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 COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)

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Patlotch



Messages : 372
Date d'inscription : 22/04/2017

MessageSujet: COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)   Dim 16 Juil - 19:54


sommaire, glossaire et index des noms cités en bas de page

présentation 26 juillet : jusqu'où le communisme peut-il devenir une religion, le Parti une Église, la théorie un dogme, et les trois des opiums du prolétariat ou des militants ? La subjectivation révolutionnaire de classe, massive, n'est-elle pas pour autant une foi communiste ? Chemin faisant, on balaye, du point de vue théorique comme dans l'histoire et le vécu des individus, tout le spectre des rapports entre communisme et subjectivité, dans leurs relations conceptuelles ou historiques à la foi, à la religiosité, aux religions, à l'idéologie.... Ce travail, qui est aussi un travail sur soi auto-analytique, est un miroir tendu à qui est confronté à ces questions, d'un côté, de l'autre, ou des deux, avec ou sans dieu. Gage qu'après lecture, quelle que soit sa position sur ces questions, on ne les verra plus du même œil

26 juillet : j'introduis l'idée de religiosité qui s'intercale entre religion et foi, car n'impliquant pas la foi en un dieu elle recouvre les deux versants de la question. Parler de "religion communiste" est disons plus polémique que théorique

COMMUNISME et FOI est la suite de IDÉOLOGIES et CROYANCES : RÉEL, IDÉEL, IMAGINAIRE, SYMBOLIQUE... (avec Maurice Godelier). Je ne suis pas satisfait des esquisses ci-dessous dans ce message, qui ne pose pas avec suffisamment de justesse le problème que je voudrais creuser. Cela s'éclaircira dans les commentaires suivants

ce n'est pas tant le communisme comme croyance, proche d'une religion religiosité, que je veux approfondir, mais la part inévitable de foi, au sens d'une religion sans dieu, cet idéel appartenant au réel dont parle Godelier, qui caractérise à mon sens toute représentation du monde, et partant tout engagement dans un combat réel

c'est une autre façon de parler de la subjectivation révolutionnaire, mais ici en termes de masses, dans le sens où Marx écrivait en 1843 « la théorie se change, elle aussi, en force matérielle, dès qu'elle pénètre les masses ». Autrement dit ce n'est pas le problème du théoricien, ou des individus militants engagés dans un parti ou un groupe qui m'intéresse, mais les processus par lesquels une critique radicale devient, dans les contradictions sociales, hégémonique, pour le pire et/ou le meilleur


30 juin

une dimension politico-religieuse inhérente au communisme ?

il me faut situer ces réflexions dans l'œuvre de Maurice Godelier et notamment les thèses de son dernier ouvrage cité, Au fondement des sociétés humaines. Il les résument lui-même en conclusion, page 247

Maurice Godelier a écrit:
- le rôle fondateur des rapports politico-religieux dans l'institution des sociétés;
- la place subordonnée des rapports économiques dont le rôle grandit en importance avec l'apparition des classes ou des castes;
- l'importance de l'imaginaire et des pratiques symboliques dans la production des rapports sociaux,
et particulièrement des rapports politico-religieux et des régimes de pouvoir inventés par les hommes pour se gouverner;
- enfin, la place de la sexualité et des usages du corps dans le fonctionnement de ces régimes de pouvoir comme en témoigne le puritanisme sexuel imposé par le christianisme, l'islam et bien d'autres religions.

vu l'importance de ce renversement, je donne une autre formulation des thèses de Godelier, MORT de QUELQUES VÉRITÉS ANTHROPOLOGIQUES RÉPUTÉES ÉTERNELLES (Introduction, pp 34-35)

Maurice Godelier a écrit:
Parmi ces vérités célébrées comme des évidences scientifiques : 1. Les sociétés sont fondées sur l'échange, des échanges de personnes et des échanges de biens, et ceux-ci revêtent deux formes : échanges de marchandises ou échanges de dons et contredons. [... suivent 2 à 5]

Face à ces thèses, voici les conclusions que j'ai moi-même tirées de mes analyses :

- À côté des choses que l'on vend et de celles qu'on donne, il en existe qu'il ne faut ni vendre ni donner, mais qu'il faut garder pour les transmettre, et ces choses sont les supports d'identités qui survivent plus que d'autres au cours du temps (chapitre 1).

[3 points de considérations sur les sociétés, la parenté et la sexualité...]
- Tous les rapports sociaux, y compris les plus matériels, contiennent des « noyaux imaginaires » qui en sont des composantes internes, constitutives, et non des reflets idéologiques. Ces « noyaux d'imaginaire » sont mis en œuvre (et en scène) par des « pratiques symboliques » (introduction; chapitre 5).
- Les rapports sociaux qui font d'un ensemble de groupes humains et d'individus une « société » ne sont ni les rapports de parenté, ni les rapports économiques, mais ceux qu'en Occident on qualifie de « politico-religieux » (chapitre 6)

à partir de ce qui précèdent concernant l'idéologie dans ses rapports à l'imaginaire et au symbolique, il serait nécessaire et possible de reprendre la question du communisme, en tant que mouvement révolutionnaire de l'histoire inséparable de son idéologie propre, en la nettoyant de sa prétention rationaliste absolue à déduire d'une critique du capitalisme existant une théorie déterministe de la révolution;

ce lien entre critique radicale du capitalisme et nécessité, au sens de production historique, d'une révolution communiste, aucune théorie, marxiste ou pas, communisatrice ou pas, ne l'a, paradoxalement, jamais établi que fantasmatiquement : c'est la dimension politico-religieuse du militantisme, et elle figure déjà dans l'œuvre de Marx, reprise par tous ses héritiers sans exception, sauf à dénier la possibilité même du communisme révolutionnaire

ironie du sort et contradiction philosophique dans les termes, puisque ce prétendu matérialisme se renverse en idéalisme quand il renie la dimension imaginaire et symbolique de l'histoire, alors que le communisme, sauf à ne pouvoir jamais faire société (ici au sens de communauté humaine), ne peut réussir à passer de l'idéel au réel que sur sa propre base politico-religieuse, terme qui sera évidemment dénié par les adeptes d'autant qu'ils sont plus attachés, par ailleurs, à la critique de la religion, alors qu'ils en portent tous les stigmates au nom de leur prétendu rationalisme



Tristan Vacances : - Admettez que tout ça n'est pas très clair. D'un côté et depuis des années, vous critiquez le communisme quand il devient une foi, les militants des curés et les théoriciens des prophètes, et d'un autre vous semblez admettre qu'il ne peut être que ça, ou du moins ne se réaliser qu'à travers une foi

Patlotch : - oui, c'est exactement le point où j'en suis, et pas près d'en sortir, mais à la différence de tous les autres se réclamant du communisme, je (me) pose la question, eux non, à moins de considérer qu'il y aurait actuellement un mouvement communiste procédant de la lutte de classes

je ne le vois pas venir, rien ne l'annonce, c'est comme ça, le reste est religion foi... pourquoi pas ?

Tristan Vacances : - Pour ne pas désespérer Billancourt ?

Patlotch: - il n'y a plus ni Billancourt ni conditions réalisables d'une activité de classe ouvrière telle que Marx a pu construire sur sa montée en puissance le programmatisme révolutionnaire du prolétariat. Ce qu'il en reste, même renversé en "théorie de la communisation", ne procède plus en rien de la méthode de Marx lui-même, ce n'est que ressassement raffiné d'un simplisme ultragauchiste, gamineries de vieux ados répétant leur jeunesse de petits bourges révoltés, sans aucun lien avec les lieux de pire exploitation quels qu'ils soient dans le monde, ni même avec ceux où se joue l'évolution du capitalisme :

les prétendus théoriciens communistes d'obédience marxistes sont aujourd'hui complètement déconnectés du monde réel, ils rêvent de luttes qui n'existent tout simplement pas. Ils peuvent donc disserter, d'Astarian à Carbure, sur la classe moyenne, dont ils sont d'éminents idéologues honteux, à prétentions communistes prolétariennes, anti-prolétariennes, ou post-prolétariennes, on ne sait plus...

Tristan Vacances : - Ce serait quoi, être en prise radicale sur les réalités du monde actuel ?

Patlotch : - comme toujours, regarder les choses en face sans se raconter des histoires. Nous sommes dans un moment où les révolutionnaires à bases théoriques anciennes ne peuvent plus voir le capitalisme tel qu'il évolue. Autrement dit, de leurs thèses, c'est maintenant la partie critique de l'existant qui devient fausse, au nom du dogme révolutionnaire qui reste leur credo, alors qu'il n'est plus accroché à rien de concret qu'un simulacre de désir communiste, une idéologie molle et vide qui se cherche des metteurs en scènes vigoureux (émeutistes annonçant l'insurrection générale...)


le communisme sera religieux ou ne sera pas ?

Tristan Vacances : - « pour qui n'aurait pas compris où je veux en venir, il va falloir attendre un peu... »... Quoi, cher Patlotch, que vous alliez au bout de votre "renversement théorique", pour promouvoir, comme l'indique le titre modifié de ce sujet, le communisme comme religion sans dieu ? Et c'est vous qui accusez les autres de retour en arrière pré-marxien ?

Patlotch : - les marxistes n'ont fait qu'élaborer différentes religions du communisme, ce qui m'importe c'est de le transformer

Tristan Vacances : - En quoi ?

Patlotch : - en rien, en rien qu'on ne puisse faire

Tristan Vacances : - Sans y croire, comme vous ?

Patlotch : - que j'y croie ou pas n'est pas la question, mais que le communisme ne se fait pas sans foi

Tristan Vacances : - Mais le communisme comme religion, même sans dieu, n'est-ce pas une idée idéaliste ?

Patlotch : - d'abord ce serait la religion d'un mouvement réel, à produire; ensuite, pour reprendre Godelier, dans la mesure et le sens où l'idéel appartient au réel, le communisme serait une religion matérialiste, bien sûr   Twisted Evil

Tristan Vacances : - N'importe quoi !

Patlotch : - ah bon ? Que serait une théorie communiste s'emparant des masses et devenant force matérielle, révolutionnaire donc, si elle ne faisait que refléter l'existant, où les masses ne seraient pas un sujet faisant consciemment leur histoire dans des circonstances données à transformer ?

Tristan Vacances : - Pour vous, donc, le communisme idéologique n'a jamais été qu'une sorte d'anti-religion religieuse, comme dit Marcel Gauchet ?


Marcel Gauchet a écrit:
C’est très complexe parce que, bien entendu, les religions séculières, les utopies sociales, les doctrines de l’accomplissement de l’histoire, ne se pensaient absolument pas comme des doctrines de salut. Elles étaient au contraire, en générale, violemment antireligieuses et violemment hostiles à l’idée d’un quelconque salut. Néanmoins, ce qu’on peut montrer et qui fonde la pertinence de cette notion de religion séculière c’est qu’à leur insu et malgré elles, elles reconduisaient en effet, sous l’aspect d’une fin de l’histoire ou d’un accomplissement de l’histoire, le schéma chrétien d’un salut. Mais, elles ne le faisaient pas de leur plein gré. C’est pour cela que cette notion de religion séculière est très difficile à manier d’ailleurs et que l’on a affaire à un phénomène hautement paradoxal qui est ce qu’on pourrait appeler des anti-religions religieuses. Anti-religion dans la visée explicite, religieuse de manière implicite. C’est cette coagulation des deux qui leur donne un caractère erratique et explosif une fois qu’elles sont au pouvoir dans la vie des sociétés.

P.C : Si l’on prend comme exemple celui du marxisme-leninisme

M.G : C’est l’exemple canonique puisqu’on a là, la philosophie de l’histoire dans sa plus noble filiation de Hegel à Marx et en même temps une doctrine politique greffée sur cette philosophie de l’histoire qui entend en tirer les dernières conséquences politiques sous l’aspect de la dictature du prolétariat transition vers la société communiste finale. On a affaire à une doctrine résolument matérialiste pour lequel on ne peut pas dire que l’inspiration religieuse soit le moins du monde directement au premier plan. C’est ce qui correspond au versant anti-religion. De plus, il s’agit évidemment, au rebours de ce que promettaient les religions, de la réalisation de la vie bonne et pleine ici-bas, ici et maintenant, aux antipodes d’un quelconque au-delà.

Et cependant, de Hegel à Marx et à Lenine, on a affaire mais au plan de la structure profonde de la doctrine à quelque chose qui est la transposition d’une forme religieuse de la vie collective et de l’histoire elle-même au sein de l’histoire faite par les hommes.

En fait, c’est la réconciliation de l’immanence et de la transcendance dans une société définitive où l’humanité serait réconciliée avec elle-même. On retrouve à la fois une doctrine de salut mais le mot de salut n’est probablement pas le plus important. Le plus important c’est la forme religieuse implicite qui est celle de cette société de la fin de l’histoire. C’est cette conjonction très étrange qui a régné pendant un siècle et demi à peu près comme transition en quelques sortes entre le monde de la religion et le monde de l’histoire qui a donné les phénomènes qu’on appelle totalitaires.

Religion et politique: état des lieux
Les chemins de la connaissance, France Culture, 2002.

Patlotch : - merci pour la référence, et laissons tomber "totalitaire", là n'est pas, ou plus, la question. En parlant de l'idée du communisme comme religion emprunte de religiosité, je ne dis rien d'autre, je ne fais que pousser la métaphore puisqu'à strictement parler, une religion sans dieu n'est plus une religion

Tristan Vacances : - Vous rejoignez Badiou pour qui le communisme serait une idée à promouvoir en quelque sorte...

Patlotch : - pas du tout, j'ai toujours considéré Badiou comme un marxiste idéaliste dont la critique même du capitalisme n'est pas satisfaisante, ne serait-ce que par son absence de connaissance de l'économie politique

ajout 27 juillet

Slavoj Zizek a écrit:
Je défends une religion sans Dieu, un communisme sans maître

Débat entre Peter Sloterdijk et Slavoj Zizek Le Monde 2 septembre 2011

Tristan Vacances : - Alors qu'affirmez-vous au juste ?

Patlotch : - que l'idée communiste s'empare des masses à la manière d'une conversion religieuse devant une révélation, celle des limites de la société capitaliste, telles qu'elles apparaissent et sont produites, naturellement, dans et par les luttes de ces masses elles-mêmes

parenthèse :
L'Appel du vide (2003) Karl Nesic
TropLoin a écrit:
Le moins qu’on puisse dire est que le rapport dialectique entre critiques pratique et théorique est largement distendu, et que les idées communistes ne sont pas près de devenir force matérielle, quand la théorie tend soit à se perdre dans l’immédiat, soit à devenir prédictive, scientiste, et à se donner des garanties. Le besoin de démontrer la « nécessité » de la révolution est un signe quasi certain de son impossibilité. (On débattait beaucoup de la « crise finale » dans les années trente...)  La recherche de certitudes proches de la croyance en dit long sur la compréhension de la possibilité même d’une révolution.

Quelle critique communiste de ce monde ?

Tristan Vacances : - C'est donc pour vous le processus révolutionnaire qui possède une dimension religieuse de religiosité, mais qui n'en définit pas le contenu ?

Patlotch : - voilà. Je trouve la formule de Marx, sortie de son contexte, intéressante : « La théorie qui s'empare des masses devient force matérielle. » Il dit alors masses et non prolétariat (1843, il n'a pas encore le concept de classes), et moins encore parti communiste auquel le Manifeste (1847) assignera la fonction, bien sûr, de faire en sorte que sa théorie s'empare des masses de prolétaires

Tristan Vacances : - En quoi est-ce si "intéressant", et nouveau relativement à ce que vous disiez jusque-là ?

Patlotch : - la boucle est bouclée chez Marx, mais en spirale dialectique, puisque sur une autre base que le matérialisme feuerbachien auquel en était encore dans sa critique de Hegel en 1843, un matérialisme humaniste qui explique pourquoi la critique de la religion, donc de l'idéologie, qui l'accompagne alors n'est pas aboutie, et à mon sens insatisfaisante

notez aussi qu'une théorie qui s'empare d'individus constituant des masses, c'est presque du registre de la possession...

Tristan Vacances : - En quoi cette critique de la religion est-elle insatisfaisante ?

Patlotch : - doublement, en ce qu'elle ne permet ni de prévenir les dérives idéologiques du communisme théorico-politique, ni de poser la nécessité de cette dimension "religieuse", sans laquelle pas de subjectivation révolutionnaire, donc pas de théorie communiste qui s'empare des masses, donc pas de révolution !

Tristan Vacances : - Vous préconisez une nouvelle théologie de la révolution ?

Patlotch : - je ne "préconise" rien. J'affirme le caractère nécessaire d'une dimension de foi, c'est-à-dire imaginaire et symbolique, poétique et sacrée, pour la révolution communiste. Il ne s'agit en rien d'un syncrétisme tel que celui de chrétiens de gauche avec le marxisme, comme dans la théologie de la révolution en Amérique latine, ou autres fantasmes islamo-gauchistes au sens littéral du terme, mais d'une production imaginaire intrinsèque à la pensée communiste en actes révolutionnaires de masse. Je vous répète que c'est une religion foi matérialiste

Tristan Vacances : - De votre part c'est davantage une provocation qu'une idée nouvelle...

Patlotch : - c'est en effet une provocation à penser par une reformulation, si l'on prend en compte mes considérations sur la révolution et la poétique, mais du point de vue pratique, c'est pour moi, donc aussi je suppose pour nombre de communistes revendiqués, la possibilité d'une libération de la pensée critique, relativement à l'articulation de la question religieuse et de la théorie communiste

c'est un renversement qui tient à peu de chose, un léger déplacement par le langage qui offre sur les choses une autre perspective, en dédiabolisant, si j'ose dire, la religion ou du moins la foi d'un point de vue marxien

enfin, c'est une façon d'ouvrir là où j(e m)'étais moi-même coincé, et je dirai pourquoi cela vient maintenant, en référence à d'autres commentaires récents sur le forum


Twisted Evil



devoir de vacance(s)
de la religion au communisme



la critique de la religion est la condition première de toute critique.[...]
la force matérielle ne peut être abattue que par la force matérielle ;
mais la théorie se change, elle aussi, en force matérielle, dès qu'elle pénètre les masses.
Contribution à la critique de La philosophie du droit de Hegel, Introduction
, Karl Marx 1843

pour qui n'aurait pas compris où je veux en venir, il va falloir attendre un peu. Et pour attendre, quelques lectures choisies

Le communisme peut-il être pensé dans le registre de la religion ?

un échange avec Hannah Arendt en 1953-54


Revue du Mauss
2003/2 (no 22)


le texte d'Hannah Arendt à la revue d'Henry Kissinger...

Hannah Arendt a écrit:
Cher Monsieur Kissinger,
Le point crucial dans l’argumentation de M. Monnerot est qu’il néglige la différence entre l’énoncé de Marx selon lequel les religions sont des idéologies et sa propre théorie selon laquelle les idéologies sont des religions.
16
Pour Marx, la religion, parmi bien d’autres choses, résidait dans le domaine des superstructures idéologiques, mais toutes les choses de ce domaine n’étaient pas les mêmes – une idéologie religieuse n’était pas la même chose qu’une idéologie non religieuse. La distinction de contenu entre religion et non-reli-gion était préservée. M.Monnerot et d’autres défenseurs des « religions séculières » disent que, quel que soit le contenu d’une idéologie, toutes les idéologies sont des religions. Dans cette théorie, mais pas dans la doctrine de Marx, la religion et l’idéologie sont devenues identiques.
17
La raison donnée pour cette identification est que les idéologies jouent le même rôle que les religions. Avec la même justice, on pourrait identifier l’idéologie avec la science, comme M. Monnerot est sur le point de le faire lorsqu’il déclare que l’idéologie communiste « usurpe le prestige dont la science bénéficie aux yeux des masses ». Bien sûr, ce serait une erreur d’identifier la science avec l’idéologie communiste pour cette raison, mais cette erreur, en fait, contiendrait davantage de vérité que l’identification logiquement similaire avec la religion, dans la mesure où le communisme prétend être « scientifique », mais non être religieux, et argumente dans un style scientifique; autrement dit, il répond à des questions scientifiques bien plus qu’à des questions religieuses. En ce qui concerne l’argumentation de M.Monnerot, c’est seulement le respect qu’il a pour la science (à distinguer de la religion) qui a pu l’empêcher de voir que, conformément à son argumentation, il n’y avait aucune raison à ce qu’il n’identifie pas l’idéologie communiste avec la science plutôt qu’avec la religion.
18
La confusion sous-jacente est simple et elle apparaît très clairement dans l’énoncé de M. Monnerot selon lequel « les communistes ont une réponse pour tout. Cela est caractéristique de toutes les orthodoxies », impliquant, par conséquent, que le communisme est une orthodoxie. Le sophisme de ce raisonnement est familier depuis que les Grecs se sont amusés à des paralogismes et, suivant un processus logique similaire, en sont arrivés, à leur grande joie, à définir l’homme comme un poulet déplumé. À présent, malheureusement, ce genre de choses n’est plus simplement drôle.
19
M. Monnerot déplore que je ne suive pas les méthodes d’équation courantes et ne « définisse » pas la religion et l’idéologie. (La question de ce qu’est une idéologie ne peut recevoir de réponse qu’historique, étant donné que les idéologies ne sont apparues pour la première fois qu’au début du dixneuvième siècle. J’ai tenté de donner une telle réponse, mais pas une définition, dans l’article « Idéologie et terreur : une nouvelle forme de gouvernement », The Review of Politics, juillet 1953.) Je ne puis aborder ici la question de savoir ce qu’est une définition et dans quelle mesure nous pouvons, par une enquête sur la nature des choses, arriver à des définitions. Une chose est claire : je ne puis définir que ce qui est distinct et ne puis arriver à des définitions, pour autant que ce soit possible, qu’en faisant des distinctions. En disant que les idéologies sont des religions, on ne définit ni les unes ni les autres mais, au contraire, on va jusqu’à détruire la part de différenciation vaguement éprouvée qui est inhérente à notre langage quotidien et que les enquêtes scientifiques sont supposées affiner et éclairer.
20
Pourtant, alors qu’il devrait être possible de définir un phénomène relativement récent tel que l’idéologie, quelle arrogance n’aurait pas été la mienne si je m’étais risquée à définir la religion ! Non pas parce que tant de savants ont essayé et échoué avant moi, mais parce que la richesse et le trésor du matériau historique devraient véritablement paralyser quiconque garde le moindre respect pour l’histoire et la pensée du passé. Supposons que j’ai défini la religion et que quelque grand penseur religieux – non pas évidemment l’adorateur du kangourou que je pourrais facilement prendre en compte – ait échappé à mon attention ! Dans les enquêtes historiques, l’important n’est pas d’arriver à des définitions toutes faites, mais de faire constamment des distinctions, et celles-ci doivent suivre le langage que nous adoptons et le type d’objet auquel nous avons affaire. Si tel n’était pas le cas, nous déboucherions bientôt sur une situation dans laquelle chacun parlerait son propre langage et annoncerait fièrement avant de commencer : « Moi, j’entends par… » tout ce qui peut me servir et frapper mon imagination à un moment donné.
21
La confusion provient en partie du point de vue particulier des sociologues qui – ignorant méthodologiquement l’ordre chronologique, la localisation des faits, l’impact et l’unicité des événements, le contenu substantiel des sources et la réalité historique en général – se concentrent sur les « rôles fonctionnels » en eux-mêmes et par eux-mêmes, faisant ainsi de la société l’Absolu auquel tout se rapporte. Leur prémisse fondamentale peut être résumée en une phrase : toute chose a une fonction et son essence équivaut au rôle fonctionnel qu’elle se trouve jouer.
22
Aujourd’hui, dans certains cercles, cette prémisse a acquis la dignité douteuse d’un lieu commun et certains sociologues, comme M. Monnerot, ne peuvent tout simplement pas en croire leurs yeux ou leurs oreilles s’ils rencontrent quelqu’un qui ne la partage pas. Pour ma part, bien sûr, je ne crois pas que toute chose ait une fonction, ni que la fonction ou l’essence soient la même chose; et pas davantage que deux choses complètement différentes – comme la croyance à une Loi de l’Histoire et la croyance en Dieu – remplissent la même fonction. Et même si, dans certaines circonstances particulières, il devait arriver que deux choses singulières jouent le même « rôle fonctionnel », je ne les tiendrais pas davantage pour identiques que je ne crois que le talon de ma chaussure est un marteau lorsque je l’utilise pour enfoncer un clou dans le mur.

(Traduit par Jacques Dewitte)

ce sera donc, après un long détour, une reprise de la réflexion que j'avais engagée en juin 2012 dans Pour en finir avec mon communisme-théorique « [renvoyant] à mes considérations précédentes, en 2011-2012, sur le communisme comme foi, idéologie, engagement... et ceci avec des aspects qui ne tiennent pas à l'appartenance de classe, mais à la conviction, au registre des idées.»

la citation de Marx en exergue est souvent déformée en « Une idée devient une force lorsqu'elle s'empare des masses.», or on peut vérifier dans le texte allemand (385) que Marx parle bien de "théorie" : « die Theorie wird zur materiellen Gewalt, sobald sie die Massen ergreift. » Zur Kritik der Hegelschen Rechtsphilosophie. Einleitung


question (s) :

1) qu'est-ce qui fait qu'une théorie, particulièrement une théorie communiste, ne serait pas une idéologie, et celle-ci différente d'une religion, sinon dans ses formes, la présence d'un ou plusieurs dieux, du moins dans certains de ses fondements et de ses conséquences... quand elle s'empare des masses, et pour commencer, on l'a vu abondamment et sans exception, des producteurs ou amateurs de théories communistes, dont les comportements sont d'autant plus religieux et idéologiques qu'ils croient critiquer radicalement religions et idéologies ?

2) qu'une théorie devienne force matérielle en s'emparant des masses la rend vraie, c'est-à-dire apte à transformer la réalité (ce qu'on a vu avec Godelier concernant l'imaginaire, le symbolique, les religions...), ne tient en rien à ce que cette théorie soit "matérialiste" ou "idéaliste", classement primaire qui devient alors vain, mais au fait que "les gens y croient"

réciproquement, on n'a en histoire jamais vu une idée devenir force matérielle sans s'emparer des masses, cad sans que les gens y croient : on a là la définition d'une foi

le communisme comme idée n'est pas plus vrai ou faux que le catholicisme, l'islamisme, ou le bouddhisme, qui ne sont pas moins réels que le communisme, puisque s'étant emparé des masses, ces religions sont devenues forces matérielles

ah mais, Monsieur, le communisme n'est pas une idée, c'est le mouvement même des contradictions au présent... bla bla bla, cause toujours, et montre-moi d'abord la différence entre ce mouvement et une idée qui s'emparerait des masses


Tristan Vacances : - « d'autres commentaires récents sur le forum » ?

Patlotch : - je fais allusion à des commentaires épars, dans plusieurs sujets, relatifs à mes lectures de Michel Houellebecq

Tristan Vacances : - Comment ça ? Cet auteur présente-t-il le moindre intérêt relativement à) la théorie communiste, ou même à la compréhension du capitalisme actuel ?

Patlotch : - je ne serais pas le seul à le penser. Voir Tristan Leoni : Du spirituel dans l’homme et dans le prolétaire en particulier. Autour de Houellebecq et de « Soumission »


je ne cache pas un certaine compassion pour cet auteur qui me semble pris à son propre jeu de ne pouvoir écrire que d'un point de vue petit-bourgeois sur les petits bourgeois, mais en manifestant une lucidité qui, évidemment, ne peut aboutir qu'à du morbide, pour ne pas dire du sordide. Autant j'ai pu connaître, par ma formation scientifique, ma quasi ignorance du milieu universitaire, la fréquentation des administrations centrales, des situations recoupant celles qu'il donne à lire dans ses romans, autant lui n'aura fait que s'y vautrer, autant je m'en suis tenu à l'écart : les couches moyennes, ce n'est ni mon origine ni mon habitus. Quelles que soient leurs idées y compris "communistes" ou "anarchistes", elles m'insupportent, je les déteste et leur fait savoir, et par conséquent, ma solitude est bien plus réelle et seine que la sienne, complaisamment mise en scène

Tristan Vacances : - Quel rapport avec la religion, la foi, la conversion ?

Patlotch : - c'est le véritable sujet de Soumission


Michel Houellebecq : "Je ne suis plus athée"

La Vie 27 janvier 2015


© MIGUEL MEDINA / AFP

La Vie a rencontré l'auteur de Soumission, phénomène littéraire controversé de ce début d'année. Déclin du christianisme, islam, pape, etc, voici des extraits de cet entretien.

Citation :
Depuis la sortie de Soumission, une nouvelle bataille d’Hernani s’est engagée. Comme d’habitude, les jugements de valeur sur la personne de Houellebecq se mêlent à ceux que suscitent ses personnages. Mais cette fois, aux considérations sur la littérature se mélange un vif débat sur l’islam et l’islamophobie. Une partie de la critique littéraire juge l’ouvrage médiocre ou choquant. D’autres trouvent qu’il est troublant ou excellent. Dans la plupart des cas, la question du déclin du christianisme, pourtant centrale dans le roman, est éludée, voire carrément évacuée. Pour en avoir le cœur net, nous avons affronté durant trois heures le brouillard de cigarette, de laconisme et d’ambiguïté qui entoure et dissimule l’étrange M. Houellebecq, nouant le fil d’une vraie conversation. Au lecteur cette fois de juger sur parole. Il a désormais la pièce du dossier qui lui manquait : l’auteur lui-même.

Vous avez l’air fâché ?

La déclaration du pape après les attentats contre Charlie m’a consterné. Quand il dit « Si vous parlez mal de ma mère, je vous mets un coup de poing », il légitime le fait de répondre à une agression écrite par une agression physique. Je ne suis pas d’accord du tout, et j’aurais encore préféré qu’il se taise. La religion ne doit pas limiter la liberté d’expression. S’il y a des limites, elles ne sont pas de cet ordre, mais liées à la diffamation, aux atteintes à la vie privée, etc. Et je sais de quoi je parle, pour avoir été souvent poursuivi. Même pour la Carte et le Territoire, j’ai eu droit à un procès en Allemagne de l’association Dignitas, favorable à l’euthanasie – que l’éditeur a d’ailleurs gagné. (...)

Cela fait longtemps que vous êtes fasciné par la religion...

Oui. En littérature, dès mon premier livre, Rester vivant (1991), qui est très influencé par saint Paul et son insolence. Et puis il y a eu les Particules élémentaires et mon éventuel baptême dans la Carte et le Territoire. Mais je parlais déjà de ma tentative de conversion dans le livre avec Bernard-Henri Lévy, Ennemis publics. Durant mon enfance, chez mes grands-parents, il y avait zéro religion. Sans véritable antipathie – contrairement à leurs amis communistes, qui étaient davantage anticurés. Pour eux, le Royaume et le progrès étaient de ce monde. Mais la religion est entrée dans ma vie depuis l’âge de 13 ans au moins. Un ami de ma classe avait essayé de me convertir à l’époque. J’ai d’ailleurs conservé la Bible qu’il m’avait donnée. J’en ai lu une bonne partie aujourd’hui. (...) J’ai une vision de la religion plus proche de la magie. Le miracle m’impressionne ! Le moment religieux que je préfère dans tout le cinéma, c’est la fin d’Ordet, le film de Dreyer, qui se termine par un miracle. Voilà ce qui m’ébranle. (...) Je veux savoir si le monde a un organisateur et comment c’est organisé. J’ai fait des études scientifiques. Il y a une vraie curiosité chez moi pour la manière dont tout ça fonctionne. Ce qui fait qu’aujourd’hui je ne me définis plus comme athée. Je suis devenu agnostique, le mot est plus juste. L’un des amis de mon père lui avait dit qu’il se ferait incinérer, qu’il n’y aurait pas de cérémonie religieuse. Mon père lui a rétorqué : « Je te trouve bien présomptueux. » C’est un peu le sens du pari de Pascal.

Si l’on suit votre roman, pourtant, on en conclut que le christianisme est moribond...


Non, je ne le crois pas du tout. C’est seulement le point de vue d’un personnage, Rediger. Et il y a une apparition positive des catholiques dans le roman : lorsque les jeunes viennent assister à la lecture de Péguy. L’orateur au « visage ouvert et fraternel » impressionne le narrateur. J’ai eu l’occasion d’observer le visage de ces jeunes à une JMJ, celle de Paris, où j’étais allé par curiosité. Globalement, je ne suis pas persuadé que les perspectives pour le catholicisme soient uniquement négatives dans mon livre. Aujourd’hui, l’idée d’un cosmos organisé apparaît même plutôt plus pertinente qu’à l’époque de Voltaire : l’argument du grand horloger tient, l’évidence d’une organisation de l’ensemble de l’Univers. Les découvertes scientifiques renforcent l’impression d’une organisation générale plus qu’elles ne la diminuent... (...)

Pour ce roman, on vous a accusé d’islamophobie. Or on peut vous faire le procès inverse : vous reprenez l’apologétique traditionnelle de l’islam en disant que le christianisme, c’est terminé. (...) Et vous voyez l’islam avec plus de bienveillance qu’auparavant, tout de même. Qu’est-ce qui vous a permis d’évoluer ?

La lecture du Coran et d’ouvrages divers, parmi lesquels ceux de Bernard Lewis, et pour la période plus récente, ceux de Gilles Kepel. Et puis, beaucoup de choses reprochées à l’islam viennent d’avant, c’est indéniable. L’islam n’a pas inventé la lapidation (l’une des scènes les plus réussies de l’Évangile est d’ailleurs « Que celui qui n’a pêché jette la première pierre »), ni l’excision, ni l’esclavage. J’ai lu le Coran pour écrire ce roman. Je l’avais simplement feuilleté auparavant. La question était aussi pour moi d’évaluer son degré de dangerosité. J’en suis ressorti plutôt rassuré. Ma lecture a abouti à des conclusions relativement optimistes, même si en fait je ne pense pas que les musulmans lisent tellement plus le Coran que les catholiques ne lisent la Bible. Donc le rôle du clergé est fondamental dans les deux cas. Il faut des interprètes, un clergé. Je n’imagine pas de religion sans prêtres, sans passeur.

Selon vous, le problème de l’islam aujourd’hui, c’est qu’il n’y a pas de passeur compétent ?

