PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 l’écosocialisme entre théories révolutionnaires et alternative capitalisme verte

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MessageSujet: l’écosocialisme entre théories révolutionnaires et alternative capitalisme verte   Sam 2 Mai - 18:26

Au-delà de « l’écosocialisme » : une théorie des crises dans l’écologie-monde capitaliste[/url] Jason W. Moore 2011 revue Période mars 2015

vue la longueur je ne donne que des extraits. Sans commentaire à ce stade


Jason W. Moore 2011 a écrit:

Au-delà de « l’écosocialisme » : une théorie des crises dans l’écologie-monde capitaliste Jason W. Moore

Wall Street produit et organise la nature. Si la théorie sociale cherche aujourd’hui à s’amender en tenant compte des enjeux environnementaux, elle dépasse rarement le dualisme typiquement moderne de la Nature et de la Société. Dialoguant avec les théoriciens de l’écosocialisme d’une part et des penseurs critiques tels que Harvey et Arrighi d’autre part, Jason W. Moore formule ici l’hypothèse que le capitalisme n’est pas seulement une économie-monde mais également une écologie-monde.

La théorie de la rupture métabolique est une des perspectives les plus dynamiques dans les études critiques de l’environnement aujourd’hui. Quels en sont les thèses centrales ? Comment pouvons-nous élaborer une théorie de la crise et du développement qui verrait dans l’accumulation du capital, la poursuite du pouvoir et la production de la nature des moments différentiés au sein de la singularité du capitalisme historique ? Ma réponse se déploie à travers deux arguments liés. Premièrement, la théorie de la rupture métabolique – surtout « l’école de l’Orégon » représentée par John Bellamy Foster, Brett Clark et Richard York – se base sur un paradigme cartésien qui range les crises biophysiques dans un tiroir, et l’accumulation du capital dans un autre1. Dans cette perspective, la dégradation environnementale est une conséquence du développement capitaliste, un résultat du système. Elle n’est pas constitutive du capitalisme en tant que système historique. La nature et la société sont pensées de manière binaire ; le rapport dialectique est réduit à l’examen de la manière dont « ces positions [la « nature » et la « société »] interagissent et se transforment mutuellement2 ». Cette insistance sur l’interaction des positions confond les résultats de la dialectique des natures humaine et extra-humaine avec la dialectique elle-même. Cette dialectique, que j’appelle l’oikeios, provoque les abstractions singulières de la « nature » et la « société » dans leurs formes spécifiquement capitalistes.

[...]

La théorie de la rupture métabolique est reconnue comme l’une des idées les plus puissantes de l’écologie politique critique. L’argument que la logique éco-géographique du capitalisme est immanente à l’avènement, au développement et au déclin en cours du système est une contribution remarquable au monde académique. Comment pouvons-nous déployer les implications de la théorie de la rupture métabolique ? J’ai mis en avant deux points majeurs : (1) que la perspective du capitalisme comme écologie-monde, unifiant la production de la nature et l’accumulation du capital, offre une nouvelle « manière de voir » la rupture métabolique ; et (2) qu’une lecture fondée historiquement de la théorie de la valeur de Marx offre une proposition méthodologique puissante pour construire des totalités socio-écologiques. Considérés dans leur ensemble, ils offrent une alternative à la greffe cartésienne des processus « naturels » et « sociaux » et à l’aliénation correspondante de « l’économique » et de « l’environnemental » dans l’histoire du capitalisme. Une telle reformulation fournit un point de départ nécessaire – mais loin d’être définitif – pour repenser les contradictions du capitalisme à l’aune d’une théorie socio-écologique et pour imaginer et favoriser le dépassement du capitalisme. Elle permet d’imaginer de nouveaux projets émancipateurs pour l’écologie-monde.

Traduit de l’anglais par Benjamin Bürbaumer.

Ce texte a initialement paru dans The Journal of Peasant Studies, 38: 1, 1 — 46, 2011.

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MessageSujet: l’écosocialisme révolutionnaire : une utopie capitaliste alternative   Ven 22 Mai - 13:04

Voici un texte parfait comme représentant l'alternative capitaliste au capitalisme. Tout y est merveilleusement exposé, et rien de manifestement révolutionnaire au point d'être communisation-compatible. Malheureusement, c'est assez souvent ce qui s'exprime de plus "radical" chez les écolos. "Anti-k" est d'ailleurs une tendance, ou du moins un site npa-lcr

Les chantiers de l’écosocialisme révolutionnaire Daniel Tanuro Anti-k, l'économie anti-capitaliste (sic) 23 avril 2015

Daniel Tanuro a écrit:

Le concept d’écosocialisme est basé sur un double constat paradoxal : la solution de la « crise écologique » due au mode de production capitaliste nécessite une réponse de type socialiste, d’une part, et le bilan environnemental du « socialisme réellement existant » est catastrophique, d’autre part.  Je vais développer brièvement ces deux éléments et présenter ensuite quelques chantiers de l’aggiornamento écosocialiste tel qu’il est conçu au sein du « Réseau écosocialiste international ». J’espère ainsi montrer que l’écosocialisme est autre chose qu’une nouvelle étiquette sur une vieille bouteille : une alternative nécessaire adaptée aux défis de notre temps.(*)

Pour les écosocialistes, ce qu’on appelle « crise écologique » n’est pas une crise de l’écologie. Ce n’est pas la nature qui est en crise mais la société, et cette crise de la société entraîne une crise des relations entre l’humanité et le reste de la nature. Selon nous, cette crise n’est pas due à l’espèce humaine en tant que telle. Elle n’est pas due en particulier au fait que notre espèce produit socialement son existence par le travail, ce qui lui permet de se développer et donne de la substance à la notion de progrès. Elle est due au mode capitaliste de développement, au mode capitaliste de production (qui inclut un mode capitaliste de consommation) et à l’idéologie du « toujours plus » productiviste et consumériste qui en découle.

Capitalisme = productivisme


Le capitalisme ne produit pas des valeurs d’usage pour la satisfaction des besoins humains mais des valeurs d’échange pour la maximisation du profit. Ce profit est accaparé par une fraction minoritaire de la population : les propriétaires des moyens de production. Ils exploitent la force de travail de la majorité sociale en échange d’un salaire, inférieur à la valeur du travail fourni.

Ces propriétaires des moyens de production se livrent une guerre de concurrence sans merci qui contraint chacun d’eux à chercher en permanence le moyen d’augmenter la productivité du travail en recourant à des machines de plus en plus perfectionnées. Le « productivisme » (produire pour produire, qui implique de consommer pour consommer) est donc une caractéristique congénitale du capitalisme. Le capitalisme implique l’accumulation. L’économiste bourgeois Joseph Schumpeter l’a dit très simplement : « Un capitalisme sans croissance est une contradiction dans les termes »

Le capitalisme est un système d’exploitation très performant. Il améliore continuellement la productivité du travail et l’efficience dans l’utilisation des (autres) ressources naturelles. Mais cette amélioration est évidemment au service de l’accumulation : les économies relatives en force de travail et en matières sont plus que compensées par l’augmentation absolue du volume de la production de sorte que, au final, il y a augmentation des ressources consommées dans le process. C’est pourquoi, inévitablement, l’accumulation capitaliste entraîne simultanément l’exploitation accrue du travail humain et le le pillage accru des ressources naturelles.

Quelles sont les limites de la tendance capitaliste à la croissance ? A cette question, Marx a répondu que « La seule limite du capital, c’est le capital lui-même ». La formule est basée sur la définition du capital, non pas comme une chose (une masse d’argent), mais comme un rapport social : le rapport d’exploitation par lequel une masse d’argent se transforme en plus d’argent grâce à l’extorsion d’une plus-value correspondant au travail non payé. Ce rapport d’exploitation nécessite évidemment un input sous formes de ressources (1). Dire que « la seule limite du capital est le capital lui-même » signifie donc tout simplement ceci : tant qu’il y a de la force de travail à exploiter et des ressources naturelles à prélever, le capital peut continuer à s’accumuler en appauvrissant, en détruisant ce que Marx appelait  « les deux seules sources de toute richesse : la Terre et le travailleur ».

D’une manière générale, la seule alternative concevable au capitalisme est un système qui ne produit pas des valeurs d’échange pour la maximisation du profit des capitalistes mais des valeurs d’usage pour la satisfaction des besoins humains réels (c’est-à-dire non corrompus par la marchandisation), démocratiquement déterminés. Un système dans lequel la collaboration remplace la concurrence, la solidarité remplace l’individualisme et l’émancipation élimine l’aliénation. Or, un tel système – plus qu’un système : une nouvelle civilisation- correspond à la définition théorique d’une société socialiste. Je le répète : en termes généraux, il n’y a pas d’autre alternative concevable.

Productivisme capitaliste et productivisme bureaucratique

En même temps, cette conclusion se heurte à la dure réalité des faits historiques : en effet, il est indiscutable que le bilan du socialisme qui a « réellement existé » au 20e siècle est un repoussoir, non seulement du point de vue de l’émancipation humaine, mais aussi du point de vue de l’établissement de relations aussi harmonieuses que possible entre l’humanité et son environnement naturel.

Inutile ici de détailler ce point : tout le monde a entendu parler de l’assèchement de la mer d’Aral et de la catastrophe de Tchernobyl. Puisque cette rencontre est consacrée à la lutte contre le changement climatique, j’ajouterai que l’ex-RDA et l’ex-Tchécoslovaquie détenaient le triste record mondial de la quantité de gaz à effet de serre émis par habitant-e : leurs « performances » en la matière étaient même supérieures à celles des plus grands pollueurs du monde capitaliste « développé », les Etats-Unis et l’Australie.

Ce bilan environnemental négatif du « socialisme réel » est dû principalement à la contre-révolution bureaucratique qui a triomphé dans les années ’20 sous la houlette de Staline. Le productivisme à l’Est résultait en effet d’un système de primes qui étaient offertes aux managers des entreprises nationalisées pour les inciter à dépasser les objectifs du plan. Par appât du gain, ces managers utilisaient et gaspillaient le maximum de matière et d’énergie par unité produite… Ils n’avaient pas à se soucier des conséquences pour la qualité de la production, puisque les consommateurs n’avaient ni liberté de choix, ni liberté de critique, ni possibilité de contester les effets sociaux et environnementaux d’une production qui n’était soumise à aucun « contrôle ouvrier ».

Du point de vue des dégâts écologiques, il n’y a pas de différences entre le productivisme capitaliste et celui de l’ex-Bloc de l’Est. Mais le productivisme capitaliste résulte de mécanismes très différents : contrairement au directeur d’une usine nationalisée en URSS, le patron d’une entreprise capitaliste optimise sans cesse la quantité de ressources utilisées par unité produite, afin de maximiser le nombre d’unités, et considère la réaction du marché comme un verdict sur la qualité de ses produits.

En fait, le productivisme du capital est rationnel du point de vue du capitalisme et inhérent aux rapports sociaux qui le caractérisent. A l’opposé, le productivisme bureaucratique apparaît comme une pure création irrationnelle de la superstructure politique : dans une économie censée satisfaire les besoins, la rationalité commanderait que la production soit guidée par la démocratie des producteurs/consommateurs ; c’est parce que cette démocratie est incompatible avec le parasitisme bureaucratique que le système, pour fonctionner vaille que vaille, donne des stimulants matériels aux parasites.

Cette comparaison débouche sur une conclusion importante : le productivisme capitaliste est endogène au mode de production, tandis que le productivisme soviétique était exogène. De cela découle que le bilan environnemental désastreux de l’URSS n’apporte pas la preuve irréfutable que le socialisme est par définition et inévitablement aussi écocidaire que le capitalisme.

Staline n’explique pas tout

Cependant, le stalinisme et l’existence d’une caste bureaucratique privilégiée ne suffisent pas à expliquer ce bilan désastreux. Pour indiquer le problème, je me contenterai d’une citation du plus fameux adversaire de Staline: Léon Trotsky. De tous les théoriciens marxistes, Trotsky est sans doute celui qui a le mieux compris le phénomène bureaucratique, mais il n’avait guère conscience des limites environnementales au développement humain, c’est le moins qu’on puisse dire.

Dans un discours célèbre, l’auteur de « La Révolution trahie » a dit de « l’homme socialiste » qu’il « déplacera les montagnes, enfermera les mers et détournera les fleuves ». Je ne veux pas exagérer la portée de cette citation, ni surtout son influence sur le cours des évènements. Je la rapporte seulement comme illustration du fait que beaucoup de marxistes portaient un regard beaucoup moins prudent et réaliste que Marx sur le développement des « forces productives libérées des entraves capitalistes » et ce qu’il permettrait de réaliser. (2)

En effet, loin de fantasmer sur les pouvoirs fabuleux du surhomme socialiste, Marx considérait plus modestement que « la seule liberté possible (par rapport aux lois de la nature) est que l’homme social, les producteurs associés, règlent rationnellement leur échange de matière avec la nature ».

A la lumière de cette citation de Trotsky, il paraît évident que l’analyse du bilan environnemental du « socialisme réel » doit aller au-delà de la compréhension du productivisme bureaucratique. Il faut aller plus en profondeur dans la critique, examiner des conceptions théoriques et idéologiques qui ont marqué le socialisme à des degrés divers.

Dans cet esprit, le courant  écosocialiste auquel j’appartiens, qui se reconnaît dans le Manifeste écosocialiste rédigé par Michaël Löwy et Joel Kovel,  a identifié un certain nombre de ces conceptions qui méritent débat et révision. Je vais les citer et les commenter brièvement.

Sciences, technologies et progrès

Une première question est celle du rapport à « la Science », ou plutôt aux sciences – sans majuscule. La plupart des penseurs socialistes, à commencer par Marx et Engels, ont été assez fortement influencés par le scientisme. Or, l’idée mécaniste que les sciences finiront par tout pouvoir expliquer dans le moindre détail est manifestement erronée, puisque le monde est en évolution constante. De surcroît, la vitesse de cette évolution augmente au fur et à mesure qu’on s’intéresse à des objets de plus en plus petits, de sorte que, plus les sciences progressent, plus elles sont confrontées à de nouveaux phénomènes posant de nouvelles énigmes.

Rompre avec le scientisme est un enjeu important pour les écosocialistes. Il s’agit d’en finir avec le projet de la domination humaine sur la nature, qui implique que la nature soit considérée comme une machine et que l’être humain ne soit appréhendé que comme un machiniste. Ce projet illusoire, instrumentaliste et réducteur va à l’encontre du principe de précaution, de la modestie et de la prudence qui s’imposent aujourd’hui si l’on veut rééquilibrer les échanges entre l’humanité et le reste de la nature.

Une seconde question, liée à la première, est celle de la technologie, c’est-à-dire des sciences appliquées à la production. Sont-elles neutres ou ont-elles un caractère de classe ? Bien qu’il insiste sur le caractère « historiquement déterminé » de tous les aspects du développement humain, Marx n’a pas tranché ce point précis. La plupart des socialistes après lui ont considéré la technologie comme neutre. Les écosocialistes pensent qu’elle ne l’est pas.

La fin ne justifie pas les moyens : certains moyens sont contraires à la fin. Cela vaut aussi pour les moyens de production, donc pour les technologies. L’énergie nucléaire, par exemple, est contraire à l’objectif explicité par Marx d’une société où les producteur-trice-s visent à faire bonifier le patrimoine commun de la nature pour le transmettre à leurs descendant-e-s en « boni patres familias ». Il en va de même de la combustion des combustibles fossiles, de la culture en plein champ des Organismes Génétiquement Modifiés et des grands projets de géoingénierie, par exemple.

Rupture avec le scientisme et critique des technologies soulèvent immédiatement la question  de l’attitude face au développement et au progrès. Marx n’avait pas à ce sujet une vision linéaire, mais la plupart des marxistes bien. Qu’en est-il des écosocialistes ? Ils refusent l’idée avancée par certains partisans de la décroissance pour qui il faut « sortir du développement » car le progrès est négatif en soi, mais ils refusent tout autant l’idée que tout progrès et tout développement seraient positifs en soi. Cohérents avec leur regard critique sur les technologies, ils approfondissent la thèse de Marx selon laquelle le capitalisme développe de plus en plus des « forces destructives », plutôt que productives.

Les pays développés, globalement, n’ont plus besoin d’un développement quantitatif mais d’un partage des richesses nécessaire à un développement qualitatif. Dans ce cadre, les écosocialistes  accordent une grande importance à la cosmogonie des peuples indigènes et au savoir-faire des communautés paysannes. Ils y voient des sources d’inspiration pour un progrès digne de ce nom. Un progrès qui met en question l’idéologie capitaliste productiviste. Un progrès basé sur la compréhension du fait que la vraie richesse jaillit du temps libre, des relations humaines et d’une relation harmonieuse avec l’environnement, pas de l’accumulation compulsive de biens de consommation qui ne servent souvent qu’à compenser la misère de l’existence.

Centralisation et décentralisation

Une quatrième question en débat est celle de l’articulation entre centralisation et décentralisation. Du fait de l’expérience historique de l’URSS, le socialisme est fortement lié à l’idée d’un plan très centralisé. Je ne nie pas qu’un tel plan ait été nécessaire dans les années ’20, car le pouvoir révolutionnaire ne pouvait se maintenir que si la très petite classe ouvrière industrielle était à même  de fournir à la majorité paysanne les machines nécessaires pour améliorer la vie des communautés rurales et éliminer les famines si fréquentes dans l’histoire russe. Mais le trait d’égalité posé entre socialisme et centralisation doit être questionné.

Il va de soi qu’un gouvernement désireux de mener une politique anticapitaliste doit nécessairement briser le pouvoir économique de la classe dominante, ce qui n’est possible que par l’expropriation de la finance et des grands moyens de production ainsi que de distribution. Il va de soi également que ces secteurs socialisés doivent ensuite être remis en route pour satisfaire les besoins, ce qui nécessite une planification centralisée. Mais il faut souligner en même temps que démocratie et autogestion ne peuvent exister pleinement sans enracinement à la base, localement. Centralisation et décentralisation doivent donc s’articuler.

Cette articulation n’est pas absente de la pensée de Marx : au contraire, il voyait dans la Commune de Paris « la forme politique enfin trouvée de l’émancipation du travail », et cette expérience l’amenait à penser que la « dictature du prolétariat » se concrétiserait sous la forme d’une fédération de communes. Les marxistes ultérieurs ont largement perdu le fil de cette pensée. Les écosocialistes la remettent à l’honneur et essaient de la renouveler, en liaison avec le projet d’un « socialisme du 21e siècle ».

Le défi climatique rend cette réflexion incontournable: pour avoir une chance de mener en deux générations la transition énergétique vers un système 100% renouvelables, il faut sans aucun doute socialiser le secteur de l’énergie. Sans cela, les capitalistes tenteront d’imposer le plus longtemps possible l’utilisation des gigantesques stocks de combustibles fossiles qui leur appartiennent (3). Mais le recours aux renouvelables nécessite l’interconnexion de réseaux énergétiques décentralisés. Leur gestion démocratique par les communautés et dans l’intérêt collectif des habitant-e-s est une possibilité réelle dont les écosocialistes doivent se saisir en posant des revendications locales concrètes de contrôle et de participation, plutôt que de se cramponner au modèle obsolète de la grande entreprise nationalisée.

Ecosocialisme et écoféminisme

Une cinquième question sur laquelle travaillent les écosocialistes est celle du rôle spécifique des femmes dans la lutte pour des relations soutenables entre l’humanité et la nature.  Pour les féministes de notre courant, ce rôle ne vient pas du fait que les femmes seraient «par essence » plus proches et plus respectueuses de la nature, comme le pensent certaines théoriciennes de l’écoféminisme.

Selon nous, il n’y a pas davantage d’essence féminine écologiste que d’essence féminine pacifiste, par exemple. Le rôle spécifique des femmes leur est attribué par la division capitaliste du travail au sein de la société et de la famille bourgeoise. Une des manifestations de leur oppression est en effet  qu’elles assument la plus grande partie du travail de soin, le plus souvent sous forme de prestations gratuites qui ne sont pas reconnues socialement comme travail. De plus, les femmes assurent globalement 80% de la production vivrière mondiale.

Les femmes savent  ce qu’implique « prendre soin du vivant ». Leur savoir en la matière leur donne un rôle de premier plan dans la transition, parce que l’humanité est précisément confrontée à la nécessité de « prendre soin » (du reste) de la nature et qu’une grande partie de la population – en particulier dans le monde développé et urbanisé- ne sait tout bonnement pas comment s’y prendre. Mais ce rôle des femmes ne peut être pleinement valorisé dans l’intérêt de tous que si leur oppression est reconnue et combattue. Cela passe par la lutte autonome des femmes pour l’égalité des droits dans la société en général, l’application du principe « à travail égal salaire égal » sur le marché de la main-d’œuvre et le partage des tâches domestiques. En ce sens-là, les écosocialistes soutiennent le combat écoféministe.

La question du sujet

La prise en compte du rôle spécifique des femmes soulève une autre question que je souhaite aborder avant d’esquisser une conclusion. A bien des égards, il s’agit même d’une question décisive pour l’écosocialisme : celle du « sujet » de la transformation sociale.

Classiquement, les théoriciens du socialisme considèrent que la classe ouvrière – c’est-à-dire non seulement les ouvriers d’usine mais toutes celles et ceux qui sont obligé-e-s de vendre leur force de travail contre un salaire- est LE sujet qui entraîne à sa suite la petite bourgeoisie et toutes les couches opprimées.  Ce rôle central en tant comme classe révolutionnaire découle de sa place dans le mode de production : en effet, en tant que classe la plus exploitée, la classe ouvrière n’a d’autre perspective historique possible que la gestion collective des moyens de production pour satisfaire les besoins sociaux démocratiquement déterminés.

Cette analyse traditionnelle a ensuite engendré l’idée que la classe ouvrière joue en tout temps et en tout lieu un rôle d’avant-garde, fût-ce à son insu, « objectivement ». Or, la lutte pour le climat laisse à voir une réalité toute différente : en première ligne se trouvent les paysans, les paysans sans terre, les peuples indigènes et les communautés en lutte contre les projets miniers, forestiers ou d’infrastructure qui détruisent leur environnement.

Le fait que des couches sociales distinctes de la classe ouvrière au sens strict jouent un rôle d’avant-garde n’est pas sans précédent. La jeunesse, par exemple, a souvent servi de détonateur par des luttes qui, en révélant une situation sociale ou politique insupportable, amenaient la classe ouvrière à sortir d’une relative passivité. Le Mai 68 français, où la répression de la « nuit des barricades » au Quartier latin a déclenché une grève générale de dix millions de grévistes, est un exemple classique de cette interaction entre couches et classes sociales. Il y en a beaucoup d’autres.

Cependant, ce à quoi nous sommes confrontés actuellement sur le front environnemental est différent et l’image du détonateur ne permet pas de l’appréhender. Un détonateur remplit une fonction temporaire : provoquer l’explosion. Or, face au changement climatique, nous observons depuis de longues années des luttes persistantes des paysans, des peuples indigènes et des communautés, et ces luttes, jusqu’à présent, ne font rien exploser du tout dans la classe ouvrière. Le problème est donc plus profond. Il ne s’agit pas simplement d’une « discordance des temps », d’un décalage entre les rythmes de conscientisation de différentes couches et classes sociales.

L’explication est en fait relativement simple. Quand les paysans luttent contre l’agrobusiness, quand les peuples indigènes luttent contre l’appropriation des forêts comme puits de carbone ou comme source de biomasse, quand les communautés luttent contre des projets extractivistes qui détruisent le cadre de vie et les ressources,… ces combats pour les revendications immédiates en faveur des conditions d’existence des groupes concernés coïncident directement avec ce qui doit être fait pour sauver le climat.

La situation de la classe ouvrière est fort différente. En effet, surtout dans le contexte actuel, où la classe ouvrière est affaiblie, désorientée idéologiquement et poussée sur la défensive, les revendications les plus immédiates qu’elle pose spontanément pour défendre ses conditions d’existence ne coïncident pas avec ce qui doit être fait pour sauver le climat, mais plutôt avec ce qui le déstabilise. Pour créer ou sauver des emplois, par exemple, une majorité de travailleur-euse-s espère l’extension de la production, une relance économique du capitalisme, de nouvelles entreprises. C’est clairement une illusion de croire que cela résorberait le chômage, n’empêche que cette illusion s’impose à première vue comme la réponse la plus logique et la plus facile à mettre en œuvre. Dans certains secteurs polluants menacés, comme les houillères de Pologne, les syndicalistes vont même jusqu’à mettre en doute la réalité du changement climatique, parce qu’ils y voient une menace pour leur emploi.

La lutte contre le chômage, enjeu central

Comment faire face à ce problème ? Les écosocialistes tentent de répondre en proposant des revendications qui répondent à la fois aux besoins sociaux du monde du travail et aux besoins écologiques (notamment la réduction drastique et rapide des émissions de gaz à effet de serre qui est indispensable pour stabiliser le système climatique). En simplifiant, nous nous démarquons donc à la fois des écologistes qui pensent que les impacts sociaux des mesures environnementales à prendre sont un problème secondaire et des syndicalistes qui estiment que la priorité est sociale, que l’environnement est un problème de riche, dont on s’occupera plus tard. Ces deux stratégies nous semblent condamnées d’avance.

La lutte contre le chômage est la principale angoisse du monde du travail (et elle conditionne le niveau des salaires, l’organisation du travail, la défense des systèmes de protection sociale…). Les écosocialistes mettent en avant une réponse générale qui s’articule sur trois niveaux :
◾L’extension de l’emploi public non-délocalisable (notamment par des plans publics de rénovation énergétique des bâtiments, de transformation du système énergétique et de remplacement du tout-automobile par des sociétés publiques de transport en commun), en insistant sur la décentralisation et sur le contrôle démocratique par les usagers et les travailleur-euse-s ;
◾La reconversion collective, sous contrôle ouvrier, des travailleurs et travailleuses des industries inutiles ou nuisibles (en premier lieu l’industrie de l’armement et l’industrie nucléaire, mais aussi l’automobile, la pétrochimie, etc.) vers d’autres secteurs d’activité ;
◾La réduction radicale du temps de travail, sans perte de salaire, avec embauche compensatoire et réduction des rythmes de travail, afin de travailler tous, de vivre mieux et de gaspiller moins.

Cette dernière revendication nous semble  d’une importance stratégique majeure. En effet, comme Marx l’avait noté, il s’agit à la fois de la demande sociale par excellence et du moyen par excellence avec lequel « l’homme social, les producteurs associés » peuvent « régler rationnellement leurs échanges de matière avec la nature » en agissant « de la manière la plus conforme à la nature humaine ».

Face au chômage, seul un programme de ce genre est capable de répondre au double défi social et environnemental, climatique en particulier. Sa mise en œuvre nécessite une orientation anticapitaliste et appelle d’autres revendications que je ne détaillerai pas ici : l’expropriation des secteurs de l’énergie et de la finance -une condition sine qua non de la transition – d’une part, et une politique de long terme en faveur du développement de l’emploi rural local – dans l’agriculture organique et l’entretien des écosystèmes – d’autre part.

Ce programme ne peut gagner en influence dans le mouvement ouvrier que s’il s’articule sur le combat de la gauche combative contre les appareils dominés par le social-libéralisme ou par d’autres courants bureaucratiques. En effet, la perspective des appareils consiste généralement à accompagner la transition énergétique telle qu’elle est conçue par le capitalisme (une transition qui ne répond absolument pas à l’objectif de la soutenabilité, car elle est trop lente et recourt massivement au nucléaire, aux agrocarburants et à la capture-séquestration du carbone) en demandant seulement que cette transition soit « juste » (4). C’est pourquoi les écosocialistes incitent les mouvements paysans, les peuples indigènes et les communautés à nouer des liens et à chercher des convergences avec la gauche au sein des syndicats.

Sortir des généralités pour avancer un programme de propositions concrètes bien argumentées pour la transition énergétique et sociale, par exemple au niveau européen, constitue à mon sens le plus grand défi que les écosocialistes doivent tâcher de relever. La tâche est d’autant plus ardue qu’il ne suffit pas de remplacer les fossiles par les renouvelables : vu le retard pris depuis 30 ans par les gouvernements, les émissions de gaz à effet de serre doivent être réduites si fortement et si vite que cela ne peut plus être fait sans diminuer la production matérielle et des transports (5). Chacun comprendra que cette contrainte complique encore la réponse écosocialiste au défi de l’emploi.

L’écosocialisme, un concept ouvert

L’écosocialisme peut se résumer comme une volonté de faire converger les luttes sociales et environnementales à partir de la compréhension que l’austérité et la destruction écologique sont les deux faces d’une même médaille : le capitalisme productiviste. Défini de la sorte, il s’agit d’un concept ouvert, susceptible de déclinaisons stratégiques et programmatiques différentes. De fait, il y a aujourd’hui plusieurs variétés d’écosocialismes. La variété que je vous ai présentée pourrait être définie comme marxiste, révolutionnaire, féministe  et internationaliste. Il y en a d’autres et nous ne prétendons pas au monopole, seulement au débat le plus large.

(*) Ce texte est basé sur une communication dans le cadre du week-end de mobilisation sur le climat organisé du 10 au 12 avril à Cologne par la Rosa Luxemburg Stiftung en collaboration avec une série d’associations écologistes allemandes (voir le site de la conférence : http://kampfumsklima.org/). Je l’ai étoffé en tenant compte du débat sur « Ecosocialisme, Décroissance et Justice climatique», auquel j’étais invité à contribuer. Animé par Tadzio Müller (le responsable « énergie et mouvements pour le climat » de la RLS), ce débat réunissait en outre Joanna Carbello (du réseau carbontradewatch, Bruxelles), Christopher Laumanns (de l’ONG Konzeptwerk Neue Ökonomie, militant du mouvement « Postwachstum », la variante de la mouvance des décroissants dans les pays de langue allemande) et un public nombreux. Je remercie toutes  et tous pour leurs remarques stimulantes.

(1) La nature met celles-ci gratuitement à disposition du capitaliste, ce qui explique l’appétit du capital pour l’exploitation des mines, des forêts naturelles ou des réserves halieutiques – surtout en période de récession où ce qu’on appelle « extractivisme » attire les capitaux en quête de surprofit.

(2) L’ironie  de l’histoire est que celui qui a tenté en partie d’appliquer la vision de Trotsky fut… Staline, quand il caressa le projet d’inverser le cours des fleuves sibériens du Nord vers le Sud pour irriguer l’Asie centrale…

(3) Rappelons que, pour avoir 60% de chance de ne pas dépasser 2°C de hausse de la température par rapport à l’ère préindustrielle, il faut que deux tiers à quatre cinquièmes des réserves fossiles prouvées ne sont jamais exploitées.

(4) Un exemple très net de cette stratégie d’accompagnement est le choix de la plupart des organisations syndicales françaises de ne pas contester la filière nucléaire.

(5) Les scénarios de transition vers un système 100% renouvelables qui se prétendent compatibles avec le maintien d’une croissance de 2 à 3% par an ne tiennent pas compte de l’énergie fossile nécessaire à la production des convertisseurs renouvelables et aux travaux d’amélioration de l’efficience énergétique des bâtiments, et des émissions qui en découlent.
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MessageSujet: Environnement et capitalisme   Sam 23 Mai - 9:26

Environnement et capitalisme Robert Bibeau, Les7du Québec

Robert Bibeau a écrit:
M. Bruno Massé pose le dilemme fondamental qui confronte la petite bourgeoisie environnementaliste depuis la nuit des temps – Peut-on sauver la planète – écologiquement parlant – et ses habitants (dont se préoccupe peu les éco-socialistes) organisés en classes sociales antagonistes – en demeurant sous la dictature du capital en crise systémique anarchique mondiale ? Ou alors, dit-il ne faut-il pas remettre en cause ce mode de production moribond – et aller jusqu’à voter en faveur de la révolution du crayon (la croix et la bannière sur le bulletin de vote de Québec Solitaire avec Manon, Amir et la Porte parole révolutionnaire (sic) devançant la parade sur le Plateau Mont-Royal ? Le propre de la petite bourgeoisie fut toujours de vouloir le beurre, l’argent du beurre, sans le cholestérol.  Pour ce qui est de son allégation à propos de : « la chute du Mur de Berlin en 1989 a consacré la victoire du capitalisme à l’échelle du globe » (…) il repassera le pauvre homme – le socialisme et encore moins le communisme ne se sont jamais logés d’un côté ou de l’autre du MUR DE BERLIN.

Environnement et (anti)capitalisme : histoire d’un malaise. Robert Massé, Presse toi à gauche 19 mai 2005
Bruno Massé a écrit:
Il y a un débat qui revient de façon pérenne dans le mouvement environnemental : est-ce qu’on est pour ou contre le système capitaliste ? Plus précisément : est-ce vraiment possible qu’une société réellement verte et durable puisse émerger dans un système économique comme celui-ci ?

Pour certains, cela va de soi. Le capitalisme est un système qui encourage un rapport parasitaire (colonialiste) avec le territoire et entretient les privilèges de quelques uns au grand détriment de la majorité. Pas de réelle protection environnementale possible sans transformation sociale.

Pour les autres : les affaires vont bien. Pas de salut pour la planète à moins que les environnementalistes ne mettent de l’eau dans leur vin et s’allient avec les multinationales, la droite néolibérale, le patronat, les lobbies industriels forestiers, miniers et pétroliers. Chaque petite « victoire » doit bien compter pour quelque chose. Puis acheter, c’est voter, alors ça va, on se calme.

C’est un débat qui crée des malaises, qui divise. On préfère toujours pelleter vers l’avant. Mais vous savez quoi ? Je vais mettre le doigt sur le bobo !

Le seul jeu en ville

Récemment, le premier ministre Philippe Couillard a prétendu que les gens qui s’opposent au budget d’austérité du gouvernement libéral peuvent aussi croire que la Terre est plate et qu’elle tourne autour du Soleil.

Cette assertion illustre à merveille le stade actuel du capitalisme : il n’a plus besoin de se justifier.

Alors que le 20e siècle a été marqué par des luttes entre les idées et les systèmes politiques, la chute du Mur de Berlin en 1989 a consacré la victoire du capitalisme à l’échelle du globe. L’époque où les défenseurs du capitalisme allaient sur la place publique clamer les vertus du libéralisme économique est révolue. Avec le temps, on finit par cesser de prétendre que le choix se pose, on n’a plus besoin de convaincre qui ce soit : c’est le seul jeu en ville.

C’est aussi à partir des années 1980 que le modèle de l’État-providence a commencé à se désintégrer et que les politiques d’austérité, mais aussi les inégalités sociales dans les pays industrialisés, ont commencé à croître.

Selon plusieurs chercheurs, l’idéologie du capitalisme est devenue une hyperidéologie, au sens où elle a transcendé le caractère subjectif d’une idéologie pour devenir totale. En dominant toutes les sphères sociales, économiques, culturelles et même psychologiques, elle ne se distingue plus elle-même et peut, en toute sincérité, se fondre dans le décor et se prétendre neutre, rationnelle et naturelle, alors qu’elle n’a rien de neutre, rationnel ou naturel.

Ce qui fait qu’il est extrêmement rare de trouver sur la place publique, dans les médias, ou même dans les universités, des débats sur le capitalisme avec des personnes qui y sont en faveur et des personnes qui sont contre.

Très rare… sauf dans le champ des luttes environnementales.

Écologie de gauche, de droite et beurk

« Pourquoi est-ce que l’écologie serait seulement une affaire de la gauche ? » est la question que deux blogueurs (http://www.contact.ulaval.ca/article_blogue/lechec-des-environnementalistes/) posaient récemment, dont l’un en réponse à votre hôte.

Ces blogueurs, qui ne semblent pas avoir réfléchi sérieusement à la question, semblent suggérer que l’écologie ne devrait pas être si politisée, que le fait d’y associer des valeurs sociales comme l’entraide et la solidarité est antithétique et juste pas winner pantoute. Au mieux, les auteurs consentent pleinement au capitalisme comme hyperidéologie et ne comprennent pas pour quelle raison quiconque aurait envie de penser « en dehors de la boîte ». Au pire, leur raisonnement suggère que l’accès à un environnement sain devrait être réservé à l’élite qui peut se payer un billet au paradis post-effondrement.

Plus sérieusement, il est vrai que de tous les grands mouvements sociaux, le mouvement environnemental (ou vert, écologiste) se distingue parce qu’il contient une critique inhérente à l’économie capitaliste. Certes, cette critique n’est pas toujours explicite ou même assumée, mais la plupart des groupes et des luttes environnementales depuis les années 1960 confrontent d’une façon ou d’une autre les dimensions et conséquences du système capitaliste : l’extraction des ressources naturelles, le consumérisme, le gaspillage, la pollution, les déchets, etc.

Conséquemment, le concept du développement durable (que j’adore critiquer) est venu s’implanter top-down à partir des années 1980 comme une sorte de « grande réconciliation » des préoccupations environnementales et de l’économie capitaliste. Alors que les groupes écologistes politiques ont continué à promouvoir des alternatives vertes dans une optique grassroots et communautariste (de plus en plus malmenées, profilées, réprimées) les nouvelles organisations « gagnantes » de développement durable comme le WWF (World Wide Fund for Nature) ou le Jour de la Terre sont venues s’inscrire comme les grandes médiatrices du conflit. Elles vendent un capital symbolique à des multinationales come Coke, Shell, H&M, HSBC ou Suncor. Pour citer Steven Guilbeault : « il faut faire des compromis pour avoir un effet sur l’évolution de la société. » On ne juge pas.

En revanche, les grandes compagnies montrent patte blanche. Vous voyez ? Coke aime les pandas, achetez Coke ! Et la population, qui est réduite à l’état de consommateurs, veut acheter (http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=2118265) des produits qui semblent verts (la plupart ne le sont pas).

Non seulement croit-on pouvoir régler le problème du consumérisme en consommant davantage, mais c’est la seule alternative qui vous est proposée. Le cycle est complet : le capitalisme est sauvé (pour l’instant), il a trouvé dans le développement durable un mode de régulation pour lui permettre de continuer malgré ses contradictions.

Cette tautologie a réussi à désarmer des millions d’environnementalistes qui voulaient pourtant, à la base, que le monde change pour vrai.

Et je précise que je peux sympathiser avec les personnes et organisations qui s’identifient au développement durable. Je conçois que, plus souvent qu’autrement, le cœur est à la bonne place. Mais est-ce suffisant, à l’époque de la crise environnementale globale, de la rareté des ressources, du réchauffement climatique, de l’extinction massive de la biodiversité ?

D’accord, ce n’est pas un sujet facile. Mais si nous voulons vraiment y changer quoi que ce soit, il faudra bien trouver le courage et oser.

Oser sortir de nos zones de confort, oser reconnaître nos privilèges, oser tout remettre en question, à commencer par le capitalisme.
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MessageSujet: Tambours sur tempêtes   Sam 23 Mai - 9:34

Patllotch a écrit:
TAMBOURS SUR TEMPÊTES  

           Aux petits soldats de l'administration du désastre et de la soumission durable, de l'écologisme d'Etat et du capitalisme vert  

           12 attendus  

Au temps pour tous importe
         peu le vent amer
                à contretemps

Qu'une saine colère
         mette à la porte
                l'ombre d'une chimère

Quand passe sur hier
         la serpillière de l'hiver
                un propre vers printemps

Que sombre dans l'oubli
         le moment des poisons
                pipi sur la moquette  

Que s'efface la trace
         de crasse et pollution
                durable de l'esprit

Et leur autorité de la dissolution
         mentale
               à l'environ dément

Que brûle en sa poubelle
         le déchet étatique
                de l'égocitoyen

Qu'on lui décerne en prix
         de sa bioconnerie
                l'écolabel démocratique  

Que sa gestion du même
         crève d'indigestion
                managériale

Que gronde la raison
         quand tonne le critère
                de notre exploitation

Qu'un sens impur génial
         de la rébellion générale
                abreuve nos sillons

D'une musique nouvelle
         faites par tous non contre uns  
                avec tambours et tempêtes  

19 février 2010 source Vol libre

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MessageSujet: " L’Écosocialisme, un concept révolutionnaire et ouvert "   Mar 30 Juin - 12:43

L’Écosocialisme, un concept révolutionnaire et ouvert Altermonde sans frontières mardi 30 juin 2015

Citation :

Pour les écosocialistes, ce qu’on appelle « crise écologique » n’est pas une crise de l’écologie. Ce n’est pas la nature qui est en crise mais la société, et cette crise de la société entraîne une crise des relations entre l’humanité et le reste de la nature. Selon nous, cette crise n’est pas due à l’espèce humaine en tant que telle. Elle n’est pas due en particulier au fait que notre espèce produit socialement son existence par le travail, ce qui lui permet de se développer et donne de la substance à la notion de progrès. Elle est due au mode capitaliste de développement, au mode capitaliste de production (qui inclut un mode capitaliste de consommation) et à l’idéologie du « toujours plus » productiviste et consumériste qui en découle.


Le capitalisme ne produit pas des valeurs d’usage pour la satisfaction des besoins humains mais des valeurs d’échange pour la maximisation du profit. Ce profit est accaparé par une fraction minoritaire de la population : les propriétaires des moyens de production. Ils exploitent la force de travail de la majorité sociale en échange d’un salaire, inférieur à la valeur du travail fourni. Ces propriétaires des moyens de production se livrent une guerre de concurrence sans merci qui contraint chacun d’eux à chercher en permanence le moyen d’augmenter la productivité du travail en recourant à des machines de plus en plus perfectionnées. Le « productivisme » (produire pour produire, qui implique de consommer pour consommer) est donc une caractéristique congénitale du capitalisme. Le capitalisme implique l’accumulation. L’économiste bourgeois Joseph Schumpeter l’a dit très simplement : « Un capitalisme sans croissance est une contradiction dans les termes. »

Le capitalisme est un système d’exploitation très performant. Il améliore continuellement la productivité du travail et l’efficience dans l’utilisation des (autres) ressources naturelles. Mais cette amélioration est évidemment au service de l’accumulation : les économies relatives en force de travail et en matières sont plus que compensées par l’augmentation absolue du volume de la production de sorte que, au final, il y a augmentation des ressources consommées dans le process. C’est pourquoi, inévitablement, l’accumulation capitaliste entraîne simultanément l’exploitation accrue du travail humain et le pillage accru des ressources naturelles. Quelles sont les limites de la tendance capitaliste à la croissance ? À cette question, Marx a répondu que « La seule limite du capital, c’est le capital lui-même ». La formule est basée sur la définition du capital, non pas comme une chose (une masse d’argent), mais comme un rapport social : le rapport d’exploitation par lequel une masse d’argent se transforme en plus d’argent grâce à l’extorsion d’une plus-value correspondant au travail non payé. Dire que « la seule limite du capital est le capital lui-même » signifie donc tout simplement ceci : tant qu’il y a de la force de travail à exploiter et des ressources naturelles à prélever, le capital peut continuer à s’accumuler en appauvrissant, en détruisant ce que Marx appelait « les deux seules sources de toute richesse : la Terre et le travailleur ».

