PATLOTCH / CHANGER DE CIVILISATION / LUTTES, THÉORIE, SEXE et POÉTIQUE

dans la DOUBLE CRISE du CAPITAL et de l'OCCIDENT, LUTTES COMMUNISTES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGIQUES
 
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 ENDNOTES : théorie filant à l'anglaise

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MessageSujet: ENDNOTES : théorie filant à l'anglaise   Dim 6 Déc - 14:08





le groupe et sa revue Endnotes ont participé à Sic, revue internationale pour la communisation, première manière, de sa création en 2010 à sa scission en 2013 après le numéro 2

le contenu de Endnotes 3, Gender, race, class and other misfortunes, en septembre 2013, explique suffisamment les raisons de cette séparation, notamment avec les positions de Théorie Communiste, qui s'en expliquait dans Fin de parti(e)

Endnotes 4, UNITY IN SEPARATION, est en vente depuis le mois dernier,

◾20th Century Balance Sheet
◾Black Lives Matter
◾Balkan Spring
◾A Suburban Vendée
◾Abject Subjects

dndf vient de publier son éditorial en français, Pétrification partielle de la lutte des classes ? : on le trouvera dans le message suivant





Dernière édition par Admin le Dim 6 Déc - 15:01, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: ENDNOTES : théorie filant à l'anglaise   Dim 6 Déc - 14:19

éditorial en français, Pétrification partielle de la lutte des classes ?

Traduction de l’éditorial de Endnotes n°4 dndf 06/12/2015 (english version below)

Citation :
Depuis la dernière édition d’EndNotes en 2013, le train-épave de l’économique mondiale a avancé en cahotant. Pas de vraie reprise, mais pas non plus de retour à des conditions ressemblant à la dépression. On ne sait pas combien de temps cette période intérimaire va durer. L’emballage de mesures exceptionnelles a été décrété à plusieurs reprises, le plus récemment en Septembre 2015, où l’on attendait que la Réserve fédérale américaine relève son taux directeur (ce mouvement aurait mis fin à une séquence de six ans pendant laquelle le taux des fonds fédéraux était à zéro). Mais cela fut également annulé à la dernière minute. Dans une scène désormais familière, des technocrates qui s’agitent sur scène, quelques papiers froissés, puis l’agitation à nouveau. Un autre cycle d’assouplissement quantitatif est prévu.

Avec peu de changement, les économies des pays à revenu élevé continuent de tourner au ralenti. Pendant ce temps, l’incertitude et la turbulence économique s’étendent eux-mêmes des pays à revenu élevé à ceux à faible revenu, qui ne sont plus pensés comme le lieu d’une éventuelle « dissociation » économique. Aujourd’hui, les nouvelles en provenance du Brésil paraissent sombres, et les nouvelles de la Chine s’assombrissent chaque mois. Ceci a déjà un impact à travers le monde sur les économies à faible revenu, tant celles ci dépendent de la demande de la Chine pour les matières premières. Sommes-nous sur le point de voir une autre «crise de la dette du tiers monde », comme nous l’avons vu en 1982 ?

Plus encore que lorsque nous avons publié EndNotes 3, il est difficile de prévoir ce qui est susceptible de se produire. Des développements complexes sont en cours, qui ont l’air tout à fait différents vus de Ferguson dans le Missouri, d’Athènes en Grèce ou le long de la route de réfugiés fuyant la Syrie sur le chemin de l’Allemagne. Dans certains endroits, de nouvelles luttes sociales se déroulent; dans d’autres, il y a eu un retour au calme; dans d’autres encore, il y a la guerre civile sans fin. Certains pays ont vu la résurgence d’une gauche parlementaire mollassonne, mais l’ordre dominant reste décidément inébranlable. L’ÉQUIPE EN VOL reviendra dans un moment avec un autre tour de BOISSONS … Le monde est apparemment toujours piégé dans les termes de la structure contrainte que nous décrivions dans EndNotes 3.

Ce modèle est défini par une pétrification partielle de la lutte des classes, accolée à une pétrification similaire de la crise économique. Cette stase sociale n’a été maintenue que par l’intermédiaire d’interventions massives des états, qui ont veillés à ce que la crise reste celle de certaines personnes, dans certains pays, au lieu de se généraliser à travers le monde. Pendant combien de temps ce modèle de contraintes peut-il être maintenu? Comme ils l’ont fait dans les premières années de la décennie, les Etats continuent à dépenser de grandes quantités d’argent afin de conjurer la catastrophe. À la fin de 2014, les niveaux de la dette en pourcentage du PIB étaient encore en hausse dans les pays à revenu élevé, atteignant 90 % au Royaume-Uni, 95 % en France, 105 % aux États-Unis, et 132 % en Italie (à l’exception de l’Allemagne, où le niveau de la dette a chuté de 80 % en 2010 au niveau encore élevé de 73 % en 2014).

Pourtant, toutes ces dépenses de l’Etat n’ont pas conduit à la reprise économique. Après une période initiale de croissance en 2010-11, les économies des pays à revenu élevé sont une fois de plus revenus à un état de relative stagnation. Les principales exceptions sont les États-Unis et le Royaume-Uni ou une petite  reprise a eut lieu (Voir «The Holding Pattern», EndNotes 3, Septembre 2013). En revanche, en Europe continentale et au Japon (nonobstant les manœuvres de la banque centrale européenne et les « Abe-conomies »)  les taux de croissance sont restés faibles ou négatifs. Le PIB de la Grèce a, bien sûr, diminué de manière significative. Ces développements médiocres constituent une tendance qui dure depuis des décennies: dans les pays à revenu élevé, les taux de croissance du PIB par habitant ont toujours eu une croissance plus lente sur une décennie, passant de 4,3% dans les années 1960, à 2,9 % dans les années 1970,  2,2 % dans les années 1980,  1,8 % dans les années 1990, à 1,1 % dans les années 2000. Les années 2010 semblent appelées à voir se poursuivre cette tendance quantitative, avec un taux de croissance de l’ordre de 1,0 % entre 2011 et 2014.

Cependant, il y a des signes, à l’heure actuelle que nous sommes à un tournant qualitatif; l’économie mondiale menace de s’effondrer, sur le mode Titanic. On peut voir partout les politiciens essayer d’écoper le navire en perdition. Mais ils le font avec un ensemble de seaux qui fuient. Comme nous l’avons soutenu en 2013, ces politiciens sont enfermés dans une danse de la mort, pour les raisons suivantes. Les états recourent à l’endettement pour prévenir l’apparition d’une spirale d’endettement et de déflation; Cependant, leur capacité à générer cette dette est fondée sur la promesse de la croissance économique future. Une combinaison de croissance lente et de niveaux d’endettement déjà élevés a signifié que les responsables gouvernementaux se sont trouvés pris au piège entre deux pressions opposées. D’une part, ils ont besoin de dépenser d’énormes quantités d’argent pour empêcher la récession de devenir une dépression. D’autre part, ils ont déjà tellement dépensé au cours des dernières décennies qu’ils ont peu de choses à donner. Ainsi, au lieu de dépenser encore plus, les gouvernements des pays riches s’engagent dans des campagnes d’austérité: pour montrer à leurs créanciers qu’ils gardent le contrôle de  ​​leurs finances, ils ont coupé dans les services sociaux en même temps qu’ils distribuaient de l’argent aux banquiers.

L’austérité a eu des conséquences dévastatrices pour les travailleurs. Des employés du secteur public eux mêmes se sont retrouvés sans emploi. Les coûts des soins de santé ont augmenté et l’éducation tout comme les revenus des ménages ont été rabotés. Pendant ce temps, sans un coup de pouce à la demande de biens et services, l’épargne privée a stagné. Les pays créanciers ont remarquablement réussi à empêcher tout départ de cette ligne vers les débiteurs.

UN PROBLÈME DE COMPOSITION

Cette logique contradictoire, comme nous le disions, a façonné la crise en cours, et donc aussi les luttes qui ont éclaté en réponse à cela. Beaucoup de gens ont prétendu que les représentants des gouvernements ont agi bêtement ou même follement : n’aurait-il pas fallut que les banques paient pour renflouer les gens, plutôt que l’inverse ? La principale raison invoquée pour expliquer cette irrationalité était que les gouvernements étaient pris au piège par les intérêts financiers; la démocratie avait cédé la place à l’oligarchie. C’est ainsi que la forme de la crise a déterminé la forme de la lutte de classe dans cette période: c’est devenu la course à une véritable démocratie contre l’austérité. La vraie démocratie pourrait, selon la logique des revendications, forcer l’Etat à intervenir dans l’intérêt de la nation, plutôt que dans celui des capitalistes copains. En réalité, les gouvernements ont peu d’options à leur disposition, peu importe qui est à la barre, cette crise n’en est pas une d’un capitalisme de «copinage» ou « néolibéral », mais plutôt du capitalisme lui-même. Ce dernier est en proie à des taux toujours plus lents de croissance économique. Comme les niveaux de productivité continuent d’augmenter dans ce contexte, le résultat a été une production continue de populations excédentaires aux côtés du capital additionnel, excès que l’économie a du mal à absorber. L’ordre social persiste, mais il se défait lentement. Les catégories de notre monde sont de plus en plus indistinctes. Lorsque les manifestants se rassemblent dans ce contexte, ils ont généralement du mal à localiser un terrain commun sur lequel construire leur lutte, car ils subissent la crise de différentes façons – certaines pire que les autres. Les perspectives du vieux mouvement ouvrier sont mortes et enterrées, et donc pas disponible comme une base importante pour une action commune. Comment rendre compte de l’échec de ce mouvement pour le relancer lorsque les travailleurs sont partout coincés ?

Dans cette édition, nous reconsidérons en profondeur la longue émergence et la dissolution de l’affirmation de l’identité ouvrière (et, avec elle, la crise de «la gauche») dans «A History of Separation ». Les socialistes et les communistes européens avaient espéré que l’accumulation du capital à la fois élargisse la taille de la force de travail et, dans le même temps, unifie les travailleurs comme sujet social: le travailleur collectif, la classe en soi et pour soi. Cependant, au lieu d’incubation du travailleur collectif, l’accumulation capitaliste a donné naissance à la société séparée. Les forces de l’atomisation ont maîtrisé celles de la collectivisation. La civilisation capitaliste tardive se déstabilise désormais, mais sans encore appeler, tout de suite, de nouvelles forces sociales qui pourraient être en mesure, enfin, de la dissoudre.

Un apport de Chris Wright, « Its Own Peculiar Decor », s’intéresse à la même histoire à travers la « suburbanisation » aux États-Unis. Les premières vagues de prolétarisation qui ont réunis les gens dans les usines et les villes, la construction du travailleur collectif, ont fait place à un « suburbanism », où l’absence de tout lien vers la campagne a été combinée avec un quasi parachèvement de l’atomisation sans fin. Ce fut une péri-urbanisation construite sur un rejet des pauvres indisciplinés, les non propriétaires, et à travers la racialisation inévitable de ces catégories.