C’est avant tout qu’il n’y ait pas de pape ! Le pape élimine les déviances. S’il y avait un pape musulman, la question du djihadisme serait éradiquée en 20 ans. Comme sanction : plus le droit de participer aux prières, plus le droit de rentrer dans les mosquées... Bref, une forme d’excommunication. En l’absence d’une telle organisation, qui ne peut être mise sur pied en deux ans, il faut favoriser certains imams.

Les jeunes qui partent faire le djihad, est-ce pour des raisons religieuses ? Ou parce que nous sommes dans cette société que vous décrivez, où le sens est à bout de souffle ? Vous comprenez ces jeunes en un sens ?

Je les prends au sérieux. Je prends le besoin spirituel au sérieux. Je trouve très agaçant de sociologiser les choses. Tous les jeunes ne sont pas à la dérive, comme on veut bien le dire. Ils appartiennent pour certains à la classe moyenne. Il faudrait éviter de les voir seulement comme des détraqués. Leur malaise est plus profond que cela. En tout cas, la séduction de l’islamisme n’a rien à voir avec la politique mais avec la religion, contrairement à ce que l’on entend. Pour moi, c’est clairement une variante de l’interprétation de l’islam. Le bon sens est de mon côté : on a obtenu occasionnellement des martyrs en politique, mais c’est tout de même beaucoup plus fréquent pour la religion...

Que répondez-vous à ceux qui vous reprochent d’agiter le chiffon rouge de l’islamisation ?


Ceux qui voudraient que je me sente responsable ? Eh bien non... Non, je ne le suis pas. J’observe un affaiblissement intellectuel chez certains de mes interlocuteurs. Des notions clairement distinguées auparavant comme islamophobie et racisme ne le sont plus.

Le mot islamophobie lui-même est polémique. Comment l’interprétez-vous ?


Le fait est que mon livre n’est pas islamophobe. Ce sont les djihadistes qui cherchent à provoquer l’islamophobie dans le vrai sens du terme, c’est-à-dire à provoquer de la crainte. Toutes leurs actions n’ont pas d’autre but.

La nécessité de la religion comme système pour relier les hommes, vous y croyez ?

Oui, la religion aide beaucoup à faire société. Comme Auguste Comte, je pense qu’à long terme, une société ne peut tenir sans religion. Et effectivement, on voit aujourd’hui des signes d’effritement d’un système apparu il y a quelques siècles. Mais je crois au retour du religieux. Même si je ne peux pas vous dire pourquoi il survient maintenant. Mais je le sens. Dans toutes les religions. Dans le judaïsme, je vois bien que les jeunes sont plus croyants et pratiquants que leurs parents. Chez les catholiques, il y a des signes – les JMJ, la Manif pour tous
.

Tristan Vacances : - Et alors ?

Patlotch : - et alors il s'agit d'allumer des contre-feux [... à suivre]



Dernière édition par Patlotch le Ven 21 Juil - 23:45, édité 2 fois
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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)   Lun 17 Juil - 17:22


sur la croyance

lecture




Entretien avec Jean-Toussaint Desanti

par Nicolas Antenat, 28 mars 1998, extrait

Citation :
Dans cet ouvrage, Jean-Toussaint Desanti retrace, en réponse à un questionnement de Maurice Clavel, ce que fut son parcours philosophique et politique, au carrefour des réflexions phénoménologiques de Husserl puis de Merleau-Ponty, de la réflexion sur le statut des mathématiques (qui ne sont, disait-il, " ni du ciel, ni de la terre ") et l'engagement politique. Avec une grande clarté, il y procède parfois à des rapprochements surprenants, mais éclairants, comme celui qui le conduit à voir dans la conception communiste du parti politique l'équivalent de ce qu'est dans la philosophie de la connaissance l'idée du sujet transcendantal. Il élucide ainsi avec rigueur la part de croyance qui nous accompagne dans nos engagements, et qui fonde à la fois nos convictions, nos vérités et nos illusions.

je souligne en gras
Citation :
si j’ai bien compris, il y aurait des univers de croyance. Doit-on parvenir à un critère permettant de les distinguer les uns des autres ?

Distinguer les systèmes de croyance ou les modes de croyance ? Ce n’est pas la même chose. Les modes de croyance se distinguent d’eux-mêmes. Je ne crois pas à un théorème mathématique sur le même mode que celui sur lequel se constitue ma croyance en la réalité de la chose présente dans ma perception. Mais une chose est de distinguer un mode de croyance, autre chose est de distinguer les formes d’organisation des systèmes de croyance qu’on finit par habiter. C’est ce qui arrive par exemple au mathématicien lorsqu’il croit qu’il y a des objets mathématiques situés en monde et qu’il doit organiser. Cela, c’est la constitution d’un système de croyance. Évidemment c’est une illusion. Il n’y a pas de monde mathématique dans lequel on habite. D’une certaine façon le mathématicien habite ces champs théoriques localement, mais il ne les surmonte pas, il ne les survole pas.

Nous ne pouvons surmonter, survoler, nous ne pouvons prendre une vision enveloppante, globale, relativement à aucune des constellations de sens que nous dévoile notre expérience seconde des formes du temps, des formes spatio-temporelles. Tout geste de désignation est assigné localement et il n’y a pas de sujet qui puisse survoler tout cela. Ce serait être dans l’illusion pure et simple, dans le semblant.

C’est un autre type d’univers de croyance. Mais est-ce que, précisément, l’analyse des phénomènes de croyance permettrait une prise de distance à l’égard de ces phénomènes ?

Je dis et pense qu’on ne peut pas. On ne peut pas échapper au caractère prégnant de « l’être-là » du monde. Il y a un parti pris pour le monde, qui est constitutif du monde.

N’est-ce pas ici la question du sens critique qui se pose ? Est-ce que le fait de réfléchir, comme vous l’avez fait, sur le mode de constitution d’une croyance confère plus de sens critique ?

Plus de défiance ! Plus de défiance à l’égard des engagements non-réfléchis.

N’est-ce pas seulement le privilège de quelques-uns ?

Chacun y connaît toujours quelque chose ! Il ne faut pas se méprendre. Nul n’est ignorant !... Pourvu qu’il sache parler.

Ici, automatiquement, c’est la question du pouvoir qui arrive.

En effet, mais la question du pouvoir c’est encore une autre affaire. Aucun pouvoir ne peut se déployer ni apparaître s’il ne dispose pas d’un système de croyance renouvelable et sans cesse réassumé, s’il ne dispose pas de ces modalités d’institution de la fidélité aux croyances. C’est la servitude volontaire !

Autre chose. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre relation à Stendhal. Stendhal est un homme de convictions. Vous nous avez expliqué comment vous avez changé de convictions, de croyances. Comment s’est effectué ce changement et que signifie-t-il pour vous ?

C’est tout le problème. Comment un système de croyance prégnant et apparemment solide se défait. Pour nous c’est simple ; enfin, cela n’a pas été simple à vivre, c’est le phénomène qui est simple. À un moment nous avons été saisi par un phénomène historique qui a été le vingtième congrès du parti communiste de l’Union Soviétique dans lequel nous avons été pris sans le savoir – d’autres savaient, mais nous nous ne voulions pas le savoir pris que nous étions dans le système de renforcement de notre mode de capture dans le champ du parti communiste français.

À un moment donné ce système de capture commence à se fissurer en un point, la fissure peut être tout à fait locale, elle peut être recouverte, on peut encore trouver des moyens pour peu que le système fondamental de croyance subsiste, des moyens théoriques, des motivations théoriques, pour recouvrir la fissure. On peut aussi se donner des motivations historiques, on peut se dire que c’est parce que l’Union Soviétique était ceci ou cela, etc., mais on retombe toujours dans le même système fondamental de croyance et on finit presque en fondateur du parti communiste. Et puis il peut arriver, et c’est ce qui arrive le plus souvent, que tout le système des modalités de renforcement de tout le jeu (de la force des images) qui fait que la croyance se constitue comme quelque chose d’apparemment solide, ne s’effectue plus. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que la parole symbolique, le poids de la parole symbolique issue du parti disparaît. Le poids ne s’exerce plus, cette parole n’est plus entendue, elle devient morte. À ce moment-là il n’y a plus de convictions, ce n’est pas que l’on perde le sens du rapport au monde, que l’on sombre dans l’incohérence et la folie, mais un autre mode de cohérence, à la fois dans sa vie et dans ses rapports sociaux avec les autres, est exigé. Voilà, on change, on n’effectue plus le rapport au monde de la même façon.

Je vous donne un exemple quand même extraordinaire : dans ma jeunesse j’étais trotskiste, j’ai appris les procès en Union Soviétique en 1935-1936, jusqu’en 1937, et je me suis dit « c’est abominable, ces salopards sont en train de détruire toute l’élite du parti bolchevique » et j’étais contre les procès de Moscou. Là, arrive la guerre, arrive l’attaque de l’Union Soviétique par les Allemands, arrive la retraite de l’armée soviétique. Tout en étant trotskiste je commençais à être très inquiet, et à ce moment-là, chose très étrange, l’attitude toute négative, l’attitude de refus que j’avais eu à l’égard des procès de Moscou s’est absolument effacée comme si le passé changeait de forme, exactement comme dans ces figures où l’on distingue la forme et le fond – les gestaltistes ont développé tout cela –, c’est la forme d’organisation de la relation présent passé, le passé étant ce fond, qui a changé. Et ce qui a informé le passé c’était ce qui se passait à Stalingrad ! Là se constitue un bouleversement des modes de croyance et une installation dans un autre système de croyance en devenir. C’est comme cela que l’on adhère à un parti, c’est comme cela que ça s’est produit en 1933, par exemple, lorsque le système fonctionnait avec sa circularité propre, la parole du dirigeant se répercutant sur l’activité quotidienne du parti de manière doctrinaire. On dit toujours que le parti communiste est un parti comme les autres mais ce n’est justement pas un parti comme les autres. Dans notre esprit c’était un parti qui avait, pour ainsi dire, une fonction ontologique.

Vous avez dit ce soir à plusieurs reprises qu’il n’y avait pas d’au-delà de la croyance, qu’il n’y avait pas de métalangage mais vous distinguez tout de même deux parties dans votre vie : une partie où vous avez cru et une partie où vous analysez ce que c’était que d’avoir cru ; il a y donc bien deux rapports à la croyance...

...à un contenu de croyance, mais pas au phénomène de la croyance. Je continue à croire à ce que je fais, mais je ne crois plus ce que j’ai cru. Je crois à ce que je fais sinon je ne pourrais plus rien faire. Le phénomène de la croyance est, pour employer le langage banal des philosophes, récurrent en tant que phénomène vide, indéterminé ; on ne peut pas ne pas croire, on ne peut pas ne pas chercher à savoir.

Il n’y aurait donc qu’une relativité entre différents modes de croyance ?

Pas des modes, car les modes de croyance sont enracinés profondément dans des systèmes de croyance. Les contenus de croyance, eux, sont toujours relatifs pour moi.

Est-ce que la constitution d’un univers de croyance ne suppose pas un rapport spécifique de la parole au malentendu ? En ce sens où, comme nous l’avons vu dans le film de Charlot, ce qui crée le malentendu c’est qu’il ne s’explique pas, que la parole est coupée ; c’est une fonction du malentendu qui est différente de celle dont nous avons parlé précédemment, qui, elle, est dynamique et pousse les personnes à s’expliquer les unes avec les autres, qui ne met jamais de termes au dialogue. Est-ce que la constitution d’un univers de croyance n’est pas liée à la fin du dialogue et à un rôle du malentendu dans la parole très différent de celui présent dans tout dialogue ?

C’est plus que du malentendu dans ce cas-là, c’est une véritable cassure, une discontinuité dans le jeu des rapports symboliques. C’est à ce moment-là que le système de croyance exige le renforcement de la chaîne symbolique ; si ce renforcement ne se produit pas alors c’est le monde de ce genre de croyance, de cette espèce de croyance, qui s’effondre. Le fait que Charlot ait levé ce drapeau par hasard, de façon, pour ainsi dire muette, et qu’il se soit en définitive trouvé berné puisque c’est lui que l’on emmène au poste comme le meneur qu’il n’est pas, apparaît justement comme cette cassure, cette discontinuité. Alors que va-t-il faire ? C’est son affaire, c’est à lui de s’en préoccuper. Un moment vient où le sort d’un système de croyance peut paraître dépendre de l’action hasardeuse d’un seul individu.

Ce que vous dites là est-il optimiste ou pessimiste ?

• Je crois que je ne me fais pas trop d’illusions là-dessus, je ne crois pas que l’on peut raccommoder facilement une telle discontinuité, à ce point radicale. C’est très dangereux.

Pouvons-nous aller plus loin ; vous avez parlé de système de croyance, de mode de croyance, vous avez insisté sur le fait qu’il nous est impossible de nous situer hors de la croyance. Pour replacer la question dans un domaine qui vous est familier, celui des mathématiques, la coexistence de plusieurs géométries – celle d’Euclide bien évidement, celles de Lobatchevski et de Riemann également – pose le problème de la validité...

Absolument, dans la mesure où ils sont cohérents et où on peut les représenter les uns dans les autres !

Là, vous vous intéressez à la question de la validité, mais que faites-vous de la question de la vérité, puisque nous parlons ici de la croyance. Certes, c’est une grande question, qui est certainement plus intéressante que nécessaire, mais peut-on privilégier uniquement la validité, préférer un système mathématique plutôt qu’un autre, être trotskiste et ne plus l’être, en fonction des conditions de réalité ? Derrière cela que reste-t-il, qu’en est-il de la question de la vérité et de sa recherche ?

Diable... la question de la vérité !... Je vais vous raconter une histoire qui n’a rien à voir : celle d’Aristote. Dans le livre II de la Physique, vers la fin, Aristote cherche à énoncer les principes qui peuvent servir de fondement à une science du mouvement. À un moment donné il dit : « les anciens ont mis les contraires au nombre des principes » et il ajoute – je vous le dis en grec car c’est très intéressant – « », c’est-à-dire : enchaînés (c’est très fort) par ce qui était manifeste (non pas par la vérité) en l’absence de justification. C’était la situation fondamentale de l’être-là. C’est quand nous sommes enchaînés au manifeste que la question de la vérité se pose. On ne défera jamais cette chaîne, c’est-à-dire le lien qui nous rassemble au manifeste, jamais. Seulement, du fait que ce manifeste est lui-même une structure significative et qu’il est à la fois en écart relativement à lui-même et en écart relativement à la façon dont nous pensons avoir affaire à lui, de ce fait le problème de la vérité se transforme. Il subit, quasiment au sens mathématique du mot, une transformation. Il change de forme, les relations qui le constituent changent de forme et de statut. Elles deviennent des relations de validité, des relations d’adéquation de l’énoncé à l’état de chose. Mais à l’horizon reste toujours la chaîne, forcés que nous sommes par le manifeste. C’est la structure propre du manifeste qui pose la question de la validité des énoncés, des énonciations et de leurs formes. C’est pourquoi les problèmes de validité sont infinis et indéfinis, ils sont l’expression de cet enchaînement primordial au manifeste. Être enchaîné au manifeste cela veut dire également le suivre dans ses contours, dans ses mises à distance, le ressaisir soit dans la description soit dans la théorie, peu importe, car seul le développement est différent... C’est pourquoi je ne distinguerai pas recherche de validité et recherche de vérité, mais il y a toujours un excès de l’« », du manifeste sur les procédures de validité.


foi ou croyance ?

Patlotch : - merci de documenter, cher Tristan, mais je crois qu'il faut distinguer la croyance (individuelle ou collective, mais partant des individus), de la foi communiste que j'entends ici massive, "de classe" si vous voulez comme on parlait de la conscience de classe, et c'est pourquoi je fais le lien avec la religion, avec ou sans dieu

Tristan Vacances : - Je ne saisis pas bien en quoi la croyance serait le propre d'individus et la foi communiste attribuée à une classe

Patlotch : - ça n'a rien d'une définition absolue, c'est pour la clarté, distinguer la propriété d'une somme d'individus suivant un dogme en foules, et celle d'une classe comme dimension imaginaire de son activité révolutionnaire

la foi massive dans le communisme fut celle du programmatisme dans toutes ses variantes (stalinienne, trotskiste, anarchiste, conseilliste, ultragauche), et c'est de cette croyance perdue que parle Desanti à partir de son expérience personnelle

avoir ou pas la "conscience de classe", dans le programmatisme, ne se ramenait pas uniquement à une foi; cela reposait sur la réalisation possible du socialisme par la prise du pouvoir prolétarien. En l'absence d'écarts conscients et produits de façon révolutionnaire massive, non fantasmatique ou groupusculaire, il n'y a rien d'équivalent pour l'auto-abolition du prolétariat. On ne croit pas à quelque chose de réel, que l'on voit, mais à quelque chose que l'on sait, ou plutôt que l'on croit savoir, une théorie qui, comme théorie de la révolution communiste au-delà d'une critique radicale du capitalisme et de l'État, repose sur du vide

les masses, dans une action de classe, ne feront la révolution que si elles y croient, c'est-à-dire si elles croient à son succès. C'est de l'ordre de l'évidence. Le problème est le lien entre cette foi, communiste, et le réalisme du possible à un moment donné de l'histoire, mais la résistance du réel n'a jamais arrêté l'idéel, la puissance du virtuel. L'idéel de toute théorisation communiste de la révolution a sombré dans le virtuel, au sens ancien, tout en perdant son rapport au réel


lecture : Puissance du virtuel, déchaînements des possibles et dévalorisation du monde. Retour sur des remarques de Jean-Toussaint Desanti, Olivier Mongin, revue Esprit, Août 2004

pour reprendre l'expression de Desanti plus haut, « le système fonctionnait avec sa circularité propre », et la théorie communiste n'en est pas sortie, bien au-delà des implications du programmatisme, qui lui avait des fondements matériels dans la réalité des luttes de classes, ce qui n'est plus du tout le cas de visions/récits idéologiques telles que la communisation, ou autres (ici ce n'est pas une question de bonne ou mauvaise théorie, ou de débats entre elles ou au sein d'elles)

Tristan Vacances : - Bref, vous n'y croyez plus, vous avez perdu la foi

Patlotch : - non, j'ai rejeté la croyance, c'est différent, parce qu'elle n'a plus de fondement, et la question de la foi communiste ne se rapporte pas à moi, ni à n'importe quel autre sujet individuel. J'affirme que cette foi est à la fois incontournable mais pas l'ingrédient essentiel, et je m'interroge : 1) sur les conditions de son émergence comme subjectivation dans une conjoncture ouvrant une fenêtre révolutionnaire 2) sur les limites de ce qu'elle peut produire, c'est-à-dire sur sa fonction dans un dépassement à produire non seulement pour détruire le capital, mais pour construire autre chose

ajout 24 juillet : Arthur Koestler et la "foi communiste"


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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)   Mar 18 Juil - 22:16


à propos de 'pari pascalien' et de 'pari révolutionnaire'

le "pari pascalien"

Tristan Vacances : - Vous parliez de contre-feux à allumer contre le retour à la religion de Houellebecq ? Lesquels

Patlotch : - d'un côté on ne peut pas laisser la question du changement de civilisation à la pensée conservatrice, ici à un retour positif à la religion, d'un autre on ne peut plus considérer que la théorie communiste y réponde de façon satisfaisante : une théorie de la révolution n'a plus de base dans les rapports sociaux actuels, elle n'échappe plus à sa détermination de croyance quasi religieuse

n'en déplaise à ses adeptes, le communisme est aujourd'hui d'emblée idéologique. Ce n'est pas une affaire de posture activiste ou théoriciste, les deux sont dans le même bain, un pari pascalien : il faudrait croire au communisme comme à Dieu


Blaise Pascal a écrit:
— Examinons donc ce point, et disons : « Dieu est, ou il n'est pas. » Mais de quel côté pencherons-nous ? La raison n'y peut rien déterminer : il y a un chaos infini qui nous sépare. Il se joue un jeu, à l'extrémité de cette distance infinie, où il arrivera croix ou pile. Que gagerez-vous ? Par raison, vous ne pouvez faire ni l'un ni l'autre; par raison, vous ne pouvez défaire nul des deux. Ne blâmez donc pas de fausseté ceux qui ont pris un choix ; car vous n'en savez rien. — Non ; mais je les blâmerai d'avoir fait, non ce choix, mais un choix; car, encore que celui qui prend croix et l'autre soient en pareille faute, ils sont tous deux en faute : le juste est de ne point parier. — Oui, mais il faut parier ; cela n'est pas volontaire, vous êtes embarqué. Lequel prendrez-vous donc ? Voyons. Puisqu'il faut choisir, voyons ce qui vous intéresse le moins. (...). Votre raison n'est pas plus blessée, en choisissant l'un que l'autre, puisqu'il faut nécessairement choisir. Voilà un point vidé. Mais votre béatitude ? Pesons le gain et la perte, en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu'il est, sans hésiter.

Pensées 1670

cette question n'est jamais interrogée d'un point de vue communiste. Je ne prétends pas y répondre de façon objective et générale pour tout le monde, j'ai besoin d'éclaircir cette question pour moi, car c'est la seule manière de pouvoir continuer, du point de vue d'un désespoir qui ne peut être le même que chez Houellebecq

Tristan Vacances : - Que vient faire Houellebecq dans une discussion sur le communisme ?

Patlotch : - Houellebecq le dit lui-même : « je ne me suis jamais intéressé (…) aux riches, ni aux pauvres, ni aux hommes politiques, ni aux délinquants, ni aux artistes (…) En matière de description sociale, je suis définitivement 'classes moyennes'; » (Lanzarote, 2002, Librio p.67). Son succès vient de ce qu'il décrit assez objectivement et subjectivement ce que vit et sent la classe moyenne salariée qui n'a aucune perspective révolutionnaire anticapitaliste, et jouera toujours « son rôle d’auxiliaire dans la contradiction prolétariat/capital » (Le ménage à trois de la luttes des classes, 3.2. Hic Salta Juin 2017)

ses livres m'intéressent comme témoignage, sans que je me sente le moins du monde concerné par ce que vivent et pensent ses personnages, et d'une façon générale tous les romans et films de "petits-bourgeois" s'adressant à des "petits-bourgeois". Ce monde m'ennuie autant qu'il nous envahit et nous dévore idéologiquement, parce que ces gens-là ont le quasi monopole de la parole


Lucien Goldmann et le "pari marxiste"

Le pari mélancolique de Daniel Bensaïd
Pascal et Marx, avec Lucien Goldmann

Michael Löwy

Extrait. Je souligne en gras.
Michael Löwy a écrit:
[...]

Selon Daniel Bensaïd, il y a de la prophétie dans toute grande aventure humaine, amoureuse, esthétique ou révolutionnaire. La prophétie révolutionnaire n’est pas une prévision, mais un projet, sans aucune assurance de victoire. La révolution, non comme modèle préfabriqué, mais comme hypothèse stratégique, reste l’horizon éthique sans lequel la volonté renonce, l’esprit de résistance capitule, la fidélité défaille, la tradition (des opprimés) s’oublie. Sans la conviction que le cercle vicieux du fétichisme et la ronde infernale de la marchandise peuvent être brisés, la fin se perd dans les moyens, le but dans le mouvement, les principes dans la tactique.
Suivant Walter Benjamin, Daniel montre que l’idée de révolution s’oppose radicalement à la foi paralysante en un avenir garanti, ainsi qu’à l’enchaînement mécanique d’une temporalité implacable. Réfractaire au déroulement causal des faits ordinaires, elle est interruption. Moment magique, la révolution renvoie à l’énigme de l’émancipation, en rupture avec le temps linéaire du progrès, cette idéologie de caisse d’épargne si violemment dénoncée par Péguy, où chaque minute, chaque heure qui passe, sont censés apporter leur petite part d’accroissement et de perfectionnement. Comme l’avait compris Walter Benjamin, le spectre de la révolution exige justice pour le passé opprimé et annonce un futur libéré.

Le temps et l’espace de la stratégie révolutionnaire se distinguent radicalement de ceux de la physique newtonienne, « absolus, vrais, mathématiques ». Il s’agit d’un temps hétérogène, kairotique – c’est-à-dire, scandé de moments propices et d’opportunités à saisir. Mais devant un carrefour de possibles, l’ultime décision comporte une part irréductible de pari.

Daniel va s’inspirer, à ce sujet, dans les travaux, trop vite oubliés, du grand penseur marxiste hétérodoxe Lucien Goldmann. Dans son remarquable essai sur la vision du monde tragique chez les penseurs jansénistes (Pascal et Racine), le Dieu caché (1955), Goldmann va comparer le pari de Pascal avec celui de Marx. Tandis que le premier porte « sur l’éternité et le bonheur infini promis par Dieu aux croyants », le pari marxiste concerne « l’avenir historique que nous devons créer avec le secours des hommes ». Comme l’ont montré Pascal et Kant, observe Goldmann, rien sur le plan des jugements à l’indicatif, des « jugements de fait » scientifiques, ne permet d’affirmer ni le caractère erroné ni le caractère valable du pari initial. Celui-ci n’est pas l’objet d’une « preuve » ou démonstration factuelle, mais constitue un « acte de foi », une espérance qui se joue dans notre action commune, dans la praxis collective. D’autre part, aussi bien le pari pascalien que le pari dialectique impliquent à la fois le risque, le danger d’échec et l’espoir de réussite. Ce qui les distingue c’est la nature transcendantale du premier – pari sur l’existence de Dieu – et purement immanente et historique du deuxième : pari sur le triomphe du socialisme dans l’alternative qui s’offre à l’humanité du choix entre le socialisme et la barbarie.

Ce n’est pas sûr qu’on trouve beaucoup d’écrits de Marx ou d’Engels qui fondent la marche de l’histoire vers le socialisme sur un « acte de foi », plutôt que des « jugements de fait » scientifiques ! Il s’agit, de la part de Goldmann, d’une interprétation – partagée, comme nous verrons, par Daniel – assez hétérodoxe et passablement iconoclaste…

Curieusement, la géniale intuition de Lucien Goldmann sur la place du pari dans la réflexion marxiste a suscité très peu d’intérêt, y compris chez ses biographes et disciples. Cela vaut aussi pour le livre sur lui que j’ai écrit en collaboration avec Sami Naïr en 1973, qui ne dédie que quelques paragraphes à cette problématique. Ce n’est que beaucoup plus tard, vers 1995, que j’ai écrit un article, dans une obscure revue de sciences sociales, sur le « pari communautaire » de Lucien Goldmann.

En fait, c’est Daniel Bensaïd le premier marxiste à placer le pari au centre d’une vision révolutionnaire de l’histoire. À ses yeux, l’engagement politique révolutionnaire n’est pas fondé sur une quelconque « certitude scientifique » progressiste, mais sur un pari raisonné sur l’avenir : l’action émancipatrice est, pour reprendre une formule de Blaise Pascal, « un travail pour l’incertain ». Le pari est une espérance que l’on ne peut démontrer mais sur laquelle il faut engager son existence tout entière. Le pari est inéluctable, dans un sens ou dans l’autre : comme l’écrivait Pascal, il faut parier, nous sommes embarqués. Dans la religion du Dieu caché (Pascal) comme dans la politique révolutionnaire (Marx), l’obligation du pari définit la condition tragique de l’homme moderne.

Cet argument a l’immense avantage de débarrasser le marxisme de la lourde charge positiviste/scientiste et déterministe qui a tellement pesé, au cours du XXe siècle, sur son potentiel subversif et émancipateur, et de donner toute sa place au « facteur subjectif », à l’« optimisme de la volonté », à l’engagement, à l’action collective, et donc, à la stratégie. Grâce au détour par Pascal, Daniel donne une fondation philosophique à son léninisme révolutionnaire : ce n’est pas le moindre paradoxe de ce livre étonnant…

Daniel Bensaïd – ainsi que Goldmann lui-même – ne s’intéresse pas beaucoup pour l’aspect « mathématique » du pari pascalien, le calcul de probabilités, la comparaison entre le bonheur fini sur terre et le bonheur infini de l’éternité – argument qui sert à justifier, selon Pascal, le choix de parier sur l’infini. Il me semble qu’il s’agit tout de même d’une différence capitale avec le pari révolutionnaire : tandis que le croyant chrétien parie sur un bonheur éternel grâce au salut de son âme individuelle, le « croyant socialiste » parie sur un bonheur collectif auquel rien n’assure qu’il en prendra part. Se pourrait-il que la foi communiste soit plus ascétique que celle du jansénisme de Pascal ?

Pourquoi ce pari est-il donc mélancolique ? L’argument de Daniel est d’une impressionnante lucidité : les révolutionnaires, écrit-il, ont toujours eu la conscience aiguë du péril, le sentiment de la récurrence du désastre. D’où la mélancolie inflexible de Blanqui, suicidaire de Benjamin, lucide de Tucholsky, ironique de Guevara, irréductible de Trotski. Leur mélancolie est celle de la défaite, une défaite « combien de fois recommencée » (Péguy). Dans une lettre de jeunesse, Walter Benjamin rendait hommage, rappelle Daniel, à la grandeur de la « fantastique mélancolie maîtrisée » de Péguy ; et dans son essai sur le surréalisme (1929), il se réfère au trotskiste Pierre Naville, selon lequel le pessimisme est une dimension essentielle de la dialectique marxiste. Cette mélancolie révolutionnaire de l’inaccessible, sans résignation ni renoncement, se distingue radicalement, selon Daniel, du chagrin impuissant de l’inéluctable et des complaintes postmodernes en manque de finalité, avec leur esthétisation d’un monde désenchanté.

Rien n’est plus étranger au révolutionnaire mélancolique que la foi paralysante en un progrès nécessaire, en un avenir assuré. Pessimiste, il ne refuse pas moins de capituler, de plier devant l’échec. Son utopie stratégique – tout le contraire des « utopies chimériques » du passé et du présent – est celle du principe de résistance à la catastrophe probable.
Grâce à cette dernière partie, le livre de Daniel Bensaïd devient beaucoup plus qu’un commentaire intelligent de l’actualité ou un diagnostic critique de la crise : il nous apporte un regard nouveau sur l’espérance, un regard qui nous aide à rétablir la circulation entre la mémoire du passé et l’ouverture du futur.

Sans optimisme béat, sans illusion sur les « lendemains qui chantent », sans aucune confiance dans les « lois de l’histoire », il n’affirme pas moins la nécessite, l’urgence, l’actualité du pari révolutionnaire. Un pari, certes, mélancolique, mais jamais résigné, jamais fataliste, jamais passif, neutre ou indifférent – l’attitude de ceux qui parient, qu’ils en soient conscients ou pas, sur la non-révolution, c’est-à-dire sur l’éternel retour du même, le règne infini du capital, la persistance, per omnia secula seculorum, de la ronde infernale de la marchandise

Patlotch : - vous insinuez que je ferais le « pari de la non-révolution », ce qui peu ou prou se ramène à justifier « l’éternel retour du même, le règne infini du capital...»

Tristan Vacances : - Plus vous avancez dans vos cogitations, plus cela y ressemble, effectivement...

Patlotch : - je ne fais pas plus de pari sur la révolution que sur la non-révolution, et dire que le capitalisme n'est pas éternel n'implique pas sa fin par une révolution communiste : « depuis quand la fin du capitalisme serait-elle synonyme de révolution communiste obligatoire ou inéluctable ? », Karl Nesic, Deux ou trois raisons de ne pas désespérer, troploin 2012

Bensaïd parle d'espérance sur un fond mélancolique et pessimiste, ce qui n'est pas sans rapport avec Bloch et Le principe espérance ou ce qu'en tire Ana Dinerstein, plus optimiste, sur l'utopie concrète (voir mon sujet "l'utopie concrète" avec Ana C. Dinerstein et Ernst Bloch )

indépendamment de ses positions théorico-politiques, cette thèse du 'pari révolutionnaire' selon Bensaïd serait assez proche de ce que je juge incontournable, et plus largement commun aux communistes en général, qui font ce pari sans le savoir ni l'interroger

Tristan Vacances : - Faire la théorie communiste de la révolution ne signifie pas qu'on juge celle-ci "inéluctable"

Patlotch : - a priori non mais cela s'y ramène dès lors que l'on ne met que cette hypothèse en chantier. Prenez Astarian, jugé moins "structuralo-déterministe" que Théorie Communiste :


Astarian Hic Salta a écrit:
La théorie communiste ne s’intéresse à ce qui est que pour montrer la possibilité de son abolition et de son dépassement [...] elle est théorie du dépassement du capitalisme, théorie de la révolution. [...] La théorie communiste doit être comprise par rapport à son ancrage dans la lutte des classes, car c’est là que se trouve la possibilité du dépassement. [...]

L’existence même de ce rapport social insurrectionnel pose pratiquement la question du dépassement du MPC. C’est dans ce rapport social insurrectionnel que la théorie communiste trouve son ancrage. Elle en est la conscience de soi.

Solitude de la théorie communiste

la révolution-insurrection-communisation est ici posée et développée en boucle tautologique comme l'aboutissement logique du mode de production capitaliste. Comme dans tous les textes communisateurs, et d'autant qu'ils affirment que la révolution n'est pas inéluctable, le fond est la conviction, la foi, l'auto-persuasion, ou du moins font-ils comme s'ils y croyaient, parce qu'ils en un besoin davantage psychologique que social. Astarian : «  tout dérisoire que cela puisse être, il y a des individus qui ne peuvent pas s’empêcher de réfléchir aux conditions du dépassement du MPC...»

Tristan Vacances : - À quoi bon ces états-d'âmes si tout se résout en définitive dans l'activité concrète ?

Patlotch : - ajoutez états d'âmes petits-bourgeois et vous ne serez pas loin de ce que j'inspire aux "vrais révolutionnaires", qui n'en ont pas...

Tristan Vacances : - J'ai quand même le sentiment que vous faites tout pour les désespérer...

Patlotch : - je ne sais pas au juste quelles sont aujourd'hui mes motivations à leur égard, et si elles entrent pour beaucoup dans mes considérations. Quoi qu'il en soit, n'entre pas dans mes intentions de les convaincre, de quoi ? Alors ils peuvent bien croire ce qui leur chante ou les déchante. Je n'ai même plus la prétention de les alimenter en réflexions. Mon problème immédiat est de penser ce que je pense



Tristan Vacances : - du même Michael Löwy...

