PATLOTCH / CHANGER DE CIVILISATION / LUTTES, THÉORIE, SEXE et POÉTIQUE

dans la DOUBLE CRISE du CAPITAL et de l'OCCIDENT, LUTTES COMMUNISTES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGIQUES
 
AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  
Rechercher
 
 

Résultats par :
 
Rechercher Recherche avancée
Derniers sujets
» VA-SAVOIR : chronique à la com, ou la dialectique en propotion magique
Hier à 15:21 par Patlotch

» THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse
Mar 27 Juin - 23:40 par Patlotch

» SURVEILLANCE de la POPULATION, sécuritaire, caméras, écoutes, internet...
Dim 25 Juin - 12:49 par Patlotch

» PENSÉES diverses à marier sans modération
Sam 24 Juin - 17:07 par Patlotch

» MACRONISME, ÉTAT (français) et RESTRUCTURATION (mondiale) du CAPITALISME
Sam 24 Juin - 13:52 par Patlotch

» ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ? NOUVELLE RESTRUCTURATION du CAPITALISME ?
Sam 24 Juin - 10:56 par Patlotch

» 'PROGRÈS', SCIENCES, HUMAIN, SANTÉ et capital... TRANSHUMANISME et dés-humanité
Ven 23 Juin - 12:23 par Patlotch

» "CLASSES MOYENNES" : encadrement, prolétarisation, transclassisme, prolophobie
Mar 20 Juin - 19:03 par Patlotch

» un TOURNANT HISTORIQUE du CAPITALISME et de l'ÉTAT FRANÇAIS, élections 2015-2017, faits et propos, analyses et théorie (antiroman)
Jeu 15 Juin - 20:26 par Patlotch

» la vie du forum : réception, conseils, mises à jour, etc.
Jeu 1 Juin - 17:45 par Admin

» DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!
Lun 29 Mai - 18:42 par Patlotch

» AFRODITE CHEZ LES PHALLOCRATES, antiroman sans repentir, suivi de BLACK WOMEN, Love, Sex, Song, Dance... et théorie communiste
Lun 29 Mai - 17:23 par Tristan Vacances

» DOMESTIQUES (travailleuses et travailleurs) / DOMESTICS WORKERS / Servants
Sam 27 Mai - 16:09 par Admin

» DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE
Sam 27 Mai - 14:54 par Admin

» "GUERRE AU TERRORISME" : la grande imposture / CALIFAT et CAPITALISME
Jeu 25 Mai - 15:02 par Patlotch

» "le PRÉCARIAT définit le SALARIAT" : 25% des travailleurs du monde ont un emploi stable / travail et anti-travail
Jeu 25 Mai - 12:07 par Patlotch

» TRAVAIL, CHÔMAGE, SYNDICALISME... MONDE / chiffres, courbes, cartes...
Mer 24 Mai - 13:25 par Patlotch

» OPIUMS DU PROLÉTARIAT : RELIGIONS, ATHÉISMES, LAÏCITÉ... IDÉOLOGIES et RÉALITÉS
Mer 24 Mai - 9:34 par Admin

» des LUTTES dans la CRISE : GRÈVES, OCCUPATIONS, BLOCAGES, MANIFESTATIONS...
Mar 23 Mai - 13:45 par Admin

» PALESTINE et ISRAËL
Lun 22 Mai - 18:41 par Patlotch


Partagez | 
 

 AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2, 3, 4  Suivant
AuteurMessage
Invité
Invité



MessageSujet: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 15:06


j'ouvre ce sujet pour y verser mes interventions les plus "théoriques" tout au long du mouvement Nuit Debout et de la lutte contre la Loi-travail, interventions extraites du long feuilleton 'NUIT DEBOUT' et 'LOI-TRAVAIL', informations, analyses et théories : le roman d'un mentir-vrai français, 10ème chapitre de L'IDÉOLOGIE FRANÇAISE, vie et mort d'une passion capitaliste occidentale : POPULISME RADICAL ?, commencé le 6 avril 2016 et faisant suite au chapitre 3, l'idéologie française depuis les ATTENTATS de janvier 2015 et l'ÉTAT D'URGENCE

j'y ferai d'éventuels remarques rétrospectives ou "auto-critiques" à la lumière des derniers événements et évolutions

l'objectif est notamment de rendre plus lisibles et synthétiques mes analyses et positions noyées dans les pages du feuilleton quotidien parmi informations et textes divers


Dernière édition par Patlotch le Dim 21 Aoû - 18:35, édité 10 fois
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 15:31


18 avril ouverture, avec note méthodologique du 30 avril
. En rouge mes remarques actuelles

mise en œuvre de ma méthodologie de théorisation sur la base des luttes en cours

le suivi de ce sujet donne une idée de la mise en œuvre la méthodologie explicitée dans 6 - le DÉPASSEMENT À PRODUIRE de l'idéologie française eurocentriste et occidentaliste / DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE

luttes auto-théorisantes et primat de la praxis *

on peut y saisir comme le concept de luttes auto-théorisantes a renversé, par le primat de la praxis sur la théorie, celui de luttes théoriciennes de Théorie Communiste, qui attend la fin... de ce mouvement pour en dire quelque chose de sûrement intéressant, mais en rien susceptible d'alimenter une réflexion interne à l'ensemble luttes-théorisation : il faut ensuite « exposer » à ceux qui l'ont vécu ce qu'ils ont vécu, et pourquoi ça n'a pas, ou trop bien, marché, en inspecteur des travaux finis

* voir le primat des luttes 'théorisantes' sur la théorie : inverser la perspective février 2014

RS/TC inspecteur des travaux finis

Roland Simon, le théoricien de TC, ce groupe auto-sectaire, viendra "nous" dire, une fois le mouvement terminé, ce qu'il aura été. C'est son métier, il fut professeur d'histoire de l'Éducation nationale. C'est une des contradictions entre la prétention de faire une théorie communiste (modeste nom de ce groupe) embarquée dans les luttes et le fait de la nommer communiste sans aucun lien présent et vivant avec ce qui se passe

[ici je dois reconnaître un rien d'impatience puisque RS est intervenu chez dndf le 3 mai et depuis par de courts textes et commentaires. Mon avis est exprimé au fil de ses interventions]

naturellement, ce faisant, nous ne prétendons pas dire le tout sur le tout, mais simplement participer à et de cette auto-compréhension de plein pied à la lutte telle qu'elle est, non telle que nous la rêvons, debout, nuit et jour

ainsi ai-je précisé, le 26 avril :
limites d'une analyse à chaud

Patlotch a écrit:
la difficulté d'une analyse à chaud est toujours le manque d'informations "de terrain", dépendant qu'on est de celles diffusées par les médias quels qu'ils soient

il se peut que mes commentaires de ce sujet ouvert avec Nuit Debout soient trop déterminés par ce que j'ai lu dans la presse et particulièrement dans les billets de Médiapart. Des reportages plus fins et paroles d'un peu partout commencent à sortir, notamment de précaires et du monde ouvrier; ainsi que des analyses dans le même esprit que la mienne. En chemin, nous ajusterons

un aspect me semble sous-estimé comme je l'ai dit à propos de Lordon, faire de ce mouvement un tout indifférencié voire homogène qui ne serait pas traversé par des contradictions et des conflits entre positions opposées. De la part de ce leader politicien cela s'explique, il veut tirer le tout dans le sens qui a été dit, une idéologie populiste radicale transclassiste malgré ses allures tranchées et sa phraséologie gauchiste et grandiloquente

dans une optique prenant en compte les contradictions de ce mouvement, la fonction de notre travail n'est pas de propagande pour dire ce qu'il faut faire, mais d'abord de compréhension des limites de cette "lutte" pour les repousser le plus loin possible


la pratique de théorisation prend les mêmes risques de se planter que l'action

en espérant que cette façon de procéder en inspire d'autres, et pourquoi pas, qu'ils nous rejoignen

le populisme radical à la française

un 'mouvement social' transclassiste dans la crise politique institutionnelle
et l'effacement du clivage droite-gauche

je regroupe dans ce sujet, pour des raisons pratiques, quelques messages disséminés dans plusieurs sujets, tentant de considérer ensemble ce qui se passe sur les places françaises, ce qui s'en écrit et comment cela s'inscrit dans l'idéologie française, le populisme radical qui vient, sur fond de théories adéquates (Ernesto Laclau, Chantal Mouffe...) ou en leurs limites au nom d'un Communisme comme Idée (Badiou) [...]




Dernière édition par Patlotch le Jeu 2 Juin - 15:42, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 15:37


6 avril


peut-être peut-on considérer que

le démocratisme radical s'est muté en populisme radical ?

j'ajoute au titre du sujet ce questionnement. Il conviendrait de voir en quoi ce populisme serait radical, c'est-à-dire à la racine du populisme en sa définition, sur quoi je reviendrai à l'occasion
wikiédia le définit ainsi :

Citation :
Le populisme désigne un type de discours et de courants politiques qui fait appel aux intérêts du « peuple » (d’où son nom) et prône à son recours, tout particulièrement en opposant ses intérêts avec ceux de « l'élite », qu'il prend pour cible de ses critiques, s’incarnant dans une figure charismatique et soutenu par un parti acquis à ce corpus idéologique.

il y a, dans le populisme, un fonctionnement en boucle, entre propositions des partis (exemple Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon) et "désirs" exprimés par « le peuple » (exemple, la Manif pour tous)

en ceci, le populisme comme expression politique est une expression de l'idéologie comme « vie quotidienne » (Roland Simon), et aujourd'hui Structure of Feeling (Raymond Williams) de l'idéologie française


populisme radical et transformation de l'État politique

il serait faux d'affirmer que le démocratisme aurait disparu de l'expression politique, c'est sa radicalité qui ne s'exprime plus comme dans la période fleurissante du démocratisme radical, entre 1995 et 2005

tout se passe comme si cette radicalité s'était mutée en populisme. C'est assez frappant dans la montée du "Tous pourris" qui accompagne les luttes sur le droit du travail, par exemple, ou les formules de Mélenchon et de ses partisans

dans le même mouvement, c'est la transformation de la démocratie politique en "État d'exception", vers une gouvernance mixte entre démocratie et dictature. Pour l'heure, nul besoin d'en finir avec le principe de la démocratie en tant qu'il est fondé sur le système électoral. Tout au plus assiste-t-on aux mesures tendant à juguler le "pluralisme", par exemple avec

Citation :
la proposition de loi organique modifiant les règles de l’élection présidentielle, notamment les modalités du parrainage et le temps de parole médiatique garanti à chaque candidat. Ce texte, voté ce mardi 5 avril, est passé inaperçu malgré la contestation des formations minoritaires.
source

remarque du 2 juin

l'idée d'un remplacement du démocratisme radical majoritaire à gauche jusqu'à la crise de 2008, par un populisme radical écrasant le clivage droite-gauche de la démocratie politique institutionnelle et représentative pouvait en partie être confirmé par Nuit Debout, avec les références aux thèses de Chantal Mouffe /Ernesto Laclau (inspirateurs de Podemos) et aussi de Lordon

l'effondrement du mouvement des places français n'a pas confirmé ce populisme radical, en raison du rebondissement dans les activités de grèves, blocages et manifestations contre la Loi-travail. Le clivage droite-gauche n'en est pas moins secoué, puisque les opinions hostiles à la Loi-travail s'expriment davantage dans la gauche radicale et à l'extrême-droite qu'au PS et naturellement dans la droite classique, où les raisons de l'opposition peuvent être opposées

par conséquent, ce qui ressort, comme du réveil de la lutte du prolétariat français, c'est un clivage de classe qui ne trouve pas peine une expression politique homogène ou même une expression tout court - pensons aux abstentionnistes, également plus nombreux chez "ceux d'en-bas", qui n'optent pas tous pour le Front national, dont l'électorat traverse de plus en plus toutes les catégories sociales

Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 15:44

10 avril

"oligarchie"

Arrue a écrit:
Le seul et véritable ennemi de classe, l'oligarchie

l'oligarchie est par définition est une forme de pouvoir par un petit nombre de personnes formant une caste dominante. Ce terme se rapporte à la politique comme domination par l'État, non à un rapport de classe

l'ennemi de classe, c'est le Capital comme mode de production économique, qui s'appuie sur le pouvoir politique, qu'il soit démocratique, dictatorial, ou "oligarchique"

vous traduisez, Arrue, un des aspects de la confusion et de l'illusion qui s'emparent des espris avec nuitdebout : la politique ne définit pas l'économie, le capital est insécablement économie politique : exploitation et dominations dont politique, dont domination masculine, dont emparement et destestruction de la nature...

dénoncer l'oligarchie est typique du populisme. Le FN le fait depuis décennies, et étonnament, ceux qui reprochent au PS d'emprunter au FN ses idées politiques reprennent ce thème du "tous pourris", des 1% contre 99% (le peuple-classe de Delarue avec ses graphiques et sa masse interclassiste), alors que là, ils ne sont que 1% dans la nuit debout

il faut quand même mettre ses yeux en face des trous, et ce mouvement  ne "mature" que ce dont il est porteur dès l'origine, il ne contient pas à mes yeux d'éléments susceptibles de se dépasser. Je me demande même si le passage des manifestations explicites contre la droit-travail aux mots d'ordres vagues de nuitdebout n'est pas le signe de l'échec annoncé des deux, sa politisation populiste et même populiste de classes moyennes, le grand absent étant le prolétariat, avec l'espoir illusoire d'une "jonction" alors que le prolétariat n'en a rien à faire, de ces slogans, faibles en contenu de classe, du "récit commun" : j'y reviens plus bas

les luttes en Grèce, en Espagne, en Amérique latine dans l'effondrement des démocraties populistes, traduisent un moment de l'affrontement de classe médié par l'Etat et la politique dans lequel l'économie n'est pas touchée, les dirigeants capitalistes, ensemble dirigeants politiques et grand patronat, se saisissent de la crise économique pour transformer l'Etat, au besoin par la guerre, et pour cela la définition d'un ennemi idéal intérieur et extérieur : le terrorisme islamiste

ce qui m'avait frappé en janvier 2015, à contre-courant dès le 8 janvier de l'appréciation générale et des manifs Charlie, c'est la réactivité des dirigeants français, leur intelligence du moment avec l'invitation de chefs d'Etats étrangers à la manif du 11 janvier : alors que tout le monde y voyait une "récupération", il n'ont fait qu'engranger l'émotion pour engager ce moment dont nous voyons le prolongement depuis

quand les dirigeants capitalistes, politiques et économiques (ce ne sont pas des énarques qui fabriquent des bombes), disent "nous sommes en guerre, intérieure et extérieure", il faut le prendre au pied de la lettre, parce que c'est une guerre dont ils ont besoin, qu'ils ont produite eux-mêmes et qu'ils entendent mener, au nom d'objectifs vertueux, comme une guerre sociale. Elle ne dit pas encore son nom, mais ça viendra, ça viendra quand le prolétariat l'entendra comme ça


à propos de "récit commun"

sur le besoin d'un "récit commun" : idéologie, subjectivation et luttes révolutionnaires, constitution en classe des émancipations/abolitions pour une communauté du vivant : un changement de civilisation

Christine Bord plus haut traduit ce qu'en disent d'autres aussi, par exemple dans ce passage : «  Nous avons besoin que ces "nuits" durent et se propagent pour que ce "autre récit" puisse  être accepté,  et pour qu'il puisse s' écrire avec son originalité (celle d'un Lordon, par exemple) pas sur un vieux palimpseste de récits dépassés »

je passe sur Lordon comme super-star du spectacle nocturne, et sur les « récits dépassés », si je comprends bien, à la manière de la critique par les "nouveaux philosophes" des années 70 (BHL, Glucksman...),  et les philosophes dits post-modernes (Lyotard, Deleuze...) pour une fois réunis, la fin des "grand récits", la "fin des idéologie", jusqu'à "la fin de l'histoire" de Fukuyama inspiré par Kojève et celui-ci par Hegel

on a confondu la décomposition du programmatisme ouvrier, après 1968, l'effondrement de l'internationale des partis communistes et des pays "socialistes", l'enlisement des luttes d'indépendances contre le colonialisme occidental en néo-colonialisme des mêmes, la mondialisation globale du capital, avec la fin de la lutte des classes : on ne la voyait plus, exit toute la tradition critique héritée de Marx

on a eu raison de dire les grands récits sont, comme l'écrit Christine Bord, "dépassés"; les "idéologies messianiques" et "l'horizon qui chante" pour déchanter, c'est fini. On a eu tort d'y voir la fin de la lutte de classes, comme on a tort aujourd'hui, après la parenthèse démocrate radicale, de ne pas en voir les nouvelles formes, produites par la double crise de l'Occident et du capital. Voilà mon récit, il est là : la révolution qui viendra (ceci n'est pas un manifeste)

le récit, je le pose dans l'idée de dépassements par les luttes,  produisant leur subjectivation révolutionnaire, ce qu'on appelait autrefois "conscience de classe pour soi", et la définition de cette classe dans des termes qui ne sont plus ceux de l'universalisme prolétarien, vision eurocentriste héritée de Marx, mais d'une classe des émancipations/abolitions pour une communauté du vivant, dont je vois les prémisses s'esquisser à l'échelle du monde

poser, comme Christine Bord, la nécessité d'un récit auquel croire, c'est ce que j'appelle auto-subjectivation par les luttes, à l'opposé de théories ou de programmes de partis d'avant-gardes politiques : ce n'est pas une foi en un déterminisme, le communisme comme fin, mais le communisme comme mouvement des contradictions du capitalisme, ce qu'il était pour Marx, c'est une foi en ce qu'on fait en luttant quand on est conscient du niveau à atteindre pour en fginir avec le capital. On en est très très loin, et dans ce mouvement populiste, je n'en vosi pas prendre le chemin

en ce sens, on peut dire que la lutte de classe, ou plus largement les luttes révolutionnaires sur tous les fronts, car ils sont aussi décoloniaux, féministes et écologistes, ne peuvent se mener qu'à travers une idéologie : le récit révolutionnaire qu'on se raconte en y croyant, c'est encore une idéologie, un foi, mais pas n'importe quelle croyance, une foi qui arme les désirs de révolutionner le monde pour changer de civilisation *, et cela ne peut se construire, de façon subjective, que par des luttes produisant leurs propres dépassements, en en portant consciemment la perspective au niveau requis de rupture avec le capital

