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 AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, contre l'autonomie, une vision renouvelée

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Patlotch



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MessageSujet: AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, contre l'autonomie, une vision renouvelée   Ven 11 Aoû - 21:48


présentation état 12 août 16:00

par quelque bout qu'on le prenne, l'auto-organisation est un sujet des plus complexes. Je voudrais faire simple et clair, mais  il me faudra prendre parti sans pour autant donner de l'auto-organisation une définition univoque ou normative déconnectée de ses formes historiques ou actuelles, c'est-à-dire des discours et des luttes, voire des théories qu'ils recouvrent

sujet complexe parce qu'il est pratiquement impossible de partir d'une définition de l'auto-organisation qui ferait consensus entre les groupes, partis, militants qui la préconisent et y font appel dans les luttes, sans parler de ses formes massives à haute teneur de spontanéité, création en temps réel dans l'improvisation collective

c'est pourquoi je devrai distinguer l'auto-organisation des luttes dans leur diversité de contenus et d'objectifs, de l'auto-organisation révolutionnaire, en abordant la question de ses contenus dans et au-delà de ses formes. On verra alors en quoi je propose, au-delà de son lien historique à l'autonomie ouvrière, une vision renouvelée de l'auto-organisation pour la considérer comme un axe du mouvement du communisme avant, pendant, et après la révolution

remarque : - j'écris auto-organisation avec un tiret, bien que la nouvelle orthographe autorise le digraphe d'autoorganisation

sommaire, état du 15 août

1) l'auto-organisation, un problème dès l'origine chez Marx
2) le double contenu de la forme auto-organisation révolutionnaire : émanciper-abolir-émanciper
3) d'hier à aujourd'hui, quand l'auto-organisation n'en est plus une / la révolution s'auto-organise
- questions 1 : autonomie et auto-organisation, avec et contre Théorie Communiste
- interlude 1 : organisation, organisations, auto-organisation (sur un texte récent de Roland Simon)
4) quelles bases concrètes pour théoriser l'auto-organisation révolutionnaire ?
- interlude 2 : auto-organisation du vivant, complexité et émergence : plus que des parallèles
5) auto-organisation et positivité du mouvement communiste, avant, pendant, et après la révolution
6) auto-organisation de masse : survie et résistance : mais la politique ? et l'autonomie ?
- interlude 3 : vive l'auto-orgasmisation ! ou la soupe aux grimaces militantes
- questions 2 : que de confusions !



1) l'auto-organisation, un problème dès l'origine chez Marx

le premier sens d'organisation est le processus social, l'action d'organiser

le second sens, d'organisations, est celui d'ensembles d'individus ayant un but collectif (partis, syndicats, groupes,  réseaux...), et qui rentrent en rapport avec ceux qu'ils veulent (auto-)organiser pour en orienter les activités et les luttes dans leur sens, rapport plus ou moins d'intériorité/extériorié : en gros, le parti et la classe

d'un côté l'auto-organisation pose le problème de ce rapport, d'un autre elle est alors un non-sens, puisqu'en toute rigueur, qui s'auto-organise le fait par et pour lui-même sans apport extérieur. Et l'on va voir que dès qu'apparaît le concept de l'auto-organisation, son idée sous ce terme ou un autre, cette contradiction est au cœur du problème, c'est-à-dire la lutte de classe pour l'émancipation. C'est au plus haut degré une contradiction théorique dans le rapport entre les communistes (anarchistes...) et les prolétaires en luttes, puisque dès lors qu'ils se considèrent comme une avant-garde, et quelle que soit leur propre forme d'organisation interne (entre eux), ils définissent une identité et une extériorité, un eux et un nous qu'ils prétendront combler en étant "comme des poissons dans l'eau" de la classe, ou tout simplement par des discours quand ils ne le sont pas, ce qui est de plus en plus fréquent...

partons de la célèbre devise de l'Association Internationale des Travailleurs (AIT) figurant dans son Adresse inaugurale et ses statuts provisoires rédigés par Karl Marx en 1864 :


Marx/AIT a écrit:
l'émancipation des travailleurs doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes,

...l'émancipation définitive de la classe travailleuse, c'est-à-dire pour l'abolition définitive du salariat

si l'on entend que cette formule définit l'auto-organisation de la classe en vue de la révolution, on voit que le ver est déjà dans le fruit puisqu'elle émane d'une organisation qui n'est pas la classe même si (certains de) ses membres en sont issus, mais se prétend son avant-garde organisée et organisatrice

remontons vingt ans plus tôt, à la troisième des Thèses sur Feuerbach, où Marx écrit en 1845 :


Marx a écrit:
La coïncidence du changement des circonstances et de l'activité humaine ou auto-changement ne peut être considérée et comprise rationnellement qu'en tant que pratique révolutionnaire.

cette phrase suit le début de cette thèse : « La doctrine matérialiste qui veut que les hommes soient des produits des circonstances et de l'éducation, [que, par conséquent, des hommes transformés soient des produits d'autres circonstances et d'une éducation modifiée], oublie que ce sont précisément les hommes qui transforment les circonstances et que l'éducateur a lui-même besoin d'être éduqué. C'est pourquoi elle tend inévitablement à diviser la société en deux parties dont l'une est au-dessus de la société [par exemple chez Robert Owen].» Les ajouts entre [] sont de Engels

dans Autopraxis historique du prolétariat Maximilien Rübel, fait remonter à William Benbow les origines de l'idée d'auto-organisation, et propose de traduire par autopraxis le mot Selbsttätigkeit, littéralement, le fait de faire par soi-même, qui se trouve dans le Manifeste de 1847 :


Marx&Engels a écrit:
Aber sie erblicken auf deri Seite des, Proletaraits keine geschichtliche Selbsttätigkeit, keine ihm eigentümliche politische Bewegung.

Toutefois, ils ne voient du côté du prolétariat aucune autopraxis historique, aucun mouvement politique qui lui soit propre.

Rübel se réfère à un texte de Benbow, disciple de Robert Owen, en 1832 :

Benbow a écrit:
De toutes les folies dont la nature humaine peut se rendre coupable, il n’y en a pas de plus grande que de croire que les autres feront pour nous ce que nous devrions faire pour nous-mêmes. Si les autres ne sentent pas comme nous, si les autres ne sont pas opprimés, volés, pillés et dégradés, comment peuvent -ils entrer dans nos sentiments ? Attendre l’aide des tories, des wighs, des libéraux, attendre l’aide des classes moyennes ou de toute autre classe que celle qui souffre, c’est pure folie
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MessageSujet: Re: AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, contre l'autonomie, une vision renouvelée   Sam 12 Aoû - 12:38

4:02 modifié

2) le double contenu de la forme auto-organisation révolutionnaire
émanciper-abolir-émanciper


2.1. l'auto-organisation ne se limite pas aux formes spécifiques caractérisant les activités d'individus agissant pour se changer eux-mêmes et les circonstances, l'auto-organisation porte un contenu émancipateur, l'auto-apprentissage de l'émancipation dans la lutte contre l'adversité capitaliste, elle est comme dit Marx « auto-changement par la pratique révolutionnaire » (3ème thèse sur Feuerbach), à quoi l'on peut ajouter auto-compréhension dans cette action de transformer le monde (11ème thèse)

c'est le premier contenu de l'auto-organisation, qui lui est intrinsèque. Elle est en ceci une forme-contenu révolutionnaire quand elle ne consiste pas à « diviser la société en deux parties dont l'une est au-dessus de la société » : elle combat la division du travail intellectuel et manuel, la séparation de la théorie et de la pratique, et toute forme d'organisation hiérarchique dans laquelle les individus obéissent à des ordres ou appliquent des mesures dictées par une organisation se présentant comme son guide ou son "sauveur suprême", le parti d'avant-garde ou ses avatars

étant en lui-même émancipateur, ce contenu est en même temps un objectif de l'auto-organisation, c'est l'auto-apprentissage de la liberté. L'auto-organisation participe ainsi de l'auto-subjectivation révolutionnaire

2.2. pour être révolutionnaire, l'auto-organisation s'assigne un objectif révolutionnaire, abolir le capital et toutes ses déterminations. C'est le deuxième aspect de son double contenu

au cours de l'histoire du mouvement ouvrier puis dans la décomposition du programmatisme et jusqu'à aujourd'hui, on constate que ces deux contenus sont liés et plus ou moins présents dans les formes d'existence de l'auto-organisation

reprenons l'Adresse de l'AIT : « l'émancipation des travailleurs doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes, [...] l'émancipation définitive de la classe travailleuse, c'est-à-dire pour l'abolition définitive du salariat »

Marx pose bien ici le principe de ce double contenu/objectif, mais celui-ci est doublement contredit, d'abord par l'existence de l'organisation d'avant-garde, ensuite par la stratégie programmatique visant le pouvoir des travailleurs, la dictature du prolétariat pour les partis communistes, plus tard l'autogestion pour les conseils ouvriers


Marx a écrit:
Art. 7a. - Dans sa lutte contre le pouvoir uni des classes possédantes, le prolétariat ne peut agir en tant que classe qu'en se constituant lui-même en parti politique distinct et opposé à tous les anciens partis politiques créés par les classes possédantes. Cette constitution du prolétariat en parti politique est indispensable pour assurer le triomphe de la Révolution sociale et de sa fin suprême : l'abolition des classes.

Statuts de l'Association Iinternationale des Travailleurs

l'objectif n'est pas, ou pas directement (immédiatement comme disent les communisateurs c'est-à-dire sans transition d'étapes), l'auto-abolition du prolétariat comme classe du capital, mais son autonomie pour son pouvoir


dans le programmatisme ouvrier et l'autonomie ouvrière, l'auto-changement est révolutionnaire en principe, contre-révolutionnaire en pratique. La dialectique du dépassement s'enraye en cours de route; abandonnant sa fin elle interdit sa production

c'est in fine le sens du texte de Roland Simon pour Meeting 3, en 2005 : L’auto-organisation est le premier acte de la révolution, la suite s’effectue contre elle


RS a écrit:
L’autonomie, comme perspective révolutionnaire se réalisant au travers de l’auto-organisation, est
paradoxalement inséparable d’une classe ouvrière stable, bien repérable à la surface même de la reproduction du capital, confortée dans ses limites et sa définition par cette reproduction et reconnue en elle comme un interlocuteur légitime.

L’auto-organisation comme théorie révolutionnaire avait un sens dans les conditions exactement identiques à celles qui structuraient le « vieux mouvement ouvrier »
. L’auto-organisation c’est la lutte auto-organisée avec son prolongement nécessaire l’auto-organisation des producteurs, en un mot le travail libéré, en un mot encore, la valeur.

ce texte présente à mon sens un défaut, dont rend compte la discussion, à laquelle j'avais participé en béotien de la théorie communiste, c'est d'assimiler par trop auto-organisation et autonomie

c'est le premier contenu/objectif de l'auto-organisation, présenté plus haut, qui est ici sous-estimé dans sa vertu révolutionnaire, car elle n'est pas seulement celle d'un "premier acte", mais doit persister tout au long de "l'auto-changement" du sujet révolutionnaire dans celle des "circonstances" et même au-delà, tant il est est évident que même acquise la victoire, le capital aboli, la communauté humaine devra continuer de s'auto-organiser, mais sans classes donc sans prolétariat, qui n'aura plus à le faire. Ce sera même son mode de vie essentiel, les relations entre les individus répondant à la phrase du Manifeste : « A la place de l'ancienne société bourgeoise, avec ses classes et ses antagonismes de classes, surgit une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous.» Dans ce mouvement dialectique il y a un passage de l'auto-organisation du sujet révolutionnaire à celle de tous

autrement dit, c'est le sujet de l'auto-organisation qui s'auto-transforme au point de n'être plus le même, dans le mouvement du dépassement produit par le prolétariat de son abolition comme être du capital. L'auto-organisation porte la dynamique communiste dans l'action révolutionnaire pour la communauté humaine


l'auto-organisation révolutionnaire est inhérente au mouvement du communisme réel,
avant, pendant, et après la révolution




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MessageSujet: Re: AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, contre l'autonomie, une vision renouvelée   Sam 12 Aoû - 16:10


d'hier à aujourd'hui
3) quand l'auto-organisation n'en est plus une

on pourrait citer des centaines d'exemples où la contradiction du programmatisme, entraperçue dans l'Adresse de l'AIT en 1864, se fixe en une norme par laquelle le parti tend à se substituer à la classe. Cela n'a pas été l'apanage des seuls staliniens de la Troisième internationale, le Komintern

symptomatique en est la page auto-organisation de Wikirouge, mise à jour en 2016. Ce site présente le point de vue des « communistes révolutionnaires, principalement les trotskistes, et d'autres courants antistaliniens comme les bordiguistes, luxemburgistes...». On n'y trouve aucune référence au communisme de conseils ou aux anarchistes...

est mis en avant une texte d'Ernest Mandel de 1989, Auto-organisation et parti d'avant-garde dans la conception de Trotsky


Ernest Mandel a écrit:
d'emblée l'auto-organisation n'existe que dans le rapport entre classe et parti :

Le rapport entre l'auto-organisation de la classe ouvrière et l'organisation d'avant-garde constitue un des problèmes les plus compliqués du marxisme.

dans la moitié du texte, Mandel parle de l'organisation d'avant-garde, le parti

Il s'ensuit la nécessité d'une interaction dialectique entre l'auto-organisation de la classe - qui est sujette à des fluctuations considérables - et un parti d'avant-garde permanent, dont l'ampleur et l'influence de masse sont égaIement sujettes aux hauts et aux bas de la conjoncture, mais qui est quand même plus stable, qui peut travailler de façon continue et qui peut donc mieux résister à la pression des rapports de forces défavorables. La liquidation de cet acquis, de l'organisation et de ses cadres implantés dans la classe, peuvent entraver la reprise ultérieure de la lutte de masse.

il distingue le parti d'avant-garde, la classe, et l'avant-garde de celle-ci :

Pour qu'il puisse y avoir une interaction entre l'auto-organisation de la classe et l'activité politique dirigeante du parti d'avant-garde révolutionnaire, il doit y avoir une classe ouvrière active ou du moins une large avant-garde ouvrière active.

