PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 3. AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, dépassement contre autonomie

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Patlotch



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Date d'inscription : 22/04/2017

MessageSujet: 3. AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, dépassement contre autonomie   Ven 11 Aoû - 21:48


présentation
par quelque bout qu'on le prenne, l'auto-organisation est un sujet des plus complexes, parce qu'il est impossible de partir d'une définition de l'auto-organisation qui ferait consensus entre les groupes, partis, militants qui la préconisent et y font appel dans les luttes, sans parler de ses formes massives à haute teneur de spontanéité, création en temps réel dans l'improvisation collective

c'est pourquoi je devrai distinguer l'auto-organisation des luttes dans leur diversité de contenus et d'objectifs, de l'auto-organisation révolutionnaire, en abordant la question de ses contenus dans et au-delà de ses formes. On verra alors en quoi j'en propose, au-delà de son lien historique à l'autonomie ouvrière, une vision renouvelée pour la considérer comme un axe du mouvement du communisme avant, pendant, et après la révolution

remarque : - j'écris auto-organisation avec un tiret, bien que la nouvelle orthographe autorise le digraphe autoorganisation


résumé 29 août
Citation :
1) l'auto-organisation est une forme toujours liée à un contenu, celui de ses objectifs mais aussi forme comme contenu en tant qu'elle s'en prend à ceci ou cela pour en faire autre chose. L'auto-organisation n'a donc de limites intrinsèques que celles de ses contenus. Elle n'est pas révolutionnaire en soi, mais relativement à son contenu et des luttes de rupture et leur but au-delà dans l'organisation de la société communiste
2) le lien entre autonomie et auto-organisation ne passe pas avant 1970 par le terme d'auto-organisation, absent du vocabulaire du communisme des conseils ou de celui des des situationnistes
3) le terme apparaît dans les années 70, encore lié à l'autonomie ouvrière jusque dans les années 90-2000, et l'idéologie autonome-autogestionnaire a aujourd'hui encore une vigueur dans des luttes au-delà des organisations, avec l'exemple de la ZAD
4) Castoriadis en fait dès 1957 un synonyme de management de la production et de la société socialiste par les travailleurs et la population : ce n'est plus vraiment l'autonomie ouvrière, le pouvoir du prolétariat, mais une vision de la "société autonome" : par rapport à quoi ? Son "imaginaire" reste un mystère à mes yeux
5) nombre de militants et d'organisations, des néo-trotskistes aux Insoumis de Mélenchon, en passant par des décoloniaux, utilisent le terme comme un moyen de séduction, une contradiction dans les termes organisations/auto-organisation
6) un usage idéologique des communs saute à pied joint, entre avant (ZAD) et après (Dardot/Laval), sur la nécessité d'une révolution de rupture avec le capitalisme comportant une dimension insurrectionnelle
7) le mouvement du communisme produisant positivement la communauté humaine dans et après la révolution s'auto-organise de manière non autonome, ce qui supposerait quelque chose d'extérieur à cette communauté humaine
8 ) l'auto-organisation révolutionnaire abolit les médiations capitalistes pour leur substituer des médiations communistes
9) la société communiste serait-elle autogérée ?

en anglais, merci à l'ami Stan pour la traduction
Citation :
1) Self-organization is a form always linked to a content, that is, the content of its objectives but also of its forms as content, in so far as it takes on this or that to produce something else. Self-organization has therefore no intrinsic limits, excepted those of its contents. It is not revolutionary in itself, but is relative to its contents and struggles of rupture and their purpose beyond the organization of the communist society
2) The link between autonomy and self-organization is not adjoined before 1970 to the term self-organization, this term being absent from the vocabulary of the communism of councils or that of the situationists
3) The term appears in the 70s, and is still linked to workers' autonomy until the late 90s/early 00s, and self-governing as well as self-management ideology still has vigour in struggles beyond organizations, refer to the example of the ZAD (zone to defend)
4) Castoriadis, in 1957, makes it synonymous with the management of production and with the socialist society by and for the workers and the population: it does not refer any longer to the workers' autonomy, the power of the proletariat, but is a vision of "autonomous society": compared to what? His "imaginary/notional" remains a mystery to me
5) Many activists and organizations, from neo-Trotskyists to the “Insoumis” of JL. Mélenchon, not forgetting decolonial movements, use the term as a means of seduction, which is a contradiction between the terms organizations and self-organization
6) An ideological use of the commons arises between before (ZAD) and after (Dardot / Laval), on the necessity of a revolution breaking up with capitalism by comprising an insurrectionary dimension
7) The communist movement, positively producing the human community within and after the revolution, self-organizes itself in a non-autonomous way, which would imply something external to this human community
8 ) Revolutionary self-organization abolishes capitalist mediations and replaces them with communist mediations
9) Would the communist society be self-managed?

study

sommaire, état du 29 août
Citation :
1. l'auto-organisation, un problème dès l'origine chez Marx
2. le double contenu de la forme auto-organisation révolutionnaire : émanciper-abolir-émanciper
3. d'hier à aujourd'hui, quand l'auto-organisation n'en est plus une / la révolution s'auto-organise
- questions 1 : autonomie et auto-organisation, avec et contre Théorie Communiste
- interlude 1 : organisation, organisations, auto-organisation (sur un texte récent de Roland Simon)
4. quelles bases concrètes pour théoriser l'auto-organisation révolutionnaire ?
- interlude 2 : auto-organisation du vivant, complexité et émergence : plus que des parallèles
5. auto-organisation et positivité du mouvement communiste, avant, pendant, et après la révolution
6. auto-organisation de masse : survie et résistance : mais la politique ? et l'autonomie ?
- interlude 3 : vive l'auto-orgasmisation ! ou la soupe aux grimaces militantes
- questions 2 : que de confusions !
7. auto-organisation : les mots pour le dire
8. quel problème de l'auto depuis Marx ? l'auto-changement comme praxis révolutionnaire
- lectures : conseils ouvriers, autogestion, autonomie... et auto-organisation ? Retour sur un bras de fer trop humain
9. critique de conceptions actuelles de l'auto-organisation. Une auto-organisation à base d'identités ?
10. Castoriadis et l'auto-organisation (1957) : un management autonome de la production et de la société
. de Castoriadis au(x) commun(s)
. des communs à la "communisation" comme mode de vie auto-organisé dans le capitalisme : la ZAD
11. résumé
12. l'auto-organisation révolutionnaire abolit les médiations capitalistes pour leur substituer des médiations communistes
13. auto-organisation révolutionnaire et autogestion : la société communiste serait-elle autogérée ?



1) l'auto-organisation, un problème dès l'origine chez Marx

le premier sens d'organisation est le processus social, l'action d'organiser

le second sens, d'organisations, est celui d'ensembles d'individus ayant un but collectif (partis, syndicats, groupes,  réseaux...), et qui rentrent en rapport avec ceux qu'ils veulent (auto-)organiser pour en orienter les activités et les luttes dans leur sens, rapport plus ou moins d'intériorité/extériorié : en gros, le parti et la classe

d'un côté l'auto-organisation pose le problème de ce rapport, d'un autre elle est alors un non-sens, puisqu'en toute rigueur, qui s'auto-organise le fait par et pour lui-même sans apport extérieur. Et l'on va voir que dès qu'apparaît le concept de l'auto-organisation, son idée sous ce terme ou un autre, cette contradiction est au cœur du problème, c'est-à-dire la lutte de classe pour l'émancipation. C'est au plus haut degré une contradiction théorique dans le rapport entre les communistes (anarchistes...) et les prolétaires en luttes, puisque dès lors qu'ils se considèrent comme une avant-garde, et quelle que soit leur propre forme d'organisation interne (entre eux), ils définissent une identité et une extériorité, un eux et un nous qu'ils prétendront combler en étant "comme des poissons dans l'eau" de la classe, ou tout simplement par des discours quand ils ne le sont pas, ce qui est de plus en plus fréquent...

partons de la célèbre devise de l'Association Internationale des Travailleurs (AIT) figurant dans son Adresse inaugurale et ses statuts provisoires rédigés par Karl Marx en 1864 :


Marx/AIT a écrit:
l'émancipation des travailleurs doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes,

...l'émancipation définitive de la classe travailleuse, c'est-à-dire pour l'abolition définitive du salariat

si l'on entend que cette formule définit l'auto-organisation de la classe en vue de la révolution, on voit que le ver est déjà dans le fruit puisqu'elle émane d'une organisation qui n'est pas la classe même si (certains de) ses membres en sont issus, mais se prétend son avant-garde organisée et organisatrice

remontons vingt ans plus tôt, à la troisième des Thèses sur Feuerbach, où Marx écrit en 1845 :


Marx a écrit:
La coïncidence du changement des circonstances et de l'activité humaine ou auto-changement ne peut être considérée et comprise rationnellement qu'en tant que pratique révolutionnaire.

cette phrase suit le début de cette thèse : « La doctrine matérialiste qui veut que les hommes soient des produits des circonstances et de l'éducation, [que, par conséquent, des hommes transformés soient des produits d'autres circonstances et d'une éducation modifiée], oublie que ce sont précisément les hommes qui transforment les circonstances et que l'éducateur a lui-même besoin d'être éduqué. C'est pourquoi elle tend inévitablement à diviser la société en deux parties dont l'une est au-dessus de la société [par exemple chez Robert Owen].» Les ajouts entre [] sont de Engels

dans Autopraxis historique du prolétariat Maximilien Rübel, fait remonter à William Benbow les origines de l'idée d'auto-organisation, et propose de traduire par autopraxis le mot Selbsttätigkeit, littéralement, le fait de faire par soi-même, qui se trouve dans le Manifeste de 1847 :


Marx&Engels a écrit:
Aber sie erblicken auf deri Seite des, Proletaraits keine geschichtliche Selbsttätigkeit, keine ihm eigentümliche politische Bewegung.

Toutefois, ils ne voient du côté du prolétariat aucune autopraxis historique, aucun mouvement politique qui lui soit propre.

Rübel se réfère à un texte de Benbow, disciple de Robert Owen, en 1832 :

Benbow a écrit:
De toutes les folies dont la nature humaine peut se rendre coupable, il n’y en a pas de plus grande que de croire que les autres feront pour nous ce que nous devrions faire pour nous-mêmes. Si les autres ne sentent pas comme nous, si les autres ne sont pas opprimés, volés, pillés et dégradés, comment peuvent -ils entrer dans nos sentiments ? Attendre l’aide des tories, des wighs, des libéraux, attendre l’aide des classes moyennes ou de toute autre classe que celle qui souffre, c’est pure folie


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MessageSujet: Re: 3. AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, dépassement contre autonomie   Sam 12 Aoû - 12:38

4:02 modifié

2) le double contenu de la forme auto-organisation révolutionnaire
émanciper-abolir-émanciper


2.1. l'auto-organisation ne se limite pas aux formes spécifiques caractérisant les activités d'individus agissant pour se changer eux-mêmes et les circonstances, l'auto-organisation porte un contenu émancipateur, l'auto-apprentissage de l'émancipation dans la lutte contre l'adversité capitaliste, elle est comme dit Marx « auto-changement par la pratique révolutionnaire » (3ème thèse sur Feuerbach), à quoi l'on peut ajouter auto-compréhension dans cette action de transformer le monde (11ème thèse)

c'est le premier contenu de l'auto-organisation, qui lui est intrinsèque. Elle est en ceci une forme-contenu révolutionnaire quand elle ne consiste pas à « diviser la société en deux parties dont l'une est au-dessus de la société » : elle combat la division du travail intellectuel et manuel, la séparation de la théorie et de la pratique, et toute forme d'organisation hiérarchique dans laquelle les individus obéissent à des ordres ou appliquent des mesures dictées par une organisation se présentant comme son guide ou son "sauveur suprême", le parti d'avant-garde ou ses avatars

étant en lui-même émancipateur, ce contenu est en même temps un objectif de l'auto-organisation, c'est l'auto-apprentissage de la liberté. L'auto-organisation participe ainsi de l'auto-subjectivation révolutionnaire

2.2. pour être révolutionnaire, l'auto-organisation s'assigne un objectif révolutionnaire, abolir le capital et toutes ses déterminations. C'est le deuxième aspect de son double contenu

au cours de l'histoire du mouvement ouvrier puis dans la décomposition du programmatisme et jusqu'à aujourd'hui, on constate que ces deux contenus sont liés et plus ou moins présents dans les formes d'existence de l'auto-organisation

reprenons l'Adresse de l'AIT : « l'émancipation des travailleurs doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes, [...] l'émancipation définitive de la classe travailleuse, c'est-à-dire pour l'abolition définitive du salariat »

Marx pose bien ici le principe de ce double contenu/objectif, mais celui-ci est doublement contredit, d'abord par l'existence de l'organisation d'avant-garde, ensuite par la stratégie programmatique visant le pouvoir des travailleurs, la dictature du prolétariat pour les partis communistes, plus tard l'autogestion pour les conseils ouvriers


Marx a écrit:
Art. 7a. - Dans sa lutte contre le pouvoir uni des classes possédantes, le prolétariat ne peut agir en tant que classe qu'en se constituant lui-même en parti politique distinct et opposé à tous les anciens partis politiques créés par les classes possédantes. Cette constitution du prolétariat en parti politique est indispensable pour assurer le triomphe de la Révolution sociale et de sa fin suprême : l'abolition des classes.

Statuts de l'Association Iinternationale des Travailleurs

l'objectif n'est pas, ou pas directement (immédiatement comme disent les communisateurs c'est-à-dire sans transition d'étapes), l'auto-abolition du prolétariat comme classe du capital, mais son autonomie pour son pouvoir


dans le programmatisme ouvrier et l'autonomie ouvrière, l'auto-changement est révolutionnaire en principe, contre-révolutionnaire en pratique. La dialectique du dépassement s'enraye en cours de route; abandonnant sa fin elle interdit sa production

c'est in fine le sens du texte de Roland Simon pour Meeting 3, en 2005 : L’auto-organisation est le premier acte de la révolution, la suite s’effectue contre elle


RS a écrit:
L’autonomie, comme perspective révolutionnaire se réalisant au travers de l’auto-organisation, est
paradoxalement inséparable d’une classe ouvrière stable, bien repérable à la surface même de la reproduction du capital, confortée dans ses limites et sa définition par cette reproduction et reconnue en elle comme un interlocuteur légitime.

L’auto-organisation comme théorie révolutionnaire avait un sens dans les conditions exactement identiques à celles qui structuraient le « vieux mouvement ouvrier »
. L’auto-organisation c’est la lutte auto-organisée avec son prolongement nécessaire l’auto-organisation des producteurs, en un mot le travail libéré, en un mot encore, la valeur.

ce texte présente à mon sens un défaut, dont rend compte la discussion, à laquelle j'avais participé en béotien de la théorie communiste, c'est d'assimiler par trop auto-organisation et autonomie

c'est le premier contenu/objectif de l'auto-organisation, présenté plus haut, qui est ici sous-estimé dans sa vertu révolutionnaire, car elle n'est pas seulement celle d'un "premier acte", mais doit persister tout au long de "l'auto-changement" du sujet révolutionnaire dans celle des "circonstances" et même au-delà, tant il est est évident que même acquise la victoire, le capital aboli, la communauté humaine devra continuer de s'auto-organiser, mais sans classes donc sans prolétariat, qui n'aura plus à le faire. Ce sera même son mode de vie essentiel, les relations entre les individus répondant à la phrase du Manifeste : « A la place de l'ancienne société bourgeoise, avec ses classes et ses antagonismes de classes, surgit une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous.» Dans ce mouvement dialectique il y a un passage de l'auto-organisation du sujet révolutionnaire à celle de tous

autrement dit, c'est le sujet de l'auto-organisation qui s'auto-transforme au point de n'être plus le même, dans le mouvement du dépassement produit par le prolétariat de son abolition comme être du capital. L'auto-organisation porte la dynamique communiste dans l'action révolutionnaire pour la communauté humaine


l'auto-organisation révolutionnaire est inhérente au mouvement du communisme réel,
avant, pendant, et après la révolution




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MessageSujet: Re: 3. AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, dépassement contre autonomie   Sam 12 Aoû - 16:10


d'hier à aujourd'hui
3) quand l'auto-organisation n'en est plus une

on pourrait citer des centaines d'exemples où la contradiction du programmatisme, entraperçue dans l'Adresse de l'AIT en 1864, se fixe en une norme par laquelle le parti tend à se substituer à la classe. Cela n'a pas été l'apanage des seuls staliniens de la Troisième internationale, le Komintern

symptomatique en est la page auto-organisation de Wikirouge, mise à jour en 2016. Ce site présente le point de vue des « communistes révolutionnaires, principalement les trotskistes, et d'autres courants antistaliniens comme les bordiguistes, luxemburgistes...». On n'y trouve aucune référence au communisme de conseils ou aux anarchistes...

est mis en avant une texte d'Ernest Mandel de 1989, Auto-organisation et parti d'avant-garde dans la conception de Trotsky


Ernest Mandel a écrit:
d'emblée l'auto-organisation n'existe que dans le rapport entre classe et parti :

Le rapport entre l'auto-organisation de la classe ouvrière et l'organisation d'avant-garde constitue un des problèmes les plus compliqués du marxisme.

dans la moitié du texte, Mandel parle de l'organisation d'avant-garde, le parti

Il s'ensuit la nécessité d'une interaction dialectique entre l'auto-organisation de la classe - qui est sujette à des fluctuations considérables - et un parti d'avant-garde permanent, dont l'ampleur et l'influence de masse sont égaIement sujettes aux hauts et aux bas de la conjoncture, mais qui est quand même plus stable, qui peut travailler de façon continue et qui peut donc mieux résister à la pression des rapports de forces défavorables. La liquidation de cet acquis, de l'organisation et de ses cadres implantés dans la classe, peuvent entraver la reprise ultérieure de la lutte de masse.

il distingue le parti d'avant-garde, la classe, et l'avant-garde de celle-ci :

Pour qu'il puisse y avoir une interaction entre l'auto-organisation de la classe et l'activité politique dirigeante du parti d'avant-garde révolutionnaire, il doit y avoir une classe ouvrière active ou du moins une large avant-garde ouvrière active.

Mandel présente La démocratie interne du parti [comme] le pont vers la démocratie des soviets. Cette position de Trotsky dans les années 1920 annonce l'évolution des partis communistes vers "plus de démocratie interne" et, suite à leur effondrement dans la décomposition du programmatisme, les nouvelles formes organisationnelles qui font de l'auto-organisation le principe d'organisation entre militants interventionnistes, reconduisant dans la forme de réseaux plus ou moins structurés la séparation initiale posée par Marx dans le Manifeste et les Statuts de l'AIT. En effet, dans les partis communistes de masse, et malgré leur structure hiérarchique, il y avait bien plus d'auto-organisation formelle des activités qu'on ne veut bien le retenir, une auto-organisation qui n'avait rien à envier à celle des Nuits debout  scratch

je ne développe pas, on peut le vérifier en parcourant les articles auto-organisation réunis par Paris-Luttes.Info

sur le plan historique, je conseille la riche recension de textes de Robert Paris sur son site Matière et révolution,
Auto-organisation prolétarienne, autonomie ouvrière et conseillisme

on peut certes dire que se sont défaits en route, par rapport à Trotsky, le caractère de masse du parti et la lutte massive d'une classe ouvrière active, mais l'essentiel est bien que les conditions historiques n'étaient pas réunies dans lesquelles l'auto-organisation, par son double contenu émancipateur et abolitionniste, peut conduire la révolution à son terme. Cette nécessité historique adviendra-t-elle ? Qui vivra verra

j'insère ici mon commentaire du 1er août dans PENSER LA RÉVOLUTION vers LA COMMUNAUTÉ HUMAINE



la révolution s'organise ?

Tristan Vacances : - Je saisis au vol votre allusion moqueuse à l'organisation et à l'auto-organisation, c'est-à-dire au fait que les communistes se considèrent toujours peu ou prou comme une avant-garde distincte de masses à guider. Comment poseriez-vous l'incontournable question de l'organisation de et dans la révolution ?

Patlotch : -  je ne le poserais pas. Il y a auto-organisation à une échelle à la fois locale, située, et une connexion de ces activités révolutionnaires locales, et c'est alors le problème des individus qui y participent. Par conséquent le point de vue communiste séparé, théorique ou dans les luttes, sur l'auto-organisation des autres relève de l'hypocrisie, y compris quand il critique le parti et toute forme d'avant-garde

bref, soit il y a auto-organisation, soit il n'y en a pas, et à la question du titre, je réponds : la révolution s'auto-organise

Tristan Vacances : - Mais il faut bien des sujets, des individus, pour le faire...

Patlotch : - ne confondons pas des activités révolutionnaires de masse généralisées avec les interventions de groupes prétendus auto-organisés d'aujourd'hui, quand ce sont les mêmes qui y participent depuis des années, donc en les préparant pour les provoquer. Les Blacks Blocs ne sont pas auto-organisés, mais pré-organisés, même si dans le feu de l'action il y a une part d'improvisation, de créativité, de réaction à ce qui se passe à chaque instant, au demeurant sans surprise, sur un scénario qui se répète (exemple dernièrement à Hambourg). Il est même difficile de qualifier cela d'émeutes, vu l'absence de spontanéité qui caractérise ces actions

Tristan Vacances : - Il n'y aurait donc pas de communistes à l'avant-garde ?

Patlotch : - non. L'avant-garde c'est tous ceux qui font, et l'organisation celle des activités. L'insurrection de masse et les activités créatrices de communisme ne sont pas le fait de révolutionnaires plus ou moins professionnels et bien préparés. Dans l'action se dégagent des individus révélant plus de courage ou de compétences, y compris organisationnelles, que d'autres, mais ils sortent de partout, pas du parti. Certains font la cuisine, parce que les révolutionnaires ont faim et veulent manger; pas même besoin d'être un (ex)prolétaire pour ça. D'autres font la guerre, et mieux vaut qu'ils s'y soient particulièrement entraînés. Ceux qui se constituent en partis ou en groupes ont des qualités spécifiques pour le faire. Leur défaut est de ne savoir faire que ça, et quand ils participent aux activités révolutionnaires, ce n'est plus en tant que membres du groupe ou du parti, du moins ça ne devrait pas l'être

Tristan Vacances : - N'est-ce pas une distinction par trop tranchée ?

Patlotch : - c'est celle qu'il convient de faire pour penser une conjoncture révolutionnaire autrement que la prise du palais d'hiver





lectures

1) spontanéité dans spontanéité, médiation, rupture Endnotes 3, septembre 2013[/color]

Endnotes a écrit:
La spontanéité se comprend généralement comme une absence d’organisation. Quelque chose de spontané provient d’une impulsion soudaine, comme s’il survenait naturellement. Les marxistes de la Seconde internationale pensaient que la révolte des ouvriers était spontanée en ce sens * : qu’elle était une réaction naturelle à la domination capitaliste, qui devait être mise en forme par le parti. Cette idée repose sur ce qu’on pourrait qualifier de sens dérivé du terme de spontanéité. Au XVIIIe siècle, lorsque Kant décrivait l’unité transcendantale de l’aperception — le fait d’être conscient de soi comme ayant sa propre expérience — il l’a nommée un acte spontané11 Kant pensait à l’opposé de quelque chose de naturel. Un acte spontané est un acte librement entrepris. En fait, le mot spontané dérive du latin sponte, signifiant « de son propre chef, librement, volontairement ». En ce sens, la spontanéité ne relève pas de l’action contrainte ou automatique. Elle est action sans contrainte extérieure. Nous participons chaque jour aux rapports sociaux capitalistes : en allant au travail, en faisant des achats, etc. Mais nous sommes libres de décider de ne pas le faire, quelques puissent en être les conséquences (en fait, les conséquences sont parfois dures, parce que notre participation au capitalisme n’est pas un choix, mais bien une contrainte)12.

* je rajoute sous ce texte une question posée avec la traduction du Manifeste, à l'époque de la Seconde Internationale : mouvement spontané pour selbständige Bewegung. Ceci explique-t-il en partie cela ?

Quatre points découlent de cette réinterprétation du terme :

1. La spontanéité, précisément parce qu’elle est librement désirée, est intrinsèquement imprévisible. Pour cette raison, il ne peut y avoir de théorie figée de la lutte. Il ne peut y avoir qu’une phénoménologie de l’expérience de la révolte. Bien entendu, la révolte entretient un lien avec la crise, qu’elle soit économique ou autre, puisque les crises rendent les conditions de vie existantes des prolétaires insupportables. Mais le rapport entre crise et révolte n’est jamais mécanique. La révolte demeure fondamentalement indéterminée ou surdéterminée : elle ne survient jamais quand elle est censée le faire, et quand elle survient, elle surgit souvent du côté le plus improbable. Le mécontentement peut couver, mais alors un meurtre policier ou une hausse du prix du pain « déclenche » soudainement la révolte. Toutefois nul ne sait par avance quel sera l’événement déclencheur à un moment donné. Ce n’est pas pour dire que la révolte n’est pas planifiée, ou que les militants ne jouent pas un rôle dans le déclenchement des révoltes. De fait, les militants essayent en permanence de déclencher des révoltes. Le fait est que leur réussite est déterminée par quelque chose qui leur est étranger (cette chose se révèle dans des moments-clés, quand le matériel humain sur lequel travaillent les militants cesse tout à coup de réagir à leur micro-gestion — soit une lutte s’élance dans une direction inattendue, soit elle s’étiole)13. Qui peut prédire quand le fait de se rendre dans un parc conduira simplement à une autre manifestation, et quand cela explosera en une guerre civile ?

