PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 MACRONISME, ÉTAT français et RESTRUCTURATION de la géoéconomie du CAPITAL

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Patlotch



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MessageSujet: MACRONISME, ÉTAT français et RESTRUCTURATION de la géoéconomie du CAPITAL   Mer 7 Juin - 5:34


condensé plus lisible du sujet un TOURNANT HISTORIQUE du CAPITALISME et de l'ÉTAT FRANÇAIS, élections 2015-2017, faits et propos, analyses et théorie (antiroman), expurgé les articles de presses et autres matériaux qui néanmoins sont la base des commentaires ayant un contenu analytique et/ou théorique

la restructuration globale du capitalisme dont il est ici question est (re)définie page 2, 16:49. Elle ne pouvait l'être en liaison avec le macronisme avant que les grandes caractéristiques de celui-ci ne soient cernées dans le contexte de son émergence rapide dans la conjoncture franco-mondiale créée avec les attentats parisiens de 2015 et la radicalisation de l'idéologie française

certains textes théoriques vont dans le sens de mes remarques, que j'ai utilisés ou commentés/critiqués, naturellement certains dans la tradition de la critique radicale du capitalisme héritée de Marx et des anarchistes, mais aussi Pierre Legendre, Olivier Roy, Jérôme Sainte-Marie...

j'ai commencé en 2015 à mettre au centre de l'idéologie française la fin du clivage gauche-droite dans DROITE-GAUCHE : IMPLOSION d'un PARADIGME FRANÇAIS historique et CRISE de la POLITIQUE INSTITUTIONNELLE



post-introduction
23 mai 2017

à l'origine, ce sujet ne portait que sur les élections, d'abord les régionales de l'automne 2015, puis les présidentielles, la campagne, les résultats, et la suite... Je ne songeais pas alors à en faire un sujet central, ni de l'idéologie française (dont je l'ai sorti), ni du forum, considérant que le niveau politique, et a fortiori le niveau électoral, ne permettait pas de descendre en profondeur dans ce qui l'explique

chemin faisant, et compte tenu du bouleversement historique produit par l'élection d'Emmanuel Macron, ce lien à l'économie politique m'apparaîtra comme l'évidence d'une nécessité historique au plan français et mondial. Il me semble qu'il faut lire ce sujet en son entier pour saisir concrètement sous ses divers aspects et dans son cheminement la raison de ce renversement de ce renversement, une restructuration dans la restructuration modifiant dans l'État transnational la fonction des États-nations

il est clair que ma méthode de théorisation à chaud, au fil des événements, ne peut produire des textes aboutis comme ceux écrits après-coup, et cela rend la lecture moins facile. Livrés en feuilleton, il faut suivre ou être largué. Je ne partage pas l'avis de Bruno Astarian pour qui « Presque par essence, la théorie communiste se développe post festum. » (Solitude de la théorie communiste, Hic Salta, août 2016). Si le risque est fort de se planter, l'avantage est de théoriser au présent, et donc j'espère de proposer une réflexion un peu moins inutile...

des sous-titres en guise de résumé

page 1 février à mai

- l'union sacrée à froid
- le peuple citoyen, bras désarmé de l'État du capital
- mensonges et idéologie dans le spectacle électoral : à nouveau sur le populisme
- le gauchisme au miroir des élections / la maladie sénile du gauchisme électoral
- la recomposition politique en marche
- Monsieur Mélenchon, la société civile, et l'État
- quantité et qualité - politique et rapports de classes
- crise des partis... crise de régime ?
- le charme persistant du trostko-gauchisme
- au rendez-vous du peuple avec l'idéologie française (Messieurs Le Pen et Mélenchon)
- Macron, l'anti-système systémique
- votes par catégories sociales au 1er tour des présidentielles / une forte abstention prolétarienne...
- Macron, Le Pen, Mélenchon : 3 discours transclassistes
- les fers au feu de la démocratie politique, alias l'État du capital
- fin du clivage gauche-droite et recomposition politique
- restructuration du capital et... ?communisme?
- décomposition/recomposition, vers un compromis historique
- la "gauche" + la "droite" + la "société civile" en marche pour l'État de la bourgeoisie française
- un coup d'État pacifique
- Marx sur la "société civile"
- économie, quand tu les tiens : et si Macron réussissait ? Quoi ?
- la transition capitaliste verte est mûre
- la classe des entrepreneurs et cadres dirigeants au pouvoir
- un moment de la nouvelle restructuration transnationale du capitalisme mondial/global

Page 2 mai-juin

- ils font ou feront tous du Macron
- l'idéologie de l'entrepreneur / la classe de l'encadrement en marche
- nécessité historique, conjoncture, et dépassement / précisions théoriques et terminologiques
- la morale, une affaire capitale d'État : le droit entérine un rapport de forces entre classes
- du milieu communisateur, un premier texte sur la présidentielle : Macron, classe moyenne et politique : réflexions sur la présidentielle 2017 / un texte idéologique à rebours de la méthode de Marx
- quelle restructuration du capitalisme ? / quelle théorisation communiste ?



18 février

puisque la locomotive Macron semble en capacité d'accrocher durablement les wagons perdus de la politique française et de stabiliser la donne actuelle des intentions de vote à la présidentielle, tout en préparant les regroupements indispensables pour les législatives afin d'aboutir à une majorité assurant un minimum de stabilité politique en France


l'union sacrée à froid

le phénomène est en soi plus intéressant que la campagne elle-même à l'échéance de l'élection présidentielle, puisqu'avec les législatives, elle devrait aboutir à une recomposition quasi-partisane du champ politique et à résoudre provisoirement la crise ouverte par le populisme de droite et de gauche dans l'effacement du clivage droite-gauche

en témoigne l'accélération des ralliements autour de Macron de ténors de droite, du centre et de gauche, ministres ou anciens ministres, qu'il aurait été impossible d'imaginer il y a seulement quelques mois, une sorte d'union sacrée à froid

il est remarquable que cela se passe sur fond de piétinements impuissant tendant au recul des candidats officiels des partis qui ont mené le jeu politique depuis des décennies, la droite (Fillon) et le PS (Hamon)

à partir de là, rien ne changera vraiment sur le fond quant à la crise économique et sociale, mais le pouvoir d'État du capital se sera tiré une épine du pied en se mettant à l'heure des enjeux actuels pour la bourgeoisie française

le comportement prolétarien devrait se répartir massivement entre "extrêmes" populistes (Le Pen - Mélenchon) et abstention

la question nationale, derrière ou devant celle de l'immigration et du terrorisme, a été globalement tenue par Macron tout en mettant en avant les thèmes actuels de la mondialisation capitaliste. Il se peut qu'économiquement ce soit la quadrature du cercle, une bulle idéologique fantasmatique, mais pour l'heure c'est en marche !


11 mars

quelques chiffres avant les élections présidentielles, obtenus en recoupant diverses données (INSEE...) et arrondis

1) population française : 67 millions

2) en âge de voter ("adultes") : 52 millions soit 77% (15 millions de moins de 18 ans, ~ un quart de la population)

3) inscrits sur les listes : 47 millions soit 90% (10% de non inscrits)

pour une compréhension des élections, il faudra donc rapporter le nombre de voix de chaque candidat.e à ces proportions réelles

4) exemple : pour un taux de votants attendu de 75 % soit ~ 35 millions, soit 67 % rapporté aux "adultes"

pour ce taux, 25% de voix exprimées au 1er tour (score des sondages pour Le Pen et Macron), c'est donc 18,5% des inscrits et 17% de l'électorat potentiel (comptant les non inscrits)

50% au second tour, 17,5 millions, c'est ~ un tiers de l'électorat potentiel pour devenir président de la république



24 mars


le peuple citoyen, bras désarmé de l'État du capital

on pourrait, bien sûr, ranger ce qui précède dans une généralité : le candidat choisi par le peuple à la tête de l'État devient nécessairement le candidat du capital, dont l'État est le versant politique du pouvoir

ainsi, rétrospectivement, on ne trouvera aucun président de la République qui aurait représenté une politique contre le capital, et ce n'est pas affaire de gauche ou de droite*, ni de respect de ses engagements devant le peuple

* pas davantage dans le keynésianisme, qui fut un compromis historique satisfaisant prolétariat et capital, donc en dernière analyse celui-ci

le peuple, en tant qu'assemblage de citoyens, est l'autre du pouvoir d'État, qui n'est pas en contradiction avec lui, mais au contraire on pourrait dire son bras désarmé par lui-même, société civile nationalisée

Macron devient le candidat du Capital parce qu'il est choisi par le peuple national, un peuple qui ne fera jamais classe d'une activité révolutionnaire mondiale

une certain Rocé‏ @RoceMusic écrit le 22 mars sur tweeter


Citation :
Le peuple aime se plier à un chef qui lui dit que le peuple n'a pas besoin de chef.

c'est une définition du populisme, dans laquelle on reconnaît l'idéologie de Nuit debout comme les discours antisystèmes de Le Pen à Mélenchon, en passant par Macron et même Fillon. C'est l'intuition de Macron qui a gagné

le tout s'éclaire par une critique radicale non de la démocratie comme concept, cette facilité ultragauchiste, mais de la démocratie politique, de la représentation politique, de la politique en tant qu'elle est l'État

on pourrait donc voir cette généralité à l'œuvre, mais on passerait alors à côté du comment elle se produit particulièrement dans la période présente, et c'est en cela, disais-je, que cette campagne est intéressante au-delà de ses péripéties spectaculaires



quand une idée s'empare des masses...

un autre aspect intéressant de la montée de Macron, c'est qu'il est un homme sans passé politique et surtout sans parti. De mémoire de Patlotch sauf erreur d'icelui, c'est une première en France. Aussi paradoxal que cela paraisse, il a capitalisé l'esprit de Nuit Debout dans les couches moyennes... qui les ont suivi sur Internet. Cette atmosphère populiste est une forme idéologique de structure of feeling théorisée par Raymond Williams

à ce titre, c'est encore une preuve de la montée du populisme à toutes les sauces, tendance que l'on a déjà constaté à l'étranger depuis près de 20 ans même dans de grands pays capitalistes (Japon, Italie... USA)

avec un peu d'ironie, on pourrait paraphraser Marx et dire que c'est une idé(ologi)e qui devient force matérielle, du moins électorale, parce qu'elle s'empare des masses

avec beaucoup d'optimisme, on dira que c'est la preuve que l'on peut se passer d'un parti pour organiser un mouvement de masse

de là à parler d'auto-organisation, hein, on ne demandera pas aux révolutionnaires d'applaudir sur ordre par tel portable, encore que, dans certains cortèges sans têtes...


quand une connerie s'empare des masses...


27 mars


mensonges et idéologie dans le spectacle électoral

à nouveau sur le populisme

une campagne électorale, ce sont des couches sédimentées d'idéologie et de mensonges, en tant que la première n'est pas faite que des seconds. Y voir clair supposerait de tout relever, comme on dit lever un lièvre. On n'en finirait pas, et l'on y noierait l'essentiel

exemple : Hamon se plaint des "trahisons", ces ténors du PS ou membres du gouvernement qui soutiennent Macron. Pourtant, en tant que "frondeur", il a fait peu de cas de cette solidarité

en surface, c'est un appel à l'esprit de parti, au nom du respect de "valeurs de gauche", in fine au nom du "peuple de gauche"

en profondeur, c'est un symptôme de la déliquescence des partis de gouvernement. On constate en effet la même chose à droite autour de Fillon (exemple, de Villepin, ex premier ministre de Sarkozy, soutiendrait Macron)

au total, c'est la quadrature du cercle pour ces candidats des deux grands partis institutionnels, qui explosent dans la recomposition en cours évoquée, sur fond de populismes

Macron et Mélenchon ont bien compris cette évolution antipartis et c'est pourquoi ils montent dans l'opinion publique, alors que l'idéologie n'est plus essentiellement portée par les partis politiques et leurs adhérents

la figure du militant a changé, à tel point que son rejet critique par l'ultragauche peut apparaître comme un aspect d'un mouvement plus profond - remarque déjà faite plus haut (24 mars) à propos du rejet de la politique et des élections. En aucun cas ce ne sont ces critiques anarcho-gauchistes qui génèrent cette évolution, mais l'inverse

à propos de "populisme", Hollande se donne pour dernière mission d'éviter la victoire du populisme : « éviter que le populisme, le nationalisme, l'extrémisme ne puissent l'emporter ». Suivez son regard, Le Pen, Mélenchon... mais pas Macron. Or celui-ci ne peut exister que sur le fond de la vague populiste

si l'on se réfère au texte de TC/RS M. LE PEN ET LA DISPARITION DE L’IDENTITÉ OUVRIÈRE, 2002, un long passage est consacré au populisme dans lequel on peut lire


Citation :
Le petit patronat représente idéalement cette réconciliation du travail respectable et du capital mérité, s’épanouissant dans le cadre de la nation, sociale et familiale. Malheureusement, si c’est un idéal c’est que c’est aussi une réalité.
[...]
Le petit patron est tout à fait moderne....

on pourrait dire qu'aujourd'hui, l'électeur idéal de Macron, économiquement, socialement et idéologiquement, c'est l'autoentrepreneur plutôt que le petit patron. On a un peu le même rapport au travail, mais pas du tout avec les mêmes couches sociales. Le populisme de Macron ne s'adresse pas au prolétariat, mais aux couches moyennes et supérieures

mais on ne va pas demander à François Hollande de reconnaître ce populisme-là chez Macron...

on trouve quelques analyses concernant le populisme de Macron, sans grande valeur théorique certes, mais intéressantes sur le plan phénoménal. Voir la recherche Macron populisme
Macron ou le stade suprême du populisme, Guillaume Bigot Le Figaro 24/03/2017

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Dernière édition par Patlotch le Sam 24 Juin - 16:56, édité 11 fois
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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT français et RESTRUCTURATION de la géoéconomie du CAPITAL   Mer 7 Juin - 5:55


30 mars


le gauchisme en miroir des élections

circulant sur les blogs "radicaux" (Indymédia, etc.), un texte qui est à la campagne électorale ce qu'étaient les cortèges de tête aux manifs. Il ne peut pas exister sans, et se pose donc contre avec pas mal de contradictions concernant la positivité révolutionnaire des mouvement sur lesquels il s'appuie tout en s'en présentant comme une avant-garde éclairée

la critique colle à l'événementiel dans le miroir médiatique dominant, bref, ils n'ont pas compris la situation, et se trompent d'époque

au revival anarchiste correspond le folklore théorique


Ici et maintenant : Appel à rouvrir la question révolutionnaire en période électorale, expansive.info 22 mars 2017
Texte issu de la dernière réunion contre la mascarade électorale.

6 avril

la maladie sénile du gauchisme électoral

Poutou, candidat du NPA, a fait, lors du grand débat, un petit tabac. Il est, avec Nathalie Artaud, candidate de LO, le représentant de l'extrême-gauche "radicalement anticapitaliste", autrement dit du gauchisme électoral par excellence, en quelque sorte le contraire de la "maladie infantile", puisque Lénine y visait les anti-parlementaires

comme tous les petits candidats, on peut dire qu'ils détournent le principe de l'élection présidentielle pour faire connaître leurs positions politiques, et sont convoqués à être aussi personnalistes que tous les autres, tout en soulignant l'incompatibilité de leurs idées avec un régime présidentiel

on pourrait dire que c'est de bonne guerre, comme le fut la décision du PCF, prise après 68, de présenter un candidat à cette élection, "pour ne plus être tributaire du PS", sic, vu ce qui s'en suit (Programme commun, Mitterrand... Jospin...) jusqu'à plus soif

le corollaire de cette décision, pour le NPA et LO, c'est de s'interdire de faire une critique radicale de la politique, de la démocratie politique, et c'est bien ce qui ressort, à entendre les propositions de Poutou et Artaud, qui ont alors beau jeu de considérer Mélenchon comme un "sous-révolutionnaire", lui qui, au demeurant, se défend d'appartenir à la "gauche radicale"

alors, Poutou aurait fait entendre la voix des ouvriers, la belle affaire, les ouvriers ont entendu un clown de plus, avec un nez rouge



8 avril


la recomposition politique en marche

qu'il parvienne ou pas au second tour de la présidentielle, Mélenchon est peut-être en passe de réussir ce qui avait jusque-là échoué en France et particulièrement à l'occasion de Nuit Debout*, à savoir construire un mouvement politique, pour ne pas dire un parti, atteignant à l'ampleur (militante et représentative), de celle de Syrisa et Podemos, dans la même veine de populisme radical de gauche, cher à Chantal Mouffe et ses émules en France

* encore que son initiateur, François Ruffin, « annonce en novembre 2016 qu'il envisage de se présenter comme candidat aux élections législatives de 2017 dans la première circonscription de la Somme19, avec un programme inspiré de celui de La France insoumise, du PCF et d'EELV. » (Wikipédia)

l'exercice est périlleux dans le contexte de la présidentielle, mais devrait être facilité dans celui des législatives, quel que soit le score du Chavez français

rappelons que la montée de Syrisa en Grèce, bien avant sa victoire, a signé la plongée du Pasok à partir de 2010, de près de 45% à 6,5% en septembre 2015 (source : En Grèce, la dégringolade électorale des socialistes du Pasok). Voir en relation Danielle Simonnet, porte-parole de Jean-Luc Mélenchon, estime que la mort du PS ne serait "pas une mauvaise chose"

la montée de Macron complète ce phénomène, comme lieu du remplacement du PS par un "parti" de centre-droite-gauche, qui est en quelque sorte un aggiornamento des politiques gouvernementales réellement mises en œuvre par la droite et la gauche depuis la crise de 2008 (et avant, mais depuis les attentats de janvier 2015, l'implosion du clivage droite-gauche s'est accélérée, dans ce que j'ai caractérisé depuis deux ans par l'idéologie française)

10 avril


Monsieur Mélenchon, la société civile, et l'État

Karl Marx a écrit:
Posez telle société civile et vous aurez tel État politique, qui n'est que l'expression officielle de la société civile. Voilà ce que M. Proudhon ne comprendra jamais, car il croit faire grande chose, quand il en appelle de l'État à la société civile, c'est-à-dire du résumé officiel de la société à la société officielle.

Lettre à Annenkov, 28 décembre 1846

cette lettre de Marx est une courte réfutation des thèses de Proudhon dans Philosophie de la misère (1846), avant la publication de Misère de la philosophie (1847, quelques mois avant le Manifeste). J'ai souvent rappelé que la gauche française, y compris communiste, est restée proudhoniste (on le voit encore dans les thèses sur le Commun, de Dardot et Laval)

on peut lire, dans l'évolution des discours, notamment ceux de J-L Mélenchon - ce qu'il ne dit plus, ce qu'il dit en plus -, l'adaptation au désir d'État de la société civile (les citoyens). C'est assez frappant au fur et à mesure que la probabilité d'une victoire augmente, du moins pour ses partisans, comme hier on l'a entendu à Marseille

c'est un aspect de la spécificité du populisme de gauche dans l'idéologie française, et bien sûr, plus largement, l'absence de critique radicale de l'État, de la démocratie politique


panem et circenses

pain et jeux du cirque > du pain et des jeux

d'un patron paternaliste

Le patron des boulangeries Paul votera Fillon  «en tant qu’ambassadeur de ses salariés», les syndicats mécontents...

Citation :
Le patron des boulangeries Paul roule pour François Fillon. « J’ai décidé de voter pour Monsieur Fillon », a déclaré samedi Francis Holder, le président du groupe. Un choix personnel qui n’engage théoriquement que lui. Seulement voilà, le patron de l’enseigne a assuré qu’il parlait « en tant qu’ambassadeur de ses salariés ».

comme dit ci-dessus avec Marx contre Proudhon, l'État représente "la société civile". Le patronat, en tant que la classe capitaliste dans les rapports économiques, représente toutes les classes en tant qu'il est le pôle dominant de ce rapport d'exploitation. C'est ce qu'on appelle l'idéologie dominante. En disant tout haut ce que les patrons font tout bas, "Monsieur Paul" ne fait que son boulot

la preuve du pain c'est qu'on le mange, mais avec le blé, on fait aussi de la farine. Monsieur Fillon en sait quelque chose...




10 avril


« LA France responsable...»  
une polémique qui masque l'idéologie de l'État-nation

à propos de la "polémique" crée par Marine Le Pen ayant affirmé « Je pense que la France n’est pas responsable du Vél’ d’Hiv ». Sur le plan politique, c'est évidemment tout sauf un "faux pas" ou une "erreur", et de convoquer tel historien n'y changera rien. Elle a paradoxalement juridiquement tort (depuis la repentance de Chirac) et formellement raison mais elle ne dira pas pourquoi (voir plus bas). Cette sortie à double sens est naturellement millimétrée pour ratisser large chez les électeurs du FN jusque dans la mouvance antisémite

De Gaulle n'avait rien dit d'autre en distinguant le régime de Vichy et la France de Londres qui était pour lui la légitimité de la continuité républicaine. Fillon attaquant Le Pen reprend l'argument gaulliste, en disant qu'il y avait « deux France », celle de Pétain et son État français avec la majorité de son administration, et celle que représentait à Londres le Général de Gaulle)

le plus intéressant est ailleurs, dans les critiques dont elle fait l'objet de la part des autres candidats et de la classe politique, car tous se placent sur le même terrain idéologique de la personnalisation, voire de la déification de l'État-nation. La question se réduit donc à « La France est-elle ou non responsable, etc. ? »

car, "LA France", c'est qui, c'est quoi ? Les Français ? Lesquels ? Quelles classes au pouvoir politique ?... Hamon et d'autres rappellent qu'il n'y avait pas de soldats allemands au Vel' d'Hiv, mais seulement des policiers français sur initiative du gouvernement de Pétain. Vrai. La police française, c'était l'État français, pas le peuple français, mais enfin, qui a protesté ? Qui a sorti quelques Juifs de cet enfer ?

La France divinisée est, tout autant que celle de Pétain alors, celle des politiques aujourd'hui - tous les politiques puisque l'État-nation est leur fond de commerce électoral et idéologique

voir en relation le sujet l'ÉTAT : critique de l'État, de la DÉMOCRATIE POLITIQUE, des PARTIS, de la RÉPUBLIQUE... et notamment les textes croisés de Marx et Pierre Legendre le 10 octobre 2015...


le Totem de l'État est tabou

ajout : pour être plus précis et ne pas être interprété de travers : c'est l'idéologie de l'État-nation, masquant les rapports de classes (mondiaux), qui permet à la polémique de se développer sur le terrain de l'affrontement politique entre fascisme et démocratie, toujours en jouant sur l'opposition vue plus haut avec Marx entre État et Société civile (9:47)


11 avril


principe d'incertitude

quantité et qualité - politique et rapports de classes

instruits par la surprise Trump, les instituts de sondage prennent de plus en plus de précautions autour de leurs résultats, quand à l'incertitude, non sur leurs méthodes, la fourchette de probabilités, ni même quant au fait qu'ils ne représentent qu'un instant t des intentions de vote, mais sur l'échantillon choisi pour le sondage, car il repose sur des comportements électoraux relatifs aux précédents scrutins, alors que le paysage politique est bouleversé

en clair, on ne peut pas mesurer quantitativement ce qui change avant de savoir ce qui change qualitativement

pour qui ça intéresse, voir sondage échantillon incertitude

dans une certaine mesure, c'est le même type d'observation que je retiens avec un objectif différent, puisque ce qui compte n'est pas tant le résultat en lui-même, mais ce qui y aura conduit et fait que le quantitatif aura produit un changement qualitatif (sur la dialectique voir DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE)

n'en déplaise à Temps Critiques, il se produit bien des dépassements dialectiques, et s'ils n'ont rien de révolutionnaires en ce qu'ils ne sortent pas du capital, ni même n'annoncent la sortie (raison pourquoi Théorie communiste se tait), ils sont révolution en tant que l'histoire sans cesse bouleverse ses bases

la qualité de la nouvelle situation ne sera pas tant le nouveau dispositif des forces politiques recomposées, que les nouveaux rapports entre classes qui y auront conduit et en ressortiront comme la nouvelle donne, dont on observera avec intérêt une éventuelle dynamique


crise des partis... crise de régime ?

le gentil Hamon, idiot utile et dindon de l'histoire

la plongée de Hamon, représentant officiel du PS, sous les 10%, traduit la vieillesse historique de ce parti dans la bipolarisation droite-gauche, comme le mur impassable des 20% pour Fillon candidat de la droite unie. Ils sont les suicidés du système des partis (cf C'est la crise du régime partisan), qu'annonçait déjà la longue agonie du PCF. Hamon ne sert à rien, ni même au PS que représenter sa fin. C'est le candidat inutile par excellence, le témoin impuissant du passage des "voix de gauche" vers Macron et Mélenchon, dont c'est l'intelligence politique - et celle de l'électorat - de l'avoir compris

il est remarquable que cette recomposition politique se soit accomplie sous nos yeux à froid, dans le processus de la campagne, avant que le résultat des élections proprement dites ne vienne en sanctionner l'étape d'une manière ou d'une autre, puisque rien ne sera plus comme avant


*

toutes proportions gardées, c'est la façon dont Marx analysait les rapports de classes à travers les événements politiques dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte (1851)

ceci pour insister sur la fonction de ces commentaires, essayer, au quotidien, d'échapper à la quotidienneté des événements relayés par les médias, qui ne sont pas tout le Spectacle



11 avril


le charme persistant du trostko-gauchisme

Que cache la Poutoumania ?