Mandel présente La démocratie interne du parti [comme] le pont vers la démocratie des soviets. Cette position de Trotsky dans les années 1920 annonce l'évolution des partis communistes vers "plus de démocratie interne" et, suite à leur effondrement dans la décomposition du programmatisme, les nouvelles formes organisationnelles qui font de l'auto-organisation le principe d'organisation entre militants interventionnistes, reconduisant dans la forme de réseaux plus ou moins structurés la séparation initiale posée par Marx dans le Manifeste et les Statuts de l'AIT. En effet, dans les partis communistes de masse, et malgré leur structure hiérarchique, il y avait bien plus d'auto-organisation formelle des activités qu'on ne veut bien le retenir, une auto-organisation qui n'avait rien à envier à celle des Nuits debout  scratch

je ne développe pas, on peut le vérifier en parcourant les articles auto-organisation réunis par Paris-Luttes.Info

sur le plan historique, je conseille la riche recension de textes de Robert Paris sur son site Matière et révolution,
Auto-organisation prolétarienne, autonomie ouvrière et conseillisme

on peut certes dire que se sont défaits en route, par rapport à Trotsky, le caractère de masse du parti et la lutte massive d'une classe ouvrière active, mais l'essentiel est bien que les conditions historiques n'étaient pas réunies dans lesquelles l'auto-organisation, par son double contenu émancipateur et abolitionniste, peut conduire la révolution à son terme. Cette nécessité historique adviendra-t-elle ? Qui vivra verra

j'insère ici mon commentaire du 1er août dans PENSER LA RÉVOLUTION vers LA COMMUNAUTÉ HUMAINE



la révolution s'organise ?

Tristan Vacances : - Je saisis au vol votre allusion moqueuse à l'organisation et à l'auto-organisation, c'est-à-dire au fait que les communistes se considèrent toujours peu ou prou comme une avant-garde distincte de masses à guider. Comment poseriez-vous l'incontournable question de l'organisation de et dans la révolution ?

Patlotch : -  je ne le poserais pas. Il y a auto-organisation à une échelle à la fois locale, située, et une connexion de ces activités révolutionnaires locales, et c'est alors le problème des individus qui y participent. Par conséquent le point de vue communiste séparé, théorique ou dans les luttes, sur l'auto-organisation des autres relève de l'hypocrisie, y compris quand il critique le parti et toute forme d'avant-garde

bref, soit il y a auto-organisation, soit il n'y en a pas, et à la question du titre, je réponds : la révolution s'auto-organise

Tristan Vacances : - Mais il faut bien des sujets, des individus, pour le faire...

Patlotch : - ne confondons pas des activités révolutionnaires de masse généralisées avec les interventions de groupes prétendus auto-organisés d'aujourd'hui, quand ce sont les mêmes qui y participent depuis des années, donc en les préparant pour les provoquer. Les Blacks Blocs ne sont pas auto-organisés, mais pré-organisés, même si dans le feu de l'action il y a une part d'improvisation, de créativité, de réaction à ce qui se passe à chaque instant, au demeurant sans surprise, sur un scénario qui se répète (exemple dernièrement à Hambourg). Il est même difficile de qualifier cela d'émeutes, vu l'absence de spontanéité qui caractérise ces actions

Tristan Vacances : - Il n'y aurait donc pas de communistes à l'avant-garde ?

Patlotch : - non. L'avant-garde c'est tous ceux qui font, et l'organisation celle des activités. L'insurrection de masse et les activités créatrices de communisme ne sont pas le fait de révolutionnaires plus ou moins professionnels et bien préparés. Dans l'action se dégagent des individus révélant plus de courage ou de compétences, y compris organisationnelles, que d'autres, mais ils sortent de partout, pas du parti. Certains font la cuisine, parce que les révolutionnaires ont faim et veulent manger; pas même besoin d'être un (ex)prolétaire pour ça. D'autres font la guerre, et mieux vaut qu'ils s'y soient particulièrement entraînés. Ceux qui se constituent en partis ou en groupes ont des qualités spécifiques pour le faire. Leur défaut est de ne savoir faire que ça, et quand ils participent aux activités révolutionnaires, ce n'est plus en tant que membres du groupe ou du parti, du moins ça ne devrait pas l'être

Tristan Vacances : - N'est-ce pas une distinction par trop tranchée ?

Patlotch : - c'est celle qu'il convient de faire pour penser une conjoncture révolutionnaire autrement que la prise du palais d'hiver





lectures

1) spontanéité dans spontanéité, médiation, rupture Endnotes 3, septembre 2013[/color]

Endnotes a écrit:
La spontanéité se comprend généralement comme une absence d’organisation. Quelque chose de spontané provient d’une impulsion soudaine, comme s’il survenait naturellement. Les marxistes de la Seconde internationale pensaient que la révolte des ouvriers était spontanée en ce sens : qu’elle était une réaction naturelle à la domination capitaliste, qui devait être mise en forme par le parti. Cette idée repose sur ce qu’on pourrait qualifier de sens dérivé du terme de spontanéité. Au XVIIIe siècle, lorsque Kant décrivait l’unité transcendantale de l’aperception — le fait d’être conscient de soi comme ayant sa propre expérience — il l’a nommée un acte spontané11 Kant pensait à l’opposé de quelque chose de naturel. Un acte spontané est un acte librement entrepris. En fait, le mot spontané dérive du latin sponte, signifiant « de son propre chef, librement, volontairement ». En ce sens, la spontanéité ne relève pas de l’action contrainte ou automatique. Elle est action sans contrainte extérieure. Nous participons chaque jour aux rapports sociaux capitalistes : en allant au travail, en faisant des achats, etc. Mais nous sommes libres de décider de ne pas le faire, quelques puissent en être les conséquences (en fait, les conséquences sont parfois dures, parce que notre participation au capitalisme n’est pas un choix, mais bien une contrainte)12.

Quatre points découlent de cette réinterprétation du terme :

1. La spontanéité, précisément parce qu’elle est librement désirée, est intrinsèquement imprévisible. Pour cette raison, il ne peut y avoir de théorie figée de la lutte. Il ne peut y avoir qu’une phénoménologie de l’expérience de la révolte. Bien entendu, la révolte entretient un lien avec la crise, qu’elle soit économique ou autre, puisque les crises rendent les conditions de vie existantes des prolétaires insupportables. Mais le rapport entre crise et révolte n’est jamais mécanique. La révolte demeure fondamentalement indéterminée ou surdéterminée : elle ne survient jamais quand elle est censée le faire, et quand elle survient, elle surgit souvent du côté le plus improbable. Le mécontentement peut couver, mais alors un meurtre policier ou une hausse du prix du pain « déclenche » soudainement la révolte. Toutefois nul ne sait par avance quel sera l’événement déclencheur à un moment donné. Ce n’est pas pour dire que la révolte n’est pas planifiée, ou que les militants ne jouent pas un rôle dans le déclenchement des révoltes. De fait, les militants essayent en permanence de déclencher des révoltes. Le fait est que leur réussite est déterminée par quelque chose qui leur est étranger (cette chose se révèle dans des moments-clés, quand le matériel humain sur lequel travaillent les militants cesse tout à coup de réagir à leur micro-gestion — soit une lutte s’élance dans une direction inattendue, soit elle s’étiole)13. Qui peut prédire quand le fait de se rendre dans un parc conduira simplement à une autre manifestation, et quand cela explosera en une guerre civile ?

2. La spontanéité, étant une rupture avec le quotidien, est aussi nécessairement une perturbation. La spontanéité apparaît comme un ensemble d’actions perturbatrices : grèves, occupations, blocages, pillages, émeutes, autoréductions et plus généralement auto-organisation. Mais la spontanéité n’est pas seulement une concoction à partir de ces ingrédients. Elle possède une histoire, et dans l’histoire de la spontanéité, les tactiques particulières prévalent, sous deux aspects. (a) Les tactiques sont ce qui fait écho, à travers les lieux de travail ou les quartiers, les pays ou même les continents. Quelqu’un s’immole, ou quelques individus occupent une place. Spontanément, d’autres gens commencent à faire la même chose. Au cours des événements, les prolétaires adaptent une tactique donnée en fonction de leurs vécus, mais ce qui est essentiel, dans la mesure où ils adoptent des tactiques qui viennent d’ailleurs, c’est qu’il y ait interruption du flux continu du temps. L’histoire locale prend un tour qui peut seulement se comprendre globalement. (b) La prévalence des tactiques provient aussi du fait que les gens prennent part à des vagues d’activités perturbatrices, même alors qu’ils débattent des raisons de le faire. Les participants peuvent formuler des revendications contradictoires : les mêmes tactiques sont utilisées à différentes fins, dans différents endroits. Dans le même moment, parce que les luttes s’intensifient et s’étendent, les participants sont plus audacieux dans leurs revendications — ou dans l’absence totale de revendications. Les barrières entre les gens commencent à s’effondrer. À mesure que les murs tombent, le sentiment qu’ont les individus d’un pouvoir collectif s’accroit. Comme de plus en plus de gens participent, les risques de s’impliquer diminuent. La lutte bâtit ses propres fondations au cours de son évolution.

3. La spontanéité n’est pas seulement perturbation, elle est aussi création. Elle engendre un nouveau contenu de lutte qui est adéquat au vécu quotidien des prolétaires. Ce vécu évolue sans cesse, conformément aux changements des rapports sociaux capitalistes (et de la culture en général). C’est pourquoi la révolte qui éclate de l’intérieur, spontanément, tend à se répandre plus largement et plus violemment que celle qui viendrait de l’extérieur — des militants, etc. Cela reste vrai même lorsque les militants interviennent sur la base de leur propre vécu d’une révolte précédente (dans les années 60, nombre de militants dénonçaient le sabotage et l’absentéisme comme des formes de lutte « infantiles » ; en fait, elles annonçaient une vague de grèves sauvages massive). Les militants se mettent ainsi en position délicate. Ils sont les vestiges humains d’un conflit passé, mobiles dans le temps et l’espace. S’il existe des histoires nationales ou locales de la lutte, c’est en partie parce que des militants ont maintenu une continuité de l’expérience. Des formations militantes fortes peuvent devenir des agents d’intensification au présent ; pour autant, en essayant d’appliquer les leçons du passé à un présent toujours changeant, les militants courent le risque de banaliser la nouveauté au moment où elle survient. Cette position est dangereuse, dans la mesure où, pour nous, il est évident qu’il faut faire confiance à la nouveauté comme seul moyen de rompre avec les rapports sociaux capitalistes.

4. La révolte spontanée implique non seulement la création d’un nouveau contenu de lutte, mais aussi, nécessairement, de nouvelles formes de lutte, adéquates ou conformes à ce contenu. Hegel a écrit : « Dans cette opposition de la forme et du contenu, il faut surtout remarquer que le contenu n'est pas informe, mais qu'il détient en lui la forme, qui d'ailleurs lui est extérieure.14 » Cette forme peut tout d’abord être naissante : elle peut n’exister que potentiellement, mais elle se réalise lorsque les luttes s’étendent et s’intensifient. Il y a ici aussi une dimension créative — l’émergence d’une forme sans précédent historique. L’histoire témoigne à maintes reprises de ce fait : les luttes naissantes méprisent les formes existantes. Au contraire, elles engendrent leurs propres formes, qui sont alors méprisées, à leur tour, par les vagues de révolte futures. C’est cet aspect de la spontanéité, sa tendance à l’innovation formelle, qui proscrit toute représentation de la communisation qui tiendrait la révolution communisante comme fondamentalement informe. Il nous est impossible de connaître les formes d’organisation spontanée qui joueront un rôle dans la communisation et celles qui devront être dépassées à ce moment-là.

Contre les théories révolutionnaires du passé, nous pouvons aujourd’hui affirmer que l’organisation n’est pas externe à la spontanéité. Au contraire, la révolte de masse est toujours organisée. Pour donner à ce terme une définition adéquate à son rôle dans la théorie révolutionnaire, nous pourrions dire que l’organisation est l’accompagnement nécessaire à la coordination et à l’extension de l’activité perturbatrice spontanée. Mais cela n’implique pas que l’organisation soit toujours formelle. Elle peut aussi être complètement informelle, et, de fait, aux niveaux les plus élevés, elle est toujours informelle. La coordination est la diffusion des tactiques par le bouche à oreille, les journaux, la radio, la télévision, les vidéos tournées avec des téléphones portables, etc. (non que des moyens techniques particuliers soient nécessaires : une vague de grèves mondiale a déjà balayé l’Empire britannique dans les années 1930 ; la technique apporte simplement d’autres possibilités à la lutte).