2. La spontanéité, étant une rupture avec le quotidien, est aussi nécessairement une perturbation. La spontanéité apparaît comme un ensemble d’actions perturbatrices : grèves, occupations, blocages, pillages, émeutes, autoréductions et plus généralement auto-organisation. Mais la spontanéité n’est pas seulement une concoction à partir de ces ingrédients. Elle possède une histoire, et dans l’histoire de la spontanéité, les tactiques particulières prévalent, sous deux aspects. (a) Les tactiques sont ce qui fait écho, à travers les lieux de travail ou les quartiers, les pays ou même les continents. Quelqu’un s’immole, ou quelques individus occupent une place. Spontanément, d’autres gens commencent à faire la même chose. Au cours des événements, les prolétaires adaptent une tactique donnée en fonction de leurs vécus, mais ce qui est essentiel, dans la mesure où ils adoptent des tactiques qui viennent d’ailleurs, c’est qu’il y ait interruption du flux continu du temps. L’histoire locale prend un tour qui peut seulement se comprendre globalement. (b) La prévalence des tactiques provient aussi du fait que les gens prennent part à des vagues d’activités perturbatrices, même alors qu’ils débattent des raisons de le faire. Les participants peuvent formuler des revendications contradictoires : les mêmes tactiques sont utilisées à différentes fins, dans différents endroits. Dans le même moment, parce que les luttes s’intensifient et s’étendent, les participants sont plus audacieux dans leurs revendications — ou dans l’absence totale de revendications. Les barrières entre les gens commencent à s’effondrer. À mesure que les murs tombent, le sentiment qu’ont les individus d’un pouvoir collectif s’accroit. Comme de plus en plus de gens participent, les risques de s’impliquer diminuent. La lutte bâtit ses propres fondations au cours de son évolution.

3. La spontanéité n’est pas seulement perturbation, elle est aussi création. Elle engendre un nouveau contenu de lutte qui est adéquat au vécu quotidien des prolétaires. Ce vécu évolue sans cesse, conformément aux changements des rapports sociaux capitalistes (et de la culture en général). C’est pourquoi la révolte qui éclate de l’intérieur, spontanément, tend à se répandre plus largement et plus violemment que celle qui viendrait de l’extérieur — des militants, etc. Cela reste vrai même lorsque les militants interviennent sur la base de leur propre vécu d’une révolte précédente (dans les années 60, nombre de militants dénonçaient le sabotage et l’absentéisme comme des formes de lutte « infantiles » ; en fait, elles annonçaient une vague de grèves sauvages massive). Les militants se mettent ainsi en position délicate. Ils sont les vestiges humains d’un conflit passé, mobiles dans le temps et l’espace. S’il existe des histoires nationales ou locales de la lutte, c’est en partie parce que des militants ont maintenu une continuité de l’expérience. Des formations militantes fortes peuvent devenir des agents d’intensification au présent ; pour autant, en essayant d’appliquer les leçons du passé à un présent toujours changeant, les militants courent le risque de banaliser la nouveauté au moment où elle survient. Cette position est dangereuse, dans la mesure où, pour nous, il est évident qu’il faut faire confiance à la nouveauté comme seul moyen de rompre avec les rapports sociaux capitalistes.

4. La révolte spontanée implique non seulement la création d’un nouveau contenu de lutte, mais aussi, nécessairement, de nouvelles formes de lutte, adéquates ou conformes à ce contenu. Hegel a écrit : « Dans cette opposition de la forme et du contenu, il faut surtout remarquer que le contenu n'est pas informe, mais qu'il détient en lui la forme, qui d'ailleurs lui est extérieure.14 » Cette forme peut tout d’abord être naissante : elle peut n’exister que potentiellement, mais elle se réalise lorsque les luttes s’étendent et s’intensifient. Il y a ici aussi une dimension créative — l’émergence d’une forme sans précédent historique. L’histoire témoigne à maintes reprises de ce fait : les luttes naissantes méprisent les formes existantes. Au contraire, elles engendrent leurs propres formes, qui sont alors méprisées, à leur tour, par les vagues de révolte futures. C’est cet aspect de la spontanéité, sa tendance à l’innovation formelle, qui proscrit toute représentation de la communisation qui tiendrait la révolution communisante comme fondamentalement informe. Il nous est impossible de connaître les formes d’organisation spontanée qui joueront un rôle dans la communisation et celles qui devront être dépassées à ce moment-là.

Contre les théories révolutionnaires du passé, nous pouvons aujourd’hui affirmer que l’organisation n’est pas externe à la spontanéité. Au contraire, la révolte de masse est toujours organisée. Pour donner à ce terme une définition adéquate à son rôle dans la théorie révolutionnaire, nous pourrions dire que l’organisation est l’accompagnement nécessaire à la coordination et à l’extension de l’activité perturbatrice spontanée. Mais cela n’implique pas que l’organisation soit toujours formelle. Elle peut aussi être complètement informelle, et, de fait, aux niveaux les plus élevés, elle est toujours informelle. La coordination est la diffusion des tactiques par le bouche à oreille, les journaux, la radio, la télévision, les vidéos tournées avec des téléphones portables, etc. (non que des moyens techniques particuliers soient nécessaires : une vague de grèves mondiale a déjà balayé l’Empire britannique dans les années 1930 ; la technique apporte simplement d’autres possibilités à la lutte).

Dans toute révolte il y a des débats sur la question de l’organisation : « Quelle est la meilleure façon de coordonner et d’étendre cette activité perturbatrice particulière ? » Les réponses sont toujours fonction du contexte de la révolte en question. Nombre d’individus, par ignorance ou par peur, se posent différentes questions : « Comment pouvons-nous en finir avec cette perturbation ? » « Comment pouvons-nous conclure ou remporter cette manche, pour qu’on puisse retourner aux misères habituelles de notre quotidien ? ». Dépasser l’ignorance et la peur, parvenir à se faire confiance les uns aux autres pour agir et le faire de façon coordonnée, avec des centaines, des milliers, des millions et finalement des milliards de gens, ce problème de coordination ne peut pas être résolu à l’avance. Il n’est résolu que dans et par le déroulement d’une séquence de luttes.

ajout 29 août
Citation :
Die proletarische Bewegung ist die selbständige Bewegung der ungeheuren Mehrzahl im Interesse der ungeheuren Mehrzahl.

Le mouvement prolétarien est le mouvement spontané de l'immense majorité au profit de l'immense majorité.

traduction marxist.org, identique ici à celle de Laura Lafargue en 1897 et Charles Andler en 1901

c'est une erreur manifeste de traduction : selbständig (contraction de selbst­stän­dig, qui a lieu par soi-même) veut plutôt dire indépendant ou autonome, alors que spontané correspond à selbsttätig, littéralement autoactif. En 1893, Laura Lafargue retenait pourtant "autonome", si j'en crois sa mise en ligne par l'UCAQ. Un ami me confirme que Rubel a bien retenu "mouvement autonome" pour la traduction de La Pleïade

la traduction anglaise, de Andler aidé par Engels en 1888, est plus précise, sans idée de spontanéité mais ajoutant l'auto-conscience :

The proletarian movement is the self-conscious, independent movement of the immense majority, in the interest of the immense majority.

2) à chercher dans RYTHMES, IMPROVISATION et COMMUNISATION : JAZZ & Black Music, une matrice de la poétique révolutionnaire, improvisation collective, temps réel et création relationnelle, Patlotch 2015

le concept d'improvisation collective fait le lien entre savoir (-oublier dans l'action), organisation, et spontanéité


Question

en relation, les sujets documentés :

- AUTO-ORGANISATION et THÉORISATION ? De qui ? Pour quoi faire ? Comment ? Jusqu'où ?...

- critique de l'INTERVENTION par Théorie Communiste, 2008, 2010, et autres considérations de 1981 à aujourd'hui



Dernière édition par Patlotch le Mar 29 Aoû - 22:20, édité 1 fois
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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: 3. AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, dépassement contre autonomie   Sam 12 Aoû - 20:52


questions 1

18:40

Tristan Vacances : - Vous proposez, cher Patlotch, "une vision renouvellée de l'auto-organisation révolutionnaire" qui remet en cause le lien strict fait par Théorie Communiste entre auto-organisation et autonomie, en 2005 dans L’auto-organisation est le premier acte de la révolution, la suite s’effectue contre elle.

Tout en étant d'accord avec les limites de l'auto-organisation visant l'autonomie, vous êtes amené à redéfinir l'auto-organisation en liaison avec le processus révolutionnaire et dans le fonctionnement post-capitaliste de la communauté humaine.

Toutefois, dans ce texte, RS se prémunit de vos critiques. Extraits :


RS a écrit:
L’autonomie était le projet d’un processus révolutionnaire allant de l’auto-organisation à l’affirmation du prolétariat comme classe dominante de la société, au travers de la libération et de l’affirmation du travail comme organisation de la société. [...]  L’autonomie et l’auto-organisation ont été un moment historique de l’histoire de la lutte de classe et non des modalités d’action formelles et plus ou moins intemporelles. L’auto-organisation ne désigne pas n’importe quelle activité où des individus, fussent-ils des prolétaires, se concertent directement pour savoir ce qu’ils vont faire ensemble, elle est une forme historique déterminée.

On peut parler de « dynamique » des luttes mais c’est alors faire l’impasse sur l’autotransformation du sujet, c’est ne pas voir que dans cette « dynamique » ce qui est aboli c’est le sujet qui s’auto-organisait et que cette « dynamique » n’existe que pour autant qu’il s’abolit comme le sujet qui s’auto-organisait. Tant que le prolétariat s’auto-organise, il ne peut le faire qu’à partir de ce qu’il est dans les catégories du capital. Il ne s’agit pas de faire une condamnation normative de l’auto-organisation, mais de dire ce qu’elle est et de dire que la révolution n’est pas une dynamique qu’elle contient et qui ne demande qu’à éclore. [...]

Ceux qui parlent sans cesse de dynamique des luttes passent totalement à côté de ce moment essentiel : le prolétariat comme sujet de la révolution s’abolit comme sujet de l’autonomie. Si le prolétariat s’abolit, il ne s’auto-organise pas. Appeler l’ensemble du mouvement auto-organisation, c’est être aveugle à son contenu.
On peut toujours soutenir que l’auto-organisation est le flux même de ce changement dans la lutte des classes. On aura d’abord fait disparaître la rupture et ensuite on aura dissocié ce qui dans l’activité révolutionnaire est homogène : la coïncidence du changement des circonstances et de l’activité. [...]

La lutte peut alors être indépendante de tout parti, syndicat, institution, elle n’en est pas pour autant auto-organisée car elle ne trouve pas son principe en elle-même comme mise en forme de ce qu’est le prolétariat en lui-même. On ne peut alors parler d’auto-organisation de la lutte, si on parle d’auto-organisation de la lutte c’est que l’on parle de l’auto-organisation du sujet.
Continuer à parler d’auto-organisation comme un flux, un processus, de rupture c’est entretenir la confusion et diluer le contenu même de la rupture.
On peut parler "d’auto-organisation de la lutte", cela n’empêche que dans ces luttes les prolétaires ne trouvent que toutes les divisions du salariat et de l’échange et aucune forme organisationnelle ne peut surmonter cette division, seul le peut le changement de contenu de cette lutte, mais alors c’est la rupture consistant à reconnaître dans le capital sa propre nécessité en tant que classe (à l’extérieur de soi), le contraire même de tous les "auto...".

Patlotch : - vous pouvez citer tout le texte, et vérifier que RS pose sa définition de l'auto-organisation comme étant l'organisation autonome du prolétariat sujet révolutionnaire. Il a beau jeu de prétendre ensuite que « Ce n'est pas une question de définition de l'auto-organisation ou de l'autonomie »

je partage sa critique de l'autonomie, qui évacue la rupture, la révolution même, mais à partir de cette définition de l'auto-organisation, qui lui est singulière et propre parce qu'arrêtée à une période historique, son rejet de l'auto-organisation devient tautologique et passe à côté de l'ouverture possible du concept par son double contenu émancipateur et abolitionniste, donc lié à la rupture et au dépassement produit du sujet révolutionnaire prolétarien dans le processus d'auto-changement

dans la discussion, son camarade Bernard Lyon, me répond


BL a écrit:
La distinction entre l’auto-organisation et l’autonomie semble tout à fait défendable à condition de bien avoir à l’esprit de le devenir de l’autoorganisation c’est l’autonomie c’est à dire la défense de la condition prolétarienne et donc de l’existence de l’Etat et des classes, l’autoorganisation n’est 1er moment que dans son dépassement, en sachant que ce dépassement ne va pas de soi et qu’il y aura des régressions [...]

on vérifie que lorsqu'ils ont quelque chose dans la tête en matière de sens des mots et concepts, ce n'est pas ailleurs. Leur cohérence interne tient souvent au seul sens qu'ils leurs accordent pour les besoins de leurs "démonstrations". Autre exemple, RS bondit chaque fois que l'on parle de conditions dans le sens de circonstances (comme le fait parfois Marx), ou de réalités telles que la condition ouvrière ou les conditions de vie, tout ça parce que pour lui, les conditions c'est le conditionnel, les conditions à réunir dont se gargarisent les révolutionnaires. Comment discuter avec des novlinguistes ?

Tristan Vacances : - Vous ne pouvez pas leur reprocher de partir de ce que fut ou reste l'auto-organisation dans les luttes actuelles, sans la faire bouillir dans les marmites révolutionnaires...

Patlotch : - vous plaisantez, combien de concepts de TC ne font que ça, bouillir dans l'abstraction et le déterminisme prolétarien universel ?

Tristan Vacances : - Qu'en disent les autres théoriciens de la communisation ?

Patlotch : - je n'ai rien trouvé chez Astarian (Hic Salta), ou Dauvé&Nesic (troploin) qui s'oppose à ma proposition théorique. Dans les textes où ils décrivent le processus de communisation, s'ils n'utilisent pas le terme d'auto-organisation, je ne sais pas lequel serait meilleur pour caractériser les activités dont ils parlent, et il est difficile de les soupçonner de soutenir l'autonomie ouvrière, qu'ils n'ont cessé de critiquer depuis des décennies

dans communisation en 2011,


Dauvé&Nesic a écrit:
L'auto-organisation (parfois brève) née de la rupture initiale non seulement n'est pas une fin en soi (ce dont chacun convient), mais dépend d'autre chose...

nulle part je ne considère moi-même l'auto-organisation révolutionnaire comme « une fin en soi » ni même une forme particulière d'organisation des activités, mais une forme-contenus

la véritable question est de savoir si l'on parle de l'auto-organisation du sujet révolutionnaire, pour eux le prolétariat (soit pour TC la classe ouvrière productrice de plus-value) et jusqu'où dans le processus de rupture, ou de l'ensemble du processus dans lequel l'auto-organisation devient de moins en moins strictement prolétarienne pour commencer à poser les bases de la communauté humaine. Si l'on ne pense pas ce moment du dépassement à produire, autant brûler toute dialectique des contradictions

on peut comprendre que si l'auto-organisation est « brève », c'est qu'elle cesse après avoir joué son rôle déclencheur, mais pour moi, elle doit se poursuivre, car si elle « dépend d'autre chose », c'est des contenus et objectifs des activités de ceux qui s'auto-organisent. Ce n'est plus une question de définition théorique, mais de réalités aisément imaginables qu'on peut nommer auto-organisation : car si la communauté humaine en gestation ne s'auto-organise pas, qu'est-ce qu'elle fait ? Table rase du vocabulaire et novlangue de tout ?

Tristan Vacances : - Hé bien, vous avez maintenant votre propre définition de l'auto-organisation révolutionnaire  Rolling Eyes

Patlotch : - foutez-vous de moi, mais notez quand même que cette définition est parfaitement compatible avec la théorie de la révolution des communisateurs, et à bien y regarder, avec celle de Théorie communiste aussi, du moins jusqu'où nous nous séparons, la définition du sujet révolutionnaire et l'usage illimité de concepts qui n'apportent que spéculations et plans sur la comète des croyants (voir mon étude COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION)

20:41

Tristan Vacances : - Moi aussi, quand j'ai quelque chose en tête... Dans un texte antérieur de Théorie Communiste n°18 de février 2003, sur le Mouvement des Piqueteros en Argentine 2001, ce passage :


RS a écrit:
Je pense que l’on ne peut parler d’autonomie que si la classe ouvrière est capable de se rapporter à elle-même contre le capital et de trouver dans ce rapport à soi les bases et la capacité de son affirmation comme classe dominante. Tout cela a disparu. Si l’on peut, à la rigueur, encore parler d’auto-organisation celle-ci n’a plus l’autonomie comme perspective ou contenu, c’est-à-dire la perspective d’émancipation de ce que la classe est dans des rapports de production qui n’apparaissent alors que comme  » contrainte ”. L’autoorganisation peut être alors une forme de lutte efficace mais qui ne sort pas de son rapport au syndicalisme...

Tristan Vacances : - Qu'en pensez-vous, cher Patlotch ?

Patlotch : - la logique de ce texte est reprise dans celui de 2005, la théorie de l'écart étant précisée... Toutefois, si « tout cela a disparu » en 2001/2003, on se demande bien contre quels moulins à vent se battait RS en 2005, si ce n'est les interventionnistes avec lesquels les relations de TC étaient interlopes, via Meeting puis SIC, et tout cela ayant disparu aussi, l'auto-organisation en est restée là en termes de critique théorique, d'où je la ressors

plus d'actualité, l'auto-organisation qui sort par le bas de son objectif d'autonomie : « L’autoorganisation peut être alors une forme de lutte efficace mais qui ne sort pas de son rapport au syndicalisme...», et l'on peut considérer que 15 ans après, c'est ce qui semble s'être produit, du moins si l'on se rapporte aux luttes contre la loi travail en 2016, les programmes des partis d'extrême-gauche n'étant qu'une reprise politique, et populiste, de ceux des syndicats. Si l'on recensait les usages actuels de l'auto-organisation dans les luttes ou dans les discours, on vérifierait sans doute qu'elle est moins liée à l'autonomie et davantage réduite à des formes aux contenus variables, parfois frisant le ridicule : un barbecue Nuit-deboutiste ?

mais que l'on réduise l'auto-organisation à l'autonomie ou au syndicalisme, le résultat est identique, on ne pense pas son double contenu émancipateur et abolitionniste, donc lié à la rupture et au dépassement produit du sujet révolutionnaire dans le processus d'auto-changement. Dans ce cas pour le faire, qu'on me propose un autre terme qu'auto-organisation révolutionnaire

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 3. AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, dépassement contre autonomie   Dim 13 Aoû - 11:09


interlude 1

organisation, organisations, auto-organisation

en marge de notre sujet, une intéressante synthèse de R.S. en réponse à des commentaires sous le texte de Jacques Camatte « De l’organisation » 1969-1972

en marge parce que non centré sur la question de l'auto-organisation, ni même dans les termes de son lien avec l'autonomie comme en 2005, mais sur celle de l'organisation et des organisations dont RS montre qu'elle n'est plus au cœur des problématiques actuelles, et pourquoi

en marge car comme RS je pourrais dire que « pour moi toutes ces questions relatives à « l’organisation » ses fonctions, sa « représentativité », son fonctionnement interne sont sorties de mes préoccupations depuis bien longtemps. »

intéressant donc parce qu'actuel, c'est-à-dire prenant la mesure de ce qui a changé, non seulement depuis le début des années 70, la fin du programmatisme et l'effondrement des organisations politiques de masse du Mouvement ouvrier, mais avec la chute du démocratisme radical depuis près de dix ans, donc de son accompagnement interventionniste (Action directe...)

quelques extraits, mais il faut tout lire... Je souligne en gras


RS a écrit:
le passage du mode de production capitaliste en subsomption réelle change totalement la donne organisationnelle dans la lutte de classe (au singulier). Encore faut-il que l’on considère qu’il y a toujours lutte des classes (au pluriel). Sinon, comme chez Camatte, les organisations ne sont plus que l’organisation arbitraire du vide ne vivant que de leur interdifférenciation.

Sans être le jugement dernier de l’histoire, la lutte de classe a été, de fait, la critique des organisations, de leur existence, de leur fonctionnement interne et de leur fonction de « représentation » légitime dans le cadre des rapports de classes de l’après-guerre.
[...]
on peut trouver l’expression théorique de ce changement de période dans les textes de la revue Mouvement Communiste (Dauvé, Cerrutti, Guillaume, …) avec la thèse centrale selon laquelle la question de l’organisation est devenue obsolète et que seule demeure la question de l’ « organisation des tâches »* [...]

* « l’organisation est l’organisation des tâches »- apparaît pour la première fois dans la revue Le Mouvement Communiste en avril 1972, sous la plume de Gilles Dauvé

La question ne porte plus sur les organisations, leur signification ou leur fonctionnement interne. La question est déplacée : il s’agit de comprendre, analyser, critiquer ce qui se met en place chaque fois en situation : recherche de pérennisation d’organisations spontanées, critique des formes d’auto-organisation avec leurs contradictions, prises en mains des AG, etc. Ces organisations et leurs pratiques existent mais on les considèrera dès lors toujours dans la situation particulière de telle ou telle lutte et la critique sera en situation. On ne fera pas de critique générale du fait qu’elles sont des Organisations et leurs pratiques des pratiques d’Organisations parce que ces organisations elles-mêmes ont perdu leur statut général et leur rôle programmatique d’Organisation, leurs pratiques expriment alors cette perte. La réflexion critique sur l’objet abstrait et général appelé « Organisation » n’est paradoxalement qu’une poursuite des problématiques programmatiques pour lesquelles la « montée en puissance de la classe » fait de l’organisation un objet ayant une nécessité et un sens en soi (là seulement on peut dire que la lutte des classes a réglé le problème).

Bien sûr, des organisations bien formelles et tout continuent d’exister (L.O, Alternatives libertaires, NPA, CCI, etc., etc.) ainsi que des réseaux connaissant des hauts et des bas tout en cherchant à maintenir une structure assez permanente (Tanqu’il et d’autres), il y a aussi les regroupements activistes-alternatifs genre Comité Invisible. Tous ne sont pas à mettre dans le même sac : pour les premières, il s’agit d’appendices syndicaux ou politiques de la reproduction conflictuelle du prolétariat dans le MPC ; d’autres sont des fossiles vivants (quel que soit le fait de lutter en tant que classe comme étant la limite actuelle de la lutte de classe, le prolétariat demeure une classe de ce mode de production, c’est la possibilité d’existence du « fossile vivant ») ; pour les derniers (réseaux ou activiste/alternatifs) le problème ne réside pas dans « l’organisation » mais dans la problématique de l’intervention qui sous-tend leur existence. C’est cette problématique de l’intervention posée en général dont ils vivent qui fait qu’ils cherchent à maintenir et protéger leur existence de réseau, se considérant eux-mêmes comme des prolétaires en général. [...]

Dans tous les cas de figure (et j’en oublie), la critique générale de l’organisation est depuis longtemps obsolète parce que l’Organisation (qu’on la considère ou non comme nécessaire – léniniste ou conseilliste pour faire vite -) n’était, pour tout le monde, en soi une question que de par la révolution comme montée en puissance de la classe (l’Ultragauche conserve la chose tout en critiquant tous les moyens). Actuellement, ce n’est plus là notre sujet, je pense que nos prises de position et notre activité doivent toujours être particulières dans des situations particulières en dehors de tout normativisme sachant toujours à l’avance quels sont les critères de la « bonne lutte ». Tous ces mouvements ou « organisations » ne sont pas auto-engendrés, ils sont représentatifs même de façon infinitésimale de fractions du prolétariat ou des classes moyennes, de leur segmentation, des conflits qui les traversent, des regroupements que font apparaître les contradictions du moment. Contradictions qui cristallisent ces fractions et polarisent les luttes sur un thème ou un autre que ces mouvements vont prendre en charge et formaliser dans leur langue. Et c’est, chaque fois, en tant que représentatifs et/ou expressions qu’ils sont à prendre en compte.

à mon sens, cela n'évacue pas la question de l'(auto)organisation, mais la déplace hors des organisations, comme dit le 1er août sous le titre 'la révolution s'organise ?'

Citation :
Tristan Vacances : - Comment poseriez-vous l'incontournable question de l'organisation de et dans la révolution ?

Patlotch : -  je ne le poserais pas. Il y a auto-organisation à une échelle à la fois locale, située, et une connexion de ces activités révolutionnaires locales, et c'est alors le problème des individus qui y participent. Par conséquent le point de vue communiste séparé, théorique ou dans les luttes, sur l'auto-organisation des autres relève de l'hypocrisie, y compris quand il critique le parti et toute forme d'avant-garde

bref, soit il y a auto-organisation, soit il n'y en a pas, et à la question du titre, je réponds : la révolution s'auto-organise

ici je dois insister sur une différence avec RS dans ma compréhension même du mot auto-organisation : quand je dis la révolution s'auto-organise, c'est comme lutte de classe (au singulier) dans la lutte de classes (au pluriel), pour reprendre cet utile distinguo de RS. « Contrairement à l'objectif d'autonomie, l'auto-organisation révolutionnaire n'a de sens que dans le conflit antagonique, et pour se battre, il faut être deux, même si c'est moins jouissif que le tango

It Takes Two to Tango



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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: 3. AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, dépassement contre autonomie   Dim 13 Aoû - 15:02


4) quelles bases concrètes pour théoriser l'auto-organisation révolutionnaire ?

