PATLOTCH / CIVILISATION CHANGE / COMMUNISME, SEXE, et POÉSIE

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 SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes

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Florage



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 20 Jan - 17:55

AliBlabla a écrit:
Tu veux dire c'est pas toujours gai, la révolution...

Mao a écrit:
La révolution n'est pas un dîner de gala ; elle ne se fait pas comme une oeuvre littéraire, un dessin ou une broderie ; elle ne peut s'accomplir avec autant d'élégance, de tranquillité et de délicatesse, ou avec autant de douceur, d'amabilité, de courtoisie, de retenue et de générosité d'âme. La révolution, c'est un soulèvement, un acte de violence par lequel une classe en renverse une autre.

Mao Zedong, Le Petit Livre rouge, 1966



1950

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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 20 Jan - 18:02

j'ignore où vous voulez en venir, mais démerdez-vous pour que la page 6 soit aussi féconde que la page 5...

- sur l'attirance sexuelle et la recherche du plaisir, déterminée ou non par la fonction de reproduction
- de la découverte du plaisir féminin à l’émancipation de la femme
- le plaisir clitoridien
- théorie de la communisation : une ablation théorique du clitoris
- Le pouvoir des femmes et la subversion sociale, la fonction capitaliste de l’utérus : « Mais il ne s’agit pas seulement de poser le clitoris contre le vagin, mais tous deux contre l’utérus.  »

... avant qu'elle ne s'ombre sous vos échanges économico-sexués


Dernière édition par Admin le Ven 20 Jan - 19:33, édité 2 fois
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AliBlabla



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 20 Jan - 18:05

Admin a écrit:
démerdez-vous pour que la page 6 soit aussi féconde...

C'est la fécondation du bébé éprouvé dans l'eau du bain.



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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 20 Jan - 18:13


Jeter le bébé avec l'eau du bain


Citation :
Signification : Perdre de vue l'essentiel.

Autre interprétation actuelle : Se débarrasser d'une chose pourtant importante dans le but d'éliminer avec les ennuis ou les contraintes qu'elle implique.



Origine

Quelqu'un de trop absorbé par le fait d'avoir à se débarrasser de l'eau sale du bain et qui en oublierait que bébé patauge encore dedans, aurait effectivement perdu de vue quelque chose de très important.

Cette expression est une traduction littérale relativement récente (XXe siècle) de l'anglais "to throw the baby out with the bath water".

Mais en réalité, les anglais l'ont eux-mêmes empruntée à l'allemand où elle apparaît dans la littérature en 1512 sous la forme "Das Kind mit dem Bad ausschütten".

Ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle qu'un historien anglais germanophile, Thomas Carlyle, l'utilise dans un de ses écrits après en avoir souvent entendu la version allemande.

De là, elle se répand chez nos amis d'Outre-Manche avant que quelqu'un ayant apprécié l'image du pauvre bébé jeté aux égouts ne la transpose chez nous.


Citation :
L'écrivain François Furet écrivait, au moment de la liquéfaction de l'URSS, qu'il ne fallait pas « jeter le bébé avec l'eau du bain », c'est-à-dire imputer à Marx toutes les dérives de ses épigones soviétiques.

Relire Le Capital, Thierry Jobard


Étonnant de lire ça sous la plume de ce furieux anticommuniste de Furet, mais quoi qu'il en soit, on le disait avant lui dans les milieux communistes.

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Florage



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 20 Jan - 18:32

Il y a mieux à faire dans le bain qu'y jeter le bébé.


Shunga 1790 autres

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AliBlabla



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 20 Jan - 18:33


Ouah, si c'est pas un appel au déflorage !

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Florage



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 20 Jan - 18:35


Cause toujours et bois de l'eau fraîche, jeune puceau théorique et pratique.

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 20 Jan - 18:37

Florage a écrit:
Il y a mieux à faire dans le bain qu'y jeter le bébé.

Il y a mieux à faire dans le forum que s'y débaucher sans pudeur.

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AliBlabla



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 20 Jan - 18:40

Putain de puritain ! Anti-clitoridien primaire ! Communisateur attardé !

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Florage



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 20 Jan - 18:56

Je vais élargir le débat, tu me lâcheras les tétines.

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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 20 Jan - 19:08




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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 20 Jan - 19:16


Noire, communiste, féministe et lesbienne, tout comme Angela Davis, mais sauf erreur les femmes de Room in Rome ne sont ni noires ni communistes, ni féministes...

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Florage



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 20 Jan - 19:19

Tristan Vacances a écrit:
les femmes de Room in Rome ne sont ni noires ni communistes, ni féministes...

On s'en branle, cher Tristan, quand on parle de libération sexuelle, on n'exige de personne d'entrer dans des cases.

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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 20 Jan - 19:25

quant à Angela Davis lesbienne, pour répondre à la curiosité de notre lectorate

Histoire d'un Coming-Out

Citation :
Quand Angela Davis a parlé à la conférence nationale des Noirs homosexuels, en 1993, elle a utilisé la première personne en parlant pour la communauté gay et lesbienne ; cependant, voulant rester discrète sur sa vie privée, elle était restée vague sur sa propre sexualité.

Le numéro de février 1997 du magazine Out lève le doute sur son homosexualité. En effet, Angela y parle, entre autres, de sa propre expérience en tant que lesbienne et de l’impact que cet aspect de sa vie a eu sur son parcours de révolutionnaire.

Depuis ce coming out, elle consacre beaucoup de son énergie à militer pour l’égalité des droits pour la communauté LGBTQ, « …à imaginer le concept de liberté qui existera dans 50 ans, lorsque les gens ne vivront plus sous l’influence de l’hétéro sexisme et de l’homophobie, et que la notion de genre ne sera plus une donnée strictement binaire. »


source
ici

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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 20 Jan - 19:50


Rien ne ressemble plus à un tribunal de l'inquisition qu'un tribunal révolutionnaire, qu'il soit français, russe ou chinois...

Citation :
Dans un cas comme dans l'autre, la religion du sacrifice humain, le fanatisme domine en réalité sous le masque des bonnes intentions et des valeurs mensongèrement affichées, qu'elles soient religieuses ou athées.

On voit revenir "ici et maintenant"  les allégations de "folie" contre les opposants (sous les variantes "haine-de-soi, paranoia etc :  ex Tubiana contre Hilout, ex Caroline Fourest contre Bat Yeor et moi et d'autres), évidemment, quand une prétendue "féministe" use de cet argument ultra-sexiste (lire "la folie et les femmes" de Phillis Chesler), contre une autre féministe, on est partagé entre rire et accablement : quoi de plus crétin pour une féministe que d'user d'un procédé aussi grossièrement misogyne ...



Lesbiennes traitées en malades mentales (URSS)...


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Florage



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 20 Jan - 22:53



Anaïs Frantz, Cahiers du Cerac

« Il me semble que cette opération éminemment concrète, de construction (ou de déconstruction ce qui revient au même) touche, est contiguë, à une opération qu’on envisage généralement en termes philosophiques et qu’on appelle universaliser […] »
Monique Wittig, Le Chantier littéraire

Citation :
En 1949, Simone de Beauvoir définit les mythes comme les « pièges de la fausse objectivité » au moyen desquels la société patriarcale impose « aux individus ses lois et ses mœurs d’une manière imagée et sensible[1] ». C’est, écrit-elle dans Le Deuxième sexe, « sous une forme mythique que l’impératif collectif s’insinu[e] en chaque conscience. Par l’intermédiaire des religions, des traditions, du langage, des contes, des chansons, du cinéma, les mythes pénètrent jusque dans les existences les plus durement asservies aux réalités matérielles [2] ». Simone de Beauvoir dénonce en l’occurrence ce qu’elle nomme « le mythe de la Femme[3] » dont les différentes facettes recouvrent une même opération de mise à distance : « Mante Religieuse » ou « Terre nourricière[4] », Vierge mère ou séductrice pécheresse, la réduction de toute figure féminine à une Idée intemporelle ou à un symbole entretient le mythe de la femme mystérieuse, autrement dit intouchable. Sarah Kofman, autre philosophe féministe française de la seconde moitié du XXe siècle, a montré l’ambivalence de cette intouchabilité. L’envers du respect des femmes est leur rabaissement. La mère et la prostituée sont, mises sur un piédestal ou tenues en respect, toujours maintenues à l’écart[5]. Le « Mystère féminin », idolâtré ou redouté, véhicule la mythologie de « l’Autre absolu[6] » que Beauvoir met en parallèle avec la stigmatisation « du Juif ou du Noir[7] ».

Première remarque : la « libération des femmes » se pose d’emblée comme une déconstruction des mythes à leur endroit. Si Beauvoir considère, comme Barthes le fera quelques années plus tard dans Mythologies[8], que le mythe est une parole qui peut être orale ou visuelle, et par conséquent se trouver sous la forme de contes ou d’œuvres cinématographiques, le discours écrit joue un rôle primordial dans la construction du « mythe de la Femme ». Partant des mythes religieux et des mythologies scientifiques en tous genres et de plus d’une culture, Beauvoir passe au crible l’histoire littéraire. Elle soupçonne certains auteurs d’utiliser leurs personnages féminins pour affirmer l’Un par rapport à l’Autre, cependant qu’une autre littérature, que Beauvoir qualifie d’« authentique », opposerait au mythe l’expérience vécue, fondant ses récits sur la « vérité[9] » des conduites et des passions, en accordant aux personnages féminins le statut d’« êtres humains[10] » à part entière. Enfin, en tant que philosophe et écrivain, Beauvoir transgresse l’opposition actif/passif que Virginia Woolf relevait en 1929[11] entre un sujet-masculin-parlant et un sujet-féminin-parlé. Elle engage à mettre fin aux mythes de la femme mystérieuse par un discours cru et sans artifices : « La femme ? c’est bien simple, disent les amateurs de formules simples : elle est une matrice, un ovaire ; elle est une femelle : ce mot suffit à la définir[12] ».

Car de même que le respect des femmes a deux visages, la maman et la putain, la mythologie de l’Autre a deux faces, le voile du mystère dissimulant la réduction et l’exploitation de la chair. D’où les « Sorties[13] » d’Hélène Cixous, en 1975, dans Le Rire de la méduse, appelant à lever les voiles, par l’écriture, sur le non-mystère du sexe féminin représenté dans la mythologie grecque par le regard pétrifiant de Méduse. Lorsque Cixous écrit « Qu’ils tremblent, les prêtres, on va leur montrer nos sextes ![14] », elle reproduit le geste de Baubô, autre figure mythologique qui découvre à Déméter ses parties génitales, déclenchant le rire de la déesse égarée par la douleur d’avoir perdu sa fille, Perséphone, ravie par Hadès[15]. Or ce n’est pas un « sexe » que Cixous exhibe, mais un « sexte », c’est-à-dire un corpus et non un corps. Chez Cixous, la libération passe par l’écriture qui retouche aux mythes sans refonder une identité – quoique Le Rire de la méduse soit considéré comme le manifeste de l’écriture féminine et le texte-phare des féminismes dits « essentialistes ».

Seconde remarque : Beauvoir, comme Cixous, appréhende la cause des femmes dans le cadre d’une généalogie de la domination, c’est-à-dire de la construction de la différence sexuelle et raciale[16]. Le Mystère, écrit Simone de Beauvoir au sujet de la mythologie de l’Autre, est la « propriété de l’esclave[17] ». Dans le même mouvement, lorsque Cixous affirme que « Le "Continent noir" n’est ni noir ni inexplorable », elle vise ensemble le phallogocentrisme des discours philosophiques (fondés sur le logos grec) et de la psychanalyse (avec le système du phallus), pour lequel le corps féminin est le « continent noir », et la condition du colonisé à laquelle Cixous a été confrontée en tant que femme juive née à Oran à la fin des années 1930.

Monique Wittig
, dans le cadre du féminisme matérialiste, considère quant à elle la différence de sexe comme une catégorie idéologique, économique, sociale et politique[18], fabriquée par la société hétérosexuelle pour s’approprier le travail des femmes, c’est-à-dire, en partie, la reproduction, de la même manière que, dans la perspective marxiste, la classe dominante exploite la production des ouvriers. La révolution, pour Wittig, consisterait en la suppression de la classe de sexe et l’abolition du « mythe de la-femme[19] » qu’elle graphie en reliant l’article défini et le substantif par un tiret. « La réalité « femme » doit disparaître, de même que la réalité « esclave » après l’abolition de l’esclavage, de même que la réalité « prolétaire » après l’abolition des classes et du travail forcé[20] ». Ce que Wittig appelle « la réalité » passe en premier lieu par le langage qui la façonne et la régit : en ce sens, elle n’est pas l’opposé du mythe, bien au contraire. L’idéologie, selon Wittig, est une construction rhétorique qui s’enveloppe de mythes, a recours aux énigmes, procède par métaphores[21]. Logos et mythe sont liés. Le travail de l’écrivain consiste en quelque sorte à démythifier le langage pour retrouver un matériau brut. Mais si le mot « femme » lui apparaît « irrécupérable[22] » parce que fondamentalement marqué par l’oppression de genre, l’impact du langage sur ce que Duras nomme la « vie matérielle[23] » atteste de la plasticité fictionnelle de celle-ci et, partant, de son caractère éminemment mythique.

De fait, Wittig ne lutte pas seulement contre « le mythe de la-femme » ; son travail romanesque combat les mythes d’une certaine littérature tels qu’ils ont été mis en évidence par Nathalie Sarraute dans L’Ere du soupçon et Alain Robbe-Grillet dans Pour un nouveau roman. Les romans de Monique Wittig sont écrits dans les années 60 et sont publiés aux éditions de Minuit. L’Opoponax, en 1964, a reçu une critique élogieuse de la part de Claude Simon[24]. En 1983 le texte est réédité avec une postface de Duras. Dans ce contexte, l’usage, par Simone de Beauvoir, des mots « authentique » ou « vérité [25] », pose problème. Tandis que Beauvoir en reste à une conception d’une littérature « ressemblant[e][26] » sans interroger la construction du « réel » par le langage, Wittig appréhende l’humain dans sa condition linguistique et donc fictionnelle. L’humain, pour elle, « est toujours de l’ordre du potentiel, du possible et n’a pas encore été réalisé[27] ». Ce potentiel est poétique. La révolution doit d’abord se faire, pour Wittig, sur le terrain du littéraire, car c’est là que s’expérimentent les formes grammaticales qui forgent le sujet et fondent son rapport au monde. Ce qui ne signifie pas, comme le suggère Cixous dans Le Rire de la méduse, qu’il y ait des « écritures marquées[28] », « féminines » ou « masculines ». Même si ce que Cixous entend par « féminin » et « masculin » est plus complexe que l’appartenance à un sexe biologique, le concept d’« écriture féminine » est, pour Wittig, à rejeter radicalement, car non seulement ce à quoi l’adjectif « féminine » renvoie est « une formation imaginaire[29] », mais encore parler d’« écriture féminine » revient à définir l’écriture comme une sécrétion naturelle alors qu’il s’agit d’un travail formel.