L'Express
11/04/2017

ce serait un peu long à décrypter, d'où ça vient, mais c'est assez jouissif. L'adversaire médiatique, "de classe" supposé, est quand même souvent moins con que les gauchistes, sans parler de quelques ultras,

mais le comble des clowns, c'est les trostkards, toutes tendances et scissions confonbues. Le trotkisme, ça doit être un trait de caractère, un truc psycho-social, on dirait presque un talent d'agile, et de fossoyeurs au long cours

Marx chaque matin lisait la presse bourgeoise (Aragon aussi) ... Il écrivait même dedans, avec les dents

PS 1 : enfin bon, les troskos ou ex-, i' sont quand même gratinés du surf idéologique pour occuper le terrain de l'idéo-démagogie depuis un siècle : sur 11 candidats à la présidentielle, on a 3 ex- ou post- trotskistes (Poutou, Artaud, Mélenchon) : la France a 27,2% de candidats tropkystes. À eux trois unis, ils sont aux deuxième tour, mais bon, comme on dit, deux troskistes un parti, trois trotskistes une scission

si on généralise : plus je converge, plus tu diverges, comment veux-tu comment vertu que je t'en...

PS 2 : pour le gauchiste, le gauchisme n'existe pas, ou toujours plus à droite. À ceci on le reconnaît : il confond surenchère et critique radicale

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Patlotch



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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT français et RESTRUCTURATION de la géoéconomie du CAPITAL   Mer 7 Juin - 6:27


12 avril



au rendez-vous du peuple avec l'idéologie française

Dans "Minute", Jean-Marie Le Pen s'imagine en "précurseur" du "tribun" Mélenchon

Romain Herreros Le Huffington Post 12/04/2017

L'hebdomadaire d'extrême droite va même jusqu'à dire que le candidat est son "héritier".


Citation :
L'ascension de Jean-Luc Mélenchon dans les sondages ne laisse personne indifférent. Alors que les adversaires du candidat de la France insoumise ferraillent contre le "communiste" Mélenchon, l'hebdomadaire d'extrême droite Minute, préfère voir dans la progression de l'euro-député l'empreinte de... Jean-Marie Le Pen.

"Le tribun Le Pen a trouvé son héritier, il s'appelle Mélenchon", titre en une le magazine, qui a pour l'occasion ouvert ses colonnes au président d'honneur du Front national. Une interview au cours de laquelle le "Menhir" s'imagine "précurseur" du style Mélenchon.

"Je crois avoir été le premier en France"


D'emblée, le fondateur du FN s'octroie la paternité de la forme des meetings de Jean-Luc Mélenchon. "Je crois avoir été le premier en France, il y a déjà vingt ou trente ans de cela à parler de cette manière", affirme-t-il. L'eurodéputé assure avoir des similitudes avec le candidat de la France insoumise comme, "la capacité à tenir un discours d'une heure et demi sans notes" ou encore l'abandon de certains codes: "un contact moins formel de la communication politique".

Même son de cloche concernant le vocabulaire utilisé par Jean-Luc Mélenchon: "j'ai dû être le précurseur de cette scénographie". "Il faut dire que cet homme, qui était un sénateur obscur pendant de longues années, s'est révélé un orateur public de qualité", poursuit Jean-Marie Le Pen, qui indique qu'à l'instar du candidat de gauche, lui aussi récitait des poèmes à la tribune.

Et le fondateur du Front national de jouer les modestes: "je n'ai pas la prétention d'avoir été son modèle, mais j'ai été un précurseur".

au fond, nous sommes ici en pleine idéologie française, telle que j'en ai décrypté les passerelles idéologiques jusque dans la non-récupération par la nouvelle droite (Alain de Benoist) de thèmes chers à une certaine ultragauche, le salut à celle-ci de Marine Le Pen

voir Un livre néo marxiste ? Quand Marine le Pen devient Marine la rouge... Atlantico 4 Mars 2012


ou Quand Marine Le Pen confond son extrême droite et son extrême gauche Blog Le Monde 27 janvier 2012
extrait

Marine Le Pen a écrit:
« A cet instant de mon propos, je ne résiste pas au plaisir de vous livrer les analyses et les démonstrations de l’extrême gauche la plus radicale, la vraie, pas celles des bobos de Jean-Luc Mélenchon ou des jeunes bourgeois du NPA (…). Non je parle de ceux qui s’arc-boutent encore dans cette défense intransigeante des intérêts des classes populaires et ne les ont pas abandonnés »

« Ces forces politiques-là, même si elles se trompent sur les solutions, partagent avec nous beaucoup d’analyses et auront comme beaucoup d’autres leur place dans ce grand mouvement que j’appelle de tous mes vœux. »


De qui parle-t-on ? Les choses deviennent plus mystérieuses encore lorsque Mme Le Pen avance que lorsque l’on a « surmonté » les « inévitables hystéries antiaméricaines et antisionistes, voire le traditionnel antisémitisme économique de la gauche et de l’ultra-gauche (sic) », on trouve dans cette fameuse extrême gauche véritable, « les mêmes fondements d’une opposition sociale à l’immigration ».

Et puis vient la référence. Marine Le Pen cite, à l’appui de son propos, un extrait  d’un livre inconnu, Critique de la société de l’indistinction, écrit par un collectif anonyme [en réalité Francis Cousin], « L’internationale », et paru aux Editions Révolution sociale dont il a été l’unique ouvrage publié.

voir aussi : Marine Le Pen est-elle d'extrême gauche ? Le Figaro 18 février 2014

dans ses dernières apparitions, Marine Le Pen épargne Mélenchon, comme si elle préférait l'avoir comme adversaire au second tour. François Hollande ne s'y est pas trompé : Hollande sort de sa réserve pour fustiger la "mode Mélenchon". Entre les mots il soutient Macron, et finit d'enfoncer le petit Hamon, qu'il ne cite pas...



24 avril


à propos des sondages

pas de surprise, mauvaise devise. Il serait presque frustrant de constater que depuis deux mois, les sondages donnent le résultat de ce premier tour (et du second), dans l'ordre et à quelques points près

'il serait', conditionnel, car si je ne les ai pas négligés, mes commentaires et 'pronostics' ont porté davantage sur les causes que les conséquences, comme plus essentielles à la compréhension des résultats mêmes, leur sens comme entérinant une recomposition politique sur fond de crise de l'économie politique dans ses spécificités françaises

l'émergence éventuelle de nouveau sera à lire comme indiqué plus haut dans les comportements de classes et générationnels, ville et campagne, quartiers populaires, banlieues d'immigration...

j'attire lourdement l'attention sur une erreur d'analyse possible : 'la société française glisse à droite', vu que Macron... etc. Cette apparence masque l'effondrement du clivage droite-gauche, et signe la caducité des analyses théoriques citoyennistes. Certains commentaires journalistiques sont à cet égard moins objectivistes, surtout dans la presse étrangère


Macron, l'anti-système systémique

avec la palette de ses soutiens, avant et après le premier tour, on n'aura jamais vu un candidat anti-système" aussi systématiquement systémique

Et la cohorte de tous ceux qui appellent à voter "contre Le Pen" pour se raccrocher aux branches, comme si leurs électeurs avaient besoin d'eux, et pas plutôt l'inverse, prenant date...

Rien de tel pour faire monter la Marine française de souche, au demeurant...

voir entre autres Présidentielle : Macron engrange les soutiens, Le Pen dénonce le "front républicain tout pourri"



25 avril

de l'adéquation des vedettes politiques à la situation

ni Mélenchon, l'homme faussement nouveau venu du trotskisme passé par le PS, ni Macron, l'homme vraiment nouveau inconnu il y a trois ans, ne tombent du ciel de la campagne présidentielle avec de pareils scores

ils sont des produits adéquats à la situation de crise de la politique dans l'économie politique, des hommes grosses "virgules de l'histoire" répondant à ses besoins d'être quelque part cohérente : « Ce qui est réel est rationnel » (Hegel)

nous le sentions depuis des mois et cela s'est produit conformément à nos analyses

le renversement, la "recomposition politique", se comprend comme dépassement produit, cad ici et à ce niveau superstructurel, entériné institutionnellement, du démocratisme radical au populisme démocratique, face à une solution systémique de gestion du capital par les mêmes, modernisés, ubérisés. Certes, ce n'est pas ce match qui est sorti des urnes, mais c'est celui-ci qui comptera pour la suite, toute la "gauche" politique le sait et se repositionne(ra) en conséquence

le flair et l'intelligence politique avec lesquels Macron a endossé le rôle qu'exigeait la fonction historique sont assez stupéfiants, dans ce délai. En ce sens il est un représentant parfait de l'homme capitaliste tel qu'en parlait Marx, d'emblée en phase avec sa position de classe (peu importe ici ses origines sociales, au contraire, il a le flair "couches moyennes supérieures" rivé au corps de son expérience de banquier surdoué, augmenté du passage dans un sinon le ministère le plus important, avec l'Intérieur, du dispositif étatico-gouvernemental)

Marine Le Pen va encore faire de gros progrès médiatiques, sans doute pas au point de gagner face à Macron, mais de rafler sur l'électorat antisystème, les amateurs de populisme dont des prolos électeurs de Mélenchon (prolongeant le passage du PCF au FN), car tous ne voteront pas Macron ni ne s'abstiendront. C'est dans la logique du populisme que de pouvoir traverser de la "démocratie" au "fascisme", comme nous l'avons vu sur le plan théorique avec les idées d'extrême-gauche et parfois mêmes anarchistes (du côté de Proudhon, d'Orwell...)

je ne parle pas des vrais battus (la droite avec Fillon, le PS avec Hamon), vedettes à leurs manières comme idiots utiles à la transition


vote de classe, lutte... communisme

plus que jamais, si on ne confond pas "classe ouvrière" (~ prolétariat) et sa représentation politique comme étant "à gauche", ni la bourgeoisie comme étant nécessairement "à droite", on a eu un vote de classes, mais...

mais un vote prolétarien populiste, fasciste ou démocratiste, qui confirme mon analyse de ce choix, au niveau mondial ou du moins occidental (au sens conceptuel et non géographique), c'est-à-dire un choix donc un vote antirévolutionnaire, et ceci jusque dans les luttes qui l'ont accompagné (depuis le mouvement anti-loitravail). En un sens nous vérifions les derniers mots de Marx : « Il n'y a que la lutte », ses contenus n'étant pas déterminés par un sens unilinéaire de l'histoire, et moins encore par un sens communiste de l'histoire comme uniquement celle de "la lutte de classes"

de ce point de vue, c'est une confirmation de l'analyse de la crise comme étant doublement celle du capital et de l'Occident



à nouveau sur le paradigme populiste

il est convenu de considérer que seuls Marine Le Pen et Mélenchon représenteraient le populisme, sous ses deux faces néo-fasciste et post-démocratie radicale

Fillon et Macron ne seraient pas populistes, ce qui se comprend par peu séduisants pour les classes populaires, les gens d'en-bas, ce que confirme la composition sociale de leur électorat

c'est oublier que Macron n'existerait pas sans la dynamique créée par Nuit Debout dans les couches moyennes plus ou moins prolétarisées, pilotées par les militants du démocratisme radical défait

c'est oublier que Fillon a surfé sur le populisme, tel qu'il a été programmé avec la manifestation du 11 janvier 2015 (cf sur ce point le livre d'Emmanuel Todd : Qui est Charlie ? Sociologie d'une crise religieuse), tel qu'il s'est structuré à droite avec la Manif pour tous, et donc ceux qui s'en sont détachés, avec Sens Commun, pour adhérer aux Républicains

le populisme est paradigmatique de notre époque, et ceci au plan mondial, particulièrement en Occident

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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT français et RESTRUCTURATION de la géoéconomie du CAPITAL   Mer 7 Juin - 6:30


26 avril



un début de réponse à nos questions sur le vote "de classes" et par générations



Citation :
Dimanche 23 avril, le rideau est tombé. Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont dominé les débats et remporté le premier tour de l'élection présidentielle. Si François Fillon et Jean-Luc Mélenchon ont un temps cru pouvoir bouleverser cette hiérarchie, ils ont échoué à respectivement moins de 470.000 et 620.000 voix de cette deuxième place qualificative pour le second tour.

Mais alors, qui a voté quoi ? Pour qui ont voté les cadres, les retraités, les ouvriers, les jeunes, les ruraux... ? Autant de réponses qui permettent d'y voir un peu plus clair dans la mobilisation des Français lors de ce premier tour de la présidentielle.

Si Emmanuel Macron peut se targuer d'être arrivé en tête du premier tour avec 24,01%, il le doit surtout à un vote très homogène dans toutes les catégories interrogées, selon une enquête réalisée par Ipsos / Sopra Steria au près de 4.698 personnes inscrites sur les listes électorales.

Les ouvriers avec Le Pen, Macron séduit les cadres

Ouvrier, retraité, cadre, profession intermédiaire... L'électorat varie fortement en fonction des catégories socio-professionnelles. Le monde ouvrier est ainsi largement tourné vers Marine Le Pen, qui réalise un score de 37%, loin devant Jean-Luc Mélenchon (24%). Une catégorie où Emmanuel Macron ne séduit guère (16%).

À l'inverse, le leader "En Marche !" est majoritairement plébiscité chez les professions intermédiaires (26%) et surtout chez les cadres (33%) distançant largement François Fillon (20%), Jean-Luc Mélenchon (19%) et Marine Le Pen (14%).

En revanche, les retraités se sont eux essentiellement tournés vers François Fillon, à plus de 36%, alors que Emmanuel Macron arrive en deuxième position, dix points derrière.

Les chômeurs largement tournés vers Mélenchon


Si le vote des salariés est assez homogène, Marine Le Pen arrivant devant Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, les écarts sont beaucoup plus importants. Une catégorie où le leader de la France insoumise domine (31%), devant Marine Le Pen (26%) alors qu'Emmanuel Macron ne reçoit que 14% des votes.

Macron et la France qui va bien

C'est un des constats de cette enquête, Emmanuel Macron réalise des scores très favorables chez les foyers qui "vont bien". Outre les catégories socio-professionnelles, les statistiques en fonction du revenu des foyers sont dans la même lignée. Ainsi l'ancien pensionnaire de Bercy domine chez les foyers gagnants entre 2.000 et 3.000 euros (25%) et encore plus chez les foyers gagnant plus de 3.000 euros (32%).

Le raisonnement est parfaitement inversé pour Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Ces derniers arrivent largement en tête chez les foyers gagnant moins de 1.250 euros. Ils obtiennent respectivement 25% et 32% quand Emmanuel Macron est troisième à seulement 14%.

Mélenchon remporte le vote des jeunes

Concernant l'âge des électeurs, là encore subsistent certaines divergences notables. Ainsi, les jeunes de 18-24 ans se sont, en grand majorité, tournés vers Jean-Luc Mélenchon (30%). La présidente du Front national, deuxième, n'obtient cependant que 21% des voix. Et si le leader "En Marche !" est à la traîne dans cette tranche d'âge, il domine pourtant chez les 15-34 ans avec 28% d'électeurs séduits.

À l'inverse, chez les plus de 60 ans, la population a majoritairement voté en faveur de François Fillon. D'une courte tête chez les 60-69 ans mais très largement chez les 70 ans et plus : 45% des personnes ont choisi l'ancien premier ministre, 27% Emmanuel Macron, 10% Marine Le Pen et seulement 9% Jean-Luc Mélenchon.

En fonction du sexe, Emmanuel Macron séduit davantage l'électorat féminin (25%), devant François Fillon (21%) et Marine Le Pen (20%). Cette dernière arrivant légèrement devant si l'on compare l'électorat masculin.

Dans les villes, les habitants plébiscitent Macron


Si l'on classe le vote en fonction de la taille des villes, l'a aussi les résultats sont différents des résultats nationaux. Le monde rural a ainsi davantage plébiscité Marine Le Pen (23%), devant Emmanuel Macron (21%), François Fillon (19%) et Jean-Luc Mélenchon (18%). Le constat est similaire dans les villes de moins de 20.000 habitants.

En revanche, le rapport de force s'inverse dans les communes de plus de 20.000 habitants. L'ancien ministre de l'Économie (26%) dépassant la fille de Jean-Marie Le Pen (24%). Un écart qui se creuse encore davantage dans l'agglomération parisienne où la présidente du Front national est relayée en quatrième position, derrière Emmanuel Macron (29%), François Fillon (25%) et Jean-Luc Mélenchon (19%).


Selon notre sondage quotidien Ifop-Fiducial pour Paris Match, CNews et Sud-Radio, certains secteurs de l'électorat s'apprêtent à voter majoritairement pour Marine Le Pen, même si l'ensemble des Français rejettent largement la candidate FN.

Citation :
Emmanuel Macron dispose d'une avance confortable sur Marine Le Pen. Selon notre sondage quotidien sur le second tour de la présidentielle Ifop-Fiducial pour Paris Match, CNews et Sud-Radio, le candidat d'En Marche! obtient 61% des intentions de vote (+1) contre 39% à la candidate du Front national (-1). L'ancien ministre de l'Economie bénéficie toujours de reports de voix très favorables, puisqu'il capte 48% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon (-3), 47% des électeurs de François Fillon (+6) et 83% des électeurs de Benoît Hamon (+3). Ce sondage, le deuxième réalisé depuis le premier tour, porte sur un échantillon de 1416 personnes. La marche d'erreur est de 2,6 points.

L'indice de participation est de 73% (-1). Il baisse de quatre points pour les électeurs de Jean-Luc Mélenchon au premier tour (60%) et de trois points pour ceux de François Fillon (75%).

62% des ouvriers déclarent une intention de vote en faveur de Le Pen

La domination d'Emmanuel Macron dans les intentions de vote ne se traduit pas dans toutes les catégories de population. L'ancien banquier est préféré par les cadres (74% d'intentions de vote) et les professions intermédiaires (76%). En revanche, Marine Le Pen est en tête chez les employés (53%) et les ouvriers (62%). L'eurodéputée d'extrême droite réalise de bons scores parmi les salariés du secteur public (51% d'intentions de vote dans la sous-catégorie des salariés d'entreprises publiques).

Concernant le niveau d'études, Emmanuel Macron s'impose d'autant plus facilement que le niveau de diplôme est plus élevé (jusqu'à 79% d'intentions de vote pour les diplômés des deuxième et troisième cycles de l'enseignement supérieur). Marine Le Pen, en revanche, est majoritaire auprès des sondés ayant un niveau d'éducation inférieur au Baccalauréat (54% d'intentions de vote).

autres vote ouvrier


5 mai


une forte abstention prolétarienne...

Présidentielle
un Français sur quatre n'a pas l'intention de se rendre aux urnes pour le second tour, selon un sondage


franceinfo Radio France 05/05/2017

Le taux de participation au second tour de l'élection présidentielle dimanche ne pourrait être que de 75%, selon un sondage Odoxa pour franceinfo publié vendredi. Ce serait alors le deuxième plus faible niveau de l’histoire de la Ve République.

Citation :
Un quart d'abstentionnistes

Selon l'institut Odoxa, il est "fort probable" que la participation dimanche se situe "en dessous de celle du premier tour" (77,77%) et qu'elle soit plus faible que celles observées lors des trois dernières présidentielles de 2002, 2007 et 2012. En 2002, la participation au second tour avait atteint 79,7%, elle avait même culminé à près de 84% en 2007, puis s'était élevée à 80,3% en 2012.

Le record d'abstention lors d'un second tour remonte à 1969, la participation n'avait été que de 69% cette année-là. Avec un quart d'abstentionnistes attendus dimanche (75%), 2017 devrait arriver juste derrière, estime Odoxa.

L'abstention sera "maximale" au sein des catégories populaires, indique l'institut, et en particulier chez les chômeurs (35%) et les ouvriers (30%). "De façon encore plus remarquable, l'abstention progresse de façon presque continue" chez les jeunes, "passant de 16% auprès des plus de 65 ans à 32% auprès des 18-24 ans", précise Odoxa.

Un vote de rejet plus que d'adhésion

Autre enseignement de ce sondage : c'est auprès des sympathisants des partis de la gauche du PS, donc essentiellement chez les insoumis, que l'abstention atteindrait ses plus hauts niveaux, avec 34%. Elle n'est que de 10% auprès des sympathisants du PS et de 28% auprès des sympathisants de la droite.

"Par ailleurs, chez les électeurs qui comptent se rendre aux urnes, le vote ne se fera pas dans un grand élan d'enthousiasme",
note Odoxa. Ainsi, 53% des Français qui comptent voter ce dimanche le feront par "refus" de l'autre candidat plutôt que par "adhésion" à celui qu'ils ont choisi (47%). À ce titre, ce sont les électeurs de François Fillon qui voteront le plus par refus de l'autre candidat (85%).

Enfin, d'après cette enquête, c'est Emmanuel Macron qui a été jugé plus convaincant que Marine Le Pen par les Français lors du débat télévisé de mercredi soir (48% contre 19%). [la radio ajoute que les autres ont jugé d'un « match nul » : à entendre dans tous les sens du terme ?]

*Enquête réalisée en ligne le 4 mai 2017 auprès d'un échantillon de 998 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, parmi lesquelles 959 personnes inscrites sur les listes électorales.

confirmation donc du comportement 'prolétarien' qui se partage entre populisme néo-fascisant ou radical démocratique, et abstention

7 mai


Macron élu par 40 % des Français

le nouveau Président a été élu avec 20,7 millions de voix pour 52 millions en âge de voter, soit 39,8%

certes pas d'impact politique mais relativise les 66%, et indique son peu de légitimité, sans parler du vote "utile", dixit l'ami Stanislas

ses 8,6 millions au premier tour représentent 16,5%, la popularité de François Hollande en fin de règne...

8 mai


Macron, Le Pen, Mélenchon : 3 discours transclassistes

Marine Le Pen a écrit:
Ce second tour organise une recomposition politique de grande ampleur entre les patriotes et les mondialistes. C'est ce grand choix qui sera présenté par circonscription aux Français lors des législatives. Je serai à la tête de ce combat.

Le Front national doit lui aussi profondément se renouveler afin d'être à la hauteur de cette opportunité historique. Je proposerai donc d'engager une transformation profonde de ce mouvement afin de constituer une nouvelle force politique.

Mélenchon a écrit:
Notre pays a massivement refusé l'extrême droite car elle est étrangère à l’identité républicaine de la France

Madame le Pen arrive troisième de ce second tour, après monsieur Macron, les abstentions, les bulletins blancs et nuls.

Fédérez-vous, les gens, sans vous éparpiller...

Macron a écrit:
La France l'a emporté...

la bourgeoisie la plus bête du monde ?

une leçon de cette élection, ou plutôt de la campagne depuis l'émergence et la fabrication accélérée du candidat Macron, c'est la réactivité de la bourgeoisie française pour se tirer d'un mauvais pas quant à sa représentation politique pour le maintien de son pouvoir dans l'État, et ceci avec la participation active de la société civile, les citoyens nationaux en tant que 'peuple'


et le "prolétariat", dans tout ça ?

à défaut d'une impossible case "prolétariat", faisons ressortir les catégories qui permettent de cerner le mieux ce qu'il recouvre : 1) ouvriers, 2) employés, 3) chômeurs, 4) revenus inférieurs à 1250€ 5) ménages qui s'en sortent très difficilement 6) difficilement

dans l'ordre en %, Macron/Le Pen, abstentions

1) ouvriers :   44/56, 32  soit 30/38, 32 des inscrits (sans prise en compte blancs et nuls)

2) employés : 54/46, 30 soit 38/32, 30 des inscrits...

3) chômeurs : 53/47, 35 soit 34/31, 35 ...

4) < 1250€ :   55/45, 34 soit 36/30, 34 ...

5) très diff. :   31/69, 27 soit 23/50, 27 ...

6) difficile :     61/39, 38 soit 38/24, 38 ...

la prise en compte des blancs, nuls et non inscrits conduirait à constater que le prolétariat a rejeté Macron et Le Pen à ~ 40% et qu'un gros tiers a voté Macron, un quart Le Pen

la prise en compte de ce résultat essentiel devrait éviter de dire quelques bêtises, mais qui en sera vacciné ?

