PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 4. COMMUNISME : chemins de traverse, de la chose au mot à la chose

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Patlotch



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MessageSujet: 4. COMMUNISME : chemins de traverse, de la chose au mot à la chose   Jeu 17 Aoû - 10:54


ce nouveau sujet s'inscrit dans une série commencée en juillet 2017, visant à mettre à jour et clarifier ce qui devenait confus dans la lourdeur du forum, vu l'évolution de mes cogitations. J'y propose une promenade empruntant des chemins de traverse, pour penser le communisme dans les marges de ce qui s'est dit et fait en son nom. J'y condenserai l'essentiel de mes considérations, actualisées. Ce pourrait être une invitation au voyage dans les entrailles du forum

les autres sujets de la série, par ordre d'entrée en ligne :


- COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)
- PENSER LA RÉVOLUTION vers LA COMMUNAUTÉ HUMAINE
- AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, contre l'autonomie, une vision renouvelée

sommaire 25 août :

0. le communisme, c'est d'abord un mot histoire d'un mot
1. le communisme n'est pas... un peu de rap
2. le communisme et le droit à la mort de Paul Lafargue au Père Lachaise
3. le communisme est poétique deux poèmes sur le mot
4. le communisme est formidable quelles peurs en Occident ?
5. le communisme n'est pas anagrammatique exercice de style
6. par son mot même le communisme mis à nu poème avec 8 lettres
7. le communisme est à la masse quantité et qualité
8. le communisme, c'est le parti pris des choses avec Francis Ponge entre les mots et les choses
9. le communisme est débondance, non abondance rap-poème, Mandel et troploin
10. la femme est l'avenir du communisme et réciproquement
11. coup de gueule communiste et décolonial à propos d'eurocentrisme
12. au centre du communisme, l'individu avec Lucien Sève "Au centre du Capital, l’individu
13. le communisme lénino-stalinien français ou le programmatisme populiste par ses mots dévoilé
Le lexique communiste (1932-1946)
14. le communisme des intellectuels et revues entre auberge espagnole et illusions démocratiques
15. "mon" communisme ? conversation avec moi-même
16. subjectivation communiste : de l'individu à la classe aller-retour
17. le communisme : une désaliénation ? idéologie, aliénation, fétichisme, exploitation, idéologie, aliénation...
18. le communisme au cœur de la révolution vers la communauté humaine, pourquoi ?
19. communisme (mouvement et lutte) et communauté humaine (but et résultat) remarques terminologiques logiques et dialectiques
20. le communisme et l'administration des choses : administration des communs ? institutions/institutions


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0. le communisme, c'est d'abord un mot

si l'on me demandait quel est le mot qui résume le mieux ce forum, je choisirais communisme. Pourtant, non, je ne fais pas de fixette sur le mot communisme, pas plus que celui d'anarchi(sm)e, mais celui-ci, historiquement, davantage qu'à communisme, s'oppose à marxisme, sauf quand les deux se marient...

en juillet 2015, je donnais cette explication :


Patlotch a écrit:
je tiens au concept de communisme comme mouvement, parce qu'il n'a pas d'équivalent...

on pourrait certes dire, en paraphrasant Marx et Engels dans Marx L'Idéologie allemande en 1845 : « Pour nous, l'anarchi(sm)e n'est pas un état de choses qu’il convient d’établir, un idéal auquel la réalité devra se conformer. Nous appelons anarchi(sm)e le mouvement réel qui abolit l'état actuel des choses. Les conditions de ce mouvement résultent des données préalables telles qu’elles existent actuellement.»

mais bon, à ma connaissance aucun théoricien de l'anarchie ne l'a écrit, et la plupart des anarchistes considèrent au contraire l'anarchisme comme « un idéal auquel la réalité devra se conformer » [...]

je dis bien communisme, comme mouvement, et pas communiste, comme identité. J'ai abordé cette question dans IDENTITÉ COMMUNISTE : anarchiste ou communiste ? Quel besoin d'un NOM ?

j'écris anarchi(sm)e pour anarchie et anarchisme, alors que communisme : communie ?

pour commencer je recours à l'infatigable Wikipédia, page Histoire du communisme > Origines du communisme > Formation du terme

je souligne en gras quelques points intéressants

Citation :
Le terme « communisme » vient du latin communis formé du préfixe com- signifiant « avec » et d'une racine dérivée du substantif munus renvoyant au « devoir », à l'« office », à l'« emploi », mais pouvant aussi signifier la « fonction » ou la « tâche ». Ce substantif est lui-même issu d'une racine indo-européenne mei signifiant « changer », « aller », « échanger » et dont les dérivés (monnaie, municipalité, immunité, etc.) se réfèrent aux échanges de biens et services dans une société selon les lois et les règles établies. À cette racine préfixée s'adjoint le suffixe « -isme » désignant une « doctrine ».

Le mot communiste est antérieur à celui de communisme. Il apparaît dès le xiie siècle et désigne alors le membre d'une communauté de mainmorte, forme de propriété féodale reposant sur le servage. S'il ne renvoie pas alors à la notion de communauté de biens, ce sens est pris en charge par plusieurs termes connexes. Communelli au xiiie siècle, puis Communicantes au xvie siècle « situent très exactement les origines théoriques des doctrines communautaires anciennes ». Ils font référence aux membres de sectes chrétiennes qui mettaient en commun une partie, voire la totalité, de leurs biens. En 1569, un pamphlet polonais faisant état de luttes internes entre anabaptistes et frères moraves, utilise le terme de communista en lui donnant le sens de partisan de la communauté des biens. Cet usage est repris au début du xviie siècle dans plusieurs textes néerlandais, puis disparaît complètement après 1650. Ces emplois sporadiques révèlent que les dérivés de commun et de communauté impliquaient de longue date la notion moderne de communisme, sans que cette acception parvienne à s'implanter durablement avant le xixe siècle.

Au cours de la seconde moitié du xviiie siècle, le terme communista est introduit dans deux langues vernaculaires : le français et l'italien. Un traité de Victor de Mirabeau emploie en 1766 communiste dans son sens médiéval de « membre d'une communauté de mainmorte ». À la fin des années 1770, son équivalent italien, communisti, désigne l'habitant d'une commune rurale. Selon l'historien Jacques Grandjonc, le terme semble avoir connu une certaine fortune dans l'aire géographique Provence-Alpes-Toscane. Tout au long du xixe siècle, il y est mobilisé pour caractériser de nombreux statuts liés à la vie en communauté : député, copropriétaire, détenteur de biens communaux etc.



L'écrivain Restif de la Bretonne semble avoir joué un rôle décisif dans l'évolution sémantique du concept. En 1785, il publie la lettre d'un propriétaire terrien et philosophe provençal, Victor d'Hupay, qui se déclare « communiste ». D'Hupay est l'auteur du livre Projet de communauté philosophe (1777), qui décrit un idéal de vie communautaire : il reprend plusieurs conceptions platoniciennes, il se déclare favorable à une éducation communautaire, détachée au moins partiellement du cercle familial. L'idéal philosophique de d'Hupay demeure assez imprécis, mais « la leçon de langage n'a pas été perdue pour Restif ». Écrit et publié en 1795, le livre de Restif Monsieur Nicolas multiplie les occurrences de communiste et crée le terme français de communisme. Les deux mots se rapportent à une idéologie politique précise : le babouvisme, soit la pensée de Gracchus Babeuf.

Le terme allemand Kommunismus serait peut-être antérieur. En novembre 1790, le poète Friedrich Hölderlin rédige un court essai intitulé Du communisme des esprits (Communismus der Geister), à la suite d'une conversation avec le philosophe Georg Wilhelm Friedrich Hegel. L'authenticité de cet essai a été discutée, même si l'orthographe employée (un C pour Communismus) plaide en faveur d'une datation antérieure au xixe siècle. La notion de communisme est employée dans un sens assez christianisant : « communauté de tous les esprits qui vivent dans une même foi, dans un même monde, parce que cette foi et ce monde expriment un même « esprit » : une communauté du divers impliquée dans l'identité du tout ». Ce communisme spirituel possède sans doute certaines implications matérielles. À plusieurs reprises, Hölderlin s'est déclaré favorable à une mise en commun des biens. Dans son roman épistolaire Hyperion, il décrit le futur État libre sous le prisme de la maxime suivante : « Tout pour tous et chacun pour tous ». Au cours de la décennie 1790, Kommunismus semble avoir continué de circuler. Un procès-verbal autrichien rend ainsi compte des positions d'un jacobin viennois, Andreas Riedel, qui souligne que, « si le terme existait », il qualifierait sa doctrine de Kommunismus.

À peine formalisés, les mots communiste, communisme et Kommunismus disparaissent. Le Consulat, l'Empire et la Restauration « vont voir affleurer d'autres intérêts, d'autres vocables ». En 1827, le journal britannique Co-operative Magazine qualifie le socialisme de Robert Owen de système « social, coopératif et communioniste ». Les deux termes ne réapparaissent cependant vraiment qu'en 1839. Héritière du babouvisme, la Société secrète des travailleurs égalitaires rattache communiste à la notion de prolétaire révolutionnaire. Le 1er juillet 1840 se tient à Belleville un « banquet communiste », animé par Richard Lahautière et qui attire environ 1200 participants, en majorité des ouvriers ; l'événement contribue à la diffusion du terme dans la presse française et internationale. Goodwyn Barmby, correspondant de la revue socialiste anglaise New Moral World, forge communist et communism, rapidement repris dans la presse britannique. L'Allgemeine Zeitung d'Augsburg traduit les comptes-rendus parisiens du banquet en réactualisant Kommunist. Kommunism n'est réintroduit dans un texte écrit allemand qu'en 1841, même si le terme était déjà oralement employé dans la Ligue des justes l'année précédente. Dans les années 1840, le substantif communauté est en compétition dans l'usage avec le terme abstrait communisme. En revanche, l'adjectif communiste semble avoir rapidement supplanté le terme alternatif de communautaire. En 1845, Engels parle encore des communistes comme du « parti de la communauté » (Gemeinschaft Partei) ; Proudhon parle indifféremment des « communautaires », des « partisans de la communauté », des « communistes » ou du « communisme », visant généralement les partisans de Cabet mais également, à l'occasion, les « communistes allemands », c'est-à-dire ceux de Marx.

il n'est bien sûr pas question d'aborder le communisme par l'étymologie du mot mais son histoire et celle de ses signification sont pleines d'enseignements. Par exemple le fait que son origine n'est pas prolétarienne. Babeuf ne se réfère pas au prolétariat, mais au peuple : « Les gouvernants ne font des révolutions que pour gouverner. Nous en voulons enfin une pour assurer à jamais le bonheur du peuple, par la vraie démocratie. » Il veut « la parfaite égalité » réprouve la Terreur « populicide » et défend la nécessité d’une « insurrection pacifique »

en 2012, je m'amusais à écrire ce petit texte :

Patlotch a écrit:
DU COMMUNISME EN FLEUR, FAITES FORTUNE, écrit vain

« Le terme de “communioniste” qui implique celui de “communionisme” est employé en Angleterre en 1827 pour désigner les partisans de Robert Owen.[...] On se sert à nouveau en France du mot communiste après la Révolution de 1830, plus précisément aux environs de 1834. Les polémiques, les procès, l’agitation le rendirent courant, à tel point que Georges Sand, qui lui préférait du reste le terme de “communionisme”, écrivait en 1841 que le mot “fait fortune”.» Extrait de Le curé Meslier (Athée, communiste et révolutionnaire sous Louis XIV)  par Maurice Dommanget (p. 317-318, éd. Julliard 1965)

En principe je suis un homme de printemps. Saisonnablement cyclothymique. Raisonnablement syntonique. Sain tonique au soleil, musement asyntone. Symptôme ici, débute un nouveau cycle, au présent que rebute un saint home, je me sens comme un arbre. Du genre abricotier, abrité, coco fier pour deux sous, bourgeonniste et précoce habité, j'ai chopé sans bouger la bourgeotte. C'est ainsi que j'ai mis à la vie, que j'ai fait rose, et blanche, et pentamère, ma première fleur. Je l'ai faite. Comme on le dit de sa première communion. Fête. « Communier est le fait de recevoir et consommer du pain et éventuellement du vin... » en de certaines circonstances, que précise wikipédia. De bonne foi plus que certain des circonstances, c'est l'éventualité du dit vin qui m'a conduit au communionisme. C'est ainsi que m'étant immédiatement converti en communionisationniste, je me promus vite communionisateur. Souhaitant comme tout un chacun valoriser mes capacités d'individu pour satisfaire mes besoins singulièrement poétothentiques, j'ai choisi la branche communionisationnàtartiste, option "le-plus-tôt-sera-le-mieux". Je suis admissible aux épreuves écrites, je passe l'oral en grec à la prochaine émeute.

Bref, pour ceux qui ne peuvent pas attendre, retenez que je suis un arbre, que je reçois et consomme du vin. Ce qui a du corps, ceci est mon fruit. Ce qu'est un écrit vain. En vérité, je vous le dis, je ne boirai plus du produit de la vigne jusqu'au jour où je boirai le vin nouveau. Prenez et buvez en tous. D'un mot gratuit faites fortune.

Note : Concernant l'invention terminologique et son infinimagination, communioniste ne figure pas dans le recensement que fait en 1841 L. Reybaud (Études sur les socialistes modernes, rééd. 1844, tome 2, p. 267) : « Il serait difficile de dire en quoi consistent les nuances qui les divisent : peut-être n'y faut-il voir qu'une simple différence de noms. On cite toutefois des égalitaires, des fraternitaires, des humanitaires, des communitaires ou icariens, des communistes, des communautistes et des rationalistes.» cité dans L'humanitaire en discours, Mots, Les langages du politique, n°65, mars 2001. Voir aussi la passionnante thèse d'Andrea LANZA, 2006, La recomposition de l’unité sociale, Étude des tensions démocratiques chez les socialistes fraternitaires (1839-1847)

Pour mon sujet, il importait de ne pas me fourvoyer avec communautisme, qui fait par trop autisme en commun. C'est bien assez de l'être seul, en poésie.

13 mars 2012


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MessageSujet: Re: 4. COMMUNISME : chemins de traverse, de la chose au mot à la chose   Jeu 17 Aoû - 11:16


1. le communisme n'est pas...

non, je n'y reviendrai pas ici. Le communisme n'est pas : le marxisme, le léninisme, le stalinisme, le conseillisme, le programmatisme, le démocratisme, un état ou l'État, etc. J'y ferai le moins possible de théorie, encore que... N'ayant aucune crainte que l'un prenne sur l'autre le pas, j'en parlerai avec ma tête et mes tripes, autant dire mon corps et mon cœur. Ma lectorate est autorisée à danser


dans le titre j'ai remplacé RÉVOLUTION, SEXE, et POÉSIE par COMMUNISME, SEXE, et POÉSIE

pourquoi ? Parfois je fais les choses spontanément, et je cherche une explication après. La révolution est un moment dans l'histoire du communisme, celui de l'abolition du capital(isme). Le mouvement du communisme commence avant et se poursuit après. De la révolution il est difficile de parler au présent, du communisme, pas de problème, enfin si, plein de problèmes, dont il s'agit justement de causer

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MessageSujet: Re: 4. COMMUNISME : chemins de traverse, de la chose au mot à la chose   Jeu 17 Aoû - 11:49


2. le communisme et le droit à la mort




LIVREDEL, poème-roman, 1er avril 1988 - 1er avril 1991 II LIVRE DE CATHERINE Chapitre 3

Patlotch a écrit:
(six cent vingt-et-unième nuit)

Ici j'ai fait des mots parmi les morts, dans le bel air du Père Lachaise où j'affectionne le coin d'herbe près de J-B Clément et de Paul Eluard... Le printemps vient. Et les merles moqueurs.


Effronté ! Téméraire ! Laisse les morts en paix !
(La statue du commandeur). Mozart. Don Giovanni.

C'était hier dimanche près des Communards reposant dans Le temps des cerises. Il faisait printemps et j'étais dans le nom de Catherine depuis une heure peut-être. De temps à autre je levais le nez. Les promeneurs défilaient devant les noms gravés de Vaillant-Couturier, Cachin, Thorez, Duclos... Je me demande bien ce qu'ils voyaient dans ces noms-là... après Berlin, Prague, Sofia, Roumania, Managua, Mandela, Afrika... et s'ils avaient du monde une vision plus ou moins optimiste... Peut-être bien que la plupart s'en battaient l'oeil, tout à leurs problèmes ou à l'absence de problèmes de cet ordre... Bien sûr, tout le monde n'avait pas un amour derrière le mur, à retrouver après des années. Et puis, chacun son mur, d'abord... Catherine !

J'étais depuis deux heures peut-être dans le nom de Catherine. Il faisait printemps. De temps à autre je regardais passer les gens devant les communistes morts.

De jeunes Allemandes et Allemands étaient couchés dans l'herbe derrière moi. Maintenant ils ne parlaient plus, mais j'avais entendu le mot grün quand ils avaient décidé de se poser sur le gazon. Verts ou Rouges ? Est ou Ouest ? Unis ou désunis ?... Catherine !

Catherine. J'étais maintenant dans son nom depuis près de trois heures. Il faisait printemps. Levant le nez, soudain, je vois cette très jolie femme devant Paul Eluard... Elle a jupette bien portée et ses cheveux ondulent... ses jambes... ces jambes ! Elle passait. Elle passa.

Je revins à mes mots, mais eux ne venaient plus à moi, la jupette à l'esprit (on dit bien à l'esprit ?). Elle avait de ces jambes ! D'un coup, tiré du nom de Catherine, je ramassais les feuilles mortes de mes mots. Une Allemande sursauta.

Je mis grands pas à la chercher par les allées en haut du Père Lachaise... Jardin du Souvenir... tellement sûr de la retrouver... Oscar Wilde... que venez-vous chercher ici ? Laisse les morts en paix Laisse les morts en paix Laisse... Non, pas par là inutile de couper à travers les tombes prends à droite... Elle est là ! Au bout de mes yeux. Et sa jupette vole il fait printemps elle a de ces jambes et je file ses pas... Avenue Transversale... Combattants étrangers... Porte de la Dhuyse... Rue des Rondeaux, trottoir de droite, deux mètres d'elle... - Mademoiselle, si vous marchez trop vite, comment puis-je vous suivre ?... Mademoiselle, m'entendez-vous ?... - Monsieur, de compagnie point n'ai besoin... Ses yeux... Dommage. Elle avait de ces jambes ! Mais elle m'échappait. Belle.

Je revins à Catherine, à mon coin vert et rouge... L'Allemande ouvrit de grands yeux. Je pensais à Truffaut, à L'homme qui aimait les femmes, à Charles Denner... Tiens, encore un ancien communiste...

J'avais faim. Et les merles moqueurs...



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MessageSujet: Re: 4. COMMUNISME : chemins de traverse, de la chose au mot à la chose   Jeu 17 Aoû - 12:28


en cherchant des poèmes où j'ai bien pu fourguer ce mot


3. le communisme est-il poétique ?

Rolling Eyes

COMMUNISME À COQUILLE

Drame surréaliste en un acte


« Pour le quotidien ommuniste, l'importance des surréalistes dans la deuxième moitié de 1925 est, dans un certain sens, considérable.»
Le Surréalisme dans la presse de gauche (1924-1939), Au Palais des miroirs
Le quotidien est L'Humanité. La coquille est réelle

C'est de coquille qu'ommuniste
jette un dé fille agenriste
à la farce de la raison
pure en perte de l'oraison

Mon Q peut arranger ce mythe
au début C rongé des mites
Attendant la fin des visions
commençons par une évasion

Cet Homme à l'H muet m'a tout l'hair inspiré
d'une Samson douce par les cheveux tiré

coupés en quatrains par cette hache de guerre
des nerfs entre doctrines dont reste Que faire ?

Ciel donne-moi la cleFemme d'omme nouveau
sans âge et sans limite à l'horizon où veau

d'or s'abolira en poussière
surpoétique et nourricière
d'ironiriques di-amants
rêve haut lu sillon des amants

Poètes du réel en grève
des lits débordant leurs dénis
seront mis au piquet de rêve
ci-giront à jamais punis

1er décembre 2011

CRISE EN VERS


cherry


FAUX CILS ET MARTEAU


crois rouge, défaire son possible
communiste, se plaire en fossile,

ardent charbonnier d'une foi
et coutume épousée de fil blanc,
ramoneur sans suite ramenant
sa braise, éteinte cible,

étreinte en bible,
habile bile
elle habite parfois

un doute
sur la route

compagnon de déroute ?