* voir mon sujet pour une RÉVOLUTION de CIVILISATION : éléments... et conversation

11-18 avril

Marius le Négavesque a écrit:
Très honnêtement ces réflexions et cette interrogation sont un peu trop profondes pour moi. Je vois la vie plus simplement. Ce qui fait un peu "rustre" certes, aux regards de "théoriciens", mais qui a ses bons côtés.

vous savez, il ne faut avoir aucun complexe intellectuel devant la théorie communiste, et encore moins devant les "théoriciens". Les intellectuels de métier ne sont pas toujours les mieux placés pour se saisir d'une théorisation, si celle-ci s'élabore à partir de la vie réelle des plus susceptible de mener leurs luttes jusqu'au bout, parce qu'ils n'ont que leur chaînes à perdre, et non l'espoir de conserver leurs acquis, qui ne seront bientôt plus que les miettes qu'on leur laissera sous la table : pour une longue nuit à genoux ?

nous vivons un moment très intéressant, dont le mouvement #Nuit Debout est un révélateur français, par la position des couches moyennes dans l'antagonisme de classe

comme elles sont en pleine prolétarisation massive, cela crée ce qu'on a sous les yeux, c'est une période très riche sur le plan historique, assez nouvelle et difficile à décrypter avant qu'il ne se passe quelque chose de plus décisif, soubresaut de la crise, entrée en luttes du prolétariat ouvrier et des prolétaires racialisés, guerre plus ouverte, ou un mélange de tout ça...

les réactions dans les billets et commentaires du Club Médiapart sont particulièremet symptomatiques des contradictions entre ces mouvements placistes (et placides), leur recherche ou les tentatives les militants de leur donner un prolongement politique au niveau de l'État : c'est tout de même un plaisir de voir ceux-ci se prendre des baffes de la part de ceux qui ne veulent pas se laisser représenter

cette tension entre populisme et représentation démocratique est un facteur confirmant la mutation du démocratisme radical en populisme radical


Dernière édition par Patlotch le Jeu 2 Juin - 16:04, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 15:47


16 avril


Chantal Mouffe et Nuit Debout  
« populisme radical... de gauche »
pratique et théorie en miroir

Qui est derrière les actions « Nuits debout » et que cherchent ses participants ? 15 avr. 2016 Jean-Paul Baquiast

Les actions « Nuits debout » (ou Nuit debout) qui se répandent de plus en plus en France, ont tout pour attirer la sympathie de ceux qui combattent le « Système » c'est à dire l'entremêlement des représentants des 5% les plus favorisés, leurs mandataires politiques et les médias sous contrôle.

Citation :
Elles rassemblent des manifestants jeunes ou relativement jeunes, elles donnent la parole, dans certaines limites, à tous ceux qui veulent la prendre, elles ne proposent pas d'idéologies bien arrêtées jugées démodées, par exemple de type marxiste ou anarchique. Le point initial, qui avait présidé à leur naissance, visait à lutter par des mouvements de rue paisibles contre la Loi El Khomri dite loi travail. Elles abordent aujourd'hui toute une série d'autres questions politiquement importantes.

Certes dans certains ces, des casseurs qui n'ont aucun lien avec ces manifestants se joignent à eux, mais il s'agit d'une pollution inévitable dans une démocratie où la police ne contrôle pas systématiquement les mouvements de rue. [sic]

Il a cependant été remarqué que les manifestants ne rassemblent pas de représentants des classes, qui sont les plus victimes du Système, jeunes sans qualification, chômeurs, habitants des banlieues dite défavorisées ou ruraux menacés de disparition. Il faut dire aussi, comme cela avait déjà été remarquée en mai 1968, que manifester dans la rue de façon relativement disciplinée, et plus encore prendre la parole, fut-ce de façon confuse, suppose un minimum d'éducation et de pratique. Les vrais exclus ne savent évidemment pas comment s'exprimer de ces façons
.
[...]

aux côtés d'Ernesto Laclau, on trouve Chantal Mouffe

presque inconnue en France, la théoricienne de la démocratie radicale est devenue en quelques jours, ou plutôt en quelques Nuits debout, une vedette des médias, de Médiapart à Libération, des Inrocks à France Info, de France Inter au Monde, de l'Huffington Post à Arrêt sur Images, de PhiloMag à Slate.fr... Voir actualités Chantal Mouffe

il est assez rare que les théoriciens de la politique soient à ce point mis en avant médiatiquement. Le « mouvement social réel » des Nuits debout a-t-il trouvé son « idéologie radicale » ?

Alain de Benoist. « Le FN aurait tout intérêt à abandonner ses positions jacobines » [entretien exclusif] Breizh-info.com 27/03/2015
Citation :

Eclatent parfois des colères, mais qui ne durent pas et ne n’assortissent d’aucun véritable projet politique ou idéologique. J’ai eu l’occasion d’écrire récemment qu’il n’y a de perspective révolutionnaire que lorsqu’une reconstruction idéologique radicale rencontre un mouvement social réel. Il me semble qu’on en est encore loin...

toujours est-il que dans les entretiens avec Chantal Mouffe qu'il m'a été donné d'entendre ou de lire, je n'ai pas relevé le mot capital, ni aucune critique de l'économie politique, et ne parlons pas du concept de classe ou de prolétariat... Cela n'existe plus chez Mouffe. Cherchez l'erreur...

18 avril

un sous-marxisme de pacotille est descendu dans la rue

la nuit, debout

puramole a écrit:
Vous osez énoncer des utopies et vous avez raison: il faut d'abord mettre au clair ce que nous voulons avant de tenter d'y accéder. Car si nous savons ce dont nous ne voulons plus: la dictature des marchands...

depuis qu'on ne lit plus, et de travers, que la première phrase du premier chapitre du Capital* 1867, et des résumés tordus de La société du spectacle de Debord, 1967, la marchandise a autant de succès pour se vendre que pour être critiquée : preuve qu'une bêtise peut être aussi une marchandise

« La richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode de production capitaliste s'annonce comme une « immense accumulation de marchandises » I° section : la marchandise et la monnaie Chapitre premier : La marchandise Marx, 1867

si mon calcul est bon, il va donc falloir attendre 2067 pour avoir sur la question une idée plus claire : bon courage aux plus jeunes, car les nuits seront longues


un remake du tandem Démocratisme radical - Action directe ?

en marge du populisme radical de NuitDebout, les « casseurs »...

Paris : des débordements et des dégradations en marge de Nuit debout AFP

La manifestation, qui a rassemblé 3 000 personnes, a dégénéré vendredi soir et 22 personnes ont été interpellées par les forces de l'ordre.

18 avril


pourquoi Badiou aujourd'hui ?

Segesta a écrit:
polémiques... soporifiques, elles ne le sont pas pour ceux qui ont été acteurs de cette période de l'histore de la gauche ou de l'ultra-gauche, et c'est compréhensible et légitime, mais tout ça tombera dans l'oubli...

à vrai dire, à l'époque des jeunes enfants d'Althusser, ces polémiques n'étaient pas celles de l'ultragauche, ou plutôt déjà de la post-ultragauche, qui posait dans les années 70 les bases d'une refondation théorique à nouveaux frais de la perspective communiste, contre le programmatisme ouvrier dont ces penseurs étaient la queue. Althusser reste plus solide et fécond, y compris dans un usage contre ses textes de l'époque

donc comme vous dites, on s'en fout de ces procès à Badiou/Mao. Ses faiblesses aujourd'hui sont ailleurs, je n'y reviens pas, dans l'indigence de sa critique du capitalisme contemporain, d'une part comme économie politique, d'autre part dans sa crise de reproduction croisée avec celle de l'Occident

Badiou aurait un mérite, de maintenir sur le feu "l'idée communiste", sauf que le Communisme n'est pas une idée. Badiou est donc renvoyé à son idéalisme philosophique pré-marxien. Disant cela je ne prétend pas que Marx aurait tout dit, car il n'a inventé ni le Capitalisme ni la lutte de classe, il a simplement compris ce qu'était le capitalisme (terme qu'il n'utilise pas...) en essence, parce qu'en naissance comme mode de production, dans son fonctionnement structurel et c'est cela qui est invariant

Xipetotec l'a écrit quelque part il me semble, remonte à la surface aujourd'hui cette essence du capital, mais naturellement pas de façon invariante

Segesta a écrit:
de Badiou on prend ce qu'on veut, ce qui fait réfléchir, mais positivement, au sens productif pas raffarinien du terme, et ce qu'on considère comme erroné et ben on le laisse comme pour tous les autres...

après les attentats de novembre, j'avais fait une lecture presque positive d'une conférence de Badiou, parce que sous le déluge, bien fou qui fait le délicat... C'était donc à cela que je m'attachais, prendre ce qui fait réfléchir, au sens productif... de critique radicale

aujourd'hui, c'est différent, Badiou s'engouffre dans Nuit Debout comme il l'avait fait avec Syrisa, au demeurant comme Negri et Zizek à l'époque (j'ai souligné les ambiguïtés de Negri entre conceptualisation foisonnante pour une perspective révolutionnaire, puissance constituante par exemple, et usage politique immédiat de ses concepts)

ce qui me paraît donc intéressant, comme je l'ai fait avec Chantal Mouffe, c'est de comprendre pourquoi Badiou ressort maintenant, avec une telle couverture médiatique, comme un penseur quasi officiel et incontournable du communisme dont l'humanité aurait besoin, et là on débouche sur l'idéologie

et c'est alors que ressortent les limites de la pensée théorique de Badiou, en miroir de celles des luttes à partir desquels il fait ses analyses (Occupy Wall Stret, Syrisa, Podemos, Nuit Debout)

source

.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 15:52


18 avril


"non-violence"

la naïveté jusqu'au bout de la nuit

Nuit debout, la non-violence jusqu'au bout article de Benjamin Sourice, Médiapart

jusqu'au bout de la nuit, ce serait une révolution littéraire, mais au fond, cela n'en tient-il pas aussi ?

Benjamin Sourice a écrit:
La révolution est dans le pouvoir de suggestion cher Patlotch Wink

bof... l'époque est à l'idéalisme le plus consternant, je ne vois pas la différence avec la religion, d'ailleurs ç'en est une des classes moyennes, à lire les articles, témoignages, le titre des billets, les théoriciens mis en avant, Mouffe, Badiou... grands prêtre et prêtresse auxquels je ne ferai pas l'injure de mêler Corcuff, qui a son génie propre (il n'en rate pas une) : Debout, la spiritualité démocratique !

mais puisse ce sort vous sourice Wink

en relation, le sujet la VIOLENCE venue dans la CONTRE-RÉVOLUTION vers une RÉVOLUTION...

les thèmes évoqués jusqu'ici sont plus approfondis à la page 1 du sujet original



.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 16:01


13 avril


la désobéissance civile

une forme de luttes : jusqu'où et avec quel contenu ?




commentaire dans le billet d'Antoine Perraud La désobéissance civile est parmi nous 13 avril

cette interprétation, ici bien alimentée théoriquement, n'en pose pas moins de lourdes questions théoriques

le concept désobéissance civile, on pourrait le déplier en désobéissance de (ou dans) la société civile face à l'État. Or qu'est-ce que la société civile sinon le complément de l'État dans la formation sociale politique du pouvoir adéquat au mode de production capitaliste ?

on est donc face à quelque chose qui se mord la queue, et que dit assez bien le billet Nuit debout mais toujours divisés, dont le texte vaut mieux que le titre [voir plus haut]

pour le dire autrement désobéissance civile est une forme de lutte, comme "grève générale" en est une autre. Je faisais remarquer à Al Ceste ailleurs que cette forme peut recouvrir plusieurs contenus : revendicatifs, défensifs, conservateurs ou révolutionnaires, et parfois plusieurs de ces contenus au sein d'une même grève (plus ou moins) générale (c'est typique en 1968, en 1995, en 2006 avec CPE, etc.

je ne fais pas allusion qu'à des divergences syndicales ou politiques, mais à des formes telles que manifestations paisibles encadrées par les syndicats, blocages de transports, cassages divers bien trop facilement rapportés à des casseurs-policiers irresponsables : l'Action directe et les Black Blocks sont critiquables, mais n'en sont pas moins l'expression d'une position de luttes comme les autres, désobéissance civile et civique s'il en est : anti-citoyenniste

plusieurs commentateurs ont donné des exemples de désobéissance civile comme forme pouvant avoir des contenus et objectifs très différents

si l'on se penche sur les contenus de la désobéissance civile portée par Nuit Debout, cela reste assez existentiel, à tendance populiste radicale (de gauche), mais s'il n'y a pas revendication, ni programme politique explicite (au grand désarroi des militants espérant prolonger dans les urnes), bien malin qui prétendrait qu'il n'y a pas de demande, et qu'à cette demande ne colle pas une offre, qu'expriment les initiateurs et la listes d'intellectuels plus ou moins théoriciens gravitant autour (Lordon,Varoufakis, Chantal Mouffe, Badiou...) : tous nous parlent d'institutions, de constitution, de droits du travail, etc.

c'est une désobéissance civile, mais pas une désobéissance civique, puisque ce mouvement est foncièrement citoyenniste, et qu'un citoyen n'existe qu'avec l'État (de droits)

si l'on veut une comparaison, les émeutes de 2005 était aussi une forme de désobéissance civile, violente là où Nuit Debout est paisible, et se caractérisait par l'absence de demande, de revendications, une sorte de lutte anti-sociétale, en rien révolutionnaire, destructrice des services publics mêmes, symbole de l'échec social des émeutiers ou des leurs dans les 'quartiers populaires' : ils ne demandaient rien, mais encore moins rien que ceux qui nuitent debout, dont l'espoir est de y trouver une place dans cette société, dont ils ne remettent pas en cause les fondements, mais la forme de représentation politique, pour une "vraie démocratie"

une thématique mélenchonienne qui revient depuis « La marche des insoumis » en mars, puisque cet aspirant leader-maximo de la "révolution citoyenne démocratique par les urnes" multiplie les initiatives au nom de « La France insoumise » dans le cadre de sa campagne pour la présidentielle...

Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 16:05


19 et 20 avril : bribes d'une conversation


luttes auto-théorisantes et Nuit Debout

quelle conjoncture pour dépasser quoi ?

Corinne Cerise a écrit:
[...] Comment, vous, concevez-vous concrètement cette pratique qui construit du communisme ? (mais j'y viens maintenant)

C'est là qu'intervient votre concept de luttes auto-théorisantes, qui est d'une élégance rare dans ce qui est - à mon avis - le prolongement renouvelé, stratégique, politique et théorique du Marx de l'Idéologie allemande ("le communisme... actuellement existantes").

Au premier plan, toutes les luttes - prolétarienne, indigène, féministe - s'inscrivent dans une perspective communiste parce qu'en tant que luttes elles se dressent toutes contre au moins l'une des facettes de l'ennemi commun, de classe, de genre, de race : le capital et ses représentations politiques.

A un degré plus théorique peut-on dire que chacune produit une étincelle de dépassement (solidarité, amitiés, constructions théoriques, etc.) ?

Enfin, ne sont-ce pas ces luttes qui, si les révolutions aboutissent, ayant dans le même temps aboli toute représentation médiée, aboliront la théorie qui aura dans ce même temps été réalisée (Feuerbach).

Est-ce cela que vous entendez par luttes auto-théorisantes ?