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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT français et RESTRUCTURATION de la géoéconomie du CAPITAL   Mer 7 Juin - 6:45


9 mai



fin du clivage gauche-droite et recomposition politique

pour qui ne serait pas persuadé de la caducité historique du clivage gauche-droite, il suffit de constater que Macron n'est pas un candidat du centre qui aurait réussi (mieux que Bayrou et d'autres), mais le Président qui constituera une majorité et un gouvernement avec certes des nouveaux, mais aussi des personnalités des deux bords de tout premier plan : il n'y aura plus au pouvoir d'État ni gauche, ni droite, ni centre, mais un assemblage des trois, plus d'autres de la "société civile" (sic) pour sauver la démocratie politique du capital. C'était devenu une nécessité historique

parmi eux, un expert



Manuel Valls a écrit:
Je veux la réussite d'Emmanuel Macron, de sa majorité (...). Parce que je suis un républicain, parce que je reste un socialiste, je ne suis pas en embuscade. Donc, et j’invite tous les progressistes à le faire, je serai candidat de la majorité présidentielle, et souhaite m'inscrire dans son mouvement qu'est la République en Marche.

L’essentiel est de donner une majorité large et cohérente à Emmanuel Macron, sans futur frondeur [...]

la continuité sur le fond, avec un ex Banquier- Ministre de l'Économie et des Finances, Président adoubé par le précédent en échec, son premier ministre, son ex Ministre de l'Intérieur devenu Premier Ministre (Cazeneuve), etc. la suite révèlera ses "surprises"

notons le clin d'œil, ou l'œillade, de Macron aux Républicains avec son nouveau signe, La République en marche

et c'est passé comme une lettre à la poste, enfin, presque...

il s'agit d'un Coup d'État. Lire, certes long et pas de mon bord, mais d'analyse détaillée



« Une étude un peu approfondie de l’Histoire nous laisse deviner qu’en toute occasion les vraies forces dirigeantes ont à se tenir dans l’ombre des représentants qu’elles se sont choisies, ne pouvant se risquer à s’exposer aux fluctuations événementielles, sous peine de se voir un jour dépossédées de leur puissance ».

                                                                                                                       Louis Calaferte



10 mai

restructuration du capital et... ?communisme?

note rapide, pour mémoire : peut-être est-cela qui se dégage de façon plus générale, à travers les élections récentes en Occident - et leurs suites ! - une difficulté des bourgeoisies nationales à contenir la poussée prolétarienne, mais celle-ci n'a aucune envie de la déborder en tant que telle (capitalisme/Etat), seulement qu'elle reconfigure la distribution de la valeur, [donc] des cartes politiques

plus personnel : je ne vois aucune barrière à l'expansion mondiale du capitalisme, crise ou pas crise, et pour l'heure, une révolution communiste relève, non pas du report d'une crise finale/révolutionnaire, mais d'un fantasme (voir le sens dans le fil sur le sexe, Afrodite...)

longtemps ici, je me suis appuyé sur la définition du communisme comme mouvement qui abolit/dépasse l'ordre actuel présent, mais il n'y a rien de cet ordre qui, actuellement, soit posé même comme dépassable par l'affrontement de classe. Dit autrement, il n'y a pas atteinte aux limites du capital, il n'y a pas d'écart par lequel le prolétariat remettrait en cause son existence de classe du capital : il n'y a pas de mouvement du communisme, il n'y a de communisme que religion du communisme


12 mai


décomposition/recomposition, vers un compromis historique

tout ce qu'on peut voir de la décomposition/recomposition idéologique apparaît comme un bras de fer généralisé entre ceux qui s'accrochent au passé (du clivage droite-gauche, de la démocratie politique des partis...) et ceux qui veulent s'en débarrasser, répondant à la nécessité d'unir les forces politiques du capitalisme français

toutefois, cela se soldera, du moins transitoirement, par un compromis, dont la cuisine des tractations et les affrontements des ténors donne une idée, comme les exemples Bayrou/Macron, Macron/Valls, l'élimination de la ligne Fillon au profit de Républicains plus juppéistes et bientôt macronistes, etc.

en ceci, la grande bourgeoisie tient toujours, dans son camp traditionnel, deux fers aux feux. Les populismes sont un ultime recours, et en France, ils n'apparaissent pas en mesure de prendre encore le pouvoir

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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT français et RESTRUCTURATION de la géoéconomie du CAPITAL   Mer 7 Juin - 6:47


16 mai


politique et théorie

la "gauche" + la "droite" + la "société civile"
en marche pour l'État de la bourgeoisie française

avec le choix du premier ministre, c'est parti comme attendu, la composition du gouvernement devrait confirmer ce fait historique : la grande bourgeoisie française ne peut plus diriger le pays qu'en associant (parties de) la droite et la gauche politiques. Pour les autres nommés, question : quand on devient ministre, on est de la "société civile" combien de temps ? 5 mn

il n'y a plus de marges pour des politiques économiques néo-keynésiennes, que ce soit en France ou ailleurs dans le monde. Il y a belle lurette que gauche et droite ont la même politique économique libérale, l'alternance gauche-droite n'était plus que formalisme et formalité en son sein pour contenir la société civile dans son transclassisme adéquat à l'État du capital. En ce sens il y a continuité sur le fond, et adaptation de la forme, justement parce que ladite société civile ne suivait plus, et qu'il fallait la réconcilier avec l'État, c'est-à-dire la réunir dans la représentation du personnel étatique tombant ses masques partisans *

* le fond théorique se trouve dans les écrits de jeunesse de Marx contre Hegel, ou ceux sur Les luttes de classes en France (18 Brumaire...), à adapter aux circonstances du capitalisme actuel, transnationalisme des capitaux et des États, etc.

c'est la dynamique en cours de cette recomposition, qui n'est donc pas le "virage à droite" dont elle a l'apparence, mais la poursuite de l'adaptation de la politique aux nécessités de l'économie en crise (austérité, autoritarisme, ubérisation, etc.)

quand la gauche radicale considère que la nomination de Philippe prouve que Macron est "de droite", elle ne fait que vendre son alternative de "vrai gauche" impossible pour le capital, les programmes de Mélenchon, du PCF ou de Hamon, qui pour autant ne remettent pas en cause le capital : le populisme de gauche gouvernemental est donc moins probable car moins réaliste que le néo-fascisme, dont l'heure n'est cependant pas venue, si l'on en croit les résultats du FN. On peut cependant relever que Mélenchon et Le Pen ont su anticiper et chevaucher aussi cette explosion du clivage droite-gauche : leurs stratégies sont en phase avec celle de Macron

à l'inverse, Hamon et Fillon ont été les idiots utiles de l'explosion du PS et de LR/UDI : cette étape ne pouvait pas être sautée, que Macron et son équipe ont su habilement 'gérer'

ainsi, dans l'histoire en direct, chacun aura joué sa partition au sein d'un ensemble parfaitement orchestré et conduit de main de maître par la bourgeoisie française et son avant-garde politique, avec les citoyens électeurs en tuttistes aux pupitres conduits pas les différents candidats. Édouard Philippe disait qu'il aurait aimé devenir chef d'orchestre, mais qu'il n'en avait pas le talent, voire...

on retrouve des éléments de cette analyse, avec la fausse solution démocratiste, exprimée par le directeur de la rédaction de L'Humanité :




Patrick Apel-Muller : "Macron lance une véritable OPA sur la droite"


ce qui se passe relève à la fois de la nécessité historique - ce qui ne peut pas ne pas advenir -, et de la seule solution au présent, celle qui fait davantage compromis de classe dans le rapport de forces entre classes : ce qui est réel est rationnel, un équilibre instable va se créer, jusqu'à la prochaine fois : le feu ?



un coup d'État pacifique

j'ai le 9 mai attiré l'attention sur ce texte qui détaille sous toutes ses coutures la percée, la montée, et les conditions de la victoire de Macron et de sa stratégie au service de la bourgeoisie française : 2017, LE COUP D’ÉTAT

un des aspects essentiels de la réussite, par la suite, de cette stratégie, est la main-mise sur la haute-administration d'État. Je peux, par mon activité professionnelle durant 40 ans dans une administration centrale, témoigner de l'importance de ce point, mais il y a ici des particularités qui le mettent en avant


Citation :
Le président élu pourrait remanier en profondeur l'administration en nommant aux postes clefs des hauts fonctionnaires en phase avec son programme.

Il ne faut jamais oublier que le premier pouvoir d'un chef d’Etat, c’est de procéder aux nominations aux grands emplois de l’Etat. Notre président de la République, ainsi que le Premier ministre, ont la possibilité d'attribuer de très nombreux postes, ce qu’ils font tout au long de leur mandat et jusqu’à la dernière minute –François Hollande l’a bien illustré. A fortiori est-ce le cas en début de mandat présidentiel. Tout au long de la Ve République, les avènements de nouveaux présidents se sont accompagnés de mouvements de personnels significatifs dans tous ces emplois d’encadrement dirigeant dits "à la discrétion du gouvernement" – préfets, ambassadeurs, directeurs d’administrations centrales, recteurs d’académie prévus à l’article 13 de la Constitution, auxquels se sont ajoutés, par un décret mitterrandien pris peu avant la défaite annoncée de la gauche en 1986, des emplois directoriaux à la tête de divers organismes et établissements publics qui s’élèvent à plusieurs centaines.

Toutefois, dans les deux dernières décennies, les nouveaux maîtres politiques du pays ont été assez prudents à cet égard. En 1997, quand Lionel Jospin arrive à Matignon dans le cadre d’une cohabitation surprise, il se refuse à toute "chasse aux sorcières". En 2002, le gouvernement Raffarin n’écarte que progressivement les hommes de Jospin. 2007 est une rupture entre chiraquiens et sarkozystes, mais pas une alternance si bien que beaucoup de hiérarques se survivent. Quant à 2012, François Hollande a repris la ligne de Lionel Jospin, si bien qu’il a maintenu en poste maints directeurs de Sarkozy, à commencer par le directeur du Trésor bien qu'il s'agisse d'un poste crucial pour la conduite de la politique économique du pays. Emmanuel Macron ayant été conseiller élyséen en charge de l’économie, il a pu observer les effets de ce choix. Il est donc sensibilisé à l’enjeu.

Qui sont les hommes du président Macron à l'Elysée ?

En annonçant sa volonté d'utiliser à plein son pouvoir de nomination, le président Macron se distingue et manifeste l’intention de rompre avec les pratiques habituelles. Sa démarche s’inscrit à certains égards dans la filiation de celle de François Mitterrand lors de la première alternance de 1981. Après 23 années de droite au pouvoir, la gauche craignait les résistances à ses reformes des hauts fonctionnaires en place. La valse des directeurs, des préfets, des ambassadeurs fut alors considérable, et provoqua un vrai changement générationnel dans l'administration, au profit de jeunes énarques de gauche.

Comment expliquez-vous cette volonté d'Emmanuel Macron de remodeler la haute administration dès son arrivée à l'Elysée ?

La nouveauté de son entreprise politique singulière – la "République en marche" n'est pas un parti traditionnel – fait que le président Macron n'est pas assuré de pouvoir compter sur une majorité large et stable à l’Assemblée à partir de juin. En plaçant très vite, ou en confirmant dans les emplois dirigeants des hommes et des femmes dont il peut espérer la loyauté en retour, il veut s'assurer un certain contrôle sur la haute administration qui, rappelons-le, a un rôle co-gouvernant majeur dans ce pays, puisqu’elle prépare les projets de reformes puis en organise et contrôle la mise en œuvre. Emmanuel Macron fait donc en sorte de renforcer sa mainmise sur la branche exécutive et l’Etat administratif, dans la perspective où les législatives lui renverraient un Parlement multipartisan et indocile.

Sa riche expérience personnelle de conseiller du Prince sortant influe beaucoup sur ce choix tactique. Remarquez bien qu’Emmanuel Macron a qualifie dans plusieurs interviews son prédécesseur de "président empêché". Empêché par quoi, par qui ? Par les circonstances funestes, certes. Mais peut-être aussi par une haute administration qui avait tardé à répondre, au début du quinquennat, à certaines injonctions et instructions de l’Elysée, ce dont Emmanuel Macron garde la mémoire.

En affirmant qu’il écartera les hiérarques des années Hollande, en nommant des hauts fonctionnaires qu'il espère reconnaissants donc loyaux, Emmanuel Macron entend instaurer dès le départ un rapport de forces afin que les principaux chantiers qu'il porte soient engagés avec la célérité et toute l’énergie requises. Le président indique en cela qu'il attend de son administration un engagement total dans le succès des reformes, et se montre cohérent avec son entreprise politique, centrée sur l'idée qu’un changement des pratiques de gouvernement va de pair avec l’arrivée d’hommes nouveaux aux responsabilités, politiques autant qu’administratives.

Faut-il y voir une tentative de sa part d'importer en France le "spoil system" à l’américaine ?

Je ne le crois pas. Aux Etats-Unis, l’avènement de chaque nouveau président se traduit par de nombreux changements où des milliers d'emplois administratifs dirigeants changent alors de titulaires. L'idée est de permettre au nouveau chef de l'Etat de pouvoir compter sur une haute fonction publique dévouée et totalement loyale, qui soit "représentative" des orientations politiques exprimées par le pays : c’est le "spoil system" au sens strict. Si Emmanuel Macron a manifesté une réelle volonté de mettre l'administration sous pression pour qu'elle lui soit aussi loyale que possible, l’on restera toutefois encore très en-deça du système américain, ne fut-ce que par l'ampleur chiffrée du phénomène. Dans les différents entretiens qu'il a donnés, le nouveau président français évoque en effet environ 250 postes concernés, ce qui est bien moins que le total des emplois à la discrétion du gouvernement, et sans commune mesure avec les milliers d’emplois concernés aux Etats-Unis.

L’autre différence notable est que ce turn over, aux Etats-Unis, s'opère entre l’administration et les entreprises du privé, les organisations non-gouvernementales, les "think-tanks", les universités ou les professions libérales. Ce n’est pas ou peu le cas en France, où la quasi-totalité des cadres dirigeants administratifs sont recrutés parmi les hauts fonctionnaires : notre "système de dépouilles" hautement civilisé à la française – où personne n’est à proprement parler "dépouillé" – est endogène à la haute administration.

L’on y voit une "garde montante" d’énarques et autres ingénieurs d’Etat accéder aux emplois les plus sensibles et saluer une "garde descendante" composée d’autant d’énarques et d’ingénieurs d’Etat qui regagnent des emplois rémunérateurs et honorables, mais moins exposés, dans leurs corps d’origine ou dans des corps dits "de débouché".

Peut-on imaginer Emmanuel Macron remettre en cause ce fonctionnement, et nommer à des postes clefs de l'administration d'autres profils ?

A cela, je ne crois pas que le président Macron dérogera. Il y aura sans nul doute un renouvellement générationnel dans l'administration, mais je n’y crois pas un instant à un abandon de nos traditions nationales au profit du modèle américain, tant les rapports Etat-société sont bien différents en France et aux Etats-Unis. D'autant qu'Emmanuel Macron, de par son parcours – il a lui-même étudié à l'ENA – dispose d'un solide réseau de hauts fonctionnaires au sein des grands corps d'Etat.

Propos recueillis par Sébastien Billard

certes, c'est un peu de la cuisine interne au pouvoir d'État, mais il n'est jamais vain de la connaître pour qui ne veut pas s'en laisser abuser, comme de ce qui se passe dans les Conseils d'administration des grandes entreprises

d'une façon générale, les Directeurs d'administrations ont le "sens de l'État" et sont loyaux envers les ministres de tous bords qui défilent, aux ordres des cabinets ministériels dont le personnel change à chaque nouveau ministre, parfois jusqu'aux secrétariats, des employé.e.s de catégorie C. Je l'ai constaté dans le même ministère avec à sa tête du RPR à l'UDF en passant par le PS, le PCF, les Centristes... Hormis en 1981 comme dit l'article, ont suffi quelques ajustements à la marge, à la faveur de mutations souhaitées ou provoquées. La masse des fonctionnaires, dans toute la pyramide hiérarchique de haut en bas, suit sans broncher ou avec quelques risques (Patlotch au placard pendant cinq ans...). Cela n'a pas changé depuis Pétain

comme le dit cet article, Macron doit résoudre un problème : « Il n'est pas assuré de pouvoir compter sur une majorité large et stable à l’Assemblée à partir de juin. En plaçant très vite, ou en confirmant dans les emplois dirigeants des hommes et des femmes dont il peut espérer la loyauté en retour, il veut s'assurer un certain contrôle sur la haute administration qui, rappelons-le, a un rôle co-gouvernant majeur dans ce pays, puisqu’elle prépare les projets de réformes puis en organise et contrôle la mise en œuvre »

il faut s'attendre à bien plus que les chaises musicales habituelles, ce qui ne manquera pas de provoquer quelques remous, et de mettre en évidence le caractère bonapartiste assumé du nouveau Président (revoilà le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, selon Marx 1852...)

17 mai



lecture théorique



Marx et la Société civile

plus un seul commentaire sans ce terme de "société civile", quel succès ! En fait, à y regarder de plus près, comme un involontaire hommage à Hegel et, concernant, la compréhension de ce qui se passe, à Marx. J'y reviens plus bas en présentant le pedigree social des 11 ministres de Macron/Philippe dits "issus de la société civile" dans un gouvernement de 22  dont 4 secrétaires d'État

mais puisque j'ai utilisé la critique marxienne du concept, voici quelques citations réunies, extraites par facilité du texte Hegel, Marx et la "société civile" André-Louis Juste, Alterpresse, 2005. Je coupe ce qui concerne Hegel mais garde les considérations de Gramsci, en bas. L'intérêt de ce court texte est de replacer cette critique dans celle de la philosophie


Citation :
Chez Marx, la « société civile » rencontre son sens antagoniste. La suspension rationaliste des antagonismes sociaux, observée dans les vues hégéliennes, peut être considérée comme un point de départ de la conceptualisation marxienne en la matière. Déjà , dans La Question Juive, Marx alertait sur la scission que le droit bourgeois a introduite dans les dimensions individuelles et collective de la vie humaine. D’un côté, l’individu est pris pour un citoyen par rapport à l’Etat, et, de l’autre, dans la vie privée, il devient bourgeois. Cette séparation entre la sphère privée et la sphère publique de l’individu, légitime, selon l’auteur, l’exploitation, la domination et la discrimination qui caractérisent la société bourgeoise.

Selon Marx, il est indispensable d’inverser la relation dialectique que Hegel établit entre la société bourgeoise et l’Etat. La clé de compréhension de l’hégélianisme, a-t-il averti à la « Critique de la philosophie du droit de Hegel », est sous l’inversion réciproque du sujet hégélien en prédicat. Cette profonde compréhension théorique porte l’auteur de « Le Capital » à prendre une position radicalement opposée par rapport à son maître :

« Ma méthode dialectique, est non seulement fondamentalement distincte de la méthode de Hegel, mais aussi elle est, en tout et partout, l’antithèse de celle-ci. Pour Hegel, le processus de la pensée, ce qu’il convertit, même sous le nom d’idée, en sujet autonome, est le démiurge du réel, et ce dernier, la simple forme externe où il prend corps. Pour moi, l’idéel n’est, au contraire, plus que le matériel traduit et transposé au cerveau de l’homme [6] »
( :XXIII).

Cependant, tout de suite, il critiqua les « médiocres épigones » allemands qui traitaient Hegel comme un « chien crevé », en explicitant la grandeur de la pensée hégélienne :

« Ceci fut la raison qui expliqua ma décision à me déclarer ouvertement un disciple de ce grand penseur, et je parvins même à courtiser de temps en temps, par exemple dans le chapitre consacré à la théorie de la valeur, son langage péculier. Le fait que la dialectique souffre dans les mains de Hegel, une mystification, n’empêche pas que ce philosophe soit le premier à en exposer, d’une manière ample et consciente, les formes générales de mouvement. Ce qui arrive, c’est que, chez lui, la dialectique apparaît renversée, mise sous la tête. Il n’y a qu’à lui rendre la pareille, en disant mieux, qu’à la remettre sur les pieds, et ensuite se découvre sous l’écorce mystique, la semence rationnelle »
( :XXII-XXIV).

Cette distance critique, Marx s’y référa dans l’« Idéologie Allemande », en passant en dérision les prétentieux plagiaires de Hegel :

« Rebellons contre la dominance des idées, éduquons l’humanité pour substituer ses fantaisies par des pensées qui conduisent à l’essence de l’homme, a dit quelqu’un ; pour se comporter devant elles, de manière critique, a dit un autre, pour les expulser du cerveau, a dit un troisième - et la réalité existente se déconstruira [7] » ( :35).

Pour rétablir la réalité, Marx, dans les « thèses sur Feuerbach », conçoit l’essence humaine « dans sa réalité » comme l’« ensemble des relations sociales » ( :thèse VI, 119). Ce travail de désaliénation part du fait que l’Etat représente « une forme indépendante, distincte des réels intérêts particuliers et généraux et, en même temps, en qualité d’une collectivité illusoire, mais toujours sur la base réelle des connexions existantes dans chaque conglomérat familial et tribal - (...) - et principalement, (...), - fondée sur les classes, déjà conditionnées par la division du travail (...). Il s’ensuit que toutes les luttes au sein de l’Etat, c’est-à -dire la lutte entre démocratie, aristocratie et monarchie, la lutte pour le droit de vote, etc., etc., ne sont que des manières illusoires dans lesquelles se développent les luttes réelles entre différentes classes (...) » ( :60).

Cette élucidation théorique sur la nature sociale du pouvoir politique lui permet de trouver l’origine de l’aliénation dans la propriété privée des moyens de production. En ce sens, la société civile se révèle comme la forme d’échange par rapport au développement des forces de production existentes :

« La forme d’échange, conditionnée par les forces de production existantes dans toutes les phases historiques antérieures et qui, à son tour, les conditionne, est la société civile ; celle-ci, comme il découle de ce qui est dit auparavant, a comme présupposé et base fondamentale, la famille simple et la famille composée, à laquelle se donne le nom de clan, dont les déterminations les plus précises ont été antérieurement données. On voit, ici déjà , que cette société civile est la véritable source, le vrai lieu central de l’histoire antérieure qui occultait les relations réelles, en les limitant aux actions grandioses des princes et des Etats. La société civile embrasse tout échange matériel des individus dans une phase déterminée de développement des forces productives. Elle embrasse tout le commerce et toute l’industrie d’une phase déterminée et, pour cela, elle est plus large que l’Etat et la nation, (...) » ( :63).

Cette représentation théorique de la société civile chez Marx et Engels, s’appuie sur un fait historique :

« Le terme la 'société civile’ apparut durant le 18ème siècle, quand les relations de propriété ne correspondaient plus à la communauté antique et moyennâgeuse. La société civile, en tant que telle, ne peut se développer qu’avec la bourgeoisie ; donc, l’organisation sociale qui se développe immédiatement à partir de la production et de l’échange et qui forme en tout temps la base de l’Etat et du reste de la superstructure idéaliste, a toujours été désignée par ce nom » ( :64).

Dans les Grundrisse, Marx signalera le caractère historique de la société civile :

« (...) le contrat social de Rousseau qui naturellement met en relation et connexion des sujets indépendants et autonomes, est fondé sur un tel naturalisme. (...). il est, avant tout, l’anticipation de la ‘société civile’, en gestation depuis le XVIème siècle et ensuite marque des pas gigantesques à la maturité au XVIIIe siècle. Dans cette société de libre concurrence, l’individu apparaît délié des réseaux naturels, etc., qui, dans les périodes historiques antérieures, font de lui l’accessoire d’un conglomérat humain défini et limité (...). Ainsi, comme les Individus Naturels s’approprient de leur notion de nature humaine, ils ne surgissent pas dans l’histoire, mais se mettent par la nature [8] »
( :83).

La critique à la thèse naturaliste de l’homme et à la position volontariste de la société civile, découle donc du point de départ historico-matérialiste qu’il a synthétisé de concert avec Engels, dans l’Idéologie Allemande. Cette synthèse critique lui a permis de découvrir la source réelle de l’aliénation dans la propriété privée capitaliste qui métabolise l’ensemble des relations sociales :

« Plus profondément nous remontons à l’histoire, plus dépendant apparaît l’individu, et donc aussi plus sociétaire d’un tout plus vaste apparaît l’individu producteur : (...). Seulement au XVIIIème siècle, dans une ‘société civile’, diverses formes de connexions sociales envisagent l’individu comme un simple moyen pour atteindre leurs objectifs privés, comme nécessité externe. Mais, l’époque qui produit ce point de vue, celui de l’individu isolé, est aussi précisément celle où les relations sociales sont les plus développées jusqu’à aujourd’hui (...) » ( :84).

