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 REDÉFINIR LE 'GENRE' ? pour la théorisation communiste, féministe et décoloniale, et la communisation. Conversations croisées et digressions sur TRANS et INTERSEXES

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MessageSujet: REDÉFINIR LE 'GENRE' ? pour la théorisation communiste, féministe et décoloniale, et la communisation. Conversations croisées et digressions sur TRANS et INTERSEXES   Ven 19 Aoû - 22:10


à propos d'un texte de Gilles Dauvé et d'une discussion sur dndf, je crée ce sujet spécifique pour alléger le sujet général FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !

j'ai retenu pour le titre, clin d'œil, le pseudo de l'intervenant(e?) 'Redéfinir le genre ?', question que je fais mienne en soulignant que le titre du sujet général incluait déjà un questionnement : Quid du concept de GENRE ?

conversations croisées parce qu'on peut se croiser sans se rencontrer...

3 Août 2016



Gilles Dauvé a écrit:
         Si, comme dit Marx dans les Manuscrits de 1844 en reprenant une idée de Fourier, le rapport entre sexes « permet de juger de tout le degré du développement humain », il doit permettre aussi de juger du degré du développement des révolutions. Mesurées à ce critère, les insurrections passées ont piètre figure, car on aurait du mal à en trouver où la domination masculine n’ait pas prévalu.

Ce fait indéniable, la théorie radicale ne le prend guère au sérieux.

Traditionnellement, l’anarchisme n’y voyait pas une question particulière : la libération de l’humanité libérerait les femmes et les hommes. Depuis les années 1970 et la montée d’un mouvement féministe, de nombreux groupes anarchistes traitent les femmes comme une catégorie de plus – trop longtemps oubliée – à ajouter à la liste des catégories opprimées et porteuses de potentialités révolutionnaires.

Quant aux marxistes, sous prétexte de replacer la partie « femmes » dans le tout « prolétariat » et de distinguer entre bourgeoises et prolétaires (distinction certainement essentielle), la plupart dissolvent « la femme » dans la classe. Malheureusement, sans cette partie-là, la totalité n’existe pas.

Nous estimons au contraire impossible de penser l’émancipation des femmes comme une simple conséquence de l’émancipation humaine en général : c’en est une composante indispensable.

Mauvaises intentions ?

Notre but étant de proposer un cadre théorique, beaucoup d’aspects ont été laissés de côté.

Entre autres, on n’abordera ni les origines ni le passé du rapport homme/femme, seulement ce qu’en a fait le mode de production capitaliste, surtout sous ses formes les plus « modernes » 1.

En effet, le capitalisme n’est pas la cause d’une sujétion féminine qui lui est antérieure de plusieurs millénaires, si ce n’est davantage. Mais aujourd’hui, c’est lui qui perpétue cette sujétion, que nous ne pouvons donc combattre que sous sa forme capitaliste, telle qu’elle est reproduite par le salariat et la propriété privée.

Si nous ne voyons évidemment pas dans le rapport entre les sexes le moteur de l’histoire, la « question des femmes » n’apporte pas non plus la révélation que nous attendions, la pièce manquante du puzzle théorique (ou pratique) dont la découverte récente permettrait qu’enfin il fonctionne 2.

« Reproduction » et propriété privée

« Reproduction » est devenu un concept fourre-tout autorisant à mêler reproduction de l’ensemble des conditions de la vie sur Terre, de l’espèce humaine, de la population, du capital à travers ses cycles, du rapport capital/travail salarié, et la reproduction de toute la société.

Or, de cette reproduction sociale, le rapport homme/femme fait évidemment partie, mais la difficulté est de comprendre comment s’articule la division sociale du travail avec la division sexuelle de la société.

La reproduction des enfants est plus que le fait de les mettre au monde et les élever. Bien que les capitalistes ne soient pas tous des héritiers, une naissance chez des bourgeois est difficilement séparable de la question de la transmission du patrimoine. Les bourgeois sont beaucoup plus conscients qu’on l’imagine de la nécessité de préserver leurs intérêts collectifs et de se perpétuer comme classe. « Même lorsqu’il engendre, le Bourgeois est dans les affaires » (Léon Bloy) 3.

Comme toute société, la société capitaliste doit maîtriser sa reproduction, et dans son cas cela veut dire perpétuer une de ses bases : la propriété privée.

Les bourgeois sont les propriétaires de l’essentiel (des moyens de production, donc des moyens de vivre dont l’immense majorité est séparée), et il y a un abîme entre celui qui possède 3% des actions de Toyota et celui qui possède simplement l’appartement où il habite (60% des Français sont propriétaires). Un meilleur mot pour cet abîme est classe. Et la division en classes se reproduit. Certes, d’une génération à l’autre, tous les enfants de bourgeois ne deviennent pas bourgeois, mais la classe bourgeoise en tant que structure se perpétue en particulier à travers la famille. Nous ne vivons pas dans un univers atomisé d’individus nés de nulle part et dénués d’intérêt pour ce qui arrivera après leur mort. Même le self made man le plus solitaire entend que sa fortune ne se perde pas le jour où il ne sera plus là.

Mais la famille n’est pas simplement nécessaire à la propriété privée. Une prise en charge complète du soin et de l’entretien des enfants par la collectivité publique relevant aujourd’hui de la science-fiction, la famille sert aux prolétaires comme aux bourgeois de lieu de vie et de solidarité minimale, souvent bien au-delà de l’enfance. Bien qu’elle  ait cessé d’être le bloc « papa + maman + enfants » cher aux participants de la « Manif pour tous », la famille reste la cellule élémentaire la plus courante de la vie en société et elle persiste en tant qu’institution.

Une famille est tout autre chose qu’un couple. Dès que cohabitent parent et enfant, il y a famille, sous des formes différentes d’antan, notamment la famille recomposée (près d’un tiers des ménages étasuniens) et le foyer monoparental (27% des enfants vivent ainsi aux Etats-Unis). De plus en plus de couples homos élèvent des enfants (selon l’INSEE, en 2013, 10% des 100.000 couples homos recensés en France). La parenté devient la parentalité, et le couple conjugal la conjugalité : l’abstraction des termes reflète l’impossibilité de ramener la famille contemporaine à une forme unique fixe. « Parent » ne signifie plus père ou mère biologique mais celui ou celle qui joue un rôle parental.

Pour autant, la famille du 21e siècle ne perd l’apparence et la mentalité de la famille traditionnelle qu’en en conservant la fonction, et elle en retrouve comme il est normal les préoccupations et les pratiques. Avec ou sans enfants, et plus encore s’il en a, un couple homo marié assure la sauvegarde et le passage des biens dont il dispose : il se comporte comme une famille, lieu où se garde et qui transmet la propriété privée

Femmes comme reproductrices

Si la famille occupe cette place centrale, reste à comprendre pourquoi son fonctionnement s’accompagne d’une domination sur les femmes.

Avant tout, parce que le capitalisme signifie le règne de la production. Afin de dissiper un malentendu, précisons le sens du mot. Toute société repose sur la (re)production de ses conditions de vie. Mais le capitalisme soumet la société à l’impératif de produire, de produire de la valeur. S’il fabrique (et détruit) le plus possible, ce n’est pas afin d’entasser des objets, mais d’engendrer de la valeur et de l’accumuler. Il est donc logique que tout être ou chose soit traité en instrument de production.

Pour les femmes, il en découle un statut différent et inférieur comparé à celui des hommes.

Fait biologique, seules les femmes ont la capacité de porter l’enfant dans leur corps, le mettre au monde et l’allaiter, et une société où chacun existe d’abord comme instrument de production ne manque pas de spécialiser les femmes dans ce rôle et d’en faire une contrainte.

Malgré mille exceptions et à des degrés infiniment variés, même aujourd’hui, une femme est considérée comme ayant vocation à être mère, jusque dans les milieux vivant une sexualité « différente » ou minoritaire : une lesbienne ne sera pas l’égale d’un gay. La famille la plus moderne n’attend pas la même chose d’une fille ou d’un garçon. Dans la plupart des cas, les femmes subissent une pression sociale, franche ou insidieuse, explicite ou non dite, pour être mères et la meilleure contrainte à la maternité, c’est le couple, avec ou sans mariage.

Femmes et rapport d’exploitation

Un monde où prédomine le travail est conduit à hiérarchiser les êtres selon leur place dans le travail, dans la production qui « compte », aux deux sens du mot : celle qui est comptabilisée et socialement privilégiée : la production de valeur par le travail, c’est-à-dire le travail salarié.

Comme production au paragraphe précédent, le mot travail exige une précision. Nous n’appelons pas ici « travail » le fait d’agir pour modifier quelque chose (travailler dans le jardin, travailler le piano, travailler les esprits, travailler le bois, etc.), ni non plus le fait qu’une activité soit contrainte. Certes le travail salarié suppose une coercition : on va travailler parce qu’on y est forcé pour gagner l’argent nécessaire à vivre, et chaque heure passée à l’atelier ou au bureau se déroule sous la dépendance d’un patron. Mais cette soumission a un but : faire en sorte que ce travail rapporte à un capital, qu’il soit productif de valeur, qu’il valorise l’entreprise.

Or, homme et femme ne sont pas à cet égard dans la même situation.

Dès qu’existe une différence dans la société entre deux groupes, ceux qui travaillent et ceux qui organisent le travail (même s’il leur arrive de travailler aussi), les femmes se trouvent dans la position particulière de travailleuses d’appoint, en tout cas non permanentes, en raison des périodes de grossesse et d’allaitement. Leur fonction reproductive d’enfants les oblige à interrompre régulièrement leur participation à la reproduction générale de la société. Le travail (l’exploitation) étant au centre de la société, les femmes n’y tiennent qu’une place secondaire. Les hommes effectuant davantage les tâches d’organisation et de commandement (qui s’exercent à temps plein, sans interruption), s’approprient une part plus grande des richesses produites, et occupent les premiers rôles dans la vie politique, religieuse ou culturelle. Les hommes, exploiteurs ou exploités, sont en permanence insérés dans le rapport d’exploitation : les femmes (exploiteuses et exploitées) n’y sont pas. Même en Suède, où le taux d’emploi féminin est le plus élevé du monde, beaucoup de femmes travaillent à temps partiel, notamment dans les secteurs public et hospitalier. Ce n’est pas en soi la maternité incombant aux femmes qui fait leur statut inférieur mais le rôle que joue la maternité dans une société dominée par le travail, par l’impératif de produire et par la division sociale.

En conclusion de ces deux paragraphes, on peut avancer que la place subalterne des femmes est liée à la reproduction sociale et à la famille : cette infériorité n’est pas organisée par la famille, mais c’est le premier lieu où elle se manifeste et se vit. Malgré PMA et GPA, l’espèce humaine ne se reproduit pas en laboratoire : les enfants sont encore faits et élevés au sein de familles, qui restent le creuset de la formation des rôles sexués et de la subordination féminine. La GPA peut être vue comme un « service » (secteur tertiaire) apporté aux familles, l’indisponibilité physique due à la maternité, et donc l’infériorisation étant reportées sur des femmes d’autres classes 4.

La division sexuelle de la société fait partie de la division sociale du travail, bien que la première ne soit pas un décalque, pas un simple effet de la seconde.

Contrôle socialisé

Le patriarcat, c’est la domination du chef de famille quand la famille est la cellule économique de base. C’est le pouvoir des pères, des chefs (mâles) de famille. Patriarcat et propriété ont longtemps été de pair. Filiation et transmission du patrimoine étaient liés : le père de famille devait être sûr que l’héritier soit bien son fils 5.

Loin de disparaître, le patriarcat sévit même au cœur des pays dits développés et riches, mais il n’est pas indispensable au capitalisme.

La nouveauté capitaliste n’est pas de mettre les femmes au travail : auparavant, en plus des tâches domestiques, elles travaillaient au potager, au champ, dans la boutique ou au marché, mais toujours en lien avec le foyer familial, qui coïncidait avec la plus petite unité économique. Le changement est venu quand le travail féminin est passé de la direction d’un mari à celle d’un patron (parfois une patronne).

Sous le capitalisme, si les relations homme/femme n’organisent plus directement la production, elles continuent à jouer un rôle dans la division du travail. Le capitalisme entretient la hiérarchie et l’oppression sexuelles, mais il les transforme à sa façon.

Le terme de domination masculine induit en erreur si l’on croit que la subordination des femmes est aujourd’hui l’œuvre d’individus mâles. Ceux-ci n’en sont plus que les relais, et pas les principaux. Le contrôle social a cessé d’être exercé avant tout par un individu (le mari) : il est chapeauté par la collectivité. Dans les services médico-sociaux, les femmes sont sous tutelle (« pour leur santé et pour leur bien ») d’un personnel au moins autant féminin que masculin. Comme il se doit, rentrée chez elle, dans la rue, partout, l’assistante sociale ou la doctoresse sera elle-même sous l’emprise sociale qu’elle exerçait quelques heures plus tôt sur d’autres femmes.

Le « pouvoir médical » s’applique à tous, mais toujours plus spécialement aux femmes, suivies médicalement dès l’adolescence, qu’elles aient ou pas des enfants, par un gynéco, un accoucheur, des sages-femmes, un pédiatre pour les visites post-natales, puis encore un gynéco.

Cette douce surveillance est loin d’un Big Brother. L’Assistance sociale, la Sécurité Sociale, l’Etat moderne, c’est aussi un ensemble d’institutions qui aident et défendent les femmes, et, contrairement à ce qui se passait autrefois, la puissance publique protège (formellement et parfois réellement) les femmes contre leur conjoint. Faute de supprimer les brutalités et les meurtres domestiques, la société les régule. L’État s’immisce dans l’intimité du couple en codifiant les comportements, par exemple en condamnant le viol conjugal (comme d’ailleurs en sanctionnant la maltraitance des enfants). Mais cette protection des femmes démontre sa sujétion : la justice vient au secours d’un être supposé faible incapable de se défendre. Et la protection est accordée en échange de l’acceptation par les femmes d’un rôle spécifique, un rôle de mère 6.

La tendance à l’« unisexe » a fait passer de l’ancestrale soumission directe et personnelle des femmes à un mari, à une dépendance indirecte, tutelle d’autant moins ressentie qu’elle est impersonnelle, anonyme, diffuse et démocratique (avant les femmes n’avaient pas le choix et faisaient 4 ou 8 enfants… aujourd’hui elles choisissent d’en faire 2,1).

De la démocratie en la famille ?

Un capitaliste si réformateur qu’il conserverait la famille en y supprimant l’infériorité des femmes est-il concevable ?

Déjà cette utopie serait en voie de réalisation. On nous décrit des cadres trentenaires habitant un quartier sécurisé de la banlieue de Stockholm, les adultes travaillant dans des start-ups LGBT-friendly, le père ayant opté pour un congé parental, les parents désignant leurs enfants de prénoms neutres pour éviter les stéréotypes sexués, ne fréquentant que des gens de milieu et de mœurs similaires, vivant un maximum d’égalité possible hommes-femmes… couple « idéal » tant qu’il resterait coupé du reste du monde… et des autres classes.

Science-fiction ? Oui, mais pas seulement. C’est un fait que la famille évolue vers une plus grande égalité entre les sexes, et qu’il se développe dans le couple une tendance au partage équitable des tâches et décisions entre partenaires.

Dans la mesure où elle existe – limitée à certains pays et à certains milieux et pas même généralisable aux 900 000 habitants de Stockholm -, cette famille modèle n’annule pas le poids des réalités de classe. Puisqu’en général les femmes reçoivent globalement un salaire (et un traitement social) inférieur à cause de la maternité, la prolétaire au bas de l’échelle souffrira davantage de cette disparité que la mère de famille d’un milieu favorisé ou bourgeois. L’avocate ou la chef de service paye une autre femme pour se décharger des tâches ménagères les plus dures. L’argent achète l’égalité, mais toutes les femmes ne sont pas égales devant l’argent. Si la subordination féminine reste plus forte dans les ménages prolétariens que chez les bourgeois, cette persistance n’est pas due aux habitudes et préjugés sexistes de prolos bornés et « réacs », mais aux conditions d’existence qui leur sont faites.

La démocratie domestique ne sera pas accessible à toutes et tous.

Égalité et capitalisme

Contrairement à d’autres systèmes d’exploitation qui pour fonctionner doivent assigner les individus à des identités différentes, généralement décidées par la naissance, le capitalisme a tendance à égaliser, à traiter toute personne non selon sa « nature » mais selon sa valeur marchande et sa capacité productive de profit : cela ne signifie pas qu’il instaure l’égalité universelle. L’inégalité entre sexes est transformée, non supprimée : le statut inférieur des femmes permet souvent de moins la payer et de lui réserver les pires conditions de travail.

Tant que le travail et l’argent domineront, l’inégalité aussi : le capital cherche « naturellement » à payer le moins possible, donc à diviser. Qui dit salariat dit concurrence entre prolétaires. Jamais le capitalisme n’égalisera tout et tout le monde. Il désunit autant qu’il nivelle, il efface des catégories et en crée de nouvelles dans la vie courante et dans le Droit 7. Afin de perpétuer la hiérarchie des forces de travail, le patron oppose selon les cas le Blanc au Noir, le « de souche » à l’étranger, le « sous statut » au précaire, l’Arabe français à l’Arabe sans-papiers, et en particulier l’homme à la femme.

Amère victoire

Quelque facette du féminisme que l’on critique, il se trouve toujours une (ou un) féministe pour dire que cette critique ne s’applique pas à elle (ou à lui). La situation se complique du fait que parfois la (ou le) féministe radical(e) ne se veut surtout pas « féministe », réservant le terme aux féministes libérales ou bourgeoises. Quoi de commun, nous objectera-t-on, entre les assos féministes sociales-démocrates et les anarcha-féministes ! Il n’y aurait donc pas de « féminisme », seulement un mouvement des femmes multiforme. Pour se démarquer du féminisme bourgeois, le féminisme radical s’ajoute d’ailleurs volontiers un adjectif (luttes de classe, matérialiste, anti-capitaliste, lesbien-radical, queer, libertaire, etc.).

Pourtant, les visages effectivement multiples du féminisme ont en commun de donner la priorité à la question des femmes et à la lutte contre l’inégalité entre les sexes, quels que soient les sens divers et opposés attribués à « l’égalité » (notion récusée comme il se doit par les féministes radicales). Dans le féminisme « bourgeois », ce point de départ est aussi un point d’arrivée et l’on se borne à défendre la cause des femmes. Le féminisme radical, lui, part de la situation des femmes pour l’intégrer à une transformation sociale globale : les variantes simples ajoutent la lutte des femmes aux autres luttes ; les variantes plus subtiles recombinent sexe et classe, ou sexe, classe et race, voire sexe et écologie 8. Dans tous les cas, la place des femmes dans l’histoire étant posée comme essentielle, il n’y a rien d’abusif à définir ces positions et ces courants comme féministes.

Qualifier une personne ou une activité de féministe n’a rien d’un dénigrement. Car pour nous, réagir contre l’oppression et la subordination infligées aux femmes est un combat nécessaire. Seul l’adepte du « tout ou rien » reste indifférent devant ce qui améliore la condition des femmes. A ce titre, comme d’autres formes de résistance, le féminisme est inséparable du mouvement général vers l’émancipation humaine. A ce titre aussi, comme pour d’autres formes de résistance, il importe d’en voir la portée et les théorisations qu’il se donne 9. S’il y a toujours eu des femmes pour lutter, il n’y a vraiment de mouvement féministe que sous le capitalisme, parce que ce système introduit une contradiction autrefois inconnue :

Bien que la subordination millénaire des femmes permette de moins les payer et de les cantonner dans des emplois dévalorisés, leur salarisation les met aux côtés des salariés masculins et les pousse à revendiquer l’égalité dans le travail (à travail égal, salaire égal) comme dans le reste de la vie (égalité des sexes à la maison, dans l’espace public, en politique, etc.). Le statut inférieur persiste, mais est remis en question. Les femmes restent subordonnées tout en vivant la condition « unisexe » de prolétaire ou de patronne. Dans les pays et régions capitalistes les plus « avancées », elles se trouvent beaucoup moins qu’autrefois inégales des hommes, notamment dans le salariat, tout en tenant comme auparavant un rôle de mère et de ménagère qui continue à peser sur elles comme une contrainte supposée naturelle.