Dans EndNotes 3, nous avons décrit cette structure de rejet et de racialisation dans le contexte des émeutes anglaises de 2011 comme un processus d’abjection. (Voir «A rising tide lifts all», EndNotes 3, Septembre 2013). Le mouvement étudiant britannique et le mouvement Occupy aux USA -qui étaient initialement la lutte  de la classe moyenne blanche contre son appauvrissement en cours – ont été suivis par des luttes de la part des populations racialisées dont l’appauvrissement et l’exclusion avait été longtemps une réalité quotidienne.

Dans «Brown v. Ferguson », nous suivons le déroulement de Black Lives Matter, situant ce mouvement dans l’histoire de la politique et des luttes raciales aux États-Unis. Nous examinons le sens du décalage de l’identité noire dans un contexte de populations excédentaires croissantes générées par l’incarcération et la violence de la police. Mais il serait trop hâtif de déduire de ces luttes l’émergence d’une nouvelle figure, potentiellement hégémonique d’un « excédent prolétarien », ou du sujet de « l’abjection », à laquelle nous pourrions accrocher nos aspirations révolutionnaires. Plutôt que d’unifier tous les travailleurs derrière un sujet spécifique, la croissance des excédentaires a entraîné une décomposition de la classe en tellement de situations -fragments particuliers parmi les fragments- opposant les intérêts de ceux qui ont des emplois stables aux travailleurs précaires, les citoyens contre les migrants sans papiers, et ainsi de suite. Prolétaires de plus en plus confrontés à un « problème de composition», dépourvu de toute base solide pour l’unité d’action.

Dans  « An Identical Abject-Subject? », nous considérons la signification politique de des populations excédentaires
.(3 les luttes n’essayent pas toutes de résoudre ce problème de la même manière).

Dans  « Gather Us From Among the Nations », nous jetons un regard sur un mouvement qui a peu été couvert à l’international : les manifestations en Février 2014 en Bosnie-Herzégovine. Lorsque les travailleurs des usines privatisées -dont les revendications ont été ignorées par les autorités pendant des années – ont été agressés par la police à Tuzla, des milliers de personnes sont descendues dans les rues, prenant d’assaut les bâtiments du gouvernement du canton. Pendant les mois suivants, les citoyens ont tenu de grandes assemblées, où ils ont rejeté les divisions ethniques qui avaient empoisonné le pays depuis plus de deux décennies. Les participants à ces assemblées ont essayé de résoudre le problème de la composition d’une manière inhabituelle, en mobilisant la multiplicité des revendications qui proliféraient, de sorte que personne ne soit oublié (ce texte met à jour notre décompte des populations excédentaires dans « Misery and debt’», dans EndNotes 2, Avril 2010.). Mais on ignorait à qui ces revendications pouvaient être adressées et, surtout, qui pourraient être en mesure de leur répondre. Cela soulève des questions clés sur le rapport des manifestants à l’Etat.

ΣYPIZA IS GREEK FOR DESPAIR

Si, rétrospectivement, 2012-13 fut la fin de l’acmé des mouvements des places, ces mouvements n’ont pas vraiment disparu dans les années suivantes. Pourtant, leur développement ne nous a donné aucune raison d’être particulièrement optimiste. Le coup de Sisi en Egypte -enveloppé dans le linceul de Tahrir- a ajouté les fusillades au répertoire des mouvements. L’année suivante, une autre place ensanglantée à Maidan, cette fois défendue par des groupes fascistes.

Peu de temps après, Occupy Bangkok organisé par les chemises jaunes royalistes, réussirent un coup d’Etat militaire en Thaïlande. Les conclusions de nombreuses luttes sociales ont été données par la manœuvre géopolitique. Différentes puissances ont réussi tirer les marrons du feu de situations déstabilisées.

Dans Maidan, les tensions entre nationalistes et libéraux pro-européen couvaient depuis des mois, mais ils n’eurent pas beaucoup le loisir de jouer ensemble, car, dès qu’Ianoukovitch démissionnait, la Russie – confrontée à la perspective de l’extension de l’Union européenne et de l’OTAN dans un autre pays de son « proche voisinage »- envahissait la Crimée et commençait une guerre par procuration dans l’Est de l’Ukraine. À ce moment là, la rébellion était devenue une guerre civile.

En Egypte, les conflits entre les radicaux et les Frères musulmans, ou entre musulmans et coptes, qui s’étaient développés à la suite de la chute de Moubarak, ont finalement été noyés dans un grand jeu de puissance régionale, le soutien financier saoudien aidant l’Etat de l’Egypte profonde à se rétablir. Ailleurs, de la Syrie à Bahreïn, au Yémen et en Libye, les espoirs du printemps ont été étouffés dans la guerre civile, l’intervention militaire ou les deux. Des limites similaires ont été rencontrées par les parlementaires de gauche en Europe. Là aussi, c’est finalement l’hégémonie régionale qui décidera du sort des mouvements sociaux, tout ce qui venait de leurs assemblées et des référendums publics. Pour comprendre la nature tiède des propositions de Syriza – appelant à un excédent primaire de 3 plutôt que de 3,5 %- il est nécessaire de reconnaître que la Grèce ne peut pas se nourrir sans commerce extérieur. En outre, le moindre signe de défaillance unilatérale priverait le pays de revenu imposable. Ceci laissa peu de choix à Syriza, si bien que leurs «modestes propositions » pouvaient facilement être ignorées par la troïka des créanciers.

Pendant que nous finalisions ce numéro, un développement analogue à l’évolution Syriza semblait être en préparation au Royaume-Uni avec l’arrivée surprise d’un membre de l’aile gauche longtemps marginalisée à la tête du parti travailliste. Les discours politiques saluant ces développements se sont remplis de vides distributions rhétoriques sur l’ancien et le nouveau, mais ce qui est certain c’est que les forces sociales et la situation qui ont propulsé Jeremy Corbyn à la victoire sont différentes de celles qui ont provoqué la montée et la chute de Tony Benn dans les années quatre-vingt. Les freins institutionnels ont bien sûr été mis pour mettre fin à cette irruption et sont susceptibles d’être couronnés de succès à court terme. Mais un parti qui a déjà été à la recherche de cadavres pendant des années peut-il éviter le une perte encore plus grande de légitimité dans le processus? La question clé pour la politique anti-politique demeure: combien de ces navires se brisant sur les rochers faudra t-il encore pour produire quelque chose de qualitativement différent, et ce que ce que cela adviendra?

En réalité, malgré les offres des économistes marxistes « de sauver le capitalisme européen de lui-même » (Yanis Varoufakis, «Comment je suis devenu un marxiste erratique», The Guardian, le 18 Février 2015), les états continueront à trouver qu’ils ont très peu de marge de manœuvre, car ils sont assaillis par des niveaux d’endettement élevés et une croissance lente. Il sera donc difficile pour les gouvernements de faire face aux événements catastrophiques à venir, nouvelles crises économiques, ou conséquences déjà émergentes du changement climatique mondial, qui que ce soit qui gouverne.

Ces conclusions pessimistes sont maintenant ordinaires, d’une manière qui n’était pas vraie en 2011-12, ce qui marque une transition importante dans le discours public. Une partie, petite mais croissante, de la population comprend maintenant que l’Etat -même un véritable Etat démocratique-ne sera pas capable de faire revivre les économies capitalistes. Pour mettre un terme au naufrage, les passagers ne peuvent compter que sur eux-mêmes.


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MessageSujet: Re: ENDNOTES : théorie filant à l'anglaise   Dim 6 Déc - 14:41



pétrification partielle de la théorie de la communisation ?



en éclairage artificiel

une première impression

ce qu'il n'est pas difficile de constater, c'est que, de l'ensemble disparate qui constitue un courant théorique autour du concept de communisation, il ne ressort plus aucune capacité, non seulement à prévoir quoi que ce soit (qui s'y risquerait ?), mais simplement à dire « ce qui se passe » (Debord 1972), où nous en sommes

la "pétrification" est tellement avancée qu'hormis votre serviteur, personne ne parle de la guerre, ce détail de l'histoire dans le cours actuel du capitalisme...

faut-il croire que la théorie de la communisation serait « adéquate à l'époque »** en sa pétrification même ?


* participants à ce qu'était Sic, revue internationale pour la communisation (Endnotes, Théorie Communiste, Blaumachen, Riff-Raff...), ni aucun des théoriciens portant ce concept de la révolution communiste (Hic Salta de Bruno Astarian, Troploin de Nesic et Dauvé, puis DDT21 de celui-ci,...), ni d'autres revues alentour en Europe (il latto cativo, Kommuniesirung...)
** Christian Charrier, La Matérielle 2005, à propos de Théorie Communiste

et pendant ce temps-là,

protégé d'un funeste destin,

Patlotch a posé la Cerise sur le gâté




en lumière naturelle



il n'aura échappé à personne que plus aucun de ces groupes théoriciens de la communisation ne se préoccupe de faire la théorie de son temps à la manière dont Marx, ou même Debord, le faisait du leur, et ainsi que j'essaye de le faire...

g
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MessageSujet: Re: ENDNOTES : théorie filant à l'anglaise   Mar 15 Déc - 11:23


EndNotes : Dynamique et limites de la situation
dndf 15/12/2015

Traduction du texte discuté lors des deux réunions qui se sont tenues à Thessalonique et Athènes, les 27 et 28 novembre dernier


Mise à jour sur The Holding Pattern

Présentations à Thessalonique et Athènes, 27 au 28 novembre 2015

Dans “The Holding Pattern”,  EndNotes 3, nous avons suggéré que, tout comme les actions extraordinaires des Etats capitalistes depuis 2007 avaient réussi à geler le développement de la crise, les luttes de 2011-2013 étaient  bloquées et incapables de s’aventurer au-delà d‘un plus petit commun dénominateur  – le sentiment anti-austérité, anti-police et anti-corruption – dans le mouvement des places. Dans cet exposé, nous allons revisiter certains de ces thèmes.

Citation :
Nous pouvons examiner la crise 2007/8 sous deux angles. D’un coté, ce fut vraiment la crise la plus profonde depuis la Grande Dépression. Une crise de proportions épiques. Mais d’un autre point de vue, cette crise ne fut rien de nouveau,  simplement la dernière d’une longue série. Depuis 1973, les récessions sont de plus en plus  longues et profondes, et les phases de croissance entre ces crises de plus en plus faibles. Les états ont mis en place des mécanismes pour gérer les crises récurrentes du capital, et ces mécanismes ont été rapidement mis en mouvement, encore une fois, en 2008. Ils ont misé sur les dettes privées comme sur les dettes publiques, comme ils l’avaient fait dans de nombreuses crises auparavant, mais cette fois à une échelle beaucoup plus grande: les sociétés financières se sont renflouées. Ils ont également dépensé de l’argent pour payer le chômage et d’autres prestations, comme ils l’avaient fait dans le passé, en dépit de la baisse des recettes de l’état. Pendant ce temps, les banques centrales  prenaient des mesures extraordinaires. Elles ont baissé les taux d’intérêt à 0 %, offrant essentiellement aux banques privées de l’argent gratuit,  puis elles ont commencé à prêter directement au secteur privé, soutenant  le marchés des valeurs mobilières en devenant « dealers en dernier recours ».


