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 AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée

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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 17:06


30 avril


parfois la nuit le jour un léger mieux

« Le rapport de force se construit à partir du moment
où on tape dans le portefeuille de l'oligarchie. Point barre »


éloge des blocages et de la grève générale

NUIT ASSIS DEBOUT COUCHE BIEN LE CHIEN yvster14 30 avril 2016
extrait
Citation :
La "nuit debout" est le bidule le plus contre productif imaginé par des melons un peu trop gavés de littérature et pas assez de lutte concrète. Autopsie du cadavre des illusions perdues.

Alors les dockers du Havre qui bloquent l'accès au port ont raison. Les paysans qui bloquent les périphériques et les accès aux grandes surfaces ont raison. Les taxis qui bloquent les autoroutes et les grandes artères ont raison. Les cheminots qui bloquent les transports de voyageur et de marchandise ont raison. Le personnel d'Air France qui empêche le traffic aérien a raison etc etc

Tant que les infirmières et médecins ne bloqueront pas les hôpitaux, que les profs ne bloqueront pas les écoles, que les ouvriers ne bloqueront pas les sites de production, que les caissières ne bloqueront pas les hypers les supers et les mégas, que les employés de bloqueront pas l'accès à leurs bureaux, que les journalistes ne bloqueront pas la retransmission télé radio et papier des fausses informations, que les techniciens de tous les corps de métier n'arrêterons pas de travailler:

IL NE SE PASSERA RIEN!!

Alors, de grâce, finissons en avec ces gamineries et appelons une bonne fois pour toutes à la grève générale et illimitée pour le retrait de la loi travail.


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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 17:08


2 mai, dans ma bonne ville, comme témoin...


la "jonction" Nuit Debout - banlieues : un flop !

Fontenay-sous-Bois, 53.000 habitants, « une quarantaine de personnes »
Deuxième Nuit debout demain


Le Parisien, 26 Avril 2016


LP/Elsa Mari.)

Après une première soirée, le 16 avril (notre photo), qui avait réuni une quarantaine de personnes, Fontenay-sous-Bois organise demain sa deuxième Nuit debout. Le rendez-vous est cette fois fixé...

sur les photos de presse, car je n'y ai pas mis les pieds, les habituels membres des partis associés à la municipalité communiste, des associatifs, des profs et parents d'élèves, quelques badauds sortant du RER...

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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 17:10


4 mai


la Nuit Debout a remplacé la Nuit du 4 août

esquisse d'une hiérarchie sociologique française et des rapports de classes

grande bourgeoisie capitaliste, dirigeants politiques et militaires, et idéologues médiatiques

petite-bourgeoisie des professions libérales et couches moyennes supérieures


classe moyenne en voie de prolétarisation

jeunes diplômés précaires

prolétariat blanc

prolétariat racialisé

migrants pauvres


tout ça n'a rien à voir avec le peuple des 99% opposé à l'«oligarchie»
une vision héritée de la Révolution française bourgeoise
dans un rêve à l'envers :
son succès fut l'alliance dites du tiers-état contre l'aristocratie, la noblesse et le haut-clergé
alors qu'aujourd'hui le "peuple français du milieu" rêve debout de retrouver ses "privilèges"

La société française en 1789 extrait
Citation :
Le tiers état représente 98% de la population française. C'est la partie active et laborieuse du pays. Elle-même se décompose en plusieurs groupes :

La bourgeoisie. Elle est formée d'industriels, de banquiers, de commerçants, avocats, enseignants ou médecins... Cette classe tient en main l'économie du pays et fournit les cadres administratifs. Elle est cependant écartée des hautes charges politiques.
Le petit peuple des villes. Les ouvriers, les petits artisans sans oublier les miséreux sans emploi qui vivent dans des conditions difficiles.
La paysannerie. C'est la partie la plus importante et la plus nombreuse. Même s'il y a des différences entre le propriétaire et l'ouvrier agricole, tous sont ligués contre les privilèges féodaux (corvée, impôts seigneuriaux, droit de chasse...).


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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 17:11


8 mai


tant qu'à faire un flop, autant qu'il soit "international"...
comme on dit de la "communauté" des mêmes pour le même ?


Nuit debout appelle à une journée de mobilisation internationale le 15 mai

Lancé il y a plus d’un mois, le mouvement Nuit debout espère s’internationaliser et a appelé, samedi 7 mai, à une journée de mobilisation partout en Europe et dans le monde le dimanche 15 mai.

Citation :
« Nous sommes dans une logique d’internationalisation », a expliqué un membre du mouvement d’occupation parisien. L’objectif n’est pas d’exporter le mouvement parisien, mais d’organiser le même jour des mobilisations « autonomes » dans plusieurs villes européennes, « coordonnées par les mouvements sociaux », autour de quelques thématiques partagées – les migrants, l’austérité, le libre-échange –, a-t-il précisé.

Il a également souligné la volonté de « reénergiser » la mobilisation à Paris et en France, née de l’opposition à la loi travail, mais qui a largement débordé ce cadre. La date a été choisie en référence au mouvement espagnol des Indignés, né à Madrid le 15 mai 2011.

Samedi matin à Paris, des intervenants de plusieurs nationalités se sont succédé au micro de Nuit debout sur la place de la République, offrant un condensé des grandes mobilisations anticapitalistes de ces dernières années.


admettons, yavait des "étrangers" dans les "commissions", mais... je ne sache pas que la Place Tahrir, Occupy Wall Street ou les Indignados espagnols aient appelé le monde entier à suivre leur exemple...

non "la France", c'est celle qui offre au monde ses "valeurs universelles", c'est Jeanne d'Arc, Valmy, Bonaparte à Arcole mais pas la Bérézina de Napoléon ni Waterloo, le 8 mai à Sétif ou Dien Bien Phu : c'est Macron, Le Pen, Juppé, Lordon et Mélenchon, Roland Simon et Léon de Mattis réunis

je me souviens que dans les années 70, le "Socialisme à la Française" de Marchais, mâtiné d'EuroCommunisme avec Berlinguer, s'alliait avec la Démocratie chrétienne contre le jeune prolétariat italien en pétard, et que des articles et des "camarades" le présentaient encore comme la France éclairant le monde


au fond la posture de PCF 'stalinien" à 'époque, on la retrouve chez les "Marseillais" de Théorie Communiste et le Léon de Mattis de son blog qu'on découvre "communisateur" (un Coming Out ? 10 ans après son ouverture ? de l'époque où il disait un chose sous un pseudo pour France Culture, une autre sous un autre pour les revue Meeting et Sic avec la bénédiction de Roland Simon, leader maximo d'une théorie de la communisation inbitable donc inbitée : et habitée d'inhibitions ?)


politicards politiques ou théoriques
apparatchiks de l'anarchisme
et gourous de la communisation :

crevez !


avant d'éclairer le monde entier, je prétends m'en instruire,
c'est ma façon de renverser la perspective


Twisted Evil

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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 17:13


9 mai


R.S. signale deux textes intéressants

R.S a écrit:
09/05/2016 à 13:09 | #3 (De débordements en imbordements jusqu’à l’épuisement)
Deux textes intéressants, en contexte de ce post :

https://blogs.mediapart.fr/geoffroy-de-lagasnerie/blog/270416/doccupy-nuit-debout-linconscient-politique-du-mouvement-des-places

https://jscheffer81.wordpress.com/2016/05/05/nuits-debout-la-convergence-des-luttes-est-une-illusion/


j'avais souligné l'intérêt du premier, D'Occupy à Nuit Debout : l'inconscient politique du mouvement des places, avant mon départ de Médiapart

Geoffroy de Lagasnerie a écrit:
C'est à condition de produire des sujets politiques qui ne se constituent non pas dans l’horizon d’un peuple mais dans leur singularité que l'on pourra faire proliférer des énergies contestataires. Pour que Nuit debout soit le début d'une nouvelle politique, il faut qu’il renoue avec un certain héritage du marxisme, de la sociologie critique et de la tradition libertaire, qu’il pense les groupes et leurs revendications à partir de catégories concrètes, situées et oppositionnelles. Sinon, ce moment restera celui où nous allons prendre conscience de l'inefficacité de la scène politique et des cadres idéologiques qui se sont imposés dans la gauche critique depuis une dizaine d’années.


je découvre l'autre, une belle critique de l'objectivisme militant qui tourne de plus en plus à vide, n'ayant que des sujets extérieurs à sa posture sociale sur lesquels il n'a aucune prise

Nuits debout : la convergence des luttes est une illusion

MIGUEL BENASAYAG et BASTIEN CANY 5 mai 2016| jscheffer81

Prétendre agréger les causes des sans-papiers, des réfugiés, des chômeurs, de la malbouffe ou de la pollution est un piège de l’universalisme abstrait qui s’empare du mouvement Nuit debout

Citation :
Les fleurs en hommage aux victimes des attentats du 13 novembre sont à peine fanées que la place de la République semble être le lieu d’un nouveau printemps. Mais un mois après le début du mouvement, tout se passe comme si les habitants de la France avaient choisi de sortir de l’impuissance par la voie d’un impossible agir. Convergence des luttes : le mot d’ordre des Nuits debout n’est pas autre chose que l’apanage des spécialistes du » changer le monde  » et des techniciens de la mutation sociale.

le militant triste


À chaque fois que la multiplicité éprise de liberté s’exprime dans sa diversité et sa complexité, ces personnages, plus dangereux que les CRS et leurs matraques, se manifestent sous la figure du militant triste. Lui, comme toujours, prétend faire émerger de sa conscience l’acte de justice qui fondera un monde meilleur. Toujours prompt à culpabiliser le citoyen rendu complice par sa passivité, il est convaincu que le changement passe par l’éveil des masses endormies qui doivent, comme lui,  » prendre conscience « . Or, ce n’est pas la conscience qui détermine la vie – ni même le monde de demain – mais la vie qui détermine la conscience.

Dans sa vision messianique de la lutte, le militant triste considère que la vie et les hommes ne sont tout simplement pas tels qu’ils devraient être. Le monde se fonde ainsi sur une erreur. Pour lui, il ne s’agit pas tant d’améliorer les choses que de changer l’ordre des choses. Certes, le présent est dur. Et toutes les situations de souffrance, de misère et d’injustice lui apparaissent comme invivables. Mais elles ne sont finalement que des péripéties sur le chemin de l’autre monde à venir, le vrai et le seul qui vaille la peine d’être vécu.

Abstraction

Le  » je lutte donc je suis  » qui s’affiche sur les pavés de la place de la République nous renvoie à la virtualité de cet engagement-transcendance qui croit que la vraie vie commence après la vie. S’engager impliquerait ainsi d’abord de s’exiler d’avec soi-même, d’oublier le présent, le vécu et les situations concrètes du quotidien pour atteindre ce niveau supérieur d’où la solution doit advenir.

La convergence des luttes relève de cette même abstraction. Tour à tour, on convoque sur l’estrade la cause des sans-papiers, celles des réfugiés, des sourds, des chômeurs, de la malbouffe, de la pollution… Ce joyeux manège pourrait faire sourire s’il ne condamnait pas chacune de ces situations, pourtant bien réelles, à devenir le simple support d’un engagement transitif qui nie leur singularité et les vide de leur puissance. Dans ce schéma qui bannit le présent au nom de la promesse à venir, la cause ne vaut pas en elle-même et pour elle-même mais pour ses effets sur la totalité.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, la centralité que le mouvement appelle de ses vœux agit selon les mêmes mécanismes que les superstructures (financières, économiques, politiques…) auxquelles il prétend résister. En opposant aux situations concrètes et singulières la globalité abstraite d’une convergence finale, il finit par dissoudre le réel dans une virtualité spectaculaire. Face à la représentation globale d’un système-monde imposé par les modèles macro, la convergence-transcendance ne fait en réalité que proposer un autre simulacre. Celui d’une totalité qu’il faudrait faire surgir de la multiplicité agissante. Et il va de soi que cette totalité, contrairement à l’autre, serait vraie. Penser depuis la globalité est un point de vue de » nulle part « , une projection idéologique qui tente de réfléchir le monde depuis une situation qui n’existe pas. D’où l’impasse actuelle du mouvement confronté chaque nuit à la même question :  » Que faire et comment agir ?  »

Simplification

La solidarité, la liberté et la justice dont se réclament les Nuits debout n’existent pas dans un universalisme abstrait. Le tout ne peut exister que dans chaque partie, au sein de chaque situation où il se joue en actes (de solidarité, de liberté et de justice) ici et maintenant. Qu’y a-t-il de commun entre les revendications d’un peuple à disposer pleinement de son territoire, la défense de la création artistique et le droit des femmes à une rémunération égale aux hommes dans leur travail ? A vrai dire, rien qui permette de renouer avec un agir concret et puissant. Chacune de ces luttes singulières exprime l’universel dans le particulier sans pour autant éliminer les possibles antagonismes et les contradictions que soulève leur libre expression.

un refus de la conflictualité soci(ét)ale

Réduire la multiplicité de ces situations à un schéma commun, c’est donc refuser la conflictualité propre à la vie et à nos sociétés. Ce processus de simplification représente sans doute une voie plus aisée que d’accepter la complexité. Mais c’est également le chemin le plus sûr vers l’affrontement. Dans un monde simplifié et polarisé, les certitudes évitent d’avoir à construire soi-même, et les identités se distribuent facilement : les gentils d’un côté et les méchants de l’autre, les pro et les anti-système, les fachos et les autres… Cette logique de l’affrontement est le fruit d’une pensée faible qui finit toujours par distinguer les moyens et les fins. Et comme souvent, elle en arrive à adopter les mêmes armes que l' » ennemi « , qui se révèle alors d’une étonnante proximité.

Un ministre français regretté et regrettable proposait, certainement à un moment d’éclipse de sa pensée, de » terroriser les terroristes « . La réponse lui était pourtant déjà donnée par un grand intellectuel argentin, Horacio Verbitsky, lorsqu’il écrivit : » Nous ne pouvons pas bouffer les anthropophages pour en finir avec l’anthropophagie.  » L’avertissement vaut aujourd’hui pour tous ceux qui nient la complexité et nous proposent, à l’autre bout de l’entonnoir, la rationalité d’un monde plat et unidimensionnel.

Par MIGUEL BENASAYAG et BASTIEN CANY




contre le militantrisme activiste communisateur

cela étant, et nonobstant le contenu (contenul ? compte nul ?) de Nuit Debout, je ne suis pas certain que la critique du "militant triste" par Benasayag et Cany, comme celle de l'avant-gardisme ci-dessus, ne s'appliquent pas à certains anarchistes et ultragauchistes dont les activistes promouvant la communisation comme on vend du savon de Marseille : pour laver plus blanc en théorie en effaçant les contradictions réelles de luttes qui ne peuvent qu'être segmentées ?

dès lors que l'explication théorique est extérieure au sujet censé la produire dans et par ses luttes, je ne vois pas bien comment l'on peut y échapper, naturellement quand on prend le risque de faire quelque chose plutôt que justifier qu'il n'y a rien à faire

le problème c'est que les non-militants, s'ils défendaient leurs propres intérêts immédiats, seraient en parfaite contradiction avec leurs discours théoriques, et c'est pourquoi ils préfèrent ne rien faire, et « vivre normalement », au final pas si « schizophrènes » que ça

je ne fais rien de mieux, sauf que vivre à la manière de ceux dont j'ai les moyens, il y a belle lurette que ça ne m'intéresse pas, et au fond ça ne m'a jamais intéressé, jamais intéressé d'avoir « un travail intéressant », jamais intéressé de devenir un « artiste » professionnel, un militant professionnel ou un « théoricien » professionnel. Plus le temps passe et plus je hais les couches moyennes intellectuelles ou pas

... la « classe moyenne », la « petite-bourgeoisie ».
Tous les vices dont peuvent se libérer les autres classes sont repris par celle-ci.
Et quand ces gens ajoutent à leur condition de petits bourgeois celle d'intellectuels,
ils méritent d'être balayés sans jugement préalable.


Juan Carlos Onetti, Le puits, 1939

contre l'avant-gardisme et l'auto-organisation factice

pas plus individualiste qu'un autre, j'ai donné ma part dans l'action collective syndicale ou politique avec un certain sens œcuménique du partage et de la solidarité, mais au bout du compte,

non, vraiment, les groupes même informels constitués en dehors d'une situation de lutte partant de conditions communes de travail ou de vie ne peuvent prétendre à aucune auto-organisation que factice : cela vaut autant pour Nuit Debout que pour les activistes communisateurs, cette contradiction dans les termes dont le leader minimo Léon de Mattis est l'archétype le plus ridicule, qui vend sa soupe à la Fédération anarchiste... comme Philippe Corcuff

.
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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 17:15


10 mai


une enquête sociologique statistique confirmant la composition sociale de Nuit Debout à Paris, Place de la République. Au temps pour qui n'y a vu qu'un ramassis de "bobos"... Ce n'est pas parce que les mots d'ordre nous apparaissent comme ridicules et naïfs que leur situation est enviable

Nuit Debout : Les militants, des Franciliens majoritairement diplômés et au chômage

20 Minutes avec AFP 09.05.2016


Le mouvement Nuit Debout sur la place de la République à Paris, le 15 avril 2016
Lionel Urman/SIPA

Un collectif de chercheurs a étudié la composition du collectif pour améliorer sa « compréhension »…


Citation :
Qui sont les militants du collectif Nuit Debout ? Un groupe de chercheurs a dressé le portrait-robot du participant type. Résultat : il s’agit d’un homme, trentenaire, plus diplômé que la moyenne nationale mais aussi plus souvent au chômage, majoritairement originaire de région parisienne.

Une trentaine d’enquêteurs, chercheurs et étudiants en sciences sociales ont pendant cinq soirées en avril, entre 17h et 22h30, rempli 500 questionnaires individuels sur la place de la République à Paris, où se réunit depuis le 31 mars ce mouvement citoyen né notamment de l’opposition à la loi Travail.

Ce collectif baptisé « Sciences sociales debout » s’est donné pour objectif d'« améliorer la compréhension » du mouvement tout en combattant ce qu’il qualifie de « campagne médiatique injuste contre Nuit Debout ».

Les deux tiers sont des hommes, en moyenne âgés de 36 ans

Après avoir exploité 328 questionnaires, ils ont par exemple établi que la moyenne d’âge de Nuit Debout était de 36 ans, avec de fortes variations selon les horaires, et que la population de République était « aux deux tiers masculine ».

Les chercheurs ont noté par ailleurs que les participants venaient à 90 % de la région parisienne, et que sur cette proportion, 63 % étaient de Paris même, avec une surreprésentation des arrondissements de l’Est parisien, « plus ancrés à gauche ».

20 % sont au chômage, le double de la moyenne nationale

Si les participants à Nuit Debout sont diplômés (61 % ont fait des études supérieures longues, contre une moyenne nationale de 25 %), ils présentent également un taux de chômage de 20 %, le double de la moyenne nationale. 24 % des participants sont par ailleurs ouvriers ou employés.

Les enquêteurs ont également distingué trois « formes de présence » à Nuit Debout : les nouveaux venus, celles et ceux qui « passent régulièrement », et enfin les participants presque permanents, qui viennent quotidiennement. Ce noyau dur représente 15 % des sondés.



au passage, au vu de l'intelligence des contenus et de la compréhension de "ce qui se passe", relevons la grande qualité des diplômes français. Cela vaut certes pour les étudiants, mais pour leurs professeurs aussi, dont certains des leaders de ce mouvement des places et des placements français

par contre le taux de « 24 % de participants par ailleurs ouvriers ou employés » est relativement, pour moi, une surprise, le « par ailleurs » laissant entendre que ce sont des étudiants salariés, dont les enquêtes montrent que ce travail d'appoint aux études conduit assez souvent à les abandonner (Le Monde Diplomatique, Avril 2016, p. 4-5, Deux jeunesses face à la "loi travail" Valérie Pinto. Cet article n'étant accessible qu'aux abonnés ou acheteurs du Diplo papier, on peut consulter aussi ceux rendant compte du livre de Vanessa Pinto en 2014 À l'école du salariat. Les étudiants et leurs "petits boulots" )





voir "le PRÉCARIAT définit le SALARIAT" : 25% des travailleurs du monde ont un emploi stable :
au sein des "étudiants salariés", un clivage de classe aussi

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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 17:16


10 mai


Nuit Debout sans bâillon ni baïonnette, pour un bail honnête avec l'État-nation

j'aime bien cette image, car elle me semble symboliser les contradictions de Nuit Debout : la République, on ne la critique pas comme telle, régime politique de l'État-nation pour le capital, on veut la faire parler plus démocratiquement car elle est bâillonnée : ce qui est sûr c'est que Nuit Debout n'est pas baïonnette au canon


Nuit debout: quand l’utopie montre les dents, Alain Finkielkraut, Causeur.fr 10 mai 2016


1914, charge d'infanterie française
Eugène Chaperon, Bataille de Morhange, 19-20 Août 1914


les "Poilus" appelaient la baïonnette un « tourne-boche »

finalement le tag "Nique ta mère"... la République, derrière la statue, me semble plus "communisateur" : qu'en pense l'Animal Politique Robin, comme titre pour son tract sur la communisation à distribuer sur les places de France ?

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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 17:17


11 mai


la nuit se lève contre le 49-3

Loi travail : des milliers de manifestants contre le passage en force du gouvernement Le Figaro 10 mai 2016


Paris, mardi 10 mai devant l'Assemblée nationale
Crédits photo : Christophe Ena/AP


Nuit Debout, loi travail et 49-3 : l'impuissance démocratique

texte d'un "camarade" de Théorie Communiste, « extrait à chaud », et qui, en tant qu'extrait, recoupe mon point de vue, celui illustré plus haut par ce symbole d'avant les manif Nuit Debout contre le 49.3 : confirmation donc, pour l'essentiel...



un morceau de scotch collé sur la bouche...