Lucien Goldmann, marxiste pascalien
Michael Löwy, 14 septembre 2009

« On peut parler, à propos de Lucien Goldmann, de « marxisme pascalien ». À un certain moment de son parcours intellectuel et politique comme penseur marxiste hétérodoxe, Goldmann a eu besoin de certains arguments qu’il a trouvés chez Pascal, et qu’il a intégrés à son système de pensée ; il s’agit d’une choix actif et d’une ré-interprétation, dans un contexte historique déterminé. Cette appropriation de Pascal par l’auteur du Dieu Caché concerne surtout trois aspects : la vision tragique du monde, la critique de l’individualisme et, surtout, le pari. »

Citation :
Le pari

Les visions du monde individualistes - rationalistes ou empiristes - ignorent le pari. Il ne trouve sa place qu’au cœur des formes de pensée en rupture avec l’individualisme : la vision tragique et la dialectique. Cela ne veut pas dire que les deux sont identiques : écartant le soupçon de vouloir « christianiser le marxisme », Goldmann - par ailleurs Juif athée et rationaliste ! - insiste sur l’opposition constante de celui-ci à toute religion révélée affirmant l’existence d’un être suprême surnaturel : « La foi marxiste est une foi en l’avenir historique que les hommes font eux-mêmes, ou plus exactement que nous devons faire par notre activité, un « pari » sur la réussite de nos actions ; la transcendance qui fait l’objet de cette foi n’est plus ni surnaturelle ni transhistorique, mais supra-individuelle, rien de plus mais aussi rien de moins ». En tant que pensée rationaliste, la dialectique marxiste est héritière de la philosophie des Lumières, mais par sa foi dans des valeurs transindividuelles, elle « renoue...par délà six siècles de rationalisme thomiste et cartésien avec la tradition augustinienne », dont se réclamaient Pascal et les jansénistes. L’acte de foi, affirme tranquillement Goldmann, est le fondement commun de l’epitemologie augustinienne, pascalienne et marxiste, bien qu’il s’agisse dans les trois cas d’une « foi » essentiellement différente : évidence du transcendant, pari sur le transcendant, pari sur une signification immanente [Le dieu caché].

Si le terme « foi » apparaît souvent, de forme rhétorique, dans la littérature marxiste, Goldmann est le premier à avoir essayé d’explorer les implications philosophiques, éthiques, méthodologiques et politiques de cet usage. Sans craindre l’« hérésie » par rapport à la tradition matérialiste-historique , il découvre, grâce à son interprétation peu orthodoxe et profondément novatrice de Pascal, l’affinité occulte, le tunnel souterrain qui relie, en passant sous la montagne des Lumières, la vision tragique (religieuse) du monde et le socialisme moderne.

Comparant Pascal et Marx dans le Dieu Caché, il met en évidence tout d’abord ce qu’ils ont en commun : « Il serait tout aussi absurde pour Pascal et Kant, d’affirmer ou de nier l’existence de Dieu au num d’un jugement de fait que pour Marx d’affirmer ou de nier, au nom d’un tel jugement, le progrès et la marche de l’histoire vers le socialisme. L’une et l’autre affirmation s’appuyant sur un acte du cœur (pour Pascal) ou de la raison (pour Kant et Marx) qui dépasse et intègre à fois le théorique et le pratique dans ce que nous avons appelé un acte de foi ». Cet acte de foi, qui se trouve donc au point de départ de la démarche marxiste selon Goldmann, est comme tout acte semblable, fondé sur un pari : la possibilité de réalisation historique d’une communauté humaine authentique (le socialisme). Ce n’est pas sûr qu’on trouve beaucoup d’écrits de Marx ou d’Engels qui fondent « la marche de l’histoire vers le socialisme » sur un « acte de foi », plutôt que des « jugements de fait » scientifiques ! Il s’agit, de la part de Goldmann, d’une interprétation, assez hétérodoxe et iconoclaste ; mais elle a l’immense avantage, grâce au concept de pari, de débarrasser le marxisme de la lourde charge positiviste/scientiste et déterministe qui a tellement pesé, au cours du 20e siècle, sur son potentiel subversif et émancipateur, et de donner toute sa place au « facteur subjectif », à l’« optimisme de la volonté », à l’engagement, à l’action collective.

L’intérêt pour le pari pascalien est sans doute motivé, chez l’auteur du Dieu Caché, par un horizon politique : rompant avec l’illusion déterministe et évolutionniste d’un avenir socialiste inévitable, garanti par les lois de l’histoire ou par les contradictions internes du capitalisme, Goldmann est convaincu qu’on ne peut que parier sur le triomphe de l’option authentiquement humaine « dans l’alternative qui s’offre à l’humanité du choix entre le socialisme et la barbarie ». Il est évident que cette formulation doit beaucoup à la brochure Junius de Rosa Luxemburg - La crise de la social-démocratie (1915) – où apparaît pour la première fois l’expression « socialisme ou barbarie ». Goldmann avait un exemplaire de l’édition originelle, en allemand, de ce document, publié à Berne en 1915, dont il a probablement fait l’acquisition pendant son séjour en Suisse (au cours de la Deuxième Guerre mondiale), et cette expression apparaît souvent dans ses écrits. Dans un de ses derniers textes - il date de septembre 1970 - il écrivait, cette fois en référence directe à l’auteure de la Crise de la social-démocratie : « l’alternative formulée par Marx et par Rosa Luxemburg reste toujours valable ; aux deux pôles extrêmes, de l’évolution se dessinent les images extrêmes de la barbarie et du socialisme ».

Comme l’ont montré Pascal et Kant, observe Goldmann, rien sur le plan des jugements à l’indicatif, des « jugements de fait » scientifiques, ne permet d’affirmer ni le caractère erroné ni le caractère valable du pari initial. Celui-ci n’est pas l’objet d’une « preuve » ou démonstration factuelle, mais se joue dans notre action commune, dans la praxis collective. D’autre part, seule la réalisation future du socialisme relève du pari : les autres thèses ou affirmations du marxisme sont sujettes « au doute et au contrôle permanent des faits et de la réalité ». D’autre part, aussi bien le pari pascalien que le pari dialectique impliquent à la fois le risque, le danger d’échec et l’espoir de réussite. Ce que les distingue c’est la nature transcendantale du premier (pari sur l’existence de Dieu) et purement immanente et historique du deuxième (pari sur le triomphe du socialisme dans l’alternative qui s’offre à l’humanité du choix entre le socialisme et la barbarie).

Il serait donc tout à fait erroné d’ignorer les différences entre ces deux formes du pari. Goldmann revient sur cette question dans une remarquable communication présentée au premier Colloque de philosophie de Royaumont, « Le pari est-il écrit ‘pour le libertin’ ? » (1954). Tout d’abord il met en évidence a portée humaine universelle du pari : « Le pari est fondamentalement l’expression du paradoxe de l’homme et de sa condition. Pour que l’homme vive en tant qu’homme, il doit engager sa vie sans réserve, dans l’espoir d’une valeur authentique dont le signe le plus clair est qu’elle est réalité ». Mais il n’insiste pas moins sur ce qui distingue le pari pascalien du marxiste : « Le pari de Pascal porte sur l’éternité et le bonheur infini promis par dieu aux croyants, et non pas sur l’avenir historique que nous devons créer avec le secours des hommes ». Certes, le pari pascalien se retrouve au centre de la pensée marxiste « en tant que pari sur l’avenir historique », mais il s’agit d’une forme évidemment modifiée, « qui intègre et dépasse le pari pascalien ». Le « pari marxiste » - l’expression est de Goldmann - est un engagement sur une action, dont le succès « ne saurait jamais être certitude absolue, dogmatique ; comme l’indique la célèbre formule « socialisme ou barbarie », « il ne s’agit pas d’une certitude pure, d’une fatalité irrévocable (…) » [L. Goldmann, Recherches dialectiques. 1959]

A la question « faut-il parier ? » Pascal répondait que l’être humain est toujours déjà « embarqué ». Quelles que soient les différences évidentes entre son pari et celui de Marx, « l’idée que l’homme est ’embarqué’, qu’il doit parier, constituera à partir de Pascal l’idée centrale de toute pensée philosophique consciente du fait que l’homme n’est pas une monade isolée qui se suffit à elle-même, mais un élément partiel à l’intérieur d’une totalité qui le dépasse et à laquelle il est relié par ses aspirations, par son action et par sa foi ; l’idée centrale de toute pensée qui sait que l’individu ne saurait réaliser seul, par ses propres forces aucune valeur authentique et qu’il a toujours besoin d’un secours transindividuel sur l’existence duquel il doit parier, car il ne saurait vivre et agir que dans l’espoir d’une réussite à laquelle il doit croire ». Plus qu’un hommage à Pascal, ce passage propose une nouvelle interprétation, assez hétérodoxe, de la signification du marxisme comme pari révolutionnaire.

Goldmann ne s’intéresse pas beaucoup pour l’aspect « mathématique » du pari pascalien, le calcul de probabilités, la comparaison entre le bonheur fini sur terre et le bonheur infini de l’éternité - argument qui sert à justifier, selon Pascal, le choix de parier sur l’infini. Il ne s’agit, pour l’auteur du Dieu caché que d’un « vêtement extérieur » qui ne concerne pas l’essentiel de l’argument. Il me semble qu’il s’agit tout de même d’une différence capitale avec le pari utopique : tandis que le croyant chrétien parie sur un bonheur éternel grâce au salut de son âme individuelle, le « croyant socialiste » parie sur un bonheur collectif auquel rien n’assure qu’il en prendra part. Se pourrait-il que la foi utopique soit plus ascétique que celle du jansénisme ? ?

Selon Pascal, celui qui a compris « la règle des partis », la nécessité pour tout être humain, « déjà embarqué », de parier, sait qu’il « doit travailler pour l’incertain ». On retrouve cette idée, avec une terminologie différente, chez un auteur qui apparemment ne connaissait pas Pascal ; il s’agit d’ un autre juif antifasciste exilé en France, mais qui n’a pas eu la même chance que Lucien Goldmann : Walter Benjamin. Le pessimisme mélancolique de Benjamin n’est pas sans avoir des affinités avec la vision tragique du monde étudiée par Goldmann, même si, en dernière analyse, l’espoir utopique reste l’horizon ultime de sa pensée. L’utopie émancipatrice est pour Benjamin un « travail pour l’incertain », un pari dont rien, aucune loi de l’histoire, ne garantit l’issue favorable.

La réflexion sur le pari est sans doute un des aspects les plus fascinants de l’œuvre de Goldmann, mais elle n’a pas trouvé beaucoup de place dans les principaux ouvrages dédiés à sa pensée. Certes, le pari figure dans le titre de l‘excellente biographie intellectuelle publiée par Mitchell Cohen, The wager of Lucien Goldmann, mais il est très peu question de ce wager dans le texte même du livre. Quant au remarquable livre de Pierre Zima, il inclut un chapitre intitulé « Pari tragique/pari dialectique », mais paradoxalement il ne dédie au pari proprement dit que deux paragraphes. [Pierre V. Zima, Goldmann, dialectique de l’immanence, 1973] Cette critique vaut aussi pour notre ouvrage de 1973, - Sami Naïr et moi-même - qui ne contient qu’une page et demie sur le pari.

On ne peut pas dire que le marxisme pascalien de Goldmann a eu beaucoup d’influence. Curieusement, les théologiens de la libération l’ont ignoré. Mais on trouve, ici ou là, des échos de sa démarche. Par exemple, dans une référence évidente à la thèse de Goldmann – qu’il avait choisi pour être son directeur de thèse – Ernest Mandel argumentait, dans un essai sur les raisons de la fondation de la Quatrième Internationale (1988) : puisque la révolution socialiste ést la seule chance de survie de la race humaine, il ést raisonnable de parier sur elle en luttant pour sa victoire. Selon ses propres termes : Jamais l’équivalent du “ pari pascalien ” en rapport avec l’engagement révolutionnaire n’a été aussi valable qu’aujourd’hui. En ne s’engageant pas, tout est perdu d’avance. Comment pourrait-on ne pas faire ce choix même si les chances de réussite ne sont que d’un pour cent ? En réalité, les chances sont bien meilleures que cela.

Quelques années plus tard, un autre brillant intellectuel marxiste appartenant au même courant que Mandel, Daniel Bensaïd, rendra un hommage appuyé à Goldmann dans son beau livre Le pari mélancolique. Voici ce qu’il écrit dans l’épilogue, intitulé « Politique du pari » : « Lucien Goldmann voit dans ce pari ‘un tournant décisif de le pensée moderne’ : le passage des philosophies individualistes à la pensée tragique. La théorie de Marx entretien selon lui plus d’une intime affinité avec l’attitude pascalienne. » L’engagement politique, lié aux incertitudes de l’action, « reste, irréductiblement, de l’ordre du pari ». Le rapprochement entre Pascal et le marxisme se justifie, puisque « dans la religion du dieu caché comme dans la politique de l’événement improbable, cette obligation du pari définit la condition tragique de l’homme moderne ». Sensible à cette dimension tragique, mais obstinément fidèle au projet révolutionnaire, Bensaïd termine son livre avec un constat : « Il est mélancolique, sans doute, ce pari sur l’improbable nécessité de révolutionner le monde » [Daniel Bensaïd, Le pari mélancolique, 1997].

Pour conclure : le pari est peut-être l’apport le plus important, le plus novateur et le plus significatif du marxisme pascalien de Lucien Goldmann. Et aussi le plus actuel, dans ce début du 21e siècle, où la catastrophe écologique, qui s’approche à une vitesse grandissante, constitue pour l’avenir de l’humanité une menace sans précédent. « Un autre monde est possible », mais rien ne garantit, hélas, sa réalisation. Il ne nous reste que le pari, dans sa double dimension théorique et pratique : comprendre le monde et agir collectivement pour le transformer.

Patlotch : - intéressant. Comme quoi les questions que je me pose ont déjà été pensées, et par des marxistes que rien ne m'avait porté à lire jusqu'ici. Parce que tout de même, les formules de "foi marxiste", de "pari marxiste" ou de "pari révolutionnaire" sont du genre qu'on ne peut guère éviter par les temps qui courent... Enfin, moi je ne peux pas

ajout 29 juillet 2017 : on ne s'étonne pas de retrouver cette idée de "pari révolutionnaire" chez Edgar Morin, grand admirateur de Pascal


Edgar Morin. Pour entrer dans le XXIe siècle, édition de 2004. 2ème partie, Conclusion : le pari

Edgar Morin a écrit:
- Que faire ? Nous savons que l'incertitude, la peur du risque, le surgissement des contradictions nous paralysent et nous vouent à l'impuissance. Mais nous savons aussi qu'une action est inconcevable sans risque. L'incertitude, la contradiction nous incitent aussi à parier. parier, c'est agir, c'est parier. Le pari est dans toute action. Le pari est dans toute idée. La foi religieuse est devenue moderne lorsque Pascal l'a fondée sur le pari. La foi révolutionnaire deviendra moderne lorsqu'elle se fondera sur le pari et non plus sur les "lois de l'histoire". Lukàcs avait, dans sa jeunesse, introduit le pari dans le marxisme, mais, réprimandé, effrayé, il avait fait marche arrière et chanté la certitude. Le pari est dans toute vie, qui est jeu, et le pari politique lie indissolublement le jeu de nos vies personnelles, le jeu de la vie sociale, le jeu de la vérité et de l'erreur.

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Patlotch



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MessageSujet: Re: COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)   Mer 19 Juil - 10:21


où va Patlotch ?

ma lectorate l'aura compris, ce sujet a valeur d'introspection. J'interroge mes convictions communistes, ma propre "foi communiste", mon parcours depuis le début des années 70. Pour le faire je (re)visite des coins oubliés ou méconnus (par moi) du "marxisme". Dans cette démarche toujours initiatique je réveille des problématiques abandonnées en chemin ou restées prises dans les confrontations d'alors entre courants opposés dans lesquels il est impossible de ranger certains penseurs sans trahir leurs pensées et rater certaines de leurs considérations. J'ai toujours procédé ainsi plutôt que de traiter en chiens crevés des théoriciens étiquetés pour leurs positions politiques, "staliniennes", "troskistes"... ou classés selon les critères des débats entre l'humanisme et l'anti-humanisme, le structuralisme et l'historicisme, en fonction de lectures sollicitant Marx d'un côté ou de l'autre

le titre du sujet, COMMUNISME, FOI et RÉVOLUTION, ne signifie pas que j'entende couvrir tous les aspects de la question, sans quoi il me faudrait évoquer non seulement tous ceux, innombrables, qui ont eu la foi et l'ont perdu, mais tout aussi nombreux les adversaires du communisme, d'Arthur Koestler (« la foi communiste ») à Raymond Aron, qui a vu dans le communisme une « religion séculière », une « idéologie millénariste officielle », une « religion de salut collectif » au même titre que le nazisme et le fascisme, autrement dit les "totalitarismes" qui sont encore la base d'analyse pour un Marcel Gauchet cité le 30 juin :


Marcel Gauchet a écrit:
les religions séculières, les utopies sociales, les doctrines de l’accomplissement de l’histoire, ne se pensaient absolument pas comme des doctrines de salut. Elles étaient au contraire, en générale, violemment antireligieuses et violemment hostiles à l’idée d’un quelconque salut. Néanmoins, ce qu’on peut montrer et qui fonde la pertinence de cette notion de religion séculière c’est qu’à leur insu et malgré elles, elles reconduisaient en effet, sous l’aspect d’une fin de l’histoire ou d’un accomplissement de l’histoire, le schéma chrétien d’un salut. [...]

Et cependant, de Hegel à Marx et à Lenine, on a affaire mais au plan de la structure profonde de la doctrine à quelque chose qui est la transposition d’une forme religieuse de la vie collective et de l’histoire elle-même au sein de l’histoire faite par les hommes.

Religion et politique: état des lieux Les chemins de la connaissance, France Culture, 2002.

je l'ai dit, le problème est difficile à poser et à cerner, car il recouvre des aspects individuels, dans les raisons de l'engagement communiste de chacun et son adhésion à tel parti ou groupe politique ou théorique, et d'autres relatifs à la croyance de masse, à l'idéologie, à l'engagement de millions d'individus dans la lutte de classe avec la foi du prolétaire, ou du charbonnier. Il y a donc un rapport complexe entre les convictions et positions défendues par qui se dit communiste, du plus armé intellectuellement au plus basique des militants, à la réalité des contradictions dans les luttes auxquelles participent des prolétaires en tant que classe

à partir du moment où l'on a du communisme, de la révolution, une vision quasi déterministe voire structuraliste, on fait disparaître le sujet, son activité et par conséquent sa subjectivité au nom de l'éradication du subjectivisme. La classe révolutionnaire agit en automate, le prolétariat « réalise son être » comme contraint de le faire par le sens de l'histoire. C'est ainsi que le plus antihumaniste des marxistes, Louis Althusser, a du communisme une vision plus religieuse qu'il ne croit

à l'inverse, on a le communisme comme idée d'Alain Badiou, marxiste platonicien qui continue à revendiquer l'héritage maoïste. Il faut le lire pour le savoir : « La Révolution culturelle est la Commune de l'époque des partis communistes et des États socialistes : échec terrible et leçons essentielles. » (Mao : De la pratique et de la contradiction, par Alain Badiou, Mao Tsé-Toung, Slavoj Zizek)

dans une période de basses eaux de l'expression de l'antagonisme de classe, le lien se perd entre des activités critiques intellectuelles et luttes de classes qui n'ont pas (encore ?) trouvé leur caractère révolutionnaire de dépassement du capitalisme. Il est donc normal que chez les premiers, la véritable motivation relève du volontarisme ou même simplement de l'habitude, pour ne pas paraître trahir son engagement communiste, rester fidèle à soi

il est somme toute bien dommage que la plupart des "compagnons de routes" se retirent sur la pointe des pieds sans qu'on sache leurs raisons intimes. Je ne fais pas allusion aux seuls ex-staliniens repentis passés à l'ennemi ou rangés des voitures, mais aussi bien à tous ceux qui ont participé au "milieu radical". À mon sens, ils ont simplement perdu la foi, et ils sont comme honteux de l'avouer à leurs ex-camarades. C'est un processus qu'explique bien Jean-Toussaint Desanti cité le 17 juillet :


Jean-Toussaint Desanti a écrit:
Et puis il peut arriver, et c’est ce qui arrive le plus souvent, que tout le système des modalités de renforcement de tout le jeu (de la force des images) qui fait que la croyance se constitue comme quelque chose d’apparemment solide, ne s’effectue plus. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que la parole symbolique, le poids de la parole symbolique issue du parti disparaît. Le poids ne s’exerce plus, cette parole n’est plus entendue, elle devient morte. À ce moment-là il n’y a plus de convictions, ce n’est pas que l’on perde le sens du rapport au monde, que l’on sombre dans l’incohérence et la folie, mais un autre mode de cohérence, à la fois dans sa vie et dans ses rapports sociaux avec les autres, est exigé. Voilà, on change, on n’effectue plus le rapport au monde de la même façon.

dieu me garde, je n'en suis pas là, et pour me préserver d'y sombrer, j'ai besoin de reconstruire mon propre rapport à la pensée communiste

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)   Mer 19 Juil - 13:49


un "nous" communiste, kesako ?
l'esprit de parti au-delà du parti

(critique de l'identité communiste)

Tristan Vacances : - Vous distinguez « aspects individuels, dans les raisons de l'engagement communiste de chacun et son adhésion à tel parti ou groupe politique ou théorique, et d'autres relatifs à la croyance de masse, à l'idéologie, à l'engagement de millions d'individus dans la lutte de classe avec la foi du prolétaire... » Pouvez-vous préciser ?

Patlotch : - c'est une question qui me travaille depuis que j'ai mis en question, au début de années 2000, l'identité communiste, le "nous" qui se crée entre "camarades", qui suppose les autres (voir le sujet IDENTITÉ COMMUNISTE : anarchiste ou communiste ? Quel besoin d'un NOM ?)

d'emblée cela pose un problème, surtout pour qui théorise la nuisance du parti et de toute organisation permanente, mais n'en (re)constitue pas moins des groupes affinitaires qui, au demeurant, ne sont pas sociologiquement constitués d'individus appartenant au prolétariat, la classe qu'ils considèrent révolutionnaire  

il y aurait ainsi des "camarades" communistes, des "compagnons" anarchistes, dans un rapport ambiguë, pour ne pas dire antinomique à la classe de la révolution selon leurs supposées convictions théoriques


Claude Lefort a écrit:
Ce qui compte, pour le militant, c'est d'être inclus dans le «nous autres communistes».

"Le communisme, c'était d'abord le parti du Nous" L'Express 4 février 1999

Tristan Vacances : - Ça n'a pas changé ?

Patlotch : - à la différence de la plupart des membres du "milieu radical", j'ai appartenu plus de quinze ans au PCF, quand il était encore un parti de masse et que le programmatisme communiste n'était pas complètement effondré. J'ai donc connu de l'intérieur ce que les autres considéraient comme le summum du "stalinisme". Je n'ai jamais adhéré à aucune autre organisation, mais j'ai fréquenté des militants de toutes obédiences de l'extrême-gauche à l'ultragauche et au milieu communisateur en passant par les anarchistes. Ils ne savent pas en quoi ils sont tout aussi "staliniens" que l'étaient les membres du PCF sous ce label qui n'avait plus grand sens 20 ans après la mort de Staline

leur "nous" camarades" ou "compagnons" est de la même eau identitaire, une identité qui construit des Églises, voire des sectes, autant qu'une foi, le rapport entre les deux étant variables selon le degré de dogmatisme des uns et des autres. Cela dépasse le simple sectarisme, pour poser la question du rapport entre les communistes ou anarchistes et la classe de la révolution

Tristan Vacances : - La foi communiste n'est pas nécessairement celle d'une Église ?

Patlotch : - dit comme ça, c'est une évidence. L'Église c'est le parti, la foi celle de la classe de la révolution, qui n'a pas même besoin du label "communiste"

Tristan Vacances : - N'est-ce pas chez vous, purement et simplement, de l'individualisme, une incapacité de participer à une activité collective ?

Patlotch : - j'ai il est vrai un caractère peu porté au boy-scoutisme, mais il s'agit de distinguer participation à des activités de groupes plus ou moins constitués et organisés, et activités de luttes plus ou moins massives et auto-organisées. La formulation théorique et mes cogitations, dès lors qu'elles sont publiques, ne contribuent pas moins à une activité collective. Chacun fait ce qu'il sait le mieux faire, et en ce sens il y a toujours un peu de fonctionnement organique, y compris entre personnes qui ne se rencontrent jamais

le fonctionnement actuel en réseaux militants a certes abandonné la forme-parti, mais il n'échappe pas à l'esprit de parti, avec beaucoup de mauvaise foi quant à la prétendue "auto-organisation", quand ce sont toujours les mêmes qui, certains depuis des années, "s'auto-organisent". Il suffit de parcourir les blogs activistes pour comprendre que tout le monde connaît tout le monde et que tout se passe comme si perdurait une "organisation permanente", alors que L'adresse de Meeting faisait « la constatation que toute organisation de classe permanente, préalable aux luttes ou persistant au-delà, est immédiatement confrontée à son échec.». À moins, ironie du sort, que ce ne soit leur organisation permanente qui les conduisent à l'échec...

Tristan Vacances : - L'esprit de parti, c'est un peu le saint-esprit du nous "camarades" ?

Patlotch : - en toute bonne foi, pas toujours sain, oui    Twisted Evil

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MessageSujet: Re: COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)   Mer 19 Juil - 17:21


activité humaine pratique...

quand on ne transforme rien, on ne comprend rien, on croit


comme il ne s'agit pas de répéter vainement ce que je tiens pour mes vérités acquises depuis un certain temps, et pour que ce sujet n'y tourne pas en rond, il convient de faire le lien entre d'une part ce rapport entre communistes et classe de la révolution, et d'autre part la double caractéristique de l'activité communiste, critique de l'existant et lutte pour le changement,

j'ai commencé à cerner cette dualité en 2012, en considérant que la critique communiste s'engrène sur une compréhension, du passé et du présent, qui ne peut être réduite à une science objective, contrairement à ce qu'on voulu en faire les purs théoriciens du matérialisme historique et dialectique, jusqu'aux dérives théoricistes et à la prétention scientiste d'Althusser (je n'insiste pas, on trouve une multitude de textes sur la question, y compris le débat sur le structuralisme et le marxisme, entre Althusser et Godelier, par lequel j'avais commencé. Voir IDÉOLOGIES et CROYANCES : RÉEL, IDÉEL, IMAGINAIRE, SYMBOLIQUE..)

au fond le fameux "rapport entre la théorie et la pratique" sépare ce qui veut participer chez Marx d'un même mouvement, comme le disent très clairement les Thèses sur Feuerbach


lecture

Thèses sur Feuerbach, extraits

Karl Marx a écrit:
I
Le principal défaut, jusqu'ici, du matérialisme de tous les philosophes – y compris celui de Feuerbach est que l'objet, la réalité, le monde sensible n'y sont saisis que sous la forme d'objet ou d'intuition, mais non en tant qu'activité humaine concrète, en tant que pratique, de façon non subjective. C'est ce qui explique pourquoi l'aspect actif fut développé par l'idéalisme, en opposition au matérialisme, — mais seulement abstraitement, car l'idéalisme ne connaît naturellement pas l'activité réelle, concrète, comme telle. Feuerbach veut des objets concrets, réellement distincts des objets de la pensée; mais il ne considère pas l'activité humaine elle-même en tant qu'activité objective. C'est pourquoi dans l'Essence du christianisme, il ne considère comme authentiquement humaine que l'activité théorique, tandis que la pratique n'est saisie et fixée par lui que dans sa manifestation juive sordide. C'est pourquoi il ne comprend pas l'importance de l'activité "révolutionnaire", de l'activité "pratique-critique".

II
La question de savoir s'il y a lieu de reconnaître à la pensée humaine une vérité objective n'est pas une question théorique, mais une question pratique. C'est dans la pratique qu'il faut que l'homme prouve la vérité, c'est-à-dire la réalité, et la puissance de sa pensée, dans ce monde et pour notre temps. La discussion sur la réalité ou l'irréalité d'une pensée qui s'isole de la pratique, est purement scolastique.

La doctrine matérialiste qui veut que les hommes soient des produits des circonstances et de l'éducation, que, par conséquent, des hommes transformés soient des produits d'autres circonstances et d'une éducation modifiée, oublie que ce sont précisément les hommes qui transforment les circonstances et que l'éducateur a lui-même besoin d'être éduqué. C'est pourquoi elle tend inévitablement à diviser la société en deux parties dont l'une est au-dessus de la société.

III
La coïncidence du changement des circonstances et de l'activité humaine ou auto-changement ne peut être considérée et comprise rationnellement qu'en tant que pratique révolutionnaire.

[...]

IX
Le résultat le plus avancé auquel atteint le matérialisme intuitif, c'est-à-dire le matérialisme qui ne conçoit pas l'activité des sens comme activité pratique, est la façon de voir des individus isolés et de la société bourgeoise.

XI
Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c'est de le transformer.

on lit encore, sous la plume de Jacques Wajnsztejn, sur le blog de Temps Critiques, un pur contresens :
JW a écrit:
De fait, chez le Marx de la XIème thèse sur Feuerbach, il y a l’idée qu’il faut passer de l’interprétation (philosophique) à l’explication scientifique avant de transformer le monde. C’est un peu là-dessus qu’il va participer, quoiqu’il en ait, à la création d’une science économique.

Logique et dialectique, Marx, le marxisme et la question de la méthode 23 mars 2017, en bas

la méthode de représentation de Marx (Isabelle Garo) ne consiste pas en une interprétation débouchant sur une explication avant de s'engager dans une transformation. Ces moments, bien qu'apparaissant séparés, ne sont pas disjoints temporellement ni toujours spatialement, ils se comprennent ensemble dans un mouvement lui-même dialectique que synthétise ces Thèses. La 11ème dit clairement qu'on ne comprend que ce qu'on transforme, et ceci ne relève pas du domaine séparé de la connaissance, serait-elle scientifique, mais de l'activité humaine pratique concrète (thèses I et II), on a là un bouclage dialectique de l'exposé proprement génial par son condensé

mais enfin, on a là le B.A.BA de la méthode de Marx bien comprise, et qui veut creuser cet aspect peut lire mon sujet DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE

Tristan Vacances : - Cela n'explique pas votre parallèle entre la dualité de l'activité communiste - critique et lutte -, et le rapport entre communistes et classes...

Patlotch : - quand l'activité est comprise comme séparée entre théorie critique (du passé et du présent) et activité de transformation (luttes révolutionnaires), on obtient la même frontière entre les "communistes" et la classe qu'entre la théorie et la pratique et pire, pour faire court, quand on ne transforme rien, on ne comprend rien

la 11ème thèse est lue, par les philosophes mais aussi souvent par les militants communistes, comme si leur revenait la première partie, interpréter, et l'avant-garde de la seconde, transformer, alors que la phrase est impersonnelle : « ce qui importe c'est de le transformer », et ne dit pas quel sujet doit le faire. Cette même erreur est attribuée par JW à Marx lui-même !

il est vrai que Le Capital, Critique de l'économie politique, est d'une haute teneur proprement scientifique, mais il reste incompréhensible tant qu'on le lit séparément de ce qui en sous-tend tous les raisonnements, le capital comme implication réciproque, lutte de classe antagonique. Althusser disait lui-même (sic !) que les prolétaires ont moins de mal à le comprendre que les intellectuels [citer...]. La lutte sociale et politique n'est pas l'objet direct de l'ouvrage, mais celui-ci ne se comprend vraiment qu'en y participant, et cette critique est en elle-même une participation

Tristan Vacances : - Quel rapport avec la religion ?

Patlotch : - Marx nous répond encore, du fait qu'il part de la critique de la religion par Feuerbach (Thèse I), pour attaquer l'idéalisme en général et le matérialisme vulgaire en particulier. Parmi cet idéalisme et ce matérialisme vulgaire, on peut reconnaître le communisme comme idée (Badiou, les marxistes kantiens et la plupart des marxistes humanistes), et bien sûr le rapport objectiviste militant à l'activité communiste extériorisée de la lutte de classe quotidienne

Tristan Vacances : - Et alors...?

Patlotch : - et alors si les communistes comprenaient mieux la critique de la religion et ce qui s'en suit chez Marx, ils deviendraient moins religieux eux-mêmes : ils veulent bien critiquer la religion capitaliste du dieu argent, mais oublient de critiquer la religion de la pensée communiste séparée, leur propre idéologie

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MessageSujet: Re: COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)   Mer 19 Juil - 19:00


interlude

Marx : « La religion est l'opium du peuple »
Balzac : « La loterie est l'opium de la misère »

lu sur un blog Médiapart
Michel Delarche a écrit:
L'opium était au temps de Marx non pas synonyme de drogue psychotrope comme on tend à le croire aujourd'hui mais simplement de calmant de la souffrance (on délayait de l'opium dans du vin, par exemple, et on absorbait cette mixture afin d'apaiser des douleurs chroniques). Cette métaphore fut empruntée par Marx à Balzac ("la loterie est l'opium de la misère"*).

* on lit dans La rabouilleuse, Balzac 1842, à propos de la loterie : « Cette passion, si universellement condamnée, n'a jamais été étudiée. Personne n'y a vu l'opium de la misère. La loterie, la plus puissante fée du monde, ne développait-elle pas des espérances magiques ? »

dans La fille aux yeux d'or, en 1834 : « Aussi Paris a-t-il ses thériakis, pour qui le jeu, la gastrolâtrie ou la courtisane sont un opium. »


rappel, Contribution à la critique de La philosophie du droit de Hegel 1843

Karl Marx a écrit:
Le fondement de la critique irréligieuse est : c'est l'homme qui fait la religion, ce n'est pas la religion qui fait l'homme. Certes, la religion est la conscience de soi et le sentiment de soi qu'a l'homme qui ne s'est pas encore trouvé lui-même, ou bien s'est déjà reperdu. Mais l'homme, ce n'est pas un être abstrait blotti quelque part hors du monde. L'homme, c'est le monde de l'homme, l'Etat, la société. Cet Etat, cette société produisent la religion, conscience inversée du monde, parce qu'ils sont eux-mêmes un monde à l'envers. La religion est la théorie générale de ce monde, sa somme encyclopédique, sa logique sous forme populaire, son point d'honneur spiritualiste, son enthousiasme, sa sanction morale, son complément solennel, sa consolation et sa justification universelles. Elle est la réalisation fantastique de l'être humain, parce que l'être humain ne possède pas de vraie réalité. Lutter contre la religion c'est donc indirectement lutter contre ce monde-là, dont la religion est l'arôme spirituel.

