PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 3 Fév - 18:00

Cassandre a écrit:
Bon, je vous laisse à vos échanges libidinuls.

LIBIDO / LIBIDINAL, -ALE, -AUX, adj.

CNRTL a écrit:
PSYCHANAL. Énergie psychique vitale ayant sa source dans la sexualité au sens large, c'est-à-dire incluant génitalité et amour en général (de soi, des autres, des objets, des idées). La libido, force sauvage partout fuyante, partout présente (Mounier, Traité caract., 1946, p. 130):
1. Cette affection [l'angoisse] provient-elle en effet de l'insatisfaction de la libido (...) ? Ou la doit-on définir au contraire par le conflit du moi et de la libido (...)? J. Vuillemin, Essai signif. mort, 1949, p. 192.

Libido narcissique ou du moi. Libido du sujet qui s'investit sur sa propre personne. La nécessité de compter avec une libido du moi, nous est apparue comme la seule explication vraisemblable de l'énigme des névroses dites narcissiques (Freud, Introd. psychanal., trad. par S. Jankélévitch, Paris, Payot, 1922, p. 438).

Libido objectale ou d'objet. Libido du sujet qui s'investit sur un objet, sur une personne extérieure. La libido devient en même temps objectale, s'écoule vers un objet d'aimance au lieu de se diffuser sur le moi (Mounier, Traité caract.,1946 p. 142).

− Dans la lang. littér. et cour. [Souvent avec une nuance iron. et l'accent mis sur le désir sexuel] Le prêtre eut un geste d'horreur, et le Chef fit entendre une protestation indignée. L'expert en libido écouta tout souriant (Aymé, Puits, 1932, p. 140):
2. À cet âge où le génie poétique en nous fait comme une rage de dents, et dont l'étonnante personnalité appelée Strombô vient de traverser le chemin, pareille (...) à un quartier du gruyère géologique en proie à la libido ! Claudel, Lune, 1949, p. 1282.

Prononc. : [libido]. Étymol. et Hist. 1914 psychanal. (E. Régis et A. Hesnard, La Psychoanalyse des névroses et des psychoses, 45 ds Quem. DDL t. 21). Mot introduit dans le vocab psychanal. par Freud (Lettre de juin 1894 d'apr. Lapl.-Pont., p. 224) qui l'a empr. au lat. libido « envie, désir; caprice, sensualité, désir amoureux ». Fréq. abs. littér. : 70.

DÉR.
Libidinal, -ale, -aux, adj. Relatif à la libido. Durant toute la vie, le moi demeure le grand réservoir d'où les investissements libidinaux partent vers les objets et où aussi ils sont ramenés (Freud, Abr. psychanal., trad. par A. Bermann, 1949, p. 10). Il lui faut [au psychanalyste] une grande force libidinale pour aider le névrosé à guérir (Choisy, Psychanal.,1950, p. 25).− [libidinal], plur. masc. [-o]. − 1reattest. 1948 objet libidinal (R.A. Spitz ds Enfance, nov.-déc., t. 5, p. 378); dér. sav. de libido, libidinis, suff. -al*.

Patlotch : - c'est à ce sens général que nous nous sommes référés en reliant désir et subjectivation révolutionnaire : « Énergie psychique vitale ayant sa source dans la sexualité au sens large, c'est-à-dire incluant génitalité et amour en général (de soi, des autres, des objets, des idées) », ce qui n'exclut pas les autres

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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 3 Fév - 18:08

rappel des épisodes précédents

le sujet aborde la sexualité de plaisir plus que de reproduction


page 1 : panorama : « La vie sexuelle révolutionnaire » ! Trotsky et Reich, Speculum et spéculation vu par Patlotch, dessins humoristiques sur le thème sexe et communisme, "Le sexe est-il soluble dans le Communisme ?" (Fourier, Proudhon, Courbet, Kollantaï, Reich...), Alexandra Kollontaï, Sexualité et lutte des classe

page 2 : Paola Tabet et le concept d’échange économico-sexuel, le sujet s'oriente vers la sexualité de plaisir plus que de reproduction, Wilhelm Reich, Gilles Dauvé Sur la « question » des « femmes », Arletty et "la collaboration horizontale"

page 3 : Non-mixité : faut-il parfois exclure les hommes du combat féministe ? Ali Baba et les 40 voleurs[/i] et 'la femme', Lubin, 1944, Chérubin de Pigault-Lebrun en 1800 à Donville en 1934, Roger Vailland écrivain communiste et libertin, Liberté sexuelle, nécessités psychologiques et révolution, avec Bernard Muldworf, psychiatre communiste, Clouscard... Liberté sexuelle et anarchisme, Florage : distinguer : l'objectif illusoire d'une libération sexuelle pour tous dans la société capitaliste; la révolution comme moment transitoire de sortie du capitalisme et la fonction des désirs, dont sexuels, dans ce processus; la projection future nécessairement abstraite

Page 4 : Miles Davis, Nougaro, Sexualités féminines dans les séries (Zones subversives) , Les mouvements de révolution sexuelle (Zones subversives)

page 5

- sur l'attirance sexuelle et la recherche du plaisir, déterminée ou non par la fonction de reproduction
- de la découverte du plaisir féminin à l’émancipation de la femme
- le plaisir clitoridien
- théorie de la communisation : une ablation théorique du clitoris
- Le pouvoir des femmes et la subversion sociale, la fonction capitaliste de l’utérus : « Mais il ne s’agit pas seulement de poser le clitoris contre le vagin, mais tous deux contre l’utérus.  »

page 6

- Jeter le bébé avec l'eau du bain
- lesbiennes et communisme
- 'Les Guérillères' de Monique Wittig 1969
- une critique des rapports sociaux sexuels ? Et la sexologie ? Florage
- 'Homosexualité & révolution', Daniel Guérin 1983
- 'Le corps féminin confisqué', Brigitte Pengam-Ferriere, Invariance de Jacques Camatte, 2015
- « Homosexualité communiste (1945-1989) » Colloque International février 2017

rien de transcendant à la page 7, à part le Coming Out d'Angela Davis, vous pouvez la passer, c'est le week-end, tout le monde se relâche

page 8 : Natsuo Kirino 'Out', Lilith, Jane Seberg, Baby Doll, Elia Kazan, les sextoys et la Chine...

Page 9 : Sextoys, Kamasutra, homosexualité en URSS, la classe ouvrière et les homosexuels, la bienséance et ses règles bourgeoises, Ronsard Les Amours de Cassandre, la gale

page 10 : Galant..., Félicien Rops, l'amour, les cochons et religieuses (Diderot, Becat, Bosch...), tous les hommes sont des cochons, Brel Les bourgeois..., Pro-Life...

Page 11 : L'an 40, L'intruse, Sans queue ni tête, Baudelaire et le dandysme, "le bon goût est un moment du mauvais goût" (AliBlabla), Désirs de révolution Nadejda Tolokonnikova Pussy Riot /Trump,

Page 12 : Bandits vs Gentleman, Nos désirs font désordre (lesbiennes), Freud Le mot d'esprit et ses rapports avec l'inconscient, dialectiquement parlant, le juste milieu n'existe jamais...

Page 13 Houellebecq, cochons et religieuses bis, proposer la botte, le duel émancipé duels de femmes au 19e siècle, Johnny Guitar un western féministe ?

Page 14 : le sexe, un plaisir animal trop humain ? "Amour et sexualité : l’homme est-il différent des animaux ?", "Le sexe chez les animaux, pas qu'une simple affaire de reproduction...", "Sexualité : Exprimer notre animalité, "Les grands singes sont tous menacés d'extinction" (dont les humains ? s'inquiète Cassandre), Brigitte Bardot et Frigide Barjot...

Page 15 : Un cochon à tête de singe, Sommes nous issus d'un croisement entre un porc et un singe ?, "Transformation des hommes en singe et en porc" un point de vue islamique, Orwell La ferme des animaux, des cochons et des hommes, Orwell machiste, Orwell populiste, encore des cochons avec Brecht et Jeanne d'Arc, un homme ?, Vivre et penser comme des porcs, de Gilles Châtelet 1998, l'UN, Cassandre à "Je lutte des classes" en passant par Stirner : une dérive perverse ?

Page 16 : foufoune, le bovarysme, Pénis. 45 % des hommes satisfaits de la taille de leur sexe, timbré/détimbré, Le féminisme délicieusement timbré de Miss.Tic, Tendresse (Florage)...

Page 17 : tendresse et sexualité, tendresse et désir, les hommes, les femmes...

Page 18 : l'idéologie psychologique machiste de la "tendresse des hommes", le désir comme manque et  l'amour comme échange économique, la transformation des participant.e.s en marionnettes

Page 19 : les marionnettes se présentent, premiers signes de rébellion pour la vraie vie (AliBlabla) et de fragmentation du sujet pantin

Pages 20 et 21 : la segmentation à son comble par les tendances identitaires... Guignol et le gendarme

Page 22 : Cassandre immédiatiste, les autres se défilent, le slibard et le c cédille, le détournement

Page 23 : Cassandre et AliBlabla, le "métier" de prédiseur et le détournamant

Page 24 : "le vrai est moche", En attendant Godo vidéo, pièce minimalistes en quatre actes... l'amour révolutionnaire dans les boites, l'Assemblée généreuse des marionnettes, l'émeute des pantins et pantines, épilogue

Page 25 : Ras-la-touffe, La valse à mille temps, "Il n'y a pas de rapport sexuel" (Lacan...), Les sucettes à l'anis, dialogues "tout le monde a lu le forum. Sauf...", Autums Leaves, Hic Salto pour les mouches

Page 26 : Baby, Please Don't Go !, "ça, moi, surmoi", Texte POUR UN ART BIOCRITIQUE : SEXUALITÉ ET ACTION POLITIQUE, Trois récits création de l’Œuvre multiorgasmique

Page 27 : Il y a un temps pour tout, la « plus-value sexuelle », les sexbots, l'érotisation du capital, Le marteau sans maître, une immense accumulation de sexe

Page 28 : divers rebondissamants produits et une révélation fracassante, La Gitanella de Cervantes, Ysabel's Table Dance Mingus, Boiter n'est pas pécher Freud/Israël, The Revolution will not be televised Gil Scott Heron, Avanie et Framboise Lapointe, Sept ans de malheur Max Linder, On n'est pas là pour se faire engueuler Vian, Je ne regrette rien Piaf, la contradiction de genre est héraclitobitococoïtoquitienne de souche...

Page 29 : Othello, un bon coup de sexe dans le communisme, La « libération sexuelle » est une guerre économique d’occupation, La pénétration, une arme de destruction massive de notre intégrité, la double castration théorique : un gauchisme féministe radical, le plaisir masculin ne se réduit pas à la pénétration, "les féministes, des mal-baisées !" ?, le sujet devient catégorie du forum "ET LE SEXE DANS TOUT ÇA ?"

Page 30 Dany-Robert Dufour « Le capitalisme libidinal veut faire de nous des drogués », Du soleil, du sexe et de l'idéologie, Rabelais et la somate, Contrôle des corps et misère sexuelle, Anne Archet Hypersexualisation mon cul, Marxisme et psychologie, Désir de révolution et révolution du désir, révolution des désirs et subjectivation révolutionnaire, Marx et Legendre Désir de dieu désir d'État, Montaigne, Que notre désir s'accroît par la malaisance, Misère sexuelle et solitude affective sont dans un même rapport au capital que la pauvreté

Page 31 : libido / libidinal

(à suivre)

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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 3 Fév - 19:39


Révolution et désir

CNT 18 décembre 2009
Université Populaire CNT 44- compte rendu

LA REVOLUTION SEXUELLE A-T-ELLE EU LIEU ?

(Ce qui suit est la transcription largement refondue d’une intervention faite le mardi 13 octobre à nantes, mairie annexe de la Barderie- La forme a été entièrement revue et de nombreux éléments particuliers effacés. L’intitulé de départ a été gardé mais la question n’a pas été traitée telle quelle ; il s’agit plutot de la question des possibilités révolutionnaires de la sexualité et du désir. La bibliographie donnera des pistes pour des approches plus approfondies et plus concrètes du problème de la séxualité comme acte de révolution (voir Deleuze et Guattari) et d’autres qui lui sont liés)

Citation :
Introduction

Il s’agit d’abord d’examiner la question telle qu’elle est posée. Le problème n’est en fait pas de répondre par l’affirmatif ou par la négative, mais d’abord de savoir ce qui est supposé dans notre question.

C’est l’idée de "révolution sexuelle" qu’il faut interroger. Qu’exprime-t-elle ? et est-elle seulement possible ?

Qu’est ce qu’une révolution, tout d’abord ? -Dans un sens minimal, toute révolution suppose l’idée de retour, de retournement d’un état de fait : c’est l’acte ou l’evenement par lequel des determinations minoritaires actives passent au rang de déterminations dominantes. La révolution, telle qu’on doit l’entendre içi, c’est avant tout la révolution dans le champ social et donc humain ; on la prendra donc au sens de "révolution volontaire", qui doit pouvoir exprimer un désir collectif et lui donner les pleins pouvoirs.

Pour ce qui concerne la sexualité, seules quelques remarques s’imposent :

- Comme la psychanalyse et le Freudisme ont pu le laisser voir, la sexualité n’est pas simplement affaire de reproduction, mais est affaire de psychologie personnelle. La sexualité est d’ailleurs un terme qu’on remplacera par celui de Libido, qui englobe non seulement la sexualité, mais l’ensemble des comportements individuels qui relèvent du désir. Il y a autant libido dans le désir "charnel" que dans le désir d’argent, le désir de pouvoir, de visibilité, de postérité, etc.

- L’agent ou concept central, c’est toujours le désir, qui, pour être compris, doit impliquer toute la complexion psychique ou émotionnelle de l’individu désirant. Désir et Libido sont exactement corrélatifs, mais on verra que selon qu’on réfère à l’un ou l’autre de ces termes, ils renvoient à des théorisations différentes.

- Ensuite, si la libido se comprend sous l’angle de l’individualité, elle se comprend à fortiori sous l’angle du collectif. L’individu est de toutes parts débordé par des déterminations extérieures, c’est à dire sociologiques. Pour le dire autrement, la société détermine l’individu, et la sociologie doit donc s’intégrer dans la psychologie. [ajouter la psychologie à la sociologie, ou l'inverse, n'a jamais produit une analyse de classe]

La révolution sexuelle est donc le passage d’un régime où le désir et la libido sont dominés, à celui où ils deviennent principe et fin de la vie humaine. [que veut dire le désir comme principe ?]

Du désir au pouvoir

Si l’on comprend le désir comme force susceptible de prise du pouvoir, c’est qu’il est d’abord compris comme force dominée, exclue.

L’analyse du désir dans un tel état a été faite de différentes façons, mais renvoie toujours à la domination ou à la minoration du désir par des pouvoirs extérieurs.

On peut traiter de trois de ces analyses par ordre de radicalité : - Foucault et le désir saisi par le pouvoir politique et scientifique -Reich, et le désir détourné de son essence par la société et le mode de vie capitalistes - et Guattari, et le désir comme déterminant unique de l’action politique et sociale.

Dans son histoire de la sexualité, Michel Foucault expose les façons dont le désir a pu être objet d’attentions particulières de la part des forces politiques. C’était alors toujours le mode de société qui déterminait "l’usage des plaisirs" et leur compréhension. Deux formes sociales sont analysées : société d’enfermement et société de contrôle. Dans la première,la morale est aux commandes, et bien plus que la morale, c’est le pouvoir dominant qui a pouvoir de vie et de mort. Ce qui est exclu, par enfermement (voir l’histoire de la folie et surveiller et punir) ou par la mise à mort, c’est d’abord ce qui contredit ou contrecarre les influences du pouvoir. En milieu chrétien et monarchiste, c’est l’insulte ou l’affront à la religion et au roi qui est blâmé et condamné. C’est dans de telles sociétés que naissent les asiles, les maisons de correction, et les mises à mort spectaculaires à usage social,lieux d’exemple et de mise en évidence du pouvoir royal et seigneurial. Içi, le désir minoritaire est empêché dans son expression. Mais une phase fait transition entre cette période autoritaire et la période de contrôle. C’est celle de l’avènement du pouvoir scientifique ; il prétend à l’étude empirique, et use alors des institutions d’enfermement pour recueillir ses premières données. Puis la science établie prétend corriger les "déviants", homosexuels, masochistes, hystériques, etc. La terminologie qui sérvira plus tard à l’étiologie des névroses fait là sa première apparition. De la naissent les instances de surveillance qui font la société de contrôle, et les mécanismes de répression individuelle. La répression, sous toutes ses formes, y compris au sein même des familles, "informées" de ce que sont une bonne hygiène et une bonne éducation par des campagnes de santé publique, cette répression donc n’est plus le fait de l’autorité politique elle-même, mais se contente d’user des moyens (essentiellement matériels) que celle-ci lui offre pour diffuser dans la morale publique et privée ses pouvoirs nouvellement acquis auprès des forces dirigeantes. Cette période commence selon Foucault vers la fin du 18e siècle et subit transformation sur transformation jusqu’à nos jours. Et c’est effectivement des les débuts du 19é que sont inventés les instituts de "soin" aux enfants masturbateurs ou encore les machines de répression privée du corps, corps des enfants et des femmes en particulier. A cela s’ajoutent les mesures politiques : campagnes hygiénistes, la surveillance et les conseils (ou menaces) prodigués aux adolescents, les premières cures psychiatriques, etc.. Dont le but unique est le contrôle et la "correction" des déviances sociales à des fins de correction de la société elle-même. Içi s’allient à la fois les normes sociales bourgeoises et , pour l’essentiel, chrétiennes puis républicaines, et les politiques volontaristes qui prétendent à la fabrication d’une société sur-mesure pour ces normes.