Tant qu’un mouvement prolétarien – hommes et femmes – n’a pas la force de s’attaquer au capitalisme et de supprimer à la fois le travail et le capital, les mouvements féministes seront condamnés à agir dans cette contradiction, et à revendiquer pour les femmes d’être traitées à égal des hommes, bénéficiant notamment des mêmes droits dans le monde du travail 10. L’exigence d’égalité étant loin d’être réalisée, même dans les pays dits modernes, on ne se trompera pas en prédisant un avenir à toutes les variétés de féminisme, des plus modérées aux extrêmes, chacune étant persuadée de défendre le « vrai » féminisme. Comme leurs efforts butent sur des réalités que le féminisme, à supposer qu’il le veuille, ne peut bouleverser à lui seul, il est inévitable que son action privilégie le Droit (égaliser, c’est légaliser), la pédagogie (enseigner le genre à l’école, dans les médias et dans le milieu militant) et le langage (correction du vocabulaire).

Salle de travail

Les insurrections passées ont généralement maintenu la soumission des femmes. En fait, elles ont aussi peu entamé la subordination féminine qu’elles ne s’en sont pris au cœur du capitalisme. Une limitation va avec l’autre : les groupes (le plus souvent animés par des femmes) qui ont tenté de bouleverser les hiérarchies sexuées se sont retrouvés aussi minoritaires dans l’ensemble du mouvement que l’ont été les efforts de dépassement du travail salarié, d’abolition du travail en tant que travail. Dans l’Espagne de 1936-39, les Mujeres libres étaient autant marginalisées que les Amis de Durruti 11.

Ce n’est pas que les intentions, ni parfois les tentatives aient manqué. La critique de la famille, par exemple, est un thème récurrent chez les anarchistes comme chez les communistes. Au lendemain de 1917, la révolution russe a donné lieu à des essais pour transformer le quotidien du couple et mettre fin à l’oppression des femmes : crèches, cantines et laveries collectives déchargeraient les femmes des tâches domestiques qui l’enferment au foyer et l’empêchent de participer à la vie collective. Certes celle-ci était largement identifiée aux activités politiques dirigées par le parti, et faute de moyens l’expérience a tourné court, mais au moins avait-on repéré un point charnière dans le rapport quotidien femme/homme.

De même, Engels manifeste une profonde volonté d’abolition de la famille, et l’un des buts de son Origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat est de montrer comment s’était formée la famille monogame, comment le capitalisme en sape les bases, et comment elle se dissoudra dans le socialisme.

Cependant, pour Engels comme pour l’immense majorité des communistes à son époque et jusqu’au dernier tiers du 20e siècle, la condition du changement, ce sera l’extension à tous et toutes du travail, en partie réalisée par le capitalisme et que la société future prolongera à sa façon. Selon lui, l’industrialisation capitaliste libère potentiellement les femmes en les salariant, et le socialisme rendrait cette libération effective.

Schématiquement, du 19e siècle à la guerre d’Espagne, voire au-delà, le programme révolutionnaire maximal (porté par un petit nombre, répétons-le)  consistait à généraliser le travail, un travail sans capital, et à créer une communauté de travailleurs associés organisant au bénéfice de tous une production planifiée, sans marché ni patrons. On espérait résoudre la question féminine de la même façon que l’ensemble de la question sociale, la solution étant la même pour émanciper les prolétaires et les femmes : l’« association libre et égalitaire des producteurs », écrivait Engels.

Sans doute une critique du travail et de l’économie était-elle à peine envisageable à l’époque : globalement, malgré des exceptions et des intuitions, les prolétaires se donnaient pour but de libérer le travail, non de se libérer du travail.

La vie d’une société est déterminée par sa façon d’assurer la production de ses conditions d’existence,  c’est-à-dire ses rapports sociaux, ses bases matérielles et le renouvellement des générations. Toute société doit donc régler sa reproduction, y compris celle des enfants, et il ne sert à rien de nier cette contrainte en imaginant de se débarrasser du fardeau de la production, en automatisant et robotisant tout, et en faisant naître les bébés en laboratoire. La question est celle de la place qu’occupe la production dans la vie humaine.

Laissons (provisoirement peut-être) de côté les sociétés dites primitives et les mondes précapitalistes. Depuis l’avènement du capitalisme industriel, en tout cas, la production des conditions matérielles d’existence est devenue cette réalité appelée économie, progressivement autonomisée du reste de la vie, jusqu’à devenir à l’époque moderne une sphère distincte, avec séparation entre l’espace-temps consacré à gagner de l’argent (le travail) et les autres activités. Tout acte productif n’est que productif, c’est-à-dire productif de valeur. Les millions d’heures consacrées à bricoler, cultiver son potager et aider le voisin à réparer son toit n’existent qu’en marge du travail salarié, le seul qui « rapporte » l’argent sans lequel ces activités « gratuites » seraient impossibles.

Si la division du travail s’impose à tous, elle pèse plus encore sur les femmes : parce qu’elles ont la capacité de produire les enfants, elles se trouvent spécialisées dans cette production-là, même quand elles travaillent hors du foyer, ce qui est de plus en plus le cas. Coïncidence du vocabulaire, à la maternité, la salle de travail voisine avec celle de l’accouchement. Tant que nous serons dominés par la production des moyens de vivre, production incluant la reproduction des enfants, la société exercera un contrôle sur les femmes et les obligera à tenir ce rôle spécifique (qui n’exclut pas les autres rôles), entraînant pour elles une place inférieure.

La solution ne consiste pas à faire produire par des machines, mais à créer une société où l’acte productif ne sera pas uniquement productif, ce qui vaut aussi pour la « production » des enfants. Les enfants de qui, d’ailleurs ? Dans le communisme, même si l’enfant sort du ventre d’une femme, il ne sera pas « à elle », avec toutes les obligations qui aujourd’hui s’y attachent pour lui et pour elle. Dans un monde sans propriété privée, l’enfant ne sera la propriété de personne, pas même de ses parents, biologiques ou non, quoiqu’on suppose qu’il ait avec eux une relation « particulière ». Cet horizon paraît certainement aujourd’hui aussi lointain qu’une société sans argent ni État : l’instinct maternel n’est pourtant pas un « fait de nature », la condition maternelle et la condition enfantine non plus.

La réponse à la « question des femmes » n’est pas dans le rapport homme/femme, parce que ce rapport n’a pas sa cause en lui-même.

Seul produire sans que la production pèse sur la société pourra faire que les femmes cessent d’être définies par la fonction productive d’enfants. L’enfant sortira toujours du corps d’une femme, mais ce fait ne définira plus les femmes. Reste à voir ce qui définirait « hommes » et « femmes ». En tout cas on pourra être « femme » sans être mère. La maternité n’entraînera plus la subordination. La biologie cessera d’être un destin.

Sexes et révolution

Dans une future révolution, tout dépendra de ce que feront insurgées et insurgés 12.

La famille assigne une fonction spécifique aux femmes parce que la famille tourne autour de sa propre reproduction, donc des enfants et de la maternité, et les femmes y sont aussi, sinon avant tout, des mères. Une insurrection qui s’en prendra à la propriété privée, au travail en tant que travail, interrompra puis bouleversera ce rôle « féminin » qui est d’abord un rôle familial.

Une transformation de cette ampleur est difficile à imaginer, mais rappelons qu’une insurrection renverse toutes les habitudes : on ne dort pas « chez soi », on ne mange pas « chez soi », les enfants ne sont plus seulement les enfants de « leurs » parents, et le changement du rapport adulte/enfant change le rapport homme/femme. L’affrontement contre le capital et l’Etat ne dissout pas automatiquement les autres oppressions, mais il bouscule les rôles : l’insurgée cesse d’agir en appendice du prolétaire mâle, et l’irruption des enfants sur la scène publique secoue les comportements et les valeurs.

Jusqu’ici, dans presque toutes les tentatives révolutionnaires, les participantes agissaient en femmes de prolétaires : dans l’insurrection communiste, les femmes agiront en qualité de prolétaires femmes. La femme avec un talent pour manier les armes restera dans la rue au lieu de rentrer s’occuper des enfants, et l’homme qui aime cuisiner suivra son penchant, en attendant que les rôles fluctuent et se mêlent, mais il s’agira de beaucoup plus. Une re-répartition des tâches entre sexes ne supprimera pas plus la domination masculine que la polyvalence ne supprimera ipso facto le travail. On se débarrassera en même temps du travail et de la famille – ou pas du tout.

Inversement, tant qu’un mouvement demeure dans les limites de la négociation capital/travail ou de la revendication démocratique, y compris par des moyens violents, les femmes n’en feront pas beaucoup plus que les hommes, et finiront à la place qui est couramment la leur : le foyer domestique, sous une forme ou une autre (y compris via la case « cantine collective »)

La domination masculine ne mourra pas de sa belle mort. Le processus impliquera des conflits homme/femme (comme il y en aura d’ailleurs entre prolétaires – hommes et femmes – radicaux et réformistes). Les piqueteros et les insurgés d’Oaxaca ont donné quelques exemples de la nécessité et de la difficulté de résoudre de tels conflits. Une révolution qui s’avérerait incapable d’affronter la question des sexes serait également incapable du reste.

La façon dont la révolution assurera aussi bien sa propre reproduction que celle de ses participants décidera de son avenir.

Dire que le rapport travail salarié/capital structure le monde, ne signifie pas que le monde ne tienne que par lui. Car dans ce rapport la famille joue un rôle nécessaire, et la subordination féminine est un des piliers du système : il faut donc aussi s’en prendre à cette subordination pour détruire le rapport travail salarié/capital.

G.D., juillet 2016 13

L’ARTICLE AU FORMAT PDF

NOTES

1 Certaines questions abordées ici l’ont été, différemment, dans la brochure Du féminisme illustrée en 2015. Elle comprend un article que j’avais publié sous le pseudonyme de Constance Chatterley dans la revue Le Fléau Social ( n° 5-6, 1974) ainsi qu’un entretien réalisé en 2015. On y trouvera abordé d’autres thèmes.

2 Je recommande en outre la lecture du numéro spécial « Genres et classes » d’Incendo paru en octobre 2012.

3 Une des forces de la bourgeoisie contemporaine est de faire croire qu’elle n’existe pas (ou plus). Aux sceptiques qui doutent de la persistance d’une classe bourgeoise consciente de ses intérêts et organisée pour les défendre, nous conseillons les études de Monique et Michel Pinçon-Charlot, entre autres Sociologie de la bourgeoisie, Repères-La Découverte, 2007.

4 La théorie du travail domestique comme travail reproductif, structurellement indispensable au capital, se donne pour but d’intégrer la subordination féminine dans l’exploitation capitaliste afin de combler une lacune chez Marx. Pas trop de modestie quand même : cette théorie prétend apporter rien moins qu’une définition (la bonne, celle du Capital étant jugée incomplète) du rapport salaire/capital.

Selon cette thèse, le travail domestique fait baisser le coût de la force de travail : si l’ouvrier devait dîner au restaurant ou acheter des plats tout préparés, porter son linge à la laverie, etc., il dépenserait plus que si une femme fait chez lui et pour lui cuisine, lavage, etc. Grâce à l’activité non payée de cette femme, le patron réaliserait une économie, et il faudrait considérer cette activité comme un travail dont profite gratuitement le capital qui y trouve une de ses sources vitales et permanentes de valorisation. Cette analyse revient à étendre la notion de surtravail (la part de la journée de travail au-delà du travail nécessaire à la reproduction de la force de travail, donc part « gratuite » et origine du profit patronal) au travail domestique non rétribué.

La thèse ne s’arrête pas là. Non seulement le travail ménager est aussi nécessaire au capital que celui effectué en entreprise, mais il est théorisé comme le plus nécessaire, car sans les enfants dont la mère s’occupe gratuitement, sans venue d’une nouvelle génération de travailleurs, la reproduction du capital s’arrêterait (évidence dont personne ne doute, mais les évidences ne sont pas le meilleur outil pour comprendre le monde). Le travail reproductif non payé des femmes serait donc essentiel et central, sinon le plus productif de tous. Les femmes produisant les enfants sans lesquels il n’y aurait ni société ni capitalisme, elles se voient attribuées un rôle productif au même titre que tout facteur de (re)production sociale, et en fait un rôle déterminant.

Tout dépend du sens donné aux mots. On peut appeler exploitation le fait que le mari se mette les pieds sous la table, mais cette exploitation-là ne joue pas le même rôle social que les heures passées par ce mari (et/ou par sa femme) en entreprise. De même, quoique le travail scolaire puisse préparer le lycéen à un futur rôle productif de valeur, il est abusif de considérer qu’apprendre ses leçons reproduise du capital à ce moment-là.

Si chacun est libre de l’emploi de ses mots, encore faut-il que le sens choisi reste cohérent avec la théorie à l’intérieur de laquelle chacun affirme se situer. En l’occurrence, les tenants de la thèse que nous examinons n’entendent pas remplacer la théorie marxienne du salaire et de la plus-value par une autre, seulement la compléter et la corriger.

Or, si la thèse du travail ménager reproductif disait vrai, l’ouvrier célibataire coûterait plus cher et nous verrions son patron obligé de le payer davantage que l’ouvrier vivant en couple. Et la salariée célibataire devrait logiquement elle aussi recevoir un salaire supérieur.

Ce n’est pas le cas.

Que les tâches ménagères soient également partagées (cas le moins fréquent), ou que le mari « profite » de sa femme, cela ne change rien à la reproduction du capital, car nous n’avons pas affaire ici à un profit d’entreprise. Une famille n’est pas assimilable à un atelier d’usine. Des hommes, voire des robots, effectueraient-ils les corvées quotidiennes que le profit du patron n’en serait pas modifié. Le salaire rémunère le coût de la reproduction de la force de travail, c’est-à-dire du travailleur lui-même et, s’il en a une, de sa famille.

Qui plus est, la réalité du monde du travail contredit l’idée du travail domestique féminin comme la structure nécessaire sans laquelle le capitalisme ne saurait exister. Cette thèse suppose que la vie de famille soit pour les travailleurs une pratique quasi universelle, alors que beaucoup connaissent d’autres conditions : célibat, logement en dortoir, en immeuble où cohabitent couples et célibataires, etc. Traditionnellement, les mineurs vivaient en famille près des puits, mais ce n’est plus le cas des mines à ciel ouvert loin de toute agglomération. Les ouvriers du bâtiment en long déplacement et le personnel des plates-formes pétrolières ne retrouvent pas le soir une ménagère pour s’occuper d’eux. Des millions d’hommes et femmes célibataires venus d’Asie travailler dans les services et sur les chantiers du Moyen Orient habitent des containers, des tentes, des baraques de chantier ou chez leur patron.

Au fond de cette théorie, il y a la conviction que la valeur n’est pas créée uniquement par le travail productif sur ce que l’on appelle un lieu de travail (une chaîne de montage, un atelier textile, un bureau de poste, un cargo, une conserverie, etc.), mais un peu partout, à l’université, à l’hôpital, dans la rue, et d’abord au sein du foyer familial, et toute la société fonctionnerait comme une « usine sociale ».

Une telle position va à l’opposé de Marx. Pourquoi pas, après tout, si l’auteur du Capital a tort, mais en ce cas on est en droit d’attendre une réfutation, pas une théorie contraire présentée comme un enrichissement.

Ce qu’opèrent ces théoriciens, c’est un dédoublement. La classe exploitée se déplie en deux : la classe du travail (prolétaires masculins et féminins), et la catégorie ou le groupe (on évite le mot classe) « femmes », défini par le travail reproductif. Le but est politique : élargir le sujet révolutionnaire jusque-là trop étroit. Le « monde du travail » au sens traditionnel s’étant avéré incapable de changer le monde, il suffirait d’étendre la notion de travail à presque toute la société pour obtenir désormais à la fois la quantité (le travail reproductif d’enfants étant supposé central et les femmes composant la moitié de l’humanité) et la qualité (les mouvements des femmes et de diverses minorités poussant le vieux monde du travail à sortir de son identité ouvrière et de son réformisme). Avec un sujet révolutionnaire si large et si profond, en effet, tout devient simple.

Pour d’autres développements sur ce thème, voir Federici contre Marx.

5 De nos jours, l’enfant mâle a perdu son droit privilégié à la succession, et l’ADN simplifie la recherche de paternité. Le mari n’a plus besoin d’enfermer l’épouse à la maison pour garantir l’origine de sa progéniture. Accessoirement, la GPA permet d’avoir « son » enfant, avec ses gênes, non ceux d’un autre : la mère porteuse se borne à porter, l’embryon n’est pas le sien, et le couple demandeur sera sûr que l’enfant est bien de lui et à lui. La propriété familiale renouvelée par la haute technologie.

6 La normalisation des mœurs suit son cours : dans un pays comme la France, la pénalisation des violences conjugales inclut désormais celles vécues au sein de couples de même sexe, tandis que juristes et sociologues débattent du concept de mari battu.

7 Aux États-Unis, on utilise le mot « race » mais, pour éviter de parler de « Blanc », on a officiellement recours à une race « caucasienne », et les services d’immigration classaient autrefois les Finlandais parmi les « Asiatiques ».

8 Dans la combinaison « classe + genre », tout est affaire de dosage. L’un des deux facteurs domine-t-il l’autre et, si oui, lequel ?

Fausse question, répondent certains (dont la revue Théorie Communiste, n° 23, 2010, et n° 24, 2012) : l’histoire serait bien animée par deux contradictions (classe et sexe), mais prises dans une dynamique unique. Réponse subtile, revenant à dire que les deux coexistent.

Pour le prouver, ils recourent au concept d’« augmentation de la population comme principale force productive ». Population ? Les 66 millions de personnes, nourrissons inclus, composant la population française, ne peuvent être toutes productives de valeur pour un capital. Alors de qui parle-t-on ?

Révolution du vocabulaire. Quand ils écrivent population, cela ne veut pas dire population, seulement « force productive du travail ». Là, on comprend : sans enfant, pas de renouvellement de la force de travail, pas de capital. Mais alors pourquoi théoriser « la population » ? Pourquoi faire comme si mettre des enfants au monde et les élever étaient en soi productifs de valeur ? Ces enfants ne le deviendront que lorsque (et si) ils sont embauchés par une entreprise pour y travailler, ce qui bien sûr ne sera pas le cas de tous. Quoique les tenants de cette thèse sachent que les prolétaires sont la principale force productive, les remplacer par la population permet d’introduire le « groupe femmes » (pas celui des femmes prolétaires, mais l’ensemble les femmes) dans la théorie du capital et du travail, puisque ce sont les femmes qui mettent au monde la population.

Comme on l’a vu [note 3], des féministes marxistes considèrent le travail domestique comme un travail productif de valeur (parce que producteur d’enfants eux-mêmes futurs travailleurs) au même titre que l’activité du salarié en entreprise. Parce que féministes, ces théories cherchent à démontrer qu’au fond le capitalisme repose sur la subordination féminine. Aussi reprennent-elles chez Marx ce qui les arrange, et laissent de côté ce qui les contredit (c’est-à-dire rien moins que l’analyse de la création de valeur par la mise au travail productif).

Cette thèse du « travail ménager reproductif », thèse indispensable au féminisme marxiste, Théorie Communiste la reprend, mettant les femmes (pas seulement les femmes prolétaires, non, les femmes) au centre de l’histoire. Avec cette différence qu’ici le centre est assez large pour qu’y coexistent à la fois les femmes et les prolétaires (hommes et femmes). Évidemment, au lieu de dire « les femmes », ce qui serait de l’humanisme idéaliste vulgaire, ou de parler de classe des femmes (quand on se veut marxiste, c’est la limite à ne pas dépasser), TC théorise un « groupe femmes » présenté comme aussi important que la classe. Car c’est lui qui sera censé mettre fin à la hiérarchie sexuée, tâche dont la classe (les prolétaires des deux sexes) à elle seule serait incapable car les hommes y dominent.

Le féminisme donne la priorité aux femmes. Le féminisme marxiste, c’est la double priorité. Mais quelle réalité reste-t-il à une priorité quand il y en a deux à la fois ? Nous pensions que le capitalisme se caractérisait par le rapport capital/travail, bourgeois/prolétaires. Erreur, nous explique aujourd’hui TC, le capitalisme est une société de classes et de genre, les deux. Contradiction ? Seulement pour ceux qui n’ont pas saisi que le concept de subsomption justifie tout : le montage intellectuel tient. Au théoricien, rien d’impossible.

Concluons, provisoirement peut-être, sur une touche positive. Puisque TC certifie qu’on n’a rien compris à la théorie révolutionnaire tant qu’on n’y a pas intégré le genre, et que ce groupe a découvert le genre vers 2008-2010, il est permis de porter au grenier les 22 premiers numéros de cette revue, afin de réserver toute son énergie à suivre la dialectique genre/classe exposée depuis dans la revue.

