PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

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 'RACES' et rapports de CLASSES, racisme structurel ou systémique, racisme d'État... (Black Lives Matter...)

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MessageSujet: 'RACES' et rapports de CLASSES, racisme structurel ou systémique, racisme d'État... (Black Lives Matter...)   Dim 3 Mai - 23:36


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'la question indigène' et la 'communisation' : vous avez dit 'rouges bruns' ? bizarre, bizarre...

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MessageSujet: 'Le terme « banlieue » : entre racisme et mépris de classe'   Sam 9 Mai - 13:34

Le terme « banlieue » : entre racisme et mépris de classe du blog L'écho des sorcières, "sans mec cis, mais avec de vrais morceaux de féminisme dedans ! Webzine créé, écrit et dirigé par des femmes*, des mecs trans et des non binaires".

Rrriver Song a écrit:
Le terme « banlieue » : entre racisme et mépris de classe 27 mars 2015

Selon l’encyclopédie Larousse en ligne, le terme « banlieue » désigne « […] un espace urbanisé situé à la périphérie d’une ville centre et dépendant de celle-ci pour les emplois, les services (notamment les commerces) et les transports. Selon les pays, la banlieue représente des portions plus ou moins importantes de l’espace national et regroupe un pourcentage très variable de la population totale. […] »

Dans les faits, le terme « banlieue » est systématiquement ou presque, utilisé pour décrire des lieux pas très bien déterminés – pour ne pas dire fantasmés – situés en périphérie de grandes villes, « territoires » à la fois très proches géographiquement et très loin des préoccupations du reste du pays (sauf quand il s’agit de sécurité) et correspond un poil plus à la définition sociologique donnée par cette même encyclopédie :


Citation :
« En France, la fonction résidentielle de la banlieue procède, pour une majorité de personnes, plus d’une nécessité que d’un choix. Le choix de la banlieue dite « résidentielle », avec la connotation valorisante pour le cadre de vie qui est alors attachée à ce mot, est réservé aux familles aisées.

En revanche, la banlieue est une nécessité pour les familles qui soit ont été chassées du centre-ville de l’agglomération par le coût de l’immobilier, soit sont issues de l’exode rural ou de l’immigration et disposent de revenus insuffisants pour vivre dans le centre-ville. C’est au sein de cette masse d’habitants, répartis dans environ 700 « ghettos urbains » à la périphérie des grandes agglomérations, qu’est né le « mal des banlieues » aux facteurs multiples : économiques, sociologiques et politiques.

Les facteurs économiques tiennent à la précarité que ressentent les familles frappées par le chômage, et qui sont parfois menacées d’expulsion. La conséquence en est la prolifération des petits métiers ou plus gravement des trafics en tout genre, ainsi que le nombre élevé d’enfants en échec scolaire (malgré la politique des Z.E.P.) : tous les ans, plus de 160 000 d’entre eux sortent du système scolaire sans formation, et sept jeunes sur dix issus de l’immigration sont exclus du marché du travail.

Les facteurs sociologiques résultent des précédents. Ils se mesurent à la concentration dans les banlieues dites « difficiles » de populations qui sont autant de ferments d’insécurité (culminant dans les zones de non-droit), de repli identitaire, éventuellement de racisme en acte, et de dissolution du lien parental et familial.

Les facteurs politiques sont flagrants. L’urbanisme qui a délaissé le « pavillon de banlieue » au profit d’un habitat locatif en cité est devenu la source de multiples nuisances. Le sous-équipement en locaux à usage collectif ne saurait partout être compensé par l’action d’associations cependant nombreuses.

Dans ces conditions, les familles qui le peuvent quittent la banlieue – notamment les retraités qui ont une région d’origine –, en rompant cette fois le lien social.

Le mal des banlieues a pour corollaire la montée des actes de violence, en principe épars, prenant pour cibles tant les personnes que les biens privés et publics. Les émeutes urbaines de l’automne 2005 leur ont donné un caractère massif non seulement en région parisienne, où celles-ci sont apparues, mais sur l’ensemble du territoire français. »

Pourtant, pour être honnête, je trouve cette définition peu claire voire très superficielle. Quelles sont les « nuisances » évoquées ? Qui sont les auteurs et les victimes des actes de « racisme en acte » ? Pourquoi le racisme institutionnel n’est-il pas évoqué d’ailleurs ?

Cette définition succincte contient un des aspect problématiques que je souhaite analyser dans cet article.

Ceci étant dit, je tends à préférer cette analyse de l’Encyclopædia Universalis en ligne :


Citation :
« La représentation négative des banlieues, qui a en France une histoire propre, s’est particulièrement durcie et cristallisée au cours de la longue crise sociale du dernier quart du XXe siècle durant laquelle l’image de la « banlieue » s’est réduite quasi exclusivement à celle des « cités », « quartiers de relégation », « quartiers défavorisés » ou « quartiers sensibles ». Annie Fourcaut, historienne reconnue de la banlieue parisienne, évoquait ainsi la banlieue : « À l’inverse du cas nord-américain où l’idéal banlieusard, utopie non collectiviste basée sur la primauté de la propriété privée et de la famille individuelle constituée depuis la fin du XIXe siècle, règne sur l’esprit des classes moyennes, la banlieue reste [en France] trop souvent synonyme d’espace de résidence et de travail populaires, voire d’exclusion. Qu’aient toujours existé des banlieues aisées et diverses, que la résidence en périphérie soit le plus souvent une conquête ou un choix ne modifient qu’à la marge les représentations dominantes. »

Nul doute que ce constat n’ait pris encore plus de force après les trois semaines d’« émeutes urbaines » de novembre 2005 qui ont fait connaître au monde entier la situation, socialement explosive, des banlieues françaises. Aujourd’hui, sa caractéristique principale est de cumuler une série de handicaps économiques (faible niveau des revenus, fort taux de chômage, proportion élevée de RMIstes) et sociaux (échec scolaire, poids des familles monoparentales, délinquance juvénile). Une autre de ses caractéristiques, non moins importante, est qu’elle apparaît de plus en plus, à travers les jeunes qui y habitent, comme une menace sociale et comme un lieu qui fait peur.»

Source : Jean BASTIÉ, Stéphane BEAUD, Jean ROBERT, « BANLIEUE  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 mars 2015. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/banlieue/

Et les représentations politico-médiatiques classiques entretiennent cette peur et les clichés pesant sur la banlieue. Rares et chanceuses sont les personnes n’ayant jamais vu, lu ou entendu un reportage sur les dangers de « la banlieue », où l’on risque de se faire agresser à chaque coin de rue et où même la police craint de se rendre.

Pour être claire, j’aimerais faire un état des lieux de ce qu’évoque le terme « banlieue » pour beaucoup :  « la banlieue » est un concentré de tous les stéréotypes qui pèsent sur les pauvres : illes sont sales, fainéants, profiteurs, grossiers et stupides, ont un mode de vie « de sauvage », etc., et sur les étrangers : illes sont sales, refusent de s’intégrer, sont fainéants et profiteurs, sont idiots, sont des « barbares » égorgeant des moutons dans des cages d’escaliers et ne respectant pas les us, coutumes et lois de la France, etc.

Ici grossièrement résumés, les clichés touchant les habitant-es de « banlieue » souvent dite « difficile » ne sont pas les mêmes selon qu’il s’agisse d’hommes, de femmes (d’ailleurs, les LGBT n’existent pas ici il paraît), de noir-es ou de maghrébin-nes, de jeunes ou de personnes plus âgées.

Les jeunes hommes sont souvent dépeints comme affichant une virilité exacerbée et sauvage, comme étant vulgaires, violents, misogynes et antisémites, peu voire pas instruits donc incultes et stupides. Ils sont aussi souvent voire toujours décrits avec des sweats à capuche, le jogging est passé de mode depuis une bonne décennie pour faire place au jean, parlant avec un accent étrange et ponctuant toutes leurs phrases par « wesh », traînant en groupe dans l’espace public, dealant et/ou consommant du cannabis, n’écoutant que du rap, fuyant toute musique savante et harcelant les meufs.

Les femmes de leur côté, sont d’éternelles victimes quand elles ne sont pas elles mêmes délinquantes, bien que cette représentation se fasse rare et soit d’une condescendance, d’un paternalisme et d’un racisme à faire peur.  Ou alors, plutôt que d’être considérées comme des délinquantes, il arrive que ces femmes, mêmes mineures soient considérées comme des ennemies de la République et de la laïcité. Il s’agira là de femmes musulmanes uniquement. Et sauf erreur de ma part, je n’ai jamais entendu parler de femmes noires voilées expulsées d’établissements scolaires ou de lieux de travail.

Quand elles sont victimes, elles le sont souvent des hommes. Elles sont censées subir une interdiction tacite de porter des jupes, au risque de se retrouver prises dans des « tournantes » qui sont d’ailleurs une sorte de rite de passage à l’âge adulte. Plus communément, les « filles de banlieue » sont censées être victimes de la religion. C’est un stéréotype qui touche tout particulièrement les musulmanes, surtout celles originaires du Maghreb : Leurs pères, leurs maris, leurs frères, leurs oncles leur interdisent le port de la jupe et les obligent donc à se voiler, leur interdisent telle ou telle activité, les prive de toute vie sociale afin de les préparer à un mariage forcé au « bled » avec un homme qui a le double de leur âge et qu’elles ne rencontreront que le jour des noces. Concernant les noires, elles risquent en sus d’être excisées, pendant des vacances d’été en famille.

Tout ceci est utilisé sans nuance aucune de la part des pouvoirs public pour justifier la mise en place de tout un arsenal de lois accompagnées de discours toujours plus paternalistes et racistes les unes que les autres. À croire que ces jeunes femmes sont incapables de réfléchir par elles-mêmes, de prendre leurs propres décisions et qu’elles avaient impérativement besoin du sauveur blanc pour les sortir de l’obscurantisme religieux imposé par des proches qui n’en demandaient pas tant. Bien sûr, c’est pour leur bien et si elles ne s’en rendent pas encore compte, elles remercieront les instigateurices de lois les excluant de la société plus tard !

Un petit aparté au passage : les asiatiques ne sont même pas censés vivre en banlieue. Illes ont le 13ème arrondissement de Paris ou Belleville ! De toute façon, les Asiatiques sortent de tous les radars quand il s’agit d’analyse du racisme en France mais ça pourrait être l’objet d’un autre article (que je ne rédigerai pas, n’étant pas moi-même Asiatique).

Dans le genre invisible, il y a aussi les blanc-hes de cette banlieue fantasmée qui – quand on se rend compte de leur existence – sont quasi-systématiquement des victimes de « racisme anti-blanc » endémique dans ces cités-dortoirs.

Je suis moi-même habitante de cette banlieue imaginaire. Du coup, tout ce qui est écrit au dessus m’est on ne peut plus familier.
Mon lieu d’habitation n’est pour beaucoup qu’un lieu où sont concentrés tout ce qui se fait de pire en terme de criminalité, de dangerosité, d’enfreinte aux droits des femmes et de trafics de drogue (cannabis). Je dois en oublier.

Globalement, « la banlieue » est vue de façon très restrictive et essentialisante. Si restrictive qu’il est rare de voir ce mot utilisé au pluriel. Il n’y a qu’une banlieue, que ce soit celle de Paris ou celle de Lyon, ne fait aucune espèce de différence. Toutes les zones périurbaines de France ont un seul et même profil, un seul et unique type de population, un seul et unique niveau et mode de vie.

De fait, certaines villes de banlieue sont exclues de la définition commune de ce qu’est la « banlieue » : forcément pauvre et forcément « étrangère ». Par conséquent, des villes comme Neuilly-sur-Seine, Levallois ou Versailles ne sauraient être qualifiées de villes appartenant à la « banlieue ». De même, la « banlieue pavillonnaire » semble incompatible avec l’image de la « banlieue » tout court telle qu’elle est présentée alors qu’une même ville peut avoir des pavillons et des tours les uns à côtés des autres.

Une dernière remarque avant de conclure : La Seine-Saint-Denis, c’est 40 villes. Or, dans les médias, ce département est réduit à quelques quartiers dits « sensibles ».

Pour résumer, « la banlieue » représente à elle seule tout ce que l’on ne veut pas voir ailleurs. C’est un lieu qui sert d’épouvantail que l’on exhibe dès qu’il s’agit de ne pas parler de certaines problématiques sociales en faisant comme si elles n’existaient nulle part ailleurs. Comme si les viols en réunion n’arrivaient jamais hors des « cités » (et surtout pas dans les sphères de pouvoir), comme si les agressions (surtout les agressions misogynes et antisémites) n’arrivaient jamais ailleurs, comme si le trafic de stupéfiants ne se faisait que dans le 93.

Et comme il s’agit de personnes identifiées comme étrangères ou plus exactement comme non-blanches, les soupçons et accusations allant dans le sens de clichés communément admis envers ces populations prennent d’autant plus facilement que ça flatte l’égo raciste des français-es . Celleux-ci pouvant toujours se rassurer en se disant que : « Nous, français-es, blancs, éduqué-es, civilisé-es, laïques, ne sommes pas comme Eux, Blacks et Beurs sauvages, incultes et communautaristes ».

L’image de la banlieue est donc bien utile pour essentialiser et racialiser les lieux désignés et les personnes y vivant pour les rendre seuls responsables de tout ce que l’on refuse de voir en bas de chez soi, à justifier des lois sécuritaires de plus en plus virulentes et radicales et surtout des discours racistes et empreints de mépris de classe de plus en plus décomplexés.


un petit billet sans prétention, langage de classe et de 'non-race', quand tu nous tient...

CHEZ NOUS, ON DIT LES ARABES Julie Guitare Médiapart 7 mai 2015,

Julie Guitare a écrit:
Les bourgeois ne savent plus comment dire, leur maladresse trahit leur point de vue. Un musulman, un homme d'origine musulmane... l'islam devient une origine ! Mais quand il est philippin, pakistanais ou ouïgour, on ne dit plus musulman...

Dans mon milieu, on dit les arabes. On dit le quartier arabe, une famille arabe, l'épicerie arabe. Avec les arabes, on dit les arabes. Les arabes disent les arabes. Aucun ne vient d'Arabie. Il y a des religieux, des pas religieux, des réacs, des progressistes, des renards, des imbéciles, des saints, des sages, des révoltés, des poètes, des braves gens, des brutes, des bons pères de famille. Si par hasard il est riche, on ne dit plus un arabe. D'ailleurs, il n'habite pas là.

Les jeunes voient plus large, ils disent les rebeus, ça inclut les français d'origine "arabe". Ce n'est pas une nationalité, ce n'est pas une culture, ce n'est pas une religion. On pourrait croire que c'est une race, mais tout le monde sait que les races, ça n'existe pas. C'est un groupe social qu'en langage populaire, on appelle race, comme les manouches. C'est quoi leur point commun, leur caractéristique qui fait qu'on peut les nommer comme groupe, les arabes : c'est l'histoire. Oui, c'est l'histoire qui a fait de cette population (pas peuple) des arabes. On est des arabes parce qu'on a vécu l'histoire des arabes. Ça compte l'histoire. Et quand on ne dit plus les arabes, alors, c'est qu'il y a quelque chose à cacher.




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MessageSujet: Noël Ignatiev sur Steve Frazer conseillé par Lauren Goldner   Mer 20 Mai - 14:11

un book  study
The Age of Acquiescence
The Life and Death of American Resistance to Organized Wealth and Power
By Steve Fraser (Hardcover Book, 2015)

Citation :
A groundbreaking investigation of how and why, from the 18th century to the present day, American resistance to our ruling elites has vanished.From the American Revolution through the Civil Rights movement, Americans have long mobilized against political, social, and economic privilege. Hierarchies based on inheritance, wealth, and political preferment were treated as obnoxious and a threat to democracy. Mass movements envisioned a new world supplanting dog-eat-dog capitalism. But over the last half-century that political will and cultural imagination have vanished. Why?THE AGE OF ACQUIESCENCE seeks to solve that mystery. Steve Fraser's account of national transformation brilliantly examines the rise of American capitalism, the visionary attempts to protect the democratic commonwealth, and the great surrender to today's delusional fables of freedom and the politics of fear. Effervescent and razorsharp, THE AGE OF ACQUIESCENCE will be one of the most provocative and talked-about books of the year. - See more at: http://www.hachettebookgroup.com/titles/steve-fraser/the-age-of-acquiescence/9780316185431/#desc

Review by Loren Goldner, Insurgent Note
Loren Goldner a écrit:
I rarely briefly tout very good books I read but in this case I want to make an exception.

While she is rarely mentioned by name, the book is straight-up Rosa Luxemburg: primitive accumulation and the mass strike. Fraser stirs in fictitious capital for good measure. (He earlier wrote a great book on Sidney Hillman, the “labor statesman” of the garment workers.)

Part I is a survey of class struggle in the United States from the American Revolution to end of the 1960s, emphasizing both the violence brought to bear against American workers (more than in any other “advanced capitalist” country) and the largely-forgotten extent to which these struggles (from 1877 to 1919 above all) scared the wits out of the American ruling class. I know of no comparable survey anywhere.

This is contrasted in Part II with the “auto-cannibalization” of the system starting around 1970, and the resulting “erasure” of the memories of the earlier period and of much of the productive economy.

The book was completed in the fall of 2013, so it does not deal with Ferguson, Black Lives Matter, and more recently Baltimore. Nonetheless it is a relentless account of the reactionary rollback that set in around the early 1970s, and which may perhaps be ending now, perhaps not. Once again, I know of no comparable account of the “Great Glaciation” (as I call it) during which thousands of factories closed, the prison population rose to at least 2 percent of the population (those awaiting trial, those in jail, and those on parole), income disparity soared, and social services (never great at their best) were gutted.

I have tertiary criticisms but they amount to pot shots.

Highly recommended.

suite à la lecture par Lauren Goldner de The Age of Acquiescence The Life and Death of American Resistance to Organized Wealth and Power By Steve Fraser (Hardcover Book, 2015), voici un commentaire de Noël Ignatiev

Noël Ignatiev est le premier théoricien marxiste américain à s'être penché, dès les années 60, sur la question de la Whiteness, la blanchité - voir sur mon blog classes et blanchité

Noël Ignatiev Insurgents Notes 17 mai 2015

Noël Ignatiev a écrit:
May 17, 2015 at 10:20 am

Thank you for calling my attention to the Fraser book. I do not intend this as a full response, merely some preliminary notes.

You said you have tertiary criticisms of the book. In general I would say Fraser totally misses the impact of white supremacy on the white worker. Perhaps the most flagrant example is in his discussion of the causes of the decline of the unions after WW2: the furthest he goes is a mention in passing that the CIO’s efforts to organize in the South were frustrated by the climate of racism. As you know, I see it differently: to organize in the South would have required a campaign for civil rights (including the right to vote), a direct challenge to the Democratic Party, and conceivably armed self-defense. Such a course would necessarily have entailed a rupture with FDR, whose benevolent neutrality had enabled the CIO to establish itself in Pittsburgh, Detroit, Gary, Akron and Youngstown. The CIO (including the CP) chose not to pursue that course. Its acceptance of the white-supremacist contract was, in my opinion, the key element that conditioned the movement to accept the general policy of class collaboration Fraser documents, whose full results were felt after the War.

He makes the same mistake in dealing with Populism and earlier periods of labor radicalism. Since this is not a formal review, I won’t try and document my assertion, but I think you will see I am right.

You probably agree. The question is the extent to which these faults undermine any positive impact the book might have. You said that you regarded it, in spite of these weaknesses, as a useful corrective for the young radicals who are largely ignorant of the history of class war up to, say, 1919 and even through the CIO period. I disagree: in my view their blindspot, the inability to see great struggle as other than the strivings of “people of color,” is not located in their ignorance: if it were there are plenty of stirring histories of the great labor battles of the past: Labor’s Untold Story, Labor’s Giant Step, Jeremy Brecher’s Strike and others (all of which have their own shortcomings) come to mind. The young people, if they know anything about that history, dismiss it as the dead past because they do not have a class-struggle approach. I don’t think their weakness can be overcome by substituting one blindspot for another.

It may be that I was less impressed by his survey of the great battles of the earlier period because I already know that history. However, his treatment of the present, The Age of Acquiescence exhibits the same shortcoming: after documenting effectively the extent to which ordinary working-class folk have been kicked in the ass by deindustrialization, the only thing he points to as a cause of their failure to respond with anything like the militancy they displayed in the Gilded Age is the spread of consumer culture. To me, two things stand out in the present period: 1) the general acquiescence; and 2) the fact that resistance is limited almost entirely to black youth. Both of these facts cry out for analysis, and his having written the book before Baltimore does not get him off the hook, since there was plenty of indication along those lines before. In my view, a large part of the reason why so many people have failed to resist the ass-kicking is that they imagine that the cutbacks and deterioration of every aspect of life are not directed at them, or if they are they are mainly directed at another group with whom they do not identify; race may not be the all-embracing category it once was, but it isn’t gone either.

voici une traduction par mes soins, j'espère sans trop d'erreurs
Noël Ignatiev a écrit:
Merci d'avoir appelé mon attention sur le livre de Fraser. Je n'entends pas cela comme une réponse complète, simplement quelques notes préliminaires.

Vous avez dit avoir des critiques mineures sur ce livre. En général, je dirais que Fraser manque totalement l'impact de la suprématie blanche sur le travailleur blanc. Peut-être l'exemple le plus flagrant est-il dans sa discussion sur les causes du déclin des syndicats après WW2 [seconde guerre mondiale] : une mention en passant considérant que les efforts du Président en exercice pour organiser dans le Sud ont été frustrés par le climat de racisme.