FoSoBo 18 octobre 2016 15:10


poèmes de 2016

en italique, "ironèmes" du jour empruntés à Étienne Cdl ‏@etienne
voir Entretien fleuve – La subversion discrète d’Étienne Candel


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MessageSujet: Re: 4. COMMUNISME : chemins de traverse, de la chose au mot à la chose   Jeu 17 Aoû - 14:46


4. le communisme est formidable

la peur en Occident ?

« Je ferai le moins possible de théorie, encore que... » parler du communisme, c'est toujours un peu « en théorie », spéculativement. Ici donc je spécule, je me lâche

tenez, cette histoire, que le communisme dans sa genèse (et pas que, voir COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION) aurait à voir avec le christianisme (exemple au 15e siècle Thomas Münzer) et le christianisme avec l'Occident : « Au Moyen Âge, le christianisme devient majoritaire en Europe, tandis qu'il s'amenuise face à l'islam dans les régions où il est né. » Le communisme naît en Europe et devient pour ainsi dire "marxiste" face au capitalisme devenu mode de production en Europe également. Le colonialisme, quant à lui, cumule ces qualités : être né occidental et chrétien

on peut donc dire que le christianisme, le colonialisme, le capitalisme, et le communisme sont des inventions occidentales qui se sont emparées du monde

des questions se pressent alors : en quoi cela a-t-il marqué le communisme, comme théorie de l'abolition du capital ? La conception de la révolution comme prolétarienne a-t-elle quelque chose de spécifiquement occidental ? Cela doit-il changer notre vision du communisme ? etc. N'a-t-il pas existé des Thomas Müntzer ailleurs qu'en Europe ? Il ne faut pas compter sur Wikipédia pour nous en instruire, alors que cette auto-encyclopédie (?) est sous "colonialité épistémique" (Les implications des altérités épistémiques dans la redéfinition du capitalisme global, Ramón Grosfoguel 2006)

je n'entends pas y répondre ici. Je me disais sous cet angle qu'il n'était pas saugrenu de considérer que nous vivions une double crise de l'Occident et du capitalisme... et par conséquent une crise du communisme ?, dans un moment où les religions font un retour formidable, au sens vieilli de "qui fait peur"*. Si l'Islam fait si peur, c'est qu'il est lui-même en crise...

* Emprunté du latin formidabilis, « redoutable », lui-même dérivé de formido, « épouvantail, peur, effroi », formidable qualifiait à l'origine uniquement ce qui inspire une grande crainte.



1919

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MessageSujet: Re: 4. COMMUNISME : chemins de traverse, de la chose au mot à la chose   Sam 19 Aoû - 17:42


"pensées de traverses" c'est parfois penser de travers, mais aussi abracadabrant cela puisse paraître, les résultats peuvent nous inspirer. Depuis l'adolescence où je fabriquais des grilles de mots croisés, à ma poésie héritant de Michel Leiris Ce que les mots me disent, en passant par mes collages avec des mots, j'ai voulu faire parler la forme pour en faire émerger un contenu


« Pour quelle raison mystérieuse et inconnue tout ce qui ne veut rien dire
s'obstine-t-il à le dire opiniâtrement et mordicusement ?
»
Pierre Dac,
Les Pensées


clown

5. le communisme n'est pas anagrammatique

ainsi, les lettres du mot communisme peuvent-elles nous fournir un alphabet, pour fabriquer d'autres mots, évoquant ceci ou cela ou renvoyant à des textes en lien avec le communisme, et nous procurer un vocabulaire spécifique avec lequel composer d'autres écrits. Dans cette première étape, afin d'éviter le fastidieux travail qu'on devait produire avant les outils d'internet, je me suis aidé de cet anagrammeur pour une sélection parmi les 192 mots de plus de quatre lettres qu'il procure

10 lettres

COMMUNISME : n'a pas d'anagramme

9 lettres

COMMUNIES : en anglais, les COMMUNES (8 lettres)
MECONIUMS : (Médecine) Matières visqueuses que rend l’enfant peu de temps après la naissance et qui s’étaient accumulées dans son intestin durant la grossesse. Bref, la merde à bébé avant l'eau du bain

8 lettres

COMMUNIE : en néerlandais, COMMUNION
ÉCUMIONS : pendant que nous écumions le forum, d'autres s'auto-organisaient

7 lettres

COMMISE : la faute du communisme ?
COMMUNE : la - de Paris, 18 mars-28 mai 1871, 2 mois et 10 jours
CONSUME : « Celui qui consomme se consume en inauthentique » Vaneigem 1967
COUSINE : « Ofelia, la cousine communiste, se voit confier, sans plaisir, l'éducation de la petite. » lu ici 2008
IMMUNES : le communisme a les réponses immunes au capitalisme
MONISME : le communisme est-il un monisme ? Ça dépend pour qui
OMNIUMS : le communisme est-il une compétition sportive ouverte à tous ? Ça dépend pour qui

6 lettres

COMMIS : « Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir un commis communiste » lu ici 2006
COUINE : en 1973, le vieil Aragon déguisé en drag couine. Voir ici
COUSIN : « La femme du maire de droite copule avec son cousin communiste. Inimaginable. » ici 2015
ECOINS : « P… [ouvrier mineur à Saint-Etienne], avec un écoin en bois, frappa son adversaire à la tête. » lu ici
EMIONS : nous émions les capitalistes. Émier : (littéraire;vieux) réduire en miettes.
ICÔNES : « Tariq Ali produisit des posters d'icônes communistes comme Lénine, Guevara, ou Mao pour remplacer ceux de Mick Jagger ou de Scott Walker sur les murs des chambres à coucher »
INCUSE : le communisme abolira la monnaie. Incuse ou pas, aucune excuse
MOINES : « L'alphabet cyrillique est un code secret soviétique inventé par deux moines communistes au IXe siècle. » Désencyclopédie
MOMIES : « marcher main dans la main avec le camarade Andropov et les autres momies communistes » Wunderkind 2013
MOUISE : « Le communisme abolira la mouise en mettant les deux pieds dans la merde » Karl Patlotch
MUNIES : les maîtresses de Grandizo Munis, militant communiste espagnol
OMIMES : nous n'oublierons jamais !
OSCINE : « Oiseau dont les Romains consultaient le chant pour en tirer des augures » (z'avaient pas lu Marx)
SIMOUN : revue littéraire et artistique dans laquelle écrivait A. Camus, militant communiste. Alger, 1935-1937

5 lettres

CIMES : « Sur les cimes de la révolte et le fil rouge du communisme, Paul Nizan n'a de cesse, tout au long de sa trop brève carrière, de pourfendre l'ordre établi. » ici
COINS : « Il restait simplement, vers la frontière de la province de Valence, des coins où l'écho de l'action anarchiste d'Andalousie ne s'était pas éteint et des coins vers la province d'Albacete où les communistes n'avaient pas eu le temps d'aller » Paul Nizan, Intellectuel communiste
COMME : le communisme est comme... comme quoi ?
CUISE : « Résultats du 1er tour des élections législatives 2017 ‑ Cuise-la-Motte. PCF 1,54 % »
ÉMOIS : « Ils sont en émois. Depuis quelques semaines tout ce que la planète compte de dirigeants, qu’ils soient politiques ou financiers, ne s’agite qu’autour d’une chose : la crise financière. [...] Une seule solution, le communisme libertaire » CNTAIT Toulouse, 2008
MIENS : « "La folie des miens", de Jean-Pierre Chabrol, met en scène deux communistes, depuis la Résistance à mai 68.. épurations, autocritiques, cérémonies à l'occasion des 70 ans de Staline.. on trébuche dans le tragique et le bouffon.. »
MIMES : « les partis politiques, ces « mimes de l’Etat » pour reprendre une expression de François Châtelet. ». Communisme, Ensemble, 2013
MINES : « Il était clair pour moi que les administrateurs communistes de ces mines, ignorants des problèmes d'ingénierie, avaient obligé ces jeunes gens à agir contre leur meilleur jugement, afin d'obtenir une croissance immédiate de la production aux dépens de l'avenir... » Trotskisme ou léninisme ? Harpal Brar 1993
MINUS : « Ces anciens communistes [...] ne peuvent se faire à une vie sans croyance (il ne suffit pas d'être exclu du parti, il faut encore ne plus croire), ils ne sont pourtant pas des êtres faibles, des minus, ils sont au contraire en général, sur le plan humain, des hommes et des femmes de valeur, mais leur croyance brisée, ils errent sans boussole... » La foi au prix du doute Jacques Ellul 2006
MOINE : « - ouais mais toi t'es un moine communiste
- Communiste, à la limite, mais je suis pas un moine. (de toutes façons, un communiste, c'est athée en général).
» ici
MOINS : Moins de communisme, plus de capitalisme. Vases communicants ? Voire
MOÏSE : « Marx évita les idées chauvines de Hess. «Rabbi Moïse communiste», comme on l’appelait aussi, écrivit le Magnum Opus du sionisme, que Herzl appellera plus tard «le livre qui dit tout ce qu’il vaut la peine de dire au sujet du sionisme». Ce livre, « Rome et Jérusalem » a été publié par Hess en 1862. Il a été inspiré, entre autres, par Spinoza. Il définit la Nation juive par les composantes suivantes : [...] » Le sionisme juif est il comme le national-socialisme ? 2017
MÔMES : « l'idéologie capitaliste qui fait bosser les mômes dans les usines » capitalisme vs communisme PublicAdos 2008
MUNIS : voir MUNIES (6 lettres)
MUONS : auto-changement ?
NOCES : « ce propos quasi confidentiel adressé par Marx à sa fille Laura, épouse de Paul Lafargue, alors en voyage de noces en France : « Tu te dis sans doute, ma chère enfant, que j'ai pour des livres un amour irraisonné, puisque je t'en rebats les oreilles hors de saison. Mais tu te trompes. Je suis une machine, condamnée à dévorer les livres et à les jeter ensuite, sous une forme changée, sur le fumier de l'Histoire. » » Maximilien Rubel ici 1983
NOIES : Tu noies le bébé dans le bain glacé du calcul égoïste
NOISE : « Ils s'étaient mis à lui chercher noise parce qu'il se liait d'amitié avec deux soldats de l'unité noire stationnée sur les rives du fleuve, à cinq kilomètres » J'ai épousé un communiste Philip Roth 2003
NOMME : « Ce qu'il vomit, qu'il nomme communisme, n'a rien à voir avec la doctrine du Manifeste du Parti Communiste de 1848 ! » Le mensonge du siècle, des mensonges du XXe S. M.Chegalab 2012
NUISE : « En 1934-1937 [...] des polytechniciens. Ils s'inscrivaient au Parti de manière clandestine pour que cela ne nuise pas à leurs études. » Raymond Aubrac
OMISE : « Au fur et à mesure que l'on tient compte des différents aspects que revêt l'objet étudié, on obtient des résultats plus ou moins concrets, c'est-à-dire des résultats ayant un sens et une signification véritable à condition d'y inclure les circonstances précédemment omises. J'examine ici le communisme abstrait ou, si l'on veut, à l'"état pur" [...] » Le communisme comme réalité, Aleksandr Zinoviev 1980
SINOC : je suis un communiste un peu sinoc
SOMME : La somme et le reste, Henri Lefebvre 1973
SOUCI : « Par souci d’efficacité, l’intellectuel communiste était tenu de respecter la culture communiste dans le cadre de son militantisme » Yves Vargas Le combat communiste des intellectuels 2006
USINE : Le Communisme à l'usine, vie ouvrière et mouvement ouvrier chez Renault, 1920-1939

4 lettres

CINE : communisme et cinéma, on pourrait en faire tout un ciné
COIN : « Cet ancien « coin communiste », comme on l'appelait à l'époque soviétique pour la qualité de la vie qu'il offrait, est situé à 25 km au nord-est de Moscou.» La Cité des étoiles ou « ville de Gagarine »
COIS : « Staline et ses adjoints décident de rester cois et d'attendre environ une semaine. » Beria : Chef de la police secrète stalinienne, Le banquet de Tiflis 1921
CONS : chacun a les siens, même entre communistes
ECUS : « La métamorphose de l'homme aux écus en capitaliste doit se passer dans la sphère de la circulation et en même temps doit ne point s'y passer. Telles sont les conditions du problème. Hic Rhodus, hic salta ! » Marx, Le Capital I II° section : la transformation de l'argent en capital
EMIS : « Les élus communistes ont aussi émis des réserves sans toutefois voter contre le projet... » un classique...
INSU : « Les mutations décisives à l'avènement d'une nouvelle doctrine communiste, si on les survole sur un demi-siècle, sont ainsi opérées assez tôt, à l'insu des principaux protagonistes de la révolution d'Octobre. » Le communisme Que sais-je Alexandre Adler 2014
MECS : même chez les communistes, il y a les mecs, et les meufs. C'est comme ça
MEMO : Le mémo secret du PC chinois contre la démocratie à l'occidentale 2013
MEN : voir MECS
MENU : « Nourriture excellente. Belle ambiance. Menu communiste (!) sous forme de journal » “Superbe restaurant” à Cracovie
MEOS : « Des Méos survivants gagnèrent le Laos, rameutés et entretenus par les Etatsuniens, ils continuèrent de se battre contre les communistes. » Le triste destin de certains Hmongs du Laos 2005
MISE : Le communisme, c'est une mise en commun, un partage. Banalité de base
MOIS : « «Quelques mois communiste et vingt ans d'anticommunisme», aligne sur sa carte de visite Emmanuel Todd »
MOUS : des communistes mous et d'autres durent
MUSE : « Fils de l'auguste peintre, Jean Renoir épousera la cause du peuple en rencontrant une muse communiste, Marguerite Houllé, dans les années 30. » ici
NEMS : « Non j'ai pas d'action chez les nems communistes, juste que j'adore cette bécane » à propos d'une moto chinoise
NEOS : « De plus, les maxculs et autres nidoreux néos communistes ne souhaitent pas voir arriver des migrants ayant la capacité de s’intégrer rapidement ce qui ne permettrait pas d’exploiter leur ressentiment pour les attirer à soi.» Le MRAP est une annexe du Parti Communiste Français... 2012
NOMS : communistes ? Des noms !
NOUE : Engels et Marx. « Quelques mois avant que ne se noue leur amitié, Engels écrit déjà, en 1842 (dans Le triomphe de la foi) : « Mais qui s'avance ainsi plein de fougueuse impétuosité ? C'est un noir gaillard de Trèves, un monstre déchaîné. D'un pas bien assuré, il martèle le sol de ses talons et dresse plein de fureur les bras vers les cieux, comme s'il voulait saisir la voûte céleste pour l'abaisser vers la terre. Il frappe avec rage et sans arrêt de son poing redoutable, comme si mille démons l'empoignaient aux cheveux. ».» Karl Marx, l'horizon du monde France Culture 2015
NOUS : « Etudier le nous communiste revient à s'interroger sur la façon dont un parti politique ou, plus généralement, un groupe se nomme, se désigne lui-même. » Nous, les communistes Dominique Labbé 1985
NUES : « Pendant les émeutes d'avril-mai 1992 à Los Angeles... les prolétaires affrontent initialement le capital les mains nues.» Bruno Astarian, Valeur et lutte des classes 2012
OIES : « Le 2 Décembre les surprit comme un coup de tonnerre dans un ciel serein, et les peuples qui, aux époques de dépression, laissent volontiers assourdir leur crainte secrète par les braillards les plus bruyants, se seront peut-être convaincus que les temps sont passés où le caquetage d'un troupeau d'oies pouvait sauver le Capitole. » Karl Marx Le 18 brumaire de L. Bonaparte 1851
OUIE : « Lénine, utilisant sa super-ouïe communiste, entend tout. » ici
OUIN : « Marrant de colporter les mythes cocos comme quoi l'URSS c'était pas communiste ouin ouin. Ca ne résiste pas à l'analyse. » En quoi consiste le marxisme ?
SCIE : avec des scies on mettrait pas le communisme en morceaux
SECU : « Or le véritable créateur du projet de Sécurité sociale [...] était l’un de ces communistes, un ancien ouvrier de la métallurgie, et fils d’ouvriers, Ambroise Croizat. » ici
SEIN : « En 1935, à Tsunyi, Mao prit le pouvoir au sein du Parti communiste chinois en lieu et place de la fraction des « 28 bolchéviks » qui avaient été soutenus par le Komintern » Imperialisme Et Anti-imperialisme Gouysse 2007
SIEN : communisme, chacun le sien ?
SMIC : Un salaire 20 fois supérieur au SMIC, c'est du communisme, ça ! Jean-Marie Gumy blog Médiapart 12 avril 2017
SOIE : « Mao se déplace en pantoufles et vit dans une sorte de pyjama de soie sur un immense lit où il installe ses livres, ses femmes...» Comment Mao a dirigé la Chine Jean-Luc Domenach 2012
SOIN : « Les éleveurs ont la nostalgie du système de soin communiste.» Quand les Mongols... 2017
SUCE : « Je vais leur montrer, moi : tenez, regardez comment elle le suce, sans jamais perdre sa distinction, et là ils vont vous boucler pour cinquante ans ! » J'ai épousé un communiste Philip Roth
SUIE : « Au cœur du Prague historique, dans cette ville éclatante de splendeur, enfin libérée de la suie communiste, le Golem Club se cache dans les caves d'un ancien monastère médiéval.» Prague: le club des millionnaires Pasquier Sylvaine, L'Express 10/11/1994
UNIS :  « Je vous déclare sans ambages le fond de ma pensée : avec les élections ou la tactique parlementaire, il est impossible de réaliser la révolution sociale ; pour atteindre les buts socialistes, il n’est d’autre moyen que de compter sur l’action directe des travailleurs unis en une seule force. » Heimin Shinbun 1906. Kôtoku Shûsui (1871-1911) : Un communiste libertaire au Japon


study


Deuxième étape : construisons, avec les 8 lettres de cet "alphabet", le dictionnaire des mots de notre "vocabulaire communiste". J'en ajoute d'autres aux précédents, des mots de 2 ou 3 lettres, d'anglais et d'ailleurs (le communisme est mondial), d'argot et d'avant (le communisme est perpétuel), de noms et de dieux (le communisme est éternel). Des pluriels en S sont possibles, et des féminins en E, des conjugaisons, etc.