Ces actions ont été efficaces: l’économie a été stabilisée; la spirale baissière a été interrompue. Le problème des pays à revenu élevé est maintenant que leurs économies ont vus leur croissance ralentir de plus en plus au cours des 40 ans avant le début de cette crise. Les taux de croissance ont chutés de 4,3 % dans les années 60  à 2,9 % dans les années 70, à 2,2 % dans les années 1980, puis à 1,8 % dans les années 90, jusqu’à  1,1 % dans les années 2000. Afin de soutenir les économies qui s’affaiblisaient, les gouvernements s’étaient déjà profondément enfoncés dans la dette dans les années 80, 90 et 2000: ils ont dépensé durant les périodes de ralentissement, mais omis de payer leurs dettes en période d’expansion décroissante. Ils entrèrent donc dans cette crise de 2007 avec des rapports dette/PIB très élevés. Les niveaux d’endettement en Espagne et au Royaume-Uni étaient respectivement de 36 et 44 % du PIB; taux qui ont augmenté à 98 et 90 % en 2014. En France, aux Etats-Unis et au Portugal, ils étaient déjà plus élevé, à environ 65 % du PIB, et ont maintenant atteint 95, 105, et 130 %. Pendant ce temps, en Italie et en Grèce, où les niveaux d’endettement étaient déjà à 100 % du PIB, ils ont augmenté à 132 et 177 %. Dans presque tous les pays que nous avons examinés dans EndNotes 3, en 2013, les niveaux d’endettement ont continué à augmenter. L’Allemagne est l’exception,  seul pays à voir ses niveaux d’endettement baisser, de 80 % du PIB en 2010 à un niveau encore élevé de 73 % en 2014.

Pourquoi mesurer les dettes en pourcentage du PIB? La raison est simple: les gouvernements nationaux doivent payer leurs dettes à partir de l’impôts sur le revenu annuel total. Quand les niveaux d’endettement augmentent, une part plus en plus grande de ces recettes fiscales doit aller au paiement des intérêts sur les dettes, et au remboursement du capital. Les états dépensent vraiment d’énormes quantités d’argent, mais ils le font dans le seul but d’empêcher l’effondrement des économies. Après une période initiale de reprise partielle en 2010-11, les économies des pays à revenu élevé ont encore une fois connu une croissance de plus en plus lente. Les exceptions sont les États-Unis et le Royaume-Uni, où une petite reprise a eu lieu en raison d’une campagne massive d’assouplissement quantitatif. Bien sûr, cette reprise a eu peu d’avantages pour la plupart des travailleurs. Les taux de chômage sont restés élevés; En effet, au niveau mondial, la reprise a été largement « sans emploi »: si le taux de participation de la population active mondiale s’est stabilisé en 2013, et si certains pays ont vu une reprise de l’emploi, les projections actuelles de l’OIT prévoient des déclins continus à long terme. Partout en Europe continentale et au Japon, les taux de croissance sont restés extrêmement bas ou négatifs; ils stagnent depuis près d’un quart de siècle. Nonobstant les Abeconomics, le Japon est tout simplement ré-entré en récession technique. De nombreuses économies ont pas retrouvé les niveaux de PIB d’avant 2008; Celui de la Grèce a bien sûr été considérablement réduit.

Cette situation a produit la précarité des états. Après tout, la capacité de l’état à emprunter est basée sur une promesse de croissance future, à partir de laquelle il va payer ses dettes. Du fait d’une combinaison de niveaux d’endettement déjà élevés et d’une croissance très lente depuis la crise, les états se sont donc retrouvés piégés entre deux pressions opposées. D’une part, les gouvernements avaient besoin de dépenser beaucoup d’argent, et ils en ont encore besoin, pour éviter que la récession ne se transforme en dépression. D’autre part, les états ont déjà dépensé tant d’argent au cours des dernières décennies qu’ils ont très peu de marge. Nous soutenons que ce fut ce qui a déterminé la forme de la crise. Pourtant, au lieu de dépenser encore plus d’argent, ce qui aurait été nécessaire pour regonfler l’économie, les gouvernements des pays riches se sont engagés dans une période d’austérité. En bref, ils ont constaté que, une fois qu’ils avaient renfloué le secteur financier, ils avaient peu de choses à donner. Alors qu’ils étaient capables pendant un certain temps de maintenir les dépenses et la demande de l’économie, ces états ont dû commencer à réduire la voilure un peu trop tôt. Afin de prouver qu’ils avaient encore les mains sur le robinet, ce qui est nécessaire pour montrer à leurs créanciers qu’ils restent en contrôle de leurs finances, ces états ont annoncé puis initié des coupes massives dans les dépenses alors même qu’ils  renflouaient les banques.

Bien entendu, les états ont réduit les dépenses exactement où on pouvait s’y attendre: les écoles et les hôpitaux, l’emploi gouvernemental, et de nombreux programmes de dépenses sociales. Ainsi, pour beaucoup de gens, la situation fut plus que dévastatrice. Ce fut le cas de beaucoup de gens qui se sont retrouvés sans travail; de personnes âgées qui, comme leur épargne-retraite perdait de la valeur, ont dû retourner au travail; des coûts de l’éducation et les soins de santé qui ont augmenté, tout comme les revenus des ménages étaient réduits, et ainsi de suite. Au-dessus de tout cela,  le gouvernement semblait agir de façon apparemment « rancunière » envers la population. Il apparaissait à beaucoup que les responsables gouvernementaux avaient perdu la tête: après tout, n’auraient ils pas du faire payer les banques  afin de renflouer les gens, plutôt que l’inverse? La principale explication offerte à l’époque fut que les gouvernements avaient agi de façon irrationnelle. Cela revint à dire que les états auraient pu agir mieux mais que pour une raison quelconque ils ne l’ont pas fait. Quelle en était la raison? Beaucoup ont fait valoir que les états agissaient de façon irrationnelle parce qu’ils avaient été « capturés » par les intérêts financiers. Ainsi les gouvernements n’agissaient plus au service de l’intérêt général, mais plutôt au service des super riches. La démocratie avait cédé la place à l’oligarchie. C’est de cette manière que la forme de la crise a déterminé la forme globale des luttes de cette époque: «la démocratie réelle contre l’austérité ». La véritable démocratie devrait, selon la logique de la contestation, être en mesure de forcer les états à intervenir dans l’intérêt de la nation plutôt que dans l’intérêt des copains capitalistes. Bien sûr, une fois les manifestants mobilisés, leurs luttes ont ensuite évolué de manière plus intéressante. En fait, il fut difficile pour eux de trouver une base commune pour ce rapprochement, car ils  connaissaient la crise de façons diverses, certains pires que d’autres. Dans le même temps, les termes et les perspectives des vieux mouvements ouvrier étaient morts et enterrés, et ne ressusciteraient pas (contrairement à l’espoir de nombreux gauchistes). Ces perspectives ne servaient donc pas à unifier les manifestants. Nous dirions, en général, que ce que nous voyons est à bien des égards une perspective d’évolution anti-capitaliste spontanée, qui n’est pas encore une perspective communiste, et qui est déconnecté des vieilles histoires de gauche. Dans EndNotes 3 nous avons appelé cela  «problème de composition» :

Endnotes3 a écrit:

« Les  « problèmes de composition » sont le nom donné au fait de  composer,  coordonner ou unifier les fractions prolétariennes, dans le cadre de leur lutte[/b]. Contrairement au passé – ou tout au moins, contrairement à des représentations idéales typiques du passé – il n’est plus possible de voir les fractions de classe comme unifiées, comme si leur unité avait été en quelque sorte donnée «en-soi» (comme unité du métier, de la masse ou comme travailleur « social »). Aujourd’hui, une telle unité n’existe pas; elle ne peut pas non plus être pressentie dans d’autres changements de la composition technique de la production. En ce sens, il n’y a pas de sujet révolutionnaire prédéfini. Il n’y a pas de conscience de classe « pour soi », comme conscience d’un intérêt général, partagé entre tous les travailleurs. Ou plutôt, une telle conscience ne peut être que la conscience du capital, ce qui unifie les travailleurs précisément en les séparant. »

(je souligne en gras)
(population excédentaire)

Ce problème de composition se pose dans un contexte que nous avons décrit dans Endnotes 2 comme dominé par l’existence simultanée de capital excédentaire et de prolétaires excédentaires. Nous nous concentrions sur l’apparition et l’expansion des populations excédentaires, comme l’incarnation humaine des contradictions du capital. Dans End Notes 4 nous avons répondu aux conceptions erronées de  « population excédentaire » comme nouveau type de sujet unifié ou unifiable. Il avait été avancé que les populations excédentaires contribuaient peu directement à l’accumulation; il leur manquent l’effet de levier des travailleurs productifs traditionnels qui peuvent amener le système à s’arrêter en se retirant du travail. En outre, les populations excédentaires peuvent être marginalisées, emprisonnées, et ghettoïsées. Elles peuvent être achetées; leurs émeutes peuvent les amener à se brûler. Comment les populations excédentaires pourraient-elles jamais jouer un rôle clé dans la lutte de classe ?

Les excédents de population ne nous donnent pas de réponse en tant que tels, mais ils nous aident à identifier la question. Dans la mesure où il faudrait trouver  une réponse, nous parions que la façon de poser cette question –  et donc la réponse attendue –  se situera dans la façon dont se déroulent les luttes prolétaires spécifiques aujourd’hui, et c’est donc en grande partie sur elles que nous devrions concentrer nos analyses. Dans les mouvements de 2011-13, il a semblé que la négociation souvent sans fin du problème de la composition ait produit une unité très faible. Les campements du mouvement des places ont été en grande partie consacrés à la tâche infinie de découvrir une base commune d’action. Les gauchistes ont souvent critiqué cela comme réductible à une sorte de confusion idéologique ou d’erreur. Mais l’absence ou la faiblesse de la revendication a été un point de départ plus ou moins inévitable pour ces luttes, donné par la fragilité de leur composition. Dans la mesure où l’unité pouvait être découverte, elle était implicitement populiste, définie par son opposition à l’état en tant qu’ exécutant irrationnel ou corrompu de l’austérité.