Tristan Vacances : - Tout ça est bien beau, cher Patlotch, mais vous reprochez à d'autres leur déterminisme voire leur religion communiste, alors que vous venez d'ouvrir trois sujets titrant sur la révolution, celui-ci, COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude), et PENSER LA RÉVOLUTION vers LA COMMUNAUTÉ HUMAINE

puisque vous affirmez qu'il n'y a plus de base aujourd'hui pour concevoir une révolution prolétarienne, en quoi vos considérations sur la révolution seraient-elles moins abstraites que celles que vous critiquez ?

Patlotch : - en rien, mais c'est justement pourquoi la question mérite d'être (re)posée avec les problèmes que pose cette absence de base dans les luttes sociales. Dans la discussion de dndf évoquée ci-dessus, RS répondait à une question du 10 août :


Federico a écrit:
Alors, une fois relié la question de l’organisation a la reproduction du capital et rejetée la vision de la fictivité du capital de Camatte et ses corollaires, qu’est-ce qu’on peut dire sur ce sujet qui ne soit si « banal »? Il suffit de savoir que l’exploitation, les classes et leurs luttes existent et qu’ils résoudront -éventuellement- ce problème, ou peut-on signaler quelques « avances » ou « définitions minimum » dans ce domaine ?

je fais le lien entre la réponse de RS et des observations de Dauvé&Nesic et Astarian

RS a écrit:
Je ne pense pas que la lutte des classes soit une sorte de « dieu de l’histoire » résolvant à la fin des temps la succession des problèmes du moment. Simplement, l’histoire est son procès, elle ne résout que les questions qu’elle pose et qui la constituent, à moins qu’elle ne s’y enlise (souvent) [...]

Tu demandes quelles avancées nouvelles et pas « banales » ont été effectuées. Il ne s’agit pas de répertorier des « avancées » sous forme de trouvailles théoriques (idéologiques). Sans être le jugement dernier de l’histoire, la lutte de classe a été, de fait, la critique des organisations, de leur existence, de leur fonctionnement interne et de leur fonction de « représentation » légitime dans le cadre des rapports de classes de l’après-guerre.

Dauvé&Nesic a écrit:
Le mouvement prolétarien n’a pas la mémoire cumulative que se construit, entretient et modifie un individu au fil de sa vie. Si l’on peut parler de mémoire sociale, elle n’est certainement pas comparable à une banque de données qu’il s’agirait d’entretenir, de restaurer ou d’actualiser. Comme chaque fois dans le passé, mais avec la force d’un mouvement beaucoup plus profond que 1871, 1917 ou 1968, une période révolutionnaire obligera à nous reposer les questions essentielles auxquelles se sont heurtées les expériences antérieures.

Communisation, 2011, Expérience et mémoire

Astarian a écrit:
Est-il plus utile à la cause du communisme de se livrer à un travail mémoriel, pour montrer aux prolétaires d’aujourd’hui qu’ils sont les descendants de luttes fameuses qu’ils devraient avoir en mémoire pour profiter des leçons, positives ou négatives, qu’on peut en tirer ? Dans une période sans rupture profonde de la contradiction capitaliste, faut-il rappeler aux prolétaires que de telles ruptures ont eu lieu, afin de les pousser à rompre à leur tour la présupposition réciproque des classes ? La réponse est ici double :

D’une part, on ne pousse pas le prolétariat à se radicaliser [...]

D’autre part, si l’on considère le prolétariat mondial dans son immensité, la mémoire des luttes dans le prolétariat n’est pas une affaire de brochures ou de films où la version prolétarienne de l’histoire de la classe serait diffusée parmi les prolétaires, aussi bien pour qu’ils connaissent leur histoire que pour en dénoncer les versions bourgeoises. Ces connaissances historiques se sont intégrées, sous une forme plus ou moins exacte, disons culturelle, dans la conscience immédiate du prolétariat, ou bien elles ne peuvent servir que dans un cadre théorique. Mais, de façon générale, le prolétariat n’a pas besoin de connaissances livresques pour savoir où il en est de son histoire. La mémoire de son histoire existe matériellement dans les conditions concrètes auxquelles il est confronté. Les conditions auxquelles le capital soumet le prolétariat aujourd’hui sont le résultat des luttes d’hier. Le prolétariat n’a pas besoin de connaître ses luttes passées, victorieuses ou défaites, pour se guider dans ses luttes d’aujourd’hui, car les leçons du passé sont là, devant lui, dans les conditions nouvelles qui résultent des luttes passées. [...]

Solitude de la théorie communiste 3 – Problèmes d’une expression communiste aujourd’hui 2016

Tristan Vacances : - Quel rapport avec l'auto-organisation révolutionnaire ?

Patlotch : - elle est un aspect de cette question générale : « Le mouvement prolétarien n’a pas la mémoire cumulative », il n'y a pas de transmission intergénérationnelle longue des expériences du passé. En l'absence d'activités révolutionnaires, dans une période où le prolétariat est en retrait, voire adopte des attitudes populistes anti-révolutionnaires, on n'a même plus de base concrète pour en faire le sujet révolutionnaire par excellence

pour cette raison, la théorie communiste est aujourd'hui essentiellement abstraite, et de plus, comme l'écrit Astarian « dans sa forme actuelle, la théorie communiste trouve son ancrage dans la phase de crise des années 60-70 ». C'est la même distance qu'entre la Commune en 1871 et la Révolution d'Octobre, en pleine montée du mouvement ouvrier révolutionnaire, alors qu'il y avait là, on peut le dire, une mémoire et une expérience, des erreurs non répétées, parce qu'il y avait une forte transmission intergénérationnelle, et aussi beaucoup de courroies de transmission
 Rolling Eyes

Hic Salta a écrit:
Cette situation vient aussi du silence du prolétariat. Le retour de la conflictualité sur les lieux de travail – pour ne pas parler d’une reprise révolutionnaire – est suspendue à la sortie de l’obscurité dans lequel la grande masse des prolétaires s’est tenue jusqu’à maintenant, y compris au cours du mouvement du printemps 2016. Il est légitime de se demander dans quelles circonstances cela pourrait se produire.

Ménage à trois de la lutte des classes : Episode 3, Le mouvement contre la «Loi Travail» en France (2016), Conclusion, 2017

Tristan Vacances : - Vous ne répondez pas...

Patlotch : - laissez-moi terminer. On ne peut affirmer concrètement l'auto-organisation révolutionnaire comme étant le problème de masses en luttes quand elles ne le sont pas ou pas avec des contenus de rupture. On ne peut critiquer l'extériorité organisationnelle ou théorique sans admettre qu'on ne théorise de façon séparée qu'en prenant des risques et donc des précautions

pour reprendre mon fil, rien ne dit qu'une «reprise révolutionnaire » ne produirait pas les mêmes effets quant à la reconstitution d'organisations, de tentations autonomistes, etc. justement en raison de cette absence de « mémoire cumulative » (troploin) aggravée par l' « Éloignement de la dernière phase « révolutionnaire » » (Astarian, Solitude...)

Théorie Communiste considère que ces questions sont derrière nous, en raison de sa théorie du dernier cycle de luttes, alors que moi, je vois une restructuration en cours du capitalisme dans laquelle ne peut être théorisée la révolution dans des termes inchangés depuis 45 ans. Voir 31 juillet, reprenons le fil et ma conclusion du 7 juin : « toute conjoncture de luttes est actuellement déterminée par la restructuration actuelle, et rien d'autre. »


l'auto-organisation révolutionnaire ne se posera concrètement
que dans une conjoncture révolutionnaire



Tristan Vacances -  scratch  Mais vous affirmiez hier que « l'auto-organisation révolutionnaire est inhérente au mouvement du communisme réel, avant, pendant, et après la révolution ». Avant la révolution, il peut y avoir une conjoncture révolutionnaire ?

Patlotch : - celle-ci ne tomberait pas d'un ciel serein mais à la faveur d'une reprise de luttes ayant un contenu de rupture, qui ne manqueraient pas de poser la question de leur auto-organisation en des termes nouveaux produisant cette conjoncture. C'est ce que je tente de cerner

Tristan Vacances - S'il n'y a pas de mémoire cumulative de l'expérience passée, pourquoi ces termes seraient-ils nouveaux ?

Patlotch : - parce qu'il y a histoire, et que la situation générale et les situations particulières qui la constituent seront nouvelles. Cette nouveauté, je pense que nous la voyons émerger, parce que la crise du capitalisme est devenue crise de civilisation sous des aspects qui ne relèvent plus de la lutte de classe au sens de l'affrontement strict entre prolétariat et capital. C'est ce qui me sépare des théoriciens de la communisation...

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 3. AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, dépassement contre autonomie   Lun 14 Aoû - 13:36


interlude 2

auto-organisation du vivant, complexité et émergence :
plus que des parallèles

jusque-là, nous n'avons abordé l'auto-organisation qu'au(x) sens qu'elle prend comme celle(s) des luttes sociales, en discernant son enfermement dans l'autonomie/autogestion de son inscription dans la production d'un dépassement des limites du capital, par un auto-changement du sujet révolutionnaire

nous avons pris le contre-pied des affirmations de Théorie Communiste, dont Léon de Mattis exprime la caricature dans Les mesures communistes SIC2 en 2014. Nous y retrouvons ce sens réducteur, unique et obligatoire de l'auto-organisation :


Léon de Mattis a écrit:
La mesure communiste est un exemple de mode d’organisation de la production du communisme. Elle n’est ni démocratie directe ni auto-organisation.

9 [...] Elle n’est pas non plus « auto » organisation. L’auto-organisation est certes, à l’heure actuelle, une nécessité pour l’existence des luttes au-delà des temps et formes étroits des luttes légalisées et syndicalisées. Mais la mesure communiste est une rupture avec l’auto-organisation puisqu’il y a alors dépassement des luttes partielles qui ont besoin de s’organiser comme telles autour de leur objet spécifique.

Arrow

l'auto-organisation des systèmes complexes est une notion qui apparaît à la fin des années 1940. De la façon la plus générale, elle est

Citation :
une tendance, tant au niveau des processus physiques ou des organismes vivants, que des systèmes sociaux, à s'organiser d'eux-mêmes. [...] Ce terme ne devint commun dans la littérature scientifique que lors de son adoption par les physiciens et autres chercheurs du domaine des systèmes complexes dans les années 1970 et 1980.

Wikipédia auto-organisation

une civilisation est auto-organisée

Matière et révolution a écrit:
Le nuage, le cerveau, la ville, la cellule, l’étoile, la galaxie, la terre, la civilisation sont des structures complexes auto-organisées. Leur existence, leur transformation ne sont pas pilotées de l’extérieur par un concepteur et un artisan. Elles sont elles-mêmes, en cours de route, leur propre concepteur et leur propre artisan, y compris le concepteur et l’artisan de leur propre mort. Elles sont le produit des multiples rétroactions qui les habitent ainsi que des interactions avec le milieu. Leur ordre est le produit d’un désordre ambiant autant que des lois qui s’imposent à leur niveau.

Qu’est-ce que l’auto-organisation ? Faber Sperber, Robert Paris, vendredi 4 septembre 2009

le communisme auto-organise le changement de civilisation

s'il est question des interactions avec le milieu, c'est donc que l'auto-organisation des systèmes vivants n'est pas assimilable à leur autonomie. Dans le cas de l'auto-organisation des luttes et du sujet révolutionnaire, le milieu, c'est le système capitaliste, la civilisation capitaliste. Nous retrouvons donc notre affirmation : « Contrairement à l'objectif d'autonomie, l'auto-organisation révolutionnaire n'a de sens que dans le conflit antagonique. ». Si la révolution ouvre un changement de civilisation, il y a un rapport entre son auto-organisation au sens de « structure complexe auto-organisée » et l'auto-organisation du sujet révolutionnaire qui la transforme, en interaction/conflit dans et avec elle

les points communs et différences entre auto-organisation et autonomie sont étudiés d'un point de vue philosophique et scientifique par Alvaro Moreno dans Auto-organisation, autonomie et identité, Revue internationale de philosophie 2004/2 (n° 228)


Alvaro Moreno a écrit:
Alors que les systèmes autonomes sont facilement considérés comme des expressions du phénomène général d'auto-organisation, l'inverse n'est pas toujours le cas.

Pour éviter ces problèmes nous allons dorénavant utiliser le terme d'auto-organisation au sens le plus générique - c'est-à-dire le plus inclusif et le plus faible - et nous parlerons d'autonomie (ou de systèmes autonomes) pour désigner l'acception dans sa signification la plus forte. Nous examinerons donc dans cet article trois formes différentes d'auto-organisation : tout d'abord l'auto-organisation au sens le plus générique et le plus simple ; ensuite, l'auto-organisation fonctionnelle ou l'« autonomie », et enfin, l'autonomie informée, qui constitue l'organisation caractéristique du monde vivant. [...]

Dans cette idée générique d'auto-organisation, il faut souligner les aspects suivants :

a. L'auto-organisation implique une relation entre niveaux : à partir d'un ensemble d'interactions « microscopiques » apparaît, de façon irréversible et non linéaire, une forme apparemment simplifiée d'organisation « macroscopique ».

b. L'auto-organisation est un processus où se créent spontanément de nouvelles formes de corrélations dynamiques, c'est-à-dire des configurations ni trivialement déterminées par des lois ou des règles de base ni directement spécifiées par des contrôles ou des contraintes d'origine externe.

c. L'organisation ainsi constituée est « émergente » dans le sens où sa structure macroscopique spécifique n'est pas prédictible à partir de la connaissance des interactions de ses éléments constitutifs (au niveau « micro »).

ici, nous pouvons établir un parallèle entre interactions « microscopiques » / organisation « macroscopique » et les parties / le tout ou singularités et particularités / généralités dans la tradition philosophique et plus précisément la dialectique hégelienne puis marxienne

il ne s'agit pas de tomber dans le toutisme d'Edgar Morin dans son approche de la complexité (La méthode), et c'est pourquoi j'ai croisé la dialectique marxienne des contradictions avec certaines considérations sur la complexité dans DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE. Je n'y aborde que la question du dépassement des contradictions, qui rejoint dans la complexité les notions d'émergence et de seuil, que l'on retrouve dans la dialectique quantitatif/qualitatif

Alvaro Moreno conclut ainsi son article


Citation :
L'idée d'identité dans l'auto-organisation et dans l'autonomie est basée sur un principe implicite de récursivité, qui constitue cette identité en fonction de ses actions dans un environnement donné. Cette identité est active et autoconstitutive en tant que telle : il y a une identité ou « soi » qui s'autoconstitue justement parce qu'elle se génère en un processus circulaire (qui néanmoins dépend aussi d'un ensemble de conditions externes).

Ce principe se manifeste clairement dans le cas des systèmes autonomes, où l'identité se produit à travers l'ensemble des modifications matérielles causalement générées par le système lui-même. Il faut souligner l'importance du cadre matériel quant à la question de l'auto-organisation et de l'autonomie, car c'est justement la prise en compte des aspects énergétiques qui permet de comprendre et l'autoconstruction des conditions limites du système et la création d'une identité à travers des processus de contrôle de son environnement.

je n'avancerai pas davantage dans le parallèle entre l'ordre des luttes sociales et celui de l'organisation du vivant, mais on voit qu'ils se recoupent et que l'on peut établir plus que des parallèles (qui ne se recoupent jamais...) entre ces approches conceptuelles. Je laisse ma lectorate mariner dans ce bain en évitant de faire bouillir le bébé dans la marmite

affraid

pour conclure cet interlude ludiquement, rêvons en commune à l'assaut du ciel contre l'attaque des prédateurs :

s'il n'avait pas vu des oiseaux, l'homme aurait-il essayé de voler ?



Comme un vol d’étourneaux au-dessus de la ville

Carlos Moreno La Tribune 01/03/2017

Citation :
Combien de fois nous, habitants de tout âge de la ville, avons été émerveillés par un ciel urbain magnifié par un vol d'étourneaux ? Nous avons tous été fascinés par les mouvements synchronisés de ces oiseaux qui déroulent sous nos yeux un extra ordinaire ballet. Ils volent de manière coordonnée en dessinant de superbes formes, qui se font et se défont au gré de leurs réactions en masse, et interagissent en temps réel entre eux. Du point de vue scientifique, le vol des étourneaux a donné lieu à de très nombreuses études, en particulier par la communauté scientifique travaillant la problématique de la complexité, les systèmes critiques et l'auto organisation.

Publiant dans la revue de l'Académie des Sciences des États-Unis, des scientifiques italiens précisent que :

« Quand un groupe d'étourneaux agit comme s'il constituait une entité unique, il se comporte comme un système critique capable d'optimiser sa réponse collective aux défis externes, comme l'attaque d'un prédateur. Les interactions au sein d'un grand groupe fournissent à chaque animal une gamme de perceptions effectives beaucoup plus large que s'il était isolé, améliorant ainsi la réponse globale du groupe aux perturbations ».

Ce comportement est à différencier du comportement grégaire d'un groupe qui suit un chef de file, dans lequel même s'ils vont dans la même direction et sont parfaitement ordonnés, il n'y pas d'interactions entre les individus, car ils se trouvent sans communication quasi instantanée entre eux
, et avec des fluctuations comportementales indépendantes les unes des autres. Le principe de l'auto organisation repose ainsi sur la capacité d'une collectivité à agir de manière coordonnée et en toute circonstance, par la résultante d'interactions dynamiques entre ses composantes, et non pas par l'effet de consignes données par un chef ou par une perturbation externe. [des perturbations externe il y en a justement, avec et contre lesquelles inter-réagit le groupe auto-organisé des étourneaux]

et n'oublions jamais que si l'homme essaye de voler, la femme, elle, y parvient



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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: 3. AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, dépassement contre autonomie   Lun 14 Aoû - 22:26

complété 15 août 9:52

5) auto-organisation et positivité du mouvement communiste
avant
, pendant, et après la révolution

Tristan Vacances : - Cher Patlotch, il me semble utile maintenant de reprendre vos considérations sur la positivité du communisme dans le cadre de ce sujet, suite à ceci (ici, 1er août à 13:01)...

Citation :
Tristan Vacances : - Vous continuez à penser qu'il faut travailler sur les contenus positifs de la révolution et du communisme ?

Patlotch : - oui, j'ai parlé en 2012 de positivité communiste


Citation :
Ce qui importe à mon sens, c'est de considérer que nombre d'activités humaines actuelles, même menacées et/ou redéfinies par le contexte capitaliste, portent des potentialités de reconversion dans un contexte de monde non capitaliste, non échangiste, non marchand, selon d'autres critères de valeur, sans jeu de mot, en admettant qu'à défaut de droit, d'État, le nouveau monde produise ses propres valeurs déterminant les nouveaux rapports entre individus, communauté, comme on voudra...

Naturellement, et c'est en quoi je suis d'accord avec les communisateurs, ce ne sont pas des activités susceptibles en elles-mêmes de détruire les rapports sociaux capitalistes...

Pourquoi diantre ne faudrait-il pas y voir une positivité, une capacité présente des individus humains, prolétaires ou pas, de vivre sans le joug capitaliste et la loi de ses valeurs ? Une positivité sur laquelle seront produites d'autres valeurs ? Des valeurs communistes...


... et ceci, hier dans 4) quelles bases concrètes pour théoriser l'auto-organisation révolutionnaire ?

Citation :
Tristan Vacances - Mais vous affirmiez hier que « l'auto-organisation révolutionnaire est inhérente au mouvement du communisme réel, avant, pendant, et après la révolution ». Avant la révolution, il peut y avoir une conjoncture révolutionnaire ?

Patlotch : - celle-ci ne tomberait pas d'un ciel serein mais à la faveur d'une reprise de luttes ayant un contenu de rupture, qui ne manqueraient pas de poser la question de leur auto-organisation en des termes nouveaux produisant cette conjoncture. C'est ce que je tente de cerner

Tristan Vacances : - Forts des remarques de l'interlude précédent, la civilisation capitaliste est auto-organisée, le communisme auto-organise le changement de civilisation, que pouvons-nous dire d'un contenu révolutionnaire de l'auto-organisation avant la révolution ?

Patlotch : - j'affirmais aussi que l'auto-organisation révolutionnaire ne se posera concrètement que dans une conjoncture révolutionnaire, par conséquent le contenu de l'auto-organisation ne peut être révolutionnaire qu'une fois la révolution engagée, mais il est vrai que, de même que la conjoncture insurrectionnelle ne tombe pas d'un ciel serein, ce qui s'auto-organise positivement dans les activités de survie et de transformation des relations humaines ne s'invente pas ex-nihilo. Je ne suis pas le seul à le penser, et même d'éminents rupturistes, dans Communisation (2011) troploin


Dauvé&Nesic a écrit:
Transformer des pratiques communes déjà existantes

    Dans le passé, contrairement à l’histoire officielle qui longtemps a dénigré les siècles pré-bourgeois comme des temps d’ignorance et de misère, il a existé des formes de coopération, d’administration collective de terrains communaux, de répartition périodique plus ou moins égalitaire d’une partie des terres entre familles, ainsi que des habitudes d’autonomie locale, de débat et de prise de décision par le groupe villageois, dont certaines ont même persisté au 20e siècle, en Espagne notamment. Voyageant dans l’Indonésie à la fin du 20e siècle, Gabrielle Wittkop décrivait le gotong royong, « système de coopération (..) d’importance vitale », « entraide communautaire d’origine typiquement rurale », qui « entre en vigueur dès qu’il s’agit d’éteindre un incendie, d’engranger une récolte ou de réparer une digue. » Aujourd’hui, dans les zones secouées par un capitalisme sauvage ou émergent, en Amérique latine, en Afrique et en Asie, la résistance à la pénétration industrielle et marchande revivifie d’anciennes pratiques collectives : auto-organisation de quartier, solidarité rurale, association de lutte ouvrière, coopérative de production ou de consommation, école et hôpital populaires...

     Tout en témoignant de ce que serait « un autre monde possible », ces pratiques participent d’un bouleversement du monde qu’elles ne peuvent effectuer à elles seules. Il y a un siècle, le mirrusse n’avait ni la force - ni l’intention - de révolutionner la société, car la coopération et l’autonomie rurales dépendaient d’un système social et d’un ordre politique qui dépassaient le cadre villageois. De nos jours, des millions de coopératives ne feront jamais le poids face aux multinationales. Qui plus est, cet « autre monde » reste inimaginable dans une société individualiste où chacun tend à voir en son voisin un danger potentiel, sinon un ennemi. Le Couperet (The Axe, 1997) de D. Westlake imagine qu’après son licenciement, un technicien hautement qualifié repère et élimine l’un après l’autre ses quelques concurrents sur le marché du travail avant de réussir à être réembauché dans une autre entreprise. Fiction, certes, mais quand la propriété privée règne, solidarité et communauté restent fragiles et ne s’imposent pas sans luttes. Quoique la plupart des six milliards d’êtres humains ne possèdent pas grand-chose, et beaucoup seulement une force de travail à peine monnayable, chacun de nous tend à s’accrocher d’autant plus au peu dont il est propriétaire.

    Pour ne rappeler que deux exemples, la Kabylie et Oaxaca au Mexique ont illustré comment des assemblées et des liens collectifs pouvaient resurgir et servir de moyen de résistance. La communisation passera aussi par la revitalisation de formes anciennes de communauté, à condition qu’en ressuscitant elles retrouvent plus que ce qui a été perdu. Elle ne se modèlera pas sur ce qui, dans notre société, relève déjà de pratiques communes, sur l’existence ou la résurgence de biens détenus collectivement, ou dont l’usage est partagé, la terre par exemple : elle n’y trouvera un appui qu’en les transformant. C’est la portée finale de la lutte qui donne son contenu à une activité.

Patlotch : - on trouvait même cette idée chez Léon de Mattis dans sa controverse de Meeting avec Théorie Communiste, qui ne voulait y voir qu'immédiatisme. Sur ce coup, je me sentais plus proche de ses questions. Au demeurant, voici ce qu'il disait du lien autonomie-autoorganisation chez TC, rejoignant mon reproche de tautologisme et l'utilisation étroite du mot qu'il a reprise depuis (Léon de Mattis, 2014 : « la mesure communiste est une rupture avec l’auto-organisation ») :

Le sens des mots, Denis, 4 décembre 2005


Citation :
Dans ce texte, Roland s’enferme dans le syllogisme qu’il a construit. Ayant identifié l’auto-organisation à la forme dont l’autonomie serait le contenu, et l’autonomie, selon une vision héritée de la tradition d’ultra-gauche, à l’expression de l’être révolutionnaire de la classe, il ne lui reste plus qu’à ne voir dans l’autoorganisation rien d’autre que la forme de l’être révolutionnaire de la classe. Le problème, c’est qu’avant d’être un concept d’ultra-gauche, l’auto-organisation est une pratique des luttes actuelles : et que le sens de cette pratique ne s’épuise ni dans les interprétations d’Echanges, du Mouvement Communiste ou de l’OiseauTempête, ni dans la critique de ces interprétations proposée par Roland.

