PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 sur l'OCCIDENT, son histoire, son concept, et sa CRISE dans celle du capitalisme

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MessageSujet: sur l'OCCIDENT, son histoire, son concept, et sa CRISE dans celle du capitalisme   Dim 7 Fév - 16:15


note du 28 août 2016 : j'aborde la définition de l'Occident, le concept d'Occident, plus bas à) partir de ce jour, en soutenant l'idée que quiconque n'a aucune idée de ce que recouvre ce concept ne peut rien comprendre à l'histoire du monde, et pas beaucoup plus à celle du capitalisme. C'est bien un problème fondamental posé par la pensée décoloniale, qui est critique de ce que l'Occident pense du monde sans s'interroger sur ce qu'il est lui-même

j'ajoute qu'à partir de là, d'imbéciles marxistes de toutes obédiences dogmatiques vont nous expliquer que parler de l'Occident, de sa suprématie et de sa crise, c'est nécessairement évacuer la lutte de classes. Ils s'y cassent les dents les plus théoriques, et leur problème est à l'inverse de s'interdire une critique concrète du monde capitaliste historiquement imbriquée dans celle de l'Occident, toute réflexion sur l'émergence de formes renouvelées d'"impérialisme" et de "colonialisme" dont on a aucun mal à trouver des "exemples", puisqu'ils font le quasi quotidien des guerres actuelles conduites ou envisagées par... l'Occident


vous avez dit crise de l'Occident, mais encore ?

alors que ce forum est centré sur l'idée d'une double crise de l'Occident et du Capital, aucune rubrique, aucun sujet n'aborde spécifiquement la première. L'idée d'une crise de la modernité occidentale, du capitalisme occidental, de la domination occidentale dans la globalisation capitaliste est partout mais pas définie en elle-même. Je ne l'ai pas fait parce que cela me semble à la limite du possible, tant l'intrication de l'Occident, comme économie et idéologie politique et culturelle, est liée historiquement à l'émergence du capitalisme comme mode de production

il en résulte que les approches en terme de "déclin de l'Occident" depuis Spengler (son ouvrage de 1918-1922) ne me satisfont guère, ne rendant pas compte de cette intrication et du fait majeur de ce début de siècle, la remontée dans la crise globale du capital de toute l'histoire occidentale, de façon ouverte et sur tous les plans, économique, social, idéologique, politique, culturel, identitaire et existentiel aux niveaux collectifs et individuels

il me semble que seule l'approche décoloniale peut en rendre compte dans toutes ces dimensions, sous réserve de ne rien en édulcorer et de ne rien lâcher sur la critique radicale du capitalisme

dans cette approche l'Occident n'est pas d'abord une géographie, un ensemble de pays, mais une structure de domination économique, de modes de vie et de pensée qui ont accompagné la mondialisation capitaliste depuis des siècles. Un des meilleurs contre-exemple de cette impossibilité de réduire l'Occident à l'Ouest est le Japon depuis son ouverture contrainte par les États-Unis* en accord avec le processus interne conduisant de la fin du féodalisme au capitalisme industriel et commercial

* en 1853-54 L'expédition militaire et diplomatique américaine au Japon, menée par le Commodore Matthew Perry, abouti à l'ouverture du Japon au commercial international et aux relations diplomatiques avec les grandes puissances occidentales. En savoir plus
En 1867, le Japon entre dans l'ère Meiji, l'«ère des Lumières»


voir Les Japonais sont-ils des Occidentaux ? Sociologie d'une acculturation volontaire. Auteur, Toshiaki Kozakai. L'Harmattan, 1991)



Citation :
Sans avoir subi aucune colonisation véritable par une puissance occidentale, le Japon a connu une occidentalisation considérable, notamment dans les domaines linguistique et esthétique. Un paradoxe frappant se dégage de l'analyse : tandis que la société japonaise demeure quasiment hermétique au monde extérieur du point de vue des échanges humains, sa culture ne cesse d'intégrer des valeurs étrangères.

Le présent article avance la notion de « mécanisme de défense collectif » afin d'envisager une complémentarité, et non une opposition, entre fermeture identitaire et ouverture culturelle. Ce n'est pas en dépit de, mais grâce à la fermeture de sa société que le Japon ouvre sa culture.

en relation du même auteur L'étranger, l'identité : Essai sur l'intégration culturelle  2000

en tant que géographie, l'Occident est "pénétré" par son Autre, ses autres, le non-Occident plus que l'Orient, les non-Blancs plus que les "Arabo-Musulmans", jusqu'à dissoudre l'idée de race fondée sur la couleur de peau dans celle de "Nègres du monde", qui peuvent aussi être des Occidentaux "de souche", comme les Rroms par exemple, voire selon l'idée de Sadri Khiari « les petits-blancs indigénéïsés des quartiers populaires »

il existe certes encore un "Nord riche" et un "Sud pauvre", mais plus vraiment un "tiers-Monde", le Quart-Monde est partout « chez nous » mais il n'est pas « chez lui »


Occident et Orient ne se comprennent pas sur un même plan conceptuel
ni ne disent le tout sur le monde

de ce qui précède résulte qu'on ne saurait comprendre ce qui se passe aujourd'hui en opposant "Occident" à "Orient", parce que ces deux notions ne se situent d'aucun point de vue sur un même plan de façon symétrique, alors que cela semble être l'approche commune à la "Guerre de civilisation" ("Guerre au terrorisme"), qu'on se situe dans un camp ou dans l'autre où que l'on disserte sur cette base à partir de considérations sur la religion (cf par exemple Temps Critiques Au fil de quelques lectures : islamisme, fascisme, choc des civilisations, religions… 4 février)

il est significatif que la recherche Google à "crise Occident" donne une forte proportion au couple Occident-Orient, comme d'ailleurs, de façon plus intéressante à mon avis, à la question des migrations (la so called "crise migratoire" renvoyant à une "responsabilité de l'Occident"...)

de telles approches ne peuvent échapper à l'eurocentrisme, aux simplifications, et à la réduction de la complexité du monde à un binarisme qui laisse de côté une grande partie du monde autant que les aspects les plus dynamiques de bouleversements à l'échelle historique de plusieurs siècles voire millénaires. de ce point de vue, les débats franco-français, les poux dans la tête à Badiou et les clous enfoncés d'une propagande qui ne dit pas son nom, ne seront d'aucun effet sur la suite des événements


Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois

je ne suis pas certain de pouvoir mieux cerner cette crise de l'Occident capitaliste, que je l'ai fait dans un autre sujet comme crise de la civilisation capitaliste à domination occidentale

il est aussi patent que l'utilisation du concept d'Occident, un peu à la manière de "néo-libéralisme", a bien souvent pour raison d'éviter celui de capitalisme

en attendant, je donnerai quelques textes recoupant plus ou moins mes analyses

.


Dernière édition par Patlotch le Dim 7 Fév - 18:48, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: sur l'OCCIDENT, son histoire, son concept, et sa CRISE dans celle du capitalisme   Dim 7 Fév - 16:40


Échec et effondrement attendent la civilisation occidentale

Paul Craig Roberts
30 janvier 2016


Citation :
L’occident en est réduit à se piller lui-même

Michael Hudson, John Perkins et moi-même ainsi que quelques autres avons rapporté le pillage multi facettes des peuples par les institutions économiques occidentales, principalement les grandes banques de New York avec l’aide de FMI.

Les pays du tiers monde ont été et sont toujours pillés en étant incités et forcés à suivre des plans de développement pour l’électrification ou autres objectifs. Les gouvernements de ces pays, naïfs et confiants, sont endoctrinés à croire qu’ils peuvent faire de leurs pays des nations riches en prenant les prêts bancaires présentés pour mettre en place les plans de développement préparés par l’occident, ayant pour résultat de suffisants revenus fiscaux du développement économique pour rembourser les emprunts étrangers.

Cela bien sûr n’arrive jamais ou pratiquement jamais. Ce qu’il se passe est que le plan a pour résultat que le pays devient endetté bien au-delà de ses revenus en devises étrangères et lorsque le pays ne peut plus honorer le remboursement de sa dette pour développement. Les créditeurs envoient alors le FMI dire au gouvernement endetté que le FMI protégera son crédit en lui prêtant de l’argent pour rembourser ses banquiers créditeurs. Mais les conditions font que ce gouvernement prenne les mesures d’austérité nécessaires de façon à ce qu’il puisse aussi rembourser le FMI. Ces mesures d’austérité doivent museler les dépenses des services publics et du secteur gouvernemental, réduire les retraites publiques, et vendre les ressources nationales aux étrangers acheteurs. L’argent économisé en réduisant les fonds sociaux et récolté en vendant les biens nationaux à des étrangers sert à rembourser le FMI. (NdT: exemples typiques, l’Argentine et en Europe bien sûr la Grèce…).

Ceci est la manière dont l’occident a historiquement pillé les pays du tiers monde. Si un président de pays est hésitant à entrer dans une telle plateforme économico-financière, il est simplement acheté, comme le fut le gouvernement grec, afin qu’ils suivent le schéma du pillage du pays que ce président/gouvernement est censé et prétend représenter.

Lorsque cette méthode de pillage s’est épuisée, l’occident acheta les terres arables et poussa une politique sur les pays du tiers monde pour qu’ils abandonnent l’auto-suffisance alimentaire et produisent une ou deux récoltes pour gains à l’exportation. Ceci rend les populations du tiers monde dépendantes des importations de nourriture de l’occident. Typiquement les revenus d’exportation sont pompés par les gouvernements corrompus ou par des acheteurs étrangers qui paient peu alors que les étrangers vendant la nourriture chargent bien plus. Ainsi, l’auto-suffisance est transformée en dette.

Avec la totalité du tiers monde maintenant exploité jusqu’à la limite du possible, l’occident a retourné le pillage sur lui-même. L’Irlande a été pillée et le pillage de la Grèce et du Portugal est si sévère qu’il a forcé un grand nombre de jeunes femmes à la prostitution. Ceci ne dérange en rien la conscience occidentale.

Auparavant, lorsqu’un pays souverain se retrouvait plus endetté qu’il ne pouvait payer, ses créditeurs devaient rajuster le montant de la dette sur ce que le pays pouvait payer. Au XXIème siècle, comme je l’explique dans mon livre The Failure of Laissez Faire Capitalism, cette règle traditionnelle a été abandonnée.

La nouvelle règle est que le peuple d’un pays, même un pays dont les dirigeants ont accepté des pots-de-vin afin de permettre l’endettement de leur pays envers l’étranger, doit avoir ses retraites, l’emploi, et les services sociaux laminés ainsi que les ressources de valeur de la nation telles que les systèmes de distribution des eaux municipales, les ports, la loterie nationale et les parcs nationaux, comme les îles grecques protégées, vendues aux étrangers, qui ont ainsi toute la liberté d’augmenter les prix de l’eau et des services, refuser au gouvernement grec par exemple les revenus de sa loterie nationale, et vendre l’héritage national protégé de la Grèce à des requins du foncier.

Ce qu’il s’est produit en Grèce et au Portugal est en cours de réalisation en Espagne et en Italie. Les peuples sont impuissants parce que leurs gouvernements ne les représentent aucunement. Non seulement ceux-ci sont corrompus et arrosés de pots-de-vin, mais les membres des gouvernements sont endoctrinés pour maintenir leurs pays au sein de l’Union Européenne. Autrement, ils sont dépassés par l’histoire. Les peuples opprimés et qui souffrent sont eux-mêmes endoctrinés de la même manière. Par exemple en Grèce, le gouvernement élu pour empêcher le pillage du pays a été impuissant, parce que le peuple grec a subi un lavage de cerveau leur disant que quoi qu’il arrive, il devait rester dans l’UE.

La combinaison de la propagande, du pouvoir financier, de la stupidité et des pots-de-vin veut dire qu’il n’y a aucun espoir pour les peuples européens


La même chose vaut pour les Etats-Unis, le Canada, l’Australie et le Royaume-Uni. Aux Etats-Unis des dizaines de millions de citoyens ont tranquillement acceptés l’absence de quelque intérêt que ce soit sur les revenus de leurs économies pendant maintenant plus de sept ans. Au lieu de poser des questions et de protester, les Américains ont accepté sans restriction la propagande avancée que leur existence dépend du succès d’une poignée de méga-banques artificiellement crées qui sont “trop grosses pour échouer”. Des millions d’Américains sont convaincus qu’il est mieux pour eux que leurs économies soient dévalorisées plutôt qu’une ou plusieurs banques corrompues passent à la trappe.

Pour maintenir les peuples occidentaux dans la confusion au sujet de la véritable menace à laquelle ils font face, les peuples sont convaincus à grand renfort de propagande qu’il y a un terroriste derrière chaque arbre, chaque passeport, sous chaque lit et que tout le monde sera tué à moins que le pouvoir excessif du gouvernement ne soit pas questionné.

Jusqu’ici tout cela a fonctionné parfaitement, avec une attaque fausse-bannière après l’autre renforçant les fausses attaques terroristes qui servent à empêcher toute prise de conscience que tout cela n’est qu’une vaste escroquerie pour en fait accumuler toute la richesse dans le plus petit nombre de mains.


Non content de sa suprématie sur les “peuples démocratiques”, le 1% avance d’autres pions avec ses “traités” Trans-Antlantique et Trans-Pacifique. Ceux-ci sont supposés être des “accords de libre-échange” qui bénéficieront à tout le monde. En vérité, ce sont des accords secrets, particulièrement bien gardés qui donnent le contrôle des lois des gouvernements souverains aux entreprises privées.

Il est par exemple venu au grand jour que sous le partenariat trans-atlantique, la sécurité sociale britannique serait gérée depuis des tribunaux privés mis en place sous le partenariat comme un obstacle à l’assurance médicale privée et attaqué en justice pour dommages et intérêts par des firmes privées et même, à terme, être forcée à disparaître.

Le gouvernement britannique totalement corrompu géré par le vassal de Washington David Cameron a bloqué tout accès aux documents légaux qui montrent l’impact qu’aura le traité trans-atlantique sur la sécurité sociale britannique.

Pour ceux des citoyens des pays occidentaux qui sont assez stupides ou endoctrinés pour ne pas avoir encore compris, la poussée actuelle de “leur” gouvernement et de sa politique est d’offrir chaque aspect de leur vie à des intérêts privés prédateurs.

Au Royaume-Uni, la poste a été vendue pour un prix des plus modiques à des intérêts privés connectés. Aux Etats-Unis, les républicains et peut-être les démocrates, ont l’intention de privatiser le Medicare (assurance maladie) et la sécurité sociale, tout comme ils ont privatisé bien des aspects des systèmes militaire et carcéral. Les fonctions publiques sont des cibles privilégiées pour faire des bénéfices
.

Une des raisons pour l’escalade des prix sur le budget militaire US est sa privatisation. La privatisation du système carcéral américain a résulté en un énorme nombre de personnes innocentes qui ont été incarcérées où elles sont forcées de travailler pour Apple, IT services, des compagnies de textiles et d’habillement qui produisent pour l’armée américaine et un tas d’autres entreprises privées. Les ouvriers prisonniers sont payés 69 cents de l’heure, bien plus bas que le salaire d’un ouvrier chinois.

C’est çà l’Amérique aujourd’hui: une police corrompue, des procureurs corrompus, des juges corrompus, mais un maximum de bénéfices pour le capitalisme made in USA avec ce travail très bon marché carcéral. Les économistes têtes pensantes du libre-marché glorifient les prisons privées, affirmant qu’elles seraient plus efficaces et elles le sont de fait… à fournir un travail d’esclave aux capitalistes.

Voila l’info sur le premier ministre David Cameron niant l’information au sujet de l’effet du traité de partenariat trans-atlantique sur la santé nationale britannique.

Le quotidien du Guardian de Londres, qui doit souvent se prostituer pour essayer de maintenir un minimum d’indépendance, décrit la colère que ressentent les britanniques envers le secret gardé par le gouvernement au sujet d’un problème si fondamental au bien-être des Britanniques et pourtant ceux-ci continuent de voter pour les partis politiques qui les ont trahi et les trahissent.

Partout en Europe les gouvernements, corrompus contrôlés par Washington, ont distrait leur peuple, l’ont trahi en focalisant l’attention sur l’affaire des immigrants, dont la présence est une conséquence directe des gouvernements européens représentant les intérêts de Washington et non pas les intérêts de leurs peuples.

Quelque chose de grave s’est produit contre l’intelligence et l’attention des peuples occidentaux qui semblent ne plus être capables de comprendre les machinations de “leurs” gouvernements.

Une pratique de gouvernement responsable en occident est finie. Rien d’autre que l’échec et l’effondrement attend la civilisation occidentale
.

http://www.paulcraigroberts.org/2016/01/30/the-west-is-reduced-to-looting-itself-paul-craig-roberts/

Traduit de l’anglais par Résistance 71

L’échec du libéralisme capitaliste et la dissolution économique de l’Occident


Citation :
The one percent have pulled off an economic and political revolution. By offshoring manufacturing and professional service jobs, US corporations destroyed the growth of consumer income, the basis of the US economy, leaving the bulk of the population mired in debt.
Deregulation was used to concentrate income and wealth in fewer hands and financial firms in corporations “too big to fail,” removing financial corporations from market discipline and forcing taxpayers in the US and Europe to cover bankster losses.
Environmental destruction has accelerated as economists refuse to count the exhaustion of nature’s resources as a cost and as corporations impose the cost of their activities on the environment and on third parties who do not share in the profits.
This is the book to read for those who want to understand the mistakes that are bringing the West to its knees.

Le un pour cent a entraîné une révolution économique et politique. La fabrication offshor et les emplois de service professionnel, les entreprises américaines ont détruit la croissance du revenu des consommateurs, base de l'économie américaine, laissant la majeure partie de la population embourbée dans la dette.
La déréglementation a été utilisée pour concentrer le revenu et richesse entre les mains de quelques sociétés financières et de sociétés « too big to fail », supprimant les plus faibles du marché et  forçant les contribuables en Europe et aux Etats-Unis à couvrir les pertes de bankster.
La destruction de l'environnement s'est accélérée car les économistes refusent de prendre en compte l'épuisement des ressources de la nature comme un coût, et les sociétés imposent celui de leurs activités sur l'environnement aux tierces parties qui ne partagent pas les profits.
C'est le livre à lire pour ceux qui veulent comprendre les erreurs qui mettent l'Occident à genoux.

je n'ai pas lu ce livre, et sa présentation me laisse perplexe concernant l'articulation structurelle entre Occident et capitalisme, chez cet auteur à succès qui fut néanmoins, il y a longtemps, un peu amateur de Marx : Paul Craig Roberts Marx's Theory of Exchange, Alienation, and Crisis, 1973
.
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MessageSujet: Re: sur l'OCCIDENT, son histoire, son concept, et sa CRISE dans celle du capitalisme   Dim 7 Fév - 16:55


Citation :
Il semble aller de soi, dans la plupart des nombreux commentaires qu’elle suscite, que la crise que nous traversons est une crise économique, d’origine financière, et que cette crise économique est une crise mondiale. Ce double présupposé mérite d’être reconsidéré si l’on prend en considération le taux de croissance  insolent des pays asiatiques et notamment celui de la Chine. Dès lors, il est permis de se demander si cette crise n’est pas, plus spécifiquement, une crise du modèle occidental, Etats Unis et Europe confondus.

Si certains pays peinent à sortir de la récession et d’autres moins, c’est probablement qu’il y a, à l’origine de cet écart, des causes qui ne sont pas seulement économiques. Et il est permis de se demander si les pays occidentaux, et plus particulièrement les pays européens, ne sont pas engagés dans une spirale du déclin. Ce ne serait pas la première fois dans l’histoire du monde, après tout, que des régions de brillante civilisation sont entrées dans une longue période de léthargie.

Le problème, c’est que cette évolution est extrêmement difficile à admettre par les intéressés, qui se réfèrent à leur brillant passé pour en conclure qu’il ne peut en aller autrement à l’avenir. Cette tendance au déni, toutefois, conduit à une incompréhension lourde de difficultés potentielles, notamment sur le plan social.


Crise mondiale ou crise de l’Occident ?

Crise économique ou crise de civilisation ?


Il semble aller de soi que la crise issue du crash financier de 2008 aux Etats Unis constitue une crise mondiale, en ce sens qu’elle a affecté  le monde entier. Deux ans plus tard, pourtant, les chiffres sont là : les pays asiatiques, le Japon faisant exception, sont revenus à une croissance forte, la Chine en tête ; les Etats Unis peinent à sortir de la récession ; les pays européens, et notamment la France, sont à la traîne. Les uns sortent de ces deux années difficiles selon  une courbe en U, les autres y restent selon une courbe en L (et ceci quel que soit le discours officiel). Il est donc permis de se demander si le discours sur « la crise économique mondiale » n’est pas un paravent derrière lequel se dissimule une réalité autre, mais que nous ne voulons pas voir.

Cette réalité, si l’on suit cette hypothèse, c’est que la crise actuelle est plus spécifiquement une crise des pays occidentaux. Après cinq cents ans de domination sur le monde, que leur assurait leur suprématie économique, après cinquante ans de croissance économique plus ou moins forte, les voici à arrivés à l’heure de faire les comptes : la suprématie technologique a cessé d’aller de soi et la dynamique économique est passée de l’autre côté du monde. L’occident, et plus particulièrement l’Europe, se trouve encalminé et échoué sur un banc de sable.

Cette situation, pourtant, ne nous apparaît pas dans toute sa brutalité, et ceci pour trois raisons au moins. En premier lieu, il est difficile de penser l’avenir autrement que comme une prolongation du passé que nous avons connu, et ceci d’autant plus que les instruments de la pensée prospective ont été sabordés. En second lieu, il est désagréable d’accepter la réalité quand elle se présente sous un jour désagréable. En troisième lieu, les hommes politiques aujourd’hui au pouvoir ont tout intérêt à laisser miroiter une prochaine embellie et, de ce point de vue, notre ministre des finances se comporte comme l’excellente avocate qu’elle fut par ailleurs.

Et pourtant, au-delà des chiffres, les signaux faibles se multiplient ; par exemple :

• la Corée du sud a vendu un réacteur nucléaire à un pays du Golf persique, qui lui a ainsi donné sa préférence par rapport à l’offre française,

• le financement du pavillon français à l’exposition universelle de Shanghai n’est toujours pas bouclé, cette réalisation qui se veut prestigieuse laissant dans l’ombre l’état de misère et l’insignifiance des services économiques de l’ambassade de France à Pékin.

En revanche, les réactions de déni se multiplient ; par exemple :

• la possibilité même de réaliser la voie de chemin de fer Pékin- Lhassa est mise en doute dans la dernière édition du guide de voyage Lonely Planet (qui n’est pourtant pas le pire) au moment même où le premier convoi arrive à Lhassa ;

• la pertinence et les conditions de construction du Barrage des Trois gorges font l’objet de commentaires acides, nonobstant le fait que la Chine ait, depuis quelque deux millénaires, une certaine expérience des grands travaux.

Ces commentaires négatifs s’inscrivent sur fond d’informations partielles ou périmées, parfois fantaisistes, trahissant un a priori ethnocentrique (l’Europe, et plus particulièrement la France, est nécessairement le centre du monde, ce qui n’est pas le point de vue des Chinois, quelle que soit la considération qu’ils aient pour la peinture impressionniste) et une incompréhension profonde de ce qui est en train de se passer dans le reste du monde.

Face au risque de désindustrialisation (au-delà de celui des délocalisations), tout se passe ainsi comme si l’occident, et notamment l’Europe, brûlait ses dernières cartouches technologiques. Nous bénéficions encore d’une certaine suprématie en ce qui concerne la construction aéronautique ou l’informatique, mais pour combien de temps ? Les transferts de technologies auxquels nous contraignent les contrats avec les pays asiatiques reviennent à scier la branche sur laquelle nous sommes assis, mais pouvons-nous faire autrement ? Il est de plus en plus clair, en revanche, que l’industrie automobile sera, demain, dominée par la Chine et la Corée et que la Chine a d’ores et déjà une certaine avance en ce qui concerne la diffusion des véhicules électriques, comme peut le constater le voyageur dans la ville de Shengdu.

La « crise économique mondiale » dissimulerait ainsi, si ces propos sont justes, une crise de civilisation qui toucherait spécifiquement les pays occidentaux et plus spécifiquement l’Europe. Nous devrions savoir, depuis Paul Valery, que les civilisation sont mortelles. La brillante civilisation arabe, pour ne prendre que celle-là, est entrée depuis plusieurs siècles dans une longue période de léthargie et les populations qui s’en réclament n’en ont toujours pas fait leur deuil, comme le démontre abondamment l’actualité. Pourquoi en irait-il autrement pour l’Europe ? Après tout, l’Empereur Inca avait-il conscience de ce que la civilisation qu’il représentait allait disparaître corps et biens ? Et donc, ne convient-il pas d’examiner d’une façon plus approfondie cette hypothèse du déclin aujourd’hui engagé afin d’en mesurer dès à présent les conséquences sur le plan social ?