Si, donc, l’écriture littéraire est l’arme qu’à la suite de Virginia Woolf et de Simone de Beauvoir, et comme Hélène Cixous, Monique Wittig choisit pour déconstruire « le mythe de la-femme », la posture de Wittig déplace la problématique. Ce n’est pas le statut des femmes par rapport aux hommes ou le sexe de l’écriture qui font son cheval de bataille, mais le genre grammatical qui conditionne l’énonciation et reconduit le mythe d’une binarité constitutive telle que la tradition distingue un masculin-abstrait-général et un féminin/sexe/nature[30]. La littérature constitue dès lors le champ de bataille privilégié sur lequel l’écrivain pourra rendre universel le point de vue minoritaire et mettre au jour des genres sans précédent. L’œuvre de fiction n’est pas, pour Wittig, le reflet de la réalité, comme elle l’est pour Beauvoir. L’action de l’écrivain vise la matérialité du langage par un travail au corps des mots et une refonte du sens ; son engagement est poétique autant que politique ; le terrain d’affrontement est l’Histoire littéraire dont elle se sert comme biais pour surprendre l’Histoire. Parler de « littérature engagée » équivaut pour elle à parler d’« écriture féminine » en recourant à des « formations mythiques[31] » qui amalgament des systèmes séparés. Elle y insiste : « L’histoire met en relation des individus, la littérature met en relation des formes[32] ».

Wittig critique donc les usages idéologiques du mythe. Mais les mythes sont omniprésents dans son œuvre théorique et littéraire. Les écrivains sont pour elle des « fabricateurs de chevaux de Troie[33] », c’est-à-dire à la fois des créateurs de mythes et des inventeurs de stratagèmes pour déjouer leur séduction et défaire les constructions politico-sociales[34]. C’est précisément ce que le roman intitulé Les Guérillères met en scène, Wittig utilisant le mythe des Amazones à la manière dont les Grecs se sont servis du Cheval de bois pour s’introduire par ruse dans la ville. La forteresse dans laquelle l’auteur pénètre, en l’occurrence, est « le mythe de la-femme » que le roman va miner de l’intérieur de la perspective féministe.

Politique et poétique de la révolution


La déconstruction n’est pas une mise à sac. Les Guérillères ne relate ni tout à fait une défaite militaire ni tout à fait une victoire militante. L’engagement de l’écrivain est avant tout poétique, même si le texte paraît en 1969 alors que se lèvent en France les mouvements de libération des femmes auxquels Monique Wittig participe activement : en mai 1968, dans la Sorbonne occupée, elle a créé, avec d’autres artistes et intellectuels, le Comité révolutionnaire d’action culturelle (CRAC) ; au mois d’octobre de la même année, elle a organisé, avec Antoinette Fouque et Josiane Chanel, dans un studio prêté par Marguerite Duras rue de Vaugirard, la première réunion de ce qui s’appellera le MLF, qui sera rapidement divisé, Wittig s’orientant par la suite vers des mouvements lesbiens, ni féministes, ni féminins[35]. C’est dans cette effervescence qu’elle écrit Les Guérillères. Publié aux éditions de Minuit, la même année que Détruire, dit-elle de Duras, le roman ne prétend pas néanmoins faire table rase de la tradition littéraire : il en recycle les « formes simples », pour reprendre la terminologie d’André Jolles[36], que sont la légende, la chanson de geste, le mythe et le conte. Or tandis que, selon Eliade, « le mythe relate un événement qui a eu lieu dans le temps primordial, le temps fabuleux des commencements[37] », Les Guérillères est écrit au temps verbal du présent de l’indicatif – mode grammatical de la geste performative et du geste révolutionnaire. Davantage, la structure narrative est ainsi faite qu’une tension dramatique demeure, laissant à tout moment de la lecture le récit en attente de l’événement à venir, à savoir la guérilla-révolution des guérillères-amazones-féministes-lesbiennes.

En effet, le livre est composé de trois parties qui ne sont pas données à lire dans l’ordre chronologique. Dans la première partie, la guérilla a déjà eu lieu ; or, en même temps, elle reste à venir pour le lecteur car la bataille est rapportée dans la troisième partie. La fin du livre enchaîne sur son commencement, la première partie lui faisant suite narrativement parlant. Le retournement structurel oblige à une lecture cyclique et non téléologique.

En littérature, le cycle désigne une série de poèmes épiques ou romanesques se déroulant autour d’un même sujet et où l’on retrouve plus ou moins les mêmes personnages[38]. Les Guérillères correspond à cette définition à plus d’un titre. Le sujet du livre est épique : il s’agit de la guérilla menée par un héros collectif, le pronom personnelle féminin pluriel « elles », contre le masculin général[39]. Dans un article intitulé « Quelques remarques sur Les Guérillères », Wittig raconte l’effet grammatical qu’elle a cherché à produire de manière à ce que le sujet collectif « elles » prenne d’assaut le lecteur, fasse basculer le pronom « ils » en tant que général, et lui dérobe son universalité[40]. La tactique relève de la guérilla dont les caractéristiques sont d’être menée sur le propre territoire, ici la grammaire française, et de procéder par effets de surprises, embuscades, harcèlement de l’adversaire ; d’où le néologisme de « guérillères » au lieu de « guerrières ». « Guérillères » apparaît aussi comme la forme armée de la personne grammaticale pluriel « elles » dont le mot se trouve revêtu des attributs guerriers que deviennent les lettres « g », « u » et « r ».

La guérilla a donc bien lieu dans la langue, c’est-à-dire au niveau de la fabrique de tout récit. La présence du mythe, dans Les Guérillères, ne répond ni à la réécriture, ni à la mention, ni à l’allusion. La geste est en gestation ; la légende (legenda) est littéralement donnée à lire, c’est-à-dire à construire et à déconstruire.

La déconstruction des mythes de la-femme

Le décalage opéré par la composition narrative est révélateur de la déconstruction à l’œuvre dans le roman. Plusieurs conséquences en résultent. La plus évidente concerne le genre littéraire du texte. Alors que le thème des guérillères, en plus de faire signe vers l’épopée et la chanson de geste, puise dans le mythe des Amazones[41], le retournement temporel donne au récit la facture d’un roman d’anticipation. Le procédé est courant selon lequel l’imaginaire des œuvres de science-fiction s’inspire largement des mythes et de la mythologie. Ici l’ordre est inverse. Le mythe des guérillères s’écrit depuis l’à venir du roman, c’est-à-dire son potentiel. Monique Wittig utilise l’horizon qu’offre le roman d’anticipation pour déconstruire le mythe de la-femme et le mythe de la lutte finale : le souffle poétique, souple et intempestif, renverse les constructions rigides trop rigides des discours politiques.

Au début du roman, donc, la guerre a déjà eu lieu – cependant que le rythme du texte, pressant, ne cesse de l’annoncer. La première partie du livre décrit la reconstruction d’un système de valeurs à partir, non pas de la logique du logos et du modèle du phallus comme dans l’ancienne société patriarcale désormais abolie, mais du cercle avec sa symbolique féminine : cycle menstruel, sexe féminin, procréation. Des « féminaires » ont remplacé les textes de la tradition phallogocentrique. Il s’agit de petits livres qui vont progressivement être abandonnés pour, dans la deuxième partie du roman, ne plus servir qu’à amuser les fillettes.

Elles disent que les féminaires privilégient les symboles du cercle, de la circonférence, de l’anneau, du O, du zéro, de la sphère. Elles disent que cette série de symboles leur a donné un fil conducteur pour lire un ensemble de légendes qu’elles ont trouvées dans la bibliothèque et qu’elles ont appelées le cycle du graal. Il y est question des quêtes pour retrouver le graal entreprises par un certain nombre de personnages. Elles disent qu’on ne peut pas se tromper sur le symbolisme de la table ronde qui a présidé à leurs réunions. Elles disent qu’à l’époque où les textes ont été rédigés, les quêtes du graal ont été des tentatives singulières uniques pour décrire le zéro le cercle l’anneau la coupe sphérique contenant le sang. Elles disent qu’à en juger par ce qu’elles savent de l’histoire qui a suivi, les quêtes du graal n’ont pas abouti, qu’elles en sont restées à l’ordre du récit.(Wittig, 1969 : 61 -62)[42]

Cet extrait correspond à l’un des fragments textuels dont l’enchaînement compose le roman. Le blanc laissé entre chaque paragraphe empêche une lecture linéaire, et invite à une lecture à deux temps : d’un côté, le lecteur construit le récit qui lui est pour ainsi dire livré en pièces détachées ; de l’autre, il déconstruit le discours des guérillères par rapport auquel, du fait de la trame lacunaire, il garde une distance critique. Les « féminaires » évoquent les projets qui se sont multipliés à partir des réunions de femmes à la fin des années 1960 pour relire les mythes et les textes fondateurs – ici la légende du Graal – sous un angle féminin ou féministe. Wittig met en garde contre les limites de telles pratiques qui tendent à inverser la relation de domination pour valoriser le féminin à la place du masculin. Elle moque le culte de la vulve qui succède au culte du phallus. Par ailleurs, et à l’instar des écrivains du Nouveau Roman, l’auteur ne dissocie jamais le discours de la forme. Ainsi, au sujet de la quête du Graal qui en serait restée « à l’ordre du récit », est-il en vérité question du roman dont la structure cyclique évite l’aboutissement, laissant le lecteur dans le désir de la révolution, tout en affirmant l’impossibilité de toute révolution.

La révolution des guérillères ne peut avoir lieu, de fait, que dans « l’ordre du récit », c’est-à-dire dans l’espace-temps utopique du cycle poétique où l’action se situe « à la fois dans le présent, le futur et le passé[43] ». Elle n’est ni Lutte Finale, ni Mouvement de Libération des Femmes. Les guérillères ne sont pas des femmes : ce sont des créatures fabuleuses sorties de la bibliothèque de l’écrivain. L’anaphore « Elles disent… Elles disent… Elles disent… » découvre la stratégie syntaxique de Wittig qui consiste à harceler le genre grammatical du masculin général sur le terrain de la rhétorique des discours dominants. Mais la lutte ne confronte pas des individus de sexes opposés ; les guérillères sont des êtres de papier, non biologiques. Elles supplantent les dichotomies en tous genres et traversent tous les textes. Elles comptent parmi leurs rangs des « jeunes hommes aux cheveux longs » (Wittig, 1969 : 206) et de vieilles soldates grisonnantes (Wittig, 1969 : 208).

Pour le dire autrement, à la différence du geste de retranchement mythique des Amazones, qui se coupent le sein et mutilent ou tuent les enfants mâles, les guérillères de Wittig procèdent par adjonction et augmentation. Le mythe a traditionnellement une visée explicative à la fois rassurante et interrogative afin de combler les failles de la connaissance et tromper les limites du savoir humain. Chez Wittig, le mythe est mélancolique. Non seulement il n’est pas un récit des origines – lorsque le roman commence « l’histoire » est déjà terminée – mais encore, il outrepasse les limites que sont la victoire et la défaite, la naissance et la mort. A la fin du livre, la Marche funèbre l’emporte sur l’Internationale :


Citation :
« Mues par une impulsion commune, nous étions toutes debout pour retrouver comme à tâtons le cours égal, l’unisson exaltant de l’Internationale. Une vieille soldate grisonnante sanglotait comme une enfant. Alexandra Ollontaï retenait à peine ses larmes. L’immense chant envahit la salle, creva portes et fenêtres, monta vers le ciel calme. La guerre est terminée, la guerre est terminée, dit à mes côtés une jeune ouvrière. Son visage rayonnait. Et lorsque ce fut fini et que nous restions là dans une sorte de silence embarrassé, quelqu’une au fond de la salle cria, camarades, souvenons-nous de celles qui sont mortes pour la liberté. Et nous entonnâmes alors la Marche funèbre, un air lent, mélancolique et pourtant triomphant. »

Wittig, 1969 : 207-208


La fin de la guerre n’est pas la victoire. Le triomphe est « embarrassé ». Il porte le deuil de la révolution. La littérature permet de ne pas céder aux discours positivistes simplificateurs, réducteurs et idéologiques. La défaite du mythe fait aussi sa puissance : la guerre est terminée, « vive nos révolutions[44] ».

Défaite et puissance du mythe

Le cycle détermine donc à la fois la forme poétique et la posture politique que soutient le roman de Wittig. Plutôt que de tendre vers une résolution, la lecture accroît et resserre la tension épique qui s’épanouit dans le chant final, irréductible, « mélancolique et pourtant triomphant ». Depuis l’incipit, toutes les cinq pages, une liste de prénoms – des prénoms sans nom, délivrés d’une autorité patriarcale, sans joug conjugal – livrés sans ponctuation, interrompt la trame fragmentaire du récit. Ecrits en lettres capitales, entrechoquant leurs syllabes comme autant de lances et de boucliers, ces prénoms qui convoquent l’imaginaire mythique ou historique de toutes les cultures et de tous les temps grossissent les rangs des guérillères tout au long du livre. Ils contribuent au harcèlement propre à la guérilla, revenant à l’assaut à un rythme cadencé et persistant : HELENE JUSTINE VILAINE LEDA FULVIE CELINE TAN-JI MOANA…

Du point de vue politique, la guérilla littéraire exige une veille sans relâche et sans idéaux, perpétuel qui-vive. « TOUT GESTE EST RENVERSEMENT » (Wittig, 1969 : 7) est-il annoncé au début du roman qui se termine sur les mots apposés sans articulation grammaticale, mimant le déchaînement de la narration : « SANS RELACHE/GESTE RENVERSEMENT » (Wittig, 1969 : 205). Du point de vue poétique, l’écriture de Wittig revendique l’intertextualité, notion qu’elle reprend à Kristeva, de la littérature qui puise sans fin et dans tous les sens dans la bibliothèque universelle dont les frontières avec l’Histoire sont poreuses – ainsi le nom de la femme politique communiste et féministe russe Alexandra Kollontaï (1872-1952) est-il devenu Ollontaï, le O initial étant alors exposé tel l’emblème des guérillères. L’excipit du livre est suivi par une liste bibliographique dans laquelle se côtoient L’Assemblée des femmes d’Aristophane, Le Deuxième sexe, la Genèse, L’Iliade, Problèmes de la guerre et de la stratégie de Mao Tsé-toung, les Contes de Perrault, Le sexe de la femme de Zwang… La liste est classée par ordre alphabétique mais la lettre Z est suivie par « etc. ». Wittig défend de la sorte la matérialité textuelle de l’oppression sexuelle, et réaffirme le geste poético-politique de ses révolutions. Plus encore, au lieu de condamner le mythe comme le lieu de fabrication de l’idéologie sociale, elle en fait l’angle d’attaque pour déconstruire la normativité du savoir et du pouvoir.

Le Cheval de Troie, dans Les Guérillères, a revêtu l’apparence du cercle. Etranges et familiers, sophistiqués et bruts, trois cercles épais tracés au milieu d’une page blanche font figure de têtes (décapitées) de chapitre, séparant les trois parties du roman, non pas dans un ordre chiffré (partie 1, partie 2, partie 3), mais selon le désordre organisé du cycle qui n’a ni début ni fin et incite à la relecture. Ils placent le roman à l’enseigne de la sphère de Pascal dont le centre est partout et la circonférence nulle part. Symboles de la féminité, formes vide, signes vers l’infini, insignes mythologiques ou emblèmes guerriers, ils minent toute construction mythique de par leur indécidabilité. Ils jouent le rôle effrayant et apotropaïque du sein unique des Amazones en rompant avec la logique linéaire-binaire, et en déstabilisant par leur plénitude énigmatique et lacunaire.

Ces trois cercles sont chaque fois une remise à zéro, c’est-à-dire une démythification du langage et une refonte de l’imaginaire littéraire par un recyclage radical de ses formes et de ses codes. Ils signent la défaite du mythe des guérillères, ainsi que les révolutions accomplies, ouvrant un horizon imprévisible.