Mais un element n’entre pas en vigueur : La science naissante qui prétend agir efficacement sur les comportements n’explique pas leur provenance, et ne semble s’occuper que de leur déstination et de leurs effets. Freud opère une coupure avec cette logique : l’objet d’étude primordial devient l’ensemble causal des névroses. La question de la psychologie est celle-ci : de quoi ces comportements sont-ils les effets ? puis à nouveau, comment les corriger ? (et c’est par cette deuxième interrogation que la psychanalyse persiste dans la logique décrite par Foucault). On connait à present la théorie freudienne, qui s’est imposée dans l’imaginaire collectif aussi bien que dans les moeurs scientifiques et médicales : la névrose est la conséquence de conflits infantiles non résolus, qu’il s’agit de faire revenir à la conscience par la cure de parole (cure psychanalytique). Mais cette théorie deviendra celle-ci : la névrose est la conséquence de conflits infantiles avec la mère et le père. C’est la théorie oedipienne, ou théorie de la castration originaire dans le triangle oedipien "papa-maman-moi". Mais un élève de Freud, Wilhelm Reich, changera de paradigme, au point de rompre avec Freud et la psychanalye instituée, pour lui préférer une conception (la première du genre) de la libido généralisée. Dans L’irruption de la morale sexuelle il opère la jonction entre psychologie et ethnologie, en étudiant les sociétés matriarcales et patriarcales (c’est à dire,aux regard de la totalité des documents ethnologiques d’alors, celles de la libre sexualité et celles de sa répression) plus particulièrement sous l’angle du régime de production et de répartition des richesses. Il découvre dans la mécanique capitalistique et sa logique d’héritages intra-familiaux la source de la répression de la séxualité comme simple désir. C’est le moment de l’instauration du mariage comme contrat essentiellement economique, qui vient briser ce qu’il appelle "l’économie sexuelle", économie de la gestion libre du désir. Le désir est alors sans cesse dirigé et maîtrisé de force (par la morale et l’autorité patriarcale) dans la sens d’un enrichissement permanent de la famille du mâle dominant ou chef de clan. Alors, non seulement l’economie, non seulement la morale, mais les institutions elles-mêmes (mariages, codes juridiques, systèmes de repression du corps..) deviennent le moyen ou le circuit par lequel passe le courant consummériste. C’est aussi à ce moment que la femme devient marchandise, moyen de prise de pouvoir financier par l’alliance entre familles, et c’est donc là que naissent les mécanismes de répression du féminin, objet d’échange trop précieux pour être laissé à l’individualité féminine elle-même. C’est là la théorie de la dégéneressence du désir en désir de biens. Le lien est fait par Reich entre cette irruption du contrôle de la sexualité et son détournement en névrose, voire en "névrose de masse". Par là Reich entend les phénomènes socio-politiques tels que le nazisme, et la libido (dé)tournée vers le Führer, la race, le sang, le territoire, comme biens devenus absolus en même temps que la morale patriarcale et le pouvoir politique (formes d’autorités) lui-même. Le nazisme, aussi bien que la religion du capital ou que le "fascisme rouge" sont les manifestations du désir comprimé, dirigé, banni vers les interêts qui lui sont le plus exterieur : le gain d’autorité symbolique et de possession materielle.

Et ensuite peut s’ajouter une dernière étape de la théorie de la libido généralisée : la libido comme puissance tout à la fois individuelle, sociale, politique, et économique. On en trouve un exposé dans L’anti-oedipe de Gilles Deleuze et Felix Guattari. On comprend alors la psychanalyse (freudienne) comme nouveau vecteur des forces repressives. A un moment donné, la libido devient le pretexte à la consolidation de la logique morale induite par le capitalisme (n’oublions pas le sous-titre de L’anti-oedipe : capitalisme et schizophrènie 1, dont le deuxième volume est mille plateaux). La théorie de la castration originaire tend, de plus en plus à mesure que l’oeuvre de Freud se précise, à devenir l’alibi du familialisme. La libido est enfermée dans la boucle : papa-maman-moi, et toute puissance désirante est déterminée par (et se doit de revenir à) des rapports intra-familliaux, et sert avant tout à la conservation de cet ordre, qu’on peut qualifier aussi d’ordre bourgeois, celui même qui s’est constitué sur et autour de la société du contrôle patriarcal (d’où Freud est issu). Ce qui est dénié, c’est la puissance et le "devenir révolutionnaire" de tout désir. Devenir qui met à chaque instant en péril l’ordre établi. Le désir infantile est conduit à toutes forces à son inscription dans le champ social existant, et doit être pour cela "façonné", déterminé à renforcer l’ordre dominant. La psychananyse est alors, malgré son effort initial de pure compréhension de la libido, l’instance périphérique du système de l’accumulation des bien, comme Reich le dénnonçait ; Mais elle est encore l’héritière du désir de contrôle qu’a analysé Foucault. Elle perpétue la diffusion des phénomènes plus particuliers que sont la phallocratie, le séxisme en général, mais aussi le masochisme et la schizophrénie, qui sont de tres puissants agents de production de désirs capitalistiques. La libido (contemporaine pour tout dire) parvient à un état de délabrement tel que c’est avec l’avenement des moyens de consommation (sexualité virtuelle, anxiolitiques, clubs, prostitution touristique...) qu’elle tend à ne trouver de zones d’expression que dans la consommation elle-même. Cette conception prend place dans la première tentative, toujours chez Deleuze et Guattari, de compréhension du désir comme désir machinique ; l’être humain, comme animal, est "machine désirante", dont le désir se reproduit sans cesse, dans le mouvement même de la vie cellulaire et psychique, à partir des matériaux laissés ça et là par la société déjà existante. Si le désir n’est plus objet de répressions c’est qu’il est pris comme moteur, et s’il est réprimé, c’est qu’il n’a pas (encore) été crée, pour lui, de lieux par lesquels il peut l’être ou le devenir, du fait d’une morale existante ou d’une impossibilité "technique" d’en user en régime capitalistique (voir la pédophilie ou la sexualité infantile). La libido est en fait tellement généralisée, qu’elle est en fait, en différents points, l’acteur de sa propre répression ou de son propre usage à des fins sociales et politiques.

Impossibilité de la révolution sexuelle


La conséquence quant à notre question de départ, c’est l’impossibilité, la contradiction dans les termes, d’une quelconque révolution du désir. Premièrement, le désir n’est pas chose que l’on prend en main pour un certain usage sans le NIER en un certain sens, puisqu’il doit être uniforme et concerner de façon égale l’ensemble des agents de la révolution dont il serait l’objet. Et deuxièmement, l’usage révolutionnaire du désir, c’est encore un usage du désir, une négation du désir, cette fois à la manière dont il est DEJA nié dans la société qui fait déjà usage de lui [?]. En faire usage pour ce qu’il n’implique pas immédiatement, c’est lui refuser son expression en tant que désir, désir dans un monde particulier à un moment particulier, et penser saisir ce qu’il implique immédiatement, c’est lui nier sa versatilité. En terme d’éthique, donner une téléologie, une fin à un désir qui n’est pas déjà accompli [un désir accompli n'est plus un désir], c’est le nier comme liberté. [aucun désir n'est pas vraiment libre, la quête de liberté est connue, maîtrisée. Où est passé l'inconscient ?]

Nécessité de la sexualité révolutionnaire

Par "nécessité de la sexualité révolutionnaire", il faut entendre écoute de la part révolutionnaire du désir, de son propre désir, afin de laisser passer ce qui, en lui, n’est pas déterminé par la nécessité sociale, qu’elle soit familiale, économique ou purement symbolique, et, par là, créer les espaces de son expression propre. Cette nécessité est la même que celle de déterminer à nouveaux frais quels sont les besoins réels de l’individu et du collectif [non, les désirs ne sont pas nécessairement liés à des besoins, encore moins qu'on pourrait "déterminer"], et la même nécessité aussi de passer d’une économie hétéronome de la marchandise à une économie autonome (ou la plus autonome possible) du désir pris en lui-même dans un idéal, quoi qu’on en dise, libertaire par nature. ["libertaire par nature" sic, un désir pris dans un idéal... ?]

Bibliographie :

- Foucault-Histoire de la séxualité (T.1 à 3) - Surveiller et punir - Histoire de la Folie à l’âge classique-
- Deleuze/guattari -L’anti-oedipe-
- W.Reich- L’irruption de la morale sexuelle - la psychologie de masse du fascisme -L’analyse caractérielle -Reich parle de Freud-
- Points de vue psychanalytiques : - Freud- la vie sexuelle -3 essais sur la théorie sexuelle -Etudes sur l’hystérie- Introduction à la psychanalyse-
- J.André-La sexualité féminine-
- D.Dumas-La séxualité masculine-
- Pour une approche historique, ethologique et comportementale : Boris Cyrulnik-Sous le signe du lien - Un merveilleux malheur-
H.Laborit -Biologie et structrure -Eloge de la fuite -l’agressivité détournée-
F.Angel- psychopathologie de la vie quotidienne sur le net-
G.Vigarello-Histoire du viol-
- Projets politiques à partir d’une interpretation du désir : -P.Londeix-le manifeste Lesbien
- comité invisible-L’insurrection qui vient
- Th.Schaffauser/M.Nikita-fières d’être putes
- Guy Debord-la société du spectacle
- R.Vaneigem-Nous qui désirons sans fin- traité de savoir vivre à l’usage des jeunes générations-
- Analyses Liberales de la séxualité, son évolution et ses implications : -A.Giddens- la transformation de l’intimité
- R.Ogien-L’éthique aujourd’hui-

assez typique de l'anarchisme de la CNT : surestimation du pouvoir, pas même d'État, sous-estimation du Capital (même sous les mots d'économie et de capitalisme), ce qui explique les références appuyées à Foucault, Deleuze et Guattari, et l'édulcoration de Reich, le tout dans un esprit post-68tard attardé, jusqu'aux confusions finales sur ce qu'est le désir même, en relation aux besoins... ou pas, sans parler d'une conception assez infantile de la liberté

pour le dire dans les termes où nous avons nous parlé (page précédente) de désir et de révolution, l'articulation n'est pas faite ou très mal, entre désirs sexuels, désirs de révolution, libido et subjectivation révolutionnaire de masse (ou si l'on préfère de classe)

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Florage



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Sam 4 Fév - 7:53


Après le transport et l'hôtellerie, l'uberisation touche l'industrie pornographique. La diffusion sur Canal+ du documentaire Pornocratie, les nouvelles multinationales du sexe, réalisé par Ovidie, est l’occasion d'une plongée dans un secteur en pleine mutation


8-Bit Pixel Porn par Ssoosay via FlickrCC

Citation :
CONTENU PARTENAIRE - Derrière l’uberisation du transport (Uber) ou de l’hôtellerie (Airbnb), se cache une autre uberisation, moins médiatisée, mais usant du même modèle économique : celle du porno. La diffusion sur Canal+ du documentaire Pornocratie: les nouvelles multinationales du sexe réalisé par Ovidie, est l’occasion de plonger dans cette industrie en pleine mutation, où ultralibéralisme sauvage, darwinisme social et indépendantisme professionnel s’interpénètrent.

Avec un chiffre d’affaires mondial annuel de près de 100 milliards de dollars, l’industrie pornographique connaît une progression faramineuse. Pour comparaison ce chiffre s’établissait à 57 milliards de dollars en 2013 selon l’Organisation des Nations Unies. Toutefois, cette croissance cache des disparités : dans le même temps les cachets des acteurs par exemple ont subi une sacrée dégringolade. En Californie, le cœur de l’industrie porno, les revenus des performeurs ont ainsi été divisés par 3 en vingt ans. L’apparition au début du XXIe siècle des tubes, ces robinets qui déversent gratuitement des millions de vidéos sur le net, a bouleversé l’économie bien établie des productions à l’ancienne.

Le porno 2.0

YouPorn, PornHub, RedTube, Brazzers, qui appartiennent tous à Mindgeek, une multinationale dont le siège social est basé au Luxembourg et les bureaux à Montréal, ont changé la donne. En proposant des vidéos pornographiques gratuites (la publicité et les offres payantes alimentant le business), ils ont sabordé le modèle économique des boîtes de production.  Les coûts de celles-ci (tournage, rémunération des acteurs et techniciens, impôts), conjugués à une ardente concurrence, ont eu raison d’une grande partie des acteurs historiques du milieu.

Et c’est là que l’uberisation économique apparaît. Par un savant montage financier, Mindgeek échappe en grande partie à la fiscalité des pays où il exerce son activité réelle pour s’acquitter de son obole au Luxembourg, à Chypre ou en Irlande. Comme Uber ou Airbnb pour ne cier qu’eux (mais tous les grands groupes de l’économie numérique suivent ce chemin d’optimisation fiscale), Mindgeek engrange ainsi des sommes importantes qui n’alimentent pas ou peu les caisses des états.

La santé financière insolente de ces conglomérats mondialisés (on parle pour Mindgeek de 353 millions d’euros uniquement en Irlande pour 15 employés effectifs sur place), échappant à l’impôt légalement, se double d’une paupérisation galopante des acteurs de l’industrie pornographique. À Budapest, capitale européenne des tournages, les salaires et la taille des équipes sont inversement proportionnels à la croissance économique de l’industrie. En minimisant leurs coûts (environ 300 euros par jour pour une actrice en Hongrie selon une étude du parlement européen contre 600 à 2500 euros la scène en France selon Grégory Dorcel), certains producteurs de porno et les diffuseurs de contenus maximisent la rentabilité des films.

La cam, nouvel eldorado

Nouvel outil, nouvelle possibilité. Avec l’émergence du net au tournant des années 2000, l’offre pornographique a démocratisé pour chaque utilisateur d’ordinateur le peep show. Les camgirls (et quelques camboys) ont ainsi proposé par webcams interposées des spectacles sexuels, plus ou moins privés, aux internautes connectés. En mettant en contact direct offre et demande pornographiques, la webcam a initié de nouvelles pratiques. Sur son blog Le Cul entre deux chaises, la camgirl Carmina Armatoria relaie sous forme de journal de bord son activité professionnelle, ses déboires, ses questionnements...

Mais ceux qui pensent que la génération cam échappe à l’uberisation du porno en seront pour leurs frais. Il ne suffit pas de se déshabiller devant sa webcam pour gagner sa vie. Encore faut-il être diffusé, être visible parmi des dizaines de milliers d’autres anonymes. Devant Chaturbate ou Cam4 (peep show virtuel public), le leader Livejasmin (35 millions de visiteurs par jour, 400 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel), hébergeur et non producteur de contenus pornographiques, propose des shows privés et offre une plate-forme de diffusion aux filles (un catalogue de 400 000 modèles dont 1500 simultanément en ligne, un tour de force technique) en échange de 70% de leurs revenus. Petite précision : Livejasmin est lui aussi domicilié au Luxembourg…

Si certaines camgirls bénéficient de conditions de travail confortables (choix du planning de représentation, emploi à domicile), sorte d’auto-entrepreneuses indépendantes seules patronnes à bord, des cortèges d’autres filles n’ont pas vraiment le même statut. En Roumanie, eldorado européen du « camporn », on recenserait près de 700 « studios ». Il s’agit de maisons, parfois d’immeubles où les filles sont logées, cornaquées, instruites des bonnes pratiques d’une camgirl et où on leur loue des chambres équipées et décorées pour leurs shows. La rémunération des filles (environ 30 centimes d’euros nets la minute pour une débutante), dont est défalquée la location de leur espace de travail, est nettement inférieure à celle de l’hébergeur (70 centimes pour la même minute).

Cette pratique quasi confiscatoire, qui dévalorise la valeur travail, n’est pas sans rappeler les marges d’Uber pour mettre en relation chauffeurs et clients. L’indépendance professionnelle sans cesse vantée rime aussi avec désengagement complet de l’entreprise intermédiaire (pas de charges sociales). Cette triangulation née du numérique (un tiers fait le lien, virtuel, entre deux acteurs) est au cœur de l’uberisation du porno, véritable laboratoire grandeur nature de cette nouvelle forme d’exploitation professionnelle.