D’où sa dialectique bien connue entre l’individualité et la socialité, dans la tentative de comprendre l’individu :

« L’être humain est, dans le sens le plus littéral, un (animal politique), non seulement un simple animal grégaire, mais aussi un animal qui s’individualise au sein de la société ». (Ibidem).

Donc, la société civile, sphère de conflits sociaux, est aussi concrète et historique que la société globale où elle se meut comme une partie de la totalité. D’ailleurs, Hegel avait déjà mis l’emphase sur le fait que la « société civile » (société bourgeoise) s’est constituée des intérêts particuliers :

« La société bourgeoise contient les trois moments suivants :

A - la médiation de la carence et la satisfaction des individus par leur travail et par le travail et la satisfaction de tous les autres : c’est le système des carences ;

B - la réalité de l’élément universel est la défense de la propriété par la justice ;

C - la précaution contre le résidu de contingence de ces systèmes et la défense des intérêts particuliers comme quelque chose d’administratif et par la corporation [9] »
( :173).

Cependant, en la matière, la différence fondamentale entre Hegel et Marx, réside dans le fait que la propriété privée, au lieu de réaliser l’humanité de l’homme par l’Etat éthique, institue, au contraire, ce dernier pour maintenir l’aliénation du premier. C’est ainsi que Marx récuse la téléologie historique hégélienne qui entend le développement final comme le résultat de ce qui pré-existe, sous la roulette de l’Esprit. Par exemple, en définissant le communisme, il martèle :

« Pour nous, le communisme n’est pas un état qui doit être créé, ou un idéal auquel la réalité devra être conduite. Nous considérons le communisme comme le mouvement réel qui dépasse l’actuel status quo. Les conditions de ce mouvement sont des conséquences des présupposés actuellement existants [10] » ( :62-63).

Donc, ce n’est pas l’Histoire et les carences sociales, mais bien la « praxis humaine » et la « compréhension de cette praxis » (Thèse VIII) qui font l’essence de l’homme, car « le point de vue du nouveau matérialisme est la société humaine ou l’humanité sociale » et non « la société civile » (Thèse X).

En conséquence, ce n’est pas la « ruse de la raison » qui fait l’histoire. Au contraire, ce sont des hommes concrets qui agissent dans des circunstances déterminées pour faire leur propre histoire (cf. Manifeste du Parti Communiste ; le 18 Brumaire de Napoléon Bonaparte).

Ainsi donc :

« De la même façon dont les individus manifestent leur vie, ainsi sont-ils. Ce qu’ils sont, coïncide, donc, avec leur production, également avec ce qu’ils produisent. Ce que les individus sont, par conséquent, dépend des conditions matérielles de leur production » (:44-45).

Ainsi est dépassée la dialectique hégélienne de la conscience dépourvue de sa base matérielle. L’est aussi la société civile conçue comme protoforme de la liberté universelle [11]. Marx a reconnu que la « force spirituelle dominante » est en même temps « celle de la classe qui est la force matérielle dominante de la société » ( :78). Sauf que cette domination se concentre, chez Marx, dans l’Etat considéré comme un vulgaire administrateur des intérêts particuliers des classes dominantes (cf. Manifeste du Parti Communiste).

Jusqu’à présent, pour résumer, nous pouvons dire que la société civile est contemporaine du capital qui est sorti victorieux dans la lutte contre l’Ancien Régime. Elle a tour à tour épousé la forme de gouvernement ou état civil dans les mains de Locke et Rousseau, s’est muée en Etat éthique dans la dialectique hégélienne et renversée dans la lutte des classes chez Marx. Toute cette transsubstantiation théorique est de l’ordre idéologique, parce que correspondant à l’esprit d’une lutte politique. Ainsi comprend-on que l’idée d’une société civile traduit l’état de choses existant ; elle exprime la situation des luttes sociales dans une conjoncture bien déterminée.

C’est ainsi que Gramsci, vivotant dans les prisons du capitalisme faschiste, a entrepris l’étude analytique de l’Etat en le divisant en société civile et société politique :

« La division des pouvoirs et toute la discussion qui découle de leur réalisation, et la dogmatique juridique née de cette conséquence, sont le résultat de la lutte d’une période historique déterminée, avec un certain équilibre instable des classes déterminé par le fait que quelques catégories d’intellectuels (au service de l’Etat, spécialement de la bureaucratie civile et militaire) sont encore assez liées aux vieilles classes dominantes [12] » ( :106).

Ainsi distingue-t-il la société civile de la société politique :

« (...) : s’il est posé un nouveau problème d’hégémonie, donc la base historique de l’Etat s’est déplacée, s’il existe une forme extrême de société politique, ou bien l’on lutte contre le nouveau, ou bien l’on conserve le vacillant, en le renforçant de manière coercitive, ou bien comme expression du nouveau, l’on rompt les résistances qui se rencontrent dans celui qui se développe, etc. » (:201).

La société civile à la gramscienne constitue la sphère de l’hégémonie, et l’Etat ou société politique devient le domaine de la coercition. Ainsi, la société régulée est une société où s’éliminent les inégalités économiques et politiques, où s’instaure la démocratie réelle ( :157-158).

Alors, dans « Passato e Presente », il revient à discuter la société civile en ces termes :

« Il arrive de distinguer la société civile, comme l’entend Hegel, et dans le sens qu’elle est même utilisée dans cette note (c’est-à -dire dans le sens de l’hégémonie politique et culturelle d’un groupe social sur la société globale, comme contenu éthique de l’Etat), du sens que lui donnent les catholiques, pour qui la société civile est au contraire la société politique ou l’Etat, en lutte contre la société familiale et contre l’Eglise
[13] ( :214-215).

En somme, la lutte de classe représente le moment fondamental dans la distinction gramscienne. D’ailleurs, chez Marx, Gramsci a trouvé les bases matérielles précises de cette lutte politico-idéologique. Dans « Il Materialismo historico », il a posé l’équation suivante : « la structure et les superstructures forment um ‘bloc historique’, c’est-à -dire qu’à tout moment, la relation est susceptible d’être modifiée, en même temps qu’elle est réciproque : « Le raisonnement est fondé sur la réciprocité nécessaire entre structure et superstructure (réciprocité qui est justement le processus de la dialectique réelle [14] » ( : 47-48).

.............................................

[6] Karl Marx. Le Capital, Critique de l'économie politique. Editions Fundo de Cultura Económica, México, 1999.

[7] Marx et Engels. L'idéologie allemande. Editions Martin Claret, Sà£o Paulo, 2004.

[8] Karl Marx. Grundrisse. Fondements de la critique de l'économie politique. Edition Penguin Books Londres, 1993.

[9] Hegel. Principes de la philosophie du droit, op. cit.

[10] Marx et Engels. Idéologie allemande, op. cit.

[11] Cette ontologie matérialiste est le point de départ de l’historicité qui caractérise la vie dans les sociétés humaines. Or, quand on constate les contradictions qui sont inhérentes à la production économique et à sa reproduction sociale, deviendra incohérent le point de vue idéaliste de la société civile spirituellement universalisante.

[12] Antônio Gramsci. Note sul Machiavelli, sulla Politica e sullo Estado Moderno. Editions Riuniti, Turin, 1975.

[13] Antônio Gramsci. Passato e Presente. Editions Riuniti, Turin, 1975.

[14] Antônio Gramsci - Il materialismo storico. Editions Riuniti, Turin, 1975.

les ministres 'issus de la société civile'

Citation :
- Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire : on ne le présente plus...

- Françoise Nyssen, une figure de l'édition au ministère de la Culture : éditrice française, co-directrice d'Actes Sud

- Muriel Penicaud, ministre du Travail : dirigeante d’entreprises (DGA Dassault, DGRH Danone, SNCF, Orange, Aéroports de Paris...)

- Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation : biochimiste, carrière de recherche dans le privé, présidente de l'université Nice-Sophia-Antipolis

- Elisabeth Borne, ministre de la Transition écologique, chargée des Transports : haute fonctionnaire, Préfet de Région, Dir Cab Ségolène Royal, Présidente de la RATP 2015-2017

- Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé : médecin et professeur de médecine,  fonctions au sein de société savantes et de conseils d’administrations

- Jean-Michel Blanquer, une «tête chercheuse» à l'Education nationale : juriste, directeur général de l'enseignement scolaire au ministère de l'Éducation nationale 2009-2012 sous Sarkozy, directeur général du Groupe ESSEC

- Laura Flessel, ministre des Sports : escrimeuse, quintuple médaillée olympique

- Sophie Cluzel, Secrétaire d'Etat chargée des personnes handicapée : personnalité associative du domaine du handicap et femme politique

- Marlène Schiappa, Secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes : PS, cabinet de Laurence Rossignol au ministère de la Famille, écrivaine, chroniqueuse, entrepreneuse, conférencière française, fondatrice et présidente du réseau Maman travaille [sic]

- Mounir Mahjoubi : Secrétaire d'Etat chargé du numérique :  président du Conseil national du numérique nommé par Hollande, président de la société French Bureau

le moins qu'on puisse dire : civil peut-être mais pas très 'gens d'en-bas', tout ça, et bien sûr tout sauf apolitique


18 mai, avec une précision sur la baisse tendancielle du taux de profit...


économie, quand tu les tiens

et si Macron réussissait ? Quoi ?

jusque-là, j'ai surtout observé le niveau politique des choses. Macron n'a qu'à moitié gagné, même s'il fait peu de doute qu'il obtiendra une majorité à l'assemblée nationale, soit avec En marche, soit avec des alliances de circonstance texte par texte

mais si l'économie détermine la politique, c'est sur ce terrain que Macron réussira, ou non. Alors, quoi ? Dans la restructuration permanente du capitalisme en crise, le moteur des évolutions est la concurrence inter-capitaliste au niveau mondial, dans le transnationalisme des capitaux, avec les États nationaux en gendarmes de la mondialisation. Le CAC40 n'est constitué que d'entreprises française à surface mondiale, et la concurrence pour le taux de profit n'est pas d'abord entre États-nations

les luttes syndicales et politiques du prolétariat ne font qu'accompagner cette concurrence, elles embarquent les salariés sur la base des intérêts de leur usine à trouver la bonne gouvernance patronale *. D'une certaine façon, la lutte de classe, tant qu'elle n'est pas révolutionnaire, est seconde dans cette évolution. Il me semble donc que Théorie communiste va vite en besogne en affirmant que « la baisse du taux de profit est une contradiction entre les classes » TC Qui sommes-nous ? et nombreux textes : pour moi, et je pense pour Marx, elle est surtout une contradiction au sein du Capital entre capitalistes, ensuite tout dépend de l'activité de lutte du prolétariat, mais dans la période actuelle... Il y a comme ça des glissements chez TC, sur la base du capitalisme en subsomption réelle dans le "dernier cycle de luttes avant la révolution", qui sont tout sauf rigoureux, alors qu'ils fondent son déterminisme communisateur)

* voir le cas de l'équipementier automobile GM&S Industry, menacé de liquidation : Mélenchon et Poutou manifestent avec les salariés de l'usine «piégée». Philippe Poutou : « Avec cette manifestation aujourd'hui, on souhaite pouvoir amplifier la démarche des salariés de GM&S et enclencher un réel processus de recherche de solution. Il faut espérer que toute cette mobilisation fasse avancer les choses dans le bon sens afin que cette usine soit sauvée. » Pierre Gattaz, patron des patrons : « Il faut faire tout pour que ce ne soit pas un drame total et qu'il n'y ait pas cette fermeture d'usine (...) C'est le projet d'Emmanuel Macron tel que je l'ai compris (...) La clé pour garder nos usines en France c'est de s'adapter en permanence, former en permanence nos salariés (...) Il faut essayer de trouver un repreneur... »

c'est dans ce cadre qu'on peut apprécier le choix de telle personnalité à tel ministère, et notamment le poids des ministres liés aux milieux patronaux, dont plusieurs dirigeants d'entreprises. C'est le cas dans tous les ministères décisifs du point de vue économique à court ou moyen terme : l'Économie et le Budget (cf Le Monde La politique économique du gouvernement confiée à la droite), l'Éducation nationale (Jean-Michel Blanquer, un spécialiste marqué à droite à l’éducation nationale). Du point de vue de la réussite économique du capitalisme français, il faudra suivre les mesures pour la Recherche. Une éditrice à la Culture, propriétaire de dizaines de librairies, c'est encore le commerce qui décide... Au Numérique, un ubérisateur en marche...

quant au pompon, c'est le Ministère du Travail, avec une patronne de choc, spécialiste des ressources humaines : Muriel Pénicaud, une ministre du Travail au "profil exemplaire" selon les patrons, et selon elle aussi : « Je parle le même langage que les patrons » avec en écho la Voix de son maître : Berger (CFDT) a une "appréciation très positive" de la ministre du Travail

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Patlotch



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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT français et RESTRUCTURATION de la géoéconomie du CAPITAL   Mer 7 Juin - 6:52


18 mai



la transition capitaliste verte est mûre

Nicolas Hulot Ministre d'État, pourquoi ?

Nicolas Hulot, après avoir refusé des postes ministériels offerts par Chirac, Sarkozy et Hollande, a donc accepté de la part de Macron/Philippe le poste de ministre d'État en charge de la Transition écologique et solidaire


pour le titre de ministre d'État, il n'a valeur qu'honorifique, protocolaire, à visée politique, électorale. Un tel ministre, relativement aux autres, n'a en plus que le pouvoir d'organiser des réunions interministérielles en dehors de la présence du Premier ministre et du Président

le sens de cette nomination est à mon avis fondamentalement ailleurs, assurer la transition écologique dans le capitalisme, c'est-à-dire faciliter, dans la production d'énergie, la victoire du capitalisme vert, peu ou prou la "croissance verte", au détriment de l'exploitation des énergies fossiles et du nucléaire. La transition écologique est d'abord énergétique, dans la continuité de la loi de transition énergétique de 2015 (nucléaire dans la production d'électricité de 75% à 50% à l'horizon 2025)

c'est à mettre au compte de la concurrence évoquée plus haut dans la course au taux de profit au sein de la branche de l'énergie notamment, et c'est pourquoi Hulot couvre aussi le champ des transports, gros consommateurs

si cette transition écologique est dite "solidaire", c'est parce qu'il faudra la payer. Question : qui ? Tout sauf une énigme...

les contradictions qui peuvent apparaître dans la composition même du gouvernement, sur la ligne écologique (exemple Édouard Philippe et Areva...) sont normales à ce stade de cette transition. Dans la mesure où Hulot est un opportuniste prêt à manger à tous les râteliers*, et qu'il n'a rien d'un écologiste radicalement anticapitaliste, sa durée au gouvernement dépendra de ce bras de fer qui s'inscrit dans une nécessité historique

* voici la liste des mécènes de sa Fondation Hulot : Partenaire Fondateur TF1, ADEME, AFD, Akuo Foundation, Api Restauration, Avril, Caisse des Dépôts, Carrefour, EDF, Fondation Bouygues Telecom, Fondation Daniel et Nina Carasso, Kering, L'Oréal, La Poste, Lesieur, RTE, SNCF, Triballat Noyal, Veolia. Source : Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l'homme

et s'il y a de fait "conflit d'intérêts", ce sera pour la bonne cause écologique...

dans la mise à jour de la gouvernance politique pour s'adapter aux nécessités du capitalisme en crise et de sa quête des moyens de la réguler, le choix de Hulot par Macron n'a rien que de logique. En ceci, c'est bien une "prise de guerre", mais au-delà du politique et même de l'écologie, économique et idéologique



20 mai



un feuilleton historique au présent

je m'attache dans ce sujet à donner une vision relativement complète et des événements et de leur signification, afin que ressortent les caractères historiques du moment présent, entre continuité et ruptures

et qu'on puisse me lire aujourd'hui, dans vingt ou cinquante ans, en y comprenant quelque chose, quelque chose de plus que chez dndf, Paris-Luttes info, Indymédia, Lundi Matin, Incendo, Mondialisme.org, Bad Kids and Cie & scies de la post-ultragauche anarcho-marxiste, pas bien plus avertie que la vulgate médiatique

l'histoire est longue certes, mais elle se produit au présent, et c'est au présent qu'on peut aussi la mieux écrire. Après, elle n'éclaire les générations nouvelles que dans la mesure où elles sont instruites de celles des précédentes de façon située, contextualisée, historisée, ce qui malheureusement n'est jamais le cas

ici nous achoppons sur l'absence de transmission d'une mémoire intelligente des événements passés, alors qu'elle pullule sous la forme du culte des anciens chez les anarchistes et autres dogmatiques

ça n'a sans doute pas d'influence, comme le dit bien Bruno Astarian dans Solitude de la théorie communiste. J'ajoute aucun impact au-delà de la satisfaction personnelle d'essayer de comprendre mon temps et d'être lu par une lectorate fidèle, patiente, et somme toute pas encombrante


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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT français et RESTRUCTURATION de la géoéconomie du CAPITAL   Mer 7 Juin - 6:57


21 mai



la classe des entrepreneurs et cadres dirigeants au pouvoir

dire que Macron est le Président de la Grande bourgeoisie n'oblige pas celle-ci à diriger elle-même l'État,
mais ici l'impression est forte que la catégorie "petite bourgeoisie" n'est pas aussi dépassée qu'on a pu le dire. Comme sous d'autres aspects (surexploitation...), on assiste comme à un retour aux sources du capitalisme : on n'est jamais mieux servi que par soi-même

on a vu les interconnections du pouvoir d'État et du capitalisme banquier au gouvernement et dans la haute administration. Ici, c'est de la "représentation nationale" qu'il s'agit, ceux que choisissent les citoyens...



Avec Emmanuel Macron, le renouvellement social attendra… Aux élections législatives, En Marche a surtout investi des cadres sup' et des entrepreneurs. Des "winners" de la vie professionnelle pour remplacer les pros de la politique, en somme.

voir infographies dans l'original
Citation :
Exit les professionnels de la politique, bienvenue... aux cadors de la vie professionnelle. Après moult rebondissements, une crise de François Bayrou et quelques sérieux ratés, la République en Marche (REM) a finalement publié ce mercredi 17 mai sa liste définitive des candidats aux élections législatives. Le listing de 521 noms, épluché par Marianne, répond incontestablement à la promesse de changement martelée par le nouveau chef de l'Etat. Celui qui clamait que "la politique ne doit plus être un métier", en octobre dernier à Strasbourg, pourra constater, satisfait, que 57% de ses représentants aux prochaines élections n'ont jamais détenu de mandat électoral. Pour beaucoup, comme le pilote de ligne Julien Lemaitte dans le Nord, la rhumatologue Stéphanie Rist dans le Loiret ou l'ingénieure nucléaire Claire Pitollat dans les Bouches-du-Rhône, il s'agit même du premier engagement militant. La parité est aussi parfaitement respectée : 261 hommes et 260 femmes. Quant aux collaborateurs politiques, les fameux "apparatchiks" pourfendus par le chef de l'Etat, ils ne sont plus que onze. Une paille. Pour autant, il n'est pas évident que ce casting corresponde à un véritable renouvellement.

90% de CSP+ et de chefs d'entreprise

En effet, si les noms changent, l'endogamie sociale demeure. On dénombre bien un chômeur, en la personne de Jean-Pierre Morali, investi dans les Ardennes, trois infirmières, un assistant juridique, un fonctionnaire au service de l'état-civil, un gardien de la paix ou un sapeur-pompier parmi les représentants d'Emmanuel Macron dans les territoires, mais cela paraît bien peu face aux 67 cadres supérieurs cooptés par Richard Ferrand et les siens.

Parmi les 298 candidats sélectionnés par la REM qui appartiennent à la société civile, 75% représentent les couches intellectuelles supérieures, les fameux CSP+. Quand on ajoute les chefs d'entreprise, on atteint même 90% des investis de Macron, quand les deux catégories ne représentent respectivement que 9,5% et 3,5% des actifs français, selon l'Insee. C'est encore davantage que dans l'Assemblée nationale sortante, qui comptait 68,5% de cadres supérieurs et 6,2% d'entrepreneurs (selon leur profession d'origine).

Regarder trop longtemps les CV des impétrants laisse même la drôle d'impression d'avoir consulté le tableau d'honneur d'une jeune multinationale en pleine expansion. Dans la "dream team" macroniste, on retrouve pas moins de 67 cadres d'entreprise, comme Amélie de Montchalin, responsable de la prospective chez Axa, dans l'Essonne, ou Philippe Latombe, responsable du contentieux au Crédit Agricole Vendée. 43 d'entre eux sont entrepreneurs, tel David Simmonet, PDG du groupe chimique Axyntis, dans le Loiret ou Adrien Taquet, fondateur de l'agence publicitaire Jésus et Gabriel, dans les Hauts-de-Seine.

incidemment, les mêmes 'Dirigeants/Cadres supérieurs' /'entrepreneurs' sont la clientèle majoritaire du site de l'adultère libéré Gleeden. Voir le reportage AFRODITE CHEZ LES PHALLOCRATES, antiroman sans repentir

en 1967 Debord écrivait La société du spectacle. 50 ans après, La société du bordel ?

on n'oubliera pas d'ajouter que dans cette histoire, les 'baisés' et les "cocus" sont toujours les mêmes

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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT français et RESTRUCTURATION de la géoéconomie du CAPITAL   Mer 7 Juin - 6:58


22 mai



convergence ?

Philippe Martinez a écrit:
- Réformer le code du travail n'est pas une priorité.
- Faciliter le licenciement pour créer de l'emploi, c'est vieux comme Juppé !
- Ces ordonnances sont complètement irrecevables !

Europe1 hier soir

Marine Le Pen a écrit:
- Le code du travail n’est pas la priorité.
- Ceux qui pensent qu’en licenciant plus facilement on va créer de l’emploi, ils se trompent.
- Des ordonnances pour faire passer des textes dont le peuple veut s'opposer ça s’appelle un coup de force.


France Info ce matin


convergence !

Édouard Philippe, Premier ministre a écrit:
- "Mon objectif est de donner une majorité au chef de l'État."
- "Il faudra aller vite", pour réformer le Code du Travail.

le JDD hier

Thibault Lanxade, MEDEF a écrit:
- "Il faut qu'il ait une majorité pour pouvoir faire en sorte que ses ordonnances puissent passer."
- "Il faut aller vite. Il faut qu'il ait l'entièreté des moyens"

- "il faut faire en sorte que ça puisse être effectif le plus tôt possible" pour bénéficier du retour de la croissance "avec un code du travail plus flexible".

France Inter ce matin

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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT français et RESTRUCTURATION de la géoéconomie du CAPITAL   Mer 7 Juin - 6:59

22 mai


à quoi ça sert, tout ça ?