Comme vous le savez, je le vois différemment : pour organiser dans le Sud aurait requis une campagne pour les droits civiques (y compris le droit de vote), un défi direct au parti démocrate et éventuellement aux groupes armés d'auto-défense. Un tel choix aurait nécessairement entraîné une rupture avec le FDR, dont la neutralité bienveillante a permis au CIO* de s'établir à Pittsburgh, Detroit, Gary, Akron et Youngstown. Le Président en exercice (y compris le CP) a choisi de ne pas poursuivre dans cette voie. Son acceptation du contrat de la suprématie blanche a été, à mon avis, l'élément clé qui a conditionné l'acceptation par le mouvement de la politique générale de collaboration de classe, dont les documents Fraser montrent les conséquences complètes ressenties après la guerre.

* le CIO Congress of Industrial Organizations - Congrès des organisations industrielles est une confédération syndical nord-américaine issue d'une scission de l'AFL en 1938. Elle se réunifie avec l'AFL pour former l'AFL-CIO en 1955.

Il fait la même erreur en traitant de populisme les périodes antérieures du radicalisme ouvrier. Puisqu'il ne s'agit pas ici d'un examen officiel, je ne documente pas mon affirmation, mais je pense que vous verrez que j'ai raison.

Vous serez probablement d'accord. La question est le degré auquel ces failles sapent tout impact positif que le livre pourrait avoir. Vous avez dit que vous le considérez, malgré ces faiblesses, comme un apport utile pour les jeunes radicaux, largement ignorants de l'histoire de la lutte des classes jusqu'à, disons, 1919 et même grâce à la période du CIO. Je suis en désaccord : à mon avis leur angle mort, l'incapacité à voir la grande lutte comme autre que les aspirations des "gens de couleur," n'est pas situé dans leur ignorance : si c'était ça, il y aurait beaucoup à remuer dans l'histoire des luttes du monde du travail : Labor’s Untold Story, Labor’s Giant Step, Jeremy Brecher’s Strike  et d'autres (qui ont tous leurs défauts) viennent à l'esprit. Les jeunes, s'ils savent quelque chose sur cette histoire, le rejettent comme les morts du passé parce qu'ils n'ont pas une approche de la lutte des classes. Je ne pense pas que leur faiblesse puisse être surmontée en substituant un angle mort pour une autre.

C'est peut-être que j'ai été moins impressionné par son enquête sur les grandes batailles de la période antérieure, parce que je connais déjà cette histoire. Cependant, par son traitement du présent, The Age of Acquiescence présente le même inconvénient : après avoir documenter efficacement le niveau auquel la classe ouvrière ordinaire a été expulsé à coups de pieds dans le cul par la désindustrialisation, la seule chose qu'il invoque comme cause de leur incapacité à réagir d'une façon ou d'une autre comme le militantisme qu'ils affichent dans le Gilded Age*, est la propagation de la culture de consommation.

*
Citation :
Le Gilded Age (littéralement « période dorée » ou « âge doré ») parfois traduit « Âge du Toc » en français, est une période de l'histoire des États-Unis d'Amérique, correspondant à la période de prospérité et de reconstruction qui suivit la fin de la guerre de Sécession, et qui s'est étalée entre 1865 et 1901. Cette période englobe ainsi non seulement la Reconstruction, mais aussi la crise de 1873 (Panic of 1873) qui s'acheva en 1877, à une époque où les États-Unis connaissaient une croissance économique, industrielle, et démographique sans précédent. Le Gilded Age fut ainsi marqué par une croissance très importante du chemin de fer, des petites usines, des banques, des mines, et de nombreuses entreprises familiales, croissance qui survint au même moment que l'explosion de la productivité des terres cultivées à l'ouest du Mississippi. Dans le même temps, l'arrivée massive d'immigrés contribua à la diversité ethnique du pays, tout en permettant aux bateaux à vapeur et au train de se développer, et en offrant un afflux important de main d'œuvre rurale.

Le terme de Gilded Age a été inventé par les écrivains américains Mark Twain et Charles Dudley Warner dans leur livre The Gilded Age: A Tale of Today (L'âge d'or, un conte moderne). Mais l'expression apparaissait déjà chez William Shakespeare en 1595 dans Le Roi Jean.

On peut la rapprocher, du moins dans sa première période, à l'expression francophone « Belle Époque ».

Pour moi, deux choses se distinguent dans la période actuelle :

1) l'acquiescement général

2) le fait que la résistance est limitée presque exclusivement à des jeunes Noirs

Ces deux faits vont à l'encontre de l'analyse de Frazer, et d'avoir écrit le livre avant Baltimore ne lui permet pas de s'en tirer, car il y avait beaucoup d'indications en ce sens avant. À mon avis, une grande partie de la raison pour laquelle tant de gens n'ont pas réussi à résister à ces coups (au cul) est qu'ils imaginent que les compressions et la détérioration de tous les aspects de la vie ne les concernent pas eux, ou s'ils le font, qu'ils visent principalement un autre groupe avec lequel ils ne s'identifient pas ; la race ne peut pas être la catégorie globale qu'elle fut autrefois, mais ça ne va pas de soit.
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MessageSujet: 'racisme de classe' en France : structurel, institutionnel et idéologique   Ven 22 Mai - 12:57

déplacement d'un sujet d'ACTUALITÉS

je reprends pour ce sujet le titre d'une rubrique de mon blog le racisme de classe en France : structurel, institutionnel et idéologique

cela nécessite une précision : l'expression racisme de classe renvoie habituellement à un racisme contre la classe ouvrière, le prolétariat, les "travailleurs... qui évoque la formule de Marx « la race des travailleurs »

Marx 1865 a écrit:

Qu'est-ce donc que la valeur de la force de travail ?

Exactement comme celle de toute autre marchandise, sa valeur est déterminée par la quantité de travail nécessaire à sa production. La force de travail d'un homme ne consiste que dans son individualité vivante. Pour pouvoir se développer et entretenir sa vie, il faut qu'il consomme une quantité déterminée de moyens de subsistance. Mais l'individu, comme la machine, s'use, et il faut le remplacer par un autre. Outre la quantité d'objets de nécessité courante dont il a besoin pour sa propre subsistance, il lui faut une autre quantité de ces mêmes denrées de première nécessité pour élever un certain nombre d'enfants qui puissent le remplacer sur le marché du travail et y perpétuer la race des travailleurs. Salaire, prix, et profit, 1865

à ce sens en quelque sorte 'marxiste' de racisme de classe correspond le titre d'un article du Monde Diplomatique de janvier 2015, Islamophobie ou prolophobie ?

dans mon utilisation, racisme de classe veut dire plus que ça : le racisme qui monte en France, aujourd'hui, à l'encontre particulièrement des originaires d'Afrique du Nord ou du Moyen-Orient, Arabes ou Berbères (Kabyles) ou autres, est pour moi foncièrement un racisme de classe. Lui correspond par conséquent prolophobie racialisée, que j'ai proposé ici ou là

cette qualification me semble utile, entre autres parce que l'antisémitisme ne relève pas en France aujourd'hui de ce racisme de classe. L'antisémitisme, ici compris comme racisme anti-Juifs bien qu'ils ne constituent pas une "race", mais une origine religieuse que possèdent une grande diversité de personnes d'origines ethniques différentes; et bien que les Arabes soient aussi des sémites, d'où il ressort que 'islamophobie' n'est pas moins pertinent politiquement qu'antisémitisme, puisque l'usage que correspond pas à l'étymologie

cette affirmation est facile à démontrer, j'y reviendrai si nécessaire, y compris avec des données statistiques, pour autant qu'elles soient faciles à trouver en France, puisqu'elles sont sur ces questions constitutionnellement interdites, de même que le mot "race" a été retiré de la Constitution française récemment, à la demande de François Hollande

je précise qu'ici, racisme structurel signifie qu'il y a une structure historiquement créée du racisme en France, notamment en raison de son passé colonial, mais n'a pas le sens que nous entendons par structure dans le capitalisme, par exemple dans structure de classe... l'exploitation est structurelle du capital... ou encore structure à dominante, formule d'Althusser reprise et reformulée par Stuart Hall concernant le racisme en rapport au capitalisme

j'en reste là pour aujourd'hui, me contentant de liens Google vers racisme en France, actualités, images / Statistiques
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MessageSujet: trois débats à l'anniversaire du PIR   Mer 27 Mai - 19:44

le site du PIR présente trois vidéos des discussions (panels) qui ont eu lieu lors de sa soirée de dixième anniversaire, avec Angela Davis, des associations de femmes, des quartiers, en présence d'Angela Davis

trois panels, trois débats :

- vidéo du panel « Crimes et violences policières, Banlieue »
Citation :
« Ces balles qui ont traversé les corps de nos frères nous traversent collectivement ».

Modéré par Malika Salaün, le premier panel consacré aux crimes et aux violences policières donne la parole à des femmes indigènes qui, pour certaines, ont perdu un fils ou un frère mort entre les mains des policiers. Toutes mènent une lutte sans répit pour dénoncer l’impunité d’une police raciste, protégée et soutenue par l’État.

Une véritable démonstration de force, de courage et de dignité.

Avec Amal Bentounsi, Hanifa Taguelmint , Zohra el Yamni, Sihame Assbague, Hanane Karimi, Casey

- vidéo du panel « Racismes d’État »
Citation :

Négrophobie, rromophobie, islamophobie : face à ces trois racismes institués et organisés à l’échelle de l’État, ces militantes noires, rromes, arabes et musulmanes résistent pour dénoncer les discriminations et les inégalités statutaires que subissent les indigènes en France.

Avec Louisa Yousfi, Vanessa Thompson, Bams, Maboula Soumahoro, Sarah Carmona, Anina Ciuciu, Lila Charef, Ismahane Chouder, Nacira Guénif-Souilamas

- Vidéo du panel « Impérialisme / mémoire et histoire »
Citation :
« Nos destins étaient, sont et seront toujours liés »

Le 3e panel intitulé « Impérialisme, mémoire et histoire » met à l’honneur des femmes indigènes engagées contre les politiques impérialistes, colonialistes et racistes menées afin de préserver les privilèges du monde blanc à l’échelle mondiale : sans-papiers, résistance palestinienne, gestion néocoloniale de l’espace dans les pays anciennement colonisés, mémoire des luttes des Noirs contre l’esclavage, et des Arabes contre la colonisation.

Avec Aya Ramadan, Bahija Benkouka, Soraya el-Kahlaoui, Joby Valente, Françoise Vergès, Mireille Fanon Mendès-France
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MessageSujet: Derrière la tuerie de Charleston, le "suprémacisme blanc" aux Etats-Unis   Dim 21 Juin - 16:19

Derrière la tuerie de Charleston, le "suprémacisme blanc" aux Etats-Unis Huffington Post

Romain Herreros a écrit:
ÉTATS-UNIS - Il souhaitait provoquer une "guerre raciale". Dylann Roof a été incarcéré vendredi 19 juin à Charleston pour avoir commis l'un des plus graves attentats racistes jamais exécuté sur le sol américain. Depuis la tuerie qui a coûté la vie à neuf personnes, des photos provenant du profil Facebook de l'auteur présumé circulent sur le web.

Les symboles qu'il arbore sur un des clichés ne laissent pas de place au doute: le jeune homme de 21 ans est adepte de l'idéologie suprémaciste. Cousus sur le blouson de Dylann Roof, le drapeau de l'Afrique du Sud du temps de l'Apartheid et celui de la Rhodésie avant que celle-ci ne devienne le Zimbabwe, sont des symboles prisés des suprémacistes blancs américains.

Plutôt méconnue en Europe, cette idéologie raciste a marqué l'histoire des États-Unis. Du tristement célèbre Ku Klux Klan à la polémique sur le drapeau confédéré flottant face au Sénat de Caroline du Sud, le point sur ce mouvement perçu par certains spécialistes américains comme une véritable menace pour la sécurité du pays.

930 groupes suprémacistes recensés en 2014

Lorsque l'on parle de groupuscules suprémacistes blancs aux États-Unis, il ne faut pas y voir qu'une poignée de racistes voguant dans le sud des États-Unis en pick-up poussiéreux et décoré du drapeau confédéré. Le groupe "National Alliance" fondé en 1974 par William Luther Pierce, est basé en Virginie occidentale (nord-est) alors que Aryan Nations a vu le jour la même année dans l'Idaho (nord-ouest).

Selon les chiffres du Southern Poverty Law Center publiés en 2014, l'Oncle Sam compte quelque 930 groupuscules suprémacistes sur l'ensemble de son territoire. "La plupart d'entre-eux sont des groupes prônant la suprémacie blanche ou des groupes nationalistes blancs", expliquait Mark Potok au Washington Post, l'un des auteurs de l'étude.

Dans les années 2000, ceux-ci étaient au nombre de 602. On observe donc "une croissance continue et significative ces dernières années", remarquait aussi le spécialiste. Comme le note Jeune Afrique, le premier amendement de la Constitution américaine (qui interdit au Congrès d'adopter des lois limitant la liberté de religion et d'expression) permet à ces groupes d'exister dès lors qu'ils ne violent aucune loi, fussent-ils ouvertement nazis.

"Dans cette mouvance suprémaciste, ce n'est plus le clan qui domine, c'est l'individu. Chacun agit de son côté", indique l'historien et politologue Stéphane François, interrogé par France Info

Idéologie et symboles

Comme leur triste nom l'indique, les suprémacistes blancs pensent que la "race" blanche est naturellement supérieure à toutes les autres. Ce qui, aux États-Unis, se traduit surtout par une haine viscérale envers les noirs et les latinos. Cependant, tous ces groupuscules ne répondent pas des mêmes convictions. Le plus célèbre d'entre eux, le Ku Klux Klan, base son idéologie sur une interprétation biblique et non exclusivement raciale.


"Il y a deux tendances radicales d'extrême droite aux Etats-Unis, résume Stéphane François. La première, c'est la tendance néo-nazi, qui comprend les skinheads. La seconde, c'est celle des suprémacistes blanc, c'est une tendance de confession protestante, un racisme avec un fond chrétien. En tout, on compte environ 100.000 personnes aux Etats-Unis qui adhèrent à une de ces deux tendances. C'est une minorité très agissante"


Si ses membres considèrent que les blancs sont naturellement supérieurs aux noirs, aux arabes et aux asiatiques, ils sont tout autant antisémites et anti-catholiques. Par ailleurs, ils nourrissent un projet politique très libéral, avec très peu "d'ingérence" de l'État fédéral dans les affaires courantes. Évoluant peu à peu du suprémacisme au nationalisme, le Ku Klux Klan pourrait d'ailleurs bientôt ouvrir ses portes aux noirs et aux homosexuels.

Le groupe "Aryan Nations" quant à lui honnit tout ce qui n'est pas blanc et estime par exemple que Jésus n'est pas né juif mais aryen. On retrouve là l'héritage de la mythologie nazie, par ailleurs partagée par d'autres groupuscules ouvertement nostalgiques du IIIe Reich.

Outre ces groupuscules violents qui vouent un culte à la plupart des régimes racistes de l'histoire, existent aussi des organisations nourrissant une réelle ambition politique, flirtant même avec des représentants Républicains. C'est le cas par exemple du think tank "National Policy Institute", classé parmi les groupes suprémacistes par le Southern Poverty Low Center, et dont les leaders tentent de nouer des liens avec l'extrême droite européenne, rapporte Slate.

Le drapeau confédéré, un symbole suprématiste ?

Le débat sur la signification du drapeau confédéré agite depuis des décennies l'Amérique. Pour ses soutiens, il représente le sud et son histoire. Pour ses opposants, la bannière "Stars and bars" est devenue l'emblème des suprémacistes blancs. Et pour cause, du Ku Klux Klan à Dylan Roof, l'étendard sudiste compte parmi les symboles qu'affectionnent les groupuscules suprémacistes. "D’un point de vue historique, le lien entre le drapeau confédéré et le suprémacisme blanc est irréfutable", a expliqué à ABC, l’historien David Goldfield.

Alors, pour quelle raison ce drapeau a été récupéré par les groupuscules racistes ?

La guerre de Sécession de 1861 à 1865 est présentée comme une lutte entre le Nord anti-esclavagiste et le Sud esclavagiste. Mais comme le rappelle 20 Minutes, l'État du Texas expliquait que "la Confédération a été établie par la race blanche […] et que la race africaine est une race inférieure". Pour le vice-président de la Confédération, Alexander Stephens, les choses étaient tout aussi simples. "Le nègre n’est pas l’égal de l’homme blanc et sa subordination par l’esclavage à une race supérieure est sa condition normale et naturelle", écrivait-il.

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MessageSujet: Le Métis » et le Pouvoir Blanc   Mar 23 Juin - 0:18

il y a quelques temps, j'ai déjà montré, à propos du cas Yves Coleman et de Germinal Pinalie, que Franz Fanon avait étudié ce genre de pathologie du "métis"

cette prise de parole d'un métis, membre du Parti des Indigènes de la République, vient à point et de façon plus rigoureuse argumenter dans le même sens


« Le Métis » et le Pouvoir Blanc, Azzedine Benabdellah, membre du PIR, 22 juin 2015


Azzedine Benabdellah a écrit:
Parmi les étendards du Pouvoir Blanc et de ses déclinaisons « antiracistes », il en est un qui ne souffre aucune remise en question: celui des « mariages mixtes », et son corollaire, le métissage. Cette question est la frontière ultime entre les gens du progrès et ceux de la régression. « L’amour » triomphant de « la Haine », détruisant les frontières raciales, existe-t-il plus belle image, plus beau remède à toutes les dominations? Cette belle image, il faut pourtant la piétiner, n’en déplaise à Serge Halimi[1]. Celui qui ose le faire ne peut être, à coup sûr, qu’un ennemi de l’humanité vraie, un partisan du « séparatisme racial », un raciste, un vrai.

Les Blancs aiment « l’Amour », tout comme ils aiment « la Paix », avec des majuscules et un silence de cathédrale tout autour. Notre silence. Car qui mieux que les non-blancs pour connaitre le véritable visage du sauveur blanc? Derrière sa générosité, derrière son amour, derrière ses lois et sa paix universelle, nous connaissons son vrai visage, celui de la domination. Les relations intimes, les corps, les identités, n’échappent pas à la violence des rapports sociaux de race. Le « mariage mixte » et son produit, « le métis », sont le théâtre de cette violence. Et on n’échappe pas d’un rapport de force, on y prend position.

« Le métissage » sert aujourd’hui d’argument pour contrer l’antiracisme matérialiste, une injonction sacrée, une stratégie de défense du pouvoir blanc. Car c’est ce qu’est d’abord le métissage, une stratégie, à double tranchant.


C’est sur cette stratégie qu’il va s’agir ici de se pencher. Et en forme de préambule, il va me falloir introduire mon « je », car cette stratégie me concerne à plus d’un titre. J’aborderai donc ce texte en prenant cette précaution, en forme de concession à nos adversaires : je suis ce qu’ils appellent un métis[2].


Le monstre à deux faces


En tant que métis, le Pouvoir blanc me donne deux visages. À l’image des siens : celui du raciste assumé et celui du blanc universaliste.

Pour le suprématiste blanc assumé, celui que presque plus aucun raciste ne prétend être, celui que les blancs de gauche prétendent encore combattre, je suis, nous sommes la réalisation de la menace sur sa race et sa civilisation. Nous salissons son sang, nous en sommes les preuves vivantes. Nous sommes les éclaireurs d’une armée de bâtards qui va bientôt le submerger, et ouvrir la porte à l’invasion définitive. Quand il nous voit, il pense au rapport qui nous a engendrés, à la femme blanche souillée qui hante ses fantasmes. Face à notre existence, rares sont pourtant les racistes assumés qui sont prêts à encore considérer sérieusement la solution radicale choisie par leurs prédécesseurs des siècles passés, l’interdiction pure et simple des unions interraciales. Ils optent alors pour un discours et une stratégie plus souple, l’arrêt de l’invasion et notre disparition graduelle, à travers l’assimilation et son corollaire nécessaire, le métissage. Ce qui les rapproche, malgré leurs évidentes dénégations à une telle affirmation, de l’autre visage du pouvoir blanc, celui exprimé par les blancs de gauche et leur multiculturalisme de façade.

Pour l’autre visage du pouvoir blanc, son visage dominant aujourd’hui, celui que le blanc de gauche affectionne particulièrement, le discours semble en apparence tout autre. Il aime les étrangers, lui, ils sont ses invités. Mais ce qu’il préfère encore plus ce sont les métis, qu’il aime d’un amour particulier. Nous sommes témoins qu’il aime les étrangers, et que les étrangers l’aiment. Nous sommes la preuve vivante qu’il n’est pas raciste.

Nous sommes ses alliés, et il nous donne une mission. Il nous dit que le métissage est la seule voie vers la disparition du racisme, qu’il est la seule voie vers la réalisation d’une Humanité une et entière. Avec lui, bien sûr. Le métis est l’ « avenir de l’Humanité », « nous serons tous des métis », d’ailleurs « nous sommes tous des métis », n’est-ce pas?

A cette affirmation du blanc, il nous faut d’abord répondre: « Nous ne serons pas tes métis ». Mais ce n’est qu’un point de départ. Voici pourquoi.


Nous sommes des armes


« Le métis » est une catégorie, une arme du pouvoir blanc. C’est lui qui nous définit ainsi, lui qui structure les catégories raciales qui nous font exister en tant que « métis ». Il y a métissage parce qu’il y a races.