La détresse religieuse est, pour une part, l'expression de la détresse réelle et, pour une autre, la protestation contre la détresse réelle. La religion est le soupir de la créature opprimée, l'âme d'un monde sans cœur, comme elle est l'esprit de conditions sociales d'où l'esprit est exclu. Elle est l'opium du peuple. L'abolition de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple est l'exigence que formule son bonheur réel. Exiger qu'il renonce aux illusions sur sa situation c'est exiger qu'il renonce à une situation qui a besoin d'illusions. La critique de la religion est donc en germe la critique de cette vallée de larmes dont la religion est l'auréole.

ma foi, j'aurais toujours appris deux mots, thériaki (fumeur d'opium) et gastrôlatrie (obsédé de la bonne chère), mais moi qui ni ne me drogue ni joue aux jeux d'argent, j'en suis pour rester théoriciste en la matière...

l'enfoirum est l'opium du Patlotch

(il y courtise sa lectorate)


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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)   Jeu 20 Juil - 12:04


la communisation comme eschatologie

lecture


2 – Conscience immédiate, conscience abstraite, extrait
Bruno Astarian a écrit:
Prenant la forme de la religion, de la philosophie ou de la théorie communiste, la conscience abstraite rend compte de la contradiction sociale et en projette la résolution. Le péché originel qui chasse Adam et Eve du paradis, avec la promesse d’y retourner après la mort (dans certaines conditions!) est un exemple de cette appréhension par la pensée de la contradiction sociale. D’une façon ou d’une autre, toutes les sociétés produisent une conscience abstraite qui explique la nature contradictoire de la société et projette son dépassement. De plus, la nature contradictoire de la société fait que sa reproduction, son évolution ne répond pas directement à l’action consciente des hommes, mais résulte du jeu de l’affrontement des classes. [...] En d’autres termes, les hommes ont été impuissants à faire évoluer la société selon leur volonté ou leur conscience, immédiate ou abstraite. De façon générale, la conscience abstraite enregistre cette situation d’aliénation en plaçant dans les cieux le pouvoir suprême sur la vie des hommes.

Tristan Vacances : - Ne pensez-vous pas que, d'une façon générale, ce texte attire l'attention sur les mêmes risques que vous soulignez, de la théorie communiste se croyant première par rapport à l'activité révolutionnaire de classe ?

Patlotch : - c'est indéniable. Les passages abondent pour le dire. Relevons la chute :


3 – Problèmes d’une expression communiste aujourd’hui
Bruno Astarian a écrit:
Si la communisation doit avoir lieu, elle se fera donc aux dépens de la théorie, en dépassant la séparation entre conscience immédiate et conscience théorique. Dans le mouvement même où le processus de communisation de la société se développe, l’abolition de toutes les séparations réconciliera pensée et action, supprimera la distance entre la conscience des actions ici et maintenant et celle de leur portée générale dans le temps et dans l’espace. Les insurgés verront de plus en plus clairement la signification générale et l’enjeu de leur luttes pratiques, à la mesure où ils aboliront tout pouvoir et toute économie. Dans ce processus, la théorie communiste disparaîtra en raison de l’inutilité des abstractions qui la constituent.

Si donc la théorie comprend qu’aujourd’hui elle ne sert à rien pour faire évoluer la lutte de classes vers la communisation, et que demain elle sera appelée à disparaître – si tout va bien – pourquoi s’efforce-t-elle de perdurer ? Parce que, tout dérisoire que cela puisse être, il y a des individus qui ne peuvent pas s’empêcher de réfléchir aux conditions du dépassement du MPC. Nous l’avons évoqué plus haut, ils sont le produit des phases de luttes, même non insurrectionnelles, que le prolétariat a connues dans la période récente. Ils forment le petit « milieu » dit radical. Leur influence sur le mouvement réel est nulle. On peut très bien imaginer que la communisation se fasse sans connaître rien de la théorie qui s’écrit depuis des générations. Mais les théoriciens existent, nous existons (un peu). A quoi pouvons nous servir ? Dans la phase actuelle en tout cas, il me semble qu’il s’agit surtout de dissiper quelques illusions favorisées par cet éloignement dont je parlais plus haut entre la théorie et son ancrage. Je pense que cela passe par la défense de quelques principes de base envers et contre tout et surtout contre les apparences, le réalisme, le pragmatisme. Notamment :[...]

Tristan Vacances : - Pourquoi êtes-vous donc si sévère avec la théorie de la communisation ?

Patlotch : - Astarian, ce n'est pas Théorie Communiste, et mes reproches essentiels sont exprimés ailleurs, ce n'est pas ici le lieu d'y revenir. Astarian a ses raisons propres de continuer à s'exprimer au sein de ce courant théorique, dans sa logique qui est pour moi à la limite de l'idéologie, quant à la définition du moment actuel du capitalisme qui ne serait qu'en attente de la réalisation de leur vision de la révolution

la distinction entre critique du passé et du présent et activité communiste reste confuse, et le déterminisme attaché à la (pré)vision d'une révolution insurrectionnelle communisatrice trouble le regard porté sur la période actuelle. Comme disait Karl Nesic : « Le mouvement communisateur se trompe de période historique. Il commence d’ailleurs à être atteint de sclérose théorique, dont il ne se débarrassera ni aujourd’hui ni dans un avenir proche ou lointain, tant il est évident qu’il n’y est poussé par aucune réalité sociale.  » Et maintenant ? (2012)

Tristan Vacances : - C'était sans doute vrai à l'époque de
Meeting et Sic, mais seul Théorie Communiste y était embarqué, Astarian, Dauvé et Nesic s'en étaient épargnés. Astarian ne voit pas davantage aujourd'hui qu'hier des "écarts" exprimant une "annonce" des luttes à dépasser le capital. Dauvé multiplie les textes sur les confusions dans la compréhension du concept de communisation. On peut donc dire qu'ils sont plutôt lucides, non ?

Patlotch : - Astarian, répondant à la question « A quoi pouvons nous servir ? », répond  :« Dans la phase actuelle en tout cas, il me semble qu’il s’agit surtout de dissiper quelques illusions favorisées par cet éloignement dont je parlais plus haut entre la théorie et son ancrage »

à mon sens, du point de vue de l'activité communiste, ils ne font plus guère que ça, tenant pour acquis le résultat sur la forme que devra(it) prendre une sortie du capital, résultat qui a 40 ans et ne tient plus qu'à un raisonnement logique, par l'absurde : le prolétariat doit s'auto-abolir dans l'abolition des classes et du capital. C'est cela qui les fait frayer avec une vision eschatologique du communisme, qui n'est pas loin d'une religion du salut

Tristan Vacances : - Vous exagérez, prenez le texte Le ménage à trois de la lutte des classes, il ne se contente pas de dissiper les illusions, il éclaire de façon nouvelle les contradictions de classes

Patlotch : - cette analyse comporte des éléments intéressants mais elle s'inscrit dans la rétroprojection d'un schéma de révolution futur sans preuves y compris théoriques. J'ai écrit par ailleurs* qu'« il me semble nécessaire d'attendre la publication complète. Dans ce type d'approche, les "résultats" même "provisoires" éclairent généralement le raisonnement entier »
* "CLASSES MOYENNES" : encadrement, prolétarisation, transclassisme, prolophobie, 4 juin

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)   Jeu 20 Juil - 16:39


la 'foi communiste', c'est la subjectivité révolutionnaire de classe

Tristan Vacances : - Je relève dans la citation de Marx ces phrases, et je souligne en italique :

Marx a écrit:
Lutter contre la religion c'est donc indirectement lutter contre ce monde-là. [...] Exiger qu'il [le peuple] renonce aux illusions sur sa situation c'est exiger qu'il renonce à une situation qui a besoin d'illusions. La critique de la religion est donc en germe la critique de cette vallée de larmes dont la religion est l'auréole.

si lutter contre la religion est une critique "indirecte", "en germe", cela signifie que lutter contre elle directement, et non contre ce qui en produit le "besoin" comme "illusion", cette critique quand elle est directe est vaine. On le vérifie par le constat que vouloir convaincre quelqu'un que son dieu, quel qu'il soit, n'existe pas, n'aboutit qu'à l'enfermer dans ses certitudes comme croyances. C'est le retour du religieux partout où il est combattu.

la foi se distingue et se détache de la religion, parce qu'elle n'a pas besoin d'Église. Au fond, cela vaut pour la religion avec ou sans dieu, contre la raison de la raison et de la science, avec cette confusion entre critique communiste et rationnalisme des Lumières, qui reste un mélange typique du communisme français, pour faire simple. Ce qu'on retrouve dans la religion de la laïcité, c'est-à-dire la religion de l'État, tel que vous l'avez montré en croisant Marx et Pierre Legendre dans votre critique de "l'idéologie française" et le sujet OPIUMS DU PROLÉTARIAT : RELIGIONS, ATHÉISMES, LAÏCITÉ... IDÉOLOGIES et RÉALITÉS

on remarque au demeurant que de plus en plus de croyants en un dieu se passe d'une Église, et l'on voit mal pourquoi la foi communiste exigerait un parti

dans cette critique de la religion par Marx, on a donc, en germe, celle de l'idéologie communiste quand elle considère le communisme comme une idée, ce que vous condamnez chez Badiou, mais aussi dans le théoricisme
(THÉORICISME : on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer

Patlotch : - la philosophie est l'opium des philosophes, marxistes compris; la théorie l'opium des théoriciens; le subjectivisme/objectivisme l'opium des militants; l'identité communiste l'opium des camarades, etc.

la foi communiste, comme subjectivité révolutionnaire, doit être celle des masses qui en font une force matérielle. C'est à peu près le contraire de l'affirmation de Che Chevara : « La conduite révolutionnaire est le reflet de la foi révolutionnaire ; quand quelqu’un se dit révolutionnaire et ne se conduit pas comme un révolutionnaire, ce ne peut être autre chose qu’un pitre. »

Tristan Vacances : - la formule de Marx, «la théorie se change, elle aussi, en force matérielle, dès qu'elle pénètre les masses », est tout de même critiquable, car en toute rigueur, ce n'est pas l'idée qui devient matérielle, mais la lutte qui la produit en elle comme critique consciente

Patlotch : - c'est vrai, et d'ailleurs clarifié dans les Thèses en 1845, relativement à cette critique de Hegel en 1843. Quand je parle de foi, ce n'est ici qu'une manière de provocation, car elle n'est rien d'autre que la subjectivité révolutionnaire de classe, et quand je reprends "masses", c'est pour insister sur la quantité autant que sur la qualité, un contenu de dépassement



subjectivation révolutionnaire : "volonté subjective" ?

imaginaire et révolution

désir ?

Tristan Vacances : - Je sens que je vous agace. Reprenons posément.

Vous écrivez plus haut, à 11:05
, dans la 'foi communiste', c'est la subjectivité révolutionnaire de classe : « Quand je parle de foi, ce n'est ici qu'une manière de provocation, car elle n'est rien d'autre que la subjectivité révolutionnaire de classe ».

Je disais que Dauvé multiplie les textes sur les confusions dans la compréhension du concept de communisation. Exemple, où est évoqué « l'esprit religieux » de certaines visions de la révolution :
Communisation (2011)

Vers une synthèse
troploin a écrit:
Nous disons une synthèse, et non la synthèse, car seul un esprit religieux croit qu’il puisse exister un moment si exceptionnel que l’histoire y dévoilerait la totalité de son sens (à un analyste lui aussi exceptionnellement doué).

on trouve dans ce texte de forts échos à vos préoccupations concernant la subjectivation révolutionnaire. Exemple :

II : Communisation : qui ? quoi ? comment ?
Inévitable subjectivité sociale
, extrait
troploin a écrit:
Il n’y aura pas communisation sans qu’existe préalablement dans l’imaginaire collectif la possibilité, inévitablement multiforme et brouillonne, d’une autre façon de vivre, où « travail », « salaire » et « économie » n’iront plus de soi. Les idées ne font pas l’histoire, mais la force (ou inversement la faiblesse) du mouvement communiste dépend aussi d’une volonté subjective chez des prolétaires, et de l’aptitude d’une minorité à prendre des initiatives, tant collectives qu’individuelles. Une révolution est précédée de phénomènes annonciateurs.  Est-ce le cas aujourd’hui ? De tous côtés, on dénonce le capitalisme, mais la perspective communiste est fort peu active dans les comportements et les esprits.

« La révolution est déterminée par des circonstances favorables, mais celles-ci créent une occasion à saisir, et pour cela il faut une envie collective qui dépasse les contingences de l’explosion sociale. On ne peut trouver aucune cause ultime expliquant pourquoi en 1919 des centaines de milliers d’ouvriers berlinois n’ont pas participé à l’insurrection spartakiste : aucune, sinon le fait qu’ils n’en éprouvaient pas socialement le besoin. La volonté n’est pas tout, mais sans volonté on n’a rien. »,
écrivions-nous en 2009 dans Le Tout sur le tout.

[faisant allusion à Théorie Communiste]

Bien qu’elle se croie un produit théorique (et bien sûr l’un des meilleurs) de la lutte de classes dans son cycle actuel de luttes, cette construction mentale témoigne d’un besoin de garanties, d’une volonté du révolutionnaire de se démontrer à soi-même la certitude de la révolution prochaine. Un tel besoin est compréhensible : l’erreur est de le théoriser. Et si beaucoup de radicaux ont envie de se rassurer, il est permis d’y voir un des signes du peu d’existence actuelle d’un cycle de luttes radicalement nouveau.
[...]
Si le dilemme objectivité/subjectivité était soluble par le maniement d’une imparable dialectique, nous n’aurions aucune décision à prendre sur quoi que ce soit : elle se prendrait sans nous, le choix s’imposant tout seul sans alternative. Il n’y aurait plus ni réflexion nécessaire ou possible, ni conflit, ni d’ailleurs histoire, car l’histoire est faite de contradictions, chacune résolue par la pratique de ceux qui y sont impliqués, non par le blocage d’un de ses deux termes.

Tristan Vacances : - qu'en pensez-vous, cher Patlotch ?

Patlotch : - parmi les théoriciens de la communisation, les compères de troploin sont ceux qui attachent le plus d'importance à la subjectivité, ce qui leur a valu de TC l'étiquette humanisme théorique

d'un côté, leurs reproches à Théorie Communiste, qu'ils jugent structuralo-déterministes comme moi, rejoignent ce que j'ai dit en 2012, dans Pour en finir avec mon communisme-théorique, sur Le communisme comme manque, en m'y référant : « Le premier est qu'il s'agit, une fois de plus, pour TC, de combler par un raisonnement ce qui fait défaut dans le réel - remarque souvent faite par Dauvé et Nesic de troploin. [...] Ici je considère que cette théorie prend ses désirs pour des réalités. »

d'un autre, je m'interroge sur l'affirmation « la force (ou inversement la faiblesse) du mouvement communiste dépend aussi d’une volonté subjective chez des prolétaires » reprise en « La volonté n’est pas tout, mais sans volonté on n’a rien », volonté qui résulterait d'« éprouver socialement le besoin » de faire la révolution

sans faire appel à des références psychologiques voire psychanalytiques - il faudrait pourtant y venir -, il me semble que le terme de volonté subjective n'est pas adéquat, et que le lier à un besoin social débouchant sur un « choix », demeure dans le flou quant à son émergence. C'est en ce sens que j'avais trouvé féconds les travaux d'Ana Dinerstein (voir le sujet 'utopies concrètes', 'organiser l'espoir'... auto-subjectivation révolutionnaire)

à tout prendre, je préfère le début : « Il n’y aura pas communisation sans qu’existe préalablement dans l’imaginaire collectif la possibilité [...] d’une autre façon de vivre », parce que là, on retrouve les considérations de Godelier sur l'imaginaire à partir desquelles l'idée de ce sujet m'était venue. Je rappelle ce passage de L'Idéel et le Matériel, 1984 (ici, 30 Juin)


Maurice Godelier a écrit:
des réalités idéelles

L'imaginaire, c'est de la pensée. C'est l'ensemble des représentations que les humains se sont faites et se font de la nature et de l'origine de l'univers qui les entoure, des êtres qui le peuplent ou sont supposés le peupler, et des humains eux-mêmes pensés dans leurs différences et/ou leurs représentations. L'imaginaire, c'est d'abord un monde idéel, fait d'idées, d'images et de représentations de toutes sortes qui ont leur source dans la pensée. Or, comme toute représentation est en même temps le produit d'une interprétation de ce qu'elle représente, l'Imaginaire c'est l'ensemble des interprétations (religieuses, scientifiques, littéraires) que l'Humanité a inventées pour s'expliquer l'ordre ou le désordre qui règne dans l'univers ou dans la société, et pour en tirer des leçons quant à la manière dont les humains doivent se comporter entre eux et vis-à-vis du monde qui les entoure. Le domaine de l'Imaginaire est donc bien un monde réel mais composé de réalités mentales (images, idées, jugements, raisonnements, intentions) que nous appellerons globalement des réalités idéelles qui, tant qu'elles sont confinées dans l'esprit des individus, restent inconnues de ceux qui les entourent et ne peuvent donc être partagées par eux et agir sur leur existence.

la part idéelle d'un rapport social


[...] un rapport social, quel qu'il soit, ne saurait naître ni se reproduire sans qu'il ait un sens (ou plusieurs) pour ceux qui le produisent comme pour ceux qui le reproduisent. Dans les sociétés où le mariage existe, et est une condition pour que deux individus s'unissent sexuellement, les individus ne peuvent donc s'unir sans savoir ce que signifie « se marier ». En fait, aussitôt que des individus et/ou des groupes entrent dans un rapport social quelconque, ce rapport n'existe pas seulement entre eux mais également et simultanément en eux. Font donc partie du rapport lui-même les formes et les contenus de conscience de ceux qui les produisent et/ou les subissent. Et ces formes de conscience constituent la part idéelle de ce rapport social. [...]

Il importe ici de souligner que les symboles ne survivent et ne continuent à être socialement pertinents que s'ils continuent à faire sens pour tout ou partie des membres d'une ou de plusieurs sociétés. Contrairement à Claude Lévi-Strauss, qui affirme le primat du Symbolique sur l'Imaginaire et sur le Réel, je pense que c'est l'Imaginaire partagé qui, dans le court comme dans le long terme, maintient en vie les symboles. Mais, pris ensemble, l'Imaginaire et le Symbolique n'épuisent pas le contenus des réalités sociales que les humains produisent et reproduisent au cours de leur existence. Car des rapports sociaux, quels que soient leurs contenus d'idéalités imaginaires et leurs dimensions symboliques, se construisent pour répondre à des enjeux qui, eux, ne sont pas seulement imaginaires ni purement symboliques.[...]

Tristan Vacances : - Pourquoi cette préférence à "l'imaginaire collectif" plutôt qu'à "la volonté subjective" ?

Patlotch : - les deux ne s'opposent pas, ne semblent pas même dans une succession temporelle, mais se construisent ensemble, dans l'activité, la lutte. La volonté suppose l'imaginaire et s'alimente de ce qu'en tant que réalité idéelle, la compréhension se transforme dans un même mouvement avec la réalité matérielle. On retrouve le Marx des Thèses sur Feuerbach, dont Godelier dans son travail d'anthropologue, donc embarqué sur "le terrain", reste très proche, d'où son conflit avec Althusser dans le registre du marxisme et avec Levy-Strauss sur le structuralisme

Tristan Vacances : - Là, je sens que vous êtes content, vous avez bouclé la boucle...

Patlotch : - c'est l'avantage de la pensée et de l'écriture quasi aléatoires et donc ne vous en déplaise de ma forme d'exposition en feuilleton, parce que rien n'est acquis avant de le penser/écrire. C'est la formule de Picasso : « Je ne cherche pas, je trouve. »

Tristan Vacances : - Reste que la relation entre imaginaire et volonté n'est pas claire

Patlotch : - entre les deux manque le désir, c'est pourquoi je faisais allusion à la psychanalyse. J'ai abordé le désir de révolution avec les so called freudo-marxistes (Reich...) dans SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME..., bordélique s'il en est. Sauf erreur la psychanalyse considère la volonté, ou son absence, dans son lien au désir, le problème étant que le désir communiste, ou de communisme, ne saurait être inconscient, à moins de retomber dans la religion du prolétariat qui "réalise son être" en faisant la révolution en automate du capital

Tristan Vacances : - Je sens que vous n'allez pas tarder à théoriser la libido révolutionnaire  Laughing

Patlotch : - pourquoi pas ? Ce n'est pas plus mauvais que volonté subjective, et que la question sexuelle soit introduite dans celle du communisme autrement que par des curés de la révolution, ma foi, ne serait pas pour me déplaire

Tristan Vacances : - Tout est dans tout ?

Patlotch : - presque, mais pour savoir comment, il faut faire preuve de pénétration

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)   Jeu 20 Juil - 17:44


et l'aliénation, dans tout ça ?

Tristan Vacances : - Je m'étonne un peu que parlant de religion, d'idéologie, d'illusions et de croyances, vous n'ayez pas une seule fois mentionné l'aliénation, qui est tout de même un concept central chez Marx et ses héritiers. Je me trompe ?

Patlotch : - c'est vrai, et ce mot ne me vient jamais sous la plume. Comment dire, c'est un peu comme si je pouvais m'en passer... J'avais néanmoins ouvert il y a deux ans, dans la rubrique INDIVIDUS, Capital, État = ALIÉNATION => COMMUNAUTÉ HUMAINE !, un sujet ALIÉNATION des INDIVIDUS, et CAPITALISME. Voici ce que j'y disais, le 16 août 2015 :


Patlotch a écrit:
je ne passerai pas en revue toutes les conceptions de l'aliénation capitaliste, ou de l'aliénation individuelle et sociale en relation avec le capitalisme, les croyances diverses, l'amour, la famille, la religion. Je ne le ferai pas même pour les approches de l'aliénation chez Marx dont celles qui restent scotchées à ses travaux d'avant le Capital, puisque le concept d'aliénation chez lui évolue de façon décisive entre sa critique de l'idéologie allemande, de la religion et de la religion d'État, la politique, au concept d'aliénation construit de façon inséparable de celui d'exploitation

je ne le ferai pas pour deux raisons :

- je ne partage pas ces conceptions, notamment celle de la Wertkritik, de Moïshe Postone à Anselm Jappe en passant par Robert Kurz. Voir aliénation wertkritik

- je ne trouve pas efficient d'utiliser le concept d'aliénation en rapport avec des situations de luttes, ni même d'analyse des luttes. Une fois posée l'aliénation, il faut voir ce qu'il y a dedans, et particulièrement la construction (ou la destruction) d'une (de) subjectivités, d'une (de) subjectivations en rapport avec une situation d'exploitation, d'oppression, de domination, d'enfermement, de harcèlement, d'agression ou de répression, etc. qui sont toujours un mixte de rapports de rapport de classes, de genres, de 'races'... Bref des rapports aux corps-esprits d'existences concrètes

il en va un peu de l'aliénation comme de l'idéologie, on ne cesse d'écrire à son propos depuis des siècles, même avant de l'appliquer ainsi (voir par exemple Le Discours de la servitude volontaire ou le Contr'un, écrit par de La Boétie en 1549, à l'âge de dix-huit ans... les philosophes des Lumières bagarrant avec la Raison contre la Religion, etc.)

plus on croit la cerner et le faire de façon "matérialiste", plus, pour un peu, on parle pour ne rien dire, parce qu'on ne sait pas quoi en faire, sinon de la propagande anti-aliénation, une contre-idéologie qui révèle plutôt que si l'on s'intéresse tant à l'aliénation en général, c'est qu'on croit que le monde est guidé par des idées, que la lutte communiste est d'abord une lutte d'idées : en d'autres termes c'est une conception, une théorisation de l'aliénation que je trouve plus aliénante qu'émancipatrice. L'émancipation viendra de combats concrets ne se réduisant pas à une lutte d'idées

ceci étant posé, on peut donner aux idées leur place, toute leur place mais rien que leur place. C'est ce que j'essaye de faire ici

le texte qui suit a le mérite de montrer l'évolution du concept d'aliénation de Hegel à Marx en passant par Feuerbach. C'est déjà beaucoup


Transformations du concept d’aliénation. Hegel, Feuerbach, Marx Franck Fischbach p. 93-112, 2011

Tristan Vacances : - Mais vous ne pensez pas que ce concept est utile, par exemple pour considérer que dans le capitalisme, tout le monde est aliéné ?

Patlotch : - en quoi cela fait-il avancer le schmilblick ? C'est comme de dire que tout le monde est névrosé, ce qui est vrai, mais la source essentielle de la névrose n'est-elle pas dans les rapports sociaux capitalistes mêmes, le travail, la solitude, l'impossibilité d'aimer vraiment et librement, etc. ?

je ne méconnais pas ma part de folie, mais paradoxalement, je trouve normal de devenir fou dans ce monde, et anormal d'y rester bien portant, totalement adapté sur le plan psychique. La névrose sociétale est un opium aussi, avec ses deux versants : je revendique ma folie à la fois comme produite par la société et forme de résistance à la société. Sans névrose, on n'aurait aucune raison de devenir subjectivement communiste

Tristan Vacances : - Pour être communiste, il faut donc être un peu fou ?

Patlotch : - point trop n'en faut mais « Qui cache son fou meurt sans voix », Henri Michaux, L'espace du dedans, 1944

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Patlotch



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MessageSujet: Re: COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)   Ven 21 Juil - 14:00


vous avez dit athée ?

pour communier en temps réel avec ma lectorate, spirituelle s'il en est, je lui propose de visionner cette plaisante vidéo tousse ensemble. Dessous, quelques courtes citations qui recoupent des considérations ou des thèmes rencontrés précédemment (en gras), des avis que je partage et quelques remarques


Jean-Maurice Rosier a écrit:
4:55 - Marx est né avec l'athéisme dans son berceau

6:36 - aucun problème, Marx est athée... Comment les idéalistes, les spiritualistes ont pu récupérer quelqu'un comme Marx ?

9:10 - selon les textes que l'on va mettre en évidence, la plupart des commentateurs vont donner leur interprétation de l'athéisme, et pas nécessairement celui de Marx...

9:34 - dans le Marx de la maturité, on pourrait passer complètement sans trouver la moindre allusion, la moindre réflexion sur la religion. C'est peut-être strictement vrai, pas d'allusion directe, mais à relativiser par l'usage métaphorique des sources religieuses, voire des considérations sur l'athéisme dans les controverses avec Bakounine au sein de l'Internationale, dans les années d'après La Commune. Voir Enrique Dussel, Le concept de fétichisme dans la pensée de Marx (Éléments pour une théorie marxiste générale de la religion), Enrique Dussel, revue Période. J'y reviendrai

10:50 - Lucien Sève dira « Marx n'est pas du tout contre la foi, il est ailleurs »

(ce qui suit critique les mélanges du marxisme et des religions, type théologie de la libération)

15:15 - pour certains, l'athéisme de Marx est un athéisme de postulat (Marx penseur matérialiste type 18è siècle, si ce n'est qu'il est un matérialisme de la pratique et non de l'objet), pour d'autres un athéisme de conséquence (la critique de la religion est dépassée... athée vs phénomène religieux, c'est un combat d'arrière-garde... On reste dans le combat d'idées... la religion est un phénomène secondaire et subordonné à l'ordre bourgeois... Polémiquer sur la religion, c'est discuter de l'aliénation théorique... l'aliénation pratique, c'est l'argent, c'est la marchandise...) [c'est en gros la reprise des Thèses sur Feuerbach]

19:00 - est-ce que Marx conçoit la disparition de la religion ? Oui et non... Marx n'est pas un utopiste, il ne bâtit pas des châteaux en Espagne. Il parle de la fin du reflet religieux... Je ne vois pas pourquoi il n'y aurait pas un imaginaire convoqué dans une société de libération... Lorsque le sacré n'est plus dans la religion, il peut se poser sur autre chose, par exemple sur la révolution. La religion disparaîtra sous la forme aliénante exploiteuse... mais il y aura d'autres formes de l'imaginaire... pourquoi il n'y aurait pas une forme de spiritualité profane ?

20:45 : - est-ce que tout marxiste est nécessairement un athée ? Oui, philosophiquement, ça me paraît une évidence, mais sur le plan politique...

24:50 : - sur "La religion est l'opium du peuple"... En fait il n'y a pas de philosophie marxiste, le marxisme c'est un en-deçà comme un au-delà de la philosophie (Balibar)

29:30 : [Rosier cite Rosa Luxembourg, Lénine, Trotsky]

34:54 : - Marx, des phrases : « L'État chrétien parfait, c'est l'État athée... L'État athée, l'État démocratique, où se réalise la vie générique, n'est pas la vie réelle... L'État libéral, l'État en général est en lui-même une sorte de religion, parce qu'il sépare comme la religion l'homme de l'homme, l'homme citoyen souverain et l'homme aliéné... La lutte contre la religion manque l'essentiel, transformer le réel. »

35:25 : [sur les penseurs idéalistes récupérant Marx, prophétisme, eschatologisme, communisme comme promesse de salut où le prolétariat se substitue à Jésus... Le communisme réalisant le fond humain de la religion... Théologie de la libération... Roger Garaudy, Michel Henry... Renan... Engels lui-même...]

42:25 : - on ne peut que prévoir la lutte, ce que sera le communisme on n'en sait rien du tout

42:54 : - pour le Marx de la maturité, l'aliénation c'est la plus-value économique

43:05 : - [Marx et le judaïsme, "Marx antisémite"... Que signifie sa phrase « L'argent est le dieu d'Israël » ?]

45:27 : - l'athéisme ou la religion ne peuvent plus se définir comme négation ou affirmation abstraite de la croyance en dieu - Marx : « L'athéisme, c'est la reconnaissance négative de dieu... L'athéisme est le degré suprême du théisme ». L'athéisme et la religion deviennent des phénomènes socio-historiques dont il faut expliquer les causes et les raisons, même si l'athéisme irréligieux de Marx théorique et pratique est irréductible (André Tosel).

l'idée générale est que Marx s'intéresse plus à critiquer les croyances, qui peuvent aussi être athées, que la religion même, qui n'empêche pas de participer aux luttes de classe


Marx, la religion, et l'athéisme
(suite)
Enrique Dussel

dans la vidéo de Glosier sur L'athéisme de Marx, il dit 9:34 - [citer plus avant sur le jeune Marx, Althusser et la coupure épistémologique] « dans le Marx de la maturité, on pourrait passer complètement sans trouver la moindre allusion, la moindre réflexion sur la religion. ». J'ai fait cette remarque : c'est peut-être strictement vrai, pas d'allusion directe, mais à relativiser par l'usage métaphorique des sources religieuses, voire des considérations sur l'athéisme dans les controverses avec Bakounine au sein de l'Internationale, dans les années d'après La Commune. Voir Enrique Dussel, Le concept de fétichisme dans la pensée de Marx (Éléments pour une théorie marxiste générale de la religion), revue Période. J'y reviens

« Enrique Dussel est un philosophe, historien et théologien d'origine argentine, un des fondateurs de la Philosophie de la libération, un des initiateurs de la Théologie de la libération et du Groupe modernité/colonialité. critique de l'hélénocentrisme, du l'eurocentrisme et de l'occidentalisme. Il est aussi connu comme un sévère critique de la modernité, faisant appel à un «nouveau moment» nommé transmodernité. Il s'est également fait le critique de l'hélénocentrisme, du l'eurocentrisme et de l'occidentalisme. Il défend la position philosophique connue sous l’appellation de «tournant décolonial» » (Wikipédia)

je conseille la lecture de cet article très riche en références à la religion dans l'œuvre de Marx et son évolution, qui fourmille de citations qu'il serait difficile d'aller pêcher par soi-même dans ses textes, et d'en comprendre toutes les allusions sans les éclairages de Dussel sur leurs sources religieuses. Avec une réserve quant aux commentaires : il se peut qu'il soit marqué ici ou là par la position théorique et politique de l'auteur, qui n'est pas celle de l'athéisme ouvert mais conséquent que j'ai cerné plus haut, n'excluant pas la possibilité d'une "foi matérialiste" et d'un "imaginaire profane", d'une "foi communiste" liée à la subjectivation révolutionnaire, mais qui ne sont pas pour moi un mixte de marxisme et de théologie

chapeau introductif de Période : « Marx est encore trop souvent rangé parmi ces théoriciens qui ne voient dans la religion qu’une illusion ou un instrument de domination idéologique. Parcourant l’ensemble du corpus marxien, Enrique Dussel s’oppose à cette idée reçue et identifie chez l’auteur du Capital une distinction entre l’essence utopique de la religion et ses manifestations fétichisées. Comme tout phénomène social, la religion apparaît ainsi comme un phénomène contradictoire que les luttes d’émancipation se doivent de politiser. »

Enrique Dussel : « Dans cet article, nous essaierons de localiser les « lieux » où le sujet de la religion apparaît dans les écrits de Marx (de 1835 à 1883), puisque le thème de la religion, comme peu d’autres sujets, traverse toute la vie de Marx, et donc toute son œuvre, ce qui atteste déjà de son importance. Dans un autre article, systématiquement – et suivant la méthode que Marx lui-même nous a enseigné – « de l’abstrait au concret », nous parcourrons les différents moments de son discours, et les différents contenus du concept. Ainsi, nous expliciterons ce que les textes peuvent contenir d’implicite. Nous estimons que sans une lecture précise des Grundrisse cette « relecture » aurait été impossible. »

Plan de l'article
1. LA PLACE DU SUJET DE LA RELIGION DANS L’ENSEMBLE DE L’ŒUVRE DE MARX

1.1 Du croyant luthérien au critique universitaire (1835-1841)
1.2 La critique de la Chrétienté et l’origine de la question du fétichisme (1842-Octobre 1843)
1.3 L’origine de la critique anti-fétichiste de l’économie politique (Octobre 1843-1844)
1.4 Critique matérialiste de l’idéalisme religieux (1844-1846)
1.5 Critique du socialisme chrétien comme utopie (1846-1849)
1.6 Transition théorico-créative (1849-1856)
1.7 La religion dans les premiers écrits théoriques définitifs (1857-1864)
1.8 Quelques thèmes sur la religion dans la période définitive (1865-)

dans 1.8, Marx et l'athéisme

Enrique Dussel a écrit:
De nombreux marxistes contemporains feraient bien de prêter attention au fait que Bakounine se soit « violemment attaqué à l’Internationale – que Marx dirigeait – parce qu’elle niait l’athéisme (Lettre d’Engels à Liebknecht du 15 février 1872). La position de Marx sur l’athéisme était en effet tout à fait claire. Il l’explicite dans une lettre concernant l’Internationale adressée de Londres à Fredrick Bolte et datée du 23 novembre 1871, alors qu’il avait déjà publié le Livre I du Capital et travaillait sur les manuscrits des Livres II et III. Dans cette lettre, il traite notamment du problème des « sectes » : non seulement l’Internationale n’est-elle pas une secte, mais elle doit en outre se montrer « fort suspicieuse à l’endroit de l’amateurisme, de la superficialité et de la philanthropie bourgeoise de certaines sectes semi-socialistes » (Lettre de Marx à Bolte du 23 Novembre 1871). Marx rappelle à cette occasion à Bolte qu’en 1868, Bakounine avait rejoint l’Internationale dans le but d’y fonder une seconde Internationale sous le nom « d’Alliance de la démocratie socialiste » dont il devait être le chef :

Marx a écrit:
Son programme était un mic-mac superficiellement formé de rafles à droite et à gauche — égalité des classes (!), abolition du droit d’héritage comme point de départ du mouvement social (absurdité saint-simonienne), athéisme imposé comme dogme aux associés, etc. et, comme dogme principal (proudhonien), abstention du mouvement politique.