Dans toute révolte il y a des débats sur la question de l’organisation : « Quelle est la meilleure façon de coordonner et d’étendre cette activité perturbatrice particulière ? » Les réponses sont toujours fonction du contexte de la révolte en question. Nombre d’individus, par ignorance ou par peur, se posent différentes questions : « Comment pouvons-nous en finir avec cette perturbation ? » « Comment pouvons-nous conclure ou remporter cette manche, pour qu’on puisse retourner aux misères habituelles de notre quotidien ? ». Dépasser l’ignorance et la peur, parvenir à se faire confiance les uns aux autres pour agir et le faire de façon coordonnée, avec des centaines, des milliers, des millions et finalement des milliards de gens, ce problème de coordination ne peut pas être résolu à l’avance. Il n’est résolu que dans et par le déroulement d’une séquence de luttes.

2) à chercher dans RYTHMES, IMPROVISATION et COMMUNISATION : JAZZ & Black Music, une matrice de la poétique révolutionnaire, improvisation collective, temps réel et création relationnelle, Patlotch 2015

le concept d'improvisation collective fait le lien entre savoir (-oublier dans l'action), organisation, et spontanéité


Question

en relation, les sujets documentés :

- AUTO-ORGANISATION et THÉORISATION ? De qui ? Pour quoi faire ? Comment ? Jusqu'où ?...

- critique de l'INTERVENTION par Théorie Communiste, 2008, 2010, et autres considérations de 1981 à aujourd'hui

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, contre l'autonomie, une vision renouvelée   Sam 12 Aoû - 20:52


questions 1

18:40

Tristan Vacances : - Vous proposez, cher Patlotch, "une vision renouvellée de l'auto-organisation révolutionnaire" qui remet en cause le lien strict fait par Théorie Communiste entre auto-organisation et autonomie, en 2005 dans L’auto-organisation est le premier acte de la révolution, la suite s’effectue contre elle.

Tout en étant d'accord avec les limites de l'auto-organisation visant l'autonomie, vous êtes amené à redéfinir l'auto-organisation en liaison avec le processus révolutionnaire et dans le fonctionnement post-capitaliste de la communauté humaine.

Toutefois, dans ce texte, RS se prémunit de vos critiques. Extraits :


RS a écrit:
L’autonomie était le projet d’un processus révolutionnaire allant de l’auto-organisation à l’affirmation du prolétariat comme classe dominante de la société, au travers de la libération et de l’affirmation du travail comme organisation de la société. [...]  L’autonomie et l’auto-organisation ont été un moment historique de l’histoire de la lutte de classe et non des modalités d’action formelles et plus ou moins intemporelles. L’auto-organisation ne désigne pas n’importe quelle activité où des individus, fussent-ils des prolétaires, se concertent directement pour savoir ce qu’ils vont faire ensemble, elle est une forme historique déterminée.

On peut parler de « dynamique » des luttes mais c’est alors faire l’impasse sur l’autotransformation du sujet, c’est ne pas voir que dans cette « dynamique » ce qui est aboli c’est le sujet qui s’auto-organisait et que cette « dynamique » n’existe que pour autant qu’il s’abolit comme le sujet qui s’auto-organisait. Tant que le prolétariat s’auto-organise, il ne peut le faire qu’à partir de ce qu’il est dans les catégories du capital. Il ne s’agit pas de faire une condamnation normative de l’auto-organisation, mais de dire ce qu’elle est et de dire que la révolution n’est pas une dynamique qu’elle contient et qui ne demande qu’à éclore. [...]

Ceux qui parlent sans cesse de dynamique des luttes passent totalement à côté de ce moment essentiel : le prolétariat comme sujet de la révolution s’abolit comme sujet de l’autonomie. Si le prolétariat s’abolit, il ne s’auto-organise pas. Appeler l’ensemble du mouvement auto-organisation, c’est être aveugle à son contenu.
On peut toujours soutenir que l’auto-organisation est le flux même de ce changement dans la lutte des classes. On aura d’abord fait disparaître la rupture et ensuite on aura dissocié ce qui dans l’activité révolutionnaire est homogène : la coïncidence du changement des circonstances et de l’activité. [...]

La lutte peut alors être indépendante de tout parti, syndicat, institution, elle n’en est pas pour autant auto-organisée car elle ne trouve pas son principe en elle-même comme mise en forme de ce qu’est le prolétariat en lui-même. On ne peut alors parler d’auto-organisation de la lutte, si on parle d’auto-organisation de la lutte c’est que l’on parle de l’auto-organisation du sujet.
Continuer à parler d’auto-organisation comme un flux, un processus, de rupture c’est entretenir la confusion et diluer le contenu même de la rupture.
On peut parler "d’auto-organisation de la lutte", cela n’empêche que dans ces luttes les prolétaires ne trouvent que toutes les divisions du salariat et de l’échange et aucune forme organisationnelle ne peut surmonter cette division, seul le peut le changement de contenu de cette lutte, mais alors c’est la rupture consistant à reconnaître dans le capital sa propre nécessité en tant que classe (à l’extérieur de soi), le contraire même de tous les "auto...".

Patlotch : - vous pouvez citer tout le texte, et vérifier que RS pose sa définition de l'auto-organisation comme étant l'organisation autonome du prolétariat sujet révolutionnaire. Il a beau jeu de prétendre ensuite que « Ce n'est pas une question de définition de l'auto-organisation ou de l'autonomie »

je partage sa critique de l'autonomie, qui évacue la rupture, la révolution même, mais à partir de cette définition de l'auto-organisation, qui lui est singulière et propre parce qu'arrêtée à une période historique, son rejet de l'auto-organisation devient tautologique et passe à côté de l'ouverture possible du concept par son double contenu émancipateur et abolitionniste, donc lié à la rupture et au dépassement produit du sujet révolutionnaire prolétarien dans le processus d'auto-changement

dans la discussion, son camarade Bernard Lyon, me répond


BL a écrit:
La distinction entre l’auto-organisation et l’autonomie semble tout à fait défendable à condition de bien avoir à l’esprit de le devenir de l’autoorganisation c’est l’autonomie c’est à dire la défense de la condition prolétarienne et donc de l’existence de l’Etat et des classes, l’autoorganisation n’est 1er moment que dans son dépassement, en sachant que ce dépassement ne va pas de soi et qu’il y aura des régressions [...]

on vérifie que lorsqu'ils ont quelque chose dans la tête en matière de sens des mots et concepts, ce n'est pas ailleurs. Leur cohérence interne tient souvent au seul sens qu'ils leurs accordent pour les besoins de leurs "démonstrations". Autre exemple, RS bondit chaque fois que l'on parle de conditions dans le sens de circonstances (comme le fait parfois Marx), ou de réalités telles que la condition ouvrière ou les conditions de vie, tout ça parce que pour lui, les conditions c'est le conditionnel, les conditions à réunir dont se gargarisent les révolutionnaires. Comment discuter avec des novlinguistes ?

Tristan Vacances : - Vous ne pouvez pas leur reprocher de partir de ce que fut ou reste l'auto-organisation dans les luttes actuelles, sans la faire bouillir dans les marmites révolutionnaires...

Patlotch : - vous plaisantez, combien de concepts de TC ne font que ça, bouillir dans l'abstraction et le déterminisme prolétarien universel ?

Tristan Vacances : - Qu'en disent les autres théoriciens de la communisation ?

Patlotch : - je n'ai rien trouvé chez Astarian (Hic Salta), ou Dauvé&Nesic (troploin) qui s'oppose à ma proposition théorique. Dans les textes où ils décrivent le processus de communisation, s'ils n'utilisent pas le terme d'auto-organisation, je ne sais pas lequel serait meilleur pour caractériser les activités dont ils parlent, et il est difficile de les soupçonner de soutenir l'autonomie ouvrière, qu'ils n'ont cessé de critiquer depuis des décennies

dans communisation en 2011,


Dauvé&Nesic a écrit:
L'auto-organisation (parfois brève) née de la rupture initiale non seulement n'est pas une fin en soi (ce dont chacun convient), mais dépend d'autre chose...

nulle part je ne considère moi-même l'auto-organisation révolutionnaire comme « une fin en soi » ni même une forme particulière d'organisation des activités, mais une forme-contenus

la véritable question est de savoir si l'on parle de l'auto-organisation du sujet révolutionnaire, pour eux le prolétariat (soit pour TC la classe ouvrière productrice de plus-value) et jusqu'où dans le processus de rupture, ou de l'ensemble du processus dans lequel l'auto-organisation devient de moins en moins strictement prolétarienne pour commencer à poser les bases de la communauté humaine. Si l'on ne pense pas ce moment du dépassement à produire, autant brûler toute dialectique des contradictions

on peut comprendre que si l'auto-organisation est « brève », c'est qu'elle cesse après avoir joué son rôle déclencheur, mais pour moi, elle doit se poursuivre, car si elle « dépend d'autre chose », c'est des contenus et objectifs des activités de ceux qui s'auto-organisent. Ce n'est plus une question de définition théorique, mais de réalités aisément imaginables qu'on peut nommer auto-organisation : car si la communauté humaine en gestation ne s'auto-organise pas, qu'est-ce qu'elle fait ? Table rase du vocabulaire et novlangue de tout ?

Tristan Vacances : - Hé bien, vous avez maintenant votre propre définition de l'auto-organisation révolutionnaire  Rolling Eyes

Patlotch : - foutez-vous de moi, mais notez quand même que cette définition est parfaitement compatible avec la théorie de la révolution des communisateurs, et à bien y regarder, avec celle de Théorie communiste aussi, du moins jusqu'où nous nous séparons, la définition du sujet révolutionnaire et l'usage illimité de concepts qui n'apportent que spéculations et plans sur la comète des croyants (voir mon étude COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION)

20:41

Tristan Vacances : - Moi aussi, quand j'ai quelque chose en tête... Dans un texte antérieur de Théorie Communiste n°18 de février 2003, sur le Mouvement des Piqueteros en Argentine 2001, ce passage :


RS a écrit:
Je pense que l’on ne peut parler d’autonomie que si la classe ouvrière est capable de se rapporter à elle-même contre le capital et de trouver dans ce rapport à soi les bases et la capacité de son affirmation comme classe dominante. Tout cela a disparu. Si l’on peut, à la rigueur, encore parler d’auto-organisation celle-ci n’a plus l’autonomie comme perspective ou contenu, c’est-à-dire la perspective d’émancipation de ce que la classe est dans des rapports de production qui n’apparaissent alors que comme  » contrainte ”. L’autoorganisation peut être alors une forme de lutte efficace mais qui ne sort pas de son rapport au syndicalisme...

Tristan Vacances : - Qu'en pensez-vous, cher Patlotch ?

Patlotch : - la logique de ce texte est reprise dans celui de 2005, la théorie de l'écart étant précisée... Toutefois, si « tout cela a disparu » en 2001/2003, on se demande bien contre quels moulins à vent se battait RS en 2005, si ce n'est les interventionnistes avec lesquels les relations de TC étaient interlopes, via Meeting puis SIC, et tout cela ayant disparu aussi, l'auto-organisation en est restée là en termes de critique théorique, d'où je la ressors

plus d'actualité, l'auto-organisation qui sort par le bas de son objectif d'autonomie : « L’autoorganisation peut être alors une forme de lutte efficace mais qui ne sort pas de son rapport au syndicalisme...», et l'on peut considérer que 15 ans après, c'est ce qui semble s'être produit, du moins si l'on se rapporte aux luttes contre la loi travail en 2016, les programmes des partis d'extrême-gauche n'étant qu'une reprise politique, et populiste, de ceux des syndicats. Si l'on recensait les usages actuels de l'auto-organisation dans les luttes ou dans les discours, on vérifierait sans doute qu'elle est moins liée à l'autonomie et davantage réduite à des formes aux contenus variables, parfois frisant le ridicule : un barbecue Nuit-deboutiste ?

mais que l'on réduise l'auto-organisation à l'autonomie ou au syndicalisme, le résultat est identique, on ne pense pas son double contenu émancipateur et abolitionniste, donc lié à la rupture et au dépassement produit du sujet révolutionnaire dans le processus d'auto-changement. Dans ce cas pour le faire, qu'on me propose un autre terme qu'auto-organisation révolutionnaire

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Patlotch



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MessageSujet: Re: AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, contre l'autonomie, une vision renouvelée   Dim 13 Aoû - 11:09


interlude 1

organisation, organisations, auto-organisation

en marge de notre sujet, une intéressante synthèse de R.S. en réponse à des commentaires sous le texte de Jacques Camatte « De l’organisation » 1969-1972

en marge parce que non centré sur la question de l'auto-organisation, ni même dans les termes de son lien avec l'autonomie comme en 2005, mais sur celle de l'organisation et des organisations dont RS montre qu'elle n'est plus au cœur des problématiques actuelles, et pourquoi

en marge car comme RS je pourrais dire que « pour moi toutes ces questions relatives à « l’organisation » ses fonctions, sa « représentativité », son fonctionnement interne sont sorties de mes préoccupations depuis bien longtemps. »

intéressant donc parce qu'actuel, c'est-à-dire prenant la mesure de ce qui a changé, non seulement depuis le début des années 70, la fin du programmatisme et l'effondrement des organisations politiques de masse du Mouvement ouvrier, mais avec la chute du démocratisme radical depuis près de dix ans, donc de son accompagnement interventionniste (Action directe...)

quelques extraits, mais il faut tout lire... Je souligne en gras


RS a écrit:
le passage du mode de production capitaliste en subsomption réelle change totalement la donne organisationnelle dans la lutte de classe (au singulier). Encore faut-il que l’on considère qu’il y a toujours lutte des classes (au pluriel). Sinon, comme chez Camatte, les organisations ne sont plus que l’organisation arbitraire du vide ne vivant que de leur interdifférenciation.