Paupérisation consentie

La guerre du clic sur internet n’épargne pas le monde du porno 2.0. Pour attirer les utilisateurs sur leurs sites, les tubes (et dans une moindre mesure les cams) proposent des contenus de plus en plus hards, des pratiques des plus en plus extrêmes tout en essayant de se désengager de toute protection.

À la précarisation économique intrinsèque à ce modèle, s’ajoute une dimension que le documentaire d’Ovidie met en évidence. Quand en 2012 le comté de Los Angeles, épicentre de l’industrie, tentait de légiférer sur le port obligatoire de préservatif dans les productions pornographiques (connue sous l’appellation Mesure B), Mindgeek (sous son ancien nom de Manwin) dépensait plus de 270 000 dollars illégalement (une entreprise étrangère n’a pas le droit d’interférer avec un scrutin local) pour une campagne visant à saboter le projet.

Condamné à une amende de 61 500 dollars, un record dans ce genre d’affaires, Mindgeek a recommencé ses manoeuvres en 2016 quand l’état californien a décidé, lui aussi, de se pencher sur une législation analogue (la proposition 60 n’a pas été validée par les électeurs en novembre 2016). On voit ainsi comment une entreprise en quasi-monopole sur une industrie, en l’occurrence celle de la pornographie, tente d’influencer les réglementations qui l’obligeraient à prendre ses responsabilités sanitaires dans un milieu où les MST fleurissent (une épidémie de syphilis en 2012 et plusieurs cas de séropositivité découverts en 2004 et 2010 en Californie).

Les conditions de travail précaires, voire dangereuses, dans lesquelles évoluent les acteurs X voisinent malheureusement trop souvent avec des populations paupérisées, dans les pays de l’Est essentiellement, prêtes à accepter l’inacceptable pour quelques centaines d’euros. Si le consentement est à la base de tout contrat pornographique, les contextes sociaux et économiques des pays fournissant la main d’œuvre, comme en Roumanie, en Hongrie ou en Colombie, tendent à déstructurer cette notion. Profitant de situations difficiles (chômage de masse, pouvoir d’achat en berne), les « uber » du porno n’ont pas fini de s’enrichir et les femmes, premières victimes de ce modèle, de payer l’addition.


Ovidie dévoile la face obscure des multinationales du porno

Éric Mandel Le Journal du Dimanche 15 janvier 2017

L'ancienne hardeuse Ovidie dévoile la face obscure des sites X gratuits, entre précarité des travailleurs de l'industrie pornographique et fraude fiscale à grande échelle.


Tournage d'un film de Rocco Siffredi. Magneto Presse/ Fatalitas productions


Citation :
Avec son premier documentaire produit par Jean-Jacques Beineix (Rhabillage, 2011), Ovidie s'était intéressée à la difficile sinon impossible reconversion des actrices porno. Quatre ans plus tard, À quoi rêvent les jeunes filles ? auscultait l'influence du X sur la sexualité des jeunes femmes de la génération Y. Pour son troisième film, l'ex-hardeuse, qui fut durant son adolescence militante au sein de groupes libertaires et défend aujourd'hui un porno dit "féminin", se penche sur un sujet épineux : les nouvelles multinationales du X. Ces plateformes de vidéos accessibles d'un simple clic sans débourser un centime. Et elle est en colère contre ces sites de streaming qui ont définitivement sinistré une industrie déjà laminée par la crise de 2008, mais aussi dégradé les conditions de travail des actrices. Elle est en colère depuis ce jour où elle a vu ses propres vidéos diffusées sans son autorisation (et sans toucher un centime de droits d'auteur) sur ces plateformes (YouPorn, PornHub) devenues le symbole d'un capitalisme à tous crins.

Alors elle a décidé de mener l'enquête pour comprendre et dénoncer. Divisé en quatre chapitres – "Les Proies", "Les Prédateurs", "La Pieuvre", "Uber-Sex" –, ce film écrit d'une plume à l'ironie courroucée nous entraîne de Budapest, la capitale mondiale du porno, à New York, en passant par Berlin, Timisoara et le Luxembourg, pour dévoiler les dessous d'un business particulièrement juteux. Le principe de la gratuité? Générer de l'audience pour attirer de la pub et diriger les internautes vers des pages payantes. Dans sa ligne de mire, un certain Fabian Thylmann, jeune geek allemand présenté comme "le roi du porno". Son coup de maître ? Avoir racheté en 2009 la plateforme YouPorn, la première à proposer des vidéos en ligne gratuitement. Une opération rééditée avec l'ensemble des sites et des studios pornographiques, au point de faire de sa société, Manwin, la première multinationale du X dotée d'une place de quasi-monopole dans la diffusion de films pour adultes.

Des sociétés domiciliées dans des paradis fiscaux

Face caméra, l'actrice Stoya témoigne des méthodes managériales assez troubles de Manwin, qui a acheté le studio de production dont elle était l'une des stars. Cadences infernales, licenciements massifs, pratiques sexuelles de plus en plus extrêmes imposées aux hardeuses. "Une machine capitaliste qui fonctionne au détriment de toute autre préoccupation", souligne la comédienne. Mais le règne de Thylmann sera de courte durée. Mis en examen en 2012 pour évasion fiscale, il vend ses parts pour se retirer du jeu. Manwin se rebaptise Mindgeek et conforte sa position dominante. Pour beaucoup de spécialistes, Thylmann n'aurait été que "le visage", voire "le pantin", d'une multinationale canadienne dont le QG se trouve à Montréal. Évidemment, ni le roi déchu du porno ni les responsables de Mindgeek n'ont accepté de répondre aux questions d'Ovidie.

Au fil de ses interviews avec des producteurs, des journalistes d'investigation et des experts du piratage, elle parvient pourtant à dessiner les contours d'une holding aux pratiques opaques, composée de sociétés domiciliées dans des paradis fiscaux. Tous ont enquêté sur les méthodes de la multinationale et tous ont fini par se retrouver face à un mur du silence. Ses dirigeants ? Inconnus. Idem pour l'origine de sa trésorerie. Certains évoquent un fonds d'investissement de Wall Street, des montages financiers obscurs, des opérations de blanchiment d'argent, des méthodes dignes d'un cartel mafieux. "À partir d'un certain point, personne ne dit plus rien sur la provenance de l'argent", déplore un fin limier du quotidien allemand Die Welt. Difficile de percer les mystères de la multinationale du X. Ovidie le reconnaît à la fin de son documentaire. L'aveu d'impuissance n'enlève rien à l'intérêt de son travail, par ailleurs ambitieux en termes de réalisation. En attendant, Mindgeek continue à prospérer malgré une enquête du FBI. Ses plateformes de vidéos (PornHub…) bénéficient de publicités géantes sur Times Square et à la télévision. Elle finance aussi des campagnes contre une loi imposant l'utilisation de préservatifs sur les tournages de films pornographiques. "Mindgeek, c'est un peu le Monsanto du porno", conclut Ovidie.

Pornocratie, les nouvelles multinationales du sexe, mercredi, 21.00, Canal+. vidéos



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Sam 4 Fév - 8:20

l'expression érotisation du capitalisme que nous avons utilisée plus haut est-elle bien pertinente ? Ne peut-on parler de pornographication du capital (le terme pornographication existe en anglais) ?

L’AMÉRIQUE ANALE ET ANAR DE COLBY KELLER

Antoine Gessling 8 oct. 2016  

L'enfant chéri du porno gay a la ferme intention de voter Trump... pour mieux faire sauter les carcans de l'Amérique d'aujourd'hui, explique-t-il dans une interview décoiffante.


colby-keller Photo: Sean Gomes

Citation :
On l’a récemment vu dans un photoshoot sulfureux de Vivienne Westwood, comme modèle pour le photographe allemand Juergen Teller ou encore dans la série de HBO «High Maintenance». Rarement un acteur de porno gay aura autant attiré la lumière que Colby Keller. Cet intello au corps de rêve (diplômé en anthropologie) sait aussi jouer la provoc – au risque de faire débander quelques uns de ses fans. Ainsi dans une interview à la revue «Office», l’enfant chéri du X gay révèle qu’il va voter pour Donald Trump à la présidentielle de novembre.

«Au minimum, Trump va faire de la Maison-Blanche un reality-show. L’Amérique va adorer, non?»
Mais attention: Keller n’est pas à proprement parler un fan du milliardaire populiste – au contraire. Selon lui, Trump est surtout «une force de déstabilisation» pour le Parti républicain, dont il se réjouit de l’implosion. «Il multiplie les ouvertures en direction de la Russie et de la Chine, ce qui d’une certaine manière est encourageant. Je ne soutiens ou n’approuve aucune des politiques de Trump, je pense juste qu’il va provoquer une escalade du problème, c’est le mieux que nous puissions espérer. Au minimum, il va faire de la Maison-Blanche un reality-show. L’Amérique va adorer, non?»



Vivienne Westwood, comme un parfum de backrooms DR


Ce choix électoral, Keller l’explique par sa déception du mouvement gay – désespérément capitaliste et conventionnel aux yeux de ce «communiste» autoproclamé [sic]. «Nous cédons sur plein de choses qui, dans le fait d’être gay, libèrent et émancipent. J’aime le sexe, j’aime les corps, j’aime partager mon corps avec d’autres. C’est une chose émancipatrice que nous pouvons offrir. Seulement, nous avons laissé tomber cette vision de ce que nous pouvons accomplir en tant que culture. Je vois beaucoup de gamins vraiment conservateurs, ils veulent un copain, un mariage, une maison avec des gamins derrière une jolie barrière blanche, et ils tombent dans ce piège.»

RACISTE, TOXIQUE, MISOGYNE

A 36 ans, Colby Keller ne cache pas que le porno dans lequel il a fait carrière est lui-même une manifestation de la pire forme de capitalisme. « C’est une culture raciste, toxique, misogyne. Mais il n’y a pas d’autre moyen de créer une culture dans le régime capitalisme. On ne peut pas empêcher, dans un système comme celui-ci, de faire appel à cette négativité qui structure notre désir. Vous savez, j’ai essayé dans ma vie personnelle de penser des voies différentes pour présenter la sexualité, de faire en sorte que les gens trouvent cela excitant, et d’exprimer peut-être des valeurs différentes.» [quelle alternative !]

Entamé il y a deux ans, son projet artistique «Colby Does America» (Colby se tape l’Amérique) s’inscrit dans cet effort. Le film consiste en un tour sexuel du pays, Etat après Etat. Pour Keller, Texan élevé dans un milieu pentecôtiste, le projet vise à éclairer de manière nouvelle l’histoire et la foi des Américains contemporains. Il lui a aussi ouvert les yeux sur ses propres limitations en tant qu’acteur et en tant qu’homme: «Je pense que jusqu’à un certain point on a tous en nous une petite voix de slut-shaming, et j’ai dû me confronter à cela.»

» L’interview complète, par Jocelyn Silver, dans «Office»

Nous nous entendrons sur le fait objectif : la sexualisation du capitalisme

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Florage



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Sam 4 Fév - 9:01


"révolution sexuelle"...> conformisme de la transgression ...> sexualité consumériste

La féminité, carburant du turbo-capitalisme

[Texte intégral]
Antigones 2014

L’utilisation de la femme et de son image dans le capitalisme de seconde génération a fait l’objet de l’intervention d’Iseul Turan, jeudi dernier, à la permanence des Antigones Paris.


Suite à cette conférence, nous avons décidé d’une action symbolique, dans les Halles, pour interpeller les Parisiennes et les Parisiens sur ce problème. Après avoir diffusé un extrait audio du film "Fight Club" (voir la vidéo ci-dessous), nous avons prononcé un message que nous développons dans cet article.


Citation :
Le sujet comporte une double dimension : il s’agit tant de l’utilisation de la femme comme outil de vente que de son exploitation comme acheteuse et consommatrice, double instrumentalisation qui fait de la féminité le carburant d’un « turbo-capitalisme » de seconde génération. Esquisse en trois étapes :

[1] après une première vague de capitalisme de type paternaliste, la seconde vague, celle du « capitalisme de séduction », selon l’expression de Clouscard1, a réussi

[2] à intégrer la femme dans une logique qui lui était auparavant étrangère,

[3] faisant de la féminité le modèle et le pilier du nouveau capitalisme, à travers l’image de la « jeune fille » théorisée par la Tiqqun.

Capitalismes de première et seconde génération

Les théoriciens distinguent deux générations de capitalisme assez nettement différenciées, que l’on peut caractériser très grossièrement de la façon suivante :

- alors que le capitalisme de première génération, de type paternaliste, était entièrement tourné vers la production, marqué par les « vertus bourgeoises », l’épargne, le goût du travail, des salaires plutôt bas et une certaine sobriété d’ensemble,

- le capitalisme de deuxième génération est quant à lui tourné vers la consommation, et mobilise un panel de notions plus « féminines » telle que l’influence, la séduction, la notion de cycle utilisée à un rythme accéléré par les faiseurs de modes, ainsi que les caractéristiques propres à la jeunesse, portée à la transgression, voire à la subversion.

Cette seconde vague a été baptisée par Michel Clouscard « capitalisme de séduction », assimilé paradoxalement à une forme de « social-démocratie libertaire ». Alors que le terme de capitalisme évoque une logique de propriété, d’amassement de capital, de possession, le terme de séduction qui vient le qualifier renvoie à une forme d’attrait sexualisé qui s’exerce dans cette logique de possession. L’association de ces deux termes aboutit à une forme de « démocratie libérale-libertaire2 », aboutissement d’un capitalisme « de séduction », fondé sur la propriété via la séduction : il tend, selon une logique qui semble presque immanente, vers sa forme d’expression ultime qui est libertaire et démocratique – anéantissement de toutes frontières au nom des passions et du désir de posséder. La consommation, dans tous les sens du terme, devient l’ultime liberté, et même l’ultime droit de l’homme.

Pour en arriver là, au point de promouvoir une consommation basée sur l’obsolescence programmée des objets de consommation comme l’unique style de vie, il a fallu un bouleversement d’ensemble des codes de société, un abattage généralisé des frontières et des structures. Dans ce processus la femme a été un outil essentiel et précieux.




La révolution symbolique et l’intégration de la femme

Selon les analyses de Clouscard, le capitalisme a cherché à se faire très rapidement sa propre symbolique, sa culture, sa médication, son éducation, bref, un ensemble d’éléments propres à constituer un système social cohérent, et analysable comme tel par la sociologie. Sur le plan du symbole et des valeurs, plusieurs renversements s’opèrent de façon manifeste, autour de quelques valeurs-clés.

Le renversement éducatif

La donnée fondamentale consiste dans un prodigieux renversement éducatif. L’enfant, consommateur par définition, était traditionnellement éduqué de telle sorte que l’être de besoin et d’appétits irraisonnés qu’est le nourrisson, fondamentalement égocentrique, devienne homme libre et citoyen responsable. Le « pourrissement de la société bourgeoise » voit au contraire émerger un nouveau modèle (anti)éducatif où l’enfant est peu à peu initié aux mécanismes de la consommation (jeux de plus en plus sophistiqués, apprentissage de plus en plus précoce de l’électronique, façon ludique et anodine de s’approprier le travail de production d’autrui, objectifié et manipulé comme un jeu), laissé libre de suivre ses « penchants naturels », encouragé par le jeu social à laisser libre cours à ses appétits de consommateur. L’enfant devient dans le nouvel imaginaire du capitalisme de séduction l’être le moins consommateur, symbole de pureté et de simplicité.

Ce premier renversement symbolique justifie a contrario l’attitude consommatrice de l’adulte dont les besoins et les désirs sont démultipliés – l’enfant est l’être pur qui se contente de peu, tandis que l’adulte devient celui qui consomme le plus. Symbole d’innocence, l’enfant est tout désigné pour devenir outil de promotion publicitaire, favorisant l’expression des passions primaires.

L’apprentissage ludique de la consommation

La consommation ludique de la production, initiée dès l’enfance, s’accentue à l’adolescence. Les années 80 de Clouscard connaissaient le flipper, jeu strictement mécanique, bruyant et excitant pour les sens, où la partie gagnée vous donnait le droit de rejouer « gratuitement » – mécanisme du jeu et de la répétition, ludique et anodin, qui structure l’inconscient capitaliste. Les exemples actuels pourraient être multipliés et ne feraient que confirmer davantage encore l’intuition de l’auteur. Investissez, risquez, jouez en bourse…vous avez gagné ? rejouez… perdu une partie ? try again… jusqu’à ce qu’arrive le game over de la ruine ou de la mort.

