PATLOTCH / CIVILISATION CHANGE / COMMUNISME, SEXE, et POÉSIE

dans la DOUBLE CRISE du CAPITAL et de l'OCCIDENT, LUTTES COMMUNISTES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGIQUES
 
AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  
Rechercher
 
 

Résultats par :
 
Rechercher Recherche avancée
Derniers sujets
» COMMUNISME : pensées de traverse
Hier à 23:38 par Patlotch

» BIDONVILLES : SLUMS : BARRIOS DE TUGURIOS
Ven 18 Aoû - 11:27 par Patlotch

» DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE
Jeu 17 Aoû - 18:27 par Patlotch

» LA RÉVOLUTION vers LA COMMUNAUTÉ HUMAINE
Jeu 17 Aoû - 17:02 par Admin

» COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)
Jeu 17 Aoû - 16:59 par Admin

» AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, une vision renouvelée
Jeu 17 Aoû - 16:37 par Tristan Vacances

» ÉTATS-UNIS, CANADA, QUÉBEC LIBRE
Jeu 17 Aoû - 8:56 par Admin

» POPULISME de GAUCHE : CHANTAL MOUFFE et ERNESTO LACLAU théoriciens trans-classistes / TONI NEGRI, ses ambiguïtés et les limites de l'OPÉRAÏSME, PÉRONISME...
Jeu 17 Aoû - 8:43 par Patlotch

» ÉMEUTES/RIOTS... IDÉOLOGIE de l'ÉMEUTE ? un débat important
Jeu 17 Aoû - 8:10 par Patlotch

» VA-SAVOIR : chronique à la com, la dialectique du quotidien en propotion magique
Jeu 17 Aoû - 7:47 par Patlotch

» PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?
Mer 16 Aoû - 16:41 par Tristan Vacances

» SEXE, GENRE, CLASSES, et CAPITALISME / FÉMINISME, INTERSECTIONNALITÉ et MARXISME, avec Cinzia Arruzza... Silvia Federici, Selma James, etc.
Mer 16 Aoû - 13:33 par Admin

» FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !
Mar 15 Aoû - 7:55 par Patlotch

» actualités de la CRITIQUE DÉCOLONIALE
Mar 15 Aoû - 7:32 par Patlotch

» 'RACES' et rapports de CLASSES, racisme structurel ou systémique, racisme d'État... (Black Lives Matter...)
Mar 15 Aoû - 7:07 par Patlotch

» des MOTS que j'aime et d'autres pas
Jeu 10 Aoû - 17:40 par Patlotch

» EXTIMITÉ, les confessions de Patlotch : un rapport aux autres et au monde
Mar 8 Aoû - 13:38 par Patlotch

» ROBOTS contre PROLÉTARIAT ? mais... quelle plus-value ? UBÉRISATION et EXPLOITATION
Mar 1 Aoû - 10:23 par Patlotch

» THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse
Lun 31 Juil - 15:18 par Tristan Vacances

» les visites du forum : provenance, sujets les plus actifs et les plus lus
Dim 30 Juil - 12:17 par Patlotch


Partagez | 
 

 SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4, 5, 6 ... 18 ... 31  Suivant
AuteurMessage
Tristan Vacances



Messages : 351
Date d'inscription : 21/12/2016

MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Jeu 19 Jan - 5:46


sur l'attirance sexuelle et la recherche du plaisir

déterminée ou non par la fonction de reproduction

deux textes

L’attirance sexuelle

extrait de "Le sexe sans excès"
Quelques réponses à Amer Simpson et Patlotch, Roland Simon, Théorie Communiste, 2014


On peut vérifier que dans ce texte le mot de plaisir ne figure pas une seule fois, et que l'insistance pour  mettre sous la plume de Patlotch "l'attirance sexuelle" ne la relie jamais au désir du point de vue physiologique/psychologique (pour TC la psychanalyse n'existe pas). Si l'idée de plaisir est présente, c'est toujours celui des hommes, les femmes n'en ressentent pas et ne le recherchent pas. Le mot érotisme ne figure pas, on trouve pornographie, prostitution, pute... Toute la sexualité, pour l'auteur, est déterminée par la fonction de reproduction, donc aujourd'hui par le capital, pour reproduire la population, etc.

L'auteur a beau s'appuyer sur des théoriciennes féministes, il n'en demeure que son texte est un texte d'homme, à la limite du puritanisme et des lieux communs, et l'on peut se demander quelle connaissance et quelle expérience il a de la sexualité en générale et féminine en particulier, dans sa diversité qui n'est pas limitée à "la maman et la putain".


Citation :
Quand P [Patlotch] pose la ques­tion cen­trale qui sous-tend ses inter­ro­ga­tions sur la pro­blé­ma­tique de TC et son argu­men­ta­tion : « est-ce que la défi­ni­tion du rap­port hommes-femmes par le (sur-)travail épuise la ques­tion du genre ? », il y répond par la néga­tive dans la mesure où si la réponse est affir­ma­tive « du point de vue du capi­tal », il doute que « cela contienne toute la pro­blé­ma­tique du genre ». Si la réponse est affir­ma­tive « du point de vue du capi­tal », nous sommes en droit de nous deman­der de quel point de vue exté­rieur à la société capi­ta­liste on se place pour s’opposer à ce « point de vue » qui, il est vrai, ne va pas sans contra­dic­tions (et qui, de toute façon, n’est pas un « point de vue ») [polémique et facile]. Nous avons cher­ché à répondre à ses objec­tions en ce qui concerne la dif­fé­rence entre sin­gu­la­rité et par­ti­cu­la­rité, puis en ce qui concerne l’utilisation indi­vi­duelle par une femme de son uté­rus, enfin, P sou­lève une der­nière objec­tion : « l’attirance sexuelle n’est pas que de nature, mais pas que de culture non plus, et ce n’est pas une spé­ci­fi­cité capitaliste. ».

Que « l’attirance sexuelle » entre les hommes et les femmes ne soit pas « spé­ci­fi­que­ment capi­ta­liste » on peut le concé­der ; encore que dans de nom­breuses socié­tés anté­rieures il ne s’agisse que de néces­si­tés de la repro­duc­tion, l’attirance sexuelle pou­vant être ailleurs ou mul­tiple. Si nous pou­vons le concé­der cela tient au fait que cela ne contre­dit en rien notre pro­blé­ma­tique dans la mesure où la construc­tion des groupes femmes et hommes est com­mune à tous les modes de pro­duc­tion jusqu’à aujourd’hui, ni plus ni moins que « l’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de la lutte de classes » (Mani­feste…). Que « l’attirance sexuelle » ne soit pas spé­ci­fi­que­ment capi­ta­liste ne signi­fie pas ipso facto qu’elle soit aussi « de nature ». En outre, que cette atti­rance soit en par­tie « de nature » (si elle n’est pas « que de nature » cela signi­fie qu’elle l’est en par­tie) néces­si­te­rait de défi­nir cette partie.

L’attirance sexuelle dis­tin­guée de la néces­sité de la repro­duc­tion sociale de com­mu­nau­tés par­ti­cu­lières ne devient mani­feste que dans la géné­ra­li­sa­tion de l’économie mar­chande puis capi­ta­liste entre le XVIe et le XVIIIe siècle. Le désen­cas­tre­ment (comme dirait Pola­nyi) de la famille de la sphère de la pro­duc­tion et de son envi­ron­ne­ment com­mu­nau­taire s’accompagne d’un défer­le­ment de sen­ti­ments et d’amour sur le monde occi­den­tal. Il ne s’agit pas seule­ment d’un phé­no­mène lit­té­raire, les sources his­to­riques montrent durant cette période une pro­fonde modi­fi­ca­tion du choix du conjoint en dehors des contraintes col­lec­tives com­mu­nau­taires (cf. Edward Shor­ter, Nais­sance de la famille moderne, Ed. Le Seuil). Si l’on parle d’ « atti­rance sexuelle » excé­dant « le point de vue du capi­tal » c’est de « sen­ti­ment » dont on parle [évidemment non, pas seulement, il n'y a pas d'affects sans corps], or non seule­ment rien n’est moins cer­tain que de géné­ra­li­ser à toutes les époques cette « atti­rance », mais encore, quand his­to­ri­que­ment elle appa­raît, elle appa­raît comme tout à fait fonc­tion­nelle et adé­quate à la société fon­dée sur le capi­tal et à son indi­vidu. [faux, voir article ci-dessous]

On peut finas­ser tant que l’on veut mais l’accomplissement de cette « atti­rance sexuelle » (hété­ro­sexuelle, puisque la ques­tion est de savoir si la dis­tinc­tion de genre est épui­sée ou non par le tra­vail et la popu­la­tion comme force pro­duc­tive), c’est le coït [non, pas seulement, cf article ci-dessous et toutes pratiques sexuelles diversifiées aujourd'hui, sans "finasser"] : « Il faut tout un tra­vail social pour rame­ner le conti­nuum de la dis­tinc­tion bio­lo­gique à un seul point dis­cri­mi­nant (pénis ou pas pénis) et toutes les pra­tiques per­mises par ce conti­nuum à une seule : le coït. » (Del­phy, op. cit., t.2, p.15). Mal­gré Napo­léon[9], per­sonne ne pré­tend que tous les coïts ont pour fina­lité la pro­créa­tion, ce qui est en ques­tion c’est l’adéquation faite entre sexua­lité et coït : « Il faut un effort humain, un effet de la culture pour arri­ver à les lier si inti­me­ment (sexua­lité et repro­duc­tion), il faut réduire tous les rap­ports sexuels pos­sibles natu­rel­le­ment au seul accepté cultu­rel­le­ment et appelé le rap­port sexuel » (idem, p.81). L’attirance sexuelle est une variante de la sexua­lité repro­duc­tive en cela elle appar­tient à la même construc­tion sociale : « Les “gros­sesses indé­si­rables” ne sont pas une “fata­lité natu­relle” à laquelle la contra­cep­tion met fin mais résultent de l’adéquation faite entre sexua­lité et coït. Ce qui est appelé “nature” ce sont toutes les opé­ra­tions qui abou­tissent à une sexua­lité fécon­dante. La tech­nique appe­lée “contra­cep­tion” ne change pas la “nature”. » (idem, p.16).

Pour par­ler de l’attirance sexuelle comme pou­vant excé­der le genre tel qu’il est « du point de vue du capi­tal », il faut que les femmes soient tou­jours défi­nies comme sexe. Il faut alors pré­ci­ser pour­quoi les femmes existent comme telles, au-delà du « point de vue du capi­tal », avec « leurs carac­tères sexuels fémi­nins » ℗ — autre que l’utérus – car le sexe et les « carac­tères sexuels fémi­nins » ne sont pas des don­nées natu­relles. C’est-à-dire que nous en reve­nons à la pro­duc­tion du groupe femme avec les « carac­tères sexuels fémi­nins », ces appas qui attirent tant les hommes [il est bien connu que les femmes ne sont pas attirées par les hommes...]. Il est évident qu’il y a dans les remarques de P un natu­ra­lisme sous-jacent qu’il recon­naît : « pas que de nature, pas que de culture ». Ce natu­ra­lisme sous-jacent « pose que les dif­fé­rences phy­siques dont il est ques­tion et, plus lar­ge­ment, toutes les dif­fé­rences sont là, anté­rieu­re­ment à leur uti­li­sa­tion sociale. C’est ceci, ce sta­tut d’immanence donné aux traits des per­sonnes et plus géné­ra­le­ment aux choses que nous per­ce­vons, qui explique que, selon ce rai­son­ne­ment, il n’y a qu’une inter­pré­ta­tion des choses. En d’autres termes, la réa­lité de la dif­fé­rence ou de la res­sem­blance, bref la chose, lui don­ne­rait sa signi­fi­ca­tion, signi­fi­ca­tion que nous n’aurions plus qu’à lire. (…) il est tenu pour acquis que la per­ti­nence, ou son absence est intrin­sèque à l’objet consi­déré. De plus que l’objet consi­déré existe indé­pen­dam­ment du point de vue qui le consi­dère, qu’il est déjà tout consti­tué comme objet dis­cret – séparé – dans la réa­lité maté­rielle. » (Del­phy, op. cit., p.13 – 14). P a beau expli­ci­te­ment reven­di­quer (mais en par­tie seule­ment) ce natu­ra­lisme sous-jacent [Patlotch, ne séparant pas nature et culture ou société, ne peut être naturaliste] , cette reven­di­ca­tion ne va pas sans pro­blèmes. Soit les femmes et leurs carac­tères sexuels fémi­nins existent et sont repé­rables de fait et alors le groupe est natu­rel avec des effets sociaux, soit la caté­go­rie (le groupe) est socia­le­ment construite et les « appas » avec lui. « Le fait de pos­sé­der un uté­rus et des carac­tères sexuels fémi­nins ne les (les femmes) réduit pas à une fonc­tion de repro­duc­tion » ℗. Le pro­blème ici, c’est que soit P a déjà le groupe femme construit socia­le­ment et les consta­ta­tions pré­cé­dentes lui per­mettent de regrou­per comme fémi­nins cer­taines carac­té­ris­tiques de ce groupe, soit le groupe femme c’est uté­rus et autres carac­tères, mais alors là c’est un groupe natu­rel. P veut les deux à la fois : un groupe socia­le­ment construit (« du point de vue du capi­tal ») avec des carac­tères excé­dant cette construc­tion qui seront tout de même ras­sem­blées comme « féminins ».

C’est non seule­ment la fonc­tion de repro­duc­tion qui crée le groupe et ses « appas », mais encore qui fait que « l’attirance sexuelle » (les « appas » ne sont pas que fémi­nins et à sens unique) dérive tou­jours de cette défi­ni­tion du groupe et de la rela­tion pro­créa­tive [faux]. En fait, P n’est pas très éloi­gné de ce que disait AS dans un texte au prin­temps 2012 sur la double fonc­tion des femmes. Ces deux fonc­tions étaient la femme comme appro­priée car pro­duc­trice de la prin­ci­pale force pro­duc­tive, et la femme comme exploi­tée comme corps et sexua­lité, à la dif­fé­rence que pour P il s’agit d’attirance que l’on peut sup­po­ser réci­proque (mais il y a-t-il struc­tu­rel­le­ment une grosse dif­fé­rence ?)[10].

Comme AS, P a posé une sépa­ra­tion entre repro­duc­tion et sexua­lité mais contrai­re­ment à AS, il ne cherche pas retrou­ver l’unité et son contenu exact entre ces deux fonc­tions, pour lui la seconde excède sim­ple­ment la pre­mière [ce n'est pas si simple et il n'y a pas d'unité]. A ces deux fonc­tions, chez AS comme chez P, cor­res­pondent deux agents dis­tincts de l’appropriation des femmes : le capi­tal (et son « point de vue »), l’homme indi­vi­duel (dans sa sin­gu­la­rité). Ces deux fonc­tions mises en œuvre par deux agents abou­tissent à deux moda­li­tés de rap­port social homme/femme qui sont en contra­dic­tion selon AS et dont l’une excède l’autre selon P : « la domes­ti­ca­tion » ou le rap­port au capi­tal / « l’objectivité sexuelle de la Femme » ou « l’attirance sexuelle » et les « carac­tères sexuels fémi­nins » (le rap­port sin­gu­lier auquel se rédui­rait en défi­ni­tive tout rap­port entre un homme et une femme[11]). Puis AS nous dit, à la fin de son texte, que c’est sur cette fonc­tion sexuelle qu’il faut « miser » pour une remise en cause du rap­port car cette objec­ti­vité sexuelle remet en cause la fonc­tion repro­duc­tive qui en plus a, selon lui, déjà du plomb dans l’aile car il ne serait plus néces­saire de faire des enfants … Il y a concur­rence, « ren­ver­se­ment » dit AS, entre les deux. L’objectivité sexuelle tend à prendre le pas sur la fonc­tion repro­duc­tive et c’est à par­tir de cette objec­ti­vité sexuelle que peuvent se consti­tuer des fronts de lutte com­mun avec les pro­lé­taires hommes car on leur a trouvé un point com­mun : l’objectivité de leur fonc­tion sociale qui leur fait face. C’est-à-dire, pour les femmes, la vente de leur objec­ti­vité sexuelle : la pros­ti­tu­tion. En fait c’est un peu comme si c’était à par­tir de la « pro­lé­ta­ri­sa­tion » des femmes, c’est-à-dire de leur condi­tion de « pros­ti­tuées » plu­tôt que d’ « esclaves » (pour reprendre les termes d’AS), qu’il deve­nait pos­sible de poser le pro­blème de la condi­tion des femmes, comme situa­tion géné­rale de pros­ti­tuées, de femmes de la sphère publique, contrai­re­ment au « sujet » de la sphère pri­vée vivant pas­si­ve­ment et ser­vi­le­ment l’enfer quotidien.