Il attire ainsi l’attention sur le fait que, parmi les « sottises (Blödsinn) » bakouniniennes, on trouve l’« athéisme comme dogme (Atheismus als Dogma) », qu’il identifie à un « conte pour enfant (Kinderfabel) ».

En réalité cette position était déjà pour Marx une conclusion importante au sein de l’Internationale. C’est ainsi que dans Les prétendues scissions dans l’Internationale, un texte écrit entre janvier et février 1872 publié en français à Genève peu de temps après, Marx explique, rappelant le précédant des sociétés ouvrières chrétiennes anglaises (Young mens’ Christian Association) – il est intéressant de noter que les YMCA demandèrent à être membre de l’Internationale – que la « section des athées socialistes » ne sauraient non plus en faire partie, au motif que « l’Internationale ne reconnaît pas de sections théologiques ». (Karl Marx et Friedrich Engels, Textes sur l’organisation, Paris, Spartacus, 1970)

Il est donc clair que, pour Marx, une « section athée » était une institution théologique qui devait être exclue. Dans un article du 4 août 1878 – cinq ans avant sa mort – consacré à l’histoire de l’Internationale écrite par George Howell, il renvoie en effet à nouveau à l’exemple de Bakounine et de sa « section des athées socialistes » ainsi qu’à celui des YMCA. (Karl Marx, « Herrn George Howells Geschichte der Internationalen Arbeiterassoziation », MEW, 19, 144)

Pour Marx, l’athéisme était une question théologique et ne devait pas être introduite comme facteur de contradiction dans la classe ouvrière. Il y a donc une grande distance entre cette position politique de Marx et la position dogmatique du marxisme ultérieur qui, sur ce point, déforma la claire décision de la première Internationale.

Nous avons cité quelques textes du jeune Marx sur l’athéisme. De tous ces textes, il ressort que l’athéisme n’est pas pour Marx un moment essentiel du socialisme. Dès 1844, il le considère même comme dépassé et, quelques années avant sa mort, il s’y oppose comme à une erreur politique. Que dirait-il aujourd’hui aux populations du Tiers-monde qui, en Asie, en Afrique ou en Amérique latine, font preuve d’une religiosité ancestrale profonde ? Il leur adresserait assurément un discours bien plus politiques que beaucoup de ses disciples soi-disant révolutionnaires.

dommage qu'on ne puisse lire ici la position de Bakounine... Quant à la chute, laissons Marx dormir en paix, puisqu'il n'a pas fait bouillir les marmites de Dussel. Ce qui ressort de l'ensemble de l'article ne va pas à l'encontre de l'exposé de Rosier dans la vidéo, mais reste des plus importants concernant les métaphores religieuses utilisées par Marx pour caractériser l'idéologie, le fétichisme, l'aliénation dans les catégories de l'économie politique (capital, argent, marchandise, etc.), et en retour, pour comprendre son rapport à la religion

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)   Sam 22 Juil - 14:38


où en est Patlotch ?

résumé, point d'étape

Tristan Vacances : - Alors, cher Patlotch, ce sujet "introspectif" a-t-il assuré sa fonction cathartique, avez-vous retrouvé la foi communiste ?

Patlotch : - moquez-vous, lectorateur passif. Avais-je perdu la foi ou la trouvais-je par trop vide, sans appui matériel ?

Tristan Vacances : - D'où le pari à la Goldmann, on l'a bien compris; mais enfin, cela ne vous ressemble guère, et quoi qu'il en soit n'interroge que la posture de l'individu, serait-il penseur ou philosophe, pour répondre à son besoin de croire d'« homme tragique ». En quoi cela concerne-t-il "les masses" et leur "subjectivation révolutionnaire" ?

Patlotch : - en rien, il est vrai. Ce n'est qu'un signe des temps, et je veux résister à deux choses :

1) la tentation de la théorie comme « construction mentale [qui] témoigne d’un besoin de garanties, d’une volonté du révolutionnaire de se démontrer à soi-même la certitude de la révolution prochaine. Un tel besoin est compréhensible : l’erreur est de le théoriser. Et si beaucoup de radicaux ont envie de se rassurer, il est permis d’y voir un des signes du peu d’existence actuelle d’un cycle de luttes radicalement nouveau.» (troploin Communisation] (2011)

2) sombrer au désespoir, et donc contre mon pessimisme, rester utile à ma survie. Les mêmes disent encore :


troploin a écrit:
Malheureusement, il n’y a aucun moyen d’éviter cette insatisfaction intellectuelle : l’inexistence d’une « nature humaine » n’empêche pas le communisme d’être une affaire éminemment humaine, car il relève d’actes et de volontés, non d’une contrainte historique qui l’imposerait suivant des lois qu’une démarche scientifique serait à même de révéler. La question qui se pose à nous est de savoir si et comment il peut advenir. Le reste est spéculation, parfois sans doute utile à notre survie en ce monde, mais dont il n’y a pas à théoriser la nécessité, encore moins la priorité.

Tristan Vacances : - Vous y parveniez assez bien avant d'entreprendre cette introspection, mais au point qu'on ne savait plus trop en quoi consistait votre communisme

Patlotch : - il devenait inconsistant, d'où la nécessité d'en retrouver la une substance, pour ne pas dire la substantifique moelle, qui ne peut se réduire à une foi immatérielle, emprunte de religiosité, telle que je vois chez les militants. Il me fallait écarter les fausses pistes

Tristan Vacances : - est-ce maintenant plus clair à vos yeux ?

Patlotch : - sans l'ombre d'un doute, oui. Je naviguais entre plusieurs écueils, et je sais maintenant lesquels

Tristan Vacances : - Vous me mettez l'eau à la bouche. Auriez-vous sorti le bébé du bain ?

Patlotch : - les voies de la noyade sont pénétrables. Voici celles que j'ai écartées :

- le déterminisme communiste et ses tendances eschatologiques, dans lesquelles se retrouvent paradoxalement deux positions que tout semble opposer : d'une part les théologies de la libération soit au sens chrétien du courant latino-américain soit aujourd'hui avec certaines lectures de l'Islam; d'autre part le déterminisme quasi idéaliste de la théorie de la communisation, surtout dans les versions qui éliminent, au nom de l'anti-humanisme, la subjectivité

- l'approche individualiste de la question communiste, qui est même à son corps défendant celle de tout penseur séparé. Autrement dit, pour reprendre la 11è Thèse sur Feuerbach, j'ai sans doute trop interprété, et pas assez transformé le monde

Tristan Vacances : - Mais alors, que faites-vous du reproche d'humanisme marxiste ?

Patlotch : - comme Marx considérant, selon Glosier, que « la critique de la religion est dépassée... », que « athée vs phénomène religieux est un combat d'arrière-garde », je pense que le débat humanisme-antihumanisme est dépassé, et que s'il eut son utilité pour sortir le marxisme des ornières du diamat stalinien, il apparaît aujourd'hui comme caricatural, une sorte de guerre de religions entre dogmatiques des deux bords

Tristan Vacances : - Ça, c'est le versant négatif. Quoi de plus positif ?

Patlotch : - hé bien, à travers les textes de Marx sur la religion et l'athéisme, la permanence et sans doute la nécessité d'une foi, d'un imaginaire et d'un désir communistes qui s'alimentent à chaque période historique de l'état de la question communiste. Par exemple, dans le programmatisme ouvrier, cette foi liée à l'affirmation du prolétariat et à sa conduite par l'Église du parti communiste ou toute autre avant-garde, anarchiste ou conseilliste, c'est-à-dire sous une identité révolutionnaire communautariste qui croit tenir en germe "la communauté humaine"

autrement dit, par cette réflexion l'on retrouve les thèses anti-parti, anti "organisation permanente", des communisateurs, et l'on distingue la foi (communiste) de la religion (communiste), tout en en faisant un problème de masses, c'est-à-dire de classe, et non d'individus même en collectifs de luttes

Tristan Vacances : - Cette foi communiste de masses, non religieuse ni liée à un parti-Église, vous la voyez émerger aujourd'hui ?

Patlotch : - non, pas du tout, mais cela rejoint d'autres considérations : nous ne sommes pas dans une période historique où l'humanité se poserait cette question pour la résoudre, et à défaut de pouvoir transformer le monde au point d'abolir le capitalisme, c'est ce qui donne à toute considération sur la révolution communiste l'apparence d'un pari pascalien, ce qui n'oblige pas à entrer en religion communisatrice

Tristan Vacances : - Et cela suffit à vous remonter le moral ?

Patlotch : - le temps de l'avoir fait, oui. Demain est un autre jour

Tristan Vacances : - Chez vous ça sonne comme "une autre nuit"

Patlotch : - j'en ai bien peur



conversation divagations

Tristan Vacances : - Malgré tout ce que vous en dites, de la foi communiste qui ne serait pas une religion, je perçois votre rêve qu'elle se répande un jour comme le christianisme

Patlotch : - communisation renvoie à stalinisme, bien avant la construction du concept théorique

Tristan Vacances : - La tache d'huile qui fait tache de sang sur l'histoire ?

Patlotch : - pour ce qui nous importe, sur la pensée et les impensés du communisme

Tristan Vacances : - Pourquoi ne pas laisser tomber ce mot, communisme ?

Patlotch : - c'est comme l'amour, vous n'avez qu'à essayer, la chose reviendra toujours, avec ou sans nom

Tristan Vacances : - Faire le communisme, c'est comme faire l'amour ?

Patlotch : - oui, la jouissance n'est pas toujours au rendez-vous, et plus on est de fous, moins on jouit

Tristan Vacances : - L'amour est un acte de foi, et qui n'y croit pas ne jouit pas ?

Patlotch : - l'amour est l'opium du sexe, ou le sexe l'opium de l'amour, va savoir... Le communisme n'est pas une partouze, ni une ZAD mondiale, ni un truc "contre" généralisé. Le communisme est "pour", il faut y croire

Tristan Vacances : - Le communisme est l'opium de la lutte ?

Patlotch : - ça, j'aimerais bien, mais...

Tristan Vacances : - Vous êtes parfois déconcertant, façon surréaliste

Patlotch : - le concert surréaliste, une  tricherie de groupe et groupies ! « L'art est un mensonge qui dit la vérité », je pense le réel comme Picasso peint, « Ce qui compte c'est ce qu'on fait, le drame de l'acte lui-même » (Picasso, Propos sur l'art)

Tristan Vacances : - Picasso penseur communiste ?

Patlotch : - dans l'acte, poésie et praxis, bien mieux que les philosophes marxistes en prise directe sur le réel

Tristan Vacances : - C'est loin, tout ça...

Patlotch : - vous savez, ce qui me frappe, c'est qu'à l'époque de l'idéologie marxiste supposée dominante et de la puissance du mouvement ouvrier international, le niveau intellectuel dans tous les domaines de l'art, de la science et de la pensée était incommensurablement plus exigeant, créatif et émancipateur qu'aujourd'hui

le niveau actuel de la pensée communiste/anarchiste est désespérément lamentable, dans les revues comme dans les groupes et les actions sous ce label*. Il est au niveau de l'absence de perspective révolutionnaire dans les masses, d'aucuns diraient dans le prolétariat, ce grand muet des temps présents

* le niveau réel de l'anarchisme aujourd'hui, par lui-même revendiqué : A Hambourg, nous avons vu ce qu’est l’anarchie

Tristan Vacances : - Vous sortez du sujet

Patlotch : - comment voulez-vous, comment pouvez-vous concevoir de rester dans un sujet, celui-ci en particulier : "communisme, foi, et révolution", ça n'a aucun sens, car aucune prise sur le réel actuel

Tristan Vacances : -  Pourquoi toujours vous empresser de détruire ce que vous construisez ?

Patlotch : - je suis le Schumpeter du communisme, pour la destruction créatrice permanente et révolutionnaire


Picasso a écrit:
Pour moi chaque tableau est une étude. Je me dis : je vais un jour le finir, en faire une chose finie. Mais dès que je commence à le finir, il devient un autre tableau et je crois que je vais le refaire.

Terminer une œuvre ? Achever un tableau ? Quelle bêtise ! Terminer veut dire en finir avec un objet, le tuer, lui enlever son âme.


Picasso, Propos sur l'art / Un poète qui a mal tourné, p.12, 1956

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Patlotch



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MessageSujet: Re: COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)   Dim 23 Juil - 14:20


une religion de la destruction destructrice

lecture


LE CATÉCHISME DU RÉVOLUTIONNAIRE
Règles dont doit s'inspirer le révolutionnaire

Serge Netchaïev, 1868


Serge Netchaev a écrit:
ATTITUDE DU RÉVOLUTIONNAIRE ENVERS LUI-MÊME

1. Le révolutionnaire est un homme condamné d'avance : il n'a ni intérêts personnels, ni affaires, ni sentiments ni attachements, ni propriété, ni même de nom. Tout en lui est absorbé par un seul intérêt, une seule pensée, une seule passion - La révolution.

2. Au fond de lui-même, non seulement en paroles mais en pratique, il a rompu tout lien avec l'ordre public et avec le monde civilisé, avec toute loi, toute convention et condition acceptée, ainsi qu'avec toute moralité. En ce qui concerne ce monde civilisé, il en est un ennemi implacable, et s'il continue à y vivre, ce n'est qu'afin de le détruire plus complètement.

3. Le révolutionnaire méprise tout doctrinarisme, il a renoncé à la science pacifique qu'il abandonne aux générations futures. Il ne connaît qu'une science - celle de la destruction. C'est dans ce but et dans ce but seulement qu'il étudie la mécanique, la physique, peut-être la médecine, c'est dans ce but qu'il étudie jour et nuit la science vivante des hommes, des caractères, des situations, et de toutes les modalités de l'ordre social tel qu'il existe dans les différentes classes de l'humanité. Quant à son but, il n'en a qu'un : la destruction la plus rapide et la plus sûre de cet ordre abject.

4. Il méprise l'opinion publique. Il méprise et hait dans tous ses motifs et toutes ses manifestations la moralité sociale actuelle. À ses yeux il n'y a de moral que ce qui contribue au triomphe de la Révolution ; tout ce qui l'empêche est immoral.

5. Le révolutionnaire est un homme condamné d'avance. Implacable envers l'État et envers tout ce qui représente la société, il ne doit s'attendre à aucune pitié de la part de cette société. Entre elle et lui c'est la guerre incessante sans réconciliation possible, une guerre ouverte ou secrète, mais à mort. Il doit chaque jour être prêt à mourir. Il doit s'habituer à supporter les tortures.

6. Sévère envers lui-même, il doit l'être envers les autres. Tout sentiment tendre et amollissant de parenté, d'amitié, d'amour, de gratitude et même d'honneur doit être étouffé en lui par l'unique et froide passion révolutionnaire. Il n'existe pour lui qu'une seule volupté, une seule consolation, récompense ou satisfaction - le succès de la révolution. Jour et nuit, il ne doit avoir qu'une pensée, qu'un but - la destruction la plus implacable. Travaillant froidement et sans répit à ce but, il doit être prêt à périr lui-même, et à faire périr de sa main tout ce qui empêche cet accomplissement.

7. Le caractère du véritable révolutionnaire exclut tout romantisme, toute sensibilité, tout enthousiasme ou élan. Il exclut même la haine et la vengeance personnelles. La passion révolutionnaire étant devenue sa seconde nature, doit s'appuyer sur le calcul le plus froid. Partout et toujours, il doit incarner non pas ce à quoi le poussent ses entraînements personnels, mais ce que lui prescrit l'intérêt de la révolution.

ATTITUDE DU RÉVOLUTIONNAIRE ENVERS SES CAMARADES

8. Le révolutionnaire ne peut chérir et traiter en ami que celui qui a réellement fait preuve d'une activité révolutionnaire égale à la sienne. La mesure de l'amitié, du dévouement et autres devoirs envers un camarade, est déterminée exclusivement par le degré d'utilité de celui-ci au point de vue des effets pratiques de la révolution destructrice.

9. Nous n'avons pas à insister sur la solidarité des révolutionnaires entre eux. C'est en cette solidarité que réside toute la force de l'action révolutionnaire. Les camarades révolutionnaires qui possèdent au même degré la passion révolutionnaire, doivent autant que possible discuter en commun et résoudre à l'unanimité toutes les affaires importantes. Mais en ce qui concerne l'exécution du plan conçu, chacun doit travailler seul à la réalisation de l'action destructrice, et n'avoir recours aux conseils et à l'aide de ses camarades qu' au cas où cela serait indispensable pour le succès de l'entreprise.

10. Chaque camarade doit avoir sous la main plusieurs révolutionnaires de seconde et de troisième catégorie, c'est à-dire à moitié initiés. Il doit les considérer comme faisant partie du capital révolutionnaire mis à sa disposition. Il dépensera avec économie la partie du capital qui lui est échue, cherchant toujours à en tirer le plus grand profit. Il doit être dépensé pour le triomphe de la cause révolutionnaire, un capital dont il ne pourra disposer sans le consentement de toute la confrérie des initiés.

11. Lorsqu'un malheur arrive à quelque camarade, et que le révolutionnaire doit décider s'il faut, oui ou non, lui porter secours, il ne devra tenir compte des sentiments personnels, mais uniquement de l'intérêt de la cause révolutionnaire. Aussi devra-t-il peser d'une part l'utilité que présente le camarade en question, d'autre part la dépense des forces révolutionnaires nécessaires pour le sauver; il prendra sa décision en conséquence.


ATTITUDE DU RÉVOLUTIONNAIRE ENVERS LA SOCIÉTÉ

12. L'admission d'un nouveau membre, dont le zèle ne se serait manifesté qu'en paroles et non en action, ne peut être votée qu'à l'unanimité.

13. Le révolutionnaire ne pénètre dans les sphères de l'État, des castes et de la société dite civilisée, et n'y vit, que dans le but de leur destruction aussi totale que rapide. Il n'est pas un vrai révolutionnaire s'il regrette quelque chose dans ce monde, si la situation et les relations d'un homme appartenant à ce monde (où tout doit lui être également haïssable) le font hésiter. Tant pis pour lui s'il a gardé dans ces sphères des relations de parenté, d'amitié ou d'amour; il n'est pas un vrai révolutionnaire si elles peuvent faire hésiter sa main.

14. Dans le but d'une destruction implacable, le révolutionnaire peut et doit vivre au sein de la société et chercher à paraître tout différent de ce qu'il est en réalité. Le révolutionnaire devra pénétrer partout, dans toutes les classes moyennes ou supérieures - dans la boutique du commerçant, dans l'église, dans l'hôtel du noble, dans le monde bureaucratique, militaire, ainsi que dans celui des lettres, dans le IIIe Bureau et même au Palais d'Hiver.

15. Toute cette société abjecte doit, être divisée en plusieurs catégories : première catégorie : elle est condamnée à mort sans délai. Qu'on établisse une liste de ces personnes selon le degré auquel elles peuvent être nuisibles au succès de la cause révolutionnaire, afin que ceux qui portent les premiers numéros périssent avant les autres.

16. En établissant l'ordre de cette liste, il ne faudra pas s'inspirer des méfaits personnels de tel ou tel individu, ni même de la haine que ces méfaits ont provoquée chez le peuple. Provisoirement, ces méfaits et cette haine peuvent même être utiles, car ils aident à éveiller la révolte populaire. Il faudra donc s'inspirer du degré d'utilité qui pourra résulter de la mort de cet individu, pour la cause révolutionnaire. Aussi, faudra-t-il supprimer en premier lieu les hommes tout particulièrement nuisibles à l'organisation révolutionnaire, ainsi que ceux dont la mort violente et subite pourra inspirer le plus de terreur au gouvernement. En privant celui-ci d'hommes fermes et intelligents on arrivera à ébranler son pouvoir.

17. La seconde catégorie devra précisément comprendre les hommes auxquels on confère la vie provisoirement, afin qu'ils provoquent la révolte inéluctable du peuple par une série d'actes féroces.

18. La troisième catégorie comprend un nombre considérable de brutes haut placées et de personnalités qui, grâce à leur situation, bénéficient de la richesse, des relations puissantes, de l'influence et du pouvoir. Il faut les exploiter de toutes les manières, leur faire perdre pied, les rendre bredouilles, et en faire ses esclaves en mettant la main sur leurs vils secrets. Leur influence, leurs relations, leur pouvoir, leurs richesses et leur force deviendront ainsi un trésor inépuisable et un puissant secours pour les organisations révolutionnaires.

19. La quatrième catégorie comprend les hommes d'État ambitieux et les libéraux de toute nuance. Il est permis de conspirer en leur compagnie et selon leur programme, en faisant semblant de leur obéir aveuglément, tandis qu'en réalité on les asservit, on s'empare de leurs secrets, on les compromet définitivement, afin de leur couper la retraite et jeter le trouble dans l'État par leur entremise.

20. La cinquième catégorie comprend les doctrinaires, les conspirateurs et les révolutionnaires, se livrant à des vaines palabres dans les cercles politiques et dans leurs écrits. Il faut sans cesse les pousser, les entraîner, les obligeant à faire des déclarations concrètes et dangereuses, dont le résultat sera la faillite définitive de la majorité et l'éducation révolutionnaire de quelques-uns.

21. La sixième catégorie, fort importante, comprend les femmes, qu'il faut diviser en trois sous-catégories : les unes légères, stupides et sans âme, dont on pourra user de même que de la troisième et de la quatrième catégorie des hommes; les autres - passionnées, dévouées, mais n'étant pas des nôtres, parce qu'elles n'ont pas encore élaboré une conception réelle, pratique et sans phrases de la cause révolutionnaire. Il faudra en tirer parti de même que des hommes de la cinquième catégorie. Enfin, les femmes qui sont entièrement des nôtres, c'est à dire pleinement initiées et ayant accepté l'ensemble de notre programme. Celles-ci sont nos camarades, et nous devons les envisager comme notre plus précieux trésor, car nous ne saurions nous en passer.


ATTITUDE DE LA CONFRÉRIE ENVERS LE PEUPLE

22. La Confrérie n'a pas d'autre but que l'entière libération et le bonheur du peuple - c'est-à-dire des travailleurs. Mais convaincue que cette libération et ce bonheur ne sont possibles qu'au moyen d'une révolution populaire qui balayerait tout sur son passage, la Confrérie contribuera de toutes ses forces et de toutes ses ressources au développement et à l'extension des souffrances qui épuiseront la patience du peuple et le pousseront à un soulèvement général.

23. La Confrérie n'entend pas sous "révolution populaire" un mouvement réglé selon les idées de l'Occident, et qui s'arrêterait respectueusement devant la propriété et les traditions de l'ordre social, et devant ce qu'on appelle la civilisation et la moralité. Ce genre de mouvement s'est borné jusqu'ici à renverser une forme politique, afin de la remplacer par une autre et de créer l'État dit révolutionnaire. Seule peut être salutaire au peuple une révolution qui détruira jusqu'aux racines de l'État, et supprimera toutes les traditions, les classes et l'ordre même existant en Russie.

24. Aussi, la Confrérie n'a nulle intention d'imposer au peuple une organisation venant d'en haut. La future organisation sera sans aucun doute élaborée par le mouvement et la vie populaire elle-même - mais c'est là l'affaire des générations futures. Notre œuvre à nous est une destruction terrible, entière, générale et implacable.

25. Aussi, en cherchant un rapprochement avec le peuple, nous devons tout d'abord nous joindre aux éléments populaires qui, depuis la fondation de l'État moscovite, n'ont pas cessé de protester non seulement en paroles, mais en actes, contre tout ce qui est lié directement et indirectement au pouvoir : la noblesse, les fonctionnaires, les corporations, le commerçant exploiteur. Joignons-nous aux brigands hardis, qui sont les seuls véritables révolutionnaires de la Russie.

26. Fondre ces bandes en une force invincible qui détruira tout sur son passage - telle sera l'oeuvre de notre organisation, de notre conspiration, tel sera notre but.

ça ne s'invente plus, mais se ré-invente sans cesse... C'est le charme persistant du nihilisme "révolutionnaire"

lecture conseillée : Les Démons (ex Les Possédés) de Dostoïevski, inspiré par l'assassinat pour insoumission de l'étudiant Ivanov, membre de l'organisation Narodnaïa Volia (Volonté du Peuple), par son dirigeant, Serge Netchaïev, le 21 novembre 1869

précision : ne pas confondre avec le Catéchisme révolutionnaire, 1865. Sur Bakounine et Netchaïev


quelques remarques

si nous lisons ce texte selon les catégories de notre sujet, il est frappant de constater, d'abord, qu'il s'intitule "catéchisme", et bien que traduit du russe, je suppose que la référence est au sens d'enseignement religieux, serait-ce par métaphore (voir CNRTL Catéchisme), de même qu'on a trouvé, pendant la révolution française, Catéchisme républicain (catéchisme en vers publié en 1795 par le comte de La Chabeaussière)

on n'y trouve aucune charge contre la religion - le mot n'y figure pas -, ni contre l'Église. Il est même dit (14) que « Le révolutionnaire devra pénétrer partout, dans toutes les classes moyennes ou supérieures - dans la boutique du commerçant, dans l'église... »

s'il est vrai (3) que « Le révolutionnaire méprise tout doctrinarisme » (sic), on est donc loin de l'affirmation anarchiste « Ni dieu ni maître » qui n'apparaît qu'avec le journal éponyme de Blanqui, en 1880

si la charge essentielle est contre l'État (pas question de créer un "État révolutionnaire"), le texte ne manque pas d'un sens de classe : « une révolution qui détruira jusqu'aux racines de l'État, et supprimera toutes les traditions, les classes et l'ordre même existant » et « La Confrérie n'a pas d'autre but que l'entière libération et le bonheur du peuple - c'est-à-dire des travailleurs.»

on sent bien que ce catéchisme est chargé d'une foi, « l'unique et froide passion révolutionnaire » (6), mais qui « exclut tout romantisme, toute sensibilité, tout enthousiasme ou élan. » (7), ce qui paraît contradictoire avec le ton d'ensemble. Autrement dit, plus qu'une foi, ce qui est définit, c'est une religion nihiliste/anarchiste, portée par une Église, la Confrérie

une étonnante 'modernité', si l'on y compare avec certains textes anarcho-autonomes d'aujourd'hui, ou la ferveur destructrice du genre Black Blocks, dans sa dérive quasi folklorique telle qu'elle est apparue à Hamburg, ou prudemment symbolique dans les Cortèges de tête

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)   Lun 24 Juil - 21:08


communisme, idéologie et religion, science...
(suite)

Tristan Vacances : - bien que Denis Collin ne soit pas de vos références, cette critique de Badiou vous amusera

Le concile de Londres

Badiou entre Saint-Paul et Mao

Denis Collin, Philosophie et politique, 14 février 2010

je souligne en gras, remarques en bleu
Citation :
Le colloque qui s’est tenu à Londres en mai 2009 sur le thème de l’idée du communisme a eu un certain retentissement médiatique. Tout le gratin du marxisme mondain s’y retrouvé, de Badiou à Negri, en passant par Zizek, Rancière et quelques autres seigneurs des lettres et de la philosophie. La 4e de couverture du livre qui rend compte de ce colloque (L’idée du communisme, Badiou/Zizek dir., Lignes 2010) nous avertit qu’il s’agit d’une quinzaine de philosophes « parmi les plus importants » – on n’est jamais si bien servi que par soi-même.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, commençons par l’intitulé. On parle d’idée du communisme comme s’il y avait un communisme, comme si le mot communisme avait un sens univoque alors qu’on devrait, maintenant au moins, être plus prudent et admettre que le terme « communisme » est plus un mot, équivoque comme tous les signes, qu’une idée claire et distincte.
[précisons tout de même que dire "l'idée du communisme" ne signifie pas plus que le communisme serait une idée (Marx/Engels : le communisme n'est pas une idée...), que dire l'idée du cheval = le cheval est une idée, mais il est vrai qu'idée, chez Badiou, ne renvoie pas strictement à concept. Le concept de cheval ne hennit pas, comprenne qui pourra  Shocked ]

Il y a, historiquement, de très nombreuses variétés de mouvements que l’on peut désigner par le mot « communisme », le « communisme primitif » des premières sociétés humaines et dont les ethnologues du XXe ont trouvé des traces, le « communisme » platonicien, les premières communautés chrétiennes, les mouvements plébéiens du Moyen Âge (comme la révolte des « ciompi » à Florence en 1378), les premiers mouvements révolutionnaires modernes, les paysans de Thomas Münzer, les « diggers » dans la révolution anglaise, la conjuration des Égaux de Babeuf, le communisme ouvrier du XIXe siècle, dans ses diverses variantes, le communisme historique du XXe et peut-être un communisme nouveau à redéfinir pour le XXIe siècle ! Comme on le voit le singulier est devenu très pluriel.

Mais il est vrai que, la conférence devant se tenir « dans l’espace de la philosophie », il ne fallait venir compliquer les choses avec les faits bassement empiriques de l’histoire réelle. Qu’on se le dise, on se tiendra donc dans le ciel des idées pures. Notre colloque de Londres ressemble, et ce n’est pas fortuit, au « concile de Leipzig » si durement épinglé par Marx et Engels dans L’Idéologie Allemande. « Saint Bruno » et « Saint Max » ont été remplacés par « Saint Alain » (Badiou) qu’on sait disciple de Saint Paul de Tarse et par « Sant’Antonio » (Negri) dont le best-seller Empire nous a appris qui cherchait la nouvelle voie du communisme dans les traces du « fratello », saint François d’Assise.

À tout seigneur, tout honneur. C’est Badiou qui ouvre le concile. Il s’agit d’expliciter « l’Idée du communisme », en n’oubliant pas la majuscule pour « Idée ». Car s’agit de réinscrire ce travail dans un effort pour renouveler l’usage de Platon, dont « l’œuvre » de Badiou devrait nous permettre … de nous faire une idée : « dans ce cas. l’Idée est une reprise contemporaine de ce que Platon tente de nous transmettre sous les noms d’eidos ou d’idea, ou même plus précisément d’Idée du Bien » . On commence très fort : l’Idée du communisme n’est rien d’autre que « l’Idée du Bien » au sens platonicien. Chez Platon, pour atteindre cette « Idée du Bien », il faut se livrer à un harassant exercice de varappe pour sortir de la caverne où les malheureux humains que nous sommes sont enfermés voués à contempler les reflets et les ombres portées sur les parois de la caverne en les prenant pour la réalité. Une fois sorti, le philosophe peut enfin se risquer à contempler le bien et ensuite il doit redescendre dans la caverne pour faire part de sa découverte aux hommes restés enchaînés, qui, ne le croyant pas le mettent à mort. La caverne de Badiou fut plus confortable – Normale Sup’ est même une caverne cinq étoiles – et, loin d’être mis à mort, notre héros platonicien fut invité sur France-Culture et eut table ouverte dans tous les magazines grand public.

Ne chipotons cependant pas trop. Après tout, un défenseur de Platon ne peut pas être complètement mauvais – et on se félicitera de cet appel brûlant à la tradition de la part de quelqu’un qui, dans sa jeunesse, appelait à détruire « l’école bourgeoise » et à transformer l’université en « base rouge », selon les modèles enseignés par la « pensée Mao-zedong ». Il faut tout de même s’habituer au vocabulaire. Badiou s’intéresse à « l’opération » dénommée « Idée du communisme », « opération » qui a « trois composantes » de vérité, politique, historique et subjective. Par conséquent, devenir un militant, c’est la composante subjective que Badiou définit ainsi : « Il s’agit de la possibilité pour un individu, défini comme un simple animal humain, et nettement distingué de tout Sujet, de décider de devenir une partie d’une procédure de vérité politique » ! On se croirait dans Les Précieuses ridicules. Les « commodités de la conversation » sont nettement enfoncées au concours de la formule pédantissime. Dire des choses banales le plus obscurément possible, voilà la clé de « l’intelligence philosophique » de notre époque. Mais appliquant le principe de charité, nous allons essayer de faire nôtre, au moins à titre provisoire, le postulat selon lequel la fameuse « œuvre » de Badiou est tout autre chose qu’une opération de gonflage d’une pensée banale et même d’une pauvreté affligeante. Nous devons donc essayer de nous plier, aussi pénible que cela soit, au jargon badiousien.