Le syndrome de l’autruche :

les signaux faibles du déclin


Où va la France ? Où va l’Europe ? Le discours officiel sur la sortie de crise est-il autre chose qu’un miroir aux alouettes ? Faudrait-il s’attendre à un retour au statu quo ante ? C’est oublier deux choses.

• D’abord, l’avenir est difficile à imaginer comme différent de que ce que nous avons connu jusqu’à présent. Il faut, pour penser différemment les évolutions en cours, aller chercher ses repères ailleurs dans le monde et dans l’histoire, admettre que ce qui nous semble aller de soi n’est jamais qu’un moment historique, qu’il pourrait en aller autrement.

• Ensuite, trop d’intérêts s’opposent à ce que l’on admette ouvertement que nous sommes engagés dans un processus que nul ne maîtrise ; les hommes politiques ont tout intérêt à laisser penser que la situation est sous contrôle. Les hommes d’affaires aussi, qui espèrent avec un retour à la confiance, une relance de la consommation.

A cela s’ajoute la tendance au wishfull thinking. Face à des perspectives qui ne sont guère réjouissantes, il est tentant de croire que les beaux jours reviendront, que les difficultés actuelles ne sont que très provisoires, que l’embellie est en vue. En revanche, les mises en garde contre les illusions font figure de propos de prophètes de malheur. On se gaussera des « déclinologues ». « Continuons de vivre à crédit, vous verrez, tout finira par s’arranger ». Et pourtant, l’exemple que nous donne le déclin, suivi souvent de l’effondrement, de quelques grandes civilisations, devrait être pour nous plein d’enseignements. On y trouve en effet un certain nombre de constantes qui devraient être pour nous autant d’avertissements.

En premier lieu, on note parmi les élites l’incapacité à imaginer un tel effondrement, compte tenu de l’assurance que donne la prospérité passée, les savoirs et les richesses accumulées,  le patrimoine culturel, le sentiment d’être le centre du monde, voire même « la civilisation » par excellence, par opposition aux  « barbares » environnants ; dans ces conditions, les signaux faibles, qui devraient appeler à la vigilance, restent inaperçus ; les messages qui devraient inciter à l’adoption de mesures de redressement ne sont pas entendus ou sont rejetés avec ironie ; l’évolution en cours, nous semble-t-il, ne saurait être autre qu’un prolongement du passé conforme à ce que nous souhaitons.

Le débat public tend à se concentrer sur des problèmes insignifiants – par exemple, la vie privée des dirigeants politiques – ou sur des questions secondaires ou artificiellement provoquées – l’identité nationale, le port de la « burka » ; les vrais problèmes, ceux dont la solution conditionne l’avenir – le financement des retraites, le déséquilibre budgétaire de l’Etat – passent alors au second plan ; la  vie politique se consume en questions de personnes, les ambitions personnelles l’emportant largement sur le souci du bien public ; et quand des réformes supposées décisives sont adoptées, ce ne sont que des demi-réformes, l’Etat dissimulant son incapacité d’agir derrière des discours ronflants et la mise en scène de ses gesticulations.

De belles réalisations permettent aux hommes politiques de sauvegarder leur prestige. Toutefois, l’Etat, contraint de faire des économies, réduit les budgets correspondant à tout ce qui ne se voit pas ou dont les conséquences négatives ne sont pas immédiatement visibles. On parle de sécurité, mais les services de police n’ont pas les moyens qui leur permettraient d’optimiser leur efficacité ; dans le domaine de l’éducation, on parle de « pôles d’excellence », mais c’est pour mieux oublier le délabrement matériel et moral de certaines universités. La mise en scène de l’apparence immédiate, conformément à une intention politique évidente, l’emporte ainsi sur l’acceptation de la réalité, celle-ci faisant l’objet d’une réaction de déni massive et partagée, encouragée par les pouvoirs publics.

La population s’appauvrit, mais cela ne se voit pas et se dit encore moins ; les budgets alloués aux structures d’accueil destinées aux publics en difficulté sont discrètement réduits ; les jeunes ne parviennent plus à se loger dans des conditions financièrement supportables et doivent faire appel à l’aide des générations précédentes, quand celles-ci le peuvent ; en revanche, les  titulaires de revenus élevés parviennent à maintenir leur niveau de vie, et même à l’accroître encore ; de même, certaines professions fortement organisées sur le plan syndical et retranchées dans l’existence d’un statut particulier s’efforcent de maintenir le niveau relatif de leurs «avantages acquis » ; de là des affrontements liés à la répartition d’une richesse nationale dont le montant a désormais cessé de s’accroître.

Cette évolution dans le sens du déclin est loin d’apparaître comme une réalité dans la mesure où la communauté nationale toute entière tend à vivre à crédit au détriment des générations futures. La rapidité et l’intensité des changements ailleurs dans le monde sont constamment sous-évaluées, ou carrément ignorées. Les leaders d’opinion vivent sur leurs certitudes et s’efforcent de flatter leur clientèle, entraînant la population toute entière dans une incompréhension du mouvement du monde ou la dirigeant vers de fausses pistes. La suffisance des puissants flatte le sentiment populaire d’une prospérité qui devrait aller de soi, et donc être de retour à brève échéance, alors qu’elle appartient de plus en plus au passé ; en bref, les uns et les autres se retrouvent unis par un commun refus de voir la réalité en face dans la mesure où l’image qu’ils se font du monde où nous vivons se trouverait gravement altérée, sinon irrémédiablement brisée.

Nous en sommes donc là. Et les conséquences sur le plan social représenteront évidemment un véritable bouleversement. De nouveaux modes de vie devront s’inventer, et s’inventent d’ores et déjà à la marge. La baisse du pouvoir d’achat, qui pourrait être de l’ordre de 20 ou de 30%, posera bien évidemment un problème d’équité. Certaines catégories sociales s’efforceront de maintenir leurs avantages relatifs. Dans les entreprises, il faut s’attendre à de fortes réactions corporatistes, comme l’illustre la grève récente à la SNCF, sous l’impulsion de leaders syndicaux qui n’auront pas compris que le monde a changé et qui chercheront, au travers des actions qu’ils chercheront à mener, à défendre leur propre pouvoir.

Se pose ainsi pour les entreprises la question de savoir quelles seront pour elles les conditions de la survie, du rebond et du développement. Il est hautement probable que les dirigeants les moins bien placés pour agir en ce sens sont tous ceux pour lesquels l’entreprise se réduit à la mise à jour d’un tableur Excel. Importera en revanche la capacité à organiser autour d’un projet commun les différentes parties prenantes que sont les apporteurs de moyens financiers, les collaborateurs, les clients et les collectivités publiques, et ceci dans une optique à moyen et long terme. Autant dire qu’il s’agit là d’une révolution par rapport aux normes dominantes du management.

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MessageSujet: Re: sur l'OCCIDENT, son histoire, son concept, et sa CRISE dans celle du capitalisme   Dim 7 Fév - 17:11


L’avenir de l’imperium mundi occidental

Hubert Landier

Quel avenir pour l’Occident, de la culture occidentale et de ses méthodes de management face à la montée en puissance de la Chine et du reste du monde ? Dans un livre inspiré, Pierre Legendre, historien et psychanalyste, directeur d’études à l’Ecole de hautes études en sciences sociale, se livre, à travers sa recherche de ce qu’il appelle le « point aveugle de l’Occident », à une description saisissante de l’état du monde contemporain, tel qu’il est caractérisé par les effets de la mondialisation[1].


Citation :
Le double fondement de l’ordre occidental

Pour comprendre quel en est l’enjeu, il se livre à une archéologie des principes fondateurs de notre culture européo-américaine. Celle-ci part de certitudes religieuses, le « judéo-christianisme », auxquelles leur caractère révélé confère le statut d’une absolue vérité, opposée à l’erreur. Ces certitudes se sont coulées dans le moule romain, dont elles sont devenues la religion officielle. Or, l’empire romain avait vocation à constituer l’ordo mundi. Autrement dit, au-delà du Limes, il n’y avait que barbarie. Il est donc devenu un devoir pour le catholicisme romain, prenant la suite de l’empire, d’aller enseigner toutes les nations afin de les placer dans son orbite et de les conduire sur le chemin du bonheur éternel.

Ces principes se sont sécularisés, mais ils se sont maintenus. Toutefois, le judéo-christianisme, en tant que vérité sacrée et absolue, a laissé place, en tant que certitude dominante, à la techno-science, qui est devenue la pourvoyeuse nécessaire du bonheur de l’humanité – et de l’humanité toute entière. Et la techno-science s’appuie elle-même sur un ordre juridico-politique emprunté à l’ordo mundi romain. Son bien fondé ne peut donc être remis en question dans la mesure où il se fonde sur le double principe fondateur de l’Occident : judéo-christianisme et romanité. Moyennant quoi il  vocation à s’imposer au reste du monde, les cultures locales étant ainsi  réduites au statut de curiosités touristiques et d’objet de recherche pour les ethnologues.

Voilà donc qui justifie, pour les Occidentaux – hier les Européens, aujourd’hui les Américains – l’ambition d’imposer ce schéma à l’ensemble de la planète. Le catholicisme romain (à la différence du christianisme orthodoxe) envoyait des missionnaires en Asie ou en Afrique afin de « convertir » les ignorants. Ils étaient accompagnés par les marchands et les militaires venus les protéger – ce fut le colonialisme. Le colonialisme, aujourd’hui, a cessé de se fonder sur des ambitions territoriales et sur l’exportation de certitudes religieuses. Il se fonde sur la certitude que le bonheur ne peut résulter que du progrès techno-scientifique et de l’ordre politique et économique emprunté à Rome ; cette ambition passe par la mise en œuvre d’un modèle démocratique de l’Etat emprunté à l’Occident et tel qu’il fonde l’identité occidentale. Point de salut en dehors de la techno-science, du marché, de l’Etat national et des institutions fondées sur le modèle démocratique occidental à partir de principes empruntés au droit romain.

Le Pape et le clergé catholique, les évangélistes baptistes, continuent à prêcher à travers le monde qu’il faut renverser les idoles. Mais là n’est plus l’essentiel. L’essentiel, c’est la conviction des Occidentaux de la nécessité de faire valoir, de promouvoir comme allant de soi, leur modèle techno-économico-politique, qu’il y va du bien des peuples et qu’il faut donc, s’il le faut, l’imposer par la force. Ainsi peut-on lire l’objet des interventions américaines en Irak ou en Syrie, ou les interventions françaises en Lybie ou au Mali. Ainsi de leurs encouragements en vue du « développement » en Afrique ou en faveur du printemps arabe. Ainsi de leur condamnation des régimes dictatoriaux ou qui prétendraient échapper à l’emprise économique liée à ce nouvel ordre du monde. Ainsi de l’action menée par les institutions internationales dominées par les Occidentaux, et plus précisément par les Américains, qu’il s’agisse du conseil de sécurité de l’ONU ou de la Banque mondiale.

Le problème, c’est que les cultures héritées de l’histoire résistent à cet ordre du monde étranger à leur identité. Le premier à lui résister fut le Japon, lorsqu’il jeta les missionnaires à la mer en 1587. L’Iran a mis à la porte de dictateur Mohamed Reza Chah Pahlavi imposé par les Etats Unis, ce que ceux-ci ne lui ont pas pardonné, indépendamment des errements de la République islamique. La Chine absorbe les moyens de la prospérité mais aucun indice ne permet de penser qu’elle acceptera le modèle politique occidental. La Russie, malgré les efforts des Etats Unis dans l’ordre économique, militaire et culturel, refuse de se rendre à l’ordre américain (Russia delenda est). Reste Daesh et son refus radical de se soumettre au système de valeurs et à l’ordre que l’Occident prétendrait imposer aux peuples du moyen orient par l’entremise d’Etats-clients plus ou moins dépourvus de légitimité locale. D’où le jihad contre les « croisés ».


Quelques hypothèses en ce qui concerne l’avenir de l’occident

On en est là. Où cela peut-il conduire ? Rappelons que l’empire romain a sombré sous la pression des « barbares » extérieurs au Limes et que par la suite le Saint empire romain-germanique, qui a prétendu lui succéder, n’a jamais pu absorber le Royaume de France. Rappelons également le déclin, en Europe, de l’Eglise catholique ; soulignons, en revanche, le dynamisme missionnaires des évangélistes américains, tels qu’ils accompagnent l’imperium que les Etats Unis cherchent à exercer, convaincus de détenir la clé du bonheur pour l’humanité toute entière – « nous savons que nous sommes bons », affirmait ainsi le président Georges Busch Jr.

Cela conduit à différentes hypothèses :

• d’abord celle d’une absorption du monde dans un nouvel Imperium mundi, le reste du monde étant réduit à celui de survivances folkloriques.

• Ensuite, celle d’un essoufflement, voire d’un effondrement sur lui-même de l’ordre économique mondial tel qu’il est fondé sur des règles d’origine américaine (sous couvert, bien entendu, d’institutions internationales) ; cet essoufflement serait accompagné d’une mise en doute croissante de la capacité de cet ordre économique mondial à créer du bonheur et à sauvegarder notre environnement terrestre aujourd’hui menacé par les « dégâts collatéraux » qu’il provoque.

• Une exacerbation des tensions entre extrémistes évangélistes d’un côté, islamiques de l’autre, générant des interventions des grandes puissances, le tout étant propre à générer un conflit mondial, même à faible intensité, dont l’issue serait difficilement prévisible.

• Le développement des îlots de résistance existants (Chine, Russie, Iran) voire l’apparition de nouveaux îlots, et leur coalition en vue d’assurer leur avenir à partir de leur propre identité culturelle, par opposition à celle que l’Occident cherche à leur imposer ; il pourrait en résulter un monde culturellement, politiquement et économiquement multipolaire.

• Une subversion de cet Imperium mundi venue de l’intérieur. Une telle subversion passerait par la remise en cause de certains présupposés fondateurs. L’un d’entre eux est celui de l’importance accordée aux dénombrements et à l’approche quantitative, par rapport à l’approche qualitative dont sont notamment porteurs l’art, la poésie et la spiritualité.

L’ordre techno-scientifico-économique est en effet un ordre fondé sur les chiffres. Celui-ci remonte à Copernic et aux débuts de la révolution scientifique fondée sur l’expérimentation. Qu’il s’agisse de recherche scientifique, d’essais techniques, de management de l’entreprise ou de présentation des résultats de la politique nationale, ce qui compte, ce sont les résultats quantitatifs, et ceci sans considération pour la dimension qualitative des choses. Les chiffres représentent ce qui est « objectif », et donc sérieux, par rapport à ce qui ne l’est pas : l’art, la poésie, la spiritualité. Cette prédominance des chiffres, si on fait l’archéologie de notre civilisation, fonde, depuis la Richesse des nations d’Adam Smith, notre façon de concevoir l’économie, telle qu’elle détermine l’ordre politique et social.

Ce renversement de « l’empire des chiffres » est en cours. Le bonheur consiste-t-il à gagner plus, dans le cadre d’un ordre économique qui n’est pas soutenable à terme, ou à vivre mieux ? La question est aujourd’hui discutée, mais plus encore, tend à entrer, discrètement, dans les modes de vie. Le « bonheur national brut » a cessé de s’identifier au PIB et l’on sait aujourd’hui que le mieux vivre a cessé de s’identifier à la croissance économique. C’est la notion même du progrès, ce mythe fondateur de la modernité, tel qu’il se trouve aujourd’hui porté par l’ordre techno-scientifico-économique, qui se trouve mis en cause.

[1] Pierre Legendre : Dominium mundi, l’empire du management, Mille et une nuits, 2014.

Pierre Legendre


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MessageSujet: Re: sur l'OCCIDENT, son histoire, son concept, et sa CRISE dans celle du capitalisme   Dim 7 Fév - 17:29


La logique totalitaire. Essai sur la crise de l'Occident

Jean Vioulac
février 2013


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Citation :
Notre époque est celle de la crise : mais une crise n'est jamais que la phase critique atteinte par un processus de plus lointaine provenance. La crise contemporaine est ainsi révélation, à la fois de la dépendance de notre époque à l'endroit de l'histoire dont elle procède et de l'essence même de cette histoire : la pensée de la crise impose de la concevoir comme accomplissement d'un destin qu'il s'agit de mettre au jour.

La logique de ce destin est restituée à partir de Hegel, qui découvre dans l'histoire un processus de totalisation achevé dans la « totalité autonome » de l'État, régie par la terreur et la guerre. Cette figure de l'État correspond au concept de totalitarisme, qu'il importe alors d'étudier. Or ce que montre le nazisme, caractérisé par la désintégration de l'appareil d'État, c'est que le totalitarisme n'est pas forcément étatique : il existe un processus immanent de totalisation dont les régimes totalitaires ne furent que des phénomènes dérivés.

Ce processus est celui que Tocqueville a vu dans la massification des sociétés démocratiques. Il échoue à l'expliquer, le fondant en dernière instance sur la Providence divine, mais a cependant vu son lien avec la révolution industrielle. C'est Marx qui a pensé jusqu'au bout le processus de totalisation immanent au champ des pratiques, en découvrant dans le Capital la puissance de mobilisation et de massification caractéristique de la modernité : le capitalisme est en cela l'essence même du totalitarisme, et la mondialisation contemporaine n'est autre que la totalisation propre au Capital.

Le surmontement de la crise s'identifie dès lors au dépassement du capitalisme : mais si le capitalisme se définit par l'autonomisation du système des objets, alors l'automatisation propre au dispositif technique s'avère plus fondamentale encore que le capitalisme, et il faut avec Günther Anders parler d'un « totalitarisme technocratique », dont on peut craindre qu'il soit indépassable.

Reste alors à penser ce qui se dit dans une telle catastrophe.



Le philosophe Jean Vioulac nous propose une présentation de son dernier ouvrage, La logique totalitaire, Essai sur la crise de l’Occident


Jean Vioulac[b] a écrit:
Notre époque est celle de la crise : crise de l’économie, de l’environnement, de la politique, de la religion, de l’art, de l’éducation, de la famille… il est même devenu difficile d’identifier un domaine qui ne soit pas en crise. Mais la philosophie ne peut pas se satisfaire de la description successive de ces crises, elle doit tenter d’en saisir l’unité, et de penser alors cette crise comme époque[/b].

Et en effet, une crise est fondamentalement un phénomène temporel : le terme vient du vocabulaire médical et désigne la fin du temps d’incubation d’une maladie, c’est-à-dire la phase à la fois la plus dangereuse de cette maladie, et la plus significative en ce qu’elle révèle un processus qui jusque là était dissimulé sous l’apparence faussement rassurante de la santé. Penser notre époque comme crise impose alors de la situer dans une histoire au long cours, et de se demander ce que cette crise révèle de notre histoire.

La caractéristique la plus frappante de notre époque est la globalisation, c’est-à-dire le rassemblement de tous les peuples et de toutes les contrées du monde dans un même espace commun. L’intégration de multiples phénomènes particuliers dans un milieu universel unique définit philosophiquement le concept de totalité, et en cela la globalisation doit se redéfinir comme totalisation. Nous sommes les contemporains de l’avènement d’une totalité planétaire à l’intérieur de laquelle tout est désormais interdépendant, et c’est cette totalité qu’il s’agit de penser.

Cette totalité impose à tous les peuples de la planète la même conception du monde (la science), le même principe politique (la démocratie), la même organisation économique (le capitalisme) et les mêmes moyens d’action et de production (la technologie). Or ces quatre catégories fondamentales de la totalisation contemporaine sont d’origine spécifiquement occidentale, et leur domination est le résultat de l’occidentalisation de tous les peuples du monde. C’est donc dans l’histoire occidentale qu’il faut chercher la genèse de la totalisation contemporaine.

Hegel est le philosophe qui a découvert la logique immanente à l’histoire occidentale, et il l’a précisément compris comme logique de la totalisation par l’intégration de tout ce qui est à l’intérieur du concept. L’histoire s’achève alors à ses yeux dans la « totalité autonome » de l’État, régie par la terreur et la guerre. Cette figure de l’État correspond au concept classique de totalitarisme, qu’il importe alors d’étudier. Or ce que montre le nazisme, caractérisé par la désintégration de l’appareil d’État et l’absence de toute instance centrale de gouvernement, c’est que le totalitarisme n’est pas forcément étatique ni même politique : il s’agit alors d’identifier un processus immanent de totalisation dont les régimes totalitaires ne furent que des phénomènes dérivés.

Ce processus est celui que Tocqueville a vu dans la massification des sociétés démocratiques : la démocratie est en effet une réalité sociale et non politique, qui se définit par l’avènement d’un pouvoir de masse à l’intérieur de laquelle les hommes particuliers ne sont plus rien, sinon des exemplaires standards de cette masse. Le pouvoir total de la masse constitue en cela le fondement du totalitarisme. Tocqueville échoue cependant à expliquer ce processus, qu’il fonde en dernière instance sur la Providence divine ; il a cependant mis au jour son lien avec la révolution industrielle.

Mais c’est Marx qui a pensé jusqu’au bout ce processus de totalisation immanent au champ des pratiques. Si les sociétés humaines quittent l’immobilité et l’éparpillement qui caractérisaient les époques artisanales, c’est qu’elles se rassemblent en masses mobilisables par un dispositif économique qui dans l’argent dispose du moyen universel de détermination et d’incitation des individus particuliers. L’originalité de ce système économique est de tout soumettre à l’argent, non seulement les marchandises, mais le travail lui-même par le biais du salariat : par le salariat les sociétés humaines sont ainsi tout à la fois soumises à l’argent, et réduite à une quantité de travail disponible, c’est-à-dire à une masse. Mais si l’argent, par le salariat, mobilise toutes les énergies et consomme toute puissance, c’est dans un seul but : se produire lui-même. Et c’est là en effet le schéma de base de l’opération économique en régime capitaliste : une quantité d’argent (un capital, au sens courant du terme) achète de la puissance de travail, qu’elle ne fait passer à l’acte que pour se produire elle-même, et ainsi s’accroître (faire un profit). Le Capital est précisément l’argent en tant qu’il se produit lui-même, et le capitalisme se définit par cette automatisation du processus de production, qui fonctionne désormais en lui-même et pour lui-même, ne recherche plus que sa propre croissance, sans que les hommes ait un quelconque pouvoir sur lui même quand il s’avère dévastateur pour l’environnement. En quoi il apparaît que le capitalisme est crise, et que surmonter la crise, c’est indissolublement surmonter le capitalisme.

Mais si le capitalisme se définit par ce processus d’autonomisation du dispositif d’autoproduction de l’argent — ce qui est devenue manifeste à tous dans l’automatisation cybernétique de la finance —, alors la question de la technique est plus fondamentale encore que celle du capitalisme : dire que la totalité planétaire aujourd’hui est devenue un système autonome et automatique qui ne fonctionne plus qu’en vue de lui-même, c’est reconnaître qu’elle est une gigantesque machine dont les hommes ne sont plus que des rouages, quand ce n’est pas des grains de sables qu’il convient d’évacuer.

C’est ainsi que Günther Anders a compris l’époque de la technique : par sa description minutieuse du consumérisme ou de la télévision, il a mis en évidence l’existence d’un « totalitarisme technocratique », dont on peut craindre qu’il soit indépassable.

Mais il devient alors possible de circonscrire la crise. Notre époque est celle de l’avènement d’une totalité surhumaine — pourtant produite par les hommes au cours de leur histoire — qui désormais est devenue autonome, ne fonctionne plus qu’automatiquement et en vue d’elle-même, et pour ce faire instrumentalise les hommes et se les soumet : tous les processus de dévastation, de démantèlement, d’atomisation et de destruction que l’on constate aujourd’hui peuvent alors être conçu comme les effets les plus immédiat de ce processus de totalisation.


Citation :
Agrégé et docteur en philosophie, Jean Vioulac a enseigné à l'Université Paris-Sorbonne, à la Faculté de philosophie de l'Institut catholique de Paris, ainsi que dans plusieurs lycées de région parisienne. Il est l'auteur de L'époque de la technique. Marx, Heidegger et l'accomplissement de la métaphysique (PUF, 2009) et dernièrement La logique totalitaire. Essai sur la crise de l'Occident (PUF, 2013).

je n'ai pas très bien saisi en quoi « la question de la technique est plus fondamentale encore que celle du capitalisme », ni en quoi la technique serait spécifiquement occidentale... Les Chinois ont inventé bien des techniques avant les Occidentaux : la boussole, le papier, l’imprimerie, la poudre à canon, le sismographe, les cadrans solaires, le calcul du nombre pi, et aujourd'hui, toutes leurs inventions ne sont pas tributaires des techniques occidentales...