Patlotch a écrit:
je vous répondrais peut-être plus longuement à cette question qui revient entre nous

je vous demanderai de réfléchir, parce que vous m'y faites penser là, au fait que luttes auto-théorisantes peut aussi bien s'appliquer à des luttes 'révolutionnaires' que 'réformistes'

exemple avec Nuit Debout, on peut remarquer l'adéquation des textes théoriques (Lordon, Badiou, Mouffe...) avec les contenus de cette lutte. Et malgré tout voir que la théorie, au sens de sa formulation par ces théoriciens ou des textes en circulation, est partie prenante de cette auto-théorisation


d'une certaine façon, ce qui se passe évoque ce qu'en dit Alain de Benoist en pensant encore à un autre contenu, quand il parle de rencontre entre un mouvement de masse et une idéologie révolutionnaire

comme quoi toute lutte est idéologique, et ne fait jamais qu'exprimer puis entériner ses limites, qui sont à un moment donné celles de "l'implication réciproque" capital-prolétariat : comme elle dépasse ces limites, c'est la question des questions, celle des dépassements à auto-produire par la lutte, que vous posez plus haut,

j'y reviendrai, ce qui nécessitera de ré-introduire le concept de conjoncture théorisé par Roland Simon (moi ici je dis le concept pas le paradigme comme TC25 * : c'est un paradigme évolutif, par définition, et de façon invariante le concept de ce qui se passe à tel moment : le concept de conjoncture ne mange pas de pudding)

* « La conjoncture n’est pas qu’un concept, c’est un paradigme théorique à voir venir au fil de l’eau. »

rêvons donc debout qu'il arrive la même chose à nos théorisations révolutionnantes... communistes !
Wink


dépassements à produire, conjoncture, luttes au-théorisantes, etc

sort sans doute du sujet, mais comme c'est venu ici là, je reprends à partir de la conversation avec Corinne Cerise plus haut. Je le reprendrai ultérieurement dans 6 - le DÉPASSEMENT À PRODUIRE de l'idéologie française occidentaliste / DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE

Patlotch a écrit:
toute lutte est idéologique, et ne fait jamais qu'exprimer puis entériner ses limites, qui sont à un moment donné celles de "l'implication réciproque" capital-prolétariat : comme elle dépasse ces limites, c'est la question des questions, celle des dépassements à auto-produire par la lutte, que vous posez plus haut,

j'y reviendrai, ce qui nécessitera de ré-introduire le concept de conjoncture théorisé par Roland Simon (moi ici je dis le concept pas le paradigme comme TC25 * : c'est un paradigme évolutif, par définition, et de façon invariante le concept de ce qui se passe à tel moment : le concept de conjoncture ne mange pas de pudding)

* « La conjoncture n’est pas qu’un concept, c’est un paradigme théorique à voir venir au fil de l’eau. »


je donne ici quelques extraits d'un courrier de Roland Simon de novembre 2015, alors esquisse d'un texte préparé pour TC 25 annoncé pour mai

R.S. a écrit:
Il se pourrait que le concept de conjoncture indique comment tenir « systématiquement » d’un côté la disparition du « sens de l’histoire », de la dialectique de l’histoire, et, de l’autre, la compréhension du cours du capital et de la lutte des classes comme une « tension à l’abolition de sa règle ». La conjoncture dit qu’il n’y a pas de dialectique du dépassement, ce n’est plus une loi : la révolution dans son processus est un retournement contre ce qui l’a produite (cf. Tel Quel, TC 24). [...]

Avec le concept de conjoncture, il ne s’agit pas d’introduire une précision, un complément dans la définition de la révolution comme communisation, il s’agit d’un renouvellement, une réorganisation du concept comme production et appropriation pensées d’un processus concret, empirique. Plus encore, il s’agit d’une appréhension du cours de la lutte de classe (c’est au présent que nous parlons de communisation). Ce concept est un outil d’analyse des luttes dans toute leur richesse, leur diversité de niveaux qui s’entrecroisent. Mais c’est aussi la fin de tout lien nécessaire entre la lutte de classe et le communisme, la nécessité ne fraye pas sa voie au travers des contingences. Il n’y a plus de raison dans l’histoire.[...]

J’en suis à me demander si dire que la contradiction contient son dépassement (même « dépassement produit ») est possible sans introduire dans la contradiction une téléologie, c’est-à-dire sans faire des particuliers des autodéterminations du tout. « Dépassement à produire » dans la formulation paraît dépasser la question, mais pose toutes sortes de problèmes redoutables.

Tout ce que contient (développe – dialectique du concept -) une contradiction ce ne serait que la remise en cause (de par les contradictions de ses particularités) du tout dont elle est la contradiction et non son dépassement (on a spontanément tendance à identifier les deux, c’est dans la distinction que pourrait jouer le « à produire »). Là on est en plein dans le concept de conjoncture. Il faut alors se différencier d’Althusser pour qui les lois de la reproduction d’une structure (d’un mode de production) ne sont pas celles de son dépassement (d’où le Parti et le génial Lénine qui sait sauter sur l’occasion). Althusser a raison et a tort. Il a, en logique formelle, raison (quelque chose ne peut être et être sa négation – Aristote et Coletti), il a tort en ce que la remise en cause n’est pas sans contenu (abolition des classes dans l’appartenance de classe) et qu’elle est la crise de l’autoprésupposition (précisément de la logique de reproduction). Cette crise de l’autoprésupposition est la crise de la hiérarchie des instances par la quelle le système existe et se reproduit. Et là on peut retrouver le dépassement des identités construites.


dans ce qui précède, il est manifeste que nous n'avons pas la même conception de la dialectique, ni la même méthodologie dialectique complexe, ce que j'ai souvent développé de façon plus théorique, alors qu'ici nous en avons une exemplarité de pratique théorique. cela est évident quand R.S. affirme :

« La conjoncture dit qu’il n’y a pas de dialectique du dépassement, ce n’est plus une loi... ». N'ayant jamais fait de la dialectique une loi, ma compréhension de conjoncture, du point de vue dialectique complexe, sort apparemment de celle de R.S. et de ses tourments avec Althusser et sa structure, du fait même que la dialectique de TC est structuraliste

« Dépassement à produire » dans la formulation paraît dépasser la question, mais pose toutes sortes de problèmes redoutables. » Même chose, et j'avais déjà ironisé sur ce point, comprenant le désarroi auquel est confronté R.S. avec son corpus sur les mains. Dans la manière dont j'ai construit "dépassement à produire" par des "luttes auto-théorisantes", je n'ai pas ce problème théorique, parce qu'il ne se pose pas en dehors des luttes, et ceci quel que soit leur contenu, autrement dit la conjoncture du moment

c'est ici que l'échange avec Corinne est intéressant, parce que conjoncture et luttes auto-théorisantes ne sont pluss chargées d'un contenu communiste a priori, c'est simplement le cours de l'histoire au présent, et nous avons évacué là tout risque de téléologisme dont parle R.S : « J’en suis à me demander si dire que la contradiction contient son dépassement (même « dépassement produit ») est possible sans introduire dans la contradiction une téléologie, c’est-à-dire sans faire des particuliers des autodéterminations du tout. »

plus intéressant est le passage

R.S. a écrit:
Avec le concept de conjoncture, il ne s’agit pas d’introduire une précision, un complément dans la définition de la révolution comme communisation, il s’agit d’un renouvellement, une réorganisation du concept comme production et appropriation pensées d’un processus concret, empirique.

Plus encore, il s’agit d’une appréhension du cours de la lutte de classe (c’est au présent que nous parlons de communisation).

Ce concept est un outil d’analyse des luttes dans toute leur richesse, leur diversité de niveaux qui s’entrecroisent.

Mais c’est aussi la fin de tout lien nécessaire entre la lutte de classe et le communisme, la nécessité ne fraye pas sa voie au travers des contingences. Il n’y a plus de raison dans l’histoire


mais pour me (re)faire l'(avocat du diable, tel que je l'avais écrit en 2012 :

Patlotch a écrit:
Sur la conjoncture comme concept nécessaire à la théorie de la communisation

Je n'ai pas grand chose à redire au développement de RS. D'une certaine façon, et d'un point de vue interne à cette théorie, il présente plusieurs avantages :

- en finir avec la "détermination de l'économie en dernière instance", dans le prolongement des réflexions d'Althusser, mais sans tomber dans son matérialisme aléatoire de la rencontre épicurienne des atomes crochus révolutionnaires.

- ranger définitivement la nécessité pour engager la révolution de conditions objectives ou subjectives au magasin des accessoires, précisément, objectivistes ou subjectivistes.

- complexifier et assouplir la présentation binaire de la contradiction essentielle [...]

Pour en finir avec mon communisme-théorique juin 2012


j'ajoutais alors

Citation :
Je pense qu'il n'est pas indispensable d'élever la conjoncture au rang de concept pour faire une théorie de la communisation au sens général (c'est-à-dire non réduite à la pensée TC). Mais peut-être la révolution n'est-elle pas théorisable, pas même un objet théorique ? Il va sans dire que si l'on prend le mot conjoncture dans son sens commun en français - au-delà même de son utilisation en économie - comme faisceau de circonstances et d'événements constituant la situation d'un objet donné à un moment donné, il est évident et quasi-tautologique d'affirmer qu'une révolution abolissant le capitalisme ne peut advenir que dans une conjoncture donnée adéquate à cette production. Hormis les avantages évoqués plus haut, pourquoi alors TC a-t-il besoin d'en faire un concept à part entière ? J'ai deux éléments d'explication : le communisme comme manque / leurre des concepts / Théorie Communiste « folie de langage » ? [...]» idem.

j'ajoute que le concept ou le paradigme de conjoncture ne me paraît toujours pas indispensable, puisqu'en lui-même, il n'a aucun contenu, tel que les concepts incontournables d'exploitation, capital, prolétariat, valeur, etc. et j'ai dit dans quelle conditions je pouvais le reprendre et l'utiliser, ne serait-ce que pour maintenir les possibilités d'une discussion théorique

le passage que j'ai trouvé intéressant fait aussi, sauf si j'ai mal compris, apparaître quelque chose de plus inquiétant : un abandon pur et simple de la dialectique des contradictions, ce qui ne me gênerait qu'à moitié si c'était celle que RS/TC ont utilisée jusque-là, et qui me paraît plus proche de Hegel que de la méthodologie réelle de Marx dont j'entends hériter dans la mienne

.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 16:07


20 avril


un mouvement de "petits bourgeois" et "bobos" "blancs" ?
Allons donc !

Sycophante a écrit:
Au moins, François Ruffin est lucide :

« Il est frappant de constater que les gens qui occupent la place de la République et d'autres places dans de grandes villes en France ne représentent pas grand-monde. Ils appartiennent grosso modo à la même classe que moi, cela dit sans aucun mépris ni jugement : la petite bourgeoisie intellectuelle, à précarité variable (...) »


Al Ceste a écrit:
Allez, on va résumer : petite bourgeoisie intellectuelle, rentrez chez vous, et limitez-vous à la bourgeoisie, pourquoi croyez-vous qu'il n'y a pas de Nuit debout à Neuilly-Auteuil-Passy ?

Patlotch a écrit:
c'est fort mal résumé. D'abord "petite bourgeoisie" avait un sens à l'époque de Marx et jusqu'au milieu du 20ème siècle, parfois encore de façon localisée, à des commerçants gros ou moyens, à des professions libérales, et si l'on veut à une petite bourgeoisie d'État, dans la haute fonction publique, à l'Université à un certain niveau, etc.

les couches moyennes d'aujourd'hui, qu'elles viennent de milieux petits bourgeois par la famille et l'héritage, ou de familles ayant pris l'ascenseur social depuis le prolétariat ouvrier ou la paysannerie, sont en voie de prolétarisation avancée, quand elles ne sont pas tombées, comme nombre de jeunes participants à Nuit Debout, dans la précarité : certains commentateurs ont dit à juste titre qu'il n'y avait pas à les opposer aux habitants des "quartiers populaires", comme "bobos" ou autres qualificatifs flous et méprisants

voilà ce que ce mouvement a de foncièrement nouveau en France, à la suite de Occupy Wallstreet, Indignados ou Syrisa, voire les "Printemps arabes" dans d'autres conditions qu'en Occident capitaliste (Japon inclus)

autrement dit, si je peux critiquer, au sens fort et théorique, ce qui se passe entre idéologues à la Lardon, Badiou, Varoufakis, Mouffe, etc., en prise réelle sur ce que porte ce "mouvement social", je ne confonds pas cette critique avec un tir à boulets rouges sur ceux qui y participent, avec espoir qu'il en sorte quelque chose, même s'il se font sûrement des illusions : ceux qui se battent pour leurs intérêts immédiats ont toujours raison, le sens que cela prend est une autre histoire


Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 16:08


21 avril


'Nuit debout : où est l'antiracisme ?'

"Lordon ne dit rien sur l'offensive contre les musulmans" (Bouteldja, PIR) 11/04/2016

Frédéric Lordon, qui occupe le devant de la scène du mouvement "Nuit Debout", parle-t-il assez des quartiers ? Non pour Houria Bouteldja, porte-parole du Parti des Indigènes de la République, auteure de Les Blancs, les Juifs et nous (Ed. La Fabrique) et interrogée par Judith Bernard

Houria Bouteldja a écrit:
J'écoute Frédéric Lordon, je l'aime beaucoup, je le respecte, il m'apprend beaucoup, m'a permis de m'intéresser à la question de l'Europe, à la question de l'abandon de l'euro (...) Il n'en reste pas moins que j'ai écouté ses interventions, notamment celle de Tolbiac [qui avait retenu l'attention de notre matinaute].

Il fait un super discours, très enflammé, j'aime beaucoup.

Mais il y a un hic : depuis le 13 novembre, il y a eu 3 000 perquisitions chez les musulmans, dont deux ou trois ont été effectives. 3 000 familles ont été perquisitionnées de manière violente. Beaucoup de quartiers populaires sont traumatisés par ces perquisitions.

Pas un mot ! Il ne s'est rien passé. Il ne dit rien sur l'offensive idéologique raciste complètement décomplexé depuis les attentats, qui stigmatise les quartiers et en particulier les musulmans.



Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 16:12


à proprement parler pas un commentaire personnel, mais de quoi éclairer ce qui s'en suivra, quant à une absence remarquée des "quartiers populaires" dans Nuit Debout, et sans doute aussi dans les Manifestations anti-Loi travail, malgré le grand nombre de "capuches", un look qui, en sus de son efficacité pour passer incognito, est adopté bien et delà des banlieues populaires et des non-Blancs


« Les tentatives de Nuit debout en banlieue se multiplient mais peinent à mobiliser les quartiers »

L'Express AFP 20/04/2016


Des gens se rassemblent pour une Nuit debout à Bobigny,
en banlieue parisienne, le 17 avril 2016 afp.com/THOMAS SAMSON

Citation :
Bobigny - Comment aller de la place de la République à la banlieue parisienne' Des initiatives éparses sont prises pour amener le mouvement citoyen Nuit debout dans les quartiers populaires, mais cette démarche peine pour l'heure à dépasser les cercles associatifs traditionnels.

Ivry, Saint-Denis, Cergy, Mantes-la-Jolie... Une quinzaine de villes au-delà du périphérique ont déjà accueilli au moins une Nuit debout, à la suite de celle organisée à Montreuil le 8 avril, une semaine après le lancement du mouvement à Paris.

Le 10 avril, une "commission banlieue" se mettait en place à République, pour favoriser la "convergence des luttes". Mais dès le 4 avril, David Cousy, un militant associatif de Créteil, avait lancé sur Twitter le mot-clé #BanlieueDebout, pour permettre une mobilisation "autonome".

"J'étais agacé d'entendre à République qu'il fallait envoyer des délégués pour expliquer aux gens de banlieue comment faire", raconte ce président de l'association Créteil 3.0, convaincu qu'un "transfert vers les quartiers populaires est en train de s'opérer".

Pourtant, rares sont les habitants issus de l'immigration à s'exprimer dans ces premières "Banlieues debout", qui réunissent entre quelques dizaines et 200 personnes.

"On n'arrive pas à sortir des réseaux habituels de militants, déjà politisés", constate Aurélien Franckel, membre du Club des acteurs citoyens 93. "Aux pieds des immeubles, au quotidien, il y a plein de conversations. Mais la Nuit debout, ça ne leur parle pas", estime ce cadre territorial en Seine-Saint-Denis.

"Les Nuits debout, on les a déjà faites en 2005", lors des émeutes urbaines parties de Clichy-sous-Bois, grince un jeune lors du rassemblement organisé dimanche soir à Bobigny. Une professeur d'histoire-géo évoque la "résignation" des banlieues, et le "fossé" des préoccupations entre les jeunes de République et ceux des quartiers.

Pourquoi les jeunes des cités sont absents' "Quand la société ne reconnaît pas leur place, du moins symboliquement, ou quand on se sent dominé, il est difficile de se sentir légitime pour se lancer et s'inscrire dans cette mobilisation", explique Aurélien Franckel.

- "Ce qu'il faut, ce sont des actions" -

A Pantin, mardi soir, une petite centaine de personnes sont réunies sur une place de marché: les orateurs, d'origines et d'âges variés, parlent du non-remplacement des enseignants, des violences policières, du lombricompost, de la loi travail ou de l'aide aux migrants du campement parisien de Stalingrad.

Ici la mobilisation est partie de réunions entre des militants d'extrême gauche et des associatifs, avec une "volonté de réveiller le réseau militant endormi, maintenir un souffle d'enthousiasme", explique Pauline, 28 ans, ex-membre du Nouveau Parti anticapitaliste.

Ailleurs, comme à Saint-Denis ou Ivry, ce sont les majorités municipales communistes qui ont soutenu les premiers pas, prêtant les tentes, les chaises ou la sono. A Saint-Ouen ou à Marne-la-Vallée, près de l'université, des collectifs non partisans sont à la manoeuvre.

"Ça me dérange que certains rassemblements soient organisés par des syndicats étudiants ou des militants politiques", réagit Almamy Kanouté, militant associatif de Fresnes (Val-de-Marne).

Question de temps pour que ça prenne en banlieue' "Le mouvement est encore dans l'amorce, les gens sont encore dans l'observation", plaide Almamy Kanouté. "Pour l'instant, on reste dans l'entre-soi. Il faut aller au coeur des quartiers."

Pour lui, qui a pris la parole à "Répu", "les AG, les commissions, quand on est habitué à vivre dans l'urgence en banlieue, ça ne suffit pas pour mobiliser. Ce qu'il faut, ce sont des actions, c'est ça qui interpelle les gens".

"Banlieue debout reste lié à Nuit debout, mais ne regarde pas la place de la République comme un exemple à copier. La mobilisation, si elle ne veut pas s'essouffler, doit montrer des visages différents, avec des identités propres", assure David Cousy.

