PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

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 et les "PETITS BLANCS" dans tout ça ?

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MessageSujet: et les "PETITS BLANCS" dans tout ça ?   Mer 23 Déc - 11:33


j'ouvre un sujet spécifique sur le thème "Petits blancs", dans la mesure où, comme "bobos", il a pris une place dans la vision sociologique des (ras) comptoirs et au-delà, puisqu'il recouvrent, peu ou prou, les pauvres Blancs, les prolétaires non "racisés"

la thématique est loin d'être inintéressante, puisqu'elle recoupe celle du "racisme anti-blanc", et la controverse sur les positions du PIR notamment, avec sa définition d'un « champ politique blanc » qui pour certains rejette les clivages de classe, et tend à aggraver la segmentation racialiste du prolétariat, qu'il s'agirait d'unir dans ses luttes par delà toutes différentes de "races", puisqu'elles n'existent pas

on y voit s'y prendre les pieds aussi bien les marxistes bornés au programmatisme ouvrier d'antan, que paradoxalement, les théoriciens de la communisation qui ont pourtant établi que cette unité n'était plus qu'une illusion, et vertement critiqué les velléités de convergence de tous les dominés de l'idéologie démocrate radicale

ainsi, les théoriciens de la communisation, Roland Simon pour Théorie Communiste, ou Gilles Dauvé pour troploin, n'hésitent pas à affirmer que les émeutes de novembre 2005 n'ont pas de caractère racial, ou du moins que cela ne les définit pas massivement. Je redonnerai des extraits des textes publiés à l'époque où sont soutenues ces thèses, comme le furent aussi dans les débats de Meeting, revue internationale pour la communisation. Tout se passe comme si l'on était encore au temps de la "contradiction principale", de classe, et que cela devait suffire à l'analyse de la période actuelle, où les mêmes affirment que l'identité ouvrière a disparu avec "la conscience de classe", ce qui est vrai : mais alors qu'Est-ce qui produira un éventuel dépassement révolutionnaire. Là, motus, il va falloir attendre...

une forme de déni des clivages raciaux s'est installé dans la période où ils émergent justement comme déterminants, et ceci à l'échelle du monde entier, non pas tant rapporté à la "race", mais qu'à la crise de la modernité occidentale et aux luttes décoloniales dans la crise de restructuration du capitalisme global

ce déni atteint des sommets de tartufferie chez Temps Critiques et leur pote Yves Coleman, ou chez Léon de Mattis, l'hauteur de Mort à la démocratie qui termine un article sur les élections régionales par cette phrase : « La récente mode, dans une gauche prétendument radicale, de décrire les rapports de classe avec les concepts de l’idéologie dominante, autrement dit en terme de « races », en est un autre symptôme inquiétant. » Passons sur la caricature, et relevons que ce "bobo" anarcho-politicard sorti du PS et de l'EHESS « s'inquiète ». Il a raison, et j'y vois pour ma part un bon signe... Voir la tendance à la vacuité des analyses de Léon de Mattis ou le déni d'un Denis pas très sain

certes, des divisions, point trop n'en faut, inutile d'en rajouter, mais s'agit-il bien de cela ?

nous aborderons prochainement cette question dans une discussion théorique à propos de la théorie décoloniale et de la stratégie politique du PIR en relation avec la position communiste décoloniale de ce forum



Dernière édition par Patlotch le Mer 23 Déc - 12:26, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: et les "PETITS BLANCS" dans tout ça ?   Mer 23 Déc - 11:33




« Petits Blancs » contre bobos, la nouvelle lutte des classes ?
Alexandre Devecchio 14/02/2014

Aymeric Patricot, auteur de Les petits blancs,




et Thomas Legrand, auteur de la République bobo


DEBAT : A l'occasion de la sortie de La République bobo, un essai original et enlevé de Thomas Legrand, nous avons confronté sa vision à celle d'Aymeric Patricot, auteur il y a quelques semaines d'un livre qui a fait mouche, Les petits Blancs.

Thomas Legrand est éditorialiste politique à France Inter. Il habite dans une surface atypique au coeur d'un quartier mixte aux portes de Paris

Aymeric Patricot est un écrivain français. Il nourrit son oeuvre de son expérience de professeur en banlieue difficile. A priori, il ne brunche pas rue Montorgueil…


Citation :
Vos deux livres, «la République bobo» et les «petits Blancs» qui sortent à quelques semaines d'intervalle, décrivent deux visages de la France très différents et semblent se répondre. Mais qui sont vraiment «ces petits Blancs» et «ces bobos» que vous dépeignez? Comment les définiriez-vous ?

Aymeric Patricot: «Les petit Blancs» sont des Blancs pauvres qui prennent conscience de leur couleur dans un contexte de métissage. Il y a 10 ou 20 ans, ils ne se posaient pas la question de leur appartenance ethnique car ils habitaient dans des quartiers où ils étaient majoritaires. Ce n'est plus forcément le cas aujourd'hui.

Aymeric Patricot a écrit:
A tort ou à raison, les petits Blancs ont le sentiment qu'ils sont regardés comme des « beaufs » par les bobos.


Certains votent à l'extrême gauche, d'autres basculent à l'extrême droite. Mais ce qui définit les petits Blancs politiquement, c'est souvent l'abstention. La plupart d'entre eux ne se sentent plus appartenir au «système» et expriment parfois de la rancœur à l'égard des minorités ethniques, par lesquelles ils se sentent menacés. Cependant, leur principale source de ressentiment reste dirigée contre les bobos qu'ils accusent d'exprimer du mépris de classe à leur égard. A tort ou à raison, les petits Blancs ont le sentiment qu'ils sont regardés comme des «beaufs» par les bobos. Il y a aussi une fracture d'ordre raciale: le petit Blanc est celui qui n'a pas les moyens de quitter les quartiers très métissés et qui souffre du métissage alors que le bobo peut vivre dans des quartiers populaires, mais a des stratégies d'évitement face aux situations les plus critiques.

Thomas Legrand: Les bobos constituent une partie de la population pour qui le capital culturel à plus d'importance que le capital économique. Le premier est souvent très élevé, tandis que le second est très variable. Le bobo peut être aussi bien un travailleur social doté d'une maîtrise de sociologie, qu'un webmaster qui gagne 10 000 euros par mois. La principale force du bobo est d'être en phase avec la mondialisation, avec la société, et aussi, contrairement au petit Blanc, avec la représentation du monde qu'il voit à la télévision.


Thomas Legrand a écrit:
Le bobo n'ira jamais habiter dans une cité du 9.3. !


La différence entre le bobo et le petit Blanc, c'est aussi effectivement le fait que le bobo peut choisir où il habite. S'il n'a pas beaucoup d'argent, il peut aller habiter dans des quartiers où il y a une importante mixité, mais il n'ira jamais habiter dans une cité du 9.3.! Et ce faisant, il va créer une mixité qui est selon moi bénéfique pour la société. D'ailleurs dans les quartiers où les bobos sont implantés, le Front national est très peu représenté. Les gens se connaissent et s'apprécient. Tout n'est pas rose, mais le bobo essaie d'inventer une nouvelle manière de vivre ensemble. Il est vrai que pour lui, le petit blanc qui vit dans la France périurbaine est un peu «un beauf». C'est l'un des aspects négatifs du bobo qui est assez content de lui, il faut bien le dire!

Libéral sur le plan économique aussi bien que sur les questions de société, les bobos, qui habitent les centres-villes apparaissent comme l'exact opposés des «petits Blancs», souvent conservateurs sur le plan sociétal, relégués à la périphérie, et souffrant des conséquences de la mondialisation. Est-ce vraiment le cas? Est-il opportun de les opposer ?

Thomas Legrand: Lorsqu'on lit les témoignages qui sont rapportés dans le livre d'Aymeric Patricot, on s'aperçoit qu'il y a effectivement deux mondes. Lorsque le bobo s'intéresse aux circuits courts et à l'environnement, le petit Blanc prend ça comme une trahison et une violence. Il ne peut pas le comprendre. Néanmoins, la dernière enquête du CEVIPOF sur les fractures françaises, qui a intégré les travaux de Christophe Guilluy, nous permet de nuancer. Plus qu'entre bobos et petits Blancs, les vraies différences se situent entre riches et pauvres. L'appartenance culturelle ou ethnique compte moins que l'appartenance sociale.

Citation :
Le mariage gay n'est pas le problème du petit Blanc. Pour lui, c'est un débat de riches. Il veut du travail et s'agace que la gauche ne paraisse s'intéresser qu'aux homosexuels et aux minorités ethniques.


Aymeric Patricot: D'un point de vue économique, le petit Blanc n'est effectivement pas très libéral car il a le sentiment de perdre son travail à cause de la concurrence mondialisée. Si le bobo aime la mondialisation, le petit blanc en souffre et s'en sent exclu. Il y a aussi la question des études qui peuvent coûter cher. J'ai de plus en plus d'élèves qui sont obligés de travailler pour financer leurs études. Le petit Blanc aimerait lui aussi être connecté, mais ne le peut pas toujours et en conçoit du ressentiment. D'autant plus que contrairement aux immigrés, on ne lui reconnaît pas d'excuse pour ses échecs. Sur le plan sociétal, j'ignore s'il est réellement conservateur. Je crois que le mariage gay n'est pas son problème. Pour lui, c'est un débat de riches. Il veut du travail et s'agace que la gauche ne paraisse s'intéresser qu'aux homosexuels et aux minorités ethniques.

La question du style est également importante. Je suis prof de banlieue et j'ai des élèves qui se considèrent comme petits Blancs. Ce sont de bons élèves qui ont un capital culturel important, mais ils portent des t-shirts larges, boivent de la Kronenbourg et sont agacés par le snobisme des bobos. Il y a une esthétique «White trash» qui n'est pas celle du bobo. Renaud, ancien petit Blanc qui se moque des bobos, incarne à son corps défendant l'archétype du petit Blanc précisément récupéré par les bobos

Citation :
Les bobos ont inventé le covoiturage, les jardins partagés et poussé les maires de grandes villes à aménager celles-ci autrement, y compris les villes de droite comme à Bordeaux avec Alain Juppé.

Dans votre livre Thomas Legrand, vous expliquez que les bobos ont également contribué à «redynamiser le vivre ensemble». En quoi ont-ils pu créer du lien social ?


Thomas Legrand: Le bobo représente une catégorie de la population qui veut bien aller habiter dans des endroits où il n'est pas forcément majoritaire. Il aime bien la culture populaire, l'altérité et les mélanges. Les bobos ont inventé le covoiturage, les jardins partagés et poussé les maires de grandes villes à aménager celles-ci autrement, y compris les villes de droite comme à Bordeaux avec Alain Juppé. Ils sont favorables à la construction de logements sociaux dans les quartiers chics, très actifs dans la vie de la commune, et très attentifs à tout ce qui est social. Les bobos sont paradoxalement à la fois hédonistes et altruistes. Un quartier de bobos se reconnaît au fait qu'il y a beaucoup de boucherie et de fromagers. Le bobo permet ainsi à de nombreux artisans de s'enrichir autour de lui. Enfin, contrairement à une idée reçue, les bobos ne sont pas toujours opposés à la mixité scolaire. Dominique Voynet explique que des bobos à Montreuil se sont réunis à 20 dans une école difficile pour y inscrire leurs enfants. Cela a permis de sauver des classes… Il faut parfois qu'y ait une dose de bobos blancs pour que la mixité soit respectée. En revanche, il est vrai que le bobo, très à l'aise dans la mondialisation ou à l'échelle locale, comprend moins bien l'échelon national envers lequel il a une méfiance politique.


Les classes populaires semblent pourtant disparaître des grandes villes. Dans son livre, «Paris sans le peuple», la sociologue Anne Clerval refuse d'employer le terme bobo qu'elle considère comme un «mot piège» préférant celui de bourgeoisie ou de gentrificateurs. «La mixité sociale souvent lue comme un mélange culturel, est très valorisée par les gentrificateurs même s'ils la pratiquent peu dans les faits» explique-t-elle. Derrière l'apparence de l'ouverture, la boboitude n'est-elle pas en fait le nouveau visage de la classe dominante ?


N'y a-t-il pas malgré tout une forme d'hypocrisie avec le digicode ? Les bobos aiment la diversité sans reconnaître que celle-ci pose parfois problème !

Thomas Legrand: La classe bobo est dominante dans le sens où elle est active et où elle est aux manettes de tout ce qui montre le monde. En revanche, elle n'est pas forcément dominante sur le plan économique. Anne Clerval, qui a une vision très marxiste, considère que la mixité n'existe pas. Et lorsqu'elle la constate, elle considère que ce n'est pas une bonne chose. Les sociologues marxistes parlent du retrait résidentiel des bobos et leur reprochent de mettre des digicodes. Mais les bobos ont tout de même le droit de ne pas se faire cambrioler! Et s'ils ne mettaient pas de digicode, la droite les traiterait d'angélistes!

Aymeric Patricot: N'y a-t-il pas malgré tout une forme d'hypocrisie avec le digicode? Les bobos aiment la diversité sans reconnaître que celle-ci pose parfois problème! Les petits Blancs reprochent d'ailleurs aux bobos de leur faire la morale et de ne pas s'appliquer les principes qu'ils prônent. Enfin, il n'est pas toujours vrai que plus il y a de mélange, moins il y a de tension. Je pense par exemple à une société comme le Brésil qui est à la fois très hétérogène et très violente.


En poussant les classes populaires dans les zones périphériques et en employant des sans-papiers par solidarité intéressée, les bobos participent tout de même à l'organisation d'une société inégalitaire qui les arrange… Peut-on aller jusqu'à parler de nouvelle lutte des classes ?