La guérilla littéraire est le chantier sur lequel l’écrivain n’en finit pas de construire et de déconstruire en vue d’universaliser, non pas un genre à l’encontre d’un autre, mais la vigilance poétique qui permettra de « maintenir une relation critique et transformatrice[45] » avec les normes qui relèvent toujours, de quelque manière, de la fabulation.

NOTES

[1] Simone De Beauvoir, Le Deuxième sexe t.I, Paris, Gallimard, 1949, p. 392.

[2] Idem, p. 392.

[3] Idem, p. 381.

[4] Idem, p. 392.

[5] Sarah Kofman, Le Respect des femmes (Kant et Rousseau), Paris, Galilée, 1982, p. 13-20.

[6] Simone De Beauvoir, ibid., p. 390.

[7] Idem, p. 12.

[8] Roland Barthes, Mythologies, Paris, Seuil, 1957, p. 193-195.

[9] Simone De Beauvoir, ibid., p. 393.

[10] Idem, p. 393.

[11] « Avez-vous quelque idée du nombre de livres consacrés aux femmes dans le courant d’une année ? Avez-vous quelque idée du nombre de ces livres qui sont écrits par des hommes ? Savez-vous que vous êtes peut-être de tous les animaux de la création celui dont on discute le plus ? » (Virginia Woolf, Une chambre à soi, tr. Clara Malraux, Paris, Denoël/Gonthier, 1951, p. 37).

[12] Simone De Beauvoir, ibid., p. 35.

[13] C’est le titre d’un texte réédité avec « Le Rire de la Méduse », voir note suivante.

[14] Hélène Cixous, Le Rire de la Méduse et autres ironies, Paris, Galilée, 2010, p. 54. Italiques dans le texte.

[15] Le mythe provient d’un fragment d’un hymne orphique préservé par Clément d’Alexandrie dans son Protreptique. Voir à ce sujet Sarah Kofman, « Baubô. Perversion théologique et fétichisme », in Nietzsche et la scène philosophique, Paris, Galilée, 1986, p. 225-259.

[16] Voir Colette Guillaumin, L’Idéologie raciste, Paris, Gallimard, 2002, et Elsa Dorlin, La matrice de la race. Généalogie sexuelle et coloniale de la nation française, Paris, La Découverte/Genre & sexualité, 2006.

[17] Simone De Beauvoir, ibid., p. 391.

[18] Monique Wittig, « La catégorie de sexe », tr. Marie-Hélène Bourcier, in La Pensée straight, Paris, éd. Amsterdam, 2007, p. 36.

[19] Monique Wittig, « On ne naît pas femme », La Pensée straight, op.cit., p. 48.

[20] Idem.

[21] Monique Wittig, « La pensée straight », La Pensée straight, op.cit., p. 58.

[22] Monique Wittig, « Paradigmes », tr. Marie-Hélène Bourcier, La Pensée straight, op.cit., p. 82.

[23] Marguerite Duras, La Vie matérielle, Paris, P.O.L, 1987.

[24] Claude Simon, L’Express, n°702, 30 novembre 1964.

[25] Simone De Beauvoir, ibid., p. 393.

[26] Monique Wittig, 2010, Le Chantier littéraire, Donnemarie-Dontilly/Lyon, Editions iXe/PUL, p. 86.

[27] Monique Wittig, « Homo sum », La Pensée straight, op.cit., p. 71.

[28] Hélène Cixous, ibid., p. 43.

[29] Monique Wittig, « Le point de vue, universel ou particulier (avant-note à La Passion de Djuna Barnes) », La Pensée straight, op.cit., p. 89.

[30] Idem, p. 90.

[31] Monique Wittig, « Le Cheval de Troie », tr. Marthe Rosenfeld, La Pensée straight, op.cit., p. 98.

[32] Idem, p. 99.

[33] Monique Wittig, Le Chantier littéraire, op.cit., p. 40.

[34] Monique Wittig, « La pensée straight », op.cit., p. 58.

[35] Voir Josiane Chanel, « Janvier 68 : j’ai présenté Monique Wittig à Antoinette Fouque », Génération MLF 1968-2008, Paris, des femmes Antoinette Fouque, 2008, p. 29-33.

[36] André Jolles, Formes simples, Paris, Le Seuil, 1972.

[37] Mircea Eliade, Aspects du mythe, Paris, Librairie Gallimard, 1963, p. 30.

[38] Le Petit Robert cité par Monique Wittig, « Quelques remarques sur Les Guérillères », La Pensée straight, op.cit., p. 116.

[39] Ce masculin général, c’est bien sûr aussi le général d’armée. Je renvoie à Mireille Calle-Gruber, « Une réécriture littéraire des Amazones : Les Guérillères de Monique Wittig », in Réalité et Représentations des Amazones, Guyonne Leduc (éd.), Paris, L’Harmattan, 2008, p. 437-446 et Mireille Calle-Gruber, « Cheval de bataille, Cheval de Troie. Les Amazones-Guérillères de Monique Wittig », in Fictions des genres, Anaïs Frantz, Sarah-Anaïs Crevier-Goulet, Mireille Calle-Gruber (éds.), EUD, 2013, p. 39-48.

[40] Monique Wittig, « Quelques remarques sur Les Guérillères », op.cit., p. 116.

[41] Les Amazones sont un peuple de femmes qui se gouvernent elles-mêmes sans le secours d’aucun homme. D’après certaines versions du mythe elles mutileraient ou tueraient les enfants mâles et enlèveraient un sein aux enfants de sexe féminin pour qu’elles ne soient pas gênées dans la pratique de l’arc et le maniement de la lance, d’où leur nom qui signifie « celles qui n’ont pas de sein ». Leur passion est la guerre. Je renvoie à l’article « Amazones » dans le Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine de Pierre Grimal, Paris, PUF, 1969, p. 30-31.

[42] La pagination des citations renvoie à Wittig, Monique, 1969, Les Guérillères, Paris, Minuit.

[43] Monique Wittig, « Quelques remarques sur Les Guérillères », op.cit., p. 117.

[44] Monique Wittig, Antoinette Fouque, Hymne du MLF, (1971), février 1972, Le Torchon brûle, n°3, p. 2. La citation correspond à une strophe ajoutée quelques années plus tard. Je souligne.

[45] Judith Butler Défaire le genre, Paris, Amsterdam, 2006, p. 15. Voir aussi Judith Butler, « Faire et défaire le genre » in Multitudes, 2004. Url : http://multitudes.samizdat.net/Faire-et-defaire-le-genre.





Le temps passe, les couvertures de ces livres sont rares et minuscules chez internet.

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AliBlabla



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 20 Jan - 22:57


Ya des fois je me demande le rapport de tout ça avec le communisme.

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Florage



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 20 Jan - 23:01


Vas te coucher, bébé, et t'inquiètes, chez Patlotch, féminisme et communisme sont synonymes.


Clara Zatkin a écrit:
Lénine accordait une grande importance au mouvement des femmes comme étant une partie importante et, dans certaines conditions, la plus importante du mouvement des masses. Il considérait naturellement l'égalité sociale complète de la femme comme un principe qui, pour les communistes, est en dehors de toute discussion. 1924

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AliBlabla



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 20 Jan - 23:10

Euh, dsl Florage, mais ton dessin, il fait tête de mort.

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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 20 Jan - 23:20




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Florage



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Sam 21 Jan - 14:30

un ami de Patlotch a écrit:
Mais pourquoi aucun des intervenants n'a-t-il encore écrit que le sexe (à pied à cheval ou en voiture) est une activité sociale immédiate, au-delà du genre et des dominations multiples ?

Le sexe est d'abord une activité sexuelle immédiate
, cette tautologie signifie une activité physique, physiologique, chimique, psychologique et poétique au sens fort : le sexe est un total corps à corps, et comme tel doit être approché de façon matérialiste. La Critique de l'économie politique étant considérée par Marx comme « scientifiquement rigoureuse », sur quelle science pourrait s'appuyer une critique des rapports sociaux sexuels ?

Jetons un œil du côté de la sexologie.

COLLOQUE “HISTOIRES DE LA SEXOLOGIE” | “HISTORIES OF SEXOLOGY” CONFERENCE
12 December 2016 | University of Lausanne
Contact: cynthia.kraus@unil.ch Image d.r.

CONFERENCE PROGRAM

Citation :
Introduction Cynthia KRAUS, Université de Lausanne

Session 1 Le travail historique : vies, récits, sources, (ré)-écritures
Historical analysis : lives, narratives, archives, (re-)writing

Sylvie CHAPERON, Université Toulouse - Jean Jaurès
Simone de Beauvoir, une bisexuelle dans le placard ?
Alain GIAMI & Gonzague DE LAROCQUE, INSERM - CESP, Kremlin Bicêtre, France
Ecrire l’histoire de la sexologie : l’histoire écrite par les acteurs. Epistémologie et politique de l’histoire de la sexologie
Chair & discussant : Catherine FUSSINGER

Heike BAUER, Birkbeck College, University of London
Reframing the Archives of Sexology: Magnus Hirschfeld on Violence
Christel GUMY, Université de Lausanne
Quelles sources pour une histoire de la sexologie à Lausanne (1950 à nos jours)?
Chair & discussant : Vincent BARRAS

Session 2 Modéliser : différences et (dys-)fonctions / Making sex : differences and (dys-)functions
Kate FISHER & Jana FUNKE, University of Exeter, U.K.
Age difference and the emergence of gendered models of sexuality in European sexual science ?
Marilène VUILLE, Université de Genève
La sexualité féminine, quelle(s) fonction(s) ?
Chair & discussant : Anne-Françoise PRAZ

Session 3 Echanges: Italie, Argentine, Brésil
Traveling sexologies: Italy, Argentina, Brazil
Chiara BECCALOSSI, University of Lincoln, U.K.
The influence of Italian sexology on Argentinian and Brazilian sexologies in the interwar period.
Chair & discussant : Véronique MOTTIER

Conclusion Cynthia KRAUS, Vincent BARRAS, Véronique MOTTIER, Université de Lausanne
COLLOQUE “HISTOIRES DE LA SEXOLOGIE” | “HISTORIES OF SEXOLOGY” CONFERENCE, 12 December 2016, UNIL
RESUMES | SUMMARIES
Sylvie Chaperon : Simone de Beauvoir, une bisexuelle dans le placard ?
Prenant appui sur le récent ouvrage de Marie-Josèphe Bonnet Simone de Beauvoir et les femmes, très critique sur les positions de la philosophe à propos de l’homosexualité féminine, cette communication se propose de relire les écrits de Beauvoir (principalement, Les cahiers de jeunesse, les Lettres à Sartre, Le deuxième sexe) dans leur contexte de production et de réception.

Alain Giami & Gonzague de Larocque : Ecrire l’histoire de la sexologie : l’histoire écrite par les acteurs. Epistémologie et politique de l’histoire de la sexologie
Dès les débuts de la construction de la sexologie, notamment en France, les principaux sexologues (Hesnard, 1933) ont entrepris d’écrire l’histoire et l’épistémologie de la discipline qu’ils étaient en train de fonder. Cette pratique a perduré au fil des évolutions en France (Bonierbale ,Waynberg, 2007; Brenot, 2006 ; Tordjmann, 1988 ; Waynberg, 1995, 2009), et on la retrouve dans d’autres pays avec l’écriture de l’histoire de la WAS (Bianco, Serrano Hernandez, 1989, 1993) et le contrôle de cette écriture par les fondateurs de cette organisation, l’histoire et la sociologie de la sexologie en Amérique Latine (Brecher, 2014 ; Gindin, 2014 ; Colombino, 2014) et l’histoire récente de la médecine sexuelle ((Lewis, Wagner, 2008 ; Schultheiss, Glina, 2010 ; Bancroft, 2009 ; Levin, 2007 ; Riley, 2007) Cette histoire apparaît en décalage avec les histoires écrites par des historiens qui ne sont pas sexologues et qui objectivent cette histoire dans des cadres conceptuels différents (sociologique, historique, anthropologique) (Bland, Doan, 1998 ; Duggan, 1990 ; Irvine, 2005). Les rencontres entre les histoires « indigènes » et les histoires des historiens peuvent aussi susciter des hiatus, des controverses voire des conflits. La présentation fondée sur les exemples de cas cités cidessus vise à éclairer les conditions de l’écriture de l’histoire de la sexologie par les sexologues et notamment les finalités assignées à cette histoire telle que la légitimation, la validation de leur discipline. Pour les historiens, se pose alors la question de la finalité et des utilisations possibles des histoires qu’ils écrivent dans les communautés de sexologues et les conditions d’un dialogue entre ces deux groupes. La communication est centrée sur l’histoire de la sexologie en France.

Heike Bauer : Reframing the Archives of Sexology: Magnus Hirschfeld on Violence
This paper examines forgotten and overlooked writings on violence by Magnus Hirschfeld, the influential sexologist who is best
known today for his homosexual activism, early work on transgender and opening of the world’s first Institute of Sexual Sciences in Berlin in 1919. It shows that next to his work on sexuality, Hirschfeld discussed a broad range of issues including, for instance, homosexual suicide, gender violence, and racism. Arguing that this material complicates existing accounts of Hirschfeld’s contributions to sexology and sexual rights activism, the paper will address broader questions about violence and sexual archive formation. It will not only reflect on how violence constitutes the archive in terms of what is destroyed and what remains across time, but also on the importance of fragmented and sometimes speculative evidence, as Hirschfeld's sexology was shaped by the suffering of people whose lives have barely left a historical imprint.

Christel Gumy : Quelles sources pour une histoire de la sexologie à Lausanne (1950 à nos jours)?
Par cette présentation, il s’agira de présenter le corpus de sources réuni dans le cadre du projet de recherche FNS « Façonner
l’hétérosexualité: histoire des « troubles » du désir féminin en Suisse romande de 1960 à nos jours ». Le but est d’interroger le type d’histoire et de questionnement que les sources réunies permettent d’élaborer. Mais aussi, il s’agira de situer ce corpus dans le domaine de recherche de l’histoire de la sexualité en Suisse romande et d’imaginer la manière dont il pourrait être complété pour contribuer plus largement à ce domaine de recherche.

Kate Fisher & Jana Funke : Age difference and the emergence of gendered models of sexuality in European sexual
science ?

This paper explores the centrality of ideas about youth and sexuality, sexual corruption and age-structured sexual relationships to the emergence and shape of European sexology. We argue that alongside and informing the emergence of an understanding of sexuality that divided people according to a gendered binary (homosexual/heterosexual) was a series of contested debates about youth and sexuality. Indeed the very category of the homosexual, defined by his/her attraction to an individual (of any age) but of the same sex was, in part, a response to the need to distinguish homosexuality from age-unequal relationships, that were increasingly seen as unacceptable. Our paper also puts cross-European dialogue under the microscope. Some of the tensions informing the emergence of gendered models of sexuality were locally specific (e.g. the Oscar Wilde trials, British public school scandals, the German Knaben-Liebe movement), whereas others (e.g. the study of texts and materials from ancient Greece, debates about the age of consent, etiological questions about the extent to which homosexuality was a matter of influence and corruption) were influential across Europe and discussed in European meetings and congresses. The challenges of facing appropriate methodologies for writing about European connections and European differences in the writing of European sexology is thus a key question that our paper will consider.

