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 AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée

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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Dim 26 Juin - 18:56


un bordel débordé part ses débordements mêmes

Nuit Debout et anti- Loi travail ne sont pas un coup de tonnerre français sous un ciel européen et mondial serein : la spécificité de ce moment français de la lutte des classes mondiale s'éclaire par d'autres événements concomitants en Europe et dans le monde, que traduisent les élections, dont referendums récents, et la montée du populisme de gauche comme de droite dans un mélange savoureux que j'ai tenté de traduire dans la série de l'Idéologie française

peu d'observateurs même critiques semblent y échapper, c'est l'idéologie quasi-quotidienne que nous avons sous les yeux, comme 'Structure of Feeling' (Raymond Williams), crise morale, sociétale et et culturelle dans la crise de l'économie politique, à dominante politique des États du capital cherchant leur repositionnement d'exception, crise essentielle de la démocratie politique, et partant des alternatives démocratiques radicales, crise des récits de l'histoire occidentale qui ne sait plus s'écrire elle-même

il est absolument désolant de constater la dérive eurocentriste des analyses "de gauche" dont celles des courants "marxistes" d'extrême-gauche, voire 'ultra' (y compris milieux théorique radicaux, très discrets depuis quelques années ou ânonnant leurs certitudes sans guère de conviction, ni guerres intellos même entre eux, dont ils avaient le secret depuis des décennies)

mais cela fait désormais partie du décor, il faudra faire avec un certain temps...

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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Lun 27 Juin - 22:10


Autumn Leaves / Été sans soleil

les copies mortes se ramassent à l'appel



un des auteurs de PRINTEMPS SANS SOLEIL (Tentative de bilan en cours de route), tract distribué à la manifestation du 14 juin, répond aux critiques qui lui sont adressées chez dndf

R.F. a écrit:
27/06/2016 à 18:08 | #10  @ AC, RS et les autres

Voici quelques éléments de réponse à vos critiques. [...]

Grande est la confusion sous le ciel, et la situation est assez merdique.


R.F. « rappelle que Printemps sans soleil est un tract... archi-évident qu’un tract de ce type ne peut pas être lu ni critiqué comme un véritable texte théorique sur le mouvement. » Perso je ne sais pas qui a pu capté l'intérêt de ce texte en tant que tract, et en comprendre le contenu chargé de repères théoriques dont ne dispose pas un.e manifestant sur 100 ou 1000

une polémique entre partisans de la communisation et ses orphelins

pour le reste, il s'agit grosso modo d'une polémique entre eux, autour de ce qu'ils partagent et sur quoi ils ont des désaccords, puisque R.F. se dévoile comme ex-"partisan de la communisation" plutôt orthodoxe, et donc, forcément déçu, il ne se gêne pas pour dire qu'avant de critiquer par morceaux sur-interprétés à sa guise ce que disent les autres, RS ferait bien, avec son équipe de Théorie Communiste (TC), de faire le bilan de ce qu'il reste de valide dans leur corpus * : on ne sait plus même d'où ils parlent (et surtout se taisent), et il devient de plus en plus transparent qu'eux non plus, puisqu'au vu de dndf, ça part dans tous les sens au point qu'on peut se demander en quoi TC est encore un groupe théorique

* j'ai cru comprendre que le sous-concept de "faille" par RS était l'annonce de possibles "écarts" sur des critères inchangés de leur définition, et par conséquent que loin d'avoir abandonné l'abstraction de sa "théorie de l'écart", RS attend encore sa validation empirique, le jour où le prolétariat aura acté l'illégitimité de revendiquer, donc passerait à autre chose, raison pour laquelle elle fut mis par RS et AC au centre de leur compréhension de Nuit Debout/Loi Travail : cette théorie, qui s'est avérée fausse sur ce qui prétendait la valider il y a dix ans, sur quoi se fonde-t-elle aujourd'hui ? Mystère


une théorie qui n'a plus de fondements empiriques

sur les critères étroits de TC, je considère sa théorie de l'écart fausse y compris comme abstraction théorique, relativement à mon concept de "dépassements à produire pas des luttes auto-théorisantes" sur plusieurs fronts entrelacés dans une structure à dominante du capital. Nos conceptions sont donc incompatibles, avec un désaccord essentiel sur le contenu de ce "cycle de luttes", rien moins que la définition du moment actuel du capitalisme, puisque j'envisage l'éventualité qu'il sorte de la crise de son économie politique par une restructuration globale, rien moins que ce qui fonde chez TC la théorie d'une communisation démiurge pour sortir du capital au bout de ce cycle (en 2020, disait BL...)

R.F. de rappeler que pas un des nouveaux concepts, devenus centraux pour RS/TC depuis le début du siècle, ne reçoit la moindre confirmation empirique, y compris dans la partie du monde où ils les avaient construits comme portant "la dynamique" de l'époque, la France et l'Europe, et eux la seule théorie en rendant compte au point que le monde entier ne pouvait plus s'en passer (comme le rappellent cruellement les extraits cités) : mais si tout cela s'effondre, qui prolongeait logiquement ce qui précédait dans un corpus célèbre pour sa solide cohérence interne, que reste-t-il de celui-ci, y compris aux yeux de ses partisans voire de son principal auteur ?

lu comme ça, ce commentaire a plus d'intérêt que le tract Printemps sans soleil même, puisqu'il porte une critique sévère de TC et qu'elle recoupe, en tant que critique négative, plusieurs points de la mienne depuis des années. Seulement voilà, affirmer que TC est mauvais est une chose, le démontrer une autre, et si les événements s'en sont chargés, encore faut-il voir où se situent les failles et les erreurs sur le plan théorique et méthodologique, sans quoi les amateurs de TC peuvent légitimement attendre ce qui lui donnerait plus tard raison


la véritable raison d'un refoulement

cela ne viendra pas, et non seulement je l'ai démontré avec rigueur plus profondément et complètement que quiconque, mais j'ai aussi construit et proposé une autre façon de comprendre le moment actuel et le sens des luttes dans le monde, qui évidemment, font s'effondrer toute perspective à moyen terme, déterministe ou pas, d'une crise de reproduction avec fenêtre révolutionnaire pour la communisation : vrai que ça n'a rien d'enthousiasmant pour des gens qui fonctionnent idéologiquement sur des certitudes révolutionnaires qui n'engagent à aucun combat communiste au présent. Que cela n'ait pas d'intérêt à être discuté pour leur petit monde et son égotisme collectif et sectaire, je l'interprète surtout comme une incapacité théorique logique, donc une nécessité existentielle : c'est ça ou le suicide théorique

quant aux membres de Théorie Communiste, qu'ils n'aient pas vis-à-vis d'eux-mêmes d'abord, et devant leur lectorat, cette exigence et cette honnêteté autocritique, fait qu'eux et leurs perroquets traducteurs sont aujourd'hui de plus en plus isolés, à poil devant « l'intérêt manifestement déclinant pour la théorie communisatrice». Ils en sont entièrement responsables - devant personne, certes, vu leur fonctionnement

ce débat, pas même ouvert cartes sur tables, a pris près de 12 ans de retard pour le plus récent (revues pour la communisation Meeting puis Sic), et 40 ans depuis leur rupture dans la théorie de leur révolution de papier franco-universel. Quel intérêt donc, de ces quelques lignes de règlements de compte entre experts d'un milieu qui n'intéresse que lui-même, puisque les questions qui comptent pour le communisme comme mouvement au présent sont aujourd'hui déterminées par la double crise de l'Occident et du capital (belle confirmation avec l'absence des "racisés" et prolos des quartiers populaires dans ce mouvement, puis le Brexit et ses suites, sur fond d'immigration), qui posent des problèmes qu'ils n'abordent jamais que par la bande franchouillarde (communautarisme identitaire et essentialiste, critique du PIR, etc.) ?


avec les restes...

comme RS n'est pas le dernier des imbéciles, il lui arrive encore de faire, comme à beaucoup, des remarques partielles intéressantes, et c'est la raison pour laquelle ses textes et commentaires ont eu leur place dans ce sujet, sur l'illégitimité, la porosité, les précautions théoriques... (sic). Peut-être, au final, est-ce lui qui s'est posé le plus de questions, mais qu'elles ne cadrent pas toutes avec des réponses encore si scotchées au corpus de Théorie communiste qu'elles en sont définitoires ? Les voies du théoricien sont impénétrables




MILES DAVIS 1964 AUTUMN LEAVES / LES FEUILLES MORTES

Miles Davis – Trumpet
Wayne Shorter – Tenor saxophone
Herbie Hancock – Piano
Ron Carter – Double Bass
Tony Williams – Drums

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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Ven 1 Juil - 22:28


La manifestation du 14 juin 2016 et le maintien de l’ordre politique

Pierre Merklé Paris-Luttes Infos 1er juillet 2016


pas de faits nouveaux relativement à ceux qu'ont rapportés nombre de témoignages, mais la posture d'observation participante du sociologue, point de vue qui n'est pas au demeurant son exclusivité, donne un texte où les choses sont présentées différemment, de façon plus théorisée ou théorisable peut-on dire

rappelons qu'il s'agissait le 14 juin d'une manifestation nationale, ce qui facilite les défilés pas villes, entreprises, etc. où les manifestants se regroupent parce qu'ils se connaissent et pas nécessairement parce qu'ils appartiennent aux mêmes organisations syndicales, ont les mêmes idées politiques...


porosité dans les manifestations

« l'observation participante » d'un sociologue

Citation :
De la queue à la tête, la composition sociale, démographique (par exemple en termes d’âge) et politique (il n’est pas complètement indifférent que SUD soit devant et FO derrière) du cortège ne se modifie que très progressivement, sans rupture de continuité.

On évoque régulièrement cette « frontière » qu’instituerait le service d’ordre de la CGT entre les « gentils manifestants » et les « méchant casseurs », entre le cortège syndical (derrière le SO) et la manifestation autonome (devant). Mais au moins s’agissant de la manifestation du 14 juin, cela ne tient pas : la prétendue limite ne délimite rien du tout, puisqu’elle se situe à peu près à la moitié du cortège, devant la CGT Île-de-France, et que donc elle est précédée de très nombreux groupes de manifestants syndiqués (dans l’ordre, toute la province y compris donc des groupes CGT, SUD Idf et la FSU Idf), dont on peut facilement identifier, par les chasubles et leurs banderoles, le syndicat, l’établissement, la région, le secteur…

Si l’on ne trouve pas là, au niveau du SO de la CGT, cette fameuse ligne de démarcation entre les casseurs et les manifestants, c’est qu’en réalité elle n’existe pas vraiment : c’est vraiment un continuum qu’on observe plutôt.


Une analyse de Pierre Merklé, sociologue sur la manifestation du 14 juin 2016 et le maintien de l’ordre politique, c’est ce dispositif policier, consistant à enfermer dans une nasse plusieurs dizaines de milliers de manifestants, qui produit au sein du cortège une coupure qui n’existait pas auparavant, qui instaure manu militari une distinction entre « casseurs » et « manifestants »

Pierre Mercklé est maître de conférences en sociologie et membre de l’équipe « Dispositions, Pouvoirs, Cultures, Socialisations » (DPCS) du Centre Max Weber. Ses travaux portent sur les pratiques culturelles des adolescents, les réseaux sociaux, les méthodes quantitatives et l’histoire de la sociologie. Pierre Mercklé est membre du comité de rédaction de la revue Sociologie, dont il anime en outre la version électronique, et membre du conseil scientifique du CLEO. Il est également le fondateur de Liens Socio, le portail francophone des sciences sociales, et un des animateurs de Lectures, la revue des comptes rendus en sciences sociales.


j'ajoute les sous-titres
Citation :
Mardi dernier, j’étais à Paris pour un colloque. Mais comme il y avait grève et manifestation, je suis allé rejoindre quelques dizaines de milliers d’autres personnes pour dire de cette façon, comme plusieurs fois depuis deux mois, mon opposition à la réforme du Code du travail telle que voulue par la loi El Khomri. Je n’étais pas venu exprès de Lyon avec mes camarades de l’ENS, je ne suis pas syndiqué, je n’ai pas retrouvé sur place des connaissances parisiennes, et donc je me suis retrouvé tout au long de cette manifestation dans une position ambiguë, entre le manifestant et le spectateur. Pour qualifier cette position, en ethnologie on parlerait d’observation participante, un terme et une méthode dont l’anthropologue Bronislaw Malinovski a été l’un des premiers utilisateurs au début du siècle dernier, pour étudier des tribus des îles Tobriand, dans le Pacifique.

Souvent, dans une manifestation, la délimitation géographique entre le participant et l’observateur est marquée par la bordure du trottoir : sur la chaussée, les manifestants, sur le trottoir les spectateurs, les badauds, les habitants du quartier qui rentrent chez eux, les gens qui font leurs courses… Mais mardi, rien de tel : le cortège était tellement dense tout le long du parcours que la chaussée ne suffisait pas à le contenir, et qu’il débordait largement sur les trottoirs de part et d’autre. La ligne de partage était plutôt dans les têtes de chacun-e, à la fois actrice ou acteur, et spectatrice ou spectateur, suivant les moments, les situations – parce qu’une manif, on la fait, mais aussi on la regarde, on la sent, on l’entend. Cette fois-ci, j’étais un peu plus spectateur, avec mon téléphone pour prendre les notes et les photos que j’essaie ici de mettre en ordre.

Quant à la bordure du trottoir, elle séparait plutôt, sans étanchéité, toujours provisoirement, deux types de manifestants : sur la chaussée, le cortège organisé, les sections syndicales défilant les unes derrière les autres dans un ordre établi à l’avance. Mardi dernier, c’était, dans l’ordre donc : cortèges de province, Solidaires Île-de-France, FSU IdF, CGT IdF, Jeunes, et enfin FO IdF en fin de cortège (le détail est consultable sur cette page, où l’on peut voir toute la logistique que suppose en amont la mise en place concrète de cet ordre). Et sur le trottoir, d’autres manifestants, seuls, en couple, en familles, en petits groupes d’interconnaissance ou en groupe plus nombreux et identifiés comme appartenant à telle section syndicale, tel secteur ou tel établissement par des drapeaux, des banderoles, des pancartes, des chasubles… Certains des manifestants du trottoir sont effectivement statiques : ils tiennent un stand, vendent un journal, distribuent des tracts ou des autocollants, discutent avec une connaissance croisée par hasard, regardent le défilé, prennent des photos… Mais la plupart d’entre eux avancent : ils défilent aussi, mais à une vitesse un peu plus rapide que les manifestants de la chaussée.

une très progressive et très continue modification de l’atmosphère à mesure que j’avançais vers la tête de la manifestation

Comme j’étais seul, donc sans raison particulière de faire toute la manifestation avec « les miens » (celles et ceux de mon syndicat ou de mon établissement), et que j’étais arrivé en retard place d’Italie, presque une heure après le départ de la tête du cortège, j’ai donc rejoint la cohorte hétéroclite des manifestants du trottoir, et remonté avec eux le cortège. Ce que j’ai pu ainsi percevoir, c’est une très progressive et très continue modification de l’atmosphère à mesure que j’avançais vers la tête de la manifestation. Une manifestation, ça sollicite tous les sens : les odeurs de merguez de la place d’Italie cédaient doucement à l’odeur un peu métallique de poudre des fumigènes des cheminots ; les couleurs vives des calicots, des casques de chantier, des chasubles et des drapeaux syndicaux se faisaient un peu plus clairsemées, petites tâches colorées au milieu des familles et des jeunes en jeans et t-shirts clairs, auxquels se mêlent petit à petit des garçons et des filles plutôt habillés en noir ; les sonos des cortèges syndicaux s’estompent, les slogans se font moins chantants, plus revendicatifs, parfois fantaisistes (j’aime beaucoup : « Ce n’est qu’un combat, continuons le début ! » [la formule est de Bernard Lubat]).

un continuum qui ne présente aucune coupure marquée, clairement identifiable

Mais ce qui frappe, à voir, sentir et entendre ainsi défiler le défilé, c’est que c’est un continuum, qu’il ne présente aucune coupure marquée, clairement identifiable. De la queue à la tête, la composition sociale, démographique (par exemple en termes d’âge) et politique (il n’est pas complètement indifférent que SUD soit devant et FO derrière) du cortège ne se modifie que très progressivement, sans rupture de continuité. On évoque régulièrement cette « frontière » qu’instituerait le service d’ordre de la CGT entre les « gentils manifestants » et les « méchant casseurs », entre le cortège syndical (derrière le SO) et la manifestation autonome (devant). Mais au moins s’agissant de la manifestation du 14 juin, cela ne tient pas : la prétendue limite ne délimite rien du tout, puisqu’elle se situe à peu près à la moitié du cortège, devant la CGT Île-de-France, et que donc elle est précédée de très nombreux groupes de manifestants syndiqués (dans l’ordre, toute la province y compris donc des groupes CGT, SUD Idf et la FSU Idf), dont on peut facilement identifier, par les chasubles et leurs banderoles, le syndicat, l’établissement, la région, le secteur… Si l’on ne trouve pas là, au niveau du SO de la CGT, cette fameuse ligne de démarcation entre les casseurs et les manifestants, c’est qu’en réalité elle n’existe pas vraiment : c’est vraiment un continuum qu’on observe plutôt.

Pendant longtemps, tout ce qu’on voit dans la plus grande partie du cortège, ce sont des « traces » de ce qui se passe à l’avant : des vitrines de banques, de compagnies d’assurance et d’agences immobilières cassées, ce qui ne suscite pas de désapprobation particulière de la part du cortège ; des graffiti que les manifestants commentent, qu’ils prennent beaucoup en photo ; et puis des vêtements noirs abandonnés sur la chaussée, et puis aussi, à mesure qu’on se rapproche de l’avant, l’air qui pique un peu, des yeux rougis, et puis des manifestants avec des bandages autour du crâne.