Pour Fouad Ben Ahmed, cadre municipal à Bondy (Seine-Saint-Denis), encarté au Parti socialiste, "la question n'est pas +pourquoi ça ne prend pas en banlieue '+ Cette mobilisation est à République, et les habitants des quartiers y sont aussi: je m'y suis rendu comme beaucoup d'amis mais il n'y a pas écrit +banlieue+ sur notre front..."


Montreuil : Nuit Debout tente une incursion de l’autre côté du périph’ N.R. Le Parisien 10 Avril 2016


Montreuil, vendredi 8 avril. Sur le modèle des soirées militantes de la place de la République à Paris,
une « Nuit Debout » a été organisée à Montreuil à l’initiative des lycéens
. (DR.)

Citation :
« A République, on nous disait qu’il fallait diffuser les Nuits Debout en banlieue. On a décidé de répondre à cet appel », explique Henni Darrat, 18 ans, en première au lycée Eugénie-Cotton à Montreuil. Ce week-end, c’est devenu une réalité. Dans la soirée de vendredi à samedi, les premiers manifestants se sont réunis place Jean-Jaurès à Montreuil.

Ils étaient près de 200, selon la préfecture, à se tenir chaud jusqu’à 2 heures du matin.

A l’initiative de ce mouvement rebaptisé par certains « Banlieue Debout », figurent des lycéens des quatre établissements de la ville. Ils étaient déjà très mobilisés contre la loi Travail. Henni, le jeune lycéen de Montreuil, était devenu un inconditionnel des rassemblements de la place de la République. « J’y passais tous les soirs une à deux heures », explique-t-il. La semaine dernière, il a donc reçu cinq sur cinq le message d’un activiste de la place de la République qui proclamait : « Si on réussit à faire converger les Parisiens et la banlieue, là ils vont avoir peur ».


Certains rebaptisent le mouvement « Banlieues debout ». (DR.)
« Pas les mêmes classes sociales » qu’à Paris

Vendredi soir, dès 19 heures, Henni et une soixantaine de lycéens sont passés aux travaux pratiques. Inspirés par les indignés parisiens, les Montreuillois veulent tout de même se démarquer : « Nous n’avons pas pas les mêmes classes sociales, même s’il y a quelques bobos », remarque Henni. Côté logistique, les Castors Bio ont assuré la dînette, la mairie a prêté le matériel. « Nous avons même eu un membre de Podemos », glisse Henni. C’est en fait un représentant parisien du parti Espagnol qui est venu à la rencontre des Montreuillois.

A la bibliothèque Robert-Desnos, Denis Lachaud, écrivain et comédien, a animé un débat intitulé : « La révolution comme champ des possibles ». Gaylor Le Chequer, adjoint au maire (Front de Gauche), y a fait un tour, tout comme le maire Patrice Bessac et quelques élus. L’équipe municipale observe avec « bienveillance » cette mobilisation. « Nous sommes une ville de tradition revendicative, le mouvement citoyen doit prendre toute sa place», analyse l’élu, en soulignant : « il est important que cette initiative reste apolitique ».

Henni y tient aussi. Il appartient au Comité des citoyens montreuillois. « C’est une association sans étiquette », précise le jeune homme. La formation dispose de six élus au conseil municipal fédéré autour du groupe Montreuil ma ville j’y Crois, qui invitait aux dernières municipales à rallier Jean-Pierre Brard, l’ancien député-maire alors apparenté PCF.

Samedi, la nuit tourne court, les militants gagnent République

Samedi soir, les protestataires de la place Jean-Jaurès ont retenté une nouvelle Nuit Debout. Une centaine de personnes les ont suivis. Mais dès 19 h 30, sous la petite pluie fine, les jeunes militants ont rassemblé leurs affaires. « On a appelé à faire Nuit Debout à République. Il y a plus de monde et plus d’ambiance », reconnaît Henni.

Nuit Debout Montreuil fera-t-elle école ? Les lycéens réfléchissent à une suite. Peut-être le week-end. Ailleurs, dans le 93, une Nuit de la Résistance, mêlant habitants, parents d’élèves et étudiants, est annoncée à Saint-Denis, mercredi 13 avril à 18 heures devant la mairie et la Basilique. A Aubervilliers, le réseau albertivillarien contre la loi Travail (élus PCF-FG, CGT, lycéens et associatifs) en fera de même samedi 16 avril, à 17 heures.

Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 16:16


RS relevait dans un commentaire l'absence d'une expression autonome (ou auto-organisée) des femmes en tant que telles dans Nuit Debout et les luttes anti-Loi travail. Concernant Nuit Debout, le problème de la légitimité de réunions non mixtes de femmes est pourtant venu très fort, avec un écho médiatique certes moins assourdissant que le communautarisme des "indigènes", dès qu'ils se mêlent de s'autonomiser pour se défendre en France...


conflit de genre, le jour la nuit, debout les femmes

De l’utilité de la non-mixité dans le militantisme 21 avr. 2016 carolinedehaas

Citation :
Depuis quelques jours, la décision de la commission féminisme de Nuit Debout d’organiser des réunions non-mixtes fait débat. Elle rencontre même de franches oppositions, voire de l’agressivité. C'est pourtant un outil indispensable pour notamment permettre la prise de parole des femmes, lutter contre le sexisme et les discriminations.

(Intéressant de noter que quand 15 ou 20 femmes décident de se réunir entre elles, le nombre de tweets et de papiers que cela peut déclencher. Il se passe chaque jour à la surface de la planète des centaines de réunions politiques, syndicales, professionnelles composées à 100% d’hommes sans que cela ne froisse personne.)

Lorsque nous avons créé l’association Osez le féminisme, en 2009, nous nous sommes posées la question de la non-mixité. Nous y avons assez vite répondu par la négative. Je me rappelle qu’à l’époque, on se disait : « les choses ont changé depuis les années 70, les rapports sociaux ont évolués et aujourd’hui, on peut construire l’égalité dans un espace mixte ». Ha ha ha ha.

Cela nous a pris 6 mois pour comprendre.

C’est notamment la médiatisation de l’association qui nous a fait percuter que la mixité, même dans un mouvement féministe, ne garantissait pas l’égalité.

Lorsque des premiers articles ont été écrits sur le mouvement, les journalistes nous demandaient quasiment à chaque fois « Et, vous avez des hommes ? ». Quand nous répondions par l’affirmative, les journalistes insistaient pour les interviewer. Un peu comme si le fait d’avoir des hommes rendait l’association plus légitime.

Un soir, j’étais absente d’une réunion des sympathisant.e.s. Une télé était venue filmer la réunion. J’appelle les copines dans la soirée pour savoir comment cela s’est passé. « C’était super, beaucoup de monde. Par contre, il y a 3 mecs qu ont monopolisé la parole ». C’était la première fois que des caméras s’invitaient à une de nos réunions. Et c’était la première fois qu’on remarquait une inégalité dans la prise de parole. Le mois d’après, lors de la réunion suivante, je me cale dans un coin de la salle avec mon cahier. Et je compte. Le nombre de prises de parole de femmes, d’hommes et leur temps de parole respectif. Les interventions étaient toutes limitées à 3 minutes par personne. Dans la salle, une centaine de personnes, 85% de femmes. A la fin de la rencontre, 33% des femmes présentes et 45% des hommes présents avaient pris la parole. Les femmes avaient parlé en moyenne 2 minutes, les hommes 4 minutes. Dans une réunion féministe, avec 85% de femmes, nous reproduisions les inégalités dans la prise de parole.

Alors, me direz-vous ? Est-ce grave de ne pas avoir le même temps de parole ? Hum… Observez dans n’importe quel espace social comment se conquiert le pouvoir. Comment progressent les carrières. Comment naissent les responsables politiques, économiques, sociaux ou culturels. Par la parole. Donc oui, l’accès à la parole est déterminant. Sans accès à la parole, c’est plus difficile d’organiser sa pensée, de la confronter, de progresser, de prendre des responsabilités.

On entend depuis quelques jours « mais c'est grave, vous inversez la discrimination ». Sérieusement. Vous comparez une réunion d’une durée limitée, rassemblant un nombre restreint de personnes à un système politique, économique, social dans lequel nous vivons chaque jour ?

Oui, chaque jour. Nous vivons dans une société dans laquelle on nous rappelle systématiquement (ou de manière systémique) que nous sommes des femmes. On cherche un boulot ? On monte dans un bus ? On se promène dans la rue ? On ouvre un magazine ? On discute avec les parents lors d’un repas ? On regarde un film ? On joue à un jeu vidéo ? On veut avoir un enfant ? On ne veut pas en avoir ? On veut faire de la politique ? On demande une augmentation de salaire ? Bref. Tout le temps. Partout. Ce monde nous envoie un message clair : vous êtes des femmes. Et ce message n’est pas positif.

Alors si on peut créer des espaces d’échange, de dialogue, de partage des expériences et de la pratique, pour en parler et trouver un moyen de sortir de cette situation, c'est tant mieux. Comme le souligne à juste titre Crêpe Georgette dans un article sur le sujet 3, lorsqu'on fait des réunions mixtes sur l'égalité ou le féminisme, on passe une bonne partie de la réunion à expliquer pourquoi il y a encore besoin de se battre.

Il y a quelques années, toujours à Osez le féminisme, nous avons eu une réunion sur les violences sexistes et sexuelles. Il n’y avait, c’était un hasard, que des femmes. Au cours de la réunion, des témoignages sont apparus. Des femmes, qui n’avait jamais parlé, ont pris la parole. En ce qui me concerne, c’est la première fois que j’ai parlé en public du fait qu’un homme m’avait violée.

Le cadre non-mixte permet entre autres de participer à lever la chape de plomb des violences sexistes et sexuelles que nous subissons. Et ce n’est pas rien.

Ce dérange ? C’est normal. Que des personnes discriminées, victimes de violences, s’organisent entre elles pour trouver un moyen de changer la société, ça ne s’est jamais fait sans déranger. Tant mieux. C’est sans doute que nous avons touché juste.


Caroline De Haas, militante féministe


NB : quelques journalistes se sont émus sur les réseaux sociaux de l’organisation d’un camp d’été non-mixte, ouvert uniquement aux personnes non-blanches. Remplacez le mot « femme » par « noir.e » dans ce texte. C’est le même mécanisme.


Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 16:18


23 avril, d'échanges dans le Club Médiapart


le mur des possibles impossibles

et le murmure des murs qui ont des oreilles

Alexis Flanagan a écrit:
Je me dis finalement que les réactions d'hostilité au papier très équilibré de Faïza Zerouala m'évoquent l'unanimisme Je Suis Charlie qui intimait à chacun de se taire et à tout le monde de penser pareil.

c'est la continuité de ce que j'ai essayé de cerner comme l'idéologie française et sur quoi Emmanuel Todd a fait preuve de plus de flair que de sérieux scientifique

Alexis Flanagan a écrit:
Heureusement, Nuit Debout, ce n'est pas cela. Mais je commence à croire que pour que ce mouvement ouvre des possibles, il va falloir trouver le chemin d'une réconciliation à gauche sur le terrain de la laïcité. Ce n'est pas facile, tant l'extrémisme laïcard devient violent. Sans cela, je n'y vois aucun avenir.

c'est vrai, Nuit Debout n'est pas que cela. Quant à la "réconciliation à gauche", pourquoi ce critère politique, est-il retenu, alors qu'il ne rend pas compte en profondeur des rapports socio-économiques, de classes, de "race", de "genre", sexe social, assigné à être "homme" ou "femme" à tel point que certain.e.s se font charcuter pour se définir comme "trans" ?

la laïcité, c'est une histoire essentiellement française (1% de la population mondiale, en vieillissement et diminution), et les laïcs progressistes n'y participent pas moins que les "laïcards" anti-voile. Il convient de s'élever de ces catégories et champs français de la critique valant sur tout ce qui se passe dans le monde, cet enfermement intellectuel a bien duré, et ses bonnes intentions humanistes universalistes abstraites se heurtent aux réalités, qui viennent à la surface même en France, mais...

ça fait peur, comme les classes dangereuses ont toujours fait peur aux bourgeois et petits bourgeois : malheur, le Lumpen prolétariat n'est plus celui de Marx, supplétif objectif de la police - la version des gauchistes comme de la CGT et du ministère de l'intérieur -, et les brûleurs de la République debout la nuit dernière, c'est qui, mise à part la mesure préfectorale ridicule, prise pour la galerie, d'interdire la consommation d'alcool ? La tragédie sociale tourne en farce dans son vain, de tous côtés qu'on la prenne

Alexis Flanagan a écrit:
Mais si cela se produit, alors tout est possible

n'est possible que ce qui est probable, produit nécessairement à un moment donné de contradictions posées dans les luttes : qu'est-ce qui en est posé, par Nuit Debout, et qui trouverait un écho dans le Cloube ?

la boucle se boucle : les prolos et les zyva des ban-lieux sont aussi absents de Nuit Debout que leur parole dans le Cloube, that is the question, et la raison essentielle pour laquelle je me casse, de classe et de race, qui n'est pas socialement celle qui s'exprime, à la nausée dans son aveuglement volontaire, chez Médiapart

.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 16:21

24 avril, repris ici bien sans commentaire, puisqu'on arrive fin avril, que Nuit Debout commence à s'enliser, que le "rebondissement Loi-travail" n'a pas encore eu lieu, mais que la question n'en ai pas moins posée...


« Faut maintenir la colère et bloquer l’économie »

mais quand il est besoin de dire "il faut"...

Nuit debout et les ouvriers : la convergence est hésitante 20 avril 2016 / Sarah Lefèvre (Reporterre)


Après trois semaines d’existence, la Nuit debout s’est enracinée. Mais ses assemblées semblent réunir surtout des urbains des classes moyennes, des étudiants et/ou des précaires. Des ouvriers commencent à y venir. La convergence s’établit lentement.

Citation :
« Tant mieux que les gens discutent politique et se posent des questions sur la société, mais c’est difficile de passer la nuit dehors et d’aller au travail le lendemain », confiait Armonie Bordes par courriel, il y a une semaine. Elle n’était pas encore venue place de la République [1]. L’ancienne dactylo et figure de Lutte ouvrière à Pantin préfère les outils traditionnels : « Les grèves, les manifestations, là où les ouvriers sont forts et concentrés. Dans les usines, les entreprises, les quartiers, pour imposer au patronat, au gouvernement un rapport de force en leur faveur. »

Place de la République, à Paris, mercredi 13 avril, 16 h 45. La pluie commence à tomber. À côté d’une bannière flambant neuve « Commission Grève Générale », une poignée de jeunes activistes tente de s’abriter. « Il ne faut pas oublier les raisons pour lesquelles nous nous sommes rassemblés ici le 31 mars. » Antoine, cofondateur de Grève générale, tend le tract distribué ce matin-là aux cheminots réunis à la gare Montparnasse. « Nous sommes les milliers de travailleurs, chômeurs, précaires, lycéens et étudiants qui se mobilisent depuis un mois contre la loi injurieuse du gouvernement Hollande. » Premières lignes enthousiastes. Lui fait plutôt grise mine : « On est un peu amers. On a passé un appel ces cinq derniers jours à chaque assemblée générale pour que les gens de Nuit debout soient vraiment présents avec nous ce matin. On était 20 ! »


« Que le pays tout entier débraye »



La commission Grève générale se réunit

L’étudiant en philosophie vient d’un milieu « naïf, artiste », comme il dit. « J’ai une mère féministe, je suis de gauche, j’ai toujours été de gauche, peut-être de manière un peu débile, d’ailleurs. » C’est un cours sur Marx qui, comme un électrochoc, lui a donné envie de « bouger ». Il n’y a qu’une solution, selon lui, pour que le mouvement décolle : « Le blocage de l’économie. Parce que la seule chose qui fera retirer cette loi travail, c’est la grève générale. » Ils sont huit, aujourd’hui, travailleurs, intermittents ou chômeurs, à gérer la commission, c’est-à-dire à prendre contact avec le monde ouvrier pour mener des actions communes. Leur objectif : faire tomber le projet de loi sur le travail.

Frédéric Lordon, l’un des initiateurs du mouvement, n’a cessé d’évoquer ce « rêve » lors de ses derniers discours sur la place parisienne. « Un mouvement qui ne se donne pas d’objectif politique s’éteindra rapidement. » Le 9 avril, le philosophe et économiste atterré achevait ainsi son discours : « Nous savons bien que la grève générale ne se décide pas d’un claquement de doigt. Mais peut-être pouvons nous aider à y basculer et, pour ce faire, en rappeler les immenses vertus. La grève générale, c’est que le pays tout entier débraye. Le pays est bloqué. » Bloquer pour que tout se débloque. La foule scande à l’unisson : « Grève générale ! » Mais pourquoi tarde-t-elle à se mobiliser, à sortir de la place pour réaliser la convergence des luttes affichées depuis le début de cet élan populaire ?


Le verso du tract pour les cheminots
distribué gare Montparnasse mercredi 13 avril


Du haut de ses 21 ans, Antoine avance une explication : « La lutte des classes inconsciente. » Il hésite avant de poursuivre : « Il y a quelque chose qui n’est pas complètement faux quand on dit que Nuit debout est un mouvement de classe moyenne au sens de Bourdieu. Pas des riches, non, mais beaucoup compensent leurs défauts économiques par un grand capital culturel. Et aller se confronter à des travailleurs qui ont des contraintes monumentales qui leur tombent dessus et nous rétorquent : “Bossez, faites comme nous et payez vos impôts.”… Inconsciemment, les gens ici ne sont peut-être pas prêts à faire cet effort, même s’ils applaudissent quand on parle de le faire. »

La route est longue, les conflits, centenaires. Comment réconcilier Antoine et Armonie, le monde des jeunes et des vieux urbains, celui de la petite bourgeoisie intellectuelle et celui des classes populaires, des banlieues et des campagnes ?