Marilène Vuille : La sexualité féminine, quelle(s) fonction(s) ? / What is(are) the function(s) of female sexuality?
Nous présenterons dans cette communication quelques-uns des résultats de notre recherche «Désirs en échec ? Expérience et traitement des défaillances de la sexualité féminine : la construction d'un problème médical et social» financée par le Fonds universitaire Maurice Chalumeau dans le cadre de l'appel à projets 2012 «Désirs sexuels singuliers. Une approche sexologique
interdisciplinaire».
Nous esquisserons les étapes de l'émergence d'une «médecine sexuelle» centrée sur la connaissance de la «fonction sexuelle» et de ses «dysfonctions». Nous tenterons de dégager la vision de la sexualité féminine qui émane de l'abondante production scientifique et médicale actuelle sur les «dysfonctions sexuelles» et en particulier sur les «troubles» du désir.
Nous nous efforcerons aussi de caractériser les changements que ces savoirs introduisent par rapport à la compréhension
antérieure de la «frigidité» féminine. Une partie de notre corpus consiste en discussions initiées, sur des plateformes internet, par des femmes affectées par une diminution ou une perte de désir sexuel. L'expérience rapportée par ce public sera analysée en regard de la description scientifique et médicale du fonctionnement sexuel optimal ou déficient des femmes.

COLLOQUE “HISTOIRES DE LA SEXOLOGIE” | “HISTORIES OF SEXOLOGY” CONFERENCE, 12 December 2016, UNIL

Chiara Beccalossi : The influence of Italian sexology on Argentinian and Brazilian sexologies in the interwar period.
In 1926, Nicola Pende, one of the most important Italian fascist scientists, founded the Institute of Biotypology, a eugenics
organisation. Among other things, this institute promoted sex education and offered advice relating to marriage. It also evaluated the racial unions that would produce ‘fit’ offspring in the long term and treated infertility and impotence with hormone therapies. It attempted to cure ‘sexual deviancies’ such as homosexuality through opotherapy (the treatment of disease with extracts made from animal endocrine organs), phototherapy (the stimulation and inhibition of internal gland secretions through x-rays), treatments requiring climate and dietary changes, and psychotherapy. Inspired by Pende’s Institute, some doctors in Latin America launched similar institutes in the interwar period, such as the Argentinian Institute of Biotypology and the National Institute for Identification in Brazil. This paper explores the sexological knowledge produced at the Italian and the Argentinian Institutes of Biotypology and the Brazilian National Institute for Identification and aims to show how, in Southern Europe and Latin America, hormones became central to understanding sexual behaviour in the interwar period.


NOTICES | BIONOTES

Citation :
Vincent Barras est Professeur ordinaire en histoire de la médecine et directeur de l’Institut universitaire d’histoire de la médecine et de la santé publique (IUHMSP) de la Faculté de biologie et de médecine à l’Université de Lausanne. Il enseigne également à la Haute Ecole d’Art et de Design de Genève (théorie du son et du corps). Ses recherches et publications portent sur l’histoire et théorie du corps, de la médecine et de la psychiatrie, sur la musique, la poésie et les arts contemporains, et incluent des activités de traduction, de programmation et de performance.

Heike Bauer
is a Senior Lecturer in English and Gender Studies at Birkbeck College, University of London. Her books include the monograph English Literary Sexology (Palgrave Macmillan, 2009), a 3-volume anthology, Women and Cross-Dressing 1800-1930 (Routledge, 2006), and the edited collections Queer 1950s: Rethinking Sexuality in the Postwar Years (Palgrave Macmillan, 2012, coedited with Matt Cook), and Sexology and Translation: Cultural and Scientific Encounters Across the Modern World (Temple UP, 2015). Her new monograph, The Hirschfeld Archives: Violence, Death, and Modern Queer Culture will be published by Temple University Press in 2017.

Dr Chiara Beccalossi is a Senior Lecturer at the University of Lincoln. Chiara’s first book, Female Sexual Inversion: Same-Sex Desires in Italian and British Sexology, c. 1870–1920 (2012), explored how same-sex desires were pathologised in Italy and Britain. She has also co-edited Italian Sexualities Uncovered, 1789-1914 (2015) with Valeria P. Babini and Lucy Riall, A Cultural History in the Age of Empire (2011) with Ivan Crozier, and has published numerous articles in the field of history of sexuality and medicine. She has recently won a five year Wellcome Trust grant to work on a new project that explores the mutual exchanges of sexology between Southern Europe and Latin America in the 20th century. Her new project is entitled: ‘Sexology, Hormones and Medical Experiments in the Latin Atlantic World: Local Power and International Networks, 1918-1985’.

Sylvie Chaperon est professeure en histoire contemporaine à l’Université de Toulouse Jean Jaurès et rattachée au laboratoire Framespa. Elle est spécialiste de l’histoire du féminisme et de la sexologie en France. Elle a publié notamment Les années Beauvoir (Fayard, 2000) et Les origines de la sexologie (Auibert 2007 ; Payot 2012) ainsi que, en collaboration avec C. Bard, Le dictionnaire des féministes (XVIIIe-XXIe siècles, (PUF, 2017).

Gonzague de Larocque, Md, Phd, Médecin addictologue, sexologue et chercheur vacataire en sciences sociale à l’INSERM Dans l’équipe de recherche U 1018 "Genre, sexualité, santé ». En dehors de son activité clinique, son travail de recherche porte sur le thème de la médicalisation de la sexualité, sur l’épistémologie de la sexologie française ainsi que sur l’ethnographie de congrès de sexologie. En 2014, il soutient une thèse de science en psychologie sociale sous la direction d’Alain Giami: « Généalogie de la sexologie française (1910-2010) : problématisations de la sexualité à l’époque de la féminisation de la médecine ». La thèse utilise la sexologie comme un outil d’étude et d’analyse du « mouvement des femmes » dans le secteur de la santé qui a débuté au début du XIXème siècle en France. L’enquête porte à la fois sur une étude d’histoire, au sens foucaldien, de la sexologie française, et sur deux enquêtes (l’une qualitative et l’autre quantitative) auprès de gynécologues recrutées dans des congrès de sexologie.

Kate Fisher is professor of social and cultural history at the University of Exeter. Her books include, Birth control sex and Marriage in Britain, c1918-1960; (with Simon Szreter), Sex before the Sexual Revolution and (with Rebecca Langlands), Sex, Knowledge and Receptions of the Past. She is currently directing, with Jana Funke, a 5-year Wellcome-Trust funded project: Rethinking Sexology http://rethinkingsexology.exeter.ac.uk/. Her public engagement work includes the Sex and History Project which seeks to use historical objects to improve sexuality education in a variety of settings. http://rethinkingsexology.exeter.ac.uk/

Dr Jana Funke is a Lecturer in Medical Humanities at the University of Exeter. She has published several chapters and journal articles on the history of sexuality, sexual science, and modernist literature. Books include The World and Other Unpublished Works by Radclyffe Hall (2016), Sex, Gender and Time in Fiction and Culture (co-edited with Ben Davies, 2011) and Sculpture, Sexuality and History: Encounters in Literature, Culture and the Arts (co-edited with Jen Grove, forthcoming 2018). Jana was selected as a member of the AHRC-funded New Generations in Medical Humanities programme and has been awarded a Joint Investigator Award by the Wellcome Trust to direct (with Kate Fisher) a major five-year project on the cross-disciplinary history of sexual science. Jana is strongly committed to making her research accessible to wider audiences and collaborating with non-academic publics. Past work includes the Transvengers project (led by Gendered Intelligence) and public engagement events as part of Wellcome Collection’s Institute of Sexology Exhibition (2014-2015).

Catherine Fussinger est historienne et responsable de recherche à l’Institut universitaire d’histoire de la médecine et de la santé
publique (IUHMSP, CHUV-UNIL). Ses travaux portent principalement sur l’histoire de la psychiatrie et de la psychothérapie au
20ème siècle et sur la constitution du domaine genre et santé-genre et médecine.
COLLOQUE “HISTOIRES DE LA SEXOLOGIE” | “HISTORIES OF SEXOLOGY” CONFERENCE, 12 December 2016, UNIL

Alain Giami est chercheur en sciences sociales. Directeur de recherche à l'Inserm, il dirige l’équipe de recherche «Genre, sexualité, santé » Il a publié plusieurs ouvrages dont notamment en collaboration avec Pierre Moulin et Emilie Moreau : « Infirmières et sexualité : entre soins et relations » (Presses de l’EHESP, 2015) ; avec Gert Hekma : "Sexual revolutions" (éditions Palgrave, Juin 2014; publié en français aux éditions la Musardine, 2015); "Des sexualités et des handicaps : Questions d'intimité", avec Bruno Py et Anne Marie Toniolo (Presses Universitaires de Lorraine, 2013); "L'expérience de la sexualité chez de jeunes adultes", avec Marie-Ange Schiltz" (éditions Inserm, 2004). Il a en outre publié près d'une centaine d'articles dans des revues scientifiques françaises et internationales. Il travaille sur les questions liées à la sexualité et en particulier aux dispositifs médicaux et politiques de la sexualité. Il développe actuellement un programme de recherche internationale sur les Transgenres / Transsexuels (France, Brésil, Italie, Norvège, Chili) ainsi qu'une étude des transformations de la sexologie contemporaine vers la médecine sexuelle, la santé sexuelle et les droits sexuels. Il travaille en outre sur les formes d’implication subjective des professionnels face aux questions de sexualité.

Dr Christel Gumy, historienne, est directrice de recherche à la Commission indépendante d’expert×e×s (CIE) « Internements
administratifs », Berne. A partir d’une perspective d’histoire sociale et culturelle des sciences et de genre, son travail s’intéresse à la construction de savoirs qui participent à la production et à l’administration de catégories d’individus hiérarchisées. Elle s’est consacrée à l’étude historique des théories cérébrales de l’adolescence, puis à celle de la sexologie médicale. Elle mène actuellement une recherche sur l’histoire des dispositions légales qui régissent la privation de liberté dans un but de prophylaxie sociale. Publications : « Désirer: Une histoire de la sexologie à Lausanne, 1950-2000 » (avec C. Kraus, under revision) ; « The Gendered Tools of the Construction of a Unisex Adolescent Brain » (In Gendered Neurocultures, Zaglossus, 2014) ; « Les images des passions adolescentes. Des photographies d'expression faciale aux images scans dans la construction d'un cerveau adolescent émotionnel et sexué » (Revue d'Anthropologie des Connaissances, 2013).

Cynthia Kraus, philosopher, is a Senior Lecturer in gender studies & the social studies of science and medicine at the STSLab of the University of Lausanne. She works on medical sexology as a PI of an SNF project on the history of female desire “disorders” in French-speaking Switzerland (2015-2018) and on psycho-hormonal sexology (or “genderology”). Her research on genderology includes fieldwork in West Africa (on intersex) and in North America (on intersex and trans issues) and, since 2005, a multidisciplinary initiative that integrates a gender and SHS perspective in medical training and team-building to improve standards of care for intersex people in Lausanne. She also works on the brain sciences with a past SNF project on the history of the “teen brain” (PI, 2011-2014) and as a core member of the international network NeuroGenderings.

Véronique Mottier est Professeure au Laboratoire THEMA de l'Université de Lausanne, ainsi que Fellow et Director of Studies en sciences sociales et politiques à Jesus College, Cambridge. Ses publications portent sur genre & sexualité, et sur l'histoire des théories sociales françaises. Ses livres incluent Sexuality: A Very Short Introduction (Oxford University Press, 2008); voir également: www.veroniquemottier.com

Anne-Françoise Praz is Associate Professor of contemporary history at the University of Fribourg. For several years, she also taught gender history at the University of Geneva. Her research interests include historical demography, family history, gender, history of education, childhood, and youth, as well as public policies on population and sexuality. She directed a Swiss National Science Foundation (SNF) project on mutations of parenthood and birth control in the 1960s and is currently co-directing an SNF Sinergia project on Swiss policies and practices of placing children in care. Since January 2015, she has been working in the Independent Expert Commission (CIE) appointed by the Swiss Federal Council to conduct a historical survey of administrative detention in Switzerland from the late 19th century to its abolition in 1981.

Marilène Vuille
, sociologue, est actuellement collaboratrice scientifique à l'Institut des Études Genre de l'Université de Genève, ainsi que chercheuse associée à l'Institut universitaire d'histoire de la médecine et de la santé publique (IUHMSP) à Lausanne. Elle collabore avec la Prof. Delphine Gardey à une recherche sur la médicalisation de la sexualité féminine. Ses travaux personnels, réalisés dans une perspective sociohistorique, portent sur le travail et les professions de santé, en particulier dans le champ de la gynécologie-obstétrique.

Ce colloque est organisé dans le cadre du projet de recherche intitulé Façonner l’hétérosexualité : histoire des « troubles » du désir féminin en Suisse romande de 1960 à nos jours / Making up Heterosexuality : A History of Female Desire « Disorders » in Frenchspeaking Switzerland from the 1960s to the Present financé par le Fonds national suisse de la recherche scientifique (SNF n° 100011_153080). Requérante responsable : Dr C. Kraus (MER-1) ; Co-requérant×e×s : Profs. V. Barras & V. Mottier.

La seule lecture de ce programme ne nous renvoie-t-elle pas à douter de la scientificité des approches dominantes dans la réflexion sur le rapport entre sexe et communisme, de type philosophique ou rabattues sur des rapports sociaux économiques ?

Il n'est pas plus absurde d'appuyer cette réflexion sur la sexologie que la critique de l'économie politique sur des travaux en sociologie, anthropologie, ou, comme la théorie communiste sur les luttes, la théorie du plaisir sexuel sur les réalités de la sexualité, vérifiées empiriquement ou étudiées scientifiquement. C'est au demeurant ce que tendent à exiger les considérations plus haut sur le plaisir féminin comme n'étant pas lié au seul coït masculin, ni celui-ci résumant le plaisir masculin.

Autrement dit, encore un effort, camarades, pour théoriser le rapport sexe et communisme.

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Sam 21 Jan - 15:04


Homosexualité & révolution

Daniel Guérin ("approche objective") FRONT SOCIAL n°8, 1997
première édition parue en 1983, alors que Guérin avait 79 ans


[Daniel Guérin a été un militant communiste libertaire tentant de synthétiser marxisme et anarchisme.

Si en tant que maoïstes nous ne sommes pas d'accord avec lui, depuis nos ancêtres du groupe "vive la révolution" qui produisait "ce que nous voulons: tout!", nous savons que la lutte des "minorités" pour leurs droits est fondamentale. Guérin, qui a également soutenu les prisonnierEs de la RAF, a été une figure de la scène gaie, et ce texte est très intéressant, montrant l'homophobie existant dans la "gauche" par exemple.

Ce vieux texte était lié à un autre texte, plus court, intitulé "approche subjective"]


Daniel Guérin a écrit:
1. Question de définition

Commençons par mettre au point une question de vocabulaire. Que faut-il entendre par le mot homosexualité? Quel contenu doit-on donner au mot Révolution?

Le premier de ces termes est lourd et laid. Il a été fabriqué, à la fin du XIXème siècle, par la sexologie germanique. Il désigne l’intérêt qu’un être humain (masculin ou féminin) porte à une personne du même sexe. (Je ne traiterai que de l’homosexualité masculine, connaissant mal, et pour cause, l’homosexualité féminine).

Ceci posé, nous restons encore dans le vague. Car ce penchant peut se manifester de toutes sortes de façon: désincarné, sublimé, ou furieusement physique.

Entre mâles, il peut s’adresser à des adolescents, à des hommes faits, voire à des enfants, à des minets comme à des athlètes, à des androgynes fluets ou à des hercules.