Comme critique des positions « autonomistes » et « auto-organisationnelles » de la vieille ultra-gauche, le texte de Roland est convaincant : il l’est beaucoup moins quand il adresse ces mêmes critiques à l’auto-organisation en elle-même, la rendant responsable du discours qu’on a tenu sur elle. Il y a là une confusion entre ce qui est et ce qui s’en dit.

L’auto-organisation n’est pas la « formalisation de ce que l’on est dans la société actuelle comme base de la société nouvelle à construire en tant que libération de ce que l’on est » car ce qu’on entend habituellement par auto-organisation actuellement n’est pas l’auto-organisation du prolétariat, mais l’auto-organisation de la lutte. Il ne s’agit donc pas d’auto-organiser « ce que l’on est » mais d’autoorganiser ce que l’on fait.

et j'ajoutais déjà à cette époque (5 décembre 2005) :

Patlotch a écrit:
Il y a peut-être à discerner dans les formes d’auto-organisation celles qui portent ou non un "discours idéologique sur l’autonomie". [...]

En conclusion, un intérêt pour le débat serait d’apporter des exemples concrets et d’y montrer si c’est le cas la différence entre formes d’autoorganisation annonçant ou non la communisation, et des aspects ou ’potentialités’ qui ouvriraient (au sens d’’annonce’) une perspective pour "la suite" de la révolution : des formes d’auto-organisation (des luttes) qui ne porteraient pas un contenu autonomiste (du prolétariat).

Cela dit, je n’ai pas de personnellement de religion sur le sujet, c’est-à-dire que je tiens cette remarque de Denis comme importante car susceptible de faire avancer le schmilblick...

Tristan Vacances : - le schmilblick a-t-il avancé depuis 12 ans ?

Patlotch : - à ma connaissance non, Denis en changeant de pseudo a plutôt régressé, et quoi qu'il en soit, mon commentaire était le dernier dans cette discussion, que je me sens autorisé à reprendre positivement

Tristan Vacances : - Comment l'expliquez-vous ?

Patlotch : - par l'enfermement sur lui-même du milieu radical et sa confrontation exclusive avec ceux qu'il critique à juste raison, les anarcho-autonomes chez qui l'auto-organisation est liée à l'objectif d'autonomie. C'était encore le cas avec les discussions sur les "cortèges de tête" dans le mouvement anti-loi travail l'an dernier. Ils se croient obligés de répondre à ce type de positions : L'autonomie, ou rien lundimatin#57, 18 avril 2016


Citation :
Nous sommes en train de vivre autre chose que nos survies misérables, de vivre, tout simplement. Nous sommes en train de construire, de nous construire, de nous auto-organiser, de nous insurger. Mais alors qu’un processus d’auto-organisation du quotidien des places semble pouvoir émerger, voilà qu’on nous propose encore de canaliser et de manipuler notre révolte de vivre au profit d’une politique « alternative » de l’impuissance, de transformer un torrent de vie en un canal administré « alternatif », de transformer une autonomie quotidienne des vivants en une machine électorale de conquête de l’administration des choses mortes, de l’économie. Notre pouvoir de vivre, de nous révolter et de nous auto-organiser quotidiennement, confisqué au profit d’une autre machine électorale qui, comme Syriza, ne pourra qu’administrer « alternativement » l’austérité capitaliste après confiscation des puissances d’agir d’un mouvement d’occupation de places.

Tristan Vacances : - Vous pensez que c'est inutile ?

Patlotch : - dans ces situations de luttes, non, mais dès lors qu'on connaît, et ici à l'avance, leurs limites, la réflexion communiste ne peut pas s'enfermer dans cette critique interminable d'individus qui se prennent pour "la classe". Il nous faut voir plus loin et prendre le large, même si en l'absence de luttes de rupture massives, cela reste abstrait

Tristan Vacances : - Vous ne voyez dans ces luttes autonomes aucune positivité communiste de l'auto-organisation avant la révolution ?

Patlotch : - là encore il faut discerner, l'auto-organisation sur une durée longue regarde la survie à froid, et pas seulement à chaud, quand chacun rentre chez son squat après la manif (de préférence nocturne pour les photos de voitures en feu). C'est un contexte d'affrontement dur et durable qui concerne massivement la population pauvre bien au-delà des émeutiers et du moment de l'émeute. Cf la Grèce, même aujourd'hui dans un contexte plutôt calme, il y a de l'auto-organisation pour relayer ce que l'État ne fait plus*, c'est un peu comme les paysans sud-américains contre l'extractivisme, les femmes en Inde contre le crime machiste structurel d'État, plus près de 'chez nous' les "quartiers populaires" ou plus loin les bidonvilles : je détesterais faire de la théorie communiste sur une planète à part**, idéologiquement française qui plus est

* cf Sur les assemblées de quartiers à Athènes Lumière, eau, téléphone, la lutte de classe dans les redevances quotidiennes :  luttes dans la reproduction sociale et le travail dans les quartiers d’Athènes, peter poor, Zografou (Athens), Juin 2015, quelques mois après la victoire de Tsipras/Syrisa

** voir Les bidonvilles forment-ils une planète à part ? Bruno Astarian, Hic Salta février 2010,
et quelques articles dans bidonvilles "auto-organisation" : Pérou, Lima, Villa El Salvador; Dakar; Calais...


Tristan Vacances : - Nous n'avons fait qu'effleuré le sujet...

Patlotch : - certes, mais d'autres auront toute la vie





Liberty now ? 12 octobre 1992, pigments et transfert sur toile 35 x 49 cm
Patlotch 'voilé-dévoilé' peintures 1992


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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: 3. AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, dépassement contre autonomie   Mer 16 Aoû - 12:54

15 août, complété

6) auto-organisation de masse : survie et résistance
mais la politique ? et l'autonomie ?

Tristan Vacances : - repartons d'extraits du commentaire précédent 5) auto-organisation et positivité du mouvement communiste avant... la révolution

Léon de Mattis a écrit:
2005 : ce qu’on entend habituellement par auto-organisation actuellement n’est pas l’auto-organisation du prolétariat, mais l’auto-organisation de la lutte. Il ne s’agit donc pas d’auto-organiser « ce que l’on est » mais d’autoorganiser ce que l’on fait.

Patlotch a écrit:
2005 : Il y a peut-être à discerner dans les formes d’auto-organisation celles qui portent ou non un "discours idéologique sur l’autonomie". [...] apporter des exemples concrets et y montrer si c’est le cas la différence entre formes d’autoorganisation annonçant ou non la communisation, et des aspects ou ’potentialités’ qui ouvriraient (au sens d’’annonce’) une perspective pour "la suite" de la révolution : des formes d’auto-organisation (des luttes) qui ne porteraient pas un contenu autonomiste (du prolétariat).

Patlotch a écrit:
hier : là encore il faut discerner, l'auto-organisation sur une durée longue regarde la survie à froid, et pas seulement à chaud, quand chacun rentre chez son squat après la manif (de préférence nocturne pour les photos de voitures en feu). C'est un contexte d'affrontement dur et durable qui concerne massivement la population pauvre bien au-delà des émeutiers et du moment de l'émeute. [...] il y a de l'auto-organisation pour relayer ce que l'État ne fait plus

de l'un à l'autre, vous êtes passé d'une auto-organisation de/dans la lutte à une auto-organisation que je qualifierais de survie et de résistance. Dans le même temps, vous avez mis en question les définitions confuses du prolétariat, entre : - ceux qui n'ont pour vivre que leur force de travail à vendre, - le salariat en général, - ceux qui sont exploités, la classe ouvrière; et le prolétariat défini comme sujet révolutionnaire, comme on le trouve chez les théoriciens de la communisation. Exemple, Bruno Astarian dans Les bidonvilles forment-ils une planète à part ?, Hic Salta février 2010

Bruno Astarian a écrit:
IV.1 Classe ouvrière et prolétariat

La question du bidonville donne ainsi l’occasion de revenir sur la question de la définition du prolétariat. Je pense que le seul intérêt d’une définition du prolétariat est de définir le sujet de la révolution communiste. Les autres points de vue, économiques ou sociologiques, utilisant des critères de revenus, de catégories socio-professionnelles, et encore plus de culture ou d’options politiques ne sont utiles que pour ceux, politiciens et publicitaires, qui sont à la recherche d’un public qu’il leur faut circonscrire pour savoir comment lui parler.

Du point de vue de la subjectivité révolutionnaire, le prolétariat est la classe de ceux qui sont sans réserve face aux capitalistes, et qui ne peuvent se reproduire qu’en vendant leur force de travail. Le prolétariat est la classe qui regroupe ceux qui sont contraints de s’insurger pour assurer leur reproduction immédiate quand le capital entre en crise et cesse d’acheter la force de travail. Ecrire cela, c’est aussitôt poser la question de ceux qui, précisément, ne travaillent pas. Les conjoints de prolétaires qui restent au foyer sont-ils des prolétaires ? Les chômeurs sont-ils des prolétaires ? Etc. La réponse est bien évidemment qu’ils le sont, car il faut considérer l’échange entre capital et travail comme un bloc. Un capitaliste achète une journée de travail à un bidonvillien et laisse vingt voisins en carafe. Cela fait-il un prolétaire et vingt exclus mis au rebut de l’humanité ? Non, car il faut prendre les choses au niveau du rapport des classes. Le capital dans son ensemble comporte une partie variable qui achète la totalité des sans-réserve, même ceux qui, peut-être, ne travailleront jamais. Dans cet ensemble, on trouve les travailleurs formels (ceux qui ont un contrat, une couverture maladie, retraite, etc..) et les travailleurs informels, les chômeurs formels (ceux qui bénéficient du welfare) et les chômeurs informels (ceux qui partagent la masse salariale globale sous une autre forme que l’assurance chômage – les solidarités familiales, le trafic, etc.), les travailleurs qui sont productifs de plus-value comme ceux qui sont improductifs.

Patlotch : - effectivement, ici, le "syllogisme du prolétariat" (Christian Charrier *) est clair, c'est le prolétariat qui va faire la révolution car, nous dit Astarian : « Du point de vue de la subjectivité révolutionnaire, le prolétariat est la classe de ceux qui sont sans réserve face aux capitalistes. Le prolétariat est la classe qui regroupe ceux qui sont contraints de s’insurger pour assurer leur reproduction immédiate quand le capital entre en crise et cesse d’acheter la force de travail. »

* Le syllogisme marxien du prolétariat, Christian Charrier, La Matérielle n°3, janvier 2003

non, je ne pense pas que définir les "sans réserve" puisse se faire « du point de vue de la subjectivité révolutionnaire », c'est une réalité objective : être dépourvu de tout n'a rien de subjectif, et ne conduit pas nécessairement à faire la révolution, ou en avoir envie

or il n'est point besoin d'être théoricien pour savoir qu'aujourd'hui, les "sans réserve" dépassent, et par le haut (couches moyennes), et par le bas (expulsés) le prolétariat ouvrier censé recouvrir tous ceux qui n'ont pour vivre que leur force de travail à vendre, une fois épuisées leurs ressources économisées. On dira pour s'arranger qu'ils sont prolétarisés. Ben, ça dépend... Cf les derniers commentaires de PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?

remarque en passant : je pense que la définition de Denis, « ce qu’on entend habituellement par auto-organisation actuellement, [c'est] l’auto-organisation de la lutte » est réductrice par rapport à la remarque de R.S (ici, 12 août) : « [au début des années 70] la thèse centrale selon laquelle la question de l’organisation est devenue obsolète et que seule demeure la question de l’ « organisation des tâches » », parce quand on dit "lutte" dans ces milieux, on pense surtout à l'affrontement direct en termes physiques, et moins à toutes les tâches qu'il y a autour et le conditionnent, se procurer de quoi vivre, faire la bouffe, s'occuper des enfants, etc. Vu l'habituelle répartition des tâches entre hommes et femmes, cela reste assez mâle, viril, comme définition de "la lutte"

mais vous avez raison, dans le même temps où je remettais en question ce flou de la définition du prolétariat classe révolutionnaire, j'ouvrais la question de l'auto-organisation des luttes à la survie, phénomène de masse impliquant bien plus largement que ceux qui poursuivent l'autonomie. C'est pourquoi j'ai donné des pistes variées dans les liens en bas du commentaire précédent. Ces deux questions sont évidemment liées, et invitent à sortir du débat confiné entre autonomes et communisateurs, devenu une impasse théorique, dans la mesure où il ne porte pas sur des activités de masse auto-organisées dans la crise, qu'elles soient de luttes ou de survie/résistance, avec ou sans discours politique, et moins encore autonomiste

corollaire, à moins de ne l'adresser qu'à des (ultra)gauchistes, je ne pense pas que la fonction essentielle de la théorie communiste, même en "période non-révolutionnaire", soit de « faire le tri [dans les luttes du prolétariat] et dissiper des illusions » (Astarian), rôle auquel se consacre aussi principalement Dauvé, et résultat visible des polémiques entre TC et les autonomes. Si les masses prolétariennes se font aujourd'hui des illusions, elles ne sont certainement pas autonomistes. Depuis des années que je plaide pour ouvrir, je ne suis pas mécontent qu'un sujet de plus de ce forum en offre une belle occasion



- Tristan Vacances : - Il me semble, cher Patlotch, que vous allez vite en besogne en considérant que l'auto-organisation de survie n'est pas autonomiste par le fait qu'elle « relaye ce que l'État ne fait plus ». Elle ne l'est peut-être pas comme objectif d'une autonomie à prétention révolutionnaire, mais elle l'est de fait, puisqu'elle crée une communauté en quelque sorte autonome

Patlotch : - je pense que massivement, ceux qui s'auto-organisent pour leur survie le font de façon contrainte, immédiate, sans théoriser un contenu de rupture et des robinsonnades autonomistes. Ils ne prétendent même pas le faire sans liens avec ce qu'il reste de leur existence dans le système capitaliste. En Grèce aujourd'hui, on a comme un compromis entre l'État de Syriza et ces formes de relais, qui l'arrangent plus qu'elles ne le mettent en cause

Tristan Vacances : - Mais alors en quoi porteraient-elles une annonce de dépassement ?

Patlotch : - en elles-mêmes, en rien puisqu'elles ne portent pas de rupture, mais en tant qu'activités, elles sont un auto-apprentissage de vie communautaire (non communautariste), qui annonce certaines de ce que Bernard Lyon (Théorie Communiste) appelle joliment la communauté révolutionnaire, avec des éléments comportant des caractères d'annonce de la communauté humaine au-delà du capital

Tristan Vacances : - Vers la "révolution à titre humain" de Temps Critiques ?

Patlotch : - si c'est une mauvaise plaisanterie, elle est drôle. Si vous êtes sérieux, sachez que ce concept me semble particulièrement creux, et tout aussi tautologique que la révolution à titre prolétarien. Il est bien évident que ce sont des êtres humains qui feront, ou pas, la révolution, mais dire que c'est en tant qu'humains dans une « tension entre individus et communauté » relève d'une régression théorique et méthodologique qui ne rencontre que le vide, celui de son abandon de la lutte de classe et de toute dialectique de dépassement, dans une charge systématique contre tout ce que Marx a pu écrire

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 3. AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, dépassement contre autonomie   Jeu 17 Aoû - 15:56


complété d'hier


interlude 3

vive l'auto-orgasmisation !
ou
la soupe aux grimaces militantes


Mad      Mad      Mad       affraid       Mad      Mad      Mad

florilège

parfois, l'impression vient qu'écrire un tract ou un article relève de la même méthode que pour faire un poème dadaïste : Découpez dans le journal les mots auto-organisation, peuple, démocratie, lutte, révolution, autonome... Mettez les dans un sac. Agitez doucement. Sortez ensuite chaque coupure l’une après l’autre. Copiez les consciencieusement dans l’ordre où elles ont quitté le sac. Le poème vous ressemblera... Ça c'est sûr ! Aucun risque que s'y hasarde le mot prolétariat, et celui de lutte de classe ne s'y mouille pas : les communisateurs et ultragauchistes rassemblés ont donc la voie libre

une version populiste de gauche

L’émergence du peuple-classe vers son auto-activité
Christian Delarue blog Médiapart 8 août 2017

Christian Delarue a écrit:


Certains marxistes évoquent "l’auto-activité du prolétariat" (au sens large du terme - pas que les ouvriers, les employés du public et du privé aussi, ainsi que les cadres avec des difficultés) mais sans toujours expliquer comment cette auto-activité s’installe dans la durée. Quel est le rôle de la couche sociale qui fonctionne comme avant-garde ? Comment pense-t-on le rôle des syndicalistes plus ou moins en extériorité (car permanent) de l’ensemble du monde du travail privé et public ? Quid des acteurs politiques ? Quelles conquêtes tout à la fois sociales et démocratiques ?

L'auto-organisation du peuple-classe est-elle réellement envisageable ? A quelles conditions ? [...]

Concernant le peuple conçu comme peuple d'en-bas large, comme peuple-classe : - Jean-Luc Mélenchon*, Chantal Mouffe... [...]

Populisme et peuple : aller vers une société socialiste de pluri-émancipation(s) [...]

Pour avancer vers des changements profonds, l’auto-organisation de la population et la pression populaire sur les gouvernements sont indispensables [lien vers le texte d'Éric Toussaint/CADTM donné plus bas] [...]

une version mélenchonienne

du leader maximo des Insoumis français, sur son blog L'ère du peuple, on peut lire le 24 juillet Pauvreté, mouvement, auto organisation. Le mot auto-organisation y vient deux fois :

J-L. Mélenchon a écrit:
Les pauvres forment un nouveau continent de pratiques, d’attentes, d’auto-organisation.

Il nous faut donc nous y construire comme une contre-société. Autrement dit : développer et organiser autant que nous le pouvons toutes les formes d’auto-organisation populaire destinée à remplacer l’État disparu, la municipalité défaillante, le service public absent et ainsi de suite.

une version abolitionniste... de la dette

Pour avancer vers des changements profonds, l’auto-organisation de la population
et la pression populaire sur les gouvernements sont indispensables


Eric Toussaint, Victor Lustres, CADTM, 4 août 2017
[il y a des lustres, un 4 août, on abolissait les privilèges...]

conseiller de Tsipras, Toussaint a du "radical" plein la bouche, pour :

Citation :
l’application de politiques radicales et désobéir aux accords et aux lois injustes, gagner les élections et surtout appliquer des politiques qui rompraient avec le capitalisme et les politiques néolibérales,  remunicipaliser les services publics,  développer des initiatives locales et solidaires, depuis les monnaies locales jusqu’aux coopératives de consommation ou de travail [...] suffisamment pour provoquer par contagion un changement réel dans la société. Il faut aussi un gouvernement prêt à prendre des mesures, à changer les lois, à changer la constitution, à résister aux accords internationaux [...] avancer vers une transition écologique [...] contrôler la production et la distribution de l’énergie. etc.

(je n'ai pas trouvé auto-organisation dans le texte)

une version néo-trotskiste

Une lecture de « Maintenant », du Comité invisible
Michel Kokoreff et Joëlle Le Marec, Contretemps, 3 août 2017

Citation :


En matière d’organisation précisément, Maintenant ne propose rien. Fin de non-recevoir aux déçus. Il n’empêche, la question de l’organisation est cruciale [amen]. Elle n’est pas seulement le Leviathan, elle est de savoir comment « discipliner l’événement », pour parler comme Badiou repris par Bertho dans Les enfants du chaos (la Découverte, 2016). Dit autrement, comment s’auto-organiser dans le respect de l’autonomie de chacun [sic] – plutôt que dans le phantasme totalisant de la « convergence des luttes » – avec un sens du commun, une perspective ? Sur le front des luttes et des actions, la recherche de ponts ou de passerelles, de lieux intermédiaires, d’un langage commun est une chose qui trouve sur internet, dans les réseaux et dans la rue de nombreux relais. A cet égard, comment s’organiser sur et par les réseaux sociaux est crucial [resic*], afin de rendre plus encore possible la circulation et le partage des événements, initiatives, actions, dans la recherche de latéralité, de vitesse, de preuves numériques, de façon plus rationnelle. Internet comme support d’intelligence et de résistance collectives, contre-média face aux empires médiatiques de masse. Il convient juste ne pas oublier cette question de l’organisation se pose très concrètement, comme lors de cette manif’ caniculaire du 19 juin Place de la Concorde, afin d’éviter la nasse pour se retrouver ailleurs, partir en cortège sauvage mais le faire savoir au bon moment. On n’a pas fini d’en discuter. [ça c'est vrai...]

* une version anarchiste américaine :
Développons les stratégies médiatiques de nos mouvements, Paris-Luttes Info, 16 août 2017

une autre (on ne s'en lasse pas)

Démocratie des luttes et auto-organisation
Révolution permanente, Courant Communiste Révolutionnaire du NPA, 14 mars 2016

Emmanuel Barot a écrit:
comment organiser concrètement cette auto-organisation ?


Maryse Tref et Emmanuel Barot sur le marché de Foix
il était une foi, d'un p'tit bonhomme de Foix...

Auto-organisation et esprit de la démocratie prolétarienne [esprit, es-tu là ?]
C’est de tels organismes d’auto-organisation que peut – à l’image du 1917 russe –, selon les évolutions de la situation, surgir le « double pouvoir » permettant seul de contester, progressivement, l’ensemble du système.

[...] la défense de l’auto-organisation et de ce qui est son cadre et son instrument principal, l’assemblée générale souveraine, donnant mandat à des élus révocables pour l’accomplissement concret de toutes les tâches requises de la lutte, est le principal héritage de cette démocratie réelle des luttes ouvrières [...]

La vraie radicalité, c’est réussir à mettre un maximum de gens dans les rues sur des perspectives capables de les mobiliser jusqu’à ce que l’ennemi capitule. [poil au cul]

une version pécéfienne

La lutte doit se radicaliser pour préparer la Révolution !
Pas de socialisme sans auto-organisation populaire
Jean-Paul Legrand, militant communiste Maire adjoint PCF de Creil, 3 juin 2008

J-P Legrand a écrit:


La situation appelle à travailler à l’auto-organisation populaire de la révolution qui peut connaître dans les prochains mois ses premières tentatives et dont la dimension ne sera pas seulement nationale mais aura des relations permanentes avec les mouvements populaires de toutes les nations en particulier avec ceux de l’Amérique Latine qui sont à ce jour les plus avancés en matière de développement démocratique. Pour le moment, il serait suicidaire pour les exploités de participer à des actions de révolte dépourvues de direction et d’organisation et qui seraient vite réprimées, la bourgeoisie étant prête à utiliser la violence armée pour écraser tout mouvement. Seule la démocratie permanente du mouvement populaire peut déjouer les pièges et la répression que la classe dominante utilise pour maintenir son hégémonie. [...]

A contrario l’éducation populaire à l’organisation démocratique autonome du peuple est une condition des succès à venir qui n’exclut pas des formes de luttes importantes pouvant revêtir un caractère non-violent comme les occupations d’entreprises, le blogage des transports, l’intervention des citoyens dans les assemblées élues et les conseils d’administration, la revendication d’une utilisation de l’argent pour les besoins populaires dans tous les lieux de décision, l’organisation d’assemblées générales de citoyens et de salariés partout où eux mêmes le décideront, assemblées qui seront souveraines dans la conduite des luttes.

L’unité du peuple et son auto-organisation révolutionnaire [merde, il m'a piqué mon concept !] et démocratique vont bousculer les vieilles idées et donner à la société ce qu’elle attend : la liberté de chaque individu de créer, d’être libéré de la course au fric, celle d’agir pour le bien commun et le progrès humain en mettant la productivité du travail au service de tous sans discrimination.

une version salmigondis incontournable

des dispositifs d'auto-organisation pour un processus d'émancipation
Philippe Corcuff, Avec Marx blog de Michel Peyret, rubrique Anarchisme, 25 juillet 2017
[pauvre Marx et pauvre Anarchisme !]

Philippe Corcuff a écrit:


Corcuff vu par Patlotch

L’émancipation est, de Kant à Bakounine et Marx, auto-émancipation. Certes, des minorités actives davantage mobilisées y jouent un rôle particulier. Cependant, une des leçons du XXe siècle, sous une forme « hard » avec le stalinisme ou plus « soft » avec le parlementarisme social-démocrate, est le risque de transformation de ces minorités actives en nouvelles « tutelles », abîmant de fait l’auto-émancipation dans l’oligarchie. Ce risque, on le trouve encore aujourd’hui dans la focalisation sur le contenu de l’alternative à proposer face au capitalisme néolibéral, avec une fétichisation du programme. Car on oublie ainsi que les dispositifs d’auto-organisation populaire et citoyenne sont, dès maintenant, des garanties plus solides pour un processus d’émancipation que la présence de telle mesure sur une feuille de papier [sauf les papiers à Corcuff]. Les tragédies et les échecs du mouvement ouvrier au XXe siècle nous ont appris qu’il était vain de porter une autre politique sans que cela prenne appui sur un autre rapport, plus démocratique et libertaire, à la politique...

