PATLOTCH / CHANGER DE CIVILISATION / LUTTES, THÉORIE, SEXE et POÉTIQUE

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 SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes

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AliBlabla



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Mar 31 Jan - 20:29

le sexe en manque... de communisme ?

AliBlabla : - "Et le sexe dans tout ça" ? Ben à mon avis tout le monde ment sur le sujet, ne serait-ce que par omission.

Tristan : - Mais enfin, c'est affaire de pudeur élémentaire !

Florage : - Mon cher Watson, votre pudeur sonne comme un aveu.

Patlotch : - pour critiquer une théorie, hors les incohérences internes, il faut toujours chercher ce qui manque, et ce qui manque dans "un excès de sexe" et les autres, c'est le sexe, comme dans toute cette théorie, le manque de communisme fonde son déterminisme. Ce texte, et d'autres, seraient avantageusement rebaptisés : "le sexe en manque"

Cassandre : - Je ne suis pas une menteuse, le sexe, j'adore ça, mais dans la boîte, non merci !

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Florage



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Mer 1 Fév - 9:47

à nouveau Freud et Marx... Les passages sur le travail et le CNR ne sont pas terribles...

Dany-Robert Dufour « Le capitalisme libidinal veut faire de nous des drogués »

entretien par Laurent Être, L'Humanité 18 juillet 2013
Contre le capitalisme actuel, Dany-Robert Dufour conjugue Marx et Freud à nouveaux frais. 
Selon lui, le vivre ensemble appelle plus 
que jamais un individualisme authentique.


Citation :
Dans L’individu 
qui vient... après le libéralisme (1), son ouvrage le plus prospectif, Dany-Robert Dufour fait retour sur les deux récits fondateurs de l’Occident, à savoir le monothéisme, que les Latins ont reçu de Jérusalem, et la raison philosophique des Grecs. 
Il en développe les ferments libérateurs contre un système d’oppression, le néolibéralisme, que l’Occident postmoderne a entrepris d’imposer à tous les peuples du monde. L’auteur en est convaincu : le triomphe du « divin marché » et de ses micro-récits publicitaires véhiculant l’égoïsme n’est pas la consécration de ces grands récits originels, mais procède au contraire de leur renversement. Ils doivent donc être repris, c’est-à-dire aussi réactualisés : 
pour faire sens dans le cadre d’une lutte contre 
la marchandisation, 
l’amour du prochain 
prescrit par le judéo-christianisme et l’élévation de l’âme des Grecs 
doivent être impérativement débarrassés du patriarcat et de l’assignation d’une partie des individus aux travaux pénibles. Chercher à faire émerger un nouvel horizon de civilisation en retravaillant ainsi les discours d’un passé lointain, c’est rappeler, en creux, que 
les stratégies de table rase ne bénéficient jamais à l’individu authentique, lequel se construit nécessairement dans la réception critique et créative d’un héritage. L’individu qui vient... après 
le libéralisme est un appel 
à résister à tout ce qui rabat l’individu et sa force de projection sur l’ego prêt à sacrifier le vivre ensemble 
à son envie du moment.

(1) L’individu qui vient… après 
le libéralisme. Éditions Denoël, 2011.

Vous affirmez que « l’individu reste 
à inventer ». Selon vous, nous vivons non pas « une époque individualiste », mais une époque de « l’égoïsme grégaire ». Quel critère proposez-vous pour bien dissocier individualisme et égoïsme ?

Dany-Robert Dufour. L’individualisme suppose la réalisation pleine et entière de toutes les possibilités de l’individu, alors que l’égoïsme renvoie simplement à une satisfaction de ce que j’appellerais les appétences pulsionnelles. Nous sommes traversés par des pulsions, qui se dirigent naturellement vers des objets. La question est de savoir si nous nous laissons dominer ou non par ce processus. Précisément, le capitalisme d’aujourd’hui nous y engage en permanence. Il a acquis la capacité de nous proposer des objets de satisfaction pulsionnelle, c’est-à-dire non seulement, bien sûr, des produits manufacturés, des services marchands, mais aussi des fantasmes sur mesures. À l’aune de certaines recherches autour de l’interface homme-machine, on entend d’ailleurs de plus en plus souvent parler d’« humanité augmentée ». Le capitalisme actuel nous somme de nous livrer à nos fantasmes de toute-puissance, à tout ce qui peut satisfaire l’ego. Face à cela, je crois que le recours est du côté de l’individualisme authentique. L’individu de l’individualisme, c’est celui qui peut interposer un temps de délibération et de décision entre l’appétence pulsionnelle qu’il ressent et le moment de la satisfaction. C’est celui qui s’inscrit dans un projet.

Mais que dites-vous aux individus 
qui estiment que la poursuite de tel 
ou tel de leurs fantasmes correspond 
à leur réalisation en tant que personnes ?

Dany-Robert Dufour. Il faut commencer par leur dire qu’ils se trompent ! Cela peut paraître ­évident, mais pourtant, plus personne aujourd’hui ne leur fait cette objection. Au contraire, l’idéologie dominante invite chacun à se perdre dans une quête effrénée de « plus-de-jouir ». Il faut ensuite montrer que cette satisfaction immédiate que le marché leur promet est une fausse promesse. Le marché ne peut pas tenir sa promesse, en particulier parce que son plein accès suppose un certain niveau de vie, en deçà duquel se situe la majorité de la population mondiale, mais aussi parce que sa dynamique est précisément le manque. C’est pour cela, d’ailleurs, qu’il crée toujours de nouveaux besoins. Le capitalisme libidinal et son marché nous placent dans la même situation que celle d’un drogué.

Selon vous, l’exploitation s’est étendue au processus de consommation. En quoi l’addiction du consommateur à la marchandise a-t-elle à voir avec l’exploitation ? Qu’il y ait
une dépossession, une perte de soi, du côté 
de la consommation comme du côté de 
la production, semble évident ; en revanche, l’exploitation, la prolétarisation, cela renvoie à la vente de la force de travail, seule marchandise capable de produire plus 
de valeur qu’elle n’en coûte, comme 
l’explique Marx dans le Capital…


Dany-Robert Dufour Mais justement, il faut bien distinguer entre l’exploitation dont parle Marx par rapport à la production, et dont l’analyse a gardé toute sa pertinence jusqu’à nos jours, et celle qui concerne les pulsions. Cette exploitation pulsionnelle, du côté de la consommation, consiste à réduire l’individu à la pulsion pour mieux pouvoir lui vendre tel ou tel objet. Ce qui passe dans l’objet, c’est le sujet lui-même. Autrement dit, le devenir-­sujet passe à la trappe. Et je ne crois pas que la meilleure analyse de ce phénomène se trouve chez Marx. Il faut plutôt se tourner vers Freud. Selon celui-ci, le mécanisme pulsionnel est à double face : somatique, c’est-à-dire relatif au corps, et mnésique, c’est-à-dire inscrit dans le psychisme par la mémoire.

Aujourd’hui, le capitalisme libidinal est parvenu à scinder ces deux faces de la pulsion, en rabattant la seconde sur la première. L’inscription psychique n’est plus qu’une inscription de jouissance. Du coup, c’est la possibilité même d’un engrènement symbolique, dans lequel le sujet se construit en discours, qui est affecté. Je crois que la grande tragédie théorique du XXe siècle, c’est de ne pas avoir su conjuguer Marx et Freud. Il y a eu les tentatives de Marcuse, Adorno, avec l’École de Francfort, mais sans que cela soit concluant. Il faut donc reprendre ce chantier.

Vous citiez Marcuse. Or, précisément, 
sa tentative de marier Freud et Marx aboutit à une certaine revalorisation du principe 
de plaisir, apparemment le contraire 
de ce que vous recherchez vous-même… Comment expliquez-vous cela ?

Dany-Robert Dufour. Je pense que le contexte historique apporte une part d’explication. L’œuvre maîtresse de Marcuse, Éros et ­Civilisation, est écrite en 1955. Le capitalisme libidinal ne jouait pas encore à plein, comme c’est le cas aujourd’hui. En 1968, la réception de Marcuse est à son apogée. En France, d’autres penseurs, comme Deleuze et Guattari, s’inscrivent dans une perspective voisine. Ils croient que le marché peut être subverti par le désir. Nous n’avons pas vu que le côté libertaire allait être dévoyé par le côté libéral. Bien dissocier désir et jouissance, ce n’est pas écarter le plaisir, mais l’ouvrir sur une reconstruction du mécanisme de subjectivation. Une subjectivation telle que l’individu peut se construire comme « individu complet », selon l’expression de Marx dans l’Idéologie allemande.

Revenons sur votre critique de l’exploitation. Parler d’exploitation du côté de la consommation, n’est-ce pas prendre 
le risque d’alimenter une certaine 
banalisation de l’exploitation des producteurs…

Dany-Robert Dufour. Oui, vous avez raison. C’est un risque réel. En même temps, il ne faut pas renoncer. Derrière la question que vous posez, il y a la vieille affaire du rapport de la gauche à la notion de travail. La civilisation occidentale s’est construite sur une relégation du travail. Chez les Grecs, il incombait à une classe d’esclaves, de commerçants et d’artisans de subvenir aux besoins des élites, lesquelles pouvaient dès lors se consacrer à penser et à faire de la politique. Le travail est donc d’abord une aliénation. Cette relégation première a ensuite été oubliée. Or il faut y revenir. Sans quoi on ne parvient pas à comprendre pourquoi, ­aujourd’hui encore, le travail ne saurait être défendu comme s’il s’agissait d’une valeur parmi d’autres. Il ne suffit pas de se battre pour le libérer de l’exploitation, même si c’est évidemment crucial. Il faut avoir un coup d’avance, en quelque sorte, et penser dès maintenant ce que serait un travail désaliéné. La gauche n’a pas assez réfléchi à cette question. Elle s’est accommodée de l’aliénation du travail, de la division historique entre les arts libéraux et les arts mécaniques, la conception et l’exécution. Bien sûr, il y avait des raisons tout à fait respectables à cet accommodement : des droits sociaux, une sécurité sociale, une retraite, etc.
Mais justement, à l’heure où tous ces droits sociaux sont battus en brèche, le meilleur moyen de les défendre est d’être offensif. Il faut réinventer le travail et viser ainsi non pas seulement une révolution politique ou économique, mais civilisationnelle.

Mais en se plaçant exclusivement sous 
la bannière de la lutte contre l’aliénation, 
on a vite fait de mettre en équivalence 
toutes les organisations de travail : le travail en général induisant toujours une contrainte, l’émancipation supposerait alors de chercher 
à s’y soustraire, au lieu d’œuvrer collectivement à le libérer du joug capitaliste...


Dany-Robert Dufour. Pour moi, désaliéner le travail ne veut pas dire fin du travail, ni même d’ailleurs nécessairement fin du salariat. Le fil conducteur de ma réflexion, c’est la réalisation de l’individu. Désaliéner le travail, c’est permettre à l’ouvrier de faire à nouveau œuvre – cette œuvre dont le prolétaire a été amputé pour n’être plus que pure et simple force de travail. C’est-à-dire qu’il faut réfléchir aux conditions dans lesquelles la production permet un mécanisme de subjectivation. L’ouvrier, en créant une œuvre, se crée lui-même comme sujet. Sauf dans le cadre de la division sociale du travail où son œuvre lui est retirée par les propriétaires des moyens de production. L’ouvrier est devenu prolétaire. Il s’agit de permettre à chacun de redevenir ouvrier au sens premier, c’est-à-dire de se réaliser dans son activité professionnelle, qu’elle soit intellectuelle ou manuelle. Ce n’est pas la même chose que de prôner la suppression du travail ou encore de jauger la valeur du travail en général à partir, simplement, de son degré d’intellectualité. Dépasser la division du travail ne peut consister à simplement supprimer l’un des termes de cette division.

Venons-en à un autre aspect essentiel 
de votre réflexion. Vous critiquez les 
« post-identitaires » comme Judith Butler, par rapport à leur négation de la différence sexuelle. Quel est l’enjeu de votre critique ?

Dany-Robert Dufour. Butler promeut un raisonnement sophiste, qui consiste à faire croire que le discours des individus sur eux-mêmes peut rétroagir sur leur détermination naturelle, biologique. Ce n’est pas le discours qui crée le sexe. Croire le contraire révèle quand même un idéalisme incroyable ! Les lois de la nature s’appliquent toujours à l’humanité. D’ailleurs, les opérations dites « de changement de sexe » ne modifient jamais que l’apparence, elles ne peuvent modifier le patrimoine génétique. Pour sortir de toute cette confusion, il s’agit simplement de se rappeler que nous sommes des êtres de double nature. D’une part, nous sommes des mammifères assujettis à la différence sexuelle ; d’autre part, nous avons la liberté de nous ­affranchir de façon symbolique des déterminations naturelles. Autrement dit, on est tout à fait libre de s’imaginer femme alors que l’on est homme (ou l’inverse). Le travestissement a toujours existé, dans toutes les civilisations. Cette liberté doit être absolument préservée. Mais l’affranchissement symbolique n’est pas l’annulation des déterminations réelles. Je crois qu’il faut bien garder en tête cette nuance, sans quoi on installe peu à peu le mensonge au cœur de la société.

Au fond, notre société n’est-elle pas obsédée par la question des origines ? Par leur refus de toute assignation naturelle, c’est-à-dire préalable à l’expression de leur volonté, 
les post-identitaires expriment peut-être 
avant tout un malaise, auquel d’autres, 
sur le mode des vieilles crispations 
identitaires, répondent par la sacralisation 
de telle ou telle origine…

Dany-Robert Dufour. Absolument. Ces deux pôles sont dans l’impasse. On l’a vu à l’occasion des débats autour du mariage pour tous. Face à la fuite en avant post-identitaire, on observe un repli identitaire, tout aussi néfaste. Il faut réinsuffler de la dialectique et de l’histoire dans cette grande affaire philosophique de l’identité. Car nous ne sommes jamais dans une seule dimension. Le symbolique et la nature sont toujours en tension, et c’est cette tension qui nous entraîne dans un processus historique.

Nous avons fêté récemment le 70e anniversaire du programme du Conseil national de 
la Résistance (CNR). À la fin de votre ouvrage, vous invitez justement à en repartir dans les conditions d’aujourd’hui. Pouvez-vous préciser comment s’articule cette aspiration avec votre souci d’une élévation collective des âmes ?

Dany-Robert Dufour. L’intitulé même du ­programme du CNR, « les Jours heureux », est une référence à peu près directe à la pensée grecque. C’est la « vie bonne dans la Cité » que visait déjà Aristote dans son Éthique à Nicomaque. Un helléniste comme Jean-Pierre Vernant, qui occupait une position éminente dans la Résistance, avait certainement en tête cette idée selon laquelle le bonheur de l’individu ne va pas sans la justice dans la Cité, c’est-à-dire sans institutions du politique (école, justice, culture…) capables de soutenir les individus dans leur libre développement. De ce point de vue, le CNR reste une source d’inspiration majeure
.

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Florage



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Mer 1 Fév - 10:02


Du soleil, du sexe et de l'idéologie

Gaël Brustier 01.08.2014


Venice Beach. REUTERS/Lucy Nicholson

Il y a bien une relation entre l’économie, la vie sexuelle et l’idéologie. Et il s’agit là d’un débat moins anecdotique qu’il ne pourrait y paraître...

Citation :
C’est l’été, les unes des magazines en témoignent: c’est le moment de parler sexualité. Il est vrai que le sujet intéresse fréquemment médias et instituts de sondage. L’Ifop est d’ailleurs très en pointe dans le suivi de ces sujets, comme en témoignent nombre de ses enquêtes, au demeurant souvent fort intéressantes. Une d’entre elles, parue en mai, eut d’ailleurs un petit retentissement. Le nombre de partenaires déclaré au long de la vie, l’infidélité, les pratiques hétéro, homo, bi, le nombre de partenaires «en même temps», le tout corrélé aux préférences partisanes et idéologiques, tout cela est soigneusement classé en tableaux et fait, en général, le bonheur du lecteur. On pourrait, très facilement, se cantonner à quelques blagues sur les pratiques sexuelles –supposées ou réelles, revendiquées ou non– des partisans de tel ou tel camp politique.

Pourtant, il y a bien une relation entre l’économie, la vie sexuelle et l’idéologie. Et il s’agit là d’un débat moins anecdotique qu’il ne pourrait y paraître...

Production, reproduction, régulation des instincts


Il existe un lien entre l’activité sexuelle d’une société et son état de développement économique.

Il est souvent commun de dire que dans des sociétés en crise économique, l’activité sexuelle comme «sport» revêt fonction de seul loisir gratuit. Mais si l’on veut y voir clair et être précis, c’est assurément vers Antonio Gramsci qu’il faut se tourner pour comprendre les interdépendances entre normes sexuelles et système productif. L’état de développement économique d’un pays détermine le mode de gestion des mœurs de ses habitants. Cela, Antonio Gramsci l’avait vu très tôt en mettant en avant les efforts du fordisme pour réguler l’instinct sexuel des travailleurs.

Le capitalisme naissant fit d’énormes efforts pour encadrer les instincts sexuels des travailleurs et définir ce qui était «naturel» et ce qui ne l’était pas. Ces instincts sexuels, leur régulation, répressive ou non, sont à resituer dans une histoire de dominations économiques et sociales, dans l’histoire du capitalisme.

La «fonction économique de la reproduction», la nécessité de la rationnaliser expliquent les différentes tentatives du capitalisme fordiste d’encadrer les instincts sexuels présents dans la société, notamment à travers l’action de certains mouvements de femmes. Cela explique notamment la forme puritaine apparue aux Etats-Unis au moment de son envol industriel et les phénomènes de répression ou de coercition qui lui ont été liés. La prohibition de l’alcool n’en fut qu’un des nombreux aspects. La rationalisation du processus de production impliquait, dans l’esprit des capitalistes de l’époque, que la vie sexuelle des producteurs soit davantage rationnalisée et donc que des normes nouvelles s’instaurent.

Ainsi le rôle des femmes est-il très tôt modifié par le système capitaliste (les rendre plus responsables revenait à en faire des relais efficaces de l’esprit hygiéniste du temps), la monogamie est instaurée comme norme. Les buts de ces nouvelles normes sont simples : améliorer la productivité des travailleurs.

Dans les sociétés préindustrielles, le lien entre vie sexuelle et économie existe évidemment. Gramsci s’intéressa particulièrement, comme intellectuel et comme député italien, au rôle de la reproduction dans le développement des dominations dans le champ social, notamment dans le sud de l’Italie. Ainsi constata-t-il que, dans les campagnes, les vieillards sans descendance étaient traités «comme les bâtards». Aspect intéressant, les sociétés paysannes conféraient donc à la reproduction une forte dimension économique et les hiérarchies sociales se formaient aussi à l’aune de cet aspect de la vie humaine. Quant à la vie sexuelle «comme sport», elle n’était pas non plus absente des campagnes.

Les classes les plus libertaires sur le plan sexuel étaient les classes les moins liées au processus de production. Cette prise de distance à l’égard de la morale véhiculée à l’ère fordiste prend un tour paroxystique au moment des années 1970.

Les années 1970 correspondent en effet à une «crise de libertinage» qui est corrélée à la crise du modèle fordiste et au relâchement des formes de coercition existant préalablement. Gramsci faisait référence à d’autres crises, qu’il se refusait à comparer les unes aux autres : celle survenue après la mort de Louis XIV ou celle survenue, aux Etats-Unis, après l’élection de Roosevelt.