Hôpital Necker...


J’avance comme ça, en remontant doucement la manifestation le long du boulevard Montparnasse. Depuis un bon moment toutes les rues latérales, de part et d’autre du parcours, sont fermées par des grilles de police et des cordons de CRS ou de gendarmes mobiles, qui ont pour effet d’empêcher quiconque de sortir du cortège (sauf à faire demi-tour pour retourner au moins jusque vers les Gobelins), ou au contraire de le rejoindre en cours de route. Il ne reste plus qu’à avancer, avec la curieuse sensation de « se sentir piégé », comme le dit ce graffiti sur un mur. On avance donc. Jusqu’au croisement du boulevard Montparnasse et de la rue de Sèvres. Là, au niveau donc de l’hôpital Necker, dans la rue de Sèvres de part et d’autre du cortège, un important dispositif policier est en place : devant l’hôpital Necker, pas de grille de police comme dans les rues latérales précédentes et les rues suivantes, mais des troupes très nombreuses, et de l’autre côté du boulevard, en vis-à-vis, un camion anti-émeutes équipés de deux canons lanceurs d’eau. Le dispositif est visiblement en place depuis un moment, mais visiblement il n’est pas entré en action tout de suite : quand j’arrive au croisement, je suis à peu près au niveau de SUD Île-de-France, il y a donc devant moi peut-être 10.000 à 20.000 manifestants, syndiqués ou non.

le cortège scindé en deux par la police, scène violente et longue...

C’est à ce moment-là que le dispositif se met en mouvement, pour prendre le cortège en tenaille et le couper en deux : d’un côté, les CRS multiplient les charges sur le flanc gauche du cortège, soutenus par des tirs nourris de grenades lacrymogènes ; de l’autre, le camion anti-émeutes avance lentement dans le flanc droit du cortège. A gauche, des manifestants mieux équipés que les autres (masques devant la bouche et lunettes de ski ou de piscine sur les yeux) répondent aux raids des CRS par des jets de pierre, et à droite des manifestants moins bien équipés, dont les appartenances syndicales sont identifiables, essaient de ralentir le camion anti-émeutes en se dressant devant lui, contre le lourd pare-buffles grillagé, les bras en l’air. La scène, violente, dure de longues minutes, au gré des flux et des reflux des charges policières. A chaque charge le cortège est scindé en deux, puis quand les CRS se retirent et que le camion s’arrête, les manifestants déjà passés font signe au reste du cortège de les rejoindre, ce que font les manifestants, souvent en tenant leurs mains en l’air. Au bout d’une demi-heure environ de ce manège, les CRS ne refluent pas après une énième charge, et mettent en place, au milieu de la manifestation, une sorte de barrière mobile constituée par le camion antiémeutes et une double ligne de CRS protégés par des boucliers, qui s’étend en travers du boulevard des Invalides de telle façon qu’elle coupe littéralement le cortège en deux. La suite du défilé va alors progresser de cette façon étrange jusqu’à l’esplanade des Invalides, avec le camion anti-émeutes au milieu du cortège, le double rang de policiers, précédé d’environ 20.000 manifestants et suivi du reste de la manifestation, le tout emmuré dans un boulevard des Invalides dont tous les dégagements sont fermés par des grilles de police, comme depuis avant Port-Royal.

ce qui se passe est produit par l'intervention policière : ce n'est pas du maintien de l'ordre public


Le premier résultat au moins objectif de l’ensemble de la manœuvre est assez indiscutable : c’est ce dispositif policier, consistant à enfermer dans une nasse plusieurs dizaines de milliers de manifestants, qui produit au sein du cortège une coupure qui n’existait pas auparavant, qui instaure manu militari une distinction entre « casseurs » et « manifestants » que l’on ne pouvait pas percevoir avant la mise en action du dispositif – et à laquelle, dans le déroulement même de la manœuvre, les manifestants ont essayé de résister : les plus déterminés, en appelant les autres manifestants à combler les trous et à les rejoindre dès que le cortège se rompait ; et ceux-ci, en essayant effectivement de traverser le carrefour de la rue de Sèvres pour reformer la continuité du cortège chaque fois que c’était possible. Devant l’hôpital Necker, on assistait en quelque sorte en direct, et en actes, à la construction policière de la distinction entre casseurs et manifestants. En cela, ce n’était pas une opération de maintien de l’ordre public : les CRS ainsi positionnés au milieu de la manifestation, et leurs collègues des rues latérales ont fait un important usage des grenades lacrymogènes, et des groupes plus petits de policiers en civil et de CRS lourdement équipés ont effectué de nombreux raids pour cibler et arrêter des manifestants particuliers, mais pour ce que j’ai pu en voir, toujours vers l’arrière de la manifestation, jamais vers l’avant, toujours contre des manifestants non-violents, jamais contre les auteurs des dégradations à l’avant du cortège.

Clairement, le dispositif n’avait pas été conçu pour empêcher les dégradations qui ont lieu tout le long du parcours : d’une part, les « casseurs » n’étaient que très rarement ciblés par les raids des forces de l’ordre, jamais aussi systématiquement en tout cas que l’ont été les flancs du cortège pendant presque une heure au niveau de l’hôpital Necker, et ensuite les manifestants « de l’arrière » entre l’hôpital Necker et l’esplanade des Invalides ; et d’autre part, si les autorités préfectorales avaient voulu éviter les dégradations subies par l’hôpital Necker, elles auraient certainement choisi de positionner ailleurs le lourd dispositif de fixation qui a servi à couper le cortège en deux.

une police aux ordres sans perte de maîtrise professionnelle, appliquant des consignes pour séparer et opposer bons et mauvais manifestants


S’il ne s’agissait pas particulièrement de maintien de l’ordre public, que vise alors ce dispositif ? Car il vise bien quelque chose, il ne résulte visiblement pas de l’addition d’initiatives individuelles prises par des CRS excités, ou épuisés par des mois d’heures supplémentaires : quand on discute avec eux au long du cortège, ils ne cessent de répéter qu’ils ne font qu’obéir aux ordres, parfois en levant les yeux au ciel pour indiquer à la fois d’où viennent ces ordres et leur très grande lassitude. Et en tout cas pour ma part, je n’ai pas vu de perte de maîtrise de la part des CRS, à part un « Dégage, pouffiasse » asséné à une dame âgée en même temps qu’un bon coup de matraque sur le bras parce qu’elle ne se levait pas assez vite du muret où elle s’était assise. Tout le reste de ce que j’ai vu ne relevait pas de la perte de maîtrise, mais au contraire assez clairement de l’application plutôt professionnelle, sans enthousiasme ni réticence particulière, de consignes extrêmement cohérentes visant à faire payer un prix aussi cher que possible, physiquement, à toutes les manifestantes et tous les manifestants non-violents qui refuseraient d’accepter la séparation instaurée par le dispositif policier entre les bons et les mauvais manifestants.

une opération de maintien d’un ordre politique : distinguer casseurs et manifestants pacifiques alors qu'il y a une infinité d'intermédiaires

En cela, c’était bien plutôt une opération de maintien d’un ordre politique. Lequel ? Celui qui essaie de distinguer les casseurs et les manifestants pacifiques alors qu’il y a en réalité entre eux une infinité de positions et de nuances intermédiaires possibles ; celui qui essaie de faire porter la responsabilité du refus de cette distinction à une organisation particulière, en accusant la CGT d’une complaisance coupable à l’égard des casseurs, alors que les formes de solidarité que j’ai observées à l’intérieur du cortège de mardi se jouaient à un niveau bien moins institutionnel, beaucoup plus diffus, spontané et collectif que celui-là ; cet ordre politique enfin qui – et c’est peut-être la plus grande surprise venant d’un gouvernement porté au pouvoir par la gauche – fait porter sur le mouvement social la responsabilité des violences dont ce gouvernement est en réalité plutôt le commanditaire et le maître de ballet.

Rien ne garantit bien sûr que le point de vue de l’observateur participant permet d’accéder au sens politique objectif du dispositif policier mis en œuvre lors de la manifestation parisienne du mardi 14 juin 2016. Rien ne démontre évidemment que les autorités préfectorales avaient par exemple reçu des consignes ministérielles pour placer le dispositif policier devant un hôpital pour enfants, afin ensuite de faire porter aux opposants à la loi El Khomri la responsabilité d’éventuelles dégradations. Rien n’assure même que les forces de l’ordre avaient prévu dès le début de couper la manifestation en deux, ni que cette manœuvre était destinée à empêcher les différentes formes observables de solidarité entre manifestants pacifiques et manifestants violents. Justement engagée et subjective, même quand elle est armée de certaines formes de savoir-faire ethnographique, l’observation participante a pourtant l’immense avantage de donner à voir ce que c’est que manifester, ce que c’est qu’être entravé-e dans son droit de circuler librement et d’exprimer un avis politique dans l’espace public, ce que c’est que subir des violences. Et elle permet de mettre au jour une partie des significations que les un-e-s et les autres donnent, en situation, à ces entraves et ces violences, et une partie des façons dont ils y répondent : dans leur immense majorité, ce fut pour refuser un ordre indissociablement policier et politique qui tente de leur imposer une opposition entre casseurs et manifestants qui leur semble très loin d’être la bonne grille de lecture de ce mouvement.




un casse tête de cortège

retour sur la porosité, son sens, sa dynamique et ses limites

j'écrivais il y a quelques jours que la catégorie « tête de cortège », qui s'est progressivement construite et imposée, de son invention relativement spontanée en situation à sa préparation systématique avant les manifestations (Assemblées, Comités...), puis à sa conception comme un moyen stratégique (textes en circulation et conseils de comportements, d'équipements... jusqu'à la réaction politico-policières de fouilles préventives, Bastille, Bastille-Italie), ne permettait pas de comprendre la porosité et le continuum qui a été observé et que le sociologue relève en termes de « composition sociale, démographique, d'âge, politique... de la queue à la tête »

or c'est ce continuum sans ruptures, que celles posées aussi par certains revendiquant la casse en tant que telle et l'opposant au pacifisme des manifestants, qui est intéressant car il porte le sens de la "porosité" (RS...) correspondant à une situation sociale accouchant de nouvelles formes d'(auto-)organisation des luttes

figer ce sens en opposant la catégorie « tête de cortège » (plutôt que "casseurs") au reste des manifestants "pacifiques" comme s'ils étaient indifféremment disciplinés sous les banderoles syndicales (ce qui n'est le cas dans aucune manif dès lors qu'il y a des regroupement par entreprise, par villes...) ne fait que renvoyer en miroir le but politique et policier recherché : la surenchère gauchisante, en pratique comme en théorie, a toujours un prix...


débordements mon culte

et l'on comprend que ce soit la vision de qui pense les "débordements" comme une avant-garde détachée du mouvement général. Celui-ci porte sa dynamique, quelle qu'elle soit, dans ses limites propres qui sont générales : les limites d'une marge sont une particularité marginale, pas celles de la généralité du mouvement

un écart n'est pas produit sur ou par un modèle théorique

cela rejoint le fait qu'on n'observe pas d'écarts dans les contenus de ce mouvement Nuit Debout - Loi travail, et qu'il ne faut pas confondre intervenir en communiste selon une stratégie pensée et embarquée dans les luttes telles qu'elles sont, avec l'idée d'élargir des "failles" qui elles-mêmes annonceraient des écarts de contenus modélisés dans la tête de certains théoriciens

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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Sam 2 Juil - 13:40


dans cette interview de Houria Bouteldja, ce qui m'intéresse particulièrement, le reste étant plus connu à travers d'autres articles, c'est la réponse à la dernière question, sur la (non-)participation du PIR en tant que tel au mouvement social, et particulièrement à Nuit Debout


retour sur une absence et son sens
pour des luttes de classes décoloniales


Houria Bouteldja : « L’islamophobie est une métamorphose du racisme anti-arabe »

Propos recueillis par Marwan Andaloussi, Libre Algérie 27 juin 2016


Photo Hassen Mezine Marche de la dignité, octobre 2015,
Les indigènes de la république y ont participé avec de nombreuses autres organisations


Citation :
Libre Algérie : Pour commencer, racontez-nous l’histoire de la création du Parti des indigènes de la république (PIR). Et quels sont ses objectifs ?

Houria Bouteldja : Comme toute organisation politique, le PIR a pour ambition de transformer les rapports de force en faveur de ceux qui sont les plus opprimés de la société française : ceux qu’on appelle les indigènes de la république et qui sont issus de l’histoire coloniale de la France, à savoir les Sub-sahariens, les Antillais et les Maghrébins principalement. Nous sommes nés dans le contexte de l’après 11 septembre, de la loi de prohibition du voile à l’école, dans un contexte de forte islamophobie. Plus exactement, à un moment où nous avons compris que nous ne pouvions plus compter sur la gauche pour défendre nos intérêts puisque même la gauche dite « de transformation sociale » était elle-même majoritairement islamophobe et eurocentrique.

Dans votre livre, vous mettez en lumière le racisme subi par la population issue des anciennes colonies, comment expliquez-vous la persistance de ce racisme un demi-siècle après la fin de la colonisation ?

D’abord parce que la France a été un empire colonial mais surtout parce que les rapports de domination Nord/Sud existent toujours sous la forme de l’impérialisme économique, politique, militaire et culturel. La France n’a plus son empire au sens strict du terme mais elle a toujours ses intérêts en Afrique et poursuit des menées guerrières en Libye, au Mali, en Syrie…Concernant sa politique intérieure, le racisme est l’un des moyens qui assurent la cohérence du pacte racial républicain. Lorsque l’Etat redistribue le pouvoir en termes de droits politiques, économiques ou sociaux, il se doit de privilégier son corps légitime (ceux qui sont à la fois Blancs, Chrétiens et Européens) pour que ceux-ci lui accordent leur confiance pleine et entière. Il s’agit d’un pacte social/racial entre l’Etat et son peuple élu. Comme l’Etat, sous la pression du libéralisme, a de moins en moins d’impact sur le levier social, il renforce le levier racial pour s’assurer le soutien du plus grand nombre.

On peut compiler un nombre impressionnant d’articles, de reportages, et de Unes de magazines anti-arabes, anti-musulmans ces dernières années. Mais ne pensez-vous pas que la société résiste aux sirènes racistes ?

C’est difficile d’avoir un point de vue tranché sur la question. S’il l’on en croit la violence des diatribes islamophobes dans les grands médias, on peut effectivement constater que les réactions sur le terrain sont plus modérées que ce qu’on peut craindre. Il n’en reste pas moins que le CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France ) enregistre une progression inquiétante des actes islamophobes, progression qui s’accentue d’années en années. Par ailleurs, sur le plan politique, il y a une droitisation claire de l’opinion depuis trente ans. Une tendance qui ne semble pas s’infléchir pour le moment. Cette évolution se fait clairement au bénéfice du FN qui semble parfois dépassé sur sa droite notamment par l’aile néo-conservatrice du pouvoir.

Quelles sont les conditions pour que la France admette son passé colonial et se réconcilie avec ses populations ?

Je crois que l’essentiel se jouera sur le terrain et sur notre capacité à organiser le « tiers-peuple » indigène comme l’appelle Sadri Khiari. Il faudra aussi compter sur les franges les plus décoloniales de la gauche radicale française qui est de plus en plus sensible à notre discours.

Votre discours, souvent qualifié de radical, vous met en situation de confrontation avec l’elite politico-mediatique française. Pourquoi avez-vous choisi cette option ?

Ce n’est pas un choix, c’est un passage obligé pour qui veut défier et remettre en question les pratiques et le récit occidentalo-centrés du champ politique français et de ses élites blanches.

On a pu constater ces dernières années, la nomination de certaines personnes issues de l’immigration à des postes de ministre. Comment expliquez-vous cette démarche des gouvernements de droite et de gauche d’ailleurs?

Un sucre qu’on nous jette au visage pour ne pas s’attaquer aux causes structurelles du racisme. C’est du symbolique qui témoigne en creux de la prégnance de la question raciale.

Quelles sont les perspectives politiques pour votre mouvement et pour les « indigènes » en France et en Europe, selon vous ?

Cela dépend de notre capacité à résister, à créer du rapport de force et à mener une politique d’alliance tant sur le plan national qu’international.

L’islamophobie a t-elle remplacé le racisme ou est-elle le signe d’autre chose ?

C’est une métamorphose du racisme anti-arabe. On ne peut plus être ouvertement raciste anti-arabe comme dans les années 70-80, du coup, ce sentiment est remplacé par ce qu’on pourrait appeler un racisme respectable puisque dorénavant les racistes pourront se défendre : je n’ai rien contre les Arabe, mais j’ai le droit de critiquer la religion. L’anticléricalisme historique de la gauche française vient fournir un argument supplémentaire à ceux qui se cachent derrière cette islamophobie.

Récemment, Gilles Clarveul, le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme (DILCRA), a sous entendu dans une interview au Figaro que le PIR devrait être dissous. Quel est votre analyse de ces propos ?

Je crois que son idée est moins de nous dissoudre que nous isoler. En faisant le vide autour de nous, il casse l’antiracisme politique qui de mon point de vue est une menace pour le pouvoir notamment à un an des présidentielles. Il sait que notre mouvance est radicalement anti Parti socialiste et que ce n’est pas le spectre du Front national qui va nous faire flancher. L’antiracisme politique (qui vise essentiellement le racisme d’Etat) participe de la recomposition des contre-pouvoirs et pourrait s’allier avec la gauche radicale. C’est ce qui est redouté.