Il faudrait plutôt être radical, au sens étymologique de reprendre les choses à la racine : partir des résistances et des alternatives localisées pour tenter patiemment de bâtir des convergences [pauvres racines]. Et donner une place aux paroles populaires (notamment parmi les ouvriers et les employés) plutôt que d’attribuer un quasi-monopole de la représentation du « peuple » aux couches moyennes, comme le plus souvent dans les organisations de la gauche radicale, la France insoumise comprise.

ce texte est publié par L'Humanité du même jour sous le titre Un autre rapport à la politique pour une gauche d’émancipation

une autre impression ressort de ce succès actuel du mot auto-organisation, son utilisation par des militants d'organisations politiques en lieu et place de démocratie, pas même radicale ni dans le sens ultragauchiste d'autonomie, pour faire oublier, ou pas, ou mal, qu'ils entendent rester à la manœuvre

que demande le peuple ?
je sais pas, mais ma lectorate veut rigoler en attendant la fin


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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: 3. AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, dépassement contre autonomie   Jeu 17 Aoû - 16:37


questions 2


- Tristan Vacances : - Puisque vous m'avez, cher Patlotch, confié et confiné dans le rôle de poil à gratter faire-valoir, je vous ferai remarquer que dans les citations de Mélenchon à Corcuff, on trouve des éléments de ce que vous appelez "l'auto-organisation de survie/résistance", des ingrédients qui participent selon vous de la "positivité du mouvement communiste" avant la conjoncture révolutionnaire.

- Patlotch : - ah bon, lesquels ?

Tristan Vacances : - de Mélenchon « développer et organiser autant que nous le pouvons toutes les formes d’auto-organisation populaire destinée à remplacer l’État disparu, la municipalité défaillante, le service public absent et ainsi de suite. » et vous dites qu'en Grèce « il y a de l'auto-organisation pour relayer ce que l'État ne fait plus. »

Patlotch : - vous mélenchez un peu, non ? Ceux qui le font en Grèce le font contraints, auto-organisés dans la démerde, certes avec des orgas aussi, alors que Mélenchon en fait un programme, dans un méli-mélo à la fois programmatiste, démocratiste, populiste et même autonomiste : « Il nous faut donc nous y construire comme une contre-société.» Mélenchon ramasse tout, même le gaullisme et le gauchisme... il est le leader maximomiste minimaliste

Tristan Vacances : - de Corcuff « partir des résistances et des alternatives localisées », et vous « Il y a auto-organisation à une échelle à la fois locale, située, et une connexion de ces activités révolutionnaires locales...»

Patlotch : - je vous arrête, vous êtes trop bon en rhétorique, pour établir des similitudes hors contexte l’État disparu (sic, Macron et sa police sont morts !)/ce que l'État ne fait plus, alternatives localisées/auto-organisation locale, complètement hors conjoncture de l'avant/pendant la révolution. Si vous persévérez à embrouillez ma lectorate, je vous vire auto-organisationnellement !

Tristan Vacances : -  confused

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 3. AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, dépassement contre autonomie   Ven 25 Aoû - 19:50


7. auto-organisation : les mots pour le dire

dans la controverse avec Théorie Communiste (TC) à propos d'autonomie et auto-organisation, j'ai shunté une réponse de Roland Simon : Intervention du SAV, R.S., 21 juillet 2005

mes remarques actuelles en bleu
R.S. a écrit:
Quelques commentaires sur les questions soulevées par Patlocht à propos de l’auto-organisation et de l’autonomie.

1)L’utilisation de ces deux termes

Les deux sont si liées que très souvent je ne fais pas de différence et je les emploie non l’un pour l’autre mais conjointement. L’auto-organisation pour simplifier c’est une forme, mais une forme qui ne va pas sans contenu, quelque fois, je parle à son propos du contenu comme forme, plagiant la distinction valeur / valeur d’échange. L’autonomie c’est le contenu recherché et la perspective vers la révolution, perspective nécessairement programmatique. [...]

j'ai discuté cet aspect

2) Le caractère strictement historique de l’auto-organisation / autonomie.


Je n’ai jamais aimé le transfert de concepts scientifiques dans le discours théorique si ce n’est comme clin d’œil à la limite de la plaisanterie.

il est vrai que ma référence à l'auto-organisation au sens de la complexité n'était pas à l'époque très étayée, mais livrée brute de décoffrage à la réflexion. Voir plus haut le 14 août si l'on peut toujours en parler comme d'une "plaisanterie". L'utilisation métaphorique des termes a toujours traversé les échanges entre théorie différentes, et l'exercice s'est souvent révélé fécond, avec justement des importations de concepts. Exemple entre thermodynamique et inconscient chez Freud, topologie chez Lacan, plus tard psychanalystes et mathématiciens du chaos. Peut-on jurer que Marx n'a emprunté aucun concept aux scientifiques de son temps ? Exemple sa lecture en 1860 de L’origine des espèces de Darwin : « c’est dans ce livre que se trouve le fondement historico-naturel de notre conception. » Lettre de Marx à Engels, 19 décembre 1860, Lettres sur les sciences de la nature (et d'autres sur les mathématiques). C'est justement dans les mathématiques qu'il trouve le concept de limite (source Les manuscrits mathématiques de Marx)

Dans le communisme, parler d’humanité qui s’auto-organise est si englobant que cela ne nous avance pas à grand chose, durant toute son histoire l’humanité n’a fait que s’organiser elle-même, que « s’auto-organiser » [circulez, ya rien à voir]. En outre, je pense qu’ « auto-organise » renvoie à un sujet qui a un moment donné se prend comme objet et se donne une forme adéquate à ce qu’il est, en un mot qui se fixe et se reproduit comme tel. Il y aurait quelque chose susceptible de se fixer dans une forme appelée à se reproduire parce qu’appelée à la (cette chose) reproduire. Prendre la peine de préciser que l’auto-organisation est constant processus comme le suggère la définition scientifique que tu cites ne nous sert à rien et pire introduit un sens (entre l’ordre et l’entropie) [c'est une vision très réductrice de l'auto-organisation dans la théorie de la complexité]

Enfin utiliser un tel terme nécessite de définir non seulement un sujet, mais un sujet général qui s’auto-organise : humanité ou société, etc. Donc on est à l’inverse du communisme qui est la négation de toute généralité [problème : TC en parle justement le plus souvent comme généralité]. Les individus singuliers ne s’auto-organisent pas en tant qu’individus singuliers, ce qui sous-entendrait quelque chose comme « la somme des individus singuliers ». Ils définissent toutes sortes de relations dans leur singularité, mais cette multiplicité de relations ne définit jamais quelque chose qui serait leur somme comme étant ce qui s’auto-organise. Si quelque chose s’auto-organise ce ne peut être que cela, cette « somme ».

sur ce dernier point je retiens l'objection, mais pas comme objection, puisque ma position est claire. 16. subjectivation communiste, de l'individu à la classe aller-retour, 16 août :

auto-subjectivation est un pléonasme si elle concerne l'individu, puisque par définition de la subjectivité, l'individu se subjective lui-même. S'il est subjectivisé par d'autres, il y a du souci à se faire pour son émancipation, son « libre développement ». Mais concernant la classe, la subjectivation (révolutionnaire) est produite par et dans l'auto-organisation (révolutionnaire) : font la révolution des individus non séparés, en tant que classe


Le problème de l’auto-organisation que ce soit pour en parler pour le communisme ou pour en parler maintenant comme activité plus ou moins révolutionnaire, c’est le « auto ». Pour le communisme le « auto » implique un sujet général [non]; pour maintenant que l’organisation est celle du sujet existant et défini dans les rapports de production capitaliste.

j'ai montré plus haut que dans l'approche scientifique, "auto" ne signifie pas toujours un retour à soi, donc qu'auto-organisation # autonomie

RS écrivait plus haut :


Maintenant, l’auto-organisation subsiste mais elle n’est plus le moment d’une dynamique révolutionnaire. Il pourrait même être souhaitable d’employer un autre terme pour désigner ce qu’il se passe dans cette « auto-organisation » actuelle. C’est une question.

1. auto-organisation ou pas, il n'y a pas actuellement de dynamique révolutionnaire. 2. Quant à utiliser un autre terme pour ce que j'appelle auto-organisation révolutionnaire, ou auto-organisation communiste,  je n'en vois pas la nécessité, puisque le terme a déjà des acceptions permettant cette ouverture

il est certes difficile de faire dialoguer des positions à 12 ans d'intervalle, mais si la mienne a évolué, ce n'était pas une raison pour me faire dire le contraire de ce que j'écrivais déjà, concernant le rapport entre individus et classe. TC n'a pas véritablement de théorie de l'auto-changement des individus. Tout est théorisé à un niveau macro pour « des individus immédiatement sociaux », formule qu'il discute mais ne dépasse pas. Moi oui : L'INDIVIDU au-delà de L'INDIVIDUALISME => "Je est des autres" : COMMUNISATION

quoi qu'il en soit, ce sujet a pour but d'actualiser un débat, qui n'est pas qu'avec Théorie Communiste, dont j'ignore au demeurant s'il a changé d'avis sur cette question, ne serait-ce qu'au niveau terminologique. Pourquoi adopter un autre mot que celui auquel R.S. a donné un sens univoque, « s’enfermant dans le syllogisme qu’il a construit ? » (Denis) ? La novlangue ne changera pas ce que la chose a de continuités et de ruptures. TC admet bien que "révolution" et même "communisme" n'ont plus le même sens qu'aux 19e et 20e siècles dans le programmatisme. La langue et le langage évoluent, la définition des concepts aussi, l'auto-organisation pourquoi pas ?

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 3. AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, dépassement contre autonomie   Dim 27 Aoû - 0:39


8. quel problème de "l'auto" depuis Marx ?

l'auto-changement comme praxis révolutionnaire

alors que nous cernions en ouverture 1) l'auto-organisation, un problème dès l'origine chez Marx, dans le rapport entre organisation et organisations du mouvement ouvrier, nous y revenons après cette "discussion" à propos de cette remarque de RS en 2005 :

RS a écrit:
Le problème de l’auto-organisation que ce soit pour en parler pour le communisme ou pour en parler maintenant comme activité plus ou moins révolutionnaire, c’est le « auto ».

pour Marx, l'auto-changement est la coïncidence du changement des circonstances et de l'activité humaine, considérée en tant que praxis révolutionnaire

Thèses sur Feuerbach 1845
Marx a écrit:
Das Zusammenfallen des Ändern[s] der Umstände und der menschlichen Tätigkeit oder Selbstveränderung kann nur als revolutionäre Praxis gefaßt und rationell verstanden werden.

à cette transcription classique :
La coïncidence du changement des circonstances et de l'activité humaine ou auto-changement ne peut être considérée et comprise rationnellement qu'en tant que pratique (praxis) révolutionnaire.

je préfère une traduction littérale :
La coïncidence du changement des circonstances et de l'activité humaine ou auto-changement ne peut être considérée qu'en tant que praxis révolutionnaire et ne peut être comprise que rationnellement.

si activité humaine/praxis révolutionnaire n'appellent pas l'idée d'organisation, auto-changement convoque bien "auto". Portant sur les circonstances et l'activité humaine, l'auto-changement n'est pas a priori celui d'un sujet, c'est l'activité humaine qui change les circonstances en même temps qu'elle s'auto-change

dans cette compréhension, on retrouve deux idées :

- l'auto-organisation comme « auto-organisation de la lutte », « organisation des tâches », bref, l'auto-organisation de l'activité (d'un sujet) révolutionnaire

- les activités communistes sont le sujet révolutionnaire par excellence (cf ici 16 octobre 2016 : des activités communistes dans les luttes et la théorie, la subjectivation révolutionnaire et la poétique de l'œuvre-sujet)

il va sans dire que si « l'essence humaine [...] dans sa réalité, est l'ensemble des rapports sociaux » (Thèse 6), l'activité humaine est rapport, et ici clairement rapport de lutte, dans laquelle il faut être deux, et non pas sujet autonome


dans Le Manifeste, "le mouvement autonome du prolétariat"
entre spontanéité, indépendance, et auto-conscience

Citation :
Die proletarische Bewegung ist die selbständige Bewegung der ungeheuren Mehrzahl im Interesse der ungeheuren Mehrzahl.

Le mouvement prolétarien est le mouvement spontané de l'immense majorité au profit de l'immense majorité.

traduction marxist.org, identique ici à celle de Laura Lafargue en 1897 et Charles Andler en 1901

c'est une erreur manifeste de traduction : selbständig (contraction de selbst­stän­dig, qui a lieu par soi-même) veut plutôt dire indépendant ou autonome, alors que spontané correspond à selbsttätig, littéralement autoactif. En 1893, Laura Lafargue retenait pourtant "autonome", si j'en crois sa mise en ligne par l'UCAQ. Un ami me confirme que Rubel a bien retenu "mouvement autonome" pour la traduction de La Pleïade

la traduction anglaise, de Andler aidé par Engels en 1888, est plus précise, sans idée de spontanéité mais ajoutant l'auto-conscience :

The proletarian movement is the self-conscious, independent movement of the immense majority, in the interest of the immense majority.

quand Marx écrit en 1864 pour La première Internationale (AIT) :
Citation :
l'émancipation des travailleurs sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes

on n'y trouve pas, strictement, l'idée d'autonomie, mais bien celle d'œuvre-sujet : c'est l'œuvre (des travailleurs) comme activité qui produit l'émancipation. Difficile de ne pas y voir une conception de l'auto-organisation sans retour à soi du sujet : si Marx est le théoricien inventeur du programmatisme, il n'est pas celui de l'autonomie ouvrière

l'apparition tardive du terme auto-organisation
dans les années 1970

Roland Simon (RS), 21 juillet 2005
Citation :
Pour moi, les termes d’auto-organisation et d’autonomie sont strictement liés à une période historique, celle qui va de 1905/1917 au début des années 1970. La période de la décomposition du programmatisme (décomposition ne renvoyant pas à une simple dégénérescence mais à une structure particulière de la lutte des classes). Avant on peut dire « l’émancipation des travailleurs sera l’oeuvre des travailleurs eux-mêmes », on dit alors que le prolétariat doit s’organiser pour lui-même en un mouvement ouvrier. On a pas besoin de rajouter « auto ». Si à partir du début du siècle précédent on ajoute « auto » c’est qu’il faut précisément se distinguer de l’organisation du mouvement ouvrier

en toute rigueur, il fallait écrire : en tant que visant l'autonomie, l'auto-organisation est strictement liée à une période historique de la lutte de classe ouvrière :
- comme forme d'organisation, elle existait avant, dans les luttes du 19e siècle (La Commune...) et elle existe après 1970 (Italie...). On a vue qu'elle a même aujourd'hui un beau succès avec divers contenus politiques, y compris par définition l'autonomie chez les anarcho-autonomes
- quant aux premières utilisations historiques du terme auto-organisation dans le vocabulaire des luttes, je cherche encore*, mais je doute qu'elle existe avant les années 70, auquel cas il y aurait quelque chose d'anachronique et même faux de considérer les termes d’auto-organisation et d’autonomie strictement liés à une période historique (1905-1970) dans laquelle les luttes n'utilisaient pas l'un des termes, apparu massivement après...

à propos de 1968, des comités aux AG, nombre de textes parlent rétrospectivement d'auto-organisation, mais je n'en ai pas trouvé de l'époque (tracts, affiches...) utilisant le terme

si le principe de l'auto-organisation remonte à l'ultragauche conseilliste (Gorter...Pannekoek), je n'ai trouvé le terme "self organisation" que dans une interview de Paul Mattick en 1975 :


Citation :
la question de savoir si l’idée des conseils telle qu’elle est exprimée par Pannekoek peut ou ne peut pas être comprise et reprise par les travailleurs d’aujourd’hui est assez étrange, parce que l’idée des conseils sous-entend rien de plus, mais rien de moins, que l’auto-organisation des travailleurs (self organisation of the workers), chaque fois que celle-ci devient une nécessité inévitable de la lutte pour des buts immédiats ou à plus long terme et qui ne peuvent plus être atteints par le biais des organisations traditionnelles, syndicats et partis politiques, ou, pour être plus exact, auxquels celles-ci s’opposent.

Interview with J.J. Lebel 1975

dans L'organisation des conseils en 1949, Pannekoek n'utilise pas le terme, mais celui d'auto-gouvernement :
Pannekoek a écrit:
Les conseils ouvriers sont la forme d’auto-gouvernement qui remplacera, dans les temps à venir, les formes de gouvernement de l’ancien monde. Bien entendu, pas pour toujours ; aucune de ces formes n’est éternelle. Quand la vie et le travail en communauté constituent une façon d’être normale, quand l’humanité contrôle entièrement sa propre vie, la nécessité fait place à la liberté et les règles strictes de justice établies auparavant se résolvent en un comportement spontané. Les conseils ouvriers sont la forme d’organisation de la période de transition pendant laquelle la classe ouvrière lutte pour le pouvoir, détruit le capitalisme et organise la production sociale. Pour connaître leur véritable caractère, il sera utile de les comparer aux formes existantes d’organisation et de gouvernement, que la coutume présente à l’esprit public comme allant de soi.

dans Préliminaires sur les conseils et l’organisation conseilliste par René Riesel, pour l'Internationale situationniste n°12 en septembre 1969, il est question d'organisation conseilliste, d'autonomie et de démocratie interne, mais pas d'auto-organisation, terme qui à ma connaissance est absent du vocabulaire situationniste, et de celui d'ICO (Information et correspondances ouvrières), Henri Simon ne l'utilisant je pense que rétrospectivement, par exemple à propos des désaccords entre Castoriadis (Socialisme ou Barbarie) et Pannekoek en 1953-1954 :

« Vous avez dit « ultra gauche » ? Interview d’Henri Simon dans les numéros de mars et d’avril 2009 de l’Emancipation syndicale et pédagogique
Henri Simon a écrit:
Castoriadis soutenait alors l’idée qu’il fallait à toute force créer une organisation structurée sur le modèle des partis ouvriers ou des syndicats classiques, pour faire pièce aux tentatives de mainmise et de prise de contrôle des mouvements de luttes de la part de ces organisations traditionnelles.
Pannekoek voyait dans cette démarche une contradiction évidente, et considérait que, tant que les salariés n’étaient pas capables de construire et d’organiser l’ensemble du processus de leur lutte par eux-mêmes, toutes les tentatives d’organiser les luttes par en haut de la part de quelque avant-garde que ce soit, faisaient le lit des oppressions bureaucratiques futures. Il était, pour sa part, convaincu que les capacités d’auto-organisation et d’émancipation du prolétariat ne se décrètent par personne, et sont largement conditionnées par les conditions matérielles de leur existence comme par celles de leurs luttes.

dans les années 90, toujours lié à l'autonomie ouvrière et à l'autogestion
Una vision de la Coordinadora de Colectivos de Lucha Autonoma, 1990-1997, Gonzalo Wilhelmi, ed. Traficantes de Suenos, p.121, in débats sur l'auto-organisation Infokiosques 1999-2003
Citation :
Ce qui est fondamental dans le mouvement autonome, et ce qui rompt avec la tradition de la gauche, c’est qu’il ne prétend posséder aucune vérité, et que non seulement il tolère, mais il favorise la divergence. Ainsi, nous n’avons aucune hésitation à signer nos affiches avec le A cerclé, la faucille et le marteau, et l’étoile. (...) Nous n’aspirons pas à une organisation où tout le monde pense pareil, mais à l’extension de l’auto-organisation et de l’autogestion. Nous pensons que les problèmes quotidiens des gens sont le fruit de rapports sociaux que nous impose le système. Nous voulons développer une critique du système à partir de nos batailles quotidiennes. La révolution commence par soi-même. Nous devons commencer par transformer nos rapports personnels et notre environnement le plus proche. La révolution se fait jour après jour.

Arrow

ajout du 29 août

dans les Archives de l'autonomie, Fragments d’Histoire de la gauche radicale, sur des centaines de textes d'avant 1970, très rares occurrences d'auto-organisation. Je n'ai trouvé que celle-ci, de 1946 :
Quelques points sur l’époque actuelle et sur la révolution prolétarienne {Bulletin d’études révolutionnaires} n°2 - Juin 1946
Citation :
III 11e a) l’échelle : l’action spontanée des masses ouvrières dans des secteurs ouvriers concentrés ;
b) les objectifs : l’orientation de cette action vers la destruction de certains pouvoirs et organismes de la bourgeoisie, non seulement dans les entreprises, mais dans l’ensemble de la société : officiers, police, administrations municipales ou supérieures, etc.
c) le mode d’action : la violence de cette action, en rupture avec les "voies légales" de l’Etat bourgeois et tendant, plus ou moins nettement à l’armement du prolétariat et à son auto-organisation militaire (milices) ;
d) le mode d’organisation : l’auto-organisation politique des ouvriers qui se donnent une direction politique sur la base des lieux de travail et de combat.

dans La gestion ouvrière, Paul Mattick, 1967, l'emploi du mot est déjà rétrospectif :
Citation :
Il en fut de même dans d’autres pays [que l'Allemagne de la République de Weimar] — en Italie, en Hongrie, en Espagne, par exemple, où les aspirations révolutionnaires des masses laborieuses prirent corps dans la formation de conseils ouvriers. Dès lors, il tombe sous le sens que l’auto-organisation des travailleurs ne garantit en rien le prolétariat contre des politiques et des actions opposées à ses intérêts de classe et que, le cas échéant, les conseils ouvriers sont supplantés par les autorités d’hier ou par de nouvelles, qui reprennent eh main la classe ouvrière en se servant de méthodes traditionnelles ou inédites.

Philippe Bourinet, auteur en 1999 de La Gauche Communiste Germano-Hollandaise des origines à 1968, est tout sauf un théoricien, mais son travail de documentaliste est sérieux. Dans son long texte de 2007 LES CONSEILS OUVRIERS dans la théorie de la gauche communiste germano-hollandaise, le mot auto-organisation n'apparaît pas dans ses nombreuses citations, et une seule fois sous sa plume, dans une utilisation rétrospective :
Citation :
Pannekoek soulignait un fait majeur : la capacité d’auto-organisation du prolétariat luttant massivement par des moyens extraparlementaires

dans Histoire critique de l'ultragauche, Roland Simon 2009, pas trace du terme auto-organisation dans les textes cités d'avant les années 1970, ce qui n'empêche la quatrième de couverture de l'utiliser :
Citation :
[pour l'ultragauche] tout est suspendu à une mystique de l'autonomie (comme contenu de la révolution) /auto-organisation (comme forme) ou du Parti, qui doit être la révélation de l'être véritablement révolutionnaire du prolétariat, faisant exploser son existence de classe.

en vérité, ce qui se démontre, c'est le contraire de ce qu'affirme l'historien (!) Roland Simon : les termes autonomies et auto-organisation ne sont liés qu'à partir du début des années 70, et auto-organisation appartient désormais à la vulgate rétrospective concernant les Conseils ouvriers et 1968 (même Krivine l'utilise pour parler de 68)

Shocked

par contre j'ai trouvé cette source cocasse de 1935 : « le peuple russe penche naturellement vers un régime d'auto-organisation.» Pierre Pascal, L'âme russe pendant la révolution, in Le Monde slave. On comprend qu'il ait pu ensuite avoir trop d'État et des états d'âme...

