PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 un TOURNANT HISTORIQUE du CAPITALISME et de l'ÉTAT FRANÇAIS, élections 2015-2017, faits et propos, analyses et théorie (antiroman)

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Patlotch



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MessageSujet: Re: un TOURNANT HISTORIQUE du CAPITALISME et de l'ÉTAT FRANÇAIS, élections 2015-2017, faits et propos, analyses et théorie (antiroman)    Dim 30 Avr - 18:29

les deux tours de cette élection sont des moments 'compostuels' de changements qualitatifs produits. À partir de la bonne proportion d'ingrédients de base, la température monte, et commencent les processus chimiques de cette transformation... Ils ne cesseront qu'après différentes phases, jusqu'à maturation...

Je filerai plus tard cette métaphore d'une dialectique de la nature
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Patlotch



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MessageSujet: Re: un TOURNANT HISTORIQUE du CAPITALISME et de l'ÉTAT FRANÇAIS, élections 2015-2017, faits et propos, analyses et théorie (antiroman)    Mer 3 Mai - 15:27

complété d'hier

les fers au feu de la démocratie politique, alias l'État du capital

que dire d'«intelligent» en ce 2 mai entre-électoral, de notre point de vue ? Pas grand chose, les ingrédients de la nécessité historique sont en chauffe entre les seins de glace de la démocratie politique

ce qui frappe, les observateurs en sont tous d'accord, c'est la différence avec 2002, Chirac-Le Pen. Le "Front républicain", union sacrée tambours battants tous azimuts pour « faire barrage au FN », ne fonctionne plus comme avant, et pour cause, puisque la préservation du bipartisme droite-gauche a du plomb dans l'aile et que la recomposition politique, même en utilisant les restes, devra produire autre chose,

et surtout, les gens d'en-bas sont vaccinés...

ainsi peut se comprendre la stratégie de Mélenchon, qui ne fait qu'en prendre acte en tentant d'en ramasser plus tard les fruits, aux législatives d'abord, puis durant le quinquennat de Macron, qui s'annonce comme un des plus instables de l'histoire de la République, nonobstant les verrous constitutionnels du régime présidentiel de la Vè République

le vote Macron anti-Le Pen ne passant pas comme une lettre à la poste, il faut bien que la démocratie politique, l'État du capital, se garde un fer au feu. C'est à cela que sert, et servira, "la France insoumise", bien qu'il serait faux de considérer qu'elle ne porte pas "la lutte des classes"

la contradiction de classe est toujours et par définition réciproque, même si un pôle, le capital, subsume le tout, en attendant sa fin...

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MessageSujet: Re: un TOURNANT HISTORIQUE du CAPITALISME et de l'ÉTAT FRANÇAIS, élections 2015-2017, faits et propos, analyses et théorie (antiroman)    Mer 3 Mai - 22:31


retour sur la religion de l'État

parenthèse théorique avec le rappel d'un penseur "inclassable" auquel je me suis déjà référé concernant la religion de l'État, dans un parallèle avec les écrits du jeune Marx. Il y revenait en décembre 2015, à lire à la lumière brouillarde de la situation actuelle, et je découvre qu'il y faisait lui-même allusion à Marx. CQFD, Patlotch

la réponse à la première question avait quelque chose d'annonciateur de ce que nous vivons avec ces élections


Penseur inclassable célébré à l'étranger, le trop rare Pierre Legendre a accordé un entretien exceptionnel Pierre Legendre : État, la désintégration

Interview par Alexandre Devecchio Le Figaro 31/12/2015 à 18:24[/center]à FigaroVox. La question de l'État et la France, deuxième partie.

Pierre Legendre est professeur émérite de l'université Paris-I et professeur à l'Ecole pratique des Hautes études, section des sciences religieuses. Peu connu du grand public en France, il est considéré à l'étranger comme un des plus grands de la pensée française contemporaine. Aux éditions Fayard, dernièrement: Fantômes de l'Etat en France, Ce que l'Occident ne voit pas de l'Occident, Dominium mundi: l'empire du management. Il est l'auteur de trois films, dont La Fabrique de l'homme occidental.
PROPOS RECUEILLIS PAR ALEXANDRE DEVECCHIO @AlexDevecchio


je souligne en bleu
Citation :
La percée du Front National traduit-elle la volonté des Français de retrouver un État fort ?

Pierre LEGENDRE: État fort ou faible, la question n'a plus de sens. Avant d'évoquer le FN, dont on sait la marque antisémite originaire, mais aussi la connivence de jadis avec ceux qui avaient mené la répression à outrance en Algérie, je voudrais dire ceci. Après s'être laissé porter durant des décennies par la vague libérale-libertaire qui a déferlé sur l'Europe sans réflexion critique, l'élite au pouvoir s'étonne aujourd'hui non pas des effets décivilisateurs de cette vague, massivement déniés, mais seulement des accidents qu'elle provoque dans notre vie politique. Et je connais trop bien le fonctionnement des prédicateurs parisiens toujours prompts à stigmatiser, selon des catégories quasi pénales, ceux qui pensent hors du troupeau, pour ne pas m'étonner, moi, des grands airs effarouchés devant ce qui survient.

Ces temps-ci, une certaine presse aux accents de Pravda à la française parlait avec une emphase admirative d'un intellectuel dont le discours, je cite, «a renversé la table». Mais alors, pourquoi le discours d'un parti ne réussirait-il pas le même exploit? Manifestement, les amateurs de discours renversants sont pris de court. Amuser la galerie avec le Front National ou avec Monsieur Tapie naguère présenté comme un modèle à la jeunesse, ça ne dure qu'un temps. Et je ferai remarquer que le FN étant devenu le fournisseur d'un vocabulaire patriotique qu'on cesse de brocarder, nécessité oblige …., il se peut que ce Front National finisse par obtenir paiement pour services rendus!

Ma conclusion tient en peu de mots. Si au moins la percée revancharde du FN donnait à réfléchir, ce pourrait être un gain, le gain d'une leçon. Mais j'en doute.

L'un des chapitres de votre livre s'intitule «la foi en l'État, ou le fiduciaire français». La France s'est-elle construite dans la religion de l'État ?

De quoi parle-t-on avec le mot religion ? Nous sommes en Europe, toujours marquée par la ligne de fracture entre traditions dont je maintiens qu'elles sont inconciliables, en dépit de notre œcuménisme qui en réalité est une arme : l'Ouest catholico-protestant, l'Est orthodoxe. La France laïque ne comprend pas plus que les autres États de notre voisinage la Russie, la Grèce et les Balkans.

Pourquoi évoquer tout ça ? Tout simplement parce que ce mot juridique des Romains baptisé par le christianisme latin, nous l'utilisons à tout-va pour lui faire dire ce qu'on veut. J'ai dénombré une quarantaine de définitions ! Voilà pourquoi j'utilise le terme de fiduciaire pour sortir du brouillard. Il signifie que l'espèce humaine, l'animal parlant, ne peut vivre sans être fondé à vivre. Individuelle ou sociale, la raison de vivre est construite avec des mots, une Référence fondatrice à laquelle nous faisons crédit. La religion, c'est du crédit, du fiduciaire. La religion est, si je puis dire, une sorte de banque qui accrédite un discours fondateur.

Le pouvoir d'Ancien Régime recevait son crédit de la divinité chrétienne, il était en dette avec Dieu et s'acquittait de sa dette par la répétition rituelle, par des liturgies très élaborées. L'État monarchique était ainsi fondé à gouverner, c'est-à-dire à formuler des règles. Comme tous les montages dénichés par l'ethnologie, l'État à l'occidentale marche comme ça, nous sommes fondés comme citoyens par un montage fiduciaire, autrement dit par une religion.

La Première République avait mis en scène la déesse Raison. Nous, les ultramodernes, nous avons un panthéon plus fourni ; les Français ont non seulement la figure divinisée de la République laïque et ses liturgies, mais aussi, en ressortissants de l'Occident industrialiste et mercantile, ils célèbrent l'Argent. Ce serait le moment de lire un petit texte jamais commenté d'un certain Karl Marx sur deux figures unificatrices : le Christ et l'Argent ! Voyez l'iconographie du dollar… «In God We Trust».

Aujourd'hui, l'Éducation, ça consiste à produire des citoyens qui désapprennent à apprendre les fondements normatifs du lien social et ne sont que créanciers….

Alors oui, si l'on saisit ce concept de fiduciaire qui nous renvoie à la dimension universelle du langage, et si on continue à user du mot religion (pourquoi pas?), on peut dire que la France s'est construite dans la religion de l'État. Une religion plutôt intégriste, un «nouveau christianisme» pour reprendre la formule des saint-simoniens au XIXe siècle. L'État à la française est le Rédempteur laïque, un Sauveur sécularisé. Dans cette perspective, je ne vois pas où serait la différence entre l'État monarchique et l'État révolutionnaire.

La contre-épreuve, c'est la situation concrète de l'État administratif menacé par l'intégrisme individualiste. Le «service de l'État» ne veut plus rien dire, face à l'idéologie du libre choix sur le marché de tout, qui prétend disposer de tout, donc de la logique fiduciaire des institutions. Et ça donne quoi ? Un monde à l'envers, où l'État, perdant sa raison d'être, dissout le rapport à l'autorité, bannit les tabous protecteurs, démolit les normes langagières elles-mêmes. Évidemment, ça commence par défaire l'Éducation, ces lieux dont notre professeur Renan disait: «L'État met la main sur l'âme». Aujourd'hui, ça consiste à produire des citoyens qui désapprennent à apprendre les fondements normatifs du lien social et ne sont que créanciers…

L'État français fortement centralisé est-il compatible avec la construction européenne ?