Il y a un mouvement social important en France depuis plusieurs semaines, quel est la position du PIR face à cette situation ?

Le PIR a vu avec beaucoup de bienveillance et d’intérêt le développement de Nuit Debout. Depuis plus de trente ans, on assiste à une droitisation de la vie politique française. Nuit Debout ainsi que le mouvement syndical qui s’oppose à la Loi Travail est ce qui pouvait arriver de mieux au pays car tout ce qui déstabilise le pouvoir sur sa gauche est une bonne nouvelle. Il n’en reste pas moins que le PIR ne s’y est pas associé à cause de la composition sociale du mouvement qui ne rassemble au fond que les classes moyennes blanches. Les quartiers populaires ne se sont pas sentis concernés (sauf peut-être les lycéens) car le chômage y est endémique. Evidemment la loi Travail va précariser encore plus ceux qui le sont déjà mais ce sont les classes les plus visées par le déclassement qui se sont mobilisées, pas les quartiers malgré plusieurs tentatives pour implanter le mouvement en banlieue.


Pensez-vous que les revendications démocratiques dans les pays d’origines des « indigènes » ont joué un rôle dans le désir d’affirmation et d’existence politique en France et ailleurs ?

Oui. La révolution arabe joue son rôle, tout comme la contre-révolution…


je souscris sans peine à la réponse, qu'expliquait déjà le Communiqué du PIR le 22 avril Nuit (blanche) Debout : Comment sortir de l’entre-soi ?

plusieurs ont relevé cette absence des « quartiers populaires [qui] ne se sont pas sentis concernés [...] qui se sont mobilisées, pas les quartiers malgré plusieurs tentatives pour implanter le mouvement en banlieue.»


RF a écrit:
des gens de toute sorte – tant parmi les participants au mouvement, tant parmi ses absents désignés – peuvent bien faire preuve de «dénigrements» bien autrement explicites et assumés, à partir de l’ouvrier désabusé qui – tout en adhérant aux journées de grève nationale – considère que ce mouvement «c’est de la merde», jusqu’au prolétaire immigré qui intervient au cours d’une Nuit Debout «délocalisée» en banlieue juste pour dire son malaise et l’absence des siens.

« Printemps sans soleil », une réponse aux critiques dndf, 29 juin


voir aussi dans le sujet Nuit Debout p.11, 30 mai 12:05 retour sur une absence : « les Maghrébins »

on la relève, cette absence, mais on ne l'explique pas, et quand le PIR le fait, on préfère ne pas en parler, étant comme entendu qu'il n'est qu'un particule de couches moyennes s'exprimant "au nom de..." mais fort peu implanté dans les dits quartiers. Ils n'y sont pas moins que ceux qui le prétendent en milieu ouvrier et prolétaire, et à mon avis en ont une plus grande connaissance que ceux-là de ceux-ci, parce qu'ils en viennent et y sont liés même quand ils s'en sont sortis


la plage populiste, large sur le pavé, nage en eaux troublant les clivages
de classe et de 'races', rivages... ravages...

or ne serait-ce qu'en théorie, la question de cette absence ne peut être posée sans interroger la signification de ce mouvement français, et sans laisser dans l'ombre sa composition sociale, son contenu et ses limites. On sait que nombre de prolétaires participant aux grèves et manifestations, qu'ils soient ou non syndiqués, syndiqués à la CGT ou à FO, ne votent plus, ne votent plus à gauche, ou votent Front national, ce qui explique au demeurant le positionnement contradictoire du FN sur la loi travail

j'ai formulé dans Brexit : vers une accélération de la double crise de l'Occident et du capitalisme mondial, 28 juin 2:09, la probabilité d'une évolution réactionnaire des luttes prolétariennes en Europe

pour le dire plus clairement, nous sommes ici confrontés à une contradiction entre les luttes de classes telles qu'elles se produisent aujourd'hui en Europe dans leurs limites (notamment syndicales et démocratiques), et leur opposition de fait à un devenir décolonisé du monde, puisque satisfaire dans le système leur revendications revient à entériner la domination occidentale sur le monde, ou du moins à faire de la résistance au coude à coude avec la classe dominante contre la perte de suprématie occidentale

à mon sens, le défaut de l'approche théorique y compris décoloniale du PIR, c'est de ne pas situer les luttes décoloniales dans la double crise de l'Occident et du capital, comme implication réciproque au même titre que celle entre prolétariat et capital, parce que là se situe une contradiction motrice dans la période actuelle, et non prise en soi comme question de la "race"

mais concernant la dynamique décoloniale dans cette double crise, il n'y a pas pour moi photo, les décolonialistes en France, et le PIR aussi, posent une question redoutable à la perspective communiste et révolutionnaire, et c'est pourquoi j'ai choisi en communiste de soutenir et participer à cette dynamique, la seule qui puisse nous permettre de passer à autre chose en dépassant la problématique européenne, ou eurocentrée, des luttes du prolétariat

il sera toujours temps d'y venir... trop tard

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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Mer 6 Juil - 12:53


démonologie : point trop ne faut en faire...

Nuit Debout vu par l'ultragauche et le "mythe léninologique"

Printemps 2016 : un mouvement inattendu Nicole Thé et G. Soriano le 28 juin 2016, Mondialisme.org

c'est dans une note de ce texte diffusé par Yves Coleman que l'on trouve cette remarque qui fait désormais autorité dès qu'il est question du parti, des intellectuels et des conceptions qu'en avait Lénine... selon la conjoncture. Mais l'autorité d'un lieu commun ne fait pas toutes vérités sous le soleil...

Citation :
On notera d'ailleurs l'effacement progressif du rôle des personnalités ayant contribué à l'impulsion du mouvement, comme Ruffin et Lordon (leurs conceptions de la mobilisation, fondamentalement imprégnées de l'idée léniniste selon laquelle les mobilisations se conçoivent et s'organisent en comité restreint éclairé, ne s'avèrent plus vraiment en phase avec la sensibilité et la volonté des acteurs de Nuit debout, qui, eux, tiennent, convaincus du bien-fondé et de la solidité de leur mouvement).

mais laissons aux auteurs la responsabilité de cette ineptie : Lordon et Ruffin en Lénine, et penchons-nous sur la conception qu'avait celui-ci de l'organisation et du rôle des intellectuels


Le mythe de la conception léniniste du parti ou Qu’ont-ils fait à Que faire ?


Hal Draper 1999 Revue Période 2016


Citation :
Détachement d’intellectuels, élitiste, centraliste. Le parti léniniste est taxé de tous les maux que le stalinisme a fait peser sur le mouvement ouvrier. Dans ce texte de 1990, Hal Draper revient sur le mythe qui entoure la conception léniniste du parti et notamment sur Que faire ?, en ayant à coeur de souligner le dynamisme de la pensée de Lénine. Draper nous invite alors à un retour au texte pour nous montrer que Lénine n’avait en rien cherché à construire une secte semblable aux groupuscules actuels. Il a construit un pôle révolutionnaire au sein d’un parti ouvrier large, dont le degré de discipline devait varier avec la conjoncture. Draper permet ainsi de relire les débats classiques sur l’organisation avec un regard neuf, qui peut nourrir un travail de recomposition politique encore à l’ordre du jour.

Le mythe dont nous allons traiter est une croyance véhiculée par ce que nous appellerons la léninologie, une branche de la kremlinologie, qui s’est rapidement développée à l’intérieur des différents instituts universitaires russes, au sein des programmes doctoraux et sous la plume des journalistes politiques notamment. Selon les partisans de ce dogme, la brochure intitulée Que faire ?, écrite par Lénine en 1902, contiendrait l’essence première de son « schéma opérationnel » et de « sa conception du parti », et par là même celle du bolchevisme et éventuellement du stalinisme ; il s’agirait de l’œuvre canonique du « léninisme » sur les questions d’organisation, dans laquelle résiderait en retour le péché originel du totalitarisme. Le mythe établit le parti de type léniniste comme une structure autoritaire contrôlée par en haut par des « révolutionnaires professionnels », des intellectuels recrutés dans les classes supérieures pour diriger une base composée de prolétaires.

[...]


Les propositions de Lénine de 1902 pour le mouvement russe d’alors ont pu être bonnes ou mauvaises – cette discussion a été rendue obsolète par le mythe léninologique. Reconnaître que Que faire ? ne relève pas d’une vision antidémocratique laisse intacte la croyance (présente chez Plamenatz) selon laquelle le « léninisme » aurait prit un tournant antidémocratique dans « ce qui s’est passé après la Révolution Bolchevik ». Le problème du mythe léninologique est qu’il rend les débats autour de ces développements impossibles : les analyses historico-politiques sont remplacées par de la démonologie.

Article original The myth of Lenin’s ’Concept of the Party’ : or what they did to ’What is to be done ? initialement paru dans Historical Materialism, été 1999, numéro 4


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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Dim 21 Aoû - 17:26


intégration dans l'esprit de ce fil, que j'avais oublié
scratch

16 juillet

l'heure vient des textes d'après, en voici un de bonne tenue


« sujet foule, sujet syndiqué, sujet-non sujet, sujet-sujet, sujet spectateur, sujet manifestant, sujet-"casseur"... »

plus de questions que de réponses...




Le balancier de l’illusoire

Notes éparses sur un printemps confus


Freddy GOMEZ  17 juillet 2016



Le long mouvement « social » contre la « loi-travail » – dite « El Khomri » – qui fait déjà de ce printemps français 2016 une nouvelle référence calendaire pour les amis d’une insurrection toujours à venir, pose sans doute plus de questions qu’il n’en résout. Il laisse en tout cas pour partie déconstruites quelques intuitions que la grammaire postmoderne véhicule, depuis des années, sur la fin du sujet, de l’histoire ou du politique.

Citation :
« Nuit debout » fut son lever de rideau. Une montée en masse au contenu « démocratique » qui, le temps de s’éprouver à la lueur des lanternes d’une République à refonder, fit suffisamment illusion pour faire venir à elle, à la tombée des jours, un sujet-foule dont les Indignados de 2011 restaient une représentation modélique et, sans rire, pour beaucoup, Podemos un débouché politique. D’où l’intérêt sans doute exagéré que cette multitude sans autre point d’ancrage que celui qui leur était imparti (la « place ») suscita dans les médias et chez les adeptes de l’ « assaut institutionnel » outre-pyrénéen. On n’est pas précurseur pour rien. Et Lordon se prit pour Iglesias. Le temps d’une fête comme seule l’époque en offre, préfigurative dans l’intention même qui l’anime d’un certain vide d’objectifs.

Du côté de la jeunesse dite scolarisée – ou plutôt dans ses marges, peu politisées mais pas entièrement lobotomisées – émergèrent quelques « activistes » d’une cause mal définie, mais dont les refus coalisées de la « loi-travail » pouvaient faire levier pour exprimer leur mal-être singulier. Ils le firent en déclarant valoir « mieux que ça ». Comme si les autres – ceux qui se lèvent pour 1200 euros par mois – valaient moins bien qu’eux ! À moins que, hypothèse recevable, ils eussent, ce disant, plutôt cherché à s’adresser, sur un mode subliminal, à cette tranche d’âge qui était la leur et dont on sait qu’elle est massivement gagnée à l’ordre marchand et à ses fétiches. Minoritaires dès le début du mouvement et incapables, par conséquent, à la différence de ce qui se passa lors du mouvement anti-CPE de 2006, de ne « bloquer » autre chose que des trottoirs – et encore –, ils n’eurent, après quelques manifs ponctuelles, d’autre perspective que de rejoindre la républicaine « Nuit debout » pour communier, à leur manière, dans la grand-messe d’une supposée réinvention démocratique. Dans l’air, il y avait comme une ivresse de parole libérée que l’état d’urgence de basse intensité ne réprima pas. Ce fut certes un début, mais nettement moins prometteur qu’on ne l’admît, alors, dans les rangs des horizontalistes de la néo-radicalité. Nous y reviendrons.

Profitant du succès d’une pétition contre la « loi-travail » diffusée sur Internet, un front intersyndical assez large se constitua, autour d’une CGT tout juste sortie d’un congrès houleux où sa base, « radicalisée » à l’extrême dans certains de ses derniers bastions, avait largement et bruyamment dénoncé les positionnements timorés de sa direction. Avec SUD, d’un côté, et FO, de l’autre, les sujets non-sujets d’une lutte de classes apparemment passée de mode prirent soudain des airs si conquérants que les médias du consentement, toujours aussi subtils dans le maniement du concept, y virent, dans leur presque totalité, la réapparition d’un spectre où les pue-la-sueur, téléguidés par une CGT réinventant l’action directe, s’apprêtaient à mettre le feu aux poudres. Il y eut, c’est sûr, dans les salles de rédaction climatisées, quelques bouffées de chaleur. Elles dictèrent un choix éditorial clair : combattre au canon l’archaïsme du sujet-syndiqué, potentiellement dangereux, en lui opposant la modernité du sujet-foule de la « Nuit debout », potentiellement inoffensif. Et la ligne fut tenue, au moins un temps, avant que les apparentements d’une contestation multiple ne commencent à se brouiller, et avec eux le jugement binaire d’un quelconque Joffrin.

Longtemps, donc, on admit, dans les open spaces de la vulgate journalistique que la CGT, qu’on raillait de longue date comme dépassée et inefficiente, tenait dans ses grosses mains calleuses le sort d’un pays exsangue dont les pauvres habitants souffraient d’être pris en « otages ». C’était bien sûr, a contrario de ce que cherchaient les plumitifs du social-libéralisme radieux, faire beaucoup de cas de sa force. Car si tel avait été son pouvoir, il n’était pas inenvisageable qu’elle leur eût définitivement fermé la gueule, à ces informateurs, en les congédiant, le temps d’une audace, pour qu’ils apprennent à vivre. La vérité, c’est que la CGT surprit par la vigueur de sa réaction – surjouée chez le camarade Martinez, mais sincère à la base – et que, par un concours de circonstances aussi malaisé à saisir par un échotier de base que par un déconstructeur de Paris-VIII, non seulement le front syndical ne se fissura pas, mais s’élargit à des habitués de la « Nuit debout » lassés d’agiter leurs petits bras en signe d’énième approbation du lassant Lordon.

Chez les éditocrates, la haine monta d’un cran ce jour de mai, le 26, où, renouant avec une très ancienne tradition offensive de sa branche, le Syndicat du livre lia la parution des quotidiens du jour à la publication d’un droit de réponse de son secrétaire aux multiples calomnies qui se déversaient depuis des semaines sur la CGT. Et il le fit. Seule L’Humanité parut, non parce qu’il est l’organe du PC, mais parce qu’il publia la tribune en question. Le toujours leste Joffrin s’égosilla, faisant cœur avec Gattaz, pour dénoncer l’immense atteinte à la liberté d’opinion que constituait ce retour au « soviétisme ». Rien de moins. On se demande ce qu’aurait dit ce pathétique défenseur du mensonge dominant à l’époque où, dans les années 1920, la puissante section des Arts graphiques de la très anarcho-syndicaliste CNT espagnole exerçait la « censure rouge » sur les articles qu’elle jugeait diffamatoires envers tel ou tel mouvement de grève. Notons, pour clore l’incise, qu’il y eut aussi, à la même époque, quelques anarchistes notoirement connus pour juger que cette méthode – radicale entre toutes, c’est vrai – constituait une authentique atteinte à la liberté d’opinion (des patrons, pour le cas). Des sortes de Michel Onfray, en somme, qui, lui, s’affligea de voir des « robespierristes » partout, notamment place de la République, quand le pauvre Finkielkraut, dont on sait la modération dans l’invective, fut assez minablement pris à partie par quelques excités de base.

Donc, la CGT joua sa partition, celle qu’elle connaît sur le bout des doigts – démonstration de force avant négociation –, mais dans un contexte où, d’une part, le sous-caporal Valls, tout à sa suffisance de petit maître convaincu que de l’état d’urgence à l’urgence d’État il n’y avait qu’un pas à franchir (et qu’il pouvait le faire), et où, de l’autre, tenacement partagée sembla la colère – exprimée ou retenue – des humiliés d’une « gauche » dont les représentants débordent de bassesse. Ce coup-ci, le cercle des passions contraires était si particulièrement clos qu’on pouvait y voir la première particularité de ce drôle de printemps revendicatif. Entre un Parti socialiste saisi d’une étrange logique autodestructrice conduisant ses déjà faibles bases électorales à l’écœurement, une direction de la CGT privée de ses habituels réseaux de négociation et naviguant à vue, des « insurectionnalistes » ravis de passer à l’acte et une assez large frange de syndiqués de base et de « nuit-deboutistes » susceptibles de les rejoindre – et, de fait, les rejoignant de manif en manif –, ce qui commença comme un banal assaut d’indignation prit, le temps venant, les allures d’un conflit social d’un nouveau type apparemment fédérateur où, venant de partout et de nulle part, les sujets juxtaposés de révoltes partielles et contradictoires finirent, comme on fait masse, par faire sujet d’un mouvement aux contours certes flous, mais réinventant, à sa manière et pour partie, quelques anciennes pratiques émancipatrices oubliées. C’est ainsi que, succédant aux premières brumes de la nuit républicaine de mars, les grèves du petit matin de mai sonnèrent, chez les refuzniks de la « loi-travail » comme un retour de mémoire : non seulement, le sujet-sujet n’était pas encore mort, mais il restait, de fait, seul capable de paralyser l’économie – ce que, entre nous soit dit, le plus con des éditorialistes parisiens sait depuis longtemps et craint comme la peste.