CE CEINS CEM CENS CES CÉOU CESIUM CIE CIEN CINÉ CIME CIS COI COÏ COIN COINSÉ COISE COME CÔME COMME COMMIS COMMISE COMMUN COMMUNE COMMUNISME CON CÔNE CONIE CONIUM CONSUME COSIE COU COUINE COUSIN COUSU CUISE CUMIN ÉCOIN ÉCU ÉCUMIONS EINS ÉMIONS ÉMIS ÉMOI EMS ÉMU EN EN-SOI ENCOMIUM ENS ÉON ÉOS ESSIEU ICE ICÔNE IMMUNE INCOME INCUS INÉMU INÈS INSU ION IS -ISME ISOU ME MECONIUM MECS MEMO MEN MENS MENU MÉON MÉOS MÉOU MÈSI MEU MI MIC MIEN MIME MINCE MIN MINE MINOS MINOU MINUS MION MIS MISE MISO MOC MOINE MOI MOINS MOIS MOISE MOÏSE MÔMES MOMIE MON MONIES MONISME MOSCOU MOU MOUE MOUISE MOUSE MOUSMÉ MUCINE MUCOSE MUCUS MUE MUÉ MUON MUONIUM MUONS MUNI MUNIS MUSC MUSE MUSÉUM MUSIC NÉ NÉMO NEMS NÉO NÉON NEUME NI NICE NIE NÎMES NO NOCE NOÉ NOIE NOISE NOM NOMISME NOMME NOMS NONM NOS NOSE NOUE NOUMÈNE NOUS NU NUISE OC OCI OÉ OIE OIM OISE OISON OMIMES OMI OMIS OMNI- OMS ON ONCE ONE ŌNIN ONU ONUSIEN OS OSCINE OSE OSSE OUIE OUIN SCIE SCONE SCUM SE SEC SÉCU SEI SEIN SEIS SEMI- SEMINE SEMME SEMNON SEMOIS SEN SEUM SI SIC SIE SIM SIME SIMON SIMONE SIMOUN SION SIOU SIN SINCE SINOC SLIM SO SOI SOIE SOIN SOINCE SOME SOMME SON SONIC SOU SOUCI STUE SU SUCE SUÇON SUE SUIE SUMÈNE SUMO SUN UM UMÉ UMI UN UNE UNESCO UNIS UNO UNS US USE USINE

n'allez pas croire, je suis nul au scrabble comme en tous jeux de société, je m'y ennuie et les ai en horreur : je suis un communiste autonome  Twisted Evil

on peut y ajouter des mots à lettres redoublées (à compléter) :

CCI CECI CEE CÈNE CENSÉ CENSEUSE CICINUS CIMOSSE CINCO COCCUS COCO COCON COCOONÉ COCU COÏON COINCE COINCOIN COINNE COISSE COMICE COMICO COMICS COMMENCE COMMINE COMMISSION COMMUNION COMMUNISONS COMMUNIONISME COMOÉ CONCESSION CONCIS CONCISION CONÇOIS CONCON CONÇU CONÇUMES CONÇUSSE CONCUSSION CONESSINE CONINE CONIOSE CONNE CONSCIENCE CONSCIENCIEUSE CONSENS CONSENSUS CONSOMMÉ CONSONANCE CONSONNE COSINUS COSMOS COSOSUS COSSE COSSON COSSU COUCI-COUCI COUCOU COUENNE COUSCOUS COUSEUSE COUSSIN COUSU CUECO CUICUI CUINE CUIS CUISE CUISINE CUISSE CUISSON ÉCIME ÉCOINÇON ÉCONOMIE ÉCONOMISE ÉCONOMISME ÉCOUMÈNE ÉCUME ÉCUSSON ÉMEU ÉMINCE ÉMINENCE ÉMISSE ÉMISSION EMMÈNE ÉMOUSSÉ ENCEINS ENCENS ENCENSE ENCENSEUSE ENNEMI ENNUI ÉNOUÉ ENSEMENCE ENSIME ÉONISME ÉOSINE ESSENCE ESSONNE ESUS EUSSIONS ICI IMINE IMMENSE IMMINENCE IMMISCE IMMUNISE IONONE INCISION INESEÑO ININI INNÉISME INOUÏ INOSINE INOUÏSME INOUSSES INSÉMINE INSENSÉ INSOMNIE INSOUMIS INSINUE INSUCCÈS IONIEN ISIS IUNO MÊME MENÉE MENEUSE MENSE MENUISE MESSE MESSIE MEUSE MIMOSÉE MINIME MINIMISÉ MINIMUM MINIUM MINNE MINOEN MINOIS MINON MISONÉISME MISS MISSES MISSION MOCCUS MOCO MOI-MÊME MOINSOIE MOISI MOISSON MOMON MONE MONÈME MONNE MONO MONOÉCIE MONOÏ MONÔME MONOSÉMIE MONOSOME MOON MOSSI MOUSSE MNÉMONIE MOUSSON MOUSSU MUSCINÉES MUSCU MUSÉE MUSICIEN MUSUME NEI NÉNÉ NENN NENNI NÉOCOMIEN NÉON NESSUNO NEUN NEUNEU NIÉMEN NINE NIO NOÉMIE NOISEUSE NOMINÉ NOMINEE NON NONES NON-MOI NONISSUS NONNE NON-SENS NOUN NOUNE NOUNOU NUÉES NUISIS OCCIS OCCISION OISEUSE OMISSION OMNISCIENCE ONION ONONIS OSMOSE OSONS OSSEUSE SCÈNE SCIENCE SCISSION SCONSE SCOUMOUNE SECOUE SECOUSSE SEINE SÉISME SÈME SEMENCE SÉMINOME SEMONCE SEMOUSE SÉNEÇON SÉNESCENCE SENNE SENS SÉOUNE SÉSIE SIEMENS SIMÉNON SIMIEN SIMONIE SIMONISÉ SIMONISME SINISÉ SINOIS SINON SINUEUSE SINUS SINUSIEN SIONISME SOCES SOCIO SOIO SOIS SOISSONS SOM SOMONI SONNE SOS SOSIE SOSS SOUCIEUSE SOUMISSION SOUMSOUM SOUS SUCCÈS SUCCESSION SUCCION SUCCIN SUIS SUISSE SÛMES UNICISME UNICUM UNIÈME UNION UNIONISME UNISSON UNONE USSES

c'est peu (le communisme n'en est qu'à ses débuts), mais bien assez pour écrire, tout dépend quoi

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MessageSujet: Re: 4. COMMUNISME : chemins de traverse, de la chose au mot à la chose   Sam 19 Aoû - 23:38


nous commencions ce sujet par affirmer que « le communisme, c'est d'abord un mot », et nous aboutîmes au fait que ses 8 lettres sont « bien assez pour écrire, tout dépend quoi ». Quoi ? Hé bien la meilleure preuve positive de la supériorité et de la richesse, de la puissance à faire le bonheur sans attendre la fin de tous et chacune

nous l'allons montrer tout-à-l'heure par la plus rigoreuse et surlecutantriquement simpleste des démonstruations littéreuses, philosophiantes, théorisques et poétraques, émeutiques et sextruelles que l'immonde capitalisme et ses valet.te.s aient eu à affronter depuis la nuit des temps, même en plein jour

et que le droit ah là paraisse !


6. par son mot même le communisme mis à nu

Twisted Evil

COMMUNISME
(scènes immunes in museum)

1.
sous un sun insoumis


scoumoune ?
mouise émise ?
couic !

use une usine ?
sue son smic ?
seum ses soucis ?
couic !

un soce s'insinue soumsoum ?
concussion ennemie
couic !

un coco coince ?
consensus mou
couic !

un minus consomme ?
un con se consume ?
couic !

une nonne s'immisce
conne seins unis ?
couic !

une momie encense
un énième simonisme ?
couic !

2.
sous une moon immense


un môme coinne en un coin : oui-ouin
une nounou énoue son méconium

Inès, insoucieuse, cuisse émincée,
cuisine un couscous
écume coco

Noémie, minou comme une soie, secoue son ennui

Nine, une oiseuse sinoise, nénés nus, suce un nem

Simone émue suçonne un cou couenne cousue

un mec économe ensemence un sosie
couci-couci émoi

une éminence musicienne emmène
un inouï noise en commun-commune :
coincoin meumeu coucou cuicui

Noé cocu, un émeu nie
Isou couine
Isis non

3.

moi-même suis, en osmose, ce succès œcumène
ici ceci commis,
communisons concis


FoSoBo 19 août 2017 23:38

ajout 11 septembre : ce poème se voulait ironique, pour moquer l'abstraction conceptuelle

en effet, au-delà du jeu, de mots, et du plaisir lié, j'avais ici en tête que le communisme n'est dans son nom ni comme signifiant, ni dans son concept en tant que généralité abstraite


wikipédia a écrit:
Un concept est un contenu de pensée, parfois considéré comme une idée abstraite, donc séparée de la réalité d'une chose, d'une situation, d'un phénomène. Un concept se distingue aussi bien de la chose désignée par ce concept, que du mot ou de l'énoncé verbal, qui est le signifiant de ce concept.

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MessageSujet: Re: 4. COMMUNISME : chemins de traverse, de la chose au mot à la chose   Dim 20 Aoû - 8:50


vous allez me dire, penser de traverse, ce n'est pas penser de travers au point d'un tel manque de sérieux. D'abord il manque une S, à traverses, pour ne pas traverser dans les clous, les clous d'une pensée frappant ses impensés


7. le communisme est à la masse

quantité et qualité


un point me frappe : le communisme est une affaire de masses, de luttes de masses par et pour les masses, et aussitôt surgit, dans cette quantité, la qualité nécessaire qui permet la rupture. Les luttes de cette période manquent des deux. Les meilleures théories sont marginales, qualitatives, mais ne pensent pas la quantité, le passage de la qualité à la quantité, alors que la dialectique tend à penser celui de la quantité à la qualité, le fameux changement qualitatif, comme la pensée complexe son Aufhebung à elle en termes de seuil d'émergence

j'écrivais le 15 septembre dernier, dans dialectique complexe..., ces "notes pour y revenir"


Patlotch a écrit:
les dialectiques hégelienne et marxienne des contradictions et de leurs dépassements comportent des considérations de quantité et de qualité, qu'on retrouve dans les dépassements à produire

il n'y va pas seulement, comme chez Hegel, du passage de la quantité à la qualité (du bourgeon à la fleur, un bond qualitatif, le bourgeon grossit puis explose), car ce passage peut être réciproque : la qualité ne manque pas toujours pour passer à une autre qualité

si je prends l'exemple du dépassement des identités de luttes, l'idée de leur dépassement au-delà de l'identité, bond qualitatif, existe bien chez certain.e.s, en théorie comme dans les luttes, mais c'est affaire de quantité de la qualité

mes thèses sur les "dépassements à produire", leur "modèle" théorique conceptuel, ne peuvent pas être fausses, mais rien ne dit que la quantité de la qualité, soit la qualité de la quantité, sera au rendez-vous de l'histoire, qu'elles n'écriront pas

c'est évidemment que la qualité de la quantité ne passe ni de la théorie aux masses, ni des minorités pensantes et/ou agissantes à des activités de masses

prenons l'exemple des émeutes, dont on a fait tout un plat théorique (Alain Bertho Le temps des émeutes 2009, Blaumachen L'ère des émeutes 2011, Joshua Clover Riot. Strike. Riot 2016). Un plat qui ne mange pas le pain des émeutiers. Voir ÉMEUTES/RIOTS... IDÉOLOGIE de l'ÉMEUTE ? un débat important

si l'on pose le premier temps de la révolution comme une insurrection de masse, qui dit que l'on passe des émeutes à l'insurrection ?, c'est-à-dire d'une absence de qualité et de quantité à leur émergence conjuguée qui seule permet la rupture et de produire un dépassement

qui dit que l'on passe d'affronter la police, brûler quelques symboles de la société capitaliste et piller quelques magasins à briser l'État, les banques etc. et abolir le capital ? Suffit-il d'y ajouter quelques slogans, qu'on peindra sur les murs, pour conférer à ces actes la qualité qu'on en attend ? Mais qui, au demeurant, en attend quelque chose ? (Ce que nous voulons: Rien (à propos des émeutes dites de banlieue troploin 2006)

moi, qui n'y vois que du feu, je n'en attends rien

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MessageSujet: Re: 4. COMMUNISME : chemins de traverse, de la chose au mot à la chose   Dim 20 Aoû - 9:50


le communisme n'est pas qu'un mot, un mot sans chose au vain mauvais


8. le communisme, c'est le parti pris des choses

« Les choses non les mots »

Jean-Luc Godard

de mon Journal extime, 25 avril 2015



extrait de « Natare piscem doces » (« Tu apprends au poisson à nager »)


j'y revenais dans notes poétiques 2003-2015, le 14 novembre 2015

Patlotch a écrit:
je me livre, on le voit, à une véritable glorification des choses simples nonobstant leur complexité, de leur beauté et de leur puissance, de celles qui sont perceptibles, sensibles et transformables par le plus grand nombre. Cela vaut pour ce qui peut devenir "art" comme advenir "révolution". C'est un élitisme à portée de tous, pour reprendre le mot d'ordre de Vilar ou Vitez pour le théâtre "populaire". C'est le parti pris des choses du poète Francis Ponge célébrant La fabrique du pré ou Le savon


Citation :
"L'on ne me connaîtra que par mes panoplies", notait Ponge en 1928. Et de fait, on n'a souvent vu en lui que le collectionneur d'objets, l'amateur de vocables, sans s'aviser que, dans ses descriptions les plus objectives, ses jeux de mots les plus gratuits, il mettait en jeu sa vie et son je. C'est cette présence de Francis Ponge que Michel Collot a voulu surprendre dans ses textes, en suivant de près leur chronologie, pour montrer comment le parti pris des choses tente de parer au drame de l'expression, en lançant un nouveau défi au langage. La poésie n'est ni dans les mots ni dans les choses, elle a lieu entre mots et choses, dans leur différend intime, au sein duquel un sujet cherche à s'exprimer. C'est pour avoir vécu jusqu'au bout les exigences et les tensions inhérentes à cette situation que Ponge, jusqu'en ses contradictions, apporte de précieux éléments de réponse aux questions qui traversent aujourd'hui le "champ poétique".

je me souviens vaguement d'une polémique marxiste contre Ponge et ses mots, je ne sais plus au nom de quoi : son positivisme ? (voir Ponge positivisme). Mais alors il faut brûler Leiris, et tous les poètes, et tous les travers de Patlotch

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MessageSujet: Re: 4. COMMUNISME : chemins de traverse, de la chose au mot à la chose   Dim 20 Aoû - 11:13


les mots, j'en sais quelque chose, on peut leur faire dire n'importe quoi et le contraire : « Les mots, ne vivent ni ne meurent comme les êtres ; leur sens se transforme selon les intentions et les intérêts de ceux qui les manipulent et qui entendent leur faire dire, selon les besoins du moment, le contraire de ce qu’ils ont signifié primitivement » Maximilien Rubel

en la matière, je serais un expert, un trapéziste. Cela pose une sacrée question, non à la poésie, mais à la théorie, qui, sous ses airs sérieux, n'en spécule pas moins de travers. La théorie, ça rigole pas, camarades, la situation est trop grave pour que l'humour y ait sa place, "l'humour et son monde" débondant de malheurs


9. le communisme est débondance, non abondance

affraid

SORTIS DES SOUTES

rap à deux voix et percussions (voix 1 voix 2 ensemble, ou distribution libre)

Des siècles des poussières
dix-sept ans sur les routes
aux présents des hiers
quand il sortait des soutes
une lumière
noire à percer l'avenir


On dit ces temps de doute
poussière sur la route


Vous les jetez d'un geste
aux enchères
aux marchés


Vous les laissez sans reste
et plus chers
épluchés


À pourrir dans vos cages
où mûrissent leurs rages
de vos temps indigestes


On dit ces temps de doute
poussière sur la route


Ils en ont dans le chou
ils déjouent les tabous
de vos livres d'histoire
Ils ont eu les déboires
versé toutes les larmes
ils ont toutes mémoires
ils auront toutes armes


On dit ces temps de doute
poussière sur la route


Ils sont partout ils vont par milles
ils sont parmi le nombre
Ils sont sortis de l'ombre
ils n'ont pas le nombril

à la place du cœur ni leur nom brille
place de la concorde
Ils coupent court
au virage à la corde


au cou rage Un langage
leur manque les mots
pas le souffle
ils sont le vent levé

Volent haut comme au
devant
des dangers comme
oh !
des anges contre vous
Démons !


On dit ces temps de doute
poussière sur la route


Forçats des esclavages
des soutes soulevés
ils sont nos vents en poupe


On dit ces temps de doute
poussière sur la route


Et surgissent vos peurs
qu'ils ne soient pas qu'on gère
managés en voleur

qu'ils ne soient pas pépères
à voile et à vapeur


On dit ces temps de doute
poussière sur la route


Voilà votre terreur
être rien qu'ils soient tout
Et voici votre fin
qu'ils ne soient plus valeurs


On dit ces temps de doute
poussière sur la route


Qu'ils soient pis, contre vous
pis qu'ils soient tous contre vos sous
pis qu'ils vous nettoient vous vos dessus vos dessous vos sourires
Telle est votre panique qu'ils vous niquent


On dit ces temps de doute
poussière sur la route


Ils vous déborderont
sabordant vos encombres
Ils vous débonderont
démontant vos démondes

Ils vous déborderont
espèces de cons combles
Ils vous débonderont
espèces de cons combles

Ils vous débonderont
espèces de cons combles


On dit ces temps de doute
poussière sur la route

10 janvier 2012

source
Temps basculés 1er janvier - 1er avril 2012


débondance n'est pas abondance, comme la vulgate marxiste l'a longtemps soutenu :


Wikirouge a écrit:
L'abondance est tellement au cœur de la société communiste, qu'Ernest Mandel pouvait écrire : « Une société égalitaire fondée sur l’abondance, voilà le but du socialisme » (Introduction au marxisme, 1974)

Mandel affirmait que « pareille abondance de biens n’est nullement utopique, à condition d’être introduite graduellement ».  Il soutenait que déjà sous le capitalisme, il y a une saturation des besoins pour des produits de base comme des pommes de terre ou des chaussettes : si on les rendait gratuits, il n'y aurait pas pour autant de rush pour en prendre sans cesse. [étrange raisonnement]

abondance

là encore, la quantité ne fait pas la qualité. Cette idée me semble étrangement ressortir davantage de l'idéologie bourgeoise, avec un fond productiviste

« abondance de biens ne nuit pas » ?

troploin a écrit:
     Abondance, besoins… & égalité  
             
      Pour un très grand nombre de communistes (là encore, anarchistes et marxistes mêlés), ce qui a rendu possible l’exploitation de l’homme par l’homme, c’était la pénurie, qui a permis à une minorité de faire travailler à son profit la majorité. Heureusement, le capitalisme, en développant la production, sonnerait malgré lui le glas du manque et du besoin : ainsi pourraient disparaître la lutte pour la vie, la volonté d’accaparer, d’exploiter, de dominer, et la tendance millénaire de l’homme à se conduire « comme un loup pour l’homme ».

    Par conséquent, l’objectif, largement partagé par la presque totalité des tendances du mouvement ouvrier, était de réaliser l’abondance. Contre le capitalisme qui nous fait travailler sans satisfaire nos besoins, et répartit ce qu’il produit de façon inégale, il faudrait organiser la production massive et équitable de biens utiles qui profiteront à tous.

    On n’est pas loin des thèses abondancistes et de l’économie distributive de Jacques Duboin (1878-1976, qui publie en 1932 La Grande Relève des hommes par la machine) :

    «  Imaginons que brusquement l’homme cesse de produire en vue du profit et qu’il se propose uniquement la satisfaction des besoins. (..) Devant cette profusion des produits qui comblent tous les besoins et tous les désirs humains, il ne s’agit plus ni d’acheter ni de vendre, mais de prendre. Comment parler encore d’échange là où pratiquement tout se trouve à la disposition de tous ? L’échange ne se conçoit qu’entre gens dont l’un désire ce qu’il n’a pas et qu’un autre possède, celui-ci désirant, directement ou indirectement, ce que le premier détient et que lui-même n’a pas. C’est dire que tout échange et donc toute tractation en argent suppose un manque, une privation, en un mot une pauvreté. Là où il existe un trop-plein, il n’y a plus à qu’à distribuer. Et à distribuer gratuitement. » (Gustave Rodrigues, Le Droit à la vie, 1934)

    Si, comme ces auteurs, on explique l’argent par la rareté, il est logique que pour supprimer l’argent il faille créer l’abondance... permise justement par la croissance industrielle. Ensuite se pose la question de la gestion (démocratique ou non, avec instrument comptable ou non), et du mode de répartition. La réponse généralement proposée par les libertaires et communistes non-léninistes consiste en une société de « producteurs associés », petits producteurs de type artisanal ou, de préférence, collectifs de travailleurs. En d’autres termes, une économie différente, mais qui reste de l’économie, c’est-à-dire que l’on fait reposer la vie sociale sur la nécessité d’utiliser au mieux des ressources pour produire des biens (dans l’intérêt de tous, cette fois).

    Qu’il faille manger pour vivre, nous ne le nierons pas. Sans jouer les anthropologues, nous nions simplement que la vie humaine consiste à satisfaire des besoins. Plus exactement, les êtres humains ne satisfont (ou non) leurs besoins qu’au sein de rapports sociaux, lesquels évoluent, donc ces besoins sont historiques. La « conception matérialiste de l’histoire » ne dit pas que l’économie mène le monde, mais que les relations sociales dépendent de la production des conditions de vie matérielle, ce qui est très différent.

   L’une des objections les plus fréquentes contre le communisme s’applique aussi à la communisation : en commençant dès le début à produire et vivre sans argent, ce qui perturbera au moins en partie les circuits habituels d’approvisionnement, comment faire face aux urgences de toutes sortes ? Ne risque-t-on pas ainsi la pénurie et un chaos dont profiteront les tenants du vieux monde ?

    Les sceptiques n’ont pas attendu la notion de communisation pour mettre en doute la capacité du communisme à satisfaire les besoins humains. En général, les communistes répliquent en faisant valoir l’artificialité d’un grand nombre de besoins actuels, dont nous pourrons et voudrons nous passer lorsque nous vivrons autrement : le communisme ne sera  sans doute pas un paradis, mais on n’en compensera les imperfections ni par l’escalade consommatoire ni par l’extase religieuse. Quand en 1887 William Morris écrivait : «  (..) la disparition des esclaves entraînera celle des objets dont seuls les esclaves ont besoin », il pensait aux produits de mauvaise qualité, mais l’idée vaut pour une foule d’objets devenus par force « de première nécessité », comme les inévitables outils de communication contemporains, prothèses dont la fonction première est de « gagner » un temps toujours trop court et généralement perdu, et que leur obsolescence programmée oblige à remplacer au bout d’un an ou deux. On peut supposer que l’extension des échanges immédiats et directs par la création de situations concrètes, pour parler comme l’IS, assèchera la soif de « communiquer » en permanence et d’être instantanément informé sur tout.