Sans être le jugement dernier de l’histoire, la lutte de classe a été, de fait, la critique des organisations, de leur existence, de leur fonctionnement interne et de leur fonction de « représentation » légitime dans le cadre des rapports de classes de l’après-guerre.
[...]
on peut trouver l’expression théorique de ce changement de période dans les textes de la revue Mouvement Communiste (Dauvé, Cerrutti, Guillaume, …) avec la thèse centrale selon laquelle la question de l’organisation est devenue obsolète et que seule demeure la question de l’ « organisation des tâches » [...]

La question ne porte plus sur les organisations, leur signification ou leur fonctionnement interne. La question est déplacée : il s’agit de comprendre, analyser, critiquer ce qui se met en place chaque fois en situation : recherche de pérennisation d’organisations spontanées, critique des formes d’auto-organisation avec leurs contradictions, prises en mains des AG, etc. Ces organisations et leurs pratiques existent mais on les considèrera dès lors toujours dans la situation particulière de telle ou telle lutte et la critique sera en situation. On ne fera pas de critique générale du fait qu’elles sont des Organisations et leurs pratiques des pratiques d’Organisations parce que ces organisations elles-mêmes ont perdu leur statut général et leur rôle programmatique d’Organisation, leurs pratiques expriment alors cette perte. La réflexion critique sur l’objet abstrait et général appelé « Organisation » n’est paradoxalement qu’une poursuite des problématiques programmatiques pour lesquelles la « montée en puissance de la classe » fait de l’organisation un objet ayant une nécessité et un sens en soi (là seulement on peut dire que la lutte des classes a réglé le problème).

Bien sûr, des organisations bien formelles et tout continuent d’exister (L.O, Alternatives libertaires, NPA, CCI, etc., etc.) ainsi que des réseaux connaissant des hauts et des bas tout en cherchant à maintenir une structure assez permanente (Tanqu’il et d’autres), il y a aussi les regroupements activistes-alternatifs genre Comité Invisible. Tous ne sont pas à mettre dans le même sac : pour les premières, il s’agit d’appendices syndicaux ou politiques de la reproduction conflictuelle du prolétariat dans le MPC ; d’autres sont des fossiles vivants (quel que soit le fait de lutter en tant que classe comme étant la limite actuelle de la lutte de classe, le prolétariat demeure une classe de ce mode de production, c’est la possibilité d’existence du « fossile vivant ») ; pour les derniers (réseaux ou activiste/alternatifs) le problème ne réside pas dans « l’organisation » mais dans la problématique de l’intervention qui sous-tend leur existence. C’est cette problématique de l’intervention posée en général dont ils vivent qui fait qu’ils cherchent à maintenir et protéger leur existence de réseau, se considérant eux-mêmes comme des prolétaires en général. [...]

Dans tous les cas de figure (et j’en oublie), la critique générale de l’organisation est depuis longtemps obsolète parce que l’Organisation (qu’on la considère ou non comme nécessaire – léniniste ou conseilliste pour faire vite -) n’était, pour tout le monde, en soi une question que de par la révolution comme montée en puissance de la classe (l’Ultragauche conserve la chose tout en critiquant tous les moyens). Actuellement, ce n’est plus là notre sujet, je pense que nos prises de position et notre activité doivent toujours être particulières dans des situations particulières en dehors de tout normativisme sachant toujours à l’avance quels sont les critères de la « bonne lutte ». Tous ces mouvements ou « organisations » ne sont pas auto-engendrés, ils sont représentatifs même de façon infinitésimale de fractions du prolétariat ou des classes moyennes, de leur segmentation, des conflits qui les traversent, des regroupements que font apparaître les contradictions du moment. Contradictions qui cristallisent ces fractions et polarisent les luttes sur un thème ou un autre que ces mouvements vont prendre en charge et formaliser dans leur langue. Et c’est, chaque fois, en tant que représentatifs et/ou expressions qu’ils sont à prendre en compte.

à mon sens, cela n'évacue pas la question de l'(auto)organisation, mais la déplace hors des organisations, comme dit le 1er août sous le titre 'la révolution s'organise ?'

Citation :
Tristan Vacances : - Comment poseriez-vous l'incontournable question de l'organisation de et dans la révolution ?

Patlotch : -  je ne le poserais pas. Il y a auto-organisation à une échelle à la fois locale, située, et une connexion de ces activités révolutionnaires locales, et c'est alors le problème des individus qui y participent. Par conséquent le point de vue communiste séparé, théorique ou dans les luttes, sur l'auto-organisation des autres relève de l'hypocrisie, y compris quand il critique le parti et toute forme d'avant-garde

bref, soit il y a auto-organisation, soit il n'y en a pas, et à la question du titre, je réponds : la révolution s'auto-organise

ici je dois insister sur une différence avec RS dans ma compréhension même du mot auto-organisation : quand je dis la révolution s'auto-organise, c'est comme lutte de classe (au singulier) dans la lutte de classes (au pluriel), pour reprendre cet utile distinguo de RS. « Contrairement à l'objectif d'autonomie, l'auto-organisation révolutionnaire n'a de sens que dans le conflit antagonique, et pour se battre, il faut être deux, même si c'est moins jouissif que le tango

It Takes Two to Tango



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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, contre l'autonomie, une vision renouvelée   Dim 13 Aoû - 15:02


4) quelles bases concrètes pour théoriser l'auto-organisation révolutionnaire ?

Tristan Vacances : - Tout ça est bien beau, cher Patlotch, mais vous reprochez à d'autres leur déterminisme voire leur religion communiste, alors que vous venez d'ouvrir trois sujets titrant sur la révolution, celui-ci, COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude), et PENSER LA RÉVOLUTION vers LA COMMUNAUTÉ HUMAINE

puisque vous affirmez qu'il n'y a plus de base aujourd'hui pour concevoir une révolution prolétarienne, en quoi vos considérations sur la révolution seraient-elles moins abstraites que celles que vous critiquez ?

Patlotch : - en rien, mais c'est justement pourquoi la question mérite d'être (re)posée avec les problèmes que pose cette absence de base dans les luttes sociales. Dans la discussion de dndf évoquée ci-dessus, RS répondait à une question du 10 août :


Federico a écrit:
Alors, une fois relié la question de l’organisation a la reproduction du capital et rejetée la vision de la fictivité du capital de Camatte et ses corollaires, qu’est-ce qu’on peut dire sur ce sujet qui ne soit si « banal »? Il suffit de savoir que l’exploitation, les classes et leurs luttes existent et qu’ils résoudront -éventuellement- ce problème, ou peut-on signaler quelques « avances » ou « définitions minimum » dans ce domaine ?

je fais le lien entre la réponse de RS et des observations de Dauvé&Nesic et Astarian

RS a écrit:
Je ne pense pas que la lutte des classes soit une sorte de « dieu de l’histoire » résolvant à la fin des temps la succession des problèmes du moment. Simplement, l’histoire est son procès, elle ne résout que les questions qu’elle pose et qui la constituent, à moins qu’elle ne s’y enlise (souvent) [...]

Tu demandes quelles avancées nouvelles et pas « banales » ont été effectuées. Il ne s’agit pas de répertorier des « avancées » sous forme de trouvailles théoriques (idéologiques). Sans être le jugement dernier de l’histoire, la lutte de classe a été, de fait, la critique des organisations, de leur existence, de leur fonctionnement interne et de leur fonction de « représentation » légitime dans le cadre des rapports de classes de l’après-guerre.

Dauvé&Nesic a écrit:
Le mouvement prolétarien n’a pas la mémoire cumulative que se construit, entretient et modifie un individu au fil de sa vie. Si l’on peut parler de mémoire sociale, elle n’est certainement pas comparable à une banque de données qu’il s’agirait d’entretenir, de restaurer ou d’actualiser. Comme chaque fois dans le passé, mais avec la force d’un mouvement beaucoup plus profond que 1871, 1917 ou 1968, une période révolutionnaire obligera à nous reposer les questions essentielles auxquelles se sont heurtées les expériences antérieures.

Communisation, 2011, Expérience et mémoire

Astarian a écrit:
Est-il plus utile à la cause du communisme de se livrer à un travail mémoriel, pour montrer aux prolétaires d’aujourd’hui qu’ils sont les descendants de luttes fameuses qu’ils devraient avoir en mémoire pour profiter des leçons, positives ou négatives, qu’on peut en tirer ? Dans une période sans rupture profonde de la contradiction capitaliste, faut-il rappeler aux prolétaires que de telles ruptures ont eu lieu, afin de les pousser à rompre à leur tour la présupposition réciproque des classes ? La réponse est ici double :

D’une part, on ne pousse pas le prolétariat à se radicaliser [...]

D’autre part, si l’on considère le prolétariat mondial dans son immensité, la mémoire des luttes dans le prolétariat n’est pas une affaire de brochures ou de films où la version prolétarienne de l’histoire de la classe serait diffusée parmi les prolétaires, aussi bien pour qu’ils connaissent leur histoire que pour en dénoncer les versions bourgeoises. Ces connaissances historiques se sont intégrées, sous une forme plus ou moins exacte, disons culturelle, dans la conscience immédiate du prolétariat, ou bien elles ne peuvent servir que dans un cadre théorique. Mais, de façon générale, le prolétariat n’a pas besoin de connaissances livresques pour savoir où il en est de son histoire. La mémoire de son histoire existe matériellement dans les conditions concrètes auxquelles il est confronté. Les conditions auxquelles le capital soumet le prolétariat aujourd’hui sont le résultat des luttes d’hier. Le prolétariat n’a pas besoin de connaître ses luttes passées, victorieuses ou défaites, pour se guider dans ses luttes d’aujourd’hui, car les leçons du passé sont là, devant lui, dans les conditions nouvelles qui résultent des luttes passées. [...]

Solitude de la théorie communiste 3 – Problèmes d’une expression communiste aujourd’hui 2016

Tristan Vacances : - Quel rapport avec l'auto-organisation révolutionnaire ?

Patlotch : - elle est un aspect de cette question générale : « Le mouvement prolétarien n’a pas la mémoire cumulative », il n'y a pas de transmission intergénérationnelle longue des expériences du passé. En l'absence d'activités révolutionnaires, dans une période où le prolétariat est en retrait, voire adopte des attitudes populistes anti-révolutionnaires, on n'a même plus de base concrète pour en faire le sujet révolutionnaire par excellence

pour cette raison, la théorie communiste est aujourd'hui essentiellement abstraite, et de plus, comme l'écrit Astarian « dans sa forme actuelle, la théorie communiste trouve son ancrage dans la phase de crise des années 60-70 ». C'est la même distance qu'entre la Commune en 1871 et la Révolution d'Octobre, en pleine montée du mouvement ouvrier révolutionnaire, alors qu'il y avait là, on peut le dire, une mémoire et une expérience, des erreurs non répétées, parce qu'il y avait une forte transmission intergénérationnelle, et aussi beaucoup de courroies de transmission
 Rolling Eyes

Hic Salta a écrit:
Cette situation vient aussi du silence du prolétariat. Le retour de la conflictualité sur les lieux de travail – pour ne pas parler d’une reprise révolutionnaire – est suspendue à la sortie de l’obscurité dans lequel la grande masse des prolétaires s’est tenue jusqu’à maintenant, y compris au cours du mouvement du printemps 2016. Il est légitime de se demander dans quelles circonstances cela pourrait se produire.

Ménage à trois de la lutte des classes : Episode 3, Le mouvement contre la «Loi Travail» en France (2016), Conclusion, 2017

Tristan Vacances : - Vous ne répondez pas...

Patlotch : - laissez-moi terminer. On ne peut affirmer concrètement l'auto-organisation révolutionnaire comme étant le problème de masses en luttes quand elles ne le sont pas ou pas avec des contenus de rupture. On ne peut critiquer l'extériorité organisationnelle ou théorique sans admettre qu'on ne théorise de façon séparée qu'en prenant des risques et donc des précautions

pour reprendre mon fil, rien ne dit qu'une «reprise révolutionnaire » ne produirait pas les mêmes effets quant à la reconstitution d'organisations, de tentations autonomistes, etc. justement en raison de cette absence de « mémoire cumulative » (troploin) aggravée par l' « Éloignement de la dernière phase « révolutionnaire » » (Astarian, Solitude...)

Théorie Communiste considère que ces questions sont derrière nous, en raison de sa théorie du dernier cycle de luttes, alors que moi, je vois une restructuration en cours du capitalisme dans laquelle ne peut être théorisée la révolution dans des termes inchangés depuis 45 ans. Voir 31 juillet, reprenons le fil et ma conclusion du 7 juin : « toute conjoncture de luttes est actuellement déterminée par la restructuration actuelle, et rien d'autre. »


l'auto-organisation révolutionnaire ne se posera concrètement
que dans une conjoncture révolutionnaire



Tristan Vacances -  scratch  Mais vous affirmiez hier que « l'auto-organisation révolutionnaire est inhérente au mouvement du communisme réel, avant, pendant, et après la révolution ». Avant la révolution, il peut y avoir une conjoncture révolutionnaire ?

Patlotch : - celle-ci ne tomberait pas d'un ciel serein mais à la faveur d'une reprise de luttes ayant un contenu de rupture, qui ne manqueraient pas de poser la question de leur auto-organisation en des termes nouveaux produisant cette conjoncture. C'est ce que je tente de cerner

Tristan Vacances - S'il n'y a pas de mémoire cumulative de l'expérience passée, pourquoi ces termes seraient-ils nouveaux ?

Patlotch : - parce qu'il y a histoire, et que la situation générale et les situations particulières qui la constituent seront nouvelles. Cette nouveauté, je pense que nous la voyons émerger, parce que la crise du capitalisme est devenue crise de civilisation sous des aspects qui ne relèvent plus de la lutte de classe au sens de l'affrontement strict entre prolétariat et capital. C'est ce qui me sépare des théoriciens de la communisation...

