PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 5. LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?

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Patlotch



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Date d'inscription : 22/04/2017

MessageSujet: 5. LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?   Mer 30 Aoû - 8:02

le livre complet avec sommaire :
du capitalisme à la communauté humaine, UNE CLASSE pour LA RÉVOLUTION
les compléments sont dans le dernier commentaire

introduction et sommaire
de ce sujet

la révolution vers la communauté humaine suppose l'émergence d'une classe de la révolution qui ne soit plus le strict prolétariat ouvrier et non plus un sujet humain général. C'est à étudier sa constitution qu'est consacré ce sujet

il s'inscrit dans une une nouvelle théorie de la lutte de classe, théorie de la révolution communiste, avec la série commencée en juillet, sur la base de mes critiques de l'universalisme prolétarien ou humaniste, en d'autre termes de "la révolution à titre prolétarien" de la théorie de la communisation et de "la révolution à titre humain" de Temps Critiques

sommaire de ce sujet au 16 septembre

Citation :
. introduction
1. ce que n'est pas la classe communiste de la révolution
2. La classe communiste produit sa théorie révolutionnaire par ses activités
3. la constitution de la classe communiste n'est pas convergence organisationnelle
ni compromis devant une contradiction principale prioritaire
4. et la classe ouvrière, elle compte les points ?
5. dans le processus révolutionnaire, la classe communiste absorbe et dissout le prolétariat ?
6. assistons-nous à la constitution en classe d'une future classe révolutionnaire ?
l'histoire comme lutte de classes est longue
restructuration du capital => restructuration des classes
7. la constitution d'une classe communiste révolutionnaire se produit-elle dans une « tension de l'individu vers la communauté humaine » ? Discussion 'avec' Temps Critiques :
1) la critique du sujet révolutionnaire prolétarien comme critique de toute lutte de classe révolutionnaire
2) la construction théorique d'une sujet de "la révolution à titre humain"
9. la classe communiste se forge-t-elle une identité ?
classes et identité de classe, identité ouvrière, identité prolétarienne
10. la révolution communiste est-elle inéluctable ?
11. médiations temporelles et dépassements d'identités de luttes vers une constitution en classe
12. les femmes et le communisme
13. sur l'existence de la classe communiste
composition, décomposition, recomposition, ou nouvelle classe à constituer ?
14. quel(s) antagonisme(s) entre classes ?
15. une classe révolutionnaire est-elle bien nécessaire, et crédible son émergence ?
16. prolétariat et sous-prolétariat, catégories sociales, identités de luttes, communautés de luttes, composition et constitution de classe, contradictions et dépassements
17. jeunesse, expérience, transmission et co-apprentissage intergénérationnel entre milieux sociaux différents
18. à propos de « convergence des luttes » (5. une classe pour la révolution...)
19. composition/constitution en classe : la conscience du capital comme facteur d'unité. Lecture commentée de Endnotes

C'est ainsi que j'ai pensé à appeler "classe communiste de la révolution" le sujet révolutionnaire. J'ai ensuite cherché si cette catégorie avait déjà été utilisée, et parmi de très rares acceptions de "la classe communiste" je suis tombé sur celle-ci :

Sylvain Lazarus a écrit:
Scientifique et possible étant chaînés dans l'histoire, le placement, dont la classe communiste est la catégorie, introduit à la catégorie de possible. C'est un possible descriptif d'une part et un possible scientifique d'autre part, ce qui permet la double inscription du possible, à titre scientifique et politique. C'est le placement qui fonde le caractère essentiel et militant de l'histoire des classes, de leur base économique.

L'histoire traite des classes, de l'économie et de l'État. Les catégories de capital, de travail, de bourgeoisie, de prolétariat, de même que celle d'antagonisme, liée à la vision communiste de la classe, sont des catégories historiques, non politiques. On dira donc que pour Marx, il y a une fusion de l'histoire et de la politique sous la catégorie de placement (elle même assignée à celle de la classe communiste) et que le descriptif en relève. Dans le mode bolchévique de placement, le dispositif est différent.

Anthropologie du nom, Serge Lazarus, 1996

1) depuis la décomposition du programmatisme ouvrier (révolution par la prise de pouvoir d'État ou autogestionnaire du prolétariat) au début des années 1970, nous ne pouvons plus affirmer que le prolétariat serait la classe révolutionnaire par excellence. Bien sûr la classe ouvrière de la production existe toujours, et augmente en nombre, mais dans le capitalisme en subsomption réelle, elle n'est plus seule classe productive de plus-value. Le prolétariat est devenu indéfinissable entre ceux qui n'ont pour vivre n'ont leur force de travail à vendre (Marx), et le sujet prolétarien ouvrier sur quoi se fondait pour les marxistes son devenir révolutionnaire, et même les tenants de la révolution à titre prolétarien s'y perdent (1)

2) dans mon approche d'une révolution communiste qui doit être à la fois prolétarienne, féministe, décoloniale et écologique, la définition de la classe communiste n'est pas posée a priori, car elle échappe à celles utilisées jusque-là par les théories de la révolution. Elle n'est pas davantage sociologique, mais comme l'écrit Lazarus, elle se place, c'est-à-dire se constitue historiquement et politiquement (2)

écrire qu'elle se constitue renvoie certes aux débats théoriques sur "la constitution en classe" (3) ou à "la composition de classe" (4), mais surtout à ma conception de dépassements à produire (5) : la constitution en classe est un dépassement à produire sur la base d'identités de luttes fragmentées contre des dominations qui ont en commun d'être produites dans le capitalisme comme tout sociétal et civilisation

c'est ce qui justifie de préciser ce qu'elle pourrait être, étant donné qu'elle n'est plus réduite au prolétariat ouvrier, et que la définir pour une révolution à titre humain est trop général, et ne dit rien de sa composition sociale ni vraiment de sa constitution en classe révolutionnaire

3) j'utiliserai dans ce sujet les notions et concepts élaborés depuis quelques années : subjectivation révolutionnaire (6), auto-organisation révolutionnaire (7), et bien sûr les considérations sur le féminisme révolutionnaire, le marxisme décolonial et l'écologie révolutionnaire des rubriques correspondantes du forum

c'est à partir de là que j'essaierai de préciser ce que j'ai nommé classe communiste de la révolution, étant donné que cela croise d'une part des considérations objectives à décrire (Lazarus) relativement aux contradictions du capitalisme comme économie politique et mode de reproduction des dominations qui conditionnent l'exploitation et la production du profit, de la valeur pour la classe capitaliste; et d'autre part des nécessités subjectives pour la production d'une subjectivation révolutionnaire, la constitution en classe communiste étant au croisement des deux

4) il est clair que je considère que la révolution communiste est le produit d'une lutte de classe, entre classes devenues antagoniques. Par exemple, l'historienne Stefana Barca considère qu'il faut concevoir le combat pour l’environnement comme  « une forme de lutte des classes au niveau planétaire entre forces du travail et capital. » (8 )


notes

1. voir PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?

2. politique est utilisé ici comme "le politique", contre la (démocratie) politique

3. constitution en classe : j'y reviendrai, mais je rappelle ici que pour Marx, le problème ne se pose pas pour le seul prolétariat mais pour toute classe révolutionnaire au cours de l'histoire :


Marx a écrit:
Dans la bourgeoisie, nous avons deux phases à distinguer : celle pendant laquelle elle se constitua en classe sous le régime de la féodalité et de la monarchie absolue, et celle où, déjà constituée en classe, elle renversa la féodalité et la monarchie, pour faire de la société une société bourgeoise [se constituant dès lors en classe dominante]La première de ces phases fut la plus longue et nécessita les plus grands efforts. Elle aussi avait commencé par des coalitions partielles contre les seigneurs féodaux : on a fait bien des recherches pour retracer les différentes phases historiques que la bourgeoisie a parcourues, depuis la commune jusqu'à sa constitution comme classe.

Misère de la philosophie, chap. II, « La Méthode », 7e observation, 1847
note de Dangeville dans Le parti de classe


concernant le prolétariat, on lit dans Le Manifeste de 1847 (Prolétaires et communistes) :
Marx&Engels a écrit:
Le pouvoir politique, au sens strict du terme, est le pouvoir organisé d'une classe pour l'oppression d'une autre. Si, dans sa lutte contre la bourgeoisie, le prolétariat est forcé de s'unir en une classe; si, par une révolution, il se constitue en classe dominante et, comme telle, abolit par la violence les anciens rapports de production — c'est alors qu'il abolit, en même temps que ce système de production, les conditions d'existence de l'antagonisme des classes ; c'est alors qu’il abolit les classes en général et par là même, sa propre domination en tant que classe.

4. voir entre autres La composition de classe Kolinko 2001
Citation :
La composition de classe est une notion centrale dans notre recherche pour la possibilité de la révolution. Nous cherchons une force qui est capable de changer la société de fond en comble. Il est correct, mais trop général, de dire que seuls les exploités sont capables de renverser l'exploitation; mais comment ce processus de libération se met-il réellement en place ?
Kolinko (Collectif du mouvement communiste) est un groupe allemand fondé à la fin des années 1990 qui recours à "l'enquête ouvrière". Cette pratique théorique est reprise par la revue américaine Viewpoint

5. voir DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE

6. voir VI. LA SUBJECTIVATION RÉVOLUTIONNAIRE, liens organiques, activités communistes, "utopie concrète"...

7. voir AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, contre l'autonomie, une vision renouvelée


8. cf. Le capitalisme est incompatible avec la survie de la planète, L'Humanité 28 août 2017


Shocked

ce nouveau sujet s'inscrit dans la série entreprise en juillet dernier pour mettre à jour mes considérations :

- COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)
- PENSER LA RÉVOLUTION vers LA COMMUNAUTÉ HUMAINE
- AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, contre l'autonomie, une vision renouvelée
- COMMUNISME : chemins de traverse



Dernière édition par Patlotch le Sam 16 Sep - 2:23, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: 5. LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?   Mer 30 Aoû - 9:59


1. ce que n'est pas la classe communiste de la révolution

1) outre de n'être pas le prolétariat sujet révolutionnaire, la classe communiste de la révolution :

- n'est pas le parti-classe au sens du Manifeste

Marx&Engels a écrit:
Cette organisation du prolétariat en classe, et donc en parti politique, est sans cesse détruite par la concurrence que se font les ouvriers entre eu


- n'est pas la classe qui se constitue en parti, comme dans la vision de Dangeville proche du Manifeste :

Citation :
Parvenu au stade de sa constitution en classe, donc en parti — non seulement objectivement, économiquement, en soi, mais pour soi, c'est-à-dire en étant conscient de son existence, de ses intérêts et de ses buts propres, en opposition à toutes les autres classes —, le prolétariat... [...]

avant de se constituer en classe dominante en conquérant le pouvoir politique, le prolétariat doit se constituer en classe autonome, donc en parti distinct, avec son programme et ses buts propres. Dans ce parti ouvrier, les niveaux de formation, d’ancienneté, les capacités, la disponibilité, la force des individus varient considérablement, et il ne peut en être autrement dans cette société de classes, surtout quand il s’agit de la classe la plus basse et de la plus exploitée.

Le parti de classe selon K. Marx et F. Engels

- n'est pas le parti au sens bordiguiste
Bordiga a écrit:
Les thèses sur le rôle du Parti Communiste dans la Révolution prolétarienne adoptées par le Second Congrès de l'Internationale Communiste , qui sont véritablement et profondément inspirées de la doctrine marxiste, prennent pour point de départ la définition des rapports entre parti et classe, et établissent que le parti de classe ne peut comprendre dans ses rangs qu'une partie de la classe, jamais sa totalité, ni peut-être même sa majorité.

Le concept de classe ne doit donc pas nous suggérer une image statique, mais une image dynamique. Quand nous découvrons une tendance sociale, un mouvement dirigé vers un but donné, alors nous pouvons reconnaître l'existence d'une classe au vrai sens du terme. Mais alors existe, d'une façon substantielle sinon encore formelle, le parti de classe.

Parti et classe, Amadeo Bordiga, 15 avril 1921

- n'est ni le parti léniniste, trotskiste... ni les Conseils ouvriers plus ou moins articulés à un parti (Gorter, Luxembourg, Pannekoek... avaient des points de vue différents sur cette question)

certes, pour Marx dans Le Manifeste, « Les communistes ne forment pas un parti distinct opposé aux autres partis ouvriers. Ils n'ont point d'intérêts qui les séparent de l'ensemble du prolétariat. », et par conséquent les conceptions ci-dessus s'en éloignent par la constitution du parti communiste comme organisation séparée, avec tout ce que cela supposera d'articulations à trouver entre le parti et la classe, telles que posées par tous les courants communistes, du léninisme au trotskisme et à la gauche communiste des Conseils ouvriers (1)

- n'est pas un ensemble fermé d'individus que définirait une identité communiste permanente acquise une fois pour toutes

le mouvement communiste se définit par des activités communistes plus que par les individus identifiés comme le composant (2). De même, l'avant-garde c'est tous ceux qui font, et l'organisation celle des activités. Les un.e.s font tous les jours, les autres quand ça les prend. Dans la classe communiste, on entre et l'on en sort aux rythmes de sa contribution, et parfois de son opposition

2) tout cela nous oriente vers une constitution en classe communiste fonction d'activités davantage qu'une composition sociologique, voire de classes en soi telles qu'on cherche à définir le prolétariat comme révolutionnaire, les classes moyennes comme contre-révolutionnaires, et l'interclassisme sur cette base (3)

dans mon approche, on voit que l'interclassisme concerne aussi des activités davantage que des catégories sociales : ce sont les activités qui s'opposent aux activités communistes de constitution en classe pour faire la révolution, et bien que cette définition frise la tautologie, elle nous suffira à ce stade

3) si nous considérons les activités féministes ou écologiques révolutionnaires, nous voyons bien qu'elles peuvent être le fait de femmes ou d'individus qui n'appartiennent pas au prolétariat ouvrier ni aux couches sociales les plus dépourvues, sans qu'elles et ils aient à abandonner une « position structurellement contre-révolutionnaire », qui serait machiste ou pollueuse par essence. Nous voyons à l'inverse bien des prolétaires très loin de devenir révolutionnaires dans ces domaines-là, et de même concernant les activités décoloniales, étant donné que ceux et celles qui sont victimes du racisme ne sont pas que des prolétaires

ainsi ma conception de la classe communiste de la révolution serait-elle interclassiste et contre-révolutionnaire aux yeux des tenants de la révolution prolétarienne universelle, ce qui, du point de vue de ma définition, est un non-sens logique

au moins permet-elle de sortir de complexes d'appartenance à la mauvaise classe (moyenne voire bourgeoise) et d'une certaine schizophrénie des révolutionnaires réels ou auto-proclamés qui n'appartiennent pas au prolétariat : Marx et Engels n'avaient pas de ces scrupules...

notes :

1. cf. AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, contre l'autonomie, une vision renouvelée

2. cf ici, 2016 VI.2. le sujet révolutionnaire, classe de la communisation, n'est pas une somme d'individus et VI. 3. le sujet révolutionnaire se définit comme ensemble de ses activités... communistes

3. par exemple dans l'émission de radio de Sortir du capitalisme : Entre Macron et Mélenchon, les classes moyennes salariées :


Citation :
Les classes moyennes salariées peuvent parier sur un cheval néolibéral (Macron) ou un cheval altercapitaliste (Mélenchon), elles n’en sont pas moins globalement des défenseuses du capitalisme, du compromis capital-travail, de l’Etat et de sa classe politique, et cela alors même qu’elles se prétendent des représentants des classes populaires lorsqu’elles mènent leurs luttes soi-disant anticapitalistes (Occupy, Nuit Debout, etc.). Cette position structurellement contre-révolutionnaire n’est pas un effet du hasard, mais découle de leur rôle d’encadrement du prolétariat et du procès de production capitaliste, ce qui leur confère un sursalaire et une autorité, assurant leur fidélité au capital et son Etat en même temps que leur séparation d’avec l’ensemble du prolétariat. Loin de se contenter d’une dénonciation rituelle de l’interclassisme, cette émission vise à une analyse radicale des classes moyennes salariées et son rôle contre-révolutionnaire en tant que classe, mais dont des membres peuvent devenir révolutionnaires

on ne doute pas que ces beaux parleurs sont de tels membres... mais de leur capacité à expliquer cet abandon par certains d'une « position structurellement contre-révolutionnaire », et de celle à montrer comment le prolétariat serait lui structurellement révolutionnaire, alors qu'il ne le manifeste plus depuis des décennies, et nombre d'exemples donnés par l'émission remontent aux années 1920...


2. La classe communiste produit sa théorie révolutionnaire par ses activités

en délaissant la composition sociologique de la classe révolutionnaire, et en considérant que peuvent y participer des individus provenant de couches sociales au-delà de la division intellectuelle et sexuelle du travail, nous n'avons plus à nous tourmenter pour savoir qui lui apporte les connaissances révolutionnaires, comme au prolétariat ouvrier pour toutes les conceptions à ce jour, avec le problème de l'éducation tel que posé par Lénine, Pannekoek... ou sorti par la porte par Théorie Communiste avec son concept de luttes théoriciennes pour entrer par la fenêtre de l'intervention théorique à recoller avec des activités prolétariennes qu'ils n'ont pas, ou font mine d'avoir avec les activistes "pratiques" de quasi révolutionnaires professionnels (1)

de même, j'éviterai la posture professorale des universitaires de revues et colloques, dont je ne suis pas, pour "penser l'émancipation" à la place de ceux et celles qui n'y participent pas



à cet égard, ce sujet pas plus qu'un autre ne prétend distiller la science de la révolution à qui en serait dépourvu. Il propose un cadre pour penser par soi-même et y inscrire éventuellement ses activités loin de normes militantes et idées reçues

Marx disait que « les individus sont toujours partis d'eux-mêmes », et c'est en partant d'eux-mêmes que des individus constitués en classe feront la révolution sans dieu ni maîtres. Je ne suis pas le premier à l'affirmer, mais je préférerais ne pas y déroger par une pratique théorique contredisant ce principe à la première occasion. J'apporte ma contribution sans fausse modestie en toute conscience qu'elle est bien faible, mais sans la considérer inutile



ma conviction est que bien des choses vécues n'ont pas besoin d'être formulées théoriquement, que le faire n'est qu'un besoin des intellectuels qui ne les font pas, mais sont persuadés d'apporter quelque chose de plus à qui le fait. Cela ne signifie pas que je considère la théorie inutile, puisque je m'en sers moi-même, mais qu'elle se donne bien du mal pour produire peu de fruits : qui les mange quand ils sont peu appétissants voire indigestes et ne répondent guère qu'aux besoins de théoricien.ne.s de combler leur manque ou ceux de leurs adeptes ?

les activités communistes, on les apprend en faisant, comme toute praxis collective improvisée qui nécessite des connaissances qu'on oublie dans l'action. Cela va de pratiques professionnelles au sport ou à la musique, car la lutte ne s'écrit pas sur une partition, et la transcrire post festum, c'est déjà trop tard, de l'histoire ancienne pour bibliothèques

notes

(1) cf 2014 le primat des luttes 'théorisantes' sur la théorie : inverser la perspective et depuis 2015 THÉORICISME : on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer

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MessageSujet: Re: 5. LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?   Mer 30 Aoû - 15:29


3. la constitution de la classe communiste n'est pas convergence organisationnelle
ni compromis devant une contradiction principale

1) on voit bien que les circonstances actuelles sont peu favorables à l'émergence d'une classe communiste idéale portant toutes les dimensions émancipatrices que j'ai dites

il ne s'agit pas seulement de "fragmentations" du prolétariat, qui ne suivent au demeurant que la concurrence que leur impose celle entre capitalistes d'une même branche ou de divers pays

si les salariés d'un pays sentent leur emploi menacé par les immigrés de plus en plus nombreux, c'est dans beaucoup de cas une vision réaliste, n'en déplaise aux bonnes âmes gauchistes. Il ne s'agit pas de légitimer le racisme qui en découle, mais pas non plus de considérer que ça n'a pas d'effets délétères objectifs, non pas produits par la seule propagande capitaliste et étatique nationale ou des pays riches de la "communauté internationale", mais idéologie inhérente à la concurrence inter-capitaliste même, et à la rapacité du capitalisme occidental à l'origine d'une grande partie de ces migrations contraintes



les luttes écologistes se heurtent à la production industrielle polluante, patrons et salariés réunis, et premières remettent en cause l'emploi dans la seconde. Cela reste un conflit au sein du capitalisme, comme le montre le capitalisme vert et son idéologie politique (Hulot au gouvernement de Macron-Philippe dans le bras de fer entre rente énergétique des énergies fossiles et énergies renouvelables)

les luttes féministes jettent un trouble dans la lutte de classe prolétarienne, et les luttes décoloniales dans l'appartenance de classe; les luttes féministes et décoloniales sont un mixte des deux, qui légitime une double non-mixité, de sexe et de race

2) mais il n'y a pas d'alternative ou de raccourci

n'y voir qu'un handicap à la "convergence des luttes", et y répondre par celle des organisations ou leurs alliances sur le terrain de la démocratie politique, ne fait pas avancer le schmilblick de contradictions inhérentes à la période actuelle, dans la double crise du capital et de l'Occident, que ne sauraient pas davantage résoudre des gouvernements de gauches radicales plus ou moins populistes

à l'inverse, n'y voir qu'entreprises communautaristes identitaires relève d'une mauvaise appréciation, le plus souvent par eurocentrisme, et d'une incapacité à penser dialectiquement le dépassement d'identités de luttes transitoires (1)

3) le problème est donc l'émergence de conjonctures (2) dans lesquelles surgit la nécessité concrète d'aller plus loin, pour produire dans et par la lutte les dépassements de ces contradictions ou postures identitaires quand elles se sclérosent au stade de la reconnaissance d'une communauté d'intérêts sans s'attaquer à leur production par le capitalisme

ces conjonctures ne se créent pas comme des situations à construire, au sens situationniste, par des minorités agissantes et porteuses de la bonne parole communiste de toutes les dominations. Elle seront produites dans la crise par les limites mêmes du discours sur la convergence et son échec politique déterminé par la dure loi de l'économie concurrentielle, ce qui suppose des affrontements ne faisant pas de celle-ci l'alpha et l'oméga de la lutte communiste



personne, hors des intellectuels moralistes, ne va se battre au nom de "l'intersectionnalité classe-genre-race" (3), ce qui serait réservé aux femmes noires ou beurres partant d'elles-mêmes comme individus séparés et réunis dans une communauté d'étroite perspective. Par contre, les travailleuses domestiques, sans être afroféministes*, sont le plus souvent dans le monde - et pas seulement en Occident -, des femmes prolétaires immigrées ou d'origine extérieure au pays où elles travaillent, avec la triple peine de l'exploitation (conditions de travail et salaires de misère), du harcèlement sexuel et du racisme ou de la xénophobie (4)

*

Wendie Zahibo a écrit:
Idéalement, j’aimerais dire que je suis “simplement féministe” et idéalement le Féminisme avec un grand F devrait considérer toutes ces questions que l’afroféminisme prend aujourd’hui en compte : questions raciales, de genre, sociale. Je considère que le Féminisme devrait être égal à l’afro féminisme + sino féminisme + arabo féminisme + indo féminisme + musulmano féminisme etc.

Malheureusement, ce n’est pas le cas actuellement. Et c’est la raison pour laquelle l’afro féminisme doit exister pour combler les manquement de ce féminisme occidental qui a bien du mal à prendre en compte toutes les voix, toutes les femmes de notre société actuelle. L’afroféminisme est simplement une réponse forte et intelligente donnée par les femmes noires au féminisme occidental ethnocentré. C’est une réappropriation du discours, de la parole et des actions. C’est une volonté de se faire entendre...

Interview de Wendie Zahibo, auteure de Reines des Temps Modernes, Afrofeminista 12 janvier 2017

cela ne signifie pas qu'il faudrait remplir la triple condition de prolétaire exploité, femme dominée et de victime du racisme pour participer à la lutte de classe communiste, sans quoi autant l'exiger de chacun qu'il cesse d'être un homme (5) et que chacune soit en même temps écologiste et trie les déchets divers et avariées qu'on trouve dans les corbeilles à papier des bureaux de l'encadrement du monde entier

faudrait-il que chacun.e abandonne des particularités et singularités qui ne tiennent pas qu'au capitalisme ou au patriarcat pour participer à une révolution communiste ? Ce serait bien mal concevoir le dépassement de l'individualisme dans la civilisation occidentale capitaliste, mais ce sera l'objet d'un autre commentaire

notes

1. voir 18 juin 2014 abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus

Temps Critiques entre autres n'y voit que « replis identitaires » et stigmatise particulièrement « le « nous » des identitaires et autres communautaristes » dans L’être humain est la véritable communauté des hommes, à propos des attentats parisiens, février 2015. Pourtant l'on ne voit guère comment peut se construire le sujet de leur révolution à titre humain s'ils ont une telle conception dialectique des dépassements. Il n'y aurait aucune légitimité à l'auto-organisation des luttes de ces catégories sociales : c'est l'universalisme des Lumières qui a libéré les Noirs de l'esclavage ?

2. j'emprunte à Roland Simon, de Théorie Communiste, le concept de conjoncture qu'il lui-même repris de Lénine et Althusser, et je mets conjonctures au pluriel, tant il est évident qu'il devra s'en produire plusieurs avant d'arriver, si c'est le cas, à une conjoncture révolutionnaire mondiale

Citation :
Une conjoncture est aussi une rencontre de contradictions qui avaient leur propre cours et leur propre temporalité, n’entretenaient entre elles que des relations d’interactions : luttes ouvrières, luttes étudiantes, luttes des femmes, conflits politiques à l’intérieur de l’Etat, conflits dans la classe capitaliste, cours mondial du capital, reproduction de ce cours dans une aire nationale, idéologies dans lesquelles les individus menaient leurs luttes. La conjoncture est le moment de ce carambolage des contradictions, mais ce carambolage prend forme selon la détermination dominante que désigne la crise qui se déroule dans les rapports de production, dans les modalités de l’exploitation. La conjoncture est une crise de la détermination autoreproductrice des rapports de production qui se définit par une hiérarchisation déterminée et fixe des instances du mode de production.

Tel quel Le moment révolutionnaire comme conjoncture TC n°24 2012

3. voir critiques et discussions de l'INTERSECTIONNALITÉ "CLASSE-GENRE-RACE"

4. cf DOMESTIQUES (travailleuses et travailleurs) / DOMESTICS WORKERS / Servants

5. il est vrai que certains y ont pensé et déchaîné, en territoire d'abolition du genre, les passions tristes dans un échange des plus acadabrantesques




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Patlotch



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MessageSujet: Re: 5. LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?   Mer 30 Aoû - 18:24


4. et la classe ouvrière, elle compte les points ?

Patlotch : - je sens pointer une objection de la part de lutteurs ouvriers et de leur représentants théoriques, qui se sentent privés de leur mission historique. Écoutons leur porte-parole

AliBlabla : - Maître Patlotch noie le bébé de la lutte de classe ouvrière véritable dans une phraséologie qui la contourne pour lui substituer une énième resucée de l'alternative interclassiste frayant avec les féministes de préférences colorées !

Patlotch : - hé ben dis donc, gamin, t'es en forme. Tu rentres de vacances ? Je n'en ai pas pris : je suis triste en vacances. Mais si tu lis tes cours à la fac comme mes écrits pourtant limpides, je comprends pourquoi tu y joues les prolongations

AliBlabla : - C'est cela, on est pas d'accord donc on a rien compris. Réponds plutôt à ma critique !

Patlotch : - que la révolution ne soit plus définie comme universelle et prolétarienne ne signifie pas que le prolétariat n'y jouerait aucun rôle. Encore faut-il savoir ce qu'on entend par prolétariat. De deux choses l'une, soit il est la classe productrice de plus-value, et dans ce cas il faut y inclure des cadres, ingénieurs ou techniciens que leur (sur)salaire fait appartenir à la classe moyenne salariée (1), soit il s'étend des ouvriers aux employés et d'une façon générale aux bas salaires et à la classe moyenne prolétarisée, mais dans les deux cas on ne peut avoir une critique de la classe moyenne comme « structurellement révolutionnaire » (2), et il est difficile, au vu de ses activités depuis plusieurs décennies, de considérer que la classe ouvrière, dite prolétariat, est révolutionnaire

AliBlabla : - Tu dis que le prolétariat « joue un rôle » dans ta révolution communiste. Lequel ?

Patlotch : - l'expression était mal choisie, le prolétariat y joue sa peau, tout simplement, si on le prend comme la catégorie de ceux qui n'ont que leurs chaînes à perdre. La classe communiste de la révolution ne se réduit plus au prolétariat ouvrier

AliBlabla : - Ben tu vois, tu utilises forcément le concept de prolétariat...

Patlotch : - je ne l'ai pas évacué, j'ai questionné la nécessité théorique d'abandonner le prolétariat comme concept d'un sujet révolutionnaire (30 juillet)

ALiBlabla : - Alors ils font quoi, les vrais prolos, dans ta révolution communiste ?

Patlotch : - ils partent d'eux-mêmes comme individus, de leurs vies de merde, pour en déduire qu'ils n'ont rien à perdre à tenter de foutre ce système en l'air. En ceci, ils ne sont pas plus 'concernés" mais sur des bases différentes que d'autres, dont ils ne se prennent pas pour l'avant-garde que toi et tes camarades, qui n'en sont pas, voient en eux. Bref ils se constituent en classe, mais ils ne sont plus tous seuls, et c'est tant mieux

cela dit, ils ont des atouts : sans eux aucun rouage ne tourne (2)... ce qui est le cas au demeurant de beaucoup qui ne produisent aucune plus-value : des patrons d'entreprises de poids lourds peuvent provoquer un 'blocage' de l'économie, des paysans peuvent bloquer, de semi-fonctionnaires de la SNCF ou de la RATP peuvent bloquer, ce qui ne fait pas d'eux le fer de lance de la révolution : de telles luttes ne sont certes pas communautaristes, mais corporatistes, avec leurs prolongement lobbyistes dans les syndicats et au parlement : nombre de députés macronistes de En marche appartiennent aux catégories sociales qui peuvent 'bloquer'...



AliBlabla : - Tu mélanges les patrons et leurs employés ? Je croyait que pour Marx, les salariés des transports appartenaient à la classe ouvrière productive...

Patlotch : - c'est encore et parfois vrai, mais il n'empêche que patrons et salariés peuvent avoir les mêmes intérêts immédiats contre la concurrence dans la branche 'chez nous' ou venant d'autres pays. Dans ce cas, tes prolos de la véritable classe ouvrière, les communistes les emmerdent, c'est comme ça

notes

1. je fais allusion ici au texte : Le ménage à trois de la lutte des classes Episode 2 : Pour une théorie de la classe moyenne salariée Hic Salta Mai 2017. Cela dit Bruno Astarian répond le 3 juillet à Jacques Wajnsztejn que « La distinction travail productif/improductif est transversale sur les deux classes prolétariat et classe moyenne salariée »

2. je me réfère ici à l'émission de radio de Sortir du capitalisme : Entre Macron et Mélenchon, les classes moyennes salariées où l'on débat entre autres du texte visée en note 1, signé de B.A. (Bruno Astarian) et R.F.

3. allusion à Sans toi aucun rouage ne tourne Des agents du chaos, SIC n°2 janvier 2014



5. dans le processus révolutionnaire,
la classe communiste absorbe et dissout le prolétariat ?

il va toutefois se poser une question dans ma définition d'une classe communiste : est-elle aujourd'hui apparue, c'est-à-dire constituée, au sens où toute classe, avant de devenir révolutionnaire, se constitue ? Je rappelle l'exemple de la bourgeoise selon Marx :

Marx a écrit:
Dans la bourgeoisie, nous avons deux phases à distinguer : celle pendant laquelle elle se constitua en classe sous le régime de la féodalité et de la monarchie absolue, et celle où, déjà constituée en classe, elle renversa la féodalité et la monarchie, pour faire de la société une société bourgeoise [se constituant dès lors en classe dominante]La première de ces phases fut la plus longue et nécessita les plus grands efforts. Elle aussi avait commencé par des coalitions partielles contre les seigneurs féodaux : on a fait bien des recherches pour retracer les différentes phases historiques que la bourgeoisie a parcourues, depuis la commune jusqu'à sa constitution comme classe.

Misère de la philosophie, chap. II, « La Méthode », 7e observation, 1847
note de Dangeville dans Le parti de classe
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pour le dire autrement, cette classe, avant de devenir une classe pour soi susceptible de faire la révolution, existe-t-elle en soi ?

je porte ici ma réflexion au niveau de la généralité de ce qu'est une classe dans l'histoire pour poser cette question qui conditionne la validité de mon hypothèse selon laquelle une classe nouvelle en formation remplacerait tout en l'absorbant le prolétariat révolutionnaire de Marx et des marxistes. Autrement dit, le mouvement serait inverse de celui conçu par Théorie Communiste


Le pas suspendu de la communisation BL 2009 / SIC 2011
BL/TC a écrit:
La classe se reconnaît elle-même comme divisée et diverse pour s’abolir ; l’abolition du prolétariat comme dissolution des autres classes implique le besoin interne pour le prolétariat de ces autres classes, de les absorber en les dissolvant, en même temps que la contradiction avec elles. La communisation vit constamment dans les conditions de sa sclérose.

dans ma vision, c'est la classe communiste se constituant dans des luttes multiples contre le capital qui absorberait le prolétariat en le dissolvant en elle-même, et « en même temps la contradiction » de l'exploitation et les dominations qui la conditionnent

l'intérêt de cette hypothèse est que le caractère révolutionnaire de la classe communiste n'apparaîtrait plus comme chez TC comme un mouvement purement abstrait, un jeu de mot dialectique sur l'auto-transformation/abolition du prolétariat et de toutes les classes par lui-même, mais plus concrètement l'aboutissement et le dépassement d'un mouvement engagé dès maintenant dans le capitalisme actuel, ce qu'il s'agirait donc de (dé)montrer. On en mesure l'enjeu plus que théorique

à cet égard, il n'est pas inutile de lire comment le concept de classe a été repris et modifié par Marx, en « un double sens l'un générique, l'autre spécifique », nous dit Maurice Godelier. Cette distinction n'est pas celle de la classe pour soi et en soi, mais la recoupe

un autre intérêt de cette lecture est la recension par Godelier du terme de classe dans l'œuvre de Marx, alors qu'on cite le plus souvent les phrases les plus connues en les sortant de leur contexte, comme celle du Manifeste : « L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes », avec cette note d'Engels pour l'édition anglaise de 1888 : « Ou plus exactement l'histoire écrite. En 1847, l'histoire de l'organisation sociale qui a précédé toute l'histoire écrite, la préhistoire, était à peu près inconnue .» L'anthropologue nous éclaire :


lecture

Ordres, classes, Etat chez Marx
Actes du colloque de Rome (18-31 mars 1990)










[...]