« Nuit debout, le 49-3 et la démocratie »

AC /TC 11/05/2016

« une fixation autour de la démocratie dans sa critique interne...
un mouvement enfermé dans les formes de la revendication citoyenne...
On n’attendait rien de l’Assemblée nationale, et voilà qu’on nous la présente comme le lieu de la démocratie offensée
La figure socialement neutre du citoyen vient alors masquer toutes les assignations de classe,
de genre et de race qui nous font exister comme sujets réels »


Extrait à chaud d’un texte en cours d’écriture, provisoirement intitulé “Nuit debout dans le mouvement contre la loi Travail”

Citation :
Le 10 mai 2016, alors que le gouvernement annonce le recours au 49-3 pour faire passer son texte, la Nuit debout parisienne joue pleinement son rôle politique d’encadrement citoyen en appelant à un rassemblement « spontané » (terme utilisé en remplacement de « sauvage », trop connoté), pacifique et « à visage découvert », devant l’Assemblée nationale. L’encadrement n’est pas une structure autoritaire : il se contente de placer les luttes à leur point le plus bas, là où elles finissent de toute façon quand elles échouent, il saisit la tendance et s’en empare, il l’exprime et la valorise, il fait de l’échec un programme.

Appeler le mouvement à un rassemblement devant l’Assemblée, pour contester le recours «antidémocratique» au 49-3, c’est créer une fixation autour de la démocratie dans sa critique interne : les députés, de droite comme de gauche, sont alors requalifiés en dignes représentants du peuple, bâillonnés par un exécutif totalitaire. Dénoncer le recours au 49-3 comme un « déni de démocratie », c’est affirmer le caractère démocratique du mouvement, c’est l’enfermer
. C’est l’amener à répéter les propos de Hollande contre le recours au 49-3 en 2006, en pensant pointer une contradiction interne, là où il n’y a que critique interne, sans que personne ne se pose la question : comment en arrive-t-on à faire siennes les paroles de l’ennemi ?

Mais si le recours au 49-3 appelait en effet une réaction (laquelle réaction a bien eu lieu partout ailleurs en France comme à Paris : blocages, manifestations sauvages, destructions de biens), c’est simplement parce qu’il est un outil permettant de faire passer la loi plus vite que l’Assemblée ne l’aurait fait : que la loi passe par vote ou par décret ne change rien à son contenu. Le mouvement n’a jamais défendu aucun des amendements proposés par les députés et s’est toujours, à juste titre, montré indifférent au travail législatif autour de ce texte : il a toujours demandé le retrait pur et simple. On n’attendait rien de l’Assemblée nationale, et voilà qu’on nous la présente comme le lieu de la démocratie offensée.

Là où on refusait le texte en raison de l’attaque qu’il constituait contre nos conditions de vie, on se retrouve dans la positivité de la défense d’un processus démocratique fantasmé. C’est alors une démocratie idéale, toujours bafouée et pour cela toujours légitime, qui vient idéologiquement se superposer à la démocratie réelle, existante, celle que nous subissons tous les jours. Le mouvement de refus de la loi El-Khomri nous engageait sur les questions du travail, du travail des femmes, de l’emploi des jeunes et de la précarité, sur l’asymétrie de notre relation de « travailleurs libres » face au capital, et sur la forme répressive que prend cette asymétrie. Par l’intervention de Nuit debout il acquiert sa pureté politique et nous engage en tant que « citoyens », c’est-à-dire en tant que sujets démocratiques, jamais spécifiés socialement. La figure socialement neutre du citoyen vient alors masquer toutes les assignations de classe, de genre et de race qui nous font exister comme sujets réels. Électoralement, une voix en vaut une autre, et nous sommes tous égaux.

Le 10 mai 2016 au soir, l’Assemblée est devenue le fétiche autour duquel Nuit debout appelait le mouvement à se rassembler : autour de ce bâtiment aux allures de temple grec ou d’édifice mussolinien, on pouvait « faire peuple ». La police n’était là que pour prouver l’illégitimité du pouvoir, et pour démontrer la légitimité du mouvement. Mais il ne s’est rien passé, il ne pouvait rien se passer, il n’y avait rien à faire, et pas seulement pour des raisons tactiques.

L’image qui restera de cette soirée, ce n’est pas la manif sauvage gazée et matraquée sur les quais de Seine, ce sont ces jeunes gens portant un morceau de scotch collé sur la bouche, avec « 49-3 » écrit dessus, comme le signe inconnu de leur propre impuissance. (…)

AC


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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 17:19


12 mai

chez Pepe@dndf, un commentaire (à froid ?) au texte précédent à chaud

à la nuit tombée

« parler de "race" comme ça, comme un cheveu sur la soupe ? »

Plop a écrit:
dndf 11/05/2016 à 20:30 | #1

Pas grand chose à dire sur le fond du texte, y a de bonnes pistes à creuser…

Mais sérieux vous aussi vous vous mettez à parler de « race » comme ça, comme un cheveu sur la soupe ?

Si c’est ça vous semble si théoriquement important pour analyser le mouvement sur la loi travail alors il faudrait un peu développer la question.

Parce que sinon ça fait vraiment « on prend un truc à la mode plus facile à utiliser que les analyses de classe interne au prolétariat »



dans l'extrait mis en ligne par un camarade de Théorie Communiste, le seul passage où il est question de "race" est celui-ci

AC a écrit:
Par l’intervention de Nuit debout il acquiert sa pureté politique et nous engage en tant que « citoyens », c’est-à-dire en tant que sujets démocratiques, jamais spécifiés socialement. La figure socialement neutre du citoyen vient alors masquer toutes les assignations de classe, de genre et de race qui nous font exister comme sujets réels.

pour sûr, ce n'est pas TC-orthodoxe, et plus proche du patlotchisme primaire, ce qui entre autres signes et depuis longtemps, traduit un décaccord au sein du groupe Théorie Communiste sur l'articulation classe-genre-race. En ce sens, oui, Plop peut dire que « parler de "race" comme ça tombe comme un cheveu sur la soupe »

alors oui, c'est « théoriquement important pour analyser le mouvement sur la loi travail » et « il faudrait un peu développer la question.» Je développe un peu :

comme pour la manifestation du 11 janvier 2015, dans la mesure où les "blancs" ne constituent pas une race à leurs propres yeux, on peut constater a minima que la "race" est absente de Nuit Debout, sauf par les figurants sortis du rang des quartiers populaires, ce qui recoupe l'absence du « prolétariat » de souche si j'ose dire, dont il conviendrait pour Plop de faire des « analyses de classe interne » : dans la pureté de « la race des travailleurs » (Marx) ?

si on écoutait le prolétariat quand il s'exprime, au lieu d'imaginer de l'extérieur ce qu'il pense,
à grands renforts de dogmes ultragauchistes ou communisateurs ?

les raisons de cette absence ont été expliquées, par le PIR entre autres n'en déplaise : Nuit (blanche) Debout : Comment sortir de l’entre-soi ?, et j'ai donné aussi nombre de témoignages les recoupant, comme à Marseille ou en banlieues parisiennes, "de l'autre côté du périph", comme on dit, où Nuit debout a fait un plop flop. Paradoxalement, on trouve davantage d'expression prolétarienne authentique dans ce texte du PIR ou dans le livre d'Houria Bouteldja Les Blancs, les Juifs, et nous..., qui balaye ce lieu commun gauchiste, le PIR « petits-bourgeois intellectuels coupés des quartiers »

cela n'en fait évidemment pas une analyse théorique communisatrice, comme nous l'entendons ici, et non dans la leçon inaugurale de Léon de Mattis, mais elle est parfaitement complémentaire de notre approche, et cela même traduit les différences sur tous les fronts, dans les luttes sous identités d'exploitation/dominations, pour dépasser « toutes les assignations de classe, de genre et de race qui nous font exister comme sujets réels. » comme l'écrit AC

je l'ai déjà dit et j'y reviendrai avec ce livre d'Houria, chacun son créneau dans la lutte de classe, avec ses erreurs et tâtonnements, et c'est au moins une chose qu'elle a suffisamment comprise, de souche ouvrière qu'elle est, elle, pour que cela ne soit pas matière à se justifier, ni elle ni moi, encore moins à rendre des comptes à l'on ne sait quelle instance surplombante disant le tout d'une lutte de classe complètement fantasmée, sur une base dogmatique caduque ayant prouvé son impuissance praxique *

* j'ai reçu hier un texte d'ultragauchistes (« Lettre à nos amis du "rojavistes" »), il est de la même eau qui me devient de plus en plus insupportable. Je les ai envoyé paître, en substance : - vous êtes Kurdes, non ? alors fermez-là. Alors de même : vous êtes prolos racialisés, non ? alors taisez-vous, occupez vous de vos fesses et faces de classe-race-genre telles qu'elles sont, depuis ce qu'elles sont, pour ce qu'elles font : donner, au nom d'un prolétariat idéel, des leçons au monde entier, ça suffit !

nous avons là, par Plop, l'expression simple et condensée de l'approche universaliste, colorblind, d'un prolétariat pur comme les luttes de classe qu'il est censé produire, en externe. Hé bien cela n'arrivera plus, ou seulement dans des conjonctures de dépassement des identités sous lesquelles s'exprime le prolétariat, des conjonctures d'unification, de tressage et non de "convergence", de luttes sur la base concrète de situations d'exploitation et dominations complémentaires mais différentes produisant aussi les segmentations et les conflits internes au prolétariat dans son ensemble comme sujet antagonique de la classe capitaliste


« une fixation autour de la démocratie dans sa critique interne »


Placide

AC a écrit:
Nuit debout, le 49-3 et la démocratie, dndf
Appeler le mouvement à un rassemblement devant l’Assemblée, pour contester le recours «antidémocratique» au 49-3, c’est créer une fixation autour de la démocratie dans sa critique interne : les députés, de droite comme de gauche, sont alors requalifiés en dignes représentants du peuple, bâillonnés par un exécutif totalitaire.

Dénoncer le recours au 49-3 comme un « déni de démocratie », c’est affirmer le caractère démocratique du mouvement, c’est l’enfermer dans les formes de la revendication citoyenne. C’est l’amener à répéter les propos de Hollande contre le recours au 49-3 en 2006, en pensant pointer une contradiction interne, là où il n’y a que critique interne, sans que personne ne se pose la question : comment en arrive-t-on à faire siennes les paroles de l’ennemi ?


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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 17:29


12 mai


alors que mes commentaires précédentes ont montré l'essoufflement des rassemblements sur les places des villes moyennes, ses contradictions jusqu'au ridicule de certains slogans, les tiraillements de la démocratie dans sa "critique interne" (AC/dndf), le basculement s'annonce vers le rebondissement, par grèves, blocages et manifestations contre la Loi anti-travail

deux choses auront pesé, le recours au 49-3 sans discussion des amendements proposés (de gauche et de droite), et les violences policières

dans les deux cas, la question de la démocratie bafouée est centrale, c'est-à-dire que le soutien de l'opinion publique aux luttes contre la loi se font aussi au nom de la démocratie (politique) dans le contexte d'un pouvoir d'État à la limite de la "légalité républicaine" ayant perdu toute crédibilité voire sa légitimité

la suite se jouer dans l'entrée en lice directe de l'affrontement de classe entre le prolétariat (ouvrier) et le patronat qui dicte ses désidératas au dirigeants politiques et donne le "la" des commentaires médiatiques dominants


   
Alors que l'Assemblée doit débattre cette après-midi de la motion de censure présentée par la droite, les syndicats ont appelé à une nouvelle journée de manifestations pour réclamer l'abandon du texte. A Paris, trois personnes ont été interpellées.

Citation :
Nouvelle journée de mobilisation ce jeudi pour protester contre la loi Travail et le recours à l'article 49.3. Alors que des manifestations se déroulent un peu partout en France, à l'appel des syndicats et des organisations étudiantes, les cortèges vont être particulièrement surveillés en raison des risques d'échauffourées. Paris, Nantes, Toulouse... la situation est particulièrement tendue lors de ces rassemblements auxquels ont participé 55.000 personnes, selon le ministère de l'Intérieur.

La manifestation à Paris a dégénéré à l'arrivée du cortège en haut de l'avenue de Breteuil, située derrière l'hôtel des Invalides, peu avant 16 heures. Des casseurs, visages masqués et encagoulés, s'en sont pris violemment, avec notamment des battes de baseball, aux membres du service d'ordre mis en place par les organisateurs.

"20 personnes ont été blessées légèrement dont 4 manifestants, 10 personnes du service d’ordre de la CGT, 2 militaires de l’opération Sentinelle et 4 policiers et gendarmes", précise la préfecture de police de Paris dans un communiqué.

Manifestation devant l'Assemblée

Une fois les manifestants arrivés aux Invalides, point final prévu pour le cortège, les CRS et les escadrons mobiles ont abandonné la tête du mouvement pour entourer la place Vauban. Pris à partie, ils se sont réfugiés derrière les grilles du musée de l'Armée avant de se redéployer autour de la place pour en bloquer les accès. Les forces mobiles ont peu à peu resserré le périmètre afin de repousser les derniers fauteurs de troubles jusqu'au métro.

Les manifestants ont, en début de soirée, le chemin de l'Assemblée nationale, destination finale à l'origine de cette manifestation. Encadrés par un important dispositif de sécurité, ils ont été rejoints par des participants du mouvement de Nuit debout. L'assemblée nationale un endroit hautement symbolique alors que la motion de censure de la droite a été rejetée au même moment. La loi Travail est donc adoptée en première lecture.

Sept interpellations à Paris

Sept personnes ont été interpellées pour port d'arme et jets de projectiles, en marge du mouvement qui a réuni entre 11.500 et 12.500 manifestants, selon la préfecture de police, 50.000 selon la CGT. La manifestation parisienne est partie vers 14 heures de la place Denfert-Rochereau, dans le XIVe arrondissement, pour se diriger vers les Invalides afin d'atteindre l'Assemblée nationale où les députés débattent de la motion de censure déposée par la droite.




D'après notre journaliste sur place, situation inédite, ce sont les forces mobiles qui forment la tête du cortège. Sur les côtés, des jeunes, visages masqués, les provoquaient avec des jets de projectiles ou en scandant "SO colabo". SO comme services d'ordre des syndicats.

"Dans le but de faciliter une progression adaptée de la manifestation le long de son itinéraire il a été décidé, en accord avec les organisateurs, de positionner une partie des forces de l'ordre en amont du cortège", a indiqué dans la matinée la préfecture de police de Paris.

Des incidents à la gare de Nantes

Les premiers incidents entre les forces de l'ordre et manifestants ont éclaté à Paris vers 15 heures. Les policiers ont essuyé des jets de projectiles et de cocktails Molotov à l'angle de la gare Montparnasse et de la rue de Vaugirard, dans le XVe arrondissement parisien. Les CRS ont répliqué par l'utilisation de gaz lacrymogènes. Le cortège a pu reprendre, jusqu'aux Invalides où les affrontements ont éclaté.




Des tensions émaillent également les cortèges dans d'autres villes. En province, il y a eu 163 rassemblements et défilés, qui ont regroupé 43.000 manifestants, et les forces de l'ordre ont procédé à 73 interpellations, a précisé à l'AFP Pierre-Henry Brandet, porte-parole du ministère.

A Marseille, les jeunes s'en sont également pris avec des projectiles au service d'ordre de la CGT, et ceux-ci ont fait usage en retour de sprays lacrymogènes, avant que les forces de l'ordre ne s'interposent. A Rennes, la police a évacué avec du gaz lacrymogène la foule réunie place Sainte-Anne. A Nantes aussi, les forces de l'ordre ont eu recours au gaz lacrymogènes. La gare a été prise à partie par plusieurs manifestants qui ont saccagé des vitrines. 15 personnes ont été interpellées, dont trois à la gare. Six interpellations ont également eu lieu à Caen.

Quelques incidents ont également touché les cortèges à Lille avec des feux de poubelles. Des affrontements entre forces de l'ordre et manifestants se sont produits. Au moins un manifestant a été blessé au bras par un tir de flashball, indique le journaliste de l'AFP. A Toulouse, environ 500 manifestants, dont certains le visage masqué, se sont rassemblés devant l'hôtel de police pour réclamer la libération de quatre personnes qui avaient été placées en garde à vue dans le cadre des dernières manifestations, le 3 mai dernier.


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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 17:33


18 mai


le ridicule ne tue pas, la police non plus : pourquoi ?

ce que j'ai vu, entendu ou lu, ne me fait pas changer d'avis : le niveau de violences, de part et d'autres, est totalement intégré au sens général de ce mouvement des places. Ce sens est politique, et revendique la démocratie : cette position idéologique est consensuelle dans un dissensus qui ne porte pas sur l'antagonisme de classe

l'utilisation par l'État des forces de l'ordre est politique dans le cadre de la démocratie politique, y compris son évolution vers plus de répression et de l'intimidation des populations

si j'ai bien compris (première vidéo), depuis Sivens et surtout Nantes, l'utilisation de plus en plus massive des gaz lacrymogènes et de certaines grenades, vise à éviter l'affrontement direct et le corps à corps, techniques qui seraient différentes en Allemagne

il y a une volonté politique évidente d'éviter des blessés graves ou des morts y compris parmi les "émeutiers", et les "bavures" sont des "bavures" tant qu'elles ne remettent pas en cause la limite à partir de laquelle l'usage de la violence deviendrait plus massivement stratégique des deux côtés.

autrement dit, parler de "guerre civile", comme on l'entend dans la première vidéo, est complètement à côté de la plaque

dans la seconde vidéo en lien, un "soignant" (10:50) vient dire qu'[i"on a ordonné l'encerclement, ce qui est totalement interdit en maintien de l'ordre",[/i] sans parler du bisounours s'adressant aux policiers à 18:15 dans un discours d'amour complètement 'surréaliste'

le niveau de naïveté, y compris quant à la violence policière d'État, est incroyable, relativement aux répressions ouvrières depuis la Libération, que ce soit dans les mines, en 1968, dans les années 70 et la sidérurgie, en 1995 et depuis, même en 2006 pour le CPE

tout cela recoupe l'entrée en lutte massive d'une nouvelle génération de jeunes (sur-) diplomés plus ou moins prolétarisées qui n' absolument aucune mémoire, par définition, de ce qu'elle n'a jamais appris, la violence du capital et de la lutte de classe... Ceci dans le même temps où les leaders et idéologues veulent en finir avec Marx et son héritage

on peut même dire que ce niveau relativement modéré d'usage de la police (et pas encore de l'armée, ce que permet la Constitution), s'inscrit dans l'affrontement politique pré-électoral. Il suffit d'entendre la droite et l'extrême-droite sans discordance soutenant cette manifestation des policiers, alors que peu à gauche osent le faire franchement, hors du discours gouvernemental, de Hollande, Valls et Cazeneuve


certes pas de quoi me faire des amis dans la post-ultragauche et chez ceux des anars et autres totos qui ne jurent que par les activités anti-flics comme si elles étaient en marge à la limite de ruptures ou de créer des "écarts", et témoignaient de lucidité sur ce qui se passe en France : quel folklore !

le jour où les choses deviendront sérieuses...

quand l'ordre étatique du capital sera réellement en danger, la police et l'armée feront comme dans d'autres pays où les manifestations et émeutes font régulièrement des morts : elles tireront dans la foule et si c'est nécessaire à balles réelles,

côté "virtuel", ils fermeront les tuyaux : plus de youtube, de Tweeters et autres réseaux sociaux, et plus de Forum Patlotch. En attendant, tout cela s'inscrit dans la démocratie politique, qu'on le veuille ou non, y compris pour la remettre en cause comme ici

« Nous aimons l'émeute; nous en aimons le frisson.
Nous rêvons de guerre civile, pour jouer.
Et si ce jeu occasionne des morts cela ne fait que le rendre intéressant
. »


Alexis Jenni, L'art français de la guerre, 2011, p. 248

la suite des événements et la montée des violences policières, leur généralisation au-delà des "casseurs", envers les manifestants "pacifiques" et les journalistes, la multiplication de blessés très graves.... tout cela donne à revoir ce jugement, mais pas sur ce qu'il dit d'essentiel : un choix délibéré d'une violence de classe ne comptant plus avec la mort

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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 17:38

19 mai

voiture de police brûlée, Urgence notre police assassine...

retour sur une "jonction" produite

vu l'objectivité de la presse dont une part fait l'amalgame entre le Collectif "Urgence notre police assassine" et ceux qui ont attaqué la voiture de police, quelques éléments de contextes et clarification

Le rassemblement contre la haine anti-flic à Paris tourne court itélé 18 mai

Récit d'une matinée aux côtés de manifestants dénonçant les violences policières. Avant que des casseurs ne se mêlent aux protestations et ne mettent le feu à une voiture de police qu'ils croisent sur leur route.

Citation :
"C’est du foutage de gueule". La phrase d’Amal Bentounsi résumera à elle seule les événements qui ont marqué ce 18 mai 2016. Tout commençait pourtant bien. Dans le "calme". A 10h, les haut-parleurs du métro annonçaient: "Mesdames et messieurs, la station République est fermée au public en raison d’une manifestation". Il fallait s’y attendre, mesures de sécurité incontournables en cette semaine de mobilisation. A tel point qu’à chaque rue menant à la place de la République, il valait mieux montrer patte blanche. Fouille, ouverture des sacs, fouler les pavés symboliques des "Nuit debout" se mérite.


un important dispositif de sécurité est présent sur chaque rue menant à la place de la République

Une poignée de manifestants est déjà sur place, une heure et demie avant le début "officiel" de la manifestation des policiers contre la "haine anti-flics". Devant ces premiers badauds qui pourraient éventuellement menacer le bon déroulement de cette manifestation à coup de slogans, les forces de sécurité choisissent de faire évacuer la place de la République. La circulation est bloquée, les klaxons des voitures retentissent, les CRS s’alignent.


Une date "pas anodine"

Après quelques détours par les petites rues adjacentes, nous retrouvons Amal Bentounsi à la terrasse du café "L’évidence". La fondatrice du collectif "Urgence Notre Police Assassine" avait décidé, avec le soutien de plusieurs associations, notamment NPA, Saint-Denis Nuit Debout, Nuit Debout ou encore le Collectif Stop le contrôle au faciès, d’organiser un rassemblement une heure avant le début de la manifestation du syndicat Alliance Police Nationale. Amal Bentounsi nous raconte pourquoi elle a tenu à être présente ce 18 mai. Une date qui selon elle, n’est "pas anodine".