« Faut maintenir la colère et bloquer l’économie »

Mais les ouvriers des usines et des services ont-ils tout simplement entendu parler du mouvement citoyen Nuit debout ? « De loin ! On s’est demandé de quoi il s’agissait avec mon fils l’autre soir ! » Sylviane Rosière, ancienne ouvrière dans une usine de décolletage en Haute-Savoie a publié ses mémoires en 2010 dans Ouvrière d’usine ! Après qu’on lui a expliqué ce dont il s’agit, elle réagit au quart de tour : « Tant mieux que l’on ait encore les jeunes pour se préoccuper du travail. Ils sont loin d’être endormis comme certains le disent. Mais la bataille contre les lobbies et le politique est déséquilibrée ! » Dur de mobiliser les jeunes générations, de moins en moins familières avec l’animal syndical. « Il y a de nombreux jeunes diplômés qui ont un CAP, un BTS ou un Bac + 2 à l’usine, poursuit-elle. Nombre d’entre eux sont intérimaires aussi. On est pourtant tous pareils devant la chaîne, mais plus personne ne se sent ouvrier. »

À Rouen, Jean-Pierre Levaray scrute et photographie la place « en tant que spectateur », tempère-t-il. « Mais nous sommes dans
la ville de Laurent Fabius, bastion socialiste, et les flics ne ménagent pas les jeunes. Ils en ont arrêté sept le premier jour. Sans parler des vacances… Nous n’étions que trente hier. Faut maintenir la colère et bloquer l’économie », conclut l’auteur de Putain d’usine, ancien employé dans une usine de produits chimiques de la région.

« J’ai appris l’existence du mouvement quand j’ai entendu qu’Alain Finkielkraut s’était fait virer de la place ce week-end ! » Boubakar Oulsaad est agent d’entretien à Uckange, en Moselle, zone qui a subi de plein fouet la fermeture des hauts fourneaux. Lui n’a pas vu naître de Nuit debout en bas de chez lui. La plus proche est à Metz, à une demi-heure de route. Il regrette que les médias ou les syndicats ne s’en fassent pas plus le relais. « On n’en parle pas encore au boulot. Et à la télé, ils n’en parlent pas beaucoup non plus. Avant, il y avait des relais intellectuels locaux, des relais d’information que l’on retrouve moins ou plus du tout aujourd’hui. »

« La lutte est-elle transmissible ? »


Relais intellectuels… L’expression fait écho aux prémices de la mobilisation citoyenne, née du succès du film de François Ruffin, Merci Patron !. Le documentaire satirique a dépassé les 300.000 entrées en moins de huit semaines. Les avant-premières ont donné lieu à des débats grisants et animés. Ce qu’aimerait poursuivre l’équipe de Comme des lions, de Françoise Davisse, qui raconte la lutte des salariés de l’usine PSA-Aulnay, filmés pendant les deux ans de combat contre sa fermeture. « La lutte est-elle transmissible ? » C’est le thème qui a lancé le débat samedi dernier dans le seul cinéma qui projetait le film à Paris. Philippe Julien, de la CGT PSA et protagoniste du documentaire, conçoit le film comme une « arme » pour inciter les salariés à se mobiliser contre la loi travail.


Marc, salarié de Renault Guyancourt venu soutenir la Grêve générale.

Si la montagne semble infranchissable depuis la place de la République pour rassembler les foules vers des actions concrètes, les ouvriers de PSA en savent quelque chose. Sur les 3.000 salariés de l’usine, 600 ont décidé de stopper les machines durant quatre mois. « “Une grève minoritaire”, qu’ils disaient, mais suivie, et aucune voiture n’est sortie durant cette période ou bien, il n’aurait pas été bon de l’acheter ! » 600 sur 3.000 : ces chiffres montrent les difficultés à rassembler au sein d’un lieu commun, avec un objectif clair et ce, même quand tous les salariés savent qu’ils finiront par perdre leur emploi.


Jérôme, salarié de Renault Guyancourt, venu organiser une action commune
avec les occupants de la place de la République.

Au sein de l’usine, mais au-delà ? Une femme interroge Philippe Julien sur la condescendance de certains syndicats à l’égard du mouvement citoyen. « On est très contents que les jeunes se préoccupent du blocage de l’économie, mais ce sont ceux qui travaillent aujourd’hui qui doivent s’y mettre. » Et d’ajouter : « Nous devons occuper toutes les places, mais aussi toutes les facs et toutes les usines. Sans parler des salariés des services, des banques, des assurances et des services publics, que l’on doit mobiliser aussi. » Un homme à la barbe poivre et sel, enfoncé dans son fauteuil, prend alors le micro pour se rappeler d’une année marquante : « Tout en ayant aujourd’hui un pied avec les syndicats et le parti communiste, j’étais étudiant en 68 et je me rappelle à quel point nous avions du mal à créer un véritable dialogue entre les étudiants et les travailleurs. On manifestait ensemble, ça se passait très bien, mais ensuite chacun retournait chez soi. »

« Il faut souffler sur les braises »

Doucement, de plus en plus d’ouvriers isolés se manifestent sur les places. Un salarié de la Poste a par exemple pris le micro dimanche soir « pour la première fois devant autant de monde ». Il fait partie de cette catégorie d’ouvriers qui n’existe pas, qui n’existe plus comme il dit : « Il y a une ’invisibilisation’ de la condition de ces travailleurs, qui sont de moins en moins, voire plus syndiqués du tout. Pour changer les choses il n’y a pas 36 solutions... La grève générale ».

Place de la république, mercredi 13 avril, le soleil est revenu. Antoine et consorts, sont assis en cercle. C’est l’heure de leur assemblée. On débat des prochaines actions à mener. Une dizaine de salariés de Renault Guyancourt est en visite. Ils sont venus « soutenir les petits jeunes » ainsi que leur copain, Henry, l’ingénieur prestataire licencié après avoir envoyé un mail aux syndicats faisant la promotion de Merci Patron et du journal Fakir.

« J’aimerais bien proposer aux collègues de Renault de faire un point sur l’impact de la boîte sur l’économie française ? » lance Antoine. « A part le technocentre où il y a 12 000 personnes, répond Marc, ingénieur, le groupe a beaucoup délocalisé sa production ces dernières années. » Avec son collègue Jérôme, ils expliquent le problème : 45.000 salariés en France, mais ce nombre ne cesse de baisser, tout comme celui des ouvriers. Tous deux militent chez Sud, mais ils sont venus ce jour-là « sans bannière, à titre personnel ». De son côté, Patrick Schweizer, ex-ouvrier de Billancourt, observe la convergence des luttes avec bienveillance : « Il faut que ça dure le plus longtemps possible. Il faut souffler sur les braises ».


Devant le technocentre de Renault le 19 avril

Une semaine plus tard, mardi 19 avril, la commission Grève générale et les Renault ont mis sur pied leur première action. De bonne heure. Ils se sont donnés rendez-vous à 7h30 au technocentre de Guyancourt dans les Yvelines. Une centaine a mis le réveil pour une nouvelle journée debout. « On les a postés à plusieurs entrées, raconte Marc l’ingénieur. C’est avec des chants et des prises de parole que les salariés du Technocentre ont été accueillis dans la joie et la bonne humeur mais avec une demande forte : Il faut qu’ils prennent conscience que cela ne peut plus durer et qu’il faut se mobiliser tous ensemble contre la loi travail et vers une grève générale. » Des copains de la toute fraîche Nuit debout de St Quentin en Yvelines les ont rejoint. « On verra le 28 avril si plus de collègues se manifestent », conclut-il. Dans un communiqué commun, sept syndicats de salariés, d’étudiants et de lycéens appellent à une nouvelle journée de grève nationale ce jour-là.

Hier soir, mardi 19 avril, la première Nuit debout a eu lieu à Pantin, place Olympe de Gouges, « sous les fenêtres d’Hermès ». Armonie y était. Elle m’apprend que le Ciné 104 projettera Comme des Lions le soir de la grève, en présence de la réalisatrice Françoise Davisse et « des copains ». Puis elle demande : « Alors c’est comment la Répu ? ».

Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 16:24


il me semble que RS reprendra l'idée voire la formulation dans son texte du 3 mai sur dndf. Pour moi cela prolongeait le questionnement avec Corinne Cerise quant à luttes auto-théorisantes en rapport ou pas avec un contenu de dépassement des limites actuelles


25 avril

Nuit debout est un mouvement qui ne s'auto-comprend pas

d'un échange dans le Club Médiapart

Timothée Aldebert a écrit:
1) Quelle(s) différence(s) faites-vous entre ligne revendicative et politique ? L'un n'implique-t-il pas l'autre ?

c'est un peu du basique des luttes depuis la fin du 19ème siècle. J'en ai dit quelques mots dans le fil sur la CGT et Bernard Thibault, au titre significatif, entre syndicalisme et politique, comme on bon temps de " la CGT courroie de transmission du PCF" : « Il faut ouvrir le chantier pour gouverner autrement »

Marx disait en substance qu'il n'y a pas de lutte sociale qui ne soit politique et réciproquement. Mais à cette époque, il voyait une possibilité révolutionnaire en la politique, c'est ce qu'on appelle le programmatisme ouvrier, les étapes socialistes d'Etat vers "le communisme"

la revendication est une demande à l'Etat et au patronat, non leur mise en cause et celle du capital comme économie politique. Les programmes politiques de gauche, depuis longtemps, sont des compilations de revendications à satisfaire, pas des remises en cause de l'économie politique, même comme l'envisageait les étapes du marxisme et du mouvement ouvrier ancien, et caduque, avec sa complémentarité luttes revendicatives aux syndicats/luttes politiques aux partis

dans Nuit Debout, il y a donc adéquation entre les leaders et idéologues et les occupants des places, du moins dans la majorité de ce qu'ils expriment. C'est cela qui se cherche, et finira pas se trouver, avec tel ou tel candidat à la présidentielle

Timothée Aldebert a écrit:
2) Quelle approche des syndicats recommanderiez-vous dans ce cas ?

aucune, ou de considérer les syndicats pour ce qu'ils sont pas nature, des outils de défense de la condition de prolétaire, à mettre au boulot pour le capital dans de bonnes conditions. Les luttes qui compteront affronteront les limites du système, et ne seront plus portées ni par les syndicats ni par les partis politiques : elles seront auto-organisées

Timothée Aldebert a écrit:
Ou plutôt, dans l'optique du retrait du projet de loi, quelle serait la bonne stratégie selon-vous ?

il est vrai que le passage de Nuit Debout au niveau "existenciel", ou "imaginaire démocratique" comme dit Plenel (Spiritualité démocratique selon Corcuff), a mis au second plan la revendication de retrait de cette loi (d'où l'intérêt de l'article de T. Franck, 2013, sur Occupy Wall Street)

c'est un clair passage du revendicatif au politique, avec les contradictions internes au mouvement : on veut la vraie démocratie tout en suivant les mots d'ordre de leaders tels que Lordon, de théoriens tels que Mouffe, et  scratch  les conseils de Plenel qui dit pas n'en donner

pour d'autres raisons que le niveau très faible de ce mouvement, pas de grève, pas de blocage, aucun souci pour l'économie et le commerce, le projet de loi ne sera pas retiré, ou en apparence pour préserver l'essentiel : il correspond à un moment nouveau dans la crise économique, et l'on obtiendra qu'un compromis où ils feront passer l'essentiel, un peu plus de flexibilité et beaucoup moins de sécurité. Regardez les revendications des syndicats, et vous verrez qu'ils préparent déjà ce compromis. C'est le PCF et la CGT qui ont inventé le concept de flexi-sécurité, dès les années 90 (l'économiste Paul Boccara...)

tous les textes sur le travail depuis vingt à trente ans vont dans ce sens, y compris le temps partiel, les 35 heures, etc. Les droits donnés aux femmes ont servi de tremplin, dès es années 80, pour étendre à tous une flexibilité correspondant à un meilleur taux de productivité réel

voyez-vous, quand on se pique de comprendre un mouvement tel que celui-là, il ne faut pas le faire en amateur, et là, ce n'est pas votre jeunesse de stagiaire qui est en cause, parce que de supposés bien plus armés que vous n'y comprennent rien non plus

je n'ai pas à proposer de stratégie, je ne suis pas le pape Lordon et ne prend pas pour un leader objectif. Mais là ce serait trop long. Voyez ma réponse à Segesta ici "totalité" capitaliste, théorisation communiste et luttes diverses

Timothée Aldebert a écrit:
Enfin, si ma "propagande" ou mon "manque de sérieux" vous posent problème, n'hésitez pas à faire l'impasse sur mes commentaires / billets de blog / articles, je ne vous en tiendrai absolument pas rigueur !

ce n'est pas un problème personnel

vous prenez mal "propagande", mais dans le temps ça n'avait pas de connotation péjorative (Liebknecht : Studieren, Propagandieren, Organisieren). Le militantisme politique est le plus souvent un objectivisme et un subjectivisme : il se passe ça, il faut faire ça, ya ka faire ça, et l'on s'étripe entre militants. Je ne suis pas de cette race, mais de ceux qui analysent ce qui se passe, essayent de le formuler, et si c'est juste et bon, l'effet est performatif, les idées rencontrent un mouvement réel, à condition que celui-ci soit mûr pour comprendre ce qu'il fait : Nuit debout est un mouvement qui ne s'auto-comprend pas


26 avril


Nuit Debout

lutte auto-théorisante ou mouvement qui ne s'auto-comprend pas ?


Lordon leader minimo à la hauteur

Corinne Cerise a écrit:
Je trouve très pertinent que vous ayiez pointé que les luttes auto-théorisantes n'étaient pas nécessairement révolutionnaires, mais pouvaient aussi être réformistes par exemple.

Je viens de visionner 4 ou 5 vidéos youtube relatives à Nuit debout (et al.) et il est effectivement stupéfiant de constater comment le discours et le "faire" sont imbriqués et provoquent un effet boule de neige et s'auto-théorise, sur des concepts comme la démocratie et le travail par exemple et ce qu'ils/elles veulent en faire. Si j'ai bien compris le concept de luttes auto-théorisantes, bien sûr.

Mais le plus surprenant dans tout ça n'est pas tant le populisme/citoyennisme assumé au plan idéologique que le strict programme d'Etat qui en découle, comme s'ils/elles voulaient revenir au gaullisme, la "démocratie" (?) en plus. On a beau ironiser ou argumenter là-dessus sur Médiapart, c'est quand même tragique, non ?

Cette vidéo de Lordon est typique, c'est hallucinant


Frédéric Lordon à la bourse du Travail

"Nuit Debout : L'Étape d'Après"




Lordon : « Nous avons même comme projet de contrarier sérieusement une ou deux personnes » [applaudissements]

j'avais quand même ajouté que ce mouvement ne s'auto-comprenait pas. Merci pour la vidéo de Lordon, elle a un contenu très intéressant, sur lequel il faudra revenir

il fait comme une auto-critique du « citoyennisme transitif impuissant », mais à qui l'adresse-t-il sinon à « la chefferie éditocratique » qui veut y « embourber » le mouvement, comme s'il ne s'y embourbait pas tout seul ? À moins que des enquêtes et témoignages ne l'invalident ou que ça évolue encore, c'est quand même ce qui domine, non ? Les enquêtes à Marseille n'étaient pas sans donner des infos dissonantes sur les prolos là-dedans, mais pour l'heure, c'est un peu court pour en faire une tendance générale : que fera là-dedans la grève des cheminots ?

journée couchée



il parle au nom de Nuit Debout en disant "nous", sans aucune analyse des contradictions qui traversent ce mouvement, et en situe les enjeux « politiques » à un niveau de flou tel qu'on reconnaît surtout le politicard manipulateur : côté perception de la "conjoncture", comme dit Roland Simon, n'est pas Lénine qui veut. Tout le passage critique, vers 6:00 met en cause « la secte malfaisante, la secte de l’oligarchie néolibérale intégrée » les « structures du néo-libéralisme » (sic, pas celles du capital) et ses excès qui ne permettent pas de satisfaire les « revendications et les droits sociaux » qu'il faut porter avec les organisations syndicales : comprendre surtout pas d'auto-organisation, assembléïsme et encadrement idéologique sont de mise

aucune remise en cause du capital comme mode de production et de reproduction fondé sur l'exploitation 'du travail' salarié, mais la sainte-messe sur la « jonction du militantisme de centre-ville, des classes ouvrières et de la jeunesse ségrégée des quartiers... force qui une fois constituée sera irrésistible »... pour la « république sociale »

pour un tel objectif, la méthode du leader minimo Lordon est celle "des grains de sable" : « Il faut mettre des grains de sable partout... débouler dans une réunion d’Anne Hidalgo, débouler dans la conférence d’une association d’étudiants à l’ESCP qui invite Florian Philippot... faire dérailler le cours normal des choses, les harceler, leur ôter toute tranquillité !

une dynamique prisonnière de ses limites ?

cause toujours, Lordon, une dynamique ne mène pas plus loin que ce qu'elle contient et clôt en ses limites mêmes, idéologiques, de contenus et de formes de luttes

remarque en passant, il m'est insupportable à voir/écouter, et quand je lis sa bio, je "les" retrouve :

Citation :
Ancien élève de l'École nationale des Ponts et Chaussées (promotion 1985) et de l'Institut supérieur des affaires (promotion 1987), devenu MBA HEC, Frédéric Lordon soutient sa thèse de doctorat en 1993 à l'EHESS sur les « Irrégularités des trajectoires de croissances, évolutions et dynamique non-linéaire. Pour une schématisation de l'endométabolisme », sous la direction de Robert Boyer. Parallèlement à ses études doctorales, il est chargé d'étude à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) et chargé d'enseignement à l'IEP de Paris.