(discussion à suivre)

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 5. LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?   Jeu 31 Aoû - 14:44


6. assistons-nous à la constitution en classe d'une future classe révolutionnaire ?
l'histoire comme lutte de classes est longue
restructuration du capital => restructuration des classes

reprenons des passages de Marx, cités par Godelier concernant la constitution en classe de la bourgeoisie, au besoin augmentés d'autres dans les textes convoqués

Marx a écrit:
L'idéologie allemande

Ce n'est que très lentement que la classe bourgeoise se forma
à partir des nombreuses bourgeoisies locales des diverses villes.

deux passages plus bas non cités par Godelier :
La bourgeoisie elle-même ne se développe que petit à petit en même temps que ses conditions propres; elle se partage à son tour en différentes fractions, selon la division du travail, et elle finit par absorber en son sein toutes les classes possédantes préexistantes (cependant qu'elle transforme en une nouvelle classe, le prolétariat, la majorité de la classe non-possédante qui existait avant elle et une partie de la classe jusque-là possédante. Note : Elle absorbe d'abord les branches de travail relevant directement de l'État, puis toutes les professions plus ou moins idéologiques)

En général, elle créa partout les mêmes rapports entre les classes de la société et détruisit de ce fait le caractère particulier des différentes nationalités. Et enfin, tandis que la bourgeoisie de chaque nation conserve encore des intérêts nationaux particuliers, la grande industrie créa une classe dont les intérêts sont les mêmes dans toutes les nations et pour laquelle la nationalité est déjà abolie, une classe qui s'est réellement débarrassée du monde ancien et qui s'oppose à lui en même temps.

cité par Godelier
Du seul fait qu'elle est une classe et non plus un ordre, la bourgeoisie, est contrainte de s'organiser sur le plan national, et non plus sur le plan local, et de donner une forme universelle à ses intérêts communs.

Misère de la philosophie
On a fait bien des recherches pour retracer les différentes phases historiques que la bourgeoisie a parcourues, depuis la commune jusqu'à sa constitution en classe.

Le Manifeste
La bourgeoisie, nous le voyons, est elle-même le produit d'un long développement, d'une série de révolutions dans le mode de production et les moyens de communication.

pour Marx, la constitution en classe de la bourgeoisie est donc allée « très lentement... petit à petit... elle finit par absorber en son sein toutes les classes possédantes préexistantes... est contrainte de s'organiser sur le plan national, et non plus sur le plan local, et de donner une forme universelle à ses intérêts communs, elle a parcouru différentes phases historiques jusqu'à sa constitution en classe... elle est le produit d'un long développement, d'une série de révolutions...»

sommes-nous en train d'assister à une telle formation historique longue d'une classe qui deviendrait un jour classe de la révolution communiste ?

nous voyons bien un tel schéma s'écrire politiquement aux yeux de ceux qui souhaitent la convergence de tous les dominés, mais cette idéologie se fondent-elle sur une restructuration des rapports entre classes non capitalistes ? Le démocratisme radical à l'heure de l'altermondialisme, dans la décennie 1995-2005, a-t-il été l'idéologie de rapports nouveaux entre les classes prolongeant l'internationalisme prolétarien défait dans les années 1970, alors que celui-ci fut un siècle durant, via les Internationales communistes, le produit de réalités massives dans la lutte de classe entre capital et prolétariat ?

en l'état des luttes actuelles, nous ne pouvons répondre définitivement ni par oui, ni par non, mais quoi qu'il en soit, c'est dans la nouvelle restructuration du capitalisme (1) qu'il nous faut étudier la question

1. j'ai défini cette nouvelle restructuration le 9 juin, ici :

Patlotch a écrit:
nécessité historique, pour le capital global, de résoudre sa crise économique et politique en même temps que l'Occident doit résoudre la sienne... montée du capitalisme vert... luttes décoloniales... processus qui voit la fin de la suprématie occidentale dans le capitalisme mondial et les conditions d'une nouvelle répartition des intérêts de classes qui invite à redéfinir leur conception marxienne... l'universalisme prolétarien eurocentré est trop lourd pour appréhender tous les aspects actuels de ces bouleversements

par ces caractéristiques de niveau civilisationnel cette restructurationelle prolonge et dépasse celle engagée depuis près d'un demi-siècle telle que la voit Théorie Communiste :

Fin de parti(e) 16 octobre 2013
Citation :
Nous ne pen­sons pas qu’une période nou­velle s’ouvre, période de restruc­tu­ra­tion, mais une sous-période de cette crise dans laquelle ce sont des conflits essen­tiel­le­ment déter­mi­nés par les carac­té­ris­tiques de la phase du MPC [mode de production capitaliste] entrée en crise qui éclatent.

l'histoire est longue et d'une crise en sort une autre, elles s'engrènent tant et si bien que la nouvelle emporte la précédente en repoussant vers d'autres ses contradictions, sans les résoudre mais en relançant le processus d'accumulation de la valeur, donc la survie du mode de production capitaliste pour une durée imprévisible. Je vois dans l'entêtement de TC sur sa restructuration du capitalisme définissant l'ultime cycle de lutte avant la révolution/communisation l'autre face de son universalisme prolétarien, les deux faces de son déterminisme, en quoi il est vrai je rejoins Temps Critiques. Il me faudra donc revenir sur ce qui rapprocherait et différencierait ma conception classiste de la leur, « une tension entre l'individu et la communauté humaine... une tension à la fois dialectique, politique et historique » (JW 6 avril 2017, ici)

je rappelle ici que si je m'en prends à l'universalisme prolétarien de la théorie de la communisation - à Théorie communiste en particulier -, et à sa conception d'une révolution à titre prolétarien, c'est parce qu'elle représente le plus haut niveau théorique de la critique marxiste. En la critiquant, nous critiquons de surcroît toutes ses variantes, des plus fossiles aux plus édulcorées dans lesquelles disparaît la lutte de classes même et l'idée d'une révolution nécessaire, celle que précisément je conserve... avec les 'communisateurs' et les tenants d'une révolution à titre humain comme Temps Critiques (au vrai je n'en connais pas d'autres)

en ceci, je prolonge indéfiniment mon texte de 2006 Communisation, troisième courant, où j'écrivais en introduction :

Citation :
A partir des thèses de Théorie communiste, la revue Meeting se fonde en 2003 sur l'existence d'un « courant communisateur ». Renvoyant dos à dos la « révolution à titre strictement prolétarien » de ce groupe, et « la révolution à titre humain » de Temps critiques, le texte ci-dessous ébauche les éléments d'une approche théorique différente. Par sa conception dialectique, il n'entre pas dans les classifications précédentes et s'il s'appuie sur leurs travaux, il n'en est pas un syncrétisme. Il définit, pour théoriser la communisation, un troisième courant...

« La révolution communiste est une révolution totale. Révolution biologique, sexuelle, sociale, économique ne sont que des déterminations particulières ; en privilégier une c'est mutiler la révolution, qui ne peut être qu'en étant tout. » Jacques Camatte, mai 1973

depuis, Camatte a quitté ce monde de la lutte de classes et de la révolution communiste, et mon élaboration théorique a considérablement progressé

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 5. LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?   Jeu 31 Aoû - 17:16


7. la constitution d'une classe communiste révolutionnaire
se produit-elle dans une « tension de l'individu vers la communauté humaine » ?

discussion 'avec' Temps Critiques

comme dit plus haut, je reviens sur ce qui rapprocherait et différencierait ma conception classiste de celle de Temps Critiques, « une tension entre l'individu et la communauté humaine... une tension à la fois dialectique, politique et historique » (JW 6 avril 2017, ici), qui fonde leur vision d'une révolution à titre humain


1) la critique du sujet révolutionnaire prolétarien
comme critique de toute lutte de classe révolutionnaire


leur vision s'oppose à celle d'une révolution à titre prolétarien des marxistes en général et des théoriciens de la communisation en particulier, Théorie Communiste (TC) rabâchant
« la seule question à laquelle tout se résume » (Franchir le pas, TC n°23, 2010) que l'on trouve dans sa présentation permanente et intemporelle, Qui sommes nous ? :
Citation :
La question théorique centrale devient alors : comment le prolétariat agissant strictement en tant que classe de ce mode de production, dans sa contradiction avec le capital à l’intérieur du mode de production capitaliste, peut-il abolir les classes, donc lui-même, c’est-à-dire produire le communisme ?

je n'aime pas le concept de classisme puisqu'il se place généralement en opposition de visions féministes, écologistes, antiracistes... le classisme étant pour elles une discrimination parmi d'autres, celle fondée sur l'appartenance ou non à une classe sociale. Cela s'inscrit aussi dans l'intersectionnalité classe-genre-race caractérisée par son absence de structuration à dominante face au capitalisme comme tout

on peut considérer que le féminisme de Christine Delphy est classiste, puisqu'il pose le patriarcat comme "l'ennemi principal" (1970-2000), contre qui lutte « la classe des femmes ». Sa classe n'est donc pas non plus le prolétariat :


Citation :
Regards.fr : Toujours dans L’ennemi principal, vous n’hésitez pas à parler de la « classe des femmes ». Comment pensez-vous l’articulation entre classe et genre ?

Christine Delphy : Lorsque je parle de la « classe des femmes », j’emploie le mot « classe » au sens économique du terme. Le fait de former une classe dans ce mode de production domestique est un des nombreux traits du genre. Le genre est une construction sociale, qui partitionne l’humanité en deux catégories de personnes. Le genre prescrit quelle sera votre classe sociale, de la même façon que la race le prescrit aussi. Vous avez davantage de chance de vous retrouver dans une classe inférieure si vous êtes une femme, si vous êtes noire ou arabe... Grâce à l’influence des féministes américaines, qui ont découvert cela bien avant nous, on parle maintenant de la trilogie « classe, race, genre ». Cependant, le concept de classe des femmes n’a pas été beaucoup repris dans les théories féministes. Sans doute en raison de sa connotation marxiste, mais aussi parce qu’il semblait trop agressif envers les hommes.

Christine Delphy, une voix pour la révolution des femmes Regards 6 septembre 2011

je n'aime pas le concept de classisme mais le retourne et le reprends positivement, ma conception étant classiste au sens où elle revendique une lutte de classe dont la composition et la constitution déborde celle du seul prolétariat, comporte la lutte des femmes contre la domination masculine et le machisme structurel, la lutte de classe écologique radicale contre le capital destructeur de la planète...

en somme, ou les marxistes ont une classe prolétarienne, Delphy une classe féminine, et Temps Critiques n'en a pas, j'en construit une qui les englobe toutes, en raison même de la puissance du concept de classe repensé

j'ai posé la question titre de la façon qui me semble la plus ouverte, il y en aurait d'autres dont la réponse serait immédiatement négative, qui ne m'intéressent pas car elles évacuent la possibilité d'en débattre. Exemple : la lutte de classe communiste est-elle une tension individu-communauté ?

à cette question ma réponse a priori est « ça dépend, oui et non... ». Pour prendre leur abandon de la lutte de classe dans sa genèse chez Temps Critiques, je partirais d'un texte assez ancien de Temps Critiques En contrepoint : quelques remarques sur la lutte des classes, Jacques Wajnsztejn octobre 1993

on peut y lire


Citation :
1 — À l'origine de la définition des classes : classe ouvrière et prolétariat

Notons plusieurs approches au xixe. Proudhon part concrètement de l'analyse d'une fraction de classe, sous l'influence du mouvement des Canuts lyonnais. Ce mouvement lui servira de modèle dans sa vision d'une future société des producteurs. Marx, par contre, produit un concept de classe adéquat à sa vision du communisme. Il développe une vision assez idéaliste et réductrice d'une classe pure qui est révolutionnaire ou qui n'est pas. C'est en quelque sorte sa mission qui la fait exister même si ce sont ses conditions objectives qui la rendent porteuse de cette mission. Il expliquera la défaite de 1848 par le retard de la société, par le fait que la classe n'est pas encore assez « pure », qu'elle porte encore en elle l'ombre de la classe nourricière, la classe paysanne. Or pour lui, cette classe n'en est pas vraiment une car elle n'a pas d'unité ; elle n'est composée que d'individus additionnés mais non pas liés. C'est sur ce modèle de l'atomisation paysanne qu'il construira son concept de lumpen proletariat . Le lumpen est la classe ou la fraction de classe qui retombe dans l'atomisation, qui perd conscience de ses intérêts et de la nécessité de la solidarité. C'est la classe ou la fraction de classe qui ne correspond pas à son essence !

Ce n'est peut-être pas par hasard si Marx n'a pas vraiment développé une théorie des classes. Ce qui semble l'intéresser dans ses écrits sur les classes en France, se sont les luttes de classes et après 1848, les luttes entre les diverses fractions de la bourgeoisie ou entre celle-ci et l'aristocratie ou les propriétaires terriens. C'est peut-être pour cela qu'il se fera « surprendre » par La Commune.

l'important est que JW relève que Marx « produit un concept de classe adéquat à sa vision du communisme. Il développe une vision assez idéaliste et réductrice d'une classe pure qui est révolutionnaire ou qui n'est pas. » et qu'il « n'a pas vraiment développé une théorie des classes », ce que tempère quand même l'étude de Godelier en 1990, Ordres, classes, Etat chez Marx

parenthèse, il est frappant que je dise la même chose quant à la définition du prolétariat par les théoriciens de la communisation, qu'elle est adéquate à leur vision de la communisation (1) : « appeler prolétariat le sujet révolutionnaire n'est chez les communisateurs qu'un moyen de sauver la révolution à titre prolétarien jusqu'au bout » et par conséquent, avec quelques variantes, ils le définissent sur mesure de leur besoin théorique. La différence, c'est que Marx avait bel et bien sous les yeux un sujet actif dans des révolutions effectives même si elles n'aboutissent pas

Wajnstejn critiquant chez Marx « une vision assez idéaliste et réductrice d'une classe pure qui est révolutionnaire ou qui n'est pas » ferme ce que voyait chez lui Lazarus, la classe communiste catégorie de possible. Laissons de côté « scientifique » mais gardons « politique »:


Sylvain Lazarus a écrit:
Scientifique et possible étant chaînés dans l'histoire, le placement, dont la classe communiste est la catégorie, introduit à la catégorie de possible. C'est un possible descriptif d'une part et un possible scientifique d'autre part, ce qui permet la double inscription du possible, à titre scientifique et politique. C'est le placement qui fonde le caractère essentiel et militant de l'histoire des classes, de leur base économique.

Anthropologie du nom, Serge Lazarus, 1996

poursuivons la lecture de JW

Citation :
Peut-on définir les classes en dehors de leur mouvement ? Je ne le pense pas. Proudhon a essayé de fixer une étape du processus en s'attachant à la fraction de classe (la figure du chef d'atelier canut) qui lui paraissait idéale pour construire une nouvelle société, mais en cela il négligeait le mouvement historique et d'autres fractions de classe. Marx, quant à lui, anticipait le mouvement historique. Mais en jugeant toutes les luttes de classes à l'aune de leur devenir dans le capitalisme achevé, il rejoignait, par un autre biais, l'analyse statique de Proudhon. Une troisième voie a aussi été tracée à partir d'une filiation hégélienne reprise par Marx parfois et surtout développée par le jeune Lucáks dans Histoire et conscience de classe. Celui-ci opère une distinction entre « classe en soi » et « classe pour soi ». Cette perspective a conduit les divers courants ultra-gauche qui se sont développés depuis les années 20, à séparer classe ouvrière (et réformisme) et prolétariat (et révolution). C'était une tentative de dépasser à la fois la conception de la classe comme essence et celle de la classe comme donnée. Toutefois ce mouvement souffre de n'avoir été finalement qu'un « mouvement des essences » et n'a pas subi une maturation suffisante dans la pratique historique.

2 — Aujourd'hui : de nouveaux mouvements sociaux, de nouveaux conflits.

Il n'y a plus de classes sociales au sens fort, c'est à dire des classes-sujets historiques. Si le terme est encore parfois conservé, c'est parce qu'il implique idéologiquement, aujourd'hui, un positionnement révolutionnaire (« lutte de classes ») ou qu'il fonctionne comme allusion ou référence à l'origine d'un mouvement dont on n'a plus que le souvenir (le mouvement ouvrier) [...]

Le problème est aujourd'hui celui d'une nouvelle agrégation des pratiques individuelles et collectives, des possibilités d'expression d'une tension positive à la communauté, à l'association. C'est ce mouvement qui seul pourrait dépasser l'ancien mouvement des classes et les limites de ce type de conflits.

Mais revenons à la notion de classe et à son emploi actuel. Pour certains, le capitalisme est ou reste une société de classe non pas au sens où il y aurait toujours deux grandes classes constituées et antagoniques, mais dans la mesure où la structuration particulière du capitalisme moderne rendrait les conditions matérielles de chacun, et particulièrement des plus défavorisés, dépendantes des décisions prises par les détenteurs de richesses. Mais n'est-ce pas confondre société inégalitaire et société de classes ? N'est-ce pas faire l'impasse sur les fonctions modernes de l'État et sur l'impossibilité qu'il y a à le réduire à une dimension de classe, à un État de la bourgeoisie ? N'est-ce pas oublier enfin que la plupart des grandes décisions se prennent au niveau macro-économique ou au niveau politique international et non dans les entreprises ?

De toutes ces approximations il ressort une complète indétermination de ce qui fait une classe, de son contenu, de ses contours. Certains peuvent ainsi passer sans problème de la notion d'ouvrier à celle de salarié ; de celle de salarié à celle de travailleur (sans dire un mot sur la question du travail productif, essentielle pourtant dans l'analyse marxiste des classes et de l'exploitation). D'autres assimileront ouvriers et employés à prolétariat, tout en reconnaissant qu'une fraction de la classe ouvrière est relativement privilégiée et ils lui demanderont de s'unir avec les exclus ou les précaires, etc. De cette exclusion, certains vont même déduire que les classes ne peuvent pas ne pas exister, que ceux qui ont parlé d'embourgeoisement de la classe ouvrière (Marcuse) prenaient leur désir pour la réalité ou jetaient le bébé avec l'eau du bain. Simplement, cette « classe » en reformation n'aurait pas encore trouvé sa conscience de classe et des pratiques adéquates à sa situation nouvelle.

je ne fais que citer ci-dessous les titres de chapitres, quitte à y revenir

3 — La définition de la classe bourgeoise et plus généralement de la classe dominante a toujours posé problème.

4 — Les erreurs théoriques :
a) la prolétarisation accrue.
b) La classe ouvrière en tant que mythe.
c) Le prolétariat conçu sur le modèle de la bourgeoisie.
Ce qu'a réussi la bourgeoisie, c'est à dire prendre le pouvoir en renversant l'ancien système, est projeté sur le prolétariat alors que la constitution de celui-ci ne correspond pas au modèle bourgeois. La bourgeoisie a été la seule véritable classe au sens fort et strict du terme car elle a été la seule à puiser en elle-même et sa conscience de classe, et sa vision-transformation du monde.

il s'agit bien pour nous comme pour Marx, du point de vue théorique abstrait, d'« anticiper le mouvement historique », et bien difficile de le faire en « jugent toutes les luttes de classes à l'aune de leur devenir dans le capitalisme achevé », car théoriser la révolution à titre humain sur la base d'une tension individu-communauté procède bien du même type d'anticipation

je partage ceci : « Il n'y a plus de classes sociales au sens fort, c'est à dire des classes-sujets historiques. Si le terme est encore parfois conservé, c'est parce qu'il implique idéologiquement, aujourd'hui, un positionnement révolutionnaire (« lutte de classes ») ou qu'il fonctionne comme allusion ou référence à l'origine d'un mouvement dont on n'a plus que le souvenir (le mouvement ouvrier) ». Si  quant à moi je conserve le terme de classe, c'est bien parce qu'il implique un positionnement révolutionnaire mais référence davantage à ce qu'est historiquement une classe, comment elle se constitue et devient révolutionnaire, qu'au seul mouvement ouvrier, c'est pourquoi je suis remonté à la vision générique que Marx en avait, et au possible révolutionnaire qu'elle a réalisé spécifiquement à travers l'histoire, dont la bourgeoise est effectivement un meilleur modèle que le prolétariat, comme l'écrit JW en 4.c

dans « il ressort une complète indétermination de ce qui fait une classe, de son contenu, de ses contours », je retrouve ma question : sommes-nous en train d'assister à une telle formation historique longue d'une classe qui deviendrait un jour classe de la révolution communiste ?. En serais-je à considérer que « cette « classe » en reformation n'aurait pas encore trouvé sa conscience de classe et des pratiques adéquates à sa situation nouvelle » ?

si je n'ai pas parlé de « conscience de classe », c'est que je préfère poser la question de la subjectivation révolutionnaire, et quant aux « pratiques » de cette classe, dont j'ai parlé en 2. comme d'activités la produisant comme communiste et révolutionnaire, j'écris en 3. les circonstances actuelles sont peu favorables à l'émergence d'une classe communiste idéale portant toutes les dimensions émancipatrices que j'ai dites

par conséquent, nous ne sommes pas sortis, 24 ans après ce texte, d'un constat relativement commun, la différence portant sur ce que nous attendons, sa forme et son contenu dépassant les mots que nous trouvons pour le dire, et l'interprétation différente de certains phénomènes, notamment la question des identités

l'enveloppe théorique de la tension individu-communauté (en passant, j'aurais mis individus au pluriel) me semble non fausse mais trop générale pour étudier sur les lignes particulières multiples dans lesquelles elle se présente la problématique d'une constitution en classe pluriverselle, pour reprendre la terminologie décoloniale, et là je rencontre mon différend avec Temps Critiques sur la conception dialectique des dépassements (2)

JW conclut son texte ainsi :


Citation :
Il était donc illusoire de concevoir le prolétariat comme le négatif potentiel ou déjà à l'œuvre du système capitaliste. Sa « mission » salvatrice ne pouvait réussir à partir de ses propres bases strictes. Ses racines ont certes aujourd'hui perdu du poids mais l'effet n'est pas celui attendu d'un plus d'autonomie mais de l'immersion dans la société du salariat. Croire le contraire aujourd'hui, ce serait transformer l'illusion en erreur.

tout ce texte est axé sur la critique du prolétariat comme sujet révolutionnaire, et l'idée d'une classe de la révolution constituée autrement que la classe ouvrière, ou même la bourgeoisie, n'est évoquée que sur le même modèle, forcément introuvable, c'est-à-dire qu'à partir de là, je ne peux pas y trouver de désaccord avec ma proposition, si ce n'est que pour moi, le prolétariat est toujours partie prenante, et l'évacuer évacue son exploitation sans laquelle il n'y a pas de mode de production capitaliste

ce qui n'est pas critiqué non plus par JW chez les marxistes, c'est le caractère universel de la révolution prolétarienne construit dans l'eurocentrisme qui affectait déjà les écrits de Marx (3), ceux aujourd'hui des théoriciens de la communisation, et ceux-là mêmes de Temps Critiques, dont l'humanité est si générale qu'elle passe la question sans se la poser


notes

1. abandonner le prolétariat comme concept d'un sujet révolutionnaire ? suite. Révolutionnaires, tous prolétaires ? 16 août 2017

2. cf DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE

3. cf MARX entre EUROCENTRISME PROLÉTARIEN UNIVERSEL et OUVERTURE D'AUTRES CHEMINS RÉVOLUTIONNAIRES


la page étant tournée de la critique du sujet révolutionnaire par excellence, unique en ses propriétés, le prolétariat, il me faudra poursuivre et approfondir avec des textes plus récents de 'Temps Critiques', le plus intéressant étant son élaboration positive d'un nouveau sujet révolutionnaire : l'individu vers la communauté humaine ?

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 5. LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?   Jeu 31 Aoû - 20:57


parenthèse
qui va manger qui ?

le 31 juillet dans un commentaire au texte de Hic Salta Ménage à trois de la lutte des classes Episode 1 : Vessies et lanternes, on trouve une variante inversée de l'absorption par le prolétariat de la classe moyenne, selon la vision de la communisation par BL/TC dans Communisation vs Socialisation, évoqué en 5.

gras dans le texte

Ben Malacki a écrit:
Pour conclure et si on va au bout de l’idée, je pense qu’il faut renverser la manière dont vous penser le problème : La classe moyenne est en réalité la partie du prolétariat qui a encore les moyens de s’identifier au capital. Elle ne peut alors que revendiquer un meilleur rapport capital/travail. Elle est donc transversale à l’ensemble du marché du travail. Le « non-travail » réalisé ou la surmarchandisation dans un cadre monopolistique de vente de la force de travail crée des secteurs où la classe moyenne est massivement présente, mais c’est conjoncturel.

« Le prolétariat est révolutionnaire ou il est classe moyenne ». Karlita Marx, L’idéologie germanique.

si je comprends bien, le capitalisme en subsomption réelle absolue va prolétariser toute la population mondiale à l'exception des valets de sa classe, ce qui est une façon simple de conserver le sujet prolétarien strict de TC, quand il ne pourra plus s'identifier au capital. C'est dit de façon amusante, toujours ça de pris...


8. la constitution d'une classe communiste révolutionnaire
se produit-elle dans une « tension de l'individu vers la communauté humaine » ?

discussion 'avec' Temps Critiques, suite

le point 7. a tourné la page de la critique du sujet révolutionnaire par excellence, unique en ses propriétés, le prolétariat. Il me faut maintenant chercher en quoi la tension de l'individu vers la communauté humaine est productrice d'un sujet révolutionnaire, que Temps Critiques n'appelle pas classe, mais...

2) la construction théorique d'une sujet de "la révolution à titre humain"

AliBlabla : - D'un TC à l'autre, après avoir été plus técéiste que 'Théorie Communiste', te voilà plus técéiste que 'Temps Critiques'...

Patlotch : - que veux-tu, je suis un grand sentimental

AliBlabla : - Ce qui fait toute ta classe...

Patlotch : - la classe communiste se passera de ton sentiment


Twisted Evil

en 7. je suis parti d'une texte de Temps Critiques de 1993 pour comprendre sa critique du sujet prolétarien révolutionnaire. Je pars ici d'échanges de 2017 sur le blog de Temps Critiques :

1) Classes/communauté humaine/révolution à titre humain, 6 avril 2017

Jacques Wajnsztejn a écrit:
J’ai aussi critiqué [de Marx] sa perspective de « l’individu immédiatement social » après y avoir adhéré pendant les années 70 parce que la lecture qu’on avait des Manuscrits de 1844 était justement une lecture qui posait l’identité du social et de l’individu (la Gemeinwesen est le véritable être ensemble des hommes), identité du rapport homme/nature et identité du rapport homme/homme, identité rompue par le développement des sociétés de classes qui produisent des médiations sur la base de la séparation entre individu et social qui serait finalement à la base de la naissance de la philosophie. Avec les textes de la maturité Marx passe de cette idée à la subsomption de l’individu sous les rapports sociaux. En conséquence, la révolution ne peut plus être à titre humain, mais seulement à titre prolétarien dans la mesure où le prolétariat concentrerait tous les torts du capitalisme et aucun en particulier, ce qui le pose implicitement en classe universelle dans la révolution même s’il est la classe particulière symbolisant l’exploitation capitaliste.

Evidemment  tout ce qui concerne la communauté humaine  nous a beaucoup inspiré (Guigou et moi), surtout dans l’interprétation qu’en a fait Camatte et la revue Invariance (la Gemeinwesen), mais nous avons toujours été un peu isolé sur cette question à l’intérieur de Temps critiques.

2) j'ai questionné l'auto-organisation révolutionnaire comme suppression des médiations entre individus et société, en 12. ici le 28 août, et j'ai évoqué le courrier de Jacques Wajnsztejn le 15 juillet 2017 dans La communauté humaine et la question des médiations

Citation :
Tu peux regarder tous nos textes sur la question des médiations et la critique de l’individu immédiatement social (par exemple, avec notre notion d’aliénation initiale, la critique de l’immédiateté). Mais pour prendre un exemple historique classique, Marx aborde ce point dans son analyse de la Commune. Pour lui la grandeur de la Commune réside dans cette capacité à créer sa propre médiation politique, qu’il appelle « la constitution communale » et non pas à vouloir s’emparer du pouvoir d’Etat comme le bolchévisme le théorisera. La Commune comme forme qui dépasse le formalisme dans la mesure où ce qui compte est son contenu, son opposition à la forme étatique et son action contre.

Marx essaie ici, premièrement, de définir plus concrètement la tendance vers la communauté humaine qu’il ne le faisait dans les Manuscrits de 1844 dont la vision de la communauté humaine, de la Gemeinwesen, est sous-tendue par sa vision du communisme comme réalisation d’un individu immédiatement social, c-à-d sans médiation entre individu et société parce que fondamentalement l’homme est identifié à son activité sociale et à ses rapports sociaux (ce que nous critiquons aussi à de nombreuses reprises ; deuxièmement, il prend ici le contre-pied de ses positions précédentes sur la disparition de la forme politique (« une révolution sans phrases » dans laquelle peu importe ce que chaque prolétaire pense parce que …) et le communisme comme « administration des choses » (cf. grosso modo, les positions actuelles dites « communisatrices »).

j'y ai discuté, entre les deux TC, trois problèmes, dont celui-ci :

Patlotch a écrit:
deuxième problème : « individus immédiatement sociaux »

cette formule de Marx pose des questions à tout le monde, Temps Critiques le dit, TC reconnaît qu'elle est problématique (BL montre sa contradiction), et moi je considère que si deux individus entre en relation, c'est encore un rapport, qu'il n'est pas immédiat, car toujours médié par ce qu'ils sont dans la société, dans la communauté. Ce qu'est un individu change du capitalisme à la société communiste, par l'auto-transformation intersubjective de tous les individus, qui les produit chacun comme étant des autres (L'INDIVIDU au-delà de L'INDIVIDUALISME => "Je est des autres" : COMMUNISATION)

je ne sais pas si ma pensée rejoint ici celle de Temps Critiques mais « l’homme identifié [par Marx] à son activité sociale et à ses rapports sociaux » renvoie à la 6e thèse sur Feuerbach affirmant que « l'essence de l'homme n'est pas une abstraction inhérente à l'individu isolé. Dans sa réalité, elle est l'ensemble des rapports sociaux. », elle-même problématique du moins par sa formulation, puisque s'il y a rapports sociaux, donc historiques, c'est qu'il ne s'agit pas d'une essence

dans les rapports inter-individuels de la société communiste, l'individu isolé n'existe pas, et encore moins si j'ose dire que dans le capitalisme. L'individu communiste est l'ensemble de ce qui le relie à la communauté humaine, société communiste, ce qui suppose de détruire les médiations du capitalisme (État, travail salarié, échanges de valeurs, échanges sexuels structurellement patriarcaux...) et de la politique (partis, élections, institutions capitalistes...)

la question de « l'individu immédiatement social » n'étant plus un obstacle, ni celle donc du pur sujet prolétarien, c'est au niveau collectif qu'il faut aborder les rapports antre activités d'individus non plus singuliers mais particuliers la possibilité de leur constitution en classe révolutionnaire sur la base de leur tension vers la communauté humaine. C'est pourquoi ai-je dit préférer individus au pluriel. C'est donc cette question qu'il me faut examiner dans les textes de Temps Critiques pour y cerner accords et désaccords

dans la première vague d'échanges, le 13 juillet :


Camille a écrit:
Une autre remarque : l’expression « à titre humain » (par opposition à « à titre historique ») figure en tout cas telle quelle dans la traduction que j’ai de l’Introduction à la critique de la philosophie du droit (c’est l’édition de chez Costes). J’ai trouvé tout ce passage très intéressant en tout cas : c’est quand la classe bourgeoise a été le moteur de l’histoire, c’est qu’elle avait réussi à représenter au moins en partie des intérêts plus vastes que les siens propres, mais en même temps ses revendications étaient posées « à titre historique » (en tant qu’ayant par exemple contribué au développement de l’industrie et des arts – du moins c’est ainsi que je comprends cette expression) et leur satisfaction s’est traduite par des droits qui étaient certes formellement universels, mais qui avaient comme préconditions implicites les conditions d’existence de cette classe, son impensé en quelque sorte (par exemple, avoir de l’argent, avoir accès à la culture). Pour ceux qui ne satisfaisaient pas ces préconditions implicites, ces droits n’étaient éventuellement qu’une coquille vide. D’où l’idée que si une classe qui n’a aucun titre ‘historique’ à faire valoir, mais seulement un titre ‘humain’ (elle revendique l’accès aux préconditions de son humanité), fait une révolution, ses exigences seront vraiment universelles puisqu’étant dépossédée de tout elle ne saurait imposer de préconditions implicites à ses exigences. Du moins c’est ce que j’ai compris de ce passage, dont je ne fais pas la critique.

chez Marx, historique s'oppose là à humain au sens de sa critique chez Feuerbach, d'une essence humaine hors de ses rapports sociaux (donc historiques). Si la compréhension de Camille est bonne, ce n'est pas le sens que donne à "à titre humain" Temps Critiques, et elle y revient elle-même le 17 avril :

Camille a écrit:
En fait je ne suis pas sûre de comprendre la phrase « l’être humain est la véritable communauté des hommes ». Je vois deux sens possibles et je ne sais comment vous l’entendez :

1. la réalité de l’homme n’est rien d’autre que la « véritable communauté des hommes » (dans ce cas la phrase a un peu le même sens que la sixième thèse sur Feuerbach : « Dans sa réalité, l’essence de l’homme est l’ensemble des rapports sociaux » quoi que la « véritable communauté » ne soit pas exactement la même chose que l’ensemble des rapports sociaux, mais je veux dire : au niveau de la syntaxe, c’est à peu près la même structure)

2. la « véritable communauté des hommes » ne peut être autre chose que l’être humain lui-même (c’est-à-dire : pas la religion, pas un pouvoir extérieur, etc.).

A moins que la phrase ne soit à comprendre ni dans le sens 1. ni dans le sens 2. ou alors dans les deux sens à la fois ?! A moins aussi que ma distinction entre 1. et 2. ne soit pas claire ?

JW lui répond le 24 avril :

JW a écrit:
Ce n’est pas étonnant que cette « révolution à titre humain » réapparaissent dans un texte de jeunesse de Marx puisque justement il se situe encore, à ce moment là, dans la filiation avec un courant humaniste révolutionnaire qu’il va délaisser par la suite pour une conception classiste de la révolution, une « révolution prolétarienne ». Mais au-delà de ta référence on la retrouve dans L’Idéologie allemande quand il [Marx] essaie de dépasser l’antinomie entre classe, particularisation de la totalité, mais le dépassement de particularités a valeur universelle (il reprend d’ailleurs la notion de classe universelle d’Hegel) et ouvre vers une conception communautaire de la révolution qu’il découvrira concrètement mais tardivement dans la Commune de Paris.