Arrow

en résumé, pour moi, on ne peut pas évacuer l'auto au nom de l'autonomie et/ou de l'auto-organisation, car il demeure, entier, avec Marx et au-delà de toute périodisation historique, le problème de l'auto-changement comme praxis révolutionnaire

complément sur les multiples significations de "auto" : Auto-organisation, auto-régulation, auto-activation, auto-rythmicité, auto-mouvement, auto-structuration, ou la dialectique de la dynamique

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 3. AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, dépassement contre autonomie   Lun 28 Aoû - 1:41


9. critique de conceptions actuelles de l'auto-organisation

jusque-là, j'ai réglé la question du rapport entre autonomie et auto-organisation, finalement ancienne en tant qu'elle n'intéresse plus des masses, et même si elle fait encore de la mousse, pierre qui roule...

je n'ai fait que recenser et moquer, le 17 août dans interlude 3 : vive l'auto-orgasmisation ! ou la soupe aux grimaces militantes, quelques usages de l'auto-organisation par des partis et groupes qui en détournent le sens jusqu'à l'oxymore, tel récemment Jean-Luc Mélenchon, et je ne vois personne plus mal placé que lui pour se réclamer, au sens de la pub, de l'auto-organisation serait-elle citoyenne :


Citation :
À travers tous nos débats, sur l'écologie, la démocratie, le travail, l'auto-organisation citoyenne, il y a la volonté d'incarner une contre-culture, une nouvelle société. [...] Inéluctablement, le moment viendra pour nous de gouverner. Le Point d'hier À Marseille, les insoumis préparent leur rentrée

À mon appel, à celui des Insoumises et des Insoumis qui sont là, le 23 septembre prochain, il faut que le peuple déferle à Paris contre le coup d'État social, antidémocratique qui s'organise contre lui. [...] Pas de bla-bla, du combat ! L'Express.fr aujourd'hui

il importe pourtant de les critiquer parce qu'elles sont actuelles et que le phénomène a quelque chose de massivement idéologique

une auto-organisation à base d'identités ?

ainsi n'ai-je pas encore épinglé dans ce sujet la conception de l'auto-organisation qu'ont les groupes et partis décoloniaux, des Indigènes de la République (PIR) au FUIQP (Saïd Bouamama, João Gabriell...). C'est pourtant, paradoxalement vu leurs positions politiques plutôt démocrates radicales, ce qui se rapproche le plus d'une vision autonomiste, et organisée en parti, de l'auto-organisation

il n'est pas question pour moi de remettre en cause la nécessité de la non-mixité, que ce soit pour les luttes des femmes ou des so called "racisés". Je n'ai à cet égard aucun état d'âme quant à la légitimité d'organiser un camp décolonial ou un festival afroféministe[i] réservé à qui de droit, y compris au nom d'une[i] identité de lutte, tout dépendant de sa visée

le problème de fond que rencontrent les positions militantes décoloniales en France, c'est qu'elles n'ont pas encore dépassé dans leur expression le stade de l'affirmation identitaire, même si c'est vaguement au nom d'une visée universelle, ou pluriverselle comme disent les théoriciens décoloniaux. C'est sans doute pourquoi le chantre de la Négritude, Aimé Césaire, y est si souvent convoqué, nonobstant ses limites que cernait déjà Frantz Fanon

en juin 2014 dans, je posais ainsi le problème dans abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus


Patlotch a écrit:
Trois moments pour produire le dépassement des identités construites par le capital

Le mouvement de « dépassement produit » de la classe, du genre et d'autres identités construites dans le capitalisme, est dans son principe comparable, en trois temps historiques, ou trois phases de luttes (ce n'est que schématique, pas nécessairement chronologique, mais sur des rythmes temporels croisés) :

- se reconnaître comme victime (esclave, prolo, femme, 'noir' 'juif', 'arabe', 'racisé.e', etc.)
- se battre sur la base de cette identité pour acquérir un pouvoir contre les maîtres dominants, comme ouvrier exploité (programmatisme), comme femme (féminisme égalitaire), comme 'noir' (Harlem Renaissance années 20, Négritude années 30-50, Nationalisme noir et décolonisation années 60, Black Panter etc.). Cela continue, exemple le PIR en France organisant en parti les 'Indigènes de la République'
- dépasser la lutte sur cette base identitaire pour se reconnaître un intérêt commun, disons de classe, comme particularités dans le prolétariat (prolétariat exploité/racisé/assigné au genre, à la nation...)

Ces trois moments existent et sont nécessaires, inévitables. Mon avis est qu'il faut les prendre en compte pour ce qu'ils sont, des contradictions. Avec un côté négatif, la segmentation, les luttes internes au prolétariat. Avec un côté positif, c'est sur cette base 'identitaire', parfois communautaire, qu'ils affrontent le capital parce que leurs identités sont construites par le capital. C'est ce qui nécessite un moment transitoire d'auto-organisation, d'organisation autonome sur cette base, aussi bien pour les femmes que pour les 'non-blancs' en France par exemple, comme cela s'est produit aux Etats-Unis, en Amérique latine...

remarque : ce n'est qu'en 2015 que je forge le concept d'identité de lutte

cette question se redouble, par exemple au FUIQP, d'une conception de l'auto-organisation qui est pratiquement un retour au parti léniniste ou trotskiste concernant le parcours de son leader charismatique, Saïd Bouamama. Voici ce que j'en écrivais le 2 novembre 2015 dans le sujet consacré au FUIQP :

Citation :
La nécessaire politisation de l’antiracisme bouamamas 30 octobre 2015, Contribution au futur livre d’ATTAC sur l’antiracisme, avec cette chute :

Saïd Bouamama a écrit:
L’antiracisme « fraternaliste » pour reprendre une expression d’Aimé Césaire ne nous sera d’aucune utilité non plus. Il débouche sur une euphémisation des enjeux et sur un rapport paternaliste à l’égard des victimes du racisme qui est désormais refusé par les premiers concernés. Seule l’auto-organisation des premiers concernés c’est-à-dire des personnes racisées dans le cadre d’une alliance égalitaire avec les forces sociales et politiques progressiste est susceptible de permettre une reprise de l’offensive. Enfin l’antiracisme général ne désignant pas les cibles et visages contemporains du racisme (islamophobie, négrophobie et Rromophobie) est également condamné à l’échec.

car on l'aura compris, si je pense que « Seule l’auto-organisation des premiers concernés c’est-à-dire des personnes racisées » s'impose, c'est « dans le cadre » d'une alliance de classe « susceptible de permettre une reprise de l’offensive » et non « d’une alliance égalitaire avec les forces sociales et politiques progressiste »

autrement dit, j'ai été bien optimiste en considérant que la démarche du Front Uni des lmmigrations et des Quartiers populaires (FUIQP), dont Saïd Bouamama, ex-trotskiste, est un des leaders et animateurs conséquents, serait de son point de vue du moins très différente de celle du PIR souhaitant en tant que Parti politique fédérer ces mouvements auto-organisés, [ajout : tout en cherchant l'alliance avec une gauche radicale politiquement demandeuse]

à cet égard, et plus encore à une semaine d'élections nationales, la petite phrase d'Houria Bouteldja dès la fin de la Marche de la dignité sonne déjà comme un appel à canaliser l'expression des "immigrations" et des "quartiers populaires" vers les urnes, ce qui n'est pas sans contradiction avec ce sur quoi d'autres insistent au MAFED, dans la tribune de Libération rapportée plus haut


MAFED a écrit:
En 1956, Aimé Césaire publiait une lettre dans laquelle il écrivait à propos du « fraternalisme » des communistes français :
Aimé Césaire a écrit:
Car il s’agit bel et bien d’un frère, d’un grand frère qui, imbu de sa supériorité et sûr de son expérience, vous prend la main (d’une main hélas ! parfois rude) pour vous conduire sur la route où il sait se trouver la Raison et le Progrès. Or, c’est très exactement ce dont nous ne voulons pas. Ce dont nous ne voulons plus, et il ajoutait ce n’est pas volonté de se battre seul et dédain de toute alliance. C’est volonté de ne pas confondre alliance et subordination.

Pour nous, cette critique s’applique à toute la gauche française, et elle est toujours d’actualité. C’est encore trop souvent une subordination qui nous est proposée. On nous fait miroiter un futur au prix d’un renoncement à nous-mêmes. Or, nous entendons désormais déclarer notre indépendance, et renouer avec notre histoire et nos droits pour forger notre avenir en toute souveraineté.

le ver politique est dans le fruit de l'auto-organisation, et cela ne doit pas nous tromper

il n'est donc pas étonnant de voir aujourd'hui tous ces gentils auto-organisateurs se rassembler pour la grand-messe œcuméniste du Penser l’émancipation IVe colloque international (programme) 13–16 septembre 2017, Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis

dans cette cuisine entre auberge espagnole et illusions démocratiques (21 août), je sens une tentative de rapprocher davantage encore des théoriciens la plupart universitaires dont nombre de post-trotskistes auteurs pour la revue Période, avec des leaders d'opinions des mouvements de luttes féministes (Morgane Merteuil, proche du NPA mais votant Mélenchon,...), militants décoloniaux (Norman Ajari, PIR, Bouamama...), voire de la mouvance autonome anti-flics (Antonin Bernanos), j'en passe et pas meilleurs. Alors que l'alternative mondialiste bat de l'aile depuis la crise de 2008, il s'agit pour eux de faire revivre le démocratisme radical avec et au-delà du populisme, en l'adaptant aux évolutions semble-t-il plus politiques (et politiciennes) qu'économiques : jusqu'où est-ce tenable ?

pour revenir aux militants décoloniaux, la critique en est délicate, car il ne s'agit pas de dénoncer leur activité aujourd'hui nécessaire dans la double crise de l'Occident et du capitalisme. Difficile, car cette critique doit porter doublement sur leur incompréhension fréquente de la pensée décoloniale, surtout quand elle se marie avec le marxisme (cf Vers un MARXISME DÉCOLONIAL), et sur leur positionnement politique

comme introduction à la pensée décoloniale, je conseille l'interview de Ramón Grosfoguel par Claude Bourguignon Rougier, en août 2015, en retenant la nécessité de la critique interne, qui devient vite publique :


Ramón Grosfoguel a écrit:
Et si jamais dans le cours de tes recherches tu trouvais quelque chose qui remet en question telle ou telle prise de position d’un mouvement social ? Que faut-il faire ? Eh bien, consulter les militants, leur faire état de ta critique. Le débat est toujours important à l’intérieur des mouvements. Ce que nous ne ferons en aucun cas, c’est de les dénoncer publiquement et déjuger parce qu’ils ont commis une erreur dans leurs analyses.

je n'ai aucune intention de "consulter les militants" pour m'exprimer librement, puisque l'ayant fait, ils m'ont traité comme un empêcheur de propagander en rond; mais on ne peut faire la critique des mouvements décoloniaux au seul prétexte de leurs positions politiques, et moins encore quand on n'est pas soi-même vacciné de l'eurocentrisme actuel, ce racisme réel. Me tenir debout sur ce fil explique sans doute pourquoi il m'est devenu impossible d'échanger avec les uns et les autres. Alors que je me trouve, en cet été venu, moins dépourvu que personne, sans doute mon travail de fourmi est-il mal auto-organisé, pour faire le pont...


Auto-organisation chez les fourmis

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 3. AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, dépassement contre autonomie   Lun 28 Aoû - 17:32


un problème d'éditeur m'empêche de reprendre pour les compléter mes considérations sur la présence ou l'absence du terme auto-organisation (self organization) dans la littérature du communisme des conseils, et son apparition tardive, dans les années 1970. Toutefois, Castoriadis l'utilise dès 1957, et peut-être avant, mais dans un sens différent de l'auto-organisation de la lutte, qui comporte l'autonomie de la production (autogestion managériale), puis plus tard l'auto-institution (1975) de la société autonome (2001)

j'enchaîne sur la critique des communs avec Dardot et Laval héritant de Castoriadis, et de l'auto-organisation prétendue communisatrice de la ZAD


10. Castoriadis et l'auto-organisation
un management autonome de la production, de l'administration, et de la société

de Castoriadis au(x) commun(s)
et
des communs à la "communisation" comme mode de vie auto-organisé
dans le capitalisme : la ZAD

la revue Échanges et mouvement avait publié l'intégralité de la correspondance entre Pannekoek et Castoriadis en 1953-54 (PDF), avec des commentaires d'Henri Simon. On la trouve aussi sur mondialisme.org en 2007

je n'ai pas trouvé le terme auto-organisation dans ces textes. Par contre, il figure bien sous la plume de Castoriadis en 1957, dans Sur le contenu du socialisme. Dans le sous chapitre La racine de la crise du capitalisme, on peut lire (je souligne) :


Citation :
L’organisation capitaliste de la vie sociale — et nous parlons aussi bien du capitalisme privé de l’Ouest que du capitalisme bureaucratique de l’Est — crée une crise perpétuellement renouvelée dans toutes les sphères de l’activité humaine. Cette crise apparaît avec la plus grande intensité dans le domaine de la production : la production, l’atelier de l’usine —non pas l’ « économie » et le « marché ». Mais la situation, quant à l’essentiel, est la même dans tous les domaines — qu’il s’agisse de la famille, de l’éducation, de la politique, des rapports internationaux ou de la culture. Partout, la structure capitaliste consiste à organiser la vie des hommes du dehors, en l’absence des intéressés et à l’encontre de leurs tendances et de leurs intérêts. Ce n’est là qu’une autre manière de dire que la société capitaliste est divisée entre une mince couche de dirigeants, qui ont pour fonction de décider de la vie de tout le monde, et la grande majorité des hommes, réduits à exécuter les décisions des dirigeants et, de ce fait, à subir leur propre vie comme quelque chose d’étranger à eux-mêmes.

Cette organisation est profondément irrationnelle et contradictoire, et le renouvellement perpétuel de ses crises. sous une forme ou une autre, est absolument inévitable. Il est profondément irrationnel de prétendre organiser les hommes, qu’il s’agisse de production ou de vie politique, comme s’ils étaient des objets, en ignorant délibérément ce qu’eux-mêmes pensent et veulent quant à leur propre organisation. Dans les faits, le capitalisme est obligé de s’appuyer sur la faculté d’auto-organisation des groupes humains, sur la créativité individuelle et collective des producteurs, sans laquelle il ne pourrait pas subsister un jour. Mais toute son organisation officielle à la fois ignore et essaie de supprimer le plus possible ces facultés d’auto-organisation et de création. Il n’en résulte pas seulement un gaspillage immense. un énorme manque à gagner ; le système suscite obligatoirement la réaction, la lutte de ceux à qui il prétend s’imposer. Longtemps avant qu’il ne soit question de révolution ou de conscience politique, ceux-ci n’acceptent pas, dans la vie quotidienne de l’usine, d’être traités en objets. L’organisation capitaliste ne peut pas se faire seulement en l’absence des intéressés, elle est obligée en même temps de se faire à l’encontre des intéressés. Son résultat n’est pas seulement le gaspillage, c’est le conflit perpétuel.

je n'ai trouvé ce qui suit qu'en anglais (ici) :

The Principles of Socialist Society
Citation :
Socialist society implies people's self-organization of every aspect of their social activities. The instauration of socialism therefore entails the immediate abolition of the fundamental division of society into a class of directors and a class of executants.

The content of the socialist reorganization of society is first of all workers' management of production. The working class has repeatedly staked its claim to such management and struggled to achieve it at the high points of its historical actions: in Russia in 1917-18, in Spain in 1936, in Hungary in 1956.

Workers' councils, based on one's place of work, are the form of workers' management and the institution capable of fostering its growth. Workers' management means the power of the local workers' councils [conseils ouvriers] and ultimately, at the level of society as a whole, the power of the central assembly of workers' councils and the government of the councils. Factory councils (or councils based on any other place of work such as a plant, building site, mine, railway yard, office, etc.) will be composed of delegates who are elected by the workers, responsible for reporting to them at regular intervals, and revocable by them at any time, and will unite the functions of deliberation, decision, and execution. Such councils are historic creations of the working class. They have come to the forefront every time the question of power has been posed in modern society. The Russian factory committees of 1917, the German workers' councils of 1919, the Hungarian councils of 1956 all sought to express (whatever their name) the same original, organic, and characteristic working-class pattern of self-organization.

To define the socialist organization of society in concrete terms is to draw all the possible conclusions from two basic ideas: workers' management of production and the rule of the councils, which are themselves the organic creations of proletarian struggles. But such a definition can come to life and be given flesh and blood only if combined with an account of how the institutions of this society might function in practice.

plus loin
Citation :
The Councils: Exclusive and Exhaustive Form of Organization for the Whole Population

The setting-up of workers' councils will create no particular problems in relation to industry (taking the term in its widest sense to include manufacture, transport, communications, building, mining, energy production, public services and public works, etc.). The revolutionary transformation of society will in fact be based on the establishment of such councils and would be impossible without it.

In the post revolutionary period, however, when the new social relations become the norm, a problem will arise from the need to regroup people working in smaller enterprises. This regrouping will be necessary if only to ensure them their full democratic and representational rights. Initially, it will be based on some compromise between considerations of geographical proximity and considerations of industrial integration. This particular problem is not very important, or even if there are many such small enterprises, the number of those working in them represents only a small proportion of the total industrial work force.

Paradoxical as it may seem, the self-organization of the population into councils could proceed as naturally in agriculture as in industry. It is traditional on the Left to see the peasantry as a source of constant problems for a working-class power because of its dispersion, its attachment to private property, and its political and ideological backwardness. These factors certainly exist, but it is doubtful that the peasantry would actively oppose a working-class power that has formulated an intelligent (i.e., socialist) farming policy. The "peasant nightmare" currently obsessing so many revolutionaries results from the telescoping of two quite different problems: on the one hand, the relations of the peasantry with a socialist economy, in the context of a modern society; and on the other hand, the relations between the peasantry and State in the Russia of 1921 (or of 1932) or in the satellite countries between 1945 and today.

[...]

The Councils: Universal Form of Organization for Social Activities

The basic units of social organization, as we have envisaged them so far, will not merely manage production. They will, at the same time and primarily, be organs for popular self-management in all its aspects. On the one hand, they will be organs of local self-administration, and on the other hand, they will be the only bases of the central power, which will exist only as a federation or regrouping of all the councils.

To say that a workers' council will be an organ of popular self-administration (and not just an organ of workers' management of production) is to recognize that a factory or office is not just a productive unit, but is also a social cell, and that it will become the primary locus of individual "socialization."
Although this varies from country to country and from workplace to workplace, myriad activities other than just earning a living take place around it (canteens, cooperatives, vacation retreats, sports clubs, libraries, rest homes, collective outings, dances) - activities that allow the most important human ties (both private and "public") to become established. To the extent that the average person is today active in "public" affairs, it is more likely to be through some trade-union or political activity related to work than in a capacity as an abstract "citizen," putting a ballot into a box once every few years. Under socialism, the transformation of the relations of production and of the very nature of work will enormously reinforce, for each worker, the positive significance of the working collective to which he belongs.

de ceci on peut dire que Castoriadis utilise effectivement le terme d'auto-organisation, mais pas dans le sens où Henri Simon l'oppose à Pannekoek, qui « était, pour sa part, convaincu que les capacités d’auto-organisation et d’émancipation du prolétariat ne se décrètent par personne, et sont largement conditionnées par les conditions matérielles de leur existence comme par celles de leurs luttes.»

pour Castoriadis :

- l'auto-organisation n'est pas celle de la lutte

- l'auto-organisation est le management autonome par les (conseils) ouvriers qui va de la production à l'auto-administration populaire

- l'auto-organisation se généralise en management de la société, d'où découleront plus tard ses thèses sur l'auto-institution de la société (1975) qu'il inscrit en 2001 dans le projet d'autonomie



sommaire
Citation :
SOCIALISME OU BARBARIE ET LES PREMISSES DE LA REFLEXION SUR L'AUTONOMIE
De la critique du stalinisme à la théorie du " capitalisme bureaucratique "
La critique du marxisme
L'exigence révolutionnaire, maintenue et revisitée

L'AUTONOMIE : UNE VISION NEUVE DU PROJET DE TRANSFORMATION SOCIALE
L'auto-institution explicite et permanente de la société, nouvelle visée du projet révolutionnaire
Autonomie, praxis, politique
Le projet de " société autonome "
Société, individus, paideia : un processus de mutation anthropologique

LE PROJET D'AUTONOMIE, MOUVEMENT VERS UNE DEMOCRATIE VERITABLE
Le projet d'autonomie, une création social-historique continuée
Valeurs et principes fondamentaux d'une société autonome
Structuration concrète et fonctionnement d'une société autonome
La société autonome : une démocratie véritable
Les conditions d'instauration d'une démocratie véritable
La justification du projet d'autonomie

L'AUTONOMIE DEMOCRATIQUE, UN PROJET POLITIQUE POUR AUJOURD'HUI
La modernité occidentale
Les sociétés contemporaines
Quelle démocratie ? L'autonomie démocratique aujourd'hui : les défis devant nous.

en somme, chez Castoriadis, la boucle se boucle entre auto-organisation et autonomie, mais en un sens qui dépasse le rapport qu'il avait pour le communisme des conseils, l'autonomie ouvrière, l'autogestion

on peut se demander de quoi une « société autonome » s'autonomise, si tout y devient auto-organisé. Cela semble rejoindre la critique que me faisait RS en 2005 :


Citation :
Dans le communisme, parler d’humanité qui s’auto-organise est si englobant que cela ne nous avance pas à grand chose, durant toute son histoire l’humanité n’a fait que s’organiser elle-même, que « s’auto-organiser. En outre, je pense qu’ « auto-organise » renvoie à un sujet qui a un moment donné se prend comme objet et se donne une forme adéquate à ce qu’il est, en un mot qui se fixe et se reproduit comme tel.

en confirmant l'égalité pour lui entre autonomie et auto-organisation, RS confondait logiquement "s'autonomise" avec "s'auto-organise"

la généralisation par Castoriadis de l'auto-organisation à toute la société semble rejoindre ma propre vision d'une communauté humaine auto-organisée, mais elle s'enlise dans une socialisation qui n'a pas a priori les caractéristiques de la production du communisme. Sa vision de la société autonome n'a eu aucune influence sur la mienne d'une auto-organisation de la société communiste, puisque je découvre ces textes, et si j'ai lu quelques-uns de ses ouvrages, ils portaient sur autre chose

sur le tard, sans vraiment affirmer le socialisme comme le pouvoir autonome du prolétariat, sa conception semble plus proche de ce qu'on nomme aujourd'hui les communs. Voir à ce sujet mon billet d'hier : 20. le communisme et l'administration des choses : administration des communs ?



de Castoriadis au(x) commun(s)

on le vérifie, puisque Castoriadis est une référence importante pour les auteurs de Commun en 2014 :

De l’autonomie au commun. Sur Cornelius Castoriadis
entretien avec Pierre Dardot et Christian Laval, Vacarme, 10 juin 2016

dans cet entretien, Amador Fernández-Savater fait directement le lien avec le texte de 1957 que j'ai cité

L’un des penseurs les plus cités dans 'Commun' est Cornelius Castoriadis, et l’ouvrage est une puissante réactualisation de sa pensée politique.

Citation :
Vacarme : Le cœur de votre ouvrage Commun me rappelle le long travail de Castoriadis dans "Le Contenu du socialisme". Voici comment il présente l’originalité de sa perspective : au lieu de commencer par dénoncer l’état de choses existant, il faut commencer par montrer les modèles positifs d’auto-organisation (et ceci non pas de manière spéculative mais en partant de l’expérience des luttes des travailleur·ses comme celles qui eurent lieu en Hongrie en 1956). Ainsi, à la lumière du « positif » (l’autonomie), on pourra discerner le « négatif » (la domination). Est-ce que ceci a un quelconque rapport avec ce que vous faites dans "Commun" ?

La tâche que nous avons à accomplir est du même ordre mais elle s’inscrit dans une période très différente. Le « négatif » ne peut être identifié qu’à la lumière du « positif ». Une bonne partie de la gauche critique s’est trop longtemps enfermée dans une dénonciation stérile des méfaits du système sans prendre la peine d’ouvrir la voie à une alternative positive à partir des mouvements en cours. Selon nous, il est essentiel de partir des expérimentations pour imaginer à une plus vaste échelle ce que pourrait être un autre système social et politique. Sans vouloir diminuer l’importance de son texte sur Le Contenu du socialisme, il faut cependant préciser que Castoriadis n’a fait que renouer avec une tradition beaucoup plus ancienne dans le mouvement ouvrier qui consistait à instituer un nouveau droit, de nouvelles formes d’activité, de nouveaux rapports sociaux. [...]

Christian Laval précise dans « Commun » et « communauté » : un essai de clarification sociologique SociologieS 19 octobre 2016 :
Citation :
Par « communs », on entend donc un ensemble de pratiques instituantes et d’institutions constituées répondant au principe selon lequel un groupe plus ou moins étendu s’engage dans une activité collective productrice de biens tangibles ou intangibles mis à la disposition des 'commoners' ou d’une collectivité plus large, selon des règles démocratiques d’auto-organisation.

on découvre que les mêmes auteurs, en 2009 dans La nouvelle raison du monde « esquissent en positif des pratiques de communisation du savoir, d’assistance mutuelle, de travail coopératif dessinant une autre « raison du monde », la « raison du commun »

des communs à la "communisation" comme mode de vie auto-organisé
dans le capitalisme : la ZAD

quoi qu'en dise le sous-titre de Commun, la révolution du XXIè siècle, de fait la communisation n'a pas chez eux le sens d'une révolution d'abord insurrectionnelle, mais un peu celui de "communiser la vie" qui a fleuri à la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes où « s'invente une culture politique de l’autonomie. [...] La ZAD hisse l’occupation et l’auto-organisation, la solidarité au rang de bien communmultitudes mars 2016

Mettre en place dès maintenant une communisation des terres et des pratiques, nous prenons la terre et nous la garderons ! Le Jura Libertaire 13 avril 2013

De la Zad aux communaux lundimatin#25 15 juin 2015
Citation :
Les communs, cʼest toutes les infrastructures de lʼautonomie dont a su se doter le mouvement au fil des années et qui sʼinventent au jour le jour dans ce bocage. [...] Les communs, pour lʼinstant, cʼest un archipel diffus de groupes entremêlés qui sʼorganisent parfois ensemble, parfois côte à côte, pour tenir des infrastructures mises en partage avec lʼensemble du mouvement.

Que ce soit bien clair : la communisation dʼune partie des terres de la ZAD nʼa pas pour objectif de soustraire des terres aux agriculteurs en lutte, qui refusent de collaborer avec AGO, qui font lʼobjet de procédures dʼexpropriations et de menaces dʼexpulsion. Nous souhaitons quʼils puissent continuer dʼavoir lʼusage de ces terres et de les travailler dans de bonnes conditions.

on mesure ainsi que ma réélaboration critique du concept d'auto-organisation révolutionnaire concerne davantage qu'une forme et un contenu de luttes dans la révolution, pour se prolonger dans la production de la communauté humaine. On constate la persistance d'une idéologie de l'autonomie qui saute à pied joint sur la nécessité de la révolution comme moment de rupture avec le Capital. Confirmant mon introduction, c'est une vision renouvelée de l'auto-organisation comme un axe du mouvement du communisme avant, pendant, et après la révolution

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: 3. AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, dépassement contre autonomie   Lun 28 Aoû - 19:23


questions 3

11. résumé

Tristan Vacances : - vous êtes passé de la critique d'un lien strict entre autonomie et auto-organisation qui aurait cessé début des 70' selon TC, à celles des communs auto-organisés avant et après la révolution. On s'y perd...