    Cependant cette réponse ne suffit pas, car elle s’aventure sur le terrain  - glissant – de la différence entre nature et artifice : or, l’être humain est à la fois naturel et artificiel, et il est bien difficile de tracer la limite entre besoin et désir.

    Plus profondément, le communisme, s’il tient évidemment compte de besoins, et s’il assure une production pour les satisfaire, n’en fait ni un point de départ ni la base de la vie sociale. Comme l’expliquait Hic Salta en 1998,      

    « Le besoin naturel de pommes de terre n’engendrera pas de développement aveugle des forces productives de pommes de terre, mais trouvera des formes de satisfaction où l’activité primera sur le résultat – tout en obtenant ce résultat. On ne dira pas : produisons des pommes de terre parce que c’est nutritif et qu’il faut se nourrir. Mais : imaginons une façon de se rencontrer, de ne pas s’ennuyer, qui soit productive de pommes de terre. (..) Qu’il faille alors beaucoup plus de temps pour produire la même quantité de pommes de terre que sous le capitalisme est une possibilité qui ne fera même pas l’objet d’une évaluation tant la comptabilité du temps paraîtra absurde. »

    L’une des caractéristiques de ce que nous appelons depuis quelques siècles « l’économie » est de produire des biens séparément des besoins (réels ou factices, authentiques ou manipulés, cela a son importance mais est ici secondaire), avant de proposer ces produits sur un marché où ils seront achetés pour être consommés.

    A l’inverse, ce que l’on a appelé généralement « socialisme » ou « communisme » part des besoins (réels, cette fois, et décidés collectivement) pour produire en conséquence et répartir équitablement.  

    Le communisme n’est pas une nouvelle « économie », même régulée, décentralisée, démocratisée ou autogérée.

    Ce point fondamental aide à aborder le dilemme de l’égalité.

    Il n’existerait pas de communisme sans l’indignation spontanée qui nous saisit devant le fait qu’un être humain habite un château et un autre une masure : « Nous réclamons, nous voulons la jouissance communale des fruits de la terre : les fruits sont à tout le monde. Nous déclarons ne pouvoir souffrir davantage que la très grande majorité des hommes travaille et sue au service et pour le bon plaisir de l’extrême minorité. » (Sylvain Maréchal, Manifeste des Egaux, 1796). Cette réaction, qualifiée de « primaire » par les possédants, contient l’affirmation d’une espèce humaine dont les membres sont semblables et devraient vivre en commun l’humaine condition.

    La plupart du temps, le refus qu’une minorité privilégiée accapare les richesses se limite à revendiquer l’égalité, sous une forme humaniste (« Tous les hommes sont frères »), assortie ou non d’une exigence de partage, vécue sur un mode tantôt religieux (« Tous égaux en Jésus Christ »), tantôt social et politique, parfois extrême (reprendre au riche ce qu’il a volé aux pauvres pour le leur rendre).

    La communisation a à voir avec cette exigence d’une fraternité qui implique l’entraidethéorisée par Kropotkine, et l’égalité résumée dans la formule : « Ni dieu, ni maître, ni césar, ni tribun ». Mais la fraternité n’est pas comptable et, tant que l’on mesure pour « égaliser », l’inégalité règne à coup sûr. Le communisme n’est pas une répartition (enfin) équitable des richesses. Même si parfois, et dans les débuts, le souci premier sera de partager au plus juste, notre point de départ ne sera pas la meilleure façon de distribuer des biens, mais les relations humaines et ce que produisent nos activités.

   Cela posé, si nous refusons de faire une priorité de la répartition comme de l’alternative « abondance ou pénurie ? », encore faut-il savoir quelle abondance nous rejetons. Sachant que dans certains pays, l’espérance de vie a augmenté, alors qu’elle stagne ou régresse dans d’autres pour cause d’épidémie (comme celle due au sida), de misère et de forte mortalité infantile, il serait curieux que les habitants de ces régions ne cherchent pas à se rapprocher des niveaux de santé et de longévité atteints dans les zones dites modernes ou plus développées. La simplicité volontaireà la mode en Occident n’est pas un idéal désirable par le presque milliard de Terriens souffrant de malnutrition.

    On ne fera pas l’impasse sur bidonvilles et favelas. Afin d’éviter de communiser la misère, il faudra sortir à terme de ce type de quartiers et en créer de nouveaux, ou occuper des logements existants : si ceux-ci sont déjà habités, comment en partager provisoirement l’usage ? Si les habitants des favelas ne trouvent pas en eux-mêmes les moyens de bouleverser leurs conditions de logement, rien ne se fera. Et rien ne se fera non plus s’ils agissent seuls. Quelles que soient les solutions adoptées (transformer les favelas, les abandonner, en reconstruire certaines et/ou réutiliser le terrain), ceux qui actuellement y vivent seront partie prenante du changement, appuyés par d’autres prolétaires, appui qui ne se résumera pas à la construction d’immeubles modernes réalisés par des ouvriers et techniciens issus d’entreprises du BTP. La mise en place d’une communauté et d’une solidarité universelles reposera sur la capacité des collectifs et des lieux à se prendre en mains. On ne fait pas la révolution à la place des autres, pas non plus pour les autres. Si le communisme ressemblait à un organisme planétaire de secours d’urgence ou d’aide au développement, les affamés deviendraient dépendants de ceux qui leur apprennent l’agriculture, les mal-logés de ceux qui leur construisent des maisons, et les analphabètes des maîtres d’école. Les habitants des favelas resteraient des démunis, mais assistés, comme aujourd’hui on rase des taudis pour reloger leurs habitants en HLM. La révolution consiste au contraire à ce que le favelisé n’en soit plus un, et que sa condition (et le type d’habitation qui la caractérise) cesse d’être une catégorie particulière. Pas plus que ceux qui aujourd’hui travaillent dans l’industrie automobile ne décideront seuls de son avenir (par exemple pour fabriquer des véhicules « non polluants »), pas plus le destin des favelas et bidonvilles ne sera du seul ressort de leurs habitants actuels. Traiter ces problèmes supposera rien moins que de dépasser les séparations entre lieux de résidence, de travail, de consommation, de loisir, de déplacement. Le débat et la pratique autour de ce que pourra devenir un habitat  communisé sera long et difficile, et il s’agira de bien plus que de bâtir des demeures écologiques, - ce qui n’empêchera pas de bénéficier du meilleur des expérimentations en matière de maison passive, green buildinget éco-logis.

    Communiser, ce sera mettre fin à l’écart entre les lieux où règne la fausse richesse offerte par le capitalisme, et ceux qui subissent la vraie misère.

Communisation (2011)


Dernière édition par Patlotch le Dim 20 Aoû - 14:24, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: 4. COMMUNISME : chemins de traverse, de la chose au mot à la chose   Dim 20 Aoû - 17:38


10. la femme est l'avenir du communisme
et réciproquement

la femme est l'avenir du jazz (Female Jazz Instrumentalists) Patlotch 2013

Patlotch a écrit:
Ce titre est naturellement un détournement du propos d'Aragon, La femme est l'avenir de l'homme. C'est en 1963 dans Le Fou d'Elsa qu'on trouve ce vers : « L'avenir de l'homme, c'est la femme, elle a la couleur de son âme », qu'Aragon commente : « Je suis l'ennemi de ce règne de l'homme qui n'est pas encore terminé. Pour moi la femme est l'avenir de l'homme au sens où Marx disait que l'homme est l'avenir de l'homme

Il n'aura pas échappé à la sagacité de mes lectrices, et autres pro-féministes en tous genres, que le titre de ce sujet porte l'infâme signe de mon essentialisme primaire, puisque j'écris "la femme...", et non "les femmes...". (Lacan : « La femme n'existe pas. » Séminaire XX 1972-75, Encore, p. 75). J'ai beau en faire un détournement d'Aragon, et lui conférer au fil des pages un sens différent que l"écrivain-poète ne pouvait en son temps lui donner, pas plus que Marx voir dans la reproduction du capital d'abord celle des prolétaires sortis du ventre des femmes, il n'empêche, ça la fout mal. Cela dit, citer Aragon est toujours un plaisir, celui d'emmerder les "gauchistes" qui ne l'ont pas lu, mais pour qui il ne fut jamais qu'un stalinien.

Comme excuse, je ne peux qu'attirer l'attention sur le fait que toute la documentation apportée ici s'inscrit contre l'essentialisme, puisqu'elle porte sur des femmes singulières, des individualités qui ont joué du jazz instrumental, au même titre que les hommes, avec ou sans eux, et malgré toutes les contraintes à surmonter en tant que femmes de leur temps, ceci dans les milieux du jazz qui furent longtemps des plus sexistes, que l'on soit une "Noire" dans la communauté africaine-américaine, "Blanche" dans l'Amérique alors ethniquement dominante, ou l'une ou l'autre dans les mélanges qui ont suivi.

quoi de neuf sur la question ? Plus loin ou plus court que mes cogitations dans 'FEMMES' & 'hommes'... Domination masculine -> machisme structurel et sociétal, je ne sais pas aller. C'est trop et pas assez, mais pour le reste, vous n'avez qu'à leur demander, parce que moi (26 avril ici)

plus je connais les hommes, plus je comprends les femmes
plus je connais les femmes, plus je désespère de les comprendre



tel quel plus que telles qu'elles ?

parmi les mots de ma veille sur l'actualité, à femmes ce jour, c'est pas triste, ou plutôt si : La pornographie et les femmes, pourquoi tant de violence ?, Les femmes, la part manquante de l'Eglise, « Pourquoi les femmes sont-elles plus petites que les hommes ? », En Finlande, le terroriste visait les femmes, En Algérie comme ailleurs, le corps des femmes est politique, Quand les hommes et les femmes cherchent l'amour, L’odeur des hommes attire les femmes en fonction de leur régime alimentaire, En Israël, des femmes pourront diriger des tribunaux rabbiniques, etc.

le communisme et les femmes, c'est tout un programme

la parole à une poète, Marina Ivanovna Tsvetaïeva :


Le Poète et le temps, 1932, traduit du russe par Véronique Lossky, Le temps qu'il fait, 1989, p.47 à 50

Citation :
Qui donc est ce temps, pour que je le serve, de surcroît ?

Qu'est-ce donc que le temps en général, pour qu'on le serve ?

Mon temps passera demain, comme hier celui d'un autre, comme après-demain - le tien, comme tout temps passe toujours, jusqu'à ce que le temps lui-même disparaisse.

Le poète sert le temps - c'est vrai - c'est un service par contrainte, c'est-à-dire une fatalité - je ne peux pas ne pas.[...]

Le mariage du poète avec le temps est un mariage forcé. Un mariage dont, comme de toute contrainte subie, il a honte, et d'où il cherche à s'échapper...

Le mariage du poète avec le temps est un mariage forcé et, en conséquence, peu solide...

Servir le temps, c'est servir le changement - la trahison - la mort. On ne peut le rattraper - ni le servir assez bien. Le présent ? mais existe-t-il ? C'est servir une fraction périodique. Je pensais que je servais le présent, et il est déjà passé et déjà avenir...

Servir son temps est une commande acceptée par désespoir...

Il ne reste plus rien à l'athée que la terre et son organisation.


Le thème de la Révolution
est une commande du temps.

Le thème de la glorification de la Révolution
est une commande du Parti.


il n'empêche, le thème du communisme et celui des femmes sont toujours une commande du présent

mon meilleur sujet sur ce thème est SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes. Il n'est pas lu, parce qu'illisible ?


Patlotch a écrit:

Florage a écrit:
Patlotch a écrit:
le communisme, les femmes, et moi

si vous ne le faites pas, Tristan, je n'ouvrirai pas un tel sujet, SEXE(S) ET COMMUNISME(S). Non qu'il soit dépourvu d'intérêt, mais parce que sans précautions, c'est une pente savonnée

tout ce qui concerne dans ce forum les luttes des femmes, et l'expression des féministes de tous bords, je l'ai traité avec le soin de leur laisser la parole, en les citant, sans espoir de potlatch

dans la mesure où, à l'exception de ma regrettée Corinne Cerise, aucune n'a souhaité s'exprimer, je n'ai plus envie de faire le boulot à leur place, et je conçois parfaitement qu'elles préfèrent d'autres lieux

je vous laisse l'ouvrir, mais sans femme, j'y vois mâle intérêt, mais libre à vous de vous sentir à la hauteur de l'aventure...


Je n'ai pas de mâle intérêt, mais je n'ouvrirai pas un sujet sur le sexe et le communisme. Pour commencer, je mettrai mon grain de selle par-ci par là, par goût de l'aventure.

remarque Patlotch, hors échanges : ce sujet n'a de sens que dans le prolongement de ceux de la rubrique LUTTES :: 'FEMMES' & 'hommes'... Domination masculine -> machisme structurel et sociétal. En tant qu'il aborde la sexualité de plaisir plus que de reproduction, il n'aurait pas pu être ouvert avant, et ne saurait se lire qu'en relation avec les dimensions essentielles de la question en terme de luttes contre la domination masculine et le machisme sociétal

sommaire glissant

le sujet aborde la sexualité de plaisir plus que de reproduction

page 1 : panorama : « La vie sexuelle révolutionnaire » ! Trotsky et Reich, Speculum et spéculation vu par Patlotch, dessins humoristiques sur le thème sexe et communisme, "Le sexe est-il soluble dans le Communisme ?" (Fourier, Proudhon, Courbet, Kollantaï, Reich...), Alexandra Kollontaï, Sexualité et lutte des classe

page 2 : Paola Tabet et le concept d’échange économico-sexuel, le sujet s'oriente vers la sexualité de plaisir plus que de reproduction, Wilhelm Reich, Gilles Dauvé Sur la « question » des « femmes », Arletty et "la collaboration horizontale"

page 3 : Non-mixité : faut-il parfois exclure les hommes du combat féministe ? Ali Baba et les 40 voleurs[/i] et 'la femme', Lubin, 1944, Chérubin de Pigault-Lebrun en 1800 à Donville en 1934, Roger Vailland écrivain communiste et libertin, Liberté sexuelle, nécessités psychologiques et révolution, avec Bernard Muldworf, psychiatre communiste, Clouscard... Liberté sexuelle et anarchisme, Florage : distinguer : l'objectif illusoire d'une libération sexuelle pour tous dans la société capitaliste; la révolution comme moment transitoire de sortie du capitalisme et la fonction des désirs, dont sexuels, dans ce processus; la projection future nécessairement abstraite

Page 4 : Miles Davis, Nougaro, Sexualités féminines dans les séries (Zones subversives) , Les mouvements de révolution sexuelle (Zones subversives)

page 5

- sur l'attirance sexuelle et la recherche du plaisir, déterminée ou non par la fonction de reproduction
- de la découverte du plaisir féminin à l’émancipation de la femme
- le plaisir clitoridien
- théorie de la communisation : une ablation théorique du clitoris
- Le pouvoir des femmes et la subversion sociale, la fonction capitaliste de l’utérus : « Mais il ne s’agit pas seulement de poser le clitoris contre le vagin, mais tous deux contre l’utérus.  »

page 6

- Jeter le bébé avec l'eau du bain
- lesbiennes et communisme
- 'Les Guérillères' de Monique Wittig 1969
- une critique des rapports sociaux sexuels ? Et la sexologie ? Florage
- 'Homosexualité & révolution', Daniel Guérin 1983
- 'Le corps féminin confisqué', Brigitte Pengam-Ferriere, Invariance de Jacques Camatte, 2015
- « Homosexualité communiste (1945-1989) » Colloque International février 2017

rien de transcendant à la page 7, à part le Coming Out d'Angela Davis, vous pouvez la passer, c'est le week-end, tout le monde se relâche

page 8 : Natsuo Kirino 'Out', Lilith, Jane Seberg, Baby Doll, Elia Kazan, les sextoys et la Chine...

Page 9 : Sextoys, Kamasutra, homosexualité en URSS, la classe ouvrière et les homosexuels, la bienséance et ses règles bourgeoises, Ronsard Les Amours de Cassandre, la gale

page 10 : Galant..., Félicien Rops, l'amour, les cochons et religieuses (Diderot, Becat, Bosch...), tous les hommes sont des cochons, Brel Les bourgeois..., Pro-Life...

Page 11 : L'an 40, L'intruse, Sans queue ni tête, Baudelaire et le dandysme, "le bon goût est un moment du mauvais goût" (AliBlabla), Désirs de révolution Nadejda Tolokonnikova Pussy Riot /Trump,

Page 12 : Bandits vs Gentleman, Nos désirs font désordre (lesbiennes), Freud Le mot d'esprit et ses rapports avec l'inconscient, dialectiquement parlant, le juste milieu n'existe jamais...

Page 13 Houellebecq, cochons et religieuses bis, proposer la botte, le duel émancipé duels de femmes au 19e siècle, Johnny Guitar un western féministe ?

Page 14 : le sexe, un plaisir animal trop humain ? "Amour et sexualité : l’homme est-il différent des animaux ?", "Le sexe chez les animaux, pas qu'une simple affaire de reproduction...", "Sexualité : Exprimer notre animalité, "Les grands singes sont tous menacés d'extinction" (dont les humains ? s'inquiète Cassandre), Brigitte Bardot et Frigide Barjot...

Page 15 : Un cochon à tête de singe, Sommes nous issus d'un croisement entre un porc et un singe ?, "Transformation des hommes en singe et en porc" un point de vue islamique, Orwell La ferme des animaux, des cochons et des hommes, Orwell machiste, Orwell populiste, encore des cochons avec Brecht et Jeanne d'Arc, un homme ?, Vivre et penser comme des porcs, de Gilles Châtelet 1998, l'UN, Cassandre à "Je lutte des classes" en passant par Stirner : une dérive perverse ?

Page 16 : foufoune, le bovarysme, Pénis. 45 % des hommes satisfaits de la taille de leur sexe, timbré/détimbré, Le féminisme délicieusement timbré de Miss.Tic, Tendresse (Florage)...

Page 17 : tendresse et sexualité, tendresse et désir, les hommes, les femmes...

Page 18 : l'idéologie psychologique machiste de la "tendresse des hommes", le désir comme manque et  l'amour comme échange économique, la transformation des participant.e.s en marionnettes

Page 19 : les marionnettes se présentent, premiers signes de rébellion pour la vraie vie (AliBlabla) et de fragmentation du sujet pantin

Pages 20 et 21 : la segmentation à son comble par les tendances identitaires... Guignol et le gendarme

Page 22 : Cassandre immédiatiste, les autres se défilent, le slibard et le c cédille, le détournement

Page 23 : Cassandre et AliBlabla, le "métier" de prédiseur et le détournamant

Page 24 : "le vrai est moche", En attendant Godo vidéo, pièce minimalistes en quatre actes... l'amour révolutionnaire dans les boites, l'Assemblée généreuse des marionnettes, l'émeute des pantins et pantines, épilogue

Page 25 : Ras-la-touffe, La valse à mille temps, "Il n'y a pas de rapport sexuel" (Lacan...), Les sucettes à l'anis, dialogues "tout le monde a lu le forum. Sauf...", Autums Leaves, Hic Salto pour les mouches

Page 26 : Baby, Please Don't Go !, "ça, moi, surmoi", Texte POUR UN ART BIOCRITIQUE : SEXUALITÉ ET ACTION POLITIQUE, Trois récits création de l’Œuvre multiorgasmique

Page 27 : Il y a un temps pour tout, la « plus-value sexuelle », les sexbots, l'érotisation du capital, Le marteau sans maître, une immense accumulation de sexe

Page 28 : divers rebondissamants produits et une révélation fracassante, La Gitanella de Cervantes, Ysabel's Table Dance Mingus, Boiter n'est pas pécher Freud/Israël, The Revolution will not be televised Gil Scott Heron, Avanie et Framboise Lapointe, Sept ans de malheur Max Linder, On n'est pas là pour se faire engueuler Vian, Je ne regrette rien Piaf, la contradiction de genre est héraclitobitococoïtoquitienne de souche...

Page 29 : Othello, un bon coup de sexe dans le communisme, La « libération sexuelle » est une guerre économique d’occupation, La pénétration, une arme de destruction massive de notre intégrité, la double castration théorique : un gauchisme féministe radical, le plaisir masculin ne se réduit pas à la pénétration, "les féministes, des mal-baisées !" ?, le sujet devient catégorie du forum "ET LE SEXE DANS TOUT ÇA ?"