Il arrive qu’il penche vers le sadisme ou vers le masochisme, qu’il raffole du cuir ou du caoutchouc, que le tente tel ou tel fétiche, qu’il soit actif ou passif ou les deux tour à tour, qu’il ait une prédilection pour les imberbes ou pour les moustachus, les barbus, que la limite d’âge de son partenaire soit plus ou moins élevée, que sa préférence aille aux dimensions du pénis ou à la dureté des muscles, qu’il affectionne la nudité ou préfère l’accoutrement et, dans ce dernier cas, les frusques civiles ou l’uniforme, qu’il pratique la fidélité dans le couple ou le coup de foudre pour le premier venu, ou encore les deux à la fois.

Mais ces nuances ne sont relativement que vétilles. Beaucoup plus importante est la différence entre l’homosexuel exclusif et le bisexuel.

Le mot homosexualité ne devrait-il donc cerner qu’une minorité d’individus que les hasards de la vie, ou la répétition pavlovienne, ou encore le complexe de castration ont accoutumé à se détourner du sexe féminin?

C’est sans doute le verdict de la morale bourgeoise et chrétienne qui a conféré son caractère extensif et péjoratif à cette manière d’aimer.

Le mot devrait tomber en désuétude au fur et à mesure que disparaîtraient les lois homophobes, les préjugés à l’égard de la chose, enfin les foudres d’une Eglise qui s’obstine d’autant plus à vitupérer contre ce penchant que nombre de ses prêtres - et pour cause - s’y adonnent ou tentent de s’en défendre.

Mais nous verrons plus loin que la société bourgeoise, fondée sur la famille, ne renoncera pas si facilement à l’un de ses derniers remparts.

Soupesons maintenant le mot Révolution. Le terme a été galvaudé. Jusqu’au fascisme qui a osé se prétendre " révolutionnaire ".

N’importe quel tyranneau de pays sous-développé a le front de se targuer d’un "Conseil de la révolution".

Quant au bloc des pays de l’Est, qui exercent une dictature impitoyable sur leur prolétariat et commettent l’imposture de nommer " socialisme " leur capitalisme d’Etat, quant aux partis dits " communistes " qui se font les instruments serviles d’un empire totalitaire, ils ne sauraient se faire passer pour révolutionnaires.

Mais le mot Révolution ne doit pas être banni pour autant. Il conserve un sens historique précis et irréfutable.

Il désigne le soulèvement des masses laborieuses opprimées et exploitées séculairement et leur effort d’auto-affranchissement, en même temps qu’il marque la désaliénation de chaque individu.

D’où le rapport dialectique à établir entre les mots homosexualité et Révolution. Le présent cahier s’y efforcera.


2. Sexualité et homosexualité

Pour une claire et exacte compréhension du sujet que nous abordons maintenant, il faut se mettre bien dans la tête que l’homosexualité n’est pas un phénomène à part, en quelque sorte spécialisé, mais une simple variante d’une immense propriété de la nature animale et humaine: la sexualité.

Elle ne peut donc être comprise et décrite qu’à l’aide d’une investigation globale sur le fonctionnement sexuel. Dans son rapport avec la Révolution, c’est moins de l’homosexualité qu’il s’agit, que de la sexualité tout court, de ce que Freud désigne sous le vocable de libido.

Le problème qui se pose à nous est donc celui de la compatibilité entre le libre exercice de l’instinct sexuel et les contingences, les exigences de la lutte révolutionnaire. Baiser beaucoup, serait-ce nuire à l’action révolutionnaire ou au contraire l’exalter?

Nous nous trouvons ainsi projetés au coeur d’un vieux débat entre militants révolutionnaires.

Les uns, comme Robespierre, comme Proudhon, comme Lénine, fondent l’efficacité révolutionnaire sur la " vertu ", sur la continence et prétendent que l’émission trop fréquente de sperme affaiblit, émascule la combativité des contestataires de l’ordre bourgeois.

Si nous voulions tirer à la ligne, nous pourrions multiplier les risibles citations de ces farouches gardiens des bonnes moeurs, jusqu’à supputer qu’ils seraient peu doués sexuellement ou qu’il refouleraient d’aberrante façon leurs appétits charnels.

A leur encontre, d’autres révolutionnaires soutiennent que l’attrait de la volupté n’affadit nullement l’énergie du combattant révolutionnaire mais que bien au contraire l’orgasme va de pair avec la furia militante.

Tel a été le point de vue affiché publiquement sur les murs de la Sorbonne par la juvénilité luxurieuse de mai 1968.

Bien entendu, il s’agit ici, dans une certaine mesure, de cas individuels, le potentiel sexuel variant d’un être à l’autre, de zéro à l’infini et certains échauffés étant vidés plus vite que d’autres.

Tout est également question de proportion et de mesure. S’amollir dans les délices de Capoue d’une débauche débridée n’est pas, de toute évidence, la meilleure préparation à l’affrontement révolutionnaire. En sens contraire, une trop longue abstention des rapports physiques peut créer un état de tension nerveuse plus ou moins paralysante, donc peu propice aux audaces militantes. Ici la Révolution et le sport présentent des points communs. Un boxeur, un athlète, au sortit d’une nuit prolongée d’amour, ne sont guère aptes à des uppercuts précis ou à des records chronométrés.

En revanche, un excès de chaste surentraînement peut faire du champion une lavette. Les managers le savent fort bien.

Que les managers de la lutte sociale veuillent bien s’en inspirer.

L’homosexualité reproduit les mêmes schèmes. Elle n’a jamais nui, quoi qu’en puissent dire certains tartufes de la lutte de classes, à l’agressivité révolutionnaire, à condition de ne pas verser dans l’excès, dans les multiplicités de la drague.

Si elle est objet de certaines réticences de la part de quelques " guides " autoproclamés du prolétariat, c’est pour une tout autre raison.

Ils craignent que la dissidence sexuelle, si elle se fait ostensible, ne discrédite leurs militants aux yeux des homophobes, voire qu’elle les rende passibles de chantages et autres avanies.

Mais ici nous mettons les pieds dans un autre domaine, celui du préjugé, du " tabou ", qui frappe encore aujourd’hui, malgré les progrès accomplis, l’ensemble des homosexuels.


3. Un cas d’espèce

Je ne saurais taire que dans ma recherche " objective " des rapports pouvant s’établir entre homosexualité et Révolution figure une part d’expérience personnelle.

Lors de mon entrée dans la lutte sociale, je me trouvais être à la fois homosexuel et révolutionnaire, sans d’ailleurs pouvoir distinguer nettement quelle pouvait être la part de l’intellect (lectures, réflexions) et celle du sensible (attraction physique vers la classe ouvrière, révolte, rejet de mon ancien milieu bourgeois).

Toujours est-il que pendant de longues années je me suis senti comme coupé en deux, exprimant à voix haute mes nouvelles convictions militantes et, par force, me sentant contraint de cacher mes penchants intimes.

Les extraits d’écrits divers que l’on trouvera dans la seconde partie du présent Cahier relatent, je crois, très exactement, cette dichotomie. Cruelle, car je suis par nature épris de franchise et extraverti. Je garde difficilement un secret. Je suis même bavard.

Me taire, me renfermer m’est pénible. Avec des camarades à qui je portais de l’amitié et avec lesquels je me trouvais en confiance, il me fallait trop souvent me mordre la lèvre pour ne pas m’aventurer dans une discussion sur la sexualité, encore moins défendre, même d’une façon impersonnelle, une version non orthodoxe de l’amour.

Il m’a fallu attendre jusqu’en mai 68, c’est-à-dire alors que j’avais dépassé la soixantaine, pour être délivré de cette lourde et quotidienne cachotterie.

Et ce n’est que plus tard encore qu’il m’a été donné par hasard de découvrir que tel compagnon de lutte révolutionnaire de mes débuts dans le mouvement, ne se complaisait qu’avec des garçons, avec ses propres élèves, s’il était enseignant, avec de sémillants " ados " s’il gambillait érotiquement avec eux aux week-ends de la revue Arcadie.

Au surplus, ma venue aux idées révolutionnaires avait été, pour une part plus ou moins large, le produit de mon homosexualité, qui avait fait de moi, de très bonne heure, un affranchi, un asocial, un révolté.

Dans mes essais autobiographiques, j’ai rapporté que mes convictions n’avaient pas tant été puisées dans les livres et les journaux révolutionnaires, bien que j’en eusse absorbé des quantités énormes, que dans le contact physique, vestimentaire, fraternel, pour ne pas dire spirituel, dans la fréquentation des cadres de vie de la classe prolétaire.

J’ai appris et découvert bien davantage chez tel marchand de vélos, avec sa clientèle de loubards, dans telle salle de boxe et de lutte libre du quartier de Ménilmontant.

J’ai échangé plus de libres et enrichissants propos dans l’arrière-boutique fumeuse de tel petit " resto " ouvrier, peuplé de célibataires endurcis, que dans les appartements cossus des quelques anciens condisciples que je m’étais forcé de continuer à fréquenter.

J’ai retrouvé dans les cris de révolte de Max Stirner, lorsque bien plus tard m’est tombé sous la main L’Unique et sa propriété, des fantasmes homosexuels proches de ce qu’avaient été les miens.

Il est à noter, pour ne rien omettre de mon parcours de toute une vie, que jamais, à aucun moment, de quelque façon que ce soit, l’intensité, la multiplicité, la frénésie de mes aventures homosexuelles n’ont prévalu sur mon intense activité militante en vue de changer le monde, n’ont occulté ma détermination, mon obstination révolutionnaires.

Je le dis, non pour me vanter, mais parce que c’est la stricte vérité. Par ailleurs cette concentration sur ce qui a été pour moi l’essentiel ne m’a pas empêché, bien sûr, de boire goulûment à d’autres sources, de me griser de musique, de poésie, d’arts plastiques, de paysages et de voyages, bienfaisantes diversions qui détendent l’esprit pour rendre plus apte ensuite, mieux disposé à poursuivre la lutte militante.

Dois-je ajouter, enfin, pour détromper les malveillants qui mettraient en doute ma sincérité révolutionnaire - du seul fait que me fascinent les atours des jeunes ouvriers - que d’autres jeunes hommes, non moins attrayants, n’ont influencé en rien mon orientation sociale.

Ainsi les charmes des jeunes soldats ne m’ont pas rendu militariste mais, tout au contraire, antimilitariste.

De même, la virilité, le harnachement des jeunes nazis, auxquels, certes, je n’ai pas été insensible, n’ont pas fait de moi un fasciste, mais, bien plutôt, un antifasciste intraitable.

L’effet produit sur moi par les jeunes travailleurs a été, non pas simplement, de les avoir désirés mais qu’ils m’aient ouvert la perspective illimitée de la lutte de classes.

Ce n’est pas seulement le contact avec la jeunesse laborieuse qui a fait de moi un révolté.

En tant qu’homosexuel, j’ai été l’objet d’humiliations et d’outrages ineffaçables.

Quelques exemples: on traduisit devant le tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence un éminent professeur de philosophie, grand ami du génial bisexuel que fut Gérard Philippe.

Indigné, j’écrivis au procureur de la République que les vrais coupables en la matière étaient ceux qui édictent des lois antisexuelles.

L’inculpé écopa deux ans de prison ferme. Sur quoi il m’écrivit tristement que ma lettre, lue à l’audience, avait contribué à alourdir la peine.

Je me trouvais par hasard non loin de l’entrée des Chantiers de construction navale de la Ciotat lorsque j’ai été soudainement témoin d’une charge policière contre des manifestants, venus avec leurs gosses afin de protester contre le licenciement dont ils venaient d’être l’objet pour activité syndicale.

Sommé d’évacuer la chaussée, me voilà bousculé par les flics, que je traite de " garde-chiourmes ".

Pour ce mot, on me traduit devant le tribunal correctionnel de Marseille et l’un des argousins, dépêché tout exprès par le commissaire de police ciotaden, fait passer aux magistrats un morceau de papier où l’on m’accuse de voiturer des " petits jeunes ", ce que j’avais fait, mais en toute innocence.

Ce " délit " me vaut une amende salée.

Une autre fois, je suis convoqué, avec ma secrétaire, chez le maire de la Ciotat.

On m’en veut pour avoir conseillé aux membres du syndicat agricole, dont je faisais alors partie, de se rendre en délégation à la mairie pour se plaindre de promesses non tenues quant aux fournitures d’eau aux agriculteurs.

Le maire s’exprime, devant ma collaboratrice, en ces termes: " Monsieur Guérin, que vous fassiez l’amour avec un marin, un para, un légionnaire, eh bien, la municipalité s’en fout, mais que vous nous enquiquiniez avec des histoires de flotte, çà, non! " Ma pauvre secrétaire était, comme on dit, dans ses petits souliers.

Quant à moi, je serrais les poings de rage.

La maman d’un jeune joueur nautique à qui j’avais adressé une lettre de fraternelle sympathie crut devoir téléphoner à ma collaboratrice: " Dites à monsieur Guérin que nous ne mangeons pas de ce pain-là ".

La muflerie des homophobes ne connaît pas de bornes. Elle est génératrice, oui, de révolte.

La révolte est l’école primaire de la Révolution.


4. Au coeur du sujet

J’ai toujours nourri une sainte horreur pour le pervers, le cynique, le provocant en matière sexuelle. La lecture du marquis de Sade, malgré ses audaces tellement en avance sur son temps, n’a cessé de me répugner, dans la mesure où elle tend à avilir, à humilier, à rabaisser l’homme et donc à souiller la sexualité comme l’homosexualité.

Le film qu’en a tiré Pasolini m’a été insoutenable et j’ai dû m’enfuir de la salle de projection.

De même, j’ai quitté en plein spectacle une représentation de la pièce de Sartre, où trois épaves, dans un enfer imaginaire, évoquent les saloperies qu’ils ont commises au cours de leur vie terrestre.

En revanche, j’ai vibré à l’unisson avec le génial bonhomme Fourier, lorsqu’il ennoblit et sacralise tous les actes charnels, y compris ceux qu’il qualifie d’" ambigus ", car ils font, selon lui, partie intégrante du concept d’Harmonie. Et, du même coup, j’ai maudit le bouquin récent d’un jeune loup de la plume, qui tente de déshonorer l’auteur du Nouveau monde amoureux en essayant de le faire passer pour un vulgaire débauché.

J’en arrive maintenant au coeur de mon sujet.

A mes yeux, le préjugé homophobe, aux traits hideux, ne sera pas seulement contrecarré par des moyens que je qualifierais de "réformistes ", par la persuasion, par des concessions à l’adversaire d’hétéro, mais il ne pourra être définitivement extirpé des consciences, tout comme d’ailleurs le préjugé racial, que par une révolution sociale anti-autoritaire.

En effet, la bourgeoisie, malgré le masque libéral dont elle s’affuble, a trop besoin, aux fins de perpétuer sa domination, des valeurs domestiques telles que la famille, pierre angulaire de l’ordre social, elle ne peut se priver de l’adjuvant que lui assurent d’une part, la glorification du lien conjugal, le culte de la procréation, d’autre part, le soutien qui lui apportent les Eglises, adversaires obstinés de l’amour libre et de l’homosexualité (ainsi les invectives du pape et de certains évêques).

Jamais la bourgeoisie dans son ensemble de lèvera tout à fait l’interdit contre les dissidences sexuelles.

Un gigantesque coup de balai sera donc indispensable pour achever de libérer l’homme en général (mot générique qui englobe les deux sexes).