Thomas Legrand: C'est la critique des bobos qui est portée par la gauche de la gauche avec l'idée sous-jacente

Thomas Legrand a écrit:
La gauche marxiste considère ainsi les bobos comme une nouvelle bourgeoisie qui prend les atours du progressisme. Il est vrai que dans bobo, il y a bien « bourgeois ».


que lorsqu'on défend la mixité c'est qu'on accepte les inégalités. Lorsqu'on refuse l'idée d'inégalité, comme la gauche radicale, on ne défend pas la mixité sociale, mais la lutte des classes. La gauche marxiste considère ainsi les bobos comme une nouvelle bourgeoisie qui prend les atours du progressisme. Il est vrai que dans bobo, il y a bien «bourgeois».

Aymeric Patricot: L'extrême droite fait exactement le même reproche au bobo, mais en terme d'inégalité raciale.

Aymeric Patricot, pourquoi préférez-vous le terme de «petits blancs» à celui de classes populaires. Est-on en train d'assister à une ethnicisation des rapports sociaux ?

Aymaric Patricot a écrit:
Les petits Blancs sont situés dans ce qu'on pourrait appeler « l'angle mort de la sociologie politique ». Ils intéressent moyennement la gauche parce qu'ils sont blancs et moyennement la droite parce qu'ils sont pauvres.


Aymeric Patricot: Je ne renie bien sûr pas le terme de «classes populaires». Cependant j'utilise le terme de «petit Blanc» car je n'évoque pas seulement les pauvres, mais aussi la question raciale qui est réapparu depuis les années 2000 avec les émeutes de 2005, le débat autour de la discrimination positive ou encore le fait que les minorités s'organisent en associations. Certains politiques ne raisonnent qu'en termes sociaux, d'autres qu'en termes raciaux. Je crois, au contraire, que les deux questions sont désormais mêlées. Les petits Blancs sont situés dans ce qu'on pourrait appeler «l'angle mort de la sociologie politique. Ils intéressent moyennement la gauche parce qu'ils sont blancs et moyennement la droite parce qu'ils sont pauvres.

Thomas Legrand: Notre République ne reconnaît pas les races, ni les ethnies, mais reconnaît paradoxalement le racisme. La République laïque et non raciale est un bien commun, mais il ne faut pas être hypocrite lorsqu'on aborde ces questions.

Par leur fascination pour le métissage et leur refus de voir les conséquences parfois néfastes de l'immigration, les bobos sont-ils en partie responsable du sentiment d'insécurité culturelle qui taraude les classes populaires ?

Aymeric Patricot: Je répondrais par une anecdote, j'ai rencontré une jeune fille qui était la seule blanche de sa classe en seconde et qui m'a dit être tombée en dépression. Tous les profs demandaient en début d'année à chaque élève d'où ils venaient. La jeune fille avait le sentiment d'être nulle et s'est inventée des origines pour ne pas se sentir exclue. Cela traduit bien l'angoisse du petit Blanc qui se sent menacé et qui n'arrive pas à vivre les bouleversements ethniques récents de manière apaisée.

Le petit blanc ne se sent pas aimé des autres blancs plus aisés. Il se dit: «En face de moi, il y a des minorités soudées, tandis que moi je ne suis pas aidé par le bourgeois ou le bobo.» Il n'y a pas de solidarité ethnique entre Blancs puisque le bobo considère qu'il ne faut pas parler de race.

Thomas Legrand a écrit:
Le bobo se demande s'il n'est pas en train de devenir raciste.


Thomas Legrand: Le bobo a du mal à comprendre la question du racisme anti-blanc qui est une réalité dans certaines banlieues. Mais en ce moment, il y a une véritable tempête sous son crâne. Pour le bobo, le réac, le méchant n'est plus tellement le bourgeois traditionnel avec lequel il ne vit plus, bien qu'il n'aime pas tellement le voir manifester sous ses fenêtres contre le mariage gay, mais plutôt le barbu, le petit caïd qui traite sa femme et ses enfants en bon macho. Le bobo a du mal à le reconnaître et se demande s'il n'est pas en train de devenir raciste. La laïcité et la République lui permettent heureusement de se sauver lui-même et de gueuler contre le barbu sans avoir trop mauvaise conscience!

Malgré leurs différences, la «République bobo» et la «France périphérique» peuvent-elles se réconcilier ou une partie du peuple est-elle en train de faire sécession?

Thomas Legrand: A partir du moment où le bobo est une population en phase avec la mondialisation et en phase avec le mélange, il peut très bien vivre avec des gens venant de tous les horizons du moment qu'il ne se sent pas trop minoritaire. Ce sont des équilibres très difficiles à trouver et les politiques d'aménagements publics, de transport et de logement, auront une importance de plus en plus capitale à l'avenir.

Aymeric Patricot: On peut éviter la fracture définitive, mais à condition qu'il y ait une parole libre autour de ces sujets. La notion de «white flag» est peu évoquée en France. Il s'agit du fait que dans les quartiers qui se métissent fortement, les blancs qui sentent qu'ils vont devenir minoritaires partent. C'est ce qui s'est passé aux États-Unis à Detroit lorsque la ville a chancelé économiquement et c'est un phénomène qui pourrait se développer en France.


cela vaut ce que ça vaut, quand je lis cet article, cela confirme mon impression que les "camarades" de la post-ultragauche, anarchistes ou "communisateurs", ont de la relation classe-race une vision de "bobos"

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MessageSujet: Re: et les "PETITS BLANCS" dans tout ça ?   Mer 23 Déc - 11:46


un texte de Sadri Khiari, du PIR, déjà importé dans le sujet les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ? 5 septembre, avec cette remarque :

un texte provocateur, comme toujours avec Sadri Khiari qui adore se fait plaisir, voire en rajouter à la manière des gauchistes, dans ses textes comme dans ses dessins (voir en bas)... Est-ce dû à son passé tropskiste ? Qui sait...

... mais texte intéressant, en ce qu'il approche inhabituellement la question des « petits Blancs ». On peut trouver un rien contorsionniste d'entendre parler d'"indigénisation tendancielle" qui définit un « champ politique blanc », mais l'idée n'est pas sans me séduire, dans la mesure où le caractère décolonial des luttes est une nécessité qui concerne largement autant les Blancs que les "racisés"

provocation, mais à penser...


" indigénisation tendancielle "

Les Blancs indigénisés des cités populaires
28 septembre 2013 par Sadri Khiari du PIR

Bien plus que la génération antérieure, les générations blanches nées à partir des années 1980 ont été profondément affectées par les effets de la restructuration libérale et par l’offensive tous azimuts lancée contre les quartiers populaires. Leurs trajectoires historiques et leurs parcours de vie déterminent d’autres tropismes que ceux de leurs aînés. Enracinées dans une même condition sociale, un même sentiment de relégation, un même contrôle institutionnel, notamment policier, une même extériorité par rapport au champ politique et aux mécanismes décisionnels, une conscience commune et des solidarités puissantes se construisent entre jeunes Blancs – ou ceux que la précarité économique maintient durablement dans un entre-deux-âges social – et indigènes.

Sadri Khiari a écrit:
Ensemble, également, ils subissent les vieux stéréotypes associés aux « classes dangereuses » du XIXe siècle, tellement analogues aux représentations raciales du « sauvage » des colonies. Et si les indigènes sont stigmatisés, en sus, parce qu’ils sont indigènes, les jeunes Blancs des cités pâtissent de leur propre proximité sociale, culturelle, affinitaire, aux « sauvages » proprement dit, ces descendants de colonisés auxquels ils sont souvent assimilés. Leurs privilèges en tant que Français et Blancs s’effacent relativement face à ce que l’on peut appeler une indigénisation tendancielle. Le Noir déteint sur le Blanc – j’aurais pu dire l’Arabe ou le musulman, bien sûr.

A des degrés divers, ce phénomène d’indigénisation tendancielle, partielle, différenciée selon les espaces et les populations affecte, par effet de globalisation, de diffusion, de contagion, de nombreux quartiers populaires indépendamment de la masse effective d’indigènes qui y résident. L’indigénisation est une tache d’huile qui se répand dans la trame du tissu urbain périphérique au fur et à mesure que de nouvelles générations de Blancs sombrent dans le « sous-prolétariat », dans la précarité et la détresse.

Ces jeunes Blancs, ostracisés déjà en tant qu’« exclus », le sont désormais en tant que semi-indigènes. On pourrait les appeler des métis politiques. On leur refuse un emploi, un logement, un loisir; la police les assaille; la justice les méprise; des enseignants ont peur d’eux; non pas seulement parce qu’ils appartiennent aux classes subalternes mais aussi, de manière croissante, parce qu’on les identifie à leurs voisins de palier réels ou virtuels qui ont la peau sombre et des mœurs étranges. Comme dans certaines des colonies actuelles, l’indigène par assimilation peut avoir la peau blanche et descendre effectivement d’un quelconque Gaulois.

Ce mouvement d’indigénisation relative tend ainsi à élargir la fracture coloniale à l’échelle nationale. Lorsque le Pouvoir blanc fabrique ce qu’il appelle les « territoires perdus de la République », qu’il découpe dans l’espace des zones d’insécurité, qu’il délimite des populations « à risque », qu’il oppose à la « France qui a peur » les « quartiers sensibles », trop indigènes à son goût, il fabrique du même coup une fracture « territoriale » qui recouvre en partie la fracture coloniale.

La résistance dans les quartiers populaires contre les dispositifs qui creusent les inégalités « territoriales » ou sociales comporte dès lors une incontestable dimension décoloniale. La puissance politique des Blancs se rebellant ainsi contre la condition indigénale qui, pour une part, les accable comme elle accable les non-Blancs devient elle même, pour une part également, un moment de la Puissance politique indigène.

Il me faut ici nuancer encore, apporter certaines précisions. Je décris là, en effet, une tendance, un processus qui ne se développe ni de façon linéaire ni sans contradictions. La réalité des quartiers est particulièrement hétérogène et les modalités de leurs insertions dans l’espace social et politique national fortement différenciées. Surtout lorsque l’extension de la fracture coloniale par l’indigénisation rampante des quartiers populaires prend la forme, apparente et réelle à la fois, d’une fracture territoriale, elle a pour conséquence paradoxale de brouiller le clivage racial et de camoufler les privilèges, certes très relatifs, dont disposent les jeunes Blancs des cités.

La lutte des races sociales n’apparaît pas, immédiatement, en tant que telle. Oh, pas tant dans l’esprit de ceux qui tiennent le pouvoir et savent généralement à quoi s’en tenir! Mais dans la conscience même des « jeunes de banlieue». Les solidarités qui se trament par-delà les origines et les nationalités, l’émergence d’une culture de quartiers, les résistances partagées, la prégnance de l’idéologie républicaine, cristallisée dans les institutions et les politiques publiques, confortent ainsi l’intuition illusoire, y compris parmi les indigènes, selon laquelle rien ne distingue un jeune chômeur blanc d’un jeune chômeur indigène. Le flash-Ball du CRS – « arme à létalité atténuée » ou « sublétale » selon l’expression consacrée du fabricant—semble ne pas faire de différences entre Blancs et indigènes.

La réalité raciale a cependant la tête plus dure que le béton des HLM. Fût-ce de manière minime, occasionnelle, l’indigène, même quand il est français reste l’objet d’un traitement d’exception, de discriminations qui lui sont propres. Et quand bien même un Blanc subirait un traitement similaire à celui d’un indigène, il possède au moins le privilège symbolique d’être français et blanc. Et il le sait
. Et il peut éventuellement en jouer. Les multiples dispositifs de marquage, de relégation, de contrôle, de répression, même quand ils le réduisent en partie à la condition d’indigène, même quand ils sont nourris par la mémoire coloniale des institutions bureaucratiques et policières de la République, ne lui ôtent pas complètement son privilège de Français blanc.

L’« intégration » des Blancs dans l’indigénat est aussi impossible que l’ « intégration » des indigènes dans la République. Et pour les mêmes raisons. Un Blanc converti à l’islam peut se « déconvertir ». Un Arabe, même parfaitement athée, reste un musulman
. Les Algériens harkis qui ont tant fait – et souvent – pour se fondre dans la masse anonyme du « Peuple de France » l’ont bien appris à leurs dépens. Le Noir et l’Arabe sont définitivement, dans l’ordre de la République, de l’autre côté de la barrière raciale. Ils portent cette barrière dans leur corps, dans leurs histoires, dans leurs vécus quotidiens. Non pas seulement parce que la France le leur dit, aujourd’hui comme hier; qu’elle les combat en particulier pour ce qu’ils sont censés avoir de particulier. Mais parce qu’ils sont aussi les héritiers d’une mémoire, d’une culture, transmises bon gré mal gré par les générations indigènes qui les ont précédées, et que la République et l’eurocentrisme dominant s’acharnent à nier, à étouffer, à disqualifier; parce qu’ils héritent également des déchirures de la colonisation, de l’émigration et du rejet, rigidifiés, sédimentés, rendus indissolubles par la persistance de leur condition d’indigène; parce qu’enfin ils gardent en eux les traces des résistances individuelles, des luttes collectives, de la fierté préservée de l’indigène face à l’état d’indignité auquel on a voulu le réduire.

Dans ses œuvres, Franz Fanon a mis en lumière la violence inhérente aux rapports coloniaux. Abdelmalek Sayad, dans un registre autre mais si proche, a poursuivi ce travail, le scalpel du sociologue partial à la main. Il a dévoilé la dialectique colonialisme-néocolonialisme qui s’inscrit dans la chair et l’os de l’« émigré-immigré »; il a décortiqué les mécanismes d’indigénisation permanente produits par l’État et la « pensée d’État »; il a sondé, mieux que personne, l’« âme » de l’indigène en France, de ses enfants et des enfants de ses enfants; il a percé des coffres-forts interdits, il a révélé à ceux qui ne voulaient pas savoir, ou le dire, l’emboîtement douloureux des humiliations coloniales, de l’orgueil retrouvé une fois les indépendances acquises, de l’arrachement dévastateur et honteux à la terre, au pays, à la tradition, de l’émigration-immigration synonyme d’intégration renouvelée à l’indigénat. On ne soulignera jamais assez l’efficace social de cet héritage.

Le plus « franchouillard» des Français d’origine coloniale, celui que les médias nous présentent comme un magnifique échantillon d’« intégration », est traversé de part en part par cette histoire dont il pense peut être ignorer tout. Et s’il venait momentanément à oublier qui il est, qui il ne peut pas être, la République et ses « concitoyens » blancs sont là pour le lui rappeler
. Il n’est pas un «vrai » Français; sa présence en France est illégitime; les droits qu’il croit posséder ne sont pas ses droits; s’il n’est coupable d’aucun crime, il l’est néanmoins d’être potentiellement coupable; on le tolère; on peut même l’aimer; on ne perd pas nécessairement l’espoir de le « civiliser »… mais il est arabe! Mais il est noir! Mais il est musulman! Un Blanc indigénisé est désindigénisable; un indigène, dans la République, est irréversiblement un indigène. La violence, même quand elle n’a pas le goût de la matraque, est inhérente aussi aux rapports post-coloniaux.

De l’indigénisation tendancielle des jeunes Blancs des quartiers populaires, il ne résulte donc pas une dissolution des distinctions raciales, fussent-elles réduites en apparence à un simple décalage. Elle génère une combinaison complexe et fluide où se croisent, se fondent, s’opposent intérêts communs et enjeux particuliers, voire conflictuels. Souvent, une même « condition de classe » porte la révolte sociale des jeunes habitants des cités populaires comme des moins jeunes; les violences policières, culturelles, symboliques les rapprochent sans les confondre; elles forgent les raisons d’une résistance commune mais elles n’abolissent pas pour autant la violence spécifique dont les Noirs et les Arabes sont l’objet ou qu’ils portent dans leurs mémoires, en tant que descendants de colonisés et d’émigrés-immigrés.

Et cette violence particulière détermine des revendications qui n’appartiennent qu’à eux, comme celles relatives aux discriminations raciales, au respect de leurs parents, à l’abrogation de la double peine ou, pour les musulmans, au droit d’avoir des lieux de prière dignes ou de porter le voile. En réalité, même lorsque leurs exigences sont identiques à celles de leurs voisins de blancs, eh bien elles sont différentes. En amont de leurs revendications, même les plus élémentaires, aux travers de leurs résistances, même les plus invisibles, apolitiques en apparence, parfois « réactionnaires » au regard des catégories binaires qui structurent le champ politique blanc, se joue en effet leur statut en tant que race sociale dominée. Ils ne le formulent pas ainsi, ils ne le pensent peut-être pas, mais dans la moindre de leurs protestations est mobilisé l’ensemble des strates accumulées de leur mémoire de colonisé: la « hagra », comme disent les Algériens.

Filles et fils de l’émigration-immigration, qu’ils parlent, qu’ils bougent, qu’ils rappellent leur existence, qu’ils deviennent visibles, lèvent la tête, se mêlent a fortiori de politique, ils secouent le carcan colonial qui les somme d’être « polis », de se taire, d’être discrets, de ne pas se montrer, de respecter la maison de l’hôte, d’en accepter traditions, coutumes et « valeurs », de ne pas se mêler de ce qui ne les regarde pas. Et surtout pas de politique, domaine réservé du citoyen blanc, du citoyen parce qu’il est blanc, du Blanc parce qu’il est citoyen. « Estimez-vous heureux et fermez-la! », voilà ce qu’on leur dit entre deux contrôles policiers. Ne pas la fermer est une « impolitesse », une ingratitude, une offense, une « incivilité», un acte caractérisé de délinquance, une « insécurité », une atteinte à l’« identité nationale », oui, ne pas la fermer est un acte de résistance anticoloniale! Quand il vote à droite pour faire payer au PS ou au PC le prix de leur mépris, l’indigène est anticolonial; quand il vote à gauche par peur de la droite, il est anticolonial; quand il ne croit plus à rien, il reste anticolonial; quand il a la « rage », quand il a la « haine », il est toujours anticolonial.

L’« émeute » est anticoloniale. L’immense révolte de novembre 2005 est assurément anticoloniale. Et la République le sait !


Extrait de son livre : La contre révolution coloniale

présentation de l'éditeur
Citation :
« Le racisme n’est pas un dysfonctionnement de la République, comme on a souvent tendance à le penser, mais son fonctionnement normal. La République est le Pouvoir blanc. »

Comme le Capital a produit les classes, le patriarcat les genres, le colonialisme a produit les races. Si le mot fait peur, se chuchote à peine, la chose, elle, n’en finit pas d’exister et de tisser les rapports sociaux. C’est elle qui cimente les discriminations à l’embauche, à l’avancement, au logement, dans l’accès aux loisirs ou aux instances médiatiques et politiques, dans les pratiques policières et judiciaires, etc.

« La preuve des races sociales, c’est qu’elles luttent ! »

Face à cette offensive massive contre tous ceux qui sont définitivement de l’autre côté de la barrière raciale et que la France s’acharne à combattre en particulier pour ce qu’ils sont censés avoir de particulier, Sadri Khiari nous donne à voir les luttes de résistance de ceux dont on tolère à peine l’existence quand on ne la nie pas complètement : des luttes des OS immigrés aux grèves des loyers dans les foyers Sonacotra, des luttes des sans-papiers à la solidarité avec la Palestine, des mobilisations contre les crimes racistes et les violences policières jusqu’aux révoltes des quartiers populaires, ils sont nombreux à défier les promesses non tenues de liberté, d’égalité et de fraternité.

Pouvoir blanc vs Puissance indigène

Derrière les défaites, les « récupérations », les protestations sans lendemain, les émeutes vite réprimées ou les divisions, Sadri Khiari nous révèle l’existence d’une véritable puissance politique, longtemps restée inidentifiable, parfois inconsciente d’elle-même mais bien réelle -tant, dans une logique d’opposition à la domination blanche, elle pèse dans les rapports de forces.

Sadri Khiari est l’un des fondateurs du MIR. Il est l’auteur de Tunisie, le délitement de la cité – Coercition, consentement, résistances (Karthala, 2003) et de Pour une politique de la racaille. Immigré-e-s, indigènes et jeunes de banlieue (Textuel, 2006).

Editions La Fabrique, janvier 2009, 12 euros – 255 pages




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MessageSujet: Re: et les "PETITS BLANCS" dans tout ça ?   Mer 23 Déc - 12:01



La France a un problème avec ses «petits blancs»
Claire Levenson Slate.fr 06.01.2014  

Les petits blancs en France, minorité opprimée ? C'est le message du livre d'Aymeric Patricot, partout salué comme une enquête dépassionnée...

Claire Levenson a écrit:
Le livre d’Aymeric Patricot –Les petits blancs: un voyage dans la France d’en bas– est présenté dans la presse, de L’Express à Marianne, comme une enquête dépourvue d’idéologie ( «au ton toujours très juste», «il a posé toutes les questions»). «L’écrivain fait le pari que dissiper les malaises autour des questions raciales est le meilleur remède au racisme», nous explique même un journaliste du Point. On peut douter de l’efficacité d’un tel remède, vu que le livre présente les petits blancs comme une minorité sacrifiée à l’obsession de la diversité.

Le point de départ est qu’à force de ne pas pouvoir librement parler des dynamiques raciales, on fait le jeu du racisme. Une prémisse proche de celle d’un autre livre sur les blancs aussi publié à l'automne 2013: De quelle couleur sont les blancs?. Mais à partir de ce constat initial, les deux livres prennent des directions opposées.

«Etre “blanc” dans la France d’aujourd’hui, c’est appartenir au groupe majoritaire, écrivent Sylvie Laurent et Thierry Leclère dans leur introduction au recueil De quelle couleur sont les blancs ?

«C’est ne pas avoir à se définir. Ne pas avoir à répondre à la question: de quelle origine êtes-vous? C’est enfin, le plus souvent, ne pas savoir qu’on possède des privilèges... il faut être noir ou arabe pour vivre, par exemple, l’expérience de la discrimination au logement ou à l’emploi.»

A l’inverse, le livre d'Aymeric Patricot dresse le portrait de petits blancs qui, non seulement, ne sont pas avantagés par leur couleur de peau, mais en plus ne peuvent s’en plaindre sous peine d’être traités de racistes. Une double peine qui renforce leur aigreur. «Damnés de l'époque, leur malédiction est bien d'être blanc», résume le Huffington Post.

Le livre s’ouvre sur une citation tirée d’un discours de Barack Obama en 2008:

«La plupart des Américains de la classe ouvrière et de la classe moyenne blanche n’ont pas l’impression d’avoir été particulièrement favorisés par leur appartenance raciale.»

Selon Aymeric Patricot, alors que les partis politiques américains prennent en compte ce sentiment de rejet, les politiques français refusent de faire de même. Il écrit:

«En France, nous en sommes toujours à une droite courant après la gauche pour gagner la course au parti qui luttera le plus efficacement contre les discriminations raciales.»

De quelle lutte efficace contre les discriminations raciales s’agit-il? Pour Aymeric Patricot, il existe des mesures de discrimination positive «de fait», même si «on n’ose pas en parler». Dans une interview il nous explique que, puisqu’il n’y a pas de chiffres, pas d’études, il est impossible d’en savoir l’étendue.

Où avez-vous vu de l'affirmative action en France ?

Dans l’introduction du livre, il note que les «quotas ethniques […] commencent à prendre forme, par exemple dans les injonctions du Conseil supérieur de l’audiovisuel appelant à augmenter le taux de non blancs dans les médias». L’utilisation du mot «quota» est étonnante vu que le CSA se contente de faire des recommandations.

Il cite ensuite les conventions d’éducation prioritaire de Sciences-Po qui permettent de recruter plus d’étudiants issus des ZEP, ainsi qu’un rapport de la fondation Terra Nova recommandant au PS de prendre plus de mesures en direction des minorités ethniques, des jeunes et des femmes. Tout cela est un peu court pour conclure que les minorités ethniques sont une grande priorité des politiques publiques.

Certaines personnes interviewées dans le livre parlent de quotas ethniques en France comme d’une évidence, et l'auteur ne se distancie nulle part de ces affirmations. Page 65, Agnès évoque «toutes ces entreprises qui réservent des places aux gens de couleur»,  et Laurent parle de ces noirs qu’il voit dans les lycées des beaux quartiers: «Leurs parents ont des métiers protégés comme pervenche ou gardien d’immeuble.»

Aymeric Paricot n’est pas le seul à entretenir le doute quant à l’existence de ces soi-disant traitements de faveur. C’est notamment le cas du chercheur Marc Crapez (cité dans De quelle couleur sont les blancs?) qui écrivait en 2012 que les petits blancs «sont abandonnés sur le bas côté de la route, à l’écart des aides, filières et quotas».

Mais au fait, de quels quotas s’agit-il ? Il y a certes des entreprises qui ont un «label diversité», mais les testings récents sur CV montrent qu’il vaut toujours mieux s’appeler Jean que Karim.

Continuons la citation du président américain, qui évoque ces blancs mécontents que des Afro-Américains aient été favorisés pour obtenir un emploi ou une place à l’université dans le cadre de politiques d’affirmative action. Après plus de quarante ans de discrimination positive aux Etats-Unis, certains Américains critiquent les objectifs de diversité, notamment dans l’enseignement supérieur, car ils ne correspondent pas toujours à une stricte promotion de l’égalité des chances. Sans qu’il y ait de quotas, un Afro-américain d’origine aisée peut être avantagé dans le processus de sélection par rapport à un blanc pauvre. Un contexte qui n’a rien à voir avec la situation française.

Pour Sylvie Laurent, qui a écrit un ouvrage sur les «white trash» aux Etats-Unis, il faut faire attention à l’importation des concepts américains dans le débat français.

«En France, le discours sur les petits blancs sous-entend souvent qu'il y a d'un côté les bons pauvres oubliés et de l'autre les mauvais pauvres (noirs et arabes) qui seraient injustement financés par l'Etat.»

«On fait du copié-collé de l'explication américaine: les blancs pauvres votent à droite car ils ont été oubliés par les politiques d'affirmative action... Ce discours est récupéré par l'extrême droite, alors qu'il n'y a pas en France d'équivalent de l'affirmative action.»


Ne confondons pas Etats-Unis et France

Il ne s’agit pas de contester que certains petits blancs souffrent d’exclusion sociale, et que certains se font insulter par des non-blancs. Le problème, c’est que le livre d'Aymeric Patricot ne s’arrête pas là.

Certes, l’auteur laisse aussi la parole dans un chapitre à des «petits blancs» qui ne considèrent pas que les minorités ethniques sont favorisées, mais cela ne suffit pas à équilibrer la perspective.

Le livre n'aborde pas seulement le thème de la marginalisation socio-économique. Pour Aymeric Patricot, le petit blanc souffre aussi d’être mis à l’écart sexuellement («leur couleur de peau ne génère aucun fantasme de force physique ni d’exotisme») et culturellement.

On explique au blanc que «son seul rôle est d’accueillir la diversité. Et toute revendication d’un trait culturel particulier est perçue comme du racisme», dit l'auteur.

On a là une analyse inverse de celles développées dans De quelle couleur sont les blancs ? Pour les auteurs inspirés des études américaines sur la «blanchité», il s’agit d’expliquer qu’être blanc n’est pas «racialement neutre», qu’«il y a derrière cette neutralité une position d’ascendance».

Aux Etats-Unis, cette réflexion sur le privilège blanc a dans les années 1980 encouragé la société à se poser de questions comme: quel est l’impact pour un enfant noir d'être élevé dans un pays où la grande majorité des gens en position de pouvoir, dans les films, à la télé et dans les livres sont blancs? D’où la mise en place de mesures pour créer une éducation plus multiculturelle: enseigner des auteurs afro-américains, parler de l’histoire de l’Amérique latine, avoir des illustrations qui ne représentent pas que des blancs, etc. A l’inverse, la France n’est pas un pays où on pousse l’étude d’œuvres littéraires d’auteurs noirs ou maghrébins pour que les enfants issus de l’immigration se «retrouvent» dans ce qu’ils lisent. Un récent rapport qui propose ce genre de mesures a provoqué la panique.

En Amérique du Nord, les controverses sur la discrimination positive et le multiculturalisme répondent à de véritables mesures politiques. Ce n’est pas vraiment le cas en France, même si plusieurs auteurs donnent l’impression que règnent déjà le multiculturalisme et les «quotas».

Symptôme intéressant de l’état du débat, Aymeric Patricot affirme que c’est jusqu’ici surtout par des commentateurs d’extrême droite qu’il a été critiqué. Beaucoup lui reprochaient de ne pas avoir parlé d’immigration et d’islam...




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MessageSujet: Re: et les "PETITS BLANCS" dans tout ça ?   Mer 23 Déc - 12:08


Face à la diversification ethnique, comment vivent les "petits Blancs" des quartiers pauvres de la République ?
Atlantico 4 Novembre 2013

Aymeric Patricot a enquêté sur une figure encore méconnue du paysage culturel français : "le petit Blanc", c'est-à-dire un Français blanc et pauvre, qui se perçoit comme tel ou que l'on désigne ainsi. Le problème est qu'il reste considéré, dans un contexte de métissage, comme un privilégié, en dépit des situations humiliantes qu'il peut vivre au quotidien. Depuis des décennies, les Américains ont fait une place à ce groupe très particulier sous le nom de "White Trash". Assiste-t-on à l'émergence d'un équivalent français ? Extrait de "Les Petits Blancs"



Face à la diversification ethnique, comment vivent les "petits Blancs" des quartiers pauvres de la République ?

deux extraits

Aymeric Patricot a écrit:
C'est avec pudeur qu’on utilise, en France, l’expression petit Blanc : si l’on comprend ce qu’elle recouvre, on n’aime pas la définir.

Et beaucoup réprouvent son usage. Elle a beau paraître dans les romans, circuler dans les conversations, se laisser entendre dans les médias, elle provoque la gêne et même une sorte de honte – honte d’avoir à penser à ces choses-là, honte de nommer une catégorie qui nous répugne parce qu’elle établit une distinction, fondée sur la couleur de peau, que l’on pensait dépassée.

Pourtant, l’expression s’impose. Elle a quelque chose d’évident : elle désigne une réalité peu visible mais présente aux esprits. Émergeant d’un obscur passé colonial, elle prend des connotations nouvelles et il est même à parier – c’est l’une des hypothèses de ce livre – qu’elle s’imposera bientôt comme un vocable incontournable lorsqu’il s’agira de commenter ce phénomène de longue haleine : la diversification ethnique de la société française.

Combien de visages le petit Blanc présente-t-il en France, au début du xxie siècle ? Il y a celui de l’adolescent de banlieue qui, l’un des seuls visages pâles dans sa classe, prend conscience de sa différence ; celui de la personne qui, vivant d’expédients, fragilisée socialement, se découvre aussi pauvre que ces minorités qu’on dit occuper le bas de l’échelle ; celui de l’homme âgé n’ayant toujours pas digéré la perte des colonies ni du privilège inespéré qu’elles lui donnaient vis-à-vis de populations qu’il est obligé de côtoyer, désormais, sur son propre sol ; celui qui, perdu pour la société, marqué par la misère ou déclassé de manière inattendue, ne songe pas à sa propre couleur mais se la voit rappeler par ceux qui l’observent et, parfois, le méprisent ; celui qui peut être tenté par le rejet de l’autre mais que l’on soupçonne, surtout, avant même qu’il ait ouvert la bouche, d’être raciste.


Citation :
Fabrice a repris l’exploitation de ses parents dans le pays de Caux, sur le plateau calcaire haut-normand. Il aime son activité – culture de lin, betterave et colza – malgré la charge de travail et des revenus incertains. Mais il me dit souffrir de l’image qu’ont les agriculteurs. Il raconte son angoisse lorsqu’il monte en ville. « C’est surtout dans ma tête. Quand je vais au Havre, je me fais l’impression d’être un bouseux. Je fais l’effort de mettre un jean propre et des chaussures correctes. Si je me laissais aller, je resterais en salopette mais ça n’est possible que dans les villages et les petites villes comme Étretat. Les touristes y sont nombreux mais les commerçants nous connaissent. Je vais souvent prendre un apéritif dans un bistrot du coin, comme à Octeville les jours de marché. Ce sont des endroits chaleureux, nous nous y retrouvons entre exploitants.

J’ai senti parfois l’amusement de Havrais qui s’arrêtaient là de retour du marché et qui nous jetaient des regards curieux. Pour eux, nous devons représenter des gens d’autres mœurs, des gens qui n’existeront bientôt plus. Bien sûr, on a notre accent, nos expressions. Mais j’ai du plaisir à les entretenir. Et puis je ne vais pas me mettre en costume pour aller au bistrot !

Citation :
« Je n’ai pas honte de moi-même au travail ou dans ma campagne, mais en ville, oui. Je me demande toujours ce qu’on pense de moi. Chez le banquier, ça va. Chez le coiffeur aussi. Dans les bistrots, pas de problème. Ça me prend dans les rues piétonnes où il n’y a jamais grand monde et où je me sens scruté. Je me dis que ma démarche est remarquée, qu’un petit quelque chose révèle que je ne suis pas de la ville. Je me répète que chacun a sa particularité, mais je continue de guetter les sourires.

« Le pire, c’est dans la ville haute, celle des HLM. Je n’y suis allé que deux ou trois fois mais ça m’a suffi pour me dire que ce n’était pas mon monde. Ce qui est bizarre, c’est qu’au fond je ne suis pas plus riche qu’eux. Mais ils doivent m’associer à la ville basse, celle du plein emploi et des gens qui s’en sortent. Ou quelque chose du genre. Je ne sais rien d’eux, sinon que ces gens-là étaient ouvriers quand il y avait du travail. Je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer qui que ce soit là-bas, mais je m’y sens oppressé. La pauvreté doit y tendre les rapports et je pense que la méfiance, la colère doivent compliquer les choses. J’ai une certaine indifférence pour ces populations-là, je pense qu’eux-mêmes ne se sentent pas sur un pied d’égalité avec moi. Il doit y avoir de l’hostilité pour les gens comme moi. Quoiqu’après tout, je n’en suis pas sûr… Si je me reconnais dans l’expression petit Blanc ? Je n’avais jamais réfléchi à ce mot-là. Mais peut-être, oui, suis-je un petit Blanc quand je vais au Havre, ville haute comme ville basse. »


Extrait de "Les petits blancs : Un voyage dans la France d'en bas", Aymeric Patricot (Editions Plein Jour), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici. Aymeric Patricot tient aussi un blog.
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MessageSujet: Re: et les "PETITS BLANCS" dans tout ça ?   Mer 23 Déc - 12:12



Sylvie Laurent et Thierry Leclère (dir.), De quelle couleur sont les Blancs ? Des « petits Blancs » des colonies au « racisme anti-Blanc » Marie Peretti-Ndiaye


Citation :
Les études de la « blanchité » (whiteness studies) constituent un champ de recherches peu développé en France. L’ouvrage collectif dirigé par Sylvie Laurent et Thierry Leclère soulève plusieurs questionnements sur des débats qui se déploient dans l’espace public français contemporain. Qu’elles aient trait au « racisme anti-blancs » ou au « racisme des “petits-Blancs” », ces discussions renvoient, en effet, à des processus de racialisation qui constituent l’un des angles morts de la recherche en France. C’est ici, d’ailleurs, l’une des ambitions majeures énoncées par Sylvie Laurent et Thierry Leclère : « remplir un blanc » pour favoriser cette « double conscience » qui semble parfois faire défaut, et dont on peut penser que l’absence entrave la réflexivité des sujets1.


2
L’ouvrage se décline en quatre parties. La première s’ouvre par un texte de Pierre Tevanian qui entreprend de poser les premiers jalons d’une réflexion ontologique. « Qu’est-ce qu’être un Blanc ? » constitue l’une des questions structurantes du livre. Doit-on voir là l’expérience fondatrice de privilèges (Pierre Tevanian) ? Un rapport social qui reste à définir (Sadri Khiari) ? L’imbrication des textes universitaires et militants et des interviews présents dans cette première partie contribue à dresser un tableau contrasté de ce que l’on peut envisager comme une expérience identitaire.


3
L’héritage colonial constitue l’objet de la deuxième partie. Les mentions au fait colonial nourrissent ici une réflexion sur la fabrique du Blanc à travers l’histoire et ses liens avec l’esclavage et le métissage. Françoise Vergès évoque les multiples oscillations de la « ligne de couleur » au gré des enjeux économiques et politiques. Elle propose de « revenir à l’esclavage colonial pour analyser comment se sont articulées [...] les notions sociales et culturelles de “Blanc” et de “Noir” ». La possibilité d’une double-conscience apparaît à travers le décentrement offert par l’article de Mineke Schipper sur « L’Autre européen dans les littératures africaines orales et écrites ». Des réflexions sur le droit ou sur l’iconographie nourrissent, plus largement, un questionnement sur la prégnance des catégories construites à l’époque coloniale.


4
La troisième partie explore l’imaginaire de la « blanchité ». Cette entrée par l’imaginaire permet de mettre en évidence « la réversibilité (ou circularité) de la classe et de la race » mais aussi le caractère profondément ambivalent des whiteness studies. Comme le souligne Clarissa Behar, ces études peuvent s’avérer performatives ou contre-performatives car « ce qui se présente comme une défamiliarisation pourrait n’être qu’un recentrement bénéficiant, une fois de plus, à la formation raciale des Blancs ». Le caractère anxiogène, voire hystérique, des mises en scène de la blanchité dans le cinéma français2 et le caractère mouvant des « idéaux de la beauté féminine en France » sont évoqués dans cette optique, de même que la réception des avatars télévisuels de la société3, le rap français et la chanson algérienne.


5
La quatrième partie s’intéresse aux usages et aux conséquences politiques de cet imaginaire de la blanchité. Les perspectives sont, ici, historiques, politistes, comparatistes mais aussi polémiques. La contribution d’Ariane Chebel d’Appolonia sur « le monochrome populiste en Europe » met l’accent sur l’extrême plasticité de la « blanchité » et de ses usages populistes - usages qui prennent parfois les traits, souligne-t-elle, de l’antiracisme par un effet de « distorsion discursive qui renverse l’image du couple oppresseur/opprimé ou racisant/racisé : l’Autre devient celui qui exclut, qui veut imposer sa différence, ses valeurs, ses croyances »). Laurent Dornel invite à distinguer xénophobie et racisme lorsqu’il est question du mouvement ouvrier et apporte, ainsi, une nouvelle pierre à la réflexion sur les liens entre question sociale, question raciale et nationalisme. Guillaume Weill-Raynal, s’intéresse, quant à lui, à « la “communauté juive” française, la gauche et le “racisme anti-Blancs” ». Son approche, centrée sur « ceux qui prétendent représenter la communauté juive française ou parler en son nom », dénonce à la suite de Daniel Linderberg, la droitisation de ces porte-paroles. Il insiste sur la manière dont les références au « nouvel antisémitisme » opèrent à ce propos. L’ouvrage se clôt sur un texte de Sylvie Laurent centré sur deux figures stéréotypées de la « haine de classe » : les « white trashes » – « figure conjuratoire et honnie » du lumpenprolétariat blanc, née dans les états esclavagistes des États-Unis – et les « chavs » – ces jeunes anglais dotés de tous les vices ordinairement attribués aux « classes dangereuses ».


6
L’une des dimensions-clés de l’ouvrage est de nourrir un questionnement sur les articulations entre race et classe, dans la lignée des travaux d’Etienne Balibar et d’Immanuel Wallerstein4 – avec une perspective plus axée sur la France (et, peut-être, moins marxisante) – et ceux de Didier et Eric Fassin5. Les focus croisés sur les « petits-Blancs » s’inscrivent dans cette perspective : illustration du mépris social, pour les uns6, réalité sociologique pour les autres7. Ils permettent à François Hoarau d’illustrer l’ambiguïté du rapport au métissage à La Réunion où les Petits-Blancs apparaissent parfois frappés d’une « dégénérescence par excès de consanguinité ». Il semble en définitive que, çà et là, « la violation d’un ordre moral » soit en jeu, les « petits Blancs » s’avérant in fine coupables de ne pas tenir « le rang promis par leur blancheur ».

7
L’un de ses grands mérites du livre est de permettre à plusieurs débats de se déployer : le discours racial est-il principalement le fait des élites (Gérard Noiriel), ou la racialisation déborde-t-elle aujourd’hui largement ce cadre pour imprégner les performances artistiques des jeunes rappeurs français (Karim Hammou) comme « l’identité de la classe ouvrière française » (Laurent Dornel) ? Quel rôle jouent, à cet égard, les principes universalistes (Dominique Schnapper et Maboula Soumahoro) ? Les controverses qui traversent ces discussions s’avèrent particulièrement fécondes en ce qu’elles concourent à mettre en lumière des arguments et des schèmes explicatifs longtemps restés dans le registre de l’implicite8.

1 Alain Touraine et Farhad Khosrokhavar, La recherche de soi. Dialogue sur le sujet, Paris, Fayard, 2000.

2 Comme le souligne Andrew Asibong, « Catherine Deneuve, icône du cinéma français, a synthétisé de la façon la plus systématique cette construction défensive d’une féminité blanche et éternelle dont la blondeur (artificielle) fonde l’archétype ».

3 Eric Macé, La société et son double. Une journée ordinaire de télévision, Paris, Armand Colin, 2006.

4 Etienne Balibar et Immanuel Wallerstein, Race, Nation, Classe : Les identités ambiguës, Paris, La Découverte, 1997.

5 Didier Fassin et Eric Fassin (dir.), De la question sociale à la question raciale ?, Paris, La Découverte, 2006.

6 L’interview de Gérard Noiriel réalisée par Thierry Leclère (« Il n’y a pas de “question blanche” … », p. 34-38) est éloquente à cet égard.

7 Alain Ruscio évoque à ce propos « ces gens de condition modeste, parfois arrivés dans les colonies en situation d’échec social ».

8 Bruno Latour, La science en action : introduction à la sociologie des sciences, Paris, La Découverte, 2005.


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MessageSujet: Re: et les "PETITS BLANCS" dans tout ça ?   Mer 23 Déc - 12:33

« Exister c’est exister politiquement » disait Abdelmalek Sayad. Pour les jeunes issus de la colonisation c’est la période des marches qui marque ce passage au politique. Vingt ans* après cette période des marches, l’actualité médiatique et politique est dominée par une mise en scène de la peur : danger intégriste, affaire du foulard, discours sur l’insécurité, etc. Les jeunes issus de la colonisation sont construits comme barbares, délinquants, violents, sexistes, antisémites, intégristes, etc. Vingt ans* après, les quartiers populaires sont construits comme espace de la « racaille » et de la sauvagerie, comme territoire à reconquérir par la république, comme lieux de la débauche et de la décomposition absolue, etc. La texture de ce discours sur les quartiers populaires en général et sur leurs habitants issus de la colonisation est celle de l’autoritarisme et de la répression.*


Saïd Bouamama a écrit:
Toute une génération de militants des quartiers populaires a été marquée par la marche pour l’égalité. Des centaines d’associations sont issues de la « période des marches » même si peu d’entre elles subsistent aujourd’hui. La période est également marquée par deux changements qualitatifs et de postures. Le premier est celui du passage de l’invisibilité sociale à la visibilité.

Ce changement est certes un résultat sociologique mais la « période des marches » a été le vecteur de cette entrée en visibilité décomplexée, souhaitée et agie. De nombreux jeunes qui aujourd’hui ont intériorisés cette visibilité légitime ignorent cette fonction politique de la période du fait d’une mémoire militante non travaillée. Le second est celui de l’accès au politique comme en témoigne les multiples tentatives des années ultérieures (présentation de listes autonomes, entrées dans les partis politiques, mouvements d’inscription sur les listes électorales, passage de revendications à sous-bassement humanitariste à des revendications argumentées politiquement, etc.).

« Exister c’est exister politiquement » disait Abdelmalek Sayad. Pour les jeunes issus de la colonisation c’est la période des marches qui marque ce passage au politique. Vingt ans après cette période des marches, l’actualité médiatique et politique est dominée par une mise en scène de la peur : danger intégriste, affaire du foulard, discours sur l’insécurité, etc. Les jeunes issus de la colonisation sont construits comme barbares, délinquants, violents, sexistes, antisémites, intégristes, etc. Vingt ans après les quartiers populaires sont construits comme espace de la « racaille » et de la sauvagerie, comme territoire à reconquérir par la république, comme lieux de la débauche et de la décomposition absolue, etc.

La texture de ce discours sur les quartiers populaires en général et sur leurs habitants issus de la colonisation est celle de l’autoritarisme et de la répression. Pour comprendre ce retournement, il est nécessaire selon nous d’interroger à la fois les conditions sociales d’existences des habitants des quartiers populaires, les évolutions de leurs canaux d’expressions politiques et les instrumentalisations idéologiques qui ont été mises en œuvres pour contrecarrer le développement d’une parole et d’un combat politique. La prise en compte de ces aspects devrait nous permettre de mettre en évidence l’enjeu actuel d’un réinvestissement politique pour les quartiers populaires en général et pour leurs habitants issus de la colonisation en particulier.

En l’espace de deux décennies les quartiers populaires sont passés du statut de « contre-société » à celui de « ghetto » enfermé dans des frontières invisibles mais de plus en plus infranchissables. Il ne s’agit pas ici d’adopter un discours nostalgique sur un passé populaire qui était largement caractérisé par des inégalités en raison de l’origine ou du genre. Il est simplement question de prendre en compte des mutations sociales qui aggravent la concurrence au sein des milieux populaires pour l’accès aux droit et qui de ce fait marginalise encore plus les plus dominés.


Précarisation

Les grandes restructurations industrielles de la décennie 80 se traduisent par une massification du chômage et par une précarisation de grande ampleur. Si l’ensemble de la population ouvrière est touchée, la génération des parents des « marcheurs » l’est encore plus du fait des secteurs industriels dans lesquels ils sont employés : l’automobile, les mines, la sidérurgie, le textile, etc. Ces parents immigrés jouent à cette période la fonction dévolue économiquement à l’immigration dans une économie capitaliste : celle de variable d’ajustement fonctionnant selon la formule « premier embauchés, premier licenciés ».

L’évaluation de ces « coûts invisibles » des restructurations de l’ère Mitterrand reste à cet égard à faire en prenant en compte la variable de la nationalité. La disparition de l’URSS et avec elle des équilibres géopolitiques mondiaux issus de la seconde guerre mondiale ne fera qu’accélérer le processus. Ses conséquences en terme de modification des rapports de forces entre classes sociales suscitent une accélération du processus de mondialisation libérale c’est à dire une course permanente aux économies sur les coûts de main-d’œuvre c’est à dire encore un processus permanent de restructuration. Au chômage succèdent alors la précarisation, l’ouvrier tend à redevenir prolétaire, l’immigré tend à perdre toutes les stabilités sociales et juridiques acquises auparavant, ses enfants français se socialise dans un « champ des possibles » fait d’intérims, de petits boulots, de contrats aidés, etc.

Bien entendu le processus décrit ci-dessus touche l’ensemble des milieux populaires mais avec une intensité particulière pour leurs membres issus de l’immigration. Ceux-ci ne font que révéler en le grossissant un processus en œuvre pour l’ensemble des milieux populaires. L’émergence et le développement de la thématique des discriminations ne fait que révéler l’ampleur de ce processus de précarisation. On ne compte en effet plus depuis quelques années les rapports de recherches soulignant les inégalités des chances (dans une même classe sociale) en raison de la simple variable des origines. La phase de la négation de la période antérieure n’est plus possible aujourd’hui, du fait de l’ampleur du phénomène et de sa conscientisation par les premiers concernés. Le discours n’est plus aujourd’hui dans le refus de voir la réalité mais dans des postures d’impuissances et d’appel à la patience. Une attention particulière est ici à accorder aux jeunes femmes issues de la colonisation. Celles-ci sont encore plus touchées par le processus de précarisation. Toute régression sociale se caractérise en effet par un approfondissement des écarts au sein d’une même classe sociale. Les catégories les plus dominées le deviennent encore plus. Cumulant les discriminations en raison de l’origine avec les discriminations en raison du genre, ces jeunes femmes sont une main-d’œuvre idéale pour l’économie mondialisée. Elles sont de ce fait encore plus présentes que leurs frères dans les emplois atypiques, cumulant plusieurs employeurs, aux horaires découpés, etc.


Ghettoïsation

La précarisation salariale a bien entendu des conséquences territoriales : la production de ghettos sociaux. La concentration dans les quartiers populaires des impacts les plus importants du chômage et de la précarité, cumulée aux discours catastrophistes des médias et du monde politique sur l’insécurité, va susciter un mouvement de « fuite de tous ceux qui peuvent encore fuir ». Seuls restent ainsi dans les quartiers populaires, rebaptisés « cités » ou « banlieues », ceux qui sont assignés par leur condition sociale à un territoire.

Une barrière invisible ou une frontière tend ainsi à se renforcer dans une logique de séparation. Cette barrière invisible se décline en plusieurs tonalités :

-  Barrières physiques, avec des cités excentrées ou enclavées où se trouvent confinés les pauvres et les minorités ethniques ;

-  Barrières morales, avec la fuite devant tout risque de promiscuité scolaire des enfants de classes moyennes et de pauvres ;

-  Barrières politiques, avec le refus croissant de ces minorités ethniques qu’incarne la montée des partis xénophobes.

Le processus de ghettoïsation et la logique de séparation qu’il révèle est dramatiquement confirmé par le déroulement et le résultat de la dernière campagne présidentielle. L’ensemble de cette campagne est mené d’une part sur le thème de la sécurité et de l’appel à une fermeté plus forte des pouvoirs publics envers les « sauvageons », et d’autre part sur la promesse d’une « baisse des impôts » avec comme soubassement le vieux leitmotiv d’une « France qui travaille » et qui en a marre de payer pour les « parasites ». Le résultat de Jean Marie Le Pen est une illustration supplémentaire de cette logique de séparation en œuvre dans notre société.

La ghettoïsation territoriale et sociale est à son tour productrice d’une séparation scolaire. La carte scolaire est ainsi détournée par trois moyens mis en évidence dans différentes études : l’introduction de la donne scolaire dans le choix résidentiel de ceux qui en ont les moyens, l’usage de dérogations, le recourt à l’école privé.

Séparés territorialement, les enfants des milieux populaires le sont également scolairement. Les réponses politiques apportées n’ont fait que renforcer cette logique de séparation. L’ensemble de la politique de la ville se caractérise par un diagnostic à dominante architecturale ou urbanistique. Ce qui poserait problème dans les quartiers populaires ce ne serait pas la pauvreté et l’inégalité, mais l’habitat. Celui-ci serait inhumain, destructeur du lien social et perturbateur de repères socialisant pour les nouvelles générations. Une conséquence est ainsi présentée comme cause. Le summum de cette logique architecturale est atteint par le ministre Borloo qui plaide dans un raisonnement familialiste pour que « pour que chaque maman ait son nid ».

Un tel diagnostic pousse bien entendu à l’idée d’une « rénovation », d’une « requalification », d’un « réaménagement » de ce qu’il est désormais convenu d’appeler des « zones ». L’idée d’une mobilité géographique à promouvoir pour les habitants de ces « ghettos » est abandonnée au profit d’une illusoire « mixité sociale » c’est à dire de l’illusion d’attirer les couches moyennes vers ces quartiers populaires en ghettoïsation. La ghettoïsation est perçue et conscientisée par les habitants des quartiers populaires. Voici ce que nous déclarait un jeune de 23 ans lors d’une de nos enquêtes récentes : « On est comme des pestiférés. Tout a été mis en place à proximité pour que l’on ne sorte pas de la cité. Le centre social, l’école, la supérette, le terrain de foot, etc. A part les courses au supermarché une fois par semaine, on reste la semaine entière entre nous. En fait, il y a la France d’un côté et les cités de l’autre ».

Le processus connu de transformation d’une contrainte en choix peut alors se déployer. Les habitants des quartiers populaires s’adaptent à cette contrainte et deviennent les principaux demandeurs de cette proximité qui les sépare du reste du monde. L’offre est devenue demande.


Ethnicisation

Précarisation et ghettoïsation s’accompagnent d’un processus d’ethnicisation. La géographie industrielle explique à l’évidence les territoires d’installation des parents de la génération de la « marche ». Vingt ans après, les enfants devenus à leur tour parents habitent toujours les mêmes territoires, alors que ceux-ci sont fuis par une partie des « blancs ». Plusieurs facteurs agissent selon nous.

En premier lieu, il y a les effets des inégalités économiques et du coût du logement dans la société française. La part du logement dans le budget populaire conduit inévitablement compte-tenu de la place économique des populations issues de la colonisation à une tendance à un marché ethnique du logement. En second lieu, se trouve le refus d’une politique volontariste dans la répartition des logements sociaux. En troisième lieu nous trouvons enfin les fameuses politiques dites de « mixité sociale ». Celles-ci se traduisent en effet dans les faits à l’exclusion des segments les plus valorisés du parc du logement social pour les populations issues de la colonisation.

Ces politiques dites de « mixité sociale » ont par ailleurs conduit à l’impossibilité pour de nombreux jeunes couples d’accéder à un logement autonome, c’est à dire à l’obligation de cohabiter avec les parents. Trop pauvres pour accéder à un logement sur un autre territoire et trop issus de l’immigration ( c’est à dire risquant de remettre en cause la fameuse mixité sociale qui se révèle ainsi être un quota ethnique) pour obtenir un logement dans le quartier de leur enfance, ces nouveaux couples sont contraint de cohabiter.

L’éthnicisation ainsi produite est ensuite renvoyée aux premiers concerné par les explications culturalistes. C’est par spécificités culturelles et par soucis de rester proche des parents que les enfants resteraient sur le territoire de leur enfance et même seraient demandeurs d’une cohabitation. C’est par manque de valorisation scolaire de la part des parents que s’expliqueraient les « ghettos scolaires ».

Ce culturalisme dominant est autant en vogue à droite qu’à gauche contribuant ainsi à renforcer le processus d’ethnicisation de la vie sociale. Ainsi a-t-on entendu récemment Jacques Chirac déclarer à propos des Africains : « Ils sont joyeux parce que les Africains sont joyeux par nature. Ils sont enthousiastes. Ils ont le sourire. Ils applaudissent. Ils sont contents. Ils voient qu’il y a un monsieur qui passe, cela leur permet d’être sur le bord de la route. Ils sont contents ».

De la même façon Malek Boutih haut responsable du parti socialiste déclare sans sourciller dans une émission récente de télévision que l’échec scolaire est issu en partie importante de l’irrationalité économique des parents immigrés préférant construire une maison au pays d’origine plutôt que d’investir dans la scolarité de leurs enfants.


La crise des canaux de l’expression politique

Nous insistons sur ce triptyque précarisation-ghétthoïsation-ethnicisation parce qu’il est selon nous constitutif des difficultés de trouver une expression politique à une révolte légitime. Alors que disparaissent les canaux historiques classiques de l’expression politique populaire, les nouveaux canaux qui tentent de se mettre en place sont confrontés à une double contre-tendance. La première est matérielle et renvoie à la précarité des acteurs, rendant difficile une inscription dans la durée et tout aussi difficile une dynamique de mobilisation qui dépasse l’échelon local. La seconde est politique, et se traduit dans les instrumentalisations des expériences et de leurs acteurs par les pouvoirs publics. Les deux contre-tendances sont bien entendu en lien. C’est l’existence d’une précarité des acteurs qui rend possible les logiques d’instrumentalisation.


L’épuisement des canaux classiques de l’expression politique populaire

Le monde de l’entreprise a été évidemment un des lieux classiques de production d’un rapport ouvrier au monde et à la société. L’entreprise a été un des espaces clefs où l’expérience commune conduisait à la production/ reproduction d’une identité et d’une culture ouvrière. Pour les nouveaux travailleurs immigrés, c’est au sein de l’entreprise que s’effectuaient les premières socialisations politiques en France. L’adhésion à un syndicat (et en particulier à la CGT) était fréquente et marquait un premier palier du processus d’enracinement dans une culture de classe.

La massification du chômage et la précarisation des nouveaux emplois épuise cette première forme d’expression politique populaire. Pour les jeunes français issus de la colonisation, le monde de l’entreprise n’est généralement accessible qu’après une longue période probatoire faite de contrats divers de courtes durées et de stages de formations. Ce nouveau palier entre l’école et l’entreprise rend difficile la rencontre avec le syndicat.

Issue de l’entreprise, l’identité ouvrière la déborde pour se déployer dans les espaces de vie c’est à dire les quartiers populaires. De multiples associations politiques et/ou religieuses structuraient jusque dans la décennie 70 la quotidienneté populaire. Elles constituaient des espaces de socialisations et d’expérimentations politiques. De nombreux acteurs des marches pour l’égalité ont ainsi connus dans leurs trajectoires une association d’éducation populaire, un parti politique (PCF et extrême-gauche), une organisation de jeunesse (JOC et JC), une activité menée par les églises catholiques ou protestante (A.C.O, Missions protestantes). Les mutations connus par les quartiers populaires que nous avons décrits sous le triptyque précarisation-ghettoïsation- ethnicisation vont susciter un épuisement de ces structures territoriales de socialisation politique. Les animateurs de ces associations sont également touchés par ce triptyque et par sa conséquence : la fuite des quartiers populaires.

La marche pour l’égalité survient à un moment-clef de transition, en signifiant le vide désormais installé dans les quartiers populaires en terme « cadres sociaux et mentaux antérieurs » pour reprendre l’expression d’Olivier Masclet [1]. Elle signifie tout autant ce vide qu’une tentative pour en sortir en faisant appel aux pouvoirs publics et au reste de la société.


La peur d’un mouvement autonome et l’instrumentalisation

Nous avons décrit dans deux ouvrages [2] l’histoire des instrumentalisations qui ont conduit à l’avortement d’un mouvement autonome des jeunes issus de la colonisation au cours de la décennie 80. Pour de multiples raisons, la gauche au pouvoir a volontairement contribué à empêcher l’expression politique de la révolte légitime des jeunes issus de la colonisation : peur de la montée du Front National et reprise d’une partie de sa thématique pour attirer son électorat, conversion au libéralisme jugé incontournable économiquement, peur d’un mouvement incontrôlé et jugé incontrôlable du fait de sa radicalisation, etc.

La marche pour l’égalité est ainsi traversée par une contradiction entre les jeunes issus de la colonisation qui la transforment en instrument de revendications sociales et les « soutiens » qui tendent à l’orienter vers un « rempart contre le FN » c’est-à-dire vers un mouvement sans revendications avec un discours vague en terme de tolérance et d’antiracisme abstrait. Tel est selon nous le premier rendez-vous manqué avant celui mis justement en évidence par Olivier Masclet. Le lancement de « SOS Racisme » est le résultat de cette contradiction. Il survient à l’arrivée de la seconde marche « Convergence 84 », c’est à dire au moment où se précisent les analyses politiques des marcheurs, où s’expriment les divergences, où se définissent des revendications sociales.

En parallèle avec cette tentative de substitution d’un mouvement national par un autre, se mettent en place le captage des leaders des associations nées dans le sillage des marches. La précarité aidant, ceux-ci sont largement instrumentalisés par un double moyen. Le premier est l’embauche dans des postes de travailleurs sociaux, les faisant passer de porte-parole d’une population à un statut d’intermédiaire visant à assurer la paix sociale. Le second est l’octroi de subvention visant à déléguer à des associations des tâches jusque-là dévolues à la puissance publique.

Le nouveau cadre « social et mental » que les marches avaient tentées de produire pour donner un débouché à la révolte légitime était ainsi avorté. Cette multitude de nouveaux intermédiaires tentera sincèrement de jouer une fonction d’alerte sur la dégradation sociale vécue par les jeunes issus de la colonisation. Ils ne seront pas entendu par des élus centrés sur des préoccupations électoralistes, apeurés par la montée du Front National et n’attribuant qu’une fonction de « paix sociale » à ces nouveaux travailleurs sociaux et militants associatifs. Tel est le second rendez-vous manqué que décrit justement Olivier Masclet :

« Mais ces responsables associatifs éprouvent également le sentiment de « se donner pour rien », selon l’expression de l’un d’entre eux. Voilà près de quinze ans qu’ils sont actifs dans cette association et ils estiment ne pas compter aux yeux des élus (du Parti communiste français, PCF) qui, disent-ils, « utilisent les gens comme nous pour calmer les jeunes, mais au fond n’en ont rien à faire ». A leurs yeux, ces élus devraient au contraire valoriser les habitants qui militent dans leur cité, or « c’est à peine s’ils connaissent nos noms ». Leur engagement n’ayant jamais vraiment été reconnu, le militantisme à la base qu’ils défendaient et représentaient s’est peu à peu dévalué à leurs propres yeux.

Le militantisme ne s’est pas simplement dévalué à leurs propre yeux mais également aux yeux de la génération des « petits frères et petites sœurs » contribuant ainsi au développement d’attitudes nihilistes et de décomposition. Deux conséquences importantes sont issues de ce rendez-vous manqué. En premier lieu nous sommes en présence de dégâts humains importants dans cette génération de militants soumis à une double critique :

- Critique des élus et des pouvoirs publics sur leur incapacité à contrôler socialement les quartiers populaires ;

- Critique des nouvelles générations issues de la colonisation sur leur rôle de « sapeur-pompier » de la révolte.

Le réinvestissement par les jeunes de termes usités à l’époque coloniale pour désigner l’élite indigène jugée complice de la domination n’est à cet égard pas anodin. Nous avons rencontrés au cours de nos enquêtes deux expressions significatives de ce type : les « Mesquines » ou « malheureux » d’une part et les « M’turni » ou « retournés » d’autre part. En second lieu nous sommes en présence de dégâts humains importants auprès des jeunes issus de la colonisation. Le développement de la toxicomanie qui a touché la grande majorité des familles issues de la colonisation est ainsi à relier à la disparition des canaux de l’expression politiques.


L’investissement de l’islam

La décennie 90 est incompréhensible sans la prise en compte des dégâts humains qui ont caractérisés les années 80. Elle s’enclenche dans les quartiers populaires avec un sentiment d’abandon et de négation, une aspiration à la stabilité, une exigence de justice sociale et de dignité, une demande de sens et un besoin de trouver de nouveaux canaux d’espoirs sociaux et d’expression. Pour de nombreux jeunes, l’islam sera investi comme élément donneur de stabilité et de sérénité d’une part et comme nouveau canal d’expression face à une négation insupportable.

On peut déplorer une telle situation ou s’en féliciter, mais on ne peut pas la nier. Des jeunes issus de la colonisation sortent de leur isolement en trouvant un groupe d’appartenance religieux. D’autres se détachent de la dépendance à l’alcool ou aux drogues en investissant ou réinvestissant l’islam. D’autres encore y trouve une « sérénité » pour reprendre l’expression la plus fréquemment rencontrée dans nos entretiens. Ceux qui n’arrivent pas à comprendre ces logiques de renouement ou de découverte de l’islam sont ceux qui sous-estiment les dégâts d’une instabilité qui a envahis des quartiers entiers et l’ensemble des sphères de l’existence.

Les réactions politiques à ces nouvelles postures sont connues : la diabolisation. Les jeunes issus de la colonisation et les affirmations religieuses visibles d’une partie d’entre eux apparaissent comme une aubaine à des gouvernements en panne de projets mobilisateurs, et ne proposant comme avenir que la remise en cause des stabilités et des sécurités sociales. Les conditions sont réunies pour que soit enclenché le processus de construction d’un nouvel « ennemi de l’intérieur », une nouvelle « classe dangereuse ».

Déjà enclenché par l’action du Front national, le processus de revivification de l’imaginaire colonial se développe. Des logiques, des thèmes, des termes et des grilles d’analyses de la division culturaliste binaire du monde, typique de l’inconscient collectif colonial, réapparaissent. Le racisme peut redevenir respectable à condition qu’il s’argument de manière culturelle et non biologique. De cette façon les inégalités et dominations sont niées, les dominés sont présentés comme responsables de leurs situations, et un lien national chauvin peut se consolider contre l’autre diabolisé. La construction d’un « eux » permet de poser un « nous » qui évacue les clivages de classes et les conflits d’intérêts sociaux. Le communautarisme dont on parle tant est donc selon nous une construction idéologique par en haut beaucoup plus que l’expression spontanée des mutations de la société civile.


Le besoin urgent de réinvestir le combat politique

A l’issue de cette analyse rapide nous interrogerons trois niveaux qui nous semblent indissociables. Le premier est celui de la logique économique qui préside au sort des jeunes issues de la colonisation. Dans une période de remise en cause de l’ensemble des acquis sociaux liés au statut salarial, les plus faibles sont toujours ceux qui payent le plus les restructurations et les nouveaux modes de gestion de la force de travail. A côté des sans-papiers, les jeunes issus de la colonisation forment l’idéaltype de la main d’œuvre flexible que réclame le marché. Les sans-papiers forment la source externe de ces nouveaux travailleurs, alors que les jeunes issus de la colonisation en forment la source interne. De la même façon que l’esclavagisme a déterminé le devenir des descendants d’esclaves jusqu’à aujourd’hui, le colonialisme détermine l’avenir de ses descendants. Sans-papiers et jeunes issus de la colonisation tendent à se transformer en caste sociale à l’intérieur de la classe ouvrière qui assigne ses membres à un destin assigné.

Bien entendu ce schéma à base de caste sociale n’a de sens que de manière diachronique. Il prendra fin le jour où l’ensemble du monde du travail sera contraint à accepter les conditions de la flexibilité maximum, de la précarité absolue, de l’insécurité sociale, de la déqualification, etc. Dans la phase actuelle de la mondialisation, le problème du Capital n’est pas la pénurie de main-d’œuvre, mais celle d’une main d’œuvre contrainte à accepter n’importe quelle condition de vente de sa force de travail. Les sans-papiers et les jeunes issus de la colonisation jouent ainsi une fonction de révélateur de ce qui est envisagé pour l’ensemble du monde du travail. L’ethnicisation et la racialisation de certains emplois et de certains secteurs économiques sont selon nous un passage logique d’une précarisation généralisée du monde du travail.

Mais se contenter d’une analyse en terme de « diviser pour régner » ne suffit pas. Notre second niveau d’interrogation est celui de la frontière qui tend à se constituer. Celle-ci tend à se présenter comme normale et légitime du côté du groupe majoritaire et à s’intérioriser comme « maximum possible » du côté du groupe minoritaire. Nous sommes bien au cœur d’un rapport social dans lequel chaque acteur contribue à la reproduction d’un rapport de domination. Les dominés eux-mêmes finissent par transformer une contrainte en choix en intériorisant une limitation du champ des possibles dans leurs trajectoires sociales et professionnelles.

Cette seconde interrogation nous conduit à un autre questionnement : à qui s’adressent actuellement les discours concernant les jeunes issus de la colonisation ? Nous pensons que ce discours s’adresse essentiellement au groupe majoritaire dans l’objectif de constitution d’une mentalité de « petit blanc » comme à la belle époque coloniale. A défaut d’offrir stabilité et sécurité sociale, les gouvernements libéraux tentent de produire un sentiment de supériorité et de valorisation de soi par le biais d’une mise en scène idéologique. Construire une « unité nationale » qui dépasse les classes sociales en construisant un « autre » en difficulté d’intégration ou constituant un danger pour la république, est un autre point de ressemblance avec l’époque coloniale. C’est la raison pour laquelle nous parlons de la construction d’un « racisme respectable » autorisant des attitudes et des postures jusque-là positionnées dans l’impossible et l’inacceptable.

Face à ce contexte, il est évident que le combat politique c’est à dire l’inverse de la place assignée et de l’intériorisation du stigmate, est le seul chemin efficace disponible. Un tel chemin suppose des tâches spécifiques aux membres des groupes minoritaires et des progressistes du groupe majoritaire. Pour les premiers, il est nécessaire de parvenir à une expression nationale et à forte visibilité sociale de revendications à base sociales et politiques. Il s’agit de refuser de se laisser enfermer dans des débats culturalistes et/ou essentialistes dans lesquels ils acceptent une place d’un « autre » différent. Les seconds ont également un rôle crucial. Il s’agit, pour les membres progressistes du groupe majoritaire, de prendre une parole de refus des inégalités et des dominations, en rompant entièrement avec les logiques intégrationnistes et culturalistes qui sous-tendent malheureusement encore beaucoup des analyses et des prises de paroles.

Ces deux expressions sont nécessaires pour repolitiser un débat qui est culturalisé de manière non innocente. Sans ces deux expressions s’entraînant dialectiquement l’une l’autre, il faudra ce résoudre à une montée d’une mentalité de petit blanc qui s’exprimera dans les urnes et qui invalidera les luttes sociales nécessaires pour inverser le cour libéral actuel. Nous sommes à un tournant social et politique de la société française. Deux hypothèses sont envisageables. Soit nous parvenons à resituer le débat et les revendications sur le terrain social et politique. Soit nous seront dans une situation similaire à celle des Etats-Unis dans lesquels la hiérarchie des couleurs et l’héritage esclavagiste (ou, en ce qui nous concerne, l’héritage colonial) s’inscrira dans des systèmes de production et de reproduction pour donner naissance à une hiérarchie sociale. Il y a plus de vingt ans, les « marcheurs de l’égalité » tentaient de politiser et de visibiliser un débat occulté. Cette démarche reste d’une étonnante modernité.

Notes :

[1] O. Masclet, La gauche et les cités. Enquete sur un rendez-vous manqué, La dispute, 2003

[2] Cf. notamment S. Bouamama, Dix ans de marche des Beurs. Histoire d’un mouvement avorté, Desclée de Brouwer, 1994

* (NdlR : Ecrit vingt ans après la marche de l’égalité, ce texte est paru pour la première fois dans la revue Contretemps en mai 2005. Dix ans après il reste d’actualité.)




Dernière édition par Patlotch le Dim 8 Mai - 5:40, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: et les "PETITS BLANCS" dans tout ça ?   Mer 23 Déc - 13:05


et voilà un chef-d'œuvre de journalisme bobo


Citation :

« Le peuple old school est déboussolé ? Les «petits Blancs» ont peur de voir remis en cause leur mode de vie ? Pauvres chéris. Pauvre petite France aigre, mesquine et ratatinée, si malheureuse qu’elle s’autorise à se jeter sans complexe dans les bras du FN. Je lui préfère la France new school. Métissée, populaire, ouverte, mélangée, combative, progressiste. Celle-là même qui se mêle dans les quartiers meurtris au plus profond le 13 Novembre, mais aussi partout en France, dans ses villes, ses banlieues, ses campagnes. La peste est là. Mais elle ne vient pas de l’extérieur. Nous l’avons secrétée dans nos murs mêmes. Elle vient du plus profond. Même pas peur. Jeunes ou moins jeunes, on emmerde encore et toujours le Front national. Il n’a pas changé. Nous non plus.»



c'est extrait de cet article de Libération

Pauvre petite France aigre Olivier Adam 11 décembre 2015

Il n’y a pas si longtemps, la jeunesse emmerdait le Front national, et entraînait le pays avec elle. On emmerdait ferme les racistes, les réacs, les identitaires, les fachos de tout poil.

Citation :
Ça y est. Nous y sommes. Ce sont ces mots, les mêmes que ceux de Valls ce fameux vendredi noir, qui me sont venus en apprenant la nouvelle. On nous avait prévenus, pourtant. La menace est avérée. Imminente. Il ne s’agit pas de savoir si cela va se produire mais quand. Passé l’incrédulité viennent les questions. Comment en est-on arrivé là ? Comment des individus issus de ce pays, qui ont fréquenté ses écoles, été façonnés par ses valeurs républicaines, peuvent à ce point basculer dans le ressentiment et la haine, rejeter et souhaiter détruire tout ce qui nous fonde ? Comment des messages aussi extrêmes, archaïques et stupides peuvent contaminer ainsi les esprits ?

Bien sûr il y a un terreau. La misère sociale. L’exclusion. L’inculture. Mais le phénomène s’étend aussi à des individus insérés, qui adhèrent soudain à ces messages mortifères. Nous voilà désemparés. Comment lutter contre cette idéologie ? Dès lors qu’on a du mal à en saisir les ressorts aussi bien que les modalités de sa propagation. Alors qu’elle a pignon sur rue, sous ses dehors de modération (toute relative), mais ne s’exprime dans sa plus brutale radicalité qu’à l’abri des regards, dans des réunions confidentielles, au cœur de groupes informels, dans le secret des familles ou de la nébuleuse Toile ? Comment lutter contre la progression d’idées et de messages destinés à abuser des esprits affaiblis par la peur, le manque de culture, d’information, de réflexion, la détresse morale ou sociale, flattant les plus bas instincts, les réflexes les plus primaires ? On n’en finit pas de s’interroger. De chercher à comprendre. Faut-il vraiment en finir avec la culture de l’excuse ? Sans doute. Sur ce point précis. Celui dont je parle. Le vote FN.

Cela fait des années qu’on nous dit qu’il ne sert à rien de diaboliser le FN, et encore moins ses électeurs. Ne pas les condamner. Entendre leur message. Leur colère. Leur détresse. Mon cul. Comprendre quoi ? Le racisme assumé ? L’islamophobie (ou plutôt : la haine pathologique des étrangers ou considérés tels) décomplexée ? L’homophobie décontractée ? Les obsessions nationalistes et sécuritaires à cœur ouvert ? Le retour de la peine de mort ? La remise en cause de l’avortement ? L’avènement d’un Etat policier ? Excuser et comprendre cette idéologie rance que j’entends professée, à mots plus ou moins couverts, depuis mon enfance. Mais qui a longtemps été honteuse. Et se trouve désormais revendiquée, assumée, avec même ce qu’il faut d’arrogance. Notamment parce qu’un beau jour on a décidé que le FN avait changé, qu’il n’était plus si infréquentable, que certaines des questions et même des solutions qu’il portait n’étaient pas si infondées.

Il n’y a pas si longtemps, la jeunesse emmerdait le Front national, et entraînait le pays avec elle. Oui, on emmerdait ferme les racistes, les réacs, les identitaires, les fachos de tout poil. On les emmerdait avec vigueur, irrespect, fierté. Désormais il faut les comprendre, les écouter, et même parfois ne pas tout à fait leur donner tort. Puisqu’une bonne partie de la bouillie qui leur tient lieu de discours a contaminé une certaine droite et ainsi gagné son brevet de respectabilité. Comprendre et écouter cette France moisie qui sort de sa tanière. Parle haut et fier. Et séduit ceux qui n’ont d’autre idée chevillée à l’âme que la haine de tout ce qui n’est pas blanc et chrétien. Parce qu’il faut regarder les choses en face : le vernis social du FN ne trompe personne. Des partis qui prétendent parler au nom du peuple oublié, jugent sévèrement Bruxelles et les politiques d’austérité, se rangent en toutes circonstances aux côtés des dominés, des travailleurs, il y en a d’autres. Mais bizarrement personne ne les écoute. Pourquoi ? Parce qu’ils ont le tort de prôner une société ouverte, progressiste, fière et respectueuse de sa diversité. De combattre les idéologies nationalistes, racistes, identitaires et réactionnaires, qui ne sont qu’une.

Le peuple old school est déboussolé ? Les «petits Blancs» ont peur de voir remis en cause leur mode de vie ? Pauvres chéris. Pauvre petite France aigre, mesquine et ratatinée, si malheureuse qu’elle s’autorise à se jeter sans complexe dans les bras du FN. Je lui préfère la France new school. Métissée, populaire, ouverte, mélangée, combative, progressiste. Celle-là même qui se mêle dans les quartiers meurtris au plus profond le 13 Novembre, mais aussi partout en France, dans ses villes, ses banlieues, ses campagnes. La peste est là. Mais elle ne vient pas de l’extérieur. Nous l’avons secrétée dans nos murs mêmes. Elle vient du plus profond. Même pas peur. Jeunes ou moins jeunes, on emmerde encore et toujours le Front national. Il n’a pas changé. Nous non plus.

Cette chronique est assurée en alternance par Olivier Adam, Thomas Clerc et Camille Laurens.


cet article a reçu plusieurs réponses discutable. J'ai sélectionné celle-ci

Les nantis de Libération ou Ubu roi contre le petit blanc 15 décembre 2015 par Léonidas Durandal

Citation :
Dans cette France où l'homme de droite est seulement toléré, celui qui vote Front National n'appartient déjà plus au pays. Les dernières élections ont donné l'occasion à la rédaction de Libération de nous exposer plus clairement leur idéologie. Les petits blancs qui auraient voté en masse pour le Front National seraient des gavés, des frustrés, des haineux, peureux. Dans sa chronique sur France musique de ce mardi 15 décembre 2015, Quentin Girard voit dans Luke Skywalker l'icône de ce petit blanc déchu qui serait passé du côté obscur de la force par frustration. [...]





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MessageSujet: Re: et les "PETITS BLANCS" dans tout ça ?   Mer 23 Déc - 13:07




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MessageSujet: Re: et les "PETITS BLANCS" dans tout ça ?   Mer 23 Déc - 13:14


"Petits blancs" - "Racaille" : Différentes approches, même combat

avec Aymeric Patricot professeur en ZEP en région parisienne,
et Said Bouamama, sociologue, FUIQP




Citation :
Le Club de la presse du Nord Pas de Calais a consacré "Les mardis de l'info" du mois de mai 2014 à un débat sur les petits blancs. Pour rester dans le politiquement correct, la presse refuse de s'en saisir et d'en parler. Pourtant, deux auteurs, Aymeric Patricot professeur en ZEP en région parisienne et Said Bouamama, sociologue, en fin connaisseurs de la question, en parlent et invitent les citoyens à en parler tout en appelant à faire attention aux sens du concept qui, parfois, risquent de choquer certains. Les deux auteurs ne sont pas toujours d'accord mais ils en parlent avec beaucoup d'apaisement. Le mérite revient au Club de la Presse du Nord Pas de Calais d'avoir réussi à organiser ce débat autour de questions très sensibles.




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MessageSujet: Re: et les "PETITS BLANCS" dans tout ça ?   Mer 23 Déc - 13:16


Les petits blancs, un voyage dans la France d'en bas

Conférence de Aymeric Patricot, écrivain,
organisée par l'association étudiante Débat et Vous sur le campus de Reims





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MessageSujet: Re: et les "PETITS BLANCS" dans tout ça ?   Mer 23 Déc - 13:21


Belle lecture des "Petits Blancs"
par Sébastien Le Fol 30 octobre 2013 :: "Les Petits Blancs"

« Aymeric Patricot fait œuvre utile, il met des paroles sur un fantasme et par là même il le dégonfle. Tous les politiques devraient lire son livre. » Sébastien Le Fol consacre sa chronique des « Matins » de France Culture, mercredi 30 octobre, aux Petits Blancs.

Sébastien Le Fol a par ailleurs adapté sa chronique pour le site du Point.fr, dans un article abondamment commenté, intitulé "La France des "petits Blancs"" :

Citation :
Qu'est-ce qu'un petit Blanc ? Dans les chansons du rappeur Eminem, ce sont les "white trash" (littéralement "déchet blanc", NDLR). Mais en France ? Sur toutes les lèvres, le sujet est tabou. "Un Blanc pauvre prenant conscience de sa couleur dans un contexte de métissage et se découvrant aussi misérable que les minorités tenues pour être, a priori, moins bien traitées que lui." Ainsi le définit l'écrivain Aymeric Patricot, 39 ans, dans le passionnant livre qu'il consacre au sujet, aux éditions Plein Jour.

L'expression "Petits Blancs" charrie tellement de fantasmes - elle est utilisée par certains pour ethniciser les problèmes sociaux -, que l'on peut hésiter avant de se plonger dans son ouvrage. Aymeric Patricot, qui se présente comme social-démocrate, n'est pas suspect de sympathies sulfureuses. Sans bonne conscience ni condescendance, il est allé à la rencontre de ces Français déclassés. Il en rapporte une saisissante galerie de portraits, un ouvrage d'atmosphère qui en dit long sur l'état de la France.

De la défiance à l'identification

Le petit Blanc n'est pas un groupe homogène, comme certains essaient de le faire croire. Il prend plusieurs visages. C'est Estelle, professeur vacataire d'anglais à Amiens, qui a "la haine de l'Arabe". C'est Agnès qui déclare : "On nous oblige à accepter l'immigration sous un prétexte moral, et ça m'angoisse." Mais c'est aussi Laurent, l'étudiant timide de la banlieue parisienne, qui, traversant les beaux quartiers, se dit : "Je suis terne, ma vie ne me plaît pas."

C'est Damien, le paysan pauvre filmé par l'émission Strip-Tease, qui "recherche désespérément une bergère". Et c'est encore Irène, secrétaire, mère d'un garçon de 7 ans, qui a besoin de temps en temps de "mettre une racaille dans son lit", de préférence "black". Les sentiments des petits Blancs oscillent entre amour, indifférence, rancœur et fraternité. Vis-à-vis des Français d'origine maghrébine ou subsaharienne, ils passent de la défiance à l'identification.

"Population rancie"

La classe politique est désarçonnée par ces "gueules cassées de la misère". La droite inspirée par Buisson court après en les idéalisant de manière ridicule. Quant à la gauche, elle s'est depuis longtemps détournée d'eux. Ces "culs terreux" font tache dans les salons bobos. "Tout ce qui est terroir, béret, bourrées, binious, bref "franchouillard" ou cocardier, nous est étranger, voire odieux", proclamait le magazine Globe, dès son premier numéro, en 1985. En 2013, Jean-Luc Mélenchon renchérissait : "Je ne peux pas survivre quand il n'y a que des blonds aux yeux bleus. C'est au-delà de mes forces."

Aymeric Patricot décrit avec force ce qu'il appelle "la mise à l'index d'une population rancie". Il va même jusqu'à parler d'"animalisation d'une partie de la population". Selon lui, "ces Blancs déchus ont le mérite de donner bonne conscience à ceux qui les rejettent : ces derniers donnent en effet des gages de leur éminente hauteur de vue. Ils prouvent même leur absence de racisme." Ce faisant, ils suscitent cependant une nouvelle forme de racisme dans la mesure où ce Blanc misérable, figé dans son archaïsme, est si distinct d'eux que sa nature n'a plus rien à voir avec la leur." Avec son livre, Aymeric Patricot fait oeuvre utile. Il met des paroles sur un fantasme et par là même le dégonfle. "Il dissipe la gêne en éclairant les fantômes", comme il dit. Tous les politiques devraient lire son livre.


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MessageSujet: Re: et les "PETITS BLANCS" dans tout ça ?   Mer 23 Déc - 13:25




À Maubeuge, Flavio Tarquinio met en lumière ces ados en quête d’espoir Marie Delattre 22/12/2015


Se poser dans un troquet avec Flavio Tarquinio. Causer du prolétariat, cette classe sociale qu’il photographie depuis vingt ans, lui, le fils d’immigré, minot des quartiers maubeugeois. L’écouter accabler ce système qui prive certains gamins de tout espoir. Et comprendre la lutte qu’il mène, par le prisme de l’image.


Durant un an, le photographe maubeugeois va suivre Camille, Nina, Paola, Marjorie, et d’autres élèves de SEGPA. Une démarche proche du documentaire. PHOTOS FLAVIO TARQUINIO - LA FRANCE VUE D’ICI


Citation :
Quand il planche sur un projet, Flavio Tarquinio ignore jusqu’où celui-ci peut l’embarquer. « Je laisse la porte ouverte aux gens que je photographie. » Animé par le leitmotiv du milieu ouvrier dont il est issu, « simple, authentique ». Vingt ans qu’il observe cette classe sociale évoluer. Celle « des invisibles, de ceux qu’on ne met jamais en avant ». Une démarche documentaire, pour le projet La France vue d’ici, soutenu par Mediapart et Images singulières.


Depuis plusieurs mois, l’artiste est revenu aux sources. Là où tout a commencé, dans les quartiers populaires de Maubeuge. Pour photographier, sur une année complète, une quarantaine d’élèves de SEGPA. « Le val de Sambre est intéressant, c’est un endroit assez noir, avec des taux de chômage et de mortalité élevés. On ne peut pas aller contre les chiffres. »

Sans tomber dans le cliché, le misérabilisme social. Montrer, juste montrer. Dresser le constat d’une « génération de désespérés ». Sans grossir le trait, capter le quotidien de ces jeunes qui grandissent « dans un environnement qui ne les aide pas à prétendre à autre chose que ce qu’on leur propose ». Des ados « qui empilent les humiliations », des « spectateurs de la société de consommation ».


Avec les collégiens, le photographe n’impose rien, reste discret, se fond dans le décor. Un hologramme qui réussit à se faire oublier, saisit sur l’instant l’essence de ces ados. En noir et blanc, « pour aller à l’essentiel », mettre des visages au cœur du sujet. « Je n’oblige pas, ce sont eux qui m’emmènent » là où leur vie se joue. L’école, la passion des majorettes, les rues de Maubeuge… « C’est super enrichissant. » Violent, aussi.


« Ces gamins rencontrent un max de problèmes pour trouver des stages en entreprise. » Souvent déçus « parce qu’on ne leur donne pas grand-chose à faire », ils décrochent. « Ça fait toujours un choc de constater ça quand tu es sur le terrain et que tu as le nez dedans. C’est une population complètement abandonnée. »

Flavio élargit le propos, évoque le prolétariat, « une terminologie qui n’existe plus. Maintenant, soit tu es à l’intérieur, soit tu es à l’extérieur du système ». Lui a pu pénétrer le huis clos des salles de classe et critique un système éducatif qui « forme nos enfants comme à l’époque de la révolution industrielle ». Les intellectuels, les exécutants.


L’homme ne fait pas de différence avec ces gamins qu’il apprend à connaître. « On avait les mêmes soucis quand j’avais leur âge, mais mes parents bossaient. » Aujourd’hui, sans travail et sans débouchés, pas d’avenir possible. « Il faudrait encore plus de luttes de classes, plus de luttes pour les libertés. » Flavio montre ces oubliés qu’on ne voit pas. Ceux qu’il faudrait regarder dans les yeux. Ceux à qui il faudrait donner de l’espoir. L’espoir c’est important, pour aller de l’avant.

www.lafrancevuedici.fr




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MessageSujet: Re: et les "PETITS BLANCS" dans tout ça ?   Ven 8 Jan - 18:07

Le racisme «anti-blanc» n'est «pas une expérience de masse»  Sylvain Mouillard Libération 8 janvier 2016

Seulement 15% des personnes des Français «majoritaires non paupérisés» déclarent avoir déjà été la cible de discrimination, contre 60% des descendants d’immigrés d’Afrique subsaharienne


Photo Vincent Kessler. Reuters
 
Une étude de l'Ined se penche sur ce phénomène, bien moins répandu que le racisme envers les minorités, et qui ne débouche que très peu sur des discriminations.

Citation :
Quelle est la réalité sociologique du «racisme anti-blanc» ?

C’est à cette question – et à beaucoup d’autres – que les chercheurs de l’Institut national d’études démographiques (Ined) ont tenté de répondre dans leur colossal travail mené depuis une dizaine d’années auprès de 22 000 personnes. Constatant la «forte médiatisation» de cette thématique et le fait que des «personnalités politiques et intellectuelles ont voulu en faire une question de société» (Jean-François Copé, Alain Finkielkraut), les chercheurs se sont efforcés d’appréhender ce qu’ils appellent les «faits de racisme déclarés par la population majoritaire». Autrement dit, les personnes nées en France métropolitaine et dont les deux parents étaient Français à la naissance.

Ils ont pour cela divisé ce groupe sans ascendance migratoire en plusieurs catégories : les majoritaires «altérisés du fait de leur religion ou de leur apparence» (7%), ceux ayant vécu en couple mixte (8%), les «paupérisés et étudiants en situation de précarité» (10%) et les «majoritaires non paupérisés» (75%). L’étude remarque que la situation face au racisme des deux premiers groupes les rapproche en réalité bien plus des personnes d’origine étrangère que des Français «majoritaires» et «non-paupérisés».

Ainsi, les Français altérisés du fait de leur religion (juive, bouddhiste, musulmane) ou de leur apparence sont 33% à déclarer avoir été victimes de racisme au cours de leur vie, un taux qui les rapproche des immigrés nés en Algérie (35%). Toutefois, ces personnes souffrent moins que les immigrés d’une dégradation de leurs conditions de travail du fait du racisme. Par ailleurs, les Français ayant formé un couple mixte déclarent à 26% avoir fait l’expérience du racisme, un niveau identique à celles des personnes en situation de précarité.

Un racisme qui «ne fait pas système»

En revanche, les «majoritaires non paupérisés» sont les moins concernés par l’expérience du racisme : «Seulement 15% des personnes de cette population déclarent en avoir été la cible au cours de leur existence, contre par exemple 60% des descendants d’immigrés d’Afrique subsaharienne.» Pour l’Ined, ce phénomène n’a donc «pas le caractère d’une expérience de masse».

Cette confrontation au racisme est en outre «moins répétitive» que pour les minoritaires. Ainsi, «seulement 22% des majoritaires concernés citent plus d’un lieu (où ils ont été victimes de racisme), alors que c’est le cas d’une personne sur deux pour les populations les plus exposées». Quand ce lieu est unique, il s’agit d’abord de l’espace public (55%), de l’école (37%) et du travail (22%). Enfin, ce racisme subi ne «se matérialise pas par une privation de droits ou d’accès à une ressource». 0% des personnes majoritaires paupérisées interrogées ont déclaré avoir subi des discriminations au cours de la vie au travail durant les cinq dernières années. Ce taux est de 6% chez les enfants de parents nés en Algérie.

L’Ined conclut : «Le racisme des minoritaires à l’encontre des majoritaires peut blesser verbalement, voire être agressif physiquement, mais il ne fait pas système et ne produit pas d’inégalités sociales […]. Il s’agit d’un racisme de réaction face à des personnes qui, par leurs origines, leur apparence, leur couleur (réelles ou imaginaires) leur position sociale ou leurs comportements, peuvent incarner la classe ou la "race" des dominants et des racistes […]. Il n’est pas absurde de penser que leur indignation [celle des majoritaires non-paupérisés, ndlr] est d’autant plus forte que l’hostilité [à leur encontre, ndlr] vient de personnes considérées par eux comme étant "étrangères" ou "extérieures".»



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Patlotch



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MessageSujet: Re: et les "PETITS BLANCS" dans tout ça ?   Sam 30 Sep - 12:41


Make Country Music Great Again ?

La grande colère des petits Blancs américains

Brice Couturier France Culture 15/09/2017

La culture hillbilly était fondée sur une fierté de cols bleus. Elle se révèle incompatible avec la méritocratie américaine contemporaine.


Citation :
Hier, je vous nous avez présenté un livre qui a été un événement de société en même temps qu’un best-seller aux Etats-Unis, et dont l’adaptation est en cours de tournage, Hillbilly Elegy. La traduction française vient de sortir aux Editions Globe. Mais d’abord comment définir cette « culture hillbilly » ?

A l’origine, un Hillbilly, c’est un blanc des Appalaches. Vivaient dans ces montagnes des communautés rurales plus ou moins coupées du monde moderne. Leur musique est l’une des composantes de la country music. Ils lui ont apporté, via le violon et le banjo, ses racines irlando-écossaises. Mais le terme est devenu très péjoratif. Dans l’iconographie classique, un Hillbilly c’est quelqu’un qui porte une salopette en jeans, qui sourit bêtement et à qui il manque pas mal de dents. Un péquenaud, un rustre, mais un rustre dangereux.

Retournant le stigmate, J.D. Vance, l’auteur du livre présente sa propre famille et son milieu d’origine sous des couleurs sombres. Ce ne sont pas de joyeux péquenauds qui dansent au son du violon, mais des gens en colère. Parce qu’ils ont le sentiment d’être des victimes du tournant pris par leur pays. Passés de l’agriculture du Kentucky à l’industrie sidérurgique de l’Ohio dans les années 50, ils avaient créé une culture et un mode de vie originaux, dont ils étaient fiers. Ils étaient des « cols bleus », ils participaient au « rêve américain », selon lequel quand on travaille dur, on peut vivre confortablement. Or, ils constatent que ce n’est plus le cas.

Ce qui a changé, c'est que le système social américain est devenu au moins aussi méritocratique que le nôtre. Le passage par une bonne université, comme le constate le hillbilly J.D. Vance, reçu contre toute attente à Yale, permet de se constituer « un capital social » qui est devenu la véritable clef de toute réussite. Or, dans ce milieu de petits blancs, on fréquente rarement le college, encore moins l’université.

A cause du coût (faramineux) des études, mais pas uniquement. Vance montre que les étudiants méritants issus de milieux pauvres, comme le sien, parviennent à financer leurs études par des bourses qu’ils complètent en travaillant. Non, la véritable cause de l’échec des petits blancs de la classe ouvrière, c’est la culture hillbilly elle-même.

A ses yeux, la première caractéristique de cette culture, c’est un sens de l’honneur, de l’honneur familial en particulier extravagant. Sa grand-mère maternelle qui l’a élevé « Mamaw » « venait d’une famille où l’on préférait – je cite - ouvrir le feu plutôt que de discuter. » (p. 35) L’honneur des mères et des filles, en particulier, fait l’objet d’une agressivité toute particulière. « Je pense que nous, les Hillbillies, sommes les gens les plus durs à cuire de la planète, écrit-il. Si quelqu’un insulte notre mère, nous sortons la tronçonneuse. » (p. 277) C’est un milieu violent où l’on se fait justice soi-même. « On n’a pas besoin des autorités pour leur régler leur compte », écrit-il. Et sa fameuse grand-mère a failli, à 12 ans, exécuter d’une balle dans la tête, l’un des voleurs qui avait tenté de subtiliser une vache à ses parents. Elle en a été empêchée au dernier moment par l’un de ses frères. Ca vous crée une réputation chez les voisins…

Ce culte de la force physique va, évidemment, de pair avec un mépris pour le savoir et les études. « Enfant, écrit-il, j’associai la réussite scolaire aux filles. La masculinité, c’était la force, le courage et la volonté de se battre. Les garçons qui avaient de bonnes notes étaient des « gonzesses » ou des « tarlouzes ». » (p. 268) On le devine, cette culture ne favorise pas l’ascension sociale dans un pays où le diplôme universitaire est dorénavant le sésame obligatoire de la réussite sociale.

Vance raconte, à la fin de son livre, comment il renonce, sous la bonne influence de son épouse, une fille de bonne famille, d’origine indienne qu’il a rencontrée à Yale, à aller casser la figure à un conducteur qui lui a coupé la route en lui faisant un doigt d’honneur. Ce renoncement à ses anciennes mœurs « hillbilly » symbolise, à ses yeux, sa propre accession aux classes supérieures éduquées. Je cite : « C’était « la chose raisonnable à faire » (p. 269) « Mais c’est ça, le progrès, non ? Cela vaut mieux que d’être assis dans une cellule de prison pour avoir donné une leçon à ce fils de pute ». (270)

On le devine : dans ce milieu Barack Obama était détesté. Je cite :

Citation :
« Aux yeux de beaucoup de Middletowniens, le président est un extraterreste pour des raisons qui n’ont rien à voir avec sa couleur de peau. Il ne faut pas oublier qu’aucun de mes camarades de lycée n’est allé dans une grande université. Barack Obama en a fréquenté deux, dans lesquelles il a brillé. Il est riche, intelligent et il s’exprime comme un professeur de droit constitutionnel. (…) Son accent – propre, parfait, neutre – est étranger. (…) Il dégage une confiance qui vient de la certitude que, dans l’Amérique moderne, la méritocratie a été forgée pour lui. (…) Le président Obama a fait ses débuts en politique alors que beaucoup de gens, dans ma communauté, commençaient à croire que, dans l’Amérique moderne, la méritocratie n’avait pas été forgée pour eux. Nous savons que nous sommes en train d’échouer. (…) Barack Obama frappe au plein cœur de nos faiblesses. C’est un bon père, ce que beaucoup d’entre nous ne sont pas. Il porte un costume pour aller travailler, alors que nous mettons des bleus de travail quand nous avons la chance d’avoir un emploi. Et sa femme nous explique que nous ne devrions pas donner certains aliments à manger nos enfants et nous la détestons pour ça – non parce qu’elle a tort, mais parce que nous savons qu’elle a raison. » (p. 212, 213)


Fantastique, non ?





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