Page 30 Dany-Robert Dufour « Le capitalisme libidinal veut faire de nous des drogués », Du soleil, du sexe et de l'idéologie, Rabelais et la somate, Contrôle des corps et misère sexuelle, Anne Archet Hypersexualisation mon cul, Marxisme et psychologie, Désir de révolution et révolution du désir, révolution des désirs et subjectivation révolutionnaire, Marx et Legendre Désir de dieu désir d'État, Montaigne, Que notre désir s'accroît par la malaisance, Misère sexuelle et solitude affective sont dans un même rapport au capital que la pauvreté

Page 31 : libido / libidinal, révolution et désir, porno, féminité et turbo-capitalisme, Amour et Capital,
Plaisir et désir sexuel : l'apport des neurosciences, Le secteur du sexe : une véritable industrie, « Jouir sans entraves » ?, Au Japon, des femmes flirtent avec des hommes virtuels

avec sa suite ici : AFRODITE CHEZ LES PHALLOCRATES, antiroman sans repentir, suivi de BLACK WOMEN, Love, Sex, Song, Dance... et théorie communiste

"mon meilleur sujet" parce que pour moi, l'approche par le sexe vaut plus et mieux que celle par le genre, qu'elle contient et pas l'inverse, d'où le choix de titrer le forum CIVILISATION CHANGE / COMMUNISME, SEXE, et POÉSIE. Je pense aujourd'hui de même que d'où nous parlons, en Occident et particulièrement en France, la critique de l'eurocentrisme est plus essentielle que celle du racisme, autrement dit au tryptique intersectionnel classe genre race je préfère Capitalisme Sexe Occident. Voir critiques et discussions de l'INTERSECTIONNALITÉ "CLASSE-GENRE-RACE"

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 4. COMMUNISME : chemins de traverse, de la chose au mot à la chose   Dim 20 Aoû - 20:30


11. coup de gueule communiste et décolonial

à propos d'eurocentrsime

je terminais le commentaire précédent en disant que d'où nous parlons, en Occident et particulièrement en France, la critique de l'eurocentrisme est plus essentielle que celle du racisme, autrement dit au tryptique intersectionnel classe genre race je préfère Capitalisme Sexe Occident. Voir critiques et discussions de l'INTERSECTIONNALITÉ "CLASSE-GENRE-RACE"

je vais encore sortir du sujet, qui est fait pour ça, et pousser un coup de gueule, en lien avec mon billet du 17 août : le communisme est formidable la peur en Occident ?


Patlotch a écrit:
tenez, cette histoire, que le communisme dans sa genèse aurait à voir avec le christianisme (exemple au 15e siècle Thomas Münzer) et le christianisme avec l'Occident : « Au Moyen Âge, le christianisme devient majoritaire en Europe, tandis qu'il s'amenuise face à l'islam dans les régions où il est né. » Le communisme naît en Europe et devient pour ainsi dire "marxiste" face au capitalisme devenu mode de production en Europe également. Le colonialisme, quant à lui, cumule ces qualités : être né occidental et chrétien

on peut donc dire que le christianisme, le colonialisme, le capitalisme, et le communisme sont des inventions occidentales qui se sont emparées du monde

des questions se pressent alors : en quoi cela a-t-il marqué le communisme, comme théorie de l'abolition du capital ? La conception de la révolution comme prolétarienne a-t-elle quelque chose de spécifiquement occidental ? Cela doit-il changer notre vision du communisme ? etc. N'a-t-il pas existé des Thomas Müntzer ailleurs qu'en Europe ? Il ne faut pas compter sur Wikipédia pour nous en instruire, alors que cette auto-encyclopédie (?) est sous "colonialité épistémique" [...]

il n'y a pas que Wikipédia pour être occidentalocentré, Google aussi, et particulièrement en français. J'ai relevé le nombre d'entrées respectives pour :

- communisme : 2,590 millions

- féminisme : 3,390 millions

- antiracisme 0,5 million

- racisme : 17 millions
- race : 1 240 millions

- eurocentrisme : 35 900

- européocentrisme : 13 400

- occidentalocentrisme : 2 220
- occidentalisme : 35 300

- afrocentrisme : 64 300
- africanisme : 56 600

- ethnocentrisme : 237 000

- décolonial : 470 000 (le mot est international)
- communisation : 48 200

que chacun.e fasse ses comptes ou les règle...

la page Wikipédia eurocentrisme se distingue par son indigence, sa bêtise et son idéologie


Citation :
Eurocentrisme est un néologisme à l'emploi rare et au sens incertain qui stigmatiserait l'attribution d'une place centrale aux cultures et valeurs européennes aux dépens des autres cultures. Ce serait une variante de l'ethnocentrisme [cette page vaut guère mieux]...

Le mot, apparu dans la deuxième moitié du xxe siècle, ne renvoie à aucune notion doctrinale ou aucune idéologie théorisée [une théorie est une idéologie théorisée...]

quelques réactions dans la discussion

Citation :
- L'eurocentrisme n'est pas une idéologie. Il n'existe personne qui soutient cette idéologie. Et pour cause, c'est un terme vide de sens et de contenue, qui a été créé uniquement en opposition à l'afrocentrisme. Les afrocentristes ont leur place dans cet article.

- Cette article est scandaleux ! Quel honte que wikipédia le laisse dans un état pareil ! C'est à vomir.

- Cet article est tout simplement à nul. Il se propose tout simplement à réfuter l'eurocentrisme qui n'existerait que dans l'imaginaire des afrocentristes qui eux sont justes bons à être interner.

il apparaît que les polémiques de marxistes, communistes ou anarchistes contre la critique de l'eurocentrisme et le décolonial, au nom de celle du racialisme ou de la racialisation, sont une tempête médiatique dans un verre d'eau, relativement à la méconnaissance générale de leur contenu, quand ils prétendent craindre que "la race" (l'antiracisme) soit mise sur le même plan et au même niveau que "le genre" (le féminisme) : les chiffres donnent une idée du contexte et des proportions relatives dans notre contexte idéologique

admettons qu'il existe un racisme par ignorance, y compris chez nos intellectuels, mais je n'en démords pas : L'EUROCENTRISME actuel EST UN NÉGATIONNISME RACISTE réel, y compris sous couvert de "prolétariat universel", de "lutte de classe" et de chasse aux "communautarismes identitaires" : qu'ils commencent par voir le leur, dans le miroir de l'idéologie dominante du capitalisme occidental, et français, l'idéologie française




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MessageSujet: Re: 4. COMMUNISME : chemins de traverse, de la chose au mot à la chose   Dim 20 Aoû - 23:02


12. au centre du Communisme, l'individu

ma lectorate aura compris que cette traversée se veut une sorte d'abrégé du forum, un guide de lecture des entrées thématiques que sont la critique de l'économie politique, les dominations masculines et raciales, l'écologie, la poétique, et l'individu. J'en viens à ce dernier point en prenant prétexte d'un article récent de Lucien Sève :

Au centre du Capital, l’individu

Lucien Sève, philosophe, auteur de Marxisme et théorie de la personnalité (1969)
L'Humanité 14 mars 2017

à 90 ans Lucien Sève le confirme, l'individu est au centre de son communisme, quoiqu'on pense par ailleurs de son œuvre dans la mouvance du PCF puis du démocratisme radical. Elle fut un jalon décisif dans mon propre parcours depuis le début des années 70, même si j'ai dû par la suite critiquer sévèrement sa conception du dépassement au service de la politique pour un passage progressif et démocratique au communisme (voir DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE). Et si l'œuvre de Sève fut décisive, c'est en raison de sa lecture de Marx faisant ressortir une définition du communisme comme : « association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous » (Le Manifeste). Il y revient ici avec le Capital, d'où le titre de l'article, il s'agit du livre, pas du capitalisme

Lucien Sève a écrit:
Qui n’a pas vraiment lu le Capital pense bien savoir ce qu’il contient : une « critique de l’économie politique », traitant donc de réalités purement sociales – marchandise, monnaie, travail, valeur, survaleur, taux de profit…, donc exploitation de classe, et pour finir, à l’horizon, société sans classes. Et il y a bien en effet tout cela dans cette grande œuvre.

Mais il y a aussi ce qu’on n’attend pas du tout, au point que sa présence a été gravement sous-estimée, qu’elle l’est toujours, quand elle n’est pas même ignorée : c’est l’individu. Car l’économie au sens où l’entend Marx dans le Capital est beaucoup plus que l’économique, c’est la base de tous les rapports sociaux, c’est-à-dire de ce qui fait de nous les humains que nous sommes ; c’est l’anthropologique en sa double dimension, celle de la collectivité et celle de l’individualité. Je vais quant à moi jusqu’à soutenir que le Capital est d’aussi profonde portée pour penser l’individualité que la collectivité. Qu’il touche au fond de la biographie des personnes autant que de l’économie des sociétés, l’une ne pouvant se comprendre vraiment sans l’autre.

Le plein développement de tous les individus en est un complément décisif 

Il faudrait des pages pour étoffer ce propos. Mais on peut s’en expliquer en quelques lignes. Le développement des forces productives est immédiatement aussi celui des capacités personnelles. Et il en est venu, montre Marx, à exiger « sous peine de mort » des individus intégralement développés (Livre I, chapitre 13). Aller vers cette plus haute civilisation a pour condition obligée la réduction toujours plus ambitieuse du temps de travail nécessaire, l’augmentation du temps libre pour le développement des capacités et des jouissances supérieures (Livre III, chapitre 48). Un des mérites historiques du capitalisme est d’avoir libéré l’individu de dépendances ancestrales, mais en même temps la dictature de l’appropriation privée des richesses sociales engendre à la fois la rapacité sans borne de l’individu concurrentiel et l’aliénation sans rivage de l’individu dépossédé. L’issue, la seule issue, c’est d’en venir à l’appropriation à la fois commune et « individuelle » – je cite Marx – des moyens sociaux de production (Livre I, chapitre 24).

Je souligne : l’appropriation commune doit impérativement être en même temps individuelle, c’est-à-dire que chaque individu doit accéder pour de bon à la maîtrise collective du destin de tous et chacun. C’est là une dimension cruciale de la visée marxienne. Au Livre I, chapitre 22, page 575, figure cette définition du communisme : « une forme de société supérieure dont le principe fondamental est le plein et libre développement de chaque individu ». La foncière incompréhension, le refoulement même de cette vue capitale de Marx, a été une faute dramatique du marxisme doctrinaire, du socialisme stalinisé, du mouvement communiste massifiant.

Le développement universel des forces productives est un présupposé absolu du passage à une société sans classes – thèse marxiste de base, qui fait comprendre bien des choses aux drames du XXe siècle. Le plein développement de tous les individus en est un complément décisif – thèse encore profondément sous-estimée. Il est vital pour la stratégie et la forme d’organisation de nos combats du XXIe siècle de la faire passer au premier plan de nos pratiques. Sortir enfin du capitalisme ne se fera que moyennant une vraie explosion d’initiative appropriative compétente et concertée des individus. Rien n’importe plus que de la favoriser.

mon propre travail sur la question est là : INDIVIDUS, Capital, État = ALIÉNATION => COMMUNAUTÉ HUMAINE !, le sujet le plus théorique étant L'INDIVIDU au-delà de L'INDIVIDUALISME => "Je est des autres" : COMMUNISATION, le plus en relation avec ce texte de Sève "L'INDIVIDU chez MARX" Noun de Los Cobos 1997-98, "MARX philosophe de L'INTERSUBJECTIVITÉ", Jad Hatem 2002

qu'on ne voit pas là une contradiction avec mon affirmation de ce matin 8:50, le communisme est une affaire de masses. Le problème n'est pas entre individus et masses, mais dans le passage de l'individu à la classe de la révolution par la subjectivation révolutionnaire qui est toujours, in fine, individuelle. Et l'on ne la produit pas par la médiation d'un parti ou d'organisations, ce qui est le thème de AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, une vision renouvelée

comment relier tout ça en cohérence ? C'est affaire de dialectique, comme j'ai dit une question problématique dans l'œuvre de Sève... Depuis son ouvrage sur la personnalité, il a privilégié avec bonheur le concept d'individualité, comme en témoigne son dernier ouvrage



septembre 2015

Citation :
La psychologie est-elle cette présentation raisonnée des mouvements des souris dans des labyrinthes ou des liens entre les fonctions mémorielles et les zones du cerveau, ou bien peut-elle nous permettre de comprendre le mouvement et la logique des biographies individuelles, de la formation d’un individu humain tout au cours de son existence ?

Le livre de Lucien Sève rassemble la préface à la 4e édition allemande de Marxisme et Théorie de la personnalité à paraître en 2015 et un texte très court sur les formes d’individualité, concept clé de sa « psychologie », paru dans l’encyclopédie marxiste allemande de 2002. A eux deux ils forment une présentation simple de cette science de la biographie à travers 60 ans de travaux, articles et livres.

Le premier, version française de la préface à la 4e édition allemande de Marxisme et théorie de la personnalité, suit la chronologie des idées qui, en construisant cette théorie de la personnalité, ont construit la personnalité de son auteur.
Il y détaille les débats qui l’ont opposé aux pavloviens, aux psychologues expérimentalistes, aux partisans des « dons », à son ami Louis Althusser, en lui permettant d’affiner sa conception. On y croise Marx bien sûr, et aussi Stendhal, Politzer, Vygotski, Freud, Oddone, Clot, S. Jay Gould… pour chaque fois, expliquer une notion, faire naitre un concept, éclaircir une question fondamentale.

Le second présente l’apport spécifique de Marx à cette réflexion. Toujours considéré comme penseur des formations sociales et de l'histoire, ce qu'il est bien sûr, Marx est aussi du même mouvement penseur des formations individuelles correspondantes, des formes historiques d'individualité, base de cette science psychologique effective.
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MessageSujet: Re: 4. COMMUNISME : chemins de traverse, de la chose au mot à la chose   Lun 21 Aoû - 13:05


13.
le communisme lénino-stalinien français

ou
le programmatisme national-populiste
par ses mots dévoilé


Le lexique communiste (1932-1946)

Robert Benoist Mots n°3, octobre 1981







contrairement à l'objet de cette étude, je m'intéresse davantage aux contenus portés par les mots les plus fréquents à chaque période, d'où mon titre. Quant à la forme, je pense que sans les phrases d'où sont tirés les mots, on ne peut pas tirer grand chose d'une approche strictement lexicale

néanmoins, il serait tout à fait intéressant de poursuivre ce travail des années 50 à aujourd'hui, l'évolution vers l'abandon du marxisme ou son édulcoration pour l'union de la gauche des années 70 dans la décomposition du programmatisme ouvrier, annonçant le démocratisme radical à partir de 1995. Paradoxalement, si le populisme propre au PCF depuis le Front Populaire n'a pas disparu, il ne s'inscrit pas dans les figures obligées du populisme de gauche emmené en France par Jean-Luc Mélenchon, pour des raisons générationnelles peut-être : le parti vieillit et ses membres résistent à la démagogie et à la personnalisation, ses chefs étant au demeurant dépourvus de charisme...

en relation : POPULISME de GAUCHE : CHANTAL MOUFFE et ERNESTO LACLAU théoriciens transclassistes

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MessageSujet: Re: 4. COMMUNISME : chemins de traverse, de la chose au mot à la chose   Lun 21 Aoû - 15:49


14. le communisme des intellectuels et revues

à boire et à manger
entre auberge espagnole et illusions démocratiques


Twisted Evil

au-delà de l'intérêt de textes inédits ou actuels et de traductions ou d'entretiens souvent intéressants, j'ai dit mon insatisfaction des revues 'marxistes' qui n'ont pas de ligne éditoriale, avec laquelle être au demeurant d'accord ou pas. C'est l'auberge espagnole où chacun.e pioche ordinairement de quoi confirmer ses propres vues. Les points de vue des articles sont contradictoires, donc susceptibles d'alimenter un débat, mais sans échos, sauf peut-être dans les discussions de colloques et séminaires auxquels participe le gratin du marxisme international, et bien évidemment dans les mouvements de luttes engagés de façon proche auxquels est ainsi fourni la théorie et/ou l'idéologie

autant dire que d'une façon générale, la critique héritée de l'ultragauche historique (du conseillisme à la communisation) en est singulièrement absente (Yves Coleman, certes pas de mes amis, le relève le 3 août  dans La revue "Période" et la révolution russe : le grand décervelage radical-chic). La responsabilité étant sans doute réciproque, tant ces courants cultivent leur singularité radicale

personnellement, je pioche chez nombre de théoricien.ne.s, pas seulement marxistes, sans considérer leur œuvre comme un tout à prendre ou à laisser, d'autant que leurs corpus théoriques peuvent entrer en contradictions avec leurs positions politiques (ou alors il faut faire le lien). Au demeurant, se confronter à des pensées avec lesquels on a des désaccord est très formateur de l'esprit critique. Quoi qu'il en soit, l'important est de discerner d'où ils parlent pour soutenir tels points de vue

un aperçu de mes penseur.e.s de référence, en sus de Marx, Kropotkine et quelques-uns de ses héritiers : Cinzia Arruzza, Bruno Astarian, Emil Cioran, Gilles Dauvé, Angela Davis, A. C. Dinerstein, Sylvia Federici, Frantz Fanon, Isabelle Garo, Édouard Glissant, Stuart Hall, CLR James, Selma James, Pierre Legendre, Henri Meschonnic, Bertell Ollman, Saskia Sassen, Roland Simon, Gayatri Spivak, Raymond Williams, Alexandre Zinoviev... plus nombre d'écrivain.e.s, artistes et poètes

je doute qu'un autre que moi trouve à les picorer la moindre cohérence. Mes chemins de traverse sont aussi une traversée, pour penser avec les autres, et plus ou moins contre

pour revenir aux revues, je lis régulièrement Période (le Comité scientifique est plutôt néo-trotskiste, avec une ouverture décoloniale), Viewpoint (la ligne est plus clairement un mélange d'opéraïsme, d'enquête ouvrière, parfois d'ultragauche, et de décolonial), HM Historical Materialism. Je suis naturellement les blogs sur la communisation (Bruno Astarian/Hic Salta, Gilles Dauvé/DDT21, dndf/Théorie Communiste), et pour le reste j'utilise des mots clefs de recherche

signalée cette conférence :





j'y ai repéré ces interventions :

- Himani Bannerji (York University, Canada), Reading 'Capital' for Understanding Violence Against Women in the Era of Neoliberalism

- Kevin B. Anderson (UC Santa Barbara, USA), Multilinearity, Colonialism, and Race in 'Capital'

- Silvia Federici (Hofstra University, USA), Marx, Gender and the Reproduction of the Working Class

- Seongjing Jeong (Gyeongsang National University, South Korea), Marx on Globalization

- Bertell Ollman (New York University, USA), 'Capital' vol. 1 in Light of Marx's Unpublished Works

- John Bellamy Foster (University of Oregon, USA), Marx's 'Capital' and the Earth: The Ecological Critique of Political Economy

- Saskia Sassen (Columbia University, USA), When the Material Becomes Invisible: A Conversation with Marx's Materialities


study


signalé aussi
Penser l’émancipation IVe colloque international (programme) 13–16 septembre 2017 Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis

plus de 200 interventions, avec il me semble une dominante théorico-politique dans l'héritage du démocratisme radical (beaucoup d'émancipation, peu de révolution), voire revendiquant le populisme de gauche; mais aussi des communications plus historiques ou théoriques. Mon intérêt s'est porté sur :

- Gregory Bekhtari : Aux sources communistes du Black Feminism : élaboration théorique et usage stratégique du concept de « triple oppression »

- Gianfranco Rebucini : Vers un communisme queer. Conscience autonome, désidentification et révolution sexuelle

- Nicolas Go : L’éducateur prolétarien : héritage encombrant ou promesse révolutionnaire

- Lucas Fassio : Marx et le Moyen Âge occidental

- Norman Ajari : Tremblez à sa parole. Prophétisme dans la théologie de la libération noire

- Marina Simonin : Malaise dans la jeunesse. Du désoeuvrement à la radicalité, de la radicalité à la révolution ?