Une culture de la répétition

La répétition (du mécanisme ludique, de la logique sociale du capitalisme) trouve une expression paroxystique dans la « musique » de la société capitaliste – et la gestuelle des pantins désarticulés qui s’agitent à son rythme. Primaire, répétitive, facteur de conformisme et de nivellement, la musique idéale (et réelle) de la société capitaliste dresse le corps à la répétition machinale, sans évasion possible, sans fugue ni mélodie, aux rythmes syncopés de la vie sociale, à la logique abrutissante de l’homo libertarius servilis.

Vers un conformisme de la transgression

Le tout complété par une culture adolescente de la transgression, dans le refus des codes de la société des adultes : si le boy scout était à l’honneur dans la société victorienne, ici encore façon d’éduquer l’enfant aux vertus civiques et au service, l’adolescence devient désormais l’âge initiatique des dérapages contrôlés, celui où toutes les transgressions, toutes les contestations sont permises, pourvu qu’on s’en tienne à un juste milieu de bon ton. La bande de jeunes, adolescente, contestataire et transgressive, consommatrice et pulsionnelle, peut ainsi devenir la cible privilégiée de l’américanisation consumériste de la société, par plan Marshall interposé. De nouveaux codes s’imposent, de la musique au vêtement en passant par la guitare et la moto (aujourd’hui, l’I-phone et tutti quanti). Dans le port universel du jean, les codes vestimentaires qui marquaient visuellement la distinction sociale deviennent facteurs de nivellement et d’uniformité, par la consommation de la mode.

L’étape ultime : vers une sexualité consumériste

Dans le prolongement de ces différentes dimensions, l’étape ultime de ce processus de bouleversements avant affirmation définitive du système se situe dans la sexualité – c’est dans cette étape qu’intervient le rôle de la femme.

La sexualité est ce qui appartient à l’intime, elle est donc censée être d’autant plus difficile à atteindre de manière générale et absolue qu’elle est plus personnelle. De même, la femme n’étant pas lors de l’émergence du capitalisme possédante au même titre que son mari, il était d’autant plus difficile de la faire rentrer dans cette logique de capital, propriété et possession qui lui est étrangère. La question de la sexualité va permettre de faire de la femme la première consommation et la première consommatrice, et de terminer le processus de capitalisme jusque dans les derniers retranchements de l’intime. La notion de « séduction » fonctionne comme le point de jonction entre la femme et le capitalisme, rendant celui-ci tout puissant jusque dans nos lits.

L’exemple le plus frappant est celui de la pilule, traité par Clouscard sous un angle inhabituel qui ne manque pas de pertinence. Si l’auteur loue le caractère révolutionnaire et libérateur, il dénonce en traits assassins l’usage qu’en fait l’idéologie bourgeoise du nouveau capitalisme : présentée comme conquête féministe, instrument d’une sexualité enfin libérée, elle sera répandue et consommée sans discernement au service d’un modèle de sexualité bourgeoise, sexualité libidinale, consommatrice, déresponsabilisée et deshumanisée. Clouscard dénonce ainsi deux aspects complémentaires d’une récupération idéologique : la non-application de la loi aux populations qui en ont le plus dramatiquement besoin, et son usage selon les nouveaux modèles de la consommation mondaine, par la nouvelle bourgeoisie. Laissons parler Clouscard :


Clouscard a écrit:
Autrement dit : le privilège de classe – la nouvelle consommation libidinale, ludique, marginale – va s’habiliter, se justifier par la loi révolutionnaire. Ce privilège va se proposer comme un droit. Un droit à conquérir. Le nouveau combat révolutionnaire. Combat pour la liberté – du jeune et de la femme – contre les tabous et les interdits que l’homme adulte imposerait. [le texte de la CNT plus haut n'en est pas loin, en 2009 !]

Extraordinaire habileté de l’idéologie : avoir identifié le sexe et la liberté, la consommation sexuelle et la libération des opprimés. Le sexe, en définitive, serait le chemin de la liberté. Ainsi le nouveau bourgeois se déculpabilise en promouvant sa sexualité en combat révolutionnaire. D’une pierre deux coups, contre la bourgeoisie traditionnelle et contre le prolétariat. Ainsi l’idéologie tient les deux bouts : la loi et la révolution, le statut légaliste et le statut subversif.

Nous demanderons à l’honnête homme si vraiment on peut croire – si vraiment il a pu croire :

- Que le modèle de cette sexualité « révolutionnaire » n’avait rien à voir avec le nouvel usage bourgeois de la libido ?

- Que l’expansion universelle de cette libido, ludicité, marginalité ferait éclater les structures « répressives » de la société ?
Ne faut-il pas convenir, au contraire :

- Que le modèle de cette sexualité pseudo-révolutionnaire n’a d’usage possible que dans le contexte d’une social-démocratie libertaire ?

- Qu’alors sa vocation véritable est de soumettre les âmes et les corps pour empêcher la révolution des travailleurs
3 ?


Le caractère anodin, sans conséquence, irresponsable de l’acte étant garanti par l’usage de la pilule et autres contraceptifs, qui entretiennent un rapport adolescent au corps et au sexe, l’acte sexuel n’aura aucune difficulté à prendre sa place dans la série des actes de consommation qui s’imposent littéralement, par la pression sociale, à la jeune fille. La « première nuit » de la jeune fille, que la culture européenne avait toujours sacralisée et valorisée comme un moment signifiant et charnière de la vie de la fille/femme, entourée de tout un imaginaire, de toute une symbolique qui lui donnait un infini surplus de sens et de valeur, l’acte sexuel du consommateur capitaliste, réduit à un geste de consommation dans une série, perd toute valeur et toute signification propre ; il n’a plus que la signification de la série. « La psyché se paupérise, se banalise à l’extrême. Après avoir écarté l’imaginaire de l’attente, l’idéologie dévalorise l’acte sexuel en le réduisant à un acte d’usage, à la consommation (du plaisir). »

Pour Clouscard, les valeurs marchandes et masculines ont donc gagné : le sexe est dissocié de la génération. Tout s’achète jusque dans l’intimité. Il explique donc que la sexualité déresponsabilisée autorise ce que le « phallocratique » n’avait jamais osé imaginer jusque dans ses rêves les plus fous : une extraordinaire circulation des femmes, biens de consommation parmi d’autres, et gratuits qui plus est, dont le corps est à disposition pour la jouissance de l’homme sans aucune responsabilité de sa part – la femme gère ses ovaires, sa pilule, ses avortements en bonne femme soumise et fonctionnelle, et au mieux le gentleman lui proposera de l’accompagner à la clinique le jour de l’avortement… La mentalité contraceptive bourgeoise et mondaine de la société capitaliste devient ainsi le levier le plus puissant pour la « phallocratie » abhorrée du discours féministe – soit la pratique sociale la plus anti-féministe.

Consumériste et transgressive, la contraception capitaliste devient le lieu d’une farce tragique, celui de l’institutionnalisation de la transgression – souvent imposée par la mère (bien intentionnée) à sa fille, répandue avec la bénédiction des lois et de l’idéologie officielle, ce type de mentalité contraceptive participe d’une nouvelle configuration sociale et morale où la transgression « libératrice » (« libidinale, ludique, marginale ») jouit de tout le privilège, de tout le confort, de toute l’autorité normative de l’institution étatique… Véritable transgression organisée qui conditionne l’entrée entrée dans une société de consommation presque idéale.

La jeune fille, nouveau citoyen modèle devient pilier du capitalisme de séduction

Il est frappant de constater ici la convergence des analyses de Clouscard avec d’autres théories comme celle de la Tiqqun baptisée « théorie de la jeune fille ». Dans une société telle que celle dont nous avons brossé le tableau à grands traits, quel modèle de consommation, quel emblème et quel symbole peut-on choisir ? Il nous faudra quelque chose d’attirant, de traditionnellement beau, qui puisse avoir à la fois tout l’attrait de l’objet de consommation, et tout l’appétit nécessaire à la consommation. La « jeune fille », jolie, légère, frivole, consommatrice, irresponsable, sexuellement attirante sans avoir l’âge d’être mère (consécration de la jouissance stérile de la consommation-répétition), sera le nouveau modèle de notre société. Ce nouveau modèle ne concerne pas seulement la part féminine de la société : il s’agit au contraire d’un modèle auquel chaque personne, chaque consommateur pourra/devra s’identifier – elle est la figure terminale du capitalisme de la séduction. C’est ici toute la question de l’utilisation de l’image féminine, outil et argument de vente, excitant visuel de la libido consumériste, qu’il faudrait mobiliser, image de femme à la minceur irréaliste (image de mannequins de 16 ou 18 ans, image de teenagers qui n’ont pas encore – pas toujours besoin d’être anorexiques pour être minces) et à la beauté presque enfantine.

Le projet libéral-libertaire décrit par Clouscard apparaît ainsi, dans ses pratiques comme dans sa symbolique, comme l’ennemi ultime de toute « vraie » féminité. Son idéal-type n’est pas la femme mûre, libre, capable d’asseoir sa stature en face et aux côtés de l’homme, n’est pas la femme mère et féconde ; son idéal-type est la jeune fille en fleurs prête à consommer – dans les deux sens – par l’image, la sexualité consumériste et irresponsable, l’industrie des produits de beauté, la tyrannie des modes et des canons. Selon la logique d’un certain féminisme, si bien intégré dans la logique du système, ce n’est pas la femme comme telle qui devient libre, mais la féminité est au contraire totalement, intégralement absorbée dans un projet idéologique, dans un mécanisme social qui lui était originairement étranger, monde homogène et clos de la consommation capitaliste, sans porte de sortie, sans alternative possible. Homogénéisation qui ressemble furieusement à une hégémonie du masculin à l’origine du modèle capitaliste – rupture de l’équilibre civilisationnel et écrasement de la femme dans la logique d’un système qu’elle n’a ni pensé, ni voulu comme tel, contrat social passé sans son accord.

1. Michel Clouscard, Le capitalisme de la séduction, éd. Delga, Paris 2009


1981


2. Il convient d’expliquer la différence entre la doctrine libérale et la doctrine libertaire. Le libéralisme est une doctrine philosophique et économique du «laisser faire, laisser passer ». La doctrine libertaire refuse en bloc l’État et toute forme d’autorité plus largement que dans le libéralisme, elle est une forme proche de l’anarchisme basé sur le désir et l’abattement de frontières quel quelle soit : symbolique, territoriale, culturel, sociétal age sexe etc. cf : Jacques Déjacques

3. op. cit. p. 152 sq.

[...]


Il n'en demeure pas moins que comme la grande majorité des textes précédents, celui-ci en reste, notamment avec Clouscard, à la critique négative de la sexualisation du capital (pas de fonction révolutionnaire de la libido et une réduction de celle ci à la sexualité au sens étroit) Ceci explique peut-être pourquoi Clouscard est une référence majeure aujourd'hui, non plus pour la gauche radicale ou la critique communiste, mais pour la droite identitaire voire catholique.

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Florage



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Dim 5 Fév - 14:41


Amour et Capital

Rebellyon 28 janvier 2017

Le texte qui suit est le résultat de discussions s’étalant sur plusieurs années de manière relativement irrégulière. A la base élucubrations disparates, les idées que ce texte tente d’esquisser se sont forgées au sein de ce dialogue. De ces multitudes d’échanges autour de la question de l’amour (à partir de notre expérience hétérosexuelle) s’est lentement forgée une sensibilité partagée. Cette intuition que nous tentons d’esquisser ici ne nous semble pas être une vérité définitive. Il nous semble toutefois qu’elle permet une compréhension efficace de la dynamique sociale amoureuse à un moment donné. En cela il participe d’une description des rapports de genres et des systèmes de dominations matérielle et idéelle qui leur sont liées. A un certain point, il a semblé nécessaire de transcrire ces idées pour rendre plus palpable ce dialogue. Le texte que vous lirez maintenant est lui aussi écrit sur plusieurs années par couches successives et est passé par moult remaniements. S’il est publié maintenant il ne semble pas pour autant terminé. A un moment donné la forme qu’il prenait nous aura simplement semblé suffisamment cohérente pour être livrée.

Sommaire :
Citation :
- Considérations liminaires sur la sexualité et le sentiment amoureux.
- Les rapports matrimoniaux abordés sous l’angle des marchés.
- Le devenir marchandise.
- Stratégies matrimoniales sur marchés segmentés
- Système de reproduction du même.
- La consommation n’épuise pas le produit elle le transforme et conditionne sa valeur sur les marchés.

« L’humanité se situe en dehors de l’économie politique, l’inhumanité au dedans. » Karl Marx, Œuvres.

Citation :
Considérations liminaires sur la sexualité et le sentiment amoureux.


Suzanne Rousset et Georges Duroy, Bel ami

Il nous parait opportun de proposer l’hypothèse qui va suivre car d’une manière ou d’une autre, il nous semble que dans une logique de rupture révolutionnaire chaque aspect de la vie quotidienne doit être pris en compte. Une rupture avec la société de classe est une rupture avec tous les systèmes qui en assurent la reproduction. S’il s’agit de mettre à bas la philosophie bourgeoise de l’individu et toutes les formes sociales qu’elle sous tend, Il s’agit dans cette optique pour notre analyse de n’oublier aucune parcelle de nos vies. Nous pensons en effet que sans modifications radicale de chaque aspect de la vie quotidienne, il ne se produit qu’une restructuration des rapports de domination.

Toute intentionnalité critique trouve sa source dans la conscience de la misère ou d’un de ses aspects. Dans nos sociétés, la misère affective et sexuelle compose une part importante de la misère réellement vécue. D’autant plus que dans l’idéologie bourgeoise dominante, de la réalisation de soi et de la poursuite du bonheur, la vie amoureuse est un élément indispensable d’une vie complète et heureuse. Le fait qu’une énorme partie de la production de l’industrie culturelle de la planète ait pour thème central, les relations amoureuses trahit l’importance de cet aspect de la vie dans la reproduction des structures de domination.

Dans la vision dominante il est admis que les rapports amoureux se feraient naturellement, au gré des rencontres, et tout-e-s auraient des chances égales d’y parvenir... un peu comme la fortune, en somme. Au contraire, nous pensons qu’il s’agit d’un marché hautement concurrentiel caractérisé par une concentration importante de capitaux. De plus, cette forme particulière des rapports sociaux reproduit et sert de cadre à des rapports de domination concomitants (de classe, de race...) [1] Il semble donc nécessaire d’offrir des pistes pour interroger les fonctionnements des différents dispositifs de domination et plus particulièrement des rapports sociaux liés à la recherche de satisfaction affective et sexuelle.

Notre objet ainsi défini, il ne faut pas penser ici, proposer un système total qui permettrait de comprendre, d’un seul geste, l’ensemble des rapports qui commanderaient à la division en genre de la société. Il s’agit plutôt d’esquisser ce que serait une approche qui ouvre des perspectives sur une compréhension en terme de rapport de force économique [2] (un système d’échange de valeurs) d’une partie de cette division. Et de permettre de cette manière de proposer un modèle qui pense le sexisme, comme une donnée encastrée dans la culture particulière de son époque. Celle d’un marché généralisé d’échange de capitaux (à un tel degré d’accumulation qu’ils deviennent images).



Hera, F. Picabia


Sur ces marchés, la marchandise c’est nous, ou plutôt cette nouvelle partie de nous qui se détache lentement de la vie. C’est la part de nous qui forme alliance. Et cette séparation et le mouvement d’autonomisation de notre corporalité qui l’accompagne, est précisément la transformation de toutes choses en Marchandise. C’est le mouvement de conquête de la vie par le capital.

Ainsi comprendre ce que nous avons perdu (et que, peut être, nous n’avons jamais eu), c’est comprendre ce mouvement qui fait de la Marchandise la forme dominante de la vie. Comprendre le marché des échanges sexuels (et donc le système de mise en relation d’offre et de demande qui lui est propre) c’est comprendre l’étendue des mutilations que le capital nous inflige.

Il est par cette approche, implicitement admis que les rapports entre les sexes - où plutôt entre les différentes constructions genrées attendues en fonction des sexes - dans notre société, sont déterminés - pour partie - par la forme globale de celle-ci : la dévotion à la marchandise et au spectacle comme dernière expression du capital. Il est plus précisément admis que la forme normale pour toutes choses, sous tendue par la nouvelle configuration des rapports sociaux, est le marché sur lequel s’échange indifféremment marchandises et images. Il faut voir cette approche comme le simple résultat de la configuration d’une "pensée du temps" qui rend maintenant la notion de marché particulièrement opportune pour la description de phénomènes sociaux. Il s’agit donc d’entamer une critique de la valeur amour comme il aurait pu en être de tout autre valeur dans ce monde-ci.