Dissoudre l’individu singulier dans l’Idée, voilà le procédé philosophique de l’idéalisme jeune-hégélien que La Sainte Famille et l’Idéologie Allemande ne cessent de pourfendre. C’est cependant très exactement le genre d’opération auquel que se livre Badiou. La décision de devenir militant communiste, Badiou la décrit de cette façon : « C’est le moment où un individu prononce qu’il peut franchir les limites (d’égoïsme, de rivalité, de finitude, …) imposée par l’individualité (ou l’animalité, c’est la même chose). Il le peut pour autant que, tout en restant l’individu qu’il est, il devient aussi par incorporation, une partie agissante d’un nouveau Sujet. » Le militantisme (et donc le communisme) est donc un dépassement radical de l’individu, « incorporé » dans un nouveau corps. Il serait aisé de montrer que tout ceci n’a aucun rapport, ni de près ni de loin avec la philosophie de Marx, qui est précisément une pensée de l’individu (voir mon livre La théorie de la connaissance chez Marx) et peut-être une pensée trop individualiste, ainsi que le propose Costanzo Preve dans son Marx inattuale. Mais, après tout, Badiou a le droit de traiter Marx en chien crevé et de penser un communisme résolument anti-marxien. On pourrait remarquer que Badiou n’est pas non plus aussi platonicien qu’il le proclame avec cette théorie de l’incorporation, bien peu platonicienne mais très proche des Pères de l’Église. Il n’est pas non plus hégélien. Il loue, certes, le hégélianisme de son ami Zizek qui un hégélianisme affranchi de la Totalité, c’est-à-dire affranchi de Hegel, et donc, pour Badiou, le seul Hegel acceptable est un Hegel anti-hégélien. À l’inverse de Badiou, en effet, Hegel ne défend pas l’anéantissement de l’individu, l’individu ne devient pas un individu historique en rejetant ses « limites », en rejetant son « égoïsme » ou sa « finitude ». C’est bien plutôt l’inverse, c’est la « ruse de la raison » qui convertit l’égoïsme subjectif en effectivité de l’Esprit d’un peuple (Volkgeist). Les intérêts et les passions individuelles sont les facteurs actifs effectifs, du point de vue historique.

Badiou a vraiment un philosophie nouvelle, une philosophie en rupture avec l’essentiel de la tradition philosophique et notamment celle de Hegel et Marx. Son individu incorporé dans le grand corps du Sujet (avec majuscule), c’est tout simplement le pauvre pécheur, qui se convertit et participe désormais du corps du Christ, l’Église. Encore que l’opération chrétienne soit un peu plus dialectique que la conversion militante badiousienne  : le chrétien ne s’incorpore pas seulement de manière unilatérale, il aussi doit incorporer le corpus christi, dans le rituel renouvelé de la Cène pour rester membre du grand christique présent « matériellement » qu’est l’Église.

Miracle de la communion, donc : « Avec l’Idée, l’individu en tant qu’élément du nouveau Sujet, réalise son appartenance à l’Histoire. » (Idée, Sujet, Histoire, la sainte trinité majusculée). Reformulé en termes lacaniens, cela donne : « l’Idée communiste est l’opération imaginaire par laquelle une subjectivation individuelle projette un fragment de réel politique dans la narration symbolique d’une histoire. » Et Badiou d’ajouter que cette Idée est « (comme on s’y attend !) idéologique. » En assumant positivement « l’idéologie », Badiou indique on ne peut plus clairement qu’il fait demi-tour, emprunte à l’envers le chemin qui conduit des « Jeunes Hégéliens » à Marx et dont L’idéologie allemande, ce « règlement de comptes avec notre ancienne conscience philosophique » avait marqué le terme. [on peut "assumer idéologie" de façon ni positive ni négative, comme vision du monde, mais c'est une autre histoire]

Badiou tire les conséquences de ce retour dans le ciel nuageux des idées : « Il est essentiel de bien comprendre que “communiste” ne peut plus être l’adjectif qui qualifie une politique. » Selon Badiou, c’est de cette confusion entre Idée et réel que seraient nés les « expériences à la fois épiques et terribles » qui ont marqué notre histoire, une confusion tiendrait aux « origines hégéliennes du marxisme ». L’histoire réelle est réduite à l’histoire des idées ou plutôt de l’Idée. Tout en affirmant que « l’Histoire n’existe pas » (une affirmation qui, pourtant, pourrait sembler venir en droite ligne de la Sainte Famille), il ramène le réel à l’Idée bien qu’il s’en défende et demande que l'on sépare nettement l’Idée et le réel. Suivre la logique badiousienne demande des efforts et des contorsions intellectuelles assez peu communs. Rien que pour le plaisir, citons ce passage : « au regard de la situation ou du monde, un événement ouvre la possibilité de ce qui, du strict point de vue de la composition de cette situation ou de la légalité de ce monde est proprement impossible. Si l’on se souvient ici de ce que, pour Lacan, nous avons l’équation réel = impossible, on voit aussitôt la dimension intrinsèquement réelle de l’événement. On pourrait aussi dire qu’un événement est l’advenue du réel en tant que possible futur de lui-même. » Traduisons ce morceau d’anthologie : le réel est évidemment l’impossible, puisque le possible est précisément ce qui n’est pas réel, mais peut le devenir et l’événement est tout simplement le moment où le possible devient réel : tout ça pour ça !

Tout à sa réinvention du vocabulaire, Badiou redéfinit le sens du terme « État » : « J’appelle “État”, ou “état de la situation”, le système des contraintes qui, précisément, limitent la possibilité des possibles. On dira aussi bien que l’État est ce qui prescrit ce qui, dans une situation donnée, est l’impossible propre de cette situation, à partir de la prescription formelle de ce qui est possible. » Si on laisse de côté cette curieuse équivalence, l’État est « l’état de la situation », qui s’apparente plus au jeu de mots, au calembour qu’au travail conceptuel, on pourrait accepter la définition de Badiou : l’État est bien l’organisation qui prescrit (c’est la loi) en vue de maintenir les rapports sociaux existants et empêcher « l’advenue » de possibles ou d’événements inattendus. Mais ces longues définitions badiousienne n’ont absolument aucun intérêt sinon de donner l’illusion de la profondeur philosophique, l’apparence du travail du concept. Pourtant, ce procédé n’est pas neutre, il n’est pas simple pédantisme : il consiste en la substitution des idées abstraites à des « concrets de pensée ». Dire que l’État est ce qui prescrit ce qui est l’impossible, c’est précisément éviter de dire ce qu’est l’État dans la synthèse de ses déterminations ; c’est le réduire à l’instance de la loi et de l’interdit. Là où les penseurs à l’école de Marx se sont évertués à construire des analyses complexes de l’État, contre les formules à l’emporte-pièce du genre « bande d’hommes armés au service du capital », Badiou propose une incroyable régression théorique. Et c’est précisément pour camoufler cette régression théorique, qu’il faut épater la galerie, faire le malin en inventant tant de circonlocutions absconses.

Poursuivons si le lecteur veut bien encore suivre. Voici encore une définition plus extravagante que les précédentes : « J’appelle “procédure de vérité” ou “vérité” une organisation continue, dans une situation (dans un monde), des conséquences d’un événement. » Si vous n’avez pas compris, une « explication » (?) vient un peu plus loin : « Usant sans complexe d’une métaphore religieuse, je dis volontiers que le corps-de-vérité, pour ce qui en lui ne se laisse pas réduire aux faits, peut être nommé un corps glorieux. » On le voit, la vérité n’a rien à voir avec les faits, elle est même ce qui ne se laisse pas réduire aux faits, les faits étant définis par Badiou comme ce qui dépend de l’État et l’Histoire étant composée de faits « n’est ni subjective ni glorieuse ». Il ne s’agit pas seulement de « métaphore religieuse ». On est vraiment en pleine théologie.

Peut-on, à partir de là comprendre le destin de « l’Idée du communisme » ? Dépouillé de son halo jargonnant, le raisonnement de Badiou peut être résumé ainsi : l’Idée présente la vérité comme si elle était un fait, elle est fixation historique ce qui est fuyant. C’est « l’Idée du communisme » qui doit donc répondre à la question : « d’où viennent les idées justes ? » Badiou va chercher la réponse chez Mao : les idées justes viennent de la pratique, c’est-à-dire du réel. Conséquence : « Tout cela explique, et dans une certaine mesure justifie, que l’on ait pu à la fin aller jusqu’à l’exposition des vérités de la politique d’émancipation dans la forme de leur contraire, soit la forme de l’État. » Et voilà la clé des malheurs du « communisme du XXe siècle » ou de ce qui se nommait il y a encore quelques décennies, le « socialisme réellement existant » : une malheureuse confusion théorique entre vérité et fait, confusion elle-même justifiable cependant : « l’Idée du communisme peut projeter le réel d’une politique, toujours soustrait à la puissance de l’État, dans la figure historique d’un “autre État”, pourvu que la soustraction soit interne à cette opération subjectivante, en ce sens que “l’autre État” est lui aussi soustrait à la puissance de l’État, donc à sa propre puissance, en tant qu’il est un État donc l’essence est de dépérir. » En clair : il aurait fallu ne pas oublier Marx et Lénine, ne pas oublier que « l’État ouvrier » n’est plus un État à proprement parler mais un État dépérissant. Encore une fois : tout ça pour ça ! La question, cependant, que Badiou ne pose pas est : pourquoi Lénine a-t-il oublié Lénine ? Pourquoi Mao, son idole, a-t-il oublié les soi-disant enseignements de Mao ? Pourquoi l’un et l’autre ont-ils contribué à mettre en place une forme étatique qui n’était pas faite pour dépérir mais au contraire un des plus froids de tous les monstres étatiques froids que l’histoire humaine ait connus ? Questions ennuyeuses que Badiou n’aborde jamais car il faudrait alors renoncer à la théologie et descendre dans la fournaise des « faits » (têtus, comme disait Lénine) dont il faudrait reconstituer l’histoire (sans H majuscule).

Badiou n’aborde l’histoire du « communisme » réel que sous un seul angle, biaisé, celui du prétendu « culte de la personnalité ». Il part du constat paradoxal qu’une doctrine fondée sur la revendication de l’émancipation des masses anonymes fasse une aussi grande consommation de noms propres. Ce culte des personnalités, Badiou commence par l’approuver : « il faut penser et approuver l’importance décisive des noms propres dans toute politique révolutionnaire. » Les noms propres « participent de l’opération de l’Idée » : voilà pourquoi Badiou avait raison d’être des idolâtres de la pensée de Mao et voilà pourquoi il maintient ou tente de maintenir le culte alors que la « voie chinoise » s’est avérée comme une forme très spéciale d’accumulation primitive du capital qui a permis de transformer la Chine en centre de production industrielle du capitalisme mondial. Mais là encore ces détails vulgairement empiriques n’intéressent pas saint Paul Badiou. Ce qui l’intéresse, c’est la dénonciation de Khrouchtchev dont la condamnation du « culte de la personnalité » était « mal venue ». La terreur stalinienne n’intéresse pas Badiou qui n’en dit mot – il évoque seulement « la Terreur qui s’est exercée sous le nom de Staline » Non, ce qui l’intéresse, c’est la lutte contre le révisionnisme de Khrouchtchev : les mots du maoïsme version 68 ne figurent pas dans le texte « philosophique » de Badiou tenant concile à Londres. Mais le fonds est inchangé. En quarante ans, cet homme n’a rien oublié et rien appris.

Le prouve la suite. Badiou est un stalinien à l’ancienne, un théoricien de la police politique et des bandes fanatisées de « gardes rouges » qui faisaient régner le l’ordre maoïste dans les batailles entre les diverses fractions de l’appareil bureaucratique chinois. Il soutient que l’Idée du communisme a besoin de cette opération qui consiste « dans la forme d’une représentation de l’action des masses innombrables par l’Un d’un nom propre. » Les masses doivent donc être représentées par l’Un (Staline, Mao, au choix), cet Un avec majuscule qui est l’élégant pseudonyme habituel du Dieu transcendant, du Dieu personnel. Mais évidemment les individus misérablement égoïstes, limités, etc. (cf. supra) ne sont pas nécessairement prêt à cette représentation. D’où cette nouvelle affirmation : « La fonction de cette Idée [l’Idée communiste, NDLR] est de soutenir l’incorporation individuelle à la discipline d’une procédure de vérité, d’autoriser à ses propres yeux l’individu à excéder les contraintes étatiques de la survie en devenant une partie du corps-de-vérité ou corps subjectivable. » Traduit en termes profanes, cela veut dire que l’engagement politique sous l’égide de « l’Idée communiste » est proprement un engagement mystique, un engagement religieux fondé sur la négation du soi individuel au profit de « l’incorporation » dans le « corps-de-vérité » , pseudonyme du parti si on veut bien se rappeler que Badiou appelle « vérité » l’organisation. Badiou reconnaît qu’il s’agit d’une « opération équivoque » rendue nécessaire par le fait que « l’histoire ordinaire » (l’histoire sans H majuscule) est « tenue par l’État ». À l’origine du militantisme, il y a la foi, la foi qui seule peut déplacer les lignes et rendre possible que l’État prescrit comme impossible. Le militantisme serait impossible sans cette transfiguration que permet l’Idée: « Il faut que devienne visible par l’agrandissement du symbole, que les “idée justes” viennent de cette pratique presque invisible. Il faut que la réunion de cinq personnes dans un banlieue perdue soit éternelle dans la guise de sa précarité. C’est pour cela que le réel doit s’exposer dans une structure de fiction. »

Badiou en déduit que le communisme ne peut pas être l’adjectif d’un parti, d’un programme d’une politique. Il est seulement une idée qu’il faut tenter de maintenir dans les époques de confusion que nous vivons, car « sans Idée la désorientation des masses populaires est inéluctable. » Badiou dépeint la période comme celle de la réaction sur toute la ligne à laquelle ne s’opposent que quelques rares expériences, les débuts de la révolution en Iran, les maoïstes au Népal ou l’Organisation – le petit groupe des adeptes de la pensée de Badiou, spécialisé dans l’action invisible auprès des travailleurs immigrés maliens. Cette curieuse liste mériterait à elle seule de longs développements...

Tout ce que dit ce premier texte des actes du colloque de Londres montre suffisamment que le communisme de Badiou n’est qu’une nouvelle variante des nombreuses hérésies chrétiennes : c’est un communisme des catacombes. Badiou dit cependant, à sa manière, la vérité : le militantisme « marxiste » ou « communiste » du XXe siècle a été et reste dans la plupart des petits groupes qui survivent dans ces eaux-là, un militantisme religieux. L’adhésion est une « incorporation ». « Idéologie pour classes subalternes », dit Preve. Soit. Mais plus qu’idéologie, religion. Ou disons idéologie quand il s’agit du marxisme grand-public des partis communistes de masse qui gèrent les parties entières de la société bourgeoise (ce qu’ont fait les partis communistes français et italien), mais religion chez les adhérents, dans l’appareil, quelle que soit la taille de l’appareil. C’est précisément ce caractère religieux qui rend ces organisations (sans O majuscule !) si friandes de rituels, de grands prêtres et de prêches. C’est aussi ce qui explique le goût prononcé pour les querelles doctrinales, le caractère inexpiable de la moindre divergence théorique et évidemment ce qui va avec, l’inquisition, les procès et la police politique. Malheureusement, il s’agit d’une religion de la pire espèce, d’une religion qui se défend d’être une religion, d’une foi qui fait profession de rationalité, d’une transcendance qui se veut immanence.

Défenseur, avec un brin de coquetterie, d’un maoïsme dont l’histoire réelle n’est pas faite mais dont le bilan est au moins aussi terrible que celui du stalinisme soviétique, Badiou n’a rien à dire du communisme comme politique – il passe même son temps à essayer de montrer que le communisme (l’Idée du communisme) ne peut pas être une politique, que cela n’a rien à voir le « mouvement réel » dont parlait Marx. À sa façon, il apporte même sa contribution à l’enterrement du communisme en le ramenant à la religion pure. Et l’on comprend pourquoi les représentants éclairés des classes dominantes l’aiment bien : coqueluche de certaines universités, favori des médias, il incarne à merveille le communisme qu’adorent les bourgeois, communisme religieux pour illuminés et en même temps idéologie suffisamment repoussante avec sa défense perinde ac cadaver du stalinisme sous ses variantes vétéro-stalinienne et maoïste.

Dernière remarque concernant Badiou. Il prétend se situer entièrement dans l’espace de la philosophie. Mais il n’y a aucune élaboration philosophique à proprement parler dans ses textes sur le communisme. Il n’est pas non plus dans l’espace de l’histoire, ni dans celui de la théorie politique. Où se tient-il donc ? Entre la protestation morale contre le monde capitaliste d’aujourd’hui – protestation en elle-même plutôt sympathique – et le mépris pour les « classes moyennes », à quoi est assimilée l’immense majorité des salariés des pays riches, entre la nostalgie du stalinisme et la détestation de la démocratie (jamais thématisée mais continuellement nourrie d’allusions), nous avons bien une pensée politique qui se dénie elle-même. Une pensée anti-capitaliste tournée vers la nostalgie d’une révolution qui a s’est terminée de façon sinistre. On pourrait le qualifier d’anti-capitalisme réactionnaire. Certes, être réactionnaire n’est pas nécessairement une injure. Dans la situation qui est la nôtre, être « réactionnaire », c’est peut-être tout simplement une réaction de défense élementaire face à un « progressisme » destructeur. Le seul problème avec Badiou est que tout cela est camouflé sous les oripeaux de la révolution (culturelle), de l’apologie de la rébellion et de l’émancipation.

Patlotch - pauvre Badiou, Dieu ait son âme... Intéressant, puisque Collin repère bien son idéalisme dont il montre  le caractère quasi religieux, in fine antimarxien, avec une argumentation que nous avons déjà rencontrée

par contre, chemin faisant, Collin défend, au nom du communisme, la politique, et là, je ne peux être d'accord, mais laissons, le texte est amusant, c'est vrai

autre limite, c'est une critique qui reste dans le champ théorique/philosophique, or il est question de Mao et de la Révolution culturelle : qu'en disent les Chinois qui l'ont vécue, et s'il en reste, des marxistes chinois ? Ces sociétés maoïstes, cubaines, soviétiques étaient des vrais sociétés à prendre et étudier comme telles, et non au seul niveau des concepts ou de l'État. Il faut plonger dans les rapports sociaux concrets qui s'y sont développés, un chose qu'on n'a pas vraiment faite, même dans les critiques radicales de Debord ou de l'ultragauche, sans parler des critiques démocratiques du stalinisme

bref, que ce soit Badiou ou Collin, entre idéel-idéal et "concret de pensée" sans matière, ça manque un peu de chair, tout ça...

pour qui veut comprendre les relations entre science, idéologie et religion de l'intérieur du vécu, dans le vif de sujets qui ont fait le socialisme réel que fut le stalinisme et la suite, je ne vois pas mieux qu'Alexandre Zinoniev (Les Hauteurs béantes 1976, L'Avenir radieux 1978, L'Antichambre du paradis 1979, Le Communisme comme réalité 1981). La littérature antisoviétique voire anticommuniste recèle des trésors critiques, et Zinoviev, c'est pas Soljenitsyne, c'est du lourd qui n'a pas fini de peser, parce que ça donne des repères comparatifs et des clefs pour comprendre de façon fine ce qui se passe encore dans les groupes communistes dogmatiques. Des extraits ici


c'est à lire, naturellement, en sachant que Zinoviev parle de "communisme réel" pour la société soviétique, ce qui n'est pas satisfaisant sur le plan théorique, mais il faut passer outre...
Zinoviev a écrit:
Des millions de personnes ont participé au processus historique qui a donné naissance à la société communiste de l'Union soviétique. Ces personnes ont accompli des milliards d'actions différentes. Elles les ont accomplies dans leur propre intérêt. Elles ont agi selon les lois de la conduite communautaire et non pas seulement selon les lois de l'histoire, lesquelles n'interviennent pas dans la conduite des individus. Une partie de ces actions ont œuvré en faveur de la société nouvelle, l'autre contre. Parfois les même actions ont œuvré soit en faveur de cette société, soit contre. Les partisans de la nouvelles sociétés n'ont pas toujours forcément agi pour elle, et inversement ses adversaires ne lui ont pas toujours nui. Les révolutionnaires ont fait beaucoup contre la révolution et les contre-révolutionnaires beaucoup en sa faveur, sans s'en douter.

Le Communisme comme réalité 1981

Je m'inscris en faux contre l'opinion communément admise selon laquelle le communisme réel serait la réalisation des idéaux marxistes et qu'il serait imposé aux masses, contre leur volonté, leurs désirs et leurs intérêts, par une poignées d'idéologues recourant à la force et au mensonge. Le communisme n'est pas seulement un régime politique que l'on peut transformer sur un ordre d'en haut, il est une organisation sociale de la population. Il s'est formé un Union Soviétique, non pas conformément au projet marxiste ni au gré des idéologues marxistes, mais en vertu des lois objectives qui régissent l'organisation de large masse de population en un organisme social achevé. Il est le résultat d'un processus de création historique auquel ont pris part des millions de personnes.

Perestroïka et contre-perestroïka, 1991

complémentaire, moins théorique et ironique, mais passionnant car témoignages bruts, signalé par Rosier dans sa vidéo,
La Fin de l'homme rouge ou le temps du désenchantement, de Svetlana Alexievitch, prix Nobel 2015, tr fr 2016

bref, en rester à la critique du soviétisme et du stalinisme comme "totalitarisme", "État-policier" ou même "capitalisme d'État", c'est surfer sur des réalités profondes. Et gaffe, le ventre est encore fécond des peuples qui se planteront avec les meilleures intentions communistes du monde, et les "camarades" qui pensent être quitte avec le stalinisme des autres se mettent le doigt dans l'œil

*

mais pendant que vous faisiez de la philosophie, cher Tristan, je continuai mes recherches en ligne (où tout laisse une trace à défaut de textes complets), et je dois dire que s'il fallait traiter le sujet COMMUNISME, FOI, et RÉVOLUTION de façon complète, on n'en finirait pas. Une chose me frappe néanmoins, qui recoupe l'expérience propre que j'ai du communisme depuis 45 ans : la relation entre communisme et religion appartient à l'histoire du mouvement communiste. Les différents "communismes religieux", "théologies de la libération", "main tendue aux chrétiens", "anarchisme chrétien", etc. ne se greffent pas comme des pièces rapportées sur un marxisme athée comme par essence. D'une part ils s'inventent au présent des pays où ils ont émergé (France, Europe, Amérique latine), d'autre part ils héritent aussi du communisme pré-marxiste, qui n'était pas athée, ce que montre au demeurant la liste de Collin au 3è paragraphe

Étienne Cabet, le premier à faire usage du mot "communisme" : « Qu'on me permette de discuter, comme on le permet aux Fouriéristes, et j'aurai la foi d'un apôtre pour défendre ma religion sociale et politique » Comment je suis communiste 1840


si philosophie allemande, socialisme français et économie anglaise sont les trois sources constitutives du marxisme (Kautsky 1908/Lénine 1913), c'est par leur critique que Marx élabore ses propres thèses. Nous avions jusqu'ici insisté sur la critique de la philosophie, elle-même critique de la religion (sur Hegel/I.A./sur Feuerbach), mais pas sur la reprise critique des sources du communisme théorique dans les socialismes utopiques, dont la plupart ont une bonne dose de religiosité

Universalis a écrit:
6.  Communisme religieux et socialismes utopiques

L'Allemagne, au début du XIXe siècle, connaît aussi une telle fermentation : « en dépit de toutes les persécutions, certaines sectes chrétiennes s'étaient maintenues en Allemagne [...] où elles enseignaient un communisme primitif conforme à l'esprit des premiers chrétiens »... (Menchen-Helfen et Nicolaïewski). W.  Weitling, le fondateur, selon Karl Marx, du communisme européen, fut directement influencé par cette fermentation : son socialisme utopique et insurrectionnel finira par déboucher sur une expérience communautaire au Nouveau Monde : Communia. Robert Owen avait étudié et approché shakers et rappites et sa dernière communauté anglaise, Queenwood, était sinon religieuse du moins millénariste. Trait commun d'ailleurs de tout cet ensemble socialiste utopique ; s'il conteste la société dominante, il contestera conjointement la religion dominante, et cette double contestation le conduit à fomenter un royaume de Dieu, un « millénium » qui liquiderait l'organisation dominante de la politique, de l'économie et du culte, Saint-Simon, dans son Nouveau Christianisme, en appellera à la réalisation de l'époque « messiaque » identifiée par lui à l'application d'un principe « qui appartient au christianisme primitif ». Babeuf lui-même avait exalté son projet : « C'est là et là seulement la seule réédification de Jérusalem. » Fourier se présente comme « prophète postcurseur » et le fouriérisme américain, dans ses nombreuses expériences de phalanges, s'unit avec le christianisme « unitarien », puis « transcendantaliste ». Cabet voit dans le communisme le « vrai christianisme ». Moses Hess, maître en communisme de Marx et Engels, apercevait ce communisme, au débouché d'une Histoire sainte de l'humanité (1837), au terme de laquelle « la nouvelle Jérusalem sera fondée au cœur de l'Europe »...

Dans l'ensemble des écrits comme dans l'ensemble des réalisations, les socialismes utopiques apparaissent ainsi comme des communismes religieux : ils entendent amorcer une deuxième Réforme, réforme sociale et prolétarienne capable d'accomplir en la dépassant la Réforme religieuse [...]

au fond, Marx opère entre 1843 et 1847 (Le Manifeste) une seule et même critique avec ses deux versants anti-religieux et anti-philosophique, dont on mesure combien elle reste précieuse contre les religions du communisme, à la Badiou, entre autres

relevons que l'athéisme, hérité de tout un cheminement philosophique en Occident, ne s'empare de l'anarchisme que plus tard et massivement, en France, avec Blanqui


"Le catholicisme est le tombeau de l'intelligence, de la pensée, du cerveau ;
le protestantisme, le tombeau de la conscience, du sentiment, du cœur."


"L'idée de Dieu et les religions sont source et maintien de l'ignorance, de l'abrutissement,
par conséquent de l'esclavage et de la misère."



quant aux communistes français; quand ils sont athées, il leur faut comparer leur communisme à la religion, et quand ils sont chrétiens, ils justifient réciproquement leur "double foi"

Arlette Laguillier a écrit:
Sincèrement, je crois que je n’ai jamais cru. Ça me faisait rigoler, je n’y croyais pas, c’est sûr... Comme ma mère était catholique, on faisait ça [prier]. Mais cela doit être aussi l’influence de mon père, car il est devenu très athée, très laïque, après avoir laissé tomber le séminaire.

L’opium du peuple, c’est plus venu quand j’ai connu les lectures que j’ai faites avec Marx. Pour moi, c’était une vie rétrécie. Je pensais que la vie, c’était sur Terre qu’on devait la vivre, la faire la plus belle possible et pas attendre… Matérialiste, oui…

Non, non, non ! J’ai prié sûrement quand j’ai fait ma communion, je ne m’en rappelle plus très bien. Moi, la religion m’inquiète plutôt, à notre époque, aujourd'hui, mais cela a aussi été vrai dans d’autres périodes. On assiste plutôt à des intégrismes religieux pour des gens qui ne sont peut-être pas bien dans leur peau, je ne sais pas.

Ça m’inquiète plutôt que des jeunes aillent se faire tuer au nom du Coran ou de la Bible, qui sont pour moi des écrits inventés… Non, franchement, je n’ai pas besoin de la religion. Ma religion, c’est l’humanité, c’est la vie en société… C’est ça, ma religion


France-Info 2014

un ancien du parti : « C'était ma famille, ma religion. »

Chrétiens et communistes : il était une double foi Témoignage Chrétien, 9 septembre 2004

Pierre Darhéville a écrit:
Mon engagement au PC est en phase avec la radicalité du message du Christ, il est le fruit de ma foi. Il n’y a pas pour moi d’incompatibilité entre le fait d’être chrétien et le fait d’être communiste. Il y a même complémentarité en ce qui me concerne. L’amour, ça doit être quelque chose de palpable, aujourd’hui. Et dans les luttes sociales, il y a quelque chose de l’amour de Dieu qui se révèle.

Pierre Dharéville, 29 ans, membre d’ACO (Action catholique ouvrière), ancien journaliste à l’Humanité, actuel collaborateur de Marie-George Buffet, 2004

autrement dit, le mélange communisme-foi-religion se réinvente en permanence, que ce soit au niveau théorique (Badiou...), au niveau des groupes (extrême-gauche et ultragauche voire communisation), et dès que la question se pose, au niveau des masses

ajout 1er août
un Cabet d'aujourd'hui a produit son credo


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Patlotch



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MessageSujet: Re: COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)   Lun 24 Juil - 23:56


une conversation

un ami a écrit:
Le sujet "communisme, foi, et révolution" me fait penser à cette réflexion de Montaigne : "Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies."

je ne sais pas ce que tu en penses

Patlotch a écrit:
je partage ta remarque, bien que ne sachant pas trop à quoi elle renvoie précisément

j'envisageais, là, d'écrire davantage mon "autocritique", l'"examen de conscience" de mon rapport au communisme depuis que j'ai adhéré à l'UEC en 1971, sous l'angle de ce sujet : croyance, foi, enthousiasmes, désillusions mais aussi à l'inverse, fondements matérialistes plutôt solides depuis le début, et puis bon, les luttes auxquelles, sans se gonfler boulot-quartier, on participait aussi et qui nous retenaient là-dedans

c'est un peu compliqué parce que je crains que ma mémoire ne me trahisse, mais en fait, tout ce dont je parle, je l'ai sinon vécu du moins traversé, au sein du PCF en gauchiste anarcho-démocratique, ignorant Debord jusqu'aux années 90, sans parler des conseillistes, ou des communisateurs découverts en 2005 !

il faut avoir le courage de se regarder dans le miroir, à la façon de Montaigne, exactement, tu l'as bien saisi. Moi je considère que sur cinquante ans depuis 1968, cette histoire me traverse, y compris en remontant (Aragon, etc.), c'est ma vie, complètement prise dans l'histoire. J'ai eu le sentiment de ça en écrivant Livredel en 89-91, les passages de mon deuil, terrible, du PCF. Au-delà de ma vie privée, mes amours, l'essentiel de ma poésie tourne autour de ça. Le pire, c'est que j'ai recommencé, comme disent les psy, avec les "communisateurs", jusqu'au moment où j'ai compris qu'ils fonctionnaient, côté foi communiste, de la même façon, mais eux sans masses ni prolétaires, leur point aveugle qu'ils reconnaissent au demeurant (Astarian du moins)

la difficulté c'est de l'articuler avec la vie des "masses", qui ne sont à un moment donné qu'une accumulation d'individus ayant vécu des circonstances semblables de façons différentes. D'où ma référence à Zinoviev et à La fin de l'homme rouge, Svetlana Alexievitch prix Nobel, un livre poignant, à la limite de la littérature, puisque l'auteure ne fait que transcrire des entretiens avec des vieux, communistes ou pas, qui ont vécu le stalinisme, Khrouchtchev, Brejnev..., des entre-deux la perestroïka, des jeunes les années Poutine, et le bordel inter-générationnel du tout, dans les familles, entre amis, voisins, collègues... On veut de "l'enquête ouvrière" en Russie ? En voilà !

quand je dis ma vie est complètement prise dans l'histoire, c'est aussi par ces bouquins, et tant d'autres, car ceux que je conseille je les ai lus

la tendance, quand on parle de l'URSS en critique, c'est de prendre tous les Russes pour des cons, mais il est vrai qu'une fois qu'on a posé le diagnostic suprême "c'était pas le communisme", on n'aurait plus rien à en dire qui interroge le "vrai" communisme, son présent et son avenir. Voire, le diable se loge dans les détails de l'histoire


Twisted Evil


un ami a écrit:
je t'appellerai demain ou un de ces jours proches, là par mail ça risque de pas être très clair. Il faut une conversation (ou alors tu m'appelles toi si tu veux).

25 juillet

j'ai rappelé mon ami ce matin. Extraits reconstruits de mémoire

lui : - C'est un sujet pas couru, "communiste, foi, et révolution..."

moi : - il y a pourtant beaucoup à dire, dans diverses directions. C'est une sorte de miroir tendu à chaque communiste ou d'autres, après on en fait ce qu'on veut

lui : - C'est pourquoi j'évoquais Montaigne... Il y a quelque chose d'intime...

moi : - même s'il y a un côté introspectif, c'est assez peu mon intime à moi, plutôt mon extime...

quoi qu'il en soit, on ne peut convaincre personne d'abandonner une foi individuelle, voire une idéologie collective... Je découvre d'étonnantes résonances entre hier et aujourd'hui, par exemple des affirmations de Cabet, avec son "credo communiste", à des expressions militantes actuelles...

lui : - Mais pourquoi Netchaïev ? Certes c'est un classique...

moi : - miroir tendu encore, on y trouve, presque mot pour mot, des paroles nihilistes de Black Blocs

lui : - Ah oui, les totos... [autonomes]

moi : - c'était un exemple de destruction destructrice "révolutionnaire", après avoir posé le communisme comme destruction créatrice, en renversant Schumpeter, qui caractérise ainsi le capitalisme. Comme tous les autres textes que je fais (re)vivre y compris de récents car personne au-delà de les propagander n'en discute, on peut lire Netchaïev comme un auteur vivant, au même titre qu'un blog anarcho-autonome, ou tout ouvrage célèbre aujourd'hui : Maintenant, du Comité Invisible est, au comble de l'invisiblité, en tête de gondole à la FNAC des Halles, "plus grande librairie de France", comme on dit « Alain Badiou, philosophe français vivant le plus traduit, lu et commenté dans le monde»... Pourquoi ?

