PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 CRISE et RÉVOLUTION de CIVILISATION : éléments... et conversation

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MessageSujet: CRISE et RÉVOLUTION de CIVILISATION : éléments... et conversation   Dim 3 Jan - 7:27


introduction

il s'agit ici de prendre des notes pour avancer vers ce que j'ai appelé une unification de la théorie dite du communisme décolonial (21 décembre 2015)

1. je rappelle que "communisme décolonial" n'est ici que le paradigme du mouvement communiste dans le moment présent de la double crise de l'Occident et du capitalisme

2. nous posons là nous vivons dans la civilisation capitaliste à domination occidentale, et, en Occident, dans la civilisation occidentale capitaliste. Cette domination occidentale est globale, économique et politique (l'État), sexuelle et raciale, militaire et idéologique, culturelle et épistémique : elle ne se réduit ni ne se ramène uniquement à la structure d'exploitation du capitalisme comme économie politique fondée sur l'exploitation du travail productif de plus-value

3. nous sommes dans une crise de civilisation : une révolution communiste doit donc être posée comme changement de civilisation. C'est aussi comme ça que le pose la pensée décoloniale critique de la modernité occidentale et du capitalisme

4. dans la nuit m'est venue la formule :

civilisation capitaliste

je me suis souvenu que Gilles Dauvé parlait de « crise de civilisation » dans la présentation de son livre de 2015 From Crisis to Communisation : « La notion [de communisation] se développe actuellement dans la tourmente d’une nouvelle crise... qui a la portée et l’ampleur d’une crise de civilisation. ». Voir le chapitre publié par troploin : Crisis of Civilization

quitte à y revenir, je ne suivrai pas le même chemin que Gilles Dauvé, mais j'ai eu la bonne surprise de retrouver dans ce texte l'expression qui m'était venue ce matin : « civilisation capitaliste »

extrait de 1 : Pourquoi “civilisation” ? (je traduis et souligne en gras)
Gilles Dauvé a écrit:
Le capitalisme est poussé par un dynamisme social et productif et par une capacité de régénération sans précédent, mais il a cette faiblesse : par sa force, par l'énergie humaine et sa puissance technique, il met en mouvement, il use ce qu'il exploite, et son intensité de productive est uniquement liée (parallèle) à son potentiel de destruction, comme le prouve la première crise de civilisation qu'il a connu au XXe siècle.

Aucun jugement de valeur ici. Nous n'opposons pas civilisés à sauvages ou barbares. Nous ne célébrons pas les « grandes civilisations », qui auraient témoigné de l'état d'avancement de l'humanité. En revanche, nous n'utilisons pas le mot dans le sens péjoratif qu'il a avec des écrivains comme Charles Fourier, la « civilisation » comme société moderne en proie à la pauvreté, au commerce, à la concurrence et au système d'usine. Nous ne nous référons pas à ces énormes constructions socioculturelles géo-historiques connues comme les civilisations occidentales, judéo-chrétiennes, chinoises ou islamiques.

La civilisation dont nous parlons ne remplace pas la notion de mode de production. Elle insiste simplement sur la portée et la profondeur d'un système mondial qui tend à être universel, capable de perturber et remodeler toutes sortes de sociétés et modes de vie. La cale du salariat et des matières premières dans notre vie leur donne une réalité et dynamique inconnues dans le passé. Aujourd'hui le capitalisme est l'unique réseau global de relations sociales en mesure de s'étendre géographiquement [...]. La propagation du mode de vie capitaliste mondial est visible dans les habitudes de consommation similaires (McDonald) et l'architecture (gratte-ciel), mais elle a sa cause profonde dans la prédominance de la production de valeur, de la productivité, du couple du travail capital-salaire.

Le concept de mode de production est contemporain du capitalisme. Si Marx a inventé l'expression, elle est devenue courante depuis le 19e siècle parce que le capitalisme nous impose l'image de facteurs de production combinés pour engendrer un produit ou un service acheté ou vendu sur un marché, et d'une société gouvernée par offre/demande et productivité.

La notion a été appliquée rétroactivement (souvent mal) aux autres systèmes du passé et du présent : asiatiques ou en mode de production domestique. Quel que soit l'intérêt pour ces dérivations ont, elles rendent hommage à la présence massive du mode de production capitaliste.

La civilisation capitaliste diffère de l'empire, qui a un cœur, un noyau, et lorsque le cœur se dessèche et meurt, tout le système autour de lui "va trop" (goes too). Au contraire, le capitalisme est un système mondial polycentrique avec plusieurs hégémons rivaux, qui se poursuit comme un réseau mondial quand un des hégémons expire. Il n'est plus un intérieur et un extérieur comme avec les empires mésopotamiens, romain, perse, habsbourgeois ou chinois.

Une crise de civilisation se produit lorsque les tensions qui aidaient autrefois la société à se développer menacent maintenant ses fondations : elles tiennent encore, mais sont secoués et leur légitimité est affaiblie.

Comme chacun sait, les tensions et conflits sont un signe de santé dans un système qui se nourrit de ses propres contradictions, mais la situation change lorsque ses principaux constituants prolifèrent comme des cellules cancéreuses.

Il y a un siècle, le capitalisme a connu une telle crise longue, dont la « crise de 1929 » n'est que le point culminant, et le capitalisme ne s'en est sorti qu'après 1945. Revenir sur cette période aidera à comprendre la nôtre.



en tant que "marxistes", nous avons pris l'habitude de définir le capitalisme comme « mode de production » parce qu'il existe structurellement comme tel, ce que rappelle ici Gilles Dauvé, comme par ailleurs Théorie Communiste, dans la lignée de Marx qui a sous-titré Le Capital : Critique de l'économie politique

il est exclu de mettre en cause cette définition et l'on peut vérifier en page d'accueil que ce livre-forum est structuré ainsi : après une partie conjoncturelle, "MONDE ACTUEL, LUTTES, ANALYSES et THÉORISATION..." vient "CAPITALISME, MONDE, COLONIALITÉS, dominations et LUTTES" dont la première catégorie est "CLASSES et CAPITAL : comme 'ÉCONOMIE POLITIQUE', pas de 'CAPITALISME' sans EXPLOITATION du PROLÉTARIAT", complétée de "ÉTAT, POLICE et ARMÉE, GUERRES, PRISONS, MÉDIAS, DOMINATIONS..." et suivie de "DÉCOLONIALITÉS pour des COMMUNISMES pluriversels sans frontières ni classes"

5. c'est dans la pensée décoloniale que revient la critique de la totalité actuelle comme civilisation mais de façon plus ample que dans la version "marxiste" de Gilles Dauvé, sans nécessairement la contredire, et c'est aussi en quoi l'ensemble de la théorisation de la communisation, par son eurocentrisme, est un réductionnisme pour ne pas dire un négationnisme de l'ampleur historique du problème

civilisation (à domination) occidentale

Ramón Grosfoguel, dans l'interview d'août 2015 récemment mise en ligne sur le site Réseau Décolonial, De l'Univers au Plurivers :

je souligne en gras
Ramón Grosfoguel a écrit:
dans mes travaux, lorsque je m’adresse à la gauche occidentalisée, j’insiste beaucoup sur le fait que nous ne parlons pas d’un système économique ou politique mais d’une civilisation. En effet, si nous pensons le système monde comme un système économique, toutes ces hiérarchies de pouvoir trouvent leur explication, en dernière instance, dans une détermination économique. Mais si nous nous proposons de décoloniser l’économie politique, grâce à un changement dans la géographie de la raison, si nous commençons à penser depuis le Sud Global, alors, il devient clair qu’une multitude de hiérarchies de pouvoir existent au niveau global et qu’elles constituent une civilisation.

Remarquons d’ailleurs que les intellectuels critiques du Sud, qu’il s’agisse des intellectuel(le)s indigènes ou des penseur(se)s noir(e)s, des critiques islamistes ou des penseurs bouddhistes, sont tous d’accord sur un point : ce système global est une civilisation, et certains la nomment la civilisation occidentale.

Cela nous renvoie au fait que le système global n’est pas seulement un système économique mais quelque chose de beaucoup plus ample. C’est une civilisation qui a produit un système économique, pas un système économique qui a produit une civilisation. Une civilisation qui a détruit toutes les autres, et qui, dès la fin du XIXe siècle, a existé à l’échelle planétaire. Pour quelques rares populations du monde occidentalisé, elle produit la vie et donne accès à des privilèges. Pour toutes les autres, elle produit la mort et la violence.




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MessageSujet: Re: CRISE et RÉVOLUTION de CIVILISATION : éléments... et conversation   Dim 3 Jan - 8:56


civilisation capitaliste à domination occidentale

6. préciser que notre civilisation est à domination occidentale permet de ne pas la considérer comme entièrement subsumée sous cette domination, sans quoi l'on pourrait parler de civilisation occidentale tout court, ce qui apparaît comme un non-sens quand on voit encore le poids des civilisations asiatique et islamique

nous tombons là d'accord avec Gilles Dauvé : « Nous ne nous référons pas à ces énormes constructions socioculturelles géo-historiques connues comme les civilisations occidentales, judéo-chrétiennes, chinoises ou islamiques. ». Nous sommes encore en phase pour considérer

là aussi : « le capitalisme est un système mondial polycentrique avec plusieurs hégémons rivaux [...]. Il n'est plus un intérieur et un extérieur comme avec les empires mésopotamiens, romain, perse, habsbourgeois ou chinois.»


capitalisme hégémonique ?

le concept d'hégémonie est trop marqué par Gramsci pour que l'on puisse parler sans risque d'hégémonie capitaliste, ou de capitalisme hégémonique, et je préfère ne pas me référer par trop à la « subsomption réelle du capital » dont la « deuxième phase » selon Théorie Communiste serait totale*, justifiant que notre époque se définirait comme « cycle de lutte » aboutissant à la communisation comme abolition du capital dans un processus certes chaotique mais relativement linéaire et sans changement de structure dans la totalité mondiale

* voir Christian Charrier, AUFHEBEN/THEORIE COMMUNISTE À propos de la périodisation du mode de production capitaliste. La subsomption formelle et réelle du travail par le capital dans la théorie du Prolétariat, La Matérielle, septembre 2005


décoloniatés et capitalisme :

sortie de quoi vers quoi ?

avec un minimum de réalisme, il nous faut envisager plusieurs options de sortie de la double crise de l'Occident et du capital, mais toutes ne signifient pas nécessairement la sortie de la civilisation entant qu'elle est capitaliste. Fort de ce qui précède, j'en vois au moins deux, déjà évoquées quant à l'éventualité d'une guerre mondiale par laquelle l'Occident capitaliste tenterait de maintenir sa suprématie sinon une domination aussi forte qu'elle a été depuis la période marchande pré-capitaliste et la production historique au 19ème siècle du mode de production capitaliste proprement dit, en domination formelle, avec la constitution adéquate des États-nations et de leurs fonctions politiques, idéologiques et militaires. Ces deux grandes options sont :

1) une restructuration globale dans laquelle l'Occident capitaliste perdrait sa suprématie (processus en cours) mais où le capital global sauverait la mise, avec une autre répartition des pouvoirs économiques et étatico-militaires, autrement dit, une autre géo-économie politique mondiale du capital

cette option est compatible avec un processus de décolonisation (au sens de défaisance des colonialités, non du colonialisme comme moment historique), comme je l'ai envisagé dans les sujets AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ? ou des usages "réformistes" de la critique décoloniale

2) une révolution communiste de sortie du capitalisme d'emblée comme révolution communiste décoloniale, mais j'ai pratiquement exclu cette possibilité en définissant le communisme décolonial comme le moment présent du mouvement communiste dans la double crise...

3) une révolution communiste après une phase de dés-occidentalisation du monde, ce qui revient à la précédente option de décolonialisation avec restructuration géo-économico-politique de la globalité capitaliste

comme je l'ai exprimé depuis quelques mois, je retiens cette option comme la plus probable. Cela entraîne de revoir la périodisation du capitalisme telle que définie par Théorie Communiste et sauf erreur Hic Salta (Bruno Astarian)


reformulations théoriques

périodisation du capitalisme, cycle de lutte, stratégie et visée immédiate des luttes, médiation temporelle...

si l'on veut à tout prix parler de "cycle de luttes", ce qui peut être intéressant pour définir une stratégie communiste décoloniale, le présent cycle se définirait dans son objectif de lutte immédiat comme décolonial plus que communiste, puisque la visée ne pourrait être directement la communisation :

la nécessaire "médiation temporelle" entre le moment présent et une conjoncture mondiale de communisation ne porterait plus seulement sur la seule contradiction de l'exploitation, « l'implication réciproque capital-prolétariat », comme chez Théorie Communiste, mais déterminerait une périodisation différente du capitalisme, un phasage introduisant la dimension de la modernité occidentale et de la défaisance des colonialités, telle qu'elle est théorisée par la pensée décoloniale


luttes de classes immédiatement décoloniales...
dans une perspective communiste

l'intérêt de cette définition de la totalité présente comme civilisation capitaliste à domination occidentale, débouche dans toute son ampleur sur celle de la révolution communiste comme visant un changement révolutionnaire de civilisation

elle permet de mettre l'avenir en perspective dans la visée à terme de la communisation, en maintenant les options possibles d'évolution de la double crise, et de définir une stratégie communiste au sein des luttes immédiates qui ne relègue pas les activités à n'être que péjorativement des "interventions" "militantes" ou "activistes" déniant la nécessité d'une médiation temporelle

franchir la ligne des couleurs :
il va falloir lutter sans attendre


la communisation demeure une visée à commencer maintenant...



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MessageSujet: Re: CRISE et RÉVOLUTION de CIVILISATION : éléments... et conversation   Dim 3 Jan - 9:06

.
à ce stade de notre réflexion, nous pouvons nous gratifier d'un changement de sous-titre du forum :

dans la DOUBLE CRISE du CAPITAL et de l'OCCIDENT, pour une reformulation permanente de PERSPECTIVES RÉVOLUTIONNAIRES, il n'y a que les LUTTES !

la reformulation permanente nous a permis de reformuler la perspective :

dans la DOUBLE CRISE du CAPITAL et de l'OCCIDENT, pour un CHANGEMENT RÉVOLUTIONNAIRE de CIVILISATION, il n'y a que les LUTTES !


quant au titre général, il a mérité une petite clarification :

COMMUNISME, FEMINISME, DECOLONIAL & COMMUNISATION
=> COMMUNISME FEMINISTE & DECOLONIAL > COMMUNISATION

le mouvement des luttes n'est pleinement communiste qu'en étant féministe et décolonial, la visée demeure la communisation comme révolution pour un changement de civilisation mondiale

.
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MessageSujet: Re: CRISE et RÉVOLUTION de CIVILISATION : éléments... et conversation   Dim 3 Jan - 11:17



vous avez dit "choc des civilisations" ?

s'il est une utilisation bien connue de "civilisation" c'est dans l'expression « le choc des civilisations » dont l'origine est en 1996 le livre de Samuel Huntington, The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order, traduit en français en 1997 par Le choc des civilisations

on relève d'abord qu'il y est question d'« Un nouveau paradigme : un monde multipolaire et multicivilisationnel», ce qui correspond à une visée capitaliste de restructuration dans le sens où je l'ai envisagée de simple perte de la suprématie capitaliste occidentale

note ensuite que Huntington use du terme de "civilisation" dans le sens que j'ai écarté comme Gilles Dauvé. D'après Wikipédia, « Les civilisations selon Huntington sont la civilisation chinoise, la civilisation japonaise, la civilisation hindoue, la civilisation musulmane, la civilisation occidentale, la civilisation latino-américaine, la civilisation africaine, la civilisation orthodoxe »

il est normal qu'un idéologue du capitalisme ne parle pas de civilisation capitaliste, mais l'on peut ajouter que la pensée de Huntington a été plus que détournée depuis par la pensée capitaliste occidentale, entraînant le monde dans un processus guerrier sans fin sous la direction des faucons américains et de leurs valets d'Europe et de partout


l'Islam n'est plus une civilisation,
mais l'ennemi interne idéal de la civilisation capitaliste

aujourd'hui, dans la plupart des esprits, quand on parle de choc des civilisations, c'est pour opposer les valeurs de la civilisation occidentale d'origine européenne à la civilisation de la barbarie islamique, à laquelle, au demeurant, on ne reconnaît pas d'être ni d'avoir été une civilisation de valeur. On retrouve par conséquent Dauvé, parlant de civilisation, « nous n'opposons pas civilisés à sauvages ou barbares... »

* voir ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en question

le « rejet du choc des civilisations », est au menu idéologique dans tous les plats politiques et à toutes les sauces médiatiques, et plus particulièrement de gauche[/b], même si le pacifisme ne descend en masse sur le pavé comme pour les Guerres du Golfe : l'idéologie française s'accorde pour considérer que la guerre au terrorisme* aurait justement pour objectif d'éviter le choc des civilisations, ce qui vaut son pesant d'hypocrisie de la part de nos gouvernants plus va-t-en-guerre tu meurs... dans ton lit

* voir L'IDÉOLOGIE FRANÇAISE, vie et mort d'une passion capitaliste occidentale et GUERRE AU TERRORISME : la grande imposture / CALIFAT et CAPITALISME

deux remarques :

1) cette grille de lecture me permettra de revenir sur l'analyse du terrorisme islamiste, et plus précisément sur l'État islamique Daesh, dans une perspective globale qui me semble faire défaut de toute part, que ce soit dans la critique anticapitaliste d'extrême-gauche, mais aussi dans le milieu de la communisation, quand on considère le peu de textes ou leur manque d'ampleur évident, comme je l'ai relevé de Califat et barbarie (première et deuxième partie) publié sur le site DDT21 de... Gilles Dauvé : les points d'accord soulignés ne font que ressortir le caractère étriqué de cet eurocentriste impénitent, qui prétend pourtant analyser le capitalisme global comme une civilisation...

2) eurocentrisme commun à toute la théorie française de la communisation, pour autant qu'il en existe encore une production théorique non-française faisant vivre ce concept, ce qui autorise à qualifier globalement la théorie de la communisation de théorie blanche occidentale, comme je l'ai fait de Théorie Communiste il y a maintenant deux ans > la communisation comme abolition du racialisme + hic salta ou franchir le pas, TC théorie blanche occidentale, mais sur une base théorique considérablement précisée, approfondie et élargie depuis

quant à nos amis anglais de Endnotes, chez qui j'avais cru lire en 2012 des frémissements de prise en compte de la question raciale, ne semblent pas avoir poursuivi en ce sens, et quant à leur ligne générale, ce que j'ai lu de Endnotes4 m'a donné à penser qu'elle partait à vau l'eau, pour ne pas dire en jus de boudin > ENDNOTES : théorie filant à l'anglaise, au point qu'il est difficile de considérer qu'elle relève encore d'une théorie de la communisation


j'ai déjà formulé l'idée que nous ne pouvions refuser l'idée d'un choc des civilisations dans le sens de Huntington, même sans le suivre jusqu'au bout. Ce serait un déni des réalités internationales que nous avons sous les yeux, et contraire à notre compréhension du présent comme double crise de l'Occident et du capitalisme. Les guerres actuelles sont insécablement économiques, politiques, militaires et idéologiques, mais leur fond de commerce est la concurrence croisée pour le taux de profit entre zones géographiques pour les  États-nations et zones extractivistes ou commerciales pour les multinationales


et les Dieux, dans tout ça ?
le faux de la religion et un moment du vrai capitaliste

ce n'est pas qu'en apparence que ces guerres opposent les civilisations occidentale, chinoise et musulmane... et le retour aux premières loges des religions, qui structure ces cultures civilisationnelles, dit assez qu'elles ne posent pas comme une totalité, comme une civilisation mondiale, ce qui se présente comme la civilisation capitaliste à domination occidentale

il est donc clair que si nous ne rejetons pas l'idée qu'existe bel et bien un « choc des civilisations », ce n'est pas pour en soutenir le principe, mais pour en faire ressortir le caractère idéologique, et ceci que l'on soit pour ou contre, caractère commun ne remettant pas en cause le capitalisme radicalement au point de souhaiter son abolition, ni en tant que mode de production et moins encore en tant que civilisation occidentale dominante (domination au sens profond d'imprégnation culturelle au sens fort : une "structure of feeling" mondiale, au sens de Raymond Williams ?)

je ne reviens pas ici sur notre appréciation héritant de Marx selon laquelle démocratie politique, citoyenneté et identité nationale, république et laïcité ne sont que des figures de « l'opium du peuple », ou mieux dit OPIUMS DU PROLÉTARIAT : RELIGIONS vs ATHÉISME, LAÏCITÉ : IDÉOLOGIES et RÉALITÉS


le véritable choc de civilisation :
civilisation communiste ou barbarie capitaliste

en résumé, si notre usage du terme de civilisation capitaliste à domination occidentale écarte, comme Dauvé, les usages de "grandes civilisations", de "civilisations de cultures différentes", d'opposition civilisation-barbarie, nous ne rejetons pas, en quelque sorte l'opposition civilisation ou barbarie, mais nous ne l'appliquons pas dans la même notion de temps, comme affrontement de civilisations présentes héritant de leurs passés

nous voulons promouvoir l'idée de la nécessité d'un choc entre la civilisation capitaliste globale, occidentale ou autre à venir, et une civilisation communiste à mettre en perspective dans les luttes de classes, féministes et décoloniales qui constituent ensemble le mouvement du communisme mondial actuel, naturellement au-delà de sa faiblesse évidente

pour boucler ce commentaire avec notre cher Samuel Huntington, on remarquera avec un rien d'ironie qu'une révolution communiste ne se propose rien de moins qu'un Remaking de l'ordre du monde


un détournement d'image s'impose, signé Patlotch !

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MessageSujet: Re: CRISE et RÉVOLUTION de CIVILISATION : éléments... et conversation   Lun 4 Jan - 17:03

dans les controverses au sein de la post-ultra gauche, la question s'est longtemps posée de « l'arc historique » à prendre en compte pour cerner les contours d'une possible révolution de sortie du capitalisme

un arc historique civilisationnel

dépasser l'opposition anthopo- et eurocentrée
entre humanisme théorique et anti--humanisme-théorique
prolongé de
l'in-humanisme chez Franz Fanon

la pensée décoloniale, en promouvant une histoire de l'humanité non eurocentrée, et remontant à la construction, par la religion entre autres, de la modernité occidentale imprégnant jusqu'au rationnalisme des Lumières et l'idéologie bourgeoise de l'Etat-nation, et en posant la question d'une crise de civilisation et de la nécessité d'une autre civilisation, la pensée décolonilae, donc, permet une autre vision de l'arc historique à prendre en compte pour définir une théorisation révolutionnaire de sortie de la totalité capitaliste : peu importe alors le bras de fer révolution "à titre humain" vs "à titre prolétarien", puisque c'est aussi, par le rapport homme-nature, leur caractère commun anthropocentriste, qui est dépassé

parenthèse préalable

à la suite des travaux de Jacques Camatte, et de son abandon des thèses prolétariennes d'abolition du capital, le débat s'est notamment focalisé entre « Révolution à titre prolétarien » (Théorie Communiste) et « Révolution à titre humain » (Temps Critiques), c'est-à-dire aussi entre anti--humanisme théorique et humanisme-théorique. La critique de Théorie Communiste insiste sur le fait que la révolution communiste ne peut provenir d'un extérieur de « l'implication réciproque entre capital et prolétariat ». L'Internationale situationniste est critiquée pour son humanisme théorique :


Roland Simon a écrit:
L'IS [...] met sur la sellette l'idéologie ultragauche et son fameux être révolutionnaire du prolétariat qui devrait se révéler, toujours vu comme quelque chose de positif. En le posant comme le mouvement du négatif, elle fait un énorme pas en avant mais reste toujours enfermée dans la même architecture du problème (un être révolutionnaire et pas une contradiction et un processus historique, une situation)

C'est sur cette opposition, entre être force de travail et la vie [« le mouvement de la vie » Vaneigem], que va se contruire un humanisme théorique, un peu « fleur bleue » chez Vaneigem, beaucoup plus subtil chez Debord

Histoire critique de l'ultragauche, 2ème édition, 2015 p. 341

je partage essentiellement cette critique, mais j'ai dit ailleurs que Théorie Communiste la pousse si loin que cela lui pose un problème récurrent pour envisager la subjectivation révolutionnaire prenant en compte la complexité de la subjectivité humaine et celles des individus ayant les mêmes singularités et particularités, sans parler de la question des corps, des "corps-à-corps", dans l'amour comme dans la violence verbale ou physique, dont il faudrait aussi épargner la théorie communiste (et pourquoi donc ?)... Difficulté qui se traduit par la recherche des situations où se construit directement une remise en cause de l'appartenance de classe sur une base de classe (c'est en gros se qui définit les "écarts")

passage modifié le 4 janvier :
dit autrement, le « dépassement produit » n'est recherché qu'à travers les « luttes théoriciennes » portant cet « écart », dans ce « cycle de lutte », entre le moment présent et la conjoncture du moment révolutionnaire, l'engagement de la communisation. « Dépassement produit », donc, de de « l'implication réciproque » comme « contradiction et processus historique » évite de poser trop concrètement la question du sujet révolutionnaire, donc de sa subjectivation comme auto-production : le structurel tend à l'emporter sur... le vivant, car il y a bien évidemment de la vie là-dedans, et même un certain vitalisme, même si ce n'est pas celui, « fleur bleue » de Vaneigem, mais plutôt celui « violent », de Franz Fanon

la cérébralité en excès, marque de fabrique de l'intellectuel occidental

ce n'est pas que par l'aporie de la question raciale, ou (dé)coloniale, que Théorie Communiste est eurocentriste, c'est aussi par la méthode, le langage, qui traduisent un rapport châtré au vivant réel concret, qu'il soit humain ou terrien

cela explique la difficulté, voire l'impossibilité de dire quelque d'intéressant quant aux processus à l'œuvre dans les luttes actuelles, compte tenu de leur aspect "identitaire", et tellement impur qu'on n'y voit pas la "lutte de classe", encore moins dans les termes de l'écart terminal. C'est pour sortir de cette impasse théorique déterministe et idéaliste, puisque regardant le présent à la lumière d'un supposé futur, que j'ai proposé le concept de dépassements à produire de ces identités, sur la base où elles construisent néanmoins des « identités de luttes » portant d'une façon ou d'une autre, mais en le voilant, un caractère de classe

à l'inverse, Temps critiques et sa recherche de l'humain dans les luttes, en le prenant de façon générale, rejetant de même les luttes actuelles comme fractionnées/divisées/opposées par ces identités, ne peut jamais trouver quoi que ce soit de concret pour annoncer sa « Révolution à titre humain », d'autant que ce groupe-revue a rejeté toute dialectique, ou compris celle de Marx comme in fine très proche de celle de Hegel (le long sujet a été détruit, où je montrais que Temps Critiques, par cet abandon, n'avait plus comme outil qu'une logique pré-dialectique à faire retourner Héraclite, Diderot, Marx et Henri Lefebvre dans leurs tombes)


fin de parenthèse, et retour à la question de l'arc historique

la conséquence, pour ces deux groupes-revues, c'est :

- pour Théorie Communiste, la nécessité de concevoir la subsomption (~ domination) réelle du capital comme quasi totale sur la société-monde, le capitalisme ayant structurellement absorbé et redéfinit pour son usage toutes les contradictions sociales des périodes historiques antérieures à son existence comme mode de production (début 19ème siècle en Angleterre). C'est notamment ainsi qu'il introduit dans son corpus la contradiction de genre. L'histoire humaine est entièrement absorbée par celle du capitalisme, et celle-ci en quelque sorte réduite à son existence comme mode de production, économie politique

- pour Temps critiques, le dessin d'un arc historique remontant dans l'histoire de l'humanité pour y intégrer toutes les révoltes antérieures, celles des esclaves, celles des serfs, les jacqueries et les luttes révolutionnaires du peuple d'en-bas dans la Révolution française (voir à cet égard l'analyse des attentats de janvier 2015 :  L'être humain est la véritable communauté des hommes Quelques dits sur l’événement de janvier 2015 à Paris, février 2015, et Retour sur les événements de janvier 2015 à Paris

on voit que la pensée décoloniale, en promouvant une histoire de l'humanité non eurocentrée, et remontant à la construction, par la religion entre autres, de la modernité occidentale imprégnant jusqu'au rationnalisme des Lumières et l'idéologie bourgeoise de l'Etat-nation, et en posant la question d'une crise de civilisation et de la nécessité d'une autre civilisation, la pensée décolonilae, donc, permet une autre vision de l'arc historique à prendre en compte pour définir une théorisation révolutionnaire de sortie de la totalité capitaliste : peu importe alors le bras de fer révolution à titre humain vs à titre prolétarien, puisque c'est aussi, par le rapport homme-nature, leur caractère commun anthropocentriste, qui est dépassé

la question "écologiste", négligée par les théories marxistes en général et post-ultragauche en particulier, à mon sens contre Marx, est sans jeu de mot naturellement prise en compte du rapport à la terre (la "Terre-Mère"), dans les luttes des paysans sans-terres contre l'extractivisme, se trouve sans peine intégrée à la théorisation révolutionnaire : ces sans-terres comme les sans-territoire que sont les migrants sont bien évidemment, dans les conditions où le décrit Achille Mmembe des prolétaires*, à la différence qu'ils peuvent être "expulsés" (Saskia Sassen) du rapport même d'exploitation au sens strict d'exploitation du travail ouvrier, sur lequel se focalisent les constructions révolutionnaires marxistes orthodoxes et la théorie de la communisation également (ce qui cerne, en plus de son eurocentrisme, un autre réductionnisme relativement à Marx lui-même)

* voir Mbembe dans MONDIALISME : un DEVENIR-NÈGRE DU MONDE ?

remarque méthodologique : mise en rotation

ces questions sont encore difficiles à exposer simplement et clairement dans leur cohérence articulée, parce qu'il y a en permanence, dans l'approche dialectique complexe, une mise en rotation *des différents points de vue dans laquelle chacun interroge et nourrit l'autre, et l'ensemble construit ma vision ouverte, non structuraliste de la totalité

* mise en rotation : je tiens cet aspect de ma méthodologie d'Henri Meschonnic qui l'utilise quant aux rapports entre poétique, éthique et politique. Voir par exemple : Politique du rythme, politique du sujet


l'in-humanisme chez Franz Fanon

ainsi, chaque "trouvaille" a un contenu théorique recyclable dans ce bouclage dialectique sans fin du tout et des parties. Exemple, ici, chez Franz Fanon, on retrouve cette mise en cause du couple humanisme-théorique/anti-humanisme-théorique

Matthieu Renault, Frantz Fanon et les langages décoloniaux. Contribution à une généalogie de la critique postcoloniale

CHAPITRE II. DU NÉANT À L’ÊTRE - ONTOLOGIE ET ANTHROPOLOGIE ANTICOLONIALES
4) LE COLONISÉ CONTRE SES DOUBLES


Une théorie de l’(in)humanité p. 139

je souligne en gras
Matthieu Renault a écrit:
Dès ses études à Lyon, Fanon, en marge de la psychiatrie universitaire, s’était inscrit dans une perspective réformiste postulant « la valeur humaine de la folie », titre d’un article de Paul Balvet. Le fou, dit celui-ci, c’est l’ « homme dans sa nudité, un homme qui a très exactement poussé sa vie jusqu’à la folie, jusqu’à cet épanouissement tragique de son destin »

La figure de Jaspers incarne enfin pour Fanon l’intimité de la psychiatrie et de la philosophie253. À Jaspers en appelant à cette exigence absolue de solidarité entre les hommes qui se manifeste aux heures les plus sombres de l’histoire254, le psychiatre martiniquais répond : il y a une « obligation pour la réalité humaine de se sentir responsable de son semblable »255.

Cette obligation est source d’un perpétuel questionnement, celui-ci rendant compte en dernière instance de l’interrogation ontologique de l’être fou-colonisé :

Fanon a écrit:
On dit volontiers que l’homme est sans cesse en question pour lui-même, et qu’il se renie lorsqu’il prétend ne plus l’être. [...] Tous les problèmes que se pose l’homme au sujet de l’homme, peuvent se ramener à cette question : « N’ai-je pas, du fait de mes actes ou de mes absentions, contribué à une dévalorisation de la réalité humaine ? » [...] « Ai-je en toute circonstance réclamé, exigé l’homme qui est en moi ? » 256.

Tel est l’humanisme intégral de Fanon : « La compréhension des hommes… Je crois en toi, Homme… » 257. Il y a de fait, et si l’on omet pour le moment les différences de genre, trois personnages dans Peau noire, masques blancs : le Blanc, le Noir et l’Homme, ce dernier étant ce qui en chacun d’eux demeure voilé et qui, dévoilé, les effacerait tous deux en tant que pure création-créature historique : « Il n’y a pas de monde blanc », pas de monde noir, « il y a de part et d’autre du monde des hommes qui cherchent » 258. Mais l’humanisme de Fanon est avant tout un humanisme de l’homme nu.

Ces mots de Leriche auraient pu être les siens : « cet humanisme, c’est celui que tout médecin sent s’éveiller en lui au contact de la souffrance et de la misère des hommes » 259. C’est l’humanisme d’un homme qui n’est rien qu’homme en ce sens qu’il ne saurait encore prouver son humanité par ses réalisations ; humanisme de l’homme dés-œuvré (sur)vivant aux frontières du néant. Fanon cite le Sartre des Réflexions sur la question juive évoquant « cette espèce d’hommes qui témoigne de l’homme plus que toutes les autres parce qu’elle est née de réactions secondaires à l’intérieur de l’humanité, cette quintessence d’homme, disgraciée, déracinée » 260. C’est dans la dépossession de toute humanité, lorsque ne reste plus que le fait brut d’être homme, que ce dernier se révèle. L’homme de Fanon, c’est celui que décrit Wright dans ses romans :

Richard Wright a écrit:
un « homme objet, sans moyens d’exister, sans raison d’être, [...] brisé au plus profond de sa substance »261. De même, Amrouche en appellera à cette dignité « que tout être humain, si dénué, si disgracié soit-il par la nature ou par la société, est en droit d’exiger qu’elle lui soit reconnue, pour cette simple raison qu’il est homme » 262.

Ce que perçoit Fanon mieux que quiconque, c’est que cet être brut s’identifie au non-être, cette pure existence à une (in)existence : la dignité humaine n’est rien que la dignité du néant. C’est pourquoi l’humanisme fanonien peut tout aussi bien être désigné comme étant un (in)humanisme - non un « anti-humanisme ». Il repose sur ce que le psychiatre martiniquais appelle une théorie de l’inhumanité appelée à trouver dans la situation coloniale et ses avatars - en l’occurrence l’émigration des travailleurs nord-africains en France - « ses lois et ses corollaires »263.

Ces hommes qui retiennent l’attention de Fanon sont avant tout des créatures ; elles ne sont pas tant humainesqu’« affamées d’humanité ». Ce qu’elles vivent, c’est l’expérience des limites de la reconnaissance : elles « s’arc-boutent aux frontières impalpables (mais je les sais d’expérience terriblement nettes) de la reconnaissance intégrale »264. Pour Balandier, lutter contre la mythologie nègre, c’était affirmer que « le Noir est un homme ». Fanon lui répond : « je dirai que le Noir n’est pas un homme »265. C’est sur cette négation en tant qu’ « épreuve de la limite »266 que repose l’inhumanisme de Fanon. Ce qu’il explore ce sont les frontières de l’(être) homme et du (non-être) non-homme, les processus d’inclusion et d’exclusion dans et hors du champ de l’humain.

258 Ibid., p. 186. La position de Fanon procède de la confrontation de cet humanisme et d’un certain « anti humanisme » en situation, du combat de l’humanisme contre sa propre négation. Chakrabarty évoque à cet égard « la lutte par laquelle Fanon a tenté de conserver l’idée de l’homme élaborée par les Lumières – alors même qu’il savait que l’impérialisme européen avait réduit cette idée à la figure du colon blanc » (Chakrabarty, D. Provincialiser l’Europe, op. cit., p. 34). De même Young parle d’un « anti-humanisme » de Fanon, mais au seul sens de la critique d’un humanisme « utilisé comme forme de contrôle idéologique des peuples colonisés » (Young, R. J. C. White Mythologies, op. cit., p. 161).

249 Balvet, P. « La valeur humaine de la folie » Esprit n° 137 (septembre 1947), p. 290. Le fou témoigne de l’homme, c’est « un homme qui a joué sa carte » (ibid., p. 297). Fanon avait rencontré Balvet durant ses études (cf. Macey, D. Frantz Fanon : a Biography, op. cit., p. 144).

250 Thèse de psychiatrie, p. 67. Chez Hesnard, Fanon lit que comprendre le malade c’est « parvenir à lui redonner (…) une valeur d’être humain, (…) c’est ne plus être contraint (…) de le considérer comme un étranger (alienus) à la famille humaine » (Hesnard, A. L’univers morbide de la faute, op. cit., p. 2). Tosquelles quant à lui, qui entend donner lieu à une « vraie anthropologie concrète » (Tosquelles, F. Le vécu de la fin du monde dans la folie, op. cit., p. 25), lui enseigne que « sans la reconnaissance de la valeur humaine de la folie, c’est l’homme même qui disparaît » (ibid., p. 17).

251 Leriche, R. La philosophie de la chirurgie. Paris : Flammarion, 1951, p. 9. Cf. également Leriche, R. La chirurgie discipline de la connaissance. Nice : La Diane Française, 1949. Fanon fera à nouveau référence à Leriche dans L’an V de la révolution algérienne (L’an V, p. 112).

252 Leriche, R. La philosophie de la chirurgie, op. cit., p. 248. Et si Fanon loue dans sa thèse la médecine psycho-somatique, en tant qu’elle se situe « au coeur même du conflit humain » (Thèse de psychiatrie, p. 71), n’est-ce pas parce que celle-ci se veut avant tout être anthropomédecine (Stern, E. « La médecine psycho-somatique », Psyché n° 27-28 (janvier-février 1949), p. 127).

253 « Seule une culture philosophique permet une compréhension et une réflexion fécondes en psychiatrie » (Jaspers, K. Psychopathologie générale, op. cit., p. 18).

254 Exigence que Fanon identifie à ces paroles du Rebelle de Césaire : « Il n’y a pas dans le monde, un pauvre type lynché, un pauvre homme torturé, en qui je ne sois assassiné et humilié » (Césaire, A. Et les chiens se taisaient, op. cit., p. 106. Cité par Fanon, PNMB, p. 67). Fanon écrit inversement : « Chaque fois qu’un homme a fait triompher la dignité de l’esprit, chaque fois qu’un homme a dit non à une tentative d’asservissement de son semblable, je me suis senti solidaire de son acte » (PNMB, p. 183).

255  Peau noire Masque blanc [PNMB] p. 72. « Responsable en ce sens que le moindre de mes actes engage l’humanité » (ibid.) ; « Chacun de mes actes engage l’homme. Chacune de mes réticences, chacune de mes lâchetés manifeste l’homme » (ibid., p. 71). Le concept de réalité humaine, traduction par Henry Corbin du Dasein heideggérien est tout autant pour Fanon un concept lacanien : « La catégorie sociale de la réalité humaine à laquelle personnellement nous attachons tant d’importance, a retenu l’attention de Lacan » (Thèse de psychiatrie, p. 66).

256 Fanon, F. « Le "syndrome nord africain" » in PRA, p. 13.

257 Peau noire Masque blanc [PNMB] , p. 5. « Nous voudrions chauffer la carcasse de l’homme et partir (…) : l’Homme entretenant ce feu par autocombustion. L’Homme libéré du tremplin que constitue la résistance d’autrui » (ibid., p.7). Si la négritude est disqualifiée, c’est au nom de l’humanisme (ibid., p. 183), C’est « en tant qu’homme » (ibid., p. 184) que Fanon prend la parole. Ce qu’il condamne chez le Blanc, c’est son « inhumanité », l’entreprise systématique de « déshumanisation » (ibid., p. 187). Il faut mettre fin à « l’asservissement de l’homme par l’homme », apprendre à « découvrir et [à] vouloir l’homme, où qu’il se trouve », « s’écarter des voix inhumaines » (ibid.) : la graphie « voix », plutôt que « voie », est délibérée, car il s’agit avant tout de donner lieu à une « authentique communication » pour ériger un « monde humain » (ibid., pp. 187- 188).

258 Ibid., p. 186. La position de Fanon procède de la confrontation de cet humanisme et d’un certain « anti-humanisme » en situation, du combat de l’humanisme contre sa propre négation. Chakrabarty évoque à cet égard « la lutte par laquelle Fanon a tenté de conserver l’idée de l’homme élaborée par les Lumières – alors même qu’il savait que l’impérialisme européen avait réduit cette idée à la figure du colon blanc » (Chakrabarty, D. Provincialiser l’Europe, op. cit., p. 34). De même Young parle d’un « anti-humanisme » de Fanon, mais au seul sens de la critique d’un humanisme « utilisé comme forme de contrôle idéologique des peuples colonisés » (Young, R. J. C. White Mythologies, op. cit., p. 161).

259 Leriche, R. La philosophie de la chirurgie, op. cit., p. 47.

260 Sartre, J.-P. Réflexions sur la question juive, op. cit., p. 165. Cité par Fanon, PNMB, p. 147, n. 45.

261 « Racisme et culture », PRA, p. 43.

262 Amrouche, J. E.-M. « Quelques remarques à propos du colonialisme et de la culture », op. cit., p. 20.


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MessageSujet: Re: CRISE et RÉVOLUTION de CIVILISATION : éléments... et conversation   Lun 4 Jan - 21:20



Une autre civilisation s'impose

Meeting du PIR le 7 mai 2012 à Bagnolet

Citation :
Le Parti des indigènes de la république (PIR) organise en collaboration avec le Groupe des Associations de Bagnolet, une conférence/débat le 7 mai 2012 au Cin'hoche, à Bagnolet :

- A l'occasion de l'anniversaire de la grande victoire anticolonialiste de Dien Bien Phu, le 7 mai 1954.
- En souvenir des massacres de Sétif et Guelma en Algérie le 8 mai 1945, jour de la victoire contre le nazisme.
- Pour célébrer le Cinquantenaire de l'Indépendance de l'Algérie.
- 24h après l'élection d'un nouveau président « de tous les Français ».


Mireille Fanon-Mendès-France est la fille aînée de Frantz Fanon
épouse du fils de Pierre Mendès France
présidente de la Fondation Franz Fanon





Une autre civilisation s’impose 2 août 2012 par Said Bouamama (Front Uni Des Immigrations et des Quartiers Populaires)

« Mission civilisatrice » disaient-ils et nous avons eu les enfumades en Algérie, le massacre à Sétif, au Cameroun, à Madagascar et au Kenya.

« Sortie de la barbarie par l’évangélisation », clamaient-ils et nous avons eu l’esclavage et la traite négrière.

« Supériorité civilisationnelle »
écrivaient-ils et nous avons eu deux guerres mondiales et les bombes atomiques sur Nagasaki et Hiroshima.

« Fin de l’Histoire », affirmaient-ils et nous avons eu l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, la Syrie bientôt.


Citation :
Il nous faut comprendre ce qui relie ces différentes dimensions : lorsqu’ils nous parlent de civilisation, il faut d’abord saisir – si nous voulons l’évaluer – son acte de naissance.

Cette civilisation dominant aujourd’hui le monde est née par le mensonge, le pillage et la violence. Voilà son véritable acte de naissance. Les conditions qui ont permis l’accumulation des richesses permettant l’industrialisation, n’auraient pas vu le jour au Nord de la planète s’il n’y avait pas eu la destruction des civilisations amérindiennes. Elles n’auraient pas pu croître comme elles l’ont fait s’il n’y avait pas eu l’esclavage comme pêché originel. Elles n’auraient pas pu perdurer s’il n’y avait pas eu la colonisation comme âge de maturité. Et aujourd’hui, nous avons l’impérialisme comme âge de sénilité.

Pour couvrir cela, depuis 4 siècles maintenant, nous avons de manière systématique les mêmes procédés de falsification de l’histoire.

Le premier procédé utilisé consiste à nier les interactions, c’est-à-dire le lien entre la naissance de leur civilisation ici et la destruction d’autres civilisations, la négation du lien entre le développement économique ici et l’imposition d’une misère et d’une paupérisation massives dans d’autres aires de la planète.

Le second procédé consiste à occulter les emprunts que l’Europe a fait au reste du monde, masquer l’apport philosophique de nombreux espaces de la planète, qui ont été pillés et réintégrés dans une logique dominante ici. De cette manière se légitime une vision euro-centrique du monde et aujourd’hui une vision occidentalo-centrique posant les uns comme civilisés ou plus civilisés et les autres comme barbares ou moins civilisés, construisant les uns comme dotés d’une dynamique historique et situant les autres en dehors de l’histoire, inscrivant les uns comme dotés d’une rationalité scientifique et les autres caractérisé par une mentalité prélogique ou irrationnelle.

La condition de possibilité d’une telle opération de falsification est la production d’un espace mental particulier. Rien n’aurait pu perdurer si longtemps s’il n’y avait pas eu la production d’un espace mental colonial, c’est-à-dire une déshumanisation à la fois des colonisés et des peuples des pays colonisateurs.
Cet espace mental colonial reste encore largement dominant : il imprègne toute la quotidienneté ici et dans les pays dominés.
Cet espace mental colonial, diffusé par de multiples canaux hier et aujourd’hui, continue à marquer les rapports au monde, les réflexes, les grilles de perception, les manières de percevoir l’autre.
Cet espace mental colonial, n’est rien d’autre – comme le disait Aimé Césaire – qu’une « décivilisation ». Une fois qu’il a été intériorisé et intégré, inévitablement tous les regards sur les phénomènes mondiaux et sur les peuples sont déformés. Cet espace mental colonial produit des verrous de la pensée qui empêchent de voir le réel. Ces verrous de la pensée doivent d’abord être déracinés de nos imaginaires si nous voulons comprendre le monde et le transformer. La libération de l’espace mental colonial est une condition nécessaire (mais insuffisante) de l’émancipation collective.

Une fois pris en compte cet acte de naissance barbare de leur civilisation, nous pouvons regarder son fonctionnement. Le discours dominant aime à mettre en exergue la sphère économique de l’occident censée être la plus efficace que l’humanité ait connue. Or jamais l’Humanité, dans aucun endroit du monde, n’avait connu un système social où l’économie devient une fin en elle-même au lieu d’être un moyen. L’Humanité a connu de très nombreux systèmes économiques : il a eu des évolutions dans l’ensemble des pays de la planète, dans lesquels on est passé d’un mode de production à un autre et tous les peuples se sont adaptés aux évolutions des contextes, mais jamais n’était apparue une civilisation qui mettait l’économie comme fin et non pas comme moyen au service d’autre fins, c’est-à-dire au service du bonheur de la communauté. Bien sur d’autres systèmes inégalitaires ont existés mais jamais l’économie n’a pris une place aussi exclusive.

La seconde dimension de cette économie « civilisée » est la marchandisation généralisée : jamais l’Humanité n’avait connu un système social dans lequel l’économie prétendait rendre marchandise l’ensemble des dimensions de l’être humain et de son environnement naturel : le sexe, les plantes, l’Homme, la terre, l’air. Rien n’échappe potentiellement à la loi de la marchandisation dans un système où le profit est posé comme le seul critère légitime.

Un autre aspect de cette économie « civilisée » est son fonctionnement irrationnel dans la mesure où dans la quotidienneté comme dans le durée le fictif l’emporte sur le réel. Il suffit d’observer la place prise par la bourse et le « Cac 40 » pour saisir la place prise par le fictif dans cette société. Eux, qui nous accusaient de venir de civilisations dans lesquelles il y avait du fétichisme, vivent dans des sociétés où l’argent est devenu fétiche, où la bourse est devenue fétiche.

La civilisation actuelle est la civilisation la plus fétichiste de toute l’histoire de l’Humanité. Simplement, ces fétiches ne sont plus nos fétiches habituels qui nous reliaient aux générations passées. Ce ne sont plus les fétiches qui nous reliaient à la nature et aux générations futures, ce sont des fétiches qui sont uniquement centrés sur la production, sur le profit pour certains et sur la misère pour d’autres. Et puis dernière dimension de leur civilisation au niveau économique est qu’elle ne peut fonctionner sans crises. La normalité de cette économie est la crise, c’est l’absence de crise qui est exceptionnelle. S’ils mettent en avant leur supériorité économique, nous n’avons pas à être impressionnés : leur économie ne vaut rien. Cette une économie qui détruit et qui tue, qui déshumanise et qui marchandise, qui détruit les liens humains et isole, qui nie l’homme et le producteur pour ne promouvoir que le consommateur et le propriétaire.

Un acte de naissance barbare et un fonctionnement destructeur sont les deux des piliers de leur civilisation. Nous pouvons maintenant nous interroger sur les conséquences dans le rapport aux autres parties de planète d’un tel soubassement. La réponse découle logiquement pour peu que l’on observe la situation mondiale sur la durée et de manière lucide c’est-à-dire en ne se laissant pas piéger par la parcellisation des faits qu’opèrent les médias. Ils n’ont qu’un moyen pour imposer leur domination : la violence et la guerre.

Les guerres impérialistes d’aujourd’hui ont les mêmes causes que celles qui ont enclenché la destruction des civilisations amérindiennes et de peuples entiers avec l’esclavage et la colonisation. Elargir la marchandisation, baisser le coût des matières premières, avoir une main d’œuvre meilleur marché, contrecarrer les concurrents, avoir des investissements plus rentables : ce sont les mêmes causes qui produisent les mêmes effets.

Tant que nous n’auront pas touchés au cœur de cette civilisation, cela se reproduira. Il en est de même des argumentaires de justifications. Bien sûr il y a une actualisation des formes des arguments de justifications mais fondamentalement ceux-ci restent le mêmes : on nous parle encore d’aller libérer les femmes de certains peuples qui seraient opprimées et pour cela il faudrait des guerres ; on nous parle encore de besoin d’intervenir pour les droits de l’Homme ; on nous parle encore – comme il y a 400 ans – d’apporter un cadeau à ces sauvages en venant les violer, en venant détruire leur système-monde.

Et puis la dernière dimension qui me semble essentielle d’avoir en tête lorsque l’on nous parle de civilisation, c’est de s’interroger sur l’idéal du « moi » : quel idéal ces sociétés donnent-elles à leurs membres ?

Disons-le honnêtement : la civilisation dominante aujourd’hui est une civilisation qui donne comme idéal à nos enfants la négation de leur hominisation, la négation de leur caractère d’être humain, la négation de leur caractère de personne en lien avec ses semblables. Voici donc une civilisation qui est basée sur un rapport philosophique à soi qui est l’individualisme c’est-à-dire la négation de tous les regroupements communautaires. Or ce qui caractérise les sociétés qui ont été violées et agressées c’est justement le fait que l’Homme est en lien avec ses communautés d’appartenance ; c’est le fait que le collectif, le « nous », donne sens à l’individu et non l’inverse. Où est la civilisation et où est la barbarie ?

Les autres caractéristiques de l’idéal du « moi » de la dite civilisation dominante vont dans la même direction aliénante.

C’est une civilisation basée sur l’oubli du temps passé c’est-à-dire des héritages et l’oubli du temps futur c’est-à-dire des responsabilités vis-à-vis de nos enfants.
C’est une civilisation qui chosifie la femme et l’homme, avec des émissions comme la « Star Academy » dans lesquelles l’être humain devient une chose et cela est mis en scène comme constituant une « émancipation ».
C’est une civilisation qui est basée sur une guerre du tous contre tous, et non pas – comme la plupart des sociétés paysannes d’où nous venons – sur la solidarité comme valeur centrale.
C’est une civilisation qui oublie le lien de notre espèce avec la terre. Ce n’est pas par hasard ou par bêtise si les différentes cultures du monde – des rites berbères aux rites amérindiens en passant par les rites du Cameroun et de Madagascar – ont célébrées la terre. C’est parce qu’il y a conscience que notre passé et notre avenir sont en lien avec la terre, non pas comme simple objet matériel, mais comme l’ensemble des héritages de l’être humain.

Et puis c’est une civilisation qui a confondu volontairement deux notions : la nécessaire unité politique qu’il nous faut construire, avec une unicité culturelle. La confusion entre unité politique et unicité culturelle est le vecteur de justification de toutes les opérations d’assimilation et d’homogénéisation mondiale c’est-à dire de la négation de toute la richesse de l’Humanité.

Alors que dire, pour conclure ? Disons avec Marx, que cette société n’est pas « l’histoire de l’Humanité », que cette civilisation n’est que sa « préhistoire ». Disons avec Césaire, que cette civilisation est chaque jour plus « decivilisée ». En réalité, nous somme dans une phase de décadence, non pas au sens moral mais au sens khaldounien du terme, c’est-à-dire lorsque disparait dans une civilisation le donneur de liaison entre les parties. A son époque c’était l’asabiyya. Aujourd’hui, il faut nous interroger sur ce donneur de liens que nous voulons recréer pour demain. Nous dirons avec Frantz Fanon, « Allons, camarades, le jeu européen est définitivement terminé, il nous faut autre chose ». Avec lui, nous ajouterons que ce sont les « damnés de la terre » d’ici et de là-bas qui ont cette chose à accomplir, car ils sont les seuls à avoir tout à perdre au non-changement, et tout à gagner au changement. Que certains « damnés de la terre » soient aveugles, c’est inévitable : par le complexe de supériorité pour les uns, et d’infériorité du colonisé pour d’autres. Ne les attendons pas ! Ils nous remercieront plus tard d’avoir été sévères avec eux. Nous n’assistons pas à la fin d’un monde, mais à la fin de « leur monde ».

Oui, une autre civilisation est nécessaire ! Oui, une autre civilisation est possible ! C’est une histoire de lutte : auto-organisons-nous pour une nouvelle civilisation plus égale !

Said Bouamama ( Front Uni Des Immigrations et des Quartiers Populaires)



(à suivre)


Dernière édition par Admin le Lun 4 Jan - 21:45, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: CRISE et RÉVOLUTION de CIVILISATION : éléments... et conversation   Lun 4 Jan - 21:43

suite

Une autre civilisation s'impose

Meeting du PIR le 7 mai 2012 à Bagnolet












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MessageSujet: Re: CRISE et RÉVOLUTION de CIVILISATION : éléments... et conversation   Lun 4 Jan - 22:38


une conversation ?

Corinne Cerise a écrit:
j'ai lu hier soir.

Depuis que je considère le communisme avec quelque sérieux (disons depuis 2007, et bien sûr à mon niveau), j'ai toujours été persuadée que le(s) communisme(s) résulterait en un changement de civilisation, mais c'était un "sentiment".

C'est pourquoi je vous avais entre autre posé, si vous vous souvenez, la question de la "production" dans une "société" non productiviste. Vous m'aviez renvoyé sur un texte de Bruno Astarian qui m'a bien aidée. Et là, votre angle d'attaque dans le sujet que vous m'invitez à lire m'ouvre des horizons nouveaux au plan théorique. Je vous cite :


Patlotch a écrit:
la pensée décoloniale, en promouvant une histoire de l'humanité non eurocentrée, et remontant à la construction, par la religion entre autres, de la modernité occidentale imprégnant jusqu'au rationnalisme des Lumières et l'idéologie bourgeoise de l'Etat-nation, et en posant la question d'une crise de civilisation et de la nécessité d'une autre civilisation, la pensée décoloniale, donc, permet une autre vision de l'arc historique à prendre en compte pour définir une théorisation révolutionnaire de sortie de la totalité capitaliste : peu importe alors le bras de fer révolution "à titre humain" vs "à titre prolétarien", puisque c'est aussi, par le rapport homme-nature, leur caractère commun anthropocentriste, qui est dépassé.

J'aime tout particulièrement ceci :

Patlotch a écrit:
3) une révolution communiste après une phase de dés-occidentalisation du monde, ce qui revient à la précédente option de décolonialisation avec restructuration géo-économico-politique de la globalité capitaliste. Comme je l'ai exprimé depuis quelques mois, je retiens cette option comme la plus probable. Cela entraîne de revoir la périodisation du capitalisme telle que définie par Théorie Communiste, et sauf erreur Hic Salta (Bruno Astarian)

C'est une très belle construction théorique, mais quelles pratiques sous-tendent son élaboration ? En langage simple, qu'y a-t-il sous nos yeux qui conforte la validité de ces concepts ? N'y voyez aucune malice, c'est simplement que je me "gratte la tête". Je comprends bien le concept de civilisation occidentale blanche, mais quelles sont les luttes actuelles qui battent cela en brèche ? Ou qui surgissent comme un "en dehors" (ce qui n'est pas très marxiste, mais bon) ?

Le mouvement des paysans sans terre, par exemple, est-il prémisses de ce changement de "paradigme" ? (mot fourre-tout détestable, mais je n'en n'ai pas trouvé d'autre).

Comment peut-on envisager un bouleversement de civilisation, sans partir d'un réel qui pour le moins puisse faire "frémir" la théorie ? On est bien au-delà du mouvement communiste comme "prémisses actuellement existantes" là, non ? Mais ce ne sont que des questions bien terre à terre, j'en conviens.

D'ailleurs, vous abordez la complexité du problème :

Patlotch a écrit:
2) une révolution communiste de sortie du capitalisme d'emblée comme révolution communiste décoloniale, mais j'ai pratiquement exclu cette possibilité en définissant le communisme décolonial comme le moment présent du mouvement communiste dans la double crise...

Je suis en train de lire attentivement "Marxisme et théorie de la race : état des lieux".

Peut-être aurons-nous par courriel ou sur le forum une "conversation" à ce propos, une fois que j'aurai assimilé le texte. J'aime bien les "conversations". Vous aussi, non ?


Patlotch a écrit:
votre courriel est une surprise heureuse, parce que nous avions engagé une "conversation" ailleurs, qui est en suspens, mais une autre s'esquisse ici, non ? Si si : impérative !

merci de vos remarques. Attention : je n'ai pas écrit, parce que pas pensé « civilisation occidentale blanche », mais « civilisation capitaiste à domination occidentale ». Nous avons vu, avec Achille Mbembe, que le racisme déborde la question de couleur, devient « post-racial », sans évidemment faire disparaître le racisme sur la base d'une différence de couleur de peau, d'origine ethnique ou religieuse. Il lui faut bien un signe extérieur de richesse d'exploitabilité ou d'expulsionnabilité pour être reproductible à moindres frais, de sorte que les idées racistes, s'emparant des masses, deviennent force matérielle : n'est-ce pas ce que nous avons, en France, sous les yeux ?

surprise
fut aussi la découverte de ce meeting organisé par le PIR en 2012 : Une autre civilisation s'impose. Ce thème m'avait échappé, mais il tombe à point, et fait boucle à la manière d'un échange indirect

peut-être cela répond-il à votre remarque dans l'autre conversation, sur « le manque d'ampleur » de l'intervention d'Houria Bouteldja au colloque sur les décolonialités, car on ne peut pas dire que le thème "crise et changement de civilisation" en manque. Mais il faudra voir comment cette civilisation est pré-conçue et surtout quels chemins sont envisagés par les intervenants pour y parvenir ((je n'ai pas encore visionné les vidéos))

constater que nous sommes dans une civilisation de merde, c'est à la portée de beaucoup, imaginer quelles luttes peuvent nous en sortir une autre, les engagez une autre encore (qui, où, comment est-ce produit ou à produire...?), ce qui renvoie, Corinne, à votre batterie de questionnements plus haut : « Comment peut-on envisager un bouleversement de civilisation, sans partir d'un réel qui pour le moins puisse faire "frémir" la théorie ? »

quand vous dites : « ce ne sont que des questions bien terre à terre », je vous soupçonne de quelque malice Rolling Eyes

merci aussi, car je découvre du coup la traduction et la publication de cet article par la revue Période : "Marxisme et théorie de la race : état des lieux", David Roediger, 2011, 21 décembre 2015




vous avez dit civilisation ?

comme c'est bizarre...




est-ce que j'ai une tête de civilisation ?

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MessageSujet: Re: CRISE et RÉVOLUTION de CIVILISATION : éléments... et conversation   Mar 5 Jan - 9:19


où en sommes-nous dans la théorie de la révolution ?

des corps, des cœurs, et des raisons ! (1)

je reviendrai Corinne, à vos questions, qui sont excellentes, parce que ce sont celles que nous devons nous poser maintenant, et nous le pouvons parce que l'humanité peut y répondre :

« l'humanité ne se pose jamais que des problèmes qu'elle peut résoudre, car, à y regarder de plus près, il se trouvera toujours que le problème lui-même ne surgit que là où les conditions matérielles pour le résoudre existent déjà ou du moins sont en voie de devenir »
Karl Marx, Préface à Critique de l'économie politique, 1859

rapporté à ce qui est ici posé sur la table d'une théorisation révolutionnaire pour un changement de civilisation, voyez le reproche que m'adresse Roland Simon, de Théorie Communiste :

Roland Simon a écrit:
Ce qui est pénible chez toi ce sont tes enthousiasmes successifs qui, chaque fois, font que tu t'auto-considères et d'auto-institues comme l'incarnation du jugement dernier de l'ensemble de la production théorique passée, présente et à venir dans sa diversité et ses limites. Tu ne peux t'empêcher de croire que tes dernières paroles, tes derniers embrasements sont par nature la pointe extrême de la théorie révolutionnaire de l'époque. C'est là constamment le scénario de la mise en scène de toi-même que tu nous sers sur ton blog. Le narcissisme y parvient à son comble car le reflet de toi que tu y projettes et que tu y admires est devenu ta réalité même.

Si tu ne fonctionnais pas en te considérant comme le centre du monde, tu m'aurais dit, comme dans n'importe quel échange d'idées et de théories, en quoi je passais, à ton avis, à côté de quelque chose d'important, en quoi cela pouvait et devait redéfinir les problématiques que j'utilise. Mais non, on est semblable à toi ou on est un pourriture ou même pire un "juif" (t'excites pas sur les guillemets).


autrement dit, je prétendrais avoir résolu en théorie le problème qui a surgi, que l'humanité se pose, et répondre... à sa place. Ce n'est pas pour « pour le centre du monde » que je me prendrais, mais pour l'humanité entière, puisqu'est posé ici un multiple décentrement : regarder le monde avec des yeux du monde

il n'y a pas ou plus à expliquer à Roland Simon en quoi ce que je fais depuis des années « redéfinit les problématiques [qu'il] utilise », comme si nous devions nous-même nous considérer comme du TC*, ou plutôt je l'ai toujours fait, jusqu'à être jugé « plus técéiste que TC », avec et contre ses problématiques signalées dans les miennes, et non anonymisée au nom de la supériorité de "mon corpus", comme dans une collaboration entre équipes de recherche : quand le directeur ne s'approprie pas les collaborations extérieurs à la sienne

j'ai participé pendant 5 ou 6 ans, du mieux que j'ai pu et de façon interne, aux réflexions théoriques sur la communisation, et j'ai dû pour ça mettre entre parenthèses mes propres idées (dialectique complexe, question raciale, pluralité de lignes de confrontation au capital...), parce qu'elles ne recevaient aucun écho voire étaient jugées "inintéressantes" (Denis-Léon de Mattis). J'ai expliqué en 2015 les raisons d'une rupture dans (janvier) puis avec (juin) la théorie de la communisation telle qu'elle existe partout sauf chez moi. Donc terminus, que Roland Simon se démerde avec ses manières détestables et ses adeptes lamentables, je ne suis ni sa bonniche ni sa serpillère ni le mouchoir de ses lamentations juives : sans guillemets

"pour TC, tout est du TC"

« La meilleure critique de Théorie Communiste est celle de Daredevil »
Roland Simon, correspondance privée, décembre 2015

Daredevil a écrit:
* «[pour TC] toute production théorique est TC, mais TC doit séparer le vrai du faux tout en considérant le faux comme partie intégrante de sa théorie. Ainsi Dauvé, La Matérielle, Aufheben, l’autre courant de Meeting, cette critique même, etc. sont pour TC du TC. TC se retrouve comme l’Idée Absolue qui est la totalité et son aliénation pour se retrouver. Pour TC cette critique même sera du TC en mouvement.»

Sur « Théorie Communiste » , novembre 2007

avec ça, R.S a la modestie d'affirmer : « nous sommes tous réciproquement des "sparring partners".» Rapporté à sa « pratique théorique », si ce n'est pas du narcissisme, c'est une tendance pathologique à la mégalomanie, et quand ça ne marche plus, à son pendant : une paranoïa légère. Si, de tout ce temps-là, de mes remarques et critiques adressées à Théorie Communiste, ou aux autres théoriciens de la communisation, eux-mêmes critiques de TC, R.S avait fait quelque chose d'explicitement constructif, il serait fondé à se dire aujourd'hui partie prenante, "sparring partner" à une théorisation dont il n'a rien dit qu'en la ramenant une fois de plus à la sienne

Question



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un chantier permanent, collectif, et ouvert !

une exigence de clarté et d'honnêteté
de respect et de dignité

dans la réciprocité !

j'ai eu l'occasion de répondre à plusieurs en privé : « avec moi, c'est cartes sur table, tu craches ta valda ou tu gerbes ». J'assume ma violence verbale comme il faut à ceux qui se battent assumer leur violence physique, parce nous n'avons pas le choix, le communisme est un combat, pas un débat tranquille à distance et masqué, où des ploucs constipés jouent aux plus malins planqués derrière leurs privilèges sociaux, en imposant aux autres leur pouvoir des mots. Dans ce combat, nous nous reconnaissons des camarades, des compagnes et compagnons, des sœurs et frères, plus sélectives des amitiés, par affinités électives : comme vous et moi, Corinne


tout n'est pas pour Patlotch du Patlotch

laissons par conséquent chacun.e se faire son idée de la façon dont ici s'ouvre ou pas « un chantier permanent »* et collectif. Un chantier ouvert non seulement parce qu'en évolution permanente, mais surtout ouvert aux autres de façon transparente, à leurs contributions considérées et prises en compte explicitement comme constructives, un chantier où sans faux semblants sont reconnus et cernés accords et désaccords, comme prétendait le faire l'Adresse de Meeting **

* allusion à Théorie Communiste : un chantier permanent, TC23, mai 2010
** Adresse de Meeting: « La diversité et les oppositions internes, pour ne pas dire les conflits, au sein de ce courant communisateur sont définitoires de son existence et elles doivent être reconnues.»

Rolling Eyes

généralement, je dis ce que je fais et fais ce que je dis : j'ai essayé d'ouvrir un chantier permanent collectif dans lequel les autres ont une vraie place, dans lequel ils peuvent, à défaut d'intervenir - c'est leur problème et leur choix de le faire ou pas -, reconnaître, retrouver, situer leurs propres contributions, y compris au demeurant Roland Simon lui-même comme les autres théoriciens de la communisation, et plus largement tous ceux pour qui une autre civilisation s'impose. Ma manière est ce qu'elle est, avec qualités et défauts : la question n'est pas le doigt mais la lune

car cette exigence d'une autre civilisation, n'est-ce pas au fond ce qui animait Marx ? et depuis tous ceux et celles qui se sont préoccupés de changer le monde, qu'ils y aient contribué de corps, de cœurs, ou de raisons, c'est-à-dire dans les luttes et la pensée des luttes réelles qui est la seule théorisation que nous reconnaissions ici ?


non, tout n'est pas pour Patlotch du Patlotch comme pour TC du TC, et si j'exprime mes désaccords avec Roland Simon, Gilles Dauvé, Bruno Astarian, Jacques Wajnsztejn, Toni Negri, Houria Bouteldja, Saïd Boumama et d'autres avec leurs luttes de corps, de cœurs et de raisons, c'est en leur reconnaissant d'exister et de permettre à ce chantier d'être ouvert, et vivant !




ceci éclairci, chère Corinne, j'en reviens plus bas à vos questionnements

Shocked



Dernière édition par Patlotch le Mar 5 Jan - 9:23, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: CRISE et RÉVOLUTION de CIVILISATION : éléments... et conversation   Mar 5 Jan - 9:19


où en sommes-nous dans la théorie de la révolution ?

des corps, des cœurs, et des raisons ! (2)

Corinne Cerise a écrit:
C'est une très belle construction théorique, mais quelles pratiques sous-tendent son élaboration ? En langage simple, qu'y a-t-il sous nos yeux qui conforte la validité de ces concepts ? N'y voyez aucune malice, c'est simplement que je me "gratte la tête". Je comprends bien le concept de civilisation occidentale blanche, mais quelles sont les luttes actuelles qui battent cela en brèche ? Ou qui surgissent comme un "en dehors" (ce qui n'est pas très marxiste, mais bon) ?

Le mouvement des paysans sans terre, par exemple, est-il prémisses de ce changement de "paradigme" ? (mot fourre-tout détestable, mais je n'en n'ai pas trouvé d'autre).

Comment peut-on envisager un bouleversement de civilisation, sans partir d'un réel qui pour le moins puisse faire "frémir" la théorie ? On est bien au-delà du mouvement communiste comme "prémisses actuellement existantes" là, non ? Mais ce ne sont que des questions bien terre à terre, j'en conviens.

1) Corinne : « belle construction théorique, mais quelles pratiques sous-tendent son élaboration ? »

il faut rapporter cette construction qui, dit sans fausse modestie, ne manque pas d'harmonie et de rythmes, à ce qu'elle a fait : renverser l'abstraction théorique de la communisation comme visée, qui plus est détermine un regard eurocentré-ethnocentré sur le monde, une « programme » communisateur qui ne dit pas son nom mais se prétend anti-programmatiste; de l'avoir renversée en une approche plus pragmatique (praxique) qui part des réalités telles qu'elles sont, que cela nous convienne ou non en terme de mouvement communiste, puisque lutte se pose sur cette base, et pas une autre, idéale, avec à laquelle il s'agirait de la comparer

que les activités, luttes et considérations théoriques, dont nous faisons ici notre beurre sans leurre, ne se présentent pas comme communistes ou dans les termes classiques de la lutte des classes, voilà paradoxalement en quoi elles peuvent « sous-tendre cette construction théorique », et le faire en retenant des avancées théoriques de "la communisation"

j'ai écrit que le communisme ne se ferait pas sous son nom, dans une métaphore avec le jazz violé de toutes parts sous ce nom, [sauf erreur dans JAZZ et COMMUNISME, 2003]. Je l'ai reformulé dans ANARCHISTE ou COMMUNISTE ? Quel BESOIN d'un NOM ?

il nous faut absolument prendre acte que le "paradigme marxiste" est usé jusqu'à la corde, et que sa dernière formulation la plus pertinente, la théorie de la communisation, telle qu'elle existe et non se rêve en courant derrière son ombre, a épuisé sa potentialité créatrice

Karl Nesic a écrit:
Aujourd’hui la critique communiste du monde réellement existant est totalement désincarnée, étrangère à elle-même et surtout au monde qu’elle prétend critiquer [...] la rupture entre critique pratique et critique théorique n’aura jamais été aussi importante. Il n’existe pas aujourd’hui l’amorce de la moindre praxis tendant à la fin de ces mondes séparés que sont critique pratique et critique théorique : ces moments particuliers de la critique suivent un cheminement parallèle sans lieu de rencontre possible [...]

À part des généralités sur la « possibilité nécessaire » de la révolution communiste, sur sa pratique et son contenu concret comme abolition immédiate des rapports de production capitalistes, le mouvement communisateur ne nous a pas apporté grand-chose [...]Vouloir prendre à bras le corps la compréhension réelle de ce monde, ou au moins s’y essayer en évitant par exemple de répéter les mêmes généralités entendus depuis des années et déjà fausses en 1975, conduirait obligatoirement à la mise en cause de quelques certitudes, et je ne pense pas les communisateurs capables de cet exercice [...]

Le  mouvement communisateur se trompe de période historique. Il commence d’ailleurs à être atteint de sclérose théorique, dont il ne se débarrassera ni aujourd’hui ni dans un avenir proche ou lointain, tant il est évident qu’il n’y est poussé par aucune réalité sociale. [disons plutôt : pas par la sienne]    

Aujourd’hui – aujourd’hui - l’avenir ne nous appartient pas ! En ce qui nous concerne, c’est pour cette raison que troploin n’a pas réussi à faire bouger les choses et les lignes. Nous n’avons pas pu – ou voulu – autre chose que ce que nous avons fait. Sans doute avons-nous atteint à ce moment la limite de la compréhension de notre propre activité et donc de son possible devenir. La publication en 2011 de Communisation a peut-être achevé un cycle.


Deux ou trois raisons de ne pas désespérer, troploin, 2012

Karl Nesic ajoutait : « Je suppose que ce court texte suscitera ricanements et commentaires acerbes. Cela m’indiffère.»,. J'ai dit depuis que ce n'était pas mon cas, trouvant même son texte plus réaliste que pessimiste, et souscrivant en partie aux réponses certes lacunaires qu'il apportait à sa question : « Que faire ? Que continuer à faire ? », puisqu'il ne s'est jamais agi d'arrêter, et que même si nous ne continuons pas, par abandon ou par contrainte, d'autres le feront : d'autres continuent déjà, mais pour le voir, encore faut-il ôter ses œillères, ses lunettes sectaires, ce que je pense faire et y inviter d'autres

je ne réponds donc pas plus précisément, Corinne, à vos questions : « quelles pratiques sous-tendent... En langage simple, qu'y a-t-il sous nos yeux qui conforte la validité de ces concepts ? Je comprends bien le concept de civilisation occidentale blanche, mais quelles sont les luttes actuelles qui battent cela en brèche ? », parce que si ce forum ne le met pas en évidence, c'est que j'aurais travaillé en vain


un sang impur abreuve nos sillons

2) Corinne : « Ou [quelles sont les luttes actuelles qui surgissent comme un "en dehors"] (ce qui n'est pas très marxiste, mais bon) ? »

rappelons d'abord que la critique de ce qui surgirait comme « en dehors » est celle que Théorie Communiste adresse à tous ceux qui estiment nécessaire de sortir de la contradiction capital-prolétariat comme implication réciproque, notamment en allant chercher un plus dans l'humanisme théorique, poubelle conceptuelle dans lequel R.S est toujours disposé à jeter ses « plus proches ». Pour TC le processus révolutionnaire est strictement prolétarien - classe s'auto-abolissant et toutes les autres -, à quoi il a bricolé l'ajout de « la contradiction de genre »

dans la mesure où, pour nous, la référence n'est pas ce marxisme étriqué, notre prise en compte de la dimension inéluctablement décoloniale des luttes communistes, ceci vérifié empiriquement dans une proportion quantitativement bien supérieure à la nature des « écarts » pointés par Théorie Communiste quand il « allait vite en besogne » , non pas « le cœur prenant le pas sur la raison », mais avec plus de mauvaises raisons que de bon cœurs au corps, hé bien ce que nous faisons est tout sauf « en-dehors » du rapport de classe, même pris au sens strict, puisque dire « strict » ne signifie pas qu'il apparaisse comme « pur » : il ne suffit pas de le dire, mais d'en montrer l'impur, et pour nous, l'impur de la lutte de classe actuelle, c'est entre autres la dynamique décoloniale actuelle


au présent faire de nécessité vertu

3) Corinne : « Comment peut-on envisager un bouleversement de civilisation, sans partir d'un réel qui pour le moins puisse faire "frémir" la théorie ? On est bien au-delà du mouvement communiste comme "prémisses actuellement existantes" là, non ? »

« faire "frémir" la théorie », ce n'est pas « faire bouillir les marmites de l'avenir », et nous ne le faisons moins ici encore que dans la théorie de la communisation. Seul ce qu'un "nous" commun produit aujourd'hui sera dépassable demain

Roland Simon en est peut-être conscient, qui m'écrit, le 15 décembre :

R.S a écrit:
J’en suis à me demander si dire que la contradiction contient son dépassement (même « dépassement produit ») est possible sans introduire dans la contradiction une téléologie, c’est-à-dire sans faire des particuliers des autodéterminations du tout.

« Dépassement à produire » dans la formulation paraît dépasser la question, mais pose toutes sortes de problèmes redoutables.


Tout ce que contient (développe – dialectique du concept -) une contradiction ce ne serait que la remise en cause (de par les contradictions de ses particularités) du tout dont elle est la contradiction et non son dépassement (on a spontanément tendance à identifier les deux, c’est dans la distinction que pourrait jouer le « à produire »).

je n'ai plus envie de discuter à partir de ce jargon philosophique post-hégélien ne visant plus qu'à satisfaire son auteur, pour bétonner sa théorie de papier glaçant. Lire Roland Simon me fatigue : pour rien. Dire que « "dépassement à produire" pose toutes sortes de problèmes redoutables » c'est reconnaître que le corpus de TC relevait jusque-là d'une téléologie, ce que j'affirme depuis 2012, et comme découvrir avec effroi que nous ne pouvons avoir entre les mains, donc en tête, que ce qui est d'ores et déjà produit et en instance de produire du nouveau. Le problème me semble à moi moins redoutable de prendre en considération la dimension décoloniale réelle de luttes concrètes, que de s'évertuer à bégayer que « la "race" n'a rien à voir avec la structure du capital »
Théorie Communiste est confronté, pour ne pas dire à son échec et à son inutilité, à « des problèmes redoutables » que je considère insurmontables par où qu'on les prennent (présupposés et apories, structralisme conceptuel, réductionnisme et révisionnisme historique, méthodologie) : l'approche décoloniale ne sera pas la béquille de couleur susceptible de soutenir une théorie intrinsèquement blanche et occidée-centriste

« dépassement à produire », je ne l'ai pas sorti de mon chapeau, et concernant les « identités », de l'expérience historique de toutes luttes qui ont produit un dépassement de ce qui précédait : le salariat le servage et l'esclavage, l'égalité en droit des femmes le patriarcat de droit étatique et religieux, etc.

si R.S était bien conscient que nous devons être absolument matérialistes, des corps, des cœurs et des raisons, cela se saurait, car Théorie Communiste n'en a rien fait depuis qu'il existe, en 1979


ici et maintenant

et donc l'important est que la détermination décoloniale des luttes dépasse aujourd'hui les luttes de classes programmatiques vues d'un point de vue universel prolétarien, d'une introuvable classe incolore, et cela a des implications théoriques, stratégiques, et politiques au sens fort d'activités communistes à promouvoir pour la création de liens organiques, comme écrit en page d'accueil : un intellectuel collectif pour des liens organiques avec les luttes de classes décoloniales, féministes et écologistes, collectives et individuelles

j'ai souligné, dans la discussion autour du texte d'Houria Bouteldja, que je partageais le souci pragmatique du PIR, au sens fort qu'il donne à "politique", que l'on trouve aussi dans les écrits de Franz Fanon avec une connotation de stratégie (Les damnés de la terre, j'y reviendrai). Ce n'est pas approuver tout ce qu'il font sous le label de politique ou en tant que parti bourré de contradictions, mais chercher en quoi les luttes et la pensée décoloniales concernent le mouvement communiste bien plus que la politique des partis institutionnels, les gesticulations des activistes et les tourments conceptuels des théoriciens de la communisation, dont la seule activité depuis des années consiste à dénigrer tout ce qui bouge et pense

Twisted Evil

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MessageSujet: Re: CRISE et RÉVOLUTION de CIVILISATION : éléments... et conversation   Mar 5 Jan - 10:42


corps et cœurs à l'œuvrage

je n'ai pas assisté, de toute ma vie militante, à des réunions plus sinistres, d'ambiance malsaine et agressive, chargées de non-dits et de questions tabous, que celles du milieu post-ultragauche. Cela ressemble davantage qu'ils ne le croient à celles des militants politiques de groupuscules qu'ils ne seraient pas, mais en rien à des réunions où sont présentes des personnes de diverses origines sociales et "raciales", dont une majorité de gens d'en-bas


la non-marche de l'indignité militante, photo Patlotch

ce n'est pas pour regretter la teneur politique des réunions de cellules du PCF, de quartier ou d'entreprise, que j'ai connues de 1972 au milieu des années 1980, encore moins leur "niveau théorique", mais pour ce qu'il y "frémissait" dans la chaleur humaine et le respect de ce qu'étaient les uns et les autres et de ce qu'ils apportaient à tous : le meilleur d'eux-mêmes, et ceci bien souvent contre la hiérarchie à tous les étages ou le souci de respecter le "centralisme démocratique" : au PCF, on le respectait bien moins qu'à Théorie Communiste

il suffit de se rendre à un meeting décolonial pour sentir que frémit tout autre chose qu'une constipation pour une diarrhée conceptuelle, et ce genre d'ambiance-là, ou plus encore celle qui régnait à la Marche de la dignité, par-delà toute limite, il s'agit de la sentir, de la vivre dans ses tripes et sa tête, pour prendre la mesure de la dynamique dont elle peut être un jour porteuse


avec ou sans voile, la danse dialectique du concret, photo Patlotch

des corps et des cœurs colonisés décolonisateurs, nous avons, nous les "Blancs", tout à apprendre, parce que sans cela, nous ne saurons jamais comment se construit, aujourd'hui et pour demain, une subjectivation révolutionnaire, dans un faire, lutter et penser ensemble qui justement ne cherche pas l'impossible unité à guider par un ou des partis


prendre des vessies percées pour des lanternes magiques ?

et quoi, encore !

« Des outres gonflées ne sort que du vent »
Roland Simon, dndf 26 mars 2015

je reviendrai sur ce qui précède avec des considérations de Franz Fanon dans Les damnés de la terre, sur le rapport entre intellectuels révolutionnaires et peuple en branle révolutionnaire, dans des luttes contre les colons et colonisateurs qui n'étaient pas pour eux d'abord d'indépendance nationale, et encore moins sous l'égide de leur propre bourgeoisie nationaliste, comme voudraient nous le faire croire Bernard Lyon dans Nous ne sommes pas « Anti » Meeting 25 mai 2005

B.L. a écrit:
l’anticolonialisme, idéologie alliant le socialisme et le nationalisme dans le cadre du monde tripartite de la guerre froide. Cette idéologie structurante des biens nommés fronts de libération nationale mettait les luttes des prolétaires colonisés et celles des éléments bourgeois locaux subsistants sous la direction politique et militaire de couches bureaucratiques autochtones produites par les administrations coloniales. L’anticolonialisme ou l’anti-impérialisme était aussi le cadre de l’alliance de ces bureaucraties démocratiques-révolutionnaires avec le camp socialiste. Ces idéologies ont donc toujours fonctionné comme idéologie d’État (existant ou se constituant) dans le cadre de confrontations et de guerres, mondiale ou locales, entre les pôles d’accumulation capitaliste


l'anticolonialisme n'est pas qu'une "idéologie" mais fut (et reste sous d'autres formes dans d'autres conditions) un combat concret, et dans ce combat se jouait aussi la lutte de classe, contre la puissance occupante, ses flics et militaires et ses curés, un combat aussi de prolétaires et paysans contre les chefs de la bourgeoisie nationaliste qui préparaient déjà les compromis avec la métropole pour engager le néo-colonialisme, et même contre les nouveaux syndicats construits à l'indépendance sur le modèle des syndicats européens de défense d'intérêts ouvriers, alors que les ouvriers, dans ces pays, n'étaient pas les plus portés à abandonner les privilèges qu'ils avaient alors sur les prolétaires des champs [...]

certains passages de Fanon ne sont pas loin d'avoir des résonnance ultragauches authentiques bien plus que l'amalgame caricatural que fait B.L des luttes anti-colonialistes. Le même BL qui, 6 mois après la création du Mouvements des Indigènes de la République, écrit en novemebre 2005 : « cf. le tract « Les indigènes de la république » qui met en avant une couche arriviste, qui appelle à une discrimination positive pour rafler des places au soleil », et, marchant à l'ombre, son camarade R.S, dix ans après les émeutes en banlieue, parle des militants décoloniaux comme des « entrepreneurs en racialisation »

autrement dit, ras-le-bol de cette vulgate anarcho-ultragauche révisant l'histoire et sur-interprétant le présent avec les mots de l'idéologie française et du pouvoir d'État, vulgate qui aboutit aujourd'hui à nourrir de "théorie", chez de jeunes antifas, dans une confusion dont ces théoriciens anarcho-ultragauches auront été les maîtres à ne pas penser (voir 4 janvier DÉCOLONIALITÉ, vue des DOGMES 'marxistes', 'anarchistes' et féministes eurocentristes... post-ultragauche et 'communisation' à propos de IMPERIALISME : LA PENSEE ZOMBIE cnt-ait Toulouse 7 décembre 2015

de ses liens troubles avec ces "antifas", objectivement produits et encouragés des années durant sur le site blog dndf, Théorie Communiste ne s'est jamais expliqué ni encore démarqué, et c'est, en sus de mon expérience personnelle, une raison suffisante pour n'avoir aucune raison de faire confiance de cœur et de corps quant à l'implication de leur « théorie restreinte » (sic) dans un quelconque combat communiste. Tout le monde le sait : personne n'en veut, moi non plus





Dernière édition par Patlotch le Mar 5 Jan - 19:22, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: CRISE et RÉVOLUTION de CIVILISATION : éléments... et conversation   Mar 5 Jan - 16:28

Le changement de civilisation a commençé depuis ?, mais reste invisible, sans qualité, y compris un peu/beaucoup par nous occidentaux blancs, sensibilité et entousiasme en berne ?

Raoul Vaneigem : « nous sommes au cœur d'un changement de civilisation »

Raoul Vaneigem a écrit:
« L’utopisme ? Mais c’est désormais l’enfer du passé. Nous avons toujours été contraints de vivre dans un lieu qui est partout et où nous ne sommes nulle part. Cette réalité est celle de notre exil. Elle nous a été imposée depuis des millénaires par une économie fondée sur l’exploitation de l’homme par l’homme.

L’idéologie humaniste nous a fait croire que nous étions humains alors que nous restions, pour une bonne part, réduits à l’état de bêtes dont l’instinct prédateur s’assouvissait dans la volonté de pouvoir et d’appropriation. Notre « vallée de larmes »  était considérée comme le meilleur des mondes possibles. Or, a-t-on inventé un mode d’existence plus fantasmatique et plus absurde que la toute-puissante cruauté des dieux, la caste des prêtres et des princes régnant sur les peuples asservis, l’obligation de travailler censée garantir la joie et accréditant le paradis stalinien, le Troisième Reich millénariste, la Révolution culturelle maoïste, la Société de bien-être (le Welfare State), le totalitarisme de l’argent hors duquel il n’y a ni salut individuel ni salut social, l’idée enfin que la survie est tout et que la vie n’est rien ? À cette utopie-là, qui passe pour la réalité, s’oppose la seule réalité qui vaille : ce que nous essayons de vivre en assurant notre bonheur et celui de tous.

Désormais, nous ne sommes plus dans l’utopie, nous sommes au cœur d’une mutation, d’un changement de civilisation qui s’esquisse sous nos yeux et que beaucoup, aveuglés par l’obscurantisme dominant, sont incapables de discerner. Car la quête du profit fait des hommes des brutes prédatrices, insensibles et stupides... »


Un changement de civilisation ? Est-ce bien ce que nous vivons ? Et si oui, comment l'accompagner, sinon le prendre en mains ?

Raoul Vaneigem : « La gratuité est l’arme absolue»

Interview du situationniste historique par un de ses vieux potes : Michel Peyret

Citation :
Membre de l’Internationale situationniste de 1961 à 1970, Raoul Vaneigem est l’auteur du Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations (Gallimard, 1967), d’où furent tirés les slogans les plus percutants de Mai 68, et d’une trentaine d’autres livres. Dernier titre paru : L’État n’est plus rien, soyons tout (Rue des Cascades, 2011).

Siné Mensuel : Peux-tu donner une brève définition des situationnistes ?

Raoul Vaneigem : Non. Le vivant est irréductible aux définitions. Ce qu’il y avait de vie et de radicalité chez les situationnistes continue à se développer dans les coulisses d’un spectacle qui a toutes les raisons de le taire et de l’occulter. En revanche, la récupération idéologique dont cette radicalité a été l’objet connaît une vague mondaine dont les intérêts n’ont rien de commun avec les miens.

S. M. : Que voulaient dire les situs quand ils affirmaient que le situationnisme n’existait pas ?

R. V. : Les situationnistes ont toujours été hostiles aux idéologies, et parler de situationnisme serait mettre une idéologie où il n’y en a pas…….

http://michelpeyret.canalblog.com/archives/2015/10/04/32723828.html


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MessageSujet: Re: CRISE et RÉVOLUTION de CIVILISATION : éléments... et conversation   Mar 5 Jan - 20:12


l'État est tout, les autres rien
pour les Français toutous

nous voilà gâtés, vlad2, mais tu risques de nous gâter l'année, avec Vaneigem, parce que sans parler de « fleur bleue » ((R.S), il y va fort, avec « l'État n'est plus rien, soyons tout », en plein état d'urgence, vu que 85% des Français approuveraient la « déchéance de nationalité », et que Juppé, prônant un « État fort », fait un tabac au box office pour la Présidentielle, à gauche comme à droite


quant au changement de civilisation, relisons Ratgeb le Vieux* : « Désormais, nous ne sommes plus dans l’utopie, nous sommes au cœur d’une mutation, d’un changement de civilisation qui s’esquisse sous nos yeux et que beaucoup, aveuglés par l’obscurantisme dominant, sont incapables de discerner. Car la quête du profit fait des hommes des brutes prédatrices, insensibles et stupides... »

* Ratgeb est le pseudo sous lequel Vaneigem publie en 1974 « un mode d'emploi de la révolution, « De la grève sauvage à l'autogestion généralisée » » (Wikipédia) : sa "révolution" c'était déjà "l'autogestion" : piège à con !

dans la citation, je ne saisis pas bien qui est « incapable de discerner » quoi, qui est « obscurantiste » et cacherait quoi et à qui ? J'admets que l'on puisse voir un « changement de civilisation » dans le transhumanisme, ce bidouillage bio-numérique des humains et du vivantirréductible aux définitions » ?), et la production d'une nouvelle classe d'esclaves pour une démocratie gréco-romaine à l'ancienne, programme capitaliste d'une grande bourgeoisie qui fait l'admiration et l'envie des couchés moyens supérieurs

j'y vois plutôt la civilisation en crise dont parle Gilles Dauvé, qu'une grande cachoterie du spectacle en coulisses, du coup pas très lisse, et je suis donc partisan d'un

choc des civilisations !

j'en passe et pas meilleures, le situationnisme ("sans majuscule" : il nous répète ça depuis 50 ans !) qui aurait été « récupéré »... Tu parles Charles, ses bouquins et ceux de Debord se vendent très bien, sont étudiés à l'Université française, alors s'ils portaient pour aujourd'hui encore une « radicalité », on se demande si les lecteurs savent lire

quant à encenser leur mode de vie qu'on nommerait aujourd'hui de bobos, n'est-ce pas justement le « mondain » pas même marginal dont se satisfont ceux qui en ont les moyens, ou papa et maman derrière, lecteurs (pro-situs) de Libération, de Médiapart, et de Raoul Vaneigem ?

bref, Vaneigem, comme Soupault disait de Salvador Dali = Avida Dollar, est devenu un « marchand de lui-même », à preuve : ses livres ne sont pas gratuits, alors la « gratuité arme absolue », c'est un suicide de tartuffe (r)usé de phraséologie : même pas gauchiste, ce vieux con !




autoportrait d'un vieux cocochon

PS : l'année, je te la souhaite bonne, vlad2 : longue c'est pas la peine, les dieux ont pensé à rajouter un jour... de travail, dont se réjouissent les patrons
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MessageSujet: Re: CRISE et RÉVOLUTION de CIVILISATION : éléments... et conversation   Mer 6 Jan - 19:58


communisation, conversation et problématisation décoloniale

Corinne Cerise a écrit:
je viens de parcourir le livre-forum, comme chaque jour, et sur le sujet "changement de civilisation" j'avoue qu'il me faudra relire bien des fois avant d'intervenir. Mais il y a des "choses bien" que je partage intuitivement :

Daredevil a écrit:
«[pour TC] toute production théorique est TC, mais TC doit séparer le vrai du faux tout en considérant le faux comme partie intégrante de sa théorie. Ainsi Dauvé, La Matérielle, Aufheben, l’autre courant de Meeting, cette critique même, etc. sont pour TC du TC. TC se retrouve comme l’Idée Absolue qui est la totalité et son aliénation pour se retrouver. Pour TC cette critique même sera du TC en mouvement.»

Et aussi :

Patlotch a écrit:
car cette exigence d'une autre civilisation, n'est-ce pas au fond ce qui animait Marx ? et depuis tous ceux et celles qui se sont préoccupés de changer le monde, qu'ils y aient contribué de corps, de cœurs, ou de raisons, c'est-à-dire dans les luttes et la pensée des luttes réelles qui est la seule théorisation que nous reconnaissions ici ?

Et ici votre réponse raisonnée, autant formulée par le cœur que par l'esprit critique, à mes questions :

Patlotch a écrit:
dans la mesure où, pour nous, la référence n'est pas ce marxisme étriqué, notre prise en compte de la dimension inéluctablement décoloniale des luttes communistes, ceci vérifié empiriquement dans une proportion quantitativement bien supérieure à la nature des « écarts » pointés par Théorie Communiste quand il « allait vite en besogne », non pas « le cœur prenant le pas sur la raison », mais avec plus de mauvaises raisons que de bon cœurs au corps, hé bien ce que nous faisons est tout sauf « en-dehors » du rapport de classe, même pris au sens strict, puisque dire « strict » ne signifie pas qu'il apparaisse comme « pur » : il ne suffit pas de le dire, mais d'en montrer l'impur, et pour nous, l'impur de la lutte de classe actuelle, c'est entre autres la dynamique décoloniale actuelle

Il faut que je bosse sur tout cela, que j'arrive enfin à comprendre, et c'est enthousiasmant parce que c'est VIVANT Smile Merci pour tout ça. J'aurai plus de temps dès la semaine prochaine, enfin je crois.



qui dit contradictions exige leur problématisation

merci pour ces appréciations, mais oui, il nous faut bosser, parce que nous avons besoin de problématiser davantage que de nous satisfaire d'avoir posé ces affirmations comme des acquis indiscutables

la nature même de processus contradictoire du rapport de classe capitaliste, et du mouvement du communisme que nous y voyons depuis Marx, font que les contradictions particulières, telle que la contradiction colonial-décolonial, ne doivent pas être comprises comme le nouvel alpha et omega qui produirait de façon déterminable à l'avance leur résolution dans et par un conflit de classe plus explicite

"dépassement à produire", je ne le dirai jamais assez, signifie que nous n'avons dans les mains que les contradictions présentes, ce qui réactualise la notion de "médiation temporelle" et l'impossibilité d'un immédiatisme activiste cherchant à conférer à ces luttes un caractère révolutionnaire immédiat

quant à nommer "révolutionnaires" ces luttes ou ce que nous faisons, nous ne nous y aventurerons pas, car ici l'on s'en fout. Ça n'intéresse au fond que les gros égos militants pour se croire en avance sur cet incontournable vérité : n'est révolutionnaire que (ce) qui fait la révolution

conjoncture, oui, mais encore ?

R.S est bien gentil, et son concept de conjoncture bien joli, mais s'il est « indispensable à la théorie de la communisation », il ne nous aide guère ici en pratique théorique, car il demeure, comme la plupart des concepts de TC, une modélisation schématique et abstraite conceptualisant à outrance ce qui s'agit de démerder dans une praxis

le concept de conjoncture auto-satisfait le théoricien, comme ses « luttes théoriciennes » n'aboutissent qu'à une théorie dont elle n'ont rien à faire, heureusement; non seulement parce que, comme ils le disent eux-mêmes, il n'y à rien à en faire, mais surtout parce qu'il n'ont pas compris que c'est de leur conception de la théorie qu'il n'y a à faire : que ce qui en fût fait. Laissons par conséquent la boîte à outil de Théorie Communiste à Léon de Mattis, pour réparer sa moto de globe-trotter de la communisation



dynamique, limites, écart :
problématiser dans les termes de Théorie Communiste ?
pas de problème, mais...

si, dans ces luttes décoloniales, nous percevons une dynamique à tendance mondiale, nous n'avons pas clairement défini quelles en seraient les limites, et par suite la possibilité d'écarts à observer ou promouvoir, comme TC pensait pouvoir le faire de luttes ouvrières au début des années 2000

dès 2005, j'ai mis en question la manière dont TC sélectionnait des luttes pour y voir un écart, certaines au demeurant n'en présentant pas même le contenu dans ses termes (par exemple, les luttes suicidaires d'ouvriers mettant le feu à leur usine délocalisée, avec seul objectif d'obtenir de bonnes primes de licenciement : Bruno Astarian faisait une remarque comparable). Voir des écarts permettait à TC de considérer qu'il avait des preuves empiriques de ce qu'il avançait jusque-là sous forme d'abstraction théorique (spéculation), et de les intégrer (selon le concret de pensée de Marx), conférant ainsi à son corpus un caractère embarqué dans les luttes réelles, qui aboutira à la fuite en avant de Sic dès sa création et dans son objectif même (j'y reviens en bas de ce commentaire)

Daredevil a écrit:
D’où une attitude schizophrène qui au nom de la critique de toute norme et du caractère théoricien des luttes ne fait paradoxalement que tailler dans le vif des luttes actuelles et de toutes les autres productions théoriques. Pour récupérer le coup, les pirouettes dialectiques sur la « dynamique » et la « limite » sont hasardeuses.

Sur « Théorie Communiste » 2007

si Roland Simon considère encore que Daredevil présentait alors « la meilleure critique de Théorie communiste », c'est il me semble en raison de sa formulation, qui utilise le langage philosophique de TC, dans lequel R.S peut se reconnaître, et reconnaître un interlocuteur valable. Or, si l'on y regarde bien, Bruno Astarian et moi avons fait des critiques de même contenu, qui n'ont jamais fait l'objet de réponses de TC


pas de dialectique des dépassements sans seuil de passage du qualitatif au quantitatif

pour le dire plus simplement, le problème de la dialectique de TC est de ne pas prendre en compte le facteur quantitatif ni dans ces termes la question des seuils, c'est-à-dire du passage de la qualité à la quantité (Bruno Astarian approuvait ma remarque). Concernant la contradiction colonial-décolonial, cette question est évidente pour des raisons d'évolutions démographiques que nous avons déjà abordées (voir POPULATIONS : DÉMOGRAPHIE et MOUVEMENTS MIGRATOIRES)

c'est encore un aspect qui rapproche la méthode dialectique de Théorie Communiste de celle de Hegel pour l'éloigner de celle de Marx, plus complexe et à divers niveaux de généralités et points de vue (Bertell Hollman dans le DÉPASSEMENT À PRODUIRE de l'idéologie française occidentaliste / DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE)


communisation : une théorie intrinsèquement téléologique ?

la critique de Théorie Communiste comme déterministe*, parce que c'est, au sein des variantes de la théorie de la communisation, celle qui le manifeste et le justifie le plus systématiquement dans ses considérations méta-théoriques, ne doit pas cacher que c'est l'ensemble de cette théorie qui pourrait être qualifiée de déterministe, par le seul fait de se poser comme théorie de la communisation, processus révolutionnaire conçu dans un futur dont nous pourrions « parler au présent » : chez dndf, le café du bon coin des "camarades" ? Que ne le font-ils plus ?

* "déterministe" n'est pas "objectiviste" : pas plus que Daredevil nous ne disons que TC est objectiviste

l'attentisme, cette espèce d'observationnisme du préviseur dans l'anglemort des temps présents, n'est pas un défaut par quelque manque de courage à s'engager dans les luttes concrètes, puisque celles-ci sont vues comme ne pouvant produire leur dépassement communiste : en effet, quand on le pense ainsi, pourquoi s'y engager et soutenir de fait, en "activiste" physique ou cérébral prétendant s'y opposer, le "démocratisme radical" ?

seul TC a "franchi le pas", avec la théorie de l'écart, de considérer qu'il est plus avancé que les autres (troploin et Hic Salta), et l'on peut considérer nonobstant Daredevil ci-dessous, qu'à ce moment-là, la pratique de TC, un peu plus que "restreinte" à la théorie, fut effectivement objectiviste

Daredevil a écrit:
Ceux qui critiquent TC comme objectiviste se trompent et passent à côté de l’essentiel. De même que dire qu’Hegel a créé un idéalisme objectif oublie que ce concept d’idéalisme objectif ne peut en être un;

de même TC n’est pas objectiviste et a réellement dépassé l’objectivisme et le subjectivisme. Mais le dépassement effectué par TC, dans l’identité fondamentale qui est le cœur de son discours, est un dépassement irréel, seulement dans la pensée (comme l’idéalisme objectif), dans la mesure où ce dépassement a laissé de côté, simplement comme le faux que l’on laisserait au bord du chemin (selon une formule de TC), à la fois l’objectivité et la subjectivité.

C’est en cela que TC est spéculatif et tautologique.


Sur « Théorie Communiste » 2007

affirmer que « c'est au présent que nous parlons de communisation » (phrase en exergue de dndf) est confronté à l'impossibilité de parler du présent tel quel, sauf à désespérer, en l'absence d'écart observé, les « partisans de la communisation » : voilà au fond, pourquoi Roland Simon avoue ne rien pouvoir dire d'intéressant aujourd'hui, parce que rien du présent n'est théorisable selon son systématisme conceptuel, sa méthode et son style d'exposition. Plus généralement :

c'est en ce sens que la théorie de la communisation a un problème épistémologique global, de nature occidentalo-centriste, c'est en ce sens qu'elle peut et doit donc être critiquée, et que nous devons le faire d'un point de vue décolonial interrogeant son système de pensée sous tous aspects, pour refonder dans une praxis l'unité brisée en Occident du corps, du cœur, et de la raison jusqu'à tisser des liens organiques entre les luttes et leur théorisation

en remettant sur ses pieds la théorie de la communisation, poser la révolution comme visée à terme est de l'ordre d'un engagement communiste matérialiste, non d'une foi d'essence religieuse même sous son masque athée (cf mon texte de 2012 Pour en finir avec mon communisme-théorique),

peu importe alors que ce soit avec cette fière visée révolutionnaire que nous nous engagions dans les luttes actuelles telles qu'elles sont, avec ou sans écart, car ce n'est qu'en partant de façon pragmatique (politique au sens fort) de ce qu'elles sont que ceux qui luttent peuvent produire leurs dépassements



les partisans de la communisation et leur refoulement :
une psycho-pathologie d'individus et groupes de militants

considérer d'emblée, et sans preuve ni arguments théoriques sérieux, ces luttes décoloniales comme nécessairement étatistes*, relève bel et bien de l'objectivisme , mais il tient là de la psycho-pathologie d'un milieu théorique intervenant politiquement dans le terreau de l'idéologie française : voilà le retour du refoulé

* l'amalgame ignorant de dndf : « La notion même de « décolonial » est une interpellation politique de l’Etat »


nécessité de la distanciation : autocritique et auto-analyse permanentes

Patlotch a écrit:
le plus grave, c'est de ne pas interroger ce qu'on est soi-même, d'où l'on vient, d'où l'on parle, de quoi et à qui

Corinne Cerise a écrit:
C'est très difficile. Ce n'est guère simple pour moi de me débarrasser de mes oripeaux, idéologiques d'une part car je ne suis pas "pure" (fort heureusement à la différence de TC), théoriques d'autre part car lorsque la théorie se meurt il est (un peu) ardu de faire mon deuil, ce qui fut la cas avec le programmatisme voici 10 annnées (Alternative Libertaire). Rassurez-vous le "deuil" fut néanmoins de très courte durée.

Pour ma part, je ne crois pas savoir d'où je parle, pour plusieurs raisons sans doute, dont la principale est probablement mon manque de rigueur théorique. Pour l'heure par exemple, je n'ai pas de "pensée" ni de praxis libre, pour autant qu'elle puise l'être dans le monde "matérieLLE" (Christian Charrier). Je ne suis pas capable d'articuler dialectiquement la théorie et sa "preuve". C'est un manque grave. Suis-je compréhensible ?


Théorie Communiste a franchi le pas de théoriser le refoulement psychologique

la question du deuil à faire de ses croyances et appartenances antérieures est effectivement très lourde, mais ma sortie du PCF ne déboucha jamais sur d'autres adhésions à des partis, parce que l'auto-analyse*, à la fois psychologique et plus lentement théorique, passa surtout par une lucidité sur ce qu'est non seulement un parti, non seulement un groupe, mais une identité militante construisant son sectarisme et ses œillères : et là, bien malin qui pourrait le faire sans le poser aussi au niveau personnel, ce que Roland Simon, sur la base de sa propre personnalité, va jusqu'à théoriser qu'il ne faut pas faire

* analyse au sens freudien mais aussi, privilège de poète, parce que la pratique de l'art comme recherche de la vérité, de sa vérité, permet un certain accès à l'inconscient, et je ne suis pas loin de considérer, avec Michel Leiris, la psychanalyse comme un cachet d'aspirine (L'Âge d'homme, 1930-35)

mais les écrits de Michel Leiris, comme de la plupart des poètes et artistes, ne peuvent être vus que comme narcissiques par les Roland Simon du refoulement de leurs vérités : ils n'ont pas encore atteint l'âge d'homme, alors pensez, l'âge de femme...



bref, c'est une identité militante de même nature qu'au PCF ou dans tout parti politique, que l'on rencontre dans les milieux anarchistes, post-ultragauches, et chez les "partisans de la communisation" : ils ne savent ni qui ils sont, ni d'où ils parlent, ni à qui, et bientôt ne peuvent plus parler qu'entre eux, ce qui est on ne peut plus vérifiable sur leurs blogs Internet. Ils font très exactement, entre eux, ce qu'ils reprochent aux militants des partis, dont il n'ont fait qu'une critique partielle, dans les termes de l'ultragauche, avec le retour de bâton logique : quand ils considèrent leur théorie vérifiée dans les faits, ils s'engagent ni plus ni plus en militants voire en « leaders objectifs » (Bernard Lyon) et bientôt, au niveau le plus "haut" d'où ils parlent de nulle part, en « chef de parti » (Bruno Astarian, Où va Théorie Communiste ? )

Sic, revue internationale pour la communisation, éditorial du numéro 1, novembre 2011

Citation :
Dans le moment actuel, la théorie comme ensemble d’activités concrètes (écriture, revue, réunion, diffusion sous de multiples formes, etc.) devient directement elle-même une détermination objective.

Pannekoek a écrit:
Tous ces individus forment une avant-garde de fait, que nous voyons naître au sein de tous les mouvements. Ils deviennent des dirigeants de fait, peuvent contribuer au développement de l'activité des masses et, de par la largeur de leurs vues, être de bon conseil.

Quand ils se réunissent en petits groupes ou partis, avec des programmes bien établis, ces relations fluides se pétrifient. Alors, en tant que dirigeants
ex officio, ils se prennent pour des chefs et veulent être suivis et obéis. »

Anton Pannekoek, septembre 1954, cité par Roland Simon, Histoire critique de l'ultragauche, deuxième édition, Senonevero, page 235


ce n'est donc pas sans compassion que je me mets à la place de ceux d'entre eux que troublent la situation présente, et les débats que nous engageons

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MessageSujet: Re: CRISE et RÉVOLUTION de CIVILISATION : éléments... et conversation   Jeu 7 Jan - 11:38


du charme persistant d'une théorie de la révolution

la communisation comme horizon de subjectivation



une théorie de la communisation, c'est d'abord une théorie qui « explore les voies de la révolution », et c'est en ceci qu'elle nous concerne encore

malgré la rupture avec ce qui fait l'essentiel de la pratique théorique d'un milieu marginal et sans lien avec les luttes, il faut maintenir l'échange avec certains concepts de la théorie de la communisation, et ceci pour une raison fondamentale : c'est, depuis 40 ans (avec celle de Negri sans doute), la seule théorie qui ait maintenu sur le feu la question de la révolution communiste, et ce point est d'une importance subjective essentielle

il ne fait aucun doute que la plupart des partisans de la communisation y sont sincèrement attachés pour cette raison, la perspective d'une révolution communiste, et c'est pourquoi la théorisation élaborée ici doit pouvoir se comprendre, y compris de façon radicalement critique, dans les termes de la théorie de la communisation en tant que mise en perspective révolutionnaire

troploin a écrit:
Parler de communisation, c’est affirmer qu’une révolution future n’aurait de sens émancipateur et de chance de succès qu’en entamant dès ses débuts une transformation communiste sur tous les plans, de la production de nourriture à la manière de la manger, en passant par la façon de se déplacer, de se loger, d’apprendre, de voyager, de lire, de ne rien faire, d’aimer, de ne pas aimer, de débattre et de décider de notre avenir, etc. Un tel processus ne remplace pas, mais accompagne et renforce la destruction (nécessairement violente) de l’Etat et des institutions politiques qui soutiennent la marchandise et le salariat. Cette transformation, à l’échelle planétaire, s’étendrait sans doute sur des générations, mais sans créer préalablement les bases d’une société future destinée à n’advenir qu’ensuite, après une plus ou moins longue phase de « transition ».

COMMUNISATION : UN « APPEL » ET UNE « INVITE »

dans les termes de Théorie Communiste, Qui sommes nous ?
TC a écrit:
La révolution est à partir de ce cycle de luttes un dépassement produit par celui-ci. Il ne peut y avoir transcroissance des luttes actuelles à la révolution pour la simple raison que celle-ci est abolition des classes. Ce dépassement c’est le moment où, dans la lutte des classes, l’appartenance de classe devient elle-même une contrainte extérieure imposée par le capital, c’est un procès contradictoire interne au mode de production capitaliste. En attendant, ni orphelins du mouvement ouvrier, ni prophètes du communisme à venir, nous sommes dans la lutte de classe telle qu’elle est quotidiennement et telle qu’elle est productrice de théorie.



peut-on encore parler de révolution ?

autrement dit, à la question que posait Temps Critiques : Peut-on encore parler de révolution ? * nous répondons oui, et le faisons encore sur une base, entre autres, de classe, et c'est en cela que nous sommes encore partie prenant d'une théorie pour la communisation

* voir Jacques Wajnstejn (JW) prolétariat, sujet historique, genres et théories de la valeur juillet 2013

JW a écrit:
S’il n’y a plus de sujet révolutionnaire, peut-on encore parler de révolution ? Nous ne sommes pas tous d’accord là-dessus aujourd’hui...

Dans notre perspective, la révolution à titre humain serait alors le dépassement des particularismes dans le cadre d’une tension directe des individus vers la communauté humaine. Mais dans ce sens le recours à la notion de classe (même universelle) ne semble plus nécessaire à partir du moment où on replace les individus singuliers au centre de la critique et des pratiques subversives et/ou alternatives (la révolution ce n’est plus le « Grand soir » de la grève générale insurrectionnelle et encore moins la prise du Palais d’hiver bolchévique ou le foco guévariste.

Pour devenir plus convaincante cette critique des classes devait s’appuyer sur une analyse à la fois plus fine et plus synthétique de ce que nous appellerons, à partir de 2007, « la révolution du capital »... nous ne disons pas qu’il n’y a plus de classes au sens sociologique de catégories parce que la société est encore en partie structurée en classes, mais qu’il n’y a plus de classes antagoniques au sens fort avec une conscience de ses intérêts, de son rôle dans la transformation du monde, d’une perspective de société autre

[dans les émeutes de 2005]  On a affaire à ce que nous appelons une identité négative, mais comme elle n’a pas de substance il faut bien la remplir et c’est là qu’interviennent diverses formes de communautarismes et de particularismes.

[et là, on est en totale opposition avec l'analyse présentée ici de ces identités quand elles deviennent identités de luttes avec la possibilité qu'elles produisent leur dépassement : voir le fil "RACE, CLASSE et GENRE" ? SYNTHÈSE : théorie, stratégie et politique communiste, féministe et décoloniale. Il n'est donc pas étonnant que tous les furieux "antifas" qui rejettent les oppositions de races et les luttes qu'elles provoquent comme ayant un caractère de classe renvoient aux textes de Temps Critiques (CNT-AIT Toulouse, Lobo sur dndf, Non-Fides) comme « intéressants » contre ceux de la théorie de la communisation. Mais il n'empêche que le négationnisme eurocentriste leur demeure commun (il n'est pas inintéressant de constater que Non-Fides figurait dans les liens de la revue Meeting...


C’est l’existence et la portée problématiques de cette dimension universaliste non prolétarienne ou post-prolétarienne qui produit la difficulté à analyser la dimension subversive ou simplement moderniste de mouvements aussi différents que ceux des places Tahrir, Syntagma ou Taksim et des mouvements comme ceux des « indignés » ou anti-TAV ou anti Notre Dame des Landes.

Cette structuration en classe n’est en fait plus qu’une survivance de la phase bourgeoise et industrialiste du capital ; une survivance que la société capitalisée est en train, si ce n’est de dépasser [...] du moins d’englober par une accélération du processus d’individualisation à travers de nouvelles particularisations.

[ici, comme analysé dans un sujet disparu, il n'y a plus du tout de dialectique des contradictions, plus même de prolétariat, et par conséquent aucun dépassement possible sur une base prenant en compte l'antagonisme de classes, bien qu'il soit paradoxalement reconnu (difficile de s'en passer ou alors on ne parle plus que des luttes des couches moyennes, et c'est le cas)... la perspective de la "révolution à titre humain" universel ne s'accroche sur rien, encore moins que la théorie de la communisation, dont le problème est plutôt de construire une conception plurielle du prolétariat de notre temps, au lieu de traîner la figure marxiste étriquée d'une classe ouvrière ayant perdu son identité]


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MessageSujet: Re: CRISE et RÉVOLUTION de CIVILISATION : éléments... et conversation   Jeu 7 Jan - 20:14


« une civilisation de la mort »

dans cette vidéo qui peut être visionnée comme une synthèse de la critique décoloniale selon Ramon Grosfoguel, celui-ci insiste sur le caractère de civilisation du système-monde capitaliste actuel qui n'est pas qu'exploitation économique et  économique et pouvoirs étatiques, mais un ensemble de « structures nouvelles de pouvoirs », dans lequel « toutes les oppressions sont aggravées par l'oppression raciale » , et « toutes les zones d'existence humaine hiérarchisées par cette civilisation », bref, un ensemble systémique global dont il décrit ici la "cartographie", avec également un long passage sur ce qu'on appelle le "patriarcat" et la "contradiction de genre"

je conseille vivement cette vidéo, dans la mesure où les interventions décoloniales de Ramon Grosfoguel en français sont rares, mais parmi les plus riches et des plus intéressantes en rapport avec la critique radicale du capital qui nous préoccupe ici



zones d'être et zones de non-être

comment le système gère les conflits...
par la violence plus que le droit



« La cartographie du pouvoir colonial », avec le professeur Ramon Grosfoguel, du département d'études ethniques de l'Université de Berkeley. Il propose une analyse globale de la matrice du pouvoir colonial / impérial ou comment aborder les questions économiques, l'écologie, la race, le genre avec une lecture décoloniale ? 30 novembre 2013

« ce n'est pas parce que quelqu'un est blanc
qu'il ne peut pas produire une pensée décoloniale...»


mais seulement s'il prend sérieusement la pensée de l'autre côté, [sans dénier] sa responsabilité
... il lui faut faire le travail, déconstruire, décoloniser, sa manière de voir le monde...


« je ne suis pas anti-européen, je suis anti-eurocentrique »

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MessageSujet: Re: CRISE et RÉVOLUTION de CIVILISATION : éléments... et conversation   Jeu 7 Jan - 21:04


(re)trouvé par Corinne Cerise dans




LA RÉvolution SurrÉaliste N°5
, p. 31-32, 15 octobre 1925

« Nous voulons [...] proclamer notre détachement absolu, et en quelque sorte notre purification, des idées qui sont à la base de la civilisation européenne [...].

Plus encore que le patriotisme qui est une hystérie comme une autre, mais plus creuse et plus mortelle qu’une autre, ce qui nous répugne c’est l’idée de Patrie qui est vraiment le concept le plus bestial, le moins philosophique dans lequel on essaie de faire entrer notre esprit.

Nous sommes certainement des Barbares puisqu’une certaine forme de civilisation nous écœure. Partout où règne la civilisation occidentale toutes attaches humaines ont cessé à l’exception de celles qui avaient pour raison d’être l’intérêt [...].

C’est notre rejet de toute loi consentie, notre espoir en des forces neuves, souterraines et capables de bousculer l’Histoire, de rompre l’enchaînement dérisoire des faits, qui nous fait tourner les yeux vers l’Asie [...].

L’époque moderne a fait son temps. La stéréotypie des gestes, des actes, des mensonges de l’Europe a accompli le cycle du dégoût



on peut dire bien du mal des surréalistes, mais constater aussi que des repères se sont depuis perdus...

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MessageSujet: Re: CRISE et RÉVOLUTION de CIVILISATION : éléments... et conversation   Lun 18 Jan - 16:54

reçu aujourd'hui à 15:52

Corinne Cerise a écrit:
Dans une civilisation communiste tous les rapports sociaux auront été abolis tels que nous les connaissons. Ils n'y aura plus de restrictions aux aspirations humaines. L'homme sera accompli. Dans la vie quotidienne les un-e-s s'uniront avec les autres, procréeront librement selon leurs choix, et il n'y aura plus de famille, peut-être des cercles d'affinités particulières au sein de groupes locaux ou éloignés.

Mais l'instinct maternel survivra. Cela fait partie de la Nature.

Comment concevoir cet instinct dans une telle civilisation ?


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MessageSujet: Re: CRISE et RÉVOLUTION de CIVILISATION : éléments... et conversation   Lun 18 Jan - 17:21


une révolution des "instincts" ?

Corinne Cerise a écrit:
Dans une civilisation communiste tous les rapports sociaux auront été abolis tels que nous les connaissons. Ils n'y aura plus de restrictions aux aspirations humaines. L'homme sera accompli. Dans la vie quotidienne les un-e-s s'uniront avec les autres, procréeront librement selon leurs choix, et il n'y aura plus de famille, peut-être des cercles d'affinités particulières au sein de groupes locaux ou éloignés.

Mais l'instinct maternel survivra. Cela fait partie de la Nature.

Comment concevoir cet instinct dans une telle civilisation ?

ouh là là... nous n'en sommes pas là, et je ne pense pas qu'on puisse "concevoir" un problème avant qu'il ne se pose. Toujours est-il que "l'instinct maternel" n'est pas porté par les seules mères à leurs seuls enfants, ni chez les animaux, ni chez les humains, et ceci sans attendre une "civilisation communiste"

les pères s'occupant de leurs enfants ou de ceux des autres, à titre professionnel ou bénévole, font-ils preuve d'"instinct maternel" ou d'"instinct paternel" ? On voit bien que la question ainsi posée n'a pas de sens

si cet "instinct" s'est développé chez les femmes, c'est bien parce qu'elles ont été assignées à cette fonction devenue "maternelle" car essencialisée comme telle, pour un ensemble de raisons, dès les sociétés primitives, puis de plus en plus comme quelque chose de "naturel", dont le pendant est la domination masculine, le machisme structurel nécessaire au capitalisme dans la reproduction générationnelle des êtres humains, donc du prolétariat et de sa force de travail

pour moi, si l'on peut parler d'abolition des genres, ou du genre, c'est ici dans le sens où ces fonctions ne seraient plus assignées aux femmes plus qu'aux hommes ou autres, au sens sexuel génétique (naturel ?) de ces catégories historico-sociales

c'est le mot "instinct" qui est le plus problématique : les instincts ne sont-ils pas aussi en partie des construits socio-historiques ? Dès lors pourquoi ne pas envisager une révolution des instincts qui, quoi qu'il en soit en la matière "maternelle", sont relationnels, donc se posent entre individus et non dans une essence (psychologique...) de l'individu communiste isolé, un oxymore, contradiction dans les termes déjà concernant l'individu dans le capital :

Marx a écrit:
l'essence de l'homme [et de la femme] n'est pas une abstraction inhérente à l'individu isolé. Dans sa réalité, elle est l'ensemble des rapports sociaux.

Thèses sur Feuerbach VI 1845

cela va tout à fait dans le sens d'une métamorphose, auto-transformation des individus par des relations nouvelles entre eux, ce qu'on appelle "immédiateté sociale entre individus", et que j'ai mis en chantier dans le sujet L'INDIVIDU au-delà de L'INDIVIDUALISME => "Je est des autres" : COMMUNISATION

plus inquiétant est l'idéologie transhumaniste, avec son petit côté meilleur des mondes : communiste ? Il est des "communistes" et "anarchistes" pour le penser, ce qui laisse singeur songeur. Voir le sujet 'PROGRÈS', SCIENCES, HUMAIN, SANTÉ et capital... TRANSHUMANISME et dés-humanité


Citation :
Dans ce livre visionnaire écrit dès 1932, Aldous Huxley imagine une société qui utiliserait la génétique et le clonage pour le conditionnement et le contrôle des individus.

Dans cette société future, tous les enfants sont conçus dans des éprouvettes. Ils sont génétiquement conditionnés pour appartenir à l'une des 5 catégories de population. De la plus intelligente à la plus stupide: les Alpha (l'élite), les Bétas (les exécutants), les Gammas (les employés subalternes), les Deltas et les Epsilons (destinés aux travaux pénibles).

Le "meilleur des mondes" décrit aussi ce que serait la dictature parfaite: une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s'évader. Un système d'esclavage où, grâce la consommation et au divertissement, les esclaves "auraient l'amour de leur servitude"...


autrement dit, si je renverse votre question, Corinne, n'y a-t-il pas du pain sur la planche dès aujourd'hui pour alimenter les combats communistes, et qui englobent et dépassent le féminisme et l'écologisme séparés, aussi "radicaux" seraient-ils ?
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MessageSujet: Re: CRISE et RÉVOLUTION de CIVILISATION : éléments... et conversation   Jeu 30 Juin - 16:27


un article intéressant, à lire avec des lunettes... Liens dans l'original


crise de civilisation

chaud devant la zone et en avant le zonage du monde

BREXIT : villes-mondes contre États-nations, l’élite contre les invisibles

Karol Agora-Vox 30 juin 2016

« un cocktail de divertissement abrutissant et d’alimentation suffisante
permettant de maintenir de bonne humeur la population frustrée de la planète »


« L’enseignement de l’ignorance et ses conditions modernes » Jean-Claude Michéa d'après Zbigniew Brzezinski, 2006


Citation :
Deux jours à peine après la sidération causée dans l’élite cosmopolite par le résultat du référendum en Grande Bretagne, Anne Hidalgo et Sadiq Kahn, respectivement Maire de Paris ( P.S.) et de Londres (Travailliste), capitales les plus riches d’Europe, ont publié dans Le Parisien et le Financial Times une tribune commune pour affirmer haut et fort que malgré la sortie éventuelle de la Grande Bretagne de l’Union Européenne, les deux villes se rapprocheront encore plus, oubliant que si ces deux villes sont ce qu’elles sont des « villes- mondes » prospères – c’est précisément parce qu’elles sont les capitales d’Etats-nations qui, par leur histoire coloniale, leur politique économique et industrielle, ont pu concentrer d’énormes richesses recyclées aujourd’hui dans la finance, le commerce international, les services et l’immobilier.

Dans cette tribune où on oppose le dynamisme des villes-mondes à la léthargie des États-nations, on ne dit pas un mot sur toutes ces victimes de la mondialisation et des politiques ultra libérales, véritables réfugiés de l’intérieur reclus au fond d’un périurbain informe ou dans un chef-lieu de province totalement dévitalisé de ses commerces ou encore dans un bassin industriel laissé en friches après un demi-siècle de dérégulation et de délocalisation de l’économie. Victimes qui ont encore le toupet, pour notre élite 2.0 (1), lorsqu’elles trouvent la force et la motivation de se déplacer, de très très mal voter.

Ce référendum avec le succès du « Out » est bien l’illustration jusqu’à la caricature de la distance de plus en plus marquée entre ces deux mondes qui s’éloignent chaque jour un peu plus l’un de l’autre. Monde branché des urbains cosmopolites, qui vont et viennent d’une métropole à l’autre, les yeux rivés sur leur smartphone, satisfaits de pouvoir jouir de mille et un services grâce à l’entremise des plateformes numériques dispersées de par le monde et qui ignorent tout de l’existence de cet univers caché des perdants, des blasés, des renfrognés qui seraient incapables de trouver leur place dans cette nouvelle économie déterritorialisée.

La répartition géographique des résultats du vote est sur ce point significative : 60 % de IN dans le Grand Londres et en Ecosse, 59% des OUT dans les Midlands. Dans les régions industrielles du nord, les scores pour le Brexit dépassent par endroits 60%. Ce sont les personnes âgées, les ouvriers, les précaires et les ruraux qui ont voté LEAVE et qui sont aussi victimes des politiques ultra libérales conduites depuis plus de 40 ans par à la fois les gouvernements de Grande Bretagne et les instances de l’UE.

Politiques qui ont eu pour objectif le démantèlement des secteurs industriel et minier anglais au profit du secteur financier localisé à Londres. La dégradation des services publics (services de santé et d’éducation), le recours aux travailleurs détachés des autres pays de l’UE et la multiplication des contrats « zéro heure » dans les services ( lien ) ont eu pour conséquences de déstabiliser le marché du travail et de précariser des pans entiers de la classe ouvrière britannique. C’est ce qui explique, en partie, ce vote de rejet d’une Europe technocratique incapable d’assurer la protection de l’ensemble de sa population. Population paupérisée qui, à cause de la hausse de l’immobilier, est rejetée de plus en plus loin des centres urbains fournisseurs de services et créateurs d’emplois. Population qui est convaincue qu’elle n’a plus rien à attendre d’un projet européen entièrement voué à la construction d’un espace ouvert à la libre concurrence et la libre circulation à la fois des marchandises, des capitaux et des compétences aux dépens de la construction d’une communauté politique dans un espace social protecteur et émancipateur. Rancœurs et ressentiments de tous ces oubliés savamment exploités par tous les démagogues de l’Ukip et du parti Conservateur incapables de proposer une alternative crédible à la politique actuelle.

Les luttes du mouvement ouvrier aux XIX et XXe siècles avaient permis la constitution d’un État-nation régulateur qui avec son système social et ses services publics, en irriguant chaque kilomètre carré du territoire contribuait à l’émergence chez chaque citoyen du sentiment de faire partie d’une même communauté de destin. Tout cela avait permis l’émergence dans l’ensemble de la République d’une classe moyenne et d’une large classe ouvrière prospère. L’ouverture des échanges et la mise en compétition des travailleurs du monde entier a fait se développer ces villes-mondes, nouveaux centres de production de la richesse qui concentrent les compétences de toutes origines, absorbant peu à peu le dynamisme économique du pays, ses propres ressources humaines et matérielles. Ces villes globales sont reliées entre elles par de performants réseaux de services de communications et de transports tant terrestres qu’aériens. Peu à peu leur gestion s’autonomise de celle des États qui n’ont plus les moyens d’assurer l’essentiel en matière de services publics et d’infrastructures dans les territoires ruraux éloignés des grands centres urbains qui subissent de plein fouet les effets de la mondialisation avec son lot de délocalisations, de fermetures d’usines et qui doivent aussi continuer à nourrir, à éduquer et à soigner tant bien que mal tout ceux qui ne peuvent où ne veulent entrer dans cette nouvelle économie réticulée des mégapoles internationales. (lire : la fracture sanitaire s’aggrave). États-nations qui à cause du chantage fiscal imposé par les grands groupes industriels et financiers mondialisés ne réussissent plus à socialiser un minimum de richesses pour assurer un minimum de solidarité entre tous les citoyens et à préserver une homogénéité sociale sur l’ensemble de leur territoire.

Le problème qu’illustre aussi les résultats de ce référendum est que le système économique que nous subissons produit depuis quelques temps plus de perdants que de gagnants ce qui s’accommode mal d’un système démocratique qui donne à chaque citoyen, pauvre ou riche, victime ou gagnant, jeune ou vieux, urbain ou rural une voix, un vote. Notre élite, quelle que soit sa réussite, sa clairvoyance et son intelligence, quelle que soit sa mobilité et ses capacités à s’extraire des particularismes pour se fondre dans l’universel a un énorme boulet au pied : tous les ratés, les perdants, que leur propre politique a produit, abandonnés par un État incapable d’assurer ses missions élémentaires, et qui, nostalgiques d’un temps révolu, continuent à s’accrocher à leur territoire et à fantasmer sur l’idée d’un peuple souverain. C’est exactement ce qui semble affoler Alain Minc qui affirme sans complexe « c’est la victoire des gens peu formés sur les gens éduqués » (lien)

C’est ballot mais toute cette élite bien pensante, les BHL et nos médiacrates à la Arnaud Parmentier ( 1) ont oublié que les pauvres et les exclus en tout genre ont encore le droit de voter et de choisir leur destin et qu’ils sont majoritaires et de plus en plus nombreux dans ce monde profondément inégalitaire que ces gens éduqués et experts ont contribué à bâtir.

Dans tous les domaines de l’activité humaine se développe cette société à deux vitesses. D’un côté, le monde des aéroports et de la 1ère classe des Thalys, Eurostar et autres TGV, monde de la jet-set, des colloques et rencontres internationales, monde des décideurs au parler » globish « , monde des acteurs des médias et de la politique, du luxe et du sur-mesure , du « secteur libre » des hôpitaux et des écoles et universités prestigieuses, monde des hôtels de luxe et des quartiers résidentiels sécurisés : le monde des 1% entourés de 20 % de la population utile à leur prospérité. De l’autre le monde des invisibles, des considérés comme « inactifs » ou « assistés », bref des losers en tout genre condamnés à vivoter plus ou moins confortablement devant un écran en bouffant des chips au fond d’une lointaine banlieue ou dans un village endormi. (2)

Déjà en septembre 1995, sous l’égide de la fondation Gorbatchev, « cinq cents hommes politiques, leaders économiques et scientifiques de premier plan » réunis à l’hôtel Fairmont à San Francisco phosphoraient sur ce brûlant sujet. « L’assemblée commença par reconnaître une évidence indiscutable – que « dans le siècle à venir (21° siècle), deux dixièmes de la population active suffiraient à maintenir l’activité de l’économie mondiale »

Alors que faire pour gouverner les 80 % d’humanité surnuméraire dont l’inutilité a été programmée par la logique libérale ? La solution qui, au terme du débat, s’imposa, fut celle proposée par Zbigniew Brzezinski (ancien conseiller de Jimmy Carter ) sous le nom de tittytainment. Il s’agissait de définir un « cocktail de divertissement abrutissant et d’alimentation suffisante permettant de maintenir de bonne humeur la population frustrée de la planète » (3)


wikipédia a écrit:
Le Tittytainmentt est un mot-valise désignant un sous-système soutenu voire mis en œuvre pour inhiber la critique politique chez les laissés pour compte du libéralisme et du mondialisme. Il passe notamment par l’omniprésence de divertissements abrutissants et une satisfaction suffisante des besoins primaires humains.

Le mot tittytainment a été utilisé en septembre 1995 par le démocrate Zbigniew Brzezinski, membre de la commission trilatérale...


Vingt ans après notre jeune chantre du libéralisme Gaspar Koenig ne dit rien d’autre dans sa chronique dans Le Figaro, sidéré après avoir appris les résultats du référendum par l’intermédiaire du commandant de bord dans un vol Paris-Londres. Ne rêve-t-il pas d’un monde communautaire où chacun se regrouperait en fonction de ses intérêts du moment tout en ignorant les autres : « Mais puisque l’on joue au jeu des sécessions, allons jusqu’au bout. Appliquons la logique des « communautés intentionnelles », comme on dit au Québec.

Qui a voté pour rester dans l’Europe ?

L’Irlande du Nord, L’Écosse, Londres. Et les jeunes (de manière écrasante : 75% des 18-24 ans, et la majorité des moins de 50 ans). Pourquoi ne prendraient-ils pas leur indépendance eux aussi ? La charismatique leader du SNP, le parti indépendantiste écossais, a d’ores et déjà appelé à un second référendum pour l’Ecosse. Et une pétition circule déjà en ligne pour faire de Londres un État autonome ! Après tout, plutôt que de partir, pourquoi ne pas nous approprier Londres ? « Take back control », qu’ils disaient. Chiche. Que les esprits cosmopolites du monde entier fassent de Londres leur pays, un pays libre, jeune, ouvert et prospère. (lien)

Mais que faire alors de cette population « surnuméraire », population de « brèles » et de « bras cassés » qui ont perdu « la seule souveraineté qui compte : celle de soi-même » comme le dit si bien M. Koenig, – souveraineté que certains réserveraient plutôt à eux-mêmes et à ceux à qui la réussite dans ce monde libéral sourit - de ces victimes de ce capitalisme global qui attendent d’un État la manifestation d’une solidarité élémentaire et les moyens de s’émanciper pour s’extirper de la situation dans laquelle le système actuel les cantonne ?

A ce jour on ne sait pas encore quelle leçon tireront nos éminents experts de Bruxelles de la victoire du « Leave » . Ce qui est certain est qu’il est plus qu’urgent de se préoccuper du niveau des inégalités de part le monde. Il est tel aujourd’hui qu’il met à terme en danger l’existence de notre civilisation fondée encore et faute d’autre alternative sur l’existence d’États-nations garants de la sécurité et capables d’assurer un destin commun à l’ensemble de leur population. (4)

LA SCIENCE DU PARTAGE

_________________

(1) Lire l’excellent article « Le Brexit et la grande secession des élites ; Vers le peuple 2.0 » de Vera Mikhaïlichenko dans Agoravox.

(2) Aux Etats-unis alors que le chiffre officiel des demandeurs d’emploi est autour de 5 %, ce sont au total plus de 100 millions de personnes de plus de 18 ans qui sont hors du marché du travail (source)

(3) Extrait de « L’enseignement de l’ignorance » Jean-Claude Michéa Éditions Climats Pages 41-42

(4) Une étude du Goddard Space Flight Center – un important centre de recherche de la NASA – met en garde contre un effondrement de notre civilisation… dans quelques dizaines d’années. (lien). Que prédit cette étude ? une météorite géante s’écraserait sur la Terre et, comme au temps des dinosaures (lien), anéantirait la vie humaine ? Non. Une catastrophe nucléaire ? Non, cet effondrement de notre civilisation serait lié à la surexploitation des ressources et à l’inégale distribution des richesses. Pour parvenir à leurs résultats, des sociologues se sont basés sur un modèle mathématique Handy (Human And Nature DYnamical). L’étude dirigée par le mathématicien Safa Motesharri de la National Science Foundation (États-Unis) a permis de déterminer plusieurs facteurs qui, en étant reliés, conduiront à un effondrement. « La rareté des ressources provoquée par la pression exercée sur l’écologie et la stratification économique entre riches et pauvres a toujours joué un rôle central dans le processus d’effondrement. Du moins, au cours des cinq mille dernières années » indiquent les chercheurs. (A la NASA la fin du monde est annoncée)


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MessageSujet: Re: CRISE et RÉVOLUTION de CIVILISATION : éléments... et conversation   Mer 19 Oct - 4:56


le capitalisme comme civilisation, corollaire


comment puis-je encore appeler théorie communiste ce qui ne met plus au centre comme sujet révolutionnaire le prolétariat ouvrier soumis à l'exploitation capitaliste, autrement dit pour les marxistes la lutte des classes ?

c'est que la lutte des classes n'est plus ce qu'elle était et que le prolétariat ouvrier n'est pas le sujet révolutionnaire de l'abolition du capital

si l'on veut conserver le schéma communisateur, il faut revoir les définitions usées du prolétariat, et revenir à celle de Marx de celui qui n'a que ses chaînes à perdre. Aujourd'hui, cela nous fait sortir de l'absolu de la production, comme on voit nombre de théories interroger cette question, mais cela ne signifie nullement que la production/exploitation du prolétariat au sens de classe ouvrière productrice ne joue pas un rôle central, puisqu'elle définit le capitalisme comme mode de production

le problème est que le capitalisme en subsomption réelle n'est plus seulement un mode de production/reproduction mais une civilisation conduite à sa perte

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MessageSujet: Re: CRISE et RÉVOLUTION de CIVILISATION : éléments... et conversation   Mer 9 Nov - 12:27


du 4 septembre 2016


inventeur pour le PCF du "capitalisme monopoliste d'État" et de la "flexi-sécurité", Paul Boccara n'est pas ma tasse de thé marxiste. Mais enfin, comme tout le monde, il doit bien convenir de certaines caractéristiques de la double crise actuelle du capital et de l'Occident. Quant à aller vers une « civilisation de l'humanité » par « le ­développement des services publics », la montagne des grands mots accouche d'une souris démocrate étatiste...

« la crise systémique actuelle du capitalisme mondialisé et financiarisé est plus qu’une crise économique,
il s’agit d’une crise de civilisation, celle de la civilisation occidentale mondialisée.»

Paul Boccara



Citation :
La crise financière et économique de 2008-2010 a fait voler en éclats les illusions sur le monde dominé par le néo-libéralisme. Mais cet ouvrage ne se limite pas à la crise du capitalisme. Il l’intègre dans la crise de toute la civilisation occidentale et de sa mondialisation. Il insiste sur les rapports politiques, parentaux, démographiques, culturels, jusqu’aux défis des intégrismes. Il met en évidence les révolutions technologiques et les mutations sociétales.

Des propositions de maîtrise et de dépassement des marchés, mais aussi des délégations de pouvoirs, visent une civilisation de partages de toute l’humanité, favorisant les activités sociales libres de chacun.


Par ici la sortie du capitalisme et du libéralisme

Pierre Ivorra L'Humanité 8 Août 2016

Paul Boccara revient sur la crise de la civilisation occidentale. Il l’analyse dans ses deux dimensions, économique et anthroponomique, et appelle à la dépasser.


Citation :
Ce nouvel ouvrage de Paul Boccara, écrit en collaboration avec Catherine Mills, reprend le fil d’une de ses contributions antérieures, l’une des plus originales, celle présentée en 2010 à l’occasion d’une audition au Conseil économique, social et ­environnemental (1). Il y montrait que la crise systémique actuelle du capitalisme mondialisé et financiarisé est plus qu’une crise économique, il s’agit d’une crise de civilisation, celle de la civilisation occidentale mondialisée. Elle touche tous les aspects de la vie humaine et pose la question « de sa transformation complète » pour aller vers « une civilisation de toute l’humanité ». Le tisserand des idées reprend donc le fil, mais pour mieux travailler la maille, aller plus loin dans sa réflexion.

En premier lieu, il entend montrer que le fil remonte bien haut dans l’histoire de la pensée : « On retrouve, écrit-il, chez un très grand nombre d’auteurs importants, à propos de la civilisation, des références aux trois caractères ou composantes : les rapports ­sociaux, les techniques matérielles, la culture. » Cela a été particulièrement le cas à partir du XIXe siècle et jusqu’à nos jours. Comme à son habitude, Paul Boccara met ses pas dans la pensée de Marx, mais pour aller plus loin, en prenant notamment en compte tout l’apport de penseurs contemporains.

Fort de ce parrainage historique, il considère qu’« un système global civilisationnel » est constitué de « deux sous-systèmes sociaux fondamentaux, se conditionnant réciproquement », d’une part, « le système économique, de transformation de la nature extérieure en produits » et, d’autre part, « le système anthroponomique (2) de transformation de la nature humaine, pour la régénération humaine, biologique, informationnelle et sociétale ». Dans la crise systémique actuelle, ces deux sous-systèmes sont eux-mêmes en crise. C’est à partir de cette crise globale et des « risques majeurs d’éclatement d’un surendettement et d’une suraccumulation encore plus graves » qu’en 2007-2008 que l’auteur avance « des éléments sur une autre économie mondialisée de dépassement du capitalisme » avec des propositions telles que la sécurité d’emploi et de formation, les nouveaux pouvoirs des travailleurs, la maîtrise de l’argent et du crédit.

Transformations sociétales entre homme et femme

Cette crise de civilisation appelle tout autant l’élaboration de propositions pour « une autre anthroponomie de ­dépassement du libéralisme mondialisé » avec des transformations sociétales concernant les rapports entre les hommes et les femmes, les jeunes et les adultes, les personnes âgées, et le ­développement des services publics permettant ces transformations. L’humanité parviendra-t-elle à créer une nouvelle civilisation de toute l’humanité ou, avec l’exacerbation des conflits et des dominations que l’on constate, va-t-on vers une fermeture et un déclin de la civilisation occidentale ? Les risques d’effondrement sont d’autant plus réels que l’humanité est menacée dans son existence par le réchauffement climatique. Ce qui permet à l’auteur de souligner « la portée systémique radicale des transformations climatiques et son potentiel de rassemblement des luttes sociales et politiques ». Le fil est ainsi renoué entre mouvements sociaux et sociétaux.

(1) « La crise systémique : une crise de civilisation. Ses perspectives et des propositions pour avancer vers une nouvelle civilisation ». Texte publié par la Fondation Gabriel-Péri.(2) Qui concerne les domaines autres que l’économie.


un petit livre de Paul Boccara




le thème de l'Occident apparaît au chapitre 2 : La crise systémique : crise de la civilisation occidentale

j'y reviendrai après lecture

pour le reste, Paul Boccara repasse les plats de son réformisme impénitent :

chapitre 3 : Éléments sur une autre économie mondialisée du dépassement du capitalisme
chapitre 4 : Éléments sur une autre anthroponomie de dépassement du libéralisme mondialisé
chapitre 5 : Climat et effondrement de la civilisation occidentale ? Constat, prospective et alternatives possibles


parlant de "crise systémique" comme celle de "la civilisation occidentale", Boccara ne définit pas celle-ci autour du concept d'Occident, et n'en produit aucune critique spécifique de type épistémologique comme les penseurs décoloniaux. Pourquoi ?

tout simplement parce que pour lui « Capitalisme et libéralisme déterminent la civilisation occidentale, aujourd'hui mondialisée et exacerbée. » (p. 40) «... est manifeste la crise actuelle de la civilisation occidentale mondialisée... » (p. 11)

d'un côté, c'est intéressant, puisque pour lui, la Chine, par exemple, relève de cette civilisation... occidentale. Autrement dit le capitalisme contemporain est bien pour lui ce qui absorbe le tout dont il examine quelques contradictions, mais jamais en tant qu'elles héritent spécifiquement de la modernité occidentale, ce qui marque profondément ses propositions "alternatives"


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MessageSujet: Re: CRISE et RÉVOLUTION de CIVILISATION : éléments... et conversation   Lun 14 Nov - 11:14

j'aime bien la formule « crise de décivilisation », étant entendu qu'il n'y a pas de révolution sans crise. De ce point de vue, quant à l'activité globale du prolétariat dans cette crise, on pourrait parler de dérévolution, puisque contre-révolution supposerait qu'une révolution soit engagée (Bruno Astarian fait une remarque similaire). Si c'est le cas, certainement pas d'abolition du capitalisme
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MessageSujet: Re: CRISE et RÉVOLUTION de CIVILISATION : éléments... et conversation   Lun 9 Jan - 16:38

[Entretien]
Selon Nicolas Béniès, « Nous sommes confrontés à une crise de civilisation »

La Marseillaise, 27 décembre 2016

L'utilisation de l'article, la reproduction, la diffusion est interdite - LMRS - (c) Copyright Journal La Marseillaise

Enseignant à l'Université Populaire de Caen et économiste, Nicolas Béniès a pris la peine de lire les économistes libéraux et les idéologues qui vulgarisent leurs idées simplistes. Il met à nu leurs artifices langagiers. Il argumente de manière efficace et lucide. Son nouveau livre « Le basculement du monde » (1) a deux qualités essentielles : il va à la racine des choses et il est clair. Il montre que la crise est systémique : financière, économique, sociale, politique, morale et idéologique.

Citation :
.Commençons par l’éclatement de la crise économique et financière en 2007-2008. Quelles en sont les causes profondes ?

La cause immédiate c’est la prolifération des « produits financiers », la titrisation qui ne connaît pas de limites. Les « bulles financières » en sont la résultante. Elles explosent faute de validation liée à la création de richesses. Il faut détruire, c'est le sens de la crise, pour que le système se perpétue. Cette crise financière provoque ipso facto, une crise économique globale tellement la croissance vogue sur un océan de dettes. La surproduction jusque-là latente, se manifeste alors avec force se traduisant par des faillites imposantes qui centralisent plus encore le capital.

C'est le scénario qui s'est mis en place en août 2007. La plupart des économistes libéraux n'ont pas su analyser cette crise. Ils ont parlé, dans un premier temps - jusqu’à la faillite de Lehman Brothers le 15 septembre 2008 - d'imbéciles ou d’escrocs qui avaient trop spéculé. La crise était pourtant liée à cette forme du capitalisme qui naît dans les années 1980.

La déréglementation avait permis au capitalisme financier d'imposer ses critères, notamment le diktat du court terme qui oblige à annoncer des augmentations de profit tous les deux mois... Le processus de désindustrialisation résulte de cette domination du capitalisme financier. L'impératif absolu de la compétitivité - gagner des parts de marché sur les concurrents faute d'un marché global en extension - conduit à baisser drastiquement le coût du travail pour continuer à engranger des profits.

La conséquence : une surproduction structurelle qui fait de la récession un mode de gestion du système. L'incertitude généralisée en découle… et la corruption, tout aussi généralisée…

Pourquoi parlez-vous de corruption généralisée ?

La déréglementation libère la corruption. La concurrence demande de l'opacité et non pas de la transparence.

S'enrichir est devenu le but ultime de nos sociétés - on se souvient de la Rolex - et tous les moyens sont bons. L'absence de cadre juridique permet aussi aux mafias de « blanchir » l'argent sale en le « perdant » dans les circuits financiers de plus en plus complexes et flous.

Vous faites partie des analystes qui diagnostiquent une crise systémique. Qu’entendez-vous par là ?

La crise qui débute en août 2007 n'est pas une crise comme les autres. Elle ressemble, pour oser une comparaison, à la crise dite de 1929. Il faut revenir sur le contexte. A la fin de la deuxième guerre mondiale dans les pays d'Europe de l'Ouest et au Japon, s'ouvre une période de 30 années de croissance ininterrompue et d'inflation permanente. En 1974-75, une nouvelle période du capitalisme démarre marquée par la tendance à la récession. Celle-ci sera plus profonde encore en 1980-82, surtout aux États-Unis. Une nouvelle vision du monde - le libéralisme économique - s’impose alors, avec la privatisation des services publics et la déréglementation comme nouveaux dogmes et les attaques contre les salaires. La domination du capitalisme financier en résultera. C’est pourquoi la crise d'août 2007 devait commencer par la finance.

Cette crise est systémique parce qu'elle combine crise financière, économique, sociale, politique, mais aussi morale - sur quelles valeurs reposent nos sociétés ? et idéologique - quelle vision du monde ? Bref nous sommes confrontés à une crise de civilisation. Nous quittons un monde ancien pour un autre monde non encore défini.

Depuis près de dix ans, les classes dirigeantes semblent « sonnées » et naviguer à vue, sans saisir l’extrême dangerosité de cette crise. Comment expliquer cet aveuglement ?

Les gouvernants ne semblent pas vivre dans notre monde. Ils évoluent dans le monde enchanté du libéralisme économique. Avec une obstination imbécile qui les fait passer pour des incapables ils répètent les mêmes mantras. La crise du mouvement ouvrier est une donnée supplémentaire. La perspective du socialisme a reculé et, du coup, le capitalisme ne génère plus de réponse novatrice en son sein comme Keynes dans l’entre-deux-guerres...

Votre dernier livre « Le basculement du monde » a des accents millénaristes par moments, vous parlez de « panne d’avenir », qu’est-ce qui vous amène à faire un diagnostic aussi alarmiste ?

A part quelques cercles, comme les « économistes atterrés » ou « Attac », la conscience que nous vivons un moment de « basculement du monde » n'existe pas. Les dirigeants continuent « comme avant », sans comprendre que le contexte a changé. Ils nous entraînent vers le précipice. Il est temps de rompre avec l'idéologie libérale pour revenir à une analyse concrète de la situation concrète.

Quel lien faites-vous avec les bouleversements géopolitiques en cours au niveau mondial ?

Les « nouvelles guerres », c'est-à-dire des guerres qui ne sont pas d'un État contre un autre État, sont la pointe visible de l'iceberg. Un iceberg qui fait du chacun pour soi et Dieu pour personne le nec plus ultra des comportements individuels ou étatiques. Le libéralisme ne produit rien d'autre que des destructions sans offrir d'espoir ni de ciment collectif. Ce monde est devenu un monde de mépris, de rejet des autres, de reculs profonds du collectif. Pour retrouver une dignité perdue, tous les chemins sont possibles, y compris les pires. Celui de la barbarie est très pratiqué ces temps-ci. Une barbarie qui en appelle une autre celle du FN et de la droite privée de toute valeur. Ces deux barbaries ont les mêmes origines : le libéralisme qui détruit toutes les solidarités collectives.

Comment ne pas sombrer ?

En faisant des propositions capables de sortir de la crise. J'en présente quelques-unes à la fin du livre. Ce n'est pas un programme, juste des indications qui partent de la crise écologique et des mutations climatiques comme de la montée impétueuse des inégalités liée à ce régime accumulation à dominante financière. Pour lancer un débat citoyen dont nous avons besoin. Pour éviter le fatalisme et combattre les barbaries en train de s'imposer. La crise systémique ouvre grands les possibles. Elle pourrait réhabiliter l'idée même du socialisme comme réponse globale au capitalisme. Pour une société plus libre et fraternelle, moins inégalitaire.


Réalisé par Roland Pfefferkorn


un peu court et bourré de lieux communs, mais bon, c'est dans l'air du temps...

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: CRISE et RÉVOLUTION de CIVILISATION : éléments... et conversation   Lun 9 Jan - 16:48

Michel Onfray annonce la fin de la civilisation occidentale






Citation :
CD1 : 1. INTRODUCTION 2. PENSER EN LONGUE DURÉE 3. LES PHILOSOPHIES DE L’HISTOIRE 4. LES MORPHOLOGIES DES CIVILISATIONS 5. LE CHOC DES CIVILISATIONS 6. LES CIVILISATIONS NAISSENT VIVENT ET MEURENT 7. CRISTALLISATION D’UNE MYTHOLOGIE CHRÉTIENNE 8. L’EMPREINTE MAJEURE DE SAINT-PAUL 9. LA CONVERSION DE L’EMPEREUR CONSTANTIN 10. LES PÈRES DE L’ÉGLISE ET LA PATRISTIQUE 11. LE TEMPS DE LA CROISSANCE 12. L’ESSOR PAR LA VIOLENCE – CROISADES ET INQUISITION.

CD2 : 1. APPRENDRE À PENSER SANS LA BIBLE 2. TEMPS DE LA DÉCONSTRUCTION RATIONNELLE 3. TEMPS DE LA SÉNESCENCE, TEMPS DU RESSENTIMENT 4. TOUT JUSTIFIER PAR LA DIALECTIQUE 5. L’AVÈNEMENT DU NIHILISME EUROPÉEN 6. QUELLE CIVILISATION APRÈS LA NÔTRE ? 7. QUESTION DU PUBLIC : FAIRE LE JEU DU FRONT NATIONAL 8. QU’EST-CE QUI REND LE FRONT NATIONAL POSSIBLE ? 9. OFFRIR UNE ALTERNATIVE DE GAUCHE.


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MessageSujet: Re: CRISE et RÉVOLUTION de CIVILISATION : éléments... et conversation   

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