Le métissage est un invariant du pouvoir colonial. Partout où il a conquis et pillé, il a jeté ses hommes sur nos mères et tué nos pères. Nous avons été conçus, nous métis, comme les étapes nécessaires vers la totale dissolution des peuples colonisés[3]. Le Pouvoir Blanc a jalonné toutes les étapes de ce processus par des catégories, que nos frères et soeurs noirs connaissent mieux que tous, à travers les catégories du système du colorisme : une infinité de déclinaisons, une échelle hiérarchique écrasante, une course à la blancheur dont le Blanc a défini les règles.

La stratégie coloniale du métissage est également profondément sexualisée. Le colon voyait le métis de père blanc comme la preuve de son pouvoir sur le corps de la femme indigène. Il voulait l’éduquer, lui donner son nom, en faire « quelqu’un », inférieur bien sur, mais quelqu’un. Il voyait au contraire le métis de mère blanche comme une menace, une insulte, un péché. Sur lui planait l’ombre de l’homme indigène. L’homme indigène était l’ennemi, le premier voué à la disparition, l’asservissement, la castration. Dans la plupart des systèmes mis progressivement en place par le colon, la règle était que l’épouse adoptait le statut juridique du mari. Les législations coloniales se présentaient comme un projet d’émancipation des femmes indigènes contre les coutumes de leurs peuples, marquant ainsi dans les pratiques et les imaginaires cette figure des « homme blancs sauvant les femmes brunes des hommes bruns »[4]. Le métissage ne devait se faire que par le haut, vers le blanc, à travers l’homme blanc. L’émancipation passait par sa blancheur à lui, à lui seul. L’inverse n’était pas envisageable au temps de la conquête armée, puis est devenu une menace et un tabou avec l’installation des communautés blanches.

Le métissage, comme tout produit du pouvoir colonial est un phénomène dialectique. Notre existence posait en droit des questions qui ont fait exister un véritable « problème métis », qui a participé à la solidification des catégories juridiques de la race [5]. En même temps que croissait son pouvoir dans les pays conquis, que se multipliaient les fruits de ses unions avec les femmes indigènes, le colon se sentait menacé. Et si les règles que l’homme blanc avait patiemment mises en place n’étaient plus respectées ? Si sa femme, ses filles lui échappaient? Si l’homme indigène, asservi au fond de ses mines, prenait sa revanche ? Et si ces femmes indigènes, si dociles, détournaient ses enfants de sa blancheur ? Cette crainte a commencé à se graver dans son esprit et à peupler son imaginaire le plus sombre.

Alors le colon s’est barricadé. Dans son camp retranché en terre conquise, pour commencer. Il en vint en plusieurs endroits à créer des barrières sociales et juridiques pour empêcher l’union entre un homme indigène et une femme européenne[6], voire toute forme d’union interraciale[7]. Il en venait à douter de sa supériorité virile, à ne plus croire à son propre discours. Il se demandait si ces populations qu’il avait créées n’allaient pas le faire disparaître, lui. Et c’est ce qui se produisait. Ses « enfants » retrouvaient leurs peuples, détournaient ses ressources et ses armes dans la lutte contre le colonisateur. Le métis tuait le père blanc.

Le colon rentra donc chez lui, dans ses frontières, après cette humiliante défaite. Et le Pouvoir Blanc changea de visage, de discours et de méthode, ouvrant cette nouvelle ère désignée trop vite comme « post-coloniale », l’ère de la contre-révolution coloniale. Car la lutte de la puissance indigène continuait, tout comme celle du pouvoir blanc pour le maintien de sa domination. Il mit en place alors de nouveaux mécanismes de domination à l’extérieur, et de nouvelles barrières à l’intérieur. Il rendit tabou le mot « race » qu’il avait inventé, invoqua des sociétés multiculturelles à l’intérieur de ses frontières. A nouveau, il voulut faire de nous, métis, les modèles de son projet pour l’ensemble des indigènes, celui de leur assimilation, de leur dissolution dans son modèle de « civilisation ».


Le Début de leur Fin


Le Blanc veut toujours faire de nous ses premières lignes. Il nous veut près de lui et à son service. Contre les nôtres, nous sommes les meilleurs de ses « évolués ». Parmi les siens, nous sommes les pires de ses bâtards. Il nous donne des privilèges sur nos peuples, nous cite en exemple, nous donne de bonnes notes. Mais ce privilège est conditionné à deux choses, se démarquer des nôtres, et ne pas prendre sa place à lui.

Il nous préfère, nous répète que nous sommes différents. Il dit que nous sommes ses pupilles, que nous sommes des orphelins de nos peuples, qu’il nous protègera de la violence qu’il leur attribue. Combien de fois ne nous répète-t-il pas que nous sommes menacés par « l’essentialisme » des luttes des nôtres ? Quand la puissance indigène lui oppose son « Nous », quand elle dit « race », le Blanc répond « le métis ». Il veut faire de nous des traîtres à la race. Nous sommes l’argument ultime et le bouclier humain qu’il oppose à la puissance indigène.

Le métissage est une violence continuelle. Le dictionnaire de l’homme blanc nous dit que nous sommes deux moitiés égales. Ses philosophes et ses laquais nous serinent de nous accepter « tels que nous sommes », d’être des individus singulier, c’est à dire seuls. Nos corps et nos esprits sont le lieu d’un combat intérieur, d’un apartheid qui traverse nos corps et nos esprits de part en part. Nous n’avons pas « le choix » entre deux parts égales que nous devrions accorder. En nous se confrontent un dominant et un dominé, qui sont le moteur de notre devenir identitaire. Mais nous ne sommes pas singuliers, pas distincts des nôtres, nous sommes au centre d’un rapport de force racial dont nous ne sommes pas les seuls sujets. Nous sommes simplement aux avant-postes d’une lutte que tous les indigènes vivent, la lutte des races sociales.

Cette lutte est en nous. Mais nous ne sommes pas seuls. L’assimilation à laquelle le pouvoir blanc veut contraindre tous les indigènes, nous la connaissons intimement. Nous ne sommes pas métis, c’est le Pouvoir Blanc qui nous fait, c’est l’ordre racial qui nous fait exister en tant que tels. Du plus « visiblement » métissé au plus « white passing »[8], nous sommes des Indigènes, nous sommes des non-blancs. Cette identité métisse construite par le blanc ne peut être statique, elle est un rapport de force entre les deux pôles de la lutte pour le pouvoir. Le Pouvoir blanc nous impose le devenir blanc, nous impose notre propre dissolution. Il est la seule source de ce que ses philosophes appellent notre « crise identitaire ». Oui, nous devons être nous-mêmes, nous ne sommes pas des potentialités. Dire ce que nous sommes, c’est dire « Je suis Noir », c’est dire « Je suis Arabe », dire « Je suis Indigène ». C’est prendre le parti de nous-mêmes. La Puissance Indigène est l’expression de ce que nous sommes, de notre lutte pour être ce que nous sommes. Il faut rejeter cette séparation de l’être et du devenir. L’être est un devenir continuel. C’est dans le seul rapport de force racial, dans la seule confrontation avec le Pouvoir Blanc, que nous pourrons réellement devenir ce que nous sommes déjà, le début de sa fin.

« Entre le Blanc et moi, il y a irrémédiablement un rapport de transcendance. Mais on a oublié la constance de mon amour. Je me définis comme tension absolue d’ouverture. Et je prends cette négritude et, les larmes aux yeux, j’en reconstitue le mécanisme. Ce qui avait été mis en pièces est par mes mains, lianes intuitives, rebâti, édifié. Plus violente retentit ma clameur : je suis un nègre, je suis un nègre, je suis un nègre… » Frantz Fanon, « Peau noire, masque blanc »



Azzedine Benabdellah, membre du PIR



Notes

[1] Dans son article publié dans le Monde Diplomatique de mai 2015, Serge Halimi accuse le PIR d’œuvrer à « la division permanente des catégories populaires », au « séparatisme racial ou religieux », et au « choc des civilisations », en se basant sur une version tronquée des réponses de Houria Bouteldja à une série de questions sur les mariages mixtes. Voir « Comment échapper à la confusion politique« , Le Monde Diplomatique, mai 2015

[2] Au plus fort de la période coloniale, « métis » désignait un type spécifique de métissage, parmi d’autres, avec de fortes variations selon les contextes, les époques et les empires. Aujourd’hui ce terme est devenu le terme générique pour nous désigner, et c’est dans ce sens qu’il est employé ici.

[3] Selon les contextes et les époques, cette stratégie est allée de la pure et simple disparition des peuples à l’encadrement des sociétés coloniales par les « évolués ».

[4] Selon la formule exprimée par Gayatri SPIVAK, « Can the Subaltern speak?« , 1988

[5] Le droit colonial face aux enfants métis

[6] Des projets de loi en ce sens furent déposés pour de nombreuses colonies, à l’instar de Madagascar

[7] Comme ce fut le cas en Afrique du Sud à partir de 1949

[8] Un indigène pouvant « passer pour blanc ». Voir l’excellent article de Dante Ibrahim Matta

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MessageSujet: entre esclavage et salariat...   Jeu 9 Juil - 22:01


il existe une frontière conceptuelle entre l'esclavage et le salariat, entre l'esclave entièrement propriété du maître et "l'homme libre" qui passe un contrat (de travail" avec un patron, pour lui vendre contre salaire sa force de travail, un temps payé, un temps pour produire la plus-value, qui deviendra valeur, profit, etc.

mais cette frontière n'est pas toujours stricte dans la réalité, pas plus à l'époque de la fin de l'esclavage qu'aujourd'hui, avec des contrat qui tendent à y retourner (disponibilité sans horaires, par exemple dans les contrat une heure en Angleterre)


retrouvé dans mes notes...

Les habits neufs de l’esclavage. Métamorphoses de l’oppression au travail, Roger BOTTE, 2005, Cahiers d'Etudes africaines, Editions EHESS


Roger Botte a écrit:
Antilles françaises : Ainsi naquit le chômage, puis il se développa... INSEE, 1995 « En 1950, un peu plus d’un siècle après l’abolition de l’esclavage, se déclarer au travail est la règle. On répugne à se considérer comme chômeur. Quarante ans après, le chômage est une réalité tangible. Il s’est institutionnalisé et sa perception, comme celle de l'emploi, a changé (...)

Napoléon III crée, en 1852, un régime d'obligation au travail plus proche de l'esclavage que du salariat. La règle est l'engagement, pour au moins un an; l'engagé reçoit un lopin de terre et une case, ce qui accroît sa dépendance vis-à-vis de son patron. Il fournit une prestation en travail contre une rémunération qui peut prendre des formes diverses. Il doit être muni d'un livret qui doit être visé tous les mois par le patron. Le passeport intérieur permet de compléter le dispositif, en permettant aux autorités de suivre les déplacements de tous (sauf les notables, semble-t-il).

Tout individu sans livret ni passeport [autrement dit aujourd'hui 'sans papiers'] et sans preuve d'un travail pour son propre compte est considéré comme vagabond ['irrégulier']. Il est passible d'amendes, payables en journées de travail. Selon Jean-Adélaïde Merlande « la situation potentielle de vagabondage (pas de moyen de subsistance, pas de métier ni professions habituels) crée en quelque sorte l'obligation pour échapper à la répression de vagabondage l'obligation de contracter un engagement de travail ».

Dans ces conditions, le travail est coercitif. Le travail pour autrui est synonyme d'assujettissement, mais est un mal nécessaire si on veut échapper au délit de vagabondage ».
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MessageSujet: Islam et « esclavage » ou l’impossible « négritude » des Africains musulmans   Jeu 9 Juil - 22:09


Islam et « esclavage » ou l’impossible « négritude » des Africains musulmans AfriCultures

L’islamisation de l’Afrique subsaharienne s’est accompagnée d’une entreprise massive d’asservissement des païens. Cet esclavage musulman et la traite « orientale » qu’il a impliquée demeurent refoulés par les Africains comme par les Occidentaux. L’Historien Jean Schmitz revient sur les raisons de ce silence et éclaire sa portée : de l’Afrique de l’Ouest aux banlieues françaises en passant par le Maghreb.


Jean Schmitz a écrit:
On voudrait mettre en rapport la stratégie de visibilité d’une minorité « noire » en France regroupant Africains et Antillais avec la création du Conseil représentatif des associations noires (CRAN) à la fin 2005 (Ndiaye 2005), construite à partir de la mémoire de l’esclavage, et le relatif silence des immigrés musulmans originaires d’Afrique de l’Ouest à cet endroit.

Symétriquement, on est frappé par l’absence de recours à la rhétorique islamiste par les mêmes jeunes « blacks » des cités durant l’incendie des banlieues de novembre 2005. Nous voudrions montrer que le « grand récit » mettant en continuité l’esclavage, la colonisation, l’émigration et la discrimination à l’embauche permet le retournement de la stigmatisation liée à la couleur de la peau dans la mesure où il se situe à l’intérieur d’une sphère occidentale et chrétienne (non confessionnelle), comme l’ont fait dans les années 1930 Léopold Sédar Senghor (Vaillant 2006) et Aimé Césaire, puis après 1945 Alioune Diop (Jules Rosette 1992) et Frantz Fanon. À l’inverse, nous tentons ici de montrer qu’une telle opération, dont nous ne pouvons développer les conditions, est difficilement possible dans la sphère musulmane, sinon au prix de malentendus débouchant sur des violences et cela pour deux raisons principales.

L’esclave est défini comme non musulman

En Afrique de l’Ouest, au sens large incluant le Sahara et le Sahel, « l’esclavage » et la « négritude » ont moins une valeur « ethnique » ou raciale que morale et religieuse, en l’occurrence islamique car liée à la doctrine du jihâd : l’obligation étant faite à tout croyant de mener la guerre sainte afin d’asservir les païens, l’esclave est défini comme non musulman. À partir du moment où l’Afrique (Côte d’Afrique de l’Est et Afrique subsaharienne) devint la principale zone pourvoyeuse d’esclaves de la traite orientale, la négritude devint synonyme de servitude (Lewis 1993) et corrélativement la noirceur de la peau fut associée à un déni d’islam.

On assiste aujourd’hui à la réactualisation des violences culturelles et sociales induites par ces assimilations, autant au Maghreb qu’en Occident. D’une part, la politique d’externalisation et de délégation aux États du Maghreb du contrôle des migrations des Subsahariens menée par les États européens, met en lumière l’attribution du qualificatif « d’esclaves », ‘abid (sg. ‘abd) à ces derniers (Aouad-Badoual 2004), comme en Libye et ce depuis plusieurs années (Bensaad 2005).

D’autre part le même sobriquet « d’esclave » utilisé à l’endroit des migrants africains musulmans dans les cités et les banlieues de France n’est pas seulement une métaphore puisqu’il légitime la réticence des Maghrébins à voir des mosquées dirigées par des Africains ou à prier derrière un imam noir (Diop et Michalak 1996, Diouf 2002, Soares 2004). C’est un des principaux éléments permettant de comprendre la très faible représentation de l’Islam africain aussi bien au niveau politique du Conseil français des musulmans de France (CFCM) qu’au sein de l’espace public en France (rassemblement religieux, lieux de prière, mosquées...) et plus largement l’impossible identification à une « umma » [1] imaginaire, à la fois gage de moralisation mais aussi terreau de l’islamisme radical et du jihâd d’Al Qa‘ida (Mohammad-Arif et Schmitz 2006).

Islamisation et mise en esclavage des païens

Ce déni d’islam, qui procède de l’impact du réformisme musulman et du nationalisme arabe du XXe siècle au Maghreb, réduit à néant la longue et vénérable entreprise intellectuelle et religieuse des savants musulmans africains qui s’appliquèrent à déconnecter la couleur de la peau de l’islam. Instaurant une distance critique par rapport à « l’ethnographie arabe » dualiste reposant sur le couple bîdân (Blanc) / sûdân (Noir) et assimilant ce dernier à un païen ou idolâtre (kafir), un savant de Tombouctou pris par les Marocains avant d’être libéré, Ahmed Baba (1556-1627), élabora une « ethnographie religieuse » (Robinson 2004) distinguant, à l’intérieur des Noirs, les musulmans des païens, et corrélativement interdisant la capture d’esclaves parmi les premiers mais l’autorisant parmi les seconds.

Cette distinction fut lourde de conséquences puisque près de deux siècles après, elle fut au fondement des jihâd des XVIIIe et XIXe siècles dont les plus importants furent celui de Sokoto (Nord du Nigeria actuel) mené par Uthman dan Fodio vers 1810 et d’al-Hâjj Umar au Mali au milieu du XIXe siècle (Robinson 1988, Schmitz 2006). La création de cet archipel d’États musulmans qui s’égrenèrent du Sénégal à l’Ouest jusqu’au Nigeria et au Cameroun à l’Est fut un phénomène à double face. Car la lutte contre la mise en esclavage et la traite atlantique au nom de l’interdiction de capture d’un musulman fut à la fois le moteur de l’islamisation (Diouf 1998), en créant des États qui étaient autant de zones refuges, et simultanément la légitimation d’une entreprise massive d’asservissement des païens situés plus au sud du Sahel, en Guinée, Mali, Burkina, Cameroun.

En effet, ces guerres saintes inaugurèrent des traites et des mises au travail des esclaves au sein de plantations internes à l’Afrique, (Meillassoux 1986, Lovejoy 2002, 2004, Pétré-Grenouilleau 2004) ainsi que des opérations de colonisation au nom de l’islam, ces dernières se poursuivant sous des formes pacifiques jusqu’à aujourd’hui (Schmitz 2006). Avant de poursuivre, mesurons l’importance de cette reconfiguration comportant deux facettes de l’identification entre la couleur de peau, l’élément médian et l’islam d’une part, la catégorie servile d’autre part.

Des musulmans ouest-africains se qualifient de « Blancs »

Premièrement, le dualisme blanc-noir fut réservé à la sphère religieuse et à celle du caractère de la personne, la blancheur du « cœur », siège de l’intelligence et de la volonté étant opposée à la noirceur de la dissimulation (Taine Cheikh 1986). Aussi les musulmans d’Afrique de l’Ouest (Soninke, Peuls / FulBe / Fulani) se qualifièrent-ils de « Blancs » (du point de vue religieux) au grand étonnement des voyageurs occidentaux du début du XIXe siècle qui pratiquaient une observation de type « sensualiste » assurant le passage du physique au moral. Ces derniers étaient en quête de « races » identifiées et mesurées au nom du paradigme naturaliste de « l’anthropologie » (physique) (Broca). Ne pouvant expliquer la présence de Blancs parmi les Noirs, ils inventèrent des migrations en provenance de l’Orient (Robinson 1988, Botte & Schmitz 1994).

En second lieu se répandit particulièrement au Sahara et au Sahel une ethnographie ou une raciologie non pas dualiste mais comportant trois termes, en ajoutant au couple Blancs / Noirs, celui de Blancs / Rouges (ou d’autres termes de couleur) décliné en arabe ou en Tamasheq (berbère des Twaregs) (Lewis 1993). Les « Rouges » servaient à qualifier les nobles au statut ambigu, comme les Haratîn du Sahara occidental (Mauritanie, Maroc), affranchis ou descendants d’esclaves « noirs » mais musulmans et « arabophones ». Échappe également au dualisme l’appellation des Noirs musulmans de Mauritanie qui ne sont pas désignés en arabe hassaniyya par l’antonyme de Blancs (bidân), sûdân - réservé aux ‘abd et Haratîn - mais par le terme kwâr désignant la couleur vert foncée d’origine tamasheq (Taine Cheikh 1986).

Enfin, le dualisme moral fut affecté à ces catégories ambiguës. En effet, les esclaves ou affranchis compris dans cette zone du Sahara et du Sahel sont moins stigmatisés par rapport à leur couleur de peau que pour leur absence de vergogne ou de sens moral (Klein 2005). Cela renvoie à des codes de l’honneur et de la générosité transmis par la généalogie (Botte 2000), qui sont des lieux communs des sociétés des milieux arides ou désertiques et non des sociétés musulmanes à proprement parler, ces dernières valorisant l’aumône et le don pour recevoir la bénédiction. Aussi l’islamisation de ces catégories qu’on rencontre aussi bien au Nord qu’au Sud du Sahara ne suffit pas à les émanciper.

Une sous-estimation de la traite « arabe »

Cette déconnexion entre couleur de peau, islam et esclavage et le dépassement du dualisme Blanc-Noir par une ethnographie à trois termes n’ont duré qu’un temps et ont été limités à Afrique de l’Ouest, à la fois par la raciologie occidentale et par l’arabisation qui a remis en pratique « l’ethnographie arabe ».

Le dualisme Noirs / Blancs, construit aux États-Unis par des dispositifs à fabriquer de la race (race making institutions) que sont après l’esclavage, l’hyper ghetto et l’incarcération de masse des Afro-américains (Wacquant 2005), a dominé l’interprétation des violences qui opposèrent Sahariens (bîdân donc blancs) et Sahéliens (noirs, négro-mauritaniens...) au cours des années 1990 : « événements sénégalo-mauritaniens » de 1989 jusqu’à 1992 assimilés au conflit du sud Soudan (Bullard 2005) et rébellion puis chasse aux Twaregs au nord du Mali entre de 1990-1996 (Maiga 1997).

Au Proche-Orient comme au Maghreb, cette construction a été recouverte par le nationalisme arabe dont l’islamisme est un héritier et qui pratiqua une « politique du passé » à deux volets. En effet, la mise entre parenthèses de la traite à la fois « orientale » (océan indien et Maghreb) et interne à l’Afrique au profit d’une attention quasi exclusive à la traite atlantique était la condition de la fusion des victimes, « Arabes » et Subsahariens.