9 Les suffragettes représentaient une aspiration bourgeoise-démocratique, et celles, comme Sylvia Pankhurst, qui se sont radicalisées jusqu’à devenir communistes, ont dû pour cela changer de terrain social et politique, par exemple en s’opposant à l’Union Sacrée de 1914. L’activité démocratique (lutter pour le droit de vote des femmes) dans les quartiers de l’East End, avait conduit S. Pankhurst à participer de plus en plus aux luttes ouvrières, à rejoindre les socialistes révolutionnaires, enfin à fonder en 1919 le premier parti communiste en Angleterre. A la même époque, aux revendications du monde du travail, les femmes socialistes ajoutaient des exigences féminines spécifiques, mais sans sortir des limites du mouvement ouvrier. Au contraire, la déflagration sociale des années 1970 a fait se croiser (brièvement) des ouvrières en lutte pour l’égalité au travail et dans la vie quotidienne, et des femmes issues des classes moyennes et organisées contre la subordination féminine. La convergence n’a pas survécu au déclin des agitations dans l’usine et dans la rue, mais elle donne une idée de la force d’une poussée sociale qui fait éclater les catégories.

10 Qui dit droits dit devoirs : promue « l’égale » de l’homme, la salariée sera souvent forcée d’accepter les mêmes obligations que son collègue masculin. Le recul des discriminations sexuées au travail est un acquis… et parfois une arme à double tranchant, comme lorsque le parlement français a levé en 2000 l’interdiction du travail de nuit pour les femmes. L’égalité professionnelle capitaliste ne sera jamais qu’une égalité dans le travail, une égalité d’exploité(e)s. Ou alors, il convient de revendiquer pour les femmes un traitement égal mais accompagné de mesures spécifiques… justifiées par la spécificité féminine, ce qui réinstalle les femmes dans la famille, dans un rôle de mère.

11 Dans l’Espagne des années 1930, les Mujeres Libres étaient une organisation de femmes anarchistes pour qui la révolution sociale n’avait pas de réalité sans l’émancipation parallèle des femmes. Le groupe des Amis de Durruti réunissait une minorité anarchiste opposée à la participation gouvernementale de la CNT et au cours de plus en plus anti-révolutionnaire de la guerre civile espagnole.

12 Sur ce que ferait une révolution future, voir Bruno Astarian, Activité de crise et communisation, 2010.
Communisation, troploin, 2011 et G. Dauvé, De la Crise à la communisation, à paraître chez Entremonde, chapitres 3 (« Se défaire du travail ») et 5 (« L’Insurrection créatrice »).

13 « N’avez-vous pas oublié quelque chose ? », nous demandera-t-on peut-être: « Vous n’avez rien dit du genre !» En effet, et nous savons que l’absence du mot – et du concept – dans notre exposé suffira à le rendre nul et non avenu aux yeux de certains lecteurs, mais ce n’est pas pour eux que nous écrivons. Pour les autres, quelques lignes d’explication, inspirées des pages 32-33 du Féminisme illustré (cf. ci-dessus note 1) :

Qu’apporte ce concept ? Une distinction. Le sexe, c’est le pénis ou le vagin en tant que donnée physiologique due à la naissance. Le genre, c’est ce que fait la société de ce pénis ou de ce vagin : en général, jusqu’ici la société a obligé l’être avec pénis à se conduire comme ceci, et l’être avec vagin comme cela, mais désormais, nous assure-t-on, distinguer le genre du sexe va permettre de sortir des rôles imposés. Le genre, c’est le sexe social, contraint aujourd’hui, libéré bientôt, ou aboli, ce qui revient à peu près au même.

Il me semble plutôt que notre époque a produit le concept de genre pour rationaliser un problème qu’elle est incapable d’affronter.

L’assignation ancestrale des femmes à la maternité et à un rôle au foyer est en décalage avec l’extension du salariat et l’évolution des normes sociales correspondantes. Le capital a tendance à faire profit de tout, à embaucher quiconque lui rapporte et à vendre tout ce qui s’achète. Le Manifeste Communiste n’est pas le seul texte à souligner  comment le capitalisme sape les fondements de la tradition, de la religion, de la morale, de la culture et des mœurs : on peut seulement reprocher à Marx et Engels d’anticiper un peu vite en annonçant que « la grande industrie détruit tout lien de famille pour le prolétaire ».

Un siècle et demi plus tard, la société est confrontée à l’inévitable revendication d’égalité des femmes salariées, revendication qui logiquement déborde le lieu de travail pour concerner d’autres aspects de la vie. La société contemporaine est obligée de penser la contradiction d’un capitalisme égalisateur qui en même temps entretient l’inégalité des sexes.

C’est là que la notion de genre trouve son utilité sociale. Le monde préindustriel organisait les rôles sexuels selon des normes rigides, variables selon les cas, mais dont l’évolution était lente. Ces normes ne fonctionnent plus, ou mal. La millénaire subordination des femmes trouvait un semblant de justification dans le constat qu’en général elles ne faisaient pas le même travail que les hommes, leur étaient « différentes » et donc inférieures. La salarisation féminine massive bouscule tout cela, pourtant la subordination persiste : une prof d’université a des responsabilités importantes sur son lieu de travail, y compris du pouvoir sur des hommes, avant de se voir traitée en inférieur dans la rue, peut-être à la maison. Cette contradiction crée un dédoublement mental entre un donné biologique indéniable (appelé sexe) et une réalité historico-sociale (appelée genre depuis les années 1970).

D’où la distinction entre un sexe naturel et un genre social, afin de pouvoir faire en sorte que les rôles ne soient plus imposés mais choisis. Exiger la liberté de chacun contre le prétendu destin a une tournure contestataire qui ravit les uns et en effraye d’autres : parler de genre devient officiellement synonyme de progressisme, lui préférer le mot « sexe » passe pour preuve de conservatisme. Mais de quel social s’agit-il ? L’opposition du « social » au « naturel » n’est un progrès que si l’on comprend la société pour ce qu’elle est, c’est-à-dire non pas une addition de comportements et de choix, mais un ensemble de relations déterminées par des rapports de production. Car si le statut des femmes découle d’une construction sociale, mais que celle-ci dépende simplement de notre libre arbitre appuyé sur une pédagogie réformatrice, il suffira pour s’en extraire de le vouloir vraiment.

La théorie du genre est bien en phase avec l’idéologie démocratique et libérale, qui croit possible l’égalité dans un monde inégal.

La vulgarisation de la distinction sexe/genre n’est pas le signe que nos contemporains – femme et homme – auraient élargi leur marge ou leur exigence de liberté. Elle témoigne de contradictions qu’ils sont incapables de maîtriser, et dont la compréhension les dépasse.

Le genre s’est imposé sur la place publique alors que la classe s’y voyait disqualifiée. Parler de genre, c’est parler de domination. Pourtant les hommes n’ont pas dominé et continuent à dominer les femmes pour le seul plaisir de dominer : encore faut-il qu’ils y trouvent un intérêt matériel. Cela nous renvoie à ce qui structure cette société, c’est-à-dire à des rapports sociaux dont la domination sexuée n’est qu’un aspect, certes nécessaire, mais qui n’est pas le fondement.

Il n’est pas neutre de se référer au « genre ». Un concept sert à réunir des éléments en les séparant d’autres inévitablement minorés. Partir de la classe, c’est attribuer un rôle secondaire à individu, strate, catégorie, ethnie, etc. Partir du genre c’est considérer en priorité une activité sociale à partir du critère de rôle sexué (imposé ou choisi), et dès lors mettre au second plan les rapports de production et la possibilité de mettre à bas ce système.


je n'ai pas lu comme Lisbeth Salender « l’explication de la distinction et de la domination de genre par la grossesse est absolument indigente !! », et moins encore la nécessité de la mise au point de Richie Cunningham dndf 03/08/2016 à 15:38 | #2, parce que je n'ai pas vu là une analyse "biologisante", qui signifie ici essentialisante, ce que dément tout le texte, du moins dans ma compréhension...

Citation :
tout a fait ok avec cette réflexion. L’analyse est très « biologisante ». A ce sujet et pour plus de sérieux et surtout pour démonter l’argument de la grossesse qui est faux anthropologiquement on peut se pencher sur les écrits de d’Alain Testart.

si cette remarque renvoie à un passage du texte de Dauvé, c'est celui ci-dessous, et je ne vois pas en quoi il se distingue fondamentalement du point de départ adopté par TC, sans quoi parler des femmes comme « première force (re)productive de la "population" », considérant que "les hommes ne font pas des enfants" (ce qui dans l'absolu est faux) serait incompréhensible

GD a écrit:
Femmes comme reproductrices

Si la famille occupe cette place centrale, reste à comprendre pourquoi son fonctionnement s’accompagne d’une domination sur les femmes.

Avant tout, parce que le capitalisme signifie le règne de la production. Afin de dissiper un malentendu, précisons le sens du mot. Toute société repose sur la (re)production de ses conditions de vie. Mais le capitalisme soumet la société à l’impératif de produire, de produire de la valeur. S’il fabrique (et détruit) le plus possible, ce n’est pas afin d’entasser des objets, mais d’engendrer de la valeur et de l’accumuler. Il est donc logique que tout être ou chose soit traité en instrument de production.

Pour les femmes, il en découle un statut différent et inférieur comparé à celui des hommes.

Fait biologique, seules les femmes ont la capacité de porter l’enfant dans leur corps, le mettre au monde et l’allaiter, et une société où chacun existe d’abord comme instrument de production ne manque pas de spécialiser les femmes dans ce rôle et d’en faire une contrainte. [cette spécialisation est donc une construction historique et sociale, ce que disent peu ou prou toutes les critiques féministes du "genre" = "sexe social"]

Malgré mille exceptions et à des degrés infiniment variés, même aujourd’hui, une femme est considérée comme ayant vocation à être mère, jusque dans les milieux vivant une sexualité « différente » ou minoritaire : une lesbienne ne sera pas l’égale d’un gay. La famille la plus moderne n’attend pas la même chose d’une fille ou d’un garçon. Dans la plupart des cas, les femmes subissent une pression sociale, franche ou insidieuse, explicite ou non dite, pour être mères et la meilleure contrainte à la maternité, c’est le couple, avec ou sans mariage.


bref, Salender et Cunningham ont à mon avis interprété ce passage à l'envers, et franchement, trouver ce texte «indigent» sur le plan théorique me paraît assez injuste, ceci dit d'un qui n'a pas l'habitude d'épargner Dauvé...


j'ajoute une note en bas relativement à la version précédente de 13:41

un texte théorique de Gilles Dauvé qui revient dans le débat sur "la question des femmes", alias "le féminisme", alias "le genre", alias "la domination masculine", par laquelle l'auteur préfère comme moi ne pas définir entièrement le problème (j'ai introduit l'idée plus générale, systémique, d'un "machisme structurel" dépassant la simple domination par "les hommes")


GD a écrit:
Le terme de domination masculine induit en erreur si l’on croit que la subordination des femmes est aujourd’hui l’œuvre d’individus mâles.

quant au terme de "féminisme", je n'ai pas d'état d'âme pour l'accepter dans les termes où GD en pose la diversité et les variantes, mais je lui préfère l'idée de "luttes des femmes" qui ne se revendiquent pas toutes comme "féministes" (organisées 'politiquement' comme telles), considérant que dans le monde actuel, les luttes de femmes ou la place des femmes dans les luttes, dépasse quantitativement voire qualitativement leur prise en charge par des mouvements féministes quels qu'ils soient, sans éviter de poser la nécessité d'une auto-organisation de ces luttes

GD a écrit:
Dans tous les cas, la place des femmes dans l’histoire étant posée comme essentielle, il n’y a rien d’abusif à définir ces positions et ces courants comme féministes.

quant aux critiques par Gilles Dauvé des thèses de 'Théorie communiste', sur la double contradiction genre-classe, elles recoupent certaines des miennes, tenant à l'obsession conceptuelle, structuraliste et théoriciste de TC, et à son point de départ reprenant les thèses du féminisme matérialiste de Christine Delphy dans un montage un rien bricolé autour du concept de "population" comme "première force productrice mondiale" (dans ce cas il aurait fallu une analyse plus quantitativiste et notamment la prise en compte de facteurs démographiques et d'aspects ressortant de ce que j'appelle la double crise de l'Occident et du Capital)

si je ne voyais pas a priori ce qu'a voulu prouver Gilles Dauvé : se repositionner dans la concurrence sur le marché théorique de la communisation ? en faisant mine d'avoir accordé à cette question "des femmes" une place plus grande que ne l'aurait fait TC (22 numéros « portés au grenier », c'est vrai qu'ils y auraient été épargnés de l'inondation de la cave), je découvre par la note 1 que « Certaines questions abordées ici l’ont été, différemment, dans la brochure Du féminisme illustrée en 2015. Elle comprend un article que j’[Gilles Dauvé]avais publié sous le pseudonyme de Constance Chatterley dans la revue Le Fléau Social ( n° 5-6, 1974) ainsi qu’un entretien réalisé en 2015. On y trouvera abordé d’autres thèmes.» Voir le sujet FÉMINISME et COMMUNISATION, Constance Chatterley janvier 2015 : théorie communiste, femmes et luttes de classes, famille, "théorie du genre", etc.  juin 2015

dont acte, car j'ignorais ce versant féminin de la production théorique de Jean Barrot/Gilles Dauvé/Constance Chatterley. S'il est vrai qu'un milieu théorique s'élargit en proportion du nombre de pseudonymes de ses auteurs, le pseudo est en passe de devenir la première force de production théoricienne. C'est à rêver d'un Fernando Pessoa communisateur, bien que l'hétéronymomane portugais n'ait pas à ma connaissance écrit sous pseudonyme féminin !

un point faible relevé par Lisbeth Salender, c'est que Dauvé ne semble pas vraiment théoriser la problématique, et certes, c'est sa manière, il ne le fait pas à l'intérieur d'un corpus tenant par sa cohérence philosophique conceptuelle : mais est-ce grave, docteur ?

dans tout ça, en effet, on peut quand même se demander ce qui sépare les différentes approches communisatrices de « la question des femmes » (la mienne ici comprise) : du point de vue des luttes d'émancipation communistes et même des contours conceptuels d'une révolution communiste, je ne vois pas de telles différences qu'elles justifient ce que Lisbeth Salender appelle un « combat de coqs » (dndf 01/08/2016 à 10:02 | #1. Il me semble que le problème est confiné ici à des différends théoriques qui ont fort peu d'implication dans les luttes actuelles, à commencer par les luttes des femmes elles-mêmes, la question actuelle de l'auto-organisation, sous son appellation de "non-mixité" par exemple, par laquelle, une fois de plus, on ne peut concrètement faire l'économie d'un croisement avec la question raciale, ou mieux dit les luttes décoloniales (qui concernent naturellement les prolétaires hommes et femmes blanc.he.s)


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MessageSujet: Re: REDÉFINIR LE 'GENRE' ? pour la théorisation communiste, féministe et décoloniale, et la communisation. Conversations croisées et digressions sur TRANS et INTERSEXES   Ven 19 Aoû - 22:13


4 août 2016

'conversation' à propos de Sur la « question » des « femmes »
, Gilles Dauvé DDT21 (voir ci-dessus)

Patlotch a écrit:
pouvez-vous regarder le texte de Dauvé sur les femmes et me dire ce que vous en pensez, je le trouve pas si mal que ça, et quelle surprise d'apprendre que GD = Constance Chatterley !

Corinne Cerise a écrit:
Voici quelques simples remarques concernant le texte de Gilles Dauvé.

La première chose qui saute aux yeux est qu'il parle de la "question des femmes" occidentales, les nombreuses (et pertinentes) assertions (INSEE, Suède, etc.) le démontrent assez bien. La seconde est qu'il ne fait pas d'analyse sur les luttes des femmes passées ou en cours. Enfin, même si cela apparait en filigrane au long du texte, il semble faire l'économie d'une analyse sur la subordination réelle spécifique aux femmes prolétaires, se contentant de descriptions factuelles pour décrire cette réalité. C'est un peu étonnant pour un texte qui selon son auteur se veut "théorique".

Cela dit, je trouve le texte assez bon. Ici point de "féminisme enragé" (la "classe des femmes" - sic - chez certaines féministes radicales), mais une analyse qui embrasse la reproduction du capital comme système totalisant, du moins dans le dyptique classe/genre. Comme dit le texte : "Or, de cette reproduction sociale, le rapport homme/femme fait évidemment partie, mais la difficulté est de comprendre comment s’articule la division sociale du travail avec la division sexuelle de la société". Et je suis en accord avec lui lorsqu'il met en évidence la famille - quelle que soit sa forme - comme lieu premier de la division sexuelle et de la domination masculine. En outre le lien entre famille et propriété privée est assez bienvenu, à mon avis ("Avec ou sans enfants, et plus encore s’il en a, un couple homo marié assure la sauvegarde et le passage des biens dont il dispose : il se comporte comme une famille, lieu où se garde et qui transmet la propriété privée").

L'analyse de Dauvé/Chatterley met aussi assez bien en évidence le patriarcat systémique dans le cadre d'une société basée sur le salaire et la valeur : "Le terme de domination masculine induit en erreur si l’on croit que la subordination des femmes est aujourd’hui l’œuvre d’individus mâles (...) il est chapeauté par la collectivité. Dans les services médico-sociaux, les femmes sont sous tutelle (« pour leur santé et pour leur bien ») d’un personnel au moins autant féminin que masculin. (...) la justice vient au secours d’un être supposé faible incapable de se défendre. Et la protection est accordée en échange de l’acceptation par les femmes d’un rôle spécifique, un rôle de mère".

Viennent ensuite quelques considérations plus ou moins réchauffées sur la domination des femmes dans le monde du travail, qui à mon avis n'apportent rien de bien neuf. Mais cela permet une chute intéressante : "Le féminisme radical, lui, part de la situation des femmes pour l’intégrer à une transformation sociale globale (...). Dans tous les cas, la place des femmes dans l’histoire étant posée comme essentielle, il n’y a rien d’abusif à définir ces positions et ces courants comme féministes".

C'est à mon sens ce qui importe dans les luttes et pour leur auto-organisation (non-mixtes par exemple). Il s'agit de considérer les luttes des femmes non pas du point de vue intersectionnel, mais comme un mouvement au sein du mouvement produisant du communisme au présent.

Voici donc quelques simples petits commentaires.

Mais il y a une chose que Dauvé passe sous silence : l'assimilationisme qui est une version bourgeoise masculine du "féminisme", toute femme se trouvant dès lors revêtue des attributs masculins. C'est criant dans tout ce que diffuse l'idéologie de la classe dominante, par exemple dans le cinéma comportant des "héroïnes".


Patlotch a écrit:
merci pour vos remarques, éclairantes comme d'hab'

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MessageSujet: Re: REDÉFINIR LE 'GENRE' ? pour la théorisation communiste, féministe et décoloniale, et la communisation. Conversations croisées et digressions sur TRANS et INTERSEXES   Ven 19 Aoû - 22:14


9 août 8:14


remarques sur une "redéfinition du genre"
adéquate à la théorie de la communisation


toujours à propos du texte de Gilles Dauvé et des remarques précédentes chez dndf, un commentaire qui, si je le comprends bien, va plutôt dans le même sens que les miens le 3 août, du moins ses premières remarques sur l'assignation des femmes à l'enfantement


redéfinir le genre ? a écrit:
08/08/2016 à 16:14 | #3

Bonjour,

– être femme n’implique pas d’enfanter, certes.

– enfanter implique d’être femme. Est-ce faux ????

La famille atomique, berceau de l’individu au porte-feuille individuel, ou « collectif-mais-individuel-en-dernière-instance » (ex mariage). Chacun est sommé de gérer les attributs corporels qui le compose tels que ces attributs sont signifiés* par le mode de production capitaliste : comme des outils de la production et de la reproduction sociale. Il faut trouver sa place, se valoriser avec ce que l’on possède (c’est à dire ses biens, son « capital », son corps, etc…).

(* signifier : pas seulement au sens de porter un signe, mais d’engendrer des conséquences concrètes, et ce conformément à un ensemble de signes…)

Arrêtons de dire qu’être roux, brun ou femme n’a rien de biologique. Ce n’est pas tenable. Être femme n’est pas une pure abstraction venues [Vénus ?] de nulle part. Par ailleurs, les conséquences d’être femme dans le capital ne sont pas contingentes et superflues. Le capitalisme, comme mode de sujétion, de production et de reproduction d’individus, défini matériellement chaque particularité subjective de manière « génériciste ».

Ainsi, être potentiellement porteuse d’enfant, c’est l’être d’abord à titre individuel, et c’est immanquablement porter l’ensemble des contraintes sociales de cette potentialités. C’est ainsi que DANS LE CAPITAL, être sexué devient une histoire de genre. Avant, les contraintes matérielles d’être femmes existaient sous des formes spécifiques différentes, mais le terme de « genre » (j’insiste sur la dimension générique) ne leur est probablement pas adéquat. Après, on peut souhaiter que le dépassement du capital soit aussi celui du genre, et que celui du genre soit aussi le dépassement de la très vieille sujétion des femmes par les hommes. Le genre étant probablement la forme achevée de cette sujétion.