L'Union européenne est-elle aujourd'hui pour les Français autre chose qu'une bureaucratie ? La France a inventé au XVIIIe siècle ce mot qui a fait le tour du monde, et nos mœurs politiques s'accommodent très bien de réglementations envahissantes. Alors que les Anglais et les Allemands sont pointilleux pour défendre leur propre prérogative parlementaire contre Bruxelles, les Français ne sont pas si regardants et se contentent de rouspéter…

Après tout, en matière de justice, c'est pareil ; la maxime de la Révolution «Juger, c'est aussi administrer» reste d'actualité, elle en dit long sur nos manières de bafouer la séparation des pouvoirs. Un exemple: quand un arrêt de la Cour de cassation froisse une catégorie sociale capable d'ameuter les médias, nos gouvernants n'hésitent pas à faire voter une loi ayant pour effet de passer cette jurisprudence à la trappe… Et je rappelle la manie de légiférer à tour de bras, jusqu'à produire des textes dont on sait qu'ils ne seront pas appliqués !

L'Europe, c'est bien beau, mais le projet, obèse et bavard à la française, de Traité constitutionnel européen, finalement rejeté en 2005 par la France et les Pays-Bas, avait à mes yeux quelque chose de ridicule

L'État fortement centralisé est-il compatible avec la construction européenne ? Le désordre juridico-politique que je viens d'évoquer inciterait à vous répondre : oui, car cet État-là est prêt à tout avaler, et l'Europe fourre-tout justifie alors que l'on persiste à n'en rien vouloir savoir.

Mais, si l'on sort de cette torpeur, ma réponse est non. Elle découle de mes propos précédents sur l'État et la Nation, sur le fond historique des choses. Construire l'Europe et non pas seulement la supporter, ça supposerait une audace politique qui pour l'heure est absente. Il n'est pas à l'ordre du jour de faire le ménage dans nos structures intérieures françaises, d'injecter une bonne dose d'esprit fédéral dans l'institution du territoire et dans la formation des responsables du système administratif, et surtout d'élargir notre horizon par une réflexion digne de ce nom sur la généalogie du continent. Un continent qui contient aussi la Russie orthodoxe et tout un monde pris de haut par des discours expéditifs.

L'Union européenne est-elle morte ?

Quand on parle de construction européenne, qu'est-ce que ça dit à la jeunesse, qui voyage si facilement aujourd'hui? Considérons d'un peu plus près l'offre…, pas la prédication, mais le cadre institutionnel de l'Union.

L'Europe, c'est bien beau, mais le projet, obèse et bavard à la française, de Traité constitutionnel européen, finalement rejeté en 2005 par la France et les Pays-Bas, avait à mes yeux quelque chose de ridicule ; pour nombre de personnes averties de l'histoire comparative des formes étatiques, cette scolastique méticuleuse avait quelque chose de dérisoire. La démocratie n'étant pas le fort de cette Europe d'esprit étriqué et souvent cynique, on s'est rattrapé en bricolant des traités de remplacement…. Pour une fois, on n'est pas allé jusqu'à imposer de refaire le référendum, pour annuler le non dans les deux pays concernés !

Justement, ça me fait penser à la boutade d'un opposant à Napoléon III. Un député est censé s'adresser à l'électeur paysan : «Mon ami, le référendum est un mot latin qui veut dire oui»! Au fond, c'est l'état d'esprit des multiples chefferies en titre, qui rivalisent d'ingéniosité dans les bureaux de Bruxelles. Si vous vous intéressez à ce tripot, qui nous concerne tous, nous autres simples citoyens, tâchez de trouver ce petit essai passionnant, publié par Northcote Parkinson en 1957 sous le titre 1 = 2 ; il résume avec humour les inexorables lois d'une Bureaucratie sans tête! Pour tout dire, on a fabriqué un empilement de fonctions sans âme.

Nos États subissent les effets à long terme de l'Holocauste qui a tué des millions de Juifs. Ce massacre d'une portée bien spéciale veut dire le meurtre de l'Ancêtre dans la culture européenne, dite judéo-chrétienne.

La France, dont je crois avoir soupesé les chances de s'auto-réformer comme très faibles sans pression extérieure, s'est enfermée dans une non-pensée sur elle-même et sur l'Europe.

Souvenons-nous : Napoléon voyait l'Europe comme extension française, «la Grande Nation». Ce n'était pas le cas de De Gaulle. Car de Gaulle avait compris que cette Nation française centraliste reste d'un maniement délicat et qu'une fois éteinte la rivalité millénaire avec l'ex-Empire germanique, la France ne pouvait pas tenir son rôle national sans boussole. Après lui, la partie s'est jouée en inversant la logique: d'abord l'économie et les techniques gestionnaires, le reste suivra, c'est-à-dire l'essentiel, à savoir une vision claire et assumée du «qui sommes-nous, où allons-nous?» dont se soutiennent les Nations.

La nullité politique et la passivité, qui ont fini par déséquilibrer et malmener l'Europe du Sud leurrée par les discours à l'eau de rose et la ruée financière, ont aussi pour effet de réactualiser les enjeux d'hégémonie au sein de l'Europe. Pour l'instant, je dirai que l'Allemagne fait son beurre….

Quant à la France, je vois qu'elle a pâti du postulat positiviste qui dominait l'équipe de Jean Monnet et ses successeurs. À quoi s'ajoute le fait que, dans l'intervalle, les États-Unis ont eu les moyens de transformer l'Europe en glacis, à l'instar des anciens «pays frères» de l'ex-URSS. Devenue ignorante de ce que signifie culturellement et politiquement son centralisme invétéré, la France suit un mouvement sur lequel elle semble ne plus avoir prise, avec indifférence ! Nous en sommes là.

Vous écrivez: « Comment est-il possible de s'intégrer à la désintégration ? ». La crise de l'intégration est-elle la crise d'un État qui se désintègre ?

Avant tout, j'évoquerai le contexte dans lequel votre question s'inscrit forcément: «l'effondrement de la civilisation moderne». Cette formule de Ian Kershaw, historien du nazisme, parle de la dictature hitlérienne qu'il qualifie ainsi : «une forme de souffle nucléaire au sein de la société moderne. Elle a montré de quoi nous sommes capables». Et moi j'ajoute: nos États subissent les effets à long terme de l'Holocauste qui a tué des millions de Juifs. Ce massacre d'une portée bien spéciale veut dire le meurtre de l'Ancêtre dans la culture européenne, dite judéo-chrétienne. C'est le principe généalogique, autrement dit le principe de Raison, qui a été touché.

Mon propos, qui tient compte du conflit originaire avec le judaïsme, ne se contente pas des discours habituels sur la Shoah et les horreurs infligées aux Juifs par leurs persécuteurs nazis. Il porte sur la fracture civilisationnelle intrinsèque, qui concerne l'Occident tout entier. C'est à partir de là que devient compréhensible concrètement le souffle nucléaire dont parle Kershaw. Il s'agit du coup porté à l'institution de la filiation, de nouveau subvertie par les propagandes et les pratiques juridiques aujourd'hui à l'œuvre.

De même qu'on n'a pas vaincu le nazisme par des arguments, mais par les armes, on ne viendra pas à bout de l'épidémie de ceux qui se donnent pour idéal le meurtre, par des mesures à caractère symbolique.

En quoi la Seconde Guerre mondiale a-t-elle constitué une rupture ?


Nos sociétés post-hitlériennes ont effectivement muté. La perversion nazie a discrédité le fondement de toute autorité. Elle a aussi montré qu'on pouvait gouverner tout un peuple en donnant la même valeur au fantasme et au raisonnement! Par effets en chaîne, les interdits sont à discrétion, les tabous peuvent tomber les uns après les autres à l'échelle d'une Nation. Et l'expérience a montré la facilité avec laquelle la science est mobilisable pour soutenir la dé-Raison… Je considère que nous avons tout simplement retourné la carte du nazisme, sans la détruire et surtout sans la comprendre. Transposant une expression de l'écrivain américain Scott Fitzgerald, je dirai que nous vivons dans un «abattoir de pensée».

Le dépérissement de la Raison généalogique, ça se paye, et très cher, par le meurtre et l'inceste. J'en ai pris la mesure en m'intéressant au cas du caporal Lortie, auteur d'un attentat commis le 8 mai 1984 dans les locaux du Parlement du Québec où il avait pénétré, ayant l'intention de tuer le gouvernement. Ce jour-là, pas de séance des parlementaires, néanmoins trois personnes ont été assassinées. Lors de son procès, l'accusé a pu dire: «le gouvernement avait le visage de mon père»! Or, le père du meurtrier était un père sans loi, incestueux et violent. Conseillant son avocat, nous avons œuvré pour faire du procès le moyen de faire sortir de son enfermement subjectif un jeune homme inéduqué. Une peine adaptée, accomplie dans une prison civilisée, lui a ouvert l'horizon d'une vie humaine.

Mon écrit sur ce cas a fait réfléchir pas mal de monde, notamment dans la magistrature française de l'époque, fin des années 1980. Il a aussi inspiré deux pièces de théâtre, l'une au Canada, l'autre en France où elle a été jouée à la Cartoucherie de Vincennes.

Une société aussi peut être poussée à la dé-Raison. Mon expérience d'expert pour le compte de l'Unesco m'a fait découvrir en Afrique subsaharienne les conséquences de politiques de développement aveugles, imposant la casse institutionnelle. Par exemple, en discréditant des écoles coraniques séculaires dont l'existence contrariait les spécialistes français de la modernisation! J'ai rapidement tiré mon épingle de ce jeu-là, j'ai su très tôt à quoi m'en tenir sur l'invraisemblable légèreté des parachutés par l'Éducation parisienne, et j'ai fait savoir à qui de droit (y compris à l'Unesco) mes prévisions pour la suite…. L'effroyable d'aujourd'hui confirme, hélas, mes constats de l'époque ; nous étions dans la décennie 1960 !