à rien. À rien d'autre que comprendre ce qui se passe. Nombre de points sont repris ou semblables à des analyses que font les citoyennistes de gauche, dont l'objectif est de dénoncer pour proposer une alternative, alors que mon point de vue est radicalement critique, et sinon froid non "engagé politiquement"

ma conviction est qu'une telle alternative n'est pas crédible parce qu'irréaliste. Elle ne comprend le moment présent qu'à la surface

difficile de discerner, au-delà de cette recomposition bouleversant le paysage politique comme jamais depuis le "coup d'État" du Général de Gaulle en 1958, ce qui serait le plus essentiel, c'est-à-dire le plus profondément nouveau


un moment de la nouvelle restructuration du capitalisme mondial

à mon sens, c'est du côté de la restructuration dans la restructuration qu'il faut chercher, parce que c'est là que réside le caractère mondial de ce changement en France, cette restructuration portant ensemble sur l'économie et la politique, les liens entre capitaux transnationaux et rôle nouveau des États-nations, donc l'adaptation de leur gouvernance à cette nécessité historique, telle qu'on la constate avec Macron comme chef d'orchestre pour une partition écrite par la grande bourgeoisie internationale

c'est la première fois, à l'occasion des commentaires sur les raisons de la nomination de Nicolas Hulot comme Ministre d'État chargé de la Transition écologique et solidaire, que j'émets une critique sévère d'un point central chez les marxistes et les théoriciens de la communisation, le lien de réciprocité entre la contradiction entre prolétariat et capital, et la baisse tendancielle du taux de profit -, pour considérer que le moteur de l'histoire présente n'est pas la lutte des classes, mais la concurrence entre capitalistes pour le maintien de ce taux de profit, en raison même de l'absence de lutte de classe révolutionnaire du prolétariat, par expulsion (Saskia Sassen) d'une partie de celui-ci, déprolétarisée (AC/Carbure), en Nègres du monde (Achille Mbembe). Alimente encore cette affirmation le choix populiste du prolétariat, c'est-à-dire un choix anti-révolutionnaire

il y a donc, du point de vue théorique, quelque chose qui entre en cohérence, qui se reboucle par divers points de vue explicités dans d'autres sujets du forum

restructuration dans la restructuration, celle engagée au début des années 1970 avec la décomposition du programmatisme ouvrier (visant le communisme par étapes pour le pouvoir prolétarien étatiste ou autogestionnaire), puisqu'à cette époque il y avait encore de fortes luttes de classes visant le pouvoir par ou vers une révolution, dont on peut considérer qu'elles faisaient encore l'histoire, mais de moins en moins. C'est fini, jusqu'à la prochaine fois ?

avec ce moment historique de l'idéologie française, l'économie politique déterminant cette sortie (provisoire) de la crise de la démocratie politique, le point de vue que j'ai adopté est celui de l'hologramme, en considérant que le particulier contient la généralité. Voir DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE

j'ai donc concentré mes interventions récentes dans ce sujet, tout en essayant de mettre en évidence en quoi il permettait de comprendre le tout

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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT français et RESTRUCTURATION de la géoéconomie du CAPITAL   Mer 7 Juin - 7:01


23 mai



une parenthèse théorique dans l'accumulation d'événements qui font sens, mais à leur rythme...


capitalisme global et restructuration transnationale

à l'ouverture du forum en mai 2015, j'avais repris un sujet de mon site : ÉTAT TRANSNATIONAL, GÉOSTRATÉGIE et capitalisme global, et signalé un texte de William I. Robinson : Théorie sociale et mondialisation : l’avènement de l’État transnational, pour la revue Période qui le mettait en débat il y a quelques jours

le texte original est de 2001



extraits

William I. Robinson a écrit:
Le plus souvent, la mondialisation est présentée comme un processus qui se joue indépendamment voire contre les nations. Dans cet article classique, William Robinson remet en cause ce diagnostic, qui repose sur une séparation entre l’État et le marché ou entre le national et le mondial. Il propose à l’inverse de reconstruire une théorie marxiste du rapport de l’État à la mondialisation capitaliste. Il émet ainsi l’hypothèse de la formation d’un État transnational dans le cadre de la restructuration néolibérale du capitalisme initiée dans les années 1970. L’État transnational est l’institution d’une nouvelle classe capitaliste transnationale, qui reconfigure le rapport capital-travail à l’échelle mondiale. Loin de disparaître, les États nationaux se voient intégrés à cet appareil étatique émergent qui dessine l’horizon des luttes émancipatrices contemporaines.

[...]

Je milite plus précisément en faveur d’un retour à une conception historico-matérialiste de l’État et, sur cette base, j’explore trois propositions interdépendantes :

1) la mondialisation économique a sa contrepartie dans la formation de classe transnationale et dans la naissance d’un État transnational (ETN) qui a émergé afin de servir d’autorité collective à une classe dominante mondiale ;

2) l’État-nation ne conserve pas plus sa primauté qu’il n’est en voie de disparition, mais est progressivement transformé et absorbé dans la structure supérieure d’un ETN ;

3) cet ETN institutionnalise un nouveau rapport de classe entre capital mondial et travail mondial.

[...]

À l’ère de la mondialisation, un appareil d’État transnational émerge de l’intérieur du système des États-nations [...]

Les formes étatiques ne peuvent être comprises que comme des formes historiques du capitalisme [...]

L’État est la coagulation d’une constellation de forces et de rapports de classe et les États sont toujours incarnés dans des ensembles d’institutions politiques. Ainsi les États sont : a) un moment des rapports du pouvoir de classe ; b) un ensemble d’institutions politiques (un « appareil »). L’État n’est pas l’un ou l’autre ; il est leur unité.[...]

Qu’est-ce alors que l’État transnational ? C’est une constellation de forces sociales et de rapports de classe liée à la mondialisation et à l’avènement d’une classe capitaliste transnationale qui s’incarne dans un ensemble divers d’institutions politiques. Ces institutions sont composées d’États nationaux transformés et de différentes institutions supranationales qui œuvrent à institutionnaliser la domination de cette classe en tant que fraction hégémonique du capital à l’échelle mondiale.[...]

Les élites affairistes et politiques transnationales qui émergèrent sur la devant de la scène  mondiale dans les années 1980 revendiquèrent explicitement la construction et la gestion d’une économie mondiale à travers des institutions multilatérales et nationales restructurées.[...]

etc.

le mot est lâché : restructuration, une restructuration dont le texte montre bien qu'elle n'est pas à prendre au sens de celle qui a commencé au début des années 1970 (voir plus haut restructuration dans la restructuration)

sans doute peut-on comprendre ce qui se passe en France comme le rattrapage d'un retard relativement à l'avancement de ces processus de transformation du rapport Capital/États-nations dans les pays anglo-saxons et au Japon, mais aussi d'une autre manière, en Chine, au Vietnam, etc.

les chamboulements accélérés par Macron ne sont pas l'avant-garde du capitalisme actuel, ils ne font qu'y inscrire les particularités française dans la généralité mondiale

alors que jusqu'ici nous partions de l'idéologie française, comme spécifique, pour voir en quoi elle portait des nécessités historiques mondiales, nous pouvons vérifier nos hypothèses de façon inverse, en descendant du général au particulier

je souligne que je n'entends pas ici généralité du capitalisme mondial/global au sens du gros concept de capital tel qu'on le rencontre dans certaines théories spéculatives ne démontrant rien, mais de façon concrète à tous les niveaux



Citation :
This exciting new study provides an original and provocative exposé of the crisis of global capitalism in its multiple dimensions - economic, political, social, ecological, military, and cultural. Building on his earlier works on globalization, William I. Robinson discusses the nature of the new global capitalism, the rise of a globalized production and financial system, a transnational capitalist class, and a transnational state and warns of the rise of a global police state to contain the explosive contradictions of a global capitalist system that is crisis-ridden and out of control. Robinson concludes with an exploration of how diverse social and political forces are responding to the crisis and alternative scenarios for the future.

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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT français et RESTRUCTURATION de la géoéconomie du CAPITAL   Mer 7 Juin - 7:03


24 mai



ils font ou feront tous du Macron

un bon indice de la nécessité politique de la recomposition politique en cours, c'est qu'elle semble inéluctable à tous les acteurs de haut en bas, comme si, disais-je, ils ne pouvaient que jouer à leur pupitre une partition, écrite par d'autres, et dirigée de main de maître par Emmanuel Macron

les plus malheureux, Hamon à gauche pour le PS, Fillon à droite pour Les Républicains, ont eu le tort d'arriver trop tôt, idiots utiles d'une histoire qui allait plus vite qu'eux

plus chanceux, mais voué à surjouer un rôle qui lui échappera de plus en plus, Mélenchon fait du Macron dans la mesure où sa stratégie - siphonner le PS et marginaliser le PCF - s'inscrit dans la visée de Macron à gauche, faire exploser la vieille social-démocratie et la gauche toute entière

les Verts, pas nombreux mais à l'esprit large, feront du Hulot (Macron)-Hamon- PS-PCF-Insoumis...

Alain Juppé joue sur les deux tableaux, avec l'avantage d'avoir compris avant les autres ce qui se passait (sans quoi il aurait relevé Fillon à l'heure où on l'attendait)


Alain Juppé a écrit:
Notre groupe à l'Assemblée nationale devra s'engager, non pas – c'est mon point de vue –  dans une opposition partisane et une obstruction de tous les instants, mais dans un travail constructif. Si des textes vont dans le bon sens, je pense qu'il faut les voter

Législatives : Alain Juppé refuse de construire "une opposition partisane" Europe1 hier

Marine Le Pen, pas si malheureuse on le verra, prépare l'élargissement, si ce n'est du FN (rebaptisé ?), son alliance à droite avec les Républicains les plus à droite des partisans de Sarkozy-Fillon. Elle s'inscrit ainsi dans la stratégie de Macron de faire exploser la droite Républicains-UDI

Dupont-Aignan, poisson pilote de l'opération, pourrait en faire les frais, avec le tort d'avoir eu trop tôt raison, mais ce n'est là qu'épiphénomène, d'autres viendront :



de haut en bas, disais-je, car on ne voit pas trop comment les électeurs pourraient ne pas entériner ce choix aux législatives, ceci pour qui qu'ils votent...


j'ai plus haut donné mon point de vue sur cette nécessité politique, pour la bourgeoisie, d'en finir avec le clivage droite-gauche. Il est recoupé sous une autre forme par l'analyse de Jérôme Sainte-Marie, pour qui « Emmanuel Macron rassemble libéralisme économique et libéralisme culturel, satisfaisant un bloc élitaire qui se sent menacé.»


Citation :
Vous affirmiez quelques jours avant le second tour que la bourgeoisie avait trouvé son candidat en Emmanuel Macron. Dans le même temps, celui-ci a été considéré comme le rempart de la République face à l’extrême droite. Qui a gagné dimanche dernier ? La bourgeoisie ou la République ?

Jérôme Sainte-Marie : C’est en effet ce que j’ai dit même si je suis un peu sorti de mon rôle ! (Rires.) Commençons par le contenu idéologique de l’offre d’Emmanuel Macron, qui est très clair : il s’agit de la réunification de tous les libéralismes, le libéralisme économique et le libéralisme culturel. L’illusion que la gauche pouvait promouvoir le libéralisme culturel sans en tirer de conséquences quant au libéralisme économique – et inversement pour la droite – vole en éclats. Hamon et Mélenchon figurent le renouvellement du libéralisme culturel sans le libéralisme économique. Fillon, c’est le contraire. Cette réconciliation des deux libéralismes est également inscrite dans les traités commerciaux internationaux, comme le Tafta. Elle est portée sur le plan international par des chefs d’État comme Justin Trudeau.

Les élites des deux bords se retrouvent idéologiquement. Cela correspondant aussi à une pratique politique des gouvernements de droite ou de gauche, dont la convergence, quinquennat après quinquennat, était toujours plus éclatante. Mais les alternances divisaient de plus en plus artificiellement le bloc élitaire, que l’on peut appeler plus clairement la bourgeoisie. Cette dernière s’est rendu compte que ses divisions historiques étaient fatales à la mise en œuvre de son projet commun de réformes. Elle s’est donc réunifiée sous la forme du bloc élitaire. Cette réunification aurait pu se produire entre les deux tours. Cela s’est fait de manière plus brutale et plus rapide, avant même le premier tour, avec la création du mouvement En marche ! d’Emmanuel Macron. Ce dernier incarne parfaitement cette réunification idéologique et sociale de la bourgeoisie française pour donner aux réformes la plus grande force propulsive possible.

Ce projet est-il majoritaire dans la société française ?


Jérôme Sainte-Marie : Soulignons d’abord que le premier tour a révélé un vote de classe d’une puissance inédite, du moins depuis les années 1970. C’est aujourd’hui une réalité aveuglante. On n’avait pas vu cela depuis le référendum de 2005.

On a, d’un côté, les catégories populaires, qui représentent la majorité du salariat, dont le vote s’est divisé entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. De l’autre, François Fillon et Emmanuel Macron ont rassemblé le bloc élitaire – les chefs d’entreprise, les cadres en général, les détenteurs de patrimoine, donc beaucoup de retraités, et aussi, parmi les jeunes, certaines catégories d’étudiants. Ces deux blocs rassemblent chacun entre 40 et 45 % des suffrages exprimés. Le voile d’illusion idéologique que représentait le clivage gauche-droite est en train de se déchirer.

À cette occasion, la réunification de la bourgeoisie est éclatante. Globalement, le bloc élitaire, c’est la France qui a voté oui en 2005. Cela lui donne un avantage pour gouverner puisqu’il domine sans partage l’appareil de l’État et la direction des grandes entreprises. Plus durablement, toutes les structures institutionnelles convergent, y compris les instances de contrôle. La division partisane de la bourgeoisie, notamment dans la haute fonction publique et dans la direction des médias, constituait un garde-fou que ce processus d’unification idéologique pourrait supprimer.

Ce qui est plus embêtant pour elle, d’un point de vue politique, c’est que cela devient visible. Une domination s’affaiblit quand elle avance sans masque. Par exemple, l’alternance sans véritable alternative est la solution optimale pour maintenir l’ordre social. La clarification actuelle, pour reprendre le mot de Manuel Valls, pourrait s’avérer une mauvaise idée. La disparition de médiation entre le monde des affaires et le milieu politique, avec un président de la République directement issu du premier, constitue une transparence redoutable pour un système en crise.

[...]

Karl Marx a écrit:
Les pensées de la classe dominante sont aussi, à toutes les époques, les pensées dominantes, autrement dit la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est aussi la puissance dominante spirituelle. Les pensées dominantes ne sont pas autre chose que l’expression idéale des rapports matériels dominants, elles sont ces rapports matériels dominants saisis sous forme d’idées, donc l’expression des rapports qui font d’une classe la classe dominante; autrement dit, ce sont les idées de sa domination.

K. Marx et F. Engels, L'idéologie allemande, 1845

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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT français et RESTRUCTURATION de la géoéconomie du CAPITAL   Mer 7 Juin - 7:05


25 mai


le populisme entrepreneur

ils n'en vivraient pas tous, mais tous étaient appelés


la sociologie d'En marche ! et de sa représentation politique nous dit autre chose, le populisme entrepreneur

j'écrivais le 27 mars


Patlotch a écrit:
à propos de "populisme", Hollande se donne pour dernière mission d'éviter la victoire du populisme : « éviter que le populisme, le nationalisme, l'extrémisme ne puissent l'emporter ». Suivez son regard, Le Pen, Mélenchon... mais pas Macron. Or celui-ci ne peut exister que sur le fond de la vague populiste

si l'on se réfère au texte de TC/RS M. LE PEN ET LA DISPARITION DE L’IDENTITÉ OUVRIÈRE, 2002, un long passage est consacré au populisme dans lequel on peut lire :


Citation :
Le petit patronat représente idéalement cette réconciliation du travail respectable et du capital mérité, s’épanouissant dans le cadre de la nation, sociale et familiale. Malheureusement, si c’est un idéal c’est que c’est aussi une réalité.
[...]
Le petit patron est tout à fait moderne...

on pourrait dire qu'aujourd'hui, l'électeur idéal de Macron, économiquement, socialement et idéologiquement, c'est (l'auto)entrepreneur plutôt que le petit patron. On a un peu le même rapport au travail, mais pas du tout avec les mêmes couches sociales. Le populisme de Macron ne s'adresse pas au prolétariat, mais aux couches moyennes et supérieures

l'idéologie dominante se donne(ra) à lire, du point de vue culturel et sociétal, comme structure of feeling (Raymond Williams), sous le mot d'ordre : « Devenir entrepreneur de sa vie »


recherche Google "entrepreneur de sa vie"

c'est pourquoi mon invitation plus haut à lire "Révolution", le best-seller de Macron, est tout sauf une boutade, c'est la nouvelle bible idéologique. S'il y a une petite révolution, c'est l'alliance (objective...) entre cette nouvelle petite bourgeoisie et la grande




la classe de l'encadrement en marche

on a vu (plus haut 10:23) qu'ils étaient bien représentés par les candidats macronistes aux législatives. Là, il s'agit du moral des troupeaux de cadres de la société civile. « Le cadre, écrit Debord en 1972, arrive en retard, et en masse, à tout, voulant être unique et le premier. Bref, selon la révélatrice acception nouvelle d’un vieux mot argotique, le cadre est en même temps le plouc »


En mai, la confiance des cadres a bondi, selon le dernier baromètre Viavoice. Un niveau jamais atteint depuis l'élection de Nicolas Sarkozy. L'arrivée de la crise financière avait rapidement stoppé cette embellie...


Crédit photo © Reuters

Citation :
Depuis l'élection présidentielle, la confiance des cadres est revenue à un niveau qu'elle n'avait plus connu depuis l'avant-crise ! Une progression qui s'explique par plusieurs facteurs d'après Viavoice, qui a publié son baromètre économique mensuel...

L'indice de confiance des cadres bondit

Arrivé à -9, l'indice a bondi de 12 points en ce mois de mai... Un niveau atteint pour la dernière fois juste après l'élection de Nicolas Sarkozy en 2007. Cette confiance est largement imputable au "profil du nouveau Président de la République, Emmanuel Macron, qui séduit les cadres, convaincus que son élection créera un cercle vertueux de confiance et d'investissements dans les mois à venir".

"L'amélioration de l'activité économique dans les entreprises, perceptible depuis plusieurs mois et amenée à se concrétiser au cours de l'année", est également mise en avant par Viavoice. L'institut souligne, malgré tout, comme principale raison, "la levée d'une incertitude majeure, après la lourde défaite de Marine Le Pen". Une élection qui aurait, selon eux, porté atteinte aux entreprises françaises et aux investisseurs étrangers...

L'élection d'Emmanuel Macron comme catalyseur

Dans le détail, les Français sont "57 % à penser que l'élection d'Emmanuel Macron peut créer un "choc de confiance" encourageant les investissements, l'emploi ou la consommation". Ainsi, 37% des personnes interrogées pensent que le niveau de vie va s'améliorer en France en un an, soit quasiment le double du mois d'avril.

Il n'est pas rare que la confiance des cadres soit positive au lendemain d'une élection présidentielle comme ce fut le cas après Nicolas Sarkozy et François Hollande.

Néanmoins, la tendance reste à confirmer. Viavoice est optimiste sur ce sujet pour deux raisons : les indicateurs économiques, qui sont repartis dans le vert d'une part, et les réformes économiques majeures, qui ont déjà été réalisées (les retraites, la Sécurité sociale, la baisse des dépenses publiques...), d'autre part...

mais vous avez bien lu, après la confiance en Sarkozy, « L'arrivée de la crise financière avait rapidement stoppé cette embellie... »

Baro-Eco a écrit:
Emmanuel Macron, un Président « pro-business » ?

Les cadres sont ainsi 57 % à penser que l’élection d’Emmanuel Macron peut créer un « choc de confiance » encourageant les investissements, l’emploi ou la consommation. Ils sont également 61 % à penser que le profil du nouveau Président est « un atout pour l’activité économique et l’attractivité de la France », à travers trois qualités perçues :

- Son expérience économique, soulignée comme un atout par 67 % des cadres. Une qualité liée à son passage au Ministère de l’Economie et dans la haute fonction publique, mais surtout à son expérience dans le secteur privé (pour 66 % des cadres).

- Sa capacité à renouveler la vie politique, que ce soit à travers son âge (un atout pour 64 % des cadres), le fait qu’il soit nouveau dans le paysage politique (64 %) ou encore qu’il n’appartienne pas aux partis ayant gouverné ces dernières années (57 %).

- Enfin, Emmanuel Macron est perçu comme un excellent « VRP » pouvant faire profiter l’économie française de son réseau ou de son image au sein des milieux dirigeants : ainsi sont salués sa proximité avec des chefs d’Etat et de gouvernement (56 %) comme avec des dirigeants de grands groupes (56 %).

On comprend dès lors pourquoi 69 % des cadres anticipent un impact positif.

Les cadres anticipent une vraie sortie de crise à court terme


Parallèlement à ces nouvelles perspectives liées à l’élection présidentielle, on observe plus largement une forte amélioration des anticipations des cadres, tant sur le plan macro-économique que personnel :

- Ils sont ainsi 37 % à penser que le niveau de vie en France s’améliorera d’ici un an, en très forte hausse depuis avril (+18 points).

- Même « inversion de la courbe » en matière l’emploi, avec 31 % des cadres qui pensent que le nombre de chômeurs diminuera dans les mois à venir (+9).

- Enfin, sur un plan plus personnel, 26 % d’entre eux pensent que leur situation financière va s’améliorer (+4).

[...]

pour la "sortie de crise", hmm, on verra...

ajout 7 juin

on peut vérifier les aspects sociologiques du macronisme dans Qui sont les candidats de La République en marche ? L’enquête du « Monde »


Citation :
- La République en marche (LRM) a respecté la parité et investi des jeunes
- La « société civile » est présente en nombre
- Le profil sociologique des candidats est endogame : cadres et professions intellectuelles sont surreprésentés
- Un tiers des candidats LRM ont leur propre entreprise
- Sciences Po et grandes écoles pèsent fortement dans les profils de candidats

- 2 ouvriers et 11 agriculteurs
- 155 candidats ont leur propre entreprise


Dernière édition par Patlotch le Mer 7 Juin - 7:41, édité 3 fois
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Patlotch



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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT français et RESTRUCTURATION de la géoéconomie du CAPITAL   Mer 7 Juin - 7:09


31 mai


nécessité historique, conjoncture, et dépassement

précisions théoriques et terminologiques

j'ai écrit que l'affirmation d'Alain de Benoist « Macron n’apparaît pas comme la marionnette fabriquée que l’on imaginait » manquait de dialectique des contradictions dans la crise économique et politique. Il n'y avait que Macron pour tenir le rôle qu'appelait sa crise, répondre à une demande et combler un vide dans le trop-plein politique, adapter l'État français à la gouvernance de la mondialisation dans la restructuration du capital

"il n'y avait que Macron..."
était un peu rapide, et je reviens donc sur ce que j'ai appelé "nécessité historique". Il n'y avait évidemment aucune nécessité que ce fut Macron plutôt qu'un autre, mais il était là, il présentait les qualités requises, et c'est à partir de là qu'il a été choisi et littéralement "fabriqué"* parce qu'il correspondait au besoin du capitalisme français d'adapter sa gouvernance d'État. *voir 2017, Le Coup d'État 2017

cette révolution macronienne est une conjoncture au même titre que la révolution d'Octobre est léninienne, dans le sens où, toutes proportions gardées, Macron a compris la situation de 2017 comme Lénine celle de 1917. C'est la rencontre d'une nécessité, d'une opportunité, et d'une possibilité

la notion de "nécessité historique" existe chez Marx bien qu'à ma connaissance l'expression ne figure pas dans son œuvre, ni même celle de « nécessité sociale » qui est le fond de son matérialisme historique. Elle existe dès sa thèse de doctorat La différence de la philosophie de la nature chez Démocrite et Épicure en 1841. Voir Denis Collin, Marx et Epicure

c'est cela même que reprendra Althusser sur le thème du clinamen et du matérialisme de la rencontre qu'on pourrait tout aussi bien appeler matérialisme de la conjoncture. Voir les textes matérialisme de la rencontre conjoncture

il y a donc une gradation et des sauts de logique à éviter. Voir Denis Collin Nécessité, déterminisme et possibilité chez Marx


Denis Collin a écrit:
Quand Marx s’essaie aux prévisions économiques, c’est le plus souvent par une analyse de conjoncture qui ne s’appuie pas sur les éléments spécifiques de sa théorie mais plutôt sur le fonds d’idées communes à tous les économistes, comme si la théorie, n’avait plus rien à dire de spécifique dès qu’on s’intéresse à la réalité quotidienne

nécessité historique signifie nécessité causale et non déterminisme, et c'est ici que passe la frontière entre le constat que 'ceci' ne pouvait pas se passer et l'affirmation que 'cela' ne peut que se produire

on peut constater ce glissement chez Boukharine dans le texte La théorie du matérialisme historique, Déterminisme et Indéterminisme (Nécessité et libre arbitre), La nécessité historique 1921


Boukharine a écrit:
La condition nécessaire de l'évolution est connue sous le nom de nécessité historique. C'est dans ce sens que la Révolution française, sans laquelle le capitalisme n'aurait pu se développer, était une nécessité historique, ou bien le soi-disant « affranchissement des serfs » de 1861, sans lequel le capitalisme russe n'aurait pu continuer à se développer.

C'est en ce sens que le socialisme est une nécessité historique, l'évolution sociale ultérieure étant impossible sans lui. Si la société se développe, nous aurons inévitablement le socialisme. C'est dans ce sens que Marx et Engels parlent de « nécessité sociale ».

la Révolution française peut être vue rétrospectivement comme une nécessité historique, mais dire que le socialisme est inévitable relève du déterminisme, et c'est au fond celui qui est derrière le slogan « Une seule solution, la révolution ». On peut dire que la justice sociale est nécessaire, mais elle n'a rien d'une nécessité historique au sens vu plus haut

concernant la prévision de la communisation par ses théoriciens, c'est un peu plus compliqué, mais de fait, ils n'ont étudié que cette seule hypothèse, et c'est là que se loge leur déterminisme, même tempéré par la notion de "dépassement produit" chère à Théorie Communiste

le problème actuel du communisme comme mouvement est qu'il n'apparaît plus comme une nécessité historique, c'est-à-dire qu'on ne trouve rien dans les contradictions présentes pour poser la lutte des classes comme moteur de l'histoire vers une révolution d'abolition du capital. On ne trouve que les contradictions du capital, et le prolétariat embarqué avec elles, dans le populisme ou l'expulsion/déprolétarisation

en attendant, on a Macron...