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MessageSujet: Re: AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, contre l'autonomie, une vision renouvelée   Lun 14 Aoû - 13:36


interlude 2

auto-organisation du vivant, complexité et émergence :
plus que des parallèles

jusque-là, nous n'avons abordé l'auto-organisation qu'au(x) sens qu'elle prend comme celle(s) des luttes sociales, en discernant son enfermement dans l'autonomie/autogestion de son inscription dans la production d'un dépassement des limites du capital, par un auto-changement du sujet révolutionnaire

nous avons pris le contre-pied des affirmations de Théorie Communiste, dont Léon de Mattis exprime la caricature dans Les mesures communistes SIC2 en 2014. Nous y retrouvons ce sens réducteur, unique et obligatoire de l'auto-organisation :


Léon de Mattis a écrit:
La mesure communiste est un exemple de mode d’organisation de la production du communisme. Elle n’est ni démocratie directe ni auto-organisation.

9 [...] Elle n’est pas non plus « auto » organisation. L’auto-organisation est certes, à l’heure actuelle, une nécessité pour l’existence des luttes au-delà des temps et formes étroits des luttes légalisées et syndicalisées. Mais la mesure communiste est une rupture avec l’auto-organisation puisqu’il y a alors dépassement des luttes partielles qui ont besoin de s’organiser comme telles autour de leur objet spécifique.

Arrow

l'auto-organisation des systèmes complexes est une notion qui apparaît à la fin des années 1940. De la façon la plus générale, elle est

Citation :
une tendance, tant au niveau des processus physiques ou des organismes vivants, que des systèmes sociaux, à s'organiser d'eux-mêmes. [...] Ce terme ne devint commun dans la littérature scientifique que lors de son adoption par les physiciens et autres chercheurs du domaine des systèmes complexes dans les années 1970 et 1980.

Wikipédia auto-organisation

une civilisation est auto-organisée

Matière et révolution a écrit:
Le nuage, le cerveau, la ville, la cellule, l’étoile, la galaxie, la terre, la civilisation sont des structures complexes auto-organisées. Leur existence, leur transformation ne sont pas pilotées de l’extérieur par un concepteur et un artisan. Elles sont elles-mêmes, en cours de route, leur propre concepteur et leur propre artisan, y compris le concepteur et l’artisan de leur propre mort. Elles sont le produit des multiples rétroactions qui les habitent ainsi que des interactions avec le milieu. Leur ordre est le produit d’un désordre ambiant autant que des lois qui s’imposent à leur niveau.

Qu’est-ce que l’auto-organisation ? Faber Sperber, Robert Paris, vendredi 4 septembre 2009

le communisme auto-organise le changement de civilisation

s'il est question des interactions avec le milieu, c'est donc que l'auto-organisation des systèmes vivants n'est pas assimilable à leur autonomie. Dans le cas de l'auto-organisation des luttes et du sujet révolutionnaire, le milieu, c'est le système capitaliste, la civilisation capitaliste. Nous retrouvons donc notre affirmation : « Contrairement à l'objectif d'autonomie, l'auto-organisation révolutionnaire n'a de sens que dans le conflit antagonique. ». Si la révolution ouvre un changement de civilisation, il y a un rapport entre son auto-organisation au sens de « structure complexe auto-organisée » et l'auto-organisation du sujet révolutionnaire qui la transforme, en interaction/conflit dans et avec elle

les points communs et différences entre auto-organisation et autonomie sont étudiés d'un point de vue philosophique et scientifique par Alvaro Moreno dans Auto-organisation, autonomie et identité, Revue internationale de philosophie 2004/2 (n° 228)


Alvaro Moreno a écrit:
Alors que les systèmes autonomes sont facilement considérés comme des expressions du phénomène général d'auto-organisation, l'inverse n'est pas toujours le cas.

Pour éviter ces problèmes nous allons dorénavant utiliser le terme d'auto-organisation au sens le plus générique - c'est-à-dire le plus inclusif et le plus faible - et nous parlerons d'autonomie (ou de systèmes autonomes) pour désigner l'acception dans sa signification la plus forte. Nous examinerons donc dans cet article trois formes différentes d'auto-organisation : tout d'abord l'auto-organisation au sens le plus générique et le plus simple ; ensuite, l'auto-organisation fonctionnelle ou l'« autonomie », et enfin, l'autonomie informée, qui constitue l'organisation caractéristique du monde vivant. [...]

Dans cette idée générique d'auto-organisation, il faut souligner les aspects suivants :

a. L'auto-organisation implique une relation entre niveaux : à partir d'un ensemble d'interactions « microscopiques » apparaît, de façon irréversible et non linéaire, une forme apparemment simplifiée d'organisation « macroscopique ».

b. L'auto-organisation est un processus où se créent spontanément de nouvelles formes de corrélations dynamiques, c'est-à-dire des configurations ni trivialement déterminées par des lois ou des règles de base ni directement spécifiées par des contrôles ou des contraintes d'origine externe.

c. L'organisation ainsi constituée est « émergente » dans le sens où sa structure macroscopique spécifique n'est pas prédictible à partir de la connaissance des interactions de ses éléments constitutifs (au niveau « micro »).

ici, nous pouvons établir un parallèle entre interactions « microscopiques » / organisation « macroscopique » et les parties / le tout ou singularités et particularités / généralités dans la tradition philosophique et plus précisément la dialectique hégelienne puis marxienne

il ne s'agit pas de tomber dans le toutisme d'Edgar Morin dans son approche de la complexité (La méthode), et c'est pourquoi j'ai croisé la dialectique marxienne des contradictions avec certaines considérations sur la complexité dans DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE. Je n'y aborde que la question du dépassement des contradictions, qui rejoint dans la complexité les notions d'émergence et de seuil, que l'on retrouve dans la dialectique quantitatif/qualitatif

Alvaro Moreno conclut ainsi son article


Citation :
L'idée d'identité dans l'auto-organisation et dans l'autonomie est basée sur un principe implicite de récursivité, qui constitue cette identité en fonction de ses actions dans un environnement donné. Cette identité est active et autoconstitutive en tant que telle : il y a une identité ou « soi » qui s'autoconstitue justement parce qu'elle se génère en un processus circulaire (qui néanmoins dépend aussi d'un ensemble de conditions externes).

Ce principe se manifeste clairement dans le cas des systèmes autonomes, où l'identité se produit à travers l'ensemble des modifications matérielles causalement générées par le système lui-même. Il faut souligner l'importance du cadre matériel quant à la question de l'auto-organisation et de l'autonomie, car c'est justement la prise en compte des aspects énergétiques qui permet de comprendre et l'autoconstruction des conditions limites du système et la création d'une identité à travers des processus de contrôle de son environnement.

je n'avancerai pas davantage dans le parallèle entre l'ordre des luttes sociales et celui de l'organisation du vivant, mais on voit qu'ils se recoupent et que l'on peut établir plus que des parallèles (qui ne se recoupent jamais...) entre ces approches conceptuelles. Je laisse ma lectorate mariner dans ce bain en évitant de faire bouillir le bébé dans la marmite

affraid

pour conclure cet interlude ludiquement, rêvons en commune à l'assaut du ciel contre l'attaque des prédateurs :

s'il n'avait pas vu des oiseaux, l'homme aurait-il essayé de voler ?



Comme un vol d’étourneaux au-dessus de la ville

Carlos Moreno La Tribune 01/03/2017

Citation :
Combien de fois nous, habitants de tout âge de la ville, avons été émerveillés par un ciel urbain magnifié par un vol d'étourneaux ? Nous avons tous été fascinés par les mouvements synchronisés de ces oiseaux qui déroulent sous nos yeux un extra ordinaire ballet. Ils volent de manière coordonnée en dessinant de superbes formes, qui se font et se défont au gré de leurs réactions en masse, et interagissent en temps réel entre eux. Du point de vue scientifique, le vol des étourneaux a donné lieu à de très nombreuses études, en particulier par la communauté scientifique travaillant la problématique de la complexité, les systèmes critiques et l'auto organisation.

Publiant dans la revue de l'Académie des Sciences des États-Unis, des scientifiques italiens précisent que :

« Quand un groupe d'étourneaux agit comme s'il constituait une entité unique, il se comporte comme un système critique capable d'optimiser sa réponse collective aux défis externes, comme l'attaque d'un prédateur. Les interactions au sein d'un grand groupe fournissent à chaque animal une gamme de perceptions effectives beaucoup plus large que s'il était isolé, améliorant ainsi la réponse globale du groupe aux perturbations ».

Ce comportement est à différencier du comportement grégaire d'un groupe qui suit un chef de file, dans lequel même s'ils vont dans la même direction et sont parfaitement ordonnés, il n'y pas d'interactions entre les individus, car ils se trouvent sans communication quasi instantanée entre eux
, et avec des fluctuations comportementales indépendantes les unes des autres. Le principe de l'auto organisation repose ainsi sur la capacité d'une collectivité à agir de manière coordonnée et en toute circonstance, par la résultante d'interactions dynamiques entre ses composantes, et non pas par l'effet de consignes données par un chef ou par une perturbation externe. [des perturbations externe il y en a justement, avec et contre lesquelles inter-réagit le groupe auto-organisé des étourneaux]

et n'oublions jamais que si l'homme essaye de voler, la femme, elle, y parvient



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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, contre l'autonomie, une vision renouvelée   Lun 14 Aoû - 22:26

complété 15 août 9:52

5) auto-organisation et positivité du mouvement communiste
avant
, pendant, et après la révolution

Tristan Vacances : - Cher Patlotch, il me semble utile maintenant de reprendre vos considérations sur la positivité du communisme dans le cadre de ce sujet, suite à ceci (ici, 1er août à 13:01)...

Citation :
Tristan Vacances : - Vous continuez à penser qu'il faut travailler sur les contenus positifs de la révolution et du communisme ?

Patlotch : - oui, j'ai parlé en 2012 de positivité communiste


Citation :
Ce qui importe à mon sens, c'est de considérer que nombre d'activités humaines actuelles, même menacées et/ou redéfinies par le contexte capitaliste, portent des potentialités de reconversion dans un contexte de monde non capitaliste, non échangiste, non marchand, selon d'autres critères de valeur, sans jeu de mot, en admettant qu'à défaut de droit, d'État, le nouveau monde produise ses propres valeurs déterminant les nouveaux rapports entre individus, communauté, comme on voudra...

Naturellement, et c'est en quoi je suis d'accord avec les communisateurs, ce ne sont pas des activités susceptibles en elles-mêmes de détruire les rapports sociaux capitalistes...

Pourquoi diantre ne faudrait-il pas y voir une positivité, une capacité présente des individus humains, prolétaires ou pas, de vivre sans le joug capitaliste et la loi de ses valeurs ? Une positivité sur laquelle seront produites d'autres valeurs ? Des valeurs communistes...


... et ceci, hier dans 4) quelles bases concrètes pour théoriser l'auto-organisation révolutionnaire ?

Citation :
Tristan Vacances - Mais vous affirmiez hier que « l'auto-organisation révolutionnaire est inhérente au mouvement du communisme réel, avant, pendant, et après la révolution ». Avant la révolution, il peut y avoir une conjoncture révolutionnaire ?

Patlotch : - celle-ci ne tomberait pas d'un ciel serein mais à la faveur d'une reprise de luttes ayant un contenu de rupture, qui ne manqueraient pas de poser la question de leur auto-organisation en des termes nouveaux produisant cette conjoncture. C'est ce que je tente de cerner

Tristan Vacances : - Forts des remarques de l'interlude précédent, la civilisation capitaliste est auto-organisée, le communisme auto-organise le changement de civilisation, que pouvons-nous dire d'un contenu révolutionnaire de l'auto-organisation avant la révolution ?

Patlotch : - j'affirmais aussi que l'auto-organisation révolutionnaire ne se posera concrètement que dans une conjoncture révolutionnaire, par conséquent le contenu de l'auto-organisation ne peut être révolutionnaire qu'une fois la révolution engagée, mais il est vrai que, de même que la conjoncture insurrectionnelle ne tombe pas d'un ciel serein, ce qui s'auto-organise positivement dans les activités de survie et de transformation des relations humaines ne s'invente pas ex-nihilo. Je ne suis pas le seul à le penser, et même d'éminents rupturistes, dans Communisation (2011) troploin


Dauvé&Nesic a écrit:
Transformer des pratiques communes déjà existantes

    Dans le passé, contrairement à l’histoire officielle qui longtemps a dénigré les siècles pré-bourgeois comme des temps d’ignorance et de misère, il a existé des formes de coopération, d’administration collective de terrains communaux, de répartition périodique plus ou moins égalitaire d’une partie des terres entre familles, ainsi que des habitudes d’autonomie locale, de débat et de prise de décision par le groupe villageois, dont certaines ont même persisté au 20e siècle, en Espagne notamment. Voyageant dans l’Indonésie à la fin du 20e siècle, Gabrielle Wittkop décrivait le gotong royong, « système de coopération (..) d’importance vitale », « entraide communautaire d’origine typiquement rurale », qui « entre en vigueur dès qu’il s’agit d’éteindre un incendie, d’engranger une récolte ou de réparer une digue. » Aujourd’hui, dans les zones secouées par un capitalisme sauvage ou émergent, en Amérique latine, en Afrique et en Asie, la résistance à la pénétration industrielle et marchande revivifie d’anciennes pratiques collectives : auto-organisation de quartier, solidarité rurale, association de lutte ouvrière, coopérative de production ou de consommation, école et hôpital populaires...