- Pierre-Ulysse Barranque : Esthétique de Marx, activité artistique et aliénation

- Sophia Djitli : L’art comme champ de luttes, esthétique révolutionnaire et travail artistique

- Jean-Marc Ziegelmeyer : Généalogie de la praxis. De Marx à Foucault en passant par Gramsci. Du sujet de l’histoire au sujet par l’histoire

- Timothée Haug : Une écologie critique peut-elle se passer du concept de nature ? Réflexion sur l’ambivalence du concept de « seconde-nature », dans les parages de Hegel et Marx

- Thomas Ngameni : La fonction émancipatrice de l’utopie chez Ernst Bloch et Michel Foucault

- Facundo C. Rocca : Formes juridiques, subjectivation et domination chez Marx

- Samuel Hayat : L’émancipation sans l’organisation ? La politique de la grève des mineurs d’Anzin au XIXe siècle

- Guillaume Vadot : Sexe, race, classe et...police. Une discussion stratégique sur la police de l’État français

- Catherine Samary : Le communisme en mouvement

- Philippe Bourrinet : Les conseils ouvriers en Allemagne (1918-1921) : communisme des conseils et organisation de classe. Une utopie à l’heure des réseaux sociaux ?

- trois interventions sur la possibilité du fascisme en France

- Gianfranco Rebucini : Masculinités et « bloc historique masculin » contemporain. Une approche gramscienne du genre dans le néolibéralisme

- Guido Grassadonio : Lucien Goldmann face à l’anti-humanisme de Louis Althusser

- Juan Sebastian Carbonell : Production, flux et classe : la « sociologie spontanée » du Comité Invisible

- Denis Godard : Questions sur l’autonomie de classe au regard de l’expérience italienne


Question


je constate d'une manière générale une tentative de rapprocher davantage encore des théoriciens, dont nombre de post-trotskistes, avec des leaders d'opinions des mouvements de luttes féministes (Morgane Merteuil...), décoloniaux (PIR, Bouamama...), voire de la mouvance autonome anti-flics (Rigouste, Antonin Bernanos)... Il y a comme une tentative de faire (re)vivre le démocratisme radical avec et au-delà du populisme, en l'adaptant aux évolutions semble-t-il plus politiques qu'économiques. Tout cela est-il bien réaliste ? Il est vrai que dans la nouvelle restructuration du capitalisme  (capitalisme vert, etc.) qui pourrait lui assurer une survie encore longue, il faut s'attendre à ce que perdurent ces voies à mon sens illusoires... Mais qui vivra verra


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MessageSujet: Re: 4. COMMUNISME : chemins de traverse, de la chose au mot à la chose   Mar 22 Aoû - 13:31


15. "mon" communisme ?


Tristan Vacances : - Vos chemins sont enchevêtrés et votre promenade déconcertante, votre lectorate risque de s'y perdre autant que dans le fatras de vos accumulations toujours primitives

Patlotch : - mes chemins sont initiatiques, ce ne sont pas des autoroutes. La jungle du capital est touffue, broussailleuse, sauvage. Prédateurs et pièges s'y reproduisent démultipliés et sans cesse en mutations. Aucune piste n'y est tracée, aucun guide ne connaît l'itinéraire...

Tristan Vacances : - Vous vous considérez comme un guide ?

Patlotch : - justement pas, bien que j'entende signaler de fausses pistes, déjà empruntées sans succès, ou de nouvelles impasses

Tristan Vacances : - Quand même, ce que vous faites n'est pas inutile à vos yeux ?

Patlotch : - je le fais d'abord pour moi, me mettre au clair; si quelqu'un s'en sert, tant mieux

Tristan Vacances : - Sous ce mot communisme, vous semblez avoir rassemblé ce qui a d'abord fait l'objet, en 2004, de votre Carrefour des émancipations puis de votre croisement entre tradition marxiste et anarchiste, féminisme, pensée décoloniale, écologie, poétique...

Patlotch : - le mot communisme contient pour moi le reste et lui donne une perspective cohérente et critique des idéologies de la convergence, de l'unité organisationnelle. Je l'ai sorti de sa seule acception marxiste et de l'universalisme prolétarien trempé dans l'eurocentrisme. Voir contre l'ANTIRACISME UNIVERSEL INCOLORE HUMANISTE ou PROLÉTARIEN et le matérialisme abstrait et Vers un MARXISME DÉCOLONIAL

Tristan Vacances : - Vos articulations sont complexes, ramifiées, difficiles à suivre...

Patlotch : - ce ne sont pas des articulations de choses séparées; elles ne le sont que dans l'esprit des spécialistes de telle lutte. Ma vision est globale, ma dialectique complexe retient l'idée de points de vue hologrammatiques de chaque partie sur le tout présent en chacune d'elle. Voir DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE

Tristan Vacances : - Vous refusez une dialectique binaire de classe prolétariat/capital, de genre hommes/femmes, de races dominées, d'individu/société, d'humains/nature...

Patlotch : - oui et non, je les inscris dans une structure à dominante, le capital/patriarcat, qui passe par la lutte de classe, mais une classe à produire qui n'est plus le prolétariat ouvrier avec ce qui en faisait, du marxisme classique à la communisation, le sujet révolutionnaire par excellence

Tristan Vacances : - Comment faites-vous pour vous y retrouver ?

Patlotch : - je couche avec. Je connais si bien les chemins qui m'y ont conduit que je n'ai plus besoin de les suivre par la seule connaissance, la seule théorisation, je fonctionne maintenant au feeling, dans une diversité de langages qui se compénètrent en s'interrogeant l'un l'autre

Tristan Vacances : - Comment les autres peuvent-ils s'y retrouver ?

Patlotch : - chacun.e peut le faire selon son propre cheminement, à partir de ce qui lui convient le mieux, fonction de son bagage et de ses goûts. Nul n'est obligé de me suivre en tout, et ça n'a d'intérêt pour personne, ni pour moi en retour. Quand on pense et élabore comme je le fais, on ne demande pas aux autres de procéder autrement que par eux-mêmes. Il n'y a en la matière ni pédagogie ni didactisme possible, seulement la responsabilité de se faire comprendre

Tristan Vacances : - Ça ne fait pas une théorie révolutionnaire...

Patlotch : - à la bonne heure ! Ça n'existe pas. Voir THÉORICISME : on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer


Karl Marx a écrit:
Une classe qui concen­tre en elle les inté­rêts révo­lu­tion­nai­res de la société, dès qu’elle est sou­le­vée, trouve immé­dia­te­ment dans sa propre situa­tion le contenu et la matière de son acti­vité révo­lu­tion­naire : écraser ses enne­mis, pren­dre les mesu­res impo­sées par les néces­si­tés de la lutte ; et ce sont les consé­quen­ces de ses pro­pres actes qui la pous­sent en avant. Elle ne se livre à aucune recher­che théo­ri­que sur ses pro­pres tâches.

Les luttes de clas­ses en France 1850

Tristan Vacances : - C'est de l'auto-organisation ?

Patlotch : - tout-à-fait, avant la lettre. Voir AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, contre l'autonomie, une vision renouvelée

Tristan Vacances : - Vous ne voulez toujours pas publier un livre ?

Patlotch : - il en faudrait plusieurs et c'est trop tard, et puis rien n'est arrêté, tout est ouvert et doit le rester, work in progress

Tristan Vacances : - Vous semblez dire qu'il n'y a pas urgence, que ça peut attendre...

Patlotch : - non, une fois mûr, c'est la situation qui le sera, sans besoin de théorie, relisez Marx plus haut

Tristan Vacances : - Alors à quoi ça sert ?

Patlotch : - l'analyse critique de l'existant, du moment actuel, est aussi importante que le versant des luttes, des contenus et formes qu'on peut leur imaginer dans une conjoncture révolutionnaire. Prenez le Capital, c'est ça, pas de la théorie révolutionnaire, et celle qu'on trouve dans ses textes politiques a beaucoup vieilli

Tristan Vacances : - ces formes et contenus de luttes découlent de l'existant ?

Patlotch : - de la période actuelle, on ne peut en tirer que des spéculations, qu'il ne s'agit pas de prendre pour des prophéties, parce qu'on y perd la tête et en retour l'acuité du regard sur le présent, ce qui mène inévitablement à l'eschatologie révolutionnaire. Voir l'étude COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION

Tristan Vacances : - C'est tout ?

Patlotch : - pour qui s'intéresse au communisme, c'est déjà beaucoup. J'aurais apprécié à vingt ans, quarante ou soixante, de trouver de telles sources d'inspiration. J'aurais gagné du temps

Tristan Vacances : - Mais l'époque le permettait-elle ?

Patlotch : - sur certains points, oui, la preuve, j'ai découvert le situationnisme vingt-cinq ans après, la communisation aussi, avec le décalage qui les sépare. Mais pour l'essentiel, ce que j'élabore était impensable il y a seulement cinq ou dix ans

Tristan Vacances : - Quoi, et pourquoi ?

Patlotch : - mon analyse globale était balbutiante, les polémiques m'engluaient, l'idéologie de la communisation et l'intersectionnalité classe-genre-race me rendaient aveugle à l'inscription nouvelle de l'eurocentrisme dans la double crise de l'Occident et du capitalisme (sur l'OCCIDENT, son histoire, son concept, et sa CRISE); surtout, la situation économique ne permettait pas d'affirmer la restructuration en cours, qui évitera au capitalisme une crise de reproduction avant plusieurs décennies (ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ? NOUVELLE RESTRUCTURATION du CAPITALISME ?). Pour le reste, la méthode, le décolonial, l'individu, la poétique, j'avais les intuitions de fond, mais pas toutes les connaissances, et je n'étais pas encore entré en théorie comme au couvent, ou plutôt en couveuse

Tristan Vacances : - Qui a fait l'œuf ?

Patlotch : - sur les aspects essentiels, le capitalisme et les luttes, qui voulez-vous d'autres ?

Tristan Vacances : - Et la poule ?

Patlotch : - toute métaphore a ses limites



Tristan Vacances : - Que vient faire la poétique dans tout ça ?

Patlotch : - la mienne est le produit de mes pratiques artistiques autant que de l'écoute des artistes à l'œuvrage, elle est d'emblée praxis, et sans elle je n'aurais pas la même conception de l'auto-transformation des choses par l'activité, ni du travail et de l'expression théoriques. Voir UN RENVERSEMENT POÉTIQUE et RÉVOLUTIONNAIRE de Guy Debord à... Patlotch...


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MessageSujet: Re: 4. COMMUNISME : chemins de traverse, de la chose au mot à la chose   Mar 22 Aoû - 22:55


16. subjectivation communiste

de l'individu à la classe aller-retour

une réflexion sur la subjectivation révolutionnaire est engagée dans plusieurs sujets du forum. Dernière en date : la 'foi communiste', c'est la subjectivité révolutionnaire de classe, ici le 20 juillet. Précédemment avec Ana Cecilia Dinerstein : 'utopies concrètes', 'organiser l'espoir'... auto-subjectivation révolutionnaire, ou dans la rubrique sur l'individu

auto-subjectivation est un pléonasme si elle concerne l'individu, puisque par définition de la subjectivité, l'individu se subjective lui-même. S'il est subjectivisé par d'autres, il y a du souci à se faire pour son émancipation, son « libre développement ». Mais concernant la classe, la subjectivation (révolutionnaire) est produite par et dans l'auto-organisation (révolutionnaire) : font la révolution des individus non séparés, en tant que classe

Marx&Engels L'idéologie allemande, Cité par Théorie communiste n°21, p. 74-75 dans
Karl Marx et la fin de la philosophie allemande
Citation :
Les individus isolés ne forment une classe que pour autant qu'ils doivent mener une lutte commune contre  une autre classe; pour le reste, ils se retrouvent ennemis dans  la concurrence. Par ailleurs, la classe devient à son tour indépendante à l'égard des individus, de sorte que ces derniers trouvent leurs conditions de vie établies d'avance, reçoivent de leur classe, toute tracée, leur position dans la vie et du même coup leur développement personnel; ils sont subordonnés à leur classe. C'est le même phénomène que la subordination des individus isolés à la division du travail et ce phénomène ne peut être  supprimé que si l'on supprime la  propriété privée et le travail lui-même. [...] Mais il apparaît au cours du développement historique, et précisément par l'indépendance qu'acquièrent les rapports sociaux, fruit inévitable de la division du travail, qu'il y a une différence entre la vie de chaque individu, dans la mesure où elle est personnelle, et sa vie dans la mesure où elle est subordonnée à une branche quelconque du travail et aux conditions inhérentes à cette branche.

dès lors se pose la question du passage de l'individu à la classe, mais aussi de la classe aux individus, si, comme nous l'avons vu plus haut avec Lucien Sève, l'individu est au centre du communisme et celui-ci « une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous » (Le Manifeste), pour « une forme de société supérieure dont le principe fondamental est le plein et libre développement de chaque individu » (Le Capital, Livre I, chapitre 22). De l'un à l'autre, Marx réunit moyen et but

partant du fait que les individus se subjectivent toujours par eux-mêmes, la subjectivation communiste de classe est la phase de l'auto-organisation révolutionnaire comme moyen, le communisme comme auto-émancipation des individus le but


où l'on voit que se dire communiste tout seul, ou isolé, n'a pas de sens, puisque cette subjectivité ne construit pas des relations de classe, objectives (lutter) et subjectives (penser), avec d'autres individus : cette solitude n'auto-organise rien. Alors on est seulement communiste en pensées, seraient-elles de traverse. Ça la fout mal, hein, si le communisme n'est pas une idée...


scratch

alors on a très envie de croire que la dernière phrase de Marx a bien été : « Il n'y a que la lutte »

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MessageSujet: Re: 4. COMMUNISME : chemins de traverse, de la chose au mot à la chose   Mer 23 Aoû - 13:45


17. le communisme : une désaliénation ?
idéologie, aliénation, fétichisme, exploitation, idéologie, aliénation...

importé de ALIÉNATION des INDIVIDUS, et CAPITALISME

rappel du 16 août 2015 en introduction au texte de Franck Fischbach, Transformations du concept d’aliénation. Hegel, Feuerbach, Marx 2011

Patlotch a écrit:
- je ne trouve pas efficient d'utiliser le concept d'aliénation en rapport avec des situations de luttes, ni même d'analyse des luttes. Une fois posée l'aliénation, il faut voir ce qu'il y a dedans, et particulièrement la construction (ou la destruction) d'une (de) subjectivités, d'une (de) subjectivations en rapport avec une situation d'exploitation, d'oppression, de domination, d'enfermement, de harcèlement, d'agression ou de répression, etc. qui sont toujours un mixte de rapports de rapports de classes, de genres, de 'races'... Bref des rapports aux corps-esprits d'existences concrètes

il en va un peu de l'aliénation comme de l'idéologie, on ne cesse d'écrire à son propos depuis des siècles, même avant de l'appliquer ainsi (voir par exemple Le Discours de la servitude volontaire ou le Contr'un, écrit par de La Boétie en 1549, à l'âge de dix-huit ans... les philosophes des Lumières bagarrant avec la Raison contre la Religion, etc.)

plus on croit la cerner et le faire de façon "matérialiste", plus, pour un peu, on parle pour ne rien dire, parce qu'on ne sait pas quoi en faire, sinon de la propagande anti-aliénation, une contre-idéologie qui révèle plutôt que si l'on s'intéresse tant à l'aliénation en général, c'est qu'on croit que le monde est guidé par des idées, que la lutte communiste est d'abord une lutte d'idées : en d'autres termes c'est une conception, une théorisation de l'aliénation que je trouve plus aliénante qu'émancipatrice. L'émancipation viendra de combats concrets ne se réduisant pas à une lutte d'idées.

chez Marx, des Manuscrits de 1844 au Capital, le concept d'aliénation, et celui d'idéologie, évoluent pour devenir inséparable de l'exploitation, via le fétichisme (de la marchandise). Ces quatre concepts tournent ensemble de façon dialectique, pour ne pas dire complexe

les marxistes "kantiens" s'intéressent davantage aux écrits de jeunesse qu'au Capital, et en tirent des chemins d'émancipation démocratiques fondés sur le combat d'idées plus que sur la lutte de classe concrète à visée de rupture révolutionnaire. En France Yvon Quiniou et Denis Colin sont des spécialistes du genre :

- Yvon Quiniou aliénation. Ayant ferraillé avec lui dans le Club Médiapart, à propos de religions, athéisme et laïcité, j'ai pu vérifier qu'il n'a rien compris au Capital

- Denis Collin aliénation. Exemple, 2011 : En quoi consiste l'aliénation du travail ? Explication d'un extrait des "Manuscrits de 1844". Il y revient dans un livre récent sur Marcuse

quant à l'humaniste Lucien Sève, s'il renvoie au Capital, il n'établit pas le lien entre aliénation et exploitation au point d'aboutir à l'abolition révolutionnaire de celle-ci : Aliénation et émancipation / "Karl Marx : 82 textes du "Capital" sur l'aliénation"



2012

Citation :
Avec la crise profonde du capitalisme, Marx est en plein retour, et particulièrement son concept-clef d'aliénation. Dans ce recueil de textes, le philosophe Lucien Sève propose une étude précise et une réactualisation de ce concept, en prise sur les enjeux théoriques et politiques contemporains, dans la perspective de l'émancipation collective et du dépassement du capitalisme.

Cet ouvrage propose une lecture inédite de Marx en montrant, nombreux textes à l'appui, que l'idée d'aliénation, centrale dans les Manuscrits de 1844, texte de jeunesse auquel s'arrêtent la plupart des commentateurs contemporains, non seulement ne disparaît pas du Capital mais y acquiert une tout autre portée.

Au-delà de la dénonciation des souffrances de l'individu au travail, elle met en examen les logiques de base du capitalisme : faute d'appropriation collective, les productions humaines de tous ordres se convertissent en puissances sociales incontrôlables et écrasantes, menant le genre humain à sa perte.

Avec Marx, l'auteur montre que travailler à surmonter cette aliénation est la tâche cruciale de notre temps, qu'il ne peut y avoir émancipation sociale sans émancipation de chaque individu, qu'on ne préservera pas la planète Terre sans sauvegarder le genre humain de la déshumanisation capitaliste.

"surmonter l'aliénation" suppose d'abolir l'exploitation dont elle procède et qu'elle entretient idéologiquement. La désaliénation, c'est la désubjectiavation et la désobjectivation du monde capitaliste, qui ne se produit que dans la lutte révolutionnaire

voilà quelques exemples qui montrent l'insuffisance de traiter séparément de l'aliénation et de la considérer comme centrale davantage que l'exploitation. La conséquence, on le constate, est inévitablement le primat à la lutte d'idées dans l'idéologie démocrate radicale, et c'est pourquoi cette tendance est surtout le fait de philosophes : ce qui intéresse les prolétaires, c'est que finisse leur exploitation, parce que même aliénés, ils savent fort bien ce qu'ils vivent

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: 4. COMMUNISME : chemins de traverse, de la chose au mot à la chose   Jeu 24 Aoû - 20:35


18. le communisme au cœur de la révolution vers la communauté humaine
pourquoi ?

Tristan Vacances : - Avec cette série de sujets, vous remettez la révolution et le communisme au centre de vos cogitations en affirmant : « le mot communisme contient pour moi le reste et lui donne une perspective cohérente et critique des idéologies de la convergence, de l'unité organisationnelle... » et vous ajoutez : « mettre le communisme au cœur des cogitations du forum ré-insiste sur une cohésion difficile à percevoir »

Patlotch : - oui, critique aussi de la critique des dominations de genre, de race et de l'écologie quand elles ne sont pas reliées avec et par un communisme de la rupture avec le capital. Au demeurant, le féminisme, le décolonialisme et l'écologie sont traversés de courants contradictoires voire incompatibles

Tristan Vacances : - N'est-ce pas aussi le cas du communisme et du marxisme ?

Patlotch - certes, mais on n'a pas besoin de dire communisme féministe, communisme décolonial, communisme écologique, parce que sans ces dimensions, ce n'est plus le communisme, que l'on va par contre pouvoir nourrir de féminisme communiste, de décolonialisme communiste, d'écologie communiste, et d'anarchisme communiste

Tristan Vacances : - la réciproque n'est-elle pas vraie : le féminisme communisme suppose la rupture révolutionnaire, etc. ?

Patlotch : - il lui manquera le décolonial et l'écologie, et les rassembler suppose le communisme comme enveloppe, parce que lui seul dit la rupture avec le capital dans laquelle peuvent seulement se résoudre, dans le même mouvement, les autres questions

Tristan Vacances : - et le marxisme ?

Patlotch : - le marxisme, s'il n'est pas la somme des mauvaises interprétations de Marx, est au mieux le versant théorique du communisme, avec ce qui en découle, un féminisme marxiste, une écologie marxiste, voire un marxisme décolonial. Dans ma conception, le communisme inclue cette théorie dans son mouvement comme lutte embarquant les autres

Tristan Vacances : - Communisme de toutes les émancipations ?