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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT français et RESTRUCTURATION de la géoéconomie du CAPITAL   Mer 7 Juin - 7:11


2 juin


d'hier après-midi, corrigé

la morale, une affaire capitale d'État

« la banque de la démocratie » sic...
un cachet d'aspirine pour la démocratie politique en crise

j'écrivais le 22 mai, avant "l'affaire Ferrand"

Patlotch a écrit:

démoralisons la démocratie politique !

c'est parti, on va voir ce qu'on va voir, un sombre député PS a remis au Père la morale, François Bayrou garde des sots, ses Propositions de moralisation de la vie politique. Celui-ci a ouvert le chantier, qui comporte :

Citation :
- Interdire l'emploi d'un membre de sa famille

- Interdire le cumul des mandats dans le temps (pas plus de trois)

- Interdire le cumul entre mandat parlementaire et fonction exécutive locale

- Lutter contre les conflits d'intérêt

- Soumettre les indemnités parlementaires à l'impôt

- Avoir un casier judiciaire vierge

- Retraite : supprimer le régime spécial des parlementaires

globalement, ça effacera la mauvais impression laissée par "les affaires", dont la dernière avec Fillon; ça épargnera un peu les caisses de l'État, par des mesures auxquelles personnes, hormis les intéressés, ne trouvera rien à dire

et puis surtout, cela fera encore un peu plus le ménage de façon à accélérer le remplacement de l'ancien personnel politique par du neuf, au niveau national et local, comme on le voit déjà avec les mesures prises concernant le cumul des mandats (plus de 200 députés sortants sur 577 jettent l'éponge, tous partis confondus)

bref, c'est tout bénef pour Macron et les siens, avec la morale de leur côté aux yeux des citoyens, à qui, à terme, ça fera une belle jambe... pour aller voter ?

il suffisait d'y penser, le non "conflit d'intérêt" entre l'État et les capitalistes est blanchi, et se paye le culot de Hulot, qui lave plus propre...


« le texte et le contexte »

une loi qui vient à point


le contexte n'est pas, comme pour Bayrou et les journalistes l'interrogeant aujourd'hui (point de presse sur la moralisation), le cas Ferrand et ses implications électorales, mais la nécessité de renforcer le lien structurel entre l'État et le capital

tout le barouf autour de Ferrand, et quelques autres, qu'il soit médiatique ou politique, qu'il aille en un sens ou l'autre, n'est qu'un rideau de fumée masquant l'absence de conflit d'intérêt entre l'État et le capital, alors que le macronisme accentue la gouvernance directe de l'État par les capitalistes ou leurs chargés de pouvoirs politiques

quand on voit, de plus, ce qui est reproché à Ferrand, à savoir peanuts relativement aux pratiques courantes et légales de corruption organisée par les déréglementations depuis vingt ans, on se doute que cette orchestration même cacophonique n'a rien d'innocente



en 2004, le philosophe humaniste André Comte-Sponville posait la question "Le capitalisme est-il moral ?". Il y abordait plutôt la question de l'éthique de l'entreprise, mais sa réponse vaut plus largement, puisque l'État jusqu'en son budget est géré comme une entreprise : « prétendre marier profit et éthique relève d'une confusion entre deux ordres différents et ne permet pas de répondre aux problèmes soulevés par les dérives contemporaines de l'économie. Le capitalisme n'est ni moral, ni immoral ; il est « a-moral » dans le sens où la morale est intrinsèquement étrangère à l'ordre économique

cet ancien dirigeant des Étudiants communistes (PCF), n'a semble-t-il pas bien lu Le Manifeste :


Marx a écrit:
La bourgeoisie a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse, de l'enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste.

I. Bourgeois et prolétaires
1847

le calcul égoïste est-il moral ? Et à quoi le citoyen électeur est-il convié, par cette moralisation de la vie politique, sinon à une "sentimentalité petite-bourgeoise" dans les limites de l'égoïsme intrinsèque à la domination économique ?

les individus, s'ils se déterminent essentiellement à partir de leurs conditions sociales ou de leurs perspectives en la matière, le font aussi de façon subjective, relativement à des "valeurs" que l'on peut dire morales, ou moralistes. C'est précisément là-dessus que reposait la différence entre la gauche et la droite depuis que leurs politiques économiques étaient les mêmes (cf l'opposition entre libéralisme culturel et libéralisme économique décrite par Jérôme Sainte-Marie « Emmanuel Macron incarne la réunification de la bourgeoisie »). C'est cette différence devenue caduque entre gauche et droite, sur la question des valeurs morales, que fait sauter Macron, mais...

quand ce qui est légal apparaît comme immoral aux citoyens électeurs, le pouvoir ne peut plus que faire semblant. C'est à cela que sert, consciemment de la part des puissants, inconsciemment pour les enfumés volontaires, épisodiquement "l'affaire Ferrand", et fondamentalement le texte proposé par Bayrou


le droit entérine un rapport de forces entre classes

Bayrou le dit bien : il s'agit de redonner la confiance aux citoyens tout en leur cachant que le système capitaliste est structurellement immoral (j'assume y compris théoriquement dans l'esprit du Manifeste), ceci en renvoyant la morale à une affaire privée, individuelle, de conflits d'intérêts sur des aspects secondaires, au niveau de ce qui choque l'opinion publique, les risques politiques étant contenus dans le principe qu'elle accepte de la démocratie politique, sous réserve de la moraliser

Bayrou a écrit:
Le projet de loi va adopter le nom de confiance plutôt que celui de moralisation. La morale est une affaire personnelle. Il s'agit de mettre en, place des pratiques et des règles qui redonnent de la confiance à nos concitoyens.

il s'agit donc, comme toujours, d'un compromis entre les intérêts du capital et le niveau des luttes. Bis :

Karl Marx a écrit:
Les pensées de la classe dominante sont aussi, à toutes les époques, les pensées dominantes, autrement dit la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est aussi la puissance dominante spirituelle. Les pensées dominantes ne sont pas autre chose que l’expression idéale des rapports matériels dominants, elles sont ces rapports matériels dominants saisis sous forme d’idées, donc l’expression des rapports qui font d’une classe la classe dominante; autrement dit, ce sont les idées de sa domination.

K. Marx et F. Engels, L'idéologie allemande, 1845

cela ne signifie nullement que la condamnation morale du capitalisme suffirait à le vaincre, mais qu'il est impossible de séparer les aspects économiques, sociaux, politiques et idéologiques de sa domination, des conditions subjectives pour porter les luttes à cette puissance : c'est le problème de la subjectivation révolutionnaire...


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Patlotch



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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT français et RESTRUCTURATION de la géoéconomie du CAPITAL   Dim 11 Juin - 13:24


du 7 juin, nouvelle version


quelle restructuration du capitalisme ?

Tristan Vacances : - Qu'entendez-vous par "restructuration du capitalisme", et en quoi diffère-t-elle des précédentes, dans la première moitié du 20è siècle le fordisme et l'État-providence keynésien de la période de croissance en Occident, et à partir des années 1970 la restructuration mondiale (globale) avec l'effondrement concomitant du programmatisme ouvrier et de ses organisations communistes pour un communisme d'État ou autogestionnaire par étapes ?

Patlotch : - on pourrait dire que toute l'histoire du mode de production capitaliste n'est que celle de ses restructurations, et réciproquement de la lutte entre classes antagonistes en son sein. Le point commun est qu'à chaque fois, cela se résout en un compromis historique dans lequel le capitalisme établit les nouvelles modalités de sa domination mondiale

pour ne considérer que les deux grandes restructurations du 20è siècle que vous citez, et qui peuvent se lire théoriquement comme deux phases de la subsomption réelle, donc des modalités d'extorsion de la plus-value (respectivement absolue ou relative), ces compromis attachent la classe ouvrière, le prolétariat, à ne se battre qu'au sein de la règle de l'exploitation, pour de meilleures conditions de travail et de salaire

le compromis keynésien est clair concernant le fordisme/État providence, avec les "acquis des luttes" précisément mis en cause avec la seconde restructuration depuis 40 ans, qui casse la reproduction du capital sur des aires nationales, ce à quoi rêve de revenir de façon keynésienne le populisme de gauche

ce compromis entre classes est moins clair concernant la période de 1970 à ~2008, mais on peut le rapporter à l'altermondialisme (ATTAC, sommets mondiaux..), sa montée à partir de 1995, son apogée au début du siècle, et sa chute avec la crise de 2008, altermondialisme qui, au nom de la démocratie, n'a fait qu'éterniser un anticapitalisme dans le système, et repousser l'horizon d'une sortie révolutionnaire du mode de production étatique et capitaliste. La différence avec le compromis keynésien est qu'il n'est pas parvenu au pouvoir, en raison même de son irréalisme économique. L'altermondialisme anticapitaliste était et reste un oxymore, un compromis impossible

Tristan Vacances : - j'ai l'impression de lire "Théorie Communiste" et son phasage historique du capitalisme...

Patlotch : - jusque-là, à quelque chose près...

Tristan Vacances : - Alors quelle est la différence ?

Patlotch : - d'une façon générale et méthodologique, ma conception "renverse" cette théorie de la communisation, une religion communiste de plus, déterministe et idéaliste, comme on a dit que Marx renverse Hegel

la différence réside en plusieurs points, dont précisément l'apparition d'une nouvelle restructuration globale, qui évacue l'idée d'un ultime "cycle de lutte" au bout duquel surgirait la révolution communiste

c'est pourquoi je me refuse à la nommer "restructuration dans la restructuration", sans quoi autant dire le capitalisme n'est que cela depuis le début

Tristan Vacances : - Que serait le "compromis historique" dans cette phase et ce macronisme ?

Patlotch : - à ce stade, point besoin de faire un dessin concernant ce qui se passe en France, puisque le macronisme est porté par une majorité des citoyens électeurs, la 'société civile', etc. Et quant aux autres, prolétaires ou expulsés en masse du système, ils n'agissent pas contre, à moins de le voir dans la gesticulation prétendue révolutionnaire de quelques centaines d'individus cagoulés obsédés par l'État policier...

le nouveau compromis s'établit sur le travail, comme toujours, à commencer par celui qui produit de la plus-value, ou le permet puisque il est devenu impossible de discerner les frontières d'une classe ouvrière productrice en ce sens, et c'est ce à quoi l'on assistera dans les mois qui viennent avec la réforme Macron et le positionnement des syndicats comme de ceux qui les suivront ou les pousseront par leurs luttes pour un compromis le moins mauvais possible

Tristan Vacances : - Quelles sont les spécificités de cette restructuration et en quoi n'est-elle pas restructuration dans la précédente engagée depuis près d'un demi-siècle ?

Patlotch : - je la caractérise par la nécessité historique, pour le capital global, de résoudre sa crise économique et politique en même temps que l'Occident doit résoudre la sienne, l'ensemble au croisement de cinq siècles concernant le colonialisme et ses avatars, de deux siècles concernant le mode de production capitaliste proprement dit, décrit par Marx au mitant du 19è siècle

la montée du capitalisme vert, que traduit l'entrée de Hulot au gouvernement et symbolise la poignée de main Macron-Trump, en est une dimension essentielle en ce que, via une sorte de plan Marshall au niveau mondial, elle peut permettre une sortie de crise transitoire du capitalisme. Cela fait aussi partie du compromis historique liée à cette nouvelle restructuration, puisque l'idéologie écologiste est devenue hégémonique

les luttes décoloniales, par leur ambivalence, peuvent alimenter le renversement de la suprématie occidentale, par exemple en Amérique du Sud ou le concept est né dans les luttes, et en Afrique où peut se développer un capitalisme moins dépendant de l'Occident

nous sommes au cœur de ce processus, qui voit la fin de la suprématie occidentale dans le capitalisme mondial et les conditions d'une nouvelle répartition des intérêts de classes qui invite à redéfinir leur conception marxienne, et à abandonner la certitude d'un sujet révolutionnaire prolétarien universel, serait-ce pour sa propre abolition en tant qu'être du capital. Maintenant, si on appelle prolétariat ce sujet en le définissant sur mesure, évidemment que le problème ne se pose plus, je préférerais classe révolutionnaire, mais quoi qu'il en soit c'est pour l'heure une tautologie, un jeu de mots où le langage conceptuel l'emporte sur la réalité des choses

je soutiens qu'il est impossible à ce stade de prédire ce qui sortira, sous une à quelques décennies, de cette restructuration, et qu'il est donc irréaliste de faire comme si ce qui se passe d'ici-là pouvait être saisi, analysé et théorisé sous les catégories et concepts anciens du marxisme même le meilleur : l'universalisme prolétarien eurocentré est trop lourd pour appréhender tous les aspects actuels de ces bouleversements

Tristan Vacances : - Et donc pour vous, le "macronisme" serait le moment français de l'engagement dans cette restructuration mondiale ?

Patlotch : - exactement, sous réserve que ce label ne soit pas entendu comme la politique déterminant l'économie ce qu'à mon avis interdit justement sa forte caractéristique de renouveler la "gouvernance" État-Capital et sa dimension d'emblée européenne et mondiale. En ce sens, le macronisme, c'est aussi les luttes qu'il déclenchera dans cette période, comme on peut dire que le bonapartisme engendra la Commune...

au demeurant, Louis-Napoléon Bonaparte était saint-simonien, il mit l'État en adéquation à la première restructuration du mode de production capitaliste en France dans le contexte de l'Empire colonial français... Il était un révolutionnaire capitaliste, comme Emmanuel Macron rêve de l'être : Révolution est le titre de son livre de 2016, à prendre au pied de la lettre...





quelle théorisation communiste ?

Tristan Vacances : - Quelle serait alors selon vous les conditions d'une théorisation communiste aujourd'hui ?

Patlotch : - difficile question, parce qu'à la limite de mes considérations, celle-ci est actuellement impossible, et elle l'est du point de vue même de ce qui, en sus de sa critique de l'économie politique dans Le Capital, reste de plus valide chez Marx : sa méthode, dont je prétends hériter la mienne, cf DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE

il nous est impossible d'affirmer aujourd'hui que "la lutte de classe est le moteur de l'histoire", dans la mesure où seul le capital est à l'initiative, et qu'il se transforme essentiellement par la concurrence pour le maintien du taux de profit par zones géo-économiques et dans le transnationalisme des capitaux, dont la crise de l'Occident (capitaliste) est évidemment un aspect majeur. Bien sûr, la résistance du prolétariat en est une composante, mais seulement en tant qu'elle participe au niveau du compromis au sein du "système", et bien sûr elle est "lutte de classe", mais pas au sens révolutionnaire du terme

comment envisager une théorisation communiste sur la base de l'absence d'une lutte révolutionnaire d'un quelconque sujet ou d'une activité de classe révolutionnaire inexistante, voire son contraire avec les populismes ?

tout bien considéré, le prolétariat, depuis le début du capitalisme comme mode de production, n'a jamais été révolutionnaire, ou alors seulement pour des "révolutions" au sein du capital, ce qui devrait en soi interroger l'universalisme prolétarien, et plus encore quand son activité tourne à l'empêchement d'une telle révolution communiste

Tristan Vacances : - vos considérations ne relèvent donc plus d'une théorie communiste ?

Patlotch : - non puisque je ne sais pas comment définir une théorie révolutionnaire sur la base de l'absence de mouvement révolutionnaire. Mais oui, ma théorisation est communiste dans le même sens que la critique radicale du capitalisme initiée par Marx pour l'économie politique et par les anarchistes pour l'État, les deux mêlées dans l'ultragauche ouvrière antiléniniste, antistalinienne et antitrotskiste

en sus de sa critique du Capital, Marx lui-même n'aura véritablement théorisé que le programmatisme ouvrier, le pouvoir du prolétariat, une théorie communiste pas moins incomplète puisque ces principes ont révélé leur incapacité à sortir du capitalisme, et nous savons aujourd'hui pourquoi

Tristan Vacances : - Cela pose tout de même la question de l'action, de la pratique correspondant à cette théorie...

Patlotch : - on a longuement disserté à ce propos... toute théorisation conséquente part du réel et y retourne car en fait, elle ne devrait pas en sortir. Celle que je produis ne sort pas de mon chapeau et n'est pas en avance sur ce qui se passe; elle s'élabore au rythme des luttes telles qu'elles sont, dans leur diversité, grèves et émeutes comprises, la question étant celle de la qualité, le contenu, et de la quantité, la puissance, dans les contradictions nouvelles de cette restructuration

Tristan Vacances : - Mais alors, que devient "la crise" de reproduction comme fenêtre pour une révolution communiste ?

Patlotch : - elle est suspendue à ce qui sortira de la restructuration que nous avons sous les yeux, que nous ne pouvons anticiper, et a fortiori moins encore une conjoncture communisatrice

toute conjoncture de luttes est actuellement déterminée par la restructuration actuelle, et rien d'autre


CNRTL a écrit:
conjoncture : Liaison d'événements concomitants dans une situation donnée.
« la conjoncture ou le nœud de circonstances formant grumeau au centre d'une situation imprévue » Jankélévitch, Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien, 1957

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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT français et RESTRUCTURATION de la géoéconomie du CAPITAL   Mar 13 Juin - 18:55



mort de la démocratie ?



le chiffre est symbolique : 51 % des inscrit.e.s n'ont pas voté au premier tour des législatives. Le parti macro-unioniste va "écraser la démocratie" avec un tiers des votants, 13,5 % du corps électoral et ~12% des Français en âge de voter. Près de deux tiers d'abstention chez les ouvriers et les jeunes, et près de 5 millions de non inscrits... Loin du bruit, retenez ce chiffre :

7 adultes français sur 8 n'ont pas soutenu Macron !

c'est l'élément le plus important de cette deuxième phase du macronisme électoral, quelle que soit l'ampleur de sa victoire à l'Assemblée nationale, puisque comme on dit, le troisième tour se jouera dans la rue, quel qu'en soit le niveau et les objectifs à l'occasion des lois antisociales qui vont maintenant tomber du ciel comme écrit dans l'évangile selon Saint-Macron

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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT français et RESTRUCTURATION de la géoéconomie du CAPITAL   Sam 24 Juin - 11:28

19 juin, complété


Ruffin Macron, même combat !

je m'abstiendrai de tout commentaire sur le second tour, comme on dit second empire, empire du... les chiffres de la démocratie sont plus encore calamiteux

le pire n'est-il pas d'y voir un Mélenchon et plus encore un Ruffin (Merci Patron, Nuit debout, etc.) y jouer les vedettes ?

j'ai 4 mois de plus que Mélenchon, un de plus que Bayrou, Borloo est mon jumeau, et franchement non que je me sente plus "vieux", qu'ils dégagent, mais putain, avoir l'âge de Ruffin et Macron, et voir venir ce bras de fer français, ça me donne qu'une envie, comme disait Camatte : quitter ce monde !


Tristan Vacances : - Oui bon ben "Ruffin Macron même combat !" si c'est pas de la facilité ultragauchiste...

Patlotch : - écoute, on les connait par cœur, les camarades socio-politiques - c'est mon nouveau concept englobant pour le vieux label "social-démocrate"

les belles âmes gagnent leur paradis au prix du smic et de la démagogie électorable au bout d'un mouvement, Nuit debout, prétendant le contraire..., à chacun ses moyens médiatiques. Citoyen Ruffin, je t'emmerde !


le 19 brumaire, lendemain qui chante ?

par contre, un ami m'écrit :

Citation :
J'ai relu "Le 18 Brumaire", et je suis d'accord avec toi, c'est Macron

en fait, le "18 brumaire" est écrit par Marx au quasi lendemain du coup d'État. Autant fut passionnant le coup d'État politique de Macron, avant même la sanction électorale, tout semblant écrit à ce niveau politique, autant s'ouvre une période plutôt ouverte si j'ose dire, sur le plan économique et social, dans laquelle, du point de vue théorique, il s'agit de mesurer la capacité du capitalisme à se restructurer 'face' à des luttes qui ne lui demanderaient que ça, car c'est à ce niveau que s'annonce un bras de fer syndicaliste dans cette restructuration; en aucun cas une période révolutionnaire...

le second Empire c'est deux décennies de révolution industrielle et capitaliste en France, la révolution Macron est comparable pour ce qui vient plus que par sa prise du pouvoir d'État, ce 18 brumaire pacifique. That is the question !

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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT français et RESTRUCTURATION de la géoéconomie du CAPITAL   Jeu 29 Juin - 20:20


24 juin


la révolution macroniste

« Nous sommes en train de vivre un stade final du capitalisme mondial qui, par ses excès, manifeste son incapacité à durer véritablement. Les excès de la financiarisation, les inégalités, la destruction environnementale, l'augmentation inexorable de la population mondiale, les migrations géopolitiques et environnementales croissantes, la transformation numérique :
ce sont là les éléments d'un grand bouleversement qui nous impose de réagir.»


Emmanuel Macron, Révolution, 2016 La grande transformation, Pocket p. 67


la "révolution" macroniste est à une mise à jour française dans le cadre de l'accélération de la restructuration du capitalisme mondial. Ses caractéristiques sont en apparence au niveau de la gouvernance politique du Capital par l'État, mais en profondeur c'est de mutations économiques et idéologiques* qu'il s'agit, comme on le voit dans les articulations de l'économie politique avec l'écologie - intégration totale de l'idéologie du capitalisme vert -, et avec le numérique (le sciento-techno-libéralisme)

* pour moi, l'idéologie appartient à la structure des sociétés historiques, j'y reviendrai

cette restructuration mondiale du capitalisme induit une mutation de niveau civilisationnel et anthropologique qui n'a pour l'heure en face d'elle de limites que celles de la vie sur terre. Toutes les contradictions actuelles sont structurées autour de la quête du profit, et des concurrences intercapitalistes qu'elle entraîne entre classes et au sein de chaque classe. C'est le point qui fait flotter la possibilité même d'une théorie communiste révolutionnaire au-delà d'une critique radicale du capitalisme existant et à venir, et rend invisible et imprévisible toute perspective de sortie révolutionnaire du capital [...]



non, le pouvoir personnel ne caractérise pas le macronisme...

... du moins pas davantage que celui de ses prédécesseurs, au-delà de quelques symboles et du fait qu'évidemment, Macron dispose d'une majorité parlementaire. Les critiques politiques, d'où qu'elles viennent (droite, gauche...), recoupent des analyses de "politologues" et autres experts en constitution de la Vè République, qui ont toutes en commun de focaliser sur la dimension démocratique, au sens de la démocratie politique représentative. Bien évidemment, d'où elles parlent elles ne peuvent (et ne savent) faire que ça, mais l'on ne s'étonnera pas que j'en prenne ici le contrepied, du point de vue d'une critique de l'économie politique d'héritage marxiste


voici un exemple de ces approches. S'il fallait se nourrir de toutes les anecdotes qui scandent la période, on n'en finirait pas, et comme d'habitude, on n'y comprendrait rien...



Citation :
Macron concentre les pouvoirs à l'Elysée, ébauche de &quot;macronisme&quot;Macron concentre les pouvoirs à l'Elysée, ébauche de "macronisme" ©️ AFP / bertrand GUAY

Il convoque le Congrès lundi et relègue son Premier Ministre au second plan, encadre étroitement ses ministres et son parti étend son pouvoir à l'Assemblée: Emmanuel Macron concentre à l'Elysée tous les pouvoirs et ébauche le "macronisme", selon les analystes.

Signe d'un prééminence assumée, il s'exprimera lundi devant le Parlement à Versailles pour exposer les grandes orientations de son quinquennat, la veille de la déclaration de politique générale de son Premier ministre Edouard Philippe, lui grillant la politesse.
Un choix critiqué par l'opposition. Les députés de La France insoumise et l'ensemble des parlementaires communistes boycotteront ce rendez-vous.

"Nous n'irons pas à Versailles adouber le monarque présidentiel"
et "valider le court-circuit du travail de l'Assemblée", ont fait valoir les élus PCF.

De ce format solennel et exceptionnel -- Nicolas Sarkozy et François Hollande n'y ont eu recours qu'une fois --, Emmanuel Macron a décidé de faire un rituel annuel, abandonnant l'habituelle interview télévisée du 14 juillet. Le président aurait une pensée "trop complexe" pour les questions réponses des journalistes, a commenté son entourage au Monde.

A l'Assemblée, son parti REM et ses alliés ont raflé mercredi tous les postes du bureau, alors que traditionnellement l'un d'entre eux revenait à l'opposition. Au lieu du candidat de LR Eric Ciotti, Thierry Solère, un "constructif", a été élu à un poste de questeur mercredi.

"Une telle concentration au profit de la présidence, qui exerce sa tutelle sur le Premier ministre, le gouvernement, le parti majoritaire et l'Assemblée, est caractéristique du macronisme qui s'invente"
, analyse Pascal Perrineau, chercheur au Cevipof.
"Dans son livre +Révolution+, Emmanuel Macron expliquait déjà vouloir rétablir la présidence dans toute sa majesté, mais parlait aussi d'un fonctionnement équilibré avec le gouvernement. Or très vite, il a mis en place non pas un équilibre, mais une sujétion".