     Tout en témoignant de ce que serait « un autre monde possible », ces pratiques participent d’un bouleversement du monde qu’elles ne peuvent effectuer à elles seules. Il y a un siècle, le mirrusse n’avait ni la force - ni l’intention - de révolutionner la société, car la coopération et l’autonomie rurales dépendaient d’un système social et d’un ordre politique qui dépassaient le cadre villageois. De nos jours, des millions de coopératives ne feront jamais le poids face aux multinationales. Qui plus est, cet « autre monde » reste inimaginable dans une société individualiste où chacun tend à voir en son voisin un danger potentiel, sinon un ennemi. Le Couperet (The Axe, 1997) de D. Westlake imagine qu’après son licenciement, un technicien hautement qualifié repère et élimine l’un après l’autre ses quelques concurrents sur le marché du travail avant de réussir à être réembauché dans une autre entreprise. Fiction, certes, mais quand la propriété privée règne, solidarité et communauté restent fragiles et ne s’imposent pas sans luttes. Quoique la plupart des six milliards d’êtres humains ne possèdent pas grand-chose, et beaucoup seulement une force de travail à peine monnayable, chacun de nous tend à s’accrocher d’autant plus au peu dont il est propriétaire.

    Pour ne rappeler que deux exemples, la Kabylie et Oaxaca au Mexique ont illustré comment des assemblées et des liens collectifs pouvaient resurgir et servir de moyen de résistance. La communisation passera aussi par la revitalisation de formes anciennes de communauté, à condition qu’en ressuscitant elles retrouvent plus que ce qui a été perdu. Elle ne se modèlera pas sur ce qui, dans notre société, relève déjà de pratiques communes, sur l’existence ou la résurgence de biens détenus collectivement, ou dont l’usage est partagé, la terre par exemple : elle n’y trouvera un appui qu’en les transformant. C’est la portée finale de la lutte qui donne son contenu à une activité.

Patlotch : - on trouvait même cette idée chez Léon de Mattis dans sa controverse de Meeting avec Théorie Communiste, qui ne voulait y voir qu'immédiatisme. Sur ce coup, je me sentais plus proche de ses questions. Au demeurant, voici ce qu'il disait du lien autonomie-autoorganisation chez TC, rejoignant mon reproche de tautologisme et l'utilisation étroite du mot qu'il a reprise depuis (Léon de Mattis, 2014 : « la mesure communiste est une rupture avec l’auto-organisation ») :

Le sens des mots, Denis, 4 décembre 2005


Citation :
Dans ce texte, Roland s’enferme dans le syllogisme qu’il a construit. Ayant identifié l’auto-organisation à la forme dont l’autonomie serait le contenu, et l’autonomie, selon une vision héritée de la tradition d’ultra-gauche, à l’expression de l’être révolutionnaire de la classe, il ne lui reste plus qu’à ne voir dans l’autoorganisation rien d’autre que la forme de l’être révolutionnaire de la classe. Le problème, c’est qu’avant d’être un concept d’ultra-gauche, l’auto-organisation est une pratique des luttes actuelles : et que le sens de cette pratique ne s’épuise ni dans les interprétations d’Echanges, du Mouvement Communiste ou de l’OiseauTempête, ni dans la critique de ces interprétations proposée par Roland.

Comme critique des positions « autonomistes » et « auto-organisationnelles » de la vieille ultra-gauche, le texte de Roland est convaincant : il l’est beaucoup moins quand il adresse ces mêmes critiques à l’auto-organisation en elle-même, la rendant responsable du discours qu’on a tenu sur elle. Il y a là une confusion entre ce qui est et ce qui s’en dit.

L’auto-organisation n’est pas la « formalisation de ce que l’on est dans la société actuelle comme base de la société nouvelle à construire en tant que libération de ce que l’on est » car ce qu’on entend habituellement par auto-organisation actuellement n’est pas l’auto-organisation du prolétariat, mais l’auto-organisation de la lutte. Il ne s’agit donc pas d’auto-organiser « ce que l’on est » mais d’autoorganiser ce que l’on fait.

et j'ajoutais déjà à cette époque (5 décembre 2005) :

Patlotch a écrit:
Il y a peut-être à discerner dans les formes d’auto-organisation celles qui portent ou non un "discours idéologique sur l’autonomie". [...]

En conclusion, un intérêt pour le débat serait d’apporter des exemples concrets et d’y montrer si c’est le cas la différence entre formes d’autoorganisation annonçant ou non la communisation, et des aspects ou ’potentialités’ qui ouvriraient (au sens d’’annonce’) une perspective pour "la suite" de la révolution : des formes d’auto-organisation (des luttes) qui ne porteraient pas un contenu autonomiste (du prolétariat).

Cela dit, je n’ai pas de personnellement de religion sur le sujet, c’est-à-dire que je tiens cette remarque de Denis comme importante car susceptible de faire avancer le schmilblick...

Tristan Vacances : - le schmilblick a-t-il avancé depuis 12 ans ?

Patlotch : - à ma connaissance non, Denis en changeant de pseudo a plutôt régressé, et quoi qu'il en soit, mon commentaire était le dernier dans cette discussion, que je me sens autorisé à reprendre positivement

Tristan Vacances : - Comment l'expliquez-vous ?

Patlotch : - par l'enfermement sur lui-même du milieu radical et sa confrontation exclusive avec ceux qu'il critique à juste raison, les anarcho-autonomes chez qui l'auto-organisation est liée à l'objectif d'autonomie. C'était encore le cas avec les discussions sur les "cortèges de tête" dans le mouvement anti-loi travail l'an dernier. Ils se croient obligés de répondre à ce type de positions : L'autonomie, ou rien lundimatin#57, 18 avril 2016


Citation :
Nous sommes en train de vivre autre chose que nos survies misérables, de vivre, tout simplement. Nous sommes en train de construire, de nous construire, de nous auto-organiser, de nous insurger. Mais alors qu’un processus d’auto-organisation du quotidien des places semble pouvoir émerger, voilà qu’on nous propose encore de canaliser et de manipuler notre révolte de vivre au profit d’une politique « alternative » de l’impuissance, de transformer un torrent de vie en un canal administré « alternatif », de transformer une autonomie quotidienne des vivants en une machine électorale de conquête de l’administration des choses mortes, de l’économie. Notre pouvoir de vivre, de nous révolter et de nous auto-organiser quotidiennement, confisqué au profit d’une autre machine électorale qui, comme Syriza, ne pourra qu’administrer « alternativement » l’austérité capitaliste après confiscation des puissances d’agir d’un mouvement d’occupation de places.

Tristan Vacances : - Vous pensez que c'est inutile ?

Patlotch : - dans ces situations de luttes, non, mais dès lors qu'on connaît, et ici à l'avance, leurs limites, la réflexion communiste ne peut pas s'enfermer dans cette critique interminable d'individus qui se prennent pour "la classe". Il nous faut voir plus loin et prendre le large, même si en l'absence de luttes de rupture massives, cela reste abstrait

Tristan Vacances : - Vous ne voyez dans ces luttes autonomes aucune positivité communiste de l'auto-organisation avant la révolution ?

Patlotch : - là encore il faut discerner, l'auto-organisation sur une durée longue regarde la survie à froid, et pas seulement à chaud, quand chacun rentre chez son squat après la manif (de préférence nocturne pour les photos de voitures en feu). C'est un contexte d'affrontement dur et durable qui concerne massivement la population pauvre bien au-delà des émeutiers et du moment de l'émeute. Cf la Grèce, même aujourd'hui dans un contexte plutôt calme, il y a de l'auto-organisation pour relayer ce que l'État ne fait plus*, c'est un peu comme les paysans sud-américains contre l'extractivisme, les femmes en Inde contre le crime machiste structurel d'État, plus près de 'chez nous' les "quartiers populaires" ou plus loin les bidonvilles : je détesterais faire de la théorie communiste sur une planète à part**, idéologiquement française qui plus est

* cf Sur les assemblées de quartiers à Athènes Lumière, eau, téléphone, la lutte de classe dans les redevances quotidiennes :  luttes dans la reproduction sociale et le travail dans les quartiers d’Athènes, peter poor, Zografou (Athens), Juin 2015, quelques mois après la victoire de Tsipras/Syrisa

** voir Les bidonvilles forment-ils une planète à part ? Bruno Astarian, Hic Salta février 2010,
et quelques articles dans bidonvilles "auto-organisation" : Pérou, Lima, Villa El Salvador; Dakar; Calais...


Tristan Vacances : - Nous n'avons fait qu'effleuré le sujet...

Patlotch : - certes, mais d'autres auront toute la vie





Liberty now ? 12 octobre 1992, pigments et transfert sur toile 35 x 49 cm
Patlotch 'voilé-dévoilé' peintures 1992


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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, contre l'autonomie, une vision renouvelée   Mer 16 Aoû - 12:54

15 août, complété

6) auto-organisation de masse : survie et résistance
mais la politique ? et l'autonomie ?

Tristan Vacances : - repartons d'extraits du commentaire précédent 5) auto-organisation et positivité du mouvement communiste avant... la révolution

Léon de Mattis a écrit:
2005 : ce qu’on entend habituellement par auto-organisation actuellement n’est pas l’auto-organisation du prolétariat, mais l’auto-organisation de la lutte. Il ne s’agit donc pas d’auto-organiser « ce que l’on est » mais d’autoorganiser ce que l’on fait.

Patlotch a écrit:
2005 : Il y a peut-être à discerner dans les formes d’auto-organisation celles qui portent ou non un "discours idéologique sur l’autonomie". [...] apporter des exemples concrets et y montrer si c’est le cas la différence entre formes d’autoorganisation annonçant ou non la communisation, et des aspects ou ’potentialités’ qui ouvriraient (au sens d’’annonce’) une perspective pour "la suite" de la révolution : des formes d’auto-organisation (des luttes) qui ne porteraient pas un contenu autonomiste (du prolétariat).

Patlotch a écrit:
hier : là encore il faut discerner, l'auto-organisation sur une durée longue regarde la survie à froid, et pas seulement à chaud, quand chacun rentre chez son squat après la manif (de préférence nocturne pour les photos de voitures en feu). C'est un contexte d'affrontement dur et durable qui concerne massivement la population pauvre bien au-delà des émeutiers et du moment de l'émeute. [...] il y a de l'auto-organisation pour relayer ce que l'État ne fait plus

de l'un à l'autre, vous êtes passé d'une auto-organisation de/dans la lutte à une auto-organisation que je qualifierais de survie et de résistance. Dans le même temps, vous avez mis en question les définitions confuses du prolétariat, entre : - ceux qui n'ont pour vivre que leur force de travail à vendre, - le salariat en général, - ceux qui sont exploités, la classe ouvrière; et le prolétariat défini comme sujet révolutionnaire, comme on le trouve chez les théoriciens de la communisation. Exemple, Bruno Astarian dans Les bidonvilles forment-ils une planète à part ?, Hic Salta février 2010

Bruno Astarian a écrit:
IV.1 Classe ouvrière et prolétariat

La question du bidonville donne ainsi l’occasion de revenir sur la question de la définition du prolétariat. Je pense que le seul intérêt d’une définition du prolétariat est de définir le sujet de la révolution communiste. Les autres points de vue, économiques ou sociologiques, utilisant des critères de revenus, de catégories socio-professionnelles, et encore plus de culture ou d’options politiques ne sont utiles que pour ceux, politiciens et publicitaires, qui sont à la recherche d’un public qu’il leur faut circonscrire pour savoir comment lui parler.

Du point de vue de la subjectivité révolutionnaire, le prolétariat est la classe de ceux qui sont sans réserve face aux capitalistes, et qui ne peuvent se reproduire qu’en vendant leur force de travail. Le prolétariat est la classe qui regroupe ceux qui sont contraints de s’insurger pour assurer leur reproduction immédiate quand le capital entre en crise et cesse d’acheter la force de travail. Ecrire cela, c’est aussitôt poser la question de ceux qui, précisément, ne travaillent pas. Les conjoints de prolétaires qui restent au foyer sont-ils des prolétaires ? Les chômeurs sont-ils des prolétaires ? Etc. La réponse est bien évidemment qu’ils le sont, car il faut considérer l’échange entre capital et travail comme un bloc. Un capitaliste achète une journée de travail à un bidonvillien et laisse vingt voisins en carafe. Cela fait-il un prolétaire et vingt exclus mis au rebut de l’humanité ? Non, car il faut prendre les choses au niveau du rapport des classes. Le capital dans son ensemble comporte une partie variable qui achète la totalité des sans-réserve, même ceux qui, peut-être, ne travailleront jamais. Dans cet ensemble, on trouve les travailleurs formels (ceux qui ont un contrat, une couverture maladie, retraite, etc..) et les travailleurs informels, les chômeurs formels (ceux qui bénéficient du welfare) et les chômeurs informels (ceux qui partagent la masse salariale globale sous une autre forme que l’assurance chômage – les solidarités familiales, le trafic, etc.), les travailleurs qui sont productifs de plus-value comme ceux qui sont improductifs.