De l’homonationalisme à l’adhésion au néoconservatisme

Les mouvements d’émancipation LGBT ont joué un puissant rôle dans la fin ou l’affaiblissement d’un certain nombre de dominations liées, notamment au sexe, au genre ou à l’orientation sexuelle, dans les sociétés d’Europe occidentale ou d’Amérique du Nord (pour l’essentiel). Mais ces mouvements ont, pour certains, depuis, joué un tout autre rôle.

Dans un livre paru en 2007, Homonationalism, la chercheuse Jasbir Puar pointe une forme de collusion entre «homosexualité» et «nationalisme américain», c'est-à-dire à une puissante évolution de la perception que les Etats-Unis ont des minorités sexuelles, qui se normalisent en même temps qu’elles s’allient à une reconfiguration de l'«impérialisme». Cela n’était pas acquis dans un pays aussi influencé par les Eglises que les Etats-Unis. Cet «homonationalisme» est véritablement né consécutivement au 11 septembre 2001. Une forme de vision binaire du monde pourrait avoir, en effet, «réhabilité» certains –«pas tous»– gays et lesbiennes dans la communauté nationale américaine. C’est cela le sens véritable de l’homonationalisme.

Il est évident qu’un facteur important a joué un rôle dans la mutation du mouvement gay et lesbien «post-11-Septembre»: c’est l’ampleur ou l’emprise de «l’industrie du tourisme gay» et des «habitudes consuméristes». Elles ont contribué à donner une appréhension du monde marquée par la peur des dangers du «terrorisme».

En effet, l’industrie du tourisme est un puissant facteur de modification du rapport au monde et à l’imaginaire collectif, à la fois comme forme de contrôle des corps et comme vecteur de nouvelles perceptions géopolitiques.

Dans sa réflexion, Joseph Massad[1] établit quant à lui une critique plus radicale encore du mouvement gay international, qui a –selon lui– eu tendance à suivre les pas des mouvements de «femmes blanches occidentales». Ces dernières, en universalisant leurs revendications féministes, avaient surtout imposé –selon Massad– une forme de féminisme colonial aux mouvements féministes des pays extra-occidentaux.  Si l’on suit Joseph Massad, «l’Occident» tend à influencer les conceptions du désir dans ce qu’il définit comme «l’Orient» pour les calquer sur les conceptions nées au cœur du monde occidental. Il provoque dès lors un backlasch culturel.

Ainsi Massad pointe-t-il la tentation permanente des mouvements gays occidentaux de vouloir «réorienter» les désirs homosexuels présents dans le monde arabo-musulman dans un sens plus «éclairé», qui serait le propre du monde occidental. Les travaux de Massad pointent que la définition d’une «communauté gay» est le fruit d’une construction sociale propre à nos sociétés, fruit de notre histoire et de l’évolution sociologique de nos pays, de leurs rapports de forces internes, des dominations qui s’y sont créées, non de celles qui sont nées ailleurs. Pour Massad, l’impérialisme ne s’exporte pas seulement par les armes.

Disciple d’Edward Saïd, Massad l’est également de Gramsci. Gramsci revêt sans doute en matière de relations internationales une dimension plus pertinente encore que dans le strict cadre des sociétés nationales, surtout à l’heure de la mondialisation et de l’augmentation des interactions entre les hommes.

Ce point est essentiel si l’on veut comprendre comment l’imaginaire occidentaliste –celui qui postule à la fois une unité du monde occidental et le danger immédiat qui pèse sur lui– s’impose dans nos sociétés. Il est directement lié à la capacité qu’ont nos sociétés de définir l’Orient comme une essence ou un tout. Ainsi, il semble qu’une partie du mouvement gay international, comme de certains mouvements féministes, fassent jonction avec l’idéologie néoconservatrice.

En France, on constate une évolution nette, non seulement d’une partie de la droite, mais, encore plus nettement de l’extrême droite qui, loin d’être indifférente à cette évolution des mondes gays, semble pouvoir en bénéficier. Une évidente réorientation du FN sur ces questions s’est opérée sous l’impulsion de Marine Le Pen. Elle correspond à une tendance de fond en Europe qui a porté hier le parti de Pim Fortuyn, continue de porter le PVV de Geert Wilders et contribue à la réorientation d’autres mouvements politiques en Europe.

Sur le plan intérieur comme sur le plan international, la question sexuelle joue un rôle important dans les reconfigurations idéologiques à l’œuvre. Mais ces reconfigurations sont à lier aux évolutions de notre système de production et à la géopolitique qui en découle. Ainsi, loin d’être anecdotique, la question du lien entre sexe et idéologie mérite que l’on s’y attarde. C’est un enjeu pleinement politique.

1 — Joseph Massad (1963) est un intellectuel d’origine palestinienne, qui enseigne à Columbia University et dont les recherches portent sur les nationalismes palestinien, jordanien et israëlien. Son livre Desiring Arabs, qui porte sur les représentations du désir sexuel dans le monde arabe fait suite à d’autres ouvrages: Colonial effects: the making of national identity in Jordan. New York, NY: Columbia University Press (2001) ou The Persistence of the Palestinian Question: Essays on Zionism and the Palestinians. London: Routledge (2006).

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Florage



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Mer 1 Fév - 10:32

l'érotisation du capital, suite



La marque interstitielle : érotique et sauvage

Serge-Henri Saint-Michel le 7 juin 2016

Les marques interstitielles disent oui à une érotisation de leur relation au consommateur et à leur ensauvagement. Pour éviter la domestication de nos vies.


Citation :
Les marques cherchent à séduire. Selon Baudrillard, « La séduction est de l’ordre du rituel, le sexe et le désir de l’ordre du naturel », « l’amour naît de la destruction des formes rituelles, de leur libération. Son énergie est une énergie de dissolution de ces formes » (De la séduction). Mais le marketing lessivier, l’arrosage push sous lequel rien ne repousse, le capitalisme, critiqué par Z. Bauman, entre autres, sont passés par là.

Depuis, « Le capitalisme profanise l’Eros pour en faire du porno » (Byung-Chul Han, Le désir, p. 65) tue l’érotisme et le désir (p. 72) par overdose d’information. Trop d’information tue le fantasme. Autrement dit, la surinformation, l’infobésité,  la sur-présence des marques, le concours de longue traîne (oups !) font le lit du porno. Pas du porno graveleux pour adultes. Non, du porno entendu comme informations hypertrophiées, multicastées, non filtrées en prise directe avec l’objet montré. Imposées. Le JT peut être porno. Une publicité pour parfum aussi, sans qu’aucun sexe ne soit aperçu…

Oui auxxx marques érotiques et erratiques

A l’opposé, les marques interstitielles effectuent un retour à l’Eros car sans Eros, prévenait Platon « la pensée perd toute vitalité, toute in-quiétude, elle devient répétitive et réactive » (cité par Han, p. 96). L’Eros développe le mystère (pas seulement de l’amour) et nimbe d’ombre la relation à l’autre : « Si on pouvait posséder, saisir et connaître l’autre, il ne serait pas l’autre ». L’Eros « met en marche une déreconnaissance de soi volontaire, un vidage de soi intentionnel » (Han, p. 19) ; en somme une marque souhaitant aimer son consommateur doit s’oublier, se placer au second plan, bannir les jugements hâtifs. La marque interstitielle accepte de ne pas connaître l’autre, le consommateur, la « cible ». Du moins pas intégralement ; pas complètement jusqu’à l’absorber. Car « posséder, connaître et saisir sont des synonymes du pouvoir » (Han, p. 34).

[...]

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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Mer 1 Fév - 13:07


interlude à la somate

avec Rabelais


Le sexe sur le bout de la langue : 3 questions à Mariette Darrigrand

Citation :
Quelle est votre expression favorite parmi toutes celles aperçues dans votre abécédaire ?

Je me suis beaucoup amusée avec le mot « Orgasme »*, qui se retrouve partout aujourd’hui, mais je laisse le lecteur lire les premières pages de mon « Sexy Corpus » pour en connaître le vrai sens… Alors, je choisis plutôt un mot créé malicieusement par Rabelais : la « Somate ». Il avait remarqué que le français n’avait pas choisi le mot grec « Soma » pour dire le corps (ce qu’on a aujourd’hui par exemple dans « somatisation »). À la place, notre langue a préféré parler de Corpus, mot d’église, qui suppose la vision clivée bien connue entre le « Spiritus » tout en haut et le « Corpus » tout en bas. Ce clivage, qui n’existait ni en grec ni en hébreu, nos deux piliers culturels, le christianisme bien-pensant l’a cristallisé.

Contestant cette vision, Rabelais, médecin, intéressé par la Réforme dont il était contemporain, épris de charnalité, comme on disait à l’époque, est revenu au grec « Soma, » l’a féminisé par un e final, et en a fait la partie du corps masculin qui lui paraissait la plus sexy… Cette somate, que je ne peux m’empêcher d’imaginer, pleine de sucs vitaux comme si elle avait mûri au soleil, n’a malheureusement pas duré plus d’une saison. On ne la trouve que dans le Tiers-Livre. Elle y est le bel attribut des Utopiens. Qu’est-ce qui nous empêche de la recultiver aujourd’hui ?…

* orgasme CNRTL


Citation :
Abécédaire de mots « charnels » d’hier et d’aujourd’hui, ce livre fonctionne comme une enquête au pays du langage sexuel – de notre époque comme de notre tradition. Il mêle allègrement la sous-culture médiatique (séries télé, magazines féminins, conseils sexos à la radio…) et tout un trésor linguisitique en péril, celui de l’amour courtois, des mythologies antiques, de la poésie libertine des plus grands, ou encore l’érotisme de la Bible (le Cantique des Cantiques). Le jeu consiste à partir de la surface d’un mot pour se plonger dans ses profondeurs culturelles.

En grappillant les mots, le lecteur apprendra le vrai sens de nombreuses expressions (poser un lapin ou faire quelque chose sur le champ).En lisant linéairement, il verra des liens entre la pornocratisation de la société et la panne d’idées politiques, découvrira une interprétation singulière de la dite théorie du genre, constatera que nous n’avons pas vraiment progressé depuis la libération sexuelle… et que nous sommes en danger de perdre certaines notions civilisatrices
.

autre extrait
Citation :
Qu’est-ce que votre enquête et vos recherches vous disent sur le rapport contemporaine de notre société au désir ?

La société contemporaine est plus jouisseuse que désirante. Pour désirer, il faut aller bien, aimer quelque chose de la vie. Pas forcément quelqu’un, mais, par exemple la lumière du matin, la tiédeur de la nuit, ou le foot ou la politique, ou la virilité (comme c’est mon cas), ou la féminité, ou le langage (comme c’est mon cas aussi), peu importe… Or, aujourd’hui, beaucoup de consommations sont fondées sur ce qu’on appelle l’addiction est qui est en fait un esclavage – l’addictus était un esclave particulier dans le monde romain. De plus, je crois que nous arrivons au bout de l’idéologie de la libération, qui a entamé sa longue marche au début du XVIIIème siècle. Beaucoup de gens l’ont senti et promeuvent le contraire : soumission à tous les étages. Mais cette vision est trop primaire, alors que seules la nuance, l’hybridation sont intéressantes. Gardons donc la liberté, mais libérons-en nous aussi un peu. Elle est devenue un travail comme un autre : comme le dit la doxa sexologique, pour faire l’effort de ne plus faire d’effort, « lâchez prise », horrible expression qui vient de la chasse et non du boudoir… [...]

cette 'somate' de Rabelais est la seule acception que j'ai trouvée sur le net

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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Mer 1 Fév - 13:46

Deux remarques mineures à propos de Rapports à la nature, sexe, genre et capitalisme, de Jacques Wajnsztejn, 2014.

1) Le titre distingue sexe et genre, mais le premier est finalement peu analysé dans son rapport au désir et au plaisir, sauf sous un angle plutôt critique. Un peu décevant, car si on ne peut pas y voir un puritanisme, le sujet est laissé dans l'ombre, survolé, quasi-tabou.

2) La 'révolution sexuelle" est évoquée pages 54 et 55, au chapitre Une automisation du sexe : le genre

extrait intéressant pour l'incise sur Reich et Marcuse
JW a écrit:
[...] les aspirations et les réalisations des premiers moments de la révolution sexuelle (les communautés de vie aux USA puis en Europe) en faisant sauter les verrous de la répression sexuelle ont lancé une puissante dynamique de désinhibition. De culpabilisée et culpabilisantes qu'elle était, elle devient épanouissante et « libérée ». Les théoriciens de la libération sexuelle tels que Reich et Marcuse - souvent à l'encontre de leurs véritables thèses - qui avaient été des références obligées pour les groupes contestataires de l'ancienne répression sexuelle de la société bourgeoise, sont délaissés au profit du réalisme et du narcissisme du « sexe ». Combiné aux guides des pratiques sexuelles orientales, aux enquêtes des sexologues, à la littérature érotique, au cinéma hardsex, à la généralisation de la pornographie, ce réalisme du sexe autonomisé exprime la levée de verrou, la désinhibition, la « politique du sexe » comme une puissante tendance sociale.

Sexshops, phonesex, carsex, videosex, drugsex, musisex, cybersex, sexto, scandent alors la vie de l'individu affranchi des normes d'une sexualité qui était, certes, reconnue mais pas encore « émancipée » ni mise en réseaux. Le sexe devient le terme générique désignant les manifestations de la sexualité humaine dans la période ouverte par « la crise », au milieu des années 70. [...]

C'est bien le mouvement général et massif, mais là encore, tout se passe comme si, "contre la répression sexuelle", "s'affranchir des normes de la sexualité", n'avait abouti, ou ne pouvait aboutir qu'à sa marchandisation. Et puis enfin, cela me semble un rien moraliste quant tout est mélangé, des sexologues au hardsex en passant par la littérature érotique, comme si celle-ci n'était que "capitalisée". Il est vrai qu'une note précise que cette « analyse est nécessairement schématique...», ce qui est quand même dommage, et produit encore l'effet d'une castration théorique, volontaire ou inconsciente. Le simple fait d'en parler nous range forcément du côté d'un excès de sexe...

Pas de perspective sexuelle révolutionnaire, même "à titre humain", donc, dans ce livre. On dira que ce n'est pas son objet, sans quoi le titre eût été Rapports à la nature, sexe et communauté humaine...

L'interview plus haut de Dany-Robert Dufour, Dany-Robert Dufour « Le capitalisme libidinal veut faire de nous des drogués » est finalement plus intéressante de ce point de vue : « Je crois que la grande tragédie théorique du XXe siècle, c’est de ne pas avoir su conjuguer Marx et Freud. Il y a eu les tentatives [...] mais sans que cela soit concluant. Il faut donc reprendre ce chantier.»

Il n'en faudra pas beaucoup plus pour nous taxer de freudo-marxisme, mais je pense que nous avons évité plus haut cet écueil.

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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Mer 1 Fév - 15:42

Florage a écrit:
pas beaucoup plus pour nous taxer de freudo-marxisme, mais je pense que nous avons évité plus haut cet écueil.

pour signaler un texte sur Marxisme et psychanalyse, extrait de David Roediger, Marxisme et théorie de la race : état des lieux, « un marxisme particulièrement original, ouvert sur d’autres formes de savoir telles que la psychanalyse et toujours fondé sur l’expérience des luttes de classe qui se révèle ainsi. » Je le donne parce que jusqu'ici nos seules références ont été principalement à Reich, au freudo-marxisme, et quelques psychanalystes. Or nous avons là nombre de renvois à des théoriciens qui ont croisé les deux, et qui me paraissent tout aussi digne d'intérêt

j'ajoute concernant la psychanalyse que je prends le terme au sens très général d'étude de l'inconscient, cad plus largement que celle fondée à Freud et poursuivie par ses successeurs de Freud. Pour le dire tout net, je ne suis pas "freudien",

mais je pense que la question de l'inconscient et de ses déterminations ne saurait s'approcher sur des bases strictement héritées de Marx, comme le font encore nombre de marxistes, dont Théorie Communiste avec des textes indigents caractéristiques de leur ignorance du sujet, dans tous les sens du terme (voir les perles dans L'intime, du type : « L’histoire de l’intime n’est que celle des modes de production jusqu’à aujourd’hui. » (AC), « en finir avec toutes ces histoires de « subjectivité ». », (AC) « Mais attention à la psychologie ou à la psychanalyse, le sujet ne peut être lui-même le point de départ (même un sujet dissocié, etc) » (RS, qui n'a pas d'inconscient, comme si son étude impliquait de faire du sujet "le point de départ" dès lors qu'on s'inscrit dans une approche de classe... Ou alors il faut en démontrer l'incompatibilité)

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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Mer 1 Fév - 16:30

toujours de Zones Subversives, déjà cité, un des blogs les plus ouverts sur ces questions, un texte qui parle de la misère sexuelle, c'est-à-dire prend en compte le manque sexuel de masse sur fond d'érotisation du capital

Contrôle des corps et misère sexuelle

Zones subversives 9 Juin 2012

Un texte philosophique de Serge Margel permet de réfléchir sur le glamour et la séduction, mais aussi sur la misère sexuelle dans nos sociétés modernes.

images overblog, à retrouver dans l'original

Citation :
Serge Margel propose une réflexion philosophique sur le glamour et la séduction. Il évoque le concept de « corps machine ». Mais ce phénomène ne concerne pas uniquement les stars. Les normes de la séduction, dominantes dans la modernité marchande, imposent une répression des désirs avec une misère affective et sexuelle. Ses thématiques sont souvent occultées dans les débats politiques, y compris au sein des mouvements révolutionnaires. Il semble pourtant indispensable de réfléchir sur les nouvelles formes d'aliénations pour lutter contre la misère sexuelle.

Glamour et contrôle des corps

Serge Margel réfléchit sur le corps à partir des analyses de Michel Foucault. Le corps réprimé et contrôlé se distingue du corps utopique qui impose un idéal de corps. Le corps de star, et sa mise en scène, semble hybride : entre censure et liberté. Le corps de star devient une industrie, une marchandise, une machine. Le glamour apparaît comme la mise en scène spectaculaire du corps de star.

Serge Margel se penche ensuite sur la notion de corps-machine. L’étymologie du terme machine renvoie à la fois au moyen et à la mise en scène. L’idée de corps-machine renvoie à un corps réifié, réduit à l’état de chose voire de cadavre. Cette notion de « corps-machine » peut renvoyer à celle de « pouvoir de mort ». La mort permet également une mise en scène du corps.

L’auteur se penche ensuite sur la notion de glamour à partir de la définition du réalisateur qui a machiné, ou fabriqué, Marlene Dietrich. « La séduction, la fascination, le ravissement, l’ensorcellement, autant de termes ici pour indiquer une rhétorique de soumission, de chasse et de capture », explique Serge Margel. Le glamour renvoie à la séduction féminine et à la beauté inaccessible.

Mais, pour révéler le glamour chez une femme, le maître artisan semble indispensable. Le glamour apparaît comme une fabrication artificielle qui permet à la femme de déployer tous ses charmes. Ses attraits sexuels, ses propriétés essentielles, ses attributs féminins, avec le charme et l’élégance, doivent être mis en scène pour éclater aux yeux de tous. Il s’agit alors de promettre une version « parfaite » de la femme, de promettre une illusion de la réalité. « Cette image transcendantale du glamour n’est rien de plus qu’une promesse, ni vraie ni fausse - une promesse qui ne promet rien d’autre, ni ne fait rien de plus, que de ne pas donner ce qu’elle promet », explique Serge Margel.