Ses travaux comportent notamment un programme de recherche « spinoziste » en sciences sociales et en sociologie économique. Il vise à rapprocher étroitement la science économique de la sociologie.

Il décrit sa position dans le champ des sciences économique comme « hétérodoxe ». Il partage les thèses de l'école régulationniste et particulièrement celles qui considèrent le caractère ontologique des luttes au sein des faits sociaux. Il fait sienne la formule de Michel Foucault lorsqu'il considère que « la politique est la guerre continuée par d'autres moyens », paraphrase retournée de la formule de Clausewitz : « la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens. »

Il réinterprète le conatus spinozien et, ce faisant, se dégage de l'emprise du structuralisme althussérien pour réintroduire la dimension de l'action des individus-sujets au cœur des rapports sociaux et des sociétés. Considérés comme des élans de puissance, les individus spinoziens sont déterminés par des affects extérieurs qui orientent leur comportement. Lordon oppose cette thèse à l’humanisme subjectiviste autodéterminé qui forme le cœur de l’imaginaire néolibéral. [bref, sa compréhension spinozienne des "individus-sujets" balaye la lutte de classe, et c'est aussi ce que signifie "se dégage du structuralisme althussérien", dont Althusser s'est dégagé lui-même sans attendre Lordon]

Il participe au Manifeste d'économistes atterrés et soutient les Rencontres déconnomiques auxquelles il participe activement en 2012 [...]

la vidéo avec Lordon s'enchaîne sur une autre, avec Marcel Gaucher et Chantal Mouffe...

Nuit Debout - De l'hyperdémocratie à l'insurrection


25 avril

Patlotch a écrit:
sur la fonction du syndicalisme extrait du fil sur la CGT et Thibault,


Pierre FERRON a écrit:
Non. "Un syndicat" ça sert à défendre les travailleurs. Je peux en témoigner.

le syndicalisme, par définition, défend le travailleur en tant que travailleur, donc l'exploitation : le prolétariat n'existe pas sans le capital, il est son sujet, son double

le syndicalisme négocie le prix de l'exploitation, la position du curseur entre salaire et plus-value, jamais la règle du jeu

selon le syndicat, négociation plus ou moins haut, mais toujours négociation : "Il faut savoir arrêter une grève"

moi aussi je peux témoigner qu'un syndicat défend les travailleurs, je l'ai fait et il faut le faire, mais ça ne change pas cette donnée de base. Le problème c'est quand on ne fait que ça, et que les partis, au mieux, font un programme avec les revendications syndicales, qu'ils ne pourront jamais satisfaire

alors pour sortir de la règle du jeu capitaliste, on fait quoi ? Rêver debout ?


Pierre FERRON a écrit:
"Le syndicalisme défend le travailleur en tant que travailleur donc l'exploitation" ? Quel étrange raisonnement...

il n'y a rien là d'un injure au syndicalisme, plutôt l'idée que dans le principe, les syndicats ne "trahissent" pas, ils font leur boulot, plus ou moins bien évidemment, et ce boulot, de défense des travailleurs, aboutit à une négociation qui entérine un rapport de forces dans "le monde du travail", pas pour en sortir

si vous prenez l'exemple de la défense du droit du travail aujourd'hui, vous pouvez faire ce constat très simple : rien ne met en cause le principe du travail, c'est-à-dire de l'exploitation capitaliste de la force de travail, donc du prolétariat

si vous n'admettez pas ce B A BA de la lutte de classe, qui peut être revendicative, réformiste ou révolutionnaire, je ne vois pas ce que vous pouvez comprendre à l'histoire et au présent, aux enjeux des luttes


rêve général

farces et attrapes nigauds

M Tessier a écrit:
Faut se méfier, y a des précédents... Rigolant Pannekoek, que les bolcheviks moquaient... et ben, c'étaient pas les bolcheviks qu'avaient raison, je crois bien.

il est rare qu'on cite Pannekoek dans le Cloube, et l'allusion est plaisante, mais je ne l'ai pas bien comprise : Lordon est-il pour vous Lénine ou Pannekoek, dans cette histoire ?

rappelons que c'est à propos des Gorter et Pannekoek, théoriciens des Conseils ouvriers, ce qu'on appelle ultragauche communiste germano-hollandaise, que Lénine a écrit en 1920 Le gauchisme, maladie infantile du communisme, contre leur refus de la participation parlementaire, entre autres : Lordon, ou l'auteur du billet, ont-il manifesté où que ce soit un refus du parlementarisme ?

dans les deux cas, et quoi qu'on en pense, je crois qu'il ne leur arrive pas à la cheville, ni pour saisir la conjoncture actuelle, ni pour produire autre chose que ce qui s'annonce, rentrer dans le rang du parlementarisme, qui plus est en passant par la Présidentielle : quelqu'un a-t-il seulement demander, dans Nuit Debout, la fin du régime présidentiel ? Mélenchon, le plus mis en avant, serait-il contre son devenir "Président de tous les français" ?

si tout ça n'était pas si grave, il y aurait de quoi rire, non ?

entre la spiritualité démocratique de Corcuff et l'imaginaire démocratique de Plenel, on trouve de l'auteur du billet LORDON CONTRE LORDON - Lettre ouverte à Frédéric Lordon, ce chef-d'œuvre d'idéalisme philosophique :

Pierre-Antoine a écrit:
Il faut sortir de cette vision insurrectionnelle de la gauche : la révolution, elle se fera d’abord et avant tout dans les têtes (raison et affects tenus ensemble et inséparablement).

il n'y a qu'à rien faire en actes, que rêver debout, passe aujourd'hui pour une puissante voie rêvolutionnaire

relevons que ce n'est pas d'aujourd'hui, mais déjà de quelques années



Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 16:30


il faudra toujours y revenir, et d'ailleurs le débat semble y être parfois revenu, mais sans référence à ce qu'en disaient alors Bouteldja ou les "décoloniaux" en général. Quant à l'activité du PIR dans cette période, j'en ai dit quelques mots, en relation avec sa stratégie politique d'alliance avec la gauche radicale démocratiste


Communiqué du PIR. Il faudra y revenir...



22 avril 2016 par PIR


Les Nuits sont blanches. Menacées de précarisation et de déclassement par la loi El Khomri, les classes moyennes blanches se sont massivement mobilisées et composent la majorité des assemblées présentes aux Nuits Debout. Traversées par deux grandes tendances, l’une radicalement anticapitaliste, l’autre plus encline à emprunter les contours d’un progressisme citoyen, lié essentiellement aux questions de féminisme, d’écologie, de libertés individuelles et de formalisme démocratique, le mouvement se heurte aux mêmes faiblesses de la gauche traditionnelle. Non seulement le « lumpen prolétariat blanc » y est absent, mais les milieux de l’immigration et des quartiers populaires (QP) se tiennent prudemment à l’écart
.


Pourtant, les effets dévastateurs de la réforme ne s’arrêteront pas aux frontières des grandes villes et dégraderont les conditions de vie déjà déplorables des QP. Pourquoi peinent-ils à rejoindre la Place de la République ou les diverses initiatives locales qui ont été lancées ? Soulevée par les organisateurs eux-mêmes, la question de l’absence des quartiers et des populations non-blanches, bien que plus relative dans certaines mobilisations lycéennes et estudiantines, cristallise tous les mécanismes de reproduction du champ politique blanc.

La convergence des luttes ne se décrète pas. Suffirait-il de lancer une invitation aux représentants d’organisations de l’immigration et des QP pour en sanctionner la présence effective ? Aujourd’hui, nulle organisation ne bénéficie d’une base sociale assez conséquente pour prétendre à une telle légitimité. Si leur participation présente quelque intérêt, le risque est toujours de se voir cantonner au seul rôle de « visibilisation de nos luttes », trop insuffisant pour imposer un réel rapport de force en faveur des QP. Au mieux, c’est l’occasion de « profiter d’une tribune » pour sensibiliser aux problèmes des quartiers. Au pire, nous sommes la « caution indigène » d’une assemblée embarrassée par sa propre homogénéité sociale.

En effet, si les habitants des quartiers ne se sentent pas « concernés » par les Nuits Debout, ce n’est pas parce qu’ils ignorent leurs propres intérêts, ce n’est pas seulement parce qu’ils se refusent à se solidariser avec un milieu qui ne les a jamais soutenus quand, eux, se mobilisaient, comme ce fut notamment le cas pendant les révoltes d’octobre 2005. Mais c’est d’abord parce que, Nuit Debout, dans ses termes et ses modalités d’actions actuels, ne les concerne pas.

Notons, par exemple, que le taux record de chômage des jeunes des QP (plus de 40 %) réduit naturellement l’intérêt porté à une loi qui touche surtout ceux qui bénéficient déjà d’un contrat de travail. Par ailleurs, la réalité des QP et les priorités politiques qu’ils expriment lorsqu’ils se mobilisent est riche d’enseignements pour qui veut bâtir des ponts vers l’autre côté du périph’.

Alors que les crimes policiers racistes, les contrôles au faciès, la chasse aux sans-papiers, la négrophobie, l’islamophobie et la rromophobie d’État, les discriminations et plus récemment l’état d’urgence, ses 3000 perquisitions et ses assignations à résidence, ravagent la vie quotidienne des habitants des quartiers, sans provoquer un soulèvement massif de l’ensemble de la population, l’impressionnant succès de la mobilisation contre la loi El Khomri, sonne à l’oreille comme l’expression d’un énième « deux poids deux mesures », jusqu’au sein des mouvements de contestation.

Tout se passe comme si les luttes de l’immigration étaient imperméables. En témoigne la succession d’une séquence « post-attentats », où les mobilisations des organisations non-blanches se sont multipliées pour dénoncer l’islamophobie, la négrophobie d’État (dont les propos racistes de la ministre Laurence Rossignol) et les guerres impérialistes, et d’une séquence « loi El-Khomri », qui a entraîné des mobilisations essentiellement blanches.

Il faut savoir lire cette chronologie car aujourd’hui les milieux blancs paient leur indifférence passée vis-à-vis d’un état d’urgence qui ne les touchait pas directement. Renforcé par son offensive dans les QP, l’État, impunément radicalisé dans sa tendance autoritaire, a gagné du terrain, ce qui lui permet de s’en prendre désormais aux classes moyennes. Celles-là même qui appellent désormais les QP à se solidariser !

« Le paradis pour tous, ou l’enfer pour tous ! », répondent les Indigènes de la République. Autrement dit, nous ne grossirons pas vos rangs pour garantir vos privilèges. Notre histoire nous a assez appris à décliner l’invitation. C’est à vous de venir grossir les nôtres et nous convaincre de votre capacité à sortir du consensus postcolonial et raciste en défendant nos exigences fondamentales ! Non pas seulement en saupoudrant d’antiracisme, de Palestine et d’Afrique le catalogue progressiste des « nobles causes » à défendre, ni en les compartimentant en commissions spécifiques, ni même en envoyant des missionnaires dans les banlieues pour les « éveiller » à la politique.

Que faire ? Venez sur notre terrain. Notre terrain, c’est un agenda politique où nos priorités ne seront pas systématiquement les vôtres, où nos intérêts seront parfois concurrents, voire contradictoires. Ce qui n’implique pas que la convergence est impossible. Au contraire, c’est là qu’elle est plus que jamais nécessaire, c’est là qu’elle pourra être effective. Car il faudra alors « négocier » les conditions requises d’une alliance véritable, d’égal à égal, prémisse de cet « amour révolutionnaire » que nous appelons de nos vœux. Non pas une convergence abstraite et prophétique mais le projet politique d’une majorité décoloniale que nous pourrions nous atteler à construire ensemble, dans une égale dignité.

.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 16:36


la question du contenu et des limites intrinsèques de Nuit Debout était posée avant le "rebondissement anti-Loi-travail" qui a pu mettre en avant d'autres aspectes voire donner un nouveau souffle à une analyse communisatrice classique (illégitimité de la revendication salariale, écarts, etc.), et du même coup reléguer au second plan des aspects nouveaux du Mouvement des places à la française (cf réponse de AC/LG à RS aujourd'hui dans How High the Moon, dndf)...


le concept de Lordon n'aboie pas

la caravane des classes passe

Nuit Debout / on verra si une dynamique peut sortir des limites que ce mouvement présuppose lui-même, et que posent ses théoriciens comme ses politiciens, de Mouffe à Lordon et autres qui attendent d'en cueillir les "fruits"

pour moi, rien ne l'indique, mais il y a quelques grèves annoncées. On verra si comme en 2006 pendant le CPE elles ont des objectifs corpos (raffineries bloquées...) ou si cela fait corps, à la manière de 1995, avec les Cheminots entre autres. Dans les conditions d'aujourd'hui, pas évident et quoi qu'il en soit coincé dans les limites idéologiques à mon sens

le plus intéressant sont des choses qu'on ne peut voir et mesurer de loin, les jeunes précaires et étudiants, que se disent-ils, que font-ils, qu'envisagent-ils, quelle expérience des luttes apprennent-ils sur le tas et qu'en feront-ils dans les mois et années qui viennent, dans une crise économique et sociale aggravée
...

voilà le genre d'interrogations que j'ai à ce stade du mouvement, bien ailleurs que Lordon et ses youtube, qui ne sont là que pour saisir, justement cette contradiction, puisque Lordon se garde bien, en bon démagogue politicien d'en tire tout, ni tout de son programme, que ne partagent pas nombre de ses "camarades" en haut, et qu'ignorent la plupart sur les places autres que parisiennes, parce que c'est vrai, là, le jacobinisme a la part belle. Alors Spinoza pour traiter Althusser en chien crevé, bof...

scratch

Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 16:52


27 avril


la Révolution française à l'envers

et la corporation des professeurs de conservatisme

un aspect est tout de même incroyable, du moins chez les plus militants politiques, c'est le retour des thèmes révolutionnaires bourgeois de la Révolution française, comme nec plus ultra des références pour les luttes actuelles

tout se passe comme si, vu leurs origines sociales, y compris quand certains se disent marxistes (marxistes républicains revendiquant la Commune, par exemple), comme s'ils voulaient reprendre ou conserver les privilèges qu'ils ont alors gagnés, certes contre l'aristocratie et la monarchie absolue (1989...), mais aussi contre le prolétariat naissant (1993)

il veulent bien se couper d'une alliance avec "l'oligarchie", mais prétendent à la "jonction" avec le prolétariat sur une base dans laquelle celui-ci n'a rien à gagner. C'est aussi ce que dit le texte du PIR à propos des "quartiers populaires"

Citation :
En effet, si les habitants des quartiers ne se sentent pas « concernés » par les Nuits Debout, ce n’est pas parce qu’ils ignorent leurs propres intérêts, ce n’est pas seulement parce qu’ils se refusent à se solidariser avec un milieu qui ne les a jamais soutenus quand, eux, se mobilisaient, comme ce fut notamment le cas pendant les révoltes d’octobre 2005. Mais c’est d’abord parce que, Nuit Debout, dans ses termes et ses modalités d’actions actuels, ne les concerne pas.
source Nuit (blanche) Debout : Comment sortir de l’entre-soi ?

on aurait en somme deux "jonctions"" qui ne marcheraient pas, avec la classe ouvrières d'un côté, les "quartiers populaires" de l'autre. Bonjour le rêve de convergence qui impose son programme... réformiste

ps : je ne sais pas si c'est le miroir déformant du Club Médiapart, mais le rôle réellement conservateur des enseignants de l'Éducation nationale là-dedans, c'est gratiné

on dirait vraiment qu'ils se préoccupent davantage de leurs intérêts divers à eux que de ceux de la jeunesse qui leur est confiée, puisque l'école n'aura été que leur échec, celui qui les met dans la rue aujourd'hui comme en novembre 2015 les émeutiers

que ce soit du côté du prolétariat ou sur la question raciale, la plupart sont en pleine idéologie dominante, celle qu'au-delà de connaissances de base ils diffusent à longueur de cours : à l'insu de leur plein gré ?

