witch de Silvia Federici en 1998, qui ne fut traduit qu'en 2014 (Caliban et la sorcière) et grâce à l'initiative d'une maison d'édition autour de la théorie de la communisation

comment cette pensée peut-elle être connue, alors que les médias nous a bassiné des mois avec « Le camp décolonial interdit aux Blancs » sans qu'on sache ce qu'est vraiment la pensée décoloniale ? et là hélas, il faut dire que les militants décoloniaux n'ont pas toujours aidé, tout simplement parce qu'ils n'en connaissent pas plus la théorie que la plupart des militants marxistes les œuvres de Marx. Disons que la plupart en sont restés au stade de l'affirmation identitaire, celui de Césaire avec la Négritude, en-deçà de Fanon il y a plus de 60 ans

Grosfoguel lui-même, qui est un des théoriciens les plus influents sur le PIR, Parti des Indigènes de la République, a joué de la flûte dans ce concert anti-marxien :
Citation :
À l’instar des penseurs occidentaux qui l’avaient précédé, Marx participait du racisme épistémique selon lequel n’existe qu’une seule épistémologie ayant accès à l’universalité, et qui ne saurait être autre que la tradition occidentale. Chez Marx, dans l’universalisme épistémique du second type, le sujet d’énonciation reste dissimulé, camouflé, occulté par un nouvel universel abstrait qui n’est plus « l’homme », « le sujet transcendantal », « le moi », mais « le prolétariat » et son projet politique universel : « le communisme ». Le projet communiste au 20ème siècle constitua donc, bien que depuis une perspective « de gauche », un autre dessein impérial/colonial occidental global à travers lequel l’empire soviétique tenta d’exporter au reste du monde son universel abstrait de « communisme » comme « la solution » aux problèmes globaux.

on est loin de la lecture qu'en fait Kevin B. Anderson en 2010, traduit en 2015 :


« le prolétariat de Marx n’est pas seulement blanc et européen mais comprend également les travailleurs noirs aux États-Unis de même que les Irlandais qui ne sont pas considérés comme “blancs” à l’époque par les cultures dominantes britannique et nord-américaine [...] Marx est un théoricien dont la conception du capitalisme en tant que système social n’en fait pas un universel abstrait mais qu’elle est parcourue par une vision sociale riche et concrète dans laquelle universalité et particularité interagissent dans le cadre d’une totalité dialectique »

quand on sort de l'appellation stricte de marxisme décolonial, on voit qu'il y a de quoi se nourrir au-delà des "classiques du marxisme" principalement connus en France, par des marxistes français qui feraient mieux de s'instruire que de persister dans leur marxisme plus eurocentré même que celui de Marx !

7.2. la double crise de la suprématie occidentale et du capitalisme : restructuration du capital => restructuration des classes

7.2.1. une civilisation devenue mondiale en crise, doublement, en tant qu'occidentale et capitaliste

le capitalisme est né en Europe, en Occident, parce qu'il est un enfant de la civilisation occidentale

Grosfoguel (entretien 2015 cité plus haut), plutôt que de « la civilisation occidentale, préfère parler de « système-monde capitaliste/patriarcal/occidentalo-centré/christiano-centré/moderne-colonial »

Citation :
les intellectuels critiques du Sud global – que ce soient les intellectuels indigènes ou les penseurs et penseuses africaines, asiatiques et latino-américains ou encore les intellectuels critiques islamiques et bouddhistes – s’accordent tous sur un point: ils nomment ce système global une civilisation, et certains l’appellent « civilisation occidentale ». Cela met en  évidence que le système global n’est pas seulement un système économique mais quelque chose de plus grand, de plus complexe. Il s’agit d’une civilisation ayant produit un système économique et non pas d’un système économique ayant produit une civilisation. Il s’agit d’une civilisation qui a détruit toutes les autres civilisations et qui est devenue, à partir du début du XXe siècle, après de la chute du califat ottoman, une civilisation planétaire. Cette civilisation produit de la richesse, de la vie et des privilèges pour une très faible partie de la population tout en produisant de la pauvreté, de la  violence et la mort pour le reste de l’humanité.

cette civilisation devenue mondiale est en crise, et elle l'est doublement, en tant qu'occidentale et capitaliste

cette crise n'est pas un « déclin de l'Occident » mais une tendance à la perte de sa suprématie sur le capitalisme global. Elle n'est pas linéaire mais contradiction, double faisceau de contradictions, celles du capitalisme comme mode de production et celles de l'Occident comme dominations. L'esclavage et la traite dans le capitalisme marchand, le colonialisme dans le capitalisme du 19e siècle, l'impérialisme et la lutte contre les mouvements de libérations nationales dans la première moitié du 20e, le néo-colonialisme ensuite, les colonialités aujourd'hui, tout cela croise les deux faces d'un même monde et rentre aujourd'hui dans la crise la plus violente de l'histoire moderne

cela suppose de comprendre que l'Occident n'est pas d'abord une géographie, un ensemble de pays, mais une structure de domination économique, de modes de vie et de pensées qui ont accompagné la mondialisation capitaliste depuis des siècles. Un des meilleurs contre-exemple de cette impossibilité de réduire l'Occident à l'Ouest est le Japon depuis son ouverture contrainte par les États-Unis* en accord avec le processus interne conduisant de la fin du féodalisme au capitalisme industriel et commercial

de la même manière le concept d'Occident ne s'oppose pas à Orient, ou à Chine...

comprendre cela en étudiant le racisme est la meilleure manière de s'y perdre, y compris en marxiste. Il faut passer au niveau supérieur de la critique de cette civilisation

Gilles Dauvé ne s'y est pas trompé, qui, dans la présentation de son livre de 2015 From Crisis to Communisation, traduit en 2017 (De la crise à la communisation), écrivait : « La notion [de communisation] se développe actuellement dans la tourmente d’une nouvelle crise... qui a la portée et l’ampleur d’une crise de civilisation. ». Voir le chapitre publié sur le site troploin, Crisis of Civilization

ma traduction, avant parution de la version française :
Citation :
Le capitalisme est poussé par un dynamisme social et productif et par une capacité de régénération sans précédent, mais il a cette faiblesse : par sa force, par l'énergie humaine et sa puissance technique, il met en mouvement, il use ce qu'il exploite, et son intensité de productive est uniquement liée (parallèle) à son potentiel de destruction, comme le prouve la première crise de civilisation qu'il a connu au XXe siècle.

Aucun jugement de valeur ici. Nous n'opposons pas civilisés à sauvages ou barbares. Nous ne célébrons pas les « grandes civilisations », qui auraient témoigné de l'état d'avancement de l'humanité. En revanche, nous n'utilisons pas le mot dans le sens péjoratif qu'il a avec des écrivains comme Charles Fourier, la « civilisation » comme société moderne en proie à la pauvreté, au commerce, à la concurrence et au système d'usine. Nous ne nous référons pas à ces énormes constructions socioculturelles géo-historiques connues comme les civilisations occidentales, judéo-chrétiennes, chinoises ou islamiques.