Patlotch : - effectivement, ici, le "syllogisme du prolétariat" (Christian Charrier *) est clair, c'est le prolétariat qui va faire la révolution car, nous dit Astarian : « Du point de vue de la subjectivité révolutionnaire, le prolétariat est la classe de ceux qui sont sans réserve face aux capitalistes. Le prolétariat est la classe qui regroupe ceux qui sont contraints de s’insurger pour assurer leur reproduction immédiate quand le capital entre en crise et cesse d’acheter la force de travail. »

* Le syllogisme marxien du prolétariat, Christian Charrier, La Matérielle n°3, janvier 2003

non, je ne pense pas que définir les "sans réserve" puisse se faire « du point de vue de la subjectivité révolutionnaire », c'est une réalité objective : être dépourvu de tout n'a rien de subjectif, et ne conduit pas nécessairement à faire la révolution, ou en avoir envie

or il n'est point besoin d'être théoricien pour savoir qu'aujourd'hui, les "sans réserve" dépassent, et par le haut (couches moyennes), et par le bas (expulsés) le prolétariat ouvrier censé recouvrir tous ceux qui n'ont pour vivre que leur force de travail à vendre, une fois épuisées leurs ressources économisées. On dira pour s'arranger qu'ils sont prolétarisés. Ben, ça dépend... Cf les derniers commentaires de PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?

remarque en passant : je pense que la définition de Denis, « ce qu’on entend habituellement par auto-organisation actuellement, [c'est] l’auto-organisation de la lutte » est réductrice par rapport à la remarque de R.S (ici, 12 août) : « [au début des années 70] la thèse centrale selon laquelle la question de l’organisation est devenue obsolète et que seule demeure la question de l’ « organisation des tâches » », parce quand on dit "lutte" dans ces milieux, on pense surtout à l'affrontement direct en termes physiques, et moins à toutes les tâches qu'il y a autour et le conditionnent, se procurer de quoi vivre, faire la bouffe, s'occuper des enfants, etc. Vu l'habituelle répartition des tâches entre hommes et femmes, cela reste assez mâle, viril, comme définition de "la lutte"

mais vous avez raison, dans le même temps où je remettais en question ce flou de la définition du prolétariat classe révolutionnaire, j'ouvrais la question de l'auto-organisation des luttes à la survie, phénomène de masse impliquant bien plus largement que ceux qui poursuivent l'autonomie. C'est pourquoi j'ai donné des pistes variées dans les liens en bas du commentaire précédent. Ces deux questions sont évidemment liées, et invitent à sortir du débat confiné entre autonomes et communisateurs, devenu une impasse théorique, dans la mesure où il ne porte pas sur des activités de masse auto-organisées dans la crise, qu'elles soient de luttes ou de survie/résistance, avec ou sans discours politique, et moins encore autonomiste

corollaire, à moins de ne l'adresser qu'à des (ultra)gauchistes, je ne pense pas que la fonction essentielle de la théorie communiste, même en "période non-révolutionnaire", soit de « faire le tri [dans les luttes du prolétariat] et dissiper des illusions » (Astarian), rôle auquel se consacre aussi principalement Dauvé, et résultat visible des polémiques entre TC et les autonomes. Si les masses prolétariennes se font aujourd'hui des illusions, elles ne sont certainement pas autonomistes. Depuis des années que je plaide pour ouvrir, je ne suis pas mécontent qu'un sujet de plus de ce forum en offre une belle occasion



- Tristan Vacances : - Il me semble, cher Patlotch, que vous allez vite en besogne en considérant que l'auto-organisation de survie n'est pas autonomiste par le fait qu'elle « relaye ce que l'État ne fait plus ». Elle ne l'est peut-être pas comme objectif d'une autonomie à prétention révolutionnaire, mais elle l'est de fait, puisqu'elle crée une communauté en quelque sorte autonome

Patlotch : - je pense que massivement, ceux qui s'auto-organisent pour leur survie le font de façon contrainte, immédiate, sans théoriser un contenu de rupture et des robinsonnades autonomistes. Ils ne prétendent même pas le faire sans liens avec ce qu'il reste de leur existence dans le système capitaliste. En Grèce aujourd'hui, on a comme un compromis entre l'État de Syriza et ces formes de relais, qui l'arrangent plus qu'elles ne le mettent en cause

Tristan Vacances : - Mais alors en quoi porteraient-elles une annonce de dépassement ?

Patlotch : - en elles-mêmes, en rien puisqu'elles ne portent pas de rupture, mais en tant qu'activités, elles sont un auto-apprentissage de vie communautaire (non communautariste), qui annonce certaines de ce que Bernard Lyon (Théorie Communiste) appelle joliment la communauté révolutionnaire, avec des éléments comportant des caractères d'annonce de la communauté humaine au-delà du capital

Tristan Vacances : - Vers la "révolution à titre humain" de Temps Critiques ?

Patlotch : - si c'est une mauvaise plaisanterie, elle est drôle. Si vous êtes sérieux, sachez que ce concept me semble particulièrement creux, et tout aussi tautologique que la révolution à titre prolétarien. Il est bien évident que ce sont des êtres humains qui feront, ou pas, la révolution, mais dire que c'est en tant qu'humains dans une « tension entre individus et communauté » relève d'une régression théorique et méthodologique qui ne rencontre que le vide, celui de son abandon de la lutte de classe et de toute dialectique de dépassement, dans une charge systématique contre tout ce que Marx a pu écrire

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Patlotch



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MessageSujet: Re: AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, contre l'autonomie, une vision renouvelée   Mer 16 Aoû - 19:38


interlude 3

vive l'auto-orgasmisation !
ou
la soupe aux grimaces militantes


Mad      Mad      Mad       affraid       Mad      Mad      Mad

florilège

parfois, l'impression vient qu'écrire un tract ou un article relève de la même méthode que pour faire un poème dadaïste : Découpez dans le journal les mots auto-organisation, peuple, démocratie, lutte, révolution, autonome... Mettez les dans un sac. Agitez doucement. Sortez ensuite chaque coupure l’une après l’autre. Copiez les consciencieusement dans l’ordre où elles ont quitté le sac. Le poème vous ressemblera... Ça c'est sûr ! Aucun risque que s'y hasarde le mot prolétariat, et celui de lutte de classe ne s'y mouille pas : les communisateurs et ultragauchistes rassemblés ont donc la voie libre

une version populiste de gauche

L’émergence du peuple-classe vers son auto-activité
Christian Delarue blog Médiapart 8 août 2017

Christian Delarue a écrit:


Certains marxistes évoquent "l’auto-activité du prolétariat" (au sens large du terme - pas que les ouvriers, les employés du public et du privé aussi, ainsi que les cadres avec des difficultés) mais sans toujours expliquer comment cette auto-activité s’installe dans la durée. Quel est le rôle de la couche sociale qui fonctionne comme avant-garde ? Comment pense-t-on le rôle des syndicalistes plus ou moins en extériorité (car permanent) de l’ensemble du monde du travail privé et public ? Quid des acteurs politiques ? Quelles conquêtes tout à la fois sociales et démocratiques ?

L'auto-organisation du peuple-classe est-elle réellement envisageable ? A quelles conditions ? [...]

Concernant le peuple conçu comme peuple d'en-bas large, comme peuple-classe : - Jean-Luc Mélenchon, Chantal Mouffe... [...]

Populisme et peuple : aller vers une société socialiste de pluri-émancipation(s) [...]

Pour avancer vers des changements profonds, l’auto-organisation de la population et la pression populaire sur les gouvernements sont indispensables [...]

une version néo-trotskiste

Une lecture de « Maintenant », du Comité invisible
Michel Kokoreff et Joëlle Le Marec, Contretemps, 3 août 2017

Citation :


En matière d’organisation précisément, Maintenant ne propose rien. Fin de non-recevoir aux déçus. Il n’empêche, la question de l’organisation est cruciale [amen]. Elle n’est pas seulement le Leviathan, elle est de savoir comment « discipliner l’événement », pour parler comme Badiou repris par Bertho dans Les enfants du chaos (la Découverte, 2016). Dit autrement, comment s’auto-organiser dans le respect de l’autonomie de chacun [sic] – plutôt que dans le phantasme totalisant de la « convergence des luttes » – avec un sens du commun, une perspective ? Sur le front des luttes et des actions, la recherche de ponts ou de passerelles, de lieux intermédiaires, d’un langage commun est une chose qui trouve sur internet, dans les réseaux et dans la rue de nombreux relais. A cet égard, comment s’organiser sur et par les réseaux sociaux est crucial [resic*], afin de rendre plus encore possible la circulation et le partage des événements, initiatives, actions, dans la recherche de latéralité, de vitesse, de preuves numériques, de façon plus rationnelle. Internet comme support d’intelligence et de résistance collectives, contre-média face aux empires médiatiques de masse. Il convient juste ne pas oublier cette question de l’organisation se pose très concrètement, comme lors de cette manif’ caniculaire du 19 juin Place de la Concorde, afin d’éviter la nasse pour se retrouver ailleurs, partir en cortège sauvage mais le faire savoir au bon moment. On n’a pas fini d’en discuter. [ça c'est vrai...]

* une version anarchiste américaine :
Développons les stratégies médiatiques de nos mouvements, Paris-Luttes Info, 16 août 2017

une autre (on ne s'en lasse pas)

Démocratie des luttes et auto-organisation
Révolution permanente, Courant Communiste Révolutionnaire du NPA, 14 mars 2016

Emmanuel Barot a écrit:
comment organiser concrètement cette auto-organisation ?


Maryse Tref et Emmanuel Barot sur le marché de Foix
il était une foi, d'un p'tit bonhomme de Foix...

Auto-organisation et esprit de la démocratie prolétarienne [esprit, es-tu là ?]
C’est de tels organismes d’auto-organisation que peut – à l’image du 1917 russe –, selon les évolutions de la situation, surgir le « double pouvoir » permettant seul de contester, progressivement, l’ensemble du système.

[...] la défense de l’auto-organisation et de ce qui est son cadre et son instrument principal, l’assemblée générale souveraine, donnant mandat à des élus révocables pour l’accomplissement concret de toutes les tâches requises de la lutte, est le principal héritage de cette démocratie réelle des luttes ouvrières [...]

La vraie radicalité, c’est réussir à mettre un maximum de gens dans les rues sur des perspectives capables de les mobiliser jusqu’à ce que l’ennemi capitule. [poil au cul]

une version pécéfienne

La lutte doit se radicaliser pour préparer la Révolution !
Pas de socialisme sans auto-organisation populaire
Jean-Paul Legrand, militant communiste Maire adjoint PCF de Creil, 3 juin 2008

J-P Legrand a écrit:


La situation appelle à travailler à l’auto-organisation populaire de la révolution qui peut connaître dans les prochains mois ses premières tentatives et dont la dimension ne sera pas seulement nationale mais aura des relations permanentes avec les mouvements populaires de toutes les nations en particulier avec ceux de l’Amérique Latine qui sont à ce jour les plus avancés en matière de développement démocratique. Pour le moment, il serait suicidaire pour les exploités de participer à des actions de révolte dépourvues de direction et d’organisation et qui seraient vite réprimées, la bourgeoisie étant prête à utiliser la violence armée pour écraser tout mouvement. Seule la démocratie permanente du mouvement populaire peut déjouer les pièges et la répression que la classe dominante utilise pour maintenir son hégémonie. [...]

A contrario l’éducation populaire à l’organisation démocratique autonome du peuple est une condition des succès à venir qui n’exclut pas des formes de luttes importantes pouvant revêtir un caractère non-violent comme les occupations d’entreprises, le blogage des transports, l’intervention des citoyens dans les assemblées élues et les conseils d’administration, la revendication d’une utilisation de l’argent pour les besoins populaires dans tous les lieux de décision, l’organisation d’assemblées générales de citoyens et de salariés partout où eux mêmes le décideront, assemblées qui seront souveraines dans la conduite des luttes.

L’unité du peuple et son auto-organisation révolutionnaire [merde, il m'a piqué mon concept !] et démocratique vont bousculer les vieilles idées et donner à la société ce qu’elle attend : la liberté de chaque individu de créer, d’être libéré de la course au fric, celle d’agir pour le bien commun et le progrès humain en mettant la productivité du travail au service de tous sans discrimination.

une version salmigondis incontournable

des dispositifs d'auto-organisation pour un processus d'émancipation
Philippe Corcuff, Avec Marx blog de Michel Peyret, rubrique Anarchisme, 25 juillet 2017
[pauvre Marx et pauvre Anarchisme !]

Philippe Corcuff a écrit:


Corcuff vu par Patlotch

L’émancipation est, de Kant à Bakounine et Marx, auto-émancipation. Certes, des minorités actives davantage mobilisées y jouent un rôle particulier. Cependant, une des leçons du XXe siècle, sous une forme « hard » avec le stalinisme ou plus « soft » avec le parlementarisme social-démocrate, est le risque de transformation de ces minorités actives en nouvelles « tutelles », abîmant de fait l’auto-émancipation dans l’oligarchie. Ce risque, on le trouve encore aujourd’hui dans la focalisation sur le contenu de l’alternative à proposer face au capitalisme néolibéral, avec une fétichisation du programme. Car on oublie ainsi que les dispositifs d’auto-organisation populaire et citoyenne sont, dès maintenant, des garanties plus solides pour un processus d’émancipation que la présence de telle mesure sur une feuille de papier [sauf les papiers à Corcuff]. Les tragédies et les échecs du mouvement ouvrier au XXe siècle nous ont appris qu’il était vain de porter une autre politique sans que cela prenne appui sur un autre rapport, plus démocratique et libertaire, à la politique...