Patlotch : - le mot est à la mode dans les milieux du marxisme humaniste et démocratiste, on attend que le PCF, qui s'interroge sur son nom, Parti communiste français, laisse tomber les trois : parti pour mouvement, français pour rien, communiste pour émancipations, résultat : En marche les émancipations. Cette sorte de convergence œcuméniste et racoleuse est dans l'air du temps : populiste

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MessageSujet: Re: 4. COMMUNISME : chemins de traverse, de la chose au mot à la chose   Ven 25 Aoû - 17:32


19. communisme (mouvement et lutte) et communauté humaine (but et résultat)

remarques terminologiques logiques et dialectiques

Rolling Eyes

j'avais en 2009 initié une discussion sous le titre : Le pas non suspendu du communisme. Communisme, communauté vs. mouvement ? Dans ce texte auto-détruit, je partais du fait que dans ceux des théoriciens de la communisation qui retenaient alors mon intérêt, on trouvait les deux sens du mot communisme. Quelques exemples :

en 1996 dans Le communisme – Tentative de définition, Bruno Astarian écrit :

Citation :
le communisme est un rapport social inter-individuel. Les hommes du communisme produisent la communauté à titre singulier, personnel et inter-actif. « Produire la communauté » ne signifie ici rien d’autre que d’affirmer le rapport de moi à l’autre comme le principe et la fin de toute activité particulière.

Le communisme ne récupère pas les forces productives du capitalisme pour les libérer et les développer. Il en fait table rase [...]

Dans le communisme, la catégorie de la production matérielle disparait donc au profit de celle d’activité inter-individuelle totalisante trouvant en elle-même sa raison d’être. On parvient au même résultat en imaginant ce que deviendront les activités actuelles non-productives séparées : le communisme fera, par exemple, de ce qui est actuellement l’activité poétique un rapport reproductif à la nature.

l'utilisation du futur donne sans ambiguïté à communisme la définition de la production de la communauté humaine dans et par la révolution

de même, Théorie Communiste dans TC23 en 2010 :

Citation :
La communisation et le communisme sont des choses à venir.

troploin en 2011 dans : communisation
Citation :
Cette théorisation n’approfondit ce que sera le communisme… qu’en obscurcissant le chemin qui y mènera : un intérêt accru pour le contenu du communisme se paye d’une perte sur la compréhension de la réalisation possible de ce contenu

Ce que le néologisme communisation désigne, c’est une révolution qui crée le communisme, non les conditions du communisme. [si la révolution est son mouvement, ce qu'elle crée est le communisme comme résultat]

sans me citer Théorie Communiste me répondait dans TC24 2012 : Sur l'ambivalence supposée du concept de communisme
Citation :
Le terme de « communisme » paraît porter avec lui une ambiguïté dans son utilisation : mouvement et résultat. Mais il n’y a d’ambiguïté que pour notre misérable cerveau spontanément infecté d’idéalisme.

Il y aurait deux utilisations du mot « communisme » : « Le communisme n’est pour nous ni un état qui doit être créé, ni un idéal sur lequel la réalité devra se régler. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l’état actuel. » (Marx, L’Idéologie allemande Ed. Soc., p. 64.), et le communisme comme « société », « communauté », bref, « comme ce sera après… », comme « résultat ». En fait, dans ces deux « communismes », il y en a un qui existe et l’autre non. Cette dualité est le résultat d’une pensée complètement folle qui considère d’une part un mouvement de production, et, d’autre part, le résultat de ce mouvement de production comme l’aboutissement se tenant quelque part comme déjà en attente. En attente de l’effectuation du premier. Même lorsqu’il s’agit du second sens (l’aboutissement), il faut savoir que c’est en réalité toujours du premier dont on parle. Il n’y a qu’un seul sens, qu’un seul emploi : « le mouvement qui abolit ». Quand il s’agit de l’aboutissement, c’est toujours du mouvement dont il s’agit. C’est être complètement imprégné de pensée finaliste que de concevoir que le résultat est déjà un existant et souvent, pire, que le mouvement n’a de sens que de par son résultat. [...]

La chose qui doit exister n’existe pas déjà comme en attente de son actualisation par le mouvement qui la produit, cette chose qui doit exister n’est que son mouvement de production. C’est seulement en tant que tel qu’elle « doit » exister. Le mouvement de sa production est la totalité de son existence. À strictement parler, il n’y a qu’un seul sens, celui du mouvement : quand il s’agit du résultat c’est encore du mouvement dont il s’agit. Le second sens n’existe pas, parce que tout simplement, et c’est une évidence, ce qu’il serait censé désigner n’existe pas. [...]

Même si comme « but » c’est toujours du mouvement dont on parle, comme but, le communisme est amené à se différencier du mouvement, à apparaître, pour lui-même, comme but. Le communisme comme but est toujours présent dans la théorie révolutionnaire. Parler du communisme au présent, c’est parler de la perspective communisatrice qui parce qu’annoncée au présent acquiert une existence d’anticipation. C’est cette anticipation constitutive de la théorie qui pose problème. Ce problème réside dans le fait que si le mouvement est bien la seule existence du but, ce dernier contient la tendance à s’autonomiser comme idéologie.

Théorie Communiste n'a pas l'habitude de balayer devant sa porte, puisque ces deux sens abondent dans ses propres textes : autocritique ? Sur son site en exergue :
Citation :
Notre époque est celle où le prolétariat, luttant en tant que classe contre le capital, se remet lui-même en cause et porte le dépassement révolutionnaire de cette société par la production immédiate du communisme comme l’abolition de toutes les classes, l’immédiateté sociale de l’individu.

s'il y a une « production immédiate » du communisme dans le moment communisateur, c'est que le communisme n'aurait pas été produit avant comme mouvement par la lutte de classe, nonobstant ses échecs, qui sont bel et bien l'absence de résultat, la production de la communauté humaine dont peu ou prou les révolutionnaires faisaient pourtant leur but sans être de fieffés idéalistes

on ne peut empêcher le mot communisme d'être polysémique. Un problème de la théorie est de maîtriser son langage sans jouer sur les mots et leur sens, mais en cherchant à leur en donner un qui soit clair. On peut discuter sur l'existence d'un mouvement du communisme aujourd'hui, mais pas l'idée que tout combat se donne un but et comme perspective la victoire, c'est à dire un changement de la réalité : un mouvement n'est jamais que le passage d'une état à un autre et non, cet état n'est pas que son mouvement, sans quoi il n'y aurait jamais de présent, de moment actuel. La dialectique se propose justement de montrer le mouvement des contradictions qui permet de passer d'un état à un autre par un changement qualitatif... d'état. Cela ne signifie pas que celui-ci soit stable et arrêté au point d'être sans contradictions qui le feront encore changer, être dépassé, mais qu'en tant que produit de et par le dépassement de l'état précédent, il se définit par des qualités essentiellement différentes

je propose de sortir de cette ambiguïté, en abandonnant purement et simplement le sens de communisme comme état, société... :

pour le communisme comme combat, le but, c'est la communauté humaine, ce qui ne signifie pas qu'en son sein, il n'y ait plus d'histoire, une histoire communiste, le communisme comme lutte et mouvement continué dans des conditions différentes, au-delà du capitalisme

j'ai toujours aimé cette blague soviétique :


Citation :
- Qu'est que le communisme ?
- C'est ce qui se profile à l'horizon.
- Et qu'est-ce que l'horizon ?
- Ce qui recule au fur et à mesure qu'on avance

ironie du sort, cela prouve que l'horizon stal n'était pas borné comme celui du droit bourgeois vertical :

Karl Marx a écrit:
Dans une phase supérieure de la société communiste [...] alors seulement l'horizon borné du droit bourgeois pourra être définitivement dépassé et la société pourra écrire sur ses drapeaux : "De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins".

Critique du programme de Gotha
(1875)

ce serait à vérifier, mais il me semble que si Marx parle de "société communiste", il n'utilise pas communisme au sens de société. Quant à communauté humaine, c'est une traduction de Gemeinwesen der Mensch : « L'être humain est la véritable Gemeinwesen (communauté) de l'homme ». Je ne pense pas que Marx l'ait utilisé au sens de "société communiste", ce dont ne se priveront pas les marxistes. Voir Les ambiguïtés de la traduction de « Gemeinwesen » en italien, Massimiliano Tomba, on a les mêmes en français. C'est Jacques Camatte qui introduit ce sens. Cf Marx et la Gemeinwesen, octobre 1976
Jacques Camatte a écrit:
Le communisme n’est pas une simple affirmation communautaire; il ne peut plus être caractérisé par la propriété commune ou collective car se serait garder les présuppositions du capital lui-même : la propriété et la séparation [...] Ce dont il est question c’est de l’être des hommes et des femmes et de leur rapport à la totalité du monde vivant implanté sur notre planète qu’on ne peut pas concevoir comme appropriation, comme le pensait Marx, mais comme jouissance. Aussi mieux vaut-il remplacer communisme par communauté humaine.

De même que l’ensemble humain ne doit plus être divisé pour devenir communauté, de même l’individu ne doit plus être divisé pour devenir individualité, donc fin de la coupure État-individus, parti-masse, esprit (cerveau)-corps. Pour sortir de ce monde il faut acquérir un corps en tendant à une communauté, donc en ne s’enfermant pas dans un phénomène individuel, mais en retrouvant la dimension de la Gemeinwesen.

c'est ce sens que reprend Temps Critiques : Classes/communauté humaine/révolution à titre humain, 6 avril 2017
Jacques Wajsztejn a écrit:
Evidemment tout ce qui concerne la communauté humaine nous a beaucoup inspiré (Guigou et moi), surtout dans l’interprétation qu’en a fait Camatte et la revue Invariance (la Gemeinwesen)

sur ce point, il ne me dérange pas de lui donner ce même sens, le mouvement du communisme produit la communauté humaine, et pour simplifier :

communauté humaine = société communiste

c'est celui que j'ai retenu dans LA RÉVOLUTION vers LA COMMUNAUTÉ HUMAINE

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 4. COMMUNISME : chemins de traverse, de la chose au mot à la chose   Dim 27 Aoû - 16:34


20. le communisme et l'administration des choses :
administration des communs ?

ici, il me faudrait avoir le courage d'aborder des questions qui risquent de ne pas arranger ma réputation dans les milieux anarchistes et communisateurs. Je veux parler, dans les termes où je les ai définis, de l'organisation de la société communiste, supposée sans État ni médiations so(cié)tales entre « individus immédiatement sociaux »

ce serait d'abord un lourd travail de documentation historique depuis que Marx et Engels se sont inspirés de Saint-Simon* dans Le Manifeste en 1847, soutenant la « proposition positive [de] la transformation de l’État en une simple administration de la production », alors qu'Engels dans L’Anti-Dühring en 1878 ira jusqu'à affirmer : « Le gouvernement des personnes fait place à l'administration des choses et à la direction des opérations de production. L'État n'est pas “ aboli ”, il s'éteint. », "s'éteint en italique dans le texte.

* Saint-Simon parle de « remplacer le gouvernement des hommes par l'administration des choses » dans des textes des années 1820, avant sa mort en 1825

il faudrait ensuite reprendre tout le débat marxiste et anarchiste sur l'abolition de l'État, que je supposerai connu

mon propos est davantage de cerner en quoi une administration communiste des choses suppose justement l'abolition de l'État, mais sans doute pas de toutes les fonctions qu'il assume, soit directement surtout comme État-providence (Welfare State), soit en pilotant des organismes publics, soit en confiant à des entreprises privées le soin de le faire. Ces fonction ne seraient évidemment pas à reprendre telles quelles sont dans le capitalisme, mais à transformer comme tout le reste, dans le sens de Transformer des pratiques communes déjà existantes dans Communisation (2011). Dans le chapitre suivant, communauté :


troploin a écrit:
Nous ne reviendrons pas ici sur la critique de la démocratie traitée dans d’autres textes, et soulignerons seulement un point essentiel : c’est parce que l’immense majorité des révolutionnaires (anarchistes ou marxistes) considèrent avant tout le communisme comme un nouveau mode d’organisation de la société, que leur premier souci est de définir de « bonnes » institutions, fussent-elles fixes ou évolutives, complexes ou simplifiées au maximum.

Pour nous, au contraire, le communisme concerne autant l'activité des êtres humains que l’organisation des relations qu’ils tissent entre eux. Il assure des productions, et n’a pas forcément peur des institutions, pourtant il n’est ni institution, ni production, mais d’abord activité : « (..) la communisation remplace la circulation des biens entre les “producteurs associés” par la circulation des individus d’une activité à l’autre. » (B. Astarian)

le mot est donc lâché

institutions/institution

mes questions porteraient sur l'auto-organisation communiste de domaines tels que la santé, la justice, la construction d'habitations et de transports plus que sur celle de la police et de l'éducation, sujets plus épineux et largement discutés

voilà, j'avoue avoir beaucoup de mal à concevoir ou plutôt à ne pas concevoir les « rapports entre individus immédiatement sociaux » au niveau de seuils concernant des dizaines de milliers de personnes. Je ne les imagine pas sans institutions, des hôpitaux, des instances de délibération et de choix, voire des juridictions, un droit, etc. ce qui pose inévitablement la question de leur fonctionnement, si celui-ci doit échapper à toute forme de hiérarchie, d'ordre et d'encadrement

je ne me satisfais pas de la réponse habituelle, genre 'c'est trop loin, l'humanité nouvelle résoudra ce problème quand il se posera à elle'

nous rencontrerons forcément la réponse formulée en termes d'administration des "communs", comme le font les auteurs de l'ouvrage éponyme, que j'ai critiqué ici : commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ? en janvier 2014-2015. Il n'empêche qu'ils abordent cette même question institution/institutions, et c'est cela qui m'intéresse ici



mars 2014

je n'ai que parcouru ce livre. Paul Sereni nous dit dans sa lecture

Citation :
4. la thèse de l'ouvrage : « Le commun est à penser comme co-activité, et non comme co-appartenance, copropriété ou copossession » [c'est un écho à la phrase surlignée de troploin]

6. il ressort de l’étude que c’est par une décision institutionnelle qu’une chose est posée comme commune, non en vertu de sa nature propre. Le texte appuie ainsi sur l’héritage du droit romain la thèse du rôle fondamental des institutions humaines dans la détermination de ce qui doit être commun. [...]

9. Les auteurs en déduisent que ce qui est commun est « inappropriable » ou « hors-propriété », ce qui signifie, semble-t-il, que le commun ne peut être détenu, ni par l’Etat sous forme de propriété publique, ni par un ou plusieurs particuliers, sous forme de copropriété ou de communauté des biens : en effet, pour les auteurs, cette dernière forme de propriété indivise est simplement « une propriété privée soumise à la condition de l’accord des autres membres de la collectivité, au demeurant fort restreinte» (p. 249). Il en ressort qu’on ne peut pas penser le commun sous le concept de propriété, d’où l’emploi systématique du vocable, qui peut d’abord sembler mal convenir, d’« inappropriable » pour parler des choses communes et des activités de coopération qui nous lient à ces choses et, en même temps, nous lient aussi entre nous. [...]

10. Si elle est dite « instituante » (et non pas institutionnelle ou institutionnalisante), c’est précisément parce que cette praxis invente des institutions nouvelles (au lieu d’entrer dans des cadres déjà formés, d’adapter les institutions existantes à un donné nouveau ou de les modifier à la marge). [...]

je ne doute pas de l'inscription des auteurs, par leurs parcours et leurs relais politiques, dans le démocratisme radical, mais leur ouvrage me semble poser de sérieuses questions au communisme, et mériter meilleure critique que de parler comme Roland Simon en octobre 2014, six mois après la parution du livre, du « peu d’écho, pour l’instant, en France, de l’inepte idéologie des Commons [qui] n’est qu’une énième variante de l’increvable idéologie de l’alternative. » source

"circulez, ya rien à voir" est devenu un grand classique de ce groupe théorique, qui considère ni plus ni moins que ce dont il ne parle pas n'en vaut pas la peine, voire n'existe pas. Je suis bien placé pour le savoir, mais passons, ce n'est pas ici avec eux qu'il s'agit d'échanger, puisque sur ces questions essentielles du communisme comme administration des choses, ils ne disent rien

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MessageSujet: Re: 4. COMMUNISME : chemins de traverse, de la chose au mot à la chose   Dim 17 Sep - 11:19


un mot, un sens

j'utilise le mot communisme au sens de mouvement, et je réserve "société communiste" ou "communauté humaine" à l'état du monde issu de la révolution communiste

« Le communisme est la forme nécessaire et le principe dynamique de l'avenir immédiat, mais le communisme n'est pas en tant que tel ni le but du développement humain ni la forme de la société humaine.»
Critique de l'économie politique (manuscrits de 1844), Karl Marx, 3. Communisme et socialisme, chap. XVII. Communisme et socialisme 2. Athéisme, communisme, socialisme

« Pour nous, le communisme n'est pas un état de choses qu’il convient d’établir, un idéal auquel la réalité devra se conformer. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l'état actuel des choses. Les conditions de ce mouvement résultent des données préalables telles qu’elles existent actuellement.»
L'Idéologie allemande, Karl Marx et Friedrich Engels, 1845

voir le sujet préalable 2) LA RÉVOLUTION vers LA COMMUNAUTÉ HUMAINE : le mouvement du communisme

et dans le livre 2. LE MOUVEMENT DU COMMUNISME comme LUTTE de CLASSE, LA RÉVOLUTION vers LA COMMUNAUTÉ HUMAINE, ABOLITION du CAPITAL, SOCIÉTÉ COMMUNISTE

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MessageSujet: Re: 4. COMMUNISME : chemins de traverse, de la chose au mot à la chose   Sam 21 Oct - 15:03


placé ici parce que je n'ai pas su ailleurs


pour le communisme et contre Althusser
une dialectique et une éthique communiste
entre justesse et justice

je plaide pour une articulation des sens de « juste » : justesse et justice. Contre Althusser qu'on lira dans le document ci-dessous, je ne pense pas que « juste » n'est que « l’adjectif non de la justice, catégorie morale, mais de la justesse, catégorie pratique, qui indique l’adaptation des moyens aux fins, en fonction de la nature de classe de celui qui les poursuit.

il n'y pas de « catégorie pratique » de la lutte de classe qui soit dépourvue d'un objectif de justice, ou pour le dire inversé, qui ne soit un combat contre l'injustice, les injustices, ce dont en théorie témoigne l'engagement de Marx. Cela ne signifie pas qu'il s'agirait d'une perception et d'un combat moral, ou au nom d'une morale. « L'adaptation des moyens aux fins », dans une approche froide de la justesse aboutit sans exception à l'état d'exception, avec ou sans État, ou la fin justifie les moyens.

si la théorie communiste veut garder une âme, c'est en mariant justesse - de l'analyse débouchant le cas échéant sur une stratégie et une ligne politique, comme dit Althusser - et justice comme objectif du mouvement communiste vers la communauté humaine (cf 2. LA RÉVOLUTION vers LA COMMUNAUTÉ HUMAINE : le mouvement du communisme

cela serait à mettre en relation avec le sens de justesse dans l'expression poétique, cette capacité à dire les choses par-delà voire en-deçà de la raison raisonnante, cad sans les concepts de la philosophie mais par la perception (percepts) directe des sens, des affects qui ne se réduit pas à la subjectivité, mais est la base d'un matérialisme dépassant l'objectivisme et donc le subjectivisme

la poésie (les arts) ne poursuit, pas davantage que la science ou la philosophie en elles-mêmes, la justice, mais une vérité de la réalité. Mais cette quête de la justesse, en tant qu'elle est communiste, ne se fait pas en évacuant la justice comme « catégorie morale » mais en s'armant d'une éthique de justesse et de justice y compris dans la « pratique théorique » (cette même éthique qui me sépare et m'interdit de séjour chez ceux qui s'en balancent)

c'est au fond la même erreur qu'opposer le jeune Marx humaniste au Marx scientifique de la maturité, dont Althusser s'est fait le maître à penser la « coupure épistémologique ».

en un mot, il n'y a pas de combat communiste sans éthique communiste, et celle-ci n'est pas un moralisme, une « moraline » (Nietzsche)


Althusser’s Scientism and Aleatory Materialism William S. Lewis, Décalages, 2016
Citation :



janvier 2014

In a chapter devoted to “Philosophy and the Science of Class Struggle,” Althusser imagines how and under what conditions such a transformation (and thereby confirmation) is possible. He supposes that the conditionsfor such a transformation are the following. First, that the members of a non-exploitative class become unified in their understanding of themselves as exploited subjects and that they do so by subscribing to a philosophy that facilitates this unification.
Dans un chapitre consacré à «la philosophie et la science de la lutte des classes», Althusser imagine comment et dans quelles conditions une telle transformation (et ainsi la confirmation) est possible. Il suppose que les conditions pour une telle transformation sont les suivantes. Tout d'abord, que les membres d'une classe non-exploitation deviennent unifiés dans leur compréhension d'eux-mêmes comme des sujets exploités et qu'ils le font en s'inscrivant à une philosophie qui facilite cette unification.