La civilisation capitaliste diffère de l'empire, qui a un cœur, un noyau, et lorsque le cœur se dessèche et meurt, tout le système autour de lui "va trop" (goes too). Au contraire, le capitalisme est un système mondial polycentrique avec plusieurs hégémons rivaux, qui se poursuit comme un réseau mondial quand un des hégémons expire. Il n'est plus un intérieur et un extérieur comme avec les empires mésopotamiens, romain, perse, habsbourgeois ou chinois.
[...]
Une crise de civilisation se produit lorsque les tensions qui aidaient autrefois la société à se développer menacent maintenant ses fondations : elles tiennent encore, mais sont secoués et leur légitimité est affaiblie.

va savoir pourquoi il refoule tant le fait que cette "civilisation capitaliste" soit sortie du ventre historique de LA civilisation occidentale, et non DES « civilisations occidentales » dont il parle, mais passons...

dans cette histoire, les communistes n'ont pas à attaquer l'Occident plus que l'Islam, mais ce que fait réellement le capitalisme, à commencer chez eux, et non par solidarité avec les autres qu'il détruit ailleurs

je ne développerai pas davantage dans le cadre de ce livre. On peut consulter les rubriques correspondantes dans le forum PATLOTCH / COMMUNISME et POÉTIQUE / THÉORIE de la RÉVOLUTION

7.2.2. restructuration du capital => restructuration des classes


on peut considérer que depuis sa formation en mode de production, économie politique, en subsomption formelle *, toute l'histoire du capitalisme est celle de ses restructurations, et qu'à chaque fois, cela se produit dans une reconfiguration des classes, rapports et contradictions entre elles

dans le passage du capitalisme marchand au capitalisme industriel, se constituent comme classes la bourgeoisie puis le prolétariat ouvrier (voir 1. LES CLASSES SOCIALES, COMPOSITION et CONSTITUTION d'HIER à AUJOURD'HUI). Ainsi, Marx, dans Les Luttes de classes en France en 1850, définit sept classes sociales : l'aristocratie financière, la bourgeoisie industrielle, la bourgeoisie commerçante, la petite bourgeoisie, la paysannerie, le prolétariat, le sous-prolétariat, tout en considérant que  le prolétariat et la bourgeoisie capitaliste (propriétaire des moyens de production), sont les deux pôles antagonistes dans la lutte des classes

dans le passage, au début du 20e siècle, à la première phase de la subsomption réelle, la constitution du prolétariat se parachève avec la révolution d'Octobre et ses conséquences internationales dans le programmatisme prolétarien, parallèlement au fordisme et au keynésiannisme où l'on peut dire que les classes moyennes succèdent à la petite bourgeoisie, et croissent en importance après la première guerre mondiale

après 1968, la classe ouvrière, perdant son identité dans l'effondrement du programmatisme prolétarien, se déconstitue comme classe pour soi en même temps que se restructure le capitalisme dans la globalisation/mondialisation. Le rapports de classes se déstructurent et se restructurent. La (les) classes moyenne(s) envahissent le paysage, particulièrement dans les pays capitalistes avancés et les pays dits émergents, ce qui n'empêche la classe ouvrière de croître en nombre

la perte d'identité de classe ouvrière et la montée des contradictions du capitalisme sur d'autres lignes que l'antagonisme capital-prolétariat conduisent à saisir une nouvelle restructuration des classes en cours, dans laquelle se pose la possibilité d'émergence et de constitution de ce que j'ai appelé une classe de la révolution, un nouveau sujet révolutionnaire pluriversel

quand Théorie Communiste affirme, dans "Qui sommes-nous" : « Il n’existe pas de restructuration du mode de production capitaliste sans défaite ouvrière », cette défaite fut depuis les années 1970 d'une telle ampleur qu'elle a conduit plus qu'à une restructuration des rapports entre classes, à une reconfiguration des classes

Arrow

7.3. l'idéologie française, une passion capitaliste occidentale

depuis les attentats parisiens de janvier 2015, j'ai engagé un travail d'observation de ce qui est spécifique à la France dans les évolutions mondiales, et particulièrement occidentales. J'ai caractérisé cette spécificité par le concept d'idéologie française

ses caractéristiques sont multiples et croisent des dimensions historiques de longue durée, notamment depuis les Lumières et la Révolution française elles-mêmes enracinées dans la domination occidentale des siècles auparavant, d'autres plus récentes tenant à la singularité de la démocratie politique à la française (relativement à l'anglo-saxonne), c'est-à-dire aux formes particulières de son État-nation

entre les deux, depuis la Révolution française et passant par les révolutions ouvrières au 19ème siècle, le proudhonisme français, la Commune... Jaurès... le Front populaire et le croisement de La Marseillaise et de l'Internationale par un PCF annonçant les élans populistes de gauche d'un Mélenchon aujourd'hui

l'État-nation, c'est tout à la fois l'État du capital et le citoyennisme de la société civile en miroir l'un de l'autre; c'est l'essence de l'identité nationale, du "nous et les autres" qui donne, sur le fond aggravé des mouvements migratoires actuels, la "question de l'immigration" et la figure de l'immigré puis du migrant, de l'Arabe au Musulman et plus largement au non "français de souche", dans un racisme où la couleur de la peau devient un élément secondaire tendant à être remplacé par l'ethnie et la religion réelle ou supposée, le tout sous l'idéologie républicaine de la laïcité, avec ses variantes de l'extrême-droite catholique à l'extrême-gauche athée

dans cette longue durée ressort la permanence de l'universalisme chrétien, humaniste, ou prolétarien, ses "valeurs universelles" partagées sous un eurocentrisme toujours porté à éclairer le monde, entre les versions explicitement néo-coloniale et anarcho-marxiste, républicaines transclassistes et aujourd'hui populistes de droite ou de gauche

je me suis depuis attaché à saisir la permanence et la mise à jour incessante de cette idéologie, par exemple tout au long du mouvement Nuit Debout et des luttes contre la loi travail ou actuellement dans la campagne présidentielle comme portant, à froid, tous les ingrédients d'une recomposition politique dans la restructuration sans fin du capitalisme français et mondial

cette rubrique du forum comportait les sujets :
Citation :
- INTRODUCTION : GENÈSE et DÉFINITION d'un CONCEPT incontournable
- la véritable HISTOIRE de France, de la Révolution bourgeoise de 1989 au capitalisme occidental actuel
- de so called "MARXISTES" et "ANARCHISTES" dans l'idéologie française, de Marx à nos jours
- « NOS CHÈRES COLONIES »... la « FRANÇAFRIQUE »... décomposition sans fin du colonialisme français ?
- l'idéologie française depuis les ATTENTATS de janvier 2015 et l'ÉTAT D'URGENCE
- l'idéologie française dans la DOUBLE CRISE de l'OCCIDENT et du CAPITAL
- le DÉPASSEMENT À PRODUIRE de l'idéologie française : DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE

Arrow

7.4. macronisme, État (français) et restructuration (mondiale) du capitalisme

le terme de "macronisme" a un beau succès dans les médias et la critique politicienne, mais je n'y trouve pas ce qu'il représente selon moi, parce qu'il y est réduit à la politique de Macron, même si certains commentateurs ont essayé de l'élargir à une vision plus historique, parfois comme nécessité politique pour le "libéralisme", "macronisme" étant alors utilisé comme on parle de "bonapartisme" ou de "gaullisme", dont au demeurant il reprendrait des aspects

ce n'est pas faux, mais nous devons le comprendre au-delà de la personnalité du nouveau Président et des raisons conjoncturelles et spécifiques de sa fulgurante ascension. Il y a bel et bien des caractères politiques, mais surtout la nécessité d'inscrire celles-ci dans un tournant historique du capitalisme et de l'État français accéléré en 2016 dans la campagne électorale depuis 2016, et de comprendre celle-ci dans la restructuration en cours du capitalisme mondial, d'où le titre condensé de ce 7.4.