De cette manière il faut, penser ce travail comme détournement sémantique du langage du Pouvoir en vue de la réappropriation de moments de vies. Puisque l’économie gouverne nos vies, il faut offrir des pistes de réappropriation de celle-ci par la langue de l’économie. Détruire cette science de la domination en n’en maîtrisant certains enjeux endémiques. Bien sur, il ne s’agit pas de calquer notre langue sur celle de nos ennemis mais, d’y puiser des ressources pour l’abattre. (L’abattre car, là où existe le Capital et son corollaire la propriété, des rapports de domination s’installent et se perpétuent.)

Les rapports matrimoniaux abordés sous l’angle des marchés.



Système de filiation Romain

Ce que traduit cette notion de marché du sexe, c’est la formation d’un nouveau modèle d’échange matrimonial dans une société qui, aveuglée par la foi en une vision transcendante de l’amour, refuse de le penser. Ce que nous appelons amour dans cette perspective, c’est un discours venu expliquer et rationaliser un ensemble de pulsions. C’est le langage dans lequel nous exprimons nos sentiments et nos désirs et comme tout langage il façonne ses objets.

Ce qui se déploie sous la forme d’un marché c’est bien la banale économie de la frustration sexuelle et affective. Ce sont les paysages désolés de la sexualité post-moderne. Et, ce qui rend cette notion particulièrement efficace c’est l’érection de la sexualité en marchandise de consommation courante, au même titre que n’importe quel autre fade produit du spectacle. C’est la configuration des rapports propres à notre époque qui constitue la notion de marché comme objet de notre réflexion.

Triomphe de la mythologie de l’amour sous sa forme libérale - la rencontre-union de l’esprit éthéré de deux personnes - le marché est pourtant avant tout un système coercitif de production et d’incorporation de normes. C’est donc en tant que système de socialisation oppressif que le façonnage du sentiment amoureux chez le sujet de notre époque doit être déconstruit.

En devenant une marchandise comme une autre, c’est-à-dire un objet de consommation courante, la sexualité s’est aussi standardisée, appauvrie. Bien sûr, avec ce mouvement de standardisation se développait la multiplicité des avatars du marché unique du sexe, permettant l’expression de notre individualité de consommateur.

Et nous reconnaissons bien là, le mouvement global de la non vie qui est celui du Capital : un projet de séparation généralisé. Cette transformation de la sexualité en un marché globalisé qui se traduit par l’apparition de formes unifiées de la pratique du sexe (la série Skins et les faits sociaux qui l’entourent sont à ce sujet édifiants par leur vitesse de diffusion), est bien la réponse capitaliste moderne à la question ancestrale des pratiques d’échanges matrimoniaux. Pourtant il n’y a pas d’oppositions entre une forme des relations amoureuses et sexuelles qui serait pure et une forme qui serait salie par le marché. La structure des rapports matrimoniaux a toujours, partout, reflété des rapports de domination. Pour autant il y a une transformation de la manière dont ces rapports sont conçus et dans la manière dont on les met en jeu qui est propre à notre époque.

Le devenir marchandise.



Recherche bergère désespérément, strip-tease


La drague comme acte de vente pose donc la question du devenir-marchandise. Au plus haut point, ce devenir se réalise dans les fantasmes du marché unifié qu’on trouve sur les sites de rencontres de type badoo, où, dans la limite du local (l’accès a la marchandise doit être réalisable), chacun se vend par une véritable fiche de produit avec photos et description et un "cahier des charges" du produit désiré. La drague moderne se révèle alors pour ce qu’elle est : un acte de transformation de soi en marchandise évaluable (sur badoo, on note d’ailleurs les photos). Autre preuve de la clairvoyance des entrepreneurs en marchés sexuels virtuels, les publicités de ces sites ont le bon goût de se glisser massivement sur les sites de pornographie gratuite, haut lieu de la misère sexuelle virtualisée. Dans cette construction fantasmatique d’un marché global du cul et de l’affect apparaît bien la logique libérale du "libre marché", mais sûrement autant la destruction du lien social qui faisait exister une multitude de ce qui n’était pas encore des micro-marchés fluides et pris dans le cours de la vie.

Aujourd’hui, même la production télévisuelle promet de faciliter la libéralisation des rapports de marchés affectifs.

A la vieille question de la misère affective paysanne, les logiques de marchandisation globalisante répondent qu’il suffit d’étendre la recherche et proposent une émission comme L’amour est dans le pré. La encore, ce qui se vend, c’est bien une réponse à la misère et à la frustration. Dans une logique de marché, une frustration est une demande non couverte par l’offre. Dans le pire des cas de frustrations, quand la demande est difficile à combler, il reste la possibilité d’acheter (au sens propre) de la "main d’œuvre étrangère", souvent de l’est ou sud-asiatique à une agence matrimoniale. Là encore, le marché sexuel pose la même réponse que n’importe quel autre marché : aller chercher l’offre là où son prix est le moins cher. Tout s’achète et tout se vend, il suffit juste de savoir à quel prix.

Stratégies matrimoniales sur marchés segmentés

Bien sur, il n’y a jamais UN marché où tout s’échangerait, tout groupe donné forme un marché restreint, plus ou moins ouvert sur d’autres, et a, dans une certaine mesure, ses règles de marché indépendantes. C’est l’articulation entre eux des groupes déterminés dans la société qui articule les marchés et les règles de passage de l’un à l’autre. Ce qui fait sens dans cette interrogation, c’est que la détermination des possibilités individuelles de rapports affectifs et sexuels touche au cœur de ce qui constitue le Politique dans chaque société. La répartition des biens, de l’honneur, de l’influence et du plaisir dans un groupe mais aussi la question de sa reproduction physique.

Les stratégies matrimoniales font partie des stratégies de reproduction des groupes dans une société ( et des sociétés elles-mêmes), et elles définissent ainsi l’accès à la satisfaction des besoins Humains. Le niveau de différentiation des ensembles sociaux détermine l’étanchéité de ces marchés. Pourtant une perspective de marché ne doit pas réduire la question à un point de vue économique au sens strict du terme. La question de la définition des groupes, donc des marchés, se pose (en tout cas dans les pays capitalistes avancés) bien autant en termes de subjectivités collectives ou d’échange de valeurs symboliques dans ces cadres restreints. Ces déterminations, ces segmentarités sociales sont aussi présentes dans nos vies qu’elles sont difficiles à définir. Ces catégories multiformes et subjectives segmentent les possibilités de séduction réelles au moins autant que les strictes divisions sociales. Elles ne s’appliquent jamais strictement, mécanistement, se recoupent avec d’autres systèmes d’identification collective et pourtant les multitudes de personnalités qui traversent ces identités collectives mouvantes les utilisent constamment pour se définir, s’évaluer...

Système de reproduction du même.



Brad Pitt et Angelina jolie, Brangelina


L’acteur évalue les caractéristiques d’une offre de marché au moins en partie vis-à-vis de la somme de prestige que l’exhibition de son acquisition lui apporterait. Cette évaluation s’effectue en fonction des critères objectifs propres à chaque marché. Cet énoncé s’il est crucial ne permet en rien de saisir la diversité des formes que peut prendre cette analyse en fonction de la mythologie amoureuse développée par les sujets. Cette mythologie est autant le fruit de l’incorporation des récits dominants que la résultante de chaque petit ajustement qu’impose chez le sujet sa perception du réel. Dans une partie des cas - chaque fois que les enjeux de reproduction économique seront faibles - la pression autour de la reproduction sociale sera minorée. Pour les acteurs, il s’agira alors peut être simplement de se demander si la subjectivité de l’autre leur donne le sentiment de faire partie d’un même monde et d’y occuper une place intéressante. Le savant calcul qui aura induit le choix restera totalement caché aux yeux de tous y compris (souvent...) de soi-même.

La valeur du gain ou de la perte est conditionnée par la conformité de la personne au modèle unifié du marché en question. Cette conformité à un modèle est l’essence de la notion de Goût, c’est par rapport - attirance ou répulsion - à un modèle et jamais en dehors que nous construisons cette perception. Que ce marché soit le milieu squat lyonnais ou grand bourgeois parisien, l’entourage d’une personne va juger si ses interactions sexuelles ou affectives correspondent ou non à l’image attendue des interactions dans le milieu. On va chercher à savoir si ses partenaires officialisés peuvent se fondre dans le milieu, si elle/il est "de bonne famille", quel est son "CV militant", bref, quelle autorité symbolique détient la personne dans le marché concerné et quel va être sa valeur d’échange. Si cette autorité est forte, on dira qu’elle a la "classe" ou qu’elle est de la bonne classe. C’est quand nous reconnaissons chez l’autre cette autorité qu’on le trouve "à notre goût". En définitive c’est cette autorité dans un monde social, ce "charisme", qui conditionne la possibilité pour chacun de faire valoir ses envies sur un marché.

Les possibilités offertes par les marchés donnent une consistance à des catégories autant que celles-ci définissent les possibilités des marchés. Ainsi un individu qui se sait marqué de l’appartenance à un groupe aura un intérêt à se marquer dans un (des) groupes déterminés pour augmenter ses chances sur les marchés auquel il a réellement accès. Là encore, un groupe réellement localisé, qui ne se recoupe donc jamais parfaitement avec les segmentarités collectives qui le place dans l’ensemble social, a des règles de marchés toujours divergentes de celles qui sont diffuses dans la société. Ses règles viennent de l’institutionnalisation de pratiques réelles. Elles ne sont pas tirées par les acteurs à partir de modèles diffus dans la société, bien qu’il existe des règles de marché diffuses, dominantes, transmises par la culture dominante. Elle sont plutôt construites à partir de la norme du marché dominant. Ces normes de marché viennent d’une pratique dominante sur les marchés. Les différentes pratiques liées aux segments de marché en question se construisent selon le même rapport matériel et moral que se constituent les groupes qui leur sont liées par rapport à la culture dominante de leur époque. C’est de cette tension particulière, propre à un temps, que naissent les modalités de la démarcation entre des marchés.

La consommation n’épuise pas le produit elle le transforme et conditionne sa valeur sur les marchés.




Ce qui est obtenu dans la transaction a autant à voir avec les moments réellement vécus qu’à l’image extérieure de la relation ou plutôt les moments réellement vécus sont aussi déterminés par l’image extérieure de la relation. On couche, on se met en couple à deux mais aussi et surtout dans et par l’espace social. Ces relations conditionnent les relations internes à ces milieux d’une façon structurelle. Les relations affectives trahissent un milieu, en tracent la carte et en éclairent les frontières, l’étanchéité. Chacun comprend les difficultés d’assumer une relation avec quelqu’un d’un "autre monde". Autant que les relations affectives existantes, la structuration des relations possibles permettent de parler de marché. Il y a une structure des pénalités inhérentes à tout marché affectif et à toute position dans ce marché. Les règles de marchés sont toutefois toujours relatives à des socialisations concrètes. La construction d’une réputation, image sociale du passif des transactions affectives, sanctionne finalement l’obéissance à des règles de marché déterminées par le milieu dans lequel les individus font leur vie. Quand la réputation parle de la situation d’un individu dans le marché, elle est aussi une valeur attribuée socialement à une marchandise.

Comme sur tout marché, une transaction est avant tout question d’information, la valeur est une donnée socialement mesurée, sans consistance matérielle propre. Elle est donc autant le produit de qualités intrinsèques à l’individu que de l’image qu’elles produisent. De ce fait, les acteurs pour participer au marché des échanges sexuels se doivent d’assurer, comme les premiers commerciaux venus, la promotion de chaque parcelle de leur vie. Ici comme sur tout marché, le but de chaque produit est de supplanter la concurrence. Pour ça, chacun se doit de construire l’identité de son produit. A partir de là c’est une lutte à celui qui, du fait de ses capacités discursives, parviendra à conclure une transaction. La drague, comme processus de vente est essentiellement échange et production de signes. La maîtrise de ces codes détermine de cette manière les conditions matérielles de l’accès aux échanges matrimoniaux. Comme sur tout marché c’est en définitive autant les qualités intrinsèques de la marchandise qui sont en jeu que l’image que l’on en donne à voir.

Le type de concurrence que crée ce système particulier d’échanges matrimoniaux est un système de domination qui en reconfigure d’autres. Le genre masculin domine le genre féminin en tant que genre ; pourtant, l’infinité des positions de marché et des rapports de force qu’ils impliquent, réévaluent ces déterminations au niveau du sujet. La chasseuse de footballeur, la pute des bas fonds devenue braqueuse qui tapine mais effraie, le jeune dealer de tess effrayant mais puceau, la tomboy égérie du "middle", la grosse, le geek boutonneux, le clochard, le vieillard homo... Autant d’expériences archétypales qui existent par un rapport structurel au marché du sexe et des relations affectives, vécues plus ou moins quotidiennement et aléatoirement.

C’est ce jeu de composition avec le système de domination sexiste que doit saisir une approche en terme de marché de notre sexualité. Comprendre comment à un moment donné le rapport à son genre influe sur la position du sujet dans la structure de la domination masculine. En quelque sorte, ne pas oublier que dans chaque système de domination il y a des traîtres, des fayots, des gardes chiourmes, des mutins...



The Mother, How i met your mother"


P.-S.
Nous avons évité de chercher à savoir si les mutilations que nous subissions du fait du triomphe de la marchandise l’était par rapport à un avant meilleur ou face à nos potentialités. Il nous suffit de constater la perte de potentialité induite.

Aussi si ce texte aborde les marchés amoureux auxquels ces auteurs sont soumis, l’hétérosexualité en tant que forme dominante de sexualité n’en reste pas moins une forme particulière de sexualité. Si la domination de la marchandise doit sûrement posséder ces avatars dans chaque type de sexualité, nous n’avons pas l’expérience nécessaire pour en parler. amours [a] riseup . net


Notes
[1] Sur un tel marché les chances pour quelqu’un d’un groupe social défavorisé de prétendre à une ascension sociale sont relativement limitées. On parle d’endogamie pour décrire les alliances au sein d’un groupe de personnes qui nous sont semblables. Un jeune homme pauvre, faiblement diplômé et noir aura une chance relativement faible de finir sa vie avec une femme, riche, blanche, titulaire d’un doctorat.

[2] En grec littéralement l’administration du foyer

Patlotch : - ce texte est intéressant qui aborde la question sous l'angle de "l'amour" pour finalement le déborder largement, mais limité à la critique du capital, il ne traite pas du contenu d'une perspective révolutionnaire, cad qu'il ne comporte aucune dialectique de contradictions et de leurs dépassements

de plus, comme presque tous les textes "théoriques" et tout en parlant de "vécu", il s'enlise dans des généralités qui sont inaptes à en rendre compte, comme si vouloir décrire des relations singulières ne pouvait que les réduire à leur dénominateur commun. La perte de richesses d'informations relativement à des témoignages ou textes personnels est considérable

quoi d'étonnant, si l'objectif est de « mettre à bas la philosophie bourgeoise de l’individu et toutes les formes sociales qu’elle sous tend », n'est pas loin une perspective "révolutionnaire" dans laquelle les individus ne seraient pas émancipés dans des relations "immédiates", mais conditionnés par une nouvelle idéologie collectiviste, faire rentrer les désirs de chacun dans une nouvelle norme

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Lun 6 Fév - 12:38


les neurosciences confirment la distinction entre désir et plaisir sexuels établie par la psychanalyse


Plaisir et désir sexuel : l'apport des neurosciences

Dr Catherine Feldman, e-santé.fr psychothérapeute le 12/02/2003

L'image de la sexualité a évolué et aujourd'hui, celle-ci ne peut être réduite à la seule fonction de reproduction. La nature n'a-t-elle pas pris aussi la peine de créer des organes spécifiques liés au plaisir ?


Citation :
SOMMAIRE
- Entre désir et plaisir, des mécanismes neurologiques différents
- La dopamine, hormones du désir. Les endorphines, hormones du plaisir
- Une harmonie souvent rompue entre désir et plaisir

En effet, la nature nous a doté de substances chimiques, les neuromédiateurs, circulant dans notre cerveau afin de nous permettre de ressentir désir et plaisir. Pourtant, il semble que l'autorisation de parler du plaisir et du désir, même et surtout dans l'intimité du couple, ne nous a pas toujours été donnée. Plaisir et désir sexuels sont souvent des énigmes, voire des tabous.