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MessageSujet: Re: sur l'OCCIDENT, son histoire, son concept, et sa CRISE dans celle du capitalisme   Dim 7 Fév - 18:39


j'aurais pu commencer par là...


INTELLECTION

Les nuances sémiques du concept « Occident » Camille Loty Malebranche, philosophe, poète, écrivain, 1 Mars 2015

Il est des termes qui entrent dans la polysémie par la force de l’histoire où ils se conceptualisent à travers l’action, se font plurivoques par l’extension que leur imprime l’évolution des modes de vie qui en assument l’usage. Le vocable d’occident, est de ces mots qui incarnent un renvoi à des référents tellement multiples qu’il s’y rencontre parfois des sens contradictoires.


Citation :
Occident historico-géographique

De l’indiction de simple point cardinal évoquant le couchant comme lieu opposé au soleil levant, de la signification élémentaire de repère pour l’orientation, le vocable occident a épousé une nouvelle envergure sémique par les conquêtes de la Grèce puis le formidable essor de la Rome. L’occident comme civilisation s’est conçu en la partie occidentale et méridionale de l’écoumène connu de l’Europe de l’Antiquité, et précisément par les avancées de l’empire romain, fortement imprégné de la culture grecque et marqué par un christianisme déformé mais catholicisé c’est-à-dire voué à l’universel, pour être à l’usage de Constantin son empereur soi disant converti « chrétien ». Rome est avant tout l’empire romain d’occident même si son pendant oriental avec Théodose, partie qu’on allait encore nommée Byzance selon le nom de sa capitale - nom redonné qui se veut en rupture avec l’héritage de Constantin qui avait appelé Constantinople, cette vieille ville au temps de l’empire romain unifié - lui survivra et marquera au fer rouge de l’histoire et de la culture ses sphères géographiques de domination.      


Occident idéologique (socio-économique)

Dans cet occident moderne et actuel que j’appelle idéologique, se retrouvent intégrés par exemple des pays atypiques respectivement un extrême-oriental et un océanien: le Japon et l’Australie. La Russie, elle, tout en étant totalement distincte de l’occident par l’idéologie soit communiste avec la révolution d’octobre, soit nationaliste comme aujourd’hui sous Poutine, partage avec ledit occident, à la fois par son territoire européen et son histoire européenne, certains traits culturels et politiques, nous pensons ici au tsarisme, à cette époque où les familles d’Europe donc les oligarchies aristocratiques occidentales mariaient leurs fils et filles pour garder le pouvoir et étendre leur empire. Il est toutefois intéressant de préciser ici que le culte dominant russe est oriental, culte orthodoxe relevant précisément de la mouvance de Byzance et de sa patristique orientale augurée par le règne de Théodose.

L’occident, après sa naissance méditerranéenne au sud de l’Europe avec la Grèce et la Rome, est vite devenu par connotation, au gré de son influence conquérante, la mosaïque de cultures caractérisant des sociétés d’Europe occidentale ou d’expatriés originaires de ce continent, ayant la peau claire quoique de différentes ethnies. C’est aussi une collection de sociétés ayant, pour religion dominante, les cultes catholique et protestant, avec une vision très progressiste exclusive et raciste car freinante du progrès de ses peuples conquis, vision hégémonique avec une conception transformatrice de la nature propulsant un industrialisme vigoureux. Mais dans cette vigueur se trouvaient déjà cachés les germes du capitalisme inhumain dont la face actuelle est l’ordre du monde fondé selon un mode économique axé sur le crédit et son corollaire, la dette. Un capitalisme qui risque de détruire l’occident tout en abîmant irréversiblement la planète, condamnant ledit occident et le monde qu’il domine à être excessivement productif, à entretenir une société de consommation déraisonnablement exponentielle, voire compulsive au service de l’ordre financier macabre instauré par le crédit bancaire.


L’occident est aujourd’hui un mode d’organisation sociale en crise qui n’arrive plus à se réajuster vu sinon l’anachronisme mais l’impropriété non viable de ses méthodes classiques de colonialisme et d’impérialisme, ses déchirements démographiques par ses populations multiethniques et multiculturelles en crash interne, vu la vétusté antiécologique de son mode de production capitaliste, vu le vieillissement systémique de l’ordre mondial inhumain presque obsolète imposé par ses puissances dominantes, vu le capitalisme auquel il s’accroche débilement en sacrifiant les droits économiques et citoyens de la personne au profit des banques et des bourses…  


Occidentalisme (l’occident culturel)

L’occident - par la colonialisme puis l’impérialisme procédant par acculturation des peuples via la néocolonisation répétitive et permanente du monde - présidé aujourd’hui par la puissance étasunienne, actuel leader de l’occidentalisme, met parfois à contribution, comme en dernier ressort, les forces militaires de l’Otan pour noyer dans le feu et le sang, les pays retors non économiquement acculturables. L’occident culturel - cette weltanschauung idéologique globale tant mythologique que politique de l’occident, qui sévit grâce à l’influence médiatique, didactique selon l’influence scolaire et épistémique des puissances occidentales exprimant la conception du monde à l’occidentale que nous appelons « occidentalisme » - se maintient au sommet de la culture populaire des nations dont il réduit les cultures nationales à la marginalité folklorique sans impact dans le mode de vie socioéconomique. La télévision et le multimédia, bref, la presse mainstream occidentale, fors certaines exceptions, standardise la culture mondiale.

Enfin, dans son acception diplomatique, l’occident évoque le bloc onusien constitué des Usa et de leurs deux alliés ayant droit de veto au conseil de sécurité, que sont le Royaume-Uni et la France.    

Le caractère dominant de l’occident, c’est la violence hégémonique d’abord interoccidentale illustrée par les guerres de conquêtes napoléonniennes et les deux conflagrations mondiales du vingtième siècle sur le front ouest-européen. Violence naturellement sans cesse réajustée contre le reste du monde à travers une hégémonie géopolitique et un bellicisme géostratégique colonialiste puis impérialiste qui tend toujours à faire du monde entier, la chose des establishments occidentaux qui n’en finissent pas d’instrumentaliser la planète par discours et idéologies manipulateurs des consciences individuelles et collectives. Rage de dominer et frénésie d’exploiter autrui par n’importe quelle voie selon la pire pulsion de convoitise, telle est, malgré les grandeurs scientifiques, techniques et technologiques, en dépit de l’éclat axiologique des chartes arguant d’humanisme et de démocratie, l’effigie macabre de l’occident, effigie d’un prédateur barbare impitoyable…  

Citation :
Le blog Intellection pour comprendre la crise du sens dans la civilisation. L’homme est une somme de Violence Vitale et de Révolte Vivifiante contre la létalité des néants envahissants du monde. Affirme-toi selon l'Esprit, investis-toi dans l'Être pour triompher des jugements aliénants de la corruption générale d'une société vulgairement matérialiste. Rêve et Réalise ta construction de toi-même selon l’Esprit, investis-toi spirituellement dans l'Être, et l'avoir ne sera plus contre toi ni bourreau ni consomption! Penser c’est se Repenser. Se Repenser, se juger pour se construire l’Humanité et cesser d’être le patient des cécités conscientielles attisées par le conditionnement social.

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MessageSujet: Re: sur l'OCCIDENT, son histoire, son concept, et sa CRISE dans celle du capitalisme   Lun 22 Fév - 9:27

Calendrier divergent : pour l'Occident le G20 c'est fin février, pour la Chine c'est septembre 2016, avec la précision : Pour rendre le sommet plus représentatif, la Chine a invité l'Egypte, le Kazakhstan, l'Espagne, Singapour, le Laos et le Sénégal à participer au programme complet du sommet en tant que pays invités, ?

Les voeux angoissés, de la finance (lancé par la Bank of America debut fevrier) pour la réunion du G20 (bis), fin février à Shanghai, urgence d'éviter l'extension de la guerre pour sauver le dollar et le yen,le calendrier occidental :

Le G20 de Shanghai doit limiter les risques de guerre des changes

Shanghai (Jannes Glas.)
POSTÉ LE 17/02/2016

Marchés : la perspective d'un choc financier venant de la baisse des prix du pétrole déstabilise le crédit et les banques

La moindre demande marginale de pétrole fait baisser les cours : -10 % en 2016, -40 % depuis un an. Cette baisse est amplifiée par l'augmentation structurelle de l'offre de pétrole et gaz de schiste, et le retour de l'Iran sur le marché. L'accentuation de la baisse des prix a tourné l'attention du marché vers la situation des banques, qui pourraient subir des pertes sur leurs expositions au secteur énergie. La baisse des obligations High-Yield américaines liées au pétrole, sensible depuis 6 mois, s'est propagée à tous types d'obligations Haut Rendement américaines et européennes. C'est la quatrième plus forte tension depuis l'éclatement de la bulle TMT en 2000. Les cours de bourse pourraient ainsi rester étroitement corrélés à celui du baril de pétrole.
Chine : l'économie décélère mais n'implose pas
La Chine cherche à réussir une mutation en profondeur. Les plans quinquennaux précédents avaient fait de la Chine l'usine du monde, l'ambition du XIIIème plan du Président Xi est d'aller vers une économie de service et de transformer le pays en un gigantesque supermarché. Mais avant l'atteinte de cet objectif, la transition n'est pas facile, il faut résorber les surcapacités industrielles (acier, ciment, …) sans provoquer de troubles sociaux. Les autorités tentent de juguler les risques d'atterrissage violent par une relance monétaire mais cela risque d'être insuffisant et une relance budgétaire apparaît inéluctable. Cependant, il ne faut pas exclure les erreurs de décision, comme cela s'est produit l'été dernier avec le Renminbi. L'observation de certains chiffres peut conduire à plus de pessimisme. Le taux d'utilisation des capacités de production est de 50%, peut-être moins encore. Plus de 46% du PIB provient de l'investissement. Ce sont des chiffres bien supérieurs à ceux du Japon au moment de l'éclatement de la bulle sur les marchés à partir des années 90…

États-Unis : le dilemme de Janet Yellen

Une année de croissance faible pour l'économie américaine semble être le scénario le plus probable. Si la dynamique n'est pas suffisante pour compenser le ralentissement en Chine et dans certains marchés émergents, la récession sera inévitable. Une augmentation même modérée des salaires et une stabilisation des prix du pétrole pourraient produire un peu plus d'inflation. La croissance marque le pas et les résultats des entreprises ne devraient pas dépasser 4% sur l'ensemble de l'année. Toute décision de hausse ou non des taux d'intérêt risque d'être mal prise par les marchés. La Présidente de la FED vit donc un dilemme insoluble.

Europe : l'activisme de Mario Draghi n'a pas encore produit suffisamment de résultats

En Europe, la croissance espérée au début d'année était de 0,75% à 1,25%. Tout le monde a compris que la « BCE ferait ce qu'il faut » pour éviter la récession. L'Europe du Nord sans l'Euro va beaucoup mieux que l'Europe du Sud. La Suède est la championne de la croissance des pays nordiques. La Norvège résiste bien malgré la baisse du prix du pétrole. La Grande Bretagne s'est globalement bien portée ces dernières années. La croissance sera autour de 1,25% à 1,75% mais le « Brexit », perspective d'une sortie de l'Union Européenne, pèse déjà sur la Livre Sterling. En Europe du Sud, la tendance était meilleure depuis 6 mois mais s'essouffle depuis mi-janvier. La production industrielle marque le pas en Allemagne.

Guerre des changes : les taux négatifs risquent de l'accentuer

Les marchés sont angoissés par la baisse du Renminbi alors qu'elle ne ressort qu'à moins de 5% contre le Dollar en un an. C'est beaucoup moins que d'autres devises émergentes : le Real brésilien est en baisse de 29% et la Rouble russe de 19%. L'Euro et le Yen ont dévalué vis-à-vis du Dollar depuis deux ans : l'Euro de 25% et le Yen de 17% à leurs plus bas en janvier. Mais les Chinois et les Américains ne veulent pas perdre leur compétitivité et ont poussé les marchés à faire remonter le Yen de 10% et l'Euro de 6%. Les perspectives de taux négatifs en Europe et au Japon peuvent accentuer ces mouvements violents. Il est indispensable que le G20 de Shanghai fin février débouche sur une stabilisation des principales monnaies. Un accord aussi fort que celui du Plaza ou du Louvre semble néanmoins prématuré.

Stratégie : l'évolution des marchés dépendra de la crédibilité des Banques Centrales

La vulnérabilité des marchés est réelle, car les « Risk Parity Funds », les « Smart Bêta Funds », et les fonds analogues, qui représentent une masse de plus de 10 000 Md$, sont principalement gérés par des algorithmes. L'évolution des bourses dépendra de la crédibilité des Banques Centrales, Mario Draghi va à nouveau baisser les taux et Janet Yellen ne les relèvera pas ou peu. Il faudra aussi une stabilité des parités de change, un « gentleman agreement » entre les pays exportateurs de pétrole et éviter l'aggravation du conflit au Moyen-Orient.

http://montpensier.com/fr/actualites/strategie-et-marches/le-g20-de-shanghai-doit-limiter-les-risques-de-guerre-des-changes

démenti chinois :

Wishful thinking: Rumoured G20 deal to stabilise currency, like the 1985 Plaza Accord, is ‘just fantasy’, says China’s finance minister

PUBLISHED : Friday, 19 February, 2016, 11:42pm
UPDATED : Saturday, 20 February, 2016, 10:07am

http://www.scmp.com/news/china/diplomacy-defence/article/1914189/wishful-thinking-rumoured-g20-deal-stabilise-currency

le calendrier officiel chinois ?: Le sommet aura lieu à Hangzhou les 4 et 5 septembre, après que la Chine a pris le relais de la présidence du G20 en décembre.

Les préparatifs du sommet du G20 à Hangzhou se poursuivent parfaitement
              
French.xinhuanet.com | Publié le 2016-02-16 à 22:03

BEIJING, 16 février (Xinhua) -- Les préparatifs du sommet du G20 à Hangzhou, dans l'est de la Chine, se déroulent bien, a déclaré un haut responsable chinois chargé de la préparation de cet événement.
Le sommet aura lieu à Hangzhou les 4 et 5 septembre, après que la Chine a pris le relais de la présidence du G20 en décembre.

Le Conseiller d'Etat chinois, Yang Jiechi, a indiqué dans une interview mise en ligne mardi sur le site Internet du ministère chinois des Affaires étrangères, que la Chine avait établi un comité pour coordonner le travail de préparation, et que l'accord sur les priorités du sommet avait été décidé lors de la première réunion des coordinateurs.
Les programmes des événements, et les aménagements des lieux, des installations, de la logistique et de la sécurité ont été tous menés à bien, a indiqué M. Yang.

La Chine a proposé quatre priorités majeures pour le thème du sommet, à savoir : forger une nouvelle voie pour la croissance, "une gouvernance économique et financière internationale plus concrète et efficace", "le commerce et les investissements internationaux robustes" et "le développement inclusif et interconnecté".

"Ces priorités sont compatibles avec les besoins de l'économie mondiale et de la voie du développement de la Chine, et illustrent l'esprit d'innovation", a indiqué M. Yang.

La Chine espère que les participants du sommet pourront parvenir à un consensus sur l'innovation, la réforme structurelle, la nouvelle révolution industrielle et l'économie numérique, selon le conseiller d'Etat.
"Nous appelons à l'innovation dans le secteur des sciences et des technologies, ainsi que dans les concepts de développement et les modèles commerciaux", a-t-il indiqué.

Au cours des mois qui précèdent le sommet du G20, la Chine organisera des réunions de sherpas à Guangzhou, Xiamen, Hangzhou et Wuhan, les réunions des ministres des Finances et des gouverneurs de la banque centrale à Shanghai et Chengdu, et des réunions des ministres du Commerce, de l'Emploi, de l'Energie, et de l'Agriculture à Shanghai, Beijing et Xi'an.
Pour rendre le sommet plus représentatif, la Chine a invité l'Egypte, le Kazakhstan, l'Espagne, Singapour, le Laos et le Sénégal à participer au programme complet du sommet en tant que pays invités, a révélé M. Yang.

"La Chine poursuivra les principes d'ouverture, de transparence et d'inclusion dans le travail de préparation, et maintiendra la communication et la coordination étroites avec toutes les parties pour assurer le succès du sommet à Hangzhou", a-t-il ajouté.

http://french.xinhuanet.com/2016-02/16/c_135104036.htm

L'appel au secours japonais

Tokyo en appelle au G20 à propos des turbulences sur les marchés
Publié le 12 février 2016, à 10h59

par Tetsushi Kajimoto et Leika Kihara

TOKYO (Reuters) - Les responsables économiques et monétaires japonais vont en appeler au G20 pour trouver une réponse aux turbulences sur les marchés financiers et le gouverneur de la banque centrale a rejeté l'idée qu'elles puissent s'expliquer par la nouvelle politique de taux d'intérêt négatifs récemment mise en oeuvre au Japon.

Soulignant l'inquiétude croissante des autorités nipponnes devant la chute de la Bourse, le Premier ministre, Shinzo Abe, s'est entretenu vendredi avec le gouverneur de la Banque du Japon (BoJ), Haruhiko Kuroda, pour la première fois en près de cinq mois au sujet de l'évolution de l'économie mondiale et des marchés financiers.

"J'ai expliqué les conceptions de la BoJ sur l'assouplissement quantitatif et qualitatif avec des taux d'intérêt négatifs et ses effets", a dit Haruhiko Kuroda à des journalistes à l'issue de la rencontre. Il a ajouté que Shinzo Abe n'avait pas fait de commentaires particuliers sur la politique monétaire….

http://www.usinenouvelle.com/article/tokyo-en-appelle-au-g20-agrave-propos-des-turbulences-sur-les-marches.N379124

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MessageSujet: Re: sur l'OCCIDENT, son histoire, son concept, et sa CRISE dans celle du capitalisme   Dim 1 Mai - 6:39

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L'OCCIDENT VU PAR UN AFRICAIN

Chokri Boussetta avec Josiane Alépée.


Citation :

Quand ils font la guerre, elle devient mondiale.

Quand ils ont une opinion, elle est internationale.

Quand ils s'expriment, ils le font au nom de la communauté internationale.

Quant à leurs valeurs, elles sont universelles.

Quand ils ont une crise, elle est mondiale.

Quand ils parlent d'eux c'est une langue.
Quand ce sont les autres c'est forcément des dialectes.

Leurs fruits ont des noms du genre pomme, abricots, pèche. Ceux de l'Afrique sont exotiques, sauvages.

Ils se sont installés de force en Amérique, au Canada, en Australie, en Afrique du sud, Amérique du sud et ils nous traitent d'immigrés. Lamentable !

Quand ils viennent chez nous ils disent qu'ils sont expatriés et quand c'est nous qui allons chez eux ils nous traitent d'immigrés. Mesquinerie quand tu nous tiens.

Ils disent d'eux qu'ils sont en situation irrégulière dans un autre pays. Et quand il s'agit de nous, ils disent que nous sommes des sans papiers, des clandestins.

Quand ils s'attaquent à l'occupant, ce sont des résistants. Et quand nous on s'attaque à l'occupant, nous sommes des terroristes.

Ils sont les seuls à pouvoir se doter des bombes atomiques et bizarrement ce sont les autres qui fabriquent et utilisent des "armes de destruction massive".

Quand ils croient en Dieu, le monde entier doit croire en Dieu. Et maintenant qu'ils n'y croient plus y croire est devenu ringard.

Quand on se met tout nu avec un cache sexe, nous sommes des sauvages. Et quand c'est eux, ils font du naturisme. Quand nos femmes se voilent, nous les opprimons. Quand les leurs se voilent, ce sont des saintes (sœurs).

Quand ils usent de violence on parle de noble art. Mais quand nous les terrassons, on parle alors d'acte barbare et de violence gratuite.

Quand ils nous prêtent de l'argent, ils parlent d'aide. Quand ils viennent nous piller, ils nous parlent de partenariat ou d'accord de partenariat.

Quand ce sont eux qui le font, c'est du lobbying. Quand c'est nous, c'est de la corruption, du clientélisme, du népotisme.

Ils traitent nos scarifications (marque de reconnaissance ethnique) de sauvage. Aujourd'hui ils pratiquent le tatouage à outrance et c'est devenu de l'art et une façon d'être "branché".

Ils disent chez eux que la femme est plus libre, mais ils oublient que le corps de la femme se vend en vitrine à Amsterdam et ailleurs et que le star système leur impose d'être squelettiques et des femmes-objet. Quel culot !!



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MessageSujet: Re: sur l'OCCIDENT, son histoire, son concept, et sa CRISE dans celle du capitalisme   Sam 14 Mai - 12:39


Emmanuel Todd et Keishi Saeki
sur
La crise économique mondiale et le déclin de l'empire américain

Déclin des Etats-Unis, crise occidentale et réactions de l'Europe et du Japon



Le démographe et historien français Emmanuel Todd discute avec le politologue et économiste japonais Keishi Saeki du déclin de la puissance américaine et de son impact sur les sociétés européennes et japonaise.

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MessageSujet: Re: sur l'OCCIDENT, son histoire, son concept, et sa CRISE dans celle du capitalisme   Mer 6 Juil - 18:48


Interview de Guy Mettan sur

la volonté occidentale de couper l’Europe en deux entre la Russie et une UE expansionniste

par Emilie Defresne Médias-Presse-Info 12 juin 2016


Citation :
Guy Mettan est l’auteur de l’essai Russie-Occident : la guerre de mille ans. Son livre paru l’année dernière en Europe occidentale vient d’être publié dans sa version russe.  Ce Suisse est journaliste, politologue et écrivain, député du parlement de Genève et président du Club suisse de la presse.


Pourquoi la presse occidentale qui a abdiqué tout honneur ment-elle aussi grossièrement sur les causes de la crise ukrainienne ? Pourquoi présente-t-elle Vladimir Poutine comme l’ennemi à abattre alors que dans le même temps les autorités de l’Union fréquentent et pactisent avec des dictateurs notoires, comme le roi d’Arabie ou Erdogan, sans que la presse ne relève le contraste  ? Pourquoi cette étrange volonté occidentale de couper l’Europe en deux entre l’Est et l’Ouest ?  alors que l’Union négocie par ailleurs, pour faire rentrer un pays aussi étranger à la civilisation européenne que la Turquie ?

L’intérêt de cette vidéo réside moins dans les racines de la querelle Europe occidentale/ Europe Orientale, que l’auteur va chercher très loin dans l’Histoire, que dans l’analyse qu’il fait de la diabolisation actuelle de la Russie. Partant de l’expansionnisme de l’Union européenne, il décrit l’intérêt des USA dans cette affaire et celui de l’Allemagne, tandis que la France a complètement abdiqué toute velléité de peser dans la balance. La fin de la vidéo est surprenante, puisque la journaliste russe semble se faire encore quelque illusion sur les autorités françaises actuelles…


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MessageSujet: Re: sur l'OCCIDENT, son histoire, son concept, et sa CRISE dans celle du capitalisme   Mer 6 Juil - 19:21


Schumpeter à l’œuvre

L’âge d’or des entreprises occidentales toucherait-il à sa fin ?

Empire romain et capitalisme occidental, même destin ?


The Economist 06/10/2015

[/b]

Citation :
Edward Gibbon, le grand historien anglais, commence son ‘Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain’ par un portrait éclatant de l’Empire romain à l’époque d’Auguste.

L’Empire “s’étendait sur la partie la plus belle du monde”. Les ennemis de Rome étaient maintenus à distance par “la renommée ancienne et la vaillance disciplinée”. “Les citoyens appréciaient et abusaient des avantages de la richesse et du luxe.” Hélas, cet heureux état de choses ne devait pas durer : l’Empire contenait déjà les germes de sa propre destruction. Edward Gibbon est rapidement passé de la célébration des triomphes au récit des catastrophes.

L’histoire des entreprises occidentales pourrait un jour s’écrire de la même manière. Les empires d’aujourd’hui sont aux quatre coins du globe. Ils se battent contre leurs concurrents avec des légions de dirigeants hautement qualifiés. Et pour que les politiques locaux aillent dans leur sens, ils leur promettent un investissement par ci, un poste de consultant par là. Les plus grandes entreprises ont des ressources rarement égalées. Apple, par exemple, est assis sur une trésorerie de plus de 200 milliards de dollars. Elles offrent à leurs cadres dirigeants et principaux investisseurs “une richesse et un luxe” qui auraient impressionné jusqu’au Romain le plus aigri.

Un nouveau rapport publié par le McKinsey Global Institute procure quelques précieuses statistiques à un futur Edward Gibbon. Des chiffres que MGI a calculés en recueillant les données de près de 30 000 entreprises dans le monde. Les bénéfices des sociétés ont plus que triplé entre 1980 et 2013, passant de 7,6 % du PIB mondial à 10 %. Les entreprises occidentales en ayant gagné plus des deux tiers. La part des bénéfices après impôts des entreprises américaines dans le revenu national n’a jamais été aussi importante depuis 1929.