Le 18 mai 2015, la justice relaxait les policiers mis en cause dans la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré en 2005

En effet, aujourd’hui se tient un débat en commission sur une proposition de loi du groupe communiste, républicain et citoyen (CRC), qui vise à diminuer les contrôles au faciès, en établissant clairement les conditions qui justifieraient ceux-ci. Le 18 mai 2015, soit il y a un an jour pour jour les deux policiers poursuivis dans l’affaire de la mort de Zyed et Bouna, étaient relaxés. Pour rappel, les deux adolescents avaient péri sur un site EDF à Clichy-sous-Bois en Seine-Saint-Denis à l’automne 2005, alors qu’ils fuyaient un contrôle de police.

"L'incompréhension totale"


Coïncidence ou non, pour Amal Bentounsi, la "haine anti-flic est un prétexte". Elle ajoute:


Amal Bentounsi a écrit:
J’ai la haine de l’injustice et l’impunité policière. Les violences policières existent depuis des années et pourtant l’institution ne s’est jamais remise en question. L’impunité perdure. Les quartiers ont servi de laboratoire. Les familles doivent se battre pour obtenir justice

Nous sommes rapidement interrompus par un gendarme qui interpelle Amal, lui demande de se lever et ne lui laisse d’autre choix que de signer un arrêté préfectoral interdisant toute manifestation dans un "périmètre autour de la place de la République". En effet, ce matin, la préfecture de police a interdit via un communiqué la contre-manifestation du collectif "Urgence, notre police assassine", par peur d’un rassemblement du mouvement qui pourrait "susciter de vives tensions et des risques importants de troubles graves à l'ordre public".

Amal Bentounsi se dit dans "l’incompréhension totale". Elle tente de prévenir les personnes venues soutenir son collectif et qui sont encore bloquées aux différents coins de la place de la République. Tout juste notifiée, Amal est elle aussi, bloquée.



@amalbentounsi du collectif @UNPA75 forcée à signer un arrêté interdisant une contre-manifestation

A quelques mètres de la terrasse de "L’évidence", les tensions s’exacerbent sur la place de la République. Les manifestants, désormais plus nombreux, refusent de retourner sur la route, et souhaitent occuper la place. Un rapport de force s’engage entre eux et les CRS toujours aussi bien alignés pour protéger leurs syndicats, qui s’installent à quelques mètres de là, près de la statue. Les huées et les chants des protestataires se font plus pressant. "Tout le monde déteste la police, tout le monde déteste la police", hurlent-ils en cœur.

Soudain, les chants cessent, le blocage rompt, les yeux brûlent, la gorge pique, les gens pleurent. Sous la pression, les forces de l’ordre ont dégainé les gaz lacrymogènes. Les manifestants sortent leurs meilleurs alliés, le sérum physiologique. Parmi eux, un homme brûle du journal. La fumée permettrait de disperser les effets du gaz. Il a connu ça en Iran dans d’autres manifs, raconte-t-il à une jeune femme aux joues recouvertes de larmes. Ils marchent parmi la foule, dissipant les derniers effets autour des plus touchés. Les street-médics sont également là.



12h30, les CRS ont changé de tactique. Voulant éviter une nouvelle poussée vers le centre de la place, ils encerclent le groupe de manifestants, et les journalistes présents sur place avec. Nous nous retournons vers la terrasse de "L’évidence", Amal Bentounsi a disparu. La terrasse a été vidée des tables et des chaises où nous avions échangé quelques mots. [...]

Le cercle qui nous entoure s’ouvre à nouveau pour permettre l’évacuation loin de la place de la République.

Un groupe de policiers est pris à partie rue Beaurepaire. La foule se disperse. Des manifestants courent en direction du Canal Saint-Martin. Dans l’incompréhension générale, des casseurs sont venus en découdre. Ils fuient vers les quais du Canal, jetant au passage tout ce qui leur passe sous la main. Les CRS marchent, toujours aussi bien alignés. Certains d’entre eux brisent la chaîne pour détruire les bouteilles en verres qui n’ont pas encore été jetées dans leur direction.

Véritable scène de guérilla urbaine

Quelques mètres plus loin, quai de Valmy, nous nous retrouvons devant une véritable scène de guérilla urbaine. Une voiture de police a été incendiée. Les gendarmes mobiles sont derrière nous. Ils ne sont pas encore conscients de l’ampleur du passage des casseurs. Ceux-ci s’en sont pris à deux policiers qui revenaient d’intervention et roulaient quai de Valmy, dans le 10ème arrondissement. Après plusieurs coups de barres de fer, ce qui pourrait être un fumigène est jeté à l’intérieur par la vitre arrière.

Extraits à temps, l’homme et la femme fonctionnaires présents dans le véhicule s’en tirent miraculeusement. Les casseurs ont pris la fuite en direction de la station de métro Stalingrad à la limite du 19 ème arrondissement. Les pompiers sont dépêchés sur place et éteignent l’incendie rapidement. Devant l’épave de la voiture, des jeunes déposent un bout de carton sur lequel ils viennent d’écrire : "poulets rôtis, prix libre". Le calme revient quai de Valmy, des experts viennent constater les dégâts. Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour tentative d'homicide volontaire.

A quelques mètres de là, les manifestants restés près de la place de la République ont eux aussi retrouvé en partie leur calme, invectivant le Front National et certains de ses membres, venus soutenir les policiers. Le rassemblement de ce 18 mai aura donc vite dégénéré, à cause d’une poignée de casseurs, qui ressemblent à ceux que l’on a vus hier et que l’on verra demain, habillés de couleurs aussi ternes que leurs idées.

A 22 heures, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve s'est rendu au chevet du policier légèrement blessé. Il a évoqué des actes "inqualifiables" commis par des "individus d'une extrême violence", et a annoncé que 4 interpellations avaient eu lieu.

Article et photos: Tristan Lochon (@TristanLochon)


Amal Bentounsi, Meeting à Saint-Denis et Marche de la Dignité, 9 et 31 octobre 2016
photos Patlotch


avec Saïd Bouamama et Hanane Karimi




Meeting fin de marche, place de la Bastille

Amine Bentounsi, tué d’une balle dans le dos


source Paris-Luttes-Infos

Citation :
Pour la quarantenaire, les combats militants n’ont pas toujours été un temps plein. A l’époque, elle avait monté son business : une sandwicherie. Si elle est devenue entrepreneuse, c’est qu’elle a connu les galères d’avoir « un nom maghrébin » dans le monde du travail. Amal a grandi à Meaux, dans une famille de 6 enfants.

C’est la mort de son frère, Amine Bentoussi, qui change sa vie en 2012. Il est tué par un policier d’une balle dans le dos après avoir refusé de se soumettre à un contrôle de police. Amine n’était pas rentré en prison après une permission. Le policier a d’abord été mis en examen pour « homicide volontaire » avant que les faits ne soient requalifiés. Le procès aura lieu en janvier prochain à Bobigny.

C’est Amal qui s’occupait d’Amine à la maison. Elle décrit un parcours chaotique : « Il a pris six mois ferme à 13 ans pour avoir foutu le feu dans une poubelle. Il a été incarcéré à Fleury-Mérogis. Comment un juge peut mettre un enfant de 13 ans en prison ? J’ai retrouvé une lettre que j’avais écrite à la juge. Je lui disais : “Vous êtes en train de détruire un enfant”.»

source : Bentounsi, la militante à l’origine de la marche de la dignité

le Collectif 'Urgence notre police assassine' ne s'est pas exprimé sur ces événements, et hormis la présence d'Amal Bentoussi, je ne sais pas s'il a maintenu son appel, le délai étant très court après l'interdiction. Il est évident que font partie de ce Collectif, par définition, des proches des émeutiers de novembre 2005 poursuivis en justice, blessés ou morts sous les coups de la police, et qui brûlaient aussi des voitures

je ne reconnais pas sur les photos et vidéos ceux qui participent habituellement aux manifestations auxquelles appelle ce Collectif avec les associations décoloniales en France, et compte tenu de son démocratisme pacifiste ("notre police"...), je ne vois pas clairement le lien avec les attaquants de la voiture de police. Maintenant, la colère et les procès de policiers aboutissant à des non-lieux...

c'est avec un rien d'ironie que je parlais plus haut de "la véritable jonction", qui ne s'est pas produite ici comme le souhaitaient les partisans de "la convergence"

ce qui est clair, c'est que le pouvoir politique tente l'amalgame, comme il l'a fait (Rossignol, Vallaud-Belkacem...) avec l'initiative du Camp décolonial jugée porteuse d'un "racisme anti-blanc", (certains tweets repris par la presse en émanent, voir ICI). Petit problème, le policier dans la voiture est "noir"... « Affecté à la "brigade du périphérique", il revenait d'une intervention sur le boulevard qui entoure Paris, avec sa coéquipière, quand son véhicule a été pris pour cible mercredi... »



quand on parle du loup, l'autre de la France, Charlie revient...

Voiture brûlée et casseurs : quand un policier sauve l'esprit du 11 janvier

Bruno Roger-Petit Challenges 19-05-2016 à 13h28

« L’image de cette voiture de policiers brûlée, ce n’est qu’une étape dans une stratégie de communication politique qui vise à générer le chaos, suprême objectif des casseurs.[...]

« des militants politiques, actifs sur les réseaux sociaux, se sont chargés de relayer pour eux ce message politique, à commencer par les animateurs et militants du compte Twitter du "Camp d’été décolonial", qui paraissent ignorer que la guerre d’Algérie n’est plus depuis 1962, "Tout le monde déteste la police" disent-ils *. A ce niveau d’irresponsabilité politique, l’idiot utile devient le malfaisant utile. »

* Sihame Assbague précise qu'il y a des guillemets, en réponse à Eugénie Bastié, de Causeur.fr...


Deux policiers ont été agressés et leur voiture brûlée, Quai de Valmy à Paris
Cyrielle Sicard/Afp

L'image du policier courageux, faisant face à des casseurs ayant incendié une voiture de police à Paris, a détruit l'opération de communication anti-police que ses agresseurs entendaient produire. Décryptage.

Citation :
Le policier qui a encaissé les coups des casseurs, aux côtés de sa voiture en flamme est plus qu’un professionnel. Ce qui s’est passé ce mercredi, quai de Valmy, à Paris, autour de l’attaque d’un véhicule de police par des casseurs est d’abord et avant tout une bataille de communication. Bataille perdue par les casseurs, mis en déroute par le comportement héroïque d’un policier anonyme.

Commençons par rappeler l’essentiel : avant d’être information, toute image portée dans la sphère publique est émotion, donc affaire de communication politique. Créer une image, conforme à ses objectifs, c’est faire de la politique. Les casseurs d’aujourd’hui, plus que leurs prédécesseurs des années 70 et suivantes, sont aussi des spin-doctors. Des Karl Rove de la destruction. Des Jacques Pilhan de la haine. Des Jacques Séguéla de la casse. Dans cette optique, à l’ère du triomphe du tout image et des réseaux sociaux, attaquer une voiture de police, et ses occupants avec, de la manière la plus brutale, la plus déterminée, c’est d’abord et avant tout créer une image destinée à satisfaire les exigences de sa communication politique.

Les images de l’agression des policiers, quai de Valmy à Paris, montrent que les casseurs, à aucun moment, en aucune façon, ne s’en prennent aux journalistes ou amateurs qui filment ou photographient l’événement. Au sein de cet espace de violence, ceux qui saisissent l’image sont à leurs yeux comme des objets neutres. Et pour cause, ce sont eux qui vont populariser l’évènement, lui conférer sa dimension politique, par sa diffusion, sur les réseaux sociaux, puis sur les chaines info, puis dans les 20h des grandes chaines historiques, puis dans la presse quotidienne du lendemain, nationale ou régionale.

A la fin du cycle, tous les Français, toutes générations confondues, auront vu l’image en question. Auront été confrontés à la manifestation de la plus extrême brutalité. La violence. La haine. La peur. Le tout dans le dessein d’opposer, cliver, fracturer… Que naisse et s’épanouisse dans le pays une haine par rétorsion, autorisant une répression qui elle-même appellera encore davantage de violence, suscitant ici et là, auprès des esprits faibles, de nouvelles vocations de casseurs, générant un engrenage porteur de tous les dangers.

L’image de cette voiture de policiers brûlée, ce n’est qu’une étape dans une stratégie de communication politique qui vise à générer le chaos, suprême objectif des casseurs.

Cette image est vraie. Mais elle est aussi une illusion. Combien, parmi les 65 millions de Français, s’identifient à ces casseurs ? Quelques centaines de personnes, tout au plus. Et si l’on veut bien ne pas céder à la seule émotion, piège tendu par l’invention de cette image, on peut alors ramener l’événement à sa dimension politique réelle : certes, attaquer une voiture de police dans le but de s’en prendre à l’intégrité de ses occupants est un acte grave. Mais ce fait a été commis par les éléments les plus extrémistes d’une extrême minorité. La réalité d’une image ne dispense pas de réfléchir quant à la réalité politique qu’elle porte. Les casseurs voulaient montrer que la haine de la police conduit désormais à des situations de troubles insupportables.

Et force est de constater que des militants politiques, actifs sur les réseaux sociaux, se sont chargés de relayer pour eux ce message politique, à commencer, entre mille exemples, par les animateurs et militants du compte Twitter du "Camp d’été décolonial", qui paraissent ignorer que la guerre d’Algérie n’est plus depuis 1962, "Tout le monde déteste la police" disent-ils. A ce niveau d’irresponsabilité politique, l’idiot utile devient le malfaisant utile.

L'image du policier vaillant et flegmatique efface celle de la voiture en flammes

Dès lors, la question se pose : comment casser la communication des casseurs ? Comment empêcher que le mensonge politique d’une image, inventée par des manipulateurs experts en communication, ne finisse par devenir vérité ?

C’est ici que les casseurs du quai Valmy ont raté leur coup. Que leur opération de communication s’est retournée contre eux. Pourquoi ? Parce que l’image du policier vaillant, sortant du véhicule en feu, portant la main à son arme de service avant de décider de ne pas la sortir de son étui, parant les coups de matraque élastique qui lui étaient portés, affichant un sang-froid extraordinaire, refusant de céder au piège qui lui était tendu, cette image-là, celle du courage indomptable, a effacé l’image de la voiture en flammes.

Il n’est pas inintéressant de noter la chronologie de l’histoire de l’attaque à travers l’apparition des images. Des premières photos apparues sur le réseau social Twitter, montrant une voiture de police en feu, puis celle des casseurs saisie de folie furieuse, à celle du policier opposant un flegme inébranlable à ses agresseurs. A la première communication, qui faisait l’affaire des casseurs, en a succédé une autre, qui a effacé la première. Les casseurs, et leurs supporters plus ou moins revendiqués, entendaient montrer que la police est le problème, pas la solution, et voilà qu’un policier, à lui-seul, est venu démontrer le contraire, à force de sang-froid et de maitrise. D’où le succès de l’image de ce policier, colossal et marmoréen, rassurant et apaisant, encaissant sans broncher les coups les plus sauvages, image partagée depuis quelques heures à l’infini sur les réseaux sociaux.

Présente sur place, une journaliste du Monde raconte qu'un homme (se présentant comme ex-secouriste Nuit debout) ayant estimé qu’il était de son devoir de porter secours à l’un des policiers blessés dans l’incident, a été à son tour victime de la violence des casseurs, ces derniers le frappant en lui disant "Tu aurais dû le laisser crever". C’est qu’en portant secours à la victime, manifestant de l’empathie envers un policier, ce jeune homme ruinait aussi, de fait, la communication des casseurs. Porter secours à un policier, c’est reconnaitre son humanité, ce que nie les casseurs, qui entendaient que les journalistes et autres témoins de la scène se contentent de la répercuter à l’infini.

Il est heureux que ce soit ce policier-là, avec ce caractère-là, à cet instant-là, qui se soit trouvé dans cette voiture attaquée. Cette incarnation d’héroïsme républicain, indomptable et indestructible, a détruit l’image de toute-puissance qu’entendait imposer les casseurs. Une émotion, positive, en a chassé une autre, négative. C’est la non-violence du policier qui a triomphé, là où la police est accusée depuis des semaines d’être synonyme de violence. Au final, c’est ici que se mesure la défaite des casseurs. Des millions de Français s’identifient désormais au policier inflexible et ils n'ont pas envie de rompre le lien noué lors des événements de l'an passé. Les casseurs ont perdu plus qu’une bataille de communication. C’est une défaire morale définitive. Et une nouvelle victoire de l’esprit du 11 janvier.


on dira que Challenges n'est pas le summum de la pensée de gauche, mais :

l'amalgame est quasi-officiel : gouvernemental


Gilles Clavreul : délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme

mais au fait, qu'en pensent les "camarades" pour qui le moment colonial est tellement passé qu'il vaut mieux ne point parler de ses traces, au présent... ?

vous avez dit "idéologie française ?"

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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 17:46


20 mai


quel possible dépassement ? quelle « émergence de la nécessité du communisme » ?

quelques éléments de réponse à vlad2

sur les blocages : pour l'heure, l'appel de la CGT aux blocages des raffineries vise, Martinez l'a dit, « le retrait de la loi travail ». Pour quoi faire ? négocier sur une autre base une « flexi-sécurité » moins dure pour les salariés. On peut peut-être relever une différence avec les blocages des raffineries en 2006, pendant "le CPE", parce qu'alors leurs revendications étaient spécifiques, corporatistes. Mais au-delà de ces journées de grèves et manifestation, il faut voir si cela continue, s'étend, ou s'enterre

vlad2 a écrit:
un saut qualitatif, vers quoi ?

vers une remise en cause du capital comme tel, donc du travail salarié, etc. Je ne vois cet objectif s'exprimer nulle part dans le monde salarial, mais seulement à sa marge, chez des précaires diplômés, prolétarisés ou marginalisés (squats, milieux anarcho-autonomes, activistes...) : combien de divisions, dans tous les sens du termes ? Je ne vois nulle part se produire ce que TC appelait des "écarts" aux limites du Capital, remettant en cause l'appartenance au prolétariat comme double vaincu du capital, qui est le seul contenu révolutionnaire permettant de sortir du mode de production capitaliste

je passe sur l'extrait du Québecquois Robert Bibeau, marxiste sérieux mais programmatiste bon tain

le petit texte d'Éric Bucquet liste une série de « problèmes » en inventaire à la Prévert, ni claire ni cohérente, constat plutôt désespéré d'une apathie du prolétariat salarié, pour une chute n'abordant pas la question d'une sortie du capital. Le « rôle » de « la lutte des classes » aurait été d'être un « régulateur des inégalités » ?  Pour les socio-démocrates, oui, mais jamais pour les marxistes communistes, même dans le programmatisme qui visait « la société communiste » par étapes...

et ce Collector : « Il faut inventer autre chose, le vivre ensemble, le respect d'autrui, le respect de soi, la fraternité, l'égalité, la liberté, l'éthique. Et pourquoi pas l'amour pour l'autre...»

ces objectifs, vivre ensemble, respect; fraternité, égalité, liberté (la trilogie républicaine bourgeoise), l'éthique (entreprises vertes et vertueuses, comme le mot d'ordre Global Debout de boycott de Coca-Cola ?), amour de l'autre (très chrétien, ça mange pas de pain)... sont de l'ordre du rêve debout dans un monde capitaliste qui ne le permet pas. Qu'en tant que tels, utopie, certains portent une soif d'autre chose, c'est certain, mais aucun moyen d'y parvenir


alors pour appeler ça (vlad2) « émergence balbutiante de la nécessité du communisme, dans les débats de nuit debout ? », je crains que nous ne soyons pas sur la même longueur d'onde. On peut certes dire, comme toujours, que le communisme est nécessaire, mais à partir du moment où on le définit comme mouvement d'abolition de l'ordre capitaliste établi, on ne saurait prendre ses désirs pour des réalités

No

voir le point ce jour dans CRITIQUE DÉCOLONIALE et THÉORISATIONS COMMUNISTES : remises en perspectives révolutionnaires

Patlotch a écrit:
je pense qu'il est bon de rappeler ce que nous faisons ici, en discernant deux tâches parce qu'engager la seconde sur de bonnes bases dépend de notre capacité à assumer la première :

1) une critique radicale du monde capitaliste tel qu'il est aujourd'hui, pour tenter d'en tirer

2) les voies d'une perspective révolutionnaire d'abolition du capital, voie que nous appelons encore "communiste"[/b]

ces deux phases sont intrinsèquement liées dans la mesure où, à la suite de Marx, nous définissons le communisme comme mouvement de l'antagonisme de classe capital-prolétariat


le communisme dans un « revenu universel... plafonné », « deux salariés pour le prix d'un »...?

si l'on suit le fil indiqué par vlad2, du tweet d'Eric Bucquet comme « émergence balbutiante de la nécessité du communisme, dans les débats de nuit debout », voilà ce que ça donne :

Francesco Cyx a écrit:
Du travail il y en a tjs eu .... il fallait bien qu on bouffe!!! Maintenant c est vrai qu il s est eloigné de cette idée car on fait tous un travail repetitif pour bouffer.

Je suis certain que si l'argent n existerait pas ! Une bonne partie des hommes travailleraient pour leur passion


Eric Bucquet Dal Molin a écrit:
C'est une certitude ! Lier le travail et l'argent dénature l'objet même du travail. La lutte des classes est une page héroïque de notre histoire commune, écrite par des femmes et des hommes courageux qui méritait d'être sublimée par leurs cadets.

Plus que l'inexistence de l'argent, sa répartition et sa durée de vie pourraient rééquilibrer le rapport de force entre innovation et fabrication.

Des solutions s'offrent à nous. Nuit debout en est une ! Elle peut être fédératrice. Apprenons à nous reconnaître et cela déjà sera un grand pas vers un autre futur. Fraternité, Francesco, et merci de m'avoir lu.


Ma Rc a écrit:
Du travail il y en a. Mais il est terriblement inintéressant et basique.

Il faudrait envisager : dé-automatiser ce qui peut l'être, créer un revenu universel (plafonné si besoin), étudier la possibilité de permettre aux entreprise d'avoir deux salariés pour le prix d'un (voir moins cher) et ainsi multiplier emplois et abaisser les temps de travail.

Eric Bucquet Dal Molin a écrit:
Ce serait toujours mieux que l'existant ?