Mais il faut quand même mettre un bémol à cette appréhension du « à titre humain » qui est finalement celle de notre époque. On peut penser que Marx tient, lui, pour une vision ou ce sont les caractères du prolétariat qui font de lui la « classe universelle » potentielle et donc celle de la fin des particularités, mais c’est la révolution prolétarienne qui se fait à titre humain ! (gras dans le texte)

je le comprends aussi comme ça. En somme Temps Critiques a renversé Marx en gardant le bébé mais en jetant l'eau du bain en terme de lutte de classe, ce que confirme la suite (gras dans le texte) :

JW a écrit:
La révolution à titre humain a resurgi dans les années 1970 et portée par la revue Invariance, dans cette filiation historique bien sûr, mais sur la base de la critique du « programme prolétarien », de la « phase de transition » et finalement de la crise des classes elle-même comme sujets et sujets antagoniques. En effet, la société du capital semble avoir produit la classe universelle regroupant la classe ouvrière ancienne et les nouvelles classes moyennes. C’est aussi l’avis de ceux qui parlent aujourd’hui, abusivement des 99% contre les 1% [les populistes de gauche]. Mais les nouvelles stratégies du pouvoir ne sont justement plus de dresser des antagonismes fondamentaux ouvrant sur deux conceptions du monde, mais de jouer sur les dissensions de la prétendue classe universelle.

C’était aussi une façon de sortir de l’aporie de l’auto-négation du prolétariat défendu par beaucoup de personnes ou mini groupes issus de l’ultra-gauche. Mais dans ce cas, il y a quand même rupture ou plutôt « discontinuité » et la révolution à titre humain dont on parle alors, n’est plus la révolution prolétarienne à titre humain.

La question de la Gemeinwesen est complémentaire de la révolution à titre humain du Marx humaniste révolutionnaire fasciné par les révolutions françaises (1789, 1848), mais qu’ils voient comme des révolutions politiques et non sociale visant à établir une communauté politique et non la « communauté humaine » ? Cette position anti-politique de Marx est souvent occultée dans le marxisme officiel parce que la social-démocratie allemande derrière Engels l’a abandonnée et que c’est finalement chez Sorel et les anarcho-syndicalistes ou syndicalistes révolutionnaires qu’on la retrouvera.

questions : que l'on soit face aux « stratégies du pouvoir » empêche-t-il ou confirme-t-il qu'il y a « antagonismes fondamentaux ouvrant sur deux conceptions du monde » ? et en quoi les individus en tension vers la communauté humaine ne constitueraient pas « une classe universelle », ou pluriverselle, révolutionnaire ? Si, aux termes près, ce n'est pas le cas, je ne vois pas comment les individus de Temps critiques feront, même à titre humain, la révolution

revenons donc sur cette fameuse tension (le gras est de moi) :


JW a écrit:
La tension indique qu’il n’y a pas de synthèse possible, pas de dépassement. La seule chose qu’on puisse projeter c’est le déploiement de la tension, sinon c’est que l’une aura subsumer l’autre, comme dans le nazisme ou le bolchévisme.[...]

La tension a su aussi parfois se faire révolutionnaire quand elle a exprimé avant tout les exigences d’égalité et de fraternité dans une conception horizontale du lien entre les hommes, tout en maintenant l’unité dialectique avec la liberté qui garantit que la tension reste tension et non pas subsomption de l’un sous l’autre des deux termes. Dans la révolution française comme ensuite dans les révolutions socialistes (au sens générique du terme), cette tension a voisiné avec l’universalisme spécifié historiquement des droits de l’homme, du prolétaires de tous les pays unissez-vous ; mais aussi, dans leurs meilleurs moments, un universel comme nom du continuum humain au delà et malgré les oppositions de classes et de nations où les valeurs fortes posées par les unes se nourrissent des critiques des autres jusqu’en 1848 par exemple, ou au sein de la Première Internationale, projection vers une communauté idéale quand rien n’est encore joué et que les » valeurs » restaient problématiques (collectivisme ou étatisme, socialisme ou communisme).

Mais tout ça relève un peu du passé, du temps des révolutions qui permettaient de simplifier une complexité peu complexe si je peux m’exprimer ainsi dont les différentes formes de lutte historiques, même si Marx et Engels les ont affublées abusivement du nom commun de luttes de classes [Godelier explique fort bien cet "abus"], n’en demeuraient pas moins sur le même modèle des oppositions binaires.

Aujourd’hui, le problème est surtout celui d’une simplification positive de la plus grande complexité sociale et technique de la société capitalisée qui permettrait de dégager une nouvelle forme (la Gemeinwesen), tout en conservant certaines des potentialités ouvertes et par le procès d’individualisation et par le procès technique.
Le contraire donc d’une simplification négative que proposent des perspectives aussi différentes que les communautés réactionnaires, l’Etat autoritaire qui toutes cherchent à réaffirmer de vieilles valeurs au moment ou ces valeurs ont perdu de leur force.

Force est de reconnaître que cette tendance vers la communauté humaine, ce continuum dont je parlais tout à l’heure n’apparaît guère que en réaction, par exemple sur la question des réfugiés et encore quand l’urgence est telle que cela bouscule les particularismes

si je comprends bien, non seulement Temps Critiques n'envisage pas la constitution en classe des individus en tension, ne voit pas en celle-ci une dialectique de dépassement (ni une contradiction puisque par définition, celle-ci n'est pas dépassée avant de l'être) mais ne trouve rien de concret dans la situation actuelle à théoriser dans le sens de la révolution à titre humain

dans un courrier du 3 mars 2015, Dietrich Hoss, dont je ne partage pas les vues sur les rapports entre théorie et pratique, objet de l'échange, met en quelque sorte le doigt sur le problème :


Citation :
Toi et tes amis de Temps critiques voient une « révolution du capital » achevée, la société totalement « capitalisée ». Dans une telle orientation on est bien sûr « bien en mal de dégager quelle est la contradiction contemporaine motrice », « les contradictions anciennes et même les nouvelles n’apparaissent plus comme antagoniques mais comme englobées. » A partir d’un tel constat maintenir une position dialectique –même négative à la Adorno- te semble avec raison difficile.

la non-théorie* de la révolution à titre humain n'est pas un long fleuve tranquille

* Temps Critiques préfère parler de critique et la faire plutôt qu'une théorie lourde [référence à retrouver], ce que je conçois, puisque je préférais parler de théorisation signifiant un cheminement ouvert plus qu'un système théorique quasi-clôt

AliBlabla : - Pauvre Patlotch, tu n'auras pu sauver des dégâts des eaux glacées du capital ni un TC ni l'autre...

Patlotch : -
« On ne sauve personne malgré lui » Sentences et instructions chrétiennes, tirées des œuvres de Saint Bernard par Louis-Charles d'Albert Luynes, 1734

cela dit, tu peux te moquer, car pour qui il n'y avait que ces deux grands courants théoriques de la révolution, à titre humain vs prolétarien, je confirme avoir ouvert une troisième voie théorique, certes abstraite, qui de fait ne tient pas plus de l'un que l'autre, pas davantage concrets, et je peux maintenant dire que contrairement à Christian Charrier pour Théorie Communiste (1), j'ai bien sur mes propres bases « produit » une théorie de la révolution communiste, une théorie de la lutte de classe de notre temps : 15 ans de travail, dont je suis payé en retour

1. cf  
A propos de Une lecture critique de la Matérielle La Matérielle n°5 avril 2003 p.81-82
Christian Charrier a écrit:
§ 4 – Le principal reproche que me fait Théorie communiste, c’est de NE POUVOIR PRODUIRE LA REVOLUTION ET LE COMMUNISME A PARTIR DE MA PROPRE THEORIE [...] Cela suppose!: 1) que la révolution et le communisme sont un produit de la théorie ! 2) qu’en théorie cette production ne puisse être autre chose qu’une « déduction », c’est–à–dire une construction logique à partir d’un « principe premier » qui contient déjà le résultat de celle–ci ! [ce qui suit sur la tautologie du "syllogisme marxien du prolétariat" reproché par Charrier à TC]

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MessageSujet: Re: 5. LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?   Ven 1 Sep - 18:05



9. la classe communiste se forge-t-elle une identité ?

classes et identité de classe, identité ouvrière, identité prolétarienne

1) dans le passé du mouvement ouvrier et dans sa décomposition depuis les années 1970
recension

remarques préalables :

- à ma connaissance, Marx n'utilise pas les termes "identité de classe", ni "conscience de classe", mais il distingue la « classe en soi » (objective) et la « classe pour soi » (subjective)

- "conscience de classe" est très présent dans la littérature marxiste :
. chez Lénine, exemple dans Que Faire ? 1902 :

Citation :
La conscience politique de classe ne peut être apportée à l'ouvrier que de l'extérieur, c'est-à-dire de l'extérieur de la lutte économique, de l'extérieur de la sphère des rapports entre ouvriers et patrons. Le seul domaine où l'on pourrait puiser cette connaissance est celui des rapports de toutes les classes et couches de la population avec l'Etat et le gouvernement, le domaine des rapports de toutes les classes entre elles.

. Lukacs : Histoire et Conscience de Classe, 1923

. Gorter : Lettre à Lénine en 1920 (gras dans le texte) :
Citation :
Lui, Troelstra - tout comme vous, camarade - expo­sa ses pensées avec tant de persuasion, avec tant de logique dans sa méthode, que je pensais moi-même par moment qu'il avait raison. Mais savez-vous ce que je pensais alors en l'écoutant, quand je commençais à douter de moi-même ? J'avais un moyen qui ne me trompait ja­mais. C'était un passage du programme du parti: Tu dois toujours agir et parler de manière à réveiller et à fortifier la conscience de classe des ouvriers. Je me demandais alors : Oui ou non, la conscience de classe des ouvriers est-elle fortifiée par ce que dit cet homme ? Et je comprenais tout de suite que ce n'était pas le cas, et que par conséquent j'avais raison.

etc. et pardon aux trotskistes...

- identité de classe et conscience de classe ne sont pas nécessairement identité et conscience communistes, sans quoi il n'y aurait pas eu de sociaux-démocrates. Le Manifeste, dit que « les communistes [...] théoriquement, ont sur le reste du prolétariat l'avantage d'une intelligence claire des conditions...»

la conscience de classe peut être le simple sentiment d'appartenir à une classe sociale. Se rapproche de la conscience communiste la conscience politique de classe (cf Lénine 1902)

venons-en à une recension plus récente de l'identité de classe"


TC a écrit:
De la défaite du mouvement ouvrier à la restructuration et à la guerre
Les modalités mêmes de reproduction du capital confirmaient cette puissance comme mouvement ouvrier et identité ouvrière qui trouvaient leurs marques les plus solides dans les compromis élaborés dans le cadre national où, de façon plus ou moins cohérente, se bouclait l’accumulation du capital. Le prolétariat était la classe du travail associé et, en tant que tel, il subvertissait les formes d’appropriation et d’exploitation capitaliste de ce travail associé qui se révélèrent alors comme limitées. A la demande de se sacrifier pour « sortir de la crise », il avait allègrement répondu que l’obligation au travail salarié méritait seulement de crever. A fair amount of killing, 1997

Les classes moyennes en déshérence se reconstituent à travers le citoyennisme une identité de classe perdue (L'impasse citoyenniste) TC n°17 2001

Il n’existe pas de restructuration du mode de production capitaliste sans défaite ouvrière. Cette défaite c’est celle de l’identité ouvrière[/b], des partis communistes, du socialisme réel, du syndicalisme, de l’autogestion, de l’auto-organisation. C’est tout un cycle de luttes, dans sa diversité et ses contradictions, qui a été défait dans les années 70 et au début des années 80. La restructuration est essentiellement contre-révolution. Son résultat essentiel, depuis le début des années 80, est la disparition de toute identité ouvrière produite, reproduite et confirmée à l’intérieur du mode de production capitaliste. TC, Qui sommes nous ?

La situation à l’issue de la restructuration est telle que l’affirmation du prolétariat en vue de libérer le travail productif perd tout sens et tout contenu. Il n’existe plus d’identité ouvrière propre face au capital et confirmée par lui. Maintenant, l’existence sociale du prolétariat est, et reste, face à lui comme étant le capital même. Éditorial de TC22, 2009

Jusqu’à la crise de la fin des années 1960, la défaite ouvrière et la restructuration qui s’ensuivit, il y avait bien autoprésupposition du capital, conformément au concept de capital, mais la contradiction entre prolétariat et capital se situait à ce niveau par la production et la confirmation, à l’intérieur même de cette autoprésupposition, d’une identité ouvrière par laquelle se structurait le cycle de luttes comme la concurrence entre deux hégémonies, deux gestions, deux contrôles de la reproduction. Cette identité était la substance même du mouvement ouvrier. Cette identité ouvrière, quelles que soient les formes sociales et politiques de son existence (des Partis communistes à l’autonomie ; de l’Etat socialiste aux Conseils ouvriers), reposait dans sa totalité sur la contradiction qui se développait dans cette phase de la subsomption réelle du travail sous le capital entre d’une part la création et le développement d’une force de travail mise en œuvre par le capital de façon de plus en plus collective et sociale, et d’autre part les formes de l’appropriation par le capital, de cette force de travail, dans le procès de production immédiat, et dans le procès de reproduction. Voilà la situation conflictuelle qui dans le cycle de luttes se développait comme identité ouvrière, qui trouvait ses marques et ses modalités immédiates d’appréhension dans la « grande usine » ; dans la dichotomie entre emploi et chômage, travail et formation ; dans la soumission du procès de travail à la collection des travailleurs ; dans les relations entre salaires, croissance et productivité à l’intérieur d’une aire nationale ; dans les représentations institutionnelles que tout cela impliquait tant dans l’usine qu’au niveau de l’Etat ; dans le bouclage de l’accumulation sur une aire nationale. Présentation de Théorie Communiste dans un livre anglais, 2012 ?

Comme si, hors du programmatisme et de l'identité de classe confirmée dans le capital, c'est-à-dire hors de son existence... Notes sur les classes moyennes et l’interclassisme AC 2016

Temps Critiques a écrit:
Quant aux luttes italiennes, à aucun moment elles n’ont affirmé de perspectives gestionnaires mais bien plutôt la révolte contre le travail et la hiérarchie de l’usine. Dans cette mesure, elles exprimaient un véritable « travail du négatif » et non pas encore, comme aujourd’hui, l’impossible affirmation d’une identité prolétarienne, mais son refus.
Les notions d’emplois et d’employabilité ont donc remplacé la notion de travail au sens « noble » du terme : le travail qui permettait d’affirmer l’identité ouvrière, le travail censé transformer le monde, même à travers une condition subordonnée. Le communisme, une médiation ? À partir d’un commentaire d’Yves Coleman Temps critiques juillet 2010

Il s’ensuit qu’il n’y a plus rien à recomposer car non seulement l’identité de classe subjective a été défaite, mais les conditions objectives qui la rendait possible tendent à disparaître avec l’éclatement des collectifs de travailleurs, le fractionnement et la segmentation des salariés, l’atomisation, etc. Sur la notion de « limites » dans un mouvement Jacques W. 11/06/2016

langages et identités de classes : les classes sociales « se » parlent
Noëlle Bisseret L'Année sociologique (1940/1948-) Troisième série, Vol. 25 (1974)

Des identités de métier à l'identité de classe. Un devenir paradoxal 1820-1848
Pierre Ansard. L'Homme et la Société; Paris3 (Jan 1, 1995)

Classes sociales et identité de classe à Bahia (Brésil) Francisco de Oliveira 1986

Classe, identité de classe - class, class identity plusieurs textes 2002-2014, troploin (Dauvé&Nesic)

lisons maintenant un texte tout récent diffusé par Ross Wolf, grand amateur de théorie de la communisation et rejetant tout marxisme décolonial, sur son blog The Charnel House, sous le titre « Intellectual imperialism: On the export of peculiarly American notions of race, culture, and class »

“American thought” From theoretical barbarism to intellectual decadence extraits
Juraj Katalenac a écrit:
What about the working class?
.
Now is the time to discuss identity politics, intersectionality, and where Marxism fits into all that. But before I go deeper into problematics as such it is really important to state how one cannot be a Marxist and/or communist if he or she views being working class as an identity.

To view being working class as an “identity” is an ideological construct spread by right-wing European populists. For them the working class, usually accompanied with attributes such as white and Christian, is the pillar of society. It is the identity which possess all crucial values upon which Europe was built and it is something one should be proud of. In reality, this is nothing but twisted Christian logic which values hard work and suffering in “this world” as something that is necessarily for one to be rewarded on “the other world” — where his eternal soul will rest.
voir la classe ouvrière comme ayant une identité est une idée des populistes européens de droite

On the other hand, modern day leftists’ identify themselves as working class just by association. In their worldview the working class is the only moral social class just by being working class. It is the eternal underdog in the struggle against capital. But what makes it moral or just? How can social class hold certain virtues if it is nothing but a construct of present society? Also, how is it possible to identify with a class if you do not share its position in production?
D'un autre côté, les gauchistes modernes s'identifient comme classe ouvrière juste par association

Marxists reject all this ideological, moralizing nonsense. There is no reason to be proud of one’s exploitation by others, one’s poverty, or the sufferings and humiliations he or she endures in everyday life. Seriously, why should anyone be proud to live like a dog? les marxistes rejettent ce non-sens idéologique et moralisateur

For Marxists the working class is therefore not mere an identity one should protect or abolish, but it is a social class which is defined by selling its labor power for a wage. Besides that socioeconomic relationship an individual worker (or prole) has nothing in common with other workers. Which makes it impossible to create a specific working-class identity or social category.
Pour les marxistes, la classe ouvrière n'est donc pas une simple identité qu'il faut protéger ou abolir, mais c'est une classe sociale qui est définie par la vente de sa force de travail pour un salaire

notre savant architecte n'aura pas lu ses classiques : pour les "marxistes" il y a une identité de classe, une identité ouvrière, une identité prolétarienne, qui se constitue comme classe pour soi, avec sa conscience de classe, et qui pour les auteurs des textes plus haut se défait avec le programmatisme ouvrier, au début des années 1970, dans la grande restructuration mondiale du capitalisme



2) une identité de classe communiste de la révolution :
quels problèmes ?

questions pour la suite :

1) le concept de classe communiste, défini sur la base de ce qu'est une classe générique (cf. Lazarus avec Marx en introduction, Godelier et les classes chez Marx au point 5.), est-il susceptible de s'accompagner d'une identité de classe, comme la classe ouvrière l'a fait pour elle, classe pour soi, avec sa conscience de classe ?

2) cette identité de classe communiste de la révolution ne risque-t-elle pas de reproduire la recherche de son autonomie ?

3) cette identité de classe communiste doit-elle, pour que celle-ci fasse la révolution, détruire les identités particulières, identités de luttes, que se donnent femmess, "racisé.e.s", victimes de l'extractivisme... ?

4) au-delà du moment révolutionnaire, la communauté humaine se constitue-telle sur une identité de classe ?

des réponses courtes :

1) la réponse à la première question me semble évidente : la classe communiste possède la conscience d'être une classe dont découle son identité de classe de la révolution autour de laquelle elle s'auto-organise pour la faire : cela engage évidemment les contenus par lesquels je l'ai définie, différents de la conscience et de l'identité de classe dans le programmatisme, chez Lénine, les conseillistes...

2) non, l'autonomie est écartée par la définition que j'ai donnée de l'autoorganisation révolutionnaire et les contenus visés

3) cette question méritera un plus long examen. Réponse en attendant : ça dépend, oui et non

4) la communauté humaine, par définition, s'étend à toute l'humanité, et par conséquent, au bout d'un certain temps, il n'y a plus de classes, donc ni conscience ni identité de classe

par contre, il devra bien exister une conscience des individus d'appartenir à ladite communauté humaine, au-delà de l'individualisme. S'agit-il d'une identité ? Oui et non, puisqu'elle rejoint, par-delà les singularités individuelles, la généralité de "l'humanité vraie", comme disait Jésus ou quelqu'un des siens


scratch              Evil or Very Mad              scratch


identité de classe communiste et identités particulières de luttes

Patlotch a écrit:
cette identité de classe communiste doit-elle, pour que celle-ci fasse la révolution, détruire les identités particulières, identités de luttes, que se donnent femmess, "racisé.e.s", victimes de l'extractivisme... ?

cette question méritera un plus long examen. Réponse en attendant : ça dépend, oui et non

comme vu en 3. la constitution de la classe communiste, la classe communiste se constitue dans le tissage d'identités de luttes particulières, de femmes, de dominés racialement..

une constitution de sa constitution est le dépassement produit de ces identités de luttes par la conscience qu'elles affrontent le capital, et doivent l'abolir pour s'émanciper de leurs dominations

par conséquent, sur le plan abstrait, le problème est résolu pour la phase de m'émergence d'une classe révolutionnaire

concernant la suite, dans la communauté humaine réalisée à un certain stade d'avancement, nous avons vu qu'il n'y aurait plus d'identité de classe puisque la communauté concerne par principe toute l'humanité, mais peut-on envisager qu'existent des communautés particulières, et sur quelles bases d'identités ?

il existera(it) forcément des communautés de proximité, communes ou autres, et l'on imagine mal que le monde se métisse au point que s'il n'y a plus de race, ni au pluriel ni au singulier de particularités raciales, c'est parce que pour le coup n'existeraient plus de différences biologiques ni sociales : tout le monde de couleur uniforme, ça le fait. Mais ce n'est pas un rêve...

quand la pensée décoloniale parle d'humanité pluriverselle, c'est bien pour que l'universalité ne soit pas une uniformité, comme a tendu à l'imposer l'Occident au monde et que continue la mondialisation/globalisation capitaliste

l'histoire de l'humanité montre au demeurant qu'au fil des millénaires avec l'augmentation du nombre de terrien.ne.s, la diversité s'est accentuée. Il n'y a pas de raison pour que ça s'arrête, même si ce nombre se stabilise ou diminue, parce que les échanges seront plus grands du fait de la disparition des nations, de la xénophobie et du racisme

dans quelle mesure ce mouvement prolongerait-il les mouvements migratoires contraints en d'autres souhaités, dans une créolisation du tout-monde (Edouard Glissant), je n'ai pas de réponse

une chose est certaine, il se constituerait de multiples communautés sur des bases affinitaires diverses et variées, ne serait-ce que l'échelle et l'espace, le problème à éviter étant qu'elles ne se sclérosent pas en autant de communautarismes : hé bien ce serait un combat communiste à poursuivre...

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MessageSujet: Re: 5. LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?   Ven 1 Sep - 23:20


"avec Patlotch tous les rouages tournent"

Tristan Vacances : - C'est un conte merveilleux dont vous accouchez-là, tellement bien saucissonné par tous les bouts,- pardon, les "points de vue" -, que les damnés de la terre seraient bien avisés de le lire avant de sous-vivre leurs derniers moments. Avec vous, la dialectique (complexe, ça fait clâsse) casse encore des briques, et l'avenir radieux jette son étendard cinglant à la face du capital mondial comme un missile marxien. C'est encore plus cohérent que du TC.

Patlotch : - holà ! Deux choses sont essentielles pour valider une théorie : sa cohérence interne et son adéquation avec le monde réel présent ou en devenir. Merci donc d'avoir apprécié la première. La seconde est plus difficile à vérifier, à chacun.e son estimation, mais l'ironie est aux faibles l'arme qui manque à leur critique

Tristan Vacances : - C'est tellement abstrait, rien n'est vérifiable au regard de réalités dont vous ne parlez pas.

Patlotch : - lesquelles ?

Tristan : - Toutes les circonstances objectives et subjectives qui font obstacle à l'émergence de la réelisation de vos idées.

Patlotch : - c'est assez général et difficile à vérifier, si vous-même n'êtes pas plus concret

Tristan : - Tout le monde voit bien que ça ne peut pas marcher, vous dites que le communisme est mouvement, mais vous faites de ce mouvement un idéal.

Patlotch : - c'est un idéal bourré d'embûches, à ne point sous-estimer, il s'agit de possibles. Comme dit en introduction avec Lazarus, la classe communiste introduit à la catégorie de possible historique, à décrire avec rigueur et à inscrire politiquement dans la réalité

Tristan : - Vous disiez que le communisme est anti-politique...

Patlotch : - c'est vrai contre la politique en relation à l'État, mais vous connaissez cette phrase célèbre de L'Idéologie allemande :

Citation :
Le vrai résultat de leurs luttes ce n’est pas le succès immédiat, mais l'union de plus en plus étendue des travailleurs. Cette union est facilitée par l'accroissement des moyens de communication créés par la grande industrie qui mettent en relation les ouvriers de diverses localités. Or, ces liaisons sont nécessaires pour centraliser en une lutte nationale, en une lutte de classes, les nombreuses luttes locales, qui ont partout le même caractère. Mais toute lutte de classes est une lutte politique [...] Cette organisation des prolétaires en une classe, et par suite en un parti politique, est à tout moment détruite par la concurrence des ouvriers entre eux. Mais elle renaît sans cesse, toujours plus forte, plus solide, plus puissante.
alors bien sûr, on peut prendre politique au pied de la lettre, l'organisation en classe, donc en parti politique, avec la question de la représentation, pourquoi pas du parlement, etc. On ne va pas recommencer cette histoire et cette politique-là, mais au sens d'actions, de tactiques visant un but avec pertinence, se dessinent pour les individus qui y participent une stratégie, une politique adaptée aux circonstances qu'ils rencontrent. C'est dans ce mouvement que se constitue, ou non, la classe

la question de l'union ne se pose plus du tout dans les termes de l'identité de classe ouvrière, ni de convergence démocratique des luttes particulières, mais de tissage de leur unité virtuelle comme objectif par la conscience d'un sort commun : communisme ou barbarie

Tristan Vacances : - Pourquoi « la classe se constitue, ou non » ?

Patlotch : - parce qu'il y a des obstacles objectifs, un ennemi peut toujours être plus fort que vous, et subjectifs, vous pouvez vous planter dans tel choix à tel moment, avec des conséquences rédhibitoires pour un temps indéfini

Tristan Vacances : - La Commune de Paris ?

Patlotch : - l'échec tenait des deux, mais sans lui, on n'aurait pas su que ce ne pouvait qu'être un échec

Tristan Vacances : - Tout cela est si vague...

Patlotch : - une vague de rêve, mon ami, peut être réaliste plus que surréaliste





"Patlotch opportuniste révisionniste !"

AliBlabla : - Te fatigue pas, gros père, les vrais marxistes ont flairé ton truc : refiler ta classe communiste pour mieux larguer le prolétariat.

Patlotch: - que voilà une interprétation indiscutable

AliBlabla : - La preuve, tu fuis le sain débat entre camarades.

Patlotch : - ce qui n'est pas discutable mérite de ne pas être discuter

AliBlabla : - C'est de qui ?

Patlotch : - toi qui a inventé le détournamant tu devrais le savoir

Tristan Vacances : - Voir "détournamant" dans SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes

AliBlabla : - Nous voilà debordés.

Patlotch : - comme on déborde son lit on découche

Tristan Vacances : - je sors.

AliBlabla : - Par la porte ou par la fenêtre ?

Patlotch : - laisse béton, mêga

Tristan Vacances : - MEGA : L'édition Marx-Engels-Gesamtausgabe (MEGA) est la plus importante collection des travaux de Karl Marx et de Friedrich Engels publiée en allemand.

AliBlabla : - mêga, gamin en verlan; minga, gamine en verlan; manga (漫画) bande dessinée japonaise.

Patlotch : -



AliBlabla : - Putain, ça se barre en couille...

Tristan Vacances - Sexiste !

Patlotch : je sors

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MessageSujet: Re: 5. LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?   Sam 2 Sep - 19:10


10. la révolution communiste est-elle inéluctable ?

autrement posé, ma conception est-elle déterministe ? Incidemment, répondant au passage cité de Camatte reprochant à Théorie Communiste son "structuralisme prolétarien" reposant sur le prolétariat comme "sujet transcendant"*, Stive donne un long passage de la conclusion de TC n°20 sur le déterminisme, p.184-188 * ce texte entier ici

TC 20 a écrit:
Le communisme est toujours la contradiction actuelle du mode de production capitaliste, il n’en est pas le sens caché ou l’achèvement futur. La nécessité du dépassement du capital et de la révolution est là (ici et maintenant), il s’agit d’un fait présent, cette nécessité parce qu’elle est un fait présent (il y a lutte de classe, et cette lutte de classe est la nécessité du communisme toujours actuelle) et non le développement d’un futur, n’a rien à voir avec le déterminisme qui définit la nécessité comme un rapport entre le présent et le futur. Ramenée au présent de la lutte des classes la question du déterminisme avec son fameux dilemme entre inéluctabilité et possibilité s’effondre, ne laissant même aucune trace, il s’évanouit. Cette nécessité n’est là que dans son présent, elle n’est pas dans ce présent la garantie d’un futur. Ce qui est inéluctable c’est la lutte de classe. C’est tout, pour le reste inch’allah.

cette chute est intéressante dans la mesure où le prolétariat n'y est pas cité, mais la « lutte de classe [comme] nécessité du communisme et non le développement d’un futur ». À mon sens, ce qui est déterministe chez TC, c'est de faire du prolétariat le sujet de la lutte de classe, et le plus important du texte de Camatte n'est pas cité : « La plupart de ceux qui opèrent cette résurrection [du prolétariat en tant que concept opérationnel] doivent l'évaluer à partir du pôle révolutionnaire où ils voudraient le trouver. » Cela rejoint ma critique de la rétroprojection d'un schéma futur sur le présent pour y trouver à l'œuvre des contradictions annonçant sa venue

j'ajoute que parler de classe communiste comme catégorie du possible n'entre pas dans ce « dilemme entre inéluctabilité et possibilité ». Le possible est à décrire au présent pour des luttes constituantes d'une classe au présent, et non fonction déterminée par un but, en quoi je suis d'accord avec TC... qui ne le fait pas

en quoi alors, ma construction théorique se rapprocherait-elle, formellement de celle de TC, à la définition près de la classe de la révolution ? Je l'ai dit, cette classe révolutionnaire n'est pas davantage trouvable dans le présent que le prolétariat comme produisant aujourd'hui des "écarts", puisqu'il ne semble plus avoir d'activités mettant en cause les "limites" de son existence dans et pour le capital. "Ma" classe communiste ne produit pas davantage de tels écarts qu'il s'agirait effectivement de montrer, mais à la différence du sujet prolétarien pour TC, elle est construite sur les contradictions réelles qui apparaissent aujourd'hui, et non pas hypothétiquement au futur

nous sommes en présence de deux théorisations qui ne sont pas moins abstraites l'une que l'autre, leur différence étant leur rapport au réel présent. Je pense ne pas avoir autant que les théoriciens de la communisation « perdu toute trace de concret » (Camatte, même texte en bas)

différence que l'on peut formuler ainsi : alors que la théorie de la communisation propose une « résurrection » (Camatte), une reconstitution de la classe prolétarienne ayant le contenu révolutionnaire de son auto-abolition, je parle d'une constitution de classe sur de nouvelles bases, avec un contenu relativement proche d'une révolution immédiate, au sens de remise en cause directe du capitalisme, ma construction dépassant même les contenus qu'y mettent les communisateurs, en raison des apories de leur théorie sur les questions raciales, féminines pour certains, et écologiques en terme de dépassement à produire de ces luttes et de leur identités particulières



11. médiations temporelles et dépassements d'identités de luttes
vers une constitution en classe

nous avons constaté que notre classe communiste n'est pas même constituée en soi. Poser sans qu'elle le soit la possibilité de sa constitution pour soi, c'est-à-dire non sociologique d'individus dans le même rapport d'opposition au capital, c'est la même chose qu'envisager le dépassement produit d'identités de luttes particulières face au capital, vers une unité auto-organisée échappant à la captation politique identitaire autant qu'à la "convergence des luttes" pilotée par "l'alliance" d'organisations

la structure à dominante* n'est plus la seule exploitation du prolétariat par le capital, mais autour d'elle les dominations et destructions de celui-ci qui conduisent des individus à le remettre en cause, non en tant que mode de production (économie politique), mais comme civilisation

* structure à dominante (Althusser, Stuart Hall, Théorie Communiste...) : hiérarchie proéminente dans les différentes structures d'une formation sociale (Définitions de notions et concepts 2015). J'utilise le capital, la civilisation capitaliste, comme structure à dominante, mais pas la seule implication réciproque capital-prolétariat

la période actuelle, par l'absence de cette structuration en classe d'un sujet cherchant son unité, n'est pas celle de luttes immédiatement communistes. Je reprends-là, comme modèle, la critique de l'activisme l'immédiatiste par Théorie Communiste, la nécessité d'une médiation temporelle : « La « médiation temporelle » désigne le fait que c'est le temps lui-même qui est la médiation.» (2010, ici)

j'écris médiations temporelles au pluriel du fait que la constitution de classe envisagée se tisse à travers plusieurs rencontres dans plusieurs conjonctures...

(à développer ou pas)

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MessageSujet: Re: 5. LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?   Dim 3 Sep - 23:01


12. les femmes et le communisme

je reviens sur la question des femmes dans la constitution de la classe communiste, évoquée rapidement aux points 2. et 3.

je vais critiquer ici le point de vue de Gilles Dauvé dans le texte : Sur la « question » des « femmes ». En le faisant je soutiendrai le principe d'une révolution à la fois féministe et communiste, qui ressort de ma lecture de « la double contradiction de genre et de classe » chez Théorie Communiste

domination masculine, pas de problème avec ça :

G.D. a écrit:
Le terme de domination masculine induit en erreur si l’on croit que la subordination des femmes est aujourd’hui l’œuvre d’individus mâles. Ceux-ci n’en sont plus que les relais, et pas les principaux. Le contrôle social a cessé d’être exercé avant tout par un individu (le mari) : il est chapeauté par la collectivité. Dans les services médico-sociaux, les femmes sont sous tutelle (« pour leur santé et pour leur bien ») d’un personnel au moins autant féminin que masculin. Comme il se doit, rentrée chez elle, dans la rue, partout, l’assistante sociale ou la doctoresse sera elle-même sous l’emprise sociale qu’elle exerçait quelques heures plus tôt sur d’autres femmes.
c'est pourquoi j'ai préféré parler de Domination masculine -> machisme structurel et sociétal

... sur le féminisme, une description objective, une problématique biaisée
G.D. a écrit:
Quelque facette du féminisme que l’on critique, il se trouve toujours une (ou un) féministe pour dire que cette critique ne s’applique pas à elle (ou à lui). La situation se complique du fait que parfois la (ou le) féministe radical(e) ne se veut surtout pas « féministe », réservant le terme aux féministes libérales ou bourgeoises. Quoi de commun, nous objectera-t-on, entre les assos féministes sociales-démocrates et les anarcha-féministes ! Il n’y aurait donc pas de « féminisme », seulement un mouvement des femmes multiforme. Pour se démarquer du féminisme bourgeois, le féminisme radical s’ajoute d’ailleurs volontiers un adjectif (luttes de classe, matérialiste, anti-capitaliste, lesbien-radical, queer, libertaire, etc.).