La reconnaissance de la traite (principalement atlantique) et de l’esclavage comme crime contre l’humanité a été reconnue par une loi française proposée par Christiane Taubira, députée de la Guyane et promulguée le 21 mai 2001. De même, une telle reconnaissance, quoique moins nette, a été opérée à la conférence de Durban (Afrique du Sud) contre le racisme et la discrimination raciale... en septembre 2001. Dans les deux cas, on a assisté à une sous-estimation de la traite orientale ou « arabe ». Le second événement nous semble le plus révélateur. Précédant le 11 septembre, les conférenciers réunis à Durban ont réussi à faire passer au premier plan des « victimes » contemporaines de l’Occident, non plus les Africains, l’apartheid étant supprimé et l’esclavage étant renvoyé au passé, mais les « Arabes » à travers les figures des Afghans ou des Palestiniens.

Au centre de l’opération, mentionnons l’action menée depuis le début des années 1990 par un groupe de pression, le Group of Eminent Person ayant à sa tête deux historiens, J. F. Ade Ajayi et un politologue américain d’origine kenyane, Ali Mazrui, qui arguèrent de la traite atlantique pour demander des « réparations » en décembre 2002 au colloque de l’African Studies Association (Howard Hassman 2004). Outre l’exclusion de la traite orientale du réquisitoire, les membres du groupe s’appuyaient sur l’absence de caractère racial de la traite musulmane. L’innocence de la traite arabe est un mythe occidental datant du XVIIIe siècle (Lewis 1993 : 50) qui se cristallisa lors de la première abolition de 1792 et de la suppression de la traite. L’euphémisation de l’esclavage, qui prendra le relais, attribue également un caractère bénin à l’esclavage africain alors que l’analyse historique actuelle inverse les termes : au XIXe siècle, le sort des esclaves aux États-Unis est plus enviable que celui de ceux capturés en Afrique mais également des prolétaires en Europe (Botte 2000).

Néanmoins, l’esclavage musulman était différent du chattel slavery occidental - en dehors des « plantations » sahéliennes. Ses deux formes dominantes, l’esclavage domestique et les armées d’esclaves, étant l’occasion d’une réelle mobilité sociale (Robinson 2004). Ce déni de l’esclavage interne sera repris par les Africains proto nationalistes - Senghor, Nyerere, Nkrumah -, mais aussi les ethnologues comme Griaule (Botte 2000) qui construisirent en miroir une civilisation africaine égalitaire et communautaire, en l’absence d’une historiographie consistante sur les jihâd des XVIIIe et XIXe siècles qui n’apparut que dans les années 1970.

Victimes ici, dominants là-bas

Ce déni de l’esclavage africain sera étendu à celui des « Arabes » au nom du nationalisme des indépendances qui récusa l’abolitionnisme chrétien, principal argument de la colonisation. En effet, pour les Occidentaux de la fin du XIXe siècle, le caractère bénin de l’esclavage des musulmans fait place à un abolitionnisme militant véhiculé en Afrique par les missionnaires à travers deux figures dominantes.

David Livingstone, explorateur de l’Afrique du Sud et de l’Est et évangéliste écossais fut le promoteur des « three Cs - Christianity, commerce et civilisation ». Son équivalent français fut Charles Lavigerie, évêque catholique d’Alger et fondateur de l’ordre des Pères Blancs, chargé de mener un combat sans merci contre l’esclavage et le commerce des esclaves de l’Afrique islamique sous forme d’une véritable croisade (1868-1892) à laquelle participa un des fondateurs de l’Africanisme, Maurice Delafosse.

Ainsi, en conclusion, dirions-nous qu’aussi bien en matière d’islam que d’ethnonymie, le qualificatif de couleur fait l’objet de contournements manifestes lorsqu’il est question des Africains de l’Ouest. On parle plus volontiers d’islam africain (D. Robinson 2004) que « d’islam noir » comme dans la première moitié du XXe siècle (Schmitz 1998). Cet évitement signale un ensemble complexe de représentations et de configurations réversibles et formant cascades : les victimes ici sont les dominants là-bas en fonction d’une série de critères également contextuels : maîtrise de la langue arabe, signes visibles de piété musulmane...

Ces phénomènes de « stigmatisation dans la stigmatisation » rendent difficile mais indispensable le « devoir d’histoire » plus que de mémoire (Weil et Dufoix 2005) à l’endroit de ces deux ensembles que l’on a tenté de croiser et qui font l’objet d’une attention renouvelée, surtout dans le monde anglo-saxon : l’islam (Robinson 2004) et l’esclavage (Botte 2000, 2005, Pétré-Grenouilleau 2004, Lovejoy 2004). Afin de rendre justice aux valeurs et à cette économie morale de l’islam qui a permis aux migrants d’Afrique de l’Ouest de garder la tête droite même dans des conditions de vie très difficiles.

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BIBLIOGRAPHIE
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[1] L’umma est la communauté musulmane ou la communauté mondiale des croyants. Elle a un triple sens : communauté mondiale car dispersée de l’Indonésie à l’Afrique de l’Ouest, regroupement unitaire dépassant les divisions sectaires et enfin utopie d’une communauté imaginaire (Anderson) qui dépasse les divisions internes, la guerre civile (la fitna) qui est la grande obsession de l’islam depuis la division chiites / sunnites.
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MessageSujet: Re: 'RACES' et rapports de CLASSES, racisme structurel ou systémique, racisme d'État... (Black Lives Matter...)   Mer 15 Juil - 17:24



importé de décolonialité (et communisation) : introduction, définitions, textes


Race, Colonialité et Eurocentrisme, Race, une catégorie mentale de la modernité
Anibal Quijano

Anibal Quijano - Colonialidad del Poder, Eurocentrismo y America Latina.pdf Traduit de l’espagnol par Hanna bent Yasmina, membre du PIR

Anibal Quijano(born 1928, Yungay) is a Peruvian sociologist and humanist thinker, known for having developed the concept of "coloniality of power".[1] His body of work has been influential in the fields of decolonial studies and critical theory.

CairnInfo a écrit:
Aníbal Quijano, sociologue péruvien qui se consacre depuis longtemps à l’étude des dynamiques socio-historiques du capitalisme en tant que système, innove dans ce genre depuis les années 1990 en soulignant à quel point la colonisation des Amériques a joué un rôle crucial dans la genèse du système-monde moderne, en inaugurant la classification « raciale » des peuples du monde – mode de distinction constitutif de la modernité.




La matrice coloniale (ou « colonialité ») du pouvoir selon Quijano se fonde à ses origines sur quatre piliers :

- l’exploitation de la force de travail,
- la domination ethno-raciale,
- le patriarcat
- le contrôle des formes de subjectivité (ou imposition d’une orientation culturelle eurocentriste)




deux siècles après les indépendances latinoaméricaines, cette matrice reste centrale dans les rapports sociaux. Ici Quijano s’efforce de démontrer l’imbrication des rapports de « race » et de « genre » dans la colonialité du pouvoir
.

Race et colonialité du pouvoir, Mouvements 2007/3 (n° 51)

ce texte (de 2000 sauf erreur), avec ses quatre sous-titre, s'inscrit de plein pied dans les orientations de ce forum, en même temps qu'il confirme une capacité du PIR, par ses nouvelles relations internationales, à ouvrir le champ parfois étroit de son approche "décoloniale"

Le capitalisme : la nouvelle structure du contrôle du travail, Colonialité du pouvoir et capitalisme mondial, Colonialité et eurocentrisme du capitalisme mondial, Nouveau modèle de pouvoir mondial et nouvelle intersubjectivité mondiale

L’idée de race, dans son sens moderne, n’a pas d’histoire connue avant la conquête de l’Amérique par les Européens. A l’origine, elle servait peut-être à désigner une différence de phénotype entre les conquérants et les conquis, mais ce qui importe c’est qu’elle a très vite désigné des différences supposément biologiques entre ces groupes.

La formation de relations sociales fondées sur cette idée a produit en Amérique des identités sociales historiquement nouvelles (indiens, noirs et métis) et en a redéfinit d’autres. Ainsi, des termes comme « espagnols » et « portugais », et plus tard « européens », qui indiquaient jusqu’alors seulement des provenances géographiques ou le pays d’origine, prirent à ce moment-là, en référence à ces nouvelles identités, une connotation raciale. Et dans la mesure où les relations qui se configuraient alors étaient des relations de domination, de telles identités furent associées aux hiérarchies, lieux et rôles sociaux correspondants, comme constitutifs de ces identités qui s’associèrent aussi par conséquent au modèle de domination coloniale qui s’imposait. En d’autres termes, race et identité raciale furent établies comme des instruments de classification sociale basique de la population.


Anibal Quijano a écrit:
Avec le temps, les colonisateurs ont codifié les traits phénotypiques des colonisés en termes de couleur et en firent la caractéristique emblématique de la catégorie raciale. Cette codification a probablement d’abord été établie dans l’aire britanno-américaine. Là, les noirs n’étaient pas seulement les plus exploités mais aussi ceux dont le travail était le socle principal de l’économie. Il était, surtout, la race colonisée la plus importante puisque les indiens ne faisaient pas partie de cette société coloniale. En conséquence, les dominants s’auto-désignèrent comme blancs.

En Amérique, l’idée de race a permis de légitimer les relations de domination imposées par la conquête. La constitution postérieure de l’Europe comme identité nouvelle après la conquête de l’Amérique et l’expansion du colonialisme européen sur le reste du monde, a amené l’européocentrisme épistémologique et, avec, l’élaboration théorique de l’idée de race comme naturalisation de ces relations coloniales de domination entre européens et non européens. Historiquement, cela a signifié un nouveau mode de légitimation d’idées et de pratiques déjà anciennes dans les relations entre inférieurs et supérieurs, entre dominés et dominants. Dès lors, l’idée de race s’est avérée être l’instrument de domination sociale universelle le plus efficace et le plus durable. Par ailleurs, c’est à partir de l’idée de race que s’est reconstruit un autre mode de domination, tout aussi universel et encore plus ancien : la domination entre les sexes ou bien de genre. Comme on plaçait ces peuples conquis dans une position naturelle d’infériorité, on considérait leurs traits phénotypiques et leurs découvertes mentales et culturelles comme inférieures également. De cette façon, la race devint le premier critère fondamental pour répartir la population mondiale dans les rôles, rangs et structures du pouvoir de la nouvelle société. En d’autres termes, la race est devenue le mode basique de classification sociale universelle de la population mondiale.

Le capitalisme : la nouvelle structure du contrôle du travail

D’un autre côté, dans le processus de construction historique de l’Amérique, toutes les formes de contrôle et d’exploitation du travail et de contrôle de la production-appropriation-distribution de produits ont été articulées autour de la relation capital-salaire (capital d’abord) et du marché mondial. On y inclut l’esclavage, la servitude, la petite production marchande, la réciprocité et le salaire. Dans cet assemblage, chacune de ces formes de contrôle du travail n’était pas une simple extension de ses antécédents historiques. Toutes étaient nouvelles du point de vue historique et sociologique. Premièrement, parce qu’on les a établies et organisées dans le but de produire des marchandises pour le marché mondial. Deuxièmement, parce qu’elles n’existaient pas seulement simultanément dans le même espace-temps, mais toutes et chacune articulées au capital et à son marché, et à travers cela articulées entre elles. Elles ont ainsi formé un nouveau modèle global de contrôle du travail, lui-même élément fondamental d’un nouveau modèle de pouvoir, duquel ces formes de contrôle étaient dépendantes historiquement et structurellement, dans leur ensemble, et indépendamment l’une de l’autre. Et cela pas seulement en tant que formes subordonnées à une totalité mais aussi parce que, sans perdre respectivement leur caractère spécifique ni leur lien discontinu avec l’ordre social et entre elles, leur mouvement historique dépendait surtout de leur appartenance à un modèle global de pouvoir. Troisièmement, et comme conséquence du reste, chacune de ces formes, pour venir combler de nouveaux besoins liés à de nouvelles fonctions sociales, a développé de nouvelles caractéristiques et de nouvelles configurations historico-structurelles.

Dans la mesure où cette structure de contrôle du travail, des ressources et des produits consistait en l’articulation conjointe de toutes les formes historiquement connues, on a établi pour la première fois dans l’histoire connue un modèle global de contrôle du travail, de ses ressources et de ses produits. Et dans la mesure où ce modèle se constituait autour et en fonction du capital, son caractère d’ensemble s’établissait aussi avec un caractère capitaliste. De cette façon on a établi une structure de relation de production nouvelle, originale et singulière dans l’expérience historique du monde : le capitalisme mondial.

Colonialité du pouvoir et capitalisme mondial

Les nouvelles identités historiques produites sur la base de l’idée de race ont été associées à la nature des rôles et des lieux de la nouvelle structure globale de contrôle du travail. Ainsi, les deux éléments, race et division du travail, sont restés structurellement associés et se sont mutuellement renforcés, même si leur existence respective était indépendante l’une de l’autre.

Ainsi, on imposa une division raciale systématique du travail. Dans l’aire hispanique, la Couronne de Castille a décidé de mettre fin tôt à l’esclavage des indiens afin d’éviter leur extermination complète. On les mit alors en servage. A ceux qui vivaient dans leurs communautés, on a permis de conserver leurs anciennes pratiques d’échanges de force du travail en-dehors du marché, comme une manière de reproduire leur force de travail en tant que serfs. Dans quelques cas, la noblesse indienne, une toute petite minorité, a échappé à la servitude et a reçu un traitement spécial dû à son rôle d’intermédiaire avec la race dominante. Il lui fut permis d’occuper quelques postes où officiaient les Espagnols n’appartenant pas à la noblesse castillane. En revanche, les noirs ont été réduits en esclavage. Les Espagnols et les Portugais, en tant que race dominante, pouvaient recevoir un salaire, être commerçants, artisans, agriculteurs ou producteurs de marchandises indépendants. Toutefois, seuls les nobles pouvaient occuper de moyens et hauts postes dans l’administration coloniale, civile et militaire.

A partir du 18e siècle, de nombreux métis d’Espagnols et de femmes indiennes, déjà devenus une strate sociale étendue et importante dans la société coloniale, commencèrent à occuper les mêmes fonctions que les ibériques roturiers. Dans une moindre mesure et surtout dans le secteur du service ou pour des activités qui ne requéraient pas de talents ou d’habileté spéciale (la musique par exemple), les plus « blanchis » des métis issus d’unions de femmes noires et d’hommes ibériques ont aussi été intégrés. Mais leur légitimité s’est établie plus lentement car leurs mères étaient esclaves. La répartition raciste du travail à l’intérieur du capitalisme colonial/moderne se maintint tout au long de la période coloniale.

Au fur et à mesure de l’expansion mondiale de la domination coloniale d’une même race dominante – les blancs, et à partir du 18e, les Européens – on a imposé le même critère de classification sociale à l’ensemble de la population mondiale. Par conséquent, on a produit de nouvelles identités historiques et sociales : « jaunes » et « olivâtres » furent de nouveaux termes ajoutés à ceux de blancs, indiens, noirs et métis. On a combiné à cette répartition raciste des identités sociales qui avait fait ses preuves en Amérique Latine, une répartition raciste du travail et des formes d’exploitation du capitalisme colonial. Cela s’est exprimé dans le lien presque exclusif entre blanchité sociale et salaire, associé bien sûr aux postes de commandements de l’administration coloniale. Ainsi, chaque forme de contrôle par le travail a été articulée à une race particulière. Dés lors, le contrôle d’une forme spécifique de travail correspondait au contrôle d’un groupe spécifique de dominés. Une nouvelle technique de domination/exploitation articula si bien race et travail que les deux choses parurent naturellement associées. Et cela a été, jusqu’aujourd’hui, une entreprise couronnée de succès.

Colonialité et eurocentrisme du capitalisme mondial

La position géographique et économique privilégiée que l’Amérique donnait à ces blancs dans le contrôle de l’or, de l’argent et d’autres marchandises produites par le travail gratuit des indiens, noirs et métis leur a permis d’occuper une place décisive dans le trafic du commerce mondial. La progressive monétarisation du marché mondial (stimulée et permise par les métaux précieux et le contrôle de si grandes ressources) a permis à ces blancs de contrôler également le vaste réseau d’échanges commerciaux qui leur préexistait et qui comprenait par-dessus tout la Chine, l’Inde, Ceylan, l’Egypte, la Syrie, les futurs Moyen et Extrême Orients. Cela leur a également permis de concentrer le contrôle du capital commercial, du travail et des ressources de production dans l’ensemble du marché mondial. Et tout cela a été renforcé par la suite grâce à l’extension de la domination coloniale blanche sur la population mondiale. Comme on le sait, ce contrôle du trafic commercial mondial par les groupes dominants (qu’ils fussent nouveaux ou non) dans la zone Atlantique où ils étaient basés, a impulsé un nouveau processus d’urbanisation dans ces lieux et donc un nouveau réseau et une nouvelle échelle d’échanges commerciaux : ces noyaux urbains échangeaient alors entre eux. Ce marché régional croissait grâce à l’afflux de métaux précieux. Une région historiquement nouvelle se constituait comme une nouvelle identité géo-culturelle : l’Europe et plus spécifiquement l’Europe occidentale. Cette nouvelle identité géo-culturelle émergeait comme le siège central de contrôle du marché mondial. Le même mouvement historique produisait aussi le déplacement de l’hégémonie des côtes méditerranéennes et ibériques vers celles de l’Atlantique nord-occidental. Cette centralité dans le nouveau marché mondial ne permet pas d’expliquer en soi pourquoi l’Europe est aussi devenue (jusqu’au 19e siècle et virtuellement jusqu’à la crise mondiale autour des années 1870) le siège central du processus de marchandisation de la force de travail, c’est-à-dire du développement du rapport capital-salaire comme forme spécifique de contrôle du travail, de ses ressources, de ses produits. Cependant, tout le reste des régions et populations intégrées au nouveau marché mondial, colonisées ou en voie de colonisation par les européens, conservaient surtout des relations de travail non salariales bien que, évidemment, ce travail, ces ressources et leurs produits s’inséraient dans une chaîne de transfert de valeur et de bénéfices contrôlée par l’Europe Occidentale. Dans les régions non-européennes, le travail salarié se cantonnait presque exclusivement aux blancs.

Il n’y a rien, ni dans la relation sociale produite par le capitalisme, ni dans les mécanismes du marché mondial ni dans le capitalisme en général, qui implique une nécessité historique de la concentration (non seulement, mais surtout) en Europe du travail salarié, puis plus tard, sur cette même base, de la production industrielle capitaliste pendant plus de deux siècles. Un contrôle européo-occidental du travail salarié de n’importe quel secteur de la population mondiale aurait été tout à fait plausible, comme l’a démontré l’histoire après 1870. Et cela aurait probablement été plus avantageux pour les européens occidentaux. Il faut donc en chercher l’explication dans une autre partie de l’histoire. De fait, dès les débuts de l’Amérique, les futurs européens ont associé le travail non rémunéré ou non salarié aux races dominées, car elles étaient des races inférieures. Le grand génocide des indiens au début de la colonisation n’a pas eu pour cause première la violence de la conquête, ni les maladies transmises par les conquérants mais l’utilisation de ces indiens comme main d’œuvre jetable que l’on forçait à travailler jusqu’à la mort.

La disparition de cette pratique coloniale a été rendue possible par l’échec de la rébellion des encomederos (« commandants d’indiens ») contre la Couronne espagnole au milieu du 16e siècle. La réorganisation politique du colonialisme ibérique qui en a découlé a impliqué une réorganisation de la population des indiens et de leurs relations avec les colons. Mais les indiens ne sont pas pour autant devenus des travailleurs libres et salariés. Ils ont ensuite été assignés à une servitude non rémunérée. Par ailleurs, la servitude des indiens d’Amérique ne peut être simplement comparée au servage féodale européen : la servitude des indiens n’incluait ni protection du seigneur féodal ni lopin de terre à cultiver, en guise de salaire. Surtout dans la période qui précédait l’Indépendance, la reproduction de la force de travail du serf indien se faisait dans les communautés. Même plus de cent ans après l’Indépendance, une part importante des serfs indiens était obligée de reproduire sa force de travail de ses propres moyens. Et l’autre forme de travail non salarié, ou non rémunéré tout simplement, c’est-à-dire le travail esclave, a été exclusivement assigné à la population amenée d’Afrique et appelée noire.

La classification raciale de la population et l’association précoce des nouvelles identités raciales à des formes de travail non rémunéré ont développé chez les européens ou blancs une perception du travail rémunéré comme privilège des blancs. L’infériorité raciale des colonisés les rendait indignes de salaire. Ils étaient naturellement obligés à travailler pour leurs maîtres. Cette attitude n’est pas rare, encore aujourd’hui, chez des propriétaires terriens blancs de n’importe quelle partie du monde. Par ailleurs, le salaire inférieur des races inférieures à travail égal avec les blancs dans les centres du capitalisme actuel ne peut trouver d’explications en dehors de cette classification sociale raciste de la population mondiale. En d’autres termes, elle ne peut s’expliquer séparément de la colonialité du pouvoir capitaliste mondial.

Le contrôle du travail dans cette nouvelle forme de pouvoir mondial s’est constitué en articulant toutes les formes historiques de contrôle du travail à la relation capital-travail salarié, et sous la domination de cette dernière. Mais cette articulation a été constitutivement coloniale, car elle s’est établie d’abord dans le lien entre travail non rémunéré et race colonisée (indiens, noirs, de façon un peu différente les métis puis à d’autres races dans le monde). Elle s’est ensuite établie dans le lien entre travail rémunéré et race colonisatrice : les blancs.

Cette colonialité du contrôle du travail détermina la répartition géographique de chacune des formes intégrées au capitalisme mondial. En d’autres termes, cette colonialité du contrôle du travail a dessiné la géographie sociale du capitalisme : le capital, en tant que relation sociale de contrôle du travail salarié, était l’axe autour duquel s’articulaient toutes les autres formes de contrôle du travail, de ses ressources et de ses produits. Cette relation sociale spécifique se concentrait géographiquement en Europe surtout et socialement entre les européens et tout le monde capitaliste. De cette façon, l’Europe est devenue le centre du monde capitaliste.