Cependant, le revenu universel, dont je suis partisan, supprime le rapport patron-salarié. La suppression de ce rapport permet de mettre en place un code d'éthique. [sic] Il permet aussi de séparer l'outil de production du projet entreprenarial. [faux]

Il favorise la négociation contractuelle entre donneur d'ordre et preneur d'ordre puisque le donneur d'ordre propose, alors que le preneur d'ordre dispose. [il dispose de quoi, y compris dans la règle de l'exploitation inchangée, de quel rapport de force ?]

Mais c'est un long débat. Pour ma part je vais rédiger mon cahier de "doléances" et le faire parvenir à nuit debout. Pas question de rester en marge de l'espérance. Fraternité.


etc.

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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 17:55


20 mai


deux dimensions complémentaires, grèves et blocages,
contre-violences policière et casse des symboles du capitalisme


Le mouvement prend de l’ampleur,
la répression aussi et l’état d’urgence une arme de plus pour criminaliser les révoltés


Paris-Luttes-Infos 20 mai

Communiqué du Mouvement Inter Luttes Indépendant (Mili) sur la situation actuelle du mouvement social et principalement sur la stratégie répressive du gouvernement, qui utilise l’état d’urgence pour criminaliser les révoltés

Citation :
Depuis trois jours, des dizaines de milliers de personnes se mobilisent pour bloquer l’économie, s’en prendre aux symboles du capitalisme et affronter la police, qui violente la jeunesse et pas que, depuis des semaines.

En France, dans plusieurs zones, des syndicalistes, des militants, des jeunes, des personnes participants à Nuit Debout ou à différents comités d’actions, sont passés à l’offensive.

Les axes routiers, les raffineries, les dépôts de bus, les gares et tout un tas d’autres structures sont perturbés ou bloqués par des grèves et des blocages. Les manifestations se multiplient, pendant que les centres villes sont quadrillés par des centaines de flics, des camions à eau, des grilles anti-émeute et les armements habituels, mais toujours aussi dangereux.

Malgré tout, le nombre de personnes dans la rue ne faiblit pas et la détermination n’est que croissante. Encore aujourd’hui, on a pu voir en tête de manifestation, des cortèges rassemblant des gens différents et ayant des pratiques de lutte violentes, ainsi que non-violentes, ainsi qu’une énorme solidarité.

Le gouvernement a voulu jouer la division en appelant les services d’ordre à la rescousse et en leur demandant de s’attaquer à ce qu’il caractérise par les "casseurs", les "autonomes" ou d’autres appellations qui ne retranscrivent pas la réalité.

Des affrontements ont pu avoir lieu, mais aujourd’hui, il n’y en a pas eu et c’est dû au fait que de nombreux syndicalistes se sont greffés à ces fameux cortèges de tête et y ont vu des jeunes, mais aussi des moins jeunes, déterminés et exprimant une rage extrême contre la loi travail et son monde - le capitalisme.

Les lettres d’interdiction de manifester continuent à pleuvoir et nous tenons a rappeler qu’elles ne sont basées que sur des suppositions, c’est-à-dire des notes blanches recueillies par des personnes travaillant dans les renseignements généraux. Pour expliciter un peu la manœuvre, ces personnes s’incrustent dans les cortèges et observent pour déterminer qui fait quoi, qui est dans quel collectif, ainsi y supposer des connexions, puis cibler ceux qui seraient organisés.

Mais que signifie s’organiser ? Prendre en compte que le système ne tombera pas tout seul ? S’organiser peut autant être se défendre de la police que d’organiser une bouffe en solidarité avec les habitants les plus démunis d’un quartier. S’organiser fait peur au gouvernement, car ça signifie que des gens prennent acte que l’on ne peut prétendre changer les choses sans lier théorie et pratique.

C’est encore sur ces fameuses notes blanches que reposent les interpellations de nos camarades de l’Action Antifasciste Paris-Banlieue. Mais qu’ont-ils fait ? Exercer leur droit de s’opposer à une manifestation d’un syndicat d’extrême-droite qui légitime des assassinats de flics, des mutilations et d’autres violences policières ? On leur reproche d’avoir contre-carré les plans répressif de Cazeneuve en faisant des recours contre ces interdictions et d’avoir gagné. De l’avoir humilié. D’avoir saisi ce qu’ils ont obtenu, c’est-à-dire le droit de manifester et d’avoir été au mauvais endroit au mauvais moment, donc des interpellations basées uniquement sur des suspicions. Leur prétendu état de droit n’est plus qu’un état sous urgence, un état d’urgence prétendant combattre une menace terroriste, alors qu’il s’en prend à la jeunesse révoltée et aux militants actifs.

Aujourd’hui encore, un camarade de la Confédération Nationale des Travailleurs (CNT) a été interpellé en fin de manifestation, à place d’Italie, car il détenait une gazeuse pour protéger son cortège en cas d’attaque fasciste ou policière. Que lui reproche-t-on ? D’être un peu trop "radical" ? Alors que de nombreux membres des services d’ordre disposent de gazeuses et ne les utilisent jamais, enfin du moins pas la CNT.

La liste n’est pas finie. Ce matin, à Rennes, une action ayant pour objectif d’ouvrir gratuitement le métro aux habitants s’est soldée par une bonne dizaine d’interpellations en les accusant d’avoir voulu "saboter" l’accès.

Pour finir, le local de Solidaires 35 a été perquisitionné, au cours de la soirée. Trois syndicalistes ont été interpellés, puis accusés d’association de malfaiteurs en vue de terrorisme.

La Novlangue médiatique et policière tourne en boucle, mais ne nous y trompons pas et ne soyons pas dupes.

Nos ennemis ne sont pas ceux et celles qui s’organisent ou qui mènent des actions, aussi critiquables soient-elles.

Nous ne sommes pas des juges pour déterminer de la pertinence d’une action.

Nous ne sommes que des gens révoltés, appartenant à la plèbe et la force qui a permis de tenir jusqu’ici a été notre solidarité, ainsi que notre créativité.

Ne sombrons pas dans la dissociation, dénonçons les excès de l’état d’urgence, les dérives autoritaires du gouvernement, ne nous ne contentons pas de critiquer la loi travail, mais l’ensemble qui nous y a conduit. Une des premières actions que nous pouvons mener dans les jours à venir et d’empêcher le cassage des blocages, comme le désire Valls ou encore de communiquer largement sur ce qu’il se passe pour en tirer une analyse réfléchie, qui permettra d’amplifier la mobilisation et de continuer la révolte.

A bientôt dans la rue, le métro, lors des blocages ou ailleurs, car nous sommes nombreux et nous sommes de partout !



la carte des raffineries bloquées



source Le Monde 20 mai 15h05 : La CGT veut amplifier le blocage des raffineries, l’essence est rationnée en Loire-Atlantique


Manifestation à l’appel de la CGT aux abords de la raffinerie Total de Donges
JEAN-SÉBASTIEN ÉVRARD / AFP



plusieurs de mes commentaires mettent ces deux dimensions en exergue, avec des interview très intéressantes qui sont la chair permettant de se faire des choses une idée plus fine que par les seuls médias ou articles militants des syndicats ou des "activistes", la "porosité" des participations aux actions étant complétée par celle des idées, le tout témoignant d'un nouveau indiscutable dans ce moment de la luttes des classes en France

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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 18:05


20 mai


j'introduis ici une problématique de fond quant à la nature des luttes en cours dans le contexte décrit par Théorie Communiste, depuis la crise de 2008, comme "illégitimité (assymétrie) de la revendication salariale", problème qui revient aujourd'hui dans la réponse d'AC/LG à RS chez dndf : How High the Moon : voir mon commentaire de ce matin,

petit questionnement théorique

Nuit Debout et le prolétariat...

jusqu'où le mouvement contre la loi travail pourra-t-il faire mentir l'affirmation, de Théorie Communiste, mais que j'avais faite mienne, que la revendication n'était plus légitime ? Dans son dernier texte, du 3 mai, RS affirmait que Nuit Debout traduisait sans doute le moment où le prolétariat aurait comme franchi un pas dans la compréhension de ce moment :

RS a écrit:
S’il était depuis quelque temps évident que, pour la classe capitaliste, les revendications, les manifestations, les négociations, n’étaient plus légitimes (systémiques pourrait-on dire) dans un processus conflictuel interne d’accumulation. Il n’était pas aussi évident que le prolétariat reconnaisse cette situation comme sienne et pas seulement comme subie, c’est-à-dire reconnaisse le capital comme sa raison d’être, son existence face à lui-même, comme la seule nécessité de sa propre existence.

partant de ce qui était alors l'état du mouvement des place, il poursuit :

RS a écrit:
« Nuits debout » est l’écume sociale de cette situation. Le « Nous ne revendiquons rien » de Frédéric Lordon peut être autant politicard que l’on veut et vouloir nous faire écrire une nouvelle constitution du « tous ensemble », il ne reprend pas moins étrangement un vieux slogan de la radicalité et dit que « revendiquer » c’est établir soi-même la légitimité du pouvoir auquel on s’adresse.

et je donne tout le dernier paragraphe (je souligne en gras)

RS a écrit:
Dans les débordements systématiques et normaux, attendus, acceptés et définitoires des manifestations, dans les « Nuits debout » et même les parties les plus syndicales des défilé bloquées par les flics, pour la première fois en France (semble-t-il ?) l’illégitimité de la revendication salariale est non seulement le « niet » de la classe dominante et de son Etat, mais aussi l’essence reconnue par elle-même de la lutte. C’est là l’essentiel. L’identité ouvrière n’est pas, comme en 2010, revécue de façon fantasmatique, l’illégitimité est en passe d’être intériorisée et non subie, elle est prise en charge, « revendiquée », constitutive.

Tout cela est très limité, marginal même, en ce qu’il est évident que cela a du mal à devenir un mouvement massif tant dans son versant manifs et débordements que sous versant assemblées « Nuits debout ». S’il est normal que cette lutte ne sache trop quoi faire d’elle même, c’est parce qu’il n’y a aucun autre contenu au-delà ou en-deçà de celui-ci et que celui-ci le constitue comme cette marge. En l’absence d’une affirmation pratique de la multiplicité des contradictions qui constituent le prolétariat et d’une reconnaissance de la production comme la matrice des classes sociales, reconnaissance qui ne peut être qu’une pratique à ce niveau (pratique actuellement cruellement absente), pour l’heure, ce contenu flotte comme une conscience s’émancipant de ses limites, comme si l’appartenance de classe comme contrainte extérieure devançait dans la constitution d’une Communauté auto-référentielle la lutte de classe qui est sa production.

Cela n’est pas sans effets sur cette conscience elle-même et les pratiques qu’elle met en œuvre en son nom. Les débordements vont alors à l’épuisement et la Communauté des « Nuits debout » à une suite de déclamations parfois plus ou moins ridicules.


il est clair que du "ridicule" flottement de Nuit Debout [Lordon a disparu ?] on est passé à quelque chose de plus consistant, plus défensif que proprement revendicatif puisqu'il ne s'agit que de résister à pire en "défendant des acquis" déjà assez déplorables dans le Droit du travail. Mais ce qui est intéressant, c'est que l'illégitimité, celle-ci du pouvoir politique aux yeux des manifestants, perte totale de crédibilité comme le dit ci-dessous RS, se serait en quelque sorte retournée contre le gouvernement, qui « nous prend pour des cons » et en plus nous tape dessus pour nous faire accepter sa loi dans tous les sens du terme, celle sur le travail et celle du capital :

RS a écrit:
Depuis 2010 (la loi sur les retraites) quelque chose de fondamental a basculé. Une circonstance que les « matérialistes » auraient tort de négliger a accéléré ce basculement : une profonde crise morale dans laquelle vit actuellement la France. L’Etat n’est plus reconnu comme tel, l’immense machine qui transforme par tous ses rouages, institutions, instances, forces de répression, l’intérêt particulier d’une classe de la société en intérêt général, n’est plus reconnu comme tel parce que ça ne fonctionne plus. Une atmosphère de fin de règne. C’est parce que la machine est grippée que de « Luxleaks » en « Panama papers », plus personne ne croit en un pouvoir qui fait le contraire de ce qu’il avait annoncé. Sarkozy déclenchait de la haine, Hollande provoque rire et mépris. La violence sans phrase est la réponse de celui qui est méprisé, elle a été depuis le début immédiate et sans fioritures. Quand la machine qui transforme le particulier en universel est grippée, ne reste que ce qui était toujours tapi derrière cet universel : le gourdin.

voilà, je ne fais que poser ce questionnement, un peu en réponse à un ami qui me reproche par mail de considérer que "les prolos ne sont pas pressés de rejoindre ND, et ils ont raison...", ajoutant :

Citation :
Donc : "Il va falloir attendre". En attendant la fin, ou en attendant Dauvé?

Il m'apparaît que tu supposes que "le prolétariat" surtout dans sa composante ouvrière est Le sujet révolutionnaire, sans lui rien ne peut se faire, ou se défaire, à tel point qu'il s'agit de l'inversion même de la proposition " ni dieu, ni césar, ni tribun", Le Prolétariat est devenu les trois en un (réminiscence trinitaire?), et il est indispensable d'attendre sa manifestation incontestable, l'Imam caché, le messie en casque de ...travail. Nous-mêmes nous sauver... quelle idée ?


passons sur la formule de Dauvé que j'ai si souvent critiquée comme le sens de dndf « En attendant la fin... ». Il me semble là que cet ami se trompe d'adresse

le reste cela supposerait que j'aie défini strictement le prolétariat comme étant la classe ouvrière, alors que j'y inclus explicitement le prolétariat paysan, et au-delà y compris les chômeurs, précaires, "expulsés" et "nègres du monde" qui sont loin d'être tous ouvriers. Mais enfin, si "sujet révolutionnaire" il peut se constituer (se subjectiver, précisément), je persiste à le nommer prolétariat, quitte ai-je dit à en redéfinir les contours, et je ne vois pas trop de quel « nous » parle cet ami pour « nous sauver », dont j'aurais écrit qu'il n'en est pas de ce prolétariat-là, pour ainsi dire comme tant de précaires vivant chichement, ou tant de retraités comme moi dont il n'est pas écrit que notre "retraite" nous sera toujours garantie : ne rêvons pas d'une crise qui épargnerait ceux qui le sont encore

autre chose serait de considérer que ce sujet prolétarien d'ensemble pourrait se passer, pour se remettre en cause comme tel, du prolétariat ouvrier productif (de marchandises), face au capital dont il est le double toujours vaincu, ajoutai-je plus haut. Ici ce serait rêver debout que le mode de production/reproduction capitaliste pourrait être renversé sans que la classe productrice de marchandises y participe

parenthèse refermée pour revenir à mon questionnement plus haut : que se passe-t-il, ou que peut-il se passer, ici et maintenant en France, qui tempèrerait les ardeurs théoriques de RS ? Autrement dit, n'est-il pas « allé un peu vite en besogne », la tête l'emportant sur le mouvement... mais il a pris soin d'écrire « pour l'heure » , alors oui, pour y voir plus clair

il va falloir un attendre

sans arrêter le temps...



... ni prendre le train en marche



en 68, Séguy répondait à ceux qui reprochaient à la CGT d'avoir « pris le train en marche » :
« pas possible, les trains ne circulaient plus »

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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 18:07


23 mai



une violence nouvelle inhérente à la nature "proétiforme" du conflit en cours dans la crise

Quoi de neuf sur la violence ?

Sebastian Roché Télérama
23/05/2016


Manifestation à Paris, le 1er mai 2016. Alain Joccard AFP

Gaz lacrymogènes, flash-balls, frondes, cocktails incendiaires… Dans l'actualité récente, c'est la violence qui l'emporte. A qui la faute ? Le point de vue de Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS.

Citation :
On la montre – beaucoup – , on la regrette – évidemment –, et on reste, bien souvent, dans le traitement à chaud d'images brutes. Et chacun de se renvoyer la balle, question responsabilités. Fin connaisseur du milieu policier, directeur de recherche au CNRS et auteur il y a une dizaine d'années de Frisson de l'émeute, Sebastian Roché nous propose son regard personnel sur les racines, et les modalités, de la violence exercée par la police et certains manifestants.

Sebastian Roché a écrit:
Après presque deux mois de mobilisations, de protestations et de confrontations, le bilan est lourd. Il convient de prendre la mesure d’un mouvement de protestation qui est capable d’attirer largement, de se déployer dans les grandes villes, de Rennes à Grenoble, de Paris à Lyon et Toulouse, et de durer. Il ne saurait exister sans de profondes motivations et des formes d’organisations. Le niveau de violence observé, qui n’atteint pas celui qu’on a connu lors des manifestations de désespoir des ouvriers de la sidérurgie, ou même des marins pêcheurs armés de barres de fer (où le Parlement de Bretagne fut incendié en 1994), est élevé, les images spectaculaires en témoignent.

Dans ce mouvement protéiforme, il y a deux niveaux :

D’une part, celui de la politique, du projet de société, des lois. C’est également le niveau d’où partent les instructions aux forces de l’ordre.

D’autre part, il y a le niveau de la rue, des situations où l’on mesure sa force, et où l’on s’affronte, et où les ordres sont exécutés. Le niveau de la rue est le plus scruté, par les téléphones mobiles, les GoPro, les caméras, et relayé en direct sur Périscope ou en léger différé sur YouTube.

Ce qui me frappe le plus c’est l’agrégation de différentes foules plus ou moins miscibles. La présence de groupes contestataires d’extrême gauche est attestée par nombre d’observateurs, et leurs effectifs se comptent en dizaines (comme à Grenoble), parfois en centaines (comme à Nantes), et donc probablement bien plus à Lyon et à Paris. Ils sont politisés, raisonnablement organisés et équipés pour harceler les policiers. Au niveau tactique, ils savent communiquer et choisir leurs lieux et moments d’engagement, être mobiles – plus que les policiers en dépit des modifications de doctrine qui ont été introduites dans la police depuis les années 90 et ont tendu à scinder les grosses unités d’ordre publiques (qui pèsent plus de soixante-dix agents) en petits morceaux aptes à réagir séparément sur plusieurs incidents simultanés.

Rapides, aguerris, ces militants ne se font pas nécessairement interpeller. Plus récemment, ils ont été rejoints par quelques collégiens issus des quartiers qu’on appelle pudiquement populaires, des zones pauvres et périphériques. Ils apparaissent plus jeunes, entre 14 et 16 ans. Ils veulent en découdre avec la police. Le matériel récupéré par la police à Paris, à Grenoble ou à Nantes ne laisse pas vraiment de doute : frondes, cocktails incendiaires, marteaux, mortiers de feu d’artifice – une nouveauté à cette échelle dans les manifestations.

“L’alchimie de la tranquillité des cortèges ne fonctionne plus, le mélange est instable”

Des étudiants de lycée ou de l’université complètent la composition de la foule. Et, bien sur les « institutionnels », les organisateurs des cortèges syndicaux, eux-mêmes débordés par leur base, d’une part, et par les autonomes, d’autre part. Ils se révèlent souvent dans l’incapacité de faire fonctionner efficacement leur service d’ordre, et se montrent réticents à la coordination avec les pouvoirs publics. Une bonne partie du caractère paisible des manifestations tient à la coopération en amont entre les préfectures et les organisateurs. Lorsque les institutionnels ne peuvent plus ou ne veulent plus jouer ce jeu, l’alchimie de la tranquillité des cortèges ne fonctionne plus, le mélange est instable, très difficile à encadrer. C’est précisément ce qui se produit.

Dans cette situation, caractérisée par une dynamique de plus en plus tendue, l’autre acteur de terrain est naturellement la police. On sait que la dynamique du conflit de rue dépend de la manière de gérer la rue, et que les premiers moments d’une rencontre en fixent pour longtemps la tonalité. Or, la dynamique de ces affrontements a sans doute été enclenchée, dès le début du mouvement, par le traitement réservé le 24 mars 2016 à un étudiant du lycée Henri Bergson, filmé, mis en ligne, et visionné des centaines de milliers de fois. On voit des agents chercher à faire souffrir un étudiant en le frappant.

Par ailleurs, la durée du mouvement sous ses diverses formes explique probablement que les choses s’enveniment. Le fait que le conflit s’éternise fatigue les agents, augmente leur stress et donc les actes agressifs. Même les manifestations non violentes de groupes de jeunes qui ne cassent rien et déambulent jusqu’à 23 heures dans les rues mobilisent les policiers sur des amplitudes horaires larges.

En revanche, je ne crois ni à la thèse d’une stratégie du gouvernement qui viserait à criminaliser le mouvement (en fait, j’aimerais croire que le gouvernement a une stratégie), ni que des objectifs chiffrés d’interpellations aient été fixés aux policiers, expliquant leurs tactiques (d’ailleurs variables d’une ville à l’autre). Je ne crois pas non plus que les policiers sur le terrain aient la bride sur le cou, et qu’il y aurait un aval implicite de la hiérarchie pour « laisser faire » la violence et donner une leçon à ceux qui se risquent à les défier.

“Le ministre de l’Intérieur n’a pas intérêt à ce qu’un étudiant tombe au sol et y reste”

Au contraire, seules des instructions fermes de la préfecture de police de Paris expliquent que les agents restent statiques, et en province les cadres sont directement impliqués dans la préparation des manifestations : ils veillent à ne pas envoyer sur le terrain les policiers qui craquent (les plus à risques), encadrent ce terrain avec une forte présence hiérarchique, expliquent aux gradés les enjeux d’une action professionnelle qui évite la violence. Le ministre de l’Intérieur n’a certainement pas intérêt à ce qu’un étudiant tombe au sol et y reste. Et, c’est précisément ces précautions qui poussent à s’interroger sur les formes prises par la dynamique d’affrontement.

Il ne fait pas de doute que, placée là où elle est par l’autorité politique, c’est-à-dire comme tampon face à une colère individuelle ou collective, syndicale ou autonome, la police reçoit des coups, violents. Il n’est pas douteux non plus que la police est violente. C’est d’ailleurs une de ses fonctions officielles : exercer la violence au nom de l’Etat, que le droit appelle pudiquement « la force ». Les policiers chargent, frappent, utilisent des armes comme les bâtons, les flash-balls ou d’autres lanceurs (une pratique qui varie suivant les départements, laissée à l’appréciation locale pour le moment. Absente à Paris ou à Nantes, elle a été employée à Rennes, où un étudiant a perdu un œil), lance des gaz lacrymogènes ou des grenades de désencerclement.