Cette donnée de base implique nécessairement plusieurs conditions dont aucune, malheureusement, ne fut remplie en ce curieux printemps des hardiesses approximatives : pour que la grève joue son rôle de blocage, il faut qu’elle soit large, offensive et imaginative. Pour le cas, elle ne fut rien de cela. Elle ne fut d’ailleurs même pas une grève, mais une multiplication de conflits plus ou moins actifs qui – à l’exception des raffineries et, à un degré moindre, des trains – ne bloquèrent pas grand-chose. Le fait est là, incontournable, déconcertant. Le sujet-sujet n’a plus ni la conscience de sa force ni le désir de l’exercer. Il fait petit, et il ne gagne rien. Il faudrait d’abord qu’il se désencombre de sa retenue, qu’il s’ensauvage, qu’il réapprenne à compter sur ses seules capacités collectives, qu’il reconstruise son autonomie de sujet.

Le nœud à défaire est là. Précisément là, dans cette infinie faiblesse d’inspiration des grévistes potentiels, mais aussi dans cette réitérante contradiction qui fait que, désormais, une grève peut être populaire quant à ses motifs mais n’impliquer aucune participation de masse. On sait, bien sûr, et clairement depuis 1995, que la modification du salariat, dont l’atomisation s’est largement amplifiée depuis, favorise ce phénomène d’adhésion « par procuration » qui explique, d’une part, pourquoi les sondés ne pensent jamais comme les sondeurs, malgré le matraquage médiatique de la fausse parole, et, de l’autre, pourquoi, privé de toute perspective d’amplification, tout mouvement socialement revendicatif est, par avance, condamné à la défaite. Au-delà de sa position objectivement précaire, le sujet-spectateur, essentiellement jeune, celui qui comprend (ou soutient) la grève sans jamais la faire lui-même, agit donc, là encore objectivement et par son abstention même, comme on a souhaité qu’il agisse, c’est-à-dire comme non-sujet de sa propre exploitation. Au mieux, il sera « nuit-deboutiste » ou supporteur d’un quelconque candidat-citoyen. Et ce sera la seule manière qu’il aura trouvée de contourner le mur de regrets qui cerne sa pseudo-existence.

Au nom de quelle impossibilité systémique serait-il, en effet, acceptable de n’être que ce que le système veut qu’on soit, un simple rouage – précaire – de sa reproduction ? Au nom de quel principe de réalité supposé, cette misérable place imposerait, pour ne pas la perdre, qu’on s’abstînt de vouloir la changer ? Au nom de quelle inéluctable pesanteur, les non-sujets devraient-ils le rester ? Il peut arriver que la lâcheté se pare d’excuses, là où il faudrait de l’effort, de la persévérance et de l’invention. Car tout système a ses failles, et celui-ci plus qu’un autre. On peut le paralyser sans même quitter son siège. Il suffit d’en connaître ses faiblesses et d’appuyer sur la bonne touche. Encore faut-il en avoir l’idée, le goût et la capacité ? Le sabotage fut l’arme des exploités du temps où la précarité était leur condition et le « livret ouvrier » leur viatique obligatoire, exigeable à tout carrefour par les agents du contrôle policier. Et pourtant le mouvement ouvrier émergea de ce no man’s land des droits comme nécessité première pour transformer les non-sujets de l’époque en sujets actifs de l’émancipation humaine. À partir de minorités agissantes ayant fait levier de la science de leur malheur ouvrier, tout le fut arraché à la force du poignet, de lutte en lutte. Les grévistes « par procuration » d’aujourd’hui devraient apprendre de l’histoire s’ils veulent, un jour, vouloir la faire. En vrai. C’est-à-dire en bloquant le plus massivement possible le cœur de la reproduction marchande – que les « insurrectionnalistes » confondent, à l’évidence, avec le blocage de l’hypermarché du coin.

Le vocable « casseurs » relève du langage médiatico-policier. Il fait sens dans les chaumières où la lumière numérique éclaire les passions tristes des quotidiens blafards de la soumission ; il fait sens parce qu’il fait peur, comme tout fait peur quand la peur devient une forme de gouvernement. Sa méthode. Des « casseurs », il y en eut comme jamais au cœur des métropoles de ce printemps confusément offensif. De tout genre, de toute sorte, suréquipés ou touristiques, zapatisés ou adeptes du frisson, activistes de la « joie armée » ou du fun, de « l’insurrection qui vient » ou du simple baston, de l’autonomie logotypée anarchiste – les A cerclés proliférant, comme pour dire « c’est nous, c’est nous ! » à des flics qui n’en doutaient évidemment pas – ou de basistes de diverses marques syndicales simplement fatigués de défiler pour rien. Pot-pourri d’illusions et d’impuissances, de radicalités sans cause et de causes sans radicalité, de colères conjuguées mais pas forcément convergentes, de grand jeu et de pas perdus. Là fut, sans doute, la principale singularité – spectaculaire et spectaculairement médiatisée – de ce printemps hors normes où, dépassés jusque dans la maîtrise du territoire, les services d’ordre syndicaux, et celui de la CGT en particulier, abandonnèrent, un temps, les têtes de manif à leurs pires ennemis d’hier.

On pourrait y voir un choix stratégique, une manière de faire savoir au sous-caporal ministre premier du rang que, sans négociation, le feu pouvait prendre, mais on en doute. On pense plutôt que le tag était dans le vrai : « Ce n’est pas la manif qui déborde, c’est le débordement qui manifeste ! » Du côté de la Sûreté générale, en revanche, comme on disait du temps des « bandits tragiques », il y avait quelque intérêt à laisser prendre l’apparente émeute, en la provoquant au besoin, avant que de l’éteindre aux lueurs des « JT » de 20 heures, histoire de montrer aux assis que la force reste toujours à la force. Même s’il n’est pas vain de rappeler, au passage, que près de 3 000 « casseurs » ou apparentés furent appréhendés au cours de ces événements – dont plus d’une centaine furent jugés en comparution immédiate et condamnés –, le manifestant de base put constater, pendant le déroulement des défilés de mai et juin, que les experts du maintien de l’ordre introduisirent une nouveauté dans leur dispositif policier qui consistait à encourager les débordements, pendant les manifs et même avant qu’elles ne démarrent, pour ne les réduire qu’à l’heure dite et après leur avoir laissé le champ de jeu ouvert. Attitude qui induit que, contrairement à ce que théorisent les « insurrectionnalistes » de plume, ce n’est pas l’insurrection qui vient, mais la contre-insurrection qui progresse et que, état d’urgence aidant, elle sait doser sa riposte en fonction de sa seule volonté démonstrative.

Comme son ancêtre soixante-huitard, mais sur un autre registre, le gauchisme version « insurrectionnaliste » ou/et post-moderne a le ton enjoué et l’esprit court. Il lui en faut finalement peu pour voir dans tout geste de casse pointer la force d’un désir collectif de « destitution ». Quelques vitrines de banque ou panneaux publicitaires mis à bas dans la liesse – liesse partagée, notons-le, quoique sur un mode mineur et non actif, par nombre de manifestants traditionnels – lui ont suffi, pour le cas, à recycler ses enthousiasmes rhétoriques sur la digne rage, la radicalité organisée, l’agrégation des forces autonomes, l’agir politique et tutti quanti. On peut y voir l’effet d’une auto-croyance infiniment cultivée dans l’entre-soi des petites sécessions contemporaines et tout aussi infiniment mise en mots – et répétitivement auto-citée – par ses invisibles mais très médiatisés experts en illusoire. On pourrait aussi y voir un trait d’époque : l’indifférencié de l’excès. Comme la parodie du négatif ou l’esthétique du tapage, l’outrance langagière ne s’adresse, en fait, qu’au pouvoir, celui que l’ « insurrectionnalisme » prétend « suspendre » et qu’il ne cesse de sous-estimer. C’est en cela qu’il se trompe, car il n’est de dissidence possible, c’est-à-dire fondée, sans fidélité à l’histoire qui nous a faits rebelles, de même qu’il n’est de conviction possible, c’est-à-dire authentique, sans exercice permanent de la lucidité. Y compris vis-à-vis de soi-même. Connaître la force de l’adversaire et la sienne, c’est s’éviter de sombrer dans la grandiloquence ou le ridicule.

Le sujet-manifestant est, en réalité, aussi divers que le sujet-« casseur ». À force d’être baladé sans autre perspective que d’attendre la prochaine ronde, il peut aussi s’amuser de voir des jeunes gens déterminés rompre la monotonie des défilés, surtout quand leurs cibles sont claires et sagement évités les affrontements avec les forces de l’ordre. Le sujet-« casseur », lui, s’inscrit dans une sorte d’au-delà offensif : il se voit généralement comme le vengeur masqué, celui qui va finir par ouvrir l’espace à l’émeute. Il en rêve de cette émeute et, en attendant, il jouit de ses actes. Son attitude est évidemment infra-politique, mais il s’en fout. Il est là pour montrer la voie sans songer un seul instant que, dans la coulisse, ceux qui tirent les ficelles peuvent eux aussi avoir quelques raisons de se réjouir de son activisme débridé. En réalité, ce n’est pas la casse qui pose question, mais sa fétichisation qui fait problème. Et là, les « casseurs » n’y sont généralement pour rien. Ils ont vécu l’extase, pris des poses – et à l’occasion quelques selfies –, mis tout ça sur la Toile avec commentaires orgasmiques appuyés. S’il y a dans cette démarche une évidente similitude avec l’exhibitionnisme et l’infantilisme du sportif qui raconte infiniment ses exploits de match, la fétichisation vient d’ailleurs : des médias, évidemment friands de casse en tout genre, mais surtout des théoriciens aux petits pieds dudit gauchisme qui, traquant le signifiant avec emphase, finissent par se convaincre, entre amis, que, pour le coup, l’insurrection n’était pas loin, ce qui, entre nous soit dit, devrait carrément porter à sourire si leur délire n’était pas si réitératif. À partir du moment où il l’est, il ne reste qu’à le combattre. Comme fausse alternative, comme impasse. De la même façon que, dans notre camp, les armes de la critique se sont exercées, en d’autres temps, contre les ravages du « parti armé » et, il y a peu, contre l’inconsistance politique de l’indignation de masse dont la seule victoire fut de relancer l’illusion « démocratique » portée par Syriza ou Podemos et, par force, son lot de désillusions à venir.

En vérité, ce printemps fut celui des émotions contradictoires et contrariées. De l’analyser en simple militant de la « vieille cause », on n’y verra, en pessimiste, que ses faiblesses, qui furent nombreuses, et, en optimiste, que ses élans, qui existèrent. Il fut un temps, pas si lointain, où, au sortir du tunnel des années 1980, l’on chercha à s’auto-convaincre que les temps étaient trop rudes pour désespérer. D’où l’obligation d’enthousiasme qui accompagna, même chez les plus sceptiques, toute aspiration (alter-mondialiste) à un « autre monde ». Il fallait en être comme on est du camp qui se lève et qui marche. Vers quoi ? C’était la question, mais il était malvenu de la poser.

Aujourd’hui que des révoltes éclatent, ici ou là, sans que le monde change pour autant – ou alors sur le mode illusoire (et généralement en pire) –, c’est bien leur contenu qui fait question. Examiné à partir de cette perspective critique, le printemps français de 2016 révèle, à n’en pas douter, plus de faiblesses que d’élans, mais il aura eu le mérite de laisser ouvertes quelques pistes de réflexion qu’aucun observateur de la question sociale ne saurait ignorer. La première, c’est évidemment sa centralité dans toute perspective émancipatrice. Le mouvement ne devint menaçant que lorsque, même minoritairement et en désordre, des points névralgiques de l’économie furent bloqués ou en voie de blocage par des travailleurs en grève. La deuxième, c’est la dérive interne aux syndicats de contestation de la « loi-travail » (surtout la CGT) entre des bases désireuses d’en découdre et des baronnies rétives au bras de fer. La troisième, c’est l’apparition, par-delà les appartenances de boutique et à partir de ces bases mêmes, d’une tentation de dépassement des vieux réflexes. Elle ne déboucha, certes, sur aucune tentative réelle de coordination horizontale, mais son approfondissement, s’il avait lieu, pourrait être prometteur.

Sans cela, sans cette aptitude à réinstaller, de fait et non par raccroc, la question sociale au cœur des offensives, à créer des convergences entre les luttes, à réinventer des méthodes capables d’entraîner le maximum de salariés précaires dans les mouvements à venir, il est, par avance, acquis que l’éphémère de la pseudo-nouveauté citoyenniste ou « insurrectionnaliste » continuera de ne « bloquer », à dates plus ou moins répétées, que du symbolique. Ce qui est sans doute assez pour ses troupes, mais très largement insuffisant pour avoir quelque chance de débloquer, pour de vrai, avec ou sans insurrection, le verrou de la domination.


20 août

à lire chez DDT 21 (Gilles Dauvé) mais il va falloir attendre, car le lien LIRE LA SUITE ne fonctionne pas encore


LPR / Populisme de boue

20 août 2016 by ddt21

Citation :
LPR Les Petites Recensions

C’est en avril 2016, pour la promotion de ce livre, que Chantal Mouffe a fait irruption dans les médias français. Jusqu’ici peu traduite, la philosophe poursuit l’œuvre de son compagnon Ernest Laclau, un universitaire argentin, ancien militant péroniste de gauche, considéré comme le théoricien du « populisme de gauche » et dont le titre de gloire est d’être l’inspirateur théorique des dirigeants de Podemos. LIRE LA SUITE

Chantal Mouffe, j'en ai beaucoup parlé dans ce fil, notamment au début. Il était temps à mon avis que des théoriciens de la communisation se penchent sur le populisme notamment "de gauche" puisque jusque-là on n'avait guère que le texte de RS/TC sur Monsieur Le Pen, qui remonte à 2002 (à retrouver, récemment republié par dndf, dans la rubrique "du côté de la théorie")

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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Mar 30 Aoû - 20:54


je rappelle que ce sujet est un digest du trop long (ou trop court) feuilleton 'NUIT DEBOUT' et 'LOI-TRAVAIL'...

ce texte est également très long, à lire chez lundimatin. Je ne l'ai que rapidement parcouru, il m'a l'air plutôt bon



Alèssi Dell’ Umbria est l’auteur entre autres d’une Histoire universelle de Marseille, De l’an mil à l’an deux mille (Agone, 2006) et de C’est de la racaille ? Eh bien, j’en suis ! À propos de la révolte de l’automne 2005 (L’Échappée, 2006). Sollicité par des amis latino-américains, il a rédigé à leur attention une analyse de la situation politique française.


(Ce texte a été écrit à l’intention de camarades latino-américains qui, du Mexique à l’Argentine, me demandent des éléments d’information et d’analyse sur l’agitation en France. Ce qui explique que beaucoup de précisions y soient formulées qui n’ont évidemment pas raison d’être pour des camarades français.)


j'y reviendrai, ou pas

scratch

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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Ven 2 Sep - 2:41


Collector invisible


la bifurcation qui vient


À paraître le 21/11/2016

Citation :
Maintenant est un texte d’intervention. Il peut se lire comme un chapitre supplémentaire d'À nos amis, commandé au Comité Invisible par une actualité écartelée entre attentats, rhétorique antiterroriste, mouvement contre la loi « travaille !», répression féroce, fin de la sociale-démocratie et rumeurs de « guerre civile ».

Maintenant vient à la suite d’un mouvement qui a vérifié l’essentiel des conjectures du Comité Invisible – détestation sans appel de la police, expérience et lassitude des AG, centralité du blocage, retour du thème de la Commune, dépassement de l’opposition entre radicaux et citoyens, refus de se laisser gouverner, etc. -, et au début d’une année dont l’enjeu sera, pour le pouvoir, de faire rentrer dans le cadre délabré de la politique classique, au prétexte d’une campagne présidentielle, tout ce qui, d’ores et déjà, la déborde, lui échappe et ne veut plus entendre parler d’elle.

Maintenant propose une bifurcation, esquisse un autre chemin que l’étouffoir prescrit, avance une autre hypothèse que celle des élections : celle de la destitution. Une hypothèse où il est question de prise sur le monde et non de prise de pouvoir, de nouvelles formes de vie et non de nouvelle constitution, de désertion et de silence plutôt que de proclamations et de fracas. Où il est question d’un communisme inouï, aussi – un communisme plus fort que la métropole
.

faut l'faire de considérer qu'on avait tout prédit du mouvement NuitDebout-Loi travail : la liste concerne si peu de monde qu'elle est insignifiante, et généralise des "débordements" bien bordés dans le lit de la défaite y compris syndicale. Sur le plan théorique, c'est quasi nul, le Comité invisible a regardé ce mouvement social dans son miroir, ce sur quoi il croyait avoir un pouvoir (les enfants de la petite-bourgeoisie rêvent toujours d'encadrement)

mais en un sens c'est vrai : l'envers du même est le même, et ne casse pas trois pattes à un canard capitaliste. Julien de Coupat est un Léon Mattis qui a réussi, parce qu'il écrit mieux avec davantage d'imagination. En commun : ils parlent pour ne rien dire, et Maintenant le dit : "communisme inouï" annonce un communisme de silence et d'absence. L'État français n'est pas Dilma Rousseff et l'on se passera de cette destitution

pas impossible que ce quadra de la radicalité petit-bourgeoise ait atteint là son seuil d'incompétence révolutionnaire

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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Dim 4 Sep - 13:55


une exigence de réalisme

un des meilleurs textes de synthèse, où je retrouve la plupart de mes questionnements exprimés au fil des jours dans le feuilleton 'NUIT DEBOUT' et 'LOI-TRAVAIL', informations, analyses, théories, et digressions : le roman d'un mentir-vrai français

Echanges et Mouvement


Ce qui suit a été écrit avant la tuerie de Nice (14 juillet), pour tenter de rassurer les camarades de l’étranger qui voyagent, et reçoivent à travers ­divers médias (y compris ceux des ac­ti­vistes français) l’image d’une France un peu à feu et à sang. Outre l’inquiétude quotidienne que des actions « terroristes » imprévisibles et incontrôlables de ce genre peuvent susciter, peu de changement à ce que nous avions écrit fin juin. Sauf peut-être de constater que les médiatisations de tout événement de quelque importance mondiale (le pseudo-coup d’Etat en Turquie, l’intronisation de Donald Trump aux Etats-Unis, l’état d’urgence en France, etc.) relègue aux oubliettes temporaires ce qui faisait la une des médias la veille (qui parle aujourd’hui des migrants ou de Nuit debout ?) (1)


Citation :
Quelle était la vie à Paris en ces jours de fin juin 2016 ? Les questions posées par des camarades étrangers laissent penser qu’ils croient trouver ici, d’après les informations diverses qu’ils recueillent, une vie quotidienne totalement perturbée par une montée des conflits. Paris devait connaître effectivement le 28 juin la douzième grande manifestation contre la loi dite El Khomri (du nom de la ministre du travail) ou plus simplement « loi du travail », qui fut présentée en conseil des ministres le 9 mars.