Pourtant, les visages effectivement multiples du féminisme ont en commun de donner la priorité à la question des femmes et à la lutte contre l’inégalité entre les sexes, quels que soient les sens divers et opposés attribués à « l’égalité » (notion récusée comme il se doit par les féministes radicales). Dans le féminisme « bourgeois », ce point de départ est aussi un point d’arrivée et l’on se borne à défendre la cause des femmes. Le féminisme radical, lui, part de la situation des femmes pour l’intégrer à une transformation sociale globale : les variantes simples ajoutent la lutte des femmes aux autres luttes ; les variantes plus subtiles recombinent sexe et classe, ou sexe, classe et race, voire sexe et écologie 8. Dans tous les cas, la place des femmes dans l’histoire étant posée comme essentielle, il n’y a rien d’abusif à définir ces positions et ces courants comme féministes.

dans Féminisme contre social-démocratie, août 2017
Le féminisme radical veut intégrer le combat des femmes dans un mouvement émancipateur général, tout en faisant des femmes sa priorité – position intenable qu’il vit et théorise comme il peut.

note 8. [Pour Théorie communiste, Évidemment, au lieu de dire « les femmes », ce qui serait de l’humanisme idéaliste vulgaire, ou de parler de classe des femmes (quand on se veut marxiste, c’est la limite à ne pas dépasser), TC théorise un « groupe femmes » présenté comme aussi important que la classe. Car c’est lui qui sera censé mettre fin à la hiérarchie sexuée, tâche dont la classe (les prolétaires des deux sexes) à elle seule serait incapable car les hommes y dominent.

Le féminisme donne la priorité aux femmes. Le féminisme marxiste, c’est la double priorité. Mais quelle réalité reste-t-il à une priorité quand il y en a deux à la fois ? Nous pensions que le capitalisme se caractérisait par le rapport capital/travail, bourgeois/prolétaires. Erreur, nous explique aujourd’hui TC, le capitalisme est une société de classes et de genre, les deux.

Tant qu’un mouvement prolétarien – hommes et femmes – n’a pas la force de s’attaquer au capitalisme et de supprimer à la fois le travail et le capital, les mouvements féministes seront condamnés à agir dans cette contradiction, et à revendiquer pour les femmes d’être traitées à égal des hommes, bénéficiant notamment des mêmes droits dans le monde du travail

voilà donc le problème de Dauvé, il ne faut pas que deux priorités en cachent une... Le communisme et la révolution doivent rester simples, en un seul mot une seule priorité : restons strictement prolétariens. Il n'y a donc parmi les femmes que les femmes prolétaires qui font la révolution, en quoi elles ne peuvent pas être féministes radicales car celles-ci accordent « la priorité à la question des femmes et à la lutte contre l’inégalité entre les sexes »

pour Dauvé, si les femmes prolétaires font la révolution, c'est en tant que prolétaires, non en tant que femmes. Retour à la "contradiction principale" du mouvement ouvrier programmatiste, quand il fallait d'abord abolir le capitalisme pour s'attaquer à la libération des femmes. Pourquoi les hommes prolétaires sont immédiatement féministes, sans doute parce que « les individus mâles ne sont plus que les relais, et pas les principaux, de la domination masculine », et que les camarades prolétariens en sont inoculés

à tout prendre, je préfère la double contradiction de classe et de genre de TC, à la construction théorique bancale près, que Dauvé se fait un plaisir de démonter, pour mieux demeurer en deçà, comme au bon vieux temps. Comment Dauvé peut-il alors écrire plus bas :


Citation :
La domination masculine ne mourra pas de sa belle mort. Le processus impliquera des conflits homme/femme (comme il y en aura d’ailleurs entre prolétaires – hommes et femmes – radicaux et réformistes). Les piqueteros et les insurgés d’Oaxaca ont donné quelques exemples de la nécessité et de la difficulté de résoudre de tels conflits. Une révolution qui s’avérerait incapable d’affronter la question des sexes serait également incapable du reste.

Arrow

dans ma conception, je n'ai pas ce genre de problème insoluble, soit garder une seule contradiction capital-prolétariat, soit en fusionner deux, de classe et de genre. "Ma" Classe communiste de la révolution se constitue sur ces deux lignes et d'autres

car le principe est pour moi incontournable : qui est confronté dans sa vie de façon particulière au capital l'affronte prioritairement selon cette particularité, qui constitue son identité de lutte, et l'on ne voit pas comment des « individus partant d'eux-mêmes » (Marx) procéderaient selon une autre priorité, qui n'est pas la leur, et qui renvoie tout combat extérieur à une solidarité

au demeurant, c'est ainsi que depuis Marx et dans le marxisme, on privilégie la classe ouvrière, en raison de son exploitation et de ses conditions de travail et de vie qui la confrontent directement au capital dans le procès de production de la plus-value et de la valeur

les femmes, dans la lutte de classe communiste, affrontent aussi des hommes prolétaires, communistes ou pas, et se trouvent chez eux des alliés : c'est dans cette rencontre que se constitue la classe communiste, qui n'est pas donnée a priori comme un bloc homogène, ni sociologiquement, ni idéologiquement



13. sur l'existence de la classe communiste
composition, décomposition, recomposition, ou nouvelle classe à constituer ?

Tristan Vacances : - À propos de ceci, 2 septembre :

Patlotch a écrit:
nous avons constaté que notre classe communiste n'est pas même constituée en soi. Poser sans qu'elle le soit la possibilité de sa constitution pour soi, c'est-à-dire non sociologique d'individus dans le même rapport d'opposition au capital, c'est la même chose qu'envisager le dépassement produit d'identités de luttes particulières face au capital, vers une unité auto-organisée échappant à la captation politique identitaire autant qu'à la "convergence des luttes" pilotée par "l'alliance" d'organisations

Cette classe, elle existe, ou non ?

Patlotch : - aujourd'hui, non, elle n'est pas constituée

Tristan Vacances : - Donc votre thèse repose sur du vent ?

Patlotch : - ni plus ni moins que celle d'une révolution à venir dans toute théorie communiste. Aujourd'hui, la classe ouvrière existe, par le fait de millions d'ouvriers exploités dans le monde. Elle existe en soi. Mais le prolétariat n'existe plus comme classe pour soi, sujet de la révolution, depuis 40 ans et de fait bien plus, car le sujet révolutionnaire du programmatisme ouvrier s'est décomposé alors qu'il avait déjà perdu son caractère révolutionnaire, sauf aux yeux des partis le représentant ou des groupes le théorisant

le deuxième temps, la décomposition
dans la littérature sur la communisation, vous trouverez nombre d'occurrences à décomposition de la classe ouvrière, mais les communisateurs n'ont pas inventé l'expression, qu'on retrouve chez Temps Critiques, et qui est devenue un lieu commun pour beaucoup de sociologues. Comme constat, quoi qu'ils en tirent idéologiquement, on trouve très tôt ce thème chez André Gorz, Stratégie ouvrière et néocapitalisme, 1964, Alain Touraine, La Conscience ouvrière, 1966, Pierre Ronsovallon, «Crise et décomposition de la classe ouvrière », 1979, André Gorz Adieux au prolétariat, 1980, etc.

si la classe ouvrière comme sujet s'est décomposée, il s'agit pour les théoriciens du prolétariat qu'elle se recompose sur la même base de son existence dans les rapports de production. Nous en sommes donc au même point, nous n'avons pas de sujet révolutionnaire réel, actuel. Touraine écrit en 1966 ici :

Citation :
on assiste à la décomposition de la classe ouvrière comme groupe réel. Les rapports de classes et les échelles de stratification se séparent de plus en plus.

Tristan Vacances : - C'est en quoi vous estimez que le retour du prolétariat comme révolutionnaire pour s'auto-abolir est tautologique ?

Patlotch : - dans la définition à géométrie variable du prolétariat, sur mesure, oui. Pour Théorie Communiste (2010) : « Il faut dire cette chose triviale : le prolétariat c'est la classe des travailleurs productifs de plus-value.» Astarian leur reproche de « réintrodui[re] la notion de nature révolutionnaire du prolétariat » (Où va TC, 2010). Camatte critique en 1977, « chez tous les théoriciens ultra-gauches mainteneurs-défenseurs du prolétariat », la « résurrection » du « concept de prolétariat » comme « sujet transcendantal [] follement opérationnel »

vous pouvez lire le comble de cette tautologie dans :
Précisions sur la nature et la fonction actuelles du Parti {Le Mouvement Communiste}, n°3, Juillet 1972 :
Citation :
la classe ouvrière ne devient pas le prolétariat en un instant [1]

[1] Mieux vaut sans doute désigner par classe ouvrière l’ensemble sociologiquement et économiquement défini par sa place dans le système capitaliste et sa fonction de capital variable ; et réserver le mot prolétariat à l’ensemble de ceux qui, par un mouvement révolutionnaire, tentent de détruire ce système.

avec une telle définition, aucun doute n'est permis : c'est le prolétariat qui fait la révolution, il est la constitution en classe pour soi de la classe ouvrière, classe en soi. On sort complètement de la définition marxienne, les prolétaires comme ceux qui pour vivre n'ont que la vente de leur force de travail contre un salaire. Au premier temps de la composition en classe (Le Manifeste), Marx avait le prolétariat comme classe en soi, à constituer en classe pour soi par le parti de classe. Eux ont la classe ouvrière révolutionnaire par nature qui va se reconstituer en prolétariat, classe de la révolution : c'est leur troisième temps, la recomposition*
* remarque : chez les communisateurs, cette recomposition du prolétariat n'est pas pour lui-même; 'pour soi' ne doit plus être compris comme une affirmation visant la prise de pouvoir. Chez eux, le prolétariat ne se recompose, ne trouve son unité, que dans le moment et mouvement de son auto-abolition dissolvant les autres classes. C'est la même distinction que j'introduis dans l'auto-organisation révolutionnaire qui n'a pas pour contenu l'autonomie

Tristan Vacances : - Chez vous, la classe révolutionnaire n'est pas renaissance, mais apparition divine...



La Création d'Adam, Michel-Ange, 1511

Patlotch : - bon là, je vous laisse méditer vos propos, sans dieu ni maître

Tristan Vacances : - Tsss... Pourquoi n'appelez-vous pas votre classe communiste prolétariat comme tout le monde ?

Patlotch : - Parce qu'il faut dire cette chose triviale : pour tout le monde, le prolétariat, c'est la classe ouvrière

Tristan Vacances : - Euh... admettons. Et les classes moyennes ?

Patlotch : - je suis sorti de la vision d'un ménage à trois classes, capitaliste(s), classe(s) moyenne(s), prolétariat. Cette partition besogneuse ne vise qu'à justifier le sujet révolutionnaire prolétarien. Les couches moyennes ne sont pas véritablement constituées en classe, et nous sommes amenées à prendre en considération la place des individus qui les composent dans les rapports de production/reproduction et dominations. C'est sur le critère de leurs luttes particulières face au capital, ou à l'inverse de leur allégeance au capital, qu'il convient de le faire

Tristan Vacances : - Cela revient un peu au même, non ?

Patlotch : - chez Astarian, c'est comme chez Dauvé et Temps Critiques, théoriciens mâles, les femmes n'ont pas de rôle spécifique dans la révolution (point 12.), et chez aucun d'eux les rapports des individus à la destruction de leur environnement par le capital (cf « il faut concevoir le combat pour l’environnement comme « une forme de lutte des classes au niveau planétaire entre forces du travail et capital. » (ici 28 août). Ces luttes dites "écologistes" sont menées par des individus appartenant au prolétariat ou non. La constitution d'une classe comme révolutionnaire se fait sur la base de qui lutte pour une rupture, et basta


le contenu des luttes face au capital
est en dernière instance le critère de la constitution en classe révolutionnaire


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MessageSujet: Re: 5. LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?   Lun 4 Sep - 14:38


14. quel(s) antagonisme(s) entre classes ?

dans le marxisme, on a un antagonisme entre deux classes, la classe ouvrière et la classe capitaliste. En voici une formulation récente : Qu’est-ce qu’une classe sociale et quelles sont les classes antagonistes ? Jimmy Dalleedoo, Le Grand Soir 27 août 2017
Citation :
Les classes antagonistes sont la classe bourgeoise et le prolétariat en contradiction inconciliable. La négation de l’affirmation doit nécessairement détruire ce qui l’a engendrée, atteignant la négation de la négation, créant une nouvelle société. Il en résulte qu’il ne peut pas y avoir d’Etat intermédiaire entre l’Etat bourgeois et l’Etat prolétarien. L’Etat prolétarien, de par un processus déterminé et dans une période non définie, s’éteindra, dans le même temps que s’éteindront les contradictions de classes antagonistes, afin de laisser la place au communisme.

Nier cela, c’est nier le marxisme-léninisme et donc abandonner la classe ouvrière et le prolétariat. [...]

dans le titre, je mets une option entre pluriel et singulier. La classe communiste de la révolution se constitue comme antagonique au capital sur la base d'antagonismes particuliers, dans l'exploitation de la classe ouvrière, dans la domination masculine structurelle du capital pour sa reproduction, dans la destruction de l'environnement conduisant à celle du vivant, de l'humanité et de la nature comprise comme son lieu d'existence

qu'est-ce qu'un antagonisme ?

cocowikipedia a écrit:
Les contradictions deviennent antagoniques lorsqu'on voit s'affronter les intérêts opposés, incompatibles, de différentes communautés ou forces sociales.

on peut discuter à perte de vue pour savoir si les contradictions sont antagoniques en elles-mêmes, ou comme le dit ce texte, si elles le deviennent. Je penche pour cette dernière compréhension. À cet égard je ne peux suivre Temps Critiques dans S’il n’y a plus de sujet révolutionnaire, peut-on encore parler de révolution ? J. Wajnsztejn, juin 2013 :
Citation :
nous ne disons pas qu’il n’y a plus de classes au sens sociologique de catégories parce que la société est encore en partie structurée en classes, mais qu’il n’y a plus de classes antagoniques au sens fort avec une conscience de ses intérêts, de son rôle dans la transformation du monde, d’une perspective de société autre.

on peut considérer que la contradiction entre capital et classe ouvrière est antagonique du moment où il devient mode de production en subsomption formelle, et qu'à cette époque c'est en essence la seule contradiction antagonique. À cette époque le capitalisme ne pousse pas la domination masculine au niveau d'une contradiction irréconciliable. En ce sens, comme dit JW « Le capital n’a pas de « position » sur les femmes ». Il n'en a pas encore. De même il ne menace pas alors l'existence humaine et la vie sur terre

dans le passage à la subsomption réelle et le stade actuel d'une crise de civilisation, ces contradictions deviennent antagoniques. La "contradiction de genre" n'est pas un antagonisme entre hommes et femmes qui porte les tenants de cette conception à promouvoir l'abolition du genre comprise comme destruction des hommes et des femmes (exemple :
Capitalisme, genre et communisme. L’insurrection généralisée qui détruira les hommes et les femmes Incendo 20 septembre 2012). Elle est une contradiction dans le capitalisme qui a besoin de la domination masculine pour sa reproduction. J. Wajnsztejn, dans le texte précédent, le voit et le nie à la fois :
J.W. a écrit:
depuis que les contradictions du capital ont été portées au niveau de sa reproduction, la prédominance du rapport à la nature extérieure et sa contradiction centrale entre capital et travail perdent de leur puissance interprétative et donnent libre cours à des interprétations genristes ou/et quasi psychologiques des processus de domination (le patriarcat, la violence, la propriété masculine, l’hétérosexualité, etc.).

nous vivons l'époque historique où ces contradictions sont devenues antagoniques, ce qui ne signifie pas qu'elles soient reconnues comme telles par tous les individus qu'elles concernent. C'est la même différence qu'entre classe en soi et pour soi

c'est à partir de là que je considère qu'il n'y a plus une "contradiction principale", une seule "priorité" et pas deux, comme l'écrit Gilles Dauvé (point 12.). Toutes ces contradictions antagoniques sont principales et prioritaires pour ceux dont elles engagent la vie

la constitution en classe révolutionnaire d'un sujet englobant toutes ces particularités est directement liée à l'existence du capitalisme contemporain comme mode de production, reproduction, et civilisation, et à sa crise globale

cette classe communiste se constituera, ou pas, comme passage de ces antagonismes à un seul, ou du moins dans l'unité des luttes particulières face au capital, autrement dit quand chacune dépassera le moment d'une affirmation identitaire. On ne rêve pas ici d'une homogénéïsation, d'un bloc hégémonique uniforme mais bel et bien d'une convergence d'objectif dans celle de leurs intérêts spécifiques. Ici convergence ne pose pas le problème dans les termes de leur organisation politique, mais d'une émergence dans la crise globale de reproduction



du 11 septembre. Mis à jour concernant « la révolution à titre humain » de Jacques Camatte en 1968, repris pas Temps Critiques


15. une classe révolutionnaire est-elle bien nécessaire,
et crédible son émergence ?

Tristan Vacances : - Si je résume ce que j'ai compris, de ce sujet et du livre, vous ne voulez pas abandonner l'idée dune révolution mondiale, ce qui vous oblige à poser l'existence d'un sujet pour la faire, donc de sa constitution en classe sur une base qui ne soit pas seulement prolétarienne : c'est bien ça ?

Patlotch : - je n'aurais pas dit mieux en si court

Tristan Vacances : - Au fond vous n'y croyez pas, mais vous tenez à rester fidèle à l'engagement communiste de votre jeunesse, je me trompe ?

Patlotch : - là on quitte le monde de l'intérêt pour la théorie et on entre chez ses concierges. Vous pouvez reformuler ?

Tristan Vacances : - Vous venez d'importer un texte d'Invariance de 1996, et l'on sent qu'il ne vous laisse pas indifférent. On peut y lire :

Jacques Camatte a écrit:
Avoir lié indissolublement la réalisation d’un tel projet à l’action d'une classe bien déterminée - même si elle avait un caractère universel qui lui conférait la potentialité de le réaliser - a constitué une forme d'immédiatisme.

Maintenant que cette classe, le prolétariat, a été battue, intégrée, puis dissoute dans la société communauté actuelle, le projet demeure : invariance. Nous ne parlons plus de communisme. Nous affirmons la nécessite de l’instauration d’une communauté humano-féminine intégrée dans la nature. Le contenu essentiel demeure inchangé.

La disparition du sujet de la transformation, donc de la réalisation du projet va de pair avec la fin du procès révolution. On n'a pas a chercher un autre sujet révolutionnaire (préoccupation importante au cours des années soixante et soixante-dix). Ceci nous permet d’ailleurs de ne plus nous laisser piéger par l’opposition intérieur-extérieur, sujet-objet, etc. En conséquence il n’est pas question non plus de dire que l'espèce deviendrait un tel sujet.

Patlotch : - oui c'est très clair et chez lui cohérent, ce qui signifie que pour une cohérence inverse, on ne peut garder l'idée d'une révolution sans trouver un sujet; l'appeler classe s'impose du point de vue de la validité de ce concept dans l'histoire (partie I. de mon livre). La dernière phrase laisse penser qu'il rejetait aussi l'idée de révolution à titre humain, ce que pourrait confirmer Temps Critiques, qui avait déjà élaboré ce concept, et Jacques Guigou restait en contact avec Camatte
précisions du 13 septembre :

1) Prolétariat et Gemeinwesen (Communauté) Jacques Camatte 14 novembre 1968
Citation :
A la suite de ce détour, comme à la suite de celui en passant par le Chine et par les divers pays ayant accédé à l’indépendance après la seconde guerre mondiale, réapparaît encore plus puissante la nécessité d’une révolution radicale, d’une révolution à titre humain. La société humaine ne peut survivre que si elle se transforme en Gemeinwesen (communauté) humaine. Le prolétariat n’a plus à accomplir de tâche romantique mais son œuvre humaine.

Article publié dans le n° spécial d’Invariance, Novembre 1968.

2) C – La révolution « à titre humain » Temps Critiques n°13 Hiver 2003
Citation :
27 II me semble erroné de dire qu'Invariance, en parlant de « révolution à titre humain », en a déduit que c'est l'humanité qui fait la révolution. Dans un premier temps Camatte a développé l'idée de « classe universelle », à partir, entre autres de l'analyse de Mai 68 et d'une critique de la théorie de la valeur travail avec impossibilité de déterminer aujourd'hui ce qui est « travail productif » et ce qui ne l'est pas. Ce n'est donc pas l'humanité qui fait la révolution, mais ce n'est plus une classe particulière qui dans la réalisation de ses intérêts de classe accomplirait dans un second temps la suppression de toutes les classes. D'où l'idée de la révolution à titre humain a laquelle je souscris encore (c'est d'ailleurs l'un des derniers points que je maintiens de l'apport de cette revue). Si je l'ai reprise, c'est que la position que je tenais à l'époque (au sein d'un réseau d'échanges plus ou moins organisés entre des individus qui participaient aux revues Négation, Bulletin Communiste, Le mouvement Communiste, puis Crise Communiste et Maturation Communiste), à savoir celle de l'auto-négation du prolétariat, c'est-à-dire d'une classe dernière des classes qui n'est déjà plus une classe et qui donc dans la révolution s'affirme et se nie en même temps (fin de toutes les phases de transition et la théorie communiste comme critique de la théorie du prolétariat), et bien tout cela m'est apparu comme une impossibilité logique doublée d'une praxis impossible à produire. Je ne savais pas encore à l'époque à quel point la défaite du prolétariat, consommée dès le milieu des années 70 et la nouvelle dynamique du capital qui en est issue, allaient confirmer cette impossibilité.

mais pour réellement saisir la logique de Camatte, il faut lire tout ce texte Communauté et devenir, ou un autre. C'est sa compréhension de l'histoire humaine et de celle de la période capitaliste qui fonde son abandon du prolétariat et de la révolution

Tristan Vacances : - Comment ça ?

Patlotch : - lisez-le... Sa vision d'un arc historique plus long que le mode de production capitaliste, reprise par Temps critiques, ne me gêne pas, au contraire, mais je ne vois pas le moment actuel comme lui, ni comme eux. De ce point de vue je suis plus proche des analyses des 'communisateurs' sauf bien sûr quand elle sont prédéterminées par leur lecture de la lutte de classe prolétarienne, qu'ils considèrent toujours motrice de l'histoire actuelle

Tristan Vacances : - Votre classe de la révolution n'est pas plus avancée...

Patlotch : - oui et non, la leur est une hypothèse irréaliste sans base sociale et elle ne reviendra pas comme ils le théorisent, la mienne a encore ses chances. D'ailleurs ma construction théorique ne laisse pas entendre l'émergence brutale d'une conjoncture mondiale révolutionnaire et boum ! v'là la communisation immédiate. Je parle de conjonctures au pluriel de par la constitution même, plus composite, de cette classe. Ma conception de dépassements à produire, au pluriel toujours, n'est pas celle du "dépassement produit" binaire et singulier de Théorie Communiste

rappelez-vous que Bernard Lyon (TC) parlait du boum pour 2020... Pour moi, ce serait encore quelques décennies pour observer vraiment des événements qualitativement et quantitativement significatifs dans le sens de mes spéculations

Tristan Vacances : - On n'est pas couché.

Patlotch : heureusement

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 5. LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?   Ven 15 Sep - 7:33


16. prolétariat et sous-prolétariat,
catégories sociales, identités de luttes, communautés de luttes,
composition et constitution de classe
contradictions et dépassements

avec le sujet du LUMPENPROLETARIAT à la POPULATION en SURPLUS : une classe ? pour ou contre la révolution ? nous avons interroger, depuis le 19e siècle, la relation entre le prolétariat, la classe ouvrière réellement travailleuse, ayant un "emploi"* et ceux qui n'en ayant pas, en cherchent ou non, rentiers ou de familles, (sous-)prolétaires, et/ou délinquants, éclopés

* ce mot d'emploi, pour dire qu'on n'est pas au chômage, ceux d'employeur et d'employé, comme le terme de population active, apparaissent au début du 20e siècle, et deviennent du langage économique, social et politique dans les années 1960

Citation :
CNRTL
c) Fait d'employer une pers. ou une catégorie de pers. Emploi de + compl. indiquant la pers. employée. « Il [le général] prépare le plan d'emploi de l'armée de l'intérieur en fonction des possibilités (...) d'action. » (de Gaulle, Mém. guerre, 1956, p. 478) [le sens du mot glisse d'utiliser une chose, un moyen, à employer des personnes]
3. ... « nous multiplierons nos valeurs par un habile emploi d'amis, de protégés, d'affranchis exercés et fortifiés par notre aide.» Maurras, Kiel et Tanger, 1914, p. 209.
− Spéc., ÉCON. Emploi de la main-d'œuvre. Fait d'employer les personnes actives de la population à des activités économiques. P. ell. Agence Nationale pour l'emploi (A.N.P.E.). « La technique et le développement gigantesque du machinisme ne risquent-ils pas, dans certains cas, de provoquer une diminution d'emploi de la main-d'œuvre ? » (Lesourd, Gérard, Hist. écon., 1966, p. 329).

employeur
Personne qui emploie un ou plusieurs salariés :
« ... les lettrés du xviiie siècle avaient fait décréter comme éminemment raisonnable, juste, (...) une certaine législation du travail d'après laquelle tout employeur, étant libre, et tout employé, ne l'étant pas moins, devaient traiter leurs intérêts communs d'homme à homme, d'égal à égal, sans pouvoir se concerter ni se confédérer avec leurs pareils...» Maurras, L'Avenir de l'intelligence, 1905, p. 37 [c'est le contrat libre du salariat décrit par Marx]

Wikipédia : L'Agence nationale pour l'emploi (ANPE) était un établissement public administratif français placé sous la tutelle du ministère de l'économie, de l'industrie et de l'emploi, créé par l’ordonnance no 67-578 du 13 juillet 1967 sous l'impulsion de Jacques Chirac pour centraliser les offres et les demandes d'emploi, effectuer des statistiques sur le nombre de demandeurs d'emploi et gérer des centres de ressources pour aider les chercheurs d'emploi dans leurs démarches et leur parcours. Avec l’Unédic (et d’autres établissements), elle faisait partie du service public de l'emploi français et concrétisait le droit au travail reconnu par la Constitution de 1958. [...]
Avant la création de l'ANPE existaient déjà des systèmes facilitant la transmission d'informations entre employeurs de demandeurs de travail. En 1628 ou 1629, est créé le Bureau d'adresses par Théophraste Renaudot, destiné à recevoir les annonces proposant des emplois pour permettre aux pauvres de retrouver du travail. Aux lendemains de la Première Guerre mondiale, l'Action française crée un Office de placement gratuit destiné à servir d’intermédiaire entre employeurs et employés, dans l’espoir de leur rendre service.

chômage
A.− Suspension des travaux le dimanche et les jours de fête. « Le chômage du dimanche, le chômage des jours fériés. Le chômage d'une multitude de fêtes (About, La Grèce contemporaine, 1854, p. 268) [nous reste les jours chômés, où les salariés ne travaillent pas, pas pour autant chômeurs]
1. « Ce qui me frappait le plus, c'était l'apparence fantastique de la vieille femme, qui était pourtant une véritable paysanne, mais qui ne tenait aucun compte des dimanches, et filait sa quenouille ce jour-là avec autant d'activité que dans la semaine, bien que l'observation du chômage soit une des plus rigoureuses habitudes du paysan de la Vallée Noire.» G. Sand, Histoire de ma vie, t. 2, 1855, p. 280.
B.− P. ext. Situation d'une personne, d'une entreprise, d'un secteur entier de l'activité économique caractérisée par le manque de travail. Être en chômage, indemnités de chômage, l'augmentation du chômage en France, politique de lutte contre le chômage, résorber le chômage, la hantise du chômage. Ouvriers réduits au chômage (Joffre, Mémoires, t. 2, 1931, p. 195). « Le chômage dans (...) la chaussure. » (Abellio, Heureux les pacifiques, 1946, p. 155):
2. « Voilà deux misérables, deux serfs, mais différemment serfs. L'un de l'éternelle fixité des vœux absurdes qu'il lui faut faire demain, l'autre des hasards, des arrêts subits d'un métier de luxe, toujours menacé du chômage et de la faim.» Michelet, Journal, 1854, p. 252.
3. « Dans le secteur industriel, les chômeurs ou anciens chômeurs, ceux qui connaissent ou ont connu, dans le passé, la crainte du chômage, votent généralement à gauche.» Traité de sociol., 1968, p. 68.

le lumpenprolétariat de Marx, avec sa "bohème", est un mélange de tout ça, que l'on peut suivre dans son hétérogénéité depuis, mais difficilement analyser comme un rapport entre classes constituées de façon symétriques relativement aux rapports de production, parce que certaines catégories sont poreuses. Un sous-prolétaire devient prolétaire et inversement, un rentier absolument paupérisé, ou un délinquant, ne sont pas nécessairement prolétarisés. Sous-prolétariat m'apparaît comme plus parlant et juste que lumpenproletariat. Quant aux haillons, aujourd'hui, il en porte ou non

peut-être, en établissant ces distinctions objectives, dans le rapport au travail, peut-on établir des contours plus clairs du prolétariat au sens marxien de qui n'a pour vivre que sa force de travail

où l'on voit que ces différences restent valables d'hier à aujourd'hui, et sont plus pertinentes (que lumpenproletariat) en terme de composition donc de constitution de classe, considérant aussi que leurs intérêts, immédiats ou à long terme, ne sont pas toujours communs et donc la subjectivation de classe de ces catégories pas la même

entre la classe et les individus, il y a les catégories sociales, ou couches sociales qui introduisent une hiérarchie de revenus et de situations réelles, mais quant à la subjectivation révolutionnaire ou non, ou contre-révolutionnaires, il n'y a pas une absolue nécessité. Aussi constate-t-on qu'à origine, revenu et situation égale, des individus peuvent faire différents choix politiques (au sens large, en tant que sujet.s politique.s), mais jamais ne peut-on affirmer que leur subjectivité/subjectivation, même de classe, n'est pas, un temps, individuelle et dépendante d'un conjoncture de transformation en subjectivation de classe, et moins encore que la seule qualité de "sans réserve", au fond définissant un seuil de pauvreté, suffit à produire la subjectivation révolutionnaire


Citation :
Tant que la contradiction n'est pas apparue, les conditions dans lesquelles les individus entrent en relations entre eux sont des conditions inhérentes à leur individualité; elles ne leur sont nullement extérieures et seules, elles permettent à ces individus déterminés et existant dans des conditions déterminées, de produire leur vie matérielle et tout ce qui en découle; ce sont donc des conditions de leur affirmation active de soi et elles sont produites par cette affirmation de soi. En conséquence, tant que la contradiction n'est pas encore intervenue, les conditions déterminées, dans lesquelles les individus produisent, correspondent donc à leur limitation effective, à leur existence bornée, dont le caractère limité ne se révèle qu'avec l'apparition de la contradiction et existe, de ce fait, pour la génération postérieure. Alors, cette condition apparaît comme une entrave accidentelle, alors on attribue aussi à l'époque antérieure la conscience qu'elle était une entrave. [...]

Cette subordination des individus à des classes déterminées ne peut être abolie tant qu'il ne s'est pas formé une classe qui n'a plus à faire prévaloir un intérêt de classe particulier contre la classe dominante.

Les individus sont toujours partis d'eux-mêmes, naturellement pas de l'individu "pur" au sens des idéologues, mais d'eux-mêmes dans le cadre de leurs conditions et de leurs rapports historiques donnés. Mais il apparaît au cours du développement historique, et précisément par l'indépendance qu'acquièrent les rapports sociaux, fruit inévitable de la division du travail, qu'il y a une différence entre la vie de chaque individu, dans la mesure où elle est personnelle, et sa vie dans la mesure où elle est subordonnée à une branche quelconque du travail et aux conditions inhérentes à cette branche. [...]. Dans l'ordre (et plus encore dans la tribu), ce fait reste encore caché; par exemple, un noble reste toujours un noble, un roturier reste toujours un roturier, abstraction faite de ses autres rapports; c'est une qualité inséparable de son individualité. La différence entre l'individu personnel opposé à l'individu en sa qualité de membre d'une classe, la contingence des conditions d'existence pour l'individu n'apparaissent qu'avec la classe qui est elle-même un produit de la bourgeoisie.

Marx-Engels, L'idéologie allemande, Feuerbach 1845

ainsi, Temps Critiques, en partant de l'individu (voir) pour cherche la tension individu-communauté, ne pouvait qu'abandonner non seulement le prolétariat comme sujet politique, mais toute idée d'une classe révolutionnaire dont produire la constitution

c'est pourquoi, sur le plan théorique, il ne leur a pas été possible d'aller plus loin, puisqu'ils sautent à pieds joints et sur le processus de subjectivation comme dépassements à produire d'identités qu'ils ne peuvent plus alors considérer que comme particularités s'opposant à la communauté, et devenant communautariste. Identités de luttes pour communautés de luttes* spécifiques de catégories sociales
* on trouve chez eux ce terme, ainsi que chez Dauvé, dommage qu'ils n'en tirent pas davantage

dans le passage de l'IA : « tant que la contradiction n'est pas encore intervenue, les conditions déterminées, dans lesquelles les individus produisent, correspondent donc à leur limitation effective, à leur existence bornée, dont le caractère limité ne se révèle qu'avec l'apparition de la contradiction et existe... », nous pouvons voir un problème, c'est l'absence de ce processus passant pas la particularité d'une formation d'une identité de lutte spécifique à telle catégorie sociale confrontée à telle domination face au capital, sous un rapport idéologique certes, mais relevant d'une situation on ne peut plus objective comme rapport social particulier (femmes, "racisés"...)

l'erreur du prolétarisme voyant la constitution d'une classe révolutionnaire dans le seul rapport de travail (voire à la production) est un économisme; il s'effondre historiquement, socialement, et politiquement, et donc en théorie

c'est à quoi m'avait amené également ma critique du texte d'Hic Salta sur la couche moyenne salariée (CMS)

si « l’essence humaine n’est pas une abstraction inhérente à l’individu isolé. Dans sa réalité, elle est l’ensemble des rapports sociaux.» (Marx, Thèses sur Feuerbach, 1845), l'ensemble des rapports sociaux, ce ne sont pas que les rapports sociaux de production, et nous devons l'examiner sous l'angle de ce que sont les "rapports sociaux", de production et d'exploitation, de pouvoir et de domination, de sexe, de race, et les rapports sociaux à la nature, qui sont la base sur laquelle se forgent les identités de luttes face au capital selon des particularités différentes et des intérêts possiblement opposés, mais pas à opposer comme intrinsèquement révolutionnaires ou contre-révolutionnaires en termes de gros concepts tel que prolétariat et classe moyenne, même salariée



17. jeunesse, expérience, transmission
et co-apprentissage intergénérationnel
entre milieux sociaux différents

en lisant les passages de Marx sur le lumpenproletariat et ce qui justifiait alors sa faible tendance à rejoindre le "vrai prolétariat", j'ai noté le caractère de la jeunesse n'ayant pas encore l'expérience ouvrière de la fabrique ou de l'usine, et cette difficulté à tisser des relations de classe entre générations différentes dans les moments où le changement des circonstances s'accélère

en 1968 on parlait de « conflit de générations », ou entre générations, ce qui paraît un peu idiot, mais qui de fait recouvrait une réalité, le rejet par la jeunesse de la vie de ses parents, ou des habitudes de luttes de ses aînés, redoublant la crise de la représentation ouvrière par syndicats et partis politiques, traduisant l'impossibilité d'un passage de témoin

il est frappant de constater que tous les grands leaders/théoriciens du mouvement ouvrier ont porté beaucoup d'attention à la jeunesse, en ont décrit les qualités et les défauts, et qu'ensuite les partis se sont donnés des organisations de jeunesse, sachant bien que dans les luttes les contacts sont immédiats entre jeunes de positions politiques différentes mais souvent sur des intérêts partagés, qui ne sont pas ceux de plus âgés, mais propre à une, deux ou trois générations se recouvrant

à titre d'exemple, il faut noter que les scissions qui aboutirent à la création par Krivine de la JCR en 1966 puis de la Ligue communiste en 1969 furent provoquées dans l'UEC, organisation des étudiants sous la houlette du PCF. J'ai personnellement vécu ça, dans les années 70, d'abord adhérent de l'UECF avant de "prendre ma carte" au PCF. Mais au fond, je ne connaissais pas grand chose, c'est un anarchiste qui m'a fait adhéré, et j'aurais aussi bien pu tomber communiste par une autre voie, car j'étais un gauchiste dans le plus mauvais sens du terme et quelque bon. Cela dit, jamais je n'aurais pu entrer dans une organisation trotskyste, en raison de mes origines sociales et du peu d'ouvriers qu'on y trouvait (sauf chez LO, mais bon, ça n'avait pas l'air de respirer beaucoup, et j'ai peu d'appétence militaire). Au PCF, c'est des ouvriers que j'ai le plus appris, et il s'agissait donc là d'une transmission de vieux qui savent à jeunes qui font. Dans ma cellule de quartier ça allait de l'adolescence à plus de 90 ans. Dans celle d'entreprise toutes les générations de salarié.e.s étaient là, tous les niveaux de salaires, une moitié de femmes, et pas mal d'Antillais.e.s et Maghrébin.e.s

des meilleurs souvenirs de l'attelage hétérogène qui produisait la revue Meeting pour la communisation (2003-2008), je retiens aujourd'hui aussi l'aspect inter-générationnel de cette rencontre, les plus jeunes (encore que...) étant plutôt des "activistes" en quête d'une "théorie" servant à leur "pratique", les plus vieux (encore que...) ayant une théorie mais pas toujours la connaissance de ce que vivaient ces "jeunes" ni du milieu dans lequel ceux-ci étaient comme poissons dans l'eau. Bien des incompréhensions reposaient sur ce décalage, qui se sclérosaient en désaccords en partie par manque soit d'expérience soit de connaissances, mais on ne peut pas affirmer que les vieux avaient du point de vue 'actuel' autant d'expérience que les jeunes. Un des plus mauvais souvenirs est qu'il n'y avait ni ouvriers, ni ou fort peu femmes et de "non-blancs", et beaucoup d'enseignants, aux origines manifestement non prolétariennes. J'étais là une sorte d'ovni de par mes origines sociales, mes études scientifiques et mon parcours militant, et j'avais à apprendre des deux côtés, mais...

sans parler que les générations du passé n'enterrent pas celles du présent

cela conduit à poser le problème de ce tissage inter-générationnel aussi comme un problème de composition de classe, bien sûr au-delà de telles rencontres entre activistes théoriques et pratiques somme toute contraints, dans une période d'absences de luttes portant des ruptures, à l'intervention

on le mesure, la marche en avant historique vers la constitution en classe ne se gère pas à coups de gros concepts, tels que la présupposition (sic) entre prolétariat et capital, ou l'individu vs la communauté : il y faut bien des médiations, particulières et temporelles...