Les attentats à répétition sont-ils également le fruit de cette crise de l'intégration? En quoi est-ce lié à l'affaiblissement de l'État ?

Quant à cette question de l'intégration et de la désintégration de l'Etat, je vise évidemment la France, mon pays, traditionnellement accueillant. La crise de l'intégration, ça ne veut rien dire à mes yeux. Après tout, l'État est une caisse de résonance, et de nos jours de quoi résonne-t-il? Bien que ça commence à déchanter chez les responsables affrontant les violences djihadistes, il n'est pas question de faire retour sur soi, sur la dévalorisation de l'autorité quand il s'agit de secourir des jeunes en déroute, sur le manque d'exigence dont sont victimes tant d'écoliers et collégiens. Et caetera.

Je n'ai cessé de fréquenter les institutions ayant particulièrement à dire ceci. La déséducation est devenue une politique, dont on recueille aujourd'hui les fruits. Je réprouve le fondamentalisme sous toutes ses formes, y compris quand, par exemple, au sommet de l'État républicain-laïque, on s'est permis, à l'adresse de lycéens, de faire l'apologie de la provocation des Femen manifestant dans la fameuse Église du Sauveur à Moscou, que Staline en son temps avait rasée pour la transformer en piscine… Et de surcroît, de faire émettre le timbre de Marianne sous les traits d'une Femen !

Si c'est ça l'intégration, elle veut dire une désintégration avancée de l'État lui-même. En ce cas, je dis qu'on prépare les djihadistes de demain ou alors que, tout simplement, la jeunesse est poussée à vivre déboussolée.

Encore un mot, puisque j'ai évoqué la terreur djihadiste. Ces temps-ci, j'entends un mot étrange : déradicaliser. Il m'a fait penser (et je ne suis pas le seul) à dératiser…. Sans doute ai-je la tête à l'envers, mais je demande : qu'est-ce que ça signifie exactement ? Après la guerre, on parlait de lavage de cerveau. Je ne connais pas la méthode que suppose la déradicalisation chez les spécialistes qui la pratiquent. Et qu'est-ce que ça vaut au-delà de quelques jeunes égarés qu'on ramènera au bercail républicain ? Et les autres ? De même qu'on n'a pas vaincu le nazisme par des arguments, mais par les armes, on ne viendra pas à bout de l'épidémie de ceux qui se donnent pour idéal le meurtre, par des mesures à caractère symbolique.

Une fois de plus, je constate qu'il n'est pas question de s'interroger sur la racine du mal, cette désintégration dont j'ai parlé. Enfin et pour en terminer, je félicite le conseiller en Com qui a fabriqué le slogan infantile «mariage pour tous». Au moins ça, c'est une trouvaille, une formule qui tape dans le mille, à notre époque où les pouvoirs de tout poil attendent des résultats en traitant l'opinion publique comme une foule de pré-adolescents.

évidemment, Legendre me semble un peu optimiste (pessimiste pour lui) en parlant d'« une désintégration avancée de l'État lui-même ». Nous n'en sommes pas là, mais il me semble à un changement de forme de la so called "gouvernance", appelée tant par les capitalistes que par le "peuple"

c'est pour moi le type de prise de distance historique qui permet de mieux saisir le présent. Ici l'articulation est faite entre ce que j'appelle crise de l'Occident et question de l'État(-Nation), au niveau européen ou français. C'est un élément fort de l'idéologie française comme de la critique décoloniale (bien que lamentablement portée par le PIR)

je le souligne puisque je suis persuadé que ce concept semble ici mis à toutes les sauces de ce qui se passe en France, sans que le lien théorique, établi ici ou là, soit évident à la lecture de ces commentaires


la théorie de la communisation en berne et contre tout, mais rien

je le souligne aussi puisque cette analyse me distingue essentiellement des marxistes d'ultragauche et des communisateurs, pour lesquels le concept d'Occident n'existe pas, et qui ne peuvent par conséquent pas analyser ce qu'ils perçoivent peut-être, y compris des particularités françaises, mais le ramènent à l'unique structure de la contradiction mondiale de classe, et via les État (l'Etat conceptuel), de façon indifférenciée, généralité théorique qui descend du ciel de leur conceptualisation déterministe

autant dire que pour eux l'histoire peut durer longtemps sans qu'il ne se passe rien de significatif. C'est au demeurant pourquoi dans cette période passionnante du point de vue théorique, ils sont muets ou causent d'autre chose, en bons dogmatiques anarcho-marxistes, sans parler de ceux qui croient encore tout dire sous le slogan "élections piège à con"

triste exemple, au degré zéro de la théorie de la communisation dont il se réclame, Pepe@dndf rerefourguant Arte : « Ils ont voté et puis après…» : la belle affaire, mais encore ? L'impuissance anarchiste du romantisme révolutionnaire érigée en principe et le folklore du culte des anciens en preuve de fidélité ? À quoi, d'actuel ?

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Patlotch



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MessageSujet: Re: un TOURNANT HISTORIQUE du CAPITALISME et de l'ÉTAT FRANÇAIS, élections 2015-2017, faits et propos, analyses et théorie (antiroman)    Jeu 4 Mai - 9:41


scores d'audience
de chacun selon ses possibilités

16,5 millions personnes ont suivi le débat Macron- Le Pen, alors que ce sujet l'est chaque jour par une quarantaine

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MessageSujet: Re: un TOURNANT HISTORIQUE du CAPITALISME et de l'ÉTAT FRANÇAIS, élections 2015-2017, faits et propos, analyses et théorie (antiroman)    Jeu 4 Mai - 14:06

10h30, avec un ajout

Le Pen - Macron : un clivage de classe en filigrane

le débat Le Pen- Macron, la tactique des deux adversaires, ne se comprennent que sur fond de recomposition politique en cours et clivage de classe. Le résultat est plié, Le Pen a intégré la victoire de Macron, et si elle s'est refusé une posture crédible comme Présidente, c'est en visant à faire des voix, et peut-être à faire monter abstention et vote blanc (l'audience est d'ailleurs la plus faible des débats de second tour)

ses "mensonges", relevés par les commentateurs, sont marginaux par les points sur lesquels ils portent, qui n'intéressent pas son électorat. Les vérités sorties de sa bouche, sur le plan social notamment, ont bien plus d'impact sur l'électorat prolétarien et la gauche insoumise, qui est son véritable concurrent pour la suite, sur le terrain du populisme. Elle se pose en futur chef de l'opposition, comme Mélenchon...

même sa "vulgarité" est calculée, et l'on n'a pas vu qu'elle aurait nui à Sarkozy

peu de commentateurs ont relevé cet enjeu, que le clivage est sociologique sur une base sociale, "de classe" si l'on veut, et ce qui ressort est le mépris de la classe médiatique pour les gens d'en-bas, pour lesquels ils n'ont aucune empathie, et dont Marine Le Pen était un peu, par défaut, le porte-parole sur le plateau. Elle en a joué et l'a surjoué. Elle a enfermé Macron dans sa défense sincère du "système". Les réactions face à Le Pen sont de la même nature que contre le "non" au référendum de 2005 sur l'Europe : ceux qui votent mal sont des imbéciles

ajout, impression recoupée par Nicolas Chapuis, chef du service politique du Monde « Marine Le Pen a souvent donné l’impression que son principal objectif n’était pas d’emporter ce débat »

extrait

Citation :
Péache : J’ai beaucoup de mal à comprendre quelle était la stratégie de Marine Le Pen hier soir. Elle apparaissait plus en candidate à la place de première opposante qu’à celle de présidente de la République. Etait-ce délibéré, afin de peser sur la recomposition du paysage politique post-élection et intégrant déjà sa défaite ?

Nicolas Chapuis : En effet, je vous rejoins sur cette analyse. Marine Le Pen a souvent donné l’impression que son principal objectif n’était pas d’emporter ce débat, d’apparaître comme « présidentiable », mais plutôt de se positionner comme la future cheffe de l’opposition. Elle a planté un certain nombre de banderilles, elle a instillé le doute sur certaines mesures de son adversaire, comme si elle souhaitait préempter ces critiques dans les mois à venir, face à la droite. C’est l’impression étrange qui reste de ce débat : un non-échange entre deux candidats qui ne visaient pas le même but et ne respectaient pas les mêmes règles.

Noux : Bonjour, comment expliquez-vous le niveau d’impréparation de MLP (fouillis de notes, imprécisions, fuite en avant, ton goguenard) ? Au-delà de la personnalité, n’est-ce pas le reflet d’une réelle impréparation à gouverner ? Si oui, les électeurs frontistes ou sympathisants ne vont-ils pas se détourner d’elle et s’abstenir ? Trois questions, désolé, mais elles sont liées ! Merci !

Nicolas Chapuis : Sur les questions économiques, Marine Le Pen est apparue en effet très brouillonne. Sa confusion, d’entrée de jeu, sur les différents dossiers industriels a été un coup dur pour elle. Elle a immédiatement perdu la bataille de la crédibilité. Mais, d’une certaine façon, elle a aussi donné l’impression de ne pas vraiment la livrer, voire de s’en désintéresser. Comme si pour elle, il ne s’agissait pas vraiment de l’enjeu. On en revient à la question évoquée précédemment. Que visait-elle ? A être élue présidente de la République dimanche, ou à préempter le leadership sur la future opposition ?


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MessageSujet: Re: un TOURNANT HISTORIQUE du CAPITALISME et de l'ÉTAT FRANÇAIS, élections 2015-2017, faits et propos, analyses et théorie (antiroman)    Jeu 4 Mai - 14:38


on trouve parfois dans Le Figaro des articles d'une qualité dépassant ceux du Monde, de Libération, de L'Humanité...



Mathieu Slama voit dans le résultat du premier tour du scrutin présidentiel la preuve que la politique ne peut pas exister en dehors de la lutte des classes.