Sauf pour l’énorme déploiement des forces de répression (2 000 à 3 000 policiers pour les dernières manifestations) et les perturbations causées dans le trafic routier, la vie à Paris n’a guère été troublée depuis le début de ces actions de résistance. Il n’y a eu aucun manque de ravitaillement, si l’on excepte une grève dans les transports ferroviaires pour des questions spécifiques aux cheminots aujourd’hui terminée, les transports ont en général fonctionné selon leurs horaires, les terrasses des cafés étaient abondamment remplies chaque soir, les écoles et les universités sont ouvertes et les examens se sont déroulés normalement, les matchs de l’Euro de foot n’ont été troublés que par les débordements nationalistes des hooligans. Si des commandos de quelques centaines de personnes peuvent effectuer des raids nocturnes sur le siège de la CFDT ou de la CGT, cela reste très marginal et ne trouble en rien la vie de la ville. Pendant les cinq derniers mois, mis à part quelques points forts temporaires, cette situation a été à peu près ce que je viens de décrire, bien qu’il se soit passé des événements qui valent la peine d’être notés, notamment quant à l’évolution des différentes composantes du mouvement d’opposition à la loi El Khomri. C’est en ce sens que je pense examiner séparément chacun de ces différentes composantes tout en insistant sur le fait que bien qu’elles soient restées distinctes, elles n’ont pu se développer que dans un contexte global et ont pu converger occasionnellement.

J’ai séparé quatre de ces composantes : les étudiants, les syndicats et les travailleurs, « Nuit debout » et la marginalité des activistes dont les frontières sont mal définies, qui peuvent se retrouver dans un même événement décidé par l’une ou l’autre de ces composantes. Pourtant, avant d’entrer dans les détails de la situation en France et le rôle qu’ont pu y jouer les différentes composantes, je dois expliquer ce que je considère comme plus important, le contexte global dans lequel ces composantes opèrent et les situations respectives dans la composition de classe, ce qui explique à la fois leurs convergences et leurs différences.

Un mécontentement général

Ce qui est commun à toutes, c’est un mécontentement général. Ce mécontentement s’est développé dans un rejet des structures politiques, des politiciens ; motivé par leur impuissance face aux problèmes économiques, sociaux et environnementaux causés par l’activité capitaliste mondiale. Ce rejet a été pour la France renforcé par la désillusion de ceux qui avaient encore pu croire aux promesses du présent président social-démocrate. On pourrait penser qu’un mécontentement aussi généralisé donnerait naissance à un puissant mouvement unifié mais on est contraint d’admettre que ce n’est pas du tout ce qui est arrivé dans ces derniers mois. Les conséquences de ce mécontentement sont très diversement appréciées et avec de grandes variations selon les positions dans les structures de classe (2). Parmi la masse imposante des salariés on peut distinguer trois catégories : ceux avec de hauts revenus, ceux avec des revenus moyens et ceux avec de bas revenus ; chaque catégorie montre des réactions très différentes devant ce qui semble être un mécontentement général. La catégorie la plus basse doit d’abord lutter pour son niveau de vie qui pourrait engendrer une plus grande implication dans les luttes : pourtant, cette catégorie ne fut que très rarement impliquée dans le actions de ces cinq derniers mois, et certainement pas d’une manière massive. La raison en est que toutes les dispositions (allocations diverses) destinées à pallier les difficultés matérielles des bas revenus sont toujours en place avec une certaine efficacité sociale, bien qu’elles puissent avoir été quelque peu réduites au cours des années récentes. D’autre part, ceux qui sont victimes d’un emploi précaire quelles qu’en soient les conditions, ne font rien qui puisse les faire tomber dans la case encore plus précaire du chômage.

La catégorie moyenne et celle des hauts revenus, dans une certaine mesure, sont moins concernées par l’insécurité de l’emploi et les questions de salaires mais peuvent quand même sentir une certaine menace d’insécurité, subissant dans le même temps une pression dans le travail, avec une dégradation des relations de travail, alors que dans la vie quotidienne sévit une dégradation parallèle des conditions de vie par la modification de l’environnement. Ces catégories des « classes moyennes » se retrouvent dans une revendication et certaines formes de militantisme touchant la « qualité de la vie », ce qui inclut aussi la possibilité de changer leur futur et celui de leurs enfants ; ces enfants, dans leur adolescence et après affrontent le même type de problèmes, renforcés pour eux par l’appréhension de ne pas trouver le job adéquat à leurs espoirs et à leur qualification. D’où l’implication particulière de ces jeunes dans le présent mouvement.

Toutes ces considérations définissent le caractère de ces luttes et leurs limites. Toutes les manifestations et/ou les grèves de cette année n’ont jamais attiré des foules aussi importantes que les mouvements des années précédentes (comme le CPE) et également la présence récurrente d’une « minorité agissante ».

En quoi consiste exactement la « loi El Khomri » ?

La loi « El Khomri » a été votée définitivement le 21 juillet par les députés. D’une certaine façon, bien des participants aux diverses manifestations n’ayant aucune autre opportunité d’exprimer leur mécontentement, n’étaient là que pour « marquer le coup ». De cela découle que pour beaucoup, il s’agissait non de discuter (contrairement aux syndicats), mais de demander le retrait de la loi, ce qui interdisait toute négociation à son sujet. Au-delà de cette position radicale (qui pour certains syndicats dont la CGT ne sont que des mots) et des discussions sur des dispositions de la loi, la plupart des débats tournent autour des conséquences sur les relations de travail des dispositions de son article 2 qui autoriserait dans certaines conditions des accords d’entreprise au niveau d’une usine la transgression des protections légales du code du travail. Il serait trop long d’expliquer ici en détail ce qui est en cause pour les syndicats et les travailleurs, mais il est possible d’en donner les grandes lignes :

- la « loi travail » n’est que la dernière tentative d’adapter les relations de travail à l’évolution des structures de la production capitaliste. On peut voir depuis des années une tendance constante, dans les discussions et les accords sur ces relations de travail, d’un transfert du niveau national et des branches professionnelles vers le niveau de l’unité de travail – usine ou bureau. On peut retracer les principales étapes de cette tendance avec les lois Auroux en 1982 (un tiers des dispositions du code du travail furent alors modifiées), les lois Aubry en 1999 (l’application de cette loi devait être discutés et mises en œuvre au niveau du lieu de travail avec les délégués syndicaux de l’entreprise) et la loi sur la représentativité syndicale de 2008 (qui donnait aux délégués syndicaux de base reconnus représentatifs dans l’entreprise le pouvoir de discuter des conditions de travail sans avoir à suivre les directives nationales des confédérations). La loi El Khomri est seulement la dernière étape de cette évolution qui prive les syndicats nationaux de leur pouvoir légal d’intervenir dans les relations sociales de l’entreprise ;

- si l’on considère qu’actuellement moins de 10 % des salariés français sont syndiqués dans les quatre plus importantes confédérations syndicales (CGT, CFDT, FO, CFE-CGC) (et d’une manière très inégale suivant les branches professionnelles), on peut en conclure que le pouvoir des syndicats réside seulement dans ce que la loi (le capital) leur concède. De cela découle leur réaction contre ce nouveau pas dans les relations sociales qui touche leur position quant à leurs possibilités d’intervention dans les relations de travail, laquelle est liée par ailleurs avec leur conception du rôle du syndicat et aux positions de la majorité de leur base réduite. C’est seulement ce dernier point qui peut expliquer les positions différentes dans le présent conflit entre les deux principaux syndicats, la CGT et la CFDT ; de telles divergences à l’intérieur de la CGT peuvent expliquer les tergiversations de cette centrale tout au long des cinq mois de conflit ;

- la loi El Khomri ne crée pas une nouvelle situation dans laquelle les travailleurs seraient privés de quelque droit touchant leurs conditions de travail (c’est un des principaux arguments des opposants à la loi). Une telle position ignore le fait que dans les années écoulées on a vu de nombreux exemples de travailleurs d’une usine ou d’une entreprise pris dans un dilemme posé par les dirigeants : ou bien accepter de sérieuses dégradations de leurs conditions de travail ou bien être licenciés. La loi semble vouloir donner un cadre légal à de telles situations. Mais ce n’est pas tant la loi qui crée la situation dans ce conflit capital-travail que le rapport de forces qui donne la forme et l’issue du conflit.

Quel jeu joue la CGT ?

Comme nous l’avons souligné ci-dessus une partie importante de l’opposition et de l’action contre cette « loi du travail » a été motivée plus par le mécontentement général que par une opposition à un texte qui n’était pas encore bien défini et qui ne les concernait éventuellement qu’indirectement. En fait, les syndicats – les travailleurs qui les soutenaient éventuellement – ont constitué l’épine dorsale du mouvement d’opposition depuis son début jusqu’à aujourd’hui. Et la CGT était la vertèbre la plus forte de cette épine dorsale. Elle était engagée dans un double jeu (de concert avec deux autres centrales syndicales, Force Ouvrière et Sud). D’une part elle était le théâtre d’affrontements de tendances au sein de sa bureaucratie interne (les unes plus radicales, les autres en faveur d’un accord) et d’autre part elle tentait de faire pression sur le gouvernement dans l’espoir de maintenir ses positions légales. Au cours de cette lutte des mouvements plus indépendants des syndicats prirent à certains moment de la lutte de l’importance et ne pouvaient plus être ignorés, car ils donnaient le ton aux manifestations et aux grèves d’une manière quelque peu erratique. Il n’y eut en fait, dans ce mouvement de cinq mois, aucune réelle unité, aucune cohérence dans cette alternance entre manifestations et grèves.

Quand le projet de loi fut révélé à la mi-février, la CGT, de concert avec tous les autres syndicats, essaya de le modifier par des discussions directes avec le gouvernement, mais cette tentative rencontra une forte opposition des membres du syndicat. Séparément et indépendamment de l’appareil CGT, quelques syndiqués lancèrent une pétition sur Facebook qui réunit en peu de jours plus d’un million de signatures. Fort de ce succès ce groupe informel lança un appel à manifester pour le 9 mars, un appel suivi par les travailleurs mais surtout par les étudiants et lycéens. Ce mouvement indépendant prit de l’ampleur tout au long de mars (voir ci-dessous sur le mouvement étudiant) et contraignit la CGT à se retirer du processus de discussion (une position maintenue par la CFDT) et à organiser une manifestation commune pour le 31 mars, manifestation qui fut certainement une des plus imposantes de tout le mouvement. Mais après ce sommet, les manifestations n’arrêtèrent pas de décliner – sans aucune autre explication, pour ce qui concerne les lycéens et les étudiants, que les vacances scolaires.

Il est difficile d’expliquer pourquoi la CGT lança à la fin de mai une série de grèves illimitées (peut-être pour appuyer des négociations secrètes, et peut-être pour reprendre un contrôle sur le mouvement qui lui avait échappé en mars). Ces grèves furent lancées, soit dans des secteurs pour des problèmes spécifiques n’ayant rien à voir avec la loi El Khomri (comme à la SNCF où la lutte concernait la réforme du statut de cheminot), soit dans des secteurs où la CGT avait une forte influence : dockers, raffineries, employés de voirie, routiers. Si ces grèves causèrent quelque trouble elle ne conduisirent jamais à une grève générale et souvent même les déclarations de grève illimitée n’étaient guère suivies, comme dans les transports publics de la région parisienne. Et ces grèves limitées et peu efficaces (bien que parfois soutenues par l’apport d’activistes du mouvement) se désagrégèrent peu à peu. Depuis lors, le travail a repris partout.

Si la CGT pensait que ces grèves donneraient un second souffle au mouvement et notamment aux manifestations qui se poursuivirent jusqu’à récemment, ils manquèrent leur but parce que la participation à ces manifestations répétées était de plus en plus faible même si parfois elles prirent un tour plus violent. On peut s’interroger sur le point de savoir si derrière ces hauts et ces bas et les alternances grèves et manifestations il n’y avait pas une stratégie de museler le mouvement indépendant qui se dessinait.

Pendant ces mois de lutte, la CGT et les autres syndicats d’opposition à la loi semblaient vouloir créer une image de syndicats combatifs, se comportant pourtant d’une certaine façon comme une minorité agissante espérant amorcer par les diverses interventions le début d’un mouvement plus vaste. Cette position avant-gardiste était partagée par l’ensemble des acteurs que le mouvement associait sous la bannière du retrait de la loi. Cette position commune n’était nullement nouvelle et quelles qu’en soient les données et les avancées des tentatives diverses furent totalement inefficientes dans leur but de stopper le déroulement législatif dont il est évident aujourd’hui qu’elle sera finalement adoptée et mise en application.

Le mouvement étudiant et lycéen

Le fait que dans les premiers jours du mouvement d’opposition à la loi, ce furent les lycéens et les étudiants qui formèrent le noyau actif de cette opposition de février à mars démontre clairement que ces jeunes se sentaient concernés par cette réforme. Même s’ils étaient motivés par la crainte de ne pas trouver un emploi à la fin de leur carrière universitaire autant que par le mécontentement général endémique. Il était évident que les jeunes des banlieues n’ont pratiquement pas participé au mouvement étudiant et qu’ils furent à peine présent dans les actions autour de Nuit debout (la région parisienne compte 3 millions de collégiens et lycéens et 700 000 étudiants, il n’y eut à aucun moment une participation massive de ceux-ci). Bien que le mouvement étudiant ait été organisé par les syndicats d’étudiants et de lycéens il a pris rapidement un caractère autonome à la fois quant à de initiatives locales indépendant et en termes de radicalisme ;

Mais on doit considérer que cette autonomie et ce radicalisme ne réussirent pas du tout à briser les perspectives de carrière des uns et des autres : la participation étudiante et lycéenne s’arrêta pratiquement après les vacances de Pâques et le troisième trimestre scolaire se déroula sans anicroche : les étudiants et lycéens devaient passer leurs examens et ne souhaitaient pas briser leurs perspectives de carrière.

Nuit debout

Nous renvoyons, pour une tentative de compréhension de ce mouvement, à notre article « Nuit debout, un patchwork expression d’un ras-le-bol généralisé » (Echanges n°155, printemps 2016 – http://www.echangesetmouvement.fr/tag/nuit-debout/) qui soulignait les limites d’un rassemblement qui peinait à ressembler au « mouvement des places » apparu dans le monde les années précédentes, et qui n’a pas réussi à dégager une unité « au-delà de la volonté évidente de “continuer” » ce qui n’est même pas arrivé, les rassemblements s’amenuisant au long du mois de juin, pour disparaître ensuite.

Citons notre conclusion : « Même à travers ses limites et ses faiblesses, l’existence même de ce mouvement Nuit debout apparaît être un témoin et certainement une étape vers une prise de conscience collective de cette faillite d’un système. L’avenir dira sous quelle forme et à quelle dimension. Dans ce qu’elle sera en fait et pas du tout dictée par l’un ou l’autre, pas par nous en tout cas. »

Les marginalités

J’ai mis ce mot au pluriel parce que cette sorte d’action – distincte des plus importantes – a pu prendre différentes formes et était organisée (ou pas) par différents groupes œuvrant séparément ou ensemble de manières différentes en fonction de situations différentes. Ces groupes peuvent même se trouver en violente compétition – « plus révolutionnaire que moi, tu meurs ».

Je considérerai seulement ce qui est arrivé au cours de ces cinq mois de protestations sous toutes ses formes, pas seulement celles qui se rattachent aux actions violentes les plus souvent relatées, souvent répondant à la violence des policiers (mais pas toujours), pas seulement dans l’importance des dégradations matérielles mais aussi dans toutes sortes de perturbations, soit distinctes, soit en marge des plus importantes actions, en général les manifestations.