Ainsi, c'est lui qui engage la réforme du code du travail en recevant tous les syndicats à l'Elysée. Au gouvernement, un ministre allié mais ne venant pas d'En marche, comme Bruno Le Maire, se voit adjoindre un proche du président (Benjamin Griveaux), rappelle le chercheur.

'Chef d'entreprise'

Une douzaine de conseillers sont mutualisés entre l'Elysée et Matignon, "ce qui donne les moyens d'éviter une autonomie excessive du Premier ministre". Et "l'Elysée a suivi très attentivement la mise en place des pouvoirs à l'Assemblée", remarque encore Pascal Perrineau.

"Le président, qui sait que sa majorité est fragile quoique pléthorique, étant donné l'amateurisme au sein du groupe et l'abstention, met en place un fonctionnement jamais connu, type entreprise : un patron avec son board, ses jeunes cadres technos, et des corps intermédiaires un peu écrasés. Une conception à l'américaine, en phase avec une des origines du macronisme", conclut-il.

"Il revient aux sources de la Ve République et en utilise toutes les dispositions: un président vertical et le Premier ministre qui est un fusible. Ca nous étonne car nous avons connu une période de rôles brouillés, mais cela fonctionne comme ça", nuance l'historien Christian Delporte. "C'est l'inspiration des présidents américains, et celle d'Obama jusque dans la photo officielle."

L'ex-secrétaire d'État à l'Enseignement supérieur et à la Recherche Thierry Mandon a lui aussi épinglé sur Twitter la "fascination" américaine d'Emmanuel Macron, allusion à sa photo officielle où il est debout devant son bureau, comme celle de Barack Obama.
"Ce qui se passe au Parlement est plus inquiétant, car il faut respecter l'opposition et les usages. Si la main de l'Elysée est derrière le choix de la questure à un allié, c'est une erreur politique", tranche Christian Delporte.

Pour l'essayiste Guy Sorman, "le macronisme est l'avatar d'une passion française : le despotisme éclairé, de Bonaparte à de Gaulle, la quête du sauveur". "Emmanuel Macron, qui estime les Français monarchiques dans leur âme, hérite de cette histoire au bilan mitigé", écrit-il dans une tribune au Monde intitulée "un despote éclairé ?"

A force de concentrer les pouvoirs, Emmanuel Macron prend aussi des risques face à l'opinion: il a lâché quelques points de popularité en un mois dans des sondages Ipsos Game Changer et Kantar Sofres OnePoint (-1 et -3 points à 45 % et 54 %).
29/06/2017 19:51:36 -          Paris (AFP) -          ©️ 2017 AFP

pour ce qui est des mutations dans la gouvernance d'État du capital, les liens entre dirigeants économiques et financiers du capitalisme français (ou étranger) et haute administration dont le gouvernement et ses Ministres, je les ai cernées dans mes commentaires précédents ou ceux du fil général un TOURNANT HISTORIQUE du CAPITALISME et de l'ÉTAT FRANÇAIS

pour le reste, c'est dans le cadre de notre critique de la démocratie politique, et non de la forme personnelle du pouvoir d'État dans ce cadre fondamentalement inchangé, qu'il s'agit d'observer et interpréter les mutations "macroniennes" du capitalisme français comme tentative de restructuration maîtrisée et positive du capitalisme dans sa crise. Les exemples ne manquent et ne manqueront pas, nous aurons l'occasion d'y revenir

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Patlotch



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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT français et RESTRUCTURATION de la géoéconomie du CAPITAL   Ven 30 Juin - 12:15


macronisme, idéologie de la startup

Macron ovationné par les entrepreneurs à Station F

« Les start-up c’est une idéologie, un buzz, un sujet universel et celui de toute une génération...
un aveuglement, une distorsion entre une certaine réalité projetée dans la quasi-totalité des médias et le réel... »

Mathilde Ramadier



Start-up. Station F, le plus grand incubateur au monde, lancé à Paris

A Station F, les start-up acclament Emmanuel Macron et ovationnent Xavier Niel


plutôt que nous gonfler sur la dérive pharaoniste du versaillais Macron, les vrais insoumis devraient réfléchir aux liens entre macronisme et capitalisme

lectures conseillées



interview le 2 mai, dans La coolitude des start-up est-elle une nouvelle mythologie ? Magazine En-Contact. Extrait
Citation :
Sur quelles expériences concrètes fondez-vous cette vision (un peu dissonante !), les vôtres, celles d’amis, de relations ? Cela concerne-t-il uniquement les start-up basées à Berlin ?
J’ai vécu l’expérience start-up à Berlin mais c’est désormais partout pareil. Berlin était en avance de quelques années, cinq ans, mais aujourd’hui c’est pareil en France, à San Francisco, et même à Oslo ! Pour mon livre, je me suis appuyée sur des témoignages et des enquêtes sur le net, en épluchant des sites comme StartupOnly et Azerty Jobs. Les start-up c’est une idéologie, un buzz, un sujet universel et celui de toute une génération. D’où vient cet « aveuglement », cette distorsion entre une certaine réalité projetée dans la quasi-totalité des médias et le réel qui a ou aurait intérêt à ne pas parler ou décrire l’arrière-boutique ? Je suis stupéfaite de voir qu’aucune voix ne s’élève alors qu’il y a beaucoup de gens sceptiques et blasés. Quand on lit des articles sur internet on a l’impression que tout ce qui touche aux start-up n’est que du positif. Notre époque a besoin de rêver et les start-up portent cet espoir de changement, de renouveau, en apportant des réponses à des problèmes vitaux.

Depuis la sortie du livre, quelles réactions observez-vous, quels témoignages recevez-vous ?

Depuis que ce livre est paru j’ai reçu beaucoup de témoignages. Les gens sont contents que l’on parle de leur quotidien. Mon livre est complémentaire de celui d’Eric Sadin, qui est un théoricien, Dans la Siliconisation du monde. Mais parfois, les réactions sont plus étranges…

Xavier Niel et son projet de Station F émerveille quantité de personnes, qu’est-ce que cela vous inspire ?
Station F est le plus gros incubateur du monde mais quelles seront les conditions de travail des gens qui vont y travailler ? Cela me fait penser au livre le Cercle de Dave Eggers qui est une dystopie imaginant les GAFA fusionner en une gigantesque start-up et fonder une ville incluant tous les services et fonctionnant en vase clos. Tout le monde connaitrait tout le monde, et tout y serait transparent. On y retrouve d’ailleurs certains sujets de mon livre : infantilisation, régression, tyrannie du cool, narcissisme et absence d’humilité. Pour moi les start-up ne changent pas le monde, en tous cas pas pour le meilleur.

Et que diriez-vous à Emmanuel Macron qui fait de sa proximité avec cet éco-système du digital un atout, une spécificité de sa candidature ?
Je lui conseillerais de lire mon livre et de déchirer le voile d’illusions sur les start-up !

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Patlotch



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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT français et RESTRUCTURATION de la géoéconomie du CAPITAL   Dim 16 Juil - 22:01


interlude

« Un habile législateur, qui entend servir l'intérêt commun et celui de la patrie plutôt que le sien propre et celui de ses héritiers, doit employer toute son industrie pour attirer à soi tout le pouvoir. Un esprit sage ne condamnera jamais quelqu'un pour avoir usé d'un moyen hors des règles ordinaires pour régler une monarchie ou fonder une république. Ce qui est à désirer, c'est que si le fait l'accuse, le résultat l'excuse; si le résultat est bon, il est acquitté... » Machiavel, Le Prince, 1513

j'ai trouvé cette citation en exergue d'un roman que j'entame, Doux comme la mort, de Laurent Guillaume, 2012

curieux, j'ai cherché la suite du texte de Machiavel, que voici (en fait tiré de Discours sur la première décade de Tite-Live, 1531) :


«  tel est le cas de Romulus. Ce n'est pas la violence qui restaure, mais la violence qui ruine qu'il faut condamner »

gage qu'avec Macron, le temps de la violence viendra... pour le condamner

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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT français et RESTRUCTURATION de la géoéconomie du CAPITAL   Sam 29 Juil - 22:41


cette "définition" n'est pas la mienne (voir les thèmes plus haut), mais l'article est pas mal

QU’EST-CE QUE LE MACRONISME ? ANALYSE D’UNE RÉVOLUTION MANAGÉRIALE EN MARCHE

FRANCOIS SERRANO 29 JUILLET 2017


Citation :
Le macronisme s’est constitué sur cette vision prétendument «moderne et progressiste» d’un dépassement des clivages droite-gauche censés être archaïques et has been. Deux mois de macronisme en action permettent de saisir la nature de ce régime, qui prend pour paradigme de «gouvernance» l’entreprise : tout le problème étant que l’entreprise est l’une des formes d’organisation les moins démocratiques et les plus despotiques qui soient, et dont l’efficacité n’est qu’un mythe. On en vient presque à regretter un Fillon qui, malgré ses multiples bassesses et imperfections, incarnait encore un monde politique où il était possible de débattre, de négocier, et qui aurait sans doute généré une opposition plus radicale dans l’opinion à ses projets libéraux que la poudre aux yeux communicante de ce gouvernement visqueux plus difficile à saisir.

On a ainsi beau chercher dans le projet d’amaigrissement drastique du code du travail quoi que ce soit qui puisse théoriquement favoriser l’emploi d’un iota, on a du mal à y trouver autre chose que des avantages à sens unique accordés aux employeurs, pour leur plus grande satisfaction opérationnelle et financière : moins de droits et plus de précarité pour les salariés, moins de protection pour la santé et la vie même de ces derniers avec la disparition de CHSCT autonomes et l’attaque en règle contre le compte pénibilité, plus d’arbitraire permis dans les décisions des directions, qui bénéficieront au global d’un rapport de force encore plus favorable face aux salariés dans un marché du travail déjà excessivement précarisé.

Comme si les prétendus privilèges exorbitants de ces salariés étaient la cause de la crise que nous connaissons depuis 2008 : crise, il est toujours bon de le rappeler, causée (et ce en toute impunité) par les excès spéculatifs et les fraudes prédatrices de la haute délinquance financière, dont notre improbable président plus éolien que jupitérien – Eole étant le dieu du vent – est le pur produit.

D’ailleurs le candidat Macron s’était bien gardé d’inclure explicitement et ouvertement cette révision dans sa charmante brochure-programme présidentielle (autrement qu’en quelques rares mots discrets et sibyllins de type prospectus de produits financiers toxiques), où la première grande réforme ô combien progressiste et consensuelle était censée être celle de l’éducation. Dans un vague enthousiaste tout à fait macronien, il était même question « d’inventer de nouvelles protections » sur le modèle tant vanté de la fléxi-sécurité scandinave. La « fléxi » on commence à voir ce que c’est, pour notre douleur, mais où est donc passée la pommade de la « sécurité » qui était promise ? En ne proposant que la partie du deal défavorable aux employés sans proposer ces fameuses nouvelles protections compensatoires, Macron viole dès le début de son quinquennat ses promesses de campagne et la confiance que beaucoup, sans doute trop naïvement lui ont accordé : électeurs il est vrai notoirement à la mémoire de poisson rouge, encore prêts à s’enthousiasmer pour des évènements majeurs que la poignée de main ferme et « charismatique » à Trump, les petits fours servis à Poutine à Versailles ou la visite en grande pompe de Rihanna.

Ceux qui ont aimé la loi El Khomri au 49.3 vont adorer l’ordonnance Pénicaud, prête à casser du code du travail en pleine torpeur estivale, maintenant tout risque de résistance électorale passé depuis le 18 juin. Il est vrai que l’Assemblée n’est plus aujourd’hui qu’une chambre d’enregistrement de la part d’un contingent de yes men and women (avec pour principales forces d’ « opposition » un parti qui ne trouvait pas le programme de Macron assez libéral, et une France Insoumise réduite hélas à des protestations essentiellement symboliques) donc après tout pourquoi faire semblant d’un débat parlementaire démocratique. Sous la bannière éternellement souriante du « progressisme » c’est en fait un véritable « régressisme social » sans contrepartie ou garde-fou qui commence, tant sur le fond que sur les méthodes.

La plainte portée par l’ex-DRH Pénicaud (qui se voit sans doute maintenant en DRH de France SAS) contre un journal, Libération, qui n’avait fait que faire son métier de contre-pouvoir en révélant le projet du gouvernement était assez symptomatique d’un gouvernement plus familier de l’omerta des affaires et des relations publiques cadenassées en entreprise, que du débat démocratique et de la liberté de la presse. Le Ministère de la Vérité du porte-parole Castaner à la langue de bois massif a lui tout du ton tout à fait pravdaesque de la communication corporate. On ne saurait trop s’étonner d’ailleurs que dans cette « simplification » (doux euphémisme) du code du travail – ou plutôt cette simplification des droits des salariés – on ne trouve guère de renforcement de la protection des lanceurs d’alertes qui en aurait bien besoin. On se doute bien que ce point, pas plus qu’une loi de « moralisation de la vie économique » qui pourtant ferait le plus grand bien à certains ministres et sponsors officieux de notre président éolien, ne sont pas vraiment des priorités du gouvernement et de son partenaire industriel, le MEDEF : « Make MEDEF great again ! » est d’ailleurs le réel leitmotiv de moins en moins subliminal de l’action gouvernementale en cours.

Le macronisme s’avère en réalité comme une forme de révolution managériale, s’accompagnant d’une guerre sociale qui est sa réelle finalité. Ce qui se profile est des plus préoccupants et il faut espérer que l’autre société civile, qui est comme d’habitude totalement absente à l’Assemblée, celle des classes populaires, moyennes et défavorisées, trouvera les moyens de se défendre dans la rue et sur les lieux de travail dans une véritable guerre sociale qui ne dit pas son nom. La célèbre formule de Warren Buffett « Tout va très bien pour les riches dans ce pays, nous n’avons jamais été aussi prospères. C’est une guerre de classes, et c’est ma classe qui est en train de gagner » est on ne peut plus d’actualité en France. Même si pour qu’il y ait guerre encore faut-il qu’il y ait deux belligérants, et donc en l’occurrence on pourrait davantage parler d’agression sociale à sens unique. La diminution de 5 euros par mois des allocations logement, une économie de bouts de chandelle, n’a pas d’autre sens que celui d’une volonté d’humiliation des classes populaires, la déshumanisation et la démoralisation de l’adversaire étant essentielles dans toute guerre.

L’illusion sous-jacente au macronisme est en effet au fond de pouvoir « gérer » une nation (et non plus la gouverner) comme une entreprise. L’illusion est pour beaucoup séduisante car elle contient la promesse, hélas communément admise, de l’efficacité que l’entreprise privée est supposée incarner par contraste à ce qui serait la besogneuse et tatillonne bureaucratie d’Etat « so 20th century ». Le seul problème est que la prétendue efficacité de l’entreprise est un mythe complet, dans sa profonde aptitude aux gaspillages, aux externalités aux frais de la communauté et aux décisions absurdes sur la base de calculs financiers à toujours plus court terme.

De plus, et peut-être surtout, l’entreprise est sans doute l’une des formes d’organisation du pouvoir les plus despotiques, pour ne pas dire totalitaires, qui soient. L’attitude du gouvernement face à la presse est tout à fait symptomatique des mauvaises habitudes que peuvent prendre des dirigeants d’entreprise dans un système où il n’y a pas d’élections et de débats démocratiques, pas de contestation possible des décisions hiérarchiques, l’exclusion systématique des « emmerdeurs » qui oseraient s’émouvoir des instructions peu éthiques venues d’en haut, un monopole des moyens de communication et de propagande largement mensongère, un goût pour le moins-disant législatif surtout en matière salariale et fiscale, et une fâcheuse tendance à la promotion de parfaits incompétents au motif qu’ils sont hiérarchiquement loyaux et « corporate ». Plusieurs membres du gouvernement et des candidats du MEDEF En Marche se sont récemment illustrés dans ces travers.

En ce sens Macron réalise le projet politique un peu fou de l’utopiste Saint-Simon qui au 19ème siècle rêvait d’un Parti Industriel où entrepreneurs, industriels et banquiers prendraient enfin le pouvoir politique qui leur est dû, sans les inefficacités propres à un régime parlementaire. Plus récemment, en 1941, James Burnham avait théorisé La Révolution Managériale : cette idée, prophétique, selon laquelle une nouvelle classe composée de cadres supérieurs, de techniciens, de financiers, de managers allait prendre le pouvoir politique, pouvoir dont ils sont par déformation professionnelle assoiffés… pour y installer une nouvelle forme de despotisme bien plus « professionnel » que ceux du passé. George Orwell s’était largement inspiré de cette prémonition pour créer 1984, qui plus qu’une satire du stalinisme est en réalité celle d’une révolution managériale qu’il voyait venir… Pas étonnant que beaucoup d’entreprises aient un air orwellien, c’est un peu par définition.

Le mythe de l’avènement supposée de la « société civile » participe pleinement du discours de l’utopie managériale macronienne. Visiblement ni les ouvriers ni les chômeurs n’ont font partie : pas un seul ouvrier (alors qu’ils représentent 20% de la population active), pas un seul chômeur (3,7 millions de personnes, 9 millions sous le seuil de pauvreté) dans cette nouvelle Assemblée censée représenter la France dans toute sa diversité. Ils forment visiblement la « société incivile ». Les employés sont un peu mieux lotis : 5% des députés… contre 30% de la population active. Les CSP+ (cadres sup, chefs d’entreprise, professions libérales, politiques professionnels) représentent près de 90% des sièges. On comprend donc ce que signifie vraiment la fameuse « société civile » : vocable marketing, typique de la novlangue managériale, pour désigner la prise du pouvoir effective du Parti Industriel saint-simonien. On objectera que cette injustice sociologique n’est pas nouvelle. Certes, mais elle s’est encore accentuée avec l’arrivée massive de managers du privé, et la manipulation sémantique de l’opinion sur ce sujet s’accompagne de l’illusion des membres mêmes de ce nouveau Parti Industriel quant à leur légitimité à incarner l’ensemble de la nation. On ne sert jamais mieux mieux ses intérêts de classe qu’avec l’assurance que confère la bonne conscience de faire prétendument le bien de tous. La plus-value en stock options de la DRH Pénicaud sous fond de licenciements boursiers chez Danone donne toute sa signification à cette bonne conscience managériale du macronisme.

L’incompétence politique manifeste de beaucoup de ces nouveaux responsables nationaux et locaux du MEDEF En Marche a été commentée très largement ces dernières semaines, parfois avec humour et sarcasme, mais de plus en plus avec consternation. C’est à la fois vrai, mais aussi dangereusement faux. Bien sûr par rapport à une culture classique politique de la chose publique c’est tout à fait vrai. Mais ces personnes, qui viennent pour la plupart du monde de l’entreprise, ne sont pas sans compétences, ou du moins sans idéologie. Sous une apparence de neutralité pseudo-technicienne, l’idéologie managériale – telle qu’enseignée notamment dans toutes les écoles de commerce du monde – suppose une véritable vision du monde et, partant, du pouvoir : un monde où précisément cette nouvelle classe managériale a très largement pour objectif son enrichissement personnel le plus rapide et le plus massif possible « qui lui est dû » ; ainsi que l’exercice du pouvoir le plus total sur la base de la pyramide, naturellement en premier lieu au sein de l’entreprise par toutes les méthodes managériales de domination possibles, puis idéalement au niveau de la nation conçue comme une vaste entreprise qu’ils se sentent plus que tout autres légitimes pour « gérer ».

Il semble important de souligner que cette idéologie managériale (dont on parle malheureusement assez peu), qui a progressivement émergé dans les business schools américaines dans les années 80, n’est en rien « libérale » dans son rapport au monde. Là où la compétition de marché la plus féroce lui est essentielle, c’est surtout dans l’optimisation toujours plus bas du facteur humain, environnemental et fiscal. Pour le reste, l’aspiration profonde de cette idéologie managériale dans sa forme la plus pure n’est ni la liberté ni le libéralisme, mais l’enrichissement personnel massif et rapide, au besoin par la prédation économique caractérisée ou des situations de monopole, et le contrôle le plus absolu possible sur une main d’œuvre docile et interchangeable dont le fantasme absolu patronal reste celle de la Chine, la star de Davos : paradis managérial qui peut compter sur un parti communiste faisant l’économie, comme toujours de Cuba à Pékin, de syndicats, de droit de grève et de codes du travail trop « compliqués ».

Confondant allègrement l’être et l’avoir, notre Jupiter d’opérette offenbachienne s’est illustré à plusieurs reprises par son plus profond mépris de classe, à visée cyniquement clientéliste – car il ne s’agit évidemment pas de maladresses d’amateur, mais de dérapages soigneusement contrôlés pour au fond flatter la vanité de son électorat CSP+ – en stigmatisant ceux qui ne seraient, selon lui depuis son Olympe en Photoshop, « rien ». Propos d’une bêtise confondante car comment un être humain, quel qu’il soit, pourrait être « rien » ? Clientélisme de fait pervers qui consiste essentiellement à flatter les égos de ses électeurs aisés, qui se voient ainsi par contraste « être tout » dans une vision du monde et de la réussite ultra-matérialiste. Stratégie d’humiliation des « salauds de pauvres » qui fut confirmée au plan international durant le G20 où la natalité africaine fut stigmatisée par notre Eole national comme la source des malheurs de l’Afrique, passant ainsi sous silence les régimes kleptocrates amis de la Françafrique et du CAC40 pour qui le continent africain est un lieu de pillage et de spoliation économique à grande échelle.

Après le Brexit et l’élection de Trump, l’élection de Macron avait été saluée par beaucoup comme un coup d’arrêt salutaire au populisme. Le très habile « Make the planet great again » avait émerveillé de nombreux commentateurs. Du coup l’invitation de Trump pour le 14 juillet avait pu surprendre. En effet Macron a apporté à cette occasion la caution morale d’un pays comme la France à un individu qui n’en attendait et n’en méritait pas tant. Mais sont-ils, au fond, si différents ? Après tout ils représentent tous deux la prise du pouvoir politique en direct par le Big Business, et le « Make Wall Street great again » de Trump s’accorde parfaitement au « Make MEDEF great again » de Macron. Tous les deux portent la même vision d’une « réussite » en ce monde envisagée comme essentiellement ultra-matérialiste, par l’accumulation rapide et massive de richesses personnelles et de signes extérieurs de richesse tapageurs et au final bien grotesques. Lorsque Trump dit f*** à la COP21 il a au moins le mérite de la franchise ; une franchise dont le pseudo Plan Climat français – qui n’est en réalité « rien » d’autre qu’un plan sur la comète à 2050 sans un mot sur le très actuel enjeu du nucléaire – ne peut se prévaloir.

A l’instar des shampoings Ushuaia bourrés de perturbateurs endocriniens, ce gouvernement de lobbyistes professionnels, produit marketing politique de l’année 2017, nous avait promis un voyage merveilleux et positif au pays enchanté du progressisme… Malheureusement sa composition plastique et toxique nous a fait bien vite redescendre sur terre… ce voyage est de tout évidence un voyage, non pas en Terre de Feu, mais en Terre de Rien, où à l’unisson avec nos infortunés alliés américains nous pouvons surtout lire sur nos frontons officiels, devenus si corporate, en gros néons bling-bling qui grésillent « Make bullshit great again. »

La grande question en suspens sera la réaction à la rentrée, si réaction il y a, du syndicalisme français à cette agression sociale plus en marche que jamais. Car c’est bien des syndicats et in fine des millions de salariés que l’on doit attendre une réponse. Les protestations de la France Insoumise, pour aussi sympathiques et louables qu’elles soient, restent toutes symboliques et confinées dans les sphères de la France d’en haut parlementaire. On ne peut que regretter le cavalier seul de la France Insoumise et des syndicats qui ne donnent pour l’instant aucune indication d’un réel front social uni et déterminé. C’est de la France d’en bas dont il faut espérer une réaction à la hauteur de l’agression sociale dont elle est l’objet. Il faut espérer qu’elle revienne de ses vacances estivales avec l’énergie de se battre et de défendre : car il ne s’agit plus ici de lutte des classes mais bien d’auto-défense.

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Patlotch



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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT français et RESTRUCTURATION de la géoéconomie du CAPITAL   Mar 22 Aoû - 15:32


Macron, l'entrepreneur, le prolétaire, et la révolution

un texte qui n'a rien de théorique, mais...

La polémique sur «les gens qui ne sont rien» empêche de comprendre la révolution de Macron

Claude Askolovitch Slate.fr 03.07.2017

« Macron espère en eux [les entrepreneurs], non pas une bourgeoisie reproduite,
mais une élite du talent et de la volonté, par-delà les préjugés.
Il leur assigne dans la bascule capitaliste, un rôle historique que le marxisme assignait au prolétariat :
celui d’être la classe sociale de la Révolution ultime. »



Bertrand GUAY / POOL / AFP

Depuis sa remarque sur les «ouvrières illettrées de Gad», l'image lui colle à la peau. La dernière sortie de Macron sur «les gens qui ne sont rien» a relancé ce week-end les accusations de mépris de la classe prolétaire. Et si on replaçait la phrase dans son contexte pour comprendre ce monde que nous promet réellement le nouveau président.