Patlotch : - dans la conceptualisation des communs, ou du commun, on retrouve les diverses positions se réclamant du communisme, et même de la communisation, puisque le concept vit sa vie avec et sans théoriciens de manière contradictoire. Pour moi, commun(s) ne recouvre pas plus que décolonial une idéologie univoque

Tristan Vacances : - Ne tirez-vous pas aussi le sens des mots pour les récupérer en leur collant un contenu révolutionnaire possible  ?

Patlotch : - je ne tiens pas à faire absolument un syncrétisme en utilisant tous ces termes malgré leur signification chez d'autres, mais il va falloir qu'on m'explique en quoi les communs seraient nécessairement une « inepte idéologie [...] une énième variante de l’increvable idéologie de l’alternative. » (RS/TC 2014), et, pour revenir à la thèse selon laquelle L’auto-organisation est le premier acte de la révolution, la suite s’effectue contre elle (TC 2005), si auto-organisation = autonomie, comment l'autonomie pourrait-elle être un premier acte de la révolution ? Je n'ose prêter cette ineptie à RS/TC, car de luttes autonomes il ne sortira jamais la négation d'un sujet qu'elle affirme, sur quoi je suis bien d'accord avec lui, mais dans sa « folie de langage » tautologique, le théoricien se mord la queue

à partir du moment où les mots et concepts ne peuvent avoir que le sens qu'on leur donne, parfois contre l'usage qui en est fait et pour invalider les positions d'un adversaire ou d'un "camarade" dévoyé, on n'est plus dans la discussion honnête mais dans la rhétorique. Je pars moi des luttes, des mots qu'elles utilisent et des effets qu'elles produisent en leur temps, avec le capitalisme tel qu'il suit son cours quotidien : on n'a que ça pour penser le monde, son actualité et son devenir

Trstan Vacances : - Résumez-vous !

Patlotch : - voici ce que j'ai montré :

1) le lien entre autonomie et auto-organisation ne passe pas avant 1970 par le terme d'auto-organisation qui n'appartient pas au vocabulaire du communisme de conseils ou des situationnistes
2) le terme apparaît dans les années 70, lié à l'autonomie, et celle-ci a aujourd'hui encore une vigueur dans des luttes au-delà des organisations, avec l'exemple de la ZAD
3) Castoriadis en fait dès 1957 un synonyme de management de la production et de la société socialiste par les travailleurs et la population : ce n'est plus vraiment l'autonomie ouvrière, le pouvoir du prolétariat, mais une vision de la "société autonome" : par rapport à quoi ? Son "imaginaire" reste mystérieux à mes yeux
4) nombre de militants et d'organisations, des néo-trotskistes aux Insoumis de Mélenchon, en passant par des décoloniaux, utilisent auto-organisation comme un moyen de séduction, une contradiction dans les termes organisations/auto-organisation
5) l'auto-organisation n'est pas révolutionnaire en soi, mais relativement à un contenu et des luttes de rupture
6) le mouvement du communisme produisant positivement la communauté humaine dans et après la révolution s'auto-organise de manière non autonome
7) un usage idéologique des communs saute à pied joint, entre avant (ZAD) et après (Dardot/Laval), sur la nécessité d'une révolution de rupture avec le capitalisme comportant une dimension insurrectionnelle


cyclops

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 3. AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, dépassement contre autonomie   Lun 28 Aoû - 22:19


12. auto-organisation révolutionnaire :
suppression des médiations entre individus et société ?

dans ce billet, je poursuis la théorisation de l'auto-organisation révolutionnaire en cherchant le rapport entre auto-organisation de la communauté humaine, société communiste, et suppression des médiations sociales

je présente d'abord deux extraits de textes où la question est abordée dans et après le processus révolutionnaire


Le pas suspendu de la communisation : communisation vs socialisation

BL Théorie Communiste SIC n°1 (nov. 2011) juin 2009

Citation :
Le processus révolutionnaire de désobjectivation du capital est donc aussi processus de destruction de la subjectivité séparée du prolétariat, c’est ce processus que nous désignons comme autotransformation des prolétaires en individus immédiatement sociaux.

L’abolition des classes c’est l’abolition de la société, la création de la société socialiste voire « communiste », c’est toujours et encore le maintien de l’indépendance de la communauté par rapport à ses membres, qui ne sont sociaux que par la médiation de la société. La communisation c’est la fin de toute médiation entre les individus et leurs groupements affinitaires constamment changeants, mais dans la révolution il y a encore médiation par le capital, puisque l’activité est abolition du capital ! La communisation en tant qu’elle est médiée par son objet même, porte toujours la possibilité que sa médiation s’autonomise, dans la constitution de la révolution en structure différente de l’action révolutionnaire.

La communisation c’est la fin de toute médiation entre les individus et leurs groupements affinitaires constamment changeants, mais dans la révolution il y a encore médiation par le capital, puisque l’activité est abolition du capital ! La communisation en tant qu’elle est médiée par son objet même, porte toujours la possibilité que sa médiation s’autonomise, dans la constitution de la révolution en structure différente de l’action révolutionnaire.

La communauté humaine et la question des médiations

Jacques Wajnsztejn, Temps Critiques, 15 juillet 2017

Citation :
Tu peux regarder tous nos textes sur la question des médiations et la critique de l’individu immédiatement social (par exemple, avec notre notion d’aliénation initiale, la critique de l’immédiateté). Mais pour prendre un exemple historique classique, Marx aborde ce point dans son analyse de la Commune. Pour lui la grandeur de la Commune réside dans cette capacité à créer sa propre médiation politique, qu’il appelle « la constitution communale » et non pas à vouloir s’emparer du pouvoir d’Etat comme le bolchévisme le théorisera. La Commune comme forme qui dépasse le formalisme dans la mesure où ce qui compte est son contenu, son opposition à la forme étatique et son action contre.

Marx essaie ici, premièrement, de définir plus concrètement la tendance vers la communauté humaine qu’il ne le faisait dans les Manuscrits de 1844 dont la vision de la communauté humaine, de la Gemeinwesen, est sous-tendue par sa vision du communisme comme réalisation d’un individu immédiatement social, c-à-d sans médiation entre individu et société parce que fondamentalement l’homme est identifié à son activité sociale et à ses rapports sociaux (ce que nous critiquons aussi à de nombreuses reprises ; deuxièmement, il prend ici le contre-pied de ses positions précédentes sur la disparition de la forme politique (« une révolution sans phrases » dans laquelle peu importe ce que chaque prolétaire pense parce que …) et le communisme comme « administration des choses » (cf. grosso modo, les positions actuelles dites « communisatrices »).

premier problème : communisme et société

si j'ai parlé de la société communiste comme état de la communauté humaine produite par le communisme comme mouvement, c'est que je ne considère pas comme BL/TC que « L’abolition des classes c’est l’abolition de la société ». Dire, à la suite, que «  la création de la société [...] « communiste », c’est toujours et encore le maintien de l’indépendance de la communauté par rapport à ses membres, qui ne sont sociaux que par la médiation de la société » renvoie à une définition univoque sur mesure de la société, c'est une tautologie de plus dans le langage et les "démonstrations" de Théorie Communiste. Et je ne vais pas discuter leur affirmation « Le communisme n'est pas une société », puisque je réserve à communisme le sens de mouvement. Voir 19. communisme (mouvement et lutte) et communauté humaine (but et résultat) remarques terminologiques logiques et dialectiques, 25 août

deuxième problème : « individus immédiatement sociaux »

cette formule de Marx pose des questions à tout le monde, Temps Critiques le dit, TC reconnaît qu'elle est problématique (BL montre sa contradiction), et moi je considère que si deux individus entre en relation, c'est encore un rapport, qu'il n'est pas immédiat, car toujours médié par ce qu'ils sont dans la société, dans la communauté. Ce qu'est un individu change du capitalisme à la société communiste, par l'auto-transformation intersubjective de tous les individus, qui les produit chacun comme étant des autres (L'INDIVIDU au-delà de L'INDIVIDUALISME => "Je est des autres" : COMMUNISATION)

je ne sais pas si ma pensée rejoint ici celle de Temps Critiques mais « l’homme identifié [par Marx] à son activité sociale et à ses rapports sociaux » renvoie à la 6e thèse sur Feuerbach affirmant que « l'essence de l'homme n'est pas une abstraction inhérente à l'individu isolé. Dans sa réalité, elle est l'ensemble des rapports sociaux. », elle-même problématique du moins par sa formulation, puisque s'il y a rapports sociaux, donc historiques, c'est qu'il ne s'agit pas d'une essence

dans les rapports inter-individuels de la société communiste, l'individu isolé n'existe pas, et encore moins si j'ose dire que dans le capitalisme. L'individu communiste est l'ensemble de ce qui le relie à la communauté humaine, société communiste, ce qui suppose de détruire les médiations du capitalisme (État, travail salarié, échanges de valeurs, échanges sexuels structurellement patriarcaux...) et de la politique (partis, élections, institutions capitalistes...)

si nous n'excluons pas qu'il y aient des institutions communistes (établissements pour la santé, l'éducation, la justice...) comme vu dans 20. le communisme et l'administration des choses : administration des communs ? institutions/institutions, nous devons admettre que toutes les médiations sociales et sociétales ne sont pas détruites par le communisme, mais toutes les médiations capitalistes sont soit abolies soit transformées

troisième problème : la révolution et après

BL/TC « dans la révolution il y a encore médiation par le capital, puisque l’activité est abolition du capital ! » Dans la révolution c'est vrai et en ce sens l'auto-organisation révolutionnaire ne peut être autonomie. Mais il y a un après, un but certes concomitant, mais, le capitalisme essentiellement aboli se prolongeant après la victoire, ce but est la production de la communauté humaine par des activités auto-organisées qui la caractérisent

à ce stade de la réflexion, nous dirons que l'auto-organisation révolutionnaire abolit les médiations capitalistes pour leur substituer des médiations communistes


Arrow

je poursuis avec ce qui se passe actuellement, via un troisième extrait de texte :

Maroc : Une mobilisation populaire massive et radicale

Chawqui Lotfi (militant de Tahadi / Émancipation démocratique) NPA 26 juin 2017

Citation :
Le pouvoir a cherché à invisibiliser la lutte, comptant sur un épuisement. Mais en se dotant de structures d’auto-organisation, en contournant les médiations traditionnelles discréditées (partis, syndicats, société civile, élus), le mouvement était en phase directe avec les aspirations populaires. Aucune institution, aucun relais du pouvoir, aucune « opposition » n’est en mesure de canaliser la lutte, avec en toile de fond, une crise profonde de la façade démocratique.

les « médiations traditionnelles » de la politique dans le capitalisme sont « contournées », mais pas détruites (certains citoyens adhéreront à des syndicats et partis, voteront encore...), l'emploi du mot direct entre mouvement et aspirations populaires, l'absence de « relais du pouvoir » ne signifient pas qu'il n'y a plus de pouvoir d'État ou même qu'il soit attaqué. C'est la « façade démocratique » qui l'est

la lutte s'auto-organise contre l'État et la politique mais il est difficile d'y voir, qualité et quantité, l'amorce d'un processus généralisé d'auto-organisation révolutionnaire. La chute du texte le dit, il s'agit encore de s'adresser à l'État pour satisfaire des revendications populaires :


Citation :
La solidarité internationale pour la satisfaction des revendications du peuple du Rif, le soutien à toutes les mobilisations sociales et démocratiques et l’arrêt de la répression est urgente.

voilà, c'est un peu sommaire, mais j'ai voulu aller à l'essentiel comme à une évidence :

l'auto-organisation révolutionnaire abolit les médiations capitalistes
pour leur substituer des médiations communistes


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Patlotch



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MessageSujet: Re: 3. AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, dépassement contre autonomie   Mar 29 Aoû - 4:54


dans 20. le communisme et l'administration des choses : administration des communs ?, j'écrivais :  


Citation :
ici, il me faudrait avoir le courage d'aborder des questions qui risquent de ne pas arranger ma réputation dans les milieux anarchistes et communisateurs. Je veux parler, dans les termes où je les ai définis, de l'organisation de la société communiste, supposée sans État ni médiations so(cié)tales entre « individus immédiatement sociaux »

dans la logique de ce fil et du dernier commentaire, le même courage doit me pousser à poser la question de l'autogestion dans la société communiste, autrement dit de l'autogestion communiste


13. auto-organisation révolutionnaire et autogestion
la société communiste serait-elle autogérée ?

étant l'auteur, en 2006, de la définition de la communisation de wikipédia, détruite en 2015, qu'on trouve néanmoins en ligne, répondre "oui" serait de ma part renoncer à un point important qui me relie encore à ce courant théorique

Patlotch a écrit:
La «communisation», pour simplifier, est le concept de l'abolition du capital, des classes, et du prolétariat par lui-même dans une révolution communiste, sans transition "socialiste", ni autogestion. La communisation se conçoit par conséquent à la fois comme rupture et transition à partir de mesures directement communisatrices, c'est-à-dire ouvrant la voie au communisme.

http://www.anarchisme.wikibis.com/communisation.php

par ailleurs, j'ai soutenu et je soutiens toujours la critique de l'autogestion dans le capitalisme : AUTOGESTION, AUTO-EXPLOITATION et AUTONOMIE : utopies ouvrières dans l'économie capitaliste

aux critiques que j'avais recensées, on peut ajouter celles-ci :

- Lettre sur l'auto-gestion Adel Spartakus Vosstanie 5/18/2014
Citation :
L'interrogation sur la forme, se fait uniquement au niveau du pouvoir et de la domination au sens large du terme, et absolument pas au niveau de la logique d'accumulation/valorisation qui dicte sa forme. Ce que je ne comprends pas plus, c'est que toutes les expériences présentées qui s'inscrivent dans le capitalisme (et comment pourrait-il en être autrement), sont censées faire du profit ou viser l'équilibre de la rotation de flux d'argent et que même si elles sont toutes anti-hiérarchiques ou à égalité de revenus sur le papier ou dans le cerveau des militants, ils appellent cela «auto-gestion» mais ils pourraient nommer cela coopératives, mutuellisme, ou simplement «notre trip entre copains». Mais pourquoi n'accorderions-nous pas sémantiquement parlant à ces différentes formes d'alternatives à l'administration du capital ce qu'elles sont littéralement et étymologiquement c'est à dire : « Qu'ils gèrent eux mêmes ». Mais que gèrent-ils ? [...]

Toutes les expériences «autogestionnaires» historiques se sont passées dans des moments particuliers d'affrontement avec le capital comme solution de «gestion» de l'urgence et du lendemain. Qu'il faille manger demain matin c’est bien vrai, mais il faut que l'on cesse de parler de communisme à ce sujet.

- Contre le mythe autogestionnaire brochure 2009

Citation :
A travers l’analyse des exemples-phares autogestionnaires que sont l’Espagne en 1936, l’atelier Lip à Besançon en 1973 et l’Argentine depuis décembre 2001, notre volonté est de montrer en quoi la perspective de gestion des processus productifs et d’échange est un arrêt du processus révolutionnaire, un renforcement de l’ordre établi qui renvoie le prolétariat à la seule place que lui laisse le capital, celle de producteur de valeur quitte à lui laisser le rôle de gestionnaire pendant un temps ! Les expériences alter éco sympa en pleine paix sociale n’ont rien de contradictoire, elles sont des entreprises capitalistes sans ambiguïté. Ce qui nous questionne, c’est l’antagonisme qui traverse tout mouvement de classe dans sa dynamique combative, vivante et donc profondément contradictoire (...).
A travers la critique de l’autogestion, l’enjeu de cette analyse du processus révolutionnaire est de nous permettre de mieux saisir où nous en sommes aujourd’hui, à travers toutes nos forces et nos contradictions internes.


L’autogestion ne peut qu’être l’autogestion de l’exploitation [33], voilà la réalité, ce sont les ouvriers eux-mêmes qui décident comment ils vont perdre leur vie au travail et comment le travail va être encore plus au centre de leur vie, au point de le ramener à la maison, d’en rêver, tellement les tâches de gestionnaires, de producteurs sont fortes.

33. Que certains appellent "auto-exploitation", bien qu’il y ait dans cette expression une aberration. L’ouvrier ne peut pas s’auto-exploiter : c’est le capital qui l’exploite, bien qu’il se fasse l’agent de sa propre exploitation. Le capital est toujours là, c’est ce dont n’ont pas conscience ces ouvriers qui ne se sentent plus exploités, du moins dans un premier temps.

comme le résume ce texte en un sous-titre, Insurrection versus autogestion (et réciproquement), ce qui est critiqué là c'est l'autogestion dans le capitalisme et/ou comme transition au communisme

à partir de là, je m'oppose comme eux à ces thèses, telles qu'on les trouv(ai)ent chez Les comités communistes pour l'autogestion, organisation d'extrême gauche française 1977-1982, peu ou prou chez Alternative Libertaire et en partie à la CNT-AIT (j'en passe et pas meilleurs)

mon propos n'est pas là, et sauf à user de la rhétorique técéiste considérant le terme d'autogestion comme strictement lié à ces positions et à l'autonomie ouvrière, le problème que je pose est de savoir si le fonctionnement auto-organisé de la société communiste relève ou non de l'autogestion, de quoi et comment ?

le terme de gestion lui-même n'a rien de sympathique à mes yeux mais on pourrait en dire autant de celui d'administration, et faire de grandes phrases sur les activités communistes sans médiations ni institutions, ni lieux de production matérielle et intellectuelles, la question étant la séparation du travail (intellectuel et manuel, sexuel...) et de la hiérarchie (donner et recevoir des ordres étant maquillé comme il l'est déjà dans les entreprises actuelles). On donne à gérer les synonymes administrer, conduire, gouverner, guider, manager, manier, présider, régente, régir, rien qui ne sonne très communiste ou anarchiste

on peut encore poser la question autrement comme Vosstanie à propos du film portugais L'usine de rien :
La société communiste se passera-t-elle d'ascenseurs et de motocyclettes ?


Citation :
Le pragmatisme pro-autogestion s’il n’est bien sûr absolument pas satisfaisant pose malgré lui quelques questions à notre avis fondamentales. Pour le cas du film, ou il s’agit d'auto-gérer une usine de fabrication d'ascenseurs, il va de soi que la concurrence, le marché se chargera toujours de régler le débat en dernière instance, aussi utopique et même pratique-réaliste soit la démarche. En revanche elle pose une vraie question et fort sérieuse à notre avis : la société communiste, libertaire - se passera-t-elle d'ascenseurs ? Question qui n'est point travaillée dans le film et les débats. Cette usine ne fabrique-t-elle vraiment rien d’utile ? est-elle vraiment “l’usine de rien” ? L’ascenseur est-il bourgeois ou capitaliste ?

La société communiste pourrait bien nous permettre de rouler seuls en motocyclettes ...et si cela n’était pas le cas en vaudrait-elle seulement la peine ? Le communisme ne sera pas la fausse abondance capitaliste c’est certain, pas plus la pénurie joyeuse, mais encore moins un cours de botanique autogéré dans les jardins obligatoirement communs.

faut-il envisager la société communiste comme la CNT-AIT :

Citation :
L’État sera remplacé par une société fédéraliste fonctionnant de bas en haut suivant les principes autogestionnaires. Des délégués avec des mandats précis, révocables, des conseils de coordination et de gestion suffisent à administrer une société moderne, aussi complexe soit-elle.

si la société «fonctionne de bas en haut », c'est qu'il y a un haut d'où redescendent des décisions suite à des choix, sous-entendant que le bas les met en œuvre, et notre problème reste entier, car si ce ne sont pas des ordres, cela m'évoque un certain centralisme démocratique généralisé. Toujours est-il que ces anarchistes-là n'ont pas d'états d'âme à utiliser les mots gérer, coordonner, administrer, et société : on est loin de la suppression communisatrice de toutes les médiations et d'individus immédiatement sociaux sans ascenseurs et se faisant la courte échelle




je ne répondrai pas à la question que j'ai posée : la société communiste serait-elle autogérée ? Il m'a semblé nécessaire de la poser en faisant sauter le tabou communisateur sur le mot autogestion, qui ne fabrique pas moins un mythe romantique révolutionnaire dont on imagine sans peine qu'il déboucherait sur un communauté du rien ayant fait du passé table rase, étant donné que « tout ce qui existe mérite de périr », mais avec une novlangue pour le dire... et pour appeler à l'aide ?




voilà, chère lectorate, en attendant le début, je te laisse sur ta faim

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 3. AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, dépassement contre autonomie   Mer 30 Aoû - 18:16


en guise de non-conclusion

en reconstruisant le cheminement initiatique de ce fil, j'aboutis aux "résultats" suivants :
Citation :
1) l'auto-organisation est une forme toujours liée à un contenu, celui de ses objectifs mais aussi forme comme contenu en tant qu'elle s'en prend à ceci ou cela pour en faire autre chose. L'auto-organisation n'a donc de limites intrinsèques que celles de ses contenus. Elle n'est pas révolutionnaire en soi, mais relativement à son contenu et des luttes de rupture et leur but au-delà dans l'organisation de la société communiste
2) le lien entre autonomie et auto-organisation ne passe pas avant 1970 par le terme d'auto-organisation, absent du vocabulaire du communisme des conseils ou de celui des des situationnistes
3) le terme apparaît dans les années 70, encore lié à l'autonomie ouvrière jusque dans les années 90-2000, et l'idéologie autonome-autogestionnaire a aujourd'hui encore une vigueur dans des luttes au-delà des organisations, avec l'exemple de la ZAD
4) Castoriadis en fait dès 1957 un synonyme de management de la production et de la société socialiste par les travailleurs et la population : ce n'est plus vraiment l'autonomie ouvrière, le pouvoir du prolétariat, mais une vision de la "société autonome" : par rapport à quoi ? Son "imaginaire" reste un mystère à mes yeux
5) nombre de militants et d'organisations, des néo-trotskistes aux Insoumis de Mélenchon, en passant par des décoloniaux, utilisent le terme comme un moyen de séduction, une contradiction dans les termes organisations/auto-organisation
6) un usage idéologique des communs saute à pied joint, entre avant (ZAD) et après (Dardot/Laval), sur la nécessité d'une révolution de rupture avec le capitalisme comportant une dimension insurrectionnelle
7) le mouvement du communisme produisant positivement la communauté humaine dans et après la révolution s'auto-organise de manière non autonome, ce qui supposerait quelque chose d'extérieur à cette communauté humaine
8 ) l'auto-organisation révolutionnaire abolit les médiations capitalistes pour leur substituer des médiations communistes
9) la société communiste serait-elle autogérée ?

il serait sur cette base possible de reconstruire le plan et la rédaction de ce sujet pour en tirer une brochure de quelques pages, mais avec la perte des liens hypertextes

en anglais, merci à l'ami Stan pour la traduction

Citation :
1) Self-organization is a form always linked to a content, that is, the content of its objectives but also of its forms as content, in so far as it takes on this or that to produce something else. Self-organization has therefore no intrinsic limits, excepted those of its contents. It is not revolutionary in itself, but is relative to its contents and struggles of rupture and their purpose beyond the organization of the communist society
2) The link between autonomy and self-organization is not adjoined before 1970 to the term self-organization, this term being absent from the vocabulary of the communism of councils or that of the situationists
3) The term appears in the 70s, and is still linked to workers' autonomy until the late 90s/early 00s, and self-governing as well as self-management ideology still has vigour in struggles beyond organizations, refer to the example of the ZAD (zone to defend)
4) Castoriadis, in 1957, makes it synonymous with the management of production and with the socialist society by and for the workers and the population: it does not refer any longer to the workers' autonomy, the power of the proletariat, but is a vision of "autonomous society": compared to what? His "imaginary/notional" remains a mystery to me
5) Many activists and organizations, from neo-Trotskyists to the “Insoumis” of JL. Mélenchon, not forgetting decolonial movements, use the term as a means of seduction, which is a contradiction between the terms organizations and self-organization
6) An ideological use of the commons arises between before (ZAD) and after (Dardot / Laval), on the necessity of a revolution breaking up with capitalism by comprising an insurrectionary dimension
7) The communist movement, positively producing the human community within and after the revolution, self-organizes itself in a non-autonomous way, which would imply something external to this human community
8 ) Revolutionary self-organization abolishes capitalist mediations and replaces them with communist mediations
9) Would the communist society be self-managed?

study

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MessageSujet: Re: 3. AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, dépassement contre autonomie   Ven 1 Sep - 12:13


auto- traduction

Stan, l'ami traducteur du résumé, me fit remarquer par téléphone que self-organisation (ou self-organization en anglais états-unien) renvoyait au sujet, soi-même, ce qui repose la question de la compréhension de l'auto-organisation comme autonomie (autonomy)

l'autonomie est la capacité de quelqu'un à ne pas être dépendant d'autrui ou le caractère de quelque chose qui fonctionne ou évolue indépendamment d'autre chose, on voit bien que c'est rarement le cas de l'auto-organisation, particulièrement celle des luttes

le problème est insoluble avec le seul mot auto-organisation, mais c'est et ce n'est pas celui de l'«auto» comme l'affirmait RS/TC (voir 8. quel problème de l'auto depuis Marx ? 27 août), car il y a une ambivalence que ne peuvent lever que le contexte et les précisions qu'il apporte

AUTO- est un préfixe qui vient d'un pronom grec qui signifie de soi-même, par soi-même, et dans certains cas pour soi-même. Exemples :

- l'auto-entrepreneur est patron de soi-même et par soi-même, pour soi-même. Il dépend néanmoins des autres pour son organisation (plate-forme) et ses revenus (clients)

- l'auto-compassion est compassion pour soi-même, c'est le sens principal, comme dans auto-évaluation, auto-connaissance...