L’auteur revient sur la tension entre censure et liberté qui traverse le corps-machine. « Cette métamorphose de la réalité en illusion, ou se promet ce qui ne peut s’offrir, relève à vrai dire d’une économie de la censure, d’un nouvel espace de répression interne à la fabrique des images gluantes, ensorcelantes », souligne Serge Margel. La mise en scène du sex appeal, de l’attrait sexuel, du corps de star flirte avec l’érotisme mais sans tomber dans la censure. Il s’agit de transgresser les règles tout en les respectant.

Selon Michel Foucault, le corps demeure à la fois productif et assujetti. Le corps de star produit de la séduction et de la fascination. Mais il semble aussi assujetti puisqu'il demeure le fruit d’une mise en scène.

Triomphe de la misère sexuelle

Ses réflexions philosophiques soulignent la fabrication d’un idéal féminin par le patriarcat. La femme doit être soumise. Réduite à un objet sexuel, elle ne doit pas pour autant assumer ses désirs. Le texte de Serge Margel permet de compléter les analyses freudo-marxistes de Wilhelm Reich. Certes le philosophe ne s’intéresse pas à la psychanalyse et à la construction des mentalités. Il n’évoque jamais la répression sexuelle imposée par des institutions sociales comme l’école ou la famille. En revanche, sa réflexion souligne l’importance des normes et des contraintes qui régissent la sexualité dans notre modernité marchande. La répression sexuelle est alors remplacée par une misère sexuelle. Tout un ensemble de normes, de manières de penser et d’agir, se répandent à l’ensemble de la société. Cette idéologie du glamour ne concerne pas uniquement les stars, car les photos des magazines imposent des normes à l’ensemble de la société. Tiqqun, dans les Premiers matériaux pour une théorie de la Jeune-Fille, souligne la diffusion large d’un conformisme de magazine féminin. Leur texte décrit la destruction des relations humaines à travers des injonctions omniprésentes et souvent contradictoires.

Mais les analyses de Serge Margel ne semblent pas critiquer la misère affective et sexuelle qui traverse la société. Au contraire, le point de vue qui consiste à se centrer sur l’étude du glamour et du sex appeal peut renforcer le mensonge d’une hypersexualisation de la société. Un texte d’Anne Archet [Hypersexualisation mon cul, commentaire suivant] souligne au contraire l’importance de la marchandisation et de la réification des relations humaines qui alimente la misère sexuelle. Le glamour participe pleinement à la destruction des rapports humains et donc aussi à la misère sexuelle. De plus, la diffusion du glamour ne fait qu'attiser des désirs qui ne sont jamais satisfaits. « Ces désirs artificiels et manufacturés sont, vous vous en doutez bien, au service du capital, puisqu'ils garantissent une insatisfaction chronique qui stimule le consommateur à acheter dans un effort désespérer et sans fin d’atteindre une chimérique satisfaction », souligne Anne Archet.

La libération sexuelle apparaît surtout comme une libéralisation sexuelle qui impose la mise en conformité avec les lois du marché. Ceux qui ne sont pas conformes aux normes sociales sont alors exclus du marché de la chair.

La mécanique, voire la gymnastique, de la sexualité remplace la recherche de la sensualité, du plaisir, de la jouissance. La course à l’orgasme détruit la spontanéité et la passion. Le sexe devient une mécanique routinière et non pas un abandon au plaisir. « Nous ne vivons pas dans un monde hypersexualisé. Nous vivons dans le tiers-monde sexuel — un monde à renverser par notre jouissance radieuse et rebelle » conclue Anne Archet.

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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Mer 1 Fév - 16:50


Si le fonds de la critique est comparable à celles qui précèdent, la différence avec ce texte est qu'elle renverse la fonction du désir de libération sexuelle en lui ouvrant une perspective révolutionnaire, ce qui est au fond le sens même de ce sujet. A ce titre, ce texte simple et sans prétention théorique est un meilleurs depuis le début du fil.

Hypersexualisation mon cul

Anne Archet, Le blog flegmatique d'-, 14 janvier 2011
( 33 Commentaires )

Il y a foutrement longtemps que j’ai traîné mes pattes ici. Et quand je me suis mise dans l’état d’esprit approprié — c’est-à-dire calme et flegmatique — les premiers mots qui me vinrent à l’esprit furent « hypersexualisation mon cul ». Je confesse avoir souvent abusé du « mon cul » pour les titres de mes petits articles. Ça vous donne à vous, lecteurs et lectrices émoustillés, l’impression que vous allez lire un texte rigolo alors qu’en réalité, je m’apprête à vous fourguer une analyse laborieuse et étriquée sur l’inanité d’un concept à la mode, utilisé — pour le dénoncer unanimement, il va sans dire — de la gauche la plus rouge à la droite la plus brune.

Je n’ai jamais promis de ne pas vous casser les pieds, hein.


Citation :
Comme vous le savez tous pour l’avoir entendu ad nauseam sur toutes les tribunes publiques bien pensantes, le mot « hypersexualisation » désigne la plupart du temps le fait de sexualiser un phénomène qui ne doit pas l’être — surtout en fait l’érotisation de fillettes (les habiller en femmes, leur permettre de se maquiller pour aller à la maternelle, leur acheter un soutien-gorge et des talons hauts, les laisser porter des strings et les inscrire à des concours de Miss, et ainsi de suite) et pas tellement celle des garçons (qui, semble-t-il, ne peuvent en aucune manière être transformés en objets de désir par l’ajout d’accessoires). Évidemment, ceci présuppose que les enfants sont des êtres asexués, rigoureusement dépourvus de tout comportement sexuel, qui deviennent fétichisés par une sorte de perversion collective dont ils sont les victimes inconscientes.

Sinon, on se réfère par « hypersexualisation » à la « sexualisation de l’espace public »; la sexualité et l’érotisme, théoriquement confinés à la vie privée, envahiraient — voire, pollueraient — la sphère publique. Ce qui présuppose qu’il existe réellement une sphère publique à envahir et à polluer, exempte de comportements sexuels et remplie d’individus asexués… ce qui me semble hautement douteux. Au mieux, ce qu’on désigne sous le nom d’espace public a toujours été au mieux un lieu où se jouaient tous les rituels de séduction, au pire un endroit où tous devaient tant bien que mal cacher leur sexe pour éviter les foudres de la morale établie.




Quoi qu’il en soit, la discussion sur l’hypersexualisation génère beaucoup de « ah-mon-dieu-où-s’en-va-le-monde», de «c’est-horrible-d’exposer-ces-jeunes-innocents-à-de-telles-monstruosités » et surtout, une suite sans fin de « l’amour-disparaît-la-famille-se-meurt-c’est-la-fin-de-la-civilisation-c’est-la-décadence-vite-tous-aux-abris ». À en croire les tenants de la thèse de l’hypersexualisation de la société, le sexe, surtout par sa représentation pornographique, occupe une trop grande place dans l’espace public, ce qui corrompt la jeunesse, opprime les femmes et mène à la déliquescence morale. Presque systématiquement, les solutions que ces gens proposent est un « encadrement » de la pornographie et de la prostitution (ce qui veut dire leur interdiction), de l’éducation à une saine sexualité (c’est-à-dire, vécue à l’abri des regards dans le cadre conjugal et monogame).

Or, il m’apparait flagrant que c’est plutôt l’appauvrissement, voire la misère sexuelle qui définit le mieux notre époque. Car dans une société basée sur la concentration du pouvoir politique, la propriété et le capitalisme appauvrit tous les aspects de la vie des individus qui la composent et la subissent, même les plus intimes.

Cette misère trouve bien entendu ses origines dans les institutions du mariage et de la famille, ainsi que dans l’imposition des structures sociales patriarcales. Leur impact se fait encore sentir de nos jours et leur importance ne peut être négligée, même si, en Occident du moins, ces institutions se sont étiolées depuis les dernières décennies. Le paradoxe est que malgré leur déclin, la misère sexuelle, loin d’avoir décru, s’est même amplifiée et se fait de plus en plus intensément et cruellement sentir.

Le processus qui a mené à l’affaiblissement et la désintégration de la famille est exactement le même qui est à l’œuvre pour accentuer l’hypersexualisation de la culture et entretenir la misère sexuelle : la marchandisation et la réification des relations humaines. La marchandisation de la sexualité est, de toute évidence, aussi vieille que la prostitution — et donc, que la civilisation, on n’a qu’à lire l’Épopée de Gilgamesh pour s’en convaincre. Le phénomène s’est toutefois emballé depuis une soixantaine d’années, avec l’instauration de l’État providence et du consumérisme. La publicité omniprésente nous expose à une séduction perpétuelle, une aguiche sexy et charismatique qui provoque en nous une envie irrépressible de se procurer de l’antisudorifique, du dentifrice, de la bière, une voiture, du parfum. Les films, les émissions de télé, les magazines, les clips sur internet — en fait, l’ensemble des médias — nous vendent non seulement des objets de consommation, mais aussi des idées, celles liées à la facilité d’attirer des hommes et des femmes à la beauté sans faille dans notre lit. On nous a convaincu de désirer des images plastiques irréelles, des fictions sexuelles par définition inatteignables. Ces désirs artificiels et manufacturés sont, vous vous en doutez bien, au service du capital, puisqu’ils garantissent une insatisfaction chronique qui stimule le consommateur à acheter dans un effort désespérer et sans fin d’atteindre une chimérique satisfaction.

Ce qu’on désigne actuellement sous le vocable de « libération sexuelle » n’est en fait que la marchandisation définitive de la sexualité humaine. La relation sexuelle, voire même la relation amoureuse, est maintenant régie par les strictes lois du marché. Voilà pourquoi que dans une société libérale et capitaliste avancée, on offre sur le marché des marchandises symboliques des images de sexualité hors mariage, d’homosexualité et de bisexualité, ce qui rend ces pratiques de plus en plus acceptables et acceptées par la majorité — d’une façon qui, évidemment, est compatible avec les besoins du marché. En fait, ces pratiques ce sont transformées en identités auxquelles nous sommes tous demandés de nous conformer. Par exemple, l’homosexualité en est arrivée à demander bien plus que de fricoter avec des individus de son propre sexe : elle est devenue un « mode de vie », une identité qui implique le conformisme, des comportements prévisibles,  des endroits à fréquenter, des produits spécifiques à consommer. Être gay, lesbienne, bi, adepte du bdsm ou être fétichiste des pieds signifie s’associer à une sous-culture qui agissent comme des niches de marché complémentaires au couple hétérosexuel et à la famille patriarcale.

La marchandisation de la sexualité place toutes les pratiques sexuelles dans un contexte d’offre et de demande. Sur le marché sexuel, tous essaient de se vendre au plus offrant en tentant de se procurer l’objet de ses désirs au plus bas coût. Si bien que la sexualité en est venue à être liée à la conquête, à la manipulation, à la compétition, à la lutte pour le pouvoir. En résultent des jeux absurdes et pitoyables, comme jouer les allumeuses ou les saintes nitouches, ou pire encore, user de violence psychologique et physique pour parvenir à ses fins. Dans un tel régime, la jalousie et la possessivité ne peuvent que se développer et devenir omniprésentes — après tout, dans un contexte de marché, quoi de plus normal que d’agir en propriétaire avec ce qu’on a légitimement acheté?

Et je ne parle pas de tous ceux et celles qui forment le gros de la camelote sexuelle, ceux et celles qui n’ont que peu de valeur sur le marché du coït et qui ne peuvent espérer connaître de la sexualité que la masturbation, les fantasmes industriels de la pornographie ou les relations tarifées de la prostitution. Je parle ici des hommes qui sont trop pauvres et des femmes qui sont trop vieilles et obèses pour avoir une valeur d’échange. Des petits, des chauves, de celles qui ont des rides et un ventre mou, bref, de ces rebuts de la consommation de la chair — qui doit être nécessairement fraîche pour être dans la zone de péremption. Leur rôle social est crucial, puisqu’ils donnent une valeur marchande à la relation sexuelle; si tout le monde y avait accès de façon libre, égale et illimitée, elle ne faudrait rien dans un système capitaliste.

Qui dit marchandisation dit mesure. La relation sexuelle réifiée est mesurable, quantifiable; sa valeur découle de sa faculté d’être comptée, comptabilisée. Dans une société capitaliste, comment être surpris que la libération sexuelle soit devenue synonyme de discussion généralisée au sujet de la mécanique copulatoire ? Le plaisir de la rencontre sexuelle n’est pas simplement réduit au plaisir physique, mais il l’est plus spécifiquement limité à l’atteinte ou non de l’orgasme. Comprenez-moi bien : je ne crache aucunement sur l’orgasme qui après tout, est une des raisons pour laquelle la vie vaut la peine d’être vécue. Mais axer une rencontre sexuelle autour du simple objectif d’en obtenir transforme la sexualité en tâche à accomplir dans un but précis et limité, la réduit en une suite de manipulations de certains mécanismes pour parvenir à ses fins. Bref, la course à l’orgasme est similaire à la course à la productivité, dans une perspective qui est fort semblable au taylorisme : fractionnement des gestes, efficacité, sans parler de l’apport technologique et du support scientifique des experts attitrés, les sexologues. En bout de piste, avoir une relation sexuelle finit par se réduire à une séance mutuelle de masturbation, où les participants s’utilisent mutuellement en échangeant (dans le sens économique du terme) du plaisir sans rien donner de soi-même. Dans de telles interactions calculées, il n’y a que très peu de place pour la spontanéité, la passion démesurée ou l’abandon de soi-même dans l’autre.

Voilà le contexte social dans lequel nous vivons notre sexualité. Le capitalisme s’accommode à merveille de mouvements de libération partiels qui lui sont très utiles pour récupérer la révolte et pour soumettre de plus en plus d’aspects de notre vie aux lois du marché. Ainsi, le capitalisme a besoin du féminisme, des mouvements pour les droits des gays, des lesbiennes, des bisexuels, et aussi de la libération sexuelle. Le capitalisme ne se défait toutefois jamais immédiatement et totalement des anciennes formes de domination et d’exploitation. Si bien que les mouvements partiels de libération conservent leurs vertus de récupération de la révolte précisément parce que ces anciennes formes d’oppression agissent comme contrepoids utile qui font en sorte que les individus impliqués dans ces mouvements de libération n’aient pas le loisir d’évaluer à quel point leur libération dans le contexte social actuel est misérable.

Voilà pourquoi le puritanisme continue d’exister, et pas seulement comme une relique d’un passé religieux révolu. La pression de se marier — ou du moins, de vivre en couple —, celle de limiter sa sexualité au contexte conjugal, d’avoir des enfants et de fonder une famille sont tous des preuves de sa pérennité. Le puritanisme se manifeste toutefois de façon plus subtile, d’une manière que peu de gens remarquent parce qu’ils n’envisagent jamais d’autres possibilités. L’adolescence est un âge où les pulsions sexuelles sont les plus fortes en raison de tous les changements qui se produisent dans le corps des garçons et des filles. Dans une société saine, les ados devraient avoir toutes les possibilités d’explorer leurs désirs sans honte, sans peur et sans entraves. Bien que les désirs brûlants des adolescents soient clairement reconnus par notre société (combien de scénarios de films comiques sont basés sur l’intensité du désir sexuel des jeunes et la quasi-impossibilité pour eux de l’explorer d’une façon libre et ouverte?), tout est fait pour les censurer, les inciter à nier leurs désirs et à pratiquer l’abstinence, les garder dans l’ignorance et confier leur éducation à l’industrie de la pornographie, ce qui a pour conséquence de les reléguer à la masturbation ou encore à avoir des relations à la va-vite dans des environnements stressants et inconfortables, dans le but d’éviter d’être détectés et donc jugés. Comment espérer qu’une sexualité saine puisse se développer dans ces conditions?

Le capitalisme ne peut fonctionner qu’en maintenant la rareté. Si une marchandise est universellement accessible, elle ne vaut plus rien et il devient impossible d’en tirer un profit. La sexualité étant devenue une marchandise, il est nécessaire qu’elle reste rare pour qu’elle reste profitable. La révolution sexuelle que l’occident capitaliste a connue depuis les quarante dernières années est une bien piètre révolution qui n’a fait que maintenir la misère et la répression.

Depuis que les vieilles justifications pour la répression n’ont plus d’effet auprès de la populace, c’est maintenant la peur qui sert d’outil de contrôle social des comportements sexuels. La peur est entretenue essentiellement sur deux fronts. Le premier est celui de la peur des prédateurs sexuels. L’abus sexuel, le harcèlement, la pédophilie et le viol sont des réalités indéniables. Il est tout aussi indéniable que les médias exagèrent ces réalités en montant en épingle chaque indicent avec force détails sordides. Le traitement des actes de violence sexuel par les médias et les autorités n’est pas uniquement destiné à s’attaquer à ces problèmes, mais aussi — si ce n’est principalement — d’entretenir la peur. Les actes de violences non-sexuels envers les femmes et les enfants sont beaucoup plus fréquents que les abus sexuels. Le sexe a toutefois été investi de valeurs sociales telles que ces agressions projettent une image beaucoup plus terrifiante. La  seconde peur est celle liée aux infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS, le nouveau nom des MTS, qui lui-même avait remplacé les bonnes vieilles maladies vénériennes de nos grands parents), surtout le HIV/Sida. Bien qu’il s’agisse d’une menace on ne peut plus réelle (et qu’il reste impératif de pratiquer le safer sex), force est de constater qu’elle a été utilisée, surtout en Amérique du Nord et par les éléments les plus rétrogrades de la société pour faire la promotion, au pire, de l’abstinence sexuelle, au mieux, de relations sexuelles encadrées strictement par l’hétérosexualité et la monogamie. Ce qui est d’autant plus triste que certains militants GLBT bien intentionnés en arrivent à regretter que les gens en général et les jeunes en particulier n’ont plus suffisamment peur et que cette attitude mènera fatalement à l’insouciance et à la catastrophe sanitaire.

Au milieu de tout ça, immergés comme nous le sommes tous dans cet environnement, nous nous accrocherons désespérément à ceux et celles avec qui nous avons établi nos pauvres relations intimes. La peur d’être seuls, sans amour, nous pousse à retenir de toutes nos forces les amoureuses et les amoureux que nous avons cessé depuis des lustres d’aimer véritablement. Lorsque le sexe continue par miracle d’exister dans de telles relations, il n’est la plupart du temps que mécanique, routinier, mesquin, certainement pas un moment d’abandon à l’autre.

Nous sommes dans une société qui appauvrit tout ce qu’elle touche. Ce qu’on désigne sous le nom d’hypersexualisation est en réalité le symptôme de notre hyposexualisation. La libération sexuelle — dans son sens véritable, c’est-à-dire notre libération en tant qu’individus sexués, qui nous permettrait d’explorer la plénitude de l’abandon érotique à l’autre (ou mieux, aux autres!) — n’a aucune chance de se réaliser au sein de notre société, parce que cette société exige une sexualité appauvrie, réduite au rang de marchandise. Comme elle exige que toutes les relations que nous ayons avec nos semblables soient de nature transactionnelle, mesurables, calculées, vidées de leur sève et de leur substance.