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: 5. LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?   Sam 16 Sep - 7:34


18. à propos de « convergence des luttes »

Tristan Vacances : - vous affirmez en introduction qu'« aucune perspective de changement politique, sauf illusoire, n'est à la hauteur des problèmes provoqués par le système capitaliste, son économie politique et sa classe dominante » et le développez en 1.7.2. la constitution de la classe communiste n'est pas convergence organisationnelle... où vous écrivez :

Patlotch a écrit:
on voit bien que les circonstances actuelles sont peu favorables à l'émergence d'une classe communiste idéale portant toutes les dimensions émancipatrices que j'ai dites [...] n'y voir qu'un handicap à la "convergence des luttes", et y répondre par celle des organisations ou leurs alliances sur le terrain de la démocratie politique, ne fait pas avancer le schmilblick de contradictions inhérentes à la période actuelle, dans la double crise du capital et de l'Occident, que ne sauraient pas davantage résoudre des gouvernements de gauches radicales plus ou moins populistes

Êtes-vous contre la convergence des luttes ou contre leur contenu et leur forme politiques ?

Patlotch : - la convergence des luttes est un mot d'ordre, un slogan, ce n'est pas une réalité mais un fantasme


« La convergence des luttes » est une illusion, Miguel Benasayag (Philosophe et psychanalyste) et Bastien Cany (Journaliste), Le Monde, 3 mai 2016


on peut y lire : « La liberté et la justice dont se réclament les Nuits debout n'existent pas dans un universalisme abstrait. Le tout ne peut exister que dans chaque partie, au sein de chaque situation où il se joue en actes (de solidarité, de liberté et de justice). »

cela ne signifie pas que je sois contre, mais qu'elle est impossible, utopie abstraite. De plus effectivement, la forme, viser le pouvoir politique, aussi démocratique serait-il, porte un contenu, préserver l'État, sans parler du programme, celui de Mélenchon par exemple. Alors là, oui, je suis contre

Tristan Vacances : - Mais envisager l'émergence d'une classe tenant tous les contenus d'abolition de l'exploitation et des dominations, c'est bien une forme d'unité dans la convergence dont vous parlez...

Patlotch : - votre question contient partie de la réponse, et l'article la seconde : « Le tout ne peut exister que dans chaque partie, au sein de chaque situation où il se joue en actes. [...] Réduire la multiplicité de ces situations, c'est donc refuser la conflictualité propre à la vie et à nos sociétés. ». Cela correspond d'ailleurs, en terme théorique et de méthode, à ma vision hologrammatique de chaque point de vue particulier sur le tout...

Tristan Vacances : - Mélenchon aussi fait des hologrammes, non ?

Patlotch : - ce n'est pas dans ce sens, mais celui de l'approche complexe :

Edgar Morin a écrit:
Le principe hologrammatique signifie que dans un système, dans un monde complexe, non seulement une partie se trouve dans le tout (par exemple, nous êtres humains, nous sommes dans le cosmos), mais le tout se trouve dans la partie. Non seulement l'individu est dans une société mais la société est à l'intérieur de lui puisque dès sa naissance, elle lui a inculqué le langage, la culture, ses prohibitions, ses normes; [...] c'est dans notre singularité que nous portons la totalité de l'univers en nous, nous situant dans la plus grande reliance qui puisse être établie.

Tristan Vacances : - Je comprends bien qu'« une partie se trouve dans le tout », mais que veut dire « le tout se trouve dans la partie » ?

Patlotch : - prenons-le pour ce qui nous concerne, car ce n'est pas un concept de plus à faire descendre du ciel de la méthode sur les faits. Dans le capitalisme actuel, en domination réelle, c'est-à-dire s'imposant à tous les domaines de la vie et de la société au-delà de sa structure d'exploitation, chaque catégorie sociale dominée est confrontée au tout du capitalisme, parce que cette domination particulière est nécessaire à sa reproduction et à l'exploitation même du prolétariat

Tristan Vacances : - Vous disiez abandonner le prolétariat comme...

Patlotch : - sujet révolutionnaire exclusif ! Pas de capitalisme sans exploitation mais aussi pas de capitalisme sans patriarcat, domination masculine structurelle, sociétale. Et pas de capitalisme sans racisme ni destruction de l'humain et de la nature

Tristan Vacances : - Il va falloir attendre la révolution pour les éradiquer ?

Patlotch : - on peut toujours attendre, car sans luttes spécifiques il n'y en aura pas de générale. Ça c'était l'idée des marxistes il y a 50 ans, et encore celle des communisateurs sauf Théorie Communiste depuis dix ans, qui dit lui-même que c'était un reste de programmatisme prolétarien

Tristan Vacances : - Mais ils parlent de segmentations et fragmentations inévitables

Patlotch : - pour eux ce sont celles du prolétariat comme sujet révolutionnaire à recomposer dans le même temps qu'il s'abolira. Pour moi, les luttes particulières sont des luttes contre le capital, du moins quand elles le remettent explicitement en cause. Cela ne signifie pas que je noierais le prolétariat et l'exploitation ni la domination patriarcale dans un méli-mélo de luttes communautaires ou identitaires, mais que chacune doit affronter le tout pour résoudre sa partie, « au sein de chaque situation où il se joue en actes », comme dit l'article

Tristan : - Est-ce possible ?

Patlotch : - ça dépend des situations. Quand on dit catégorie sociale concernée, domination particulière et lutte spécifique, c'est un schéma. Dans la vie, ce n'est pas séparé comme ça, il y a des prolétaires femmes, des femmes noires prolétaires ou non, etc. L'intersectionnalité classe-genre-race est un truc d'observateur, de sociologue, d'universitaire, bégayé par des propagandistes, pas le vécu complexe et concret de tel ou telle, c'est une analyse qui ne s'empare pas des corps en luttes, seulement de discours militants

Tristan : - Ce qui nous ramène à votre rejet des alliances organisationnelles.

Patlotch : - oui, pour privilégier l'auto-organisation, qui dans certains cas passe par la non-mixité

Tristan Vacances : - l'auto-organisation sans organisations ?

Patlotch : - oui, dans tout ça, je parle des activités, pas de les mettre en boîtes sur les rayons du marché politique, ou en les caractérisant de "contre-révolutionnaires", de façon normative et dogmatique, en classes et catégories sociales figées par une approche idéologique plus que théorique, frappée de la sclérose communisationniste. TC avec le genre et engageant une réflexion sur la race tend à se dégager de cette ornière parce qu'il part des activités en situation

Tristan Vacances : - Quel vous paraît le handicap majeur ?

Patlotch : - je ne sais pas s'il en est un majeur, les fragmentations sont plus nombreuses que les particularités. Avec trois éléments vous avez six combinaisons. Prenez classe-genre-race, cela confronte le genre à la race et à la classe, la classe au genre et à la race, la race à la classe et au genre, donc chaque lutte spécifique, quand y domine une de ces composantes, se trouve confrontée à deux problèmes, au moins, puisque ce n'est qu'un exemple schématique

Tristan Vacances : - Vous reprochez aux tenants de l'universalisme prolétarien leur schéma binaire...

Patlotch : - certains font un effort, qui maintenant parlent de Ménage à trois de la lutte des classes, avec "la classe moyenne" salariée" entre la classe capitaliste et le prolétariat. Marx dans le 18 brumaire décrivait sept classes, leur théorie a considérablement simplifié la question, alors même que la société est bien plus fragmentée aujourd'hui

Tristan Vacances : - Autant que d'individus singuliers ?

Patlotch : - Temps Critiques a réduit plus encore le problème, avec sa tension individu-communauté, mais sans communautés de luttes particulières à articuler, puisque ce sont pour eux des communautarismes sans perspective de dépassement. On est dans la logique formelle plus que la logique dialectique (cf Henri Lefebvre 1946, 1969, 1982)

Tristan Vacances : - Moralité ?

Patlotch : - je pense qu'on peut jeter à la mer les grandes théories à base de gros concepts, et privilégier les situations concrètes partant de conditions de vie communes, avec les luttes qu'elles génèrent. La recomposition du prolétariat, communautarisme prolétarien abstrait à prétention universelle englobant le tout de réalités qui le démentent, ne vaut pas mieux qu'une convergence des luttes chimérique. Théorie et politique idéologiques, ce sont deux vues de l'esprit



L’Esprit Saint descend sur un pape, un cardinal, un évêque, un prêtre, détail de La Pentecôte
fresque de Maurice Denis, 1934, église du Saint-Esprit à Paris


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MessageSujet: Re: 5. LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?   Mar 19 Sep - 6:37


19. composition/constitution en classe
la conscience du capital comme facteur d'unité

lecture commentée de Endnotes

la clef théorique des luttes pour une révolution communiste totale

LA Theses, EndNotes, Los Angeles, décembre 2015
Citation :
5- Dans le même temps, le déclin de l’identité ouvrière révéla une multiplicité d’autres identités, s’organisant par rapport à des luttes (2) jusqu’alors plus ou moins réprimées. Les «nouveaux mouvements sociaux» qui en résultent ont montré clairement, en retour, dans quelle mesure la classe ouvrière homogène était en réalité de nature composite (2). Ils ont aussi établi que la révolution doit impliquer plus que la réorganisation de l’économie : elle exige l’abolition des distinctions de genre, de race et de nation, etc. Mais dans la confusion des identités émergentes, chacune avec ses propres intérêts sectoriels, on ne sait pas exactement ce que doit être cette révolution. Pour nous, la population excédentaire n’est pas un nouveau sujet révolutionnaire (3). Il s’agit plutôt d’une situation structurelle dans laquelle aucune fraction de la classe ne peut se présenter comme le sujet révolutionnaire. (4)

1. on retrouve mon concept d'identités de luttes
2. clarifier : lesdits "mouvements sociaux" mènent des luttes défensives (retraites, travail), de même que la classe ouvrière unie, y compris racialement, menait des luttes revendicatives sur le salaire ou l'emploi. Son caractère composite ne la conduisait pas plus hier à devenir révolutionnaire que ces mouvements aujourd'hui, car sur des intérêts revendicatifs ou défensifs communs mais partiels, la classe ouvrière était unie, et ces mouvements transclassistes le sont aussi
3. ce que j'ai nommé sous-prolétariat ne peut s'attaquer sur tous les fronts au capital, ce qui ne l'exclut pas comme composante d'une classe de la révolution à partir de sa situation
4. aucune fraction d'un sujet caduque, mais une nouvelle classe ?


6- Dans ces conditions, l’unification du prolétariat n’est plus possible (6). Cela peut sembler une conclusion pessimiste, mais il a une implication inverse qui est plus optimiste : aujourd’hui, le problème de l’unification est un problème révolutionnaire. Au sommet des mouvements contemporains, sur les places et les usines occupées, dans les grèves, les émeutes et les assemblées populaires, les prolétaires (6) ne découvrent pas leur pouvoir en tant que véritables producteurs de cette société, mais plutôt leur séparation en une multiplicité d’identités (statut d’emploi, genre, race, etc.). Celles-ci sont marquées et tricotées par l’intégration désintégrée des États et des marchés du travail. Nous décrivons ce problème comme le problème de la composition (6) : des fractions prolétariennes diverses doivent s’unifier (6), mais ne trouvent pas une unité faite dans les termes de cette société déréglée.

6. le texte va et vient entre prolétariat sujet caduque et nécessité de l'unification d'une classe qu'il ne voit que chez lui, d'où il ressort que "le problème de la composition" est pour Endnotes un problème de recomposition

7 - C’est pourquoi nous pensons qu’il est si important d’étudier en détail le déroulement des luttes. Ce n’est que dans ces luttes que l’horizon révolutionnaire du présent est défini. Au cours de leurs luttes, les prolétaires improvisent périodiquement des solutions au problème de la composition (7). Ils appellent à une unité fictive, au-delà des termes de la société capitaliste (plus récemment : le black bloc, la démocratie réelle, 99%, le mouvement pour les vies noires, etc.), comme un moyen de lutter contre cette société. Tandis que chacune de ces unités improvisées s’effondre inévitablement, leurs échecs cumulatifs tracent les séparations qu’il faudrait surmonter par un mouvement communiste (8 ) dans le chaotique tumulte d’une révolution contre le capital.

7. partir des luttes apparaît l'exigence de nombre de théoriciens, avec ou sans présupposition prolétarienne
8. ces séparations ne sont pas que fragmentations du prolétariat : femmes, races, écologie...


8-  C’est ce que nous voulons dire quand nous disons que la conscience de classe, aujourd’hui, ne peut plus être que la conscience du capital (9). Dans la lutte pour leur vie, les prolétaires doivent détruire ce qui les sépare. Dans le capitalisme, ce qui les sépare est aussi ce qui les unit : le marché est à la fois leur atomisation et leur interdépendance. C’est la conscience du capital comme notre unité dans la séparation qui nous permet de poser, à partir des conditions existantes – même si c’est seulement comme un négatif photographique – la capacité humaine pour le communisme.

9. ce qui nous indique que c'est la conscience du capital qui donne le contenu au dépassement des identités de luttes particulières pour une constitution en classe qui n'a pas à être une recomposition du prolétariat/classe ouvrière. Celles/ceux qui dans ces luttes ont cette conscience y travaillent pour l'unification, ou pour paraphraser le Manifeste de 1847 : les communistes ne forment pas un parti opposant les luttes particulières. Ils n'ont point d'intérêts qui les séparent de l'ensemble de la classe contre le capital.

l'histoire ne repasse pas les plats

la constitution d'une classe pour abolir exploitation et dominations doit être pensée vers l'avenir en des termes nouveaux prenant en compte le caractère inédit d'une révolution abolissant le capital au-delà de l'autonomie. Ses contenus sont incomparables avec toutes les révolutions antérieures et ne peuvent être ceux d'une révolution prolétarienne, et pas davantage comparables aux intérêts communs dans une lutte revendicative ou défensive, communs mais partiels car dépassant les différences seulement en évitant les oppositions de races, de sexes, de générations, pour défendre salaires, emplois, retraites...

le prolétariat n'a jamais été la classe révolutionnaire universelle

la question n'a jamais été résolue de l'idéal de Marx selon qui le prolétariat devenait la classe universelle en défendant ses "intérêts communs" (de sans réserve, donc contraint) et libérait en même temps l'humanité entière en abolissant les classes. Les luttes prolétariennes des pays capitalistes occidentaux se sont accommodées du colonialisme et n'ont jamais visé la fin de la domination masculine. Cette vision était utopique et aporétique chez Marx, et aucune révolution du passé n'a eu ce contenu total

de fait, le prolétariat n'a jamais été révolutionnaire au-delà de ses intérêts propres, laissant de côté races, genre et plus, et les théoriciens communistes qui l'ont idéalisé ont fait de même, sans voir que concernant ces dominations, il était une classe du capital comme les autres, et peu qu'il ne visait que son affirmation autonome


la clef théorique d'une révolution communiste totale

« La révolution communiste est une révolution totale. Révolution biologique, sexuelle, sociale, économique ne sont que des déterminations particulières ; en privilégier une c'est mutiler la révolution, qui ne peut être qu'en étant tout. » Jacque Camatte, mai 1973

nous avons aujourd'hui sous les yeux les éléments de cette constitution en classe d'une révolution communiste totale, et sur le plan théorique, elle pose beaucoup moins de problèmes que la révolution à titre prolétarien, quand on voit les contorsions communisatrice envisageant dans le même temps l'unité et l'abolition du prolétariat, son absorption des autres classes pour les abolir toutes... immédiatement

c'est davantage un problème de constitution EN classe que de composition DE classe, si on pense celle-ci en surplomb comme unité de catégories sociales autour du prolétariat défragmenté. C'est insoluble en termes théoriques généraux. Il faut descendre au niveau de chaque situation spécifique, de chaque lutte spécifique, de chaque individu y participant

alors oui, il est « important d’étudier en détail le déroulement des luttes », mais tout dépend quels "détails" on y cherche et pour quoi en faire. Le travail théorique consiste à promouvoir la « conscience du capital » dans toutes les luttes particulières, en partant du fait que les individus qui y participent sont confrontés de façon spécifique au capital, parce qu'exploités ou expulsés, ou par leur opposition à la domination masculine, au racisme, à la pollution ou à l'extractivisme..., et tous ensemble confrontés à la police donc à l'État. Autrement dit, on ne peut ni doit empêcher les contradictions (femmes prolos ou pas contre prolos machos, travailleurs blancs contre noirs, etc.) mais leur donner un contenu qui les dépasse vers l'unification de la classe contre le capital. Ce travail théorique n'est pas différent de l'activité communiste dans ces luttes, il en est un aspect

c'est plus facile à dire qu'à faire, car différent dans chaque situation et chaque relation avec chaque personne, mais il n'y aura pas d'autre voie : il n'y a que la lutte et c'est la tâche des communistes de lui donner ce sens Rolling Eyes

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: 5. LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?   Mer 20 Sep - 14:07


une "appartenance de classe comme contrainte extérieure" ?

Tristan Vacances : - Votre construction théorique d'une nouvelle classe révolutionnaire pose un problème relativement à la thèse de 'Théorie Communiste', que RS rappellait hier :
RS/TC a écrit:
dndf 19/09/2017 à 20:00 | #4

Ce que cela apporte « à ce qui fait du prolétariat sa propre limite » ?

Dans son existence de classe dans son rapport au capital, le prolétariat ne trouve dans sa position commune de force de travail globale face au capital que les divisions inhérentes à ce rapport qui le constitue (dont la segmentation raciale). Ce n’est donc pas l’unité préalable de la classe (unité toujours rêvée et en réalité construite autour d’un segment occultant les divisions, cf. l’identité ouvrière) qui porte le dépassement de cette segmentation, mais la remise en cause de l’appartenance de classe comme contrainte extérieure et plus quotidiennement l’action sur la labilité de ces constructions qui reconnait leur existence objective.

Patlotch : - excellente question, à laquelle je n'ai pas vraiment réfléchi. Dans la mesure où cette classe produit son unité sur la base de la conscience du capital (Endnotes), bien sûr elle ne cesse, avant la révolution, d'appartenir au capital, mais elle affirme son dépassement par le contenu intrinsèquement révolutionnaire de son unité qui est son existence même, ou elle n'est rien. Elle n'est donc pas en quête de son autonomie, car elle n'est pas une classe au même sens que le prolétariat. Elle n'a pas d'autonomie possible car elle n'existe pas en soi, sauf évidemment à jouer aux Robinsons, ce qui sera toujours la tentation de certain.e.s. Elle n'a pas à « remettre en cause [son] appartenance de classe comme contrainte extérieure », mais à s'affirmer dans sa capacité à faire la révolution. Tout le problème me semble donc renversé

dans la production de la communauté humaine, cette classe s'élargit en absorbant d'autres couches sociales, d'autres individus, mais dans une tension positive à la communauté qui dépasse "l'implication réciproque" avec le capital dans laquelle TC voit jusqu'au bout le processus révolutionnaire prolétarien. Cette classe ne regarde pas en arrière, mais en avant


R.S a écrit:
Ya encore du boulot sur toute cette question

scratch


composition de classe vs constitution en classe
suite

je rappelle un débat en 2010 chez dndf, relatif au texte écrit en 1975 par Giacomo Marramao pour la revue Telos : ‘Théorie des crises et le problème de la constitution’

j'y faisais le 09/04/2010 une première remarque, qui trahit mon peu de distance d'alors avec la théorie de la communisation (sept ans de malheur ont passé...)

Citation :
il me semble que c’est la limite d’intérêt de ce texte par rapport à la problématique telle que la pose du moins TC – certains aspects sont effectivement en relation avec la polémique RS – Astarian, celle des deux textes évoquée comme celle esquissée l’an dernier à propos de l’Unification de la théorie des crises de RS, et les commentaires de BA. Il apparaît clairement qu’on est, avec la problématique de « la conscience de classe », dans un autre rapport de la théorie et de la pratique, sans quoi au demeurant on parlerait de ‘théorie révolutionnaire’, pas de ‘conscience de classe’ qui a l’inconvénient, une fois évacué par la porte subjectivisme et objectivisme, de les réintroduire par la fenêtre, et donc de chercher à les articuler de l’extérieur (en théorie) et non dans le procès de la contradiction tel qu’il apparaît aujourd’hui.

mais dans la chute de mon commentaire j'ajoutais :
Citation :
peut-être que je me plante complètement, mais il me semble qu’il n’existe plus, pour TC, de « problème de la constitution », et que dans la communisation il se pose de façon si immédiate et pratique, posé par le saut qualitatif à opérer de l’abolition du capital et des classes, que ce ne peut-être en termes de « conscience » ou de « mouvement révolutionnaire » à « constituer ».

il me semble que R.S avait confirmé ma compréhension sur ce point de Théorie communiste, mais il va sans dire qu'aujourd'hui je le pose différemment, puisque je mets au centre le problème de la constitution d'un mouvement révolutionnaire

cela invite à préciser encore les différences entre composition de classe et constitution en classe, tel que le débat les ouvre, par exemple avec le texte de Chang de 2015 relu ce jour : à propos des émeutes en Chine


Chuang a écrit:
Cela ne signifie pas que le "problème de la composition" est résolu simplement par une intensification de la crise, mais plutôt que la «composition» présente de la classe n'est pas vraiment le problème.

Composition peut être comprise comme un substantif, avec une composition actuelle de la classe contenant ou non une sorte de "sujet révolutionnaire prédéfini", ou comme un verbe, dans lequel la subjectivité révolutionnaire est composée par l'action. En assimilant le substantif au verbe, l'hypothèse d'Endnotes devient ambiguë par inadvertance sur la différence entre ce qui est historiquement donné (quelque sujet «prédéfini») et actes historiques.

composition comme substantif reste statique et renvoie aux éléments du « sujet prédéfini » qui doivent composer le sujet, alors que le verbe composer indique le mouvement, la dynamique de « composer la subjectivité révolutionnaire dans l'action » : c'est ce que je nomme plutôt constitution

c'est la même chose de dire que le communisme est le mouvement de ses activités plutôt qu'une somme de sujets individuels sous identité communiste

à cet égard, conserver le prolétariat, avec en prime le flou de sa définition/composition, comme sujet révolutionnaire, c'est le prédéfinir comme « historiquement donné ». Ici, Chuang comme le dernier Endnotes se séparent de TC et de la théorie française de la communisation en général. Pourtant, il parle encore de fragmentations du prolétariat, alors même qu'il semble viser un sujet qui ne s'en constitue pas uniquement :

Chuang a écrit:
Dans le contexte des grèves et des émeutes urbaines, le problème de la composition apparaît également dans le caractère relativement délimité de chaque "type" d'incident de masse. Les protestations environnementales restent généralement distinctes de luttes ouvrières et de protestations contre des démolitions forcées ou l'accaparement de terres, même quand les mêmes couches sociales sont impliquées dans chacune d'entre d'elles. Ces divers types ont également leurs propres formes de discours, généralement adaptés pour les variétés spécifiques de négociation. Chacun peut outrepasser le cadre de cette négociation dans une certaine mesure, mais jusqu'à présent, ils ne se sont pas interconnectés d'une quelconque façon substantielle.

ambiguïté persistante et difficulté durable de s'arracher d'un programmatisme prolétarien qui n'en finit plus de traîner ses marmites. Cela dit, nous partageons le mouvement, le primat de l'activité de luttes produisant la subjectivation révolutionnaire :
Chuang a écrit:
Dans son quatrième numéro, Endnotes élimine cette ambiguïté par une analyse historique en ligne avec la nôtre. Ici, nous faisons écho à cela, posant que l'absence d'un "sujet révolutionnaire prédéfini" n'a rien à voir avec le "problème de la composition." Au lieu de cela, c'est seulement la possibilité de «dialogue social» entre les vicaires du capital et certaines fractions du prolétariat qui rend problématique l'activité de composition. Les divisions dans le prolétariat vont persister, mais si la capacité de dialogue social tombe en panne, ces divisions seront atténuées, devenant plus faciles à surmonter. L'idée d'une "conscience de classe pour-soi" ou d'un projet révolutionnaire basé sur "l'intérêt général, partagé entre tous les travailleurs" a toujours été un mythe, claironné par ceux qui ont été trompés et par les puissants, en particulier ceux tenant la barre de révolutions mourantes. Le sujet révolutionnaire "unifié" est quelque chose qui ne précède pas l'élan révolutionnaire. Il est fait, plutôt que donné

mais quand commence « l'élan révolutionnaire » ? Est-ce au début insurrectionnel de la « communisation immédiate » ? ou par un processus de subjectivation dans les luttes qui s'engage à travers diverses conjonctures partielles, qui ne sauraient être ni immédiatement mondiales, ni engageant toutes les dimensions divisées, mais ce selon des situations particulières ? Sans quoi d'ailleurs on ne voit pas l'intérêt de les examiner localement, en Grèce, dans les pays arabes, ou en Chine, puisque précisément y apparaissent les différences relevées

partant de là, tout dépend de que l'on observe pour y attendre quoi, et quant à moi je ne serai pas le "préviseur d'annonces" d'un processus révolutionnaire même tel que je l'imagine seulement possible



suite chinoise suite


je reprends le passage en amont de celui commenté précédemment. Nous y trouvons tout le mouvement de la subjectivation révolutionnaire qui va de la "conscience de classe" à la "composition de classe" puis à la "constitution en classe", terme qui n'est pas utilisé mais concept implicite qui permet de penser les dépassements à produire sur plusieurs fronts de classe face au capital

Chuang a écrit:
Deuxièmement, les limites doivent aussi être comprises comme des limites à la lutte prenant un caractère communiste. Les limites tactiques et stratégiques peuvent être surmontées de bien des manières, dont aucune n'est en soi communiste, l'armée paysanne a historiquement échoué précisément  à cet égard. Un certain nombre de mesures prises dans une lutte donnée peuvent sembler être compatibles avec une politique «de gauche» et néanmoins tracer une trajectoire ailleurs. Ces limites ne sont donc pas tant des limites idéologiques (problèmes de «fausse conscience») que des limites matérielles dans la structure même du conflit. La voie de la moindre résistance pour un conflit a rarement un caractère communiste, et la "conscientisation" à elle seule ne peut pas forcer un conflit hors de cette voie. Aucune agitation culturelle, quelle qu'aurait été son intensité, n'aurait de toute façon mis la société créée par la victoire de l'armée paysanne sur une trajectoire communiste. Au lieu de cela, cette agitation n'est devenue rien de plus que l'enjolivure grotesque du lent enfoncement de cette société dans le capitalisme.

Mais aujourd'hui, l'armée paysanne et les conditions qui l'ont engendrée sont disparues. Tant les potentialités que les limites d'une lutte menée de l'extérieur du système capitaliste sont aujourd'hui absentes. Il n'y a aucun moyen d'avancer, et aucun moyen de revenir en arrière. Donc, dans un présent aussi sombre que le nôtre, quelles sont les limites actuelles du conflit au sein de ce qu'on appelle l'usine du monde ? Il y a les limites tactiques et stratégiques évidentes, pour commencer : les émeutes et les grèves ont tout simplement été incapables de survivre à la répression. Certains des combats les plus importants, comme la récente grève à Yue Yuen [69], n'ont duré légèrement plus longtemps que la normale que grâce à l'approbation tacite du gouvernement central. Dans d'autres cas, les revendications sont satisfaites après que la grève elle-même a été écrasée et ses meneurs les plus actifs mis sur listes noires ou emprisonnés.

Souvent, cependant, les émeutes n'ont pas de revendications concrètes qui pourraient facilement être satisfaites. Elles prennent le caractère d'une violence incohérente ciblant au hasard des représentants immédiats de la répression et de l'autorité. À Wenzhou, une foule massive a battu presque à mort plusieurs chengguan (城管 - police civile spéciale) après qu'ils avaient harcelé un commerçant et attaqué un journaliste qui avait pris des photos [70] Dans les cas de ce genre, les limites tactiques et stratégiques concernent moins la manière de faire aboutir des revendications concrètes au niveau de l'atelier  que la façon de maintenir et de concentrer la puissance de «la populace» elle-même. Néanmoins, le mélange de répression directe et de concessions lucratives a permis d'empêcher que ces émeutes de masse débouchent sur des occupations massives de quartiers, d'usines et de places publiques, comme à Gwangju, [71] Tiananmen ou Tahrir. Mais au fur et à mesure que les deux ailes, répressive et redistributive, de l'État se retrouvent plus contraintes par les exigences de rentabilité, ces mesures préventives vont commencer à faiblir.

Au-delà de cela, il y a des limites matérielles qui empêchent ces conflits d'être orientés sur une trajectoire communiste. La plus marquante semble être le "problème de la composition". Comme décrit par Endnotes, "le" problème de la composition" désigne le problème de la composition, de la coordination ou de l'unification des fractions prolétariennes, dans le cours de leur lutte" [72]. Ce problème se pose quand "il n'y a pas de sujet révolutionnaire prédéfini" ou, en d'autres termes, de conscience de classe non pas 'pour soi-même', mais comme conscience d'un intérêt général, partagé entre tous les travailleurs" [73]. En Chine, la plus claire fracture intra-classe est la division de l'apartheid entre les citadins et les ruraux, fondée sur le statut du hukou [livret d'enregistrement de résidence, NdT]. Mais il y a beaucoup d'autres divisions significatives et visibles, qu'elles soient fondées sur le genre, la race, l'éducation, ou le degré d'intégration dans la structure de privilèges de l'État. Ces divisions prolifèrent à presque tous les niveaux, avec des séparations substantielles entre les industries, régions, villes, et même entre les secteurs au sein de grandes usines elles-mêmes. Aucun projet politique actuel (mis à part le nationalisme, peut-être) ne semble susceptible de fusionner ces groupes dans une quelconque subjectivité pour-soi.
[...]

« la conscience de classe n'est pas pour soi-même mais comme conscience d'un intérêt général » nous éclaire sur le fait que « la conscience pour soi » du prolétariat, dans le programmatisme ouvrier visant son pouvoir ou son autonomie, n'a pu atteindre celle d'un intérêt général dépassant les intérêts immédiats du seul prolétariat. « Les divisions significatives et visibles fondées sur le genre, la race, l'éducation, ou le degré d'intégration...» ne concernant pas le seul prolétariat ne peuvent être dépassées par sa seule activité révolutionnaire dans un pour soi pour tous et toutes

le prolétariat n'a jamais mené que des luttes identitaires de classe ouvrière - communauté de luttes -, ce qui ne pouvait en faire un sujet universel. Le fait de pouvoir arrêter la production, s'il lui donne une place privilégiée dans le processus révolutionnaire (sans lui aucun rouage ne tourne, pas de plus-value), ne lui confère en rien d'autres objectifs que les siens propres, qu'il ne saurait dépasser que s'il y est contraint, en son sein et au-delà, par les luttes des femmes, les luttes écologiques, les luttes antiracistes

les divisions de genre, race, éducation... donnent lieu à des luttes (identitaires) sur leur base qui ont leur propre conscience pour soi, à dépasser parce que c'est à terme l'intérêt de tous et toutes


Chuang a écrit:
Dans le contexte des grèves et des émeutes urbaines, le problème de la composition apparaît également dans le caractère relativement délimité de chaque "type" d'incident de masse. Les protestations environnementales restent généralement distinctes de luttes ouvrières et de protestations contre des démolitions forcées ou l'accaparement de terres, même quand les mêmes couches sociales sont impliquées dans chacune d'entre d'elles. Ces divers types ont également leurs propres formes de discours, généralement adaptés pour les variétés spécifiques de négociation. Chacun peut outrepasser le cadre de cette négociation dans une certaine mesure, mais jusqu'à présent, ils ne se sont pas interconnectés d'une quelconque façon substantielle.

dans « substancielle », j'entends essentielle en terme de contenu de rupture face au capital, chaque identité de lutte sur sa base "pour soi" la dépassant "pour tous". La suite se reboucle avec le commentaire d'hier sur constitution vs composition, dans la mesure où seules les activités de luttes peuvent produire "l'interconnexion" de ces dépassements des "pour soi" vers un "pour tous", dans des conjonctures où le capital apparaît comme l'ennemi commun. Ce n'est un problème de "conscience de classe", comme le dit Endnotes, qu'en terme de "conscience du capital"

Chuang a écrit:
Toutes ces luttes, dans la mesure où elles restent dans le cadre d'une forme donnée de négociation, pointent ailleurs que vers le communisme. Même si ces conflits gagnaient en intensité, ils resteraient probablement des négociations pour des droits, pour un meilleur prix de la terre ou du travail, ou pour un peu plus de participation à un système sur lequel les participants n'ont aucun contrôle réel. Si une rentabilité globale peut être maintenue, même une explosion sans précédent de grèves et d'émeutes aurait peu de probabilités de sortir du cycle de négociation. C'est seulement quand ce dialogue social est complètement brisé, quand la crise de la reproduction s'approfondit, que la possibilité de fusion de ces conflits dans un projet communiste peut survenir.