Entre désir et plaisir, des mécanismes neurologiques différents

Les découvertes récentes des neurosciences nous aident à mieux comprendre les différences entre le plaisir et le désir, dont les mécanismes neurologiques semblent très différents. « Sous l'effet du désir, le regard est concentré, le corps tendu, le ventre serré et l'attente presque douloureuse. Sous celui du plaisir, les muscles se relâchent, le corps s'abandonne, le regard devient flou, le temps se dilue ». Cette description est celle du Pr David Servan-Schreiber, psychiatre aux Etats-Unis . Dans un article publié dans la revue psychologie magazine, il explique : « C'est le comportement paradoxal des toxicomanes qui a mis les chercheurs sur la piste. La première dose de cocaïne ou d'héroïne procure une vague de plaisir intense. Mais cette première expérience ne se répète presque jamais. Pourtant, le désir pour la drogue continue d'augmenter avec l'usage… »

La dopamine, hormones du désir. Les endorphines, hormones du plaisir

Le Pr David Servan-Schreiber explique plus loin que la dopamine est « le transmetteur chimique du cerveau qui est le carburant de l'action : l'afflux de dopamine induit en effet un état d'activation du corps et de l'esprit qui prépare à agir ». La montée du désir serait donc provoquée par une bouffée de dopamine dont la libération procure une sensation d'énergie et de puissance qui permet alors de s'imposer aux autres et d'obtenir ces « objets du désir » que le partenaire sexuel incarne. Les endorphines sont des petites molécules, sécrétées par le cerveau et leur effet ressemble à celui de l'opium, « elles induisent calme et plénitude, un sentiment de satisfaction avec l'état des choses… d'où le désir est absent ».

Une harmonie souvent rompue entre désir et plaisir

David Servan-Schreiber émet l'hypothèse que « ce qui complique tout, c'est le bouleversement de l'équilibre entre ces deux systèmes par les stimulations artificielles. Drogue, pornographie, cigarette ou crème glacée court-circuitent en effet l'harmonie entre désir et plaisir ». Le résultat serait donc une hyperstimulation du désir alors que la possibilité d'accéder au plaisir diminue. Un « gouffre » entre plaisir et désir serait donc en train de se créer. Selon lui, l'équilibre entre désir et plaisir reste l'une des grandes clés de l'équilibre émotionnel.

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AliBlabla



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Mar 7 Fév - 19:11


Un texte néo-situ ramasse-tout (vitalisme, anti-travail, utopie romantique...), sur le blog Critique de la valeur-dissociation. Repenser une théorie critique du capitalisme...




VIVRE, OU RIEN

IL FAUT POUSSER CE QUI TOMBE

Comité érotique révolutionnaire avril 2016

Le monde, ou rien. Voilà quelques semaines que nous sommes plongés dans l’ébullition de la lutte, ses coups de folies et son euphorie. Qu’importe qu’elle triomphe de cette loi. Elle n’est qu’un déclencheur, qu’une occasion, rien de plus. Le statu quo est tout aussi immonde. Ce qui se passe un peu partout est plutôt une manifestation d’une rage diffuse, d’une colère montante, d’un dégoût qui se généralise vis-à-vis de ce monde et ses avocats qui nous martèlent sans cesse, que non, vraiment, il n’y a pas d’alternative.


Comité érotique révolutionnaire a écrit:
Lois sécuritaires, renforcement du pouvoir (et de l’armement) de la police, arrestations arbitraires et matraquage aveugle, la vieille logique du gouvernement par la peur est reprise avec un certain brio par ce gouvernement « socialiste ». Et les médias jouent parfaitement leur rôle, faisant planer une menace diffuse, pluridirectionnelle et omniprésente, implantant jour après jour la peur dans chaque conscience, avec une abnégation remarquable.

  L’État s’appuie en effet sur un arsenal législatif dit « antiterroriste » toujours plus important, toujours plus total, censé nous « protéger » de la « menace djihadiste ». Mais qui peut se faire des illusions sur l’efficacité de mesures judiciaires sur un individu déterminé à mourir pour mener son action à terme ? En tout cas ceux qui nous gouvernent ne s’en font pas. L’antiterrorisme est un voile. La constitutionnalisation de mesures d’exception comme l’État d’urgence ou le renforcement des pouvoirs de la police a un but tout autre. Il s’agit bien, en réalité, de contenir, de contrôler, de maîtriser ceux qui refusent cet état de fait et font de ce refus un principe d’action en vue de faire émerger un autre monde. Ce sont bien ceux qui ont choisi de lutter contre le travail et contre l’État, contre le capitalisme et la pauvreté des existences qu’il génère qui sont in fine visés par ces dispositifs.

  Si nous ne sommes pas organisés, si nos volontés ne se rejoignent pas toujours, ou pas au même moment, ce qui les terrifie est que la convergence se fasse soudainement, à la suite d’un évènement quelconque. Non pas la convergence des luttes comme on peut l’entendre dans les cortèges syndicaux qui n’est qu’un simple agrégat de composantes disparates et conservatrices et qui est vouée à s’effondrer avec le mouvement, mais la convergence des désirs [sic]. Du désir de vivre un monde que l’on construira, que nous construisons déjà. Que dans ces moments de lutte se tissent des liens, naissent des amours, émergent des projets communs, se créent des communautés de résistance. Que ces désirs diffus, éparpillés, divers, se rencontrent au gré d’une assemblée étudiante un peu laborieuse, d’une occupation, d’une garde-à-vue ou d’un repas partagé et que ce désir d’être ensemble, d’imaginer ensemble, de faire ensemble devienne de plus en plus pressant. Voilà ce qu’ils craignent.

*

  Nous qui désirons sans fin, nous voulons vivre pleinement, nous voulons vivre érotiquement. Nous sommes Eros, parce qu'il est comme nous pulsion de vie en même temps qu'amour, parce qu'il est comme nous révolte contre un monde de mort.

  Nous voulons être amour, vivre l’amour, faire l’amour. Nous voulons jouir d’être la vie : fêter, imaginer, créer, rêver, voir, faire, être ensemble, vivre ensemble.

  La vie est un flux, celui de se sentir soi-même, de sentir l'Autre et de sentir notre monde, s'éprouvant, s'épanouissant, s'accomplissant dans cette sensualité. Ce monde actuel, lui, pétrifie ce flux sous forme de marchandise-travail, il nous en dépossède au profit de choses mortes (marchandises, argent, capital) et d'une vie fausse, il réprime ce flux avec l'État, il manipule médiatiquement celui-ci, il est une réification, une aliénation, une mortification, une répression, une manipulation, une négation de la vie.

  Nous n'en voulons plus, de ce monde, de son travail, de ses relations, de ses destructions, de sa misère existentielle, [et de son air réchauffé par l’épouvantable odeur d’œuf pourri de la marchandise en combustion]. La vie aujourd'hui n'est rien dans ce monde de mort, demain elle sera tout -  et ce monde, mort.

  Nous voulons construire autre chose qu’une cage. Nous voulons faire autre chose que travailler. Nous voulons vivre autre chose que cette survie, cette sous-vie. Nous voulons habiter autre chose que ce taudis. Nous voulons aimer autrement que dans l’industrie pornographique. Nous voulons nous imaginer autrement qu’au travers de l’idéologie. Nous voulons être ensemble plutôt qu'être en guerre. Nous voulons créer autre chose que cette destruction. Nous voulons rêver d'autre chose que de ce cauchemar. Nous voulons échanger autre chose que de l’argent et des marchandises. Nous voulons faire croître autre chose que l’économie. Nous voulons faire société autrement qu'au travers du capitalisme. Nous voulons autre chose que ce monde, c'est-à-dire que de ce monde, d'aucune chose, nous voulons.

*

  L’économie c’est la guerre, la guerre de tous contre tous. Dès tout petit, on nous pousse à suivre nos propres intérêts, dans le cadre posé par la société de marché, on nous fait croire que l’égoïsme est une catégorie ontologique, que la « nature humaine » est ainsi et que pour ne pas perdre il faut donc gagner. Dominer, écraser, maximiser, voilà les maîtres mots de l’entrepreneur de soi, de l’individu d’aujourd’hui qui veut survivre dans cette jungle concurrentielle. À travers le capitalisme, véritable société de l’économie, nos subjectivités se formatent dans un devenir-marchandise de la vie. Le capitalisme façonne des subjectivités à son image et selon sa logique : prédatrices, impitoyables, séparées-isolées l’une de l’autre, égoïstes, machiniques, calculatrices. Même si notre subjectivité vivante résiste tendanciellement à ce formatage, il n’en reste pas moins que notre subjectivité est un champ de bataille – et son résultat – entre une rationalité capitaliste et notre pulsion de vie. Pour que celle-ci triomphe, et elle est une condition préalable à une société vivante-émancipée, sachons que c’est uniquement dans une révolte de la vie qu’une telle subjectivité peut advenir. Les révoltes de la vie ont transformé, transforment, transformeront nos subjectivités, avant même que dans une société nouvelle, de nouvelles vies émergent de nouvelles subjectivités.

*

  Notre vie ne tolère d’autre limite que celle de sa perpétuation comme Jouir personnel et collectif, c’est-à-dire qu’il ne peut y avoir de limite au Jouir de nos vies que celle où notre pulsion de vie se transforme en pulsion de mort, et où notre Jouir se renverse en Souffrir. La vie n’est pas une débauche, une barbarie, une folie ; c’est au contraire un équilibre entre une vie sur-réprimée, donc mortifiée, et une vie déchaînée, donc (auto)destructrice. La société dans laquelle nous vivons, au contraire, est une barbarie au sens où elle nous sur-réprime d’un côté tandis qu’elle nous pousse de l’autre à un déchaînement destructeur de soi et des Autres. Or notre société est justement une immense accumulation de surrépressions, souvent présentées de manière mensongère comme « naturelles » (travail), voire comme des « libérations » (guerre sportive, pornographie, Spectacle médiatique). La révolte de la vie, sans mortification ni pulsion de mort, est donc une révolte de l’énergie érotique, de la pulsion de vie, trop longtemps sur-réprimée, contre cette sur-répression, et sans devenir pulsion de mort.

***

Ne travaillez jamais

  L’aggravement continuel de la crise structurelle du capitalisme (en plus de sa financiarisation et sa gestion en faveur des actionnaires et du patronat), entraîne depuis plus de 40 ans une intensification et une précarisation continue du travail, avec d’un côté une masse croissante de chômeurs brisés par une société du travail sans travail, et de l’autre une organisation néocapitaliste du travail continuellement restructurée, exerçant une pression énorme sur ses salariés (jusqu’au harcèlement), organisant une guerre de tous contre tous au sein même de l’entreprise, et démultipliant ainsi isolement, haines, humiliations, stress, déformations physiques, accidents de travail, licenciements brutaux, dépression, burn-out, suicides. Le travail est d’ores et déjà une souffrance intolérable – mais ne l’est-il pas structurellement ? Nous souffrons de devoir quotidiennement nous vendre comme marchandise pour survivre, ou d’être dépréciés de ne pas être un esclave « rentable » du capitalisme. Nous souffrons de devoir obéir à des impératifs absurdes, avilissants, destructeurs. Nous souffrons de devoir exécuter ces impératifs dans des conditions éprouvantes, voire dangereuses. Nous souffrons de cette activité indifférenciée, absurde, destructrice. Nous souffrons d’être réduits à des robots, des machines, des esclaves. Nous souffrons d’être humiliés faute d’être des esclaves suffisamment « performants ». Nous souffrons de rentrer vidés, de ne pas pouvoir vivre. Nous souffrons d’être en guerre de tous contre tous avec nos semblables, d’être objet d’une haine envieuse ou d’envier haineusement quelqu’un d’autre. Nous souffrons d’être menacés d’élimination économique chaque seconde. Nous souffrons d’être dans une précarité permanente. Nous souffrons d’être traités de « capital humain », de « mauvaise graisse », de « facteur humain », de « bras cassés », d’ « assistés », de « fainéants ». Nous souffrons d’être des soldats d’une guerre économique permanente, sacrifiés sur l’autel de la compétitivité, de la productivité et de la croissance, bref du capitalisme. Nous souffrons de souffrir seul, de devoir nous cacher notre souffrance, de nous mentir, de ne pas pouvoir parler de notre souffrance, de devoir cacher celle-ci aux autres. Nous souffrons qu’on nous mente, et qu’on se propose d’approfondir encore notre souffrance et notre servitude avec cette nouvelle réforme du travail. Nous souffrons de travailler, il n’y a pas de « souffrance au travail », travailler au sein du capitalisme c’est souffrir, il n’y a pas « le travail et ses souffrances », le travail, c’est souffrance. Cette loi n’est donc qu’un ultime approfondissement du travail comme souffrance et comme servitude.

*

  Ne travaillez jamais signifie : ne vendez jamais votre vie, votre temps, votre activité, votre faire, comme marchandise, comme marchandise produisant d'autres marchandises et de l'argent, comme marchandise produisant un monde de mort.

  Le travail est en effet, de par son essence même, l'activité non-libre, inhumaine, asociale. Le travail, c'est une dépossession de sa vie au profit d'une fonction machinique de production de marchandises et de valeur, c'est une vente de soi, de son existence, de son temps de vie, de son activité, de son faire, comme marchandise. C'est un esclavage libre, libre au sens où on l’on peut refuser de travailler contrairement aux esclaves, mais comme on a été dépossédé de toute possibilité d'existence en-dehors du Marché, pour survivre, on doit travailler. Comme des esclaves, nous avons une compensation, eux en nature, nous en argent. Comme des esclaves, on nous envoie des forces de répression lorsqu'on se révolte. Qu'on vende des heures d'activité ou notre production soi-disant "autonome", qu'on soit salarié.e ou ubérisé.e, nous sommes réduits à des marchandises productrices de marchandises (qu'importe quelles marchandises, qu'importe comment, tant qu'elles rapportent). Notre labeur n'est pas une réponse qualitative à nos besoins particuliers (y compris collectifs), mais une production machinique de marchandises et d'argent, ou (auparavant) une acquisition machinique de savoirs formatés que l’on soit lycéen.ne ou étudiant.e. Avec ou sans proxénète, nous sommes tous des prostitué.e.s, nous vendons notre cerveau, nos muscles, notre sexe, qu'importe. Nous sommes des robots (travailleurs, en tchèque), des individus réduits à des machines productrices. Nous sommes soumis au capitalisme, ce Moloch insatiable, ce train aveugle et [hors de contrôle] écrasant tout sur son passage. La pulsion de vie doit se défaire du travail, du capitalisme et de l'État, c'est d'une abolition et non d'une réforme qu'il s'agit.

  Nous n'avons pas peur de cette société de travail sans travail, c'est cette société de travail sans travail qui a peur de nous.

*

  Nous n’avons de toute façon pas d’autre choix que d’en finir avec le capitalisme et son travail, en raison même de la dynamique du capitalisme en crise. Chaque entreprise doit, en raison d’une saturation tendancielle des marchés et d’une compétition généralisée pour vendre ses marchandises, réduire ses coûts, donc substituer du « travail vivant » (des travailleurs) par des machines-robots. Cette élimination de « travail vivant » fait qu’il y a, par conséquent, une baisse tendancielle de la demande (hors-crédit) puisque ceux qui ne travaillent plus ont moins de revenus (comme ceux qui restent d’ailleurs). Depuis 40 ans de troisième révolution industrielle, avec l’introduction de l’informatique, de l’automatisation et de la robotique dans le processus productif, cette substitution structurelle et tendancielle du « travail vivant » (des travailleurs) par des machines-robots a pris une nouvelle dimension. La possibilité d’une substitution complète de certains pans du « travail vivant » par des machines-robots (caisses automatiques, robots-ouvriers, chaînes de montage entièrement automatisées...) provoque ainsi l’explosion du chômage technologique. Et ce chômage technologique, alimentant une baisse de demande solvable, donc une baisse tendancielle de la consommation, entraîne une saturation d’autant plus rapide des marchés, des crises de surproduction toujours plus fréquentes donc de nouvelles substitutions de « travail vivant » par des machines/robots, entraînant une nouvelle baisse de demande solvable, une nouvelle phase de crise, etc., et cela ad nauseam. La dynamique du capitalisme conduit donc à une éviction progressive du « travail vivant » du procès capitaliste : 10-15% de chômage aujourd’hui, plus de 47% en 2030 selon certaines projections. Et cette augmentation structurelle du « chômage technologique » s’effectue en parallèle, comme on le voit depuis plus de 50 ans, d’une intensification et d’une précarisation du « travail vivant » restant. Le devenir structurel du capitalisme, c’est donc une multiplication des phases de crise, une augmentation progressive du chômage technologique et une intensification-précarisation du travail restant, jusqu’au chômage quasi-total, l’esclavage des derniers travailleurs et l’effondrement du capitalisme.

  L’économie ne veut plus de nous, nous ne voulons plus d’elle. L’économie veut se débarrasser de nous, débarrassons-nous d’elle. [Mort à l’économie !]

***

La vie libérée

  Le mouvement actuel d’opposition au projet de loi-travail a réveillé nos vies et nos rêves au nom d’un mauvais rêve de certains, il faut maintenant qu’elle s’attaque au cauchemar réalisé du travail et de sa crise. Il ne s’agit plus de lutter défensivement contre une loi en attendant qu’une prochaine phase de crise nous l’impose au nom du « réalisme économique », il faut combattre offensivement cette réalité économique de crise et en crise. Il ne faut plus mendier l’ajournement de l’inévitable au sein du capitalisme en crise, mais abolir celui-ci aujourd’hui. Le réformisme « progressiste » est mort, il n’y a plus qu’un sous-réformisme de cogestion de crise, seule une optique résolument révolutionnaire est désormais réaliste.