“Les grandes entreprises ont des ressources rarement égalées.
Elles offrent à leurs cadres dirigeants et principaux investisseurs
“une richesse et un luxe” qui auraient impressionné jusqu’au Romain le plus aigri.”

Pourtant, McKinsey change de ton aussi vite qu’Edward Gibbon. D’après le cabinet de conseil, l’âge d’or des entreprises occidentales est le résultat de deux développements favorables : la mondialisation des marchés et, sa conséquence, la réduction des coûts. Depuis 1980, presque 1,2 milliard de personnes sont venues s’ajouter à la main-d’œuvre mondiale, les nouveaux travailleurs venant principalement des économies émergentes. Les taux des taxes sur les entreprises au sein de l’OCDE, un club réunissant surtout des pays riches, ont chuté de près de moitié dans cette période. Et les prix de la plupart des produits ont baissé en termes réels.

Débute maintenant une période plus difficile. Les multinationales qui opèrent aujourd’hui sont deux fois plus nombreuses qu’en 1990, ce qui augmente la concurrence. Les marges se resserrent et les bénéfices sont plus volatils. L’écart moyen du rendement du capital des entreprises nord-américaines est de 60 % plus élevé aujourd’hui qu’il ne l’était entre 1965 et 1980. MGI prévoit néanmoins que les profits des entreprises pourraient passer de 10 % du PIB mondial à environ 8 % d’ici dix ans.

Deux choses en particulier secouent le monde douillet des vieilles multinationales impériales. D’abord l’essor des concurrents des marchés émergents. La part des entreprises basées dans les marchés émergents au sein de Fortune 500 est passée de 5 % dans la période 1980-2000 à 26 % aujourd’hui. Ces entreprises se développent au niveau mondial de la même manière que leurs prédécesseurs du Japon et de la Corée du Sud avant elles. Dans la dernière décennie, les 50 plus grandes entreprises du monde émergent ont doublé la proportion de leurs revenus provenant de l’étranger ; elle est maintenant de 40 %. Bien que les perspectives pour de nombreux marchés émergents soient plus mitigées qu’il y a quelques années, les problèmes intérieurs peuvent pousser les multinationales à se mondialiser plus rapidement.


“Deux choses en particulier secouent le monde douillet des vieilles multinationales impériales. D’abord l’essor des concurrents des marchés émergents”

Ensuite, l’essor des sociétés high-tech à l’Ouest et à l’Est. Ces entreprises ont séduit en un clin d’œil un grand nombre de clients. Facebook attire chaque mois 1,4 milliard d’utilisateurs, soit autant que la population chinoise. Les géants de la technologie peuvent utiliser leurs immenses réseaux de données assez rapidement pour coloniser les territoires de leurs utilisateurs. C’est ce que font les géants chinois de l’e-commerce Alibaba, Tencent et JD.com dans le domaine financier. Ces entreprises peuvent également fournir aux plus petites entreprises une rampe de lancement à faible coût qui leur permet de rivaliser sur le marché mondial.

Bien que MGI ne s’y attarde pas, l’environnement politique se fait également de plus en plus hostile. Les populistes aussi bien de gauche que de droite enragent contre la cupidité des entreprises. En Amérique, les candidats à la Maison-Blanche Bernie Sanders et Donald Trump critiquent tous deux les entreprises qui exploitent les niches fiscales. Même les politiques traditionnels sont devenus plus anti-multinationales. En 2014, Angela Merkel a introduit pour la première fois un salaire minimum en Allemagne et, en Grande-Bretagne, David Cameron se dirige progressivement vers un “salaire de base”. Les entreprises pourraient être obligées de “redistribuer” à la société dans son ensemble.

Comment les entreprises occidentales peuvent-elles tourner ces menaces à leur avantage ? MGI leur conseille de se focaliser sur le domaine où elles continuent à avoir un avantage comparatif, celui des idées. Beaucoup d’entreprises dans les secteurs à forte intensité capitalistique qui emploient beaucoup de main-d’œuvre ont été défaites par des concurrents étrangers, tandis que les entreprises à forte valeur intellectuelle, et pas seulement dans les secteurs évidents comme les médias, la finance et les produits pharmaceutiques, mais aussi des domaines comme la logistique et les voitures de luxe, continuent à croître. Le “secteur des idées” comme le définit MGI, représente 31 % des profits générés par les entreprises occidentales, par rapport à 17 % en 1999.

Rédemption capitaliste

Le déclin relatif des entreprises occidentales pourrait également conduire à une remise en question de certaines des hypothèses en usage depuis longtemps sur les facteurs de réussite d’un business. Les entreprises cotées en bourse pourraient bien perdre du terrain au profit d’autres types d’entreprises : en Amérique, le nombre de sociétés cotées est passé de 8 025 en 1996 à la moitié de ce chiffre aujourd’hui. Le culte des résultats trimestriels pourrait leur en faire perdre encore plus. En effet, un nombre impressionnant d’entreprises qui marchent sont aux mains de leurs puissants fondateurs.


“Les entreprises cotées en bourse pourraient bien perdre du terrain
au profit d’autres types d’entreprises”

Ceux-ci sont prêts à laisser de côté les résultats à court terme et se concentrent sur la construction d’une réussite à long terme. Ainsi en est-il de Mark Zuckerberg chez Facebook, des Mahindra et de bien d’autres familles indiennes, ou encore des sociétés de capital investissement. L’excellent Edward Gibbon conte le déclin et la chute de la civilisation classique qui fit place à la barbarie et au nombrilisme. Avec de la chance, le déclin relatif des entreprises occidentales pourrait aussi permettre la réinvention du capitalisme, au moment où de nouvelles formes d’entreprise saisissent des opportunités grâce aux anciennes.

© 2015 The Economist Newspaper Limited. All rights reserved. Source The Economist, traduction Le nouvel Economiste, publié sous licence. L’article en version originale : www.economist.com
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MessageSujet: Re: sur l'OCCIDENT, son histoire, son concept, et sa CRISE dans celle du capitalisme   Dim 28 Aoû - 15:15


La carte des tragédies :

"Comment l'Occident les perçoit en fonction du lieu..."




via En avant ‏@Bonie75 18 juil. #TeamGrandRemplacement


sondage

l'Occident fait sa crise tout seul :
oui  non nesaitpas


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MessageSujet: Re: sur l'OCCIDENT, son histoire, son concept, et sa CRISE dans celle du capitalisme   Dim 28 Aoû - 16:00


cet article, qui a dix ans, n'a pas de prétention théorique, c'est une façon de percevoir l'Occident en crise et de dire les choses


L'Occident ? Un monde clos sur lui-même

Jean-Claude Guillebaud Le Monde 16.02.2006

« un "impérialisme" d'un type nouveau, fondé sur une étrange sûreté de soi »
« l'Occident se "communautarise" à sa manière »
« La modernité occidentale tend à diaboliser ce qui la conteste, à négliger ce qui la questionne, à combattre ce qui lui résiste »

Citation :
Partout, de Pékin à Hanoï, Mexico ou Lagos, l'abondance, la liberté individuelle, la musique, la télévision et la consommation effrénée suscitent une attirance et une volonté d'imitation. Le capitalisme séduit, la modernité éblouit et provoque la convoitise. Pourquoi le nier ? Pourquoi s'en plaindre ?

Dans le même temps, cependant, des refus se manifestent. Souvent par la violence ou le terrorisme et, dans le meilleur des cas, par un retour confus vers la tradition ou la religion réinventée dans sa forme la plus archaïque. Ce qui est dénoncé alors, ce ne sont pas seulement les insuffisances du modèle culturel et social que nous incarnons - inégalités, dureté sociale, atomisation individuelle, capacité destructrice -, c'est aussi un "impérialisme" d'un type nouveau, fondé sur une étrange sûreté de soi. Comme si l'Occident se trouvait en quelque sorte prisonnier de sa propre victoire.

Il est vrai qu'ajoutée en quelque sorte à la démocratie, une arrogance têtue a surgi tout armée de l'effondrement inattendu du communisme en 1989. Le libéralisme victorieux, en bonne conscience, s'est senti à nouveau dépositaire du destin planétaire, comptable et artisan de l'émancipation universelle, avant-garde assermentée du mondialisme en marche.

Campé face aux replis culturels de l'Arabie ou de l'Asie mineure, dressé contre les frilosités nationales de l'Est ou les rémanences du fanatisme religieux, l'Occident se comporte depuis lors comme s'il refoulait désormais son propre désarroi, ignorait le vide dont il se sait - aussi et malgré tout - porteur.

La modernité occidentale tend à diaboliser ce qui la conteste, à négliger ce qui la questionne, à combattre ce qui lui résiste. Comme si, toute critique oubliée, toute déréliction conjurée, elle retrouvait face à l'autre la certitude qui lui fait défaut face à elle-même. Le philosophe Cornelius Castoriadis, disparu en 1997, n'avait pas tort de poser la question en ces termes : pourquoi nos société riches et libres sont-elles devenues incapables d'exercer durablement une influence émancipatrice sur le reste du monde ? Pourquoi la modernité dont nous sommes les messagers se trouve-t-elle récusée - ou combattue - un peu partout sur la planète ? Autrement dit, qu'est-ce qui "ne fonctionne décidément plus" ?

Pour répondre à la question, on convoque sans relâche la persistance de l'obscurantisme, la régression intégriste, les complots du terrorisme, le désenchantement du lumpenprolétariat du tiers-monde ou l'imposture des dictatures tropicales. C'est une démarche consolatrice mais très insuffisante elle aussi. Si la crise de l'Occident - son "délabrement", pour reprendre Castoriadis - explique qu'il ne rayonne plus, reste à se demander à quoi tient, en dernière analyse, cette "crise". Comment s'explique cette insuffisance qui vaut à l'Occident d'être perçu comme un repoussoir plutôt qu'un modèle ?

Chacun de nous, en son for intérieur, connaît la réponse. Si l'Occident est en crise, c'est parce ce qu'il a cessé d'exercer sur lui-même la capacité critique qui le constituait. "Notre siècle, s'exclamait jadis Emmanuel Kant, est le siècle propre de la critique à laquelle tout doit se soumettre." L'Occident, de ce point de vue, a bien rompu avec Kant. Il a fait de sa modernité et de la mondialisation libérale, non plus un questionnement, mais un privilège et une injonction, non plus une précieuse subversion mais une idéologie conquérante. Il tend à se barricader dans le refus de l'autre. Comme s'il se trouvait désormais bétonné, clos sur lui-même, inaccessible à l'interrogation.

Faisant cela, il se "communautarise" à sa manière et devient du même coup infidèle à cela même qui le constitue.


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MessageSujet: Re: sur l'OCCIDENT, son histoire, son concept, et sa CRISE dans celle du capitalisme   Dim 28 Aoû - 17:12


le concept d'Occident indispensable à la critique du Capital
et à la compréhension de sa crise historique, structurelle, et idéologique

parler de "crise de l'Occident" aurait peut-être supposer de définir le concept d'Occident, et je ne crois pas l'avoir fait, ou indirectement. Ce dont je suis certain, c'est que quiconque n'a aucune idée de ce que recouvre ce concept ne peut rien comprendre à l'histoire du monde, et pas beaucoup plus à celle du capitalisme. C'est bien un problème fondamental posé par la pensée décoloniale, qui est critique de ce que l'Occident pense du monde sans s'interroger sur ce qu'il est lui-même (y compris parfois dans la critique post-coloniale), à la manière dont Pierre Legendre écrit en 2004 «Ce que l'Occident ne voit pas de l'Occident »


à partir de là, d'imbéciles marxistes de toutes obédiences dogmatiques vont nous expliquer que parler de l'Occident, de sa suprématie et de sa crise, c'est nécessairement évacuer la lutte de classes. Ils s'y cassent les dents les plus théoriques, et leur problème est à l'inverse de s'interdire une critique concrète du monde capitaliste historiquement imbriquée dans celle de l'Occident, toute réflexion sur l'émergence de formes renouvelées d'"impérialisme" et de "colonialisme" dont on a aucun mal à trouver des "exemples", puisqu'ils font le quasi quotidien des guerres actuelles conduites ou envisagées par... l'Occident

ce texte nonobstant le nom du site n'a rien de "spiritualiste". Fouillé à la limite du fouillis, c'est une mine d'informations, de documents et de questions


Le concept d'Occident 

Serge Carfentan, Philosophie-Spiritualite.Com

   Dans l’opinion, quand on utilise le concept d’Occident, c’est de manière assez  confuse, on ne sait jamais trop ce que les gens ont en tête quand ils prononcent le mot, à la limite il faudrait faire semblant d’être un peu dur d’oreille pour poser la question : mais qu’est-ce que vous entendez par « Occident » ? Est-ce seulement une sorte d’entité faite de l’assemblage des  différents peuples européens (auquel on ajoute en gros les Etats-Unis et le Canada et parfois avec réticence, la Russie etc.) ?  

nombreux liens dans le texte original (ce type est aussi bordélique que moi)
Citation :
D’abord, c’est une distinction  duelle  qui n’a de sens que lié à un autre  concept, dans la dyade occident/orient ; impossible de penser l’un sans l’autre. Tout dépend aussi de l’endroit où on se place, de part et d’autre d’un lieu sur  Terre, on peut déterminer un orient et un occident, comme le  soleil  se lève à l’est et se couche à l’ouest. Mais visiblement le concept d’Occident n’a pas grand chose à voir avec la  géographie. L’Occident européen devrait se distinguer  des pays de l’Asie, la Chine, l’Inde, le Japon qui sont géographiquement du côté de l’Orient, mais en fait on emploie le terme d’Orient pour parler des pays arabes, ce qui est erroné. Il faudrait mieux distinguer les pays du Nord et les pays du Sud. . Même genre d’illusion  avec Christophe Colomb qui a été baptiser en Amérique « indiens » des gens qui n’étaient pas du tout indiens A moins que l’Orient cela veuille dire « les autres » ?  




Que recoupe le concept d’Occident ? Un attribut politique ? (ceux qui vivent dans un État sous un régime représentatif « à l’Occidentale » et tout les autres) ? Une arrière-pensée identitaire? Une manière de distinguer un « nous » (les occidentaux) de « eux » (toutes sorte de gens catalogués non-occidentaux) ? Et qu’est-ce que cette sorte d’identité collective que partagerait l’Occident ? Une civilisation? Il y aurait donc une « humanité» orientale et une « humanité » occidentale ? Ou bien ne peut-on faire plus simple, dire qu’il y a une démarcation entre des peuples enrôlés partout dans l’avancée de la technique  –l’Occident- et d’autres que l’on appelle « primitifs» ? Que voulons-nous dire quand nous parlons d’Occident ?

A. Le mot et l’histoire

   Le terme d’occident vient du latin occidens que les érudits décomposent en un préfixe ob signifiant « objet » et cadere qui veut dire « tomber, choir », voir même « tomber à terre », « succomber » ou « périr ». Au xvieme siècle, le mot « occident » était généralement utilisé au  sens figuré, celui de « ruine » ou de déclin. « Être dans son occident » signifiait être dans sa décadence. On comprend implicitement par l’orientation géographique : « être sur son couchant », vers l’Occident ou « être sur son levant » vers l’orient. On voit donc l’étrange retournement de sens entre le mot écrit avec une minuscule « occident » et le même mot écrit avec la majuscule « Occident » qui va dans l’histoire se surcharger d’une valorisation exactement à l’inverse.




   1) Le concept d’Occident est entré en scène à partir de la scission et du déclin de l’Empire romain en 285. C’est un concept né de la dualité qui fragmente une opposition à la fois politique et religieuse. La décomposition de l'Empire romain fait apparaître la distinction entre l'Empire romain d'Occident, centré autour de Rome et qui utilise l'alphabet latin et l'Empire romain  d'Orient autour de Constantinople et  qui utilise l'alphabet grec (que l’on trouve par exemple dans la langue russe). Donc une église d’Orient orthodoxe (cf. grec : droite doctrine) et une église d’Occident romaine. Les historiens désignent cette rupture par l’expression « le grand Schisme ». Les invasions barbares vont entraîner la chute de l'Empire romain d'Occident, mais elles seront aussi un vecteur qui permettra l'extension du territoire d’influence de l'Église catholique romaine à toute l'Europe du Nord et à l'Europe centrale, tandis que de son côté l'Empire romain d'Orient propageait lui le christianisme orthodoxe ...

   Fait notable, en l’an 800, Charlemagne prend le titre « d'empereur d'Occident » une velléité qui trace, c’est le cas de le dire, pour la suite des temps une longue histoire impérialiste du concept même d’Occident. Le XIème siècle sera marqué par le début des Croisades (texte) durant lesquels les « Occidentaux » lanceront à plusieurs reprises des expéditions armées pour libérer la « Terre sainte ». On aurait pu penser qu’avec les années la dualité entre les deux polarités de l’église d’Orient et d’Occident allaient  se résorber, mais le schisme de 1054 va la perpétuer et marquer la rupture définitive entre les deux traditions de l’Occident romain et de l'Orient orthodoxe. C’est encore ce même schisme qui rend possible le détournement de la quatrième croisade par la République de Venise. La quatrième croisade a une importance particulière, car cet épisode aussi violent que les précédents se conclut par le sac de Constantinople par les croisés. Il marque l’affaiblissement définitif de l'Empire d'Orient et il est aussi l'amorce de ce que sera la Renaissance en Occident. Qui sera bel et bien une renaissance de l’Occident. Là le concept d’Occident est religieux et l’Occident se veut porteur des valeurs chrétiennes et s’inscrit en dualité avec son autre du moment, l’Islam. (texte)...

   -  La réforme protestante tout d’abord, qui va ériger une nouvelle dualité conflictuelle au sein du christianisme occidental et modifier profondément sa structure. Au regard du christianisme oriental dont l’étoile faiblissait, le christianisme occidental était devenu une puissance dominante (texte) sur toute l’Europe. D’où l’expression « Occident chrétien » encore usitée aujourd’hui qui assimile les deux concepts. Mais histoire du christianisme versus romain a, malgré la puissance de son autorité, toujours été ponctuée de discussions de contestations du dogme. Avec l’expansion de l’humanisme, la diffusion du savoir, la Réforme sera la manifestation la plus puissante d’un rejet de la tutelle de Rome sur la foi en faveur de la liberté d’examen.  Le concept d’Occident va désormais devenir synonyme d’humanisme. Toute son attraction ultérieure viendra de cette idée qu’il porte les valeurs de l’humanisme.




   - Le second événement dont les conséquences vont être incalculables est la prise de Constantinople par les Ottomans. Elle a été vécue comme une défaite d’autant plus lourde qu’elle installait durablement un barrage insurmontable sur la route vers les richesses convoitées des ors et des épices de l’Orient. C’est en raison de ce qui a été appelé le « verrou islamique », que les Etats occidentaux abandonnèrent la route de la soie. Mais l’appel de l’Orient et de ses richesses demeurait. D’où l’obsession chez les aventuriers, de Vasco de Gamma, à Christophe Colomb, de la recherche d’une « nouvelle route vers l’Orient », ce qui dans leur esprit voulait dire : vers les Indes. Et cette obsession va être le prélude aux « Grandes découvertes » aboutissant à la conquête du « Nouveau Monde » : conquêtes qui propulseront l’élan indomptable du capitalisme triomphant. Largement porté par l’esclavage il faut le savoir. Un enrichissement massif des marchands, car on disait partout que l’on ferait fortune avec l’argent misé sur les colonies. D’où l’exaltation impérialiste de l’Occident, celle de la couronne d’Espagne, du Portugal, d’Angleterre et de France. D’où le premier krach boursier avec  John Law. Une période d’immenses mutations, avec à la clé l'établissement des Empires coloniaux et dans la foulée ensuite la montée en puissance de la révolution industrielle. Ce que nous appelons le « Siècle des Lumières » ne peut donc se concevoir dans une assise historique stable, il est pris au milieu de cette fièvre et de cette tourmente d’un Occident à la conquête du monde. Un Occident pour qui il y a des « civilisés » (les occidentaux) et des « sauvages » hors de l’Occident. Et comment va-t-on appeler ces indigènes que l’on découvre en cherchant une voie plus courte à travers « l’océan occidental » ? (oceanus occidentalis ancien nom de l’Atlantique). Des indiens ! Ceux que l’on s’attendait trouver… en Orient ! Décidément, on n’en sort pas. Ce qui est certain, c’est que le concept d’Occident devient

Pierre le Grand, vers 1696, l'Empire russe autrefois d’Orient « s'occidentalise ». Il fait adopter le calendrier de l’Occident et toute une série de réforme (jusqu’à tailler la barbe des nobles et changer les costumes) au point que la vieille Russie juge diaboliques ses innovations alignées sur l’Occident et désigne le Tsar comme Antéchrist ! La révolution de 1917 ne change rien, les communistes n’auront d’ailleurs rien à reprocher à l’Occident. Toutefois, avec l'avènement de l'URSS se profile une nouvelle dualité, une rupture cette fois entre « Est » et « Ouest », selon une opposition marquée entre capitalisme et communisme. D’où la Guerre froide, donnant lieu à la création de l'OTAN face au bloc soviétique. Les pays d'Europe centrale et d’Europe de l'Est, qui étaient au début du XXème siècle considérés comme « pays de l’Est », sont considérés ensuite comme des pays occidentaux. Pendant tout le règne du communisme, curieusement, le concept d’Occident est lesté du poids du libéralisme, bref il y a « l’Occident » du capitalisme, ou mieux de l’ultra-libéralisme et de l’autre côté, « le bloc communiste », sans que celui-ci soit pour autant assimilé à un Orient. Le concept d’Occident est alors devenu complètement idéologique.




   Enfin, au début du XXIème siècle, on admet généralement que « l'Occident » regroupe l'Europe occidentale (c'est-à-dire l'Union européenne et l'AELE), le Canada, les Etats-Unis, l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Selon les interprétations, l'Amérique latine y est parfois incluse, parfois non. Les citoyens de ces pays sont couramment appelés Occidentaux par les Européens ; mais sur place, les peuples premiers ont tendance à prendre leur distance avec leur ancienne tutelle sur le mode : « l’Occident veut nous imposer… », marquant par là leur identité dans la différence. S’agissant maintenant du reste du monde et de son appartenance à l’Occident, même flou caractéristique, même hésitation et une désignation plus ou moins aléatoire selon les cas. Le Japon qui géographiquement et culturellement est très oriental, est pourtant le pays au monde le plus occidentalisé sur le mode américain. L’Inde qui a été pendant longtemps l’Orient mythique par excellence est en passe de s’occidentaliser à grande vitesse. On dit « la plus grande démocratie à l‘occidentale » ce qui est tout de même étrange. L’Afrique du Sud passe pour un pays se rattachant à l’Occident etc. Au final le concept d’Occident se mesure à l’aune du PIB. Il y a les pays développés ou en voie de développement qui tous, dans la mesure où ils imitent le « modèle occidental », sa puissance technique, son modèle politique du régime représentatif libéral, sont dits rejoindre l’Occident. Et puis il y les autres, « à la traîne de l’Occident », sous-développé, ce qui veut  dire, « pas encore occidentalisés ». Il n’y a plus d’Orient en face de l’Occident, l’Occident règne seul et sans partage. Il y a seulement des pays plus ou moins avancé dans l’imitation du modèle occidental. Au bout du compte, le concept d’Occident est devenu d’abord et avant tout économique.

[... ?] ... emploie le même mot, mais avec des sens très différents, si bien qu’il n’est jamais sûr que l’on pense à la même chose quand on emploie le terme. Au point que nous pourrions nous demander si nous n’avons pas affaire à un concept creux. Un peut comme le mot « évolution » mis à toutes les sauces histoire de meubler la conversation : « la société évolue », « le monde évolue » et autres verbiages. D’un autre côté cependant, le concept d’Occident n’est pas si vide que cela, puisqu’il reproduit sans cesse une polarité duelle en transportant dans l’histoire un jeu de force et de pouvoir.

B. Un slogan porteur d’espoirs et un concept totalitaire

   Ce courant de force et de pouvoir, n’est-ce pas ce que nous appelons la civilisation occidentale ? Mais de quel point de vue sommes-nous en droit de parler de « civilisation occidentale » ? Rigoureusement parlant, pour demeurer dans l’ordre d’une étude ethnologique, on sait qu’une culture se limite à une aire géographique donnée, qu’elle est centrée sur une langue, qu’elle transporte des traditions, des coutumes, des mœurs, un art, une forme diversifiée de savoirs, surtout qu’elle s’appuie sur des mythes fondateurs. Nous avons vu l’exemple des Guaranis en Amérique du Sud et nous pouvons sans difficulté identifier une culture japonaise, grecque ou indienne. Mais la difficulté s’accroît quand il s’agit d’englober un ensemble plus disparate de pays, des lieux éloignés, des conditions de vie, des langues, des histoires, des traditions très différentes. Le concept se dilue de plus en plus et tend vers une sorte d’unité abstraite et vide qui n’a alors de contenu que spéculatif.