Quand Raúl Prebisch a forgé la célèbre image de « centre-périphérie » pour décrire la configuration mondiale du capitalisme après la Seconde Guerre Mondiale il a montré du doigt, consciemment ou pas, le noyau historique du modèle de contrôle du travail, de ses ressources, de ses produits, qui faisait partie du nouveau patron mondial du pouvoir constitué à partir de l’Amérique. Le capitalisme mondial a été, dès le début, colonial/moderne et européocentré. Le concept de « système-monde moderne » principalement développé par Immanuel Wallerstein à partir de Prebisch, ainsi que le concept marxien de capitalisme mondial, ne peuvent être pleinement compris sans les mettre en relation avec ces caractéristiques historiques spécifiques du capitalisme.

Nouveau modèle de pouvoir mondial et nouvelle intersubjectivité mondiale

Grâce à sa condition de centre du capitalisme mondial, l’Europe contrôlait non seulement le marché mondial mais pouvait aussi imposer sa domination coloniale à toutes les régions et populations de la planète en les incorporant au « système-monde » qui se constituait alors, et à son modèle de pouvoir spécifique. Pour de telles régions et populations, cela impliquait un processus de ré-identification historique, l’attribution de nouvelles identités géo-culturelles depuis l’Europe.

De cette façon, après l’Amérique et l’Europe, on a créé l’Afrique, l’Asie et éventuellement l’Océanie. La colonialité de ce nouveau modèle de pouvoir a été sans doute un des déterminants les plus actifs dans la production de ces nouvelles identités. Mais les formes et le niveau de développement politique et culturel, et plus spécifiquement intellectuel, ont aussi joué un rôle important. Sans ces facteurs, la catégorie d’« Orient » n’aurait pas été la seule légitime pour désigner l’Autre, par définition inférieur, de l’Occident, sans qu’un équivalent ne fût forgé pour les indiens et les noirs. Mais cette omission révèle que ces autres facteurs ont aussi joué un rôle dans le modèle raciste de classification sociale universelle de la population mondiale.

L’incorporation d’histoires culturelles si diverses et hétérogènes à un seul monde dominé par l’Europe a signifié pour ce monde une configuration culturelle, intellectuelle, en somme, intersubjective équivalente à l’articulation de toutes les formes de contrôle du travail autour du capital, pour établir le capitalisme mondial. En effet, toutes les expériences, histoires, ressources et produits culturels, ont aussi fini par s’articuler à un seul ordre culturel global, européen ou occidental. En d’autres termes, l’Europe a concentré toutes les formes de contrôle de la subjectivité, de la culture et de la production de connaissances.

Dans ce processus, les colonisateurs ont mené différentes opérations qui révèlent les conditions de production de la configuration d’un nouvel univers de relations intersubjectives de domination entre l’Europe et les autres régions du monde auxquelles on attribuait, au cours du même processus, de nouvelles identités géo-culturelles. Premièrement, ils ont exproprié les populations colonisées – et leurs découvertes culturelles- en prenant ce qui était le plus profitable au développement du capitalisme, et au bénéfice du centre européen. Deuxièmement, ils ont réprimé autant que possible, c’est-à-dire dans des mesures très variables selon les cas, les formes de production de savoir des colonisés, leurs propres modèles de production de sens, leur univers symbolique, leurs modèles d’expression et d’objectivation de la subjectivité. La répression dans ce champ a été, on le sait, très violente, profonde et durable pour les indiens de l’Amérique ibérique qui ont été condamnés au rang de sous-culture de campagne, illettrée, dépossédés de leur héritage intellectuel objectivé. Une chose similaire arriva en Afrique. En Asie, la répression fut bien moindre : une part importante de l’histoire et de l’héritage intellectuel et écrit a pu être préservée. Et ce fut cela, précisément, qui donna son origine à la catégorie « Orient ». Troisièmement, ils ont forcé – dans des mesures variables en fonction des cas ici aussi – les colonisés à apprendre partiellement la culture des dominants tant que cela était utile à la reproduction de la domination, que ce soit dans le champ de l’activité matérielle, la technologie, ou de l’activité subjective, en particulier religieuse. C’est le cas de la religiosité judéo-chrétienne. Tout ce processus accidenté a impliqué une colonisation des perspectives cognitives, des modes de production du sens, de l’imaginaire, de l’univers des relations intersubjectives, de la culture en somme.

Enfin, le succès de l’Europe Occidentale à devenir le centre moderne du système-monde selon la formule appropriée de I. Wallerstein, développa chez les européens un trait commun à tous les dominants coloniaux et impériaux de l’histoire : l’ethnocentrisme. Mais dans le cas européen, ce trait avait un fondement et une justification particulière : la classification raciale de la population du monde établie depuis la conquête de l’Amérique. L’association des deux phénomènes, l’ethnocentrisme colonial et la classification raciale universelle, permet d’expliquer la raison pour laquelle les Européens se sentirent non seulement supérieurs à tous les autres peuples du monde mais, plus précisément, naturellement supérieurs. Ce fait historique s’exprima dans une opération mentale d’une importance fondamentale pour tout le modèle de pouvoir mondial, surtout sur les relations intersubjectives hégémoniques et en particulier les perspectives cognitives : les Européens ont généré une nouvelle perspective temporelle de l’histoire et re-situèrent les peuples colonisés, leurs histoires et leurs cultures, dans le passé d’une trajectoire historique dont le point culminant était l’Europe. Cependant, et cela est notable, ils ne les ont pas placés dans une même ligne de continuité avec les Européens mais dans une catégorie différente, naturellement différente. Les peuples colonisés étaient de races inférieures et – pour cela – antérieures aux Européens.

C’est dans cette perspective que la modernité et la rationalité ont été conçues comme des expériences et des produits exclusivement européens. De ce point de vue, les relations intersubjectives et culturelles entre l’Europe Occidentale et le reste du monde ont été pensées avec de nouvelles catégories : Orient/Occident, primitif/civilisé, magique-mythique/scientifique, irrationnel/rationnel, traditionnel/moderne. En somme, l’Europe et la non-Europe. Et même ainsi, l’Orient a été la seule catégorie digne d’être reconnue comme l’Autre de l’Europe Occidentale. Non pas les « indiens » d’Amérique, ni les « noirs » d’Afrique. Ces derniers étaient simplement « primitifs ». Dans cette relation entre européen-non européen, la race est sans doute la catégorie de base. Cette perspective binaire, dualiste, de connaissance et propre à l’européocentrisme, a imposé son hégémonie mondiale dans le même lit que celui de l’expansion de la domination coloniale européenne sur le monde. Il serait impossible d’expliquer autrement et de façon satisfaisante l’élaboration de l’européocentrisme comme perspective hégémonique de savoir, de la version européocentrée de la modernité et ses deux principaux mythes fondateurs. Le premier mythe fondateur est l’idée-image de l’histoire de la civilisation humaine comme trajectoire qui part d’un état de nature et trouve son aboutissement dans l’Europe. Le deuxième consiste à considérer les différences entre Europe et non-Europe comme des différences de nature (raciale) et non pas comme le résultat d’une histoire du pouvoir. Ces deux mythes peuvent être reconnus, sans équivoque, dans le fondement de l’évolutionnisme et du dualisme, deux des éléments centraux de l’européocentrisme.

Anibal Quijano
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MessageSujet: Re: 'RACES' et rapports de CLASSES, racisme structurel ou systémique, racisme d'État... (Black Lives Matter...)   Mer 15 Juil - 21:27

Racisme d’État et racisme intellectuel Alain Badiou

Article paru le 5 mai 2012 dans Le Monde, sous le titre (de la rédaction) "Le racisme des intellectuels"

Alain Badiou a écrit:
L’importance du vote pour Marine Le Pen accable et surprend bien des gens. On cherche des explications. Le personnel politique y va de sa sociologie portative : la France des gens d’en bas, des provinciaux égarés, des ouvriers, des sous-éduqués, effrayée par la mondialisation, le recul du pouvoir d’achat, la déstructuration des territoires, la présence à leurs portes d’étranges étrangers, veut se replier sur le nationalisme et la xénophobie. C’est déjà du reste cette France « retardataire » qu’on accusait d’avoir voté « non » au référendum sur l’Europe. On l’opposait aux classes moyennes urbaines éduquées et modernes, qui font tout le sel social de notre démocratie bien tempérée.

Disons que cette France d’en bas est quand même, en la circonstance, le baudet de la fable, le pelé et le galeux « populiste » d’où nous vient tout le mal lepéniste. Etrange, au demeurant, cette hargne politico-médiatique contre le « populisme ». Le pouvoir démocratique, dont nous sommes si fiers, serait-il allergique à ce qu’on se soucie du peuple ? C’est l’avis du dit peuple, en tout cas, et de plus en plus. A la question « les responsables politiques se préoccupent-ils de ce que pensent les gens comme vous ? », la réponse entièrement négative « pas du tout » est passée de 15% de l’ensemble en 1978 à 42% en 2010 ! Quant au total des réponses positives (« beaucoup » ou « assez »), il est passé de 35% à 17% (1). La relation entre le peuple et l’Etat n’est pas faite de confiance, c’est le moins qu’on puisse dire.

Faut-il conclure que notre Etat n’a pas le peuple qu’il mérite, et que le sombre vote lepéniste atteste cette insuffisance populaire ? Il faudrait alors, pour renforcer la démocratie, changer le peuple, comme le proposait ironiquement Brecht...

Ma thèse est plutôt que deux autres grands coupables doivent être mis en avant : les responsables successifs du pouvoir d’Etat, de gauche comme de droite, et un ensemble non négligeable d’intellectuels.

En définitive, ce ne sont pas les pauvres de nos provinces qui ont décidé de limiter autant que faire se peut le droit élémentaire d’un ouvrier de ce pays, quelle que soit sa nationalité d’origine, de vivre ici avec sa femme et ses enfants. C’est une ministre socialiste, et tous ceux de droite ensuite qui se sont engouffrés dans la brèche. Ce n’est pas une campagnarde sous-éduquée qui a proclamé en 1983, que les grévistes de Renault – en effet majoritairement algériens ou marocains – étaient des « travailleurs immigrés [...] agités par des groupes religieux et politiques qui se déterminent en fonction de critères ayant peu à voir avec les réalités sociales françaises ». C’est un premier ministre socialiste, bien entendu à la grande joie de ses « ennemis » de la droite. Qui a eu la bonne idée de déclarer que Le Pen posait les vrais problèmes ? Un militant alsacien du Front National ? Non, c’est un premier ministre sous Mitterrand. Ce ne sont pas des sous-développés de l’intérieur qui ont créé les centres de rétention pour y emprisonner, hors de tout droit réel, ceux qu’ils privaient par ailleurs de la possibilité d’acquérir les papiers légaux de leur présence. Ce ne sont pas non plus des banlieusards excédés qui ont ordonné, partout dans le monde, qu’on ne délivre aux gens des visas pour la France qu’au compte-goutte, pendant qu’on fixait ici même des quotas d’expulsions que devait à tout prix réaliser la police. La succession des lois restrictives, attaquant, sous prétexte d’étrangeté, la liberté et l’égalité de millions de gens qui vivent et travaillent ici, n’est pas l’œuvre de « populistes » déchainés. A la manœuvre de ces forfaits légaux, on trouve l’Etat, tout simplement. On trouve tous les gouvernements successifs, dès Mitterrand, et sans répit par la suite. En la matière, et ce ne sont que deux exemples, le socialiste Jospin a fait savoir dès sa venue au pouvoir qu’il n’était pas question d’abolir les lois xénophobes de Pasqua ; le socialiste Hollande fait savoir qu’on ne décidera pas les régularisations de sans-papiers autrement sous lui que sous Sarkozy. La continuité dans cette direction ne fait aucun doute. C’est cet encouragement obstiné de l’Etat dans la vilenie qui façonne l’opinion réactive et racialiste, et non l’inverse.

Je ne crois pas être suspect d’ignorer que Sarkozy et sa clique ont été constamment sur la brèche du racisme culturel, levant haut le drapeau de la « supériorité » de notre chère civilisation occidentale et faisant voter une interminable succession de lois discriminatoires dont la scélératesse nous consterne. Mais enfin, nous ne voyons pas que la gauche se soit levée pour s’y opposer avec la force que demandait un pareil acharnement réactionnaire. Elle a même bien souvent fait savoir qu’elle « comprenait » cette demande de « sécurité », et a voté sans état d’âme des décisions persécutoires flagrantes, comme celles qui tentent d’expulser de l’espace public telle ou telle femme sous le prétexte qu’elle se couvre les cheveux ou enveloppe son corps. Ses candidats annoncent partout qu’ils mèneront une lutte sans merci, non tant contre les prévarications capitalistes et la dictature des budgets ascétiques que contre les ouvriers sans papiers et les mineurs récidivistes, surtout s’ils sont noirs ou arabes. Dans ce domaine, droite et gauche confondues ont piétiné tout principe. Ce fut et c’est, pour ceux qu’on prive de papiers, non l’Etat de droit, mais l’Etat d’exception, l’Etat de non-droit. Ce sont eux qui sont en état d’insécurité, et non les nationaux nantis. S’il fallait, ce qu’à Dieu ne plaise, se résigner à expulser des gens, il serait préférable qu’on choisisse nos gouvernants plutôt que les très respectables ouvriers marocains ou maliens.

Et derrière tout cela, de longue date, depuis plus de vingt ans, qui trouve-t-on ? Qui sont les glorieux inventeurs du « péril islamique », en passe selon eux de désintégrer notre belle société occidentale et française ? Sinon des intellectuels, qui consacrent à cette tâche infâme des éditoriaux enflammés, des livres retors, des « enquêtes » sociologiques truquées ? Est-ce un groupe de retraités provinciaux et d’ouvriers des petites villes désindustrialisées qui a monté patiemment toute cette affaire du « conflit des civilisations », de la défense du « pacte républicain », des menaces sur notre magnifique « laïcité », du « féminisme » outragé par la vie quotidienne des dames arabes ? N’est-il pas fâcheux qu’on cherche des responsables uniquement du côté de la droite extrême – qui en effet tire les marrons du feu – sans jamais mettre à nu la responsabilité écrasante de ceux, bien souvent – disaient-ils – « de gauche », et plus souvent professeurs de « philosophie » que caissières de supermarché, qui ont passionnément soutenu que les arabes et les noirs, notamment les jeunes, corrompaient notre système éducatif, pervertissaient nos banlieues, offensaient nos libertés et outragaient nos femmes ? Ou qu’ils étaient « trop nombreux » dans nos équipes de foot ? Exactement comme on disait naguère des juifs et des « métèques » que par eux la France éternelle était menacée de mort.

Il y a eu, certes, l’apparition de groupuscules fascistes se réclamant de l’Islam. Mais il y a tout aussi bien eu des mouvements fascistes se réclamant de l’occident et du Christ-roi. Cela n’empêche aucun intellectuel islamophobe de vanter à tout bout de champ notre supérieure identité « occidentale » et de parvenir à loger nos admirables « racines chrétiennes » dans le culte d’une laïcité dont Marine Le Pen, devenue une des plus acharnées pratiquantes de ce culte, révèle enfin de quel bois politique il se chauffe.

En vérité, ce sont des intellectuels qui ont inventé la violence antipopulaire, singulièrement dirigée contre les jeunes des grandes villes, qui est le vrai secret de l’islamophobie. Et ce sont les gouvernements, incapables de bâtir une société de paix civile et de justice, qui ont livré les étrangers, et d’abord les ouvriers arabes et leurs familles, en pâture à des clientèles électorales désorientées et craintives. Comme toujours, l’idée, fut-elle criminelle, précède le pouvoir, qui à son tour façonne l’opinion dont il a besoin. L’intellectuel, fut-il déplorable, précède le ministre, qui construit ses suiveurs. Le livre, fut-il à jeter, vient avant l’image propagandiste, laquelle égare au lieu d’instruire. Et trente ans de patients efforts dans l’écriture, l’invective et la compétition électorale sans idée, trouvent leur sinistre récompense dans les consciences fatiguées comme dans le vote moutonnier.
Honte aux gouvernements successifs, qui ont tous rivalisé sur les thèmes conjoints de la sécurité et du « problème immigré », pour que ne soit pas trop visible qu’ils servaient avant tout les intérêts de l’oligarchie économique ! Honte aux intellectuels du néo-racialisme et du nationalisme bouché, qui ont patiemment recouvert le vide laissé dans le peuple par la provisoire éclipse de l’hypothèse communiste d’un manteau d’inepties sur le péril islamique et la ruine de nos « valeurs » ! Ce sont eux qui doivent aujourd’hui rendre des comptes sur l’ascension d’un fascisme rampant dont ils ont encouragé sans relâche le développement mental.

(1) On se reportera, pour cette indication statistique et d’autres d’un très grand intérêt, au numéro hors série de la revue La Pensée titré « Le peuple, la crise et la politique », et réalisé par Guy Michelat et Michel Simon.

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MessageSujet: "Zimbabwe : Mugabe va rendre aux Blancs leurs terres"   Ven 17 Juil - 19:50



Zimbabwe : Mugabe va rendre aux Blancs leurs terres Cheikh Dieng CameroonVoice 15 juillet


Cheikh Dieng a écrit:
Après des années de bataille tendue avec les fermiers blancs propriétaires terriens au Zimbabwe, auxquels il avait confisqué les terres, le gouvernement a finalement décidé de revenir sur sa décision. Ce mercredi 15 juillet, il a annoncer » qu’il rendrait des lopins de terre à leurs propriétaires blancs.

Après plus de 15 ans de confrontations avec la communauté blanche du Zimbabwe, le président Robert Mugabe a décidé qu’il rendrait des propriétés terriennes à leurs propriétaires d’avant, autrement dit les Blancs. Sur cette décision, les dirigeants des 10 provinces dresseront du pays une liste de fermes appartenant à des Blancs qu’ils considèrent comme étant d’une importance stratégique dans leurs districts respectifs.

L’information émane du zimbabwemail, quotidien local zimbabwéen. Il a été confirmé par un membre du gouvernement. « Nous avons demandé aux provinces de nous fournir les noms des fermiers blancs afin que nous puissions leur donner des documents fonciers pour leur permettre de planifier leurs opérations sans problème ».
 
« Des saisies de terre teintées de violence »

Le gouvernement de Robert Mugabe ne s’arrête pas là. Il prévoit également de mettre en place une commission de l’Union Européenne pour évaluer les pratiques liées aux saisis de terres entamées par le gouvernement en 2000 et qui ont été souvent faites avec violence. La politique du gouvernement de saisir les propriétés terriennes appartenant à des familles blanches a plongé le pays dans une crise économique sans précédent.

De nombreux analystes politiques avaient vu dans cette politique une manière pour Robert Mugabe d’arracher le pays des mains des colonisateurs anglais. Plus de 4000 fermiers blancs avaient perdu leurs terres après la défaite du parti de Robert Mugabe Mouvement pour le Changement Démocratique au référendum. Pour regagner une certaine popularité, l’homme fort du Zimbabwe avait joué la carte du populisme en autorisant à ses citoyens de saisir de force les terres qui appartenaient aux Blancs.

« Les Blancs doivent laisser les terres aux Noirs »

Pour le moment, il existe 300 fermiers qui sont toujours restés sur leurs terres. Malgré les conditions violentes dans lesquelles les saisis de terre ont été organisées, Robert Mugabe ne recule devant rien et défend toujours sa décision prise il y a une dizaine d’années. « Ne soyez pas trop gentils envers les fermiers blancs. Ils peuvent posséder des industries et des compagnies ou rester dans des appartements dans les villes, mais ils ne peuvent pas posséder des terres. Ils doivent laisser les terres aux Noirs ».



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MessageSujet: Ce que « Ferguson » révèle du racisme systémique aux États-Unis   Lun 27 Juil - 20:41

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MessageSujet: Pressure, film d'Horace Ové, 1975    Mer 29 Juil - 8:27

de

ASTRAL TRAVELIN African Diaspora Aesthetics Blog


Notable for being the “first feature-length fiction film directed by a Black film-maker in Britain,” the film focuses on discrimination systemic discrimination of West Indies immigrants and the children of said immigrants. Covering issues such as job discrimination to educational disparities and police brutality, the film still resonates today.


Pressure Horace Ové, 1975 > https://en.wikipedia.org/wiki/Pressure_(1975_film)

vidéo, extraits, intégral > https://www.google.fr/?gws_rd=ssl#q=Pressure+(Horace+Ov%C3%A9&tbm=vid



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MessageSujet: L'immigration, principale préoccupation des Européens   Sam 1 Aoû - 21:57

L’OPINION PUBLIQUE DANS L’UNION EUROPÉENNE

L'immigration, principale préoccupation des Européens Eugénie Bastié, Le Figaro 01/08/2015


Des migrants tentant de s'introduire dans l'Eurotunnel à Calais

Pour la première fois dans cette enquête bisannuelle publiée par la Commission, l'immigration passe devant les thèmes économiques, pour devenir le principal défi de l'Union européenne aux yeux des citoyens.

Eugénie Bastié a écrit:
Pour les citoyens européens, l'immigration est désormais le principal défi auquel doit s'atteler l'Union européenne, devant les questions économiques et le chômage, selon un baromètre réalisé fin mai dans les Etats membres de l'Union européenne et les pays candidats, et rendu public fin juillet par la Commission européenne. C'est la première fois, depuis que cette enquête bisannuelle est posée dans ces termes à l'automne 2010, que les thèmes économiques ne sont plus en tête. L'immigration est désormais le sujet le plus cité dans 20 des Etats membres.