  Nous savons toutes et tous que nos « mouvements sont faits pour mourir », et ce n’est pas grave. Si c’est en général un projet de loi rétrograde ou un évènement particulier comme une immolation ou une « bavure » policière qui vont servir de déclencheur à un mouvement de protestation et créer des communautés d’acteurs près à se battre contre un objet commun, le mouvement dépasse toujours son objet et c’est ce dépassement qu’il nous faut chercher.

  Nous nous intéressons peu à la massification, les pétitions sont signées puis oubliées, les cortèges défilent et rentrent chez eux, les vitrines sont brisées puis réparées, les murs tagués puis nettoyés. Si la manifestation peut faire infléchir, si les grèves peuvent faire peur, si les émeutes peuvent être salutaires il nous faut nous saisir de ces moments particuliers que sont les situations insurrectionnelles pour nous rencontrer, nous constituer en communautés, en communautés de lutte, en communautés d’ami.e.s. Il nous faut créer. Il nous faut nous créer.

  Un mouvement ouvre une brèche, crée une coupure temporelle, une rupture dans le déroulement linéaire de nos vies. Ces moments de « pause » nous conduisent à reconsidérer nos vies, à les saisir telles qu’elles sont et à les imaginer telles qu’on voudrait qu’elles soient. Ces brèches sont souvent l’occasion de rencontres, de densification des liens, de création de relations qui dépassent le seul intérêt stratégique. C’est sur la durabilité et la qualité de ces relations qu’il nous faut nous appuyer maintenant pour qu’émergent des communes, partout, tout le temps. Plus que des simples communautés de lutte ou de résistance qui, par définition n’existent que le temps de la lutte, bâtissons de véritables foyers d’insoumission, des points de fixation des colères et des désirs. Saisissons-nous d’appartements, de friches, de bocages, saisissons-nous d’entrepôts, d’universités, de châteaux, transformons des sols bétonnés en jardins d’approvisionnement des luttes. Etablissons-nous sur les territoires et habitons-les et vivons-y le monde que l’on veut vivre.

*

  Omnia sunt communia. Nous formerons ensemble des communes, comme celle de Paris de 1871, d'Aragon de 1936 et de Notre-Dame-des-Landes, des communes associées entre elles, des communes où nous ferons ensemble ce que nous voulons et personnellement ce que nous voulons, des communes où il y aura de commun ce qui aura été décidé comme tel et ce qu'il y aura de personnel aura été décidé comme tel, des communes où nous pourrons faire autre chose de nos vies que nous vendre comme marchandise, produire des marchandises et consommer des marchandises. Les habitant.e.s des communes plutôt "communisantes" feront ensemble ce qu'ils auront librement choisi de faire - en accord avec les possibilités du monde-de-la-vie -, et partagerons en fonction des besoins de leurs membres leurs activités comme leurs produits (avec, en cas d’abondance insuffisante, une auto-régulation collective). Les communes plutôt "personnalisantes" seront peuplées de personnes faisant séparément ce qu'ils ont envie-besoin de faire, et partageront après coup sous forme d'une chaîne de dons libres. Désormais, dans l’une comme dans l’autre, nul ne sera obligé de vendre son cerveau, ses muscles ou son sexe. Les communes formeront entre elles une chaîne de dons, permettant une satisfaction de l’ensemble de leurs besoins tout en entretenant des relations d'amitié.

*

  La vie s'épanouira dans une vita contemplativa, mais aussi dans une vita activa, où, au lieu de s'asservir au travail et au capitalisme, nous cultiverons des légumes et des fruits, nous construirons des maisons, tracerons des chemins, écrirons des histoires et des chansons, nous ferons ce qu'il nous plaira en même temps que ce qu'il nous faudra dans l'optique d'une poursuite de notre vie s'épanouissant, et non ce qu'une "demande" abstraite de marchandises exige. De nouvelles subjectivités émergeront de ces nouvelles vies, épanouies dans une diversité non-finie du faire.

  Il n'y aura plus de gens seulement artistes au détriment de l'épanouissement artistique des autres et de leur propre épanouissement dans d’autres domaines, mais des gens qui, entre autres choses, feront de l'art. Nous ne voulons pas simplement rendre l’art commun à tous mais intégrer l’art à notre faire, à nos vies. Il n'y aura plus de sphère séparée du travail, mais une vie mêlant vita activa et vita contemplativa. Le temps sera celui de notre vie et de ses activités, non celui des montres et du travail. Il n'y aura pas de comptabilité, de mesure, de pointage, de productivité, de rendement, d'évaluation individuelle des performances.

  Nous ré-apprendrons des savoirs-faire dont nous avons été dépossédés (et ce, à chaque génération, avec l'école comme enseignement de l'ignorance), nous saurons tout faire nous-mêmes (collectivement), après des siècles de prolétarisation réduisant l’activité productive à un nombre limités de gestes répétés ad nauseam.

*

  Les communes formeront leurs propres "institutions", lesquelles seront "instituées" selon notre volonté collective et "désinstituées" lorsqu'elles ne nous conviendront plus. Les habitants des communes décideront collectivement, en assemblée, ce qu'il faut faire s'agissant des affaires de tous. Et s'il y a des décisions qu'il faut prendre au niveau d'une fédération (plus ou moins grande) de communes, c'est du bas que devra venir toute décision finale. Les communes aboliront donc immédiatement l'État, ce frère jumeau du capitalisme, cette structure de domination bureaucratico-militaro-policière, ce système d'extorsion. Il ne s’agit pas de réhabiliter la politique comme sphère séparée du reste de la société, puisque l’auto-organisation et l’auto-détermination sont le contraire même de l’État et de la politique. Il s’agit plutôt de redonner au politique sa temporalité originaire, celle de la quotidienneté.

*

  Il est évident que nos communes devront être au-delà des "genres" et des "races" constituées capitalistiquement. Les communes seront, ainsi, sans masculinité viriliste, celle du sujet capitaliste, insensible, impitoyable, suprémaciste, et sans féminité soumise, subordonnée, dissociée. Elles seront, de même, sans sujet "colonial", raciste, dominateur, exploiteur, et sans sujet "indigène", racisé, dominé, exploité. Les communes abolissent d’une seule traite prolétaires et capitalistes, sujet masculins et sujets féminins, (post)coloniaux et indigènes, loin de se contenter de l’affirmation du pôle dominé, lequel fut constitué au moment de l’émergence du capitalisme comme système d’exploitation, patriarcal et colonial.

*

  Le monde, oui, mais pas ce monde de mort. Au niveau des infrastructures, nous détournerons ce qui est détournable pour en faire ce que nous aurons décidé d'en faire, nous détruirons ce qui n'est pas détournable (gigantesques usines, systèmes aéroportuaires et autres infrastructures de mort) dans une logique non-capitaliste (puisqu'une infrastructure résulte d'une logique matérielle découlant elle-même d'une logique sociale - et lorsque cette logique sociale est capitaliste, il en résulte une logique matérielle et donc une infrastructure intrinsèquement capitaliste). Au niveau des techniques, nous détournerons des techniques détournables, nous "détruirons" des techniques indétournables (bombes nucléaires, centrales nucléaires, etc.), nous re-découvrirons des techniques et des savoirs-faire, nous développerons des techniques et des savoirs-faire développés aux marges du capitalisme (permaculture), nous inventerons des techniques nouvelles découlant d'une forme de vie et de société nouvelles. Nous établirons un équilibre entre de gigantesques villes invivables, bétonnées et polluées, et des déserts ruraux, en transformant celles-ci en communes urbaines de taille humaine sans rupture avec une "campagne" environnante, et celles-là en communes "rurales" de centaines ou de milliers d'habitants. Il en résultera un univers matériel de techniques et d'infrastructures conviviales, autonomisantes, non-destructrices, et de communes de taille humaine. On ne s'en remettra donc pas à des méga-usines automatisées, où ce qu'on avait voulu abolir (travail, hiérarchie, spécialisation des activités, pollutions) se reconstituera.

***

  Il est temps d’en finir avec le travail, avec l’économie, avec l’État, avant qu’ils en finissent avec nous. Ce sera notre monde, ou rien. Ce ne sera pas ce monde de mort, mais la mort de ce monde. Crevons cette société morbide, moderne, capitaliste, colonialiste-raciste, patriarcale, étatiste, hétéronome, hiérarchique, totalitaire. Créons une société vivante, nouvelle, non-marchande, égalitaire, libertaire, autonome, horizontale, plurielle. Créons une vie de désir, cette vie que nous désirons, que nous décidons. Créons des espaces-temps d’intersubjectivité, d’auto-organisation, d’insoumission.

  Soyons résolus à ne pas mourir, et nous voilà vivre. L’histoire ne se fera pas sans nous, une fois encore. Ce sera notre histoire, cette fois.


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Florage



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 10 Fév - 4:59


Le secteur du sexe : une véritable industrie

L'équipe Dynamique Entrepreneuriale 06/02/17

Entreprendre dans le secteur du sexe est aujourd’hui encore considéré comme tabou. Pourtant, nombreux sont ceux à avoir réussi dans ce domaine. Souvenez-vous, avant de fonder Free, Xavier Niel a bâti sa fortune en se lançant dans une entreprise de services pornographiques…


Citation :
Un chiffre d’affaires global estimé à 50 milliards d’euros !

Beaucoup trop d’entrepreneurs n’osent pas ou n’envisagent pas la possibilité de se lancer dans le secteur du sexe. Ce dernier est souvent mal perçu ou sujet aux tabous. Pourtant, le potentiel du marché est bien réel. Quand l’on sait qu’au total, le chiffre d’affaires de l’industrie du sexe est proche des 50 milliards d’euros par an, on aurait tort de ne pas s’y intéresser (bien entendu, pour y faire du business)… Rien que pour le marché mondial des sex toys, il faut compter à peu près 22 milliards de dollars. Les hommes achèteraient d’ailleurs deux fois plus de sex toys que les femmes, selon une étude de PriceMinister, ce qui ne restreint pas le marché, au contraire. Aux états-Unis, le monde de la pornographie rapporterait au moins 10 milliards par an. Et près de 90 % de la production pornographique mondiale serait concentrée au sein de ce pays.

Focus sur le terme « industrie » du sexe.

Pour entreprendre dans ce secteur, à condition d’avoir un business model qui tient la route, vous devez garder à l’esprit que le terme « industrie » désigne davantage l’ampleur du marché qu’une industrie à proprement parler. Le secteur du sexe regroupe à la fois des personnes qui travaillent individuellement, des petits établissements et des multinationales, dont certaines cotées en bourse. Sachez d’ailleurs que le marché n’est pas uniquement porté par des boîtes de production coquines. 14 % du chiffre d’affaires de Canal + proviendrait de ses « émissions du soir ». Alors sortez des idées reçues !

Le marché du sexe en France, c’est quoi ?

En France, le marché du charme recouvre près de 200 millions d’euros chaque année. Globalement, hormis la prostitution, l’industrie du sexe se compose de diverses activités telles que la production pornographique, la commercialisation de produits pour adultes vendus dans des sex shops ou sur internet, ainsi que des établissements proposant notamment des services de striptease ou d’échangisme hétérosexuels ou homosexuels. Côté salaires, chaque scène tournée dans un film X français affiche une fourchette allant de 700 à 2 500 euros (les tarifs étant bien sûr plus élevés aux états-Unis). De tels salaires émanent en partie de la forte rentabilité de l’industrie des films pornographiques. Pour l’anecdote, Montpelier serait la ville où l’on y achète le plus d’objets coquins. Reste à savoir si la chaleur du Sud y est pour quelque chose…

Les services de sexe en ligne, plus que lucratifs.

Très sollicité, le secteur du sexe en ligne compte en moyenne 28 258 visiteurs de sites pornographiques par seconde dans le monde. Parmi ces internautes, une personne sur trois serait une femme. Qu’il s’agisse de Youporn, Pornovore, Pornhub, ou encore Marc Dorcel, qui proposent des services de visionnage de vidéos pornographiques, ces entreprises connaissent un trafic dense. Pour vous faire une idée, 35 % du contenu téléchargé en ligne est du « X » (vidéos ou photos pornographiques). Les sites pornographiques détiennent par ailleurs plus de trafic qu’Amazon, Netflix et Twitter réunis, et près de 25 % des mots-clés rentrés dans les moteurs de recherche ont un caractère sexuel. Pour le classement des sites les plus visités, tous secteurs confondus, Facebook reste numéro un avec 1 660 000 recherches en seulement un mois, suivi de Pornhub et YouPorn avec un million de recherches chacun. On retrouve ensuite RedTube avec 860 000 recherches, puis le célèbre YouTube avec 100 000 recherches de moins que le précédent.

Des limites à ne pas franchir pour que votre business reste légal.

Se lancer dans le secteur du sexe peut se révéler une bonne chose en termes de rentabilité, mais attention à ne pas tomber dans le proxénétisme, pratique interdite et sanctionnée par la loi de l’état français. Pour rappel, cette notion traduit l’intention de profiter de la prostitution d’autrui, de quelque façon que ce soit. Elle constitue une infraction, et peu importe que vous ayez obtenu le consentement de la personne prostituée. C’est le cas si vous incitez par exemple, dans le cadre d’une structure qui recrute des danseuses/stripteaseuses, ces personnes à se livrer à de la prostitution. Il peut aussi être question de bars à hôtesses, ou encore de salons de massage…

Le business des câlins sans sexe : un nouveau type de pratiques.

Fraîchement débarqué des états-Unis, le business des câlins sans sexe tend à se développer. Prodiguées au sein de salons privés, il s’agit en réalité de simples séances de câlins sans relation sexuelle. En d’autres termes, une alternative à la prostitution. L’idée est de proposer aux clients un service où ils peuvent, avec une autre personne, se blottir dans les bras l’un de l’autre, en gardant leurs vêtements et sans que cela n’aille plus loin. Pour un dollar la minute, ce service permet aux personnes stressées ou se trouvant en situation de solitude, de profiter de moments de tendresse. Des gestes de réflexologie sont également prodigués afin de les détendre davantage. Un exemple à suivre ? Pourquoi pas, du moment que l’on ne profite pas de la situation pour détourner le concept et rentrer dans des pratiques purement sexuelles et illégales.

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Florage



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 10 Fév - 14:39


« Jouir sans entraves » ?

Le libéralisme gouverne-t-il notre sexualité ?

Elle 25 septembre 2008

Et si le libéralisme nous avait amenés à ne considérer l’autre que comme un objet plus ou moins utile à notre jouissance ? C’est la thèse défendue par la journaliste Elisabeth Weissman, au contraire de Catherine Millet. Débat ! Par Patrick Williams


Citation :
JOUISSANCE À TOUT PRIX...

Le capitalisme ne provoque pas seulement des crises financières terribles. Il ne nous entraîne pas uniquement dans une course au profit toujours plus stressante. Il « a fait main basse sur notre sexualité » et détruit notre capacité à aimer. C’est la thèse choc du dernier livre d’Elisabeth Weissman, « La Nouvelle Guerre du sexe ». Cette journaliste et essayiste, spécialiste des questions sexuelles, est en colère. Selon elle, dans nos rapports amoureux, « nous sommes obsédés par la performance, la rentabilité, l’optimisation des résultats, autant de notions qui viennent directement de l’économie de marché ».

NOTRE CAPACITÉ À AIMER MENACÉE ?

  Sex-toys, sites de rencontres, magazines, pornographie, Internet : « Partout, on nous vend de l’excitation, de l’aide-à-jouir, du comment-jouir, du pousse-à-jouir ! On nous formate en faisant du sexe un produit récréatif comme les autres, en lui retirant son caractère d’exception. » Ainsi, les sites de rencontres nous transformeraient en consommateurs de sexe qui, tels les clients d’un supermarché, cherchent le produit le plus parfait : quand nous ne sommes pas satisfaits d’un partenaire, nous le jetons au panier et passons à un autre, « sans donner sa chance à la rencontre ».

Quant à la mode des sex-toys, sous son allure glamour et fun, elle ferait rien de moins que la promotion de la masturbation, c’est-à-dire « un plaisir égoïste, où l’on cherche à “optimiser” sa jouissance, exactement comme le cadre qui prend un coach pour être au top de ses capacités... » Dans cette sexualité utilitariste, seul compte le rendement maximal. L’autre est nié : il n’est plus qu’un simple objet destiné à nous aider à prendre notre plaisir. Et Elisabeth Weissman d’ajouter : « De même qu’en affaires on “nique” un concurrent, en amour on “nique” son partenaire... » Pour l’auteure, cette situation est grave : car ce qui est menacé, ce n’est pas seulement notre sexualité, mais notre capacité à aimer. Rien n’est plus urgent, d’après elle, que de réapprendre la complexité bouleversante des sentiments.

