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 avec et contre HOURIA BOUTELDJA et le PIR, "RACE, CLASSE et GENRE" ? et autres questions communistes et décoloniales : conversations

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MessageSujet: Re: avec et contre HOURIA BOUTELDJA et le PIR, "RACE, CLASSE et GENRE" ? et autres questions communistes et décoloniales : conversations   Jeu 12 Mai - 14:54


je renomme ce sujet avec HOURIA BOUTELDJA et le PIR, "RACE, CLASSE et GENRE" ? et autres questions communistes : conversation, de façon à l'élargir à d'autres textes et notamment au livre d'Houria Bouteldja Les blancs, les juifs et nous. Vers une politique de l'amour révolutionnaire

il n'y avait pas de sujet spécifique au PIR, pour des raisons qu'il est aisé de comprendre, puisque la pensée décoloniale est dans ce forum présente partout, et les textes du PIR disséminés dans de nombreux sujets. C'est une différence avec le FUIQP et Saïd Bouamama, qui font l'objet d'une entrée particulière : FUIQP, Front Uni des Immigrations et Quartiers Populaire et Saïd BOUAMAMA, textes et vidéos, en raison de positions plus faciles à cerner, d'un rôle différent dans les luttes, et de moindres échos médiatiques


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MessageSujet: Re: avec et contre HOURIA BOUTELDJA et le PIR, "RACE, CLASSE et GENRE" ? et autres questions communistes et décoloniales : conversations   Jeu 12 Mai - 15:08


réponse du PIR à une critique par Ivan Segré, du livre d'Houria Bouteldja, Les Blancs, les juifs et nous. Vers une politique de l’amour révolutionnaire


Ivan Segré : quand un Camus israélien critique Houria Bouteldja

le 9 mai 2016 par Malik Tahar-Chaouch & Youssef Boussoumah, membres du PIR


du 9 mai :
je n'ai pas encore pris le temps de lire le livre d'HB [c'est fait depuis hier], et lire sa critique par Yvan Segré ne me vient pas à l'idée, le PIR étant assez grand pour se défendre tout seul, comme il le fait quand il y a un enjeu pour lui ou la critique décoloniale

cela étant, j'ai croisé, avant de quitter Médiapart, un certain M Tessier, en apparence plutôt mieux intentionné envers le PIR que la grande majorité de qui s'exprime dans le Club Médiapart, qui se proposait d'écrire un "billet" sur la base notamment de cette critique de Segré. Je l'ai mis en garde :


Patlotch a écrit:
28/04/2016 02:16 en réponse au commentaire de M Tessier le 28 avr. 2016

M Tessier a écrit:
Vous allez attendre un moment [pour écrire ce billet], j'en ai déjà écrit pas mal, et je ne suis pas sûr que tout ça ait tant d'importance, vu le faible périmètre politique des groupes et agents d'influence concernés.

c'est très modeste de votre part, s'il s'agit de l'influence du PIR, qui en aura toujours plus que quelques commentateurs de Médiapart qui n'y connaissent rien

pour s'attaquer au PIR, ou aux problèmes qu'il pose, il faut avoir des billes, que vous n'avez manifestement pas : il faut connaître de l'intérieur de ces problèmes d'où il vient, et tout ce dont il est un vecteur en France parmi d'autres, la pensée décoloniale

c'est un travail colossal, et je m'y colle depuis des années, sachant que je suis la critique décoloniale avant la lettre depuis la fin des années 60

je vous souhaite bon courage, parce qu'il ne me semble pas que vous soyez à la hauteur de ce problème vu le niveau de vos commentaires. Mais produisez un billet de médiapart, vu celui d'exigence du Cloube, pas de problème, et je ne serai plus là pour vous répondre. Le PIR s'en cogne des conneries de Médiapart, comme Bouamama et tous les autres, c'est pourquoi ils n'y répondent jamais. Mais c'est sûrement parce qu'ils ont un trop «  faible périmètre politique des groupes et agents d'influence », pas assez pour arriver jusqu'au niveau des M Tessier et autres Marc-Daniel Levy et de leurs blanches controverses de couches moyennes "intellectuelles"

et présentez-les aussi dans les "quartiers populaires", vos thèses sur le PIR, ils savent ce qu'est un bouffon, sans besoin du PIR, cent fois plus près d'eux que vous

savez-vous ce qu'est l'humilité ?


c'était en commentaire du billet conseillé par Roland Simon : D'Occupy à Nuit Debout : l'inconscient politique du mouvement des places

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MessageSujet: Re: avec et contre HOURIA BOUTELDJA et le PIR, "RACE, CLASSE et GENRE" ? et autres questions communistes et décoloniales : conversations   Jeu 12 Mai - 15:22


chacun son créneau dans la lutte de classe, avec ses erreurs et tâtonnements,
c'est au moins une chose qu'Houria a suffisamment comprise, de souche ouvrière qu'elle est, elle, moi aussi,
pour que nous n'ayons pas à nous justifier ou rendre des comptes à l'on ne sait quelle instance surplombant
une lutte de classe complètement fantasmée, sur une base dogmatique caduque ayant prouvé son impuissance praxique

dans le sujet NUIT DEBOUT... chez Pepe@dndf, un commentaire (à froid ?) au texte précédent à chaud

à la nuit tombée

« parler de "race" comme ça, comme un cheveu sur la soupe ? »

Plop a écrit:
dndf 11/05/2016 à 20:30 | #1

Pas grand chose à dire sur le fond du texte, y a de bonnes pistes à creuser…

Mais sérieux vous aussi vous vous mettez à parler de « race » comme ça, comme un cheveu sur la soupe ?

Si c’est ça vous semble si théoriquement important pour analyser le mouvement sur la loi travail alors il faudrait un peu développer la question.

Parce que sinon ça fait vraiment « on prend un truc à la mode plus facile à utiliser que les analyses de classe interne au prolétariat »



dans l'extrait mis en ligne par un camarade de Théorie Communiste, le seul passage où il est question de "race" est celui-ci

AC a écrit:
Par l’intervention de Nuit debout il acquiert sa pureté politique et nous engage en tant que « citoyens », c’est-à-dire en tant que sujets démocratiques, jamais spécifiés socialement. La figure socialement neutre du citoyen vient alors masquer toutes les assignations de classe, de genre et de race qui nous font exister comme sujets réels.

pour sûr, ce n'est pas TC-orthodoxe, et plus proche du patlotchisme primaire, ce qui entre autres signes et depuis longtemps, traduit un décaccord au sein du groupe Théorie Communiste sur l'articulation classe-genre-race. En ce sens, oui, Plop peut dire que « parler de "race" comme ça tombe comme un cheveu sur la soupe »

alors oui, c'est « théoriquement important pour analyser le mouvement sur la loi travail » et « il faudrait un peu développer la question.» Je développe un peu :

comme pour la manifestation du 11 janvier 2015, dans la mesure où les "blancs" ne constituent pas une race à leurs propres yeux, on peut constater a minima que la "race" est absente de Nuit Debout, sauf par les figurants sortis du rang des quartiers populaires, ce qui recoupe l'absence du « prolétariat » de souche si j'ose dire, dont il conviendrait pour Plop de faire des « analyses de classe interne » : dans la pureté de « la race des travailleurs » (Marx) ?

si on écoutait le prolétariat quand il s'exprime, au lieu d'imaginer de l'extérieur ce qu'il pense,
à grands renforts de dogmes ultragauchistes ou communisateurs ?

les raisons de cette absence ont été expliquées, par le PIR entre autres n'en déplaise : Nuit (blanche) Debout : Comment sortir de l’entre-soi ?, et j'ai donné aussi nombre de témoignages les recoupant, comme à Marseille ou en banlieues parisiennes, "de l'autre côté du périph", comme on dit, où Nuit debout a fait un plop flop. Paradoxalement, on trouve davantage d'expression prolétarienne authentique dans ce texte du PIR ou dans le livre d'Houria Bouteldja Les Blancs, les Juifs, et nous..., qui balaye ce lieu commun gauchiste, le PIR « petits-bourgeois intellectuels coupés des quartiers »

cela n'en fait évidemment pas une analyse théorique communisatrice, comme nous l'entendons ici, et non dans la leçon inaugurale de Léon de Mattis, mais elle est parfaitement complémentaire de notre approche, et cela même traduit les différences sur tous les fronts, dans les luttes sous identités d'exploitation/dominations, pour dépasser « toutes les assignations de classe, de genre et de race qui nous font exister comme sujets réels. » comme l'écrit AC

je l'ai déjà dit et j'y reviendrai avec ce livre d'Houria, chacun son créneau dans la lutte de classe, avec ses erreurs et tâtonnements, et c'est au moins une chose qu'elle a suffisamment comprise, de souche ouvrière qu'elle est, elle, pour que cela ne soit pas matière à se justifier, ni elle ni moi, encore moins à rendre des comptes à l'on ne sait quelle instance surplombante disant le tout d'une lutte de classe complètement fantasmée, sur une base dogmatique caduque ayant prouvé son impuissance praxique *

* j'ai reçu hier un texte d'ultragauchistes (« Lettre à nos amis du "rojavistes" »), il est de la même eau qui me devient de plus en plus insupportable. Je les ai envoyé paître, en substance : - vous êtes Kurdes, non ? alors fermez-là. Alors de même : vous êtes prolos racialisés, non ? alors taisez-vous, occupez vous de vos fesses et faces de classe-race-genre telles qu'elles sont, depuis ce qu'elles sont, pour ce qu'elles font : donner, au nom d'un prolétariat idéel, des leçons au monde entier, ça suffit !

nous avons là, par Plop, l'expression simple et condensée de l'approche universaliste, colorblind, d'un prolétariat pur comme les luttes de classe qu'il est censé produire, en externe. Hé bien cela n'arrivera plus, ou seulement dans des conjonctures de dépassement des identités sous lesquelles s'exprime le prolétariat, des conjonctures d'unification, de tressage et non de "convergence", de luttes sur la base concrète de situations d'exploitation et dominations complémentaires mais différentes produisant aussi les segmentations et les conflits internes au prolétariat dans son ensemble comme sujet antagonique de la classe capitaliste

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MessageSujet: Re: avec et contre HOURIA BOUTELDJA et le PIR, "RACE, CLASSE et GENRE" ? et autres questions communistes et décoloniales : conversations   Sam 14 Mai - 14:40


Féminisme décolonial ?... Communisme décolonial ?

Houria Bouteldja a écrit:
Pour les besoins de notre cause, je veux bine utiliser le concept de « féminimse décolonial ». Bien qu'il ne me satisfasse pas complètement, il est un compromise entre une certaine résistance au féminisme chez nous et dans le tiers monde et la réalité massive et inquiétante des violences mutidimensionnelles qui nous sont vfaites, violences produites par les États et le néolibéralisme *

* note 36 du livre d'HB : à ce propos lire Tithi Bhattacharya : Comprendre la violence sexiste à l’ère du néolibéralisme, revue Période

source : Les Blancs, les Juifs et nous / 4. Nous, les femmes indigènes, p. 85

avec la compréhension d'une dynamique décoloniale dans le moment présent du monde capitaliste, dire communisme décolonial comporte aussi des avantages et inconvénients, mais il convient de choisir ce qui fait l'élaboration théorique en prise sur les luttes telles qu'elles sont et non telles qu'on les rêve en les normalisant sur des modèles d'un futur radieux : comme Houria Bouteldja dans les luttes décoloniales, je revendique un pragmatisme pour les activités communistes

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MessageSujet: Re: avec et contre HOURIA BOUTELDJA et le PIR, "RACE, CLASSE et GENRE" ? et autres questions communistes et décoloniales : conversations   Dim 22 Mai - 14:08


"le flic Daeninckx" a changé son fusil d'épaule

Didier Daeninckx a écrit:
A Saint-Denis, il y a l'université, et il y a une influence assez importante d'un parti que je considère comme un parti raciste, le Parti des Indigènes de la République (PIR), qui a une très forte influence même sur les élus dans les banlieues.

Marianne / France Inter 20 mai


Houria Bouteldja a écrit:
20 mai, 08:10 ·

Didier Daenincks s'ajoute ainsi à la liste lugubre des "anarchistes" islamophobes...

Se proclamant "communiste libertaire" et, en tant que tel, supposé armé d'une solide analyse de l'Etat, Didier Daenincks vient prêter son appui à l'offensive menée de l'extrême-droite au PS contre les personnes musulmanes ou supposées l'être. Décoloniser la gauche radicale et l'anarchisme, tout reste à faire...

C'était sur France Inter ce matin où il est allé dans le sens du Figaro magazine sur Saint-Denis, un nouveau Moelinbeck et il a qualifié le PIR de parti raciste. Y'a pas que Finkie et BHL qui sont passés du col Mao au Rotary...



Ivan Khayati a écrit:

daeninckx anarchiste



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MessageSujet: Re: avec et contre HOURIA BOUTELDJA et le PIR, "RACE, CLASSE et GENRE" ? et autres questions communistes et décoloniales : conversations   Mar 24 Mai - 20:38


Marx, marxisme, démocratisme radical et pensée décoloniale

texte d'Emre Öngün intéressant à plusieurs titres :

- il aborde, chose rare sur le plan théorique, les rapports entre Marx, le marxisme et la pensée décoloniale, ici à travers le dernier livre d'Houria Bouteldja, et dans une controverse avec un texte d'Arian Perez. Les deux appartiennent à Ensemble, particule issu d'une scission du NPA, de morceaux du PCF, et d'écologistes...

- il le fait dans ce qui est en quelque sorte une critique du marxisme orthodoxe (contre Marx) et du démocratisme radical, ce qui recoupe mes considérations de ces dernières années, elles davantage critique de la théorie de la Communisation dont les défauts à cet égard sont bien plus paradoxaux

on peut le voir comme une étape dans l'approfondissement d'une problématique en définitive peu abordée en France tant sur le plan théorique que pour ses implications politico-stratégiques

sans autre commentaire à ce stade, il me faudra y regarder de plus près



Colonialisme, racisme et capitalisme : revenir à Marx

Emre Öngün Contretemps 20/05/2016 (existe en PDF)

Ariane Perez a publié une recension critique du dernier livre d’Houria Bouteldja, porte-parole du Parti des Indigènes de la République, paru aux éditions La Fabrique. Selon Emre Öngün, cette recension nécessite elle-même une critique… dont l’objet n’est pas son propos sur le livre d’Houria Bouteldja mais sa conception des rapports entre capitalisme et colonialisme/esclavagisme. Le présent texte porte donc sur cet aspect, dont l’enjeu dépasse la recension d’un livre mais porte sur des éléments fondamentaux de compréhension du capitalisme.

Citation :
Les considérations exposées par A. Perez consistent en ceci :

◦ Il existe des oppressions et des antagonismes de classe dans chaque société un tant soit peu complexe ;

◦ De son point de vue, l’enjeu pour les révolutionnaires anticapitalistes est d’être du côté des différents groupes opprimés et exploités.

Schématiquement, on peut distinguer de approches sur les questions internationales. La première consiste en une analyse globale des dynamiques contradictoires du système capitaliste. La deuxième relève de la pratique militante régulière de « solidarité ». Un groupe d'un État A détermine qu'une partie de la population dans un État B est opprimé et/ou exploité et se positionne « en solidarité ». Une réflexion stratégique internationaliste nécessite que la première dimension soit déterminante et que la deuxième dimension s'y insère. L’approche d’A. Perez consiste, au contraire, à remplacer la  première dimension par une juxtaposition de « solidarités » pouvant être éventuellement être reliées par des analogies ou l’observation de similarités d’un cas à l’autre. Cet empirisme consistant à mettre bout à bout de nécessaires actions de "solidarités" ne saurait permettre de comprendre les dynamiques transformant le monde.

D’une certaine manière, le propos d’A. Perez fait de nécessité vertu en avalisant « théoriquement » les pratiques militantes de la gauche radicale qui réduisent l’internationalisme à la « solidarité internationale », ou plutôt à une multiplicité de « solidarités » diverses et variées avec des groupes dans différents pays (et qu’il faudrait « faire converger »).

Or, une myriade de solidarités plus ou moins reliées ne font pas une stratégie. L’intérêt du texte d’A. Perez est qu’en se cantonnant strictement à cela, en ignorant (volontairement ou non) les débats et apports théoriques marxistes ou même certains éléments fondamentaux de l’œuvre de Marx, non par des omissions mais par des affirmations sans détour, il éclaire le caractère néfaste de cette approche. Cela se manifeste par l’occultation des dynamiques globales du capitalisme et empêche une pleine compréhension de nos tâches en France ainsi que toute réflexion stratégique adéquate à quelque échelle que ce soit (globale ou française)
.

Ma critique du texte d’A. Perez va se développer en trois points :

- en quoi son propos consistant à nier le caractère structurant du colonialisme transatlantique européen n’offre aucun cadre d’analyse des dynamiques du système capitaliste ;

- en quoi nier ce caractère structurant empêche la compréhension du fait que des catégories et des rapports politiques élaborés dans le cadre colonial se sont étendus à des relations d’oppression non-coloniales ;

- en quoi cette incompréhension entraîne d’importants points aveugles par rapport à l’analyse de la société française et des tâches des révolutionnaires.

Le caractère structurant du colonialisme transatlantique européen pour le système capitaliste

Une grande partie des considérations d’A. Perez consiste à rappeler, d’une part, que le phénomène colonial, l’esclavagisme ou que les guerres expansionnistes ne sont pas l’apanage de l’Europe et, d’autre part, que l’exploitation et les oppressions ont existé et existent toujours au sein des sociétés colonisées. Ce propos est complété par son pendant logique : la lutte des classes est déterminante partout, y compris dans ces sociétés-là.

Il est facile de souscrire à l’assertion selon laquelle, au-delà d’un certain seuil de complexité, il existe des antagonismes sociaux dans toute société, que dans une société, il peut exister des inégalités et différents types d’oppression, capitalisme ou non, colonialisme ou non. Mais en quoi un tel niveau de généralité permet de comprendre le capitalisme (c’est-à-dire les dynamiques qui lui sont spécifiques) et donc présente le moindre intérêt pour des militants marxistes révolutionnaires ? Ainsi, la difficulté majeure du propos d’A. Perez est qu’en procédant de la sorte, elle évacue en réalité la question du capitalisme, sa genèse et son devenir, c’est-à-dire le monde dans lequel nous vivons (et que nous souhaitons détruire). Cela revient à deshistoriciser les phénomènes dont il est question avec pour effet de congédier toute velléité de stratégie révolutionnaire.

La démarche d’A. Perez implique non seulement de relativiser l’importance du colonialisme et de l’esclavage européen dans la genèse du capitalisme – et partant du monde dans lequel nous vivons –, mais même de considérer ce débat comme nul et non avenu dans la mesure où, pour Perez, les idées du livre qu'elle critique sont des élucubrations vides de sens. Comme le propos est repris sur le site de notre organisation, qui est anticapitaliste, alors même qu'il trahit une assez large méconnaissance des questions abordées, examinons de près ce texte avec un appareil critique adéquat.

Dès le début de son texte, A. Perez plante le décor dont elle ne sortira pas :


A. Perez a écrit:
Marx nous disait que l'histoire de l'humanité, c'était l'histoire des luttes des classes. Bouteldja nous dit que c'est l'histoire des Blancs asservissant les Autres, les colonisés. Qui est donc le Blanc ? Il est le produit de l'histoire occidentale qui commence en 1492 quand la race blanche s'auto-invente à partir de la traite des Noirs, nous explique-t-elle.

"Ils nous disent 1789. Répondons 1492". Loin de moi l'idée de nier l'importance symbolique de l'arrivée de Christophe Colomb sur l'île d'Hispanolia. Mais est-il bien sérieux de faire commencer l'histoire de l'humanité à cette date ? Où est donc passé l'Empire Ottoman ? Et le grand mouvement de conquête de l'Islam ? Et l'empire chinois qui faisait alors jeu égal avec l'Occident ? Et l'Inde ? Disparus.



Avant même d’aborder l’examen historique proprement dit, il est nécessaire de relever une erreur factuelle d’A. Perez. Celle-ci fait comme si considérer 1492 comme une date charnière pour la compréhension du monde (capitaliste) actuel était une lubie (guère « sérieuse ») de H. Bouteldja en lui opposant K. Marx sur ce point. Pourtant, il s’agirait plutôt de convoquer K. Marx (et quelques autres) contre A. Perez. Certes Marx et Engels ont affirmé, dans Le Manifeste du parti communiste, que « L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de la lutte de classes ». Bien heureusement, son propos ne se limitait pas à cela.

En effet, au sujet de la genèse du capitalisme et de l’accumulation primitive, Marx écrit dans Le Capital :


Marx a écrit:
La découverte des contrées aurifères et argentifères de l'Amérique, la réduction des indigènes en esclavage, leur enfouissement dans les mines ou leur extermination, les commencements de conquête et de pillage aux Indes orientales, la transformation de l'Afrique en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires, voilà les procédés idylliques d'accumulation primitive qui signalent l'ère capitaliste à son aurore. Aussitôt après, éclate la guerre mercantile; elle a le globe entier pour théâtre. (…) Les différentes méthodes d'accumulation primitive que l'ère capitaliste fait éclore se partagent d'abord, par ordre plus ou moins chronologique, le Portugal, l'Espagne, la Hollande, la France et l'Angleterre, jusqu'à ce que celle-ci les combine toutes, au dernier tiers du XVII° siècle, dans un ensemble systématique, embrassant à la fois le régime colonial, le crédit public, la finance moderne et le système protectionniste. (…) Ce fut la traite des nègres qui jeta les fondements de la grandeur de Liverpool ; pour cette ville orthodoxe le trafic de chair humaine constitua toute la méthode d'accumulation primitive. Et, jusqu'à nos jours, les notabilités de Liverpool ont chanté les vertus spécifiques du commerce d'esclaves. (souligné par moi)1.

Dans ces passages, K. Marx accorde une place déterminante à 1492. C’est même tout le contraire : il considère que ce sont bien le colonialisme européen en Amérique (et non l’expansion des empires chinois ou ottoman, non l’histoire de l’Inde), la traite des noirs par les puissances coloniales européennes (non l’esclavagisme dans les sociétés africaines, précolombiennes ou autres) qui ont contribué directement et décisivement à l’accumulation primitive du capital. Sur cette question, K. Marx est d’ailleurs dans la lignée d’A. Smith. En d’autres termes, il ne s’agit pas pour K. Marx « de faire commencer l’histoire de l’humanité » (question qui, autant que je le sache, n’en est pas une pour lui) mais bien celle du capitalisme industriel à partir de 1492. Or, c’est la question qui devrait faire pour des révolutionnaires anticapitalistes. L’emploi du terme « aurore » de l’ère capitaliste ne saurait mieux illustrer l’approche de K. Marx.

Sans préjuger du reste de l’ouvrage de H. Bouteldja, en ce qui concerne l’historicisation du monde capitaliste dans lequel nous vivons, on ne saurait affirmer que la formule « Ils nous disent 1789. Répondons 1492 » manque de « sérieux ». Ce qui certainement n’est pas sérieux, c’est de lui opposer le nom de K. Marx. Ajoutons à cela que de nombreux travaux d’historiens marxistes ont étudié le lien entre 1492, autrement dit la colonisation des Amériques puis la traite des Noirs, et la structuration de notre monde capitaliste. Abordons brièvement deux aspects :

1) L’impact directement économique du colonialisme dans l’émergence du capitalisme

Trotsky relève que « la découverte de l'Amérique, qui d'abord enrichit et rehaussa l'Espagne, lui devint ensuite néfaste. Les grandes voies commerciales s'écartèrent de la péninsule. Les Pays-Bas s'étant enrichis, se détachèrent de l'Espagne. Après eux, l'Angleterre érigea sa suprématie sur l'Europe, et pour longtemps » 2.

En effet, « l’afflux de lingots depuis le Nouveau Monde produisit également un parasitisme qui sapa et mit fin de manière croissante aux manufactures domestiques » (traduction personnelle depuis l’anglais, Perry Anderson, Lineages of the Absolutist State). Or « le trésor américain, en l’absence d’opportunités pour l’investissement productif, stimula l’inflation en Espagne qui réduisit encore plus les possibilités pour les manufacturiers domestiques pouvant concurrencer les produits moins chers d’industries établies dans les économies à relativement faible inflation telles que la France, les Pays-Bas ou la Grande-Bretagne » 3. L’effet déstructurant du trésor américain fut renforcée par l’illusion qu’elle permettrait à l’empereur Philippe II de mener une guerre intenable contre les Ottomans en Méditerranée et la Hollande au nord et à recourir à de très importants emprunts. Si bien qu’entre 1492 et la fin du XVIIe siècle, la couronne espagnole fit banqueroute huit fois.

Or, Alexander Anievas et Kerem Nisancioglu rappellent que, comme la dette espagnole était détenue par les banquiers génois qui réorientèrent le surplus sur le marché des obligations auquel avait accès le capital hollandais, « au long des XVIe et XVIIe siècles l’Espagne et le Portugal agirent comme des conduits de transfert de l’essentiel des lingots d’Amérique vers les coffres des financiers d’Anvers, Amsterdam, Londres, Paris et Gênes. L’argent du Nouveau Monde contribua à l’espace structurel géopolitique ouvert en Europe du Nord-Ouest (particulièrement la Hollande et l’Angleterre) et son développement capitaliste » 4. Le trésor américain passé dans la finance européenne joua un rôle fondamental pour le commerce avec l’Asie de la Hollande et de l’Angleterre (via leurs Compagnies des Indes orientales respectives) et l’expansion du capitalisme mondial.

Mais le caractère central de 1492 dans la structuration ne s’est pas limité à fournir les ressources financières et un marché mondial aux sociétés où un ensemble de facteurs concourraient par ailleurs à l’émergence du système capitaliste. Le colonialisme transatlantique européen a également entraîné des changements dans le domaine de la production, aussi bien dans les colonies proprement dites qu’en métropole.

2) Le colonialisme, la plantation esclavagiste, la production et l’émergence du capitalisme industriel

La plantation combinait le capital anglais, la terre américaine et les esclaves d’Afrique. Cette combinaison était sans précédent et la plantation américaine est donc fondamentalement différente des autres formes d’esclavage (et de plantations) en tant qu’unité productive orientée spécifiquement vers une production capitaliste.

K. Marx cite d'ailleurs l'esclavage de plantation comme l'un des contre-tendances à la baisse tendancielle du taux de profit. « D'autre part, les capitaux engagés dans les colonies rapportent des profits d'un taux plus élevé, parce que telle est la règle dans les pays peu avancés au point de vue économique, où l'on fait travailler des esclaves et des coolies et où l'on exploite le travail avec plus d'âpreté. À moins que des monopoles ne fassent sentir leur influence, rien ne s'oppose sous un régime de libre concurrence à ce que ces taux plus élevés contribuent à une majoration du taux général du profit » 5. Dans ce passage, K. Marx fait de la combinaison hybride de la plantation américaine un élément constitutif des lois de développement du capitalisme.

Pour légitimer sa relativisation du colonialisme européen, A. Perez invite à ne pas être « européocentrée » : « Il est d'ailleurs, assez paradoxal de voir combien Houria Bouteldja se cale sur une histoire "européocentrée" dans ses repères, 1492 étant pour elle la date pivot. Or de plus en plus se développe une historiographie qui se veut globale, qui décentre le regard pour le faire porter par exemple sur l'Asie, et qui étend à l'ensemble du monde des notions que l'on pensait spécifiques à l'Europe ou l'Occident » (et elle renvoie en note aux travaux de Jack Goody). Mais il y a là aussi une erreur : décentrer le regard, ne pas voir l’histoire de l’humanité à travers le prisme européen, est une chose ; nier le caractère globalement structurant du colonialisme européen (pour toutes les raisons exposées) en est une tout autre. Par un détournement extrêmement curieux, décoloniser la pensée revient ici à minorer l’impact du colonialisme européen !

A. Perez écrit ainsi : « il se trouve que des Blancs ont colonisé des Blancs et que des Non-blancs ont colonisé des Non-Blancs », ce qui ne peut mener qu’à relativiser la portée du colonialisme transatlantique européen. Elle cite successivement les cas du Japon vis-à-vis de la Corée et ensuite de la Chine, puis le joug colonial anglais sur l’Irlande.

D’ailleurs à ces quelques exemples, A. Perez aurait pu ajouter celui de la république turque par rapport aux Kurdes, un cas que j’ai abordé dans un entretien récent. Si ces phénomènes ont joué et jouent encore – parfois directement dans le cas de la Turquie/Kurdistan – un rôle fondamental pour les sociétés concernées, ils ne constituent pas pour autant des processus ayant structuré le monde capitaliste. La reconnaissance d’oppressions coloniales/nationales dans les pays du sud ne change donc rien à l’affaire : dans le cas du Japon par rapport à ses voisins ultra-marins et de la Turquie vis-à-vis du Kurdistan, ces oppressions interviennent tout simplement trop tardivement pour cela dans des pays déjà confrontés à un système capitaliste mondial mature (et, dans le cas de la Turquie, en se situant à sa périphérie).

Pour le cas irlandais, le joug colonial anglais est bien plus ancien et le colonialisme anglais était lié à son capitalisme national. Toutefois, cela n’explique pas l’essor initial du capitalisme en Angleterre. De ce point de vue, il est tout fait significatif que K. Marx, pourtant extrêmement sensible à la question irlandaise, la liant à la révolution sociale en Angleterre au XIXe siècle et ayant participé à des campagnes de solidarité avec les républicains irlandais, ne cite pas ce fait colonial comme constitutif de la genèse du capitalisme. Cela n’est évidemment pas un hasard puisque la petite Irlande n’était pas en mesure de fournir les ressources nécessaires à cette « aurore » du capitalisme.

L’élaboration de rapports sociaux dans le cadre colonial et leur extension à des relations d’oppression non-coloniales (racisme et « blanchité »)

Le cas irlandais permet de faire la jonction avec un autre point qu’aborde A. Perez en critique de H. Bouteldja, celle de la « blanchité ».


A. Perez a écrit:
Quant à la supériorité de la "blanchité" (sic), elle est loin d'être l'apanage des Blancs entendus comme les Occidentaux, héritiers de 1492. Là encore, si Bouteldja regardait l'Asie, elle verrait que la peau blanche est le marqueur de classes dominantes parfaitement indigènes. Il en va ainsi en Inde où les castes supérieures sont blanches et où la peau est de plus en plus foncée au fur et à mesure que l'on descend dans l'échelle des castes. Avoir un teint clair y est une véritable obsession. Même phénomène au Japon ou en Chine. Rien de colonial là-dedans. Dans des sociétés fondamentalement paysannes, le teint pâle marque celui qui ne travaille pas dehors3, alors que les paysans portent dans la couleur de leur peau, la dureté de leur vie. La couleur est ici un marqueur social : chassez la lutte des classes, elle revient au galop...

Constatons d’abord un illogisme interne au propos. La recherche d’une couleur de peau claire est indiquée comme un marqueur de différenciation sociale dans les sociétés paysannes a contrario des sociétés industrialisées (note 3 d’A. Perez « Ce fut vrai en Europe jusqu'à la Révolution industrielle qui, déplaçant les anciens paysans vers les usines, allait leur donner un teint blafard. »). En donnant l’exemple du Japon (l’une des sociétés les moins agricoles au monde !) comme exemple de société contemporaine où existerait une véritable obsession pour le teint clair, A. Perez contredit sa propre équation « société paysanne=teint clair marqueur de différenciation sociale ».

Outre ce point de détail, ce passage intervient quelques lignes après avoir évoqué le cas irlandais qui, si A. Perez l’avait abordé de manière sérieuse, aurait pu lui indiquer quelques pistes avec le cas des migrants pauvres irlandais aux États-Unis.

Dans leur ouvrage L’hydre aux mille-têtes, Peter Linebaugh et Markus Rediker indiquent que travailleurs européens, amérindiens et africains avaient des conditions d’existence à peu près similaires, ouvrant la possibilité d’une collaboration et de rébellions multiraciales tel que celle de Chesapeake en 1676. La réponse de la classe dominante fut celle de la différenciation entre travailleurs blancs et noirs, ces derniers étant systématiquement infériorisés. Pour P.  Linebaugh et M. Rediker, la hiérarchisation raciale fut complète avec « la loi sur les domestiques et les esclaves » de 1705 et rendue possible par une hiérarchisation juridique entre blancs et noirs à travers l’idéologie du « racisme scientifique ». Celle-ci s’appuya sur l’œuvre de figures majeures telles que le philosophe, économiste et homme d’État William Petty, les philosophes John Locke et David Hume, ainsi que l’Église d’Angleterre. « La construction du racisme en tant que rapport de classe, et en tant qu’idéologie légitimant le diviser pour régner, était donc centrale pour la formation et la reproduction de l’économie coloniale des États-Unis » 6.

Pour revenir au cas des Irlandais, dans son livre intitulé « Comment les Irlandais sont-ils devenus Blancs ? » 7, Noel Ignatiev analyse comment les immigrés irlandais aux États-Unis, ayant la particularité d’être d’une nation d’Europe occidentale subissant un colonialisme multiséculaire, sont devenus « blancs ». Ce terme est explicité ainsi par N. Ignatiev « La qualification de ‘Blanc’ n’était pas une description physique, mais l’un des termes d’un rapport social qui ne pouvait exister sans le terme opposé. "Un travail de blanc" voulait simplement dire un travail dont étaient exclus les Afro-américains ». À partir d'une étude du cas de Philadelphie, N. Ignatiev montre que pour devenir « blanc », la plupart des immigrés irlandais, travailleurs extrêmement pauvres, ont subjugué par la violence les Africains-Américains et ont soutenu fermement le Parti démocrate, parti de l’esclavagisme aux Etats-Unis au XIXe siècle.

En tant que colonisés, les Irlandais n’étaient donc pas initialement « blancs » pour la bourgeoisie anglo-saxonne. Ils ont pu sortir de leur condition en participant à l’écrasement des seuls qu’ils pouvaient opprimer : ceux dont l’esclavage par le colonialisme européen avait constitué un élément fondamental de la genèse du capitalisme, donc de la structuration des États-Unis et désormais du monde. Pas « rien » mais beaucoup de colonial là-dedans pour peu que l’on considère l’analyse du capitalisme au-delà de formules creuses telles que « chassez la lutte des classes, elle revient au galop... ». L’exemple des immigrés irlandais illustre de manière particulièrement nette comment ce qui a été généré dans le cadre colonial peut se redéployer et concerner des populations n’ayant pas initialement de rapports coloniaux entre elles (irlandaises et africaines-américaines dans ce cas).

Mais un autre cas historique – celui du nazisme – permet cette illustration. Or A. Perez l’aborde également et écrit à son propos :


A. Perez a écrit:
Rappelons que le projet nazi de construction d'un monde nouveau passait par la colonisation de l'Est européen, Pologne et Russie en premier lieu, incluant la mise en esclavage des populations de ces régions.

C'est certainement le cas, mais sous la plume virtuelle d’A. Perez, ce rappel a pour fonction de relativiser le caractère structurant du colonialisme européen, en somme de lui opposer le nazisme comme un super-colonialisme envers les Russes et les Polonais sans que cela ait de rapport avec 1492. Pourtant, depuis Hannah Arendt, le découpage colonialisme/fascisme-nazisme est pour le moins battu en brèche. Au sujet de l’administration coloniale britannique, H. Arendt écrit dans Les Origines du totalitarisme :

Citation :
En comparaison, l’exploitation, l’oppression et la corruption font figure de remparts de la dignité humaine, car exploiteur et exploité, oppresseur et opprimé, corrupteur et corrompu vivent encore dans le même univers, partagent encore les mêmes ambitions, se battent encore pour la possession de mêmes choses.

Si bien que :

Citation :
Là à la barbe de tous se trouvaient nombre des éléments qui une fois réunis seraient capables de créer un gouvernement totalitaire sur la base du racisme. Des massacres administratifs étaient proposés par des bureaucrates aux Indes, tandis que les fonctionnaires en Afrique déclaraient qu’aucune considération éthique telle que les droits de l’homme ne sera autorisée à barrer la route à la domination blanche. (souligné par moi).

Cette continuité est également observable selon H. Arendt du point de vue de la mise en œuvre :

Citation :
Les camps de concentration eux-mêmes ne sont pas une invention des mouvements totalitaires. Ils apparaissent pour la première fois au début du siècle, pendant la guerre des Boers, et l’on continua à les utiliser en Afrique du Sud aussi bien qu’en Inde pour les éléments indésirables, les suspects dont les crimes ne pouvaient être prouvés et qui ne pouvaient être condamnés en suivant le cours ordinaire de la justice.


Domenico Losurdo poursuit la réflexion d’H. Arendt sur ce point, en approfondissant le lien entre la théorie de la suprématie blanche originaire des États-Unis, particulièrement l’œuvre de Lothrop Stoddard, et le nazisme. Les écrits de L. Stoddard cherchaient à « théoriser » « scientifiquement » l’inégalité des races à partir du contexte des États-Unis. Son principale ouvrage, Le Flot montant des peuples de couleur contre la suprématie mondiale des blancs (1920), eut un grand succès aux État-Unis (où il fut encensé par les présidents Harding et Hoover) puis influença fortement les nazis. D. Losurdo indique ainsi que « le Troisième Reich se présente comme la tentative, développée dans les conditions de la guerre totale et de la guerre civile internationale, de réaliser un régime de white supremacy [suprématie blanche] à l’échelle planétaire et sous hégémonie allemande, en ayant recourt à des mesures eugénistes, politico-sociales et militaires », avec les Polonais et les Slaves assimilés par le nazisme à des « indigènes » européens. Le colonialisme et l’esclavagisme transatlantique des européens ont ainsi été l’incubateur du nazisme et des théories de l’inégalité raciale.

L’affirmation selon laquelle « des Blancs ont colonisé des Blancs et des Non-blancs ont colonisé des Non-Blancs » est donc factuellement juste mais ne remet en rien en cause la centralité du colonialisme et de l’esclavagisme par les Européens au-delà de l’Europe, ni la centralité de 1492 comme date pivot, comme tournant historique majeur à l'échelle du monde, ni ne présente, de manière générale, un intérêt politique pour la compréhension du capitalisme contemporain ou de nos tâches en France.

Des points aveugles quant à l’analyse de la société française et des tâches des révolutionnaires

Les impasses dans lesquelles s’engage résolument A. Perez entraînent, logiquement, d’importants points aveugles concernant la France, État colonial occidental, dans la partie « Responsabilité collective héréditaire » et la partie finale « Repentez-vous car la fin des temps est proche (Tintin) » (dont le caractère sarcastique fait furieusement penser à la dénonciation de la « repentance » chère à N. Sarkozy et à quelques autres).

Dans la mesure où Perez nie le caractère structurant du colonialisme européen au sein de la société capitaliste, la portée du colonialisme français en France est circonscrite et relativisée pour aboutir un cadre conceptuel libéral avec deux catégories d’acteurs pris en compte : l’État et les individus.


A. Perez a écrit:
Ainsi, les êtres humains ne sont-ils plus responsables de leurs actes, bons ou mauvais, mais ils se voient chargés en bloc de fautes ou de crimes, vrais ou inventés, commis par leurs ancêtres, réels ou supposés. Or, autant il convient de donner une responsabilité collective à des institutions, à une collectivité et a fortiori à un État, il est clair qu'étendre cette responsabilité à l'ensemble des individus qui les composent est une dérive dont les conséquences sont incalculables, même si le passé nous en a donné quelques exemples. Ainsi, s'il est du devoir de l'État français par la voix de ses plus hautes instances de se confronter à son passé colonialiste et, par exemple, de présenter ses excuses aux peuples qui furent soumis, comme l'ont fait d'autres pays, cette responsabilité ne retombe pas sur chaque citoyen individuellement. Même, insistons sur ce point, même si sa famille, directe ou indirecte fut compromise dans ces actes.

L’État français doit agir, se confronter au colonialisme, revenir sur son passé (parce que tout de même nous appartenons à la gauche radicale) mais arrêtons-nous là, n’est-ce pas ? Chacun pris individuellement ne porte pas la responsabilité des crimes de l’État – d’ailleurs une bonne partie d’entre nous n’étions même pas nés ! Par quelle ignominie voudrait-on nous attribuer ces crimes, même ceux de nos plus proches parents ? C'est décidément un attitude injuste : embrassons-nous plutôt entre gens de bonne volonté !

Résumer la question à une dichotomie entre la responsabilité de l’État et la responsabilité individuelle, conçue en termes de culpabilité personnelle, manque la question même qui est posée par Houria Bouteldja et la pensée décoloniale. Dans une société capitaliste, il existe des rapports de classe qui s’articulent avec des rapports d’oppression multiples, notamment raciale, a fortiori dans une société ayant exercée une domination coloniale (mais cela est également vrai de sociétés européennes qui n’ont pas été impliquées directement dans la mise en œuvre du système colonial). « La construction du racisme en tant que rapport de classe, et en tant qu’idéologie légitimant le diviser pour régner », génère un privilège dont bénéficie une partie du prolétariat.

A ce propos, Lénine dans son article « L'impérialisme et la scission du socialisme » (1916), cite abondamment les échanges entre K. Marx et F. Engels au sujet du mouvement ouvrier anglais :


Lénine a écrit:
Dans sa lettre à Marx du 7 octobre 1858, Engels écrivait :

« En réalité, le prolétariat anglais s'embourgeoise de plus en plus, et il semble bien que cette nation bourgeoise entre toutes veuille en arriver à avoir, à côté de sa bourgeoise, une aristocratie bourgeoise et un prolétariat bourgeois. Évidemment, de la part d'une nation qui exploite le monde entier, c'est jusqu'à un certain point logique. »
(…)
« Vous me demandez ce que les ouvriers anglais pensent de la politique coloniale. Exactement ce qu'ils pensent de la politique en général. Ici, point de parti ouvrier, il n'y a que des conservateurs et des radicaux libéraux ; quant aux ouvriers, ils jouissent en toute tranquillité avec eux du monopole colonial de l'Angleterre et de son monopole sur le marché mondial »
(souligné par moi) 8.


Dans ce cas-là, K. Marx et F. Engels ne font qu’acter le statut relativement privilégié de l’ouvrier anglais, octroyé à l'époque par la prépondérance mondiale du capitalisme colonial anglais. Ils soulignent en outre la responsabilité du mouvement ouvrier anglais, qui refuse de mener une offensive résolue contre le système colonial qui lui assure ce statut. Et si on reprend la question irlandaise (mais cette fois dans le cadre du rapport colonial avec l’Angleterre, c’est-à-dire dans un contexte où les irlandais ne sont pas devenus blancs), K. Marx écrit à son ami Kugelman :

Marx a écrit:
Ce qui est primordial, c'est que chaque centre industriel et commercial d'Angleterre possède maintenant une classe ouvrière divisée en deux camps hostiles : les prolétaires anglais et les prolétaires irlandais. L'ouvrier anglais moyen déteste l'ouvrier irlandais en qui il voit un concurrent qui dégrade son niveau de vie. Par rapport à l'ouvrier irlandais, il se sent membre de la nation dominante et devient ainsi un instrument que les aristocrates et capitalistes de son pays utilisent contre l'Irlande. Ce faisant, il renforce leur domination sur lui-même. Il se berce de préjugés religieux, sociaux et nationaux contre les travailleurs irlandais. Il se comporte à peu près comme les blancs pauvres vis-à-vis des nègres dans les anciens États esclavagistes des États-Unis. L'Irlandais lui rend avec intérêt la monnaie de sa pièce. Il voit dans l'ouvrier anglais à la fois un complice et un instrument stupide de la domination anglaise en Irlande (souligné par moi).

Mais dans cet antagonisme, il n’y a évidemment pas un trait d’égalité. Dans un débat sur la possibilité d’avoir des sections irlandaises autonomes en Angleterre même, F. Engels soutient cette mesure et déclare au Conseil Général de l’AIT (Ière Internationale) :

Engels a écrit:
Lorsque les membres de l'Internationale appartenant à une nation conquérante demandent à ceux appartenant à une nation opprimée, non seulement dans le passé, mais encore dans le présent, d'oublier leur situation et leur nationalité spécifiques, d' "effacer toutes les oppositions nationales", etc., ils ne font pas preuve d'internationalisme. Ils défendent tout simplement l'assujettissement des opprimés en tentant de justifier et de perpétuer la domination du conquérant sous le voile de l'internationalisme. En l'occurrence, cela ne ferait que renforcer l'opinion, déjà trop largement répandue parmi les ouvriers anglais, selon laquelle, par rapport aux Irlandais, ils sont des êtres supérieurs et représentent une sorte d'aristocratie, comme les Blancs des États esclavagistes américains se figuraient l'être par rapport aux Noirs.

Le propos de F. Engels est terme à terme contradictoire avec ce qu’A. Perez considère dans son texte comme la quintessence de l’analyse marxiste : « Si c'est le propre même du racisme que de construire de fausses alliances de ce genre, n'est-ce pas justement notre but que de prendre en même temps ces discriminations collectives et de viser à unir, par la lutte des classes, ceux que le capitalisme préfère désunis ? »

Il manque un élément dans le propos d’A. Perez : la reconnaissance de la différenciation raciale opérée dans la classe par les capitalistes, l’existence de catégories privilégiées et la nécessité de s’y confronter. Dans cette déclaration essentielle, F. Engels part de l’existence des privilèges des ouvriers anglais par rapport aux Irlandais, en tire des conclusions politiques et fait le lien avec la question du colonialisme en Amérique (même si l’emploi du passé indique un optimisme très excessif). Il y a bien ici un enjeu collectif actuel, dans la mesure où des individus bénéficient d’un héritage social sur lequel ils n’ont guère prise, mais cet enjeu se pose, non dans les termes moraux d’une « culpabilité » ou même d’une « responsabilité », mais dans ceux, politiques, de la nécessité d'une stratégie révolutionnaire. Or celle-ci est rendue impossible par la manière dont A. Perez pose le débat.

A. Perez écrit ainsi dans la dernière partie :


Citation :
La situation que nous vivons est sombre. Une partie de la société est entraînée depuis quelques années par une lame de fond conservatrice. Les anciennes solidarités ont éclaté, les nouvelles peinent à voir le jour, c'est peu de le dire.... Cela touche toutes les communautés, les immigrés récents ou anciens comme les autres. Il n'est de voir que le résultat des dernières élections législatives en Turquie et en Tunisie dans l'immigration en France : les partis conservateurs y ont fait un score très nettement supérieur à celui du pays d'origine.

Ce passage laisse pour le moins perplexe tant il est incohérent. D’abord, A. Perez indique qu’ « une partie » de la société est entraînée par une lame de fond conservatrice… pour écrire deux phrases plus loin que cela touche « toutes les communautés », en précisant ensuite immigrés, récents, anciens, comme les autres, donc vraiment « tout le monde » pas « une partie ». Pour ensuite illustrer (?) cette lame de fond conservatrice, de l’ensemble de la société ou d’une partie (on ne sait plus), par les exemples des votes des immigrés de Turquie et de Tunisie en France par rapport à leur pays d’origine.

Outre le fait que, dans le cas des élections turques, l’affirmation est factuellement fausse et que la méthode est contestable 9, la formulation est stupéfiante : dans le pays de la « Manif pour Tous », du Front National comme deuxième parti politique, du racisme décomplexé, d’un premier ministre « socialiste » disant que l’enjeu de la période est le combat « identitaire », où un mur est dressé contre les migrants, où les violences policières sont décuplées, où une ministre parle de « nègres ayant choisi l’esclavage » et peut garder son poste, dans un tel pays A. Perez choisit de décrire « la lame de fond conservatrice » à partir des votes des immigrés lors des scrutins de leur pays d’origine. Or, si une lame de fond conservatrice traverse ce pays – et chacun peut tout à fait l’admettre –, pour quelle raison cela n’aurait-il pas impacté également les populations issues de l’immigration, pourquoi cette « lame de fond » n'aurait-elle pas entraîné « tout le monde » avec elle, immigrés compris ? Et quelle conclusions politiques faut-il en tirer ? Que s’ils sont trop conservateurs, ces populations ne méritent pas l’antiracisme ? Qu’ils doivent montrer « patte blanche » pour pouvoir être admis dans un processus d’unification de classe ? Que la classe laborieuse pourrait se passer de combattre les initiatives racistes mises en œuvre par les dominants ? Si la réponse est « non », alors quel est le sens de ce paragraphe ? Peut-être l’indice qu’aucune véritable leçon n’a été retenue des processus de division opérés de manière toujours renouvelée durant des siècles par les capitalistes et leurs idéologues, y compris au sein du mouvement ouvrier.

Cela est fort à craindre lorsqu’on lit A. Perez poser les enjeux du débat de la manière suivante : « Les historiens doivent faire leur travail, l'État doit prendre ses responsabilités, mais il en va des sociétés comme des individus, le ressassement avec tout ce que cela comporte de fantasmes n'aide guère à avancer ». Non, il n’en va jamais des « sociétés comme des individus ». Et cette formule organiciste en dit long, d'abord et avant tout en évacuant que ce qui est en jeu est bien la compréhension des dynamiques structurantes de nos sociétés capitalistes, en relativisant la question coloniale et en considérant toute réflexion lui donnant un caractère constitutif de notre monde non seulement illégitime mais assimilable à un « ressassement », à des « fantasmes ».


1. Karl Marx, Le Capital, Livre I, VIIIe section : L'accumulation primitive, Chapitre XXXI : Genèse du capitaliste industriel. Voir ici : https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-31.htm
2.  La révolution permanente, Appendice III, La révolution espagnole et les taches communistes, l'Espagne d'autrefois : https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/revperm/rp14.html.
3. Traduction personnelle depuis l’anglais, Richard Lachman, Capitalists in Spite of Themselves : Elite Conflict and Economic Transitions in Early Modern Europe.
4. Traduction personnelle depuis l’anglais, A.Anievas et K.Nisancioglu, How the West Came to Rule.
5. Le Capital, Livre III, Section III : Loi tendancielle de la baisse du taux de profit, Chapître XIV : Facteurs antagonistes. Voir : https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_13.htm souligné par moi.
6. Traduction personnelle depuis l’anglais de A. Anievas et K.Nisancioglu, How the West Came to the Rule.
7. N. Ignatiev, How the Irish Became White?, Routledge, 1995.
8. Voir : https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/10/vil191610001.htm.
9. Si on regarde les dernières élections en date (novembre 2015) notons d’abord que ces élections se sont déroulées dans une ambiance de violence et de désinformation qui aura touché autant sinon plus l’émigration, la remarque d’A.Perez porte manifestement sur le score de l’AKP (49,5% en Turquie contre 58,4% en France). Toutefois, A.Perez omet le MHP qui est un parti d’opposition d’extrême-droite à l’AKP et s’en distingue par l’absence de velléité de négocier avec le PKK durant toute son histoire (mais ni en terme de libéralisme, conservatisme, patriarcat, homophobie…). Or, le score du MHP est de 11,9% en Turquie et seulement 5,3% en France. Au final, le cumul AKP+MHP est de 61,4% en Turquie et de 63,7% en France, la différence n’est pas spectaculaire.



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MessageSujet: Re: avec et contre HOURIA BOUTELDJA et le PIR, "RACE, CLASSE et GENRE" ? et autres questions communistes et décoloniales : conversations   Lun 30 Mai - 17:44


ce texte d'un chercheur ex-membre de Ras l'front est intéressant dans son argumentation, sa facture et sa simplicité, et lui au moins ne fait pas de contresens... mais son adresse à la "gauche radicale" reproduit les défauts mêmes du livre de Bouteldja et plus généralement de la posture d'alliances politiques du PIR :


l'unité des identités de luttes face au capital ne sera pas produite par la (démocratie) politique


La gauche peut-elle dire « nous » avec Houria Bouteldja ?

René Monzat 22 avril 2016 Repères anti-racistes 30 Mai 2016

Dans ce texte écrit à partir de la lecture du livre d'Houria Bouteldja, Les Blancs, les Juifs et nous (La Fabrique, 2016), René Monzat - chercheur et militant antifasciste, ancien animateur du réseau Ras l'Front - plaide pour la constitution d'un nouveau bloc social et politique entre la gauche radicale et l'antiracisme politique porté, entre autres organisations et collectifs, par le PIR et Houria Bouteldja. Mais il rappelle que cela passera nécessairement, du côté de la première, par une reconnaissance de la question raciale, donc une contribution réelle aux luttes contre le racisme systémique, mais aussi de l'autonomie politique des non-blanc-he-s.


Citation :
Les Blancs, les Juifs et nous. Vers une politique de l’amour révolutionnaire (La fabrique éditions, 2016) est dédié à la gauche radicale – par une formule rude : « Parce qu’elle est le partenaire indispensable des indigènes, la gauche est leur adversaire premier ».

Ce court essai mérite des réponses aux questions de fond qu’il pose à la gauche radicale, d’autant mieux que sa forme permet le débat.

Houria Bouteldja part du socle des idées du Parti des Indigènes de la République, petit courant original en interaction avec la gauche radicale dont sont issu-e-s une partie de ses cadres. Il a su polariser le champ des débats intellectuels et politiques (parfois cantonné au rôle d’épouvantail ou de repoussoir), ainsi que celui des initiatives militantes impliquant des « indigènes ».

Bouteldja emploie ici un ton plus personnel, et aborde des impensés stratégiques du PIR que la « politique de l’amour révolutionnaire » viendrait combler. Elle opère une prise de risque en laissant apparaître, y compris dans son style, sont goût de l’oxymore, l’incomplète articulation des éléments de réponse proposés. Et c’est à mes yeux une chance de pouvoir discuter avec une pensée qui n’est pas close, ni fermée sur elle-même. De plus les « impensés » du PIR étant de même nature que ceux de la gauche radicale, pointer les dilemmes stratégiques du PIR revient pour la gauche radicale à se saisir de questions qu’elle se refusait à aborder pour son propre compte.

Le débat en retour de la gauche radicale doit faire écho à cette prise de risque, accepter la discussion, reconnaitre ses propres lacunes. Le débat peut à cette condition « nous » être utile, au PIR comme à la gauche radicale

Refuser la discussion avec le PIR, c’est arguer d’une question pour éviter d’en aborder d’autres – par exemple, se saisir des critiques formulées par Bouteldja sur la version dominante du féminisme européen pour tenter de présenter cette « féministe décoloniale » comme une anti-féministe : procéder ainsi est injuste vis-à-vis des femmes (et des hommes ) du PIR, c’est ostraciser des féministes de tous les continents que Bouteldja n’est pas mandatée pour représenter, mais dont elle reprend les thématiques dans le débat ; procéder ainsi, c’est surtout renforcer l’image de féministes « occidentales », plus précisément de certains courants se disant féministes prétendant détenir le monopole du féminisme. En attendant, le PIR a fêté son 10e anniversaire par un meeting dont la vingtaine d’intervenants, étaient tous – toutes – des femmes. Que les partis ou groupes qui ont réalisé l’équivalent formulent la première critique !

Refuser la discussion, c’est taxer d’homophobie (et déclarer infréquentable) une militante qui appelle à un travail de critique des masculinités, virilités, dans leurs liens avec l’histoire, les rapports de force, dans la politique du moment présent. Bien sûr, on peut penser que Houria Bouteldja avait mal estimé la difficulté à faire partager à des journalistes, ou militants, la substantifique moelle du Desiring Arabs de Joseph Massad, ou les travaux  de Gianfrano Rebucini sur la critique de « l’identité homosexuelle » 1. On peut aussi contester les idées que Bouteldja partage avec ces auteurs 2, voire estimer qu’elle les comprend de travers. Malgré tout, on ne peut pas ignorer ces questions de crise des masculinités ou « virilité » après l’essentialisation massive qui fut faite après les agressions de Cologne. Le récent texte de Jules Falquet 3 contribuent également à acclimater ces questionnements dans le champ des courants pour l’émancipation.

Le PIR a jeté un pavé dans la mare en affirmant qu’il existe une question raciale en France, Nous devrions avoir une impression de déjà-vu, nous qui avons vécu les années 1970 au sein de la gauche radicale. On revit là ce qui était opposé aux féministes : « toutes ces revendications de femmes c’est bien, mais ça divise le peuple (la classe ouvrière) en mettant en avant une division secondaire dont va profiter  l’adversaire pour diviser le front de classe » (c’est le genre de chose qu’écrivait l’enseignant communiste Michel Clouscard dans des textes diffusés aujourd’hui par les communistes orthodoxes et les soraliens 4).

Remplacez femmes par race et on peut raisonner… « Non, non ! » disent les excommunicateurs dire « races » c’est « raciste » – évidemment – alors que dire « femmes », c’est bien sûr « féministe » !

Bouteldja aggrave son cas en nommant « les indigènes » et « les blancs », pour faire tousser certain-e-s dès la lecture de la couverture. Pour se protéger, la gauche radicale renâcle, certaines de ses franges niant purement et simplement qu’existe une question raciale en France (tout en reconnaissant qu’existe du racisme).

« Indigènes » est bien trouvé, ce n’est pas aborigènes mais cela renvoie au statut d’indigène, c’est-à-dire aux personnes ne bénéficiant pas de la (pleine) citoyenneté : cela n’a ni contenu ethnique ou racial, ni religieux. Évidemment, c’est toujours drôle en réunion de voir telle ou telle changer de couleur, hésiter puis se lancer pour choisir une formule qui oscille entre habitant des banlieues, des quartiers, des quartiers populaires, enfants de colonisés, populations racisées, etc.

Le PIR a jeté un deuxième pavé dans la mare en affirmant que les luttes doivent être prises en charges par les intéressé-e-s. Le pavé a été lancé il y a des années. Bien sûr, à ce niveau d’abstraction la gauche radicale est d’accord. Mais la diablesse pourrait proposer une imitation polie, une autonomie calquée sur les combats principaux, clairement subordonnée aux rapports de forces sociaux et politiques principaux de classe. Que nenni ! Les thématique, les priorités ne sont ni subordonnées ni les mêmes. « Nos mots » dit Bouteldja « indigènes », « blancs », « races sociales » sont des mots qui disent « nous ne voulons plus jouer votre jeu. Désormais nous jouerons le nôtre ». De ce fait, la mare bouge encore.

La façon qu’a Houria Bouteldja de manier le « nous » et le « vous » lui fait prendre des risques. Le style y contribue : elle assène une affirmation péremptoire, une affirmation qui semble antithétique, un développement qui nous porte ailleurs que dans l’apparente contradiction. Elle oppose « Vous les Blancs, nous les Indigènes » puis avoue : « Pourquoi j’écris ce livre ? Parce que je ne suis pas innocente. Je vis en France. Je vis en Occident. Je suis Blanche. » ensuite : « Je ne suis pas tout à fait blanche, je suis blanchie. [...] Une indigène de la république ». Et enfin la perspective du grand NOUS commun : « Le Nous de notre rencontre, le nous de la nouvelle identité politique que nous devons inventer ensemble, le nous de la diversité de nos croyances, de nos convictions, de nos identités ».

La gauche radicale peut répondre positivement, elle qui est aussi confrontée à des problèmes de définition du « nous » et du « eux », c’est-à-dire des acteurs de la politique et des luttes sociales.

Le caractère assez flou de cet « amour révolutionnaire » devrait titiller l’esprit critique des gauches radicales. Elles seront promptes à remarquer que « l’amour révolutionnaire » n’est pas une forme d’organisation sociale et politique, encore moins une architecture institutionnelle, ni un mode de développement humain. Or, de ce point de vue, celui des perspectives alternatives, la gauche radicale n’est guère mieux lotie, incapable de définir la société qu’elle veut, hésitant depuis des décennies à travailler la voie autogestionnaire qui pourrait constituer son utopie positive.

L’ « amour révolutionnaire » devrait « parler » à la gauche radicale : il joue en effet dans la logique du texte le même rôle que le socialisme, l’abolition du salariat, le dépérissement de l’état dans la structure marxiste : la mobilisation des indigènes (races sociales), instrument pour instaurer une société « décoloniale » du dépassement de la race et de son abolition. Dans les deux cas, c’est un des éléments « dominé » du rapport social que l’on veut abolir qui peut structurer la lutte pour sa propre disparition.

Que la clef de voûte des perspectives avancées dans le texte soit une « forme vide » à remplir est en quelque sorte naturel puisque les « indigènes »  ne peuvent  seul-e-s constituer la force majoritaire. En revanche Bouteldja affirme qu’il n’y a pas de projet émancipateur sans le « nous » indigène. La gauche radicale doit y répondre positivement avec le vocabulaire politique et revendicatif de l’égalité, de la solidarité, de la dignité.

Ici Bouteldja pose des conditions : éviter que la France devienne une société d’apartheid a un prix, un coût en terme politiques et psychologiques, en terme de fin de la domination blanche, préalable à la constitution du « nouveau nous ». Sur la même question, Tariq Ramadan (comme nombre d’organisations musulmanes) est depuis une décennie sur un « Nouveau nous » ici et maintenant, dont les musulmans sont des participants actifs et reconnus.

Il n’y a pas d’articulation aboutie entre la perspective insistant sur l’autonomie des mobilisations indigènes – qui est comparable à l’attitude sociale et politique de la gauche radicale – et celles du « nouveau nous » de Tariq Ramadan, un discours « républicain » qui fait implicitement référence à la nation et compatible avec une version un peu « gauchie » du « vivre ensemble » 5. Dans les faits les courants (politiques, syndicaux, associatifs) refusant l’union sacrée post-Charlie ont su esquisser une voie.

La logique serait de constituer tout de suite ce « nouveau nous », l’embryon politique de ce « nouveau nous », autour des luttes pour l’égalité, les libertés, contre les discriminations raciales et religieuses, pour la démocratie et l’auto-activité, pour l’emploi et les conditions de vie, pour une transformation radicale. Cela suppose de refuser l’apartheid politique vis-à-vis des organisations « indigènes », des associations musulmanes, de nos partenaires dans ce projet.

Le « nous » commun, c’est maintenant afin de constituer le bloc des couches populaires, autour d’un combat de transformation radicale, pour l’égalité, contre les discriminations. Houria Bouteldja désigne les « privilèges blancs », nous les combattons comme politique d’apartheid, de discrimination, d’inégalités : il s’agit de la même réalité.

Je suis conscient d’être trop optimiste car la gauche radicale hésite aussi, insistant selon le contexte sur les forces sociales actrices de la transformation, et leur constitution dans la confrontation, ou sur le refus de clivages et divisions contreproductives (produites par le racisme notamment). Les deux discours coexistent aujourd’hui sans vraiment s’articuler, et la réflexion sur la constitution du bloc politique, social et idéologique, qui peut devenir hégémonique pour réorienter le cours des choses en Europe reste embryonnaire, inaudible donc politiquement inexistante.

Seul aspect positif : des courants tels le PCF, Mélenchon, l’extrême gauche, savent que le « peuple » est un acteur politique qui se construit sur un projet en une convergence d’intérêt et non une couche sociale statistiquement définie et encore moins une structure ethnico-culturelle issue du fond des âges.

Si la gauche radicale avait su prendre ses responsabilités, le PIR n’existerait pas en tant que structure isolée. Ses équipes et son activité se déploierait en symbiose avec elle. La gauche radicale a besoin de faire siennes les deux intuitions du PIR (la réalité de la question raciale en France et la non-subordination des luttes des racisé-e-s), tout comme les milieux influencés par les discours du PIR ont besoin d’un ancrage social et syndical plus solide, dans un pays où la division raciale du travail est patente, mais où le monopole blanc de représentation est relativement moins fort dans les organisations syndicales.

Il nous faut mener ces débats, sans faux-fuyants afin d’éviter que la France se transforme en société d’apartheid. Cela limitera les probabilités que la gauche radicale soit emportée par l’effondrement en cours de la social-démocratie en France et en Europe, cela préviendra la menace de fossilisation intellectuelle, politique et sociale qu’entrainerait le fait de céder à la nostalgie programmatique, c’est construire les moyens politiques et sociaux de contrer les populismes identitaires.

« Nous avons éteint dans le ciel des étoiles qu’on ne rallumera plus ». « Il s’est trouvé des humains pour se vanter de ce crime » commente Houria Bouteldja, ouvrant sa conclusion. « Rallumeurs d’étoiles, hissez haut notre idéal, hissez haut nos idées » chantent les Saltimbanks dans le morceau et l’album éponyme. Le PCF a utilisé la même image pour son congrès de 2012 : « Il est grand temps de rallumer les étoiles ».

La confrontation de la gauche radicale avec ce courant est inévitable, rendons politiquement fécond ce partenariat.



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•1. « Lieux de l’homoérotisme et de l’homosexualité masculine à Marrakech », L'Espace Politique.

•2. Le débat avec Joseph Massad a été entamé dans la « Revue des livres », n° 9 et 10 de 2013.

•3. Voir aussi le texte de Jules Falquet.

•4.  Le Capitalisme de la séduction. Clouscard est aujourd’hui édité par les éditions communistes Delga et la maison soralienne Kontre Kulture.

•5. Le « vivre ensemble » vu par les organisations musulmanes est exposé par le texte Convention Citoyenne des Musulmans de France pour le vivre‐ensemble publié en juin 2014 par le CFCM.


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MessageSujet: Re: avec et contre HOURIA BOUTELDJA et le PIR, "RACE, CLASSE et GENRE" ? et autres questions communistes et décoloniales : conversations   Mar 31 Mai - 8:34


encore un texte en défense d'Houria Bouteldja, la sorcière idéale, contre l'antiracisme moral universaliste, adressé à « ceux de gauche »...


Qui a peur de Houria Bouteldja ?

Océanerosemarie (Oshen), Auteure et comédienne Libération 30 mai 2016 à 17:11  

La comédienne Océanerosemarie défend le brûlot de la plus décriée des militantes antiracistes, à l’initiative du Parti des indigènes de la République.

Citation :
Parce que j’entends d’ici vos insultes, colères, et autres «idiote utile ! tu sais pas de quoi tu parles !», je tiens à préciser : cette tribune ne s’adresse pas aux identitaires républicains en crise actuelle de psychose, obsédés par la soi-disant «islamisation de la France», mais à ceux pour qui être de gauche ne se résume pas à faire passer l’entre soi Blancs-bien-pensants pour de l’universalisme, et sont prêts à observer le monde depuis une autre place que la leur.

A ce jour, le (soi-disant) antiracisme qu’on peut qualifier d’antiracisme moral domine les champs médiatique et politique à coup de «le racisme, c’est mal, faisons une grande farandole» et autres «le cœur n’a pas de couleur». Or ces intentions, ô combien respectables, sont incapables de régler quoi que ce soit : ni l’inégale répartition des richesses, ni le racisme institutionnel.

Face à cet antiracisme à sa mémère se dresse un antiracisme politique, articulé autour de notre histoire, dont l’objectif salvateur est de sortir d’un système de domination rance, et comme l’actualité nous le prouve, en voie d’autodestruction.

En mars est sorti un livre (up)percutant, électrique et déstabilisant : les Blancs, les Juifs et nous. Vers une politique de l’amour révolutionnaire de Houria Bouteldja, qui incarne cet antiracisme articulé en profondeur (Libération du 25 mai).

L’auteure est de longue date «grillée» par ses détracteurs, bien plus puissants qu’elle dans les champs politiques et médiatiques. Depuis des années, ils s’attellent à extraire des passages de ses écrits afin de leur donner une tournure bien dégueulasse. Combien de fois m’a-t-on rappelé à l’ordre à son sujet «mais-enfin-elle-est-homophobe ça-va-pas-la-tête-lis-ça !» Sauf que la phrase en question, une fois recontextualisée, racontait une lutte décoloniale et, qu’on soit d’accord ou pas avec son point de vue, ne pouvait en aucun cas être résumée à de l’homophobie.

Il est très facile de discréditer un texte, surtout quand la pensée est complexe et formulée sous forme de paradoxes. Et, depuis la sortie du livre de Houria Bouteldja, c’est «#PassionRatonnade» : de Guénolé sur le plateau de Ce soir (ou jamais !), à Marianne ; et les flemmards se satisfont de ce massacre sans prendre la peine de la lire, répétant à tout va qu’elle est antisémite, sexiste, homophobe et raciste anti-Blancs…

Je ne rentrerai pas dans le petit jeu malsain des extraits qu’on interprète. Une première mise au point s’impose : il n’y a pas d’arroseur arrosé avec le racisme. Le racisme est un ensemble de pratiques et de croyances qui font «système» : elles permettent à un groupe d’en exploiter un autre en profondeur, et si possible le plus longtemps possible, tout en prônant «l’égalité» sur son territoire.

Or, Houria Bouteldja et les populations non blanches en France, si agressives que puissent être leurs attaques contre l’ordre blanc, ne seront jamais en mesure de dominer, ségréguer la «race» blanche (pour une explication rapide et super LOL, voir cette vidéo sur YouTube (1)).

Antisioniste, Houria Bouteldja l’est sans ambiguïté. Et, c’est à travers cet engagement qu’elle déconstruit la question de l’antisémitisme. Elle la développe par une argumentation stimulante et enfin déprise d’européocentrisme. Elle interroge l’extermination des Juifs d’Europe et son instrumentalisation par le projet sioniste depuis le monde colonisé. Car la violence rationalisée et industrialisée envers une catégorie de population, c’est bien une invention du colonialisme européen. Et, oui, il y a, en France, un monde colonisé, dont les Juifs ont été historiquement (et encore aujourd’hui sous des formes renouvelées) les victimes. Et ce livre est bien une tentative de réconciliation et d’organisation d’une lutte politique commune.

Houria Bouteldja ouvre son livre en expliquant qu’elle utilise les termes de «Blancs» et «blanchité» comme désignation d’un groupe social et évidemment pas d’un point de vue biologique. Pourtant, à gauche, on accuse le livre de racialiser la question sociale. Il faut probablement être du bon côté du voile, celui que décrit W.E.B Du Bois dans la société étasunienne d’après l’esclavage, pour se payer le luxe de minimiser les effets de race.

Le seul voile qui pose problème aujourd’hui, c’est ce rideau entre la business class et la classe économique de l’avion, qui permet à ceux qui payent plus cher leur place de croire qu’ils ne sont que vingt dans de grands fauteuils alors que le vol transporte 210 passagers, entassés à l’arrière.

Et oui, il y a bien un voile à arracher, et ce n’est pas celui des femmes musulmanes… Il est temps pour nous tous de regarder en face l’inégalité inhérente, irréductible, des passagers de cet avion, afin que les «bien installés» - certes moins bien qu’en première classe - affrontent le réel de ceux qui sont parqués derrière. La dignité de tous passe par là et plus que jamais, quitte à ce que ça vous brûle un peu les yeux, lisez Bouteldja (2) !

(1) Aamer Rahman (Fear of a Brown Planet) - Reverse Racism




(2) Revoir à ce sujet l’explication détaillée de Nacira Guénif à la Java, à Paris, le 28 mars.

Ce soir ou jamais sur l'antiracisme, décryptage par H.Bouteldja, M.Soumahoro, N.Guénif




racisme de gauche et BBB : Bons Blancs Bobos

Océanerosemarie : "J'ai compris à 35 ans que j'étais blanche"



L'humoriste, Océanerosemarie, à l'affiche de "Chatons Violents" à la Gaîté Montparnasse à Paris,
était l'invitée de #MOE ce dimanche 1er novembre 2015.
Elle revient sur ses origines familiales, principale source d'inspiration de son spectacle.

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MessageSujet: Re: avec et contre HOURIA BOUTELDJA et le PIR, "RACE, CLASSE et GENRE" ? et autres questions communistes et décoloniales : conversations   Mar 31 Mai - 12:56


Rencontre-discussion avec Houria Bouteldja et Isabelle Stengers

au Mille Plateaux à Fontenay-sous-Bois le 9 juin


Nous sommes très heureuses de vous convier le jeudi 9 juin à 19h à une rencontre-discussion avec Houria Bouteldja et Isabelle Stengers autour du livre « Les blancs, les juifs et nous. Vers une politique de l’amour révolutionnaire. ».

Que ce soit sur le terrain du pragmatisme politique et philosophique, d’une manière de traiter de la non-innocence, de l’appel à la création d’une paix qui passe par la décolonisation de la pensée, d’une critique radicale de la modernité occidentale, les liens entre la pensée de la philosophe et la proposition politique de la militante nous semblent multiples et féconds. Nous espérons que vous serez nombreuses et nombreux à assister à cette rencontre.

Comme à chaque événement au Mille Plateaux, vous pourrez vous restaurer sur place : le menu sera palestinien !

Houria Bouteldja a écrit:
Pourquoi j’écris ce livre ?

Parce que je partage l’angoisse de Gramsci : « Le vieux monde se meurt. Le nouveau est long à apparaître et c’est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres. » Le monstre fasciste, né des entrailles de la modernité occidentale. Certes, l’Occident n’est plus ce qu’il était. La Chine s’est éveillée. Je ne trouve aucune raison de m’en réjouir mais je suis sûre en revanche que le déclin du squatteur de l’Olympe est une bonne nouvelle pour l’humanité. Pourtant, je le crains terriblement. Lui et sa manie de tendre son bras droit en temps de crise aiguë. Comment va-t-il nous broyer dans ses convulsions ? Pour conjurer ce funeste sort, certains diront que « l’homme africain n’est pas suffisamment rentré dans l’histoire », d’autres que « toutes les civilisations ne se valent pas » ou encore célébreront « l’œuvre positive de la France dans ses colonies ». C’est le chant du cygne. Les mots de Césaire résonnent : « Une civilisation qui justifie la colonisation […] appelle son Hitler, […] son châtiment. » D’où ma question : qu’offrir aux Blancs en échange de leur déclin et des guerres que celui-ci annonce ? Une seule réponse : la paix. Un seul moyen : l’amour révolutionnaire.

Isabelle Stengers a écrit:
C’est à la barbarie que nous condamnent les récits et raisonnements dont nous sommes littéralement noyés. Nous avons désespérément besoin d’autres histoires, non des contes de fées où tout est possible aux cœurs purs, aux âmes courageuses, ou aux bonnes volontés réunies, mais des histoires racontant comment des situations peuvent être transformées lorsque ceux qui les subissent réussissent à les penser ensemble. Non des histoires morales, mais des histoires « techniques » à propos de ce type de réussite, des pièges auxquels il s’est agi, pour chacune, d’échapper, des contraintes dont elles ont reconnu l’importance. Bref, des histoires qui portent sur le penser ensemble comme « œuvre à faire ».

Isabelle Stengers, Frayer dans la barbarie, radio

Au plaisir de vous retrouver!

Mirabelle et Marion


Le Mille Plateaux 4, Rue Alfred de Musset 94120 Fontenay-sous-Bois 06 37 97 84 78

lemilleplateaux.blogspot.com

* Venir Mille Plateaux : Bus 118, arrêt Danielle Casanova, depuis le RER Val-de-Fontenay ou le métro Château de Vincennes ou Bus 127, Arrêt Ernest Renan, depuis le métro Croix de Chavaux


il est possible que j'y aille, ce qui sera l'occasion de revoir Isabelle Stengers, 12 ans après ma participation à l'écriture ouverte de son livre "La sorcellerie capitaliste", publié en 2005

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MessageSujet: Re: avec et contre HOURIA BOUTELDJA et le PIR, "RACE, CLASSE et GENRE" ? et autres questions communistes et décoloniales : conversations   Mer 1 Juin - 12:07

mise à jour


Citation :
Le 24 octobre 2012, à Paris, au moins trois membres de la LDJ (Ligue de défense juive) agressent en pleine rue Houria Bouteldja. Le lendemain, la vidéo de l’attaque est mise en ligne sur le site de cette organisation ultra-sioniste qui prétend agir dans l’intérêt des Juifs et contre l’antisémitisme mais qui est surtout connue pour sa haine viscérale et ses agressions contre des Arabes, des musulmans, des Palestiniens et même contre des Juifs opposés à ses idées. Auparavant, Olivia Zémor, de l’association Euro-Palestine et un certain Jacob Cohen avaient, eux aussi, été victimes d’agressions physiques commises par les membres de cette officine.

Pour rappel, que l’on sache que la LDJ est interdite aux Etats-Unis car dans ce pays elle, ou des gens proches d’elle, ont préparé ou réalisé des attaques contre des Palestiniens, des musulmans et même contre un membre du Congrès. Quant à Israël, elle y est également interdite car des gens proches d’elle ont été convaincus de complicité dans l’assassinat de l’ex-Premier ministre, Itzhak Rabin. En France, elle n’a aucun souci. Ses membres connus des autorités ont bénéficié jusque-là d’une étrange mansuétude en dépit de la liste de leurs méfaits qui couvrirait des murs entiers. Ils se vantent de se rendre régulièrement en Israël pour y effectuer un service militaire consistant à surveiller, effrayer et agresser les habitants palestiniens. Les déclarations de Bernard Cazeneuve, qui prétendait en 2014, étudier la possibilité d’une dissolution de la LDJ sont restées lettre morte. Après l’enquête de la police et une longue instruction, le procès contre la LDJ va enfin avoir lieu le mardi 31 mai, 13h30 à la 14e chambre du Tribunal de Paris. Nous nous en réjouissons.

Le PIR, le 26 mai 2016




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MessageSujet: Re: avec et contre HOURIA BOUTELDJA et le PIR, "RACE, CLASSE et GENRE" ? et autres questions communistes et décoloniales : conversations   Ven 3 Juin - 11:46


Citation :
Après les organisations islamiques et le mouvement pro-palestinien, c’est au tour du Parti des Indigènes de la République d’être dans le viseur de la censure numérique. Nous faisons actuellement face à une campagne de signalements ciblés qui a mené à la suspension des comptes Facebook de nombreux militants, dont notre porte-parole Houria Bouteldja, et à celui de notre page officielle. À cela s’ajoute, pour d’obscures raisons politiques à demi-avouées, la clôture du compte bancaire de notre organisation.

Ces méthodes de censure sans visage s’inscrivent dans le cadre d’une propagande de dénigrement grandissante, fiévreusement entretenue par les plus hautes sphères du pouvoir politique et médiatique, qui touche toutes les expressions de la puissance indigène, qu’elle soit islamique, anticolonialiste ou antiraciste. Et c’est au nom de la prévention contre le « terrorisme » que cette lutte contre la puissance indigène cherche à se légitimer officiellement. Pour Valls, « l’islamo-gauchisme » est le « terreau » de la « radicalisation ». Pénétrés par ce même logiciel, Gilles Clavreul et ses associés de l’UEJF et de SOS Racisme se sont résolus à lutter contre « la haine » sur internet, ciblant par-là l’antisionisme et l’antiracisme politique. La probabilité est forte pour que la suspension de nos profils sur les réseaux sociaux soit liée à la campagne dans laquelle ils se sont engagés.

Ce nouveau coup porté sur notre organisation est l’aboutissement d’un long processus de radicalisation de l’État qui a touché tous les indigènes, bien avant l’actuel gouvernement, et qui s’en prend désormais aussi à une partie du mouvement social blanc.  En ce qui concerne le PIR, cette radicalisation apparaît comme relativement bénigne quand on la compare aux centaines et milliers de personnes perquisitionnées et assignées à résidence, aux Noirs et aux Arabes assassinés par la police dans les banlieues, aux associations dissoutes et aux musulmans emprisonnés au nom de la « lutte contre Daech ».


L’état d’urgence fait peser depuis des mois une violence inouïe sur des milliers de musulmans, et s’orchestre comme une gigantesque répression institutionnelle: perquisitions dans les quartiers et dans des ONG islamiques dont le succès inquiète, fermetures de mosquées, exclusion de jeunes filles musulmanes des établissements scolaires pour des vêtements « trop longs »… La parole islamophobe, négrophobe et rromophobe en a profité pour se décomplexer et passer à l’offensive. Les actes islamophobes ont suivi. À un autre niveau, la propagande de dénigrement et de censure touche tous les espaces et toutes les personnalités considérées comme trop indépendantes du pouvoir français et de ses menées actuelles. La campagne de diabolisation contre les imams et les humanitaires réputés « salafistes » (tels que Idriss Sihamedi) et les intellectuels musulmans (comme Tariq Ramadan) s’est durcie, accompagnant les attaques à l’égard de nombreuses organisations et personnalités de l’antiracisme politique telles que la Brigade Anti Négrophobie, Urgence notre Police assassine, Sihame Assbague et le camp décolonial, et bien évidemment Houria Bouteldja et le PIR.

Ces lâches entraves démasquent néanmoins une réalité : celle d’un aveu de faiblesse d’un pouvoir qui pratique la politique de la fuite en avant. Pointé du doigt internationalement à cause de sa politique islamophobe, désavoué par l’actuel mouvement d’ampleur contre la Loi travail, le gouvernement socialiste voit sa médiocrité mise à nu. Les images des violences policières s’abattant sur un public majoritairement blanc se multiplient et alertent l’opinion publique sur les méthodes d’un État qui n’a plus d’autre recours. Rappelé à l’ordre par Amnesty International pour ses politiques racistes, le gouvernement en vient à publier des démentis aux accents comiques sur les pages internet de la diplomatie française pour tenter de convaincre une opinion internationale qui sait déjà à quoi s’en tenir. Dans ce contexte et face aux récents événements, l’organisation politique de la puissance indigène sous toutes ses formes ne cesse de prendre de l’ampleur.


« Nous nous sommes mis debout et nous avançons maintenant (…) nous ne pensons pas qu’il existe quelque part une force capable de nous en empêcher »,
écrivait Frantz Fanon.  À l’heure où le pouvoir blanc multiplie les signes de peur et de faiblesse, aucune force ne nous empêchera d’exister politiquement.


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MessageSujet: Re: avec et contre HOURIA BOUTELDJA et le PIR, "RACE, CLASSE et GENRE" ? et autres questions communistes et décoloniales : conversations   Mar 7 Juin - 16:39


avec ce texte, la rhétorique du PIR se précise, j'y reviendrai


« la race est ce qui fait le nœud de l’alliance entre l’État moderne et le grand capital.
C’est autour de la race que se noue la valorisation capitaliste
et la politique de puissance des États-nations »

Pouvoir politique et races sociales

Houria Bouteldja via Revue Période

La race est le nœud qui lie le pouvoir d’État au grand capital. C’est cette analyse que propose ici Houria Bouteldja, à l’occasion d’un discours prononcé au « Procès de l’antiracisme politique » (25 mai 2016). Face aux attaques multiples dont le Parti des indigènes de la république a été la cible, parmi tout un spectre de mouvements de l’immigration et antiracistes présents à ce meeting, Boutledja déployait sa ligne de défense. Briser le système raciste suppose une politique d’alliance entre l’antiracisme politique et les franges radicalisées du mouvement social. Pour indiquer la centralité de la race au sein même des préoccupations du mouvement Nuit debout, Bouteldja propose un détour par l’histoire longue du capital et de l’État-nation. Elle retrace le nouage racial entre valorisation géopolitique et valorisation capitaliste. Et elle invite tous et chacun à participer au combat des descendants de colonisés pour défaire ce nœud, et donner aux luttes contre le néolibéralisme un contenu anti-étatiste et anti-impérialiste bien plus conséquent.



Citation :
Madame la Présidente,

Je commence par vous dire que je fais le choix d’une défense de rupture. Aussi, je ne démentirai aucune de ces accusations. Je laisse tous ces McCarthy qui peuplent l’éditocratie française à leurs responsabilités. Par expérience, je sais que se défendre ne sert strictement à rien étant donné notre accès limité aux mass médias alors qu’eux y ont le rond de serviette.

Cela dit, j’ai quand même des aveux à faire.
Comme nous l’a appris Frantz Fanon, une société est raciste ou ne l’est pas.
Et comme seule la vérité est révolutionnaire, je vais dire la vérité.

Ce que dit Guénolé1 n’est pas vrai mais je ne peux pas dire que ce soit complètement faux. En effet, si je fais partie d’une société raciste, en tant que partie de ce tout, je suis moi même traversée par le racisme qui la structure. Aussi, je postule ici que toute personne vivant dans une société raciste, et affirmant être épargnée par le phénomène, au mieux s’illusionne sur elle même, au pire ment. Le racisme, nous l’avons ingurgité depuis l’enfance quelle que soit notre position hiérarchique sur l’échelle de la dignité humaine. Si nous sommes en haut de cette hiérarchie, nous éprouvons peu ou prou une conscience boursoufflée de nous-mêmes. Notre seule ambition, souvent inavouée, est de maintenir cette position de domination.

Si nous sommes de ceux qui subissent ce racisme, alors, nous éprouvons irrémédiablement, peu ou prou, la haine de nous-mêmes. Les groupes subalternes n’aspirent qu’à une chose : se laver de l’indignité dans laquelle ils sont pour se hisser dans l’échelle de ladite hiérarchie, quitte parfois à piétiner ceux qui sont en dessous. Par exemple, très récemment, à la rencontre des Musulmans du Bourget, le titre d’un débat à propos des réfugiés était : « Faut-il accueillir toute la misère du monde ? ». C’est une question qui avait été posée par Michel Rocard et que Le Pen peut parfaitement endosser. Aujourd’hui, certains d’entre nous la posent.

Je trouve que la question est indécente surtout lorsque nous sommes nous-mêmes issus de l’histoire de l’exil avec toutes les douleurs qu’elle charrie et surtout parce que nous ne sommes pas innocents en tant que citoyens européens des guerres que la France mène en notre nom et, il faut le dire, même indirectement, dans notre intérêt.

C’est à ce titre que je vous invite à penser les mots de James Baldwin qui, observant avec tristesse les effets destructeurs du racisme sur les Noirs, s’était interrogé sur leur destin avec cette question : qu’adviendra-t-il de la beauté des Noirs ?

La lucidité est sûrement la blessure la plus proche du soleil, et la lucidité de Baldwin est une lucidité qui consume. Parce que se regarder en face, ce n’est pas facile. Pourtant, c’est un passage obligé pour qui veut vraiment en finir avec le racisme. Je passe aux aveux ce soir, mais je l’avais déjà fait dans mon livre Les Blancs, les Juifs et Nous, vers une politique de l’amour révolutionnaire.

Dans l’un des chapitres, je reproche aux Juifs (comme produits de l’histoire antisémite) de s’être tendanciellement intégrés à cette société alors qu’ils venaient tendanciellement d’une histoire révolutionnaire. J’écris ceci :


Citation :
Le pire pour moi n’est pas là. Après tout, vos renoncements vous regardent. Le pire, c’est mon regard, lorsque dans la rue je croise un enfant portant une kippa. Cet instant furtif où je m’arrête pour le regarder. Le pire c’est la disparition de mon indifférence vis à vis de vous, le possible prélude de ma ruine intérieure.

Il y a deux manière d’interpréter ce passage : façon Guénolé ou façon Baldwin. La première a évidemment remporté les faveurs de la médiocrité ambiante. La seconde, plus exigeante, fait son chemin. La seconde exige, comme nous y invite aussi Aimé Césaire, d’aller chercher le petit Hitler qui se trouve au fond de nous-mêmes et pas seulement à l’extrême droite, précisément parce que le racisme fait système. En d’autres termes, dans une société raciste, il faut résister à l’intégration. Il faut prendre conscience de notre propre pourrissement, de notre déchéance progressive. C’est précisément ce que font tous les militants ici présents de l’antiracisme politique et c’est ce qui explique leur mise en accusation. Le paradoxe est que c’est parce que nous refusons la hiérarchisation raciale et qu’on cherche la lumière qu’on est pointés du doigt comme des voyous.

Or, nous ne sommes pas des voyous. Nous sommes des héritiers des luttes de l’immigration qui nous ont précédées et qui tous les jours inventent la France.

Et c’est en tant qu’héritiers que nous observons le mouvement Nuit Debout. C’est forts d’une longue expérience des luttes que nous avons un message à transmettre au mouvement social en butte aujourd’hui aux coups de matraques du pouvoir socialiste.

Dans un article du Monde daté du 3 mai2 et signé par de nombreux intellectuels, il était fait le constat suivant concernant Nuit Debout : « Des critiques ont pointé l’absence des habitants des quartiers populaires, et notamment des immigrés et minorités postcoloniales. » Plus loin, les signataires affirment : « Si l’articulation s’opère avec des secteurs du mouvement ouvrier et les réseaux associatifs issus des quartiers, rien ne pourra arrêter ce mouvement ». Le 20 avril dernier, à la Bourse du travail de Paris, Frédéric Lordon a prononcé un discours important dans lequel il soulignait la chose suivante : le mouvement social doit faire face à deux fléaux, je cite, « la violence du capital et la violence identitaire raciste ».

Eh bien nous sommes d’accord.

Mais que faire pour que cette juste analyse devienne effective et qu’elle ne reste pas cantonnée à une incantation abstraite ?

Imaginons qu’il y ait deux logiques du pouvoir distinctes dans nos sociétés : une logique capitaliste du pouvoir, qui repose sur le fait de générer le plus d’argent possible ; et d’autre part, une logique « géopolitique » du pouvoir, qui repose sur l’accumulation de puissance géopolitique, sur le fait de faire régner l’ordre sur le territoire national et d’être une puissance militaire, industrielle, commerciale face à d’autres nations. Il y a ici deux formes de rivalités distinctes : les rivalités économiques strictes (la concurrence entre entreprises privées) et les rivalités politico-militaires-diplomatiques (la rivalité entre nations-puissances).

On peut encore imaginer que le déploiement de l’impérialisme moderne soit le fait de faire marcher ces deux logiques main dans la main : les capitalistes financent la politique de puissance des États (emprunts publics, industries d’armement, sociétés d’exploitations coloniales) et qu’en contrepartie, les États utilisent leur puissance pour faire valoir les intérêts de leurs propres entreprises (la main d’œuvre mise en esclavage pendant la traite négrière, le travail forcé dans les colonies, la déstructuration des communautés agricoles dans le Tiers-monde, le pétrole comme facteur clé dans les invasions de l’Irak et l’Afghanistan pour s’assurer qu’il reste hors de portée du contrôle des peuples de la région…)

Pour le dire schématiquement, le capitalisme naît grâce à la politique de puissance des États-nations, et les États-nations ont gagné en puissance (de destruction, de conquête) grâce au capitalisme moderne. Maintenant, imaginons que l’un des piliers de cette « logique géopolitique du pouvoir », ce soit la race. Tout simplement parce qu’il s’est joué, à l’échelle du monde, une division hiérarchique : entre les nations dominantes, rivales entre elles, et les nations dominées, terrain de chasse des nations dominantes. L’enjeu est crucial : la race est ce qui fait le nœud de l’alliance entre l’État moderne et le grand capital. C’est autour de la race que se noue la valorisation capitaliste et la politique de puissance des États-nations.

Ainsi, le personnel de l’État (hauts fonctionnaires, préfets, états-majors, etc.) « rencontre » le capital via la race. En suivant sa logique autonome, nationale-raciale, l’administration sert des intérêts capitalistes. Elle sert d’abord ces intérêts en poursuivant une politique de puissance impériale : ça veut dire continuer à faire valoir des intérêts économiques « nationaux », à travers des accords commerciaux, diplomatiques, militaires. C’est ce que fait la France avec son industrie de l’armement et ses grands groupes spécialisés dans l’aéronautique ou le nucléaire ou via la Françafrique – ces instances font valoir les intérêts de quelques grands groupes emblématiques : EADS, Dassault, etc.

Ensuite, sur le sol national, il y a tout simplement une continuité coloniale de l’État-nation, qui se manifeste dans la matérialité même de l’appareil d’État : c’est l’histoire de sa police, de ses préfectures, de ses services de renseignement, de son système idéologique et médiatique, de son école républicaine. Tous ces appareils poursuivent peu ou prou une logique de séparation de la population entre les Blancs et les autres. Cette logique de séparation est constitutive de l’État-nation moderne et, comme l’ont admirablement démontré Abdelmalek Sayyad ou Étienne Balibar, la nation produit forcément des « étrangers », l’universalisme des droits de l’homme a toujours eu des exceptions et, par ailleurs, les nations mènent des politiques prédatrices dans le Sud global.

Or, en reproduisant la race, le personnel de l’État renforce des hiérarchies qui sont exploitées par le grand capital. Les descendants de colonisés sont aussi les derniers embauchés et les premiers licenciés. Ce système offre une réserve de main d’œuvre bon marché, qui peut par exemple se faire allègrement ubériser. Cela nous mène au dernier point : si cette main d’œuvre est plus facile à exploiter, c’est parce que la logique raciale de l’État-nation a eu tendance à protéger davantage les prolétaires blancs des difficultés économiques que les prolétaires non blancs. Cela implique aussi que le mouvement ouvrier blanc a tendance à spontanément s’en remettre à la légalité républicaine, à faire confiance à la neutralité de l’État ou, au mieux, à considérer que l’État providence constitue la face « gentille » de l’État contre une face méchante, autoritaire, sécuritaire. Mais pour les non-Blancs, même la face « gentille » de l’État est un moyen de les tenir en respect : assistantes sociales, travailleurs sociaux, assurance chômage, protection infantile, personnels de santé, psychiatrie – tout est une modalité du contrôle social.

C’est ainsi que nous pouvons conclure : la logique raciale renforce l’apathie et la mollesse du mouvement social. Si la suprématie blanche est l’un des nœuds qui unit le grand capital et l’État, défaire ce nœud parmi les opprimés c’est permettre une radicalisation des mots d’ordres du mouvement social, parce que son opposition au capital devra aussi se traduire par une opposition à l’État.

Or, il se trouve, si l’on s’en tient à l’histoire des luttes postcoloniales, que ce sont elles qui sont à l’avant-garde de la confrontation avec l’État national et impérial et à sa mythologie depuis plus de quarante ans à travers les comités police/justice, les résistance face aux démantèlements des camps de Rroms, la lutte contre le racisme d’Etat, pour la Palestine, la fin de la Françafrique, et pour la mémoire de la colonisation et de la traite qui remettent en cause le socle idéologique de la mythologie républicaine.

Aussi, je dirai que si le mouvement social a une vraie ambition politique, il ne tient qu’à lui de faire évoluer son centre de gravité qui est actuellement celui la loi Travail et dont, bien entendu, nous comprenons les enjeux, vers les questions liées à l’impérialisme, au racisme et à ses conséquences dramatiques sur le sol français. Je pense bien entendu aux attentats de janvier et de novembre 2015 bizarrement absents des débats à Nuit Debout.

Pour finir, je ne peux pas terminer ma plaidoirie sans une adresse à Clémentine Autain :


Citation :
En visite en Israël, Manuel Valls a dénoncé le 22 mai dans une interview à Radio J, « l’islamo-gauchisme », « ces capitulations, ces ambiguïtés avec les Indigènes de la République, les discussions avec Mme Clémentine Autain et Tariq Ramadan, ambiguïtés entretenues qui forment le terreau de la violence et de la radicalisation ».


Elle répond via le blog du Monde « Rouge et vert » qu’elle réfléchit à porter plainte contre lui pour diffamation, parce qu’elle ne partage pas les idéaux réactionnaires de Tariq Ramadan et qu’Ensemble ! ne s’est pas joint au meeting de décembre (qui dénonçait l’État d’urgence) à la bourse du travail de St Denis, suite aux attentats du Bataclan à cause de la présence de Tariq Ramadan 3.

Je voudrais rappeler ici, qu’il y a 11 ans, la même Clémentine Autain avait retiré sa signature de l’appel des indigènes de la république. Pourquoi ? Je vous le donne en mille, parce qu’a côté de plusieurs miliers de signataires, il y a avait déjà celle du diabolique Tariq Ramadan.

Alors, j’aimerais simplement dire à Clémentine Autain que si elle partage les convictions de Frédéric Lordon sur le capital et le racisme, elle ferait mieux de se défaire au plus vite de l’étreinte mortelle de Manuel Valls et de sortir par le haut de son piège. Et je vais lui apprendre également que Tariq Ramadan, quelles que soient les critiques qu’elle ou que nous puissions lui faire, fait partie de l’antiracisme politique, par son combat contre l’islamophobie et pour la Palestine. Aussi, je ne peux que lui rappeler une règle d’or en politique. Il faut savoir identifier son ennemi principal et, à l’évidence, Clémentine Autain a du mal à le reconnaître : l’anticapitaliste qu’elle est met à équidistance l’un des plus puissant représentant de l’État bourgeois avec un intellectuel musulman auxquels s’identifient une grande partie des classes populaires non blanches, qui à ma connaissance n’est pas patron d’une entreprise du Cac40. Si Tariq Ramadan fait perdre à Clémentine Autain sa propre grammaire politique, soit il est un diable, soit Clémentine Autain est objectivement complice de la politique de l’État et, en cela, elle renforce la mollesse et l’apathie du mouvement social. Tout cela pour dire qu’au moment où l’on voit au loin – mais pas si loin – poindre le spectre du fascisme, nous sommes à la disposition de Clémentine Autain pour l’aider à reconnaître ses ennemis de classe. Quant à nous, nous serons toujours vigilants pour savoir reconnaitre nos ennemis de race qui par la magie de la politique et de l’amour révolutionnaire se déracialisent quand ils luttent à nos côtés pour devenir des frères et des sœurs en humanité.

Madame La présidente, c’était là ma ligne de défense contre les accusations portées à mon encontre.


1.Thomas Guénolé est un politologue qui a dressé, au cours d’un débat télévisé, un réquisitoire contre l’ouvrage d’Houria Bouteldja, Les Blancs, les Juifs et nous. Voir https://www.youtube.com/watch?v=O5sn-Tbyz_0 [↩]

2.http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/05/03/nuit-debout-peut-etre-porteur-d-une-transformation-sociale-de-grande-ampleur_4912446_3224.html [↩]

3.http://gauche.blog.lemonde.fr/2016/05/23/autain-valls-veut-substituer-la-question-de-lidentite-a-la-question-sociale/ Il faut par ailleurs noter que, dans un entretien récent, Clémentine Autain proposait, en tant qu’élue de Sevran, un plan d’action contre le « djihadisme » qui faisait nombre de concessions au consensus anti-terroriste et sécuritaire : « En tant qu’élue de Sevran, je demande que la police dispose des moyens de mener une action de renseignement et d’action sur le terrain pour mettre hors d’état de nuire les recruteurs sectaires et djihadistes et prévenir de nouveaux attentats. Cette action de la police doit aussi permettre de prévenir les trafics en tout genre : je renouvelle notre exigence d’un commissariat de plein exercice à Sevran, un commissariat ouvert 24 heures sur 24, aux effectifs et aux moyens techniques renforcés sur le terrain. Nous n’avons pas besoin de l’état d’urgence permanent mais de justice et d’égalité. Nous n’avons pas besoin que soient surveillées toutes nos libertés mais que les réseaux d’embrigadement soient démantelés par les services de renseignements spécialisés. » [↩]

Houria Bouteldja



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MessageSujet: Re: avec et contre HOURIA BOUTELDJA et le PIR, "RACE, CLASSE et GENRE" ? et autres questions communistes et décoloniales : conversations   Jeu 9 Juin - 17:59

16:40 mis à jour

une faute politique


Corinne Cerise a écrit:
9 Juin 2016 15:33

J'ai bien peur que le PIR n'ait fait une gaffe. Aya Ramadan a félicité sur twitter deux palestiniens qui auraient commis un "attentat" à Tel-Aviv : https://www.google.fr/webhp?hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwi-kaqEhZvNAhUHK8AKHVCpB1wQPAgD#hl=fr&q=attentats+tel+aviv

La réaction des médias ne s'est pas faite attendre :

Marianne : http://www.marianne.net/militante-du-parti-indigenes-republique-felicite-les-auteurs-attentat-tel-aviv-100243503.html

Le Figaro : http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2016/06/09/97001-20160609FILWWW00153-une-militante-du-pir-felicite-les-auteurs-de-l8217attaque-a-tel-aviv.php

Et bien sûr la justice est saisie, avec de sacrées peines possibles. Que va bien pouvoir répondre le PIR ? C'est quand même une grosse "bourde" je trouve. La situation n'était déjà pas facile pour le décolonial, et pour les quartiers de façon plus générale. Cela va encore empirer, je le crains bien. Le champ politique blanc va s'en donner à cœur joie.

Qu'en pensez-vous ?

Patlotch a écrit:
9 Juin 2016 15:50

ça craint... elle va morfler* et risque d'être peu défendue, si même défendable... Vraiment pas besoin de ça, qui n'est pas une «gaffe» mais une faute politique, une balle dans le pied des luttes décoloniales

*« Si le délit d' »apologie du terrorisme » est constitué, la militante risque 7 ans de prison, et 100.000 € d’amende.»

cela dit dans les termes du sous-Valls Clavreul : « Si le PIR ces derniers temps, s’est clairement radicalisé, Aya Ramadan n’est qu’une militante. J’attends de voir leur réaction. », et je pense qu'Houria ne se prononcera pas à titre personnel avant une prise de position du PIR

j'ai modérément apprécié sa réplique à Clémentine Autain à propos de Tariq Ramadan, ci-dessus dans le texte repris par Période
Pouvoir politique et races sociales > http://revueperiode.net/pouvoir-politique-et-races-sociales/

je l'ai dit chez Médiapart, Tariq Ramadan et ses protecteurs français (Plenel, Gresh...) participent d'une opération politique plus que religieuse ou laïque de bon aloi, plus islamo-centriste de gogauche démocratiste qu'islamo-gauchiste, et le "gauchisme" du PIR n'est pas relatif à la ligne droite-gauche, c'est une surenchère sur la ligne décoloniale qui tient aux origines peu ou prou trotskistes de fondateurs du PIR et à sa nature de parti politique cherchant des alliances au nom d'une autonomie dont les moyens et les objectifs s'éloignent selon moi de l'auto-organisation véritable

les errements et contradictions de la stratégie politique du PIR pèsent sur sa conception du combat décolonial. Pour moi, elle n'est tenable que sous condition d'une position de classe tranchée, alors le Hamas... l'Intifada ou la lutte armée sont une chose, le terrorisme visant des civils une autre

nous voilà un peu loin de « l'amour révolutionnaire »...

PS : ce soir je vais à la rencontre Houria Bouteldja -Isabelle Stengers, c'est près de chez moi...
http://indigenes-republique.fr/rencontre-discussion-avec-houria-bouteldja-et-isabelle-stengers/



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MessageSujet: Re: avec et contre HOURIA BOUTELDJA et le PIR, "RACE, CLASSE et GENRE" ? et autres questions communistes et décoloniales : conversations   Ven 10 Juin - 3:14


quelques images de la rencontre-discussion avec Isabelle Stengers et Houria Bouteldja, hier soir à Fontenay-sous-Bois

la rencontre a été enregistrée en vidéo, patience...










avec Mirabelle, l'hôtesse des lieux

































Nacira Guénif-Souilamas

Marianne parle, Marion veille...








Citation :
Nous sommes très heureuses de vous convier le jeudi 9 juin à 19h à une rencontre-discussion avec Houria Bouteldja et Isabelle Stengers autour du livre « Les blancs, les juifs et nous. Vers une politique de l’amour révolutionnaire. ».

Que ce soit sur le terrain du pragmatisme politique et philosophique, d’une manière de traiter de la non-innocence, de l’appel à la création d’une paix qui passe par la décolonisation de la pensée, d’une critique radicale de la modernité occidentale, les liens entre la pensée de la philosophe et la proposition politique de la militante nous semblent multiples et féconds. Nous espérons que vous serez nombreuses et nombreux à assister à cette rencontre.

Comme à chaque événement au Mille Plateaux, vous pourrez vous restaurer sur place : le menu sera palestinien !

Houria Bouteldja « Pourquoi j’écris ce livre ?

Parce que je partage l’angoisse de Gramsci : « Le vieux monde se meurt. Le nouveau est long à apparaître et c’est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres. » Le monstre fasciste, né des entrailles de la modernité occidentale. Certes, l’Occident n’est plus ce qu’il était. La Chine s’est éveillée. Je ne trouve aucune raison de m’en réjouir mais je suis sûre en revanche que le déclin du squatteur de l’Olympe est une bonne nouvelle pour l’humanité. Pourtant, je le crains terriblement. Lui et sa manie de tendre son bras droit en temps de crise aiguë. Comment va-t-il nous broyer dans ses convulsions ? Pour conjurer ce funeste sort, certains diront que « l’homme africain n’est pas suffisamment rentré dans l’histoire », d’autres que « toutes les civilisations ne se valent pas » ou encore célébreront « l’œuvre positive de la France dans ses colonies ». C’est le chant du cygne. Les mots de Césaire résonnent : « Une civilisation qui justifie la colonisation […] appelle son Hitler, […] son châtiment. » D’où ma question : qu’offrir aux Blancs en échange de leur déclin et des guerres que celui-ci annonce ? Une seule réponse : la paix. Un seul moyen : l’amour révolutionnaire. »


Isabelle Stengers : « C’est à la barbarie que nous condamnent les récits et raisonnements dont nous sommes littéralement noyés. Nous avons désespérément besoin d’autres histoires, non des contes de fées où tout est possible aux cœurs purs, aux âmes courageuses, ou aux bonnes volontés réunies, mais des histoires racontant comment des situations peuvent être transformées lorsque ceux qui les subissent réussissent à les penser ensemble. Non des histoires morales, mais des histoires « techniques » à propos de ce type de réussite, des pièges auxquels il s’est agi, pour chacune, d’échapper, des contraintes dont elles ont reconnu l’importance. Bref, des histoires qui portent sur le penser ensemble comme « œuvre à faire ». »

Au plaisir de vous retrouver !

Mirabelle et Marion


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MessageSujet: Re: avec et contre HOURIA BOUTELDJA et le PIR, "RACE, CLASSE et GENRE" ? et autres questions communistes et décoloniales : conversations   Ven 10 Juin - 16:57


on peut écouter la rencontre-discussion avec Houria Bouteldja et Isabelle Stengers en audio, ici :



l'image est un peu petite... une autre vidéo a été prise, à venir

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MessageSujet: Re: avec et contre HOURIA BOUTELDJA et le PIR, "RACE, CLASSE et GENRE" ? et autres questions communistes et décoloniales : conversations   Sam 11 Juin - 23:51


15:11 ajout 16:36 du commentaire d'Houria Bouteldja et 18:16 précisions sur ma position


radicalement décolonial et communiste

Aya Ramadan se défend et contrattaque

De l’oppression du peuple palestinien en général et d’un tweet en particulier

Publié le 11 juin 2016 par Aya Ramadan, membre du PIR

Mercredi soir, deux Palestiniens ouvrent le feu dans un quartier de Tel-Aviv près du ministère de la défense. Très vite, cette fusillade est relayée par les réseaux sociaux palestiniens et arabes et qualifiée d’« opération du ramadan », avec comme hashtag « l’intifada continue ».

Citation :
Militante arabe de nationalité française, anticoloniale, je suis active dans le réseau de solidarité avec la cause palestinienne en France depuis une dizaine d’années. Je fais partie de ceux qui remettent en question l’idéologie sioniste comme projet de colonisation de la Palestine.

Par le tweet qui m’est reproché, j’exprime mon soutien à la résistance du peuple palestinien. C’est l’oppresseur qui détermine les formes de violence utilisées par l’opprimé. Et c’est dans ce cadre que je soutiens toutes les formes de résistance du colonisé contre le colonisateur. L’opération de Tel-Aviv est un moyen d’exister politiquement pour les Palestiniens, de montrer au monde que l’intifada n’est pas finie, et que la résistance continue tant que l’occupation, la colonisation, la situation d’apartheid, les emprisonnements massifs et arbitraires, le blocus de Gaza, la spoliation des terres, les destructions de maisons, l’humiliation des hommes, des femmes et des enfants et les crimes de guerre persisteront. Ma prise de position aurait été la même au moment des révoltes d’esclaves du temps de la traite transatlantique ou bien des guerres de libération nationale, par exemple en Algérie, au Vietnam ou au Cameroun. Pour autant, ce positionnement politique n’induit en rien le fait de se réjouir de la mort de civils. La mort d’êtres humains est toujours source de tristesse et dans ce cas la responsabilité de ces décès incombe à l’État colonial israélien et à son gouvernement actuel, comme l’a reconnu le maire de Tel-Aviv.

Pour en revenir à la polémique suscitée par mon tweet, elle s’inscrit dans un contexte français bien spécifique, celui de l’état d’urgence toujours en cours. Cela fait trois mois environ que mon organisation politique, le PIR – Parti des Indigènes de la République – subit des attaques orchestrées par l’État français. Celles-ci sont portées entre autres par Gilles Clavreul, délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme (DILCRA) et ses relais l’UEJF, SOS Racisme et la LICRA. Ces derniers prétendent agir au nom de l’antiracisme et de la lutte contre le terrorisme mais, en fait, ils ont pour objectif d’assimiler la lutte de libération palestinienne au terrorisme qui touche l’Europe, de briser l’antiracisme politique et d’empêcher le développement de BDS en France. Cette campagne est la cible privilégiée de l’État français qui, en accord avec Israël, cherche à l’amalgamer avec l’antisémitisme pour la criminaliser. En effet, la France est le seul pays au monde se réclamant de valeurs démocratiques qui traîne devant ses tribunaux des militants qui appellent au boycott, lequel est un outil historiquement lié aux luttes de libération, du mouvement des droits civiques aux États-Unis jusqu’à l’Afrique du sud en passant par l’Inde.

L’obscénité est à son comble quand on sait que les mêmes, qui jettent l’anathème sur la militante que je suis, feignent de verser une larme sur la dépouille de Mohamed Ali tout en pourchassant tous ceux qui, bien vivants, partagent et font vivre ses idées.

Je rejette donc toutes les accusations qui sont portées à mon encontre. Ma position est anticoloniale et consiste donc à soutenir la résistance des peuples contre le colonialisme.


Aya Ramadan, membre du PIR



ajout 16:36
Houria Bouteldja a écrit:
facebook 28 min ·

Aya Ramadan est sûrement la militante pro-palestinienne la plus sincère et la plus engagée que je connaisse. Toutes celles et ceux qui la fréquentent savent sa profonde foi et son amour pour la justice. Si le procès pour "apologie du terrorisme" devait avoir lieu, ce ne serait ni le sien, ni celui du PIR mais celui de la cause palestinienne. Nous devrons tous être à ses côtés pour affirmer que non, le peuple palestinien n'est pas un peuple de terroristes. C'est un peuple qu'on étouffe et qui résiste. Comme elle le dit dans cette déclaration : "La mort d’êtres humains est toujours source de tristesse et dans ce cas la responsabilité de ces décès incombe à l’État colonial israélien et à son gouvernement actuel"

Force et solidarité avec Aya!



"une faute politique" ? Explications

j'ai parlé plus haut de "faute politique" et je maintiens cet avis. Cette réponse confirme que le tweet n'était pas une "gaffe" mais un soutien assumé à ce type d'action. A titre personnel et d'où je parle, je considère ne pas avoir à le soutenir plus qu'à le condamner, je ne suis pas palestinien et comme dit Isabelle Stengers, je ne suis pas confronté aux même risques que mes ami.e.s du PIR

si cela me concerne, c'est dans le contexte d'une guerre, guerre de classe et guerre "néo-colonialiste", et là-dessus je souscris à peu de chose près à ce qu'en dit Aya Ramadan, sans entrer dans des considérations théoriques relativement à la Palestine et au PIR, sur lesquelles je reviens plus bas

je ne me suis pas informé en détail sur l'attentat de Tel Aviv, mais j'ai cru comprendre que la cible était civile, c'est-à-dire non particulièrement ciblée comme représentant, même symboliquement, ceux que critique Aya et le PIR, les responsables, les politiques, les militaires, les "sionistes"... Viser des Israéliens juifs non arabes en tant que tels, c'est viser des Juifs d'abord, pas même l'ennemi tel que le définit Aya Ramadan, et là-dessus il n'échappera à personne qu'elle ne s'exprime pas

approuver un tel acte et le justifier, c'est considérer que tout Juif habitant Israël n'a rien à faire ici, que toute la population juive israélienne est comptable des actes de guerre de l'État israélien, que tous les israéliens juifs sont des colons au même titre que les Français en Algérie, dans la logique de la création illusoire de deux États paisibles côte à côte, ou de la destruction d'Israël. Si ce n'est pas en soi antisémite, cela tient à mon sens d'une analyse fausse et d'une utopie politique. En cela c'est en cohérence avec la vision politique du PIR en Palestine comme en France, et je ne peux la partager


solidarité avec les prolétaires palestiniens dans une lutte de classe décoloniale,
pas avec le Hamas

inutile de préciser que je ne me sens pas moins "solidaire" des combats décolonialistes des Palestiniens que le PIR, et qu'il est normal d'avoir des désaccords sur la teneur de cette solidarité : ce que fait le Hamas n'engage pas les communistes, encore moins ceux qui ne sont pas palestiniens. Le Hamas n'est pas particulièrement tendre avec le prolétariat palestinien, et ces divergences existent aussi là-bas, parce qu'il y a aussi des communistes qui luttent sur les deux fronts, contre la politique israélienne et contre le Hamas

ajout 18:16 : Houria Bouteldja est porte-parole responsable d'un parti dont Aya Ramadan est membre de la direction sauf erreur. Il y a belle lurette que ne suis plus membre d'aucun parti, ni ne considère avoir des "camarades" en tant que membres de partis ou de groupes théoriciens même proches de mes idées

j'ai détesté ça au PCF jusqu'à en sortir dans les années 80, détesté ça dans le milieu post-ultragauche dans mon compagnonnage critique autour des thèses de la communisation entre 2005 et 2010, et je le déteste tout autant au sein de la mouvance décoloniale, dans laquelle il importe que les désaccords puissent être mis sur la table et discutés franchement sans remettre en cause le combat commun, ce qui n'est absolument pas le cas aujourd'hui

contrairement à Houria, si j'estime avoir à être solidaire d'une lutte palestinienne ou autre, cela n'implique pas le soutien de qui je ne partage pas les positions politiques, d'autant qu'il ou elle ne saurait parler à la place des intéressés. En clair être dans la solidarité prolétarienne de classe et décoloniale, ce n'est pas pour moi
dans ce cas soutenir Aya Ramadan ni me désolidariser d'un combat décolonial que je partage sans avoir jamais été solidaire de telles positions.

cette position est constante chez moi, et j'ai ouvert dès le 2 août 2015 un sujet des usages "réformistes" de la critique décoloniale : nous y voilà avec plus de clarté aujourd'hui

la solidarité de classe avec les prolétaires palestiniens n'est la propriété de personne en particulier, c'est un devoir communiste et décolonial parmi d'autres



radicalement décolonial et communiste

cela m'amène donc à redire que je peux d'une part soutenir les luttes décoloniales en France comme participant à une dynamique mondiale dans la crise spécifique du capitalisme occidental, d'autre part diverger fortement avec la stratégie politique du PIR en particulier, stratégie d'alliances politiques avec l'extrême-gauche ou la gauche "radicale" (PCF, NPA...) parce qu'ils seraient susceptibles de se démarquer du "champ blanc" : décoloniser la gauche radicale, ce n'est pas ce que j'appelle décoloniser le marxisme et l'anarchisme français, et le communisme décolonial n'est pas un 'démocratisme radical' décolonial

dit autrement, je suis décolonial en tant que 'communisateur', et 'communisateur' en tant que décolonial et contre l'État-nation du capital, à fronts renversés : d'une côté contre les 'partisans de la communisation' foncièrement anti-décoloniaux car eurocentrés, et de l'autre les partisans de la politique du PIR foncièrement non communistes car dans une perspective de prise du pouvoir d'État au moins très ambiguë



à fronts renversés
une perspective révolutionnaire à inscrire dans les débats et luttes au présent

où l'on voit que ma critique du PIR est inverse de celle qui vient du "champ blanc", qu'il soit de droite ou d'extrême-droite, de gauche ou d'extrême-gauche

j'ai pu vérifier ce désaccord essentiel à la soirée Stengers-Bouteldja, posant la question : « Pourquoi tenez vous tant au clivage droite-gauche », et j'ai eu d'Houria la réponse classique (qu'on verra dans la vidéo, et celle d'Isabelle Stengers dans un autre registre), position qui me semble auto-contradictoire et politiciste voire politicienne, en substance le refus, par la caractérisation d'un « champ politique blanc », de s'inscrire dans le clivage droite-gauche, mais envisager des alliances partisanes avec ceux qui s'inscrivent peu ou prou dans une perspective décoloniale (PCF, NPA, personnalités...). Cela relève certes d'un certain "pragmatisme", mais n'a rien à voir avec une stratégie d'auto-organisation des luttes indigènes, des luttes de classes, et des luttes féministes


contre l'intégration à la démocratie politique

voilà ma ligne générale, à tenir sur tous les fronts, ce qui ne risque pas de déclencher une tempête, même dans un verre d'eau, car comme disait RS devant mon choix de refuser l'aventure SIC, revue internationale pour la communisation : « Patlotch, combien de divisions ? ». Le PIR est fondé à poser la même, pour autant qu'il ne s'en désintéresse pas pragmatiquement, puisque cette position ne produit aucun effet visible sur le terrain politico-médiatique qui est le sien. Elle peut toutefois expliquer pourquoi il n'a pas plus de succès dans les quartiers populaires, parmi les prolétaires racialisés que la politique institutionnelle n'intéresse pas, et tant mieux : je ne suis pas plus pour leur intégration à la République française qu'à la démocratie politique sur le terrain de l'ennemi : l'État du capital, qui n'est pas plus de gauche ou de droite qu'il n'est blanc en essence

que personne ne manifeste son intérêt pour cette ligne communiste, décoloniale et féministe (anarcho-communisme décolonial, communisme libertaire féministe et décolonial...) ne saurait m'en détourner, et la justesse d'un point de vue ne se mesure pas à ses effets immédiats

qu'on en débatte ou pas, qui vivra verra, mais c'est au présent un combat


le décolonialisme en France ne doit pas être à la remorque du PIR

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MessageSujet: Re: avec et contre HOURIA BOUTELDJA et le PIR, "RACE, CLASSE et GENRE" ? et autres questions communistes et décoloniales : conversations   Dim 12 Juin - 22:22

20:18 mis à jour 23:56

une rhétorique de chefs de parti
qui se prévalent de représenter en France "le soutien sans faille au peuple palestinien" :

avec un tweet ?


Communiqué du FUIQP n° 2 12 juin 2016 Soutien total à Aya Ramadan

12 juin 2016



Citation :
Le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, Gilles Clavreul a annoncé son intention de saisir la justice pour « apologie du terrorisme » contre Aya Ramadan, une militante du PIR. Il lui est reproché un message sur son compte Twitter disant « Dignité et fierté ! Bravo aux deux Palestiniens qui ont mené l’opération de résistance à Tel-Aviv ».

Le FUIQP apporte son soutien plein et entier à Aya Ramadan dont le seul crime est de soutenir la résistance palestinienne. L’attaque contre Aya n’est qu’un nouvel épisode d’une vaste et longue campagne visant à criminaliser l’antisionisme en France. Le développement d’un vaste mouvement de solidarité dans les quartiers populaires avec la lutte du peuple palestinien depuis les Intifadas fait peur aux défenseurs de l’État sioniste de l’hexagone. Ne pouvant contrecarrer cette prise de conscience massive dans les quartiers populaires, ils veulent tout simplement l’interdire. De l’accusation d’antisémitisme à chaque prise de position antisioniste, à celle « d’apologie du terrorisme » à chaque soutien aux actions de la résistance palestinienne, en passant par les procès intentés contre des militants de la campagne BDS, une même logique se dévoile : celle de la criminalisation de la solidarité anti-coloniale.

Il n’appartient pas au FUIQP de choisir les formes de lutte que doit choisir le peuple palestinien. Celles-ci sont le résultat du contexte et du rapport des forces. Il est en revanche de son droit et de son devoir de les soutenir. Toute l’histoire des luttes anticoloniales démontre que le recourt à la violence par les colonisés n’est que le résultat de la violence du dominant. Elle démontre également que les actes de résistance ont toujours été taxés de « terrorisme » par les mêmes dominants. Les nazis appelaient les résistants des terroristes,  l’Etat colonial français appelait les indépendantistes algériens des terroristes et Mandela était lui-même taxé de  terroriste  par le régime de l’apartheid.

Le délégué interministériel semble n’avoir rien d’autre à faire que de réagir aux réseaux sociaux. Il déclare lui-même avoir saisi le parquet à 42 reprises. Pourtant les discriminations racistes massives et systémiques constituent quotidiennement des ruptures d’égalité qui détruisent les vies de nombreux habitants de l’hexagone. La lutte contre le racisme c’est d’abord et surtout s’attaquer à ces discriminations.

Face à ces attaques nous n’avons qu’une seule arme : la solidarité sans faille. Face à la tentative de criminalisation du soutien à la résistance palestinienne nous ne devons avoir qu’une réponse : renforcer ce soutien.



le jour n'est pas venu où je considèrerai juste une telle affirmation : « Il n’appartient pas au FUIQP de choisir les formes de lutte que doit choisir le peuple palestinien. Celles-ci sont le résultat du contexte et du rapport des forces. Il est en revanche de son droit et de son devoir de les soutenir. »

« les formes de lutte » ne sont pas « choisies » par « le peuple palestinien » comme un tout indifférencié et sans désaccords sur ces formes entre les parties palestiniennes en luttes contre la politique d'Israël. Il s'agit ici d'un choix du FUIQP de soutenir des formes pilotées par le Hamas, que je sache pas encore un parti communiste et qui n'hésite pas à la répression contre les prolétaires palestiniens mêmes

quant à « soutenir sans faille » quelque chose qu'on ne choisit pas... cela laisse rêveur sur la conception du parti que recouvrent les communiqués de telles directions, que ce soit celle du FUIQP ou celle du PIR

et voilà comment « la solidarité sans faille avec le peuple palestinien » se transforme en justification du tweet d'Aya Ramadan comme seul soutien possible, un « droit et un devoir » (pourquoi l'a-t-elle effacé, alors ? Un faille dans sa solidarité ?)

ni la lutte armée ni l'Intifada ne me posent de problèmes, mais ce genre d'actes aveugles contre des civils oui, et ce "soutien total" de loin plus encore, et bien malin qui me renverra dans le camp de Valls, Clavreul et Netanyahu pour autant

PS : là je sens qu'on va ressortir les textes de Fanon sur les réticences de la gauche française relativement aux attentats du FLN... Je le fais par anticipation :


Frantz Fanon, Pour la révolution africaine 1964 «Cahiers libres» Maspero, intégral UQAC p. 91-92
Frantz Fanon a écrit:
Depuis 1956, les intellectuels et les démocrates français s’adressent périodiquement au F.L.N. La plupart du temps, il s’agit soit de conseils politiques, soit de critiques concernant telle physionomie de la guerre de libération. Cette attitude de l’intelligentzia française ne doit pas être interprétée comme la conséquence d’une solidarité, interne avec le peuple algérien. Ces conseils et ces critiques s’expliquent par le désir difficilement réprimé de guider, d’orienter jusqu’au mouvement de libération de l’opprimé.

Ainsi se comprend l’oscillation constante des démocrates français entre une hostilité manifeste ou latente et l’aspiration totalement déréelle à militer « activement jusqu’au bout ». Une telle confusion indique le manque de préparation aux problèmes concrets et la non-insertion des démocrates français sur le plan de la vie politique intérieure française.

Le long de cette ligne d’oscillation, les démocrates français, en dehors de la lutte ou manifestant la volonté de l’observer de l’intérieur, voire d’y participer en qualité de censeurs, de conseillers, incapables ou refusant de choisir un terrain précis ou se battre à l’intérieur du dispositif français, menacent et pratiquent le chantage.

La pseudo-justification de cette attitude est que, pour avoir une influence sur l’opinion française, il faut condamner certains faits, rejeter les excroissances inattendues, garder ses distances devant les « excès ». Dans ces moments de crise, d’affrontement, il est demandé au F.L.N. d’orienter la violence, et de la faire sélective.


tous et toutes au "jeu des 7 différences" avec la situation actuelle, la lutte palestinienne aujourd'hui vs la lutte anti-colonialiste en Algérie en 1956-1962, et accessoirement le fait que ni les membres du PIR ni ceux du FUIQP ne sont palestiniens, comme étaient les Algériens contre la France alors puissance colonialiste occupante, et que leur qualité respectable d'indigènes contre la République française ne les autorise pas à faire ce genre d'amalgames politiques déshistorisés sous prétexte de se réapproprier leur histoire au présent

je ne suis pas un « démocrate français », ne donne aucun « conseil » ni ne fais de « critiques » aux palestiniens en lutte armée légitime, mais je ne m'adresse pas au PIR et au FUIQP comme s'ils étaient, à les entendre, un FLN palestinien en France... Je suis favorable à l'auto-organisation des luttes indigènes en Palestine comme en France, et particulièrement des prolétaires racialisés des quartiers populaires, pas à leur encadrement par des partis dictant leurs conditions politiques de représentation démocratique

inutile pour un tweet merdique de surjouer au meilleur défenseur des peuples à distance, quand on se désespère d'obtenir des alliances électorales avec le NPA et le PCF. Rappel : Bobigny 2014 : quand les Arabes et les Noirs font campagne pour la droite blanche 2 avril 2014 par Aya Ramadan, membre du PIR

pour le reste et relativement à l'attaque en justice de Aya Ramadan par Clavreul, j'ai bien compris que c'est la seule ligne de défense possible, force et faiblesse d'une manipulation réciproque dans un rapport de forces très déséquilibré, mais seule la vérité est révolutionnaire


le plus tranquille serait une fois sur deux de ne rien dire

l'ont compris ceux pour qui la vérité est révolutionnaire une fois sur deux


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MessageSujet: Re: avec et contre HOURIA BOUTELDJA et le PIR, "RACE, CLASSE et GENRE" ? et autres questions communistes et décoloniales : conversations   Lun 13 Juin - 16:28


à propos d'Orlando, de sécurité, et d'homosexualité

Houria Bouteldja a écrit:
15 h Un "Bataclan" américain. L'horreur continue. Paix aux victimes.

1 h "Le tueur d'Orlando travaillait pour GS4, une multinationale britannique de sécurité qui offre aux gouvernements ou autres institutions son soutien pour la construction des murs, le contrôle des migrants et des réfugiés, les transports d'or, de militaires en Iraq, à la frontière USA/Mexico, en Afrique, Amérique du Sud, etc.

Une armée privée au service du Capital. Ses employés ont le droit de porter des armes".


Via Françoise Vergès.

A propos de GS4, Angela Davis >> GS4 et le complexe industrialo-carcéral

Extrait du chapitre III du livre Une lutte sans trêve, qui vient de paraître aux éditions La fabrique, ce texte est la transcription d’un discours prononcé à l’université SOAS (School of Oriental and African Studies) de Londres en décembre 2013.



Corinne Cerise a écrit:
Voici le discours à vomir d'un pasteur fondamentaliste américain après le massacre d'Orlando :  

Christian Pastor Celebrates Nightclub Massacre: “There’s 50 Less Pedophiles in This World”

Voici le début de son intervention : " The good news is that there’s 50 less pedophiles in this world, because, you know, these homosexuals are a bunch of disgusting perverts and pedophiles. That’s who was a victim here, are a bunch of, just, disgusting homosexuals at a gay bar, okay? "

"La bonne nouvelle est qu’il y a 50 pédophiles de moins dans ce monde, parce que, vous savez, ces homosexuels sont une bande de pervers dégoûtants et pédophiles. Qui a été victime ici, juste un tas de dégoûtants homosexuels dans un bar gay, OK ? "




Croyez le bien, ces mecs là le jour des révolutions on les oubliera pas.


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MessageSujet: Re: avec et contre HOURIA BOUTELDJA et le PIR, "RACE, CLASSE et GENRE" ? et autres questions communistes et décoloniales : conversations   Jeu 16 Juin - 20:08


le fond de l'air français est aux interdictions

après les manifestations pour Valls, le PIR pour Clavreul

Le Figaro lui tend la perche, sans guillemets à "Apologie du terrorisme" ni à "anti-français", contrairement à Valls pour "violences policières" qui, dit en passant, n'ont pas attendu pour viser les 'Indigènes'


FIGAROVOX/ENTRETIEN EXCLUSIF - Après la diffusion de messages de soutien aux terroristes qui ont tué ces civils israéliens à Tel Aviv, Gilles Clavreul s'interroge sur la dissolution du Parti des Indigènes de la République. Il dénonce la complaisance dont bénéficie ce mouvement de la part de certains élus et médias.

Gilles Clavreul est délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme (Dilcra)


Citation :
FIGAROVOX. - Après l'attentat de Tel Aviv le 8 juin [4 Israéliens tués au marché de Sarona], des proches du Parti des Indigènes de la République ont assimilé les terroristes palestiniens à des résistants. Puis ils ont organisé une rupture du jeûne en ce mois de Ramadan, le 11 juin 2016 sur l'esplanade de la Basilique de Saint-Denis avec le soutien de la mairie de Saint-Denis...

Gilles CLAVREUL - J'ai transmis à la justice ce tweet qui fait l'apologie du terrorisme. Une enquête a été ouverte. Ce tweet intervient dans un contexte de dérive du Parti des Indigènes, dérive sur laquelle j'ai appelé l'attention à plusieurs reprises.

Ce tweet glorifiant l'assassinat de civils aurait pu n'être qu'un «dérapage», or il n'en est rien : le PIR a enfoncé le clou en apportant son plein soutien à cette militante. Et en développant cette rhétorique perverse qui sert notamment à ceux qui se prétendent défenseurs de la cause palestinienne : les seules victimes ce sont les Palestiniens qui subissent l'oppression israélienne. Face à cette oppression, il n'y a pas terrorisme mais acte de résistance, de sorte que «la responsabilité de ce décès incombe à l'Etat colonial israélien», écrit l'auteure du tweet sur le site du PIR. On sait la force d'attraction de ce discours violemment antisioniste, qui donne un semblant d'habillage théorique à la haine antisémite. Mais il est troublant de voir que le PIR bénéficie aussi d'une grande mansuétude de la part d'organisations politiques ou associatives, ou encore de personnalités, notamment universitaires, qui signent des manifestes ou partagent la tribune avec lui, encore tout dernièrement à Saint-Denis. Entendent-ils la gravité des propos du PIR ? Les approuvent-ils? Je ne sais pas, mais ils leur apportent une forme de caution, de légitimité.

Que peut faire le gouvernement pour lutter contre ce type de discours haineux ? Peut-il recourir à des moyens coercitifs?

Les moyens de coercition sont et doivent demeurer de dernier recours. Nous sommes dans un pays de libertés, et ces libertés sont protégées, contrairement à ce que l'on affirme ici et là. Mais en démocratie il y a des lignes rouges : l'appel à la haine, le négationnisme, la discrimination. Et le PIR et ses alliés les franchissent, de plus en plus ouvertement. On me pose d'ailleurs de plus en plus souvent la question de sa dissolution. Nombreux sont les internautes et les militants antiracistes qui sont profondément indignés par les propos qui sont tenus par les Indigènes: soutien à des terroristes, homophobie, antisémitisme, mise en cause d'une France présentée comme un Etat raciste enfermé dans son passé colonialiste. On ne peut rester inerte face à ces accusations haineuses et fausses.

Assemblées générales à Paris VIII ou encore camp d'été «décolonial» interdits aux blancs, propos de Benzema pour qui sa non-sélection à l'Euro de football est due au racisme de Didier Deschamps… Ce discours racialiste se propage-t-il dans la société ?

Camp «décolonial», réunions de «non-mixité racisée» à Paris VIII, interdites aux blancs : cela paraît extravagant mais, pour le PIR et ses pseudopodes, la séparation raciale est légitime. Dans sa critique radicale de la société occidentale, le PIR prétend «déconstruire» un système d'oppression vieux de plusieurs siècles, système que les transformations démocratiques n'auraient fait que renforcer en lui donnant un simulacre de légitimité populaire. En déformant et en poussant à l'absurde la critique - elle, parfaitement légitime et nécessaire - de la colonisation et des discriminations, le PIR réduit le champ social à un affrontement entre le «Blanc» qui opprime et «l'Indigène», qui est opprimé. Séparer les races est doublement légitime : pour protéger l'Indigène de la violence du Blanc mais aussi pour éviter le mélange. La question qui se pose est la suivante : jusqu'où faut-il tolérer ce délire ? La question mérite d'être posée, y compris bien sûr d'un point de vue juridique.

On comprend pourquoi les partisans de cette rhétorique se soient saisis de «l'affaire Benzema» : il est forcément la victime du système, puisque d'origine maghrébine et de confession musulmane. Tout comme, symétriquement, il est forcément coupable pour l'extrême-droite, pour les mêmes raisons qui plus est : son origine et sa religion ! Ainsi une affaire judiciaire d'abord, sportive ensuite, devient un enjeu de lutte idéologique, où les identitaires de tous bords tentent d'attiser les peurs d'une partie de l'opinion.

Les groupes d'extrême droite tels que les identitaires sont classés comme étant infréquentables et parfois dissous. Les Indigènes bénéficient-ils d'une certaine complaisance politique et médiatique ?

Des passerelles existent entre les deux camps. Il y a des échanges idéologiques constants entre ces formes de haine, mais aussi des convergences: sur la dénonciation du complot juif, la haine des francs-maçons ou encore l'homophobie. Je renvoie au remarquable ouvrage de Pierre Birnbaum, Sur un nouveau moment antisémite, qui évoque la manifestation «Jour de colère» de janvier 2014. Il faut combattre tous ces groupes avec la même énergie, car l'extrême-droite n'a plus le monopole de la haine et de la division. Donc il n'y a aucune raison pour que le PIR bénéficie d'une quelconque mansuétude. Aucun débordement n'est excusable au nom d'une quelconque oppression. Les Indigènes sont un groupuscule peu représentatif, peu implanté au-delà de ses bases - on peut situer leur épicentre idéologique à la Bourse du Travail de Saint-Denis où le mouvement et les collectifs qui gravitent autour ont l'habitude de se réunir. Mais leur rhétorique essaime au-delà de leurs rangs, en partie grâce à la complaisance de quelques intellectuels et la curiosité malsaine de certains médias.

Existe-t-il du clientélisme des élus locaux de tous bords politiques qui laissent impunis ce type de discours ?

Ceux qui jouent le jeu du clientélisme identitaire doivent s'attendre à se trouver un jour ou l'autre battus sur ce terrain : car il y aura toujours un meilleur offreur. Croire qu'un électorat serait captif d'un camp politique est faux. Ce que cherchent les groupes identitaires, c'est la valorisation d'intérêts communautaires. Il n'y a pas de notion politique de droite ou de gauche dans leurs calculs.

Droit de réponse : Dans la première version publiée de l'interview, Gilles Clavreul mettait en cause Bernard Antony, le président de l'Agrif dans les termes suivants: «Sur l'antenne de Radio Courtoisie, on a pu entendre un panégyrique d'Houria Bouteldja, comparée à Barrès par Bernard Antony». Bernard Antony a fait savoir au FigaroVox que l'extrait cité par Gilles Clavreul était ironique et que son association combattait Le Parti des Indigènes de la République, parti contre lequel il a déposé plusieurs plaintes devant les tribunaux.



Clavreul : « On me pose d'ailleurs de plus en plus souvent la question de sa dissolution » Qui ?



BNVCA : plus que temps d’interdire le PIR islamonazi de Bouteldja

Citation :
Le BNVCA salue la déclaration du Bureau Exécutif du MRAP en date du 7/4/15 intitulée "NON AU PHILOSEMITISME D 'ETAT" qui.dénonce et condamne ce slogan abject,injuste,partisan et discriminatoire scandé lors de la manifestation propalestinienne organisée à Paris le 21 Mars à Paris Le BNVCA s'associe à cette déclaration du MRAP qui fustige le Parti des Indigènes de la République (PIR) d'avoir aussi fait distribuer un tract, accusant le gouvernement d'être "philosémite" et soutenir les citoyens juifs plutôt que les musulmans et les roms victimes aussi de racisme.

http://www.bellaciao.org/fr/spip.php?article145640 Pour le BNVCA, s'il est vrai que les musulmans africains ou nord africains, sont victimes de racisme, cela n'est pas le fait des membres de la communauté juive, Par contre la majorité des agressions antijuives de tous ordres, allant de l'injure, du crachat, du tag, à la violence, et à l'assassinat d'enfants juifs sont commisses par des individus appartenant à ces communautés disant souffrir de racisme. Le BNVCA qui lutte exclusivement contre l'antisémitisme , recense les actes depuis l'an 2000, peut en apporter la preuve , policière voire judiciaire Et malheureusement , sans faire comme le PIR de hiérarchisation victimaire, le rapport annuel de CNCDH confirme que c'est la minorité juive de France ,qui proportionnellement subit le plus grand nombre d'actes racistes. Dans ce même communique le MRAP condamne le PIR qui de façon scandaleuse justifie l'antisémitisme du prétendu humoriste Dieudonné, qui serait celui "qui se lève pour guérir une blessure identitaire"

Le BNVCA salue le MRAP qui réfute les arguties du PIR 'Parti des Indigènes de la République" selon lesquelles "les juifs sont les responsables (de l'antisémitisme ) qu'ils subissent de la part de post coloniaux " car "complices des crimes contre Gaza. Le BNVCA rappelle que le PIR est une association qui soutient les organisations islamo terroristes du Hamas ,et fait l'impasse coupable des crimes de guerre et contre l'humanité commis sur les populations civiles d'Israël par ces mouvements palestiniens. Le BNVCA soutient la conclusion suivante du communique de MRAP "Survenant quelques semaines après le massacre de « juifs » dans l’épicerie Casher, trois ans après l’exécution d’enfants dans l'école juive de Toulouse, ces théories sur le « philosémitisme » indignent ceux se réclament de la lutte contre tous les racismes"

Le BNVCA étudie avec ses conseils l'opportunité de demander l'interdiction du PIR.



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MessageSujet: Re: avec et contre HOURIA BOUTELDJA et le PIR, "RACE, CLASSE et GENRE" ? et autres questions communistes et décoloniales : conversations   Jeu 23 Juin - 11:33


on ne joue pas avec l'essence

non, aucun essentialisme n'est une arme de combat contre les identités assignées

un an après sa réponse à Vacarme, « Vacarme critique les Indigènes : la faillite du matérialisme abstrait », Norman Ajari, du PIR, prenant en compte le durcissement du discours anti-identitaire depuis, explique que « Ce contexte m’a invité à radicaliser le discours. C’est pourquoi le présent texte défendra l’idée que l’essentialisme, pour les afro-descendants, est un mode de pensée politique éminemment légitime. » Son argumentation est, comme d'habitude, serrée, et sur certains points sans appel, et certes c'est un grand plaisir de le lire épingler Philippe Corcuff au passage, mais...

théorie de luttes ou stratégie rhétoricienne ?

grosso modo, Ajari procède ici comme souvent le PIR, dans une tradition consistant à retourner l'argument de l'adversaire contre celui-ci, dans ses termes, comme le faisait déjà le terme d'Indigène. Problème ici, parce que l'essentialisme n'est pas une notion sans passé ni passif philosophique et idéologique, mais un concept qui à mon sens ne souffre pas d'être sans risque renversé en son contraire, sauf à manier la dialectique des dépassements à produire autrement que ne le fait Ajari. Que le PIR assume ce procédé rhétorique et stratégique est son affaire, je ne peux le suivre sur ce chemin

une «essence» ne se dépasse pas

concernant la question des identités, j'ai mis en avant le concept d'identités de luttes, reconnaissant la légitimité de qui est dominé, exploité, opprimé, à se battre en tant que tel et à s('auto-)organiser sur cette base, et pas de façon universelle abstraire. Identités de luttes, que ce soit pour des prolétaires exploités, des femmes dominées, des non-Blancs racisés, s'entend comme nœud de contradictions dans une structure à dominante du capital, en l'occurrence contradictions particulières de l'Occident dans sa crise historique de perte de suprématie. Le reconnaître et le prendre en compte dans les luttes, leur segmentation et leur conflictualité interne ne supposent pas chez moi de reconnaître ces luttes comme porteuse d'une "essence" qui viendrait ici comme s'ajouter à l'essence humaine de l'humanisme théorique

car au fond la philosophie politique du PIR est humaniste théorique, même si son universalisme n'est plus le "matérialisme abstrait" hérité des Lumières. Il me semble que ce positionnement ressortait aussi, renforcé par son caractère "intime", de la rencontre entre Isabelle Stengers et Horia Bouteldja


une pensée décoloniale sous contrainte politique

bref et pour être clair, il devient sérieusement difficile de penser dans la dynamique décoloniale mondiale en ne partant que des considérations du PIR, pour les raisons déjà soulignées de ses présupposés politiques, dont on voit ici qu'ils déterminent la réflexion théorique aussi, le défaut habituel de tous les philosophes qui ont mis leur travaux au service d'un parti

Faire vivre son essence

Norman Ajari 22 juin 2016

L’essentialisme n’appauvrit pas le monde ; il l’enrichit. Pour la quasi-totalité du camp politique progressiste, pourtant, cette idée relève du scandale. On y tolère parfois, selon la formule de la théoricienne indienne Gayatri Spivak, l’hypothèse d’un « essentialisme stratégique ». Ainsi, une essence peut-être revendiquée politiquement, certes, mais à condition qu’elle ait peu de contenu, et que ceux qui la revendiquent n’y croient pas trop fort. Ce tiède compromis a fait long feu. L’essentialisme a trop longtemps été vu comme une substance toxique, qu’il faudrait manipuler avec précaution. À cet égard, nos réticences sont des renoncements. Sadri Khiari indique une porte de sortie à ce statu quo en analysant ainsi les positions de Malcolm X : « le pouvoir noir afro-américain que vise à établir Malcolm se forge ainsi au croisement de l’espace américain, largement hostile, et de l’espace mondial où se déploie la puissance africaine » [1]. Comment envisager ce lien politique international entre l’Afrique et sa diaspora sans la supposition d’une essence historique commune ?


Citation :
J’ai déjà abordé la question de l’essentialisme et de l’anti-essentialisme dans un texte de circonstance rédigé il y a presque un an[2]. L’heure était alors à la polémique : l’objectif était de défendre le Parti des Indigènes de la République contre une série d’accusations mensongères et malveillantes. C’est dans ce contexte que j’avais brièvement questionné l’usage du concept d’essentialisme dans le discours de la gauche contemporaine. Je n’avais alors pas pu m’étendre aussi longuement que le sujet le méritait. Le présent article reprend, complète et développe ce propos. En effet, force est de constater que la rhétorique que j’avais cherché à démonter se porte à merveille. L’obsession collective qui consiste à se vouloir les moins essentialistes possibles ne semble aujourd’hui pas davantage remise en cause dans les espaces militants et intellectuels qu’elle ne l’était alors. Ce contexte m’a invité à radicaliser le discours. C’est pourquoi le présent texte défendra l’idée que l’essentialisme, pour les afro-descendants, est un mode de pensée politique éminemment légitime.

Aux sources d’une accusation

L’argumentaire anti-essentialisme ne fonctionne que dans un contexte circonscrit, défini par le camp progressiste de l’Europe occidentale. Les jeunes Africains-Américains de la Temple University de Philadelphie qui se voient enseigner l’idéologie afrocentriste sont favorables à l’essentialisme. Ils sont convaincus que l’essentialisme est synonyme d’un mode de vie authentique, tout autant que le progressiste européen est persuadé de l’ignominie d’une telle idée. Le nœud du problème est là : si dans le contexte qui nous préoccupe « essentialisme » sert unilatéralement d’accusation, c’est qu’il est admis sans discussion que l’essentialisme est (pour dire le moins) une mauvaise chose, et qu’il est hautement préférable de ne pas l’être. Admettre que des « essences » existent est, dans ce contexte, une faute politique d’une extrême gravité. Ainsi, le débat européen sur l’essentialisme et l’anti-essentialisme est lui-même une arme. Faire de l’essentialisme un problème permet de faire des identités politiques non blanches un problème. C’est ainsi que les « anti-essentialistes » autoproclamés ont bâti leur tribunal. L’accusation d’essentialisme leur permet de faire tomber les têtes d’ennemis qui, pourtant, ne se revendiquent jamais de l’étiquette qu’ils leur prêtent. Personne, en effet, ne semble vouloir briser le consensus qui règne autour de la condamnation des essences. On est toujours l’essentialiste d’un autre, mais il semblerait incongru de le revendiquer.

Pour mieux saisir comment on en est arrivé là, examinons très rapidement les origines de l’usage contemporain du terme « essentialisme ». Ces utilisations, plutôt politiques, ne dérivent que lointainement du concept métaphysique d’essence de l’antiquité et du moyen-âge, selon lequel l’essence d’une chose est ce qui, en elle, se soustrait à l’espace et au temps. Sartre, dans sa formule devenue célèbre, « l’existence précède l’essence », voulait dire qu’une telle définition de l’essence ne s’applique pas à l’être humain. Au contraire, l’humain est libre, c’est-à-dire qu’il n’est tenu à aucun parcours de vie spécifique. C’est l’individu lui-même qui définit ce qu’il est : son essence. Cela signifie donc qu’il n’y a pas d’essence de l’espèce humaine, mais seulement une essence singulière de l’individu, qui ne se révèle qu’à son dernier souffle, comme la somme de ses actions et de ses choix. Cette vision du monde n’est ni l’invention ni la propriété exclusive de l’Europe. Ainsi, lors de la cérémonie du tatolo pratiquée par le peuple tswana d’Afrique du Sud, les proches d’un défunt, qui l’ont connu dans différents contextes, se livrent successivement à des récits de sa vie, narrant sa personnalité telles qu’ils l’ont connue[3]. Se dessine alors progressivement, à force d’esquisses, un portrait fait de tons et de nuances innombrables : l’essence d’une personnalité, vivante dans les mémoires.

La critique sartrienne de l’application à l’être humain du concept d’essence sera reprise et radicalisée dans la philosophie féministe, qui est sans doute la principale source d’inspiration des emplois contemporains du terme « essentialisme ». Dans Trouble dans le genre, Judith Butler critique l’essentialisme et ce qu’elle nomme « métaphysique de la substance » comme des armes du patriarcat et de l’hétérosexualité obligatoire[4]. L’essentialisme devient alors une assignation à certains comportements sociaux qui bride la liberté de se construire, à force d’expériences singulières, une personnalité et une identité uniques. Pour résumer (peut être exagérément) et exprimer le plus simplement possible cet usage à la fois militant et théoriquement exigent, disons que l’essence ne désigne plus ici la vérité éternelle d’une chose, mais les attachements d’une personne : sa mémoire, ce en quoi elle croit, ses comportements, ses habitudes, ses manières de table…

Ce dont on trouve trace dans les écrits de Judith Butler, mais qui fait défaut dans la plupart des usages militants contemporains, c’est une distinction entre l’essence et la contrainte mise en œuvre pour l’imposer. Ce que dénonce en effet une philosophie féministe de ce genre, ce sont les processus par lesquels certains attachements particuliers deviennent obligatoires et la violence des punitions que suscitent les écarts d’avec la norme. Voilà donc ce que signifie le -isme qui suffixe l’essence : essentialisme veut dire attachement contraint. L’essentialisme, en ce sens, c’est la supposition que l’essence précède l’existence.

Cet effort de définition avait pour but d’éclairer un concept qui, à force d’être répété et employé sans rigueur, est devenu flou. La notion d’essentialisme vise à condamner le fait de forcer des individus à s’attacher à certaines pratiques et de les empêcher d’explorer d’autres modes de vie possibles. Un détournement très fréquent de cette idée consiste à taxer d’essentialisme, non pas la contrainte, mais certaines formes d’attachement elles mêmes. Il y a là un glissement sémantique, trop souvent mis au service d’une disqualification politique. Il ne s’agit évidemment pas de sous-entendre, à la faveur d’un relativisme commode, que tous les attachements se vaudraient et qu’ils ne seraient jamais condamnables. Le goût de la torture et du lynchage peut être une forme d’attachement – elle n’est d’ailleurs pas rare en Occident. L’arbre du lynchage, où les Blancs du Sud des États-Unis pendaient les Noirs, fait par exemple partie d’un véritable patrimoine culturel raciste. Comme l’explique Achille Mbembe, le lynchage « représente une forme grandiose, grotesque et exhibitionniste de la cruauté raciste. […] En tant que technique de pouvoir raciste, le rituel exécutionnaire a pour objectif de semer la terreur dans les esprits de ses victimes et de revivifier les pulsions mortifères qui forment le sous-bassement de la suprématie blanche » [5].

L’image de l’arbre du lynchage suscite encore aujourd’hui de la nostalgie chez les suprémacistes blancs. Mais le principal problème que pose celui qui refuse d’abandonner une telle habitude n’a rien à voir avec l’« essentialisme » de sa pensée. Si les identités politiques racistes sont redoutables, ce n’est pas parce qu’elles sont « essentialistes » ; c’est parce qu’elles sont meurtrières, massacreuses, génocidaires[6]. Comme l’exprime Mbembe, il y a au fond de l’idée de suprématie blanche une pulsion mortifère. Cette pulsion, bien davantage que tout imaginaire essentialiste, est une menace pour tous ceux qui ne sont pas blancs.

Faire vivre son essence

Se défendre d’être essentialiste, c’est accepter la manière dont le problème est posé par le camp de la gauche progressiste blanche. Or il n’y a rien à gagner en abandonnant à un tiers le privilège de poser les termes d’un problème. Je soutiens pour ma part qu’on peut se revendiquer d’un essentialisme tout en admettant que l’existence précède l’essence. L’essentialisme, en ce sens, n’est pas contraignant : c’est au contraire une manière de donner à son existence davantage d’intensité en la liant à une communauté, une histoire, des récits, un imaginaire. C’est également une façon de rappeler l’interdépendance qui lie les humains les uns aux autres. À cet égard, les relations ne s’opposent pas à l’essence. Elles sont au contraire une seule et même chose. C’est même l’une des pièces fondamentales d’un essentialisme décolonial.

D’un point de vue humain, l’essence est ce qui lie un passé collectif à un avenir individuel. Par exemple, se dire essentiellement noir, c’est admettre dans son existence personnelle un passé noir, une histoire, une philosophie. Une objection souvent formulée pour contrer ce genre d’approches est que ce passé est infiniment complexe, tissé de contradictions, et que ses réappropriations individuelles ou militantes ne peuvent être qu’arbitraires. Pire encore, de tels usages en appauvriraient la richesse. Cette objection n’est pas convaincante. En effet, elle ignore l’existence d’une vaste chaîne de transmission historique consciente d’elle-même. L’essentialisme ici défendu ne réduit pas la complexité du monde : il accepte qu’il existe un lien intime entre la façon dont nos prédécesseurs voyaient le monde dans sa variété et la nôtre. Il admet l’existence d’un point de vue – le point de vue décolonial – qui se transforme dans la continuité, en se transmettant d’une génération à l’autre. Il ne s’agit pas de réduire le monde, mais de l’enrichir d’un regard hérité. Se contenter de brandir une prétendue complexité sans y tracer un chemin singulier, c’est se condamner à une fascination impuissante, une contemplation stérile.

La conscience historique africaine est la conscience d’une conscience. La conscience de la prégnance de la conscience de la génération qui précède. Pour le dire plus clairement, être essentialiste, c’est savoir que nos prédécesseurs se posaient des problèmes semblables aux nôtres, dans des contextes politiques différents, qui leur étaient propres : les questions de la survie dans un monde structurellement violent, de la libération de l’inégalité raciale, de la foi de l’opprimé… Nous sommes les héritiers de leur conscience, de leurs pensées, de leur passé, qui étaient eux-mêmes fondés sur le réinvestissement d’un héritage de résistances. L’essence africaine, c’est de n’être jamais orphelin. Jusque dans un monde qui cherche à faire de nous des bâtards, des êtres illégitimes, des âmes errantes. Cette essence nous rappelle également de ne pas nous poser nous-mêmes comme originels. Car notre dignité est plus vieille que nous. Ainsi que l’écrit le grand théologien de la libération noire James H. Cone : « Les récits et les contes, les Blues et les Spirituals, les prières et les sermons du peuple noir, nous avons à les intégrer à notre existence d’aujourd’hui, reliant ainsi les luttes de nos parents aux nôtres » [7]. Une essence, c’est un rapport au passé tel que celui que décrit Cone : il se cristallise aujourd’hui encore dans le rap et dans tous ces genres musicaux qui tissent une culture populaire.

Le philosophe jamaïcain Lewis R. Gordon va dans le même sens lorsqu’il analyse la philosophie africaine contemporaine. Il souligne l’importance de la présence persistante du souvenir des ancêtres. Les penseurs africains ont un rapport au passé différent de celui des européens : la vérité permet de rendre justice à la souffrance des ancêtres, de leur offrir un tombeau. La philosophie africaine accorde une « priorité ontologique » [8] au passé : il juge le présent et nous sommes en dette par rapport à lui. Toutefois, ce passé n’a rien d’une incarcération. Le passé de l’Afrique et de ses diasporas, celui des crimes et défaites comme des résistances et des victoires, est une invitation à la responsabilité. Responsabilité vis-à-vis de cette histoire elle-même, d’abord, mais aussi et surtout, vis-à-vis de notre situation actuelle – vis-à-vis des vivants.

En ce sens africain et décolonial, l’essence n’a rien d’une contrainte. C’est la reconnaissance qu’il existe des attachements vécus, du fait que la mémoire humaine est finie. Il n’est pas possible de devenir tout, pas davantage que de devenir n’importe quoi. Nous récusons la définition de la dignité humaine sur laquelle se bâtit la modernité européocentriste que formule Pic de la Mirandole à la veille de la conquête des Amériques, selon laquelle l’homme est celui à qui il « est donné d’avoir ce qu’il souhaite, d’être ce qu’il veut »[9]. Cette hubris, cette illusion de grandeur, est un prélude au colonialisme et à la croyance occidentale en sa légitimité sans borne. Toutefois, il importe de ne pas négliger que les attachements et le rapport au passé qu’entretiennent un groupe ou un individu peuvent devenir mortifères et dangereux. Le passé n’est jamais une fin en soi et le désir de « demeurer ce que l’on est » est toujours une vaine autosatisfaction et surtout un crime contre la perfectibilité humaine. Avec le changement des temps, tout ne saurait être conservé du passé. Certaines idées méritent d’être abandonnées en cours de route. C’est alors par fidélité qu’il faut se faire infidèle. Mais il n’y a jamais de révolution mémorielle : nul ne peut abandonner sa mémoire, ni l’échanger contre une autre. Mais il est toujours possible de l’altérer, de l’enrichir.

Frantz Fanon comparait ce processus à l’émergence de la maturité. L’adolescent rêve d’échapper à toutes les règles, de tout tenir de lui-même. Mais l’erreur serait de s’imaginer, au contraire, que devenir adulte revient à suivre des règles définies, à savoir se conformer. En vérité, être adulte c’est connaître son héritage, mais savoir qu’il est possible de le trahir, c’est-à-dire d’enfreindre les règles pour en établir de nouvelles, pour faire advenir le mieux. Faire vivre son essence, c’est-à-dire sa mémoire, sans jamais en être l’esclave, voilà une position décoloniale. Une telle position refuse de se laisser prendre au piège des deux injonctions qui, comme Charybde et Scylla, menacent l’essentialisme décolonial. D’une part la posture naïvement conservatrice : « Reste ce que tu es ! » ; de l’autre, la posture naïvement progressiste, typique de l’anti-essentialisme à la mode : « Deviens rien ! ». C’est cette dernière injonction, qui ne peut être qualifiée que de nihiliste, qui va être examinée à présent.

Le nihilisme sociologique

Être nihiliste, c’est vouloir le rien. Le nihilisme sociologique est, dans la pensée globalisée, l’équivalent du nihilisme républicain dans la politique française : une machine à faire le vide. À ses yeux, les identités politiques – et notamment les identités raciales – n’existent pas, ne doivent pas exister, sont fondées sur des interprétations fausses de l’histoire. Pour illustrer ce nihilisme, on va examiner les positions de l’un de ses propagandistes : le sociologue Philippe Corcuff.

Corcuff a fait sa croissance politique à rebours. Membre du Parti Socialiste à 16 ans, il finit à la Fédération Anarchiste en milieu de cinquantaine, en étant passé (dans l’ordre) par le chevènementisme, les Verts et le NPA. Corcuff, c’est le Benjamin Button de la gauche blanche : il a vécu à la façon du personnage de Fitzgerald adapté au cinéma par David Fincher, qui naît vieillard et rajeunit toute sa vie durant au lieu de prendre de l’âge. Une laborieuse odyssée vers l’adolescence qu’il occupe en consacrant une part significative de son temps et de ses efforts à faire le procès, généralement dans l’indifférence, des pensées politiques qu’il estime faire de l’ombre à la sienne. Évoquons un navrant billet récemment consacré à Frédéric Lordon[10]. Je parlerai rapidement de lui, d’une part parce qu’il a cru bon de faire figurer le PIR parmi ses cibles, mais aussi et surtout car son cas est exemplaire des déroutes intellectuelles qui peuvent naître de l’alliance de l’ethos naïvement scientiste d’une certaine sociologie et d’un engagement politique dans des organisations européocentristes de gauche. Le point d’intersection de ces deux courants est précisément l’anti-essentialisme que cette sociologie comme cette gauche ont adopté comme leur idéologie officielle. Un récent article de Corcuff, intitulé « Prégnance de l’essentialisme dans les discours publics autour de l’islam dans la France postcoloniale », en témoigne. L’auteur y revendique un prétendu « registre hybride entre la distanciation propre aux sciences sociales et l’engagement dans des mouvements sociaux émancipateurs » [11]. Or cette distanciation aussi bien que cette prétendue émancipation sont aussi douteuses l’une que l’autre.

L’épistémologie féministe du point de vue, les théologies de la libération, l’anthropologie d’un Eduardo Viveiros de Castro, la théorie décoloniale, etc. Ces différents courants intellectuels sont animés par un même refus d’un regard neutre et « distancié » porté sur les sociétés. Seule une science sociale en rupture avec l’expérience peut se gargariser de sa rigueur et de sa pure objectivité. Or cette attitude est antihumaine, c’est-à-dire nihiliste. La définition que donne Corcuff en témoigne. L’essentialisme, ce serait la fabrication d’« une entité homogène et durable, voire intemporelle dans une logique d’inspiration platonicienne, avant même d’avoir mené une investigation philosophique ou sociologique » (p. 121).

À la philosophie et à la sociologie, bref à la science, le monopole sur l’essence. C’est au discours de l’expert qu’il appartient de décider de la légitimité, pour ne pas dire de la légalité, des identités politiques et des imaginaires. L’article de Corcuff témoigne d’un excès obsessionnel du constructivisme – cette doctrine philosophique qui veut que toute réalité sociale soit historiquement construite, dépendante des acteurs sociaux, etc. Je parle d’excès et d’obsession car à partir du moment où cette approche quitte le laboratoire du sociologue et prétend se parer de vertus émancipatrices, l’attitude nihiliste commence. Pour Corcuff, l’essentialisme décolonial décrit plus haut n’existe pas et ne saurait exister, à moins que la sociologie ou la philosophie en décident autrement. Or l’engagement décolonial est précisément un engagement à faire exister son essence dans l’activisme, la pensée, les arts, la culture. C’est l’invention permanente de l’essence.

Politiquement, cet anti-essentialisme nihiliste est étroitement lié à une conception fautive de l’antiracisme, que l’attitude décoloniale récuse. Appelons-le « antiracisme formel ». Il se caractérise par un rejet des positions ou des revendications « identitaires » en général. L’idée qui le fonde est que tout groupe politique devient dangereux, exclusif et intolérant dès l’instant ou il revendique pour lui-même une identité (notamment culturelle) positive. C’est ainsi que dans un tel discours, les organisations d’extrême droite peuvent être comparées avec le Parti des Indigènes de la République. Selon cette idéologie, c’est la forme « identitaire » qui est l’ennemi – peu importe que cette identité soit celle du colon ou celle du colonisé. Au contraire, l’antiracisme décolonial est un antiracisme du contenu. Il considère, comme Lordon dans Imperium,[12] qu’il est impossible d’échapper à toute donnée identitaire. Mais surtout, il pose qu’il existe des identités intrinsèquement meurtrières, et d’autres qui ne le sont pas. Il considère que l’essentialisme décolonial est accueillant avec la différence, alors que le suprémacisme blanc lui est intrinsèquement hostile et cherche à l’éradiquer. Dès lors, la question n’est plus de savoir qui revendique formellement une identité ou qui la refuse (ce qui est une façon fallacieuse de poser le problème). C’est le contenu de ces identités qui importe.

Il n’existe pas d’identité pure de la possibilité de la violence et du crime. Mais certaines identités ont un rapport à la violence plus intime, plus excessif et plus outrancier que d’autres. La pensée décoloniale est la prise de « conscience du fait que les formes modernes du pouvoir ont produit (tout en les occultant) des technologies de la mort, qui affectent de façon différentes sujets et communautés »[13]. La modernité européenne est porteuse de ces identités meurtrières. L’essentialisme décolonial est comme la lame mythique à deux tranchants : l’un qui soigne, l’autre qui blesse. Le premier vise à réparer les dommages causés par l’histoire longue du colonialisme, qui nous impose la honte de ce que nous sommes, le découragement face à ce que nous désirons devenir. L’autre nous invite à porter un conflit sans relâche dans le camp de ceux qui tentent de s’interposer entre notre dignité et nous.

Norman Ajari, membre du PIR

Notes

[1] KHIARI Sadri, Malcolm X stratège de la dignité noire, Paris, Éditions Amsterdam, 2013, p. 82.

[2] AJARI Norman, « Vacarme critique les Indigènes : la faillite du matérialisme abstrait ».

[3] COMAROFF Jean et COMAROFF John, « On personhood : a perspective from Africa », Theory from the South, Boulder – Londres, Paradigm, 2012, p. 61.

[4] BUTLER Judith, Trouble dans le genre (1990), trad. Cynthia Kraus, Paris, La Découverte, 2005.

[5] MBEMBE Achille, Politiques de l’inimitié, Paris, La Découverte, 2016, pp. 29-30.

[6] AJARI Norman, « Pour une définition décoloniale des crimes contre l’humanité ».

[7] CONE James H., La Noirceur de Dieu (1975), trad. M. Jean et J. Philibert, Genève, Labor et Fides, 1989, p. 49.

[8] GORDON Lewis R., Disciplinary decadence. Living thought in trying times, Boulder, Paradigm, p. 75.

[9] PICO DELLA MIRANDOLA Giovanni, De La Dignité de l’homme (1486), trad. Yves Hersant, Paris, Éditions de l’éclat, 2008, p. 9.

[10] CORCUFF Philippe, « S’émanciper du “Lordon-Roi” ? ».

[11] CORCUFF Philippe, « Prégnance de l’essentialisme dans les discours publics autour de l’islam dans la France postcoloniale », Confluences Méditerranée 2015/4 (N° 95), p. 128.

[12] LORDON Frédéric, Imperium. Structures et affects des corps politiques, Paris, La Fabrique, 2015.

[13] MALDONADO-TORRES Nelson, « Actualité de la décolonisation et tournant décolonial », in : BOURGUIGNON-ROUGIER Claude, COLIN Philippe, GROSFOGUEL Ramon, Penser l’envers obscur de la modernité, Limoges, Presses Universitaires de Limoges, 2014, p. 47.


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MessageSujet: Re: avec et contre HOURIA BOUTELDJA et le PIR, "RACE, CLASSE et GENRE" ? et autres questions communistes et décoloniales : conversations   Sam 25 Juin - 12:59


Gilles Clavreul et la Palestine

Qui fait l’apologie du terrorisme ?

Alain Gresh 24 juin 2016
   

AFP

« Dignité et fierté ! Bravo aux deux Palestiniens qui ont mené l’opération de résistance à Tel-Aviv #Free Palestine. » Le jour de l’attaque menée à Tel-Aviv et qui a fait quatre morts israéliens, une militante du Parti des indigènes de la République (PIR) a publié ce tweet qui a suscité une violente réaction de Gilles Clavreul.


Citation :
Dans un entretien accordé au Figaro le 16 juin 2016, Gilles Clavreul, délégué interministériel à la lutte contre le terrorisme, affirme avoir « transmis à la justice ce tweet qui fait l’apologie du terrorisme. Une enquête a été ouverte ». Et il met en cause « cette rhétorique perverse qui sert notamment à ceux qui se prétendent défenseurs de la cause palestinienne : les seules victimes ce sont les Palestiniens qui subissent l’oppression israélienne. Face à cette oppression, il n’y a pas terrorisme mais acte de résistance, de sorte que “la responsabilité de ce décès incombe à l’Etat colonial israélien”, écrit l’auteure du tweet sur le site du PIR. On sait la force d’attraction de ce discours violemment antisioniste, qui donne un semblant d’habillage théorique à la haine antisémite. »

Gilles Clavreul a raison ! Mais va-t-il assez loin ? Nombre de personnes bien plus importantes que cette militante du PIR ont fait le lien entre la colonisation qui se poursuit et s’étend depuis des décennies et le terrorisme. Je peux lui signaler d’autres coupables, en premier lieu parmi les Israéliens. Ainsi, le quotidien israélien Haaretz du 10 juin a osé publier un éditorial, je dis bien un éditorial : « La seule solution au terrorisme palestinien, c’est la fin de l’occupation ».

Plus préoccupant encore, le maire de Tel-Aviv Ron Huldai a prétendu sans aucune pudeur, comme le signalait le quotidien américainWashington Post, que « l’étincelle de la violence terroriste se trouve dans la poursuite de l’occupation ». Le premier magistrat de la principale ville israélienne a le culot d’affirmer : « quand il n’y a pas de terrorisme, personne ne parle de l’occupation. Personne n’a le cran de faire un pas vers une solution définitive. Cela fait 49 ans que nous vivons l’occupation. »..

Pour Clavreul, tous ces Israéliens sont des antisémites convaincus, des « self-hating jews ». Ils osent prétendre que, quand on vit sous occupation, sans aucun espoir, sans aucune perspective, la violence suit forcément. « Si vous fâchent les signes, combien vous fâcheront les choses signifiées », écrivait joliment Rabelais.

Nelson Mandela, que Gilles Clavreul n’a sans doute jamais lu mais dont je suis convaincu qu’il le cite dans ses conférences sur le racisme comme un « modèle », affirmait dans ses Mémoires : « C’est toujours l’oppresseur, non l’opprimé, qui détermine la forme de la lutte. Si l’oppresseur utilise la violence, l’opprimé n’a pas d’autre choix que de répondre par la violence. » Arrêté en 1962 et condamné, Madiba rejeta, à partir de 1985, plusieurs offres de libération en échange de sa renonciation à la violence ; il ne s’y rallia que quand il eut enfin obtenu satisfaction sur un principe fondamental : un homme =une femme = une voix. Et il affirmait, on peut le rappeler : « Que nous ne seront jamais libres tant que les Palestiniens ne seront pas libres. »

Je ne peux, pour ma part, me réjouir d’aucune mort de civils. Et je pense que le tweet tel que formulé par la militante du PIR reflète une absence d’empathie et aussi un schématisme politique affligeant. Mais je méprise ceux qui ne pleurent que les civils israéliens (ou plus généralement « blancs », occidentaux) et restent muets sur le sort des Palestiniens. Je méprise tous ces responsables, dont le gouvernement français, qui ont soutenu l’attaque de l’armée israélienne contre Gaza à l’été 2014 : si le Hamas et ses alliés doivent être considérés comme des « terroristes » pour avoir tué quelques civils, comment faut-il qualifier l’Etat d’Israël, qui en a massacré, selon les estimations les plus basses — celles de l’armée israélienne elle-même —, entre huit cents et mille, dont plusieurs centaines d’enfants ?

Comment ne pas être outragé de la mansuétude de MM. Hollande, Valls et compagnie à l’égard d’un gouvernement israélien qui tue régulièrement des civils palestiniens et qui vient d’accueillir en son sein, au ministère de la défense (il faudrait plutôt dire de la guerre) israélien d’un raciste d’extrême droite Avigdor Liberman, un homme qu’ils qualifieraient de « fasciste » s’il accédait aux affaires dans n’importe quel pays européen ? On n’a vu aucune réaction face au fait qu’un soldat franco-israélien ait assassiné de sang froid un Palestinien désarmé et le gouvernement est étrangement silencieux à l’égard de tous ces franco-israéliens qui font leur service militaire dans les territoires occupés, au mépris de la loi internationale, et participent à des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Il fut un temps, pas si lointain, où les socialistes « pacifiaient » l’Algérie à coup de ratonnades et de gégène, d’interdiction de manifestations et d’arrestations arbitraires. Il s’agissait déjà de combattre « le terrorisme ». On ne s’étonnera pas que Clavreul, qui soutient l’interdiction du mouvement pacifique BDS (Boycott désinvestissement sanctions) et de manifestations de soutien aux Palestiniens, veuille désormais interdire le PIR, au nom de la démocratie bien sûr.



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MessageSujet: Re: avec et contre HOURIA BOUTELDJA et le PIR, "RACE, CLASSE et GENRE" ? et autres questions communistes et décoloniales : conversations   Dim 26 Juin - 9:17


Bouteldja, ses « sœurs » et nous

20 juin 2016 Mélusine 2

Les réactions enthousiastes comme critiques suscitées par le dernier livre d'Houria Bouteldja ont largement ignoré les pages que l'auteure consacre aux "femmes indigènes" et à la place qui devrait être la leur dans la lutte antiraciste. Ce texte souhaiterait combler cette lacune, en refusant l'injonction à l'allégeance communautaire et en proposant un antiracisme résolument féministe. [...]

parmi le déluge de commentaires venimeux habituels chez Médiapart, celui du contorsionniste "nuancé" Philippe Corcuff

Philippe Corcuff a écrit:
22/06/2016 12:14

Critique éclairante et nuancée. Merci !

Houria Bouteldja a écrit:
Facebook 23 juin, 06:51

Tiens Corcuff a aimé cet article. Et on me dit Mona Chollet aussi, et François Burgat aussi. Et on me presse. Tu vas répondre ? Moi : Oui, pourquoi pas ? Je vais demander à un stagiaire du PIR de le faire.

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MessageSujet: Re: avec et contre HOURIA BOUTELDJA et le PIR, "RACE, CLASSE et GENRE" ? et autres questions communistes et décoloniales : conversations   Mer 29 Juin - 10:51


Houria Bouteldja des Indigènes de la République, « amoureuse » de Khatibi

entretien avec Jules Crétois Tel Quel.ma, 28 juin 2016

Figure polémique de la lutte antiraciste en France, Houria Bouteldja dit comment elle s’inspire de l’œuvre, davantage plus oubliée, du penseur marocain Abdelkebir Khatibi.



Citation :
Houria Bouteldja est porte-parole du Parti des indigènes de la république (PIR). Elle, comme l’organisation, n’a de cesse de susciter la polémique et de cliver les débats français sur le racisme. Son dernier livre,' Les Blancs, les Juifs et nous', paru en 2016, a défrayé la chronique et suscité un vif débat. Le livre, accusé par ses détracteurs d’être misogyne, « raciste anti-blanc » ou encore homophobe, se veut un regard « d’indigène » sur des questions comme la mémoire de la Shoah, l’immigration, ou encore le sionisme. Dans ces pages, pour mieux illustrer son propos, elle renvoie à Abdelkebir Khatibi. L’intellectuel marocain, décédé en 2009, semble petit à petit disparaître des mémoires, tant au Maroc qu’en France, où il a été édité. Bouteldja explique ce qu’elle a trouvé de particulier chez lui et dans son pamphlet Vomito Blanco.


1974

Votre livre s’ouvre sur un réquisitoire contre le philosophe français Jean-Paul Sartre. Puis, vous citez l’intellectuel marocain Abdelkebir Khatibi. Que dit, en substance, ce dernier au sujet de Sartre ?

Il lui reproche d’avoir trahi son propre engagement anticolonial lorsqu’a surgi la question palestinienne. Sartre était incontestablement un grand anticolonialiste qui a fait ses preuves, tant pour ce qui concerne l’Algérie que le Vietnam. Il a achoppé sur la question palestinienne à cause de ce que Khatibi appelle « la conscience malheureuse » et que je préfère appeler « la bonne conscience blanche ».

Pouvez-vous nous expliquer ce que Khatibi entend par « conscience malheureuse » ?

Je ne pourrais pas le dire de manière formelle. Mon interprétation c’est qu’il a compris que la gauche française était à la recherche d’un supplément d’âme avec la découverte des camps de concentration en 1945, et qu’elle devait se racheter pour dépasser sa crise morale. Pour ce faire, elle a utilisé le martyr juif au lieu de chercher une solution pour les Juifs d’Europe, comme par exemple remettre en cause le fonctionnement des États-nations qui fondent leur légitimité sur une partie du peuple au détriment d’une autre. C’est ainsi que l’État-nation français privilégie les chrétiens sur les juifs par exemple.

Qu’avez vous trouvé d’inspirant, en général, dans l’œuvre de Khatibi, dont vous dites qu’elle est trop peu connue ?

C’est une pensée tonique et radicale qui ne s’embarrasse pas de la critique d’une figure majeure, fut-elle Sartre. Il a décelé les angles morts de la pensée sartrienne, ce qui fait d’ailleurs de Vomito Blanco une œuvre majeure.

Ce que Khatibi reproche à Sartre, le reprocheriez-vous à des figures de la gauche française aujourd’hui ?

Plus qu’à de simples figures, à l’ensemble de la gauche radicale française, à quelques exceptions près. Je crois qu’il y a un problème de fond auquel cette gauche ne veut pas faire face. C’est qu’il y a un conflit d’intérêt entre le prolétariat blanc et les peuples du grand Sud puisque le prolétariat occidental tire une partie de ses privilèges de l’exploitation des peuples dominés par l’impérialisme.



ces derniers mots en résonnance avec les miens dans Brexit : vers un accélération de la double crise de l'Occident et du capitalisme mondial

Patlotch a écrit:
une évolution réactionnaire des luttes prolétariennes en Europe ?

la réaction populiste de droite ou de gauche des prolétariats européens, jusque dans ses luttes revendicatives ou défensives, fait le choix de préserver des acquis qui reposent en partie sur la domination occidentale du capitalisme mondial, suite au colonialisme, au néo-colonialisme et à ses formes contemporaines (extractivisme, guerres stratégiques pour préserver son influence...)

ainsi donc, et au regret de décevoir les "camarades", ce qui se confirme, c'est que la perte de suprématie de l'Occident capitaliste trouve une résistance aussi bien dans la classe capitaliste que dans le prolétariat de souche des pays européens. Le clivage n'est pas seulement visible dans l'expression politique, il s'enracine profondément dans la population et de façon transclassiste.


Abdelkébir Khatibi Jeune Afrique 31 mars 2009
Citation :
L’écrivain et sociologue marocain est mort, le 16 mars, à l’âge de 71 ans. À la fois romancier, philosophe et critique d’art, il laisse une œuvre inclassable.
 
« Un génie », « un immense intellectuel » : aucun mot n’est assez fort pour rendre hommage à Abdel­kébir Khatibi, écrivain et sociologue marocain de renommée internationale, décédé le 16 mars à Rabat. Dans la presse, les messages de condoléances et les témoignages d’admiration se sont succédé. On salue l’homme, ouvert et curieux, mais aussi l’intellectuel touche-à-tout qui s’est essayé, toujours avec succès, au roman, à la philosophie ou à la critique d’art.

Né en 1938 à El-Jadida, Abdelkébir Khatibi fait ses classes au collège Sidi-Mohammed de Marrakech. Il poursuit ses études en France, à la Sorbonne, et devient docteur en sociologie. Mais, déjà, c’est la littérature qui le passionne et, en 1969, il soutient brillamment sa thèse sur le roman maghrébin.

Découvert par le journaliste et éditeur Maurice Nadeau, il publie son premier roman, La Mémoire tatouée, en 1971 et est salué par la critique. Écrivain prolifique, il est l’auteur de plus de 25 ouvrages dont Vomito blanco : le sionisme et la conscience malheureuse (10/18, 1974), L’Art calligraphique arabe (Chêne, 1976), Le Livre du sang (Gallimard, 1979), Maghreb pluriel (Denoël, 1983), Dédicace à l’année qui vient (Fata Morgana, 1986), Un été à Stockholm (Flammarion, 1990).

Abdelkébir Khatibi mène également une brillante carrière académique : professeur à la Faculté de lettres de Rabat, il dirige ensuite l’Institut de sociologie puis l’Institut universitaire de la recherche scientifique. Intellectuel engagé, il est l’un des fondateurs du Syndicat de l’enseignement supérieur.

Évoquant son décès, le célèbre dramaturge Tayeb Saddiki a salué « des écrits qui reflètent la société, ce grand homme de lettres ayant toujours été proche de la réalité marocaine ». Sociologue autant que poète, Khatibi passe, comme l’évoque l’écrivain Tahar Ben Jelloun, pour « un grand observateur de la société ». Curieux de la vie politique mais aussi de l’histoire et de la culture de son pays, il publie en 1996, en collaboration avec le docteur Mohamed Sijelmassi, lui-même décédé, l’ouvrage encyclopédique Civilisation marocaine, qui fait aujourd’hui autorité.

Il s’est également intéressé à la photographie, publiant Le Corps oriental en 2002, à la philosophie, au travers d’entretiens avec Jacques Derrida, et à la psychanalyse, qu’il a explorée lors d’un débat avec le psychanalyste Jacques Hassoun dans Le Même Livre (Éditions de l’éclat, 1985), considéré comme l’une de ses œuvres majeures.

Abdelkébir Khatibi est assurément un intellectuel inclassable, que la curiosité a poussé vers des horizons divers, et un humaniste dont certaines œuvres sont déjà des classiques de la littérature.


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MessageSujet: Re: avec et contre HOURIA BOUTELDJA et le PIR, "RACE, CLASSE et GENRE" ? et autres questions communistes et décoloniales : conversations   Ven 1 Juil - 14:34


Houria Bouteldja : "Comment se situer entre le monde Blanc et indigène ?"

 Samira Houari-Laplatte  blog Médiapart 1 juil. 2016

« "Les Arabes, c'est la dernière race après les crapauds", une phrase que mon père avait sûrement entendue sur un chantier et qu'il a faite sienne par conviction de colonisé.» C'est un uppercut sans concession que livre, Houria Bouteldja, porte-parole du Parti des Indigènes de la République, dans son dernier essai, "Les Blancs, les Juifs et nous", publié en mars 2016 aux éditions La Fabrique.


Houria Bouteldja

Son ouvrage explosif et polémique dénonce les rapports de domination dans la triangulaire, Blancs, Juifs et Indigènes, et les répercussions de l'impérialisme Blanc. Au risque d'être ostracisée par l'opinion publique, elle interpelle, les Blancs, les Juifs, les femmes indigènes et tous les indigènes, en tant que constructions sociales et politiques de l'histoire moderne, à réinventer un Nous, déracialisé et dénationalisé.

Citation :
Dans votre essai, Les Blancs, les Juifs et nous, il vous est reproché de faire usage des concepts de catégories de races et de leur domination sur les autres.

On me le reproche. Les races sociales, comme son nom l'indique, est un concept politique qui permet d'appréhender le fonctionnement du racisme structurel. Les catégories que j'utilise sont sociales et politiques, elles sont des produits de l'histoire moderne, au même titre que "Femmes". On doit faire un parallèle.

On ne peut pas comprendre le patriarcat, si on ne saisit pas que la catégorie Femme est un concept, et appréhender, la catégorie Homme, qui est une construction sociale historique. Comme disait Simone de Beauvoir, "on ne naît pas femme, on le devient".

Les races sociales, c'est exactement la même chose, de même que les catégories de classes : le bourgeois et le prolétaire ne sont pas des catégories naturelles. Elles ont été produites aussi par le système capitaliste. À chaque fois, des systèmes d'oppressions ont été mis en place pour pouvoir appréhender leur fonctionnement, et pour pouvoir lutter contre... En tout cas.

Ce livre est " une énième tentative " de paix faite aux Blancs face à leur déclin et en échange de la montée du fascisme. Pour certains, il s'apparente à une bombe lancée à la figure !

Ils ont raison, ils ont l'habitude des indigènes qui leur disent uniquement ce qu'ils veulent entendre. Oui, certains disent que c'est un coup-de-poing dans leur gueule. C'est aussi un point de départ de réflexion, pour d'autres ça ne pose pas de problème. Si la plupart des personnes sont secouées, c'est qu'elles sont habituées à un débat public très mou. Cela fait 30 ans que règne ce que j'appelle, la soft idéologie qui évite les conflits. L'opinion n'a pas l'habitude d'entendre des débats qui font conflits, donc évidemment, dès que quelqu'un sort de la ligne et du consensus, tout de suite c'est transgressif.

Que dire aux Blancs qui s'écrient parlant de vous "elle me fait peur..." ?

James Baldwin, interviewé par le journal Le Nouvel Observateur, a répondu à la question : "Que diriez-vous au français raciste qui a peur ?", "Je leur répondrais bonjour !". Ils ont peur ? Le problème c'est eux, ce n'est pas nous. C'est nous qui devrions avoir peur, nous sommes les victimes pas eux. C'est l'Afrique qui est la victime, pas eux, ce sont des Africains qui meurent par millions, pas eux... Je répondrais comme Baldwin, je leur dirais bonjour !

Sur la question juive, vous utilisez cette expression détournée de Sartre : "Abattre un Israélien, c'est faire d'une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : Restent debout un homme mort et un homme libre". N'est-ce pas jeter de l'huile sur le feu ?

Quand Sartre écrivait ça, c'était aussi dans un moment très délicat, c'était pendant la guerre d'Algérie et bien plus difficile que maintenant ! Quand il l'a fait, on a crié " Fusillez Sartre ! " Ce n'est pas jeter de l'huile sur le feu, ceux qui le font ce sont ceux qui poursuivent le projet colonial, nous, nous sommes ceux qui veulent l'arrêter.

Comment vous positionnez-vous par rapport au tweet de Aya Ramadan, militante du PIR qui a salué "cet acte de résistance" [1] au lendemain de l'attentat à Tel Aviv ?

Je ne vais pas répondre à cette question, car nous préparons un communiqué de presse [2].

Citant votre cousin en Algérie : "Mais qui est Hitler" vous dites que pour le Sud, la Shoah "est moins qu'un détail" ? Que dire à vos détracteurs qui vous accusent d'antisémitisme ?

Si je suis antisémite, portez plainte ! C'est un délit en France. Beaucoup de Juifs que je connais me disent que la proposition faite dans ce livre est l'offre la plus généreuse qui leur a été faite depuis le Bund, ce qui signifie que même la Gauche n'a pas été capable de faire une telle proposition aux Juifs ! Il a un très bon accueil chez beaucoup de Juifs, j'ai déjà fait des conférences sur le livre guidé par l'UFJP (Union Juive Française pour la Paix), qui n'a pas de problème de fond sur ce que j'ai écrit sur les Juifs.

Vous écrivez : "L'honneur de la famille repose sur la moustache de mon défunt père que la France a écrasé" et d'ajouter "je ramasse leur virilité déchue et leur dignité bafouée, leur exil". Est-ce à dire que c'est à la femme indigène de réhabiliter l'honneur des hommes ?

Je ne suis pas prescriptive. Je dis que dans les faits, ce sont les femmes qui se tapent le fardeau de la famille, de la dignité des hommes. Je ne dis pas qu'il faut... Mais c'est ce que nous faisons, moi, c'est ce que j'ai fait. Je ne vais pas trahir mon père, c'est tout ! Je ne pouvais pas faire ma vie comme je voulais. Si on m'avait laissée comme une française : j'ai des mecs, je n'en ai rien à faire, etc. pour l'honneur, on ne pouvait pas faire ça ! Est-ce bien ou pas ? Je ne suis pas là pour distribuer les bons points, je dis que de fait, je ne pouvais pas rabaisser mon père, et tant qu'il était vivant, je ne pouvais pas atteindre sa dignité. Ça ne veut pas dire que je n'ai pas vécu et n'ai pas pu faire ce que j'avais à faire, mais qu'en réalité, nous les femmes faisons les choses. Nos espaces de liberté, nous ne les gagnons... pas ouvertement. Nous devons négocier, ruser, faire les choses par-en- dessous...

Nous portons un fardeau historique, nous savons que nos parents ont galéré en France, qu'ils ont été humiliés, qu'ils se sont sacrifiés... Nous avons ce poids sur nos épaules, ce qui nous restreint dans nos choix. On se sacrifie... Je ne dis pas qu'il faut le faire, mais c'est ce que nous faisons... les femmes beaucoup plus que les hommes. C'est une crise identitaire, comment se situer entre le monde Blanc et Indigène... Comment vivre sa vie sans trahir les siens ? Sans passer pour un traître ? Comment garder le respect de sa communauté ? Parce qu'on nous le fait payer cher... Alors que fondamentalement, la France voudrait que nous soyons des Ni putes, ni soumises... mais toujours des femmes soumises non plus au patriarcat indigène, mais Blanc.

En réponse au féminisme universaliste occidental vous opposez cette idée que "les pionnières du féminisme dans le monde islamique étaient... des hommes". Un mimétisme de l'indigène soumis aux Blancs.

Le féminisme est une production blanche et c'est étonnant que dans le monde Arabe, ceux qui apparaissent comme des féministes, au début du siècle dernier, soient des hommes ! C'était incongru. Comment le comprendre, pourquoi nous avons eu ces hommes-là ? Mon interprétation est qu'il s'agissait d'hommes complexés à l'idée que l'Occident était davantage développé, tandis que nous, nous étions en retard.

Tout d'un coup, nous avons des hommes zélés qui veulent libérer les femmes, alors que leur objectif est uniquement se fondre dans le modèle occidental. À l'époque de ce modèle, Il faut savoir que les femmes n'étaient pas libérées du tout ! Elles ne pouvaient même pas voter ! L'Occident faisait sa propre promotion, s'auto-mythifiait, et nous, on croyait au mythe !

Le problème harki ne sera jamais un problème algérien. Il a une nationalité celle du général de Gaulle. Où en est-on dans ce dépassement du contentieux colonial, et des affres de la guerre d'Algérie ?

Le pouvoir algérien nous a trahis, s'il ne nous avait pas trahis nous ne serions pas là ! L'Algérie est un pays riche, nous n'avons aucune raison d'être là. Les gens qui sont partis en 1962, n'avaient que le projet de libérer le Pays pour pouvoir y vivre. Ils étaient fiers de ce Pays. J'imagine, que pour eux, c'était juste : on partait et on revenait... Le pouvoir algérien nous a donc bien trahis. Il a trahi le peuple algérien en général et son immigration.

Le problème Harki ? C'est les Blancs qui ont créé les Harkis, les Blancs ont créé le FLN. Tout ça, ce sont des produits du colonialisme. Les Harkis auraient dû devenir des français comme les autres. Je trouve incroyable qu'ils ne le soient pas ! Et s'ils ne le sont pas, c'est parce que ce sont des Arabes ! Le drame des Harkis, c'est qu'ils n'ont rien gagné. Ils ont perdu des deux côtés, et c'est un vrai drame, et on ne peut pas ne pas comprendre ce drame-là !

Ça ne veut pas dire que politiquement, je pourrais justifier d'avoir été Harki, là n'est pas la question, c'est que leurs enfants n'y peuvent rien et même de manière plus complexe, les Harkis eux-mêmes n'ont pas choisi forcément d'être Harki, la France a aussi obligé à être Harki !

Au "Je" de Descartes vous brandissez Allahou Akbar, qu'entendez-vous par là ?

C'est une philosophie. Ce qui m'intéresse dans Allahou Akbar, c'est de valoriser une formule qui vient de l'altérité radicale, et construite comme telle par l'Occident... c'est l'Islam. Ce qui est aujourd'hui, musulman, est l'opposé de l'Occident. Comme l'altérité radicale est considérée comme je n'ai rien-à-dire, je prends cette formule de l'altérité radicale, qui fait la plus peur : Allahou Akbar. C'est aussi une manière de dire bonjour !"

1: Le 08/06/2016 : "Dignité et fierté ! Bravo aux deux Palestiniens qui ont mené l'opération de résistance à Tel Aviv. #FreePalestine" )

2: De l’oppression du peuple palestinien en général et d’un tweet en particulier


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MessageSujet: Re: avec et contre HOURIA BOUTELDJA et le PIR, "RACE, CLASSE et GENRE" ? et autres questions communistes et décoloniales : conversations   Sam 2 Juil - 13:38


dans cette interview de Houria Bouteldja, ce qui m'intéresse particulièrement, le reste étant plus connu à travers d'autres articles, c'est la réponse à la dernière question, sur la (non-)participation du PIR en tant que tel au mouvement social, et particulièrement à Nuit Debout


retour sur une absence et son sens
pour des luttes de classes décoloniales


Houria Bouteldja : « L’islamophobie est une métamorphose du racisme anti-arabe »

Propos recueillis par Marwan Andaloussi, Libre Algérie  27 juin 2016


Photo Hassen Mezine Marche de la dignité, octobre 2015,
Les indigènes de la république y ont participé avec de nombreuses autres organisations


Citation :
Libre Algérie : Pour commencer, racontez-nous l’histoire de la création du Parti des indigènes de la république (PIR). Et quels sont ses objectifs ?

Houria Bouteldja : Comme toute organisation politique, le PIR a pour ambition de transformer les rapports de force en faveur de ceux qui sont les plus opprimés de la société française : ceux qu’on appelle les indigènes de la république et qui sont issus de l’histoire coloniale de la France, à savoir les Sub-sahariens, les Antillais et les Maghrébins principalement. Nous sommes nés dans le contexte de l’après 11 septembre, de la loi de prohibition du voile à l’école, dans un contexte de forte islamophobie. Plus exactement, à un moment où nous avons compris que nous ne pouvions plus compter sur la gauche pour défendre nos intérêts puisque même la gauche dite « de transformation sociale » était elle-même majoritairement islamophobe et eurocentrique.

Dans votre livre, vous mettez en lumière le racisme subi par la population issue des anciennes colonies, comment expliquez-vous la persistance de ce racisme un demi-siècle après la fin de la colonisation ?

D’abord parce que la France a été un empire colonial mais surtout parce que les rapports de domination Nord/Sud existent toujours sous la forme de l’impérialisme économique, politique, militaire et culturel. La France n’a plus son empire au sens strict du terme mais elle a toujours ses intérêts en Afrique et poursuit des menées guerrières en Libye, au Mali, en Syrie…Concernant sa politique intérieure, le racisme est l’un des moyens qui assurent la cohérence du pacte racial républicain. Lorsque l’Etat redistribue le pouvoir en termes de droits politiques, économiques ou sociaux, il se doit de privilégier son corps légitime (ceux qui sont à la fois Blancs, Chrétiens et Européens) pour que ceux-ci lui accordent leur confiance pleine et entière. Il s’agit d’un pacte social/racial entre l’Etat et son peuple élu. Comme l’Etat, sous la pression du libéralisme, a de moins en moins d’impact sur le levier social, il renforce le levier racial pour s’assurer le soutien du plus grand nombre.

On peut compiler un nombre impressionnant d’articles, de reportages, et de Unes de magazines anti-arabes, anti-musulmans ces dernières années. Mais ne pensez-vous pas que la société résiste aux sirènes racistes ?

C’est difficile d’avoir un point de vue tranché sur la question. S’il l’on en croit la violence des diatribes islamophobes dans les grands médias, on peut effectivement constater que les réactions sur le terrain sont plus modérées que ce qu’on peut craindre. Il n’en reste pas moins que le CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France ) enregistre une progression inquiétante des actes islamophobes, progression qui s’accentue d’années en années. Par ailleurs, sur le plan politique, il y a une droitisation claire de l’opinion depuis trente ans. Une tendance qui ne semble pas s’infléchir pour le moment. Cette évolution se fait clairement au bénéfice du FN qui semble parfois dépassé sur sa droite notamment par l’aile néo-conservatrice du pouvoir.

Quelles sont les conditions pour que la France admette son passé colonial et se réconcilie avec ses populations ?

Je crois que l’essentiel se jouera sur le terrain et sur notre capacité à organiser le « tiers-peuple » indigène comme l’appelle Sadri Khiari. Il faudra aussi compter sur les franges les plus décoloniales de la gauche radicale française qui est de plus en plus sensible à notre discours.

Votre discours, souvent qualifié de radical, vous met en situation de confrontation avec l’elite politico-mediatique française. Pourquoi avez-vous choisi cette option ?

Ce n’est pas un choix, c’est un passage obligé pour qui veut défier et remettre en question les pratiques et le récit occidentalo-centrés du champ politique français et de ses élites blanches.

On a pu constater ces dernières années, la nomination de certaines personnes issues de l’immigration à des postes de ministre. Comment expliquez-vous cette démarche des gouvernements de droite et de gauche d’ailleurs?

Un sucre qu’on nous jette au visage pour ne pas s’attaquer aux causes structurelles du racisme. C’est du symbolique qui témoigne en creux de la prégnance de la question raciale.

Quelles sont les perspectives politiques pour votre mouvement et pour les « indigènes » en France et en Europe, selon vous ?

Cela dépend de notre capacité à résister, à créer du rapport de force et à mener une politique d’alliance tant sur le plan national qu’international.

L’islamophobie a t-elle remplacé le racisme ou est-elle le signe d’autre chose ?

C’est une métamorphose du racisme anti-arabe. On ne peut plus être ouvertement raciste anti-arabe comme dans les années 70-80, du coup, ce sentiment est remplacé par ce qu’on pourrait appeler un racisme respectable puisque dorénavant les racistes pourront se défendre : je n’ai rien contre les Arabe, mais j’ai le droit de critiquer la religion. L’anticléricalisme historique de la gauche française vient fournir un argument supplémentaire à ceux qui se cachent derrière cette islamophobie.

Récemment, Gilles Clarveul, le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme (DILCRA), a sous entendu dans une interview au Figaro que le PIR devrait être dissous. Quel est votre analyse de ces propos ?

Je crois que son idée est moins de nous dissoudre que nous isoler. En faisant le vide autour de nous, il casse l’antiracisme politique qui de mon point de vue est une menace pour le pouvoir notamment à un an des présidentielles. Il sait que notre mouvance est radicalement anti Parti socialiste et que ce n’est pas le spectre du Front national qui va nous faire flancher. L’antiracisme politique (qui vise essentiellement le racisme d’Etat) participe de la recomposition des contre-pouvoirs et pourrait s’allier avec la gauche radicale. C’est ce qui est redouté.

Il y a un mouvement social important en France depuis plusieurs semaines, quel est la position du PIR face à cette situation ?

Le PIR a vu avec beaucoup de bienveillance et d’intérêt le développement de Nuit Debout. Depuis plus de trente ans, on assiste à une droitisation de la vie politique française. Nuit Debout ainsi que le mouvement syndical qui s’oppose à la Loi Travail est ce qui pouvait arriver de mieux au pays car tout ce qui déstabilise le pouvoir sur sa gauche est une bonne nouvelle. Il n’en reste pas moins que le PIR ne s’y est pas associé à cause de la composition sociale du mouvement qui ne rassemble au fond que les classes moyennes blanches. Les quartiers populaires ne se sont pas sentis concernés (sauf peut-être les lycéens) car le chômage y est endémique. Evidemment la loi Travail va précariser encore plus ceux qui le sont déjà mais ce sont les classes les plus visées par le déclassement qui se sont mobilisées, pas les quartiers malgré plusieurs tentatives pour implanter le mouvement en banlieue.


Pensez-vous que les revendications démocratiques dans les pays d’origines des « indigènes » ont joué un rôle dans le désir d’affirmation et d’existence politique en France et ailleurs ?

Oui. La révolution arabe joue son rôle, tout comme la contre-révolution…


je souscris sans peine à la réponse, qu'expliquait déjà le Communiqué du PIR le 22 avril Nuit (blanche) Debout : Comment sortir de l’entre-soi ?

plusieurs ont relevé cette absence des « quartiers populaires [qui] ne se sont pas sentis concernés [...] qui se sont mobilisées, pas les quartiers malgré plusieurs tentatives pour implanter le mouvement en banlieue.»


RF a écrit:
des gens de toute sorte – tant parmi les participants au mouvement, tant parmi ses absents désignés – peuvent bien faire preuve de «dénigrements» bien autrement explicites et assumés, à partir de l’ouvrier désabusé qui – tout en adhérant aux journées de grève nationale – considère que ce mouvement «c’est de la merde», jusqu’au prolétaire immigré qui intervient au cours d’une Nuit Debout «délocalisée» en banlieue juste pour dire son malaise et l’absence des siens.

« Printemps sans soleil », une réponse aux critiques dndf, 29 juin


voir aussi dans le sujet Nuit Debout p.11, 30 mai 12:05 retour sur une absence : « les Maghrébins »

on la relève, cette absence, mais on ne l'explique pas, et quand le PIR le fait, on préfère ne pas en parler, étant comme entendu qu'il n'est qu'un particule de couches moyennes s'exprimant "au nom de..." mais fort peu implanté dans les dits quartiers. Ils n'y sont pas moins que ceux qui le prétendent en milieu ouvrier et prolétaire, et à mon avis en ont une plus grande connaissance que ceux-là de ceux-ci, parce qu'ils en viennent et y sont liés même quand ils s'en sont sortis


la plage populiste, large sur le pavé, nage en eaux troublant les clivages
de classe et de 'races', rivages... ravages...

or ne serait-ce qu'en théorie, la question de cette absence ne peut être posée sans interroger la signification de ce mouvement français, et sans laisser dans l'ombre sa composition sociale, son contenu et ses limites. On sait que nombre de prolétaires participant aux grèves et manifestations, qu'ils soient ou non syndiqués, syndiqués à la CGT ou à FO, ne votent plus, ne votent plus à gauche, ou votent Front national, ce qui explique au demeurant le positionnement contradictoire du FN sur la loi travail

j'ai formulé dans Brexit : vers une accélération de la double crise de l'Occident et du capitalisme mondial, 28 juin 2:09, la probabilité d'une évolution réactionnaire des luttes prolétariennes en Europe

pour le dire plus clairement, nous sommes ici confrontés à une contradiction entre les luttes de classes telles qu'elles se produisent aujourd'hui en Europe dans leurs limites (notamment syndicales et démocratiques), et leur opposition de fait à un devenir décolonisé du monde, puisque satisfaire dans le système leur revendications revient à entériner la domination occidentale sur le monde, ou du moins à faire de la résistance au coude à coude avec la classe dominante contre la perte de suprématie occidentale

à mon sens, le défaut de l'approche théorique y compris décoloniale du PIR, c'est de ne pas situer les luttes décoloniales dans la double crise de l'Occident et du capital, comme implication réciproque au même titre que celle entre prolétariat et capital, parce que là se situe une contradiction motrice dans la période actuelle, et non prise en soi comme question de la "race"

mais concernant la dynamique décoloniale dans cette double crise, il n'y a pas pour moi photo, les décolonialistes en France, et le PIR aussi, posent une question redoutable à la perspective communiste et révolutionnaire, et c'est pourquoi j'ai choisi en communiste de soutenir et participer à cette dynamique, la seule qui puisse nous permettre de passer à autre chose en dépassant la problématique européenne, ou eurocentrée, des luttes du prolétariat

il sera toujours temps d'y venir... trop tard

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