- l'auto-organisation organise un sujet de et par lui-même, dans un acte qui est pour soi-même ou pour autrui : objet et sujet peuvent ou non être identiques

je ne pense pas que le problème soit très différent en anglais puisque la traduction est littérale

l'idéal serait donc un ou d'autres mots : le concours est ouvert pour l'auto-organisation révolutionnaire. Vous pouvez y participer de vous-même pour autrui. Pas de prix : c'est auto-gratifiant

PS 1 (5 septembre) : le cas de l'auto-école ou de l'auto-stop est différent, puisqu'auto y est une réduction d'automobile, voiture, donc substantif et non préfixe. On comprend donc que l'auto-école enseigne à des personnes extérieures qui y sont dépourvues d'autonomie, que l'auto-stop est une action de soi-même et par soi-même mais dépendant de quelqu'un d'autre conduisant une voiture, en attendant la véritable automobile automatique sans chauffeur
PS 2 : j'utilise l'orthographe traditionnelle avec un tiret à auto-, mais la nouvelle orthographe, comme pour les préfixes micro, macro et anti, autorise un seul mot, même en cas de voyelle redoublée : antiimpérialisme

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Patlotch



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MessageSujet: Re: 3. AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, dépassement contre autonomie   Ven 1 Sep - 22:53


inter-ludisme

de la vraie auto-organisation véritable
dans le moment présent

(à l'instant spontané par lui-même auto-en soi et pour soi et poursuite sans suite)






AQNI

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: 3. AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, dépassement contre autonomie   Mer 13 Sep - 3:23


du noyau dur idéologique à l'amande amère

Tristan Vacances : - Pourquoi avoir consacré toute une partie de votre livre à cette controverse avec 'Théorie Communiste', sur l'auto-organisation et l'autonomie, autour du texte "L’auto-organisation est le premier acte de la révolution, la suite s’effectue contre elle", R.S. Meeting n°3 1er juillet 2005 ?

Patlotch : - bonne question. Il est vrai que cela déséquilibre le livre et renvoie à des débats que peu de monde connaît, comme dans mon livre tout ce qui suppose d'être informé de cette théorie, et plus généralement de celle des théoriciens de l'ultragauche historique, des conseils ouvriers depuis la Révolution d'octobre à l'Internationale situationniste, en passant par les gauches germano-hollandaises

mais c'est un des textes phares de la revue Meeting, il résume la controverse entre théoriciens de la communisation et activistes qui justifiait son existence par leurs intérêt réciproques : se faire connaître en touchant le milieu en échange d'avoir une théorie mode d'emploi pour leur pratique

je ne viens pas de ces milieux que j'ai rencontrés en 2005 seulement, mais je leur dois d'avoir éclairé ma lanterne sur cette marge du mouvement ouvrier, peu importante dans l'évolution historique mais incontournable dans celle de la théorie communisme

Tristan Vacances : - Vous réglez des comptes...

Patlotch : - il serait mesquin de le prendre comme ça. Cette partie du livre le déséquilibre, certes, relativement aux enjeux qu'il pose, et aux yeux de qui méconnaît cette histoire, mais il s'agissait de réhabiliter le concept d'auto-organisation, contre ses usages détournés par les partis politiques, et dans le milieu radical en le détachant de l'autonomie, pour lui redonner sa puissance révolutionnaire, fonction de ses contenus et objectifs

vous voyez bien qu'à suivre R.S., vous pouvez aussi bien écrire L’autonomie est le premier acte de la révolution, la suite s’effectue contre elle, et tout s'effondre, parce que l'autonomie et l'autogestion, dans le moment révolutionnaire ou comme objectif, sont précisément ce qu'avec pertinence critique radicalement la théorie de la communisation, et R.S. en particulier dans ce texte

Tristan Vacances : - Mais vous reconnaissez que ça déséquilibre le livre...

Patlotch : - oui, c'est un problème de savoir à qui il s'adresse, et ce ne devrait pas être en priorité au milieu qui a connu ces débats. Ce livre n'est pas publié qu'il en appelle déjà un autre

Tristan Vacances : - Sur quoi ?

Patlotch : - la même chose, pour un public non averti

Tristan Vacances : - Est-ce possible ?

Patlotch : - maintenant, sans doute pas, plus tard peut-être, selon une évolution de la situation qui favoriserait une réception plus large. Je m'adresse à des publics très divers sous un titre qui peut les allécher, théorie communiste des luttes ouvrières, féministes, décoloniales et écologistes, mais j'imagine mal un lectorat ouvrier, féministe, décolonial ou écologiste y trouvant son compte, parce que je n'ai fait qu'esquisser ce qui les concerne chacun le plus

Tristan Vacances : - Vous auriez pu développer davantage...

Patlotch : - c'est vrai, j'ai les éléments, que je tire de leurs luttes spécifiques, mais j'aurais abouti à 800 pages, pas à 250 en format de poche, pour lesquelles je ne trouverai peut-être pas d'éditeur

Tristan Vacances : - Et l'auto-édition ?

Patlotch : - ce serait possible, mais qui le distribuera ? Si je produit un PDF, il sera imprimable et circulera chez nombre d'intéressé.e.s potentiel.le.s qui ne l'achèteraient pas. Personnellement, je n'achète pas ce que je trouve en ligne

Tristan Vacances : - Plusieurs brochures auraient fait l'affaire, non ?

Patlotch : - pas dans la cohérence du tout, c'est une théorie nouvelle de la révolution communiste, et elle est confrontée à deux écueils. Le premier est que la révolution et le communisme sont passés de mode, le second que pour qui s'y intéresse encore, cela renvoie au marxisme "donc" à la révolution prolétarienne, et là c'est un siècle et demi de certitudes idéologiques, un noyau à casser pour voir à l'intérieur

Tristan Vacances : - comme une pêche ?

Patlotch : - vous pouvez la manger, l'écraser ou la laisser pourrir, vous aurez toujours le noyau, avec dedans une amande contenant en plus ou moins grandes quantité des substances toxiques dangereuses voire mortelles

Tristan Vacances : - Vous n'avez jamais mangé d'amandes d'abricots ?

Patlotch : - si comme tous les gosses de ma génération, on les cassait avec une pierre. Certains disent que c'est bon contre le cancer (voir ici), d'autres que c'est bourré de cyanure (voir ), va savoir...

Tristan Vacances : - Le cancer par le cyanure du capital ?

Patlotch : - et du prolétariat réuni ? Si seulement c'était vrai, la révolution serait à l'amande




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Patlotch



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MessageSujet: Re: 3. AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, dépassement contre autonomie   Sam 16 Sep - 16:03


“working-class self-activity”

de l'autonomie à l'auto-organisation
un chemin de traverse théorique
fondé sur les luttes de résistance

une intéressante traversée partant des activités vues  de diverses traditions théoriques : autonomie ouvrière, auto-activité marxiste, entraide anarchiste, communs... Viewpoint s'attache à croiser plusieurs courants théoriques : Ultragauche, Opéraïsme, Enquête ouvrière, Black Feminism, Paysans pauvres, Décolonial... La ligne générale de cette revue n'est pas toujours claire, mais apparaissent aujourd'hui des expressions théoriques quittant les œillères du dogmatisme pour faire un tri ayant du sens relativement aux luttes actuelles

On Everyday Resistance: An Interview with Kevin Van Meter

Kevin Van Meter and Shane Burley September 14, 2017


Viewpoint Magazine


mai 2107 ça voir plus

Citation :
Shane Burley: Let’s begin with the concept of “everyday resistance,” which is the focus of your new book, Guerrillas of Desire. What does it mean and what lineages does it draw from?

Kevin Van Meter: Everyday resistance is simply one way of framing acts that take place outside the official organizations of the Left (unions, political parties, nonprofit organizations, progressive religious groups, foundations, etc.) and the gaze of the state; acknowledging that there are whole ways of life that exist beyond these organizational forms, entire ways of life that express working-class or revolutionary potential and power. Some have referred to this as “the commons” or “commoning.” Autonomist Marxists call it “self-activity” or “self-valorization.” Anarchists identify this as “mutual aid.” So, different revolutionary traditions have looked at these ways of life and come up with different phrasing, different methods of conceptualizing how this type of activity functions. And while I predominately work within the autonomist tradition, I draw upon others as well.

All of life does not take place in the family, where people work, during leisure hours, or in formalized organizational forums. In fact, there’s a surplus, there’s something of greater substance there. As revolutionaries, we’re always trying to understand what that substance is. What predates an organization? What kind of social relationships prefigure it? Everything from churches and bowling leagues to unions and revolutionary organizations have evolved out of earlier forms of activity. So, what is this activity? Everyday resistance is just another way of expressing this activity and quantifying these ways of life that exist outside of official channels. Everyday acts and methods of survival actually prop-up and further develop all forms of organization; self-activity makes organizing and organization possible.

Everyday resistance is the term I have chosen because it gives us a  category for this behavior and activity. Then we can talk about overt rebellion, which is something different, and which includes armed uprisings, revolutionary parties, unions, collectives, etc. Starting in the late 1940s and early 1950s – especially in Detroit around figures such as Trinidadian Marxist C.L.R. James, Chinese-American luminary Grace Lee Boggs, slave historian George Rawick, former auto-worker and militant Martin Glaberman – working-class initiatives were taking place outside of, and sometimes against, the official structures of the labor union. After a union contract was signed in a Detroit auto factory, the union would discipline the workforce to meet the conditions of the contract. As a result, there would be job actions against the union or job actions to get around the limitations of the union contract. Let’s be honest that these unions, the IWW aside, were dominated by white, skilled, male workers and excluded most other workers and their experiences. To challenge these exclusions, this group of Detroit-based revolutionary theorists started to identify everyday and autonomous forms of activity, from wildcat strikes to work stoppages, which they referred to as “working-class self-activity.”

In 1947 a pamphlet titled The American Worker was co-written by Grace Lee Boggs, under her “party name” Rita Stone, and Paul Romano, an auto-worker whose name is actually Phil Singer. This pamphlet looked at these forms of life that were taking place in the factory, forms of self-activity that strengthen the union in some ways and in others try to get around its limitations, as well as the discrimination taking place within these unions. At the same time that this is being discussed in Detroit, similar if not identical findings are being developed within a group called Socialism or Barbarism in France, and they both influenced the operaisti, the “workerists,” or more broadly the “autonomists,” a few years later in Italy. The pamphlet ends up in Italy and has a huge influence on these early autonomists, who begin asking: “Ok, here’s this activity. How do we start inquiring into, and understanding, this activity?” As a result, they start developing co-research methods and surveys. They stood outside of the auto plants, where the Catholic workers’ unions, the communist party, and the autonomists would all be flyering. What the autonomists were doing differently was asking the workers questions and not just telling the workers what they needed to know. Asking in the tradition of workers’ inquiry: “How is your shop organized? Who has power in your particular sector? What kinds of activities are taking place?”

SB: How then did these autonomists relate to the organized institutions of the Left? How did they understand the relationship between self-activity and capitalism?

KVM: There are different questions that are being asked in the tradition of workers’ inquiry in Italy. Initially, these are folks within the Italian Communist Party. Numerous militants then leave the party, understanding that the Communist and Trotskyist parties in the United States and Italy are not expressions of working-class self-activity or are not for working-class needs and desires, but are problematic organizational forms that limit the potential of revolutionary struggle. As anti-capitalists interested in working-class struggle, they start to articulate that self-activity as the “revolt against work,” the “refusal of work.”

Italian “workerists” were particularly interested in factory-based struggles, but later you started seeing interest among students who were refusing the work required of them in order to become workers, refusing to develop their labor-power for a job and a wage. And in response to the exclusion of women, feminists in the Wages for Housework campaign, such as Mariarosa Dalla Costa and Silvia Federici, start speaking about how the most important commodity for capitalism’s ability to continue to exist is labor-power. There can be no markets, no commodities without labor-power, without the worker’s ability to work. It’s a very special commodity; energy is important, resource extraction is important, but nothing is as important as labor-power. What’s more, labor-power is being reproduced without a wage. So Dalla Costa and others start talking about what the refusal of waged housework might look like. They expand the definition of the worker beyond the factory gates, to include students, housewives, peasants, slaves, and the unemployed, because work is not only imposed upon an individual by a boss in a factory. Work is also imposed society-wide upon a population, because if you do not work then you cannot obtain a wage, and if you cannot obtain a wage then you cannot survive. So work is imposed on various different levels and in various different ways.

In the 1970s we also start seeing the Welfare Rights movement, an incredibly important social movement that has received too little attention in the United States, which was led by women of color. The movement activists made demands for increased welfare payments, for less surveillance of their families and their children’s lives. So, this was a demand for income separate from work, because in fact there’s “never enough work” for  people looking for work. Although the imposition of work is central to capitalism, that doesn’t mean that everyone must work. To produce commodities under capitalism, the capitalist needs a reserve army of laborers clamoring for work, along with the threat of starvation and death for those who refuse work, to be able to pull people off the unemployment lines and into factories, into coffee shops or other places of work. And capitalism needs to be able to pay people only for the time they work for a wage.

Capitalism has gone through these various stages and crises to address its insatiable desire for labor-power and its desperate need to impose work, constantly, everywhere. Autonomists are interested in everyday resistance, mutual aid, and self-activity. They are interested in ways of life that take place outside of the official organizations of the Left because this is where the refusal of work is most pronounced.

SB: Now, I want to turn to your historical examples of slave and peasant resistance. How does “everyday resistance” account for peasant struggles, both in modernity and in the early development of capitalism?

KVM: The French anthropologist Pierre Clastres left France in the 1960s and 1970s and went to the jungles of Paraguay, where he started to see all these forms of life that existed among so-called “primitive” peoples, within indigenous societies. These were not just societies without a state, these were societies that were designed to prevent state formation, to prevent the kinds of power relationships that would be expressed as a state with its hierarchical relationships. These are actually societies that had created mechanisms that keep the state from forming. Clastres and others said, well, if we want to live in a society without this kind of political power, without a state, then how do we actually “govern” ourselves in order to prevent state formation? What mechanisms exist in our society that prevent power from accumulating, that prevent wealth from accumulating and being expressed as a state form? Or as a state apparatus with a police force, satellite white supremacist organizations, and patriarchal households, all of these other social elements that the state requires to function.

Fifteen to twenty years later, James Scott, an American anthropologist out of Yale, starts looking at practices among the hill people of southeast Asia, and he argues that peasant politics were less a part of what we might consider traditional political organizing and more a part of everyday life. As Scott argues in Weapons of the Weak: “Formal, organized political activity, even if clandestine and revolutionary is typically the preserve of the middle classes and intelligentsia. To look for peasant politics in this realm is to look largely in vain.”1

What Scott saw is that the peasant hill peoples of southeast Asia were not necessarily interested in forming unions or political parties, but everyday practices allowed them to survive and to resist particular impositions of work, such as particular agricultural regimes. Sometimes they escaped and ran back to the hills to create their own peasant abodes, outside of various land tenure systems of the state.

SB: This is of course similar to slave resistance in the United States and Americas. What role does slave resistance and rebellion play? How does this help us understand capitalism and work?


Van Meter: At the same time radicals are looking at the working-class self-activity in the factories in Detroit, there’s a huge, bubbling interest among black revolutionaries in slave resistance. Were slaves really saved by the emancipation proclamation? Because if slaves were docile and accepted slavery this could mean that black people are docile and accepting of white supremacy. This was the dominant image of the slave at the time; that slaves were docile, stupid, accepting of their conditions. Maybe a few ran away, maybe they caused trouble occasionally, but they did not engage in active resistance against the slavocracy – this was the assumption. Militants and scholars went back and looked at slave narratives and found that slaves are constantly rebelling. That there was ongoing “slave guerrilla warfare” taking place.

Herbert Aptheker writes American Negro Slave Revolts and notices, by looking at historical record, that there are periodic rebellions in various clusters throughout the history of slavery in the United States. And these rebellions, as well as forms of everyday resistance, were intensifying in the years leading up to the Civil War. It’s not only that clusters of slave rebellions were taking place; there were millions of slaves in the United States, the Caribbean, and Central America who were running away, escaping, fleeing, and creating maroon communities. You see slave owners having to develop heavier axes and tools, because if a slave takes the axe, hits it against a rock and breaks it, they don’t have to work for the rest of the day. There was this phenomenon where everyone would be sick on Saturday and no one would be sick on Sunday since Sunday is the day slaves had off. Women would feign pregnancy, saying that they were pregnant so that they could get less work and more food rations. Eventually they’d be found out and punished for such a thing, but the temptation for more time, less imposition of work, was just too much.

Researchers started digging back even further to ask why African slaves were required in the first place. Going to another continent and capturing people, bringing them here to work is a massive undertaking, and 500 years ago it surely seemed impossible. Why would capitalism require slavery? Because it couldn’t impose work on the indigenous populations of the world. Because when you captured indigenous folks in Brazil and the United States and tried to force them to work, they would run away – and the advantage the indigenous folks had over the colonizers was their knowledge of the terrain. African slaves didn’t have that advantage because they were captured on one continent and then taken to another continent, brutalized and separated from their families, maimed, tortured, and thrown onto a slave ship. Even on that ship they very often revolted and sometimes hurled themselves overboard to drown, refusing the life of imposed work.

So the imposition of work is constantly being refused and resisted – by slaves and peasants but also by workers in fields, factories, and workshops, bedrooms and kitchens, schools and prisons, and the innumerable sites of precarious and temporary service work today. We’ve looked at peasant societies, we’ve looked at factories, we’ve looked at the home where housewives are working, and we’ve looked at slaves and indigenous populations – there is the constant refusal of work. The imposition of work is the imposition of a form of life, the imposition of a way of living where your entire life is converted to labor-power until you’re no longer needed or dead.

That is what capitalism is and that’s why Marx refers to capitalism as vampiric. It’s sucking the cooperative life energy of the subject, of the peasant, of the worker, of the housewife, of the student. Sucking that cooperative and creative energy out of them, sucking that life force, and leaving them with nothing but a paltry wage at the end. Over the years I would hear very often that we need cooperatives, because we live in a competitive society and what we need is a cooperative society. I think that’s a bunch of bullshit, because capitalism actually requires cooperation – you need to cooperate with your fellow workers to do anything on the job. Capitalism utilizes the cooperative energy and creativity of human beings in the larger society. So autonomists define capitalism as the endless imposition of work and take great interest in everyday resistance, self-activity, and all these other ways that people are surviving and organizing under capitalism. But we also need to recognize that capitalism is especially insidious in that it doesn’t just steal our labor-power, it steals our cooperative and creative capacities that could be used for something else – for creating a maroon community, for stealing from a warehouse, or forging a new society.

SB: Does that mean everyday resistance, or this inclination towards resistance, should be thought of as the core element of revolutionary struggle?

KVM: I am interested in how cooperative and autonomous ways of life are not just captured by capitalism, but how they escape capitalist command and allow people to survive. When autonomists say self-activity, when we say everyday resistance, when we say mutual aid, when we say commoning, we are interested in how cooperative and autonomous ways of life can forge a new society beyond capitalism. Then the task of the revolutionary is to ask, what are our life activities, how does capitalism capture them, and how do we escape capitalism to create other life ways and forms of resistance?

In the book, I argue that the foundation for all revolutionary politics and social movements is everyday resistance. An organization, a coalition, a federation only emerge out of these prior, earlier forms of self-activity. People become revolutionaries because they become involved in these everyday practices. And you don’t need to become a revolutionary to become involved in these everyday practices; this is not a question of revolutionary consciousness, this is a question about activity and the composition of struggle.

We also can’t just judge these practices on their own. Forms of resistance are not always good. When white workers would strike against the inclusion of black workers or women in the factory, that’s a form of resistance, but that’s not necessarily one we want to honor. So, I argue that everyday resistance itself is important, it is something we should really pay attention to, and it’s a factor in revolutionary struggle and revolutionary upheaval – but it’s not the only factor we have to consider. We should consider other factors: of exploitation and oppression, of domination and control.

The question we need to answer as revolutionaries attuned to everyday resistance, mutual aid, and self-activity is this: how does everyday resistance express the desires of those who are exploited and oppressed, dominated and controlled by capitalism and the state? And this question cannot be answered abstractly, outside of the specific context in which you are inquiring and operating. I wanted to make sure to not just add everyday resistance to the hodgepodge that is contemporary revolutionary theory. What I attempted to do in the book is to use everyday resistance as a catalyst to reconsider and rethink theory and organizing, because while I see everyday resistance is an important factor in revolutionary struggles, there are all these other factors that we should be constantly reconsidering.

SB: 'Guerrillas of Desire' sets up the premise that everything we know about organizing is wrong. How can “everyday resistance” inform organizing and what can we do to take today’s  movements in a new revolutionary direction?

KVM: Let me be as clear and concise as possible. In the introduction to the book, I write: “ 'Guerrillas of Desire' offers a contentious hypothesis: the fundamental assumption underlying Left and radical organizing, including many strains of anarchism, is wrong. I do not mean organizationally dishonest, ideologically inappropriate, or immoral. I mean empirically incorrect. Historical and current strategies on the Left and in radical movements are predicated on the assumption that working class and poor people are unorganized and not resisting. Hence the role of the activist, organizer, and insurrectionist is to activate, organize, and educate a disengaged population through various initiatives. Illustrating that everyday resistance is a factor in revolution and a form of politics, maintaining that its effects on overt rebellion and crises are measurable, requires the reversal of this assumption. Working class and poor people—as slaves, peasants, and workers in the industrial and social factory—are already organized and resisting.

So, while this addresses your question about how everyday resistance challenges our premises around organizing, it doesn’t fully tackle the question of how everyday resistance informs organizing. In effect, I am suggesting that if we are to be attuned to everyday resistance, mutual aid, and working class self-activity, we need three things: a new type of organizer; mechanisms that organizers utilize to “record, circulate, amplify, and intervene into the new society as it emerges”; and a constellation of revolutionary and “survival pending revolution” initiatives that express the actually existing needs and desires of the working class in struggle. What is more, because everyday resistance is expressly contextual, our mechanisms and initiatives will be particular to the contexts they are operating within. Now, I think answering the question of what direction revolutionary movements should go in, is always difficult, and possibly one we shouldn’t ask in the abstract. Rather, I am interested in asking, how do organizers, revolutionary organizations, and movements emerge? In this sense, we are not looking from the point of view of the organization on up to coalitions, federations, general strikes or revolutionary upheavals, but looking in the opposite direction – from the organization “all the way down.” This results in a different set of questions being asked.

For the sake of precision, let me read from the chapter on organizing: “What are the integral elements of an organization?
Where are its precursors? Who told the hallowed stories that predate its formation? What experiences and encounters has the organizer emerged from? Where have these been recorded, and how can those of us acting in common amplify, circulate, and propagate these experiences and expressions? What are the constituent elements, forces, relationships, materials, needs, and desires that came together and allowed this organization to emerge? A response to these queries would require militants to investigate the constituent elements, forces, relationships, materials, needs, and desires that could emerge and are in fact emerging. Becoming attuned to the taxonomy of struggle, to everyday resistance in this manner, in turn requires a new type of organizer.”
And it’s going to be up to the reader of this interview and the book, if they find what I am saying at all interesting or useful of course, to figure out what kind of organizer is needed in their own context.


James C. Scott, Weapons of the Weak: Everyday Forms of Peasant Resistance (New Haven; London: Yale University Press, 1985), xv. ↩

Kevin Van Meter is an activist-scholar based in the Pacific Northwest. He is the author of Guerillas of Desire: Notes on Everyday Resistance and Organizing to Make a Revolution Possible (AK Press, 2017). He is also coeditor of Uses of a Whirlwind: Movement, Movements, and Contemporary Radical Currents in the United States and a contributor to Life During Wartime: Resisting Counterinsurgency, We are Many: Reflections on Movement Strategy from Occupation to Liberation, and Constituent Imagination: Militant Investigations, Collective Theorization.

Shane Burley is the author of the forthcoming Fascism Today: What It Is and How to End It (AK Press, 2017). His work has appeared in places like Jacobin, In These Times, Waging Nonviolence, ThinkProgress, Make/Shift, Upping the Anti and Labor Notes. He can be found at ShaneBurley.net and on Twitter @shane_burley1.

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