Il faudrait plutôt être radical, au sens étymologique de reprendre les choses à la racine : partir des résistances et des alternatives localisées pour tenter patiemment de bâtir des convergences [pauvres racines]. Et donner une place aux paroles populaires (notamment parmi les ouvriers et les employés) plutôt que d’attribuer un quasi-monopole de la représentation du « peuple » aux couches moyennes, comme le plus souvent dans les organisations de la gauche radicale, la France insoumise comprise.

ce texte est publié par L'Humanité du même jour sous le titre Un autre rapport à la politique pour une gauche d’émancipation

une autre impression ressort de ce succès actuel du mot auto-organisation, son utilisation par des militants d'organisations politiques en lieu et place de démocratie, pas même radicale ni dans le sens ultragauchiste d'autonomie, pour faire oublier, ou pas, ou mal, qu'ils entendent rester à la manœuvre

que demande le peuple ?
je sais pas, mais ma lectorate veut rigoler en attendant la fin


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Patlotch



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MessageSujet: Re: AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, contre l'autonomie, une vision renouvelée   Jeu 17 Aoû - 15:56


complété d'hier


interlude 3

vive l'auto-orgasmisation !
ou
la soupe aux grimaces militantes


Mad      Mad      Mad       affraid       Mad      Mad      Mad

florilège

parfois, l'impression vient qu'écrire un tract ou un article relève de la même méthode que pour faire un poème dadaïste : Découpez dans le journal les mots auto-organisation, peuple, démocratie, lutte, révolution, autonome... Mettez les dans un sac. Agitez doucement. Sortez ensuite chaque coupure l’une après l’autre. Copiez les consciencieusement dans l’ordre où elles ont quitté le sac. Le poème vous ressemblera... Ça c'est sûr ! Aucun risque que s'y hasarde le mot prolétariat, et celui de lutte de classe ne s'y mouille pas : les communisateurs et ultragauchistes rassemblés ont donc la voie libre

une version populiste de gauche

L’émergence du peuple-classe vers son auto-activité
Christian Delarue blog Médiapart 8 août 2017

Christian Delarue a écrit:


Certains marxistes évoquent "l’auto-activité du prolétariat" (au sens large du terme - pas que les ouvriers, les employés du public et du privé aussi, ainsi que les cadres avec des difficultés) mais sans toujours expliquer comment cette auto-activité s’installe dans la durée. Quel est le rôle de la couche sociale qui fonctionne comme avant-garde ? Comment pense-t-on le rôle des syndicalistes plus ou moins en extériorité (car permanent) de l’ensemble du monde du travail privé et public ? Quid des acteurs politiques ? Quelles conquêtes tout à la fois sociales et démocratiques ?

L'auto-organisation du peuple-classe est-elle réellement envisageable ? A quelles conditions ? [...]

Concernant le peuple conçu comme peuple d'en-bas large, comme peuple-classe : - Jean-Luc Mélenchon*, Chantal Mouffe... [...]

Populisme et peuple : aller vers une société socialiste de pluri-émancipation(s) [...]

Pour avancer vers des changements profonds, l’auto-organisation de la population et la pression populaire sur les gouvernements sont indispensables [lien vers le texte d'Éric Toussaint/CADTM donné plus bas] [...]

une version mélenchonienne

du leader maximo des Insoumis français, sur son blog L'ère du peuple, on peut lire le 24 juillet Pauvreté, mouvement, auto organisation. Le mot auto-organisation y vient deux fois :

J-L. Mélenchon a écrit:
Les pauvres forment un nouveau continent de pratiques, d’attentes, d’auto-organisation.

Il nous faut donc nous y construire comme une contre-société. Autrement dit : développer et organiser autant que nous le pouvons toutes les formes d’auto-organisation populaire destinée à remplacer l’État disparu, la municipalité défaillante, le service public absent et ainsi de suite.

une version abolitionniste... de la dette

Pour avancer vers des changements profonds, l’auto-organisation de la population
et la pression populaire sur les gouvernements sont indispensables


Eric Toussaint, Victor Lustres, CADTM, 4 août 2017
[il y a des lustres, un 4 août, on abolissait les privilèges...]

conseiller de Tsipras, Toussaint a du "radical" plein la bouche, pour :

Citation :
l’application de politiques radicales et désobéir aux accords et aux lois injustes, gagner les élections et surtout appliquer des politiques qui rompraient avec le capitalisme et les politiques néolibérales,  remunicipaliser les services publics,  développer des initiatives locales et solidaires, depuis les monnaies locales jusqu’aux coopératives de consommation ou de travail [...] suffisamment pour provoquer par contagion un changement réel dans la société. Il faut aussi un gouvernement prêt à prendre des mesures, à changer les lois, à changer la constitution, à résister aux accords internationaux [...] avancer vers une transition écologique [...] contrôler la production et la distribution de l’énergie. etc.

(je n'ai pas trouvé auto-organisation dans le texte)

une version néo-trotskiste

Une lecture de « Maintenant », du Comité invisible
Michel Kokoreff et Joëlle Le Marec, Contretemps, 3 août 2017

Citation :


En matière d’organisation précisément, Maintenant ne propose rien. Fin de non-recevoir aux déçus. Il n’empêche, la question de l’organisation est cruciale [amen]. Elle n’est pas seulement le Leviathan, elle est de savoir comment « discipliner l’événement », pour parler comme Badiou repris par Bertho dans Les enfants du chaos (la Découverte, 2016). Dit autrement, comment s’auto-organiser dans le respect de l’autonomie de chacun [sic] – plutôt que dans le phantasme totalisant de la « convergence des luttes » – avec un sens du commun, une perspective ? Sur le front des luttes et des actions, la recherche de ponts ou de passerelles, de lieux intermédiaires, d’un langage commun est une chose qui trouve sur internet, dans les réseaux et dans la rue de nombreux relais. A cet égard, comment s’organiser sur et par les réseaux sociaux est crucial [resic*], afin de rendre plus encore possible la circulation et le partage des événements, initiatives, actions, dans la recherche de latéralité, de vitesse, de preuves numériques, de façon plus rationnelle. Internet comme support d’intelligence et de résistance collectives, contre-média face aux empires médiatiques de masse. Il convient juste ne pas oublier cette question de l’organisation se pose très concrètement, comme lors de cette manif’ caniculaire du 19 juin Place de la Concorde, afin d’éviter la nasse pour se retrouver ailleurs, partir en cortège sauvage mais le faire savoir au bon moment. On n’a pas fini d’en discuter. [ça c'est vrai...]

* une version anarchiste américaine :
Développons les stratégies médiatiques de nos mouvements, Paris-Luttes Info, 16 août 2017

une autre (on ne s'en lasse pas)

Démocratie des luttes et auto-organisation
Révolution permanente, Courant Communiste Révolutionnaire du NPA, 14 mars 2016

Emmanuel Barot a écrit:
comment organiser concrètement cette auto-organisation ?


Maryse Tref et Emmanuel Barot sur le marché de Foix
il était une foi, d'un p'tit bonhomme de Foix...

Auto-organisation et esprit de la démocratie prolétarienne [esprit, es-tu là ?]
C’est de tels organismes d’auto-organisation que peut – à l’image du 1917 russe –, selon les évolutions de la situation, surgir le « double pouvoir » permettant seul de contester, progressivement, l’ensemble du système.

[...] la défense de l’auto-organisation et de ce qui est son cadre et son instrument principal, l’assemblée générale souveraine, donnant mandat à des élus révocables pour l’accomplissement concret de toutes les tâches requises de la lutte, est le principal héritage de cette démocratie réelle des luttes ouvrières [...]

La vraie radicalité, c’est réussir à mettre un maximum de gens dans les rues sur des perspectives capables de les mobiliser jusqu’à ce que l’ennemi capitule. [poil au cul]

une version pécéfienne

La lutte doit se radicaliser pour préparer la Révolution !
Pas de socialisme sans auto-organisation populaire
Jean-Paul Legrand, militant communiste Maire adjoint PCF de Creil, 3 juin 2008

J-P Legrand a écrit:


La situation appelle à travailler à l’auto-organisation populaire de la révolution qui peut connaître dans les prochains mois ses premières tentatives et dont la dimension ne sera pas seulement nationale mais aura des relations permanentes avec les mouvements populaires de toutes les nations en particulier avec ceux de l’Amérique Latine qui sont à ce jour les plus avancés en matière de développement démocratique. Pour le moment, il serait suicidaire pour les exploités de participer à des actions de révolte dépourvues de direction et d’organisation et qui seraient vite réprimées, la bourgeoisie étant prête à utiliser la violence armée pour écraser tout mouvement. Seule la démocratie permanente du mouvement populaire peut déjouer les pièges et la répression que la classe dominante utilise pour maintenir son hégémonie. [...]

A contrario l’éducation populaire à l’organisation démocratique autonome du peuple est une condition des succès à venir qui n’exclut pas des formes de luttes importantes pouvant revêtir un caractère non-violent comme les occupations d’entreprises, le blogage des transports, l’intervention des citoyens dans les assemblées élues et les conseils d’administration, la revendication d’une utilisation de l’argent pour les besoins populaires dans tous les lieux de décision, l’organisation d’assemblées générales de citoyens et de salariés partout où eux mêmes le décideront, assemblées qui seront souveraines dans la conduite des luttes.

L’unité du peuple et son auto-organisation révolutionnaire [merde, il m'a piqué mon concept !] et démocratique vont bousculer les vieilles idées et donner à la société ce qu’elle attend : la liberté de chaque individu de créer, d’être libéré de la course au fric, celle d’agir pour le bien commun et le progrès humain en mettant la productivité du travail au service de tous sans discrimination.

une version salmigondis incontournable

des dispositifs d'auto-organisation pour un processus d'émancipation
Philippe Corcuff, Avec Marx blog de Michel Peyret, rubrique Anarchisme, 25 juillet 2017
[pauvre Marx et pauvre Anarchisme !]

Philippe Corcuff a écrit:


Corcuff vu par Patlotch

L’émancipation est, de Kant à Bakounine et Marx, auto-émancipation. Certes, des minorités actives davantage mobilisées y jouent un rôle particulier. Cependant, une des leçons du XXe siècle, sous une forme « hard » avec le stalinisme ou plus « soft » avec le parlementarisme social-démocrate, est le risque de transformation de ces minorités actives en nouvelles « tutelles », abîmant de fait l’auto-émancipation dans l’oligarchie. Ce risque, on le trouve encore aujourd’hui dans la focalisation sur le contenu de l’alternative à proposer face au capitalisme néolibéral, avec une fétichisation du programme. Car on oublie ainsi que les dispositifs d’auto-organisation populaire et citoyenne sont, dès maintenant, des garanties plus solides pour un processus d’émancipation que la présence de telle mesure sur une feuille de papier [sauf les papiers à Corcuff]. Les tragédies et les échecs du mouvement ouvrier au XXe siècle nous ont appris qu’il était vain de porter une autre politique sans que cela prenne appui sur un autre rapport, plus démocratique et libertaire, à la politique...

Il faudrait plutôt être radical, au sens étymologique de reprendre les choses à la racine : partir des résistances et des alternatives localisées pour tenter patiemment de bâtir des convergences [pauvres racines]. Et donner une place aux paroles populaires (notamment parmi les ouvriers et les employés) plutôt que d’attribuer un quasi-monopole de la représentation du « peuple » aux couches moyennes, comme le plus souvent dans les organisations de la gauche radicale, la France insoumise comprise.

ce texte est publié par L'Humanité du même jour sous le titre Un autre rapport à la politique pour une gauche d’émancipation

une autre impression ressort de ce succès actuel du mot auto-organisation, son utilisation par des militants d'organisations politiques en lieu et place de démocratie, pas même radicale ni dans le sens ultragauchiste d'autonomie, pour faire oublier, ou pas, ou mal, qu'ils entendent rester à la manœuvre

que demande le peuple ?
je sais pas, mais ma lectorate veut rigoler en attendant la fin


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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, contre l'autonomie, une vision renouvelée   Jeu 17 Aoû - 16:37


questions 2


- Tristan Vacances : - Puisque vous m'avez, cher Patlotch, confié et confiné dans le rôle de poil à gratter faire-valoir, je vous ferai remarquer que dans les citations de Mélenchon à Corcuff, on trouve des éléments de ce que vous appelez "l'auto-organisation de survie/résistance", des ingrédients qui participent selon vous de la "positivité du mouvement communiste" avant la conjoncture révolutionnaire.

- Patlotch : - ah bon, lesquels ?

Tristan Vacances : - de Mélenchon « développer et organiser autant que nous le pouvons toutes les formes d’auto-organisation populaire destinée à remplacer l’État disparu, la municipalité défaillante, le service public absent et ainsi de suite. » et vous dites qu'en Grèce « il y a de l'auto-organisation pour relayer ce que l'État ne fait plus. »

Patlotch : - vous mélenchez un peu, non ? Ceux qui le font en Grèce le font contraints, auto-organisés dans la démerde, certes avec des orgas aussi, alors que Mélenchon en fait un programme, dans un méli-mélo à la fois programmatiste, démocratiste, populiste et même autonomiste : « Il nous faut donc nous y construire comme une contre-société.» Mélenchon ramasse tout, même le gaullisme et le gauchisme... il est le leader maximomiste minimaliste

Tristan Vacances : - de Corcuff « partir des résistances et des alternatives localisées », et vous « Il y a auto-organisation à une échelle à la fois locale, située, et une connexion de ces activités révolutionnaires locales...»

Patlotch : - je vous arrête, vous êtes trop bon en rhétorique, pour établir des similitudes hors contexte l’État disparu (sic, Macron et sa police sont morts !)/ce que l'État ne fait plus, alternatives localisées/auto-organisation locale, complètement hors conjoncture de l'avant/pendant la révolution. Si vous persévérez à embrouillez ma lectorate, je vous vire auto-organisationnellement !

Tristan Vacances : -  confused

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