   Ou bien on appelle civilisation une famille de cultures apparentées par des traits identifiables et dont la continuité historique fait sens et forme une sorte d’identité collective qui persiste dans le temps ; et c’est bien de cette manière que nous parlons de civilisation occidentale.  

    1) Mais dans ce cas le terme « occidental » n’a plus de sens par rapport à un contraire « oriental », il prend un sens par différence avec d’autres familles, mettons, la civilisation chinoise, la civilisation africaine etc. C’est l’idée que l’on trouve dans un livre qui a déclenché une tempête de contestation Le Choc des Civilisations de Samuel Huntington, tellement raillé et vilipendé qu’il n’en reste plus rien. (texte)




   Il existe un discours apologétique sur les valeurs de l’Occident : Depuis Hegel, on entretient une opinion convenue pour dire que la Grèce est le « berceau de la civilisation occidentale ». Elle a vu la naissance durant le Vème siècle avant JC. de la philosophie avec Socrate, puis Platon et Aristote, d’une idée de la science objective, avec une contribution unique aux mathématiques, d’une puissante littérature (Homère, Eschyle, Sophocle, Euripide notamment). Elle a inventé le régime politique dont nous sommes héritiers, la démocratie. Elle a créé un style architectural, comme celui du Parthénon d'Athènes, mille fois recopié par la suite. On a encensé, célébré et même idolâtré le miracle grec, toujours pour poser la culture grecque dans une singularité originale, comme une création ex-nihilo, donc sans antécédent.

   Mais l’Occident ne serait pas l’Occident sans l’apport conjugué à celui de la Grèce de l’héritage judéo-chrétien. Toute la théologie du Moyen-Age européen consiste dans une tentative synthétique pour marier, avec Saint Augustin (lecteur de Platon) et Saint Thomas (commentateur d’Aristote), les concepts tirés de la philosophie grecque avec la morale chrétienne. Le « miracle grec » avec le « miracle juif ». Un passage de la biographie d’Ernest Renan fait ce rapprochement : « Depuis longtemps je ne croyais plus au miracle, dans le sens propre du mot, cependant la destinée unique du peuple juif, aboutissant à Jésus et au christianisme, m'apparaissait comme quelque chose de tout à fait à part. Or voici qu'à côté du miracle juif venait se placer pour moi le miracle grec, une chose qui n'a existé qu'une fois, qui ne s'était jamais vue, qui ne se reverra plus, mais dont l'effet durera éternellement, je veux dire un type de beauté éternelle, sans nulle tâche locale ou nationale ».

L’Occident se veut porteur et hériter du monothéisme, une représentation originale, qui implique encore  une  création ex-nihilo, donc sans antécédent. L’expression « Occident chrétien » est perçue par les Occidentaux eux-mêmes comme une redondance inutile, l’Occident étant vu comme chrétien par nature. (texte) D’où l’exaltation d’une morale personnaliste et cette idée qu’en matière de morale l’Occident porte des valeurs chrétiennes tout à fait originales. Celles de l’amour du prochain et de la charité. Une idée de Dieu qui ne va pas sans celle du démon, un bien qui n’existe que face à un mal, comme le salut de l’âme en relation avec le péché ; surtout cette idée de la nécessité de la médiation du Christ sauveur pour la rédemption de l’humanité. Toutes choses que l’on ne trouvera pas ailleurs qu’en Occident. (texte). D'où par transfert cette idée d'un messianisme de l'Occident que l'on rencontre chez bien des auteurs.




   Enfin, l’Occident ne serait pas l’Occident sans l’apport considérable de l’humanisme et son prolongement dans le siècle des Lumières. Pour les intellectuels, se sentir Occidental aujourd’hui, c’est avant tout revendiquer l’esprit des Lumières. Naissance de l’esprit critique et règne souverain de la raison contre superstitions et préjugés. Mais pas seulement. Croyance infatigable dans le progrès humain et confiance sans borne dans le pouvoir de la science et dans l’ingéniosité et la puissance de la technique. Par ailleurs, éloge de la liberté de pensée et de la liberté individuelle en général contre toutes les formes d’oppression et en particulier le joug du pouvoir politique. Donc impertinence face aux puissants, et tendance à rechercher un régime politique apte à protéger les libertés individuelles. D’où la référence réitérée aux  droits de l’homme. Il faut souligner aussi le poids considérable et l’influence du droit romain dans l’idée qu’une vie humaine digne de ce nom  ne peut être libre que dans un État, sous le régime de l’état de droit dans lequel chacun est considéré comme citoyen d’une  République. Toutes choses encore une fois que l’Occident revendique comme créations originales et apports incontestables à l’humanité en général. Ce qui justifie à ses propres yeux sa supériorité (texte) (texte); et en effet, il ne manque pas de porte parole pour dire que de fait, aucune civilisation dans le passé n’a ...

   ... produit d’une pensée fragmentaire et n’est qu’une illusion. On peut tout aussi bien dire que le berceau de l’Occident est en Égypte, sans compter une myriade d’influences qui ont convergé en Grèce dans une synthèse originale. La religion grecque antique a de fortes parentés avec le panthéon des dieux égyptiens, de Mésopotamie et d’Inde. Les racines linguistiques indo-européennes nous obligent par la langue à incorporer l’Inde à la tradition européenne. Il faut savoir qu’au 1er millénaire avant JC les caravanes pouvaient sans difficultés faire l'aller retour Grèce-Inde en moins de 6 mois. Ce n’est que tardivement, c’est-à-dire après les invasions arabes, que le pont a été coupé entre la Grèce et l’Inde. Il est certain que la grande bibliothèque d’Alexandrie nous aurait, si elle n’avait pas brûlé, apporté bien des raisons de ne plus nourrir cette fiction du miracle Grec. Les premiers grands philosophes sont très largement inspirés de concepts venus de Perse et d’Inde. On trouve dans le  Rig Veda des hymnes très hautement spéculatifs dénotant une merveille d’étonnement philosophique. Les Veda remonte à au moins 3000 ans avant JC (5000 ans avant JC serait bien plus raisonnable). Croire que "la pensée est née en Grèce est une sottise ou une bigoterie universitaire.

   De même il faut savoir en mathématiques que nos chiffres ne sont pas du tout arabes mais aussi venus d’Inde et nous avons des preuves que l’astronomie et les mathématiques ont été fortement développées dans ce pays. La médecine d’Hippocrate doit beaucoup aux Égyptiens et aux savants de Mésopotamie. Homère le reconnaît dans l’Odyssée. C’est aussi en Mésopotamie que l’écriture semble avoir été inventée, bien avant l’essor de la Grèce, 4000 ans avant JC. Les anthropologues sont d’accord pour dire que la première démocratie connue était en Inde dans l’État de Vaishali et les villes-Etat de Sumer étaient aussi fondées sur des démocratie, même si avec le temps, toutes se sont transformées en monarchies... On pourrait continuer sur bien des détails. Le miracle Grec est juste un mythe, une sorte...

   L’Occidentalisme ne saurait exister sans une visée messianique où l’Occident est présenté comme le génie de l’Histoire censé mener de l’humanité vers son salut. Le Génie du Christianisme de Chateaubriand. Les écrits de Guizot. Tous plus prétentieux les uns que les autres. D’où manifeste aryen de Renan, une allocution prononcée au Collège de France en 1862. Un discours repoussoir ouvertement anti-juif, anti-musulman (texte) et même anti-christianisme oriental, pour mieux souligner les vertus d’un christianisme réinventé par l’Occident, un discours qui en appelle aux guerre de civilisation. Un texte qui ferait jeter dehors son auteur s’il était prononcé aujourd’hui, mais qui recevait un bon accueil à l’époque, ce qui en dit long sur l’incroyable dogmatisme qui régnait alors. (texte) Une arrogance qui allait conduire droit au nazisme quelques décennies plus tard. « Tout ce qui est profond est notre œuvre… Dans la science et la philosophie nous sommes exclusivement grecs… Quand au vieil esprit sémitique, il est de sa nature antiphilosophique et antiscientifique » etc. (texte) Renan balaye quinze siècle de christianisme oriental, pour lui l’Occident a entièrement refondu le christianisme. Pour en faire quoi ? En opposition à quoi surtout.




Comme on est de toutes manière dans un imaginaire mythique, « peu importe la réalité et la consistance de l’Orient. L’essentiel est de le créer, lui aussi, dans l’imaginaire », comme le dit Georges Corm dans L’Europe et le Mythe de l’Occident. On invente un « autre » pour mieux se sentir « nous », face à « eux ». Mais ce n’est que la reprise littérale des ambitions de la construction de Hegel, avec son caractère systématique, absolutiste d’une finalité sacrée de l’Histoire dans l’accomplissement d’un règne, par la nécessaire domination du monde par l’Esprit, monothéisme du Concept qui historialise tous les événements pour les faire entrer dans une mythologie à consonance chrétienne. Karl Popper dans Misère de l’Historicisme lui règlera son compte dans des pages cinglantes. Popper est assez lucide pour voir qu’il y a là une filiation incontestable qui mène droit aux totalitarismes du XXème siècle. Tous « messianiques » à vrai dire.

   On n‘est donc pas à une contradiction près quand de surcroît l’Occidentalisme se prétend aussi héritiers du siècle des Lumières. On oublie à quel point les Lumières, après avoir connu les guerres de religion ont mené une critique du christianisme, du fanatisme messianique qui faisait que, d’un bord comme de l’autre, on s’accusait d’incarner l’antéchrist. Ce que nous avons à juste titre retenu des lumières, c’est la force exemplaire de la pensée critique. Elle est remarquablement illustrée par Kant. C’est aussi aux Lumières que nous devons le principe de la séparation entre pouvoir politique et pouvoir religieux. On oublie aussi que dans la droite ligne de Descartes, il y aura les matérialistes et le XVIII ème siècle verra jusqu’à Feuerbach à Nietzsche une montée de l’athéisme. Jusqu’à l’athéisme d’indifférence qui est le plus répandu aujourd’hui chez les Occidentaux. On oublie encore qu’il y a eu pendant la période romantique un puissant rejet de la philosophie des Lumières considérée comme trop utilitariste et matérialiste. On oublie aussi l’étrange renversement qui fit de la « Raison » une divinité sous la révolution tandis que l’entrait dans la période de la terreur. Napoléon, après avoir établi son État représentatif en trahissant outrageusement les idéaux révolutionnaires, se lançait dans des guerres de rapine… disant en même temps colporter le message des Lumières.

   Bref, l’idée d’un Occident pacifiant le monde par la raison...

   - « Ou bien l’Occident est l’avant-garde de l’humanité, sa civilisation occupant le centre de l’aventure humaine et, dans ce cas, cette barbarie subite, après des siècles de progrès et de raffinement, ne peut que rester inexplicable et mystérieuse, échappant à la raison même que l’Occident prétend incarner.

   - Ou bien cette barbarie a des racines dans l’histoire même de l’Europe, qui, de ce fait, n’est donc pas moins "sauvage" que tous ceux qu’elle a affublés de ce qualificatif dépréciatif »
. (texte)

    ... des « sauvages », puis enfin tout un déchaînement des passions nationalistes on peut avoir… des doutes. Comment concilier ce catalogue de violences et de cruautés avec le cliché d’un Occident, lieu privilégié de l’émergence du règne de la raison et de l’humanisme universel ? Et ce sont exactement les mêmes violences que les Européens se sont infligées entre eux que celles qu’ils ont exercées sur les autres peuples. Il faut vraiment faire des tours de passe-passe idéologiques pour continuer à servir le laïus d’un Occident porteur de paix et de prospérité, pour cacher l’ambition totalitaire que transporte le concept.

C. Un concept forgé par la pensée fragmentaire




Nous avons abordé dans une autre leçon les thèses exposées par David Bohm dans Pour une Révolution de la Conscience. Il nous donne une clé très importante pour le sujet qui nous occupe. Le mental a une inclination irrépressible à penser de manière fragmentaire. Ce qui veut dire :

a) qu’il a tendance à séparer, à diviser, à décomposer ce qui forme en réalité une unité et ne peut pas être dissocié. Ce faisant, porté par une motivation égotique, il tue cela même qu’il décompose. C’est le penchant de l’analyse qu’Edgar Morin place sous la houlette de Descartes. Il est très largement illustré par l’approche objective du savoir, dont le contre-pied exact réside dans la pensée systémique. Edgar Morin met Pascal en patron de cette intelligence de l’unité, oubliée, mais indispensable.

b) le deuxième versant de la pensée fragmentaire selon Bohm  est la tendance à composer des unités abstraites, tout en les croyant réelles. David Bohm donne l’exemple de l’État, un concept fictif qui ne renvoie en fait à aucune unité dans le réel, mais que l’on considère comme possédant une réalité en soi. Chacun des deux versants produit immanquablement une représentation illusoire. (texte)

1) Le concept d’Occident est par excellence un produit de la pensée fragmentaire. Une abstraction qui a tendance à séparer ce qui n’est pas en réalité séparable. Une abstraction à laquelle nous prêtons une unité, mais qui n’a pas d’existence réelle. C’est dans la pensée duelle que le mental se déploie avec prédilection. Georges Corm n’est pas loin d’en trouver la formulation : « comme toute construction de l’esprit qui veut créer artifi­ciellement une identité commune… il faut une identité contraire à celle que l’on construit…Pour exister dans l’ordre de l’intellect et de la représentation, l’Occident a donc besoin d’un Orient ». La dualité est fictive, mais dès qu’on y croit, elle permet de se raconter et de raconter à d’autres une fiction pour donner une réalité à un concept. « Le Bien et le Mal, le croyant et l’hérétique, la civilisation et la barbarie, la démocratie et le totalitarisme : l’appréhension du monde sur le mode binaire semble être le mode de pensée dominant aujourd’hui ». Le seul fait de s’agripper à une polarité sollicite la polarité adverse, et quand l’ego s’identifie à une polarité, il se met en guerre contre l’autre ; qu’importe l’objet, qu’importe si le donné factuel change d’une époque sur l’autre, d’un continent à l’autre, d’un pays à l’autre, d’un lieu à l’autre, même si c’est au prix d’anachronismes, d’oppositions arbitraires, de ....

Au fond, même si nous ne voulons surtout pas le voir en face, dans cette affaire, c’est toujours une question d’identité qui est en jeu, donc du besoin de se donner une définition. C’est là que gît non la solution mais le problème. Tout le reste n’est que bavardage. L’ego n’existe que dans une limite qu’il se donne lui-même, il se pose en s’opposant et bien sûr cela vaut aussi bien pour l’ego individuel que pour l’ego collectif. C’est pourquoi nous disions ailleurs que l’ego a besoin d’un ennemi, car l’ennemi donner la satisfaction de sentir davantage « moi » face à un « autre ». C’est une structure mentale qui se réplique sans arrêt, une pensée dysfonctionnelle qui appartient à l’ignorance et qui crée et recrée de l’illusion.

   Donc, on se sent davantage Oriental en s’opposant à un Occidental sur lequel on a jeté toutes les malédictions, on ne se sent jamais plus occidental qu’en s’opposant à un Orient porteur de toutes les infamies. Inconscience ordinaire. Pas étonnant donc que la pensée commune retombe sans cesse dans l’ornière de la dualité. Pas étonnant non plus que les savants et les penseurs fassent de même. Ils conceptualisent de manière certes plus fine, avec plus d’élégance et de culture, (texte) mais n’échappent pas à leur propre structure psychologique qu’ils ignorent d’autant plus qu’ils peuvent se targuer d’objectivité, tout en faisant l’impasse sur leur propre subjectivité. L’impasse sur la  connaissance de soi. Sauf que le savant et le penseur en réassurant des concepts creux portent une lourde responsabilité, car de cette façon ils  sèment les germes de la division, ce qui veut dire ici  division entre les peuples. C’est un piège et un piège d’autant plus dangereux que mécaniquement il génère le conflit. L’Occident d’abord tiré d’une géographie mentale complètement fantasmée, devient une entité mythologique, nourrie de l’imaginaire exubérant des écrivains et des savants ; mais par malheur, elle se transforme illico en  une frontière redoutable érigée par le mental, et devient une machine à répliquer de l’altérité radicale et infranchissable entre nations, cultures et civilisations.




   Si encore, toute cette fumée de l’intellect pouvait rester dans les livres, il n’y aurait pas trop à s’inquiéter, mais ce n’est pas le cas. La guerre des idées anime toutes les guerres car elle alimente les croyances. Elle donne les raisons de se battre en fournissant un drapeau. Or de manière subreptice, ce que personne ne remarque, c’est qu’elle permet de voiler ce qui se passe en sous-main. Le plaidoyer pour la défense et la promotion de « valeurs occidentales » fausse bannière, qui dissimule les véritables intérêts en jeu, qui sont ailleurs et différents. (texte) Le plus souvent du côté de l’argent. On nous a fait le coup avec la première guerre d’Iraq et il faudrait s’en souvenir, comment un discours idéologique de propagande occidentale peut voiler l’intérêt d’une mainmise sur des champs pétroliers. Et inversement, comment la bannière de la lutte contre les « croisés » de l’Occident (!) menée par les nouveaux guerriers de l’Islam couvre le  goût du sang, du lucre, du saccage, le viol, le pillage. La dernière idéologie pour armer des fanatiques c’est la lutte contre l’Occident. Il n’y a pas si longtemps, la meilleure façon de trouver de la main d’œuvre, de satisfaire quelques pulsions, d’exproprier des terres, de s’approprier des ressources et de générer d’immenses profits était de prétendre évangéliser des sauvages pour les amener à la civilisation, forcément occidentale. (textes) Après tout on avait déjà transformé le Parthénon en Église à une époque. Alors rien de surprenant à ce que soldats et missionnaires saccagent les temples au Mexique, brisent des idoles, (texte) brûlent les écrits Mayas. Comme les nazis brûlaient les écrits juifs, comme les chinois brûlaient les textes tibétains. Comme des fondamentalistes se mettent en tête de détruire tous les vestiges qui est antérieurs à l’Islam. Il faut éliminer « l’autre » toujours décadent et barbare par rapport à « nous ». Toujours le même schéma conditionnel que l’on suit aveuglément, de l’inconscience ordinaire jusqu’à l’inconscience profonde. Insanité de la pensée humaine. Et le paradoxe de l’identité égotique, c’est que sans son « autre », elle n’est plus rien.

... l’imposer au reste du monde. Personne n’en n’a jamais douté, il y a bien dans la culture occidentale des valeurs universelles, mais justement croire qu’elles sont « occidentales », c’est les ramener au particulier et nier leur universalité. C’est contradictoire. L’affirmation de l’universel commande l’humilité, bref un sens de l’effacement du moi, ou il est immédiatement corrompu et perd son sens. Par exemple, ou bien la proclamation des droits de l’homme a valeur pour toute l’humanité, auquel cas, ils ne sont pas du tout « occidentaux », ou bien on maintient qu’ils sont « occidentaux », et alors ils ne valent pas grand-chose, pas plus que les  lois de Manu, la  charia, le  droit hébraïque ou autre. Si la démocratie auquel l’Occident est attaché a une valeur, ce n’est pas du tout parce qu’elle est « occidentale », mais bien plutôt parce qu’elle porte une aspiration humaine universelle. De même encore, il y a quelque chose de risible à prétendre que la philosophie est « occidentale ». Ce qui est substantiel dans la philosophie appartient à l’humanité dans son ensemble. Et on en dira autant de toutes les percées dans l’universel que l’Occident a pu accomplir.  En réalité, il n’y a jamais eu qu’une humanité avec toute sa richesse et sa diversité, emportée dans des tribulations difficiles, dans une histoire complexe et tourmentée sur un seul vaisseau, la Terre. Que dans l’Histoire à un moment un peuple tienne la barre et qu’à une autre époque ce soit un autre n’est pas essentiel. Ce qui compte, c’est l’aventure humaine dans laquelle nous sommes tous embarqués, une aventure que chaque peuple a marqué de sa touche originale. L’humanité est tout entière en chaque être humain (texte).

   Mais réfléchissons un peu. Supposons un instant que cette vérité soit oubliée. Supposons, en prolongement d’une conscience fortement égotique, la mentalité tribale qui lui est associée, toujours active, mais dissimulée sous un verni de civilisation, l’apparat des avancées scientifiques, techniques, ainsi qu’une puissance économique sans précédent. Bref, une mentalité de gnome aux commandes d’un bulldozer. Si d’aventure le  projet directeur de l’Occident était le développement de la technique, le fait même d’aller jusqu’au bout de son projet fera que logiquement, il y perdra son âme en tant que civilisation dans l’évanouissement de toutes les valeurs qui l’avait porté jusque là. Un monde où l’arrogance de l’Occident se donne librement carrière, un monde entièrement occidentalisé, provoquera inévitablement la disparition de la civilisation occidentale, au final pétrifiée dans le consumérisme et mort avec lui. Mais ce ne serait pas pour autant la fin de l’Histoire. Juste une fin de règne.




   N’est pas exactement la situation où nous sommes ? N’est-ce pas ce qu’avait déjà entrevu quelques vigiles de l’esprit ? Par exemple, quelle étrange lubie peut bien pousser un Oswald Spengler en 1918 à publier Le Déclin de l’Occident ? Spengler rejette comme faux tout à la fois l’eurocentrisme historique, la conception linéaire de l’histoire et l’idée que son centre de gravité serait ce continuum imaginaire forgé par la représentation occidentale. Dans la lignée de Nietzsche, Spengler distingue la culture de la civilisation. Il appelle  culture la sève qui nourrit l’arbre et forme l’esprit d’un peuple, il appelle civilisation sa concrétisation dans l’extériorité qu’étrangement il assimile aussitôt à une pétrification. Spengler dit que l’homme cultivé a son énergie dirigée au-dedans, le civilisé au dehors. Il y aurait selon lui, comme pour Nietzsche et Thomas Mann, une équation fatale de la décadence dans ce passage de la culture à la civilisation. L’extraversion de la culture conduit à une perte de vitalité dans les formes figées, le muséïsme de la civilisation, formes désormais stériles, parce que l’esprit s’en est retiré. Sépulcres blanchis appelés du traître mot de « culture ». Des productions artistiques à la pelle, mais plus  d’œuvres. Une pauvreté de l’inspiration et un manque de sensibilité vraie. Une incapacité grandissante à sentir poétiquement la vie, mais une habileté fonctionnaire à l’analyser pour en extraire du concept. Concept sans mystère, sans profondeur, d’une effarante pauvreté spirituelle. Résonance prophétique enfin des paroles de Paul Valéry : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles ».




   Cette distinction entre un esprit tourné vers l’extérieur et un esprit tourné vers l’intérieur est remarquable : deux directions qui sont non pas entre deux pôles, deux continents, deux pays, deux civilisations etc. mais deux directions au sein de l’esprit lui-même. Un processus ou un penchant très  occidental qui part à la conquête du monde extérieur, typique de l’esprit occidental. Sous la forme du titre d’un livre : L'Occident et les autres. Histoire d'une suprématie, de Sophie Bessis. Une orientation (!), un processus et un penchant, très oriental. qui part à la découverte du monde intérieur, typique de l’esprit oriental. Sous la forme du titre d’un livre : Les Orients de l’Être, R. Balsekar.




   L’esprit, au sens du mental, se situe entre le corps, qui est au contact du monde matériel et l’âme qui est le domaine du monde spirituel. Toute l’expérience humaine est dans ce jeu infini où la conscience se perd dans le monde et se retrouve en Soi.  D’où la théorie des trois yeux de la connaissance de Saint Bonaventure commentée par Ken Wilber. L’œil de chair par lequel nous percevons le monde extérieur, l’espace et les objets, l’œil de raison par lequel nous gagnons une connaissance philosophique et logique,  l’œil de la contemplation par lequel nous nous élevons aux plus hautes réalités. La hargne avec laquelle l’Occident s’est jeté dans la conquête du monde devait le porter à rejeter dans l’oubli la dimension spirituelle de l’âme. A discréditer tout ce qui pouvait relever de l’œil de la contemplation. A surévaluer les méthodes relevant de l’œil de chair, de l’observation, de l’objectivation. Le dédain à l’égard du monde matériel professé par le vieil ascétisme hindou devait de son côté précipiter toute sa civilisation dans la misère matérielle. Juste retour des choses, le balancier de l’Histoire a produit son effet. L’indien d’aujourd’hui est beaucoup plus matérialiste que l’occidental, il ne jure que par la science occidentale, le confort, il convoite l’écran plat et idolâtre l’informatique ; tandis que l’Occidental, animé d’une soif de l’âme inextinguible, devient chercheur spirituel et se lance à corps perdu dans le développement personnel. Si on prend soin de les ramener à la nature de l’esprit, la double polarité orient et occident découvre une perspective métaphysique inédite.