En outre, faisons attention à ne pas réduire le rapport homme-femme à un rapport de domination. Dans le capital (et peut-être depuis toujours), il n’y a pas de domination gratuite. On domine en vue d’exploiter [cela se discute, il peut y avoir recherche d'un plaisir qui ne soit pas exploitation, et qui quoi qu'il en soit la redouble toujours, même s'il est masochiste]. La sujétion homme/ femme est un rapport d’exploitation au sens large [de ce qui précède, cela est douteux ou du moins ne sert pas à grand chose de l'affirmer ainsi, comme s'il n'y avait plus, en quelque sorte, qu'une seule contradiction, de capital/genre] : des femmes par le capital par l’agent masculin, mais il présuppose aussi le rapport de classe en général sans lequel il n’a pas de sens (du moins en tant que genre, la forme actuelle de ce rapport) [de même, un fois le genre 'redéfini' uniquement dans le capital, une telle remarque devient tautologique, et du coup peut-être l'ensemble de ce commentaire].

J’espère ne pas engendrer de polémique, mais si polémique il y’ a, j’espère qu’elle sera fructueuse.
Bien à vous.


nonobstant mes critiques et pour les tempérer, une telle proposition de "redéfinir le genre", ou du moins de le faire dans le cadre de la théorie de la communisation, n'est peut-être pas inutile. Mais il faut prendre quelques précautions théoriques et savoir ce qu'on met sous les mots-concepts

par exemple, je note que le passage « on peut souhaiter que le dépassement du capital soit aussi celui du genre, et que celui du genre soit aussi le dépassement de la très vieille sujétion des femmes par les hommes. Le genre étant probablement la forme achevée de cette sujétion. » n'est au fond pas très différent de ce que suggérait Silvia Federeci face à la question : « Que pensez-vous de la perspective d'"abolir le genre" ? » : elle répondait en substance (2012 ou 2013) que ça dépend de ce qu'on entend par là, et le rapportait à la suppression des rapports hiérarchiques, qui ne sont pas la disparition de toutes différences entre sexes biologiques ni même sociaux*. Mais si on redéfinit le genre, comme semble le faire ce commentaire, de telle sorte qu'il n'existe plus que dans le capital comme exploitation, on ne résoud le problème qu'avec des mots, de façon tautologique comme j'écrivais dans le texte

*
-  supprimer les différences entre sexes biologiques paraît difficile, mais c'est envisagé par les bidouilleurs post-humanistes... Il n'est pas anodin que s'expriment au nom de l'anarchisme et du communisme des partisans du trans-humanisme (on en trouve sur certains forums anarchistes, et d'autres dans le Club Médiapart, au nom de l'émancipation...) L'ombre de cette question a même un instant plané sur les débats du Summer Meeting de la communisation en 2007, à propos de la contradiction de genre selon TC et de son abolition, provoquant des échanges d'une violence inouïe

- comment poser qu'il ne doit y avoir aucune différence sociale entre hommes et femmes tant que les premières, entre autres activités, portent et accouchent des enfants, ce qui d'emblée en suppose d'autres évidemment sociales (on a par exemple aujourd'hui le 'congé maternité') ? Si on le fait, il faut être conséquent, en l'occurrence prendre franchement position pour une autre manière de les produire, et dire que c'est un but communiste : le meilleur des mondes ? Faire de la théorie "en l'air" a des avantages certains, ne pas entrer dans les considérations concrètes, et s'en laver les mains au nom de la justesse des principes et de la pureté conceptuelle


toujours est-il que sans matérialiser "le genre" avec des exemples concrets en termes d'activités dans les rapports sociaux sous le capital, ici ou là, à comparer avec ce qu'on projette comme "abolition" (fin de la domination masculine et structurelle machiste dans le capital), de sorte qu'on matérialise les dépassements à produire, on peut se faire plaisir longtemps en généralités difficiles à saisir dans la vie et les luttes : on retombe là sur le danger du théoricisme qui se contente d'abstractions conceptuelles, ce à quoi échappe au moins le texte de Dauvé


9 Août 2016 14:08


la novlangue communisatrice reprend du poil de la bête :

aux pattes ?

dans la même discussion

Amer Simpson a écrit:
09/08/2016 à 04:21 | #4 La question n’est pas tant de savoir si les femmes ont un utérus pour enfanter et que par conséquent enfanter implique nécessairement d’avoir un utérus… [certes...]. Mais plutôt de savoir pourquoi le fait d’avoir un utérus est un marqueur social qui définit l’identité d’être femme.[vrai]

Identité qui n’a de sens que dans et pour le mode de production capitaliste. [faux : ce n'était pas le cas avant l'apparition du mode de production capitaliste, et quant à ce qui se passera après sa disparition, on n'en sait rien. Question abordée sous la forme : comment définir le genre, son abolition, celle de l'assignation sociale et de la hiérarchisation, ou de toutes différences ?]

Le biologique comme différence anatomique n’a de sens que dans le rapport de production social qui le produit comme marqueur identifiant la différence et sa fonction. [quasi inepte. D'une part le biologique n'a pas de sens a priori et le social ne saurait entièrement lui en conférer un : le biologique est, il évolue aussi avec ses lois propres. L'homme n'a pas complètement échappé à son animalité, et si la sienne évolue socialement ce n'est pas le seul chemin : le retour de bâton biologique ne se fait jamais attendre, y compris au niveau psychologique, on en a suffisamment d'exemples. Il arrive que le biologique reprenne ses droits sur le social, et qui songerait à l'en empêcher totalement, avec quel fantasme de maîtrise hors des rapports humain-'nature' ? D'autre part et par définition le biologique ne saurait avoir seulement « un sens que dans le rapport de production social qui le produit », sans quoi abolir ce rapport social serait abolir le biologique et sinon son sens puisqu'il n'en a pas a priori, ses implications relationnelles entre individus, qu'on les appelle sociales ou autrement

on retombe sur la tautologie et les fantasmes anthropocentristes des apprentis sorciers : virer le biologique du social à abolir lui-même, puisque dans la vulgate communisatrice, le capitalisme aboli, il n'y a plus de rapports sociaux, mais « l'immédiateté sociale entre individus ». Kesako ? leur demander

on continue à frayer avec l'utopie négative à la limite du nihilisme et du no future : "tout ce qui existe mérite de périr" était envisagé comme sous-titre d'un livre de Théorie Communiste. Il est vrai que ça ne mange pas de pain et garantie que « plus radical tu meurs », mais à cette aulne, le radical ne tarde pas à devenir fumeux... et mortel, comme on le voit chez ces "partisans de la communisation" qui dépérissent à vu d'œil]


Une pépite d’or est un caillou qui brille… Une femme est un individu qui pense et agit. [oui, et alors : Zorro va arriver ?]



VOUS VERREZ BIEN

extraits

Chanter entre les lignes, de front,
Cet absent de tout quai, ce mot nouveau blindé
Avec un train d'avance – E pur si muove -
Zorro est toujours déjà tard tarrivé,

La femme au bras, des autres, galamment abolie,
L'avenir du prolo est en passe
Gratuit tout au fond de l'impasse,  
Le second sexe est premier de la classe, à vos lits !

(Voilà la contrôleuse, sortez vos révolvers,
Position du tireur ? Couchette)

- Révolution ! À mort les révolus !
Camarades, il va falloir rapprendre à lutter russe,
Et puis, tout d' suite après, pendant longtemps pendantes, comme on dit des affaires,
Apprendre à ne rien faire

Que de chacun-e selon ses ruses
À chacun-e selon sa paresse,
Attendre rien, que vienne rien dont on s'éprenne,
Le plus troublant repos d'un-e obligé-e guerrier-e.

Et bien qu'à l'aise ça paraisse,
Si facil que paraître ça puisse,
De l'intercuisse à l'entrefesse,
Encor faudra-t-il que ça jouisse

On verra bien, nous verrons bien, vous verrez bien...


Patlotch, 22 juillet 2011


CRISE EN VERS

raisonner comme un caillou qui brille

[color=#0000ff]si ces gens-là n'étaient pas ridicules et impuissants, frayant avec ce qu'on peut considérer comme des ennemis des femmes et des hommes de toutes classes sociales avant et après abolition (cf 'PROGRÈS', SCIENCES, HUMAIN, SANTÉ et capital... TRANSHUMANISME et dés-humanité), ils seraient dangereux, à se vouloir quasi scientistes en ignorant ce que la science, et l'expérience (particulièrement vivace dans les sociétés non complètement occidentalisées/capitalisées), nous apprennent sur les êtres humains comme êtres de nature, sans besoin de l'essentialiser

on bâtit ainsi des concepts qui n'ont de sens qu'entre eux, sans risque de perdre sa cohérence, et l'on dit comment les abolir, en tant que concepts, sans toucher à rien de concret au présent

il y avait longtemps qu'on n'avait pas eu droit à un Collector de la communisation, celui-ci est « une pépite d’or, un caillou qui brille » : par sa connerie


9 août 20:28

dans la même discussion, cette réponse confirme ma compréhension, sans commentaire cette fois, car pour le reste elle est limpide (et patiente, mais moi ça fait un certain temps je me les paye, malhonnêteté diffamatoire de Roland Simon/TC à la clef dans « Le sexe sans excès, quelques réponses à Patlotch et Amer Simpson » de janvier 2014...)


Redéfinir le genre ? a écrit:
09/08/2016 à 17:05 | #5

En ce qui concerne le genre, je crois que GD [Gilles Dauvé] se méfie de, voire désapprouve, l’usage du mot « genre ». Je partage cette méfiance, mais il me semble qu’il est méthodologiquement et stratégiquement plus avantageux de faire ressortir ce que recèle un mot plutôt que de s’en débarrasser (ce qui est souvent une manière d’éviter de se poser des questions).

Quant au biologique, je ne comprends pas ce besoin d’en nier l’existence. Du moins, je ne le comprends qu’en tant qu’il satisfait une vision abstraite « générisiste » du monde. Le genre pris « au pied de la lettre » (comme on prendrait la marchandise au pied de la lettre). Je peux comprendre cette approche de la part de celles et ceux pour qui être genré n’est qu’une histoire d’identité, voire de choix. Mais de la part de matérialistes, j’ai plus de mal à saisir quels pourraient en être les avantages réels ou imaginaires… Ça ressemble à une pure incantation sans fondement.

Je n’ai écrit le commentaire précédent qu’en réaction au reproche selon lequel le texte de GD serait « biologisant », sans que ne soit déroulé le fil des conséquences qu’entraînerait un tel blasphème. Après tout, qu’est ce ça peut vous faire qu’il y ait effectivement des déterminations biologiques (parmi d’autres, sociales, PERSONNE n’a dit le contraire) dans le fait d’être femme ? Je me pose sincèrement la question…


mais bon, TC a une théorie de l'articulation classe/genre unique au monde, et rejetée par tous ceux qui la connaissent hormis leurs adeptes, c'est déjà ça



l'esprit mâle saint du caillou et le corps féminin du délit

Amer Simpson a écrit:
10/08/2016 à 06:35 | #6

Qu’est-ce que ça peut me faire qu’il y ait des déterminations biologiques ? Rien ! [cri du cœur mâle, où l'on voit bien qu'il n'est pas une femme, qu'il n'est pas dans le corps d'une femme, mais dans l'idée qu'il s'en fait en tant qu'homme]. Sauf quand ces déterminations viennent naturaliser des déterminations sociales, produites par des rapports humains définis historiquement. [les déterminations biologiques ne naturalisent pas les déterminations sociales de par leur simple existence, l'idéologie n'est pas intrinsèque au biologique]

Il va de soi que la meilleure façon de soigner un corps humain malade c’est de savoir si ce corps est anatomiquement mâle ou femelle… [ben ça dépend, pour une jambe cassée ou une maladie cardiaque il ne doit pas y avoir beaucoup de différence]. Mais quand l’anatomie vient définir socialement un groupe d’individus pensants et agissants comme différent ou plutôt LA différence par rapport à l’autre, nous avons quitté le domaine du biologique. Le corps humain est rempli de déterminations biologiques, mais ça n’explique pas la nature des déterminations qui définissent la séparation homme/femme comme rapports sociaux. [l'anatomie, le biologique ne définissent pas d'elles-mêmes ces rapports sociaux, mais seulement pour les essentialistes : c'est leur conception qui est idéologie, et fausse du point de vue scientifique, historique et social. La bonne critique n'est pas de nier en bloc les implications sociales du biologique (et en partie réciproquement par les manipulations sans bornes de la biotechnologie numérique), mais de réfuter l'essentialisme qui détermine le social par le biologique]

S’il faut partir du corps pour définir la femme, ce n’est pas biologiquement, mais à l’inverse, se demander pourquoi cette fonction biologique d’enfanter est devenu un marqueur social. [la question est bonne mais partielle, car il n'empêche que le biologique définit bien une différence entre femmes et hommes, et tous autres intermédiaires éventuels, assignés socialement à être l'un ou l'autre, même dans le cas de sexualité homosexuelle ou transexuelle : c'est aussi cela l'assignation de genre, donc une piste de son abolition en tant qu'assignation sociale à être soit homme, soit femme, assignation qui est parfois entérinée dans la mouvance LGBT, comme identités à revendiquer alors qu'elles sont aussi une production historico-sociale dans le capitalisme : cela revient à mon sens à les figer en exigeant leur reconnaissance politique et sociale (le "mariage pour tous" ne pose pas de problème au capital), plutôt qu'à produire leur dépassement par ce qui serait l'abolition de cette assignation de genre démultipliée à l'envie. Cf Gilles Dauvé/DDT21, la série sur l'invention de l'homosexualité]

À quoi sert cette fonction socialement pour qu’elle nécessite l’appropriation des femmes par leur assignation à cette fonction d’enfanter… Et par quoi le fait de porter des enfants est un handicap pour les femmes [c'est quand même une vision un peu réductrice, elles ne le vivent pas toutes comme ça, heureusement], c’est-à-dire que cette fonction à partir de laquelle elles sont définies est une contrainte qui les désavantage en société. [étrange retournement de l'essentialisme : l'assignation sociale à la fonction d'enfantement est produite socialement, particulièrement dans le capitalisme, mais elle n'est pas inhérente à la fonction biologique. Toutes les femmes ne vivent pas la grossesse comme une "contrainte", et si elles se battent contre ses désavantages sociaux, ce n'est pas en déniant leur être de femme porteuse d'enfant comme une malédiction capitaliste. Cela n'en fait pas d'inconscientes complices du système capitaliste et patriarcal]

Ce qui se cache derrière l’idéologie du biologique, c’est le mode de production social qui a besoin de cette fonction pour une raison qui lui est propre et si nous voulons trouver cette raison il faut aussi faire la critique du biologique comme idéologie [le biologique n'est pas une idéologie, mais une donnée matérielle de la vie pour tout ce qui existe dans le domaine du vivant (c'est-à-dire, depuis l'ancienne classification à deux règnes animaux et végétaux, hors les minéraux (Wikipédia : Règne > biologie) :

la biologie distingue six règnes du vivant :

- les Archées (procaryotes unicellulaires à histones)
- les Bactéries (procaryotes unicellulaires sans histone)
- les Protistes (eucaryotes unicellulaires)
- les Mycètes (champignons) (eucaryotes multicellulaires, hétérotrophes et osmotrophes )
- les végétaux (eucaryotes multicellulaires)
- les animaux (eucaryotes multicellulaires)
].

les animaux, dont les êtres humains...


Une critique matérialiste du genre serait de dire que la détermination biologique est la naturalisation idéologique d’une fonction** (ou plusieurs) spécifique qui touche et concerne les corps qui portent un utérus et qui pour cette raison peut et doit enfanter… Fonction qui trouve sa raison d’être dans l’exploitation du travail qui caractérise les différents modes de production jusqu’à maintenant***.

** dire qu'un fait de nature, même en évolution (merci Darwin) relèverait d'une idée, que sa réalité serait définie par cette idée, le biologique = idéologie, est au contraire une affirmation purement idéaliste,

*** on arrive à cette idée saugrenue, contradiction dans les termes de ce raisonnement : la fonction biologique « trouve une raison d'être » dans le social, l'exploitation du travail, ce qui revient à l'essentialiser, à la figer dans ce lien exclusif. De l'abolition du genre, on en vient à l'abolition du biologique, puisqu'il ne serait qu'idéologie. Je ne croyais pas si bien dire en affirmant qu'une telle proposition rejoint les pires conceptions transhumanistes de la bidouille... capitaliste. On ne saurait trop conseiller de (re)lire Le meilleur des mondes d'Huxley, 1931




il semble que dans le souci d'émanciper les femmes de la domination masculine, à quoi se réduit pour lui le genre comme sexe social vidé d'implications biologiques objectives*, le mâle Amer Simpson rencontre plusieurs problèmes, ce que j'avais déjà relevé dans son texte de 2013 lui ayant valu un traitement symétrique du mien par Roland Simon (« Patlotch, quant à lui, préfère la Collection Arlequin à la Série Noire. » in « Le sexe sans excès » RS 2014) : un problème de fond sur lequel portent mes remarques précédentes, et un problème de logique matérialiste et dialectique, qui le font errer entre tautologie et contradiction dans les termes

* ici, Bernard Lyon est plus ouvert qu'Amer Simpson, quand il précise dans un commentaire de dndf que « le genre, c'est la domination masculine », laissant entendre que par l'abolition de celui-là, c'est celle de celle-ci qu'il signifie, et rien de plus, contrairement à ce que des adeptes plus royalistes que le roi ont fait dire à TC. Nous ne sommes pas très loin de Silvia Federici quand elle distingue 'abolir le genre' comme cette domination masculine et en finir avec toutes différences sociales sexuées, remarque qui m'avait valu d'être voué aux gémonies par quelques 'féministes radicales' et autre Pepe comptant les gagner à sa cause. Ce point légitime l'idée de "redéfinir le genre" de façon adéquate à la théorie de la communisation (mon commentaire plus haut), et quitte à en critiquer les thèses pouvoir le faire sur une base précise et rigoureuse


le devenir théologie d'une théorie à la dérive

Amer Simpson est un des exemples d'adeptes d'une théorie (TC) dont ils ne saisissent pas les raisonnements, pour s'en tenir aux résultats les plus simplistes auxquels elle se prête par les formules-résultats de RS, qu'ils répètent comme des mantras coupés du mouvement de pensée qui y conduit, et les provocations à l'emporte-pièce de BL qui ne manquent pas d'être contre-productives. C'est d'ailleurs le cas de la majorité des ouailles de TC, dont partie de ses membres, de procéder à partir d'une vulgate communisatrice qui n'a pas grand chose à voir avec la substantifique moelle de la théorie de la communisation : les contenus-formes d'une révolution à venir, perspective dans laquelle, ai-je précisé récemment, je ne vois pas d'inconvénient à inscrire mes propres thèses du "communisme décolonial". Dans la mesure où ils ne sont pas réfutés de ce point de vue, la pente est à la caricature par laquelle Théorie communiste se tire une balle dans le pied, avant même que ses erreurs, pour autant que TC soit falsifiable, puissent être discutées, puisque pour l'essentiel, elle n'est pas comprise ou de travers. Ici et par-delà mes désaccords avec Gilles Dauvé, je lui reconnais pourtant d'avoir trié le bon grain des ivresses

il me semble que pour comprendre une théorie, il faut le faire de l'intérieur, texte et contexte de production dans son langage quitte à les critiquer, et je dois dire que je vois peu de "partisans de la communisation" qui aient ainsi compris TC, la variante communisatrice qui se prête le plus aux déformations telles que les "marxistes" en ont fait subir à Marx. La plupart l'ont adopté comme une vérité d'évangile, un dogme communisateur : « Nous sommes actuellement loin de la visibilité croissante et immédiate des contradictions de classe et de genre et de leur liaison avec la révolution et le communisme, le devenir idéologique de la théorie de la communisation plane sur nos têtes fragiles », alertait pourtant RS en 2013, suite à la fuite en avant dans Sic première mouture, formule rappelée dans TC25. Entre réciter des bribes mal digérées et reformuler en déformant, il n'ont pas de moyen terme. Il ne leur reste qu'à citer, copier-coller-traduire comme la bible, et comme dit l'autre suivent les incantations


leur 'communisme' vaut bien une messe

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MessageSujet: Re: REDÉFINIR LE 'GENRE' ? pour la théorisation communiste, féministe et décoloniale, et la communisation. Conversations croisées et digressions sur TRANS et INTERSEXES   Ven 19 Aoû - 22:24


10 Août 2016 19:29 modifié de 17:13 (ajout en bas)


grands ou petits, certains esprits se rencontrent

en peu de mots, cette réponse de 'Redéfinir le genre ?' à Amer Simpson reprend plusieurs des points qui m'avaient fait plus que tiquer, un peu comme si j'avais par avance déplié, explicité, ces remarques

Redéfinir le genre ? a écrit:
dndf 10/08/2016 à 15:02 | #7

On dirait que tu essaies de faire du fait d’enfanter, LA raison de l’assujettissement des femmes, tout en niant que cette détermination est biologique. Sans quoi la fatalité du biologique aurait raison du fond de commerce de la critique.