P, quant à lui, pré­fère la Col­lec­tion Arle­quin à la Série Noire. Pour P, c’est aussi sur l’attirance sexuelle qu’il faut miser, mais dif­fé­rem­ment, il ne s’agit plus de vente de l’objectivité sexuelle. Les carac­tères sexuels fémi­nins « ne défi­nissent pas le genre, ni un groupe social (on se demande alors ce qui les regroupe comme “fémi­nins”, nda), mais un sexe porté indi­vi­duel­le­ment (et reconnu comme iden­tique chez quelques mil­liards de per­sonnes fémi­nines, nda). (…) L’abolition du genre sup­pose la dis­pa­ri­tion de carac­té­ris­tiques spé­ci­fiques aux groupes “femmes” et “hommes” ». Cela signi­fie que les groupes sub­sistent défal­ca­tion faite de quelques carac­té­ris­tiques et l’on retrouve la sin­gu­la­rité et la pers­pec­tive alter­na­ti­viste qu’elle porte chez P : « l’annonce d’une vie aux limites ». [comprendre Patlotch est contre-révolutionnaire]

Chez AS, comme chez P, les deux fonc­tions et les deux agents montrent de suite un pro­blème : on a isolé un rap­port hommes/femmes dis­tinct du rap­port capital/femmes. Ce qui est perdu c’est donc ce en quoi la ques­tion des femmes a une effi­ca­cité dyna­mique dans et comme contra­dic­tion : c’est-à-dire que jus­te­ment la contra­dic­tion hommes/femmes, pas plus que la contra­dic­tion prolétariat/capital n’existe épu­rée de l’autre, c’est-à-dire telle que l’une serait si elle n’était pas construite par l’autre. C’est ainsi qu’existe la contra­dic­tion et sa dyna­mique, telle qu’elle se mani­feste quo­ti­dien­ne­ment et telle qu’elle peut désor­mais poser la ques­tion de son abo­li­tion (c’est ça aussi le tra­vail, et donc les femmes, comme pro­blème). C’est aussi ce qui explique que le rap­port hommes/femmes puisse exis­ter dans les luttes de façon contra­dic­toire et pro­blé­ma­tique car remet­tant en cause l’existence sépa­rée des sphères pro­duc­tive et reproductive.

Que l’on conçoive le sexuel comme « satis­fac­tion de l’homme » (AS) ou comme « atti­rance sexuelle » ℗, il est dis­joint de la ques­tion de la repro­duc­tion. [il est chez TC, plus que "disjoint", sans rapport à la recherche du plaisir]. Cette dis­jonc­tion abou­tit ainsi à une natu­ra­li­sa­tion de la ques­tion de la sexua­lité car on a dis­so­cié la rai­son dyna­mique de ce rap­port social qu’est la sexua­lité et qui la construit socia­le­ment pour les hommes comme pour les femmes : la repro­duc­tion dite bio­lo­gique. La sexua­lité n’est pas vue comme un rap­port social de sexage qui construit et actua­lise en per­ma­nence la fonc­tion repro­duc­tive [réductionnisme] qui, loin d’être une fonc­tion natu­relle, bio­lo­gique, ins­tinc­tive ou spon­ta­née, est ren­due pos­sible par tout un tas de phé­no­mènes de contraintes et d’assignations qui rendent effec­tive l’appropriation, simul­ta­né­ment à la construc­tion, de la capa­cité repro­duc­tive des femmes et donc des femmes elles-mêmes que cette appro­pria­tion et construc­tion pro­duisent en tant que telles. Autre­ment dit, il n’y a pas de fonc­tion sexuelle des femmes exis­tant indé­pen­dam­ment de la ques­tion de la repro­duc­tion [évidemment que si, et elle n'est pas que de nature, mais sociale aussi]. Il y a consti­tu­tion d’une fonc­tion repro­duc­tive natu­ra­li­sée qui construit la sexua­lité, pour les hommes comme pour les femmes, comme moda­lité rela­tion­nelle sépa­rée et sin­gu­la­ri­sée, mode­li­sée par le coït hété­ro­sexuel, ancrée dans le bio­lo­gique, l’amour, et l’instinct, vécus comme évi­dence et atti­rance natu­relles. Ce vécu est consti­tu­tif du rap­port hommes/femmes, c’est-à-dire que la natu­ra­li­sa­tion n’est pas une mys­ti­fi­ca­tion : c’est réel­le­ment la façon dont se vivent et se repro­duisent les rap­ports hommes/femmes.

Ce qui fait exis­ter de façon spé­ci­fique pour les femmes (et donc pour les hommes mais d’une autre façon néces­sai­re­ment) le corps, l’affectivité, l’intime, le privé…, que ce soit dans une sexua­lité conju­gale ou dans une sexua­lité pros­ti­tu­tion­nelle, ou les deux et les entre-deux, c’est bien la repro­duc­tion, c’est-à-dire la sexua­lité comme appro­pria­tion des femmes car sexua­lité cen­trée sur la satis­fac­tion mas­cu­line elle-même construite comme repro­duc­tive. La sexua­lité comme rap­port entre les hommes et les femmes est sub­su­mée sous un de ses pôles – la sexua­lité mas­cu­line – qui existe alors elle-même, en tant que construc­tion sociale, comme exis­tence et condi­tion de la repro­duc­tion du rap­port. Elle concentre en elle, de son côté, la défi­ni­tion des termes du rap­port et la néces­sité de sa repro­duc­tion. La sexua­lité repro­duc­tive est ce qui per­met mas­si­ve­ment aux femmes de repro­duire leurs condi­tions d’existence : sexua­lité hété­ro­sexuelle, calée sur le désir et le plai­sir mas­cu­lin, lui-même construit sur le mode de la per­for­mance, de l’usage, du besoin, de la puis­sance. En cela, que ça soit à l’œuvre dans une sexua­lité plus ins­pi­rée par la por­no­gra­phie que par le mis­sion­naire gen­til et roman­tique ou encore par le pro­fé­mi­niste qui a banni la péné­tra­tion de ses pra­tiques sexuelles est indif­fé­rent et anec­do­tique [étrange partition qui prétend faire le tour], car c’est bien la sexua­lité repro­duc­tive qui déter­mine toutes ces pratiques.

Quand une fille sait qu’être une femme c’est se caler, de façon plus ou moins res­tric­tive et exclu­sive sur le désir de l’homme et la satis­fac­tion mas­cu­line construite comme puis­sance, pos­ses­sion, syn­thé­ti­sée dans la cen­tra­lité du coït hété­ro­sexuel, ça concerne la repro­duc­tion de la force de tra­vail en ce qu’elle sup­pose une dis­po­ni­bi­lité sexuelle des femmes opti­mi­sant leur expo­si­tion au risque de gros­sesse et un rap­port sexuel dit « com­plet » pour les hommes. Ce qui existe comme sexua­lité hété­ro­sexuelle est fon­da­men­ta­le­ment sexua­lité mas­cu­line au sens où elle est un rap­port à soi pour les hommes et une extra­ver­sion pour les femmes (il suf­fit de consi­dé­rer à ce sujet toutes les filles qui entrent dans la sexua­lité par la contrainte [encore faut-il considérer aussi que ce n'est pas le cas pour toutes], ou encore de pen­ser à la cen­tra­lité de la ques­tion de l’amour dans la sexua­lité des femmes).

Autre­ment dit, il n’y a jus­te­ment pas de dif­fé­rence entre « repro­duire une force de tra­vail » et « satis­faire leur Homme », donc pas de dif­fé­rence entre fonc­tion repro­duc­tive et fonc­tion sexuelle. Même si elles ne se confondent pas, elles sont calées l’une sur l’autre. L’opposition entre la mère et la pute n’est qu’une fic­tion lit­té­raire. La satis­fac­tion mas­cu­line est le contenu par lequel la sexua­lité existe tant comme repro­duc­tion, c’est-à-dire popu­la­tion comme prin­ci­pale force pro­duc­tive, et repro­duc­tion du rap­port homme/femme dans son ensemble, c’est-à-dire appro­pria­tion des femmes, que comme « atti­rance sexuelle ».

En outre, sans vou­loir entrer dans le « sor­dide », pour Paola Tabet (La grande Arnaque), cette orien­ta­tion n’est pas exempte de construc­tion éco­no­mique : la divi­sion sexuelle du tra­vail à l’échelle sociale et l’accès dif­fé­ren­cié des hommes et des femmes aux res­sources concourent à l’utilisation par les femmes de la sexua­lité comme mon­naie d’échange. Dès lors, l’ « atti­rance sexuelle » et les rela­tions qui s’ensuivent s’inscrivent dans l’asymétrie, deve­nant à la fois un sym­bole et une maté­ria­li­sa­tion de l’inégalité des sexes. De quoi est faite cette « atti­rance » : « Ilana Lowy (L’emprise du genre. Mas­cu­li­nité, fémi­nité, inéga­lité, Ed. La dis­pute) nous rend atten­tif au fait que les rôles esthé­tiques inégaux ins­crits dans les corps des hommes et des femmes, acti­vés notam­ment par les pra­tiques de séduc­tion (c’est moi qui sou­ligne), contri­buent aussi en retour à assu­rer la per­ma­nence des rap­ports inégaux entre les sexes » (Pfef­fer­korn, op. cit., pp.66 – 67).

Dans la Réponse aux amé­ri­caines (TC 24), la com­pré­hen­sion du rap­port hommes/femmes a néces­sai­re­ment comme point de départ cette cen­tra­lité du sexe et du corps dans la vie des femmes, sans quoi cette com­pré­hen­sion n’aurait pas pu être celle d’une contra­dic­tion spé­ci­fique. C’est, en effet, le corps, la sexua­lité comme sexage, qui sont le contenu de la contra­dic­tion entre les hommes et les femmes, c’est-à-dire de la popu­la­tion comme force pro­duc­tive. Ce contenu montre que l’existence des hommes et des femmes est déter­mi­née par un rap­port social dif­fé­rent du rap­port de classe, en pré­ci­sant aussi que les femmes ne sont jus­te­ment ni des mar­chan­dises ni de simples moyens de pro­duc­tion, pas plus que les hommes ne sont les contre­maîtres des femmes à la solde des capitalistes.

L’essentiel réside dans la ques­tion de la consti­tu­tion du groupe femme et dans la cri­tique du natu­ra­lisme comme idéo­lo­gie du rap­port homme/femme. Quoi qu’elles fassent, où qu’elles soient (mai­son, rue, bou­lot, luttes etc.), les femmes sont sexua­li­sée c’est-à-dire qu’elles ont un corps et ce corps est ce par quoi les hommes les rap­pellent à leur condi­tion et à leur place, et c’est ce même corps qui est l’objet de l’attirance sexuelle. Cette sexua­li­sa­tion, ce sexage, est donc à la fois la marque de la bio­lo­gi­sa­tion / natu­ra­li­sa­tion du rap­port mais aussi celle de la contrainte per­ma­nente à les faire exis­ter comme femmes. La construc­tion sociale qui, dès la nais­sance, fait d’une par­ti­cu­la­rité ana­to­mique une dis­tinc­tion n’existe pas en dehors du rap­port social conçu comme une dyna­mique visant à repro­duire toutes les condi­tions de renou­vel­le­ment de ce rap­port, dans le cadre de la tota­lité du MPC et de son intri­ca­tion conflic­tuelle avec le rap­port de classes. En effet, on ne peut pas faire comme si cette contrainte à la sexua­li­sa­tion n’était qu’un état de fait para­ly­sant résul­tant d’un asser­vis­se­ment accom­pli. Si tous ces phé­no­mènes de subor­di­na­tion et de ré-assignation des femmes existent, c’est bien parce que la sexua­lité repro­duc­tive et l’appropriation des femmes ne vont pas de soi car le capi­tal a un pro­blème avec la popu­la­tion et le tra­vail ; l’une et l’autre sont tou­jours le pro­duit d’une his­toire, c’est-à-dire d’activités et de luttes. Ce sont des pra­tiques sociales qui donnent tou­jours un contenu spé­ci­fique et déter­miné au rap­port hommes/femmes, et donc à la façon dont se co-construisent les contra­dic­tions de classes et de genres dans leur rap­port à la tota­lité, le MPC. La construc­tion d’une par­ti­cu­la­rité ana­to­mique en dis­tinc­tion ana­to­mique, niveau géné­ral du rap­port du fait de la popu­la­tion comme prin­ci­pale force pro­duc­tive dans tous les modes de pro­duc­tion jusqu’à aujourd’hui n’est que le concept per­met­tant de pen­ser ces diver­si­tés qui ne sont pas la réa­li­sa­tion du concept.

Ce n’est pas pour rien que c’est au moment de la faillite du pro­gram­ma­tisme et en pleine crise/restructuration que le fémi­nisme des années 70 est, pour l’une de ses com­po­santes, la mise en cause de l’existence des hommes et des femmes comme caté­go­ries natu­relles. Au niveau de la vie des femmes, tout un tas de mesures concer­nant leur vie affec­tive, sexuelle et fami­liale nous per­mettent de voir ces rema­nie­ments his­to­riques des contra­dic­tions de genre et de classes : mères céli­ba­taires (expres­sion qui désigne lit­té­ra­le­ment ce par quoi les femmes existent socia­le­ment : couple/famille), place des femmes dans le mar­ché du tra­vail et dans la famille, mœurs sexuelles qui en résultent, formes de conju­ga­lité, poli­tiques fami­liales, etc, … et mœurs sexuelles libres[12]

J'ai évoqué plus haut la psychanalyse, autrement dit une approche des désirs et plaisirs humains. Ce second texte fait davantage appel aux sciences humaines, à l'anthropologie, à la neuro-biologie... On y voit non seulement l'apparition historique (culturelle et sociale) de la recherche du plaisir chez les humains mais en tant qu'ils sont aussi des mammifères. Opposer culture et nature n'a pas plus de sens que renvoyer Patlotch à un "naturalisme".

2) Le plaisir sexuel, un moteur de l'évolution ?

Serge Wunsch, Sciences humaines, 11/07/2014

La recherche du plaisir et la cognition semblent être deux des principaux facteurs de l’évolution culturelle. Émancipée du contrôle biologique 
de la reproduction, la sexualité humaine a évolué vers l’hédonisme et la culture.

Citation :
Il est difficile de connaître exactement l’organisation biologique des mammifères à l’époque préhistorique. Mais en réalisant une synthèse des connaissances actuelles, on peut identifier les principaux facteurs neurobiologiques qui contrôlent le comportement de reproduction chez la plupart des espèces animales.



La reproduction
 et la copulation


Chez les mammifères non primates (rongeurs, canidés, félidés, etc.), il existe un véritable instinct de la reproduction. L’anatomie et le système nerveux sont spécifiquement organisés pour la copulation hétérosexuelle. Les systèmes olfactifs détectent les phéromones sexuelles, ce qui induit l’excitation sexuelle et le rapprochement des partenaires sexuels. Puis, lorsque les animaux sont en contact physique, les réflexes sexuels, comme l’érection, l’éjaculation ou la lordose (la courbure du dos de la femelle, qui présente le vagin au mâle), permettent la réalisation de la copulation et la fécondation. Le système de récompense permet, entre autres, l’apprentissage de la motivation hétérosexuelle. Enfin, les hormones, qui circulent dans tout l’organisme, contrôlent la différenciation sexuelle de l’organisme et la copulation. Mais chez les primates, et surtout chez les hominidés (orangs-outans, gorilles, chimpanzés et humains), les études récentes ont mis en évidence des modifications du contrôle neurobiologique du comportement sexuel.


Au cours de l’évolution, on observe des modifications – rapides ou progressives – de plusieurs facteurs cruciaux : il y a environ 23 millions d’années, l’organe voméronasal, situé à l’entrée du nez et qui joue un rôle majeur dans la détection des phéromones, est altéré chez les primates de l’ancien monde (cercopithèques, hylobatidés et hominidés). Puis, il y a 10 ou 20 millions d’années, les réflexes sexuels moteurs comme la lordose deviennent accessoires chez les hominidés. Il y a environ 6 millions d’années, la dissociation des activités sexuelles des cycles hormonaux devient apparemment majeure à partir de Pan paniscus (chimpanzés bonobos). Puis au cours des 5 derniers millions d’années, le développement du cortex (corticalisation) devient majeur chez les différentes espèces d’homininés (Homo habilis, erectus, neanderthalensis…), pour culminer chez Homo sapiens. Le développement du cortex et de la cognition permet l’émergence de la culture, qui exerce une influence déterminante sur les comportements humains.
[par conséquent, tout sauf du "naturalisme"]

Enfin, toutes ces évolutions neurobiologiques induisent d’autres modifications, qu’il est difficile de dater précisément : en particulier, avec la disparition des inhibitions hormonales du comportement sexuel, le système de récompense devient continuellement actif, tandis que plusieurs régions corporelles peuvent devenir érogènes (lèvres, seins…).


Avec toutes ces modifications, la dynamique du comportement sexuel est modifiée : les facteurs neurobiologiques altérés ou modifiés n’orientent plus les activités sexuelles vers la copulation hétérosexuelle, mais vers la stimulation des régions corporelles les plus érogènes. Toutes ces modifications neurobiologiques permettent d’expliquer les importantes différences observées entre la copulation hétérosexuelle des mammifères non primates et la sexualité culturelle des humains.



La sexualité culturelle 
des humains


Chez Homo sapiens, le système de récompense relié aux zones érogènes devient le facteur neurobiologique fondamental à l’origine de la sexualité (1). La recherche des récompenses érotiques, par diverses activités de stimulations érotiques des zones corporelles les plus érogènes, à la fois influence, mais est aussi influencée par le contexte culturel. On observe que les phénomènes cognitifs et culturels peuvent donner aux stimulations et aux perceptions érotiques une importance sociale et psychologique qui dépasse de très loin la simple sensation de plaisir intense qu’elles procurent. Et, en fonction des significations sociales attribuées au plaisir, la sexualité peut débuter dès les premières années de la vie (2) ou être retardée bien après la puberté (3). Puis, les personnes apprennent (4) toute la diversité culturelle des codes, des pratiques et surtout des valeurs sexuels (rituels, excision, subincision, interdits, exogamie, polygamie, amour libre, romantisme, fidélité, pureté, abstinence, âge, positions, virilité, féminité, beauté, etc.) qui sont en usage dans leur groupe social. La copulation hétérosexuelle des mammifères primitifs devient ainsi, chez l’être humain, une sexualité érotique et culturelle.