Je veux souligner deux points que je considère comme essentiels dans ces marginalités quels que soient leur forme et leur caractère :

- elles procèdent toutes du même concept d’avant-garde. D’un côté ceux qui les composent pensent que leur action au cours d’une manifestation va entraîner un grand nombre des manifestants vers quelque chose de plus important, une émeute par exemple (effectivement dans quelques manifestations on a pu voir s’amorcer une telle participation de manifestants « pacifiques », syndicalistes ou pas, mais ce fut toujours très limité). D’un autre côté ils peuvent penser par des actions directes distinctes donner un exemple de ce qui pourrait être fait pour sortir de l’inefficacité des récurrentes manifestations ;

- on doit noter que ces actions violentes peuvent être organisées par des minorités réduites sans être l’objet d’une répression de la part des autres participants (sauf par les services d’ordre syndicaux), parce qu’elles trouvent une sorte d’approbation pour leur action.

Mais la question que l’on peut se poser, au-delà de ce caractère minoritaire d’avant-garde, est dans la nature des buts de leur action. Ils ne furent jamais dans la position de perturber sérieusement la vie quotidienne normale durant ces derniers mois ni de changer le caractère des manifestations. Au-delà du fait de cette inefficacité, au-delà du fait d’avoir été réprimé parfois durement, une autre question se pose sur l’impact politique de ces tentatives de dépassement.

Quelques considérations politiques

Dans moins d’un an aura lieu en France une nouvelle élection présidentielle et le président présent pourrait de nouveau être candidat.

Pourtant, sa popularité et celle du Parti socialiste dont il est le représentant sont si basses que les chances d’un candidat social-démocrate d’être élu sont quasiment inexistantes.

D’où une simple question que nous nous sommes posé dès l’annonce de ce projet de loi El Khomri : était-ce aussi urgent de proposer au vote une loi aussi impopulaire, seulement capable de provoquer une forte mobilisation et d’accroître le discrédit de tous ces politiciens ?

D’une part, le fait que le gouvernement a été capable de maintenir le processus de vote de la loi devant une certaine agitation sociale (mais de faible ampleur il est vrai), peut lui assurer des gains politiques dans la « France profonde ». D’autre part, les actions minoritaires violentes (et leur surdimensionnement dans les médias) aussi bien que l’apparente radicalisation de la CGT peuvent renforcer cette réputation nouvelle de capacité de garantir la « loi et l’ordre ».

Il est difficile présentement de dire si le gouvernement socialiste mérite un diplôme de machiavélisme politique ou s’il a su habilement jouer sur les circonstances. Mais toutes les oppositions paraissent fondre au soleil des vacances d’été et la « loi du travail » a bien été votée et apparemment elle sera mise en œuvre. Et tous les acteurs pacifiques ou violents de ces cinq mois de lutte peuvent peut-être se vanter d’avoir été cocus. Une autre question peut aussi se poser : l’échec de ces six mois de manifestations diverses n’entraînera-t-il pas une démoralisation de ceux qui agirent durant ces jours, prévenant ainsi un mouvement de plus grande ampleur dû au mécontentement global ? Ce qui pourrait aussi faire penser à une autre manipulation du pouvoir.

H. S.


NOTES

(1) Cette logorrhée médiatique mériterait une étude sur la manipulation par les pouvoirs divers des événements permettant de reléguer l’important avec le surdimensionnement du ponctuel d’un intérêt mineur.

(2) Globalement, la baisse du niveau de vie en France peut s’exprimer en deux chiffres. En dix ans, la population française a augmenté de près de 10 % alors que le PIB est resté pratiquement stationnaire, ce qui signifie une baisse globale du niveau de vie, mais différenciée selon les catégories sociales.

————————————————————————————————————-

A LIRE AUSSI

De nombreux textes peuvent apporter des éléments complémentaires ou des approches différentes. Nous ne pouvons les reproduire ici, ni même les citer tous.
« Loi El Khomri, robots et mondialisation du capitalisme » (http://science21. blogs. courrierinternational.com/archive/2016/04/10/loi-el-khomri-robots-et-mondialisation-du-capitalisme-i-51551.html)
« Nuit debout et citoyennisme : attraction fatale » (Yves, Ni patrie ni frontières) (http://www.mondialisme.org/spip.php?article2479)
« Printemps 2016 : un mouvement inattendu » (G. Soriano et Nicole Thé) : texte écrit pour la revue allemande Wildcat, et paru dans son n° 100. Accessible sur le site de Wildcat en français (www. wildcat-www.de/fr/fr_ w100_nuitdebout.html)
– Feuille d’infos de l’assemblée de lutte d’Alès. Au sommaire : « Contre la loi travail: lutte générale et illimitée !! »  ; communiqués et récits d’actions ; une chronologie du mouvement social qui se construit aussi à Alès ; « C’est quoi l’assemblée de lutte ? »… https://exploitesenerves.noblogs.org/recit-de-la-journee-du-17-mai-a-ales/

D’autres textes que nous pouvons envoyer sur demande :

« Le mouvement de mars 2016 » (signé Alain).
« A propos du mouvement Nuit debout » (signé Raoul).
« Face à la loi travail, tous debout. »

Et bien sûr les revues :

Courant alternatif n° 262 (été 2016) : « Pas de vacances pour la lutte de classes », « La gauche et le maintien de l’ordre » ;

Alternative libertaire n° 263 (juillet-août 2016) : « Révolte, retour sur un printemps brûlant », « Un printemps, deux CGT », « La bureaucratie nous divise, l’action nous unit ! », « Grabuge organisé… : attention au romantisme de la violence… et au crétinisme de la légalité » ;

La Forge nos 574 (juin 2016) : « L’unité ouvrière et populaire en action », « La violence a un caractère de classe » et 575 (juillet-août) : « L’unité ouvrière et populaire en marche » ; « De la SFIO au PS, une longue tradition de violence contre les travailleurs et les peuples »…


ce qui ressort est globalement la faiblesse à la fois quantitative et qualitative de ce(s) mouvement(s), le caractère avant-gardiste des velléités de "débordement" sur fond de grèves peu massives et très localisées, la composition sociale et "raciale" (rôle et position idéologique des couches moyennes), et in fine une défaite ouvrière de plus (la loi est passée) entérinée par la fonction des syndicats

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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Dim 4 Sep - 19:06


la révolution ne prendra pas de vacances

c'est peut-être à cela qu'on distingue une «période révolutionnaire»
d'un gauchisme prenant son radicalisme pour la réalité


inspiré entre autres par 15 septembre, rentrée (de la lutte) des classes ! Paris-Luttes Infos 16 août - 4 septembre

antidote :
Février-juin 2016 : six mois de lutte, pour qui et pour quoi ?, Henri Simon, Echanges, fin juin 2016



Dernière édition par Admin le Lun 19 Sep - 20:58, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Lun 19 Sep - 20:57


une leçon de praxis auto-organisée ?!

condamner les "bureaucraties syndicales"
mais donner  des ordres à ses supposées troupes sur Internet


Ni loi travail, ni répression #Blocus22Septembre


Paris-Luttes Infos 19 septembre 2016

Citation :
1. Blocus des lycées dès 7h du matin.
2. Soutenir les lycéens en venant à la même heure pour surveiller que les flics n’empêchent pas les jeunes d’user de leur manière d’agir en politique, c’est-à-dire le blocus, qui permet de libérer du temps.
3. Si les blocus ne marchent pas, converger au lycée Bergson pour s’y retrouver [avec les flics prévenus 3 jours à l'avance ?] et voir les autres possibilités d’actions.
4. Faire pression à la base sur les bureaucraties syndicales pour qu’elles n’abandonnent pas lâchement la lutte. [faudrait savoir : soit elles veulent le compromis par nature du syndicalisme, soit elles sont lâches]
5. Ramener tout ce qui peut permettre de passer des messages de soutien au syndiqué mutilé et à toutes les victimes des violences policières.

Plus d’informations d’ici peu.

1. Se rassembler là où se trouvera la prochaine inter-syndicale pour mettre la pression aux bureaucrates.
2. Participer à la prochaine assemblée générale inter-pro.

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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 22 Sep - 14:11


l'idéologie des "cortèges de têtes" suite

ce texte aligne ce qui est désormais la vulgate à un niveau de ridicule, que je n'ai rien à ajouter à ce que j'ai écrit ou d'autres. Ce sont "leurs" "cortèges de têtes"

 

Analyse autour du phénomène des cortèges de têtes durant la lutte contre la loi travail, qui auront été et sont encore l’une des caractéristiques notables de ce mouvement.

florilège léger

Citation :
Ici se construit le premier pas vers une auto-organisation qui ne soit plus envisagée seulement comme une forme de lutte, mais comme une forme de vie (les deux alors perçues comme deux choses identiques). Une auto-organisation qui se construit aux dépens de l’État, de ses carcans autoritaires et bureaucratiques ; et aux dépens de l’économie, de ses algorithmes et de son exploitation...

... Une expérimentation communisatrice, s’inscrivant dans un mouvement qui soit "le mouvement réel qui abolit l’état actuel des choses" : un processus en acte, qui voudrait abolir nos conditions respectives - et non un simple objectif

Le débordement est justement le caractère originel de notre mouvement.

En fait, acquérir notre autonomie peut permettre de mieux nous organiser, de décloisonner nos combats, d’être plus stratégiques, et, avant-tout, d’être maîtres de nos volontés dans chacun des défis que présentent les luttes.


(après la litanie des tirades sur les syndicats) :

Nous appelons donc tou.te.s les syndicalistes de base des cortèges de têtes à émerger publiquement (témoigner sur les difficultés auxquelles chacun.e. est confronté.e dans sa lutte via internet pourrait être un bon début), se reconnaître, se donner rendez-vous et décider ensemble si des futurs communs peuvent se penser hors de la sphère syndicale.

L’abolition des catégories qui nous séparent est ici envisagée sérieusement

Un contre-monde sera alors en construction permanente
, du monde du travail à nos rues, de nos lieux de vies urbains à nos campagnes.

etc.


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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Sam 24 Sep - 18:44


chose assez rare pour être mentionnée


une critique anti-citoyenniste de l'idéologie des "cortèges de têtes"

Pourquoi nous rejetons le citoyennisme
Lettre ouverte à l’intention de la CGT de l’Isère

Conflits-Blog Archive septembre 2016

Que les choses soient claires, nous ne considérons pas notre positionnement sur cette question comme étant supérieur aux autres, ni comme le seul valable. Néanmoins, nous voulons apporter notre contribution au débat. Nous trouvons que la question du citoyennisme et des attitudes militantes qui s’y rapportent n’est pas, ou peu, posée frontalement (de même que d’autres questions, qui seront abordées dans de prochains textes), ceci sans doute par peur de faire tomber l’illusion de l’unité, et nous souhaitons faire la démonstration que la tendance hégémonique des discours emprunts de citoyennisme, loin de donner de la vigueur aux mouvements sociaux, les affaiblit considérablement.

« Lorsqu’une association s’est cristallisée en société, elle a cessé d’être une association, vu que l’association est un acte continuel de réassociation. Elle est devenue une association à l’état d’arrêt, elle s’est figée. […] Elle n’est plus que le cadavre de l’association ; en un mot, elle est devenue société communauté.»
Max Stirner, L’Unique et sa propriété, 1845


Citation :
Nous entendons par « citoyennisme » la croyance selon laquelle on pourrait apprivoiser le capitalisme, par l’intermédiaire d’un État qui serait au service du « peuple »[1] et qui serait susceptible – si on savait se doter de moyens de contrôles sur les « élus » – de venir à bout des diverses formes d’oppression découlant de l’activité capitaliste. Le plus souvent, comme source de tous nos maux, les discours citoyennistes ne mentionnent d’ailleurs que le « néo-libéralisme » ou « la finance » qui une fois maîtrisés (aux moyens de mesures d’État dont on aura préalablement repris les rênes) laisseraient place à une société « débarrassée du chômage » où s’épanouiraient des citoyens responsables, jouissant équitablement des bienfaits d’un capitalisme à visage humain. Au sein de cette vision du monde où la conscience de classe s’est éteinte, la démocratie, c’est-à-dire le régime politique le plus apte à la sauvegarde des intérêts bourgeois, est devenu le mode d’organisation indépassable des sociétés humaines. Des citoyens, toutes classes confondues battent le pavé unis par ce maître-mot, quand bien même un-e exploité-e aurait pour voisin-e de manif un cadre, un petit patron ou bien même son bailleur. Nul ne discerne plus les points d’émergences des rapports de domination. « Démocratie », ce mot résonne aux oreilles du citoyen comme la promesse de l’âge d’or du progrès social – moyennant quelque ajustement de formes . Et dans le temps où les citoyens négocient avec les pouvoirs publics telle ou telle revendication, l’État qui a réussi à se fondre en eux et à les assimiler au point de leur faire dire « l’État c’est nous », poursuit son rôle de courroie de transmission du capital et de fructification des intérêts bourgeois.

Les outils utilisés par les diverses organisations et individus propageant le citoyennisme sont, parmi d’autres, les manifestations « à slogans », les actions symboliques (ATTAC utilisant beaucoup ce genre d’action, ainsi que Nuit Debout, comme on a pu le voir ces derniers mois), les pétitions (dont certains sites comme Change.org ont fait un véritable business en revendant les informations des pétitionnaires à d’autres entreprises) et de manière générale, toute action favorisant la négociation avec l’État afin de satisfaire tout ou partie des revendications.

Lors de ces actions, l’obsession des organisations et individus propageant le citoyennisme, est leur visibilité médiatique, l’objectif étant si possible de mettre en valeur un nombre important de participants.

Ainsi, l’utilisation des médias bourgeois comme vecteurs d’idées et actions citoyennistes est quasi-systématique, alors même qu’une grande partie des militant-e-s sont (à juste titre) critiques envers ces médias. On a parfois l’attitude inverse qui consiste en une complaisance aveugle envers des médias dit « alternatifs », sans se rendre compte que ceux-ci sont souvent des acteurs de la confusion politique (parmi eux, Reporterre est très populaire chez certain-ne-s militant-e-s).

Puisqu’il est question de confusion politique, il peut être pertinent de s’intéresser au terme « citoyen ». À l’image du mot « peuple », il s’agit d’un terme fourre-tout censé désigner toute personne qui se place sous l’autorité d’un État, sans prise en compte de la manière dont un individu en particulier se situe en regard de cette autorité, et sans considérer sa condition sociale.

Lorsqu’il est utilisé comme adjectif, il désigne tout ce qui semble bon pour l’intérêt général, tout en se plaçant dans le cadre bien confortable de ce qui est autorisé par l’État, ou du moins dans le cadre de ce que « l’opinion publique » approuve.

Globalement, le citoyennisme s’appuie sur le réformisme : changer sans détruire, construire « à côté » (assemblées « citoyennes », petites entreprises locales, business militants en tous genres, etc.), chercher des alternatives, opérer des transitions, parfois propulser son/sa candidat-e-s « citoyen-ne- » aux élections (cela se voit peut-être plus facilement au niveau local). On pourrait résumer ce réformisme à un morceau de slogan bien connu : « Partage des richesses, partage du temps de travail », lequel témoigne d’une absence d’analyse critique desdites « richesses », qu’il s’agisse de l’argent ou de la marchandise, et du travail. Partant de là, un certain nombre d’organisations anarchistes peuvent elles aussi être considérées comme étant complaisantes avec le citoyennisme.

De par la direction qu’il prend chaque fois qu’il s’exprime, le citoyennisme est fondamentalement contre-révolutionnaire. Il crée en effet un plafond de verre au-delà duquel les personnes prenant part aux actions « citoyennes » ne peuvent penser. Il est aussi contre-révolutionnaire dans la mesure où les forces mises en jeu dans ces actions et pensées « citoyennes » finissent bien souvent par y rester et par s’y perdre. Cela conduit non seulement à une désertification de l’analyse révolutionnaire, mais aussi à augmenter le nombre de faux-alliés, voire d’ennemis, de ce-lle-ux qui veulent en finir avec le vieux monde.

Notons aussi qu’on retrouve souvent le citoyennisme associé au patriotisme ou au nationalisme (quelque soit la place qu’il prend sur l’échiquier politique). Pour ne citer qu’un exemple, on a pu voir ces derniers mois des stickers bleus et oranges reprenant le slogan à la fois ridicule et dégueulasse de la nouvelle campagne de Mélenchon.

En tant qu’anarchistes, nous refusons tout pouvoir, et notamment celui de l’État. Nous souhaitons avoir la liberté de décider par nous-mêmes et pour nous-même sans qu’aucun élément extérieur, qu’il soit minoritaire ou majoritaire, ne vienne décider à notre place de la manière de mener nos vies.

Ainsi, nous trouvons inconcevable le fait de donner une quelconque légitimité à l’Etat, ni même à n’importe lequel de nos ennemis, en le choisissant comme interlocuteur, en acceptant de négocier avec lui.

L’État ne voit en chaque individu qu’il tient sous son joug qu’un citoyen, un contractant, dénué de fait de son individualité, sans que celui-ci ait jamais eu la moindre possibilité de refuser le « contrat social ». En considérant ainsi l’individu, l’État l’annihile, le noie dans une masse apolitique de citoyen-ne-s, et lui vole bien souvent toute volonté d’être pour lui-même et par lui-même. Le citoyen, la citoyenne devient alors un élément d’un système bien huilé qui rejettera tout ce qui sort du cadre étatique, tout ce qui n’est pas approuvé par l’opinion publique.

Pour cette raison, nous considérons de fait les citoyen-ne-s comme des ennemi-e-s avant de les considérer comme de potentiel-le-s complices, et nous rejetons toute pensée, toute action qui perpétue le/la citoyen-ne.

Cependant, nous ne fétichisons pas la forme radicale. Des formes d’actions radicales, violentes, ont été sporadiquement utilisées pour servir des intérêts qui ne sont pas les nôtres.