Then, if that class “arms itself with a scientific theory of class struggle, the conditions of that philosophy’s elaboration will change completely.” This philosophy will change from a “blind” and subjective class ideology expressing and ensuring that class’s relation to the dominant mode of production to an objective and “conscious determination, assured by scientific knowledge of [that relation’s] conditions, of its forms, of its laws.”
Alors, si cette classe «s'arme avec une théorie scientifique de la lutte des classes, les conditions de cette philosophie de l'élaboration vont complètement changer.» Cette philosophie va passer d'une idéologie de classe «aveugle» et subjective exprimant et assurant la relation de la classe avec le mode de production dominant à une détermination objective et «consciente, assurée par la connaissance scientifique de [cette relation]» conditions, de ses formes, de ses lois.

This philosophy (just like all philosophies) will then be deployed politically. It will suggest to politicians, or at least to those who can direct the expression of political power, the reasons and objective means for the transformation of these relations. From this will follow a political line. 67
Cette philosophie (tout comme toutes les philosophies) sera ensuite déployée politiquement. Il suggérera aux politiciens, ou du moins à ceux qui peuvent diriger l'expression du pouvoir politique, les raisons et les moyens objectifs pour la transformation de ces relations. De cela suivra une ligne politique.

67 Althusser, Initiation à la philosophie pour les non-philosophes, 364–65. Nous pouvons maintenant avancer qu’elles peuvent être dites « justes », si cet adjectif « juste » désigne l’effet d’un ajustement prenant en compte tous les éléments d’une situation donnée dans laquelle une classe lutte pour atteindre ses objectifs. « Juste » est alors l’adjectif non de la justice, catégorie morale, mais de la justesse, catégorie pratique, qui indique l’adaptation des moyens aux fins, en fonction de la nature de classe de celui qui les poursuit.

We name it Justice
(Evidence from Thelonious Monk)




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MessageSujet: Re: 4. COMMUNISME : chemins de traverse, de la chose au mot à la chose   Mar 14 Nov - 7:19


libérer les mots par les choses
qu'il ne disent plus ou pas encore

de Mustapha Khayati l'on connaît bien De la Misère en milieu étudiant, considérée sous ses aspects économique, politique, psychologique, sexuel et notamment intellectuel et de quelques moyens pour y remédier (novembre 1966), moins ce texte qui le précédait de quelques mois, et que j'invite à relire, y compris sous l'angle critique du vocabulaire fossilisé du marxisme prolétarien universel dans « le dictionnaire gardien du sens existant, que nous nous proposons de détruire systématiquement »

parce que les choses changent, les mots pour le dire aussi : une nouvelle théorie révolutionnaire appelle un nouveau langage, un nouveau vocabulaire, ce qui n'est rien moins qu'un travail poétique


Les mots captifs

Mustapha Khayati, Internationale Situationniste n°10 / mars 1966

Citation :
LES BANALITÉS, par ce qu’elles cachent, travaillent pour l’organisation dominante de la vie. C’en est une de dire que le langage n’est pas dialectique, pour du coup interdire l’usage de toute dialectique. Or rien n’est manifestement plus soumis à la dialectique que le langage, en tant que réalité vivante. Ainsi toute critique du vieux monde s’est-elle faite avec le langage de ce monde et pourtant contre lui, donc automatiquement dans un langage autre. Toute théorie révolutionnaire a dû inventer ses propres mots, détruire le sens dominant des autres mots et apporter de nouvelles positions dans le « monde des significations », correspondant à la nouvelle réalité en gestation, et qu’il s’agit de libérer du fatras dominant. Les mêmes raisons qui empêchent nos adversaires (les maîtres du Dictionnaire) de fixer le langage, nous permettent aujourd’hui d’affirmer des positions autres, négatrices du sens existant. Toutefois nous savons d’avance que ces mêmes raisons ne nous permettent en rien de prétendre à une certitude légiférée définitivement ; une définition est toujours ouverte, jamais définitive ; les nôtres valent historiquement, pour une période donnée, liée à une praxis historique précise.

Il est impossible de se débarrasser d’un monde sans se débarrasser du langage qui le cache et le garantit, sans mettre à nu sa vérité. Comme le pouvoir est le mensonge permanent et la « vérité sociale », le langage est sa garantie permanente, et le Dictionnaire sa référence universelle. Toute praxis révolutionnaire a éprouvé le besoin d’un nouveau champ sémantique, et d’affirmer une nouvelle vérité ; depuis les Encyclopédistes jusqu’à la « critique du langage de bois » stalinien (par les intellectuels polonais en 1956), cette exigence ne cesse d’être affirmée. C’est que le langage est la demeure du pouvoir, le refuge de sa violence policière. Tout dialogue avec le pouvoir est violence, subie ou provoquée. Quand le pouvoir économise l’usage de ses armes, c’est au langage qu’il confie le soin de garder l’ordre opprimant. Plus encore, la conjugaison des deux est l’expression la plus naturelle de tout pouvoir.

Passer des mots aux idées, il n’y a qu’un pas ; toujours franchi par le pouvoir et ses penseurs. Toutes les théories du langage, depuis le mysticisme débile de l’être jusqu’à la suprême rationalité (oppressive) de la machine cybernétique, appartiennent à un seul et même monde, à savoir le discours du pouvoir, considéré comme seul monde de référence possible, comme la médiation universelle. Comme le Dieu chrétien est la médiation nécessaire entre deux consciences et entre la conscience et soi, le discours du pouvoir s’installe au cœur de toute communication, devient la médiation nécessaire de soi à soi. Ainsi parvient-il à mettre la main sur la contestation, la plaçant d’avance sur son propre terrain, la contrôlant, la noyautant, de l’intérieur. La critique du langage dominant, son détournement, va devenir la pratique permanente de la nouvelle théorie révolutionnaire.

Parce que tout sens nouveau est appelé contresens par les autorités, les situationnistes vont instaurer la légitimité du contresens, et dénoncer l’imposture du sens garanti et donné par le pouvoir. Parce que le dictionnaire est le gardien du sens existant, nous nous proposons de le détruire systématiquement. Le remplacement du dictionnaire, du maître à parler (et à penser) de tout le langage hérité et domestiqué, trouvera son expression adéquate dans le noyautage révolutionnaire du langage, dans le détournement, largement pratiqué par Marx, systématisé par Lautréamont et que l’I.S. met à la portée de tout le monde.
Le détournement, que Lautréamont appelait plagiat, confirme la thèse, depuis longtemps affirmée par l’art moderne, de l’insoumission des mots, de l’impossibilité pour le pouvoir de récupérer totalement les sens créés, de fixer une fois pour toutes le sens existant, bref l’impossibilité objective d’une « novlangue ». La nouvelle théorie révolutionnaire ne peut avancer sans une redéfinition des principaux concepts qui la soutiennent. « Les idées s’améliorent, dit Lautréamont, le sens des mots y participe. Le plagiat est nécessaire : le progrès l’implique. Il serre de près la phrase d’un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par une idée juste. » Pour sauver la pensée de Marx, il faut toujours la préciser, la corriger, la reformuler à la lumière de cent années de renforcement de l’aliénation et des possibilités de sa négation. Marx a besoin d’être détourné par ceux qui continuent cette route historique et non pas d’être imbécilement cité par les mille variétés de récupérateurs. D’autre part la pensée du pouvoir lui-même devient, entre nos mains, une arme contre lui. Depuis son avènement, la bourgeoisie triomphante a rêvé d’une langue universelle, que les cybernéticiens essaient aujourd’hui de réaliser électroniquement. Descartes rêvait d’une langue (ancêtre de la novlangue) où les pensées se suivraient, tels les nombres, avec une rigueur mathématique : la « mathesis universalis » ou la pérennité des catégories bourgeoises. Les Encyclopédistes qui rêvaient (sous le pouvoir féodal) de « définitions si rigoureuses que la tyrannie ne saurait s’en accommoder », préparaient l’éternité du futur pouvoir, comme ultima ratio du monde, de l’histoire.

L’insoumission des mots, de Rimbaud aux surréalistes, a révélé, dans une phase expérimentale, que la critique théorique du monde du pouvoir est inséparable d’une pratique qui le détruit ; la récupération par le pouvoir de tout l’art moderne et sa transformation en catégories oppressives de son spectacle règnant en est la triste confirmation. « Ce qui ne tue pas le pouvoir, le pouvoir le tue. » Les Dadaïstes ont les premiers signifié aux mots leur défiance, inséparable d’une volonté de «changer la vie». Ils ont, après Sade, affirmé le droit de tout dire, d’affranchir les mots et de « remplacer l’alchimie du verbe par une véritable chimie » (Breton). L’innocence des mots est désormais consciemment dénoncée, et le langage est affirmé comme « la pire des conventions » à détruire, à démystifier, à libérer. Les contemporains de Dada n’ont pas manqué de souligner sa volonté de tout détruire (« entreprise de démolition » s’inquiétait Gide), le danger qu’il représentait pour le sens dominant. Avec Dada, c’est devenu une absurdité de croire qu’un mot est pour toujours enchaîné à une idée : Dada a réalisé tous les possibles du dire, et fermé à jamais la porte de l’art comme spécialité. Il a définitivement posé le problème de la réalisation de l’art. Le surréalisme n’a de valeur qu’en tant que prolongement de cette exigence ; c’est une réaction dans ses réalisations littéraires. Or, la réalisation de l’art, la poésie (au sens situationniste) signifie qu’on ne peut se réaliser dans une « œuvre », mais au contraire se réaliser tout court. Le « tout dire » inauguré par Sade impliquait déjà l’abolition du domaine de la littérature séparée (où seul ce qui est littéraire peut être dit). Seulement cette abolition, consciemment affirmée par les Dadaïstes, après Rimbaud et Lautréamont, n’était pas un dépassement. Il n’y a pas de dépassement sans réalisation, et on ne peut dépasser l’art sans le réaliser. Pratiquement il n’y a même pas eu d’abolition, puisqu’après Joyce, Duchamp et Dada, une nouvelle littérature spectaculaire continue de pulluler. C’est que le « tout dire » ne peut exister sans la liberté de tout faire. Dada avait une chance de réalisation dans Spartakus, dans la pratique révolutionnaire du prolétariat allemand. L’échec de celui-ci rendait le sien inévitable. Il est devenu, dans les écoles artistiques ultérieures (sans exclure la quasi-totalité de ses protagonistes), l’expression littéraire du néant du faire poétique, l’art d’exprimer le néant de la liberté quotidienne. L’ultime expression de cet art du « tout dire » privé du faire est la page blanche… La poésie moderne (expérimentale, permutationnelle, spatialiste, surréaliste ou néodadaïste) est le contraire de la poésie, le projet artistique récupéré par le pouvoir. Elle abolit la poésie sans la réaliser ; elle vit de son autodestruction permanente. « À quoi bon sauver la langue — reconnaît misérablement Max Bense — quand il n’y a plus rien à dire ? », aveu de spécialiste ! Psittacisme ou mutisme, c’est la seule alternative des spécialistes de la permutation. La pensée et l’art moderne garantis par le pouvoir, et le garantissant, se meuvent donc dans ce que Hegel appelait « le langage de la flatterie ». Tous contribuent à l’éloge du pouvoir et de ses produits, perfectionnent la réification et la banalisent. En affirmant que « la réalité consiste en langage », ou que le langage « ne peut être considéré qu’en lui-même et pour lui-même » les spécialistes du langage concluent au « langage-objet », aux « mots-choses » et font leur délectation de l’éloge de leur propre réification. Le modèle de la chose devient dominant, et la marchandise, encore une fois, trouve sa réalisation, ses poètes. La théorie de l’État, de l’économie, du droit, de la philosophie, de l’art, tout a maintenant ce caractère de précaution apologétique.

Là où le pouvoir séparé remplace l’action autonome des masses, donc là où la bureaucratie s’empare de la direction de tous les aspects de la vie sociale, elle s’attaque au langage et réduit sa poésie à la vulgaire prose de son information. Elle s’approprie privativement le langage, comme tout le reste, et l’impose aux masses. Le langage est alors sensé communiquer ses messages et contenir sa pensée ; il est le support matériel de son idéologie. Que le langage soit avant tout un moyen de communication entre les hommes, la bureaucratie l’ignore. Puisque toute communication passe par elle, les hommes n’ont même plus besoin de se parler : ils doivent avant tout assumer leur rôle de récepteur, dans le réseau de communication informationniste auquel est réduite toute la société, récepteurs des ordres à exécuter.

Le mode d’existence de ce langage est la bureaucratie, son devenir la bureaucratisation. L’ordre bolchevik issu de l’échec de la révolution soviétique a imposé une série d’expressions plus ou moins magiques, impersonnelles, à l’image de la bureaucratie au pouvoir. « Politburo », « Komintern », « Cavarmée », « Agitprop », sont autant de noms mystérieux d’organismes spécialisés, réellement mystérieux, qui se meuvent dans la sphère nuageuse de l’État (ou la direction du parti) sans rapport avec les masses, si ce n’est d’instituer et de renforcer la domination. Le langage colonisé par la bureaucratie se réduit à une série de formules sans nuances, inflexibles, où les mêmes noms sont toujours accompagnés des mêmes adjectifs et participes ; le nom les gouverne et chaque fois qu’il apparaît, ils suivent automatiquement et à l’endroit opportun. Cette « mise au pas » des mots traduit une militarisation plus profonde de toute la société, sa division en deux catégories principales : la caste des dirigeants et la grande masse des exécutants. Mais ces mêmes mots sont appelés à jouer d’autres rôles ; ils sont pénétrés du pouvoir magique de soutenir la réalité opprimante, de la masquer, et de la présenter comme la vérité, la seule vérité possible. Ainsi on n’est plus « trotskiste », mais « hitléro-trotskiste », il n’y a plus de marxisme, mais « le marxisme-léninisme », et l’opposition est automatiquement « réactionnaire » en « régime soviétique ». La rigidité avec laquelle on sacralise les formules rituelles a pour but de préserver la pureté de cette « substance » en face des faits qui apparemment la contredisent. Le langage des maîtres est alors tout, et la réalité rien, elle est tout au plus la carapace de ce langage. Les gens doivent, dans leurs actes, dans leurs pensées et leurs sentiments, faire comme si leur État était cette raison, cette justice, cette liberté proclamées par l’idéologie ; le rituel (et la police) sont là pour faire observer ce comportement (cf. Marcuse, Marxisme Soviétique).

Le déclin de la pensée radicale accroît considérablement le pouvoir des mots, les mots du pouvoir. « Le pouvoir ne crée rien, il récupère. » (cf. I.S. 8 ). Les mots forgés par la critique révolutionnaire sont comme les armes des partisans, abandonnées sur un champ de bataille : ils passent à la contre-révolution ; et comme les prisonniers de guerre, ils sont soumis au régime des travaux forcés. Nos ennemis les plus immédiats sont les tenants de la fausse critique, ses fonctionnaires patentés. Le divorce entre la théorie et la pratique fournit la base centrale de la récupération, de la pétrification de la théorie révolutionnaire en idéologie, qui transforme les exigences pratiques réelles (dont les indices de réalisation existent déjà dans la société actuelle) en des systèmes d’idées, en exigences de la raison. Les idéologues de tout bord, chiens de garde du spectacle dominant, sont les exécutants de cette tâche ; et les concepts les plus corrosifs sont alors vidés de leur contenu, remis en circulation, au service de l’aliénation entretenue : le dadaïsme à rebours. Ils deviennent des slogans publicitaires (cf. le récent prospectus du « Club Méditerranée »). Les concepts de la critique radicale connaissent le même sort que le prolétariat ; on les prive de leur histoire, on les coupe de leurs racines : ils sont bons pour les machines à penser du pouvoir.

Notre projet de libération des mots est historiquement comparable à l’entreprise Encyclopédiste. Au langage du « déchirement » de l’Aufklärung (pour continuer l’image hégélienne), il manquait la dimension historique consciente ; il était bel et bien la critique du vieux monde féodal décrépit, mais ignorait totalement ce qui allait en sortir : aucun des Encyclopédistes n’était républicain. Il exprimait plutôt le propre déchirement des penseurs bourgeois ; le nôtre vise avant tout la pratique qui déchire le monde, en commençant par déchirer les voiles qui le cachent. Tandis que les Encyclopédistes cherchaient l’énumération quantitative, la description enthousiaste d’un monde d’objets où se déploie la victoire déjà présente de la bourgeoisie et de la marchandise, notre dictionnaire traduit le qualitatif et la victoire possible encore absente, le refoulé de l’histoire moderne (le Prolétariat) et le retour du refoulé. Nous proposons la libération réelle du langage, car nous nous proposons de le mettre dans la pratique libre de toute entrave. Nous rejetons toute autorité, linguistique ou autre : seule la vie réelle permet un sens, et seule la praxis le vérifie. La querelle sur la réalité ou la non-réalité du sens d’un mot, isolée de la pratique, est une question purement scolastique [détournement de la deuxième des Thèses sur Feuerbach de Marx : « La discussion sur la réalité ou l'irréalité d'une pensée qui s'isole de la pratique, est purement scolastique. »]. Nous plaçons notre dictionnaire dans cette région libertaire qui échappe encore au pouvoir, mais qui est sa seule héritière universelle possible.

Le langage reste encore la médiation nécessaire de la prise de conscience du monde de l’aliénation (Hegel dirait : l’aliénation nécessaire), l’instrument de la théorie radicale qui finira par s’emparer des masses, parce qu’elle est la leur ; et c’est alors seulement qu’il trouvera sa vérité. Il est primordial donc que nous forgions notre propre langage, le langage de la vie réelle, contre le langage idéologique du pouvoir, lieu de justification de toutes les catégories du vieux monde. Nous devons interdire dès à présent la falsification de nos théories, leur récupération possible. Nous utilisons des concepts déterminés, déjà utilisés par les spécialistes, mais en leur donnant un nouveau contenu, en les retournant contre les spécialisations qu’ils soutiennent, et contre les futurs penseurs à gages qui (comme l’ont fait Claudel pour Rimbaud et Klossowski pour Sade) seraient tentés de projeter leur propre pourriture sur la théorie situationniste. Les futures révolutions doivent inventer elles-mêmes leur propre langage. Pour retrouver leur vérité, les concepts de la critique radicale seront réexaminés un à un : le mot aliénation, par exemple, un des concepts-clés pour la compréhension de la société moderne, doit être désinfecté après avoir passé par la bouche d’un Axelos. Tous les mots, tous serviteurs du pouvoir qu’ils sont, sont dans le même rapport avec celui-ci que le prolétariat et, comme lui, ils sont l’instrument et l’agent de la future libération. Pauvre Revel ! Il n’y a pas de mots interdits ; dans le langage, comme ce sera partout ailleurs, tout est permis. S’interdire l’emploi d’un mot, c’est renoncer à une arme utilisée par nos adversaires.

Notre dictionnaire sera une sorte de grille avec laquelle on pourra décrypter les informations, et déchirer le voile idéologique qui recouvre la réalité. Nous donnerons les traductions possibles qui permettent d’appréhender les différents aspects de la société du spectacle, et montrer comment les moindres indices (les moindres signes) contribuent à la maintenir. C’est en quelque sorte un dictionnaire bilingue, car chaque mot possède un sens « idéologique » du pouvoir, et un sens réel; que nous estimons correspondre à la vie réelle dans la phase historique actuelle. Aussi nous pourrons à chaque pas déterminer les diverses positions des mots dans la guerre sociale. Si le problème de l’idéologie est de savoir comment descendre du ciel des idées dans le monde réel, notre dictionnaire sera une contribution à l’élaboration de la nouvelle théorie révolutionnaire, où le problème est de savoir comment passer du langage dans la vie. L’appropriation réelle des mots qui travaillent ne peut se réaliser en dehors de l’appropriation du travail lui-même. L’établissement de l’activité créatrice libérée sera en même temps l’établissement de la véritable communication, enfin libérée, et la transparence des rapports humains remplacera la pauvreté des mots sous l’ancien régime de l’opacité. Les mots ne cesseront pas de travailler tant que les hommes n’auront pas cessé de le faire.




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