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MessageSujet: Re: sur l'OCCIDENT, son histoire, son concept, et sa CRISE dans celle du capitalisme   Dim 28 Aoû - 17:37


l'Occident ne serait-il qu'idéologie ?

sous des airs radicaux, cette critique déconcrétise le concept et sombre dans le moralisme... pour sauver l'Occident et son concept d'une crise objective autant que subjective


Le terme "Occident" est désormais aussi frelaté que celui d'"Europe". "Europe" désignant dans la bouche des péripatéticiennes de la mediasphere : l'Union Européenne (UE). Soit ce Léviathan bureaucratique soviétoïde, négation même de l'Europe réelle.

Citation :
"Occident" doit être compris aujourd'hui sur un plan géostratégique, géopolitique, moral, civilisationnel en un mot métaphysique [assertion contradictoire, par laquelle le concret serait une vue de l'esprit] comme une ruse, une duperie, une tromperie sans équivalent, un complot fomenté contre l'Esprit [sic la majuscule] par l'oligarchie transatlantique.

L'Occident pourrait se résumer à peu près ainsi sur le plan international : Amérique du Nord + UE + Israël + annexes de la Couronne britannique dans le Pacifique.

Les seuls "principes" qui sous-tendent cet édifice pour le moins baroque : le Divin Marché et l'Idéologie des droits de l'homme. Soit le cauchemar post-moderne ambiant.

Comme le disent les auteurs de l'excellent site Dedefensa, l'Occident qu'ils ont rebaptisé BAO (pour bloc américaniste-occidentaliste), est une contre-civilisation. [ben non, n'en déplaise, c'en est bien une]

Virtualisme, dynamique de surpuissance aboutissant à l'autodestruction, "idéal de puissance" (processus décrit par le philosophe Guglielmo Ferrero en son temps et requalifié "déchaînement de la Matière" par l'équipe de Dedefensa), sont trois des principaux éléments qui dessinent les contours de cette contre-civilisation.

Cette contre-civilisation devenue Système s'appuie essentiellement sur deux instruments de puissance, qui font aussi office de deux sous-systèmes : le système du technologisme et le système de la communication.

Deux instruments qui garantissaient jusqu'alors - et garantissent encore pour le moment - au Système une hégémonie sans partage et incontestée sur l'ensemble des activités humaines.

L'Occident vu comme "idéal de perfection", opposé à "l'idéal de puissance", devait exprimer le Beau, pratiquer le Bon et générer le Vrai.

Qu'offre-t-il désormais ? La Laideur, la Vilenie, le Mensonge. Ou l'illustration par le triumvirat pre-antechristique : Lady Gaga - Dick Cheney - BHL.

Dès lors comment doit-on se situer lorsqu'on entend ici ou là des hommes et des femmes déclarer se battre pour "l'Occident et ses valeurs" ?

Tout dépend ce qu'on entend par Occident. "Idéal de perfection" ou "idéal de puissance".

Un écrivain favorable aux guerres du Kosovo, d'Irak et de Libye, une militante assurant la promotion sur les plateaux télé du "mariage" gay, un activiste faisant l'apologie de la théorie du "gender" ou encore du vagabondage homosexuel, un président réclamant le durcissement des sanctions contre l'Iran ou une intervention en Syrie, une féministe radicale et "pro-choix" encourageant l'avortement partout et en toutes circonstances "car c'est un droit inaliénable et durement arraché", un agriculteur favorable aux cultures OGM font clairement partie du camp des occidentalistes.

L'occidentalisme compris comme le cancer généralisé de l'Occident, comme une psychopathologie qui étend son emprise un peu plus chaque jour sur les âmes, comme une inversion permanente et totale des valeurs. [les "valeurs" seraient un absolu, défini par le saint "Esprit"... de l'auteur]


L'Occidental a contrario de l'occidentaliste admirera la droiture, la dignité, la maîtrise de soi, le courage, la persévérance, l'héroïsme, la générosité et le renoncement de soi.

Il aura en horreur le choix de la force brutale au détriment de la diplomatie, à la vulgarité et l'obscénité il préférera la retenue et la pudeur, face aux apprentis-sorciers du "modèle recomposé" et de la "pluriparentalité" il souhaitera protéger la famille et les enfants, face à la tentation de l'accaparement et de la maximisation du profit il choisira la mesure, le partage et le don, face à la facilité et aux pleurnicheries il optera pour l'effort et le mérite.


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MessageSujet: Re: sur l'OCCIDENT, son histoire, son concept, et sa CRISE dans celle du capitalisme   Dim 28 Aoû - 17:45


retour à une définition concrète, et un phasage historique recoupant celui de Serge Carfentan plus haut


Le concept d’Occident

Claude Bélanger,
Département des Sciences humaines, Marianopolis College
2001-08-20

Il y a dans le monde quelques grandes familles culturelles : civilisations africaine, méso-américaine, chinoise, etc. La civilisation occidentale (western civilization) en est une autre et c’est celle dans le contexte de laquelle nous vivons. Le but principal de notre cours est d’en déterminer l’origine, les éléments principaux, l’évolution, l’importance, etc.

Citation :
Qui la civilisation occidentale regroupe-t-elle ? Sommes-nous des Occidentaux ? Quelles sont les grandes étapes de son évolution ?

Définition :

L’Occident est un concept historique et culturel. Il est historique puisqu’il n’est pas d’une génération spontanée et qu’il a évolué au cours des siècles; il est culturel dans le sens qu’il exprime une manière de vivre spécifique avec ses caractéristiques propres.

Sont considérées comme occidentales toutes les cultures qui plongent les racines de leurs grandes caractéristiques dans l’univers judéo-chrétien (et son prolongement islamique), et dans le monde gréco-romain. Ces cultures ont traversé quatre grandes phases qui correspondent chacune à un contexte géographique spécifique et à une période historique identifiable.

Dans les grandes lignes, l’univers judéo-chrétien a contribué plus spécifiquement à la culture occidentale ses caractéristiques religieuses (en particulier le monothéisme* du Judaïsme) et les valeurs d’éthique et de morale qui caractérisent les trois grandes religions occidentales qui plongent leur source dans l’Ancien Testament (Judaïsme, Christianisme et Islamisme).

Le monde gréco-romain a contribué tout un ensemble de caractéristiques culturelles dont les principales sont :

• les langues que nous utilisons;
• les systèmes d’alphabet pour l’écriture (latin, grec, cyrillique);
• les caractéristiques de notre calendrier (et donc partiellement nos notions du temps);  
• nos systèmes de lois qui plongent presque tous leur origine dans le droit romain; [où l'on retrouve Pierre Legendre ainsi que des considérations historiques de Ramon Grosfoguel, théoricien décolonial]
• des habitudes vestimentaires et alimentaires;
• l’architecture de nos édifices;
• le rationalisme et l’humanisme; [dont l'humanisme-théorique comme philosophie pré-marxienne]
• etc.

Le contexte géographique où les groupes de culture occidentale peuvent être trouvés historiquement correspond aux grandes phases historiques de la civilisation occidentale :

Il faut distinguer quatre phases dans l’évolution de la culture occidentale. Il y a donc eu quatre grandes aires géographiques où se trouvaient des groupes de d’Occidentaux :

1. La première phase, la plus longue, celle des origines de la culture occidentale, est celle du Proche-Orient* (Near East) qui s’échelonne de c3,500-800 ANE (avant notre ère). C’est la phase de la création des premiers éléments qui formeront l’armature culturelle de la culture occidentale. Des sociétés en Égypte (Vallée du Nil*), dans le Croissant fertile* et en Mésopotamie* sont apparues, ont accumulé des connaissances qui seront transférées éventuellement au bassin méditerranéen. Dans cette phase le développement du peuple hébreu et de sa religion monothéiste*—le Judaïsme— est d’importance capitale pour la culture occidentale.

2. La phase méditerranéenne (de 800 ANE jusqu’à 476 de notre ère) est d’importance primordiale. On peut y distinguer deux grandes périodes : dans un premier temps, deux peuples, après avoir eux-mêmes absorbé la culture du Proche-Orient, de l’avoir enrichi, répandirent ensuite cette culture du Proche-Orient à une bonne partie du bassin méditerranéen. Il s’agit des Phéniciens, peuple établi sur la côte est de la Méditerranée, dans la zone du Liban aujourd’hui, et qui par son commerce et ses colonies répand ses connaissances, particulièrement son alphabet qui servira de base à la création des alphabets occidentaux, dans le bassin Ouest de la Méditerranée. Le deuxième groupe est celui des Grecs qui par le commerce et la colonisation répandit une culture riche et dynamique sur plusieurs points de la Méditerranée (Mer Noire, bassin de la Mer Égée, sud de l’Italie et de la Sicile (la Grande Grèce*), et même jusqu’en France (Marseille). L’apport des Grecs à la construction culturelle de l’Occident fut sans rival. D’autre part, à mesure qu’on avance chronologiquement dans cette période méditerranéenne, cette phase voit l’unité du bassin méditerranéen créée par l’expansion romaine. Déjà, au début de notre ère, sous l’empereur Auguste, tous les territoires s’échelonnant autour de la Méditerranée seront devenus romains. Les Romains ont donc joué un rôle très important dans la civilisation occidentale : ils en ont forgé l’unité politique et culturelle (ce qu’on appelle la culture gréco-romaine), fait des additions culturelles importantes (droit, architecture, calendrier, régime politique) à la culture occidentale, en plus d’avoir réuni les deux branches qui donnent à la culture occidentale ses éléments d’originalité : la culture greco-romaine et l’univers judéo-chrétien. Ce sont les Romains qui, se convertissant au Christianisme, firent la jonction des deux branches qui étaient jusque là restées séparées. Donc, dans la phase méditerranéenne, qui correspond chronologiquement à la majeure partie de l’histoire ancienne (ou de l’Antiquité*), la culture occidentale était dominante sur des parties de trois continents : en Asie, dans la zone du Proche-Orient, en Afrique, dans tout le nord du continent (l’Égypte et les territoires situés au nord du désert du Sahara) et dans la partie européenne au sud du fleuve Danube, essentiellement dans la partie de l’Europe qui touche à la Méditerranée.

3. On appelle la troisième période : phase européenne. Elle correspond à la période du Moyen-Age* (476-1492). La chute de Rome au cours du cinquième siècle aurait pu entraîner la disparition de la culture occidentale. Cependant, cela ne fut pas le cas, bien que la culture occidentale reçût un dur coup dont elle mettra beaucoup de temps à se remettre. Des invasions venues du nord et de l’est provoquèrent l’effondrement de la majeure partie de l’Empire romain. Ces grands bouleversements eurent un effet négatif sur l’évolution de la culture occidentale. Cependant, de nouveaux groupes se chargeront de préserver l’héritage de la culture gréco-romaine : l’empire byzantin, prolongement de Rome et de la Grèce dans l’est méditerranéen; les Germains romanisés, mais, surtout, le monde arabe, digne héritier de la Grèce. Néanmoins, progressivement au cours de cette période, le Proche-Orient se détachera de la culture occidentale de même que le nord de l’Afrique. Géographiquement, les peuples occidentalisés (c’est-à-dire ceux ayant acquis les caractéristiques gréco-romaine et judéo-chrétienne) ne se retrouvent donc plus qu’en Europe dans cette période. Ce rétrécissement géographique de l’aire occidentale reflète bien la tendance négative d’une bonne partie de cette période.  

4. Le relèvement culturel et l’expansion territoriale qu’on note dans la dernière partie du Moyen-Âge* (le Bas Moyen-Âge) et dans la Renaissance* ouvre grandes les portes de la dernière phase de la culture occidentale : c’est celle de la phase atlantique, sinon mondiale, qui correspond aux périodes moderne et contemporaine (1492 à aujourd’hui). Cette phase est caractérisée par l’expansion territoriale (résultat des grandes explorations et de la colonisation commencées par Christophe Colomb, mais aussi de conquêtes signalant un aspect agressif de la culture occidentale), des développements technologiques très importants, de grands bouleversements culturels et d’un dynamisme démographique et économique sans précédant. Ces facteurs assurèrent la domination de l’Occident sur le monde dans cette période ainsi que l’expansion de l’aire géographique des cultures occidentalisées, à l’Europe, les deux Amériques (donc au Canada), des parties de l’Afrique, de l’Asie et au continent australien. Aujourd’hui, il n’est personne sur notre planète qui ne soit touché profondément, influencé, sinon dominé, par la culture occidentale.

© 2001 Claude Bélanger, Marianopolis College


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MessageSujet: Re: sur l'OCCIDENT, son histoire, son concept, et sa CRISE dans celle du capitalisme   Dim 28 Aoû - 18:25


Un Occident, Des Occidents. Variations concept.

Georges Corm Le Monde Hors Serie N 11/2014

Depuis mes études universitaires à Paris au milieu du siècle dernier, j’avais été frappé par l’intensité de l’usage du concept d’Occident et des nombreux qualificatifs élogieux accompagnant ce mot devenu « totémique ». Les valeurs occidentales, la civilisation occidentale, l’héritage gréco-romain de cette civilisation, l’héritage chrétien, l’héritage aryen ou indo-germanique, l’épanouissement de la raison et de l’individualisme : autant de tentatives de cerner une identité dite occidentale, qui forge un « nous occidentaux » opposé à une altérité orientale, qu’elle soit arabe, islamique, indoue, chinoise, japonaise.

Citation :
C’est ainsi qu’aujourd’hui un théoricien reconnu de la notion d’Occident énumère les différentes racines prestigieuses de cette l’identité occidentale de la façon suivante :

« 1) L’invention de la Cité, de la liberté sous la loi, de la science et de l’école par les Grecs ;

2) l’invention du droit, de la propriété privée, de la “personne” et de l’humanisme par Rome ;

3) la révolution éthique et eschatologique de la Bible : la charité dépassant la justice, la mise sous tension eschatologique d’un temps linéaire, le temps de l’Histoire ;

4) la “Révolution papale” des VIe-XIIIe siècles, qui a choisi d’utiliser la raison humaine sous les deux figures de la science grecque et du droit romain pour inscrire dans l’histoire l’éthique et l’eschatologie bibliques, réalisant ainsi la première véritable synthèse entre “Athènes”, “Rome” et “Jérusalem” ;

5) la promotion de la démocratie libérale accomplie par ce qu’il est convenu d’appeler les grandes révolutions démocratiques (Hollande, Angleterre, États-Unis, France, puis, sous une forme ou une autre, tous les autres pays de l’Europe occidentale)
»1.

Pourtant, les cinq événements « fondateurs » identifiés ici ne sont-ils pas de nature totalement hétéroclite et n’est-il pas artificiel de les amalgamer ainsi dans une seule et même identité ? En effet, les temporalités de chacun d’entre eux apparaissent sans aucun rapport les unes avec les autres, tant elles sont éloignées dans le temps et dans l’espace : des anciens Hébreux aux Grecs de l’Antiquité, en passant par la papauté romaine, les libéraux anglais, hollandais, américains et français. En réalité, dans la notion d’Occident nous avons une construction historique et idéologique magnifiée et dogmatiquement solidifiée et essentialisée, en dépit de l’extrême diversité des moments ou évènements ou patrimoines intellectuels choisis et considérés comme fondateurs dans la « morphogenèse » de l’Occident.

1 Philippe NEMO, Qu’est-ce que l’Occident ? PUF, Paris, 2004.

C’est pourquoi, j’ai qualifié la notion d’Occident de « méga identité », tant elle recouvre de façon paradoxale des réalités culturelles, historiques et géographiques différentes2.

Cette notion pourrait être la résultante des « mythi-déologies » nationales européennes, si bien décrites par Marcel Detienne, nées selon lui des « grands feux de forêts allumés par des « mythologies nationales » »3. Elle est fonction du besoin de racines. Il est donc naturel – mais en même temps paradoxal - qu’après la fin de la Seconde Guerre mondiale et devant l’horreur des ravages meurtriers des grands nationalismes européens qui se sont répétés, amplifiés une seconde fois après ceux de la Grande guerre (1914-1918), les mythi-déologies nationales aient eu tendance à reculer. C’est ce recul même qui a permis de donner corps à une supra et méga mythi-déologie : celle de l’identité supposée unique et spécifique de l’Occident.

Paradoxal, disons-nous, car c’est bien le règne d’une très grande diversité des cultures, des langues, des milieux géographiques, des systèmes politiques, des croyances, des systèmes de penser et d’appréhender le monde et son évolution, qui caractérise l’histoire du petit continent européen, comparé au gigantisme géographique des autres quatre continents du monde et des grandes civilisations qui y ont fleuri. C’est bien cette grande diversité qui contraste avec la forte croyance dans l’unité d’une civilisation européenne, support et origine d’une civilisation occidentale, ce qui doit nous amener à nous interroger sur la formation de la méga identité Occident4.

Rappelons ici qu’Occident et Orient sont de banales notions géographiques et astronomiques. En conséquence parvenir à leur donner un tel contenu idéologique, émotionnel et identitaire mythique constitue un phénomène majeur qui mérite une critique déconstructiviste, si l’on veut éviter que ne se répètent sur une plus grande échelle les ravages des deux guerres mondiales, les tensions extrêmes de la Guerre froide et, aujourd’hui, celles résultant de la théorie du choc des civilisations, popularisée depuis la fin de cette dernière guerre à travers le succès de l’ouvrage de Samuel Huntington sur ce thème5.

Les anciens Grecs évoquaient la ligne de fracture entre eux et les « barbares », essentiellement les Perses, mais l’expression alors signifiait plus les peuples en dehors de la culture grecque et de ses institutions, qu’une altérité irréductible et de nature inférieure.
En fait, et c’est encore un paradoxe à noter, c’est la division de l’empire romain en deux entités géographiques séparées et rivales, l’empire d’Occident et celui de l’Orient, qui installe les premiers éléments de « fracture ». Cette dernière sera confirmée et amplifiée par la division de l’Eglise entre une église d’Occident, siégeant à Rome et se voulant la tête dirigeante de toutes les autres et une église d’Orient, siégeant à Constantinople, étroitement alliée au pouvoir politique de l’empire d’Orient qui deviendra, l’empire byzantin.

2 Georges CORM, Orient-Occident. La fracture imaginaire, La Découverte, Paris, 2002.



Citation :
Pour nombre d’observateurs, les événements du 11 septembre 2001 confirment l’hostilité supposée millénaire entre l’Orient et l’Occident. Dans cet essai incisif, Georges Corm explique pourquoi il s’agit en réalité d’une « fracture imaginaire », cachant de façon opportune des intérêts de puissances très profanes. Remontant aux sources de ce sentiment de fossé infranchissable entre civilisation occidentale et Orient « musulman », il explique comment se sont imposés au XIXe siècle les clichés d’un Orient mystique, archaïque et irrationnel et d’un Occident matérialiste, rationaliste et individualiste. Sans indulgence pour les intellectuels orientaux qui s’en font l’écho symétrique, il met ainsi à jour la « laïcité en trompe-l’œil » de la pensée occidentale moderne, forgée par les valeurs religieuses, imprudemment mêlées à de fumeuses théories raciales sur la hiérarchie des peuples, des nations et des civilisations. Les passions soulevées par les événements du 11 septembre, l'invasion de l'Irak par les États-Unis, le rebondissement du drame israélo-palestinien et la foi aveugle dans les bienfaits de la globalisation ont contribué à figer dangereusement la pensée critique. Pour l’auteur, il est temps que la pensée politique occidentale quitte un discours devenu dangereusement narcissique et qui continue de s’articuler sur des archétypes bibliques.


3 Marcel DETIENNE, Comment être autochtone. Du pur Athénien au Français raciné, Seuil, Paris, 2003, ainsi que du même auteur, L’invention de la mythologie, Gallimard, Paris, 1981.

4 Georges CORM, L’Europe et le mythe de l’Occident. La construction d’une histoire, La Découverte, Paris, 2009.



Citation :
Pourquoi et comment une simple notion géographique, celle d'Occident, est-elle devenue un axiome organisateur de toute vision du monde ? C'est à cette enquête passionnante à travers l'histoire de l'Europe qu'est consacré cet ouvrage. À rebours des grandes stylisations historiques qui voient dans cette histoire un continuum depuis la civilisation gréco-romaine, Georges Corm montre que les germes de la puissance européenne se trouvent dans l'intensité exceptionnelle de ses relations avec les autres civilisations, dès le haut Moyen Âge : cette fertilisation ininterrompue des cultures européennes a permis la révolution galiléenne, les encyclopédistes et le siècle des Lumières, ainsi que la révolution industrielle. Une réaction romantique anti-Lumières à ces bouleversements part alors d'Allemagne, se propage en Russie et crée des tensions culturelles et politiques avivées par des systèmes philosophiques fermés. La religion reste au centre des débats enfiévrés du XIXe siècle et les malaises sociaux et culturels se traduisent de façon perverse, à gauche comme à droite, par un antisémitisme délirant qui prépare le terrain à la destruction des communautés juives par le nazisme. Mais l'Europe n'a pas que cette face sombre. Georges Corm rappelle sa face glorieuse, trop souvent oubliée : les sommets artistiques qu'elle a atteints, notamment en musique ; sa curiosité pour toutes les affaires humaines ; la recherche d'une morale " cosmopolite " dont elle a toujours rêvé, sans jamais pouvoir la réaliser. En menant cette enquête à contre-courant des préjugés " occidentalistes ", cet ouvrage tente de répondre à la question centrale de l'histoire de l'Europe : de Mozart à Hitler, que s'est-il passé ? Cette relecture décloisonne avec bonheur les savoirs, permettant une vision plus sereine des conflits géopolitiques qui déchirent le monde actuel.


5 Samuel HUNTINGTON, Le choc des civilisations, Odile Jacob, Paris, 1997.

La ligne de fracture Orient/Occident naît donc en fait à l’intérieur d’une même civilisation, celle des Romains - ou celle de la civilisation gréco-romaine - progressivement investie par le christianisme naissant. Ce christianisme a d’ailleurs ses racines en Orient syro-mésopotamien et il a sécrété un grand nombre d’églises aux croyances théologiques différentes (monophysisme, nestorianisme, arianisme, donatisme, etc…). Nous souffrons aujourd’hui, sur les deux rives de la Méditerranée, de l’oubli de la
richesse du christianisme des premiers siècles, de la révolution culturelle à laquelle il a donné lieu par l’écrasement, souvent violent du paganisme, du recul de la philosophie grecque durant de longs siècles. Byzance et Rome imposeront une structure impériale et hiérarchisé à leur christianisme ; l’Egypte devenue chrétienne deviendra le centre le plus actif de résistance à la domination de l’Eglise byzantine et de sa théologie, cependant que dans le bassin syro-mésopotamien on assiste à l’éclosion d’une floraison d’églises qui se développeront jusqu’en Inde, ce dont en Europe on a même perdu le souvenir.

Cette floraison et les furieuses querelles théologiques qu’elle entraîne prépareront le terrain à la venue de la prophétie coranique. Celle-ci en effet entend régler par son message le très profond différent entre judaïsme et christianisme, mais aussi les
contentieux théologiques divers de la chrétienté sur la nature du Christ. L’Islam naissant se considère comme étant dans la continuité des deux premiers monothéismes, ses aînés. Juifs, chrétiens et musulmans sont tous considérés dans le texte coranique descendants d’Abraham et en conséquence des peuples ayant reçu une révélation divine à travers le prophétisme (« gens du Livre »)6. Un très grand nombre de sourates du Coran reprennent les récits de l’Ancien Testament. Bien plus, le Nouveau Testament est tout aussi familier que l’Ancien dans le texte coranique. La Vierge Marie y est particulièrement honorée, le récit de l’Annonciation par l’Archange Gabriel y est repris et l’esprit de Dieu est déclaré avoir soufflé sur le Christ. C’est pourquoi, le grand orientaliste français Louis Massignon aura à coeur de développer ce lien unissant les croyants des trois religions monothéistes dans un « Abrahamisme » commun permettant de réduire l’hostilité traditionnelle entre Islam et Chrétienté, soit en fait aussi entre Orient et Occident7.

6 Sur la notion de « gens du Livre » dans le Coran, on se reportera à Georges CORM, Histoire du pluralisme religieux dans le Bassin Méditerranéen, Geuthner, Paris, 1998.