Il n’y a pas différence de comportement de part et d’autre : l’engagement physique est le moyen de l’exercice de la violence. On tronçonne le cortège, on bloque ou on se jette sur des participants ; réciproquement, on isole les policiers, on les frappe même à terre, on incendie leur voiture. La violence policière fait, forcément, écho dans l’opinion au tir mortel des gendarmes dans la ZAD de Sievens, au manque de transparence dans la gestion des sanctions soulignées par les associations comme l’ACAT, et à l’opacité de l’administration française qui a choisi de ne pas se doter d’organisme d’enquête indépendant.

La différence quant à l’appréciation de la violence tient à sa légitimité. Les syndicats de policiers la revendiquent : ils expliquent qu’ils font leur travail, c’est-à-dire qu’ils font ce qu’il faut une fois qu’on leur a donné des ordres. Ces ordres peuvent être de bloquer le cortège qui sort du périmètre autorisé, d’interpeller les casseurs, de ne pas bouger même si on reçoit des blocs de pierre (ou le contraire de tout cela) suivant l’appréciation des autorités préfectorales et policières locales (le directeur du département). La fonction de la police est de défendre l’ordre tel qu’il est défini à un moment donné par le pouvoir politique, et sur le terrain par l’administration. Mais, la fonction ne crée pas la légitimité.

“Le respect de la nation ne se commande pas”


Un syndicat des commissaires, le SCPN, se croit autorisé à, je cite, « exiger le respect de la nation » dans son tract d’appel à la manifestation « stop la haine anti-flic ». Le respect de la nation ne se commande pas, on ne lui donne pas d’ordre ; la police doit lui obéir, au contraire. Mais dans une société polarisée, que doit faire la police ? On l’a vu dans des cas plus extrêmes où la police cesse de soutenir les autorités légales et rejoignent la cause du pays réel, mais nous n’en sommes pas là.

Les manifestants revendiquent une autre légitimité, pour ceux qui en cherchent une (les plus politisés). Il s’agit, précisément, de dénoncer l’ordre juridique qu’on veut leur imposer, la violence de la loi travail, et de lutter contre l’instrument qu’est la police. Les légitimités qui s’affrontent sont incommensurables et il n’y a pas d’issue policière à cet affrontement, car ses ressorts ne sont pas de la compétence de la police : ce ne sont pas les canons à eau, plus de lanceurs de balles ou des effectifs accrus qui vont résoudre le problème. L’incapacité politique du gouvernement à définir une issue politique acceptable est la source des violences.

Témoin des violences produites par d'importants groupes de manifestants (même s’ils ne sont qu’une fraction du total des cortèges), l’opinion publique rejette ces violences tout en se montrant incroyablement favorable à Nuit debout un mois après le début du mouvement (près de la moitié des sondés selon un sondage). Le choix des lieux de réunion et des cibles lors des manifestations ne laisse pas de doute sur le caractère politique du mouvement qui n’a, de ce point de vue, rien à voir avec les émeutes de 2005 : l’emblématique place de la République, la police, les banques, les grandes enseignes internationales, le domicile de Manuel Valls dans le 11e arrondissement… Les banderoles et les slogans de dénonciation (lancés par les autonomes et repris par les lycéens : « Tout le monde déteste la police », « police, casse-toi, la rue n'est pas à toi ») ou de revendications sur la loi travail traduisent la même chose.

“Le conflit est l’essence de la politique”

La fracture interne divise tellement profondément la gauche que les principales oppositions viennent de son propre camp. Elle affecte le monde syndical par contrecoup ; le vide politique est occupé par des forces naissantes. Et cela ne saurait se passer sans violence. Le conflit est l’essence de la politique : on se masse, on se compte, on fait comme si on était prêt à la confrontation et si nécessaire on l’engage. Certains le font sans espoir, d’autres pour négocier.

Il est difficile de ne pas relier la crise des partis et celle qui se joue dans la rue. Manquant de concertation, rigide, craignant de faire demi-tour et d’être perçu comme mou, le gouvernement a réussi l’exploit de mobiliser contre sa politique, ou son absence de ligne politique identifiable, une improbable addition de forces sociales, syndicales, lycéennes, ou autonomes et radicales – un terme désormais banalisé.

Faute de vision politique et de leadership, il envoie les forces de police faire face à une montée de la colère (car il faut être exaspéré pour aller se battre), sur un fond de mécontentement profond, de crise sociale et, surtout, de défiance totale vis-à-vis de la classe politique (un phénomène mesuré régulièrement par les enquêtes du Cevipof à Sciences Po et qui concerne neuf personnes sur dix).

Qui veut écouter et suivre un leader lorsqu’il pense qu’on ne se soucie pas de lui ? La légitimité se reconnaît à l’obéissance qu’elle entraîne, son défaut au besoin de l’usage de la force. Voilà où nous en sommes.



Citation :
Au lendemain d'une réunion de l'intersyndicale, Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, analyse l'évolution de la mobilisation contre le projet de loi Travail et les dérives du gouvernement. Le mouvement social n'a pas encore dit son dernier mot, malgré le recours au 49.3 et la généralisation des violences lors des manifestations.

Citation :
- la mobilisation contre la Loi travail s'essouffle-t-elle ?

- l'utilisation du 49-3 a-t-elle relancé le mouvement social ?

- le bras de fer entre la CGT et le gouvernement se durcit-il ?

- quelle est votre position concernant les violences pendant les manifestations ?

- que propose la CGT pour faire durer le mouvement social ?

le 18 mai, avant le 49-3, qui a boosté les luttes, grèves, blocages et manifs...

Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, rfi



autres Youtube avec Martinez

on a ici un concentré d'une position syndicaliste dans ses limites de négociation de l'achat-vente de la force de travail et du respect de la démocratie politique, de l'État et de la règle du jeu capitaliste

la lutte syndicale n'en ai pas moins partie prenante de la lutte de classe. Tant qu'on ne saisira pas la nature de la lutte syndicale revendicative ou défensive, on pourra toujours gloser sur « la trahison des directions syndicales », ça ne fera pas avancer le schmilblick révolutionnaire pour autant

ce qui n'est pas compris, c'est que la lutte syndicale, lutte revendicative sur le prix de la force de travail, était le complément de la lutte politique révolutionnaire dans le contexte du programmatisme ouvrier, avec ses étapes de transition, ses tendances plus ou moins réformistes dans le contexte de l'Etat providence, Welfare State, keynésiannisme des "trente glorieuses"...

dès lors que tout ceci s'est effondré dans la restructuration globale du capital depuis 40 ans, dans la phase du démocratisme radical éternisant l'anticapitalisme, luttes syndicales et politiques n'avaient plus de repère de rupture, et c'est de ceci que nous vivons la remise en cause, celle des limites du syndicalisme organisant la négociation, et celle de la démocratie politique promettant de satisfaire les revendications

on est gauchiste à peu de frais, aujourd'hui, comme l'ont montré Syrisa et Podemos, Mélenchon et Woland, ex-héros théoricien de SIC, revue internationale pour la communisation, annonçant l'émergence du "non-sujet" dans les émeutes en Grèce, avant de grimper dans sa carrière ininterrompue de haut-fonctionnaire de l'économie tsypriote...

cela étant, dans le contexte mondial de la crise, les limites de la lutte actuelle, même si elle dure dure, sont inscrites dans ses objectifs, et que la CGT s'inscrive dans un bras de fer sur loi travail n'en change pas la nature revendicative et l'issue dans une négociation, même en cas de retrait : nulle part ne s'exprime un écart avec cette issue, et de la proclamer de façon volontariste (la loi travail on s'en fout, on veut plus travailler...) n'y change rien


"généraliser la grève"

Citation :
Avant-hier, samedi 21 mai, Martinez est venu soutenir des grévistes près de Valenciennes. Entouré de travailleurs scandant « grève générale ! » , Martinez a déclaré : « La grève se généralise. Les salariés de quatre raffineries sont en grève. (…) La CGT propose de généraliser ces grèves. (…) Il faut généraliser dans la métallurgie, dans le commerce aussi. »

Voilà très exactement ce que la direction de la CGT doit dire ! Et elle doit le dire non seulement à l’occasion d’un rassemblement de grévistes, comme ce samedi, mais systématiquement, sur tous les médias, par tous les moyens à la disposition de la CGT, à l’appui d’une grande campagne nationale d’agitation et d’un plan bien élaboré.

source : Loi Travail : la bataille décisive est engagée Jérôme Metellus Révolution, 23 mai



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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 18:08


23 mai, conversation à chaud...


Corinne Cerise a écrit:
21:34

Il semble que le mécontentement commence réellement à se manifester chez les travailleurs/ses du pays. Raffineries, SNCF, etc. Pensez-vous que ce début de mouvement puisse aller plus loin que le simple retrait de la loi "Travail" ?

Pour ma part, À PREMIERE VUE, je vois cela exactement comme le mouvement de 2010 sur la contre-réforme des retraites, à l'heure qu'il est, mais je ne dispose pas d'éléments suffisants, ni d'une capacité d'analyse adéquate pour en tirer quoi que ce soit de probant.

Ce que je "crois" pourtant voir est un ras-le-bol plus que fort, d'une part, mais (pour l'heure) un fonctionnement économique égal à lui-même, d'autre part. Je n'ai aucune idée où cela peut mener.  

Qu'en pensez-vous vous même ?


Patlotch a écrit:
21:46

j'ai un peu donné mon avis depuis vendredi à la page 8 de ce roman-feuilleton...

si le retrait est obtenu, ce sera déjà bien, mais ce n'est pas gagné, ça va monter cette semaine et la semaine prochaine, et si possible tenir et s'étendre jusqu'à la manif nationale du 14 juin, mais d'ici-là il peut se passer des choses, côté interventions policières, sur fond de manipulations médiatiques à toutes occasions (ça n'arrête pas en ce moment, ils n'ont plus de pétrole mais ils ont des idées)

politiquement, le gouvernement pourrait admettre l'échec de sa loi dans cette forme, y compris sous la pression du patronat, et négocier un truc un peu moins mauvais, les syndicats suivront comme d'habitude, avec des tensions côté CGT...

je ne vois pas une conjoncture permettant d'aller plus loin, mais ça va revigorer les luttes dans les mois et années qui viennent, nouvelle génération de militants, actions plus dures... et puis la crise, le merdier électoral...

beaucoup d'interrogations à court et moyen terme, sans parler de la guerre, d'attentats pas exclus... L'opinion est très versatile

mais sans attendre, quand faut y aller, faut y aller !


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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 18:11


Le plafond de verre en train de sauter au Havre ?

Le Havre : une semaine de lutte 25 mai 2016

La semaine du 16 au 21 mai, la ville du Havre a tourné au ralenti. Mardi 17, dès 4 h du matin, plusieurs centaines de personnes, des routiers, des dockers, des militants syndicaux des grandes entreprises du port et de la zone industrielle, mais aussi des employés territoriaux, ont organisé seize points de blocage sur tous les axes desservant la ville et le port.

Citation :
Une bonne partie des blocages ont tenu jusqu’au vendredi, à tel point que le patron de la chambre de commerce Seine-estuaire s’est répandu en communiqués dramatiques dans la presse, demandant que la police intervienne pour sauver l’économie havraise.

Jeudi 19 mai, la manifestation a été vraiment réussie. Des milliers de personnes ont rempli la place devant l’hôtel de ville, avec plus de monde que le 28 avril, regroupant non seulement les équipes militantes qui se relayaient depuis quatre jours pour bloquer les routes et les raffineries, mais aussi des retraités, des travailleurs de petites entreprises, sans étiquette ni drapeau.

Les 80 chauffeurs CFDT d’une entreprise de transport, qui avaient bloqué le matin le rond-point d’Harfleur, ont été applaudis par les manifestants.

Depuis le 20 mai, une grande partie des travailleurs de la raffinerie Total de Gonfreville sont en grève.
L’usine tournait déjà au ralenti depuis le mardi 17, mais il pourrait maintenant ne plus rien en sortir, d’autant plus qu’une grande majorité des 250 ouvriers des terminaux pétroliers de la CIM, qui acheminent le brut depuis le port, se sont mis en grève lundi 23.

Il existe des équipes déterminées dans bon nombre d’entreprises de la région et d’autres actions se préparaient, en particulier pour que la journée de jeudi 26 mai soit une réussite.


http://www.lutte-ouvriere-journal.org/2016/05/25/le-havre-une-semaine-de-lutte_68159.html

Loi Travail: au Havre, le pont de Tancarville est finalement bloqué

LEXPRESS.fr 26/05/2016 08:20

Le pont de Normandie a déjà été bloqué mercredi. Ce jeudi, c'est au tour du pont de Tancarville d'être bloqué par des opposants anti-loi Travail. AFP

Citation :
La circulation risque d'être compliquée en Normandie, ce jeudi matin. Jusqu'à 9 heures au moins, les ponts de Tancarville et de Normandie sont tous les deux bloqués par des manifestants anti-loi Travail.
Le pont de Tancarville a d'abord servi de déviation aux automobilistes refoulés du pont de Normandie, refoulés par les manifestants anti-loi Travail depuis mercredi. Mais ce jeudi matin, il est également bloqué, au moins jusqu'à 9h du matin, selon France Bleu Haute Normandie. Information confirmée par la préfecture du Calvados. La circulation aux abords du Havre risque donc de se compliquer, tout aux abords de Rouen, où le pont Flaubert touché lui aussi par un blocage surprise.

Blocages surprises des opposants à la loi travail en Normandie: ponts de Normandie et de Tancarville près du Havre, pont Flaubert à Rouen.
— Bleu HNormandie (@fbleuhnormandie) May 26, 2016

Quelque 500 manifestants ont commencé à investir le pont de Normandie, qui traverse l'estuaire de la Seine, face à l'arrivée en masse des forces de l'ordre dans la ville du Havre, a annoncé un représentant syndical.

"Les forces de l'ordre sont présentes en masse, on se dirige donc vers le pont de Normandie pour éviter l'affrontement", a déclaré à l'AFP le délégué syndical FO de l'usine Renault à Sandouville (Seine-Maritime), Fabien Gloaguen. "S'ils viennent aussi au pont, c'est qu'ils recherchent l'affrontement", a-t-il ajouté.

#LoiTravail Les manifestants continuent d'arriver en nombre au #PontdeNormandie pic.twitter.com/sGu19Keqwu
— Bleu HNormandie (@fbleuhnormandie) May 26, 2016

Le pont de Normandie, que l'autoroute A29 emprunte pour relier Le Havre à Honfleur (Calvados), a déjà été bloqué mercredi pendant deux heures dans le cadre des manifestations contre le projet de réforme du code du travail. Une nouvelle manifestation est prévue dans la matinée au Havre dans le cadre d'une nouvelle journée d'action nationale contre ce projet de loi.


http://www.lexpress.fr/region/haute-normandie/loi-travail-au-havre-le-pont-de-tancarville-est-finalement-bloque_1795816.html


plancher, plafond, et verre vide
loin des miroirs aux illusions

vlad2 a écrit:
Le plafond de verre en train de sauter au Havre ?

vrai qu'à l'époque (2009) où se discutait l'expression "le plancher de verre" avancée dans un texte de Théorie communiste, j'avais émis l'idée que "plafond" eût été plus parlant. Voir le PDF Les émeutes en Grèce, Senonevero ou TC23

mais je suppose que vlad2 fait référence au rappel de RS dans son texte du 24 mai. Extraits :

RS a écrit:
C’était le fameux « plancher de verre » de la production auquel se sont heurtées de nombreuses luttes générales actuelles, les maintenant dans les instances de la reproduction.

En fait, ce qui était alors apparu demeure la tendance de fond, mais celle-ci ne se poursuit pas tranquillement dans le franchissement du « plancher de verre », c’est-à-dire, enfin, dans la formation de ses propres conditions d’existence.

Les possibilités pratiques dans une telle situation doivent mettre l’accent, dans le franchissement du plancher de verre, sur les failles des revendications, s’insérer en elles, car ce sont elles qui ont relancé le mouvement

je trouvais alors le raisonnement de TC bien schématique, et, concernant la "conjoncture" grecque, même comme "événement mondial", faisant peu de cas des seuils quantitatifs pour que le franchissement d'un tel plancher de verre puisse avoir valeur d'exemplarité dans une perspective révolutionnaire qui ne saurait être que mondiale. Je dirais la même chose pour la France, et plus encore pour Le Havre, d'autant qu'ici, le contenu, qu'on prenne son versant revendicatif ou anti-Loi Travail, ne porte aucun franchissement de l'appartenance au prolétariat comme "contrainte extérieure" qui fait le cœur de la théorie de l'écart chez TC

si j'ai envisagé le 21 mai la situation au Havre comme une conjoncture, c'est bien pour les éléments qui la constituent dans le sens d'un tissage d'une subjectivation de classe incluant toutes les expressions anti-Loi travail, mais si elle se produit comme telle, c'est justement parce qu'elle ne va pas plus loin, voire pour ne pas aller plus loin

déjà le 20 mai (page 7), vlad2 s'interrogeait sur « l'émergence balbutiante de la nécessité du communisme, dans les débats de nuit debout » et citait à l'appui un texte revendiquant le « revenu universel »

chacun est naturellement fondé à utilisé des notions ou concepts comme il l'entend, et par conséquent moi à dire que je n'ai du communisme et du contenu communiste du franchissement d'un plancher ou plafond de verre par la même conception que vlad2

accessoirement, pour discuter il serait mieux que l'on donne aux mêmes choses le même nom ou aux noms le même sens des choses

bon franchissement à tous et toutes...



mais pas avec l'échelle du salaire

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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 18:13


26 mai


piqûre de rappel pour vol de mouches du coche

Vlad2 a écrit:
Vlad2 ,en toute amitié,dit

Piqure de rappel , il n'est pas trop tard, quand il faut y aller,il faut y aller, meme à tatons :


"en toute amitié", vlad2 ne dit rien, il me balance un texte du "Comité invisible" qui ne répond en rien aux questions posées et notamment ce qu'est ou non "le franchissement du plancher de verre"

concernant les blocages, tout le monde peut voir la différence entre des blocages de raffineries ou autres selon qu'elles sont en grève ou pas : bloquer la circulation des marchandises, pour autant que ce soit possible séparément, ne peut avoir la puissance d'un blocage de leur production par les producteurs mêmes, à savoir les salariés des entreprises de production

c'est cette différence qui saute aux yeux dans ce mouvement par rapport à d'autres, et dans la mesure où ces grèves ne portent pas que des revendications spécifiques, mais le mot d'ordre général "retrait de la Loi travail"

opposer la marginalité, car c'en est une, des actions telles que celles préconisées par le "comité invisible", ou d'autres, à l'"hégémonie de la CGT", expression reprenant étrangement le discours dominant sur la CGT, c'est tout simplement ne rien comprendre aux conditions mêmes d'une dynamique de franchissement des limites autrement qu'en rêves et bastonnades décrétées "force révolutionnaire"

la série des « si l'on avait su briser l'approvisionnement en lacrymogènes..., interrompre la propagande... » n'a pas plus de valeur que l'incapacité à le faire : le jour où les ouvriers producteurs de lacrymogènes, de flash-ball et de costumes de robocops arrêteront la production, on verra la différence, mais pour l'heure on n'en est pas là

sans arrêter la production, on ne peut rien bloquer durablement

le cœur du capital, c'est la production de marchandises, et c'est ce qui confère de façon incontournable un rôle particulier à la classe de la production, la classe ouvrière, certes pas seule productrice de plus-value dans le système complexe de production qu'est devenu le capitalisme post-industriel (en "subsomption réelle" etc.)

sans arrêt de la production, son blocage de l'extérieur ne peut tenir, et c'est d'ailleurs ce qu'on constate : le rapport de force étant ce qu'il est, les levées de blocage par la police sont aisées, et si le mouvement continue, c'est parce que ces levées déclenchent l'entrée de nouveaux secteurs de production dans la grève

le stade suivant, c'est la réquisition voir l'intervention de l'armée (autorisée en France dans le maintien de l'ordre intérieur), et très équipée en matière de transports (les entreprises peuvent être réquisitionnées (un général commande l'équipe qui s'occupe de ça au Ministère de l'Équipement et des transports)

aucun "mouvement révolutionnaire" n'est le fait d'une minorité agissant à la place de masses elles mêmes porteuses d'un dépassement de l'ordre établi, qui ne saurait surgir de luttes même intenses qui n'ont pas ce sens voir en font un sens interdit, c'est le tissage des deux qui pourra permettre de produire des dépassements inédits, et l'on en est très loin  



impressions parisiennes de retour de Nation

je rentre de la manif parisienne, et certes on y voyait plus de banderolles d'entreprises que dans les précédentes, plus strictement militantes avec un proportion importante de retraités, mais la teneur des mots d'ordre ne dépasse pas le niveau du démocratisme radical d'il y a une quinzaine d'années. Pour le nombre, pas mal, mais quand même trop peu...

d'après certains slogans et banderolles ou pancartes individuelles, il me semble que pour beaucoup de jeunes dans le cortège, c'est un prolongement de Nuit Debout, mais aussi que les plus jeunes préfèrent se mêler aux "casseurs", dont ils adoptent le look, ce qui donne un joyeux mélange pas antipathique du tout, surtout face au déploiement sans précédent de l'armée des flics suréquipés : entre deux jets de lacrymo j'ai pu circuler parmi eux, et la plupart sont bien élevés et très polis...

côté stratégie policière, étant sur les lieux avant l'arrivée du cortège, j'ai pu observer à loisir les préparatifs policiers dans les rues adjacentes, avec un matériel de blocage de rues digne des troupes du "génie militaire". J'ai pu vérifier certaines considérations expertes sur la nouvelle tactique du gendarme, et je pense que ce qui donne le sentiment de pouvoir contenir la puissance policière ne tient qu'à la volonté politique de l'État de ne pas faire de morts

le reste est, si j'ose dire, littérature de gauchistes ou ultra-gauchistes qui par eux-mêmes ne peuvent organiser aucune lutte et sont les mouches du coche de celles qu'organisent... les syndicats : ce folklore des couches moyennes excitées, que ce soit en théorie ou en pratique, ce genre de radicalité trop souvent creuse, ça va bien un moment

PS : j'ai pris quelques photos, que je mettrai en ligne plus tard... (elles sont ICI)

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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 18:14


27 mai


une victoire symbolique du prolétariat ouvrier français

ce n'est pas une question, mais une affirmation que j'expliquerai plus bas, après cette conversation avec Corinne Cerise. Il ne s'agit pas de "conclure" sur l'issue du mouvement avant qu'il ne parvienne à sa conclusion, elle-même provisoire car transitoire vers quelque chose qui ne sera plus comme avant; mais plutôt d'ouvrir quelques pistes de réflexion à chaud, sur lesquelles revenir plus tard

1) conversation : même en cas de retrait pourra-t-on parler de victoire ?