[...]

lui : - Tu te réfères surtout au jeune Marx...

moi : - le sujet s'y prête. Il a tout réglé à cette époque, sur la religion, la philosophie, l'individu... Quand il y revient, c'est de façon plus politique que théorique, dans ses interventions, mais, d'une certaine façon en abandonnant le plus radical de sa critique théorique de jeunesse pour poser les bases du communisme comme programme politique. En ce sens Denis Collin, dans sa critique de Badiou, est plus fidèle à ce Marx-là que moi

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MessageSujet: Re: COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)   Mar 25 Juil - 13:05


pourquoi êtes-vous communiste / anarchiste ?

et si on faisait une enquête ?

il y a de multiples façons de définir le communisme, mais chacune est considérée comme valant pour tous, alors que se dire communiste renvoie de façon singulière chaque individu face à lui-même dans son rapport au monde et ses relations aux autres. Chacun.e est donc communiste de manière différente individuellement, inscrite dans une conception générale du communisme, plus ou moins intellectualisée

je dis "communiste", et ce pourrait aussi bien être "anarchiste", puisque pour moi, c'est tout un (voir IDENTITÉ COMMUNISTE : anarchiste ou communiste ? Quel besoin d'un NOM ?


des réponses

si l'on fait une recherche sur Google à "Qu'est-ce qu'être communiste ?", on tombe immanquablement sur des définitions partisanes inscrivant la réponse dans le cadre de la définition du combat communiste pour les uns ou les autres, ce qui ne répond pas à la question individuelle. Je ne (re)donne donc pas ici de réponses à la question Qu'est-ce que le communisme ? Je pense qu'elles sont, du point de vue individuel de notre sujet, détachables de la définition que chacun.e a du communisme

la réponse la plus significative à cet égard est celle d'un ouvrier, L. (en gras) parce qu'on y voit bien la différence avec les raisons qu'a un intellectuel d'embrasser la cause communiste. Il se dit communiste mais affirme de ne pas savoir ce qu'est le communisme... Toutes ses raisons sont dans sa situation


je suis communiste, parce que...

Étienne Cabet a écrit:
Je suis communiste, moi...! Et je le suis parce que, dans son but d'organisation définitive, la Communauté est à mes yeux la justice, la morale, l'ordre, la paix, la concorde, la fraternité, le bonheur commun et individuel; parce que c'est la Démocratie dans sa réalité, la forme républicaine avec les véritables conséquences de la Souveraineté du Peuple... Je suis communiste parce que [...]
la suite ici : Douze lettres d'un communiste à un réformiste sur la communauté 1841-1842
réponse d'une étonnante actualité, ce pourrait être celle d'un "insoumis", démocrate, républicain et citoyen du Peuple souverain...


Louise Michel a écrit:
Je suis donc anarchiste parce que l’anarchie seule fera le bonheur de l’humanité, et parce que l’idée la plus haute qui puisse être saisie par l’intelligence humaine est l’anarchie, en attendant qu’un summum soit à l’horizon.

L’humanité veut vivre et s’attachera à l’anarchie dans la lutte du désespoir qu’elle engagera pour sortir de l’abîme, c’est l’âpre montée du rocher ; toute autre idée ressemble aux pierres croulantes et aux touffes d’herbe qu’on arrache en retombant plus profondément, et il faut combattre non seulement avec courage, mais avec logique, et il est temps que l’idéal réel plus grand et plus beau que toutes les fictions qui l’ont précédé se montre assez largement pour que les masses déshéritées n’arrosent plus de leur sang des chimères décevantes.

Voilà pourquoi je suis anarchiste.


sources


Picasso a écrit:
Je suis communiste pour qu'il y ait moins de misère
entretien avec Daniel-Henri Kahnwweiler, 1951

Écoutez, je ne suis pas un politicien. Je n'ai pas de compétence technique dans ce domaine. Mais le communisme défend certaines idées en lesquelles je crois. Je crois que le communisme travaille à la réalisation de ces idées.
Roland Penrose, Picasso, His Life and Work, 1958

Frédéric Joliot-Curie a écrit:
Je suis communiste parce que cela me dispense de réfléchir.

Citation :
Angela Davis communiste : cela étonne les Noirs. En janvier 1971, le journal des Black Muslims a interviewé Angela dans sa prison. Auparavant il avait mené une enquête dans Harlem. Quelles questions aimeriez-vous poser à Angela ? La première était : « Pourquoi êtes-vous communiste ? » [L'article ne donne pas les réponses]
Une femme noire : Angela Davis, Georges Baguet

L. un ouvrier a écrit:
Je suis pas communiste. Je suis sympathisant communiste pour leurs idées, c'est des idées qui sont les miennes... Mais par contre il y a certaines choses que j'admets pas. [...] Par contre, leur doctrine, elle est bien. La doctrine communiste, c'est bien parce que c'est pour l'ouvrier, c'est pour le pauvre, par le fait, hein... C'est tout ce que je sais...

Moi, j'ai toujours été communiste. Et pourtant, je suis pas communiste. Je suis pas communiste parce que je sais pas ce que c'est que le communisme !
[en riant] Exactement, vraiment, vous dire qu'est-ce que c'est que le communisme. J'ai bien lu des tracts mais ça ne vous en apprend pas plus.

Être communiste, c'est un peu comme être... c'est comme la religion, il faut avoir une foi pour être de ce parti-là, comme être un bon chrétien. Moi, je crois, parce que si vous avez pas la foi, si vous croyez pas vraiment, c'est pas la peine. Mais c'est difficile comme question
. [la suite ici]
Classe, religion & comportement politique, Guy Michelat et Michel Simon, 1977

Bernard Lubat a écrit:
Je ne suis pas croyant, je suis pratiquant !

Le communisme pour moi c'est personnel. Mon communisme n'est a priori valable pour personne d'autre, je n'ai jamais obligé personne à me croire, donner à penser c'est autre chose !

Je suis communiste parce que je n'y arrive pas.

Je suis artiste parce que je n'y arrive pas.

Je deviens communiste comme on va à la vraie commune, par opposition à la fosse commune, quoi de plus commun que l'être, que d'être, si différents, si ressemblants, si consonants, si divergents, si convergents, si rassemblants, tous vivants, tous mortels.

Je deviens communiste pour cultiver mon égalité rien n'est mieux à partager, rien n'est moins difficile à créer, devenir l'égal de mes maîtres en musique, en art, en pensée, l'égal de mon voisin en direct live, l'égal de mes rêves éveillés, l'égal de mon fils, l'égal des humiliés, l'égal de mes concitoyens, l'égal des dieux.

Mon communisme est local sans volonté hégémonique.

Mon communisme est désintégriste biodégradable pas croyable.

Mon communisme n'en finit pas, j'en jouis, j'en vis.


Mon communisme, par Bernard Lubat, L'Humanité, 10 mai 1999, extraits

un communiste français a écrit:
Je suis communiste par conviction, et pas parce qu’un parti m’aurait séduit. Comme je l’écris dans « Misère de l’antilibéralisme », le programme du parti auquel j’ai adhéré, le PCF, me semble extrêmement mauvais, et pas communiste du tout...
Pourquoi je suis communiste, Le blog déviant d'un communiste français, 2 novembre 2006,

un ex du PCF a écrit:
Je suis communiste parce que je considère que la lutte des classes existe, qu’elle se durcit même chaque jour. J’appartiens au camp de ceux qui refusent le capitalisme qui « épuise la Terre autant que le Travailleur », selon les mots de Marx. Je crois que ce système inique n’a que trop duré et que seule une révolution populaire, de masse et de classe, y mettra fin. [...]
Je suis communiste, Nathanaël Uhl, 9 novembre 2011 [il a quitté le PCF en 1998]

Camarade Troska OCL a écrit:
Je suis marxiste parce que je crois en la lutte des classes, je suis matérialiste... Je suis anarchiste, parce que c'est dans ma nature même. Mais pour être sérieux, je suis anarchiste car je rejette toute forme de pouvoir contraignant, de hiérarchie et d'exploitations. Je suis pour une société libre, qui est centraliser économiquement grâce au fédéralisme/conseillisme ouvrier, et qui se décentralise politiquement de la même manière.
Marxisme Libertaire Forum Politeen

Roland Simon a écrit:
Je ne sais pas si je suis communiste
RS, Théorie Communiste, conversation avec Patlotch, Paris 2007

on pourra lire avec intérêt le texte de Franck Fischbach, Marx et le communisme, Actuel Marx 2010/2 n° 48, dont voici le début et la fin

Franck Fischbach a écrit:
La question de savoir si Marx a été communiste peut apparaître, à première vue, soit comme une question inutile, tant la réponse va de soi, soit comme une pure et simple provocation. Et pourtant, c’est la seule question qui mérite d’être posée s’agissant de la relation de Marx au communisme. Il serait inutile, en effet, de se demander ce qu’est le communisme selon Marx, pour la très simple raison qu’il n’a jamais vraiment répondu à cette question : nulle part, il ne dit précisément ce qu’est le communisme [...]

Le mouvement effectif qui abolit l'état de choses actuel

[...]  le communisme n’est pas la réalisation ou l’accomplissement du capitalisme, mais sa négation, son autre, et cette négation n’est réelle qu’en étant une négation mise en œuvre de façon consciente et volontaire au sein même du capitalisme par des communistes, c’est-à-dire par des femmes et des hommes qui mettent ici et maintenant en œuvre des formes de vie communistes caractérisées par l’association, l’usage commun des biens et des idées, l’égalité absolue, la contestation des frontières réelles et symboliques, et la résistance aux processus de privatisation des biens et des existences. L’immense problème pour nous, aujourd’hui, est que les porteurs et les maîtres d’œuvre d’une telle négation ne semblent plus pouvoir être désignés avec l’assurance qui était, apparemment au moins, celle de Marx. Entendons-nous : je ne veux évidemment pas dire qu’il n’y a plus de prolétaires ou de travailleurs identifiables aujourd’hui, au contraire même, la prolétarisation de couches entières de la population étant un processus que la phase actuelle du capitalisme a accéléré dans des proportions qui étaient insoupçonnables il y a seulement quinze ans. Mais là n’est pas la question, ni le problème, simplement parce que la seule prolétarisation objective ne suffit pas et n’a jamais suffi à former des « communistes ». La question est de savoir qui et où sont ceux qui, parmi les prolétaires et les travailleurs (matériels ou immatériels) d’aujourd’hui, sont susceptibles d’être communistes, d’agir, de penser et de vivre en communistes, au(x) sens du terme que nous avons tenté de préciser ici : nous n’aurons de réponse à la question que quand ils se montreront comme tels. ?

il est d'abord tout à fait discutable d'affirmer que le communisme est, en quelque sorte, fait par des communistes, la révolution, peut-être et encore, car son résultat est produit par tous les êtres humains vivant ce moment-là (cf Zinoviev concernant "le communisme réel" en URSS : « un processus de création historique auquel ont pris part des millions de personnes. [...] Les révolutionnaires ont fait beaucoup contre la révolution et les contre-révolutionnaires beaucoup en sa faveur, sans s'en douter.»). Étrange glissement de « Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé. » (Marx, Le 18 brumaire de L. Bonaparte, 1851, à les communistes font le communisme...

on retrouve des questions que je m'étais posées en 2012, dans Pour en finir avec mon communisme-théorique : « si tout le prolétariat n'est pas révolutionnaire dans la communisation, voire si la "frange communisatrice" y est minoritaire, mais qu'émerge une fraction importante de communistes, y compris hors du prolétariat, quelle est la nature de ce sujet révolutionnaire ? [...]Il est tautologique de dire que seuls les communistes seront révolutionnaires, et réciproquement... »

autrement dit, prétendre que la classe de la révolution serait composée d'individus nommés communistes n'a ni grand sens, ni d'autre intérêt que de rendre confus le rapport-communistes-classe, et de réinjecter la nécessité d'une avant-garde

le mot de la fin à un philosophe apparatchik du PCF qui m'a beaucoup insupporté, mais je partage ce qui suit

Jean-Paul Jouary a écrit:
À rigoureusement parler, dire « Je suis communiste » est une absurdité lourde de conséquences. Elle revient à dire « Je lutte pour réaliser une société communiste, pour un idéal communiste, c’est-à-dire pour un futur déjà défini par la théorie et que le peuple finira par désirer et faire advenir ». Encore une fois, ce « Je suis communiste » désigne alors une identité qui repose sur l’idée a priori de ce futur. Or c’est très exactement ce que Marx trouve et refuse lorsqu’il se rend à Londres, sous la forme d’une Profession de foi communiste, que la Ligue des communistes avait conçue comme un catéchisme.
Cesser d’être communiste pour le devenir, Nouvelles FondationS 2007/3



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Patlotch



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MessageSujet: Re: COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)   Mar 25 Juil - 18:10


lecture

signalé par Jean-Maurice Rosier dans la vidéo L'athéisme de MARX


ça voir plus

Où il est question d'une autre bible et d'autres croyants
Vassili Pétrovitech N., membre du Parti communiste depuis 1922, 87 ans
(entretien réalisé en 1992)

Citation :
Ma patrie, c'est Octobre, Lénine, le socialisme... J'aimais la révolution ! Le Parti, c'est ce que j'ai de plus cher au monde. J'y suis depuis soixante-dix ans. Ma carte du Parti, c'est ma Bible.

On voulait bâtir le royaume de Dieu sur terre. C'est un beau rêve, mais il est irréalisable, l'homme n'est pas encore prêt. Il n'est pas parfait. Eh oui... [...] On n'en a pas fini avec le communisme. Ne comptez pas là-dessus !
(p.201)

Le marxisme est devenu notre religion. (p.205)

(Il montre des photos en les commentant)
... Là, on avait dynamité une église. J'entends encore les cris des petites vieilles : « Ne faites pas ça, les enfants ! ». Elles nous suppliaient, elles s'agrippaient à nos jambes. Cela faisait deux cents ans qu'elle était là, cette église. C'était un endroit consacré, comme on dit. À la place, on a construit des toilettes publiques. On obligeait les prêtres à les nettoyer. À laver la merde. Maintenant... bien sûr, je comprends que... Mais à l'époque, on trouvait ça drôle... (P.207)



image ajoutée source

(on sonne à la porte. C'est une infirmière. Elle lui prend sa tension et lui fait une piqûre... la conversation se poursuit...)
... Vous savez, j'ai réfléchi à une chose : le socialisme ne résout pas le problème de la mort. De la vieillesse. Du sens métaphysique de la vie. Il n'en tient pas compte. Il n'y a que la religion qui donne des réponses... Ah, si j'avais dit une chose pareille en 1937...! (p.215-216)

il dit plus haut, p.210 : « J'ai d'abord été léniniste, et ensuite stalinien... jusqu'en 1937. Je croyais en tout ce que Staline disait et faisait [...] Et voilà qu'on avait arrêté ma femme, une militante loyale dévouée au Parti. Trois jours plus tard, c'est moi qu'on est venu chercher... »

Je veux mourir communiste. C'est mon dernier souhait.
(p.220)

Après sa mort, on a trouvé un testament dans lequel il léguait son appartement de trois pièces dans le centre-ville non à ses petits-enfants, mais « à mon cher Parti communiste auquel je dois tout ».




Etats-Unis. Mais qui brûle les églises noires ?
Courrier International 2 juillet 2015


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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)   Mer 26 Juil - 10:58


et les religions non chrétiennes ?

Tristan Vacances : - Cher Patlotch, certains points me semblent rester dans l'ombre

Patlotch : - lesquels ? Je n'ai pas prétendu à l'exhaustivité. Notre question était : jusqu'où le communisme peut devenir une religion, le Parti une Église, et ainsi des opiums du prolétariat. La subjectivation révolutionnaire n'est-elle pas pour autant une foi communiste ?

Tristan Vacances : - Un exemple : vous avez montré les liens entre le communisme réel, comme mouvement ouvrier ou comme théories, celui auquel des millions d'individus ont cru, avec les religions chrétiennes et le judaïsme, mais rien dit des rapports du maoïsme avec le bouddhisme, ou de la participation à la lutte de classes de Musulmans n'ayant pas abandonné leur foi. Cela laisse l'impression que le communisme est une conception qui ne doit qu'à l'Occident

vous sembliez d'accord avec mon résumé distinguant :


Tristan Vacances a écrit:
1) une rupture marxienne du communisme contre la religion et la philosophie,
2) une critique marxienne des communismes religieux, utopies socialistes, eschatologies révolutionnaires...
3) une lutte anti-religieuse, de communistes ou d'anarchistes, contre les Églises, les prêtres, les croyants,
4) et malgré tout cela une foi communiste, ou anarchiste, athée ou non [...]

Marx dit-il quelque chose du bouddhisme et de l'Islam ? Les thèses de Mao et le communisme chinois ont-il hérité du bouddhisme ou du taoïsme, le maoïsme indien de l'hindouisme, etc. ? Comment ont-ils vécu ou vivent-ils ensemble ? Existe-t-il dans ces contrées l'équivalent de la théologie de la libération (chrétienne) ?

Patlotch : - ce sont des questions intéressantes, bien qu'en marge du sujet. Nous pouvons les examiner, mais à ce stade, je n'ai pas les connaissances nécessaires. Faites votre travail de documentaliste, et nous verrons



Mao, maoïsme et religions en Chine

théorie et pratiques

Tristan Vacances : - Les thèses de Mao sont en lien critique avec le confucianisme qu'avec le bouddhisme. Or il n'est pas à proprement parler une religion, mais  « une des plus grandes écoles philosophiques, morales, politiques et dans une moindre mesure religieuses de Chine ...  développée pendant plus de deux millénaires à partir de l'œuvre de Kongfuzi, « Maître Kong » (Confucius,551-479 av. J.-C.) » (Wikipédia)

- Maoïsme et confucianisme en Chine contemporaine : une introduction, Laurent Hou, PDF janvier 2013

conclusion
Laurent Hou a écrit:
... le maoïsme et le confucianisme sont sans conteste des idéologies profondément antagonistes ; les quelques oppositions et principes qu’ils semblent partager en surface reposent en effet sur une pensée et des ambitions radicalement différentes. En revanche, les deux idéologies partagent une vocation sociale et politique et des méthodes de propagation communes, ce qui explique la rapidité de la transition du confucianisme au maoïsme, le second ayant emprunté les méthodes du premier pour mieux le détruire.

vu de loin et formellement on le maoïsme serait au confucianisme ce que le marxisme est au christianisme ?

Patlotch : - vous allez vite en besogne, ce papier ne parle pas de Marx ni du marxisme de Mao, notamment du côté de sa théorie des contradictions *. À mon avis c'est là qu'il faut chercher sur le plan théorique, parce que c'est un des apports les plus précieux, ayant influencé jusqu'aux marxistes occidentaux
: Mao Zedong – De la contradiction (1937)

Mao a écrit:
1. Les deux conceptions du monde
2. L'universalité de la contradiction
3. Le caractère spécifique de la contradiction
4. La contradiction principale et l'aspect principal de la contradiction
5. L'identité et la lutte des aspects de la contradiction
6. La place de l'antagonisme dans la contradiction
Conclusion

la dialectique des contradictions de Mao aurait davantage à voir avec la dialectique du yin-yang, portée par le taoïsme plus que par le confucianisme, philosophies qui s'opposent. Or dans le ying yang, on est plus proche d'Héraclite que de Hegel, la contradiction ne se résout jamais, il n'y a pas d'Aufhebung (dépassement, résolution). Mao distingue contradictions et antagonisme comme formes différentes de la lutte des contraires, les premières pouvant devenir antagoniques, et conduire à la révolution

Tristan Vacances : - Bref, fausse route, tout ça nous éloigne de notre sujet, mais La Grande Marche, les communistes chinois y croyaient, non ?

Patlotch : - il est évident que de la Grande Marche à la Révolution Culturelle, la "ferveur" communiste n’était pas exempte de sentiment religieux, mais il y a eu des variations dans les rapports entre le pouvoir maoïste et les religions



lecture par Bernard De Backer, La revue nouvelle,  Numéro 07/8 - Juillet-Août 2013, extraits
Citation :
Les variations de la politique communiste

L’attitude envers les religions du Parti communiste chinois (PCC) — fondé en zone urbaine (Shanghai), mais transformé en mouvement politique et militaire rural sous la houlette de Mao — est guidée par des dogmes idéologiques (prolongeant ceux des nationalistes), mais aussi par son expérience concrète de guérilla, notamment dans les régions périphériques durant la Longue Marche. Si le PCC professe des principes antireligieux dans sa lutte contre la « société féodale », il sait que la religion est un phénomène durable « qui ne peut pas être éradiqué par la force » et doit par ailleurs composer avec les religions des « minorités » et leurs leadeurs, dans sa lutte contre le pouvoir central des nationalistes. Il y a donc une position de principe, fixée dès son origine par les fondateurs à Shanghai — Chen Duxiu, premier secrétaire général, est l’auteur d’un essai intitulé Sur la destruction des idoles —, et des choix stratégiques et tactiques motivés par les alliances avec des autorités religieuses ethniques ou des acteurs de groupes religieux rebelles Han, liés aux classes paysannes.

Une fois arrivé au pouvoir en 1949, le PCC développe une politique (que l’on pourra bientôt qualifier de « maoïste ») qui passera par différentes phases, se modulant selon les soubresauts de la dynamique révolutionnaire, les religions ou groupes concernés, mais aussi des considérations tactiques et géopolitiques. Ainsi, le christianisme, « lié à l’impérialisme », sera plus persécuté que l’islam ou le bouddhisme, qui peuvent être des « ponts diplomatiques » vers d’autres pays du tiers-monde dans le cadre de la lutte anti-impérialiste. L’on fera preuve, dans un premier temps, de plus de souplesse avec les musulmans et les bouddhistes ethniques, cherchant même des alliances avec certains de leurs représentants, tel le dalaï-lama.

En ce qui concerne les Han, une partition sera établie entre les associations officielles des Cinq Enseignements (bouddhis­me, islam, taoïsme, catholicisme et protestantisme — le confucianisme est rejeté), et les « sectes réactionnaires et sociétés secrètes », persécutées. On reconnait là, hors l’attitude à l’égard du confucianisme et des groupes religieux paysans, une certaine continuité avec la politique républicaine. Cette relative modération initiale, à géométrie variable — débouchant parfois sur des politiques totalement opposées à l’encontre de la même religion, selon qu’elle est pratiquée par une « minorité » ou par les Han —, ne doit pas occulter la position de base du PCC, qui va s’affirmer de plus en plus antireligieuse et destructrice, culminant avec la Révolution culturelle et le culte de Mao. Le livre de Goossaert et Palmer suit ces variations à la trace, notamment les campagnes très dures menées contre les « sectes et sociétés secrètes féodales », puis la violence révolutionnaire antireligieuse du Grand Bond en avant et, bien entendu, de la Révolution culturelle. D’une certaine manière, la politique maoïste deviendra d’autant plus violemment antireligieuse qu’elle basculera elle-même dans un messianisme apocalyptique et une « théocratie laïque », selon l’expression de Yang Yisheng.

L’apogée de la religion séculière : le culte de Mao

La qualité de « religion séculière » (Gauchet) du maoïsme va se révéler progressivement et entrer en choc frontal avec les « vraies religions ». Le Grand Bond en avant est à cet égard un point de rupture majeur, coïncidant avec la mise en œuvre d’une collectivisation totale de la société par le biais des communes populaires. Les temples des campagnes sont abandonnés ou profanés, les clergés bouddhiste et taoïste sont purgés, les pasteurs protestants officiellement reconnus envoyés en usine ou dans des camps de travail, les prêtres catholiques obligés de rompre avec Rome, la politique de respect envers les religions des minorités (bouddhisme tibétain et islam) est abandonnée. Les pratiques rituelles islamiques (prières, jeûne, circoncision, mémoire des morts…) sont interdites dans les zones musulmanes, dont le Xinjiang ; les terres, notamment celles des monastères bouddhistes, sont collectivisées dans les provinces de l’Amdo et du Kham intégrées au Sichuan. Les Tibétains se révoltent, le dalaï-lama finit par s’exiler en 1959. Comme l’écrivent sobrement les auteurs : « La période du Grand Bond en avant a ainsi conduit la plupart des activités religieuses à leur fin. »

De l’« autre côté », si l’on peut dire, l’exaltation révolutionnaire grandit au fur et à mesure que les religions disparaissent, comme si, par un jeu de vases communicants, les pulsions sacrées étaient réinvesties dans l’espérance d’une Aube Nouvelle, illuminée par le visage solaire de Mao. Mais le sentiment religieux traditionnel persiste, des prophéties et des rumeurs se répandent ; l’on craint que l’équilibre cosmique ne soit rompu. Même les hiérarques du PCC utilisent les termes de la démonologie en qualifiant les leadeurs spirituels de « démons-bœufs » et d’« esprits-serpents ».

Si le portrait de Mao est disposé en lieu et place des tablettes des ancêtres, on peut continuer à murmurer la généalogie familiale à voix basse. L’une des parties les plus saisissantes du livre est celle consacrée à la phase aigüe et eschatologique du maoïsme, « Civilisation spirituelle et utopisme politique ». Ce chapitre pointe d’entrée de jeu, dans ses phrases initiales, le transfert de la religiosité des divers cultes vers le point focal de l’utopie révolutionnaire, incarnée dans le corps sacralisé du Guide : « Si la Révolution culturelle a provoqué la destruction la plus profonde de toutes formes de vie religieuse de l’histoire chinoise et peut-être humaine, elle est loin d’être un mouvement de sécularisation. Elle a plutôt représenté l’apothéose d’une tendance parallèle de sacralisation politique qui prenait ses racines dans la culture politique et religieuse de la Chine impériale, ainsi que dans les dimensions utopiques et apocalyptiques d’une révolution moderne. »

Les anciens modes de pensée « ont survécu, inconsciemment, sous un nouvel habit », écrivent les auteurs en citant Ci Jiwei et en retraçant la généalogie de l’ascétisme révolutionnaire qui connut son apogée « crypto-religieuse » avec la Révolution culturelle, qui fut aussi le moment de sa dislocation. Cette partie passionnante du livre retrace les profondes transformations de la société chinoise depuis la fin des Qin, en centrant l’analyse sur la déliaison de l’individu des groupes d’appartenance (lignage, village, famille) et les tentatives de transformation de la Chine en « société d’individus », tenus de se mettre au service de la Nation, de se perfectionner et de se sacrifier pour elle dans « une éthique d’altruisme absolu [10] ». À l’ère des masses, il faut une politique de transformation des individus pour les intégrer dans le grand corps national. Cette politique, déjà présente dans le mouvement Vie Nouvelle [11] des nationalistes en 1934, est relancée par le PCC à Yan’an (1936-1948), atteint son point culminant avec la Révolution culturelle. Elle passe notamment par les rituels de conversion de soi (séances d’autocritique, écritures de « biographies », etc.) qui ressemblent à ceux des groupes sectaires, comme l’a théorisé le psychiatre Robert Lifton ayant accueilli des fugitifs à Hong Kong.

Le culte de Mao, celui qui est devenu l’« idole centrale », est décrit en quelques pages. Si sa personne est déifiée et qu’une véritable dévotion lui est rendue (son image remplace la tablette des ancêtres, son visage a pris la place du soleil, le Petit Livre rouge provoque des guérisons miraculeuses, les objets qu’il touche deviennent des reliques, les mariages se font devant son buste, ses œuvres sont diffusées à des milliards d’exemplaires), ses adversaires sont démonisés. Ce sont des « vampires », des « démons-bœufs et esprits-serpents », des « monstres » qui peuvent être repoussés « grâce au miroir révélant les démons » de la pensée Mao Zedong. Cependant, notent les auteurs, les récompenses résultant du culte et de l’ascèse révolutionnaire intramondaine ne sont pas spirituelles, mais « résident dans ce bas monde » : reconnaissance symbolique et éloges du Parti, promotion dans une carrière politique. La corruption généralisée participera à l’implosion du communisme utopique.

Tristan Vacances : - On retrouve effectivement, dans leurs spécificités chinoises, toutes les thématiques abordées dans le sujet pour cerner les rapports entre "foi communiste" et "religions"

Patlotch : si vous le dites, on va pas chinoiser


à lire ou écouter Dieu est-il plus populaire que Mao en Chine ? France Inter 26 juillet 2017, 4'48

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Patlotch



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MessageSujet: Re: COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)   Mer 26 Juil - 13:25


et l'Islam dans tout ça ?

Patlotch : - je reprends la main, parce qu'ici, la pente est savonneuse, et avec Tristan Vacances, on sait pas trop où l'on glisserait...

Tristan Vacances : - Reconnaissez toutefois que le sujet est chaudement actuel, plus qu'avec les Chrétiens. Une question est : y aurait-il avec l'Islam l'équivalent d'une Théologie de la révolution ?

Patlotch : - c'est chaud, effectivement, sur le terrain de l'idéologie française, avec les polémiques sur l'islamophobie qui enflamment l'extrême droite comme l'extrême-gauche, et de la laïcité républicaine à l'ultragauche anarchiste. Je n'y reviens pas ici, voir le sujet ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions

ce qui est visible, en France et au-delà, c'est qu'il y a une attraction qu'on peut qualifier au pied de la lettre d'islamo-gauchiste. Existe-t-il l'équivalent dans les pays à forte population musulmane, je l'ignore

la plupart des approches comparant positivement ou négativement Islam et communisme me semblent a priori des fatras d'inepties, mais sans doute y retrouveraient-on nos thématiques, ni plus ni moins qu'en Occident ou en Chine

on peut lire avec intérêt
Les communistes libanais et Hezbollah, entretien avec Marie Nassif-Debs, militante de la Rencontre nationale pour l’élimination de la discrimination contre les femmes, syndicaliste dans l’enseignement, écrivain et journaliste, est membre du Bureau politique du Parti communiste libanais (PCL), Alternatives internationales, 21 septembre 2006

sur un plan plus théorique, ce qui se rapprocherait d'une Théologie de la révolution à base islamique, L’idée du communisme musulman : à propos de Mirsaid Sultan Galiev (1892-1940), Matthieu Renault, revue Période 25 mars 2014

À travers la figure du bolchévik tatar, Mirsaid Sultan Galiev, Matthieu Renault s’intéresse ici à une expérience peu connue : celle du « communisme national musulman » tel qu’il s’est développé en Russie soviétique, puis en URSS, de 1917 à la fin des années 1920.

j'ignore si une telle théologie révolutionnaire islamique s'est structurée en courant organisé aujourd'hui, mais il est certain que des musulmans vivent ce type de double foi. Exemple dans cette discussion :

Zahra_Warda a écrit:
Il est vrai que le communisme ne légitime pas l'existence de Dieu (sobhanallah). Ce qui est très grave. Je me revendique pas Marxiste pour cette raison.

Mais, lorsque je regarde le reste de l'idéologie communiste "égalité des classes, anticapitalisme....", je ne comprend pas pourquoi un musulman ne pourrait pas partager ces idées...

Lorsque que j'explique aux gens que je partage ces idées, on me dit qu je ne peux pas être musulmane car c'est paradoxal...

Alors, je ne sais pas pourquoi... Peut-être que c'est vrai, mais je n'ai pas suffisamment de connaissances en Islam pour comprendre pourquoi...

Est-ce qu'il y a vraiment un paradoxe en Islam et communisme sur les questions sociales et économiques???

Je répète encore que je suis tout à fait consciente de la théorie de Marx sur l'athéisme... Mais si l'on ne partage pas ce point de vue et que l'on croit vraiment en Allah, est ce que l'on peut partager le reste de l'idéologie communiste????

J'ai des amis dans un parti communiste qui respectent tout à fait mes croyances (même s'ils ne les partagent pas). Et je suis d'accord avec eux sur les questions sociales et économiques...

Quelqu'un peut il me dire s'il est vrai que l'Islam interdit le fait d'avoir des revendications communistes en dehors des questions religieuses????
Et si oui, pourquoi????

Karsi a écrit:
Salam

le communisme c'est un système économique et idéologique qui est soucieux du bien être des individus .

Le communisme rejoint l'islam en terme de justice social et d'émancipation .

Par contre le communisme est contre toute existence divine et dit expliquer le monde et la vie par la science, en cela le communisme ne rejoint pas l'islam .

Malgré cela ,le communisme à beaucoup à nous apprendre aux musulmans et à toutes personnes doué d'intelligence .

Je conseil à tout le monde à s'investir pour comprendre les théories des Marx surtout en cette période

Tristan Vacances : - C'est reparti pour un tour ?

Patlotch : - c'est vous qui avez posé la question du rapport entre le communisme et les autres religions... La structure du rapport, dans ses divers aspects que vous avez résumés, est la même, visiblement. Ce qui change, c'est l'actualité du problème, par le poids de la question de l'Islam aujourd'hui. On ne prend pas les mêmes, mais on recommence...

cela étant, puisque le sujet est comme sorti de lui-même et qu'il est inséparable du rapport entre communisme et religion(s), je le rebaptise, de COMMUNISME, FOI, et RÉVOLUTION,  en COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION

pour le coup j'ajoute la possibilité du singulier ou du pluriel à communisme(s) et religion(s), prenant en compte le fait que selon que l'on en parle en général, d'un point de vue conceptuel, ou selon leurs conceptions ou applications dans la réalité, la question devient plus ou moins abstraite et théorique ou concrète et socio-historique

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Patlotch



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MessageSujet: Re: COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)   Mer 26 Juil - 17:07


"religiosité ouvrière", "religiosité communiste"...

en poursuivant mes recherches, je me suis rendu compte que l'idée de religiosité était plus adaptée que religion dans certains passages de mon développement, notamment dans le commentaire introductif. En effet, religiosité vient s'intercaler entre religion et foi, car n'impliquant pas la foi en un dieu elle recouvre les deux versants de la question. Parler de "religion communiste" est disons plus polémique que théorique

on trouvera des textes intéressants en cherchant à religiosité ouvrière,
religiosité communiste, foi révolutionnaire, etc.

quelques références :


- Anticléricalisme et mouvement ouvrier en France avant 1914. Esquisse d'une problématique par Jean Bruhat 1966, dans Christianisme et mouvement ouvrier larges extraits sur GoogleBook mais pas copiables... Le terme de "religiosité ouvrière" apparaît à la page 82. Bruhat y cite Engels (article du 4 novembre 1843 dans The New moral world and gazette of the Rational Society) :

Engels a écrit:
Il est tout à fait remarquable qu'au moment où les socialistes anglais sont en général opposés au christianisme et sont forcés de supporter tous les préjugés religieux d'un peuple réellement chrétien, les communistes français qui appartiennent à une nation réputée pour son incroyance sont eux-mêmes chrétiens. Une de leurs maximes favorites c'est « Le christianisme, c'est le communisme » et, à l'aide de la Bible, ils s'efforcent de le prouver par ce fait que les premiers chrétiens ont dû vivre dans la communauté des biens

on pense bien sûr à Cabet et son "credo communiste", mais il n'était pas seul...

quant à la "religiosité communiste", on la trouve étudiée dans le film de Patrick Rotman et Patrick Barbéris en 1999,
"La Foi du siècle : L'histoire du communisme"

« Ce qui donne force et chair à la prophétie communiste c'est qu'elle ne se contente pas de promettre pour demain. Contrairement aux religions qui ne promettent le salut que pour plus tard, la religiosité communiste donne à voir. »


il est en accès libre sur Dailymotion. Ne l'ayant pas visionné, je ne peux rien en dire mais le seul titre laisse à penser que le problème n'est pas posé dans des termes permettant d'interroger le rapport communisme et foi comme je l'ai fait ici. D'évidence, ce n'est pas son objet, puisque prétendre faire une "histoire du communisme" laisse entendre qu'elle aurait été achevée dans ses réalisations au siècle dernier, sans parler de la réduire à "la machine totalitaire"...