La société bourgeoise est coupable d’avoir porté à excès la différenciation entre le masculin et le féminin.

Elle s’est complue à rabaisser la femme au rang de poupée, de coquette, d’objet sexuel, de pin-up girl, tandis qu’elle accentuait parallèlement les traits antagoniques, " machistes ", vaniteux, mufles, tyranniques des mâles.

La mutation profonde des moeurs, en cours de nos jours, l’essor des mouvements féministes et homosexuels, fort heureusement, réduit déjà l’écart entre les deux sexes, masculinisant la femme, féminisant l’homme, les amenant à se rassembler jusque dans la façon de se vêtir et dans le comportement. Cependant ce progrès demeure limité à certaines couches sociales et à certains espaces géographiques.

Mais on est encore loin d’une symbiose que seule, semble-t-il, la Révolution sociale, de par sa fonction égalisatrice et réconciliatrice, pourrait parachever.

Le drame est que le déclin de l’authentique socialisme, la prospérité temporaire de ses déviations social-démocrates et post-staliniennes, l’échec répété des tentatives de subversion sociale, ont enlevé une bonne part de se crédibilité à la perspective du " Grand Soir ".

Par ailleurs, l’émancipation récente, la commercialisation de l’homosexualité, la poursuite superficielle du plaisir pour le plaisir ont engendré toute une génération d’éphèbes "gays ", foncièrement apolitiques, raffolant de gadgets stimulants, frivoles, inconsistants, inaptes à toute réflexion profonde, incultes, tout juste bons pour une " drague " au jours le jour, pourris par une presse spécialisée et la multiplicité des lieux de rencontre, des petites annonces libidineuses, en un mot à cent lieux de toute lutte de classes - même si leur bourse est dégarnie.

Lors d’une algarade toute récente entre journalistes de cet acabit, les moins pollués par cette récupération capitaliste de l’homosexualité ont été injurieusement traités de "gauchistes" par leurs adversaires.

Une autre cause de la défiance de cette jeunesse à l’égard de toute option révolutionnaire est le fait dramatique que, dans les pays pseudos-révolutionnaires de l’Est et de Cuba, les homosexuels sont pourchassés, pénalisés plus durement que dans les pays capitalistes.

La raison en est que l’homosexuel, qu’il le sache et le veuille ou non, est potentiellement un asocial, donc un virtuel subversif.

Et, comme ces régimes totalitaires se sont consolidés en ressuscitant les valeurs familiales traditionnelles, l’amoureux des garçons y est considéré comme un danger social.

Au cours de brefs séjours en Roumanie et à Cuba, j’ai pu vérifier moi-même la sorte de terreur homophobe dans laquelle croupit une jeunesse ardente, et qui ne demanderait pas mieux que goûter au fruit défendu.

Les persécutions dont sont victimes les homosexuels dans les pays dits socialistes ne sont nullement la preuve d’une incompatibilité entre homosexualité et Révolution.

Car, précisément, ces pays où sévit une sorte de capitalisme d’Etat, reposant sur une terreur policière omniprésente, n’ont de socialiste qu’une étiquette grossièrement mensongère.

Les authentiques libertaires respectent la liberté des homosexuels comme toutes les autres formes de liberté, car autrement ils se démentiraient eux-mêmes. Durant les premières années de la Révolution russe, alors qu’elle était encore, dans une certaine mesure, l’émanation du prolétariat, l’homosexuel y avait droit de cité.

Bien plutôt dans le temps, en 1793, Chaumette, le procureur général de la Commune parisienne, elle-même expression de l’avant-garde populaire, ne se gênait pas pour aimer les garçons et aucun sans-culotte ne s’immisçait dans sa vie privée.

Saint-Just, Camille Desmoulins n’étaient pas qu’hétérosexuels et la fidélité que le premier manifesta à Robespierre, jusqu’à accepter d’être guillotiné avec lui, semble bien avoir été une forme d’homosexualité sublimée.

Dans ma jeunesse, le service m’était fait du journal l’En-dehors, organe de l’anarchiste individualiste E. Armand, et l’homosexualité y était regardée comme une forme licite d’amour libre.

Depuis un petit nombre d’années, la presse d’avant-garde, jadis plus que réticente, ouvre ses colonnes aux homosexuels et lesbiennes; d’ailleurs son hospitalité intermittente n’est pas entièrement désintéressée, car elle y a repéré un moyen de recruter dans les rangs des dissidents sexuels.

Bien entendu, il n’est pas considéré comme indispensable d’avoir des penchants homosexuels pour être révolutionnaire, de même que l’on attend pas d’un révolutionnaire qu’il soit homosexuel.


5. Homosexualité et contre-révolution

Ce serait sous-informer le lecteur que de lui celer le revers de la médaille.

Beaucoup d’homosexuels, issus des classes privilégiées, professent des opinions contre-révolutionnaires. Ils s’assurent ainsi pour leurs escapades érotiques la tolérance, voire la protection du pouvoir.

Ils s’arrangent pour échapper, de par leur statut social ou leur renom culturel, aux persécutions homophobes. Leur fortune leur permet de s’approvisionner sans risque ni peine en chair fraîche.

D’ailleurs on ne devrait pas trop leur en vouloir puisque l’âge ou un physique médiocre leur interdisent les conquêtes masculines gratuites.

Mais combien déplaisante est la conduite de tels grands couturiers, de tels chorégraphes, de tels cinéastes, de tels traiteurs de luxe, de tels vétérans de l’aéronautique, de tels fleurons du Paris nocturne qui s’entourent d’un sérail de garçons, tout en versant aux caisses électorales des partis de droite.

Trop souvent ils ont tendance à considérer comme du bétail - voire à faire disparaître - les beaux gosses qui ont été les délices de leurs nuits.

Si d’aventure, l’un d’eux verse dans la délinquance, pour tenter de rivaliser avec leurs gros sous, ils n’esquisseront pas le moindre geste pour le tirer d’affaire et on les entendra maugréer d’avoir eu des relations trop compromettantes pour leur standing social.

Avoués, cachés ou refoulés, des écrivains, comme le poète Robert de Montesquiou-Fezensac (modèle du baron de Charlus), Pierre Loti, Abel Hermant, Jacques de Lacretelle, Marcel Jouhandeau, Henri de Montherlant, Julien Green, Roger Peyrefitte, des politiciens comme les anciens ministres Abel Bonnard, Louis Jacquinot, Roger Frey, des maréchaux comme Lyautey et de Lattre de Tassigny, des philosophes comme Gabriel Marcel, des historiens comme Pierre Gaxotte et Philippe Erlanger ont été, ou sont, des homosexuels de droite.

Bien qu’un peu plus ouverts politiquement: Marcel Proust, Jean Cocteau, François Mauriac.

Condamnable, au surplus, est l’utilisation du pouvoir pour contraindre les éphèbes à se prêter à des pratiques homosexuelles.

Les historiens latins ont glosé sur l’empereur Héliogabale qui, faisant recruter par ses émissaires le mâle le mieux " monté " de l’Empire, sans toujours obtenir l’érection attendue, ordonna sa mise à mort et la confiscation des somptueux cadeaux dont il l’avait comblé.

Des abus odieux ont été imaginé en captivité par le cerveau frustré du marquis de Sade et mis en images dans le dernier film de Pier-Paolo Pasolini, aussi fidèle à l’original que répugnant.

Quand à " Ludwig ", le roi Louis II de Bavière, on ne sait trop s’il exerçait son absolutisme sur les jeunes et beaux palefreniers qu’il faisait danser nu devant lui ou s’il éprouvait à leur égard des sentiments fraternels, transgressant ainsi les barrières de classes. Pour son plus récent biographe, Jean des Cars, les rumeurs répandues auraient été contradictoires.

Selon les unes, le souverain était toujours soucieux de la santé de ses valets et il aurait ressenti " un grand bonheur " dans l’intimité des paysans, bûcherons, montagnards qui participaient à ses extravagances érotiques.

Selon les autres, il aurait fait fouetter et marquer au fer rouge les domestiques placés comme espions par le premier ministre bavarois. Il aurait fait promener sur un âne un laquais puni et édifier une mini-Bastille pour la torture des gens. Dans la plus favorable des hypothèses, ce despote ne conjuguait pas homosexualité et Révolution.

Soulignons encore que plus d’un homophobe intolérant et agressif n’est autre qu’un homosexuel qui a refoulé péniblement ses penchants naturels et envie sourdement ceux qui ont choisi d’y donner libre cours.

On sait par le témoignage de leurs propres épouses qu’André Breton, pape du surréalisme, et Wilhelm Reich, psychanalyse marxiste, encourageaient toutes les libertés sexuelles, à l’exception d’une homosexualité qu’ils s’interdisaient.

Il est enfin des homosexuels, qui, prenant de l’âge et de la bouteille, confortablement mariés, comblés d’honneurs académico-politiques, s’efforcent de faire oublier les frasques de leur folle jeunesse (tout en poursuivant en catimini la chasse aux garçons).

L’un d’eux, apprenant que j’allais rédiger mes Mémoires, se fit conduire dare-dare à l’autre bout de l’hexagone, pour s’assurer qu’il ne figurerait pas dans la galerie de mes érotiques souvenirs. Plus tard, il me semoncera pour avoir, à défaut des siennes, évoqué avec une émotion complice, les préférences amoureuses de mon père.

Un histrion sur le retour dissimule et transpose son envie des garçons - qui le fait frémir d’une sainte horreur - en s’exhibant avec Lolita et encore Lolita.

Sa gesticulation chafouine avait fait naguère caricaturer Léon Blum par l’impitoyable Sennep.

Mais aurait-il aimé qu’on lui rappelât qu’à Normale Sup il avait eu des ennuis pour incartade homosexuelle et que, bien plus tard, alangui sir sa couche, fagoté d’un pyjama mauve, tacheté d’or, il accueillait affectueusement de jeunes néophytes? Au demeurant, le prestigieux enjôleur de la S.F.I.O. ne se souciera ni de faire la Révolution, ni d’aider les homosexuels à s’affranchir.

Jean Lacouture, quand il contera à sa manière la vie des grands hommes, Blum et Mauriac, gommera soigneusement ce qui fit de ces métis de l’amour des êtres pleinement humains. L’hypocrisie recouvre d’un brouillard persistant les honteux de l’homosexualité.

Mais ne sommes-nous pas impitoyable, peut-être même injuste, pour ces pleutres, nous objectent les indulgents et les non-concernés? Ceux à qui nous nous en prenons, ne pourraient-ils pas invoquer des circonstances atténuantes, l’âge, le milieu social, familial, professionnel, le besoin d’une compagne et la paternité, la lourdeur d’un tabou millénaire qui les, qui nous écrase?

N’auraient-ils pas droit, comme tout humain, à une certaine marge de tolérance, à un éventail de discrète bisexualité?

Les rapports hétérosexuels ne sont-ils pas, trop souvent, incompatibles avec la publicité des amours garçonnières? Ne serait-ce pas la présente société bourgeoise, avec ses préjugés et ses menteries, qui les rend aussi lâches? Sans doute.

Pourtant ne devraient-ils pas admettre par eux-mêmes qu’en se calfeutrant ainsi dans un silence timoré, ils confortent, ils décuplent ce tabou dont ils sont eux aussi les victimes, dans la mesure où il les châtre, les rétrécit, les aliène?

Un tabou que, pour la légitime accession au bonheur des maudits, il faudrait, bien plutôt, briser.

Ne serait-ce que pour rendre à nos frères persécutés, les homosexuels à part entière, la joie de vivre, la fierté d’être, ne devrions-nous pas nous montrer dur, très dur pour les égoïstes, les inconscients qui se laissent encore intimider par le " qu’en dira-t-on "?


6. Des progrès accomplis

Une meilleure connaissance des contemporains renommés,, soit qu’ils ne crient pas sur les toits leurs penchants intimes, soit qu’ils les assument publiquement, a réhabilité de nos jours les homosexuels anonymes, car des goûts partagés par tant de célébrités immunisent les moins biens lotis. Tel est le cas de Marcel Proust, André Gide, Roger Martin du Gard, Henri de Montherlant, Marcel Jouhandeau, René Crevel, Aragon, François Mauriac, le débonnaire pape Jean XXIII, les philosophes Michel Foucault et Roland Barthes, plus récemment encore Jean-Louis Bory, Yves Navarre, Dominique Fernandez (dans omettre Marcel Carné et Jean Marais).

Plus efficace encore est l’héritage culturel du passé.

Une manière d’aimer vantée par Socrate, Platon, Plutarque, Virgile, par le gentilhomme anonyme qui acheta le nom du petit acteur William Shakespeare pour signer ses immortels sonnets uraniens et sa prodigieuse moisson théâtrale, par les génies des arts plastiques Michel-Ange et Léonard de Vinci, par les compositeurs Tchaïkovsky, Maurice Ravel et Francis Poulenc, par le peintre Géricault, par Paul Verlaine et Arthur Rimbaud, par le très grand poète américain Walt Whitman, et j’en passe, rassurent l’humble amateur de garçons sur ce qu’il avait cru être sa singularité.

La révolution de Mai 68 a achevé de conférer droit de cité à l’homosexualité, validée jusque dans la cour de la Sorbonne. Les prolongements de cette mutation historique se manifestent jusqu’à aujourd’hui.

Feu le Front homosexuel d’action révolutionnaire (F.H.A.R.) et, plus récemment, le G.L.H.P.Q. (Groupe de libération homosexuelle politique et quotidien) ont scellé le rapprochement entre homosexualité et Révolution.

Mais il faut se garder de chanter victoire trop haut et trop vite. D’autres dangers guettent la mouvance homosexuelle: sa commercialisation à outrance, ses excès sur la place publique, parfois même ses inutiles provocations, la formation d’un vaste ghetto, aux rites sectaires, qui va à contre-sens du décloisonnement social, de l’universalité bisexuelle.

Sur le plan médical, le préjugé anti-homosexuel est ravivé par la propagation d’un fléau nouveau, le SIDA, qui frapperait prioritairement les homosexuels et certains drogués à drogues dures. La contagion serait le résultat, soit de l’acte sexuel avec des partenaires multiples, soit de l’usage de la seringue par les héroïnomanes.

(Pourquoi cette multiplicité des partenaires homosexuels? Entre autres ,parce qu’il serait, malgré la licence accrue des rapports hétérosexuels et en dépit du tabou qui pèse encore sur les relations homosexuelles, plus expéditif de " lever " un garçon qu’une fille).

Dans un cas sur deux, le mal semble être mortel, à plus ou moins longue échéance. L’affection, supposée d’origine virale, est encore mal connue.

Même s’il n’y avait pas lieu d’attribuer aux mises en garde prodiguées par la médecine et les médias des intentions malignes, des arrière-pensées homophobes, il n’en reste pas moins qu’elles pourraient avoir des effets dissuasifs, attentatoires à la pleine liberté amoureuse, revendiquée et conquise par la jeunesse homosexuelle.

Comme on le constate aujourd’hui aux Etats-Unis, un brutal retour de flamme pourrait succéder à l’actuelle permissivité. Et d’autant plus aisément que cette régression serait accompagnée sur le plan politique par un retour en force de l’extrême-droite.

En France, l’odieux amendement Mirguet, qui voulait faire passer l’homosexualité pour un " fléau social ", pourrait -qui sait? - resurgir des cartons parlementeurs.

Ne cessons pas d’être sur nos gardes.