sur le plan politique, de la politique institutionnelle, c'est-à-dire de l'État, de sa 'gouvernance' et de la démocratie politique électorale, donc de la représentation par des partis politiques et leur leaders ou candidats à la présidentielle ou aux législatives, l'événement est majeur en ce qu'il entérine l'effondrement de l'opposition droite-gauche qui structurait la vie politique française depuis l'avènement de la République bourgeoise au 19è siècle

il l'entérine car sans besoin d'un dessin, tout le monde sait que les politiques des gouvernements successifs de gauche et de droite ne se différenciaient plus dans le domaine économique et social, mais seulement en termes de valeurs de gauche et de droite sur le plan sociétal. Comme l'écrit Jérôme Sainte-Marie dans un entretien à L'Humanité le 14 mai : « Emmanuel Macron incarne la réunification de la bourgeoisie » : « Commençons par le contenu idéologique de l’offre d’Emmanuel Macron, qui est très clair : il s’agit de la réunification de tous les libéralismes, le libéralisme économique et le libéralisme culturel. L’illusion que la gauche pouvait promouvoir le libéralisme culturel sans en tirer de conséquences quant au libéralisme économique – et inversement pour la droite – vole en éclats. »

il y avait et il reste en même temps (sic), dans la difficulté de faire avaler les réformes antisociales (loi El Khomry à la fin du quinquennat de Hollande, loi travail Macron de l'été 2017)), la nécessité de reprendre l'État en main par le contrôle de sa haute-administration via la nomination de directeurs d'administrations centrales des ministères choisis pour faire directement le job des ministres, jusqu'à sauter depuis l'Élysée, Matignon et Bercy, sur leur rôle à la tête de ces ministères. C'est incontestablement une présidentialisation accrue, complètement dans l'esprit de la Vè République, mais non, le pouvoir personnel ne caractérise pas le macronisme

au niveau des partis, de droite comme de gauche, j'ai fait remarquer durant les campagnes électorales présidentielles et législatives que "tous faisaient du Macron", parce qu'ils n'avaient pas d'autre choix en le ciblant que de favoriser sa victoire et celle de son mouvement En marche. Transformé en parti des Républicains en marche, la volonté est mise en évidence de traverser et réunir gauche et droite, ce qui n'est pas la même chose que le centrisme même hérité de Lecanuet, Giscard ou Bayrou. Cela prendra du temps et se passera plus ou moins facilement, mais je pense que cette fin du clivage droite-gauche et de sa spécificité française peut continuer même sans Macron, ce macronisme continuer avec ou sans lui

sur le plan économique donc idéologique, il y a prise en compte de la restructuration mondialisée du capital depuis les années 1970, et de la nouvelle restructuration dans la crise de la suprématie du capitalisme occidental. En gros Macron est moins eurocentré que Valls, ce que le PIR a constaté dans son langage idéologique : Macron est un stratège de la contre-révolution. Entretien avec Houria Bouteldja par Marwan Andaloussi, Libre Algérie 31 juillet 2017 : « tous leurs héros islamophobes – Valls, Fillon, Le Pen – ont été laminés par Macron. »

vient le règne de l'idéologie de l'(auto)entrepreneur, versant hyper-capitaliste de l'autonomie ouvrière et victoire amère l'autogestion, en même temps que la classe de l'encadrement est en marche. Viavoice, baromètre économique mensuel : « L'indice de confiance des cadres bondit... L'élection d'Emmanuel Macron comme catalyseur... »

Baro-Eco a écrit:
Emmanuel Macron, un Président « pro-business » ?

Les cadres sont ainsi 57 % à penser que l’élection d’Emmanuel Macron peut créer un « choc de confiance » encourageant les investissements, l’emploi ou la consommation. Ils sont également 61 % à penser que le profil du nouveau Président est « un atout pour l’activité économique et l’attractivité de la France », à travers trois qualités perçues :
- Son expérience économique, soulignée comme un atout par 67 % des cadres. Une qualité liée à son passage au Ministère de l’Economie et dans la haute fonction publique, mais surtout à son expérience dans le secteur privé (pour 66 % des cadres).
- Sa capacité à renouveler la vie politique, que ce soit à travers son âge (un atout pour 64 % des cadres), le fait qu’il soit nouveau dans le paysage politique (64 %) ou encore qu’il n’appartienne pas aux partis ayant gouverné ces dernières années (57 %).
- Enfin, Emmanuel Macron est perçu comme un excellent « VRP » pouvant faire profiter l’économie française de son réseau ou de son image au sein des milieux dirigeants : ainsi sont salués sa proximité avec des chefs d’Etat et de gouvernement (56 %) comme avec des dirigeants de grands groupes (56 %).

On comprend dès lors pourquoi 69 % des cadres anticipent un impact positif.

Les cadres anticipent une vraie sortie de crise à court terme


Parallèlement à ces nouvelles perspectives liées à l’élection présidentielle, on observe plus largement une forte amélioration des anticipations des cadres, tant sur le plan macro-économique que personnel :

- Ils sont ainsi 37 % à penser que le niveau de vie en France s’améliorera d’ici un an, en très forte hausse depuis avril (+18 points).
- Même « inversion de la courbe » en matière l’emploi, avec 31 % des cadres qui pensent que le nombre de chômeurs diminuera dans les mois à venir (+9).
- Enfin, sur un plan plus personnel, 26 % d’entre eux pensent que leur situation financière va s’améliorer (+4).[...]

le "macronisme" est le moment français de l'engagement dans la restructuration mondiale du capitalisme.

cette restructuration est une nécessité historique, pour le capital global, de résoudre sa crise économique et politique en même temps que l'Occident doit résoudre la sienne, l'ensemble au croisement de cinq siècles concernant le colonialisme et ses avatars, de deux siècles concernant le mode de production capitaliste proprement dit, décrit par Marx au mitant du 19è siècle

- la montée du capitalisme vert, que traduit l'entrée de Hulot au gouvernement et symbolise la poignée de main Macron-Trump, en est une dimension essentielle en ce que, via une sorte de plan Marshall au niveau mondial, elle peut permettre une sortie de crise transitoire du capitalisme. Cela fait aussi partie du compromis historique liée à cette nouvelle restructuration, puisque l'idéologie écologiste est devenue hégémonique

- les luttes décoloniales, par leur ambivalence, peuvent alimenter le renversement de la suprématie occidentale, par exemple en Amérique du Sud ou le concept est né dans les luttes, et en Afrique où peut se développer un capitalisme moins dépendant de l'Occident

- le renouvellement de la "gouvernance" État-Capital possède une dimension d'emblée européenne et mondiale. En ce sens, le macronisme, c'est aussi les luttes qu'il déclenchera dans cette période, comme on peut dire que le bonapartisme engendra la Commune...

au demeurant, Louis-Napoléon Bonaparte était saint-simonien, il mit l'État en adéquation à la première restructuration du mode de production capitaliste en France dans le contexte de l'Empire colonial français... Il était un révolutionnaire capitaliste, comme Emmanuel Macron rêve de l'être : Révolution est le titre de son livre de 2016, à prendre au pied de la lettre...