Edgar Morin et sa "foi communiste religieuse", vidéo INA 1995 : Edgar Morin à propos du communisme

Le sociologue Edgar Morin, déjà rencontré à propos de "pari (pascalien) révolutionnaire", évoque son engagement au Parti Communiste Français de 1941 à 1951. D'après lui, en plus des idées révolutionnaires du communisme, il y avait également une dimension et une foi religieuse. Pour lui, c'était la religion du salut terrestre.


Evil or Very Mad



Dernière édition par Patlotch le Jeu 27 Juil - 13:26, édité 1 fois
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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)   Mer 26 Juil - 20:45


l'ultragauche conseilliste et la religion

Tristan Vacances : - Cher Patlotch, puisque vous avez voulu de fait et par ma très grande faute exhaustiver le sujet, je vois un trou dans votre bordélique exposé, entre le marxisme orthodoxe des Lénine, Trotsky & Cie & scies, et la théorie de la communisation. Je vous suggère de le combler par la lecture d'Anton Pannekoek, Sur la religion, 1947

il y est beaucoup question de matérialisme et d'athéisme, mais aussi de la disparition du besoin de la religion dès lors que s'engage la révolution communiste. Je vous livre la fin, je ne souligne rien en gras, tout est gras

Pannekoek a écrit:
Karl Marx, au cours de ses études historiques, mettaient au point une méthode, le matérialisme historique, qui non seulement mettait au jour la relation de dépendance entre processus historique et développement économique de la société mais encore traçait le chemin qui mène à une conception naturaliste de tous les phénomènes spirituels qui, jusqu´alors, étaient rattachés à des théories religieuses et mystiques.

Grâce à cette méthode, les idées matérialistes des ouvriers social-démocrates pouvaient se développer sans entraves et s'affirmer. Elles s´exprimaient dans toute une littérature. Mais cela ne se fit ni sans lutte ni sans discussion. Car on avait hérité du monde bourgeois des modes de pensée à la fois religieux et athées. Et il arrive souvent que, lorsque la bourgeoisie renonce à ses positions de combat antérieures, celles-ci sont reprises par la petite bourgeoisie et les travailleurs qui ne veulent pas admettre cette « trahison des principes » et qui poursuivent la vieille tradition. Il en est allé ainsi de l´athéisme qu´on en vint à considérer comme un principe fondamental et radical. Mais l´athéisme ne faisait que considérer les formes idéologiques sans s´attacher aux différences fondamentales plus profondes entre révolution bourgeoise et révolution prolétarienne. Il eut peu d´influence sur les conceptions marxistes. Ce fait apparut pratiquement dans le programme du parti social démocrate où on pouvait lire que la religion est une affaire privée. Toutefois, ce point de vue n´eut pas seulement comme résultat de limiter avec juste raison les buts du parti à la transformation économique du mode de production, mais de servir de porte ouverte par laquelle purent s´engouffrer dans la propagande toutes sortes de conceptions opportunistes. Finalement il devint et demeura un sujet d´affrontements dans les discussions politiques au sein du parti.

Plus tard, lorsqu´au XXe siècle le réformisme, lié à la prospérité, en vint à dominer les esprits de manière de plus en plus consciente, les points de vue bourgeois s´emparèrent progressivement de tous les domaines. La bourgeoisie, sa puissance raffermie, contraignit la classe ouvrière à épouser sa cause dans la lutte pour la domination mondiale ; c´est pourquoi la certitude de l´avènement du socialisme s´estompa. Et ce doute nouveau eut pour conséquence une renaissance des sentiments religieux parmi les travailleurs. En Allemagne aussi l´acceptation du leadership de la bourgeoisie eut pour conséquence un recul des conceptions indépendantes et matérialistes. Il en fut de même partout.

Mais dès que la classe ouvrière mènera sa lutte pour le pouvoir, pour la conquête des usines, pour la maîtrise de la production, tout changera. Plus que jamais cette lutte exige une conscience encore plus claire du but économique. Plus que jamais il y faut l´unité d´action. Le personnel doit former des unités cohérentes dans l´action : il est impossible d´y admettre des divergences idéologiques comme dans le mouvement syndical. Le personnel discute de son action en tant qu´unité effectuant le travail ; et, si on devait admettre les divergences religieuses, l´unité de cet ensemble serait menacée et toute action pratique deviendrait impossible. C´est pourquoi elles doivent rester entièrement en dehors de ces discussions entre membres d´une usine. Car ici se développe la lutte sociale la plus ardente et la plus profonde, la plus consciente d´elle-même, celle qui ne se déguise plus sous des oripeaux idéologiques. Une conscience claire de la réalité s´empare des combattants. Sans cesse tout écart hors de la direction qui mène au but doit être corrigé, car il entraîne affaiblissement et défaite.

Il est cependant probable que, même au cours d´une telle lutte, la religion jouera un rôle car elle domine encore la pensée de la petite bourgeoisie et des paysans. La bourgeoisie tentera d´organiser ces classes et de les dresser contre les ouvriers. Elle fera tout d´abord appel à l´instinct de propriété, masquant ainsi ses intérêts d´exploitrice. Mais elle essaiera aussi de donner une forme idéologique à ce combat et le présentera comme un affrontement entre croyance et incroyance. Et ceci durcira encore la lutte de classe qui en deviendra plus cruelle, car un fanatisme aveugle dominera et remplacera toute discussion au sujet des intérêts de ces classes. Mais, là encore, la force de la classe ouvrière réside en ce qu´elle met au premier plan le but économique : l´organisation du travail par les classes travailleuses et productrices elles-mêmes, qui exclut toute domination par les intérêts des exploiteurs. C´est ainsi que toute trace de l´oppresssion des anciens modes de pensée disparaîtra car, avec la gestion collective de la production, apparaissent le fondement et la condition d´une véritable expansion de la pensée et de la vie culturelle de tous. Enfin, si les nécessités économiques forcent ces classes à collaborer avec la classe ouvrière, si leur participation au travail de la grande unification leur promet l´affranchissement de toute exploitation capitaliste, si les vieilles relations de classes disparaissent ainsi, il faut s´attendre à ce que pour elles aussi, fleurisse une nouvelle vie culturelle qui prendra la place des anciennes convictions religieuses.

Ainsi, selon toute vraisemblance, se tariront les sources qui, dans l´histoire de l´humanité jusqu´aujourd´hui, ont alimenté les forces de la religion. Aucune puissance naturelle ne peut plus effrayer l´homme ; aucune catastrophe naturelle, aucune tempête, aucune inondation, aucun tremblement de terre ou épidémie ne peuvent mettre en danger son existence. Par des prédictions toujours plus exactes, par un développement toujours plus poussé des sciences et d´une technique toujours admirable, les dangers seront limités au maximum : aucune vie humaine ne sera gaspillée. La science et ses applications feront de l´humanité la maîtresse des forces naturelles qu´elle utilisera pour ses besoins propres Aucune force sociale toute-puissante et incomprise ne pourra attaquer ou effrayer l´humanité : celle-ci maîtrise son sort par l´organisation de son travail, et elle maîtrise du même coup toutes les forces spirituelles de la volonté et de la passion. L´angoisse d´avoir à se présenter devant un juge suprême qui détermine le sort de chaque homme pour l´éternité - angoisse qui était responsaPatlotch : ble au cours des siècles de tant de frayeurs pour une humanité sans défense - disparaîtra dès que la collaboration entre hommes et le sacrifice pour la communauté ne seront plus entravés par des lois morales. Ainsi toutes les fonctions que remplissait la religion dans la pensée et les sentiments des hommes seront remplies par d´autres manières de penser et de sentir.

Mais ne reste-t-il pas cette fonction de toujours de la religion : donner consolation et certitude dans ces pénibles moments de l´agonie et de la mort ? La certitude de pouvoir assurer sa vie par son travail, la disparition de beaucoup de causes de mort prématurée, de misère, de maladie, d´accident sont sans influence sur cet impératif biologique : tout être vivant a une existence temporaire. Mais la signification de ce fait, son influence sur les conceptions de l´humanité dépendent fortement des relations sociales. La croyance en une survie de l´esprit, de l´âme, base psychologique de toute religion et que l´on voit déjà se former chez les peuples primitifs à partir du rêve, est, dans le développement que l´on en connaît actuellement, un résultat du mode de production bourgeois.

Le très fort sentiment de la personnalité individuelle, qui prend racine dans le travail individuel effectué sous sa responsabilité propre, dans la séparation d´avec l´activité d´autrui, ramenait cette croyance au besoin de croire, d´être convaincu que la personne, dans son essence véritable, c´est-à-dire spirituelle, est éternelle. Chaque individu était isolé - ou simplement tenu par les liens très lâches qui unissaient les membres d´un même groupe - dans sa lutte pour la vie. Pourtant, autour de chaque individu existait un petit groupe, la famille par exemple, une sorte de petite ville fortifiée isolée et indépendante en guerre avec d´autres villes. C´est ainsi que les liens biologiques entre couples, parents et enfants devinrent les seuls liens solides entre hommes, tant au niveau économique et matériel que spirituel. La rupture de ces liens, que ce soit de manière attendue ou inattendue, était aux yeux de tous la plus grande des catastrophes possibles : les soucis que se faisaient les mourants pour ceux qu´ils laissaient derrière eux, la solitude de ces derniers, souvent aggravée par la ruine économique, n´étaient que faiblement compensés par la présence des parents et des amis, eux-mêmes surtout préoccupés par leur propre lutte pour la vie. C´est pourquoi, au cours des siècles, la religion servait de consolatrice, grâce à la croyance en une nouvelle rencontre dans l´éternité de ceux qui se séparent, à la foi en une providence à laquelle les hommes devaient se soumettre pour pouvoir supporter les caprices du destin.

Avec la mise en place du nouveau mode de production beaucoup de raisons de croire disparaîtront, et en particulier celles que nous venons d´examiner. Le sentiment de la personnalité sera profondément transformé par le sentiment de solidarité qui se développera, solidarité à laquelle on se consacrera et dont on tirera ses meilleures forces. Alors plus n´est besoin de cette illusion, de cette croyance en la vie éternelle de la personne ou de l´âme : c´est la communauté à laquelle on appartient qui, en réalité est éternelle. Tout ce qui a été produit par l´homme, tout ce à quoi il a consacré le meilleur de ses forces, reste au sein de cette communauté. Son être spirituel est éternel en ce qu´il fait partie de la spiritualité de toute l´humanité et n´a pas besoin de se survivre dans quelque spectre séparé d´elle. Un lien solide, bien plus puissant que celui qui unissait hier les membres d´une même famille, unit tous les hommes. On n´a plus à se soucier des conséquences économiques de la mort, ni à se préoccuper pour les survivants - soucis qui, autrefois, rendaient souvent l´agonie plus pénible. Et s´affaiblit aussi la peine de se quitter pour toujours car les liens renforcés de la fraternité humaine ne cèdent plus la place à des sentiments d´isolement et de solitude. La mort a perdu de ses caractères effrayants pour une génération qui a appris au cours d´une lutte acharnée pour sa libération à sacrifier sa propre vie. Et le sentiment d´amour pour la communauté qui dominera ensuite se renforcera dans cette communauté de travail qui regroupera les producteurs libres. Dans la précieuse génération où naîtra la nouvelle humanité, chaque vie individuelle ne sera que l´apparence temporaire que prendra une vie sociale qui se développe de plus en plus.

- C'est t-il pas beau ? Qu'en pensez-vous, cher Patlotch ?

Patlotch : - les conseillistes d'hier ne sont pas les payeurs d'aujourd'hui encore moins de demain. Leur paradis terrestre est somme toute plus près des promesses staliniennes que de ma façon de voir les choses. C'est au fond, vu la perspective et rétrospectivement, plus amusant qu'effrayant, quand on sait que Pannekoek était par ailleurs astronome et astrophysicien. C'est pas moins pris de religiosité que tant de scientifiques compagnons de route du stalinisme... Les scientifiques ont souvent comme besoin d'ajouter une mystique, un supplément d'âme à leur science. Il me rappelle le très catholique Louis Leprince Ringuet, ou d'autres plus récents adeptes du bouddhisme, comme l'astrophysicien Trinh Xuan Thuan. Avec le recul, l'anarchisme du géographe Élysée Reclus me semble plus sérieux...

Tristan Vacances : - Pannekoek reste une grande inspiration des communisateurs...

Patlotch : - oui, bon, à ce niveau de résultats prétendus scientifiques de "la méthode, le matérialisme historique" en version  Pannekoek, les récits futuristes d'Astarian (Hic Salta) et Bernard Lyon (Théorie Communiste) sont comparables de naïveté. Qu'ils puissent servir de base théorique à la maladie sénilo-infantile qui "annonce" la communisation est pour moi de la même eau eschatologique



Fra Angelico, L'annonce à Marie, 1434
Marie est grosse, d'une révolution du genre sans pénétration ?


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MessageSujet: Re: COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)   Jeu 27 Juil - 10:19


le capital qu'on vit et Le Capital qu'on lit

l'enfer et la Bible ?

à partir de Louis Althusser

évoquée plus haut, cette remarque d'Althusser me paraît tracer une ligne entre qui comprend le capital - le livre ou le capitalisme - en partant de sa situation concrète ou en intellectuel. On l'a vu (25 juillet p.1)  dans les témoignages selon que les communistes savent ou non ce qu'est le communisme, sa théorie. L, ouvrier : « Moi, j'ai toujours été communiste. Et pourtant, je suis pas communiste. Je suis pas communiste parce que je sais pas ce que c'est que le communisme ! »

Avertissement aux lecteurs du Livre I du Capital Louis Althusser 1867, extrait
Louis Althusser a écrit:
C'est un paradoxe que des spécialistes intellectuels hautement « cultivés » n'aient pas compris un livre, qui contient la Théorie dont ils ont besoin dans leurs « disciplines », et qu'en revanche les militants du Mouvement Ouvrier aient compris ce même livre, malgré ses très grandes difficultés. L'explication de ce paradoxe est simple, et elle est donnée en toutes lettres par Marx dans Le Capital, et par Lénine dans ses œuvres.

Si les ouvriers ont si aisément « compris » Le Capital, c'est qu'il parle, en termes scientifiques, de la réalité quotidienne à laquelle ils ont affaire : l'exploitation dont ils sont l'objet du fait du système capitaliste. C'est pourquoi Le Capital est aussi rapidement devenu, comme le disait Engels en 1886, « la Bible » du Mouvement ouvrier international. En revanche, si les spécialistes d'histoire, d'économie politique, de sociologie, psychologie, etc. ont eu et ont encore tant de mal à « comprendre » Le Capital, c'est parce qu'ils sont soumis à l'idéologie dominante (celle de la classe dominante), qui intervient directement dans leur pratique « scientifique », pour en fausser et l'objet, et la théorie, et les méthodes. Sauf quelques exceptions, ils ne se doutent pas, ils ne peuvent pas se douter de l'extraordinaire puissance et variété de l'emprise idéologique à laquelle ils sont soumis dans leur « pratique » même. Sauf quelques exceptions, ils ne sont pas en état de critiquer eux-mêmes les illusions dans lesquelles ils vivent, et qu'ils contribuent à entretenir, parce qu'ils sont littéralement aveuglés par elles. Sauf quelques exceptions, ils ne sont pas en état de réaliser la révolution idéologique et théorique indispensable pour reconnaître dans la théorie de Marx la théorie même dont leur pratique a besoin pour devenir enfin scientifique.

Lorsqu'on parle de la difficulté du Capital, il faut donc opérer une distinction de la plus haute importance. La lecture du Capital présente en effet deux types de difficultés qui n'ont absolument rien à voir l'une avec l'autre.

La difficulté n°1, absolument et massivement déterminante, est une difficulté idéologique, donc, en dernier ressort, politique.

Devant Le Capital, il y a deux sortes de lecteurs : ceux qui ont l'expérience directe de l'exploitation capitaliste (avant tout les prolétaires ou ouvriers salariés de la production directe, et aussi, avec des nuances selon leur place dans le système de production, les travailleurs salariés non-prolétaires); et ceux qui n'ont pas l'expérience directe de l'exploitation capitaliste, mais qui, en revanche, sont dominés, dans leurs pratiques et leur conscience, par l'idéologie de la classe dominante, l'idéologie bourgeoise. Les premiers n'éprouvent pas de difficulté idéologico-politique à comprendre Le Capital, puisqu'il parle tout bonnement de leur vie concrète. Les seconds éprouvent une extrême difficulté à comprendre Le Capital (même s'ils sont très « savants », je dirais : surtout s'ils sont très « savants »), parce qu'il y a une incompatibilité politique entre le contenu théorique du Capital et les idées qu'ils ont dans la tête, idées qu'ils « retrouvent » (puisqu'ils les y mettent) dans leurs pratiques. C'est pourquoi la difficulté n°1 du Capital est une difficulté en dernière instance politique.

il en ressort que l'on peut distinguer une "foi communiste" comme idée ou comme vécu. Cela étant, ce texte est frappé d'ouvriérisme, puisque même un travailleur intellectuel, un cadre au chômage, voire un patron capitaliste peuvent fort bien comprendre de par leur situation ce qu'est le capital. Engels en est un exemple, qu'évoque Althusser de façon significative : « Le Capital est aussi rapidement devenu, comme le disait Engels en 1886, « la Bible » du Mouvement ouvrier international » (je n'ai pas retrouvé la source). Contrairement à sa charge de 1843 contre les communistes français évoquant la Bible et pour qui « Le christianisme c'est le communisme », Engels utilise ici positivement la métaphore : si Le Capital est devenu la Bible du mouvement ouvrier international, c'est bien qu'il y voit là un rapport de religiosité...

notons encore que dans ce texte, Althusser distingue « l'idéologie dominante, l'emprise idéologique, l'idéologie bourgeoise », de la compréhension idéologique : « réaliser la révolution idéologique et théorique indispensable... difficulté idéologique, difficulté idéologico-politique à comprendre ». C'est dire qu'il n'a pas de l'idéologie une définition la réduisant à l'idéologie dominante ou aux illusions, contrairement à Denis Collin reprochant à Badiou d'« assumer positivement "l’idéologie" ». C'est le sens que l'on donnait à "lutte idéologique", c'est-à-dire, certes, sur le terrain des idées. Pour Althusser, au demeurant, « la philosophie est lutte de classe dans la théorie », ce qui est très discutable d'un point de vue marxien (ad Feuerbach)

en résumé, on pourrait dire qu'il y a deux grandes façons de devenir communiste, à partir de soi, de sa situation d'exploité pour le prolétariat ou la classe ouvrière, ou à partir des autres par "solidarité", et cette approche porte à considérer le communisme comme idée. Naturellement, les deux peuvent se recouper, particulièrement dans les couches moyennes non intellectuelles. Je dirais que ce fut mon cas

toujours est-il qu'avec cette distinction, on saisit que le communisme n'est pas d'abord une idée, mais un combat pour changer sa situation, que l'on ne mène évidemment pas sans y croire

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MessageSujet: Re: COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)   Jeu 27 Juil - 12:56


conversation

à un ami
Patlotch a écrit:
je ne suis pas sorti du sujet... D'un côté il y a (aurait) toujours des choses à rajouter et d'un autre, je voudrais lui donner une forme, pour une fois, un peu aboutie, d'où les sommaire, glossaire, index, et la présentation au début

Il me semble que je tiens là quelque chose d'utile à d'autres, plus que souvent. Evidemment, comme disait mon père "je commence tout je finis rien". Si je devais maintenant l'écrire comme une étude (genre à publier), il me faudrait revoir l'exposition, le plan... Mais je ne suis pas sûr qu'on y gagnerait. Je le trouve assez vivant comme ça, pas trop prise de tête bien qu'en vérité, je pense avoir fait le tour de la question

si t'en penses quelque chose, tu me diras

cet ami a écrit:
C'est en effet une étude très utile et que probablement peu (voire pas) de gens ont entrepris. Sur le plan de la forme, je ne toucherais pas trop à grand-chose. Simplement peut-être faudrait-il une synthèse, et mettre en valeur le concept de "religiosité" plus que celui de "religion" tel que tu l'as mentionné toi-même dans le cours du sujet.

cet ami me suggère au téléphone de faire des envois plus longs...

Patlotch : - sans reprendre le plan pour une nouvelle rédaction, je vais regrouper certains commentaires pour tenir le tout sur une page. Je ferai quelques ajouts en fonction de mes trouvailles. Exemples la citation de Zizek : « Je suis pour une religion sans dieu et un communisme sans maître » (sic, venant de lui), ou cette perle, qui vaut bien Brigitte Fontaine :



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MessageSujet: Re: COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)   Jeu 27 Juil - 14:55


synthèse sainte thèse ?

25 juillet

Tristan Vacances : - si je comprends bien, on peut discerner et distinguer :

1) une rupture marxienne du communisme contre la religion et la philosophie,

2) une critique marxienne des communismes religieux, utopies socialistes, eschatologies révolutionnaires...

3) une lutte anti-religieuse, de communistes ou d'anarchistes, contre les Églises, les prêtres, les croyants,

4) et malgré tout cela une foi communiste, ou anarchiste, athée ou non, dont finalement Marx ne parle pas, et qu'il ne condamne pas au niveau politique, ce qui laisse pour lui la possibilité à des prolétaires croyants d'être communistes, d'avoir la double foi

c'est bien cela, cher Patlotch ?


Patlotch : - ma foi, si vous le dites... Mais est-il si aisé de les séparer ? Il faudrait surtout y ajouter une critique marxienne de la religion du capital, de l'argent et de la marchandise, de la religion de l'État, bref, de ces fétichismes d'aliénation, critique théorique accompagnant tout combat communiste-anarchiste digne de ce nom contre l'exploitation et les dominations

notre sujet 25 juillet

jusqu'où le communisme peut-il devenir une religion, le Parti une Église, la théorie un dogme, et les trois des opiums du prolétariat ou des militants ? La subjectivation révolutionnaire de classe, massive, n'est-elle pas pour autant une foi communiste ? Chemin faisant, on balaye, du point de vue théorique comme dans l'histoire et le vécu des individus, tout le spectre des rapports entre communisme et subjectivité, dans leurs relations conceptuelles ou historiques à la foi, à la religiosité, aux religions, à l'idéologie.... Ce travail, qui est aussi un travail sur soi auto-analytique, est un miroir tendu à qui est confronté à ces questions, d'un côté, de l'autre, ou des deux, avec ou sans dieu. Gage qu'après lecture, quelle que soit sa position sur ces questions, on ne les verra plus du même œil


quelques remarques

morale, éthique...

c'est sans doute un défaut de n'avoir pas souligné ce qui, dans le passage des religions aux communismes religieux puis au communisme matérialiste, tient à la morale ou à l'éthique des religions. Les témoignages montrent que la foi communiste retient souvent cette dimension morale, éthique, ce qui est proprement humain et n'a rien pour nous étonner : « C'est l'homme qui fait la religion et non la religion qui fait l'homme » (Marx contre Hegel, 1844). J'avais consacré en 2016 un petit texte à cette vaste question IX.5. l'éthique communiste : et la morale ? Contre le moralisme, l'immoralisme, et l'amoralisme

on peut donc parler d'une morale ou d'une éthique communiste, qui caractérise la foi communiste, sans que le combat communiste soit essentiellement moral, c'est-à-dire un combat d'idées

discerner l'anticommunisme

on l'aura remarqué, une ligne sépare ceux qui voient dans le communisme une religion d'un point de vue anticommuniste, pour faire court, et ceux qui ont un rapport de religiosité à leurs convictions communistes, une foi communiste qui n'est pas critiquable en tant que telle (Marx ne l'a pas fait) mais équivalente à une (auto)subjectivation révolutionnaire. Le problème est que la plupart du temps, les militants n'interrogent pas ce rapport, voire le refoulent en croyant dur comme fer que cela est sans conséquences dans leur perception de la lutte de classes et leur façon d'y participer par la lutte théorico-idéologique, leur pratique théorique, ou leurs activités dans les luttes. C'est aussi cet objectivisme et ce subjectivisme que j'ai voulu cerner dans ce sujet

il me fallait documenter tout l'éventail des positions relativement à ces rapports complexes, tant il est clair qu'on apprend autant et parfois plus en écoutant ses adversaires que ses amis. Au long de mon parcours communiste, avec ses virages, c'est quand j'ai commencé à le faire que je suis devenu plus lucide, et plus incisif dans ma critique aussi bien du capitalisme que du communisme des autres, si j'ose dire. Cela n'a jamais fait de moi un anticommuniste

à propos de communisme réel

communisme réel peut s'entendre de plusieurs façons : 1) considérer que les pays du socialisme réel, l'URSS... ont réalisé le communisme, ce qu'aucun communiste théoricien ou militant ne pense plus, mais qui est la base d'une majorité de critiques anticommunistes du concept même de communisme 2) considérer comme réel le communisme comme lutte de classe révolutionnaire historisée, donc rapportée à ses contenus, théories et combats, notamment le programmatisme ayant pour objectif le pouvoir du prolétariat, État ou autogestion, et non son auto-négation dans celle des classes 3) il y a la définition de Marx et Engels dans L'Idéologie allemande en 1845 : « Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l'état actuel des choses. Les conditions de ce mouvement résultent des données préalables telles qu’elles existent actuellement. »

la lutte de classe révolutionnaire a bel et bien été un communisme réel au sens d'un mouvement réel bouleversant l'état des choses, le cours de l'histoire, mais pas au point d'abolir le capitalisme

quand Zinoviev parle de "communisme réel", par exemple dans Le Communisme comme réalité en 1980, sa critique est antistalinienne, antibrejnevienne, et plus tard antigorbatchevienne, mais pas anticommuniste. Elle mêle celle de la réalité sociale soviétique, du "socialisme réel", et les débats sur le marxisme, l'idéologie et la science, la politique, la culture, etc.

communisme de situation, communisme par solidarité

en résumé, on pourrait amender et élargir la distinction d'Althusser, entre intellectuels et ouvriers quant à leurs lectures du Capital et dire qu'il y a deux grandes façons de devenir communiste, à partir de soi, de sa situation d'exploité pour le prolétariat ou la classe ouvrière, ou à partir des autres par "solidarité", et cette approche porte à considérer le communisme comme idée. Naturellement, les deux peuvent se recouper, particulièrement dans les couches moyennes non intellectuelles. Je dirais que ce fut mon cas

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MessageSujet: Re: COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)   Sam 29 Juil - 17:48


les commentaires faisant l'objet de modifications ou de compléments, le sommaire est mis à jour en conséquence


glossaire, index, sommaire

glossaire

j'y serre mes gloses
Michel Leiris

petit lexique des termes spécifiques au sujet, à retrouver dans leurs contextes...

abstrait, activité(s), aliénation, annonce, anticipation, athéisme, besoin(s), catéchisme, certitude, communauté, concept, conception, concret, conscience, conversion, conviction, credo, critique, croisade, croyance(s), désir(s), déterminisme, dieu(x), divin, doctrine, dogme, doute, Église, endoctrinement, engagement, eschatologie, espérance, espoir, essence, éthique, événement, expérience, fanatisme, fantasme, fatalité, faux, fétichisme, fin, finalité, foi, folie, histoire/historiser/historicisme, humain, humanisme théorique, antihumanisme, idéal, idéalisme, idée, idéel, identité, idéologie, idole, ignorance, illusion(s), imaginaire, inconscient, interprétation, laïc/laïcité/laïque, marxisme, matériel/matérialisme, mensonge, militantisme, mirage, morale, mythe, naïveté, névrose, nihilisme, norme, objectivité, objectivisme, opinion, paradis, pari, pensée, persuasion, philosophie, possible, potentialité, pratique, préfiguration, prévision, projection, promesse, propagande, prophétie, prophétisme, raison/rationalisme, réalisation, réalité(s), réel, réification, religion, religiosité, représentation, récit, révélation, rêve, sacré, salut, savoir, science, séculier, séculariser, sens, scepticisme, spéculation, spiritualité, structure, structuralisme, subjectivité, subjectivation, sujet, superstition, symbolique, syncrétisme, téléologie, théologie, théorie, transcendance, validité, vérité, virtuel, volonté, vrai, utopie

on aura donc, selon les auteurs, des assemblages plus ou moins conceptuels, certains semblant paradoxaux voire oxymoriques, tels que :

activité révolutionnaire (Marx Th/F), activité pratique-critique (Marx, id), aliénation pratique/théorique (Glosier), besoin d'illusions (Marx), conscience abstraite/conscience théorique (Astarian), désir de révolution, foi communiste (Koestler, Löwy...), foi marxiste (Goldmann), foi matérialiste, imaginaire collectif, paradis terrestre, pari communautaire / pari dialectique (Goldmann), pratique révolutionnaire (Marx), pratique symbolique (Godelier), principe espérance (Bloch), réalités idéelles (Godelier), religion sans dieu, religion séculière (Aron, Gaucher...), spiritualité profane (Rosier), subjectivation révolutionnaire, superstructure idéologique (Marx IE), volonté subjective (Dauvé/Nesic), utopie concrète (Dinerstein)...

liste non exhaustive mais subjectivante, bref, de quoi faire travailler l'imagination...



index des noms cités

Svetlana Alexievitch, Althusser, Hannah Arendt, Raymond Aron, Bruno Astarian, Alain Badiou, Bakounine, Balzac, Daniel Bensaïd, Auguste Blanqui, Ernst Bloch, Étienne Cabet, Denis Collin, Confucius, Gilles Dauvé, Jean-Toussaint Desanti, Ana C. Dinerstein, Enrique Dussel, Buenaventura Durruti, Engels, Ludwig Feuerbach, Mirsaid Sultan Galiev, Marcel Gauchet, Maurice Godelier, Lucien Goldmann, Che Guevara, Hegel, Michel Houellebecq, Arthur Koestler, Arlette Laguillier, Pierre Legendre, Lénine, Michael Löwy, Bernard Lubat, Rosa Luxembourg, Mao Zedong, Marx, Louise Michel, Edgar Morin, Karl Nesic, Serge Netchaïev, Anton Pannekoek, Blaise Pascal, Picasso, Wilhelm Reich, Jean-Maurice Rosier, Roland Simon, Trotsky, Jacques Wajnsztejn, Alexandre Zinoviev, Slavoj Zizek

et quelques illustres camarades et compagnons anonymes



sommaire

- 30 juin au 16 juillet, suite aux lectures de Maurice Godelier (IDÉOLOGIES et CROYANCES : RÉEL, IDÉEL, IMAGINAIRE, SYMBOLIQUE...)
. une dimension politico-religieuse inhérente au communisme ? / de la religion au communisme
. Michel Houellebecq : "Je ne suis plus athée"

- 17 juillet
. sur la croyance avec Jean-Toussaint Dessanti / foi ou croyance ?

- 18 juillet
. Lucien Goldmann, marxiste pascalien (Michael Löwy) / Le pari mélancolique de Daniel Bensaïd, Edgar Morin...

- 19 juillet
. où va Patlotch ? / un "nous" communiste, kesako ? l'esprit de parti au-delà du parti
. activité humaine pratique... quand on ne transforme rien, on ne comprend rien, on croit (ad Feuerbach)
. Marx : « La religion est l'opium du peuple », Balzac : « La loterie est l'opium de la misère »

- 20 juillet
. la 'foi communiste', c'est la subjectivité révolutionnaire de classe
. la communisation comme eschatologie (Bruno Astarian / Théorie Communiste))
. subjectivation révolutionnaire : "volonté subjective" (troploin) ? imaginaire et révolution / désir ?
. et l'aliénation, dans tout ça ?

- 21 juillet
. vous avez dit athée ? L'athéisme de Marx, vidéo avec Jean-Maurice Rosier
. Marx, la religion, et l'athéisme avec Enrique Dussel

- 22 juillet
. où en est Patlotch ? Résumé d'étape
. conversations divagations / destruction créatrice du communisme

- 23 juillet
. une religion de la destruction destructrice : 'Le catéchisme du révolutionnaire' de Netchaïev, 1868

- 24 juillet
. communisme, idéologie et religion, science... la double foi. Avec Denis Collin contre Badiou, Alexandre Zinoviev, Étienne Cabet et les socialisme religieux & utopiques pré-marxistes,... et Arlette Laguillier

- 25 juillet
. pourquoi êtes-vous communiste / anarchiste ? Enquête : « Je suis communiste, parce que...»
. conversation avec un ami
. "La fin de l'homme rouge" Où il est question d'une autre bible et d'autres croyants, témoignage d'un vieux bolchévique


- 26 juillet
. et les religions non chrétiennes ?
. Mao, maoïsme et religions en Chine théorie et pratiques
. et l'Islam dans tout ça ? Islam et communisme
. "religiosité ouvrière", "religiosité communiste", "foi révolutionnaire"...
. l'ultragauche conseilliste et la religion : Anton Pannekoek
. annexe 1 : le capital qu'on vit et Le Capital qu'on lit, avec Althusser

- 27 juillet
. conversation avec un ami
. synthèse sainte thèse ?, présentation de l'étude
et remarques : éthique communiste, anticommunisme / "communisme réel" avec Zinoviev  et retour à Godelier, Idéel et matériel / communisme de situation, communisme par solidarité à partir d'Althusser (29 juillet) /

. Glossaire du sujet
. Index des noms cités
. sommaire

merci à Tristan Vacances pour la mise en scène, à mon ami Stanislas Brown pour sa relecture, son soutien et ses questions avisées, ainsi qu'à ma lectorate pour sa fidélité sans faille

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COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)
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