En outre, contrairement à GD, tu ne prends pas la peine de faire intervenir la moindre détermination sociale. Même si tu cherches à rebondir par une déclaration d’intention, la fonction d’enfanter doit trouver « SA raison d’être dans l’exploitation du travail ».

De plus en précisant que cette exploitation caractérise les différents modes de production jusqu’à maintenant, il semble que tu essaies de faire passer en douce qu’avant le capitalisme, l’exploitation du travail avait toujours été définitoire de l’enfantement. Ce qui est discutable. [j'avais fait cette remarque, avant de la supprimer car elle alourdissait mon propos]

Ce n’est pas parce que la nature humaine n’existe pas* que l’humain n’aurait pas de déterminations biologiques ou naturelles, ou que la nature n’existerait pas du tout *.

* on lira avec intérêt « La nature n'existe pas » de Paul Guilibert, Revue Période 30 juillet 2014

Mais le genre a son fétiche, le « gender-study-isme », ou l’art du tout n’est que social *. Tout ça pour conforter l’idée d’un individu pur qui se cacherait derrière chaque particularité, une idée pour le coup tout à fait idéaliste et naturaliste, puisqu’il faudra bien le libérer un jour cet individu, afin qu’il soit enfin « immédiatement social » ! [même contradiction dans les termes que j'avais relevée, d'un prétendu matérialisme de fait idéaliste... et essentialiste !]


scratch

Cordialement.

au-delà d'une critique du genre et de l'essentialisme naturaliste :

pour une approche communiste décoloniale des rapports humanité-nature

* ça doit être une lecture radicale de « l'essence humaine est l'ensemble des rapports sociaux », bien que Marx n'ait jamais nié, lui, les rapports de nature, et de l'humanité à la nature

les activités humaines, au demeurant, sont des rapports à la nature en ce qu'ils la transforment, et transforment leur propre nature d'êtres humains, qui n'est pas que sociale, pas purement sociale : c'est bien le problème du bidouillage de la biotechnologie numérique et du retour de bâton dont je parlais, ou par ailleurs de l'exploitation/destruction du vivant, l'extractivisme au premier chef combattu par les populations indigènes, une forme des luttes décoloniales contre le capital impérialiste étranger ou local national : contrairement à la vulgate marxiste sur le prolétariat comme uniquement prolétariat ouvrier, et à l'idée que ces luttes ne pourraient être que passéistes et de retour aux origines (comme par ailleurs identitaires et racialistes-essentialistes), elles sont porteuses de certains contenus armés d'expériences et de pratiques à même de retisser ces liens humanité-nature

remaque en passant : il me faudra dire deux mots de la façon dont Ross Wolfe se moque de la cuisine décoloniale dans Culinary materialism, sans comprendre que les idées décoloniales forment ensemble un paradigme des temps présents, et qu'elles s'emparent de tous les domaines de la vie avec une tendance à l'hégémonie dans une partie importante de la population mondiale qui entend se défaire de l'influence occidentale passée ou présente. Cela ne leur confère pas, prises séparément, un caractère révolutionnaire, bien évidemment, mais c'est la base même de rapports sociaux dans un rapport idéologique (ici non péjoratif), sur laquelle peuvent seulement être créés des liens organiques de masse : c'est parfois ce qu'on appelle la culture

comme on le pressent ici, il faudra bien y venir un jour, et boucler la boucle dialectique des rapports et contradictions entre classes, 'genre' et 'race indigène' (populations autochtones) que propose l'idée de théoriser le communisme décolonial, car les rapports de l'humanité à la nature sont en eux-mêmes un enjeu communiste à part entière, concret et actuel, pas seulement, via la question de 'genre', un enjeu théorique pour une future communisation


Shocked

crime théorique de lèse-abolition

ajout d'une précision
Redéfinir le genre ? a écrit:
dndf 10/08/2016 à 15:26 | #8

Afin de bien me faire comprendre : expliquer comment le capitalisme définit l’enfantement et le genre, ce n’est pas faire abstraitement de l’enfantement LA raison de l’existence du genre. Sans quoi le genre existe depuis toujours, et existera toujours. (Attention, genre et assujettissement de la femme par l’homme sont deux choses différentes, sauf peut-être dans le capital)


ouh la la, dire que le genre existera toujours, quelle provoc envers qui prétendait l'abolir ! et « détruire les hommes et les femmes » par la même occasion (Incendo Genre et classe > le site INCENDO, beaucoup de genre, un manque de classe : un coup de la sorcière ? Mais la distinction revient entre « genre et assujettissement de la femme par l’homme », la même que chez moi et Federici...


un milieu sans maître :
comme on dit un marteau sans faucille ?

ironie du sort, pour la petite histoire du milieu, Incendo, qui n'est pas revenu de s'être fait ramassé par RS/TC (Une critique d’ « INCENDO » par Théorie Communiste décembre 2012), est pote avec Dauvé (utile pour critiquer TC et censurer Patlotch en bande théoriste organisée). Le même Dauvé critique sévèrement Federici (Federici contre Marx 3 octobre 2015), pas par hasard puisque Théorie Communiste/Senonevero en a fait traduire Caliban et la sorcière. Mais il est vrai que ce désaccord ne porte pas sur le point évoqué plus haut, comme quoi il est impossible de rejeter en bloc une pensée même quand on en réfute l'essentiel. Le dernier avatar, sans plus regarder ce qu'il a vraiment écrit, aura été de trouver Dauvé « biologisant ». Moralité :

les voies des accords et désaccords sont impénétrables !

Rolling Eyes

pour qui suit de l'extérieur les relations intérieures du milieu de la communisation, et quand on connaît certaines de leurs motivations psychologiques réelles, ces règlements de comptes radicalement corrects et à fleurets mouchetés, sans échanges véritables ni clairs, n'ont rien de triste !

Allez, un Collector communication au milieu de la communisation !



10 Août 2016 - 19:47

la partie de ping-pong à distance avec 'Redefinir le genre ?' se poursuit sur la table de la communisation


abolir le genre ?

merde, ça se complique !

où le décolonial, sorti par la porte de la communisation, revient par sa fenêtre...

Redefinir le genre ? a écrit:
10/08/2016 à 19:16 | #9

A la question « le genre peut-il être aboli ? », l’approche consistant à définir l’enfantement comme raison du genre interdit de répondre oui, car pour cela il faudrait que l’enfantement soit purement social.

Or on peut répéter le contraire autant de fois qu’on le voudra, il ne l’est pas. Quoique ça laisse malgré tout encore une dernière porte de sortie pour abolir le genre : abolir l’enfantement ! [l'enfantement par les femmes, disai-je, car rien n'empêche la bidouille...] Nous voilà bien avancés !

Par contre si on définit le genre comme une forme spécifique et historique de l’assujettissement de la femme par l’homme ne survenant que dans un contexte où chacun est sommé de gérer individuellement les attributs corporels qui le constitue (y compris naturellement pardi !) tels que ces attributs sont signifiés par le mode de production capitaliste (comme des outils de la production et de la reproduction sociale), soit un contexte de « généricisation » (et rationalisation – ça va ensemble) des corps, on peut peut-être en espérer un dépassement. A voir… [à voir, mais le mot que je souligne est lâché]

Mais ce qui serait important avec une telle définition, c’est qu’elle partirait de la critique de la forme fétichisée du genre pris au pied de la lettre : l’individu générique abstrait; de la critique de son caractère prétendument purement social. [où l'on retrouve, commentaire précédent, la nécessité d'aller au-delà de la critique du genre quelle que soit sa (re)définition, pour envisager celle des rapports humanité-nature, et la production de leur dépassement par des luttes aussi actuelles que possible : décoloniales, entre autres, justement pour sortir de la dichotomie du corps et de l'esprit, de l'être humain hors de la nature, etc.

autrement dit cela nécessite une autre épistémologie critique, pour sortir de l'eurocentrisme hérité de la religion chrétienne et remanié par Les Lumières en raison ratiocinante contre le corporel, ce démon : voilà ce que propose la pensée décoloniale à son plus haut niveau d'exigence théorique, en relation avec des pratiques et des luttes réelles
]

Peut-être le genre, tel qu’il est fétichisé, est-il une manière de masquer idéologiquement l’insupportable fatalité de la définition spécifique de la femme dans et par le capital ? La mise en forme d’un fantasme d’indétermination. A méditer…

(individu purement social ou purement naturel, c’est la même erreur en négatif, qu’on soit subjectiviste ou objectiviste) [oui, c'est une opposition binaire réciproque insoluble, qui, portée à son comble par RS/TC et ses adeptes, n'aura fait pendant des années que bloquer le débat, pour en avoir raison]


... mais les fenêtres sont, comme les portes, soit ouvertes, soit fermées

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MessageSujet: Re: REDÉFINIR LE 'GENRE' ? pour la théorisation communiste, féministe et décoloniale, et la communisation. Conversations croisées et digressions sur TRANS et INTERSEXES   Ven 19 Aoû - 22:25


10 Août 2016 - 21:33


intermède censuré

Corinne Cerise a écrit:
Je repars un peu en arrière... J'ai lu deux fois les interventions de Amer Simpson à la fois sur DNDF et sur le forum, et je dois dire que c'est digne d'un collector majuscule, il n'y a strictement aucune analyse du "genre", ce n'est qu'un fatras dont, passez moi l'expression, on peut dire qu'il est le miroir du machisme.

Extraits :

"Ce qui se cache derrière l’idéologie du biologique"

"Identité qui n’a de sens que dans et pour le mode de production capitaliste."

"Une critique matérialiste du genre serait de dire que la détermination biologique est la naturalisation idéologique d’une fonction (ou plusieurs) spécifique qui touche et concerne les corps qui portent un utérus et qui pour cette raison peut et doit enfanter…"


Cela ne veut RIEN dire.


Patlotch a écrit:
merci de votre appréciation

concernant le machisme d'Amer Simpson, je lui ai déjà dit qu'il avait des femmes une vision d'homme ne connaissant pas et n'écoutant pas les femmes, et j'avais intitulé comme ça un chapitre de mon site : la méthode et son double, une vision d'hommes ? Pour une refondation en théorie communiste / 22 déc 2013




- Et c'te soupe ?... - Fiche-moi la paix, je lis Karl Marx

vous voyez que l'on réveille là, comme je l'évoquais à propos de Dauvé, Incendo vs TC, et moi par ailleurs, de vieux débats [...]

tout ne veut pas RIEN dire mais beaucoup est particulièrement faux voire de la pure connerie : « la détermination biologique est la naturalisation idéologique... » est une négation idéaliste de toute dimension biologique des êtres humains, partant des rapports sociaux eux-mêmes qui ne sont pas hors nature, puisque le corps humain est le support de leurs activités comme de leurs pensées : cela rejoint le conceptualisme, le théoricisme, les "auteurs accidents de la pensée", qui tombe du ciel, impersonnelle, sans influence de ceux qui la produisent et non située à Marseille sans excès de sexe, théorie adéquate à l'époque...

il y a plus d'un rapport entre la religion et leur façon de penser le communisme, avec un prude et chaste messie théoricien pour "annoncer" la communisation




- Et quand le Grand Soir sera venu...
- Ta bouche, mimi ! Quand le grand soir sera venu, je te connais... tu iras coucher avec un bourgeois !


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MessageSujet: Re: REDÉFINIR LE 'GENRE' ? pour la théorisation communiste, féministe et décoloniale, et la communisation. Conversations croisées et digressions sur TRANS et INTERSEXES   Ven 19 Aoû - 22:28


18 août 21:37

dans la même discussion, un commentaire pertinent de Tarona, sauf erreur membre de Théorie Communiste


Tarona a écrit:
dndf, 18/08/2016

En tous cas dans tous ces échanges, comme c’est souvent le cas sur cette question de la reproduction humaine, ce serait bien qu’on précise un peu quand on parle de biologique, ce qu’on estime qui est réellement biologique car outre la constitution organique, pour le reste c’est quand même pas trop simple.

On fait un peu comme si le simple fait que les femmes enfantent est un fait biologique (du fait de la simple existence de l’organe utérin) sans donner de façon plus précise toute leur importance aux pratiques bien réelles d’assignation individuelle et collective (politiques et/ou publiques relative à la santé sexuelle et reproductive, politiques familiales, violences sexuelles et masculines en générales, etc.) comportements qui favorisent l’enfantement chez celles qu’on appelle les femmes là où sinon, pour l’espèce humaine, la reproduction est une conséquence indirecte et accidentelle des activités érotiques.

Même les neuro-sciences qui ne sont pas franchement des féministes radicales le montrent dans leur jargon et pour leur propres enjeux alors bon, ne faisons pas comme si enfanter allait de soi alors qu’il y a des pratiques sociales contraignantes qui incitent sans cesse à assimiler activités érotiques et reproduction, pour ensuite le présenter comme instinctuel, naturel, là où sinon il y a disjonction…

Or, c’est bien l’existence de ces pratiques sociales contraignantes qui « force » à se poser la question de la condition des femmes et à se bouger le cul, ainsi dans ce texte on ne voit d’ailleurs pas trop la motivation pour parler de ça, c’est pas très clair outre un démarquage un peu léger et pas très novateur de ce qui a pu être écrit dans TC… [ce qui rejoint une de mes remarques, et n'a rien d'étonnant vu les précédents avec Incendo et Dauvé, puisqu'un des objectifs discrets de son texte est précisément de se démarquer de TC]


encore sur le corps féminin du délit,
et les mâles délires abstraits du désir théorique

ça fait du bien de lire sur la question des considérations un peu plus concrètes que celles qui précèdent. Est-ce un hasard, puisque Tarona est ce qu'on appelle encore une femme... Les mecs plus haut ne se sont pas trop risqués à entrer dans la relation entre sexualité et reproduction, qui est le point où l'on a à faire aux considérations les plus réactionnaires, et essentialistes. Mais là encore, il traîne dans ces milieux un rien de puritanisme qui fait que du cul et des désirs humains - pourtant au cœur de la subjectivité, y compris révolutionnaire -, on n'en parle que de loin, comme si faire l'amour pour le plaisir et faire la révolution par les corps n'étaient aussi que des concepts !


19 août 13:37, suite

suis-je bête, Lisbeth ?

Lisbeth Salander a écrit:
dndf 19/08/2016 à 12:36 | #14

De toutes façons, la nature, la naturalisation sont un des principaux outils argumentaires utilisés par ceux qui veulent trouver un fondement a-historique, « scientifique » à l’existence du groupe « femmes ». Si c’est naturel, banco, on n’y peut rien, au mieux on essayera de corriger l’injustice naturelle…

Dans les pays ayant effectué leur transition démographique, les femmes passent environ 0,017% de leur temps de vie à fabriquer des enfants… Ça fait pas grand chose pour en faire le fondement de leur domination…

» l’utérus ne fait pas plus la femme que la mélanine ne fait l’esclave »

si c'est une réponse au commentaire de Tarona qui précède, au-delà du premier paragraphe, je ne la comprends littéralement pas :

- « les femmes passent environ 0,017% de leur temps de vie à fabriquer des enfants…», soit environ un an, je ne sais pas d'où sort ce chiffre et à quoi il se rapporte au juste et pour quelles femmes : temps de grossesse + accouchement + trois premiers mois ?

il faudrait y ajouter a minima les premières années d'élevage, sans parler de tout ce qui suit et l'entoure en termes d'assignation dans le sens où en parle Tarona (« assignation individuelle et collective (politiques et/ou publiques relative à la santé sexuelle et reproductive, politiques familiales, violences sexuelles et masculines en générales, etc.) comportements qui favorisent l’enfantement chez celles qu’on appelle les femmes »)

si cela ne se mesurait même qu'en termes de temps dans une vie, c'est au moins par 10 qu'il faudrait multiplier ces 0,017% pour la plupart des femmes, y compris quand elles n'ont pas d'enfants, sous la pression sociale, au travail notamment (« Vous avez des enfants, non ? Pourquoi ?... » n'est pas le genre de question que l'on pose de prime abord aux hommes)

l'impression que le féminisme radical de Lisbeth se tire ici une balle dans le pied

- qu'ajoute à ce débat la citation de Bernard Lyon, répétée comme une mantra par des partisan.e.s de la thèse de Théorie communiste, au demeurant un rien hors sujet, si ce n'est qu'encore une fois il faut absolument comparer ce qui ne l'est pas, "race et genre", plutôt que d'en voir l'insécable réalité qualitative et quantitative, la concrétude dans les luttes sans lesquelles toute théorie n'est que du vent conceptuel ?

à ce rythme, pas un pas en avant, ni en arrière d'ailleurs, la stagnation à prétention théorique : le dogme




19 août 17:02, suite avec Tarona


du petit lait tout sauf maternel

Tarona précise ce que j'abordais considérant que mesurer le temps, quantitativement, ne suffit pas, c'est des aspects qualitatifs (idéologiques) des rapports entre femmes et hommes qu'il s'agit autant de parler. Pour le reste, mes commentaires dans le sien

Tarona a écrit:
dndf 19/08/2016 à 13:46 | #15

Oui la naturalisation vise toujours à éterniser les rapports sociaux… Cependant, je ne pense pas que la reproduction soit annexe, et je pense effectivement qu’elle est au fondement de la définition du groupe femme. Et si ça n’est pas quantitativement significatif, en temps passé à reproduire purement (il faudrait quand même ajouter tout le travail domestique visant et à faire exister la cellule familiale), qualitativement ça me semble essentiel dans le vécu des femmes et au fondement des pratiques sociales d’appropriation.

Car si la reproduction est accidentelle dans l’espèce humaine, [et ?] fait partie des conséquences possibles mais non essentielles, alors il faut des pratiques sociales qui puisse la faire exister comme centrale et essentielle dans la vie concrète car la gestion de la population est un enjeu dans tout les modes de production. La faire exister comme déterminante du coup aussi bien au niveau idéologique (au sens courant de comment on se comprend soi-même et le monde) qu’au niveau des conditions d’existence et de subsistance (CAF, circulation des biens et de la descendance dans la famille, histoire du fameux « panier de la ménagère », statut de son foyer etc) [c'est le souci de concrétude dont je parlais, et la raison pour laquelle mes sujets sur la question débordent de témoignages du vécu de femmes par des femmes et de leurs analyses en tant que telles, étant donné que je ne saurais me mettre et en parler à leur place]:

c’est là à mon avis qu’on peut comprendre la domination masculine ni comme simplement une injustice hasardeuse ni comme simplement l’effet boule de neige dans la sphère privée et donc sur les femmes de l’exploitation du travail salarié telle qu’elle existe uniquement dans la sphère publique.

D’où l’histoire pas si con de la face cachée du surtravail qui inclue quelque chose d’un peu hétérogène dans sa définition et qui de ce fait le masque ou l’exclue de façon constitutive (les activités reproductives des femmes). C’est une appropriation l’air de rien et la naturalisation de l’existence de ces activités privées (avec centralement l’activité sexuelle reproductive) permet cet air de rien. [je précise en passant que dans ma critique de cette thèse de TC, je n'ai pas mis en cause la fonction du surtravail, mais que tout semble y passer à l'entonnoir, comme s'il fallait rapporter strictement le problème à cette structure de l'exploitation : TC conceptualise mais ne sait pas redescendre sur terre]

Bref, après c’est pas si simple je trouve de passer de cette mise au pas sexuelle et sociale (avoir des relations sexuelles fécondantes) au reste du champ de la condition des femmes et de leur domination mais bon on peut pas faire comme si dans la vie des femmes et ce qui s’en dit, elles ne se définissaient pas elles-mêmes centralement quant au statut familial et à la sexualité, et y sont convoquées constamment au niveau individuel/subjectif ou collectif/publique, jusque par exemple dans la façon de considérer leur état de santé et de les soigner (ici en France ce sont centres de Planification pour les jeunes, puis les centres de Protection Maternelle et Infantile,… puis plus rien!)… [c'est une des raisons pour lesquelles j'ai élargi la question de la domination masculine à celle d'un machisme structurel, sans être complètement satisfait par cette expression, que j'ai empruntée à quelque féministe croisée quelque part : comme idéologie dominante, ce machisme sociétal ne manque pas de s'emparer des femmes dans leur immense majorité, y compris dans les pays où elles se considèrent les plus "libérées"]

Et puis il y a tout le pan de l’appropriation violente des femmes par les hommes qui dans le texte est toujours abordée poliment comme domination masculine mais qui n’est jamais précisée et réfléchie si bien qu’outre les inégalités de salaire et de répartition des taches (je caricature un peu mais pas tant que ça je crois) on peut même se demander ou est-ce qu’il y a un problème au final, c’est ce que je voulais dire quand je pointais la question de la motivation de ce texte. Les femmes, avant d’être « une question » permettant aux uns et aux autres de se placer et se démarquer (ce qui peut se faire avec toute question/prétexte) c’est d’abord un problème. [même remarque sur le machisme structurel et quant au texte de Dauvé,- c'est normal après tout pour un homme d'autant qu'il se garde de citer des femmes, ce qui serait le B A BA du principe d'auto-organisation -, il me semble qu'il traite le problème à la légère, ou si l'on préfère par-dessus la jambe, en folie berger gardien du temple mâle de la théorie, jusqu'à adopter, en 1974 puis 2015, un pseudo féminin, Constance Chatterley, pour en parler "comme une femme", qu'il n'est pas ! Si ce n'est pas le comble du 'mansplaining'...]