OUBLIÉ LE DÉSIR ?

  Pourtant Elisabeth Weissman n’a rien d’un bas-bleu. Cette féministe convaincue a participé « émerveillée » à la libération sexuelle de 1968. Mais elle rejoint un courant de pensée important aujourd’hui, qui va des psychanalystes Charles Melman ou Jean-Pierre Lebrun au philosophe Dany-Robert Dufour, et qui pointe les dérives de notre modernité.

Pour eux, nous sommes obsédés par la jouissance et nous avons oublié le désir. La différence entre les deux ? La jouissance est la simple satisfaction de nos organes sexuels, alors que le désir est cette chose mystérieuse qui se passe lorsqu’on rencontre un autre, cette attirance inexplicable, qui, par définition, prend les formes les plus diverses : relation chaste, sexualité frénétique, flirt sans conséquence, randonnée en montagne...

UNE VISION CAUCHEMARDESQUE

  On est bien loin du sexe formaté que chercherait à nous imposer le marché, qui voudrait que nous soyons tous des porn stars ou des Catherine Millet. Et qui crée ainsi de la culpabilité chez tous ceux qui n’arrivent pas à atteindre ce nirvana. Comme l’explique Dany-Robert Dufour : « Le problème est que, aujourd’hui, amour et sexualité sont totalement disjoints. D’ailleurs, les Américains distinguent soigneusement “to have sex” et “to love”. “To have sex” est compatible avec le principe libéral puisqu’il met en avant l’égoïsme des individus en recherche de leur jouissance. “To love” l’est beaucoup moins puisqu’il implique encore un vieux rapport altruiste où il faut être au moins deux. »

Bref, le libéralisme tue l’amour et nous condamne à être des individus solitaires, autocentrés, avides mais toujours frustrés. Pas bien brillant...

UNE RÉALITÉ PLUS PROSAÏQUE

  Cette vision cauchemardesque, de nombreux spécialistes ne la partagent pas. Sylvain Mimoun, gynécologue et psychosomaticien, explique : « S’agissant des sex-toys, je ne serai pas aussi sévère qu’Elisabeth Weissman. Ceux-ci peuvent débloquer certaines femmes, leur permettre de connaître le plaisir. Ainsi elles sont moins angoissées face à la relation sexuelle et peuvent s’occuper de l’aspect affectif de leur couple. »

Surtout, ajoute-t-il, il ne faut pas confondre le discours très libre qu’on entend sur la sexualité et la réalité, beaucoup plus prosaïque. « Dans la dernière enquête sur la sexualité des Français, note Sylvain Mimoun, 74 % des femmes interrogées pensaient que les autres femmes avaient des pratiques très libérées. Mais elles avouaient, pour leur part, que leur quotidien était on ne peut plus classique ! »

LA SOCIÉTÉ MARCHANDE INFLUENCÉE PAR LA LIBIDO ?

  C’est l’avis de Catherine Millet, grande scandaleuse des lettres françaises depuis la parution de son best-seller « La Vie sexuelle de Catherine M. ». « Je ne pense pas que la logique du marché ait contaminé la logique sexuelle. C’est trop simple comme raisonnement. Après tout, Casanova ne vivait pas dans une société libérale ! Avoir un grand appétit sexuel, voire une frénésie, a existé bien avant le capitalisme. »

Fine mouche, elle a même une façon bien à elle de retourner le problème : « Est-ce que ce n’est pas la libido qui influence la société marchande plutôt que le contraire ? Une pulsion d’achat, après tout, c’est l’expression d’une pulsion libidinale... » Mais son témoignage est surtout intéressant quand elle répond à l’accusation d’Elisabeth Weissman selon laquelle une sexualité obsédée par la jouissance entraîne une « déshumanisation », un déni de l’autre.

« Il y a quand même une différence entre la pratique sexuelle et la pratique sociale ! On peut être à la recherche de la jouissance pure, faire de son corps et du corps de l’autre de simples objets, comme je l’ai expérimenté, tout en étant, dans sa vie conjugale, dans sa vie quotidienne, plein de respect pour l’autre. Cela n’a rien à voir. »

Bref, ce n’est pas parce que vous allez dans les boîtes échangistes, avec leur sexualité un peu froide et mécanique, que vous êtes pour autant un adepte, en économie, du libre-échangisme, qui traite les salariés comme des mouchoirs et les jette à la poubelle quand ils ne sont plus assez rentables.

L'AMOUR, TOUJOURS L'AMOUR...

  « Certes, le libéralisme a influencé nos comportements et a bouleversé nos codes de séduction, nuance la psychanalyste Sophie Cadalen. D’où un certain nombre de dérives. » Selon elle, nous ne cessons de créer des innovations techniques, qui, comme le prouvent les sites de rencontres, changent nos manières de nous rencontrer, de communiquer, et donc d’aborder le sexe. Mais, en même temps, cela n’altère en rien notre moi profond.

« Je travaille depuis peu avec Meetic, explique-t-elle, et je vois que ce sont toujours les mêmes symptômes, les mêmes fantasmes qui se rejouent chez les internautes. Il y a ceux qui pensent que l’herbe sera plus verte ailleurs, ceux qui rêvent du prince charmant, ceux qui ont une hypersexualité... Internet, les sex-toys et tous les nouveaux jeux de séduction ne modifient pas ce qu’on est intérieurement. Cela ne nous a pas rendus moins romantiques ou moins fleur bleue. L’amour reste au coeur de nos préoccupations. »

  Si les avis divergent, il reste une chose devant laquelle tout le monde s’incline : l’amour. Comme le dit Elisabeth Weissman : « Et si le sexuellement incorrect, aujourd’hui, ce n’était pas tout bonnement de revendiquer une relation où l’autre ait toute sa part ? L’amour comme lieu de résistance ? » Quand on voit que cette grande libertine de Catherine Millet fait scandale en cette rentrée avec un livre sur... la jalousie, on ne peut en douter !

LA RÉVOLUTION PORNOCRATIQUE

  Notre sexualité est-elle formatée dès l’adolescence ? Il semblerait que oui, à voir l’influence de la pornographie sur les jeunes. Comme l’explique Elisabeth Weissman, nombre de garçons, dès leurs premiers rapports, demandent à leurs amies de pratiquer la sodomie « comme ils l’ont vu faire dans les films X ». Et celles-ci culpabilisent quand elles ne trouvent que peu de goût à cette pratique.

De même, de plus en plus de garçons expriment leur honte de ne pas arriver à « tenir une érection » aussi longuement que celle des étalons du porno. Avec ses corps parfaits et ses jouissances extatiques, le X est un « paradis artificiel » qui agit comme une drogue. Et pas seulement sur les ados. Elisabeth Weissman cite le témoignage d’une femme : « Mon mec est tellement gavé de films pornos qu’il met des heures à jouir. Plus rien ne le bouleverse ! »

Un phénomène qui doit toucher un certain nombre d’adultes quand on voit les chiffres de l’industrie du sexe : 12 % des sites mondiaux sont pornographiques et 25 % des recherches sur Internet sont liées à la pornographie ! Un bon exemple de « l’emprise de l’économie libérale sur notre sexualité ».



Au fond, le capitalisme n'a-t-il pas réalisé le slogan de 68 ? Et fait découvrir sa limite intrinsèque : non, on ne jouit pas sans entraves, tout simplement parce sans empêchement la jouissance n'en est plus une, elle tue le désir. C'est une confusion entre fantasmes, quels qu'ils soient, et passage à l'acte. Au fond il n'y a pas de ce point de vue de différence entre certaines pratiques sexuelles et le meurtre, puisque l'autre est nié ou seulement utilisé comme objet de masturbation réciproque

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Florage



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Dim 12 Fév - 14:50


On n'arrête pas le progrès ! Vidéo.



Citation :
Les Japonaises en raffolent : des applications de simulations amoureuses sur smartphone permettent désormais de flirter avec des hommes virtuels. Ces jeux, destinés aux filles, qui représentent un marché annuel d'environ 125 millions d'euros selon l'institut Yano, ont pris un essor depuis 5-6 ans avec le smartphone.

Quelque 80% des fans, dont une proportion croissante de femmes mariées, y jouent après le travail, avant de dormir, selon une enquête de Cybird.


ELLES SONT DINGUES DES HOMMES VITUELS

AFP / Le Matin (Suisse) 10 février

Des jeux où l’on flirte avec des hommes, qui ne sont pourtant qu’une silhouette sur un écran de smartphone, cartonnent auprès des Japonaises.


Citation :
« C’est très prenant, on succombe.» Miho Takeshita est une fan des simulations d’amour pour jeunes filles. «Cela paraît simple, mais y jouer exige une certaine pratique, il y a vraiment un cheminement dramatique bien pensé», assure cette trentenaire, éditrice de mangas, selon qui «même si les personnages des jeux paraissent totalement irréels, on finit par éprouver des sentiments à leur égard».

C’est le but. «L’histoire est primordiale, de même que les protagonistes bien sûr, et les rebondissements», insiste Natsuko Asaki, productrice de ce type de jeux chez Cybird, société connue pour sa série «ikemen» (beaux gosses), qui cumule 15 millions de téléchargements. Du point de vue des adeptes comme des créatrices (car ce sont des filles qui conçoivent pour elles-mêmes ces hommes idéaux), ce n’est pas tant un jeu reposant sur des algorithmes, somme toute basiques, qu’une «histoire d’amour» qui suit un scénario à choix multiple où les héros virtuels évoluent en fonction des décisions de la joueuse.

Coloration sexuelle

Si Miho n’a pas perdu le fil de la réalité et a convolé en justes noces, elle admet que ces simulations offrent un ami disponible à tout moment, ce qui n’est pas nécessairement le cas d’un époux.

Quelque 80% des fans de ces simulations, dont une proportion croissante de femmes mariées, y jouent après le travail, avant de dormir, selon une enquête de Cybird. Les jeux destinés aux filles, un marché annuel d’environ 125 millions d’euros (133,5 millions de francs) selon l’institut Yano, ont pris un essor depuis cinq ou six ans avec le smartphone. Ils privilégient certes la rêverie, mais «ils ont aussi une coloration sexuelle, qui s’exprime cependant moins crûment que dans les simulations pour garçons», confie Mme Asaki. Les interdits sont ailleurs: «C’est une histoire d’amour idéale, donc il n’y a pas de fille rivale et pas de fin triste non plus.»

Selon l’essayiste Ai Aizawa, spécialiste des relations conjugales pour le site d’informations pratiques All About, «il n’est pas bien vu pour une Japonaise de faire les premiers pas auprès d’un homme, nouer une relation est jugé bien fastidieux», et celles qui ont déjà trouvé l’âme sœur «ne sont souvent pas pleinement satisfaites». «Elles utilisent comme exutoire ces simulations dénuées de trahison, où l’amour idéal et l’amoureux parfait nourrissent les illusions», précise Mme Aizawa. Ce d’autant plus qu’il existe des prolongements dans la vraie vie, comme l’élection de l’«ikemen» le plus populaire ou la diversification en pièce de théâtre.

Par ailleurs, des applications pour smartphone comme «Tokimeki kareshi» (Le copain des grands émois) ou «Sumakare» (Le copain du smartphone) imitent la communication via des échanges écrits avec le faux petit ami, à la façon d’une messagerie instantanée comme Line. L’illusion est d’autant plus possible ici que, même s’il s’agissait d’un vrai chéri, l’écran ne se présenterait pas autrement. Le risque? «Devenir accro», confie une joueuse célibataire de près de 30 ans, qui a souhaité rester anonyme. «On culpabilise envers le copain virtuel si on ne joue pas régulièrement, c’est dangereux pour des adolescentes encore immatures», juge- t-elle.

L’existence croissante de contenus imitant les relations amoureuses est une des causes d’une envie moindre de chercher un partenaire chez les jeunes, selon une étude de l’institut Meiji Yasuda de recherche sur la santé et le bien-être. «Le jeu n’est pas coupable du fait que l’on se marie plus tard, mais il n’est pas exempt de responsabilité. La relation ratée dans la vraie vie se réalise parfaitement dans le jeu, une issue pratique qui conduit certaines à renoncer, au moins un temps, à l’amour», décrypte Mme Aizawa.

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Cassandre



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Dim 12 Fév - 15:49

Cassandre : - Déjà que marionnette précaire, c'était pas très fun, avec tout ça, Ali et moi, on se retrouve au chômage  !

AliBlabla : - Tu l'avoir dire, ma belle, les vieux ne pas connaître la galère !

Cassandre : - Tiens, t'es retombé en dysgrammaire, ou c'est pour me séduire ?

AliBlabla : - Je être infinitivement à t'épier.

Cassandre : - À mes pieds, tu parles, la vie de marionnette est une éternelle partie de jambes en l'air, mais hors sol...

AliBlabla : - Tu vouloir pas venir sur mon tapis volant ?

Cassandre : - Tu as l'œil trop perçant pour que je m'y tapisse.

Aliblabla : - Je être arabe, pas persan, tu comme Tristan confondre tout, dès que c'est orientable.

Cassandre : - Oriental, d'Orient, pas orientable, d'orientation...

AliBlabla : - Tu me désorienter.

Cassandre : - Comme si rien n'était...

AliBlabla : - Je n'être pas syrien, mais assyrien d'abîme ici.

Cassandre : - Rimbaud est mort, Ah là est grand !

AliBlabla : - Je n'être pas muslim.

Cassandre : - Tu "être" un imbécile, bon vent dans ton désert.

sur ces mots elle s'en va...

AliBlabla : - CASSANDRE !

elle est déjà trop loin
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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Lun 20 Mar - 7:18


La consultation de sites pornographiques en hausse chez les 15-17 ans


Capture d'écran de site pornographique. Image d'illustration.
(TURPIN PHILIPPE / MAXPPP)

franceinfo 20/03/2017

L'Ifop publie ce lundi une étude sur le rapport des adolescents à la pornographie. Plus d'un jeune sur deux entre 15 et 17 ans a déjà surfé sur un site X. Un chiffre en nette hausse.  

Citation :
La moitié des adolescents âgés de 15 à 17 ans ont déjà surfé sur un site pornographique, selon une étude Ifop pour l'Observatoire de la parentalité et de l'éducation numérique publiée lundi 20 mars*. Cette proportion est en nette hausse : en 2013, ils n'étaient que 37% à avoir consulté des pages pornographiques.

L'essentiel de cette consommation s'effectue via des sites gratuits (96%, contre 78% chez l'ensemble des Français). À peine 4% des adolescents ont déjà surfé sur un site payant, contre 22% chez l'ensemble des Français, que ce soit sous forme d'abonnement ou de paiement à l'unité.



Les adolescents et la pornographie : infographie. (RADIO FRANCE)


Une pratique genrée

Cette fréquentation des sites X reste une pratique très genrée puisque 63% des consommateurs sont des garçons, contre 37% de filles. L'initiation à la pornographie est également une expérience plus collective pour celles-ci que pour les garçons. Alors que le premier visionnage d'un film X constitue pour la plupart des jeunes hommes une expérience solitaire généralement associée à une activité masturbatoire, la majorité des adolescentes déclare avoir vu leur premier porno avec quelqu'un d'autre, essentiellement avec des ami(e)s ou leur petit ami.

Une expérience "prématurée"

Ce sondage montre par ailleurs que l'accès à la pornographie est de plus en plus précoce. À 15 ans, la moitié des adolescents interrogés ont déjà vu un film X. Ce rajeunissement de l'accès à la pornographie se retrouve également dans la baisse de l'âge moyen de la 1ère visite sur un site porno : 14 ans et 5 mois en 2017, contre 14 ans et 8 mois en 2013.

Les ados considèrent eux-mêmes que cette première expérience était prématurée. Plus d'un adolescent sur deux considèrent qu'ils étaient "trop jeune" la première fois qu'ils en ont vu.



Les adolescents et la pornographie : infographie. (RADIO FRANCE)


"Apprentissage" de la sexualité

Aujourd'hui, la pornographie a un rôle important dans la sexualité des jeunes, selon cette étude. Près d'un adolescent sur deux estime ainsi que les vidéos pornographiques qu'il a vues au cours de sa vie ont participé à l'apprentissage de sa sexualité, soit une proportion largement supérieure à celle observée dans la population adulte ayant déjà vu un film X (35% en 2009).

Enfin, près d'un ado sur deux (45%) a tenté de reproduire des scènes vues dans des films pornographiques, soit une proportion assez proche des adultes (47%).

* Étude de l'Ifop pour l'Observatoire de la parentalité et de l'Éducation numérique réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 21 au 27 février 2017 auprès d'un échantillon représentatif de 1 005 personnes, représentatif de la population âgée de 15 à 17 ans résidant en France métropolitaine.

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