28 avril


le Club Médiapart : couches moyennes, privilèges...

un miroir déformant de l'idéologie française


fin d'un cycle patlotchchien de garde

mon abonnement à Médiapart a pris fin. Depuis cette nuit, je ne peux plus intervenir dans le Club, ni lire les 'articles' et leurs commentaires. Mais les blogs, billets et commentaires sont accessibles en lectures à tout-un-chacun, via Google

il me sera donc possible de poursuivre, de loin en loin, ma plongée socio-théorique dans ce landerneau des couches moyennes de "haut niveau culturel", expression s'il en est de l'idéologie française

avec un bémol, ce que je pensais, en raison du grand nombre d'abonnés, représentatif de ces couches moyennes, ne pourrait être qu'assez restrictif sociologiquement : nombre de cadres supérieurs, en activité ou à la retraite, de professions libérales (avocats, psys...), de journalistes, et surtout d'enseignants de la maternelle à l'Université : miroir déformant donc, et pas des moins gratiné de corporatisme et d'idéaux républicains, d'abord focalisés sur leurs situations à préserver, leurs avantages voire leurs privilèges

tout cela, comme dit plus haut, mâtiné de nostalgie pour les acquis... de la Révolution française : bourgeoise

.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 16:55


la « convergence » avec la classe ouvrière, même médiée par les syndicats
il ne suffit pas d'en poser abstraitement la nécessité
à partir de "non-revendications" interclassistes de couches moyennes (?), mêmes prolétarisées

Entre Nuit debout et les syndicats, la difficile « convergence » contre la loi travail LE MONDE | 28.04.2016  Par  Violaine Morin  


Slogan écrit sur le sol de la place de la République, le 16 avril
Violaine Morin a écrit:
La manifestation du 28 avril est l’occasion pour le mouvement Nuit debout de tester un début de « convergence » avec les syndicats sur le retrait de la loi travail. Avant la manifestation, une délégation de participants doit en effet rencontrer Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT. Jeudi soir, la quotidienne AG de Nuit debout accueillera des représentants d’organisations syndicales. La secrétaire confédérale de la CGT, Catherine Perret, représentera le syndicat dans une « table ronde » prévue le 1er mai, à l’issue du cortège traditionnel de la Fête du travail.

Mais les cortèges du 28 avril et du 1er mai, dont le trajet a été fixé par l’intersyndicale entre Denfert-Rochereau et Nation, n’iront pas jusqu’à la place de la République, lieu d’adoption de Nuit debout – même si de nombreux militants syndicaux rejoindront sans doute la place, à titre individuel.

Débat élargi et mode d’action singulier

Depuis le début de l’occupation de la place de la République, le 31 mars, Nuit debout dit vouloir s’attacher à la « convergence des luttes ». Mais, parti de la contestation de la loi El Khomri, le mouvement s’est élargi à des questionnements plus divers. Nuit debout veut repenser tout le système, tandis que les syndicats se focalisent sur l’objectif du retrait de la loi travail.

Cet élargissement des débats à Nuit debout, et le mode d’action de « l’occupation » par opposition au rapport de force en entreprise, a suscité une certaine méfiance des syndicats ; de sorte que Nuit debout cherche aujourd’hui à rectifier un peu le tir. « Nous ne revendiquons rien », disait l’économiste Frédéric Lordon à la veille de la première Nuit debout, le 30 mars, devant l’amphi occupé de l’université Paris I-Tolbiac. Mais un syndicat, précisément, revendique toujours quelque chose. Le 20 avril à la Bourse du travail, l’économiste est revenu sur cette phrase. Signe d’une volonté de la part de Nuit debout de comprendre la démarche syndicale et sa « grammaire d’action […], par essence d’emblée revendicative ».

Parmi les syndicats en lutte pour le retrait de la loi travail, les trois principaux (en dehors des syndicats étudiants) ont des attitudes différentes par rapport au mouvement. Du côté de Force ouvrière (FO), on préfère se concentrer sur le retrait de la loi. « Les termes abordés par le mouvement Nuit debout dépassent la question syndicale et salariale du retrait de la loi. Nous, on reste concentrés là-dessus pour l’instant », tranche Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO.

Rencontres symboliques et retour à la loi travail

A la CGT, réunie la semaine dernière en congrès à Marseille, les débats ont été nombreux pour savoir s’il fallait ou non soutenir le mouvement, et bénéficier ainsi d’un « nouveau souffle » dans la lutte contre la loi travail. Une sorte de compromis a été trouvée avec les rencontres symboliques prévues le 28 avril et le 1er mai. Mais le secrétaire de l’union départementale de la CGT Paris, Benoît Martin, reste circonspect sur le caractère opératoire d’une telle mobilisation, même s’il salue l’effort des « nuitdeboutistes » et se réjouit que les plus jeunes « se politisent ». « On ne décrète pas le blocage place de la République, rappelle-t-il. Ce sont les salariés qui décident, et le lieu de travail reste le lieu privilégié du rapport de force. »

Le syndicat Solidaires, lui, est proche de Nuit debout depuis le début. Il a plusieurs fois prêté du matériel et déclaré les occupations en préfecture. A l’issue de la manifestation du 28 avril, une prise de parole d’un responsable est prévue place de la République, explique Eric Beynel, porte-parole du mouvement.

La situation s’est donc globalement « décrispée » selon François Ruffin, journaliste et réalisateur de Merci Patron !, l’un des initiateurs de Nuit debout. Mais la convergence entre les syndicats et le mouvement, si elle se fait, se fera donc au prix d’un retour au débat de départ sur la loi travail. « Nuit debout est quand même partie de cela, c’était simplement un pas de plus après une manifestation contre la loi », rappelle François Ruffin, pour qui la convergence avec les syndicats est une évidence : « Deux forces qui luttent pour la même chose doivent lutter ensemble. » Reste à savoir si l’AG de la place de la République sera prête à mettre de côté ses autres prérogatives (parité, salaire universel, écologie, solidarité avec les migrants, éducation, représentativité démocratique, etc.) pour permettre cette convergence.

Violaine Morin
Journaliste au Monde  

Sur Nuit debout, l’analyse du sociologue Geoffroy de Lagasnerie :   « Nuit debout a attiré ceux qui pensent leurs intérêts particuliers comme universels, et a exclu les dominés »  

voir aussi Vers un rapprochement entre la CGT et Nuit debout  Ismaël Halissat Libération 27 avril 2016

et plus généralement Nuit Debout convergence dans les actualités de Google


le mur du son à l'assaut du vide
ou
les militantaires s'envoient en l'air


objectivisme et subjectivisme ne tuent pas

un des murs les plus solidement construits dans la tête des militants, c'est qu'il faut faire quelque chose, proposer quelque chose

dans le Club Médiapart, au fil d'échanges à l'occasion de Nuit Debout entre autres, avec des militants sincères, certes plutôt à la retraite, de la CGT notamment, l'idée que « la théorie, ça va bien un moment, mais qu'est-ce que tu proposes ? » quelles actions, pour ne pas dire quel programme politique...

on a beau expliquer que la théorisation des luttes telles qu'elles sont, bien comprises et bien reformulée en relation avec des analyses qui ne sont pas d'aujourd'hui, plus vivantes que les dogmes programmatistes ou démocratistes, est un moment de la lutte dans la lutte, et que comprendre ce qu'on fait peut-être utile pour s'y orienter, rien n'y fait : « Qu'est-ce que tu fais , toi ? Quelle est ta pratique ? Tu ne proposes rien, et tu méprises ceux qui se battent ». Ceux qui se battent, non, ceux qui prétendent ainsi les guider sur les sommets, à l'assaut du ciel, oui



Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 16:58


28 avril


une "dynamique" en panne de "convergence" avec Nuit Debout

Loi travail : les manifestations rassemblent moins à Paris Les Echos | Le 28/04


Les forces l’ordre riposté projectiles coups gaz lacrymogènes
DOMINIQUE FAGET / AFP

d'autres images et tweets dans l'original

Entre 14.000 et 60.000 personnes ont manifesté dans la capitale ce jeudi. Elles étaient entre 18.000 et 110.000 le 9 avril dernier

Citation :
Des échauffourées ont éclaté ce jeudi matin entre forces de l’ordre et manifestants près de Paris, à Nantes, Rennes ou encore Lyon, dans le cadre de la journée de mobilisation contre la loi travail. Dans l’après-midi, de violents heurts ont ensuite opposé la police à des manifestants à Paris lors du défilé.

A l’entrée du pont d’Austerlitz, sur la rive gauche de la Seine, plusieurs dizaines de manifestants ont lancé des bouteilles, des pavés et des extincteurs contre les forces de l’ordre, qui ont riposté à coups de gaz lacrymogènes. Ces incidents ont interrompu la progression du cortège, qui n’avait pas encore passé le pont, et provoqué l’arrivée de CRS en renfort.

Deux policiers ont été blessés durant ces affrontements au niveau du pont d'Austerlitz, dont un grièvement qui a été hospitalisé. Cinq personnes ont été interpellées à cette occasion, selon la préfecture, qui n'était pas en mesure dans l'immédiat de préciser le nombre total d'interpellations.

57 personnes interpellées à Marseille


Cinquante-sept personnes ont été interpellées à Marseille, lors de divers incidents qui ont éclaté dans la ville, a indiqué le préfet de police Laurent Nuñez. La plupart ont été arrêtées à la gare Saint-Charles où des voies ont été envahies. Des incidents ont aussi eu lieu près de la place Castellane, point de rassemblement final des différents cortèges marseillais, avec des jets de projectiles de manifestants en direction des forces de l'ordre et des incendies de poubelles.

A Rennes, des affrontements ont éclaté quand des jeunes ont tenté de gagner le centre historique bloqué par les forces de l’ordre, après la dispersion de la manifestation contre la loi travail qui s’était déroulée dans le calme. Un jeune de 20 ans a été blessé à la tête par « un tir de projectile », selon la préfecture d’Ille-et-Vilaine, qui n’a donné aucun détail sur la gravité de ses blessures.

A Nantes, en milieu de journée, un groupe de manifestants a lancé divers projectiles (cailloux, peinture, fumigènes) en direction des forces de l’ordre, qui bloquaient les accès au centre-ville à l’aide d’un camion lanceur d’eau et ont répliqué avec des grenades lacrymogènes. La Brigade anticriminalité (BAC) a ensuite chargé cours Saint-Pierre, interpellant au moins une manifestante, traînée au sol sur plusieurs mètres. Des abribus et une caméra de vidéosurveillance ont été brisés.

A Toulouse, ce sont deux policiers qui ont été légèrement blessés par des « jets de projectiles nourris » venant de manifestants aux visages dissimulés, selon la police. « Pour des raisons de sécurité, on a dû dissoudre la manifestation à mi-parcours », a indiqué la CGT.

A Lyon, quelque 150 jeunes qui progressaient vers le centre-ville dans la matinée ont lancé des projectiles sur les forces de l’ordre, selon la préfecture. Les policiers ont répliqué avec des gaz lacrymogènes. Trois fonctionnaires ont été blessés et deux manifestants interpellés.

Entre 14.000 et 60.000 manifestants à Paris

Cette nouvelle manifestation contre la loi travail a rassemblé 60.000 personnes à Paris, selon la CGT.

La préfecture de Paris, elle, a dénombré entre 14.000 et 15.000 manifestants à Paris. Lors de la mobilisation précédente, le 9 avril, les syndicats avaient recensé 110.000 manifestants et la police, de son côté, entre 18.000 et 20.000 personnes dans la capitale.

Selon un décompte à partir de chiffres de la police pour plus de 20 villes, hors Paris, les défilés ont réuni au moins 50.000 manifestants ce jeudi : 8.500 à Nantes (20.000 selon les organisateurs), 5.500 au Havre comme à Lyon, 4.800 à Marseille, 4.000 à Rennes comme à Rouen, 3.800 à Toulouse.

A Bayonne, environ 2.500 manifestants ont été recensés, 2.200 à Caen, et 2.000 au Mans.

Une quinzaine de lycées bloqués


Par ailleurs, les préfectures faisaient état à la mi-journée de plus d’une quinzaine de lycées bloqués, totalement ou partiellement, à travers le pays : cinq à Nantes, cinq dans l’académie d’Aix-Marseille, cinq à Lyon, et un à Strasbourg, où des blocages d’établissement étaient prévus à la mi-journée pour « inciter » les jeunes à se joindre à la manifestation, selon Colin Jude, porte-parole du syndicat étudiants Unef dans ce département.

A Nancy, une cinquantaine de lycéens se sont regroupés, avant la manifestation. « C’est un tour de chauffe avant le 3 mai », nouvelle journée annoncée de mobilisation, explique Félix Le Roux, de l’UNL (l’Union nationale lycéenne).

Plusieurs zones sont encore en vacances scolaires : Paris, Toulouse et Montpellier. Les lycées y sont fermés et les universités sont en période de vacances (pour les révisions) ou d’examens. Dans la capitale, où la manifestation contre la loi travail est partie à 14 heures, les organisations lycéennes et étudiantes n’avaient pas prévu d’actions particulières en matinée.

Des échauffourées très tôt en région parisienne

Vers 6h30 ce jeudi matin, entre 60 et 100 jeunes, qualifiés d’ « anarchistes » par la police, s’étaient regroupés à Gennevilliers en région parisienne pour tenter de bloquer le plus important port fluvial de la région parisienne. Ils ont incendié des pneus, avant de prendre le métro en direction de Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, pour essayer cette fois de bloquer le dépôt de bus, selon la police.

C’est là qu’ont éclaté les échauffourées qui ont débouché sur deux gardes à vue, une pour violences et l’autre pour port d’un couteau, selon une source policière. Un membre des forces de l’ordre a été légèrement blessé.

Le groupe, qui comptait des étudiants, voulait se rendre vers Paris, mais la police, qui a effectué quelque 150 contrôles d’identité, a amené ses membres en bus dans un centre de traitement judiciaire parisien. L’action a été revendiquée par l’assemblée générale interprofessionnelle de Saint-Denis, composée d’ »étudiants, de chômeurs et de salariés », « déterminés à obtenir le retrait de la loi travail ».

Source AFP

Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 17:00


29 avril


convergence des divergences et divergence des convergences

À la Nuit debout, les syndicats reçoivent un accueil mitigé

Camille Romano et Violaine Morin Le Monde 29.04.2016


Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, lors d'une assemblée générale à Nuit debout,
le 28 avril 2016, à Paris


Citation :
À la tribune de Nuit debout, place de la République, à Paris, Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, attend son tour. Le temps passe. Il est déjà presque 21 h 30, jeudi 28 avril. Après deux heures de prises de parole, le micro est enfin à lui. La foule ricane, l’adhésion n’est pas immédiate. « Je me réjouis de participer à l’assemblée générale », lance-t-il. Certains participants, calmes jusqu’ici, se mettent à crier : « Grève générale ! Grève générale ! »

Tous appellent à organiser l’étape suivante : les cortèges du 1er-Mai, et le rendez-vous du 3 mai, date de l’ouverture du débat sur le projet de loi sur le code du travail à l’Assemblée nationale. « Il faut que l’on soit des milliers à défiler devant l’Assemblée, lance Eric Beynel, porte-parole du syndicat Solidaires. Notre limite, c’est notre capacité à nous diviser en oubliant ce qui fait sens pour nous tous. » Même si la soirée du 28 avril a réuni leaders syndicaux et participants à Nuit debout, cette convergence de quelques heures masque une distance encore grande.

Dans le cortège de la manifestation de l’après-midi, Nuit debout n’a pas « officiellement » défilé avec les syndicats, et l’appel au blocage dont rêve le mouvement ne viendra pas. Philippe Martinez a choisi d’apporter son soutien avec réalisme : il faudra « convaincre les salariés », car « une grève générale ne se mène pas tout seul ». Le syndicat a néanmoins choisi de montrer sa bienveillance envers la Nuit debout. « Comptez sur la CGT pour que la grève soit une réalité », conclut M. Martinez.

L’intervention du secrétaire général de la CGT vient conclure une soirée particulière à Nuit debout, où des représentants de secteurs « en lutte » et des responsables syndicaux nationaux ont été invités à venir s’exprimer, à l’issue de la journée de manifestations contre la « loi travail ». Chaque représentant a cinq minutes pour parler. SUD Commerce, CGT McDo, Info’Com-CGT, Taxis debout, CGT Spectacle, CNT SO, CGT Air France… Les prises de parole se succèdent et dérivent sur les difficultés de chaque secteur, malgré les efforts de chacun pour relier son combat à celui de Nuit debout.

Les participants n’ont pas caché leurs réticences

Difficile d’y entendre le discours d’unité souhaité par les initiateurs du mouvement, même si, comme souvent, la mascotte du jour se révèle au micro. Ce soir, ce sera Gaël, postier de Sud Poste 92. « Nuit debout, vous faites la jonction entre toutes nos luttes. Vous montrez que l’on peut gagner, que l’on va gagner. » L’ovation dure quelques instants. Pourtant, au cours de la soirée, les avis sont partagés au sein de l’assemblée générale. Les longues interventions inspirent autant de soupirs que d’applaudissements. « C’est bien que les syndicats soient venus, mais on attend des annonces », souffle un participant, la mine fermée.

Nombreux sont les intervenants qui saluent l’effort de Nuit debout pour organiser cette « convergence », qui se préparait depuis plusieurs jours. Déjà, le 20 avril à la Bourse du travail, François Ruffin, journaliste fondateur de Fakir et réalisateur de Merci patron !, appelait les « nuit-deboutistes » à unir leurs forces avec les syndicats. Une pétition a été mise en ligne et relayée sur le site de Fakir et sur les différentes plates-formes de Nuit debout.

La proposition d’organiser une soirée a été débattue et votée, sous l’impulsion de la commission « luttes debout ». Mais les participants n’ont pas caché leurs réticences : les syndicats vont-ils récupérer la Nuit debout ? Faudra-t-il abandonner l’espace d’expression que le mouvement a péniblement construit, où chacun est libre de parler, sans chef et sans autorité ? Le 25 avril, la Nuit debout a finalement publié un communiqué exprimant son souhait de voir converger sur la place les « collectifs en lutte ».

La CGT multiplie les gestes symboliques

Tous les syndicats n’ont pas accepté l’invitation. Force ouvrière (FO) dit « ne pas avoir été convié ». Le syndicat reproche au mouvement ses nombreuses revendications, qui dispersent les forces nécessaires pour obtenir le retrait de la loi El Khomri.