Plaisir et souffrance au coeur du psychisme

Chez tous les mammifères, il existe deux systèmes opposés et complémentaires, qui permettent des apprentissages facilitant l'adaptation
à l'environnement. Le système aversif (également appelé de « punition »)
 et le système appétitif (ou de « récompense ») permettent, entre autres, d'apprendre des motivations à trouver de la nourriture, à se reproduire 
ou à éviter des dangers. En simplifiant, tout ce qui est globalement favorable à la survie de l'individu procure du plaisir, tandis qu'au contraire 
tout ce qui est potentiellement néfaste crée des sensations négatives (douleur, pénibilité, souffrance…).


Chez les mammifères, le plaisir est devenu progressivement – au cours 
de la complexification du système nerveux – un facteur majeur du psychisme, des comportements et de la sexualité.


Chez l'être humain, le système de récompense devient un facteur majeur de l'évolution culturelle. En raison du développement de la cognition, l'être humain est capable d'inventer de nombreux moyens techniques qui lui permettent de ressentir divers types de sensations hédoniques intenses.
 Par exemple, le ski est un bon exemple d'une activité sans finalité biologique, conçue principalement pour ressentir les sensations hédoniques intenses procurées par le système vestibulaire de l'oreille interne,
qui active le système de récompense lors d'un déplacement rapide du corps. 
Musique, gastronomie, décoration, parfum, confort, humour sont 
quelques-uns des nombreux exemples de pratiques culturelles, créées par l'être humain, principalement pour activer le système de récompense.


Serge Wunsch
Docteur en neurosciences de l’EPHE, 
il a publié, entre autres,
 Comprendre les origines de la sexualité humaine. Neurosciences, éthologie, anthropologie, L’Esprit du temps, 2014.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Jeu 19 Jan - 7:19


le désir de communisme

dans ce qui précède, émerge l'idée du désir, dans son sens le plus général (si l'on veut psychanalytique) qui va du désir de plaisir sexuel au désir de révolution, autrement dit à la subjectivation révolutionnaire. C'est en somme le point commun qui fait, en suivant le meilleur de Wilhelm Reich, qu'on ne peut séparer révolution sexuelle et révolution sociale, comme ce fut le cas, pour chercher à les réunir, dans les mouvements de "libération sexuelle" des années 60-70, ce qui, nous l'avons vu, leur fait prendre un coup de vieux gauchiste, un gauchisme communiste comme un gauchisme sexuel (textes de Zones subversives)

un texte d'Étienne Balibar aborde la question du désir communisme, à l'occasion de la Conférence de Rome sur le communisme

l'interview a été donnée au journal italien Il Manifesto et je suppose le texte anglais traduit de l'italien. Si l'original est en français, il n'est pas disponible...


The Communist Desire to Change the World – and Ourselves | Étienne Balibar

extrait de The Return of Communism, Viewpoint Magazine January 18, 2017, Sandro Mezzadra, Morgane Merteuil, Étienne Balibar, Toni Negri

Résumé (retraduit de la traduction anglaise)

Je veux donner un sens fort à l’expression « désir communiste ». Le désir communiste est le moteur de l’engagement communiste, sans quoi il n’y a pas de politique communiste. C'est en quelque sorte un désir irréalisable parce qu’il est sans bornes, mais il est possible de le penser en termes « matérialistes ».

I want to give a strong sense to the phrase “communist desire.” Communist desire is the motor of communist engagement, without which there is no communist politics. In some way it is an unfulfillable desire because it is boundless, yet it is possible to think it in “materialist” terms.


Citation :
Chiara Giorgi: Karl Marx’s representation of communism was that of an alternative to capitalism, the ground for which it had in fact already prepared. This idea opened up one of the main questions of communism, namely the very notion of transition. In The Philosophy of Marx, you have observed that, far from embracing an evolutionist view, the transition foreseen by Marx is instead “a political figure representing historical time’s ‘non-contemporaneity’ with itself, but a figure which remains inscribed in provisionality.” Is it not in this anti-evolutionism in its referring to the unforeseeable, to a multiplicity of processes, and to revolutionary rupture that one of the vital points of communism is to be found?

Étienne Balibar: The idea of communism we inherited from Marx has a long history, which cuts across modernity and is deeply tied with religious heresies and social revolts. Marx himself had initially embraced associative romantic utopias with conviction, as they responded to the industrial revolution with projects of social reorganization that were inspired by principles of equality and rationality where money was abolished. Later on, he thought that communist hope could be given a scientific foundation by inscribing it within historical evolution as the “mode of production” of the future, along a line which would have necessarily led from a class-based society to a classless one. Thus the idea of “transition” has a central role in Marx’s thought as much as in that of his successors. In a broad sense, this idea allowed the configuration of history as a great transition towards communism made possible by class struggle, of which capitalism is the ultimate manifestation. In a more literal sense, within the transition from capitalism to communism, capitalism’s contradictions must express themselves in violent form and find their “resolution,” thus making “transition” the political place par excellence. However, in this sense, the only function of politics would be that of realizing a predetermined tendency. Thus, the idea of alternative here must be taken in a weak sense. In my words you quoted above, I was looking for elements in Marx that contest this form of fundamental evolutionism, and I found a few. My intention was, on the one hand, to restore that dimension of uncertainty and creativity that belongs to politics, and on the other hand to think the alternative more like a junction than a final destination. By doing this, I tried to bring Marx closer to current revolutionary approaches that go beyond the catastrophic failure of “evolutionary communism” embodied by 20th-century socialist experiences.

CG: “Changing the world” to “transforming ourselves.” Gesturing to one of the most important aspects of the communist question – the plural dimension of the pronoun – this phrase of yours encapsulates the communist desire of a common engagement for the “common.”

EB: I thank you for giving a collective sense to the pronoun “ourselves,” which I meant in a generic and self-referential sense. I generally agree with the way you laid out the question, but allow me to add two qualifications: First of all, Marx’s communism never unequivocally privileged the ideas of “common” and “community” over individuality. This is exactly what distinguishes him from romantics and those longing for precapitalist societies, where the individual was directly subject to the totality. Capitalism’s alienating use of individualism (which is nowadays heightened by neoliberal discourse and its even more extreme model of global competition between individuals) inevitably leads communists to valorize the “common,” but Marx is looking for an existential formula by which – as in the Communist Manifesto – everyone’s development is the condition for the development of the community, and vice-versa. The second qualification I wanted to make is that I want to give a strong sense to the phrase “communist desire.” Communist desire is the motor of communist engagement, without which there is no communist politics. In some way it is an unfulfillable desire because it is boundless, yet it is possible to think it in “materialist” terms, not by binding it to conditions, but by instilling in it the aspiration for one’s own conditions, which is an allegorical summary of the phrase “transforming the world.” This is what distinguishes communist desire from, on the one hand, the Christian desire that aspires to a “new man” unto whom grace is poured, and on the other hand from that Nietzschean desire which Michel Foucault aptly captured with the formula “care of the self.”

CG: There are numerous images of communism and of the way to it. Among them, as you yourself have noted, Louis Althusser chose the more materialistic one, developed in the German Ideology, according to which communism is “the real movement which abolishes the present state of things.” Do you share this image?

EB: We are back to the same problem. This beautiful sentence is at the risk of being interpreted in evolutionist terms (not without a theological foundation), such that communism would be the ultimate direction of history, and history the main road to communism… Thankfully, the sentence is ambiguous. In any case, it clears the ground from an interpretation of communism as a simple regulatory idea, while it affirms the “immanence” of communism in contemporary struggles and in the transformations they produce on society and its actors. We could also read it this way: communism is a force that actualizes itself in history, with no determined “end.”

CG: In the current context of ferocious attacks on democracy, is a re-signification possible starting from conflicts engaged in the name of new instances of equaliberty by so-called excessive subjectivities? Is insurrection, once again, the active mode of citizenship, if we understand the latter as a practice of political subjectivation and a field of unending struggle?

EB: What I deem important in the equaliberty proposition is that it is a fundamentally bourgeois (or civic-bourgeois) idea that carries an inescapably revolutionary, insurrectional, and excessive (or “hyperbolic”) dimension. That is why we reach back for equaliberty every time a new form of resistance or emancipation comes into conflict with institutional modalities predicated on class domination or, more generally, on social hierarchization. But the question of the genealogical and dialectical relation between the bourgeois idea of insurrection and communist political forms is not an easy one, neither for Marx — who believed he solved it with the theory of “permanent revolution” — nor for any other communist. That being said, different circumstances lead sometimes to strategic simplifications: the kind of “postdemocracy” currently developing as “governance”  is so antithetical to any idea of active citizenship that inscribing politics in this bourgeois tradition is already something subversive, which proves unbearable to the established order. But I do not think this is enough, because equaliberty speaks about individual as well as collective rights and capabilities, which alone cannot determine what we have called “communist desire.” Thus, in this sense, equaliberty characterizes only an abstract subjectivity.  

CG: Politically, where is the communist “striving” – as in Spinoza’s conatus – headed? How do the historical and prophetic aspect combine? Is the organizational question still a central one for communism?

EB: Well, here we are delving into the most interesting divergences and convergences of contemporary “postmarxist” thinkers. Everyone refers to Spinoza, but not everyone is reading him in the same way. As far as I am concerned, I see no difficulty in interpreting the conatus as that “enactment of historical potential” without a predetermined goal of which we spoke earlier with regards to The German Ideology. I am also tempted to take on a famous Derridean phrase by saying that we are dealing with a “prophetism without prophecy,” or one that lacks any other prophecy than what is coming from its own “striving,” an increase in its power to act and in its autonomy. Referring to Spinoza is useful because it shows very well that mass movements need a prophecy laden with imagination, thus more ambivalent. There is no politics without mass imagination, and the history of communism shows it. The deepest conflicts arise around the question of organization. I have claimed that Spinoza’s conatus is “transindividual,” while Negri says that its subject is the “multitude.” I then came to the conclusion that for Spinoza politics is always organized – as it is for Marx and Lenin, albeit with different objectives – and requires institutional mediation, while for Negri politics needs to retain a “savage” trait, in line with the radical opposition between autonomy and organization. This is a political disagreement, but also a profoundly metaphysical one. I am more interested in the intellectualist Spinoza, he is more interested in the vitalist one. But this does not prevent us from doing a lot of things together …

CG: The objective of a “right to difference in equality” is the creation of a type of equality that does not neutralize differences but instead is, as you wrote, “the condition for and the demand of the diversification of liberties.” How can communism relate to this idea?

EB: It is precisely with this theme that we can think a transition from a “bourgeois-revolutionary” to a communist conception of equality (although this is less necessary for Marx than it is for Fourier). Precisely, we must jump on the other side of the equation, that is, over to a conception of liberty that overdetermines equality. Bourgeois freedom is universal, and thus universalizable, but not really differential. This means that it revolts in the name of  the common right of mankind against the discriminatory use of their anthropological differences. But this bourgeois freedom does not positively turn these differences and their free play into the content and ontological texture of equality. To include the affirmation of difference into the idea of communism is a performative gesture, not a philological one: it means bending the traditional meaning of communism to adjust it to our conception of universalism.

– Translated by Tommaso Manfredini



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Florage



Messages : 162
Date d'inscription : 13/01/2017

MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Jeu 19 Jan - 8:07

Admin a écrit:
on ne peut séparer révolution sexuelle et révolution sociale, comme ce fut le cas, pour chercher à les réunir, dans les mouvements de "libération sexuelle" des années 60-70, ce qui, nous l'avons vu, leur fait prendre un coup de vieux gauchiste, un gauchisme communiste comme un gauchisme sexuel

Je vois le mouvement de ta pensée, mais ne suis pas certaine que tu la formules bien. Ces mouvements n'ont pas séparé avant de réunir, ils ont voulu apporter à la révolution sociale son complément de révolution sexuelle.

En ceci ils ont bien suivi le freudo-marxisme, mais en même temps réduit la pensée de Wilhelm Reich, telle qu'elle apparaît dès les années 30 dans ses échanges avec Trotsky (page 1 du sujet) et que, dans la mesure ou Reich était authentiquement marxiste et freudien, cette pensée rejoint l'idée de désir communiste exposée par Balibar : « Le désir communiste est le moteur de l’engagement communiste, sans quoi il n’y a pas de politique communiste.»

Cela n'aurait pu se passer autrement, vu le puritanisme majoritaire dans le mouvement ouvrier et ses partis communistes, dont le communisateur Roland Simon, de Théorie Communiste, présente un dernier avatar dans "Le sexe sans excès" te répondant (texte plus haut sur l'attirance sexuelle vide de désir comme recherche du plaisir, qui n'est pas que du côté des hommes, sans quoi les femmes seraient strictement leurs objets au service de la reproduction pour le capital : il faudrait peut-être leur demander leur avis, et pas seulement choisir les théoriciennes féministes sur mesure pour cette "démonstration").

Une question qui se pose maintenant est de savoir si la "libération sexuelle" n'a pas malgré tout produit des effets dans les rapports sociaux à la sexualité, et ceci en dépit du renversement des espérances de 68 (Le capitalisme de la séduction, Le néo-fascisme et l'idéologie du désir, comme l'écrivait Clouscard) et du retour de bâton réactionnaire généralisé.

Autrement dit, c'est ce qui nous permettrait aujourd'hui de poser comme inséparables révolution sexuelle et révolution sociale, ce qui n'est qu'un aspect de l'inséparabilité de la lutte des classes et des luttes des femmes pour leur émancipation de la domination masculine.

Si, à la question de Serge Wunsch : « Le plaisir sexuel, un moteur de l'évolution ? », la réponse peut être oui, alors la recherche de ce plaisir en particulier, et du plaisir en général, est un moteur même de l'émancipation, et il semble logique qu'elle rejoigne le désir communiste au sens de Balibar, que je pense par contre mieux traduit par ta formule "désir de communisme".

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Tristan Vacances



Messages : 351
Date d'inscription : 21/12/2016

MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Jeu 19 Jan - 8:32


Que voilà excellemment résumé le point où notre conversation aurait amené.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Florage



Messages : 162
Date d'inscription : 13/01/2017

MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Jeu 19 Jan - 11:29


Poursuivons donc en considérant que la recherche du plaisir sexuel peut accompagner pour les femmes leur émancipation de la domination masculine.

Affranchissez cette sexualité qu’on ne saurait voir

UCL Union communiste libertaire, Cause Commune no. 34 - Hiver 2013

Que ce soit clair, ce texte dédié à nous, femmes, est un appel à la réappropriation de notre corps, de nos fantasmes et de notre sexualité. De plus, il ne se veut ni moralisateur, ni thérapeutique.

Citation :
Tabou, puant, caché, honteux, mal vu, le sexe au féminin a longtemps existé dans le monde sans avoir de mot pour l’expliquer. Au tournant des années 60, on a pu voir les mœurs se détendre et poindre le nez de ce qu’on appellera «la révolution sexuelle». Or comme le dit Élisa Brune dans son excellent livre Le secret des femmes «aucun de ces progrès n’a réussi à combler le fossé entre le plaisir des hommes et le plaisir des femmes Et ce, même après le rapport Hite ? Et a psychopop des années 80 ? Que s’est-il passé dans la libération de nos mentalités pour qu’elle ne se rende pas à notre intimité ? Après avoir conquis une bonne part du marché du travail et des institutions d’enseignement, comment pouvons-nous déclarer que nous sommes libres alors que plusieurs d’entres nous sommes encore incapables de faire face à notre propre lit ? Ouvrons donc les draps que l’on se retrouve en tête à tête avec notre corps.




Parce qu’il s’agit bien là d’un constat récurrent lorsque l’on s’intéresse sur la sexualité féminine : les femmes ne connaissent pas leur corps, ni son fonctionnement. Loin de moi l’idée de faire un abrégé de biologie, quelques livres s’en occupent fort bien. Cependant, il en demeure que de s’asseoir avec un miroir et de voir sa vulve, comment il est fait, la forme des lèvres et l’emplacement du clitoris constituent un premier pas vers l’appropriation de son intimité. Nous trimballons encore avec nous des centaines d’années de sexualité tue et de corps féminins pécheurs, il n’existe encore que très peu d’ouvrages (pertinents) sur le sexe chez les femmes. Nous sommes toujours aux prises avec une éducation sexuelle qui glorifie la masturbation éducation sexuelle qui accepte entres autres la masturbation chez les hommes, mais la nie chez les femmes. Alors, nous nous devons de déconstruire notre éducation sexuelle afin d’en reconstruire une émancipatrice et ouverte aux plaisirs féminins sous toutes ses formes.

Ce qui m’amène d’ailleurs à réfléchir à propos du plaisir sexuel en lui-même. On dit que le tiers des femmes disent atteindre «souvent ou toujours» l’orgasme. Ce qui est en soi très peu, mais le résultat est encore plus frappant lorsqu’on l’oppose à celui des hommes qui se mesure à 90 ou 95%. Cet écart, que dire, ce fossé n’est absolument pas négligeable et fait foi de problèmes vécus par les femmes. Problèmes d’abandon, de stress, de soucis de performance, d’insécurité, d’inconfort face à son corps, les causes sont apparemment aussi multiples que le nombre de femmes insatisfaites. Enfin, que ce phénomène perdure est à mon sens alarmant, que l’on en parle que très peu et qu’autant de femmes n’aient pas accès à l’orgasme représente encore une fois, un écart entre homme et femme. Et il faut dire que l’épanouissement sexuel est un élément fondamental dans notre quête de liberté et d’égalité.