Corinne Cerise a écrit:
Au vu de la faible mobilisation des manifs de ce jour, j'ai un petit doute. Je pensais que le mouvement des grèves dans les raffineries et les transports pouvait faire boule de neige et déboucher sur une "radicalisation" (toute relative et à l'intérieur du capital, bien sûr). Mais la Cégète et Sud semblent bien isolés aujourd'hui. J'ai l'amère impression qu'il s'agit d'un baroud d'honneur, qui peut certes durer, mais qui s'étiole.

Et vous-même, partagez-vous cette impression, ou bien avez-vous une analyse à proposer.

Patlotch a écrit:
je viens de rentrer de la manif parisienne et j'ai mis quelques mots sur le forum. Du monde mais pas assez et grand contraste entre le type de participants (militants syndicaux et salariés, plus étudiants...) et la démesure du déploiement des "forces de l'ordre"

je n'ai pas lu la presse et n'ai donc pas une idée des manifs d'aujourd'hui... Ça pourra je pense tenir et obtenir le retrait, car Valls aussi est isolé, mais en soi, pourra-t-on parler de "victoire" ?

quoi qu'il en soit, je l'ai dit, je pense que ça ne peut pas s'auto-dépasser au-delà de la défense du travail et de la démocratie : je suis moins "optimiste" que RS, dont le dernier texte (sur dndf) est plutôt bon je trouve, peut-être avec des infléchissements de son analyse...


Corinne Cerise a écrit:
Si nous obtenons le retrait, oui pour ma part je considère cela comme une victoire. Ça traduira en actes ce que peut faire la "conscience de classe" (j'emploie de ces mots...). Plus sobrement, ce sera une claque pour Gattaz et ses marionnettistes. Donc, oui lutte victorieuse. Ce ne serait pas si souvent.

Bien évidemment, comme vous le mentionnez (et moi aussi dans ce courriel), cela se joue à l'intérieur du capital, typiquement dans le DR. En témoigne ce qui se fait de plus "sérieux", sérieux en ce sens que cela a été produit par les militants eux-mêmes (cf les signataires) : Le texte/résolution des "On bloque tout" publié sur le forum.

PS : Il est un peu bizarre ce texte mis en ligne par vlad2. C'est le pire du post-situ sans aucune analyse de l'économie politique.


Patlotch a écrit:
oui et non, je veux dire, allusion au CPE, que ce ne sera qu'une victoire pour que ça se négocie autrement, et ils finiront pas imposer la même chose. Là il y a une conjoncture favorable parce que la CGT a bien joué, mais l'"opinion" en a ras le bol, autant veulent le retrait parce qu'ils sont contre que parce que ça fout le bordel

cela dit on ne boudera pas son plaisir de donner une claque à Valls et Hollande, c'est vrai

PS : sur le texte du Comité invisible en liaison avec la question d'un "franchissement du plancher de verre", j'ai donné mon point de vue plus haut


la nuit couchée portant conseil...

2) quelques remarques sur ce moment français de luttes des classes

1) plusieurs générations n'ont jamais connu ça, et à vrai dire, personne n'a connu une telle mobilisation ouvrière contre un gouvernement de gauche, parce qu'il n'y en a pas eu sous la Vème République, ni depuis la Libération

2) nous manquons cruellement d'enquêtes, au sens de l'enquête ouvrière, qui traduisent des avis plus personnels et spontanés que les diverses expressions militantes reprenant des discours et dogmes politiques ou théoriques d'où qu'ils viennent, de l'extrême-gauche, la gauche "radicale" ou des anti-systèmes autonomes ou post-ultragauche ouvrière conseilliste

des discussions que j'ai eu hier dans la manifestation parisienne ou après à Nation où je suis resté jusqu'à 20 heures, comme du commentaire de Habib sur dndf, je ressens le regret de n'être pas davantage sorti pour discuter avec des participants divers si possibles non militants, notamment à Nuit Debout et autour. Si j'en trouve la forme physique, je le ferai la semaine prochaine, qui s'annonce chaude

3) non il n'y a rien de "révolutionnaire" là-dedans, ni dans les manifestations, ni dans les grèves et blocages, ni dans les affrontements avec la police : la lutte des classes suit son cours au sein de l'implication réciproque, et le désir d'en sortir ne s'exprime que marginalement, de façon quasi immédiatiste, chez les activistes

4) l'essentiel positif me semble une victoire symbolique déjà acquise : la reprise de la lutte de classe prolétarienne, j'entends par là de la classe ouvrière et de salariés du tertiaire

un point est important : ce ne sont pas des fonctionnaires ou salariés des services publics qui mènent la danse, comme en 95 (les cheminots pas encore), du fait qu'ils ne sont pas impactés par la Loi travail en tant que telle. Les cheminots vont ressortir la semaine prochaine sur des revendications spécifiques, comme ceux de la RATP. Quant aux fonctionnaires, le projet d'allongement de leur temps de travail a été mis de côté pour l'instant, le gouvernement n'étant pas maso. Les enseignants sont nombreux, mais des plus indécrottablement liés à leur statut social

il y a bien sûr beaucoup de retraités, en majorité militants des partis ou gravitant autour, ceux qui faisaient les gros bataillon du démocratisme radical, mais aussi les plus âgés, qui ont une mémoire vécue de 68, et si j'en crois quelques discussions sentent qu'il se passe quelque chose d'important et de nouveau

5) remarque adjacente : comme on le voit sur les photos, nombre de manifestants ou pancartes arborent des autocollants de plusieurs organisations syndicales et politiques, comme si cela leur était indifférent, ce qui recoupe en quelque sorte le rejet des partis et le désir d'une unité plus que d'une convergence

6) au total, des impressions assez contradictoires et paradoxales : à la fois rien de "révolutionnaire" même en s'en tenant au désir de révolution, et en même temps quelque chose d'un renouveau de la lutte des classes ouvrière et prolétarienne, qui traverse évidemment les clivages politiques droite-gauche, puisqu'une bonne part sont abstentionnistes ou électeurs du Front national : il est frappant qu'à ces manifestations n'appellent aucun parti politique (cela s'est vu par le passé), même si l'on voit des drapeaux PCF, Front de gauche, Ensemble...


3) victoire symbolique... luttes auto-théorisantes... lien organique lutte-pensée des luttes...

c'est en ce sens que je parle de victoire symbolique du prolétarien français, qui marque d'ores et déjà un tournant dans les luttes de classe en France, avec tous les questionnements évoqués plus haut, soit par RS de Théorie Communiste chez dndf, avec un inflexion notable de sa "pratique théorique", soit par moi-même dans ce roman feuilleton, ou Corinne Cerise, en rappelant cette remarque de Habib dont le commentaire traduit plutôt bien ce que j'appelle luttes auto-théorisantes, voire bien que balbutiant, lien organique entre luttes et pensée des luttes

Habib a écrit:
26/05/2016 à 14:46 | #3

On ne peut pas être en marge de ce mouvement sauf à être hors de ce monde; on ne peut pas se contenter de faire un reportage au sens journalistique de ce qui se passe; être optimiste ou pessimiste est avant tout la position du spectateur; tout le monde est concerné d’une façon ou d’une autre et à des degré divers; et j’ai l’impression qu’en marge de la nuit debout, la lutte de classes est en train de produire de la théorie, notamment en faisant avancer notre vieux débat sur l’intervention;

Comment rester « en dehors » d’un débat quand tu vois que tu as quelque chose à dire ou à proposer, que ce quelque chose tient compte de toutes tes lectures, connaissances et analyses et qui est arrivée , par lui même, dans le débat ? Tu n’a rien forcé, et tu ne veux pas emmener les gens sur une voie particulière, ce n’est pas faire de la propagande ou « appliquer » quoi que ce soit … ça vient naturellement dans le cours de ton activité de vie … je me souviens, Roland avait appelé naguère une telle chose « activité de grève »; ce truc là nous vient comme une activité et au contraire la repousser c’est être soumis à une idéologie ou un programme.



... subjectivation révolutionnante

il va sans dire mais mieux en le disant qu'une victoire même symbolique est capitale en terme d'encouragement à poursuivre, de désir de poursuivre et d'en découdre avec le Capital et sn État, et donc de subjectivation, sinon révolutionnaire, au moins révolutionnante



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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 18:15


27 mai


si cela signifie s'engager dans la lutte des classes, soyons résolument "staliniens"

et n'en doutons pas, Staline depuis l'enfer reconnaîtra ses enfants

Collector anti-stalinien

« Un surmoi gauchiste et un ça stalinien.
Le "Moi CGT" de Philippe Martinez est une synthèse. »



j'avais fait remarquer que Philippe Martinez, malgré sa moustache, avait jusque là échappé au qualificatif de "stalinien". C'est fait, par la plume de Bruno Roger-Petit, pour Challenges : Philippe Martinez, le Zola low cost de la CGT

Bruno Roger-Petit a écrit:
Un surmoi gauchiste et un ça stalinien. Le "Moi CGT" de Philippe Martinez est une synthèse. Ce jeudi, un seul quotidien national a été autorisé à paraître, de fait, par la CGT : l’Humanité. Les autres quotidiens ont été interdits d’impression. Pourquoi ? A en croire les directeurs du Figaro et de l’Opinion, parce qu’ils refusaient de diffuser une adresse au peuple de France signée de Philippe Martinez.

Sanction immédiate des récalcitrants attachés à leur liberté de la presse (la leur, la vôtre, la nôtre, car cette liberté est un bien commun): blocage des rotatives. Pas d’impression. Pas de diffusion. Pas de contestation. Donc, ce jour, il ne se trouve que l’Humanité dans les kiosques, journal officiel de la CGT.

Les lecteurs de l’Humanité ont pu ainsi prendre connaissance des ambitions françaises de Philippe Martinez et de la CGT.

"Le gouvernement impose des reculs sociaux successifs", "le gouvernement se radicalise", "le Premier ministre et le gouvernement ont fait le choix délibéré de l’invective et de l’autoritarisme" peut-on lire dans cette tribune d’un autre temps. Pour la CGT, l’enfer, c’est toujours les autres. Ce n’est pas elle qui menace de casser la machine économique France, mais c’est le gouvernement.

Un mauvais "J'accuse"

Le reste de la proclamation est de la même eau. Refus de la loi El-Khomri, refus de voir les patrons "faire la loi" dans l’entreprise et surtout, appel à revendiquer de "travailler moins, travailler mieux et travailler tous".

Cette tribune, loin d’être un nouveau "J’accuse", valait-elle de s’en prendre de manière directe, brutale et violente à la liberté de la presse, en bloquant la parution de journaux qui avaient le droit légitime de la refuser?

Non. En aucune façon. A aucun moment.

C’est pourtant la responsabilité prise par ceux qui ont décidé que l’affront fait au Zola low-cost de la CGT valait punition. Pas de Martinez, pas de journal. Avec la CGT aux affaires, la censure, c’est maintenant.

On s’étonne du peu d’entrain des uns et des autres à dénoncer le procédé de la CGT. Les protestations sont discrètes. Et l’on s’étonne d’autant plus à constater que certains de ceux, à gauche, qui sont aux aguets des moindres mouvements de personnel dans les organes de presse, publics et privés, et sont si prompts à dénoncer les complots supposés, jugent tout à fait naturelle l’action de la CGT.

Il y a pourtant bien des raisons de s’inquiéter. Le coup de force de la CGT, justifiée par ses supporters des gauches de la gauche, s’inscrit dans la dérive qu’il est loisible d’observer depuis l’organisation de l’événement Nuit debout.

Tout ce qui de près ou de loin s’apparente à l’exercice des pouvoirs et contre-pouvoirs dans le cadre d’une démocratie représentative garantissant l’Etat de droit est contesté, délégitimé, nié et rejeté, systématiquement apparenté à l’hydre néo-libérale qui étrangle le peuple… Le journaliste est devenu "l’éditocrate", le nécessaire factotum de l’oligarchie qui tient les médias. La machine à fantasmes tourne à plein régime, et personne ne parait s’en inquiéter.

Le journal, ce nouvel ennemi du peuple

Contre les institutions de la vieille démocratie représentative, y compris la presse, tout est possible. Feu sur les quartiers généraux de la presse, qui sont aux mains des ennemis de la vraie démocratie, celle qui désormais doit être « horizontale », puisque telle est le mot de l’époque en politique.

Le système des valeurs démocratiques s’inverse. Ce n’est plus celui qui bloque la parution d’un journal qui est l’ennemi, c’est le journal lui-même. Et que le journal refuse de se plier à un diktat éditorial, et voilà la justification au blocage confirmée. Si l’ennemi refuse de publier la tribune de celui qui défend le peuple, les travailleurs et les salariés, alors qu’il se taise!

Sur France Inter, le secrétaire général du syndicat CGT du Livre, Didier Lourdez s’est fait le porte-parole de cette ligne politique dangereuse.

Après avoir mollement nié le chantage, "ni exigence, ni diktat", il l’a de facto confirmé, reconnaissant que la CGT avait "proposé à tous les quotidiens de donner une expression à Philippe Martinez". Confronté à ce refus, la décision de les censurer a alors été prise par le syndicat, au motif que "La liberté de la presse et la démocratie doivent se faire dans les deux sens". Et Didier Lourdez d’ajouter : "C'est nous qui sommes pris en otages par le gouvernement qui veut appliquer une loi".

Tout est là, entre invention du coupable et inversion des principes. Le coupable, c’est l’autre. Le nanti. Le puissant. "L’éditocrate" dont l’ontologie est d’être aux ordres du capital. Et puisqu’il est coupable, il faut le punir.


d'une pierre deux coups donc, puisque si l'Humanité, seul quotidien à avoir publié in extenso la Loi Travail, a publié la Tribune de Martinez, celui-ci a quitté le PCF en 2002. Il est depuis 1920 le premier secrétaire général de la CGT a ne pas être membre du PCF

notons que "La Presse" libre n'est pas en reste, et qu'il vaudrait mieux ne pas dresser la liste des absents dans la meute des protestataires


tout y passe :

- Les quotidiens nationaux victimes d'un chantage de la CGT Le Figaro
- Censure de la presse : la CGT en pleine dérive dictatoriale Valeurs Actuelles
- Tribune de Philippe Martinez : le chantage de la CGT aux quotidiens nationaux metronews
- Liberté de la presse : la CGT n'imprime pas Mediapart
- Pourquoi la CGT empêche la presse de paraître Le Point
- la CGT bloque la parution des quotidiens nationaux RTL.fr
- Chantage de la CGT aux quotidiens nationaux ? Graphiline
- la parution des quotidiens nationaux bloquée par la CGT France Bleu
- Après l'échec de son chantage, la CGT bloque les quotidiens nationaux Marianne
- Presse. Des patrons de journaux dénoncent le « chantage » de la CGT Normandie-actus
- Une grève de la CGT empêche la parution des quotidiens mais pas L'Humanité Paris Match
- Le chantage au tract de la CGT qui a empêché la parution de la presse Le HuffPost
- La CGT empêche la diffusion des quotidiens à l'exception de l'Humanité L'Express
- La CGT bloque les journaux qui refusent de publier sa tribune Arrêt sur images,

etc. etc.

Patlotch, en suiviste jusqu'au-boutiste ultra-gauchiste, pas cégétiste mais narcissiste imbu, publie ladite Tribune en stalinien qui s'ignore

Philippe Martinez : « La modernité, c’est le progrès social, pas la loi travail ! » L'Humanité 26 mai 2016


Citation :
Depuis l’annonce de son projet de loi dit travail, le gouvernement a refusé toute forme de concertation avec l’ensemble des organisations syndicales et singulièrement la CGT. Une réunion sur des sujets très larges et puis… plus rien !

D’ailleurs, la première version de ce texte n’a pas été remise en premier lieu aux organisations syndicales mais à la presse.

La CGT dénonce un gouvernement qui impose des reculs sociaux successifs par la loi de sécurisation de l’emploi ou la loi Macron.

La CGT dénonce un gouvernement qui se radicalise en bafouant d’abord la démocratie sociale, puis la démocratie politique avec l’utilisation du 49-3 à l’Assemblée nationale.

La CGT dénonce un gouvernement qui se radicalise alors que 74 % de l’opinion publique se dit opposée au projet de loi travail.

La CGT dénonce un gouvernement qui se radicalise alors qu’un mouvement social porté par quatre organisations syndicales de salariés et trois organisations de jeunesse dure depuis plus de deux mois. Sans compter le fait qu’un cinquième syndicat de salariés conteste de nombreux articles du projet de loi, dont l’inversion de la hiérarchie des normes.

Plusieurs ministres, dont le premier d’entre eux en tête, refusent le dialogue et le débat de fond et ont fait le choix délibéré de l’invective et de l’autoritarisme en ciblant le premier syndicat de France, la CGT, et ouvrant ainsi la voie à la surenchère et aux insultes de la droite et de l’extrême droite.

Le président de la République, le premier ministre et le ministre de l’Économie font la preuve qu’ils sont bien engagés dans un combat, mais un combat loin des réalités sociales du pays et des préoccupations des citoyens, celui de la candidature à l’élection présidentielle en 2017.

Si la CGT salue l’annonce de mesures spécifiques aux jeunes faites par Matignon et obtenues grâce aux premières mobilisations unitaires, alors que le gouvernement fustigeait et dénigrait la jeunesse accusée de ne rien comprendre, elle ne peut que constater qu’elles n’ont rien à voir avec le projet de loi travail. La CGT sera pour autant vigilante à l’application concrète de ces mesures.

Si la CGT salue les avancées dans un accord signé à l’unanimité des syndicats et du patronat de la profession du spectacle sur l’indemnisation du chômage, obtenues là encore par les mobilisations, elle ne peut que condamner l’opposition du Medef et le silence inquiétant du gouvernement.

La CGT dénonce un texte guidé par la baisse du « coût » du travail qui donnerait moins de protection aux salariés et baisserait la rémunération. Ainsi, il faudrait précariser et licencier plus pour embaucher plus ?

La CGT ne peut accepter que, avec ce texte, chaque employeur pourra comme il le voudra « faire sa loi » dans l’entreprise. Le principe de la dérogation au droit collectif deviendra donc la règle.

C’est pour ces raisons que la CGT demande le retrait du projet de loi travail et l’ouverture de véritables négociations pour un nouveau Code du travail identique pour tous, basé sur :

La mise en place du nouveau statut du travail salarié et de la Sécurité sociale professionnelle pour répondre aux enjeux du monde du travail d’aujourd’hui et de demain. C’est-à-dire des droits (emploi, carrière, reconnaissance des qualifications, formation professionnelle, protection sociale…) rattachés à la personne, évolutifs et progressifs qui empêchent tout retour en arrière et transférables et opposables aux employeurs
.

Dans le même temps, la CGT revendique de travailler moins, travailler mieux et travailler tous afin de concilier création d’emplois et progrès social.

Parce que oui, la modernité, c’est le progrès social, c’est plus de droits et de sécurité pour l’ensemble des salariés et des citoyens. Pas un retour au XIXe siècle.

C’est pour ces raisons que la CGT demande le retrait du projet de loi travail et demande l’ouverture de véritables négociations pour un nouveau Code du travail identique pour tous.




avis aux anti-staliniens de profession politique "libertaire"

accessoirement si "stalinien" peut encore avoir pour nous la signification de partisan du programmatisme ouvrier et du communisme à étapes étatiques ou autogestionnaires, assurément le syndicalisme en tant que tel en relève qui se voit complété par l'activité des partis politiques communistes

il faudrait y regarder de plus près, non pour chercher des poux dans la tête à Martinez qui, bien qu'appuyé sur l'extrême-gauche syndicalisée à la CGT, reste discret sur ses engagements politiques, mais parce que de fait la CGT, et le syndicalisme dans sa totalité, jouent aujourd'hui un rôle politique que ne peuvent assumer les partis démocratiques institutionnels, puisque leurs programmes consistent à promettre la satisfaction de revendications syndicales (le démocratisme radical, c'est cela aussi) : il y a là-dedans des tendances qui passeraient par anarcho-syndicalistes...

en ce sens, nous sommes donc ici par essence antistaliniens puisqu'en anti-programmatistes

néanmoins, les habituels critiques d'ultragauche et anarchistes "libertaires", qui voient des staliniens partout, devraient tourner sept fois leur langue dans leur bouche avant de se joindre au chœur des chiens de garde de la presse aux ordres du capital : on a vu que, concernant le so called "islamophobie", cela pourrait se retourner contre certains d'entre eux

quant aux trotskistes, qui soutiennent la ligne Martinez comme un seul homme (fait rare), qu'ils s'arrangent avec leur antistalinisme existentiel


Twisted Evil

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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 18:17


27 mai


dndf : un débat enfin lancé

Habib : « en marge de la nuit debout,
la lutte de classes est en train de produire de la théorie »


Débordements, imbordements et épuisement (suite de la suite)

RS : Quelques remarques sur le commentaire d’AC (une réponse à Robin et Habib viendra par la suite)

RS a écrit:
27/05/2016 à 11:06 | #5

Si les « Nuits debout » ont été débordées par les « casseurs » et les syndicalistes, c’est le mieux qui pouvait leur arriver. Mais il faut se demander pourquoi elles ont été débordées, pourquoi maintenant elles sont face à l’alternative soit de leur repositionnement à l’intérieur de l’ensemble du mouvement qu’il faut considérer dans sa totalité, repositionnement qui modifierait leur composition sociale, soit de leur disparition. Quelle est cette « capacité d’absorption qui a trouvé sa limite » ? C’est insuffisant d’en trouver la raison simplement dans leur « ligne consensuelle ». La « ligne consensuelle » n’était pas un simple réceptacle, une chose vide, en attente d’être remplie, elle n’était pas une absence de ligne.