Emmanuel Macron, Révolution, 2016 La grande transformation, Pocket p. 67
Citation :
« Nous sommes en train de vivre un stade final du capitalisme mondial qui, par ses excès, manifeste son incapacité à durer véritablement. Les excès de la financiarisation, les inégalités, la destruction environnementale, l'augmentation inexorable de la population mondiale, les migrations géopolitiques et environnementales croissantes, la transformation numérique : ce sont là les éléments d'un grand bouleversement qui nous impose de réagir.

"la crise" de reproduction comme fenêtre pour une révolution communiste ? est suspendue à ce qui sortira de la restructuration que nous avons sous les yeux, que nous ne pouvons anticiper, et a fortiori moins encore une conjoncture communisatrice

nous sommes au cœur de ce processus, qui voit la fin de la suprématie occidentale dans le capitalisme mondial et les conditions d'une nouvelle répartition des intérêts de classes qui invite à redéfinir leur conception marxienne, et à abandonner la certitude d'un sujet révolutionnaire prolétarien universel, serait-ce pour sa propre abolition en tant qu'être du capital. Maintenant, si on appelle prolétariat ce sujet en le définissant sur mesure, évidemment que le problème ne se pose plus, je préférerais classe révolutionnaire, mais quoi qu'il en soit c'est pour l'heure une tautologie, un jeu de mots où le langage conceptuel l'emporte sur la réalité des choses

je soutiens qu'il est impossible à ce stade de prédire ce qui sortira, sous une à quelques décennies, de cette restructuration, et qu'il est donc irréaliste de faire comme si ce qui se passe d'ici-là pouvait être saisi, analysé et théorisé sous les catégories et concepts anciens du marxisme même le meilleur : l'universalisme prolétarien eurocentré est trop lourd pour appréhender tous les aspects actuels de ces bouleversements

toute conjoncture de luttes est actuellement déterminée par la restructuration actuelle, et rien d'autre

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 7. le livre : du capitalisme à la communauté humaine, UNE CLASSE pour LA RÉVOLUTION (sommaire, texte complet et renvoi aux compléments)   Jeu 7 Sep - 17:32


à compléter éventuellement. Je ne reprends pas les termes qui sont suffisamment définis aux chapitres qui en traitent


8. GLOSSAIRE

termes signalés par * dans le texte

autonomie ouvrière

conception et période historique dans laquelle le prolétariat, pour s'émanciper, doit développer par ses luttes son autonomie par rapport au capital en terme de lutte de classe, mais aussi en terme d'organisation relativement aux syndicats et partis politiques. Idéologiquement, elle s'inscrit dans le programmatisme ouvrier, l'affirmation du prolétariat poursuivant le pouvoir d'État ou l'autogestion par, dans et après la révolution. Dans ces conditions, il ne peut s'(auto)abolir comme classe

colonialité(s)
concept forgé par les théoricien de la pensée décoloniale

Ramón Grosfoguel : « Anibal Quijano (1991, 1998, 2000) nomme la « colonialité du pouvoir » ou le « modèle du pouvoir colonial » ce système-monde comme une hétérogénéité-historique structurelle avec un modèle spécifique de pouvoir. Ce modèle de pouvoir affecte toutes les dimensions de l’existence sociale comme la sexualité, l’autorité, la subjectivité et le travail (Quijano 2000). Le XVIe siècle initie un nouveau modèle de pouvoir qui finit par s’étendre à toute la planète à partir du XIXe. Dans ma lecture de Quijano, et en appliquant la notion de géopolitique de la connaissance et de corpo-politique de la connaissance, la « colonialité du pouvoir » apparaît comme un système tissé de formes multiples et hétérogènes de hiérarchies / dispositifs sexuels, politiques, épistémiques, économiques spirituels, linguistiques et raciaux de domination et d’exploitation à l’échelle mondiale. L’une des innovations de la perspective de la colonialité du pouvoir se situe dans l’idée que la race et le racisme constituent le principe organisateur qui structure les multiples hiérarchies du système-monde (Quijano 1993 ; 2000).»  Les implications des altérités épistémiques dans la redéfinition du capitalisme global, Cairn-Info, 2006

la ou les colonialité(s) est donc un concept englobant ceux de colonialisme, néo-colonialisme, post-colonialisme dans une approche historique plus longue, et toujours à l'œuvre aujourd'hui, après la fin de ces périodes historiques remontant au XVIe siècle. Les colonialités justifient et légitiment les luttes décoloniales

communauté humaine
le sens en est repris dans ce livre, comme chez Temps Critiques, de la lecture de Marx par Jacques Camatte dans un texte d'avril 1976, Vers la communauté humaine, que l'on trouve sur son site Invariance, avec cette citation de Marx en exergue : « "L'être humain est la véritable Gemeinwesen (communauté) de  l'homme" »

il faudrait donc en toute rigueur écrire la véritable communauté humaine, sans quoi on peut la trouver à toutes époques, avec diverses significations

communisation
voici la définition que j'en avais donnée en 2006 sur mo site, reprise pour la page wikipédia, depuis détruite : « La «communisation», pour simplifier, est le concept de l'abolition du capital, des classes, et du prolétariat par lui-même dans une révolution communiste, sans transition "socialiste", ni autogestion. La communisation se conçoit par conséquent à la fois comme rupture et transition à partir de mesures directement communisatrices, c'est-à-dire ouvrant la voie au communisme.»

le concept est forgé par les théoriciens français Bruno Astarian (Hic Salta) Gilles Dauvé (troploin et DDT21), et Roland Simon (Théorie Communiste) et repris en France par Léon de Mattis, A.C. de Carbure, et avec pas mal d'incompréhension par des activistes anarcho-communistes. Il se répand en Europe et traverse la Manche (Endnotes) et l'Atlantique avec les revues Meeting (2003-2008), et SIC (2008-2013)

mes conceptions en relevaient des années 2005 à 2012, ma rupture intervenant en 2015

conjoncture(s)
dans le sens le plus général conjoncture est la « liaison d'événements concomitants dans une situation donnée » (CNRTL) un « nœud de circonstances formant grumeau au centre d'une situation imprévue.» Jankélévitch, Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien, 1957

dans notre contexte, j'ai repris la définition à Roland Simon, de Théorie Communiste, le concept de conjoncture qu'il a lui-trouvé chez Lénine et Althusser, et je mets conjonctures au pluriel, tant il est évident qu'il devra s'en produire plusieurs avant d'arriver, si c'est le cas, à une conjoncture révolutionnaire mondiale : « Une conjoncture est aussi une 'rencontre' de contradictions qui avaient leur propre cours et leur propre temporalité, n’entretenaient entre elles que des relations d’interactions : luttes ouvrières, luttes étudiantes, luttes des femmes, conflits politiques à l’intérieur de l’Etat, conflits dans la classe capitaliste, cours mondial du capital, reproduction de ce cours dans une aire nationale, idéologies dans lesquelles les individus menaient leurs luttes. La conjoncture est le moment de ce carambolage des contradictions, mais ce carambolage prend forme selon la détermination dominante que désigne la crise qui se déroule dans les rapports de production, dans les modalités de l’exploitation. La conjoncture est une crise de la détermination autoreproductrice des rapports de production qui se définit par une hiérarchisation déterminée et fixe des instances du mode de production.» Tel quel, Le moment révolutionnaire comme conjoncture TC n°24 2012