7. En guise de conclusion

Concluons en résumant. Homosexualité et Révolution, si elles ne sont nullement incompatibles, proviennent de prémisses totalement différentes.

La première est une version naturelle mais particulière, minoritaire bien que numériquement non négligeable, de la fonction sexuelle, variable selon les latitudes et suivant le cas, exclusive ou partielle, permanente ou occasionnelle.

La seconde est le produit de l’injustice sociale universelle, de l’oppression de l’homme par l’homme. Elle menace et remet en cause les privilèges de toutes sortes, l’ordre établi dans son ensemble.

Elle s’expose, en conséquence, à une résistance armée des nantis, dont elle ne pourrait venir à bout sans recourir, dans une certaine mesure, à l’usage de la violence.

Une violence qui ne serait, en fait, qu’une contre-violence, et qui, si elle s’avérait, dans certains cas, inévitable, viserait à abolir à tout jamais la violence.

Les avantages remportés sur l’homophobie par ses victimes ne peuvent être, en tout état de cause, que limités et fragiles. En revanche, l’écrasement de la tyrannie de classe ouvrirait la voir à la libération totale de l’être humain, y compris celle de l’homosexuel.

Il s’agit donc de faire en sorte que la plus grande convergence possible puisse être établie entre l’une et l’autre.

Le révolutionnaire prolétarien devrait donc se convaincre, ou être convaincu, que l’émancipation de l’homosexuel, même s’il ne s’y voit pas directement impliqué, le concerne au même degré, entre autres, que celle de la femme et celle de l’homme de couleur.

De son côté, l’homosexuel devrait saisir que sa libération ne saurait être totale et irréversible que si elle s’effectue dans le cadre de la révolution sociale, en un mot que si l’espèce humaine parvient, non seulement à libéraliser les moeurs, mais, bien davantage, à changer la vie.

Cette convergence, pour être crédible et effective, implique une révision fondamentale de la notion même de révolution sociale.

Le capitalisme d’Etat des pays de l’Est est autant à rejeter que le capitalisme privé de l’Ouest.

Seul un véritable communisme libertaire, antiautoritaire, antiétatique serait à même de promouvoir la délivrance, définitive et concomitante, de l’homosexuel et de l’individu exploité ou aliéné par le capitalisme.


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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Sam 21 Jan - 15:23


« Les prolétaires n'ont rien à perdre que leurs chaînes. Ils ont le monde à gagner.
Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »


Marx & Engels, Le Manifeste, 1847

« Les individus n'ont rien à perdre que leurs chaînes. Ils ont le monde à gagner.
Prolétaires de tous les sexes, re-jouissez-vous ! »


Ainsi parlait AliBlabla, 2020



Pierre Capoue - Vues de Chine 2012
TongLi - Va et vient au musée du sexe, 30 janvier 2013

Citation :
Au bout d'une étroite ruelle, une petite foule assemblée et une discrète inscription sur un panneau, nous approchons du musée du sexe de TongLi.

“Haha, hihi, hoho”, en ce début de XXIe siècle, touristes blanc ou chinois, on continue de sourire, de rougir, de blaguer pour exprimer ses complexes et ses frustrations refoulées face au sexe et à la sexualité. Ce sexe exposé ne renvoie pas tant à son propre rapport à la chose, mais plutôt au désir et au sexe de l'autre et c'est ça qui nous met mal à l'aise.

Montrer le sexe, son histoire, ses pratiques, n'a rien à voir avec la pornographie. Cette dernière est un prêt à consommer de l'Internet, facile et détaché de l'humain qui se cache derrière sa verge ou sa vulve. Cette pornographie de chambre d'adolescent est essentiellement un plaisir solitaire. Alors, qu'une simple statue de pierre, figurant symboliquement un coït, regardée en public nous projette immédiatement l'image de nous-même n'osant pas y penser de peur que cela se voit. Au lieu de partager une communauté d'idées à ce moment, inconsciemment, on s'imagine que tous les spectateurs nous regardent, nous jugent. C'est la culpabilité distillée par les sectes monothéistes, déchet de la pensée humaine, chrétienne, juive ou musulmane. Négation de la liberté, religion de frustrés, les monothéismes vivent de la confusion entre sexe et pornographie.
Et les bouddhistes, s'ils ne nous vouent pas aux gémonies des sept cercles de l'enfer, ils déconseillent fortement de satisfaire ses désirs. Ils reconnaissent, toutefois, la nécessité de satisfaire ses besoins... Peut-être sont-ils un peu jésuites, les bouddhistes.

Regardons un peu autour de nous. Des musées consacrés au sexe, on en trouve pas à tous les coins de rue. Bien sûr, il y a Hambourg et Amsterdam qui ont des collections thématiques sur le sujet. On les trouve à côté de leur Rosa Strass ou Red light district respectif. Leurs collections mettent l'accent essentiellement sur les jouets sexuels ou sur les arts érotiques. Malgré la richesse de leurs collections et leur bonne volonté, ces musées entretiennent souvent aussi la confusion entre sexe, érotisme et pornographie.



Calice à usage intime


Malheureusement, la Chine n'est pas exempte de cette confusion. Une maladresse, une mauvaise interprétation, a conduit bon nombre de communistes à se méfier du sexe, de son commerce et de ses représentations. Malgré toutes les tentatives pour améliorer le sort des femmes, le poids de l'histoire est lourd. Le céleste empire n'a jamais beaucoup aimé les femmes. Plus qu'une société phallocratique, la Chine ancienne des campagnes et des villes à longtemps considéré la femme comme un bien marchand au même titre qu'un rouleau de soie ou une théière de porcelaine. Malgré les aléas de la longue histoire de Chine, de manière générale la femme n'a jamais eut de droits égaux à ceux de l'homme. La femme ancienne n'avait de valeur que dans sa capacité à produire des mâles. Il faudra attendre la révolution de 1948 pour que les communistes inscrivent dans le droit l'égalité entre les homme et les femmes.

Toutefois, les fils du ciel ont toujours eu une relation ambiguë avec l'autre moitié de l'humanité. Mao a beau affirmer qu'elle soutient la moitié du ciel, la Chine peine à leur accorder la moitié de la place qui leur revient. La sinistre coutume des « pieds bandés » à été abandonnée dans les faits, mais par forcément dans les têtes. les vielles pratiques entraînent encore régulièrement des drames. On se débarrasse facilement des nouveaux nés quand ce sont des filles. On avorte les fœtus féminins.

Aujourd'hui encore, le comité central du parti communiste chinois organise des campagnes pour la promotion de l'égalité entre les sexes. Mais la Chine reste toujours le seul pays au monde qui compte plus de garçons que de filles dans sa population.



Adonis de Chine ancienne


Il faut bien reconnaître que le PCC est encore très pudibond. Pour défendre les mœurs et protéger les femmes, les gouvernements chinois conservent une attitude très fermée sur les questions relatives au sexe. Les images à caractère pornographique et le commerce du sexe sont interdits, il n'y a officiellement pas de prostitution en Chine. Évidemment, c'est une illusion hypocrite. Que l'on appelle ça « salon de massage » ou que l'on ait directement affaire à des rabatteurs, les services à caractère sexuel ne manquent pas dans les grandes villes, comme dans le plus profond village du fin fond de la province la plus reculée.



Femme chevauchant pour une excursion, les femmes était
relativement plus Libre dans cette période. Ce qui était
légèrement différent depuis le milieu de la dynastie Song.
7-9e siècle


La collection du musée du sexe de TongLi a été constituée à l'initiative d'un professeur de sociologie à l'Université de Shanghai, Liu DaLin, et de Hu HongXia, docteur en médecine traditionnelle chinoise. Dès son origine cette collection a eu une finalité pédagogique. D'abord tolérée dans le cadre de l’université de FuDan à ShangHai, le succès de la collection l'a contrainte à finalement déménager. Elle a donc, pour le moment, trouvé refuge dans un ancien pensionnat de jeunes filles à TongLi. Le cadre est charmant, avec un beau jardin qui permet de présenter quelques-unes des 1800 pièces rassemblées. On trouve des sculptures présentant de multiples aspects de la sexualité et des fantasmes sexuels dans l'histoire. Dans les pavillons, des expositions plus pédagogiques mettent l'accent, d'une part, sur les représentations du sexe dans l'histoire et dans le monde et d'autre part, sur l'histoire de la sexualité en Chine.

En sortant de la visite, il faut se rendre à l'évidence d'une rive à l'autre du Pacifique et d'un bout à l'autre de l'Eurasie nous sommes sensiblement les mêmes.



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Sam 21 Jan - 15:45

en relation, dans le sujet FEMMES : CORPS à prendre ? CORPS à vendre ? CORPS à ventres ? CORPS à aimer ? CORPS à danser ? CORPS à jouer... de quoi de quoi ?


en lien sur le site Invariance de Jacques Camatte




LE CORPS FÉMININ CONFISQUÉ

Brigitte Pengam-Ferriere
23 mars 2015

introduction, plan, extraits
Citation :
La femme, qui se veut libérée de la domination masculine, ne cesse d'être réduite, dépossédée de sa puissance sexuelle et de celle, extraordinaire ,de donner la vie. Elle est prise au piège de la médicalisation marchande de son corps, la revendique même et a perdu de vue sa naturalité, dans son sens de mode de manifestation du procès de vie au niveau d'une individualité-gemeinwesen ( voir définition naturalité et gemeinwesen dans le glossaire du sommaire des documents sur le site de la Revue Invariance) si tant est qu'elle en ait eu la perception. Elle est engluée dans une imprégnation simpliste, moraliste et répressive , cautionnée par l'idée d'une “nature féminine” immuable.

Pouvoir médical sur la sexualité et la procréation

Le déni du clitoris


Le point de départ de ma réflexion sur la pathologie du plaisir féminin peut paraître comme un parti- pris “féministe” réducteur. Je ne doute pas, bien sûr,que le rôle de dominant attribué aux hommes ne soit également traumatisant pour eux, voués à assumer la fonction d'éjaculateur performant mais là n'est pas mon propos.

Pour maintenir la croyance du pénis-roi le plus simple était d' ignorer complètement l'organe central du plaisir chez la femme: le clitoris. Il avait pourtant une grande importance avant la mise à jour du mécanisme de la fécondation , qui s'est faite à la fin du 19° siècle. Jusqu'alors on pensait que la fécondation ne pouvait avoir lieu sans la semence de la femme et qu'il fallait pour cela que son clitoris soit excité. Rien d'étonnant à ce qu' ensuite il soit déclaré inutile et diabolisé et que le vagin soit devenu le seul organe scientifiquement reconnu de la sexualité féminine Pendant très longtemps il n'a même plus fait partie de l'anatomie dans les cours de médecine. Suivant l'idéologie du moment, le mot a également disparu des dictionnaires tout public il n'y a pas si longtemps et ,dans le domaine de la recherche médicale, c'est le grand vide depuis un siècle quant à la connaissance des mécanismes de la sexualité féminine.

Freud a participé de façon incroyable à ce mépris du corps féminin en considérant le plaisir clitoridien comme infantile, avec l'idée que la petite fille ne rêvait que d'avoir un pénis. Il a culpabilisé les femmes et renforcé ainsi pour longtemps leur sentiment d'infériorité, voire de  malades, d'hystériques.

Tous et toutes nous nous offusquons à grands cris des excisions encore pratiquées sur les petites filles dans certains pays mais Freud n'a-t-il pas été un exciseur psychique ? Son influence était telle que certaines femmes ont demandé elles-mêmes la clitoridectomie pour espérer atteindre un orgasme par le vagin et devenir ainsi “normales” !

Ce mythe de l'infériorité de la femme, conforté par toutes les croyances religieuses, est bien ancré et la primauté du pénis, unique organe sexuel qui serait envié par la femme, continue à régner confortablement dans un grand désarroi de consommation de sexe.

Pourtant on pourrait penser que ,depuis la révolution “dite sexuelle” en 1968, les mentalités aient évolué et que la femme ait acquis une liberté dans ses jouissances naturelles mais force est de constater que cet élan a été perverti et rentabilisé.

Vagin normé et consommable

L'approche normative médicalisée s'était déjà installée après la guerre, au début de cette période d'enrichissement nommée “ les trente glorieuses”. Cela démarre aux Etats-Unis avec le rapport Kinsey, qui sera traduit dans le monde entier 1. Désormais des normes, des chiffres, des points de comparaison vont placer cette revendication de plaisir sur le même plan qu'une revendication de salaire ou de protection sociale. Le devoir d'orgasme va s'insérer dans le sillage du plein emploi.

Kinsey était biologiste et statisticien. Il avait été chargé dès 1942, par la Fondation Rockefeller et l'Université d'Indiana, d'enquêter sur la sexualité. Recherches “dites médicales” et financement industriel sont donc intimement liés.

L'objectif d'une sexualité parfaite entre dans le domaine de la santé publique. L'évaluation quantitative et la notion de performance vont entériner des thérapeutiques de guérison. Les inaptitudes sexuelles deviennent la nouvelle maladie à l'ordre du jour et font les beaux jours de présomptueux sexologues en tout genre.

Le rapport Kinsey sera suivi de beaucoup d'autres, et notamment de l'enquête de l'INSERM de 1992 2 puis de celle de 2007. A la lecture de cette dernière enquête il est difficile de ne pas me croire tout à coup plongée dans une grande surface commerciale d'objets sexuels, trésors de puissance et d'ergonomie pour un plaisir sans faille:

- Comment choisir son bon godemichet parmi les vingt modèles proposés ?
- Préférez-vous un oeuf télécommandé, vibrant, qui se place dans le vagin ou un doigt chinois en latex avec piles ?
- Ou encore les menottes recouvertes de fourrure, très tendance ?
- Seul le vibromasseur s'intéresse à la stimulation du clitoris. Alors mesdames, n'hésitez plus pour moins de 40 euros, à moins que vous ne préfériez le jouet le plus courant,le petit canard, à prix cassé sur internet ?

Tout cela bien-sûr sur un site très sérieux de santé publique et sous l'autorité de médecins.

Pour parler de la sexualité, les professionnels de la santé développent surtout trois axes :

- les pannes sexuelles, considérées comme des disfonctionnements traitables par des médicaments;
- les “sex toys” pour accroître le plaisir du couple;
- la masturbation, pratique quotidienne banalisée.

À la rubrique “sexologie” des conseils sont donnés pour “la première fois”. On y parle préservatif, pilule et pudiquement de caresses pour que la verge soit en érection et le vagin lubrifié. On y apprend que l'orgasme produit du sperme chez le garçon et de la cyprine chez la fille.

Pour entendre parler du clitoris il faut être plus curieux et aller à la rubrique “orgasme”. Et là on lit que “l'organe de plaisir féminin est le clitoris” et qu'il “peut” être l'initiateur de l'orgasme vaginal.

Par contre la pratique de la vaginoplastie ne gêne pas le moins du monde et un document à ce sujet, réalisé sous la direction d'un médecin, peut être téléchargé pour apprendre que des chirurgiens pratiquent la chirurgie esthétique du sexe féminin pour les femmes qui veulent avoir des vulves plates comme ce qu'elles voient sur les magazines féminins : réduction de la taille des petites lèvres à l'entrée du vagin, enlèvement du capuchon du clitoris ou réduction de sa taille.

