PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 MIGRATIONS & RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALITÉS : analyses

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MessageSujet: Re: MIGRATIONS & RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALITÉS : analyses   Jeu 4 Fév - 23:21


Quelles sont les raisons qui ont poussé les réfugiés venant du Moyen Orient à se déplacer en masse préférentiellement vers l'Allemagne ? Est-ce qu'il y a eu instrumentalisation des violences attribuées aux migrants en Allemagne ? Selon deux études analysant le contenu du réseau social twitter, il y a eu d'une part une manipulation orchestrée depuis les Etats-Unis, l'Angleterre et d'autres pays pour inciter les réfugiés à se diriger vers l’Allemagne et d'autre part, une exploitation des violences survenues dans ce pays pour mener une campagne contre Angela Merkel.


Citation :
Vladimir Shalak est chercheur à l’académie russe des sciences. Il a voulu comprendre la raison du flux migratoire sans précédent vers l’Allemagne. Ayant développé un système d’analyse du contenu de Twitter, le chercheur a utilisé cette méthode pour collecter les tweets comportant le hashtag "réfugiés" (#Refugees). Après suppression des retweets, 19000 tweets ont été rassemblés. Ensuite, la fréquence d’association de ce mot avec les pays européens suivants : Autriche, Belgique, Bulgarie, Grande-Bretagne, France, Allemagne, Grèce, Hongrie, Italie, Roumanie, Serbie, Slovaquie, Suède et Ukraine a été étudiée. Résultat : l’Allemagne est associée à ce hashtag dans la moitié des messages.


En analysant le contenu des messages associés à l’Allemagne, la majorité des messages (93%) faisaient l’éloge de l’hospitalité du peuple allemand et de leur politique vis-à-vis des réfugiés. Quelques exemples : "Lovely people - video of Germans welcoming Syrian refugees to their community" Des gens adorables - vidéo d’Allemands accueillant les réfugiés syriens dans leur communauté

"Respect ! Football fans saying "Welcome Refugees" across stadiums in Germany" Respect ! Des fans de football affichant une banderole de "Bienvenue aux réfugiés" dans les stades allemands.

"‘We love Germany !,’ cry relieved refugees at Munich railway station" Réfugiés en pleures soulagés à la gare de Munich :‘On aime l’Allemagne’... etc. Remarquant la redondance du hashtag "Bienvenue aux réfugiés" (#RefugeesWelcome), le chercheur a analysé de nouveau le contenu de twitter pour étudier l’association entre ce message et les différents pays susmentionnés. Résultats : 5704 tweets collectés et toujours l’Allemagne en tête avec 76.8%.


La provenance des tweets contenant le hashtag #RefugeesWelcome to Germany (localisation des comptes associés lorsqu’il est possible de les identifier) a été analysée et, bizarrement, plus du tiers des tweets proviennent des Etats Unis et de leur allié de toujours, l’Angleterre. Ils souhaitent la bienvenue aux réfugiés en Allemagne plus que les Allemands eux-mêmes.


Une analyse plus poussée a permis au chercheur de déterminer si ces comptes appartiennent véritablement à des personnes ou s’ils sont gérés par des netbots (réseau de machine zombies). Par exemple, 40 netbots provenant des Etats-Unis ont été identifiés le 27 Aout 2015 : @changing_news, @changing_news1 jusqu’à @changing_news39. Ils ont posté simultanément le même tweet à 8h00m33s : « A new welcome : Activists launch home placement service for refugees in Germany and Austria #News #Change #Help » (Une nouvelle bienvenue : Les activistes lancent un service d’hébergement pour les réfugiés en Allemagne et en Autriche). Ces tweets ont ensuite simultanément disparu.

Le 1er Septembre à 22h30m37s, le même groupe de netbots publie le même tweet en ajoutant seulement des lettres majuscules : « A New Welcome : Activists Launch Home Placement Service For Refugees In Germany And Austria #News #Change #Help ».

Un autre groupe de 50 netbots, tous créés en Australie le 14 Février 2014 dans un intervalle de temps très restreint, publie le même message le 31 Août 2015 à 17h26m08s : « #hot Football Fans in Germany Unite with ‘Refugees Welcome’ Message #prebreak #best » (Le message "Bienvenue aux réfugiés" unit les supporters allemands).

Encore 95 autres netbots appartenant à un certain "Media for Social and Cultural Impact" (Texas, Dallas, Etats-Unis) ont publié le 1er Septembre 2015 à 07h29 le tweet suivant : « German Soccer Fans Welcome Refugees Amid Ongoing Crisis : As Europe faces the challenge of a wave of migration". (à l’heure où l’Europe doit relever le défi d’une vague de migration, les supporters de football allemands souhaitent la bienvenue aux réfugiés malgré la crise). Inutile de préciser que ces tweets ont été partagés de façon exponentielle sur twitter.

Dans sa seconde étude, suite aux violences attribuées aux migrants en Allemagne, Vladimir Shalak s’est intéressé à la campagne anti Merkel sur les réseaux sociaux.


Cette carte montre la relation entre les comptes ayant publié des messages contenant le hashtag #ArrestMerkel (Arrêtez Merkel) et la mention “Merkel Has To Go” (Merkel doit partir). Le hashtag provient originellement de deux comptes majeurs : @Trainspotter001 et @AmyMek. Il a par la suite été largement repris et diffusé sur twitter.


La localisation de ces comptes n’est pas indiquée mais l’analyse montre une activité minimale entre 7-15h GMT (heure moyenne de Greenwich), ce qui correspondrait aux fuseaux horaires américains du Pacifique ou à celui des Rocheuses. Le compte @Trainspotter001 a posté 27000 tweets depuis mars 2015 (88 tweets par jour en moyenne) tandis que le compte @AmyMek en a posté 27000 depuis 2012. A titre comparatif, le compte twitter de la CNN, créé en février 2007, a émis pendant ses 9 ans d’existence 74306 tweets avec une moyenne de 23 tweets par jour. Pour le chercheur il n’y a aucun doute, ces comptes sont des netbots.


Trois grands comptes visibles sur la carte ci-haut : @Genophilia (107K tweets depuis septembre 2012 soit 87 tweets par jour avec le message suivant sur son compte), @jjauthor (300 messages par jour depuis 2010) et @LadyAodh (une autre blonde dénonçant le “génocide blanc” depuis 2015) sont tous des netbots basés aux Etats-Unis.

Selon l’auteur de ces deux études : "twitter sert d’arme pour influencer. Ce réseau social a été utilisé pendant "les révolutions de couleur" ainsi que les "révolutions arabes" pour inciter les gens, surtout les jeunes, à renverser les gouvernements en Tunisie, en Egypte, au Yémen, en Libye... Dans ce dernier pays, twitter a également été utilisé par l’OTAN pour coordonner l’action militaire contre Kadhafi. Un certain nombre de comptes spéciaux se chargeaient d’envoyer les informations. Par exemple, un inconnu sur son chameau envoie un tweet géolocalisé après avoir vu plusieurs chars de l’armée de Kadhafi, puis rentre tranquillement chez lui. Peu après, l’OTAN lancera des missiles sur ces chars. Cette fois, twitter est utilisé comme outil pour influencer le déplacements des masses dans d’autres pays".

Derrière ces grandes campagnes psychologiques sur twitter, il y a eu indéniablement une volonté d’influencer le flux migratoire des réfugiés vers l’Allemagne et une exploitation des violences attribuées aux migrants contre Angela Merkel. Mais, existe-t-il un rapport entre les deux campagnes ? Qui est l’auteur de ces manipulations et quel agenda se cache-t-il derrière elles ? Impossible de donner une réponse définitive.

Dans l’obsession des Etats Unis de dominer le monde, cherche-t-on la déstabilisation de l’Allemagne et la soumission complète de Merkel ? C’est une hypothèse éventuelle. Même si la chancelière allemande n’est pas une grande anticapitaliste, loin s’en faut, sa relation n’a pas toujours été au beau fixe avec les Etats-Unis -du moins publiquement-, notamment après la surveillance de ses appels téléphoniques par la NSA (agence de sécurité nationale).

Par ailleurs, sur fond de réintégration de la Crimée à la Russie et sous pression étasunienne, Angela Merkel a imposé avec ses partenaires européens des sanctions contre la Russie, même si celles-ci allaient contre l’intérêt de leurs propres pays. Elle a cependant maintenu le contrat visant à construire la 2ème phase du gazoduc Nord Stream, au grand dam de certains.

Ces manœuvres sur twitter ne sont pas sans conséquences : près de 40% des Allemands souhaitent le départ d’Angela Merkel à cause de sa politique concernant la crise migratoire, après que sa popularité ait atteint des niveaux records une année plus tôt, et ce, en décalage avec la gestion réelle des vagues de demandeurs d’asile en Allemagne (accueil, logement et recensement d’environ 1,1 million de demandeurs d’asile pour la seule année 2015).

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MessageSujet: Re: MIGRATIONS & RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALITÉS : analyses   Jeu 18 Fév - 12:26


le pape dénonce les « esclavagistes d’aujourd’hui »
et « l’exploitation des employés comme s’ils étaient des objets à utiliser et à jeter »

« Le profit et le capital ne sont pas au-dessus de l'homme »

Mexique : le pape François dénonce la «tragédie humaine» des migrations forcées 18 Févr. 2016

Le pape François a quitté le Mexique mercredi après une messe transfrontalière inédite, célébrée devant plusieurs dizaines de milliers de personnes.



Le pape François célèbre une messe à la frontière
entre le Mexique et les Etats-Unis, à Ciudad Juarez le 17 février 2016
AFP/YURI CORTEZ

Citation :
Le voyage du pape François au Mexique, un séjour historique de cinq jours, aura été jalonné de symboles autour des thèmes de la violence, de la pauvreté, des indigènes et des migrants. A Ciudad Juarez, mercredi, peu avant de monter dans l'avion le ramenant à Rome, le pape a ainsi évoqué les visages des enfants mexicains croisés au cours de son périple : «Je vous assure que j'ai failli pleurer de voir tant d'espoir dans une nation qui a autant souffert», a-t-il déclaré.

Il s'était précédemment recueilli symboliquement près d'une grande croix située à l'extrémité d'une rampe surplombant la frontière, d'où il a adressé sa bénédiction à des fidèles situés de l'autre côté du grillage au Texas. Il y a également déposé trois bouquets de fleurs, dont l'un devant des chaussures de migrants décédés durant leur périple.

Jorge Bergoglio a ensuite célébré devant plus de 300.000 fidèles une ultime messe qui était également retransmise dans un stade de El Paso au Texas (Etats-Unis), par delà le Rio Bravo, où plusieurs dizaines de milliers de personnes avaient pris place. De nombreux fidèles étaient arrivés très tôt le matin, arborant des tee-shirts "J'aime le pape". Certains «latinos» étaient venus des États-Unis pour assister à la messe. Le pape a plaidé pour un Mexique pacifié, «sans trafiquants de la mort» et sans émigration, appelé les Mexicains à ne pas se «résigner» face à la violence, d'agir et d'«oser rêver», tout en pressant les responsables politiques d'apporter une «sécurité effective».


«Plus de mort, ni d'exploitation ! Il est encore possible de changer»


Citation :
« On ne peut ignorer la crise humanitaire de ces dernières années qu'a provoqué la migration de milliers de personnes, que ce soit par le train, la route ou même à pied, traversant des centaines de kilomètres à travers les montagnes, les déserts, les chemins inhospitaliers. Cette tragédie humaine que représente la migration forcée est aujourd'hui un phénomène global »
a déclaré le pape dans son homélie à Ciudad Juarez.

Citation :
« Face à tant de vides légaux, se tient un réseau qui attrape et détruit les plus pauvres. Non seulement ils souffrent de la pauvreté mais en plus de ces formes de violences. Injustice qui se radicalise chez les jeunes, eux, la "chair à canon", sont poursuivis et menacés quand ils tentent de sortir de la spirale de la violence et de l'enfer des drogues. Et que dire de toutes ces femmes à qui on a retiré injustement la vie ! Plus de mort, ni d'exploitation ! Il est encore possible de changer »,
a-t-il enfin lancé à la foule enthousiaste.


VIDEO. Mexique : le pape rend visite à des prisonniers à Ciudad Juarez

Dans la matinée, il avait visité un centre pénitentiaire accueillant 3.000 détenus, qui fut jadis l'un des plus dangereux d'Amérique latine, où il avait déclaré que la prison n'était pas la seule solution à «l'insécurité» et invité les détenus à se faire «prophètes» de la paix dans la société. Cette visite intervenait quelques jours après des violences entre détenus qui avaient fait 49 morts dans une prison de Monterrey (nord-est).


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MessageSujet: Re: MIGRATIONS & RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALITÉS : analyses   Ven 19 Fév - 15:54


Capitalisme, flux migratoires et révolution africaine

Said Bouamama



Citation :
Saïd Bouamama est sociologue, chargé de recherche à l’IFAR (Intervention, Formation, Action, Recherche) de Lille, et militant pour l’égalité des droits. Il est également auteur de nombreux livres, dont Les Discriminations racistes : une arme de division massive (L’Harmattan, 2010), et dernièrement, Figures de la révolution africaine : De Kenyatta à Sankara (La découverte, 2014) Dans cet entretien accordé à Thinking Africa, Saïd Bouamama expose les relations entre la recherche et le militantisme, apporte un éclairage historique sur les rôles et l’impact du capitalisme et du colonialisme en Afrique, décrypte les masques idéologiques et agendas politiques derrière les flux migratoires (Afrique vers Europe) et explique pourquoi la jeunesse africaine vit actuellement son 3ème âge politique.


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MessageSujet: Re: MIGRATIONS & RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALITÉS : analyses   Ven 19 Fév - 16:57




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MessageSujet: Re: MIGRATIONS & RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALITÉS : analyses   Lun 22 Fév - 20:32


migrations, réfugiés, et marché du travail


Migration, refugees and labour  Wildcat via Libcom.com

In depth analysis of EU migration and the 'refugee crisis' in relation to labour market restructuring and working class composition (translated from: wildcat no.99 - winter 2015/16)

Citation :
The 'summer of migration' has ended. While numerous initiatives still support the 'new citizens', through organising day-to-day support, festivals, language courses and much more, the political class wants to invert this dynamic: they try to erect new borders, enforce deterioration of social standards and to use the refugees to politically divide the working class - as a catalyst for a very far-reaching social re-formation.

Within the political left, views on this development can be divided roughly into two sorts: some conceptualise the impressive self-organisation of refugees and the tearing down of border fences as 'autonomy of migration'. Others see Merkel's policies from a solely functionalist perspective: migration is beneficial for capital's interest in cheap, qualified and motivated labour power and in additional contribution payers for the pension funds.

In reality these two aspects come together. By migrating towards the northern European centres many people try to become active subjects again. Capital wants to make use of their social energy for the restructuring of labour markets and to put pressure on local class relations. Furthermore, mass migration can have similar effects, like an economic stimulus program, by creating employment in job centres, in teaching, in construction, in the welfare and security sectors... in addition it lowers the reproduction costs of labour power (maintenance and education of a human being during the first two decades of their life costs around 200,000 Euro - Germany is a country of 'old age' and desperately needs young people!).

To have this impact proletarian migration must be controlled, something which those in power have increasingly been unable to do in recent years. The most recent stages of this loss of control were the escalation of the 'refugee crisis' in Greece in early 2015, the demolition of the border fences in Turkey in Mid-July 2015 in the aftermath of the fights over Tal Abjad in Syria and finally the trek of refugees from the main station in Budapest towards the Austrian border. In early September the arriving refugees were welcomed with applause in Vienna, Munich and other cities. Apart from the actual border-crisis, this reaction of the local population is the second aspect of the state's loss of control and would have been unthinkable in the early 1990s. Thirdly, the ruling class has no strategy of how to 'fight the underlying reasons for migration'. In fact, the opposite is true: the ever more brutal and destructive repression of oppositional movements in an increasing number of regions around the globe aggravates the social antagonism; crisis and wars result in the collapse of entire regions.

The about-turn of the Merkel government in summer was both an acknowledgement of this reality and an effort to re-claim control. The proclamation of a 'culture of welcoming' is part and parcel of this effort. Only by transforming the patient long-term work of refugee initiatives into a public event would the political class subsequently be able to invert it.

In the following we want to elaborate on the relation between the migration of refugees and labour migration into Germany within the European context. Initially, the distinction between 'refugees' and 'labour migrants' was a purely legal one: Greek workers who escaped the military junta and came to Germany in 1967 were categorised as 'guest workers’. After the official recruitment ban of 1973, Turkish workers, who were trying to escape from the military coup in 1980, had to claim asylum. Senegalese migrants who risked their lives while crossing the Mediterranean were treated as illegal agriculture workers in Spain and as asylum seekers in Germany.

In Germany, the individual and constitutional right of asylum hardly played a role before the end of the 1970s and was mainly applied to migrants from state-socialist countries. In 1980 for the first time more than 100,000 people claimed asylum, about half of them from Turkey and many others from Vietnam and Palestine. A year later 20 per cent of the asylum seekers came from Poland (during the peak time of the trade union resistance of Solidarnosc).

During the 1980s there were a lot of left-wing people amongst the asylum seekers, who had to escape from state repression or civil war, such as in Iran or Sri Lanka. They formed the backbone of a political movement concerning the conditions of asylum and against deportations to conflict areas. Bigoted propaganda, which gathered force during the first half of the decade mainly targeted these refugees, who not only brought with them skills and experiences of struggle, but also knowledge about the relations between German capital and the dictatorial regimes in their countries of origin.

From 1987 onwards the crisis in the countries of the Eastern block became more visible. The numbers of ‘Aussiedler’ [‘re-settlers’, people in the eastern-block states who could claim German ancestry] from Eastern Europe and the former Soviet Union increased over a very short span of time to 400,000 in 1990 alone. The majority of these people were skilled workers, who had learned a trade. Whoever was not able to prove their ‘German roots’ had to apply for asylum: since 1988 the number of claims for asylum increased continuously, peaking in 1992 with roughly 440,000 claims. ‘Left-wing’ people from the ‘Third World’ formed only a small minority of these claimants. 75 per cent of the people came from east and south-east Europe - a result of the social collapse in this region, the economic ‘shock therapies’, the subsequent disputes over the distribution of the loot and finally the civil wars. Amongst the migrants there were also a lot of people who did not claim asylum, but who worked in the ‘illegal economy’, as non-registered workers, e.g. in construction. [1]

In addition, during the three years following the annexation of the former eastern ‘German Democratic Republic’ one million internal migrants entered the labour-market in West Germany, people who wanted to escape from the sudden hike in unemployment after industries and administration in their region had been destroyed.

The crisis at the beginning of the 1990s

The escalation of the ‘refugee crisis’ 25 years ago, like today, formed the foundation for the massive dismantling of welfare standards and standards of collective contracts and labour rights during the economic crisis which kicked in shortly after. The German model of a highly productive export industry, which has been successful for the last 15 years, is based on a working class which is more severely divided and segmented than during the previous decades.

On 8th of August 1991 more than 10,000 refugees from Albania stormed the rusty tin-pot freight-ship Vlora and forced the crew to change course and to cross the Adria. The Italian police deported them brutally after their arrival in Bari. This event provided the visual context for the rhetoric of ‘the boat is full’. The liberal political magazine ‘Der Spiegel’ blathered on about migration being the “war of the third millennium” and prophesied the arrival of 50 million refugees from the former Soviet Union (Der Spiegel, 19th of August 1991).

While the federal government instigated the fear of an uncontrolled influx of people from abroad it at the same time actually brought more cheap workers from Eastern and Southern Europe into the country, through so-called contracts for work and services (contracts tied to a specific job) and recruitment agreements for specific sectors, e.g. from 1991 onwards more foreign seasonal workers were employed in German agriculture.

Labour migration both in its unregulated form and in form of contracts tied to specific projects, e.g. on construction or in the meat industry, exercised an enormous pressure on local workers. The migrants who worked for much lower wages were also systematically cheated out of their wages: sometimes they were paid less than promised, sometimes not at all. This became a trigger for many disputes and some self-organised strikes by workers from England, Ireland and Italy.

The unequal treatment of the different groups of migrants created the ground for divisions, fear and pressure on workers to accept the conditions they found themselves in: employed workers against the unemployed, workers from West Germany against the ‘lazy Ossis’ (eastern Germans), re-settled ‘Russian-Germans’ against those migrants who had arrived earlier… and the list goes on.

The fact that the state was able to delegate the political responsibility for racism to the losers of ‘German re-unification’ was based on cleverly playing different groups off against each other. The political and media hate-propaganda against ‘economic refugees’ was and is a conscious instruction ‘to act’ (violently), taken up by the militant right-wing. In September 1991, the CDU general secretary Ruehe wrote a circular in which he called on his party branches to raise the “worrying issue of increasing numbers of asylum seekers” at all parliamentary levels. He provided draft documents for councils to vote on and templates for local press releases concerning asylum seekers, containing calculations which counterposed the lack of nursery places with an increase in refugee spending or which made refugee shelters in school gyms responsible for cancellations of school lessons in general. A few days afterwards, attacks against refugee shelters and workers from Mozambique started in Hoyerswerda (eastern Germany); the council used this opportunity to get rid both of refugees and of the remaining workers from Mozambique (workers from Vietnam and Mozambique were the few migrant workers in the former republic of ‘socialist’ East Germany). [2]

Much like today, the administrative measures first resulted in local ‘emergencies’ or shortages (e.g. in housing) and subsequently to a situation of competition, which could be taken up by the anti-migrant propaganda. The local councils were obliged to house refugees in mass shelters and in most cases they did this by using dilapidated houses without adequate infrastructure. In order to discourage future refugees and stigmatise current refugees the state enforced a very strictly organised mass processing of asylum seekers, in which refugees were not granted benefits in monetary form like everyone else, but in form of food or clothes donations.

In some areas the stigmatisation led to violent racist outbursts, but in many places also to ‘civil society’ engagement in support of refugees and to resistance by asylum seekers in the form of food boycotts, hunger strikes and occupations of benefit offices. In order to neutralise these acts of solidarity, pogroms and deadly firebomb attacks were initiated by nazi-gangs infiltrated by the intelligence service. Even in cases of murder the police turned a blind eye.

Shortly after the pogrom in Rostock-Lichtenhagen [3] in August 1992 the government and opposition agreed to the ‘asylum compromise’, substantially curbing the right to asylum. A demonstration of 350,000 people in Berlin became the final exclamation mark of the resistance against the attack on the right to asylum.

The change of Article 16 of the constitution in May 1993 was an essential step towards the Europeanisation of the right to asylum. By creating the construct of ‘safe third countries’ the legal procedures were delegated to the EU border-states; the declaration of ‘safe countries of origin’ factually abolished the right to asylum for people from these regions.

The next legal change affected the ‘migration law’ [Auslaendergesetz]. The state declared that refugees fleeing war would be granted temporary asylum only as a contingent defined by the state and only for a certain period of time - which meant that residency ceased to be an individual right, but an administrative act relating to a defined group of people that could be revoked at any time. This law was applied for the first time on a big scale to war refugees from Kosovo. Since 1993, the so-called ‘asylum seeker benefit law’ [Asylbewerberleistungsgesetz] created a legal justification for the unequal treatment of refugees when it came to the basic minimum social benefits.

Politicians saw the decline of asylum claims during the first decade of the new millennium as a success. All legal regulations in recent years are based on the underlying dictum ‘Germany is not an immigration country!’ and they first of all express the refusal to integrate people in general, meaning, to give them equal rights.

During the half century from 1950 to 2000 on average 200,000 more people immigrated to Germany than left the country. During the first decade of 2000 this figure declined sharply and even became negative. During these years temporary labour migration from the new EU-states (Poland, Romania etc.) became the dominant form of immigration. Only in 2010 more people entered Germany than left again: most of them from other EU-states, although a considerable share also came from outside Europe and as asylum seekers. The main origin/citizenship of the refugees changed every year; important regions of origin were the Balkans and the Middle East.

A new phase begins in 2008

The only exact figure in relation to the amount of refugees arriving in Germany is the number of initial applications for asylum. Since the onset of the global economic crisis in 2008 this figure increase slowly at first from less than 30,000 to 64,000 initial applications in 2012, it then nearly doubled to 110,000 in 2013, increased to 170,000 in 2014 and to more than 390,000 in 2015 - which is less by a long shot than the ‘over one million’-figure which is usually used. How many of the one million refugees who had been registered by November 2015 left the country again, either by continuing their journey or by returning, no one knows, not even the administration - they also don’t know how many double or mis-registrations happened or how many refugees evaded registration when facing an ever more rigid interpretation of the right to asylum. The Institute for Employment Research (IAB) of the Federal Employment Agency [Arbeitsagentur] [4] estimates that around 70 per cent of refugees in Germany will stay there.

In many occasions the EU-states lost control, they were not able or willing to correctly register the refugees. Some countries did not pass on the registration figures to the EU-administration, in order not to become responsible for future asylum claims. Both at and between the borders of the Balkan states the refugee treks were frequently and arbitrarily stopped, food supplies and other aid was withheld, producing a situation of scarcity. At other times governments provided free train transport for all those refugees who agreed to subject themselves to the act of registration and to wait for their turn for days under disastrous conditions in registration camps. All this helped to produce images of refugee treks as suddenly emerging ‘natural catastrophes’ which overwhelm the state administrations despite their best efforts. On this background the state leaders justified states of emergency and repressive political measures - in particular once the created conditions led to resistance and refugees refused to display the ‘gratitude’ demanded of them.

During the last four decades none of the governments in Germany were able to formulate a ‘migration policy’ in the sense of a complete regulation and control of immigration. Since summer 2015 they have had to come to terms with this fact: wars have moved increasingly closer to EU borders and become more widespread. In consequence many more people have had to leave their homes permanently. The construction of temporary refugee camps in the states neighbouring the war regions is not sufficient to keep the problems from Germany, because these regions are similarly destabilised by the scope of migration and because refugees fight against encampment and its conditions. This is why more and more people arrived in Germany since 2012.

In July 2012, of all possible points in time, the federal constitutional court [Bundesverfassungsgericht] ruled that the constitutionally guaranteed ‘dignified minimum level of subsistence’ applied to all people residing in Germany. Although the implementation of this ruling is still waiting to happen, it was a blow to the politics of deterring migrants through lowering standards of welfare. The ruling can only be understood as a result of the broad support of asylum seekers and the persistent resistance against their unequal treatment. This growing movement was also one of the reasons why the state has deported fewer people in recent years. In 2013 and 2014 around 10,000 deportations took place each year, in 2015 this figured increased to 18,360, most of them during the second half of the year - this is a high number of deportations, but it affects only about a quarter of all people who have been refused asylum and issued with deportation orders. In reality the state was not able to enforce the lowering of the quota of recognition of asylum claims to below 1 per cent, which would have meant the factual abolishment of the right to asylum.

Since about 2012 refugees who come to Germany have entered a situation that is increasingly characterised by the confident and organised presence of previously arrived refugees, who, amongst others, protested against the ‘residence rule’ (in which refugees were not allowed to leave their designated town), occupied buildings and organised hunger strikes. Out of these acts of resistance the movement of the Lampedusa refugees formed in 2013. This movement gets a lot of sympathy and support from civil society, as shown by the increase in church asylums (people are granted shelter and protection by local parishes), which are supposed to prevent deportations, (currently 450 people in 300 communities have been given church asylum). Another example are the protests of school students against the deportations of their class mates.

During the 1990s only a few people on the radical left or within small civil society groupings supported refugees. However, actions against the ‘Fresspakete’ (parcels of food, often of lower quality, issued to refugees instead of monetary benefits) did take place, which in many cases also targeted the charities and businesses that made money with the plight of refugees. Today, in contrast, hundreds of thousands are involved in refugee support as ‘volunteers’, and the ‘left-wingers’ are a minority within them. A study by the Protestant Church claims that eight million people engaged in one way or another in helping refugees in 2015. This engagement, the contact with refugees and with their struggles has radicalised people, e.g. in regards to the involvement of Germany in wars or the role of German exports of weapons.

At the same time, the degree of violence against refugees has reached levels as bad as in the early 1990s. Merkel even warned of a “new NSU”. [5] We are witnessing a radicalisation of the political right beyond the organised militant milieu - but today fascists are not able to pose as the executers of a relatively homogeneous social refusal of migrants, their violence is rather an expression of a widening division within society. Pegida [6] and company blame weaker sections of society for their own fears of social degradation. By declaring migrants to be subhuman they want to enforce the viewpoint that these ‘others’ are not entitled to what they claim. A dumb resistance against the program of modernisation of capital which poses no threat to the latter, but instead helps to promote it. This is why the cops largely allow Pegida to carry on and why in most cases the deep state tolerated firebomb attacks and other violence against refugees.

European Union - The crumbling fortress

In terms of its impact on the EU the refugee crisis in the second half of 2015 was more severe than the 'Greece crisis' in the first half. The EU drifts apart, the Schengen agreement is in pieces. To be clear: the Schengen agreement was not about the hermetical closure of the EU's outer borders, but the hurdles were (and are) supposed to be high enough that only certain people would be able to make it - those who are physically and mentally fit, who have some money and personal or family resources and are dedicated and highly motivated. In order for this to work the division of labour between the various EU states had to run smoothly as it was designed in the Dublin agreement - but the Italian and Greek governments just pushed the refugees on towards northern Europe without registering them. After that, in 2015, every country just followed its own interests.

The eastern European 'front states' categorically refuse to take on refugees, but apart from tacitly tolerating short-term ‘circular’ labour migration [Pendelmigration] they engage in an open-handed naturalisation of people from neighbouring states. The Polish state remembers its 'Polish' minorities in Ukraine, Hungary remembers 'Hungarian' family members in Ukraine, the Romanians welcome their long lost sisters and brothers in Moldavia etc. The approach of these nationalist governments is similar to the German policy regarding the 'late re-settlers' [Spaetaussiedler - Russian-Germans]. The states hope for politically conformist immigrants (who would do the largely badly paid jobs in agriculture or in construction, replacing those 'native' workers who had left the country to work in the western EU states) and continue with their aggressive stance towards certain parts of the population which are supposed to be exempt from citizenship. The Vanguard in this regard were the Baltic states, which expatriated all those people and their progeny who had arrived from other Soviet states after 1940, making them stateless. The systematic exclusion of Roma in south-eastern European states follows a similar logic.

Many regions of origin of refugees during the 1990s have become EU member states in the meantime or have settled agreements for immigration without visa requirements. The expansion of EU borders has facilitated the outsourcing of badly paid jobs in the supply industries to these new member states and regulated the migration from these states through gradual 'free movement of labour' [Arbeitnehmerfreizuegigkeit]. For the workers in eastern Europe access to the EU labour market was tied to long-term national transition periods (temporarily restricting entrance of labour), which had been demanded particularly by the German trade unions. During the seven years after the first round of expansion in 2004 people from Estonia, Latvia, Lithuania, Poland, Slovakia, Slovenia, the Czech Republic and Hungary (the so-called EU-8 countries) were already able to work as (formally) 'self-employed' or as employees of foreign companies in Germany, for low wages and low levels of social welfare. In 2011 nearly 470,000 people from Poland lived in Germany, which is more people than from all the other EU-8 countries put together. The EU-2 countries Romania and Bulgaria - which were integrated in 2007 under similar conditions - ranked second and third with 160,000 and 94,000 people respectively.

The abolishment of visa requirements for some of the western Balkan states in 2009/2010 led to an additional influx of workers who could be easily blackmailed and therefore forced to work for low wages. Non-EU citizens from Serbia or Bosnia are now able to enter the EU as ‘contract workers’ [Entsendearbeiter] once they have a work contract with a Slovenian or, in the near future, with a Croatian company. In 2014, 60,000 so-called A1-certificates (confirmation of social insurance in the country of origin of the main contract company) were issued for citizens of neighbouring Balkan states in Slovenia alone. Whoever doesn’t have a work contract can enter the EU without a visa and, e.g. by claiming asylum, can obtain at least a temporary right to residence and basic income. A similar scenario is on the horizon regarding the abolishment of visa requirements for the Georgian Republic and Ukraine, which the EU commission has recently recommended.

According to the German central register for foreign citizens [Auslaendezentralregister - public administration] from October 2015 the migrant population has increased by 820,000 people within one year, out of which 340,000 people came from EU states, 260,000 from recognised war and emergency regions and 120,000 from the western Balkans. Now around 650,000 people from Romania and Bulgaria are officially registered in Germany; 80 per cent of them arrived during the last five years. The permanent migration from Poland has also increased since 2011; today around 600,000 people from the EU-8 countries engage in full or part-time work in Germany. Since the achievement of full freedom of movement on the labour market in January 2014, the number of people from Romania and Bulgaria working with German work contracts has also increased rapidly.

In addition there is a statistically difficult to grasp number of temporarily employed migrants; a study of the Boeckler foundation estimated for the year 2012 that around 800,000 workers had been sent on temporary contracts to work in Germany, 80 per cent of which came from eastern Europe.

In general migrants arrive in the EU from two directions: from the Middle East and North Africa and from eastern Europe. In the southern European countries ‘illegal migrants’ are the main work-force in sectors like agriculture, construction and logistics. There is a close relation between ‘external migration to the EU’ and ‘EU internal migration’. Across Europe many young people are try to get away from factory jobs, from agriculture and from manual jobs in general. A major share of young people study for and aspire to a job in the state sector - even if employment is temporary - or want to have a career in a booming branch of the economy. The ‘scarcity of labour’ in the dirty jobs in the fields, on construction sites and in care work is compensated for by migrants. During the boom years after the turn of the millennium, migration to Greece, Italy, Spain, Portugal, … made the ‘uplifting’ of the native younger generation possible. Since the onset of the crisis a lot of young unemployed people from these southern European states who have an academic education, but few job prospects, have moved further north, e.g. to Germany and the UK. During the last years the net-migration of people from the southern European crisis states to Germany was 30,000 - 40,000 each year.

The process of downward segmentation of the working class in Germany

In Germany, too, the downward segmentation of the labour market through the specific combination of technical development and migrant cheap labour enabled many young German workers to escape sinking wage levels by moving into more qualified jobs. One example is the regional boom in the Oldenburger part of the Munsterland in western Germany. Although an estimated 25,000 jobs were lost in the meat industry up until the year 2005, during the same period the total figure of livestock slaughter has doubled and a ‘cluster’ of food processing and machine engineering industries was established. According to the estimates of the trade union NGG [food and hospitality] only 10 per cent of all workers employed in the meat industry have permanent contracts, if one includes the unofficial butcher-teams, industrial cleaners and packaging workers, who are normally excluded from the category ‘employees in meat industry’. ‘Officially’ a quarter of all workers are employed as migrant contract workers of foreign companies - nearly seven times as many as in 2011.

In construction this development had already taken place in the 1990s. Back then the trade union IG BSE tried to push out competition from cheap labour by calling workers to denounce other workers who were employed without contracts or residence permits and by calling for state organised raids - all of which helped to instigate a racist atmosphere. Via a collective agreement the regulation of migrant contract labour [Arbeitnehmerentsendegesetz - employee assignment law], which was passed in 1996 and initially only applied to the construction sector, led to the introduction of a sectorial minimum wage for construction workers - separate wages for workers in East and West Germany. An important aspect of the law is that it assigns the final legal responsibility to the main construction contractor. This makes it possible for workers to claim outstanding wages even in the case of the bankruptcy of a sub-contractor. The expansion of the scope of application of the ‘employee assignment law’ beyond the construction sector first in 2007, then in 2009 and lastly in 2014 refer to those branches with a high proportion of migrant labour: cleaning, various construction jobs, refuse and recycling, elderly care, laundry work and the meat industry.

Facing the crisis in eastern Europe, (skilled) workers left for Germany in increasing numbers - and they arrived at the right time for the expansion in Germany of the ‘low wage sector’ to the logistics sector in its wider sense, e.g. through the introduction of ‘service contracts’ or ‘contracts for work labour’ [Werkvertraege] [7] in the automobile supplier-industry and in assembly departments of the main car factories, where people once used to earn big money. The German trade unions were largely able to maintain their social peace with capital based on the low wages in the supply-chains in eastern Germany. The unit labour costs of the workers in the core companies could be lowered through ‘rationalisation’, intensification of work and flexibilisation of working hours, but their annual wages remained more or less stable - which allowed the unions to portray themselves as ‘good representatives’ to their membership and as ‘efficient partners’ to management. Workers in the core companies were disciplined by the threat of ‘worse conditions’ in the industrial margins and by the de-regulation of welfare rights.

The increasing segmentation of the labour market excludes local workers from certain jobs: for example, if a particular work-force is recruited through Romanian sub-contractors a German person wouldn’t be able to get a job in that work-force, even if they wanted to - this is equally true for countries in southern Europe where very high degrees of youth unemployment are accompanied by a high level of employment of migrants. Early on in the 1990s, second generation migrants – particularly children of ’guest-workers’ and of so-called ‘Russian-Germans’ [Aussiedler - re-settlers] - were marginalised on the labour market through the employment of recently arrived migrants. Previously it usually took about one generation for migrants to fight themselves into the labour market and obtain equal conditions. This is not the case anymore. Today, for many of the second-generation migrants ‘social mobility’ means becoming the lower level ‘middlemen’ of a mafia-economy, mediating between the ‘German economy’ and more recently arrived migrants who share their language, as landlords, labour gang-masters and subcontractors.

Struggles


Migrants from eastern Europe resist. Striking workers in the meat industry are sometimes attacked by armed groups, sent by the company. The trade unions and the core work-force do not participate in these struggles and they see media reports about them as threats to the companies’ viability. They try to push out ‘cheap competition’ from the companies or sector by systematically treating these (migrant) workers as unequals. Only from 2012 onwards protests by migrant workers became increasingly public. For many migrants making use of the media seemed more promising than actual strikes, and the legal advice from some of the trade unions and from church institutions supported that view. At least the low wages are nowadays seen as a public scandal - though in small towns or in the countryside in social situations where many local people benefit in some form or other from the exploitation of migrants (e.g. as landlords, shop-owners) open and direct confrontations are difficult. Protests are therefore mainly organised around language groups or national communities, or around work-gangs and sub-contractors which are based in these communities. In Lohne or Emsdetten (rural small towns in western Germany) demonstrations by supporters have never managed to gather more than 200 people in the streets.

The access to social security and legal rights granted by the formal ’freedom of movement for workers’ [Arbeitnehmerfreizuegigkeit] offers a certain security for the individual person, but does not entail an equal status with German citizens. The state wants to prevent that entitlement to social benefits also in times of unemployment makes it more difficult to pressure migrants into badly paid jobs and to keep badly paid jobs. Therefore the state creates new possibilities for blackmailing migrant workers by increasingly intertwining social legislation and the right to reside. For example, for EU citizens residing in Germany the ‘freedom of movement of workers’ is only granted for six months and only on the condition that they have their own income and that they are covered by a health insurance policy. Only after five years are people entitled to a permanent right to reside and to HartzIV unemployment benefit. Prior to the five years, staggered entitlements and rights are applied. According to the decision of the European Court of Law an individual obtains worker status once they work at least 5.5 hours per week (which equates to 200 Euro per month on a minimum wage). People with worker status are then entitled to ‘in-work benefits’ under HartzIV to prop up their wages. Amongst other reasons this explains the high numbers of so-called ‘mini-jobbers’ amongst migrants from EU-2 states, but also from Poland: many people work full-time unofficially and receive ‘in-work’ benefits for their official part-time or ‘mini’-job - as many ‘German’ workers do, too. In contrast to their German fellow workers the migrants are less able to break out of this arrangement: if you quit the job or lose it by standing up to your boss you run the risk of losing your right to reside due to unemployment.

After one year of full-time work people are entitled to half a year of unemployment benefit (income based), plus half a year HartzIV benefit (minimum social welfare payment). Many social welfare administrations inform the migration office once people claim benefits, the migration office then orders people to leave the country - this also happens to EU citizens from the ‘core states’, e.g. Spain or Italy. The bureaucratic intertwinement of the administration responsible for work and welfare on one side and the migration office on the other - which has been proclaimed as a future way to deal with the refugees - is already a reality for labour migrants. This following a certain logic given that the campaign against ‘asylum abuse’ targeting refugees from Balkan states was immediately proceeded by the propaganda against ‘poverty/benefit migration’ from Bulgaria since the end of 2013.

The ‘potential for future employment’ [German new-speak: Erwerbspersonenpotenzial] of the refugees

There are two opposing poles within the ruling class: liberalism, whose most consequential proponent is the Green Party, demands the opening of the borders and the deregulation and down-sizing of welfare benefits and social guarantees; whoever wants to come here should do so, but has to figure out how to survive by themselves. The other extreme is represented by some members of the deep state and on the political stage by NPD/AFD/CSU (parties of the political (far-)right) and parts of the SPD and CDU: closure of the borders, intensification of migration controls, further bolstering of the policing forces. The current process of negotiation oscillates between these two poles, but they both have a common main goal, as can be seen in the debate about the migrants’ ’duty to integrate’ [Integrationspflicht]: they want to turn the migrants into something like ‘Turbo-Germans’ and use them to enforce the re-structuring of the European labour market - secured internally and externally through the ‘War on Terror’.

Depending on the sector, employers want to prescribe different roles to refugees on the labour market. The IAB predicts that the ‘numbers of people who can potentially be employed’ [Erwerbspersonenpotential] amongst asylum seekers will increase by 380,000 people in 2016, after it has hardly increased in 2015 (according to ‘migration monitor’ [Zuwanderungsmonitor], November 2015). According to the magazine Spiegel Online the ‘expert council for economic development’ [Sachverstaendigenrat zur gesamtwirtschaftichen Entwicklung] [8] predicts only a slow rise in the employment of recently arrived refugees, stating that over the next two years hardly more than 100,000 people will enter the labour market.

In mid-October an open dispute over the integration policy erupted within the employers’ camp. Michael Knipper from the Association of the German Construction Industry [Verband der Deutschen Bauindustrie] lamented the “uncritical euphoria amongst large parts of German industry”. The construction industry is a very cyclical/seasonal and transnational sector with a largely migrant work-force. Employers in the sector don’t bank on the ‘know how’ of a local working class and ‘innovative abilities’, but on the re-structuring and lowering of production costs enforced through increasingly worse pay and conditions. Some employers in the manufacturing industry have a different perspective. They desperately need ‘fresh energy’ in their companies and they look for workers who still believe in careers and want to do something about their upward mobility - characteristics which large parts of the second and third generation of migrants learnt to give up on a long time ago.

To professionally qualify and to make them feel a long-term loyalty towards the companies and their fate in Germany, refugees are required not only to have a secure residence status and to take language courses, but also to break their ties with their country of origin. Whoever has to send money home will not get by on the relatively low wages paid during apprenticeships and so will instead take the minimum wage doing unskilled jobs in a warehouse. This is why capital needs a mixture of pressure and promises of future prospects when it comes to the refugees. Since the 1st of August 2015, refugees’ “integration into the labour market” starts with work that pays below the minimum wage, e.g. through long-term internships or courses to obtain ‘basic skills’ [Einstiegsqualifikation, (EQ)], whose maximum length has just been extended from six to twelve months. This period can be easily extended and authorities can sign young adults or the long-term unemployed up to these courses before or after an actual apprenticeship by using the argument that they have a “lack of employment skills”. [9] The pressure to accept this extension of low paid work is built up by the fact that people lose their right to reside once they lose their job – the real “intertwinement of job centre and migration office”!

Frontex’s mercenaries

The migration regime of the EU is only able to function if it manages to structure labour markets beyond its own territory. Economic agreements such as the Euro-Mediterranean Partnership (EUROMED) [10] are accompanied by political-military cooperation. Agreements about the military securing of borders and the taking back of unwanted migrants also contain, as a ‘bonus’, the offer of temporary labour migration (usually tied to a specific work contract) from different regions outside of the EU to the EU, as laid out,i.e. in the ‘EU-mobility partnerships’ with both Mediterranean or eastern European states. Turkey plays a strategic role as a door-keeper in the south-east. During the G20-summit in Antalya a three billion Euro deal was forged, according to which the Erdogan government is supposed to grant residence rights and permission to work to Syrian people in Turkey and at the same time deport other refugees back to their country of origin. In return for the closer policing of the EU external borders by Turkey the EU considers liberalising the visa requirements for Turkish citizens and thereby also expand the possibilities for Turks to work inside the EU. Such agreements rely on the cooperation of all of the state actors involved, but governments in Pakistan and Afghanistan recently refused to ‘take back’ their state citizens deported from the EU. And no amount of money will stop the Erdogan government from opening borders or closing them or provoking military conflicts etc. as part of its fight for political survival.

Neither was the grand-sounding final declaration of the EU-Africa summit on Malta at the beginning of November 2015 able to disguise how little control states have over migration. The political calculation of the EU to detain the big masses of refugees in its neighbouring regions and to let people enter temporarily and to push them back again when needed, would only be able to succeed if there were possibilities of living and working in these regions. These possibilities seem further out of reach than ever, not only in northern Africa, but also in the Balkans, such as in Kosovo. This is why the EU frequently opens safety valves and temporarily opens its borders. In the case of some of the Balkan states new recruitment agreements were settled in summer 2015: from 2016 onwards also “less qualified” workers from the western Balkan states (who already reside in Germany) are allowed to work in Germany if they can prove they have a concrete apprenticeship or job offer - but only under the condition that they withdrew their application for asylum by 24th of October 2015 and returned to their countries of origin (in order to re-enter when required).

Chances for generalisation?

Workers’ work [Arbeiterarbeit], meaning general manual labour - whether in agriculture, construction or in manufacturing/industries - is increasingly performed by migrant workers. Migrants put up with this work because they are used to worse. Organising struggles together with their (local) work-mates is difficult in situations where migrants are used to lower standards in general - and even more difficult, if the ‘higher income strata’ (landlords etc.) benefit from the migrants’ over-exploitation. During recent years migrant struggles emerged mainly in work places where the vast majority of the work-force were migrants, e.g. in the agriculture or logistics sector in Italy. In Germany, where access to the labour market is very regulated and multiply segmented, there have been many conflicts, but hardly any major struggles of migrants.

During 2015 refugees not only forced the government to change its course and thereby also politicised hundreds of thousands of supporters, but through their mass they made issues such as wages, working conditions, housing etc. in to ‘public’ issues. None of these issues will solve themselves, they are all contested and conflicted. The state creates competition, e.g. in terms of housing supply when more social housing was built again, but initially only for refugees. This is why the struggles around housing and the current occupations are of such importance! They are about affordable housing for all.

Another example are mass accommodation in marginal districts with bad commuting infrastructure and public transport, short supply of nursery spaces, schools and GPs etc. Often civil society initiatives emerge in opposition to these and sometimes they articulate themselves in a rather contradictory fashion. The initiative “No! to politics - Yes! to support” in the Hamburg suburb of Neugraben, which has attracted a lot of media attention during recent months, is an example of pragmatic opposition to these kinds of state policies on refugees. By emphasising their anti-racist position they clearly differ from the way that Pegida raises the issue. In these cases the political left occasionally should listen carefully, before they accuse people of being fascists

The hegemony of the political right in some regions is based on social insecurity, which does not just derive from fear of material losses. The increase in capitalist competition also dissolves familiar social networks and a personal social environment. It is evident that a clear ‘antifascist edge’ is needed to fight back against the cultural hegemony of the political right - but a ’cultural struggle’ alone is not enough. We have to develop further ideas on how to relate our actions to social antagonism. Due to the arrival of huge numbers of refugees the potential to do this is higher than in recent years. We can take up the questions raised by refugees and make them public, common, social questions again. The radical left can also support migrant struggles by helping overcome community boundaries - this is where self-organised language courses become useful. The resistance against deportation and for a right to reside is a precondition for struggles to develop - and here we refer less to legal decisions than to practical resistance against repression, against policing, against raids in town and at work. Wherever we support refugees, we will be confronted by the state - according to the situation the state will make offers of integration or will attack repressively. We will only be able to oppose both options once we start from the conditions of the entire class - and once it is clear that we definitely don’t want to get integrated into the state ourselves.

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Footnotes:  

[1]
“In 1988 the numbers of asylum seekers again crossed the 100,000 mark. During the year of the European Revolutions in 1989 this number increased to 120,000. In re-unified Germany in 1990 around 190,000 asylum seekers were recorded, in 1991 nearly 260,000 and finally in 1992 nearly 440,000 - by then many of these people came from East and South-East Europe, mainly refugees from ex-Yugoslavia, but also Roma from Romania.

As early as in 1987 the numbers of re-settlers (‘Russian-Germans’) increased rapidly. In 1988 more than 200,000 arrived, in 1989 nearly 390,000 and in 1990 nearly 400,000. In addition the by then legal migration from the agonising German Democratic Republic (East Germany) towards West Germany resulted in nearly 390,000 people ‘going West’ in 1989 and 395,000 in 1990. The east-west migration declined in the following years to 250,000 in 1991 and 200,000 in 1992, 172,000 in 1993. Between 1994 and 1997 the figure stabilised at around 160,000 to 170,000.”

Bundeszentrale fuer Politische Bildung (2005): Anstieg der Asylgesuche 1988 - 1992

[2]
The wildcat article in issue no.57 that provides more information about this incident has not been translated. Unlike this article in issue no.60, which deals with the question of racist attacks and the state in the early 1990s:
www.de/en/wildcat/60/w60e_ros.htm" target="_blank" rel="nofollow">http://www.wildcat-www.de/en/wildcat/60/w60e_ros.htm

[3]
Trailer of a documentary about the attacks:
https://www.youtube.com/watch?v=EBQnc7MQLt0

[4]
http://www.iab.de/en/iab-aktuell.aspx

[5]
National Socialist Underground (NSU) is a fascist terror-group which killed several migrants during the 2000s and which was heavily infiltrated by agents of the intelligence servive.
https://viewpointmag.com/2014/09/11/the-deep-state-germany-immigration-and-the-national-socialist-underground/

[6]
Patriotic Europeans Against the Islamisation of the Occident (Pegida) is a right-wing platform which revived the ‘Monday-demonstrations’ in the east of Germany, this time against muslim and other immigrants. Pegida demonstrations spread from eastern towns like Dresden to other towns in Germany, mobilising up to 10,000 people.
https://en.wikipedia.org/wiki/Pegida

[7]
Through ‘service contracts’ companies can evade having to hire people directly as permanent employees; formally they are hired as ‘service providers’ for a certain job; collective agreements often don’t apply

[8]
http://www.sachverstaendigenrat-wirtschaft.de/index.html

[9]
What has been decided in the ‘law for the acceleration of asylum proceedings’ [Asylbeschleunigungsgestz]?
- the categorisation of the ’western Balkan states’ as safe states of origin (meaning, it is close to impossible for people to claim asylum)
- only non-cash benefits in refugee shelters, instead of cash benefits
- acceleration of deportations: in future the authorities are allowed not to announce the date of deportation once the deadline for a voluntary departure of the refugees has passed; the maximum suspension period of a deportation has been reduced from six to now three months; the federal states will hardly be able to suspend a deportation due to political pressure
- the prohibition for skilled asylum seekers and refugees with a ‘tolerated status’ to work for temp agencies is lifted three months after recognition; for unskilled refugees the prohibition is maintained for fifteen months
- the federal government pays contributions towards social housing and costs for refugee accommodation
- lowering of legal construction standards for refugee housing (e.g. insulation and fire protection requirements!)
- intertwinement of ministries for labour and migration; the exchange of data between the administrations are not supposed to detect ‘welfare benefit abuse’, but to check whether asylum seekers actively seek work; the job centre is supposed to use the data regarding the claim for asylum, e.g. about its prospect, in order to decide whether a person is offered courses or other help, put under more pressure or discarded completely

[10]
http://eeas.europa.eu/euromed/index_en.htm


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MessageSujet: Re: MIGRATIONS & RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALITÉS : analyses   Ven 11 Mar - 16:17


je signale la suite de la publication, par Libcom.org de la série


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MessageSujet: Re: MIGRATIONS & RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALITÉS : analyses   Lun 21 Mar - 0:26


«les migrants sont devenus des indésirables»

Henri Simon...


... comme en écho au "nègres du monde" d'Achille Mmembe, et aux "expulsé" de Saskia Sassen...

on se réjouit qu'enfin, dans le milieu anarco-post-ultragauche, les migrants et réfugiés soient introduits au cœur d'analyses jusque-là frappées d'orthodoxie marxiste eurocentriste, surprenante pour une avant-garde théorique éclairée

que cela passe par Henri Simon, 93 ans, traité en chien crevé par Roland Simon, de Théorie Communiste auto-Pape sans soupape de la théorie de la communisation, n'est pas le moindre de mes plaisirs, et que pepe@dndf la queue entre les jambes s'en fasse l'écho :

que demande le petit peuple du milieu ?

Migrants et migrations – discussion avec Henri Simon

Echanges et Mouvement | Dans le monde une classe en lutte

Citation :
Le capitalisme basé sur l’exploitation de la force de travail a dû, pour naître et se développer, intégrer des masses de plus en plus importantes d’êtres humains prélevées dans les couches laborieuses des systèmes économiques préexistants, c’est-à-dire faire migrer des paysans et des artisons vers ses centres d’activité productrice. Jusqu’aux années 1970, l’émigration dans un cadre national et international de plus en plus large était un élément nécessaire et recherché du procès de production.

Avec le développement de l’automatisation dans ce procès, tout s’est inversé : les migrants sont devenus des indésirables, cela au moment où l’expansion mondiale capitaliste et le développement démesuré de ses nuisances accroissaient le nombre des laissés pour compte fuyant la misère et la mort. Mais des barrières se sont élevées pour endiguer leur nombre.

Les « solutions » afin de limiter leur « production » sont aussi illusoires que celles préconisées dans d’autres domaines pour limiter les nuisances diverses du capital. Les limitations à ces flux migratoires ont amené d’une part le développement d’une sorte « d’industrie du migrant », devenue une source de profits énormes, et d’autre part elles sont la cause de déstabilisation politique tant dans les pays « fournisseurs de migrants » que dans les pays de « transfert » et ceux « d’accueil ».


Le Rémouleur
106, rue Victor Hugo
93170 Bagnolet
(M° Robespierre ou M° Gallieni)

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MessageSujet: Re: MIGRATIONS & RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALITÉS : analyses   Mar 19 Avr - 16:29


un long texte d'Henri Simon, extrêmement fouillé tant sur le plan historique qu'actuel, établissant les liens structurels au long coursentre capitalisme et migrations



L’industrie du migrant
Mutations et migrations, une longue histoire de la vie sur Terre


Henri Simon pour Échanges

Depuis l’origine de la vie sur Terre, les êtres vivants du monde végétal et animal, depuis la plus petite cellule jusqu’aux plus gros des mammifères supérieurs, sont apparus et se sont développés en raison d’un milieu favorable à cette naissance et expansion. Mais rien n’est jamais fixé dans un monde en perpétuelle évolution. D’un point de vue purement astrologique, la Terre elle-même bouge sans arrêt, hors de toute interférence du monde vivant, dans des cataclysmes naturels soit intrinsèques à la terre, brutaux ou dans une évolution lente, soit dus à l’irruption d’un agent extérieur venant de l’univers. Dans de telles circonstances, quelles qu’elles soient, le monde vivant doit ou muter dans le même milieu, ou migrer sous d’autres cieux plus cléments, ou disparaître. Mais ce monde vivant lui-même peut être la cause de cette même situation : les conditions favorables qui ont présidé à sa naissance et sa prolifération peuvent entraîner une pollution telle que non seulement elle détruit les possibilités de reproduction de cette espèce et entraîne son extinction, mais aussi elle rompt toute la chaîne vitale dans laquelle cette espèce s’insérait. Muter, migrer ou disparaître est finalement l’élément central de la vie sur la Terre.

L’espèce humaine, depuis des millions d’années, n’a pas échappé à ce type de situation. On ne sait pratiquement rien des mutations dont on connaît l’existence, mais encore moins de leurs causes. Quant aux migrations jusqu’à l’époque moderne, on n’en sait guère plus sur leurs causes, même si les analyses génétiques permettent d’en retracer le parcours. Pour la période la plus récente, entre deux mille à trois mille ans, si on connaît mieux les migrations on n’en sait pas trop non plus sur leurs causes. Difficile de savoir si les grandes invasions qui ont submergé et disséqué l’empire romain, toutes venues de l’Est, ont eu une cause commune de même que les plus récentes (les Huns au ve siècle et les Arabes au viie siècle pour la France, les Turcs au xviie siècle pour l’Europe). Toutes ces dernières migrations étaient autant des tentatives de conquêtes militaires au sens où nous l’entendrions aujourd’hui que de grands déplacements de populations. D’autres migrations, intereuropéennes celles-là, et de moindre importance, ont jalonné la période moderne depuis celles des Vikings, des Normands débarquant en Angleterre, de la fuite des persécutions religieuses (protestants, juifs, arabes). Plus on se rapproche de notre époque, mieux on connaît les causes de ces migrations. Une partie d’entre elles sont des migrations de survie, caractère que l’on retrouve aujourd’hui. Mais c’est l’essor du capitalisme qui, dans l’époque moderne, va entraîner d’importantes migrations tant à l’intérieur des Etats que d’un Etat à l’autre, sous des formes totalement nouvelles. D’abord en Europe occidentale, puis progressivement dans le monde entier.

Certains analystes se sont demandé si les migrations encadrées du capitalisme dont nous allons parler ne procédaient pas non plus de la survie, pour revenir ainsi aux causes probables des migrations ancestrales avec leur formes spécifiques. La Syrie et l’Irak ont connu plusieurs années de sécheresse qui ont appauvri les trois quarts de la population. Il est certain que dans l’appréciation de l’ensemble des migrations modernes, le réchauffement climatique et la série de catastrophes climatiques qu’il entraîne parut sous-tendre les migrations dans un cadre différent.

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Un arbre qui cache la forêt, la Syrie

Environ la moitié des 23 millions d’habitants de la Syrie ont dû migrer soit à l’intérieur du pays (7 millions), soit dans des camps dans les pays voisins (4,8 millions en février 2016, selon le Haut Commissariat aux réfugiés [HCR]). Près de 2 millions ont bravé la mer pour gagner l’Union européenne. Plus de 700 y ont laissé leur vie (0,035 % des migrants) mais ce risque ne pèse guère eu égard à celui de rester en Syrie : 250 000 morts, plus de 1 % de la population totale, une liste qui s’allonge chaque jour avec les détenus de Bachar el-Assad (plus de 10 000), les victimes des frappes aériennes ou les morts de faim. D’une manière ou d’une autre, cette balance de la mort et de la survie a toujours été la base des migrations.

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Migrations et capitalisme

D’une certaine façon, le début du Moyen Âge et la fin des grandes invasions entraîne une sédentarisation dans le système féodal, basé sur l’agriculture et les activités techniques annexes nécessaires au fonctionnement de l’ensemble. Les villes deviennent à la fois des centres commerciaux et d’activité artisanale voire industrielle. Partout en Europe, on voit une migration des campagnes vers les villes qui absorbent essentiellement le surplus de population campagnarde, les migrants passant pour la plupart d’activité paysanne et/ou artisanale à une activité liée à un secteur de production économique. Par rapport à toutes les migrations antérieures, la finalité en est parfaitement claire.

Le capitalisme ne peut exister que par l’exploitation de la force de travail et il doit puiser pour ce faire dans les classes sociales existantes. La migration de base de l’essor de ce système ne peut venir que des campagnes et est le prolongement de ce qui existait déjà au Moyen Âge. On peut penser que ce n’est pas tant le surplus de population agricole qui favorise ces migrations de la campagne vers les usines, mais aussi les aléas climatiques ou autres des travailleurs agricoles et des paysans pauvres. L’emplacement des centres industriels n’était pas dû au hasard : il pouvait dépendre du secteur primaire (mines de charbon ou de minerai), de la proximité des transports, plus récemment de la proximité des marchés. Quelles que soient les raisons de ce développement industriel, il nécessitait une main-d’œuvre de plus en plus abondante, que la proximité ne fournissait qu’en nombre limité, d’où d’importantes migrations intérieures avec un total déracinement non seulement professionnel mais aussi familial et culturel. De plus, si l’approvisionnement en force de travail n’est pas suffisant, des moyens coercitifs sont mis en œuvre par ce qui est devenu la classe bourgeoise dominante, comme en Grande-Bretagne avec le mouvement des « enclosures » (xvie-xviie siècles), une réforme des structures agricoles qui prive une bonne partie des paysans de tout revenu et les contraint à migrer vers les centres industriels. En France, qui était relativement peuplée, ce processus s’est fait progressivement, en partie pour des raisons politiques, mais dans des pays comme l’URSS, il a été conduit avec une extrême violence (depuis l’utilisation de la famine jusqu’à la déportation dans les camps sibériens).

Une des plus « extraordinaires migrations » qui démontre de manière criante le lien entre déplacement des populations et capitalisme est la traite négrière (1).

Au cours des xixe et xxe siècles le développement capitaliste a été accompli au prix non seulement de migrations internes mais aussi de migrations internationales. Notamment les Etats-Unis et le Canada et à un moindre degré le Brésil, l’Argentine et le Chili ont vu affluer des migrants, principalement d’Europe. Ces migrations étaient volontaires favorisées par la misère (un bon exemple en fut l’Irlande), la surpopulation et l’attrait de l’aventure et d’une possibilité de vie meilleure : elles ont fait l’essentiel du développement capitaliste de ces pays parfois au prix de l’élimination des populations autochtones. Les derniers développements importants, la Chine et l’Inde, se sont faits suivant le schéma traditionnel des migrations internes des campagnes vers les zones industrielles, sans apport extérieur.

Il est difficile de comprendre les migrations contemporaines sans prendre en compte les transformations radicales et catastrophiques provoquées au cours des années 1980 dans tant de pays africains par les Programmes d’ajustement structurel du FMI, ou, à partir des années 1970, les investissements vers l’étranger des multinationales, avec la création des « zones de production pour l’exportation » et le bouleversement de l’agriculture traditionnelle. Par exemple, la vente à des personnes ou sociétés privées de centaines d’hectares de terres éthiopiennes pour la production d’agrocarburants, entre autres. Ces acheteurs privés sont majoritairement européens (hollandais, suisses, allemands etc.), soit les mêmes qui renâclent à l’arrivée de migrants éthiopiens chez eux…


Mondialisation et vicissitudes du capital : la fabrication des migrants

Qui sont ces migrants modernes qui fuient ainsi la misère, l’insécurité et la mort ? Sont-ils si différents, bien que placés dans des conditions totalement autres, de tous ces migrants historiques qui fuyaient, sans qu’on sache exactement pourquoi, une situation qui menaçait leurs conditions d’existence ?

Disons tout de suite qu’une approche humanitaire, si elle existe, peut être un soulagement temporaire dans tout ce que le migrant va vivre, mais n’a aucun sens relativement au problème central de la migration dans le monde capitaliste moderne. « Le migrant » n’est pas le personnage homogène que l’on tend à nous présenter, une sorte de modèle uniforme de victime expiatoire du système, mais les migrants sont une population différenciée venant de classes, de milieux et d’origine sociale diverses : la même collection d’exploiteurs, de cyniques, de naïfs, d’égoïstes, d’intelligents et d’imbéciles que l’on trouve dans toute société. Un rappel : les migrations d’aujourd’hui ne concernent que 3 % de la populations mondiale vivant hors de leur lieu d’origine (migration intérieure et/ou extérieure) ce qui signifie que 97 % de cette population est restée sédentaire (2).

Il y a aussi un « gouvernement global des migrations » incarné par exemple par une organisation des Nations Unies telle que l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

La mondialisation complique encore les données. Selon elle les migrations des personnes sont doublées d’une migration des entreprises, donc des emplois industriels, allant souvent dans un sens inverse de celui des personnes
Dans l’extrême diversité des situations engendrant des migrants quelques détails émergent : près de 50 % sont des femmes (ce qui correspond à la démographie générale) mais aussi qu’elles sont plus menacées que les hommes. Les enfants sont aussi parmi les victimes : 50 000 d’entre eux auraient disparu de la circulation. Migrations intérieures ou extérieures se recoupent sans qu’on puisse distinguer réellement le migrant volontaire (c’est-à-dire un départ décidé par le migrant en fonction de sa situation) du migrant « contraint » – par les réseaux de prostitution, les rapts d’enfants, les internements dans des camps.

Cela inclut aussi ceux qui, un peu partout dans le monde, sont leurrés par des promesses qui les transforment en esclaves. Selon l’estimation d’un institut allemand, 37 % des migrants sont des travailleurs qualifiés (contre 21 % de la force de travail en Allemagne mais 30 % de non-qualifiés contre 9 % en Allemagne) (3).

Il y aurait ainsi dans le monde aujourd’hui 36 millions d’esclaves : des enfants kidnappés ou abandonnés (10 000), des femmes contraintes à la prostitution, des pêcheurs dans les élevages de crevettes, etc. Pour la seule péninsule arabique, 1 400 000 « migrants » sont pratiquement dans l’impossibilité de quitter leur emploi d’esclaves, leurs passeports ayant été confisqués (400 000 rien que pour le Qatar).

Des migrations plus ou moins importantes ont toujours accompagné les remous de l’avancée économique et politique du capital. D’une certaine façon elles prolongeaient les migrations antérieures pour des raisons de persécution religieuse. La révolution française a vu l’exode des « ci-devant » vers les pays voisins, la révolution russe de 1917 a vu l’exode des « Russes blancs » vers l’Europe, les Etats-Unis ou l’Extrême-Orient. Nazisme et fascisme ont engendré des migrations en Europe et vers les Etats-Unis. La fin de la guerre d’Espagne en 1939 a vu une importante migration d’Espagnols en France. Les rectifications de frontières à la fin de la seconde guerre mondiale ont entraîné d’importantes migrations dans toute l’Europe centrale. La formation de l’Etat d’Israël en 1947, avec l’expropriation des Palestiniens, a vu d’importantes migrations et la constitution de « camps » dont la permanence s’étend jusqu’à aujourd’hui (la diaspora palestinienne compte 7 millions d’émigrés dont 1,3 million vivent dans des camps depuis plus d’un demi-siècle).

C’est ce type de situation de guerre qui ne cesse d’alimenter les migrations, tant dans l’Afrique subsaharienne que dans tout le Moyen-Orient, avec la même tendance à la constitution de camps permanents de réfugiés. Après Israël, d’autres guerres ont apporté leur contingent : Corée, Vietnam, Afghanistan (trente-cinq ans de conflits armés), d’Irak, du Soudan du Sud (avec le Nigeria, 1,4 million de personnes déplacées) et présentement de Syrie pour ne pas évoquer les situations de guerre et guérilla dans toute cette partie d’Afrique, du Nigeria à la Somalie et la Libye. Il n’y a pas que les guerres ou les situations économiques à provoquer des migrations, celles-ci peuvent résulter de décisions politiques. Par exemple, le dégel entre Cuba et les Etats-Unis a déclenché une émigration importante pour tous ceux qui craignent la fin du droit d’asile aux Etats-Unis, et rapidement des filières se sont organisées à partir de l’Equateur pour ces nouveaux migrants.

Quand ceux qui fuient ces guerres et guérillas ne se retrouvent pas sur les routes de l’exil vers les terres promises (surtout l’Union européenne), ils peuplent ces camps de réfugiés qui se sont édifiés un peu partout à la périphérie des zones de conflits (une estimation chiffre le total des migrants en 2010 à 232 millions).

Si les guerres autour du pétrole ou la défense d’intérêts stratégiques sont un pur produit du capitalisme, il est une autre guerre – moins évidente, économique – qui déstabilise totalement les pays conquis récemment par la pénétration capitaliste totale, souvent dans le sillage de la décolonisation, couvrant toute l’Afrique et partiellement l’Amérique latine. Cette pénétration capitaliste déstabilisatrice concerne tous les secteurs de l’activité économique. L’appropriation des ressources naturelles se réalise dans les exploitations minières ; l’accaparement et la pollution de l’eau ruine les paysans, chassés par des dirigeants corrompus des terres agricoles transformées en vastes domaines. Ces mêmes paysans, les artisans et commerçants locaux sont ruinés par le déversement de produits bon marché des pays industrialisés ou la concurrence mondiale des multinationales supplantant les productions agricoles locales. Evincés par le capitalisme, ils se retrouvent soit dans les bidonvilles autour des centres urbains (souvent seulement une étape vers l’émigration), soit dans des camps (une autre étape), soit sur les routes de l’exil.

Surpopulation, misère, déstabilisation économique, guerre… toutes ces facettes de l’activité capitaliste, si toutes ces variantes alimentaient et alimentent encore les besoins en main-d’œuvre du capital dans certaines régions du monde, leur caractère a profondément changé en raison de l’évolution du capital lui-même, à la fois dans ses techniques de production et dans ses mutations géographiques. La France offre un bon exemple de ces mutations depuis la première guerre mondiale. Dans l’entre-deux-guerres, pour compenser les hécatombes du premier conflit mondial, les portes de l’immigration s’ouvrirent tout grand pour les Italiens, les Polonais et les Espagnols, principalement dans les mines, le BTP et l’agriculture – en plus d’émigrations de circonstance que nous avons déjà évoquées. Un problème différent se posa après la seconde guerre mondiale : la mécanisation de l’agriculture et les importantes réformes foncières ne suffisaient pas à alimenter le développement industriel. Les besoins étaient tels que des équipes de recrutement écumèrent les pays magrébins pour peupler les chaînes de montage d’OS. Dans le même temps, les Portugais envahissaient le BTP et les Espagnols l‘agriculture ou les services domestiques. Cette situation dura jusque dans les années 1970 avec le développement de l’automatisation et le transfert d’industries vers les pays à faible coût du travail (qui pouvaient se développer avec leurs propres migrations intérieures traditionnelles).

Depuis cette période, la pompe aspirante qui pousse les populations des pays déstabilisés vers les pays développés fonctionne encore et toujours, alors que le capital français ou européen n’a plus besoin de ce complément de main-d’œuvre. Si les premières mesures contre l’immigration ont été prises dès 1932 à cause de la crise d’alors (avec des expulsions de Polonais ou d’Italiens par trains entiers et des pogroms d’Italiens à Marseille), c’est précisément lors du remplacement des OS par les processus automatisés que des circulaires administratives de 1972 (dites Marcellin-Fontanet) décident que ne seront autorisés à séjourner en France que les détenteurs d’un contrat de travail et d’un logement décent. La grande majorité des étrangers ne peuvent satisfaire ces obligations et deviennent alors expulsables. L’application stricte de ces circulaires déclenche des mouvements plus ou moins violents, des grèves de la faim, des actions collectives. Le même schéma peut s’appliquer avec des variantes à l’ensemble des pays industrialisés. Aux Etats-Unis, la migration intérieure a fait monter notamment le Noirs du Sud vers la région industrielle des Grands Lacs. Mais là aussi l’automatisation, la concurrence japonaise et les transferts d’industrie vers l’Extrême-Orient ont réduit tout intérêt du capital pour une immigration quelconque, alors que la déstabilisation économique due à la pénétration du capital américain dans toute l’Amérique latine faisait fonctionner à plein la pompe aspirante et que des centaines de milliers de migrants se pressaient à la frontière sud des Etats-Unis. On parle peu des migrations de l’Inde vers tout le Sud-Est asiatique (2,3 millions de 2007 à 2012, émigration alimentée par l’impossibilité pour le pays d’absorber, en raison de sa faible progression économique, les 12 à 15 millions de jeunes mis sur le marché) ou celles du Bangladesh vers ces mêmes destinations (2 millions dans cette même période) (4).

La chute du cours du pétrole touche sérieusement les économies des pays fonctionnant entièrement sur la rente pétrolière come l’Algérie ou le Nigéria : la réduction des subventions notamment alimentaires et aux carburants entraîne une chute brutale du niveau de vie, source de troubles sociaux mais aussi d’une poussée de l’émigration.
Mais ce développement capitaliste, en brisant les situations économiques et sociales existantes, a aussi contribué à développer une autre sorte de migrations qui s’est largement amplifiée dans la période récente.
Ces migrations internes existent sous la forme traditionnelle du passage de l’état de rural à celui d’esclave industriel ; mais il existe aussi des migrations contraintes de moindre ampleur mais tout aussi violentes : au Brésil, accompagnant en vingt ans la déforestation, près de 50 000 travailleurs n’ont eu que le choix entre l’exploitation extrême et la mort s’ils tentaient de s’enfuir (5). L’atrocité peut être démesurée mais se produire dans un fait migratoire dont l’importance est très relative.

Par exemple ces bateaux de pêche nord-coréens chargés de cadavres morts de faim qui dérivent vers les côtes japonaises (près de 300 en cinq ans) dont on ne sait s’ils ont cherché à fuir ou se sont perdus (6). Ce n’est sans doute qu’un exemple d’innombrables « migrations » de ce genre de par le monde.

Parmi de tels exemples : les Rohingyas, minorité musulmane fuyant la Birmanie ou le Bangladesh vers l’Indonésie, l’Australie ou l’Afrique australe. Parmi les migrants de Birmanie, ceux qui viennent du pays Shan (7) seraient – si l’on peut dire – les mieux lotis – alors que les Rohingyas peuvent rencontrer la mort à chaque moment (Cool. Pour ceux qui voient dans l’Afrique du Sud le havre de paix, le risque de mort n’est pas dans le transit mais dans le « pays » d’accueil où la persécution populaire violente est constante avec des sortes de pogroms.

Les conflits permanents au Soudan – Darfour et Sud-Soudan – recèlent aussi leur part de mort et d’horreur (9).
Sauf circonstances particulières (par exemple l’évolution démographique de l’Allemagne), l’immigration n’est plus du tout souhaitée et on est passé d’un caractère bénéfique  à une calamité, avec des politiques nationales anti-immigrés, des barrières politiques et matérielles et une montée de la xénophobie et du racisme à la démesure d’un afflux croissant de migrants en raison du chaos mondial causé par l’expansion capitaliste et sa crise. L’Union européenne et les Etats-Unis sont actuellement les plus menacés par cette invasion pacifique qu’ils ont bien du mal à endiguer.

La machine à fabriquer du migrant fonctionne à plein et la marchandise force de travail doit prendre la route, nantie souvent d’un viatique proportionnel à sa position sociale, dont la réalisation matérielle déstabilise encore plus l’économie locale par la vente des possessions ou par des emprunts (qui vont suivre le migrant et conditionner son insertion future). Cet effet déstabilisateur pourra même augmenter au cours du transfert du migrant si celui-ci est victime de vols, de racket ou autres sévices, et doit faire appel à la famille restée sur place pour financer la suite de son voyage.
On pourrait penser qu’à partir du moment où il quitte son milieu social spécifique, chaque migrant est semblable à tout autre, dans la banalisation et l’uniformatisation d’une force de travail non qualifiée au plus bas de l’échelle. C’est en partie vrai, car prendre le chemin de l’exil c’est être dans la même situation que tous les autres. Mais la « valeur » d’un migrant peut se référer à deux ordres différents ; le premier est celui non seulement de ses possessions matérielles mais aussi de la « valeur » que les auxiliaires du passage vont lui accorder – positive si on peut obtenir de lui des finances, directement par le prix du passage, par le racket exercé sur sa famille restée au pays, par son utilisation pour un travail temporaire ou le passage de drogue ou tout autre trafic pouvant aller jusqu’à la prostitution, ou encore par un prêt qui va lier le migrant à un travail défini dans le « pays d’accueil » ; ou négative par le fait qu’il a été « acheté », par exemple à un gardien du camp où il a été interné, et revendu à chaque intermédiaire de transit jusqu’au point de livraison final où il doit rembourser d’une manière ou d’une autre.

Le migrant peut avoir une autre « valeur », hors de ce transit. Ses qualifications professionnelles peuvent lui permettre de se « faire valoir » dans son arrivée à destination. Mais là aussi, quelle que soit sa qualification, des obstacles comme la langue, les protections professionnelles locales, des différences de pratique peuvent se révéler des obstacles qui réduisent ou suppriment la « valeur » de ces qualifications et ramènent sa force de travail dans les équivalents communs. D’une certaine façon, la migration dévalorise le coût de la force de travail à la fois par cette uniformisation par le bas et par la pression que cette dévalorisation entraîne dans le pays d’accueil.

Un autre facteur est apparu dans l’émigration récente : dans le passé, les migrants étaient en général individualisés, la famille restant au pays, et par la suite on discutait éventuellement de « regroupement familial » ; aujourd’hui, particulièrement pour les Syriens, ce sont des familles entières qui tentent l’aventure et la notion de regroupement familial n’a plus cours.

Tout un secteur marchand, en forte expansion, celui où opèrent les agences matrimoniales transnationales, est né autour d’une demande masculine de renormalisation patriarcale des rôles de genre à l’intérieur de la famille, offrant « femmes dociles et affectueuses » pour qui « les seules choses qui comptent sont la famille et les désirs du mari », le jeu complexe caractéristique d’une bonne part des migrations féminines contemporaines, fait à la fois de fuite loin des rapports patriarcaux des pays d’origine, de substitution au travail affectif et de soin que ne veulent plus assurer les femmes occidentales « émancipées », et de reproduction des conditions de subordination de classe et de genre (10).
Par ailleurs, on ne peut pas négliger la pression collective et familiale dans le projet migratoire des migrants. En Afrique, la décision de migrer est rarement individuelle. Quand les candidats à l’émigration proviennent d’un milieu rural, ils sont souvent désignés par le village qui réunit les fonds pour le voyage. Si le migrant arrive en Europe il sera contraint d’envoyer la majorité de son salaire au village car c’est sur lui que reposent les véritables espoirs de développement : combien de villages ont pu obtenir la construction d’un centre de santé, d’une école ou d’un véhicule grâce à l’argent de la diaspora. L’absence prolongée et éventuellement le retour des migrants est un véritable facteur de déstructuration sociale et de conflits familiaux (11).

Une agence de voyage très prospère

Tous les moyens sont bons pour que le migrant décide de gagner la « terre promise » choisie tant en fonction de relations personnelles que d’un imaginaire. Cela devient beaucoup plus facile – si l’on peut dire – avec le développement du chemin de fer et de la vapeur dans les transports maritimes. On pense que cette expansion de la machine à vapeur dans les transports a joué un rôle important dans le développement de l’immigration, notamment vers les Etats-Unis, en rendant le voyage plus sûr (en particulier pour l’hygiène), plus court et moins coûteux. Il n’en reste pas moins que cet acheminement du migrant reste une épreuve pendant un siècle, de 1850 à 1950, notamment dans la traversée transatlantique (12). Un autre aspect que l’on observera aujourd’hui dans d’autres moyens de transport va naître de l’utilisation clandestine du chemin de fer et prendra une grande dimension aux Etats-Unis avec les hobos (13).
Une autre caractéristique importante de ces migrations réside, jusque dans les années 1960, dans le peu d’obstacles administratifs ou autres : pourvu que l’on puisse payer le prix du voyage, migrer ne rencontrait guère d’obstacles. La raison principale en était que jusqu’à maintenant, le capitalisme avait besoin de sang frais pour ses développements nationaux, ouvrait largement les portes et même parfois allait recruter la main-d’œuvre dans son pays d’origine, finançant le voyage et fournissant les documents administratifs nécessaires. La migration est devenue aujourd’hui un parcours du combattant.

C’est ainsi que l’on a pu voir d’importantes émigrations, pour les raisons économiques que nous avons exposées et parfois des dangers causés par la guerre, de toute l’Amérique latine vers les Etats-Unis et le Canada, de l’Europe vers toutes les Amériques, de certains pays d’Europe, d’Afrique et d’Extrême-Orient vers les pays plus industrialisés d’Europe.
Il y avait bien des cas d’entraves à cette immigration qui amenait d’une part au développement d’une industrie de faux papiers et d’autre part à la constitution de filières, mais bien loin de ce qui peut exister actuellement. Ces filières pouvaient être clandestines et prendre les chemins de la contrebande, de la drogue, de la prostitution… ou bien naître de situations spécifiques, le plus souvent de la situation politique de pays dictatoriaux : tel, par exemple, le passage de la ligne de démarcation dans la France de l’Occupation, l’URSS, l’Allemagne nazie, l’Italie fasciste, l’Espagne franquiste, le Portugal salazariste, plus tard le Vietnam du Viet Minh (les boat people). Mais, eu égard aux émigrations présentes pour des raisons semblables, elles restaient de faible dimension et de rencontraient pas, hors la sortie du territoire national, de difficultés particulières.

A partir des années 1970, la transformation structurelle du capitalisme mondial a totalement modifié cette situation : avec l’automatisation, le capitalisme développé n’avait plus besoin de force de travail non qualifiée et, avec la mondialisation liée à la révolution des transports maritimes, le capital pouvait aller puiser cette main-d’œuvre dans les pays surpeuplés en développement, principalement la Chine et l’Inde. Comme nous l’avons souligné ci-dessus, la même mondialisation, la crise économique et le chaos engendré ont précipité dans l’émigration une masse croissante de candidats au voyage au même moment où ils n’étaient plus aucunement nécessaires, sauf cas particuliers au fonctionnement et développement du capital dans des entités nationales. Ce n’est pas une des moindres contradictions présentes du système capitaliste de produire par son seul fonctionnement des problèmes qu’il n’est capable de résoudre que par des mesures coercitives, qui créent encore plus de problèmes qu’elles n’en résolvent.

Les barrières de protection que pratiquement tous les Etats concernés ont édifiées et édifient encore sont soit juridiques, soit matérielles, et elles ne font que renforcer cette industrie du migrant sans pour autant endiguer le flot renouvelé d’une « fabrication du migrant » mouvante (14).

On doit examiner le coût global de ce « transfert de migrants » (la matière première) du lieu de production au lieu de consommation (celui de l’exploitation de sa force de travail) sous deux aspects, bien qu’ils soient étroitement liés. D’un côté pour le migrant qui doit en payer le prix en gros ou en détail pas seulement financièrement, pour ce qu’on regroupe sous le nom de « passeur » qui peut être unique dans l’organisation élaborée et « filières » ou très diversifiée, chaque étape du transfert devant être résolue au coup par coup.

Les obstacles juridiques peuvent paraître des formalités avec des possibilités de fraude (faux papiers), mais ils peuvent avoir des conséquences matérielles sur le transfert et même conduire à l’impasse des camps de réfugiés. Pour tenter de faire un tri à prétention humanitaire, les Etats refuges de migrants ont imaginé la distinction entre réfugié politique et migrant économique, comme si les deux n’étaient pas un même produit de l’activité capitaliste sous des formes différentes. Le « réfugié » pouvant bénéficier du sésame – le droit d’asile – doit prouver qu’il a été contraint de fuir un danger dû au pouvoir politique en place. Le tri pour séparer le bon grain de l’ivraie peut se faire dans des conditions assez éprouvantes ; voici une description de l’entrée dans l’Union européenne par les îles grecques : « …Irakiens, [les quatre membres d’une famille] viennent de débarquer à Efthalou [Lesbos]. Transportés en bus à Moria, ils sont tout de suite orientés vers le “camp du bas”, celui qui gère l’enregistrement des arabophones et des ressortissants les plus susceptibles de bénéficier de l’asile en Europe ; les Syriens, les Irakiens, les Eythréens, les Somaliens, les Soudanais et les Yéménites. Les autres – Afghans, Iraniens, Pakistanais – sont transférés au “camp du haut”, où les opérations sont plus lentes. Les Marocains et les Algériens, considérés, eux, comme de simples migrants économiques, sont placés en rétention dans les cellules du commissariat de Mytilène avant d’être renvoyés au vaste camp de rétention du continent situé à Corinthe, puis renvoyés vers le Maroc ou vers la Turquie […] [Pour ceux qui ont franchi cette étape de sélection, le processus est le même :] le conteneur d’identification où […] l’Agence européenne de gestion des frontières extérieures [Frontex] se charge d’établir la nationalité des réfugiés [qui doivent] déposer [leurs] empreintes sur des machines raccordées au fichier central européen, [être pris en] photo […] Et on délivre le laissez-passer qui octroie six mois de circulation » dans l’UE (15). Le migrant « autorisé » est transporté à la frontière avec la Macédoine et alors, à lui de se débrouiller. Avec des variantes, les conditions du tri sont à peu près les mêmes pour la filière italienne passant par Lampedusa.

D’autres frontières restent à franchir. L’octroi d’un statut juridique provisoire ne met pas fin au périple du migrant qui rencontre les difficultés matérielles de toute personne vivant dans l’illégalité : d’innombrables barrières de longueur et efficacité croissantes complètent les obstacles naturels que sont les mers, les fleuves et les montagnes (16). Leur efficacité n’est jamais que temporaire : les filières se déplacent vers d’autres routes ou utilisent d’autres techniques (cisaillage des barrières, tunnels) (17) ; ces barrières font monter le prix des passages, elles multiplient la sédentarisation, officielle et/ou sauvage, dans des camps (exemple de Calais) et les possibilités de corruption tout comme les violences physiques (viols ou trafic des enfants).

S’il ne finit pas au fond de la mer ou dans un cimetière côtier, le migrant se trouve donc bloqué dans un des innombrables camps de toutes tailles qui ont fleuri un peu partout, proches des frontières ou à l’intérieur d’un pays voisin – depuis les camps de rétention officiels d’où l’on sort pour être expulsé, jusqu’aux camps sauvages régulièrement détruits par la police pour être reconstruits ailleurs en passant par les camps dont la permanence remonte à plus d’un demi-siècle. Mais avant de voir la fonction et le coût de ces camps de migrants, il  nous faut regarder le coût et le rapport financier de cette portion de l’industrie du ­migrant.

Pour être largement illégale, cette industrie du migrant n’en est pas moins constitutive à part entière du procès de production capitaliste : le voyage consomme un certain nombre de produits, faisant en cela la prospérité de telle ou telle industrie ; il permet d’accumuler en raison de sa haute rentabilité une masse de capitaux investis dans ces circuits légaux (18). On peut observer que le fait de transformer du capital immobilisé sous des formes diverses (terres, bijoux, épargne, etc.) en capital financier, non seulement enrichit les banques mais aussi contribue à la circulation mondiale des flux financiers.

Les estimations financières concernant cette industrie au caractère flou sont forcément imprécises, mais la comparaison avec d’autres industries plus légales peut donner une idée de leur importance. Pour avoir une idée de cette dimension, on doit considérer trois volets impliquant une transaction moyennent finance, c’est-à-dire une marchandise ou un service, ceci dans le monde entier :

1 – ce que perçoivent en argent les filières de transfert de migrants ;
2 – ce dont profitent les fournisseurs de matériels utilisés pour ces transferts ;
3 – ce que coûtent aux Etats les moyens de contrôle, de sélection, de blocage et le stockage des migrants au cours de leur voyage.

1 Chiffrer ce que paient globalement les migrants à leurs « passeurs », depuis leur départ du pays jusqu’à leur arrivée dans le pays d’accueil, est difficile parce qu’il s’agit d’une activité clandestine et que le prix peut varier selon les pays, selon les moyens utilisés et, au sein d’une même filière, selon les difficultés telles qu’un renforcement de la répression, de contrôle ou l’édification de barrières (19).

On peut tenter une estimation globale en relation avec le nombre d’une catégorie de migrants (il ne s’agit ici que de migrations extérieures, pas intérieures). En 2013 les Nations Unies recensaient 232 millions de migrants dans le monde entier (20). Même si l’on chiffre le prix payé par chaque migrant pour son transfert en moyenne à 1 000 euros, on obtient un montant global annuel d’un chiffre d’affaire de 232 milliards – bien en deçà de la réalité. On peut comparer avec le budget de la France en 2016, qui prévoit 300 milliards d’euros de recettes, ou avec les six premières entreprises mondiales qui toutes avaient un chiffre d’affaires aux environs de 400 milliards de dollars. Mais d’une part le chiffre d’affaire de l’industrie du migrant peut aussi bien atteindre le double de cette estimation et d’autre part, cela ne dit rien sur ce que doivent payer ces « entrepreneurs » de transport de voyageurs ou agences de voyage, comme vous voudrez, pour s’assurer les moyens matériels de transport, la fourniture de faux papiers et l’argent de la corruption des agents de contrôle. Bien sûr, le plus souvent, les mafias règnent sur ces secteurs dont elles ont vite repéré le caractère aussi rentable que le trafic de drogue (mafias turque pour le passage en Grèce, italienne pour le trajet Libye-Italie, albanaise pour les passages par la Macédoine). De plus, les filières de la drogue peuvent être utilisées et les migrants eux-mêmes contraints à devenir passeurs de drogue.

En bonnes capitalistes, ces mafias ont aussi compris, grâce à leur expérience dans la drogue, que dans tout trafic illégal les profits s’accroissent si on contrôle en aval les passeurs de base et en amont les fournisseurs de matériels. Ce processus de « concentration » a été accompli par la mafia turque : elle s’est d’abord assuré par ses rackets la domination économique des passeurs, puis celui des vendeurs de matériel de passage, s’assurant ainsi le quasi-monopole de la fourniture des bateaux gonflables, qui sont produits essentiellement en Chine.

La mafia italienne, par exemple, qui brille dans son trafic de migrants, « consolide » l’exploitation des migrants dans les dits pays d’accueil. On se souvient des terribles affrontements avec les mafias dans le Sud de l’Italie. Et le village calabrais Riace, souvent cité pour l’accueil qu’il offre aux migrants, a dû passer simultanément par la case « lutte anti-mafia ».

2 Le matériel utilisé au cours du transfert peut aussi être d’une diversité extrême et une source de profit tant pour les « trusts » des filières que pour les artisans locaux dont la possession d’un bateau de pêche permet de profiter de la situation. Là aussi, l’imagination poussée par la perspective de profit est délirante et les migrants doivent toujours en passer par là. Chacun a pu voir sur son écran de télévision ou d’ordinateur ces embarcations gonflables chargées de migrants debout, pressés comme des sardines. Quelques chiffres : un bateau gonflable dont le prix varie de 170 à 700 euros peut transporter 40 à 50 migrants qui auront payé jusqu’à 800 euros chacun ; profit net : au moins 30 000 euros. D’après le Financial Times une embarcation avec 450 migrants rapporterait 1 million d’euros pour un seul passage. Peu importe que l’embarcation soit perdue, quelle industrie rapporterait autant ? Mais il y a mieux : l’exemple, sans doute pas unique, du Blue Sky, cargo promis à la casse pour ses 38 ans d’âge, mais racheté pour 100 000 euros (21). On y entasse 800 migrants qui crachent 6 000 à 8 000 euros chacun pour un prétendu passage de la Turquie vers l’Italie. Le navire est abandonné dans l’Adriatique, moteur et gouvernail bloqués pour un naufrage assuré avant d’être repéré et ses occupants sauvés. Profit : près de 5 millions d’euros. Plusieurs autres cargos de ce genre seront interceptés
Et il n’y a pas de petits profits ; en plus du prix du passage ceux qui ont encore des réserves doivent payer 170 euros pour un gilet de sauvetage ou pour une couverture, et même 170 euros si, parqués dans la cale, ils veulent respirer sur le pont.

Un autre moyen de passage clandestin d’une frontière est celui des tunnels, comme ceux de Gaza vers Israël et vers l’Egypte ou ceux du Mexique vers les Etats-Unis ; mais là aussi on connaît peu de choses de ce monde souterrain (voir note 17).

3 Que coûtent tous les moyens mis en œuvre pour contrôler, stopper les migrants et détruire les filières ? Libération (22) tente une approche. En quinze ans ce budget « migrants » aurait coûté :

– 75 milliards aux pays d’Afrique pour des investissements destinés à stopper les migrations (on peut comparer avec les profits des filières migratoires indiqués ci-dessus et penser qu’une bonne partie de cette manne se perd dans les comptes offshores de dirigeants corrompus) ;
– 1 milliard pour l’Agence Frontex (voir ci-dessous) ;
– 11 milliards pour les expulsions ;
– 450 millions pour les recherches de moyens techniques de détection ;
– 77 millions pour la construction de murs et barrières.

On n’arrête pas le progrès : à l’imagination cupide des patrons de filières correspond l’imagination défensive des Etats pour prévenir l’invasion migratoire.

La Commission européenne a constitué depuis 2015 un groupe de travail auquel participent les principaux fabricants d’armes (Airbus, Thalès Finmeccanica et BAE) et de technologies spéciales (Saab, Indra, Siemens etc.) qui a reçu 225 millions pour élaborer des projets de protection des frontières.

L’Agence européenne chargé de l’interception-accueil-sauvetage éventuel des migrants, Frontex, va être remplacée par une force européenne de « gestion de la migration » de 1 000 agents permanents et de 1 500 agents de réserve mobilisables en une force de déploiement rapide en cas de nécessité.

Parallèlement a été créé un Fonds d’affectation spécial (Trust Fund), doté de 18 milliards d’euros pour le développement de l’Afrique saharienne (23).

Le passage du tunnel sous la Manche serait paraît-il, d’après les dirigeants de la société qui l’exploite, entièrement « sécurisé » pour 13 millions d’euros avec le concours du Royaume-Uni et l’installation de 40 km de barrières diverses. Dans ce domaine, les nouveautés techniques abondent, depuis un centre européen des empreintes digitales jusqu’à la mise au point par Israël et les Etats-Unis d’un drone capable de détecter les tunnels.

On ne sait pas grand-chose du coût des barrières diverses qui ont proliféré récemment dans les Balkans (par exemple des 175 km entre la Serbie et la Hongrie [24])et ont – provisoirement – coincé les migrants, mais causé aussi, dans ces Etats autrefois unis dans la Yougoslavie, des réactions locales, car elles compliquent les relations quotidiennes personnelles, de travail, de commerce, de leurs habitants : c’est ainsi que s’est constitué un groupe baptisé « Front Ouvrier » dont les commandos nocturnes coupent une certaine longueur de barbelés entre la Croatie et la Slovénie et les revendent au profit d’un fonds de solidarité pour les migrants (25).

On peut se demander si la balance entre ce que paient les migrants globalement et ce que l’Europe dépense pour limiter leur entrée ne correspond pas à un prix payé par le migrant pour avoir un emploi, comme on vit autrefois proliférer dans différents pays des bureaux de placement payants.

Si l’on s’est attaché dans ces récits à l’Europe, c’est parce que cela nous touche directement et que les médias sont donc particulièrement prolixe sur ce point limité de la question mondiale des migrations. Mais on retrouve, à des degrés divers, la même horreur dans des migrations « de seconde zone » .

Juste un récit d’un migrant vers l’Afrique du Sud : « Alors qu’on lui avait promis “une belle voiture”, M. Giro a parcouru la première étape du voyage – la traversée du Kenya et de la Tanzanie – à bord d’un minibus bondé. Il a tout de même eu de la chance, car l’autre moitié du groupe de 76 Éthiopiens dont il faisait partie a fait le même trajet caché dans un chargement de bois à l’arrière d’un pick-up. Les deux véhicules ont emprunté des routes secondaires en mauvais état et roulé principalement de nuit afin d’éviter de se faire repérer. Les policiers qu’ils ont rencontrés les ont laissés poursuivre leur chemin en échange de pots-de-vin.

Juste avant la frontière du Malawi, les passeurs de M. Giro ont fait descendre les migrants dans le bush et les y ont laissés sans nourriture ni eau pendant cinq jours pour aller faire du repérage (…). “Nous avons partagé le peu d’eau que nous avions et mangé des feuilles”, se rappelle M. Giro. “Plusieurs d’entre nous sont tombés malades à cause de la chaleur et du paludisme ; quatre personnes sont mortes pendant que nous attendions.” (…) Une semaine plus tard, alors que M. Giro peinait à respirer à l’arrière d’un camion traversant le Mozambique, 42 Ethiopiens sont morts étouffés dans un autre camion qui parcourait le centre de la Tanzanie. Le chauffeur a abandonné les cadavres et les 85 survivants sur le bord de la route et continué son chemin. S’il n’y a pas eu de morts dans le véhicule dans lequel M. Giro voyageait, 16 personnes parmi celles qui se trouvaient à bord du camion chargé de bois sont décédées pendant le voyage. » On pourrait renouveler de tels faits dans le monde entier notamment dans l’assaut de migrants d’Amérique latine vers les Etats-Unis (26).

D’une manière ou d’une autre, la marchandise force de travail trouve un point d’utilisation ou de mise en réserve dans cet entrepôt de stockage que sont les camps divers. On laisse de côté ceux qui sont livrés en pièces détachées dans les trafics d’organes (27). Le trafic des enfants est aussi particulièrement apprécié et rémunérateur depuis l’esclavage industriel, domestique ou sexuel, la revente pour adoption ou le trafic d’organes (28).

Les autres pertes dans le stock global de cette marchandise, au cours des transferts qui sont exploitées médiatiquement pour faire accepter l’injection de cette force de travail bon marché dans les économies nationales, apparaissent tout aussi dérisoires, eu égard aux millions de migrants et à leur renouvellement constant ; ce ne sont finalement que les pertes et profits du commerce d’une marchandise et, vue sous cet angle, c’est une affaire très rentable.

Car il est un autre aspect dont on parle peu, celui de la dévalorisation de cette force de travail dont le migrant est porteur. Ce n’est pas tant dans la mutation traditionnelle d’un paysan, d’un ouvrier agricole ou d’un artisan en ouvrier industriel ou en employé des services, mais dans le fait que le migrant a eu dans son pays d’origine une activité professionnelle dans un certain secteur économique à un certain niveau de qualification et de position hiérarchique. Le plus souvent ce migrant, quelle qu’ait été sa position antérieure, se trouve réduit au plus simple de la condition de prolétaire. Car de nombreux obstacles vont contrarier ses bonnes volontés d’insertion : langue, différences techniques, culturelles, assignation géographique, racisme, règles juridiques. D’un autre côté, l’inaction dans les camps (qui concerne de loin les plus nombreux des migrants actuels) et la situation d’assisté permanent entraînent une déqualification dans un monde en évolution technique accélérée. Certains camps permanents ont pourtant réussi à organiser des formations scolaires et professionnelles, mais dans une bonne partie des camps les migrants n’ont accès à rien.

NOTES

(1) Pour certains (comme Eric Williams [1911-1981, historien et premier ministre de Trinidad-et-Tobago] dans son livre Capitalisme et Esclavage [éd. Présence africaine, 1968]), le capitalisme naît dans la société de plantation et le commerce triangulaire. Forme finalement très moderne du capitalisme quand on lit les liens plus qu’étroits entre négriers-banquiers-corsaires et propriétaires d’industrie qui étaient parfois une seule et même personne. Certaines banques avaient même spéculé sur le prix des esclaves : « Anticipant sur l’abolition de la traite des Noirs, elle [la Ship Bank] spécula sur une grande échelle sur l’achat des esclaves. La loi, toutefois, ne fut pas votée. Les esclaves durent être habillés et nourris, leur prix subit une baisse sensible, la maladie les emporta par centaines. La firme fit faillite en 1795, et ce fut le plus grand désastre financier que Glasgow n’ait jamais vu. » Williams démontre aussi que les bénéfices du commerce triangulaire ont servi à financer les industries métallurgiques (la machine à vapeur par exemple) ou d’autres industries britanniques (industrie de l’ardoise, coton). Les bénéfices furent également l’occasion de l’essor des compagnies d’assurance (Lloyd’s).
(2) « Germany debates how immigration affects crime », Financial Times, 17 janvier 2016, et « The numbers game », Financial Times, 2 décembre 2014.
(3) Enquête de l’Institut für Wirtschaftsforschung (Ifo), organisation basée à Munich et spécialisée dans le domaine économique, citée dans « German employer pessimistic about the chances of finding work for low skilled refugees », Financial Times, 27 novembre 2015.
(4) « The migration numbers game », Financial Times, op. cit..
(5) « Human traffic king. Brazil slaves face death threat and debt », Financial Times, 8 décembre 2015.
(6) « N Korean ‘ghost ships’ wash up on Japanese shores », Financial Times 4 décembre 2015 (https://next.ft.com /content/a0d56d1e-9a63-11e5-bdda-9f13f99fa654).
(7) Partner Relief & Development, 19 mars 2014. La Thaïlande exploite dans les pires conditions et les plus durs travaux (BTP, nettoyage, domestique, prostitution) 2 millions de migrants venant de Birmanie dont 200 000 du pays Shan, situé dans le Nord-Est de la Birmanie, frontalier de la Chine et de la Thaïlande. Pour une bonne part illégaux, tous ces migrants n’ont droit à aucun des services sociaux réservés aux Thaïlandais.
(Cool « Le peuple le plus persécuté du monde », Le Figaro, 11 mai 2015. Les Rohinghyas sont un groupe ethnique musulman du Sud-Ouest de la Birmanie dans le district d’Arakan, région côtière montagneuse proche du Bangladesh. Ils ont été déchus par la junte militaire de la nationalité birmane et toutes les actions dirigées contre eux visent à contrôler cette région pétrolière. Le nettoyage ethnique les contraints à l’exil au Bangladesh ou en Malaisie, d’où ils sont refoulés, comme de Malaisie, d’Indonésie et d’Australie (en 2015, en trois mois, 25 000 personnes ont été refoulées dans la mer). 140 000 d’entre eux sont parqués dans des camps dans des conditions atroces, objets de tous les trafics. En Malaisie 139 fosses communes ont été découvertes autour de 29 camps de transit. (« Les damnés de la mer, Libération, 17 mai 2015 ; Wikipédia, Euro News 25 mai 2015.)
(9) En Afrique du Sud survivent 5 millions de migrants illégaux (10 % de la population) dont 3 millions de Zimbabwéens. La montée du chômage, des inégalités, de la pauvreté, des pollutions et de la corruption fait qu’empire avec la crise mondiale la condition des natifs noirs. Comme souvent, la tension sociale est déviée vers l’affrontement contre les immigrés et les Zimbabwéens en particuliers. Les émeutes raciales en avril 2015 ont fait 7 morts et 300 arrestations. Plus de 300 boutiques de migrants ont été incendiées de même que des dizaines d’habitation dans des émeutes raciales que certains considèrent comme des pogroms (Wikipédia, UN Dispatch, 16 avril 2015. Pour le Sud Soudan, « Les récits hallucinés de l’enfer sud-soudanais», Le Monde (31 octobre 2015).
(10) En dehors du cas extrême de la prostitution, les migrations des femmes – notamment africaines, mais on le voit aussi en Guyane avec les Brésiliennes – passent par le fait de se marier avec un Européen. On peut ainsi observer dans les capitales du Sud de gigantesques cybercafés occupés par des femmes qui « appâtent » le mari via des sites de rencontre et les réseaux sociaux. Plus anecdotique mais symbolique, on retrouve ces cas dans des émissions de télé-réalité, par exemple sur TF1. Ainsi voit-on une perspective de « libération » (de sa condition de pauvreté en particulier) de la femme africaine via une position « antiféministe » aux yeux des Européennes, celle de la femme docile et soumise à son mari.
(11) Avec la chute de Kadhafi, les villages tchadiens, par exemple, se sont trouvés dans une situation catastrophique car ils perdaient la perfusion financière fournie depuis des années par la diaspora établie en Libye. Le retour des Tchadiens de Libye (grâce notamment à l’organisation de leur évacuation par l’OIM) a eu un double effet catastrophique : l’arrêt des transferts d’argent plus de nouvelles bouches à nourrir ainsi que des conflits sociaux : beaucoup des migrants ont constaté à leur arrivée que leurs investissements et leurs biens dans les villages avaient été spoliés par leurs voisins, leurs familles, etc.
(12) Quelles que soient les améliorations (raccourcissement du trajet, lois sur l’hygiène et les conditions de transport), le séjour dans l’entrepont d’un navire reste difficile, comme en témoigne Edward Steiner en 1906, dans On the Trail of the Immigrant (rééd. BiblioLife, 2008) : « L’aménagement de l’entrepont ne varie guère, pas plus que son emplacement : toujours situé au-dessus des vibrations des machines, il est bercé par le vacarme saccadé de la ferraille en mouvement et le grincement des amarres. On y accède par un escalier étroit, aux marches visqueuses et glissantes. Une masse humaine, des couchettes nauséabondes, des toilettes rebutantes : tel est l’entrepont qui est aussi un assemblage suspect d’odeurs hétéroclites : pelures d’orange, tabac, ail et désinfectant. Pas le moindre confort, pas même une chaise. Une nourriture médiocre, apportée dans d’énormes bidons, est servie dans des gamelles fournies par la Compagnie. Les profits retirés par les compagnies de ce transport d’immigrants sont énormes en raison de leur nombre et la concurrence y est féroce. »
(13) Les « hobos » sont des travailleurs itinérants qui sillonnent les Etats en quête de petits boulots et de bonnes combines. Ils sont un des résultats des changements profonds qui affectent la société américaine du début du xxe siècle. Ils tentent de fuir la misère, voyagent par la route ou clandestinement dans les trains de marchandises. L’image du hobo est d’ailleurs inséparable de celle du train. Beaucoup de hobos se retrouvent le long des lignes ferroviaires dans des points d’accueil plus ou moins improvisés. Ils y échangent des informations sur les lieux où trouver de l’emploi et mener une vie stable. Quand ils ne se parlent pas de vive voix, les hobos laissent des symboles dessinés à la craie ou au charbon. Ce système de symboles a pour but d’informer ou d’avertir les autres (endroits pour attraper un train pour dormir, présence fréquente de la police, repas chauds, chiens dangereux, etc.). Cette langue est un ensemble de signes qu’on trouve parfois gravés dans la pierre des immeubles des villes et qui indique que la maison est accueillante ou qu’au contraire on y lâche les chiens.
(14) Par exemple l’effondrement du prix du pétrole pourrait désétatiser des pays vivant de la rente pétrolière comme l’Algérie ou le Nigeria et jeter sur la route de l’exil des milliers de personnes victimes de la fin des subventions aux denrées de base et de l’inflation conséquente.
(15) « A Lesbos, les migrants continuent d’affluer », Le Monde, 9 janvier 2015.
(16) Voir « Murs », Echanges n°153 (automne 2015) et
« Les parias à l’assaut de la forteresse Nord », Echanges n° 148 (été 2014).
(17) « Depuis le début de l’année [2015], près de 4 000 demandeurs d’asile ont fait un très long crochet via le Grand Nord pour traverser la frontière entre la Russie et la Norvège, pays membre de l’espace Schengen à défaut d’appartenir à l’Union européenne. Ils n’étaient que dix en 2014 », extrait de « Migrants : frictions entre la Norvège et la Russie avec l’essor de la route arctique », dépêche de l’AFP du 10 novembre 2015 reprise par de nombreux sites de presse. Une triple barrière, dont une de 7 m de haut, protège les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, mais chaque mois 1 000 migrants réussissent quand même à la franchir alors que 80 000 espèrent faire de même. Europe 1, 19 janvier 2014.
Entre le Mexique et les Etats-Unis une barrière de 5 m de haut accompagnée de 1 800 tours de contrôle et peuplée de 18 000 « borders patrol », ornée de chaque côté de deux barrières parallèles de barbelés de 2 m de haut, avec un chemin de ronde et un fossé empêchant l’accès en voiture, peut être franchie par plus de 200 tunnels. Pour la drogue, on utilise des catapultes ou des drones.
(18) Quelques exemples : Istanbul-Lesbos, prix moyen 2 800 euros par migrant (Financial Times du 16 juin 2015). Une famille syrienne de trois personnes devra verser 5 000 euros pour parvenir en Allemagne (Financial Times du 22 avril 2015). D’après le Financial Times (11 octobre 2015), l’industrie du passage entre la Syrie et les Balkans se serait « organisée » et rationalisée pour accroître la sécurité (c’est dire !), éviter les accidents de tous ordres (notamment avec les autorités et les médias) avec un minimum de passeurs (moins de dix) présentant une offre diversifiée (même par avion pour les plus riches) et un prix moyen de 7 000 euros (avec réduction de moitié pour les enfants de moins de huit ans). Alors qu’il n’en coûte que 600 euros pour passer de Libye à Lampedusa, mais avec un risque bien plus grand. Comme partout, la sécurité ça se paie. A la tête d’un des plus importants groupes de trafiquants de migrants, un personnage dénommé « le docteur » siège à Istanbul et organise de là vers les îles grecques des passages dont le nombre peut varier chaque nuit de quatre à quinze, selon l’état de la mer et autres problèmes de contrôle. Il a un projet de faire construire un navire de 200 m de long capable de transporter 400 réfugiés à la fois, chacun payant 1 500 dollars cash depuis la Turquie jusqu’au large des côtes italiennes où une armada de bateaux de pêche les prendrait en charge jusqu’à la côte ; un tel navire pourrait faire ainsi quatre à cinq voyages chaque jour (« Smuggling rings struggle to stay afloat », Financial Times, 14 décembre 2015).
(19) « The migration numbers game », ONU et Financial Times.
(20) Voir par exemple https://www.ined.fr/ fichier/s_rubrique/23808/fichier.fiche.peda.migrations.monde.fr.pdf
(21) « Personne ne pensait s’en sortir vivant. Les réfugiés du Blue-Sky racontent leur calvaire vers l’Europe », Le Monde, 4 janvier 2015.
(22) « Les moyens de la répression migratoire », Libération, 18 juin 2015 (http://www.liberation.fr/apps/2015/06/tmf/).
(23) « Frontex, mission européenne presque impossible », La Croix, 16 janvier 2015. Frontex (Frontières extérieures) est l’Agence européenne de gestion des migrations. Son siège est à Varsovie. Ses pouvoirs accrus pour le contrôle des migrations vers l’Europe et leur interception requiert pour ses 1 500 gardes-frontières des pouvoirs militaires déployés avec l’aide éventuelle des pays de l’UE sur terre, mer et air. Financé à concurrence de 238 millions d’euros en 2016, ce budget va monter à 322 millions d’euros en 2020. Un projet actuellement en discussion vise à transformer Frontex en un corps européen de gardes-frontières qui aurait un pouvoir direct d’intervention aux frontières européennes sans l’accord préalable des pays concernés, ce qui soulève pas mal d’oppositions.
(24) « Barrière frontalière hongroise », Wikipédia (https://fr.wikipedia.org/wiki/Barri%C3%A8re_frontali%C3%A8re_hongroise).
(25) http://communisme-ouvrier.info/?Europe-forteresse-Ces-europeens.
(26) « Les passeurs prospèrent et les tragédies se multiplient  », irinnews (www.irinnews.org/fr/report/95877/migration-les-passeurs-prosp%C3%A8rent-et-les-trag%C3%A9dies-se-multiplient). De nombreux témoignages similaires : « Le long voyage d’un jeune Somalien vers la sécurité en Afrique du Sud », UNHCR, 20 septembre 2010 ;  « L’enfer des migrants Est -Africains vers l’Afrique du Sud »,  Slate Afrique (site Internet), 30 juillet 2012.
(27) «  Voyage en barbarie, un documentaire réalisé par Delphine Deloget et Cécile Allégra : « Depuis 2009, 50 000 Erythréens sont passés par le Sinaï, 10 000 ont disparu ». Il existe plusieurs versions de ce documentaire, diffusé par la chaîne de télévision Public Sénat et par lemonde.fr http://abonnes.lemonde.fr/afrique/visuel/2014/10/13/voyage-en-barbarie-dans-le-desert-du-sinai_4501271_3212.html, et publié par Le Monde du 1er septembre 2014 et par Grands reporters.com (http://www.grands-reporters.com/Voyage-en-barbarie-2-Sinai-Deux.html) ; seule ce dernier site parle de trafics d’organes, s’appuyant su des témoignages qu’il cite au conditionnel. Affirmations à prendre avec prudence, donc, sans en exclure la possibilité.  « Chez les bourreaux du Sinaï », Le Monde, 1er septembre 2014.
« Des immigrants victimes d’un trafic d’organes au Mexique », Le Monde, 7 novembre 2013.
(28) Ces enlèvements d’enfants concernent 124 pays, 40 % dans l’Asie du Sud-Est et du Sud (Rapport mondial sur la traite des personnes, 2014, Office des Nations Unies contre la drogue et le crime [ONUDC]).

(à suivre)


Dernière édition par Patlotch le Mar 19 Avr - 16:41, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: MIGRATIONS & RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALITÉS : analyses   Mar 19 Avr - 16:32

(suite)

Les camps, réservoirs de la force de travail

Dans la filière de la migration, un peu comme dans un jeu de l’oie, une case rétention plus ou moins longue peut être la case dans laquelle tombe le migrant. Cette case est le « camp » dont l’origine, la nature, le caractère peuvent être fort divers (29).

Bien sûr, ces camps ont existé depuis longtemps mais depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les premiers de quelque importance ont suivi la constitution de l’Etat d’Israël (1948) et l’expropriation des Palestiniens. Une bonne partie se sont retrouvés dans des camps au Liban (le camp de Chatila à Beyrouth a été créé en 1949), en Jordanie et en Cisjordanie ; ils y sont encore, deux générations après, avec toujours l’espoir fallacieux d’un retour dans le pays dont ils ont été exclus.

On trouve encore ce type de camps qui sont le sous-produit de guerres, notamment en Afrique et maintenant autour de la Syrie. Ces camps « officiels » regrouperaient jusqu’à 15 millions de réfugiés dans le monde.

Un seul exemple : le camp de Dadaah au Kenya, proche de la frontière somalienne, abrite plus de 400 000 réfugiés, principalement somaliens, fuyant le chaos de leur pays parfois depuis trois générations. C’est le plus grand du monde, une véritable ville qui a développé une activité commerciale, et dont ne sont partis en 2014 que 500 personnes, parce que la plupart ne peuvent payer un passage (30).

Dans de tels camps « officiels », un minimum de subsistance est assuré par l’ONU et/ou les ONG, mais ce minimum n’existe guère dans les camps « sauvages », plus ou moins improvisés mais devenus permanents, dont le modèle, si l’on peut dire, est la jungle de Calais (6 000 migrants, auxquels il faut ajouter les 3 000 de « l’annexe » de la jungle à Grande-Synthe, dans l’agglomération de Dunkerque).

Ces camps « provisoires » se sont multipliés ces derniers temps comme conséquence d’une énorme et hypocrite décision politique relative aux émigrés syriens, aujourd’hui les plus nombreux. Sur les 14,5 millions de Syriens qui ont fui leur pays, 40 % se trouvent dans des camps en Turquie, en Jordanie, en Libye et en Egypte. La décision de l’Allemagne d’accueillir jusqu’à 1,3 million de Syriens a donné un vernis humanitaire à la froide politicienne Merkel, alors qu’elle a agi au seul bénéfice du capital allemand, en manque de main-d’œuvre à cause du déficit démographique (on oublie souvent que l’Allemagne compte depuis des années 4 à 5 millions de Turcs et Kurdes et que l’intégration des Syriens ne poserait guère de problèmes). La décision, aussi brutale, de fermer le robinet a brusquement rompu la filière, alors que nombre de Syriens répondant à l’appel d’air allemand étaient déjà dans les différents pays étapes de la filière. Les frontières se sont fermées progressivement, les contraignant, à l’instar des migrants de Calais ou de Libye, à s’installer sur place dans des camps improvisés ; cela s’est prolongé ainsi par un effet de dominos jusqu’à la frontière turco-syrienne.

La Turquie compte déjà plus de 2 millions de réfugiés syriens dans des camps « plus classiques » où ceux qui fuient la mort sous les bombardements russes autour d’Alep sont parqués du côté syrien dans des camps de fortune, restant sous la menace de la guerre. La présence de ces camps sauvages produits de décisions politiques deviennent eux-mêmes un élément de tractation politique autour de chantage – « aidez-nous financièrement ou autre ou nous ouvrons les vannes pour porter l’invasion chez vous ».

Ces camps provisoires posent à ces Etats des Balkans un problème réel : avec des taux de chômage qui peuvent atteindre plus de 30 % de la population active et des économies à la dérive, comment ces Etats peuvent-ils humainement accueillir des milliers de réfugiés bloqués ainsi sur leur territoire et subvenir temporairement à leurs besoins sans une aide extérieure ? C’est particulièrement le cas de la Grèce, qui est le premier maillon de la chaîne d’évasion-invasion dans l’Union européenne des émigrés syriens : en gros « nous fermons nos frontières et vous effacez la dette sinon on laisse passer ». Une solution serait – paraît-il – que l’Europe finance la construction d’un camp permanent capable d’absorber près d’un million de réfugiés syriens (31).

Une autre formule se trouve dans les camps de rétention dont les « hôtes » ne sont là que pour un temps mais constamment renouvelés au fur et à mesure des chasses au migrant : les 1 000 centres de rétention connus regrouperaient, à un moment ou à un autre, plus de 1 million de ces hôtes de passage (32).

Il existe des camps encore plus sinistres et secrets comme celui de Misrata où sont enfermés dans les pires conditions 20 000 migrants arrêtés en Libye (33). 200 000 prisonniers politiques croupiraient dans les camps secrets de détention de Bachar Al-Assad, et on ne sait combien dans des équivalents en Ethiopie ou dans le Sud-Soudan. Tout aussi sinistres que secrets, aux confins sud de la Birmanie, ces camps clandestins « privés » qui compteraient plus de 140 000 « résidents » bangladais ou des minorités opprimées birmanes, moitié camps de transit, moitié camps de la mort, dont témoignent la découverte de charniers. Les camps, quels qu’ils soient, font aussi partie d’un cycle industriel, à commencer par la fourniture de ces innombrables tentes, d’un minimum d’équipement matériel de voirie, d’adduction d’eau et d’électricité, jusqu’aux fournitures alimentaires. Si l’Union européenne peut verser 30 millions à l’Ukraine pour l’entretien de centres de rétention et de camps de transit, on peut imaginer l’ensemble du financement d’origines diverses des camps « officiels ». C’est là que s’immisce l’industrie. Pour les services dans ces camps sont lancés des appels d’offres internationaux. Un certain nombre de sociétés existent sur un plan international et répondent à ces appels d’offres : le moins offrant gagne la timbale et n’en donne aux migrants que ce qu’il en a reçu. On connaît certaines de ces sociétés : Serco, Mitie and Geo Group, Broad Spectrum, Transfield Services (qui agissent aussi dans les services aux prisons) (voir http://business-humanrights.org, qui proclame sur son site : « Nous travaillons avec tous pour faire progresser les droits humains dans le monde des affaires »), dont les actionnaires sont parfois les fonds de pension mais dont la finance se détourne quelque peu, pas pour des raisons morales mais pour défaut de rentabilité. En fait c’est une activité bien moins documentée que ce que rapporte le transit des migrants pour cette question de rentabilité.
Reste une question, la plus importante pour le migrant porteur de la force de travail. Le camp est une sorte de stockage de la marchandise force de travail, mise en réserve pour on ne sait quel futur productif. D’une certaine façon, le séjour dans le camp peut avoir des effets contradictoires : d’une part l’inaction et la coupure du monde extérieur en perpétuelle évolution entraîne une dévalorisation de la force de travail du migrant, de l’autre au contraire l’auto-organisation du camp peut permettre, comme à Dadaah au Kenya, d’élever le niveau d’instruction et de développer es formations de qualification, de sorte que l’on peut affirmer aujourd’hui que dans ce camp le niveau d’instruction et de qualification est largement supérieur à la moyenne de la population locale alentour.
Il n’en reste pas moins que pour beaucoup, l’entrée dans le camp peut signifier un long séjour : l’impécuniosité de la plupart leur interdit de pouvoir postuler dans une filière quelconque de l’émigration. Reste une voie tragique qui pour être limitée (elle concerne vraisemblablement plus de 100 000 personnes) n’en existe pas moins, comme une épée de Damoclès sur toute « tête » d’un camp. Affirmer à l’un de ceux-ci qu’une possibilité de sortie vers un pays d’accueil (dans notre exemple, Israël) existe était le travail d’un gardien ou d’un recruteur qui vendait ainsi une centaine d’euros le migrant naïf et le remettait à un passeur. Celui-ci le revendait à un autre passeur et de fil en aiguille, le migrant parvenait dans des centres secrets dans le désert du Néguev avec une valeur de 1 000 euros qu’il devait « rembourser » s’il voulait entrer en Israël. C’est sa famille élargie restée au pays qui devait envoyer l’argent, et pour la faire céder des images de séances de torture lui étaient envoyées via Internet et iPad. Si rien ne venait le migrant était tué et ses organes récupérés pour transplantation (voir note 27).  La construction d’un mur de séparation avec Israël a mis fin à cette filière, mais elle existerait eencore ailleurs, notamment en Libye.
On pourrait aussi classer comme un camp l’amoncellement des migrants de l’intérieur des Etats qui s’agglutinent dans des sortes de ghettos à la périphérie des villes, notamment du tiers monde. Ils peuvent bien sûr en sortir, soit pour gagner emploi et résidence hors du bidonville soit pour tenter les filières de l’émigration, mais le plus souvent leur impécuniosité est une barrière aussi infranchissable que les barbelés des camps matérialisés.

Migrations et socialisation


Un des points souvent soulignés sur la montée du capitalisme réside dans la constatation qu’en regroupant les travailleurs dans une seule unité on créait une collectivité unie dans une condition identique en un seul lieu, l’usine : cette forme de socialisation était opposée à une individualisation antérieure d’unités individualisées de production dépendant d’un seul patron. On citait en exemple ce qui constituait un de ces premiers regroupements, celui des tisserands travaillant à domicile sur leur métier à tisser regroupés dans une seule usine de tissage.

Ce n’était qu’en partie exact car une autre forme de socialisation existait auparavant, tant chez ces producteurs indépendants que chez les paysans dont le déracinement allait constituer l’essentiel de la force de travail initiale du capital. En témoignent par exemple les mouvements collectifs de paysans locaux ou généraux au cours du Moyen Age et jusqu’à aujourd’hui. Comme le capital a toujours détruit les systèmes préexistants pour se développer, la socialisation qu’il introduisait se substituait à celles qui préexistaient. Mais elle était tout autant nocive pour lui : une telle socialisation était à l’origine de résistances individuelles et collectives de sorte que le capital se trouvait dans la nécessité, pour que le procès de production fonctionne sans heurts, de les briser ou de les intégrer. Ce qui ressort de toute son évolution depuis sa consolidation.

Les migrations, de natures différentes parce que sortant des cadres nationaux, qui se sont développées depuis la moitié du xixe siècle, d’abord de l’Europe vers les Amériques, puis intereuropéennes, pour devenir internationales comme elles le sont aujourd’hui, posent toutes cette question de destruction d’une socialisation dans le pays d’origine du migrant, qui retrouve inévitablement une autre forme de socialisation, soit au cours de son transfert soit lors de sa fixation dans son pays d’accueil. C’est encore le sort des migrants d’aujourd’hui, mais dans les migrations récentes, notamment d’Asie vers l’Europe, la destruction de la socialisation d’origine est évidente dès le départ mais par contre, on ne sait rien de ce qu’elle sera dans le pays d’accueil. Dans ce creuset que sont les migrations d’aujourd’hui, on ne souligne souvent que les conflits dans les divisions naturelles dérivant des nationalités, religieuses et/ou ethniques, reproduisant une socialisation parcellaire d’origine, ou bien dans cette division artificielle introduite par les pays d’accueil entre réfugiés et migrants économiques, ou sociale entre les riches et les impécunieux.

On ne parle guère de cette socialisation peut-être éphémère qui ne peut que se tisser, même sous des formes très élémentaires, entre migrants de même origine ou entre migrants de toutes origines : une telle socialisation ne peut que surgir de la condition commune dans laquelle ils sont placés. Elle existe mais personne n’en parle, elle appartient à la geste des relations humaines. Cette question a pu se poser dans le passé, par exemple aux migrants traversant l’Atlantique pour gagner les Etats-Unis. Mais elle se posait beaucoup moins pour les migrations nationales ou intereuropéennes, qui étaient souvent plus individuelles.

Cette socialisation éphémère peut même se prolonger dans le pays d’accueil, mais ici aussi c’est une terre inconnue et on ne peut que l’évoquer. De toute façon, ces formes transitoires de socialisation seront absorbées dans la socialisation globale du capital sous ses formes nationales.

Le bout du voyage : l’insertion du migrant force de travail dans le « pays d’accueil »

Une fois que le migrant est parvenu d’une manière ou d’une autre à une sédentarisation dans un camp ou un hébergement quelconque dans un pays d’accueil, une autre forme d’industrie se met en place pour leur logement, leur nourriture, leurs soins, leur reconversion professionnelle. Mais tous ne sont pas logés à la même enseigne.

On voit réapparaître ici la grande division, artificielle mais réelle, entre réfugiés (migrants politiques) et migrants économiques. Les premiers sont seuls à pouvoir « bénéficier » du droit d’asile, c’est-à-dire à être autorisés à rester plus ou moins longtemps dans un pays défini.

Leur « accueil » n’est pas en principe l’affaire des ONG, mais dans le cas contraire celles-ci doivent aussi trouver des fournisseurs du minimum de survie.

La diversité des situations ne permet d’évoquer que quelques exemples hors les cas, relativement fréquents, où le migrant est pris en charge à travers des relations familiales ou de voisinage d’origine (un cas fréquent chez les Latinos migrants aux Etats-Unis). Des exemples de ces « solutions d’urgence » : à Vienne en Autriche une famille de trois personnes est hébergée dans un hôtel bas de gamme converti en centre d’accueil ; le gargotier perçoit de l’Etat 19 euros par jour et par personne pour leur assurer l’hébergement minimal, trois repas journaliers, et empoche ainsi 65 000 euros par mois pour héberger a minima dans un hôtel sordide 150 migrants arrivés dans la Terre promise.
On trouve partout dans les pays d’accueil des réfugiés une multitude de formules similaires dispensées pour un temps plus ou moins long avec des compléments, notamment pour l’apprentissage de la langue ou autres formations. Mais il est difficile de chiffrer les sommes consacrées aux réfugiés par les collectivités publiques, d’autant que les réfugiés sont souvent dispersés.

Un peu partout en Europe, de telles solutions d’hébergement provisoire existent et deviennent parfois un juteux business, ce que montrent maints exemples. Empiler cinq ou six migrants payant chacun 20 euros par mois dans une seule chambre pour laquelle on reçoit 30 euros par mois de subvention locale est une affaire « intéressante » pour tout hôtelier, au point qu’en Allemagne, l’offre hôtelière s’est tarie jusqu’à obérer la fréquentation régulière hôtelière (voyageurs divers et tourisme). En Suède, à Skarn (10 000 habitants), un ancien sanatorium transformé en centre d’accueil a reçu en 2014 12 millions d’euros de subventions et en a retiré 10 % de profit ; ce groupe gère dans le pays 32 autres centres.

Dans tout le pays, 250 centres d’accueil ont ainsi reçu 191 millions d’euros. Les mêmes groupes dont nous avons parlé à propos des camps œuvrent également dans cette fourniture de « services aux réfugiés » (34). Au Danemark, il a été question de faire payer au migrant son séjour en le contraignant à donner la totalité de ce qu’il avait réussi à conserver de ses possessions (argent, bijoux, etc.) au-delà de 1 340 euros ; on ne sait pas si ce projet a été réalisé.

Bien sûr les migrants économiques ou les exclus du droit d’asile sont laissés à eux-mêmes ou à la solidarité des autochtones. Ils s’agglutinent avec les SDF, campent ici ou là, squattent et partagent, d’expulsion en expulsion, ces lieux combien précaires. Certains finissent par trouver un emploi au noir et même un logement. Ou encore sont laissés aux bons soins d’associations qui doivent pallier les défaillances gouvernementales en la matière tout en subissant une baisse importante des subventions publiques, pour cause de rigueur. Le contrôle sanitaire des migrants, réintroduit en force sous Sarkozy avec la transformation de l’Agence nationale de l’accueil des étrangers et des migrations (Anaem) en Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), accroît encore la précarité.
Suivant les pays, ces migrants peuvent vivre de situations de quasi-esclavage ou tout aussi dangereuses que celles qu’ils ont affrontées au cours du transfert. Ainsi ceux qui passent en Grande-Bretagne, clandestinement ou pas, peuvent finir dans un véritable esclavage moderne dans l’agriculture, la pêche, les hôpitaux ou le BTP (35).

D’autres continuent de s’agglutiner à des points de passage comme Calais. Leur coût pour la collectivité qui les accueille est principalement celui du déploiement de moyens policiers ou autres pour les expulser ou les empêcher de se regrouper ou les entretenir dans les centres de rétention.
Mais ce qu’il importe de faire ressortir, c’et l’incidence souvent positive que l’accueil des migrants peut avoir sur l’activité capitaliste locale, au-delà des spéculations médiatiques.

Il faut cesser de considérer le problème des migrants sous les aspects divers que nous avons évoqué pour le centrer sur ses seuls aspects économiques et au-delà sur la relation que l’on peut faire entre les migrations modernes et celles du passé.

Se concentrer sur les aspect humanitaires et/ou politiques masque les réalités économiques : en France, près d’un tiers de la population est issu de l’immigration. Cette ancienne immigration de l’entre-deux-guerres est pratiquement invisible dans l’ensemble de la population. Il n’en est pas de même pour les immigrés récents, notamment maghrébins ou noirs, qui s’ils sont parvenus, parfois difficilement, à s’intégrer économiquement, se heurtent à une discrimination persistante qui leur rend problématique l’accès à certains services. On peut supposer que la France n’est pas une exception sur ce point et que ces discriminations plus ou moins fortes et/ou teintées de racisme existent partout dans le monde. Si certains ont souligné le peu d’empressement des réfugiés syriens à choisir la France comme pays d’asile, on ne peut qu’opposer le fait qu’en 2015, 80 000 réfugiés ont demandé l’asile, qu’en 2013 on a estimé qu’il y a eu 235 000 immigrants illégaux (dont 15 000 ont été expulsés et 95 000 en transit) ce qui montre que même modérément, la France reste un pays d’immigration.

Pour les Etats-Unis, on parle beaucoup des barrières à la frontière mexicaine, mais lorsque Obama met en route en novembre 2014 – difficilement – un projet de régularisation sous conditions de 5 millions de sans-papiers sur les 11 millions d’illégaux présents sur le territoire des Etats-Unis (nombre stable ces dernières années), cela signifie une reconnaissance de l’utilité pour le capital américain de ces millions d’émigrants qui, à cause de cet appel d’air vont affluer à la frontière (36). Les Etats-Unis restent la plus importante destination pour les migrants qui stockent ainsi en 2015 46 millions de migrants dans les soixante-dix dernières années ; bien que réduite cette émigration atteint encore 200 000 personnes par an solde migratoire compte tenu des expulsions (400 000 en 2014). La Grande-Bretagne donne l’impression, à cause de la fixation de Calais, d’une fermeture totale aux migrants ; mais, le pays comptait 260 000 migrants entre juin 2013 et juin 2014 et, dans la période 2010-2012, 643 800 migrants ont franchi la Manche (37).

L’impact économique des migrations

Récemment un laboratoire de recherche anglais a fait une étude prospective et multisectorielle (démographique, économique, anthropologique, etc.) pour voir ce qui se passerait si on ouvrait toutes les frontières. Les résultats sont sans appel : tout le monde y gagnerait, même l’économie du système capitaliste.

C’est une vaste question dont les divers éléments peuvent comporter pas mal d’incertitudes, à cause de la clandestinité et illégalité et dont les innombrables controverses, souvent sur une base uniquement nationale et aux intentions politiques marquées faussent une approche globale, tant sur l’ensemble du globe que sur l’ensemble des éléments, depuis le départ du migrant jusqu’à son utilisation comme force de travail.

Dans la période précédant les années 1970, où le capital avait besoin de cette immigration pour sa progression mondiale, de grands mouvements de populations avaient été absorbés sans problème particulier et avaient contribué à l’essor de ces pays : 150 000 juifs russes en Europe autour de 1900, 700 000 républicains espagnols en France en 1939, un million de pieds noirs algériens en 1962 en France, qui accueille aussi en 1973 170 000 « boat people » d’Asie du Sud-Est.

Nous voulons d’abord considérer l’incidence dont on ne parle guère sur le début du phénomène migration qui, aujourd’hui, implique le plus souvent la « mobilisation » financière, c’est-à-dire la conversion en argent (mis à part les bijoux qui pourront être négociés en cours de route) des possessions familiales en terres, bâtiments, et toutes autres installations ou matériels qui permettaient jusqu’alors de survivre. Cette conversion de capital immobilisé et capital monétaire n’est pas sans incidence : d’une part il fait entrer de nouveaux capitaux dans les circuits financiers. Une petite partie est dépensée dans la consommation de produits nécessaires pour le grand voyage. Il en est de même tout au long du trajet où l’argent liquide ou les valeurs emportés par le migrant sont prélevés à chaque étape de la filière, avec une incroyable rentabilité pour les prédateurs. Une partie plus importante de ces avoirs va non pas dans des circuits de consommation mais dans les circuits de blanchiment d’argent pour s’accumuler dans les caisses des banques. Si l’on peut considérer cette opération comme profitable au capital uniquement à ce stade du départ et du transfert du migrant, on peut difficilement estimer les conséquences négatives que cette liquidation de biens matériels (terres, immeubles, entreprises diverses) peut avoir sur les structures économiques et sociales du pays, mais il est probable qu’elles contribuent aux déstabilisations politiques dans les différents pays d’Afrique par exemple, ou en Syrie, tout comme les migrations internes détruisent l’équilibre ancestral des campagnes, ayant pour effet boomerang de provoquer de nouvelles migrations. Rien que pour arriver en Europe, les migrants dépenseraient 1 milliard d’euros par an et les pays concernés dépenseraient à peu près la même somme pour les stopper. Si ces milliards ne tombent pas dans les mêmes poches (ce qui n’est même pas certain), ils sont la source de profits juteux qui tombent dans les circuits financiers internationaux (38). Dans ces pays réservoirs de migrants, que représente dans la balance économique l’argent envoyé par les migrants dans leur famille d’origine ? Ces transferts ont représenté en 2015 600 milliards d’euros pour le monde entier (39).
Pour les « pays d’accueil », quel peut être le bilan des migrations dans le cadre national ? En 2014, les migrations globales dans les pays de l’OCDE ont regroupé 4,3 millions de migrants dont 800 000 ont demandé l’asile, alors que pour les Etats-Unis, de 2006 à 2014, jamais le nombre annuel de migrants n’a été inférieur à 4 millions (40). Ces éléments peuvent être très fluctuants pour différentes raisons, ce qui rend plus difficile une approche de la question : de 2006 à 2013, en Allemagne, le nombre d’arrivants s’est accru de 101 % (les chiffres font apparaître que dès 2009, l’Allemagne avait opté pour une augmentation des entrées de migrants et que son attitude actuelle est le parachèvement d’une politique délibérée et non d’une invasion incontrôlée). Cette augmentation pour la même période est de 26 % pour la France, de 51 % pour la Corée du Sud. En revanche d’autres pays européens voient, toujours dans cette même période, une chute de l’immigration : – 15 % au Royaume-Uni, – 57 % en Italie, – 72 % en Espagne,– 37 % au Portugal et – 67 % en Irlande (41). En ce qui concerne les Syriens de l’émigration récente, ce sont les plus jeunes et les plus instruits qui dominent (42).

Il faut considérer le problème à différentes périodes : le court terme, le moyen terme et le long terme dont le mélange donne souvent des appréciations contradictoires autorisant les polémiques de l’exploitation politique.

A première vue, le court terme doit être vu comme entièrement déficitaire, tout au moins pour les seuls réfugiés pouvant bénéficier de mesures d’accueil (logement précaire, hébergement et parfois un faible viatique) prises sans contrepartie mais pour un temps limité par les collectivités publiques. Quant aux migrants économiques « illégaux », qu’ils se débrouillent seuls ou avec la solidarité des ONG et/ou des populations locales. Eux, leur coût est celui de leur chasse, de leur rétention éventuelle et de leur expulsion (qui peut conduire à l’absurde comme, en France, l’opération qui consiste à transférer quotidiennement une poignée de migrants « réfugiés » qui veulent passer en Grande-Bretagne dans le centre du pays, voire à la frontière espagnole par avion). Si le coût des récentes migrations en Allemagne atteint 23 milliards, cela provoque des tensions financières comme dans tout autre pays dont les recettes sont obérées par la crise (43). Les remous politiques que peut provoquer cette hémorragie financière peuvent s’accompagner de troubles sociaux plus sérieux. En Afrique du Sud, les émeutes raciales anti-migrants sont allées récemment jusqu’au lynchage, alors qu’en Allemagne l’incendie des centres de rétention est un passe-temps favori et fréquent des groupes néonazis. La jungle de Calais est souvent affligée de ces commandos nocturnes qui enlèvent et lynchent les malheureux migrants qui se sont trouvés sur leur chemin de violence.

On peut retrouver aussi une même violence entre les groupes nationaux des migrants eux-mêmes. Souvent toute la politique intérieure des pays d’accueil comme ceux de transit peut se trouver ainsi sérieusement perturbée, mais il est bien difficile d’en chiffrer l’impact économique et/ou financier.
Le moyen terme, c’est-à-dire les années suivant la pénétration du migrant dans l’espace national, peut avoir conservé ces mêmes problèmes, d’autant plus que le court terme se renouvelle constamment par l’apport de nouveaux migrants toutes catégories. « A court terme comme à une échelle de temps plus longue, les deux dernières décennies, l’effet des flux migratoires est positif… Toutes les variables économiques prises en compte ont eu un effet positif pour la France, même à court terme (44). »

Pour le long terme, avant 1972, la question des conséquences positives de l’immigration ne se pose pas ; les migrants ont fait la construction et l’essor de la puissance américaine, la renaissance du capital français des « trente glorieuses », la reconstruction de la République fédérale d’Allemagne après la seconde guerre mondiale. On pourrait multiplier les exemples. Aujourd’hui il est effectivement plus difficile de donner quelques chiffres. Pour l’Allemagne, par exemple, les quelque 800 000 migrants accueillis par an coûtent 20 milliards d’euros, soit 0,6 % du PIB. En regard on prévoit qu’en 2020, leur présence assurerait une croissance entre 0,3 % et 0,7 % du PIB. Ce ne sont que des spéculations et avec les incertitudes du chaos du Moyen-Orient et de l’Afrique, l’évolution de la crise qui à la fois approvisionne le réservoir migrant et tarit le réservoir force de travail nécessaire. Aussi on ne doit pas négliger les mutations dans le processus mondial de la migration : l’amoindrissement de la filière Sud-Nord et le développement des filières Sud-Sud (45).

Mutations et migrations : tendances originelles sous la couverture capitaliste

Comme dans bien d’autres domaines, le capitalisme crée par son seul fonctionnement et sa nécessaire expansion des nuisances qu’il est dans l’impossibilité de stopper et de résoudre. Le processus que nous venons de décrire est – en partie – le résultat du fonctionnement du système qui en retour essaie de s’en servir pour son fonctionnement, avec de plus en plus de difficultés à cause même du stade présent de son expansion mondiale.

Derrière ces accidents de parcours de la domination capitaliste et de l’exploitation du travail, ne s’agit-il pas d’un courant migratoire ancestral, qui simplement prendrait aujourd’hui les formes imposées par le capital ? Par exemple dès avant le capitalisme des changements climatiques, quelle qu’en soit la cause, que nous avons évoqués à propos du Moyen-Orient mais qui commencent à se manifester un peu partout dans le monde, ont provoqué des mouvements de population.
Il semble que ces courants concernent l’évolution globale de la population mondiale et des économies, choses que le capital ne contrôle pas (qui peut dire, sans entrer dans la spéculation oiseuse, pourquoi, à part la France et l’Irlande, l’Europe se dépeuple ?).

Comparée au continent africain et à tout le Sud-Est et Est asiatique qui témoignent d’une population plus jeune et plus pauvre, la population de l’Europe stagne autour de ses 500 millions d’habitants. En 1900, l’Europe représentait 25 % de la population mondiale, aujourd’hui à peine 7 %. En 2010, l’Afrique comptera 2,5 milliards d’habitants avec de véritables puissances comme le Nigeria et l’Egypte. Cette évolution résulte de la natalité et de l’extension de l’hygiène et des soins, et des migrations internes ou inter-Etats africains. Y aura-t-il, comme en Chine ou en Inde, un essor économique correspondant ?

Sur le long terme, il est un autre aspect des migrations que l’on n’évoque guère : c’est la transformation des êtres humains et des sociétés dans lesquelles ces millions de migrants s’installent.
Les Etats-Unis et à un moindre degré l’Argentine peuvent donner une réponse à cette question non négligeable. Après plus d’un siècle d’afflux de migrants de toutes sortes venant principalement d’Europe, on peut voir aujourd’hui un Américain typique avec un langage dérivé de l’anglais mais qui s’en différencie et même une manière spécifique de le parler, avec des habitudes alimentaires bien caractérisées, avec une culture, notamment musicale et cinématographique, tout aussi bien identifiée. C’est le produit du melting-pot qu’est encore aujourd’hui ce pays, avec une nouvelle mutation avec la montée des « Latinos  » qui formeront prochainement plus de la moitié de la population ; en d’autres termes, les migrations entraînent des mutations dans l’espèce humaine.
Qu’en sera-t-il de l’Europe qui entre dans un tel processus depuis un demi-siècle ? Une réponse très partielle peut être donnée par la France avec la fusion des immigrations presque uniquement européennes de l’entre-deux-guerres, au point que l’on ne distingue plus aujourd’hui que par le nom de famille l’origine d’individus chez qui on pourrait peut-être déceler des traits nouveaux, issus d’une mutation (le fait que les dirigeants politiques comme Nicolas Sarkozy, Manuel Valls et Anne Hidalgo, tous issus de l’immigration, puissent accéder aux plus hautes fonctions de l’Etat sont une petite illustration de cette mutation). Ce melting-pot qui se fait dans un cadre national dépassera-t-il les frontières pour créer un être humain européen ? Comme il était facile de concevoir une telle évolution avec des migrants de race blanche venant de pays voisins, de tradition religieuse chrétienne et d’un fonds de culture commun, autant il est plus difficile de concevoir ce que serait un melting-pot impliquant des Arabes, des Noirs, chacun portant non seulement sa couleur, sa religion et ses coutumes de vie, ses ancrages culturels différents. Dans certains domaines – musical par exemple – cette fusion déjà se concrétise. D’un côté on peut regretter que la mondialisation du système capitaliste uniformise tout, faisant disparaître toute la richesse des particularismes nationaux, ethniques, culturels ou religieux. Mais d’un autre côté on peut voir aussi que dans cette uniformatisation surgissent d’autres particularismes. Ce qui est certain – et souvent difficilement détectable lors de leur gestation – c’est que tous les éléments qui composent les conditions de vie et de survie de l’espèce humaine bougent sans arrêt et que les migrations ne sont qu’un petit aspect – une goutte d’eau dans cette évolution. Un commentateur déclarait : ce qui nous intéresse, ce ne sont pas les 3 % mondiaux de migrants mais les 97 % de sédentaires et de voir comment ils évoluent.
La plupart des migrations du passé portaient avec elles les idéologies et les cultures matérialisées dans les croyances et religions de toutes sortes. On peut s’interroger aujourd’hui sur l’imprégnation religieuse que prennent les courants divers qui alimentent les contestations et conflits à l’intérieur du capitalisme, guerres ouvertes ou autres. Là aussi une certaine réalité peut en cacher une autre : alors que ces conflits se focalisent entre ceux qui des Juifs aux Musulmans, procèdent tous du même dieu, celui de la Bible, d’autres conflits bien réels mais peu médiatisés opposent en Asie ces mêmes exégètes de la Bible et de son dieu guerrier avec toutes les variantes du Bouddha jouisseur et pacifique (plus de la moitié de l’humanité actuelle). Ce qui nous ramène aux migrations autour de ces conflits extrême-orientaux.

La discussion sur l’ensemble des questions que nous avons évoquées est ouverte.
H. S.

(29) Un monde de camps, dir. par Michel Agier, éd. La Découverte, 2014.
(30) En Afghanistan un autre exemple de camp actif avec des émigrés locaux : « A Gulan la ville fleurit sur le camp », Libération, 15 juin 2015
(http://www.liberation.fr/planete/2015/06/24/a-gulan-la-ville-fleurit-sur-le-camp_1336414). – « A Dadaab on Naît, on meurt, depuis trois générations » Libération, 29 septembre 2015 (http://www.liberation.fr/planete/2015/09/29/a-dadaab-on-nait-on-meurt-depuis-trois-generations_1393537).
(31) « Life on the line. Immigration fleeing violence and poverty, Hondurans making dangerous journey to the US only to become part of a bitter political figh », Financial Times, 1er juillet 2014, ou encore: « Two FT journalists report from different sides of the US border, speaking to Hondurans fleeing poverty and violence for a better life in America (http://podcast.ft.com/2014/07/18/). « Greek debt to the key to refugee crisis », Financial Times, 26 janvier 2016.
(32) « Réfugiés, le retour de l’Europe forteresse », Le Monde, 27 novembre 2015. « After joining the UE a decade ago central and eastern countries largely bought into the union liberalisation agenda », Financial Times, 27 novembre 2015.
(33) « Libya detention center is flip side or Europe’s immigration crisis », McClatchy DC, 2 avril 2015 (http://www.mcclatchydc.com/news/nation-world/world/article24783472.html).
(34) « Des systèmes d’asile très inégaux en Europe », www.euractiv.fr/section/justice-affaires-interieures/news/des-systemes-d-asile-toujours-tres-inegaux-en-europe/.
(35) «UK migration: Toil, trouble and tension  » et «Ruthless UK employers trap migrants in ‘modern-day slavery’ », Financial Times, 12 août 2015.
(36) « The migration numbers game », Financial Times,  2 février 2014.
(37) Ibid.
(38) « The migrants files », collectif de journalistes européens, 2015.
(39) « Migrations régionales et envoi de fonds, principaux repères », Problèmes économiques n° 3124 (janvier 2016).
(40)  « Migrations internationales, état des lieux »,  Problèmes économiques n° 3124 (janvier 2016).
(41) Ibid.
(42) « Quelle réponse apporter à la crise des réfugiés ? », Problèmes économiques n° 3124 (janvier 2016).
(43) « L’Allemagne se préoccupe du coût de l’accueil des réfugiés. Au moins 23 milliards d’euros seraient consacrés en 2016 aux migrants. Les Länder s’inquiètent des choix d’Angela Merkel », Le Monde, 1er janvier 2016.
(44) « Immigration, une chance pour l’économie », Problèmes économiques n° 3124 (janvier 2016).
(45) Exodus, How Migration is Changing Our World, de Paul Collier, éd. Oxford University Press, 2013.
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MessageSujet: Re: MIGRATIONS & RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALITÉS : analyses   Mar 3 Mai - 6:45


Colonisation et migration au Maghreb (1830-1962)

Les flux migratoires entre le Maroc et l’Algérie à l’époque coloniale


Mimoun Aziza p. 151-166

Citation :
1
Les migrations de population expriment les changements affectant l’organisation et le fonctionnement de la société et de l’espace. Dans le cadre des sociétés rurales maghrébines, les déplacements de population étaient intégrés dans les genres de vie. Des mouvements saisonniers ou temporaires étaient pratiqués par les hommes des régions aux milieux écologiques fragiles et à faibles potentialités économiques. Traditionnellement, les gens des populations périphériques arides quittaient leur terre pour louer leur bras. Par milliers, les montagnards du Haut-Atlas ou du Rif devenaient moissonneurs dans les plaines céréalières du Maroc atlantique, les Kabyles étaient colporteurs, d’autres s’engageaient dans les armées ou le commerce. En plusieurs régions, les spécialisations professionnelles s’établirent, des filières migratoires se constituèrent, permettant les départs.

2
Avant la colonisation, ces migrations provisoires demeuraient marquées par les cadres régionaux de la vie communautaire. Des déplacements de population dans les zones frontalières entre le Maroc et l’Algérie étaient fréquents. Il ne s’agissait pas de flux réguliers et permanents, mais plutôt d’une sorte de nomadisme que pratiquaient une bonne partie des tribus frontalières. L’implantation de l’économie coloniale a engendré des changements importants. L’accaparement des meilleures terres par les colons, la monétarisation des échanges et des services et le déclin des économies vivrières provoquèrent la rupture des hiérarchies sociales anciennes et la prolétarisation d’un nombre croissant de paysans. Par exemple, la législation agraire introduite par la France en Algérie favorisait la propriété privée européenne. Selon Claude Liauzu1, cette législation avait un objectif politique, faire place pour les colons, mais aussi démanteler les assises de la société rurale et les moyens de sa résistance. Ce phénomène a provoqué des flux migratoires importants vers les grandes villes du Maghreb : Casablanca, Alger, Oran, Tunis, etc. et vers l’étranger. L’occupation coloniale a également entraîné des déplacements de population à l’intérieur du Maghreb : des Algériens qui fuyaient les atrocités de la conquête française se réfugièrent au Maroc. En même temps, des Marocains partirent chercher du travail dans la nouvelle colonie nord-africaine.

Des Algériens s’exilent au Maroc

3
Dès l’occupation française de l’Algérie en 1830, des dizaines de milliers d’Algériens fuient leur pays soumis aux « chrétiens » et s’installent au Maroc. Près d’un siècle plus tard, l’instauration du protectorat français au Maroc va inciter davantage les Algériens à s’installer au Maroc, phénomène qui a duré tout au long de la période coloniale. En suivant l’évolution historique de ces flux migratoires, on pourrait distinguer quatre vagues principales2 :

4
La première vague a débuté juste après l’occupation française en 1830. La résistance de la population algérienne à la colonisation et à la conquête militaire du pays a provoqué des départs collectifs de tribus vers le Maroc. Pour des raisons de proximité géographique et de liens familiaux et religieux qui unissent les deux sociétés maghrébines, le Maroc a été la destination de la première vague de migrants algériens appelés les muhâjirîn, c’est-à-dire « les exilés pour la foi ». L’émigration pour la foi était considérée comme un devoir pour celui qui est vraiment soumis à la volonté d’Allah ; il doit rejoindre le pays de la Foi, le Dar el Islam, abandonner le Dar el H’arb, le pays passé aux mains du colonisateur et légalement voué à la guerre3. Cet exil était soit individuel, et il s’agissait alors d’une élite – des oulémas, des cadres administratifs, des artisans, etc. –, soit collectif – et des tribus entières ou des fractions de tribus comme celles de la région oranaise franchissaient la frontière pour s’installer au Maroc.

5
Les sources marocaines témoignent d’un accueil chaleureux qui a été réservé aux exilés algériens, « le Sultan marocain Abderrahmane Ibn Hicham a donné ses ordres pour qu’ils soient bien accueillis et logés… »4. Dans son Histoire de Tétouan, Mohamed Daoud raconte que, dès le débarquement français à Alger en 1830, deux bateaux, avec à leur bord des familles algériennes, arrivent à Tétouan en août 1830. Et en 1842, on recense à Tétouan plus de 700 Algériens pauvres5. Dans une lettre du sultan au gouverneur de Tétouan, Abderrahmane Ash’àsh, ordonne qu’ils soient librement intégrés : « Ils sont libres, ceux parmi eux qui désiraient intégrer librement l’artillerie ou la marine, admets-les et n’y contrains personne. Ceux qui voudraient demeurer indépendants, libre à eux de choisir. Les commerçants et les artisans, parmi eux, ont le loisir de gagner leur vie en pratiquant leurs métiers… »6 Aux notables de ces émigrés, le sultan affecta une bourse annuelle et distribua des largesses à l’occasion des fêtes religieuses. À ses gouverneurs de provinces il donna des directives formelles pour que ces exilés fussent aidés, respectés et exonérés de toutes charges makhzéniennes.

6
Ces émigrés de la première vague venaient particulièrement de l’Ouest algérien. Ils se sont installés, en majorité, à Oujda et à Fès. D’autres se sont réfugiés à Tétouan, Taza, Meknès, Tanger. Il faut compter en outre ceux qui se sont installés à la campagne.

7
La deuxième vague est contemporaine à l’occupation d’Oujda en 1907 par les Français, suivie de leur établissement du protectorat : c’est celle de « l’immigration appelée » (1907-1926). Pendant cette période, arrivent beaucoup d’Algériens qui seront appelés à jouer le rôle d’intermédiaires entre les occupants et les Marocains : des interprètes, grâce à leur connaissance de l’arabe et du français, des greffiers, des instituteurs, des professeurs… Leur nombre ne cesse d’augmenter ; encore les statistiques sont-elles inférieures à la réalité, un grand nombre d’Algériens étant confondu avec les Marocains. Henri Lombard7 souligne que, pendant cette deuxième période, les Algériens musulmans formaient « une colonie annexe de la colonisation européenne ». En effet, appelés soit par l’administration soit par des frères déjà installés, des cousins ou des amis affluèrent par centaines de toute l’Oranie. Particulièrement de Tlemcen, de Nedroma et de Maâscar, des familles entières croyaient à la pérennité de la présence française au Maroc et considéraient notamment le Maroc oriental comme un simple prolongement de l’Algérie8.

8
Ceux qui s’étaient exilés pour des raisons religieuses lors de la conquête de l’Algérie par les Français n’ont pas tenu, après l’installation du protectorat au Maroc, à se prévaloir de leur qualité de sujets français. Il leur importait peu d’ailleurs de changer de nationalité puisque, de toute façon, leur statut demeurait régi par la loi musulmane. Eux ou leurs descendants figurèrent désormais comme des Marocains dans les statistiques9. En 1907, ils formaient plus d’un cinquième de la population d’Oujda qui comptait alors quelque 6 000 habitants. Pour 1910-1911, Louis Voinot10parle de 1 500 Algériens groupés en 300 foyers, mais le recensement de 1911, cité par Augustin Bernard11, n’enregistre que 200 Algériens sujets français.

9
À vrai dire, il est difficile de se faire une idée non seulement du chiffre exact de cette population, mais aussi de sa position par rapport à la France. Surtout que le statut de « “sujet français” n’a pas toujours été facilement détecté par l’administration française. Ainsi, beaucoup d’Algériens se retrouvent “noyés” dans la masse des Marocains, faute d’avoir entrepris les démarches pour faire connaître leur origine algérienne et donc leur qualité de sujet français, ceci plus au moins volontairement »12. De nombreuses familles ont fini par avoir la nationalité marocaine, telles que les Ben Mansour, les Abdelghani, les Ouled Saâdouni. D’autres, d’origine algéro-turque (les Koulouglis), restèrent sans nationalité. Quant à ceux reconnus comme sujets français, H. Lombard explique, par exemple, qu’il y avait des familles qui recevaient du Makhzen marocain l’indemnité due aux muhâjirîn et prenaient la précaution d’inscrire leurs enfants à l’état civil de Tlemcen, ceci dès avant l’occupation française du Maroc ; c’est le cas des Triqui et des Meziane. D’autres ont préféré ne pas se manifester comme tels et passer pour des Marocains. Il remarque aussi que la présence des Algériens à Oujda représente un atout pour la France. Il écrit : « dans ce Maroc étranger à la France, les Algériens qui vivaient même musulmans, même ayant fui la domination française et n’aspirant qu’à se fondre dans la population qui les entourait, servaient déjà l’intérêt français commercialement et politiquement, le plus souvent involontairement. »13 Aux yeux des Marocains, cette participation massive des Algériens à l’administration du protectorat leur donne l’image de gens se rapprochant des Français et s’éloignant de leurs frères musulmans. C’est pourquoi ils sont traités de shab nçara, c’est-à-dire « les amis des chrétiens »14.

10
La troisième vague se signale comme période de réglementation de l’entrée des Algériens au Maroc : c’est celle de « l’immigration favorisée » (1926-1942). Avec le temps, les Algériens sont devenus moins indispensables pour l’administration française et sont progressivement remplacés par des Marocains pour les petits emplois. On réglemente leur admission au Maroc. Surtout, on change leur statut de fonctionnaires, qui est assimilé à celui des Marocains en 1926 : l’arrêté viziriel du 8 janvier 1926 déplace les fonctionnaires algériens musulmans du cadre français vers le deuxième cadre spécial marocain et assimilé. En outre, les salariés algériens ne peuvent plus bénéficier de la législation sociale appliquée aux citoyens français ; en effet, n’étant pas des citoyens, mais des « sujets français », ils ne peuvent pas bénéficier de la majoration de traitement de 38 % et du remboursement des frais de voyage en congés accordés aux Français. Les Algériens, à travers la Fédération des Algériens musulmans du Maroc, ont protesté contre cette réorganisation de 1926. Ils ont exprimé leur refus de cette confusion avec les Marocains, allant même jusqu’à accuser la France de « racisme assimilateur ». Cette fédération rappelle que » de nombreux Algériens, abandonnant leur situation en Algérie ou même interrompant leurs études, ont répondu à l’appel de la France, se sont expatriés, ont donné au Maroc sa première armature et ont pu rendre au protectorat de réels services… ; que la nationalité prime [sur] l’origine et que le racisme assimilateur, qui leur est opposé, n’est pas appliqué aux israélites, le juif algérien conservant un statut distinct et supérieur à celui de juif marocain »15.

11
Malgré ces inconvénients, les Oranais continuent d’affluer vers le Maroc. Ils sont 2 471 en 1926 pour passer à 4 594 en 1936. La crise économique de 1931 les empêche d’émigrer vers la France, alors ils se tournent vers le Maroc. Oujda fut leur point d’arrivée : plus de la moitié des Algériens (57,6 %) au Maroc vivaient dans cette ville en 1936. Pourtant, le Maroc aussi tend à se fermer à leur émigration, à cause de la crise économique. À partir de cette période, les conditions d’entrée des étrangers au Maroc, donc des Algériens dans ce cas, sont devenues plus sévères ; elles sont réglementées par un dahir du 20 octobre 1931, dont les dispositions sont renforcées en 1934. Parmi ces conditions, il fallait présenter un contrat de travail accordé par l’employeur pour une durée d’une année minimum ; ce contrat devait être visé par le Service du travail de Rabat. Les Algériens protestèrent contre cette loi, d’autant plus que l’entrée des Marocains en Algérie était pratiquement libre et qu’ils subissaient, de ce fait, une concurrence sur le marché du travail algérien sans réciprocité16.

12
La quatrième vague est, au plan économique, celle de l’immigration « supportée » (1942-1956) et non plus « appelée » ou « favorisée », selon l’expression d’Henri Lombard. Elle est le fait essentiellement de travailleurs sans capitaux à la recherche d’emplois et qui vont se confondre avec les prolétaires marocains. Ce caractère nouveau s’affirme après la Seconde Guerre mondiale. Dans la ville d’Oujda par exemple, leur nombre passe de 4 813 en 1943 à 14 322 en 1951 ; un nombre qui a triplé en l’espace de huit ans. Cette hausse vaut aussi pour les autres villes ou villages de la région orientale du Maroc, comme Berkane, Ahfir et Taourirt. Cela est principalement dû à des facteurs liés à la situation dans la région oranaise, qui connaît alors une poussée démographique importante, et à l’arrêt de la migration vers la France du fait de la guerre et du débarquement des Alliés. Ces immigrants sont majoritairement des ouvriers sans qualification professionnelle, des chômeurs à la recherche de travail. Un grand nombre s’adonne à la contrebande qui règne alors à Oujda. » Une population algérienne s’est créée qui se compose de gens sans profession déterminée, instables, chômeurs... se rapprochant de la plus basse couche sociale marocaine tout près de laquelle ils vivent. »17 Après la fin de la guerre, ce mouvement s’intensifie : c’est encore une foule de gens sans contrat de travail, créant de petites boutiques et vivant avec les Marocains démunis dans des quartiers, ou « villages », périphériques.

13
Le dernier afflux des Algériens vers le Maroc est lié aux événements de la guerre d’indépendance de l’Algérie, déclenchée en 1954. À partir de cette date, des milliers de réfugiés algériens s’installent à Oujda : 6 386 en 1957 et 9 851 en 195818.

Les flux migratoires du Maroc vers l’Algérie

14
La migration marocaine vers l’Algérie a débuté vers la moitié du XIXe siècle. Il s’agissait, dans un premier temps, d’un mouvement saisonnier des travailleurs rifains. Ce mouvement de va-et-vient permanent entre le Rif et l’Algérie était connu chez les Espagnols sous le terme golondrina, qui veut dire « hirondelle », certainement pour son caractère saisonnier. Les Rifains utilisaient le terme Asharrak qui signifie « partir vers l’Est » pour parler de leur départ vers l’Algérie. On désignait l’Algérie par Lanjiri ou Ashark. Les habitants du Maroc oriental, notamment les Beni-Snassen et les Sahraoua, avaient aussi l’habitude d’aller chaque année travailler en Algérie. Des milliers de Rifains ont fini par s’y installer définitivement. À Misserghin, près d’Oran, il y avait un village presque entièrement peuplé de Rifains, fixés définitivement dans le pays. Un douar marocain à Aïn Turk dans la province d’Oran s’est formé dans les années 1940, à la suite des grandes famines sévissant dans le Rif et entraînant un exode massif vers l’Algérie.

15
L’un des premiers témoignages qu’on a pu recueillir de ce cas situe le début de cette migration vers la moitié du XIXe siècle : « Le 18 novembre de la même année 1852, agissant sans doute en représailles, les Espagnols de Melilla s’emparent d’une barque marchande appartenant à des Guelaya, et qui faisait route pour Oran où, de plus en plus, d’année en année, les travailleurs de cette tribu viennent maintenant louer leurs bras aux colons à l’époque des moissons. »19 En 1895, Augustin Mouliéras20 rappelle que chaque année plus de 20 000 Rifains viennent travailler chez les colons en Algérie. Louis Milliot21 rapporte vers 1934 que « cette émigration remontait aussi loin que les souvenirs des générations actuelles et, d’après les témoignages des anciens colons d’Oranie, il y a une cinquantaine d’année au moins que le défrichement et les moissons y sont exécutés par des travailleurs rifains ». Les informations recueillies par Raymond Bossard22auprès des « vieux » du Rif oriental montrent que dans la commune rurale de Dar Kebdani, on allait en Algérie dès avant la guerre avec les Espagnols, probablement avant 1909. Cette migration devient plus importante dans la dernière décennie du XIXe siècle, lorsqu’une liaison maritime fut établie entre Melilla et Oran. En 1896, il y avait 15 524 Marocains en Algérie, le département d’Oran en regroupait 11 82423. « De longue date, nous connaissons le Rifain, qui a coutume de venir en Algérie faire la moisson et les vendanges, comme un laborieux travailleur, courageux et probe. D’autres fois il se montre un cheminot précieux et bien des kilomètres de rails furent posés par lui, en Oranie principalement. »24

16
Plusieurs facteurs faisaient varier le nombre d’émigrants d’une année sur l’autre : les récoltes dans le Rif, la concurrence des machines agricoles plus perfectionnées, les événements politiques, les mesures administratives et les crises économiques. Mais jusqu’au moment de « la guerre des sables »25, qui a eu lieu entre l’Algérie et le Maroc en 1963, le flux migratoire ne s’est jamais complètement arrêté.

Les sources historiographiques

17
Nous disposons d’un certain nombre de documents fournissant des informations précieuses concernant l’émigration rifaine vers l’Algérie. Nous avons, en premier lieu, le journal espagnol Telegrama del Rif, publié à Melilla dès le début du XXe siècle. Puis, il y a les annuaires statistiques du protectorat qui fournissent des données chiffrées importantes, mais malheureusement ces annuaires ne couvrent qu’une période très courte du protectorat, de 1941 jusqu’à 195526. Et nous ne disposons que d’un seul rapport semi-officiel27. Concernant le courant migratoire qui utilisait la voie maritime à partir de l’enclave espagnole de Melilla, et qui débuta vers le milieu du XIXe siècle, nous disposons d’un ensemble de rapports diplomatiques rédigés à Oran et à Alger entre 1859 et 1863 et conservés aux Archivo Histórico National de Madrid et aux archives du ministère des Affaires étrangères espagnol28. Du côté français, l’étude de Louis Milliot, doyen de la faculté de droit d’Alger, publiée dans le Bulletin économique du Maroc de 1933-1934, demeure toujours le document indispensable pour l’étude des conditions de vie et de travail de cette main-d’œuvre marocaine concentrée essentiellement dans l’Ouest algérien. L’auteur a effectué des enquêtes personnelles auprès de ces migrants et dispose de données chiffrées importantes lui permettant d’analyser en profondeur certains aspects du phénomène, notamment le mouvement d’entrée et de sortie d’Algérie. Cependant, il faut signaler que ces données sont limitées dans le temps : elles ne couvrent que les années 1931-1932. Pour la même période, nous avons consulté un certain nombre de lettres adressées par le consul général français de la région d’Oujda à la résidence générale à Rabat qui fournissent des renseignements intéressants et des données numériques importantes concernant cette mobilité29. À cette masse documentaire, il conviendrait d’ajouter les traditions orales populaires féminines (littérature, poèmes et chants rifains) qui évoquent l’absence d’un mari ou d’un frère30.

Le parcours migratoire

18
Avant de quitter le Rif, l’ouvrier prépare un repas particulier auquel il invite ses voisins et les membres de sa grande famille. D’après Louis Milliot, « l’ouvrier doit s’adresser aux bureaux d’intervenciones pour procurer un passeport non timbré qui lui est délivré sur feuille simple, moyennant une redevance très modique d’une peseta, sans photographie ni aucune formalité tracassière. Le plus souvent, les immigrants possèdent, en outre, une carte d’identité avec photographie et signalement dite “tarjeta de Identidad” »31. En réalité, les émigrants respectaient rarement ces procédures administratives. Notamment ceux qui empruntaient la voie terrestre et partaient en général à pied. En principe, le passeport devait être visé au passage dans la zone française où, de plus, les intéressés étaient astreints à une visite sanitaire comportant douche, épouillage et vaccination ; moyennant quoi, on leur remettait une carte sanitaire exigible pour le franchissement de la frontière. En Algérie, la réglementation applicable à la main-d’œuvre rifaine est le droit commun de tous les étrangers c’est-à-dire qu’en principe pour pouvoir demeurer dans le pays comme « travailleurs », les intéressés devaient produire un certificat d’embauche et obtenir la délivrance d’une carte d’identité spéciale. Mais bien peu se soumettaient entièrement à ces prescriptions. Celles-ci ne semblaient pas, du reste, pouvoir être facilement appliquées. Les employeurs étaient les premiers à souhaiter qu’aucun renforcement inopiné de contrôle ne vienne troubler un courant transfrontalier qui s’avérait extrêmement utile32.

19
Pour son transport, le travailleur rifain avait besoin d’une certaine somme d’argent. Quand il ne la possédait pas, il était obligé de recourir à l’emprunt ou de partir à pied en affrontant les risques de la route, comme c’était le cas pendant les années de famine dans le Rif (1941-1944). Les ouvriers qui partaient à pied pour la première fois préféraient être accompagnés des anciens migrants qui connaissaient le chemin par expérience. En partant du Rif, ils empruntaient des itinéraires connus par les anciens. Il y avait deux itinéraires principaux : le premier passait par Taourirt et aboutissait à Oujda, emprunté surtout par les Metalsa et les Beni-Bou-Yahyi. Le deuxième chemin franchissait la Moulouya au pont international sur la route de Berkane ou aux multiples gués situés en amont ou en aval. Une partie de ces émigrants voyageait à pied et une autre utilisait les autocars qui circulaient dans la zone espagnole et traversaient le Maroc oriental. Les départs du douar s’effectuaient généralement en groupe afin d’éviter les dangers de la route, car le voyage n’était pas toujours sûr, surtout lors du retour. Quelle que soit la saison, grâce au mouvement incessant de va-et-vient entre le Rif et l’Algérie, les intéressés se trouvaient toujours en nombre suffisant pour poursuivre le voyage. Ce mouvement leur permettait, par ailleurs, d’être renseignés progressivement sur l’état du marché de la main-d’œuvre et le développement de la saison des travaux. Ce sont des informations ainsi échangées en cours de route qui les guidaient vers telle ou telle région algérienne. En plus des dangers que représentait le voyage à pied, il n’était pas avantageux en termes économiques car l’ouvrier perdait en temps et en nourriture l’équivalent du transport en autocar. Cependant, la moitié des émigrants empruntaient la voie terrestre afin d’échapper aux formalités de contrôle administratif instauré pour la traversée de la zone française et la pénétration en Algérie. Les autorités espagnoles essayaient parfois de contrôler ce courant migratoire et de l’arrêter complètement en période de difficultés. Par exemple, en 1928, après la conquête totale du Maroc, les autorités espagnoles avaient développé une intense campagne de propagande pour détourner ce courant migratoire vers le sud de l’Espagne pour la récolte des olives. Mais les problèmes économiques et sociaux de l’Andalousie ont rendu cette initiative impossible. Le développement de ce mouvement dépendait des facteurs économiques propres aux deux pays : le Maroc et l’Algérie. Les opérations militaires de la conquête de 1924 à 1928 ont provoqué une telle raréfaction de travailleurs rifains en Algérie, que des émissaires-recruteurs étaient envoyés d’Algérie, afin de ramener les équipes qui faisaient défaut dans les exploitations. D’après le Rapport mensuel du protectorat français de janvier 1930, les Espagnols avaient pris des mesures pour limiter et contrôler cette émigration. Les Caïds dressaient des listes de ceux qui se trouvaient en Algérie33. « Dans la circonscription de Melilla de sévères mesures auraient été prises pour empêcher l’exode habituel des indigènes vers l’Algérie ou le Maroc oriental. Les autorités espagnoles auraient promis que d’importants travaux seraient prochainement entrepris pour utiliser la main-d’œuvre. »34

20
Il faut signaler que les statistiques officielles ne sont qu’approximatives. Il est difficile de donner une valeur absolue aux chiffres fournis par les services des douanes aux frontières, parce que, d’une part, le contrôle ne s’opérait pas sur la totalité des voies d’accès et, d’autre part, chaque individu venait et retournait fréquemment plusieurs fois au cours de la même année. En outre, les Rifains essayaient d’échapper à tout contrôle dans la mesure du possible. Sur les chantiers algériens, les employeurs commettaient des erreurs dans l’appréciation de l’origine ethnique de leurs ouvriers. Les statistiques dont nous disposons proviennent de deux sources. D’une part, les statistiques des entreprises de transports maritimes qui fournissent les chiffres des ouvriers rifains débarqués à Oran : 5 500 en 1930, 15 400 en 1931 et 11 300 en 1932. D’autre part, le relevé effectué sur les transports espagnols empruntant la route du pont international de la Moulouya. Celui-ci présente les chiffres suivants : 19 000 en 1930, 34 000 en 1931 et 29 800 en 1932. D’après les statistiques algériennes, le nombre de Marocains dans le département d’Oran en 1936 est de 19 902, dont 4 395 vivaient dans la ville d’Oran et 15 507 dans les autres communes. Les communes qui comptaient plus de mille Marocains en 193635 sont les suivantes :


Aïn-Temouchent 1 390
Aïn-Kial 1 286
Er-Rahel 1 297
Hammam-Bou-Hdjar 1 034
Laferriere 1 114
Rio-Salado 1 292

Amplification du phénomène après la Seconde Guerre mondiale

21
Chassés par les famines des années 1940, les Rifains quittent massivement leur pays36. 1941, année de la grande famine dans le Rif, a connu un exode massif des Rifains vers l’Algérie : plus du quart de la population masculine de certaines tribus du Rif oriental se trouvait en Algérie, comme le montre le tableau suivant :

Pourcentage d’ouvriers émigrés par rapport à la population masculine de certaines tribus du Rif oriental en 1941 [tableau dans l'original]
Source : Annuaire statistique de la zone du protectorat espagnol au Maroc 1942.

22
En 1942, les sources espagnoles estimaient à 46 000 le nombre d’ouvriers disponibles dans la zone espagnole pour l’émigration37.

23
Cette migration a permis à une bonne partie de la population du Rif de se mettre en contact avec l’économie coloniale. Le travail, chez les colons français en Algérie, représentait la première forme de salarisation connue par les Rifains. L’impact de cette émigration sur la société rifaine apparaît dès le début du XXe siècle : « Les Marocains, qui dans les débuts n’achetaient que des produits de toute première nécessité, se créaient des besoins grâce à l’argent qu’ils rapportent de leur séjour en Algérie : ils voyaient leur pouvoir d’achat augmenter. »38 Les sommes d’argent rapportées dans le Rif servaient de complément de ressources. Ils permettaient aussi à quelques-uns d’acquérir des lopins de terre. On peut légitimement penser que les conséquences de cette émigration sur la société rifaine furent aussi importantes que les changements introduits par la colonisation espagnole. La colonisation a participé à l’intensification de ce phénomène, en privant un grand nombre de paysans de leurs terres sans créer sur place un nombre important d’emplois d’ouvriers agricoles. Avant la colonisation espagnole, cette émigration avait un caractère saisonnier, les séjours des Rifains étaient courts (de trois à quatre mois), mais, pendant la période coloniale, les séjours commencèrent à être plus longs. Comme en témoigne M. Pascalet, le premier vice-président de la chambre de commerce d’Oujda, « cet exode commence au Rif dès la fin du mois de mai et dure de quatre à cinq mois. La moisson finie, ils se livrent au travail de la vigne ou s’embauchent dans les entreprises de dépicage pour attendre les vendanges. Ils ne retournent chez eux qu’en septembre. Quelques-uns, très rares, restent en Algérie pour piocher la vigne »39. À tour de rôle et aux frais du groupe, ils retournent chez eux pour aller voir leur famille et acheminer leurs économies et celles des autres membres du groupe. Ces émissaires, véritables rekkas ou bouchta (déformation du terme français « la poste »), faisaient plusieurs allers-retours entre l’Algérie et le Rif. Et grâce au mouvement de va-et-vient entre le Rif et l’Algérie, les intéressés restaient en contact avec l’actualité dans le Rif. Aussi, le fait de vivre ensemble constituait un facteur favorable au maintien des relations avec leur pays. La vie en groupe qu’ils menaient leur permettait de réaliser des économies. D’après plusieurs témoignages, le Rifain dépensait la moitié de son salaire en nourriture en Algérie et rapportait l’autre moitié dans sa tribu. À part la nourriture, les ouvriers rifains n’effectuaient aucun achat à l’intérieur du territoire algérien : les premiers achats avaient lieu à Oujda. Les sommes d’argent rapportées chaque année dans le Rif sont estimées à environ 50 millions de francs en 193240. En 1950, M. Counil parle d’un milliard de francs. La somme rapportée par chaque ouvrier dans sa tribu est estimée à 27 000 francs en 1950, en prenant pour base un salaire moyen de 300 francs par jour pour un séjour de six mois par année41. Ces sommes d’argent ramenées d’Algérie ont contribué, certainement, à modifier légèrement les modes de consommation dans le Rif.

Conclusion

24
En provoquant les bouleversements des structures socio-économiques du Maghreb que nous connaissons, la colonisation a facilité le déplacement des populations et a créé les conditions favorables aux flux migratoires intermaghrébins. Aujourd’hui, les relations « humaines » entre les deux pays voisins, l’Algérie et le Maroc, sont réduites au strict minimum. Les populations frontalières, habituées pendant des siècles à vivre dans de grands espaces, se trouvent actuellement confrontées à des barrières physiques qui les empêchent de se déplacer. Cette situation ne facilite ni le déplacement des populations ni les échanges commerciaux illégaux. Mais la population locale défie cette politique officielle en développant une activité commerciale parallèle, sous forme de contrebande. La situation actuelle n’est pas l’héritage de l’époque coloniale, mais elle est plutôt le résultat des politiques gouvernementales postcoloniales. À l’heure des indépendances, plus de 350 000 Marocains vivaient en Algérie, il n’en reste aujourd’hui que 50 000. Le Maroc aussi a abrité plus de 100 000 Algériens, seulement 12 000 y vivent actuellement.


Bibliographie

Charles-Robert Ageron (1967), « Les migrations des musulmans algériens et l’exode de Tlemcen (1830-1911) », in Économies, Sociétés, Civilisations, Paris, 22 années, n° 5, p. 1047-1066.

Hamid Al-Alaoui (1985), Tarikh Oujda Wa Angad fi Dawhat al-amjàd, Casablanca.

Augustin Bernard (1911), Les confins algéro-marocains, Larose, Paris.

Mohamed Daoud (1979), « Tarikh Tétouan », Imprimerie royale, Rabat, t. 8.

Édouard Déchaud (1909), » Melilla et les présides » in Bulletin de la Société de géographie commerciale de Paris.

M. Counil (1950), Les travailleurs marocains en Algérie, mémoire de CHEAM n° 1672.

Ct. Depis (1962), Notes sur le problème des réfugiés algériens au Maroc oriental (mars 1956- mai 1962), mémoire pour le CHEAM.

Henri Duveyrier (1887), « La dernière partie inconnue du littoral de la Méditerranée : le Rif », in Bulletin de la géographie historique et descriptive, Paris, t. II.

Yvette Katan (1990), Oujda, une ville frontière du Maroc (1907-1956), L’Harmattan, Paris.

Claude Liauzu (1996), Histoire des migrations en Méditerranée occidentale, Éditions Complexes, Bruxelles.

M. Lemaille (1937), « Les Algériens à Oujda en 1937 », BCAF, n° 5, p. 255-260.

Henri Lombard (1953), Aspects de la situation et du rôle de l’immigration algérienne musulmane dans la région d’Oujda, mémoire de CHEAM.

Louis Milliot (1934), « L’exode saisonnier des Rifains vers l’Algérie », in Bulletin économique du Maroc, 5, p. 313-321.

Benedicto Perez Fernando (1959), Trabajadores rifeños en Argelia, conferencias desarrolladas en la Academia de Interventores, Tetuán, 1948-1949, p. 5-17.

Jean du Taillis (1925), Le nouveau Maroc, suivi d’un voyage dans le Rif, Paris.

Jean-François Troin (1985), Le Maghreb, hommes et espaces, Armand Colin, Paris, p. 164.

Louis Voinot (1912), Oujda et l’Amalat, Oran, Éditions Fouque, Paris.


Notes

1. Claude Liauzu, (1996), Histoire des migrations en Méditerranée occidentale, Éditions Complexes, Bruxelles, p. 116.

2. Henri Lombard distingue quatre principales vagues, il qualifie chaque étape d’un terme différent : immigration « de l’exil » jusqu’en 1907 ; immigration « appelée » de 1909 à 1926 ; immigration « favorisée » de 1926 à 1942 ; mais immigration seulement « supportée » de 1942 à la fin du protectorat (1956).

3. Charles-Robert Ageron (1967), « Les migrations des musulmans algériens et l’exode de Tlemcen (1830-1911) », in Économies, Sociétés, Civilisations, 22 années, n° 5, p. 1047-1066.

4. In Mohamed Daoud (1979), “Tarikh Tétouan” (en arabe), Imprimerie royale, Rabat, tome 8, p. 314.

5. Ibid., p. 357.

6. Lettre du sultan Abderrahmane Ibn Hicham au gouverneur de Tétouan, datée mardi 23 Joumada al-Awal 1246/ 9 novembre 1830. Direction des Archives royales, Rabat, cité par Ismail Moulay Abd al-Hamid al-Alaoui, Tarikh Oujda Wa Angad fi Dawhat al-amjàd, Casablanca, 1985, tome I, p. 108.

7. Op. cit., p. 9.

8. Y. Katan, (1990), Oujda, une ville frontière du Maroc (1907-1956), L’Harmattan, Paris, p. 432.

9. Katan, op. cit. L’auteur cite le cas du Khalifat du pacha d’Oujda en poste en 1955 et qui, bien qu’originaire de Géryville en Algérie, se considérait comme marocain.

10. Voinot Luis (1912), Oujda et l’Amalat, Oran, Fouque, p. 37.

11. A. Bernard (1911), Les confins algéro-marocains, Larose, Paris.

12. Y. Katan, op. cit., p. 437.

13. Op. cit. , p. 5.

14. M. Lemaille (1937), p. 42.

15. In Rapport de la Fédération des Algériens musulmans au Maroc sur la situation des Algériens musulmans au Maroc, cité par H. Lombard, p. 26.

16. Il s’agit de l’émigration saisonnière des Marocains vers l’Algérie que nous traiterons également dans ce texte.

17. H. Lombard, op. cit., p. 31.

18. P. Depis (1962), Notes sur le problème des réfugiés algériens au Maroc oriental (mars 1956-mai 1962), mémoire pour le CHEAM.

19. H. Duveyrier, « La dernière partie inconnue du littoral de la Méditerranée : le Rif », in Bulletin de la géographie historique et descriptive, Paris 1887, t. II, p. 142.

20. A. Moulieras, Le Maroc inconnu, volume 1, Exploration du Rif, Paris, 1895.

21. L. Milliot., « L’exode saisonnier des Rifains vers l’Algérie », in Bulletin Économique du Maroc 1933-1934, p. 313.

22. R. Bossard, Un espace de migration, les travailleurs du Rif Oriental (Province de Nador), Thèse de 3e cycle en géographie, Université de Montpellier, 1979, p. 52.

23. Démontés (Victor), « Les Étrangers en Algérie », Bulletin de la Société de géographie d’Alger, 1898, pp. 204-205.

24. Taillis (Jean du), Le nouveau Maroc, suivi d’un voyage dans le Rif, Paris, 1925, p. 332.

25. Cette guerre de courte durée a eu lieu entre le Maroc et l’Algérie en 1963 en raison d’un conflit concernant les frontières entre les deux pays.

26. Il s’agit des Anuarios Estadísticos de la Zona del Protectorado y de los Territorios de Soberanía de España en el Norte África publiés par l’Instituto Nacional de Estadística (Presidencia del Gobierno) Madrid, entre 1942 et 1955.

27. F. B. Perez, trabajadores rifeños en Argelia, conferencias desarrolladas en la Academia de Interventores, 1948-1949, Tetuán, 1959, p. 5-17.

28. Ces documents ont été partiellement étudiés par Juan-Bautista Vilar dans un article intitulé « Los orígines de la inmigración laboral marroquí en la Argelia francesa, los rifeños en la Oranie (1855-1963) », in Cuadernos de la Historia Moderna y Contemporánea, Universidad Complutense de Madrid, VI, 1985, p. 117-146.

29. Archives de l’Armée de terre à Vincennes (France), série 3 H 139.

30. Voir à ce propos les poèmes recueillis par Louis Justinard dans « Note sur la littérature et la poésie chez les Rifains », Bulletin de l’Enseignement public au Maroc, numéro spécial, janvier 1926. M. Biarnay dans ses « notes sur les chants populaires rifains », in Les Archives berbères, publication du Comité d’études berbères de Rabat (1915-1916), p. 26-43, cite le cas d’une femme abandonnée sans ressources par son mari qui est parti en l’Algérie et qui se voit, au retour de celui-ci, séquestrée, maltraitée, accusée d’infidélité ; elle crie son indignation :
Lorsqu’il partit pour la perverse Algérie, à qui me confia-t-il ?
Il me mit une faucille dans la main et me dit : Moissonne le blé !
Lorsqu’il revint, me rapportant seulement un vêtement grossier,
Il me dit : Maintenant voile-toi !


31. Ibid., p. 318-319.

32. En 1931, au cours d’une période de trois semaines durant lesquelles un essai de pointage avait été fait dans une commune de l’Ouest algérien, on avait relevé l’entrée de 6 500 Rifains et le départ de 2 000. On imagine alors les difficultés matérielles que pouvait rencontrer l’établissement d’un contrôle strict durant cette période d’affluence. Voir L. Milliot, p. 319.

33. Archives militaires de Vincennes (France), série 3 H 139.

34. L. Milliot, p. 397.

35. Répertoires statistiques des communes de l’Algérie (recensement de 1936), Direction des services économiques, Service central des statistiques, gouvernement général d’Algérie.

36. L’information concernant cette période est plus généreuse grâce aux Annuaires statistiques de la zone du protectorat espagnol, publiés à partir de 1940 jusqu’à la fin du protectorat.

37. Il s’agit de l’Annuaire statistique de 1942.

38. Ed. Déchaud, « Melilla et les présides », in Bulletin de la Société de géographie commerciale de Paris, 1909, p. 2-3.

39. Bulletin du Comité de l’Afrique française, 1929, p. 521-523.

40. Milliot, op. cit., p. 397.

41. Counil (M), Les travailleurs marocains en Algérie, mémoire de CHEAM n° 1672, 1950.


Auteur
Mimoun Aziza, Université Moulay Ismail, Meknès


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MessageSujet: Re: MIGRATIONS & RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALITÉS : analyses   Mer 11 Mai - 8:47


Citation :
Le Recteur Gérard-François Dumont est Professeur à l’Université de Paris-Sorbonne. Il dirige la revue Population & Avenir et est administrateur de la Société de Géographie. Parmi plus de 550 publications figure Démographie politique. Les lois de la géopolitique des populations (Ellipses). Propos recueillis par Pierre Verluise, Selma Mihoubi et Fabien Herbert. Image et son Selma Mihoubi et Fabien Herbert. Montage Fabien Herbert.

Le Recteur Gérard-François Dumont répond aux questions du Diploweb.com à propos des relations entre migrations et géopolitique.

. Quelles sont les idées fausses à propos des liens entre migrations et géopolitique ?

. Au regard de l’histoire, quelles sont les relations entre migrations et géopolitique ?

. Quelles sont les leçons de la crise migratoire que traverse l’UE en 2015-2016 ?

. Qu’en est-il de la Convention Schengen ?




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MessageSujet: Re: MIGRATIONS & RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALITÉS : analyses   Dim 15 Mai - 8:59


En 2015, près d’un tiers des demandes d’asile ont été formulées par des femmes, souvent accompagnées de leurs enfants. Une population particulièrement vulnérable. Les femmes réfugiées arrivent chez nous à bout de force, après avoir connu un long parcours du combattant, parsemé de menaces, d’exploitations, voire de viols.


Photo AFP

Citation :
Dans le cadre de la préparation d’une journée de sensibilisation à l’accueil des réfugiés qui se déroulera le mois prochain, Julie Gillet, chargée d’études aux Femmes Prévoyantes Socialistes, a dressé un état des lieux des conditions de santé des femmes réfugiées. Le tableau est sombre…

Outre les difficultés inhérentes au périple, les réfugiées sont particulièrement exposées à des dangers propres à leur condition de femme, notamment d’ordre sexuel. Des exactions dont elles ont parfois du mal à parler, et pour lesquelles il existe peu de réponses dans l’accueil d’urgence.

«70% des réfugiés sont des hommes. Quand ils viennent de pays en guerre, ils partent souvent seuls, et comptent ensuite sur le regroupement familial», explique Julie Gillet. «Les femmes, elles, partent avec leurs enfants. Le voyage est encore plus difficile. Or, elles ont des besoins spécifiques, par exemple en matière d'hygiène, de contraception, si elles sont enceintes ou si elles viennent d'accoucher. Mais ces besoins sont rarement pris en compte dans l'urgence. En outre, on a fermé beaucoup de places d'accueil quand Maggie De Block était secrétaire d'Etat à l'Asile. Il y a donc moins de personnel, et encore moins de réponses adaptées aux besoins des femmes...»

Les femmes sont certes moins nombreuses dans les demandes d'asile récentes mais, de manière générale ces dernières années, on constate que leur nombre augmente en-dehors des crises migratoires liées aux guerres. «Des femmes qui viennent des pays de l'Est, d'Amérique du Sud, qui vont se retrouver dans les secteurs des soins aux personnes ou de l’aide à domicile», ajoute Mme Gillet.

Vulnérables et traumatisées

Le parcours des femmes réfugiées est semé d'encore plus d'embûches que celui des hommes. «Selon Amnesty International qui a fait une étude sur le périple de ces femmes, quasi toutes disent s'être senties menacées, exploitées, notamment par les passeurs qui ‘se payent’ sur elles», poursuit la chargée d'études des Femmes Prévoyantes Socialistes. «Des menaces physiques, psychologiques et sexuelles. Elles ont donc davantage de besoins à leur arrivée.» Racket et vol de l'argent qu'elles ont emporté pour le voyage, mais aussi contraintes sexuelles, avec toutes les conséquences que celles-ci peuvent avoir... «Certaines femmes expliquent ainsi que, conscientes des risques, notamment de viol, pendant le trajet, elles se font implanter une contraception avant le départ.»

Les femmes n'ont pas la condition physique des hommes pour résister à tous les aléas du parcours du combattant du réfugié. Et quand elles ont fui avec leurs enfants, elles font passer les besoins des petits - santé, alimentation - avant les leurs: «Elles s'oublient, elles...»

Au-delà des conflits, et notamment du viol utilisé comme arme de guerre, il y a aussi toutes les raisons de fuir spécifiques au statut de femme: mariage forcé, mutilations sexuelles ou risque d'excision sur leurs fillettes... «C'est très difficile à faire reconnaître pour obtenir le statut de réfugiée. D'abord parce que ce n'est pas « visible» comme une guerre: il faut prouver des persécutions qui viennent de traditions. Ensuite, parce que ça peut être ressenti comme honteux et difficile à dire devant l'Office des Etrangers. Elles n'osent pas en parler, il faut parfois un an ou deux avant qu'elles n'arrivent à s'exprimer», constate Julie Gillet.

D'où l'importance de mettre en place des réponses médicales adéquates, notamment gynécologiques, pour ces femmes, qu'il s'agisse de fournir une contraception ou d'assurer un suivi.

Il faut davantage de moyens, plus adaptés aux femmes


Citation :

Certaines réfugiées ont tout quitté en sachant qu'elles risquaient d'être violée
Reuters

«Beaucoup d'associations font un travail remarquable, reconnaît Julie Gillet, mais au point de vue institutionnel, il n'y a pas grand-chose... Il y a vraiment un manque de moyens pour faire un travail social approfondi et pour répondre aux questions spécifiques de santé féminine.»

Les associations qui œuvrent pour les sans-papiers ou les demandeurs d'asile dans les centres régionaux essaient d'aider ces femmes comme elles peuvent. Les centres de planning familial des Femmes Prévoyantes Socialistes sont également ouverts à toutes. Les tarifs pratiqués tiennent compte de la situation financière des personnes, et certaines prestations sont gratuites (accueil, consultations juridiques et sociales).

«Il faudrait, par exemple, des 'centres de parole' pour aider ces femmes réfugiées, les soutenir à s'exprimer et les encourager à dire leurs besoins. Nous voudrions aussi que les demandes d'asile pour motifs sexuels soient mieux prises en compte. Enfin, il faut réclamer des routes migratoires plus sûres, plus sécurisées, pour toutes les personnes obligées de fuir, et plus particulièrement les plus vulnérables.»



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MessageSujet: Re: MIGRATIONS & RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALITÉS : analyses   Jeu 19 Mai - 14:51


Bienvenue en Europe, la forteresse militarisée

David L. Glotzer Counterpunch. Investigaction 18 Mai 2016

Ce récit édifiant nous emmène à travers l’Europe où David L. Glotzer bute sur les barbelés et les contrôles douaniers. Pourquoi le Vieux continent n’est-il pas en mesure de gérer une crise migratoire somme toute minime au regard de ce qu’il a dû affronter par le passé? Comment les partis fascistes surfent-ils sur la vague des réfugiés? N’ y aurait-il pas un parfum d’années 30 ? (IGA)


Citation :
Il est tard dans l’après-midi et nous sommes coincés dans un bus scolaire au nord de la Croatie. Le GPS indique que nous traversons la petite ville du nom de Apatija ; mon ami croate Juraj m’explique que ce mot signifie « apathie » en croate.

Nous suivons la route des Balkans, comme beaucoup d’autres milliers de réfugiés originaires du Moyen-Orient, d’Afghanistan et d’Afrique qui tentent de fuir la guerre civile en Syrie ou d’échapper aux drones américains et à l’emprise de l’Etat islamique, d’Al-Shabbab, des Talibans et des tyrans africains.

Ça m’impressionne de voir le bus scolaire avancer à travers la poussière et les graviers dans ce coin perdu. Avant que le gouvernement croate mette en place des camps de transit pour permettre l’accès à la nourriture, à un abri, aux soins médicaux et à des trains qui font le trajet jusqu’en Europe de l’Est, les réfugiés qui n’avaient pas de quoi payer le transport devaient traverser ces routes à pieds.

Après nous être séparés du bus, nous continuons notre chemin en direction d’un autre coin perdu appelé Gola, nom assez comique puisque c’est le mot vulgaire utilisé pour parler d’une femme nue. Pas si étonnant d’ailleurs : Gola est un village quasi abandonné, mis à part quelques maisons sur la route principale et une église plutôt bien entretenue. On croirait que personne n’y a vécu depuis les guerres de Yougoslavie. L’ambiance est morne. Sur notre route, nous croisons des enfants mal-vêtus roulant à vélo sur les nids-de-poule remplis d’eau. « C’est un village de gitans », me dit Juraj. Nous arrivons ensuite sur un champ qui a été récemment scindé en deux par la nouvelle barrière frontalière avec la Hongrie.

Face à l’afflux de réfugiés qui tentent d’atteindre l’Europe de l’Est, la Hongrie a érigé une barrière en fils barbelés haute de 4 mètres afin de s’isoler de la Croatie et de la Serbie. Entre septembre et octobre 2015, près de 200 000 réfugiés avaient atteint leur destination. En janvier 2016, après l’installation de la barrière, moins de 1000 réfugiés sont parvenus à traverser la frontière hongroise.

Nous atteignons une petite ouverture où se tiennent des soldats hongrois et une voiture de police de la ville voisine. Les soldats sont jeunes, lassés et ne parlent pas très bien anglais, mais ils nous expliquent que, depuis des semaines, ils n’ont vu aucun réfugié tenter de traverser la frontière.

Du côté croate de la frontière, on aperçoit quelques péages laissés sans surveillance et un poste de police abandonné et saccagé ; la seule chose qui reste est un vieux climatiseur qui pend par une fenêtre brisée. Il y a six mois, avant que la crise migratoire ne prenne une telle ampleur, on ne pouvait pas savoir dans quel pays on se trouvait à moins qu’on entende quelqu’un parler la langue. La Croatie souhaite adhérer à l’espace Schengen (la Hongrie en fait déjà partie), qui est censé garantir la libre circulation entre les 26 Etats membres. La barrière hongroise est clairement en violation de cet accord.

Plus tôt dans la journée, nous étions à la frontière slovène près de Samobor. Les Slovènes avaient installé des fils barbelés le long de la rivière Bregana qui les sépare de la Croatie. À plus ou moins un kilomètre de la frontière officielle, nous tentions d’entrer en Slovénie en empruntant un vieux pont en pierre quand un garde, assis dans une espèce de cabine téléphonique, nous a interpellés. Alors qu’il nous expliquait que nous devions passer par la frontière officielle, un vieil homme est passé de l’autre côté sans aucune précipitation, comme il a déjà dû le faire à l’époque où ces deux pays faisaient partie de la Yougoslavie. Le garde n’y a pas prêté attention.

Avant de demander à une voiture de faire demi-tour, le garde nous a expliqué que la barrière avait été mise en place pour s’assurer que les réfugiés passent par les camps de transit prévus et pour éviter qu’ils ne meurent de froid en traversant la rivière ou la forêt.

En mars dernier, la Slovénie et la Croatie ont fermé leurs frontières aux réfugiés qui tentent d’atteindre l’Europe de l’Est. Ça aurait été chouette d’avoir mis des barbelés tout le long de la frontière dès le début.

Les pays des Balkans ne sont pas les seuls à prendre des mesures de protection face à l’afflux de ces migrants désespérés. Au début du mois d’avril, Hans Peter, le ministre autrichien de la Défense, a confié lors d’un entretien avec le quotidien allemand Die Welt que « si l’Europe ne faisait pas le nécessaire pour sécuriser ses frontières extérieures, l’Autriche allait rapidement envisager des contrôles aux frontières beaucoup plus stricts, ce qui implique un renforcement important des contrôles au Brenner (frontière avec l’Italie) avec des soldats sur place ». L’Italie et l’Autriche sont pourtant tous les deux signataires des accords de Schengen.

Depuis que la crise migratoire s’est accentuée, l’Allemagne a limité les voyages en train depuis l’Autriche, la Suède ceux depuis le Danemark, la Belgique ceux depuis la France et la Norvège a limité tous ceux venant de l’Union européenne. L’ancienne République yougoslave de Macédoine a fermé ses frontières aux réfugiés qui tentent d’entrer par la Grèce, ce qui a donné lieu à une crise humanitaire. De son côté, la Hongrie, qui tente de construire son « propre royaume européen » isolé de tous, va tenir un référendum sur les quotas de migrants à accueillir imposés par l’UE.

En mars, l’UE a signé un accord avec la Turquie visant à empêcher les réfugiés d’entrer de manière irrégulière en Europe. Cet accord prévoit le renvoi vers la Turquie des réfugiés en situation irrégulière, alors que ceux-ci ont dû débourser toutes leurs économies pour traverser la mer Egée sur un radeau. Craignant qu’ils deviennent des criminels une fois arrivés en Europe, l’UE est en train de livrer elle-même les demandeurs d’asile aux mains des véritables criminels. C’est une situation injuste, car en tant que touriste, n’importe qui peut se permettre de passer un weekend sur les îles grecques en ne payant qu’une vingtaine d’euros pour le trajet en bateau. D’après Eurostat, l’UE a reçu environ 2,3 millions de demandes d’asile entre 2013 et 2015. Le Vieux continent, avec ses 500 millions de citoyens et l’une des économies les plus importantes au monde, ne devrait en principe n’avoir aucune difficulté à accepter ces demandeurs d’asile, qui à eux tous ne représentent que 0,5 % de la population européenne.

Bien que la cause directe de la crise migratoire soit sans aucun doute liée à la guerre contre le terrorisme et plus particulièrement la guerre en Irak, cette cause n’explique pas l’échec de l’Europe à gérer cette crise qui, en comparaison avec des problèmes plus sérieux comme le réchauffement climatique, est loin d’être la crise migratoire la plus alarmante du 21e siècle.

Après la chute de l’URSS et le début des guerres de Yougoslavie, la Grèce a accueilli près d’un million de personnes, des Albanais pour la plupart ; ces personnes étaient intégrées dans la société grecque et ne constituaient pas une menace pour l’unité européenne, alors que la majorité des Albanais sont de confession musulmane.

Cet évènement a cependant eu lieu avant la signature du Traité de Maastricht qui a donné lieu à la création de l’Union européenne et de l’euro, monnaie unique qui a permis le rassemblement de différentes économies sous la condition que celles-ci renoncent à leur souveraineté fiscale et monétaire.

Lors de la signature de ce traité, l’Allemagne était encore marquée par le souvenir de la période d’hyperinflation qu’elle a connue sous la République de Weimar. Elle a donc veillé à ce que la nouvelle monnaie européenne soit une monnaie forte conçue d’après le modèle du bloc or d’avant 40-45, un système qui était à l’origine de la crise économique de 1929 qu’ont connue les Etats-Unis et, par extension, le reste des pays développés.

Lorsque la crise économique de 2008 s’est propagée comme une épidémie en Europe et a provoqué l’effondrement du système bancaire européen, sous la bannière de « politiques budgétaires saines » le déficit public et la dette publique ont été respectivement fixés à 3% et 60% du PIB. Par ailleurs, la BCE n’avait plus le droit de racheter les emprunts d’Etat, alors qu’à l’origine, c’est pour cette même raison que les banques centrales ont été créées.

Aujourd’hui, les pays à eux seuls ne sont pas aptes à combler le déficit nécessaire pour sortir l’Europe de la récession sans être touchés par une crise d’endettement. Contrairement aux Etats-Unis, les taux d’intérêts sur les emprunts d’Etat pour les pays membres de la zone euro sont fixés par les marchés, et ces pays n’ont pas le droit d’adopter des politiques budgétaires expansionnistes en temps de crise. Les membres de la zone euro ont donc renoncé à leur souveraineté économique au profit de l’Union sans pour autant créer une souveraineté économique européenne, et c’est la raison pour laquelle nous avons affaire à l’heure actuelle à une Union fragilisée.

Aussi bien aux Etats-Unis que dans d’autres pays qui ont leur propre monnaie, l’austérité découle d’un choix politique et la principale contrainte vient des ressources naturelles ; ce n’est pas le cas de la zone euro, où la ressource limitée est l’argent. À l’heure actuelle, le sud de l’Europe est touché par une déflation par la dette et le nord est en déclin économique en raison du manque d’investissements (alors que les taux d’intérêt réels sont négatifs) ; les travailleurs sont montés les uns contre les autres, car les partis au pouvoir refusent d’admettre que l’austérité était une erreur et qu’il est nécessaire de rectifier le tir. Et cette situation ne bénéficie qu’aux groupes appartenant à l’extrême droite.

Si l’on compare avec le passé, la crise migratoire actuelle n’est certainement pas la plus importante que l’Europe a connue. Après la Seconde Guerre mondiale, plus de 50 millions de personnes ont été déplacées et le continent était dévasté, mais ces personnes sont tout de même parvenues à se remettre sur pieds. Aujourd’hui, ils ne sont plus traumatisés par la guerre ; grâce à la libre circulation des citoyens européens, le continent connaît un degré de diversité culturelle le plus élevé de son histoire ; les Européens disposent d’une intuition commune, d’une capacité à offrir à tous les citoyens une vie digne et un niveau de vie qui n’avait jamais été aussi élevé auparavant. Malgré tous les moyens physiques et humains disponibles pour résoudre les différents enjeux actuels, le projet européen semble voué à l’échec, « divisé par une monnaie commune », selon les propos de Yanis Varoufakis, l’ancien ministre des finances grec.

Comme Albert Camus l’a illustré dans “La Peste”, les Européens ont oublié que ce n’est pas l’hyperinflation des années 20, mais bien la déflation des années 30 qui a permis l’ascension au pouvoir d’Hitler. Aujourd’hui, avec une nouvelle catastrophe économique, le fascisme reprend de nouveau le dessus à cause de cette monnaie commune qui handicape économiquement les leaders politiques qui tentent de la sauver.

Ajoutez à cette crise économique l’afflux des réfugiés et ils deviennent automatiquement les responsables de tous les problèmes qui touchent l’Europe.

L’Alternative pour l’Allemagne (parti eurosceptique), qui n’existait pas jusqu’en 2013, est aujourd’hui le troisième parti le plus important en Allemagne et son leader, Frauke Petry, a grimpé dans les sondages après avoir suggéré que la police allemande devrait tirer sur les réfugiés à la frontière s’ils essayaient d’entrer sur le territoire. Après avoir obtenu près d’un quart des votes en Saxe-Anhalt, elle a tenu les propos suivant : « Hier, nous avons franchi une première étape décisive qui nous permettra de battre les partis du consensus ». Elle ne disait pas faux : au niveau national, le Parti démocratique social est descendu à 21 %, alors que le gouvernement de coalition d’Angela Markel a atteint les 34 %.

La situation en Europe de l’Est n’est pas meilleure : Viktor Orban, le Premier ministre hongrois, préconise le refus des demandeurs d’asile afin de garder « une Europe chrétienne », propos qui ne choquent visiblement pas assez les citoyens s’ils les comparent avec Jobbik, le parti d’extrême droite hongrois ; son leader aspire à la mise en place d’une « réforme de la loi sur le droit immobilier pour empêcher les juifs d’acheter des propriétés en Hongrie ». Il affirme par ailleurs que l’un des autres problèmes majeurs est le crime commis par les gitans. Notons que ce parti détient plus de 20% des sièges au parlement hongrois.

En France, le Parti « socialiste » est occupé à condamner le port du voile et à expulser les demandeurs d’asile des camps de réfugiés pour discréditer le Front national. Par ailleurs, le gouvernement britannique soutient économiquement la France afin de militariser la frontière avec Calais pour empêcher l’accès aux réfugiés à la ville de Douvres. Le gouvernement « socialiste » de François Hollande est la preuve même qu’il n’est pas indispensable de voter pour des partis fascistes pour avoir des mesures d’extrême droite ; le manque de crédibilité de la gauche laisse les racistes et les fanatiques se faufiler au sein du pouvoir.

Le 23 juin prochain, la Grande-Bretagne tiendra un référendum sur son maintien ou non dans l’UE. Pourquoi ce débat ? Tout simplement parce que malgré sa propre devise nationale et sa capacité à favoriser le plein emploi et stimuler les investissements nécessaires, le gouvernement conservateur n’est pas disposé à s’occuper de ces problèmes. Plutôt que de se rendre utile, le gouvernement britannique préfère rejeter la faute sur les étrangers et les démunis, au lieu d’admettre les réelles raisons de cette instabilité économique et politique, à savoir la négligence et l’austérité.

Aux Pays-Bas, Geert Wilders, leader du Parti pour la liberté (appellation assez ironique), est en tête dans les sondages pour les élections parlementaires prévues en 2017. Ce parti a comme projet « l’abolition du sénat, la fermeture de toutes les écoles islamiques, la sortie de l’UE, l’abolition du Parlement européen et le refus de toute coopération avec l’UE, l’abrogation de la taxe carbone, l’interdiction du Coran et la taxation du port du voile », et désire retirer « toutes les éoliennes et les investissements pour un environnement durable ou pour la réduction de l’émission de CO2 ».

Comme si ce n’était pas assez ridicule, le PVV entend supprimer « les cours d’intégrations ». « Cinémas, bibliothèques, piscines… on ne les veut nulle part », s’est vanté le parti.  Encore une fois, pourquoi ce débat ? Les piscines sont visiblement une plus grande menace nationale que le réchauffement climatique, assez paradoxal pour un pays qui se trouve à 26 % sous le niveau de la mer.

Cerise sur le gâteau, les nazis représentent le troisième parti le plus important en Grèce.

Bienvenue en Europe, forteresse militarisée où les murs ne sont peut-être pas aussi hauts et jolis comme Donald Trump le voudrait ; ils sont cependant aussi efficaces que le mur de Berlin. Mise à part cette étrange sensation de retourner en arrière et revivre les années 30, tout va bien.

Source originale: Counterpunch 5 mai

Traduit de l’anglais par MA pour Investig’Action
- See more at: http://www.investigaction.net/bienvenue-en-europe-la-forteresse-militarisee/#sthash.dibA47Sy.dpuf


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MessageSujet: Re: MIGRATIONS & RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALITÉS : analyses   Ven 10 Juin - 18:21


La planification d’une déportation de masse : Chronique de « l’ensauvagement » de l’UE

La construction médiatique de l’indifférence publique

Saïd Bouamama bouamamas 7 avril 2016

Dans un silence médiatique et politique assourdissant, les premiers bateaux transportant plusieurs centaines de réfugiés ont commencé la mise en pratique de la plus importante déportation de masse en Europe occidentale depuis la seconde guerre mondiale. Il s’agit ni plus ni moins que d’un nouveau crime historique de l’Union Européenne. Que celui-ci soit légal (en vertu de l’accord signé avec la Turquie) ne change bien entendu rien à son caractère violent et attentatoire aux droits humains. Nous avons affaire ici à un nouveau palier de « l’ensauvagement » de l’Europe riche pour paraphraser Aimé Césaire. Aux portes de cette Europe se multiplient et se multiplieront les camps financés par l’Union Européenne et gérés par Le grand démocrate Erdogan.


Citation :
L’accord avec Ankara : une marchandisation des réfugiés

Lundi 4 avril, 202 réfugiés quittent contre leur gré les îles grecques de Lesbios et Chios et sont débarqués dans le port turc de Dikili. La composition du groupe est un véritable panorama de la misère et de l’injustice mondiale actuelle : Pakistan, Afghanistan, Congo, Sri Lanka, Bangladesh, Inde, Irak, Somali, Côte d’Ivoire, Syrie. Cette première déportation en annonce de nombreuses autres en vertu de l’accord signé entre la Turquie et l’Union Européenne le 18 mars 2016. Rarement un accord n’a été mis en application aussi rapidement : dès le 20 mars la frontière entre la Turquie et la Grèce est fermée, c’est-à-dire que désormais les nouveaux réfugiés peuvent être directement refoulés vers la Turquie ; quinze jours après débute la première déportation. Il est vrai en revanche que la conclusion de l’accord a été longue du fait du marchandage sur les vies humaines qui a caractérisé les négociations.

Du côté de l’Union Européenne l’enjeu est de sous-traiter ou d’externaliser la politique de refoulement et de répression des réfugiés. Une telle pratique n’est pas nouvelle. Elle est au cœur des accords qu’impose l’Union Européenne aux pays africains pour faire de ceux-ci des gardes-chiourmes frontaliers (i). Elle est la mission première de l’agence FRONTEX consistant à« délocaliser peu à peu les frontières extérieures de l’UE vers l’Est et vers le Sud pour « mieux repousser les migrants (ii) » ». Tout en continuant ses politiques de pillages et de guerres, l’Union Européenne se dédouane ainsi des conséquences de sa politique étrangère impérialiste.

Du côté turc l’enjeu est également de taille. Les rares couvertures médiatiques de l’accord insistent sur l’aide de 6 milliards d’euros accordée à la Turquie pour cette sale besogne. Or cette aide n’est que l’arbre qui cache la forêt. Elle n’est ni scandaleuse, ni démesurée au regard ce que signifierait un accueil digne de cette « misère du monde » produite par las Etats riches. En revanche, d’autres parties de l’accord sont étrangement passées sous silence. En premier lieu la Turquie se voit attribuer le label de « pays sûr » c’est-à-dire répondant aux critères de protection des réfugiés liés au droit d’asile. Voici ce qu’en pense Jean-François Dubost, un juriste d’Amnesty International :


Citation :
« Cet accord marchande les réfugiés […] Il suppose que la Turquie est un pays sûr pour les réfugiés. Or nous n’avons de cesse de montrer, preuves à l’appui, que la Turquie refoule les réfugiés vers l’Afghanistan et la Syrie de façon assez massive […] Vraisemblablement, ces personnes ne resteront pas en Turquie parce que les conditions de protection n’y sont pas réunies. Elles vont donc chercher de nouvelles routes, plus dangereuses. On peut penser peut-être à des départs, à nouveau, depuis la Libye (iii) »


En second lieu la Turquie se voit offrir ainsi blanc-seing pour la « gestion de la question kurde ». La chancelière Merkel le révèle quelques jours avant la signature de l’accord en soulignant qu’ « Il va de soi que face à la Turquie nous devons mettre en avant nos convictions sur la protection de la liberté de la presse ou le traitement des Kurdes (iv) ». Rarement une hypocrisie a été aussi grande, quand on sait que l’instauration du couvre-feu dans plusieurs régions kurdes du sud-est du pays a fait déjà des centaines de victimes majoritairement civiles. Les deux vice-présidents du Parti Démocratique des Peuples (HDP) résument comme suit la signification de l’accord de déportation :


Citation :
« Il s’agit d’un marchandage sur le dos des réfugiés. L’Europe ferme volontairement les yeux devant la violation des droits de l’homme en Turquie (v). »


Plusieurs associations humanitaires ont refusé d’accompagner l’accord qu’elles estiment contradictoire avec les lois internationales du droit d’asile. Medecins Sans Frontières a décidé de suspendre ses activités sur les îles de Lesbos et de Samos en Grèce pour ne pas être complice de l’accord. Sa conseillère en affaire humanitaire, Aurélie Ponthieu explique cette décision comme suit :


Citation :

« Ces calculs grossiers réduisent les individus à de simples chiffres, leur retirent tout traitement humain et droit d’asile. Ces gens ne sont pas des chiffres ; ce sont des femmes, des enfants, des familles. Environ 88% des personnes qui empruntent cette route sont en quête de sécurité en Europe, et plus de la moitié d’entre eux sont des femmes et des enfants. Ils devraient être traités humainement et dignement (vi). »


Marie Elisabeth Ingres, chef de mission pour la Grèce de cette ONG est encore plus explicite. « Nous refusons de prendre part, précise-t-elle, à un système qui bafoue les besoins humanitaires des demandeurs d’asile […] Nous ne laisserons pas notre aide être instrumentalisée en faveur de déportation de masse (vii) ».

Le son de cloche est identique pour l’International Rescue Committee et le Conseil norvégien (viii) pour les réfugiés. Même l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) refuse de s’impliquer dans ce qu’elle caractérise comme une mise en « détention des réfugiés ».

Les réfugiés sont lucides sur le sort qui leur est réservé : mardi 22 mars, 4 jours après la signature de l’accord un réfugié désespéré s’immole par le feu dans le camp d’Indomeni à la frontière entre la Grèce et la Macédoine pour protester contre cette situation de parcage à la frontière dans des conditions inhumaines.

Comment simplement penser qu’une Turquie qui accueille déjà 3 millions de réfugiés puisse en accueillir des dizaines de milliers supplémentaires dans des conditions dignes ? La vérité crue s’impose : l’accueil sera inévitablement une détention de masse dans des camps sous surveillance militaire. Les victimes de nos guerres et de nos pillages sont ainsi transformées en coupables à surveiller et à enfermer. Les camps de la honte font désormais partis du paysage légal de la grande Europe.

La construction médiatique de l’indifférence publique

La photo du petit Aylan Kurdi, un enfant syrien de 3 ans échoué sur la plage de Bodrum, était à la une de tous les journaux européens le 3 septembre dernier. Le quotidien espagnol El Pais titrait en Une : « l’image qui ébranle toute l’Europe ». De nombreuses manifestations spontanées dans plusieurs pays d’Europe semblaient souligner une prise de conscience de l’opinion publique que le quotidien britannique « The Independent » résumait comme suit : « Si les images, incroyablement bouleversantes, du corps d’un enfant syrien échoué sur une plage ne conduisent pas l’Europe à changer d’attitude par rapport aux réfugiés, qu’est-ce qui pourra le faire ? (ix)  »

A peine 6 mois plus tard l’accord de la honte est signé dans une indifférence générale pour le mieux et avec une approbation portant un soulagement pour le pire. Entre temps la couverture médiatique de la question a été marquée par trois discours significatifs : celui de l’invasion, de l’infiltration terroriste et celui des violences sexistes.

La multiplication des images chocs sans explications accompagnatrices et mélangeant allègrement les lieux et les circonstances est la forme dominante de la couverture médiatique de la figure du réfugié : train pris d’assaut par plusieurs milliers de réfugiés en Hongrie, longues files se dirigeant vers la frontière serbe, camps surchargés aux différentes frontières, etc. Toutes ces images accréditent l’idée d’une invasion massive menaçant l’Europe. Une nouvelle fois, le discours médiatique présente des résultats (concentrations aux frontières, tentatives désespérées de franchir des barbelés) sans en souligner les causes : les politiques de fermeture des frontières faisant effet d’accumulation aux points de passage.

Une telle couverture médiatique n’est pas nouvelle mais elle a pris ces derniers mois une dimension anxiogène du fait de sa quotidienneté. Déjà fin 2015 un rapport du Réseau du journalisme éthique (Ethical Journalism Network) concernant 14 pays européens résume cette couverture comme se réalisant avec « un langage détaché et des discours sur des invasions ». Le rapport souligne également que la reprise sans déconstruction des réactions racistes de différents dirigeants et hommes politiques européens a également contribué à accréditer l’idée d’une invasion. Enfin il mentionne l’usage immodéré des hyperboles qui renforce encore le climat anxiogène de la couverture médiatique (x).

Les chiffres pour leur part révèlent une toute autre réalité. Si effectivement près de 5 millions de Syriens ont été contraints de fuir la guerre depuis 2011, ils sont essentiellement réfugiés en Turquie (2.7 millions) et au Liban (1 million). La France pour sa part a « généreusement » accueillis 10 000 syriens depuis 2011 selon les chiffres de l’OFPRA. Quant à la dernière arrivée massive de ces derniers mois, l’Organisation Internationale pour les Migrants (OIM) le Haut-Commissariat pour les Réfugiés de l’ONU (HCR) l’évalue à 1 005 504 personnes pour l’ensemble de l’Europe pour l’année 2015 (xi).

La situation n’est pas étonnante au regard des données disponibles sur l’ensemble des réfugiés au niveau mondial. Elle se résume comme suit : la quasi-totalité des réfugiés sont accueillis par des pays pauvres. Argumentant la nécessité d’une répartition plus équitable des réfugiés, le haut-commissaire aux réfugiés des Nations-Unies Filippo Grandi utilise l’image suivante : « Si l’Europe devait accueillir le même pourcentage de réfugiés que le Liban par rapport à sa population, il faudrait qu’elle héberge 100 millions de réfugiés (xii). »

Non seulement il n’y a aucun danger d’invasion, mais l’Europe est à la fois par ses politiques économiques et militaires une des principales causes des exils forcés et une des régions les moins accueillantes du monde. Contribuer fortement à produire la misère du monde en refusant de l’accueillir ensuite, telle est la réalité de l’Union Européenne.

Le discours de l’invasion est complété par celui du danger terroriste. Il a suffi qu’un des auteurs des attentats du 13 novembre soit passé par la frontière grecque en se présentant comme réfugié syrien pour que se développe une campagne sur le « danger terroriste » nécessitant une fermeture encore plus drastique des frontières aux réfugiés. Un tel amalgame est logique avec l’analyse erronée du terrorisme comme issu uniquement d’un « virus extérieur ». Il occulte que la grande majorité des « terroristes » agissant en Europe sont européens et sont une production de nos sociétés européennes, de leurs inégalités, de leurs discriminations, de leur islamophobie et de leurs humiliations. C’est ce que reconnaît le coordinateur pour la lutte contre le terrorisme depuis 2007, Gilles de Kerchove :


Citation :
« Daesh ou Al-Qaïda n’ont pas besoin d’envoyer leurs membres dans la masse des demandeurs d’asile. Il existe en effet un réservoir de personnes qui sont nées en Europe, qui n’ont pas de contacts avec les organisations terroristes et ne voyagent pas, mais se sont radicalisées sur Internet. […] Malheureusement, cinq mille citoyens européens au moins ont pris la route de la Syrie et de l’Irak. Certains d’entre eux n’avaient pas été identifiés par nos services de sécurité. Donc, si j’étais un dirigeant de Daesh, je préfèrerais choisir un combattant étranger français, belge ou néerlandais pourvu de papiers en règles, et le renvoyer en Europe après l’avoir entraîné. Pourquoi voudrais-je mêler mes hommes aux demandeurs d’asile ? (xiii) »


Malgré cette évidence logique toutes les grandes chaînes télévisuels et toutes les radios importantes ont programmés des émissions et des débats où pseudos experts et autres spécialistes sont venus discourir des liens entre la « crise des réfugiés » et le « terrorisme », de la « stratégie d’infiltration des réfugiés de Daesh », etc. Le 23 novembre France Culture diffuse une émission intitulée « la crise des réfugiés à l’ombre du terrorisme ».

Le 7 décembre le journaliste Matin Buxant de BEL RTL pose la question significative suivante au secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration Belge, Theo Francken : « il y a quand même des faisceaux d’indications qui tentent à prouver que les réseaux terroristes utilisent les filières de réfugiés pour venir en Europe. Qu’est-ce qu’on fait par rapport à cela ? ».

Des « faisceaux d’indications » rien de moins ! Le 24 février 2016 c’est au tour de Kamal Redouani sur TF1/LCI de déclarer que le lien entre terrorisme et réfugiés est une « réalité » même si ajoute-t-il « il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier ». Nous sommes bien dans une logique de diffusion d’amalgames et de rumeurs indépendantes des faits réels (un seul cas réellement objectivé). Une nouvelle fois l’émotion et l’inquiétude liées aux attentats ont été utilisées à des fins d’audimat. C’est ce que résume le journaliste Bulgare Boyko Vassilev en soulignant la tendance grandissante des médias à oublier « les faits et la réalité » :


Citation :
« Nous sommes devenus à l’aide des réseaux sociaux très agressifs, nous sommes prêts à tout commenter en oubliant dans cet élan les faits et la réalité. Il y a trop d’émotions et pas assez de bon sens et de raison. Je n’ai rien contre la liberté d’expression, mais où sont les reportages, où sont les enquêtes, où sont les faits ? Nous réagissons très vite et très facilement, nous sacrifions notre travail à la médiamétrie et aux taux d’audience, nous voulons qu’on nous aime, mais le journalisme c’est autre chose. Le journalisme c’est de défier les stéréotypes, les clichés, se dresser contre l’opinion générale, c’est chercher les faits, les révéler et essayer de prouver sa propre thèse (xiv). »


Aux discours sur l’invasion et sur la menace terroriste s’est ajouté un troisième volet toujours aussi anxiogène : celui des agressions sexuelles. A l’occasion des festivités du réveillon des violences sexuelles sont faites à de nombreuses femmes à Cologne. Des policiers déclarent anonymement à la presse qu’elles sont le fait de « réfugiés » et immédiatement toute la presse européenne diffuse et commente cette « information ».

Les analyses sont massivement culturalistes fait remarquer Hanane Karimi : « Les traitements médiatique et politique des événements de Cologne démontrent la manière dont les déviances des non-blancs sont directement interprétées en termes de culture (xv). » Ces agressions s’expliqueraient par la culture machiste et patriarcale des réfugiés. Six semaines après les faits le procureur de Cologne rend public les résultats de l’enquête : 3 des agresseurs sur 58 sont des réfugiés. Peu importe le mal est fait et la rumeur circule.

La construction d’un climat anxiogène à propos des réfugiés sous la forme de l’invasion, de la menace terroriste et de l’agression sexuelle dans une société taraudée par l’inquiétude pour l’avenir et la fragilisation sociale du fait des politiques d’austérité ne peut avoir comme conséquence que le développement du racisme pour le pire et de l’indifférence pour le mieux. L’accord de la Honte signé entre l’Union Européenne et la Turquie s’appuie sur cette indifférence médiatiquement et politiquement construite. Il a comme conséquence logique inévitable : la banalisation des rafles et des camps c’est-à-dire un « ensauvagement de l’Europe ».

Notes :

(i) Echanges et partenariats, Frontex et l’externalisation des contrôles migratoires. L’exemple de la coopération avec les Etats africains, http://emi-cfd.com/echanges-partena…, consulté le 6 avril à 10 heures.

(ii) Claire Rodier, Des frontières et des hommes, http://www.migreurop.org/article158…, consulté le 6 avril à 10 h 45 ;

(iii) Jean-François Dubost, Amnesty International, France-Info, 4 avril 2006,http://www.franceinfo.fr/fil-info/a…, consulté le 6 avril à 11 h 15.

(iv) Cécile Ducourtieux, L’accord de renvoi des réfugiés en Turquie toujours contesté, Le Monde du 17 mars 2016.

(v)Ragip Duran, Migrants : l’opposition turque outrée par l’accord avec l’UE, Libération du 18 mars 2016.

(vi) Aurélie Ponthieu, Accord UE-Turquie, réduire les vies des réfugiés à de simples chiffres,http://www.msf.fr/actualite/article…, consulté le 6 avril à 12 h 30 ;

(vii) Chloé Dubois, Les ONG ne seront pas « complices » de l’accord UE-Turquie,http://www.politis.fr/articles/2016…, consulté le 6 avril 2016.

(vii) Réfugiés : des ONG refusent de cautionner l’accord UE-Turquie, L’Humanité du 23 mars 2016.

(ix) The independent du 3 septembre 2015.

(x) Ethical Journalism Network, Report on media and the global migration and refugee crisis, décembre 2015.

(xi) Le Monde du 22 décembre 2015.

(xii) Filippo Grandi, Il faut une répartition équitable des réfugiés,http://www.24heures.ch/monde/Il-fau…, consulté à 16 h 00.

(xiii) Gilles de Kerchove, Daech ou Al-Qaïda n’ont pas besoin de faire passer des terroristes parmi les réfugiés, https://www.euractiv.fr/section/jus…, consulté le 6 avril à 17 h 30.

(xiv) Boyko Vassilev, Médias et réfugiés : halte aux clichés et au prêt-à-parler !,http://bnr.bg/fr/post/100676931/med…, consulté le 6 avril à 19 h 00 ;

(xv) Hanane Karimi, De la banalité du sexisme et du racisme, Retour sur les événements de Cologne et leur traitement médiatique, http://lmsi.net/De-la-banalite-du-s…, consulté le 6 avril 2016 à 20 h 00.


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MessageSujet: Re: MIGRATIONS & RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALITÉS : analyses   Dim 12 Juin - 14:51



L’Europe fossoyeur

René Naba via Robert Bibeau les7duQuébec12 juin 2016

Titre original : Flux migratoire: L’Europe, fossoyeur de sa propre cause, victime de ses propres turpitudes passées et présentes. Par René Naba. 2.06.2016. URL : http://www.madaniya.info/2016/06/02/flux-migratoire-l-europe-fossoyeur-de-sa-propre-cause-victime-de-ses-propres-turpitudes-passees-presentes/

Texte de l’intervention de René Naba, Directeur du site www.madaniya.info, dans le cadre de la 31e session du Conseil des Droits de l’Homme, à l’invitation de l’organisation «the Global Network for Rights and development-GNRD» sur le thème «Les Conséquences immédiates, à court et à long terme, de la crise des réfugiés et personnes déplacées».


René Naba a écrit:
Le sauve qui peut de l’Europe face au flux migratoire actionné par la Turquie

Depuis le début des printemps arabes, en 2011, 11.132 ont disparu sur l’une des trois routes méditerranéennes menant vers l’Europe, consécutif à la dislocation de la Libye du fait occidental et de la déstabilisation du Mali, du fait de leurs alliés pétromonarchiques, via leurs affidés Ansar Eddine. Le chiffre est sans appel et pointe du doigt la responsabilité occidentale dans ce drame humain de grande ampleur.

L’accord conclu vendredi 18 mars 2016 à Bruxelles entre l’Union Européenne et la Turquie en permettant à l’ensemble européen de renvoyer vers la Turquie les migrants débarqués en Grèce s’apprête à un «accord de la honte», en ce qu’il foule au pied les principes élémentaires du Droit International et du Droit européen.

L’objectif était, certes, louable : Éviter que la Grèce ne se transforme en un gigantesque camp de réfugiés sur le territoire de l’Europe, sur le modèle de la Cisjordanie et de Gaza en Palestine, après la fermeture de la «Route des Balkans». Mais la promotion du principal pourvoyeur de djihadistes vers la Syrie et de réfugiés vers l’Europe au rang de vigile de la forteresse Europe face à une nouvelle invasion barbare, constitue tout à la fois une prime à la fourberie turque et une concession au populisme rampant de l’opinion d’un continent en crise systémique.

En contrepartie de son rôle de garde frontière, le président Recep Tayyib Erdogan obtient de considérables avantages à l’effet de consolider sa posture autocratique et liberticide.

Une aide financière importante (environ 6 milliards d’euros d’ici à la fin 2018), une levée de l’obligation de visa pour les Turcs et une reprise des négociations d’adhésion à l’Union Européenne. Un satisfecit en dépit du fait que la Turquie continue d’occuper la partie nord de Chypre et que le sultan d’Ankara bafoue les libertés de la presse et la justice de son pays.

L’arrivée de plus d’un million de migrants et de réfugiés en Europe a eu raison des grands principes. Cinq ans après le printemps arabe, l’Europe paie ainsi le prix de démagogie et de son bellicisme. Un nouveau rideau de fer s’est abattu sur l’Europe, pour reprendre l’expression de l’ancien premier ministre britannique Winston Churchill.


Une lecture diachronique de l’actualité, conjuguant une analyse englobant l’espace et le temps de cette séquence, aboutirait à cette surprenante conclusion que l’Europe a été le fossoyeur de sa propre cause, victime de ses turpitudes passées et présentes en ce que le flux migratoire du XXI siècle de l’hémisphère sud, particulièrement le flanc méridional de l’Europe, apparaîtra rétrospectivement comme le lointain et ultime avatar du «fardeau de l’homme blanc»

La colonisation le plus grand bouleversement démographique de la planète

Il fut un temps, pas très loin, où le «seuil de tolérance» ne faisait pas poids face à la furie colonisatrice de l’Europe, son besoin incompressible d’assumer «le Fardeau de l’Homme blanc» et sa «chargé d’ainesse», en vue d’accomplir sa mission civilisatrice.

52 millions de personnes se sont ainsi expatriés du «Vieux Monde», en un peu plus d’un siècle (1820-1945), à la découverte des nouveaux mondes, lointains précurseurs des travailleurs immigrés de l’époque moderne. Au rythme de 500 000 expatriés par an en moyenne pendant 40 ans, de 1881 à 1920, 28 millions d’Européens auront ainsi déserté l’Europe pour peupler l’Amérique, dont 02 millions aux États-Unis, 8 millions en Amérique latine, sans compter l’Océanie (Australie, Nouvelle Zélande), le Canada, le continent noir, le Maghreb et l’Afrique du sud ainsi que les confins de l’Asie, les comptoirs enclaves de Hong Kong, Pondichéry et Macao.

Curieux cheminement. Curieux croisement : alors que l’Africain était extirpé de ses racines par les colonisateurs de la Sénégambie pour se projeter au-delà des océans en vue de contribuer à la prospérité du Nouveau Monde, les Français et Anglais, Espagnols et portugais, d’abord, au XVIII me -XIX me siècle, puis les Libanais et les Syriens, ensuite au XX me siècle, étaient conduit à l’exode sous l’effet des contraintes économiques.

Un mouvement parallèle… Le Noir allait peupler l’Amérique, quand le blanc se substituait à lui sur son continent, comme intermédiaire entre colonisateurs et colonisés. 52 millions d’expatriés, soit le double de la totalité de la population étrangère résidant dans l’Union Européenne à la fin du XX me siècle, un chiffre sensiblement équivalent à la population française. Principal pourvoyeur démographique de la planète pendant 120 ans, l’Europe réussira le tour de force de façonner à son image deux autres continents, l’Amérique dans ses deux versants ainsi que l’Océanie et d’imposer la marque de sa civilisation à l’Asie et l’Afrique.

«Maître du monde» jusqu’à la fin du XXe siècle, elle fera de la planète son polygone de tir permanent, sa propre soupape de sécurité, le tremplin de son rayonnement et de son expansion, le déversoir de tous ses maux, une décharge pour son surplus de population, un bagne idéal pour ses trublions, sans limitation que celle imposée par la rivalité intra européenne pour la conquête des matières premières.

La Françafrique, une France à fric

L’indépendance des pays d’Afrique neutralisera le rôle du continent noir dans sa fonction de volant régulateur du chômage français.

Mais la France, jamais à court d’imagination lorsqu’il s’agit de faire «suer le burnous» substituera à la colonisation la communauté franco-africaine, matérialisée par la Françafrique, le plus extraordinaire pacte de corruption des élites françaises et africaines à l’échelle continental. Djembés, malettes : Jamais la Françafrique n’a autant mérité son nom de «France à fric», une structure ad hoc pour pomper le fric par la vampirisation des Africains pour la satisfaction de la veulerie française. Aberrant et Odieux.

Cinq siècles d’esclavage pour un tel résultat. Pour continuer à entretenir à grands frais l’un de ses colonisateurs les plus implacables, la France. Sans la moindre pudeur pour les victimes de la traité négrière, de l’esclavage, des zoos ethnologiques… les bougnoules, les dogues noirs de la République ? Gabon, Congo, Cote d’Ivoire, Sénégal, Guinée équatoriale… Honte à l’Afrique de nourrir ses bourreaux. Vénalité française et corruption africaine, combinaison corrosive, dégradante pour le donateur, avilissante pour le bénéficiaire : 400 milliards de dollars évaporés en 35 ans du continent africain vers des lieux paradisiaques, de 1970 à 2005, selon les estimations de la CNUCED.

Et pourquoi n’avoir pas songé à déduire ces gracieusetés de la dette, cette nouvelle forme de traite négrière, qui saigne l’Afrique, autant que la précédente ? Et pourquoi ne pas compenser par des infrastructures à l’effet de réduire la dépendance africaine à l’égard du vieux continent ?

L’hémorragie des capitaux arabes et africains vers leurs anciens colonisateurs

Les avoirs bloqués des dictateurs arabes et africains, s’ils constituent une manne pour l’économie occidentale en crise systémique, elles sont une panne pour le développement de l’hémisphère sud. Voire une calamité.

1.500 milliards de dollars, tel est le montant des sommes en provenance d’Afrique et du Moyen Orient dans les places financières occidentales, dont 15% de provenance illégale. La fortune cumulée de Hosni Moubarak (Egypte), Zine el Abidine Ben Ali (Tunisie), Sani Abacha (Nigeria), Moussa Traore (Mali), Joseph Desiré Mobutu (République Démocratique du Congo ex Zaire) notamment est, elle, estimée à près de 40 milliards de dollars. Des miettes en ont été restituées.

Selon le Boston Consulting Group, la Suisse accueille près de 30 % des avoirs privés offshore, la plupart non déclarés. La revue professionnelle de gestion d’actifs «My Private Banking» estime que sur les 1.500 milliards de dollars que représentent les fortunes privées d’Afrique et du Moyen-Orient à l’étranger, 33 % sont localisées en terre suisse, et dont 15 % environ seraient d’origine illégale, soit 74 milliards de dollars.

Les milliards de Kadhafi

Selon la Banque mondiale et le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), la Libye bénéficie début 2011 de «l’indice de développement humain le plus élevé du continent africain», avec une croissance du PIB de 7,5 % par an, un revenu par habitant record (10 000 dollars américains par an), l’instruction primaire et secondaire pour tous et l’accès d’un élève sur deux à l’enseignement supérieur.

Plus de 2 millions d’immigrés africains trouvent du travail dans la Jamahiriya. Facteur de stabilité et de développement en Afrique du Nord, la Libye a multiplié les investissements visant à doter l’Union africaine de l’autonomie financière et d’une monnaie indépendante.

Quant aux «500 milliards de Kadhafi» répertoriés en mars 2011, il s’agit tout simplement 500 milliards d’avoirs libyens investis dans le monde (250 en Amérique, 250 en Europe et dans le reste du monde occidental) entre banques et entreprises. Sans même parler des investissements (50 milliards) effectués par le Guide sur le continent africain, et du pillage à venir du pétrole libyen. Ils ne réapparaîtront jamais, à l’exception de 11 à 34 milliards restitués au Conseil national de transition (CNT) par l’Otan et les Occidentaux (enquête de Pascal Henry : Pièces à conviction sur France 3, le 29/01/2014).

Chaque année, entre 20 et 40 milliards de dollars d’argent illégal échappent aux pays en développement. Sur les quinze dernières années, seuls 5 milliards de dollars ont été restitués. C’est dire l’ampleur de la tâche.

L’hémorragie est substantielle, infiniment supérieure au budget affecté aux dépenses d’infrastructure en Afrique. 90 milliards de dollars quittent, en fraude, chaque année l’Afrique pour enrichir les riches pays occidentaux ou se nicher dans les paradis fiscaux, appauvrissant d’autant le continent, dont le déficit annuel de financement de l’infrastructure s’élève à 31 milliards de dollars par an. En surcroît aux nombreux maux dont pâtit l’Afrique, un mal est plus que tout autre corrosif et ravageur : l’incivisme en ce que l’Afrique, plus que tout autre continent, a subi de plein fouet les effets pervers de la colonisation, la dépossession et l’exploitation.

La situation est si alarmante que l’Union Africaine a invité les états membres de l’organisation continentale à prendre les mesures appropriées pour freiner la fuite des capitaux qui prennent la dimension d’une hémorragie. La somme exportée au titre de flux financiers non déclarés par les pays en développement, chaque année, est «près de dix fois les flux d’aide internationale annuelle et deux fois le montant de la dette annuelle des pays en développement», indique un rapport du Consortium pour la recherche économique en Afrique (CREA), publié par la revue «Afrique Asie», en date de Mai 2014.

L’effet boomerang : l’invasion barbare

Par un rebond de l’histoire, dont elle connaît seule le secret, l’effet boomerang interviendra au XXe siècle, s’accentuant eau XXIe siècle au point de menacer la blancheur immaculée de la population européenne.

La France devra suppléer à ses défaillances en faisant appel aux troupes d’outre mer, avec l’enrôlement de près de 1,2 millions des soldats pour sa défense lors des deux guerres mondiales (1914-1918/1939-1945) et la reconstruction du pays sinistré.

Au point que par transposition du schéma colonial à la métropole, les Français, par définition les véritables indigènes de France, désigneront de ce terme les nouveaux migrants, qui sont en fait des exogènes ; indice indiscutable d’une grave confusion mentale accentué par les conséquences économiques que cette mutation impliquait. Il en a été de même pour le Royaume-Uni avec l’enrôlement des sherpa ghurkas indo pakistanais, du Bengladesh et de Sri Lanka.

Socle principal de la population immigrée malgré son hétérogénéité linguistique et ethnique, avec près de 20 millions de personnes, dont 5 millions en France, la communauté arabo-musulmane d’Europe occidentale apparaît en raison de son bouillonnement -boutade qui masque néanmoins une réalité- comme le 29e État de l’Union européenne. En s’y greffant, l’admission de la Turquie, de l’Albanie et du Kosovo au sein de l’Union européenne porterait le nombre des musulmans à près de 100 millions de personnes, représentant 5 % de la population de l’ensemble européen, une évolution qui fait redouter à la droite radicale européenne la perte de l’homogénéité démographique de l’Europe, la blancheur immaculée de sa population et aux «racines chrétiennes de l’Europe». Pour un observateur non averti, le décompte est impressionnant : 2,6 % de la population d’Europe occidentale est d’origine musulmane, concentrée principalement dans les agglomérations urbaines.

Son importance numérique et son implantation européenne au sein des principaux pays industriels lui confèrent une valeur stratégique faisant de la communauté arabo-musulmane d’Europe le champ privilégié de la lutte d’influence que se livrent les divers courants du monde islamique et partant le baromètre des convulsions politiques du monde musulman. Fait désormais irréversible, l’ancrage durable des populations musulmanes en Europe au delà du débat cyclique sur la compatibilité de l’Islam et de la République avec sa variante L’Islam soluble dans la République.

Au seuil du XXIe siècle, l’Europe est mimée par la montée des corporatismes, du communautarisme et de la xénophobie exacerbées par la précarité économique et la marginalisation croissante d’un pan de la population, à l’arrière plan de la lutte contre le terrorisme. Sur fond des guerres de prédation des économies de la rive sud de la Méditerranée (Libye, Syrie), se superposant au conflit israélo-palestinien, dont elle en assume la responsabilité originelle, et l’antagonisme judéo arabe y afférent, l’Europe paraît à la recherche d’un second souffle alors que les digues de Schengen, la plus belle réalisation de l’Europe, cédent sous le flux migratoire de l’hémisphère sud.

L’Europe et sa frénésie belliciste

6 ans après la chute de Kadhafi, 5 ans après la guerre de destruction de la Syrie, la Libye et la Syrie apparaissent comme des zones de non-droit, déversant vers l’Europe un flux migratoire constant, lointaine réplique d’une colonisation intensive de l’Occident de l’ensemble de la planète provoquant un bouleversement radicale de la démographie et de l’écologie politique et économique de quatre continents (Afrique, Amérique, Asie, Océanie), sans la moindre considération pour le mode de vie indigène, sans la moindre préoccupation pour un développement durable de l’univers. Sans le moindre motif que la cupidité.

«La Méditerranée : un cimetière marin

30 000 personnes ont péri en dix ans entre 1995 et 2015 aux portes de l’Europe dont 3.500 en 2014 et 2.000 pour le premier semestre 2015. Un nombre record de 137 000 migrants ont traversé la Méditerranée dans des conditions périlleuses au cours du premier semestre 2015, soit une hausse de 83% par rapport au premier semestre 2014. La situation empire avec l’été en raison des conditions climatiques : le nombre de migrants en Méditerranée était passé en 2014 de 75 000 au premier semestre à 219 000 à la fin de l’année, selon l’agence des Nations unies pour les réfugiés.

Vieille démocratie = démocratie vieillissante : La Turquie, vigile de la forteresse Europe ou Maître chanteur ?

L’Allemagne pâtit d’un déficit démographique qui risque de la reléguer au 2e rang européen derrière la France à l’horizon 2050. La France, elle même, ne maintient son rang qu’aux capacités de reproduction de sa composante basanée. Dans la confusion et l’improvisation, la Turquie est tour à tour célébrée comme le vigile de la forteresse Europe ou un Maître chanteur du drame migratoire en ce que l’impulsion de départ provient d’Ankara, l’éternel candidat à l’Union Européenne.

Le nouveau flux migratoire en provenance de l’hémisphère sud paraît devoir irriguer le marche de travail européen par une main d’oeuvre abondante, bon marché, et sans doute docile. Un avantage appréciable pour le capitalisme européen car il maintiendrait la pression sur les bas salaires et découragerait toute velléité contestataire ouvrière ou syndicale.

Le flux migratoire : une délocalisation en amont

Le flux constitue en fait une forme de délocalisation en amont, sur le sol européen, à l’effet de maintenir la compétitivité de l’Europe. Avec sa contrepartie inévitable, le brassage de la population sur son sol. Le métissage.

Deux des grands pays du Brics, le Brésil et l’Afrique du sud, sont des pays de métissage. Du fait européen. Les États-Unis, la 1ere puissance militaire de tous les temps, l’est aussi. Du fait européen aussi. Tel sera le prix à payer ou la chance à saisir.

Les cargaisons migratoires basanées projetées navalement par la Libye et la Syrie vers la rive occidentale de la Méditerranée, au-delà du risque qu’elles font planer selon les puristes européens sur la blancheur immaculée de la population européenne, résonne dans la mémoire des peuples suppliciés comme la marque des stigmates antérieures que l’Europe a infligées des siècles durant aux «damnés de la terre» et qu’elle renvoie désormais à sa propre image. Une image de damnation.

«Si une France de 45 millions d’habitants s’ouvrait largement, sur la base de l’égalité des droits, pour admettre 25 millions de citoyens musulmans, même en grande proportion illettrés, elle n’entreprendrait pas une démarche plus audacieuse que celle à quoi l’Amérique dut de ne pas rester une petite province du monde anglo-saxon», prophétisait, déjà, en 1955, l’anthorpologue Claude Lévi-Strauss, dans son ouvrage «tristes tropiques», en un saisissant résumé de la problématique post-coloniale dans laquelle se débat la société européenne, particulièrement la société française depuis un demi-siècle.

L’histoire est impitoyable avec les perdants. Elle est tout aussi impitoyable avec ceux qui l’insultent. Croquemitaine, le brassage est capable du pire comme du meilleur.

Ainsi aux États-Unis, le métissage a généré les suprématistes du Ku Klux Klan (KKK), mais aussi Alex Haley (The Roots), James Baldwin, Toni Morison, et William Kelly Brown (The Nig), Louis Armstrong, Charlie Parker et Mahalia Jackson, Jesse Owen, C0arl Lewis et Wilma Rudolph, Michael Jackson et Denzel Washington, enfin Martin Luther King, voire même Barack Obama. À l’Europe de choisir et se doter des moyens de sa politique, faute d’être réduite à la politique de ses moyens. De se ressaisir sans abandonner à leur sort le combat des démocrates turcs, ni des démocrates syriens, ni aucun démocrate quelque soit sa nationalité. Un acte de grande lâcheté morale.

Pour aller plus loin sur la problématique de l’Islam en Europe

◾http://www.madaniya.info/2014/11/24/islam-europe-la-population-en-forte-augmentation-a-l-horizon-2030
◾Le petit fils du peintre catalan Miro vend 28 œuvres aux enchères pour venir en aide aux migrants
http://www.lemonde.fr/big-browser/article/2016/05/19/le-petit-fils-de-miro-vend-28-de-ses-uvres-aux-encheres-pour-aider-les-migrants_4922514_4832693.html
◾René Naba est l’auteur de l’ouvrage «Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français», (Harmattan 2002) dont est extrait ce chapitre, cf à ce propos «Sur le flux migratoire mondial au XX me siècle http://www.renenaba.com/les-colonies-gout-du-paradis-ou-arriere-gout-d’enfer


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MessageSujet: Re: MIGRATIONS & RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALITÉS : analyses   Lun 27 Juin - 17:23


une analyse précieuse, sur l'articulation entre migrations, composition et lutte de classe, elles ne sont pas légion. Celle-ci porte plus particulièrement sur l'Allemagne et il faudrait voir ce qui vaut pour la France ou d'autres pays en Europe ou ailleurs. Toujours est-il que ce texte fouillé nous change des tartines marxistes dogmatiques présentant l'immigration comme facteur unique de segmentation visant à empêcher le prolétariat de souche européenne de faire la révolution. Y revenir donc...


Migration, réfugiés et force de travail

Wildcat via Échanges n°155 juin 2016

Une analyse approfondie de la « crise des réfugiés » et des migrations dans l’Union européenne, en relation avec la restructuration du marché du travail et la composition de classe.

Ce texte est paru dans le n° 99 (hiver 2015-2016) de la revue allemande Wildcat.

***

Citation :
L’ « été des migrations » a pris fin. Même si de nombreuses initiatives soutiennent encore les « nouveaux citoyens » en organisant une aide quotidienne, des événements festifs, des cours de langue et bien d’autres activités, la classe politique veut inverser cette dynamique : elle s’efforce d’ériger de nouvelles frontières, d’imposer un abaissement des normes sociales et de diviser politiquement la classe ouvrière en utilisant les réfugiés – elle s’en sert comme d’un catalyseur pour une réforme en profondeur de la société.

A gauche, on observe en gros deux manières de considérer cette nouvelle situation : certains voient dans l’impressionnante auto-organisation des réfugiés et dans la destruction des barrières frontalières une manifestation de l’« autonomie des immigrés ». D’autres considèrent la politique de Merkel d’un point de vue purement fonctionnel : les migrations profitent au capital car elles lui fournissent une force de travail bon marché, qualifiée et motivée, et des contributeurs supplémentaires aux caisses de retraite.

En réalité, ces deux aspects sont liés. En émigrant vers les centres d’accumulation de l’Europe du Nord, de nombreux réfugiés essaient de redevenir des sujets actifs de leur propre vie. Le capital veut utiliser leur énergie sociale pour restructurer les marchés du travail et faire pression localement sur les relations de classe. De plus, des migrations de masse peuvent avoir les mêmes effets qu’un programme de stimulation économique : elles créent des emplois dans l’enseignement, les agences pour l’emploi, le bâtiment, les secteurs de l’aide sociale et de la sécurité… tout en réduisant les coûts de reproduction de la force de travail (l’entretien et l’éducation d’un être humain pendant les vingt premières années de sa vie coûtent environ 200 000 eu­ros – et l’Allemagne est un pays « vieillissant » qui a désespérément besoin de jeunes !).

Pour qu’elles aient cet impact économique, les migrations de prolétaires doivent être contrôlées, ce que les dirigeants politiques se sont montrés de plus en plus impuissants à faire ces dernières années. Récemment cette perte de contrôle s’est encore aggravée, comme en témoignent l’escalade de la « crise des réfugiés » en Grèce au début de l’année 2015, la destruction des grillages et barbelés aux frontières de la Turquie à la mi-juin 2015 après les combats de Tall Abyad en Syrie, et finalement la marche des réfugiés depuis la gare centrale de Budapest jusqu’à la frontière autrichienne. Au début du mois de septembre, les réfugiés ont été accueillis par les applaudissements de la foule à Vienne, à Munich et dans d’autres villes. Outre la crise bien réelle des frontières, cette réaction des populations locales, qui aurait été impensable au début des années 1990, exprime un second aspect de la perte de contrôle par l’Etat. En troisième lieu, la classe dirigeante n’a pas de stratégie pour « s’attaquer aux causes sous-jacentes des migrations ». C’est plutôt l’opposé qui est vrai : la répression de plus en plus brutale et destructrice des mouvements d’opposition dans un nombre croissant de régions du monde aggrave les antagonismes sociaux ; la crise et les guerres conduisent à l’effondrement de régions entières.

En effectuant une telle volte-face cet été, le gouvernement Merkel reconnaissait cette situation mais essayait en même temps de reprendre les choses en main, notamment en vantant une « culture de l’accueil » européenne. Ce n’est qu’en transformant le patient travail à long terme des initiatives concernant les réfugiés en un événement public que la classe politique a pu ensuite inverser sa signification.

Dans cet article, nous voulons analyser cette relation entre l’émigration des réfugiés et l’émigration de travailleurs vers l’Allemagne dans le contexte européen. Au départ, la distinction entre « réfugiés » et « migrants économiques » est purement juridique : les travailleurs grecs qui fuyaient la junte militaire et vinrent en Allemagne en 1967 étaient considérés comme des « travailleurs invités ». Après la fin de l’accord sur les « travailleurs invités » en 1973, les travailleurs turcs qui tentaient de fuir leur pays après le coup d’Etat militaire de 1980 durent demander l’asile. Les émigrés sénégalais qui risquaient leur vie en traversant la Méditerranée étaient considérés comme des ouvriers agricoles illégaux en Espagne et comme des demandeurs d’asile en Allemagne.

En Allemagne, le droit individuel et constitutionnel à l’asile ne joua pratiquement aucun rôle avant la fin des années 1970 et fut principalement appliqué aux migrants originaires des pays du socialisme d’Etat. En 1980, pour la première fois, plus de 100 000 per­sonnes demandèrent l’asile ; environ la moitié étaient originaires de Turquie et un grand nombre d’autres du Vietnam et de Palestine. Un an plus tard, 20 % des demandeurs d’asile venaient de Pologne (à l’apogée de la résistance du syndicat Solidarnösc).

Pendant les années 1980, beaucoup de demandeurs d’asile étaient des militants de gauche qui fuyaient la répression d’Etat ou la guerre civile, en Iran ou au Sri-Lanka par exemple. Ils formèrent la colonne vertébrale d’un mouvement politique portant sur les conditions d’accueil et s’opposant aux expulsions vers des zones de conflit. La propagande réactionnaire qui se renforça pendant la première moitié de la décennie visait principalement ces réfugiés, qui apportaient avec eux des compétences et des expériences de lutte, et qui connaissaient aussi les relations entre le capital allemand et les régimes dictatoriaux de leurs pays d’origine.

A partir de 1987, la crise dans les pays du bloc de l’Est devint plus visible. Le nombre de « rapatriés de souche allemande » (1) en provenance d’Europe de l’Est et de l’ancienne Union soviétique augmenta très rapidement, jusqu’à atteindre 400 000 pour la seule année 1990. La majorité de ces immigrés étaient des travailleurs qualifiés qui avaient appris un métier. Ceux qui ne pouvaient prouver leurs « racines allemandes » étaient contraints de demander l’asile : à partir de 1988 le nombre de demandes d’asile augmenta de manière continue, avec un pic d’environ 440 000 demandes en 1992. Les militants de gauche en provenance de pays du tiers monde ne formaient plus qu’une petite minorité parmi ces demandeurs d’asile. Parmi eux 75 % venaient d’Europe de l’Est et du Sud-Ouest – en raison de l’effondrement social de ces régions, des « thérapies de choc » économiques, des disputes qui s’ensuivirent sur le partage du butin et enfin des guerres civiles. Beaucoup de migrants ne demandaient pas l’asile mais travaillaient dans l’« économie illégale » comme travailleurs sans papiers, par exemple dans le bâtiment (2).

De plus, pendant les trois années qui suivirent l’annexion de la RDA (l’ex-Allemagne de l’Est), 1  million de migrants de l’intérieur arrivèrent sur le marché du travail en Allemagne de l’Ouest : ils fuyaient la hausse soudaine du chômage consécutive à la destruction des industries et de l’administration de leur région.

La crise du début des années 1990

Il y a vingt-cinq ans, comme aujourd’hui, l’escalade de la « crise des réfugiés » provoqua un effondrement massif des normes régissant la protection sociale, les contrats collectifs et le droit du travail lors de la crise économique qui se manifesta peu après. Le modèle allemand fondé sur une industrie d’exportation hautement productive, qui fut couronné de succès pendant les quinze dernières années, repose sur une classe ouvrière plus profondément divisée et segmentée que dans les précédentes décennies.

Le 8 août 1991, plus de 10 000 réfugiés albanais prirent d’assaut le Vlora, un minable cargo rouillé, et forcèrent l’équipage à modifier sa route pour traverser l’Adriatique. La police les expulsa brutalement d’Italie à leur arrivée à Bari. Cet événement servit à illustrer la rhétorique réactionnaire du « bateau plein ». Le magazine politique libéral Der Spiegel (19 août 1991) osa présenter les migrations comme la « guerre du troisième millénaire » et prophétiser l’arrivée de 50 millions de réfugiés de l’ex-Union soviétique.

Pendant que le gouvernement fédéral instillait la peur d’un flot incontrôlé d’étrangers, il importait toujours plus de travailleurs bon marché d’Europe de l’Est et du Sud, grâce aux « contrats de travail et de service » (liés à un emploi spécifique) et aux accords de recrutement dans des secteurs spécifiques – par exemple, à partir de 1991, le nombre de travailleurs saisonniers étrangers augmenta dans l’agriculture.

Les migrations économiques, à la fois sous une forme non régulée et par le biais de contrats liés à des projets spécifiques, par exemple dans le bâtiment ou l’industrie de la viande, exercèrent une énorme pression sur les travailleurs locaux. Les immigrés, qui travaillaient pour des salaires bien plus bas, étaient aussi systématiquement escroqués : tantôt on les payait moins que promis, tantôt pas du tout. Cela déclencha de nombreux conflits et des travailleurs venus d’Angleterre, d’Irlande et d’Italie menèrent quelques grèves autonomes.

Le traitement inégal des différents groupes d’immigrés permit de diviser les travailleurs et de faire pression pour qu’ils acceptent leur sort : travailleurs ayant un emploi contre chômeurs, travailleurs d’Allemagne de l’Ouest contre les « Ossis [Allemands de l’Est] paresseux », « Allemands de Russie » nouvellement installés contre les migrants arrivés antérieurement… et ainsi de suite.

En jouant intelligemment ces différents groupes les uns contre les autres, l’Etat réussit à déléguer la responsabilité politique du racisme aux perdants de la « réunification allemande ». La haine diffusée par les discours des politiques et des médias contre les « réfugiés économiques » ne pouvait, comme c’est encore le cas aujourd’hui, qu’inciter les gens à « agir » (violemment) – un appel auquel répondirent les militants de droite. En septembre 1991, le secrétaire général de la CDU, Ruehe, écrivit dans une circulaire que les sections de son parti devaient soulever le « problème préoccupant du nombre croissant de demandeurs d’asile » à tous les niveaux parlementaires. Il distribua des projets de résolutions prêts à être votés par les conseils municipaux et des modèles de communiqués de presse locaux sur la question des demandeurs d’asile, opposant le manque de places dans les crèches à l’accroissement des dépenses pour les réfugiés, et affirmant que l’accueil de réfugiés dans des gymnases d’écoles entraînerait une diminution générale des heures de cours dans les établissements scolaires. Quelques jours plus tard, à Hoyerswerda (Allemagne de l’Est), des centres d’hébergement de réfugiés et de travailleurs du Mozambique furent attaqués ; le conseil municipal se saisit de ces incidents pour se débarrasser à la fois des réfugiés et des travailleurs du Mozambique (l’ex-république « socialiste » d’Allemagne de l’Est accueillait peu d’immigrés, et ceux-ci venaient surtout du Vietnam et du Mozambique) (3).

Comme aujourd’hui, ces mesures administratives produisirent d’abord des situations d’urgence ou de pénurie (de logements, par exemple) au niveau local, puis une concurrence accrue entre les travailleurs qui fut exploitée par la propagande hostile aux migrants. Les conseils municipaux furent contraints de loger les réfugiés dans de grands centres d’hébergement et dans la plupart des cas ils réquisitionnèrent des maisons abandonnées dépourvues d’infrastructures convenables. Pour décourager les futurs réfugiés et stigmatiser ceux qui étaient déjà sur le sol allemand, l’Etat mit en place une procédure globale pour les demandeurs d’asile, pendant laquelle les réfugiés ne se voyaient plus attribuer d’aide monétaire mais seulement des dons de vêtements ou de nourriture.

Cette stigmatisation donna lieu à de violentes explosions racistes dans certaines régions, mais dans d’autres elle incita au contraire les membres de la « société civile » à soutenir davantage les réfugiés, et les réfugiés eux-mêmes à résister – par des boycotts de la nourriture, des grèves de la faim et des occupations de bureaux d’aide sociale. Pour neutraliser ces actes de solidarité, des bandes néo-nazies infiltrées par les services secrets lancèrent des pogroms et des attentats à la bombe qui furent parfois mortels. La police ferma les yeux, même sur les meurtres.

Peu après le pogrom de Rostock-Lichtenhagen (4) en août 1992, le gouvernement et l’opposition conclurent un « compromis sur l’asile » qui restreignait considérablement le droit d’asile. Une manifestation de 350 000 per­sonnes à Berlin marqua le point final de la résistance aux attaques contre ce droit.

La modification de l’article 16 de la Constitution en mai 1993 constitua une étape essentielle dans le processus d’européanisation du droit d’asile. Le concept de « pays tiers sûr » permit de déléguer les procédures juridiques aux Etats frontaliers de l’Union européenne ; la notion de « pays d’origine sûr » supprima de fait le droit à l’asile pour les ressortissants de ces régions.

Un dernier changement affectait la « loi sur l’immigration ». L’Etat déclara que seul un contingent défini de réfugiés fuyant des guerres obtiendrait l’asile, et uniquement pour un temps limité – ce qui impliquait que la résidence n’était plus considérée comme un droit individuel mais comme un acte administratif concernant un groupe limité de personnes et sur lequel on pouvait revenir à n’importe quel moment. Cette loi fut appliquée pour la première fois sur une grande échelle aux réfugiés de la guerre du Kosovo. Depuis 1993, la « loi sur les prestations accordées aux demandeurs d’asile » justifie légalement le traitement inégal des réfugiés en ce qui concerne les aides sociales minimales de base.

Les politiques considérèrent la diminution des demandes d’asile durant la première décennie du nouveau millénaire comme un succès. Ces dernières années, toutes les réglementations sont fondées sur la maxime implicite : « L’Allemagne n’est pas un pays d’immigration ! » et elles expriment avant tout le refus d’intégrer les « étrangers » en général, c’est-à-dire de leur donner des droits égaux.

Pendant le demi-siècle de 1950 à 2000, il y eut chaque année en moyenne 200 000 per­sonnes de plus à entrer en Allemagne que de personnes à en sortir. Pendant la première décennie du nouveau millénaire, ce chiffre a brutalement décru et est même devenu négatif. Durant ces années, les migrations économiques temporaires depuis les nouveaux Etats européens (Pologne, Roumanie, etc.) sont devenues la forme dominante d’immigration. Ce n’est qu’en 2010 que le solde migratoire est redevenu positif – la plupart des immigrés venaient d’autres pays de l’Union européenne, même si une proportion importante venait de pays non européens et au titre de demandeurs d’asile. L’origine et la citoyenneté les plus fréquentes chez les réfugiés changeaient chaque année. Beaucoup d’immigrés venaient des Balkans et du Moyen-Orient.

Une nouvelle phase commence en 2008

On ne dispose que d’un seul chiffre exact concernant les réfugiés qui arrivent en Allemagne : le nombre de demandeurs d’asile. Depuis le début de la crise économique globale en 2008, ce nombre a d’abord augmenté lentement, de moins de 30 000 à 64 000 demandes en 2012, puis il a pratiquement doublé en 2013 pour atteindre 110 000, il est passé à 170 000 en 2014 et à plus de 390 000 en 2015 – ce qui est encore loin du chiffre de « plus d’un million » couramment cité. Parmi le million de réfugiés enregistrés en novembre 2015, nul ne sait combien ont quitté le pays, pas même l’administration – qui ignore aussi combien il y a eu de demandes doubles ou erronées, ou combien de réfugiés ont renoncé à déposer une demande face à une interprétation de plus en plus rigide du droit d’asile. L’Institut de recherche sur l’emploi de l’Agence fédérale pour l’emploi (5) estime qu’environ 70 % des réfugiés resteront en Allemagne.

Les Etats européens ont perdu le contrôle à de nombreuses reprises ; ils n’ont pas pu, ou n’ont pas voulu, enregistrer correctement les réfugiés. Certains pays n’ont pas transmis leurs chiffres à l’administration européenne, pour ne pas être tenus responsables des futures demandes d’asile. A la fois aux frontières et entre les frontières des Etats des Balkans, les colonnes de réfugiés ont été fréquemment et arbitrairement arrêtées, des denrées alimentaires et d’autres aides ont été retenues, ce qui a produit une situation de pénurie. A d’autres moments, les gouvernements ont offert de transporter gratuitement en train tous les réfugiés qui acceptaient de déposer une demande d’asile et d’attendre leur tour pendant des jours dans les conditions désastreuses des camps d’enregistrement. Tout cela a produit des images de ­colonnes de réfugiés apparaissant soudainement comme des « catastrophes naturelles » qui débordent les administrations de l’Etat malgré tous leurs efforts. Dans ce contexte, les chefs d’Etat ont justifié des mesures politiques répressives prises dans l’urgence – en particulier quand les réfugiés ont résisté aux conditions qui leur étaient faites et ont refusé de montrer la « gratitude » qu’on attendait d’eux.

Pendant les quatre dernières décennies, aucun gouvernement allemand n’a été capable d’élaborer une « politique migratoire » qui ait abouti à une régulation et un contrôle complets de l’immigration. Depuis l’été 2015, les dirigeants allemands ont dû prendre conscience du fait que les guerres, plus nombreuses, se sont rapprochées des frontières de l’Union européenne. Par conséquent, beaucoup plus de gens ont dû quitter leur foyer de manière permanente. La construction de camps de réfugiés temporaires dans les Etats proches des zones de guerre ne suffit pas à protéger l’Allemagne, parce que ces régions sont elles aussi déstabilisées par l’ampleur des migrations, et que les réfugiés luttent contre l’enfermement et les conditions de vie dans les camps. C’est pourquoi de plus en plus d’immigrés sont arrivés en Allemagne depuis 2012.

En juillet 2012, la Cour constitutionnelle fédérale a statué que le « niveau de subsistance minimum permettant une existence digne », garanti par la constitution, s’applique à toutes les personnes résidant en Allemagne. Bien qu’on attende encore la mise en œuvre de cette décision, elle portait un coup à la politique visant à dissuader les immigrés de venir en Allemagne en abaissant les normes de protection sociale. Cette décision doit être comprise comme une conséquence du large soutien apporté aux demandeurs d’asile et de leur résistance persistante contre un traitement inégalitaire. L’amplification de ce mouvement explique aussi pourquoi l’Etat a moins expulsé ces dernières ­années. En 2013 et 2014, environ 10 000 personnes ont été expulsées chaque année, puis 18 360 en 2015, pour la plupart pendant la seconde moitié de l’année – c’est un chiffre important, mais il ne concerne qu’environ un quart des déboutés du droit d’asile sous le coup d’un arrêté d’expulsion. En réalité, l’Etat n’a pas réussi à abaisser le quota de reconnaissance des demandes d’asile en dessous de 1 %, ce qui aurait signifié en pratique l’abolition du droit d’asile.

Depuis 2012 environ, les réfugiés qui arrivent en Allemagne bénéficient de la présence de plus en plus confiante et organisée de ceux qui vivent déjà sur place. Ce sont ces réfugiés qui ont protesté contre l’« obligation de résidence » (leur interdisant de quitter la ville qui leur avait été assignée), qui ont occupé des immeubles et organisé des grèves de la faim. Le mouvement des réfugiés de Lampedusa est né en 2013 sur la base de ces actes de résistance. Ce mouvement jouit de la sympathie et du soutien de la société civile, comme en témoigne le nombre croissant de paroisses qui les accueillent, fournissant abri et protection – l’accueil dans un bâtiment religieux est censé empêcher les expulsions (aujourd’hui 450 personnes ont trouvé refuge dans 300 lieux de culte). On peut aussi citer les protestations de lycéens contre l’expulsion de leurs condisciples.

Pendant les années 1990, seuls quelques militants de la gauche radicale et de petits groupes de la société civile soutenaient les réfugiés. Cependant, il y eut des actions contre les Fresspakete (littéralement « paquets de bouffe », des colis de nourriture, souvent de mauvaise qualité, distribués aux réfugiés à la place d’une allocation temporaire), qui visaient aussi les institutions charitables et les entreprises qui tiraient profit de la misère des réfugiés. Aujourd’hui, au contraire, des centaines de milliers de « volontaires » soutiennent les réfugiés, et les militants de gauche ne constituent qu’une minorité d’entre eux. Une étude menée par l’église protestante affirme que huit millions de personnes ont aidé des réfugiés, d’une manière ou d’une autre, en 2015. Cet engagement et le contact avec les réfugiés et leurs luttes ont radicalisé les gens – par exemple, sur des questions comme l’implication de l’Allemagne dans certaines guerres ou l’exportation d’armes par l’Allemagne.

Dans le même temps, le degré de violence envers les réfugiés a de nouveau atteint un niveau comparable à celui des années 1990. Merkel a même mis en garde contre un « nouveau NSU » (Nationalsozialistischer Untergrund) (6). On observe une radicalisation de la droite au-delà du milieu militant organisé – mais aujourd’hui les fascistes ne peuvent pas se présenter comme l’expression d’un refus relativement homogène des immigrés par la société, leur violence est plutôt l’expression d’un élargissement des divisions sociales. Pegida (7) et compagnie rendent responsables certains segments plus faibles de la société de leur propre peur d’une dégradation sociale. En déclarant que les migrants sont des sous-hommes, ils veulent justifier l’idée que ces « autres » n’ont pas droit à ce qu’ils réclament. C’est une résistance imbécile au programme de modernisation du capital, qui ne menace pas du tout ce dernier mais l’aide au contraire à réaliser son programme. C’est pourquoi les flics laissent Pegida se développer – et pourquoi, dans la plupart des cas, l’« Etat profond » (Cool toléra les attentats à la bombe et autres violences contre les réfugiés.

L’Union européenne, une forteresse qui s’effondre

En termes d’impact sur l’Union européenne, la crise des réfugiés de la seconde moitié de l’année 2015 a eu des effets plus graves que la « crise grecque » de la première moitié. L’Europe se désagrège, les accords de Schengen sont en morceaux. Pour être clair : les accords de Schengen n’entendaient pas fermer hermétiquement les frontières extérieures de l’Europe, mais les murailles étaient (et sont) supposées suffisamment élevées pour n’être escaladées que par des candidats en bonne santé physique et mentale, disposant d’argent et de ressources personnelles ou familiales, et fortement motivés. Cela supposait une division du travail sans accrocs entre les différents Etats de l’Union européenne, conformément à l’accord de Dublin. Mais les gouvernements italiens et grecs ont laissé passer les réfugiés vers l’Europe du Nord sans enregistrer leurs demandes d’asile. A partir de 2015, chaque pays s’est mis à tenir compte uniquement de ses propres intérêts.

Les pays de l’Est en « première ligne » refusent désormais catégoriquement d’accepter des réfugiés, mais ils tolèrent tacitement des migrations économiques « pendulaires » et engagent un large processus de naturalisation de certains ressortissants des pays limitrophes. L’Etat polonais se souvient de ses minorités « polonaises » en Ukraine ; la Hongrie se rappelle les « Hongrois » d’Ukraine ; les Roumains souhaitent la bienvenue à leurs frères et sœurs de Moldavie, perdus de vue depuis longtemps, etc. Ces gouvernements nationalistes imitent la politique de l’Allemagne vis-à-vis des « derniers rapatriés de souche allemande ». Les Etats souhaitent des immigrants politiquement conformes (pour faire les travaux mal payés de l’agriculture ou du bâtiment et remplacer les « autochtones » qui ont quitté le pays pour aller travailler en Europe de l’Ouest) et gardent leur posture agressive envers certaines parties de la population qui sont supposées ne pas mériter la citoyenneté. L’avant-garde dans ce domaine est représentée par les pays baltes, qui ont déchu de la citoyenneté toutes les personnes arrivées d’autres républiques soviétiques après 1940, ainsi que leurs familles, les rendant ainsi apatrides. L’exclusion systématique des Roms dans les Etats du Sud-Ouest de l’Europe obéit à la même logique.

De nombreux pays d’origine des réfugiés arrivés dans les années 1990 sont devenus des Etats membres de l’Union européenne depuis, ou ont signé des accords pour une immigration sans visas. L’extension des frontières de l’Union européenne a facilité la délocalisation des emplois mal payés des industries de sous-traitance vers ces nouveaux Etats membres, tout en régulant les migrations en provenance de ces Etats par l’intermédiaire d’une progressive « libre circulation de la main-d’œuvre ». Pour les travailleurs d’Europe de l’Est, l’accès au marché du travail européen dépendait de longues périodes de transition nationales qui restreignaient temporairement la circulation des travailleurs, comme l’avaient demandé en particulier les syndicats allemands. Pendant les sept années qui suivirent le premier élargissement en 2004, les personnes originaires d’Estonie, de Lettonie, de Lituanie, de Pologne, de Slovaquie, de Slovénie, de la République tchèque et de Hongrie pouvaient déjà travailler comme « auto-entrepreneurs » ou comme salariés de compagnies étrangères en Allemagne, pour de bas salaires et avec une couverture sociale réduite. En 2011, environ 470 000 Polonais habitaient en Allemagne, plus que les ressortissants des sept autres pays de l’Est mentionnés ci-dessus. La Roumanie et la Bulgarie, intégrées en 2007 avec les mêmes conditions, se classaient deuxième et troisième respectivement, avec 160 000 et 94 000 personnes.

La suppression des obligations de visa pour certains Etats de l’Ouest des Balkans en 2009-2010 a donné lieu à un afflux supplémentaire de travailleurs qu’il était facile de faire chanter et donc de forcer à accepter de bas salaires. Les citoyens de pays non européens comme la Serbie ou la Bosnie peuvent désormais entrer en Europe comme « travailleurs détachés » dès lors qu’ils ont un contrat de travail avec une entreprise slovène ou, bientôt, croate. En 2014, pour la seule Slovénie, 60 000 formulaires A1 (confirmant que l’intéressé possède une couverture sociale dans le pays d’origine de la principale compagnie responsable du contrat) ont été fournis à des citoyens des Etats balkaniques frontaliers. Sans contrat de travail, il est possible d’entrer dans l’Union européenne sans visa et d’obtenir, par exemple en demandant l’asile, un droit de résidence et une allocation temporaires. Un scénario du même genre est en vue pour la suppression de l’obligation de visa pour la République de Géorgie et l’Ukraine, récemment recommandée par la Commission européenne.

D’après les chiffres d’octobre 2015 du Fichier central des citoyens étrangers en Allemagne, le nombre d’immigrés a augmenté de 820 000 personnes en un an, dont 340 000 en provenance de pays européens, 260 000 de pays en situation de guerre ou d’urgence et 120 000 de l’ouest des Balkans. Aujourd’hui 650 000 Roumains et Bulgares sont officiellement enregistrés en Allemagne ; 80  % d’entre eux sont arrivés durant les cinq dernières années. L’immigration constante depuis la Pologne a aussi augmenté depuis 2011 ; aujourd’hui environ 600 000 personnes originaires des pays entrés dans l’Union européenne en 2004 ont un travail à temps plein ou à temps partiel en Allemagne. Depuis janvier 2014, avec la liberté de circulation complète de la main-d’œuvre, le nombre de Roumains et de Bulgares disposant de contrats de travail allemands a aussi augmenté rapidement.

Il existe aussi un nombre difficile à définir de travailleurs migrants temporaires ; une étude de la fondation Boeckler estime qu’en 2012 environ 800 000 travailleurs sont venus en Allemagne pour des contrats de travail temporaires, 80 % d’entre eux depuis l’Europe de l’Est.

En général, les immigrés en Europe arrivent de deux directions : du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord d’une part, d’Europe de l’Est d’autre part. Dans les pays d’Europe du Sud, les « migrants illégaux » constituent la principale force de travail dans des secteurs comme l’agriculture, le bâtiment et la logistique. Il existe un rapport étroit entre les migrations depuis des pays extérieurs à l’Union européenne et les migrations intérieures à l’Union européenne. Partout en Europe, de nombreux jeunes essaient d’échapper au travail en usine, à l’agriculture et au travail manuel en général. Une grande partie des jeunes étudie et espère obtenir un emploi, même temporaire, dans le secteur public – ou faire carrière dans un secteur florissant de l’économie. La « pénurie de main-d’œuvre » dans les sales boulots de l’agriculture, du bâtiment et des soins de santé est compensée par les migrants. Pendant le boom économique au début du millénaire, l’afflux d’émigrés vers la Grèce, l’Italie, l’Espagne ou le Portugal a permis à la jeune génération « autochtone » de monter dans l’échelle sociale. Depuis le début de la crise, un grand nombre de jeunes chômeurs de ces pays d’Europe du Sud, qui ont fait des études supérieures mais n’ont que peu de perspectives d’emploi, sont allés plus au nord, en particulier en Allemagne et au Royaume-Uni. Ces dernières années le solde migratoire des Etats du Sud de l’Europe en crise vers l’Allemagne a été de 30 000 à 40 000 par an.

Le processus de segmentation vers le bas de la classe ouvrière allemande

En Allemagne aussi la segmentation vers le bas du marché du travail, due à cette combinaison particulière de développement technique et d’une main-d’œuvre immigrée bon marché, a permis à de nombreux jeunes Allemands d’échapper à la baisse des salaires en trouvant des emplois plus qualifiés. On peut prendre comme exemple le boom de la région de l’Oldenburger Münsterland, en Basse-Saxe, à l’ouest de l’Allemagne. Alors qu’on estime que 25 000 emplois disparurent dans l’industrie de la viande jusqu’en 2005, dans le même temps le nombre d’abattoirs a été multiplié par deux et un pôle d’industries agro-alimentaires et de construction a été établi. Selon les estimations du syndicat NGG (agro-alimentaire et hôtellerie) seuls 10 % de tous les travailleurs employés dans l’industrie de la viande ont des contrats permanents (si l’on inclut les équipes officieuses de bouchers et les travailleurs du nettoyage et de l’emballage, qui sont habituellement exclus de la catégorie « employés dans l’industrie de la viande »). « Officiellement », un quart des travailleurs de ce secteur sont des immigrés sous contrats d’entreprises étrangères – pratiquement sept fois plus qu’en 2011.

Dans le bâtiment, cette évolution avait déjà eu lieu dans les années 1990. Le syndicat IG BSE (bâtiment) essaya alors d’éliminer la concurrence de la main-d’œuvre bon marché en encourageant les travailleurs à dénoncer ceux qui travaillaient sans contrat ou sans carte de séjour et en appelant l’Etat à organiser des descentes sur les chantiers – ce qui contribua à instaurer une atmosphère raciste. Un accord collectif de régulation des contrats de travail des migrants, voté en 1996 et appliqué au départ seulement dans le bâtiment, conduisit à l’introduction d’un salaire minimum de branche pour les travailleurs du bâtiment – avec des montants différents pour l’ex-Allemagne de l’Est et l’ex-Allemagne de l’Ouest. Il faut souligner un aspect important de cette loi : elle attribue la responsabilité légale finale au principal contractant. Cela permet aux travailleurs de réclamer des salaires impayés même en cas de faillite de l’un des sous-traitants. L’extension de l’application de cette loi au-delà du secteur du bâtiment, d’abord en 2007 puis en 2009 et enfin en 2014, a concerné des branches dans lesquelles la proportion de travailleurs immigrés était élevée : le nettoyage, le bâtiment, la collecte des ordures et le recyclage, les soins aux personnes âgées, la blanchisserie et l’industrie de la viande.

Face à la crise en Europe de l’Est, un nombre croissant de travailleurs qualifiés sont partis en Allemagne – et ils sont arrivés au moment où le « secteur des bas salaires » s’étendait à la logistique au sens le plus large, par exemple à travers l’introduction de « contrats de service » (9) ou de « contrats d’entreprise » dans l’industrie de la sous-traitance et dans les départements d’assemblage des principales usines de l’automobile, où les salaires étaient traditionnellement élevés. Les syndicats allemands ont réussi à préserver une forme de paix sociale avec le capital grâce aux bas salaires des sous-traitants en Allemagne de l’Est. Le coût unitaire du travail put être abaissé dans les entreprises principales par la « rationalisation », l’intensification et la flexibilisation du temps de travail, tout en maintenant des salaires annuels plus ou moins stables – ce qui permit aux syndicats d’apparaître à la fois comme de « bons représentants » pour leurs membres et comme des « partenaires efficaces » pour les patrons. Les travailleurs des grandes sociétés furent mis au pas par la menace de « conditions bien pires » dans les marges industrielles et par la dérégulation des droits sociaux.

La segmentation accrue du marché du travail exclut les travailleurs « autochtones » de certains emplois : par exemple, si des sous-traitants roumains embauchent de la main-d’œuvre, un travailleur allemand ne pourra pas postuler à ce type d’emploi – ceci s’applique aussi aux pays d’Europe du Sud, où des taux de chômage très élevés chez les jeunes s’accompagnent d’un taux d’emploi élevé pour les migrants. Dans les années 1990, les immigrés de la deuxième génération – en particulier les enfants de « travailleurs invités » et d’« Allemands de Russie » – se trouvèrent marginalisés sur le marché du travail parce que les patrons embauchaient des migrants arrivés plus récemment. Jusqu’à maintenant, il fallait à peu près une génération aux immigrés pour se faire une place sur le marché du travail et obtenir l’égalité de traitement. Ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, pour beaucoup d’immigrés de la deuxième génération, la seule « mobilité sociale » envisageable est celle qui consiste à devenir, dans une économie mafieuse, un petit « intermédiaire » (propriétaire, recruteur d’équipe de travail ou sous-traitant) entre l’économie allemande et les immigrés récents qui parlent la même langue qu’eux.

Luttes

Les immigrés d’Europe de l’Est résistent. Les travailleurs en grève dans l’industrie de la viande sont parfois attaqués par des groupes armés envoyés par le patron. Les syndicats et la majorité des travailleurs de ces entreprises ne participent pas à ces luttes et considèrent leur couverture par les médias comme une menace pour la viabilité de leur boîte. Ils s’efforcent d’éliminer la concurrence des bas salaires dans leur entreprise ou dans leur secteur en traitant systématiquement ces travailleurs immigrés comme s’ils leur étaient inférieurs.

Ce n’est qu’à partir de 2012 que les protestations des travailleurs migrants sont devenues de plus en plus visibles publiquement. Pour de nombreux immigrés, le recours aux médias semble plus prometteur que les grèves elles-mêmes, et les conseils juridiques donnés par certains syndicats et par des institutions religieuses vont dans ce sens. Les bas salaires sont aujourd’hui considérés comme un scandale public – même si, dans les petites villes ou à la campagne, dans des situations où une grande partie de la population locale bénéficie d’une manière ou d’une autre de l’exploitation des migrants (par exemple en tant que propriétaires de logement ou commerçants), les luttes ouvertes et directes sont difficiles. Les contestations sont principalement organisées autour de groupe linguistiques ou de communautés nationales, ou autour d’équipes de travailleurs et de sous-traitants basés dans ces communautés. A Lohne ou Emsdetten (petites villes rurales en Allemagne de l’Ouest) les manifestations de soutien n’ont jamais réussi à rassembler dans les rues plus de 200 personnes.

L’accès à la sécurité sociale et aux droits légaux garantis par la « liberté (formelle) de circulation des travailleurs » offre une certaine sécurité aux individus, mais ne garantit pas un statut égal à celui des citoyens allemands. L’Etat veut éviter que le droit à des prestations sociales, y compris en période de chômage, ne limite la possibilité de faire pression sur les immigrés pour qu’ils acceptent et gardent des emplois mal payés. L’Etat crée donc de nouvelles formes de chantage sur les travailleurs migrants, en entrelaçant de plus en plus la législation sociale et le droit au séjour. Par exemple, pour les citoyens européens résidant en Allemagne, la « liberté de circulation des travailleurs » n’est garantie que pendant six mois, à condition qu’ils aient un revenu et soient couverts par une assurance maladie. Ce n’est qu’au bout de cinq ans qu’ils peuvent obtenir un permis de résidence permanent et des indemnités de chômage selon la loi Hartz IV (10). Avant ces cinq ans, des droits échelonnés s’appliquent.

D’après une décision de la Cour européenne de justice, un individu est considéré comme un salarié s’il travaille au moins 5,5 heures par semaine (ce qui correspond à 200 euros par mois au salaire minimum) ; il a alors droit aux « prestations liées à l’exercice d’un emploi » de la loi Hartz IV pour compléter son salaire. Parmi d’autres raisons, cela explique le nombre élevé de « mini-emplois » parmi les migrants de Bulgarie et de Roumanie, mais aussi de Pologne ; beaucoup travaillent au noir à temps plein et reçoivent des « prestations liées à l’exercice d’un emploi » pour leur emploi officiel à temps partiel – comme c’est aussi le cas pour beaucoup d’Allemands, d’ailleurs. A la différence de leurs collègues allemands, les immigrés ont plus de difficulté à sortir de ce système : celui qui quitte son emploi, ou le perd parce qu’il a résisté à son patron, court le risque de perdre sa carte de séjour.

Après une année de travail à temps plein, on a droit à six mois d’allocation de chômage (basée sur le revenu) et à six mois de prestations Hartz IV (prestations sociales minimum). Mais quand un travailleur immigré dépose une demande d’allocation, de nombreuses administrations informent l’Office des migrations, qui donne alors l’ordre à l’impétrant de quitter le pays – ceci arrive aussi aux citoyens de certains Etats fondateurs de l’Union européenne, comme l’Espagne ou l’Italie. L’enchevêtrement bureaucratique des administrations responsables de l’emploi et des prestations sociales d’un côté, et de l’Office des migrations de l’autre – présenté comme le moyen de traiter, à l’avenir, la questions des réfugiés – est déjà une réalité pour les migrants économiques. Il y a là une certaine logique, car la campagne contre « l’abus du droit d’asile », qui visait les réfugiés des Balkans, fut immédiatement suivie de la campagne de propagande contre l’immigration des « pauvres-venus-profiter-des-aides-sociales », à partir de la fin de l’année 2013.

La « main-d’œuvre potentielle » des réfugiés

Il existe deux pôles opposés à l’intérieur de la classe dirigeante :

– les défenseurs du libéralisme, dont les plus conséquents sont les Verts, demandent l’ouverture des frontières, associée à une dérégulation et à une réduction des prestations et des droits sociaux ; selon eux, tous ceux qui veulent venir en Allemagne devraient pouvoir le faire, mais c’est à eux de se débrouiller pour survivre ;

– à l’autre extrême, on trouve certains membres de l’ « Etat profond » et, sur la scène politique, les partis de droite et d’extrême-droite NPD/AFD/CSU et certaines fractions du SPD et de la CDU : ils exigent la fermeture des frontières, l’intensification du contrôle des migrations et le renforcement des forces de police.

Le processus actuel de négociation oscille entre ces deux pôles, mais en réalité leur objectif principal est identique, comme le montre le débat sur le « devoir d’intégration » des migrants : ils veulent transformer les migrants en « super-Allemands » et les utiliser pour imposer une restructuration du marché du travail européen – notamment par la « guerre contre le terrorisme », à l’intérieur et à l’extérieur.

Suivant les secteurs, les patrons veulent assigner des rôles différents aux réfugiés sur le marché du travail. Selon l’Institut de recherche sur l’emploi, la « population active potentielle » parmi les demandeurs d’asile s’accroîtra de 380 000 personnes en 2016, après être restée pratiquement stable en 2015 (d’après l’indice des migrations, novembre 2015). D’après le magazine Spiegel Online, le « conseil des experts pour le développement économique » (10) ne prévoit au contraire qu’une légère augmentation : il estime que sur les deux prochaines années 100 000 personnes au maximum entreront sur le marché du travail.

A la mi-octobre 2015, une controverse publique sur la politique d’intégration a éclaté dans le camp patronal. Michael Knipper, président de la Fédération patronale allemande du BTP, s’est plaint de « l’euphorie acritique de larges segments de l’industrie allemande ». L’industrie du bâtiment est un secteur très cyclique/saisonnier et transnational avec une main-d’œuvre largement immigrée. Les patrons du secteur ne misent pas sur les compétences des travailleurs « autochtones » et sur leurs « capacités d’innovation », mais sur la restructuration et l’abaissement des coûts de production obtenus grâce à des salaires de plus en plus bas et des conditions de travail de plus en plus dégradées.

Certains patrons de l’industrie manufacturière ont une perspective différente. Ils ont désespérément besoin d’une « énergie nouvelle » dans leurs entreprises et ils cherchent des travailleurs qui croient encore en l’idée de faire carrière et veulent grimper dans l’échelle sociale – des idées sur lesquelles les immigrés de la deuxième et de la troisième génération ont fait une croix depuis longtemps.

Pour obtenir une qualification professionnelle et développer un sentiment de loyauté à long terme envers les entreprises et envers leur propre destin en Allemagne, les réfugiés doivent avoir un titre de séjour pérenne et prendre des cours de langue, mais aussi rompre les liens avec leur pays d’origine. Ceux qui doivent envoyer de l’argent chez eux ne peuvent pas s’en sortir avec les salaires relativement bas qui sont payés pendant les périodes de formation et d’apprentissage ; ils accepteront donc plutôt un emploi non qualifié dans un entrepôt, payé au salaire minimum. C’est pourquoi le capital a besoin d’alterner pressions et promesses de perspectives futures quand il s’agit des réfugiés. Depuis le 1er août 2015, pour les réfugiés, l’« intégration dans le marché du travail » commence par un emploi payé en dessous du salaire minimum (par exemple, des stages de longue durée, ou des cours pour obtenir des « compétences de base », dont la durée maximale vient d’être portée de six mois à un an). Cette période peut facilement être allongée, et les autorités peuvent inscrire de jeunes adultes ou des chômeurs de longue durée à ces cours, avant ou après un apprentissage, en prétendant qu’il leur manque des « compétences professionnelles » (11). La pression pour accepter cette extension des bas salaires est basée sur le fait qu’un immigré perd sa carte de séjour s’il perd son boulot – voilà la véritable « imbrication des agences pour l’emploi et de l’Office des migrations » !

Les mercenaires de Frontex

Le régime migratoire de l’Union européenne ne peut fonctionner que s’il structure aussi les marchés du travail extérieurs à son propre territoire. Des accords économiques comme le Partenariat euro-méditerranéen (Euromed) (12) s’accompagnent d’une coopération politico-militaire. Les accords concernant la sécurisation militaire des frontières et l’expulsion des migrants indésirables contiennent aussi, « en prime », l’offre de migrations économiques temporaires (généralement liées à des contrats de travail spécifiques) à partir de certains pays extérieurs à l’Union européenne, comme c’est le cas pour les « partenariats de mobilité européenne » signés avec certains Etats méditerranéens ou d’Europe de l’Est. La Turquie joue un rôle stratégique comme gardien de la frontière sud-est de l’Europe. Lors du sommet du G-20 à Antalya, un accord de trois milliards d’euros a été conclu, d’après lequel le gouvernement Erdogan est censé accorder des cartes de séjour et le droit de travailler aux Syriens venus en Turquie et renvoyer les autres réfugiés dans leur pays d’origine. En échange de ce contrôle plus strict des frontières externes de l’Union européenne par la Turquie, l’Union européenne envisage de libéraliser les conditions d’obtention de visa pour les citoyens turcs, ce qui augmenterait les possibilités pour les Turcs de venir travailler en Europe. De tels accords supposent la coopération de tous les Etats impliqués. Mais les gouvernements du Pakistan et de l’Afghanistan ont récemment refusé de « reprendre » leurs ressortissants expulsés de l’Union européenne. Et aucune somme d’argent n’empêchera le gouvernement Erdogan d’ouvrir ou de fermer les frontières, ou de provoquer des conflits militaires, en fonction de ses propres objectifs politiques.

La déclaration finale ronflante adoptée à Malte lors du sommet UE-Afrique, au début de novembre 2015, n’a pu non plus dissimuler à quel point les Etats contrôlent peu les migrations. L’Union européenne voudrait retenir les grandes masses de réfugiés dans ses régions limitrophes afin de les laisser entrer temporairement ou de les expulser à nouveau en cas de besoin. Une telle politique ne pourrait réussir que si ces régions limitrophes étaient susceptibles de donner du travail et un toit à ces migrants, ce qui semble plus irréaliste que jamais – non seulement en Afrique du Nord, mais aussi dans les Balkans, par exemple au Kosovo. C’est pourquoi l’Union européenne use fréquemment de soupapes de sécurité en ouvrant temporairement ses frontières. Dans certains Etats balkaniques, de nouveaux accords de recrutement ont été signés en été 2015 : à partir de 2016, certains travailleurs « moins qualifiés » des Etats de l’Ouest des Balkans (salariés qui résident déjà en Allemagne) sont autorisés à travailler en Allemagne s’ils peuvent prouver qu’ils ont une offre d’apprentissage ou d’emploi – mais seulement à condition qu’ils renoncent à leur demande d’asile avant le 24 octobre 2015, et retournent dans leur pays d’origine (afin de de revenir en Allemagne, le cas échéant).

Des possibilités de généralisation ?

Le travail manuel non qualifié – que ce soit dans l’agriculture, dans le bâtiment ou dans l’industrie – est de plus en plus assuré par des immigrés. Les migrants supportent les conditions de travail dans ces secteurs parce qu’ils sont habitués à bien pire. L’organisation de grèves communes avec les travailleurs « autochtones » est difficile quand les migrants sont habitués à des normes de travail et de vie bien moins élevées – et elle est encore plus difficile quand la « strate des hauts revenus » (propriétaires de logements, etc.) profite de la surexploitation des immigrés. Ces dernières années, les luttes de migrants sont nées surtout sur des lieux de travail où la grande majorité des travailleurs étaient des immigrés, par exemple dans l’agriculture ou la logistique en Italie. En Allemagne, où l’accès au marché du travail est très régulé et segmenté de manière multiple, il y a eu de nombreux conflits, mais pratiquement aucune lutte de grande ampleur.

Pendant l’année 2015, les réfugiés n’ont pas seulement contraint le gouvernement à modifier ses plans, ce qui a eu pour effet de politiser des centaines de milliers de « soutiens », mais ils ont aussi, par leur nombre, transformé en enjeux « publics » les questions des salaires, des conditions de travail et du logement. Aucune de ces questions ne se résoudra toute seule, elles sont toutes contestées et conflictuelles. L’Etat suscite une concurrence entre les travailleurs – par exemple en termes de logement, car si des logements sociaux ont été construits, ils étaient au départ destinés seulement aux réfugiés. C’est pourquoi les luttes sur la question du logement et les occupations actuelles sont si importantes ! Elles posent le problème d’un logement abordable pour tous.

Un autre exemple : le logement en masse dans des quartiers éloignés, mal desservis par les transports en commun, avec peu de crèches, d’écoles, de médecins, etc. Des initiatives de la société civile sont souvent nées en réaction à ces problèmes, et elles s’expriment parfois de façon assez contradictoire. L’initiative « Non ! à la politique – Oui ! au soutien » à Neugraben, une banlieue de Hambourg, qui a beaucoup attiré l’attention des médias pendant ces derniers mois, est un exemple d’opposition pragmatique à ce type de politique étatique envers les réfugiés. En mettant en avant leurs positions antiracistes, ces mouvements se différencient clairement de la manière dont Pegida aborde le problème. Dans des cas semblables, la gauche politique devrait parfois écouter avec attention avant d’accuser les gens d’être des fascistes.

L’hégémonie de la droite politique dans certaines régions est fondée sur l’insécurité sociale, qui ne vient pas seulement de la crainte de pertes matérielles. L’accroissement de la concurrence capitaliste dissout aussi les réseaux familiaux et l’environnement social dans lequel chacun vit. Il est évident qu’il faut définir une « ligne de démarcation antifasciste » en réponse à l’hégémonie culturelle de la droite politique – mais une « lutte culturelle » ne suffit pas. Il nous faut développer d’autres idées sur la manière d’articuler nos actions aux antagonismes sociaux. L’arrivée massive de réfugiés nous met dans une meilleure position pour le faire que ce n’était le cas ces dernières années. Nous pouvons nous saisir des questions soulevées par les réfugiés et en faire de nouveau des questions publiques, communes, sociales. La gauche radicale peut aussi soutenir les luttes des migrants en aidant à dépasser les frontières entre les communautés – des cours de langue auto-organisés peuvent être utiles de ce point de vue. La résistance contre les expulsions et pour le droit de résidence est une condition préalable au développement des luttes – et ici nous ne pensons pas tant aux décisions légales qu’à la résistance pratique contre la répression, la surveillance policière, les rafles dans les villes et sur les lieux de travail.

Chaque fois que nous soutiendrons les réfugiés, nous serons confrontés à l’Etat – selon la situation, il fera des offres d’intégration ou attaquera de manière répressive. Nous ne pourrons nous opposer à la fois aux deux aspects de cette alternative que si nous partons des conditions de la classe ouvrière tout entière – et s’il est parfaitement clair pour nous que nous ne voulons pas être intégrés à l’Etat.

(traduit de la version anglaise par C. E.)


NOTES

(1) La loi allemande autorise les habitants des ex-pays de l’Est pouvant justifier d’une ascendance allemande à demander la nationalité allemande (article 116 de la Loi fondamentale de la République fédérale d’Allemagne). [NDT.]

(2) « En 1988, le nombre de demandeurs d’asile dépassa de nouveau la barre des 100 000. Durant l’année des révolutions européennes en 1989, ce nombre atteignit 120 000. En 1990, dans l’Allemagne réunifiée, environ 190 000 demandes d’asile furent enregistrées, en 1991 pratiquement 260 000, et finalement près de 440 000 en 1992 – beaucoup de demandeurs d’asile venaient alors d’Europe de l’Est et du Sud-Est, principalement des réfugiés de l’ex-Yougoslavie, mais aussi des Roms de Roumanie.

Dès 1987, le nombre de « rapatriés de souche allemande » (« Russes-Allemands ») augmenta rapidement. Ils furent plus de 200 000 à arriver en Allemagne en 1988, 390 000 en 1989, et pratiquement 400 000 en 1990. De plus, l’émigration désormais légale depuis la RDA (Allemagne de l’Est) permit à 390 000 personnes de passer « à l’Ouest » en 1989, et à 395 000 de faire de même en 1990. La migration est-ouest diminua dans les années suivantes pour atteindre 250 000 personnes en 1991, 200 000 en 1992 et 172 000 en 1993. Entre 1994 et 1997, ce chiffre se stabilisa entre 160 000 et 170 000. »

Bundeszentrale für Politische Bildung (2005) : Anstieg der Asylgesuche 1988-1992.

(3) L’article du numéro 57 de Wildcat qui donne plus d’informations sur cet incident n’a pas été traduit. Mais sur la question des attaques racistes et de l’Etat au début des années 1990, on peut lire en anglais cet article du numéro 60 :

www.de/en/wildcat/60/w60e_ros.htm" target="_blank" rel="nofollow">http://www.wildcat-www.de/en/wildcat/60/w60e_ros.htm

(4) Bande-annonce d’un documentaire sur ces attentats : https://www.youtube.com/watch?v=EBQnc7MQLt0

(5) http://www.iab.de/en/iab-aktuell.aspx

(6) Le National-Sozialistischer Untergrund (NSU, Clandestinité nationale-socialiste) est un groupe terroriste qui a assassiné plusieurs immigrés pendant les années 2000 ; il était largement infiltré par des agents des services secrets :

https://viewpointmag.com/2014/09/11/the-deep-state-germany-immigration-and-the-national-socialist-underground/.

(7) Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident (Patriotische Europäer gegen die Islamisierung des Abendlandes [Pegida]) est une plate-forme de droite qui a repris les « manifestations du lundi » en Europe de l’Est [sur le modèl de celles qui avaient lieu avant la chute du mur], mais cette fois contre les musulmans et les autres immigrés. Les manifestations de Pegida ont commencé dans des villes d’Allemagne de l’Est comme Dresde et se sont propagées à d’autres villes allemandes, rassemblant jusqu’à 10 000 personnes. https://en.wikipedia.org/wiki/Pegida

(Cool En 2011 éclata en Allemagne le scandale du Nationalsozialistischer Untergrund (NSU, voir note 6), qui fit apparaître au grand jour les connexions entre les services secrets, les services de sécurité et les groupuscules fascistes en Allemagne – Wildcat utilise la notion d’« Etat profond » pour décrire cette strate cachée du pouvoir. On peut lire en anglais :

www.de/en/actual/e075_nsu.html" target="_blank" rel="nofollow">http://www.wildcat-www.de/en/actual/e075_nsu.html

www.de/en/wildcat/95/e_w95_greece.html" target="_blank" rel="nofollow">http://wildcat-www.de/en/wildcat/95/e_w95_greece.html (NDT).
Voir Echanges nos 141 (« Extrême droite en Allemagne », p. 11), 142 (« Allemagne : impuissance de l’antifascisme », p. 16), 144 (« Extrême droite et Etat en Allemagne », p. 27), 148 (« L’Etat allemand et ses complicités », p.38) et 151 (« Nénoazis allemands «, p. 24).

(9) Les « contrats de service » permettent aux entreprises de faire travailler certaines personnes sans les embaucher directement : elles sont embauchées comme « prestataires de service » pour une tâche déterminée ; souvent les conventions collectives ne s’appliquent pas à ces contrats.

(10) Lois Hartz : une réforme de la législation du travail et des prestations sociales inspirée par Peter Hartz, alors directeur du personnel chez Volkswagen, fut menée entre 2003 et 2005 en Allemagne sous le mandat du chancelier Schröder. En particulier, la loi « Hartz IV » a réduit le montant des indemnités de chômage et fortement durci les conditions d’obtention d’une allocation. (NDT.)


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MessageSujet: Re: MIGRATIONS & RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALITÉS : analyses   Dim 3 Juil - 20:22


À l’époque moderne, l’Espagne et le Portugal ont procédé à des expulsions massives et dramatiques, touchant plus d’un demi-million de personnes de confession juive ou musulmane. Revenir sur le sort de ces populations permet de mettre en perspective la crise des réfugiés que connaît actuellement le monde.



La expulsión en el puerto de Denia

Citation :
Aujourd’hui, l’Europe est un point d’arrivée pour les populations venant de pays en guerre, musulmans mais aussi chrétiens d’Irak et de Syrie. À l’inverse, durant la période moderne, l’Europe fut un point de départ pour des milliers de juifs et de musulmans persécutés en Espagne et au Portugal. Les politiques religieuses mises en œuvre dans ces pays entraînèrent des flux d’émigration sans précédent. Irréguliers, difficiles à quantifier, ils concernèrent plus d’un demi-million de personnes. Le recul historique nous permet de voir, dans la longue durée, l’ampleur de ces déplacements et d’établir des comparaisons avec la période actuelle.

« Beaucoup se sont noyés en mer »

La première vague est due à la conquête du royaume de Grenade (le dernier État musulman de la péninsule ibérique) par les Rois catholiques Ferdinand et Isabelle. Dans les années 1480-1500, des milliers d’habitants musulmans, les élites avant tout, passent au Maghreb, ne voulant pas tomber sous la domination de rois chrétiens. L’ancien roi Boabdil part avec sa suite nombreuse. Cette émigration a pu concerner 40 000 personnes au total.

Forts de leur victoire, les Rois catholiques décrètent en mars 1492 l’expulsion des juifs d’Espagne, adultes et enfants, dans un délai de trois mois. Entre 100 et 300 000 personnes s’embarquent vers le Maroc, l’Italie, voire la Terre sainte, mais des milliers d’autres se font baptiser pour éviter les terribles conditions du voyage. « Beaucoup d’entre eux se sont noyés en mer, sont morts de la peste ou, le plus souvent, de faim », déplore Pic de la Mirandole.

En 1497-1498, l’expulsion décrétée par Manuel Ier vide le Portugal de sa population musulmane ; quant aux juifs, ils sont forcés de se convertir, le roi ayant fermé les ports après le décret d’expulsion. De même, les décrets d’expulsion qui frappent les musulmans de Castille en 1502, puis ceux d’Aragon, Catalogne et Valence en 1525, ne produisent pas une émigration massive : la plupart optent pour la conversion. Il est vrai que que la sortie n’est autorisée que par les ports de l’Atlantique, ce qui la rend impraticable. Les musulmans, en majorité des ruraux attachés à leur terre, espèrent continuer à pratiquer l’islam ou être secourus par l’empire ottoman, la grande puissance islamique de l’époque.

Ces décrets sont une arme à double tranchant. Ils poussent au départ les réfractaires à la conversion, de façon à isoler de leur ancienne religion les convertis qui sont restés sur place. Mais l’idéal d’unité dans la foi chrétienne, caressé par les souverains espagnols et portugais, se heurte aux réalités : le refus des « vieux chrétiens » d’intégrer des convertis à la fidélité douteuse, les carences de l’Église et, surtout, la résistance culturelle des « nouveaux chrétiens », les conversos (juifs et descendants de juifs) et les morisques (les musulmans convertis et leurs descendants).

Les tribunaux d’Inquisition pourchassent ceux qui restent attachés à la religion de leurs ancêtres. Les châtiments sont terribles : le bûcher pour les « délits de foi » les plus graves, la confiscation des biens, la ruine et la honte jetée sur toute leur famille.

Destins d’émigrés


Ces persécutions, d’intensité variable selon les régions et les périodes, se continuent jusqu’au XVIIIe siècle. Elles produisent des flux d’émigration clandestine, car il est interdit aux morisques et aux conversos de sortir légalement. Il faut des complicités pour trouver un navire ou franchir les Pyrénées. Nombreux sont les conversos portugais qui s’installent en Espagne où ils seront, au XVIIe siècle, rattrapés par l’Inquisition. D’autres s’embarquent discrètement vers Bordeaux, Bayonne et plus au nord, les Pays-Bas ou encore, par la Méditerranée, vers l’Italie, Venise, l’Empire ottoman. Au XVIIe siècle, Amsterdam, Londres, mais aussi Bordeaux et Lübeck, deviennent des centres de la diaspora sépharade.

Les contacts entre les exilés et ceux de leur famille qui sont restés dans la péninsule ibérique se maintiennent. Certains personnages passent d’un monde à l’autre, commerçants souvent, espions parfois, qui mettent leur connaissance de l’Espagne au service de ses ennemis. Pour les exilés, la sortie d’Espagne est l’occasion d’entrer en contact avec un judaïsme traditionnel différent de leurs rituels clandestins. À Venise, les « marranes » (surnom péjoratif des conversos) doivent choisir leur affiliation : rester en ville comme chrétiens ou vivre dans le ghetto comme juifs, tout franchissement ultérieur de la barrière religieuse entraînant le risque de sanctions.

Amsterdam abrite une importante communauté sépharade très impliquée dans la rejudaïsation des arrivants. Si cette recomposition identitaire ne pose pas de problème à la plupart d’entre eux, elle est parfois un échec : en témoigne l’itinéraire d’Uriel da Costa qui, après avoir quitté Porto pour Amsterdam pour vivre un judaïsme qu’il connaissait par la lecture de la Bible, rejette violemment l’enseignement des rabbins, est exclu de la communauté et se suicide en 1640.

De façon similaire, mais avec d’autres implications, des milliers de morisques émigrent par la Méditerranée au XVIe siècle, dans un flux discret mais alarmant pour les autorités. L’hostilité est constante entre l’Espagne et les cités d’Alger, Tunis et Tripoli intégrées dans l’empire ottoman. Les corsaires – parmi lesquels on trouve des renégats, chrétiens d’origines diverses qui se sont convertis à l’islam – opèrent des razzias sur les côtes espagnoles, capturent les habitants pour en faire des esclaves ou les libérer contre rançon après un pénible séjour dans les « bagnes ».

Les émigrés morisques qui reviennent avec les corsaires pour les guider se font les complices de ces opérations. Une autre route de l’exil passe par les Pyrénées, vers Marseille et, de là, le Maghreb ou Istanbul. Les morisques empruntent aussi la route tracée par les conversos vers Bayonne ou La Rochelle, d’où ils se dirigent vers les États musulmans.

L’expulsion des morisques

Après la grande révolte des morisques de Grenade en 1568-1570, c’est l’ensemble de la population morisque qui est désormais considérée comme un danger pour la sécurité de l’Espagne, comme des apostats (« aussi musulmans que ceux d’Alger », dit un conseiller de Philippe III) et des traîtres qui pourraient se révolter sur place, comploter avec les huguenots du Béarn ou avec le Maroc. L’Espagne se voit alors comme un bastion catholique menacé par les ennemis de la foi, qu’ils soient protestants, juifs ou musulmans.

Cette peur de l’ennemi intérieur est l’un des motifs majeurs de la décision, prise par Philippe III, le 4 avril 1609, après des années de débats entre théologiens et conseillers royaux, d’expulser les morisques. Certains conseilleurs restent attachés à l’effort d’intégration des morisques, avec des mesures drastiques pour éradiquer la transmission de l’islam : démantèlement des communautés morisques, dispersion par petits groupes à l’intérieur de l’Espagne, éducation de leurs enfants hors du milieu familial, prohibition de l’arabe et du costume morisque, consommation obligatoire de porc et de vin. Les autres préconisent l’expulsion, pour en finir avec les conséquences d’une conversion qu’ils considèrent comme une erreur et un échec. D’autres, enfin, conseillent l’élimination pure et simple.

L’option génocidaire est écartée au profit de l’expulsion qui est, d’ailleurs, un moyen politique admis à cette époque : à travers l’Europe, les expulsions de groupes minoritaires étaient mises en œuvre comme le moyen d’unifier le corps social et politique, en éliminant les « indésirables ». Ce qui fait pencher Philippe III en faveur de l’expulsion générale est probablement le désir de redorer son image, ternie par la trêve signée avec les Hollandais protestants. En chassant les morisques, le roi veut passer à la postérité comme l’égal des Rois catholiques, en suivant le modèle de l’expulsion des juifs en 1492.

Alors que les théologiens envisageaient de conserver les morisques les mieux intégrés, les décrets de 1609-1610 concernent l’ensemble des morisques, sans entrer dans le détail de leurs convictions, ce qui confère à l’opération son caractère de migration forcée massive. En l’espace d’une année, une région après l’autre, l’Espagne est vidée de 90 % de sa population morisque, la dernière phase de l’expulsion se prolongeant jusqu’en février 1614. Au total, 270 000 personnes sont chassées d’Espagne. Les points d’arrivée sont Alger, Tunis et le Maroc, dans des proportions semble-t-il équilibrées entre ces trois régions. Plus de 60 000 morisques parviennent en Provence ou en Languedoc, des dizaines de milliers aussi arrivent en Italie. Mais quelques milliers seulement s’installent sur place, la majeure partie des migrants rejoignant finalement Tunis.

Moments de crise

Etait-il possible d’échapper à cette déportation ? Des exceptions sont prévues, notamment pour les vieillards invalides et les enfants de moins de quatre ans que leurs parents peuvent laisser sur place, en raison des dangers du voyage.

Les couples mixtes donnent lieu à une distinction subtile : le mari « vieux chrétien » peut rester avec sa femme morisque et ses enfants de moins de 6 ans, tandis que l’épouse « vieille chrétienne » peut rester avec ses jeunes enfants, mais perd son mari morisque et ses enfants de plus de 6 ans. Les sources font état d’enfants enlevés à leurs parents, et de jeunes filles et garçons morisques présents en Espagne dans les années suivantes. Mais, dans l’ensemble, les familles ne sont pas séparées. Les religieuses, religieux et prêtres morisques, de même que les esclaves, ne disposant pas de leur liberté, ne sont pas concernés par les décrets.

En dehors de leur survie physique, le problème principal des expulsés est celui des finances. Le décret valencien (1609) autorise les morisques à sortir avec les biens qu’ils peuvent transporter, d’où ces images de femmes parées de tous leurs bijoux, ces récits de familles dépouillées par les brigands sur le chemin du port ou par les bédouins sur la côte africaine. Ces sorties de richesses sont interdites par la suite, mais les morisques les plus riches emportent leurs biens – ainsi ces quarante marchands de Grenade qui, en 1610, portent plainte à Tunis auprès du consul français, contre le capitaine du navire qui leur aurait dérobé cent mille écus d’or – ou les font passer, à l’aide de conversos portugais, par des routes de trafic de fausse monnaie qui existaient de longue date.

Les grandes expulsions de 1492 et 1609 furent des moments de crise comparables à ceux que nous connaissons aujourd’hui : les risques de naufrage en Méditerranée, les maladies, la faim et les brigandages furent aussi le lot des migrants. Comme de nos jours, ces derniers n’étaient pas égaux dans leur infortune : la capacité à mobiliser argent et réseaux étaient un atout vital. Ces déplacements procédaient d’une volonté politique des autorités d’éliminer les minorités religieuses – volonté l’on peut retrouver, dans les territoires tenus par l’État Islamique, dans leur politique de persécution des chrétiens mais aussi (et c’est là une différence essentielle avec les événements des XVIe-XVIIe siècles) sur le mode de la purification ethnique et du génocide, en ce qui concerne les Yezidis et d’autres groupes.

Une différence importante entre les deux périodes est la relative indifférence des populations qui virent partir (d’Espagne ou du Portugal) ou arriver les juifs et les musulmans (en Afrique du Nord ou ailleurs) : les mécanismes de solidarité restèrent internes aux communautés concernées, sépharades ou morisques. Enfin, on n’a que peu d’images ou de témoignages de ces déplacements forcés, tandis que les médias et les réseaux sociaux permettent aujourd’hui de mettre en récit les voyages des réfugiés, de mobiliser la solidarité humanitaire… mais aussi d’attiser les inquiétudes des sociétés d’accueil.
 

Aller plus loin


- Regarder la collection de six tableaux représentant l’expulsion des morisques, réalisées pour célébrer cette décision de Philippe III, et conservée à la Fundacion Bancaja (Valencia, Espagne).


Débarquement des Morisques au port d'Oran (1613, Vicente Mestre), Fundación Bancaja de Valencia

...Suite : http://www.yabiladi.com/articles/details/23365/reconquista-apres-juifs-d-espagne-musulmans.html

- Écouter le petit cours d’Evelyne Oliel-Grauss (Université Paris 1-Panthéon Sorbonne) sur l’expulsion des juifs d’Espagne.

- Consulter le site d’actualités historiques sur les morisques d’Houssen Eddine Chachia (Université La Manoubia, Tunis).




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MessageSujet: Re: MIGRATIONS & RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALITÉS : analyses   Dim 3 Juil - 20:33


L’Europe et ses réfugiés politiques au XIXe siècle

par Sylvie Aprile & Delphine Diaz Idées.fr le 15 mars

Les révolutions du XIXe siècle firent émerger une nouvelle figure, celle du réfugié politique, et de nouvelles politiques d’accueil. Mais, hier comme aujourd’hui, l’incertitude du vocabulaire employé reflétait la contradiction des États européens face au droit d’asile, entre devoir de protection et peur de l’étranger.

« Migrants », « demandeurs d’asile », « réfugiés ». Au cœur de l’été 2015, ces trois termes, régulièrement mis en avant à la une des journaux pour décrire l’actuelle crise migratoire connue par la Méditerranée et l’Union européenne, faisaient l’objet d’enquêtes dans la presse.


The fool pied piper

Citation :
Le 20 août, la chaîne d’information Al Jazeera décidait de bannir l’emploi du mot anglais migrants à l’antenne, terme qui, aux yeux de plusieurs de ses journalistes, prêtait à confusion et tendait à la déshumanisation de ceux que la chaîne préférait qualifier de refugees. Les médias français se sont aussi interrogés sur leur propre vocabulaire et ont cherché à mieux désigner ces hommes et ces femmes prêts à tout pour rejoindre l’Union européenne. Un article paru dans Libération appelait à la plus grande vigilance dans l’usage des termes choisis pour les désigner, soulignant que tous « les réfugiés sont des migrants, mais que tous les migrants ne sont pas des réfugiés [1] ».

Tandis que le « réfugié » renvoie à la reconnaissance d’un statut juridique, qui fait l’objet depuis la Convention de Genève de 1951 d’une définition internationale, le second met uniquement l’accent sur l’acte du déplacement dans l’espace, sans que n’y soit attachée l’idée d’une quelconque installation dans un pays d’accueil. Si l’on parle de « migrants », en laissant ainsi le flou planer sur la motivation du départ – professionnelle, familiale, authentiquement politique ? –, on se refuse pourtant dans le vocabulaire courant et médiatique à employer pour eux le terme d’« immigrés » ; un mot que l’on réserve à ceux qui sont appelés à se faire une place dans un État d’accueil, alors même que nombre des « migrants » sont immobilisés plusieurs mois, voire des années, dans les pays où ils demandent l’asile. L’appel lancé par le porte-parole du Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés en août 2015, qui demandait à « chacun d’utiliser le terme qu’il veut », à condition qu’une « réflexion soit menée sur le sens qui se cache derrière les mots que nous choisissons », suggérait le caractère crucial du choix du vocabulaire.

Pour comprendre l’ampleur des mouvements migratoires qui se dirigent depuis le début de l’année 2015 vers l’Union européenne, le recours, même réfléchi, au lexique le plus contemporain s’avère néanmoins insuffisant. De même, les discours mettant en avant cette crise « sans précédent » tendent à minorer la richesse du passé migratoire de l’Europe. Certes, les migrations depuis la Méditerranée ont un caractère massif depuis plusieurs mois – l’Allemagne, première destination des migrants, a totalisé un million de demandes d’asile au cours de la seule année 2015 – ; ces mobilités acquièrent aussi une dimension nouvelle en raison du profil sociologique de ceux qui prennent le chemin de l’Europe, eux qui ressemblent de plus en plus, par leur niveau d’éducation et leurs modes de vie, aux Européens. Toutefois, la crise de l’asile n’est pas neuve, et c’est en projetant un éclairage sur les migrations contraintes d’un autre siècle, le XIXe siècle, que s’offrent à nous des clés pour comprendre le caractère crucial des choix lexicaux, mais aussi pour saisir les permanences et discontinuités dans l’élaboration d’outils migratoires par les États d’accueil européens.

« Exilés », « réfugiés », « proscrits » ou « émigrants » ?


C’est au XIXe siècle, « siècle des exilés [2] », que commence une ère nouvelle pour les migrations contraintes.

La Révolution française avait donné lieu à la première migration de masse de l’époque contemporaine, celle des « émigrés » contre-révolutionnaires dont le nombre a sans doute avoisiné les 150 000 personnes. Néanmoins, « l’émigré », présenté a posteriori dans l’historiographie républicaine comme un lâche ou un traître à la patrie, est resté distinct aussi bien dans le vocabulaire que dans les représentations du « proscrit » ou du « réfugié » politique. En France, le terme « proscrit », dont la première occurrence sous la forme d’un adjectif substantivé se trouve dans l’édition du Dictionnaire de l’Académie française de 1835, désigne les personnes qui ont été la cible, dans leur pays d’origine, de « mesures violentes prises […] dans les temps de troubles civils », et qui, contraintes de s’expatrier, « n’osent retourner dans leur pays [3] ». Quant aux « exilés », mot proche du point de vue de sa signification et de ses usages, il renvoie aux individus « que l’autorité force à vivre hors du lieu, hors du pays où il[s] habitai[ent] ordinairement [4] » : peu à peu, les exilés sont présentés comme des hommes conduits à franchir les frontières des États-nations, alors en voie d’affirmation en Europe.

Parmi ces hommes – puisque l’exilé est un terme qui se décline essentiellement au masculin au cours de la première moitié du XIXe siècle – se trouvent ceux qui échappent à une condamnation en quittant leur État, comme les exilés libéraux piémontais des années 1820, fuyant une condamnation à mort par contumace, ceux qui échappent à la mort ou à la déportation, comme les Polonais de la « Grande Émigration » commencée à l’hiver 1831-1832, qui ont sans doute compté plus de 8 000 personnes. Mais il y aussi ceux qui prennent le parti, spontanément, de quitter leur pays pour se mettre à l’abri d’éventuelles poursuites, comme les juifs allemands partis pour la France sous la monarchie de Juillet. Si la vaste catégorie des exilés englobe les proscrits, elle inclut également au cours du premier XIXe siècle tous les « exilés volontaires », ceux qui n’ont pas quitté leur pays en raison d’une quelconque peine politique, mais qui ont estimé devoir se mettre en sécurité à l’étranger [5]. L’importance des exils volontaires dans l’Europe du XIXe siècle – que l’on pense au départ spontané pour Paris, en mai 1831, de l’homme de lettres allemand Heinrich Heine, qui y est resté jusqu’à sa mort –, permet en partie d’expliquer pourquoi la convention internationale de Genève, telle qu’elle a été adoptée en 1951, a reconnu comme réfugié « une personne qui craint avec raison d’être persécutée », et non seulement la victime d’une persécution avérée.

Parallèlement à ces deux catégories du « proscrit » et de l’« exilé », la dénomination de « réfugiés » s’est elle aussi affirmée au cours de la première moitié du XIXe siècle. En France, la classe politique et l’administration, en ont fixé le sens [6]. Ont progressivement été considérés comme des « réfugiés » les seuls étrangers qui avaient quitté leur pays sous la contrainte politique, sans disposer de passeports, en ayant rompu tout lien avec leur État d’origine et qui nécessitaient l’aide du pays d’accueil pour pouvoir subsister [7]. Ce dernier terme de « réfugié », dont les occurrences se sont multipliées dans le vocabulaire juridique et administratif en France sous les monarchies censitaires (1814-1848) et la Seconde République (1848-1852), a peu à peu pris le pas sur les deux premiers. Néanmoins, la catégorie du « réfugié » s’avérait bien plus restrictive que celles du « proscrit » ou de l’« exilé », qui ont imprégné les représentations et les fantasmes des contemporains, comme en témoigne la littérature de l’époque. Dans Le Rouge et le Noir, l’une des héroïnes de cette « chronique de 1830 », Mathilde de la Mole, ne dissimule pas sa fascination pour l’exilé libéral Altamira, auteur d’une conspiration manquée, victime dans son pays d’une condamnation à mort, « la seule chose qui ne s’achète pas ».

Figure héroïsée, l’exilé tend aussi à éclipser les autres étrangers accueillis en France. L’idée de la prééminence morale et symbolique de l’exilé politique par rapport aux autres étrangers constitue un autre héritage encore bien vivant de cette époque. Tandis que l’exilé peut prétendre à une forme d’estime politique, les autres étrangers amenés à traverser la France ou à s’y établir pour de tout autres motifs sont quant à eux régulièrement accusés de maquiller une migration économique sous de fallacieux arguments idéologiques. Au cours des débats parlementaires qui portent sur la première loi française relative aux « étrangers réfugiés », au printemps 1832, François Guizot exhorte ainsi l’administration à bien « s’assurer que les réfugiés auxquels elle donne des secours ont été réellement contraints de quitter leur pays par suite des événements politiques », afin d’éviter que de simples émigrants puissent venir « usurper des secours destinés à une infortune spéciale qui ne peut obtenir, dans sa propre patrie, aucun soulagement [8] ». Ce topos se lit par la suite dans les circulaires de la Seconde République, qui répètent à l’envi à partir de l’année 1849 et du retour à l’ordre conservateur, que beaucoup d’étrangers usurpent en France le titre de « réfugiés », auquel est associé l’octroi de secours réguliers par le ministère de l’Intérieur :


Citation :
“ Ces étrangers sont, pour la plupart, des jeunes gens, ce qui porte à douter que leur émigration ait une cause politique. Il est probable que beaucoup d’entre eux se sont expatriés afin de se soustraire au service militaire. D’autres viennent en France pour y achever gratuitement leurs études dans nos cours publics. Il en est enfin, et ce sont peut-être les plus nombreux, qui n’y sont attirés que par l’appât des subsides accordés à leurs devanciers [9] […].


« Réfugiés », « proscrits », « exilés »… ces termes mettent tous en valeur la dimension politique de la migration, en les séparant du reste de l’immigration étrangère qui n’a pas droit à une même estime. Y avait-il au cours de la première moitié du XIXe siècle un mot similaire à celui du « migrant », qui a envahi le vocabulaire médiatique actuel ? Si le terme de « migrant » n’était guère employé, en revanche, celui d’« émigrant » était d’usage fréquent : il permettait de désigner les étrangers qui avaient quitté leur patrie pour des motifs autres que politiques, en particulier économiques et familiaux. Les Allemands qui s’embarquaient pour l’Amérique dans les années 1840 depuis les ports allemands, belges ou français étaient ainsi qualifiés d’« émigrants » dans les fonds policiers francophones qui s’attachaient à retracer leurs parcours. D’ailleurs, il n’est pas anodin qu’après le coup d’État du 2 décembre 1851, au début du Second Empire, le ministère de la Police générale créé par l’empereur ait préféré le qualificatif d’« émigrants », plutôt que celui de « réfugiés », pour évoquer les étrangers venus chercher asile en France : preuve d’une volonté d’effacer toute trace, même lexicale, de la tradition d’accueil du pays qui s’était alors transformé en terre d’exil. Le début des années 1850 marque aussi la première distinction faite entre Français et étrangers dans les recensements nationaux. Les exilés ne sont plus les bienvenus et c’est le travailleur émigré qui endosse la figure de « l’autre ».

La guerre franco-prussienne puis la Commune ravivent la stigmatisation du migrant et de l’exilé politique [10]. Les Allemands vivant en France sont expulsés en quelques jours à l’été 1870 ; les généraux polonais et les pétroleuses russes sont, selon les adversaires des Communards, parmi les principaux responsables de la « folie parisienne ». Les étrangers, particulièrement sanctionnés après leur arrestation, sont passés par les armes sans procès. Leur nombre est cependant limité, un peu moins de 700, et parmi les élus de la Commune, seul Léo Frankel, ouvrier orfèvre hongrois, est étranger [11]. Avec la montée du nationalisme et la crainte de l’anarchisme, le travailleur italien peut à la fin du siècle à la fois incarner la menace politique et la concurrence économique. En 1894, aux lendemains de l’attentat mortel contre le président Carnot par Caserio, on oblige à Lyon et à Grenoble les Italiens à s’agenouiller et à chanter La Marseillaise. Rien de tel quelque trente ans plus tôt lors de l’attentat d’Orsini contre Napoléon III : aucune réaction xénophobe n’est alors mentionnée [12].

Dispositifs et politiques d’accueil des réfugiés en Europe au XIXe siècle

S’il est différent du lexique actuel, le vocabulaire français de la migration politique au XIXe siècle montre néanmoins la diversité des regards projetés sur ceux qui franchissaient les frontières pour améliorer leur ordinaire ou trouver refuge à l’étranger : regard judiciaire porté sur les « proscrits », administratif sur les « réfugiés », purement descriptif sur les « émigrants », qui ne pouvaient revendiquer le droit à l’asile. Observatoire pour qui veut étudier la construction d’un lexique des migrations politiques, le XIXe siècle en France et en Europe a aussi été le laboratoire de dispositifs d’accueil à destination des exilés et réfugiés politiques. Bien que l’on ne puisse parler de « politiques d’asile » au sens propre pour qualifier les mesures alors adoptées pour recevoir les exilés et réfugiés politiques, étant donnée l’absence de définition internationale et juridique de l’exil ou de l’asile, ces dispositifs souvent tâtonnants, qui s’influençaient les uns les autres, ont tendu à mieux définir la figure du « réfugié ». Les États d’accueil les plus importants – parmi lesquels on comptait la France, mais aussi la Grande-Bretagne, la Suisse, la Belgique et, dans une moindre mesure, l’Espagne et le Royaume de Piémont-Sardaigne, à certains moments de leur histoire, – étaient d’abord placés face au choix de secourir ou non ces étrangers venus trouver refuge sur leur territoire. Ce choix était d’autant plus crucial que l’assistance publique à l’égard des nationaux n’était guère développée à l’époque.

En France, si la politique d’attribution de secours aux réfugiés étrangers n’est pas née au XIXe siècle [13], elle a connu un moment d’affirmation à la fin du Premier Empire, en direction des exilés « joséphins », partisans du roi Joseph Bonaparte, conduits à se retirer de la péninsule ibérique après la défaite napoléonienne. Cette politique s’est par la suite généralisée sous la monarchie de Juillet [14]. Une telle assistance financière prévoyait la définition régulière de « tarifs de secours » par le ministère de l’Intérieur, qui distinguaient des montants de secours mensuels établis en fonction du statut social ou du grade militaire, mais aussi du statut familial : le fait d’être accompagné de femmes et d’enfants donnait lieu à d’importantes majorations, sans que la femme de réfugié puisse elle-même accéder à cette forme de reconnaissance, du moins pas du vivant de son époux. Par ailleurs, l’obtention de ces secours n’empêchait pas l’exercice d’activités professionnelles rémunérées, autorisation de travailler qui n’est en revanche pas octroyée aujourd’hui en France aux demandeurs d’asile bénéficiaires d’une « allocation pour demandeur d’asile [15] » durant les neuf premiers mois de leur séjour dans le pays.

Au cours de la première moitié du XIXe siècle, rares ont été les pays d’asile à mettre en œuvre une politique d’assistance d’aussi grande ampleur que celle adoptée en France. La Suisse, par exemple, n’a pas aidé de manière systématique les réfugiés auxquels elle a ouvert ses portes : des secours ont certes été attribués à des moments d’urgence, comme au début des années 1830 dans le canton de Berne [16], où les réfugiés polonais ont été financièrement aidés, ou encore à l’été 1848, après l’échec de l’insurrection badoise (dans l’espace germanique) qui a précipité 9 000 hommes vers la Confédération helvétique [17]. Enfin, en Grande-Bretagne, l’accueil très libéral des exilés politiques sur le sol britannique ne s’est pas accompagné de l’attribution de secours : cela explique en partie les réticences qu’avaient les exilés européens à gagner l’Angleterre, malgré l’absence d’obstacles opposés à leur entrée sur le sol britannique entre 1826 et 1905 [18], une période durant laquelle aucune législation n’a posé d’entraves à l’établissement d’étrangers en Grande-Bretagne.

Souvent corollaire du soutien pécuniaire octroyé aux réfugiés, les politiques de regroupement géographique de ces étrangers qui ont été mises en œuvres au cours de la première moitié du XIXe siècle méritent aussi d’être mises en lumière. En France, la première loi relative aux « étrangers réfugiés » est adoptée le 21 avril 1832, puis modifiée par deux lois suivantes en 1834 et 1839. Sans définir les contours juridiques des « étrangers réfugiés », la loi de 1832 autorise le gouvernement à « réunir, dans une ou plusieurs villes […], les étrangers réfugiés qui résident en France », mais aussi à les obliger à quitter le territoire national s’ils refusent de se rendre dans les villes ainsi indiquées. L’adoption d’une telle loi n’est pas sans susciter de vives réactions. Un membre de « l’opposition dynastique », François Mauguin, s’exprime en ces termes à la Chambre des députés au moment des discussions : « La terre de France fut toujours un lieu d’hospitalité, et ce n’est pas accorder l’hospitalité que de donner une prison à celui qui vous implore [19] ». Dans le même temps, les réfugiés eux-mêmes prennent part à un mouvement de pétitions orchestré par la gauche républicaine contre une loi jugée liberticide, campagne de pétitionnement qui se répète encore en 1834 [20] à l’occasion des débats sur la nouvelle loi relative aux « étrangers réfugiés », finalement adoptée le 1er mai de cette année, modifiée en 1839 et maintenue jusqu’à la fin de la monarchie de Juillet.

Si la Seconde République décide dans un premier temps de suspendre, en mars 1848, cet arsenal législatif sans cesse reconduit par le précédent régime et vu par les républicains comme un symbole d’arbitraire [21], elle le réactive dès la fin de l’année 1848 au motif que des étrangers « abuseraient de l’hospitalité française » pour « fomenter des troubles [22] » sur le sol national. Un an plus tard, une nouvelle loi prévoit des mesures d’éloignement des étrangers plus contraignantes qu’auparavant. L’article 7 de la loi du 3 décembre 1849 dispose, cette fois, qu’aucun motif n’est nécessaire à l’expulsion des étrangers, la décision étant laissée au ministre de l’Intérieur et aux seuls préfets dans les départements frontaliers ; l’article 8 prévoit une condamnation d’un à six mois d’emprisonnement pour tout contrevenant. Ce durcissement répond aussi au mécontentement populaire qui s’est exprimé contre les Savoyards, les Piémontais, les Belges et les Anglais au cours des années 1846-1848. Ainsi, la question de l’hospitalité et de l’accueil des étrangers pose à la fois celle des instruments mis en œuvre par l’État pour les recevoir ou les expulser, mais aussi des dispositions de l’opinion publique à leur égard.

D’autres pays européens qui ont affirmé leur tradition d’hospitalité connaissent de semblables contradictions dans leur droit et dans leurs pratiques administratives à l’égard des étrangers. En Belgique, une loi relative aux étrangers est adoptée le 22 septembre 1835 : elle donne au gouvernement le pouvoir d’éloigner les étrangers d’un lieu, de les obliger à « habiter dans un lieu déterminé » ou de les faire « sortir du royaume ». Comme en France dans le cas de la loi sur les réfugiés, la loi belge sur les étrangers, pensée initialement comme temporaire, fait l’objet de protestations à chaque nouvelle prorogation. En 1864, plusieurs meetings organisés dans tout le pays s’opposent à cette législation jugée contradictoire avec les principes d’hospitalité politique pourtant défendus dans la constitution belge de 1830 [23]. Cette suspicion plus forte en Belgique et en Suisse à l’égard des réfugiés politiques tient aux relations de bon voisinage que ces petits pays entendent avoir avec la France de Napoléon III, pourvoyeuse d’exilés et de proscrits politiques. Baudelaire – exilé volontaire – déconstruit le mythe de l’hospitalité belge, dans laquelle il voit « de l’économie politique, ou du cannibalisme ». Il distingue en effet l’attitude des autorités belges face au Français pauvre de celle qui est adoptée à l’égard du « Français qui a de l’argent, que l’on garde précieusement pour le manger [24] ».

Hormis les périodes de crise, l’indifférence est certainement le mode de réception le plus répandu. En raison de leur faible nombre, de leur dilution dans un monde de migrants peu identifiés, les opinions publiques s’interrogent assez peu sur la question de l’accueil ou du rejet des réfugiés jusqu’à la fin du siècle. Au plus fort de leur arrivée, les exilés polonais ne sont que 800 en Grande-Bretagne ; en mars 1853, les estimations globales font état de 4 386 réfugiés dont la moitié vit à Londres. Si Bernard Porter rappelle que le Times en 1853 fait de la générosité à l’égard des victimes de l’oppression l’une des valeurs majeures de la Grande-Bretagne – « Tous les peuples civilisés à la surface de la terre doivent être pleinement conscient que ce pays est l’asile des nations, et qu’il défendra l’asile comme la dernière once de son trésor et jusqu’à la dernière goutte de son sang » –, c’est pour y voir un effet de la politique libre échangiste qui doit s’appliquer de la même façon aux hommes qu’à la circulation des produits [25].

L’accueil triomphal fait à Garibaldi en 1850 et sa visite aux ouvriers de Newcastle en 1854, les réactions populaires après l’acquittement prononcé lors du procès de l’un des auteurs de l’attentat d’Orsini, témoignent néanmoins d’un enthousiasme et d’un soutien qui dépassent ceux des seules élites radicales. L’Aliens Act réactivé entre 1848 et 1850 n’est jamais appliqué. Mais, outre le fait qu’« on y meurt de faim », selon l’expression de Pierre Leroux, la Grande-Bretagne préfère envoyer ailleurs les exilés comme ses « convicts », bagnards de droit commun mais aussi pour certains d’entre eux militants chartistes : elle favorise et finance le départ de tous ceux qui souhaitent s’embarquer pour les États-Unis, et surtout des Hongrois qui embarrassent la diplomatie britannique vis-à-vis de l’Autriche après l’écrasement de l’insurrection magyare en 1849. La présence des anarchistes français après les attentats des années 1890 et les lois « scélérates » remet en cause cette tolérance libérale. Pourtant, si l’Aliens Act devient en 1905 un instrument politique pour exclure les réfugiés, il s’agit surtout de limiter l’arrivée des populations juives qui fuient depuis les années 1880 les pogroms de la Russie et de l’Europe centrale. Elles représentent alors un flux beaucoup plus massif que les exilés politiques précédents : 180 000 juifs se sont installés en Grande-Bretagne entre 1881 et 1914, pour la plupart concentrés dans le quartier de l’East End de Londres et les quartiers ouvriers de Leeds [26].

Aux États-Unis, l’accueil des exilés politiques se fond dans les arrivées massives des flux de migrants transatlantiques et il est difficile de les distinguer. Si certains s’y risquent et avancent le chiffre de 4 000 « vrais » exilés allemands sur un total de 700 000, Klaus Bade a certainement raison d’affirmer que cette distinction est illusoire. Les gouvernements allemands et autrichiens se débarrassent grâce à la soupape de l’immigration d’une population pauvre et par là même menaçante pour l’ordre public [27]. Les exilés deviennent alors des migrants à tirets : germano-américains, polono-américains. Ayant perdu leur « nationalité » allemande, ils y gagnent leur pleine intégration en participant activement pour certains à la guerre de Sécession. Les quelques Français qui y participent et sont naturalisés pour leur bravoure, y perdent, eux, leur nationalité française [28].

L’accueil des étrangers et plus particulièrement des réfugiés politiques a contribué au cours du XIXe siècle à forger des catégories nouvelles pour classer et décompter ces étrangers, mais aussi des outils administratifs et politiques pour traiter ces populations en mouvement. Les craintes qu’ont pu alors éveiller les réfugiés politiques, accusés par exemple au début de la monarchie de Juillet par le président du Conseil Casimir Perier d’être venus défendre en France la « bannière cosmopolite des révolutions », et non le drapeau tricolore, permettent d’éclairer les peurs d’une tout autre nature et d’une plus grande ampleur que suscite aujourd’hui l’arrivée de centaines de milliers de migrants en Europe. Aux lendemains des attentats meurtriers du 13 novembre 2015 de Paris, le caricaturiste anglais Mac publiait dans le Daily Mail un dessin qui a fait scandale [29]. Il y montrait des réfugiés franchissant sans contrôle les frontières de l’Europe. Parmi eux, se distinguent aisément les silhouettes de djihadistes armés mêlés à des femmes voilées et des hommes portant des tapis de prière. En bas du dessin, une multitude de rats pénètre aussi sur le territoire européen. Sans sombrer dans l’anachronisme, on ne peut qu’être frappé par la proximité de cette image avec celles qui se sont multipliées au tournant du XIXe et du XXe siècles et qui affichaient des amalgames du même type. En juin 1909, le journal PUK Magazine publiait une image montrant comment l’Europe se débarrassait alors outre-Atlantique de ses indésirables et comment les États-Unis les recevaient.

L’Oncle Sam, représenté sous les traits du joueur de flûte de Hamelin, y entraîne à sa suite une horde de rats étiquetés comme meurtriers, incendiaires, dégénérés, traite des blanches…. Sur la flûte, on peut lire : « lois laxistes sur l’immigration ». On mesure le chemin parcouru entre l’exilé accueilli et secouru et la suspicion qui entoure tous ceux qui, par la contrainte, qu’elle soit économique ou politique, circulent et tentent aujourd’hui de trouver un asile.


Notes

[1] Laure Andrillon, « Migrants et réfugiés : des mots aux frontières bien définies », Libération, 28 août 2015.

[2] Sylvie Aprile, Le Siècle des exilés. Bannis et proscrits de 1789 à la Commune, Paris, CNRS Éditions, 2010.

[3] Dictionnaire de l’Académie française, Paris, Firmin Didot frères, 1835, 6e éd., t. 2, p. 522.

[4] Dictionnaire de l’Académie française, op. cit., 6e éd., t. 1, p. 707.

[5] Ibid. : « Exil volontaire, se dit de l’action de quitter le pays où l’on est accoutumé de vivre, soit parce qu’on n’y est pas en sûreté, soit parce qu’on juge son absence utile au bien public. »

[6] Sur la naissance du « réfugié » en France, voir Gérard Noiriel, Réfugiés et sans papiers. La République face au droit d’asile, XIXe-XXe siècle, Paris, Hachette, 1998, 1re éd., réédité en 2006.

[7] Maurice Block (dir.), Dictionnaire de l’administration française, Paris, Berger-Levrault et fils, 1856, p. 1412 : « Réfugiés. On appelle ainsi les étrangers qui, sans passe-port, sans relation avec aucun ambassadeur, éloignés de leur pays par des causes politiques, viennent demander l’hospitalité à la France, et reçoivent souvent du Gouvernement des secours qui leur permettent de subsister. »

[8] Discours prononcé par François Guizot à la Chambre des députés le 7 avril 1832, cité dans Jérôme Mavidal et Émile Laurent (dir.), Archives parlementaires de 1787 à 1860, Recueil complet des débats législatifs et politiques des Chambres françaises, Paris, Dupont, 1890, 2e série, t. 77, p. 324.

[9] Archives départementales de la Vienne (Poitiers), 4 M 166, circulaire du ministère de l’Intérieur aux préfets, 31 mars 1849.

[10] Sur la Commune, voir le numéro 35 de la revue Migrances (3e trimestre 2010), sous la direction de Sylvie Aprile, Quentin Dupuis et Jacques Rougerie.

[11] C’est ce qui explique qu’au lendemain du scrutin du 26 mars, son mandat soit validé en ces termes : « Considérant que le drapeau de la Commune est celui de la République universelle ; considérant que toute cité a le droit de donner le titre de citoyen aux étrangers qui la servent [...], la commission est d’avis que les étrangers peuvent être admis, et vous propose l’admission du citoyen Frankel ».

[12] Sur cette question et plus généralement sur la législation sur la nationalité française sous la Troisième République, cf. Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme, racisme, discours publics et humiliations privées (XIXe-XXe siècles), Paris, Fayard, 2007.

[13] Accueillis à partir de 1787 en France, les « patriotes » hollandais ont reçu des secours réguliers à la fin du règne de Louis XVI et ont continué d’être secourus après l’été 1789.

[14] Cf. Cécile Mondonico-Torri, « Les réfugiés en France sous la monarchie de Juillet : l’impossible statut », Revue d’histoire moderne et contemporaine, n° 47-4, octobre-décembre 2000, p. 731-745, et Gérard Noiriel, Réfugiés et sans-papiers : la République face au droit d’asile, XIXe-XXe siècles, Paris, Seuil, 2006.

[15] La loi française du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d’asile prévoit néanmoins que l’allocation peut être suspendue si, sans motif légitime, le demandeur d’asile abandonne son lieu d’hébergement, ne respecte pas l’obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d’informations ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d’asile.

[16] Thomas Busset, « La politique du refuge en Suisse, 1820-1870, réalité et mythe », Études et sources, 1999, n° 25, p. 42.

[17] Klaus Bade, L’Europe en mouvement. La migration de la fin du XVIIIe siècle à nos jours, traduit de l’allemand par Olivier Mannoni, Paris, Éditions du Seuil, 2002 p. 250.

[18] Bernard Porter, The Refugee Question in mid-Victorian Politics, Cambridge, Cambridge University Press, 1979, p. 3 : en 1826, l’ancien Aliens Act qui datait de 1793 est officiellement abrogé.

[19] Discours prononcé par François Mauguin à la Chambre des députés le 21 février 1832, cité dans Jérôme Mavidal et Émile Laurent (dir.), Archives parlementaires…, op. cit., Paris, Dupont, 1890, 2e série, 1890, t. 75, p. 459-460.

[20] Archives nationales de France (Pierrefitte-sur-Seine), F7 6 781, lettre au ministère de l’Intérieur de la 10e légion de la gendarmerie départementale, Mont-de-Marsan, 7 février 1834.

[21] Circulaire du ministère de l’Intérieur aux commissaires du gouvernement de la République, 18 mars 1848.

[22] Discours prononcé par Jules Renouvier à l’Assemblée nationale le 11 novembre 1848, cité dans Compte rendu des séances de l’Assemblée nationale : exposés des motifs et projets de lois présentés par le gouvernement, rapports de MM. les Représentants, Paris, Imprimerie de l’Assemblée nationale, 1850, t. 5, p. 466.

[23] Archives générales du royaume de Belgique (Bruxelles), ministère de la Justice, Sureté publique, Police des étrangers, 1er versement, dossier n° 863.

[24] Cité dans Sylvie Aprile, « Exil, transferts et mutations », in Alain Montandon (dir), Le Livre de l’hospitalité. Accueil de l’étranger dans l’histoire et les cultures, Paris, Bayard, 2004, p. 1465-1472.

[25] Bernard Porter, ‘The Asylum of Nations : Britain and the Refugees of 1848’, in Sabine Freitag (dir.), Exiles from European Revolutions, New York/Oxford, Berghahn books, 2003, p. 43.

[26] Klaus Bade, L’Europe en mouvement…, op. cit., p. 270. L’auteur souligne que l’Aliens Act de 1905 vise aussi, dans une atmosphère de violences xénophobes, l’« immigration » des Tziganes. En France, de 1881 à 1914, 35 000 à 40 000 juifs s’installent à Paris dans le quartier du Marais qu’ils désignent sous le nom Pletzl.

[27] Ibid., p. 210.

[28] En vertu du Code civil de 1804 les actions par lesquelles un Français se retranche de la communauté nationale sont : l’acceptation non autorisée des fonctions publiques conférées par un gouvernement étranger ; l’établissement en pays étranger sans esprit de retour ; la prise de service militaire à l’étranger sans autorisation.

[29] Voir le site Internet.



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MessageSujet: Re: MIGRATIONS & RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALITÉS : analyses   Mar 5 Juil - 23:49


Vogelfrei: Migration, deportations, capital and its state


by cominsitu July 5, 2016


Greece Migrants

This text aims at contributing to the analysis and critique of the politics of the EU and the Greek state on the control and biopolitical management of migration from a proletarian standpoint. The great increase of the migration movement towards the European Union during the last two years, which was mainly caused by the intensification of the military conflicts in Syria, Iraq and Afghanistan, has been confronted on the one hand with an intensification of border policing up to the point of its militarization and on the other hand with the formation of a new political and legal framework through the agreement between EU and Turkey on the 18th of March of 2016 which negates basic principles of the international asylum law. Our interest in the issue of migration as a form of the international mobility of labour, as a form of permanent primitive accumulation and as a form of autonomous proletarian activity is not academic. On the contrary, we seek to equip ourselves with theoretical instruments which may be proven useful for the development of common struggles of local and immigrant proletarians, as an integral part of the class antagonistic movement against capital and its state.

Citation :
The crisis of reproduction of capitalist social relations and the “refugee crisis”  

We start from the presentation of certain basic banalities with regard to the issue of migration in Greece. Already from the early 1990s Greece had been transformed from a departure country to a host country of migration. Till the end of the previous decade most of the immigrants came from the former state capitalist countries, and primarily from Albania. It is estimated that during the previous ten years (from 2006 till 2015) 1.800.000 undocumented immigrants crossed the Greek borders and that 175.000 of them were deported.[1] However, the character of immigration to Greece radically changed after the outbreak of the economic recession in 2009 which is still continuing and constitutes the main expression of the deep crisis of reproduction of capitalist social relations in Greece. Fewer and fewer immigrants enter Greece after 2010 with the expectation to find a job and stay in the country, as it was in the period of capitalist growth in Greece. On the contrary, nowadays most of the immigrants cross the Greek borders in order to continue their journey towards other EU countries, and primarily towards countries of the European North. Further, most of the immigrants entering Greece come from Syria, Iraq, Afghanistan, Pakistan and the countries of the Maghreb. They flee from the everyday violence and death of imperialist interventions and civil wars, i.e. the extreme forms of constant and variable capital destruction and of primitive accumulation which are necessary for the reproduction of capitalist social relations on a global scale. Only in Syria, more than 350.000 people were killed after the outbreak of the civil war. It is estimated that since the beginning of 2015 about 1.000.000 undocumented immigrants crossed the Greek borders whereas at least 1.200 of them drowned in the Mediterranean according to the data of the International Organization of Migration.[2]

These data clearly show that it is not the first time that so many immigrants enter Greece. The main difference with the past is the inability of Greek capital to use this labour power in order to increase its profitability and expand its reproduction, in the context of the reduction of the total fixed capital in Greece.[3] In this historical conjuncture immigrants cannot be used by the Greek capitalist state in order to promote the restructuring of the labour market, the broadening of the divisions within the working class and the increase of the rate of exploitation. In a country with 25% unemployment, the new immigrant population is redundant for capital. Of course, immigrants are aware of that and that’s why they seek to leave Greece and move towards other European countries by any means available.

This is the main reason why the Greek state and the Greek media started to use the term “refugees” and to introduce the discourse of the existence of a “refugee crisis” or a “humanitarian crisis”, (partially) abandoning, thus, the discourses of “illegal immigration”, “immigrant crisis”, etc. which are negatively loaded as concepts. As Marx had eloquently written in Capital about the “sediment of the relative surplus population” which “dwells in the sphere of pauperism”, “pauperism forms a condition of capitalist production, and of the capitalist development of wealth. It forms part of the faux frais of capitalist production: but capital usually knows how to transfer these from its own shoulders to those of the working class and the petty bourgeoisie”.[4] Therefore, the main issue for the capitalist state was to find a way to transfer the cost from the shoulders of capital to the shoulders of the working class and the petty bourgeoisie. In this direction the state formulated a discourse that would enable it to control and assimilate the spontaneous gestures and acts of solidarity towards the immigrants and to transform them into charity managed by the state authorities and the NGOs.[5] The aim of the left government of SYRIZA which directs during this period the capitalist state has been to prevent the possibility for the development of relations of struggle between local proletarians and immigrants which could evolve, for example, into a mass expropriation / squatting movement for the satisfaction of common needs. Instead of that, the state promoted the provision of assistance in kind by the local working and middle classes, under the supervision of the authorities and the NGOs. The goods are collected within state and NGOs warehouses to be distributed in the so called “hospitality centers” (which in fact are surveillance, social isolation and –often– detention centers) in order to achieve the transfer of cost which was described previously. This attempt started very early, in August 2015, when the makeshift camp that had been set up by the immigrants in Areos park, a park in the center of Athens, was evacuated and the immigrants were transferred to the first “hospitality center” that was established, which is situated in Eleonas, a relatively isolated suburb of Athens. The statements made at that time in an interview taken by the Efsyn newspaper by T. Christodolopoulou, then Minister of Migration Policy, are very revealing: “at Areos park a humanitarian crisis is unfolding”, “the government of SYRIZA helped the withdrawal of the term ‘illegal immigrant’ from the public discourse”.[6]

Disciplining and controlling migration: techniques and ideology. Inclusion and Exclusion

In the same interview, the former minister stated also that SYRIZA convinced “society about the difference between refugees and immigrants”. This statement clearly expresses the fact that the emergence of the figure of the “refugee” in the public sphere and its distinction from the figure of the immigrant is also a technique for the separation, the control and disciplining of immigrants as well as their evaluation and selection as labour power. The hypocritical magnanimity towards the refugees has been coupled with the call for the speedy expulsion of the undesirable undocumented immigrants. Of course, the separation between immigrants and refugees is enacted by each state according to a political decision and there is nothing objective to it. For example, in 2015 the German state stopped recognizing the status of “refugee” for the great majority of the Afghan immigrants, despite the fact that they come from a country where war has never stopped the last 15 years. The German Minister of Interior Thomas de Maizière stated in October 2015 that large amounts of development aid have gone to Afghanistan and, therefore, that the German government “expects that Afghans [will] stay in their country”.[7]

Moreover, the distinction in international law between refugees and immigrants is baseless in itself. On the one hand, “refugees” are not victims, are not passive objects of others’ pity and compassion as they are usually presented within the dominant spectacle. They remain subjects making choices for their life despite the dispossession of their condition. In this respect, they are not different from immigrants as they are legally defined. On the other hand, most of the times, immigrants flee from the social and political conditions of their country of origin which are for them intolerable. They escape from poverty, from forms of structural violence and deprivation, from established sex and religion hierarchies which oppress them. In this sense, they are different from “refugees” only in the degree of the violence incurred to them within the specific form of capitalist social relations prevailing in the country they depart from. For this reason, we use only the term “immigrant” in this text.

Therefore, the separation of refugees from immigrants functioned as a basic technique of the apparatus for the control of migration as it was formulated by the Agreement of Schengen, the Agreement of Dublin and the international legislation concerning asylum and deportations. However, as historical developments have shown, the strategies and tactics of border control and enforcement take shape in reaction to the subjectivity and autonomy characterizing the movement of the immigrants which always comes first and is unpredictable. When hundreds of thousands of immigrants crossed the sea borders of EU in the summer of 2015 on boats no stronger than a nutshell, the member-states of EU and the media exploited the hundreds of drowned immigrants (including many children) in order to promote the discourse of “refugee crisis” and “humanitarian tragedy”. This discourse included the denunciation of “human trafficking” which has been presented as “slave trade” and the presentation of the migrants’ movement as a “chaotic and dangerous immigration flow”. This constituted the basis for the militarization of border control which culminated with the sending of NATO naval forces to patrol the Aegean sea.[8] Of course, no word was uttered about the fact that the intensification of the repressive measures against “illegal trafficking” makes border crossing much more difficult and dangerous for immigrants.

A next phase of the ideological operations was the exploitation of the spectacle of the terrorist attack in Paris in order to portray the arrival of immigrants as an “invasion of muslim extremists”, “an invasion of enemies to the European civilization”, even if the perpetrators of the attacks were European citizens. The threat of “foreign fighters who pop in and out of the porous borders of the European Union” became the new scarecrow for the legitimization of the so-called “hot spots”, i.e. the registration, identification and detention centers for undocumented immigrants. A few weeks later, the sexual assaults that had taken place on the New Years’ Eve in Cologne were utilized in order to cultivate a moral panic. The sexual assaults were attributed to Muslims and especially on the undocumented immigrants who were presented as collectively responsible, in order to construct the spectacular figure of the “muslim terrorist / rapist” who “undermines the moral and social order of Europe”.

Hence, the spectacle of the “refugee – humanitarian crisis”, the spectacle of jihadist terrorism and the moral panic around the sexual assaults in Cologne were used as levers to promote and enforce specific emergency measures on the level of EU, concerning, on the one hand, the reconfiguration of the techniques and tactics of border policing and, on the other hand, the modification and enforcement of a more restrictive legislation on migration and asylum provision.

“Schengen is dead!” EU – Turkey Agreement

However, the deeper cause for the imposition of the emergency measures and the amendment of the asylum and deportation international legislation which was completed with the signing of the agreement between EU and Turkey on the 18th of March of 2016 lies in the failure of the previous regulations (the Schengen and Dublin agreements) to perform their function. And their function was not the hermetic closure of the borders. The borders do not simply aim at the exclusion of immigrants; they are not impenetrable barriers that separate what is “inside” by what is “outside”. Despite the spectacle of the dysfunction and inadequacy of the borders when they are violated, the borders actually function as filters for the selection of labour power because they put obstacles (which sometimes are lethal) that sort out the younger, more vigorous and more physically and mentally healthy immigrants, that favour men much more than women and children, that give preferentiality to those who have some money and personal or family resources. For the immigrants who seek a better life in Europe the severe hardships they experience when they cross the borders constitute a harsh endurance test, a preparation for a longer or shorter period of precarious labour and “illegality”. In other words, the borders facilitate the subsumption of the social energy, the vitality, the mobility and the unrest of immigrants under capital, i.e. their disciplining and subordination as variable capital.[9] Therefore, the main aim is not to exclude immigrants but to facilitate their subordinate “illegalized” inclusion into each national social capital and its state.[10] It is actually a process of primitive accumulation as «great masses of men are hurled onto the labour market as free, unprotected and rightless proletarians».[11]

In particular, due to the different conditions of capitalist accumulation in Greece and Italy in relation to the countries of the European North, the Greek and the Italian states permitted the movement of immigrants towards Northern Europe without registering them, as they could not and still cannot be absorbed as labour power into their domestic capitalist production. The political functionaries of capital in the northern European countries dreaded the uncontrolled entry of immigrants and the total breakdown of the mechanisms for the regulation, control and disciplining of immigration.[12] In the winter of 2016, politicians from these countries declared that the “Schengen agreement is dead”. In other words, a serious political crisis broke out within the European Union. Till the beginning of March, the European states situated on the so-called “West Balkans route” (Macedonia, Serbia, Croatia, Slovenia, Hungary and Austria) erected fences and hermetically closed their borders for undocumented immigrants. This crisis was finally “resolved” with the signing of the EU-Turkey Agreement for the “prevention of illegal immigration” on the 18th of March 2016.

This agreement abolishes in practice the right of asylum and cancels the “refugee” status of the immigrants who come from war zones in Asia and Africa by their classification into the category of “irregular immigrants”. The main points of the agreement are the following:

• The applications for asylum of the undocumented immigrants crossing from Turkey to Greece after the 20th of March may be immediately declared inadmissible, without examining their substance. These immigrants may be immediately deported and “returned” to Turkey with the justification that Turkey is a “safe third country” that can guarantee their protection.

• Until the consideration of their application for asylum, immigrants will be held in the “hot spots” which are converted to “closed reception centers” (i.e. detention centers) in Lesvos, Chios, Leros and Samos for a maximum period of one month. Subsequently, if their application has not been considered within this period they are transferred to inland “reception centers”.

• Theoretically, up to 72.000 immigrants will be accepted for resettlement from Turkey to the European Union, of which 54.000 on the basis of a “voluntary arrangement”. In fact, the number of immigrants that have been resettled (and will be resettled) from Turkey to EU is very low. Even if this point is implemented, it is a very low number considering that only the Syrian immigrants residing in Turkey are 2.7 million people. Till the 15th of June only 512 immigrants have been officially resettled from Turkey to the European Union.

• For every Syrian being deported to Turkey from the Greek islands, another Syrian will be resettled to the EU on the basis of the previous arrangement. Undocumented immigrants entering Greece after the 20th of March are excluded from the resettlement arrangement, i.e. they are punished for their indiscipline.

• Even in the case of the acceptance of an application for asylum, the immigrant may stay in the country only for 3 years. Subsequently, a new application should be made in order to remain in the country. During the initial 3-year period it is forbidden for the immigrants to stay in another country of the European Union for more than 3 months. If they violate this prohibition they will be arrested and deported to their country of origin.

• The previous rule applies also to the undocumented immigrants who entered Greece before the 20th of March, apart from 20.000 people who will be theoretically “resettled” to other EU countries. Most of these people whose number is about 57.000 had not registered and had not applied for asylum in Greece precisely in order not to be trapped here. In the beginning of April only 2.700 had applied for asylum. This number has increased in the following months due to the hermetic closure of the borders towards Europe. However, the number of immigrants that have not been registered yet is still very high.

• If the application of an immigrant for asylum is definitively rejected, he/she is transferred to a detention center till the deportation to his/her country of origin.

• It was agreed that Turkey will take all necessary measures to prevent new sea or land routes for “irregular migration” opening from Turkey to the EU

• Once crossings between Turkey and the EU stop or have been substantially reduced, a “Voluntary Admission Scheme” will be activated. In other words, once migration will be controlled, the disciplined import of labour power from Turkey will restart.

• It was agreed that the visa requirements for Turkish citizens would be lifted till the end of June 2016. The implementation of this point of the agreement has been postponed at the time of the publication of this text till October 2016. Also, an upgrade of the Customs Union between EU and Turkey was agreed.

• Apart from the initial funding of Turkey with 3 billion euros by the EU, it was agreed that an extra funding of 3 billion euros more will be given to Turkey till the end of 2018.

The politics of the Greek state after the EU-Turkey agreement: isolation, separation and repression

From the 20th of March till the 8th of June, 9.750 undocumented immigrants crossed the Greek borders from Turkey and 449 of them were deported, that is less than 5%. Nevertheless, the basic aim of the agreement which was the great reduction of uncontrolled immigration to the EU up to the point of its practical cessation has been achieved.[13] On the one hand, it seems that Turkey enforced measures for the repression of migration at its coastline. On the other hand, immigrants realized that they would risk paying large sums of money in order to cross the Greek borders with a great danger of either being trapped here or –even worse– of being deported back to Turkey.

During the same period of time when the Balkan states closed their borders, the Greek state modified its strategy from permitting the movement of immigrants towards the northern EU countries to a policy of isolating them in places of social exile. A number of former military camps in Koutsochero, Schisto, Skaramagka, Alexandreia and elsewhere (but also abandoned factories and warehouses) were transformed into the so called “hospitality center”, a euphemism that is used instead of the correct term: surveillance and isolation centers, which are guarded and policed by the army and the police. Although these centers are advertised as being open, they are in fact places of social ostracism. On the one hand, their geographical location has been selected in a way that makes any attempt of communication and solidarity very difficult, if not impossible. On the other hand, the entrance to these centers is forbidden to locals who do not have an official permit, by the cops and the military officers. This ban has extended even to doctors in solidarity providing their services, as e.g. happened in the 22nd of May when doctors and other solidarity activists from the self-organized Social Clinique of Larisa attempted to enter the center of Koutsochero to visit patients.

In this way, the state divides immigrants into small and isolated groups which are easier to be overseen and controlled, in order to prevent any possibility of a revolt against the appalling living conditions, against their immobilization and entrapment. At the same time, the immigrants are divided within the centers according to their national origin, which serves the channeling of anger from the police-military authorities and the state to strife among the various ethnic groups and individuals, that is to say to intra-class violence. However, the most important goal is the prevention of the communication between local proletarians and immigrants. This is a model for the biopolitical management of populations which are redundant for capital, which has been applied for many years in the refugee camps of Middle East (e.g. in Lebanon), so that these populations would not become dangerous for the capitalist order.

The living conditions within the isolation centers are truly wretched. Even organizations such as the UN Refugee Agency and the NGO ActionAid, which work in tandem with the Greek state on the control of the immigrants, report the crowding of hundreds of people in miserable places which are poorly ventilated, the lack of food, water, electricity, toilets and showers, the provision of food rations which for many days contain only plain rice or potatoes, the inadequate health care. Often the first drop of rain turns the isolation centers into mudflats. In other cases, the tents are exposed to the sun the whole day. The incidents of food poisoning are quite usual while the broader living conditions induce respiratory, cutaneous and gastrointestinal diseases. The fact that the new center in Chios was built on the grounds of a former garbage dump of the island is quite symbolic.

Another aspect of the new strategy of the Greek state was the ideological and repressive attack against the uncontrollable sections of the solidarity activists which are not connected to recognized NGOs.[14] This attack began shortly after the signing of the 18th March agreement between EU and Turkey.[15] Primarily, the attack targeted solidarity activists belonging to the anarchist / anti-authoritarian milieu, who were accused of “leading the refugees to extreme behaviors resulting in conflicts”, of “instigating the immigrants at Idomeni to violate the fence”, and so on.[16] The propaganda campaign was led by the government and the police authorities. The same articles in the press revealed the actual fears of the government: “policemen at the roadblocks on the Axios bridge, in the outskirts of Idomeni, are checking the travel documents and the cars of persons who head towards the village, especially foreigners, in an apparent effort to prevent the distribution of printed material (brochures, maps, etc.) to the refugees and immigrants, which incite them to revolt”[17], “almost the 50% of these activists is of unknown origin and is involved in murky activities”, “there is an uncontrollable situation which can be avoided only with the removal of the refugees from Idomeni to controlled spaces”, “until then, there is a danger of an escalation of conflicts in the area”.[18] Apart from the outright debasement of the immigrants who are presented as puppets of the solidarity activists who manipulate them, it is evident that the state was afraid and wanted to prevent the possibility of an explosive meeting and cooperation between the immigrants and the uncontrollable solidarity activists against the violence of the borders and their guards. However, the attack from the state did not stay on the level of propaganda. On the 20th of April of 2016 the solidarity initiative No Border Kitchen was evacuated and the police made at least 8 arrests of solidarity activists in Idomeni and many raids in the islands of the Northeastern Aegean and elsewhere.

Government’s repression culminated with the evacuation of the Idomeni makeshift camp which started on the 24th of May. The abjection and the cruelty of this operation were unprecedented. Entry to the camp was forbidden completely even to the accredited volunteers of the NGOs. In this way the distribution of food and the cleaning of the sanitary facilities were obstructed so that the immigrants would be forced to board the police buses that transported them to the isolation centers. As far as the press coverage of the police operation is concerned, entry was permitted only to the state media, the National Television of Greece (ERT) and the Athens News Agency. In other words, even the freedom of press was violated! Immigrants who boarded the buses by force didn’t know where exactly they were heading to, an incident showing that some of the practices of the so-called totalitarian regimes such as, for example, the forced displacement to an unknown destination, may well be applied in a democratic capitalist regime governed by a left democratic party. It is estimated that around 4.500 immigrants left the camp on their own, with most of them setting up makeshift camps in the surrounding areas. The Minister of Public Order N. Toskas stated that, in the days that would follow, further police operations would be organized to evacuate these makeshift camps as well. At the time of the publication of this text, the government officials have stated that they will also evacuate the makeshift camps at the former airport of Athens (Elliniko) and at the port Piraeus till the middle of July.

For the struggles, their content and their perspective

Undocumented immigrants have struggled during the last year against the miserable living conditions that have been imposed to them, against incarceration, against social isolation, and for their unobstructed freedom of movement. They have struggled with a plethora of means: demonstrations, the blockade of the railways at Idomeni for many months, spontaneous gatherings and road blockades on the Greek and European highways, hunger strikes and revolts in the detention centers and at Idomeni where they repeatedly clashed with the Macedonian and the Greek police and the list continues. The makeshift camp of Idomeni was a long-term protest for as long as it lasted in itself. The main demands of the mobilizations of the immigrants have been the opening of borders and the obtainment of their broader freedom of movement, the improvement of living conditions in the camps and the “open” centers, the release of those who are incarcerated from the detention centers. The fact that they had lived for so many months in the makeshift camp of Idomeni under extremely bad weather conditions has shown that they possess tremendous decisiveness and energy. They are neither passive victims nor resigned individuals despite the terrible hardships of war and migration. That is the reason why the Greek state has attempted to corral them and isolate them within the “open” and the “closed” centers.

In this sense, the several squats that have been organized by solidarity activists and immigrants are extremely important, first of all because they create a public meeting and communication space where local proletarians and undocumented immigrants may come together. In other words, the squats may create a basis for the development of common struggles and that has been amply proved by the fact that immigrants who participate in squats have also participated in moblizations and demonstrations for issues that primarily affect local proletarians such as the demonstrations against the pension reform that has been passed by the government of SYRIZA, i.e. the left of capital and its state. Moreover, the practice of squatting in itself is a practice of expropriation of capitalist property which today, more than ever, is necessary for the satisfaction of the needs not only of the immigrants but also of the locals. The new measures signed by SYRIZA in the previous months will lead to foreclosures of proletarian houses and evictions, for the first time on a mass scale during the recession years. Therefore, the practice of squatting houses for the satisfaction of proletarian needs constitutes a paradigm for the class struggles of the period that will follow. Until recently, the practice of direct expropriation of social wealth for the satisfaction of needs for the most part was restricted to the refusal of payments of the transportation tickets and to the sporadic expropriations of big groceries by various anarchist groups – with the latter having mainly a propagandistic character.[19]

Of course, there are also problematic points within the squatting initiatives that we should think about and struggle for their supersession. For us, the most important are: first, the paternalistic or humanitarian logic of some solidarity activists; second, the existence of gender hierarchies and of a gender division of labour among the participating immigrants; and, third, the perception of the squatting practice not as a means of direct action for the satisfaction of needs but as a means for raising issues on the scene of “high politics”, especially from groupings that have recently left SYRIZA – a perception and a practice that is foreign and opposite to the development of proletarian autonomy.

Moreover, the struggle against the “reception” centers and the detention centers is extremely important because these are the basic techniques for the social isolation of the immigrants and for the prevention of any communication between them and us, the local proletarians. It is crucial to mobilize against the displacement of the immigrants from the makeshift camps of Piraeus and Elliniko before it’s too late. Even if the requests of immigrants for asylum who are ostracized in the “open” and “closed” centers are accepted, they will remain, according to the agreement of the 18th of March, trapped within a capitalist state which confronts them as redundant population. That’s the reason why the issue of the satisfaction of proletarian needs against the needs of capitalist accumulation is relevant for all of us, both local and immigrant proletarians. Only on the basis of our collective class power we can put forward the issue of the unobstructed freedom of movement, i.e. the abolition of all borders and all states through the radical transformation of the social relations, and, therefore, through the radical transformation of the relation of the human species with the planetary space.

***

Often even the most radical parts of the immigrant solidarity movement speak about closed borders and the so-called “Fortress Europe”. They tend to overlook, therefore, that the border and deportation regime serves in fact the regulation and control of migration and the subordinate inclusion of immigrants as “illegal” workers in a way that facilitates the needs of capitalist accumulation. This spectacle of exclusion is reinforced by the fact that due to the circumstances of the capitalist accumulation in Greece, the Greek state implements a policy of pushing undocumented immigrants to places of social isolation and control or even incarceration. Apart from that, it must be stressed that the discourse about “open borders” may be used by the liberal faction of capital (e.g. the Green party in Germany) in order to concurrently attract immigrant labour power and promote a generalized attack on welfare benefits, on the social and direct wage for all proletarians.

Instead of this, we must struggle against the surveillance and detention centers, against the displacement of the undocumented immigrants and their segregation from the local working class and the class antagonistic movement. We must struggle for the satisfaction of our needs, of the needs of immigrant and local proletarians through initiatives that directly expropriate the capitalist property such as housing squats. With the development of the autonomous proletarian movement for the satisfaction of our needs we can acquire the collective class power which is necessary in order to truly regain our humanity and to realize the true freedom of movement, i.e. to abolish all borders and, therefore, all states.

29/6/2016

Antithesi

for the abolition of wage labour, of money and of the state

– for communism

[1] During that period, most of the deported immigrants were also of Albanian origin.

[2] See: http://missingmigrants.iom.int

[3] I. Ioakeimoglou, a Greek Marxist analyst, mentions that total fixed capital in Greece (machinery, production buildings, roads, ports, etc.) has been reduced between 2010 and 2016 by 8.2% according to the data of the European Commission. This figure is bigger than the reduction of total fixed capital in France and Italy during World War 2 (respectively 8% and 7%).

[4] K. Marx, Capital, volume I, p. 797, Penguin, 1976.This position of Marx is only partially correct since the expenses for the pauperized surplus population are productive for capital. A significant number of small and big capitalist enterprises including food and basic necessities producers, translation agencies, construction companies that build detention centers, mobile operators, etc. have increased their turnover and their profits due to the absorption of the increased demand brought by the immigrant money, the expenses of workers and other people providing aid, by the state expenses and by the emergency financial aid given by the EU. Further, several retail shops and other small businesses (hotels, taxis, etc.) have swindled the money carried by the immigrants (there have been many reports of exorbitant prices asked by retail shops, taxis and hotels from the immigrants). Since the beginning of 2015, the Greek state has received by the EU 237 million euros as emergency financial aid. The greatest part of this sum was given to the NGOs and from there to various other charitable capitalist enterprises…

[5] The text “Migration, Refugees and Labour” by Wildcat (http://www.wildcat-www.de/en/wildcat/99/e_w99_migration.html) describes the tactics followed by the German state during last summer when Merkel proclaimed a “culture of welcoming”, which are similar to how SYRIZA’s government managed the situation in Greece, albeit in totally different economic conditions.

[6] The fact that the evacuation of Areos park did not face significant resistance and that the logic of charity prevailed has also to do, to a certain extent, with the content of the spontaneous solidarity activities. Most of the people participating in such activities did not put forward from the beginning the issue of the expropriation of the capitalist property for the satisfaction of food and housing needs. On the contrary, most of the people limited their activity to collect and organize the distribution of relief goods. Of course, the collection and distribution of relief goods is necessary in the beginning for the satisfaction of immediate needs. However, a clear line of demarcation should be drawn immediately between the class position on the struggle vis-a-vis NGOs, the state and the various offshoots of the left of capital.

[7] T. Beaty και K. Surana, Afghan refugees receive a cold welcome in Europe, Quartz, http://qz.com/568717/afghan-refugees-receive-a-cold-welcome-in-europe/.

[8] See, for example, the article Germany soldiers ‘to chase’ smugglers in EU Mediterranean mission published on the web site of Deutsche Welle, http://www.dw.com/en/germany-soldiers-to-chase-smugglers-in-eu-mediterranean-mission/a-18716930.

[9] The uncontrolled freedom of movement of proletarians may potentially create big problems for the reproduction of capitalist social relations as it can be used for the desertion from particular national regimes of labour’s subordination to capital. That’s why the global mobility of capital necessitates the regulation and restriction of the freedom of movement of proletarians. Ideally, only the disciplined mobility of the commodity labour-power should be permitted according to the changing and fluctuating needs of capitalist accumulation. Of course, the subjectivity and autonomy of the movement of proletarians is always prior to, supersedes and can never be totally subordinated to the valorization of capital. As Nicholas De Genova distinctively points out in his text “The regime of deportation”, “the freedom of movement supplies a defiant reminder that the creative powers of human life, and the sheer vitality of its productive potential, must always exceed every political regime. The deportation regime, then, reveals itself to be a feckless and frenetic machinery, its rigid and convulsive movements doomed to always present but a tawdry caricature of the human freedom that always precedes it and ever surpasses it». Furthermore, the formation and reproduction of the nation state itself as a social relation of alienation, as a form of incorporation of the contradictions and divisions of the civil society of private individuals, is premised on the reification of human life and its movement into citizenship and alienage.

[10] According to studies conducted by some capitalist “think tanks” immigrants arriving in Europe will “repay” spending on them almost twice over within just five years (Refugees will repay EU spending almost twice over in five years, Guardian, 18.05.2016). That’s the reason why Nils Muižnieks, the Commissioner for Human Rights of the Council of Europe expressed the following assessment in the official report published on 31.5.2016: «In the absence of a common European response, crisis-thinking is short-term. Europe will need to look again to the long term and see integration as a long-term investment… the current situation, dominated by unilateral national action and the absence of a common asylum and border policy, is creating perverse incentives for countries to move away from integration … Integration support should not be misinterpreted as “pull factors” [for immigrants coming to EU]». (http://bit.ly/1UoOzxi).

[11] K. Marx Capital, Volume One, p. 876, Penguin, 1976. Marx uses the term vogelfrei to refer to the masses of people which are being proletarianized. This term literally means: “free as a bird” and serves as a figure for the proletarian who is “free” of all the means of production and subsistence, who is totally exposed and exiled from any human community within which she could satisfy her needs and therefore she is only left with the “option” to “freely” sell her labour power in the capitalist labour market.

[12] The loss of control on migration is not only threatening for the capitalist states in functional terms, because it undermines the discipline of labour power and its subordinate, illegalized inclusion in the national labour markets. More profoundly, the freedom of movement, as an ontological condition of the human creative and productive powers, is the hidden foundation of the sovereign power of the capitalist state “which captures and cannibalizes it” and transforms it in its opposite, in the reified and estranged forms of the mobility of labour power, of citizenship and alienage. Therefore, the immigrants’ struggle for their unobstructed freedom of movement poses an existential threat to the actual foundation of the sovereign power of the state. That’s the reason why the EU leaders frenetically try to repress this struggle. For a more extensive and deep analysis see the brilliant article by Nicholas De Genova, The Deportation Regime.

[13] In many cases, the asylum appeals committees judged favourably the appeals of asylum applicants by not considering Turkey as a “safe third country”. Even bourgeois institutions such as the appeals committees could not overlook the fact that the Turkish state has illegally deported in the previous months thousands of immigrants back to Syria, as well as that the first Syrians who were deported to Turkey were detained for three weeks in an isolated detention camp without access to lawyers. That’s why, on the 16th of June, the SYRIZA government passed a legislation that changed the composition of the Asylum Appeals Committees, since the existing ones were not sending immigrants back to Turkey (http://www.analyzegreece.gr/topics/immigrants-rights-and-racism/item/446-the-greek-government-manipulates-the-asylum-appeals-committees)

[14] There are some analyses that greatly underestimate the solidarity movement by not saying a word about the attack of the Greek state and the media against the makeshift immigrant camps and the uncontrollable sections of the solidarity activists. This happens because if they would mention these attacks, they would be obliged to give an explanation for them that would contradict their position of equating the solidarity activities (or “most of them”, which is the same thing if nothing else is mentioned) with charity. Further, it is evident that such analyses do not give political significance to the struggle of the immigrant proletarians for their freedom of movement, as they are permeated by a Eurocentric conception according to which immigrant struggles cannot change the balance of class power unless the separate struggles of local proletarians manage to gain ground. In fact, this political stance, on the one hand, does not recognize the possibility for the development of common class struggles where local and immigrant proletarians will get together, supposedly due to the prevailing “objective conditions”, since it theorizes local and immigrant struggles as two separate, isolated processes. On the other hand, it is clear that this political position underestimates the immigrant struggles, considering them, in the best case, of secondary importance. On the contrary, a revolutionary class position should recognize the real movement unfolding in the present historical time and should not discredit the struggle of the immigrant proletarians for their freedom of movement by falsely implying that the movement of immigrants is an individualist way out.

[15] It is quite remarkable that the first attack for the repression of an initiative in solidarity to the immigrants was done by the mechanism of the so called Communist Party (CP) on the 10th of November of 2015 when its members attacked with helmets and batons the squat of the old building of the Worker Center in Lesvos and evacuated it. A few months later, the MP of the CP Christos Katsotis remarked at a question in the Parliament that “the center of Skaramagka is frequented by strange people” and that «members of NGOs agitate the refugees, they spread among the refugees the impression that they will leave the center on the next day, and this has the result of creating tensions” (Avgi newspaper, 13.5.2016). This statement clearly shows that the attack of the CP did not aim at the NGOs working harmoniously together with the state but at the “solidarity activists who create tensions”, namely the uncontrollable sections of the solidarity activists. It is certainly not surprising that the CP assists the capitalist state in the repression of the more radical tendencies of the antagonistic movement.

[16] Kathimerini newspaper, 15.04.2016.

[17] Ibid.

[18] Vima newspaper, 17.04.2016.

[19] Before a few years the refusal to pay the electricity bills and the highway tolls was also quite widespread. However, nowadays such practices are not visible in the public sphere.



texte intéressant à traduire, plutôt que les merdes nombriliques qui font le tour de la petite Europe des "partisans de la communisation" via dndf & Cie


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MessageSujet: Re: MIGRATIONS & RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALITÉS : analyses   Sam 9 Juil - 7:50


article importé pour l'analyse des deux premières parties...


L’État nation vu par les sans papiers

Emmanuel Terray Actuel Marx 2008/2 (n° 44)

« Entre les migrants illégaux et l’État-nation, il y a de toute évidence un antagonisme. »
 
Plan de l'article
LA MIGRATION DANS LE MONDE D’AUJOURD’HUI
L’ÉTAT NATION AUJOURD’HUI
LE COMPROMIS : LA RECONNAISSANCE DE FACTO DE L’IMMIGRATION ILLÉGALE
L’AVENIR DE L’IMMIGRATION ILLÉGALE

Citation :
1
Anthropologue, africaniste, j’ai longuement travaillé en Afrique de l’Ouest : au Sénégal, au Ghana et surtout en Côte d’Ivoire. Or ce dernier pays compte près d’un tiers de migrants dans sa population et, dans les régions où j’ai conduit mes enquêtes, la plupart des manœuvres qui cultivaient les plantations de café et de cacao pour le compte de propriétaires ivoiriens étaient des migrants venus du Mali ou du Burkina. J’ai donc acquis durant mon séjour une première expérience de la question des migrations.

2
Cette question des migrations, je l’ai de nouveau abordée à Paris, à partir de 1996, quand j’ai résolu de soutenir la cause des « sans-papiers » (migrants illégaux) qui luttaient pour obtenir la régularisation de leur situation. J’ai alors participé à l’action d’un « collectif » (groupement) de sans-papiers parmi lesquels on trouvait des ressortissants de plus de trente nationalités différentes : Chinois, Turcs, Maghrébins, Africains, Haïtiens, Philippins, etc. Cela a été très intéressant de voir ces gens d’origines et de cultures très différentes s’unir et agir ensemble pour se faire reconnaître et faire admettre leur droit au séjour.

3
Quelles sont les étapes de l’itinéraire que je vous propose de parcourir avec moi ? Entre les migrants illégaux et l’État-nation, il y a de toute évidence un antagonisme. J’examinerai d’abord la situation des deux adversaires telle qu’elle se présente dans le monde d’aujourd’hui, marqué par le processus de la mondialisation. J’essaierai ensuite de montrer qu’entre les deux camps, s’est peu à peu établi un compromis, fondé sur une reconnaissance de facto de la migration illégale. Mais un tel compromis est instable, et je tenterai d’indiquer dans une dernière partie dans quelles directions il est susceptible d’évoluer à l’avenir.


LA MIGRATION DANS LE MONDE D’AUJOURD’HUI

4
Dans le monde d’aujourd’hui, la migration est un fait incontournable, qui relève non seulement de causes occasionnelles, mais aussi de causes structurelles liées à la nature même de notre système économique et social.

5
Bien entendu, certaines migrations sont produites par des catastrophes naturelles – sécheresses, inondations, etc. – ou des guerres, et on peut alors les regarder comme accidentelles. Mais, pour l’essentiel, la migration est l’effet des inégalités et des déséquilibres qui caractérisent notre monde, et elle est appelée à durer au moins autant que ces inégalités et ces déséquilibres.

6
Extrême ancienneté de la migration. Pour éviter toute erreur d’appréciation, il convient toutefois de rappeler que la migration est, dans l’histoire humaine, un phénomène très ancien. Sans remonter jusqu’à la préhistoire, j’observe tout de même que si, comme le veulent beaucoup de paléontologues, l’espèce humaine est originaire de la vallée de l’Omo au Kenya, alors c’est bien par voie de migration qu’elle s’est ensuite répandue sur l’ensemble de la planète. À la fin de l’époque romaine, ce sont des migrants venus de l’Est et du Nord qui ont transformé en profondeur le peuplement de l’Europe. Un peu plus tard, les Arabes ont quitté leur péninsule d’origine pour s’établir au Proche-Orient, au Machrek et au Maghreb. Quant au continent américain, il a d’abord accueilli des émigrants venus d’Asie et peut-être d’Océanie puis, à partir du XVIe siècle, par millions, des émigrants venus de toute l’Europe. Si je rappelle ces quelques faits, c’est pour marquer que, de tout temps, les hommes ont eu recours à la migration, et que les migrations d’aujourd’hui ne sont que la forme moderne d’une très ancienne liberté : celle d’aller et venir.

7
Dans le passé, la liberté d’aller et venir a été la première des libertés. Elle a existé bien avant la liberté d’association, la liberté de la presse, etc. Et, très longtemps, elle a été la définition même de la liberté : si l’esclave, enfermé dans la maison du maître, ou le serf, lié au domaine de son seigneur, n’étaient pas des hommes libres, c’est parce qu’ils ne disposaient pas de cette liberté d’aller et venir.

8
J’insiste sur ce point, car cet attachement à la liberté d’aller et venir est profondément enraciné dans l’esprit des migrants d’aujourd’hui : pour eux, la liberté d’aller et venir, c’est-à-dire la liberté d’émigrer et d’immigrer, est un droit fondamental de la personne humaine ou encore un droit naturel dont nul ne saurait les priver.

9
Cependant, la migration se transforme avec l’évolution du monde, et elle a pris des formes nouvelles avec l’avènement du capitalisme.

10
Capitalisme et migration. Au moins dans son modèle théorique, le capitalisme encourage indéniablement la migration. D’un côté, il implique la liberté du marché des capitaux : le capital va donc s’investir là où les profits sont les plus élevés, mais le jeu de la concurrence finit par égaliser les taux de profit – c’est ce mécanisme que Marx appelle la péréquation des taux de profit. Symétriquement, le capitalisme implique la liberté du marché du travail. Dans le capitalisme théorique, le travail devrait aller là où les salaires sont les plus élevés et la concurrence devrait produire une péréquation des salaires. Dans la réalité, cela ne se produit pas parce que des obstacles s’opposent à la libre circulation des travailleurs. Ces obstacles tiennent à la survivance de diverses formes de travail forcé, mais surtout à l’existence de frontières nationales, maintenues par les États-nations.

11
Je reviendrai sur ces frontières, mais je veux marquer tout de suite que, du point de vue de la logique immanente du capitalisme à l’état pur, elles sont imposées du dehors et apparaissent comme des phénomènes artificiels et « contre-nature ». Au reste, l’histoire montre que, depuis la révolution industrielle, les barrières opposées à la libre circulation du travail ont été levées sur des territoires de plus en plus étendus. Dès l’origine, le capital a libéré le travail en abolissant les liens de toute nature – esclavage, servage – qui entravaient ses mouvements. Mais, pendant une première période, les travailleurs n’ont pu se déplacer que sur des espaces restreints. En France, jusqu’à la Révolution française, des frontières intérieures séparaient les provinces du royaume les unes des autres, et c’est seulement au début du XIXe siècle que s’est formé un marché national du travail, sur toute l’étendue du territoire français. Durant la seconde moitié du XXe siècle, une nouvelle étape a été franchie : ce sont les frontières intérieures au continent européen qui ont été abolies, et l’Europe entière est en train de devenir un marché unifié du travail.

12
Du point de vue du capital, il n’y a aucune raison logique pour que ce processus d’élargissement prenne fin. Au reste, dans nos pays, le patronat est depuis longtemps favorable à la libre circulation des travailleurs, dont il espère qu’elle entraînerait une sensible réduction des salaires moyens. Un certain nombre de forces sociales s’opposent à cette libre circulation – l’État, le travail organisé – , mais il n’est pas sûr qu’elles auront toujours le dessus.

13
À son tour la mondialisation donne une nouvelle impulsion à la migration. Tout d’abord, la mondialisation réduit le coût des communications et des transports ; elle facilite donc considérablement les déplacements à travers le monde. Par ailleurs, elle répand dans le monde entier les informations sur la situation des pays les plus développés et les plus riches : elle intensifie donc les sollicitations au départ. Mais, à un niveau encore plus profond, la mondialisation instaure, entre le capital et le travail, un rapport de force de plus en plus inégal, et la migration apparaît alors comme un moyen privilégié de corriger le déséquilibre.

14
Dans son livre L’Inégalité du monde, l’économiste Pierre-Noël Giraud distingue des activités sédentaires – qui s’exercent sur un seul territoire – et des activités nomades – qui s’exercent sur plusieurs territoires. Du coup, il distingue un capitalisme à vocation sédentaire – où dominent les activités sédentaires – et un capitalisme à vocation nomade  [1]

– où dominent au contraire les activités nomades. Aux origines du capitalisme, nous avons assisté à la domination du capital marchand, fondé en particulier sur le commerce à longue distance. Nous pouvons donc parler d’une première époque, nomade, de l’histoire du capitalisme. Ensuite, c’est le capitalisme industriel qui a conquis la supériorité. Les activités industrielles sont liées à des territoires déterminés, soit en raison de la localisation des matières premières, soit en raison de la localisation des débouchés. Nous nous trouvons donc en présence d’une seconde époque, sédentaire. Mais avec la mondialisation, c’est le capital financier qui s’impose. Or, dans le capitalisme, l’argent a toujours été le facteur le plus mobile, et cette mobilité est encore accrue grâce au recours à l’informatique. Nous avons donc une troisième époque qui est de nouveau nomade.

15
Or ce qui est vrai dans le domaine militaire l’est aussi dans le domaine économique : aussitôt qu’ils s’affrontent, les nomades bénéficient d’une incontestable supériorité sur les sédentaires. Dans le domaine militaire, l’histoire des Mongols ou celle des Arabes démontre cette supériorité : les nomades peuvent frapper où ils veulent et quand ils veulent, se concentrer à leur guise, se retirer dans des sanctuaires inaccessibles en cas de besoin. Le capital financier bénéficie des mêmes avantages lorsqu’il entre en compétition avec ses deux partenaires sédentaires : le capital industriel et le travail. Le capital financier peut grâce à sa mobilité instaurer une mise en concurrence généralisée des firmes, des territoires et des travailleurs. Grâce à cette concurrence, il est en mesure d’acheter au moindre prix, de recruter les travailleurs aux salaires les plus bas, de privilégier les investissements les plus rentables, de se déplacer en permanence pour profiter des occasions les plus favorables et pour se retirer en cas de di?culté.

16
Le capital financier a pu ainsi asseoir sa domination sur le capital industriel et prélever une part grandissante de ses profits : il exige désormais un retour de 15 % dans des économies où la croissance est de 2 ou 3 %. Il oblige le capitalisme industriel à se transformer pour devenir plus rentable ; il le contraint enfin à se faire lui aussi plus mobile – c’est le phénomène des délocalisations – et à adopter pour son organisation le modèle du nomadisme, par la formation de grandes firmes multinationales opérant, elles aussi, sur plusieurs territoires. Surtout, le capital financier a établi sa domination sur le travail, et cela s’est traduit dans de nombreux pays par une redistribution importante de la valeur ajoutée au détriment du travail et au bénéfice du capital, ainsi que par un accroissement sans précédent de la flexibilité et de la précarité.

17
La migration apparaît alors comme la riposte du travail à la domination du capital financier. Puisque c’est à la nomadisation que le capital financier doit son actuelle suprématie, il s’agit de la contrebalancer par une nomadisation symétrique du travail, de façon à rétablir un équilibre au moins relatif. Il faut souligner ici que cette solution est le fait des travailleurs eux-mêmes. Comme je le montrerai plus loin, la décision d’émigrer est une décision individuelle ou familiale, et elle est toujours le résultat d’un calcul. On peut évoquer ici les remarques convergentes d’Albert Hirschman et d’Antonio Negri. Lorsqu’un individu se trouve confronté à une situation insupportable qu’il ne peut transformer, note Hirschman, le départ est un choix rationnel [2]

. Negri considère de même la migration non pas comme une fuite, mais comme une forme de résistance [3]

18
Mais c’est alors que les migrants se heurtent à l’État-nation.


L’ÉTAT NATION AUJOURD’HUI

19
Nous assistons incontestablement aujourd’hui à un déclin de l’État-nation : son pouvoir est rogné à la fois en bas et par en haut. Par en bas, il est rongé par la multiplication des particularismes et des affrontements communautaires qui menacent sa cohésion et parfois son existence même, comme le montre l’évolution actuelle de la Belgique. Par en haut, l’État-nation est frappé d’impuissance par le développement d’organisations internationales de toute nature, qui le dépouillent peu à peu de ses compétences et de ses pouvoirs. Je ne pense pas seulement aux organisations internationales « publiques » – ONU, OMC, OMS, BIT, EMI, Banque mondiale – mais aussi et surtout aux banques et aux firmes multinationales, auxquelles il faudrait ajouter pour être complet les organisations terroristes et les mafias. Dans une économie mondialisée, les « marges de manœuvre » dont disposent les États-nations dans le domaine économique et social sont de plus en plus réduites, et les peuples sont les spectateurs irrités ou résignés de cette paralysie.

20
Dans ces conditions, la frontière est le dernier instrument dont dispose l’État-nation pour intervenir et faire valoir son influence dans la sphère de l’économie mondialisée. Si l’on suit Pierre-Noël Giraud [4], c’est parce qu’il existe des frontières, susceptibles d’être ouvertes, entrouvertes ou fermées, que l’on peut continuer de considérer l’État-nation comme un facteur économique significatif.

21
Par ailleurs, il a de tout temps existé un rapport organique entre l’État-nation et son assise territoriale. Si, suivant Max Weber, l’on définit l’État par le monopole de la violence légitime, alors il est clair que ce monopole ne peut s’exercer qu’à l’intérieur d’un périmètre délimité. À l’intérieur de ce périmètre, en revanche, son autorité doit s’appesantir sur tous. C’est pourquoi l’État-nation recense et enregistre ses ressortissants : il veut savoir sur qui il peut compter en cas de mobilisation, de qui il est en droit d’exiger le versement des impôts, etc. C’est là ce qu’on appelle la souveraineté de l’État, et des individus qui prétendraient pénétrer sur le territoire de l’État ou s’y établir sans se faire connaître des autorités et sans se soumettre à elles constitueraient pour cette souveraineté un défi et une menace mortelle.

22
Pour les deux raisons que je viens d’énumérer, l’État considère que sa survie même est liée à la maîtrise de ses frontières. Au même moment, les migrants considèrent que ces frontières sont des obstacles inacceptables à leur liberté d’aller et venir. Dans de telles circonstances, toutes les conditions sont réunies pour une confrontation brutale.

23
La confrontation entre l’État-nation et les migrants. À première vue, c’est bien ce qui se produit. Dans de nombreux pays développés, la lutte contre l’immigration illégale est devenue en quelque sorte une grande cause nationale. L’immigration illégale est rendue responsable de tous les maux – chômage, criminalité, etc. – et les gouvernements de ces pays se fixent comme objectif o?ciel de l’éradiquer. À cette fin, de nombreux dispositifs de répression sont mis en place : barrières aux frontières pour empêcher les entrées, actions policières et camps d’internement à l’intérieur pour capturer les migrants avant de les expulser. Cette guerre à l’immigration illégale entraîne des expulsions par dizaines de milliers. De même, aux frontières maritimes de l’Europe, chaque année, des milliers de personnes meurent noyées en essayant de déjouer la surveillance des patrouilles et de gagner le continent.

24
En apparence, la lutte des migrants illégaux contre l’État-nation, c’est donc la lutte du pot de terre contre le pot de fer. En réalité, le rapport des forces est moins déséquilibré qu’il n’y paraît, pour quatre raisons au moins.

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En premier lieu, comme je l’ai déjà indiqué, les décisions de migrer sont des décisions privées, prises par des individus ou par des familles qui estiment qu’en la circonstance, ils ou elles exercent un droit inaliénable. En conséquence, les États n’ont que très peu d’influence et d’emprise sur ce processus. L’État de départ n’est jamais consulté. Quant à l’État d’arrivée, s’il veut bien accorder un visa, on s’en félicitera, mais si le visa est refusé, on s’en passera. Dès lors, les États qui croient pouvoir maîtriser les migrations à l’aide d’accords internationaux se font des illusions sur la réalité de leur pouvoir.

26
Ceci est d’autant plus vrai qu’en la matière, les pays de départ n’ont aucun intérêt à coopérer avec les pays d’arrivée. Dans les pays de départ, en effet, les migrations permettent de réduire les tensions liées à l’exode rural, au sous-emploi et au chômage. Par ailleurs, une fois arrivés à destination, les migrants expédient à leurs proches restés au pays des sommes considérables, qui assurent la subsistance de centaines de milliers de personnes. Au Mali, par exemple, le montant de ces versements est supérieur de 50 % à l’aide publique française. Ainsi, les États de départ tirent de la migration des avantages considérables ; si les État d’arrivée veulent les convaincre de renoncer à ces avantages, ils devront acheter très cher ce renoncement.

27
En troisième lieu, surtout, dans leur combat contre l’État-nation, les migrants illégaux bénéficient des atouts du nombre et de la mobilité. Ils peuvent choisir le lieu, la date et les modalités de leurs tentatives d’entrée. Bref, nous retrouvons la supériorité du nomade sur le sédentaire, qui joue cette fois à leur profit. J’ai souvent comparé l’affrontement des migrants illégaux et des États nations au conflit qui peut opposer des fourmis à un éléphant. Imaginez qu’un éléphant veuille interdire aux fourmis l’accès de son territoire : il va tracer autour de celui-ci un chemin de ronde et, en parcourant ce chemin, il va écraser de ses énormes pattes des centaines de fourmis. Mais, dans les colonnes de fourmis, les assaillants sont des milliers : les pertes sont lourdes, mais la plupart d’entre eux finissent par passer. On peut évoquer aussi le célèbre duel de l’obus et de la cuirasse : le premier a toujours une longueur d’avance sur la seconde. On peut rappeler enfin que, dans le passé, toutes les tentatives pour arrêter la mobilité des hommes ont échoué : le limes romain comme la muraille de Chine ont été tournés avant d’être forcés. Enfin, au sein de sa propre population, l’État d’arrivée se heurte à des oppositions qui affaiblissent sa capacité de résistance. Parmi les opposants, on trouve d’abord bon nombre d’employeurs, heureux d’avoir accès à une main-d’œuvre bon marché, flexible et docile. On trouve ensuite les communautés de migrants déjà établies dans le pays, qui facilitent l’entrée et l’installation des nouveaux venus, auxquels ils sont liés par des rapports de parenté ou de voisinage. Enfin, les Églises et beaucoup d’organisations humanitaires protestent contre les brutalités infligées aux migrants illégaux lors des arrestations et des expulsions. Il s’agit de forces hétéroclites, bien incapables de s’unir dans une coalition efficace, mais dont les efforts parallèles peuvent affaiblir considérablement l’action des États.

28
Dans ces conditions, le rapport des forces est moins inégal qu’on pourrait le croire, et il conduit finalement à la mise en œuvre progressive d’un compromis, fondé sur la reconnaissance de facto et l’acceptation silencieuse de l’immigration illégale.


LE COMPROMIS : LA RECONNAISSANCE DE FACTO DE L’IMMIGRATION ILLÉGALE

29
Le paradoxe de Stalker. Dans un livre intitulé Workers without frontiers, publié en l’an 2000 par le Bureau International du Travail – International Labour Organisation –, Peter Stalker note deux faits en apparence contradictoires. D’un côté, le nombre total des migrants dans le monde s’accroît. Entre 1965 et 1990, il serait passé de 75 à 120 millions de personnes, soit une croissance annuelle de 1,9 % par an (p. 6), et l’on sait qu’il atteint aujourd’hui 200 millions. Or pendant la même période, les États d’arrivée traditionnels des migrants – l’Europe et l’Amérique du Nord, en particulier – ont adopté, en matière d’immigration, des politiques de plus en plus restrictives et ont mis en place à leurs frontières un contrôle de plus en plus strict. La confrontation de ces deux faits forme ce que l’on pourrait appeler le « paradoxe de Stalker » : la migration augmente alors que la législation s’efforce d’année en année de la restreindre. La solution du paradoxe n’est pas di?cile à trouver : les législations de plus en plus restrictives entraînent une réduction de l’immigration légale mais comme l’effectif total de l’immigration augmente, cela signifie que le volume de l’immigration illégale augmente encore plus vite.

30
Du coup, les frontières nationales jouent dans la réalité un rôle très différent de celui qui leur est o?ciellement attribué. Leur fonction n’est pas d’empêcher les migrants de passer : chacun sait aujourd’hui que cela n’est pas possible ; elle est de faire en sorte qu’en passant, les migrants subissent un changement radical de statut. Autrement dit, leur effet n’est pas quantitatif, il est qualitatif. Il ne réduit le volume de l’immigration qu’à la marge : les migrants passent, mais ils passent comme des illégaux, susceptibles d’être arrêtés à tout moment, privés de tout droit et de toute protection, exposés à toutes les délations et à tous les chantages et, par conséquent, disponibles pour toutes les exploitations et pour tous les esclavages.

31
La délocalisation sur place. Cette transformation du rôle des frontières rend possible la mise en œuvre d’un mécanisme que j’ai appelé ailleurs la « délocalisation sur place » [5]

32
Chacun sait aujourd’hui ce qu’est la délocalisation. Une entreprise dans laquelle les charges de main-d’œuvre sont importantes va installer sa production dans des pays où les salaires sont plus bas, le travail plus flexible et les protections moins contraignantes, de manière à augmenter substantiellement sa marge de profit en faisant baisser le coût du travail. Mais, de par la nature en quelque sorte matérielle de leur activité, certaines entreprises ne peuvent pas délocaliser. Un chantier du bâtiment se trouve nécessairement là où le bâtiment sera utilisé, un restaurant là où vivent ses clients. Grâce à la présence des immigrés illégaux, ces entreprises trouvent sur place une main-d’œuvre qui est placée dans les mêmes conditions que celle du tiers-monde – salaires très faibles, flexibilité totale, absence de toute protection – en raison de la vulnérabilité sociale et administrative des personnes concernées.

33
Pour que la délocalisation sur place puisse fonctionner, deux conditions doivent être remplies. La première est cette vulnérabilité sociale et administrative dont je viens de parler. C’est pour assurer cette vulnérabilité que les lois répressives sont adoptées et maintenues. En France, par exemple, le séjour et le travail irréguliers sont des délits passibles de peines de prison : même s’il n’est pas déféré au tribunal, le migrant illégal est toujours susceptible d’être expulsé par décision administrative. Il vit donc en état d’insécurité permanente. Au premier abord, on ne peut qu’être impressionné par la puissance de l’arsenal répressif organisé par l’État. Mais c’est précisément ici qu’intervient notre seconde condition : si la législation réprimant le séjour irrégulier était rigoureusement et intégralement appliquée, si les moyens nécessaires étaient affectés à cette application et si nos gouvernants n’étaient retenus par aucun scrupule politique ou humanitaire, il n’y aurait bientôt plus qu’un très petit nombre de migrants illégaux sur notre territoire, et la délocalisation sur place deviendrait impossible, Or on observe en réalité une application modulée et sélective de la loi : ainsi les migrants illégaux sont maintenus dans l’état de vulnérabilité qui les rend exploitables, mais en même temps, ils demeurent en nombre suffisant sur notre sol, ce qui fournit aux employeurs intéressés la main-d’œuvre dont ils ont besoin. Les deux aspects sont complémentaires : sans législation répressive, pas de vulnérabilité permettant l’exploitation ; mais sans application souple de cette législation, pas de travailleurs pour subir cette exploitation.

34
Prenons l’exemple de la France : l’an passé, 23 000 migrants illégaux ont été expulsés et, dans la quasi totalité des cas, cette expulsion a été vécue comme un drame par les intéressés. Mais, selon les statistiques du ministère français de l’intérieur, 400 000 migrants illégaux vivent sur le territoire français. Rapporté à ce total, le nombre des expulsions prend un autre sens. Si l’ambition est de chasser tous les migrants illégaux, il est manifestement insuffisant ; mais en vérité, il est à la fois assez élevé pour maintenir les immigrants illégaux dans l’insécurité et dans la peur, et assez faible pour qu’un nombre significatif d’entre eux reste à la disposition des employeurs.

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Encore une fois, si la loi était intégralement appliquée, les immigrants illégaux seraient éliminés, mais si elle ne l’était pas du tout, le chantage à la délation deviendrait inefficace ; les immigrants illégaux ne se sentiraient plus menacés et ils seraient délivrés de cette fragilité administrative qui les transforme en main-d’œuvre corvéable à merci. La solution pratiquée est une voie médiane : tous ceux qui ont rencontré des immigrants illégaux savent bien qu’ils vivent en permanence dans la peur et qu’ils se conduisent en conséquence. Mais la plupart d’entre eux passent entre les mailles du filet et réussissent à se maintenir, souvent durant de longues années, en faisant pendant ce temps la prospérité de leurs employeurs.

36
Un compromis instable. À ce compromis, chacune des parties en présence trouve, dans un premier temps, son compte. La délocalisation sur place satisfait manifestement les employeurs des secteurs concernés. Les immigrants illégaux réussissent pour la plupart à entrer et à se maintenir sur le territoire du pays d’accueil, et ils y trouvent immédiatement du travail. Certes, leur situation est d’abord difficile, mais tous comptent sur leur détermination et leur talent pour l’améliorer. L’État-nation donne satisfaction aux employeurs : en tolérant le travail illégal, il conserve sur le sol national des activités qui, sans lui, seraient vouées à la disparition. Par ailleurs, en a?chant par des opérations spectaculaires sa fermeté à l’encontre des illégaux, il se donne l’apparence de défendre énergiquement la souveraineté nationale. Enfin, les mafias de passeurs profitent grandement du dispositif. Désireux de passer à tout prix, beaucoup de migrants illégaux ont recours aux services de ces mafias, qui les vendent de plus en plus cher à mesure que les contrôles se durcissent et qui finissent par réaliser un chiffre d’affaires et des bénéfices considérables.

37
Cependant, le compromis se découvre bientôt instable, parce que deux au moins des parties en présence ne le supportent pas dans la durée. D’un côté, les migrants illégaux se trouvent placés dans des conditions de vie et de travail très dures. Dans un premier temps, ils s’y résignent, mais bientôt ils ne les acceptent plus et s’engagent pour en sortir dans un combat collectif conduit au grand jour. Tous les pays de l’Europe de l’ouest aussi bien que les États-Unis ont été affectés par ces révoltes qui, certes, ne sont pas encore assez fortes pour modifier en profondeur l’attitude des États, mais qui remportent des succès partiels et sont une source permanente de tensions. De l’autre côté, il est difficile pour l’État de se satisfaire durablement du compromis. En premier lieu, le travail illégal représente pour lui un manque à gagner considérable en matière d’impôts et de cotisations sociales et, en ces temps de difficultés budgétaires, il ne saurait y être indifférent. En second lieu, en s’accommodant de fait de la présence de ces illégaux qu’il prétend pourtant voir éliminer, il donne un témoignage d’incohérence, que ses opposants d’extrême-droite ont tôt fait d’interpréter comme un témoignage d’impuissance. Enfin, comme je l’ai indiqué plus haut, l’État perçoit la présence sur son sol de nombreux migrants illégaux durablement établis comme un défi ou une atteinte intolérable à son autorité et à sa souveraineté.

38
Dans quel sens le compromis peut-il évoluer ? On peut essayer de pressentir ce que sera, dans les années qui viennent, l’avenir de l’immigration illégale.


L’AVENIR DE L’IMMIGRATION ILLÉGALE

39
Il me semble que deux voies s’ouvrent à l’immigration illégale. Je les appellerai, pour être bref, la voie espagnole et la voie sud-africaine.

40
La voie espagnole. Entre 1995 et 2005, l’Espagne a accueilli 3,3 millions de migrants et, en 2005, le gouvernement de M. Zapatero a procédé à la régularisation de quelque six cent mille immigrants illégaux, en dépit des critiques venues de son opposition et de certains pays voisins, dont la France. Or, au cours des mêmes dix années, la croissance annuelle de l’économie espagnole a été de 2,60 %, soit le double de la croissance française, et le chômage espagnol est passé de 18 à 8 %. Enfin, à la suite de la régularisation de 2005, le déficit des caisses de sécurité sociale espagnoles a été divisé par deux [6]

. La politique espagnole s’est manifestement inspirée d’un calcul keynésien : accroître le nombre des acteurs économiques, c’est accroître la production, la consommation et la demande sociale, c’est donc accélérer la croissance et créer de l’emploi. De ce point de vue, les événements ont largement ratifié la stratégie mise en œuvre. Bien entendu, M. Zapatero a pris des risques importants sur le plan politique, et l’avenir nous dira s’il est en mesure de les assumer. Il a cependant fait la démonstration que la régularisation des illégaux est une démarche tout à fait possible, qui n’entraîne nullement une crise économique, bien au contraire.

41
La voie sud-africaine. Pourtant, la grande majorité des pays d’Europe écartent la voie espagnole et s’engagent dans une autre direction. En premier lieu, la précarité et la flexibilité du travail progressent à vive allure dans ces pays, et le nombre des travailleurs pauvres s’accroît rapidement. Mais, du même coup, les conditions du travail légal se rapprochent des conditions du travail illégal. En d’autres termes, aux yeux des employeurs, le travail illégal perd peu à peu l’avantage comparatif dont il bénéficiait relativement au travail légal. Cette évolution sera encore accélérée par la politique que l’Union européenne s’apprête à adopter concernant les migrants légaux. Dans la logique des quotas, les migrants légaux seront affectés à un lieu et à un métier déterminé à l’avance ; leur droit au séjour sera subordonné à la possession d’un emploi ; en tout état de cause, la durée maximale du séjour sera limitée. Enfin, le migrant ne sera pas autorisé à faire venir sa famille. Ainsi le migrant légal sera placé dans une situation de subordination et d’insécurité qui le rapprochera beaucoup du migrant illégal.

42
Pourquoi parler de voie sud-africaine ? C’est que la solution envisagée est la reproduction à grande échelle de la politique appliquée par l’Afrique du Sud lors du second apartheid (ségrégation).

43
On sait qu’en 1948, l’Afrique du Sud, alors gouvernée par le Dr Malan, a institué un premier apartheid, fondé sur l’affirmation explicite de la supériorité raciale des Blancs. Du fait de la réprobation qu’il a suscitée dans le monde et des sanctions qu’elle a entraînées, ce premier apartheid s’est vite avéré intenable et, dans les années 1960, le Premier ministre Botha a institué un second apartheid, fondé sur d’autres principes.

44
La référence à la race a été abandonnée. Le territoire sud-africain a été partagé en deux : d’un côté, une zone métropolitaine où se trouvaient la population blanche, la totalité des grandes villes et l’essentiel des ressources, de l’autre côté, une ceinture de Bantoustans formellement indépendants, constitués de régions arides et stériles. Pour survivre, la population noire de ces Bantoustans était donc contrainte d’aller chercher du travail dans la zone métropolitaine, mais, dans cette zone, les migrants noirs étaient désormais regardés comme des étrangers placés en tant que tels dans une situation d’assujettissement et de précarité. C’est un dispositif de même nature que l’Union européenne s’apprête à mettre en place, le rôle des Bantoustans étant dévolu aux pays situés à la périphérie de l’Europe : Afrique de l’Ouest, Maghreb, Proche-Orient, Turquie, Moldavie, Ukraine, Biélorussie.

45
On voit ce qui oppose la voie espagnole à la voie sud-africaine. Dans le premier cas, les migrants illégaux sortent de leur condition par le haut et sont élevés au rang des migrants légaux. Dans le second cas, le mouvement s’opère en sens contraire : le statut des migrants légaux se dégrade et s’abaisse jusqu’à se confondre avec celui des migrants illégaux.

46
Quelle voie l’emportera ? Il est impossible de le dire aujourd’hui. Ce sont les luttes sociales qui en décideront. On peut seulement prévoir que ces luttes tiendront dans notre vie politique une place de plus en plus importante.



Notes

[1]
P.-N. Giraud, L’Inégalité du monde, Paris, Gallimard, 1996, pp. 52 sq.

[2]
A. O. Hirschman, Défection et prise de parole, traduit de l’anglais par Claude Besseyrias, Paris, Fayard, 1995, chap. II et III.

[3]
M. Hardt, A. Negri, Empire, traduit de l’américain par Denis-André Canal, Paris, Exils, 2000, pp. 477-478.

[4]
P.-N. Giraud, L’Inégalité du monde, op. cit., p. 30.

[5]
E. Terray, « Le travail des étrangers en situation irrégulière ou la délocalisation sur place », in E. Balibar, M. Chemillier-Gen-dreau, J. Costa-Lascoux, E. Terray, Sans-papiers : l’archaïsme fatal, Paris, La Découverte, 1999, pp. 9-34.

[6]
Le Monde, 1er septembre et 21 novembre 2006; Libération, 20 novembre 2006
.

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MessageSujet: Re: MIGRATIONS & RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALITÉS : analyses   Sam 9 Juil - 9:02


Un entrepreneur new-yorkais a créé une carte regroupant l’ensemble des migrations mondiales de 2010 à 2015 en se basant sur les données de l’ONU. Des centaines de petits points jaunes traversent l’écran en quelques secondes, chacun d’entre eux représente 1 000 migrants.

Citation :
La carte du monde des migrations élaborée par Max Galda, un pasionné de data, ressemble plus à une gigantesque table de ping-pong qu’à une carte de livres d’histoire-géo. En utilisant les données de l’ONU de 2010 à 2015, cet entrepreneur new-yorkais un peu geek a créé une carte des tendances migratoires mondiales avec des cercles bleus représentant les entrants et des rouges, les sortants.

Combien de migrants y-a-t-il ? D’où viennent-ils ? Où vont-ils ? Max Galda a voulu répondre à ces quelques questions simples, et faire, au passage, tomber quelques clichés.

De la Syrie au Brexit, les clichés ont la vie dure

Avec plus de 4 500 000 migrants, la population syrienne est, sans trop de surprise, celle qui a le plus émigré entre 2010 et 2015. Parmi ses pays d’accueil, on retrouve le Liban limitrophe, la Turquie mais aussi la Jordanie. Plus surprenant, la Suède est le pays européen ayant accueilli le plus de Syriens avec près de 50 000 migrants. À lui seul, le pays nordique reçoit plus de migrants venus de Syrie que l’ensemble des pays européens et américains réunis.




Alors que les craintes migratoires étaient au cœur du débat sur le Brexit, peu de migrants ayant rejoint le Royaume-Uni viennent en réalité d’Europe.




Le pays ayant le solde migratoire le plus important reste les États-Unis avec plus de trois millions de migrants. Pas vraiment de surprise du côté de la France, les migrations venant principalement d'Europe et d'Afrique du Nord. La France aurait accueilli quelques 1 880 Syriens, contre plus de 3 000 pour les Pays-Bas et 3 800 pour l'Allemagne.


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MessageSujet: Re: MIGRATIONS & RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALITÉS : analyses   Dim 21 Aoû - 17:35


Citation :
Dire et écrire les migrations féminines de XXè et XXI siècles par les actrices sociales elles–mêmes est un choix épistémologique exaltant. Jusqu’ici les migrations féminines étaient pensées décrites et écrites par des hommes qui ont quelque tout dit sauf ce qu’elles peuvent elles-mêmes en dire à travers leurs récits et expériences du fait migratoire, quelque soient les continents, les pays et les espaces géographiques où elles sont basées.

Cet appel à contribution a pour objet de décrire, d’analyser les parcours et trajectoires migratoires depuis leur pays de départ jusqu’aux différents pays d’accueil. Celles qui peuvent et doivent le dire et écrire sont des femmes des cinq continents engagés dans les processus migratoires divers comme les conflits armés, le terrorisme, l’exil, l’errance, le mariage, le tourisme, la poursuite des études, les changements climatiques, le business, la maladie et la maternité.

Axes thématiques Cet appel, à contribution est centré sur trois principaux axes d’écriture :

1) Femmes migrantes : quel parcours ou trajectoire du pays de départ au pays d’accueil ? Cet axe se propose de recueillir les différents témoignages sur les parcours réussis ou non réussis des femmes en situation de migration. L’un des enjeux de cet axe, c’est de raconter et de se raconter son parcours depuis le pays d’origine jusqu'à son arrivée dans le pays d’accueil. Ces récits peuvent prendre plusieurs formes (témoignage autobiographique, récit de vie.)Ainsi, cet axe, permettra de répondre aux questions suivantes :

- Qui sont-les migrantes accueillies dans nos pays ?
- D'où viennent-elles ?
- Pourquoi migrent-elles ?

DIRE ET ECRIRE LES MIGRATIONS FEMININES AU XXe et XXIe SIECLE e sont autant de questions soulevées par cet axe qui va dégager une typologie de ces migrantes et qui nous permettra de mieux comprendre leurs parcours et leurs trajectoires.

2) Comment la vie sociale peut elle être source de réussite ou d’échecs à l’expérience migratoire ? Cet axe a pour objectif de décrire et d'analyser les formes de vie sociale des femmes en contexte de migration. Il s’attachera à décrire les formes de réussites sociales mais aussi les échecs engendrés par le fait migratoire. Les femmes migrantes aujourd'hui dans les pays comme la France, les USA, le Canada, sont actrices sociales incontournables dans ce qui convient d’appeler « l’économie de la migration ». Plusieurs d’entre elles, créent des associations, des micro- entreprises qui sont des espaces où se tissent des liens transnationaux. Grâce à leur talent littéraire, sportif artistique et culturel, les migrantes participent à différents projets socio- économiques et culturels qui contribuent à dynamiser nos villes parfois trop « endormies ». Comment la vie sociale peut elle source de réussite ou d’échec en contexte de migration ?

3) Quel rôle jouent les réseaux sociaux dans l’expérience de la migration ? Dans un contexte marqué par la mondialisation, il s'agit de décrire comment ces migrantes utilisent –elles les réseaux sociaux comme internet, facebook, pour maintenir des liens avec leurs familles restées dans leur pays d’origine ou encore impacter dans la vie politique, sociale et économique de ces pays.

- Quel rôle joue Internet dans leur vie de migrante ?
- Comment parviennent elles à associer internet ?  
et les réseaux sociaux dans leur expérience migratoire. La migrante étant celle qui garde les liens avec sa famille, quel est le rôle joue, internet, le téléphone et facebook dans leur quotidien de femme et de migrante.

Calendrier et dates de soumission. Toutes les contributions féminines, une fois envoyées seront expertisées par un comité restreint qui notifiera la décision finale à celles qui auront proposé des textes qui entrent dans différents axes.

La proposition de textes de 1500 signes est à envoyer à : Brice Mankou brice.mankou@yahoo.fr Et à : Lydia Evoni lydiaevoni@yahoo.com

Avant le 30 Novembre 2016 pour une parution de l’ouvrage collectif en 2017

Vous pouvez également nous retourner directement un article de 30 000 signes maximum.


Coordination du projet • Dr Brice Arsène MANKOU • Lydia EVONI


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MessageSujet: Re: MIGRATIONS & RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALITÉS : analyses   Jeu 6 Oct - 15:00




In this paper 1 I want to link together two strands of lit­er­a­ture that have often been con­sid­ered sep­a­rately, despite of their impor­tant inter­con­nec­tions: the fem­i­nist lit­er­a­ture on social repro­duc­tion and the lit­er­a­ture on sur­plus pop­u­la­tions, as it plays out in the speci­fic ques­tion of the sta­tus of migrants within their coun­tries of arrival.2


Citation :
I want to sug­gest that when we con­sider these debates in con­junc­tion with one another, the­o­ries of social repro­duc­tion and sur­plus pop­u­la­tions become a priv­i­leged site for ana­lyz­ing the inter­sec­tion of racial and gen­dered oppres­sion with class exploita­tion. How­ever, unlike the many oth­ers who make this point, I will argue against an overex­ten­sion of the cat­e­gory of sur­plus pop­u­la­tion. When we con­sider the ques­tion of sur­plus pop­u­la­tions from the point of view of the fem­i­nist lit­er­a­ture on social repro­duc­tion, we see that migrant women do not con­sti­tute a sur­plus pop­u­la­tion, or reserve army, in Europe, but rather a “reg­u­lar army,” which is totally nec­es­sary to cap­i­tal­ist pro­duc­tion. While the wide­spread debate around sur­plus pop­u­la­tions rightly high­lights unem­ploy­ment as a cause of migra­tion, it runs the ana­lyt­i­cal and polit­i­cal risk of obscur­ing the fact that most migrant women do not take the jobs of oth­ers, and are waged rather than “super­flu­ous” in their coun­tries of arrival since much of the socially repro­duc­tive activ­ity in the Global North has become com­mod­i­fied.

In order to make my argu­ment, I need first to clar­ify in what ways I use the notion of both social repro­duc­tion and sur­plus pop­u­la­tions.

Social reproduction feminism

In the last ten years in par­tic­u­lar we have wit­nessed a grow­ing inter­est in the­o­ries of social repro­duc­tion, not only amongst a new gen­er­a­tion of fem­i­nists who con­tinue to think along the lines of Karl Marx and var­i­ous Marxisms, but also among migra­tion and care schol­ars – and here I think of Eleonore Kof­man, only to men­tion one of the most promi­nent exam­ples.3

While appar­ently self-explana­tory – in the end, social repro­duc­tion refers to “activ­i­ties and atti­tudes, behav­iors and emo­tions, respon­si­bil­i­ties and rela­tion­ships directly involved in the main­te­nance of life on a daily basis, and inter­gen­er­a­tionally,” in Bar­bara Leslett and Johanna Bren­ner widely used def­i­n­i­tion – the approaches that are gath­ered together under the notion of social repro­duc­tion are in fact diverse.4 For instance, Marx­ist fem­i­nists involved in the “wages for house­work” cam­paign gen­er­ally define social repro­duc­tion as pro­duc­tive of sur­plus-value. On the other hand, mate­ri­al­ist fem­i­nists, such as Christine Del­phy, would con­sider social repro­duc­tion as a set of activ­i­ties fun­da­men­tally linked to domes­tic labor and as a sep­a­rate mode of pro­duc­tion. Finally, Lise Vogel and the Marx­ist fem­i­nists who have been inspired by her work under­stand social repro­duc­tion as not pro­duc­ing sur­plus-val­ues but only use-val­ues, and com­pre­hend social repro­duc­tion as above all the repro­duc­tion of labor power and class soci­ety.

In this text I will limit my com­ments to this lat­est approach, both because it is the one I find clear­est when it comes to explain­ing the role of the work­ing-class house­hold and gen­der oppres­sion for cap­i­tal­ism, and because Vogel is the the­o­rist who points explic­itly to the link between social repro­duc­tion and sur­plus pop­u­la­tions, albeit only in pass­ing and in an under­de­vel­oped man­ner.

Accord­ing to Sue Fer­gu­son and David McNally in their intro­duc­tion to the recent repub­li­ca­tion of Vogel’s Marx­ism and the Oppres­sion of Women, one of the most impor­tant inno­va­tions intro­duced into the Marx­ist fem­i­nist debate by Lise Vogel in the early 1980s was to main­tain her rea­son­ing about women’s oppres­sion within the coor­di­nates of Marx’s the­ory of cap­i­tal accu­mu­la­tion. Unlike other Marx­ist fem­i­nists who argued either for the irrec­on­cil­abil­ity between Marx­ism and Fem­i­nism, or that Marx’s seri­ous omis­sions regard­ing women’s oppres­sion had less­ened the util­ity of his ideas, Vogel main­tained that Marx’s Cap­i­tal was still the the­o­ret­i­cal com­pass to try to grasp the roots of the unequal gen­der order under cap­i­tal­ism. Albeit her­self rec­og­niz­ing the lim­its of Marx’s account on this issue – par­tic­u­larly in those places where he fails to develop argu­ments or omits to explain the process through which labor power is repro­duced in cap­i­tal­ist dom­i­nated soci­eties – Marx’s Cap­i­tal, and par­tic­u­larly Marx’s insights into pro­duc­tion and repro­duc­tion, for Vogel remain of utmost impor­tance for social­ist fem­i­nists attempt­ing to make sense of women’s oppres­sion.

Accord­ing to Vogel, Marx encour­ages us to see that the roots of women’s oppres­sion under cap­i­tal­ism lie in the spe­cial role women are assigned – includ­ing for bio­log­i­cal rea­sons – in the key process of the repro­duc­tion of labor-power. Social repro­duc­tion thus here refers not only to the repro­duc­tion of the worker’s capac­ity to work (and be exploited), but also to the repro­duc­tion of the future cohorts of work­ers. In this sense, the key con­tri­bu­tion of Vogel has been to focus on the work­ing class fam­ily as the site of the pro­duc­tion and repro­duc­tion of labor-power, not in its inter­nal struc­ture and dynam­ics but in its struc­tural rela­tions to the repro­duc­tion of cap­i­tal.5

Vogel, how­ever, does rec­og­nize that, as a his­tor­i­cally deter­mined social-eco­nomic for­ma­tion, the fam­ily form is not func­tion­ally nec­es­sary to the repro­duc­tion of cap­i­tal­ism – cap­i­tal in fact could resort to other means in order to replen­ish its con­stant need for labor-power (immi­gra­tion and slav­ery for instance). Fur­ther­more, Vogel under­stands that the repro­duc­tion of that spe­cial com­mod­ity called labor-power also amounts to the repro­duc­tion of the work­ing class and class soci­ety, the lat­ter entail­ing an enor­mous set of devices (ide­o­log­i­cal, insti­tu­tional, eco­nomic, polit­i­cal and so forth) that need to be ana­lyzed in depth to pro­duce a non-deter­min­is­tic or sim­plis­tic account. It is when she tack­les the prob­lem at this level that Vogel talks of “total social repro­duc­tion”; and it is here that she touches – albeit almost unwit­tingly – on the issue of sur­plus pop­u­la­tions.

As she puts it:


Citation :
At the level of total social repro­duc­tion it is not the indi­vid­ual direct pro­ducer but the total­ity of labour­ers that is main­tained and replaced. It is evi­dent that such renewal of the labour force can be accom­plished in a vari­ety of ways. In prin­ci­ple at least, the present set of labour­ers can be worked to death, and then replaced by an entirely new set. In the more likely case, an exist­ing labour force is replen­ished both gen­er­a­tionally and by new labour­ers. Chil­dren of work­ers grow up and enter the labour force. Women who had not pre­vi­ously been involved begin to par­tic­i­pate in pro­duc­tion. Immi­grants or slaves from out­side a society’s bound­aries enter its labour force. To the brief extent that Marx con­sid­ered these ques­tions in gen­eral terms he spoke of laws of pop­u­la­tion. “Every spe­cial his­toric mode of pro­duc­tion has its own spe­cial laws of pop­u­la­tion, his­tor­i­cally valid within its lim­its alone” … More­over, not all present labor­ers will work in a sub­se­quent pro­duc­tion period. Some will become sick, dis­abled or too old. Other may be excluded, as when pro­tec­tive leg­is­la­tion is enacted to pro­hibit child-labour or women’s night work. In sum, at the level of total social repro­duc­tion the con­cept of the repro­duc­tion of labour power does not in the least imply the repro­duc­tion of a bounded unit of pop­u­la­tion.6


In the pas­sage above, Vogel argues that when Marx tack­les the issue of total social repro­duc­tion when he dis­cusses the laws of pop­u­la­tion that are pecu­liar to cap­i­tal­ism. How­ever, she fails to men­tion that Marx’s descrip­tion of the laws of pop­u­la­tion occurs in the con­text of his dis­cus­sion of the pro­duc­tion of a rel­a­tive sur­plus pop­u­la­tion, or indus­trial reserve army.

Marx’s theory of surplus population

The dis­cus­sion on the cre­ation of the reserve army of labor is strictly related to Marx’s analy­sis of the organic com­po­si­tion of cap­i­tal and the ten­dency of cap­i­tal­ist accu­mu­la­tion to encour­age the increase “of its con­stant, at the expense of its vari­able con­stituent.”7 In other words, the cre­ation of a pool of the unem­ployed and under-employed (or what Marx calls the three forms of the reserve army of labor: float­ing, stag­nant, and latent), is due to capital’s need to increase the mass and value of the means of pro­duc­tion (i.e., machi­nes), at the cost of the decrease of the mass and value of liv­ing labor (i.e., wages and work­ers).

In Marx’s analy­sis, (a) the increase in the mag­ni­tude of social cap­i­tal, that is, the ensem­ble of indi­vid­ual cap­i­tals; (b) the enlarge­ment of the scale of pro­duc­tion and (c) the growth of the pro­duc­tiv­ity of an increas­ing num­ber of work­ers brought about by cap­i­tal accu­mu­la­tion, cre­ates a sit­u­a­tion in which the greater “attrac­tion of labor­ers by cap­i­tal is accom­pa­nied by their greater repul­sion.”8 For Marx, these three inter­re­lated processes set the con­di­tions accord­ing to which the labor­ing pop­u­la­tion gives rise, “along with the accu­mu­la­tion of cap­i­tal pro­duced by it, [also to] the means by which it itself is made rel­a­tively super­flu­ous, is turned into a rel­a­tive sur­plus pop­u­la­tion; and it does this to an always increas­ing extent.”9 Marx describes this as a law of pop­u­la­tion, which is pecu­liar to the cap­i­tal­ist mode of pro­duc­tion just as other modes of pro­duc­tion have their own cor­re­spond­ing pop­u­la­tion laws. The para­dox of the cre­ation of the sur­plus labor­ing pop­u­la­tion under the cap­i­tal­ist mode of pro­duc­tion is that while it is “a nec­es­sary pro­duct of accu­mu­la­tion,” this sur­plus pop­u­la­tion is also the lever of such accu­mu­la­tion; namely, it is that which “forms a dis­pos­able indus­trial reserve army, that belongs to cap­i­tal quite as absolutely as if the lat­ter had bred it at its own cost.”10

Already in Marx’s time migrants occu­pied a spe­cial place within the cap­i­tal­ist repro­duc­tion of sur­plus labor­ing pop­u­la­tions, a sit­u­a­tion that enabled cap­i­tal­ists to main­tain wage dis­ci­pline and to inhibit work­ing-class sol­i­dar­ity by means of the appli­ca­tion of a divide and rule logic. In nine­teenth-cen­tury and early-twen­ti­eth-cen­tury West­ern Europe these were usu­ally rural work­ers forced to move to the cities or to neigh­bor­ing regions or nations due to land dis­pos­ses­sion and the process of indus­tri­al­iza­tion, as well as due to state poli­cies aimed at pro­vid­ing labor-power for the grow­ing urban man­u­fac­tur­ing indus­tries.11

Marx, how­ever, did not dis­cuss the spe­cial posi­tion occu­pied by work­ing class women in the pro­duc­tion of sur­plus pop­u­la­tions. In so doing, Marx was unwit­tingly exhibit­ing a well-known prej­u­dice that con­tin­ues to the present: the idea that women’s pri­mary role is that of social repro­duc­ers and not as work­ers. It was mostly in the 1970s and 1980s that Marx­ist fem­i­nists dis­cussed the role of women as that of a reserve army of labor12 At the same time, migra­tion schol­ars in those very same years – a period that coin­cided with the stop­page poli­cies to fur­ther influxes of immi­grants from South­ern Europe and the Global South – were dis­cussing the role of migrants in the cap­i­tal­ist econ­omy as that of a clas­si­cal reserve army of labor. Once the 1973 oil cri­sis kicked off, migrants,accused of “‘low­er­ing the wages of Euro­pean work­ers,” were indeed the first to lose their jobs.13

Migrant women, social reproduction and surplus population

Both the­o­ries of social repro­duc­tion and sur­plus pop­u­la­tions thus have tra­di­tion­ally been devel­oped on the basis of the three assump­tions. First, that social repro­duc­tion activ­i­ties are not com­mod­i­fied, but per­formed at home by the female mem­bers of the fam­ily house­hold. Sec­ond, that migrant work­ers com­pos­ing the ranks of the reserve army of labor are mainly male work­ers employed in the pro­duc­tive sec­tor. And lastly, mostly implic­itly and often with­out refer­ring to these the­o­ret­i­cal frame­works, both non-migrant and migrant women have been con­sid­ered as belong­ing to both the camp of those pre­dom­i­nantly in charge of social repro­duc­tion and as those fill­ing the ranks of the reserve army of labor.

Since the late 1980s what we now call neolib­er­al­ism has dras­ti­cally changed this sce­nario. To begin with, Euro­pean women have entered the paid labor force en masse. Albeit at dif­fer­ent paces and in dif­fer­ent forms in each coun­try, the major­ity of work­ing-aged women are now in some form of employ­ment out­side the house­hold.14 Fur­ther­more, the immi­grant pop­u­la­tion is no longer pre­dom­i­nantly male; on the con­trary, in some Euro­pean coun­tries women con­sti­tute the major­ity of migrants.15

As any scholar of gen­der and migra­tion well knows, these two processes are inti­mately linked together. Inso­far as many women in the Global North have less time and will­ing­ness to per­form the social repro­duc­tive tasks tra­di­tion­ally expected from them, they out­source these tasks increas­ingly to migrant women. The demand for car­ers, clean­ers, child- and elderly-min­ders, or social repro­duc­ers in gen­eral has grown so much in the last thirty years that it is now regarded as a phe­nom­e­non brought about by the global cri­sis of social repro­duc­tion as well as the main rea­son for the fem­i­niza­tion of migra­tion.

In this sce­nario, not only are non-migrant women enter­ing the pro­duc­tive sphere at a grow­ing pace, but women are “not act­ing as a buffer either in pro­tect­ing men against job loss or act­ing as a labour reserve in vol­un­tar­ily with­draw­ing from the labour mar­ket,” in Maria Karamessini and Jill Rubery’s words.16 On the other hand, migrant women are not only employed in social repro­duc­tion in a com­mod­i­fied form, but also, as I argued else­where, they can hardly be described as com­pos­ing a reserve army of labor.17 This does not occur sim­ply because they are more often employed in the ser­vice rather than man­u­fac­tur­ing or con­struc­tion sec­tor, but also because the com­plex polit­i­cal and ide­o­log­i­cal processes that usu­ally go with the cre­ation of the reserve army of labor – that is, the accu­sa­tion of migrants as jobs’ steal­ers – don’t seem to affect migrant women employed in social repro­duc­tion. No one accuses these women of steal­ing Euro­pean women’s jobs. On the con­trary, their work is what makes Euro­pean women’s par­tic­i­pa­tion in activ­i­ties out­side the house­hold pos­si­ble.

This notwith­stand­ing, social repro­duc­tion is still a preva­lently female affair. And it is also a preva­lently racial­ized affair. The sta­tus of socially repro­duc­tive work as non-proper work, non-pro­duc­tive from a cap­i­tal­ist view­point, degrad­ing and unskilled, accounts for its low pay; it is here that migrant women, as racial­ized women, enter the scene. Com­mod­i­fied social repro­duc­tion in fact not only fol­lows the rules of gen­derism and the “sex­ual con­tract” within the house­hold, which estab­lishes that women are still the sub­jects in charge of repro­duc­tion and care.18 It also fol­lows the rules of the “racial con­tract,” accord­ing to which eth­nic minori­ties and peo­ple of color are still those who per­form the least desir­able and val­ued tasks in a soci­ety.19

If one of the main objec­tives of social repro­duc­tion the­ory is to under­stand the roots of gen­der oppres­sion in the house­hold and the sex­ual divi­sion of labor that dom­i­nates the work­ing class fam­ily under cap­i­tal­ism, then the con­tem­po­rary sta­tus of social repro­duc­tion as increas­ingly com­mod­i­fied and per­formed by migrant, racial­ized women demands that we study social repro­duc­tion also in its links with racial oppres­sion. Social repro­duc­tion has become indeed more and more a key site for under­stand­ing the inter­sec­tion between gen­dered and racial oppres­sion.

On the other hand, if one of the main goals of the­o­ries of sur­plus pop­u­la­tions is to under­stand how cap­i­tal­ist accu­mu­la­tion requires the impov­er­ish­ment of a grow­ing num­ber of peo­ple and chronic unem­ploy­ment par­tic­u­larly amongst cer­tain sec­tors of the pop­u­la­tion (women, migrants), then the fact that non-migrant and migrant women can be less and less asso­ci­ated with the reserve army of labor demands that we study how the neolib­eral orga­ni­za­tion of labor also re-orga­nizes gen­der orders and racial hier­ar­chies.


1. A ver­sion of this paper was deliv­ered at the His­tor­i­cal Mate­ri­al­ism Rome Con­fer­ence, 17-19 Sep­tem­ber 2015. I am thank­ful to all par­tic­i­pants for com­ments and crit­i­cisms. In par­tic­u­lar I would like to thank Jamila Mas­cat, Sabrina Mar­che­tti, Alessan­dra Gissi, Vale­ria Ribeiro, Anna Cur­cio and Bar­bara De Benedetti. The research lead­ing to these results has received fund­ing from the Peo­ple Pro­gramme (Marie Curie Actions) of the Euro­pean Union’s Sev­enth Frame­work Pro­gramme (FP7/2007-2013) under REA grant agree­ment n° 300616. The con­tents of this doc­u­ment are the sole respon­si­bil­ity of the author, and can under no cir­cum­stances be regarded as reflect­ing the posi­tion of the Euro­pean Union. ↩

2. A par­tial excep­tion is con­sti­tuted by Sue Fer­gu­son and David McNally’s bril­liant arti­cle, “Pre­car­i­ous Migrants: Gen­der, Race and the Social Repro­duc­tion of a Global Work­ing Class,” Social­ist Reg­is­ter 51 (2015): 1-23. Though their cen­tral con­cern is not a dis­cus­sion of the­o­ries of social repro­duc­tion and sur­plus pop­u­la­tions per se, Fer­gu­son and McNally empha­size the impor­tance of think­ing these two processes in con­junc­tion. ↩

3. Eleonore Kof­man and Par­vati Raghu­ram, Gen­dered Migra­tions and Global Social Repro­duc­tion (New York: Pal­grave, 2015). ↩

4. Bar­bara Laslett and Johanna Bren­ner, “Gen­der And Social Repro­duc­tion: His­tor­i­cal Per­spec­tives,” Annual Review of Soci­ol­ogy 15 (1989): 381-404. ↩

5. Sue Fer­gu­son and David McNally, “Cap­i­tal, Labour-Power, and Gen­der-Rela­tions: Intro­duc­tion to the His­tor­i­cal Mate­ri­al­ism Edi­tion of Marx­ism and the Oppres­sion of Women,” in Lise Vogel, Marx­ism and the Oppres­sion of Women: Toward a Uni­tary The­ory (Chicago: Hay­mar­ket, 2013), xxiv. ↩

6. Vogel, Marx­ism and the Oppres­sion of Women, 145-6. ↩

7. Karl Marx, Cap­i­tal. Vol­ume I, in Marx and Engels Col­lected Works, Vol­ume 35 (Lon­don: Lawrence and Wishart, 1976), 623. ↩

8. Ibid., 625. ↩

9. Ibid. ↩

10. Ibid., 626. ↩

11. Michael Bura­woy, “The Func­tions and Repro­duc­tion of Migrant Labor: Com­par­a­tive Mate­rial from South­ern Africa and the United States,” Amer­i­can Jour­nal of Soci­ol­ogy 81 (1976): 1050-87; Ottar Brox, The Polit­i­cal Econ­omy of Rural Devel­op­ment. Mod­ern­iza­tion with­out Cen­tral­iza­tion? (Chicago: The Uni­ver­sity of Chicago Press, 2006). ↩

12. For exam­ple see Veron­ica Beechey, “Some Notes on Female Wage Labour,” Cap­i­tal and Class 1 (1977): 45-66; Floya Anthias, “Women and the Reserve Army of Labour: A Cri­tique of Veron­ica Beechey,” Cap­i­tal and Class 4 (1980): 50-63.  ↩

13. Stephen Castles and Gudula Kosack, Immi­grant Work­ers And Class Struc­ture In West­ern Europe (Oxford: Oxford Uni­ver­sity Press, 1973). ↩

14. Maria Karamessini and Jill Rubery, eds., Women and Aus­ter­ity. The Eco­nomic Cri­sis and the Future for Gen­der Equality (Lon­don: Rout­ledge, 2013). ↩

15. United Nations, State of World Pop­u­la­tions: A Pas­sage to Hope, Women and Inter­na­tional Migra­tion, 2006. ↩

16. Karamessini and Rubery, eds., Women and Aus­ter­ity. ↩

17. Sara R. Far­ris, “Femona­tion­al­ism and the ‘Reg­u­lar’ Army of Labor called Migrant Women,” His­tory of the Present 2, no. 2 (2012): 184-199. ↩

18. Car­ole Pate­man, The Sex­ual Con­tract (Stan­ford: Stan­ford Uni­ver­sity Press, 1988). ↩

19. Charles W. Mills, The Racial Con­tract (Ithaca: Cor­nell Uni­ver­sity Press, 2007). ↩


Sara R. Farris is an Assistant Professor in the Sociology department at Goldsmiths, University of London. She is International Book Review Editor for Critical Sociology, Corresponding Editor for Historical Materialism, and the author of Max Weber's Theory of Personality: Individuation, Politics, and Orientalism in the Sociology Religion.

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MessageSujet: Re: MIGRATIONS & RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALITÉS : analyses   Jeu 29 Déc - 20:45


migrations, Afrique, Méditerranée, Europe : luttes et rapports de classes

un texte qui a l'air très intéressant, si j'en crois l'introduction

RUBBER BOATS & THE PLANETARY CLASS STRUGGLE

By Richard B, Metamute, 28 October 2016

The global border regime excludes from transport those who most need to travel, with deadly consequences. While migrants resist and overcome state control of movement, the dominant sense of the 'refugee crisis' forecloses a perspective of class struggle. Richard B analyses the production and distribution of rightless non-citizens by national capitals acting internationally, to recover a sense of the challenge to capital migrants pose as a proletariat


introduction
Citation :
If 2015 will be remembered for many as a year of the great escape, 2016 ought to be chronicled conversely as one of new experiments in walls, prisons, deportations, isolation and abandonment. In the laboratories of their islands and enclaves, European powers have been fixing the breaches in their dams, their experiments covered by a haze of humanitarian rhetoric about fighting the Smuggler on the one hand, and cloaked in the dystopic fear of the Terrorist on the other. Yet while the Aegean boats have been blocked, and tens of thousands of Syrians and Afghans have been trapped in Greece, and despite the dangers, the rejections, the drownings, the imprisonments and expulsions, the number of people attempting the journey from Tripoli seems only to have increased. Death’s numbing cipher looms over all the metrics and narrations alike: over 3,000 people have drowned in the Mediterranean en route this year alone, each zero a thousand hang-man’s nooses. Many more will have died before reaching Libya, and through the forms of enslavement and captivity in a land periodically overcome by gunfire and desperation. In the face of all these dangers which have, in one way of another, been imposed upon them, 150,000 people have already made it to Italy this year – and, unless a new government in Libya can be formed and bought off, another 150,000 will arrive next year as well.


Why are some forced to make such a perilous journey to enter the continent, rather than using the safer routes utilised by the vast majority of those finding their way to European states for either short or extended periods? How has the ruling class over the past year reacted to the resistance to the border regime? And most importantly, how has the struggle of the working class shaped these transformations, and what can we, all of us, learn about the nature of freedom from the material struggles or these hundreds of thousands who are breaching the borders?


To answer these questions, a brief history of the current Mediterranean crossings is given below, and an account of the methods by which the EU and member states have attempted to retake control of the means of movement over the past year. This is necessary to appreciate, as explained in the final section, how proletarian Africans and Asians have gradually but effectively broken the asylum system designed to manage them.


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MessageSujet: Re: MIGRATIONS & RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALITÉS : analyses   Mar 25 Juil - 22:00


Structure sociale de la population, chap. L’esclavage moderne

Citation :
Lorsque l’on examine la structure sociale de la population de l’Occident, il est impossible d’ignorer les millions d’ouvriers immigrés sans lesquels la société occidentale moderne est impensable. p. 112

L’aspiration des millions d’immigrés à se fondre de leur plein gré dans la société occidentale n’influence guère leur statut au sein de cette dernière. Ils forment une couche sociale stable comparable aux esclaves de l’empire romain.[…] Proportionnellement à la population, les esclaves de l’empire romain étaient moins nombreux que nos travailleurs immigrés. Pourtant, la société romaine était classée comme esclavagiste alors que l’on appelle démocratique l’occidentale. p. 112-113

L’existence de la couche des travailleurs immigrés a déjà engendré, en Occident, des problèmes qui comptent parmi les plus importants et difficiles de notre époque.[…] Quelle que soit la manière dont on les qualifie, ces graves conflits sont devenus, et pour longtemps, une donnée permanente de la vie à l’Ouest. La permanence de cette couche sociale et son maintien dans cet état semi-servile est objectivement indispensable à l’existence d’une société dont les contradictions sont exacerbées par le discours sur les libertés civiles, les droits de l’homme et l’égalité des chances. Dans une certaine mesure, c’est une aubaine pour l’Occident que ces problèmes soient perçus comme raciaux : cela permet d’occulter leur essence sociale et leur caractère organique. Dans le cas contraire, ils seraient apparus depuis longtemps pour ce qu’ils sont en réalité : les escarmouches d’un conflit de classes. p. 114

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