Autrement dit, une sexualité libre, comme tout autre type de relation libre entre individus, ne peut exister dans notre société; elle ne peut être qu’en opposition avec elle. Ceci peut sembler à priori désespérant, mais en ce qui me concerne, je considère plutôt qu’il s’agit d’une porte ouverte vers l’exploration subversive. Le domaine de l’amour est vaste et ses voies sont infinies. Plutôt que de considérer la libération sexuelle comme une simple question de droits individuels ou pire, comme un fait accompli, il faut la concevoir comme un territoire à conquérir. Une sexualité riche n’a rien à voir avec la mécanique génitale ou les arrangements domestiques. Elle n’a rien non plus à voir avec la quantité de partenaires, de relations ou d’orgasmes — le capitalisme ayant prouvé depuis longtemps que de la merde produite efficacement en quantité toujours croissante reste de la merde. Elle a par contre tout à voir avec le plaisir qui naît d’une rencontre véritable, de l’union des désirs et des corps, de l’harmonie, du plaisir et de l’extase qui découle de cette union. Vivre une sexualité libre, en opposition à la société, n’est ni un programme, ni un « devoir révolutionnaire » pour avant-garde en manque de grand soir; c’est simplement la seule façon de vivre dans laquelle l’amour cesse d’être une dépendance mutuelle désespérée et devient une exploration de nouvelles valeurs, de nouvelles façons d’interagir.

Nous ne vivons par dans un monde hypersexualisé. Nous vivons dans le tiers-monde sexuel — un monde à renverser par notre jouissance radieuse et rebelle.

Parmi les commentaires dont certains très intéressants :

David Gendron a écrit:
Ma seule « critique » portant sur ce texte est qu’à mon avis, on ne peut pas écarter totalement le concept de marché dans la relation sexuelle mutuellement consentie, celle-ci étant un échange entre deux individus. Tout de même, je suis entièrement d’accord avec le lien entre l’hyposexualisation et le capitalisme. Il est navrant de constater que la grande majorité des anarchistes embarquent aveuglément dans le piège à cons du discours puritain anti-hypersexualisation…

Ceci dit, je te remercie pour ce texte que je brandirai sans hésiter à toutes celles qui joueront les vierges offensées avec moi. Voilà qui les aidera à s’éduquer et évoluer!

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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Mer 1 Fév - 17:08

toujours à propos de Marxisme et de psychologie, ou de psychanalyse, une référence, rare, d'ultragauche, avec ce texte

Cahiers Mise au Point animés par Serge Bricianer...

Marxisme et psychologie

Mise au point n°1, s.d. 1973 ?

Face à la défaite actuelle du mouvement ouvrier dans le monde entier, les militants ouvriers ressentent un besoin croissant de réorientation. Les principes de la lutte de classe sont soumis à une critique radicale. Nous allons rappeler et discuter certaines tendances caractérisant cette critique. En voici donc un résumé :

[texte de 1938]

Citation :
La théorie de l’ancien mouvement ouvrier était rationnelle et objectiviste, mais les masses n’agissent pas en fonction de leurs besoins économiques clairement intelligibles. Selon elle, le facteur déterminant, en ce qui concerne l’esprit des masses, c’est l’idéologie, non l’intérêt économique. La seule façon d’être réaliste consiste donc à admettre ce fait et à mettre en œuvre les formes de propagande et d’organisation. C’est pourquoi toute théorie de la lutte de classe devrait en premier lieu viser à élucider les motifs réels de la conduite des masses, en vue de trouver les instruments nécessaires pour contrôler et guider cette conduite. On a le plus souvent recours à la psychologie pour compléter et en partie remplacer la connaissance "objective" que nous a donnés le marxisme.

Bien que ces conceptions se répandent toujours davantage, elles n’ont pas encore fait l’objet d’une formulation théorique systématique dans la littérature radicale américaine. En Europe, à cause de l’actuelle expérience du fascisme, les tentatives pour "compléter" la théorie marxienne de la lutte de classe par une "psychologie sociale" ne manquent pas. Les théories de certains tenants de l’École Freudienne sont, à notre avis, représentatives de ce courant parce que, jusqu’à présent, ce sont elles qui ont été articulées avec le plus de clarté et d’intransigeance. Quoique notre critique ne vise qu’une théorie spécifique, ses conclusions restent valables pour l’ensemble du problème que nous venons d’indiquer.

Car les théories que nous discuterons sont issues de ces réflexions générales. Elles reprochent au marxisme officiel de considérer le développement de la lutte de classe comme soumis mécaniquement à des "nécessités économiques", et de ne pas tenir suffisamment compte de l’importance du facteur subjectif dans l’histoire. Il est nécessaire, écrit Wilhelm Reich, un des fondateur du mouvement "Sex-Pol", de reconnaître les "idéologies comme pouvoir matériel". En 1932, au moins 30 millions d’Allemands voulaient le socialisme, à peu près tout le pays était anticapitaliste ; cependant, le vainqueur fut le fascisme, sauveur du capitalisme. "Ce n’est pas un problème socio-économique, mais un problème de psychologie de masse". Dans cette perspective, l’incompréhension des facteurs psychologiques en jeu aurait été l’une des principales raisons pour lesquelles les organisations du mouvement ouvrier allemand furent incapables de résister au fascisme (Reuben Osborn). Les marxistes devraient donc juger "essentielle" la psychologie socio-analytique : elle "accroîtra la qualité de la propagande et la placera à un niveau scientifique".

I

La psychologie socio-analytique tire ses conceptions fondamentales et ses méthodes de la théorie de la conscience humaine dont Freud fit une base de travail pour le traitement des névroses. La découverte authentique de Freud concerne l’"inconscient". Il a montré qu’une grande partie de notre esprit, que nous ne percevons pas d’ordinaire, se trouvait au-delà du domaine de la vie consciente. L’inconscient comprend toutes sortes d’images et de désirs interdits.

La partie biologique de la personnalité qui s’exprime dans les désirs, Freud et le plus grand nombre de ses disciples l’identifient à deux pulsions, l’une d’autoconservation, et l’autre, dite libido, une pulsion d’origine sexuelle, au sens large. Tout être vivant est gouverné par le "principe du plaisir". Il tend à satisfaire au maximum ses pulsions. Les désirs sont irrationnels et amoraux. Ils ne tiennent compte ni des possibilités objectives de réalisation ni de ce que la société considère comme bien ou mal. Ainsi le "principe du plaisir" rompt avec le "principe de réalité", d’où un conflit qui l’oblige à renoncer à la satisfaction immédiate des pulsions, pour éviter la souffrance.

Au contraire des pulsions d’autoconservation qui exigent le plus souvent d’être satisfaites au bout d’un temps relativement court, les pulsions sexuelles peuvent être considérablement différées. Elles peuvent aussi être refoulées dans l’inconscient (répression), à moins qu’à leurs objectifs initiaux s’en substituent d’autres, situés dans d’autres sphères de la réalité (sublimation). Alors que les pulsions d’autoconservation ne peuvent être satisfaites que par des voies matérielles, les besoins de ce que Freud appelle la libido peuvent l’être par le mécanisme de sublimation, par le phantasme notamment. La classe dominante utilise ce mécanisme pour donner aux masses le type de gratification émotionnelle que permet l’ordre établi. Cette théorie psychosociologique s’intéresse en tout premier lieu à la faculté des pulsions de s’adapter activement et passivement aux conditions sociales. Il revient aux segments rationnels et essentiellement conscients de l’esprit, agissant en quelque sorte comme un organisateur de la personnalité, de réaliser l’adaptation.

Freud distingue en autre aspect de l’esprit humain qu’il appelle le "surmoi". Cette conception est la partie la plus ambiguë de sa théorie, mais vu l’importance qu’elle revêt pour notre problème, nous ne pouvons éviter d’en traiter. La fonction que Freud assigne avant tout au surmoi, c’est la "conscience morale" et la "création des idéaux". Il s’agit d’une projection de l’autorité sociale au sein de la personnalité, de l’intériorisation d’une force extérieure. L’enfant qui grandit dans la famille affronte la force sociale dans la personne du père. Sa raison, insuffisamment mûrie pour se plier aux exigences de l’adaptation, ne peut pas encore lui permettre de saisir rationnellement les possibilités de maîtriser les obstacles auxquels se heurtent ses désirs. L’enfant érige en lui-même par identification avec les parents une autorité arbitraire qu’il pare des attributs d’un pouvoir moral, échappant au jugement rationnel. Une fois le surmoi établi dans la personnalité de l’enfant, il sera toujours projeté sur les autorités dominant la société. L’homme conférera toujours aux autorités la qualité de son propre surmoi et de cette manière les rendra inaccessible à la critique rationnelle. Dès lors, il croira en leur sagesse et en leur pouvoir dans une mesure totalement indépendante de leurs qualités réelles. Grâce à ce même mécanisme, les attributs des autorités, attributs réels ou créés par la propagande, détermineront à leur tour le contenu du surmoi et se verront identifiés à lui. C’est en invoquant ce processus d’identification que les psychanalystes expliquent comment la religion, l’Etat, les dirigeants et les autres fétiches sociaux ont acquis une si extraordinaire influence. Ils exercent la même fonction dans l’esprit de l’adulte que le père et la mère durant l’enfance. Et de même que la crainte du châtiment qu’éprouvait l’enfant vulnérable était le facteur décisif dans la formation du surmoi pendant cette période, de même, l’existence d’une force sociale directe est le facteur décisif dans la croissance du surmoi et son identification à l’autorité sociale. Les commandements irrationnels du surmoi perdraient leur emprise, le segment rationnel de l’esprit triompherait facilement si la force physique sociale cessait de fonctionner

De même que la fonction du surmoi ne peut être comprise qu’en approfondissant la biographie de la personnalité, la structure générale de la personnalité, selon Freud, ne peut être comprise que par une analyse du développement de la vie instinctuelle par lequel cette dernière s’adapte normalement à la famille et à la société. C’est là une autre phase de la théorie de Freud qui semble passablement étrange, surtout sous la forme condensée qu’on lui a donnée. Pour la justifier empiriquement, il faudrait recourir au matériel clinique. Cependant, l’esquisse sommaire de la façon par laquelle on retrouve dans l’enfance de l’individu l’origine des forces psychologiques est suffisamment claire. L’enfant s’aime tout d’abord lui-même et ensuite tourne son amour vers ses parents. Freud caractérise sa structure sexuelle dans cette seconde période par référence au roi Œdipe, qui tomba amoureux de sa mère et l’épousa. Après un stade d’homosexualité, le développement passe à l’hétérosexualité génitale de l’adulte normal. Mais l’enfant peut ne pas s’être suffisamment libéré de l’attachement à un des objets infantiles de sa sexualité. Ou bien ses émotions peuvent rester fixées à ce stade, ou bien, par suite d’une expérience fâcheuse, il peut régresser à l’un des stades émotionnels antérieurs. A l’origine de la plupart des psychoses et anomalies caractérielles figure l’affirmation de besoins émotionnels que la conscience s’était refusée à admettre. Elles manifestent toutes une fuite de la réalité. La psychanalyse, méthode consistant à fouiller à fond la biographie du patient, permet à ce dernier de prendre conscience des causes inconscientes de sa névrose et l’aide à la vaincre.

Le principal développement de la vie instinctuelle ayant lieu pendant l’enfance, le développement de la structure psychologique familiale est l’un des principaux objectifs des théories discutées ici. On fait de l’éducation la source unique de la morale et de la religion chez l’homme, dissipant du même coup le caractère métaphysique des morales. L’idéologie toute entière de la société est reproduite dans l’enfant durant les 4 ou 5 premières années de sa vie. La famille est pose en agent psychologique de la société. C’est la fabrique des idéologies.

Les différentes formes de répression des pulsions émotionnelles dans la famille bourgeoise ren¬dent l’enfant timide, sensible à l’autorité et obéissant - en un mot, il peut être éduqué. La société engendre, par l’intermédiaire de la famille, l’esprit autoritaire. C’est le résultat d’une maturation incomplète de la vie émotionnelle et d’une faiblesse du pouvoir rationnel, consécutives l’une et l’autre aux répressions subies dans l’enfance, caractéristiques de la forme de société actuelle. L’attitude autoritaire se marque dans les différences de réaction à ces manœuvres répressives selon qu’elles visent une individualité tranchée ou non. Si l’on peut répartir les personnalités en 2 types, dont l’un est principalement agressif contre les hommes au pouvoir et sympathisant envers la faiblesse, tandis que l’autre accorde sa sympathie aux oppresseurs et dirige son agressivité contre les opprimés, alors, le type autoritaire est manifestement représentatif de la dernière espèce. Une de ses caractéristiques est de souffrir sans se plaindre. Mais l’homme autoritaire est ambivalent : il aime et hait simultanément ses dieux et ainsi souvent se rebelle aveuglément contre le pouvoir existant. Sa révolte irrationnelle, de toute façon, ne change pas sa structure émotionnelle ou la structure de la société. Elle substitue simplement une nouvelle autorité à l’ancienne. Contrairement au type autoritaire, la personnalité réellement révolutionnaire est rationnelle et ouverte à la réalité ; en d’autres termes, elle représente l’adulte accompli qui n’est pas gouverné par la combinaison de crainte du châtiment et de désir de l’approbation de l’autorité paternelle. Elle se caractérise par une volonté de transformer le monde matériel, le type autoritaire, par la soumission au destin.

Plus les contradictions au sein de la société s’accroissent, plus les forces sociales deviennent aveugles et incontrôlables, plus des catastrophes comme la guerre ou le chômage assombrissent la vie des individus, plus la structure de personnalité autoritaire se renforce et se répand. Pour qu’elle disparaisse définitivement, il faut que soit éliminée la désorganisation de la vie sociale et créée une société dans laquelle les hommes géreront leur vie rationnellement et activement.

Ainsi les découvertes des psychanalystes montrent que la désorganisation économique est produite et reproduite par des hommes dont les structures psychiques sont également désorganisées. Ces hommes sont liés et soumis à la classe dominante autant par des forces émotionnelles inconscientes et, par là même, irrépressibles, que par le pouvoir irrationnel des croyances conformistes qu’ils ont érigé en eux-mêmes. Seule la diminution de ces liens irrationnels, l’accroissement de la rationalité - peut renforcer la capacité des hommes à transformer les conditions sociales. Seul un type de propagande et d’organisation qui tienne compte de ceci, sera en mesure d’acquérir une réelle efficacité révolutionnaire. Aussi longtemps que les masses tolèrent une propagande composée de slogans idéologiques, et des organisations révolutionnaires fondées sur la fidélité aveugle envers les dirigeants, il sera impossible d’atteindre le niveau de la conscience de classe indispensable pour un changement radical de l’ordre établi.

II

Quand on examine la description que font les psychanalystes de l’esprit de l’individu en système capitaliste, on s’aperçoit que leurs découvertes ne s’opposent pas à la critique de la société donnée par le marxisme. La critique de la psychanalyse elle-même n’étant pas notre propos, nous nous limiterons à quelques remarques à ce sujet. Il ne fait aucun doute que l’hypothèse du surmoi suscite de nombreuses objections. Elle est quelquefois assez obscure et incohérente dans la vision de Freud lui-même, mais elle permet de mieux approfondir le problème psychologique de l’autorité.

La conception psychogénétique de la personnalité humaine qui dissout cette dernière en faisceaux d’impulsions qu’elle simplifie de façon manifeste, prête elle aussi le flanc à la critique. Ces faiblesses théoriques sont dues au fait que les bases cliniques des observations sur lesquelles la psychanalyse a été édifiée sont trop restreintes pour rendre compte des activités humaines et sociales complexes qu’elle prétend expliquer. Le psychiatre de métier, lorsqu’il tire ses généralisations téméraires d’un champ d’observations restreint, se borne souvent à reprendre simplement l’attitude intellectuelle qu’il adopte envers ses patients. La raison en est que les conditions sociales actuelles présentent un tableau semblable à un cas psychopathologique. Cette anomalie de la société que les freudiens avec leur méthode d’enquête trouvent réfléchie dans l’individu constitue l’objet de l’analyse marxiste.

Cependant les conclusions de la théorie psychanalytique, telles que nous les développons ici, ne sont pas acceptées par l’écrasante majorité de ses adhérents. Ni Freud ni la plupart de ses disciples ne soutiennent ces points de vue. Persuadés que la société bourgeoise est appelée à durer pour l’éternité, ils ne croient pas en la possibilité de transformer les rapports de forces objectifs qui, comme nous l’avons exposé, sont des facteurs décisifs pour l’existence de la structure émotionnelle. Ils hésitent entre l’attitude bourgeoise progressiste du XIX° siècle et le pessimisme misanthropique de la société autoritaire moderne. Freud lui-même, et bon nombre de ses disciples les plus renommés, tend de plus en plus à une attitude nihiliste ; ceci est dû en partie à la tendance constructive de la théorie psychanalytique qui ouvre la porte à mille échappatoires intellectuels.

Cependant, une interprétation logique de la structure émotionnelle de l’homme, sur le base de la psychanalysé, ne peut que conduire à une explication matérialiste de l’individu dans la société. Erich Fromm critique à juste titre le parallèle formaliste que Freud établit entre l’impuissance de l’enfant au sein d’une famille et celle de l’adulte aux prises avec des forces sociales. Il s’agit là non seulement d’un parallèle mais aussi d’une combinaison extrêmement complexe. C’est non pas l’impuissance biologique d’un petit enfant qui est le facteur décisif concernant son besoin spécifique d’une forme définie d’autorité, mais l’impuissance sociale de l’adulte, déterminée par sa situation économique, qui modèle l’impuissance biologique de l’enfant et qui par conséquent influence la forme concrète du développement de l’autorité sur l’enfant. C’est seulement si l’on prend suffisamment en considération l’influence des conditions économique sur les pulsions libidinales que le comportement mental de l’individu peut être interprété de façon adéquate.

Une psychologie collective qui, sur cette base scientifique, tente d’expliquer, dans leur dimension sociale, les structures psychiques communes à des individus vivant en groupe, doit s’accorder avec l’interprétation marxiste de la société. La conformité de ses résultats avec la critique révolutionnaire de la société ne sera pas due seulement à l’analogie générale qui existe entre la personne névrotique et notre société désorganisée. Car, plus le groupe considéré est grand, plus il y aura identité entre les expériences de la vie quotidienne de ses membres, à partir desquelles elle explique les conduites sociales, et la situation socio-économique qui est le sujet de la théorie critique de la société.

C’est à cette relation l’identité que la sociopsychanalyse doit et sa force et sa faiblesse. Il est extrêmement douteux que les "résultats" obtenus jusqu’ici par cette théorie dans l’interprétation des conduites sociales soient réellement l’aboutissement de son authentique recherche. Il semblerait plutôt qu’on ait mis la charrue avant les bœufs, que ce n’est pas la psychologie sociale qui sert l’analyse marxiste, mais cette dernière qui contribue à mettre notre psychologie sur la voie de ses conceptions concrètes. Et en fait, l’interprétation critique marxiste de l’existence déshumanisée de l’homme sous le capitalisme conduit à une plus ample compréhension des traits et des rapports humaine qui révèlent une importance décisive en ce qui concerne la transformation de la société.

Mais combien le marxisme officiel s’est éloigné de cette tâche pratique ! Les marxistes et les psychanalystes marxistes rivalisent entre eux de tentatives formalistes pour prouver que les "méthodes" de leurs "sciences" respectives sont pareillement "dialectiques". Ils perdent leur temps à vérifier "les parallèles philosophiques entre la conception matérialiste de l’histoire et le caractère dynamique et génétique de la manière dont Freud comprend l’individu". "Dialectique par nature" a-t-on dit de la formation des symptômes de la névrose. "Le moi agit comme un agent synthétisant." Le développement de la libido est considéré comme un "processus dans lequel l’accroissement d’un changement quantitatif produit quelquefois brusquement une transformation qualitative". Combien futiles sont de telles discussions, même d’un point de vue scientifique restreint, nous allons le montrer dans un cas sur lequel Osborn s’étend longuement dans Marxisme et psychanalyse. Il se demande comment le caractère non dialectique des représentations conscientes est compatible avec le "caractère fondamentalement dialectique de la pensée humaine". Cherchant à résoudre l’énigme, il soutient que les rêves, expression exacte de l’inconscient, constituent l’antithèse dialectique du processus de la pensée vigile. La raison renforce la répression des émotions du fait que les normes de la conscience ont pour effet d’exacerber l’incompatibilité de ses tendances dialectiques. La réalité étant d’habitude inapte à. permettre une satisfaction parfaite des impulsions, la raison humaine exagère l’âpreté de la réalité et la représente comme rigide et immuable en vue de raffermir la répression de ses pulsions.

Ce qui est déterminant pour la structure logique de notre pensée quotidienne et pour la distinction entre les qualités premières et secondaires dans les sciences naturelles, ce n’est pas notre mécanisme émotionnel, mais la nécessité d’ordonner le cours des apparences du monde extérieur, dans le but de la dominer. Cette domination est ultérieurement possible, seulement sur les bases de l’adéquation de nos conceptions et des objets que nous saisissons grâce à elles. Voir dans la structure conceptuelle une formation de réaction contre les impulsions humaines est tout simplement aberrant. La fonction de la structure conceptuelle, dans les sciences naturelles comme dans la vie quotidienne, demande à être expliquée en premier lieu sur le base des objectifs sociaux qu’elles ont toutes deux à atteindre.

On sait bien, sans doute, que pour titre officiellement admise en Russie, une "science" quelconque doit voir son caractère "dialectique" reconnu par l’Etat. Mais aussi, en dehors de ce pays, et de ses sujets, ici ou n’importe où ailleurs, de telles discussions révèlent que le marxisme a dégénéré en académisme. Rien d’étonnant donc de voir John Strachey porter aux nues cette partie de l’exposé d’Osborn : "Sa plus captivante découverte théorique".

III

Les sociopsychanalystes assignent pour la fonction pratique à leur théorie "d’activer les masses". Ils veulent contribuer à développer la conscience de classe en formulant et articulant les besoins émotionnels des masses. Comme ils sont plus particulièrement concernés par les besoins sexuels, ils soutiennent qu’il est particulièrement important de dénoncer la fonction sociale réactionnaire de la morale sexuelle et de la religion. Cette propagande va les mettre à même, disent-ils, de pulvériser et de saper ainsi "un des principaux piliers du capitalisme : la volonté des masses de supporter la répression et l’exploitation sociales". Le sort de la révolution dépend toujours des larges masses "apolitiques". L’énergie révolutionnaire émerge de la vie quotidienne. "Par conséquent", proclament-ils, "politiser la vie privée, le marché, les cinémas, les bals, les fêtes foraines, les chambres à coucher, les bowlings, les salles de billard !"

Tout en admettant qu’en dernière instance les rapports socio-économiques déterminent la structure des impulsions des masses, les psychanalystes pensent que la révolutionnarisation elle-même des masses doit tout d’abord concerner la superstructure idéologique de la société. Ils justifient cette idée par ce que la psychologie leur a enseigné de l’effet stabilisateur des liens émotionnels assujettissant les masses aux chefs et aux idéologies dominantes. Ils se disent persuadés que la présente orientation vers le fascisme confirme empiriquement leur théorie et leurs propositions.

Dans une société libérale, l’autorité restait voilée aux yeux des individus. Voyant dans les fétiches des prix, de la propriété, des rapports légaux, autant de forces naturelles, ils ne percevaient pas leur absence de liberté. C’était la fausse conscience que Marx avait à l’esprit quand il analysait le rôle du fétichisme dans les économies bourgeoises. Le travestissement disparaît de plus en plus. C’est à instaurer l’autorité directe et barbare des économies d’État totalitaire que tend la société actuelle. Il a fallu tous les efforts des marxistes pour "démasquer", comme disait Lénine, la fausse conscience, pour mettre en évidence le caractère fétichiste de l’égalité juridique, de la démocratie bourgeoise, de la religion, et principalement de la marchandise. Maintenant, tons ces fétiches se sont évanouis - les masses ne se précipitent plus pour défendre "leur" démocratie, "leur" égalité devant la loi, "leur" liberté d’échange sur le marché ou devant Dieu, ou même "leurs" dirigeants politiques ! Cela, nos psychanalystes ne peuvent le comprendre ! Il doit y avoir quelque-chose qui ne va pas dans la théorie marxiste, raisonnent-ils, et cela ils croient l’avoir découvert dans la tendance "économiste" du marxisme officiel.

Il est hors de doute que les diverses écoles du marxisme contemporain ont rejoint la classe dirigeante dans la fabrication d’idéologies. La tendance objectiviste de ce marxisme n’est rien d’autre que l’expression de cette conversion idéologique. Mais les psychanalystes dont il est question ici, ne sont justifiés en aucune façon dans leur objection, parce que ce qui caractérise leur point de vue c’est justement qu’ils ne reconnaissent pas la dépendance économique fondamentale des travailleurs vis-à-vis des moyens de production. L’acceptation de cette autorité économique par les travailleurs était déjà la relation fondamentale du système libéral exactement comme il forme la base de la société totalitaire. Tant que les masses considéreront cette autorité dans la production comme nécessaire, et qu’elles ne se révolteront pas contre elle, le pouvoir de la classe possédante demeurera intact. On ne saurait nier que l’existence des liens d’autorité irrationnels soit aussi un facteur de renforcement des rapports économiques de base. Mais croire qu’a l’heure actuelle où la fabrication d’idéologie est de plus en plus l’apanage de services centralisés, dotée des moyens techniques les plus efficaces, croire, justement, maintenant, l’effort principal doit être centré sur l’agitation dans la sphère des superstructures, c’est vouloir se lancer à l’assaut de moulins à vent.

Le changement actuel opéré dans la structure socio-économique transforme une condition dans laquelle l’auto-explication et justification de la société devient une production consciente, même dans le capitalisme ; et parce que les contradictions de la production capitaliste s’exacerbent quotidiennement, les rationalisations idéologiques qui les travestissent, s’éloignent toujours davantage de la réalité. Surtout maintenant où les apparences semblent plus que jamais prouver la décisive "influence matérielle des idéologies", la décision dépend totalement d’un changement dans les rapports économiques. Il n’est pas seulement impossible mais aussi inutile de combattre les centres de propagande des dirigeants totalitaire avec leurs propres armes. Ces idéologies se désagrégeront aussi rapidement qu’elles sont maintenant acceptées par les masses. Leur inconsistance par rapport à la réalité apparaîtra ouvertement au moment où le problème du renversement matériel de la société se posera aux masses. Plus que jamais, la théorie critique doit se préoccuper de ce changement matériel fondamental.

Plus que jamais, cette théorie est liée au développement de la conscience de cette classe qui détient les positions clés dans les mécanismes de la production l’orientation de ce développement a pour préalable l’élucidation des questions très simples qui concernent les rapports sociaux fondamentaux. Dès lors que les travailleurs s’emparent des moyens de production, ils contrôlent aussi la production de la propagande. A la production d’idéologies succédera une analyse rationnelle et systématique, l’opinion publique interprétant elle-même son comportement. Les masses travailleront ès concert à clarifier les principes qui détermineront la production et l’organisation de la société.

L’importance exagérée donnée au facteur sexuel devient particulièrement apparente dans le genre de propagande que propose le mouvement SexPol. Mais, en outre, l’inefficacité de ses tentatives pour relier une propagande radicale aux besoins émotionnels des masses est facilement démontrée par sa propre théorie. Cette théorie prétend que la structure spéciale des pulsions libidinales, qui déterminent l’attitude des masses à l’égard des autorités, dépend intégralement de la force sociale que ces autorités représentent. Ainsi, seront-elles toujours capables d’user des mécanismes de répression et de sublimation pour arriver à leurs fins. Cette faculté même des pulsions sexuelles de s’adapter aux conditions sociales, les rend beaucoup moins aptes à être utilisés comme levier pour une propagande révolutionnaire, que des pulsions d’autoconservation. Nous ne croyons certainement pas que le problème très complexe de la conscience de classe puisse être valablement interprété par une théorie simplificatrice des pulsions. Mais sur les bases d’une telle division formelle de la vie émotionnelle de l’homme, la pulsion de faim sera d’une beaucoup plus grande influence pour le moindre soulèvement, que la pulsion sexuelle aisément ajustable. Qui plus est, la théorie sociopsychologique met l’accent sur l’importance de l’enfance, surtout dans les quatre ou cinq premières années, pour le développement du pouvoir des idéologies chez l’homme. Si donc, la propagation des idéologies dans les masses doit être une condition du renversement de l’ordre établi, il faudrait en conclure logiquement à la nécessité de réformer en tout premier lieu la famille ou, en d’autres termes, de révolutionner l’école maternelle pour réaliser la révolution sociale. Cela serait même pire que la vieille illusion sociale-démocrate bien connue, selon laquelle la révolution sociale présuppose "l’homme révolutionnaire" qui peut seulement être l’aboutissement d’un long processus d’éducation de masse.

La thèse psychanalytique conduit pratiquement à une propagande visant la satisfaction bidon de certaines pulsions qui peuvent être comblées dans le cadre de la société capitaliste. Cette propagande politique n’est pas nouvelle. Elle a toujours été utilisée par l’ancien mouvement ouvrier. Ses idées fondamentales ont servi de base à l’existence d’énormes associations pour le chant, les excursions, la danse, la gymnastique et pour d’autres buts - sauf la préparation réelle du combat contre le capitalisme - activités qui étaient celles de presque toutes les organisations ouvrières d’Allemagne avant 1933.. Mais c’est au mouvement hitlérien de "la force par la joie" (Kraft durch Freude) qu’il revint de porter au grand jour la véritable fonction sociale de cette éducation "révolutionnaire" et de ses conséquences pratiques.

(Anonyme), "Marxism and Psychology", Living Marxism, IV, février 1938, pp. 21-30.

plus intéressant que la critique même de la psychanalyse, ce que ce texte n'en conteste pas : « La découverte authentique de Freud concerne l’"inconscient". Il a montré qu’une grande partie de notre esprit, que nous ne percevons pas d’ordinaire, se trouvait au-delà du domaine de la vie consciente. L’inconscient comprend toutes sortes d’images et de désirs interdits » dont il résume les instance selon Freud, et qui sont la base sur laquelle Reich a construit ses thèses, qui ne sont pas ici à proprement parlé critiquées

quelle relation entre ces désirs, inconscients ou conscients, la pulsion du "principe de plaisir", la libido sexuelle au sens large et la subjectivation dans l'activité de classe ? Opposer les deux n'a pas de sens, ou plutôt si, éviter de se poser la question de la subjectivation révolutionnaire, qu'elle soit individuelle ou collective, et qui détermine le passage à l'acte, en l'occurrence à l'activité révolutionnaire ? Voilà une question toujours d'actualité, loin de la sanction débilitante de type TC : « en finir avec toutes ces histoires de subjectivité »

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AliBlabla



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Mer 1 Fév - 17:33

AC/TC a écrit:
« en finir avec toutes ces histoires de subjectivité »

AliBlabla : - Qui va faire la révolution ? Le prolétariat automate ! Sans la somate, de Rabelais, « la partie du corps masculin la plus sexy », autrement dit sans le désir de la faire !

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Mer 1 Fév - 18:48

AliBlabla a écrit:
la révolution... le désir de la faire !

pour l'anecdote


1972

Citation :
"Faire la révolution, c'est réaliser le bonheur, faire que chacun puisse dire je". C'est sur cette phrase ardente que s'achève le livre de Jean-Paul Dollé, professeur de sociologie à l'Université de Vincennes et à l'Ecole Nationale des Beaux-Arts.

Karl Marx a lancé son cri libérateur. Les marxistes ont recueilli, codifié sa parole, ils ont constitué un système clos et contraignant. Ils ont privilégié l'émancipation des masses par rapport à l'épanouissement de l'homme aliéné en sacrifiant ce dernier. Karl Marx a été "châtré" par les marxistes. Jean-Paul Dollé proteste contre cet affadissement. Le désir de Révolution doit être aussi révolution du désir. Les révolutionnaires de doivent pas être des cérébraux refoulés. La Révolution est globale, elle concerne l'homme tout entier, elle sera culturelle ou ne sera pas.


Voici ce qu'en dit l'auteur en 2001 dans la revue Lignes n° 4, p. 72-75

Citation :
1
Lorsque j’écrivais Le Désir de révolution, j’étais, après l’incandescence de Mai 68, dans l’attente anxieuse que ce moment de bonheur inouï revienne. Je n’étais plus sûr de rien, et surtout pas de la justesse de la théorie révolutionnaire et des pratiques qui s’en réclamaient, mais ce dont je ne doutais pas, c’est que désir et révolution s’équivalaient. Le désir, pensais-je, ne pouvait surgir et se déployer que dans un monde autre que celui où le règne absolu de la marchandise ne se soutenait que de rendre la révolution inconcevable et impossible. Quant à la révolution, c’est-à-dire le renversement violent du monde dans la totalité de ce qu’il était, elle ne me semblait possible que dans la mesure où elle devenait la chose la plus désirable, parce que voie d’accès à tous les autre désirs.

2
Depuis, je mesure la naïveté de cette assurance, et pourtant je ne la renie pas. Bien plus, elle me paraît plus que jamais fondée, mais pour de tout autres raisons que celles que j’invoquais alors. Si l’état du monde provoque encore en moi un violent désir de le refuser tel qu’il est et de le voir subverti dans sa totalité, c’est que précisément j’ai fait l’expérience, dans l’impossibilité où je me voyais de ne plus rien avoir à lui opposer, d’une vie qui s’absente bien qu’elle se perpétue par pure inertie du cycle biologique vital. J’ai survécu – en ces années où quiconque ne se conformait pas à l’injonction de trouver bon ce qu’imposaient les contraintes du cours du monde (capitaliste) était réputé complice des horreurs du goulag – d’autant plus mal que rien ne garantissait que le désir de révolution, coextensif au refus de se soumettre à la domination, n’entraînât pas à coup sûr une autre forme d’oppression. Il me semblait alors, puisque la révolution n’avait plus d’avenir, que c’était le possible lui-même qui se trouvait congédié. Bref, au néant qu’offrait le monde il ne restait plus qu’à opposer l’ataraxie. Désert des années quatre-vingt-dix. Fatigue extrême.

3
Aujourd’hui, la question de la révolution est tranchée. Elle est impossible car le capitalisme a totalement triomphé, ne laissant aucune partie du monde exempte de sa domination. Par contre, ce que la mondialisation n’a pas encore tranché, c’est de savoir si, tous y étant intégralement soumis, tous la désirent absolument. Cette petite marge d’incertitude quant au triomphe avéré et total de ce que La Boétie appelle la soumission volontaire me semble ce qui reste comme possible issue pour que la figure du désirable de la révolution ne soit pas à jamais effacée, et survive sous la forme du refus de l’intolérable dont elle serait, si elle survenait encore une fois, la négation radicale.

4
En ce point, je me rends compte combien je me leurrais moi-même quand je me persuadais que le combat pour l’émancipation dispensait de tout examen sur la réalité de cette volonté d’émancipation dudit genre humain, et en particulier de la mienne propre. Certes je voyais bien que les exploités et les opprimés aspiraient rarement à changer de conditions. J’expliquais cette défaillance par la capacité de mystification que possédaient les maîtres. L’idéologie dominante est idéologie de la classe dominante, disait-on à l’époque. Façon de repousser loin de soi l’idée insupportable qu’il puisse exister chez les asservis un désir de Maître.

5
Et d’abord chez ceux qui se disaient révolutionnaires. C’était précisément à ceux-là que le désir de révolution était adressé, pour que ne fût pas refoulée l’idée que la révolution était uniquement causée par le désir de ceux qui l’accomplissaient pour que fût mis fin à la servitude, et non par je ne sais quelle loi de l’Histoire. Mais ce que je ne questionnais pas à l’époque et que le triomphe de la domination m’a contraint depuis lors à réexaminer, c’est ce qui se cache derrière ce désir de renverser les maîtres, en quoi se reconnaît et se réalise une révolution. Est-ce bien la maîtrise en tant que telle qui est renversée ou bien le renversement des maîtres ne procède-t-il pas bien plutôt de ce que Nietzsche appelle ressentiment ? Autrement dit, ceux qui n’ont rien à perdre que leurs chaînes cessent-ils d’être enchaînés et surtout désirent-ils l’être du simple fait qu’ils n’en peuvent plus d’être victimes, et se dégagent pour un temps de leurs fers ? Cesse-t-on d’être esclaves quand on se bat contre les maîtres ? Que supposerait un monde sans domination ? Que tous soient maîtres ? Maîtres de quoi et de qui ? Pour qu’il n’y ait plus de domination, faut-il imaginer un monde qui s’érigerait en communauté universelle d’égaux dans la maîtrise, c’est-à-dire une conjuration réussie d’égaux dans la souveraineté, le rêve réalisé d’un Gracchus Babeuf qui aurait assimilé la leçon de Georges Bataille ?

6
Quand il m’arrive de le désirer – et je le désire encore –, je suis bien conscient que ce monde est impossible mais que, néanmoins, il n’est pas impossible – et surtout pas hors champs de mon désir – qu’à cet impossible soit faite une exception : la survenue d’un événement, d’une rupture, qui en changerait le cours et ouvrirait la voie d’un autre devenir.


Franchement c'est assez typique de l'ex-68tard rangé des voitures, très subjectif et ramenant tout à la volonté d'émancipation  (Nietzsche) contre la servitude volontaire (La Boétie), si ce n'est au désir de ce Monsieur... de ne pas faire la révolution. Bon, il est mort en 2011...

dans le résumé, on retiendra ces généralités qu'on peut partager, mais sans doute pas avec le sens que l'auteur leur donnait en 1972 : « Le désir de Révolution doit être aussi révolution du désir. Les révolutionnaires de doivent pas être des cérébraux refoulés. La Révolution est globale, elle concerne l'homme tout entier, elle sera culturelle ou ne sera pas. »

Ce texte de 2001 est tiré de



Citation :
Ils sont bien quelques-uns encore à croire que la révolution est possible et à avoir même un programme pour elle. Cette enquête s’adresse moins à eux qu’à ceux qui, faute de savoir si elle est encore possible, encore moins quel programme lui donner, ne cessent pas pour autant de penser qu’elle est désirable.

Étant entendu que nous donnons ici au mot « révolution » le sens le moins précis possible, que nous désignons par celui-ci ce que Berl désignait comme : « refus pur et simple opposé par l’esprit au monde qui l’indigne. »

Contributeurs: Daniel Bensaïd, Alain Brossat, Jean-Louis Déotte, Jean-Paul Dollé, Pierre Guyotat, Enzo Traverso, Jean-Paul Curnier, Jean-Luc Nancy, Bernard Sichère, Jean-Michel Besnier, Christophe Bident, Catherine Malabou, Étienne Balibar, Jean Baudrillard, Daniel Blanchard, François Bon, Henri Deluy, Marie Depussé, Michel Deguy, Jean-Luc Evard, Arlette Farge, Michel Chaumont, Sylvain Lazarus, Philippe Hauser, Emmanuel Loi, François Lonchampt, Michael Löwy, Jean-Michel Mension, Edgar Morin, Bertrand Ogilvie, Élisabeth Roudinesco, Louis Sala-Molins, René Schérer, Alain Tizon, Paul Virilio

On note que la révolution, au « sens le moins précis possible » (sic) est en quelque sorte fondée sur l'indignation, ce qui nous rappelle quelque chose... Il est vrai que pour réunir Edgar Morin et Élisabeth Roudinesco, entre autres, il fallait ratisser large !

nous avons déjà vu passer la présentation de Michel Surya et la contribution de Daniel Bensaïd, dont voici la chute :

Daniel Bensaïd a écrit:
En tant que « part non fatale du devenir », la révolution profane ne relève pas d’une dynamique compulsive des désirs, mais d’une dialectique des besoins. Elle n’obéit pas aux caprices du désir, mais à l’impératif raisonné de changer le monde – de le révolutionner – avant qu’il ne s’effondre dans le fracas des idoles de cendre. Ce besoin n’est pas une passion triste, acharnée à combler un manque irréductible, mais la passion joyeuse d’une révolution en permanence, où se nouent la durée et l’événement, les conditions déterminées de la situation historique et les incertitudes de l’action politique qui transforme le champ des possibles.

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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Mer 1 Fév - 19:20

Tristan Vacances a écrit:
"Le désir de révolution", 1972... anecdote...

Patlotch : - l'anecdotique convient mieux je pense aux textes de 2001 qu'à celui de 1972. Quoi qu'il en soit cette expression de "Désir de révolution", que j'ai utilisée en 2002 dans le texte RENVERSER LES PERSPECTIVES / Armer les désirs de révolutions n'avait déjà pas pour moi ce sens d'interrogation personnelle et individualisée qui est explicite dans l'introduction de Surya :

Citation :
Cette enquête s’adresse moins à eux qu’à ceux qui, faute de savoir si elle est encore possible, encore moins quel programme lui donner, ne cessent pas pour autant dépenser qu’elle est désirable. C'est de ceux-ci que cette enquête sollicite l’opinion. C’est à ceux-ci qu’elle demande quel désir est le leur, c’est-à-dire ce qui les justifie à ne pas renoncer à ce désir ou, si la tentation de renoncer existe, comment ce désir l’emporte.

de cela, et de ceux-là pour ce qu'ils sont et représentent, je dirais qu'on se fout. C'est une toute autre question que nous avons posée, comme je le rappelais plus haut :

Patlotch a écrit:
quelle relation entre ces désirs, inconscients ou conscients, la pulsion du "principe de plaisir", la libido sexuelle au sens large et la subjectivation dans l'activité de classe ? Opposer les deux n'a pas de sens, ou plutôt si, éviter de se poser la question de la subjectivation révolutionnaire, qu'elle soit individuelle ou collective, et qui détermine le passage à l'acte, en l'occurrence à l'activité révolutionnaire ?

je pense qu'il vaut mieux abandonner cette expression, "le désir de révolution", qui est vraiment trop source de confusion, puisqu'elle fait basculer la dynamique de la lutte entre classes dans celle d'une pure subjectivation, pour le coup le pire de l'humanisme théorique

mais je vais quand même ajouter le mot de révolution dans le titre du sujet : SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME

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AliBlabla



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Mer 1 Fév - 19:58

AliBlabla : - Il va y avoir un problème de continuité de certaines pratiques sexuelles entre l'animal et l'humain

Saccorhytus, la créature sans anus présentée comme un ancêtre très lointain de l'être humain

La découverte d'un fossile de cette créature préhistorique minuscule dans le centre de la Chine passionne les scientifiques.

Citation :
La créature avait un grand orifice, identifié par les scientifiques comme une bouche, énorme pour sa taille. Elle avait huit petites ouvertures coniques le long de son corps, qui lui permettaient, peut-être, d'évacuer l'eau qu'elle avalait et qu'elle filtrait. Un système interprété comme l'ancêtre des branchies des poissons.

"Son corps devait être assez souple et flexible pour pouvoir se mouvoir et exécuter des contractions afin d'expulser l'eau, mais pas aussi gélatineux et fragile qu'une méduse", imagine le chercheur.

[...]

Mais on peut peut-être y voir l'origine des sextoys, ou des sexbots ?



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Florage



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Jeu 2 Fév - 14:01

Jean-Paul Dollé a écrit:
« Le désir de Révolution doit être aussi révolution du désir. » 1972




Citation :
"LA REVOLUTION DU DESIR - 1970, la libération homosexuelle", documentaire réalisé par Alessandro Avellis, co-écrit avec G. Ferluga. Ce film est une exploration de la nébuleuse qui a donné vie aux mouvements de libération sexuelle en France et une interrogation sur le passage de la révolte à la normalisation des homos. Au travers des actions de commandos délirants et d'essais aux titres évocateurs (Le rapport contre la normalité ou Trois milliards de pervers), s'esquissent les portraits de Guy Hocquenghem et de Françoise d'Eaubonne, intellectuels étonnants et partisans inconditionnels de la révolution du désir.


On y retrouve René Schérer, Catherine Deudon, photographe du MLF, Carole Roussopoulos, cinéaste militante, Joani Hocquenghem, frère de Guy, Marie-Jo Bonnet, historienne, les Panthères Roses et d'autres intervenants.

Florage : - C'était bien le début d'une "normalisation des homos", qui devait aboutir à la légitimation de la "catégorie d'homo" dans et par le capitalisme. (voir la série homos 1-6 de Gilles Dauvé. Sauf erreur Dauvé n'y parle pas encore des lesbiennes).

Le titre du film « La révolution du désir » n'a pas le même sens que dans « Le désir de Révolution doit être aussi révolution du désir. », renversement très à la mode à l'époque depuis les situationnistes.

d'une révolution des désirs et de la subjectivation révolutionnaire

Patlotch : oui, et de même que « "le désir de révolution" fait basculer la dynamique de la lutte entre classes dans celle d'une pure subjectivation », cette « révolution du désir » se limite au champ des attirances sexuelles. On voit aujourd'hui que le mouvement LGBT, en tant que tel, comme le "mariage gay", ou les thèses de Judith Butler, ne dépassent pas une adaptation à la société capitaliste

or si l'expression "révolution du désir" a un sens fort, révolutionnaire, c'est bien de changer ses désirs sans les prendre pour la réalité. Ce qui renvoie encore à la psychanalyse, quand elle ne se contente pas de faire rentrer dans le rang, s'adapter à la société (typique de la psychanalyse américaine)

en ce sens la subjectivation révolutionnaire est une révolution des désirs qui ne se conçoit que dans une conjoncture qui en produise la nécessité. Nous ne sortons pas d'une approche matérialiste du problème : ce ne sont pas les idées, la volonté, qui changent les désirs ni les choses. L'utopie concrète est un moment de ce dépassement à produire (voir MARXISME FÉMINISTE et DÉCOLONIAL avec Ana Cecilia Dinerstein : 'utopies concrètes', 'organiser l'espoir'... auto-subjectivation révolutionnaire

ainsi nous pouvons retisser ensemble plusieurs fils du forum concernant le processus révolutionnaire entre contingence présente, luttes et subjectivation révolutionnaire dans la conjoncture d'un dépassement possible

la question qui se pose est celle de la production de cette conjoncture, immédiate à repousser plus loin et attendre comme dans l'idéologie de la communisation, ou dès à présent susceptible d'être tissée dans les luttes et par leur théorisation

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Florage



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Jeu 2 Fév - 14:38

Florage : - En somme tout s'est passé comme si la "révolution du désir" avait produit le "gouvernement du désir".


2016

Citation :
Le désir est le nouveau pouvoir. Il gouverne nos vies. Son autorité à peu près insensible s’exerce partout. Du lit à la table et du corps aux songes, elle se nourrit du consentement qu’elle suscite et du contentement qu’elle assure. Il fallait analyser ce mode inédit de gouvernement. Provoquer et orienter le désir est le moyen de tenir l’individu, de le diriger et de disposer de lui, au plus intime et au plus profond.

En apparence, ce système du désir nous tient plus étroitement qu’aucune idéologie, qu’aucune religion n’a pu le faire. Mais les promesses s’épuisent. Mais la déception délie ceux que leur désir des mêmes choses réunissait. Quand la croissance n’est plus là, quand le progrès n’est plus partagé par tous, le désir de richesse, de confort, de plaisir apparaît pour ce qu’il est : le simulacre du désir vital, celui du pouvoir sur soi, de la liberté politique, de la survie de la communauté.

Nous vivons ce moment extraordinaire où il s’agit de se libérer de nos libérations, où l’instinct de survie appelle à la renaissance du désir politique et du choix de notre destin.


La Nef N°288 de Janvier 2017

Hervé Juvin a consacré plusieurs essais aux transformations de la condition humaine, notamment La grande séparation (Gallimard/Le Débat, 2013) ; il est aussi l’auteur de Le mur de l’Ouest n’est pas tombé (Pierre-Guillaume de Roux, 2015).

Citation :
La Nef – Qu’est-ce que le « gouvernement du désir » ?

Hervé Juvin – Le premier produit d’une entreprise, c’est le désir du client. La première promesse du libéralisme moderne, c’est de satisfaire les désirs individuels. C’est une transformation trop peu analysée de nos ordres politiques ; les citoyens ne sont plus attirés d’en haut, par un projet, par un idéal, ils sont tenus d’en bas, par la quête stimulée, insatiable et obsédante, de leurs désirs illimités. Le régime du désir explique la résilience à vrai dire inattendue, des sociétés de l’individu.

Quels liens entre la « libération sexuelle » issue de Mai 68 (qui n’a pas accompli la révolution annoncée) et le libéralisme financier ?

- Le régime du désir sous lequel nous vivons encore vient de la rencontre entre les libérations de l’individu, dont la plus emblématique est la libération sexuelle, et le libéralisme financier. 1968 a préparé le terrain à la révolution capitaliste de l’hyperfinance ! Le libertarisme des mœurs est venu réaliser les conditions anthropologiques de la naissance de l’homme de marché, celui pour qui le contrat et le prix épuisent toutes les formes des relations humaines. Ce n’est plus que l’homme soit naturellement bon, c’est que le marché serait la condition naturelle des échanges humains. C’est que la croissance et le plein-emploi seraient la condition naturelle des économies libérées des États, des frontières, et des nations. En un mot, la libération sexuelle a libéré la cupidité, et fabriqué les individus sans société dont le banquier d’affaires rêve pour en revenir à l’ère de l’esclavage et de la colonisation !

Vous développez l’idée que le crédit est l’instrument de la modernité, avec la consommation derrière, ce qui conduit finalement à la destruction des peuples, des nations, des cultures, des identités : pourriez-vous nous l’expliquer ?

- Le système du désir ne tient plus que sur le crédit ; nous consommons le monde d’après ! Le propre du crédit est de constituer un système d’ordre, de mise en conformité et de commandement, fondé sur la promesse du « toujours plus ». C’est fini. Nous vivons, dans l’ordre politique et social, l’équivalent de l’effondrement des subprimes, de ce système de crédit fondé sur la hausse illimitée des prix de l’immobilier américain. Aucune des promesses faites au nom de la croissance et de l’économie ne sera tenue ; elles ne sont pas la solution, elles sont le problème !

Les promesses de ce système du désir s’épuisent, dites-vous : que laisse-t-il derrière lui et comment voyez-vous l’avenir ?


- Le problème actuel, c’est que ça ne marche pas. La consommation individuelle est décevante, les libérations contraignent – un « tu peux », devient un « tu dois » – et bientôt, se fait entendre le vieux slogan révolutionnaire ; la liberté, ou la mort. Ceux qui ne sont pas « libérés », ceux qui ne souscrivent pas à l’idéal nomade du pillage et de l’homme hors sol, ceux qui interrogent le « pourquoi ? » et ne se résignent pas au seul « comment ? », se voient privés de micro, de droit à la parole, bientôt déconnectés, censurés. Au fond du vertige qui saisit l’Occident devant la perspective d’une stagnation séculaire, se trouve la perception que nous touchons aux limites de l’expérience humaine sur cette planète. Les candidats à la présidentielle qui rivalisent de promesses de croissance, de libération de l’économie et des entreprises, devraient y réfléchir à deux fois ; la croissance telle que les systèmes comptables la mesurent, signifie régression de la qualité de vie ! Quant à libérer les entreprises, c’est ignorer que l’humanité ne peut bénéficier de l’incroyable puissance des techniques qu’au prix de contrôles et d’une autorité publique au niveau de cette puissance !

L’avenir est à la redécouverte des limites. Les institutions, formelles ou informelles, comme la famille et les traditions, les frontières, les morales et les religions, instituaient des limites à la cupidité, à la démesure, ou à la bêtise humaines. La quête des limites peut passer par un renouveau religieux, prendre les formes inédites que des grandes peurs collectives peuvent déclencher. Nous allons vivre la renaissance des passions collectives, du désir politique, et redécouvrir cette évidence : notre condition humaine est politique, et elle se traduit par la séparation de sociétés humaines en charge de choisir elles-mêmes leur destin. Un désir unique d’un monde unique signifie rien moins que l’Apocalypse, et nous y sommes !

Propos recueillis par Christophe Geffroy

Dans la vidéo, est grandement question de la fonction de l'État dans le gouvernement du désir, l'organisation du plaisir de la société civile...

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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Jeu 2 Fév - 15:20

Florage a écrit:
Dans la vidéo, est grandement question de la fonction de l'État dans le gouvernement du désir, l'organisation du plaisir de la société civile...

Patlotch : - un petit rappel à ce sujet, puisque j'avais croisé les écrits de Marx sur la religion, l'État et la politique, avec ceux de Pierre Legendre, dans le sujet l'ÉTAT : critique de l'État, de la DÉMOCRATIE POLITIQUE, des PARTIS, de la RÉPUBLIQUE... 10 Oct 2015


Pierre Legendre a écrit:
Faisons un pas de côté. Regardons l'Etat et le Droit fameuse formule de la dogmatique industrielle comme une étrangeté.

L'univers institutionnel, qui soutient la reproduction de l'humanité, remet en scène indéfiniment la question fondatrice dont aucune société ne fait l'économie : pourquoi des lois ?

Portés par la Révolution de l'interprète en Occident, l'Etat et le Droit font figure de solution, dûment payée par les cultures d'aujourd'hui, pour entrer dans le discours institutionnel de la causalité.

Filiation, contrat, religion, pouvoir, ces grandes catégories familières désignent la finalité des montages de représentation dont relève l'effet normatif stylisé en productions multiples par le juridisme de tradition ouest-européenne duquel dépend sa pointe combattante, le Management.
Solitaires sont les systèmes institutionnels, inexpugnable est en chacun d'eux la forteresse des représentations fondamentales du politique, comme sont inépuisables les formes de négociation et sans cesse perfectionnés les instruments de conquête. Quelque chose a résisté et résistera aux tentatives d'uniformisation planétaire : l'impératif structural de différenciation, auquel est lié l'ordre subjectif, matière première des institutions.

Entrelacée dans ces leçons, une proposition nécessaire : réviser le concept occidental de religion.

quelques citations de Faut-il brûler Legendre ? Bruno Perreau Vacarme 2 octobre 2003

La passion d’être un autre. Etude pour la danse, 1978

Pierre Legendre a écrit:
pour obvier au manque de corps, les organisations se développent portées par des pratiques d’idolâtrie, grâce auxquelles les sujets du désir inconscient débrouillent le désordre des choses et finissent par s’accorder sur ceci : le pouvoir leur parle, aussi dénué de corps qu’il soit. Ainsi devient-on sujet des institutions

L’essuie-misères, 1997, p 37.

les "sic" sont de Vacarme
Pierre Legendre a écrit:
Toutes les générations ont leurs impostures. L’homosexualisme (sic) en est une. Dans un boucan médiatique [sic de moi : Vacarme], voici la nouvelle course au progrès, qui est aussi une course au pouvoir. […] Garantir la non-discrimination sociale des citoyens en raison d’une position subjective (sic) quant au sexe est une chose. Casser les montages anthropologiques au nom de la démocratie et des droits de l’homme en est une autre. […] Si vous me permettez une référence à la psychanalyse, je dirais qu’en termes authentiquement symboliques le droit met en œuvre la “ Ternarité ” (lien mère, père, enfant), c’est à dire l’Œdipe. Voilà du compliqué qui signifie simplement : on ne peut pas fabriquer du mariage homosexuel et de la filiation unisexuée ou asexuée, pas même du succédané “ contrat de vie de couple ” à l’usage des homosexuels, sans mettre à bas toute la construction à l’échelle de la culture

évidemment, pour Vacarme, et beaucoup d'autres, Legendre n'est qu'un vieux réac homophobe, bon à renvoyer aux thèses d'ultra-droite, sauf que concernant l'Occident, cette critique ne passe pas. Je ne sais pas si je suis "fidèle" à sa pensée, mais je le lis, avec Marx, comme une critique radicale

il n'y a donc rien de surprenant qu'on trouve chez les mêmes "anti-racialisateurs" tout à la fois l'accusation d'homophobie du PIR et des décoloniaux, et le refoulement eurocentriste de toute critique de l'Occident. Le surf sur l'idéologie française est garanti par la récupération des "libérations sexuelles" identitaires, à géométrie variable, parce que quand même, "chez nous" c'est bien mieux, avec la normalisation de l'homosexualité, quand ce n'est pas son apologie contre la "norme hétérosexuelle". La boucle est bouclée

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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Jeu 2 Fév - 17:22


interlude avec Montaigne, Les Essais, chapitre XV

« Que notre désir s'accroît par la malaisance »

j'ai eu la flemme ici de recopier la traduction de Claude Pinganaud, plus claire, avec celle des citations latines. Arlea 2002, p 248-251. J'en ferai une photo à l'occasion

Montaigne a écrit:
IL n'y a raison qui n'en aye une contraire, dit le plus sage party des philosophes. Je remaschois tantost ce beau mot, qu'un ancien allegue pour le mespris de la vie : Nul bien nous peut apporter plaisir, si ce n'est celuy, à la perte duquel nous sommes preparez : In æquo est dolor amissæ rei, Et timor amittendæ. Voulant gaigner par là, que la fruition de la vie ne nous peut estre vrayement plaisante, si nous sommes en crainte de la perdre. Il se pourroit toutesfois dire au rebours, que nous serrons et embrassons ce bien, d'autant plus estroit, et avecques plus d'affection, que nous le voyons nous estre moins seur, et craignons qu'il nous soit osté. Car il se sent evidemment, comme le feu se picque à l'assistance du froid, que nostre volonté s'aiguise aussi par le contraste :

Si numquam Danaen habuisset ahenea turris,
Non esset Danae de Jove facta parens.

et qu'il n'est rien naturellement si contraire à nostre goust que la satieté, qui vient de l'aisance : ny rien qui l'aiguise tant que la rareté et difficulté.

Omnium rerum voluptas ipso quo debet fugare periculo crescit.

Galla nega, satiatur amor nisi gaudia torquent.

Pour tenir l'amour en haleine, Lycurgue ordonna que les mariez de Lacedemone ne se pourroient prattiquer qu'à la desrobée, et que ce seroit pareille honte de les rencontrer couchés ensemble qu'avecques d'autres. La difficulté des assignations, le danger des surprises, la honte du lendemain,

et languor, et silentium,

Et latere petitus imo spiritus.

c'est ce qui donne pointe à la sauce. Combien de jeux tres-lascivement plaisants, naissent de l'honneste et vergongneuse maniere de parler des ouvrages de l'Amour ? La volupté mesme cherche à s'irriter par la douleur. Elle est bien plus sucrée, quand elle cuit, et quand elle escorche. La Courtisane Flora disoit n'avoir jamais couché avec Pompeius, qu'elle ne luy eust faict porter les merques de ses morsures.

Quod petiere, premunt arctè, faciúntque dolorem
Corporis, et dentes inlidunt sæpe labellis :
Et stimuli subsunt, qui instigant lædere idipsum
Quodcunque est, rabies unde illæ germina surgunt.

Il en va ainsi par tout : la difficulté donne prix aux choses.

Ceux de la Marque d'Ancone font plus volontiers leurs voeuz à Sainct Jaques, et ceux de Galice à nostre Dame de Lorete : on fait au Liege grande feste des bains de Luques, et en la Toscane de ceux d'Aspa : il ne se voit guere de Romains en l'escole de l'escrime à Rome, qui est pleine de François. Ce grand Caton se trouva aussi bien que nous, desgousté de sa femme tant qu'elle fut sienne, et la desira quand elle fut à un autre.

J'ay chassé au haras un vieil cheval, duquel à la senteur des juments, on ne pouvoit venir à bout. La facilité l'a incontinent saoulé envers les siennes : mais envers les estrangeres et la premiere qui passe le long de son pastis, il revient à ses importuns hannissements, et à ses chaleurs furieuses comme devant.

Nostre appetit mesprise et outrepasse ce qui luy est en main, pour courir apres ce qu'il n'a pas.


Transvolat in medio posita, et fugientia captat.

Nous defendre quelque chose, c'est nous en donner envie.

nisi tu servare puellam
Incipis, incipiet desinere esse mea.

Nous l'abandonner tout à faict, c'est nous en engendrer mespris : La faute et l'abondance retombent en mesme inconvenient :

Tibi quod superest, mihi quod defit, dolet :

Le desir et la jouyssance nous mettent pareillement en peine. La rigueur des maistresses est ennuyeuse, mais l'aisance et la facilité l'est, à vray dire, encores plus, d'autant que le mescontentement et la cholere naissent de l'estimation, en quoy nous avons la chose desirée, aiguisent l'amour, et le reschauffent : mais la satieté engendre le dégoust : c'est une passion mousse, hebetée, lasse, et endormie.

Si qua volet regnare diu contemnat amantem,
contemnite amantes,
Sic hodie veniet, si qua negavit heri.

Pourquoy inventa Popæa de masquer les beautez de son visage, que pour les rencherir à ses amants ? Pourquoy a lon voilé jusques au dessoubs des talons ces beautez, que chacun desire montrer, que chacun desire voir ? Pourquoy couvrent elles de tant d'empeschemens, les uns sur les autres, les parties, où loge principallement nostre desir et le leur ? Et à quoy servent ces gros bastions, dequoy les nostres viennent d'armer leurs flancs, qu'à leurrer nostre appetit, et nous attirer à elles en nous esloignant ?

Et fugit ad salices, et se cupit ante videri.
Interdum tunica duxit operta moram.

A quoy sert l'art de ceste honte virginalle ? ceste froideur rassise, ceste contenance severe, ceste profession d'ignorance des choses, qu'elles sçavent mieux, que nous qui les en instruisons, qu'à nous accroistre le desir de vaincre, gourmander, et fouler à nostre appetit, toute ceste ceremonie, et ces obstacles ? Car il y a non seulement du plaisir, mais de la gloire encore, d'affolir et desbaucher ceste molle douceur, et ceste pudeur infantine, et de ranger à la mercy de nostre ardeur une gravité froide et magistrale : C'est gloire (disent-ils) de triompher de la modestie, de la chasteté, et de la temperance : et qui desconseille aux Dames, ces parties là, il les trahit, et soy-mesmes. Il faut croire que le coeur leur fremit d'effroy, que le son de nos mots blesse la pureté de leurs oreilles, qu'elles nous en haissent et s'accordent à nostre importunité d'une force forcée. La beauté, toute puissante qu'elle est, n'a pas dequoy se faire savourer sans ceste entremise. Voyez en Italie, où il y a plus de beauté à vendre, et de la plus fine, comment il faut qu'elle cherche d'autres moyens estrangers, et d'autres arts pour se rendre aggreable : et si à la verité, quoy qu'elle face estant venale et publique, elle demeure foible et languissante. Tout ainsi que mesme en la vertu, de deux effects pareils, nous tenons neantmoins celuy-là, le plus beau et plus digne, auquel il y a plus d'empeschement et de hazard proposé.

C'est un effect de la providence divine, de permettre sa saincte Eglise estre agitée, comme nous la voyons de tant de troubles et d'orages, pour esveiller par ce contraste les ames pies, et les r'avoir de l'oisiveté et du sommeil, où les avoit plongees une si longue tranquillité. Si nous contrepoisons la perte que nous avons faicte, par le nombre de ceux qui se sont desvoyez, au gain qui nous vient pour nous estre remis en haleine, resuscité nostre zele et nos forces, à l'occasion de ce combat, je ne sçay si l'utilité ne surmonte point le dommage.

Nous avons pensé attacher plus ferme le noeud de nos mariages, pour avoir osté tout moyen de les dissoudre, mais d'autant s'est dépris et relasché le noeud de la volonté et de l'affection, que celuy de la contraincte s'est estrecy. Et au rebours, ce qui tint les mariages à Rome, si long temps en honneur et en seurté, fut la liberté de les rompre, qui voudroit. Ils gardoient mieux leurs femmes, d'autant qu'ils les pouvoient perdre : et en pleine licence de divorces, il se passa cinq cens ans et plus, avant que nul s'en servist.


Quod licet, ingratum est, quod non licet, acrius urit.

A ce propos se pourroit joindre l'opinion d'un ancien, que les supplices aiguisent les vices plustost qu'ils ne les amortissent : Qu'ils n'engendrent point le soing de bien faire, c'est l'ouvrage de la raison, et de la discipline : mais seulement un soing de n'estre surpris en faisant mal.

Latius excisæ pestis contagia serpunt.

Je ne sçay pas qu'elle soit vraye, mais cecy sçay-je par experience, que jamais police ne se trouva reformée par là. L'ordre et reglement des moeurs, dépend de quelque autre moyen.

Les histoires Grecques font mention des Argippees voisins de la Scythie, qui vivent sans verge et sans baston à offenser : que non seulement nul n'entreprend d'aller attaquer : mais quiconque s'y peut sauver, il est en franchise, à cause de leur vertu et saincteté de vie : et n'est aucun si osé d'y toucher. On recourt à eux pour appoincter les differents, qui naissent entre les hommes d'ailleurs.

Il y a nation, où la closture des jardins et des champs, qu'on veut conserver, se faict d'un filet de coton, et se trouve bien plus seure et plus ferme que nos fossez et nos hayes.

Furem signata sollicitant. Aperta effractarius præterit. A l'adventure sert entre autres moyens, l'aisance, à couvrir ma maison de la violence de noz guerres civiles. La defense attire l'entreprise, et la deffiance l'offense. J'ay affoibly le dessein des soldats, ostant à leur exploit, le hazard, et toute matiere de gloire militaire, qui a accoustumé de leur servir de titre et d'excuse. Ce qui est faict courageusement, est tousjours faict honorablement, en temps où la justice est morte. Je leur rens la conqueste de ma maison lasche et traistresse : Elle n'est close à personne, qui y heurte. Il n'y a pour toute provision, qu'un portier, d'ancien usage et ceremonie : qui ne sert pas tant à defendre ma porte, qu'à l'offrir plus decemment et gratieusement. Je n'ay ny garde ny sentinelle, que celle que les astres font pour moy.

Un gentil-homme a tort de faire montre d'estre en deffense, s'il ne l'est bien à poinct. Qui est ouvert d'un costé, l'est par tout. Noz peres ne penserent pas à bastir des places frontieres. Les moyens d'assaillir, je dy sans batterie et sans armée, et de surprendre noz maisons, croissent touts les jours, au dessus des moyens de se garder. Les esprits s'aiguisent generalement de ce costé là. L'invasion touche touts, la defense non, que les riches. La mienne estoit forte selon le temps qu'elle fut faitte : je n'y ay rien adjousté de ce costé la, et craindroy que sa force se tournast contre moy-mesme. Joint qu'un temps paisible requerra, qu'on les defortifie. Il est dangereux de ne les pouvoir regaigner : et est difficile de s'en asseurer.

Car en matiere de guerres intestines, vostre vallet peut estre du party que vous craignez. Et où la religion sert de pretexte, les parentez mesmes devienent infiables avec couverture de justice. Les finances publiques n'entretiendront pas noz garnisons domestiques. Elles s'y espuiseroient. Nous n'avons pas dequoy le faire sans nostre ruine : ou plus incommodeement et injurieusement encore, sans celle du peuple. L'estat de ma perte ne seroit guere pire. Au demeurant, vous y perdez vous, voz amis mesmes s'amusent à accuser vostre invigilance et improvidence, plus qu'à vous pleindre, et l'ignorance ou nonchalance aux offices de vostre profession. Ce que tant de maisons gardées se sont perduës, où ceste cy dure : me fait soupçonner, qu'elles se sont perduës de ce, qu'elles estoyent gardées. Cela donne et l'envie et la raison à l'assaillant. Toute garde porte visage de guerre : Qui se jettera, si Dieu veut, chez moy : mais tant y a, que je ne l'y appelleray pas. C'est la retraitte à me reposer des guerres. J'essaye de soustraire ce coing, à la tempeste publique, comme je fay un autre coing en mon ame. Nostre guerre a beau changer de formes, se multiplier et diversifier en nouveaux partis : pour moy je ne bouge. Entre tant de maisons armées, moy seul, que je sçache, de ma condition, ay fié purement au ciel la protection de la mienne : Et n'en ay jamais osté ny vaisselle d'argent, ny titre, ny tapisserie. Je ne veux ny me craindre, ny me sauver à demy. Si une pleine recognoissance acquiert la faveur divine, elle me durera jusqu'au bout : sinon, j'ay tousjours assez duré, pour rendre ma durée remerquable et enregistrable. Comment ? Il y a bien trente ans.

les citations sont dans l'ordre, d'Ovide, Martial, Horace, Lucrèce, Horace, Ovide, Térence, Ovide, Properce, Virgile, Properce, , Ovide, etc.

« Ce qui est permis n'a pas de charme
Ce qui n'est pas permis enflamme les désirs. »


(Ovide, Amours, II, 19, 3)

on vérifie que dans Les essais, Montaigne avait inventé la conversation dont parle Ali Benmakhlouf. Voir LITTÉRATURE INDISCUTABLE : bonnes pages et mauvais esprits 28 Déc 2016

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AliBlabla



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Jeu 2 Fév - 17:43

Patlotch a écrit:
dans Les essais, Montaigne avait inventé la conversation dont parle Ali Benmakhlouf

AliBlabla : - La conversation est une sorte de blabla, c'est un Ali qui le dit.

Tristan : - Tu n'es qu'un alimenteur en conneries.

AliBlabla : - Et toi un aliéné aligné sur les dictionnaires !

Tristan : - Aliboron !

AliBlabla : - Aligato.



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Cassandre



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Jeu 2 Fév - 18:12

Cassandre : - Hé ho, les mecs, c'est pour dire que vous n'avez rien capté aux échanges de Florage et Patlotch ?

AliBlabla : - Peut-être, mais ça ne prouve pas que tu les aies compris.

Cassandre : - Dans le milieu, l'important, c'est de faire comme si.

AliBlabla : - Être ou ne pas être super-gauchiste, ça se mérite !

Cassandre : - Pour prouver qu'on est pas moins con qu'un autre ?

Patlotch : - Tu le vérifies dans les échanges. Un Amer Simpson qui comprend tout de travers passe comme une lettre à la poste. Le théoricien « l'aime bien » par qu'il lui renvoie une bonne image en miroir. Peu importe qu'elle soit inversée, ce sera le prétexte pour une longue réponse et la création d'une cène dans laquelle les apôtres du gourou seront de nouveau réunis. Alors se lèveront de par le monde les traducteurs en toutes langues européennes, les nouveaux évangélistes.

Cassandre : - Comment t'expliques ça ?

Patlotch : - Par la fascination quasi-hypnotique du langage théorique. Tu prends les mots et tu en fais toutes combinaisons possibles, l'important n'étant pas le sens, mais que ce langage fasse de toi un initié acceptable dans la famille radicale. On peut le faire aussi bien avec des générateurs informatiques de textes automatiques : on a dépassé Dada !

Cassandre : - Une sorte de mariage consanguin ?

Citation :
Le risque absolu d'anomalies congénitales est faible: il passe de 3 % quand les géniteurs ne sont pas apparentés à 6 % lorsque les parents sont cousins... Cela signifie que seulement une minorité de bébés nés de parents consanguins souffrira d'une anomalie congénitale.

Même si tout le monde sait que la consanguinité augmente le risque de malformations, le principal facteur de risque, c'est justement la consanguinité, et pas, comme on aurait pu le croire, le fait d'être déraciné ou les facteurs sociaux. Car dans cette enquête, les conditions socio-économiques n'apparaissent pas comme étant des facteurs de risque de malformations.

Les mariages consanguins sont risqués pour les descendants

Patlotch : - le moment actuel, une séquence particulière dans le milieu, se caractérise non par la production de textes théoriques et d'idées nouvelles, mais par la gestion du patrimoine communisateur. On ressort et traduit les textes de Meeting. Libcom.com fait le boulot de diffusion que TC attendait de Sic. Dauvé est élu, Astarian pas encore.. > Libcom communisation

Tristan : - C'est de l'envie ! Tu aimerais bien être traduit et diffusé comme eux !

Patlotch : - pour quoi faire ? Je suis intraduisible, non exportable et irrécupérable, et je m'en fous. Par contre, je manque de critiques, et les tiennes ou rien, c'est pareil

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Florage



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 3 Fév - 2:23


Pourquoi les femmes sont-elles encore si nombreuses à regretter un coup d'un soir ?

Peggy Sastre Slate.fr 02.02.2017

la grossesse demeure sans doute la pire des maladies sexuellement transmissibles
lorsqu'elle n'est pas désirée


Des pieds dépassant d'une couette | tamaralvarez via Flickr CC License by

Et pourquoi, à l'inverse, les hommes déplorent-ils surtout d'avoir loupé des occasions ?

Peggy Sastre a écrit:
Cela risque de vous en boucher un gros coin, mais sachez que la sexualité est le domaine où nous prenons les décisions parmi les plus importantes de notre existence. Choisir de forniquer (ou pas), avec qui, dans quel contexte et selon quel type de lien social peut en effet avoir de colossales conséquences –nuire ou profiter à notre réputation, se trouver ou s'aliéner un partenaire, fonder ou détruire une famille, nouer ou rompre une amitié, voire tomber gravement malade et mourir. Logiquement, le sexe compose certains de nos souvenirs les plus chers, mais c'est aussi une source intarissable de regret.

Pour les scientifiques spécialistes du sujet, ses fonctions sont multiples et pas du tout mutuellement exclusives. Regretter un événement peut servir à en débusquer la cause pour l'éliminer –par exemple, en regrettant une dispute avec un ami, on va admettre que nos mots ont dépassé notre pensée, s'excuser et se réconcilier. Mais s'en vouloir de quelque chose, c'est aussi savoir mieux détecter lorsqu'une situation similaire à celle que nous avons mal vécue vient à se reproduire, histoire d'amender nos comportements, orienter différemment nos décisions et ne pas réitérer la même erreur –déplorer l'oubli du préservatif lors d'un rapport augmente significativement la probabilité d'en utiliser un à la pénétration suivante.

Les femmes regrettent l'action, les hommes l'inaction

Et là, vous n'êtes pas au bout de vos surprises, car figurez-vous que si les regrets des hommes et des femmes sont généralement semblables –une sale décision professionnelle ou économique fait à peu près le même effet chez à peu près tout le monde–, dès que l'on met le doigt sur la sphère «amoureuse», le fossé se creuse. En moyenne et pour faire court, les femmes s'en veulent d'avoir couché et les hommes de ne pas avoir couché plus souvent – en tendance, les femmes regrettent l'action et les hommes l'inaction. Un écart qui se redouble lorsqu'on envisage le sexe dit «sans lendemain» – selon la plus récente étude sur le sujet, publiée fin 2016, les femmes s'en mordent 2,27 fois plus les doigts que les hommes, tandis que les hommes pleurent 6 fois plus que les femmes les occasions loupées.

Pourquoi? Déjà, pas pour une simple raison quantitative. Non, les femmes ne couchent pas moins que les hommes en général, ni «sans attache» en particulier –au pire, elles minimisent le nombre de leurs amants. Selon une étude publiée en 2013 et menée auprès de 24.230 personnes, l'égalité est même des plus strictes : 56% des hommes comme des femmes déclarent avoir un jour connu le loup sans lui laisser leur numéro de téléphone.

Ensuite, le fait est que les femmes se font globalement plus de mouron que leurs congénères masculins et sont plus sujettes à la rumination, tandis que l'«hypophobie» et la prise de risque sont plus courantes chez les hommes, d'autant plus s'ils ont moins de trente ans. Les regrets sexuels seraient-ils un cas particulier de cette propension à l'anxiété plus marquée chez les femmes ? Mais dans ce cas, pourquoi le différentiel n'est-il pas aussi manifeste dans d'autres domaines ?

Un début d'indice se dévoile lorsqu'on resserre la focale : en matière de «plans cul», les femmes regrettent surtout les coïts vaginaux et largement moins les fellations ou les cunnilingus. En d'autres termes, toutes les actions sexuelles ne sont pas équivalentes et les potentiellement fécondes (sauf extravagances) sont bien plus génératrices de regrets féminins. Pour dénicher l'explication fondamentale du phénomène, mieux vaut se tourner vers les tréfonds ancestraux de notre psychologie. Non, l'évolution n'a pas toujours «créé» les mêmes erreurs pour les hommes et les femmes, surtout lorsqu'elles concernent la procréation. Que le sexe sans lendemain soit plus à même de susciter des remords chez les femmes ne reflète tant un différentiel genré face au cafard qu'une perception de la sexualité «à court terme» généralement opposée chez les femmes et chez les hommes.

Les femmes ont eu davantage à perdre des actions sexuelles

Parce que nous sommes des mammifères, les efforts qu'une femelle humaine doit déployer pour se reproduire sont bien plus conséquents que ceux exigés chez un homme. Une fois l'unique ovule mensuel fécondé, il faut en passer par une quarantaine de semaines de gestation, au cours desquelles les besoins caloriques prennent 8 à 10% dans les gencives, puis par l'allaitement qui explose une nouvelle fois le compteur –pas moins de 26% de hausse métabolique en moyenne–, le tout avoisinant le demi-million de calories supplémentaires jusqu'au sevrage. Dans les environnements bien plus miséreux que le nôtre, mais dans lesquels notre espèce aura vivoté à peu près 99% de son histoire, il est très probable que de tels coûts énergétiques aient limité la descendance viable d'une femme à deux ou trois enfants. A l'inverse, si les hommes peuvent consacrer beaucoup de ressources «externes» à leur famille, leurs investissements physiologiques strictement nécessaires à la survie de leur progéniture sont bien plus restreints –qu'un enfant humain atteigne sa maturité sexuelle si son père meurt lors de sa fécondation, c'est possible, mais si c'est sa mère, jamais il ne verra la lumière du jour.

Une biologie reproductive à l'origine, sur le plan des décisions sexuelles, d'une balance coûts/bénéfices différente entre hommes et femmes, qui aura elle-même généré tout un tas de spécificités psychologiques aujourd'hui très bien documentées. Les femmes sont ainsi plus tatillonnes que les hommes lorsqu'elles ont à choisir des partenaires sexuels, le quantitatif façonne bien moins leurs envies et elles voient d'un plus mauvais œil le sexe pour le sexe –le tout se comprenant, parce que le répéter permet de désamorcer bien des «polémiques», sur les hommes et les femmes considérés en tant que groupes, en moyenne et sans la moindre valeur moralement normative. Et parce que les choix sexuels relèvent de pressions évolutives, la chose s'applique aussi aux regrets sexuels. A chaque sexe de déplorer ce qui lui aura été le plus relativement nocif : les femmes ont eu davantage à perdre des actions sexuelles, tandis que pour les hommes, le risque aura plus lourdement pesé sur les inactions.

Une réalité qui n'est pas aussi simple qu'elle en a l'air. Que les femmes soient plus susceptibles de regretter l'action et les hommes l'inaction ne signifie absolument pas que toutes les femmes soient automatiquement et universellement rebutées par le sexe sans lendemain ou que les hommes sautent aveuglément sur tout ce qui bouge. Au contraire, certains contextes évolutifs ont pu inciter les femmes à valoriser le très court terme, notamment quand la qualité génétique du bref partenaire se voit comme le nez au milieu du slip (en peau de bête), indice que ses lacunes paternelles seront largement compensées. Une compensation d'autant plus probable si un père de famille est déjà dans les parages. De la sorte, dans l'étude de 2013 et ses 24.230 participants âgés de 18 à 65 ans (dont 11.203 hétérosexuels, 11.612 hétérosexuelles, 334 gays, 215 lesbiennes, 359 bisexuels et 507 bisexuelles), 17% des femmes considéraient comme leur plus gros regret le fait d'avoir couché avec un(e) moche –contre seulement 10% des hommes. Toutes des salopes, oui, même et surtout grand-(...)-grand-maman.

En outre, en intégrant une proportion non négligeable d'orientations sexuelles «minoritaires», cette étude montre combien les effets de l'évolution en général et de la sélection sexuelle en particulier ne disparaissent absolument pas dans des groupes que d'aucuns considèrent encore trop souvent comme «contre-nature» –que l'étiquette soit négative ou positive, comme chez une frange de militants refusant catégoriquement que leur identité ait un quelconque fondement biologique, elle demeure fausse et fallacieuse. En moyenne, toutes orientations confondues, les hommes regrettent majoritairement l'inaction sexuelle et les femmes l'action. Sauf qu'en détaillant les résultats, on voit que le contraste est d'autant plus marqué entre les hommes bisexuels et les femmes hétérosexuelles –soit celles qui ont le plus à perdre de l'action et ceux qui ont le plus à perdre de l'inaction. Idem chez les femmes : relativement aux hétérosexuelles, les lesbiennes et les bisexuelles regrettent moins l'action et davantage l'inaction, mais elles demeurent toujours plus «féminines» dans leurs remords et leurs regrets que leurs congénères masculins.

Le (non) rôle de l'environnement socioculturel

Publiée à la toute fin 2016, une étude confirme cette sexuation des regrets sexuels et les nouvelles données qu'elle intègre au dossier sont d'autant plus précieuses qu'elles proviennent de Norvège, soit l'un des pays les plus sexuellement égalitaires du monde, selon les critères du Forum économique mondial. Dans son plus récent rapport, le pays est ainsi classé à la 3e place –la France est 17e et les États-Unis 45e, sur 144 pays répertoriés au total. De même, la Norvège fait partie des pays les moins religieux et les plus sexuellement libéraux de la planète. Sans oublier que le pays bat des records en matière de contraception –utilisée par plus de 88% des Norvégiennes –, ce qui pourrait présager une atténuation des craintes féminines liées à la grossesse, qui demeure sans doute la pire des maladies sexuellement transmissibles lorsqu'elle n'est pas désirée.

Tel sera l'ultime ébaubissement de cet article: il n'en est rien! Sur les 263 étudiants hétérosexuels norvégiens âgés de 19 à 37 ans ayant participé à l'étude, 34,2% des femmes et 20,4% des hommes regrettent leur «coup d'un soir» le plus récent. A l'inverse, 28,9% des hommes et 3,6% des femmes s'en veulent de leur dernier coup loupé; 43,3% des hommes et 79,3% des femmes s'en réjouissent. Qui plus est, les tailles d'effet observées par les chercheurs sont cohérentes à celles des études antérieures, et leurs conclusions retrouvent celles d'autres travaux minorant le poids de l'environnement socioculturel sur les différences psychologiques et comportementales entre hommes et femmes. Les regrets sexuels ne font pas exception.  


Florage : - Mais alors cela confirmerait que tout rapport sexuel est surdéterminé par la reproduction ?



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Florage



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 3 Fév - 2:37

Mon objectif principal était d'avoir l'impression en quittant chacune qu'elles avaient énoncé devant moi des choses pour la première fois.




Citation :
Le baiser le meilleur, les moments où elles préféreraient ne pas, ceux où elles se sentent désirables, les plans à trois, les joies du cunnilingus, la quête du « dragon de l'orgasme fou », l'influence du porno, les abus et les humiliations, les libidos en berne, la fougue, les hommes-objets...

Elles ont entre 18 et 46 ans. Solange s'invite dans leur chambre à coucher. Elle leur demande comment ça se passe concrètement dans leur vie amoureuse. Directes, caustiques, réjouissantes, lucides, elles lui disent tout, elles le disent bien, avec les vrais mots, et ça secoue. Un livre qui fait entendre une parole féminine et féministe, une parole libératoire, déculpabilisante, qui résonne comme un manifeste contre la victimisation des femmes.

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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 3 Fév - 16:48


Misère sexuelle et solitude affective
sont dans un même rapport au capital que la pauvreté

quant à la pauvreté c'est le sujet traité dans PAUVRETÉS et RICHESSES : produit de l'exploitation et des dominations capitalistes qui reprenait un mien sujet ouvert en décembre 2013 chez dndf : « L’EXPLOITATION CAPITALISTE, c’est aussi la PAUVRETÉ qu’elle produit »

s'il est un écrivain contemporain qui en parle fort bien, c'est Michel Houellebecq, et c'est peut-être ce qu'il fait de mieux depuis le début...

Tristan Leoni a écrit:
Les précédents ouvrages de Houellebecq ont choqué par la crudité de la description de la misère sexuelle : frustrations, sexualité apocalyptique, hommes « en compétition pour le vagin des jeunes femmes » (Plateforme 2002), prostitution, lassitude et dégoût, etc. Son écriture lui a valu l’étiquette d’abominable misogyne 8. Comme d’habitude en pareil cas, on ne sait ce qui scandalise : le tableau, ou la réalité évidemment déformée qu’il dépeint ?

En imaginant un retour au patriarcat en 2022, Soumission ne risque pas de réconcilier l’auteur avec les féministes, islamiques comprises. La faute notamment au personnage principal qui se dit lui-même « macho approximatif », n’est pas indigné par la disparition des femmes de la sphère publique et se prépare à profiter de la légalisation de la polygamie. Mais le fait de lier ce type d’union à l’islam serait là-encore donner une image déformée et stigmatisante de cette religion. Mieux vaut quand même la monogamie, nous dira-t-on. Sans doute. Nous préférons rappeler que le mariage, institution hétérosexuelle normative ancestrale généralement pourvue d’un habillage religieux, prend des formes diverses selon les époques et les cultures. Mais que son objectif est toujours d’assurer reproduction, filiation et transmission du patrimoine, ce qui, généralement, entraîne un asservissement légal ou symbolique de la femme. Et que, très logiquement, cette institution a longtemps été dénoncée, sous toutes ses formes, par les militants révolutionnaires, anarchistes, féministes et autres.


8 Tout le monde n’en est pas convaincu. Voir par exemple Victoria Déodato, La Femme dans l’univers romanesque de Michel Houellebecq, (2006) ou Bernard Maris, Houellebecq économiste (Flammarion, 2014).

Du spirituel dans l’homme et dans le prolétaire en particulier. Autour de Houellebecq et de « Soumission »

on trouve ce thème dès Particules élémentaires, en 1998, dont un analyste cite ici un extrait (« Le désir sexuel...») en soulignant que Houellebecq « ne recourt jamais tant au vocabulaire économique que quand il détaille les enfers de la solitude affective... »

un critique de Soumission écrit :

Citation :
L’auteur décrit ce changement culturel et politique d’envergure qui laisse le peuple français endormi : la misère sexuelle engendre la solitude affective, la puissance mondiale de l’argent tue toute quête spirituelle, la violence sans borne engendre la paralysie.

le commentaire de Leoni déplace un peu le sujet quand il le rapporte à la monogamie et au mariage (il y a belle lurette que cette « institution hétérosexuelle normative ancestrale » n'est plus en France « généralement pourvue d’un habillage religieux. »), et comme en se référant en vrac à sa dénonciation « sous toutes ses formes, par les militants révolutionnaires, anarchistes, féministes et autres.». On n'a attendu les "révolutionnaires" pour se mettre en couple sans se marier



toujours est-il que dans son tableau de « la description [par Houellebecq] de la misère sexuelle : frustrations, sexualité apocalyptique, hommes « en compétition pour le vagin des jeunes femmes » (Plateforme 2002), prostitution, lassitude et dégoût », Leoni ne fait pas le lien avec la solitude affective. Or ce lien me semble tout à fait essentiel, tant chez le romancier et poète, que pour caractériser le problème dans la société capitaliste avancée

il est au demeurant un autre signe qui ne trompe pas, c'est qu'il est plus facile d'avoir des rapports sexuels sans exprimer ses émotions pour ne pas dire ses sentiments, ce qui participe de la misère sexuelle et de sa pauvreté telle qu'évoquée plus haut, par exemple par Anne Archet dans Hypersexualisation mon cul. Cf entre autres : Le plus grand fantasme sexuel des hommes et des femmes : ressentir des émotions amoureuses lors d'un rapport

sans parler du gourou communisateur qui n'y voit que sentimentalisme, ce refoulement de la question affective dans les textes "révolutionnaires", principalement masculins, rejoint leur tendance à philosopher plus qu'à parler, voire à partir, des réalités concrètes, telle qu'on les trouve dans les meilleurs romans

c'est d'ailleurs pourquoi les mêmes révolutionnaires répugnent aussi à parler de la pauvreté. Ce mot étant opposé à richesses, ils n'y retrouvent plus leur prolétariat et leur capital...

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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 3 Fév - 17:12

rappel des épisodes précédents

le sujet aborde la sexualité de plaisir plus que de reproduction


page 1 : panorama : « La vie sexuelle révolutionnaire » ! Trotsky et Reich, Speculum et spéculation vu par Patlotch, dessins humoristiques sur le thème sexe et communisme, "Le sexe est-il soluble dans le Communisme ?" (Fourier, Proudhon, Courbet, Kollantaï, Reich...), Alexandra Kollontaï, Sexualité et lutte des classe

page 2 : Paola Tabet et le concept d’échange économico-sexuel, le sujet s'oriente vers la sexualité de plaisir plus que de reproduction, Wilhelm Reich, Gilles Dauvé Sur la « question » des « femmes », Arletty et "la collaboration horizontale"

page 3 : Non-mixité : faut-il parfois exclure les hommes du combat féministe ? Ali Baba et les 40 voleurs[/i] et 'la femme', Lubin, 1944, Chérubin de Pigault-Lebrun en 1800 à Donville en 1934, Roger Vailland écrivain communiste et libertin, Liberté sexuelle, nécessités psychologiques et révolution, avec Bernard Muldworf, psychiatre communiste, Clouscard... Liberté sexuelle et anarchisme, Florage : distinguer : l'objectif illusoire d'une libération sexuelle pour tous dans la société capitaliste; la révolution comme moment transitoire de sortie du capitalisme et la fonction des désirs, dont sexuels, dans ce processus; la projection future nécessairement abstraite

Page 4 : Miles Davis, Nougaro, Sexualités féminines dans les séries (Zones subversives) , Les mouvements de révolution sexuelle (Zones subversives)

page 5

- sur l'attirance sexuelle et la recherche du plaisir, déterminée ou non par la fonction de reproduction
- de la découverte du plaisir féminin à l’émancipation de la femme
- le plaisir clitoridien
- théorie de la communisation : une ablation théorique du clitoris
- Le pouvoir des femmes et la subversion sociale, la fonction capitaliste de l’utérus : « Mais il ne s’agit pas seulement de poser le clitoris contre le vagin, mais tous deux contre l’utérus.  »

page 6

- Jeter le bébé avec l'eau du bain
- lesbiennes et communisme
- 'Les Guérillères' de Monique Wittig 1969
- une critique des rapports sociaux sexuels ? Et la sexologie ? Florage
- 'Homosexualité & révolution', Daniel Guérin 1983
- 'Le corps féminin confisqué', Brigitte Pengam-Ferriere, Invariance de Jacques Camatte, 2015
- « Homosexualité communiste (1945-1989) » Colloque International février 2017

rien de transcendant à la page 7, à part le Coming Out d'Angela Davis, vous pouvez la passer, c'est le week-end, tout le monde se relâche

page 8 : Natsuo Kirino 'Out', Lilith, Jane Seberg, Baby Doll, Elia Kazan, les sextoys et la Chine...

Page 9 : Sextoys, Kamasutra, homosexualité en URSS, la classe ouvrière et les homosexuels, la bienséance et ses règles bourgeoises, Ronsard Les Amours de Cassandre, la gale

page 10 : Galant..., Félicien Rops, l'amour, les cochons et religieuses (Diderot, Becat, Bosch...), tous les hommes sont des cochons, Brel Les bourgeois..., Pro-Life...

Page 11 : L'an 40, L'intruse, Sans queue ni tête, Baudelaire et le dandysme, "le bon goût est un moment du mauvais goût" (AliBlabla), Désirs de révolution Nadejda Tolokonnikova Pussy Riot /Trump,

Page 12 : Bandits vs Gentleman, Nos désirs font désordre (lesbiennes), Freud Le mot d'esprit et ses rapports avec l'inconscient, dialectiquement parlant, le juste milieu n'existe jamais...

Page 13 Houellebecq, cochons et religieuses bis, proposer la botte, le duel émancipé duels de femmes au 19e siècle, Johnny Guitar un western féministe ?

Page 14 : le sexe, un plaisir animal trop humain ? "Amour et sexualité : l’homme est-il différent des animaux ?", "Le sexe chez les animaux, pas qu'une simple affaire de reproduction...", "Sexualité : Exprimer notre animalité, "Les grands singes sont tous menacés d'extinction" (dont les humains ? s'inquiète Cassandre), Brigitte Bardot et Frigide Barjot...

Page 15 : Un cochon à tête de singe, Sommes nous issus d'un croisement entre un porc et un singe ?, "Transformation des hommes en singe et en porc" un point de vue islamique, Orwell La ferme des animaux, des cochons et des hommes, Orwell machiste, Orwell populiste, encore des cochons avec Brecht et Jeanne d'Arc, un homme ?, Vivre et penser comme des porcs, de Gilles Châtelet 1998, l'UN, Cassandre à "Je lutte des classes" en passant par Stirner : une dérive perverse ?

Page 16 : foufoune, le bovarysme, Pénis. 45 % des hommes satisfaits de la taille de leur sexe, timbré/détimbré, Le féminisme délicieusement timbré de Miss.Tic, Tendresse (Florage)...

Page 17 : tendresse et sexualité, tendresse et désir, les hommes, les femmes...

Page 18 : l'idéologie psychologique machiste de la "tendresse des hommes", le désir comme manque et  l'amour comme échange économique, la transformation des participant.e.s en marionnettes

Page 19 : les marionnettes se présentent, premiers signes de rébellion pour la vraie vie (AliBlabla) et de fragmentation du sujet pantin

Pages 20 et 21 : la segmentation à son comble par les tendances identitaires... Guignol et le gendarme

Page 22 : Cassandre immédiatiste, les autres se défilent, le slibard et le c cédille, le détournement

Page 23 : Cassandre et AliBlabla, le "métier" de prédiseur et le détournamant

Page 24 : "le vrai est moche", En attendant Godo vidéo, pièce minimalistes en quatre actes... l'amour révolutionnaire dans les boites, l'Assemblée généreuse des marionnettes, l'émeute des pantins et pantines, épilogue

Page 25 : Ras-la-touffe, La valse à mille temps, "Il n'y a pas de rapport sexuel" (Lacan...), Les sucettes à l'anis, dialogues "tout le monde a lu le forum. Sauf...", Autums Leaves, Hic Salto pour les mouches

Page 26 : Baby, Please Don't Go !, "ça, moi, surmoi", Texte POUR UN ART BIOCRITIQUE : SEXUALITÉ ET ACTION POLITIQUE, Trois récits création de l’Œuvre multiorgasmique

Page 27 : Il y a un temps pour tout, la « plus-value sexuelle », les sexbots, l'érotisation du capital, Le marteau sans maître, une immense accumulation de sexe

Page 28 : divers rebondissamants produits et une révélation fracassante, La Gitanella de Cervantes, Ysabel's Table Dance Mingus, Boiter n'est pas pécher Freud/Israël, The Revolution will not be televised Gil Scott Heron, Avanie et Framboise Lapointe, Sept ans de malheur Max Linder, On n'est pas là pour se faire engueuler Vian, Je ne regrette rien Piaf, la contradiction de genre est héraclitobitococoïtoquitienne de souche...

Page 29 : Othello, un bon coup de sexe dans le communisme, La « libération sexuelle » est une guerre économique d’occupation, La pénétration, une arme de destruction massive de notre intégrité, la double castration théorique : un gauchisme féministe radical, le plaisir masculin ne se réduit pas à la pénétration, "les féministes, des mal-baisées !" ?, le sujet devient catégorie du forum "ET LE SEXE DANS TOUT ÇA ?"

Page 30 Dany-Robert Dufour « Le capitalisme libidinal veut faire de nous des drogués », Du soleil, du sexe et de l'idéologie, Rabelais et la somate, Contrôle des corps et misère sexuelle, Anne Archet Hypersexualisation mon cul, Marxisme et psychologie, Désir de révolution et révolution du désir, révolution des désirs et subjectivation révolutionnaire, Marx et Legendre Désir de dieu désir d'État, Montaigne, Que notre désir s'accroît par la malaisance, Misère sexuelle et solitude affective sont dans un même rapport au capital que la pauvreté

(à suivre)

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Cassandre



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 3 Fév - 17:50

Cassandre : - Je me sens amandonnée.

AliBlabla : - C'est ta misère affectivo-sexuelle ou ta pauvreté sexualo-affective ?

Cassandre - Entre les deux mon cœur balance.

Tristan : - C'est le grand capital méchant loup.

AliBlabla : - À ta place, Cassandre, je me méfierais des théorichiens à moto.



Tristan : - Vieux motard que j'aimais.

AliBlabla : - Vopo d'échappamant !

Tristan : - Et les 40 violeurs ?

Cassandre : - Bon, je vous laisse à vos échanges libidinuls.

Tristan, AliBlabla : - CASSANDRE !

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