démocratisme radical
le concept a fait l'objet d'un livre au titre éponyme, Le démocratisme radical, de Roland Simon en 2002 « Le démocratisme radical défend l’action citoyenne, la démocratie directe ou participative, la maîtrise de nos conditions d’existence, défend l’état, état social et l’état-nation pour certains, simplement « régulateur » pour d’autres. Il lutte contre le primat et la « sauvagerie » de l’économie, la mondialisation libérale, la suprématie de la finance. Il regrette l’époque où le capitalisme était si beau sous le keynésianisme et le service public. Enfin, il veut construire une alternative au capitalisme qu’il appelle « libéralisme » ou « mondialisation ». [...] »

en fait on en retrouve le sens chez tous les théoriciens de la communisation, critiques de la démocratie radicale et de la démocratie en générale, assimilée à la démocratie politique, représentative, à la base, directe, etc.

j'utilise volontiers démocratisme radical, qui me paraît plus clair

dépassement à produire
concept renversé de celui de dépassement produit, de Théorie Communiste, pour la résolution d'une contradiction, antagonique ou pas. Il resitue le problème du dépassement en amont, comme à faire par les luttes. Il est à mon sens plus dynamique et moins déterministe

dialectique complexe
dans ce livre, je n'ai rien dit de ma méthodologie, qui est au croisement de la méthode dialectique de Marx et de la pensée complexe. Je retiens pour la première l'exposé qu'en a fait Bertell Ollman (cf 9. bibliographie) dans La dialectique mise en œuvre - Le processus d'abstraction dans la méthode de Marx, 2005 (changement et interaction, processus d’abstraction, abstractions de Marx, philosophie des relations internes, niveaux de généralité, point de vue...). Pour la seconde, des concepts de La méthode (1977-2004) d'Edgar Morin, féconds mais manquant de dialectique des contradictions (feedback ou rétroaction, émergence, seuil...)

dans les deux cas il convient de retenir la dialectique des changements, entre quantité et qualité

à mon sens, les marxistes n'ont retenu que certains aspects de la dialectique de Marx (dite "matérialisme dialectique", formule qui n'est pas chez Marx mais chez Engels), héritée de Hegel, et une vision binaire des contradictions dialectiques, ce qui les empêche d'appréhender les dépassements à produire de façon suffisamment complexe, tels qu'ils se présentent dans la réalité historique

eurocentrisme
une bonne définition consiste à taper "eurocentrisme" dans Google actualités (rien) ou à lire la page de wikipédia, qui se distingue par son indigence, sa bêtise et son idéologie... eurocentriste

l'eurocentrisme est une forme d'ethnocentrisme qui analyse des situations ou des problèmes d'un point de vue uniquement européen, ou occidental. Dans ce cas on parle aussi d'occidentalo-centrisme. On trouve aussi la forme européo-centrisme

humanisme théorique
qualification de la philosophie critiquée par Marx chez les Jeunes Hégeliens dans ses textes de jeunesse, et dont il relevait lui-même, la page étant tournée avec Les Thèses sur Feuerbach en 1845. La critique de l'humanisme théorique a été reprise par Althusser qui a vu chez Marx une « coupure épistémologique » entre ses écrits de jeunesse et Le Capital. Si la plupart des théoriciens ne retiennent plus comme valide cette séparation brutale, il n'empêche que nombre de philosophes marxistes en relèvent encore (Alain Badiou, Denis Collin, Yvon Quiniou...). Ce sont ceux pour qui la lecture de Marx semble s'arrêter avant sa Critique de l'économie politique, qu'on ne trouve pas chez eux

Théorie communiste voit  l'humanisme théorique chez tous les autres théoriciens, y compris chez dans certains de la communisation, mais longtemps sa cible préférée, au-delà des Situationnistes et particulièrement de Vaneigem, fut Temps Critiques et sa révolution à titre humain. Il faut dire qu'avec l'abandon du marxisme et de la lutte de classe au cœur de la question révolutionnaire, ils y ont prêté le flan

identités de luttes
j'appelle identités de luttes celles qui se construisent sur la base de dominations particulières, la domination masculine et le machisme sociétal structurel, le racisme et la xénophobie, de même que l'identité ouvrière s'était constituée sur la base des intérêts communs de la classe ouvrière à lutter contre son exploitation par le capital

l'identité ouvrière se figeait dans l'autonomie comme moyen et but de la révolution, sans pousser jusqu'au bout l'auto-abolition du prolétariat et celle, par lui, des autres classes. De même des identités de luttes actuelles peuvent se fixer au stade de l'affirmation identitaire, même quand elle n'est pas communautariste. C'est chez Césaire La Négritude, aux USA dans les années 60 Black is Beautiful, etc. La fierté d'être ce qu'on est et paradoxalement de vouloir le rester

ces identités de luttes sont légitimes, à condition de viser à produire leur dépassement, c'est-à-dire l'abolition de ces identités assignées dans et par la société capitaliste, machiste, et raciste

immédiat
avec deux sens, l'un temporel, immédiatement = tout de suite, l'autre sans médiation(s) = sans intermédiaire(s)

pour la théorie de la communisation, dire que la révolution est immédiate signifie qu'elle se réalise sans transition étatiste ou autogestionnaire. L'immédiatisme est critiqué dans l'activisme, quand il veut faire la révolution immédiatement, sans médiation temporelle : « "médiation temporelle" désigne le fait que c'est le temps lui-même qui est la médiation.» TC 2010

luttes auto-théorisantes
concept que j'ai forgé en 2014, modifiant celui de Théorie Communistes, luttes théoriciennes, chez qui il suppose une formalisation théorique par le théoricien de la théorie qui s'exprimeraient dans les luttes. Mon concept est critique du théoricisme, il inverse la perspective en conférant le primat des luttes 'théorisantes' sur la théorie

œuvre-sujet
concept forgé par le linguiste et poéticien Henri Meschonnic. Chez lui l’œuvre est activité, le sujet n’est pas individu poète ou auteur. C'est l'œuvre qui, performative, fait à autrui, relation. Je l'ai transposé pour penser le communisme comme activités davantage qu'individus sujets révolutionnaires. La classe est révolutionnaire par les activités communistes[/i]

paupérisation
« La paupérisation (du latin pauper, pauvre) est l'appauvrissement continu d'un individu ou d'un groupe d'individus, et parfois d'un type de population, par exemple, une classe sociale comparativement à la société dans son ensemble. » Wikipédia

La paupérisation relative est l'accroissement de la pauvreté relativement à d'autres couches sociales, c'est à dire l'accroissement des inégalités sociales. (id)

La paupérisation absolue est la baisse des conditions de vie, généralement liée à la baisse du revenu, baisse du salaire réel ou perte de l'emploi. C'est un phénomène quantitatif qui peut toucher des individus de plusieurs classes, mais peut devenir qualitatif : une paupérisation brutale de couches petite-bourgeoises peut les prolétariser. (d'après wikirouge)