De plus, je refuse qu’en cette journée du 8 mars, nous excluions l’excision de cette réflexion  sommaire sur la sexualité féminine. Les chiffres ne diminuent pas et la pratique s’exerce même dans les pays industrialisés. Les femmes qui sont excisées souffrent de ces pratiques barbares autant physiquement que psychologiquement. Les opérations n’ont pas de suivi médical ainsi, le nombre de femmes aux tissus nécrosés et aux douleurs pelviennes insoutenables est plus qu’inquiétant. Mais ce à quoi aucune d’entres elles n’échappe, c’est la blessure psychologique d’avoir été trahie et mutilée par la famille. Elles n’ont véritablement plus de repère. Coupées d’une part d’elles-mêmes, elles se retrouvent démunies de leur sexualité. D’ailleurs, c’est bien souvent un besoin symbolique et identitaire qui les mène vers la reconstruction chirurgicale de leurs organes génitaux(dont le succès s’avère mitigé).

Si j’ai décidé de parler de sexualité féminine en ce 8 mars, c’est que je crois profondément que notre lutte se retrouve dans toutes les sphères, et ce, même (voire particulièrement) dans notre lit. Aujourd’hui, je lance un appel à l’ouverture et à l’amour de soi, à la découverte de son corps, de ses fantasmes et de ses désirs. Parce qu’en tant que femmes, il faut dès maintenant s’affranchir des codes pornographiques qui envahissent encore et toujours notre imaginaire sexuel. Ils sont le témoignage d’une domination qui perdure et qui empêche l’épanouissement des femmes.




Plusieurs livres très pertinents portant sur la sexualité féminine ont fait surface à différents moments de notre lutte, or peu d’entres eux se sont occupés après le rapport Hite de faire témoigner de manière massive les femmes, de les faire parler de leur sexualité afin d’y voir de façon explicite les bénéfices de la révolution sexuelle. Seule Élisa Brune l’a fait dernièrement et les résultats concluent qu’il n’y a que très peu d’avancement. Ainsi, il serait grand temps de prendre notre sexualité en main, de la façonner à notre image parce que le sexe a un pouvoir : celui de nous affranchir. Et enfin, ne laissons plus jamais des hommes écrire «comment faire l’amour à une femme» pour faire taire à jamais le discours pourvoyeur-chasseur qui sous-tend les relations sexuelles homme/femme. Permettons-nous d’explorer d’autres avenues.

Bibliographie sélective :

BOURCIER, Marie-Hélène (2006), Queer Zones tome 1, Paris, Éditions Amsterdam, 265 pages (à lire les autres tomes aussi)

BRUNE, Elisa, Ferroul, Yves (2010), Le secret des femmes : Voyage au cœur du plaisir et de la jouissance, Paris, Odile Jacob, 320 pages

BRUNE, Elisa (2012), La révolution du plaisir féminin : sexualité et orgasme, Paris, Odile Jacob, 463 pages

FOUCAULT, Michel(1976), Histoire de la sexualité tome 1, Paris, Éditions Gallimard coll. NRF, 211 pages (à lire les autres tomes aussi)

HITE, Shere(1977), Le rapport Hite, Paris, Robert Laffont, 580 pages




Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Florage



Messages : 162
Date d'inscription : 13/01/2017

MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Jeu 19 Jan - 11:41


De la découverte du plaisir féminin à l’émancipation de la femme

RévolutionPermanente, NPA, 11 janvier 2017

Julie Tessuto Secrétariat général des FPS
Avec la contribution de Marie-Anaïs Simon, Chargée de communication FPS

La sexualité et le plaisir féminin sont encore des choses mystérieuses, des choses dont on parle peu. On les entoure de culpabilité, de honte parfois, ou encore de mystère teinté de crainte. Les fausses croyances qui y sont associées sont nombreuses !

Citation :
Cette première fois dont on devrait avoir tellement peur, mais aussi cet orgasme vaginal qui ne vient pas, et pourtant on essaie ! Et puis il y a la pornographie aussi, et ses codes qui s’inscrivent dans les pratiques sexuelles, d’une génération à l’autre. Hier la fellation, et aujourd’hui la sodomie. Sans parler du fait que la pornographie mainstream (puisqu’aujourd’hui se développe une pornographie féminine et parfois aussi féministe) ne montre pratiquement qu’une sexualité pénétrante et dédiée au plaisir masculin. Autant d’injonctions et de désinformation autour du corps des femmes, de leur sexe, et de leur plaisir. Surtout, ce tabou persistant a ici une conséquence principale, celle de contribuer à la méconnaissance des femmes de leur propre corps et de perpétuer le contrôle des hommes sur celui-ci.

Le clitoris est le seul organe du corps humain entièrement dédié au plaisir et c’est un organe exclusivement féminin ! Seulement, voilà, terre du plaisir féminin, il signe également la fin d’un système sexuel hétéronormé puisqu’il ouvre également la possibilité pour la femme d’avoir un orgasme avec une autre femme, et aussi seule, en se masturbant. Ainsi, bien que le clitoris soit connu depuis l‘Antiquité, il est resté très longtemps dans l’ombre, que ce soit dans la science ou dans le discours général qui entoure la sexualité.

En effet, déjà en – 400, la “columella” (nom antique du clitoris) « était déclarée organe du plaisir féminin par le médecin et philosophe Hippocrate  ». Mais malgré cette découverte, on ne trouve pratiquement aucune autre mention du clitoris dans les ouvrages scientifiques. La sexualité des femmes fait peur, selon les intellectuels, il faut donc la cacher. C’est ainsi que le clitoris a même été banni des manuels de chirurgie, et supprimé de la plupart des dictionnaires entre les années 1930 et 1960. (Rébillard, 2016).

Le mépris de cet organe du plaisir est poussé à son comble lorsque l’anatomiste et médecin André Vésale décrit le clitoris comme une « malformation d’hermaphrodisme » et qu’en 1573, l’excision — mutilation de l’appareil génital féminin — est justifiée par le médecin français Jacques Daléchamps pour cette raison. Plus tard, entre 1830 et le début des années 1900, elle sera pratiquée par des médecins comme « remède » à toutes sortes de maux (épilepsie, nymphomanie, hystérie…). La dernière clitoridectomie pour raisons médicales a été pratiquée aux États-Unis en 1948 sur une fillette de cinq ans pour qu’elle ne se masturbe pas. A l’heure actuelle, l’UNICEF estime à 200 millions de femmes excisées en vie à travers le monde. Un récent rapport de l’UNICEF alerte sur l’augmentation du nombre de femmes excisées par rapport à l’année dernière. En dehors de ces mutilations génitales aux conséquences physiques et psychologiques graves, l’excision se fait aussi à un niveau symbolique.

Freud et la psychanalyse au début du XXe siècle ont définitivement achevé ce cycle de domination patriarcale sexuelle, en participant à ce que certains chercheurs nomment l’« excision culturelle » (Hamel, 2010) puisqu’un orgasme clitoridien sera désormais associé à un plaisir « immature des jeunes filles », en opposition à l’orgasme vaginal des « femmes adultes et matures » (Liv Strömsquist, 2016). Les femmes subissent une telle régression sur la connaissance de leur corps, soulignent Benoîte Groult, historienne, ou Carine Martin et Benoît Cousyn, sexologues, qu’ils qualifient la conséquence de ces décennies « d’excision psychique » (Rebillard, 2016). À cela s’ajoute une honte, partagée par beaucoup de femmes, de leur corps et de leur sexe qui peut se traduire par une souffrance psychologique et une absence de plaisir. Par ailleurs, la masturbation féminine fut très longtemps associée à l’hystérie et, aujourd’hui encore, elle est vue comme une pratique taboue et honteuse, surtout si la femme est en couple (alors qu’elle est considérée comme quelque chose de tout à fait naturel pour un homme).

Tout ceci témoigne du fait que le savoir est politique et qu’il est également le résultat d’un rapport de forces puisque les hommes principalement – médecins et gynécologues – en sont les détenteurs. L’histoire de l’accouchement en est un bel exemple. Que ce soit pour le lieu d’accouchement (hôpital ou à domicile), l’accès aux anesthésiques ou aux contraceptifs, ou encore les positions d’accouchement, le monopole du savoir à longtemps permit aux hommes de prendre les décisions qui servaient leurs intérêts sans prendre en compte les besoins, les vécus ou la liberté de choix des femmes .

Ce monopole du savoir concerne aussi le savoir médical lié au corps de la femme. La connaissance scientifique très récente sur le clitoris ou encore le fait que l’on découvre seulement maintenant l’intensité des douleurs liées aux règles et la protéine qui en serait la cause (Deborde, 2016) témoignent d’une recherche médicale genrée, uniquement tournée vers l’homme, son plaisir et ses organes. Nous n’avons pas vu d’exposition organisée sur la vulve, contrairement au « Zizi sexuel » ! Heureusement, les lignes commencent à bouger.

En 1998, une scientifique australienne découvre que le gland du clitoris n’est en fait que sa partie émergée. L’organe mesure en réalité entre 7 à 10 cm et innerve le vagin de part et d’autre. Odile Buisson après avoir réalisé la première échographie en 3D d’un coït, révèlera le rôle majeur et nécessaire du clitoris dans le plaisir et l’orgasme de la femme. Exit l’orgasme vaginal ! Le « complexe clitoridien » irradie toute la zone, et est à l’origine des orgasmes et du plaisir.

La culture et les moeurs sont difficiles à changer, surtout lorsque les manuels scolaires ne remplissent pas leur mission en perpétuant un savoir principalement tourné vers la sexualité masculine, invisibilisant ainsi dès les rangs de l’école l’existence même d’une sexualité féminine. Aujourd’hui, en France, « un quart des filles de 15 ans ne savent pas qu’elles ont un clitoris, tandis que 68 % des garçons de 4e et de 3e (de niveau secondaire en Belgique) ignorent la fonction de cet organe. Il se trouve aussi que 18 % des garçons de 15-24 ans pensent que mater un porno est un bon moyen d’apprendre à faire l’amour (contre seulement 4 % des filles) » (Mallaval, Ballet, 2016). L’éducation sexuelle préconisée par l’EVRAS est donc indispensable, malheureusement, en Belgique, on constate que 20 % des jeunes parmi les 2es, 3es et 4es secondaires n’ont jamais participé à des activités d’animations EVRAS lors de leur parcours scolaire. Il y a donc encore du chemin à parcourir.

Cependant, même en dehors de l’EVRAS les choses changent grâce à la parole des femmes qui se délie et à celle de quelques hommes. En 2015, le hashtag sur twitter #PayeTonUtérus va témoigner des maltraitances gynécologiques dont les femmes sont victimes. Surtout, les nombreux témoignages récoltés se font l’écho d’une méconnaissance des femmes de leur propre corps et par conséquent de leur incapacité à juger de ce qu’il est normal ou non de subir comme examen, d’avoir mal ou non pendant les règles, de subir une épisiotomie ou non, etc. Martin Winckler, médecin généraliste dénonce alors la mainmise de la médecine – principalement masculine – sur le corps des femmes en mettant à disposition des tutoriels de gynécologie : il y explique le but d’un toucher vaginal, les raisons d’en faire un ou de ne pas en faire un, il revient également sur nombres d’idées reçues au sujet du stérilet, etc. À Bruxelles, des ateliers d’auto-observation gynécologiques reprennent vie. Miroir et spéculum en main c’est en groupe et entre femmes que ces dernières découvrent leur col de l’utérus, leur périnée, et pourquoi pas, leur clitoris. Cette pratique dite de self-help vient des luttes féministes des années 1970. Ces femmes luttant contre une domination patriarcale de la sexualité et pour le droit à l’avortement ont constaté que la plupart d’entre elles ne connaissaient pas leur corps et ont décidé d’y remédier de cette manière. Bien qu’encore marginale, cette pratique reviendrait progressivement aujourd’hui.

Sur les réseaux sociaux aussi, on commence à parler de la sexualité féminine. Plusieurs chaînes YouTube la mettent d’ailleurs à l’honneur ! C’est le cas notamment de « Parlons peu, parlons cul », la chaîne de Maud et Juliette qui abordent des sujets tels que la masturbation féminine, l’endométriose ou les sex toys. Autre blogueuse qui brise les tabous, Cluny ! Elle nous parle de ses menstrues, de ses syndromes prémenstruels, et filme même une observation de son col de l’utérus. Sans parler du site internet OMGyes qui guide les femmes vers l’orgasme à travers des techniques de masturbation. Ce guide s’est d’ailleurs inspiré d’une étude à grande échelle qui reprend les expériences de plus de 2000 femmes, de 18 à 95 ans.

Tout ceci participe à l’émancipation des femmes, en diffusant le savoir qui est lié à leur sexualité, mais aussi à leur corps, à leur fonctionnement. Ainsi, la honte disparaît et, petit à petit, une réappropriation s’opère : celle de soi, de son corps, de son plaisir, mais aussi de ce que l’on accepte de l’autre, médecin, chirurgien, conjoint-e-s, etc. Chimamanda Ngozi Adichie, auteure nigériane, donne ce conseil – parmi d’autres – à une amie pour éduquer sa fille en « féministe » : « Ne relie jamais la sexualité et la honte. Ou la nudité et la honte. Ne fais pas de la virginité un sujet. Chaque conversation sur la virginité devient une conversation sur la honte. Apprends-lui à rejeter ce lien entre la honte et l’anatomie féminine ».

Si les graines de cette révolution sexuelle et féministe semblent avoir été plantées il y a déjà plus de 40 ans, nous ne pouvons que constater ici qu’elles commencent seulement à porter leur fruit, et espérons-le durablement. Mais ce combat – le plus long comme en témoigne le numéro spécial de Manière de Voir (magazine du Monde diplomatique) récemment sorti – est loin d’être gagné. Surtout si l’on pense à l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, ou encore les débats que suscite une simple loi, en France, pour instaurer un délit d’entrave à l’IVG aux sites internet.

Bibliographie

Hamel Christelle, « Maïa Mazaurette et Damien Mascret : La revanche du clitoris », Nouvelles Questions Féministes 3/2010 (Vol. 29), p. 102-105

Rébillard Chloé, « De quand date la découverte du clitoris ? », Sciences humaines, 8/2016 (N° 284), p. 26-26.

Di Marino, V., Lepidi, H. , Anatomic Study of the Clitoris and the Bulbo-Clitoral Organ, Springer International Publishing, pp. 1-4, 2014

Strömquist Liv, L’origine du monde, Editions Rakham, 13 mai 2016.

Deborde Juliette, « Des scientifiques ont enfin compris pourquoi les femmes ont mal pendant leurs règles », Libération, 21 juin 2016.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Tristan Vacances



Messages : 351
Date d'inscription : 21/12/2016

MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Jeu 19 Jan - 12:02

Merci Florage pour ce cours d'éducation sexuelle sur le plaisir clitoridien, qui n'implique pas le coït (rapport sexuel avec pénétration anale ou vaginale). Il n'y a pas de femme pour l'expliquer aux mecs, chez Théorie Communiste ?

Roland Simon a écrit:
On peut finas­ser tant que l’on veut mais l’accomplissement de cette « atti­rance sexuelle » c’est le coït.

12 idées reçues sur le clitoris

osezleclito.fr, "Nouveau millénaire, Défis libertaires"

Les connaissances anatomiques réelles sur le clitoris en sont à leurs débuts. Lueur d’espoir : la recherche avance ! Les découvertes récentes ont abouti à une véritable révolution copernicienne sur la façon de comprendre et d’appréhender les plaisirs des femmes et mettent à mal de nombreuses idées reçues, y compris dans les milieux spécialisés (gynécologie, sexologie, psychanalyse…).

Citation :
Quelques exemples choisis ici des perles qu’on entend encore souvent…

1. Les femmes qui ne ressentent pas de plaisir pendant la pénétration sont frigides.

FAUX !

Contrairement à ce que l’on peut croire, le vagin est très peu pourvu de nerfs : il est donc très peu sensible. La plupart des plaisirs que ressent une femme pendant un rapport sexuel avec pénétration vaginale est en fait provoqué par le clitoris, notamment par les frottements contre ses bulbes internes. Le clitoris se déploie de telle sorte qu'il rend érogènes l'urètre, les petites lèvres et la zone G située à l'entrée du vagin. D’où l’importance de stimuler le clitoris (interne et/ou externe) pour aider à ressentir plus de plaisir, voire à obtenir un orgasme. Pourquoi parle-t-on de « pénétration » alors qu’il y a prise ? Le vagin prend, enserre, absorbe, masse : il n’est pas un réceptacle inerte mais un organe complexe et préhenseur ! Dirait-on d’une main qu’elle est prise ou pénétrée quand elle saisit ? Parlons donc de préhension !

2. Le plaisir clitoridien, c’est un truc de petite fille.

FAUX !

La majorité des orgasmes des femmes, à tous âges, sont dus à une stimulation clitoridienne externe. L’idée que les caresses du clitoris seraient réservées aux petites filles véhicule en réalité le stéréotype qu’il y aurait une sexualité mineure (clitoris), moins intéressante, plutôt réservée à l’enfance ou aux préliminaires et une sexualité majeure (vagin), la vraie pour les femmes. En réalité, à tous les âges, quelle que soit la zone stimulée (vagin, seins, oreilles…), le clitoris joue toujours un rôle dans le plaisir des femmes.

3. Lorsque les femmes sont anorgasmiques c’est définitif.

FAUX !