Records d'inquiétude à Malte et en Allemagne

En novembre dernier, la situation économique, l'emploi et les déficits publics faisaient partie des inquiétudes numéro un des citoyens européens, selon le précédent baromètre. L'immigration était alors en quatrième position (à 24%). Elle est aujourd'hui à 38%. Une hausse de 14 points en l'espace de six mois. En mai 2015, l'immigration devance de loin la situation économique (27%, -6 points), le chômage (24%, -5 points) et les finances publiques (23%, -2 points) comme sujets de préoccupation. Elle est l'inquiétude la plus fréquemment citée dans 20 États membres, avec des records à Malte (65%), confronté à l'arrivée massive de migrants, ainsi qu'en Allemagne (55%).

Principales préoccupations auxquelles l'UE est confrontée  (graphique dans l'original)

En Italie, où des dizaines de milliers de migrants affluent après de périlleuses traversées de la Méditerannée, l'immigration est la principale préoccupation des personnes interrogées (43%). En France, ce sujet est une préoccupation pour 34% de la population interrogée, avant l'économie (30%).

Calais, comme Lampedusa, sont devenus les symboles de cette impuissance de l'Union européenne à bâtir une politique commune pour gérer des flux migratoires de plus en plus pressants à cause d'un contexte géopolitique très déstabilisé. Depuis janvier 2015, 150.000 migrants sont arrivés en Europe via la Méditerranée, et 1900 personnes ont trouvé la mort lors de leur traversée.

Autre préoccupation qui gagne du terrain: le terrorisme, dont les craintes ont également augmenté de manière significative depuis novembre 2014 dans l'ensemble de l'Union européenne (17%, +6 points).

Au niveau national, le chômage reste la principale préoccupation

Néanmoins, au niveau national, le chômage reste la principale préoccupation pour 42% des sondés, loin devant l'immigration, à la deuxième place avec 23% des sondés. Au niveau national, l'immigration est considéré comme un problème plus important que le chômage en Allemagne, au Danemark, au Royaume-Uni et à Malte.

Ce sondage interroge également sur les aspects les plus positifs qu'aurait apporté l'Union européenne. Pour la majorité des sondés (57%) la libre circulation des personnes, des biens et des services constitue l'avancée la plus positive de l'UE, devant la paix entre les nations (55%) l'euro (23%) et Erasmus (21%). Paradoxe: les Européens restent attachés à la liberté de circuler à l'intérieur de l'Union, tout en s'inquiétant des flux migratoires. A noter que l'enquête a été menée avant les rebondissements de la crise grecque en juillet 2015, qui ont remis les questions économiques au centre de la politique européenne.

L'enquête Eurobaromètre est le second sondage d'opinion réalisé à l'échelle de l'UE depuis l'entrée en service de la Commission Juncker en novembre 2014. Elle est fondée sur des entretiens individuels menés courant mai, au cours desquels plus de 31.000 personnes ont été interrogées.
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MessageSujet: Racisme ordinaire dans le monde merveilleux de la musique classique   Lun 3 Aoû - 16:00

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Racisme ordinaire dans le monde merveilleux de la musique classique Rue 89 26 juillet


Le hautbois de « La Danse des Nymphes », détail de la tapisserie de la Manufacture des Gobelins, XVIIe siècle

Le jury a fini de délibérer et les élèves sont rappelés dans la salle pour la proclamation des résultats des examens techniques. J’ai 11 ans et demi et c’est ma première année au conservatoire national de région (CNR).

Mathieu Deslandes a écrit:
Le président du jury, un homme brun et qui paraît grand, appelle les élèves un à un et donne la note obtenue accompagnée d’un petit commentaire. Il m’appelle en dernier. Je m’avance. Il sourit et me lance avec bonhommie : « Je m’attendais à entendre “Saga Africa” mais finalement, c’était très bien ! » avant de m’attribuer la meilleure note.

Autrefois élève, aujourd’hui prof, notre riveraine Lune, musicienne classique, subit depuis vingt ans des remarques liées à sa couleur de peau.

Sur le moment, je n’ai pensé qu’à la note, un 18 ! Mais je n’ai pourtant jamais oublié cette petite remarque assassine que l’examinateur pensait anodine.

Quatre ans plus tard, je tente l’examen d’entrée en cycle supérieur. Mon professeur étant en tournée, c’est un remplaçant qui est chargé de nous préparer à l’examen. Nous étions deux filles du même âge et du même niveau à présenter ce concours.

« Pourquoi, t’écoutes pas de reggae ? »

J’étais en cycle spécialisé en théorie musicale, je continuais à participer activement aux chorales et aux orchestres du conservatoire, je suivais régulièrement mes cours de musique de chambre baroque et venais de commencer le hautbois.

Au lieu de me voir comme l’élève motivée et engagée que j’étais, le remplaçant passe des semaines à essayer de s’expliquer la présence d’une « rasta » dans la classe. Alors que ma camarade a droit à des cours sérieux, ce seront pour moi des semaines à entendre la rengaine : « Mais toi, tu t’en fous, t’es une rasta, t’es là pour te marrer ! » Un jour, j’ose :

« Mais pourquoi une “ rasta ” ?

– Ben à cause de tes cheveux ! Pourquoi, t’écoutes pas de reggae ? »


Difficile pour lui de comprendre qu’on puisse naître noire, avoir des cheveux de Noirs, les attacher comme une Noire et écouter plus souvent Bach que Bob Marley.

Disons que je joue du « tonkatchak »...

Plus tard, élève d’un conservatoire supérieur, je joue avec un quatuor de flûtes à bec. Dans cet ensemble, je joue de la flûte à bec basse. Après un concert, une dame vient me voir. Elle me demande gentiment si ma flûte est un instrument traditionnel de mon pays, et quel est son nom.

Je me lance dans une présentation de la famille des flûtes qui ne lui convient pas, persuadée qu’elle a en face d’elle un instrument exotique, joué par une musicienne exotique. Avec un sourire condescendant, elle me rétorque que, non, cet instrument n’existe pas ici en Europe et me demande comment on l’appelle dans mon pays.

Agacée, je m’invente une vie. Je viens des îles Bermuda et je joue du « tonkatchak ». C’est tellement plus plausible qu’une Noire, française, qui joue d’un instrument classique.

« Les esclaves, c’est pour toi, ça ! »

Nous avons un professeur de chant choral qui manie l’humour raciste Banania comme personne. Dans son cours, tous les Sud-Américains s’appellent « Caramba ! ». Dans une pièce, nous avons une phrase à chanter en arabe. Un élève égyptien se charge d’en décomposer la prononciation. Quand le professeur reprend la parole, il exulte, fier :

« Vous avez bien compris, faites semblant de vomir, ça sonnera comme de l’arabe ! »

A la fin de l’année, nous chantons « Le Chœur des esclaves » du « Nabucco » de Verdi. Pendant que je chante, le professeur vient vers moi et me chuchote :

« Les esclaves, c’est pour toi, ça ! Vas-y, chante-le avec toute ton âme d’esclave ! »


J’ai en hautbois un professeur qui est une bonne vivante mais ayant des goûts et une sensibilité musicale très éloignés de la mienne. Comme l’examinateur d’autrefois, elle pratique un humour douteux qu’elle s’efforce de faire accepter. Je n’en suis pas la seule cible, un jeune élève japonais subit aussi ses traits d’esprit. Elle est capable, presque dans la même phrase, de s’indigner du racisme ambiant tout en me recommandant de faire très attention à ne jamais parler aux gens d’Europe de l’Est parce qu’ils font tous partie de groupes mafieux très dangereux.

Toujours le même procès en légitimité

Pour mon dernier examen, avant d’étudier avec elle, j’avais joué la sonate pour hautbois de Camille Saint-Saëns. Pour ma première audition dans sa classe, elle me fait jouer un petit morceau facile intitulé : « Le Rasta jamaïcain dans son champ de cannes à sucre ». (Mon collègue japonais, lui, devait jouer « Le Petit Chinois avec son chapeau pointu ».) Je ne fais pas de vagues, mais je sors de cette audition mortifiée.

Il n’y a pourtant pas, en théorie, de critères physiques pour jouer d’un instrument, mais il n’empêche que certains préjugés ont la peau dure. Parfois, pour m’éviter une discussion longue et inutile, je préfère dire aux gens que je danse ou que je fais du chant jazz plutôt que de leur expliquer mon métier.

J’ai eu la meilleure note lors de mon tout premier examen au CNR, mais aussi à presque tous les examens qui ont suivi, au CNR, puis, dans les conservatoires supérieurs où j’ai poursuivi ma formation. Si mon 9/10 à mon examen final de master a fait grincer des dents, aujourd’hui, en France, dans le monde du travail, j’ai toujours le droit au même procès en légitimité.

La Blanche catho à serre-tête

Cette année, j’enseigne dans un conservatoire. Le premier jour, je vais chercher mes fiches de présence au secrétariat. Je rentre et me présente. La secrétaire me regarde avec étonnement, et, comme l’examinateur il y a vingt ans, elle lance :

« Je savais que nous avions un nouveau professeur, je connaissais son nom, mais je ne m’attendais vraiment pas à ce qu’il soit noir ! »

Comme il y a vingt ans, ce n’était pas dit méchamment, c’était juste une remarque.

J’ai l’habitude qu’on s’étonne, en entretien, que mon visage ne coïncide pas avec mon CV. On s’attend à voir arriver une Blanche-catholique-à-serre-tête ; arrive une fille qui ressemble plutôt à la chanteuse Irma et qui prétend pourtant avoir une formation des plus classiques. Dix ans de piano, non, pas de jazz, plutôt du Chopin.

Au début, j’étais noire et à la fin, aussi

Mes élèves pensent que, comme je suis noire, je suis cool et j’ai le swag. Et si, un jour, j’arrive en retard, c’est parce que je suis noire (les Noirs ne sont pas ponctuels, vous savez).

Difficile pourtant d’accepter d’avoir travaillé toute une vie, plus que les autres, mieux que les autres, pour finalement être réduite à une couleur de peau. Nous sommes en juillet, j’ai fini mon année. Elle se finit mal, pas sur le plan pédagogique, mais sur le plan relationnel.

Une bonne âme se résout à m’expliquer que la secrétaire m’a dans son collimateur et ne rate jamais une occasion de parler en mal de moi. Je m’étonne, croyant, avec le temps, être arrivée à installer de bonnes relations avec elle. Je pensais aussi que mon travail, mes résultats ainsi que mes projets pour l’année suivante, parlaient pour moi et lui auraient fait oublier sa réserve initiale. Il n’en est rien. Au début, j’étais noire et à la fin, je suis noire et c’est toujours un problème.

Je suis poussée vers la sortie sans qu’à aucun moment il ne soit rien reproché à mon travail. Une année ordinaire, dans une vie ordinaire, dans le monde merveilleux de la musique classique.

Cœurs purs aux mains blanches

La France n’a pas toujours été aussi frileuse. Le mélomane français a aimé et célébré le jazz avant les Blancs américains, trop pétris de préjugés racistes pour reconnaître la valeur artistique de cette musique. Paris était célébrée des musiciens noirs comme une ville de liberté où ils pouvaient être artistes avant d’être noirs. Les chantres du Mouvement des droits civiques venaient à Paris faire l’expérience d’un monde où il leur semblait que leur couleur disparaissait. Après la Première Guerre mondiale, beaucoup de GI’s noirs refusèrent de quitter une France où ils avaient fait l’expérience de la liberté.

Si j’ai réussi des examens, des auditions ou ai été embauchée dans des conservatoires et autres écoles de musique, c’est bien parce qu’il y avait des gens pour ne pas se laisser impressionner par ma différence.

Mais aujourd’hui, j’en viens presque à rêver de New York, une ville où j’aurais droit à une carrière sans que ma couleur de peau ne soit constamment un frein. Ici, la musique classique, la danse classique, l’opéra – cette culture dont j’ai fait toute ma vie – sont ensemble sous une cloche de verre que seuls des cœurs purs aux mains blanches devraient pouvoir soulever. Les autres devraient se contenter de regarder.

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MessageSujet: Re: 'RACES' et rapports de CLASSES, racisme structurel ou systémique, racisme d'État... (Black Lives Matter...)   Mar 18 Aoû - 14:51


Stuart Hall explaining a difficult concept in a brilliant fashion that we can all understand

Racism on TV in Great Britain




en relation STUART HALL et le MARXISME des POST-COLONIAL STUDIES

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MessageSujet: Re: 'RACES' et rapports de CLASSES, racisme structurel ou systémique, racisme d'État... (Black Lives Matter...)   Lun 24 Aoû - 7:41



De Ferguson à Béziers, tensions interethniques et crise économique Romain Perez 21/08


Citation :
À lire les statistiques économiques des États-Unis, la croissance et le plein emploi sont au rendez-vous. Mais la crise a laissé des traces profondes dans la société américaine, accentuant les disparités entre classes sociales et entre groupes ethniques. Cela explique une partie de la montée des tensions interethniques, aux États-Unis comme en France.

À lire les statistiques économiques des États-Unis, la page de la Grande Récession de 2007-2009 semble tournée. Avec un taux de chômage de 5,3 % et une croissance de 2 % prévue pour 2015, l'économie affiche des performances robustes, à défaut de connaître un véritable rebond. Cette solidité révèle un retour de la confiance des investisseurs, et laisse présager d'un resserrement de la politique monétaire à l'automne.

Cependant, ces chiffres ne donnent qu'une image superficielle de la situation économique et sociale aux États-Unis. La crise a laissé des traces profondes dans la société américaine, accentuant les disparités entre classes sociales et entre groupes ethniques. Les émeutes de Ferguson de 2014 et les tensions interethniques qui s'accroissent attestent de la persistance d'une crise sociale, malgré la reprise.

Ainsi, le Département américain du travail a révélé la semaine passée que le taux de chômage des Afro-Américains demeurait plus de deux fois supérieur à celui des blancs. Malgré une tendance à la baisse, ce taux s'élevait encore à 9,6 % en avril 2015, un niveau supérieur à celui d'avant la crise. La situation est particulièrement tendue dans le Missouri, où se sont déroulées les émeutes de l'été 2014, le taux de chômage des Afro-Américains y atteignant près de 14,4 % en 2014, pour un taux de chômage moyen dans cet état de 5,5 %.

Les différences de niveau d'études n'expliquent que très partiellement cet écart de taux de chômage. Ainsi, un diplômé universitaire afro-américain âgé de 22 à 27 ans a deux fois plus de risque d'être au chômage que son homologue blanc.

Regain de discrimination

À bien des égards, la communauté noire continue de payer le prix de la crise économique, subissant un regain de discrimination sur le marché de l'emploi. Ce renforcement de la ségrégation économique des minorités historiquement défavorisées se répercute également dans le domaine de la pauvreté : le nombre d'enfants blancs vivant dans la pauvreté a baissé de plus de 16 % entre 2010 et 2013, alors que cette baisse est de moins de 5 % pour les enfants afro-américains.

Cette divergence entre noirs et blancs s'observe également sur le plan patrimonial. Selon l'institut de recherche américain Pew, le patrimoine médian des Afro-Américains a ainsi perdu 43 % de sa valeur entre 2007 et 2013, alors que celui des blancs ne s'est érodé que de 26 % sur la période. Ces derniers ont bénéficié du rebond des principaux indices boursiers, disposant en moyenne d'une épargne financière plus abondante. En conséquence, les écarts de richesse entre les uns et les autres se sont considérablement accrus. Le fossé entre le patrimoine médian des blancs et des noirs s'est creusé de plus de 30 % entre 2010 et 2013, pour atteindre un rapport d’un à treize, un niveau sans précédent aux États-Unis depuis vingt-cinq ans.

L'Amérique d'Obama est donc confrontée à une aggravation de la ségrégation économique. La reprise économique s'y avère particulièrement inéquitable, laissant pour compte les personnes les plus discriminées. Si bien que la colère gagne du terrain, contribuant à embraser les territoires et les communautés défavorisées. Les violences policières agissent comme le catalyseur d'une révolte dont les racines semblent d'abord économiques et sociales.

L'importance des statistiques ethniques

Les études sur les discriminations économiques subies par la communauté afro-américaine ont le mérite d'aider à comprendre l'origine des tensions interethniques. Elles permettent aussi d'envisager des alternatives politiques, mettant en évidence l'importance des actions en faveur de l'intégration économique des minorités défavorisées. Elles lèvent le voile sur une réalité qui est vécue et qui ne peut être ignorée par les pouvoirs publics, sous peine de voir le désordre et l'instabilité sociale se répandre.

Elles soulignent aussi l'enjeu que représentent les statistiques ethniques pour un pays confronté aux tensions intercommunautaires. Elles questionnent le choix que nous faisons dans notre pays de restreindre la collecte de ces données au nom du principe républicain de "cécité à l'origine". La France, qui fait face à une montée de l'antisémitisme, de l'islamophobie et des revendications communautaires, peut-elle se dispenser d'une mesure précise et objective des discriminations économiques et sociales subies par ses minorités ? Est-ce que le tabou des statistiques ethniques n'est, pas de fait, un déni de justice pour nos concitoyens victimes de discrimination en raison de leur origine ?

Les comparaisons entre les tensions interethniques aux États-Unis et en France sont par nature hasardeuses. Nous ne partageons ni la même histoire ni la même culture. Mais il y a des processus économiques sous-jacents qui sont communs, agissant directement sur les relations intercommunautaires et l'harmonie sociale. Le vide statistique sur cette réalité ne favorise que l'inaction publique... et de grossières manipulations, comme l'ont illustré les annonces médiatiques du maire de Béziers, Robert Ménard, sur le nombre d'enfants musulmans dans sa commune.

L'importance des facteurs économiques dans la montée des tensions interethniques justifie de développer les ressources statistiques nécessaires à la mesure des discriminations économiques fondées sur l'origine. À Béziers comme à Ferguson, les pouvoirs publics ont besoin de données impartiales et scientifiquement fondées pour adapter leur action aux défis que pose le renforcement de la ségrégation économique.

En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-137302-de-ferguson-a-beziers-la-montee-des-tensions-interethniques-est-elle-le-produit-de-la-crise-economique-1146780.php?cbofVcXmgX704yTg.99

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MessageSujet: Re: 'RACES' et rapports de CLASSES, racisme structurel ou systémique, racisme d'État... (Black Lives Matter...)   Sam 5 Sep - 11:10

comme document, de Jacques Rancière, 2010

Source : http://oeuvresouvertes.net/spip.php?article2132

Jacques Rancière a écrit:

Le racisme d’aujourd’hui est donc d’abord une logique étatique et non une passion populaire
. Et cette logique d’Etat est soutenue au premier chef non par on ne sait quels groupes sociaux arriérés mais par une bonne partie de l’élite intellectuelle.

Les dernières campagnes racistes ne sont pas du tout le fait de l’extrême-droite dite « populiste ». Elles ont été conduites par une intelligentsia qui se revendique comme intelligentsia de gauche, républicaine et laïque. La discrimination n’est plus fondée sur des arguments sur les races supérieures et inférieures. Elle s’argumente au nom de la lutte contre le « communautarisme », de l’universalité de la loi et de l’égalité de tous les citoyens au regard de la loi et de l’égalité des sexes.

Là encore, on ne s’embarrasse pas trop de contradictions ; ces arguments sont le fait de gens qui font par ailleurs assez peu de cas de l’égalité et du féminisme. De fait, l’argumentation a surtout pour effet de créer l’amalgame requis pour identifier l’indésirable : ainsi l’amalgame entre migrant, immigré, arriéré, islamiste, machiste et terroriste. Le recours à l’universalité est en fait opéré au profit de son contraire : l’établissement d’un pouvoir étatique discrétionnaire de décider qui appartient ou n’appartient pas à la classe de ceux qui ont le droit d’être ici, le pouvoir, en bref, de conférer et de supprimer des identités.

Ce pouvoir a son corrélat : le pouvoir d’obliger les individus à être à tout moment identifiables, à se tenir dans un espace de visibilité intégrale au regard de l’Etat. Il vaut la peine, de ce point de vue, de revenir sur la solution trouvée par le gouvernement au problème juridique posé par l’interdiction de la burqa. C’était, on l’a vu, difficile de faire une loi visant spécifiquement quelques centaines de personnes d’une religion déterminée. Le gouvernement a trouvé la solution : une loi portant interdiction en général de couvrir son visage dans l’espace public, une loi qui vise en même temps la femme porteuse du voile intégral et le manifestant porteur d’un masque ou d’un foulard. Le foulard devient ainsi l’emblème commun du musulman arriéré et de l’agitateur terroriste.

Cette solution-là, adoptée, comme pas mal de mesures sur l’immigration, avec la bienveillante abstention de la « gauche », c’est la pensée « républicaine » qui en a donné la formule. Qu’on se souvienne des diatribes furieuses de novembre 2005 contre ces jeunes masqués et encapuchonnés qui agissaient nuitamment. Qu’on se souvienne aussi du point de départ de l’affaire Redeker, le professeur de philosophie menacé par une « fatwa » islamique. Le point de départ de la furieuse diatribe antimusulmane de Robert Redeker était... l’interdiction du string à Paris-Plage. Dans cette interdiction édictée par la mairie de Paris, il décelait une mesure de complaisance envers l’islamisme, envers une religion dont le potentiel de haine et de violence était déjà manifesté dans l’interdiction d’être nu en public.

Les beaux discours sur la laïcité et l’universalité républicaine se ramènent en définitive à ce principe qu’il convient d’être entièrement visible dans l’espace public, qu’il soit pavé ou plage.