... et je constate avec plaisir que Tarona ne revient pas sur la citation de BL reprise par Lisbeth (« l’utérus ne fait pas plus la femme que la mélanine ne fait l’esclave »), quant à "l'articulation classe/genre/race", ce qui me semble préférable étant donné depuis l'évacuation, tant dans mon approche communiste comme combat que dans le pragmatisme décolonial, d'une approche intersectionnelle autour de cette «divinité à trois têtes» (Houria Bouteldja ici) : à chaque jour suffit sa peine

le retour de Tarona, qui avait inspiré Théorie Communiste, en ? 2006, pour intégrer le genre à son corpus théorique, est, vu son niveau d'intervention, une excellente nouvelle

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MessageSujet: Re: REDÉFINIR LE 'GENRE' ? pour la théorisation communiste, féministe et décoloniale, et la communisation. Conversations croisées et digressions sur TRANS et INTERSEXES   Ven 19 Aoû - 23:08


suite chez dndf

en finir avec toute conceptualisation ne faisant que monter en abstraction
sans pouvoir redescendre, quel qu'en soit le contenu

je ne suis pas sûr que 'Redefinir le genre?' réponde à ce qu'a écrit Tarona, mais certain qu'il fait revenir les échanges à des considérations bien moins concrètes que les siennes, ce qui en faisait pour moi tout l'intérêt... théorique, mais bon, il ou elle enfonce le clou contre l'opposition binaire des pro-nature et des pro-social, c'est de bonne guerre vu certaines lectures des thèses de TC, sinon leur contenu même

Redefinir le genre? a écrit:
dndf 19/08/2016 à 18:45 | #16

« la naturalisation vise toujours à éterniser les rapports sociaux » (Tarona)

La naturalisation oui, mais pas la nature. Pourquoi les hommes se priveraient-ils d’utiliser les spécificités biologiques acquises (j’ai bien dit acquises, mais évidemment elles ne le sont pas toutes) des femmes jusque dans leur génome, par des millénaires d’assujettissement (exploitation, appropriation, domination…) pour reproduire et justifier cet assujettissement ? Les antiféministes justifieront ces différences pour les naturaliser (en faire une pure nature abstraite sans histoire

*1) à des fins conservatistes. Tandis que certains, mais aussi certaines féministes post-modernes, feront disparaître la femme concrète derrière une femme abstraite purement sociale, moyenne

*2. Puisqu’abstraitement la femme serait déjà en puissance l’égale de l’homme, c’est un dépassement du genre abstrait qui est envisagé laissant intacte la femme concrète (qui n’est pas moins biologique qu’elle n’est sociale et historique).

Comme s’il s’agissait d’un accord tacite entre antiféministes et féministes (on vous laisse le biologique, laissez-nous le social). Chacun « son champ d’application » (comme dit AS), et les places (de genres, d’universitaires, ou de neuroscientifiques) seront bien gardées. C’est la relation dialectique entre nature et social qui passe à la trappe au profit d’une dualité statique, au détriment des femmes, et du prolétariat tout entier. [une fois dit, et l'idée en étant acquise, pour moi du moins, il s'agit de le construire, ce qui ne peut se faire que sur la base des luttes actuelles]

L’utérus ne fait pas moins la femme que celles et ceux qui s’en servent pour réduire la femme à un utérus ou que celles et ceux qui font abstraitement disparaître cet utérus pour prétendre libérer la femme. De plus l’enfantement n’est pas le seul désavantage des femmes face au capital permettant leur appropriation par les hommes, pourquoi les hommes se priveraient-ils d’utiliser leur plus grande taille pour les regarder de haut ?

Ce qui n’invalide en rien l’intervention de l’accumulation du surtravail comme détermination en dernière instance [humm...] de l’enfantement, comme le fait remarquer Tarona [elle ne dit pas ça ou pas comme ça]. Mais il n’en résulte peut-être pas mécaniquement une assignation systématique des femmes à la reproduction. Bien que ça joue, j’ai bien peur que ce soit encore plus insidieux que cela…

1* car il y a bien un mouvement historique et dialectique entre l’humain et la nature. [cette dialectique n'est devenu celle de deux termes opposés que dans l'évolution des sociétés particulièrement "modernes" - cf Jacques Camatte et longtemps les sociétés non occidentales dont il reste des traces, base parfois de luttes décoloniales]

2* et pourquoi pas interchangeable pendant qu’on y est… Vous me suivez ?


Lisbeth Salander a écrit:
dndf 19/08/2016 à 19:45 | #17

Je voulais signifier que la partie anatomo-physiologique de l’enfantement, celle qui fonde toutes les théories naturalistes était dérisoire en regard de la somme fantastique d’éléments d’assignations sociales à l’enfantement [ce "dérisoire" est discutable car fondamental pour ne pas dire essentiel, structurel par définition, et là encore ce n'était pas une question de mesures comparative mais d'articulation idéologique, à déconstruire de façon théorique]. De la couleur rose à l’excision en passant par la drague, le viol, le harcèlement, le care, l’instinct maternel… et toutes les injonctions assénées aux filles dès leur naissance: « tu seras mère ».

Ce qui était intéressant dans la position de TC c’était de rendre consubstantiels l’appropriation du sur travail et l’appropriation du corps des femmes. Deux contradictions intriquées, inséparables. Et, là, l’enfantement prenait tout son sens dans l’invention du groupe « femmes » : les êtres humains qui produisent dans leur ventre les travailleurs a qui on va extorquer le surtravail, seule source de la richesse depuis les premières sociétés de classes (autant dire toute l’histoire de l’humanité, pour paraphraser le Manifeste…). [ce n'est pas une paraphrase mais une lecture sollicitant le texte : « L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes ». Toute l'histoire humaine n'est pas celle de sociétés...]

On comprend pourquoi les non travailleurs exploitent les travailleurs et pourquoi les hommes dominent les femmes… (Clin d’œil au message de « renouveler le genre » : aujourd’hui, le consensus scientifique c’est que la taille supérieure des hommes est, elle aussi, une construction sociale!!!)


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MessageSujet: Re: REDÉFINIR LE 'GENRE' ? pour la théorisation communiste, féministe et décoloniale, et la communisation. Conversations croisées et digressions sur TRANS et INTERSEXES   Ven 19 Aoû - 23:49


je signale dans ce cadre que nous avions, Corinne Cerise et moi, engagé en janvier 2016 une conversation sur le thème



elle n'est pas allée très loin, mais serait peut-être à reprendre dans le contexte de ce débat renouvellé

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MessageSujet: Re: REDÉFINIR LE 'GENRE' ? pour la théorisation communiste, féministe et décoloniale, et la communisation. Conversations croisées et digressions sur TRANS et INTERSEXES   Sam 20 Aoû - 0:33


suite à ma remarque plus haut dans "du petit lait tout sauf maternel", commentaire dans le commentaire de Tarona :


Patlotch a écrit:
... j'ai élargi la question de la domination masculine à celle d'un machisme structurel, sans être complètement satisfait par cette expression, que j'ai empruntée à quelque féministe croisée quelque part : comme idéologie dominante, ce machisme sociétal ne manque pas de s'emparer des femmes dans leur immense majorité, y compris dans les pays où elles se considèrent les plus "libérées"

je complète le titre de la catégorie d'ensemble pour le préciser :


remarque : cela peut choquer d'affirmer que des femmes sont aliénées par le machisme sociétal idéologique, autant que des 'non-Blanc.he.s' aliéné.es par la domination blanche dans les pays où ils sont minoritaires ou ceux sous le joug impérialiste occidental : mais s'étonne-t-on que des prolétaires endossent les idées dominantes du capital et de l'État ?

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MessageSujet: Re: REDÉFINIR LE 'GENRE' ? pour la théorisation communiste, féministe et décoloniale, et la communisation. Conversations croisées et digressions sur TRANS et INTERSEXES   Sam 20 Aoû - 10:10


suite. Après "Amer Simpson", je vois que l'imagination s'est emparée du pouvoir sur les pseudonymes  cyclops


indépendance mon cul

Homère d’Allore a écrit:
dndf 20/08/2016 à 00:04 | #18

Le développement du capitalisme n’est en rien linéaire. Il est dialectique. Si, comme le démontre Silva Federici, la naissance du biopouvoir de la Bourgeoisie au XVI ème et au XVII ème siècle a assujetti la Femme a sa fonction de reproductrice de la force de travail pour permettre l’accumulation primitive, il n’en demeure pas moins que le même capitalisme a permis « l’indépendance » des femmes vis à vis de leur époux au vingtième siècle.

Bien sûr, cette « l’indépendance » des femmes vis à vis de leur époux se traduit par une autre aliénation : celle au processus de production et à celle de la marchandise et la marchandisation du corps.
 

cette « indépendance » me paraît toute relative et bien mal répartie, si j'en crois à la fois les enquêtes et les statistiques, les violences dans les couples en raison même de cette recherche d'indépendance que supportent mal beaucoup d'hommes, les retours au foyer des femmes qui travaillent, et là encore tout dépend sans doute du niveau de salaire et de la qualification des emplois respectifs, pour autant qu'il n'y ait pas chômage de l'une ou de l'autre

bref, là encore, allons aux faits et à ce qu'en disent les femmes et les chiffres :  FEMMES : quand on aime, on ne compte pas... les coups ? La "condition féminine" en chiffres. Voir aussi la DOMINATION MASCULINE en FRANCE : machisme, travail, domesticité, violences...

la question de l'indépendance n'est pas seulement relative au couple et donc comme une affaire privée, mais à tous rapports publiques entre femmes et hommes (au travail notamment) et aussi d'une façon générale à l'idéologie

quant aux formes de l'aliénation des femmes à niveaux socio-culturels élevés, elles renvoient effectivement je pense à « celle de la marchandise et la marchandisation du corps ». Voir les sujets :

- FEMMES : CORPS à prendre ? CORPS à vendre ? CORPS à ventres ? CORPS à aimer ? CORPS à danser ? CORPS à jouer... de quoi de quoi ?

- La libération de la femme ne passe pas par la minijupe, ni certes le burkini...  

- 'paternalisme lubrique' ou domination mâle sur des 'privilégiéEs' ?

une bonne question à se poser serait de définir ces formes "d'aliénation", c'est-à-dire de soumission inconsciente ou consentie à l'idéologie dominante du machisme sociétal, dans toutes ces dimensions du corps et de l'esprit, du sexe et du plaisir réel à vivre avec son temps... sans oublier que c'est un problème de classe, donc de masse

finalement, il y a peut-être trop peu de critiques féministes (de classe) des comportements féminins, comme par obligation de focaliser exclusivement sur la domination masculine sans admettre qu'il y a des formes de réciprocité dans l'acceptation des rôles à tenir, autrement dit de ce qui définit le genre non pas seulement de façon essentialiste ou naturaliste, mais aussi sociale et idéologique. Ici encore comme dit "Redefinirlegenre?", l'opposition binaire est loin du compte théorique



Homère, Ulysse et le cyclope
Amphore proto-attique (670-660 avant JC) Musée d'Eleusis

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MessageSujet: Re: REDÉFINIR LE 'GENRE' ? pour la théorisation communiste, féministe et décoloniale, et la communisation. Conversations croisées et digressions sur TRANS et INTERSEXES   Sam 20 Aoû - 18:16


ça continue entre Homère et Lisbeth...


homérique sans mérite

mais là je ne reprends pas tout, sans quoi à suivre Homère d'Allore et ses considérations sur la taille et le poids respectifs des mâles et femelles on en arriverait vite à


Homère à Lisbeth : « Vous considèrez vous comme une baleine ? [...] Donc, la prochaine fois que vous faites l’amour, choisissez un nain. »

je partage le ras-le-bol trop poli de Lisbeth : « j’arrête là, le ton des échanges avec toi me déplait fortement… », et je m'en tiendrai à ceci

Homère d'Allore a écrit:
dndf 20/08/2016 à 14:57 | #20

D’ailleurs, pour en finir avec cette histoire de « violences conjugales = domination masculine », une autre statistique bat en brèche la doxa bien-pensante qui associe ce phénomène à la seule société patriarcale.

En effet, les violences conjugales sont plus répandues chez les couples gays et lesbiens que chez les hétérosexuels !
http://www.pourquoidocteur.fr/Articles/Question-d-actu/7977-Violences-conjugales-les-couples-homosexuels-durement-frappes

Ca va être dur d’expliquer ce phénomène par la simple domination masculine.

Bonne chance !


homos mais mâles, lesbos mais femelles

je ne vois pas, sauf non genrés de naissance, et non transgenres par "choix", ce qui ferait qu'un couple de lesbiennes ne serait pas constitué de deux femmes, et de gays de deux hommes, du moins est-ce ainsi que la société les définit et la plupart d'entre elles et eux aussi, mâlheureusement (cf Dauvé Homo2 sur l'invention de la catégorie homosexuelle, qui oublie jusque-là les lesbiennes, faisait remarquer Corinne Cerise). Il faudrait donc encore comparer les violences entre gays et lesbiennes, et l'article auquel renvoie Homère ne le fait pas (je crois me souvenir qu'Angela Davis affirmait, au 10ème anniversaire du PIR en mai 2015, que les femmes transgenres sont plus viol(ent)ées, notamment en prison, par la police américaine)

quoi qu'il en soit, l'important serait quand même d'éviter de penser que dans un couple gay, l'un jouerait le rôle de la femme, et dans un couple de lesbiennes l'une celui de l'homme, car s'il est une assignation commune au choix de genre "homme vs femme", c'est bien celle-ci, particulièrement homophobe, qui refuse de voir une multiplicité de cas particuliers voire singuliers, de sexes à la fois biologiques et sociaux* différents, dans lesquels aucun des deux critères ne saurait prendre le dessus, dès lors qu'il y a (quand c'est le cas) soit pénis soit utérus, donc hommes et femmes biologiques, si j'ose dire, mais un accouplement sexuel de plaisir ne suivant pas cette norme, qui continue pourtant à imposer sa pression sociétale et idéologique en termes de genre - femmes et hommes sociaux ou sociétaux -, y compris sur les gays, lesbiennes, transgenres plus ou moins choisi.e.s...

* l'érotique est éminemment social, puisqu'il sépare le plaisir spécifiquement humain de la fonction reproductrice pour tous les animaux, dont les humains, et c'est bien ce qui emmerde les essentialistes pour qui ces rapports sexuels sont contre nature, comme chez les curés, pédophiles ou pas, puisque cela va de pair avec leur conception du plaisir comme péché, du corps sale et de l'esprit pur, comme chez certains théoriciens  Twisted Evil

« Bref », comme dit Tarona : « après c’est pas si simple je trouve de passer de cette mise au pas sexuelle et sociale (avoir des relations sexuelles fécondantes) au reste du champ de la condition des femmes et de leur domination... »

mais je ne suis pas un spécialiste, et de crainte de dire des bêtises, j'en reste là...

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MessageSujet: Re: REDÉFINIR LE 'GENRE' ? pour la théorisation communiste, féministe et décoloniale, et la communisation. Conversations croisées et digressions sur TRANS et INTERSEXES   Dim 21 Aoû - 12:37


stérilisation in vivo


la "discussion" se poursuit chez dndf, avec les interventions d'Amer Simpson et Homère d'Allore. Le premier enfonce des portes ouvertes contre le naturalisme essentialiste et enfile quelques perles supplémentaires sur son collier d'adepte simpliste de TC, quand le second poursuit sa guerre contre les Gender Studies, comme si l'utilisation en soi du concept de genre, ou l'introduction de "la question des femmes" dans la réflexion communiste en général et sur la communisation en particulier se réduisait à prendre celles-ci pour vérité d'Évangile

cela n'a pas échapper à l'hôte des lieux

pepe a écrit:
21/08/2016 à 10:57 | #32

Vous avez dit complotisme ?? Aucune théorie n’est intrinsèquement dangereuse. Tkt, on sera vigilant. A part ça, ici, personne ne se réfère aux Gender Studies, à part toi… nos fréquentations, c’est plus Federici ou Tabet…



par conséquent, et sans entrer dans les détails d'une critique de tel ou tel passage, nous ne tirerons rien de ces deux-là, et nous continuerons de penser avec d'autres

il est une façon de noyer le poisson des questions posées, et de stériliser tous les œufs de problématiques fécondes, qui bloque la possibilité d'un débat, tel qu'il commençait à s'ouvrir, ici, avec le texte de Gilles Dauvé et les interventions de Lisbeth Salender, "Redéfinir le genre ?", et Tarona. C'est bien dommage, mais c'est comme ça


La maman des poissons elle est bien gentille

Si l'on n'voit pas pleurer les poissons qui sont dans l'eau profonde
C'est que jamais quand il sont polissons, leur maman ne les gronde
Quand ils s'oublient à fair' pipi au lit,
ou bien sur leurs chaussettes
Ou à cracher comme des pas polis,
elle reste muette




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MessageSujet: Re: REDÉFINIR LE 'GENRE' ? pour la théorisation communiste, féministe et décoloniale, et la communisation. Conversations croisées et digressions sur TRANS et INTERSEXES   Dim 21 Aoû - 12:50


je rappelle encore le sujet "GENRE", "INDIVIDUS" et "NATURE" : une « RÉVOLUTION des 'INSTINCTS' » ? où disais-je Corinne Cerise et moi n'étions pas allés très loin, mais, le relisant en diagonale, je m'aperçois que nous y avions abordé pas mal de questions et relié plusieurs des thématiques du forum

ça commençait comme ça


Patlotch a écrit:
une conversation qui a commencé le 18 janvier dans pour une RÉVOLUTION de CIVILISATION : éléments... et conversation et qui se poursuit en privé avant d'être reprise ici en termes plus clairs si nous y parvenons

le sujet est d'autant plus intéressant qu'il n'a pas encore été abordé sur le forum, et qu'il brasse des dimensions sexuelles, de genre, de rapports humain/'nature', d'individualité... questions où la pensée décoloniale a son mot à dire. Exemple : La nature n’existe pas ou Décoloniser la nature, par Paul Guillibert, revue Période juillet 2014

par ailleurs nous avions posé le dépassement du capital comme révolution sortant de l'anthropocentrisme commun aux thèses de Temps Critiques d'une "révolution à titre humain" et de Théorie Communiste d'une "révolution à titre prolétarien". C'est en ce sens que nous préférions parler de "Communauté du vivant" plutôt que de "Communauté humaine". Le mot de Marx "Gemeinwesen" ne porte d'ailleurs pas sur la seule communauté humaine.


nous y avions associé quelques points essentiels des thèses de Bruno Astarian que nous considérions ensemble des plus fructueuses, à partir de La communisation comme sortie de crise, Bruno Astarian, Hic Salta 2009, et notamment l'idée de Production sans productivité, tout en critiquant comme TC la tentation d'un récit communisateur et son aspiration par un néo-programmatisme déterministe

les notions de subjectivation révolutionnaire et d'identité communiste y étaient encore discutées et précisées. Bref, ce cours sujet faisait le tour et le lien de pas mal de questions ouvertes

à l'heure où Gilles Dauvé met à jour, dans une perspective communisatrice, un approche globale de la crise (de civilisation, dit-il), il n'est pas inintéressant de constater que


ce n'est qu'un débat, continuons le début

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MessageSujet: Re: REDÉFINIR LE 'GENRE' ? pour la théorisation communiste, féministe et décoloniale, et la communisation. Conversations croisées et digressions sur TRANS et INTERSEXES   Dim 21 Aoû - 13:50


"nature" et "humanité" : sortir de la dichotomie

au risque de me répéter je reprends un point déjà discuté

Amer Simpson a écrit:
21/08/2016 à 02:32 | #29

La relation dialectique entre nature et société ne nous avance à rien si elle n’est pas définie de façon à rendre compte du champ d’application de chacun des termes… Sinon tout devient naturel et social à la fois.