D'abord, il n'y a pas de raison de faire de l'orgasme un passage obligé. Chaque personne évalue différemment la qualité de ses plaisirs. Une personne dira qu'elle a eu du plaisir là où une autre parlera d'extase avec les mêmes sensations ! L'orgasme n'est ni automatique ni obligatoire, d'autant qu'il s'agit d'une idée très subjective de ce que doit être la plus grande intensité de plaisir sexuel pour une personne donnée. Les femmes ont toutes de quoi ressentir des plaisirs sexuels épanouissants. Rappelons que les hommes eux sont nombreux à ressentir des plaisirs sexuels sans avoir d'orgasme : éjaculation ne veut pas dire orgasme, loin de là ! Si vous avez le sentiment de ne pas ressentir autant de plaisir que vous le souhaiteriez, n'hésitez pas à consultez un gynécologue. En effet, cela peut être lié à un petit désordre médical (ex : infection, mycose, irritation, endométriose, diabète, problème thyroïdien…) qui, une fois traité, pourrait changer la donne.

4. Le clitoris, c’est pour le plaisir en solo.

VRAI ET FAUX !

Une femme peut jouir seule grâce à son clitoris. Pour certaines, il est d’ailleurs parfois plus facile d’apprendre à connaître son corps et les moyens qui lui procurent du plaisir en étant seule. Ainsi, les plaisirs sexuels avec soi même constituent une expérience fondamentale qui permettent de construire ses sexualités tout au long de sa vie. Le clitoris a aussi un rôle à jouer dans des relations à deux, trois ou beaucoup plus. Il est un élément indispensable de l’excitation et du plaisir des femmes. Dans le cadre d’une relation avec un ou une autre partenaire, il est donc tout à fait important.

5. Une femme peut naître sans clitoris

FAUX ET VRAI !

Cette particularité est rarissime dans le monde. Elle s’appelle « l’absence congénitale de clitoris » (1 seul cas répertorié aux Etats Unis). Dans la majorité des cas où le clitoris n’est pas visible extérieurement, c’est soit parce qu’il s’enfouit lors de la montée des sensations, soit il s’agit en d’un phimosis : anomalie bénigne se caractérisant par un excès de tissu préputial recouvrant trop le clitoris, allant jusqu’à l’enfouir sous la peau, rendant parfois le clitoris invisible à l’œil nu. Un phimosis se soigne très facilement par une très légère intervention chirurgicale réparatrice.

6. Le clitoris n’est pas forcément nécessaire aux femmes pour le plaisir

FAUX !

La stimulation du clitoris est la condition nécessaire (mais pas systématiquement suffisante) pour que les femmes puissent éprouver des plaisirs et un orgasme intense pendant un rapport sexuel.

7. Le plaisir des femmes, l’orgasme, le point G… c’est dans la tête des femmes, c’est psychique et pas mécanique

FAUX !

Cette idée selon laquelle le plaisir des femmes serait « intellectuel » et celui des hommes « charnel » est complètement fausse. Dans les deux cas, cerveau et clitoris ou cerveau et pénis ne peuvent se penser séparemment : les interactions sont permanentes ! Le plaisir sexuel chez les femmes est majoritairement liés à des causes physiologiques, organiques. La stimulation (mécanique ou non, volontaire ou non) du clitoris (interne et/ou externe) entraîne un réflexe automatique : l’érection du clitoris, créant du plaisir pouvant aller jusqu’à l’orgasme. D’ailleurs ce qu’on appelle « l’orgasme du point G » est en réalité l’orgasme produit par la stimulation du clitoris interne par un objet ou par un pénis à travers la paroi antérieure du vagin.

8. Le clitoris est l’unique organe par lequel les femmes ressentent du plaisir

VRAI et FAUX !

VRAI car le clitoris est le seul organe du corps humain dédié uniquement au plaisir. Grâce à ses 10 000 terminaisons nerveuses, son excitation entraîne en général beaucoup de plaisirs intenses, voies royales pour l’orgasme. FAUX car il y a bien évidemment de nombreuses autres zones du corps déclenchant du plaisir chez les femmes et pouvant aider à atteindre l’orgasme (peau, seins, fesses, cou, pieds….) et propres à chaque personne. Il y a aussi de nombreux autres facteurs aidant au plaisir : type de relation avec son (sa) partenaire, imaginaire érotique, ambiance, type de caresses, sentiment de liberté, estime de son propre corps…

9. L’orgasme est plus indispensable pour les hommes que pour les femmes

FAUX !

Sur un plan physiologique, il est à noter que les hommes peuvent éjaculer sans orgasme, et vice-versa. Chez les femmes, c’est idem : l’orgasme et/ou le plaisir clitoridien sont indépendants et n’interfèrent nullement avec l’ovulation (qui se déroule beaucoup plus haut, dans les ovaires et les trompes). Par ailleurs, dans la plupart des cas, plus on éprouve du plaisir pendant les rapports, plus on désire en avoir.

10. La masturbation rend enceinte, infertile, fait perdre son hymen voire rend sourde

FAUX !

La masturbation stimule le clitoris entraînant des orgasmes mais le clitoris n’interfère pas du tout sur les ovaires ni sur l’utérus qui sont les lieux où se situent vos ovocytes. Ne parlons pas des oreilles qui sont à des années-lumière de votre clitoris ! Quant à l’hymen, il est impossible qu’en se masturbant manuellement, il y ait défloration de l’hymen.La masturbation (excitation du clitoris) est naturelle et sans aucun danger.

11. Prendre du plaisir avec son clitoris est amoral, c’est pécher

FAUX !

Le plaisir a pendant longtemps été considéré comme un péché : sans doute car, en faisant « perdre la tête », il nous éloigne un peu de la réalité et fait un peu peur. Les religions, notamment l’Eglise catholique, ont toujours voulu contrôler le plaisir, garder la main (c’est le cas de le dire !) dessus. Mais le plaisir est une partie fondamentale de nos vies : qu’il soit sexuel ou autre (massages, gastronomie, boissons, sport…) : pas de quoi avoir honte, au contraire !

Pour celles et ceux que cette question taraude, nous vous encourageons à lire les textes de Sainte Thérèse d’Avila décrivant ses orgasmes : « Et de ce bien de l’âme parfois déborde dans le corps l’onction de l’Esprit Saint et toute la substance sensitive jouit, tous les membres et les os et les moelles, non pas aussi faiblement que cela arrive d’ordinaire, mais avec des sentiments de grande délectation et de gloire, que l’on ressent jusqu’aux dernières articulations (hasta los últimos artejos) des pieds et des mains » (LB 2, 22). De même, connaissez-vous les textes des musulmans soufis, la littérature érotique tantrique ?

12. Après un orgasme, les femmes ne peuvent plus ressentir d’excitation physique

FAUX !

Contrairement aux hommes, les femmes peuvent, sur un plan strictement physiologique, dans certaines conditions, enchaîner une succession infinie d’orgasmes à la suite, sans période réfractaire.



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Jeu 19 Jan - 13:58

Tristan Vacances a écrit:
Merci Florage pour ce cours d'éducation sexuelle sur le plaisir clitoridien, qui n'implique pas le coït (rapport sexuel avec pénétration anale ou vaginale). Il n'y a pas de femme pour l'expliquer aux mecs, chez Théorie Communiste ?

Roland Simon a écrit:
On peut finas­ser tant que l’on veut mais l’accomplissement de cette « atti­rance sexuelle » c’est le coït.


théorie de la communisation : une ablation théorique du clitoris

que l'approche de la question sexuelle par Théorie Communiste (TC) soit une vision d'homme, c'est ce que j'affirmais en 2013 : la méthode et son double, une vision d'hommes ? Pour une refondation en théorie communiste, mais je n'avais pas évoqué à l'époque la question du plaisir féminin. C'est fait

on pourra le compléter significativement par une recension comparative, chez les théoriciens de la communisation en général, des mots utérus, vagin, et clitoris*, ou relever que le texte Utérus vs Mélanine (BL/TC 2012) n'a pas d'équivalent Clitoris vs Phallus

à vérifier, aucun de ces mots n'existent pour Bruno Astarian (Hic Salta ne saute pas beaucoup). Clitoris est absent chez Théorie Communiste, et dans le texte de Gilles Dauvé Sur la « question » des « femmes », 2106, aucun ne figure, pas même dans le paragraphe Sexes et révolution; les deux premiers ne sont qu'en note 13 (parce que ces mots portent malheur ?)

Dauvé a écrit:
Qu’apporte ce concept []de genre ? Une distinction. Le sexe, c’est le pénis ou le vagin en tant que donnée physiologique due à la naissance. Le genre, c’est ce que fait la société de ce pénis ou de ce vagin : en général, jusqu’ici la société a obligé l’être avec pénis à se conduire comme ceci, et l’être avec vagin comme cela, mais désormais, nous assure-t-on, distinguer le genre du sexe va permettre de sortir des rôles imposés. Le genre, c’est le sexe social, contraint aujourd’hui, libéré bientôt, ou aboli, ce qui revient à peu près au même.

pire, chez le même Dauvé, sous le pseudonyme féminin de Constance Chatterly, désir et plaisir sexuels, érotisme, utérus, vagin, clitoris sont absents du texte de 1974 comme de celui de 2015 (voir FÉMINISME et COMMUNISATION, Constance Chatterley janvier 2015 : théorie communiste, femmes et luttes de classes, famille, "théorie du genre", etc.). Bien la peine, pour si peu d'empathie, de prendre un masque de femme

le moins que l'on puisse dire c'est que toute la théorie de la communisation, concernant le sexe et le communisme, a manqué de pénétration...


Dernière édition par Admin le Jeu 19 Jan - 14:10, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Jeu 19 Jan - 14:07

un ami m'écrit

Citation :
passionnante conversation dont tu nous joues la partition avec Tristan et Florage. Mais pourquoi aucun des intervenants n'a-t-il encore écrit que le sexe (à pied à cheval ou en voiture) est une activité sociale immédiate, au-delà du genre et des dominations multiples ?

si « le sexe est une activité sociale immédiate », je veux bien pécher par "activisme immédiatiste", et me faire excommunisationner (encore plus) par la bande communisatrice

Twisted Evil

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Florage



Messages : 162
Date d'inscription : 13/01/2017

MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Jeu 19 Jan - 14:51

Poursuivons avec ces distinctions utérus, vagin, clitoris dans la théorie révolutionnaire de l'émancipation sociale et sexuelle.

Les femmes et la subversion sociale
Le pouvoir des femmes et la subversion sociale, Librairie Adversaire 1973, s.d., p. 41-97


source 2014, Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Archives et sources de la gauche radicale et/ou extraparlementaire


tr. française 1973

Courts extraits de ce très long texte :

Citation :
La fonction capitaliste de l’utérus

Jamais la destruction de la femme comme personne n’a également signifié diminution immédiate de son intégrité physique comme lors de l’avènement du capitalisme. La sexualité féminine et masculine avait déjà connu une série de formes, de régimes, de conditionnements avant le capitalisme. Mais elle avait connu aussi des méthodes efficaces de contrôle des naissances qui ont inexplicablement disparu. Le capital a établi un type de famille réduite à son noyau, dans laquelle il a subordonné la femme à l’homme. Dans la mesure où elle ne participe pas directement à la production sociale, la femme ne se présente pas sur le marché du travail de façon autonome. De même que ceci coupe toute les possibilités de créativité et de développement de son activité de travail, ceci coupe également toute possibilité d’autonomie sexuelle, psychologique et émotionnelle.

Comme nous l’avons dit plus haut, jamais un tel amoindrissement de l’intégrité physique de la femme n’avait eu lieu, affectant tout, du cerveau jusqu’à l’utérus. Ce n’est pas la même chose que de participer à la construction du train, de l’automobile, de l’avion, ou de pousser le même balai pendant des siècles, toute seule dans les mêmes mètres carrés de cuisine.

Mais ce n’est pas là un appel à l’égalité entre l’homme et la femme pour gérer la construction des avions. Il s’agit tout simplement de comprendre que la différence entre les deux histoires ne détermine pas seulement les différences entre les formes actuelles de lutte, mais amène enfin à la lumière les différentes formes que les luttes des femmes ont prises par le passé et qui sont restées trop longtemps cachées.

Comme nous le disions plus haut, en ôtant aux femmes la possibilité de développer leurs capacités créatrices, on les prive aussi totalement de leur vie sexuelle pour la transformer en fonction reproductrice de l’espèce, ou mieux, en fonction de reproduction de la force de travail : les remarques faites à propos du niveau technologique du travail ménager s’appliquent aussi à la recherche des méthodes anticonceptionnelles (ainsi qu’à toute la gynécologie, soit dit en passant), domaine dans lequel la recherche a été totalement négligée jusqu’à très récemment, tandis que pesait sur la femme l’obligation d’accoucher, accompagnée de l’interdiction formelle d’avorter alors que les méthodes les plus rudimentaires de contrôle des naissances faisaient faillite, comme il fallait s’y attendre.

A travers cet amoindrissement général de la figure de la femme, le capital a commencé à construire le "rôle féminin" et fait de l’homme dans la famille le médiateur et le gérant de cet amoindrissement. L’homme, en tant que chef de famille et travailleur salarié, est devenu l’instrument spécifique de cette exploitation spécifique qu’est l’exploitation de la femme.

[...]


Le travail mort et l’agonie de la sexualité

C’est à dessein que nous utilisons le terme "sublimation". La frustration qui découle du caractère monotone et répétitif des travaux ménagers et de la passivité sexuelle ne sont séparables que dans les discours. La créativité sexuelle et la créativité dans le travail sont toutes deux des domaines où le besoin humain exige qu’on donne, comme le dit Marx, un champ d’action indéterminé à "nos capacités naturelles et acquises" [19]. Pour les femmes, (et donc pour les hommes), les capacités naturelles et acquises sont simultanément réprimées. La réceptivité passive de la femme crée le perfectionnisme de la ménagère et peut faire du travail monotone de la chaîne de montage une thérapeutique. La banalité de la plupart des travaux ménagers et la discipline que requiert la répétition du même travail chaque jour, chaque semaine, chaque année, travail doublé les jours de fête, détruisent les possibilités d’une sexualité désinhibée. Notre enfance est la préparation au martyre : on nous apprend à tirer notre bonheur d’une sexualité "respectable" et de draps "toujours plus blancs" ; à sacrifier du même coup la sexualité et les autres activités créatives.

[19] "La grande industrie contraint sous peine de mort à substituer à cette monstruosité qu’est une population misérable, disponible, tenue en réserve par le capital pour les besoins variables de l’exploitation, la disponibilité absolue de l’individu aux exigences variables du travail, à substituer à l’individu partiel, simple porteur d’une fonction sociale de détail, l’individu totalement développé pour lequel les diverses fonctions sociales sont des modes alternés de ses capacités naturelles et acquises." KARL MARX, Das Kapital, Kritik der politischen Ökonomie. Band I, Berlin, Dietz Verlag, 1962, p. 512.

Jusqu’à présent, le mouvement des femmes, surtout en détruisant le mythe de l’orgasme vaginal, a dénoncé le mécanisme physique qui a permis que le potentiel sexuel des femmes soit strictement défini et limité par l’homme. Maintenant, nous pouvons commencer à réintégrer la sexualité avec les autres aspects de la créativité, nous pouvons commencer à voir comment la sexualité sera toujours réprimée tant que le travail que nous faisons nous mutilera, nous et nos capacités individuelles, et tant que les personnes qui ont avec nous des rapports sexuels seront nos patrons et resteront, eux aussi, mutilés par leur travail.

Débusquer le mythe de l’orgasme vaginal, c’est revendiquer l’autonomie féminine et s’opposer à la subordination et à la sublimation. Mais il ne s’agit pas seulement de poser le clitoris contre le vagin, mais tous deux contre l’utérus. Ou bien le vagin est avant tout le lieu de passage pour la reproduction de la force de travail qui se vend comme marchandise, et c’est là la fonction capitaliste de l’utérus, ou bien il fait partie de nos pouvoirs naturels, de notre bagage social.


La sexualité est la plus sociale des expressions, la plus profonde des communications humaines. En ce sens, c’est la dissolution de l’autonomie. La classe ouvrière organise en tant que classe son dépassement comme classe ; au sein de cette classe, nous nous organisons de façon autonome pour créer les bases du dépasse ment de l’autonomie.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Jeu 19 Jan - 14:56


pour le lien vers le texte complet, puisque Florage ne peut pas encore en poster :

Le pouvoir des femmes et la subversion sociale, Librairie Adversaire, s.d., p. 41-97

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Florage



Messages : 162
Date d'inscription : 13/01/2017

MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Jeu 19 Jan - 15:18

Merci pour le lien rétabli.

Patlotch a écrit:
relever que le texte Utérus vs Mélanine (BL/TC 2012) n'a pas d'équivalent Clitoris vs Phallus

Le raccourci est rapide, mais c'est un peu ça : les femmes sont définies par BL/TC comme par le capitalisme selon lui, c'est ce que le texte de Mariarosa Dalla Costa et Selma James plus haut appellent (en 1971 !) La fonction capitaliste de l’utérus, et il le prend pour argent comptant. Content. De son titre.

Résultat : le plaisir sexuel féminin, clitoridien ou autre, est évacué. Dans le capitalisme, c'est bien connu, aucune femme ne jouit, et il semble que pour Théorie Communiste, elle ne doive pas davantage jouir dans la communisation.

On n'en sort pas :



- Et quand le Grand Soir sera venu...
- Ta bouche, mimi ! Quand le grand soir sera venu, je te connais... tu iras coucher avec un bourgeois !