La « ligne consensuelle », la « capacité d’absorption », c’étaient ce que j’ai qualifié de « généralité abstraite » en soulignant que celle-ci, ce « point de vue de nulle part », pouvaient en fait être précisément situé socialement. Cette généralité abstraite avait trouvé sa formulation fétiche dans un « Nous ne revendiquons rien » pour lequel les revendications n’étaient pas quelque chose d’intérieurement dépassé mais exprimaient une extériorité a priori vis-à-vis des revendications. Ce qui est dépassé n’est jamais totalement étranger à ce qui le dépasse.

Si les « Nuits debout » ont été « débordées », c’est qu’elles n’existaient que dans un contexte. Contexte absent du commentaire d’AC aussi bien en ce qui concerne les « Nuits debout » qu’en ce qui concerne les grèves et revendications présentes, ce qui confère à ces commentaires une certaine coloration normative [cela relève, comme souvent chez Stive aussi, d'une application dogmatique descendante de LA théorie, celle de TC, alors que RS ne fonctionne pas comme ça, ou pas toujours et ici pas du tout, changement notable de pratique théorique].

Si l’on admet que « casseurs » et syndicalistes ont pu « déborder » les « Nuits debout », il faut admettre que ces dernières étaient également un moment du mouvement général et c’est à partir du mouvement général comme contexte qu’il faut appréhender chacun de ses termes [j'ai noté une intrication de Nuit Debout et des manifs plus complexe que l'image donnée y compris par les sociologue. Au demeurant cela s'explique assez, quand on voit que l'infrastructure organisationnelle de Nuits Debout tenait à l'implication des militants de gauche radicale, ce qui était encore plus visible dans les petites villes]. Dans mon premier texte je les qualifie d’ « écume sociale » d’une situation générale d’illégitimité de la revendication salariale « qui travaille de façon différente l’ensemble de la société ».

A la place de « société », j’aurais du écrire « de l’ensemble des classes sociales vivant du salaire ». Ce qui aurait eu le mérite de faire ressortir le jeu de plus en plus important pour la compréhension des luttes actuelles entre rapports de production et rapports de distribution qui ne sont pas des ensembles exclusifs l’un de l’autre. [cela rejoint ma remarque sur l'articulation entre blocages (extérieurs) et grèves (intérieures)]

C’est également dans ce contexte qu’il faut juger le rebondissement actuel. Qualifier ce rebondissement comme une « expres​sion(auto)satisfaisante dans le face-à-face Valls/Martinez » me parait très réducteur. Pour parler clair, c’est prendre les ouvriers pour des cons que de penser que les 3000 travailleurs portuaires du Havre défilent pour permettre à la CGT de « redorer son blason » et pour qu’elle puise « partir gagnante pour les élections de 2017 ». [je parlais à cet égard d'une méconnaissance et d'un mépris certain pour les prolos. Les "camarades" radicaux ont parfois de la CGT la même vision que les médias dominants, ils devraient faire plus attention]

Tous les ouvriers des manifs ne sont pas syndiqués et on ne voit pas pourquoi ils rouleraient pour les manigances de la CGT. La direction de la CGT peut avoir son propre agenda, mais l’idéologie de la manipulation a fait son temps. La séquence de grèves et blocages ne se réduit pas à l’activité du SO de la CGT dans les manifs. Je dirai même que si l’on voit une telle agressivité du SO (ce que l’on n’avait pas vu depuis longtemps) c’est qu’il y a, pour la CGT, quelque chose à contrôler dans ces manifs. Réduite, dans les circonstances actuelles, à ces quelques faits (action des SO, etc.), l’appartenance de classe, c’est vrai, devient alors « un mur », mais pour cela il faut avoir réduit la totalité des grèves et des blocages et ce qu’il s’y passe à ces quelques faits hors de tout contexte. [d'autant que les mêmes qui sont dans les SO des manifs sont parfois dans les blocages de leur boîte ou d'autres : les « gros bras de la CGT » n'ont pas qu'une fonction anti-casseurs...]

Dans le cas français actuel, la relation entre des mouvements type occupation des places et grèves est différente de celle qu’on avait vue en Turquie (la ville ouvrière de Bursa connaissait de forts mouvements de grève au moment de l’occupation de Taksim sans qu’il y ait de part et d’autre la moindre idée d’une connexion) ou au Brésil où les deux étaient restés absolument parallèles. [cette spécificité française est tout l'intérêt de ce mouvement français, que ne laissait pas prévoir ce que j'ai appelé l'idéologie française et le populisme radical. Ne pas y être attentif, c'est considérer que la lutte des classes se déroule hors du mouvement de l'histoire]

Dans mon texte « Suite » je parlais des syndicalistes à dossards et brassards que l’on voit aussi dans le cortège de tête. A la Gare du Nord, on voit lors du bref blocage des voies un curieux mélange de brassards et de capuches, de même en avril à Marseille à la gare St Charles où ce sont des cheminots à dossards (ou non) qui ouvrent des portails professionnels permettant au « cortège informel » qui venait de dézinguer les abribus et quelques vitrines du centre ville de pénétrer sur les voies. Je pense que l’on pourrait accumuler de tels exemples. Le 26 mai : manifestation interdite à Nantes mais qui a lieu tout de même ; affrontements place de la Nation à l’issue de la « manif syndicale » ; attroupements de chômeurs et précaires autour de la centrale de Nogent s/Seine mise en activité réduite ; « cortèges de tête » à l’attractivité croissante et à la composition de plus en plus diversifiée [c'est ma remarque concernant le cortèqe de tête, "la jeune garde"] ; discussions parfois houleuses avec les permanents cégétistes dans les AG comme à la Gare de l’Est et, à la radio, déclarations multiples dont la teneur est : « puisqu’ils ne veulent pas nous parler, nous non plus et on continue ».

L’illégitimité de la revendication salariale introduit des lignes de failles dans les actions revendicatrices particulières et cette illégitimité transpire jusqu’à être « revendiquée » non pas dans telle ou telle action prise unilatéralement mais dans la coexistence et la rencontre de pratiques diverses même conflictuelles. Et, surdéterminant l’ensemble, j’y reviens encore une fois, le climat politique : l’effondrement de la crédibilité de l’Etat (« ceux d’en haut, etc. » comme disait Lénine).

L’activité du SO cégétiste, le « recadrage des zadistes » sont des faits bien réels, mais croire qu’ils fournissent l’alpha et l’omega du décryptage de la situation actuelle et de l’ensemble des grèves et blocages c’est prendre la mise en scène du bras de fer Valls/Martinez pour l’alpha et l’omega de la lutte des classes. La séquence actuelle de grèves et de blocages avec les affrontements qu’ils comportent ne sont pas sans lien avec ce qui a précédé : les débordements récurrents et aussi … les « Nuits debout ».

Je m’avance un peu à découvert, mais j’ai l’impression que, contrairement à 2010, les revendications spécifiques de tel ou tel secteur viennent un peu comme des prétextes, des justifications (il faut faire « sérieux ») et ça c’est un gros problèmes pour les syndicats [j'ai noté l'évidence que l'articulation entre mot d'ordre du retrait et motivations particulières n'est pas la même, comme inversée par rapport aux grèves dans les raffineries en 2006 et 2010. Il faudra voir comment ça se passe la semaine prochaine, avec la SNCF et la RATP, et plus tard les fonctionnaires]. Un drôle de jeu s’est installé entre trois termes : les revendications particulières, le refus général de la Loi travail comme catalyseur, l’illégitimité vécue de la revendication. « Drôle de jeu » car le catalyseur rend accessoires les revendications particulières en même temps que les rendant accessoires et se heurtant lui-même à un mur il introduit le troisième terme. Ce troisième terme présent dans la phase précédente (avant le rebondissement) peut acquérir une autre signification, sortir de l’abstraction : « les revendications sont là, elles jouent leur rôle et celui-ci est ambivalent » (texte « Suite »).

Comment pourrait-on croire que l’illégitimité de la revendication salariale, le « niet » forcené de la classe dominante, demeurent une condition générale, une sorte de cadre bien joli, bien beau, bien radical, mais sans impact, sans effet sur l’immédiat. On considère des faits : les « Nuits debout » patinent ; le « face-à-face Valls/Martinez » (qui arrange l’un et l’autre) ; le SO, et on dit « regardez ce qu’il se passe ». Mais ça ne marche pas : aucun fait n’a de sens en soi, pris isolément, décontextualisé, surtout quand on le hisse au statut d’expression de l’ensemble.

Dans le commentaire d’AC, les grèves et les blocages dans leur ensemble, sous tous leurs aspects, deviennent « l’action propre des syndicats » et, dans la mesure où « le reste du mouvement reste largement classe moyenne », on peut en déduire que c’est même tout ce qui est action ouvrière qui est réduit à cette « action propre des syndicats ». Pour AC, cette action ouvrière devenue « action propre des syndicats » n’aurait même plus pour objet la Loi travail qui ne serait plus que la préoccupation de la « généralité ». Le refus de la Loi travail serait devenu la définition du côté des « 99 % ».

En réalité, la Loi travail n’a jamais constitué l’essentiel de la « généralité » telle qu’elle fut jusqu’à présent, c’est-à-dire généralité abstraite, mais le rebondissement actuel contraint la généralité à changer de nature (ce qui adviendra ou non). Il est pour le moins audacieux d’écrire que le refus de la Loi travail n’est plus que l’apanage de la classe moyenne. Qu’est alors devenue « l’(auto)satisfaction de l’ensemble du mouvement » (c’est moi qui souligne) dans le face-à-face Valls/Martinez.

On peut « attendre d’éventuels nouveaux débordements », mais si on ne les comprend pas comme aussi des « imbordements », on ne comprend rien aux débordements eux-mêmes qui deviennent des miracles issus de la Providence qui préside à la vraie lutte des classes. Il y a comme une certaine condescendance « radicale » et normative qui flotte comme un nuage de lait sur la « tasse de café apportée aux grévistes ». [je faisais une remarque de ce genre à propos je crois du texte "On bloque tout" apporté par vlad2, épinglé aussi par Corinne Cerise. Il serait bon que les "partisans de la communisation" aient le courage de rompre avec certaines de leurs "camaraderies" complètement dépassées par le moment actuel de la lutte des classes. Quoi qu'il en soit, il y a un certain temps que je prône ce clivage, et il apparaît qu'il ne porte pas que sur la question raciale, mais aussi c'est un comble sur le clivage de classe face au capital]



je partage intégralement cette mise au point de RS (une fois n'est pas coutume, mais il y a aussi ce dont nous ne parlons pas ici...) : elle recoupe essentiellement le sens de mes remarques de ces derniers jours. Je n'avais pas réagi au commentaire d'AC que je trouve assez caricatural et pour tout dire peu attentif à ce qui se passe dans la complexité et les "paradoxes" de l'articulation Nuit Debout, manifestations, syndicats et "casseurs", ce que j'appelais "joyeux mélange", dont RS donne des exemples qui recoupent mes observations au retour de la manif d'hier à Paris-Nation : tout cela est très "poreux" et pas réductible à des généralités même concrètes

nous manquons par trop, disais-je, d'enquêtes de terrain, et d'entretiens avec des individus participant à ces mouvements. J'ai eu hier quelques discussions avec des moins de 40 ans, salariés précaires encore en fac ou ayant arrêté/terminé leurs études, blancs et non-blancs mêlés, faisant preuve d'une maturité et de connaissances y compris des débats théoriques qui m'ont laissé baba (mais cool) : nous aurions des surprises à entreprendre ce travail plutôt que vouloir, comme Robin, diffuser la communisation comme de la propagande d'avant-garde



28 mai


ce n'est qu'un début, le débat continue

suite du débat sur dndf avec les réponse de RS à Robin et Habib. Comme Robin, j'avais noté la tonalité différente de l'intervention de RS, comme un tournant dans la pratique théorique de TC, que traduit le « il faut... » qu'il relève

après l'échec en 2014 de sa tentative d'un forum-communisation, Robin manifeste un enthousiasme pour Nuit Debout, et présente une sorte de melting pot humaniste incohérent et inconséquent entre techniques de management par projet (HUmanBEing), objectivisme gauchiste militant, et traces de sa connaissance mal maîtrisée de la théorie de la communisation dont il voudrait faire une arme d'intervention avant-gardiste, poussive plus que massive


Robin a écrit:
26/05/2016 à 00:24 | #2

est ce que je comprends bien lorsque je lis que « nous » avons a faire un travail de sape sur le fantasme que les revendications (retrait de la loi, semaine de 32h, revenu universel, etat réelement au service du peuple…) pourraient etre intégrées à la logique du système A->M->A’?

déjà je suis étonné, j’ai l’impression que c’est une des première fois ou je lis un « il faut » dans tes textes.d’un autre coté, il me semble que, même si c’est le cours historique du MPC qui se chargera de faire voler en éclat l’illusion de la légitimité de la revendication, « nous » sommes inclus dans ce tout et nous avons aussi, individuellement ou collectivement nos points d’inflexion a réaliser…

peut etre y a t’il a aller jusqu’au bout de la proposition que tu fais (si je la comprends bien) en rédigeant un tract/texte court pour le diffuser. c’est avec plaisir que je le differais en manif/sur les blocages…

Réponse au commentaire de Robin

RS a écrit:
28/05/2016 à 10:16 | #7  

Robin a écrit:
Nous avons à faire un travail de sape sur le fantasme que les revendications (retrait de la loi, semaine de 32h, revenu universel, Etat réellement au service du peuple…) pourrait être intégrées à la logique du système A-M-A’.

Il est vrai que dans la situation mondiale actuelle du rapport d’exploitation de telles revendications et l’espoir de leur satisfaction apparaissent comme un pur « fantasme ». Encore que …

La loi pourrait être « retirée », pour en faire passer le contenu différemment (on a vu une chose semblable avec le « Traite constitutionnel » en 2005)

La semaine de 32h pourrait s’imposer dans une accentuation de la crise accompagnée d’un chômage et d’une précarisation encore plus massive et une croissance exponentielle des temps partiels imposés.

Le revenu universel, ce sont Friedman et les Chicago boys qui, les premiers, ont théorisé et lancé la chose

Pour « l’Etat au service du peuple », Dieu seul sait le contenu que l’avenir peut réserver à une telle formule, le passé pouvant nous faire craindre le pire.

Cela dit, je suis réservé sur le « travail de sape ». Il faut savoir ce que l’on entend par là. L’opposition frontale serait, dans ce cas, une erreur pratique et théorique. C’est dans les failles, les limites, les contradictions d’une lutte et à plus forte raison quand il s’agit d’un mouvement général relativement informe que se constitue leur vérité, à moins que le mouvement soit totalement atteint de sclérose de par sa composition, de par son positionnement dans l’ensemble, ce qui est peut-être en train d’arriver aux « Nuits debout ». De toute façon, j’espère que ce que tu envisages ne se limite pas à ce dernier aspect du mouvement, bien que les « revendications » dont tu parles me fassent craindre le contraire et que tu ne te situes pas dans les connexions mais dans et vis-à-vis d’un seul de ses moments. Même dans ce cas, la façon correcte de prendre les choses serait de partir du principe : ce qui nous fait demander cela est précisément ce qui rend notre revendication impossible. Mais, dans ce cas, ce serait vouloir redresser les jambes aux chiens.

Sinon : montrer un processus contradictoire et sa dynamique dans sa totalité en tenant compte du rôle particulier de chaque élément et non asséner la vérité car alors cette vérité est fausse. C’est vite fait de tomber dans la proclamation révolutionnaire, dans l’art de la phrase. Se garder également de fétichiser un mode d’action : le blocage n’est pas nécessairement (de façon isolée) le « dépassement de la revendication ». Ce dernier est une tendance possible dans ce mouvement, naissant de la coexistence et de la rencontre (même conflictuelle) de l’ensemble des pratiques.

sur « l'intervention »


C’est là où seuls ceux qui sont directement impliqués peuvent agir, tant les failles et les contradictions sont le plus souvent très subtiles dans leur apparition et leur existence, c’est pour cela que le terme d’ « intervention » m’incommode encore. [moi aussi, mais concernant ce que je fais, le caractère d'intervention est incontournable, et il convient de l'assumer, avec la prudence de ne pas inverser le rapport entre les luttes et leur pensée : à partir de quel moment ce que nous faisons devient interne aux luttes, on verra, le "lien organique" n'est pas pour demain matin].

Le « tract/texte court » que tu évoques peut être intéressant à condition qu’il soit directement impliqué (embarqué) et finalement au ras des pâquerettes (ce qui est beaucoup plus difficile à faire que la « grande théorie »). Et à condition surtout qu’il ne soit pas une prise de position interne aux problématiques « Nuits debout » comme me le fait craindre ta volonté de réponse au « fantasme des revendications » telles que tu les listes.

Je ne sais pas si c’est la première fois que j’écris un « il faut ». Mais dans les textes de TC sur la grève de 1995 (Journal d’un gréviste), celle de 2003, la lutte des chômeurs et précaires de 1998, le « mouvement d’action directe », la lutte anti-CPE, etc., et de façon générale dans les textes et le livre sur le démocratisme radical, on montrait toujours que toutes les activités n’étaient pas équivalentes, que certaines sclérosaient un mouvement dans ses limites et d’autres indiquaient et produisaient une dynamique, mettaient le doigt où ça fait mal.

Il est vrai que quand on dit « il faut », il faudrait toujours mettre des garde-fous tant cette expression recèle de pièges. Le principal étant de séparer ce qui est indissolublement uni : conditions et activités (bien que nous vivions dans leur séparation). Leur séparation est la reconstruction du monde au travers de la question de La Pratique, du choix et de son inverse lié, le déterminisme. C’est-à-dire la reconstruction d’un monde objectif face à l’activité.



j'avais apprécié le commentaire d'Habib comme témoignant d'une possibilité d'impliquer la théorie dans une activité de luttes produisant elles-mêmes de la réflexion théorique... RS exprime un désaccord mais sur un autre point, et je partage ici sa réponse, puisque je ne vois ni dans Nuit Debout ni dans la demande de retrait de la Loi travail une « dynamique révolutionnaire » pouvant produire un auto-dépassement, un « franchissement du plancher de verre ».

Réponse au commentaire d’Habib

RS a écrit:
28/05/2016 à 10:19 | #8

Je crains d’avoir de profondes divergences avec le commentaire d’Habib. Une phrase peut résumer ces divergences : « (…) l’enjeu du mouvement est une sorte de dynamique révolutionnaire de nuit Debout ». Habib voit cette « sorte de dynamique » dans l’opposition qui existerait entre certains « traits dominants » (« indépendance par rapport aux organisations et syndicats, etc. ») allant « contre sa composition de classe (disons en gros couches moyennes) … », composition d’où découlerait « le citoyennisme, la démocratie vraie, … ».

D’abord tout cela est très formel, l’essentiel est ce que l’on fait de cette « indépendance », de cette « méfiance ». Tous les révolutionnaires de l’auto-organisation avaient vu la même chose à la Puerta del Sol (vieux réflexe ultragauche tout à fait respectable mais qui ne nous dit plus grand-chose depuis les coordinations des années 1980). En revanche les mêmes éléments dans un mouvement piqueteros argentin ne signifiaient absolument pas la même chose.

Ensuite, entre d’une part cette « indépendance », ce « rejet » et cette « méfiance » et, d’autre part, le « citoyennisme » et la « démocratie vraie », il existe plus qu’un étrange rapport de parenté. Le passage d’un côté à l’autre et voir là une opposition me paraît seulement manifester l’impasse formaliste se repliant sur elle-même de ce mouvement. Il n’ y a pas, à mon sens, de contradiction, à peine, et encore, une opposition gentille.

C’est pour cela que je ne peux pas trouver pertinente la question posée : « si cette dynamique arrive à emporter le mouvement et créer une modification dans sa base sociale. » Que les discussions, les thèmes abordés, ne se limitent pas à cette opposition est une chose mais y voir une « sorte de dynamique révolutionnaire » me paraît en être une autre et, pour le moins, exagérément « optimiste ».

Le problème réside dans le fait que dans tout ce commentaire les « Nuits debout » sont considérées isolément et que l’on cherche à l’intérieur de ce moment isolé une dynamique que de toute façon il ne peut pas avoir. [tous les fantasmes sur la possibilité d'un auto-dépassement de Nuit Debout, alors que le contenu n'exprime pas la limite à franchir, reposent sur cette façon d'isoler Nuit Debout pris comme un tout, et d'en situer les contradictions sur des critères internes hors de la généralité que porte ce mouvement dans le contexte de la situation d'ensemble, la crise politique et économique, avec le réveil du prolétariat ouvrier face au capital, les spécificités françaises relativement aux précédents mouvements des places qui ont pu inspirer Nuit Debout, Occupy Wall Street, Grèce, Podemos, Printemps arabes... Bref un formalisme théorique qui porte son déterminisme]

Il me semble que les « Nuits debout » sont arrivées au terme d’une première phase de leur existence, qu’il y en ait une seconde n’est pas certain [pour moi, Nuit Debout n'existe plus en tant que tel, ce qui pouvait en sortir vers la participation aux grèves, blocages et manifs l'a fait. Si de formes de débats comparables reviennent, ce ne sera plus "Nuit debout" dans la logique de Lordon et Ruffin, que l'on entend plus].

La dynamique qui pourrait les transformer n’est pas une dynamique interne mais un effet du jeu de tous les éléments du mouvement actuel sur elles. Tous ces éléments « agissant pour eux-mêmes » (commentaire de Pepe) interagissent entre eux, c’est à ce niveau que du nouveau peut émerger. Si cet interaction peut impacter les « Nuits debout » c’est à partir de deux aspects que signalent Habib : « la convergence avec les autres luttes » ; « l’acceptation et la défense de la légitimité de la violence ».