Dans le mouvement qui a agité le début de l’année 2016, on a vu apparaître une sorte d’idolâtrie d’une forme de cortège qui n’est pas nouvelle, mais qui s’est vue pour l’occasion affublée d’un nouveau nom : le « cortège de tête ».

Ce cortège de tête a rassemblé aussi bien des anarchistes que des communistes autoritaires, aussi bien des syndicalistes que des nuitdeboutistes. Certaines personnes s’en réjouissent, ce n’est pas notre cas. Nous ne nous plaçons pas dans un délire de pureté révolutionnaire, nous faisons juste preuve de pragmatisme : le « cortège de tête » est animé par la forme avant d’être animé par une perspective commune.

Nous ne recherchons pas l’union à tout prix, nous recherchons des individus qui puissent être nos complices à la fois dans l’action et dans les perspectives, qui partagent avec nous à la fois le rejet de ce monde, et les idées d’un monde dans lequel nous souhaitons vivre.

P.S. : Une critique approfondie du citoyennisme ne pouvant tenir sur un A4 recto-verso, nous conseillons la lecture du texte « L’impasse citoyenniste ».


[1] La notion de « peuple » regroupe tous les individus, indépendamment de leurs objectifs et de leurs intérêts, donc aussi bien les exploiteurs et exploiteuses que les exploité-e-s.


Captain Makhnobvious ‏mé répond :

@AnotherBloom a écrit:
je trouve pas pertinent pour un sou cet article. Il y a une méconnaissance du sujet car il pourfend un homme de paille.

Patlotch a écrit:
que je le signale ne vaut pas approbation. "Critique des cortèges de têtes", qq lignes comme un cheveu sur la soupe. La mienne est #

du reste je ne trouve pas l'idéologie des cortèges de têtes "citoyenniste", peu homogène, plutôt appelliste ou immédiatiste ?


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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Dim 30 Oct - 13:37


rien à dire a priori de ce texte (un peu tardif donc difficile de parler de "théorie embarquée" : on compte les points après coup), qui reprend la plupart des observations que j'avais faites durant le mouvement du printemps : critique de Lordon/Mouffe, "démocrate fasciste" (pourquoi seulement Chouard ? alors qu'est en cause l'ensemble de l'idéologie française traversant de l'extrême-gauche à l'extrême droite ?) émergence du populisme de gauche, etc.



Carambolage à République

Tristan Leoni DDT21 octobre 2016

« Sale nuit, nuit des fleurs, nuit de râles,
nuit capiteuse, nuit sourde dont la main est
un cerf-volant abject retenu par des fils
de tous côtés, des fils noirs, des fils honteux ! »


André Breton, Poisson soluble, 1924


Tristan Leoni a écrit:
Un gouvernement « socialiste » qui attaque à nouveau les travailleurs, résolu à ne rien céder sur l’essentiel de sa Loi Travail, et des syndiqués de base qui réclament une grève générale à des directions préoccupées par leurs propres survies. Des journées de mobilisation nationale à répétition où l’énergie s’épuise sans se renouveler (tactique qui depuis vingt ans montre son inefficacité), des salariés lancés dans la grève de manière bureaucratique et en ordre dispersé, et de maigres cortèges rassemblant principalement des militants et des syndiqués. Une mobilisation bien inférieure à celle de 2010, où lycéens et étudiants ne participent qu’avec parcimonie tandis que chômeurs, précaires, « quartiers populaires » et même fonctionnaires s’abstiennent prudemment. Une faiblesse compensée par des actions et des blocages symboliques qui n’entraînent qu’un impact de même ordre sur la production et les transports.

Seuls les autonomes, anarchistes et apparentés ont, semble-t-il, pris des forces mais uniquement en termes de pratiques de destruction et d’affrontement avec la police, certes spectaculaires et davantage partagées (d’où l’enthousiasme de certains), mais sans ébauche d’auto-organisation du mouvement. Cette violence est d’ailleurs restée localisée et généralement condamnée par la majorité des manifestants et militants.

Globalement, le mouvement du Printemps 2016 a tourné sur lui-même, incapable d’atteindre une masse critique susceptible, sinon de faire reculer le gouvernement comme lors du CPE, du moins de bousculer institutions et évidences.

C’est parallèlement à cette lutte, et à sa marge, que le phénomène Nuit Debout a fait son apparition. On aurait dû s’y attendre. Même s’il s’avère un feu de paille, il a manifesté un état et une tension bien réels de la société, que l’on aurait tort de croire insignifiants ou de traiter avec mépris.

La lutte de classes s’affaisse et les identités de classe se brouillent. À l’altermondialisme des années 2000 sont venues s’ajouter les théories post-modernes supposées révéler les nouvelles lignes de clivages grâce auxquelles il serait possible de converger contre ce monde que l’on peine à définir. Le capitalisme révolutionne et bouleverse tant qu’on ne perçoit plus que ce qui convulse à sa surface, non ce qui le structure. La force d’une idéologie, c’est de nommer, de mettre des mots simples sur un monde qui nous échappe. Des mots qui servent de slogans et que l’intellectuel développe en des concepts puissants et rassurants car ils sentent le neuf et l’autorité.

La « perte des repères », thème journalistique, est aussi une réalité vécue de façon trans-classiste par diverses parties de la société qui cherchent à y remédier.

Mais la nuit n’aide pas à y voir clair.

Insomniaques ou somnambules ?

Par sa fréquentation et sa longévité, Nuit Debout a dépassé ses initiateurs (Fakir, Attac, DAL, CIP et autres mélenchonnistes). En se greffant sur le mouvement contre la Loi Travail, elle a profité de son énergie et de ses faiblesses (comme l’insatisfaction accumulée par les militants). Pendant plusieurs semaines, place de la République, des milliers de personnes ont discuté, assisté aux assemblées ou visité des stands. Cette réussite montre que pour beaucoup la loi Travail servait de prétexte pour « s’exprimer », « libérer la parole », alors même qu’un tiers d’entre elles – fait significatif – ne participait pas aux manifestations. Libre expression et démocratie sont leurs dénominateurs communs.

Le participant type serait « un Parisien de 36 ans situé politiquement à gauche, diplômé et au chômage » 1, reflet d’une classe moyenne en proie au risque ou au phantasme de déclassement, rejetant la politique traditionnelle, heureux de découvrir ce qui lui semble d’incroyables innovations, en premier lieu le fait de se parler.

Déçus de la gauche, ex-militants passés partout, paumés divers (des anti-chemtrails aux pro-AMAP), renards politiques de toutes obédiences, touristes, curieux et fêtards s’adjoignent aux néophytes béas en un incroyable carambolage idéologique, polymorphe mais strictement formalisé (commissions, ateliers, règlements, cahiers de doléances, etc.). Antipub, antispécisme, urbanisme, constitution, création monétaire, éducation populaire, discriminations, handicap, écologie, féminisme, économie sociale et solidaire, revenu de base, réappropriation du langage, vote blanc, etc., on débat de tout, sauf de ce qui fait tenir la totalité, et très peu du travail ou de sa critique.

Des camarades interviennent évidemment, espérant par leur rhétorique réorienter tout cela vers le droit chemin, celui de la lutte. Mais dans une agora dont le fonctionnement pousse à l’inclusion, la convergence et l’unanimité, refuser de se déterminer selon les critères moraux du juste et de l’injuste, du bien et du mal et parler de lutte des classes sont des acte de division, sinon de violence, qui ne peuvent que déplaire à la classe moyenne qui domine les lieux. D’autres profitent simplement de l’occasion et font de la place de la République un lieu de rendez-vous pratique pour partir en manif sauvage.

La sympathie dont a bénéficié Nuit Debout dans les grands médias atteste pourtant que ce mouvement n’était pas perçu comme un danger, plutôt comme un mouvement citoyen à rapprocher des manifestations ayant suivi les attentats de janvier 2015 ou des pleurs de novembre 20152.

Vulpes vulpes


Si Nuit Debout se résumait à ces bavardages, il serait inutile de s’y attarder. Or, bonne volonté et moyennisme se sont retrouvés accouplés avec des éléments véritablement politiques, en particulier avec cette frange militante rêvant d’un Podemos français (qui ressemblerait beaucoup au Movimento 5 Stelle italien). L’altermondialisme qui se voulait en rupture avec la tradition révolutionnaire et sa culture militante et n’envisageait plus que de « changer le monde sans prendre le pouvoir » (John Holloway) [Holloway n'est pas soluble dans l'altermondialisme] croise ici la vieille militance caméléonne de gauche. Leur terrain, celui de « l’hégémonie culturelle » gramscienne, nouveau nom de la méta-politique, relie ce beau monde [id, c'est une lecture bien réductrice de l'hégémonie selon Gramsci]. Il s’agit surtout de prendre le pouvoir pour, éventuellement, changer la surface du monde (démocratie, commerce équitable, bio, alimentation, AMAP, etc.). Et bien sûr de le réenchanter.

Leur gourou, l’économiste-philosophe Frédéric Lordon, lance des diatribes quasi insurrectionnalistes qui surprennent quand il affirme : « nous ne sommes pas amis avec tout le monde. Et nous n’apportons pas la paix. Nous n’avons aucun projet d’unanimité démocratique. » 3. Le all inclusive a pour lui des limites. Mais qui les pose ? Et où ? Car un mouvement qui prétend représenter les 99 % ne saurait se limiter à la gauche, il transcende les divergences politiques et affirme son interclassisme. Son adjoint, François Ruffin, se pose lui en émissaire d’une « petite bourgeoisie intellectuelle » en quête d’une jonction avec « les classes populaires », alliance selon lui nécessaire à tout chambardement. Et de préconiser « la naissance d’un mouvement populiste de gauche » qui n’aurait peur ni du partage des richesses ni du protectionnisme, et auquel ne manquerait alors qu’une direction politique. « Nous ne revendiquons rien »… sauf le pouvoir.

Intervenant à la Bourse du Travail, Frédéric Lordon, après un long exposé anticapitaliste, révèle ce que doit être le projet stratégique de Nuit Debout ou de la structure qu’elle pourrait enfanter : le cadre institutionnel et libéral expliquant l’impasse des mouvements sociaux et rendant désormais impossible toute revendication, il faut s’attaquer à ce cadre… afin d’en bâtir un nouveau dans lequel revendiquer redeviendrait possible. Même l’aide gauche du mouvement ne se propose pas de transformer le monde, mais de le faire évoluer pour pouvoir à nouveau, un jour, essayer de le transformer. On ne lutte plus pour des réformes aujourd’hui, seulement pour les rendre envisageables après-demain. Le réformisme n’est plus ce qu’il était.

Démocrates-fascistes ?

La démocratie, alpha et oméga de Nuit Debout, a pour ennemi naturel le fascisme dont elle doit se démarquer. Faute de contrer la menace de nervis d’un FN absent (qui, sans participer à la contestation de la Loi Travail, n’a pas pour autant soutenu la loi)4, et après avoir repéré quelques militants d’extrême droite trop visibles, la vigilance s’est reportée sur ce spectre qui hante les assemblées depuis quelques années, le « chouardisme ». Et lorsque l’on cherche on trouve. Après s’être fait connaître et apprécier à gauche comme opposant au Traité Constitutionnel européen en 2005, Étienne Chouard est parti en quête du modèle de la démocratie idéale. Il propose de compléter le parlementarisme par du tirage au sort, réfléchit à une nouvelle constitution, dénonce l’oligarchie financière mondiale, évoque le programme du CNR de 1944, mais attend un homme providentiel du type Robespierre ou Chavez.

Or, après 2010, l’« éclectisme » intellectuel de Chouard l’amène à apprécier et citer des auteurs antisémites et en particulier Alain Soral, ce qui suffit pour nous à le disqualifier sur tous les plans, politique et intellectuel notamment. À un certain degré, le désordre de la pensée fait trop de dégâts pour être sans excuse.

Son influence n’a pas pour autant diminué. En conséquence, dans le mouvement du printemps, à Paris et ailleurs, des anti-fascistes se sont fait un devoir de débusquer et d’éloigner les partisans avérés ou supposés de Chouard (ces derniers traitant ensuite les précédents de fascistes). Nous ne faisons pas un absolu de la liberté d’expression et, parfois, aurions été satisfaits de voir expulser d’une AG certains participants. Mais dans quelles assemblées ? Car se pose une autre question : nous, que faisons-nous là ?

Par elle-même sans intérêt, cette micro-histoire est un symptôme. Les anti-Chouard font valoir que sa pensée est nocive, mais elle l’est surtout de par les passerelles potentielles qu’elle pose vers l’extrême-droite. En réalité, le risque de voir les chouardistes contaminer Nuit Debout par leur discours, était nul ; ce discours y était déjà [c'est vrai, comme dans toute la société française, idéologie comme structure of feeling, Raymond Williams] . Le démocratisme de Chouard est un condensé de celui qui définit altermondialistes, citoyennistes, Indignés et Nuit Deboutistes.

En fréquentant de près ou de loin Soral, Chouard révèle ce que le démocratisme a d’intenable. Nuit Debout se veut un espace de liberté, de libre discussion ouvert à tous… sauf à ceux auxquels il n’est pas ouvert, Chouard, Finkielkraut ou d’autres. Le tort de Chouard est de pousser le principe démocratique au point où il ne fonctionne plus, et oblige à décider qu’« il n’y a pas de liberté d’expression pour les ennemis de la liberté », et à refouler l’intrus hors de l’agora.

La vision du monde de Chouard repose sur l’opposition entre les forces du Mal, les « très très riches », et le camp du Bien, les 99 %. Il ne peut expliquer la domination des premiers que par leur malignité et leur manipulation, d’où l’importance qu’il accorde aux « sociétés secrètes ». Cela prêterait à sourire si ce n’était la version hard d’un conspirationnisme diffus qui fait des ravages partout. Très présente chez les altermondialistes, la théorie du complot des banquiers est revenue en force avec la crise de 2008, et l’extrême-gauche n’est pas la dernière à dénoncer lobbies et lieux de rencontre de la haute bourgeoisie, Bilderberg, Trilatérale, Davos ou Le Siècle5.

Tout le mal viendrait des banques, de leur trop-plein de pouvoir, monétaire et donc politique. En réduisant le capitalisme à ses excès financiers, la gauche et l’extrême gauche font passer le rôle aujourd’hui indéniablement majeur des banques pour la clef de voûte de l’exploitation capitaliste. D’où cette utopie d’une société moralisée, sans paradis fiscaux ni « patrons voyous », d’une fiscalité équitable, où nul n’est trop riche ni vraiment pauvre, d’une marchandisation modérée par la solidarité, tout cela grâce à une démocratie maximale dans le quartier, l’entreprise, la famille, l’école et même au parlement, partout. Ce projet paraît si extraordinaire qu’il est souvent perçu comme synonyme de fin du capitalisme alors qu’il n’en serait qu’une gestion douce car en conserverait les fondements essentiels (valeur, travail, argent, salariat, exploitation, État)6.

On comprend que la présence de chouardistes réels ou fantasmés embarrassait une partie de Nuit Debout7, car leurs idées sont le consensus même d’un tel rassemblement. Mieux valait, pour ne pas s’y reconnaître, repousser ce miroir. Chouard est l’enfant quelque peu monstrueux d’une gauche qui ne sait plus qui elle est, et d’une démocratie qui ne se définit plus par ce qu’elle fait ou fera, mais seulement par elle-même. Aujourd’hui qu’est-ce qu’être « de gauche » ? (voire pour d’autres, qu’est-ce qu’être « radical » ?) Faute de certitude sur le contenu, la réponse est avant tout négative : ne pas être raciste, homophobe et sexiste, critères assez flous pour que tout le monde s’y reconnaisse.

Nationalisme de retour ?

[dans ce passage, l'analyse classe/peuple reste classique, sans montrer la nouveauté, cf CRITIQUES de l'ÉTAT-NATION : de l'État ET de la nation / une urgence stratégique]

Pour celui qui refuse de penser la société comme structurée par des classes tenant leur existence et leur perpétuation de rapports de production, il est assez logique de croire en une infime minorité de maîtres du monde, et leur opposer un vaste ensemble : le ou les peuples.

Entre le FN parlant d’« élite mondialisée », Soral prêtant aux « forces occultes » une incarnation (les « élites judéo-protestantes »), et le Parti de Gauche dénonçant l’« oligarchie bourgeoise », les différences sont énormes mais les visions ont un point commun : capitalisme = mondialisation = marchés financiers.

La solution aussi est voisine : le peuple doit reprendre le contrôle de son destin. Depuis des décennies la politique néo-libérale est portée par une Union européenne qui fait peu de cas de la démocratie, le contournement du référendum de 2005 l’a montré, et dont la Constitution rendrait inapplicable la majeure partie des programmes du Front de Gauche ou du NPA8. Les projets alternatifs, y compris de gauche, supposent donc une reconquête de la souveraineté populaire, étape indispensable avant toute réforme sociale (ce qui rappelle la logique des luttes de libération nationale). Ce pouvoir du peuple, synonyme d’une vraie démocratie, signifie un inévitable renouveau du cadre national, français, italien ou norvégien. Reste à définir les limites de ce peuple.

Il n’y a pas à s’étonner de cette résurgence quand le vide causé par la fin de l’identité ouvrière, et l’abandon du vocabulaire de lutte des classes qui lui était lié, entraînent le désir d’autres formes de vie collective et de solidarité9. Le capitalisme décompose les communautés mais en recrée le besoin. Le populisme (de gauche ou de droite) a pour avantage d’agréger dans un même ensemble prolétaires, commerçants, artisans et petits patrons pour les opposer au « grand capital ». C’est à la bourgeoisie la moins engagée dans les échanges extérieurs que profiterait le protectionnisme auquel les candidats à une gestion alternative du capitalisme promettent de recourir.