7 Le thème de la racine abrahamique commune aux trois religions monothéistes développé par Louis Massignon (1883-1962) a été repris par son disciple lui aussi très grand islamologue, Youakim Moubarac (1924-1995), prêtre libanais, qui enseigna longtemps l’islamologie à la Sorbonne à Paris et à l’Université Catholique de Louvain. Sur ces deux personnalités, on peut consulter utilement le site http://louismassignon.org et http://youakimmoubarc.org

A la lumière de ces rappels on peut difficilement donner crédit à la thèse de Renan qui considère que ce qui a bâti le succès du christianisme, c’est la civilisation grecque et celle de l’esprit aryen de l’Europe qui en aurait fait cette grande religion. Cependant qu’il considère que « l’Islamisme » incarne la lourdeur de l’esprit sémite, opposé au raffinement de l’esprit aryen et qu’il est un ennemi à abattre8. Certes, l’apparition de la religion musulmane sur la rive sud de la Méditerranée va contribuer par la suite à étendre la fracture déjà dessinée à l’intérieur du monde chrétien méditerranéen entre les deux rives de cette mer commune. Mais du VIIIè siècle à la chute de Grenade, la « civilisation » au sens de richesse de la culture et du savoir, mais aussi du raffinement
est arabo-musulmane (ou orientale), plus qu’européenne (occidentale).

C’est par la suite que l’Europe renaissante devient puissante, repousse les envahisseurs Ottomans musulmans, après avoir expulsé de la péninsule ibérique et du sud de l’Italie les implantations arabo-berbères. Désormais, le centre de gravité de l’Europe va basculer vers les espaces atlantiques, l’océan indien et le pacifique. L’économie méditerranéenne décline et avec elle la bordure nord de la Méditerranée. Toutefois, la nouvelle force acquise par le petit continent lui permettra aussi d’étendre à partir du XIXè siècle sa domination politique et militaire sur tout le bassin méditerranéen, comme si l’empire Romain s’était reconstitué.

8 Voir Ernest RENAN, Qu’est-ce qu’une nation ? Et autres essais politiques, Press Pocket, Paris, 1992 quiv ontient le texte de son discours d’ouverture du cours de langues hébraïque, chaldaïque et syriaque au Collège de France en 1862, discours qui est un « manifeste aryen » particulièrement virulent ; ainsi que notre analyse de ce texte dans L’Europe et le mythe de l’Occident…, op.cit., pp.33-36.

Mais cette force scientifique, technique, économique (la Révolution industrielle) qu’acquière l’Europe ne l’empêche pas d’être un continent où les Etats et les civilisations qu’ils entendent représenter s’affrontent avec cruauté. La conversion forcée au christianisme par Charlemagne, la Guerre de cent ans, puis la cruauté des longues guerres de religion qui va creuser un clivage entre une Europe protestante où se pratique une multiplicité d’Eglises et une Europe catholique où le pouvoir politique s’affranchit
progressivement de la tutelle de l’Eglise romaine. La philosophie des Lumières puis les principes de la Révolution française vont entraîner une marginalisation progressive de cette église.

L’unité de l’Eglise européenne brisée, la voie est ouverte au développement puis à l’explosion des nationalismes et des fanatismes qu’ils entraînent, ainsi qu’à la production de grands systèmes philosophiques et politiques qui constitueront autant de facteurs qui
forgent des perceptions contradictoires de l’évolution du monde, au point de créer une profonde cassure même au sein de l’Europe. La lecture de Thomas Mann ou d’Oswald Spengler et même de Nietzsche nous montre une Europe furieusement déchirée à la fin du XIXe siècle entre son versant Ouest (Angleterre, France, Italie) et son versant Est (Europe allemande)9. L’Ouest est considéré par l’Est comme la partie matérialiste, individualiste, démocratique et impérialiste marchande. L’Est se considère conservateur des valeurs traditionnelles de l’Europe, celle des « terroirs », des communautés organiques traditionnelles, de la religion et de la mystique. Aux yeux de ces auteurs phares, l’impérialisme marchand, le matérialisme et l’individualisme libéral amènent immanquablement à la décadence. Seuls les terroirs sont les réservoirs d’énergie, de créativité et de puissance d’un peuple, ainsi que de ses grandes actions nobles et héroïques10.

9 Particulièrement éclairante est la lecture de Thomas MANN, Considérations d’un apolitique, Grasset, Paris, 2002 qui est un journal tenu par le grand romancier durant la Grande guerre 14-18. Voir aussi Oswald SPENGLER, Le déclin de l’Occident. Esquisse d’une morphologie de l’histoire universelle, 2 vol., Gallimard, Paris, 1976.

10 Sur ce point, voir Georges CORM,L’Europe et le mythe de l’Occident…, op. cit., chapitre V « Le choc des visions du monde en Europe », pp.171-208 (édition de poche 2012).

Cette querelle qui déchire l’Europe se répand en Russie. Aux « slavophiles », partisans de la préservation de l’âme russe, de la mystique religieuse, de la sacralité de la famille impériale et de l’Eglise orthodoxe, gardienne des valeurs profondes du peuple d’un côté, s’opposent de l’autre côté les « occidentaux », c'est-à-dire les partisans d’une européanisation/modernisation accélérée de la société russe qui demeure « arriérée » et en retard sur le plan du développement scientifique, économique et technologique11. En
réalité, un peu partout dans le monde, au fur et à mesure qu’elle se répand grâce à l’expansion de la puissance politique et militaire européenne, la dualité contradictoire de la « civilisation » européenne entraîne ce même type de conflits, dans le monde arabe dès l’expédition de Napoléon Bonaparte, en Chine, au Japon et ailleurs hors d’Europe12.

L’expansion de l’idéologie marxiste hors d’Europe et de la Russie, grâce à la Révolution russe, ne fera que complexifier encore plus la notion d’Occident. Où classer le marxisme et les systèmes politiques qui s’en sont réclamés ? Est-il vraiment une partie intégrante de l’Occident ou bien son échec au cœur de l’Europe l’a-t-il repoussé sur les périphéries russes et le continent asiatique, avant de le voir disparaître presque totalement du paysage intellectuel européen après l’effondrement de l’URSS ?

Où donc trouver cet Occident totémique et obsessionnel, alors même que la marche vers les deux grandes guerres européennes (14-18 et 39-45) a été mise en route du fait de ces conceptions opposées, religieuses, philosophiques, incarnées aussi dans des nationalismes culturels exacerbés, autant de facteurs de déchirures de l’Europe ? Rappelons que l’émergence puis le développement de la puissance soviétique dans l’ancien empire des Tsars donnera naissance à la fracture plus volontiers dénommée « Est-Ouest », gardant ainsi un caractère géographique accusé, à une époque où l’utilisation intensive de la notion d’Occident n’est pas encore totalement installée les esprits européens. L’Ouest de l’Europe parce que ouvert sur la mer serait démocratique, navigateur, marchand et libéral, l’Est continental serait en revanche totalitaire, comme l’a théorisé l’historien Jacques Pirenne13. C’est aussi et en même temps une vision essentialiste et déterministe de la division géographique du monde.

On rappellera ici que le vocabulaire anglo-saxon ne fait pas vraiment de différence entre la notion géographique d’Ouest (the West) et celle d’Occident (Western civilisation), ce qui n’est pas le cas de la langue française par exemple. Malheureusement, cette fracture, loin de s’effacer avec l’effondrement de l’URSS, se renforce et s’épanouit dans une notion d’identité occidentale, toujours aussi dogmatique.

11 Voir Martin MALIA, L’Occident et l’énigme russe, Seuil, Paris, 2003, ainsi que Alexandre KOYRE, La
Philosophie et le problème national en Russie au début du XXè siècle
, Seuil, Paris, 1976.

12 Georges CORM, L’Europe et le mythe de l’Occident…, op. cit., pp. 197-205.

13 Jacques PIRENNE, Les grands courants de l’histoire universelle, Editions de la Baconnière, Neuchatel, 1959. « Ainsi, apparaît-il que plus on se rapproche de la mer, plus grande est l’influence du libéralisme et plus profonde son action, comme générateur de puissance et de richesse. Si l’on s’enfonce sur le continent, c’est l’autoritarisme, au contraire, que l’on trouve à la base de toute l’évolution politique et sociale, mitigé en Europe centrale par l’opposition féodale, dominant en Russie où aucune force ne peut enrayer sa grandissante entreprise » (Tome 3, page XXXIX)

Il faut aussi noter que désormais, dans la définition de l’identité de l’Occident, on insiste beaucoup moins sur les racines gréco-romaines de la civilisation occidentale. Ce sont les racines dites judéo-chrétiennes qui s’imposent et qui sont le plus évoquées. D’abord parce qu’il faut absolument surmonter le traumatisme du génocide des communautés juives d’Europe sous la régime de la barbarie nazie et donc réconcilier ces deux monothéismes ennemis. Ce n’est que progressivement à partir des années 1970 que la
question de l’Holocauste est ouverte dans toute son ampleur. En dépit du fait que le christianisme se soit construit dans l’hostilité absolue au judaïsme et en opposition par rapport à lui, l’expression de valeurs judéo-chrétiennes devient très courante pour
caractériser l’identité de l’Occident. Ensuite, par ce que l’Etat d’Israël, nouveau venu sur la scène internationale, est considéré comme une juste réparation aux tourments infligés au judaïsme par l’Europe chrétienne (l’anti-judaïsme théologique), puis par l’Europe raciste anti-sémite de la fin du XIXè siècle et de la première moitié du XXè siècle, idéologie encore plus redoutable que celle de l’Europe chrétienne. La naissance d’Israël aux yeux européens et américains, est donc considérée comme un juste accomplissement de l’Histoire, au sens hégélien du terme.

Bien plus, sur l’autre rive de la Méditerranée, la décolonisation n’apparaît-elle pas aux yeux européens comme un réveil de l’Islam et donc comme le danger futur, tel que Renan et plus près de nous Bernard Lewis, Jacques Ellul et Samuel Huntington l’ont
abondamment décrit14. Les évènements du 11 septembre 2001 viendront cristalliser cette fracture entre un monde judéo-chrétien et un monde arabo-musulman dont les civilisations respectives seraient condamnées à l’hostilité permanente.

On peut d’ailleurs s’interroger pour tenter de comprendre pourquoi le concept d’occidentalité a fini par prévaloir sur celui d’européanité. La conception gaullienne d’une Europe des nations apaisées n’aurait-elle pas dû consacrer une européanité
prévalente sur une conception atlantiste de l’Occident, dont le centre n’est plus l’Europe, mais les Etats-Unis et leurs autres alliés dans le monde (Japon, Corée du Sud, Australie).

Car « le monde libre » autre expression favorite du vocabulaire anglo-saxon, intensivement employé durant la Guerre froide, est bien celle qui recoupe le mieux la notion d’Ouest (the West) opposé à l’Est. Tout ce qui est démocratie libérale tend à devenir l’Occident, sous la direction des Etats-Unis, cependant que tout ce qui ne reproduit pas les institutions démocratiques « à l’occidentale », telles que pratiquées de façon fort variée d’ailleurs, reste enfermé dans la notion d’Orient.

En réalité, s’il y a une alliance des civilisations et non un choc de civilisations, c’est bien l’Europe d’aujourd’hui qui en donne l’exemple. L’Europe désormais pacifiée est en effet une magnifique mosaïque de civilisations et de cultures (française, britannique, italienne, espagnole et portugaise, germanique, slave, scandinave). Il est bien sûr dommage que l’Union européenne soit surtout une construction d’ordre économique, gangrenée depuis quelques années par l’idéologie du néolibéralisme et du monétarisme étriqué, ce qui affaiblit cette construction, en particulier depuis le début de la crise financière des années 2000-2009. L’Union s’est en effet construite par la mise en place du marché commun, puis du marché unique, puis de l’union monétaire. Le petit continent européen est désormais unifié économiquement, sinon politiquement. Car le domaine du politique est celui dont les Etats-Unis détiennent désormais le monopole avec l’assentiment des Etats membres de l’Union européenne qui a lié sa politique étrangère à celle de l’OTAN, alliance militaire. Ce sont les Etats-Unis qui ont mené le monde libre à la victoire sur l’URSS, c’est eux qui ont maintenu et même revigoré l’OTAN après la disparition de l’Etat soviétique et de ses institutions, ce qui leur a permis d’intégrer militairement au sein de cette alliance les Etats européens libérés de la domination soviétique.

14 Bernard LEWIS, Que s’est-il passé ? L’Islam, l’Occident et la modernité, Gallimard, Paris, 2002 ; Jacques ELLUL, Islam et judéo-christianisme, PUF, Paris, 2004 ; Samuel HUNTINGTON, Le choc des civilisations, op. cit.

On en est ainsi revenu insensiblement à la politique du « containment » ou de l’encerclement à but préventif de la Russie, sous différentes formes et, en particulier, de lui barrer l’accès aux « mers chaudes », notamment la Méditerranée. Il s’agit là d’une politique antérieure à la Révolution bolchevique et qui existait déjà au XIXè siècle envers la Russie tsariste. Position peu rationnelle, lorsque l’Angleterre et encore plus les Etats-Unis si loin géographiquement de la Méditerranée prétendent dominer cette mer et en exclure la Russie qui pourtant en est si proche.

Aussi est-il donc légitime de se poser la question de savoir mais qu’est donc est l’Occident aujourd’hui. Quelle est son identité, quelles sont ses valeurs, quelles sont ses institutions ? Comme on l’a vu, il n’y a guère une définition unique de l’Occident, son
cœur ancien qui est l’Europe a été déchiré par tant de conflits, de guerres, de systèmes philosophiques et de conceptions contradictoires du monde, que l’on peut douter d’une européanité qui serait l’origine d’une occidentalité qui intègre désormais et place en son centre les Etats-Unis, définis comme « hyper puissance ». Certes, les valeurs à vocation universelle produite par la philosophie des Lumières et la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen demeurent un socle majeur d’éthique politique. Mais même ce socle a été contesté par de nombreux philosophes européens et américains qui l’ont mis en accusation comme source des totalitarismes modernes15.

L’Occident institutionnel lui n’est-il pas réduit à l’OTAN, alliance militaire où prédomine largement la doctrine américaine de sécurité mondiale ? N’est-il pas aussi le centre de production de l’idéologie si excessive du néolibéralisme et de la nécessaire globalisation économique du monde que répandent les grandes universités « occidentales », c'est-à-dire européennes et américaines ?

Faut-il véritablement continuer d’alimenter cette ligne de fracture de l’imaginaire, « géographie de l’esprit » qui érige des barrières bien plus épaisses et infranchissables que les frontières terrestres16 ? Les sciences humaines doivent-elles continuer de couper le monde en deux : sociétés occidentales d’un côté et toutes les autres par ailleurs, sans que l’on sache très bien où classer le Japon ou les différentes sociétés d’Amérique latine et de l’Afrique sub-saharienne, contribuant de la sorte à contraindre les recherches en les enfermant dans des catégories anthropologiques fermées et artificielles ?

15 Ainsi par exemple l’historien François FURET, Penser la Révolution française, Gallimard, Paris, 1978, mais aussi Le passé d’une illusion. Essai sur l’idée communiste au XXè siècle, Laffont, Paris, 1995 ; ainsi que le philosophe Leo STRAUSS, La Cité et l’Homme, Le livre de Poche, Paris, 2005.

16 Ce beau terme de « géographie de l’esprit » est dû à Marcel CREPON, Les géographies de l’esprit, Payot, Paris, 1996, ouvrage remarquable par sa déconstruction des grands clichés anthropologiques sur les races, les peuples, les nations. On pourra aussi se reporte à Carole REYNAUD-PALIGOT, De l’identité nationale. Science, race et politique en Europe et aux Etats-Unis. XIXè-XXè s., PUF, Paris, 2011.

La richesse et la diversité des patrimoines européens et américains méritent mieux que cet enfermement dans une méga identité dénommée Occident, catégorie devenue fourre tout et dont l’utilité semble être exclusivement de nature géopolitique, au service
d’intérêts de puissance politique, économique et militaire. La persistance d’un Occident se définissant comme judéo-chrétien, démocratique et individualiste, opposé à des sociétés dites « holistes » ou « magiques » ou « patriarcales » ou religieuses, ne peut que continuer d’entraîner la crispation des nombreux Orients : arabo-musulman, chinois et indo-chinois, indo-musulman.

Dans un monde désormais aussi ouvert, avons-nous encore besoin de mithy-déologies, de méga-identités, de fanatismes de nature civilisationnels remplaçant les anciens nationalismes et venant compenser le parfum des terroirs perdus ? Ou bien faut-il travailler à redonner cohérence et cohésion à des territoires partout déstructurés et mis àmal par une mondialisation qui a tendance à échapper à ses initiateurs « occidentaux » ?

Cette question mérite ici d’être posée.


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MessageSujet: Re: sur l'OCCIDENT, son histoire, son concept, et sa CRISE dans celle du capitalisme   Jeu 1 Sep - 11:14


quand "l'Occident" fait l'actualité

un pauvre commissaire de police s'est fait remonter les bretelles pour des propos «inaproppriés» qui font le buzz...

Citation :
un agent ayant procédé au contrôle et à la verbalisation d'une femme vêtue d'un niqab le 1er juin dernier, à Champigny-sur-Marne, le commissaire chef de service a adressé une lettre au fonctionnaire de police :

« Je tiens à vous exprimer ma reconnaissance pour votre action, laquelle s'inscrit dans la lutte contre tous les phénomènes de communautarisme qui s'inscrivent délibérément hors des fondements de la République française.

Je vous encourage vivement à poursuivre dans cette voie, la seule permettant de sauvegarder les valeurs de l'Occident. »


Réaction de la préfecture de police de Paris : « Les termes employés dans ce document sont inappropriés. Le chef de service va faire l’objet d’une lettre de son directeur afin que ce type de propos ne soient pas réitérés ».


diverses sources

Il avait pourtant lu une presse qui ne prêtait pas à confusion > actualités 'Occident'

quelques titres


Citation :
L'Occident n'a pas vu venir son effondrement Slate.fr 27 août

Syrie : l'Occident est-il en train de sacrifier les Kurdes ? La Tribune 30 août
Riposte (de plus en plus) limitée sur la Syrie : l'Occident est-il encore le gendarme du monde ? Yahoo 30 août
La Turquie peut-elle couper les ponts avec l'Occident ? L'Express 26 août
Rencontre Poutine-Erdogan : le tsar et le sultan face à l'Occident Le Figaro 9 août

Comment l'Occident a contribué à créer l'« État Islamique » AgoraVox 29 août

L'Occident fricote avec le Koweït et l'Arabie Saoudite pour quelques milliards de plus Info-Halal 11 août

Chrétiens d'Orient, musulmans d'Occident : deux poids, deux mesures Le Figaro 2 août

à titre de compensations, nous lui offrons cette autre lettre

L'Occident vu par un Africain

Citation :

Quand ils font la guerre, elle devient mondiale.

Quand ils ont une opinion, elle est internationale.

Quand ils s'expriment, ils le font au nom de la communauté internationale.

Quant à leurs valeurs, elles sont universelles.

Quand ils ont une crise, elle est mondiale.

Quand ils parlent d'eux c'est une langue.

Quand ce sont les autres c'est forcément des dialectes.

Leurs fruits ont des noms du genre pomme, abricots, pèche. Ceux de l'Afrique sont exotiques, sauvages.


Ils se sont installés de force en Amérique, au Canada, en Australie, en Afrique du sud, Amérique du sud et ils nous traitent d'immigrés.

Lamentable !

Quand ils viennent chez nous ils disent qu'ils sont expatriés
et quand c'est nous qui allons chez eux ils nous traitent d'immigrés. Mesquinerie quand tu nous tiens.

Ils disent d'eux qu'ils sont en situation irrégulière dans un autre pays.

Et quand il s'agit de nous, ils disent que nous sommes des sans papiers, des clandestins.

Quand ils s'attaquent à l'occupant, ce sont des résistants.

Et quand nous on s'attaque à l'occupant, nous sommes des terroristes.

Ils sont les seuls à pouvoir se doter des bombes atomiques
et bizarrement ce sont les autres qui fabriquent et utilisent des "armes de destruction massive"

Quand ils les combattaient il y'a à peine un demi siècle, on les appelait homosexuel, pédé.

Et maintenant qu'ils les acceptent on les appelle gays.

Quand ils croient en Dieu, le monde entier doit croire en Dieu.

Et maintenant qu'ils n'y croient plus, le monde entier devrait accepter le mariage entre deux personnes de même sexe.
Croire en Dieu est devenu ringard’.

Quand on se met tout nu avec un cache sexe, nous sommes des sauvages.

Et quand c'est eux, ils font du naturisme.

Quand nos femmes se voilent, nous les opprimons.
Quand les leurs se voilent, ce sont des saintes (sœurs).

Quand ils y régnaient, on parlait de noble art.

Depuis que nous les terrassons, on parle de boxe tout court.

Quand ils nous prêtent de l'argent, ils parlent d'aide.
Quand ils viennent nous piller, ils nous parlent de partenariat ou d'accord de partenariat.

Quand ce sont eux qui le font, c'est du lobbying.

Quand c'est nous, c'est de la corruption, du clientélisme, du népotisme.

Ils traitent nos scarifications (marque de reconnaissance ethnique) de sauvage.
Aujourd'hui ils pratiquent le tatouage à outrance et c'est devenu de l'art.

Ils disent chez eux que la femme est plus libre, mais ils oublient que le corps de la femme se vend en vitrine à Amsterdam
et aujourd'hui pour une pub de yaourt on a droit à un sein nu. Quel culot !!

Saluons l'homme Blanc comme il se salue lui-même dans le miroir.

Pas pour notre salut, mais pour celui de son nombril
.

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MessageSujet: Re: sur l'OCCIDENT, son histoire, son concept, et sa CRISE dans celle du capitalisme   Dim 4 Sep - 14:58


inventeur pour le PCF du "capitalisme monopoliste d'État" et de la "flexi-sécurité", Paul Boccara n'est pas ma tasse de thé marxiste. Mais enfin, comme tout le monde, il doit bien convenir de certaines caractéristiques de la double crise actuelle du capital et de l'Occident. Quant à aller vers une « civilisation de l'humanité » par « le ­développement des services publics », la montagne des grands mots accouche d'une souris démocrate étatiste...


« la crise systémique actuelle du capitalisme mondialisé et financiarisé est plus qu’une crise économique,
il s’agit d’une crise de civilisation, celle de la civilisation occidentale mondialisée.»

Paul Boccara



Citation :
La crise financière et économique de 2008-2010 a fait voler en éclats les illusions sur le monde dominé par le néo-libéralisme. Mais cet ouvrage ne se limite pas à la crise du capitalisme. Il l’intègre dans la crise de toute la civilisation occidentale et de sa mondialisation. Il insiste sur les rapports politiques, parentaux, démographiques, culturels, jusqu’aux défis des intégrismes. Il met en évidence les révolutions technologiques et les mutations sociétales.

Des propositions de maîtrise et de dépassement des marchés, mais aussi des délégations de pouvoirs, visent une civilisation de partages de toute l’humanité, favorisant les activités sociales libres de chacun.


Par ici la sortie du capitalisme et du libéralisme

Pierre Ivorra L'Humanité 8 Août 2016

Paul Boccara revient sur la crise de la civilisation occidentale. Il l’analyse dans ses deux dimensions, économique et anthroponomique, et appelle à la dépasser.


Citation :
Ce nouvel ouvrage de Paul Boccara, écrit en collaboration avec Catherine Mills, reprend le fil d’une de ses contributions antérieures, l’une des plus originales, celle présentée en 2010 à l’occasion d’une audition au Conseil économique, social et ­environnemental (1). Il y montrait que la crise systémique actuelle du capitalisme mondialisé et financiarisé est plus qu’une crise économique, il s’agit d’une crise de civilisation, celle de la civilisation occidentale mondialisée. Elle touche tous les aspects de la vie humaine et pose la question « de sa transformation complète » pour aller vers « une civilisation de toute l’humanité ». Le tisserand des idées reprend donc le fil, mais pour mieux travailler la maille, aller plus loin dans sa réflexion.

En premier lieu, il entend montrer que le fil remonte bien haut dans l’histoire de la pensée : « On retrouve, écrit-il, chez un très grand nombre d’auteurs importants, à propos de la civilisation, des références aux trois caractères ou composantes : les rapports ­sociaux, les techniques matérielles, la culture. » Cela a été particulièrement le cas à partir du XIXe siècle et jusqu’à nos jours. Comme à son habitude, Paul Boccara met ses pas dans la pensée de Marx, mais pour aller plus loin, en prenant notamment en compte tout l’apport de penseurs contemporains.