D’une manière générale, la seule alternative concevable au capitalisme est un système qui ne produit pas des valeurs d’échange pour la maximisation du profit des capitalistes mais des valeurs d’usage pour la satisfaction des besoins humains réels (c’est-à-dire non corrompus par la marchandisation), démocratiquement déterminés. Un système dans lequel la collaboration remplace la concurrence, la solidarité remplace l’individualisme et l’émancipation élimine l’aliénation. Or, un tel système – plus qu’un système : une nouvelle civilisation - correspond à la définition théorique d’une société socialiste. Je le répète : en termes généraux, il n’y a pas d’autre alternative concevable. Les écosocialistes tentent de répondre en proposant des revendications qui répondent à la fois aux besoins sociaux du monde du travail et aux besoins écologiques (notamment la réduction drastique et rapide des émissions de gaz à effet de serre qui est indispensable pour stabiliser le système climatique). En simplifiant, nous nous démarquons donc à la fois des écologistes qui pensent que les impacts sociaux des mesures environnementales à prendre sont un problème secondaire et des syndicalistes qui estiment que la priorité est sociale, que l’environnement est un problème de riche, dont on s’occupera plus tard. Ces deux stratégies nous semblent condamnées d’avance.

La lutte contre le chômage est la principale angoisse du monde du travail (et elle conditionne le niveau des salaires, l’organisation du travail, la défense des systèmes de protection sociale…). Les écosocialistes mettent en avant une réponse générale qui s’articule sur trois niveaux :

- L’extension de l’emploi public non-délocalisable (notamment par des plans publics de rénovation énergétique des bâtiments, de transformation du système énergétique et de remplacement du tout-automobile par des sociétés publiques de transport en commun), en insistant sur la décentralisation et sur le contrôle démocratique par les usagers et les travailleurs.

- La reconversion collective, sous contrôle ouvrier, des travailleurs et travailleuses des industries inutiles ou nuisibles (en premier lieu l’industrie de l’armement et l’industrie nucléaire, mais aussi l’automobile, la pétrochimie, etc.) vers d’autres secteurs d’activité.

- La réduction radicale du temps de travail, sans perte de salaire, avec embauche compensatoire et réduction des rythmes de travail, afin de travailler tous, de vivre mieux et de gaspiller moins.

Face au chômage, seul un programme de ce genre est capable de répondre au double défi social et environnemental, climatique en particulier. Sa mise en œuvre nécessite une orientation anticapitaliste et appelle d’autres revendications que je ne détaillerai pas ici : l’expropriation des secteurs de l’énergie et de la finance - une condition sine qua non de la transition – d’une part, et une politique de long terme en faveur du développement de l’emploi rural local – dans l’agriculture organique et l’entretien des écosystèmes – d’autre part. Ce programme ne peut gagner en influence dans le mouvement ouvrier que s’il s’articule sur le combat de la gauche combative contre les appareils dominés par le social-libéralisme ou par d’autres courants bureaucratiques. En effet, la perspective des appareils consiste généralement à accompagner la transition énergétique telle qu’elle est conçue par le capitalisme (une transition qui ne répond absolument pas à l’objectif de la soutenabilité, car elle est trop lente et recourt massivement au nucléaire, aux agro-carburants et à la capture-séquestration du carbone) en demandant seulement que cette transition soit « juste ». C’est pourquoi les écosocialistes incitent les mouvements paysans, les peuples indigènes et les communautés à nouer des liens et à chercher des convergences avec la gauche au sein des syndicats.

L’écosocialisme peut se résumer comme une volonté de faire converger les luttes sociales et environnementales à partir de la compréhension que l’austérité et la destruction écologique sont les deux faces d’une même médaille : le capitalisme productiviste. Défini de la sorte, il s’agit d’un concept ouvert, susceptible de déclinaisons stratégiques et programmatiques différentes. De fait, il y a aujourd’hui plusieurs variétés d’écosocialismes. La variété que je vous ai présentée pourrait être définie comme marxiste, révolutionnaire, féministe et internationaliste. Il y en a d’autres et nous ne prétendons pas au monopole, seulement au débat le plus large.
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MessageSujet: Re: l’écosocialisme entre théories révolutionnaires et alternative capitalisme verte   Lun 7 Déc - 18:29





L’écologisme comme religion - ou la soumission comme devoir Les habitants de la lune n°9, 7 décembre 2015

Religion et écologie ont tout en commun. Les religions s’appuient sur un récit, un grand mythe fondateur et l’écologie n’échappe pas à la règle. Le mythe de l’Eden antédiluvien trouve son prolongement, pour le prêche écologiste, dans sa conception même de la Terre, assimilée à un pur Paradis perdu. Dans ce messianisme de guignol, où la Nature est élevée au rang de divinité suprême, tout respire l’équilibre et le sublime. A l’image de Dieu, le fantasme de la Planète bleue recèle ce que les hommes ne possèdent pas : l’infinie perfection.


Citation :
Toute religion est une réponse à la division du monde en classes sociales : elle entend recomposer autour d’un Dieu unique une communauté qui ne soit plus divisée par l’exploitation. Mais en demandant à chacun d’accepter la condition sociale que Dieu nous aurait assignée, elle reproduit le monde tel qu’il est avec ses classes, son Etat, son exploitation.

L’écologisme procède du même paradoxe : sa vision idéalisée d’un monde sans pollution répond au vœu d’une Humanité enfin réconciliée avec la Terre, mais concrètement son action s’articule en pleine connivence avec le monde du commerce et de l’argent, avec le capitalisme donc, précisément responsable des catastrophes que nous connaissons. Les grand-messes écologistes dans lesquelles les puissants de ce monde paradent aux côtés de leurs amis verts n’ont absolument pas pour objectif que l’humain puisse à nouveau respirer sans danger sur terre, elles se résument à fixer le prix de l’air via l’achat et la vente de droits de polluer.

« Qui a perverti ce fabuleux Eden ? » est la question qui précède immanquablement l’apparition du mythe complémentaire à celui du Paradis perdu : le pêché originel. La fable d’Adam et Eve, avec le serpent et la pomme, est à la source d’une vision commune à l’écologie et à la religion qui situent tous deux dans une désobéissance coupable de l’Homme -ici pêcheur originel, là pollueur impénitent- l’origine des horreurs que nous subissons aujourd’hui.

Dans l’écologie comme dans la religion, c’est donc chez l’Homme et chez lui seul qu’il faut chercher le coupable. Le péché originel, c’est lui. Qui a transformé cette magnifique planète en un immense dépotoir ? Qui détruit jour après jour la formidable biodiversité terrestre ? C’est encore lui. L’homme est mauvais par nature et par instinct. Tout est décidément bon à recycler pour l’écologisme et le voilà qui fait du neuf avec du vieux. L’idéologie fondamentalement capitaliste qui nous répète à longueur de journée que l’homme est un loup pour l’homme, nous est ici resservie avec un emballage plus vert, plus durable et plus éco-responsable.

[...]


suite >>> Les Habitants de la Lune n°9
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MessageSujet: Re: l’écosocialisme entre théories révolutionnaires et alternative capitalisme verte   Mer 23 Déc - 22:34

Corinne Cerise a écrit:

L'écologie démocratiste radicale, dans l'idéologie capitaliste de la production

Mouvement des objecteurs de croissance (M.O.C).

Ce qu'ils disent sur "les limites" et les catastrophes potentielles à venir est juste, le problème est qu'ils restent dans une logique de "société alternative" dont le peu qu'il transparait est qu'elle reste compatible avec le MPC.  

Tribune parue dans l’édition internet de Politis.fr le 25 septembre 2014 et sur Médiapart le 06 octobre 2014. (on a compris)

La décroissance : une révolution commune et démocratique

Souligné (en gras ou en bleu) (Admin : j'ai perdu le gras en route)


Citation :
Les partis de gouvernement et d’opposition, de la droite à la gauche, se sont engagés depuis des décennies dans une quête affichée de croissance, adossée à la promotion du consumérisme et à l’illusion d’un « progrès » techno-scientiste. Les conséquences de ces politiques sont pourtant implacables : les inégalités atteignent un niveau inique ; 67 milliardaires les plus riches de la planète détiennent autant de richesse que les 3 milliards et demi d’humains les plus pauvres [refrain traditionnel du DR, pour "une meilleure répartition des richesses"] ; le plafond de soutenabilité écologique global a été largement dépassé : le 5ème rapport du GIEC annonce une augmentation de 4,8°C d’ici 2100 si nous persistons dans cette voie, induisant des évènements climatiques extrêmes, une insécurité alimentaire, une perte de biodiversité, plus de migrations contraintes… [ça c'est indéniable]

A moins d’afficher le plus grand cynisme présent ou le plus absurde aveuglement sur le futur [le futur ce sont les luttes au présent] , comment ne serait-il pas urgent de repenser un autre modèle de société [sic] pour revenir sous les plafonds de la richesse indécente et de l’insoutenabilité écologique ? La richesse des plus riches doit décroître, notre poids écologique global doit décroître. Ce qui revient à envisager une décroissance de l’empreinte écologique et donc du PIB, qui lui est mécaniquement associé [quelle corrélation ?].

Quand les plafonds sont dépassés, quand le train est allé au delà du point de rupture, la responsabilité n’est plus de se demander comment rester dans le même monde avec une croissance nulle : il faut maintenant avancer vers une société dont les indicateurs écologiques et économiques repasseront sous les seuils de l’injustice sociale, de l’absurdité économique et de l’irresponsabilité écologique.

Partout et déjà, des objecteurs de croissance se mobilisent pour mettre en œuvre et expérimenter des alternatives concrètes (AMAP, monnaies locales, systèmes d’échanges locaux SEL, agriculture urbaine, habitats partagés ou mobiles, éco-construction, etc.). [Ah le bon temps de l'altermondialisme]

Beaucoup d’entre nous luttent contre les grands projets inutiles (aéroport de Notre Dame des Landes, usine des 1000 vaches, barrage de Sivens…) ou les projets extractivistes (gaz de schistes, de houille, biomasse…) qui tuent l’agriculture paysanne, détruisent la biodiversité, polluent l’eau, l’atmosphère, les sols et qui engloutissent l’argent public par milliards au nom de la croissance, dans un parfait déni de la démocratie réelle. A partir de ces expérimentations minoritaires et de ces luttes, les décroissants produisent leurs propres théories de la pratique [s'ils le disent...] : ainsi, vient de se tenir à Leipzig en Allemagne, une conférence internationale autour du slogan : «Votre récession n’est pas notre décroissance,» qui a réuni 3000 chercheurs du monde entier ; à Cerbère (France) les 9èmes rencontres de l’objection de croissance ont rassemblé plus de 200 personnes sur le thème : « La croissance, c’est terminé. Vive la décroissance ! ».

Les partis médiatiques prouvent tous les jours leur incapacité à proposer la moindre mesure qui ose accepter la réalité d’un monde fini : au mieux, ils oscillent entre « croissance verte » et « développement durable ». Au pire, ils continuent de promettre une croissance messianique qui ne ferait qu’approfondir les difficultés. C’est pourquoi politiquement il faut appeler à une recomposition électorale autour d’un pôle antiproductiviste et anticonsumériste (donc anticapitaliste et révolutionnaire) [surtout ne "consommons" plus, on sera révolutionnaires] et contribuer au débat pour mener des politiques au service d’une vie bonne au sein d’une société juste et du « ménagement des territoires ».

La décroissance est un vrai défi collectif, elle doit être sereine et démocratique, portée par de belles propositions en vue d’une nouvelle organisation sociale [laquelle, pourquoi une "organisation" ?].

Alors que le chômage ne cesse d’augmenter, la logique capitaliste conduit les salariés français (à plein temps) à travailler 1660 heures par an pour produire des objets rapidement obsolètes et achetés à crédit : les décroissants demandent de « travailler tous pour travailler moins », par une réduction drastique du temps de travail, par un droit inconditionnel au temps partiel choisi, par la garantie d’un revenu inconditionnel d’un montant décent. Une production n’est justifiée que si elle est tournée vers la réalisation de biens socialement utiles, sobres en énergie, utilisant les ressources locales et durables, autogérée dans une démocratie de proximité.

La reconversion de la société passera par une économie relocalisée, par des territoires redynamisés (services publics de qualité, transports en commun de proximité), par des reconversions drastiques (décidées unilatéralement) dans les secteurs « nuisibles » comme l’armement, l’automobile, l’agro-industrie, le nucléaire ; elle pourra être financée par l’instauration d’un revenu maximal (plancher/plafond de 1 à 5).

Ralentissons le rythme de nos consommations : en interdisant l’obsolescence programmée et coupant net le bras armé du capitalisme qu’est la publicité. Ralentissons nos déplacements : à l’heure de la transition énergétique, nouveaux aéroports et nouvelles lignes TGV sont des escroqueries.

Ne pas nuire. Donnons-nous le temps de la démocratie et du partage.

Non à leur récession imposée, oui à une décroissance sereine et démocratique.

Thierry Brulavoine, Michel Lepesant, Christine Poilly, du Mouvement des objecteurs de croissance (le MOC)
Ces bobos, doux et heureux "démocrates", n'ont pas besoin de comprendre que c'est le capitalisme en tant qu'économie politique et système de production qu'il fallait abolir. Normal, ils ne subissent l'oppression que de la "consommation". Viendez faire un tour dans les banlieues et les villes ravagées, Messieurs-Dames les "décroissants".


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MessageSujet: Re: l’écosocialisme entre théories révolutionnaires et alternative capitalisme verte   Jeu 19 Oct - 12:57


les habits verts du trotskisme

L’écosocialisme comme alternative politique, sociale et écologique au capitalisme

Matthieu Le Quang Contretemps 19 octobre 2017

Qu’est-ce que l’écosocialisme et comment l’envisager en pratique, notamment du point de vue de la planification ? Matthieu Le Quang apporte ici quelques éléments de réponse, qui viennent nourrir notre dossier sur ce thème.


Citation :
L’écosocialisme est un « courant de pensée et d’action écologique qui fait siens les acquis fondamentaux du marxisme tout en le débarrassant de ses scories productivistes. Pour les écosocialistes, la logique du marché et du profit […] est incompatible avec les exigences de sauvegarde de l’environnement naturel. »[1] Une première affirmation de l’écosocialisme est que le capitalisme est incompatible avec l’écologie et la protection de l’environnement car l’expansion du capital, à travers l’augmentation des profits, bute nécessairement sur le fait que les ressources de la nature sont limitées. La promesse de justice basée sur la croissance et donc sur l’accumulation infinie de capital ne peut plus résister aux désastres sociaux et environnementaux actuels.

L’écosocialisme est ainsi une tentative de réponse théorique alternative aux solutions dominantes au sein des discussions internationales sur la lutte contre le réchauffement climatique. Le capitalisme vert ne représente pas une vraie solution car il ne remet pas en cause les modes de production et de consommation capitalistes, principales causes des problèmes climatiques qu’affronte la planète, modes qui ne peuvent se maintenir qu’en accentuant le caractère déprédateur du système envers l’environnement.

Dans cet article, nous reviendrons sur la critique du capitalisme sur laquelle se fonde l’écosocialisme. Cette critique de la réalité actuelle est nécessaire pour penser une société alternative. Toutefois, nous ne pouvons pas seulement nous contenter d’énumérer les raisons de notre opposition au système dominant. Ici, nous proposerons une ébauche de cette société à travers la caractérisation de ce que pourrait être une possible planification nécessaire pour changer de paradigme de société et de modes de vie afin de lutter contre les inégalités sociales et écologiques.

La critique écosocialiste du capitalisme


La critique du productivisme et de la société de consommation


La crise financière et économique qui a éclaté en 2008 a rappelé que l’histoire du capitalisme est jalonnée de multiples crises d’ampleur variable. En effet, les crises sont essentielles pour que le capitalisme puisse se reproduire, se transformer et s’adapter aux nouvelles conditions de son environnement. Toutefois, ces deux crises font partie d’un ensemble de crises – environnementale, énergétique, alimentaire, hydraulique, climatique, culturelle – que l’on pourrait qualifier de rupture civilisationnelle intégrale, c’est-à-dire l’épuisement d’un modèle d’organisation de la société qui s’exprime dans les champs idéologique, symbolique et culturel.

La crise civilisationnelle capitaliste est liée à ses valeurs : une soif d’accumuler chaque fois plus allant de pair avec un productivisme et un consumérisme infinis sans prendre en compte les limites physiques de la Terre. Le capitalisme est générateur de besoins illusoires pour rentabiliser ses investissements et maximiser ses bénéfices au détriment de la nature. Ses conséquences se ressentent fortement de jour en jour à travers le réchauffement climatique, l’individualisme, la croissance des inégalités, une socialisation de plus en plus informatisée, etc. Elle aboutit à la perte de la biodiversité. Face aux constats antérieurs générés par les différentes crises, il est impossible d’universaliser ce modèle économique et social. Il nous faut donc revenir à « la simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance »[2]. Selon André Gorz, le meilleur moyen de sortir du tout-marché passe par « produire ce que nous consommons et consommer ce que nous produisons »[3].

Dans leur critique du productivisme, les théoriciens écosocialistes n’oublient pas non plus que le socialisme peut être aussi productiviste. Si le capitalisme a comme principes de base la production et la consommation pour arriver au bonheur, le socialisme se différencie de lui en prenant en compte la distribution équitable de ces richesses. Pourtant, les deux systèmes continuent à être deux idéologies productivistes intégrées dans l’idéal de la modernité de soumission de la nature à l’être humain pour produire indéfiniment des richesses. D’après les écosocialistes, la critique du mode de consommation doit s’accompagner de celle du mode de production, sans se limiter à la lutte contre les inégalités de répartition des richesses, tout en respectant la nature et ses cycles de reproduction.

Il est donc nécessaire de dépasser ce productivisme en se posant la question suivante : comment et quoi produire ? Ces problématiques sont fondamentales pour la société : la relation entre les besoins et les conditions qui rendent possible leur satisfaction, c’est-à-dire la satisfaction des besoins humains, doit correspondre aux ressources disponibles en prenant en compte la vulnérabilité de la planète et le fait que les ressources naturelles sont finies.

Valeur d’usage et valeur d’échange

Dans sa critique de la modernité capitaliste, Bolívar Echeverria, l’un des grands intellectuels marxistes latino-américains, utilise les concepts marxistes de « valeur d’usage » et « valeur d’échange », deux dimensions propres à toute production humaine : « À la base de la vie moderne agit de manière infatigablement répétée un mécanisme qui subordonne systématiquement la “logique de la valeur d’usage”, le sens spontané de la vie concrète, du travail et du plaisir humains, de la production et de la consommation des “biens de la Terre”, à la “logique” abstraite de la “valeur” comme substance aveugle et indifférente à toute réalité concrète, qui aurait seulement besoin d’être validée par une marge de profit en qualité de “valeur d’échange”. »[4]

Tout produit qui se trouve dans le marché a une valeur d’usage et une valeur d’échange. Pourtant, « les valeurs d’usage sont infiniment variées (y compris pour le même article), alors que la valeur d’échange (dans des conditions normales) est uniforme et qualitativement identique (un dollar est un dollar, et même quand c’est un euro il a un type de change connu avec le dollar) »[5]. Donc, dans le système capitaliste, c’est la valeur d’échange qui donne sa valeur à la marchandise et sa valeur d’usage. La valeur d’échange ne prend pas en compte les différents types de travail derrière chaque objet ; les différents travaux se retrouvent réduits à une mesure à travers le temps, à laquelle on lui donne aussi une valeur d’échange. De même la valeur (ou les valeurs) d’usage d’un objet sert (servent) seulement à augmenter sa valeur d’échange.

L’un des apports de la philosophie critique marxiste de Bolívar Echeverría est d’avoir posé la contradiction entre valeur d’usage et valeur comme la contradiction fondamentale de la reproduction sociale capitaliste qui donnera lieu à d’autres conflits autour d’elle et qui est présente dans la forme marchandise. Pour cet auteur, l’analyse de la marchandise est centrale elle contient les attributs essentiels du mode de production capitaliste. Une marchandise comporte quatre éléments qui doivent être étudiés ensemble : être un objet utile (valeur d’usage), être interchangeable avec d’autres objets (valeur d’échange), être le résultat de la cristallisation du temps de travail (valeur) et être le produit du travail humain (produit)[6].

Selon Bolívar Echeverría, la valeur d’usage, en tant que contenu matériel de la richesse de chaque société, a pour source la nature et le travail. Elle permet une vision qualitative de la société alors que la valeur d’échange a comme unique objectif l’accumulation de capital et, pour cela, va contrôler la valeur d’usage. Cette exigence capitaliste fait que la valeur d’échange est obligée de se multiplier et, ainsi, de se valoriser, alors que la valeur d’usage se voit sacrifiée. Dans la société capitaliste moderne, une société d’abondance relative, la soumission de la valeur d’usage à la valeur d’échange aboutit à reproduire artificiellement la rareté alors que la modernité a pour but d’en finir avec la rareté qui caractérisait les sociétés prémodernes. Une valeur d’échange importante peut interdire l’accès à la valeur d’usage d’un objet, matériau ou bien commun, pour tout un secteur de la population et ainsi générer des inégalités sociales ou les reproduire. Les meilleurs exemples sont les entrées de la santé et de l’éducation dans la sphère mercantile. Si on applique cette logique à la conception de la nature, celle-ci se transforme en simple objet à commercialiser dont l’unique valeur n’est pas celle de son usage (la contemplation, la santé, la reproduction de la faune et de la flore, etc.) mais celle du marché.

La contradiction écologiste du capitalisme

Il existe un débat dans le mouvement écosocialiste afin de savoir si Marx et Engels avaient développé une analyse écologiste du monde. John Bellamy Foster répond de manière affirmative et parle d’une écologie de Marx.[7] D’autres vont cibler leurs critiques sur le fait que la grande erreur de Marx est de ne pas avoir parlé d’écologie, de ne pas avoir assez pensé la relation entre les êtres humains et la nature, voire de ne pas avoir prévu le réchauffement climatique. Ces deux positions nous semblent exagérées et relèveraient quasiment d’une vision anhistorique de Marx en tant qu’icône qui aurait tout analysé ou aurait dû tout analyser.

Dans ses travaux, James O´Connor adopte ce qu’il appelle une approche à partir d’une catégorie, celle des « conditions de production », qui serait une « reconstitution théorique » selon Jérôme Lamy : « O’Connor forge lui-même un concept à partir de notions éparses ; c’est lui qui engage le travail de théorisation en assemblant des fragments de raisonnement. Il s’agit bien d’aller chercher dans l’infratexte marxiste les éléments d’une conceptualisation qui ne se donne pas dans l’immédiateté des écrits de Marx. »[8]. À partir de cela, il ajoute une seconde contradiction à la première contradiction du capitalisme développée par Marx entre forces productives et rapports de production : il s’agit de la contradiction entre les forces de production et les conditions de production, ces dernières étant définies comme « tout ce qui peut être considéré comme marchandise sans être produit comme tel conformément à la loi de la plus-value ou à la loi du marché. Cette définition élargie nous permet de discuter de la force de travail, de la terre, de la nature, de l’espace urbain en utilisant la même catégorie générale »[9].

La première contradiction du capitaliste est interne et se concentre sur le pouvoir politique et social du capital sur le travail : dans la logique d’accumulation capitaliste, le coût du travail doit être le plus bas possible pour faire augmenter le profit généré par ce travail. La seconde contradiction est externe au système et concerne les « coûts des éléments naturels » entrant dans le capital. « La cause fondamentale de la seconde contradiction est l’appropriation et l’utilisation autodestructrices de la puissance de travail, de l’espace, de la nature et de l’environnement extérieurs. »[10] Selon O’Connor, les diverses crises actuelles (santé, urbanisation, éducation, famille, écologie) sont autant d’exemples de cette autodestruction.

Jorge Riechmann nous parle d’un conflit de fond entre le mode d’organisation socio-économique qui prévaut et les exigences de protection écologique et sociale en ce sens que la course aux bénéfices économiques est plus importante que toute autre préoccupation. Selon lui, « il faudrait chercher la cause fondamentale de la crise écologique actuelle dans la soumission de la nature aux impératifs de valorisation du capital »[11]. Donc, seule une transformation de cette organisation socio-économique, c’est-à-dire la fin du capitalisme, peut arrêter la destruction écologique qui est en cours et c’est à cette transformation que correspond l’écosocialisme.

Caractéristiques générales de l’écosocialisme

Si l’écosocialisme se positionne comme héritier de la longue tradition socialiste, il cherche à apprendre des erreurs du passé et condamne particulièrement ce qu’on a appelé le « socialisme réel » c’est-à-dire la tentative d’application des thèses marxistes dans l’ex-Union Soviétique. Il y a donc une volonté de refonder ce socialisme en prenant en compte l’écologie et en le libérant ainsi de ses scories productivistes. L’urgence écologique ne peut pas laisser de côté les grandes inégalités sociales et, inversement, les exigences d’équité sociale ne doivent pas être pensées indépendamment des impératifs écologiques. Il faut donc à la fois repenser les rapports des êtres humains avec la nature et transformer les rapports des êtres humains entre eux : « L’enjeu planétaire de ce processus de transformation radicale des rapports des humains entr’eux et avec la nature est un changement de paradigme civili­sa­tionnel, qui concerne non seulement l’appareil productif et les habitudes de consommation, mais aussi l’habitat, la culture, les valeurs, le style de vie. »[12] Ce programme ambitieux de changement de société ne peut se faire sans une planification qui doit être à la fois écologique, sociale et démocratique. Cette planification a pour but de penser simultanément le court terme et le long terme, de ne pas les opposer, afin de mettre en place une transition qui soit la plus courte et la moins douloureuse possible.

Une planification écologique

La planification écologique doit abandonner la notion de « maîtrise humaine de la nature »[13] et réorganiser la production en fonction des besoins sociaux et de la protection de l’environnement. Cela doit passer notamment par la subordination de la valeur d’échange à la valeur d’usage. On doit aller vers la réorientation écologique de l’économie et de l’appareil de production avec un changement radical de mentalité qui aurait comme objectif la baisse de la consommation, ce qui entraînerait de manière simultanée la baisse de la production. Cette baisse est d’autant plus nécessaire que la production de nouveaux objets suppose aussi la production de déchets liés à ces objets. Si les techno-scientistes pensent que le problème du réchauffement climatique va se résoudre avec de nouvelles technologies et les sciences, le pic pétrolier nous démontre que ces technologies ne pourront pas tout remplacer. D’autant plus que ce pic pétrolier commence à s’enchevêtrer aussi avec le déclin des réserves mondiales de métaux (or, argent, uranium, cuivre, zinc, etc.)[14].

Cette planification doit penser la transition vers une société post-pétrolière, une société qui ne dépendrait plus des énergies fossiles, ce qui ne signifie pas qu’elle n’utilisera plus de pétrole ou autre ressource naturelle non renouvelable. Il parait nécessaire de se préparer dès maintenant à cette société post-pétrolière, davantage à cause des changements climatiques drastiques, dont est en grande partie responsable l’utilisation du pétrole, que pour l’inévitable épuisement des réserves pétrolières. En d’autres termes, il s’agit à partir de maintenant de laisser le plus de réserves de pétrole sous terre au lieu de les exploiter.[15] Sans cela, l’adaptation va coûter de plus en plus chère et va amener de plus grands risques. Ce qui démontre la nécessité d’une planification écologique afin de préparer les conditions pour une transition non traumatisante.

La réduction de plus en plus importante des réserves de matières premières exige une réduction drastique de la consommation d’énergie mais aussi de la consommation d’objets matériels. Le capitalisme se base sur la production et la consommation d’énergies non renouvelable, en bénéficiant en plus d’un prix d’exploitation infime, même si celui-ci est de plus en plus élevé en ce qui concerne le pétrole et le gaz. La réorientation de la production énergétique vers le développement des énergies renouvelables ne devrait pas tenir compte du coût économique plus important de ces énergies, mais considérer leur apport pour l’environnement et les êtres humains en baissant les émissions de gaz à effet de serre. L’important est de diversifier ces sources d’énergies renouvelables (éolienne, solaire, bioénergie, géothermie, biomasse, eau, etc., selon les pays) pour ne pas dépendre des aléas possibles liés seulement à l’une d’entre elles, et de bien planifier leur complémentarité. L’imprévisibilité et la variabilité naturelle de ces sources entrainent une génération fluctuante d’électricité. Il faut aussi tenir compte des impacts de ces énergies sur l’environnement, l’agriculture, l’eau, la production, l’emploi et la planification urbaine. Il existe une interaction entre tous ces secteurs au moment de penser la planification énergétique. La décentralisation de ces projets est un impératif afin de ne pas reproduire les grands projets qui sont souvent nocifs en termes environnementaux.

Cette réorientation énergétique, qui passe aussi par l’interdiction des centrales nucléaires (et donc la planification de la fermeture des centrales en fonctionnement), permettra la décarbonisation de l’économie et des transports. En effet, ces deux secteurs sont basés sur l’utilisation des énergies telles que le pétrole, le charbon ou le gaz, émettrices de gaz à effet de serre. Au niveau des transports, en plus de décourager l’utilisation de la voiture individuelle dans les déplacements quotidiens, la société écosocialiste devra promouvoir les transports publics bon marché ou gratuits. La gratuité ou non de ces transports devra faire l’objet d’une décision démocratique de la population.

Une planification sociale

La planification sociale suppose la propriété collective des moyens de production, une égalité sociale et la fin des inégalités économiques. Les différentes crises actuelles nous obligent à penser de nouvelles émancipations collectives des dominés tout en les articulant avec les exigences de protection de l’environnement. Comme le constate Hervé Kempf, « le système social qui régit actuellement la société humaine, le capitalisme, s’arc-boute de manière aveugle contre les changements qu’il est indispensable d’opérer si l’on veut conserver à l’existence humaine sa dignité et sa promesse »[16]. La lutte contre l’oligarchie démontre que les classes sociales, et donc la lutte des classes, n’ont pas disparu.

La réappropriation des moyens de production et la transformation des rapports sociaux est un des débuts pour l’émancipation collective. Les formes de propriété peuvent être publiques, collectives, coopératives voire privées. Ici il ne faut pas tomber dans l’erreur commise par les socialismes réels qui ont compris « propriété collective » comme étatisation de certaines entreprises, la plupart considérées comme stratégiques, alors que l’Etat peut aussi être un puissant instrument de domination.

Selon Roger Rashi, l’écosocialisme doit « chercher à révolutionner les rapports sociaux ainsi que les forces productives. En d’autres termes, il se doit de changer la façon de travailler et de vivre (ce qui constitue les rapports sociaux) ainsi que la façon de produire et d’agir sur la nature (autrement dit, les forces productives). »[17] Cette transformation des rapports sociaux passe par le fait de changer radicalement les forces productives et donc de passer du « travail mort », symbolisé par la mécanisation de multiples secteurs comme l’agriculture par exemple, à un « travail vivant » qui permettrait de créer des emplois et d’humaniser les rapports de travail. L’appareil productif n’est pas neutre : en plus de viser à l’expansion illimitée du marché, il essaie de contrôler la vie des personnes en organisant leur temps de travail et même leur temps libre. La lutte contre le travail qui domine la vie ne signifie pas la fin du travail, mais penser à un travail solidaire, un travail libre dans une volonté de construire collectivement les nouvelles forces de production.

La transformation du travail mort en travail vivant générera de nouvelles sources d’emploi qui devra se combiner avec une réduction du temps de travail, comme possible réponse au chômage. Cette réduction du temps de travail a pour corollaire l’augmentation du temps libre. Dans une société capitaliste, le temps libre est pris en charge par la société de consommation[18] et le marché. Selon Michael Löwy, « l’écosocialisme est fondé sur un pari, qui était déjà celui de Marx : la prédominance, dans une société sans classes, de « l’être » sur « l’avoir », c’est à dire la réalisation personnelle, par des activités culturelles, ludiques, érotiques, sportives, artistiques, politiques, plutôt que le désir d’accumulation à l’infini de biens et de produits. »[19]

Un indicateur de richesse alternatif au PIB et autres indicateurs économiques capitalistes pourrait être la mesure du temps. Selon René Ramírez, « le thermomètre le plus adéquat pour mesurer le Bien Vivre d’une société est celui qui nous permet de connaître combien de temps sa population vit en bonne santé en faisant ce qu’elle désire faire ; ou combien de temps dans la journée est dédié à la production de socialisation (être avec des ami-e-s, la famille, communauté politique), pour contempler de l’art, le produire et s’en délecter, pour s’auto-connaître, pour donner et recevoir de l’amour ; ou combien d’année de vie gagne un territoire en évitant la perte de forêt native ou grâce à la reforestation de son environnement naturel »[20]. Avec la mesure du temps libre, bien vécu ou vécu en plénitude, on sort de la logique économique capitaliste où la richesse se mesure à partir de l’accumulation de biens matériels ou immatériels, pour étudier plus particulièrement « la génération/jouissance de biens relationnels »[21].

La notion de « bien relationnel » doit être pensée en dehors de la logique capitaliste. Selon Bolívar Echeverría, un bien est un objet pratique qui s’intègre dans un processus social de production et de consommation et de reproduction d’un sujet social. Cet objet pratique peut être « n’importe quel élément de la nature, qu’il soit physique, chimique, vital, psychique ; n’importe quel fait, qu’il soit matériel ou spirituel, etc., n’importe quelle parcelle de réalité extérieure ou intérieure, n’importe quel bout de matière, qu’importe sa matérialité »[22]. Le but d’un bien est de satisfaire un besoin, c’est un élément de la richesse objective d’un sujet social qui possède une valeur d’usage pour la consommation.

Les êtres humains et les sociétés ont des besoins vitaux qui vont au-delà des besoins sociaux basiques (eau, alimentation, habitat, santé, éducation, etc.) et qui se satisfont dans les relations sociales. La reproduction de la vie passe par la sociabilité avec les autres êtres humains, la participation politique, la contemplation, les loisirs gratuits, etc. Les biens relationnels sont ainsi des biens dont l’accès à leur consommation ne passe pas nécessairement par la médiation de l’argent. Reprendre le contrôle de son temps, c’est aussi reprendre le contrôle de sa vie et s’émanciper des relations marchandes afin de participer à ces activités non marchandes.

Selon René Ramírez[23], les biens relationnels sont surtout des biens immatériels dont la production et la consommation sont conditionnées par les conditions matérielles de la société c’est-à-dire lorsque les besoins matériels de base sont satisfaits (même si leur insatisfaction n’empêche pas la génération et jouissance de biens relationnels dans certains cas). En s’appuyant sur une éthique aristotélicienne, Ramírez décrit quatre types d’activités pour la production et consommation de biens relationnels : le travail émancipateur, la contemplation (culture, art, récréation, sport, lecture, la réflexion, la contemplation de la nature, etc.), la création de société (les relations familiales, l’amitié, l’amour) et la vie publique (participation politique, associative, syndicale, activité sociale, etc.). Ainsi l’être humain est un être social qui partage son temps avec les autres, ce qui implique la génération d’espaces de rencontre, de débats, de délibération, la participation dans des actions collectives, la récupération de l’espace public. Ces activités ne peuvent que radicaliser la démocratie.

Une planification démocratique


La planification écologique et sociale ne peut se faire que de manière démocratique afin d’obtenir le soutien de la grande majorité de la population. Michael Löwy affirme que l’écosocialisme implique une éthique démocratique afin de ne pas laisser l’avenir de la société et les décisions importantes dans les mains de l’oligarchie et de technocrates. Ces décisions démocratiques doivent se prendre sur les objectifs de la société, sur les buts et les nécessités de la production, afin de sortir du productivisme : « les grandes décisions concernant la production et la distribution ne sont pas prises par les « marchés » ni par un Politburo, mais par la société elle-même, après un débat démocratique et pluraliste, où s’opposent des propositions et des options différentes »[24].

Cette transformation impliquera forcément une décroissance de la consommation et donc le renoncement à un certain nombre de biens et habitudes ancrés dans la vie quotidienne de la population. Cela ne se fera pas sans résistance si ces besoins créés par le capitalisme ne sont pas remplacés par d’autres désirs. Le concept de « socialisme gourmand » développé par Paul Ariès appelle à cette prise de conscience que l’émancipation sociale et la transition vers le socialisme ne peut s’effectuer si elle est synonyme de manque. Selon lui, « il ne s’agit plus de combler un manque mais de développer les liaisons sociales » à partir d’un socialisme qui veut « chanter la vie au temps présent »[25].

Un thème fondamental qui mérite réflexion est celui de la gratuité et plus particulièrement de la gratuité des services de base correspondant aux besoins sociaux : eau, énergie, santé, éducation, etc. Selon Paul Ariès, penser la gratuité bouleverserait les consciences et amènerait à des comportements antiproductivistes et anticonsuméristes. Toutefois cette gratuité ne serait que pour le bon usage de ces services c’est-à-dire celui qui correspond aux nécessités humaines. Le mésusage ou la surconsommation devront faire l’objet d’un renchérissement, voire d’une interdiction si le peuple l’a décidé démocratiquement.[26] L’exemple type est celui de l’utilisation de l’eau : si nous avons besoin de l’eau pour boire, cuisiner et assurer l’hygiène quotidienne, et que donc cet usage devrait faire l’objet de gratuité, cela est moins vrai pour le fait de remplir sa piscine qui correspond à un mésusage. Ce thème de la gratuité, du renchérissement ou de l’interdiction du mésusage doit faire l’objet d’un débat et d’une prise de décision démocratiques.

La société écosocialiste ne peut donc reposer que sur une véritable démocratie qui dépasse la seule démocratie représentative. Cela n’est pas possible sans l’instauration d’une participation active au sein d’une réelle démocratie participative et l’instauration de différents mécanismes pour que les élus rendent des comptes à intervalles réguliers, pour que les citoyens puissent participer à l’élaboration des lois et proposer des projets de lois et pour que ces lois soient soumises régulièrement au vote à travers le référendum ou des consultations populaires.

Conclusion

La planification écosocialiste ne doit pas tomber dans le piège de la bureaucratisation et du renforcement d’un capitalisme d’Etat. La transformation de la société actuelle ne pourra pas se faire sans une révolution des mentalités. Pour cela, le concept d’hégémonie peut nous être utile. L’hégémonie idéologique néolibérale s’exprime dans une certaine vision de la société et du progrès. Le néolibéralisme est plus qu’une idéologie économique. Il organise l’ensemble de la société et représente ainsi une « forme d’existence »[27] qui s’étend à toutes les sphères de la vie. Il s’agit donc pour l’écosocialisme de se présenter comme un projet alternatif de société et de s’attaquer au sens commun à partir duquel se construisent des formes spécifiques de subjectivité.

Mais le plus important est la construction d’une contre-hégémonie culturelle qui permettrait de modifier, principalement, les modes de consommation et de remettre en cause l’organisation de la production actuelle. José Luis Acanda précise que « l’hégémonie concerne le processus social dans tous ces aspects. C’est-à-dire, toute la reproduction sociale globale. »[28] Ici il faut souligner « l’importance cruciale des pratiques culturelles et artistiques dans la formation et la diffusion du sens commun » et son « rôle décisif […] dans la reproduction ou désarticulation d’une hégémonie donnée »[29]. Ce changement culturel prendra du temps et c’est pour cela que la transition écosociale doit passer par une planification démocratique.

*

Cet article repose en partie sur le deuxième chapitre de Matthieu Le Quang et Tamia Vercoutère, 2013, Ecosocialismo y Buen Vivir. Dialogo entre dos alternativas al capitalismo, Quito, Editorial IAEN.

*

Notes

[1] Michael Löwy, 2011, Écosocialisme. L’alternative radicale à la catastrophe écologique capitaliste, Paris, Mille et une nuits, p. 31-32.

[2] Cf. Paul Ariès, 2011, La simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance, Paris, La Découverte.

[3] André Gorz, 2010, « Prólogo. La salidadel capitalismo ya ha comenzado », in Mouvement Utopia, Manifiesto Utopía, Barcelone, Icaria, Antrazyt, p. 17.

[4] Bolívar Echeverría, 2011, Ensayos Políticos, Ministerio de Coordinación de la Política y gobiernos Autónomos Descentralizados.

[5] David Harvey, 2014, Diecisiete contradicciones y el fin del capitalismo, Quito, Editorial IAEN, p. 31.

[6] Bolívar Echeverría, 1998, La contradicción del valor y el valor de uso en El Capital, de Karl Marx, México, Editorial Itaca, p.11-12.

[7] John Bellamy Foster, 2011, Marx écologiste, Paris, éd. Amsterdam.

[8] Jérôme Lamy, 2016, « Les palimpsestes de Marx. L’émergence de la sociologie marxiste de l’environnement aux États-Unis », Ecologie & politique, n° 53, p. 158.

[9] James O’Connor, 2003, « La seconde contradiction du capitalisme : causes et conséquences », in Jean-Marie Harribey et Michael Löwy (dir.), Capital contre nature, Paris, PUF (« Actuel Marx Confrontation »), pp. 57-58.

[10] Idem, p. 60

[11] Jorge Riechmann, 2006, « La Crítica ecosocialista al capitalismo » in Ángel Valencia (Coord.), Izquierda verde, Barcelona, Icaria/ Fundación NousHoritzons.

[12] Michael Löwy, 2009, « Scénarios du pire et alternative écosocialiste », Nouveaux Cahiers du Socialisme, août.

[13] Daniel Tanuro, 2012, L’Impossible capitalisme vert, Paris, La Découverte, 2nde édition (2010), p. 207.

[14]Voir l’article de Matthieu Auzanneau sur le blog Oil Man : « Raréfaction des métaux : demain, le “peak all” », 8 mai 2012.

[15] Voir Matthieu Le Quang, 2012, Laissons le pétrole sous terre ! L’initiative Yasuni-ITT en Equateur, Paris, Omniscience ; 2016, « La trajectoire politique de l’initiative Yasuní-ITT en Équateur : entre capitalisme vert et écosocialisme », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, n° 130, p. 105-121.

[16] Hervé Kempf, 2007, Comment les riches détruisent la planète, Paris, Seuil, p. 8.

[17] Roger Rashi, 2008, « Capitalisme de désastre ou écosocialisme », Nouveaux Cahiers du Socialisme, mars.

[18] La base de la société de consommation et donc du capitalisme est la publicité qui devra être remise en cause et remplacée par l’information fournie par les associations de consommateurs. La publicité qui pousse à la consommation et à créer des besoins illusoires devra être fortement régulée voire interdite.

[19] Michael Löwy, 2009, « Scénarios du pire et alternative écosocialiste », Nouveaux Cahiers du Socialisme, août.

[20] René Ramírez Gallegos, 2012, La vida (buena) como riqueza de los pueblos. Hacia una socioecología política del tiempo, Quito, IAEN, INEC, p.15.

[21] Idem, p. 16.

[22] Bolívar Echeverría, 1998, op. cit., p.13.

[23] René Ramírez Gallegos, 2012, op. cit.

[24] Michael Löwy, 2011, op. cit., p. 124.

[25] Paul Ariès et Simon Lecomte, « Entretien autour du socialisme gourmand », Le Sarkophage, 17 mars/19 mai 2012, p. 10.

[26] Paul Ariès, 2007, Le Mésusage. Essai sur l’hypercapitalisme, Lyon, Parangon.

[27] Pierre Dardot et Christian Laval, 2009, La nouvelle raison du monde. Essai sur la société néolibérale, Paris, La Découverte.

[28] José Luis Acanda, 2012, « Una reflexión sobre la hegemonia y contrahegemonía en tiempos de crisis », in Francisco Hidalgo Flor et Álvaro Márquez Fernández (Eds.), Contra hegemonía y Buen Vivir, Quito, Universidad Central del Ecuador/Universidad del Zulia – Venezuela, p. 142.

[29] Chantal Mouffe, 2014, Agonística. Pensar el mundo políticamente, Buenos Aires, Fondo de Cultura Económica.

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