Hic Salta fait remarquer que « Paupérisation n’est pas synonyme de prolétarisation [voir ce mot]; nous développerons cette distinction dans une autre section. Pour l’instant limitons-nous à noter qu’une paupérisation de CMS peut très bien se combiner avec son augmentation numérique, telle qu’on l’observer en France de 2008 à aujourd’hui par exemple.» note 12 de Ménage à trois de la lutte des classe, Episode 3 Juillet 2017

pluriversel
néologisme du paradigme décolonial, signifiant un universel multiple. On trouve aussi multiversel

- Grosfoguel : « une perspective décoloniale véritablement universelle ne saurait être fondée sur un universel abstrait (qui constitue en réalité un universel particulier s’érigeant en dessein universel global/impérial), mais devrait être le fruit d’un dialogue critique entre divers projets/perspectives politiques – divers sur le plan épistémique/éthique/cosmologique – qui visent à construire un monde pluriversel transmoderne, par opposition à un monde universel. » Vers une décolonisation des Uni-versalismes occidentaux : le Pluri-versalisme décolonial d’Aimé Césaire aux Zapatistes. » Ramón Grosfoguel Ruptures postcoloniales Cairn-Info 2010

- De l’universel au pluriversel. Enjeux et défis du paradigme décolonial - Claude Bourguignon, Philippe Colin, 2016

- « Cette décolonisation des imaginaires, des pratiques et des institutions – qui contribuera à une connaissance accrue de l'histoire, à une représentativité de l'ensemble de la population, mais aussi à un élargissement du sensible, une ouverture de l'universel vers le pluriversel – est impérative, nécessaire, politiquement urgente. » 2017 devra être décoloniale ! L'Humanité 17 février 2017

programmatisme ouvrier ou prolétarien
c'est la période historique, du milieu du 19e siècle au milieu du 20e, où le communisme est conçu comme but d'un programme à étapes, soit étatiste avec la dictature du prolétariat, soit avec l'autonomie et l'autogestion pour les Conseils ouvriers et l'Internationale situationniste

ce concept est élaboré par les revues Négation et Théorie communiste : « Pratiquement et théoriquement, le programmatisme désigne tout cette période de la lutte de classe du prolétariat [dans laquelle sont remises en cause par l'ultragauche historique] toutes les médiations politiques et syndicales qui mettent en forme l’appartenance, en tant que classe, du prolétariat au mode de production capitaliste. » TC Qui sommes-nous ?

prolétarisation
fait qu'une catégorie sociale soit réduite à la condition de prolétaire

« Prolétarisation des artisans, des classes moyennes, des travailleurs; processus de prolétarisation. L'industrialisation de l'Allemagne avait amené la prolétarisation, et (...) dans les faubourgs du nord de Berlin venait s'entasser un prolétariat sans aiguillon révolutionnaire, écrasé par la machine et la misère » Arts et litt., 1936 (CNRTL)

« Il n'est pas sûr que les prodigieux événements actuels, que ce brassage de peuples et de classes dans les camps, dans les prisons et dans les maquis, prolétarise la bourgeoisie [sic]. Nous ne croyons pas à sa disparition en tant que classe. » François Mauriac, Le Bâillon dénoué, 1945 (id)

prolétarisation ne veut pas dire la même chose que paupérisation (voir ce mot), même si l’un entraîne souvent l’autre. La prolétarisation est généralement paupérisation, mais l'inverse n'est pas toujours vrai, d'autant qu'un prolétaire défini par le fait d'appartenir à la classe ouvrière, donc exploité, n'est pas toujours pauvre

subsomption formelle et réelle
on trouve également soumission et domination, réelles ou formelles. Selon les auteurs, les sens peuvent être différent. Quoi qu'il en soit, ils l'ont pris soit chez Camatte qui en parle dès 1964–1966, soit dans le Vième chapitre inédit du Capital, publié en français en 1971

la notion a depuis acquis un sens pour établir une périodisation historique du capitalisme, alors que chez Marx, la subsomption formelle du travail sous le capital est liée à l'extraction de plus-value absolue, et la subsomption réelle à celle de plus-value relative. Il s'agit donc d'une extension de la catégorie de la subsomption réelle de l’usine à la société, laissant entendre que la  la subsomption réelle du travail devient celle de la société. Tous les théoriciens communistes ne sont pas d'accord quant à cette périodisation, ni même quant à la validité de la fonder sur ces deux types de supsomption

ces périodes existent néanmoins (voir 7.2.2. restructuration du capital => restructuration des classes). Dans ce livre, on peut considérer que la subsomption formelle correspond à l'époque, ou aux situations (qui existent encore), où les ouvriers n'ont pas que leur salaire pour vivre, parce qu'ils sont aussi paysans ou de famille paysanne, voire artisanes, ou tout simplement parce qu'ils ont un jardin. La subsomption réelle correspond à la pénétration par le capital de toutes les sphères de la vie sociale. Elle montre l’extension et le renforcement de la domination du capital

pour Théorie Communiste, la restructuration du capital après 1968 fait entrer dans une deuxième phase de las subsomption réelle, et ouvre un nouveau cycle de lutte conduisant à la révolution comme communisation (voir ce mot) : du fait que le prolétariat ne trouve face à lui que son existence de classe pour le capital, il ne peut plus s'affirmer mais seulement s'auto-abolir et abolir les autres classes

universalisme prolétarien
idéologie marxiste (ou, plus humaniste, anarchiste) pour laquelle le prolétariat universel n'ayant ni race ni patrie/nation doit s'unir par-delà ces particularités. Il est initié par Marx à défaut d'une critique spécifique de l'universalisme des Lumières, qui est une idéologie bourgeoise européenne et occidentale

« Notre association n'est, en fait, rien d'autre que le lien international qui unit les ouvriers les plus avancés des divers pays civilisés. » Marx, La Guerre civile en France, AIT 1871

la pensée décoloniale dépasse l'universalime occidentaliste, qu'il soit religieux, humaniste ou prolétarien, par le concept de pluriversalisme (voir ce mot)

universalisme prolétarien est un eurocentrisme (voir ce mot)

Question



Dernière édition par Patlotch le Ven 8 Sep - 22:08, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: 7. le livre : du capitalisme à la communauté humaine, UNE CLASSE pour LA RÉVOLUTION (sommaire, texte complet et renvoi aux compléments)   Jeu 7 Sep - 17:33

9. BIBLIOGRAPHIE très sélective, mais conseillée

je ne sais trop encore ce que j'y mettrai, mais des livres dans les marges, que j'ai lus, qui m'ont aidé, au-delà des classiques ou autres ouvrages signalés dans le texte

en ligne on peut consulter BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE, livres, et textes Internet, que je n'ai pas mis à jour depuis un certain temps


- Bertell Ollman conseil méthodologique, pas politique

La dialectique mise en oeuvre : Le processus d'abstraction dans la méthode de Marx


je ne suis pas sûr que danser s'apprenne, mais bon, on peut toujours essayer

à mon sens, Marx est un théoricien de la complexité, et plus que de la dialectique de Hegel, il hérite d'Héraclite. J'ai parlé de toute cette merde dans DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE, mais bon, c'est un truc de métier, et mieux vaut qu'il s'efface, comme dans la musique : en concert, tout le monde se fout de comment c'est fait

la notion de points de vues est essentielle, à mettre en rotations de l'un à l'autre, que j'ai retenue d'un chapitre à l'autre