Citation :
La bêtise des indignations a saisi Emmanuel Macron dans la polémique croupion d’un week-end, quand un bout de phrase d’un discours optimisme est devenu la preuve de son mépris. «Une gare est un lieu où on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien», disait jeudi le président en inaugurant une friche high-tech parisienne, dans une métaphore sur la responsabilités des destins.

S’en est suivi un bruit sans surprise, que Macron nourrit depuis son anecdote initiale sur les «ouvrières illettrées de Gad». Ce bruit l’accompagne et console ses ennemis, qui en font l’incarnation des classes supérieures, arrogantes et cadenassées. Un jour, le bruit l’emportera? Il n’en sera pas moins idiot, quand Macron, précisément, dit le contraire de ce qu’on lui reproche, avertissant des entrepreneurs en devenir de leurs devoirs envers la société! Cela ne clôt pas le débat. Mais le bruit est l’analyse des imbéciles, qui empêche de réfléchir sur l’idéologie que porte un président décidé à nous changer.

Une parole venue d'en haut  

Il y a chez Macron une question à résoudre sur ce qu’il fait des moins doués de notre vie commune. Ils sont pour l’instant un sujet annexe. J’ignore si la psychologie précède la politique, chez cet homme pétri de réussite. Il ne s’agit pas tant de mépris que d’une gentillesse un peu désolée, et d’une interrogation sur ce que l’on pourrait faire, d’en haut, pour aider ceux d’en bas. Apprendre à conduire aux ouvrières des abbatoirs, indemniser et former les débarqués de Whirlpool, demander à de jeunes start-uppers en devenir d’être, grandissant, responsables des autres, c’est toujours la même histoire. C’est d’en haut que vient la solution, de l’autre côté de la frontière qui sépare ceux qui vivent et ceux qui subissent leur destin.

Macron ne dit rien d’autre que cela. Il le dit avec constance et enthousiasme. Il dit, simplement, l’état des lieux, et ce qu’il compte en faire. C’est ici qu’il faudrait débattre avec lui. Son expression, «ceux qui ne sont rien» est malheureuse? Elle a été une source de fierté. Être rien n’est pas être victime. C’est un constat social. On en fit un drapeau. «Nous ne sommes rien, soyons tout», écrivait Eugène Pottier, et ce fut le premier couplet de l’Internationale.

Macron est Jupiter? Mais quels dieux sont les autres?

Les damnés de la terre, un jour, renverseraient le capitalisme et instaureraient la société sans classe. Ce messianisme est passé, comme la vigueur du vocabulaire. Les damnés de la terre sont, chez nous, les maudits du temps qui passe, de l’économie qui se réinvente, du monde ouvert et des concurrences. Cela fait un moment que l’ouvrier subit et ne terrifie plus le bourgeois.

Ni droite ni gauche  

Un pouvoir arrive, il s’appelle Macron. Il n’a pas en lui la honte cafarde des gauches d’avant, qui célébraient la gloire de la mine et du prolétariat défunt tout en faisant table commune avec les patrons. Il n’a pas non plus la hargne des droites trempées de revanche, qui n’en finissaient pas de faire payer aux salopards juin 36 ou mai 68. Macron dit simplement ce qu’il voit. Il y a, en notre monde, ceux qui subissent, et ceux qui avancent. Ce que cela lui inspire philosophiquement est une question que l’on ne résoudra plus.

Il a été élu sur des impressions désirables, sans que cet homme de pensée ne soit pensé. Macron n’a pas la révolte des chrétiens engagés face à l’injustice. Mais je doute absolument que ce lecteur, forcément personnaliste, chérissant l’individu, méprise l’humanité des éclopés du système. Il ne s’agit pas de cela. Mais il ne sait pas parler aux perdants. Il ne sait que faire d’eux, ni ne pense faire avec eux. Il n’en a pas peur. Il est allé regarder les whirlpool dans les yeux pendant la campagne, et c’était sans mépris. Mais il n’avait rien à leur proposer que des consolations et sa parole. Se contente-t-on de cela?

Une nouvelle bourgeoisie  

La politique est ici. On n’entend pas, dans le discours de Macron, la possibilité d’une émancipation collective. Il ne pense pas pour autant que la société est figée. S’il abolit la gauche, il n’est pas pour autant de la droite des héritages et des reproductions. Il échappe à Bourdieu, prétend le nier. Il reprend le chemin idéologique à la République bourgeoise, thermidorienne peut-être, il figurerait un Guizot sans préjugés? Il suggère, en France, l’émergence de nouvelles bourgeoisies entrepreneuriales, qui ne seront pas figées, qui ne devront rien qu’à leur mérite, et prendront en charge la société. Il souhaite que soit mis à bas l’ancien, mais par des échappées individuelles, qui en nourriront d’autres, et les plus remarquables accompliront la nouveauté.

Il fallait, pour comprendre, l’écouter jeudi, quand il inaugurait Station F, cette possible Silicon valley parisienne née de l’envie du milliardaire Xavier Niel, dont le président de la République vantait la générosité. Il fallait l’écouter et non pas découper une tranche de salami polémique, pour nourrir l’idiotie collective. À Station F, jadis Halle Freyssinet du nom de son architecte, qui fut construite pour abriter le fret des chemins de fer Paris-Orléans, Macron était heureux.

Le portrait officiel d'Emmanuel Macron: le meilleur placement produit pour Apple

Il avait eu, au début de son discours, une sorte de sarkozysme complaisant, parlant de lui comme l’ancien président, qui, haranguant les sportifs, aimait à rappeler ses propres exploits. Macron, lui, filait la métaphore entre sa conquête du pouvoir et l’aventure d’une start-up, dont il aurait «pivoté le business model». C’était amusant et habile. Je suis vous et vous êtes moi, disait le président aux entrepreneurs en construction, et là, ça devenait sérieux, et exposait une vision du monde.

«Ce qui nous rassemble, c’est cet esprit entrepreneurial; cette volonté de dire: beaucoup de gens ont voulu écrire ma vie, et moi j’ai décidé autrement. Vous ne voulez pas qu’on écrive votre vie et la vie de votre pays à votre place. C’est ça être entrepreneur.»

Monde ouvert et bien commun  

Et le président continuait, ensuite, dans une exaltation d’un mot français, «entrepreneur», «que nous ont volé les Anglo-Saxons», dans un discours mariant chercheurs, investisseurs et start-uppers, ceux que jadis ont appelait les «forces vives», réunis par «l’amour du risque» et «la volonté de ne pas subir». Il contemplait les jeunes gens qui le regardaient, en T-shirt, écouteurs autour du cou, sans apprêt, physiquement étrangers aux élites telle que la République, jadis les concevait. Il exaltait leurs origines diverses. Le monde avait changé. Le temps était passé des possédants par nature, du pouvoir des diplômés des grandes écoles qui fermaient «la porte du club» derrière eux.

Macron, regardant le peuple de Station F, décrivait son monde idéal, ouvert et allant, et lui prêchait la bonne parole. Il dépassait la flatterie pour sermonner le bien commun. Il fallait réussir, disait-il, pour «écrire les prochaines pages de la planète». Il ne faudrait jamais penser, insistait-il que l’on réussissait pour soi-même. Il ne fallait pas croire qu’un investissement réussi se suffisait à lui-même, et prétendre se satisfaire du succès, «quand d’autres sont démunis». Il avertissait, Macron, que le clinquant était illusoire. Il flattait son auditoire de propos élevés.

«Ce qui vous réunit ici est une ambition incommensurable. Pas seulement une ambition de gagner de l’argent, ce n’est pas la seule chose qui compte. Il ne faut pas en avoir honte, mais réussir, c’est aussi réussir sa vie personnelle, faire réussir les autres, combler des inégalités, donner un destin à ceux qui n’en avaient pas.»


«Tout ce que l’État porte, vous le partagez»  

Donner un destin à ceux qui n’en ont pas. La métaphore de la gare, où passent ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien, venait logiquement. Elle n’écrasait personne. Elle n’était adressée qu’aux puissants de demain, pour qu’ils n’oublient pas qu’ils partageaient un monde, et que rien ne les autoriserait à «accumuler dans son coin». Macron employait un vocabulaire compréhensible aux jeunes ambitieux; mais c’est aussi le vocabulaire des plus âpres dénonciateurs du capitalisme. Être prolétaire, n’avoir rien à perdre que ses chaines, n’être rien.

Emmanuel Macron est-il vraiment libéral?

Macron parlait aux nouveaux capitalistes, pour leur dire qu’il comptait sur eux, pour déminer l’explosion sociale. Ceux qui ont réussi ont un devoir. Il faisait d’eux, avec l’État, les garants d’une régulation sociale. «Tout ce que l’État porte, vous le partagez, disait-il. La capacité à faire réussir chacune et chacun, la responsabilité qui consiste à faire réussir ceux qui viennent du plus loin de la réussite, la capacité à considérer que la réussite oblige, vous en êtes les co-dépositaires.» Et les start-uppers de la Station F devenaient co-dépositaires de la République macronienne, vive la République, vive la France.

Modèle anglo-saxon  

La transgression aurait mérité débat. Transmettre la charge du destin commun aux entreprises, fussent-elles nouvelles, quand jadis, on considérait, en haut lieu, que seuls les fonctionnaires méritaient cet honneur, est une innovation. Que de pouvoir, que de responsabilité? La bascule vers un paysage anglo-saxon, sous couvert d’un vieux mot français, entrepreneur, était patente. Ensemble, le président, ses ministres, Xavier Niel et le start-upper répareraient ceux qui n’ont pas de destin?

La pensée est complexe. Elle n’est pas non plus totalement nouvelle. L’idée que le chef d’entreprise porte le destin de ceux qui l’accompagnent est une idée douce dans ce pays. Elle est une histoire d’apaisement social, depuis que le premier maître a initié le premier des compagnons. Elle est l’histoire que la France des petites entreprises a opposé à la lutte des classes, cette mécanique née de l’idéologie allemande. Nous avons aimé cette histoire. Elle s’inscrit dans le paysage «Le petit patron et ses ouvriers sont une même famille», nous disait Vincent-Yves Montand dans le film de Claude Sautet, et nous redisent les start-uppers de Niel et Macron?

Ils le disent en un autre temps, un autre lieu, mais le disent pareillement, au commencement au moins. Montand, dans ce film de l’avant-crise, peinait à joindre les deux bouts. S’il était aimable aux femmes, son cœur, physiquement, le lâchait. Ses ouvriers souffraient avec lui. Dans le monde de la nouvelle économie, le corps n’a pas encore trahi les enfants de Station F et les business angels leur viennent en aide, mais l’esprit est le même. Le patron est ton ami, tu es l’ami du patron.

«Nous avons tout, soyons tout?»  

Jadis, abus et paternalisme écorchèrent cette utopie. On inventa un code du travail pour y remédier. Il est désormais vécu comme un obstacle à l’épanouissement entrepreneurial et à l’harmonie dynamique. Tout se tient. Licence est donnée aux entrepreneurs de croître et multiplier, pour le bien de tous espère-t-on. L’État ne les limitera pas. Ils n’auront d’autre limite et guide que leur conscience ambitieuse, si le président a été entendu.

Ce qui cuit dans la ci-devant Halle Freyssinet, peut se lire dans les jeux de dupes et les tendresses du monde d’avant, comme la revanche sucrée du patron épuisé. Mais tout change par l’idéalisme du discours, que porte le président de la «start-up patrie»: l’invite à changer le monde, pas seulement à réguler la société, mais à transformer la planète, avant que celle-ci n’explose.

Parité: le foutage de gueule d'Emmanuel Macron

Cet idéalisme sera le masque du simple profit, ou le transcendera. Vincent-Montand n’avait pas comme modèle les prométhéens Zuckerberg ou Musk, et nul ne lui demandait autre chose que la décence, à hauteur d’homme, qui était la nôtre. Tout a changé. On demande désormais à l’entrepreneur de construire un monde nouveau, puisque le nôtre est appelé à disparaître, dans le réchauffement climatique, le chaos, l’injustice et la violence. «Transformez notre pays, bousculez-le, faites le changer mais n’oubliez jamais que vous devez le faire changer longtemps», lance Emmanuel Macron aux passagers de la station F.

Il espère en eux, non pas une bourgeoisie reproduite, mais une élite du talent et de la volonté, par-delà les préjugés. Il leur assigne dans la bascule capitaliste, un rôle historique que le marxisme assignait au prolétariat: celui d’être la classe sociale de la Révolution ultime. Ce sont les geeks et les investisseurs qui doivent accoucher de la société ultime, et deviennent un corps social messianisé. «Nous avons tout, soyons tout?» Pauvre prolétariat, quand y songe, dont les usines ferment et dépossédé de sa mystique! On est, alors, bien au-delà du mépris, quand est dénié aux gens de peu ce qui était leur consolation. Même dans l’au-delà social, nous ne sommes pas grand-chose. Nos enfants nous vengeront.

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Patlotch



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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT français et RESTRUCTURATION de la géoéconomie du CAPITAL   Lun 4 Sep - 23:24


florilège de rentrée

si vous voulez savoir ce qu'est vraiment le macronisme, il vaut mieux regardez votre porte-monnaie que lire les journaux, et si vous voulez le comprendre comme moment dans l'histoire, choisissez bien vos articles, ou restez modeste, comme Alain Juppé

macronisme, via Goggle actus
Citation :
Le “macronisme n'est pas le centrisme”, la tribune de Pascal Blanc
Franceinfo 2 sept.

"Macron veut montrer que le macronisme est possible"
L'Obs 1 sept.

Le macronisme et l'epreuve du fer rouge
France Culture 1 sept.

ISF, flat tax, CICE… le macronisme fiscal est-il conforme aux promesses du candidat ?
Atlantico.fr 31 août

Code du travail : le macronisme au grand jour
Sud Ouest 31 août

Claire Planchou: «De quoi le macronisme est-il le nom?»
L'Opinion 30 août

Urgence : redéfinir le macronisme
France Inter 28 août

Rentrée pour le macronisme fiscal

France Inter 28 août

Le macronisme : miracle ou mirage?
L'Express 25 août 2017

Alain Juppé : « Je ne sais pas ce qu'est le “macronisme” »

Le Monde 25 août

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MessageSujet: Re: MACRONISME, ÉTAT français et RESTRUCTURATION de la géoéconomie du CAPITAL   Dim 10 Sep - 13:12


il me faut rédiger un cours texte comme synthèse de ce qui précède dans ce sujet, pour l'appendice de mon livre du capitalisme à la communauté humaine UNE CLASSE pour LA RÉVOLUTION... : 7.4. macronisme, État (français) et restructuration (mondiale) du capitalisme

le terme de "macronisme" a un beau succès dans les médias et la critique politicienne, mais je n'y trouve pas ce qu'il représente selon moi, parce qu'il y est réduit à la politique de Macron, même si certains commentateurs ont essayé de l'élargir à une vision plus historique, parfois comme nécessité politique pour le "libéralisme", "macronisme" étant alors utilisé comme on parle de "bonapartisme" ou de "gaullisme", dont au demeurant il reprendrait des aspects

ce n'est pas faux, mais nous devons le comprendre au-delà de la personnalité du nouveau Président et des raisons conjoncturelles et spécifiques de sa fulgurante ascension. Il y a bel et bien des caractères politiques, mais surtout la nécessité d'inscrire celles-ci dans un TOURNANT HISTORIQUE du CAPITALISME et de l'ÉTAT FRANÇAIS, élections 2015-2017, faits et propos, analyses et théorie (antiroman), comme j'avais commencé de le faire en décembre 2016, et de comprendre celle-ci dans la restructuration en cours du capitalisme mondial, d'où le titre condensé de ce sujet

sur le plan politique, de la politique institutionnelle, c'est-à-dire de l'État, de sa 'gouvernance' et de la démocratie politique électorale, donc de la représentation par des partis politiques et leur leaders ou candidats à la présidentielle ou aux législatives, l'événement est majeur en ce qu'il entérine l'effondrement de l'opposition droite-gauche qui structurait la vie politique française depuis l'avènement de la République bourgeoise au 19è siècle

il l'entérine car sans besoin d'un dessin, tout le monde sait que les politiques des gouvernements successifs de gauche et de droite ne se différenciaient plus dans le domaine économique et social, mais seulement en termes de valeurs de gauche et de droite sur le plan sociétal. Comme l'écrit Jérôme Sainte-Marie dans un entretien à L'Humanité le 14 mai, « Emmanuel Macron incarne la réunification de la bourgeoisie » : « Commençons par le contenu idéologique de l’offre d’Emmanuel Macron, qui est très clair : il s’agit de la réunification de tous les libéralismes, le libéralisme économique et le libéralisme culturel. L’illusion que la gauche pouvait promouvoir le libéralisme culturel sans en tirer de conséquences quant au libéralisme économique – et inversement pour la droite – vole en éclats. »

il y avait et il reste en même temps (sic), dans la difficulté de faire avaler les réformes antisociales (loi El Khomry à la fin du quinquennat de Hollande, loi travail Macron de l'été 2017)), la nécessité de reprendre l'État en main par le contrôle de sa haute-administration via la nomination de directeurs d'administrations centrales des ministères choisis pour faire directement le job des ministres, jusqu'à sauter depuis l'Élysée, Matignon et Bercy, sur leur rôle à la tête de ces ministères. C'est incontestablement une présidentialisation accrue, complètement dans l'esprit de la Vè République, mais non, le pouvoir personnel ne caractérise pas le macronisme

au niveau des partis, de droite comme de gauche, j'ai fait remarquer durant les campagnes électorales présidentielles et législatives que "tous faisaient du Macron", parce qu'ils n'avaient pas d'autre choix en le ciblant que de favoriser sa victoire et celle de son mouvement En marche. Transformé en parti des Républicains en marche, la volonté est mise en évidence de traverser et réunir gauche et droite, ce qui n'est pas la même chose que le centrisme même hérité de Lecanuet, Giscard ou Bayrou. Cela prendra du temps et se passera plus ou moins facilement, mais je pense que cette fin du clivage droite-gauche et de sa spécificité française peut continuer même sans Macron, ce macronisme continuer avec ou sans lui

sur le plan économique donc idéologique, il y a prise en compte de la restructuration mondialisée du capital depuis les années 1970, et de la nouvelle restructuration dans la crise de la suprématie du capitalisme occidental. En gros Macron est moins eurocentré que Valls, ce que le PIR a constaté dans son langage idéologique : Macron est un stratège de la contre-révolution Entretien avec Houria Bouteldja par Marwan Andaloussi, Libre Algérie 31 juillet 2017 : « tous leurs héros islamophobes – Valls, Fillon, Le Pen – ont été laminés par Macron. »

vient le règne de l'idéologie de l'(auto)entrepreneur, versant hyper-capitaliste de l'autonomie ouvrière et victoire amère l'autogestion, en même temps que la classe de l'encadrement est en marche : Viavoice, baromètre économique mensuel : « L'indice de confiance des cadres bondit... L'élection d'Emmanuel Macron comme catalyseur... »


Baro-Eco a écrit:
Emmanuel Macron, un Président « pro-business » ?

Les cadres sont ainsi 57 % à penser que l’élection d’Emmanuel Macron peut créer un « choc de confiance » encourageant les investissements, l’emploi ou la consommation. Ils sont également 61 % à penser que le profil du nouveau Président est « un atout pour l’activité économique et l’attractivité de la France », à travers trois qualités perçues :
- Son expérience économique, soulignée comme un atout par 67 % des cadres. Une qualité liée à son passage au Ministère de l’Economie et dans la haute fonction publique, mais surtout à son expérience dans le secteur privé (pour 66 % des cadres).
- Sa capacité à renouveler la vie politique, que ce soit à travers son âge (un atout pour 64 % des cadres), le fait qu’il soit nouveau dans le paysage politique (64 %) ou encore qu’il n’appartienne pas aux partis ayant gouverné ces dernières années (57 %).
- Enfin, Emmanuel Macron est perçu comme un excellent « VRP » pouvant faire profiter l’économie française de son réseau ou de son image au sein des milieux dirigeants : ainsi sont salués sa proximité avec des chefs d’Etat et de gouvernement (56 %) comme avec des dirigeants de grands groupes (56 %).

On comprend dès lors pourquoi 69 % des cadres anticipent un impact positif.

Les cadres anticipent une vraie sortie de crise à court terme


Parallèlement à ces nouvelles perspectives liées à l’élection présidentielle, on observe plus largement une forte amélioration des anticipations des cadres, tant sur le plan macro-économique que personnel :

- Ils sont ainsi 37 % à penser que le niveau de vie en France s’améliorera d’ici un an, en très forte hausse depuis avril (+18 points).
- Même « inversion de la courbe » en matière l’emploi, avec 31 % des cadres qui pensent que le nombre de chômeurs diminuera dans les mois à venir (+9).
- Enfin, sur un plan plus personnel, 26 % d’entre eux pensent que leur situation financière va s’améliorer (+4).[...]

le "macronisme" est le moment français de l'engagement dans la restructuration mondiale du capitalisme.

cette restructuration est une nécessité historique, pour le capital global, de résoudre sa crise économique et politique en même temps que l'Occident doit résoudre la sienne, l'ensemble au croisement de cinq siècles concernant le colonialisme et ses avatars, de deux siècles concernant le mode de production capitaliste proprement dit, décrit par Marx au mitant du 19è siècle

- la montée du capitalisme vert, que traduit l'entrée de Hulot au gouvernement et symbolise la poignée de main Macron-Trump, en est une dimension essentielle en ce que, via une sorte de plan Marshall au niveau mondial, elle peut permettre une sortie de crise transitoire du capitalisme. Cela fait aussi partie du compromis historique liée à cette nouvelle restructuration, puisque l'idéologie écologiste est devenue hégémonique

- les luttes décoloniales, par leur ambivalence, peuvent alimenter le renversement de la suprématie occidentale, par exemple en Amérique du Sud ou le concept est né dans les luttes, et en Afrique où peut se développer un capitalisme moins dépendant de l'Occident

- le renouvellement de la "gouvernance" État-Capital possède une dimension d'emblée européenne et mondiale. En ce sens, le macronisme, c'est aussi les luttes qu'il déclenchera dans cette période, comme on peut dire que le bonapartisme engendra la Commune...

au demeurant, Louis-Napoléon Bonaparte était saint-simonien, il mit l'État en adéquation à la première restructuration du mode de production capitaliste en France dans le contexte de l'Empire colonial français... Il était un révolutionnaire capitaliste, comme Emmanuel Macron rêve de l'être : Révolution est le titre de son livre de 2016, à prendre au pied de la lettre...

Emmanuel Macron, Révolution, 2016 La grande transformation, Pocket p. 67

Citation :
« Nous sommes en train de vivre un stade final du capitalisme mondial qui, par ses excès, manifeste son incapacité à durer véritablement. Les excès de la financiarisation, les inégalités, la destruction environnementale, l'augmentation inexorable de la population mondiale, les migrations géopolitiques et environnementales croissantes, la transformation numérique : ce sont là les éléments d'un grand bouleversement qui nous impose de réagir.

"la crise" de reproduction comme fenêtre pour une révolution communiste ? est suspendue à ce qui sortira de la restructuration que nous avons sous les yeux, que nous ne pouvons anticiper, et a fortiori moins encore une conjoncture communisatrice

nous sommes au cœur de ce processus, qui voit la fin de la suprématie occidentale dans le capitalisme mondial et les conditions d'une nouvelle répartition des intérêts de classes qui invite à redéfinir leur conception marxienne, et à abandonner la certitude d'un sujet révolutionnaire prolétarien universel, serait-ce pour sa propre abolition en tant qu'être du capital. Maintenant, si on appelle prolétariat ce sujet en le définissant sur mesure, évidemment que le problème ne se pose plus, je préférerais classe révolutionnaire, mais quoi qu'il en soit c'est pour l'heure une tautologie, un jeu de mots où le langage conceptuel l'emporte sur la réalité des choses

je soutiens qu'il est impossible à ce stade de prédire ce qui sortira, sous une à quelques décennies, de cette restructuration, et qu'il est donc irréaliste de faire comme si ce qui se passe d'ici-là pouvait être saisi, analysé et théorisé sous les catégories et concepts anciens du marxisme même le meilleur : l'universalisme prolétarien eurocentré est trop lourd pour appréhender tous les aspects actuels de ces bouleversements

toute conjoncture de luttes est actuellement déterminée par la restructuration actuelle, et rien d'autre

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