"Redéfinir le genre?", à l'inverse, avait aussi tendance à conserver séparées les catégories de "nature" et d'"humanité", mais la seconde appartient à la première, si bien qu'il n'est pas possible d'en discuter le rapport à la manière ancienne de sa séparation par la modernité occidentale, qui hérite y compris dans les Lumières de la pensée religieuse notamment chrétienne

Amer Simpson se bloque à lui-même la possibilité de sortir de ses propres questions, posant que tout est dans tout, inextricable (« Sinon tout devient naturel et social à la fois.»). 'Redéfinir le genre ?' pose le problème en refusant cette dichotomie mais n'entre pas dans le vif du sujet, construire cette problématique du dépassement des deux, nature et social

voilà le blocage dont il convient de sortir


« Ce que nous appelons « nature » ne joue un rôle
que dans des dynamiques faites de situations et de contradictions sociales. »


Gilles Dauvé, Crise globale... DDT21 août 2016

l'humanité n'appartient pas à la "nature" comme totalité de l'existant (l'Univers) de la même façon que le prolétariat au capital comme tout, dont il est un pôle face à la classe-État capitaliste. La résolution de cette "contradiction" (en est-ce une ou plutôt une opposition idéologique ?) passe par la production du dépassement de cette séparation, dans la filiation des travaux de Camatte, et cela suppose de le faire en contenus autant que dans la méthode, c'est-à-dire dans la théorisation de ce problème sur la base de luttes qui le posent :

Marx a écrit:
l'humanité ne se pose jamais que des problèmes qu'elle peut résoudre, car, à y regarder de plus près, il se trouvera toujours, que le problème lui-même ne surgit que là où les conditions matérielles pour le résoudre existent déjà ou du moins sont en voie de devenir.

Préface à la Critique de l'économie politique, 1859


quelles luttes et quelle théorie posent ensemble ce problème, sinon les luttes et la pensée décoloniales, et comment pourraient-elles le résoudre à elles seules sans prendre en considération la lutte de classe ? Reste à savoir si « les conditions matérielles pour le résoudre existent déjà », et disons avec optimisme qu'on peut faire comme si l'on en connaissait aujourd'hui les prémisses

dire qu'il faut décoloniser la lutte de classe, c'est aussitôt affirmer la réciproque, faire des luttes décoloniales et féministes des luttes de classe, et c'est tout le sens de "communisme féministe et décolonial" comme participant du moment présent des combats communistes dans la perspective de la communisation




cheers

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MessageSujet: Re: REDÉFINIR LE 'GENRE' ? pour la théorisation communiste, féministe et décoloniale, et la communisation. Conversations croisées et digressions sur TRANS et INTERSEXES   Lun 22 Aoû - 19:53

interlude 1

« à la théorie de redéfinir le genre, la révolution redéfinira les toilettes »


Transgenres : un juge bloque le droit aux toilettes de leur choix au Texas

AFP Le Point 22/08/2016

Un juge fédéral du Texas bloque les nouvelles directives fédérales qui demandent aux établissements scolaires américains de laisser les élèves transgenres utiliser les toilettes de leur choix


image ajoutée


Citation :
Le juge Reed O'Connor est allé dimanche, la veille de la rentrée scolaire dans de nombreux établissements à travers les Etats-Unis, dans le sens de la demande du Texas et de 12 autres Etats, qui avaient déposé une action en justice contre le gouvernement fédéral à propos de ces nouvelles règles.

Ces directives étaient destinées à créer un environnement plus sûr pour les élèves transgenres dans les écoles et les universités.

Les autorités américaines avaient édicté ces règles en mai, après des semaines de polémique, se basant sur les lois anti-discrimination.

Elles demandaient ainsi aux établissements scolaires de laisser leurs étudiants utiliser les toilettes en fonction de leur identité sexuelle, et non en fonction du sexe inscrit sur leur acte de naissance. Ne pas se conformer à ces nouvelles directives serait se mettre hors la loi vis-à-vis de la législation interdisant la discrimination sexuelle, suggérait le texte officiel.

Mais le juge O'Connor a estimé de son côté que le gouvernement fédéral avait violé les procédures et avait mal interprété les lois existantes en émettant de telles directives.

"Les lignes directrices sont en pratique les textes de loi, pas seulement des interprétations ou des affirmations politiques, parce qu'ils établissent des standards légaux clairs", a dit le magistrat.

Les lois fédérales existantes concernant le sexe d'une personne ont été édictées avec l'intention de se limiter "aux différences biologiques et anatomiques entre étudiants garçons et filles telles que déterminées à leur naissance", a-t-il ajouté.

Le juge O'Connor a toutefois noté que sa décision ne contraignait pas les États qui veulent suivre les recommandations fédérales, mais chaque État est en mesure de les ignorer sans craindre de se mettre hors la loi, a-t-il souligné.

22/08/2016 19:24:25 -  Chicago (AFP) -  © 2016 AFP





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MessageSujet: Re: REDÉFINIR LE 'GENRE' ? pour la théorisation communiste, féministe et décoloniale, et la communisation. Conversations croisées et digressions sur TRANS et INTERSEXES   Lun 22 Aoû - 20:44


interlude 2


Ensemble pour renseigner la population trans et non trans à propos de la transidentité afin de pouvoir combattre ensemble les préjugés qui l'entourent et ainsi faire avancer les choses socialement.


il est précisé que « Ces statistiques proviennent de plusieurs sources et de plusieurs pays ou régions dans le monde. »

Citation :
Saviez-vous que chez les personnes trans*

78% rapportent avoir été victimes de harcèlement verbal
48% ont même été victime d’assaut (armé ou sexuel).
40% des patients suivis en clinique d’identité du genre en Alberta entre 1996 et 2008, ont eut recours à une chirurgie de réassignation sexuelle.
De façon générale, 10% des crimes contre la personne au Canada ont des motivations reliées à l’orientation sexuelle! Ce nombre atteint 17% au États-Unis!
8.3%(1/12) des personnes MTF aux États-Unis  courent la chance de se faire tuer alors que le taux normal est de 0.005% (1/18000). C’est 1500 fois plus élevé.
34% des personnes trans obtiendront un diplôme d’étude supérieure contrairement à 27% dans la population générale.
70% ont déjà pensé au suicide et entre 33% y ont déjà eu recours.
Le taux de suicide est 20 fois moins élevé une fois que les personnes trans « traité » pour leur trouble de l’identité que chez les « non-traité »
24% utilisent des hormones du marché noir.

Saviez-vous que dans la population en générale…

61% de la population croient que le pays devrait mettre en place une loi pour la protection des personnes trans contre la discrimination.
57% de la population croient qu’une telle loi est déjà en place!
Généralement, 1% de la population ressent un inconfort de quelques ordre vis-à-vis leur genre.
Généralement, 1 personne sur 4000, aura recours à un traitement médical vis-à-vis cet inconfort de genre.
Et généralement, 1 personne sur 6000 effectuera une transition pour vivre complètement dans le genre de son choix.
30% n’ont jamais entendu le mot transsexuel
Seulement 56% croient qu’il y a une différence entre l’orientation sexuelle et l’identité de genre.
16% croient qu’être trans c’est mal.
La prévalence du transsexualisme (MTF et FTM) serait située entre 1/10 000 et 1/50 000 (HAS 2009 P.19)

Saviez-vous que chez les jeunes trans*…

33.3% ont déjà attentés à leur vie
34% à 55% déclarent avoir déjà été victime de violence physique.
74% se déclarent victime de harcèlement sexuel.
Au moins 38% déclarent ne pas se sentir en sécurité à l’école due à leur expression de genre. Alors que cette statistique atteint 20% chez les répondant hétéro.
96.1% rapportent avoir entendu des commentaires négatif au sujet de l‘expression de genre.
85.1% rapportent avoir été victimes de harcèlement verbal à propos de leur orientation sexuelle ou leur identité.

Saviez-vous qu’en regard au travail… selon les régions,

Entre 13% et 56% de personne « trans » on perdu leurs emploi pour des raison d’identité de genre.
Entre 13% et 47% de personne « trans » se sont vu refusé un emploi pour des raison d’identité de genre.
Entre 22% et 31% de personne « trans » ont été victime de harcèlement verbal ou physique au travail.

Saviez-vous qu’en regard à la santé…

Entre 12% et 28% des trans* MTF sont infectée par le VIH vs 2 à 3 % des FTM
Près de 25% des personnes trans affirment avoir déjà été hospitalisé pour des problèmes de santé mentale.
Près de 33% des personnes trans affirment avoir déjà fait au moins une tentative de suicide.

Ces statistiques proviennent de plusieurs sources et de plusieurs pays ou régions dans le monde. Certaines doivent être interprété en contexte. Mais malgré tout, on peut tirer une observation générale.

dans les commentaires
Ann a écrit:
31 mars 2013 à 00:29

Une bonne étude récente sur la réalité transsexuelle, avec nombreuses statistiques à l’appui : http://www.scottishtrans.org/Uploads/Resources/trans_mh_study.pdf

publiée par le Scottish Transgender Alliance en 2012


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MessageSujet: Re: REDÉFINIR LE 'GENRE' ? pour la théorisation communiste, féministe et décoloniale, et la communisation. Conversations croisées et digressions sur TRANS et INTERSEXES   Lun 22 Aoû - 22:00


après ces interludes "trans"


retour à la discussion

ce que je comprends, c'est que l'assignation de genre à être soit homme soit femme a quelque chose de purement social et paradoxalement de parfaitement contre nature, ce que révèle le cas des transgenres, très peu nombreux en proportion de la population qui n'a pas de problème majeur à se définir l'un ou l'autre, y compris lesbiennes et gays, puisque l'immense majorité considère que les gays sont des hommes et les lesbiennes des femmes. Les transgenres sont donc les plus soumis(e?) à l'assignation de genre (cf cette histoire de toilettes aux USA). Je me trompe ?

abolir le genre ?

pour moi, abolir le genre, c'est en finir avec cette assignation à être socialement soit femme soit homme, et cela va donc plus loin que la définition "genre = domination masculine" qui a été posée par un éminent membre de Théorie Communiste

c'est assez différent de considérer qu'abolir le genre, c'est supprimer hommes et femmes comme sexes sociaux (Incendo genre et classe et autres). Au demeurant qui prétendrait que toutes les différences sociales entre hommes et femmes relèvent seulement de cette domination, ce qui définirait "les femmes" comme étant strictement le sexe dominé par "les hommes" : ça n'a pas de sens, car la vie des femmes ne se résume pas à leurs rapports dominés avec/par les hommes (et réciproquement ceux-ci ne font pas, dans des activités qu'ils peuvent avoir en propre, que dominer ou s'approprier les femmes)


redéfinir le genre pour le communisme et la communisation*

un objectif révolutionnaire, c'est qu'un individu puisse être considéré comme femme, homme, ou ni l'un ni l'autre, et d'en finir avec toutes les dominations/appropriation des uns sur/par les autres, alors si l'on veut appeler ça "abolir le genre", pourquoi pas, mais une définition adéquate du genre devient dans ce cas compliquée

* le communisme, c'est le mouvement... la communisation le processus engagé de la révolution communiste

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MessageSujet: Re: REDÉFINIR LE 'GENRE' ? pour la théorisation communiste, féministe et décoloniale, et la communisation. Conversations croisées et digressions sur TRANS et INTERSEXES   Mar 23 Aoû - 13:29


conclusion provisoire

ne pas chercher midi à quatorze heures

Wikipédia a écrit:
Le genre est un concept utilisé en sciences sociales pour désigner les différences non biologiques entre les femmes et les hommes.

Alors que le sexe fait référence aux différences biologiques entre femmes et hommes, le genre réfère aux différences sociales, psychologiques, mentales, économiques, démographiques, politiques, etc.

Le genre est l'objet d'un champ d'études en sciences sociales, les études de genre [gender theory]. Ce concept est apparu dans les années 1950 dans les milieux psychiatriques et médicaux, aux États-Unis. À partir des années 1970, le genre est fréquemment utilisé par les féministes pour démontrer que les inégalités entre femmes et hommes sont issues de facteurs sociaux, culturels et économiques plutôt que biologiques.

L'expression « théorie du genre » est essentiellement utilisée en France par ceux qui contestent la scientificité et la bonne foi des études de genre pour qualifier et critiquer le concept de genre.



Une femme à l'usine pendant la Seconde Guerre mondiale,
occupant ainsi un rôle traditionnellement vu comme masculin

Howard R. Hollem


forts de la discussion précédente, nous pouvons laisser vivre cette définition basique, en comprenant la méfiance de Dauvé et de plusieurs intervenants à l'égard du terme, ce qui évite de sombrer dans la mode venue d'outre-Atlantique ou dans les débats franco-français toujours en avance d'une caricature

nous éviterons aussi le réductionnisme considérant que le genre, c'est exclusivement la domination masculine , ce qui est faux, ferme par avance tout débat, et interdit tout « échange fructueux ». Inutile de multiplier les modifications de sens des mots-concepts en inventant une novlangue communisatrice en lieu et place de problématiques précises et rigoureuses

nous pouvons donc continuer à nous préoccuper plus concrètement des questions rappelées ou reformulées à cette occasion, notamment par Tarona

concernant la dimension "raciale" ou mieux dit "décoloniale" du féminisme et de la lutte de classes, ce n'est qu'un début... Faisons mentir le philosophe du premier sexe


“Le concret, c’est l’homme dans le monde.”

Jean-Paul Sartre


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MessageSujet: Re: REDÉFINIR LE 'GENRE' ? pour la théorisation communiste, féministe et décoloniale, et la communisation. Conversations croisées et digressions sur TRANS et INTERSEXES   Mar 23 Aoû - 14:19


pourquoi des catégories socio-sexuelles ?

retour sur une affirmation

Patlotch a écrit:
ce que je comprends, c'est que l'assignation de genre à être soit homme soit femme a quelque chose de purement social et paradoxalement de parfaitement contre nature, ce que révèle le cas des transgenres, très peu nombreux en proportion de la population qui n'a pas de problème majeur à se définir l'un ou l'autre, y compris lesbiennes et gays, puisque l'immense majorité considère que les gays sont des hommes et les lesbiennes des femmes. Les transgenres sont donc les plus soumis(e?) à l'assignation de genre (cf cette histoire de toilettes aux USA). Je me trompe ?

un.e transgenre, par définition peut aller du sexe homme au sexe femme, ou l'inverse. Au-delà de ce choix et de ses motivations, la démarche pour passer, aux yeux des autres, soit pour femme, soit pour homme, est donc le comble de l'assignation au genre comme sexe social

transgenre avant après





les trans et nous

contrairement à une saloperie traînant du Internet (Patlotch transphobe), je ne juge pas de la légitimité de ce choix, mais discute sa signification dans une perspective d'émancipation, notamment celle de cette assignation genrée dont les liens avec le capitalisme sont maintenant établies

une raison première évidente, nous l'avons vu, est qu'elle ne supprime pas la domination masculine, puisque les transgenres femmes, comme les lesbiennes, ont plus de problèmes que les transgenres hommes et les gays, et cela tient donc au fait qu'elles sont considérées socialement comme des femmes, dont elles ont acquis au moins les apparences physiques sinon les caractéristiques biologiques (il existe plusieurs cas)

pour paraphraser Gilles Dauvé à propos des «homos», c'est « l'invention d'une catégorie », qui complète la panoplie LGBT, et sans mettre en cause leurs combats individuels ou collectifs*, je ne vois pas en quoi ils permettraient de dépasser la question du genre, qu'ils entérinent, et particulièrement la domination masculine, qu'ils n'évitent pas

* ces combats ont surtout pour objet de leur rendre la vie quotidienne, leur vie, moins difficile, et ne prétendent pas en soi changer le monde, mais leur monde immédiat dans leurs rapports aux autres. Ce n'est pas parce qu'ils ne sont pas révolutionnaires que nous devrions les rejeter au nom de théories qui ne mangent pas de pain aujourd'hui : les gauchistes ultra, adeptes de surenchères abstraites, allez vous faire foutre !

(à suivre)
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MessageSujet: Re: REDÉFINIR LE 'GENRE' ? pour la théorisation communiste, féministe et décoloniale, et la communisation. Conversations croisées et digressions sur TRANS et INTERSEXES   Mar 23 Aoû - 14:34

remarque

j'ai ajouté au titre du sujet digressions sur le transgenrisme. Le mot semble moins fréquent que l'anglicisme transgendérisme ou son équivalent français transgénérisme, peu parlant, mais je le trouve plus clair


Wikipédia a écrit:
Le transgénérisme ou transgendérisme est le fait pour une personne de s'identifier, au moins en partie, à d'autres genres que celui attribué à sa naissance et d'en adopter le mode de vie. Une personne transgenre est ainsi une personne qui adopte une identité de genre non liée à son sexe de naissance mais sans nécessairement subir de chirurgie de réattribution sexuelle.

De manière générale, le terme « transgenre » peut également désigner toute personne qui rejette en tout ou en partie son identité de genre assignée ou qui ne s'identifie pas aux règles des genres masculins et féminins traditionnels (travestis, transsexuels, troisième sexe, queer, personne intersexuée).

source


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MessageSujet: Re: REDÉFINIR LE 'GENRE' ? pour la théorisation communiste, féministe et décoloniale, et la communisation. Conversations croisées et digressions sur TRANS et INTERSEXES   Mar 30 Aoû - 10:21


'Redefinir le genre?' revient dans la discussion, mais ces remarques ici ne font guère avancer notre schmilblick quant aux questions nouvelles que m'a suggérées ce débat


Redefinir le genre? a écrit:
dndf 30/08/2016 à 00:02 | #36

« les violences conjugales sont plus répandues chez les couples gays et lesbiens que chez les hétérosexuels »

J’avais déjà noté ça. Là encore, je pense qu’il faut dissocier l’analyse des origines des mécanismes logiques présentement en marche. La dévalorisation des tâches de la reproduction par rapport à l’activité de production, exerce à priori une pression sociale sans présupposé de genre. Elle entre d’une certaine manière dans le nouveau contrat social « liquide » (l’amour liquide de Zygmund Bauman que je recommande aussi). L’explication très hypothétique, car difficile à vérifier, qui me semble la plus probable, c’est que parmi les couples homosexuels, la question de la répartition des tâches n’est pas réglée à priori et fait par conséquent l’objet d’une lutte (notez qu’il se peut que d’éventuelles autres raisons explicatives de la violence au sein du couple homosexuel m’échappent). Ainsi, pour en revenir au couple hétéro, le fait que cette question de répartition soit à priori réglée témoigne d’autant plus de la domination des femmes par les hommes, et recèle probablement en lui même un caractère violent, par le « déficit » relatif et paradoxal de violence physique et visible par rapport aux couples homosexuels, et le fait qu’il soit quasi exclusivement le fait d’hommes envers leur compagne évidemment.
Ce n’est qu’une hypothèse. Si quelqu’un a de la matière la dessus je suis preneur…

@Lisbeth Salander : Contrairement à Homère , j’ai noté le clin d’œil et l’emploi du subjonctif. L’article de science et avenir est effectivement une caricature de ce que j’essaie de pointer du doigt (« les femmes auraient dû grandir au fil du temps, puisque ce sont elles qui doivent mettre au monde des bébés dotés d’un gros cerveau… », avec des si on mettrait Paris en bouteille, et voilà qui ne dit rien sur le rapport homme-femme). Je te renvoie le clin d’œil.

Tarona : « Et puis il y a tout le pan de l’appropriation violente des femmes par les hommes qui dans le texte est toujours abordée poliment comme domination masculine mais qui n’est jamais précisée et réfléchie si bien qu’outre les inégalités de salaire et de répartition des taches (je caricature un peu mais pas tant que ça je crois) on peut même se demander où est-ce qu’il y a un problème au final »

A propos du viol, si le risque d’enfantement apporte son lot d’angoisse à la violence de l’acte, et si l’inquisition, puis par suite, des mesures d’Etats, l’utilisent comme phénomène à des fins de gestions démographiques (cf Federici), le viol n’est pas imputable au « simple » fait d’enfanter (des hommes violent d’autres hommes ou des enfants). D’autre part, l’asymétrie (difficile pour une femme de violer un homme) a une raison autre que sociale, une « raison » biologique [ici je dirais plutôt morpho-physiologique]. Même si l’on pourra évidemment trouver dans la misère affective capitaliste et la « taylorisation » du sexe, et dans la différence globale entre l’approche du sexe par les femmes et celle par les hommes, les multiples déterminations du viol. Enfin, si être « homme » ou « femme » ne disparaîtra pas, le viol n’a quant à lui rien de naturel et d’inéluctable (est-il utile de le préciser ici).