Il est dit seulement que les petites lèvres sont innervées par de nombreuses fibres qui contribuent aux sensations de plaisir mais de telles interventions sont vite justifiées comme un soutien psychologique à de pauvres femmes souffrant d'anomalies avec des lèvres hypertrophiques, trop longues pouvant “ se coincer dans les sous-vêtements”, à l'aspect “vulgaire et laid”.
Toutes les normes de performance sexuelle ont créé de fausses pathologies. Cette médicalisation de la chose sexuelle semble être arrivée à son paroxisme. Pourtant nous sommes encore bien loin de ce qui se prépare pour l'avenir, tant au niveau des plaisirs sexuels que de la procréation. Voici un petit inventaire 3:

- Pratiquer le cyber-sexe grâce à des jouets sexuels connectés qui permettront de ressentir les mouvements de son cyber-partenaire grâce à des capteurs de position ;
- Se faire placer un implant, réservoir à hormone progestative. Avec un simple clic on distille la dose voulue. Si on veut être enceinte on clique sur “off” ! Cela devrait être mis sur le marché aux E.U. Dès 2018 ;

A quand l'utérus, le liquide amniotique artificiels et la machine placenta ? Pour les chercheurs c'est une alternative aux grossesses à haut risque. Certains y voient l'égalité réelle entre hommes et femmes avec la fin de la sacralisation de l'enfantement. Ce n'est pas pour demain mais la recherche va dans ce sens;

Procréer sans homme ,et sans don de sperme, entre deux femmes, l'une fournit l'ovocyte, l'autre fabrique les spermatozoïdes grâce à ses cellules souches pluripotentes induites qui se transformeront en gamètes. Cette conception 100% féminine ne donnerait naissance qu'à des filles... Il semblerait que les scientifiques s'inquiètent, non seulement de la diminution de la concentration en spermatozoïdes dans le sperme mais de la distance qui s'amenuise entre l'anus et la base postérieure des testicules, distance qui entre dans les critères mesurant le degré de masculinisation.

Fin de la ménopause grâce à l'invention d'une molécule qui stimulera les cellules souches cachées dans les ovaires pour que celles-ci recommencent à produire des ovocytes.

Pour revenir à l'enquête de l'INSERM de 2007, on y apprend aussi que 37% de femmes auraient essayé la sodomie et que 36% de jeunes femmes de 18 à 24 ans utilisent internet pour des rencontres sexuelles.

C'est le grand marché mondial d'une sexualité à fort rendement au plan médical, pharmaceutique et pornographique.
Dans cette misérable cacophonie, certaines femmes vont jusqu'à revendiquer une virginité comme signe de pouvoir et de contrôle de leur sexualité. D'autres, malheureusement les plus nombreuses, jeunes filles de la misère culturelle et de mythes religieux, vivent dans l'obsession de la virginité réclamée par le père ou le futur mari. Pour elles, sodomie et fellation représentent des pratiques de substitution dont elles entendent parler au quotidien et qu'elles visualisent sur les réseaux sociaux de pornographie banalisée. Incompréhension,, culpabilité et soumission dominent encore.

Clitoris et vulve sont toujours des mots tabous.Le clitoris, lorsqu'on en parle, est un attribut dont la fonction unique de procurer du plaisir et des orgasmes ( pour celles qui le savent) a une valeur sur le marché de la compétition , bien encadrée par tout le secteur médical et para-médical (sexologie, mise en forme,bien-être,etc). Il ne dérange donc plus vraiment, il est juste mis sur le marché d'orgasmes individualisés.

L'anatomie de la femme à la merci de la médecine depuis des siècles

Indifférenciation et virtuel

Procréation artificielle généralisée

Le massacre oncologique

Vision médicale

Glorification de l'image

La “vie” augmentée


En conclusion de ce survol sommaire d'une situation des femmes dont la dépendance intériorisée à des normes instituées par l'homme est toujours prégnante, il me paraît urgent de chercher à approfondir, à rendre de plus en plus visible l'oppression subie, chercher à comprendre la construction de cette différenciation sociale des sexes en dépassant la vision simpliste de deux sexes biologiques avec leurs rôles sociaux déterminés, en analysant les modes de contrôle masculin sur le travail, la sexualité, la reproduction et la conscience des femmes. Tout est à requestionner si l'on accepte d'envisager l'hétérosexualité, le mariage, “l'amour conjugal”, comme un conditionnement à une sexualité de service.



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MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Sam 21 Jan - 15:59





« Homosexualité communiste (1945-1989) »
Colloque International
2-3 Février 2017, Paris
Université Paris-Est Créteil, CRHEC

Présentation des enjeux
Citation :
À partir de l’année 1985, la milice de la République populaire de Pologne mène l’« Opération Jacinthe » (Akcja Hiacynt), une action politique ayant pour but d’inventorier tous les homosexuel-le-s du pays ainsi que leurs entourages. Pendant les deux années d’investigation, une liste de 11 000 personnes est ainsi constituée. Sous couvert d’un argumentaire à dimension médicale (en pleine menace d’expansion de l’épidémie du SIDA), cette action a pour conséquence de développer une surveillance accrue de la part de l’Etat mais aussi, en réaction, de pousser des citoyens à revendiquer de plus en plus fort leur volonté d’émancipation sociale – les homosexuel-le-s voulant désormais échapper au chantage et définir leur place dans une société civile polonaise en pleine mutation. Cette opération est l’un des épisodes d’une riche histoire de l’homosexualité que ce colloque se donne pour tâche d’interroger et d’écrire, en prenant en considération plusieurs contextes de l’époque socialiste : l’U.R.S.S., les « démocraties populaires » (R.D.A., Pologne, Tchécoslovaquie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie) et la Yougoslavie, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à l’effondrement du bloc soviétique.
Ecrire au présent l’histoire des homosexualités est-européennes depuis 1945 signifie étudier leur traitement au croisement de plusieurs histoires : juridique, politique, sociale et artistique. Le traitement juridique des homosexuels, qui conditionne en grande partie leur définition, apparaît d’emblée variable d’un pays à l’autre : l’homosexualité est par exemple dépénalisée en Hongrie dès 1961, alors qu’elle ne l’est que bien après la chute du communisme en Roumanie, en 1996, ce qui renvoie aux évolutions générales de chacun des régimes (la Roumanie de Ceaușescu étant bien différente de la Hongrie de Kàdàr).

L’histoire politique de ces régimes est marquée, du début à la fin, par l’exigence de maintenir « l’ordre socialiste ». Et, à la suite notamment des déclarations comminatoires de Gorki sur la « vie sexuelle désordonnée » (1934), l’homosexualité a le plus souvent été posée comme incompatible avec cet ordre. Incompatibilité qui n’existait pas dans les premières années de l’histoire soviétique et qui est tout au long de la période socialiste démentie dans de nombreuses situations. Il s’agit pour nous de parvenir à écrire une histoire politique élargie, l’histoire d’une quotidienneté homosexuelle sous le communisme au terme de laquelle l’ultra-visibilité criminalisante (en même temps que son ostracisation) s’est souvent évanouie en un théâtre multiple, mêlant les ombres des désirs aux lumières d’une inclusion. Dans cette histoire de l’incompatibilité et de la compatibilité, les homosexuel-le-s ne sont pas seulement les victimes, mais aussi les acteurs au sein de l’ordre socialiste.

L’histoire sociale complète cette histoire politique, en suivant les trajectoires des individus homosexuels, en observant les lieux de rencontres (bars, salons semi-privés, lieux de drague), en examinant les associations d’homosexuel-le-s qui apparaissent dans les années 1980. A chaque fois, il s’agit de réfléchir à la mise en présence du corps homosexuel dans l’espace social.

Une large place sera accordée à l’histoire des arts. Dans les romans, dans les films, dans les images, l’homosexualité a pu surgir ici et là, dans des régimes où la censure sur le dicible et le visible ne cesse de s’exercer (avec là encore d’importantes variantes). Comment l’image d’un corps homosexualisé se produit-elle ? Comment l’homosexualité advient-elle dans les mots de la fiction ? Que penser de la proposition récente de Wojciech Śmieja selon laquelle il n’existe pas de « littérature homosexuelle » en dépit des nombreuses références à ce sujet dans les romans polonais ? Et que représentaient les productions artistiques pour les homosexuel-le-s à cette époque ? L’un des objectifs de ce colloque est de comprendre le rapport complexe – induit par le constat d’une possibilité homosexuelle – qui se joue entre les Etats socialistes, les individus et la création artistique.

Considérer ces différentes histoires, c’est interroger toutes les sources aujourd’hui disponibles, des rapports de surveillance aux souvenirs formulés après 1989, en passant par le vaste continent des réalisations artistiques, matériaux aussi riches que difficiles à utiliser. Si la question des sources se pose avec une acuité particulière, c’est non seulement parce que ces sources concernent une minorité, mais aussi parce que cette minorité se définit par quelque chose rarement énoncé : les désirs, les amours, les intimités. Nous souhaitons dès lors prêter une attention particulière à la mise en forme par les homosexuel-le-s eux-mêmes d’un discours souvent né dans les limbes des détournements juridiques et des négociations sociales.

En outre, nous pensons qu’il est aujourd’hui primordial de questionner les enjeux biopolitiques soulevées par les homosexualités est-européennes. Écrire leur histoire sociale en l’articulant aux traductions artistiques qui lui sont associées est un processus qui peut être éclairé par un sens philosophique. Il apparaît effectivement possible, voire nécessaire, de convoquer des théorisations propres à la période (en particulier celles de Michel Foucault) et d’autres plus récentes, afin de questionner la dimension politique de l’intimité homosexuelle. Plus précisément, il s’agit d’interroger l’idée de « corps », c’est-à-dire de comprendre 1/comment l’être homosexuel est atteint par les lois dans sa concrétude physique, 2/dans quelle mesure les cadres historicisés (politiques, moraux, religieux) reconnaissent l’existence de l’homosexualité tout en en condamnant la réalité à travers la définition d’interdits, et surtout 3/jusqu’à quel point il est envisageable pour les homosexuel-le-s avant 1989 de chercher et d’affirmer une vérité sur eux-mêmes en rendant ce désir viable dans le champ public. La signification philosophique nous amène donc à poser d’autres questions : Y’a-t-il une “corporéité homosexuelle” propre à l’Europe socialiste ? Si oui, quels en sont les modèles ? Quelles ruptures ou continuités pouvons-nous remarquer entre la recherche d’affirmation d’une vérité sur soi pour les homosexuel-le-s et le processus de mise en images de ce désir ?
Ces interrogations en touchent une autre, plus particulièrement relative aux années 1980, à savoir dans quelle mesure l’apparition du SIDA bouscule les rapports tissés entre la gestion biopolitique, les formes réalisées d’intimité homosexuelle et le traitement médiatique du « problème ».
Enfin, nous souhaitons replacer la question de l’homosexualité communiste dans un cadre plus large. Tout d’abord dans la question plus vaste de l’histoire des rapports entre hommes et femmes à l’époque socialiste. Les sociétés communistes ont changé en profondeur la définition du genre, de nombreux travaux l’ont montré dernièrement : l’accès généralisé des femmes au travail salarié, l’encouragement à leur affirmation dans différentes sphères d’activité ou encore l’attention à la formation des individus en dehors du cadre familial sont autant de phénomènes qui ont déplacé les frontières du genre (parfois de façon inattendue par rapport à ce qui était visé). Dans quelle mesure l’expérience de l’homosexualité s’en trouva-t-elle affectée ? Comment pouvons-nous utiliser le terrain communiste pour penser plus généralement l’articulation entre rapport de genre et homosexualité ? Seront ainsi bienvenues les contributions de chercheurs travaillant sur la question du genre dans les pays communistes et s’emparant de la question de l’homosexualité. Le même genre de questionnement se pose à propos de la sexualité à l’époque socialiste. Ces régimes ont connu, parfois simultanément, pudibonderie répressive, intérêt pour une sexualité « saine » (censée rendre les individus plus épanouis et donc plus obéissants et plus productifs) et éloge d’un épanouissement sexuel non défini. Comment l’homosexualité a-t-elle confirmé ou contredit l’approche de la sexualité dans un contexte socialiste ?

L’homosexualité communiste mérite également d’être replacée dans un cadre géographique plus large. Si le monde universitaire a entrepris depuis une dizaine d’année l’écriture de l’histoire des homosexualités européennes, celle-ci est souvent concentré sur les contextes occidentaux, délaissant les contextes est-européens et les passés communistes. L’objet du colloque n’est pas de comparer systématiquement ce qui se passe à l’Est et ce qui se passe à l’Ouest ; et nous ne voulons pas faire de l’Est de l’Europe l’éternel épigone de son voisin occidental ni lire son histoire de l’homosexualité comme l’attente d’un alignement qui serait enfin rendu possible avec la chute du Mur – une telle perspective ne permet de comprendre ni l’avant-1989, ni l’après-1989. Mais les échanges avec l’Ouest, les regards croisés, les migrations (temporaires ou définitives) constituent néanmoins un champ d’étude inévitable.  

Nous espérons que les échanges autour de ces sujets seront l’occasion d’une réflexion générale sur les  modèles, les corporéités, les langages, et bien évidemment les structures sociales et politiques où  les homosexualités ont trouvé une zone de répression et d’expression mêlées. A l’heure actuelle, alors que les mouvements homosexuels ont durement acquis certains droits et alors que les formes de l’homophobie se renouvellent à l’Est comme à l’Ouest, interroger l’histoire de l’homosexualité contemporaine dans un autre contexte politique et social que celui dans lequel il est le plus souvent analysé (les régimes libéraux et bourgeois) peut permettre de réinterroger certaines évidences, de transformer une mémoire avouée en une histoire délibérément autre, et d’aller à la rencontre de l’histoire critique d’un désir différent.


Procédure et calendrier
Citation :
Les propositions de communication en anglais ou éventuellement en français (500 mots), accompagnées d’une courte biographie (5 lignes), devront être adressées le 25 juin 2016 au plus tard à l'adresse : eastqueerconference@gmail.com.
Les résultats de la sélection seront communiqués le 11 juillet 2016.
Les deux journées de colloque auront lieu : à l’Université Paris-Est Créteil le 2 février et à l’INHA le 3 février 2017.
Les propositions doivent s’inscrire dans le champ d’étude interdisciplinaire des sciences humaines et sociales. Nous privilégions les propositions transmises par les doctorants, ou jeunes docteur-e-s.
Le transport et le logement des participants pourront éventuellement être pris en charge, en partie ou dans leur totalité, si les conditions budgétaires le permettent.

Comité scientifique : Prof. Dr. Éric Fassin (Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis, France), Prof. Dr. Dina Iordanova (St Andrews University, Écosse, Royaume-Uni), Dr. Hadley Z. Renkin (Central European University, Budapest, Hongrie), Dr. Florence Tamagne (MCF, Université Lille 3, France), Prof. Dr. Judit Takács (Hungarian Academy of Sciences, Budapest, Hongrie)

Chercheur-se-s associé-e-s : Thibault Boulvain (Doctorant, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, INHA, France), Arthur Clech (Doctorant, EHESS, CERCEC, France), Irina Costache (Post-doctorante, Central European University, Hungary), Antoine Gaudin (Université Paris 3 - Sorbonne Nouvelle), Monika Talarczyk-Gugała (Łódź Film School, Pologne), Marguerite Vappereau (Post-doctorante, Université Paris Sorbonne, France)

Organisation : Jérôme Bazin (MCF, Université Paris-Est Créteil, CRHEC) : bazin.jerome@wanadoo.fr
Mathieu Lericq (Doctorant, Aix-Marseille Université, LESA) : mathieu.lericq@gmail.com

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