Mais la forme d’apparition de la crise n’était pas son essence. En réalité, les gouvernements n’ont pas agi de façon irrationnelle à la suite de la crise. Comme nous l’avons soutenu dans «The Holding Pattern», les états agissaient effectivement en position de faiblesse: les mécanismes anciens de gestion des crises se heurtent à leurs propres limites, en raison d’une combinaison de plusieurs décennies de ralentissement de la croissance et de la hausse des niveaux d’endettement. Dans un monde à  très haut niveau de dette totale, y compris les dettes des gouvernements, des entreprises et des ménages, préserver la promesse de base du système financier –  que ces dettes soient remboursées –  a été et doit être l’objectif principal des états, s’ils veulent sauvegarder l’économie d’un retournement (ce que, bien sûr, ils font). Dans la presse financière, tout cela vient seulement d’être découvert. Les savants proches des milieux politiques clés sont en train de découvrir ce qui était juste sous leur nez, tout le temps: l’économie vit ce qu’ils appellent « la stagnation séculaire ». En clair, l’économie a connu une croissance de plus en plus lente. Dans des conditions de croissance lente, les états  se rendent compte qu’ils ont très peu de marge de manœuvre pour faire face aux événements catastrophiques à venir, que ce  soit de futures crises économiques, ou les conséquences déjà perceptibles du changement climatique mondial. Le capitalisme de croissance lente produira également  des niveaux d’inégalité toujours plus hauts, comme Thomas Piketty l’a désormais fait valoir de façon célèbre (dans un recyclage de vieilles vérités marxistes). Ainsi les riches resteront riches et les pauvres resteront pauvres, tandis qu’une part croissante de tous les revenus iront vers les riches héritiers. Nous revenons lentement mais sûrement à un monde dans lequel la puissance personnelle de la richesse héritée remplace un monde où l’argent circule comme un maître impersonnel. Ces conclusions pessimistes sont en train de devenir tout à fait communes, ce qui n’était pas encore vrai lorsque nous avons écrit « Holding Pattern », marquant une transition importante dans le discours public. Un compréhension croissante – bien que dans une petite partie de la population encore, dans les pays riches-   que l’état, même un véritable état démocratique, ne peut pas nous sauver -la reprise ne viendra pas, en tout cas –  et que donc nous devons trouver une autre façon de rendre la vie vivable; nous avons besoin de trouver une nouvelle voie à suivre.

Pourtant, très réellement, nous restons englués dans la même situation, économiquement et socialement, que celle de 2011 (même si, d’une manière parfois souterraine, beaucoup de choses  changent et se développent). Bien que cela n’a pas produit de restructuration, le mode de gestion de la crise a au moins endigué  l’hémorragie. Les luttes de 2011-12 ont eu lieu à grande échelle, mais en raison des actions décisives de l’état, ce qui limitait la crise, ces luttes furent limitées. Pourtant, comme en 2012, il reste que l’actuelle  situation d’attente ne devrait pas durer. Tout d’abord, il pourrait très bien y avoir une autre éruption, en provenance des pays riches. L’essentiel ici, dont nous devrions certainement parler, est la courante et maintenant définitive  aggravation de la crise en Grèce, avec son potentiel de débordement des très endettées et très lentement croissantes France et Italie, frappant efficacement la zone euro.

La deuxième source possible d’une éruption a à voir avec les retombées des programmes dits d’ «assouplissement quantitatifs». Les banques centrales des États-Unis et du Royaume-Uni, et maintenant d’ Europe et du Japon, ont pris des mesures précisément là où les Etats ont échoué à le faire. En l’absence de nouvelles dépenses du gouvernement, les banques centrales ont entrepris une forme faible, mais équivalente d’intervention. En substance, les banques créent de l’argent,  l’utilisent pour orienter les investisseurs sur des actifs sûrs, comme les obligations d’État, et des actifs plus risqués, comme le marché boursier. Les banques centrales tentent de partiellement regonfler les bulles. Mais l’assouplissement quantitatif a eu des effets contradictoires. D’une part, il a poussé des tonnes d’argent vers les pays à faible revenu. Ce fut l’une des raisons pour lesquelles ces pays ont été en mesure de répondre à la crise d’une manière différente, l’engagement plutôt que l’austérité, dans des campagnes de dépenses massives. Dans le même temps, il a fait grimper les prix des denrées alimentaires et du carburant dans le monde entier. Ce qui a répercuté la crise directement sur la vie des plus pauvres du monde, qui ont déjà du mal à joindre les deux bouts, déclenchant les émeutes de la faim qui ont précédé le printemps arabe. Il est possible que lorsque l’assouplissement quantitatif touchera à sa fin, comme il menace maintenant de faire, cela  causera encore des ravages sur les économies des pays pauvres, qui montrent déjà des signes d’affaiblissement substantiel.

Voici une troisième source plausible de la fin du « circuit d’attente »: que la crise des pays riches soit étendue aux pays les plus pauvres. Que la crise soit si longue à s’étendre des pays riches vers les pays pauvres a des précédents historiques. Rappelons que la crise de la dette du Tiers-Monde 1982 est arrivée 9 ans après le début de la crise dans les pays riches, en 1973. Nous assistons maintenant à des ralentissements massifs en Chine, en Russie, au Brésil et en Afrique du Sud, bien que l’Inde ait continué à croître. Le vrai danger, ici, serait que les bulles soufflées par le gouvernement chinois puissent éclater. L’action de l’État chinois, sera t-elle en mesure d’empêcher la déflation actuelle des bulles d’actifs de devenir une énorme crise ? Quel seront les répercussions pour les personnes vivant dans d’autres pays à faible revenu, qui jusqu’à présent se sont appuyés sur une demande massive de la Chine pour garder leurs économies en pleine croissance ? Quels seront les effets sur l’économie mondiale ? Le fait est que les pressions que nous avons décrites dans « the holding pattern » continuent à s’appliquer, bien que la compréhension par le public de cette situation a évolué. Nous restons pris dans la tourmente d’un accident de train au ralenti. Les gens continuent à fantasmer sur ce qui pourrait être fait pour empêcher cet accident de se produire, si en quelque sorte, toutes les limites qui empêchent une action coordonnée étaient soudainement levées. Mais alors que les économistes marxistes imaginent des façons de «sauver le capitalisme européen de lui-même « , le train continue sur sa lancée. L’économie mondiale est une énorme interrelation organique de milliards de personnes. Ce processus prendra du temps.


Mise à jour des luttes

Nous avons écrit « the Holding Pattern » à un moment qui, avec du recul, semble avoir été la fin d’un point élevé dans le mouvement des places, un dernier souffle, juste avant que les choses commencent à se désagréger. A l’époque ou nous l’avons écrit, Tahrir et les places Syntagma, la Puerta del Sol, Oscar Grant Plaza et le parc de Zuccotti avaient tous été expulsés avec violence, avec quelques signes avant coureurs qu’ils seraient récupérés par la police. Ce ne fut pas la répression externe, mais des faiblesses internes que nous avions identifiés comme  les raisons de la défaite de ces mouvements: leur incapacité à établir une véritable unité au-delà de la gestion quotidienne des campements. Toutefois, l’occupation de Gezi Park à Istanbul, qui commencait juste quand nous écrivions « the Holding Pattern », semblait indiquer que peut-être au niveau mondial l’élan n’était pas épuisé. Nous concluions  alors en nous demandant si les mouvements se poursuivraient sur la base de leur faible unité, et donc continueraient à être battus, ou s’ils pourraient trouver de nouvelles formes de lutte. Pourtant, au moment ou EndNotes 3 était publié cette conclusion, même ambivalente, commencait à apparaître trop optimiste. Pour le coup d’état de Sissien Egypte  – drapé dans le manteau de la place Tahrir – la fusillade de masse fut introduite pour la première fois au répertoire de ces mouvements. L’année suivante vit une autre place ensanglantée à Maidan, cette fois défendue par les fascistes. Peu de temps après « Occupy Bankok », organisé par chemises jaunes royalistes, réussi à provoquer un coup d’Etat militaire en Thaïlande. Beaucoup conclurent que nous étions entrés dans une période de réaction, où les idées et les formes du mouvement étaient affectés par des forces complètement obscures.

Cette conclusion, cependant, s’est avérée être prématurée. Car en fait plusieurs des mouvements que nous décrivions dans « the Holding Pattern » survécurent, et même ceux qui n’ont pas continué à inspirer des mouvements similaires dans les années qui suivirent. Cela n’est pas surprenant, puisque la cible principale de ces mouvements – l’austérité – n’a fait que s’accroitre, avec son pendant, la corruption. En Espagne, le mouvement du 15 mai a largement évité les revers subis ailleurs, car il fut capable de se propager au-delà de l’occupation des places initiale dans des assemblées  et des réseaux de militants ouvriers dans tout le pays. En opposant le parlement, zone d’intrigue vénale, à la place comme zone de transparence et d’action exemplaire, les occupations ont été en mesure de se présenter comme quelque chose de frais et d’excitant, et l’austérité comme un symptôme de la corruption: il était clair que les politiciens faisaient des coupes budgétaires parce qu’ils étaient à la solde des banquiers, du coup,  la place serait rendue incorruptible par une interdiction totale des partis politiques.

La Puerta Del Sol a été la plus explicitement anti-politique des places. Pourtant, comme le 15 Mai refluait, une grande partie de cette énergie finissait par couler dans une direction parlementaire quand Podemos et Ganemos  commencèrent à grimper dans les sondages. Ici et en Grèce la logique de la lutte contre l’austérité a été amenée à son inévitable conclusion: si l’état agit de façon irrationnelle en imposant l’austérité à la population, il faut prendre la relève et corriger cette erreur. Dans un développement apparemment paradoxal, l’anti-politique des places est ainsi devenue la politique anti-politique d’une nouvelle vague de formations politiques. Dans ce processus, ces mouvements ne se contentaient pas de trahir leurs racines, mais assumaient les limites de la politique de l’indignation. Podemos a vite découvert que le droit pouvait également exploiter le dégoût des partis politiques établis, en divisant le vote anti-corruption. Et quand les militants des mouvements ont effectivement  réussi à se faire élire, ils ne purent plus simplement blâmer l’austérité à partir de la corruption, car ils trouvèrent qu’il n’y avait vraiment effectivement plus d’argent dans les budgets municipaux, ceux des comtés et de l’Etat. Même quand Syriza a été élu au plus haut niveau de gouvernement, ils ne purent que contrer les créanciers fauteurs d’austérité avec la suggestion d’un excédent budgétaire légèrement inférieur.

D’autres nouveaux mouvements ont empruntés les formes et les tactiques de la vague 2011-12, tout en évitant la voie parlementaire. Le mouvement étudiant massif qui a explosé au Chili en 2013 a mis en place des assemblées publiques sur le modèle du 15 mai et s’est inspiré du Québec. En début de 2014, des grèves en Bosnie ont conduit à un soulèvement dans lequel de nombreux bâtiments gouvernementaux ont été incendiés. Des assemblées régulières ou «plénums » ont émis un flux ahurissant de revendications au cœur de ce qui était un rejet du système corrompu de l’ethno-nationalisme. Ce mouvement se référait explicitement aux printemps arabe et au 15 mai, ainsi qu’aux occupations étudiantes croates de 2010. A l’automne 2014, une grève étudiante à Hong Kong, associée à un groupe pro-démocratie, « Occupy centrale avec l’amour et la paix»,  occupait le quartier central des affaires, attirant 100.000 personnes à son apogée. Dans ces mouvements, anti-austérité et anti-corruption ont continué à être les thèmes dominants, de même que la qualité exemplaire des occupations elles-mêmes, qui ont réussi à préserver leur innocence en gardant une distance avec la politique électorale. Cela est resté vrai aux États-Unis avec le bref revival « Occupy » à New York lors de l’ouragan Sandy: les organismes d’Etat qui s’étaient révélés incapables lors de  Katrina furent directement remplacés par l’action directe organisée via les réseaux décentralisés.

Dans «Holding Pattern »  nous nous sommes concentrés sur une limite interne de ces luttes : le fait que les occupants n’ont pu réaliser qu’une faible unité sur la base des exigences pratiques et de leur aspiration commune à l’unité. En réalité, ils ont constaté qu’ils étaient profondément divisés, tant en termes de situations objectives que de leurs idées politiques et religieuses, et que ces divisions pouvaient parfois jouer dans un conflit violent sur les places. Dans la lutte qui a suivi, ces divisions se sont parfois intensifiées. Ainsi, les fascistes Maidan imposèrent des règles pour la participation des gauchistes, anarchistes et libéraux, mais on savait que leur alliance fragile ne durerait que le temps durant lequel leur ennemi commun Ianoukovitch serait au pouvoir. Au Moyen-Orient, à l’exception notable de la Turquie, les différences ethniques et religieuses qui semblaient initialement devoir être sublimées sur les places se sont souvent amplifiées au long des occupations, et ont éclaté en conflit ouvert chaque fois (comme en Tunisie et en Egypte) qu’ils ont réussi temporairement à renverser le gouvernement en place.

Mais le résultat de ces mouvements pointe vers une autre limite que nous annoncions dans «Holding Pattern » : la géopolitique. Différentes puissances ont réussi à profiter des situations déstabilisées. A Maidan, les tensions entre nationalistes et pro-européens libéraux couvaient depuis des mois, mais  n’eurent pas beaucoup le loisir de jouer, car dès que Ianoukovitch démissionnait, la Russie – confrontée à la perspective de l’extension de l’UE et de l’OTAN dans un autre pays dans son «étranger proche» –  envahissait la Crimée et  commencait une guerre par procuration dans l’Est de l’Ukraine. À ce moment là, la rébellion était devenu guerre civile. En Egypte, les conflits entre les radicaux et les frères musulmans, ou entre les musulmans et les coptes, qui s’étaient développés à la suite de la chute de Moubarak, ont finalement été immergés dans un grand jeu de puissance régionale, quand le soutien financier de l’Arabie permit à l’état de l’Egypte de se rétablir. Ailleurs, de la Syrie à Bahreïn, au Yémen et en Libye, les espoirs du printemps ont été étouffés dans la guerre civile, l’intervention militaire ou les deux.

Une autre limite géopolitique, moins «  guerre froide», fut bien entendu atteinte par ces déviationnistes parlementaristes : Syriza. Là aussi, ce fut finalement l’hégémonie régionale qui décida du sort des mouvements, ce qui ressort des assemblées et des référendums. Pour comprendre la nature tiède des propositions de Syriza (un excédent budgétaire de 3% plutôt que 4%), il faut voir qu’il s’agit plus que d’une simple question de déséquilibres économiques structurelles dans la zone euro: le fait est que les intérêts des contribuables allemands entraient réellement  en conflit avec ceux des employés du gouvernement grec. Le fait est que pour de nombreux pays, dans une économie mondiale de plus en plus interdépendante, il n’y a aucune autre option que la course à la richesse mobile des créanciers. Les services sociaux de base qui, traditionnellement, étaient financés en taxant les riches sont de plus en plus financés, du moins à court terme, en leur empruntant  – et en payant des intérêts pour le service! Les revendications accrues des chômeurs vers l’Etat, durant une crise, coïncident alors avec la pression accrue des créanciers, qu’ils soient nationaux ou internationaux. Syriza ne peut rien faire, car la Grèce ne peut pas se nourrir sans aide financière extérieure, et comme les événements de l’été l’ont montré, le moindre signe de défaut unilatéral épuiserait le pays du revenu imposable. Peut-être que la seule option, que le chef de la Commission européenne a annoncé par rapport au vote «non», était de «choisir le suicide plutôt que la mort ».

Récemment, un équivalent de l’évolution Syriza a eu lieu au Royaume-Uni avec l’arrivée choc à son leadership d’un membre de l’aile gauche du parti travailliste, longtemps marginalisé. Les discours politiques qui ont accueilli ces développements se sont usés eux même de vides élucubrations rhétoriques sur l’ancien et le moderne, mais ce qui est certain, c’est que la composition sociale qui a propulsé Jeremy Corbyn à la victoire n’est pas celle qui avait soutenu Tony Benn dans les années quatre-vingt. Les freins institutionnels ont bien sûr essayé de stopper ce surgissement, et sont susceptibles d’y parvenir. Mais un parti qui a déjà été considéré comme un cadavre pendant des années peut-il éviter une perte encore plus grande de sa légitimité dans le processus? La question clé pour la souche actuelle de la politique anti-politique demeure : combien de navires se brisant sur les rochers faudra t-il pour produire quelque chose de qualitativement différent, et est-ce que cela aura lieu?

Cette analyse n’est pas que nous devons simplement attendre que le « Holding Pattern »  actuel arrive à son terme. Il s’agit d’identifier d’une manière stratégiquement utile ce que sont la dynamique et les limites de la situation, de façon à être en mesure d’agir avec clarté. L’identification des limites n’est pas une question purement négative pour la localisation des contraintes à l’action, diagnostiquant de façon pessimiste pourquoi nous ne pouvons pas aller plus loin. Le problème est d’identifier les conditions déterminées du présent, et c’est la base positive pour savoir quelle action doit se produire. Dans le contexte actuel, nous avons vu les modes dynamiques de lutte en développement, tels que ceux autour du Black Lives Matter qui est important aux États-Unis. Cela construit  à la fois des relations humaines et des possibilités discursives qui ont été ouverts au cours des dernières vagues de luttes; ils ont dépassé certaines faiblesses d’Occupy, tout en les réinventant par d’autres moyens.

Bien que de diverses manières leur contenu est resté dans un cadre démocratique radical, ils se sont déplacés au-delà de l’occupation pour développer des tactiques de confrontation. Bien qu’il existe de nombreux dangers à l’horizon, il est clair que le moment reste gros de possibles.


un pas en avant, deux pas en arrière ?

des choses paraissant d'abord intéressantes, bien écrites mais cachant mal leur floue, voire des généralisations abstraites malgré les exemples, et pour moi dans une posture d'observation en retrait typique du théoricisme que j'ai critiqué...

Endnotes semble ré-introduire la notion de "pays riches - pays pauvres", pour ne pas dire "Nord et Sud", ou "centre et périphérie", mais l'analyse reste effleurée en termes de critique concrète de l'économie politique, et la possibilité d'une restructuration du capital en cours semble rejetée pour l'instant

de même, le débat - puisqu'il existe - sur de nouvelles formes d'impérialismes ou de "néo-colonialisme" n'est pas évoqué, ni la montée des populismes voire de "néo-fascismes", explicitement mêlés pourtant au démocratisme radical en Grèce, en France, en Angleterre et en Amérique latine... (le texte aurait-il été écrit fin 2014, avant les attentats parisiens, puisqu'il évoque l'élection de Corbyn à la tête du Labour Party début septembre ?)

sur le plan méthodologique, Endnotes reprend, ou conserve, la dialectique de "limite et dynamique" de Théorie communiste, mais ne creuse pas celle de dépassements à produire sur des lignes clarifiées tel que je l'ai proposée. Une dialectique assez vague où l'on ne situe pas précisément les contradictions en mouvement, ni leurs articulations à la structure globale dans la double crise de l'Occident et du capital

exemples : alors que Endnotes3, avec le texte de Chris Chen, semblait "mettre la race sur la table de la communisation", elle est ici totalement absente, de même que la contradiction de genre, mais ça, on sait que pour Endnotes, il n'y en a pas...

la "géopolitique" est évoquée, mais pas précisément décrite, sauf... pour Syrisa, et en termes qui ne sont pas géopolitiques ni militaires, ou géo-économiques du capital dans le transnationalisme entre États et groupes multinationaux. Le passage sur la Chine est baclé, la question de la rente foncière et des effets à terme des réformes chinoises (hùkǒu) n'est pas évoquée, l'Inde et l'Asie du Sud-Est, ou encore l'Afrique, n'existent pas... la guerre non plus !

aucune crise particulière de la modernité occidentale n'est évoquée et pas suite aucune dynamique décoloniale
...

au total, pour moi, un manque d'approfondissement de l'analyse des matériaux choisis, et un retard conceptuel qui s'accompagne d'un syncrétisme avec des bouts de Théorie communiste, comme si Endnotes tournait en rond, dans une pétrification partielle... de la théorie de la communisation



« Je suis si avancé que, dans cinq semaines,
j'en aurai terminé avec toute cette merde d'économie.
Ça commence à m'ennuyer.»


Marx à Engels, 1851

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MessageSujet: Re: ENDNOTES : théorie filant à l'anglaise   Jeu 17 Déc - 6:43


Endnotes : trois pas en arrière, suite


from holding baderne to hanging baudruche



je reviens sur ce texte de Endnotes traduit par dndf sous le titre EndNotes : « Dynamique et limites de la situation » (Mise à jour de : “The Holding Pattern”) et je vais montrer en quoi il y a une utilisation de ces termes qui n'a plus rien à voir avec la théorie de la communisation, du moins telle qu'exprimée par Théorie Communiste, puisque c'est ce groupe qui les utilisent [sur le principe, je n'ai rien contre, évidemment]

dans le texte, voici les occurrences de "limite" :


Citation :
Dans «Holding Pattern »  nous nous sommes concentrés sur une limite interne de ces luttes : le fait que les occupants n’ont pu réaliser qu’une faible unité sur la base des exigences pratiques et de leur aspiration commune à l’unité.[...]

Mais le résultat de ces mouvements pointe vers une autre limite que nous annoncions dans «Holding Pattern » : la géopolitique. Différentes puissances ont réussi à profiter des situations déstabilisées.[...]

Une autre limite géopolitique, moins « guerre froide», fut bien entendu atteinte par ces déviationnistes parlementaristes : Syriza.


le terme de "dynamique" ne figure quant à lui que dans la conclusion :


Citation :
Cette analyse n’est pas que nous devons simplement attendre que le « Holding Pattern »  actuel arrive à son terme. Il s’agit d’identifier d’une manière stratégiquement utile ce que sont la dynamique et les limites de la situation, de façon à être en mesure d’agir avec clarté.

L’identification des limites n’est pas une question purement négative pour la localisation des contraintes à l’action, diagnostiquant de façon pessimiste pourquoi nous ne pouvons pas aller plus loin. Le problème est d’identifier les conditions déterminées du présent, et c’est la base positive pour savoir quelle action doit se produire. Dans le contexte actuel, nous avons vu les modes dynamiques de lutte en développement, tels que ceux autour du Black Lives Matter qui est important aux États-Unis. Cela construit  à la fois des relations humaines et des possibilités discursives qui ont été ouverts au cours des dernières vagues de luttes; ils ont dépassé certaines faiblesses d’Occupy, tout en les réinventant par d’autres moyens. Bien que de diverses manières leur contenu est resté dans un cadre démocratique radical, ils se sont déplacés au-delà de l’occupation pour développer des tactiques de confrontation.

Bien qu’il existe de nombreux dangers à l’horizon, il est clair que le moment reste gros de possibles. [sic]


autrement dit limites et dynamique sont rapportées à « la situation », mais celle-ci ne l'est pas à la lutte de classe, dans l'implication réciproque entre capital et prolétariat, telle étant l'utilisation qu'en fait Théorie Communiste, ce jeu entre dynamique (de la lutte de classe) et limites (plancher de verre de la règle du jeu de l'exploitation), pouvant produire des « écarts », d'où la théorisation de ce concept par TC : il y demeurait un rapport étroit avec la dialectique de contradictions au sein du capital, comme mouvement nommé communisme au sens de Marx et Engels : ce rapport, Endnotes l'a abandonné, faute sans doute à la « Pétrification partielle de la lutte des classes ? » (je ne sais pas si ce titre est de Endnotes ou de dndf)

en effet, jamais TC ne pourrait soutenir que ce sont des luttes telles que Occupy, Black Lives Matter, ou « le déviationnisme parlementaire de Syrisa »  qui portent en elles-mêmes une quelconque dynamique de lutte de classe, leur limite n'étant que celle de leur objectif démocratique radical (Endnotes le dit mais en fait la limite à dépasser !)

le point commun avec Théorie Communiste est la posture de la théorie, sa fonction : « identifier d’une manière stratégiquement utile ce que sont la dynamique et les limites de la situation, de façon à être en mesure d’agir avec clarté [...] identifier les conditions déterminées du présent, et c’est la base positive pour savoir quelle action doit se produire.»

on sent un flottement entre "théorie boîte à outil" (« agir avec clarté »), et déterminisme de « conditions [objectives] positives » : il n'y a pas, même par la pensée, d'immersion dans les luttes, ni luttes théoriciennes et encore moins auto-théorisantes, mais leur observation à la manière de la sociologie universitaire, la seule différence étant un point de vue communiste (?) favorable à la production d'une situation dans laquelle la dynamique serait assez puissante pour dépasser les limites : « franchir le pas »

cerise sur les gâteux, eux-mêmes de couches moyennes intellectuelles, le prolétariat est totalement absent de leurs spéculations, y compris dans la dimension massive des mouvements migratoires*, pourtant pas nés d'hier

* Deux tiers des migrants dans le monde sont des travailleurs, selon l'OIT

ce qui a atteint ici ses limites, c'est un théoricisme qui jargonne à vide et se paie de mots, la limite ici franchie étant l'abandon de leur sens conceptuel (supposé) commun aux belles heures des amours franco-anglaises entre Théorie Communiste et Endnotes

autant dire que si la lumière, sur la terre des luttes concrètes contre le capital concret, devait descendre du ciel conceptuel de ces théoriciens enfilant des perles à l'anglaise et frayant avec l'idéologie française, on ne serait pas sorti de l'auberge espagnole

pour le dite sans jambages ni jeu de mots laids :


Endnotes ne fait plus de théorie communiste




baderne : personne âgée et bornée, ancrée dans des habitudes d'un autre temps. Baderne rime avec baliverne et pattern : Pater Noster, parterre austère

PS : voilà qui nous rappelle « Des outres gonflées ne sort que du vent » Roland Simon, dndf, 26/03/2015

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MessageSujet: Re: ENDNOTES : théorie filant à l'anglaise   Ven 18 Déc - 11:07



Endnotes ?

"Le Monde Diplomatique de la communisation"


Corinne Cerise


un échange sans coup lisse en coulisse...

Corinne Cerise a écrit:

J'ai dû lire trois fois l'article d'Endnotes pour comprendre de quoi il retournait. Je vais caricaturer à l'extrême, mais lors de ma première lecture, j'ai été abasourdie de lire ceci par exemple, complètement déconnecté de l'économie politique et de la géo-politique qu'ils disent aborder :

Endnotes a écrit:
" Mais le résultat de ces mouvements pointe vers une autre limite que nous annoncions dans « Holding Pattern » : la géopolitique . Différentes puissances ont réussi à profiter des situations déstabilisées. A Maidan, les tensions entre nationalistes et pro-européens libéraux couvaient depuis des mois, mais  n ’ eurent pas beaucoup le loisir de jouer, car dès que Ianoukovitch démissionnait, la Russie – confrontée à la perspective de l ’ extension de l ’ UE et de l ’ OTAN dans un autre pays dans son « étranger proche » –   envahissait la Crimée et  commencait une guerre par procuration dans l ’ Est de l ’ Ukraine. À ce moment là, la rébellion était devenu guerre civile. En Egypte, les conflits entre les radicaux et les frères musulmans, ou entre les musulmans et les coptes, qui s ’ étaient développés à la suite de la chute de Moubarak, ont finalement été immergés dans un grand jeu de puissance régionale, quand le soutien financier de l ’ Arabie permit à l ’ état de l ’ Egypte de se rétablir. Ailleurs, de la Syrie à Bahreïn, au Yémen et en Libye, les espoirs du printemps ont été étouffés dans la guerre civile, l ’ intervention militaire ou les deux."

Donc pour caricaturer, j'ai eu là l'impression de lire "le Monde Diplomatique de la communisation". Passez moi l'expression, mais c'est ce que j'ai ressenti.

Je partage avec vous les constats que vous faites, et en particulier :

Patlotch a écrit:
"Endnotes semble ré-introduire la notion de "pays riches - pays pauvres", pour ne pas dire "Nord et Sud", ou "centre et périphérie", mais l'analyse reste effleurée en termes de critique concrète de l'économie politique , et la possibilité d'une restructuration du capital en cours semble rejetée pour l'instant"

Je rejoins tout ça, il n'y a aucune analyse sérieuse du capital, qui est peut-être en effet dans une nouvelle phase de restructuration ; pour le moins, de ce qu'on a directement sous les yeux chaque jour - en France (*) - cela semble se dessiner. Rien non plus sur la tendance (je suis prudente) à la guerre généralisée entre impérialismes (directement ou non) comme ultime recours à cette sortie de crise. Sortie de crise "classique".

Patlotch a écrit:
" la "géopolitique" est évoquée, mais pas précisément décrite, sauf... pour Syrisa, et en termes qui ne sont pas géopolitiques ni militaires (...) l'Inde et l'Asie du Sud-Est, ou encore l'Afrique, n'existent pas... la guerre non plus !"

Là, vous mettez dans le mille ! Endnotes ignore totalement ce qui se passe dans la moitié du monde au moins. Pour la guerre, voir plus haut.



Corinne Cerise a écrit:
Sinon, continuez donc votre chemin, il est bien plus puissant et précieux pour les communistes que ce type de littérature hors-sol. Cessez de vous bagarrer avec tout ça, si vous voulez mon avis. Je n'ai pas la prétention d'avoir un niveau théorique élevé, mais perso à votre place je garderais les fondements vérifiables de ce qu'ont écrit TC et Hic Salta - que je découvre grâce à vous - le reste...


question pour un champion

quelle est la différence
entre
une théorie sur le communisme
et
une théorie communiste ?


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MessageSujet: Re: ENDNOTES : théorie filant à l'anglaise   Sam 9 Jan - 12:15


en direct de la Bonne Mère :

un cri du chœur !


dndf : « Endnotes4 enfin en ligne »


suspense :
le cri sortira-t-il de la bulle ?

les "camarades" anglais ont répondu à l'attente sans fin ni front des "camarades" marseillais

à qui se passionne pour les variantes conceptuelles de "cycles de luttes" du défunt mouvement ouvrier programmatiste, je conseille de se procurer la revue papier Endnotes4 et de prendre sans fin des notes

aux autres de lire la préface, History of Separation: Preface The rise and fall of the workers' movement, 1883-1982 et le dernier article : An Identical Abject-Subject?

qui ne dispose que de peu de temps pourra se contenter des dernières lignes du dernier article :

Citation :
Who is “abjected” then? We might provisionally reply, somewhat tautologically: those who are defined as such by the fact that they are the object of these processes of repression. There is no particular pre-existing trait or social categorisation which must, in itself, necessarily or inevitably mark one out as an object of these processes, which is not to say that certain social categories do not end up being reproduced in such positions. Abjection is closely related — though not identical — to racialisation

If we are now speaking of the subjects of “abjection” rather than “surplus population” here, how about the abject as a social subject?

This is not something that should be valorised or romanticised, or projected as the positive basis for some future social subject. If it is a curse to be reduced to the proletarian, it is doubly so to be abjected. Neither surplus population nor the abject provide any ultimate answer to the problem of revolutionary agency, but both describe aspects of the problem, and it is with the problem that we must start. What seems clear is that whatever shape a future unity of the class could take, it is not one that is likely to be hegemonised by an advanced industrial worker; though it seems equally clear that no “abject” or “surplus” subject offers itself up as an obvious alternative. Nonetheless, the problem will continue to be confronted, as people in struggle strain to compose and extend some unity in order to push forwards. And the combinatory processes of struggle can be endlessly generative.

(en espérant pas trop de contre-sens sur "abjection" et "abject")

Qui est « abjected » alors ? Nous pourrions répondre provisoirement, de façon un peu tautologique : ceux qui sont définis comme tels par le fait qu'ils sont l'objet de ces processus de répression. Il n'y a aucun trait préexistant particulier ou de catégorisation sociale qui puisse en soi, nécessairement ou inévitablement devenir un objet de ces processus, ce qui ne veut ne pas dire que certaines catégories sociales ne finissent pas par en produire dans ces situations. Abjection est étroitement liée, bien que non identique — à racialisation

Si nous sommes en train de parler des sujets de « population expulsée  » plutôt que « population en surplus » ici, qu'en est-il de la première comme sujet social ?

Ce n'est pas quelque chose qui devrait être valorisé, romancé, ou projeté comme la base positive d'un futur sujet social. Si c'est une malédiction d'être ramené à l'existence comme prolétariat, c'en est doublement une d'être expulsé. Ni le concept de "population en surplus" ni celui de "population expulsée" ne fournissent une ultime réponse au problème du sujet révolutionnaire, mais les deux décrivent des aspects du problème, et c'est avec le problème que nous devons commencer. Ce qui semble clair, quelque soit la forme que pourrait prendre une unité future de la classe, elle n'est pas susceptible d'être l'hégémonie du prolétariat industriel avancé. Il semble également clair qu'aucun sujet « expulsé » ou « excédentaire » ne s'offre comme solution de rechange évidente. Néanmoins, nous serons encore confrontés à ce problème, comment les gens se composent comme une souche susceptible d'étendre une unité afin de pousser vers l'avant. Et les processus combinatoire de luttes peuvent être générés sans fin.

ces questions ne sont pas sans rapport avec ce qu'Achille Mbembe nomme "les Nègres du monde"* dans un contexte post-racial où la couleur ne définit plus le "Nègre" : une population en dessous du statut de prolétaire exploitable pour le capital, une population "expulsée" dans les termes de Saskia Sassen, mais qui nous rapproche de la situation que je comprend comme plus objective de « population en surplus ». Malgré les ambiguïtés (de ma compréhension du moins), la catégorie définie par Endnotes comme «abjected» peut apparaître comme davantage susceptible de se révolter (émeutes...) si ce n'est d'être porteuse d'une dynamique

* cf MONDIALISME : un DEVENIR-NÈGRE DU MONDE ?

dans ce cas, cela ne serait pas sans rapport avec la théorisation ici, mais alors avec des différences énormes :

1) nous ne cherchons pas à modéliser un sujet révolutionnaire, ni dans une catégorie sociale particulière ou une situation sociale particulière, ni dans les formes de luttes où elles exprimeraient des limites à franchir pour que ces luttes deviennent révolutionnaires

2) nous introduisons une définition de la période présente comme celle de la double crise de l'Occident et du capital, ce qui confère aux luttes décoloniales des catégories prolétaires une fonction actuelle de production de dépassements possibles, sans qu'ils puissent être posés comme révolution sortant du capital : il s'agit d'une contradiction dans la totalité systémique de la civilisation du capital-monde, posée comme implication réciproque mais ne trouvant pas sa résolution révolutionnaire nécessairement par une abolition du capitalisme : c'est en quelque sorte une phase de transition possiblement interne au capital [dans ce cas il est logique et normal que des individus ou groupes n'étant pas directement concernés s'en foutent à titre personnel, tant et si bien qu'ils s'investissent dans la théorie comme une occupation cérébrale n'impliquant pas de lutter soi-même, d'où cette tonalité distanciée, la théorie comme objet froid au charme discret du flegme anglais ..]

en effet, si le caractère décolonial définit une unité objective, en tant qu'unité de lutte, celle-ci ne remet pas en cause nécessairement et par nature le capitalisme comme économie politique (exemple : le décolonialisme africain peut constituer des formes de capitalisme africain plus indépendantes des centres occidentaux)

3) la notion même d'unité, ou de recherche d'unité, est un héritage mixte et bâtard du programmatisme prolétarien révolutionnaire communisme programmatique et de la convergence démocrate radicale, autrement dit, c'est un leurre, une considération inactuelle mais pas intempestive

4) si je vois une dynamique, ce n'est pas dans un cycle de lutte terminal à la manière de Théorie communiste, ni, si j'ai bien compris, et malgré ses "vagues" dans ce cycle, d'Endnotes

deux remarques plus limitées :

- un point qui m'échappe : à quoi bon avoir engagé une réflexion théorique sur la "race" ou évoquer ici le fait que « Abjection est étroitement liée, bien que non identique — à racialisation » pour n'en rien faire sur la base d'éléments concrets, en terme de contradiction soit ici de dépassement d'identités racialisés ? Deux ans de silence entre Endnotes3 et Endnotes4, avec tout ce qui s'est produit dans le monde depuis, il faut croire qu'on est aussi réactif à Londres qu'à Marseille

- un point que je partage, c'est que la définition de la classe des abolitions comme étant la classe ouvrière industrielle est fausse aujourd'hui, et l'était déjà hier, comme d'ailleurs le prolétariat n'a jamais été définit de façon aussi stricte. C'est notamment le problème des petits paysans et du rapport à "la terre" (à l'univers matériel en général), avec ses incidences comme source de matières énergétiques ou nourricières et comme enjeu de survie environnementale


(modifié 18:17)
au-delà de ces considérations sur les objectifs, les contenus et la méthodologie, mon plus gros différent est du même ordre qu'avec la théorie de la communisation en général, et Théorie Communiste en particulier, il est que le problème n'est pas de l'ordre d'une théorie de la révolution communiste, et ne peut par conséquent pas obtenir de réponses théoriques. Tout problème révolutionnaire est d'emblée praxique, un problème pragmatique de luttes qui se posent les problèmes théoriques qu'elles peuvent résoudre. La posture théoriciste prend les choses à l'envers, elle est un idéalisme de professeurs de la révolution, elle est fausse comme théorisation communiste ou révolutionnaire, et ne peut pas même revendiquer d'en être une : c'est une posture d'extériorité, de contemplation en attendant la fin

Patlotch a écrit:
Maintenant, Isidore est prêt. Il maîtrise à la perfection les techniques de combat éloigné, d'une absolue nécessité pour le jour, proche, de la guerre sociale totale et définitive, que les prévisionnistes de la révolution ne manqueront pas d'annoncer le lendemain, sur Tweeter, où il n'est pas inscrit.

extrait de MABOUL ISIDORE, roman-feuilleton 5. D'un examen blanc février 2012


c'est pourquoi je comprends que, partageant une telle posture, dndf ait attendu avec autant d'impatience, de quoi se mettre sous les yeux, plutôt que les réalités du monde, de la théorie conceptuelle et concurrente : de quoi exister. En attendant la contre-offensive de papier du maître de Cavaillon, en bon français :

pas besoin de prendre un canon pour masturber une mouche

mais je tiens néanmoins à apporter ma contribution positive



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MessageSujet: Re: ENDNOTES : théorie filant à l'anglaise   Mar 2 Fév - 17:32


je disais plus qu'avec Endnotes4, on quittait la théorie de la communisation... Cela ne semble pas l'avis des rédacteurs de la revue


Endnotes a écrit:
If the term “communisation” is absent from Endnotes 4 this is due partly to the topics we covered, and partly to our frustration with the way this word has become associated with a new theoretical brand and/or radical identity. We will return to the theme of communism in the present tense in Endnotes 5, but as a preview of that issue we here publish a critical take on “communisation” by some friends of ours and the classless society (Freundinnen und Freunden der klassenlosen Gesellschaft). We don’t agree with it all, and we will include a response in the forthcoming issue, but in the meantime we hope it will provide food for thought.

This text was originally published in the Friends' journal Kosmoprolet as a response to Théorie Communiste’s critique of the Friends' 28 Theses on Class Society. A translation of TC's original critique can be found here.

Si le terme « communisation » est absent de Endnotes4, cela est dû en partie aux sujets que nous avons couvert et en partie à notre frustration avec la façon dont ce mot est devenu associé à une nouvelle marque théorique et/ou l'identité radicale. Nous reviendrons sur le thème du communisme au présent dans Endnotes5, mais comme un avant-goût de cette question, nous publions ici un regard critique sur « communisation » par des amis de la société sans classes (Freundinnen und Freunden der klassenlosen Gesellschaft). Nous ne sommes pas d'accord avec tout, et nous inclurons une réponse dans le prochain numéro, mais en attendant nous espérons qu'il fournira matière à réflexion.

Ce texte a été publié dans la revue de nos amis de Kosmoprolet en réponse à la critique de Théorie Communiste des 28 thèses amis sur la société de classes. Une traduction de la critique originale peut être trouvée ici : ici

28 thèses sur la société de classes 2009

commentaire critique par Théorie Communiste 2010

SUR LA COMMUNISATION ET SES THEORICIENS 2011




c'est une bonne idée qu'a eu Endnotes de republier ce texte de 2011 SUR LA COMMUNISATION ET SES THEORICIENS, donc avant la rupture de la revue Sic à laquelle il participait avec TC. On y retrouvera la plupart des critiques que j'ai moi-même adressées à Théorie Communiste notamment. À (re)lire et méditer 5 ans après, avec la scission de Sic entre temps

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MessageSujet: Re: ENDNOTES : théorie filant à l'anglaise   Mar 12 Juil - 17:15


ce texte me semble influencé par les considérations d'Endnotes#4 sur le "surplus de population" notamment dans l'article de Chris Wright, Brown v. Ferguson, et il apparaît que les deux revues poursuivent leur collaboration au-delà de la scission dans Sic, revue internationale pour la communisation, en 2013 (voir remarque en PS en bas)


une dérive nationalo-centrée de "camarades" allemands... filant à l'anglaise ?

From Welcome to Farewell: Germany, the refugee crisis and the global surplus proletariat

Felix Baum Communists in situ 10 janvier



les deux derniers paragraphes, ma traduction
Citation :
Traditionally, many on the left have regarded nationalism and racism as instruments of the ruling class to divide the proletariat, as if the latter was not always already divided by objective conditions. Today in Germany, many of those who reject such an instrumentalist understanding fall into the opposite extreme. Celebrating migrants as some kind of Ersatzproletariat, they scorn the “racist German proles” and consider any attempt to explain proletarian nationalism as inevitably excusing and justifying it. Of course, defending open borders and rejecting the dominant distinction between legitimate asylum-seekers and illegitimate “economic refugees” is a fundamental principle of internationalism. When locals, be they “ethnic” Germans or second-generation immigrants, turn against refugees, there is no question which side to choose. But not taking into account the real consequences of a mass immigration of the poor will hardly provide a basis for challenging the hostility it meets.

Beaucoup à gauche ont traditionnellement considéré le nationalisme et le racisme comme instruments de la classe dirigeante pour à diviser le prolétariat, comme si ce dernier ne était pas toujours déjà divisé par des conditions objectives. Aujourd'hui, en Allemagne, beaucoup de ceux qui rejettent cette compréhension instrumentaliste tombent dans l’extrême opposé. Célébrant les migrants comme une sorte d'Ersatzproletariat [prolétariat de remplacement], ils méprisent les « prolos allemands racistes » et considèrent toute tentative visant à expliquer le nationalisme prolétarien comme inévitablement l'excuser et le justifier. Bien sûr, défendre les frontières ouvertes et rejeter la distinction dominante entre légitimité des demandeurs d’asile et illégitimité des « réfugiés économiques » est un principe fondamental de l’internationalisme. Quand les gens du pays, qu’ils soient allemands « ethniques » ou immigrants de deuxième génération, se tournent contre les réfugiés, aucun doute pour choisir. Mais ne pas prendre en compte les véritables conséquences d’une immigration massive des pauvres ne fournira guère une base pour contester l’hostilité à laquelle elle répond.

Those who do take them into account broadly fall into two categories. While the likes of the above-mentioned Sahra Wagenknecht wholeheartedly affirm the nationalist exclusion that constitutes the instinctive reaction of many workers, others with more humanist inclinations take recourse to the agenda of left Keynesianism: economic stimulus programs, job creation in the public sector, and shorter working-hours allowing the integration of more people are supposed to lower tensions between local and new immigrant workers.10 Even though the German state currently still has the fiscal leeway for such an agenda, the proposed measures would directly or indirectly be a burden on capital’s profitability and therefore, at least in the long run, come up against objective limits. Instead of reproducing the illusions the statist left harbored in the twentieth century, an adequate response to the current situation requires a sober assessment of the limits of the ruling mode of production, limits which the refugee crisis itself throws into sharp relief. In such a perspective, this crisis is one more indicator pointing to the obsoleteness of the system of wage labor.

Ceux qui les prennent en compte largement entrent dans deux catégories. Alors que les goûts de la susmentionnée Sahra Wagenknecht affirment sans réserve l’exclusion nationaliste, qui constitue la réaction instinctive de nombreux travailleurs, d’autres, avec des inclinaisons plus humanistes, ont recours à l’ordre du jour du keynésianisme de gauche : programmes de relance économique, création d’emplois dans le secteur public, temps de travail plus court permettant l’intégration de plus de gens, sont censés réduire les tensions entre les locaux et les nouveaux immigrants workers. Même si l’Etat allemand a encore actuellement une marge de manœuvre fiscale pour un tel agenda, les mesures proposées seraient directement ou indirectement un fardeau pour la rentabilité du capital et par conséquent, au moins à long terme, se heurtent à des limites objectives. Au lieu de reproduire les illusions des étatistes gauche nourries au XXe siècle, une réponse adéquate à la situation actuelle exige une évaluation sobre des limites du mode de production, des limites que la crise des réfugiés met en relief. Dans cette perspective, cette crise est plus un indicateur pointant vers l’obsolescence du système de travail salarial.



s'il est vrai que « ne pas prendre en compte les véritables conséquences d’une immigration massive des pauvres ne fournira guère une base pour contester l’hostilité à laquelle elle répond », et puisque les auteurs se disent "communistes in situ", la question d'activités communistes dans ce moment de la crise suppose d'abord d'avoir une bonne perception de cette crise, et pas seulement à l'échelon européen et comme conséquence pour les prolétaires près de chez soi. Or il me paraît de plus en plus évident que ces théoriciens, comme la plupart de ceux du milieu radical, ne l'ont pas, et par conséquent, la suite en découle

affirmer en conclusion que « la situation actuelle exige une évaluation sobre des limites du mode de production, des limites que la crise des réfugiés met en relief », est un bel aveu que le texte n'a pas produit cette analyse, et comme de bien entendu, la chute ne mange pas de pain : «  cette crise est plus un indicateur pointant vers l’obsolescence du système de travail salarial », genre on vous l'avait bien dit, le système capitaliste est à bout, on se croirait revenu à l'époque du programme, « Une seule solution, la révolution ! » mais ce texte ne dit pas un mot pour répondre à la question : comment on passe du moment actuel à la révolution de ses vœux, tout simplement parce qu'il ne saisit pas où sont les contradictions qui font la dynamique réciproque actuelle du capital et du prolétariat mondial

dans ces conditions, la citation de Gorter en note 9, ci-dessous, portant sur la situation en Allemagne avant la Première guerre mondiale, est complètement à côté de la plaque tectonique du phénomène migratoire actuel, et ces considérations sur le nationalisme prolétarien à l'époque en dehors de la situation présente, comme les précédents commentaires, ou d'autres articles, l'ont établi


Citation :
Trying to explain the catastrophe of 1914 unfolding before his eyes, the Dutch council communist Herman Gorter noted : “The national capital is indeed their [the workers’] enemy, but it is an enemy which feeds them. Thus, although the worker is only passively nationalistic, he is nationalistic and cannot help being nationalistic so long as he is not a real socialist. Because the nation, the nation’s capital, is the foundation of his existence.” Herman Gorter, “The Origins of Nationalism in the Proletariat

« Le capital national est en effet leur ennemi [aux travailleurs], mais il est un ennemi qui les nourrit. Ainsi, même si le travailleur est seulement passivement nationaliste, il est nationaliste et ne peut s’empêcher d'être nationaliste, tant qu’il n’est pas un vrai socialiste. Parce que la nation, la capitale, est le fondement de son existence. » Herman Gorter, « les origines du nationalisme dans le prolétariat»

citer ses vieilles références d'ultragauche (parce qu'elles seraient meilleures aujourd'hui que Lénine ou Trostky ?) ne suffit pas à montrer que certains "partisans de la communisation" pourtant, auraient compris que cette théorie s'appuie sur le constat de la restructuration mondiale du capitalisme engagée depuis 50 ans, avec pour première conséquence la fin de la reproduction du capital sur une aire nationale, serait-elle allemande !

il est un peu dommage que l'auteur allemand appartenant à un groupe informel, qui se définit par sa composition internationale avec des participants de plusieurs continents (voir ci-dessous), n'ait pas pris leur attache ou tenté d'avoir de la situation y compris allemande une vue un peu plus distanciée (le monde avec des yeux du monde...)

il est regrettable que jusque dans le milieu théorique radical, on en vienne à des analyses aussi ethnocentrées, pour ne pas dire ici, concernant le phénomène migratoire mondial (le titre dit "surplus-prolétariat global"), à une approche nationale-centrée, qui est la même constatée chez la plupart des marxistes européens et populistes de gauche ayant positivement apprécié le Brexit !

à l'auberge espagnole de la communisation, chacun mange aujourd'hui ce qu'il apporte, la bouffe de chez lui, on partagera les restes après la révolution...


Citation :
CIS (communistes in situs) est un réseau informel de personnes de différentes villes (Berlin, Athènes, Le Caire, Lisbonne, Zurich, Paris, New-York, Rio de Janeiro, etc.) qui a appris à connaître l’autre dans le cadre de mouvements sociaux qui ont explosé au cours des années. CIS n’est pas un groupe politique, ni une organisation, et il n’y a absolument rien d’officiel à ce sujet. En fait, nous ne prenons pas nous-mêmes trop au sérieux. Mais nous sommes sérieux au sujet de l’époque que nous vivons. Lorsque cela est possible, nous nous efforçons de se rencontrer et de relier les points de nos vies séparées. Le reste du temps, nous faisons de notre mieux pour découvrir un potentiel spécifique : grossièrement et environ, presque et plus ou moins, ce potentiel coïncide avec l’actualité éternellement suspendue de celui qui, depuis deux cents ans, s’exprime avec pour nom le communisme.

PS, sur le même site il y a quelques jours, un texte de Chris Wright, qui écrit aussi pour la revue anglaise Endnotes, que j'ai renoncé à importer, compte tenu de sa confusion et de son étroitesse, malgré sa longueur argumentée, Marxism and White Skin Privilege. Quand on veut avoir du "privilège blanc" un point de vue marxiste, c'est-à-dire matérialiste, et actuel, on ne se contente pas de le discuter à partir de livres sur "la blanchité" même écrits par des marxistes qui font référence, la question étant largement renseignée aujourd'hui par des textes décoloniaux, et l'expérience même de luttes contemporaines, qui vont bien au-delà de ces références certes incontournables mais tout de même datées... (voir ICI)

bref, en matière de théoricisme, on atteint ici des sommets européens, comme de retard théorique dans les débats, et quand on veut chroniquer l'Euro de foot 2016, on ne visionne pas la Coupe du monde 1998...

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MessageSujet: Re: ENDNOTES : théorie filant à l'anglaise   Ven 30 Déc - 13:04


subjectivisme et esthétisme en lieu et place de la théorie

Endnotes, ΟΙ ΘΕΣΕΙΣ ΤΟΥ LA (L.A. THÈSE)

dndf 30/12/2016

Traduction à quatre mains (du grec à l’anglais et de l’anglais au français) de l’introduction au texte de « LA Theses » d’Endnotes publiée sur le site grec https://aruthlesscritiqueagainsteverythingexisting1.wordpress.com/

Citation :
Nous publions à nouveau le texte de «LA Theses» d’ Endnotes pour diverses raisons.

Tout d’abord, parce que nous voulons que ce texte soit présent sur notre blog. C’est un beau texte. Mais, au-delà, c’est un texte court et complet qui résume très bien leur travail jusqu’à présent – du moins dans la mesure de ce que nous pouvons saisir de leur travail – et montre leurs lignes de recherche fondamentales et leur perception du communisme dans la conjoncture actuelle. On  peut prétendre que certaines de leurs thèses sont ultra-optimistes et que rien ne s’est produit qui amène au communisme. EndNotes ne refusent pas la partialité et les limites des luttes. Ce qu’ils disent, c’est que cette partialité même des luttes est accompagnée d’une vision métonymique de la transcendance des séparations et des fragmentations existantes et, cumulativement, ils produisent une image passagère et fugitive de ce qui n’est pas encore advenu mais le pourrait…. Ce processus inclut, présuppose et produit une foi qui diffère du processus faux et naïf de l’espérance optimiste commune. C’est une foi logique qui recueille secrètement l’utopie – et s’identifie à cette utopie à travers les fissures que crée sur elle-même la contradiction très mouvante du capital, la même contradiction qui est articulée et mêlée aux corps et  désirs des sujets capitalistes eux-mêmes, qui tente de se reproduire à l’intérieur de la totalité capitaliste et de sa propre totalité. Cette vision, comme horizon et  expérience matérielle éphémère, est la voie par laquelle le communisme se rafraichit constamment dans son annulation. L’annulation de la vision est en même temps l’identification avec ce qui a été annulé, c’est la mémoire, et la lutte (qui accompagne la vision) est un événement matériel / une rupture dans les relations matérielles du capitalisme, un événement / perturbation qui transforme le capitalisme et, en même temps, transforme les sujets, leurs espoirs et leurs tactiques. Le fait que le communisme reste possible comme horizon montre exactement sa présence immanente dans le monde du capital, présence qui reste négative à la fois comme conflit et abolition et comme absence.

Seulement, le sujet ne se noie pas dans le cynisme, l’empreinte mentale de l’universalité du fétichisme capitaliste, l’aveu en creux que «les choses sont comme elles sont». C’est seulement ainsi que les contradictions deviennent visibles comme des éclairs fugaces qui éclairent les choses, non  comme de simples antinomies et déviations d’un état naturel et inévitable, mais comme des opportunités pour de nouvelles expérimentations de socialité qui prouvent constamment que «les choses pourraient être différentes». Ce sont des produits historiques qui ont un début et une fin possible.

RC le 11 décembre 2016


si « C'est un beau texte » c'en est une "belle introduction", mais d'un subjectivisme qui se prend pour poétique. Ni comme "poète" ni comme "théoricien", je ne mange de ce pain-là, de l'esthétisme et de la phrase qui fait semblant de vouloir dire quelque chose, au nom de l'utopie et même de la foi

au demeurant, on peut s'interroger sur cette confusion entre utopie (concrète) et foi; ne traduit-elle pas ce besoin de croire pour combler un manque de communisme, que j'ai pointé en 2012 à propos du milieu de la communisation, dans pour en finir avec mon communisme-théorique, et qui n'a cessé de se confirmer au fur et à mesure que ses théoriciens n'avaient plus rien sous les yeux pour appuyer leurs thèses sur la révolution communiste ?

dithyrambique et non problématisé, d'un idéalisme si creux que je pense inutile de m'en expliquer, non, ce n'est pas une bonne introduction au texte de Endnotes, dont j'ai parlé ailleurs. J'attends autre chose de la critique

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ENDNOTES : théorie filant à l'anglaise
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