Fort de ce parrainage historique, il considère qu’« un système global civilisationnel » est constitué de « deux sous-systèmes sociaux fondamentaux, se conditionnant réciproquement », d’une part, « le système économique, de transformation de la nature extérieure en produits » et, d’autre part, « le système anthroponomique (2) de transformation de la nature humaine, pour la régénération humaine, biologique, informationnelle et sociétale ». Dans la crise systémique actuelle, ces deux sous-systèmes sont eux-mêmes en crise. C’est à partir de cette crise globale et des « risques majeurs d’éclatement d’un surendettement et d’une suraccumulation encore plus graves » qu’en 2007-2008 que l’auteur avance « des éléments sur une autre économie mondialisée de dépassement du capitalisme » avec des propositions telles que la sécurité d’emploi et de formation, les nouveaux pouvoirs des travailleurs, la maîtrise de l’argent et du crédit.

Transformations sociétales entre homme et femme

Cette crise de civilisation appelle tout autant l’élaboration de propositions pour « une autre anthroponomie de ­dépassement du libéralisme mondialisé » avec des transformations sociétales concernant les rapports entre les hommes et les femmes, les jeunes et les adultes, les personnes âgées, et le ­développement des services publics permettant ces transformations. L’humanité parviendra-t-elle à créer une nouvelle civilisation de toute l’humanité ou, avec l’exacerbation des conflits et des dominations que l’on constate, va-t-on vers une fermeture et un déclin de la civilisation occidentale ? Les risques d’effondrement sont d’autant plus réels que l’humanité est menacée dans son existence par le réchauffement climatique. Ce qui permet à l’auteur de souligner « la portée systémique radicale des transformations climatiques et son potentiel de rassemblement des luttes sociales et politiques ». Le fil est ainsi renoué entre mouvements sociaux et sociétaux.

(1) « La crise systémique : une crise de civilisation. Ses perspectives et des propositions pour avancer vers une nouvelle civilisation ». Texte publié par la Fondation Gabriel-Péri.(2) Qui concerne les domaines autres que l’économie.


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MessageSujet: Re: sur l'OCCIDENT, son histoire, son concept, et sa CRISE dans celle du capitalisme   Lun 5 Sep - 11:14



Une psychiatrie mondialisée. Comment l’Occident exporte ses troubles mentaux

Ethan Watters 3 mars 2010

Chaque culture a sa façon d’exprimer la souffrance psychique. Mais la médecine occidentale impose de plus en plus son répertoire de symptômes et les traitements qui vont avec. Le journaliste Ethan Watters en donne la preuve par la dépression et le stress posttraumatique.

[imghttp://www.courrierinternational.com/sites/ci_master/files/styles/image_original_320/public/assets/images//illustrations/article/2010/03/1009-otto-A.jpg?itok=OBXIY1Gx[/img]
© Dessin d’Otto paru dans The Economist, Londres

Ethan Watters a écrit:
En ces temps de mondialisation, nous devrions être sensibles aux différences locales et y attacher de la valeur. Et savoir que toutes les cultures n’ont pas la même conception de la psychologie humaine est crucial dans l’approche de la santé et de la maladie mentale.

Ainsi, un Nigérian peut souffrir d’une forme de dépression propre à sa culture, qu’il décrira par une sensation de brûlure dans la tête, alors qu’un paysan chinois parlera simplement de douleurs à l’épaule ou à l’estomac. Et une étude auprès de réfugiées salvadoriennes traumatisées par une longue guerre civile a montré que certaines d’entre elles ressentaient ce qu’elles appellent des calorías, une sensation de chaleur corporelle intense.

Les psychiatres et les anthropologues médicaux qui étudient la maladie mentale dans différentes cultures ont constaté depuis longtemps que les troubles mentaux n’étaient pas uniformément répartis dans le monde et ne se manifestaient pas partout de la même façon. Malheureusement, aux Etats-Unis, pays qui domine le débat international sur la classification et le traitement des pathologies, les professionnels de la santé mentale font souvent peu de cas de ces différences. Pis, les pathologies mentales s’uniformisent à un rythme vertigineux.

C’est cela qui m’a incité à écrire Crazy Like Us [Fous comme nous], où j’étudie la propagation de quatre maladies : l’état de stress posttraumatique (ESPT), l’anorexie, la schizophrénie et la dépression. Je m’attacherai ici à deux formes occidentales de pathologies mentales, la dépression et l’ESPT, qui se répandent dans le monde à la vitesse d’une maladie contagieuse, annihilant sur leur passage les formes locales existantes.

Deux forces puissantes mais distinctes sont à l’œuvre. Le diagnostic de l’ESPT est propagé par des groupes de thérapeutes occidentaux itinérants, qui établissent des centres d’aide psychologique d’urgence au lendemain de guerres et de catastrophes naturelles. Quant à notre conception occidentale de la dépression, ce sont des multinationales pharmaceutiques qui la promeuvent, car elles engrangent des bénéfices colossaux chaque fois que de nouvelles cultures intègrent cette notion et achètent leurs antidépresseurs.

Laurence Kirmayer, directeur du département de psychiatrie sociale et transculturelle à l’université McGill de Montréal, était aux premières loges lorsque le laboratoire GlaxoSmithKline (GSK) lança au Japon, en 2000, son antidépresseur à base de paroxétine (commercialisé selon les pays sous le nom de Paxil, Seroxat ou Deroxat). Kirmayer, grand spécialiste de l’impact du milieu culturel sur la santé mentale, avait été invité à un colloque parrainé par le laboratoire au Japon. Ce n’est qu’à son arrivée qu’il en comprit les intentions véritables : GSK avait besoin de ses connaissances pour comprendre comment modifier les croyances culturelles autour de la maladie.

“La présentation clinique de la dépression et de l’anxiété dépend non seulement de l’environnement ethnoculturel des patients, mais aussi des structures du système de santé dans lequel ils s’insèrent et des catégories et concepts diagnostiques qu’ils rencontrent dans les médias et dans leurs échanges avec leur famille, leurs amis et les médecins”, écrira plus tard Kirmayer dans The Journal of Clinical Psychiatry. Avec la mondialisation, tous ces facteurs sont “en interaction et en transformation constantes de part et d’autre des frontières ethniques, culturelles, sociales et nationales”. Autrement dit, les croyances culturelles sur la dépression et la représentation de soi sont malléables et perméables aux messages qui s’exportent d’une culture à l’autre.

Le marché japonais posait à GSK un problème extrêmement difficile. Certes, il existait bien au Japon un diagnostic clinique de la dépression (utsubyo), mais il ne ressemblait en rien à la version américaine : il décrivait une pathologie aussi dévastatrice et aussi stigmatisante que la schizophrénie, et rare de surcroît, ce qui compromettait les perspectives commerciales des antidépresseurs au Japon. La plupart des autres états mélancoliques n’y étaient pas considérés comme des maladies. Pour que la paroxétine soit un succès, il ne suffisait donc pas d’accaparer le marché restreint des Japonais à qui l’on avait diagnostiqué une utsubyo. Il fallait modifier l’idée qu’on se faisait de la dépression dans le pays.

Modifier l’idée qu’on se faisait de la dépression au Japon

“J’ai vu une multinationale pharmaceutique travailler dur pour redéfinir les représentations de la santé mentale, raconte Laurence Kirmayer. De tels changements ont des effets considérables, car ils influent sur les conceptions culturelles de la personne, mais aussi sur la façon dont les gens mènent leur vie. Et c’est un processus à l’œuvre partout dans le monde. Ces entreprises chamboulent des croyances enracinées de longue date dans les cultures sur le sens de la maladie et de la guérison.”

GSK est manifestement parvenu à ses fins. En présentant la dépression comme un kokoro no kaze (“un rhume de l’âme”), le laboratoire a réussi à généraliser le diagnostic. L’année qui a suivi le lancement de la paroxétine sur le marché japonais, les ventes ont rapporté 100 millions de dollars. En 2005, elles avoisinaient les 350 millions de dollars.

Mais la dépression a un rude concurrent : l’état de stress posttraumatique. Ce syndrome n’a une existence “officielle” que depuis 1980, date de son entrée dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM), établi par l’Association américaine de psychiatrie, mais il a connu un essor fulgurant. Les thérapeutes occidentaux l’invoquent dans le monde entier après des catastrophes naturelles, des guerres et des génocides. Pour Allan Young, anthropologue médical à l’université McGill, la généralisation des diagnostics d’ESPT dans le monde est sans doute “la plus belle success story de la mondialisation”.

Les thérapeutes se précipitent trop souvent pour guérir les blessures psychiques des personnes traumatisées sans se demander si ce diagnostic est pertinent partout. “Le sens que l’on donne à un événement douloureux a de lourdes répercussions sur le psychisme humain, et ce sens n’est pas le même partout. Le sens importe tout autant que l’événement lui-même”, souligne Ken Miller, psychologue au Pomona College, en Californie, qui a étudié les réactions aux traumatismes de guerre en Afghanistan et ailleurs.

Il a constaté de nombreuses réactions psychologiques qui n’étaient pas répertoriées en Occident parmi les symptômes d’ESPT, et dont certaines n’avaient aucune traduction connue en anglais. En Afghanistan par exemple, Ken Miller a rencontré l’asabi, sorte d’hypersensibilité nerveuse, et le fishar-e bala, une sensation d’agitation ou de tension trop élevée.

Après le tsunami de décembre 2004, Giathra Fernando, psychologue à l’université d’Etat de Californie à Los Angeles, a également constaté au Sri Lanka des réactions psychologiques au traumatisme propres à la culture locale. Le plus souvent, les Sri-Lankais décrivaient des symptômes qui ne correspondaient pas à ceux figurant dans la plupart des tableaux cliniques utilisés en Occident pour l’ESPT (hypervigilance, émoussement des émotions, etc.). Les travaux de Giathra Fernando montrent que les personnes qui continuaient de souffrir étaient celles qui s’étaient retrouvées coupées de leur réseau social ou ne remplissaient pas leur rôle au sein de groupes de parenté. Ainsi, pour les Sri-Lankais, les dégâts causés par le tsunami se produisaient non pas à l’intérieur d’eux-mêmes, mais à l’extérieur, dans leur environnement social.

Parmi les chercheurs qui ont rencontré des expressions du traumatisme propres à une culture donnée, beaucoup doutent que les thérapeutes puissent être utiles s’ils ne savent pas comment la détresse s’exprime localement. “Nous débarquons et nous pathologisons immédiatement leurs réactions”, regrette Arthur Kleinman, anthropologue médical à l’université Harvard. “Nous leur disons : ‘Vous ne savez pas comment vivre avec ça.’ Nous leur prenons leurs représentations culturelles pour leur imposer les nôtres. C’est une façon affreuse de déshumaniser les gens.”

La dépression et l’état de stress posttraumatique ne sont pas que des listes de symptômes. De même que l’hystérie était un trouble du xixe siècle par excellence, l’ESPT et la dépression en disent long sur la représentation de soi aux Etats-Unis et ailleurs en Occident. Ces deux affections contiennent des présupposés sur les événements susceptibles d’entraîner des troubles mentaux et sur ce qui distingue les états psychologiques normaux des états pathologiques. Elles sont bien plus qu’un ensemble de symptômes : avec elles, c’est une vision du monde que nous exportons.


L’auteur
Citation :
[asset|aid=149381|format=image|formatter=asset|title=Ethan Watters|width=90|height=149|resizable=true|align=none]Journaliste américain, Ethan Watters signe régulièrement des articles sur les grandes tendances de société dans des titres de la presse magazine tels que The New York Times Magazine, Wired ou Discover.

[asset|aid=149383|format=image|formatter=asset|title=Commandez cet ouvrage|width=90|height=138|resizable=true|align=none]
Il vient de publier aux Etats-Unis Crazy Like Us: The Globalization of the American Psyche
(Fous comme nous. La mondialisation du psychisme américain), dont il résume ici la teneur


c'est tout à fait comparable à ce que décrit Franz Fanon, psychiatre à l’hôpital de Blida en Algérie, dont il démissionnera en 1956 (voir La vie et l’œuvre psychiatrique de Frantz Fanon, Claudine Razanajaodu et Jacques Postel, CairnInfo 2007

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MessageSujet: Re: sur l'OCCIDENT, son histoire, son concept, et sa CRISE dans celle du capitalisme   Mer 14 Sep - 21:28


à propos d'une interview de Jan Hoff par la revue Période en juin 2014 et de sa récente traduction en anglais par Viewpoint


le terme "marxisme occidental" est problématique...
mais le concept d'Occident n'est pas géographique => marxismes eurocentrés

Marx Global – entretien avec Jan Hoff

Citation :
Le livre de Jan Hoff « Marx Global » représente sans doute l’étude la plus complète des différentes interprétations de la critique marxienne de l’économie politique des années 1960 à aujourd’hui. Dans cet entretien, l’auteur présente les enjeux de ce travail, revient sur certaines grandes interprétations, et propose de décentrer notre rapport à Marx en mettant au premier plan des débats largement ignorés en Europe ou aux États-Unis.

la traduction pour Viewpoint qui ajoute : « The term 'Western Marxism,' popularized by Perry Anderson, seems to be rather problematic » ("Le terme « Marxisme occidental, » popularisé par Perry Anderson, semble être assez problématique"), à quoi j'ai d'abord répondu : « c'est le moins qu'on puisse dire, dans sa définition... ~~ It's the least we can say in its definition...»

avant d'ajouter : « le concept d'Occident n'est pas géographique. Je préfère "marxismes eurocentrés", qui traverse courants théoriques et Océans »

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MessageSujet: Re: sur l'OCCIDENT, son histoire, son concept, et sa CRISE dans celle du capitalisme   Ven 16 Sep - 17:37


pointS de vueS

« porter sur le monde des yeux du monde ! »


c'est ce qu'annonce la page d'accueil, ce que d'aucuns s'empressèrent de traduire par « Patlotch, au comble du narcissisme, se prend pour le centre du monde ». Si le monde avait un centre, ça se saurait, pourtant certains, de "chez eux", croient encore pouvoir dire le tout du monde en s'épargnant de multiples décentrements. Il s'agit bien, non d'avoir un seul point de vueS aussi large serait-il, mais de recueillir plusieurs pointS de vueS pour établir le sien à partir des autres

petit jeu amusant, « un projet mené par la Haute Ecole des Arts de Berne (HKB) en 2012-2013, «View points. The World in Perspective». Dans ce projet, un site simple mais efficace vous permet de choisir une entrée pour vous entraîner à voir le monde autrement qu’avec l’Europe au centre.» : repéré via Renverser son point de vue sur le monde ? Une question de temps Claire Clivaz 20 août 2016 :


Claire Clivaz a écrit:
A faire le monde autrement, on pourrait espérer libérer nos esprits des limites imposées par la cartographie occidentale moderne, qui a créé des «positions sans identité» selon les termes de Gayatri Chakravorty Spivak. Daniel Rosenberg and Anthony Gratton ont fait une critique similaire des chronologies qui, depuis 250 ans à peine, ont formaté nos représentations du temps et de l’histoire. La culture digitale, avec sa diversité d’instruments souvent ludiques, va-t-elle permettre l’émergence de la diversité des mondes, ou tout au moins de la diversité de nos représentations du monde ?

à défaut de refaire le monde, ce petit logiciel permet au moins de le voir autrement, et ce n'est pas sans interroger notre propre point de vue, qui ne peut être simultanément de partout


rappelons que de telles cartes ont existé depuis longtemps, mais on n'avait pas le choix du point de vue


Cornelis de Jode, Speculum Orbis Terrae, imprimée à Anvers en 1593,
représentant l'hémisphère nord du globe terrestre.

source : Représentations et cartes du monde : Histoire de la carte

enfin, rappelons que cette dimension visuelle du point de vue peut faire métaphore avec les "points de vue" théoriques, dont Bertell Ollman parle à propos de la méthodologie de Marx > VII. Le point de vue in La dialectique mise en œuvre Le processus d’abstraction dans la méthode de Marx PDF

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MessageSujet: Re: sur l'OCCIDENT, son histoire, son concept, et sa CRISE dans celle du capitalisme   Lun 7 Nov - 19:52


on trouve, semble-t-il de plus en plus d'ouvrage s'intéressant à l'Occident, en tout ou partie. Deux exemples trouvés à la FNAC



Citation :
Comprendre les transformations sans précédents qui caractérisent le monde contemporain, tel est l’objet de cet essai de « géohistoire ». Pour ce faire l’auteur retrace en une fresque dense et stimulante l’aventure de l’Occident depuis les Temps modernes jusqu’à aujourd’hui, à travers les deux mouvements majeurs qui la caractérisent dès le XVIIe siècle : la modernisation – utopie moderniste, triomphe des Lumières, affirmation des États nations, marche du progrès et ses remises en cause – et la globalisation, initiée à l’époque des Grandes Découvertes, qui bouleverse désormais la distribution des hommes et des activités économiques qu’avait modelée la révolution industrielle.

Paul Claval est l’initiateur de la géographie culturelle. Professeur émérite à l’université Paris-Sorbonne, il a consacré ses recherches à l’histoire et à l’épistémologie de la géographie, à la logique des systèmes territoriaux et aux problèmes culturels. Son manuel de" Géographie culturelle" a été réédité chez Armand Colin en 2012


dans la bibliographie, on ne trouve aucun des penseurs du post-colonialisme, aucun de la Pensée décoloniale, par contre : Badiou, Braudel, Foucault, Fukuyama, Gauchet, Hegel, Jameson, Kriegel, Latour, Lyotard, Nora, Rifkin, Sassen, Vernant, Wallerstein...

dernières phrases du livre : « Un aggiornamento de l'aventure occidentale (sic), s'impose. Sera-t-il possible ? Les opinions sont partagées. Nous sommes de ceux qui espèrent que la tradition utopique créée il y a maintenant quatre siècles en Occident sera préservée et élargie à l'humanité entière. »

vu l'enfilade de perles eurocentristes dans le corps du livre, néanmoins intéressant ne serait-ce que pour ça, on peut s'inquiéter d'une relance de "l'aventure occidentale". Mais n'est-ce pas, au fond, ce à quoi l'on assiste ? Alors il faut bien, à l'arrière, quelque idéologique, si possible "professeur émérite"... et mérite des claques, oui

le second est un petit livre de Paul Boccara, célèbre économiste du PCF ayant théorisé la flexi-sécurité





le thème de l'Occident apparaît au chapitre 2 : La crise systémique : crise de la civilisation occidentale

j'y reviendrai après lecture

pour le reste, Paul Boccara repasse les plats de son réformisme impénitent :

chapitre 3 : Éléments sur une autre économie mondialisée du dépassement du capitalisme
chapitre 4 : Éléments sur une autre anthroponomie de dépassement du libéralisme mondialisé
chapitre 5 : Climat et effondrement de la civilisation occidentale ? Constat, prospective et alternatives possibles



Evil or Very Mad

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MessageSujet: Re: sur l'OCCIDENT, son histoire, son concept, et sa CRISE dans celle du capitalisme   Mer 9 Nov - 13:41

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MessageSujet: Re: sur l'OCCIDENT, son histoire, son concept, et sa CRISE dans celle du capitalisme   Ven 11 Nov - 20:19

GLOBAL SOCIAL THEORY

L'Histoire globale, « appelée « World history » en anglais, est un courant d'étude historique qui se développe, surtout aux États-Unis, et plus récemment en France, depuis le début des années 1990. Son ambition est prendre en considération le passé commun de l’humanité en connectant les différentes histoires nationales, soulignant leurs convergences, leurs différences, et en mettant en perspective leurs relations, tant à l’échelle des individus que des empires.» (Wikipédia). Elle n'est pas une approche uniquement décolonial, mais...


Human Rights, A History

Jose-Manuel Barreto

Citation :
The history of human rights in modernity is characterised by the existence of two momentous and long-standing streams: One that developed in Europe out of the struggle against absolutism and totalitarianism, and another that emerged in the context of the history of modern imperialism and out of the resistance to colonial violence and domination. While much is written about the history of the first, the second is less well known.

This latter stream sprang out of the advance of, and the struggle against, colonialism. Its history starts with the conquest of ‘America’ and the colonization of the world at large. It continues with the fight against slavery, and in the wars for independence of the Americas in the 18th and 19th centuries, as well as in the struggles for decolonisation in Africa, Asia, Oceania, the Caribbean and the Middle East in the 20th century. It advances today in the struggles of social movements and indigenous peoples that in the Third World, or in the Global South, resist neoliberal globalisation and neocolonialism mobilised by states, empires, transnational corporations and international financial institutions.

This tradition is incarnated in legal texts such as the 18th and 19th century declarations and constitutions of independence in the Americas, including the constitutions of the newly liberated Latin American states, from Mexico in the north to Argentina and Chile in the south, passing through Haiti and Colombia. It is also expressed in 20th century international human rights principles and treaties such as the right to self-determination, rights of peoples, the right to development, the Convention on the Elimination of All Forms of Racial Discrimination, Declaration on Decolonisation, the African Charter of Human and People’s Rights, the ILO Convention on Indigenous and Tribal Peoples, and the Declaration on the Rights of Indigenous Peoples, among others.

The corpus of human rights that came out of the history and geography of colonialism – which not only created the anti-colonial tradition, but also contributed to develop the liberal, democratic and socialist lineages of rights – has been theoretically advanced by a long roll of intellectuals and leaders like Bartolomé de las Casas, Francisco Suárez, Guamán Poma, Antonio de Viera, Ottobah Cugoano, Toussaint Louverture, Sojourner Truth, Gandhi, Martin Luther King, Sylvia Winter, Rigoberta Menchú, Domitila Chungara, Upendra Baxi, Enrique Dussel,  Boaventura de Sousa Santos and Walter Mignolo, among others.

Human rights permeates multiples spheres of life in the modern/colonial times, and sits across the fields of constitutional and international law, politics and international relations, as well as local, national, regional and global scenarios. Throughout the centuries and under the names of natural rights, rights of man, constitutional or fundamental rights, and human rights, the two large European and anti-colonial streams of rights have interacted, contradicted and enriched each other since the beginning of modernity, and continue to do it today. However, ingrained in the modern geopolitics of the production of knowledge, the first tradition has been hegemonic, dominating the intellectual debate while relegating the anti-colonial stream to the margins or silence.

Future developments of human rights theory, and the need for strengthening their capacity to resist the violence of states and imperialism in the times of globalisation resides, among other possibilities, in enacting or continuing a critical dialogue between the two traditions. In addition, as suggested by Santos, there is also the possibility of reimagining and making human rights more legitimate in local contexts by cultivating an intercultural dialogue between contemporary civilisations and their multiple traditions of the human, including Western, Hindu, Muslim, Buddhist and indigenous and tribal cultures all over the world.

The history of human rights in modernity can be told or constructed through a dialogical way of thinking, while at the same time being aware of the contradictory ways in which they have been deployed in history. In other words, the history of human rights can also be narrated in an agonistic fashion, as it has been proposed by Paul Gilroy. The anti-colonial drive of the discourse of human rights, which comes from their utopian and emancipatory core, has been accompanied by a long-standing deployment of rights for domination and colonisation. This was the case already in the 16th and 17th centuries, when natural rights were appropriated to justify plunder, war of conquest, torture and genocide, as in the cases of Francisco de Vitoria, Juan de Sepulveda and Hugo Grotius. In a similar way, George W. Bush and Tony Blair, more recently, appealed to human rights to justify neo-colonial invasions, mass casualties and the 21st century War on Terror.

Essential Reading:

Barreto, Jose-Manuel, Imperialism and Decolonisation as Scenarios of Human Rights History, 2013.
Baxi, Upendra, The Future of Human Rights, 2002, 2012.
Dussel, Enrique, Alterity and modernity. Las Casas, Vitoria and Suarez, 1514 – 1617, 2007, 2013.
Gilroy, Paul, Darker than Blue: On the Moral Economies of Black Atlantic Culture, 2011.
Mignolo, Walter, Who Speaks for the “Human” in Human Rights?, 2009, 2013.
Santos, Boaventura de Sousa, Toward a Multicultural Conception of Human Rights, 2002.

Further Reading:

Baldi, Cesar Augusto, Direitos Humanos na Sociedade Cosmopolita , 2004.
Barreto, Jose-Manuel, Human Rights from a Third World Perspective. Critique, History and International Law, 2013.
Bhambra, Gurminder, and Shilliam, Robbie, Silencing Human Rights: Critical Engagements with a Contested Project, 2008.
Santos, Andre, Lucas, Doglas & Bragato, Fernanda, Pos-Colonialismo, Pensamento Descolonial e Direitos Humanos na America Latina, 2015.

Questions:

In which sense it could be said that the hegemonic history and theory of human rights is Eurocentric?
What are the key contributions of the European tradition to the theory of human rights?
What is the core of the anti-colonial tradition of human rights?
Which has been, or can be, the role of critical and intercultural dialogues in the history and the future of human rights?
Why is that human rights have been historically a discourse for both liberation and colonisation?


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MessageSujet: Re: sur l'OCCIDENT, son histoire, son concept, et sa CRISE dans celle du capitalisme   

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