Source : http://oeuvresouvertes.net/spip.php?article2132

Je conclus : beaucoup d’énergie a été dépensée contre une certaine figure du racisme - celle qu’a incarnée le Front National- et une certaine idée de ce racisme comme expression des « petits blancs » représentant les couches arriérées de la société. Une bonne part de cette énergie a été récupérée pour construire la légitimité d’une nouvelle forme de racisme : racisme d’Etat et racisme intellectuel « de gauche ».

Il serait peut-être temps de réorienter la pensée et le combat contre une théorie et une pratique de stigmatisation, de précarisation et d’exclusion qui constituent aujourd’hui un racisme d’en-haut : une logique d’Etat et une passion de l’intelligentsia.


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MessageSujet: Re: 'RACES' et rapports de CLASSES, racisme structurel ou systémique, racisme d'État... (Black Lives Matter...)   Jeu 3 Déc - 11:41







Freedom Is a Constant Struggle: Ferguson, Palestine, and the Foundations of a Movement

Citation :
In these newly collected essays, interviews, and speeches, world-renowned activist and scholar Angela Y. Davis illuminates the connections between struggles against state violence and oppression throughout history and around the world.

Reflecting on the importance of black feminism, intersectionality, and prison abolitionism for today's struggles, Davis discusses the legacies of previous liberation struggles, from the Black Freedom Movement to the South African anti-Apartheid movement. She highlights connections and analyzes today's struggles against state terror, from Ferguson to Palestine.

Facing a world of outrageous injustice, Davis challenges us to imagine and build the movement for human liberation. And in doing so, she reminds us that "Freedom is a constant struggle."




Angela Davis, Still Agitating for Freedom Ron Jacobs

Citation :
In the decades prior to the civil war in the United States the movement to abolish slavery grew more and more popular. Historically known as the abolitionist movement, there were numerous writers in its ranks. Some of the most powerful, radical and clearest writing came from black writers like Frederick Douglass. The same can be said about the more recent incarnation of that 19th century movement — the black liberation movement. One of the greatest of this later group is Angela Davis. Her text Women, Race and Class remains crucial to any complete understanding of US society and how gender, skin color and economic class helps construct and determine one’s life in the United States. Part history, philosophy and economics, this classic text is premised on the understanding that all struggles for freedom are part of the greater struggle for liberation.

Davis first published that book in 1981, almost ten years after she was acquitted in California of charges related to the 1970 Marin County escape attempt related to the trial of the Soledad Brothers. She continues to speak, write and organize today. In recent years, much of her focus has been on the use of prisons to control populations and turn a profit. Going beyond the demands of many in the movement against mass incarceration, Davis is part of the most radical trend of this movement—the prison abolition movement. This element challenges the entire concept of imprisonment and points to its historical use to keep so-called surplus populations out of sight and under control. This understanding is not new, but is recently coming into popular conversation. Indeed, George Jackson, one of the aforementioned Soledad Brothers, was but one of many radicals who drew a convincing line from the slavery of Black people in the US to the modern prison system. Since Jackson’s murder in 1971, this relationship has become even clearer as millions of Black men are put through a legal and prison system its own statistics prove is intentionally targeting them.Screen Shot 2015-11-05 at 12.43.15 PM

Davis has a new book out. Titled Freedom Is a Constant Struggle: Ferguson, Palestine, and the Foundations of a Movement, it is a short collection of essays, speeches and interviews from the past few years. Predominantly concerned with police brutality and the prison abolition movement, Davis and the editor Frank Barat have put this collection together in a way that emphasizes the connections between the struggle against police murders of civilians (especially Black men) in the US, the Palestinian freedom movement, and the Black liberation movement. The reader is presented with a history of the 1960s and beyond, the nature of Israel’s occupation, a detailed discussion of Black resistance to the police state and a look at a potential future. Eloquent as always, Davis uses the language to get across a militant and radical message. Inside the discussions, the reader discovers Davis perception of the Obama presidency in the context of history. Crucial to this last item is her explanation of how the Black freedom movement became the civil rights movement, replacing revolutionary demands for liberation with more moderate demands asking for the same limited rights the majority white population already had been granted. Not only did this transition effectively end the possibility of genuine liberation for Black men and women, it would create a similar limited realization of freedom for women, gays, Latinos, and others seeking liberation in the US. Instead of the Ten Point Program of the Black Panthers being addressed, Black Americans saw some of their own make it into the white man’s world, with one even elected to the White House. Instead of women being liberated and enabled to live their own lives as they wish, women saw the Hilary Clintons and Madeline Albrights of the world get to the pinnacles of power, gays and lesbians for marriage equality. Davis is careful to acknowledge that these are all important gains, but are simply not enough.

Informing Davis’ conversation and her general approach to the questions raised herein is what is known as feminist methodology. Essentially, this is an analytical approach that considers the connections between sometimes disparate and traditionally separated phenomena, personal, cultural, and political. A word currently used to describe the basics of this approach is intersectionality. In other words, instead of traditional hierarchies that place concepts into rows and steps of importance, these various thoughts and realities are perceived in a pattern that is more holistic and something like a web. Davis herself defines the methodology thus: Feminist approaches urge us to develop understandings of social relations, whose connections are often initially only intuited. (108)”

Freedom Is a Constant Struggle is a significant book. Its appearance at this time can only help social justice activists further inform and consider the issues of our time. For those who are curious but hesitant of taking action, Davis’ text could easily be the spark necessary to light that proverbial fire. The embers of the struggle for liberation reignited in the United States by the resistance in Ferguson and beyond are given substantial fuel within these pages. High school and college classrooms would do well to include at least some of the book’s text in their discussions. Those of us no longer in school should do our best to get the message out. With this book, Angela Davis has given us another tool for liberation.


Ron Jacobs is the author of Daydream Sunset: Sixties Counterculture in the Seventies published by CounterPunch Books. He lives in Vermont. He can be reached at: ronj1955@gmail.com.


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MessageSujet: Re: 'RACES' et rapports de CLASSES, racisme structurel ou systémique, racisme d'État... (Black Lives Matter...)   Mer 27 Jan - 10:09

Why SA universities are in a class struggle Rajendra Chetty and Christopher B Knaus 13 January 2016

Rajendra Chetty and Christopher B Knaus say that race and class lie at the heart of opposition to SA’s existing, exclusive university system


Most young South Africans can't afford tuition fees
and are left out of the higher education system, say the writers

Picture: Kim Ludbrook

Citation :
Each year, hundreds of thousands of students enrol to study at South Africa’s universities. Of the 60% of black African students who survive the first year, only 15% will ultimately graduate.

This is hardly surprising: these failed students come from an oppressive, ineffective public school system. Most of their classmates never make it into higher education and those who do come poorly prepared to the killing fields.

The post-apartheid educational system is not founded on what the poor and marginalised need. Instead, as research shows, it is racial and class-based. This notion of class has great significance in a post-apartheid - but not post-racial - SA, not only in education but in all realms. Class, here, refers to the norms and experiences that come from living within a particular economic and financial resource base.

Access to basic shelter, adequate food, clothing and decent schooling all empower or disadvantage particular communities. There have been attempts to provide redress to previously disadvantaged SA communities, such as social grants, the provision of low cost housing and the introduction of “no fee” schools. But these have proved insufficient to remedy their continued economic exclusion.

This, then, is the unchanging element of pre and post-1994 SA: black youths' life chances remain significantly lower than those of whites. What role can academics and universities play in changing this? And might they finally be spurred into action by the student protests that marked 2015 - protests which, we would argue, are a class struggle.

Education is unequal at all levels in SA. There is deepening racial segregation at schools and universities. Higher education is increasingly racially stratified, and it is particularly apparent in the concentration of black and coloured students at historically disadvantaged universities.

Most white students attend the previously advantaged universities, like the English liberal Universities of Cape Town and the Witwatersrand, or more conservative Afrikaans institutions like the Universities of Stellenbosch and Pretoria.

#FeesMustFall gathering global momentum

Those universities catered almost exclusively to the white minority until 1994. They occupy top positions in local and international research rankings. That stems from their obtaining the lion’s share of research funding from statutory bodies such as the National Research Foundation.

They also charge much higher fees than the universities that were built exclusively for blacks during the apartheid era. This maintains the class structure of apartheid society. It is logical that universities which charge higher fees are able to provide a higher quality of education to middle class students.

But the status quo has been disrupted.

In 2015 something shifted inexorably at SA universities. Students protested against institutions' language policies, high fees, structural inequalities and colonial symbols.

It was poor and working-class youth who drove the protests - a clear indication that it is a class struggle. This is further emphasised by the fact that most students who protest, whether during 2015 or on other occasions, are black. Race and class lie at the heart of opposition to SA’s existing, exclusive university system
.

But racism and class are largely excluded from any understanding of the current youth resistance in higher education. This is possibly because the education system has distributed relatively petty advantages within the working class through limited scholarships and loans. It also allows for entry into elite, predominantly white institutions based on academic achievement. This serves to disorganise the entire working class and allows the capitalist democracy to more effectively exploit the majority of poor youth.

Modern forms of class prejudice are invisible even to the perpetrators, who remain unconvinced of the class struggle of black youth. They dismiss it as unruly behaviour and a lack of respect for the new “progressive” order governing universities. Protesters are berated for not understanding universities' financial pressures; they are viewed as being insensitive to their peers who just want to get on with their education without disruptions.

Where are academics in all of this? Sadly, we believe that the voice of thinkers in the academe has been discouraged and repressed. Many of the activists among us have been co-opted onto the university bureaucracy and unashamedly drive a neo-liberal agenda of colourblindness.

Our silence has given consent to the deepening crisis of inequality. Once again, it’s the youth that had the courage to resist the system, just as they did during the Soweto uprising in 1976. They do so at great personal risk.

But students should fear less the angry policemen with their rubber bullets than the racist academe that covertly discriminates against the poor.

No doubt #FeesMustFall

The current black student resistance over fees, housing and limited intake clearly shows that higher education’s transformation agenda needs serious consideration. The professoriate, for instance, remains largely white and male with more gestures at window dressing than inclusion. Racism against black students and staff is prevalent.

It is also evident that in spite of profound policy changes in higher education, a “new” racial structure is operating. This accounts for the persistence of racial inequality and must be challenged. Academics are well placed to lead the charge.

Universities and academics should be grateful for these protests, and to the students who took up the cudgels for change. The protests should be viewed as a positive initiative.

They represent a chance for the academe to generate ideas that will address the racial and class divide in SA rather than entrenching it. Academics cannot abdicate their responsibility towards social change any longer.

*Rajendra Chetty is the Head of Research at CPUT’s Faculty of Education

**Christopher B Knaus is a Professor of Education at the University of Washington

*** The views expressed here do not necessarily reflect those of Independent Media.

The Conversation


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MessageSujet: Re: 'RACES' et rapports de CLASSES, racisme structurel ou systémique, racisme d'État... (Black Lives Matter...)   Mer 27 Jan - 10:19



South African student protesters score win; race and class fuse in epic battle  Patrick Bond, Durban October 31, 2015


Wits students protest in Johannesburg against a proposed tuition fee hike tuition fees on October 15

A historic victory over neoliberalism in South Africa was won on October 23, after the most intense three-week burst of mobilisation in the country since liberation from apartheid in 1994

Citation :
University students have been furious, as their cry “Fees must fall!” rang out on campuses and sites of political power across society. Although there will be an effective 6% cut in tuition fees next year, the next stage of struggle looms, with demands for free tertiary education and university labour rights atop the agenda.

The #FeesMustFall movement's first victory comes at a time that the African National Congress (ANC) ruling party confronts unprecedented economic pressure and social unrest. GDP growth will be only 1.5% this year and probably the same next year, lower than population growth. This is the most unequal of any major country, and the official poverty rate (at US$2 a day) has recently risen to 53%.

The World Economic Forum last month judged the South African working class as the most militant on earth — a position among 140 countries held since 2012, when 34 mineworkers were massacred at Marikana. The police reported recently that last year, nearly 2300 protests turned “violent” (in police terminology).

The deregulated corporate elite enjoys the world's third highest profits, yet remains intent on looting the economy at a rate as fast as any. All these measures have amplified since the ANC took power in 1994.

Tuition fees


The latest desperation flashpoint was the announcement of double-digit rises in university tuition fees. Students demonstrated not only against local managers at more than a dozen campuses. Their groups united across the ideological spectrum, from socialist to nationalist to even the centre-right student wing of the main opposition party, and hit national targets.

They began by storming the parliamentary precinct in Cape Town on October 21, then marched to the Johannesburg and Durban headquarters of the ANC on October 22 and 23. They then demonstrated — more than 10,000 strong — at President Jacob Zuma's office in Pretoria on October 23.

There, restraining fences were torn down by some activists and tyres and latrines were burned. Police once again responded by using stun grenades, rubber bullets and water cannons. Refusing to come out to address the crowd, instead Zuma held a press conference where he conceded to the students' main demand: no fee increase for next year (in spite of general price inflation expected to be 6%).

Race and class


The current insurgency began in late September with sporadic acts of fury. At the University of KwaZulu-Natal in Durban, small groups of students burnt an administration building and nearby cars. Students were then caught bringing human excrement on campus presumably for throwing, a tactic used successfully six months earlier to secure the dismantling of a hated statue at the University of Cape Town (UCT).

That was the #RhodesMustFall movement. Within a few weeks of a “poo protest” in which excrement was hurled at the prominent likeness of 19th century colonial mining lord Cecil Rhodes, thousands cheered when the statue was removed from the scenic campus.

But their other demands for university transformation and “decolonisation” — racial equity, a different campus culture, curriculum reform to promote Africanisation, labour rights for low-paid workers, more indigenous African professors (there are only five out of more than 250 senior faculty at Cape Town) — were unsuccessful.

After a breather, at UCT and Johannesburg's University of the Witwatersrand (“Wits”), the country's two traditional sites of ruling class reproduction, student protests revived this month.

Of the 19 tertiary institutions that erupted in protest this month, these two were the best organised, most sustained and non-violent, mainly using the tactic of entrance blockades, then moving to the nearby arterial roads.

Disciplined student leaders emphasised non-violent civil disobedience, with white students often taking place on the front line of struggle as buffers, given their skin privilege. Worsening police brutality and occasional clashes with higher-income drivers, who tried driving through blockades, did not deter the activists.

On October 21, inside Cape Town's Parliament House, the opposition Economic Freedom Fighters (EFF) supported their cause. EFF leaders sought to prevent finance minister Nhlanhla Nene delivering his mid-term budget speech, before being forcefully evicted. Outside, thousands of courageous students broke through a fence and nearly made their way into the main hall where Nene was holding forth.

But although there is still plenty of scope for fiscal expansiveness, Nene's budget was heartless: no new money for universities (just condemnation of “unconstructive” student protests), and a tokenistic $0.75 a month rise in grant payments to the poorest pensioners and disabled people (who currently receive $105 a month).

Nene dishonestly claimed that this, plus a prior tiny raise offered in February, are “in line with long-term inflation”. Since the inflation rate for poor people is much higher than the norm due to the far higher share of faster-inflating food, housing and electricity costs in their budgets, in reality he imposed a 2% cut.

Nene did find funds for a three-year $63 billion infrastructure program whose major projects promote, first, exceptionally destructive coal exports mainly by multinational corporations; second, the Durban port-petrochemical complex's expansion; and third, iron-ore exports.

There is vast world over-capacity in coal, shipping and steel, with South Africa's second major steel producer barely avoiding bankruptcy last month. But these White Elephant mega-projects continue to get the lion's share of state, parastatal and private infrastructure funding.

The influence of big business on Nene's budget team is blatant: for example, the world's largest mining house, BHP Billiton, still gets electricity at 1/10th the price of ordinary consumers. Corporate tax evasion and illicit financial flows are now notorious.

Nene made a downpayment on nuclear reactors worth $100 billion, as well as the first funding tranche for another pro-corporate investment, the BRICS New Development Bank, whose target capitalisation (spread among five countries) is $100 billion.

Credit rating agencies

Whether seen through the eyes of students, workers, the poor, women or environmentalists, Nene's budget begs for intensified social struggle. October 21 was, however, the first time that a major spontaneous protest targeted the finance minister at such a sensitive moment.

For Nene, the only objective appeared to be appeasing the banks' credit ratings agencies.

As Reuters reported, Nene “downplayed the effect of university students storming parliament as he delivered his medium term budget on the credit rating of Africa's most advanced economy. 'What matters for the ratings agencies is our response as government in addressing these challenges,' he said about the students' demands to keep tuition fees unchanged.”

The government's response was a combination of widely-condemned police brutality and ineffectual seduction by the ruling alliance's left flank, especially the SA Communist Party whose leader Blade Nzimande is also higher education minister. He was shouted down by protesters outside parliament when he tried to explain why their demand was unrealistic and they would face a 6% rise.

Nzimande's 2013 Ministerial Committee for the Review of the Funding of Universities found “the amount of government funding is not sufficient to meet the needs of the public university system … Government should increase the funding for higher education, to be more in line with international levels of expenditure.”

But Nzimande had refused to release a 2012 commissioned study on how to finance free tertiary education.

Students simply refused to accept Nzimande's 6% tuition rise. So the march on Pretoria two days later — and threat of a full storming of Zuma's office — must have been the decisive factor in the state's reversal.

Although the cost of deferring a tuition fee rise is estimated at between $150 and $300 million, by making this concession Zuma has given encouragement to many more protests and Pretoria marches in future.

Anti-austerity activism

For those watching and rooting for the students, this was a critical moment, perhaps ultimately as important as the breakthrough Treatment Action Campaign fight for free AIDS medicines 15 years ago. For as Nene signalled, a more damaging period of austerity looms.

Thanks to Nene's tight-fistedness, there will be a relatively small budget deficit (3.3% of GDP). But financial commentators are full of threats about South Africa following Brazil's recent downgrading to a junk-bond rating by Fitch, Standard&Poors and Moodys, the creditors' cruel rating agencies.

The class war rages on. Other student demands remain outstanding: free tertiary education for poor and working people as the overall goal, and an end to labour casualisation and outsourcing for low-paid university workers. Many such workers barely receive $100 a month. With a poverty line of $60 a person each month, raising a family on such starvation wages is impossible.

The task of retaining this visionary student-worker alliance in coming weeks and maintaining a national presence will be as difficult as is the multi-class “united front” organising now underway. Difficult yes, but now, nothing seems impossible in this exceptional site of class struggle.

[First published at TeleSUR English. Patrick Bond is professor of political economy at Wits University and also directs the University of KwaZulu-Natal Centre for Civil Society.]


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MessageSujet: Re: 'RACES' et rapports de CLASSES, racisme structurel ou systémique, racisme d'État... (Black Lives Matter...)   Jeu 4 Fév - 15:15


« Plus qu’une couleur de peau
le "Noir" s’est mué ici en classe sociale
»





Citation :
A l’extrémité de la luxuriante vallée du Drâa, se situe Zagora, la porte du désert, à quelques kilomètres seulement des premières dunes sahariennes. "Tombouctou : 52 jours", ce panneau défraîchi croisé au cœur de Zagora signe la vocation ancienne de la ville, dernière étape de la route caravanière.

Dans les ruelles animées de Zagora où la mixité se lit sur les visages, on ne vous dira jamais qu’il existe toujours des problèmes entre les Blancs et les Noirs. "Ca n’existe plus ça maintenant, c’est révolu", avancent certains au détour d’une terrasse de café sans pour autant cacher leur malaise. Ce que beaucoup omettent de dire c’est que les grands propriétaires terrestres de la région sont toujours des Blancs qui se revendiquent de la Zaouïa Nassiria, ce qui en fait des nobles, et qu’il n’est pas rare d’entendre les mots "Abid" ou "Khemmas" proférés ici ou là à l’encontre des populations noires du Sud marocain.

Citation :
Le long de la vallée du Draâ, le brassage ethnique est considérable

Le long de la vallée du Drâa, ancienne route caravanière entre le Sahara et le nord du Maroc, le brassage ethnique est considérable. Outre les Drâaoua, populations noires, supposées être les autochtones, la population de la vallée se compose de descendants d’esclaves originaires du Sud de l’Afrique occidentale, des Arabes, de Berbères descendants des Ait Atta, d’anciens nomades sédentarisés, ou encore de Juifs.

Surnommés de façon générique les Haratines, les habitants noirs des oasis du nord-ouest de l’Afrique ont des origines complexes, tour à tour descendants des Bafours, un peuple agropastoral noir qui vivait dans la région avant la désertification du Sahara et l’arrivée des Berbères, mais aussi Noirs Africains affranchis ou esclaves. Un brassage qui a marqué la mémoire collective et dont la mosaïque influe toujours sur l’organisation sociale.


Au cours des siècles, des centaines de milliers de Noirs Africains ont en effet été réduits à l’esclavage et acheminés au Maroc. Ils constituaient pour certains le corps militaire marocain, la garde civile, tandis que d’autres remplissaient les tâches qu’on leur attribuait sous le règne d’Ahmed El Mansour Eddahbi ou encore de Moulay Ismail au 16ème et 17ème siècle. A l’avant-garde de cette ségrégation raciale, on retrouve les confréries religieuses dont la Zaouïa Nassiria. Sans terres, ni ressources, les Noirs servaient notamment de main d’œuvre pour travailler les terres. Surnommés "Khemmas", ils ne possédaient rien et percevaient théoriquement 1/5 de la récolte agricole.


Citoyens de seconde zone

À Zagora, le sentiment d’être des Marocains de seconde zone hante toujours les Haratines. Niché au cœur de la ville, le quartier de Zaouïa El Baraka est habité en majorité par une population noire. "Ici, les facettes du racisme sont multiples, dans le passé comme dans le présent", confie Mohamed El Bachari, fonctionnaire dans la province de Zagora depuis plus de vingt ans. Dans le quartier, Mohamed ne passe pas inaperçu. A la tête de l’amicale des habitants de Zaouïa El Baraka qui milite pour faire bénéficier les Noirs des terres collectives de la région, Mohamed est devenu le porte-parole d’une population en guerre contre une forme de ségrégation raciale encore vivace.


Plus qu’une couleur de peau, le "Noir" s’est mué ici en classe sociale

Plus qu’une couleur de peau, le "Noir" s’est mué ici en classe sociale. "Dans le passé, lors des mariages par exemple, les Nassiri ne se mélangeaient jamais avec les Drâaoua, ils devaient bénéficier d’une place à part et on devait leur servir leur propre nourriture. Les Noirs ne pouvaient pas marcher devant les Blancs, ils ne pouvaient pas non plus être enterrés dans les cimetières à côté d’eux. Quand un Drâaoua rencontrait un Nassiri, il devait lui baiser la main", explique Mohamed.

Si aujourd’hui, "les formes de racisme sont moins visibles", tempère-t-il, force est de constater que "certains Nassiri ont la nostalgie de ce temps là". Pour preuve, Mohamed se souvient encore d’une cérémonie de mariage organisée l’année dernière où Blancs et Noirs avaient été volontairement séparés. Plus encore, le mariage entre Noirs et Blancs reste toujours inconcevable.

"On ne se marie jamais avec les Nassiri, ils nous disent que c’est haram, que c’est interdit", s’insurge Mohamed. "On nous appelle Draoui, khemmas... On nous dit: 'ton père est khemmas, ton père était notre esclave, ton père était notre domestique...' D’autres mots sont utilisés mais ce n’est pas la peine de les citer parce que c’est indécent", poursuit pour sa part Omar Bahfid, fonctionnaire au ministère de l’Education, tout en nous guidant dans les dédales de ruelles étroites de Zaouïa El Baraka encadrée de part et d’autre par la palmeraie.

Engagé au sein de l’Amicale, Omar ne cesse d’alerter sur le délabrement du quartier. "Dans certaines maisons, il y a deux à trois familles qui se partagent une surface de 80m2 voire moins, les conditions de vie pour cette population sont très difficiles", précise-t-il tout en pointant du doigt une vieille maison en pisé.

"Les Nassiri se comportent avec nous comme si nous étions leurs esclaves, comme s’ils nous avaient ramenés d’ailleurs, nous ne sommes que des réfugiés pour eux",
s’indigne Omar sans pour autant perdre son sang-froid. "Plus ils disent cela, plus nous défendons nos droits. Nous ne leur répondons pas parce qu’il y a un proverbe qui dit que la meilleure réponse aux imbéciles, c’est le silence", ajoute-t-il, le sourire au lèvre.


Un combat pour l’émancipation

Le long de la vallée du Drâa, les frontières sociales persistent toujours mais à Zaouïa El Baraka, le vent de la rébellion souffle depuis plusieurs années maintenant tandis que les tensions se cristallisent autour de la problématique des terres collectives. Selon les chiffres officiels du Ministère de l’Intérieur, le sud-est du Maroc compte plus de 500.000 hectares de terres collectives. Plus globalement, la question des terres collectives, qui représentent le tiers du territoire marocain, constitue un enjeu essentiel en terme de développement local.

"Le problème de Zaouïa El Baraka est lié à un seul point principal, le conflit entre Draâoua et Nassiri autour des terres collectives. Les Nassiri prétendent que les terres de Zaouïa El Baraka leur appartiennent, ils le prouvent à travers des documents falsifiés au cours du 20ème siècle et avec l’aide des autorités locales", dénonce Mohamed El Bachari.


Depuis 2012, la population manifeste pour réclamer le droit de bénéficier de parcelles de terre

Depuis 2012, la population manifeste pour réclamer le droit de bénéficier de parcelles de terre. "Nous sommes une majorité absolue des habitants de Zaouïa El Baraka privés de nos droits dont les terres collectives qui sont au main d’un petit groupe qui représente moins de 10% alors que nous représentons plus que 90% des habitants", ajoute Mohamed.

Autrefois majoritairement analphabètes, les populations locales sont désormais éduquées et n’ont plus peur de revendiquer leurs droits. "Grâce à Dieu les gens sont désormais conscients, ils se sont éduqués, ils n’ont plus à se considérer comme leur khemmassa", confirme Omar. Bon nombre d’entre eux font désormais parties de l’armée ou encore des services publics. Les idées d’émancipation se sont propagées parmi les habitants.


"La troisième génération a gagné quelques acquis à travers leur lutte dans les années 90, mais elle a subi de nombreuses menaces et a fini par être fragmentée. Nous représentons la quatrième génération, celle qui a créé l’Amicale pour protéger nos droits sur les terres. Pourquoi ils nous combattent toujours? Parce que nous avons constitué une véritable force de pression avec plus de 1620 adhérents", précise Mohamed fièrement, sans cacher ses ambitions politiques. "Nous avons perdu nos droits par la politique, les Nassiri se sont emparés de la commune et ils agissent sur nos terres à leur bon vouloir, nous les récupérerons par la politique".

Face à cette injustice, les habitants de Zaouïa El Baraka tentent de briser les frontières invisibles qui séparent les deux populations. "Nous avons participé à la marche verte, nous sommes dans la gendarmerie, dans l’éducation, dans la police, chez les forces auxiliaires, c’est nous qui défendons notre pays. Nous sommes dans l’agriculture, dans le commerce, dans la construction, les fils Draâoua de Zaouïa El Baraka sont partout au Maroc. Et quand il s’agit de la terre, on nous dit que ce n’est pas la nôtre, comment est-ce possible?", conclut Mohamed avec colère.

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MessageSujet: Re: 'RACES' et rapports de CLASSES, racisme structurel ou systémique, racisme d'État... (Black Lives Matter...)   Dim 7 Fév - 19:34



Political Marxism and the New Historiography of Capitalism and Slavery: Invitation to an open discussion Kurt Newma June 9, 2015  

Today, I seek to open up a space for the discussion of the relation (or non-relation) of two intellectual projects: the new historiography of capitalism and slavery, on the one hand, and the analytical project called Political Marxism, on the other

Citation :
As Tim Barker suggests (I hope I am not mangling his point, here), there has been less dialogue between the two endeavors than might have been anticipated. Perhaps we have lacked the adequate venue for such a discussion. If that has been the case, I offer the comments section here as an open space for discussion, debate, fights, gnashing of teeth, crying, what have you.

First, some background: I recommend strongly that readers check out Stuart Schrader on slavery historiography and the new anti-Genovesean reading of the political economy of slavery. I think James Oakes’s essay on similar topics is helpful, too. Tom Cutterham cuts to the quick on many important related questions here.

In order to get things going, I will present a highly impressionistic and under-sourced (in other words, “bloggy”) picture of the two schools of thought, and suggest some points of harmony as well as friction.

Political Marxism is a term that causes a good deal of confusion. I was lucky to study, in undergrad, with an excellent representative of the Political Marxist tendency––the political scientist and comparative historian George Comninel––and to receive a pretty good education in its worldview. I think that this experience may still be usefully drawn upon to talk about contemporary Political Marxism.

To study the history of capitalism with a Political Marxist is to take on a concern with the fundamental distinction between “capitalism” as a very specific mode of exploitation and “capitalism” as a sort of placeholder word that encompasses modernity, progress, the disenchantment of the world, technological revolutions, consumerism, reification and alienation, etc

A student of Political Marxism learns that for “capitalism” to be “capitalism,” three features must be present: market-driven labor compulsion (that is, hunger, rather than some feudal bully, makes sure that you go out and find a job); a regime of accumulation based on surplus labor extraction (not robbery, nor discovery of some cave full of precious metals, nor the profits from unpaid slave labor); and the presence of a liberal state muscular enough to maintain the “rule of law,” thereby ensuring the protection of private property.

The alert reader will note that this way of looking at capitalism is quite different from that presented in many postmodern essays on capitalism, and considerably more technical than the Marxism upon which twentieth century social movements drew. And, indeed, the Political Marxists identified as discursive enemies precisely these two camps: first, the postmodernists and post-structuralists, who stood accused of abandoning materiality and class struggle, and second, the “vulgar Marxists” whose picture of capitalist development consisted of an interlocking series of “just-so” stories largely immune to further scholarly testing.

What postmodern and vulgar Marxists shared, Political Marxism charged, was a unilineal picture of capitalist development, unfolding at about the same rate across the West in the years after the Black Death. Not so, countered Political Marxism, for whom the key analytic imperative was the acknowledgement of capitalism arriving first among the agrarian improvers of Elizabethan England, accelerated by the enclosure movement, and congealing into a full-fledged mode of exploitation with its own laws of motion at some point around the time that Locke wrote his Second Treatise on Government. Simultaneous with this epochal transformation of the English countryside, the rest of the Europe (with the complicated partial exception of Holland) remained, steadfastly, un-capitalist.

In France, Germany, Italy, and Spain, one found no market-driven labor force participation (those who worked were compelled to do so by extra-economic means), no market-driven wages (instead, customary wages and prices prevailed), no rule of law protecting private property (it was not until the late nineteenth century, in fact, that Continental elites made peace with private property as a positive good, and shook off the long-running suspicion of private property that ran from Plato to the Rerum Novarum).

I have not provided the full explanation that I was taught about the specifics of the class struggle that brought about capitalism in England and not in the rest of Europe. That can be found in the groundbreaking work of Robert Brenner (and the famous debates that Brenner conducted with other left economic historians in the 1970s and 1980s). Nor have I touched on the particular political gloss that scholars like Ellen Meiksins Wood put on this historical treatment of capitalism. Wood and others insist that if capitalism is distinguished by its novelty as a mode of exploitation that does not require extra-economic coercion to generate profits, then it is the very immanence of exploitation that ought to be targeted by revolutionary socialists. Identity politics––including struggles for racial justice and feminism––constitute, for Political Marxism, epiphenomenal distractions.

Now, in what ways does Political Marxism chime or clash with the new historiography of capitalism?

Here are some of the possible points of consonance:

1) the new historians of capitalism and slavery and the Political Marxists likely agree that the narratives of capitalist development proffered by, say, Joyce Appleby, don’t make very much sense, on the one hand, and embody certain narrative naturalizations of market society, on the other (by using, for example, the language of capitalist energies waiting to burst forth);

2) the new historians of capitalism and slavery and the Political Marxists likely agree that while it is impossible to say that one is “a little bit pregnant,” there is no inherent difficulty in describing a given historical formation as a larval stage, on its way to becoming capitalist (but possessing enough contingency to perhaps turn into something different): and if that settlement was agreed upon, a lot of conflicts over the question of whether slavery was capitalist or non-capitalist might reveal themselves to be poorly posed;

3) the new historians of capitalism and slavery and the Political Marxists agree that while capitalism involves markets, money, stocks, and banks, as well as movies, tabloid newspapers, and soccer games, these all must be traced back to a moment of exploitation and domination, or be convincingly described as relatively autonomous satellites.

Here, I think, is where the disagreements might lie:

1) the new historians of capitalism and slavery and the Political Marxists might really disagree about the economic character of slavery, and that might lead a Political Marxist to accuse a historian of capitalist that the latter is working with an ahistorical criteria of capitalism; it might also lead a historian of capitalism to charge the Political Marxist with setting up a language game and then demanding that others play it, and more seriously, give way to the charge that Political Marxists only see labor in capitalism when it is done by white bodies;

2) the new historians of capitalism and slavery and the Political Marxists might further quarrel about the erasure of the long history of colonialism, imperialism, and racialization from the history of capitalism, and argue about the racial stakes of the constriction of the narrative of capitalism’s rise to the enclosed space of the seventeenth-century English countryside;

3) the new historians of capitalism and slavery and the Political Marxists might then find it difficult to take up the question of American herrenvolk democracy and the rise of a particularly nasty form of racial capitalism in the wake of Reconstruction’s initial, egalitarian promise.

This, it seems to me, is a reasonably coherent (and, I hope, not too inflammatory) presentation of the debate, in potentia. No doubt I have gotten some things wrong, and have ignored details that are crucial to a proper staging––I hope you will let me know, in the comments, and I invite everyone with any interest in this debate to take the discussion in any direction that seems fruitful

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MessageSujet: Re: 'RACES' et rapports de CLASSES, racisme structurel ou systémique, racisme d'État... (Black Lives Matter...)   Sam 13 Fév - 13:16


Il y a quarante ans, Nègres blancs d'Amérique

Le livre de Pierre Vallières reste le meilleur document québécois sur le bouillonnement de 1968 26 avril 2008  |Louis Hamelin

Citation :
Jean-Daniel Lafond, à l'époque où il vivait des fonds de Téléfilm Canada plutôt que directement sur le bras de la reine d'Angleterre, avait présenté son film La Liberté en colère, en 1994, à la salle Marie-Gérin-Lajoie de l'UQAM. Le gratin de la gauche québécoise avait été convié au visionnement, qui devait être suivi d'un débat. Parmi les vedettes de ce docu venues affronter le public, trois hommes ayant exercé une influence décisive sur la politique des années 70: Francis Simard, en endossant l'exécution de Pierre Laporte; Charles Gagnon, en engouffrant une partie de la gauche radicale dans le cul-de-sac de l'internationalisme prolétarien; Pierre Vallières, en prônant un noyautage en masse du PQ par cette même gauche militante. Ce soir-là, pour ce qu'il avait à dire, Gagnon aurait tout aussi bien pu être muet. Quant à Simard, qui se tint loin de la tribune, je le vois encore arpenter la coulisse comme un fauve en cage, juste avant la projection. Il savait déjà qu'une scène appelée à devenir célèbre allait dans quelques instants mettre à nu son silence encombré et l'impossible mensonge du langage corporel: dos aux grillages de l'édifice Parthenais, devant un Vallières revenu de tous les combats, aussi pugnace que jamais.

Vallières qui, en 1994, parlait encore de changer le monde... comme si la révolution, plutôt qu'un autre référendum perdu, se trouvait juste après le prochain virage. Comment faire le tour de Pierre Vallières ? C'est un homme qui donne l'impression d'avoir épuisé les possibilités de salut de son temps. Enfant de condition modeste, dans le Québec de 1951, il doit feindre la vocation religieuse pour pouvoir faire son cours classique avec le soutien de «l'Îuvre des Vocations». Mais en 1958, il ne fait plus semblant et c'est un novice sincère et sincèrement déboussolé qui, en pleine crise mystique, brûle le manuscrit des Porteurs d'eau, son grand roman en cours, pour entrer faire un bout d'essai chez les franciscains. Car Vallières écrit. Des textes polémiques que Le Devoir publie. Des romans de jeunesse que lisent ses amis. Vallières lit, dévore, assimile. La liste de ses lectures «accote» presque celle d'un Hubert Aquin. Aquin sera un révolutionnaire raté et un romancier respecté. Vallières sera un romancier raté et un révolutionnaire respecté.

Dans un chalet loué à Saint-Alphonse-de-Rodriguez, il rêve de la future armée révolutionnaire québécoise. Mais l'attentat à la bombe de la bien nommée usine La Grenade a fait une victime et une accusation de meurtre lui pend désormais au bout du nez.

À l'automne 1966, deux kids venus développer leurs contacts avec le réseau des Black Panthers à New York entament une grève de la faim sur les marches de l'ONU. Arrêtés, Pierre Vallières et Charles Gagnon seront incarcérés dans la sinistre Manhattan House of Detention for Men, joliment surnommée «The Tombs». Miles Davis y est pour une histoire de dope, et Angela Davis, des Panthers. La population carcérale est quasi exclusivement noire. Clin d'oeil: la prison est située dans la rue White. Pour éviter de sombrer corps et biens dans cette fabrique de zombies, Vallières va retrouver le chemin de l'écriture. Il rédige son livre en l'espace de deux mois, avec l'aide d'une multitude de petits crayons à mine de plomb (les stylos sont interdits), debout, en se servant de la couchette inoccupée du haut en guise d'écritoire, et il le fait sortir de prison sous la forme de notes adressées à ses avocats. Écrits au milieu des hurlements de tous ces nègres américains rendus à moitié fous par la répression du système, du bruit de leurs barreaux secoués jour et nuit, les mémoires d'outre-Tombs de Pierre Vallières s'intituleront Nègres blancs d'Amérique et demeurent à ce jour le seul classique indiscutable de la littérature révolutionnaire québécoise. Leur auteur aurait eu 70 ans cette année.

Entre le moment où il tombe la bure franciscaine et celui où il devient le penseur confirmé d'un mouvement de libération nationale décidé à emprunter la voie rapide de la violence, s'inscrit une décennie de feu. À l'aube de la Révolution tranquille, le jeune Vallières se retrouve mêlé à tout ce qui grouille, grenouille et scribouille au pays du Québec. Il investit Cité libre, croyant pouvoir infléchir ce premier bastion trudeauiste, comme plus tard le PQ de Lévesque, dans le sens de ses propres idées. Gérard Pelletier le recrute à La Presse. Il y a, à un moment donné, Miron, qui couve cette boule d'énergie prête à exploser du grand panache d'orignal qui lui sert d'aile, Miron dont le portrait suivant, le plus vrai que j'ai lu, est de la plume d'un écrivain et pas seulement d'un cerveau du FLQ: «Miron, c'était une douleur amoureuse et sauvage qui se promenait dans les rues de Montréal les bras étendus pour étreindre et, en même temps, pour entraîner, pour réveiller, pour agiter.»

Quarante ans plus tard, Nègres blanc d'Amérique reste le meilleur document québécois sur le bouillonnement de ces années-là. Dans sa réédition de 1994 chez Typo, c'est un livre qui, tel un oignon, est enveloppé d'une impressionnante épaisseur de textes liminaires, posfaces et autres épilogues, dont deux préfaces de la main de l'auteur, datée de 1979 et de 1994, qui permettent de tenter au moins de saisir, rétrospectivement, la cohérence d'un parcours et d'une pensée dont l'évolution n'a jamais été très évidente. Les meilleurs passages, les pages les plus marquantes sont à mon avis les plus autobiographiques. Inoubliable, l'évocation de l'enfance à Ville-Jacques-Cartier, le bidonville canadien-français des années d'après-guerre, haut lieu de mafias en tous genres, où furent semées les graines du terrorisme. Quant aux analyses politiques, au traité de philosophie et au manifeste révolutionnaire, qui sont autant de couches venant redoubler le roman d'éducation de ce séditieux de nature, et où les Sartre, Husserl et toute une pléïade d'autres en prennent pour leur grade, ils continuent de susciter, presque 20 ans après la chute du Mur, un haussement de sourcils ébloui, une admiration objective pour la prouesse verbomotrice. Et une lassitude. Ce n'est pas que Vallières aime s'étendre, c'est plutôt que sa pensée semble obéir à un mouvement irrésistible, un entêtement dont le style fait parfois les frais. Vallières épuise. On croirait à certains moments avoir affaire à un philosophe de taverne après son sixième bock.

Le cliché des felquistes «Tous homosexuels et mésadaptés socio-affectifs» semble avoir été un chapeau inventé exprès pour lui. Après Octobre, il y aura le retour à la terre, l'épanouissement personnel, l'engagement communautaire, les droits gais, Sarajevo, les anges... Comment faire le tour de Vallières? En reconnaissant que le paradoxe de toute révolution en est en même temps l'écueil principal, à savoir que la seule manière de vraiment changer les choses ici-bas est encore de prendre le pouvoir. Or celui-ci sécrète sa propre logique qui tend à l'autoconservation. Chez les grands libérateurs de l'humanité, les Mugabe sont la règle, non l'exception. La mystique du pouvoir en vaut une autre, et elle explique pourquoi l'histoire, entre deux «citélibristes», aura écarté Vallières et retenu le Prince.

redécouvert par les7duQuébec, avec les paroles d'une chanson de Jean Lapointe en 1991 (je n'ai pas trouvé d'enregistrement)

WO, MON ONCLE SAM


Woooo mon oncle Sam
Au nom de mes frères
Woooo mon oncle Sam
Entends ma prière

Laisse pas tomber
Les nègres blancs d’Amérique
Laisse nous pas tomber
Arrête pas de nous financer
On a besoin de toé
Si tu nous enlève ton fric
On va tomber nous autres tout seuls
Les nègres blancs de par icitte

Envoye envoye donnes nous ton ketchup
Tes revues de fesses pis tes chansons pop
Plogue toé donc direct sur la Baie James
On peut pas s’exploiter nous-mêmes

Laisse pas tomber
Les nègres blancs d’Amérique
Laisse nous pas tomber
On aime ça travailler pour toé même mal payés
On va acheter des U.S.A
Ben enchaîné nous autres tout seuls
Quelque part dans tes supermarchés

Envoye envoye donnes nous ton ketchup
Tes revues de fesses pis tes chansons pop
Plogue toé donc direct sur la Baie James
On peut pas s’exploiter nous-mêmes

Laisse pas tomber
Les nègres blancs d’Amérique
Laisse nous pas tomber
On ferait n’importe quoi pour toi
On va même racheter les bébelles qu’on a inventées
Pis si t’insistes nous autres tout seuls
On te vendra même du bombardier

Envoye envoye donnes nous ton ketchup
Tes revues de fesses pis tes chansons pop
Plogue toé donc direct sur la Baie James
On peut pas s’exploiter nous-mêmes

Woooo mon oncle Sam
Au nom de mes frères
Woooo mon oncle Sam
J’ai d’autres prières

Mais but nobody know the trouble i’ve seen



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