Consultant et analyste politique, Mathieu Slama collabore à plusieurs médias, notamment Le Figaro et Le Huffington Post, où il intervient particulièrement sur les questions de politique internationale. Il est l'auteur de La guerre des mondes, réflexions sur la croisade de Poutine contre l'Occident, (éd. de Fallois, 2016).


Citation :
On croyait le concept de lutte des classes dépassé. Les intellectuels de gauche Chantal Mouffe et Jean-Claude Michéa, pourtant nourris à la pensée marxienne, déclaraient récemment qu'il devait être repensé. Aucun candidat de gauche, à l'exception de Nathalie Arthaud, n'ont évoqué le concept lors de la campagne.

Or il n'en est rien. La lutte des classes ressurgit politiquement à la faveur d'un duel de second tour qui va opposer le libéral Emmanuel Macron à la souverainiste Marine Le Pen.

L'électorat de Macron réunit la France qui va bien, la France optimiste, la France qui gagne bien sa vie, la France qui n'a besoin ni de frontières ni de patrie, ces vieilles lunes de l'ancien monde: cette France «ouverte», généreuse parce qu'elle en a les moyens. La France de Marine Le Pen est la France qui souffre, celle qui s'inquiète. Elle s'inquiète de son avenir, de ses fins de mois, elle souffre de voir les patrons gagner autant d'argent, elle gronde face à l'incroyable arrogance de cette bourgeoisie qui lui donne des leçons d'humanisme et de progressisme du haut de ses 5000 euros par mois.

La France d'en haut s'apprête à confisquer aux classes populaires l'élection présidentielle
.

La France de Le Pen perdra sans doute face au «front républicain» qui se prépare. Quoiqu'on pense de la candidate du Front national, il y a là une forme d'injustice qui interroge: la France d'en haut s'apprête à confisquer aux classes populaires l'élection présidentielle, la seule élection qui engage véritablement leur destin.

Il suffisait de constater, hier soir, la différence entre les militants de Macron - des consultants branchés, des étudiants en écoles de commerce, sûrs de leur supériorité de classe -, et les soutiens de Le Pen, des gens simples, timides, ne maîtrisant pas les codes sociaux et médiatiques. Quel contraste, également, entre l'ambiance vulgaire de boîte de nuit chez Macron et le bal improvisé chez Le Pen.

Derrière cette lutte des classes se cache un affrontement entre deux visions du monde. La vision libérale et universaliste, qui ne croit ni en l'État, ni en la nation ; et la vision que l'on nomme aujourd'hui populiste ou encore souverainiste, qui veut restaurer l'État, les frontières et le sens de la communauté face aux ravages de la mondialisation. C'est le grand combat qui, au final, n'aura jamais cessé depuis 1789.

Malgré son talent indéniable, l'ancien banquier Emmanuel Macron ne révolutionne rien. Karl Marx le décrivait déjà dans le Manifeste du Parti communiste : la bourgeoisie, écrivait-il, a brisé sans pitié les liens complexes entre les hommes «pour ne laisser subsister d'autre lien, entre l'homme et l'homme, que le froid intérêt, les dures exigences du paiement au comptant» ; «elle a fait de la dignité personnelle une simple valeur d'échange» ; elle a «dépouillé de leur auréole toutes les activités qui passaient jusque-là pour vénérables et qu'on considérait avec un saint respect. Le médecin, le juriste, le prêtre, le poète, le savant, elle en a fait des salariés à ses gages.». Elle a donné «un caractère cosmopolite à la production et à la consommation» et a «soumis la campagne à la ville». Avec son concept d'homme-entreprise, Macron poursuit la logique implacable du capitalisme qui réifie l'Homme et relègue la politique à un simple instrument de soutien aux intérêts privés. La manière dont il a utilisé tous les codes de l'entreprise et du management durant sa campagne présidentielle n'est pas anodine et mériterait une analyse approfondie.

L'erreur de Mélenchon est d'avoir cru qu'il était possible de jouer sur tous les tableaux. Il a eu, incontestablement, une intuition géniale en s'adressant non plus à la gauche mais au peuple dans son ensemble, celui qui est victime de la mondialisation sauvage. Mais il a échoué parce qu'il a refusé d'aller jusqu'au bout de cette logique et d'embrasser la cause populiste et souverainiste. Il a aussi échoué parce qu'on ne peut pas défendre le peuple avec un régime parlementaire, régime de tous les compromis qui profitent toujours aux lobbies et aux intérêts privés. La justice sociale n'est possible qu'avec un État fort et un président qui décide souverainement, exerçant le mandat que lui a confié le peuple.

L'erreur de la droite dans cette campagne a été symétrique de celle du Parti socialiste: celle de croire que la politique pouvait s'extraire des enjeux de classe. La recomposition politique dont on parle tant se fera en partie autour de cet enjeu parce qu'il sous-tend tous les autres: le rapport à la mondialisation, à l'État et à la nation. Et peut-être assistera-t-on, dans un avenir lointain, à une réunion de la France de Le Pen et celle de Mélenchon contre la France des libéraux.

il y a bien évidemment, malgré les citations de Marx, une erreur d'analyse, quant aux « enjeux de classes » qui sous-tendraient « le rapport à la mondialisation, à l'État et à la nation », en considérant que « La justice sociale n'est possible qu'avec un État fort et un président qui décide souverainement ». Mélenchon, s'il prétend sortir du régime présidentiel, n'en veut pas moins « un État fort ». Pour le reste, c'est intéressant

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MessageSujet: Re: un TOURNANT HISTORIQUE du CAPITALISME et de l'ÉTAT FRANÇAIS, élections 2015-2017, faits et propos, analyses et théorie (antiroman)    Jeu 4 Mai - 15:18


point de vue intéressant aussi d'Olivier Roy, certes un peu cuisine électorale et institutionnelle... Je ne titille pas, sur la chute de « chez la plupart des Insoumis, il y a une ambivalence : ils sont les successeurs de la gauche radicale anti-fasciste. Mais ils ne s'appuient plus sur le prolétariat, puisque la lutte des classes n'existe plus » La lutte de classes est le rapport essentiel qui structure le capitalisme et son évolution, cela ne signifie pas qu'elle soit menée consciemment par le prolétariat pour sortir du capitalisme. Mélenchon a le meilleur score ouvrier, sauf erreur (après Le Pen ? à vérifier)




Olivier Roy revient régulièrement à Dreux et observe de près les comportements électoraux des cités populaires
© Agence DREUX

Politologue, spécialiste de l'islam politique, le chercheur a fait un séjour à Dreux, sa ville d'origine, au moment du premier tour de l'élection présidentielle, pour suivre les comportements électoraux : "Ce qui a motivé le vote c'est le sentiment de déclassement ou à l'opposé le goût de l'ouverture".

Citation :
Les quartiers populaires de Dreux, de Vernouillet ou encore La Madeleine à Chartres ont mis Jean-Luc Mélenchon en tête au premier tour. Que dit ce vote ?  On voit que, décidément, la ville de Dreux n'est pas une ville de droite. Le vote Mélenchon prouve simplement qu'il a pompé les voix du Parti socialiste. Il y a eu une sorte de vase communiquant, un transfert des voix des quartiers vers les Insoumis. C'est aussi le signe que la population des quartiers populaires représente le nouveau prolétariat. Jean-Luc Mélenchon a fait une campagne en dehors de tout communautarisme. Il est très laïque, une ligne qui a pu plaire notamment aux musulmans lassés des discours sur l'islam. Ce vote prouve, en tout cas, ce que je dis depuis fort longtemps : il n'y a pas de vote musulman. Les musulmans pratiquants ou culturels votent comme tous les autres électeurs sur une base sociale et économique. Que l'on soit à Dreux, à Marseille ou en Seine-Saint-Denis, les quartiers votent pour Mélenchon. Ils font ainsi la démonstration d'une intégration dans le schéma politique classique par le  biais de la contestation française néo-communiste, anti-impérialiste, tiers-mondiste et laïque.

Une autre forme de radicalisation en somme ?
Jean-Luc Mélenchon a des points communs avec Marine Le Pen. Il est anti-européen, pro-Poutine et pro-Bachar, anti-établishement. Ce qui retient leur vote au FN, c'est le discours raciste. Mais il y a des passerelles.

Pour les législatives, Macron est en face d'un dilemme

Comment voyez-vous le vote du second tour, dans ces conditions ? Les quartiers populaires pencheront plutôt pour l'abstention. Ailleurs, il peut y avoir des électeurs de Jean-Luc Mélenchon qui votent pour Marine Le Pen. Mais chez la plupart des Insoumis, il y a une ambivalence : ils sont les successeurs de la gauche radicale anti-fasciste. Mais ils ne s'appuient plus sur le prolétariat, puisque la lutte des classes n'existe plus. Ils reprennent par contre le discours populiste et anti-bourgeois. Ils ont vite fait de se retrouver sur le même terrain que Le Pen. Les cartes se brouillent et voter Macron leur  devient impossible.

Justement, à propos du vote Macron, il est important à Chartres et le long de la ligne Chartres-Paris, qu'en pensez-vous ? Emmanuel Macron est le seul pro-européen. C'est le candidat de l'ouverture de la France sur le monde. Il attire les gens des grandes villes, les gens qui bougent. On rejoint la théorie du Christophe Guilluy, ce géographe français qui démontre très bien que les Français déclassés ne sont pas les jeunes de banlieues, mais les gens des zones pavillonnaires qui font quatre à cinq heures de transport par jour. Eux sont tentés par le vote Le Pen, alors que ceux qui travaillent à Paris, même s'ils vivent dans des conditions plus ou moins bonnes, voteront Macron, calquant leur vote sur celui de Paris. On voit là encore que les gens votent par rapport à leurs conditions sociales et économiques. L'attentat de vendredi 28 avril n'a d'ailleurs rien changé. Ce qui a motivé le vote, c'est le sentiment de déclassement ou, à l'opposé, le goût de l'ouverture.

Voyez-vous autre chose de frappant dans le vote pour Emmanuel Macron ?
Il est le candidat le moins clivant de tous. Il y a des écarts très faibles entre ses scores les plus bas et ses scores les plus hauts. Il touche des générations et des catégories socio-professionelles différentes. Il est le candidat rassembleur. Il n'a d'ailleurs pas axé sa campagne sur la sécurité ou la laïcité, il préfère dire qu'il faut apaiser les choses. C'est d'ailleurs sur sa modération et sa classe sociale qu'il est attaqué.

Dupont-Aignan la pseudo-caution gaulliste du FN


Où en est-on du front républicain ?
On n'est plus dans cette logique. Marine Le Pen a réussi sa politique de dédiabolisation. Quant à Emmanuel Macron, il souhaite que les électeurs votent pour lui et pas contre Marine Le Pen. Je pense qu'individuellement, beaucoup d'électeurs vont voter pour lui indépendamment des consignes des partis. Prenons les catholiques par exemple, qui ont voté pour François Fillon. Mise à part La manif pour tous, ils voteront pour Emmanuel Macron, non par idéologie, mais selon une considération socio-économique et selon son goût pour l'Europe.

Qu'en est-il du vote de Nicolas Dupont-Aignan ?
Nicolas Dupont-Aignan, c'est le pont entre le Front national et François Fillon. Il est la pseudo-caution gaulliste du FN. Reste à savoir si son électorat va suivre Dupont-Aignan dans son ralliement à Marine Le Pen. En Eure-et-Loir, ce ne serait pas étonnant que ça fonctionne.

Comment voyez-vous la suite, les législatives ?
Emmanuel Macron va réintégrer des sortants de  droite et du Parti socialiste, car il n'a pas de parti. Mais il y aura des nouveaux sur lesquels planent une grosse inconnue. Tout dépend aussi de l'état de LR et du PS. S'ils sont en crise, il peut y avoir des coalliances. S'il y a une reprise en main de ces partis, il y aura des bagarres. Pour les législatives, Macron est en face d'un dilemme : les électeurs ont du mal à voter pour un inconnu. Emmanuel Macron aurait intérêt à prendre des anciens, mais il serait alors en contradiction avec son projet de renouvellement.

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MessageSujet: Re: un TOURNANT HISTORIQUE du CAPITALISME et de l'ÉTAT FRANÇAIS, élections 2015-2017, faits et propos, analyses et théorie (antiroman)    Jeu 4 Mai - 16:12


récréation 1



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MessageSujet: Re: un TOURNANT HISTORIQUE du CAPITALISME et de l'ÉTAT FRANÇAIS, élections 2015-2017, faits et propos, analyses et théorie (antiroman)    Jeu 4 Mai - 16:52


récréation 2

Législatives 2017
La France insoumise de Mélenchon va engager des poursuites judiciaires contre le PCF


Geoffroy Clavel Chef du service politique du HuffPost  04/05/2017

Le mouvement accuse les communistes de "semer la confusion chez les électeurs" en usurpant l'image du candidat à la présidentielle.

Citation :
S'oriente-t-on vers un face à face fratricide entre mélenchonistes et communistes aux prochaines élections législatives? Les tensions opposant la France insoumise (LFI) et le PCF ont franchi un nouveau palier ce jeudi 4 mai. Dans un communiqué, le mouvement fondé par Jean-Luc Mélenchon a fait savoir qu'il allait porter plainte contre son allié communiste dont certains candidats se prévaudraient -à tort- du soutien de l'ancien candidat à la présidentielle.

"Le PCF cherche à semer la confusion chez les électeurs qui ont voté pour le candidat de la France Insoumise en faisant croire que les candidats du PCF aux législatives ont le soutien de Jean-Luc Mélenchon. Il n'en est rien. Les seuls candidats qui ont ce soutien sont ceux validés par la France Insoumise.​​​​​​", indique le mouvement sans citer de noms.

Exigeant "l'arrêt immédiat de l'utilisation de la photo de Jean-Luc Mélenchon ainsi que de tous les éléments graphiques appartenant à la France Insoumise" sur les matériels de campagne, le mouvement annonce qu'il va "engager les poursuites judiciaires afin de faire cesser cette situation puisque nos rappels à l'ordre répétés ne sont suivis d'aucun effet".

Dialogue de sourds à gauche de la gauche


Cette nouvelle dispute intervient alors que LFI et le PCF n'ont toujours pas réussi à trouver un accord en vue des élections législatives. Le Parti communiste refuse notamment de signer comme le réclame la formation mélenchoniste une "charte" dans laquelle il s'engagerait à présenter ses candidats sous le logo La France insoumise, à respecter une discipline de vote à l'Assemblée, et à dépendre de l'association de financement de La France insoumise. Une vassalisation financière jugée inacceptable par certains cadres du PC soucieux de préserver l'indépendance de leur parti.

Il y a une semaine, le Parti communiste avait proposé des retraits réciproques dans 30 circonscriptions au total, 15 réservées au PCF, 15 à La France insoumise, tout en plaidant pour une grande alliance nationale incluant tous les mouvements anti-libéraux. Mais le mouvement mélenchoniste a la dent contre les députés PCF "qui n'ont pas accordé leur parrainage à Jean-Luc Mélenchon" à l'élection présidentielle ainsi que contre les écologistes qui ont soutenu Benoît Hamon au premier tour.

"La France insoumise, ça n'est pas une entreprise à recycler. On est pour le recyclage du point de vue écologique, mais pas pour le recyclage en politique", a prévenu le porte-parole Alexis Corbière.

je n'ai jamais douté que la direction du PCF ne roulait que pour sauver ses meubles, mais quelque chose m'échappe : Mélenchon, non content d'avoir au 1er tour décroché le PCF du PS et même de Hamon, le PCF le suivant par opportunisme, il me semble qu'il se tire une balle dans le pied concernant le nombre de députés espérés. Il faudrait regarder quelles circonscriptions seront l'objet d'une concurrence pour avoir l'explication, faire tomber quelques caciques de la ligne héritée de l'Union de la gauche ? L'accord électoral ne sera pas signé, il portait sur une trentaine de circonscriptions...

au delà des bisbilles et de la cuisine électorale, un enjeu est de savoir quelle force politique représenteront les insoumis dans le quinquennat agité qui vient, et relativement au FN élargi (cf commentaire de 14h06)

ceci d'autant que la situation du second tour, le chantage au risque Le Pen, risque de se reproduire dans nombre de circonscriptions, et l'assemblage hétéroclite des insoumis et du PCF de ne pas faire le poids, alors, s'il explosait...

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MessageSujet: Re: un TOURNANT HISTORIQUE du CAPITALISME et de l'ÉTAT FRANÇAIS, élections 2015-2017, faits et propos, analyses et théorie (antiroman)    Ven 5 Mai - 8:52


une forte abstention prolétarienne...

Présidentielle
un Français sur quatre n'a pas l'intention de se rendre aux urnes pour le second tour, selon un sondage


franceinfo Radio France 05/05/2017

Le taux de participation au second tour de l'élection présidentielle dimanche ne pourrait être que de 75%, selon un sondage Odoxa pour franceinfo publié vendredi. Ce serait alors le deuxième plus faible niveau de l’histoire de la Ve République.

Citation :
Un quart d'abstentionnistes

Selon l'institut Odoxa, il est "fort probable" que la participation dimanche se situe "en dessous de celle du premier tour" (77,77%) et qu'elle soit plus faible que celles observées lors des trois dernières présidentielles de 2002, 2007 et 2012. En 2002, la participation au second tour avait atteint 79,7%, elle avait même culminé à près de 84% en 2007, puis s'était élevée à 80,3% en 2012.

Le record d'abstention lors d'un second tour remonte à 1969, la participation n'avait été que de 69% cette année-là. Avec un quart d'abstentionnistes attendus dimanche (75%), 2017 devrait arriver juste derrière, estime Odoxa.

L'abstention sera "maximale" au sein des catégories populaires, indique l'institut, et en particulier chez les chômeurs (35%) et les ouvriers (30%). "De façon encore plus remarquable, l'abstention progresse de façon presque continue" chez les jeunes, "passant de 16% auprès des plus de 65 ans à 32% auprès des 18-24 ans", précise Odoxa.

Un vote de rejet plus que d'adhésion

Autre enseignement de ce sondage : c'est auprès des sympathisants des partis de la gauche du PS, donc essentiellement chez les insoumis, que l'abstention atteindrait ses plus hauts niveaux, avec 34%. Elle n'est que de 10% auprès des sympathisants du PS et de 28% auprès des sympathisants de la droite.

"Par ailleurs, chez les électeurs qui comptent se rendre aux urnes, le vote ne se fera pas dans un grand élan d'enthousiasme",
note Odoxa. Ainsi, 53% des Français qui comptent voter ce dimanche le feront par "refus" de l'autre candidat plutôt que par "adhésion" à celui qu'ils ont choisi (47%). À ce titre, ce sont les électeurs de François Fillon qui voteront le plus par refus de l'autre candidat (85%).

Enfin, d'après cette enquête, c'est Emmanuel Macron qui a été jugé plus convaincant que Marine Le Pen par les Français lors du débat télévisé de mercredi soir (48% contre 19%). [la radio ajoute que les autres ont jugé d'un « match nul » : à entendre dans tous les sens du terme ?]

*Enquête réalisée en ligne le 4 mai 2017 auprès d'un échantillon de 998 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, parmi lesquelles 959 personnes inscrites sur les listes électorales.

confirmation donc du comportement 'prolétarien' qui se partage entre populisme néo-fascisant ou radical démocratique, et abstention

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MessageSujet: Re: un TOURNANT HISTORIQUE du CAPITALISME et de l'ÉTAT FRANÇAIS, élections 2015-2017, faits et propos, analyses et théorie (antiroman)    Ven 5 Mai - 15:07


for the Road, again. Quatrain, quatre-un


FOUR IN ONE

comme on vote on se couche
ce qui les botte sabotons
Français, c'est louche
Élections piège à cons !

Montreuil, Café Gabriel, 5 mai 2017 14:02


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MessageSujet: Re: un TOURNANT HISTORIQUE du CAPITALISME et de l'ÉTAT FRANÇAIS, élections 2015-2017, faits et propos, analyses et théorie (antiroman)    Ven 5 Mai - 15:33


à force de le prendre pour un con de réac'...


« Je fais partie de l'élite mondialisée.
J'appartiens à la France qui vote Macron.
Moi je crois au vote de classe.
Je suis trop riche pour voter pour Le Pen ou Mélenchon, je ne suis pas un héritier,
donc je ne suis pas la classe qui vote Fillon. »


Pour autant, l'auteur a précisé qu'il allait s'abstenir, dimanche 7 mai, comme à son habitude.

Michel Houellebecq, France 2, jeudi 4 mai

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MessageSujet: Re: un TOURNANT HISTORIQUE du CAPITALISME et de l'ÉTAT FRANÇAIS, élections 2015-2017, faits et propos, analyses et théorie (antiroman)    Ven 5 Mai - 19:07


pendant ce temps là, outre-Manche...



sale temps pour le démocratisme radical et le populisme nationaliste




Le parti de Jeremy Corbyn (de dos) a perdu près de 140 sièges lors des élections locales, jeudi. Un nombre qui pourrait encore évoluer, alors que les dépouillements sont encore en cours.
(Crédits : REUTERS/Darren Staples)

Citation :
Tenues jeudi en Angleterre, au Pays de Galles et en Ecosse, les élections locales ont donné un avant-goût des élections générales, prévues le 8 juin prochain. Comme prévu, les travaillistes ont cédé du terrain au profit des conservateurs. UKIP, le parti eurosceptique, a lui perdu tous ses sièges aux "county councils", l'équivalent des conseils régionaux français.

Le Royaume-Uni est-il (re)parti, 27 ans après la fin du règne de Margaret Thatcher, pour une longue période de domination sans partage des Tories ? Intercalées entre l'annonce de nouvelles élections générales, le 19 avril, et le scrutin, prévu dans 33 jours, les élections locales de ce jeudi 4 mai ont donné plusieurs éléments de réponse. Sur la dynamique des conservateurs, d'abord. L'état d'éparpillement de l'électorat du Labour, ensuite. Et par-dessus tout, sur l'explosion en plein vol du UK Independence Party (UKIP), moins d'un an après le vote des britanniques en faveur du Brexit.

En début d'après-midi, vendredi, alors que le dépouillement était encore en cours dans de nombreux comtés à travers le pays, les résultats partiels donnaient un clair aperçu de la tendance générale. Par rapport au précédent renouvellement des county councils (l'équivalent des conseils régionaux français), en 2013, les Tories gagnaient 268 sièges, les travaillistes en cédaient 139 tandis que UKIP était purement et simplement rayé de la carte, abandonnant les 41 sièges qu'il occupait et n'en gagnant qu'un seul. De leur côté, les Verts réalisaient un score encourageant (+3 sièges), notamment dans les circonscriptions visées le 8 juin.

Retour vers les années 1980 pour le Labour

Pour le Labour, qui espérait limiter la casse avant les élections générales, la chute est douloureuse. En dépit de bons résultats à Cardiff, Newport et Swansea, au Pays de Galles, où le parti conserve la majorité des sièges, d'autres councils de la région étaient raflés par des indépendants, dont le fief du Premier ministre travailliste gallois, Carwyn Jones. En Angleterre aussi, le parti souffrait. Dans le Cumbria (Nord-ouest) et le Northumberland (Nord-est), notamment, où les travaillistes laissaient leur place de parti majoritaire aux conservateurs. Plus difficile encore à encaisser, la perte de Glasgow, en Ecosse, pour la première fois depuis 40 ans. Une victoire pour le SNP (Scottish National Party), qui s'inscrit dans la continuité du vote pro-indépendance lors du référendum de septembre 2014.

3hCapX ✔ @CapX
BBC projected national vote share:

Con: 38% (+3%)
Lab: 27% (-2%)
Lib Dem: 18% (+7%)
UKIP: 5% (-8%)
Others: 12% (n/c)

Change, 2013#LE2017

En milieu d'après-midi, les conservateurs avaient remporté 38% des voix, les travaillistes 27%, les Lib Dems 8% et UKIP 5%, selon une projection nationale.

Concrètement, les travaillistes se dirigent vers la pire performance pour un parti d'opposition dans ce type d'élection depuis 1985, en plein cœur de l'ère de la Dame de fer. En février déjà, les travaillistes avaient perdu l'élection partielle dans la circonscription de Copeland (Nord-ouest), une première, encore, pour un parti d'opposition depuis... 1982. Les similitudes avec l'époque thatchérienne ne s'arrêtent pas là : au début des années 1980, le Labour était également emmené par un membre très contesté de l'aile gauche du parti, Michael Foot (1980-1983). "Le leadership de Jeremy [Corbyn] revient très souvent lorsque l'on rencontre les électeurs", regrette le député Stephen Kinnock, pour qui Corbyn est en grande partie responsable de résultats qu'il qualifie de "désastreux".

Les conservateurs profitent de l'effondrement de UKIP

En parallèle, les conservateurs grignotaient des sièges jusque dans des terres historiquement acquises aux travaillistes, notamment l'Ecosse, où le parti avait quasiment disparu du paysage politique au début des années 2010. Fait notable et principal enseignement pour le parti de Theresa May, le transfert des voix s'est avant tout produit entre UKIP et les conservateurs et non entre les deux partis principaux, comme lors des élections précédentes : en Angleterre, UKIP a perdu 15% des voix par rapport à 2013, quasiment toutes reportées sur les conservateurs (+13 points). Le résultat de la position ferme de Theresa May sur le Brexit, rendant caduque la raison d'être d'un parti ne vivant quasiment que pour la sortie de l'UE et une politique migratoire plus stricte. UKIP, dont la gestion est catastrophique depuis le départ du charismatique Nigel Farage, a déçu à Hartlepool, ville ciblée pour les législatives, et pourrait voir son pourcentage de voix final s'écrouler à 3% (contre 22% en 2013).

Rien ne dit que les écarts seront similaires le 8 juin. Mais comme le prédisaient les sondeurs, la dynamique est bel et bien du côté des conservateurs. Les électeurs du Labour, partis chez UKIP voilà quelques années, ne rentreront très probablement pas au bercail et voteront pour les candidats représentants le "hard Brexit", à savoir les Tories. Raison de plus pour Theresa May d'espérer une majorité écrasante (et pour Jeremy Corbyn de s'inquiéter) : dans les années 1980, les conservateurs ont toujours amplifié leurs victoires aux scrutins locaux lors des élections générales suivantes.

on n'est pas près de tout comprendre des mouvements électoraux. Ce qui est sûr, c'est qu'aucune des gauches, même reconverties en populismes de gauche, n'ont le vent en poupe. Exception, la Grèce de Tsipras, mais bon, le Syrisa réel au gouvernement, vu ses mesures d'austérité, est-il si loin de Macron (pour qui Varoufakis appelle à voter, dit en passant) ? Quant à Mélenchon, qui dit que, tenant au charisme d'un homme dominateur de 65 ans, l'insoumission français soit bien durable ?



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MessageSujet: Re: un TOURNANT HISTORIQUE du CAPITALISME et de l'ÉTAT FRANÇAIS, élections 2015-2017, faits et propos, analyses et théorie (antiroman)    Ven 5 Mai - 22:50


récréation
ils sont venus, ils sont tous là...




comme on dit, ils sont graves

Bernard-Henri Lévy :

"Le FN critique l'élite, alors l'élite devrait se taire ?"



ultime soirée avec la publication des sondages, qui donnent Macron montant de 2 à 3%, Le Pen baissant d'autant, mais aussi une abstention record, ce qui tendrait à montrer que l'abstention globale ne profite pas à celle-ci, mais tout dépendant de qui s'abstient...

et si devant cette certitude que Macron va gagner, certains décidaient plutôt de s'abstenir ou de voter blanc, repoussant le choix Macron contre Le Pen qui leur répugne ?

je ne me hasarderais pas à un pronostic devant ces choix "personnels" de stratèges en isoloir, mais...

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MessageSujet: Re: un TOURNANT HISTORIQUE du CAPITALISME et de l'ÉTAT FRANÇAIS, élections 2015-2017, faits et propos, analyses et théorie (antiroman)    Sam 6 Mai - 11:38


on apprend qu'à Sciences-po Paris, Macron a exposé dans un temps limite de 10 minutes sur le sujet : « Historiographie du communisme ». « Quand Emmanuel est passé, le professeur nous a lancé : On va faire une petite exception pour demander à votre camarade de continuer. Il a parlé, parlé et répondu lui-même à nos questions. »

aujourd'hui le spectre de Macron hante le prolétariat français, mais il ne répond pas à ses questions...

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MessageSujet: Re: un TOURNANT HISTORIQUE du CAPITALISME et de l'ÉTAT FRANÇAIS, élections 2015-2017, faits et propos, analyses et théorie (antiroman)    Dim 7 Mai - 18:52


récréation




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MessageSujet: Re: un TOURNANT HISTORIQUE du CAPITALISME et de l'ÉTAT FRANÇAIS, élections 2015-2017, faits et propos, analyses et théorie (antiroman)    Dim 7 Mai - 19:50

rappel d'un commentaire du 11 mars

Citation :
quelques chiffres avant les élections présidentielles, obtenus en recoupant diverses données (INSEE...) et arrondis

1) population française : 67 millions

2) en âge de voter ("adultes") : 52 millions soit 77% (15 millions de moins de 18 ans, ~ un quart de la population)

3) inscrits sur les listes : 47 millions soit 90% (10% de non inscrits)

pour une compréhension des élections, il faudra donc rapporter le nombre de voix de chaque candidat.e à ces proportions réelles

4) exemple : pour un taux de votants attendu de 75 % soit ~ 35 millions, soit 67 % rapporté aux "adultes"

pour ce taux, 25% de voix exprimées au 1er tour (score des sondages pour Le Pen et Macron), c'est donc 18,5% des inscrits et 17% de l'électorat potentiel (comptant les non inscrits)

50% au second tour, 17,5 millions, c'est ~ un tiers de l'électorat potentiel pour devenir président de la république

le taux de participation, 75%, que j'avais retenu est proche de celui de ce second tour. Par contre je n'avais pas évoqué les nuls et blancs, non pris en compte, qui diminueront encore le pourcentage de Macron relativement à l'électorat potentiel. Pour connaître celui-ci il faudra attendre le nombre de voix qu'il a reçues

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MessageSujet: Re: un TOURNANT HISTORIQUE du CAPITALISME et de l'ÉTAT FRANÇAIS, élections 2015-2017, faits et propos, analyses et théorie (antiroman)    Dim 7 Mai - 20:30


Macron élu par 40 % des Français

le nouveau Président a été élu avec 20,7 millions de voix pour 52 millions en âge de voter, soit 39,8%

certes pas d'impact politique mais relativise les 66%, et indique son peu de légitimité, sans parler du vote "utile", dixit l'ami Stanislas

ses 8,6 millions au premier tour représentent 16,5%, la popularité de François Hollande en fin de règne...



Dernière édition par Patlotch le Lun 8 Mai - 12:11, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: un TOURNANT HISTORIQUE du CAPITALISME et de l'ÉTAT FRANÇAIS, élections 2015-2017, faits et propos, analyses et théorie (antiroman)    Lun 8 Mai - 11:25


Macron, Le Pen, Mélenchon : 3 discours transclassistes

Marine Le Pen a écrit:
Ce second tour organise une recomposition politique de grande ampleur entre les patriotes et les mondialistes. C'est ce grand choix qui sera présenté par circonscription aux Français lors des législatives. Je serai à la tête de ce combat.

Le Front national doit lui aussi profondément se renouveler afin d'être à la hauteur de cette opportunité historique. Je proposerai donc d'engager une transformation profonde de ce mouvement afin de constituer une nouvelle force politique.

Mélenchon a écrit:
Notre pays a massivement refusé l'extrême droite car elle est étrangère à l’identité républicaine de la France

Madame le Pen arrive troisième de ce second tour, après monsieur Macron, les abstentions, les bulletins blancs et nuls.

Fédérez-vous, les gens, sans vous éparpiller...

Macron a écrit:
La France l'a emporté...

la bourgeoisie la plus bête du monde ?

une leçon de cette élection, ou plutôt de la campagne depuis l'émergence et la fabrication accélérée du candidat Macron, c'est la réactivité de la bourgeoisie française pour se tirer d'un mauvais pas quant à sa représentation politique pour le maintien de son pouvoir dans l'État, et ceci avec la participation active de la société civile, les citoyens nationaux en tant que 'peuple'

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MessageSujet: Re: un TOURNANT HISTORIQUE du CAPITALISME et de l'ÉTAT FRANÇAIS, élections 2015-2017, faits et propos, analyses et théorie (antiroman)    Lun 8 Mai - 12:03


Le retour d'une fracture de classe

Grégoire Biseau Libération 7 mai 2017

Derrière la victoire de Macron se cachent deux France sociologiquement opposées. Une aisée et diplômée qui soutient le projet d’En marche, et une démunie séduite par Le Pen.

Citation :
La première vertu d’une présidentielle est d’esquisser le visage de la France. De tracer une ligne qui coupe le pays en deux. Une démarcation forcément un peu ­caricaturale, car binaire comme l’est le suffrage universel à deux tours. Les 65,8 % en faveur de Macron ne font pas que trancher le rapport de force entre «progressistes» et «nationalistes», pour reprendre les mots du futur chef de l’Etat. Ils dessinent en creux deux France : celle qui va bien contre celle qui décroche. Celle de l’appel du large contre celle du repli. La première a un ­ président, la deuxième du ressentiment.

Avec cette élection, le clivage gauche-droite s’est dilué dans une nouvelle opposition beaucoup plus sociologique. Ce scrutin a célébré le grand retour de la fracture sociale, popularisée en 1995 par Jacques Chirac et théorisée par le démographe Emmanuel Todd. Elle était réapparue lors du référendum sur la constitution européenne en 2005. Pour finalement disparaître. Elle est revenue en majesté à l’occasion de cette présidentielle. Et Emmanuel Macron devra en tenir compte très vite, au ­risque de perdre la moitié du pays.

Les résultats du premier tour avaient déjà fait apparaître une France coupée en deux, selon une diagonale qui va du Havre à Marseille. La France de l’ouest a placé en tête Macron, celle du nord, de l’est et du sud-est Marine Le Pen. On aurait pu y voir une opposition géogra­phique, culturelle et historique. Beaucoup de commentateurs ont, dans la même veine, théorisé la France des grandes villes (macronienne) contre la France rurale ou du périurbain (frontiste). Dans son analyse approfondie du vote du premier tour, Jérôme Fourquet de l’Ifop a, lui, donné une clé de lecture plus opératoire : la prédominance de la question ­sociale. Emmanuel Macron est arrivé en tête le long de l’arc atlan­tique, là où les Français ont très majoritairement l’impression de vivre dans une relative prospérité économique. En tout cas dans une dynamique positive. Contrairement au nord et au nord-est de la France, où les sentiments de déclas­sement et de déclin l’emportent largement.

Equation


Cette élection présidentielle a ramené sur le devant de la scène nos vieilles classes sociales. La France diplômée, qui paye l’impôt sur le revenu et qui considère que son niveau de vie s’est amélioré, a voté très majoritairement Macron. Celle qui n’a pas le baccalauréat, qui pointe au chômage ou vit dans la précarité, n’a pas hésité à mettre un bulletin Le Pen dans l’urne. Fourquet a fait un calcul édifiant : plus une commune est riche (en fonction du nombre d’habitants payant l’impôt sur le revenu) plus elle vote Macron. Aussi vraie qu’une équation mathématique.

Deux France, donc, qui n’ont plus grand-chose à voir et à se dire. Et dont le rapport de force est fixé par la réponse à cette seule question : considérez-vous la mondialisation comme une chance ou une menace  ? Selon notre sondage Viavoice réalisé au soir du premier tour, les deux camps sont aujourd’hui parfaitement équilibrés. Mais recouvrent une sociologie diamétralement opposée. Les classes populaires sortent du quinquennat Hollande avec la conviction que leur situation s’est considérablement dégradée. Après avoir baissé pendant la première moitié du mandat, le taux de pauvreté est reparti à la hausse à la fin du quinquennat. Les inégalités ont suivi la même courbe : elles ont été fortement réduites dans les deux premières années, jusqu’à an­nuler les effets de la crise de 2008, puis elles se sont aussi elles aussi, remises à grimper. Retour ­à la case départ. Epuisée par dix ans de chômage de masse et de stagnation du pouvoir d’achat, cette France de deuxième division brûle d’une vraie colère sociale. Et ce n’est pas la première grande mesure promise par le président de la République Macron (une nouvelle loi travail par ordonnance) qui va la rassurer. Emmanuel Macron aurait tort de se féliciter trop vite de l’affaiblissement du clivage gauche-droite.

Car l’opposition frontale entre ces deux France porte en elle les germes d’une radicalité autrement plus ­éruptive.

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MessageSujet: Re: un TOURNANT HISTORIQUE du CAPITALISME et de l'ÉTAT FRANÇAIS, élections 2015-2017, faits et propos, analyses et théorie (antiroman)    Lun 8 Mai - 12:22


Les jeunes ont-ils voté pour Emmanuel Macron ou Marine Le Pen ? Quel candidat a remporté les suffrages des ouvriers, des cadres, des retraités ? Voici quelques éléments de réponse pour comprendre les résultats de l'élection présidentielle.

Citation :
Pour qui ont voté les cadres et les ouvriers, les jeunes et les seniors, les électeurs des villes et ceux des campagnes ? A qui les électeurs de Jean-Luc Mélenchon ont-ils finalement donné leur voix ? Derrière la large victoire d'Emmanuel Macron (65,8%) au second tour de l'élection présidentielle face à Marine Le Pen (34,2%), dimanche 7 mai, les détails du vote en fonction de la catégorie socioprofessionnelle des électeurs, de leur niveau de revenus ou encore de leur âge montrent de profondes disparités. Pour y voir plus clair, voici quelques enseignements compilés à partir d'une enquête de l'institut Ipsos/Sopra Steria pour France Télévisions et Radio France*.

Macron en tête dans toutes les classes d'âge

Au premier tour, Jean-Luc Mélenchon avait réussi le pari de séduire la jeunesse, que convoitait Marine Le Pen. Quinze jours plus tard, les 18-24 ans ont choisi Emmanuel Macron à 66%, selon l'enquête Ipsos/Sopra Steria. Mais c'est auprès des seniors qu'Emmanuel Macron engrange les meilleurs résultats : 70% des 60-69 ans et 78% des 70 ans et plus ont voté En marche ! Si Marine Le Pen est devancée dans toutes les classes d'âge, elle a tout de même séduit 40% des 25-34 ans et 43% des 35-49 ans.

L'abstention, qui a atteint 25,3% au second tour, explose toutefois chez les plus jeunes, dont 34% ont boudé les urnes.




Le Pen séduit les ouvriers, Macron les cadres et retraités

Comme au premier tour, Marine Le Pen s'est imposée auprès de l'électorat ouvrier : 56% des ouvriers sondés par Ipsos/Sopra Steria l'ont préférée à Emmanuel Macron (44%). A l'inverse, Emmanuel Macron a réalisé ses plus gros scores chez les cadres (82%), mais aussi les retraités (74%), les professions intermédiaires (67%) et enfin les employés (54%). Qu'ils soient salariés du privé ou du public, les sondés ont voté Macron à 62%.




L'écart est moins important chez les chômeurs, qui ont voté à 53% pour Emmanuel Macron et à 47% pour Marine Le Pen. C'est également la catégorie qui s'est le plus abstenue (35%).




Les hauts revenus votent Macron, les moins aisés choisissent Le Pen


Sans surprise, comme au premier tour, les résultats de l'étude Ipsos/Sopra Steria sont clairs : plus le revenu des sondés augmente, plus le vote en faveur d'Emmanuel Macron augmente. Les électeurs dont le foyer gagne plus de 3 000 euros mensuels ont ainsi voté massivement (75%) pour le candidat du mouvement En marche ! Ce résultat tombe à 59% dans les foyers gagnant moins de 2 000 euros par mois, et à 55% chez ceux qui gagnent moins de 1 250 euros mensuels.




Afin de préciser cette tendance, Ipsos/Sopra Steria a posé la question suivante aux sondés : "Comment vous en sortez-vous avec les revenus de votre ménage ?" Ceux qui disent s'en sortir "très difficilement" ont massivement choisi Marine Le Pen (69%), ce qui s'en sortent "difficilement" ont préféré Emmanuel Macron à 61%, comme ceux qui s'en sortent "facilement" (79%).




Emmanuel Macron n'est pas seulement le candidat des villes

Au premier tour, Macron gagnait les villes et Le Pen remportait les campagnes. Au point que si seuls les électeurs habitant à la campagne et dans les petites villes avaient eu le droit de voter, Marine Le Pen serait arrivée en tête le 23 avril. Cela ne s'est pas confirmé le 7 mai au second tour.

Les électeurs des campagnes (57%) et des communes de moins de 20 000 habitants (65%) ont majoritairement opté pour Emmanuel Macron, tout comme ceux des grandes villes (62%) et de l'agglomération de Paris, où il réalise son meilleur score (72%).




Macron capte les électeurs de Mélenchon comme ceux de Fillon

C'était l'une des grandes inconnues de ce second tour : vers qui les électeurs de Jean-Luc Mélenchon et François Fillon se sont-ils tournés ? Ils ont très largement choisi Emmanuel Macron. En l'absence de consigne de vote du candidat de la France insoumise, 52% des soutiens de Jean-Luc Mélenchon ont voté pour le candidat d'En marche ! et seulement 7% pour Marine Le Pen. A noter tout de même, près d'un quart (24%) d'entre eux se sont abstenus.

Les électeurs de François Fillon ont fait le même choix : 48% ont voté pour le candidat d'En marche ! et 20% ont donné leur voix à Marine Le Pen. Ils sont moins nombreux à avoir choisi de s'abstenir (17%).




* Enquête réalisée par Ipsos/Sopra Steria, sur internet, avec la méthode des quotas, du 4 au 6 mai auprès de 4 838 personnes inscrites sur les listes électorales, constituant un échantillon national représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

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MessageSujet: Re: un TOURNANT HISTORIQUE du CAPITALISME et de l'ÉTAT FRANÇAIS, élections 2015-2017, faits et propos, analyses et théorie (antiroman)    Lun 8 Mai - 17:32


et le "prolétariat", dans tout ça ?

à défaut d'une impossible case "prolétariat", faisons ressortir les catégories qui permettent de cerner le mieux ce qu'il recouvre : 1) ouvriers, 2) employés, 3) chômeurs, 4) revenus inférieurs à 1250€ 5) ménages qui s'en sortent très difficilement 6) difficilement

dans l'ordre en %, Macron/Le Pen, abstentions

1) ouvriers :   44/56, 32  soit 30/38, 32 des inscrits (sans prise en compte blancs et nuls)

2) employés : 54/46, 30 soit 38/32, 30 des inscrits...

3) chômeurs : 53/47, 35 soit 34/31, 35 ...

4) < 1250€ :   55/45, 34 soit 36/30, 34 ...

5) très diff. :   31/69, 27 soit 23/50, 27 ...

6) difficile :     61/39, 38 soit 38/24, 38 ...

la prise en compte des blancs, nuls et non inscrits conduirait à constater que le prolétariat a rejeté Macron et Le Pen à ~ 40% et qu'un gros tiers a voté Macron, un quart Le Pen

la prise en compte de ce résultat essentiel devrait éviter de dire quelques bêtises, mais qui en sera vacciné ?

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MessageSujet: Re: un TOURNANT HISTORIQUE du CAPITALISME et de l'ÉTAT FRANÇAIS, élections 2015-2017, faits et propos, analyses et théorie (antiroman)    Mar 9 Mai - 10:58


fin du clivage gauche-droite et recomposition politique

pour qui ne serait pas persuadé de la caducité historique du clivage gauche-droite, il suffit de constater que Macron n'est pas un candidat du centre qui aurait réussi (mieux que Bayrou et d'autres), mais le Président qui constituera une majorité et un gouvernement avec certes des nouveaux, mais aussi des personnalités des deux bords de tout premier plan : il n'y aura plus au pouvoir d'État ni gauche, ni droite, ni centre, mais un assemblage des trois, plus d'autres de la "société civile" (sic) pour sauver la démocratie politique du capital. C'était devenu une nécessité historique

parmi eux, un expert



Manuel Valls a écrit:
Je veux la réussite d'Emmanuel Macron, de sa majorité (...). Parce que je suis un républicain, parce que je reste un socialiste, je ne suis pas en embuscade. Donc, et j’invite tous les progressistes à le faire, je serai candidat de la majorité présidentielle, et souhaite m'inscrire dans son mouvement qu'est la République en Marche.

L’essentiel est de donner une majorité large et cohérente à Emmanuel Macron, sans futur frondeur [...]

la continuité sur le fond, avec un ex Banquier- Ministre de l'Économie et des Finances, Président adoubé par le précédent en échec, son premier ministre, son ex Ministre de l'Intérieur devenu Premier Ministre (Cazeneuve), etc. la suite révèlera ses "surprises"

notons le clin d'œil, ou l'œillade, de Macron aux Républicains avec son nouveau signe, La République en marche

et c'est passé comme une lettre à la poste, enfin, presque...

il s'agit d'un Coup d'État. Lire, certes long et pas de mon bord, mais d'analyse détaillée



« Une étude un peu approfondie de l’Histoire nous laisse deviner qu’en toute occasion les vraies forces dirigeantes ont à se tenir dans l’ombre des représentants qu’elles se sont choisies, ne pouvant se risquer à s’exposer aux fluctuations événementielles, sous peine de se voir un jour dépossédées de leur puissance ».

                                                                                                                       Louis Calaferte


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MessageSujet: Re: un TOURNANT HISTORIQUE du CAPITALISME et de l'ÉTAT FRANÇAIS, élections 2015-2017, faits et propos, analyses et théorie (antiroman)    Mer 10 Mai - 0:50

note rapide, pour mémoire : peut-être est-cela qui se dégage de façon plus générale, à travers les élections récentes en Occident - et leurs suites ! - une difficulté des bourgeoisies nationales à contenir la poussée prolétarienne, mais celle-ci n'a aucune envie de la déborder en tant que telle (capitalisme/Etat), seulement qu'elle reconfigure la distribution de la valeur, [donc] des cartes politiques

plus personnel : je ne vois aucune barrière à l'expansion mondiale du capitalisme, crise ou pas crise, et pour l'heure, une révolution communiste relève, non pas du report d'une crise finale/révolutionnaire, mais d'un fantasme (voir le sens dans le fil sur le sexe, Afrodite...)

longtemps ici, je me suis appuyé sur la définition du communisme comme mouvement qui abolit/dépasse l'ordre actuel présent, mais il n'y a rien de cet ordre qui, actuellement, soit posé même comme dépassable par l'affrontement de classe. Dit autrement, il n'y a pas atteinte aux limites du capital, il n'y a pas d'écart par lequel le prolétariat remettrait en cause son existence de classe du capital : il n'y a pas de mouvement du communisme, il n'y a de communisme que religion du communisme
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MessageSujet: Re: un TOURNANT HISTORIQUE du CAPITALISME et de l'ÉTAT FRANÇAIS, élections 2015-2017, faits et propos, analyses et théorie (antiroman)    Mer 10 Mai - 19:37


« Ils n'en mouraient pas tous, mais tous étaient frappés »

la tentative d'une analyse théorique à chaud d'une campagne électorale, ou partant de ce qu'elle fait ressortir, est une gageure. Compte tenu de la crise politique en France, le caractère central des présidentielles dans le dispositif de la démocratie politique a permis de le faire sans trop de risques. Bref, j'estime n'avoir pas dit trop de bêtises

poursuivre là, avec la cuisine double de la recomposition politique et des bagarres électoralistes, ce serait tomber dans l'inconvénient de ne pouvoir rester qu'au niveau politique, événementiel, sans rien pouvoir en tirer en termes d'analyse de classe et de rapports de force dans la lutte de classes telle qu'elle se présente déjà bien brouillée par le populisme

si la décomposition politique était prévisible sur des bases claires, la recomposition n'a rien d'évidente

je me contenterai de suivre, je le dis franchement, en spectateur amusé, parce qu'ils ne pourront pas nous enlever ça : ils sont drôles, non ?



Gustave Doré / Jean de La Fontaine

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