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Jeu 19 Jan - 17:50

distinctions utérus, vagin, clitoris dans la théorie révolutionnaire de l'émancipation sociale et sexuelle, suite

à la décharge de Théorie Communiste, et comme ils ont découvert le genre sur le tard (vers 2007-2008), ils ignoraient peut-être encore en 2014 la version française de ce livre, paru 40 ans plus tôt en 1973...


... et mise en ligne le 17 avril 2014 par Archives Autonomies, mais pas l'italienne, puisque dndf en a diffusé le PDF trois mois plus tard, et retraduit l'introduction :

Les femmes et la subversion sociale, dndf 4 juillet 2014

Traduction par nos soins de l’introduction du dernier article mis en ligne sur le site des camarades de 'Il Lato Cattivo'

Mariarosa Dallacosta a écrit:
Ces quelques observations sont une tentative de définition et d’analyse de la « question féminine » déterminant la question même du « rôle féminin » que la division capitaliste du travail a produit.

Nous mettons en avant dans ces pages la figure de la « femme au foyer » comme figure centrale de ce rôle, tout en présupposant que toutes les femmes travaillant hors de la maison continuent à être encore des femmes au foyer. Donc, mondialement, c’est bien cette question spécifique du travail domestique, non seulement du point de vue de la quantité que la qualité des relations, qui détermine la position de la femme quel que soit l’endroit où elle se trouve et la classe à laquelle elle appartient.

Le fait que nous avons ici polarisé l’analyse sur la femme de la classe ouvrière ne veut en rien prétendre que seules les femmes de la classe ouvrière sont exploitées. Mais cela confirme, aussi, que le rôle du travail domestique de la classe ouvrière a été indispensable à la production capitaliste et déterminant pour la position de toutes les autres femmes.


depuis, leurs positions n'ont pas varié, et les discussions chez dndf sont toujours d'un aussi haut niveau théorique :

St a écrit:
Récréation dndf, 18/01/2017 à 20:18

En réalité, une révolution et un procès de communisation c’est réellement effacer, abolir détruire… une sacrée quantité d’entités fictives, dans laquelle la distinction homme/femme n’est pas des moindres.

ici, n'est pas même faite la distinction entre genre (sexe social d'homme, femme...) et sexe biologique (base de la sexualité de reproduction et de plaisir, qui ne sont bien sûr pas que de nature...). La rappeler pour la prendre en compte relèverait du "naturalisme" (ma critique par TC dans Sans excès de sexe est pleine de cette caricature). Là-dessus, tout le monde s'accorde, "abolir le genre" ne signifie pas effacer toutes les différences entre hommes et femmes, mais la hiérarchie, la domination masculine, le machisme sociétal...

PERMANENT REPRODUCTIVE CRISIS: AN INTERVIEW WITH SILVIA FEDERICI By Marina Vishmidt, 7 March 2013. Traduction Patlotch janvier 2014

Silvia Federici a écrit:
Ce à quoi nous nous opposons c'est d'être contraint à exister au sein d'un schéma binaire masculin/féminin, avec la codification de formes spécifiques de comportement entre les sexes. Si "abolir le genre" signifie cela, alors je suis complètement pour.

Mais il est absurde de considérer que toute forme de spécification par le genre doit toujours et nécessairement devenir un moyen d'exploitation et que nous devons vivre dans un monde asexué (sans genre). Le fait qu'historiquement le genre, dans toute société fondée sur l'exploitation du travail, a été transformé en une fonction de travail et une marque de valeur sociale ne nous oblige pas à supposer nécessairement que le sexe sera toujours un moyen d'exploitation, et que nous devrions faire semblant qu'il n'y a aucune différence entre les femmes et les hommes, ou que toute différence conduise à en abuser.

Même dans le temps de ma propre vie, ce que signifie "être une femme" a énormément changé. Être une femme pour ma mère était très différent de ce que cela signifie pour moi. Dans ma propre vie par exemple, je me suis réconciliée avec "être une femme", parce que j'ai été impliquée dans un processus de transformation de ce que ça signifie. Ainsi l'idée que les identités de genre sont gelées, immuables, est injustifiée. Tous les mouvements philosophiques du XXème siècle ont contesté cette hypothèse. Dès l'instant où vous considérez qu'elles sont des constructions sociales, vous reconnaissez également qu'elles peuvent être reconstruites. Il ne faut pas simplement les ignorer, les repousser et prétendre que nous sommes « rien ». Il s'agit de nous libérer nous-mêmes en reconnaissant notre asservissement, parce que cette reconnaissance est la raison de notre combat, celle de s'unir et de s'organiser avec d'autres personnes.


et même Dauvé :

Gilles Dauvé a écrit:
Le genre, c’est le sexe social, contraint aujourd’hui, libéré bientôt, ou aboli, ce qui revient à peu près au même.

pour ne pas éreinter celui-ci, ce qu'il dit de la vision classe/genre de TC dans Sur la « question » des « femmes », en 2016 :

Gilles Dauvé a écrit:
note 8 : Dans la combinaison « classe + genre », tout est affaire de dosage. L’un des deux facteurs domine-t-il l’autre et, si oui, lequel ?

Fausse question, répondent certains (dont la revue Théorie Communiste, n° 23, 2010, et n° 24, 2012) : l’histoire serait bien animée par deux contradictions (classe et sexe), mais prises dans une dynamique unique. Réponse subtile, revenant à dire que les deux coexistent.

Pour le prouver, ils recourent au concept d’« augmentation de la population comme principale force productive ». Population ? Les 66 millions de personnes, nourrissons inclus, composant la population française, ne peuvent être toutes productives de valeur pour un capital. Alors de qui parle-t-on ?

Révolution du vocabulaire. Quand ils écrivent population, cela ne veut pas dire population, seulement « force productive du travail ». Là, on comprend : sans enfant, pas de renouvellement de la force de travail, pas de capital. Mais alors pourquoi théoriser « la population » ? Pourquoi faire comme si mettre des enfants au monde et les élever étaient en soi productifs de valeur ? Ces enfants ne le deviendront que lorsque (et si) ils sont embauchés par une entreprise pour y travailler, ce qui bien sûr ne sera pas le cas de tous. Quoique les tenants de cette thèse sachent que les prolétaires sont la principale force productive, les remplacer par la population permet d’introduire le « groupe femmes » (pas celui des femmes prolétaires, mais l’ensemble les femmes) dans la théorie du capital et du travail, puisque ce sont les femmes qui mettent au monde la population.

Comme on l’a vu [note 3], des féministes marxistes considèrent le travail domestique comme un travail productif de valeur (parce que producteur d’enfants eux-mêmes futurs travailleurs) au même titre que l’activité du salarié en entreprise. Parce que féministes, ces théories cherchent à démontrer qu’au fond le capitalisme repose sur la subordination féminine. Aussi reprennent-elles chez Marx ce qui les arrange, et laissent de côté ce qui les contredit (c’est-à-dire rien moins que l’analyse de la création de valeur par la mise au travail productif).

Cette thèse du « travail ménager reproductif », thèse indispensable au féminisme marxiste, Théorie Communiste la reprend, mettant les femmes (pas seulement les femmes prolétaires, non, les femmes) au centre de l’histoire. Avec cette différence qu’ici le centre est assez large pour qu’y coexistent à la fois les femmes et les prolétaires (hommes et femmes).

Évidemment, au lieu de dire « les femmes », ce qui serait de l’humanisme idéaliste vulgaire [allusion à la critique de Dauvé par TC], ou de parler de classe des femmes (quand on se veut marxiste, c’est la limite à ne pas dépasser), TC théorise un « groupe femmes » présenté comme aussi important que la classe. Car c’est lui qui sera censé mettre fin à la hiérarchie sexuée, tâche dont la classe (les prolétaires des deux sexes) à elle seule serait incapable car les hommes y dominent.

Le féminisme donne la priorité aux femmes. Le féminisme marxiste, c’est la double priorité. Mais quelle réalité reste-t-il à une priorité quand il y en a deux à la fois ? Nous pensions que le capitalisme se caractérisait par le rapport capital/travail, bourgeois/prolétaires. [ici, l'universalisme prolétarien est de retour, mais passons]. Erreur, nous explique aujourd’hui TC, le capitalisme est une société de classes et de genre, les deux. Contradiction ? Seulement pour ceux qui n’ont pas saisi que le concept de subsomption justifie tout : le montage intellectuel tient. Au théoricien, rien d’impossible. [j'ai écrit peu ou prou la même chose à partir de 2006, concernant la subsomption réelle, absolue chez TC, ce qui lui permet de condamner toute autre approche, et la mienne, comme faisant surgir la révolution d'un extérieur du capital, donc relevant de l'humanisme théorique... J'ai traité ce point ailleurs]

Concluons, provisoirement peut-être, sur une touche positive. Puisque TC certifie qu’on n’a rien compris à la théorie révolutionnaire tant qu’on n’y a pas intégré le genre, et que ce groupe a découvert le genre vers 2008-2010, il est permis de porter au grenier les 22 premiers numéros de cette revue, afin de réserver toute son énergie à suivre la dialectique genre/classe exposée depuis dans la revue.


concernant la discussion à partir de ce texte de Dauvé, voir REDÉFINIR LE 'GENRE' ? pour la théorisation communiste, féministe et décoloniale, et la communisation. Conversations croisées et digressions sur TRANS et INTERSEXES


Dernière édition par Admin le Jeu 19 Jan - 18:11, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Tristan Vacances



Messages : 351
Date d'inscription : 21/12/2016

MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Jeu 19 Jan - 18:05

A propos de Selma James, co-autrice avec Dalla Costa du livre évoqué.



Citation :
Selma James was born in Brooklyn, New York, in 1930. As a young woman she worked in factories and then as a full-time housewife and mother. At the age of 15 she joined the Johnson-Forest tendency, one of whose three leaders was CLR James.

In 1952 she wrote the classic A Woman's Place, first published as a column in Correspondence, a bi-weekly newspaper written and edited by its readers with an audience of mainly working-class people. Unusually at the time, the newspaper had pages dedicated to giving women, young people and Black people an autonomous voice. James was a regular columnist and edited the Women's Page. In 1955 she came to England to marry CLR James, who had been deported from the United States during the McCarthy Period. They were together for 25 years and were close political colleagues. [concernant les rapports classes-genre-races, aucun de ces deux théoriciens majeurs n'existe pour les théoriciens de la communisation]




From 1958 to 1962 James lived in Trinidad where, with CLR James, she was active in the movement for West Indian independence and federation. Returning to England after independence, she became the first organising secretary of the Campaign Against Racial Discrimination in 1965, and a founding member of the Black Regional Action Movement and editor of its journal in 1969.



In 1972, the publication Power of Women and the Subversion of the Community (authored with Mariarosa Dalla Costa) launched the "domestic labour debate" by spelling out how housework and other caring work women do outside of the market produces the whole working class, thus the market economy, based on those workers, is built on women's unwaged work. The 1983 publication of James's Marx and Feminism broke with established Marxist theory by providing a reading of Marx's Capital from the point of view of women and of unwaged work.

In 1972 James founded the International Wages for Housework Campaign which demands money from the State for the unwaged work in the home and in the community. A raging debate followed about whether caring full-time was "work" or a "role" — and whether it should be compensated with a wage.

A number of autonomous organizations were formed in 1975: Black Women for Wages for Housework, Wages Due Lesbians, the English Collective of Prostitutes (ECP) and some years later WinVisible (women with visible and invisible disabilities). James is the first spokeswoman of the ECP, which campaigns for decriminalization as well as viable economic alternatives to prostitution.

From 1985 James co-ordinated the International Women Count Network which won the UN decision where governments agreed to measure and value unwaged work in national statistics. Legislation on this has since been introduced in Trinidad & Tobago and Spain, and time-use surveys and other research are underway in many countries. In Venezuela, Article 88 of the Constitution recognizes work in the home as an economic activity that creates added value and produces wealth and social welfare, and entitles housewives to social security.Since 2000 James has been international coordinator of the Global Women's Strike, a network of grassroots women, bringing together actions and initiatives in many countries. The Strike demands that society "Invest in Caring Not Killing", and that military budgets be returned to the community starting with women, the main carers everywhere. She has been working with the Venezuelan Revolution since 2002.
She is general editor of Crossroads Books.


en anglais tr. française consécutive, colloque Penser l'émancipation, Colloque à Nanterre, Plénière - Au-delà du patriarcat - 21 février 2014



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Jeu 19 Jan - 19:49


coming out

puisque ma lectorate au grand complet a bien compris maintenant qu'Admin, Patlotch, Tristan Vacances, AliBlabla et Florage par ordre d'entrée en scène, ne sont qu'une seule et même personne, chacun.e peut choisir son apparition préférée, et j'espère apprécier que cette mise en distance de plusieurs autres en moi puisse aussi permettre, par cette modalité de la vraie-fausse conversation, l'émergence de questions nouvelles ou différemment posées


avatars

ainsi dans ce sujet et 'LES' COMMUNISMES, UNE IDÉE NEUVE DANS LA CIVILISATION

du moins est-ce ainsi que, depuis la disparition soudaine de ma regrettée Corinne Cerise, qui était elle une vraie personne avec qui j'ai entretenu plus d'un an une relation exceptionnelle, je pense avoir retrouvé un peu de ce qu'elle nous apportait, un questionnement, un décalage de perception ou de compréhension, conduisant à des reformulations parfois insensibles, mais au bout du compte permettant à l'ensemble d'avancer

que néanmoins cela n'empêche pas d'autres vraies personnes de s'inscrire, elles seront les bienvenues

Patlotch (Jean-Paul Chabard pour la police)

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
AliBlabla



Messages : 293
Date d'inscription : 23/12/2016

MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 20 Jan - 14:44

Suffit que je m'absente et vous voilà dans vos branlettes sur le futur radieux de la communisation clitoridienne. C'est au présent que nous parlons de communisme et de sexe !

LE COMMUNISME ET LE SEXE

Mazaurette Sexactu 22 Mai 2012

Citation :
Y'en a marre de la solitude. Et des individus. A force de tous baisouiller et désirer dans notre petit pré carré minuscule, on se retrouve lost in translation : monogamie, polygamie, homosexualité, excision, circoncision, orgies, relaxations sensuelles, danses rituelles, fêtes du pénis ou  abstinence - culturellement on ne parle pas le même langage. Ni entre pays ni entre villages ni entre personnes. Et après c'est la guerre.

Heureusement nous serons bientôt sauvés (demain). Grâce à Internet, grâce à la globalisation, nous arriverons bientôt à UNE expérience collective du sexe. Et ça fera déjà une raison de moins de s'engueuler. Evidemment, la question sera : quelle expérience ? Quel empire assurera la suprématie du sexe ? C'est l'enjeu d'une guerre sexuelle souterraine et pour l'instant, le monde occidental et le grand orient s'affrontent sur deux terrains : 1) le sextoy, 2) le porno.

Pour le sextoy, je donne un point au Japon : mon vibro préféré est japonais et Tenga a quand même une bonne grosse longueur d'avance côté produits masculins. On est là face aux fantasmes sur les Japonais, le peuple industrieux qui aura sournoisement ta peau : alors non, ils auront ton silicone, mais honnêtement, ils sont forts. Très forts.

Pour le porno je donne un point aux States, parce que même quand ils commencent n'importe où dans le monde, par exemple Vesoul, les hardeurs à succès finissent là-bas. Grosses productions, grosse forte de frappe. Malgré la perte de vitesse du marché payant, le porno se porte super bien. Hollywood finira dans une banlieue gonzo du MIshigan, mais ça ne change rien au fait que ces images-là nous modèlent.

Alors voilà. Je ne crois pas qu'un seul pays va gagner pour toujours, mais sur ces catégories, on a des winners. Or ce sont les catégories qui comptent puisque, retour au titre de cet article, ce sont justement les pratiques qui forment la nouvelle expérience commune du sexe, la nouvelle base codifiée qui nous réunit.

On a enfin une expérience de masse : la branlette. Elle a l'avantage de se passer tôt, lors de la phase initiale de formation de la sexualité, mais le désavantage de se pratiquer plutôt en solo, ce qui limite le sentiment d'appartenance à la grande communauté des humains (on peut toujours s'imaginer qu'on est tout seul à se masturber devant CETTE vidéo et en appuyant sur CE programme du toy). Mais les Etats-Unis dominent ce qui nous fait fantasmer et le Japon domine la manière dont on exprime physiquement ce fantasme. On est sur de l'influence lourde et possiblement sur de l'influence positive. Parce que l'enjeu est de taille : va-t-on enfin se comprendre ?

On pourrait tous finir biculturels : japo-américains de la branlette, avec nos spécificités nationales en bonus. Et surtout, l'expérience commune qui me fait (mal) parler de communisme sera passée par un capitalisme forcené.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
AliBlabla



Messages : 293
Date d'inscription : 23/12/2016

MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 20 Jan - 15:09


Nowhere to run, un rêve sur le communisme (et le sexe)

Le blog de Stoni, un jeune écrivain... en direct depuis les tréfonds de la praxis.
Ma vie matérialiste, ma cigarette électronique, du marxisme-léninisme et tous mes malheurs d'auteur publié


8 octobre 2009

Citation :
Je crois que le « grand débat » qui sévit dans les commentaires de l’article « Théorie immédiate » : l’intersubjectivité, une histoire de cul a influencé mon inconscient.

Voici le « rêve » que je fis cette nuit.