@Tarona: Je fais ici exprès d’ignorer la place centrale du fait d’enfanter dans la définition sociale des femmes afin de dé-scléroser un peu la discussion, mais je ne cherche pas à dénier cette place.

A notre époque et en Occident, la libre contractualisation des rapports sexuels et « amoureux » (ça se raréfie), sous son aspect général, loin de libérer les femmes, se heurte à chaque aspect des femmes telles qu’elles sont concrètement (biologiques, sociales, historiques…). Il s’en suit que l’amour « libre », « libéral libertaire » (privilège de classe en outre, cf Clouscard*) qui nous est tant promu n’est qu’une fausse solution au couple patriarcale d’antan (cf Eva Illouz).

Bonne soirée à vous.


* cf les livres de Michel Clouscard, dont Le capitalisme de la séduction, critique du libéralisme libertaire, qu'au demeurant Gilles Dauvé conseille de ne pas plus, mais plutôt Maximilien Rübel (Ne lisez pas / Lisez) : sur ces questions de sexe, genre, et classes, Rübel, bof !...

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MessageSujet: Re: REDÉFINIR LE 'GENRE' ? pour la théorisation communiste, féministe et décoloniale, et la communisation. Conversations croisées et digressions sur TRANS et INTERSEXES   Mar 30 Aoû - 16:32


hétéros, utérus, héros in et versus

Redefinir le genre? a écrit:
dndf 30/08/2016 à 12:59 | #37 

« les violences conjugales sont plus répandues chez les couples gays et lesbiens que chez les hétérosexuels »

On m’a fait remarquer que les couples homosexuels toléraient plus de violence plus longtemps du fait du manque d' »abondance » sur le marché de la séduction. Il est plus facile de rompre pour des hétéros. Ça doit jouer aussi. Mais même en faisant de la peur de l’abandon une cause de violence, et c’en est une (en particulier pour deux personnes de classes sociales différentes…), ça n’explique peut-être pas totalement l’origine de cette violence. La peur de l’abandon en général générerait-elle plus de violence physique et visible que l’asymétrie de genre elle-même, ou qu’une hypothétique et plus générale « lutte des tâches »? Sur le plan de la violence visible peut-être, mais on peut en douter.

Pour avancer il faudrait une étude comparative des causes de ces violences (entre couples homosexuels et hétérosexuels, et au sein de chacun de ses couples)… *


* j'ai posé cette nécessité plus haut et donné quelques chiffres, le 22 août, mais l'essentiel est de considérer que ni l'homosexualité entre hommes ou femmes, ni le transgenrisme ne font disparaître les inégalités de genre, et qu'elles vont toujours dans le sens de la domination masculine, même si celle-ci ne suffit à définir toutes les différences de genre

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MessageSujet: Re: REDÉFINIR LE 'GENRE' ? pour la théorisation communiste, féministe et décoloniale, et la communisation. Conversations croisées et digressions sur TRANS et INTERSEXES   Mer 7 Sep - 11:53


une trans femme reste une femme...


Elsa a écrit:
@Elle_sa_

La transphobie c'est aussi quand on nie ton existence de femme. Quand on rit de ton identité.

source

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MessageSujet: Re: REDÉFINIR LE 'GENRE' ? pour la théorisation communiste, féministe et décoloniale, et la communisation. Conversations croisées et digressions sur TRANS et INTERSEXES   Mer 7 Sep - 14:07


sexe anatomique, genre comportemental : croisements japonais




« ni l’hétérosexualité ni l’homosexualité n’existent dans les esprits japonais du XVIIe siècle. […] Il y a : le sexe masculin ou féminin, distingué par l’anatomie; le genre masculin ou féminin, qui englobe une série de comportements et d’attentes issus d’une construction historique et culturelle, de sorte que la même personne peut endosser le genre féminin tout en ayant une physiologie masculine, ou l’inverse ». Le Grand Miroir de l’Amour mâle, Ihara Saikaku, préface de Gérard Siary, éditions Philippe Picquier, 1999

extrait de Wakashudô: le samouraï et l’homosexualité Julien Peltier 4septembre 2016

Rolling Eyes


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MessageSujet: Re: REDÉFINIR LE 'GENRE' ? pour la théorisation communiste, féministe et décoloniale, et la communisation. Conversations croisées et digressions sur TRANS et INTERSEXES   Ven 9 Sep - 7:31


il ne m'appartient pas de juger du choix des transexuels à l'âge adulte. J'ai émis l'idée que choisir, pour un intersexe de naissance ou par attirances sexuelles, l'autre sexe que celui auquel il ou elle est assigné.e, ne résout en rien la question de la domination masculine pour les femmes trans, et je l'ai appuyée par quelques études et documents. Cette position n'a rien de transphobique...

voici un texte concernant les modifications imposées à la naissance aux intersexes pour qu'ils répondent au partage de genre, être soit un homme, soit une femme



Médicalisation des intersexes – De la théorie à la pratique


temoignagesetsavoirsintersexes 7 septembre 2016
 
Citation :
A partir des années 50, sur les préconisations de John Money, psychologue au Centre médical de l’Université Johns Hopkins de Baltimore, les interventions médicales sur les enfants intersexes se multiplient. L’idée de Money est qu’il faut modifier le corps des intersexes dans la petite enfance pour qu’iels s’identifient ensuite à un genre précis et stable. Pour les équipes du Johns Hopkins Hospital, il faut que les parents soient convaincus que leur garçon est un « vrai garçon » ou que leur fille est une « vraie fille ». L’intervention chirurgicale viserait notament cela. En étant élevés comme « vrai garçon » ou comme « vraie fille » le pronostic évolutif pour les intersexes adultes est vu comme favorable1. Favorable voulant dire que la personne intersexe à l’âge adulte doit :

1) être cisgenre
2) être hétérosexuelle
3) avoir une sexualité centrée sur un rapport pénis/vagin

Sur les présupposés théoriques des équipes, voilà ce que la brochure « Droits de l’homme et personnes intersexes »2 dénonce :


Citation :
La théorie de Money a eu une incidence disproportionnée sur le traitement médical des personnes intersexes. Aujourd’hui encore, elle constitue le fondement des pratiques médicales appliquées à ces personnes à leur naissance. L’opinion prédominante chez les médecins est que le sexe ambigu peut et devrait être « fixé » ; les chirurgies génitales sur les bébés intersexes sont du reste de pratique courante, bien qu’elles soient rarement nécessaires d’un point de vue médical. L’accent est donc mis sur la capacité du nouveau-né à s’adapter à un sexe ou à l’autre – et donc à répondre aux attentes de la société –, et non sur l’intérêt supérieur et le bien-être de l’enfant.


Ce qui est au cœur de la démarche de ces équipes c’est que chaque chose soit à sa place, que les gens soient dans des cases (et si possible dans des cases socialement et moralement acceptables) et que l’ordre établit ne soit pas dérangé. Le bien des personnes intersexes, leur droit à l’autodétermination, leur droit à avoir un corps intact et source de plaisir n’est absolument pas respecté.

Par ailleurs une double contrainte est à l’oeuvre dans le discours des équipes médico-psychologiques intervenant sur les enfants intersexes. La double crainte est classiquement définie comme étant constituée de deux injonctions simultanées qui s’opposent mutuellement. Par ailleurs, la personne mise en situation de double contrainte peut difficilement sortir de cette situation en la nommant du fait de la spécificité du contexte dans laquelle elle se produit.

Pour être plus concret, voilà un exemple d’une situation hélas banale. Un bébé intersexe vient de naître. L’équipe médicale a décidé d’assigner un genre féminin à cet·te enfant. D’un côté, les chirurigiens et les psys doivent suffisamment inquiéter les parents pour qu’ils acceptent l’intervention, mais d’un autre, ils doivent suffisamment les rassurer pour que les parents repartent ensuite de l’hôpital avec un bébé dont ils seront convaincus qu’ils s’agit d’une «  vraie petite fille  » (sinon, d’après la théorie de Money, il y a un risque qu’elle développe des comportements masculins, qu’elle joue à des jeux de garçons, qu’elle deviennent un garçon manqué ou pire encore une lesbienne ou un homme trans). Cela veut dire qu’implicitement deux messages contradictoires et simultanés sont tenus par les équipes médicales aux parents :

« Votre enfant est anormale. On ne peut pas la laisser comme ça. Il faut l’opérer. »
« Votre enfant est normale. Ayez la certitude qu’il s’agit bien d’une  »vraie petite fille ». »


Les effets de cette double contrainte sont renforcés par deux éléments. Le premier, c’est que, dans la société, rien ne prépare ces parents à la possibilité d’avoir un·e enfant intersexe. Ça ne fait pas partie de ce qui est dans le champ des possibles parce que les intersexes sont tellement invisibles qu’iels n’existent pas pour la majorité des gens. Pour les parents qui viennent d’avoir un·e enfant intersexe, cela les oblige à tout un cheminement psychique, à des réaménagements importants sur ce qu’ils ou elles imaginaient du bébé et de sa vie future. Mais, en leur mettant la pression, les équipes médicales, ne leur laissent pas le temps pour cela. C’est le deuxième facteur qui amplifie les effets de la double contrainte. Le contexte empêche les parents de dire à l’équipe qu’elle leur présente leur enfant à la fois comme normale et anormale. Par ailleurs, d’une manière générale, nous savons que questionner l’expertise médicale n’est pas une chose aisée.

Tous ces éléments limitent donc la possibilité aux parents de penser leur enfant dans sa singularité et de refuser les interventions chirurgicales et hormonales prescrites par les médecins.

Ultérieurement, ce sera cette enfant qui sera également prise dans la double contrainte qui empêche de penser et qui est pathogène sur le plan psychique. Ses parents et/ou les médecins qu’elle recontrera lui enverront le message qu’elle est une «  vraie petite fille  » mais elle sentira bien que quelque chose cloche car elle aura des examents médicaux que ses sœurs ou ses amies n’ont pas, car elle sentira des non-dits, car on lui expliquera qu’elle devra garder le secret sur certains faits (les opérations subies) ou qu’elle devra veiller à ne pas laisser voir certaines parties de son corps.

Parmi les effets psychiques possibles de cette double contrainte qu’un certain nombre de personnes intersexes peuvent avoir à traverser on trouve :

– une nécessité de se couper de son corps et des ressentis et émotions qui y sont liées (pour se protéger à la fois des effets de la double contrainte et des examens invasifs fréquement subis de la part des médecins)
– une inhibition intellectuelle (comme il y a un interdit de se penser, de nommer certains secrets, de nommer la double contrainte mise en place par les équipes méciales, cela peut générer une inhibition intellectuelle sur certaines thématiques mais aussi une inhibition intellectuelle bien plus grande rendant compliquée la possibilité d’accéder aux savoirs quels qu’ils soient).

Je trouve que la citation suivante d’Alice Dreger est très intéressante car elle fait le lien entre l’aspect psychique (où la double contrainte est perceptible), les interventions concrètes au niveau du corps (et plus particulièrement sur les organes génitaux) et les questions éthiques : « Une approche ‘monstre’ peut se résumer de cette manière : vous, les bébés avec des ‘organes génitaux ambigus’ vous êtes des monstres, et nous allons vous faire devenir des humains ; après avoir fait de vous des humains, les règles de l’éthique humaine s’appliqueront » 3

Tout ce qui suit est présent dans la brochure du Conseil de l’Europe sur les droits humains des personnes intersexes. Il s’agit d’une sélection de passages dénonçant les différents types d’interventions médicales non-consensuelles (en fonction de l’âge et du sexe assigné). Attention, plusieurs passages peuvent être particulièrement difficiles et peuvent résonner avec certains vécus si vous êtes une personne intersex·ué·e et/ou si vous avez été victime de violences sexuelles.


Citation :
Les foetus intersexes peuvent faire l’objet d’interventions médicales.

Sur d’autres foetus intersexes, on procède sélectivement à un avortement, sans autre raison que leurs caractéristiques sexuelles ; dans certains cas (par exemple le syndrome 47,XXY), le taux d’avortement peut atteindre 88 % au motif que ces variations constituent prétendument des « défauts génétiques majeurs ».

Les nouveau-nés masculins dont le pénis est inférieur à 2 cm, ce qui est considéré comme « trop petit », se voient « assigner le genre féminin » et subissent « une reconstruction visant à leur donner une apparence féminine », tandis que les clitoris supérieurs à 0,9 cm, jugés « trop grands », sont raccourcis.

96 % de l’ensemble des personnes intersexes relevant de différentes catégories avaient reçu un traitement hormonal. 64% des personnes concernées avaient subi une gonadectomie, 38 % une réduction de leur clitoris, 33 % des opérations vaginales et 13 % une correction de leurs voies urinaires. Un grand nombre d’entre elles avaient subi toute une série d’opérations et avaient été confrontées à des complications postopératoires.

Le traitement qui leur était infligé était traumatisant et comprenait souvent des interventions humiliantes comme le fait d’être exposées devant d’importants groupes de professionnels de la médecine et d’étudiants s’intéressant à ce curieux phénomène.

Pour de nombreuses personnes concernées, les interventions liées à leur syndrome ont eu des conséquences à long terme sur leur santé mentale et leur bien-être.

La procédure de féminisation appelée vaginoplastie, qui consiste à créer une ouverture vaginale, peut être à la fois douloureuse et laisser des cicatrices psychologiques.

Lorsque cette intervention est pratiquée dans la petite enfance, le néovagin doit être maintenu ouvert à l’aide d’un dilatateur, lequel est, en règle générale, introduit régulièrement par la mère de l’enfant. Cette procédure est répétée tout au long des jeunes années ; les personnes intersexes soulignent qu’elle est extrêmement douloureuse et comparable à une forme de viol. Certains parents ont du reste l’impression de violer leur enfant.

Tiger Howard Devore aussi se plaint du traitement de « masculinisation » qu’il a reçu en raison d’un hypospadias. Déclarant que son enfance n’a été que douleurs, interventions chirurgicales, greffes de peau et isolement, il ajoute : « Et je dois toujours m’asseoir pour uriner. » « Je me serais très bien contenté d’un pénis qui urine à sa base plutôt qu’à son extrémité et la sensation n’aurait pas été dégradée. »

« J’ai été assigné au sexe féminin à la naissance mais, très vite, il était clair que mon comportement était plutôt masculin. Outre les chirurgies, on a fortement conseillé à mes parents une éducation plus axée sur la féminité. Cela a commencé par le choix des jouets, vêtements pour ensuite me changer d’une école mixte à une pour filles, un contrôle rigoureux de mes loisirs avec les garçons du voisinage (foot, jeux dits masculins) inscription extrascolaire pour des activités dites de fille (tricot, couture…). Malgré tout cela mon identité masculine est restée. Pendant cette période, ma maman devait se faire reprocher par le milieu médical qu’elle n’était pas assez stricte. Vers mes 10 ou 11 ans, ma maman me voyant malheureux et surtout isolé car je n’avais pas d’ami, a un peu relâché les rennes, ce qui m’a permis d’avoir des nouveaux contacts. À part pour l’école, peu à peu elle respectait mes choix mais ce fut un long chemin. Aujourd’hui, je lui ai pardonné, car je sais qu’elle a suivi le protocole de l’époque et que la possibilité d’avoir d’autres informations (internet, livre, média) n’était pas possible. Notre relation a été mise à rude épreuve quand j’ai découvert la vérité sur mon intersexualité. Le fait d’être intersexe ne m’a pas aussi choqué que le fait de savoir que toute ma vie on m’a menti, même si c’est pardonné la relation en a pris un coup. »


En 2006, Sarah Graham, une femme intersexe, a livré par écrit ce témoignage : « J’avais 8 ans lorsqu’un gynécologue a annoncé à mes parents une terrible nouvelle : je présentais une anomalie génétique très rare et si mes ovaires n’étaient pas retirés, je développerais un cancer à la puberté et j’en mourrais. Presque vingt ans plus tard, j’ai découvert que les médecins avaient menti à mes parents et à moi aussi. Et je n’étais pas un cas isolé : jusqu’au milieu des années 1990, cacher la vérité sur les anomalies comparables à la mienne était la norme. C’est à 25 ans que j’ai découvert l’étendue du mensonge. En apprenant brutalement la vérité sur mon diagnostic – sans aucun soutien et après avoir été systématiquement trompée pendant tant d’années –, j’ai reçu un tel choc que j’ai failli en mourir. En fait, j’ai vécu un véritable traumatisme émotionnel. »



Ces bribes de témoignages, comme l’explication précédente sur les conséquences de la double contrainte (nommé souvent aussi double discours) laissent imaginer l’impact négatif sur la vie psychique des personnes intersexes ayant subies tous ces traitements sans leur consentement. Voilà la conclusion d’une étude faite à ce sujet.


Citation :
La détresse psychologique due aux conséquences négatives d’une chirurgie peut conduire à des comportements suicidaires et d’automutilation. Selon une étude publiée en 2007, « les taux de prévalence de comportements d’automutilation et de tendances suicidaires dans l’échantillon des personnes présentant des DSD étaient deux fois plus élevés que dans un groupe de comparaison composé de femmes non traumatisées (groupe constitué sur la base d’organisations communautaires) ; les taux étaient comparables à ceux du groupe des femmes traumatisées ayant subi des abus physiques ou sexuels ». De plus, « dans l’échantillon total, les personnes ayant subi une gonadectomie étaient significativement plus traumatisées, avec une nette augmentation des dépressions »


Enfin, pour terminer, après tous ces contenus pesants mais qui correpondent hélas à des réalités auxquel·le·s beaucoup d’entre nous ont été contfronté·e·s, voilà de quoi donner un peu d’espoir. Il s’agit du témoignage d’une personne intersexe qui n’a pas subi d’interventions médicales, son père s’y étant opposé. Je trouve intéressant d’avoir en tête qu’il a pu faire cela notamment parce qu’il avait lui-même suivi des études de médecine. Il était donc informé et s’était senti légitime à refuser les injonctions médicales. C’est très encourageant car ça montre aux parents, qu’ils et elles peuvent s’opposer aux médecins et protéger leur enfant de tout ce qui a été décrit précédemment. Parents, n’hésitez pas à contacter les associations de personnes intersexes4 qui peuvent vous donner des éléments d’informations alternatifs aux discours médicaux et qui peuvent vous soutenir si vous avez du mal à vous opposer frontalement aux médecins. Ce n’est pas facile mais ça vaut le coup. Voilà donc la dernière citation, porteuse d’espoirs, pour clore cet article :


Citation :
Certaines personnes intersexes ont réussi à échapper à l’intervention médicale et le fait de ne pas être opérées n’a pas eu, sur elles, d’effets négatifs. C’est notamment le cas de Hida Viloria, en charge de la direction d’OII États-Unis. Au contraire, Hilda Viloria explique avoir « eu beaucoup de chance d’échapper à la chirurgie “correctrice” et/ou aux traitements hormonaux […], grâce à son père qui, ayant suivi des études de médecine avant l’apparition de ces pratiques (entre le milieu et la fin des années 1950), savait qu’il ne faut pas opérer un bébé sauf nécessité absolue ». Ajoutant : « Je suis devenue activiste car j’ai appris que les médecins étaient convaincus que les personnes intersexes ne pouvaient être heureuses à moins de subir des traitements de “normalisation” et aussi parce que je voulais affirmer haut et fort ma chance de ne pas avoir eu à faire à ces protocoles indésirables. »


_______________________
1. Money écrit notamment : « Le sexe d’assignation et d’élevage est de façon substantielle et avec évidence un signe prédictif plus fiable du rôle de genre et de l’orientation d’un hermaphrodite que ne le sont le sexe chromosomal, le sexe gonadique, le sexe hormonal, la morphologie accessoire des organes reproducteurs internes ou la morphologie ambiguë des organes génitaux externes» in Money J., Hampson J., Hampson J. (1957) : Imprinting and the establishment of gender role. Archives of Neurology and Psychiatry

2. Brochure « Droits de l’homme et personnes intersexes » publié par le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe. Juin 2015

3. « A ‘monster’ approach may be summarized in this way: you, babies with ‘ambiguous genitalia’ are monsters, and we’re going to make you human; after we make you human, the rules of human ethics will apply » in Dreger, A. (1998). Hermaphrodites and the medical invention of sex. Harvard University Press

4. Notamment l’Organisation Internationale des Intersexes http://oiifrancophonie.org/ ou https://www.facebook.com/OII-Francophonie-496970803702972/


ces cas paraissent particuliers, mais les souffrance psychologiques que disent ces témoignages, et le caractère mosntrueux de ces opérations pour obéir à l'obligation sociétale d'être femme ou homme, sont pour moi une preuve par l'absurde de la nécessité d'en finir avec l'assignation de genre, sexe social, pour tous et toutes

texte trouvé via Comic Sans Inès @ComicSansInes

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