-
La valeur et son abolition. Entretien avec Bruno Astarian

bon, je tire ma révérence, c'est ardu et abstrait, mais incontournable pour toute théorie communiste de la révolution

- Marx aux antipodes : Nations, ethnicité et sociétés non occidentales de Kevin-B Anderson


parce qu'excellente entrée, pour que les marxistes se posent des question sur l'eurocentrisme. Après ça se discute > MARX entre EUROCENTRISME PROLÉTARIEN UNIVERSEL et OUVERTURE D'AUTRES CHEMINS RÉVOLUTIONNAIRES

-


à vrai dire, je ne l'ai pas lu, mais la plupart des textes qui le composent, et d'autres. C'est le seul ouvrage sériux sur la pensée décoloniale que l'on trouve en France

à défaut et nonobstant mes désaccords avec lui : entretien avec Ramon Grosfoguel Claude Rougier, , Réseau d'études décoloniales, 2 Septembre 2016

- pour le concept de créolisation du monde, et au-delà


vous trouverez bien

- pour le plaisir, l'émotion et la justesse de la littérature


- pour le plaisir encore, et d'autres questions venues du soleil levant : Kirino Natsuo


-



d'autres peut-être, que chacun.e trouvera bien...

study

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MessageSujet: Re: 7. le livre : du capitalisme à la communauté humaine, UNE CLASSE pour LA RÉVOLUTION (sommaire, texte complet et renvoi aux compléments)   Jeu 7 Sep - 17:36


ma première rédaction touchant à sa fin, je redonne ici le sommaire complet dans son état actuel


Citation :
0. INTRODUCTION et SOMMAIRE

1. LES CLASSES SOCIALES, COMPOSITION et CONSTITUTION d'HIER à AUJOURD'HUI

1.1. les classes pour Marx, constitution historique, classe au sens générique et au sens spécifique
1.2. la bourgeoisie et sa constitution en classe capitaliste
1.3. le prolétariat, la classe ouvrière et sa constitution, classe en soi, classe pour soi
1.4. la « classe communiste, catégories du possible et du placement »
1.5. composition et décomposition de la classe ouvrière du 19e siècle aux années 1970 : conscience, identité...
identité, conscience de classe, composition, quelques problèmes vus par 'Endnotes'
1.6. 1968, 1975... les derniers feux du programmatisme prolétarien, théorie de la communisation et fuite en avant humaniste hors classe de la « révolution à titre humain »
1.7. le problème actuel et futur de la composition et constitution d'un sujet révolutionnaire comme classe communiste de la révolution : la classe communiste se constitue comme révolutionnaire ou elle n'est rien
1.7.1. ce que n'est pas la classe communiste de la révolution
1.7.2. la constitution de la classe communiste n'est pas convergence organisationnelle ni compromis devant une contradiction principale prioritaire
1.7.3. les femmes et le communisme
1.7.4. les luttes écologistes peuvent-elles devenir révolutionnaires ?
1.7.5. et la classe ouvrière, elle compte les points ? dans le processus révolutionnaire, la classe communiste absorbe et dissout le prolétariat ?
1.7.6. identités de luttes et leurs dépassements à produire : médiations temporelles / à propos d'Identity Politics, et de Whiteness (blanchité)

2. LE MOUVEMENT DU COMMUNISME comme LUTTE de CLASSE
LA RÉVOLUTION vers LA COMMUNAUTÉ HUMAINE, ABOLITION du CAPITAL, SOCIÉTÉ COMMUNISTE

2.1. communisme (mouvement et lutte) et communauté humaine (but et résultat)
remarques terminologiques logiques et dialectiques : communauté humaine = société communiste
2.2. le communisme réalise-t-il la "vraie démocratie" ?
2.3. le communisme est mouvement et activités vers et dans la communauté humaine, lectures
2.4. la révolution est une insurrection mondiale
2.4.1. vous avez dit Révolution ?... Insurrection ?
2.4.2. une révolution mondiale
?

3. L'AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE de CLASSE et son DÉPASSEMENT de L'AUTONOMIE pour L'ABOLITION des CLASSES et de L'ÉTAT
3.1. l'auto-organisation chez Marx : l'auto-changement comme praxis révolutionnaire inscrit dans le programmatisme ouvrier
3.1.1. l'auto-organisation, un problème dès l'origine chez Marx
3.1.2. quel "problème de l'auto" depuis Marx ? ou « l'auto-changement comme praxis révolutionnaire »
3.1.3. l'apparition tardive du 'terme' auto-organisation dans les années 1970

3.2. d'hier à aujourd'hui, quand l'auto-organisation n'en est pas une
3.2.1. hier dans le marxisme programmatique
3.2.2. aujourd'hui l'auto-organisation à toutes les sauces

3.3. autonomie et auto-organisation, recoupements et différenciation
3.3.1. conseils ouvriers, autogestion, autonomie... et auto-organisation ?
3.3.2. Castoriadis et l'auto-organisation (1957) : un management autonome de la production et de la société / de Castoriadis au(x) commun(s) et des communs aux modes de vie auto-organisés dans le capitalisme

3.4. auto-organisation révolutionnaire et autogestion : la société communiste serait-elle autogérée ?
3.5. l'auto-organisation révolutionnaire abolit les médiations capitalistes pour leur substituer des médiations communistes dans la communauté humaine

4. LE DÉPASSEMENT COMMUNISTE DES INDIVIDUS DANS LA RÉVOLUTION ET LA COMMUNAUTÉ HUMAINE
4.1. au centre du Communisme, et du Capital de Marx, l’individu (Lucien Sève sur l'individualité)
4.2. de l'individu à la classe aller-retour : subjectivation communiste
4.3. La tension individu-communauté chez Temps Critiques : parente thèse ?
4.4. Je est des autres : se décentrer par la relation

5. LE DÉPASSEMENT POÉTIQUE DE L'ART(ISTE) DANS LA COMMUNAUTÉ HUMAINE
5.1. poétique de la relation avec Edouard Glissant, œuvre-sujet avec Henri Meschonnic
5.2. Marx et le dépassement de l'art(iste)
5.3. la métaphore du dépassement de l'art(iste) pour penser celui des individus vers la communauté humaine

6. NON-CONCLUSION

7. APPENDICE
7.1. critique marxiste décoloniale de l'eurocentrisme et de l'universalisme prolétarien ou humaniste
7.2. la double crise de la suprématie occidentale et du capitalisme
7.2.1. une civilisation devenue mondiale en crise, doublement, en tant qu'occidentale et capitaliste
7.2.2. restructuration du capital => restructuration des classes
7.3. l'idéologie française, une passion capitaliste occidentale
7.4. macronisme, État (français) et restructuration (mondiale) du capitalisme

8. GLOSSAIRE

autonomie ouvrière / colonialité(s) / communauté humaine / communisation / conjoncture(s) / démocratisme radical / dépassement à produire / dialectique complexe / eurocentrisme / humanisme-théorique / identités de luttes / immédiat / luttes auto-théorisantes / œuvre-sujet / paupérisation / pluriversel / programmatisme ouvrier ou prolétarien / prolétarisation / subsomption formelle et réelle / universalisme prolétarien