La nouveauté ce n’est donc pas tant le retour du « peuple » sur la scène que ses habits. On théorise aujourd’hui la « création d’un peuple » autour de mythes et d’affects, comme le fait Chantal Mouffe au profit des Lordon et Ruffin10. Un auteur comme Jean-Claude Michéa, après sa critique de la gauche qu’il dissocie du socialisme, a également participé à cette reformulation d’un antagonisme entre « peuple » et oligarchie ; utilisant ce qu’il y a de plus conservateur chez Orwell, sa critique (nécessaire) de la notion de progrès a également participé à l’élaboration d’un discours réactionnaire à gauche.

Au peuple s’associe l’idée de nation qui n’est jamais, dans les pays capitalistes modernes, qu’une forme d’organisation permettant sa cohésion. Gauche et extrême gauche se gardent généralement de tout nationalisme trop caractéristique de l’extrême droite. Pourtant, du PCF à une partie du milieu anarchiste, il est de bon ton de soutenir les « peuples » lointains qui défendent leur terre, leur culture, leurs traditions ou leur identité contre des multinationales ou un État. Les milliers de kilomètres excusent sans doute les aspects identitaires, réactionnaires, interclassistes et nationalistes. Mais l’éloignement et la proximité restent des notions relatives.

Il est sans doute trop simple de dénoncer une énième résurgence nationaliste, sorte d’anomalie historique [dès janvier 2015, j'ai souligné que le mouvement type manif du 11 janvier n'était pas nationaliste]. L’idée de nation française remonte à loin et fut initialement et longtemps liée à celle de république, donc à la gauche. De Jaurès à Kropotkine, on ne manque pas de socialistes et d’anarchistes pour défendre le patriotisme (car théoriquement on peut être patriote sans être nationaliste).

Mais laissons le passé : deux siècles après la Révolution française, la nation, c’est le peuple, ce sont les 99 %. S’il y a du nationalisme chez François Hollande et Manuel Valls, ce n’est pas celui de Jules Ferry et Léon Blum. On n’est pas attaché aujourd’hui à une nation comme on l’était à la Belle époque, l’entre-deux-guerres ou les Trente Glorieuses. Les réactions de l’après-13 novembre, même avec leurs drapeaux tricolores, en sont bien éloignées. Les « valeurs » de la France, sa devise, la démocratie et la république, compatibles avec le cadre de l’Union Européenne, priment sur le sol, le sang ou l’Histoire.
C’est ce mélange de re-soudage national et d’exigence de souveraineté populaire qui permet à Mélenchon de soutenir la régularisation des sans-papiers qui travaillent et de remarquer que « dans internationalisme il y a inter-nationalismes ». La France mélenchonienne serait faite de citoyens de toutes origines, couleurs et religions, mais aussi de travailleurs étrangers… en situation régulière. Terre d’accueil, mais sans excès, elle se montrerait à la fois « juste » et ferme avec les sans-papiers. Comment s’offusquer que les politiciens et leurs militants aient « la France » à la bouche alors qu’ils espèrent participer à la gestion de l’entité politique qui porte ce nom et qui est le cadre structurant de la politique depuis 1789 ?

Il y a trente ans, l’emploi du mot « peuple » associé à « France » ou « Français » suffisait à cataloguer l’orateur comme « nationaliste », synonyme légèrement euphémisant de « facho ». Il n’en va plus de même. La nation fait bon ménage avec la critique du néolibéralisme « mondialisé », du « colonialisme » des pays européens par Bruxelles, et de l’influence souterraine des cercles de pouvoir, idées qui gangrènent la gauche11.

Revenons au réel. Le protectionnisme reste un slogan irréalisable tant que l’Europe est dirigée par une bourgeoisie qui trouve son intérêt à une large circulation du capital et du travail. Lui imposer un autre fonctionnement supposerait des luttes de classes et/ou des conflits militaires qui pour le moment ne se déroulent pas en Europe.

Divisions de prolétaires


[de même ici, incompréhension de l'idéologie française]

La question de l’immigration passe pour la plus discriminante entre extrême-gauche et extrême-droite. En réalité, la ligne de partage n’a pas toujours été nette. Dans les années 1930, pour ne prendre qu’un exemple, la CGT demandait la préférence nationale pour l’embauche.

La « crise des migrants » remet aujourd’hui la question au premier plan, dans sa complexité et avec toutes ses implications12 : « accueil » en Europe de centaines de milliers de migrants partis d’Afrique ou du Proche Orient ; aggravation des guerres et du chaos géopolitique ; réchauffement climatique ; patronat (notamment allemand) demandeur de main-d’œuvre et relativement déçu ; signature d’accords diplomatico-commerciaux (comme celui entre l’UE et la Turquie) ; montée des populismes ; organisation des flux devenue une activité économique florissante pour les mafias (du racolage de villageois au cœur de l’Afrique à la gestion des centres de réfugiés) ; etc.

Face à ce chaos, on peut remarquer que le discours (repris par le Pape François) demandant l’ouverture des frontières et dénonçant « l’Europe forteresse » n’a guère évolué depuis vingt ans, mais la gauche radicale n’ayant pas à améliorer le fonctionnement interne du capitalisme, ce caractère basique lui évite au moins de sombrer dans la confusion.

Il n’en va pas de même pour la gauche de la gauche qui aspire à gouverner, d’où un discours fluctuant, tantôt moraliste, tantôt électoraliste. On l’a par exemple vu ces dernières années avec les prises de position de Mélenchon qui précise aujourd’hui qu’il n’a « jamais été partisan de la libre installation des migrants ». Quant à résoudre la « crise » migratoire par des solutions innovantes mais humanitaires et solidaires (aides aux pays de départ, « protectionnisme solidaire », développement économique, relocalisation, multiculturalisme, décroissance, etc.), la générosité suppose un capitalisme à la fois prospère et une bourgeoisie réformatrice, deux conditions évidemment absentes.

Insoluble à bref ou moyen terme, il est peu probable que cette « crise » soit l’occasion d’en finir avec la confusion et le populisme ; mais l’on peut gager qu’elle sera pragmatiquement utilisée par la bourgeoisie pour diviser et exploiter davantage les prolétaires.

Camera obscura ?

Loin d’être apportée de l’extérieur, la confusion est depuis l’altermondialisme des années 2000 l’expression d’une partie de cette classe moyenne désemparée qui n’a plus de mouvement ouvrier structuré et puissant auquel s’adosser. Dans sa recherche d’une boussole, la défense de ses intérêts joue à plein, ce qui explique les angles d’attaque de sa critique : démocratie, culture, éducation, écologie, etc.

Comme l’ont montré le mouvement contre la loi Travail et Nuit Debout, dans la lutte des classes actuelle, ou ce qu’il en est, cette couche sociologique tend à occuper le centre de la contestation, et son idéologie (mouvante) à devenir hégémonique, balançant entre la construction d’une « vraie » gauche et le populisme. Ce dernier, avec son clivage peuple versus oligarchie, a aujourd’hui le vent en poupe.

Si les alternances politiques au sommet de l’État prouvent à l’envi (et beaucoup plus clairement qu’avant la Seconde Guerre mondiale) la similitude entre gauche et droite, il n’en est pas (ou pas encore) sorti un rejet social radical de la politique et de la démocratie. Juste l’abstention, entre désintérêt et passivité.

D’autres espèrent au contraire redonner sens à tout cela et se croient à la veille d’une recomposition de la gauche de la gauche qui prendrait la place de la gauche tout court. Quatre années se sont néanmoins écoulées entre le mouvement des Indignés de la Puerta del Sol et la création (perçue par certain comme une trahison) de Podemos. En France, pour que le socialisme français passe d’une SFIO décomposée au PS il aura fallu une longue gestation, des années 1960 à 1971, mais aussi trois semaines de grève générale suivies d’un mouvement social profond mais finalement défait. D’où l’espoir de 1981.

On aurait pu croire que la situation aurait au moins incité le milieu radical, en particulier ceux qui pensent pouvoir influer sur les événements, à mettre la démocratie (et son rapport à la lutte des classes) au cœur des questionnements, ce n’est hélas pas le cas.

Il n’y a pas de révolution communiste sans critique du travail, pas non plus de réforme capitaliste sans mobilisation du travail. Or, en Europe comme aux États-Unis, le travail résiste comme il peut, mais prend peu l’offensive, même pour revendiquer, même pour des objectifs réformistes.

Sauf renouveau prochain des luttes de classes, et quel que soit le résultat des élections futures, la vie politique des années à venir risque malheureusement de se polariser autour de ce « peuple », son identité et ses limites. Il s’agira de ne pas perdre la tête13.

Constat démobilisateur ? Sans doute moins que la tournure prise par les événements et que l’activité substitutive de nombreux militants. Nous, au moins, ne croyons pas avoir de base à mobiliser.

Tristan Leoni, octobre 2016


NOTES :


1 « Qui sont les participants de Nuit Debout ? », Politis, 10 mai 2016. Nuit Debout a eu des aspects différents selon les villes et les militants qui en étaient à l’initiative, ici quelques altermondialistes, là des militants du PC, du PG ou une poignée du NPA.

2 Une partie de la presse se retournera après l’expulsion d’Alain Finkielkraut de la place de la République.

3 Frédéric Lordon, « Nuit Debout : L’Étape d’Après », 20 avril 2016.

4 On sait ce que valent les sondages. En avril 2016, selon Opinionway, 70 % des électeurs du FN disaient comprendre le mouvement contre la Loi Travail et 67 % le soutenir. On ne demande heureusement pas aux grévistes et aux manifestants pour qui ils ont voté lors des dernières élections (on ne le demandera pas non plus à ceux qui feront la révolution).

5 En 2010 par exemple, Pierre Carles dévoile l’existence du club Le Siècle et organise des manifestations contre son dîner mensuel. L’extrême droite, qui l’avait dénoncée dès les années 1990, ne manque pas de s’inviter à ces rassemblements.

6 Espérer en finir réellement avec le capitalisme dépasse aujourd’hui les bornes de l’utopie admissible alors que cela a été pendant plus d’un siècle le but affiché du mouvement ouvrier. Fait significatif, c’est en 1995 que la CGT a retiré de ses statuts l’objectif de l’abolition du salariat. [oui, correspond, en parallèle, à l'abandon du concept de dictature du prolétariat par le PCF en 1975 (vérifier) et par la LCR vers 2000]

7 L’autre partie, sans doute majoritaire, ne comprenait pas que cela puisse être un problème.

8 Aurélien Bernier, La Gauche radicale et ses tabous, Paris, Seuil, 2014.

9 Le Pen a pu d’autant mieux s’adresser au métallo en 2002 que le PCF s’était dés-ouvriérisé. Julian Mischi, Le Communisme désarmé. Le PCF et les classes populaires depuis les années 1970, Agone, 2014.

10 Sur Chantal Mouffe et son livre L’illusion du consensus (Albin, Michel, 2016), voir notre critique, « Populisme de Boue » (août 2016), sur le blog DDT21.

11 Par exemple le travail que mènent depuis 2004 les éditions Delga. Leur catalogue, bénéficiant de la présence de vedettes staliniennes comme le philosophe mondain Michel Clouscard (remis au goût du jour par son élève Soral) ou l’historienne conspirationniste Annie Lacroix-Riz, redonne un coup de jeune aux intellectuels du PCF des années 1970 et 1980. [explique d'autant moins la focalisation sur Chouard, il existe toute une nébuleuse dans les satellites programmatistes autour du PCF, et les liens ne sont pas tant une traversée droite-gauche qu'une idéologie globale, cf L'idéologie française]

12 Sur la « crise des migrants » voir notre texte, « Califat et barbarie : En attendant Raqqa » (juillet 2016), sur le blog DDT21.

13 Pour nous, outre l’attention à porter à ce populisme et à ces dérives identitaires et pro-identitaires, des réflexions restent à mener, en particulier sur la précarité (car il est trop facile de voir tout le monde devenir précaire, donc potentiellement anti-capitaliste) et sur les « classes moyennes ».


minimum syndical pour ce texte à prétention théorique. Rien de ce qui est dit n'est faux, mais aucune conceptualisation nouvelle n'en montre la nouveauté, car elle n'en prend pas la mesure historique au plan mondial dans la double crise du capital et de l'Occident

certains se bardent de concepts abstraits inutiles, d'autres en manquent cruellement : ni les uns ni les autres ne risquent de « perdre la tête »...

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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Mer 18 Jan - 15:04


le printemps 2016 a-t-il été aussi chaud qu'on le garde en mémoire ? Déjà à l'époque, nombre d'articles soulignaient le faible nombre de grévistes, que masquait le forcing de la CGT, et sa prédilection pour les manifestations médiatiques. Ainsi, alors qu'avant, on ne le pointait pas, et qu'à l'automne on en parlait moins, « Les trois mois les plus contestataires ont été février, septembre et novembre. »


Manifestation d'employés de la poste, le 8 décembre 2016

Citation :
Le secteur public est celui qui a été le plus touché par les grèves en 2016.

On le sait, les Français sont les champions du monde de la grève. Il ne se passe en effet pas une semaine sans
qu'un mouvement, médiatisé ou pas, paralyse une entreprise, un service public, voire les transports d'un territoire ou du pays. Les touristes, qui n'ont par exemple pas pu visiter la tour Eiffel pendant les fêtes de Noël, en sont régulièrement les témoins et les citoyens, les premières victimes…

Comme chaque année, le site cestlagreve.fr - qui recense en temps réel les grèves en France (dix sont en cours et six, dont une nationale à la SNCF le 2 février, sont annoncées) - a fait le décompte des mouvements survenus en 2016.

Les trois mois les plus contestataires ont été février, septembre et novembre

Résultat? Il a compté 801 mouvements, soit 165 de moins qu'en 2015. Pour la très grande majorité, les conflits ont été locaux: seules 110 grèves nationales - dont 13 à caractère interprofessionnel en opposition à la loi travail - ont été enregistrées. Le département le plus touché a été la Seine-Saint-Denis, avec 39 grèves, devant la Haute-Garonne (36) et Paris (34). Les trois mois les plus contestataires ont été février (89 mouvements), septembre et novembre (94 à chaque fois). Quant aux secteurs d'activité les plus touchés, le public truste sans surprise la première place avec 44 % des grèves répertoriées, devant les transports (23 %), le privé (17 %), l'Éducation (15 %) et la culture (1 %). La santé demeure le service le plus agité (132 mouvements), devant la SNCF (77), l'industrie (61), les transports publics urbains (59) et La Poste (53).




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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 19 Jan - 20:56

lu sur Paris-Luttes Infos

Conséquences - Pour un usage politique de la conjoncture

Publié le 17 janvier 2017

Nous avons le plaisir d’accueillir Davide Gallo Lassere qui vient de publier un bilan politique de la mobilisation du printemps dernier. Une occasion pour nous de faire retour aux événements avec la distance qui est désormais la nôtre mais aussi d’évoquer sa méthode d’analyse qui s’inscrit dans la tradition opéraïste.

Autour de « Contre la loi travail et son monde Argent, précarité et mouvements sociaux » (Eterotopia, A présent)

19/01/2017 19h30 - Salle Paul Celan, ENS, 45 Rue d’Ulm


Citation :
Nous discuterons notamment deux points :

- le couplage singulier qu’il opère entre une périodisation du capitalisme contemporain (caractérisé par une extension de la logique d’accumulation à des sphères qui en étaient préservées, un déplacement progressif du lieu privilégié de la production de l’usine à la société toute entière) et une analyse de cette période en termes de séquence politique. Ancrant résolument son effort théorique dans les nécessités stratégiques auxquelles la période nous convoque, il demeure fidèle en cela à Mario Tronti « Je ne veux pas connaître pour connaître, mais pour renverser ce qui est en son contraire ».

- la fragmentation et la séparation induite par le développement capitaliste et la nécessité d’une recomposition de classe qui puisse articuler les situations et les exigences différenciées qui parcourent le monde social. Pour Lassere, cette recomposition ne peut se faire sans un projet revendicatif susceptible de mettre en branle des processus collectifs de subjectivation et de proposer une articulation nouvelle entre une autonomie des luttes et un mode d’organisation pouvant assumer une conflictualité durable avec l’Etat et le Capital.

« Après une année marquée par les tueries de janvier et de novembre et par l’imposition de l’état d’urgence, la mobilisation contre la Loi Travail du printemps 2016, avec ses blocages de lycées et d’universités, ses cortèges de manifestants, ses Nuits debout et ses grèves syndicales, change le climat politique. Cet ouvrage parcourt les moments topiques qui ont scandé la mobilisation, en montrant comme le « long mars français » puise ses racines dans une histoire récente qui le précède et qui le dépasse. Les événements du printemps 2016 doivent ainsi être situés dans une perspective transnationale qui va de 1968 jusqu’aux luttes globales de 2011, en passant par le déclenchement de la crise en 2007-2008. Cette approche permet à l’auteur d’élaborer une vision d’ensemble de la crise en cours et des protestations qui l’ont accompagnée en mettant en lumière l’articulation entre le plan national français et celui de la gouvernance européenne. Les réformes néolibérales opérées par les gouvernements socialistes entrent en effet en forte résonance avec les normes en vigueur dans les différents contextes nationaux, même si les formes d’opposition et de résistance mises en place reflètent les spécificités françaises. Attentif à la composition subjective de la contestation, l’essai avance enfin une proposition passible d’alimenter le débat politique dans les mois à venir : la socialisation du revenu et son lien avec les luttes antiraciales. »


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