Dans un bar muni d’une petite scène, dans une ambiance très intimiste faite de bougies et d’éclairages tamisés, les trois héros mâles de la série télévisée Les camarades ont visiblement trop bu.

Précision importante : tous les trois portent des barbes à la Karl Marx.

Ils montent sur scène, tandis que joue la chanson Nowhere to run.




Sur cet air, ma foi fort entraînant, les trois hommes entreprennent de gigoter avec le rythme, et dégainent des cigares – qu’ils n’allument pas.

Les voilà tout à se trémousser en faisant semblant de fumer leurs cigares.

La salle applaudit, amusée par ce spectacle improvisé.

L’enthousiasme de l’assistance est encourageant, et les trois hommes se déshabillent entièrement.

Nus, ils prennent alors trois nouveaux cigares. Ils en tiennent donc un dans chaque main.

De la main droite, ils miment de fumer avec leurs bouches.

De la main gauche, ils miment de fumer avec leurs bites.

La salle s’esclaffe, enchantée.

Le ressort comique s’avère être le parallèle entre les visage barbus fumant, et les pénis, auréolés de leurs toisons de poils pubiens, fumant également (une toison de poils pubiens qui, je dois l’avouer, est bien plus touffue qu’à l’ordinaire).

Là-dessus, je me suis réveillé (sans être en érection, faut-il le préciser, mais passablement consterné).

Je pose la question à mon lectorat effaré : quelle interprétation freudienne et/ou dialectique pour ce rêve ?


J'ai aimé ce commentaire :

Gilles Questiaux a écrit:
La clé est peut être dans le titre de la chanson "il n'y a pas d'issue" (angoisse toujours refoulée par les bons communistes).

Il s'agit des "bons communistes" qui comblent leur manque par des théories fumeuses (le cigare je sais pas).
Nous ne manquons de rien pour être communistes au présent.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Tristan Vacances



Messages : 351
Date d'inscription : 21/12/2016

MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 20 Jan - 15:11



Et voilà, AliBlabla de retour, et c'est le bordel !

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
AliBlabla



Messages : 293
Date d'inscription : 23/12/2016

MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 20 Jan - 15:22

Tristan Vacances a écrit:
AliBlabla de retour, et c'est le bordel !

T'es en colère parce que Florage est pas là ? Tiens, une photo d'elle en d'jeune :



De la prostitution et de la cause des femmes en 20 points
lesmaterialistes.com, LE QUOTIDIEN COMMUNISTE

Attention, ce sont des lutteurs et lutteuses sans concessions :

Citation :
17. La cause de la femme est une cause démocratique : la superstructure patriarcale n'est pas abolie simplement par la remise en cause du mode de production capitaliste ; des révolutions culturelles sont nécessaires pour sa disparition, avec une intégration sociale des femmes toujours plus grande dans la direction de la société.

19. Le mouvement révolutionnaire doit soutenir la cause des femmes, non pas en tant que cause particulariste, mais en tant que cause démocratique étant une composante de la bataille générale pour la révolution socialiste.


Et qu'on ne plaisante pas avec les symboles phalliques (le graphiste a été goulagisé).



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Tristan Vacances



Messages : 351
Date d'inscription : 21/12/2016

MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 20 Jan - 16:24

Pour ta gouverne, plutôt que dénigrer, sache que certains artistes officiels avaient aussi des vies parallèles, ou antérieures.

Ainsi, le sculpteur monumentaliste Sergey Merkurov, auteur de cette horreur...


... est-il l'auteur, en 1931, d'un Alphabet érotique russe






Dans son article Soviet-era erotic alphabet book from 1931, du 31 mars 2013, Ross Wolfe écrit :

Citation :
This should stand as definite challenge the false notion that the Soviet Union suppressed its citizens’ sexual desires, or was in the least conservative when it came to such matters. At least, not until Stalin achieved full control and instituted conservative policies. And, ironically, illustrated by the same man who’d later be commissioned by the Soviet government to sculpt a number of famous monuments to Stalin.

Un commentaire d'une française :

Félicie Corvisard a écrit:
Curieusement, il manque quelques lettres (le e, le iat’, le tviordiï znak) à cet alphabet qui contient des caractères antérieurs à la réforme orthographique de 1917 (i, v, thêta). Une belle tentative d’érotisation généralisée du prolétariat qui, malheureusement, n’a pas eu de suite…

Ross Wolfe commente, à propos d'homosexualité :

Citation :
There actually are a couple male homosexual acts in the Soviet erotic alphabet. Specifically, these occur in the letters Й and З, though you have to pay close attention. And the latter is potentially even more scandalous, with a small satyr fucking what looks to be either a young boy or dwarf from behind. No penis is actually shown, but the short hair and lack of tits suggest its masculinity.

Je n'ai pas trouvé d'illustration de ces caractères, mais dans l'image ci-dessous à droite, il s'agit bien de deux femmes. Amusant, dans le site vietnamien où plusieurs sont reproduites, les parties "scandaleuses" sont floutées :


Celui qui rentrera dans le rang du réalisme socialiste était un sacré sculpteur, au demeurant élève de Rodin à Paris, ce que l'on sent encore dans ces "Funérailles du leader", de 1927, alors que sa manière évoluait de façon plus moderne (voir dessous, Leon Tolstoï, réalisé en 1913)


near Lenin's museum in Gorki Leninskie



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
AliBlabla



Messages : 293
Date d'inscription : 23/12/2016

MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 20 Jan - 16:50

Admettons que Merkurov ait réalisé un compromis historique. En voici un autre :



Erró, « La concubine de Lénine » d’après L’Odalisque de François Boucher (1977).

L’artiste a souvent joué de la juxtaposition de figures érotiques
et de l’imagerie produite par la propagande communiste des années 50-60.
Le rouge de l’idéologie marxiste-léniniste est aussi la couleur de la pudeur,
du désir, de la fessée, de l’excitation qu’elle procure et de l’orgasme.



Venus, from the cycle “Tableaux Chinois”, 1975

C'est un collage avec La naissance de Vénus de Botticelli, 1486 :



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Florage



Messages : 162
Date d'inscription : 13/01/2017

MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 20 Jan - 17:23

Bon, mes petits gars, z'êtes bien gentils avec vos fantasmes picturaux, moi je peux pas voir ce monde en peinture.
Un peu de lecture, collection rose


A propos de Annie Bidet-Mordrel (dir.),
Les rapports sociaux de sexe (« Actuel Marx Confrontation », PUF, 2010)
Isabelle Clair

Plan
Citation :
- Au-delà du marxisme : le féminisme matérialiste (Haug, Kergoat, Tabet)
- Quelles suites donner à la critique post-structuraliste ? (MacKinnon, Fraser)
- Au-delà du féminisme matérialiste, quels débats ? (Mouffe, Collin, Butler)
- En guise de conclusion

Citation :
Rose bonbon, le volume ne passe pas inaperçu1. Ni rouge modéré, ni jouet pour fillettes, sa couverture ostentatoire rappelle aux chercheur·e·s réticent·e·s à intégrer le genre dans leurs analyses que persister à voir le monde au masculin-neutre est de plus en plus déconcertant : plus de trente ans d’écrits, d’enquêtes et de théories sont passés par-là… il est temps d’ouvrir les yeux. Lire Les Rapports sociaux de sexe peut être une bonne entrée en matière, d’autant que l’ouvrage constitue une somme critique passionnante parce que traversée de multiples controverses, incarnées par une grande diversité d’auteur·e·s  – dans l’ordre : Annie Bidet-Mordrel et Jaques Bidet (philosophes, France), Frigga Haug (psychologue, Allemagne), Danièle Kergoat (sociologue, France), Catharine MacKinnon (juriste, États-Unis), Paola Tabet (anthropologue, Italie), Nancy Fraser (philosophe, États-Unis), Chantal Mouffe (politologue, Grande-Bretagne), Françoise Collin (philosophe, France) et Judith Butler (philosophe, États-Unis). Les Rapports sociaux de sexe est un livre pluridisciplinaire, comme le sont les études sur le genre ; sa lecture est susceptible de nourrir tout travail proprement sociologique.

2. Il revient aux « sources » du féminisme matérialiste, pour mesurer la distance parcourue depuis les années 1970, dans le monde social et dans les débats de ses conceptualisations. Conformément à la ligne éditoriale de la revue et de la collection « Actuel Marx », le choix du titre renvoie explicitement au marxisme, pour engager la discussion sur ses limites, sa capacité à rendre compte du monde contemporain et les (re)lectures diverses dont il fait l’objet. Pour les spécialistes du genre, l’ouvrage a le mérite de mettre en regard des approches critiques les unes envers les autres, rarement associées, de clarifier les lignes de partage entre les différentes formulations des rapports entre les sexes et les sexualités, dans les années 2000. Il en émerge un panorama des façons de penser un des clivages sociaux les plus fondamentaux, et les plus déniés, qui soit.  

Au-delà du marxisme : le féminisme matérialiste (Haug, Kergoat, Tabet)


3. Le texte de Frigga Haug (p. 44-592) propose une « lecture symptomale »3 des écrits des « pères fondateurs », c’est-à-dire une lecture qui rend visible la part du monde que leur analyse plonge ou maintient dans l’ombre. Il s’agit à la fois de montrer la « myopie » de Marx et d’Engels à l’égard de la dimension sociale des relations entre hommes et femmes, et de puiser dans leur corpus théorique pour décrire cette dernière : une lecture critique, donc, et une lecture « bandita »4 qui pille la pensée des grands hommes, prisonniers de leur sexe. Haug s’adonne là à un exercice maintes fois réalisé, et toujours à renouveler5 : les théoriciennes féministes, depuis qu’elles existent, s’astreignent à décrypter l’androcentrisme des œuvres qui les ont formées et de celles de leurs contemporains, rappelant patiemment qu’il manque toujours quelqu’un dans le tableau, redessinant les contours de « la femme oubliée », et extirpant de la nature une lutte des classes ignorée. Utilisant leurs concepts, elles les enrichissent d’une dimension reléguée dans le décor des sociétés capitalistes, dont la description serait traversée d’un seul rapport social : la classe. Selon Haug, au XXIe comme au XIXe siècles, les relations entre hommes et femmes sont bel et bien définies par un rapport social, qui ne « dérive » pas du rapport capital/travail, qui n’en est ni un effet, ni une « périphérie », mais constitue un « rapport de production »à part entière. Il faut tirer de cette affirmation au moins deux renversements théoriques : 1) « renoncer à une tendance qui réapparaît sans cesse et qui pousse à penser aux rapports de sexe comme à des relations entre hommes et femmes, ou bien en termes de proportion » ; 2) « affirmer que toutes les pratiques sociales sont déterminées par les rapports de sexe, ont un substrat sexuel, sont codifiées sur le mode de la domination et que nous sommes obligés d’examiner ce phénomène au fond si nous voulons comprendre ce qu’est la société. »

4. À la suite de ce texte qui plante le décor de la discussion du marxisme par les théories féministes, deux autres contributions mettent le travail et le rapport social au centre de l’analyse. Tout d’abord celle de Danièle Kergoat (p. 60-75), à l’honneur dans un ouvrage dont le titre formule littéralement le concept-clé de ses recherches depuis plus de vingt ans : de son enquête sur Les ouvrières6 à sa contribution au Dictionnaire critique du féminisme7 – jusqu’à aujourd’hui. Il y a dans la permanence de son recours au « rapport social de sexe », une quadruple revendication :

1) rappeler qu’en dépit de nombreuses évolutions, les sociétés capitalistes restent divisées entre deux groupes sociaux en tension – le groupe des hommes et le groupe des femmes – à la fois séparés et hiérarchisés ;

2) définir que l’enjeu de cette tension se situe dans le travail, d’où la nécessité de reconnaître la « division sexuelle » de ce dernieret d’enquêter sur les formes qu’elle prend au gré des métiers et des époques ;

3) démontrer la richesse théorique d’un concept qui ne dit pas la prééminence d’un rapport social sur les autres mais permet de les articuler (au contraire du concept de « domination » qui tend à désigner un « ennemi principal ») : rapports sociaux de classe, de sexe et de « race » sont « co-substantiels » c’est-à-dire qu’ils s’interpénètrent constamment, et ne s’ajoutent pas les uns aux autres mécaniquement ;

4) enfin penser en termes de « rapport social de sexe », ce n’est pas penser la « guerre » entre des sexes immuables, aux natures incompatibles ou complémentaires ; ce n’est pas non plus s’inscrire« dans une problématique de la domination » qui « enferme dans le face-à-face hommes/femmes » : construits sociaux, les rapports sociaux de sexe peuvent donner lieu à une « conscience de genre » et être subvertis, l’utopie de leur destruction doit être pensée. Seule sociologue de l’ouvrage, Kergoat démontre son propos au travers d’enquêtes de terrain : sur des femmes dans un métier « de femmes », les infirmières et leur lutte en coordination à la fin des années 19808 ; sur des femmes dans un métier « d’hommes », les conductrices de bus aux stratégies de résistance silencieuses9.

5. Les références de Paola Tabet (p. 104-121) sont proches de celles de Kergoat, au travers du concept  d’« échange économico-sexuel » directement lié à « la structure générale de la division du travail et, avec elle, [à] l’inégalité d’accès aux ressources »: « les femmes dépendent de leur travail sexuel et le sexe est défini comme leur capital, leur terre ou leur moyen d’échange, tant dans les relations de mariage et de reproduction que dans des relations non matrimoniales. » Comme dans le texte de Kergoat, c’est le travail qui est au centre de l’analyse, et la preuve empirique au centre de la démonstration : passant en revue un grand nombre d’enquêtes anthropologiques, partout dans le monde, Tabet conclut à l’existence d’un « continuum » traversant l’ensemble des sociétés autour d’un échange de « services sexuels » de la part des femmes contre une « compensation » économique de la part des hommes. Le « continuum » dit la transversalité du rapport social entre hommes et femmes et, ce faisant, remet en cause l’idée selon laquelle il existerait une « dichotomie entre les femmes ‘bien’ et les femmes ‘mal’ » : qu’elles soient prostituées, mariées ou non, et quelle que soit leur culture et leur société, toutes semblent prises dans cet échange10. Ce dernier traduit, selon Tabet, « le plus complexe, le plus solide et le plus durable des rapports de classe de toute l’histoire humaine, celui qui existe entre hommes et femmes ». Si comme Kergoat, Tabet a recours à la notion de « classe » pour décrire les groupes de sexe (ce qui n’est pas fréquent dans l’ouvrage, et sans fondement aux yeux de Jacques Bidet, Annie Bidet-Mordrel et Françoise Collin), la deuxième hiérarchise les clivages sociaux quand la première cherche à penser leur articulation. On verra que, bien au-delà de la question de savoir si l’on peut penser les rapports de sexe en termes de classe, le choix de l’articulation, de la hiérarchisation, de la possible unification et/ou de l’irréductible diversité des clivages sociaux est une question qui traverse l’ensemble de l’ouvrage : une question théorique aux implications politiques cruciales.

Quelles suites donner à la critique post-structuraliste ? (MacKinnon, Fraser)


6. Si dans les choix théoriques de Kergoat et Tabet se lisent des revendications – tenir une certaine ligne parce que se maintient dans le temps et l’espace social un clivage relativement stable –, ces dernières ne sont perceptibles qu’en deuxième niveau de lecture. Elles sont au premier plan d’autres contributions qui, critiquant l’abandon de la référence au marxisme dans la réflexion sur la construction d’une politique féministe, en réhabilitent la pertinence ou proposent des façons d’« articuler » les différentes catégorisations des clivages sociaux. « Articuler » étant un des maîtres-mots de la suite de l’ouvrage : après trente ans d’accumulation de théories et de controverses, il s’agit de faire quelque chose de l’ensemble pour penser le monde contemporain. L’abandon du marxisme signifie-t-il nécessairement une adhésion au libéralisme ? Les grilles de lecture concurrentes sont-elles réconciliables ?