Cela ne signifie pas que le "problème de la composition" est résolu simplement par une intensification de la crise, mais plutôt que la «composition» présente de la classe n'est pas vraiment le problème.

[ici discussion d'hier]

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MessageSujet: Re: 5. LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?   Ven 29 Sep - 10:44


suite à


Théorie communiste dans Relec­ture cri­tique de Une séquence particulière 19 septembre 2017 :
Citation :
ce jeu (rap­ports de pro­duc­tion / rap­ports de dis­tri­bu­tion) défini comme sus­cep­tible de dyna­mique à par­tir du moment où on ne consi­dère pas les termes comme ceux d’une alter­na­tive (soit l’un, soit l’autre). Si les cir­cons­tances impactent cette rela­tion entre les rap­ports de pro­duc­tion et les rap­ports de dis­tri­bu­tion c’est qu’elle est spé­ci­fi­que­ment déter­mi­nante dans la crise actuelle et que par là c’est elle-même qui défi­nit la pos­si­bi­lité d’efficacité des cir­cons­tances sur elle.

Les reven­di­ca­tions et luttes sur la dis­tri­bu­tion sont constam­ment dans une ambi­guïté et qu’elles ne sont pas toutes iden­tiques dans leur capa­cité à dési­gner les rap­ports de pro­duc­tion. C’est pour cela que toutes les révoltes contre un « des­tin de pauvre » (pay­sans même « sans terre », micro entre­pre­neurs infor­mels) ne sont pas iden­tiques. Il fau­drait éga­le­ment reve­nir sur la rela­tion entre rap­ports de pro­duc­tion et de dis­tri­bu­tion dans la consti­tu­tion de l’identité ouvrière.

Patlotch a écrit:
il faut y revenir parce qu'un problème de même type se pose pour la constitution d'une classe révolutionnaire, donc de son identité aussi traduisant son existence pour soi-pour tous, autrement dit son caractère universel/pluriversel. Dans le capitalisme comme société (subsomption réelle), il y a du travail productif (de plus-value) un peu partout, mais ce n'est pas pour autant que les luttes des travailleurs (en partie) productifs pointent la production comme centrale dans le capitalisme, mode de production qui se reproduit : that is the question

j'examine ci-dessous la question sous l'angle de la production des identités (formation et disparition de l'identité ouvrière, identité de classe, identités et communautés de luttes) et dans l'articulation entre rapports de production et rapports de reproduction/circulation/distribution. La difficulté est le passage de l'un à l'autre, difficulté théorique, et difficulté dans les luttes au stade actuel, qui s'explique elle théoriquement


Les identités professionnelles
dossier pour lycéens, 2011

Citation :
L’identité, c’est d’abord la définition de soi par soi. Mais c’est aussi, et c’est cela surtout qui intéresse le sociologue, la définition de soi par les autres et pour les autres. L’identité professionnelle peut être présentée comme l’identité au travail.

Pour la plupart des individus, l’identité professionnelle constitue une composante importante de leur identité individuelle.

Construire son identité professionnelle, c’est revendiquer certaines appartenances, se reconnaître une certaine position dans le groupe et dans sa hiérarchie, se sentir différent d’autres individus (n’appartenant pas au groupe, en général).

L’identité professionnelle se construit au jour le jour, dans les activités quotidiennes de travail, dans des expériences et des savoirs partagés et transmis.

- Les conflits jouent dans cette construction un rôle non négligeable : le conflit dans une entreprise est un temps fort au cours duquel les individus agissent ensemble, ou au contraire refusent de participer à une action collective (pour le non gréviste, par exemple). C’est l’adhésion personnelle, l’expression personnelle de la solidarité qui sont mises en jeu, au nom de valeurs communes.

- Les conflits peuvent eux-mêmes être marqués par la forme d’identité professionnelle de ceux qui entrent dans le conflit : ainsi, si l’identité professionnelle est de type fusionnel, marquée par une forte solidarité affective, comme c’est le cas chez les mineurs ou les cheminots, les conflits risquent d’être massifs, longs, voire violents, marqués par le « tout ou rien, mais ensemble ».

• Cependant, l’entrée dans le conflit peut être très différente alors même que la situation professionnelle des individus semble être la même. L’identité professionnelle s’enracine dans l’identité personnelle.

Les transformations récentes du travail (précarisation du travail, individualisation de la carrière des salariés,…) agissent aussisur l’identité professionnelle : les frontières de l’emploi sont plus floues, les métiers se transforment, l’individu semble triompher et les collectifs de travail semblent moins englobants, moins contraignant pour les individus, mais aussi moins protecteurs. L’identité professionnelle semble donc moins « imposée » à l’individu qui doit bien davantage trouver ses repères seul pour la construire. Dans ces conditions, on voit bien que la mobilisation en vue d’un conflit sera sans doute plus difficile à
obtenir.

Conclusion : un groupe social ne peut entrer dans le conflit que s’il a le sentiment d’intérêts communs à défendre face à un « ennemi » (ou au moins un adversaire) commun qui ne partage pas sa situation dans l’activité productive. En même temps, le conflit socialise les individus qui y participent, c'est-à-dire les amène à construire cette identité collective qui les soude.





etc.


L’usine et la société

Mario Tronti Operai e capitale, 1966
traduction française Yann Moulier et G. Bezza, 1977,Christian Bourgois


1966, réédition 2016

Ce texte est inclus dans la première partie d’Ouvriers et Capital intitulée « Premières hypothèses », dont il constitue le deuxième chapitre.

Mario Tronti a écrit:
Établir la nature du rapport qui existe entre la distribution et la production « est sans doute un problème qui entre dans le cadre de la production elle-même » (Marx Introduction générale de la Critique de l’Économie politique. L’échange est le moment de médiation entre production et distribution d’une part, et entre production et consommation de l’autre : dans le premier cas, l’échange lui-même est un acte qui fait directement partie de la production; dans le second cas il est totalement déterminé par celle-ci, s’il est vrai que l’échange pour consommer suppose la division du travail, que l’échange privé suppose la production privée, et qu’une expansion et intensité déterminées de l’échange supposent elles aussi une expansion et une organisation déterminées de la production. C’est en ces termes que l’on a en général essayé d’exprimer l’identité immédiate entre production et consommation: puisque l’on a, d’un côté, une production consommatrice, et, de l’autre, une consommation productive. Ou bien l’on essaye de trouver entre elles une dépendance réciproque : la production comme moyen de consommer et la consommation comme le but de la production. Enfin, l’une peut être présentée comme la réalisation de l’autre : la consommation consomme le produit, la production produit la consommation. Déjà Marx raillait les socialistes « hommes de lettres» et les économistes prosaïques qui jouaient avec cette identité hégélienne des opposés. Il ne reste à ajouter à cette liste que les sociologues vulgaires, « hommes de lettres» prosaïques eux aussi, mais qui ne sont ni socialistes ni économistes. « Ce qui importe ici c’est de faire remarquer que la production et la consommation… apparaissent en tout cas comme les moments d’un procès où la production est le véritable point de départ… donc son facteur prédominant, l’acte où tout le procès vient se renouveler » (id)

Production, distribution, échange et consommation ne sont pas identiques : « ils sont les éléments d’un tout, des diversités au sein d’une unité ». Et cette unité s’agence en « un ensemble organique » : il est clair qu’à l’intérieur de cet ensemble organique, il y a action réciproque entre les divers moments.

Même la production, dans sa forme unilatérale, est déterminée par les autres moments. « Mais la production s’embrasse et se transcende elle-même dans la détermination contradictoire de la production; elle embrasse et transcende aussi les autres moments du procès. » C’est à partir d’elle que le procès recommence et se renouvelle chaque fois. « Par conséquent, telle production détermine telle consommation, telle distribution, tel échange déterminés ; c’est elle qui détermine les rapports réciproques déterminés de tous ses différents moments » (id). Que nous ayons dû rappeler ces concepts élémentaires de Marx, cela témoigne, déjà en soi, qu’il existe trop de « marxistes » enclins à répéter « les niaiseries des économistes, qui traitent la production comme une vérité éternelle, et relèguent l’histoire dans la sphère de la distribution ».[...]

La critique de la valeur. Fil rouge du Capital

Alain Bihr, revue ¿ Interrogations ?, N°10, mai 2010

De la marchandise au capital
Alain Bihr a écrit:
Avec le capital, le fétichisme de la valeur consiste dans l’apparence d’autovalorisation de la valeur : dans la capacité apparente de l’argent à non seulement se conserver en tant que valeur mais encore à s’accroître en tant que valeur, à engendrer plus d’argent, par l’intermédiaire de la seule circulation de marchandises, selon le mouvement A – M – A’. Derrière cette apparence, Marx montre que le secret de la valorisation de la valeur réside dans la consommation productive de la force de travail et la formation consécutive d’une survaleur ou plus-value. C’est donc de l’occultation de ce processus que résulte le fétichisme du capitaliste. Et Marx de montrer comment cette occultation s’opère et comment, par conséquent, le fétichisme capitaliste, l’apparence d’autovalorisation du capital, se renforce au fil des formes successives du capital que son analyse passe en revue.

Cette occultation s’opère déjà au sein même du procès immédiat du capital par l’intermédiaire de ce que Marx nomme la soumission réelle du travail au capital. A travers la coopération, la division manufacturière du travail, la mécanisation et finalement l’automation du procès de travail, le capital parvient à s’approprier toutes les puissances sociales du travail, en les séparant des travailleurs individuels aussi bien que du travailleur collectif et en les matérialisant dans un dispositif qui lui appartient en propre (le systèmes de machines, les infrastructures productives) et qui semble être son être propre (sous forme de capital fixe), bref en les présentant comme sa puissance productive propre. Si bien que, dès le procès de production, le capital apparaît comme une puissance productive autonome, possédant son corps productif propre (le système des machines), son cerveau propre (dans le procès automatisé), son mouvement propre (transformant la loi de la valeur en loi technique du procès de travail), dominant le travail vivant de tout son poids de travail mort accumulé.

Le procès de circulation du capital va venir renforcer la représentation mystificatrice du capital comme puissance autoproductrice. D’une part, dans la circulation du capital, le procès de production passe au second plan et se trouve occulté comme tel ; le procès de production semble n’être plus qu’un simple détour et une simple annexe du procès de circulation qui apparaît comme le véritable procès du capital.

D’autant plus que, d’autre part, même si le procès de circulation ne produit ni valeur ni plus-value, il apparaît néanmoins comme le lieu et le moment de leur création puisque c’est en lui qu’apparaissent, que se manifestent comme telles la valeur et la plus-value nouvellement formées dans le procès de production, c’est en lui qu’elles se réalisent en argent, qu’elles se posent dans leur forme autonome. La circulation apparaît ainsi comme le véritable procès du capital, puisque c’est en lui qu’il se manifeste comme valeur se valorisant. Apparence fétichiste que conforte l’incidence du temps de circulation et des frais de circulation sur la valorisation du capital, incidence purement négative (limitative) sans doute, mais qui n’en n’accrédite pas moins l’idée que la valorisation du capital est l’œuvre du procès de circulation.

Enfin, il se produit dans le procès de circulation un phénomène analogue à celui précédemment mentionné à propos du procès de production. De même qu’au sein de ce dernier le capital s’approprie l’ensemble des puissances sociales du travail en les faisant apparaître comme ses puissances propres, le capital semble assurer par son procès de circulation, par l’entrelacement entre ses multiples fragments autonomisés (les capitaux singuliers), l’unité dans l’espace et le temps du procès social de (re)production. Autrement dit, l’unité de ce procès qui, dans toute société, résulte de la coopération entre les différents travailleurs individuels, collectifs de travail, unités productives, etc., prend ici la forme de l’unité du capital social. C’est par ce dernier seul, par le processus incessant d’échanges entre ses différents fragments, que paraissent désormais se réaliser la continuité et la reproduction de l’acte social de travail, et non l’inverse.

si l'on comprend bien séparément les deux phénomènes, perte de l'identité ouvrière et illusion du capital social dans sa circulation/reproduction, faire le lien entre les deux n'a rien d'évident, d'autant que l'identité ouvrière se construit dans les luttes. Si celles-ci portent aujourd'hui sur la distribution, comme demandes à l'État, ce n'est pas pour des raisons théoriques. Mais l'on a vu que certains théoriciens communistes peuvent s'y perdre, comme Joshua Clover qui fonde la thèse de Riot Strike Riot sur cette confusion entre reproduction sociale du capital (Marx ci-dessous) et reproduction sociale de la société, des individus ou des rapports sociaux dans la circulation du capital au sens quasi routier ("blocages"...); confusion fréquente avec le sens dans les textes féministes marxistes, de "reproduction sociale" au sens de "travail reproductif"; confusion sans doute encore avec le sens de "reproduction sociale" chez Bourdieu (Les Héritiers...)

Le capital. Livre deuxième : Le procès de circulation du capital. III. La reproduction et la circulation du capital total de la société. Introduction
Marx a écrit:
Le procès de production proprement dit est le procès du travail et de la mise en valeur du capital ; il a pour résultat le produit-marchandise et pour motif stimulant la plus-value.

Le procès de reproduction comprend le procès de production proprement dit et les deux phases du procès de circulation, c'est-à-dire le cycle tout entier dont le renouvellement continuel constitue la rotation du capital. [...] le procès de production proprement dit, n'en constitue jamais qu'une partie. Tantôt il prépare le procès de circulation, tantôt il en résulte : le capital ne se reconstitue sous sa forme productive qu'en passant par les métamorphoses du procès de circulation.[...]

Chaque capital isolé est une fraction autonome, douée pour ainsi dire d'une vie individuelle, du capital total de la société ; de même chaque capitaliste est -un élément de la classe capitaliste. Le mouvement du capital social représente l'ensemble du mouvement de ses fractions individualisées, l'ensemble des rotations des capitaux isolés. De même que la métamorphose d'une marchandise prise séparément est un chaînon de la série des métamorphoses de l'ensemble des marchandises et un élément de la circulation, de même la métamorphose, la rotation, d'un capital individuel est un élément du cycle du capital social.

il n'est plus question ici d'identité ouvrière, ni encore d'identité de classe mais bien d'identités de lutte, de communautés de luttes constituées, qui ne se dépassent pas en constitution d'une classe révolutionnaire. Elles produisent aujourd'hui des théorisations idéologiques plaçant au centre la reproduction sociale, que ce soit celle du capital à la place de la production, ou de rapports sociaux de dominations, à base de sexe ou de race, nouvelle vulgate marxisante alimentant la convergence des luttes via les organisations associatives ou politiques

comment passer de ces identités de luttes particulières à une constitution en classe ayant "conscience du capital" comme mode de production et pas seulement de reproduction ? that is my question, et aussi l'enjeu d'une ligne de partage théorique

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MessageSujet: Re: 5. LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?   Ven 29 Sep - 10:46


bel exemple d'une fabrique d'identité pour le travail productif

pour éclairer, illustrer et relier plusieurs points précédents. Sara Farris est néo-trotskyste, on ne lui en voudra pas ici

Marxism, religion and femonationalism

Sara Farris Monthly Review Jul 20, 2017


Sara Farris a écrit:
[...]the French state demands that Muslims get rid of their religious/cultural practices if they want to show willingness to integrate into French society.

L'État français exige que les musulmans se débarrassent de leurs pratiques religieuses/culturelles s'ils veulent montrer leur volonté de s'intégrer dans la société française.
[...]
When Bruno Bauer blamed the Jews for remaining Jews and thus being undeserving of political rights, Marx told him that political rights can very well co-exist with religious identities. The problem for Marx instead was the bourgeois state itself and its claim of representing a space of universal inclusion while in reality it was only the expression of the exclusion and inequalities of civil society.

Alors que Bruno Bauer considérait que les Juifs voulant rester juifs ne méritaient  pas les droits politiques, Marx lui dit que les droits politiques peuvent très bien coexister avec les identités religieuses. Le problème pour Marx était plutôt l'État bourgeois lui-même et sa revendication de représenter un espace d'inclusion universelle alors qu'en réalité ce n'était que l'expression de l'exclusion et des inégalités de la société civile.
[...]
They [French Left... Mélenchon] interpret secularism through the lenses of a form of republican rigorism that is fundamentally intolerant of difference and exclusionary towards those who do not embody the French (i.e., white, Christian, etc.,) ideal of the citizen. This republican consensus against the headscarf in France, from right to left, is shameful and irresponsible vis-à-vis the multiplication of terrorist attacks involving young French men and women self-identifing as Muslims.

Ils [la gauche française, Mélenchon...] interprètent la laïcité à travers les lentilles d'une rigueur républicaine fondamentalement intolérante de la différence et excluant ceux qui n'incarnent pas l'idéal du citoyen français (i.e. blanc, chrétien, etc.). Ce consensus républicain contre le foulard en France, de droite à gauche, est honteux et irresponsable vis-à-vis de la multiplication des attentats terroristes impliquant de jeunes hommes et femmes français.e.s en tant que musulman.e.s.
[...]
dans le passage suivant, Farris critique Mario Tronti : le «politicisme» est l'image miroir du déterminisme économique. Et ces deux points de vue sont incapables de comprendre les complexités des relations entre l'État et les intérêts capitalistes, ou plus généralement la sphère économique. [...]
Tronti a critiqué la tradition marxiste pour avoir manqué de cohérence théorique cohérente et d'une critique systématique de l'État, mais ce qu'il propose à la place est l'ancien trope social-démocrate. C'est l'idée que le parti représentant les intérêts des travailleurs doit prendre le pouvoir d'État pour promouvoir la mise en œuvre des politiques socialistes, avant que le communisme puisse enfin prendre le dessus.

[...]
Le féminisme de la reproduction sociale se réfère au faisceau de théories développées par les marxistes-féministes dans les années 1960 et 1970, cherchant à comprendre le rôle du travail domestique et des tâches de reproduction au sein du ménage pour l'accumulation de capital. Le féminisme de la reproduction sociale demande : comment la reproduction du pouvoir de travail et de la vie qui se déroule habituellement dans les ménages est lié à l'accumulation de capital ? Et pourquoi  ce sont les femmes surtout qui effectuent la reproduction sociale ? Existe-t-il un lien entre la féminisation de la reproduction sociale et l'oppression des sexes sous le capitalisme ? En se concentrant sur la nature largement sexuée de la reproduction sociale du travail social-reproductif, le féminisme vise également à analyser l'une des faiblesses du féminisme marxiste, c'est-à-dire sa tendance à encadrer l'exploitation des classes et l'oppression sexuée comme séparée des autres. Le défi pour le féminisme de la reproduction sociale est plutôt de comprendre l'oppression sexuée, ni isolément de l'exploitation des classes, ni de la race, de la sexualité et d'autres relations sociales constitutives. Ce n'est pas une tâche facile, car nos modes de pensée sur le social sont fragmentés. C'est pourquoi, je pense que l'intersectionnalité est devenu un paradigme si important pour le féminisme. C'est parce qu'il conçoit des expériences différentes d'oppression et d'exploitation comme venant de systèmes différents et distincts et tente de recombiner les fragments de l'oppression sans nier leur singularité. Je pense que le féminisme de la reproduction sociale cherche à inclure et à aller au-delà de l'intersectionnalité en disant à la fois que nous avons besoin de comprendre le capitalisme comme système socio-économique très spécifique dans lequel ces formes d'oppression sont générées et nourries, et ne sont pas des systèmes «distincts» d'oppression ou d'exploitation sous le capitalisme qui peuvent être compris isolément l'un de l'autre.

La reproduction sociale le féminisme représente également une critique de ces positions marxistes qui soutiennent que le capitalisme est indifférent au sexe ou à la race de ceux qu'il exploite aussi longtemps que le profit et l'accumulation sont garantis. Il s'agit d'une façon très limitée et problématique de regarder comment fonctionne le capitalisme, mais aussi ce qu'est le capitalisme. Comme nous l'écrivons dans notre introduction, l'exploitation et la dépossession existent concrètement "seulement dans et par le contrôle généralisé, systématique et différencié et la dégradation de la vie humaine elle-même." Et le contrôle et la dégradation sont garantis concrètement dans et par l'entremise de la race, du sexe, de la sexualité, et d'autres relations sociales entrelacées. Ce sont les relations qui assurent que le travail arrive au pied du capital, prêt à être encore plus déshumanisé et exploité.

[...]
The convergence between some feminists and nationalists on anti-Islam agendas of course has been noticed and analysed by several scholars, but I think most of them—at least in the European context—have not paid sufficient attention to the broad material interests and economic calculations behind such a convergence.

La convergence entre certaines féministes et les nationalistes sur l'agendas' anti-Islam a bien sûr été remarquée et analysée par plusieurs universitaires, mais je pense que la plupart d'entre eux - du moins dans le contexte européen - n'ont pas prêté une attention suffisante aux grands intérêts matériels et calculs économiques derrière une telle convergence.

What I notice here is that, first, these feminists cover the whole political spectrum; it is not just right-wing feminists (or self-proclaimed feminists like Ayan Hirsi Ali in the Netherlands or Souad Sbai in Italy) who have endorsed anti-Islam discourses and policies such as veil bans, but also left-leaning feminists like Giuliana Sgrena in Italy, or Najat Vallaud-Belkacem in France. Second, I emphasise the deep contradictions of this anti-Islam feminist front. On the one hand, these feminists and femocrats call Islam a misogynist religion and treat Muslim women who wear the veil as sort of self-enslaved individuals who do not understand what freedom and emancipation really are about. On the other hand, these same feminists fail to mention that many Muslim migrant women today in Europe are obliged to undergo integration programmes—sometimes implemented by femocrats themselves—that push them towards the social reproductive sectors to become cleaners, social carers and childminders. But in what sense is this emancipation for women? Weren’t these exactly the activities and jobs against which the feminist movement fought in its battle to denounce gender roles and the lack of economic recognition of social reproduction?

Ce que je remarque ici, c'est que, d'abord, ces féministes couvrent l'ensemble du spectre politique; il ne s'agit pas seulement de féministes de droite (ou de féministes autoproclamées telles que Hirsi Ali aux Pays-Bas ou de Souad Sbai en Italie) qui ont approuvé des discours et des politiques anti-Islam tels que les interdictions de voile, mais aussi les féministes penchant à  gauche comme Giuliana Sgrena en Italie, ou Najat vallaud-belkacem en France.

Deuxièmement, je souligne les contradictions profondes de ce front féministe anti-Islam. D'une part, ces féministes et féministes appellent l'Islam une religion misogyne et traitent les femmes musulmanes qui portent le voile comme une sorte de personnes égocentriques qui ne comprennent pas ce que sont vraiment la liberté et l'émancipation. D'autre part, ces mêmes féministes ne mentionnent pas que beaucoup de femmes migrantes musulmanes d'aujourd'hui en Europe sont obligées de suivre des programmes d'intégration, parfois mis en œuvre par féministes eux-mêmes, qui les poussent vers les secteurs de la reproduction sociale pour devenir nettoyeuses, aides sociales et assistantes.

Mais dans quel sens est cette émancipation pour les femmes ? N'étaient-ce pas exactement les activités et les emplois contre lesquels le mouvement féministe a combattu dans sa bataille pour dénoncer les rôles de genre et le manque de reconnaissance économique de la reproduction sociale ?

voir aussi, plus approfondi :

Les fondements politico-économiques du fémonationalisme

Sara Farris History of the Present, 2012, pp. 184-199

Sara Farris a écrit:
La dimension « genrée » de l’intégration

Une des modalités principale selon laquelle le « fondamentalisme occidental des Lumières » essaye d’imposer son idée de l’égalité des genres et de la libération des femmes aux immigrantes non-occidentales et musulmanes, passe par l’idée que leur adoption du mode de vie féminin occidental faciliterait non seulement leur propre intégration dans la société occidentale, mais aussi l’intégration de leur communauté d’appartenance. Dans cette perspective, les femmes sont perçues comme les « vecteurs de l’intégration »15, sur un mode proche de l’assimilation. Il est nécessaire, pourtant, d’analyser les manières spécifiques dont les appels à une telle intégration/assimilation sont adressés différemment aux hommes et aux femmes des communautés migrantes.

Les discours concernant l’intégration des migrants, qu’il s’agisse de ceux des partis nationalistes-xénophobes ou de ceux, plus traditionnels, diffusés par les médias, s’appuient sur une analyse genrée. Dans ces témoignages, ce sont les hommes, et non les femmes, qui créent des problèmes dans le processus d’intégration, et ce de plusieurs manières16. Premièrement, les hommes sont perçus comme des obstacles réels à « l’intégration sociale et culturelle », représentant un danger culturel pour l’Europe entière. Même lorsque  la femme voilée semble perçue comme un danger culturel, lorsqu’elle refuse d’enlever le hijab et donc de s’adapter aux normes culturelles sécularisées, elle est représentée comme le faisant non pas par choix personnel – puisque les musulmanes, dans ce cas, se voient refuser tout libre-arbitre – mais parce qu’elle est opprimée par les hommes. Deuxièmement, et sans doute plus important encore, les hommes et les femmes sont perçus de manière différente et souvent opposée quant à leur « intégration économique ». Les slogans xénophobes-nationalistes qui défendent le « travail pour les nationaux » devraient être lus comme : « le travail pour les hommes nationaux ».

Une analyse plus approfondie des différences entre les migrants et les migrantes, musulmans et non-musulmans, dans l’arène économique européenne nous permettra d’éclairer certaines des raisons politico-économiques de la « sympathie fourbe » des mouvements nationalistes européens envers les revendications féministes.

La particularité des travailleuses migrantes

Les hommes migrants travaillant dans les économies occidentales jouent le rôle de ce que Marx appelle une « armée de réserve de travailleurs », c’est-à-dire d’un surplus d’ouvriers sans emploi ou sous-employés dont l’existence est « un produit nécessaire » à l’accumulation capitaliste et dont la reproduction constante est utilisée par les employeurs pour maintenir les salaires bas. De nos jours, particulièrement dans le sud de l’Europe, les migrants sont fréquemment perçus comme une réserve de main-d’œuvre bon marché dont la présence menace les emplois et les salaires des travailleurs nationaux. Pourtant, les travailleuses migrantes et les musulmanes en particulier ne sont ni présentées ni perçues de la même manière. Pourquoi ?    

La moitié de la population migrante actuelle dans le monde occidental est constituée de femmes17. En Europe, par exemple, des estimations révèlent que les femmes constituent un peu plus de la moitié du stock de migrants dans l’Europe des 2718. Un grand nombre de migrantes, musulmanes ou non, sont employées dans une seule branche de l’économie, à savoir le secteur domestique et des soins (care). L’augmentation de la  participation des femmes « nationales » dans l’économie « productive » après la Seconde Guerre Mondiale, le déclin du taux de natalité et la hausse du nombre de personnes âgées, couplés à l’érosion, l’insuffisance ou simplement la non-existence de services de soins publics et abordables, ont eu comme résultat la marchandisation de la prétendue main-d’œuvre « reproductive », qui est surtout fournie par les migrantes. La demande de main-d’œuvre dans ce secteur a tant augmenté durant les dix dernières années qu’elle est maintenant considérée comme la raison principale, derrière la féminisation, de la migration19.  

Pour pouvoir comprendre l’ « exception » que représentent les immigrées dans l’Europe contemporaine, qui ne semblent pas constituer un danger d’ordre économique ou culturel,  – en d’autre termes, afin de déchiffrer une des justifications sur laquelle s’appuie le fémonationalisme – nous devons  observer de plus près le secteur des soins et le secteur domestique.

La matérialité non-jetable du travail affectif/reproductif

Qu’est-ce qui distingue le secteur des soins du secteur domestique, où les femmes migrantes sont principalement employées, des autres secteurs qui emploient principalement des hommes migrants ?

Premièrement, le secteur des services domestiques est sans doute le plus genré des marchés du travail dans la mesure où les compétences, la culture et l’identité professionnelles qui y sont associées renvoient à une féminité socialement construite20. Comme le soutient Helma Lutz, le travail des soins/domestique « n’est pas juste un autre marché du travail »21, en ce sens que ce n’est pas simplement du travail, mais une activité basée sur des stéréotypes sexistes, dans lesquels la sous-traitance à une autre femme du travail domestique et des soins est largement acceptée, et participe ainsi à la perpétuation d’un sexisme institutionnalisé22. De plus, l’ « affectif » est un composant fondamental – quoique non-exclusif – du travail des soins/domestique ou « reproductif »23. La nature intime du contexte dans lequel il est effectué (le foyer), le caractère extrêmement émotionnel des tâches (prendre soin des enfants et/ou des personnes âgées, la cuisine, l’entretien de la maison, c’est-à-dire l’intimité des employeurs) et donc l’importance de la confiance dans la relation de travail, sont des aspects qui rendent plus difficile le remplacement du travailleur une fois qu’une relation de confiance s’est installée. Cette caractéristique extrêmement « affective » du travail des soins/domestique est aussi une des difficultés principales rencontrées par les tentatives de le mécaniser et de l’automatiser. Comme l’explique Silvia Federici :


Citation :
Contrairement à la production de marchandises, la reproduction des êtres humains est en grande partie irréductible à la mécanisation, étant donné la satisfaction des besoins complexes, dans lesquels les éléments physiques et affectifs sont inextricablement combinés, nécessitant un haut degré d’interactions humaines et un procédé de travail des plus intenses. Ceci est le plus évident dans les soins prodigués aux enfants et aux personnes âgées ou même la dimension plus physique qui requiert de satisfaire une sensation de sécurité, anticipant les peurs et les désirs. Aucune de ces activités n’est purement « matérielle » ni « immatérielle », et elles ne peuvent pas non plus être décomposées de manière à rendre possible leur mécanisation ou leur remplacement par le monde virtuel des communications. »24

Une des conséquences de cette résistance à la mécanisation est d’une part, que le travail dans le domaine des soins, ou le domaine domestique, a été redistribué principalement aux femmes migrantes ou partiellement commercialisé. D’autre part, l’analyse de Marx sur l’armée de réserve de travailleurs ne peut être facilement appliquée. La discussion sur la création d’un surplus de population ouvrière, ou armée de réserve, est intimement lié à l’analyse de Marx concernant la composition organique du capital et la tendance qu’a l’accumulation capitaliste à encourager l’augmentation du « capital social, qui réduit simultanément la grandeur proportionnelle de sa partie variable »25, à savoir, l’augmentation de la masse et de la valeur des moyens de production par rapport au coût de la masse et des valeurs de la main-d’œuvre vivante employée dans le processus de production. Un élément crucial dans la réduction du capital variable est effectivement le développement technique et l’automatisation, qui, parmi d’autres facteurs, conduit à l’expulsion d’un certain nombre de travailleurs du processus productif et donc à la création d’une armée de réserve. Cependant, la résistance du travail des soins et du travail domestique à la mécanisation signifie que seule une portion du travail peut être remplacée par le développement des moyens de production. L’essentiel doit être accompli par de la main-d’œuvre vivante, soit à travers le recrutement de travailleurs dans le secteur des soins-domestique dans des foyers privés, soit à travers la croissance des services commerciaux (fast-food, blanchisserie et ainsi de suite), ou effectué « gratuitement » par des membres de la famille ou du ménage.

Par conséquent, la demande du travail des soins/domestique dans les foyers privés, particulièrement dans une situation où les tâches reproductives sont massivement sous-traitées ou devenues marchandises, est destinée à augmenter dramatiquement dans les prochaines années26. Ce n’est donc pas par hasard qu’un récent rapport de l’OIT (Organisation Internationale du Travail) sur l’impact de la crise économique globale sur les travailleurs migrants démontre que les secteurs qui emploient le plus de migrantes « n’ont pas été affectés par la crise » ; en effet, ces secteurs ont « connu une croissance, même dans ce contexte. C’est le cas du secteur des soins et celui du travail social, qui sont les plus grands employeurs de travailleuses migrantes, ainsi que les services sociaux et personnels, et les services éducatifs »27. Comme le rapport l’explique davantage, la migration des femmes travailleuses pourrait avoir été moins affectée que celle des hommes.

Fournisseur d’emplois et d’aide sociale


Comme je l’ai mentionné précédemment, la hausse de la participation des femmes au marché du travail dans les vingt dernières années, qui ne fut suivie ni par une augmentation des soins publics ni par un changement dans la division sexuelle des tâches dans les foyers, a certainement été l’une des raisons de la demande croissante d’aide privée ou d’aide à domicile, et d’un élan important pour la féminisation des flux  migratoires contemporains. Pourtant, comme Williams et Gavanas le constatent clairement, « ce n’est pas simplement un manque d’approvisionnement public qui influence la demande pour la garde d’enfants [et de personnes âgées], mais la nature même du soutien apporté par l’Etat »28. Dans des pays tels que la Grande-Bretagne, l’Espagne, la Finlande et la France, des politiques d’aide financière ou de crédit d’impôts  ont été introduites afin de soutenir financièrement la garde d’enfants. De plus, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, en Italie et en Autriche, par exemple, des formes de paiement direct ont été mis à disposition pour permettre aux personnes âgées ou handicapées de se procurer un soutien et une assistance. Cela a eu pour effet d’encourager le développement de la « marchandisation des soins » ou des travaux domestiques, dans un marché où les femmes migrantes constituent la plus grande portion de l’offre29.

La demande croissante pour le travail des soins et le travail domestique en Europe, qui est liée aussi bien à la privatisation généralisée des services de soins qu’aux taux plus élevés de participation des femmes « nationales » sur le marché du travail, sont des facteurs très importants pour expliquer pourquoi les travailleuses migrantes ne reçoivent pas le même traitement que leurs homologues masculins. Cela peut être mis en évidence par les différentes manières dont les campagnes et les législations actuelles contre l’immigration illégale influent sur les hommes et les femmes. A cet égard, les cas de l’Italie et de l’Allemagne sont particulièrement emblématiques car ils démontrent comment différentes législations présentent des similitudes à propos de l’immigration clandestine lorsque les services de soins et les services domestiques sont en jeu.