9. BIBLIOGRAPHIE très sélective, mais conseillée

study

remarques bienvenues par courriel à PatlotchATfreePOINTfr ou sur mon compte tweeter par message privé : @patlotch

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MessageSujet: Re: 7. le livre : du capitalisme à la communauté humaine, UNE CLASSE pour LA RÉVOLUTION (sommaire, texte complet et renvoi aux compléments)   Sam 9 Sep - 13:00


8 septembre : la mise à jour continue, compléments (ajouts, précisions, 8. Glossaire) et corrections, en même temps que se prépare une version en traitement de texte (moins de 100 pages en Arial 12), pour un PDF qui pourra être tiré en brochure. L'édition en bouquin attendra qu'un éditeur s'y intéresse

merci à mes petites mains



9 septembre : j'ai ajouté un sous chapitre :
Citation :
2.4. la révolution est une insurrection mondiale
2.4.1. vous avez dit Révolution ?... Insurrection ?
2.4.2. une révolution mondiale
?

cet aspect apparaissait ici ou là, il convenait de le faire ressortir

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MessageSujet: Re: 7. le livre : du capitalisme à la communauté humaine, UNE CLASSE pour LA RÉVOLUTION (sommaire, texte complet et renvoi aux compléments)   Lun 11 Sep - 19:39


9 septembre : proposé pour la publication sur Paris-Luttes Infos, qui m'a demandé « une petite présentation du livre plus complète pour pouvoir publier »


esquisse d'une 4è de couv'

La lutte de classe ne serait plus qu'un fantasme de fossiles marxistes, quand par ailleurs domine l'idée que la classe ouvrière aurait disparue, alors qu'elle augmente en nombre. Qu'en est-il ?

Ce livre reprend depuis Marx ce qu'il appelait une classe, en montrait la constitution historique, celle de la bourgeoisie puis celle de la classe ouvrière, débouchant sur le prolétariat comme sujet révolutionnaire. Tout en partageant l'idée qu'une révolution communiste consisterait en l'abolition du capital et de toutes les classes, je discute celle de la théorie de la communisation, pour laquelle, la classe ouvrière ayant depuis un demi-siècle perdu son identité ouvrière et sa conscience de classe, le prolétariat va se recomposer le temps de s'auto-abolir et dans le même mouvement, les autres classes sociales.

Je soutiens l'idée que peut émerger et se constituer une nouvelle classe révolutionnaire au-delà du seul prolétariat. Je l'examine non dans sa composition sociologique, ni comme convergence des luttes reposant sur des alliances politiques entre organisations, mais à travers ses activités de luttes par lesquelles elle montrait en puissance dans l'aggravation de la crise du capitalisme, sans être guidée par un parti ou des leaders charismatiques, mais en s'auto-organisant pour le faire sur des contenus multiples de rupture révolutionnaire abolissant l'exploitation et les dominations dans le capitalisme.

4è de couv' en couveuse, naturellement...



mais pas au couvent

10 septembre : la rédaction de 7. APPENDICE est achevée
Citation :
7.1. critique marxiste décoloniale de l'eurocentrisme et de l'universalisme prolétarien ou humaniste
7.2. la double crise de la suprématie occidentale et du capitalisme
7.2.1. une civilisation devenue mondiale en crise, doublement, en tant qu'occidentale et capitaliste
7.2.2. restructuration du capital => restructuration des classes

7.3. l'idéologie française, une passion capitaliste occidentale
7.4. macronisme, État (français) et restructuration (mondiale) du capitalisme

cette première écriture du livre est terminée. Je prendrai en compte d'éventuelles remarques et critiques qui me parviendront. Elles seront à lire dans un livre ? Une théorie est apparue... Diffusion, réception, en attendant débats

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MessageSujet: Re: 7. le livre : du capitalisme à la communauté humaine, UNE CLASSE pour LA RÉVOLUTION (sommaire, texte complet et renvoi aux compléments)   Dim 24 Sep - 11:49


11 septembre : en attendant Godo, réactions et critiques, je poursuis mes propres réflexions qui pourraient justifier des ajouts ou modifications. C'est pourquoi les sujets préalables remontent. On y trouve des thèmes complémentaires pour des débats :

- pour un débat de classe : critique d'Axel Honneth (« Congédier l'idée du prolétariat comme sujet révolutionnaire »)

- une théorie de la révolution utopique et imaginaire ? (débats et compléments)

- La société du spectacle Guy Debord 1967 IV. Le prolétariat comme sujet et comme représentation

- « le communisme n'est pas un mode de production » (2. la révolution vers la communauté humaine...)

- Communauté et devenir, Jacques Camatte, Invariance, 1994 (5. une classe pour la révolution...)

- une classe révolutionnaire est-elle bien nécessaire, et crédible son émergence ? (id)

12 septembre :

- une autre pratique théorique ? frémissements

- le sujet révolutionnaire prolétarien universel en question : celle de son absence en tant que classe (5. une classe pour la révolution...)

13 septembre :

- du noyau idéologique à l'amande amère (3. auto-organisation révolutionnaire contre autonomie prolétarienne)

- « la révolution à titre humain » : Jacques Camatte 1968, repris par Temps Critiques (5. une classe pour la révolution...)

14 septembre :

- du LUMPENPROLETARIAT à la POPULATION en SURPLUS : une classe ? pour ou contre la révolution ?

15 septembre :

- prolétariat et sous-prolétariat, catégories sociales, identités de luttes, communautés de luttes, composition et constitution de classe, contradictions et dépassements (5. une classe pour la révolution...)

- jeunesse, expérience, transmission et co-apprentissage intergénérationnel entre milieux sociaux différents (id)

16 septembre :

- à propos de « convergence des luttes » (5. une classe pour la révolution...)

- de l'autonomie à l'auto-organisation, un chemin de traverse théorique fondé sur les luttes de résistance (3. auto-organisation révolutionnaire, dépassement contre autonomie)

18 septembre :

- le phœnix de la lutte des classes (contre Postone et la Critique de la valeur) dans débats et compléments

- renouveler la critique historique du démocratisme radical, s'attendre si débats à deux critiques à fronts opposés. Id.

- pas de transcroissance entre émeutes et insurrection générale révolutionnaire (contre l'idéologie des émeutes et Joshua Clover), id.

19 septembre :

- composition/constitution en classe : la conscience du capital comme facteur d'unité. Lecture commentée de Endnotes. La clef théorique d'une révolution communiste totale (5. une classe pour la révolution...)

- une révolution communiste mondiale au XXIè siècle ? (2. la révolution vers la communauté humaine...)

20 septembre :

- une "appartenance de classe comme contrainte extérieure" ? (5. une classe pour la révolution...)

22 septembre :

- CLASSES SOCIALES et AUTRES RAPPORTS SOCIAUX, de sexes, races, nations, générations... Étude (nouveau sujet)

24 septembre :

- pour une ÉCOLOGIE RÉVOLUTIONNAIRE


vu l'importance de certains compléments, cette première édition devra être remaniée en conséquence avant toute publication papier

version Traitement de texte sur demande à PatlotchAROBASEfreePOINT fr

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