Je laisse de côté « la gratuité » dont on fait beaucoup de cas, mais quand elle n’est pas la récupération contre un ennemi (cf. les entrepôts frigorifiques en Argentine), elle n’est qu’une bluette de patronage. A condition aussi que la « convergence » sorte de son abstraction. Le « Nous ne revendiquons rien » des débuts (qui n’a pas été sans intérêt) devra passer par la revendication pour sortir de son grand n’importe quoi. Ce n’est pas évident quand on apprend dans les infos du jour que « l’Assemblée de discussion » portera sur « Comment séparer l’Etat du Medef ? ». On peut croire à une blague cégétiste.


enfin pour la bonne bouche, BL dans son commentaire qui suit épingle RS à qui il reproche de ne pas tenir compte d'où parle celui qu'il critique, ici AC, et donc de solliciter sa pensée

BL a écrit:
Il ne faudrait pas que le juste principe : » Pas de diplomatie dans le parti » n’aboutisse à l ‘inverse c’est à dire à oblitérer ce que l’on sait de ce que pense le rédacteur même s’il ne le dit pas ici...

j'ai assez insisté sur cette tendance de RS, récurrente dans sa critique de Troploin, Astarian, autres et moi pour ne pas bouder mon plaisir, mais ici l'importance de ces dérapages est marginale, car sur le fond du commentaire de AC (manque de finesse dans l'analyse, placage de la théorie sans voir ce qui bouge, séparation en généralités de Nuit Debout vs Manifs et blogages...), je partage l'avis de RS

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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 18:21


28 mai


casser, c'est penser un peu, penser, c'est casser beaucoup

« Il y a des moments où c’est intelligent d’aller tout péter »

Sylvain Mouillard Libération 26 mai 2016


Extraits de la série «Je suis casseur».
Lors d'une manifestation contre la loi travail à Nantes,
le 20 avril. Photo Adrien Selbert. Hans Lucas

«Libération» a rencontré lundi un «casseur» et une «casseuse» qui estiment que le recours à la violence est légitime.

Sylvain Mouillard a écrit:
C’est un groupe anonyme, mais qui, à chaque fin de manifestation se retrouve sous le feu des projecteurs. De Paris à Rennes, de Nantes à Grenoble, la huitième journée de mobilisation contre le projet de loi travail, jeudi, a de nouveau apporté son lot d’images de militants encagoulés, tout de noir vêtus, aux prises avec les forces de l’ordre dans un nuage de gaz lacrymogène. La bataille est aussi sémantique. La majorité de la classe politique les a baptisés «casseurs». Une expression qui trouve son origine dans une loi «anticasseurs» de 1970 visant à lutter contre la «subversion gauchiste», comme l’explique Hugo Melchior, doctorant à l’université Rennes-II (lire son interview sur Libération.fr).

A l’intérieur du mouvement, les termes sont variés. Certains parlent de militants «anarcho-autonomes» ou d’«ultragauche». Un autre surnom, issu du jargon policier, leur est accolé : les «totos» (diminutif d’«autonomes»). Dernier qualificatif utilisé, celui de «Black Bloc», qui, contrairement aux idées reçues, ne désigne pas un groupe d’individus, mais un mode opératoire consistant à se regrouper et circuler, les visages masqués, pour s’en prendre physiquement aux symboles de l’Etat et du capitalisme. Chez eux, le recours à la violence est jugé légitime, même si les degrés de radicalité diffèrent. Ainsi, certains revendiquent de s’en prendre à des vitrines de banques ou des panneaux publicitaires, mais refusent la violence physique à l’encontre des forces de l’ordre. D’autres, en revanche, considèrent sans ambages les «flics» comme des cibles lors des manifestations.

En déambulant dans le cortège de tête du défilé parisien du 19 mai, Libération a rencontré deux de ces militants. Masqués et fort occupés sur le moment, ils acceptent néanmoins de répondre à nos questions quelques jours plus tard. Rendez-vous est pris dans un café de la capitale. Il y a là une femme et un homme âgés de 27 ans. Ils souhaitent qu’on les appelle Clémence et Marius et sont satisfaits qu’on ne les reconnaisse pas de prime abord à notre arrivée : «C’est pour ça qu’on se masque», sourient-ils. Tous deux resteront aussi discrets sur leur activité professionnelle. Des zones à défendre (ZAD) à Nuit debout, du mythe du grand soir à l’utilisation de la violence, les deux heures de discussion permettent de mieux comprendre les motivations de ces «casseurs» («et casseuses !» insiste Clémence).


Parcours militant

Marius
Citation :
«Il y a plein de manières d’arriver à se retrouver en tête de cortège. On a des parcours individuels différents, avec des trajectoires plus ou moins anciennes. On retrouve les jeunes qui ont bloqué leur lycée ces derniers mois et souvent vécu la répression policière, d’autres militants qui ont des liens plus anciens, dans les collectifs contre les violences policières ou venant en aide aux exilés…

«Ces derniers mois, on est allés plusieurs fois à des comparutions immédiates pour soutenir des copains qui avaient été interpellés. C’est là, en attendant leur passage devant le juge, que tu vois les ravages de la justice de classe, celle qui pèse au quotidien sur les immigrés, les "racisés".

Ça donne encore plus la rage parce que ça touche des gens bien plus isolés que nous, qui sommes organisés politiquement. Ce qui m’a le plus choqué dans les perquisitions postattentats, c’est l’ensemble des gens vaguement musulmans qui se sont pris des trucs de ouf, assignés à résidence pour certains.

Ce qui choque aussi, ce sont les questions des juges lors des audiences, du genre : "Vous n’avez pas d’enfants ? Pas de travail ? Bah il faudrait s’y mettre." Quiconque irait à une comparution immédiate ferait un pas vers nos convictions.

Clémence : «En fait, c’est une justice qui juge comment tu as décidé de vivre.»

Contre la loi travail

Marius :
Citation :
«Face à la stratégie de répression de l’Etat, des gens paisibles, proches du mouvement dit "citoyen", ont fini par péter un plomb à force de se prendre du gaz des forces policières. Mais par ailleurs, ce mouvement a 1 000 racines, ce n’est pas juste la loi travail. Et ce n’est pas anodin que ça se passe à un an de la présidentielle, même si on s’en tape un peu de cet agenda politique.

Qui, aujourd’hui, a envie de se jeter dans une campagne de ce type ? Qui pense que ça va changer quelque chose ? Ce vague espoir, il n’existe plus.

Il n’y a pas non plus une inventivité folle dans ce mouvement, mais il a été investi par beaucoup plus de gens que d’ordinaire. Ce n’est pas pareil de faire une manif sauvage avec la centaine de personnes que tu fréquentes tout le temps dans les luttes, et de se retrouver un jour à manifester à côté de gens que tu n’avais jamais croisés auparavant.»


Clémence :
Citation :
«A Nuit debout, les deux ou trois premières semaines, il y a eu une multitude de tentatives de blocages et de sabotages. Cet espace a permis à des gens qui ne se rencontraient pas forcément avant d’être disponibles, ensemble, au même moment. Tu pars dans une action parce que tu es là à l’instant T et que c’est chouette.»

Marius :
Citation :
«Le rassemblement devant le commissariat du Ve arrondissement, le démontage des grilles installées contre les migrants à la station de métro Stalingrad, l’occupation du lycée Jaurès [établissement parisien qui a accueilli des demandeurs d’asile, ndlr], ce sont des formes d’action d’abord investies par des gens organisés politiquement, vaguement anars. Et d’un coup, ça s’est élargi. De plus en plus de monde a envie d’une véritable autonomie, maintenant, tout de suite. Ce qui est cool dans ce mouvement, c’est de voir le désœuvrement des organisations traditionnelles : l’Unef qui est morte dans les facs, les groupuscules mao-trotskystes qui, en manif, continuent à vendre leurs canards réfugiés sous les abribus à cause de la pluie. L’image type de ces organisations, c’est le camion de la CGT qui sort d’un côté de la place de la Nation au son de l’Internationale alors que nous, dans le même temps, on se fait défoncer de l’autre côté.»

Clémence :
Citation :
«Avec les cortèges autonomes, on veut casser ce truc d’aller en manif comme si tu allais à un concert. Chez nous, il y a beaucoup d’humour, des slogans inventifs.»

Le grand soir ?

Marius :
Citation :
«Attendre que les conditions pour le grand soir soient réunies, ça n’a aucun sens. On n’est pas des illuminés pensant que c’est en train de prendre, on a 100 000 raisons d’être pessimistes. Mais en manif, on vit un tas de petites victoires qui nous font éprouver une forme de puissance collective. On constate qu’il y a désormais une foule beaucoup plus large qui applaudit quand certains manifestants pètent des banques. Surtout, on ne réfléchit pas du tout sur un temps court. Il n’y aura pas de grand soir en cas de retrait du projet de loi travail. Mais les graines semées pendant ce mouvement pousseront comme elles pourront. Peut-être que des gamins auront envie d’aller voir les ZAD et se poser la question de l’autonomie concrète… De toute façon, je ne veux pas d’un grand soir fulgurant. Il faut réfléchir à l’après.»

Clémence :
Citation :
«Lors de ces actions, on voit qu’on peut avoir une prise. Tu découvres des failles à la mobilité des CRS, tu retrouves une forme de mobilité dans la ville.»

Manifester masqués

Clémence :
Citation :
«Tant que tu n’as pas approché de près toutes les formes de répression de l’Etat, tu ne vois pas l’intérêt de venir masqué. Moi, je l’ai expérimenté dans une manif pour les migrants fin novembre, quand certains de mes amis ont été convoqués au commissariat parce qu’ils ont été identifiés. On a toujours été assignés à un visage, des empreintes, c’est convenu comme ça. On a tellement été lissés à être contre les débordements, à n’accepter que ce qu’on nous donne…»

Marius :
Citation :
«Une foule masquée, même si elle ne fait rien, elle est beaucoup plus existante. Mais attention, on ne se voit pas du tout comme une avant-garde. Le seul aboutissement ne peut pas être la violence.»

Clémence :
Citation :
«Il faut casser les formes de catégorisation, avoir la liberté d’accepter toutes les formes d’action. Et c’est aussi vrai pour nous. Parfois, dans nos AG, il y a un certain mépris pour le mot "citoyenniste". Ceux qui ne partageraient pas les idées "radicales" n’auraient rien à faire là. C’est faux.»

Recours à la violence

Marius :
Citation :
«Il y a des moments où c’est intelligent d’aller tout péter parce que ça va créer une rupture, et d’autres où l’action citoyenniste est plus utile. C’est l’intelligence du moment. C’est peut-être moins d’adrénaline, mais plus intelligent. Il y a des glissements des uns vers les autres.»

Clémence :
Citation :
«Il est important de ne pas plaquer des gestes qui pourraient devenir répétitifs et inutiles. Si la foule n’accompagne pas le mouvement, ça ne sert à rien, comme une action pacifiste non partagée.»

Marius :
Citation :
«Si je fais un tag en manif mais que je sens l’hostilité des gens derrière moi, ça ne me fait pas marrer. De la même façon, il y a des jours où je ne me sens pas de me mettre en K-Way noir et cagoule. On s’est affronté trois fois avec les flics à Nation, et la troisième fois, ça ne m’a pas fait marrer. On faisait exactement ce qu’ils attendaient de nous.»

Clémence :
Citation :
«On peut très bien partir en manif sauvage sans être dans l’affrontement. Quand les flics décident de nous gazer et nous virer, l’intérêt, c’est aussi de passer entre les mailles. En plus, le cortège en noir, ça a un côté un peu sinistre, morbide, automatique.»

Marius :
Citation :
«Il faut aussi que les gens réalisent qu’on est des personnes normales. On est plein à avoir un boulot, on n’est pas des jeunes désœuvrés qui n’avons rien à perdre. Des fois, on jette des pavés sur des banques, mais on est aussi hyperjoyeux. On veut un monde joyeux. Cultiver la terre, faire des banquets à prix libres ou gratuits, c’est ça. On est animés par des sentiments constructifs. Par ailleurs, j’aurais pu participer à pas mal d’actions violentes qui ont été faites, mais certaines fois, il n’y a pas l’envie. Parce qu’on est des êtres humains, qu’on flippe, qu’on ne veut pas se faire gauler. Je ne suis pas une machine violente prête à assumer la prison. Des fois, la nuit, quand j’entends une bagnole, je crois que c’est la BAC [brigade anticriminalité, ndlr].»

Clémence :
Citation :
«Après, pour moi, la destruction matérielle, ça n’est pas de la violence. La vidéo de la bagnole incendiée, je l’ai d’abord vue à la télé, c’était très saccadé. Puis je l’ai revisionnée sur Internet et je n’ai pas eu l’impression de voir la même scène. Quand les flics sont sortis, la voiture n’était même pas enflammée. Le bris de glace, ce n’est pas que je le dédramatise, mais je le relativise.»

Marius : « L’inculpation pour tentative d’homicide me paraît exagérée. »

Clémence :
Citation :
«Sur la question de la violence physique, je n’aurais pas envie qu’un policier meure. Mais je fais la différence entre les agents de la voiture incendiée et les CRS qui sont dans la répression et te matraquent dès qu’ils en reçoivent l’ordre. Pour moi, ces gens sont dangereux.»

Marius :
Citation :
«C’est aussi une question stratégique. Si demain un flic meurt, on va se faire anéantir. On a beau essayer de rester anonymes, on est assez facilement identifiables. Nos lieux seront perquisitionnés très vite. On ne veut pas forcément venir en manif casqués, avec une gazeuse. Je n’ai pas envie de tomber dans une forme nihiliste, parce que je suis arrivé là bien plus par les idées que par les pulsions violentes. Je préfère prendre le risque de recevoir un coup de matraque que de venir avec un casque en manif.»

Clémence :
Citation :
«Moi, j’aimerais bien avoir un casque, parce que j’ai une peur panique du flash-ball. Quand tu vois un copain avec un cratère au milieu du visage, ça fait réfléchir.»

Marius :
Citation :
«Un autre truc marrant, c’est qu’en manif, dans le Black Bloc, on se reconnaît sous les capuches. Il y a des démarches, des regards. Ce qui compte aussi, c’est la bienveillance portée sur les autres, notamment quand quelqu’un participe à une action pour la première fois. Par exemple, je n’aime pas les attitudes virilistes, autoritaires. Ce n’est pas forcément l’armoire à glace qui doit péter une vitrine. Si une fille doit s’y reprendre à quatre fois, pas de problème.»

“Sans la casse, la poterie n’existerait plus.”

Proverbe arabe


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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 18:22


28 mai


pronostics en stock

quand Valls n'aura plus rien à débloquer,
il pourra peut-être débloquer la Loi travail,
à moins d'être débloqué lui-même


après le retrait, la retraite !

l'effet sur l'opinion publique du déblocage des stocks de carburants et autres risque d'être à somme nulle, les consommateurs d'essence étant satisfaits mais pas nécessairement retournés contre la lutte pour le retrait, d'autant qu'une majorité imputait la responsabilité du "blocage" à la rigidité de Valls-Hollande

autant les appels se multiplient pour les grèves, autant il me semble que concernant les blocages, les syndicats et la CGT en premier lieu concernée n'ont pas insisté... la grève est légale, les blocages non, et les recours possibles (réquisition...voir plus haut) supposent un rapport de force qui n'est pas favorable, pour l'instant, au pouvoir : il n'a pas la légitimité

par conséquent nous entrons dans une troisième phase du mouvement, après l'essoufflement de Nuit Debout et le rebondissement dans la lutte multiforme contre la Loi travail, la lutte finale... et place à la fat boule


Loi Travail : Manuel Valls a perdu la bataille de l'opinion Paris Match 27 mai

la conjoncture d'ensemble était favorable au développement du mouvement sur sa propre base, et c'est ce qu'ont bien compris la CGT et FO, faisant preuve au moins d'un sens tactique supérieur à ceux du premier ministre et du Président, dont les marges étaient certes plus faibles, tant sur le plan politique que face à la détermination des luttes

par contre tout ce qui va dans le sens d'une "victoire" par retrait de la Loi s'oppose au dépassement de cette limite. C'est pourquoi les velléités d'aller plus loin ne sont que fantasmes, et les "débordements" s'intègrent à la "généralité" du conflit comme "imbordements" (lucidité dont témoigne d'ailleurs l'interview plus haut des "casseur.e.s") :


RS a écrit:
Les « débordements » de « manifestations revendicatrices » sont devenus leur cours même, la violence n’est plus une question, un extérieur ou un après, le « débordement » est la nature même du mouvement, le débord entre dans la chose même jusqu’à en être la nature connue, attendue, un « imbordement » pourrait-on dire.
3 mai



agenda de la CGT « jouant son va-tout » ou pas, le principal acquis de ce moment de luttes est et sera le réveil de la combativité prolétarienne

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MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 18:23


30 mai


demandez le programme

SNCF, RATP, aéroports : une nouvelle semaine de contestation sociale

Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 30.05.2016

Le gouvernement n’en a pas terminé avec la contestation de la loi travail : après les carburants, le secteur des transports s’apprête à vivre une semaine agitée, à partir de lundi 30 mai, avec des appels à la grève, reconductibles, lancés pour des motifs mêlant revendications internes et opposition à la loi travail, alors que l’Euro de football approche (10 juin-10 juillet).

Citation :
Carburants : la situation s’améliore


Un militant de la CGT lors du blocage de la raffinerie de Donges
le 27 mai JEAN-SÉBASTIEN ÉVRARD / AFP

La situation s’est améliorée sur le front des carburants, avec le déblocage de la quasi-totalité des dépôts pétroliers, mais des perturbations perdurent. « Il y aura de l’essence » lundi dans les stations, a assuré dimanche 29 mai le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll.

Sur les huit raffineries françaises, quatre sont toujours à l’arrêt et deux en débit réduit. La grève a été reconduite aux terminaux pétroliers de Marseille et du Havre, qui alimentent Orly et Roissy en kérosène. Le gouvernement a néanmoins imposé un service minimal.

Grève à la SNCF dès mardi

Les opposants au texte ne comptent pas baisser les bras, l’intersyndicale opposée à la loi El Khomri (CGT, FO, Solidaires, FSU, UNEF, FIDL, UNL) ayant appelé « à amplifier les mobilisations », avant la journée nationale d’action, le 14 juin. D’ici là, la mobilisation va se concentrer dans les transports.

A la SNCF, où de délicates négociations sur le temps de travail des cheminots entrent dans leur phase finale, les quatre syndicats représentatifs (CGT, UNSA, SUD-Rail, CFDT) ont déposé des préavis de grève reconductibles à partir de mardi soir. Aux motifs internes, la CGT-cheminots et SUD-Rail ont ajouté l’opposition à la loi travail.

Les syndicats espèrent peser sur les négociations qui doivent se poursuivre jusqu’au 6 juin, à quelques jours du coup d’envoi, le 10, de l’Euro de football, dont la SNCF est le transporteur officiel. « On ne va pas empêcher les gens d’aller voir les matchs de foot mais il faut que le gouvernement aussi veuille discuter. Tout est entre [leurs] mains », a lancé M. Martinez.

RATP : des perturbations attendues à partir de jeudi

Pour les Franciliens, des difficultés sont aussi à prévoir à partir de jeudi à la RATP, avec un appel à la grève « illimitée » de la CGT. Le premier syndicat de la régie demande la réouverture des négociations salariales annuelles et le retrait du projet de loi travail. SUD-RATP, troisième force syndicale, a déjà appelé à une grève illimitée à compter du lancement de l’Euro « contre la loi travail » et « la remise en cause du statut RATP ».

Les trafics aérien et portuaire touchés

Le trafic aérien pourrait aussi connaître des perturbations, en raison d’une grève à la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) prévue du 3 au 5 juin, pour des revendications internes. Enfin, dans les ports et docks, la CGT appelle à un arrêt de travail de vingt-quatre heures jeudi contre la loi El Khomri.

M. Valls refuse de « renoncer face à un mouvement social »

Du côté du gouvernement, le premier ministre, Manuel Valls, a promis dimanche d’aller « jusqu’au bout » sur ce texte et paraît miser sur l’essoufflement de la crise sociale la plus dure du quinquennat, qui menace la reprise économique française. « Nous sommes dans un moment crucial », a-t-il assuré au Journal du dimanche.

« C’est l’idée même de réforme qui se joue. Il s’agit d’une clarification dans le syndicalisme, d’une clarification à gauche, d’une clarification dans la société française »,
a ajouté celui qui dit ne pas vouloir rejoindre « la longue liste des (…) politiques qui ont renoncé face à un mouvement social ». « Si nous cédions à la rue et à la CGT parce que nous serions obsédés à court terme par [les élections de] 2017, il ne resterait plus rien », fait-il valoir.

vers la négociation...

Pour la première fois depuis deux mois, le premier ministre a néanmoins appelé samedi le numéro un de la CGT, Philippe Martinez, qui y a vu un « bon signe ». Dimanche soir, il a exigé le retrait de l’article 2, « colonne vertébrale » du texte qui consacre la primauté de l’accord d’entreprise sur l’accord de branche. « Si le gouvernement dit “on suspend la procédure parlementaire, on discute, on améliore”, il n’y a pas de problème. C’est ce qu’on dit depuis le début », a-t-il affirmé, se défendant d’infléchir sa position.

Mais le numéro un de la CFDT, Laurent Berger – également contacté par le premier ministre samedi – a demandé, lui, le « maintien de l’article 2 », en « l’expliquant davantage ». La prochaine étape parlementaire se déroulera au Sénat à partir du 13 juin.




Lundi 30 mai : suivi de la mobilisation contre la loi Travail et son monde

Citation :
La mobilisation contre la loi Travail entre dans une phase déterminante et les grèves, blocages et manifestations se durcissent. D’autre part, le gouvernement réprime le mouvement social tant au niveau policier, judiciaire que législatif.

Retrouvez dans cet article les dernières infos de la mobilisation, les appels à manifester ainsi que des conseils juridiques et pratiques.

Vers 7h-8h à la gare Montparnasse, happening d’une trentaine de personne à l’appel de cheminots, contre la loi Travail et le décret-socle, pour montrer que la détérioration des conditions de travail des cheminots met en danger les usagers.

Contact groupe de défense collective : 07 53 82 19 10
Contact medical team : 07 51 30 64 57 / street.medic75@gmail.com

Les grèves, blocages et actions touchant toute la région et Paris Luttes étant un site participatif, n’hésitez pas à nous transmettre vos infos sur : greveloitravail@riseup.net


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AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée
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