En 2009, le gouvernement italien a accordé une amnistie seulement pour les immigrants illégaux travaillant comme soignants et comme travailleurs domestiques, donc principalement des femmes, ces secteurs étant considérés comme les seuls domaines où la demande de main-d’œuvre ne pouvait pas être satisfaite par l’offre nationale30. En Allemagne, par contre, Helma Lutz décrit l’attitude de l’Etat envers les migrants illégaux travaillant dans le secteur des soins en terme de « semi-conformité ». Par exemple, les européens de l’Est (qui constituent la majorité des travailleurs des soins domestiques en Allemagne) ont un permis de séjour mais pas de permis de travail, de telle manière que la violation des droits est limitée aux lois du travail et non du séjour. « Le gouvernement Allemand, comme Lutz et  Palenga-Möllenbeck le décrivent, semble développer une politique d’intervention de facto relativement libérale »31. L’exemple suprême est le comportement de l’Etat allemand en 2004, quand il a introduit une unité opérationnelle pour traiter le travail des migrants sans-papiers. Les policiers ont traqué l’emploi illégal sur les lieux de travail publics, mais pas dans les foyers privés. Les problèmes auxquels étaient confrontées les familles qui devaient s’occuper d’un enfant ou soigner une personne âgée rencontrèrent la « compréhension » des fonctionnaires d’Etat qui, par conséquent, n’ont « pas perçu l’emploi de soignantes sans-papiers comme étant ‘punissable’ »32.

N’étant plus perçues comme celles qui volent le travail ou profitent des aides sociales, les femmes migrantes sont les « domestiques » qui aident à maintenir le bien-être des familles et des individus européens. Elles sont les fournisseurs de travail et d’intérêts, celles qui, en aidant les femmes européennes à défaire les genres en se substituant à elles dans le foyer, permettent à ces femmes « nationales » de devenir des travailleuses sur le marché du travail « productif ». De plus, elles sont celles qui contribuent à l’éducation des enfants et aux soins physiques et émotionnels des personnes âgées, fournissant ainsi un état de bien-être, de moins en moins pris en charge par l’Etat.

Une armée de travailleurs réguliers appelée les femmes migrantes


La main-d’œuvre féminine migrante semble donc ne pas être cantonnée dans la position d’une sorte d’« armée de réserve », constamment menacée par le chômage et  l’expulsion et utilisée de façon à maintenir une discipline salariale, mais mise dans une  situation d’« armée régulière de main-d’œuvre extrêmement bon marché ». En un certain sens, cette idée semble aller à l’encontre du soi-disant « débat sur le travail domestique » engagé par les féministes à la fin des années 1970 et 198033. Dans ce contexte, le concept d’armée de réserve de travailleurs était utilisé de façon à expliquer les distorsions salariales structurelles et les conditions de travail et de contrats précaires des femmes qui, à l’époque, entraient de façon croissante sur le marché du travail34. Comme Floya Anthias l’a souligné, c’était devenu « une chose courante que de représenter les femmes en tant qu’armée de réserve de travailleurs »35, particulièrement dans les discussions féministes marxistes.

La contradiction entre ces deux approches est, cependant, plus apparente que réelle puisque l’unité d’analyse à laquelle les deux concepts sont appliqués – armée de réserve et armée régulière – est différente. Tandis que les féministes qui débattaient du concept d’armée de réserve dans les années 1970 et 1980 faisaient référence aux femmes en tant que salariées extra-domestiques, je propose d’utiliser la notion d’armée régulière pour décrire ce qui arrive aux femmes migrantes engagées dans la marchandisation du travail reproductif. Ce changement de point de vue nous permet de voir non seulement que le secteur économique est différencié de façon interne, mais aussi que les femmes auxquelles les deux concepts font référence n’appartiennent pas à une même féminité, supposée homogène et universelle. Elles vivent plutôt dans des mondes aux expériences diverses, fortement marquées par des différences sociales et raciales.

Dans la mesure où les femmes employées dans le secteur des soins domestiques sont des immigrées venant essentiellement du Tiers Monde et des anciens pays d’Europe de l’Est, le terme le plus approprié pour comprendre leurs conditions de travail n’est ni l’abstraction indéterminée du travail salarié en général ni celui du travail des femmes en particulier, mais plutôt l’abstraction déterminée du travail d’immigrées. Le travail des migrants en Europe contemporaine et dans les sociétés occidentales est organisé selon des formes bien spécifiques : c’est du « travail en mouvement », en raison du développement inégal provoqué par ce que David Harvey appelle l’« accumulation par dépossession » ; c’est aussi du « travail jetable » avec un statut économique et politique distinct36. Cependant, dans le monde des travailleurs migrants, il semble que le travail des femmes migrantes obéisse à ses propres règles. D’une part, il obéit aux « règles » liées au genre et au contrat sexuel au sein du ménage37, qui établit que les femmes sont toujours en charge de la reproduction et des soins. D’autre part, il suit les « règles » du « contrat racial »38, selon lequel les minorités ethniques et les « gens de couleur » (people of color) sont toujours ceux qui effectuent les tâches les moins désirables et les moins valorisées de la société. Les femmes migrantes composent ainsi les rangs de cette armée régulière de travailleurs reproductifs qui est la fondation de toute collectivité, car c’est cette « activité générique qui comprend tout ce que nous faisons pour maintenir, perpétuer et réparer notre « monde », de sorte que nous puissions y vivre aussi bien que possible. Ce monde inclut nos corps, nos individualités, et notre environnement »39.

Conclusion

Le rôle « utile » que les travailleuses migrantes jouent dans la restructuration contemporaine des régimes de bien-être, et la féminisation de secteurs clés dans l’économie des services, bénéficient d’une certaine indulgence des gouvernements néo-libéraux et de la compassion trompeuse des partis nationalistes envers les femmes migrantes, comparativement aux hommes migrants. Nous pourrions constater qu’en plus d’être extrêmement utiles en tant que « travailleuses reproductives », les femmes migrantes sont aussi des « organismes reproductifs » dont le taux de natalité est plus du double de celui des femmes autochtones40. Malgré des tentatives de « rétablir l’avantage démographique national »41 – telles que Judith Butler les présente – comme on le voit depuis quelques années dans certains pays de l’UE, des appels à l’assimilation adressés aux femmes migrantes – musulmanes ou non-musulmanes – signalent le rôle spécifique qu’elles jouent dans la société contemporaine européenne. Dans la mesure où elles sont considérées comme les corps utiles aux  générations futures, en tant que mères jouant un rôle crucial dans le processus de transmission des « valeur sociétales », en tant que remplaçantes des femmes nationales dans le secteur reproductif, mais aussi en tant qu’épouses potentielles pour les hommes européens, les femmes migrantes semblent devenir les cibles d’une campagne de bienveillance trompeuse dans laquelle elles sont «  nécessaires » en tant que travailleuses, « tolérées » en tant que migrantes et « encouragées » à se conformer aux valeurs occidentales en tant que femmes.

Deux autres éléments doivent être évoqués brièvement. Considérer le placement spécifique des femmes sur le marché économique est important pour une critique du fémonationalisme, non seulement quant au rôle des femmes en tant que productrices et reproductrices, mais aussi quand nous les considérons comme consommatrices et même comme marchandises.

Comme le souligne Hester Eisenstein, « si le but de la globalisation est de créer des opportunités d’investissement et de marketing, et donc l’acception des produits occidentaux avec les normes occidentales, alors dans ce contexte l’image d’une femme occidentale libérée devient un argument de vente. (…) Le féminisme, défini comme la libération des femmes des contraintes patriarcales, est rendu équivalent à la participation sur le marché en tant qu’individu libéré »42. L’expansion capitaliste continue dans le Tiers Monde aussi bien que l’incorporation complète de tous les individus dans la logique des pays riches implique une extension et une re-articulation de l’idéologie que Macpherson a appelé l’« individualisme possessif ». Selon ce principe, les migrants intégrés dans la société occidentale – et particulièrement les femmes migrantes – devraient concevoir leur liberté vis-à-vis des groupes communautaires et leur capacité à satisfaire un désir consumériste infini.

Les femmes migrantes, cependant, sont aussi des marchandises, puisque l’on exige d’elles qu’elles se comportent conformément aux valeurs supposées des femmes occidentales émancipées. Ici, en considérant le fémonationalisme contemporain comme une construction idéologique éclairant les processus de marchandisation des femmes non-européennes, je considère que nous avons besoin de poursuivre la logique proposée par Alain Badiou il y a quelques années. Après le vote de la loi contre le hijab dans les écoles publiques en France – une loi qui a concentré le débat sur l’équation entre l’Islam et l’oppression des femmes –, le philosophe français l’avait définie comme « une loi capitaliste pure ». Pour que la féminité opère sous le capitalisme, le corps féminin doit être exposé pour pouvoir circuler « sous un paradigme marchand »43. Une fille musulmane doit donc montrer « ce qu’elle a à vendre ». En d’autres mots, elle doit accepter et soutenir activement sa propre marchandisation. L’insistance sur le dévoilement des musulmanes en Europe combine donc à la fois le rêve durable des hommes occidentaux de « découvrir » la femme de leurs ennemis, ou des colonisés, ainsi que la demande d’en finir avec l’incongruité du corps féminin caché en tant qu’exception à la règle générale selon laquelle elles devraient circuler comme des « valeurs franches »44.

La montée en puissance du fémonationalisme doit être enfin conçue comme symptomatique de la position distincte des femmes occidentales et non-occidentales dans la chaine matérielle de production et de reproduction économique et politique au sens large. Les tentatives d’appropriation par les discours nationalistes-xénophobes des idéaux féministes d’égalité et de liberté ont émergé de la reconfiguration spécifique du marché du travail, de la migration et des mouvements de la force de travail produits par les dynamiques de la globalisation néo-libérale des trente dernières années. Se confronter au fémonationalisme nécessite donc non seulement un travail de réfutation idéologique, mais aussi une analyse concrète de ses fondements politico-économiques.

Sara Farris est Assistant Professor de sociologie à Goldsmiths, Université de Londres. Elle a publié sur les enjeux de théorie sociologique, de sociologie politique, sur l’orientalisme, les migrations internationales, le féminisme et les études de genre. Plus récemment, elle a publié l’ouvrage Max Weber’s Theory of Personality. Individuation, Politics and Orientalism in the Sociology of Religion (Brill, 2013). Elle est en train de terminer un second ouvrage, provisoirement intitulé, The Political Economy of Femonationalism.

Traduit de l’anglais par Marie-Gabrielle de Liedekerke.

Source : Sara Farris, « Femonationalism and the ‘Reserve’ Army of Labor Called Migrant Women », History of the Present, 2(2), 2012, pp. 184-199.


15. ⇧ Eleanore Kofman et al., Gender and International Migration in Europe: Employment, Welfare and Politics, (2000) ; Sara R. Farris et al., La straniera. Informazioni, sito-bibliografie e ragionamenti su razzismo e sessismo, (2009).
16. ⇧ Ce traitement différentiel des migrants et des migrantes dans les medias européens a été souligné dans plusieurs études. Par exemple, pour l’Allemagne et la France voyez respectivement  Paul Scheibelhofer, “Die Lokalisierung des Globalen Patriarchen: Zur diskursiven Produktion des „türkisch-muslimischen Mannes“ in Deutschland,” Mann wird man. Geschlechtliche Identitäten im Spannungsfeld von Migration und Islam, ed. Lydia Potts and Jan Kühnemund, (2008);. et Thomas Deltombe et Mathieu Rigouste, « L’ennemi intérieur: la construction médiatique de la figure de l’ “Arabe” », in La fracture coloniale. La société française au prisme de l’héritage coloniale, Pascal Blanchard et al. (2005).
17. ⇧ Cf. Jorgen Carling, “Gender Dimension of International Migration,” Global Migration Perspectives, 35 (2005) ; Sara R. Farris, “Interregional Migration: The Challenge for Gender and Development,” Development, 53 (2010).
18. ⇧ Ronald Ayres et Tamsin Barbe, “Statistical Analysis of Female Migration and Labor Market Integration in the EU,” Document de Travail du Integration of Female Immigrants in Labor Market and Society, (2006).
19. ⇧ Helma Lutz, ed., Migration and Domestic Work. A European Perspective on a Global Theme, (2008); Saskia Sassen, “Globalization or Denationalization?”, Review of International Political Economy, 10 (2003).
20. ⇧ Cf. Veronica Beechey, 1988, “Rethinking the Definition of Work,” dans Feminization of the Labor Force: Paradoxes and Promises, ed. Jane Jenson et al., (1988).
21. ⇧ Lutz, Migration and Domestic Work, 1.
22. ⇧ Lutz, Migration and Domestic Work, 48.
23. ⇧ Pour une discussion sur le travail affectif voir en particulier, Michael Hardt, “Affective Labor”, Boundary2, 26 (1999); A.M. Ducey, H. Gautney, D. Wetzel, “Regulating Affective Labor Communication Skills Training in the Health Care Industry,” The Sociology of Job Training. Research in the Sociology of Work, 12 (2003).
24. ⇧ Silvia Federici, “The Reproduction of Labor-Power in the Global Economy, Marxist Theory and the Unfinished Feminist Revolution,” Globalizations, 3 (2006), 13.
25. ⇧ Karl Marx, Capital, in Marx Engels Collected Works Volume 35 (1996), 623.
26. ⇧ Emanuele Pavolini et Costanzo Ranci, “Restructuring the Welfare State: Reforms in Long-Term Care in Western European countries”, Journal of European Social Policy, 18 (2008).
27. ⇧ Ibrahim Awad, “The Global Economic Crisis and Migrant Workers: Impact and Response,” International Labor Office, International Migration Programme, Geneva: ILO, (2009), 43.
28. ⇧ Fiona Williams et Anna Gavanas, “The Intersection of Child Care Regimes and Migration Regimes: a Three-Country Study,” dans Migration and Domestic Work. A European Perspective on a Global Theme, ed. Helma Lutz, (2008), 14.
29. ⇧ Cf. Clare Ungerson, “Commodified Care Work in European Labor Markets,” European Societies, 5 (2003); Pavolini and Ranci, “Restructuring the Welfare State”.
30. ⇧ Cf. Sabrina Marchetti, “Che senso ha parlare di badanti?”, dernière consultation le 10 Juin 2011, http://www.zeroviolenzadonne.it/index.php?option=com_content&view=article&id=12069:che-senso-ha-parlare-di-badanti&catid=34&Itemid=54.
31. ⇧ Helma Lutz et Ewa Palenga-Moellenback, “Care Work Migration in Germany: Semi-Compliance and Complicity,” Social Policy & Society, 9 (2010).
32. ⇧ Lutz and Palenga-Moellenback, “Care Work Migration in Germany”, 426.
33. ⇧ Pour un apercu de ce débat, voir Lise Vogel, “Domestic Labour Debate”, Historical Materialism, 16 (2008).
34. ⇧ Veronica Beechey, “Some Notes on Female Wage Labour,” Capital and Class, 3 (1977); Floya Anthias, “Women and the Reserve Army of Labour: A Critique of Veronica Beechey,” Capital and Class, 4 (1980).
35. ⇧ Anthias, “Women and the Reserve Army”, 50.
36. ⇧ Par exemple, voir la thèse de Mezzadra “autonomy of migrations”, Sandro Mezzadra, “Capitalisme, migration et luttes Sociales. Notes préliminaires pour une théorie de l’autonomie des migrations,” Multitudes, 19 (2004).
37. ⇧ Carole Pateman, The Sexual Contract, (1988).
38. ⇧ Charles W. Mills, The Racial Contract, (2007).
39. ⇧ Joan Tronto, Moral Boundaries: A Political Argument for an Ethic of Care, (1993), 103. Traduction disponible sur http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index.php?ean13=9782707157119
40. ⇧ Cf. Charles Westoff et Thomas Frejka, “Religiousness and Fertility Among European Muslims,” Population and Development Review, 33 (2007).
41. ⇧ Cf. Judith Butler, “Feminism Should not Resign in the Face of such Instrumentalization”.
42. ⇧ Hester Eisenstein, Feminism Seduced, 195.
43. ⇧ Alain Badiou, “Derrière la Loi foulardière, la peur,” Le Monde, 24 février (2004).
44. ⇧ Franz Fanon, “Algeria Unveiled,” dans The New Left Reader, ed. Carl Oglesby (1969), 167. Version originale disponible sur http://www.comiteactionpalestine.org/modules/news/article.php?storyid=172

est-ce à dire que ces "identités" fabriquées par le capital, idéologiquement, économiquement et politiquement, deviennent ipso-facto identités de luttes face au capital comme mode de production/reproduction...?

scratch

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: 5. LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?   Dim 22 Oct - 18:26

18 octobre


une nouvelle théorie de la révolution
points sur les hics

je remonte ce sujet car bien que central, il est moins lu. C'est celui à partir duquel j'ai écrit le livre dans sa première mouture, et donc autour duquel s'articule une compréhension d'autres points de vue sur cette même question :

comment, dans le capitalisme comme société totalement dominante (en "subsomption réelle"), peut se constituer une classe de son abolition, sur la base d'affrontements antagoniques de classe, de genre, écologiques... dans les rapports sociaux d'exploitation et dominations

pour toute la tradition marxiste, le problème de la constitution en classe révolutionnaire n'est posé que dans les termes marxiens du prolétariat ouvrier :
- soit vers son pouvoir d'État et/ou autogestionnaire dans le programmatisme ouvrier jusqu'à sa décomposition politique et organisationnelle après 1968, dont héritent encore les trotskismes et les variantes démocrates radicales du marxisme
- soit vers la révolution interne au capitalisme héritée de la lecture opéraïste et négriste du Capital et des Grundrisse, parfois mâtinée des idéologies précédentes et de celle des "communs"
- soit vers son autoabolition "anti-prolétarienne" pour la théorie de la communisation ou l'émeutisme théorique (Joshua Clover, activisme anarcho-autonome d'ultragauche) : l'identité ouvrière (conscience de classe, classe pour soi) a disparu mais le sujet "prolétariat" est toujours déjà là, virtuellement constitué par cette idéologie révolutionnaire d'une invariance de l'antagonisme de classe

les deux premières tendances dominent le marxisme actuel, envahissant les colloques sur "l'émancipation", nourrissant le mariage entre marxisme universitaire et militantisme politique, féministe, écologiste et décolonial. La troisième demeure marginale, mais seule à poser la révolution insurrectionnelle comme sortie du mode de production capitaliste

je prends le contrepied de ces approches pour poser la constitution en classe révolutionnaire comme un problème historiquement et théoriquement renouvelé dans les termes du capitalisme contemporain et de sa crise

c'est sur ce critère que nous pouvons débattre avec d'autres qui tournent autour de cette question, selon des approches que je juge partielles ou limitées par un ancrage non dépassé du passé et du présent des luttes prolétariennes, féministes, antiracistes, écologistes... et les expressions théoriques et/ou idéologiques qui en découlent stratégiquement, politiquement, et désastrement

dans le livre, cela correspond à la première partie

Citation :
1. LES CLASSES SOCIALES, COMPOSITION et CONSTITUTION d'HIER à AUJOURD'HUI
1.1. les classes pour Marx, constitution historique, classe au sens générique et au sens spécifique
1.2. la bourgeoisie et sa constitution en classe capitaliste
1.3. le prolétariat, la classe ouvrière et sa constitution, classe en soi, classe pour soi
1.4. la « classe communiste, catégories du possible et du placement »
1.5. composition et décomposition de la classe ouvrière du 19e siècle aux années 1970 : conscience, identité... / identité, conscience de classe, composition, quelques problèmes vus par 'Endnotes'
1.6. 1968, 1975... les derniers feux du programmatisme prolétarien, théorie de la communisation et fuite en avant humaniste hors classe de la « révolution à titre humain »
1.7. le problème actuel et futur de la composition et constitution d'un sujet révolutionnaire comme classe communiste de la révolution : la classe communiste se constitue comme révolutionnaire ou elle n'est rien
1.7.1. ce que n'est pas la classe communiste de la révolution
1.7.2. la constitution de la classe communiste n'est pas convergence organisationnelle ni compromis devant une contradiction principale prioritaire
1.7.3. les femmes et le communisme
1.7.4. les luttes écologistes peuvent-elles devenir révolutionnaires ?
1.7.5. et la classe ouvrière, elle compte les points ? dans le processus révolutionnaire, la classe communiste absorbe et dissout le prolétariat ?
1.7.6. identités de luttes et leurs dépassements à produire : médiations temporelles / à propos d'Identity Politics, et de Whiteness (blanchité)


ce sujet comporte un complément :
5.2. du LUMPENPROLETARIAT à la POPULATION en SURPLUS : quelle classe ? le SOUS-PROLÉTARIAT pour ou contre la révolution ?


la classe de la révolution se constitue d'emblée comme universelle

Tristan Vacances : - Dans le modèle de la communisation « le prolétariat s'abolit et abolit toutes les classes ». Le pas suspendu de la communisation :
BL/TC a écrit:
La gratuité, l’absence complète de comptabilité de quoi que ce soit, est l’axe autour duquel la communauté révolutionnaire se construit, seule la gratuité peut permettre de rassembler toutes les couches sociales non directement prolétaires qui se délitent dans l’hyper crise, et ainsi d’intégrer/abolir les individus non directement prolétaires, tous les « sans-réserve » (y compris ceux que l’activité révolutionnaire aura réduits à cette condition), les chômeurs, les paysans ruinés du « tiers monde », les masses de l’économie informelle. Il s’agit de dissoudre ces masses en tant que couches moyennes, en tant que paysans, de briser les relations de dépendance personnelle entre « patrons » et « salariés » ou la situation de « petit producteur indépendant » à l’intérieur de l’économie informelle, en prenant des mesures communistes concrètes qui contraignent toutes ces couches à entrer dans le prolétariat, c’est-à-dire achever leur « prolétarisation »

Vous n'abordez pas le problème de l'auto-dissolution de la classe de la révolution dans le mouvement communiste vers la communauté humaine. Pourquoi ?

Patlotch : - parce que l'absorption dont il est question dans la théorie de la communisation n'a pas lieu d'être dans la mienne :

1) dire que le « prolétariat achève la prolétarisation des autres couches sociales » ne tient qu'en vertu d'une pure logique dialectique binaire entre deux classes dans la seule dimension de mode de production du capitalisme. Elle n'a pas de sens, qu'on prenne le prolétariat comme "producteur de plus-value" puisque dans ce moment de la révolution elle est stoppée, ou comme "sans réserve" puisqu'il s'agit bien au contraire de constituer des réserves pour tous, un objectif universel

2) dans ma vision du communisme, qui est positive, constructrice autant que destructrice, l'absorption des autres classes par la classe de la révolution, s'engage dès la constitution en classe de cet ensemble des catégories sociales qui ont en face le capital, pour des raisons antagoniques, en tant que prolétaires ou non, femmes, victimes de la pollution, de l'extractivisme, etc.

Tristan Vacances : - Pour vous, le prolétariat n'a pas de vocation universelle ?

Patlotch : - non. Il a eu cette "mission" aux yeux de Marx et de ses héritiers reprenant ce credo messianiste , mais il ne l'a jamais manifestée dans aucune révolution, moins encore Octobre 17, puisqu'il n'a jamais attenté réellement au capitalisme comme procès de la valeur, exploitation de l'homme par l'homme, des femmes par les hommes, et destruction prédatrice de  la nature

aujourd'hui, non seulement on n'observe aucune tendance du prolétariat à détruire le capitalisme, mais aucune non plus le montrant plus universaliste que les autres classes sociales non capitalistes

Tristan Vacances : - Le prolétariat n'a pour vous aucune potentialité révolutionnaire ?

Patlotch : - il a plus et moins qu'une potentialité révolutionnaire, il peut arrêter de produire, alors que d'autres ne peuvent que bloquer la circulation des marchandises. Mais cela ne suffit pas pour produire positivement le communisme, d'autant que même la production il faudra la reprendre pour vivre au-delà du caractère destructeur de l'insurrection

Tristan Vacances : - La classe dont vous rêvez la constitution est universelle d'emblée ?

Patlotch : - par constitution, pas définition du dépassement universaliste des identités particulières de luttes, oui, mais un universalisme multiple, sans quoi ce n'en est pas un. Dans ces universalismes particularisés « l'universel ne rassemble pas, il divise » (Étienne Balibar). Le prolétariat aussi. Cf 10. pour un UNIVERSALISME PLURIEL : le communisme et les particularités

Tristan Vacances : - C'est une vision transclassiste !

Patlotch : - oui, aux yeux de qui construit les classes en théorie comme de grands blocs par nature "révolutionnaire" ou "anti-révolutionnaire", mais ça n'a aucun sens dans ma façon de poser la question, par la situation face au capitalisme comme société globale, créant plusieurs fronts, qui n'existent que par des activités de luttes antagonistes, non des étiquetage de classes, hormis la classe capitaliste évidemment

une nouvelle théorie, c'est une nouvelle logique interne et un autre regard sur la réalité. Pour le comprendre de façon interne, il faut changer de système de représentation par rapport au marxisme prolétarien traditionnel. Là, on peut discuter la cohérence théorique, sa scientificité si vous voulez. Ensuite on peut en critiquer le rapport à la réalité, mais je souhaite du courage à qui l'entreprendrait sur une base qui a montré sa caducité historique, donc théorique

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 5. LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?   Mar 31 Oct - 23:01


la classe du communisme ne s'abolit pas dans la révolution,
elle s'élargit à la communauté humaine

dans le commentaire du 22 octobre, la classe de la révolution se constitue d'emblée comme universelle, nous saisissons que la classe du communisme se constitue pour la révolution mais ne s'abolit pas dans la révolution, contrairement au schéma communisateur, que résume bien AC de Carbure dans La Catalogne dans le moment populiste 11/10/2017
Citation :
L’unification de la classe en classe révolutionnaire consisterait au contraire dans la multiplication des conflits portant sur ce qui la fait exister comme segmentée, dans les conditions posées par cette existence, c’est-à-dire non seulement l’exploitation qui est directement segmentation (division du travail), mais également les divisions de genre et raciales, mais aussi plus généralement tout ce qu’on peut appeler « inégalités » sociales. Concrètement, c’est une autre façon de dire que la classe ne s’unifie qu’en s’abolissant comme classe, en s’en prenant directement (même si ce directement peut impliquer des formulation idéologiques) à ce qui la fait exister comme classe exploitable et exploitée.

dans un commentaire de dndf sous ce texte, Adé rappelle ce passage du Manifeste du parti communiste de Marx et Engels fin 1847 :
Citation :
28/10/2017 à 12:33 | #1
Quelle est la position des communistes par rapport à l’ensemble des prolétaires ?
Les communistes ne forment pas un parti distinct opposé aux autres partis ouvriers.
Ils n’ont point d’intérêts qui les séparent de l’ensemble du prolétariat.
Ils n’établissent pas de principes particuliers sur lesquels ils voudraient modeler le mouvement ouvrier.

or il n'y avait pas alors, à proprement parler, de "Parti communiste" mais la Ligue des justes, renommée sur leur suggestion Ligue des Communistes, épisode que l'on voit dans le film de Raoul Peck, Le jeune Marx : les ouvriers sont des artisans parisiens, pas encore des prolétaires de la grande usine. C'est dire que sorties de ce contexte historique, ces phrases du chapitre Prolétaires et communistes paraissent contradictoires avec celles du précédent, Bourgeois et prolétaires :
Citation :
Cette organisation du prolétariat en classe, et donc en parti politique, est sans cesse détruite de nouveau par la concurrence que se font les ouvriers entre eux. Mais elle renaît toujours, et toujours plus forte, plus ferme, plus puissante. Elle profite des dissensions intestines de la bourgeoisie pour l'obliger à reconnaître, sous forme de loi, certains intérêts de la classe ouvrière : par exemple le bill de dix heures en Angleterre.

mais le tout ne souffre pas d'ambiguïté, puisque c'est bel et bien un parti communiste qui sera fondé en 1864 comme L'Association internationale des travailleurs (AIT), la Première Internationale


ces phrases sorties de ce contexte historique pourraient avoir un parfum conseilliste, basiste (« l'émancipation des travailleurs sera l'œuvre de travailleurs eux-mêmes »)* mais du point de vue stratégique, elles sont plutôt l'invention de l'entrisme cher aux trotskistes : les communistes ne forment pas un parti, ils entrent dans ceux qui existent déjà pour les orienter

* tendance qui fut la mienne en 2015 autour de ces phrases rappelées par Adé, dans la discussion un manifeste révolutionnaire (réflexions pour -)

c'est au demeurant pourquoi le film de Raoul Peck plaît tant aux militants, qui sont un peu dans la même posture d'extériorité au prolétariat, leur sujet révolutionnaire par essence, auxquels ils n'appartiennent pas : aux yeux de ces intellectuels de couches moyennes, voire petits-bourgeois, Marx est l'idéal du chef de parti : en sortant de la salle on passe aisément de Marx à Besancenot, voire à Coupat via Debord, à Roland Simon via dndf, Astarian via Hic Salta, Dauvé via DDT21...

les chefs de la séparation intellectuelle sont toujours déjà là, produisant leurs adeptes militants, perroquets et traducteurs repoussant le débat à jamais ni nulle part, leur petit succès signant leur défaite, théorique. Patlotch sans adeptes, c'est ma fierté et l'irremplaçable intérêt de ce forum

à l'opposé de la thèse de la communisation, de construction théorique purement abstraite avec ses grands récits et fictions romanesques (BL/TC, Dauvé, Astarian, Léon de Mattis, AC...), « la classe ne s’unifie qu’en s’abolissant comme classe », j'oppose la constitution en classe avant la révolution, pour la faire, et continuant à agir pour le communisme après le moment insurrectionnel d'abolition des classes, sauf elle : rupture, mais dans la continuité de l'histoire, sans magie

c'est la différence entre projection idéaliste partant de concepts non interrogés et projection matérialiste partant de la potentialité, inscrite dans les luttes actuelles, de produire le dépassement de la « segmentation (division du travail), mais également les divisions de genre et raciales, mais aussi plus généralement tout ce qu’on peut appeler « inégalités » sociales »

le schéma théorique est remis sur les pieds de l'histoire à faire au présent, comme lutte de classe. Disons qu'à mes yeux c'est plus satisfaisant parce que plus logique, plus réaliste, et plus joliment montré, dans le sens où l'on parle en mathématiques d'une belle démonstration, cf ce jour P # NP

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MessageSujet: Re: 5. LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?   Sam 11 Nov - 8:44


du 2 novembre, mis à jour, en bas



réactions chez dndf,
précisions, rappels, et reformulations

que faire ?

1) une première de Adé suite à l'intervention de Lisbeth Salander que j'ai épinglée hier dans la DOMINATION MASCULINE en FRANCE : machisme, travail, domesticité, violences... (en bas)

une reformulation originale de mes "thèses" sur la constitution en classe au-delà du prolétariat, sur toutes lignes de front contre le capital. Je vais mijoter avant d'y revenir, peut-être... Le terme de « fraction » me gêne un peu, parce que ça me semble petit, une fraction, pour porter des intérêts universels au-delà des siens propres (ici je suis très marxien, à la définition du sujet révolutionnaire près), intérêts qui dépassent ceux particuliers y compris contre des dominations spécifiques, par une « conscience du capital » (Endnotes)


Adé a écrit:
dndf 01/11/2017 à 14:24 | #3

« On a du boulot! » (Lisbeth Salander)
Soit:
tant qu’il n’y a pas de constitution d’une classe révolutionnaire, il n’y a rien [« la classe ouvrière est révolutionnaire ou elle n'est rien. », Marx ajoute, j'y reviendrai, que cette constitution en classe détermine l'apparition d'« idées révolutionnaires » : « L’existence d’idées révolutionnaires suppose déjà l’existence d’une classe révolutionnaire. » (L'idéologie allemande, I, 3)]
Le prolétariat, hic et nunc, n’est pas d’essence communiste, il n’a pas à porter ce fardeau, pas plus que la « classe moyenne » n’est anti, ou contre-révolutionnaire par nature.
Une révolution sociale communiste est la remise en cause de toute la société, par une fraction de cette société. Cette « fraction », peut être définie comme « classe révolutionnaire » (cf. le théoricien ci-dessus cité : Patlotch), comme parti, race, ou… fraction.
Le féminisme contre la société patriarcale.
L’écologie radicale contre les criminels qui veulent en finir avec la vie sur cette terre.
Les prolétaires contre l’exploitation qui reproduit leur exploitation et la société patriarcale et produit les criminels,politiciens, capitalistes, militaires.
Les populations ségréguées contre cette ségrégation.

Les ouvriers et le « prolétariat » ne peuvent se substituer à cette condition nécessaire de constitution d’une fraction car rien à priori ne les pousse à l’auto-abolition. L’implication réciproque en est le constat. Il est nécessaire d’en tirer toutes les conséquences, dont : pas « d’écart », pas de luttes « suicidaires » (la classe, ou n’importe quel groupe social constitué fait partie de la communauté matérielle du capital, Camatte l’avait vu, et tient à persévérer dans son être). Là-dessus les positions de la « critique de la valeur » sont justes : la lutte des classes est le moteur de la société de classe, elle ne peut déboucher sur une révolution, pas de convergences, pas d’écart, pas d’annonce. [ça se discute, le modèle de l'écart n'est pas mauvais en soi, c'est même à l'apparition d'écarts que nous verrions s'annoncer la constitution d'une classe révolutionnaire, si mon hypothèse se valide, et nous pourrions définir l'écart par le fait que dans telle lutte particulière se manifeste une conscience du capital, donc l'émergence de dépassement universel de telle lutte particulière. A contrario, dans l'événement de mobilisation contre le harcèlement sexuel, une telle conscience n'est pas apparue...]
Pourquoi le prolétariat est-il dans l’incapacité de, ne serait-ce que, défendre ses intérêts propres ? : parce qu’il n’en a pas.
pourquoi n’en-a-t-il pas ? Parce qu’il est inextricablement lié au capitalisme : il ne peut que défendre son activité, même si cette activité se retourne contre lui, et contre toute vie. Les exemples abondent.