« La lutte doit se faire de façon structurée, explique Sylvie, 54 ans, syndiquée FO présente dans le cortège jeudi. Nuit debout, on ne sait pas ce qu’il y a derrière et on s’en méfie un peu. »

Le syndicat Solidaires s’enthousiasmait, jeudi après-midi, à l’idée d’aller rejoindre la Nuit debout : « Pour nous, c’est une prolongation naturelle de notre projet. Solidaires fait déjà la convergence ! », souligne Angelo, 60 ans, syndiqué chez Sud Solidaires santé sociaux et participant à la Nuit debout.

La CGT, encore distante il y a quelques jours, multiplie désormais les gestes symboliques : avant de parler, jeudi soir, Philippe Martinez avait rencontré, plus tôt dans la journée, une délégation de « nuit-deboutistes ». La secrétaire confédérale Catherine Perret se rendra à une table ronde organisée par Nuit debout, le 1er mai.

La convergence souhaitée pourrait aussi être entravée par les violences et affrontements avec la police
, dont l’intensité a encore augmenté, jeudi soir, lors de l’évacuation de la place de la République. Son occupation était autorisée jusqu’à minuit, mais un groupe de « nuit-deboutistes » a tenté de passer outre la convention passée avec les forces de l’ordre. Les affrontements font écho à une manifestation mouvementée dans l’après-midi, où des dégradations ont été commises par trois cents casseurs selon la police
.

Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 17:01


29 avril


tous ensemble, mais surtout pas de violences

« Le service d’ordre de la CGT doit-il être un supplétif des forces de l’ordre ? »

Incidents à la manifestation de Toulouse du 28 avril - La CGT doit se questionner 29 avr. 2016 Par roland.berthou Blog Médiapart : A qui profite la crise ?

Ce 28 avril 2016, lors de la manifestation à Toulouse, comme à Paris et d’autres villes de France, des incidents ont éclaté entre les manifestants et les forces de l’ordre et on compte au moins un blessé parmi les manifestants.

Citation :
Le manifestant blessé l’a été à la main par une grenade explosive lancée par les forces de l’ordre.

Je ne serai pas le nième commentateur regrettant que « quelques casseurs isolés aient gâché une si belle manifestation » par ailleurs, il est vrai créative, festive et très dynamique (12 000 manifestants selon les organisateurs).

Entre ceux qui se sont affronté aux forces de police et le reste du cortège, il n’y avait pas de différence de nature mais une différence de degré dans la colère exprimée.

Je fais partie de ces manifestants qui ont été très choqués que les organisateurs de la manifestation, aidée de son service d’ordre, décident de faire bifurquer le cortège, 2 heures après son départ, par une petite rue adjacente laissant le groupe placé à l’avant, sans doute plus déterminé, s’affronter avec les forces de police, et cela sur injonction de la préfecture de la Haute-Garonne comme indiqué dans son communiqué :

Citation :
Lors de la manifestation se déroulant à Toulouse dans le cadre de la journée nationale interprofessionnelle de mobilisation, de manifestation et de grève, contre le projet de loi Travail, des jets de projectiles très nourris ont eu lieu contre les forces de l’ordre, par des individus aux visages dissimulés situés en tête cortège. Deux policiers ont été légèrement blessés au crâne. Après contact avec les organisateurs, il a été décidé d’interrompre la manifestation à hauteur de la rue du Rempart Saint-Étienne. La dislocation de la manifestation est en cours.

A ce moment-là, Il y a eu de violentes altercations entre certains participants à la manifestation et les membres du service d’ordre empêchant les premiers de rejoindre la tête du cortège. Le service d’ordre de la CGT doit-il être un supplétif des forces de l’ordre ? Est-ce le rôle de la CGT « d’encadrer » les mouvements jeunes et d’éviter tout débordement hors du cadre fixé par le syndicat lui-même.

Après cela, une bonne partie du cortège a malgré tout décidé de rejoindre la tête et sans doute pour cette raison, par la masse critique atteinte, les forces de police ont décidé de ne pas déclencher d’offensive, décrédibilisant ainsi la mauvaise décision prise par les organisateurs du mouvement.

Au moment où dans notre pays, nous avons la formidable opportunité que la jonction se fasse entre la nuit debout, jeunes étudiants et lycéens, salariés, retraités, fonctionnaires de l’éducation nationale, de la santé, territoriaux, agriculteurs, intermittents du spectacle, cheminots, etc … (désolé pour ceux qui sont oubliés ici mais la liste peut être très longue …) pour refuser la loi El Khomri et le monde qui va avec, la CGT mue par ses forces conservatrices choisit une autre voie, la sienne propre.

Le syndicat se revendique pourtant une force de transformation sociale alors il faut que ses dirigeants se posent la question de comment mieux opérer la jonction avec les forces contestataires et d’écouter même (et surtout) celles les plus en colère. Ce n’est pas en s’opposant à elles, qu’elle gagnera la bataille contre la loi travail et bien d’autres batailles encore à venir qui peuvent, c’est vrai, la bousculer dans son héritage productiviste et pour la défense d’une industrie qui doit elle aussi évoluer face aux enjeux démocratiques et environnementaux.

Je suis syndiqué CGT parce que c’est un des rares syndicats qui n’est pas encore vendu au capital, capable encore de résister aux forces très puissantes patronales et de la finance. Cette force syndicale est indispensable sans quoi la casse parmi les salariés serait plus terrible encore, mais pour que le syndicat garde ses adhérents et qu’il en gagne plus encore, il doit se mettre à l’écoute et rester solidaire des citoyens ou des représentants de la société civile qui sont tout autant et voire plus encore pour certains révoltés par l’idéologie néo-libérale en train d’emporter toute notre humanité.

GMM a écrit:
Il faut être naïf pour ne pas savoir que les communistes ne souhaitent pas le rassemblement.

Le même scénario a déja eu lieu en 68
.

PCF :

Les casseurs, doivent être arrêtés et présentés à la justice,
et les jeunes manifestants, les salariés, les représentants des organisations syndicales et de jeunesse
qui agissent dans le cadre d’un mouvement social et citoyen doivent pouvoir manifester en toute sécurité

Bernard Cazeneuve doit faire preuve de sang froid et s’interdire tout amalgame Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF, 29 avril 2016

Citation :
Ainsi donc, François Hollande et son gouvernement ont très clairement fait le choix de la provocation et des violences policières hier, dans plusieurs villes, lors de la journée de mobilisation pour le retrait de la loi El Khomri.

Cela ne date pas d’hier, nous avions déjà, lors des dernières mobilisations, alerté sur des comportements et des actes indignes d’une police qui doit agir dans le respect des valeurs de notre République, qui plus est quand il s’agit d’intervenir auprès de jeunes.

La journée du 28 avril marque une inacceptable surenchère qui, pour avoir été constatée en de si nombreux endroits, ne peut qu’avoir été décidée par le ministre de l’Intérieur avec des instructions pour créer un climat de tension.

Ceci est d’abord le signe de l’extrême fébrilité de l’exécutif face aux mobilisations et aux convergences pour le retrait de la loi El Khomri.

Bernard Cazeneuve doit faire preuve de sang froid et s’interdire tout amalgame. Les casseurs, doivent être arrêtés et présentés à la justice, et les jeunes manifestants, les salariés, les représentants des organisations syndicales et de jeunesse qui agissent dans le cadre d’un mouvement social et citoyen doivent pouvoir manifester en toute sécurité. Un peu de discernement ! Il n’est pas très compliqué de faire la différence entre des jeunes avec des pancartes et porteurs d’exigences pour leur vie, et des casseurs cagoulés et équipés pour en découdre avec les forces de l’ordre.

L’exécutif doit se ressaisir, ne pas faire le choix du pourrissement, en décidant du retrait de la loi dite "travail", rejetée par une écrasante majorité, et en acceptant un vrai dialogue pour de vraies solutions.

Olivier Dartigolles, porte parole du PCF



«On aurait voulu discréditer le mouvement Nuit Debout qu'on ne s'y serait pas pris autrement». Dans son journal diffusé vendredi sur internet - la Gazette debout - le mouvement citoyen qui occupe la place de la République regrette «des violences qui discréditent le mouvement» .

.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 17:02


29 avril


170.000 manifestants en France selon la police, 500.000 selon la CGT

6 fois moins que pour le CPE il y a 10 ans


Citation :
Selon la CGT, 500.000 personnes ont battu le pavé contre la loi travail en France ce jeudi. La police évoque, elle, 170.000 participants dans toute la France. Quelques soient les chiffres, ils sont plus de deux fois supérieurs à ceux du samedi 18 mars.


Citation :
La contestation a commencé le 9 mars. Au soir du 31 mars, les défilés avaient réuni 390.000 personnes en France selon les autorités et 1,2 million selon les organisateurs.

La mobilisation contre le contrat première embauche (CPE) faisait l'effet d'un raz-de-marée, mardi 28 mars. Environ 1 055 000 manifestants ont défilé dans toute la France, selon la police, plus de trois millions selon FO et la CGT.


source Le Monde 27 mars 2006

Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 17:03


30 avril



"LUTTE DES CLASSES : UNE RÉALITÉ POUR 69% DES FRANÇAIS"

"78% des Français redoutent une explosion sociale"


la représentation syndicale et politique sur la sellette

Citation :
LUTTE DES CLASSES : UNE RÉALITÉ POUR 69% DES FRANÇAIS

Selon un sondage Odoxa-MCI pour "France Info" et "Le Parisien" publié ce vendredi, la lutte des classes est toujours d'actualité pour deux tiers des Français. "On est loin du 19e siècle et de Karl Marx, et pourtant les Français sont près de 6 sur 10 à se dire personnellement concernés", souligne Gaël Sliman, le président d'Odoxa sur "France Info". Ce sont les sympathisants de gauche et ceux du FN qui se sentent les plus concernés par la lutte des classes.

Un sondage réalisé par l'institut Elabe et diffusé jeudi indique que 78% des Français redoutent une "explosion sociale". Ce risque de crise sociale "avec une multiplication des conflits sociaux voire un blocage du pays" est réel pour 64% des proches de la gauche et 84% de ceux de la droite.

DÉFIANCE ENVERS LES PARTENAIRES SOCIAUX

Dans le sondage Odoxa, à la question "Qui est le plus en phase avec les salariés aujourd'hui ?", ni les syndicats, ni les partis politiques, ni le mouvement Nuit Debout ne trouvent grâce à leurs yeux, souligne "France Info".

72% des sondés jugent que l'action des syndicats n'est pas efficace pour défendre leurs intérêts (dont 47% "plutôt pas" et 25% "pas du tout"). Pour un Français sur deux, l'action des organisations patronales pour défendre les intérêts des entreprises est également inefficace.

Le sondage Elabe tire les mêmes conclusions : seules 28% des personnes interrogées font confiance aux syndicats de salariés pour défendre leurs intérêts, contre 72% d'un avis contraire. Chez les seuls salariés, la confiance dans les syndicats grimpe à 34%, mais 66% d'entre eux ne leur font pas confiance.


source Boursorama : Philippe Martinez pour la "convergence de luttes" à "Nuit Debout"

Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée   Jeu 2 Juin - 17:04


30 avril



Nuit Debout et critique de l'État-nation, aller-retour

dans ma réponse à Corinne Cerise à l'occasion du premier anniversaire de ce forum, j'ai écrit : « il nous faut engager un tournant plus radicalement communiste. »

dans ce sujet et d'autres, je me suis abstenu de répondre à la question Que faire ? comme à celle qu'on m'a opposée ailleurs « Qu'est-ce que tu proposes ? Rien. » Ne pas répondre par des recettes révolutionnaires est une chose, une autre de ne pas avoir une vision claire des conditions (!) pour qu'une conjoncture révolutionnaire soit produite par des luttes en portant le contenu quelles que soient leurs formes

c'est aussi à cela que sert une théorisation communiste, en tant que sa critique est celle des limites dans lesquelles les luttes actuelles butent sur le capitalisme non seulement comme structure économique d'exploitation et de dominations, mais que celles-ci s'appuient sur l'existence même des États-nations. Et comme le titre du sujet annonce analyses et théories, allons-y de la nôtre

Nuit Debout, comme on l'a vu, s'inscrit dans l'idéologie française comme moment semblable à d'autres luttes aux États-Unis, en Grèce, en Espagne... avec sa particularité nationale, souverainiste pour ne pas dire, justement, nationaliste, remontant à son histoire propre depuis la Révolution française

je signale à cet égard le livre de Neil Davidson Nation-states, consciousness and competition, et l'interview accordée récemment à la revue Période


L’État et la nation Entretien avec Neil Davidson


2016

j'en donne ici un extrait qui peut éclairer certains aspects des luttes actuelles en France. Pour davantage d'éléments, voir le sujet critique de l'État-nation : de l'État ET de la nation / une urgence stratégique

Citation :
Période : Dans votre livre vous distinguez la conscience nationale du nationalisme. Pourriez-vous expliquer ces deux termes et les conséquences de cette distinction (aussi par rapport au concept d’identité) ?

ND : Les nations peuvent être définies soit de manière objective soit de manière subjective.

La première, qui généralement implique une check-list de facteurs comme la langue ou le territoire, bénéficie certainement d’une apparence de rigueur scientifique. Malheureusement, les nations ont une tendance à émerger au sein de groupes où ces facteurs sont absents, ce qui représente sans doute un inconvénient pour les chercheurs en sciences sociales et politique : dire aux Suisses qu’ils ne forment pas une nation parce qu’ils manquent de langue commune, ou aux kurdes qu’ils ne constituent pas une nation parce qu’ils manquent d’un territoire contigu a peu de chances de convaincre ces groupes.

En effet, la seule définition concevable d’une nation qui ne mène pas immédiatement vers des anomalies et exceptions est une définition subjective : un groupe de personnes se sent collectivement distinct d’autres groupes, habituellement pour des raisons historico-culturelles accumulées, mais ce n’est pas nécessairement le cas. Les raisons peuvent être différentes au cas par cas mais ce sentiment subjectif d’identification est la seule caractéristique qu’ils ont tous en commun. Ce sens de reconnaissance mutuelle est ce que j’appelle « conscience nationale » : une expression plus ou moins passive d’identification collective au sein d’un groupe social.

Il est parfaitement possible pour un peuple – y compris jusqu’à récemment la majorité des écossais et catalans modernes – de posséder une conscience nationale sans devenir nationalistes, mais il n’est pas possible d’être nationaliste sans avoir une conscience nationale.

La conscience nationale n’est pas la même chose que l’identité nationale. Les identités forment l’ensemble de tous les signes externes à travers lesquels les gens montrent à la fois à eux-mêmes et aux autres personnes comment ils ont choisi d’être catégorisés. Ces signes peuvent être aussi visibles que certains types de vêtements ou aussi audibles qu’une manière de parler, mais le plus souvent ils sont simplement les façons dont les gens répondent lorsqu’on les interroge. La conscience nationale est donc un état psychologique interne qui cherche à s’exprimer à travers les signes extérieurs de l’identité.

Le nationalisme est une participation plus ou moins active dans la mobilisation politique d’un groupe social pour la construction ou la défense d’un État. En tant qu’idéologie politique, le nationalisme – n’importe quel nationalisme, qu’il soit relativement progressiste ou absolument réactionnaire – implique deux principes incontournables : que le groupe national ait son propre État, peu importe les conséquences sociales ; et que ce qui unit le groupe national est plus significatif que ce que le divise, notamment la division de classe.

En fin de compte, il est possible de revendiquer un État-nation sans conscience nationale ni nationalisme : ce fut certainement le cas en Écosse pendant le référendum d’indépendance de 2014 lorsque beaucoup d’écossais ont mené la campagne et voté pour un État séparé pour des raisons sociales plutôt que nationales.


entre le 7 janvier 2015, attentat à Charlie Hebdo, et le 11 janvier, la manifestation franco-mondiale, j'ai souligné que cet appel à l'Union sacrée, comparé par les gauchistes à ceux de 1914, n'avait rien de nationaliste. Les distinctions opérées par Davidson sont ici intéressantes. Il est dommage toutefois qu'il n'aborde pas (peut-être ailleurs, à vérifier) la notion de souverainisme

entre identité nationale et idéologie de l'État-nation et du peuple ensemble souverains, l'idéologie souverainiste (de droite ou de gauche, et Davidson sur ce point ne fait pas de différence non plus), elle est l'idéologie dominante, celle de la classe dominante, la classe souveraine... du capital

Revenir en haut Aller en bas
 
AVRIL-JUILLET... SEPTEMBRE 2016 : UN MOMENT de la LUTTE DES CLASSES EN FRANCE. Traces d'une pratique théorique embarquée
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 4Aller à la page : 1, 2, 3, 4  Suivant
 Sujets similaires
-
» [Septembre 2016] Glossybox
» [Septembre 2016] Birchbox
» Nuoo -septembre 2016
» MAC Star Trek - Europe 10 Septembre 2016
» L'ecole en Septembre 2016 - Tarif garderie / nounou

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
PATLOTCH / CHANGER DE CIVILISATION / LUTTES, THÉORIE, SEXE et POÉTIQUE :: MONDE ACTUEL, LUTTES, ANALYSES et THÉORISATIONS :: ANALYSER-PENSER le MONDE et les LUTTES : une refondation théorique d'ensemble :: LE MOMENT ACTUEL du CAPITAL et les LUTTES, documents et analyses-
Sauter vers: