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 MACRONISME, ÉTAT (français) et RESTRUCTURATION (mondiale) du CAPITALISME

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Patlotch



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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT (français) et RESTRUCTURATION (mondiale) du CAPITALISME   Mer 7 Juin - 7:05


25 mai


le populisme entrepreneur

ils n'en vivraient pas tous, mais tous étaient appelés


la sociologie d'En marche ! et de sa représentation politique nous dit autre chose, le populisme entrepreneur

j'écrivais le 27 mars


Patlotch a écrit:
à propos de "populisme", Hollande se donne pour dernière mission d'éviter la victoire du populisme : « éviter que le populisme, le nationalisme, l'extrémisme ne puissent l'emporter ». Suivez son regard, Le Pen, Mélenchon... mais pas Macron. Or celui-ci ne peut exister que sur le fond de la vague populiste

si l'on se réfère au texte de TC/RS M. LE PEN ET LA DISPARITION DE L’IDENTITÉ OUVRIÈRE, 2002, un long passage est consacré au populisme dans lequel on peut lire :


Citation :
Le petit patronat représente idéalement cette réconciliation du travail respectable et du capital mérité, s’épanouissant dans le cadre de la nation, sociale et familiale. Malheureusement, si c’est un idéal c’est que c’est aussi une réalité.
[...]
Le petit patron est tout à fait moderne...

on pourrait dire qu'aujourd'hui, l'électeur idéal de Macron, économiquement, socialement et idéologiquement, c'est (l'auto)entrepreneur plutôt que le petit patron. On a un peu le même rapport au travail, mais pas du tout avec les mêmes couches sociales. Le populisme de Macron ne s'adresse pas au prolétariat, mais aux couches moyennes et supérieures

l'idéologie dominante se donne(ra) à lire, du point de vue culturel et sociétal, comme structure of feeling (Raymond Williams), sous le mot d'ordre : « Devenir entrepreneur de sa vie »


recherche Google "entrepreneur de sa vie"

c'est pourquoi mon invitation plus haut à lire "Révolution", le best-seller de Macron, est tout sauf une boutade, c'est la nouvelle bible idéologique. S'il y a une petite révolution, c'est l'alliance (objective...) entre cette nouvelle petite bourgeoisie et la grande




la classe de l'encadrement en marche

on a vu (plus haut 10:23) qu'ils étaient bien représentés par les candidats macronistes aux législatives. Là, il s'agit du moral des troupeaux de cadres de la société civile. « Le cadre, écrit Debord en 1972, arrive en retard, et en masse, à tout, voulant être unique et le premier. Bref, selon la révélatrice acception nouvelle d’un vieux mot argotique, le cadre est en même temps le plouc »


En mai, la confiance des cadres a bondi, selon le dernier baromètre Viavoice. Un niveau jamais atteint depuis l'élection de Nicolas Sarkozy. L'arrivée de la crise financière avait rapidement stoppé cette embellie...


Crédit photo © Reuters

Citation :
Depuis l'élection présidentielle, la confiance des cadres est revenue à un niveau qu'elle n'avait plus connu depuis l'avant-crise ! Une progression qui s'explique par plusieurs facteurs d'après Viavoice, qui a publié son baromètre économique mensuel...

L'indice de confiance des cadres bondit

Arrivé à -9, l'indice a bondi de 12 points en ce mois de mai... Un niveau atteint pour la dernière fois juste après l'élection de Nicolas Sarkozy en 2007. Cette confiance est largement imputable au "profil du nouveau Président de la République, Emmanuel Macron, qui séduit les cadres, convaincus que son élection créera un cercle vertueux de confiance et d'investissements dans les mois à venir".

"L'amélioration de l'activité économique dans les entreprises, perceptible depuis plusieurs mois et amenée à se concrétiser au cours de l'année", est également mise en avant par Viavoice. L'institut souligne, malgré tout, comme principale raison, "la levée d'une incertitude majeure, après la lourde défaite de Marine Le Pen". Une élection qui aurait, selon eux, porté atteinte aux entreprises françaises et aux investisseurs étrangers...

L'élection d'Emmanuel Macron comme catalyseur

Dans le détail, les Français sont "57 % à penser que l'élection d'Emmanuel Macron peut créer un "choc de confiance" encourageant les investissements, l'emploi ou la consommation". Ainsi, 37% des personnes interrogées pensent que le niveau de vie va s'améliorer en France en un an, soit quasiment le double du mois d'avril.

Il n'est pas rare que la confiance des cadres soit positive au lendemain d'une élection présidentielle comme ce fut le cas après Nicolas Sarkozy et François Hollande.

Néanmoins, la tendance reste à confirmer. Viavoice est optimiste sur ce sujet pour deux raisons : les indicateurs économiques, qui sont repartis dans le vert d'une part, et les réformes économiques majeures, qui ont déjà été réalisées (les retraites, la Sécurité sociale, la baisse des dépenses publiques...), d'autre part...

mais vous avez bien lu, après la confiance en Sarkozy, « L'arrivée de la crise financière avait rapidement stoppé cette embellie... »

Baro-Eco a écrit:
Emmanuel Macron, un Président « pro-business » ?

Les cadres sont ainsi 57 % à penser que l’élection d’Emmanuel Macron peut créer un « choc de confiance » encourageant les investissements, l’emploi ou la consommation. Ils sont également 61 % à penser que le profil du nouveau Président est « un atout pour l’activité économique et l’attractivité de la France », à travers trois qualités perçues :

- Son expérience économique, soulignée comme un atout par 67 % des cadres. Une qualité liée à son passage au Ministère de l’Economie et dans la haute fonction publique, mais surtout à son expérience dans le secteur privé (pour 66 % des cadres).

- Sa capacité à renouveler la vie politique, que ce soit à travers son âge (un atout pour 64 % des cadres), le fait qu’il soit nouveau dans le paysage politique (64 %) ou encore qu’il n’appartienne pas aux partis ayant gouverné ces dernières années (57 %).

- Enfin, Emmanuel Macron est perçu comme un excellent « VRP » pouvant faire profiter l’économie française de son réseau ou de son image au sein des milieux dirigeants : ainsi sont salués sa proximité avec des chefs d’Etat et de gouvernement (56 %) comme avec des dirigeants de grands groupes (56 %).

On comprend dès lors pourquoi 69 % des cadres anticipent un impact positif.

Les cadres anticipent une vraie sortie de crise à court terme


Parallèlement à ces nouvelles perspectives liées à l’élection présidentielle, on observe plus largement une forte amélioration des anticipations des cadres, tant sur le plan macro-économique que personnel :

- Ils sont ainsi 37 % à penser que le niveau de vie en France s’améliorera d’ici un an, en très forte hausse depuis avril (+18 points).

- Même « inversion de la courbe » en matière l’emploi, avec 31 % des cadres qui pensent que le nombre de chômeurs diminuera dans les mois à venir (+9).

- Enfin, sur un plan plus personnel, 26 % d’entre eux pensent que leur situation financière va s’améliorer (+4).

[...]

pour la "sortie de crise", hmm, on verra...

ajout 7 juin

on peut vérifier les aspects sociologiques du macronisme dans Qui sont les candidats de La République en marche ? L’enquête du « Monde »


Citation :
- La République en marche (LRM) a respecté la parité et investi des jeunes
- La « société civile » est présente en nombre
- Le profil sociologique des candidats est endogame : cadres et professions intellectuelles sont surreprésentés
- Un tiers des candidats LRM ont leur propre entreprise
- Sciences Po et grandes écoles pèsent fortement dans les profils de candidats

- 2 ouvriers et 11 agriculteurs
- 155 candidats ont leur propre entreprise


Dernière édition par Patlotch le Mer 7 Juin - 7:41, édité 3 fois
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Patlotch



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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT (français) et RESTRUCTURATION (mondiale) du CAPITALISME   Mer 7 Juin - 7:09


31 mai


nécessité historique, conjoncture, et dépassement

précisions théoriques et terminologiques

j'ai écrit que l'affirmation d'Alain de Benoist « Macron n’apparaît pas comme la marionnette fabriquée que l’on imaginait » manquait de dialectique des contradictions dans la crise économique et politique. Il n'y avait que Macron pour tenir le rôle qu'appelait sa crise, répondre à une demande et combler un vide dans le trop-plein politique, adapter l'État français à la gouvernance de la mondialisation dans la restructuration du capital

"il n'y avait que Macron..."
était un peu rapide, et je reviens donc sur ce que j'ai appelé "nécessité historique". Il n'y avait évidemment aucune nécessité que ce fut Macron plutôt qu'un autre, mais il était là, il présentait les qualités requises, et c'est à partir de là qu'il a été choisi et littéralement "fabriqué"* parce qu'il correspondait au besoin du capitalisme français d'adapter sa gouvernance d'État. *voir 2017, Le Coup d'État 2017

cette révolution macronienne est une conjoncture au même titre que la révolution d'Octobre est léninienne, dans le sens où, toutes proportions gardées, Macron a compris la situation de 2017 comme Lénine celle de 1917. C'est la rencontre d'une nécessité, d'une opportunité, et d'une possibilité

la notion de "nécessité historique" existe chez Marx bien qu'à ma connaissance l'expression ne figure pas dans son œuvre, ni même celle de « nécessité sociale » qui est le fond de son matérialisme historique. Elle existe dès sa thèse de doctorat La différence de la philosophie de la nature chez Démocrite et Épicure en 1841. Voir Denis Collin, Marx et Epicure

c'est cela même que reprendra Althusser sur le thème du clinamen et du matérialisme de la rencontre qu'on pourrait tout aussi bien appeler matérialisme de la conjoncture. Voir les textes matérialisme de la rencontre conjoncture

il y a donc une gradation et des sauts de logique à éviter. Voir Denis Collin Nécessité, déterminisme et possibilité chez Marx


Denis Collin a écrit:
Quand Marx s’essaie aux prévisions économiques, c’est le plus souvent par une analyse de conjoncture qui ne s’appuie pas sur les éléments spécifiques de sa théorie mais plutôt sur le fonds d’idées communes à tous les économistes, comme si la théorie, n’avait plus rien à dire de spécifique dès qu’on s’intéresse à la réalité quotidienne

nécessité historique signifie nécessité causale et non déterminisme, et c'est ici que passe la frontière entre le constat que 'ceci' ne pouvait pas se passer et l'affirmation que 'cela' ne peut que se produire

on peut constater ce glissement chez Boukharine dans le texte La théorie du matérialisme historique, Déterminisme et Indéterminisme (Nécessité et libre arbitre), La nécessité historique 1921


Boukharine a écrit:
La condition nécessaire de l'évolution est connue sous le nom de nécessité historique. C'est dans ce sens que la Révolution française, sans laquelle le capitalisme n'aurait pu se développer, était une nécessité historique, ou bien le soi-disant « affranchissement des serfs » de 1861, sans lequel le capitalisme russe n'aurait pu continuer à se développer.

C'est en ce sens que le socialisme est une nécessité historique, l'évolution sociale ultérieure étant impossible sans lui. Si la société se développe, nous aurons inévitablement le socialisme. C'est dans ce sens que Marx et Engels parlent de « nécessité sociale ».

la Révolution française peut être vue rétrospectivement comme une nécessité historique, mais dire que le socialisme est inévitable relève du déterminisme, et c'est au fond celui qui est derrière le slogan « Une seule solution, la révolution ». On peut dire que la justice sociale est nécessaire, mais elle n'a rien d'une nécessité historique au sens vu plus haut

concernant la prévision de la communisation par ses théoriciens, c'est un peu plus compliqué, mais de fait, ils n'ont étudié que cette seule hypothèse, et c'est là que se loge leur déterminisme, même tempéré par la notion de "dépassement produit" chère à Théorie Communiste

le problème actuel du communisme comme mouvement est qu'il n'apparaît plus comme une nécessité historique, c'est-à-dire qu'on ne trouve rien dans les contradictions présentes pour poser la lutte des classes comme moteur de l'histoire vers une révolution d'abolition du capital. On ne trouve que les contradictions du capital, et le prolétariat embarqué avec elles, dans le populisme ou l'expulsion/déprolétarisation

en attendant, on a Macron...

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Patlotch



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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT (français) et RESTRUCTURATION (mondiale) du CAPITALISME   Mer 7 Juin - 7:11


2 juin


d'hier après-midi, corrigé

la morale, une affaire capitale d'État

« la banque de la démocratie » sic...
un cachet d'aspirine pour la démocratie politique en crise

j'écrivais le 22 mai, avant "l'affaire Ferrand"

Patlotch a écrit:

démoralisons la démocratie politique !

c'est parti, on va voir ce qu'on va voir, un sombre député PS a remis au Père la morale, François Bayrou garde des sots, ses Propositions de moralisation de la vie politique. Celui-ci a ouvert le chantier, qui comporte :

Citation :
- Interdire l'emploi d'un membre de sa famille

- Interdire le cumul des mandats dans le temps (pas plus de trois)

- Interdire le cumul entre mandat parlementaire et fonction exécutive locale

- Lutter contre les conflits d'intérêt

- Soumettre les indemnités parlementaires à l'impôt

- Avoir un casier judiciaire vierge

- Retraite : supprimer le régime spécial des parlementaires

globalement, ça effacera la mauvais impression laissée par "les affaires", dont la dernière avec Fillon; ça épargnera un peu les caisses de l'État, par des mesures auxquelles personnes, hormis les intéressés, ne trouvera rien à dire

et puis surtout, cela fera encore un peu plus le ménage de façon à accélérer le remplacement de l'ancien personnel politique par du neuf, au niveau national et local, comme on le voit déjà avec les mesures prises concernant le cumul des mandats (plus de 200 députés sortants sur 577 jettent l'éponge, tous partis confondus)

bref, c'est tout bénef pour Macron et les siens, avec la morale de leur côté aux yeux des citoyens, à qui, à terme, ça fera une belle jambe... pour aller voter ?

il suffisait d'y penser, le non "conflit d'intérêt" entre l'État et les capitalistes est blanchi, et se paye le culot de Hulot, qui lave plus propre...


« le texte et le contexte »

une loi qui vient à point


le contexte n'est pas, comme pour Bayrou et les journalistes l'interrogeant aujourd'hui (point de presse sur la moralisation), le cas Ferrand et ses implications électorales, mais la nécessité de renforcer le lien structurel entre l'État et le capital

tout le barouf autour de Ferrand, et quelques autres, qu'il soit médiatique ou politique, qu'il aille en un sens ou l'autre, n'est qu'un rideau de fumée masquant l'absence de conflit d'intérêt entre l'État et le capital, alors que le macronisme accentue la gouvernance directe de l'État par les capitalistes ou leurs chargés de pouvoirs politiques

quand on voit, de plus, ce qui est reproché à Ferrand, à savoir peanuts relativement aux pratiques courantes et légales de corruption organisée par les déréglementations depuis vingt ans, on se doute que cette orchestration même cacophonique n'a rien d'innocente



en 2004, le philosophe humaniste André Comte-Sponville posait la question "Le capitalisme est-il moral ?". Il y abordait plutôt la question de l'éthique de l'entreprise, mais sa réponse vaut plus largement, puisque l'État jusqu'en son budget est géré comme une entreprise : « prétendre marier profit et éthique relève d'une confusion entre deux ordres différents et ne permet pas de répondre aux problèmes soulevés par les dérives contemporaines de l'économie. Le capitalisme n'est ni moral, ni immoral ; il est « a-moral » dans le sens où la morale est intrinsèquement étrangère à l'ordre économique

cet ancien dirigeant des Étudiants communistes (PCF), n'a semble-t-il pas bien lu Le Manifeste :


Marx a écrit:
La bourgeoisie a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse, de l'enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste.

I. Bourgeois et prolétaires
1847

le calcul égoïste est-il moral ? Et à quoi le citoyen électeur est-il convié, par cette moralisation de la vie politique, sinon à une "sentimentalité petite-bourgeoise" dans les limites de l'égoïsme intrinsèque à la domination économique ?

les individus, s'ils se déterminent essentiellement à partir de leurs conditions sociales ou de leurs perspectives en la matière, le font aussi de façon subjective, relativement à des "valeurs" que l'on peut dire morales, ou moralistes. C'est précisément là-dessus que reposait la différence entre la gauche et la droite depuis que leurs politiques économiques étaient les mêmes (cf l'opposition entre libéralisme culturel et libéralisme économique décrite par Jérôme Sainte-Marie « Emmanuel Macron incarne la réunification de la bourgeoisie »). C'est cette différence devenue caduque entre gauche et droite, sur la question des valeurs morales, que fait sauter Macron, mais...

quand ce qui est légal apparaît comme immoral aux citoyens électeurs, le pouvoir ne peut plus que faire semblant. C'est à cela que sert, consciemment de la part des puissants, inconsciemment pour les enfumés volontaires, épisodiquement "l'affaire Ferrand", et fondamentalement le texte proposé par Bayrou


le droit entérine un rapport de forces entre classes

Bayrou le dit bien : il s'agit de redonner la confiance aux citoyens tout en leur cachant que le système capitaliste est structurellement immoral (j'assume y compris théoriquement dans l'esprit du Manifeste), ceci en renvoyant la morale à une affaire privée, individuelle, de conflits d'intérêts sur des aspects secondaires, au niveau de ce qui choque l'opinion publique, les risques politiques étant contenus dans le principe qu'elle accepte de la démocratie politique, sous réserve de la moraliser

Bayrou a écrit:
Le projet de loi va adopter le nom de confiance plutôt que celui de moralisation. La morale est une affaire personnelle. Il s'agit de mettre en, place des pratiques et des règles qui redonnent de la confiance à nos concitoyens.

il s'agit donc, comme toujours, d'un compromis entre les intérêts du capital et le niveau des luttes. Bis :

Karl Marx a écrit:
Les pensées de la classe dominante sont aussi, à toutes les époques, les pensées dominantes, autrement dit la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est aussi la puissance dominante spirituelle. Les pensées dominantes ne sont pas autre chose que l’expression idéale des rapports matériels dominants, elles sont ces rapports matériels dominants saisis sous forme d’idées, donc l’expression des rapports qui font d’une classe la classe dominante; autrement dit, ce sont les idées de sa domination.

K. Marx et F. Engels, L'idéologie allemande, 1845

cela ne signifie nullement que la condamnation morale du capitalisme suffirait à le vaincre, mais qu'il est impossible de séparer les aspects économiques, sociaux, politiques et idéologiques de sa domination, des conditions subjectives pour porter les luttes à cette puissance : c'est le problème de la subjectivation révolutionnaire...


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Patlotch



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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT (français) et RESTRUCTURATION (mondiale) du CAPITALISME   Dim 11 Juin - 13:24


du 7 juin, nouvelle version


quelle restructuration du capitalisme ?

Tristan Vacances : - Qu'entendez-vous par "restructuration du capitalisme", et en quoi diffère-t-elle des précédentes, dans la première moitié du 20è siècle le fordisme et l'État-providence keynésien de la période de croissance en Occident, et à partir des années 1970 la restructuration mondiale (globale) avec l'effondrement concomitant du programmatisme ouvrier et de ses organisations communistes pour un communisme d'État ou autogestionnaire par étapes ?

Patlotch : - on pourrait dire que toute l'histoire du mode de production capitaliste n'est que celle de ses restructurations, et réciproquement de la lutte entre classes antagonistes en son sein. Le point commun est qu'à chaque fois, cela se résout en un compromis historique dans lequel le capitalisme établit les nouvelles modalités de sa domination mondiale

pour ne considérer que les deux grandes restructurations du 20è siècle que vous citez, et qui peuvent se lire théoriquement comme deux phases de la subsomption réelle, donc des modalités d'extorsion de la plus-value (respectivement absolue ou relative), ces compromis attachent la classe ouvrière, le prolétariat, à ne se battre qu'au sein de la règle de l'exploitation, pour de meilleures conditions de travail et de salaire

le compromis keynésien est clair concernant le fordisme/État providence, avec les "acquis des luttes" précisément mis en cause avec la seconde restructuration depuis 40 ans, qui casse la reproduction du capital sur des aires nationales, ce à quoi rêve de revenir de façon keynésienne le populisme de gauche

ce compromis entre classes est moins clair concernant la période de 1970 à ~2008, mais on peut le rapporter à l'altermondialisme (ATTAC, sommets mondiaux..), sa montée à partir de 1995, son apogée au début du siècle, et sa chute avec la crise de 2008, altermondialisme qui, au nom de la démocratie, n'a fait qu'éterniser un anticapitalisme dans le système, et repousser l'horizon d'une sortie révolutionnaire du mode de production étatique et capitaliste. La différence avec le compromis keynésien est qu'il n'est pas parvenu au pouvoir, en raison même de son irréalisme économique. L'altermondialisme anticapitaliste était et reste un oxymore, un compromis impossible

Tristan Vacances : - j'ai l'impression de lire "Théorie Communiste" et son phasage historique du capitalisme...

Patlotch : - jusque-là, à quelque chose près...

Tristan Vacances : - Alors quelle est la différence ?

Patlotch : - d'une façon générale et méthodologique, ma conception "renverse" cette théorie de la communisation, une religion communiste de plus, déterministe et idéaliste, comme on a dit que Marx renverse Hegel

la différence réside en plusieurs points, dont précisément l'apparition d'une nouvelle restructuration globale, qui évacue l'idée d'un ultime "cycle de lutte" au bout duquel surgirait la révolution communiste

c'est pourquoi je me refuse à la nommer "restructuration dans la restructuration", sans quoi autant dire le capitalisme n'est que cela depuis le début

Tristan Vacances : - Que serait le "compromis historique" dans cette phase et ce macronisme ?

Patlotch : - à ce stade, point besoin de faire un dessin concernant ce qui se passe en France, puisque le macronisme est porté par une majorité des citoyens électeurs, la 'société civile', etc. Et quant aux autres, prolétaires ou expulsés en masse du système, ils n'agissent pas contre, à moins de le voir dans la gesticulation prétendue révolutionnaire de quelques centaines d'individus cagoulés obsédés par l'État policier...

le nouveau compromis s'établit sur le travail, comme toujours, à commencer par celui qui produit de la plus-value, ou le permet puisque il est devenu impossible de discerner les frontières d'une classe ouvrière productrice en ce sens, et c'est ce à quoi l'on assistera dans les mois qui viennent avec la réforme Macron et le positionnement des syndicats comme de ceux qui les suivront ou les pousseront par leurs luttes pour un compromis le moins mauvais possible

Tristan Vacances : - Quelles sont les spécificités de cette restructuration et en quoi n'est-elle pas restructuration dans la précédente engagée depuis près d'un demi-siècle ?

Patlotch : - je la caractérise par la nécessité historique, pour le capital global, de résoudre sa crise économique et politique en même temps que l'Occident doit résoudre la sienne, l'ensemble au croisement de cinq siècles concernant le colonialisme et ses avatars, de deux siècles concernant le mode de production capitaliste proprement dit, décrit par Marx au mitant du 19è siècle

la montée du capitalisme vert, que traduit l'entrée de Hulot au gouvernement et symbolise la poignée de main Macron-Trump, en est une dimension essentielle en ce que, via une sorte de plan Marshall au niveau mondial, elle peut permettre une sortie de crise transitoire du capitalisme. Cela fait aussi partie du compromis historique liée à cette nouvelle restructuration, puisque l'idéologie écologiste est devenue hégémonique

les luttes décoloniales, par leur ambivalence, peuvent alimenter le renversement de la suprématie occidentale, par exemple en Amérique du Sud ou le concept est né dans les luttes, et en Afrique où peut se développer un capitalisme moins dépendant de l'Occident

nous sommes au cœur de ce processus, qui voit la fin de la suprématie occidentale dans le capitalisme mondial et les conditions d'une nouvelle répartition des intérêts de classes qui invite à redéfinir leur conception marxienne, et à abandonner la certitude d'un sujet révolutionnaire prolétarien universel, serait-ce pour sa propre abolition en tant qu'être du capital. Maintenant, si on appelle prolétariat ce sujet en le définissant sur mesure, évidemment que le problème ne se pose plus, je préférerais classe révolutionnaire, mais quoi qu'il en soit c'est pour l'heure une tautologie, un jeu de mots où le langage conceptuel l'emporte sur la réalité des choses

je soutiens qu'il est impossible à ce stade de prédire ce qui sortira, sous une à quelques décennies, de cette restructuration, et qu'il est donc irréaliste de faire comme si ce qui se passe d'ici-là pouvait être saisi, analysé et théorisé sous les catégories et concepts anciens du marxisme même le meilleur : l'universalisme prolétarien eurocentré est trop lourd pour appréhender tous les aspects actuels de ces bouleversements

Tristan Vacances : - Et donc pour vous, le "macronisme" serait le moment français de l'engagement dans cette restructuration mondiale ?

Patlotch : - exactement, sous réserve que ce label ne soit pas entendu comme la politique déterminant l'économie ce qu'à mon avis interdit justement sa forte caractéristique de renouveler la "gouvernance" État-Capital et sa dimension d'emblée européenne et mondiale. En ce sens, le macronisme, c'est aussi les luttes qu'il déclenchera dans cette période, comme on peut dire que le bonapartisme engendra la Commune...

au demeurant, Louis-Napoléon Bonaparte était saint-simonien, il mit l'État en adéquation à la première restructuration du mode de production capitaliste en France dans le contexte de l'Empire colonial français... Il était un révolutionnaire capitaliste, comme Emmanuel Macron rêve de l'être : Révolution est le titre de son livre de 2016, à prendre au pied de la lettre...





quelle théorisation communiste ?

Tristan Vacances : - Quelle serait alors selon vous les conditions d'une théorisation communiste aujourd'hui ?

Patlotch : - difficile question, parce qu'à la limite de mes considérations, celle-ci est actuellement impossible, et elle l'est du point de vue même de ce qui, en sus de sa critique de l'économie politique dans Le Capital, reste de plus valide chez Marx : sa méthode, dont je prétends hériter la mienne, cf DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE

il nous est impossible d'affirmer aujourd'hui que "la lutte de classe est le moteur de l'histoire", dans la mesure où seul le capital est à l'initiative, et qu'il se transforme essentiellement par la concurrence pour le maintien du taux de profit par zones géo-économiques et dans le transnationalisme des capitaux, dont la crise de l'Occident (capitaliste) est évidemment un aspect majeur. Bien sûr, la résistance du prolétariat en est une composante, mais seulement en tant qu'elle participe au niveau du compromis au sein du "système", et bien sûr elle est "lutte de classe", mais pas au sens révolutionnaire du terme

comment envisager une théorisation communiste sur la base de l'absence d'une lutte révolutionnaire d'un quelconque sujet ou d'une activité de classe révolutionnaire inexistante, voire son contraire avec les populismes ?

tout bien considéré, le prolétariat, depuis le début du capitalisme comme mode de production, n'a jamais été révolutionnaire, ou alors seulement pour des "révolutions" au sein du capital, ce qui devrait en soi interroger l'universalisme prolétarien, et plus encore quand son activité tourne à l'empêchement d'une telle révolution communiste

Tristan Vacances : - vos considérations ne relèvent donc plus d'une théorie communiste ?

Patlotch : - non puisque je ne sais pas comment définir une théorie révolutionnaire sur la base de l'absence de mouvement révolutionnaire. Mais oui, ma théorisation est communiste dans le même sens que la critique radicale du capitalisme initiée par Marx pour l'économie politique et par les anarchistes pour l'État, les deux mêlées dans l'ultragauche ouvrière antiléniniste, antistalinienne et antitrotskiste

en sus de sa critique du Capital, Marx lui-même n'aura véritablement théorisé que le programmatisme ouvrier, le pouvoir du prolétariat, une théorie communiste pas moins incomplète puisque ces principes ont révélé leur incapacité à sortir du capitalisme, et nous savons aujourd'hui pourquoi

Tristan Vacances : - Cela pose tout de même la question de l'action, de la pratique correspondant à cette théorie...

Patlotch : - on a longuement disserté à ce propos... toute théorisation conséquente part du réel et y retourne car en fait, elle ne devrait pas en sortir. Celle que je produis ne sort pas de mon chapeau et n'est pas en avance sur ce qui se passe; elle s'élabore au rythme des luttes telles qu'elles sont, dans leur diversité, grèves et émeutes comprises, la question étant celle de la qualité, le contenu, et de la quantité, la puissance, dans les contradictions nouvelles de cette restructuration

Tristan Vacances : - Mais alors, que devient "la crise" de reproduction comme fenêtre pour une révolution communiste ?

Patlotch : - elle est suspendue à ce qui sortira de la restructuration que nous avons sous les yeux, que nous ne pouvons anticiper, et a fortiori moins encore une conjoncture communisatrice

toute conjoncture de luttes est actuellement déterminée par la restructuration actuelle, et rien d'autre


CNRTL a écrit:
conjoncture : Liaison d'événements concomitants dans une situation donnée.
« la conjoncture ou le nœud de circonstances formant grumeau au centre d'une situation imprévue » Jankélévitch, Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien, 1957

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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT (français) et RESTRUCTURATION (mondiale) du CAPITALISME   Mar 13 Juin - 18:55



mort de la démocratie ?



le chiffre est symbolique : 51 % des inscrit.e.s n'ont pas voté au premier tour des législatives. Le parti macro-unioniste va "écraser la démocratie" avec un tiers des votants, 13,5 % du corps électoral et ~12% des Français en âge de voter. Près de deux tiers d'abstention chez les ouvriers et les jeunes, et près de 5 millions de non inscrits... Loin du bruit, retenez ce chiffre :

7 adultes français sur 8 n'ont pas soutenu Macron !

c'est l'élément le plus important de cette deuxième phase du macronisme électoral, quelle que soit l'ampleur de sa victoire à l'Assemblée nationale, puisque comme on dit, le troisième tour se jouera dans la rue, quel qu'en soit le niveau et les objectifs à l'occasion des lois antisociales qui vont maintenant tomber du ciel comme écrit dans l'évangile selon Saint-Macron

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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT (français) et RESTRUCTURATION (mondiale) du CAPITALISME   Sam 24 Juin - 11:28

19 juin, complété


Ruffin Macron, même combat !

je m'abstiendrai de tout commentaire sur le second tour, comme on dit second empire, empire du... les chiffres de la démocratie sont plus encore calamiteux

le pire n'est-il pas d'y voir un Mélenchon et plus encore un Ruffin (Merci Patron, Nuit debout, etc.) y jouer les vedettes ?

j'ai 4 mois de plus que Mélenchon, un de plus que Bayrou, Borloo est mon jumeau, et franchement non que je me sente plus "vieux", qu'ils dégagent, mais putain, avoir l'âge de Ruffin et Macron, et voir venir ce bras de fer français, ça me donne qu'une envie, comme disait Camatte : quitter ce monde !


Tristan Vacances : - Oui bon ben "Ruffin Macron même combat !" si c'est pas de la facilité ultragauchiste...

Patlotch : - écoute, on les connait par cœur, les camarades socio-politiques - c'est mon nouveau concept englobant pour le vieux label "social-démocrate"

les belles âmes gagnent leur paradis au prix du smic et de la démagogie électorable au bout d'un mouvement, Nuit debout, prétendant le contraire..., à chacun ses moyens médiatiques. Citoyen Ruffin, je t'emmerde !


le 19 brumaire, lendemain qui chante ?

par contre, un ami m'écrit :

Citation :
J'ai relu "Le 18 Brumaire", et je suis d'accord avec toi, c'est Macron

en fait, le "18 brumaire" est écrit par Marx au quasi lendemain du coup d'État. Autant fut passionnant le coup d'État politique de Macron, avant même la sanction électorale, tout semblant écrit à ce niveau politique, autant s'ouvre une période plutôt ouverte si j'ose dire, sur le plan économique et social, dans laquelle, du point de vue théorique, il s'agit de mesurer la capacité du capitalisme à se restructurer 'face' à des luttes qui ne lui demanderaient que ça, car c'est à ce niveau que s'annonce un bras de fer syndicaliste dans cette restructuration; en aucun cas une période révolutionnaire...

le second Empire c'est deux décennies de révolution industrielle et capitaliste en France, la révolution Macron est comparable pour ce qui vient plus que par sa prise du pouvoir d'État, ce 18 brumaire pacifique. That is the question !

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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT (français) et RESTRUCTURATION (mondiale) du CAPITALISME   Sam 24 Juin - 13:52


la révolution macroniste

« Nous sommes en train de vivre un stade final du capitalisme mondial qui, par ses excès, manifeste son incapacité à durer véritablement. Les excès de la financiarisation, les inégalités, la destruction environnementale, l'augmentation inexorable de la population mondiale, les migrations géopolitiques et environnementales croissantes, la transformation numérique :
ce sont là les éléments d'un grand bouleversement qui nous impose de réagir.»


Emmanuel Macron, Révolution, 2016 La grande transformation, Pocket p. 67


la "révolution" macroniste est à une mise à jour française dans le cadre de l'accélération de la restructuration du capitalisme mondial. Ses caractéristiques sont en apparence au niveau de la gouvernance politique du Capital par l'État, mais en profondeur c'est de mutations économiques et idéologiques* qu'il s'agit, comme on le voit dans les articulations de l'économie politique avec l'écologie - intégration totale de l'idéologie du capitalisme vert -, et avec le numérique (le sciento-techno-libéralisme)

* pour moi, l'idéologie appartient à la structure des sociétés historiques, j'y reviendrai

cette restructuration mondiale du capitalisme induit une mutation de niveau civilisationnel et anthropologique qui n'a pour l'heure en face d'elle de limites que celles de la vie sur terre. Toutes les contradictions actuelles sont structurées autour de la quête du profit, et des concurrences intercapitalistes qu'elle entraîne entre classes et au sein de chaque classe. C'est le point qui fait flotter la possibilité même d'une théorie communiste révolutionnaire au-delà d'une critique radicale du capitalisme existant et à venir, et rend invisible et imprévisible toute perspective de sortie révolutionnaire du capital [...]

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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT (français) et RESTRUCTURATION (mondiale) du CAPITALISME   Jeu 29 Juin - 20:20


non, le pouvoir personnel ne caractérise pas le macronisme...

... du moins pas davantage que celui de ses prédécesseurs, au-delà de quelques symboles et du fait qu'évidemment, Macron dispose d'une majorité parlementaire. Les critiques politiques, d'où qu'elles viennent (droite, gauche...), recoupent des analyses de "politologues" et autres experts en constitution de la Vè République, qui ont toutes en commun de focaliser sur la dimension démocratique, au sens de la démocratie politique représentative. Bien évidemment, d'où elles parlent elles ne peuvent (et ne savent) faire que ça, mais l'on ne s'étonnera pas que j'en prenne ici le contrepied, du point de vue d'une critique de l'économie politique d'héritage marxiste


voici un exemple de ces approches. S'il fallait se nourrir de toutes les anecdotes qui scandent la période, on n'en finirait pas, et comme d'habitude, on n'y comprendrait rien...



Citation :
Macron concentre les pouvoirs à l'Elysée, ébauche de "macronisme"Macron concentre les pouvoirs à l'Elysée, ébauche de "macronisme" © AFP / bertrand GUAY

Il convoque le Congrès lundi et relègue son Premier Ministre au second plan, encadre étroitement ses ministres et son parti étend son pouvoir à l'Assemblée: Emmanuel Macron concentre à l'Elysée tous les pouvoirs et ébauche le "macronisme", selon les analystes.

Signe d'un prééminence assumée, il s'exprimera lundi devant le Parlement à Versailles pour exposer les grandes orientations de son quinquennat, la veille de la déclaration de politique générale de son Premier ministre Edouard Philippe, lui grillant la politesse.
Un choix critiqué par l'opposition. Les députés de La France insoumise et l'ensemble des parlementaires communistes boycotteront ce rendez-vous.

"Nous n'irons pas à Versailles adouber le monarque présidentiel"
et "valider le court-circuit du travail de l'Assemblée", ont fait valoir les élus PCF.

De ce format solennel et exceptionnel -- Nicolas Sarkozy et François Hollande n'y ont eu recours qu'une fois --, Emmanuel Macron a décidé de faire un rituel annuel, abandonnant l'habituelle interview télévisée du 14 juillet. Le président aurait une pensée "trop complexe" pour les questions réponses des journalistes, a commenté son entourage au Monde.

A l'Assemblée, son parti REM et ses alliés ont raflé mercredi tous les postes du bureau, alors que traditionnellement l'un d'entre eux revenait à l'opposition. Au lieu du candidat de LR Eric Ciotti, Thierry Solère, un "constructif", a été élu à un poste de questeur mercredi.

"Une telle concentration au profit de la présidence, qui exerce sa tutelle sur le Premier ministre, le gouvernement, le parti majoritaire et l'Assemblée, est caractéristique du macronisme qui s'invente"
, analyse Pascal Perrineau, chercheur au Cevipof.
"Dans son livre +Révolution+, Emmanuel Macron expliquait déjà vouloir rétablir la présidence dans toute sa majesté, mais parlait aussi d'un fonctionnement équilibré avec le gouvernement. Or très vite, il a mis en place non pas un équilibre, mais une sujétion".

Ainsi, c'est lui qui engage la réforme du code du travail en recevant tous les syndicats à l'Elysée. Au gouvernement, un ministre allié mais ne venant pas d'En marche, comme Bruno Le Maire, se voit adjoindre un proche du président (Benjamin Griveaux), rappelle le chercheur.

'Chef d'entreprise'

Une douzaine de conseillers sont mutualisés entre l'Elysée et Matignon, "ce qui donne les moyens d'éviter une autonomie excessive du Premier ministre". Et "l'Elysée a suivi très attentivement la mise en place des pouvoirs à l'Assemblée", remarque encore Pascal Perrineau.

"Le président, qui sait que sa majorité est fragile quoique pléthorique, étant donné l'amateurisme au sein du groupe et l'abstention, met en place un fonctionnement jamais connu, type entreprise : un patron avec son board, ses jeunes cadres technos, et des corps intermédiaires un peu écrasés. Une conception à l'américaine, en phase avec une des origines du macronisme", conclut-il.

"Il revient aux sources de la Ve République et en utilise toutes les dispositions: un président vertical et le Premier ministre qui est un fusible. Ca nous étonne car nous avons connu une période de rôles brouillés, mais cela fonctionne comme ça", nuance l'historien Christian Delporte. "C'est l'inspiration des présidents américains, et celle d'Obama jusque dans la photo officielle."

L'ex-secrétaire d'État à l'Enseignement supérieur et à la Recherche Thierry Mandon a lui aussi épinglé sur Twitter la "fascination" américaine d'Emmanuel Macron, allusion à sa photo officielle où il est debout devant son bureau, comme celle de Barack Obama.
"Ce qui se passe au Parlement est plus inquiétant, car il faut respecter l'opposition et les usages. Si la main de l'Elysée est derrière le choix de la questure à un allié, c'est une erreur politique", tranche Christian Delporte.

Pour l'essayiste Guy Sorman, "le macronisme est l'avatar d'une passion française : le despotisme éclairé, de Bonaparte à de Gaulle, la quête du sauveur". "Emmanuel Macron, qui estime les Français monarchiques dans leur âme, hérite de cette histoire au bilan mitigé", écrit-il dans une tribune au Monde intitulée "un despote éclairé ?"

A force de concentrer les pouvoirs, Emmanuel Macron prend aussi des risques face à l'opinion: il a lâché quelques points de popularité en un mois dans des sondages Ipsos Game Changer et Kantar Sofres OnePoint (-1 et -3 points à 45 % et 54 %).
29/06/2017 19:51:36 -          Paris (AFP) -          © 2017 AFP

pour ce qui est des mutations dans la gouvernance d'État du capital, les liens entre dirigeants économiques et financiers du capitalisme français (ou étranger) et haute administration dont le gouvernement et ses Ministres, je les ai cernées dans mes commentaires précédents ou ceux du fil général un TOURNANT HISTORIQUE du CAPITALISME et de l'ÉTAT FRANÇAIS

pour le reste, c'est dans le cadre de notre critique de la démocratie politique, et non de la forme personnelle du pouvoir d'État dans ce cadre fondamentalement inchangé, qu'il s'agit d'observer et interpréter les mutations "macroniennes" du capitalisme français comme tentative de restructuration maîtrisée et positive du capitalisme dans sa crise. Les exemples ne manquent et ne manqueront pas, nous aurons l'occasion d'y revenir

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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT (français) et RESTRUCTURATION (mondiale) du CAPITALISME   Ven 30 Juin - 12:15


macronisme, idéologie de la startup

Macron ovationné par les entrepreneurs à Station F

« Les start-up c’est une idéologie, un buzz, un sujet universel et celui de toute une génération...
un aveuglement, une distorsion entre une certaine réalité projetée dans la quasi-totalité des médias et le réel... »

Mathilde Ramadier



Start-up. Station F, le plus grand incubateur au monde, lancé à Paris

A Station F, les start-up acclament Emmanuel Macron et ovationnent Xavier Niel


plutôt que nous gonfler sur la dérive pharaoniste du versaillais Macron, les vrais insoumis devraient réfléchir aux liens entre macronisme et capitalisme

lectures conseillées



interview le 2 mai, dans La coolitude des start-up est-elle une nouvelle mythologie ? Magazine En-Contact. Extrait
Citation :
Sur quelles expériences concrètes fondez-vous cette vision (un peu dissonante !), les vôtres, celles d’amis, de relations ? Cela concerne-t-il uniquement les start-up basées à Berlin ?
J’ai vécu l’expérience start-up à Berlin mais c’est désormais partout pareil. Berlin était en avance de quelques années, cinq ans, mais aujourd’hui c’est pareil en France, à San Francisco, et même à Oslo ! Pour mon livre, je me suis appuyée sur des témoignages et des enquêtes sur le net, en épluchant des sites comme StartupOnly et Azerty Jobs. Les start-up c’est une idéologie, un buzz, un sujet universel et celui de toute une génération. D’où vient cet « aveuglement », cette distorsion entre une certaine réalité projetée dans la quasi-totalité des médias et le réel qui a ou aurait intérêt à ne pas parler ou décrire l’arrière-boutique ? Je suis stupéfaite de voir qu’aucune voix ne s’élève alors qu’il y a beaucoup de gens sceptiques et blasés. Quand on lit des articles sur internet on a l’impression que tout ce qui touche aux start-up n’est que du positif. Notre époque a besoin de rêver et les start-up portent cet espoir de changement, de renouveau, en apportant des réponses à des problèmes vitaux.

Depuis la sortie du livre, quelles réactions observez-vous, quels témoignages recevez-vous ?

Depuis que ce livre est paru j’ai reçu beaucoup de témoignages. Les gens sont contents que l’on parle de leur quotidien. Mon livre est complémentaire de celui d’Eric Sadin, qui est un théoricien, Dans la Siliconisation du monde. Mais parfois, les réactions sont plus étranges…

Xavier Niel et son projet de Station F émerveille quantité de personnes, qu’est-ce que cela vous inspire ?
Station F est le plus gros incubateur du monde mais quelles seront les conditions de travail des gens qui vont y travailler ? Cela me fait penser au livre le Cercle de Dave Eggers qui est une dystopie imaginant les GAFA fusionner en une gigantesque start-up et fonder une ville incluant tous les services et fonctionnant en vase clos. Tout le monde connaitrait tout le monde, et tout y serait transparent. On y retrouve d’ailleurs certains sujets de mon livre : infantilisation, régression, tyrannie du cool, narcissisme et absence d’humilité. Pour moi les start-up ne changent pas le monde, en tous cas pas pour le meilleur.

Et que diriez-vous à Emmanuel Macron qui fait de sa proximité avec cet éco-système du digital un atout, une spécificité de sa candidature ?
Je lui conseillerais de lire mon livre et de déchirer le voile d’illusions sur les start-up !

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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT (français) et RESTRUCTURATION (mondiale) du CAPITALISME   Dim 16 Juil - 22:01


interlude

« Un habile législateur, qui entend servir l'intérêt commun et celui de la patrie plutôt que le sien propre et celui de ses héritiers, doit employer toute son industrie pour attirer à soi tout le pouvoir. Un esprit sage ne condamnera jamais quelqu'un pour avoir usé d'un moyen hors des règles ordinaires pour régler une monarchie ou fonder une république. Ce qui est à désirer, c'est que si le fait l'accuse, le résultat l'excuse; si le résultat est bon, il est acquitté... » Machiavel, Le Prince, 1513

j'ai trouvé cette citation en exergue d'un roman que j'entame, Doux comme la mort, de Laurent Guillaume, 2012

curieux, j'ai cherché la suite du texte de Machiavel, que voici (en fait tiré de Discours sur la première décade de Tite-Live, 1531) :


«  tel est le cas de Romulus. Ce n'est pas la violence qui restaure, mais la violence qui ruine qu'il faut condamner »

gage qu'avec Macron, le temps de la violence viendra... pour le condamner

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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT (français) et RESTRUCTURATION (mondiale) du CAPITALISME   Sam 29 Juil - 22:41


cette "définition" n'est pas la mienne (voir les thèmes plus haut), mais l'article est pas mal

QU’EST-CE QUE LE MACRONISME ? ANALYSE D’UNE RÉVOLUTION MANAGÉRIALE EN MARCHE

FRANCOIS SERRANO 29 JUILLET 2017


Citation :
Le macronisme s’est constitué sur cette vision prétendument «moderne et progressiste» d’un dépassement des clivages droite-gauche censés être archaïques et has been. Deux mois de macronisme en action permettent de saisir la nature de ce régime, qui prend pour paradigme de «gouvernance» l’entreprise : tout le problème étant que l’entreprise est l’une des formes d’organisation les moins démocratiques et les plus despotiques qui soient, et dont l’efficacité n’est qu’un mythe. On en vient presque à regretter un Fillon qui, malgré ses multiples bassesses et imperfections, incarnait encore un monde politique où il était possible de débattre, de négocier, et qui aurait sans doute généré une opposition plus radicale dans l’opinion à ses projets libéraux que la poudre aux yeux communicante de ce gouvernement visqueux plus difficile à saisir.

On a ainsi beau chercher dans le projet d’amaigrissement drastique du code du travail quoi que ce soit qui puisse théoriquement favoriser l’emploi d’un iota, on a du mal à y trouver autre chose que des avantages à sens unique accordés aux employeurs, pour leur plus grande satisfaction opérationnelle et financière : moins de droits et plus de précarité pour les salariés, moins de protection pour la santé et la vie même de ces derniers avec la disparition de CHSCT autonomes et l’attaque en règle contre le compte pénibilité, plus d’arbitraire permis dans les décisions des directions, qui bénéficieront au global d’un rapport de force encore plus favorable face aux salariés dans un marché du travail déjà excessivement précarisé.

Comme si les prétendus privilèges exorbitants de ces salariés étaient la cause de la crise que nous connaissons depuis 2008 : crise, il est toujours bon de le rappeler, causée (et ce en toute impunité) par les excès spéculatifs et les fraudes prédatrices de la haute délinquance financière, dont notre improbable président plus éolien que jupitérien – Eole étant le dieu du vent – est le pur produit.

D’ailleurs le candidat Macron s’était bien gardé d’inclure explicitement et ouvertement cette révision dans sa charmante brochure-programme présidentielle (autrement qu’en quelques rares mots discrets et sibyllins de type prospectus de produits financiers toxiques), où la première grande réforme ô combien progressiste et consensuelle était censée être celle de l’éducation. Dans un vague enthousiaste tout à fait macronien, il était même question « d’inventer de nouvelles protections » sur le modèle tant vanté de la fléxi-sécurité scandinave. La « fléxi » on commence à voir ce que c’est, pour notre douleur, mais où est donc passée la pommade de la « sécurité » qui était promise ? En ne proposant que la partie du deal défavorable aux employés sans proposer ces fameuses nouvelles protections compensatoires, Macron viole dès le début de son quinquennat ses promesses de campagne et la confiance que beaucoup, sans doute trop naïvement lui ont accordé : électeurs il est vrai notoirement à la mémoire de poisson rouge, encore prêts à s’enthousiasmer pour des évènements majeurs que la poignée de main ferme et « charismatique » à Trump, les petits fours servis à Poutine à Versailles ou la visite en grande pompe de Rihanna.

Ceux qui ont aimé la loi El Khomri au 49.3 vont adorer l’ordonnance Pénicaud, prête à casser du code du travail en pleine torpeur estivale, maintenant tout risque de résistance électorale passé depuis le 18 juin. Il est vrai que l’Assemblée n’est plus aujourd’hui qu’une chambre d’enregistrement de la part d’un contingent de yes men and women (avec pour principales forces d’ « opposition » un parti qui ne trouvait pas le programme de Macron assez libéral, et une France Insoumise réduite hélas à des protestations essentiellement symboliques) donc après tout pourquoi faire semblant d’un débat parlementaire démocratique. Sous la bannière éternellement souriante du « progressisme » c’est en fait un véritable « régressisme social » sans contrepartie ou garde-fou qui commence, tant sur le fond que sur les méthodes.

La plainte portée par l’ex-DRH Pénicaud (qui se voit sans doute maintenant en DRH de France SAS) contre un journal, Libération, qui n’avait fait que faire son métier de contre-pouvoir en révélant le projet du gouvernement était assez symptomatique d’un gouvernement plus familier de l’omerta des affaires et des relations publiques cadenassées en entreprise, que du débat démocratique et de la liberté de la presse. Le Ministère de la Vérité du porte-parole Castaner à la langue de bois massif a lui tout du ton tout à fait pravdaesque de la communication corporate. On ne saurait trop s’étonner d’ailleurs que dans cette « simplification » (doux euphémisme) du code du travail – ou plutôt cette simplification des droits des salariés – on ne trouve guère de renforcement de la protection des lanceurs d’alertes qui en aurait bien besoin. On se doute bien que ce point, pas plus qu’une loi de « moralisation de la vie économique » qui pourtant ferait le plus grand bien à certains ministres et sponsors officieux de notre président éolien, ne sont pas vraiment des priorités du gouvernement et de son partenaire industriel, le MEDEF : « Make MEDEF great again ! » est d’ailleurs le réel leitmotiv de moins en moins subliminal de l’action gouvernementale en cours.

Le macronisme s’avère en réalité comme une forme de révolution managériale, s’accompagnant d’une guerre sociale qui est sa réelle finalité. Ce qui se profile est des plus préoccupants et il faut espérer que l’autre société civile, qui est comme d’habitude totalement absente à l’Assemblée, celle des classes populaires, moyennes et défavorisées, trouvera les moyens de se défendre dans la rue et sur les lieux de travail dans une véritable guerre sociale qui ne dit pas son nom. La célèbre formule de Warren Buffett « Tout va très bien pour les riches dans ce pays, nous n’avons jamais été aussi prospères. C’est une guerre de classes, et c’est ma classe qui est en train de gagner » est on ne peut plus d’actualité en France. Même si pour qu’il y ait guerre encore faut-il qu’il y ait deux belligérants, et donc en l’occurrence on pourrait davantage parler d’agression sociale à sens unique. La diminution de 5 euros par mois des allocations logement, une économie de bouts de chandelle, n’a pas d’autre sens que celui d’une volonté d’humiliation des classes populaires, la déshumanisation et la démoralisation de l’adversaire étant essentielles dans toute guerre.

L’illusion sous-jacente au macronisme est en effet au fond de pouvoir « gérer » une nation (et non plus la gouverner) comme une entreprise. L’illusion est pour beaucoup séduisante car elle contient la promesse, hélas communément admise, de l’efficacité que l’entreprise privée est supposée incarner par contraste à ce qui serait la besogneuse et tatillonne bureaucratie d’Etat « so 20th century ». Le seul problème est que la prétendue efficacité de l’entreprise est un mythe complet, dans sa profonde aptitude aux gaspillages, aux externalités aux frais de la communauté et aux décisions absurdes sur la base de calculs financiers à toujours plus court terme.

De plus, et peut-être surtout, l’entreprise est sans doute l’une des formes d’organisation du pouvoir les plus despotiques, pour ne pas dire totalitaires, qui soient. L’attitude du gouvernement face à la presse est tout à fait symptomatique des mauvaises habitudes que peuvent prendre des dirigeants d’entreprise dans un système où il n’y a pas d’élections et de débats démocratiques, pas de contestation possible des décisions hiérarchiques, l’exclusion systématique des « emmerdeurs » qui oseraient s’émouvoir des instructions peu éthiques venues d’en haut, un monopole des moyens de communication et de propagande largement mensongère, un goût pour le moins-disant législatif surtout en matière salariale et fiscale, et une fâcheuse tendance à la promotion de parfaits incompétents au motif qu’ils sont hiérarchiquement loyaux et « corporate ». Plusieurs membres du gouvernement et des candidats du MEDEF En Marche se sont récemment illustrés dans ces travers.

En ce sens Macron réalise le projet politique un peu fou de l’utopiste Saint-Simon qui au 19ème siècle rêvait d’un Parti Industriel où entrepreneurs, industriels et banquiers prendraient enfin le pouvoir politique qui leur est dû, sans les inefficacités propres à un régime parlementaire. Plus récemment, en 1941, James Burnham avait théorisé La Révolution Managériale : cette idée, prophétique, selon laquelle une nouvelle classe composée de cadres supérieurs, de techniciens, de financiers, de managers allait prendre le pouvoir politique, pouvoir dont ils sont par déformation professionnelle assoiffés… pour y installer une nouvelle forme de despotisme bien plus « professionnel » que ceux du passé. George Orwell s’était largement inspiré de cette prémonition pour créer 1984, qui plus qu’une satire du stalinisme est en réalité celle d’une révolution managériale qu’il voyait venir… Pas étonnant que beaucoup d’entreprises aient un air orwellien, c’est un peu par définition.

Le mythe de l’avènement supposée de la « société civile » participe pleinement du discours de l’utopie managériale macronienne. Visiblement ni les ouvriers ni les chômeurs n’ont font partie : pas un seul ouvrier (alors qu’ils représentent 20% de la population active), pas un seul chômeur (3,7 millions de personnes, 9 millions sous le seuil de pauvreté) dans cette nouvelle Assemblée censée représenter la France dans toute sa diversité. Ils forment visiblement la « société incivile ». Les employés sont un peu mieux lotis : 5% des députés… contre 30% de la population active. Les CSP+ (cadres sup, chefs d’entreprise, professions libérales, politiques professionnels) représentent près de 90% des sièges. On comprend donc ce que signifie vraiment la fameuse « société civile » : vocable marketing, typique de la novlangue managériale, pour désigner la prise du pouvoir effective du Parti Industriel saint-simonien. On objectera que cette injustice sociologique n’est pas nouvelle. Certes, mais elle s’est encore accentuée avec l’arrivée massive de managers du privé, et la manipulation sémantique de l’opinion sur ce sujet s’accompagne de l’illusion des membres mêmes de ce nouveau Parti Industriel quant à leur légitimité à incarner l’ensemble de la nation. On ne sert jamais mieux mieux ses intérêts de classe qu’avec l’assurance que confère la bonne conscience de faire prétendument le bien de tous. La plus-value en stock options de la DRH Pénicaud sous fond de licenciements boursiers chez Danone donne toute sa signification à cette bonne conscience managériale du macronisme.

L’incompétence politique manifeste de beaucoup de ces nouveaux responsables nationaux et locaux du MEDEF En Marche a été commentée très largement ces dernières semaines, parfois avec humour et sarcasme, mais de plus en plus avec consternation. C’est à la fois vrai, mais aussi dangereusement faux. Bien sûr par rapport à une culture classique politique de la chose publique c’est tout à fait vrai. Mais ces personnes, qui viennent pour la plupart du monde de l’entreprise, ne sont pas sans compétences, ou du moins sans idéologie. Sous une apparence de neutralité pseudo-technicienne, l’idéologie managériale – telle qu’enseignée notamment dans toutes les écoles de commerce du monde – suppose une véritable vision du monde et, partant, du pouvoir : un monde où précisément cette nouvelle classe managériale a très largement pour objectif son enrichissement personnel le plus rapide et le plus massif possible « qui lui est dû » ; ainsi que l’exercice du pouvoir le plus total sur la base de la pyramide, naturellement en premier lieu au sein de l’entreprise par toutes les méthodes managériales de domination possibles, puis idéalement au niveau de la nation conçue comme une vaste entreprise qu’ils se sentent plus que tout autres légitimes pour « gérer ».

Il semble important de souligner que cette idéologie managériale (dont on parle malheureusement assez peu), qui a progressivement émergé dans les business schools américaines dans les années 80, n’est en rien « libérale » dans son rapport au monde. Là où la compétition de marché la plus féroce lui est essentielle, c’est surtout dans l’optimisation toujours plus bas du facteur humain, environnemental et fiscal. Pour le reste, l’aspiration profonde de cette idéologie managériale dans sa forme la plus pure n’est ni la liberté ni le libéralisme, mais l’enrichissement personnel massif et rapide, au besoin par la prédation économique caractérisée ou des situations de monopole, et le contrôle le plus absolu possible sur une main d’œuvre docile et interchangeable dont le fantasme absolu patronal reste celle de la Chine, la star de Davos : paradis managérial qui peut compter sur un parti communiste faisant l’économie, comme toujours de Cuba à Pékin, de syndicats, de droit de grève et de codes du travail trop « compliqués ».

Confondant allègrement l’être et l’avoir, notre Jupiter d’opérette offenbachienne s’est illustré à plusieurs reprises par son plus profond mépris de classe, à visée cyniquement clientéliste – car il ne s’agit évidemment pas de maladresses d’amateur, mais de dérapages soigneusement contrôlés pour au fond flatter la vanité de son électorat CSP+ – en stigmatisant ceux qui ne seraient, selon lui depuis son Olympe en Photoshop, « rien ». Propos d’une bêtise confondante car comment un être humain, quel qu’il soit, pourrait être « rien » ? Clientélisme de fait pervers qui consiste essentiellement à flatter les égos de ses électeurs aisés, qui se voient ainsi par contraste « être tout » dans une vision du monde et de la réussite ultra-matérialiste. Stratégie d’humiliation des « salauds de pauvres » qui fut confirmée au plan international durant le G20 où la natalité africaine fut stigmatisée par notre Eole national comme la source des malheurs de l’Afrique, passant ainsi sous silence les régimes kleptocrates amis de la Françafrique et du CAC40 pour qui le continent africain est un lieu de pillage et de spoliation économique à grande échelle.

Après le Brexit et l’élection de Trump, l’élection de Macron avait été saluée par beaucoup comme un coup d’arrêt salutaire au populisme. Le très habile « Make the planet great again » avait émerveillé de nombreux commentateurs. Du coup l’invitation de Trump pour le 14 juillet avait pu surprendre. En effet Macron a apporté à cette occasion la caution morale d’un pays comme la France à un individu qui n’en attendait et n’en méritait pas tant. Mais sont-ils, au fond, si différents ? Après tout ils représentent tous deux la prise du pouvoir politique en direct par le Big Business, et le « Make Wall Street great again » de Trump s’accorde parfaitement au « Make MEDEF great again » de Macron. Tous les deux portent la même vision d’une « réussite » en ce monde envisagée comme essentiellement ultra-matérialiste, par l’accumulation rapide et massive de richesses personnelles et de signes extérieurs de richesse tapageurs et au final bien grotesques. Lorsque Trump dit f*** à la COP21 il a au moins le mérite de la franchise ; une franchise dont le pseudo Plan Climat français – qui n’est en réalité « rien » d’autre qu’un plan sur la comète à 2050 sans un mot sur le très actuel enjeu du nucléaire – ne peut se prévaloir.

A l’instar des shampoings Ushuaia bourrés de perturbateurs endocriniens, ce gouvernement de lobbyistes professionnels, produit marketing politique de l’année 2017, nous avait promis un voyage merveilleux et positif au pays enchanté du progressisme… Malheureusement sa composition plastique et toxique nous a fait bien vite redescendre sur terre… ce voyage est de tout évidence un voyage, non pas en Terre de Feu, mais en Terre de Rien, où à l’unisson avec nos infortunés alliés américains nous pouvons surtout lire sur nos frontons officiels, devenus si corporate, en gros néons bling-bling qui grésillent « Make bullshit great again. »

La grande question en suspens sera la réaction à la rentrée, si réaction il y a, du syndicalisme français à cette agression sociale plus en marche que jamais. Car c’est bien des syndicats et in fine des millions de salariés que l’on doit attendre une réponse. Les protestations de la France Insoumise, pour aussi sympathiques et louables qu’elles soient, restent toutes symboliques et confinées dans les sphères de la France d’en haut parlementaire. On ne peut que regretter le cavalier seul de la France Insoumise et des syndicats qui ne donnent pour l’instant aucune indication d’un réel front social uni et déterminé. C’est de la France d’en bas dont il faut espérer une réaction à la hauteur de l’agression sociale dont elle est l’objet. Il faut espérer qu’elle revienne de ses vacances estivales avec l’énergie de se battre et de défendre : car il ne s’agit plus ici de lutte des classes mais bien d’auto-défense.

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Patlotch



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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT (français) et RESTRUCTURATION (mondiale) du CAPITALISME   Hier à 15:32


Macron, l'entrepreneur, le prolétaire, et la révolution

un texte qui n'a rien de théorique, mais...

La polémique sur «les gens qui ne sont rien» empêche de comprendre la révolution de Macron

Claude Askolovitch Slate.fr 03.07.2017

« Macron espère en eux [les entrepreneurs], non pas une bourgeoisie reproduite,
mais une élite du talent et de la volonté, par-delà les préjugés.
Il leur assigne dans la bascule capitaliste, un rôle historique que le marxisme assignait au prolétariat :
celui d’être la classe sociale de la Révolution ultime. »



Bertrand GUAY / POOL / AFP

Depuis sa remarque sur les «ouvrières illettrées de Gad», l'image lui colle à la peau. La dernière sortie de Macron sur «les gens qui ne sont rien» a relancé ce week-end les accusations de mépris de la classe prolétaire. Et si on replaçait la phrase dans son contexte pour comprendre ce monde que nous promet réellement le nouveau président.

Citation :
La bêtise des indignations a saisi Emmanuel Macron dans la polémique croupion d’un week-end, quand un bout de phrase d’un discours optimisme est devenu la preuve de son mépris. «Une gare est un lieu où on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien», disait jeudi le président en inaugurant une friche high-tech parisienne, dans une métaphore sur la responsabilités des destins.

S’en est suivi un bruit sans surprise, que Macron nourrit depuis son anecdote initiale sur les «ouvrières illettrées de Gad». Ce bruit l’accompagne et console ses ennemis, qui en font l’incarnation des classes supérieures, arrogantes et cadenassées. Un jour, le bruit l’emportera? Il n’en sera pas moins idiot, quand Macron, précisément, dit le contraire de ce qu’on lui reproche, avertissant des entrepreneurs en devenir de leurs devoirs envers la société! Cela ne clôt pas le débat. Mais le bruit est l’analyse des imbéciles, qui empêche de réfléchir sur l’idéologie que porte un président décidé à nous changer.

Une parole venue d'en haut  

Il y a chez Macron une question à résoudre sur ce qu’il fait des moins doués de notre vie commune. Ils sont pour l’instant un sujet annexe. J’ignore si la psychologie précède la politique, chez cet homme pétri de réussite. Il ne s’agit pas tant de mépris que d’une gentillesse un peu désolée, et d’une interrogation sur ce que l’on pourrait faire, d’en haut, pour aider ceux d’en bas. Apprendre à conduire aux ouvrières des abbatoirs, indemniser et former les débarqués de Whirlpool, demander à de jeunes start-uppers en devenir d’être, grandissant, responsables des autres, c’est toujours la même histoire. C’est d’en haut que vient la solution, de l’autre côté de la frontière qui sépare ceux qui vivent et ceux qui subissent leur destin.

Macron ne dit rien d’autre que cela. Il le dit avec constance et enthousiasme. Il dit, simplement, l’état des lieux, et ce qu’il compte en faire. C’est ici qu’il faudrait débattre avec lui. Son expression, «ceux qui ne sont rien» est malheureuse? Elle a été une source de fierté. Être rien n’est pas être victime. C’est un constat social. On en fit un drapeau. «Nous ne sommes rien, soyons tout», écrivait Eugène Pottier, et ce fut le premier couplet de l’Internationale.

Macron est Jupiter? Mais quels dieux sont les autres?

Les damnés de la terre, un jour, renverseraient le capitalisme et instaureraient la société sans classe. Ce messianisme est passé, comme la vigueur du vocabulaire. Les damnés de la terre sont, chez nous, les maudits du temps qui passe, de l’économie qui se réinvente, du monde ouvert et des concurrences. Cela fait un moment que l’ouvrier subit et ne terrifie plus le bourgeois.

Ni droite ni gauche  

Un pouvoir arrive, il s’appelle Macron. Il n’a pas en lui la honte cafarde des gauches d’avant, qui célébraient la gloire de la mine et du prolétariat défunt tout en faisant table commune avec les patrons. Il n’a pas non plus la hargne des droites trempées de revanche, qui n’en finissaient pas de faire payer aux salopards juin 36 ou mai 68. Macron dit simplement ce qu’il voit. Il y a, en notre monde, ceux qui subissent, et ceux qui avancent. Ce que cela lui inspire philosophiquement est une question que l’on ne résoudra plus.

Il a été élu sur des impressions désirables, sans que cet homme de pensée ne soit pensé. Macron n’a pas la révolte des chrétiens engagés face à l’injustice. Mais je doute absolument que ce lecteur, forcément personnaliste, chérissant l’individu, méprise l’humanité des éclopés du système. Il ne s’agit pas de cela. Mais il ne sait pas parler aux perdants. Il ne sait que faire d’eux, ni ne pense faire avec eux. Il n’en a pas peur. Il est allé regarder les whirlpool dans les yeux pendant la campagne, et c’était sans mépris. Mais il n’avait rien à leur proposer que des consolations et sa parole. Se contente-t-on de cela?

Une nouvelle bourgeoisie  

La politique est ici. On n’entend pas, dans le discours de Macron, la possibilité d’une émancipation collective. Il ne pense pas pour autant que la société est figée. S’il abolit la gauche, il n’est pas pour autant de la droite des héritages et des reproductions. Il échappe à Bourdieu, prétend le nier. Il reprend le chemin idéologique à la République bourgeoise, thermidorienne peut-être, il figurerait un Guizot sans préjugés? Il suggère, en France, l’émergence de nouvelles bourgeoisies entrepreneuriales, qui ne seront pas figées, qui ne devront rien qu’à leur mérite, et prendront en charge la société. Il souhaite que soit mis à bas l’ancien, mais par des échappées individuelles, qui en nourriront d’autres, et les plus remarquables accompliront la nouveauté.

Il fallait, pour comprendre, l’écouter jeudi, quand il inaugurait Station F, cette possible Silicon valley parisienne née de l’envie du milliardaire Xavier Niel, dont le président de la République vantait la générosité. Il fallait l’écouter et non pas découper une tranche de salami polémique, pour nourrir l’idiotie collective. À Station F, jadis Halle Freyssinet du nom de son architecte, qui fut construite pour abriter le fret des chemins de fer Paris-Orléans, Macron était heureux.

Le portrait officiel d'Emmanuel Macron: le meilleur placement produit pour Apple

Il avait eu, au début de son discours, une sorte de sarkozysme complaisant, parlant de lui comme l’ancien président, qui, haranguant les sportifs, aimait à rappeler ses propres exploits. Macron, lui, filait la métaphore entre sa conquête du pouvoir et l’aventure d’une start-up, dont il aurait «pivoté le business model». C’était amusant et habile. Je suis vous et vous êtes moi, disait le président aux entrepreneurs en construction, et là, ça devenait sérieux, et exposait une vision du monde.

«Ce qui nous rassemble, c’est cet esprit entrepreneurial; cette volonté de dire: beaucoup de gens ont voulu écrire ma vie, et moi j’ai décidé autrement. Vous ne voulez pas qu’on écrive votre vie et la vie de votre pays à votre place. C’est ça être entrepreneur.»

Monde ouvert et bien commun  

Et le président continuait, ensuite, dans une exaltation d’un mot français, «entrepreneur», «que nous ont volé les Anglo-Saxons», dans un discours mariant chercheurs, investisseurs et start-uppers, ceux que jadis ont appelait les «forces vives», réunis par «l’amour du risque» et «la volonté de ne pas subir». Il contemplait les jeunes gens qui le regardaient, en T-shirt, écouteurs autour du cou, sans apprêt, physiquement étrangers aux élites telle que la République, jadis les concevait. Il exaltait leurs origines diverses. Le monde avait changé. Le temps était passé des possédants par nature, du pouvoir des diplômés des grandes écoles qui fermaient «la porte du club» derrière eux.

Macron, regardant le peuple de Station F, décrivait son monde idéal, ouvert et allant, et lui prêchait la bonne parole. Il dépassait la flatterie pour sermonner le bien commun. Il fallait réussir, disait-il, pour «écrire les prochaines pages de la planète». Il ne faudrait jamais penser, insistait-il que l’on réussissait pour soi-même. Il ne fallait pas croire qu’un investissement réussi se suffisait à lui-même, et prétendre se satisfaire du succès, «quand d’autres sont démunis». Il avertissait, Macron, que le clinquant était illusoire. Il flattait son auditoire de propos élevés.

«Ce qui vous réunit ici est une ambition incommensurable. Pas seulement une ambition de gagner de l’argent, ce n’est pas la seule chose qui compte. Il ne faut pas en avoir honte, mais réussir, c’est aussi réussir sa vie personnelle, faire réussir les autres, combler des inégalités, donner un destin à ceux qui n’en avaient pas.»


«Tout ce que l’État porte, vous le partagez»  

Donner un destin à ceux qui n’en ont pas. La métaphore de la gare, où passent ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien, venait logiquement. Elle n’écrasait personne. Elle n’était adressée qu’aux puissants de demain, pour qu’ils n’oublient pas qu’ils partageaient un monde, et que rien ne les autoriserait à «accumuler dans son coin». Macron employait un vocabulaire compréhensible aux jeunes ambitieux; mais c’est aussi le vocabulaire des plus âpres dénonciateurs du capitalisme. Être prolétaire, n’avoir rien à perdre que ses chaines, n’être rien.

Emmanuel Macron est-il vraiment libéral?

Macron parlait aux nouveaux capitalistes, pour leur dire qu’il comptait sur eux, pour déminer l’explosion sociale. Ceux qui ont réussi ont un devoir. Il faisait d’eux, avec l’État, les garants d’une régulation sociale. «Tout ce que l’État porte, vous le partagez, disait-il. La capacité à faire réussir chacune et chacun, la responsabilité qui consiste à faire réussir ceux qui viennent du plus loin de la réussite, la capacité à considérer que la réussite oblige, vous en êtes les co-dépositaires.» Et les start-uppers de la Station F devenaient co-dépositaires de la République macronienne, vive la République, vive la France.

Modèle anglo-saxon  

La transgression aurait mérité débat. Transmettre la charge du destin commun aux entreprises, fussent-elles nouvelles, quand jadis, on considérait, en haut lieu, que seuls les fonctionnaires méritaient cet honneur, est une innovation. Que de pouvoir, que de responsabilité? La bascule vers un paysage anglo-saxon, sous couvert d’un vieux mot français, entrepreneur, était patente. Ensemble, le président, ses ministres, Xavier Niel et le start-upper répareraient ceux qui n’ont pas de destin?

La pensée est complexe. Elle n’est pas non plus totalement nouvelle. L’idée que le chef d’entreprise porte le destin de ceux qui l’accompagnent est une idée douce dans ce pays. Elle est une histoire d’apaisement social, depuis que le premier maître a initié le premier des compagnons. Elle est l’histoire que la France des petites entreprises a opposé à la lutte des classes, cette mécanique née de l’idéologie allemande. Nous avons aimé cette histoire. Elle s’inscrit dans le paysage «Le petit patron et ses ouvriers sont une même famille», nous disait Vincent-Yves Montand dans le film de Claude Sautet, et nous redisent les start-uppers de Niel et Macron?

Ils le disent en un autre temps, un autre lieu, mais le disent pareillement, au commencement au moins. Montand, dans ce film de l’avant-crise, peinait à joindre les deux bouts. S’il était aimable aux femmes, son cœur, physiquement, le lâchait. Ses ouvriers souffraient avec lui. Dans le monde de la nouvelle économie, le corps n’a pas encore trahi les enfants de Station F et les business angels leur viennent en aide, mais l’esprit est le même. Le patron est ton ami, tu es l’ami du patron.

«Nous avons tout, soyons tout?»  

Jadis, abus et paternalisme écorchèrent cette utopie. On inventa un code du travail pour y remédier. Il est désormais vécu comme un obstacle à l’épanouissement entrepreneurial et à l’harmonie dynamique. Tout se tient. Licence est donnée aux entrepreneurs de croître et multiplier, pour le bien de tous espère-t-on. L’État ne les limitera pas. Ils n’auront d’autre limite et guide que leur conscience ambitieuse, si le président a été entendu.

Ce qui cuit dans la ci-devant Halle Freyssinet, peut se lire dans les jeux de dupes et les tendresses du monde d’avant, comme la revanche sucrée du patron épuisé. Mais tout change par l’idéalisme du discours, que porte le président de la «start-up patrie»: l’invite à changer le monde, pas seulement à réguler la société, mais à transformer la planète, avant que celle-ci n’explose.

Parité: le foutage de gueule d'Emmanuel Macron

Cet idéalisme sera le masque du simple profit, ou le transcendera. Vincent-Montand n’avait pas comme modèle les prométhéens Zuckerberg ou Musk, et nul ne lui demandait autre chose que la décence, à hauteur d’homme, qui était la nôtre. Tout a changé. On demande désormais à l’entrepreneur de construire un monde nouveau, puisque le nôtre est appelé à disparaître, dans le réchauffement climatique, le chaos, l’injustice et la violence. «Transformez notre pays, bousculez-le, faites le changer mais n’oubliez jamais que vous devez le faire changer longtemps», lance Emmanuel Macron aux passagers de la station F.

Il espère en eux, non pas une bourgeoisie reproduite, mais une élite du talent et de la volonté, par-delà les préjugés. Il leur assigne dans la bascule capitaliste, un rôle historique que le marxisme assignait au prolétariat: celui d’être la classe sociale de la Révolution ultime. Ce sont les geeks et les investisseurs qui doivent accoucher de la société ultime, et deviennent un corps social messianisé. «Nous avons tout, soyons tout?» Pauvre prolétariat, quand y songe, dont les usines ferment et dépossédé de sa mystique! On est, alors, bien au-delà du mépris, quand est dénié aux gens de peu ce qui était leur consolation. Même dans l’au-delà social, nous ne sommes pas grand-chose. Nos enfants nous vengeront.

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