La fraction révolutionnaire attaquera de tout côté : contre la société capitaliste dans son ensemble, contre les ouvriers qui veulent persévérer dans leur être et dans leur activité (quitte à bousiller la planète); contre les fondements racistes et machistes de cette communauté matérielle (et spirituelle ?); contre l’exploitation et les dominations; pour la communauté humaine, c’est-à-dire : pour le vivant dans son ensemble. [c'est le caractère universel/pluriversel en question]

2) une deuxième d'un très proche amateur de Théorie Communiste :
Stive a écrit:
02/11/2017 à 11:26 | #4

La « classe révolutionnaire » qu’on aurait jeté à bâbord, la voilà qui resurgirait à tribord ?

nonobstant, pour qui ne connaît pas Stive, le côté incompréhensible de cette question sous-twitesque en 95 caractères, je vais non y répondre mais la saisir pour quelques remarques et précisions :

1) pour la théorie de la communisation et plus généralement le marxisme, la « classe révolutionnaire » c'est le prolétariat, plus ou moins assimilé à la classe ouvrière. C'est plus exactement « la classe en soi » qui a perdu son identité (ouvrière), mais qui continue à exister (en soi) dans ses rapports au capital comme mode de production (rapports de production/exploitation). Autrement dit, la théorie de la communisation, considérant que l'histoire de la société capitaliste actuelle est toujours celle de la lutte des classes, - non pas en général mais capital-prolétariat -, ne dit pas que « la classe révolutionnaire aurait été jetée à bâbord », mais bien qu'elle se reconstituera le temps de faire la révolution en s'auto-abolissant et avec elle toutes les classes. Et donc, pour cette théorie, le prolétariat classe révolutionnaire (re-constituée, pour soi) « resurgirait à tribord »

ceci pour Stive qui m'imputerait quelque chose qui est ni plus ni moins, s'il l'a bien compris, ce dont il se réclame et dont il fait en quelque sorte ici une excellente critique  Rolling Eyes

2) si, dans cette théorie, la définition du prolétariat varie, devient floue voire contradictoire en elle-même et syllogistique (Charrier 2003...), c'est justement parce qu'elle la considère comme déjà là en puissance, prête à re-surgir dans le moment de la communisation produit par la crise de reproduction démiurgique du capitalisme

3) la classe révolutionnaire, classe communiste, dont je pose l'hypothèse, n'a jamais été constituée comme classe, ni en soi, ni pour soi, et j'ai montré qu'elle ne peut pas se constituer en soi, objectivement sur des critères sociologiques, de revenus/salaires ou dans les seuls rapports à la production (capitalisme en subsomption réelle, tel que théorisé, encore une fois, par Théorie communiste). Par conséquent, dans ma proposition théorique, c'est directement la constitution en classe pour soi qui est interrogée, et non un "surgissement", mais un dépassement produit sur plusieurs lignes de fronts

en résumé, s'il y a resurgissement magique et déterministe d'une classe révolutionnaire, ce n'est pas dans ma construction théorique mais bel et bien dans la théorie de la communisation, particulièrement en version TC, qui attend les écarts à la sortie d'« une séquence particulière » qui a tant plus... à Stive :


Stive a écrit:
dndf 28/09/2015 à 12:25 #21

Pour ma part, en réponse à « Que faire », même si je suis d’accord avec Lobo et L. Salander, je reprendrai l’épilogue laconique d' »Une séquence particulière » (TC avril 2014) après avoir lu et relu ce texte qui, loin de transpirer un pessimisme définitif comme pourrait le laisser penser mon court bilan précédent ou les considérations d’Adé sur le prolétariat, me donne des clés de compréhension de la période que nous traversons « Nous sommes actuellement loin de la visibilité croissante des contradictions de classes et de genre et de leur liaison avec la révolution et le communisme, le devenir idéologie parmi d’autres de la « théorie de la communisation », tant comme slogan que comme passeport académique plane sur nos têtes fragiles ».

dans la tête fragile de Stive, le devenir idéologique est advenu : tel est pris... qui est épris, c'est pourquoi il peut en 95 caractères traiter d'une théorie et d'un livre qu'il n'a pas lu à partir d'une théorie qu'il a adoptée sans la comprendre

scratch

reformuler, toujours et encore
9 novembre

Adé a écrit:
dndf 08/11/2017 à 19:15 #5

Larguez les amarres!
Qui a « jeté la classe révolutionnaire à bâbord »?
L’essentialisme prolétarien, oui, mais pas pareil. Ce dogme de l’essence révolutionnaire et communiste du prolétariat et du monde ouvrier, oui. Et nul besoin de le jeter, s’en est chargé tout seul par sa demande pressante d’intégration, économique, sociale et politique.
L’essentialisme c’est de définir le sujet par ce qu’il est (ou qu’il devrait être…) et non par ce qu’il fait.
Le prolétariat essentiel c’est l’homme nu, l’expression d’une universalité abstraite, le paradigme humain qui représente les exploités, etc…
Que fait-il ? Qu’a-t-il fait ? Au XXème S. le sujet européen :
- Contre la colonisation, les 2 Guerres Mondiales (en l’espace de 20 ans) ?
Les luttes des dernières décennies, toujours des luttes, non seulement défensives, dans le sens de défendre son emploi, son salaire, mais de défendre avec son « programme »; le programme prolétarien, ouvrier, en miettes mais toujours là : la classe du(au) travail, du travail pour la classe et conséquemment du capital pour le travail, et du boulot…
Antagonisme ne présuppose pas résolution, ni révolution.
La rupture consiste en une remise en cause des rapports sociaux à l’échelle mondiale par une redéfinition communautaire des relations entre tout, et le reste. L’idée que le prolétariat révolutionné et « s’abolissant » pourrait achever la prolétarisation (ouf)des classes moyennes etc... n’est-elle pas « programmatique » en diable ?, et auto-abolition sans rappeler « le dépérissement de l’Etat » ?

je dis « classe révolutionnaire », mais d'un concept de classe remontant à sa genèse chez Marx, invention et constitution au présent de l'histoire, et je détourne Le Manifeste : « L'histoire de toute révolution de société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de la lutte de classes. » Entre deux révolutions, la lutte des classes fait ce qu'elle peut. Aujourd'hui, le moteur de l'histoire, c'est la concurrence entre capitalistes, et tout le monde suit, les prolos Gros-Jean comme devant, mais derrière

1) revenir sur la constitution des classes révolutionnaires dans l'histoire des sociétés, comme Marx l'a fait notamment concernant la bourgeoisie, c'est constater qu'avant de faire la révolution, elles se constituent en classes dominantes (voir dans le livre 1.1. les classes pour Marx, constitution historique, classe au sens générique et au sens spécifique et 1.2. la bourgeoisie et sa constitution en classe capitaliste). Les révolutions sont alors des mises à jour de l'histoire. C'est assez clair concernant la Révolution française, mais aussi l'anglaise, l'américaine, la japonaise... dans des formes ou le rapport continuité/rupture est temporellement différent

2) tout autre fut la constitution du prolétariat en classe dominée, et s'il est nécessaire qu'une classe révolutionnaire acquiert une hégémonie pour faire la révolution, c'est en tant que dominée pour devenir dominante (pour Marx et le programmatisme ouvrier, le pouvoir est d'abord but en soi) : à l'inverse du prolétariat qui s'auto-abolit dans la théorie de la communisation, la classe que je conçois embarque toute la société dans le processus révolutionnaire au point de devenir la communauté humaine (c'est le point abordé ci-dessus, le 31 octobre). Il s'agit donc d'une rupture dans la continuité d'une histoire en train de se faire, et c'est ici que peut se concevoir une lutte communiste, sans attendre "la conjoncture" car elle est à construire (voir plus bas : que faire ?)

3) Adé a raison, l'antagonisme ne signifie pas que les "sans réserve" sont pour autant prédestinés à faire la révolution. Le sujet révolutionnaire est à redéfinir par ce qu'il fera, ou pas, dans les conditions qui se présentent maintenant ou demain, pas hier. La théorie est prospective, elle n'annonce rien qui serait déterminé par une mission transhistorique d'une classe d'avant, qui n'existe plus pour soi, donc qui n'est rien (Marx). Nous n'avions pas assez pris en compte les ruptures de périodes au sein du capitalisme. En un sens Temps critiques avait raison : le capital a fait sa révolution, et le prolétariat ne peut plus suivre avec la sienne

4) quant à qui ne veut pas jeter Marx avec l'eau rouge des échecs, qu'il sache comment faire le tri et sur quoi s'appuyer chez lui. En ces jours de commémoration d'Octobre17, on mesure combien le "marxisme" est à bout de souffle, et dieu sait que j'ai tout lu, de tous les partis et groupes qui s'expriment sur Internet. Comme dit mon ami Stan, « c'est le vide-grenier », ou la tournée des caves, et des caveaux au caniveau, le net dans le ruisseau



COMMÉMORATION

Comme une commère
on commémore
Commune morte

On nous ressort et sans remords
la momie et les compromis
pour cons promis
à la défaite

On feront la fête
on déchanteront
d'un temps sans cerises

On a la pêche
on nous les brise
tout ça n'empêche
qu'on est chocolat

Fosobo, 9 novembre 2017 02:14

sonnet 430




Tout ça n'empêche pas Nicolas
Qu' la Commune n'est pas morte





que faire ?

il nous faut retrouver ce sens du communisme comme combat au présent, et autant que possible, comme le dit A.C Dinerstein 'organiser l'espoir' par des 'utopies concrètes'. Il me semble que ma proposition théorique est susceptible d'intéresser d'une part des militant.e.s engagé.e.s dans les luttes sociales, féministes, écologiques ou décoloniales, en retrouvant le sens perdu d'une rupture révolutionnaire, d'autre part des amateurs de communisation qui restent l'arme au pied parce que la théorie dont ils se sentent proches ne donne aucune perspective aux luttes actuelles auxquelles ils participent, ou non précisément pour cette raison, mais attention, car l'attentisme déprime, ronge et ligote, au point de se ranger des voitures ou pire de justifier l'inaction, qui est toujours contre-révolutionnaire

10 novembre


Pepe a écrit:
dndf Pepe 10/11/2017 #8

Constituer une classe révolutionnaire dont le rôle serait d’abolir immédiatement toutes les classes… c laisse rêveur.

cette remarque montre une chose : Pepe n'a pas lu, pas compris, ou les deux. Je revenais justement plus haut sur le commentaire précédent : la classe du communisme ne s'abolit pas dans la révolution, elle s'élargit à la communauté humaine, ce qui suppose évidemment qu'elle abolisse la classe capitaliste et les liens des autres classes à celle-ci. Pepe semble oublier que chez Théorie communiste, dont il est membre, il y a bel et bien une re-constitution du prolétariat en classe révolutionnaire, qui « retrouve son unité » le temps de s'abolir et toutes les classes aussi. Mais puisqu'il en rêve... Adé lui répond :

Adé a écrit:
10/11/2017 #10 @Pepe
Remarque que la communisation par le strict prolétariat, ou même la communisation tout court doivent en laisser rêveurs quelque uns, et unes… Non ?

10/11/2017 à 18:15 | #9

Salut Stive,

Ma conception de la constitution d’une fraction (à ce sujet, 1/100 est une fraction,et 90/100 est aussi une fraction…) révolutionnaire n’est pas : « La perspective d’ »émergence » (spontanée ?) « , contrairement à celle de certains théoriciens de la communisation lorsqu’ils décrivent le processus. [Adé répond à ma remarque : Le terme de « fraction » me gêne un peu, parce que ça me semble petit, une fraction, pour porter des intérêts universels au-delà des siens propres...]

Selon eux, c’est toujours la crise capitaliste, et la difficulté, voire l’impossibilité de reproduction de la classe prolétarienne qui entraîne le prolétariat, en tant que tel, à prendre des « mesures communistes », là il y bien émergence spontanée.

Dans ma façon de voir, c’est la constitution d’une fraction révolutionnaire, sans lien temporel immédiat avec une crise de reproduction/d’accumulation/de valorisation qui prépare la rupture et tente de la produire. Cette fraction n’est pas constituée des seuls prolétaires, mais de tous ceux, et de toutes celles qui ont suffisamment de griefs envers la mode de production actuel.

La fraction prépare et anticipe la communisation par l’abolition, en son sein, des clivages et stratifications inhérentes au MPC, la fraction englobe les dominé-e-s, les sans-réserves, et les expulsé-e-s, mais aussi les personnes, de quelque classe qu’elles soient révoltées par la destruction de la Nature, les guerres, la misère, les inégalités et généralement l’injustice.


Les fractions pourront élaborer un programme de communisation, càd une pratique communautaire par et pour la communauté humaine.

Le » programmatisme », lui n’est pas un programme et basta, c’était le programme de la classe ouvrière (plus que du prolétariat), pour l’avènement du socialisme, càd pour la dictature de la classe ouvrière, par la classe ouvrière pour cette même classe (impossible en ses propres termes, ces révolutions ont-elles été autre chose que des révolution… du capitalisme).

Le programme communiste c’est la communauté, non seulement humaine, mais l’affirmation d’une communauté du vivant, contre Dark Vador et la communauté matérielle de « l’Empire », contre la pulsion de mort dominatrice et exploiteuse.

dans le passage en gras, Adé définit le processus de constitution en classe communiste, et souligne qu'il s'engage avant la communisation. Même Stive et Pepe, qui ne sont pas des prolétaires mais des membres exceptionnels de « la classe moyenne contre-révolutionnaire » d'Astarian et AC/Carbure, pourront devenir révolutionnaires autrement que par solidarité...

ce point est important, puisqu'il redonne du sens à des activités communistes sans attendre la fin : celui de contribuer à la constitution de cette classe, dont je rêve, et qui en laisse rêveurs...

le processus révolutionnaire proprement dit est immédiat comme dans la théorie de la communisation. Ce qui ne l'est pas, c'est la constitution en classe avant la crise démiurgique de cette théorie

11 novembre


une poule a trouvé un couteau

étant donné l'embarras des adeptes de Théorie Communiste chez dndf, incapables d'aligner plus d'une ligne à propos de mon livre que Pepe a néanmoins jugé utile de signaler, ici (assorti d'une mesquinerie : « On ne nous a pas fait parvenir mais on informe »), il faut rappeler que le nouveau contexte des évolutions théoriques de TC, à propos de la segmentation raciale, favorise des échanges même à distance. Voir Temps Critiques et Théorie Communiste sont dans un bateau... Temps critiques tombe à l'eau, qu'est-ce qui reste ? :

ayant rompu avec sa conception d'une "révolution à titre strictement prolétarien", en 2007-2008 avec "la contradiction de genre" et consacrant son prochain numéro à la segmentation raciale du prolétariat, vu comme un « kaléidoscope », TC ne peut manquer de reposer à nouveaux frais la constitution en classe d'une sujet révolutionnaire, en le disant ou sans le dire pour sauver la face. On verra comment il s'en tire sans faire appel à son habituel bricolage structuralo-dialectique...

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MessageSujet: Re: 5. LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?   Dim 12 Nov - 15:28


du 11 novembre complété en bas


pour une réflexion historique sur le concept de classe
à partir de Marx

ici, je ferai un break dans mes commentaires des commentaires de dndf, notamment en raison du dernier de Adé (11/11/2017 à 16:20 #11), qui se lance dans une reformulation intéressante, mais qui n'engage pas mes réflexions à partir de Marx sur la constitution d'une classe révolutionnaire dans le passé (bourgeoisie, prolétariat) ou dans le futur. Je ne sais pas si je pourrais la partager, notamment quant à la description du processus de rupture avec le capital

l'important c'est que de telles reformulations existent, et qu'elle fassent marcher les têtes, l'imagination, naturellement pour moi dans les limites des principes posés, et pas à la manière dont a été dévoyé le concept même de communisation en immédiatisme folklorique (je ne dis pas que c'est ce que fait Adé)

l'important c'est de débloquer les esprits de leurs certitudes acquises et non questionnées, et je rappelle que tout mon travail de cet été est parti du questionnement dans COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION que je compléterai en tant que de besoin comme je l'ai fait aujourd'hui avec Nietzsche

je veux plutôt attirer l'attention sur le dernier chapitre de La dialectique mise en œuvre, de Bertell Ollman, que l'on peut lire en ligne (p. 132-151), et sur lequel je reviendrai concernant cette histoire de la constitution en classe : 3. L’étude de l’histoire à rebours : un aspect négligé de la conception matérialiste de l’histoire de Marx

12 novembre

j'utiliserai également ce chapitre d'Ollman pour avancer dans les questions nouvelles que pose à l'activité communiste théorique et militante la théorie nouvelle que je propose, particulièrement en ce qui concerne son rapport à la périodisation de l'histoire du capitalisme et à la caractérisation du moment actuel du capital et des luttes. C'est en effet sur ses propres bases que cette théorie ouvre des questions dont certaines redoutables, et non plus dans sa confrontation avec des modèles de la révolution qu'elle considère caducs

PS : je dis faire un break dans les commentaires aux commentaires de dndf, mais quelqu'un.e vient répondre à Adé, qui mérite attention, entre ce que j'ai moi théorisé, et ce qui pourrait en être induit. Je m'opposerai à toute reformulation qui, même bien intentionnée, ne permettrait pas de comprendre, comme il est demandé ici  :


Anonyme a écrit:
dndf 12/11/2017 à 14:11 #12

Excuse-moi, Adé, mais tout çà me semble confus et en grande partie du réchauffé post-68 alternativiste. Tu disais plus haut que la classes ouvrière (et où le proletariat) était constitutif du capital et à ce titre ne pouvait ni abolir le capital ni s’abolir. Et tu parviens à concevoir des entités autonomes émancipées des catégories du capital au sein même de la société capitaliste ? Et que les forces de répression de la classe dominante laisseraient se développer à leur grée ? Comme dit Pépé, on peut rêver. Tout ce que je vois autour de moi, « libération de la parole », assemblées de citoyens, jardins partagés, toutes sortes d’activités « durables » et j’en passe, se déploient au nom d’un humanisme citoyen et contre les « abus » d’un capitalisme sans morale, de là à leur octroyer une potentialité de transcroissance vers la révolution … Tout ça me rappelle un slogan des années 80 : « Construisons la paix, module par module ». Ne vois dans ma critique aucune dérision mais la volonté de comprendre. Amicalement

je ne vais pas répondre à des incompréhensions de ce qu'a voulu signifier Adé bien intentionné mais second couteau de ma théorisation, alors que sur ce blog je suis persona non grata, Pepe ayant signifié l'an dernier qu'il n'était pas question de débattre de mes positions chez lui : raisons pourquoi chacun fait en fonction, et Pepe en cerbère aux couteaux de commentaires indésirables. Une balle dans le pied de plus, je suis 10 fois plus lu en 3 ans que dndf en 9 ans, y compris par son public cible

ce "débat de cons" prend des allures indirectes proprement surréalistes au mauvais sens du terme, par le fait même qu'ils ne sont pas accrochés au post qui les suscite et deviennent en eux-mêmes objectivement et par la grâce de Pepe d'incompréhensibles dialogues de sourds

dans cette "incompréhension" je ne reconnais rien de ce que j'ai théorisé. Elle ne m'évoque que la réaction de Robert Bibeau des 7duQuébec, qui par ailleurs refourgue le "bordiguiste" Robin Goodfellow, dans son exposé de La nature de la révolution russe d’octobre 1917 tant apprécié du maximaliste Jean-Louis Roche, du site au nom symptomatique,  Le prolétariat universel, avec en exergue :

Citation :
"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)



tous ceux-là (ici, inutile écriture inclusive : ils ne sont que des mecs, blancs, de couches moyennes françaises), tous ceux-là ont plus à voir, universellement, entre eux qu'avec moi, individuellement et à cent lieues de mes considérations, dont j'espère qu'elles dépassent ma personne. Laissons leur ces prouesses et messes

franchement, n'y-a-t-il pas moyen de susciter des débats de fond sur une base plus saine de discussion, directe ou indirecte ? Comme je l'ai dit, cela ne concerne qu'une confrontation avec une théorie que j'estime dépassée, alors que les problèmes que je pose ne sont pas abordés, et que ces controverses n'ont pour résultat que de l'empêcher




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MessageSujet: Re: 5. LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?   Mer 15 Nov - 12:59


du 13 novembre, remarque "point d'orgue" en bas


de la nécessité d'une rigueur d'élaboration et d'exposition théorique

si l'on veut donner de la crédibilité à une reconstruction théorique de l'histoire de la lutte des classes, donc à l'émergence possible d'une nouvelle classe révolutionnaire, il faut être prudent et ne pas le justifier à tout prix par des analogies historiques. C'est pourtant ce que me semble faire Adé dans son commentaire :
Adé a écrit:
la constitution de fractions communistes dont le rôle est de devenir société communiste, ne consiste pas à « abolir immédiatement les autres classes » (pepe), mais à rebours à s’affirmer en tant que fraction antagoniste, en incluant de plus en plus de couches sociales et d’individus contre la communauté matérielle du capital (càd, contre ce qui fait société dans le capitalisme), et pour et par se faire communiser l’ensemble de la société, en détruisant les rapports sociaux liés, de près (le genre) ou peut-être de plus loin (mais pas trop: la nature, les races…) au MPC.
En tant que « classe montante », les fractions communistes poursuivent leurs dynamiques et leurs luttes (les 2 se confondant + ou -) afin de devenir hégémoniques: elles n’abolissent rien d’autre que les relations sociales capitalistes, car ces dernières constituent une entrave à la réalisation de leur projet.
La contradiction actuelle se situant, de mon point de vue, entre, d’une part, développement des forces productives, et d’autre part, la société qui les produit mais qui se retournent contre celle-ci - et conséquemment contre la communauté vivante réellement existante -, au profit de la main-mise de la classe capitaliste et de ses valets, entravant ainsi l’usage de ces forces productives en leur imprimant la direction habituelle de leur accaparement et de leur développement, but et moyen de toute activité dans le MPC.
La lutte se pose en ces termes : la société produisant tous les moyens et englobant tous les aspects de la vie contre les possédants dont l’unique but est la perpétuation de leurs positions, y compris par l’extermination du vivant.
Il s’agit non d’une abolition (négation de la négation, hmm no fooling), mais bien d’une affirmation.
Cette évolution offre de nombreux points communs -analogies- aussi bien avec les révolutions bourgeoises, qu’avec les tentatives « prolétariennes » (les » » car aussi bien en Russie qu’en Chine les sociétés étaient massivement paysannes, on peut aussi songer aux paysans espagnols, et plus précisément d’Aragon, de Catalogne et du Pays Valencien des années 30).
La bourgeoisie était en effet une classe montante bridée dans son ascension par les tenants de l’Ancien Régime, possesseurs de la terre, et des biens immobiliers (clergé, grande noblesse), cette contradiction et cet antagonisme furent très aigus en France, où la noblesse ne s’est mêlée des affaires (banques, commerces, manufactures) qu’après la révolution française, contrairement à la G.B.où bourgeoisie et noblesse fusionnent bien plus tôt. A contrario, la bourgeoisie était déjà aux affaires d’état,partout en Europe de l’Ouest, depuis le XVIIème. S., Louis XIV, le colbertisme, le centralisme, l’économie de plantation (modèle avant-coureur de l’atelier de production).
L’affirmation est le corollaire de l’antagonisme entre la société et les moyens de sa production et de sa reproduction. La société est bridée, non par l’insuffisance de développement de ces moyens (cas de la bourgeoisie/ancien régime, et de celui des ouvriers/capitalistes), mais bien par la logique même qui sous-tend ce développement, logique du profit qui rogne les ailes des possibilités d’utilisation de ces forces, en promouvant les moyens susceptibles de reproduire la classe capitaliste contre la reste de la société.

j'ai souligné en gras quelques passages sur lesquels je reviens :

1) je comprends mal que la contradiction actuelle se situerait au niveau du développement des forces productives dont l'usage est entravé par la logique capitaliste, qui réveille une vieille idée de Marx (la contradiction entre forces productives et rapports de production) qui n'était qu'un de ses points de vue situés (cf Ollman), avant que les marxistes la mettent au cœur de son héritage dans une tendance productiviste qui n'est plus de saison, même chez les marxistes, depuis ses derniers feux chez les situationnistes (renversement de l'abondance de marchandises, mais abondance quand même. Voir la critique par troploin dans Communisation 2011 : « l’objectif, largement partagé par la presque totalité des tendances du mouvement ouvrier, était de réaliser l’abondance »)

2) l'analogie entre la montée en puissance de la bourgeoisie sous le féodalisme, de la classe ouvrière sous le capitalisme au 19è siècle et dans la première moitié du 20è, et la tendance à l'hégémonie d'une nouvelle classe antagonique dont 'la réalisation du projet serait entravé par les relations sociales capitalistes', cette analogie tend à confondre classes dominées et classes dominantes et donc à déplacer ce qui est la contradiction principale, et motrice, à une époque donnée

le "projet" révolutionnaire de la classe bourgeoise, ou plutôt la logique de son développement, était la domination de la société par l'exploitation du prolétariat et par suite la domination sur tous les rapports sociaux et sociétaux. Celui du prolétariat, dans la vision de Marx, était de prendre le pouvoir afin, par sa qualité universelle de sans réserve, de dissoudre toutes les classes en d'en finir avec toute domination de classe, ce qui suppose effectivement son auto-abolition (la théorie de la communisation dépassant le programmatisme ouvrier)

3) une éventuelle nouvelle classe de la révolution serait bien dans une position d'affirmation et non d'(auto-)négation, mais cela se pose encore dans une implication réciproque avec la classe capitaliste tant que la révolution n'est pas victorieuse. À la différence de la théorie prolétarienne qui situe cette contradiction uniquement dans le rapport d'exploitation/production et reproduction (TC y ramenant même la "contradiction de genre"), cette implication réciproque se fait sur plusieurs lignes. Je l'avais déjà envisagé en 2006 dans Communisation, troisième courant :

Patlotch a écrit:
en référence à subordination réelle, le label d'implication réciproque réelle contient sa problématique et son ambiguité, sa provocation à la penser, puisque la réciprocité ne s'y pose pas terme à terme de façon binaire comme dans une contradiction dialectique classique. En quoi se maintient une implication réciproque, et comment ? C'est la question du capital contemporain, à laquelle le schéma théorique que je propose tente d'esquisser une réponse.

Dans la présente phase, un paradoxe de la subordination réelle est qu'elle absorbe toutes ces contradictions au sein du capitalisme comme société, mais fait exploser l'autonomie relative de chacune en la posant comme spécificité dans et face au capital : rapports de classes, rapports au travail, rapports à la nature, rapports à l'Etat (la politique), rapports entre individus (à l'autre identité, autre sexe, autre origine, etc.), rapport à soi (je est un autre).

4) dans sa réaction à la formulation de Adé (à ce stade de sa réflexion), Anonyme Stive a raison d'y voir une façon de « leur octroyer une potentialité de transcroissance vers la révolution », c'est-à-dire, au fond, de sous-estimer la nécessité d'un moment de rupture révolutionnaire et son caractère "immédiat". Seulement voilà, critiquer une théorie à partir du point faible d'une reformulation de seconde main, c'est passer à côté de ce qu'elle dit d'essentiel. Autant en emporte le vent

5) si je pense avoir réellement mis le doigt sur quelque chose d'important en renversant le problème de la constitution en classe révolutionnaire au-delà du strict prolétariat, avec de sérieuses motivations concernant la domination masculine, l'écologie et les rapports à la nature, objectivement fondées sur des réalités actuelles ; si j'ai tenté de le construire de façon rigoureuse, j'ai aussi montré* les questions nouvelles redoutables auxquelles cela confronte la théorie et les activités communistes. Le chantier ne fait que s'ouvrir, il ne s'agit pas de poser la charpente avant d'asseoir les fondations

* notamment dans 9. l'apparition plurielle d'une nouvelle théorie communiste ? questions parentes

6) je rappelle que j'ai dit "classe" et "lutte de classe" pour préserver une continuité historique et théorique avec un des sens que ce concept avait chez Marx, tel qu'analysé par Maurice Godelier en 1990 (1.1. les classes pour Marx, constitution historique, classe au sens générique et au sens spécifique) : « la notion de classe chez Marx revêt un double sens, l'un spécifique qui la distingue de la notion d'ordre et l'autre générique (voire métaphorique) qui subsume à la fois les réalités désignées par la notion de classe au sens spécifique et celles que recouvre la notion d'ordre. »

en ce sens, je suis d'accord avec Adé parlant de « fractions communistes [...] dont le rôle est de devenir société communiste [...] de s’affirmer en tant que fraction antagoniste, en incluant de plus en plus de couches sociales et d’individus contre la communauté matérielle du capital »

où l'on voit que peu importe le mot classe mais le contenu qu'on lui donne, en étant conscient que la signification nouvelle dont il est porteur ne recouvre pas exactement ses usages antérieurs. Il en va de même pour le mot communisme, car peu importe que la révolution se fasse sous ce nom ou pas (voir le sujet débridé 4. COMMUNISME : chemins de traverse, de la chose au mot à la chose)

remarque concernant la suite surréelle du débat chez dndf : Bémol ou point d'orgue d'un débat à la con ?

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 5. LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?   Dim 19 Nov - 9:18


du 18 novembre, mis à jour en bas


un débat sans classe ? et hors sol ?

se constituer en classe, une prise de parti
les pieds sur terre

dans le débat chez dndf, que j'ai laissé parce que n'y sont plus posées les questions qui me paraissent essentielles, cette intervention de Pepe, qui quelque part n'a pas tort dans sa réponse à cette idée d'Adé :

Citation :
Les sociétés produisent des dynamiques diverses et difficilement quantifiables, le concept de lutte de classe ne rend pas compte, à lui seul, de la diversité des situations historiques.

Pepe a écrit:
dndf 18/11/2017 à 12:20 #28
Bon, on va pas tourner deux ans autour du débat (passionnant au demeurant). Je crois qu’on a tous les deux compris les arguments de l’autre. Il me semble qu’il s’agit là d’une différence de prise de parti. On peut considérer que le principe du monde, c’est la lutte du bien contre le mal et on peut trouver mille arguments pour étayer cette thèse (je ne parle pas de ton point de vue bien sur). Moi, je prend le parti de penser que la lutte des classes est le principe du monde de l’humanité moderne. [...]

en effet, les classes n'existant qu'en soi ne font pas l'histoire, et Pepe de citer Yuval Harari : « L’histoire est une chose que fort peu de gens ont fait pendant que tous les autres labouraient les champs et portaient des seaux d’eau. » Elles la font en se constituant consciemment en classe pour soi et faire leur révolution pour devenir classes dominantes, comme la bourgeoisie dans le féodalisme en Europe ou au Japon

se constituer en classe, c'est une prise de parti, un choix délibéré, puisqu'y entre la nécessité d'une subjectivation révolutionnaire et de la lutte classe contre classe

les questions essentielles qui ont disparu du débat, c'est : pourquoi, comment et pour quoi faire le prolétariat s'est constitué en classe au 19è siècle sous les yeux de Marx, comment il n'a fait que révolutions pour son pouvoir (programmatisme ouvrier) et les perdre (socialismes d'État) ; et comment se pose aujourd'hui le problème de la constitution en classe antagonique à la classe capitaliste pour faire la révolution et abolir le capital

mes réponses ne sont évidemment pas celles de Pepe et de la théorie prolétarienne de la communisation, et pour savoir si plus proches sont celles de Adé, pourtant mieux parti, il lui faudrait ne pas s'enliser jusqu'à noyer les luttes de classes dans un pot pourri de contradictions qui n'y échappent d'ailleurs pas

quelqu'un passe qui le dit en une phrase :


Amera Simpsonus a écrit:
… il reste néanmoins que ces deux sociétés* sont structurées de façon à permettre qu’une partie de la population puisse vivre sans produire parce qu’elle s’accapare une partie du produit des autres…

* référence sauf erreur à Adé : « affrontement de deux sociétés de classes [...] en présence d’un côté et de l’autre de l’Océan »

c'est ce que Marx, repris depuis par des générations de prolos marxistes ou pas, appelait « l'exploitation de l'homme par l'homme »

Citation :
La division de la société en classe et l’exploitation de l’homme par l’homme est née. Au fil du temps, elle prend des formes diverses : maîtres et esclaves, féodalisme, capitalistes et salariés. source

aujourd'hui, elle a pris une autre forme, d'autres formes. Il s'agit de savoir lesquelles. Ici contre Adé, je soutiens que les luttes féminines, décoloniales, écologiques... peuvent relever de la lutte d'une classe. Il s'agit de savoir laquelle et comment elle peut se constituer comme révolutionnaire au-delà du seul prolétariat, pour devenir dominante par la révolution vers la communauté humaine


sacré Amer Simpson, ou l'art de se prendre les pieds avec les mains, comme on proverbe en portugais :
pour botter en touche ?


Amera Simpsonus a écrit:
dndf 18/11/2017 à 19:04 #30
Je croyais ne faire que passer mais je me suis accroché les pieds…

Si on exploite les animaux on exploite aussi les pommiers car on s’approprie le fruit de leur travail ??? A mon avis il est abusif de parler de travail et d’exploitation en dehors de l’activité humaine sinon on peut exploiter une mine comme on exploite la classe ouvrière qui travaille dans la mine… L’exploitation est un rapport social qui structure la société et c’est pour cette raison qu’elle génère des classes aux intérêts contradictoires…

il n'est pas question de parler de travail de la terre, si j'ose dire, et l'on trouve même dans l'œuvre de Marx des références aux animaux, bourrins ou pas, qui certes, ne forment pas une classe, plutôt des espèces et des... races, d'où vient l'idée de parler de "races humaines" : Le capitalisme, les animaux et la nature chez Marx, Christiane Bailey 23 février 2016. Les animaux travaillent-ils ? Laure Cailloce CNRS 08.04.2016


et l'on pourrait multiplier les citations qui ne séparent pas l'exploitation des travailleurs de celle de la terre
Marx a écrit:
La production capitaliste ne développe la technique et la combinaison du procès de travail social qu’en ruinant dans le même temps les sources vives de toute richesse : la terre et le travailleur

Le Capital, livre 1

c'est pourquoi dans leur monde on parle de ressources humaines comme de ressources minières qu'on exploite, certes dans deux sens différents mais inséparables. Cela ne signifie pas que la terre puisse devenir sujet révolutionnaire mais évidemment que le rapport à la nature doit être pris en compte par les communistes, autrement et contre les Hulot et amis du capitalisme vert > ÉCOLOGIE, écologie et marxisme, écologie révolutionnaire, luttes écologiques...

quant aux « intérêts contradictoires » avec le capital des paysans spoliés, exploités ou pollués à mort, on « pourrait en parler » ? > AGRICULTURE et PAYSANS, extractivisme : pas de capitalisme sans Rente foncière

ce sujet plus approfondi dans LA RÉVOLUTION COMMUNISTE SERA ÉCOLOGISTE OU NE SERA PAS (écologie et marxisme)

ce jour, notre Québecquois latinisé continue d'enfiler ses perles de culture :

Amera Simpsonus a écrit:
dndf 19/11/2017 à 00:57 #31

si il y a exploitation des animaux ou de la nature c’est parce qu’il y a exploitation des êtres humains entre eux avant tout… celle-là découle de celle-ci !

autrement dit la préhistoire découle de l'exploitation de l'homme par l'homme. Ah bon, et moi qui croyait naïvement que les humains avaient d'abord cueilli et chassé pour se nourrir, se vêtir, vivre et survivre, quoi... Singulière façon de comprendre la méthode de Marx comme l'étude de l'histoire à rebours (Ollman). Pour Simpson, c'est l'histoire qui s'est faite à l'envers : l'aplat net des singes prolétariens annonce leur communisme comme intellectuellement primitif


pour le coup, on apprécie que les peuples indigènes nous parlent encore de la "terre-mère"... comme Marx : « L’homme ne peut point procéder autrement que la nature elle-même, c’est-à-dire il ne fait que changer la forme des matières. Bien plus, dans cette oeuvre de simple transformation, il est encore constamment soutenu par des forces naturelles. Le travail n’est donc pas l’unique source des valeurs d’usage qu’il produit, de la richesse matérielle. Il en est le père, et la terre, la mère. »

mais à quoi bon, puisque le résultat est d'évacuer l'essentiel, les questions que pose au communisme l'absence d'un sujet révolutionnaire. L'interroger oblige à remettre en cause les certitudes de croyants, et la terre promise comme un ciel prolétarien. Amen. Ah là est grand !

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5. LA CONSTITUTION EN CLASSE POUR LE COMMUNISME : quel sujet révolutionnaire ?
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