7. C’est d’abord la voix de Catharine MacKinnon qui gronde (p. 76-103) – son texte est issu d’une communication datant de 1996. L’oralité rompt avec la tonalité des chapitres précédents : plus rhétorique, plus militante, ancrée dans l’expérience d’un « nous » qui se dit avec moins de précaution. Parce que MacKinnon, théoricienne, est d’abord une femme d’action : une juriste célèbre pour avoir imposé aux États-unis la qualification juridique du harcèlement sexuel en « discrimination sexuelle », c’est-à-dire « une violation des droits humains de la femme »11. MacKinnon est ici en guerre contre le « postmodernisme américain » : elle riposte aux critiques que ce dernier lui a infligées au cours des années 1990, en insistant parfois un peu lourdement sur sa légitimité de femme militante qui multiplie les trophées féministes, et en ne manquant pas de caricaturer l’évanescence postmoderniste « qui imagine que la société se passe dans votre tête ». Mais MacKinnon ne verse pas que dans le règlement de compte et l’anti-intellectualisme, une question de fond l’agite, qui est au cœur des débats contemporains sur la conceptualisation du genre : elle fait sienne l’interrogation d’Alan Sokal qui explique n’avoir « jamais compris comment la déconstruction était supposée pouvoir aider la classe ouvrière »12. Démontant tour à tour les accusations postmodernes adressées au féminisme (matérialiste) qu’elle juge fallacieuses, elle dénonce les effets à ses yeux dévastateurs de la déconstruction de catégories sociales qui agissent pourtant sur la vie des femmes. Ces dernières constituent un groupe social dominé « réel » : point d’essentialisme à écrire cela, juste la mesure d’une « réalité sociale » qu’il faut combattre, dans les concepts comme dans les actes. Dès lors, les postmodernes seraient bien plutôt « pré-modernes » et « pré-féministes » : au lieu de déconstruire les inégalités objectives, ils et elles gâcheraient leur énergie à revenir à une étape antérieure, faite d’objectivité, d’identités et de « négation » des groupes sociaux. Marquant non pas un au-delà du marxisme et du féminisme, mais la victoire du « libéralisme ». Pour MacKinnon, le postmodernisme américain ne défait rien d’autre que la capacité d’agir des femmes : « Il est temps de poser à ces gens-là la question suivante : que faites-vous donc ? »

8. On peut lire la contribution de Nancy Fraser (p. 123-141) en contre-point : vivant elle aussi aux États-Unis, elle aussi féministe de longue date, elle donne en revanche les clés des « virages » théoriques et politiques pris par le féminisme au cours des trente dernières années, plutôt que d’en attribuer la responsabilité à un courant de pensée (ledit « postmodernisme américain ») et à une institution (l’université) qui seraient de mèche objective avec le libéralisme triomphant. Elle voit dans ces virages de bons côtés : dans les années 1990, le féminisme serait sorti du fréquent « économisme grossier » du marxisme pour prendre en compte, au-delà de la question de la division du travail, « des schémas androcentriques de nature culturelle », autrement dit « des questions de représentation, d’identité et de différence ». En même temps que l’horizon théorique s’est ouvert, l’horizon politique a semblé s’enrichir d’un nouveau type de lutte : non plus seulement contre les inégalités, mais pour « la reconnaissance ». Sauf que ce virage, sous les traits d’un approfondissement du marxisme, l’a finalement oublié, perdant de vue ses enjeux, alors même que l’histoire allait dans le sens d’une négation du socialisme et d’un accroissement global des inégalités économiques. L’« axe de la reconnaissance » (culturel et discursif) aurait ainsi pris le pas sur l’« axe de la répartition »(politico-économique) au lieu de proposer une articulation des deux, ce que s’efforce de faire Fraser dans la deuxième partie de son texte. Proposant des méthodes pour continuer d’avancer plutôt que de reprocher à d’autres de tout bloquer, sa proposition est en définitive plus convaincante que le pamphlet de MacKinnon. Elle prône ainsi une théorie du genre « bi-dimensionnelle », c’est-à-dire qui prenne en compte à la fois la question de la répartition (comme la classe, le genre « est une source de différenciation ancrée dans la structure économique de la société ») et de la reconnaissance (les femmes souffrent de « différentes formes d’infériorité de statut liées au sexe »). Selon Fraser, ce n’est qu’en appréhendant ensemble ces deux dimensions, sans supposer qu’elles découlent l’une de l’autre, qu’il est possible de « corriger » leurs effets sociaux et de sortir ces deux conceptualisations du genre d’un antagonisme stérile. Passant de la théorie à la réalisation politique, elle expose, en miroir, une définition elle aussi « bi-dimensionnelle » de la justice englobée sous « la norme supérieure de la parité participative » : pour aller au-delà des « politiques identitaires », Fraser réclame ainsi que soit reconnu non « pas l’identité féminine mais le statut des femmes en tant que partenaires à part entière dans l’interaction sociale »13.

Au-delà du féminisme matérialiste, quels débats ? (Mouffe, Collin, Butler)

9. Avec la contribution de Chantal Mouffe (p. 142-151), l’ouvrage quitte progressivement les « rapports sociaux de sexe » pour la promotion d’autres façons de penser le genre. Ainsi Mouffe ne se dit-elle pas « matérialiste », mais « non essentialiste » : son ennemi théorique n’est certes pas le marxisme dont elle se réclame pour partie (façon Gramsci), mais elle insiste sur l’impossibilité d’une identification « unifiée et unifiante » des individus. Dès lors, elle pose à son tour la question de la refonte d’une politique féministe qui prenne en compte la déconstruction des catégories sociales. Sa réponse : décentrer les luttes féministes dans un projet plus vaste de « démocratie radicale et plurielle » qui établisse « une chaîne d’équivalences entre différentes luttes démocratiques afin de créer une articulation qui rende équivalentes les revendications des femmes, des noirs, des travailleurs, des gays et des autres. » Là encore, c’est une synthèse qui est proposée, mais qui met d’abord l’accent sur la « pluralité » des situations. Mouffe considère que la « déconstruction des identités essentielles » n’est pas une impasse pour la mobilisation politique, mais au contraire son seul fondement possible. Elle se distingue cependant des défenseur·e·s de la « politique identitaire », en affirmant la possibilité de trouver des « dénominateurs communs » au-delà de la constitution de minorités éparpillées et oublieuses de leurs antagonismes réciproques. Ces dénominateurs doivent se construire en fonction des différents rapports de subordination qui se nouent dans chaque individualité (un dominé quelque part pouvant être un dominant ailleurs) : il est, selon elle, déterminant d’embrasser cette complexité pour « comprendre de manière adéquate la diversité des rapports sociaux » et donc pour lutter adéquatement contre les inégalités sociales. Le titre de sa contribution, « Quelques remarques au sujet d’une politique féministe », prévient que c’est ailleurs qu’il faudra chercher des développements à cette proposition14.

10. Les rapports sociaux de sexe se font plus petits encore sous la critique que leur adresse Françoise Collin (p. 152-167), qui s’attaque également aux théories des identités sexuées (appelées ailleurs «  post-modernes »). La sortie du débat entre ces deux manières de penser le genre ne se fait plus du tout ici dans quelque articulation que ce soit, mais par un autre chemin : l’affirmation qu’il existe une « différence »en même temps qu’une inégalité entre les sexes, la fin de l’inégalité ne devant pas nécessairement passer par l’« in-différence ». Premier point, qui défend l’usage, très controversé dans les études féministes, de la « différence des sexes » : cet usage ne serait pas essentialiste, mais subversif puisque la négation des inégalités liées au sexe s’est historiquement énoncée dans l’idée qu’il n’y avait qu’un seul sexe – féminin –, les hommes relevant du genre humain. Deuxième point, qui démonte les fondements des rapports sociaux de sexe, au sens littéral-marxien du terme : impossible de recourir à la classe pour comprendre l’inégalité entre hommes et femmes, puisque cette dernière ne trouve pas son explication (ni donc sa résolution) dans le seul ordre économique, ni dans le seul Occident capitaliste. Troisième point, qui ironise sur la perspective utopique du projet féministe matérialiste comme du projet communiste : la dissolution des rapports sociaux est pensée dans « le fantasme d’une société indifférenciée ». Selon Collin, cette utopie est dangereuse quand il s’agit de classes sociales, elle est simplement inadéquate à propos du sexe : on peut peut-être faire disparaître le rapport capital/travail, on ne fera jamais disparaître la matérialité des corps sexués. Cette fois, c’est aussi l’approche dite de la « construction des identités sexuées » qui est ébranlée. Le dernier point est un dernier coup de boutoir contre les deux approches : la différence matérielle des corps contraint la « génération » dans le corps des femmes, sauf intervention médicale ; la déconstruction de la norme hétérosexuelle ne remet pas en cause le fait que hommes et femmes feraient des « choix d’objet » sexués (l’indifférence en la matière n’étant, selon elle, « pas fréquente »). CQFD ?

11. L’histoire se termine avec Judith Butler (p. 168-183), attachée à la nécessité de penser ensemble la sexualité et l’économie politique. Son texte est issu d’une communication de 1996… la même année que celle de MacKinnon, reproduite dans l’ouvrage. Toutes deux se hantent mutuellement, même si Butler décide dans ce texte de ne citer aucun·e de ses détracteur·trice·s pour, dit-elle, ne pas dévier l’attention sur les gens plutôt que les idées. Comme elle l’a fait de livres en livres, et d’entretiens en entretiens, au cours des années 1990, Butler revient sur les débats engendrés par ses publications, pour expliquer que son analyse n’est pas immatérielle, qu’elle est de gauche et féministe. Là aussi, « l’affaire Sokal » sert de point de départ, présentée comme une offensive ambivalente (et sadique) qui offrirait au spectacle de la droite les éternelles divisions de la gauche, alors même que cette dernière est en bien mauvaise posture. Butler reproche aux marxistes « orthodoxes »de mener une guerre de territoire au sein de la gauche contre les « nouveaux mouvements sociaux » en prétendant, abusivement, qu’ils ne seraient « que culturels », et serviraient des « intérêts identitaires étroits ». En réalité, ces nouveaux mouvements effraieraient par leur « vitalité » et leur insubordination à « l’orthodoxie renaissante » dont la définition de l’unité politique serait fondée sur l’exclusion. Une fausse unité donc, faite de fractionnements au lieu de débats, destinée à annihiler toute critique interne (concernant notamment la race et la sexualité), et témoignant d’un « conservatisme social et sexuel ». Cette tactique politique reconduit, selon elle, une erreur théorique anachronique : la séparation entre « vie matérielle » et « vie culturelle », depuis longtemps remise en cause, au sein même du marxisme (par des auteur·e·s aussi différents qu’Althusser, Hall ou Spivak). C’est sur cette question que l’on finit par quitter la scène tactique pour voir se dessiner un débat sur le fond avec Nancy Fraser, la seule qui soit citée dans le texte, parce que ni orthodoxe ni guerrière (leur échange a d’ailleurs fait l’objet de publications15). Si Butler est d’accord avec Fraser pour dire que les « nouveaux mouvements sociaux » ont des revendications légitimes en termes d’injustice sociale qui doivent être pensées de façon articulée avec l’ensemble des revendications de gauche, elle critique en revanche le fait que les « nouveaux » soient classés du côté de la seule reconnaissance, comme si les luttes gaies et lesbiennes n’avaient rien à voir avec l’exigence d’une égalité politique ni la dénonciation de quelque oppression matérielle que ce soit. Selon Butler, c’est la définition de l’économie politique qui doit être étendue, et sortie du seul enjeu du travail16, sans que cela signifie un cantonnement dans l’ordre culturel.

En guise de conclusion

12. On a fait le choix de revenir sur chaque contribution pour éviter de simplifier les débats, et ainsi de participer aux grands malentendus qui les prennent si souvent en otage. Les questions posées dans Les rapports sociaux de sexe sont nombreuses, et complexes. Elles sont aussi passionnées. Le champ des études sur le genre est un lieu de controverses qui semble ne jamais s’épuiser. « Post-moderne », « identitaire », « orthodoxe », « libéral », « universaliste »… apparaissent comme des insultes académiques qui rebondissent d’un texte à l’autre au gré de définitions changeantes. C’est que la virulence des débats est à la hauteur de leurs enjeux : quel que soit finalement le schème de pensée privilégié, ce qui ressort de tous les textes, c’est l’inscription d’une analyse dans une finalité politique, et la conscience d’un péril très large qui frappe les dominé·e·s de la terre.

Depuis la parution en 2001 de la première édition de cet ouvrage, ces débats n’ont cessé de s’amplifier, comprenant de façon de plus en plus large, et jusqu’en France, des problématiques qui ne sont ici qu’évoquées, notamment celle de la « race ». Pour en savoir plus sur cette extension, il faut regarder du côté de l’actualité scientifique des auteures, et d’Actuel Marx qui a publié en novembre 2009 un autre opus, intitulé Sexe, classe, race. Pour une épistémologie de la domination17. Affaires à suivre…


Notes

1  Le numéro 30 de la revue Actuel Marx (septembre 2001) consacré aux rapports sociaux de sexe était épuisé depuis longtemps. Pour satisfaire à la demande répétée dont il fait l’objet, ses articles ont à nouveau été publiés dans la collection « Actuel Marx Confrontation » des PUF, en septembre 2010.

2  L’ensemble des citations, sauf mention contraire, sont tirées des articles contenus dans l’ouvrage Les rapports sociaux de sexe.

3  Selon une expression que Frigga Haug emprunte à Althusser. Cf. Louis Althusser, 1965, Lire le Capital, tome 1, Paris, Maspero.

4  On reprend là une expression de Linda Singer (1992) citée dans Marion Iris Young, 2007, « Le genre, structure sérielle : penser les femmes comme un groupe social », Recherches féministes, vol. 20, n. 2, p. 19.

5  Pour la période récente et en France, se reporter à Danièle Chabaud-Rychter, Virginie Descoutures, Anne-Marie Devreux, Eleni Varikas (dir.), 2010, Sous les sciences sociales, le genre. Relectures critiques de Max Weber à Bruno Latour, Paris, La Découverte. Marx et Engels y font l’objet de lectures symptomales distinctes, dont les propositions à la fois confirment et éclairent autrement la proposition de Frigga Haug.

6  Cf. Danièle Kergoat, 1982, Les Ouvrières, Paris, Le Sycomore.

7  Cf. Helena Hirata, Françoise Laborie, Hélène Le Doaré et Danièle Senotier (dir.), 2000, Dictionnaire critique du féminisme, Paris, P.U.F.

8  Cf. Danièle Kergoat, Françoise Imbert, Hélène Le Doaré et Danièle Senotier, 1992, Les Infirmières et leur coordination 1988-1989, Paris, éditions Lamarre.

9  Cf. Livia Scheller, 1996, Les Bus ont-ils un sexe ? Les femmes machinistes : approche psychodynamique de la division sexuelle à la RATP, Rapport de recherche, Département du Développement Prospectives et recherches sociétales, RATP, n. 108.

10  Pour un développement sur le « continuum de l’échange économico-sexuel », lire Paola Tabet, 2004, La grande Arnaque, Paris, L’Harmattan.

11  Cf. Catharine MacKinnon, 1979, Sexual Harassment of Working Women : a Case of Sex Discrimination, Cumberland, Yale University Press.

12  Cf. Alan Sokal et Jean Bricmont, 1997, Impostures intellectuelles, Paris, Odile Jacob.

13  Pour un développement des stratégies en vue de cette mise en application, cf. Nancy Fraser, 2003, « Social Justice in the Age of Identity Politics : Redistribution, Recognition, and Participation », in Nancy Fraser, Axel Honneth, Redestribution or Recognition ? A Political-Philosophical Exchange, London, Verso et Francfort, Suhrkamp.

14  Lire Enersto Laclau et Chantal Mouffe, 2009 [1985], Hégémonie et stratégie socialiste : Vers une politique démocratique radicale, Besançon, Les Solitaires Intempestifs [trad. fr.]. Mouffe et Laclau se distinguent des « politiques identitaires », et on retrouve la distinction, en miroir, chez Judith Butler qui souligne, aussi, les points de convergences entre leurs approches respectives : leur débat a été publié dans la revue Diacritics, n°27, au printemps 1997, p. 3-12.

15  Pour une lecture du débat entre Fraser et Butler, lire Anna Marie Smith, 2001, « Missing Postructuralism, Missing Foucault. Butler and Fraser, on Capitalism and the Regulation of Sexuality », Social Text, vol. 19, n° 2, p. 103-125. Pour accéder directement au débat, lire Seyla Benhabib, Judith Butler, Drucilla Cornell and Nancy Fraser (ed.), 1994, Feminist Contentions: A Philosophical Exchange, New York, Routledge.

16  Quand Danièle Kergoat, et très furtivement dans son texte, décide de redéfinir le « travail » (en référence notamment aux travaux de Christophe Dejours) pour « saisir dans les filets de l’analyse des champs aussi traditionnellement éloignés du salariat tel, par exemple, la norme de l’hétérosexualité ». Cf. Christophe Dejours, 1998, « ‘Travailler’ n’est pas ‘déroger’ », Travailler, n° 1, p. 5-12.

17  Cf. Elsa Dorlin (dir.), 2009, Sexe, race, classe. Pour une épistémologie de la domination, Paris, PUF. (coll. « Actuel Marx confrontation).


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
AliBlabla



Messages : 293
Date d'inscription : 23/12/2016

MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 20 Jan - 17:35

Tu veux nous pénisaliser ?

Car tu me fais marrer, la mère, toi qui voulais avancer, tu reviens en arrière du débat avec ce pavé imbitable, si j'ose dire. Les discutailleries entre intellos et intellotes expert.e.s de la relation sexes-classes, à mon avis, ne nous emmèneront pas très loin, comme on dit, "en pratique".

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Florage



Messages : 162
Date d'inscription : 13/01/2017

MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 20 Jan - 17:43


Vas te faire mettre, gamin, si t'es pas joy, c'est toujours pas gai, la révolution.



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
AliBlabla



Messages : 293
Date d'inscription : 23/12/2016

MessageSujet: Re: SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes   Ven 20 Jan - 17:48

Florage a écrit:
c'est toujours pas gai, la révolution.

Ah ah, lapsus révélateur ! Tu veux dire que c'est pas toujours gai, la révolution, et tu reviens sur tes "acquis", le "plaisir clitoridien révolutionnaire".


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
SEXE, DÉSIR, PLAISIR, RÉVOLUTION et COMMUNISME, essai théorique et poétique + théâtre-roman de marionnettes
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 5 sur 31Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4, 5, 6 ... 18 ... 31  Suivant
 Sujets similaires
-
» Les OGM, une seconde Révolution Verte. Sera-t-elle aussi meurtrière ?
» essai mu mariage
» Documentaire: Darwin (R)évolution.
» Nouveautés/évolution sièges auto
» Révolution pacifiste en Islande ??

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
PATLOTCH / CIVILISATION CHANGE / COMMUNISME, SEXE, et POÉSIE :: ENTRÉES THÉMATIQUES : CAPITALISME, MONDE, COLONIALITÉS... LUTTES :: ET LE SEXE DANS TOUT ÇA ?-
Sauter vers: