PATLOTCH / CHANGER DE CIVILISATION / LUTTES, THÉORIE, SEXE et POÉTIQUE

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 ANTISÉMITISME, SIONISME, antisionisme... Identité juive... UJFP, JJR...

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MessageSujet: ANTISÉMITISME, SIONISME, antisionisme... Identité juive... UJFP, JJR...   Sam 2 Mai - 16:43

façon de mettre les pieds noirs dans le plat de supposées "confusions" entre races et classes selon nos « camarades » d'extrême et d'ultragauche bien intentionnés (dont Yves Coleman, sans patries ni frontières... de classe est un expert reconnu en milieux "antifas" et autres anarchistes du folklore franchouillard)


Boulevard Richard Lenoir 23 février 2015
promenades socio-poétiques

Éthiopiens noirs juifs en Israël

circulez, ya rien à voir, le film est indolore et sans couleur au savant de Marseille

en relation, la façon dont :

- la Wertkritik française - critique vertueuse de la valeur - conçoit le combat contre tous les racismes : la rubrique racisme - homophobie - antisémitisme selon Clément Homs

- Temps Critiques conçoit la chose : rubrique antisémitisme. Ne cherchez pas à racisme ou anti-racisme. Ils ne sont ni racistes ni antiracistes, pas de problème  avec l'Homme ou le Prolétariat, de chacun selon son universalisme abstrait. C'est bien "pratique", en théorie : « Nous ne sommes pas 'anti' Bernard Lyon, Meeting 2005 » surtout pour aboutir à cet injonction de BL/TC dans Utérus versus Mélanine

Bernard Lyon/ Théorie Communiste a écrit:
Genre et classe sont essentiellement liés, les races non, et cela nous devons l’affirmer de façon très nette voire, polémique parce que l’intégration de l’abolition des genres comme élément inséparable de l’abolition des classes dans la communisation est dévalué, secondarisé par la mise de question des races au niveau de celle du genre.

Wajnzstejn à Coleman, 21 7 14 a écrit:
Je suis entièrement d’accord avec ton point 9 sur les théories multiculturalistes et post-coloniales sauf qu’il paraît déjà presque démodé quand il aborde la question du néo-féminisme et des mouvements homosexuels qui sont maintenant eux aussi pénétrés par cette obsession de la blanchitude des dominants

rapporté à la considération que "ces gens-là" ont pour le racisme à l'encontre des "Colored People", en proportion des crimes du capitalisme occidental, et relativement à l'intérêt (non "communautariste" ?) qu'ils affichent pour qui a la même origine qu'eux-mêmes, in fine religieuse même se disant "athée" ou ici pire, révolutionnaire humaniste, voilà qui laisse rêveur...

merci à Henri Simon d'avoir mis les points sur les " i " : « TERRORISME » : UNE GUERRE À L’ÉCHELLE DU MONDE ?

quant à d'éventuelles accusations d'antisémitisme, ou de promouvoir les "islamo-gauchistes gratinés" (tel que Saïd Bouamama cible privilégiée d'Yves Coleman depuis de 10 ans), j'ai réagi à tous propos merdeux

Patlotch 31 mars 2015 a écrit:
31 mars
à toutes fins utiles

Patlotch et l'antisémitisme suite

j'ai dû prendre quelques précautions quant à la possibilité de sur-interprétation malveillante de mes prises de positions certes dénuées d'ambiguïtés, sous le règne de l'idéologie française évacuant 'la question indigène' jusque dans "nos rangs" de théoriciens radicaux, pour le meilleur embarrassés par l'accusation de «négationnisme» à l'encontre de l'ultra-gauche dans les années 1990, avec éclaboussures dans le milieu, pour le pire embarqués sans trop y regarder dans cette idéologie : ne pourrait-on la nommer «préférence juive» ? (Temps critiques et la Wertkritik, voir discussions sur la communisation 26 mars, note du 30), précautions visant à m'épargner l'accusation d'antisémitisme, après celle d'islamo-gauchiste, ou imaginant une quelconque culpabilisation par ma "blanchité"

le 27 mars dernier dans à propos d'une imposture de l'idéologie française : l'antisémitisme, les Juifs, le «terrorisme», les Autres et moi, j'ai évoqué ma relation aux Juifs depuis que j'en connais, c'est-à-dire le début des années 1970, si je passe sur un camarade de lycée, donc dès 1962, qui était régulièrement la risée et le souffre-douleur des grandes gueules et plus petites. J'ai évoqué la construction idéologique de l'instrumentalisation de la Shoah au procès de Nüremberg en 1945 et avec la création d'Israël en 1947

un 'poète' qui ne dit pas sa vérité, ce n'est pas un poète, et pour ma part, hors même la poésie, question d'éthique personnelle, je tiens à mon intégrité

voici donc un poème de février 2005, doublement dédié à Rosa Amélia Plumelle-Uribe (pour La férocité blanche. Des non-Blancs aux non-aryens, génocides occultés de 1492 à nos jours 2001) et Roland Simon, pour les Fondements critiques d'une théorie de la Révolution de 2002, que je venais de lire avant de prendre contact avec la Revue Meeting. Le PIR, Parti des Indigènes de la République, serait créé 2 mois plus tard, le 8 mai 2005, dont l'anniversaire sera fêté le mois prochain en présence d'Angela Davis, qu'il faudra dorénavant soupçonner comme moi d'apporter «une caution intellectuelle à Houria Bouteldja»

c'est donc une allusion à Dieudonné, à cette histoire de Nüremberg que l'historienne aborde par le menu dans son livre, et à quelques concepts clés de la théorie de la communisation dans la version "anti-humaniste" de Théorie Communiste

poème en vers de 14 syllabes, ne vous y perdez pas, ça commence à être long pour qui est peu familiarisé avec le rythme poétique

HOMME DONNÉ, DIEUX VOLÉS, CLASSE PERDUE

À Roland et Rosa Amélia

Un valet noir sous un roi blanc a jeté son joker
Nègre bravant bradant le sort d'une boule de suif
Aux faces de colons promus de vendre au nom des Juifs
La mémoire deux fois sur le marché de Nüremberg

Nos prêtres démocrates chantent la messe de l'Homme  
Multicolore au monde fou de sa flemme olympique
Le vrai semblable est un moment du faux culte atlantique  
En tous genres lancé des vers accouchés dans la pomme  

D'Adam et Eve on a idée des choses ingénue  
Faut-il en rire ou en pleurer se donner tant de mal  
Pour ignorer ce que l'on est sous ce bon capital
Croire en ce que l'on n'est jamais qu'à s'en retrouver nu

Le conte démocratique se paiera de sa haine
Du réel et fera la guerre au prix de son mensonge
Choisir c'est renoncer sortir de classe est plus qu'un songe
Les prolétaires pour la perdre ont assez de leurs chaînes

Cachan, 22 février 2005 dans Sortie des classes 2005asses

j'ai évoqué également dans ce texte mes amitiés "juives" autour du jazz, du duo, puis du trio et du quintette que j'ai formés dans la première moitié des années 80 avec Lionel Jacubowiez, puis Pierre Wekstein. J'en avais écrit un très long poème en alexandrins en 1990, dont voici un extrait. J'étais alors très influencé par les apports d'Aragon à l'écriture de l'alexandrin, ou plutôt du vers de 12 syllabes, dont le poète Jean Ristat aura repris le principe (voir Étude de la rime dans la poésie d'AragonGeneviève Torlay, 1988)

Oui je reviens à moi ce n'était que paren-
thèse ha la famille on se croirait au cime-
tière j'y étais justement hier c'est marrant
vous voyez comme je me promène ici me

Direz-vous les mots les morts ce n'est pas pareil
ce n'est pas drôle pour tout le monde Monsieur
un peu de respect que diable et laissez les vieilles
en paix les jeunes ce n'est pas l'endroit qui sied

Pour leur courir au derrière je me répète
justement hier j'ai trouvé Gitle Lionel
ta grand-mère dont il sort toujours de ma tête
parce qu'à prononcer son nom est difficile

Enfin c'est bien la seule que j'ai mis en terre
ici te souvient-il ce triste temps de pluie
et de camps revenus il n'en restait plus guère
la peine était mouillée sur les visages juifs

LIVREDEL Livre de Catherine 1990 Chapitre 3 (six cent vingt-huitième nuit)

journal extime 2015 Lionel Jacubowiez in Patlotch "musicien"
enfin il y a des photos de mon quartier, de l'après-Charlie autour de l'Hyper-Casher porte de Vincennes, que l'on peut voir dans les gens, promenades socio-poétiques et nature, natures mortes et instablations

pour les habitués, désolé, je ressasse un peu, mais je ne lâcherai pas la partie. Il n'est pas question de créer un nouveau procès en 'négationnisme' de 'la question indigène', du moins n'est-ce pas mon objectif : Qui se sent morveux qu'il se mouche. Chacun prendra ses responsabilités en connaissance de causes et conséquences, mais l'argumentation pour la Communisation n'a nul besoin de ce genre de bêtises pour faire la preuve de sa validité, qui se prouvera je l'espère un jour sous les yeux de façon manifeste... communiste

Patlotch 3 avril 2015 a écrit:


sur la jeunesse d'Henri Krasucki, « Juif terroriste, de l'armée du crime »

Citation :
Une jeunesse parisienne en résistance... Images contemporaines vendredi 3 avril 2015
vidéo d'annonce d'un film de 90 mn dont la sortie est prévue en mai

Ce documentaire revient sur la MOI parisienne, son engagement dans la Résistance. Il aborde l’espoir et la volonté d’une jeunesse, souvent étrangère et issue du monde ouvrier, avide de faire vivre les valeurs humaines par-delà la xénophobie, l’antisémitisme et les risques qu’ils encouraient.

Ce documentaire est le premier à aborder la jeunesse d’Henri Krasucki et de ses camarades, depuis leur entrée dans la Résistance, leurs actions, leur arrestation et leur déportation. Ce film présente des témoignages et des archives inédits. Dans le contexte délétère actuel, revient sur le rôle de l’école publique, l’éducation et la culture dans la construction et l’intégration de chaque citoyen. (Crédit Photo Michel Phillippot)

naturellement à relativiser les commentaires sur la France, pays des Droits de l'Homme, pays de la révolution, pays démocratique... Je relaie cette info dans le contexte des polémiques sur l'antisémitisme, l'immigration, la résistance prolétarienne immigrée, alors juive, arménienne... aujourd'hui 'indigènes' et autres 'racailles' et 'islamo-gauchistes'. Je le relaie en souvenir de mon amitié pour quelques-uns de sa famille, d'amitiés juives polonaises et d'autres, de Laurent Levy avocat du MRAP et signataire de l'Appel des Indigènes de la République en 2005, et de mes camarades ex-FTP MOI du PCF en 1973-75, sans qui je n'en serais pas là...

quant à mes 25 ans à la CGT, à l'époque, je n'étais pas vraiment un fan de Krasu, c'est comme ça...

Henri Krasucki apparaît également dans le film de Robert Guediguian de 2009 sur le groupe Manouchian, L'armée du crime. Son rôle est tenu par Adrien Jolivet

sur les rapports du PCF et de la FTP-MOI qui ont déchaîné polémiques et règlements de comptes, avant une tardive reconnaissance des faits par le PCF. J'étais, le 20 mai 1989, au Père Lachaise quand Georges Marchais, au bras de Mélinée Manouchian, et entouré de la direction du parti, inaugurait le monument à la FTP MOI, qui est dans le coin dit du Mur des Fédérés, avec les héros de La Commune de Paris, Paul Lafargue et Laura Marx inhumés là en 1911 après leur suicide commun à Draveil. Mélinée est l'héroïne du poème d'Aragon Strophes pour se souvenir évoquant L'affiche rougedont Léo Ferré a fait une chanson (vidéo avec Ferré puis Lavilliers), puisqu'en France tout se termine par...

un poème en prose de ces années-là, écrit au Père Lachaise que je connaissais comme ma poche, extrait de LIVREDEL, poème-roman, 1er avril 1988 - 1er avril 1991 / II LIVRE DE CATHERINE Chapitre 3

Patlotch 1991 a écrit:
(six cent vingt-et-unième nuit)

Effronté ! Téméraire ! Laisse les morts en paix !
(La statue du commandeur). Mozart. Don Giovanni

C'était hier dimanche près des Communards reposant dans Le temps des cerises. Il faisait printemps et j'étais dans le nom de Catherine depuis une heure peut-être. De temps à autre je levais le nez. Les promeneurs défilaient devant les noms gravés de Vaillant-Couturier, Cachin, Thorez, Duclos... Je me demande bien ce qu'ils voyaient dans ces noms-là... après Berlin, Prague, Sofia, Roumania, Managua, Mandela, Afrika... et s'ils avaient du monde une vision plus ou moins optimiste... Peut-être bien que la plupart s'en battaient l'œil, tout à leurs problèmes ou à l'absence de problèmes de cet ordre... Bien sûr, tout le monde n'avait pas un amour derrière le mur, à retrouver après des années. Et puis, chacun son mur, d'abord... Catherine !

J'étais depuis deux heures peut-être dans le nom de Catherine. Il faisait printemps. De temps à autre je regardais passer les gens devant les communistes morts.

De jeunes Allemandes et Allemands étaient couchés dans l'herbe derrière moi. Maintenant ils ne parlaient plus, mais j'avais entendu le mot grün quand ils avaient décidé de se poser sur le gazon. Verts ou Rouges ? Est ou Ouest ? Unis ou désunis ?... Catherine !

Catherine. J'étais maintenant dans son nom depuis près de trois heures. Il faisait printemps. Levant le nez, soudain, je vois cette très jolie femme devant Paul Eluard... Elle a jupette bien portée et ses cheveux ondulent... ses jambes... ces jambes ! Elle passait. Elle passa.

Je revins à mes mots, mais eux ne venaient plus à moi, la jupette à l'esprit (on dit bien à l'esprit ?). Elle avait de ces jambes ! D'un coup, tiré du nom de Catherine, je ramassais les feuilles mortes de mes mots. Une Allemande sursauta.

Je mis grands pas à la chercher par les allées en haut du Père Lachaise... Jardin du Souvenir... tellement sûr de la retrouver... Oscar Wilde... que venez-vous chercher ici ? Laisse les morts en paix Laisse les morts en paix Laisse... Non, pas par là inutile de couper à travers les tombes prends à droite... Elle est là ! Au bout de mes yeux. Et sa jupette vole il fait printemps elle a de ces jambes et je file ses pas... Avenue Transversale... Combattants étrangers... Porte de la Dhuyse... Rue des Rondeaux, trottoir de droite, deux mètres d'elle... - Mademoiselle, si vous marchez trop vite, comment puis-je vous suivre ?... Mademoiselle, m'entendez-vous ?... - Monsieur, de compagnie point n'ai besoin... Ses yeux... Dommage. Elle avait de ces jambes ! Mais elle m'échappait. Belle.

Je revins à Catherine, à mon coin vert et rouge... L'Allemande ouvrit de grands yeux. Je pensais à Truffaut, à L'homme qui aimait les femmes, à Charles Denner... Tiens, encore un ancien communiste...

J'avais faim. Et les merles moqueurs...

je n'entend pas traîner les mêmes « nos casseroles », et "nous" n'a pas à assumer la même « notre histoire ». Je ne laisserai pas salir la mienne et celles des mien.ne.s par le premier ou le dernier venu, au nom de l'antisémitisme, de la lutte contre les "communautarismes", du flou d'islamophobie, et du prolétariat universel qui les pousse à rester bien au chaud en crachant sur les "militants", qui de la non-intervention contre le nazisme à la fuite outre-Atlantique avant les guerres, à qui taiseux sur le Cousin communisateur de Radio-Nostalgie, en passant par le négationnisme réel d'une partie de l'ultragauche frayant avec les enfants des flics criminels antisémites fascistes de la Collaboration pétainiste aux Algériens dans la Seine en 1961

sans me la péter « qui est contre nous n'est pas avec nous », vus les contours très relatifs du « nous » des « camarades », il s'agit des ambiguïtés nauséabondes de valeureux universalistes frayant avec l'ennemi de classe pour dénoncer les "Autres" de leur idéologie française partagée : que ce soit en humanistes à « préférence juive » ou d'ex-accusés de « négationnisme » à l'extrême-gauche, ce qui est réel est toujours quelque peu rationnel. De chacun ses raisons, à chacun ses silences... Mais qu'on ne prenne personne pour plus bête qu'il n'est. Ici le diable n'est pas dans un détail de l'histoire


Evil or Very Mad

très pratique en théorie de faire de "la classe" et de la "race" ou du "genre", quand on est ni des unes ni de l'autre, des "contraintes extérieures à dépasser". En attendant la fin, pour ceux et celles là, ce sont les contraintes intérieures comme disait Sartre. Mais si la communisation doit faire l'objet d'une théorisation d'hommes blancs de classes moyennes, je n'en serai pas, et peu m'importera alors que le concept crève sous ce nom qu'ils auront sali


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MessageSujet: du rififi dans l'antiracisme ou la crise française de l'antiracisme universel abstrait, humaniste ou prolétarien   Sam 2 Mai - 20:54

Le bureau exécutif du Mrap dénonce le PIR comme « antisémite » : Analyse d’une stratégie 27 avril

« Non au philosémitisme d’État » : un slogan indigne ! MRAP 7 avril 2015

La construction étatique d’une hiérarchisation « des racismes » Saïd Bouamama 25 avril

Racisme (s) et philosémitisme d’Etat ou comment politiser l’antiracisme en France ? PIR 11 mars

on passera ici sur Le cas du Neveu Tom Coleman, cinquième colonne d'ultragauche en eaux troubles racistes-antiracistes, sans frontières... de classes

en relation, dossiers Patlotch

- 'la question indigène' et la 'communisation'
-
le racisme de classe en France : structurel, institutionnel et idéologique

PIR 27 avril a écrit:

Le bureau exécutif du Mrap dénonce le PIR comme « antisémite » : Analyse d’une stratégie

Récemment, le Bureau exécutif du MRAP s’en est pris au PIR, qu’il accuse d’antisémitisme. Selon ce communiqué[1], la dénonciation du philosémitisme de l’État français par le PIR[2] reviendrait à hiérarchiser les victimes du racisme et à valider la thèse d’une emprise juive sur la France. Ainsi, le PIR, selon la pensée ubuesque du MRAP, serait coupable de promouvoir ce que précisément il dénonce chez l’État : la hierarchisation des racismes.

Ce communiqué a été très vite relayé par l’organisation sioniste BNVCA, connue surtout pour son obsession à poursuivre en justice la campagne de boycott d’Israël par BDS. Celle-ci en a profité pour réclamer l’interdiction du PIR. Il a aussi été relayé par des antifascistes de carnaval[3] qui, à l’instar du BE du MRAP et autres antiracistes fossilisés, certains ouvertement islamophobes, ne frémissent pas à l’idée d’être les idiots utiles du néo-conservatisme à la française.


Bien que les dernières déclarations[4] de Gilles Clavreul, le nouveau délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme,  confirment notre thèse sur le philosémitisme d’État, nous ne ferons rien ici pour démonter les accusations de la direction du Mrap et laissons à nos lecteurs la liberté de nous interpréter. Nos mots sont pesés. Lorsque nous les rendons publics, nous les assumons entièrement. Aussi sommes-nous étonnés que l’association antiraciste ne nous ait pas encore traduits en justice car, comme elle ne l’ignore pas, l’antisémitisme est un délit, pas une opinion.

En attendant notre convocation devant un tribunal, nous nous permettons de livrer les véritables motifs de cette charge aussi grossière que pathétique. En effet, sous ses airs faussement angéliques, l’association poursuit des objectifs bien moins avouables qu’il n’y paraît.

Le communiqué du MRAP ne fait que révéler ce que nous savions déjà : l’un des derniers bastions du vieil antiracisme moral craque de toute part et glisse à son tour vers le national-républicanisme. Celui-ci a renoncé depuis longtemps à lutter contre le racisme d’État pour se consacrer à des passions nouvelles : liquider l’héritage du regretté Mouloud Aounit qui avait fait de l’islamophobie son cheval de bataille, et lutter contre le « racisme anti-blanc » (une idée jusque-là cantonnée à l’extrême-droite).

En vérité, le grand regret du Mrap, c’est la fin de l’antiracisme paternaliste des années Mitterrand si cher à la gauche institutionnelle. Un antiracisme stérile où l’indigène, infantilisé et éperdu de reconnaissance pour ses protecteurs, savait demeurer à sa place de figurant. Dès lors que les victimes deviennent actrices de leur destin et l’expriment de manière autonome, l’antiracisme officiel panique.

Le communiqué traduit ainsi une réaction aux recompositions en cours dans le champ de l’antiracisme, où les renoncements du Mrap au combat contre l’islamophobie et ses compromissions avérées avec le racisme institutionnel ont été débordés par l’antiracisme politique des indigènes et de leurs alliés. Que ce soit après les manifestations contre l’exposition Exhibit B ou encore dans les conférences internationales contre l’islamophobie (décembre 2013 et 2014) et le meeting contre l’islamophobie du 6 mars 2015, le MRAP s’est retrouvé du mauvais côté de la barrière.

Nous savons  que le PIR n’est pas la véritable cible des attaques. En vérité, ce que l’actuelle direction du Mrap – en quête du monopole perdu de l’antiracisme – escompte, c’est casser les nouvelles et fragiles solidarités militantes qui se tissent entre les associations musulmanes comme PSM, l’UOIF, les associations luttant contre l’islamophobie comme le CCIF ou MTE, les mouvements politiques comme le PIR, et la gauche radicale et antiraciste. En d’autres termes, sous ce prétexte – le pseudo-antisémitisme du PIR, dont la démonstration ferait le bonheur de beaucoup – il fait ce que Caroline Fourest a déjà tenté de faire à l’occasion du meeting du 6 mars, quand elle avait stigmatisé l’alliance avec des « communautaristes »,  des « sexistes » : briser un front de lutte qui menace son pré-carré.

Mais, s’il justifie contre nous des appels à la répression, c’est bien lui, par l’entremise des luttes politiques, qui risque de finir dans les oubliettes de l’histoire. Heureusement pour nous, le Mrap n’est pas constitué que de sa seule direction. Un autre Mrap est-il encore possible ?

Le PIR

Le 27 avril 2015

[1] http://www.mrap.fr/ab-non-au-philosemitisme-d2019etat-bb-un-slogan-indigne-1

[2] http://indigenes-republique.fr/racisme-s-et-philosemitisme-detat-ou-comment-politiser-lantiracisme-en-france-3/

[3] http://luftmenschen.over-blog.com/article-les-effroyables-imposteurs-du-12-janvier-125634240.html

[4] « Tous les racismes sont condamnables, mais le racisme anti-Arabe et anti-Noir n’a pas les mêmes ressorts que l’antisémitisme dans sa violence. Il faut être capable de dire la particularité de l’antisémitisme », libération, le 16 avril 2015


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MessageSujet: "les anarchistes et la question juive"   Ven 8 Mai - 13:34

certains s'évertuent à traquer l'antisémitisme à l'extrême-gauche. Pour eux, "la question juive" serait d'une cruelle actualité "de classe", mais la question raciale, autrement dit "la question indigène", n'existe pas, ou seulement pour retomber dans l'attraction et l'abstraction universelle : "combattre tous les racismes"

qu'ils jouent donc du fifre dans l'orchestre symphonique de l'idéologie française...

à mon sens on peut affirmer sans besoin d'un dessin que l'antisémitisme n'est pas, en France du moins, un 'racisme de classe' dans le sens que j'ai précisé ailleurs (prolophobie racialisée), contrairement à ce qu'on nomme, de labels insatisfaisants, islamophobie, ou racisme anti-arabe, ou racisme anti-musulman

c'est donc ici que se perdent en confusion ceux qui prétendent dénoncer, au nom de la lutte de classe, les "islamo-gauchistes" et autres "indigènes communautaristes identitaires", tout en étant ardemment portés à dénoncer plutôt l'antisémitisme. Ils s'y perdent tellement que de la lutte de classe et des intérêts même du capital, ils ne font plus qu'une pétition de principe censée accréditer leur vertu révolutionnaire  Twisted Evil

en contrepoint, un peu d'histoire :

les anarchistes et la question juive1/2
les anarchistes et la question juive2/2

Olivier Ypsilantis a écrit:
les anarchistes et la question juive 1/2

Je me pose encore la question : comment concilier une inclinaison anarchiste — une méfiance a priori envers l’État — et une irrémédiable sympathie pour Israël, pour l’État d’Israël, une inclinaison et une sympathie qui sont miennes ? Car enfin, pour l’anarchiste l’État n’est-il pas le monstre à abattre ? Cette question m’a amené à étudier les rapports entre anarchisme et sionisme ainsi que certains penseurs juifs (à la fois anarchistes et sionistes), à consulter journaux, revues et livres ; parmi ces derniers, je recommande l’excellente étude, fruit d’un travail collectif sous la direction d’Amedeo Bertolo, “Juifs et anarchisme”. “Une étrange et magique rencontre… C’est ainsi qu’Amedeo Bertolo définit dans son introduction la convergence – entre la fin du XIXe et la moitié du XXe siècle – de deux traditions que l’on aurait tendance à considérer comme étrangères l’une à l’autre. Mais il suffit d’évoquer les noms de Bernard Lazare, de Gustav Landauer, de Franz Kafka, de Gershom Scholem, d’Emma Goldman et de tant d’autres pour prendre conscience de la réalité complexe d’une telle rencontre mais aussi de sa richesse qui a influencé durablement le mouvement ouvrier international, les expériences communautaires en Argentine, aux États-Unis ou en Israël, mais également, et en retour, le judaïsme moderne, ouvrant la voie à ce qu’il convient d’appeler sa version “laïque”. Ce volume, issu d’un colloque tenu à Venise en 2000, retrace l’histoire de cet “anarcho-judaïsme” ou “judéo-anarchisme”, de ses figures emblématiques et des débats qu’il a suscités, notamment lors de la création de l’État d’Israël, autour de la question du nationalisme.”

image. La librairie “L’Insoumise”, boulevard Saint-Laurent, à Montréal (Québec).

Lors de mon dernier passage à Montréal, j’ai fureté dans la librairie “L’Insoumise”, sur le boulevard Saint-Laurent. “L’Insoumise” ? C’était l’un des surnoms donnés à Louise Michel. J’en suis reparti lesté de documents parmi lesquels un numéro de “A Contretemps” (Bulletin de critique bibliographique) intitulé “L’anarchiste et le juif, histoire d’une rencontre”.

On sait qu’à la suite de l’affaire Dreyfus, qui marqua la naissance du sionisme politique, les débats gagnèrent en intensité dans le mouvement anarchiste, notamment sur la question nationale que son idéologie tendait à dédaigner ou à envisager avec hostilité. Bernard Lazare, un théoricien du sionisme dans une perspective libertaire, va préciser la question du rapport entre anarchisme et sionisme. A l’occasion d’une conférence prononcée le 6 mars 1897, devant l’Association des étudiants israélites russes, Bernard Lazare formule le concept de nation juive et son espoir d’une société meilleure, à travers une confédération de groupements libres “dans lesquels la distribution de la richesse et les relations du travail et du capital seront tout autres qu’elles ne sont aujourd’hui.” Cette préoccupation en cache une autre, plus profonde, prioritaire, la lutte contre l’antisémitisme. Selon Bernard Lazare, l’affaire Dreyfus ne doit laisser aucun Juif indifférent. Il juge qu’une telle indifférence équivaut à de l’abjection morale. L’antisémitisme impose des devoirs aux Juifs qui doivent non seulement avoir une conscience aiguë de l’antisémitisme mais également le refuser en partant pour une terre libre où le peuple juif recouvrira ses droits collectifs. Pour Bernard Lazare, la volonté de créer un État juif, en Palestine, et l’internationalisme ne sont pas irréconciliables.



Ci-joint, deux liens proposés par André Lévy, philologue et chercheur en langues anciennes. Ces deux liens se rapportent à Charles Péguy, auteur de pages magnifiques sur Bernard Lazare, son ami. Je ne puis penser Charles Péguy sans penser Bernard Lazare et inversement, ce qui explique la présence de ces liens, ici. Respectivement : “Charles Péguy : le juif sait lire la parole de D.ieu” et “Charles Péguy : les antisémites ne connaissent pas les juifs” :

http://www.dailymotion.com/video/xbs2ns_charles-peguy-le-juif-sait-lire-la_webcam

http://www.dailymotion.com/video/xbrylu_ch-peguy-les-antisemites-ne-connais_webcam

Je me permettrai un mot, suite à la diatribe de Charles Péguy, une diatribe courageuse mais qui sépare trop catégoriquement les pauvres des riches, les Juifs pauvres des Juifs riches, comme si ces derniers étaient nécessairement dénués des nobles qualités qu’il énumère. Des riches peuvent être des pauvres, pauvres de cœur au sens où l’entendent les Évangiles. Oublions Charles Péguy. Je note que le Juif a été si férocement associé à l’argent (et la chrétienté est en grande partie responsable de cet état de chose) que les non-Juifs peuvent se livrer aux pires malversations sans que leur origine soit attaquée, explicitement ou implicitement, tandis qu’une malversation commise par un Juif retombera toujours, et comme mécaniquement, sur les Juifs. Souvenez-vous de l’affaire Stavisky et, plus récemment, de l’affaire Madoff. On me pardonnera cette parenthèse qui soulève la question du rapport de la majorité aux minorités, question qui dépasse le cadre de cet article.



Bernard Lazare (voir “Le nationalisme juif”) qui parvient à concilier sionisme et libertarianisme va être l’initiateur d’une réflexion chez les militants ; sous son influence, des libertaires vont devenir sionistes. Tel est le cas de Henri Dhorr (Lucien Weil de son vrai nom), rédacteur du “Père Peinard” de 1889 à 1894, avant qu’il ne rejoigne l’équipe du “Libertaire”. Au cours de l’affaire Dreyfus, il affirme un sionisme culturel et incite les Juifs libertaires à s’engager dans cette voie. Dans leur immense majorité, les libertaires prennent la défense du capitaine Dreyfus mais peu d’entre eux affirment leur identité juive et encore moins leur engagement sioniste car il ne cadre pas avec les théories de l’anarchisme. Redisons-le, cette polémique n’engagea que très peu d’individus.

Image. Bernard Lazare (1865-1903)

Les convictions sionistes et libertaires de Bernard Lazare suscitent un débat dans la presse libertaire durant six mois. Jean Degalvès ouvre le débat. Il reconnaît que les Juifs tiennent depuis des siècles le rôle de bouc-émissaire, mais il refuse d’admettre une quelconque spécificité à l’antisémitisme. Il estime qu’il fait partie intégrante des sociétés capitalistes et qu’il est instrumentalisé par les dirigeants comme un dérivatif à la révolution ; autrement dit, l’antisémitisme fait office de soupape de sécurité. Cette appréciation n’est pas inepte, elle est dramatiquement limitée. Jean Degalvès repousse toute idée d’une immigration juive en Palestine qu’il estime être un faux-fuyant, une illusion. Ce qui lui importe, c’est l’émancipation humaine. Vaste programme !

Les Étudiants Socialistes Révolutionnaires Internationaux (E.S.R.I.) publient un rapport intitulé “Antisémitisme et sionisme” pour le Congrès ouvrier révolutionnaire international de 1900. Ils refusent toute alliance avec les antisémites — “Marcher avec les antisémites, c’est s’engager aussi dans le nationalisme” —, ils refusent par ailleurs l’immigration en Palestine qu’ils assimilent sinon à de la lâcheté du moins à de la faiblesse. Ils tentent également de minimiser l’importance du sionisme et déclarent : “Nous ne sommes pas sionistes parce que l’émigration des Juifs diminuerait la masse prolétarienne active. Enlever les prolétaires juifs à la cause révolutionnaire, c’est enlever à cette cause un de ses éléments les plus énergiques, les plus intelligents, les plus conscients.”

L’intervention de Henri Dhorr avec son article paru dans “Le Libertaire” et intitulé “Le droit d’être juif” active la polémique. Comme Bernard Lazare, Henri Dhorr refuse “la disparition de l’antisémitisme par la suppression des juifs”, autrement dit, la suppression par assimilation. De plus, Henri Dhorr a la lucidité de faire un parallèle entre les révolutionnaires et les antisémites qui, les uns et les autres, visent à la suppression du judaïsme, soit par anticléricalisme soit par antisémitisme. Il s’en prend avec une même lucidité aux libertaires qui prétendent que “quand on appartient à la grande famille révolutionnaire (…) on n’appartient à aucune race spéciale, on n’est ni juif, ni aryen, on est homme tout simplement.” Selon Henri Dhorr, cette déclaration qui nie tout particularisme nie pareillement la spécificité de l’antisémitisme. Il est dommage que cette belle lucidité exercée à la fin du XIXe siècle ne soit pas plus active en ce début XXIe  siècle, chez les gens de gauche, tant juifs que non-juifs. Certains Juifs de gauche feraient bien de méditer l’enseignement de Bernard Lazare et de Henri Dhorr qui déclarait : “Mon droit d’être juif, c’est mon devoir de dire que je le suis.” Ces deux Juifs de gauche considèrent qu’il y a des priorités et qu’elles ne peuvent être balayées au nom de la lutte finale et du genre humain. Peu après l’intervention de Henri Dhorr paraît dans “Le Journal du peuple” un article de Ludovic Malquin. Il y critique la position de Henri Dhorr en commençant par nier la spécificité culturelle du judaïsme et en comparant la solidarité juive à une solidarité de type militaire, obstacle à l’avènement de l’anarchisme. Le bonhomme refuse par ailleurs de reconnaître que les Juifs sont victimes d’une oppression spécifique. Dans ce numéro du “Journal du peuple” paraît la réponse de Henri Dhorr à Ludovic Malquin, réponse par laquelle il réaffirme son appartenance au peuple juif tout en prêchant l’athéisme.

(à suivre)



Olivier Ypsilantis a écrit:
les anarchistes et la question juive 2/2

A la fin du XIXe siècle, les anarchistes portent en eux l’espoir messianique d’une révolution imminente. Les militants anarchistes orthodoxes ne veulent œuvrer que pour l’anarchie. Aussi la position de Bernard Lazare et de Henri Dhorr leur pose-t-elle problème. Ces deux hommes sont volontiers considérés par les militants comme des égarés.

La question du sionisme confronte les anarchistes à la question nationale, la nation étant pour ces internationalistes la garante de l’ordre bourgeois. Les pères fondateurs de l’anarchisme (à l’exception de Proudhon) avaient pourtant reconnu la nation comme une unité intrinsèque à toute communauté. Il est vrai qu’ils n’en condamnaient pas moins sa forme étatique.

Les libertaires sionistes, très minoritaires au sein de l’anarchisme, ne sont toutefois pas exclus du mouvement où la question du sionisme (en regard de l’anarchisme) reste un sujet de préoccupation. Les arguments des E.S.R.I. (Étudiants Socialistes Révolutionnaires Internationaux) sont repris, notamment dans “L’Encyclopédie anarchiste” parue entre 1930 et 1934 et coordonnée par Sébastien Faure : le sionisme permet aux Juifs d’échapper à l’antisémitisme et il favorise l’égalitarisme par les fermes collectives ; il est vrai par ailleurs qu’il porte préjudice à l’internationalisme et affaiblit le projet révolutionnaire.

Le conflit judéo-arabe de 1936-1939 va radicaliser les positions sur la question sioniste  au sein du mouvement anarchiste. Dans “Le Libertaire”, Jules Chazoff (Chazanoff de son vrai nom) attaque le sionisme qu’il accuse ouvertement d’entraver l’élan révolutionnaire. Il faudrait analyser ses articles parus dans le numéro du 18 août 1938, “Quand Israël règne”, et dans celui du 1er septembre 1938, “Les Juifs et la Palestine”. On y retrouve, en germe, ces dénonciations qui viendront de la gauche et plus encore de l’extrême-gauche, dénonciations toujours très actives, plus actives que jamais. Jules Chazoff accuse non seulement le sionisme de porter préjudice à l’idée de révolution mais aussi d’avoir la  mainmise sur la Palestine et les Arabes. Peu après, Robert Louzon renchérit et qualifie de ‟colons” les immigrés juifs qui débarquent en Palestine. Les anarchistes juif réagissent. Le Groupe anarchiste juif de Paris, soit une cinquantaine de membres, rappelle, comme l’avait fait Bernard Lazare un demi-siècle auparavant, que le sionisme constitue bien une étape vers l’émancipation, annonciatrice de la révolution.

Image. Une affiche anarchiste éditée au cours de la Guerre Civile espagnole.

Ces débats laissent filtrer deux constantes du mouvement libertaire et, plus largement, ouvrier. L’une, perméable à un certain antisémitisme, mêle anti-judaïsme et anti-capitalisme ; l’autre rejette a priori les minorités nationales, et pas seulement le nationalisme juif, un rejet activé chez les libertaires français par un jacobinisme latent, à peine conscient.

La création de l’État d’Israël va susciter de nombreux débats chez les anarchistes. La défiance qu’éprouvent les membres du Groupe anarchiste juif de Paris par rapport à l’État  (à cet État en l’occurrence) va être estompée par leur sympathie pour les kibboutzim. Certains d’entre eux partent même pour Israël. Mais ce groupe fonctionne plus comme une amicale que comme un parti politique. Il est marginal au sein du mouvement libertaire. Ses militants qui communiquent leurs analyses et impressions sur la situation en Israël et dans les kibboutz le font à titre individuel.

Parmi les militants anarchistes les plus originaux, Louis Mercier (l’un des nombreux pseudonymes de Charles Cortvrint), un non-Juif qui est par ailleurs l’un des militants les mieux informés sur la situation au Proche-Orient pour y avoir séjourné. Ci-joint, un lien PDF qui retrace la vie mouvementée de ce militant atypique : http://plusloin.org/acontretemps/n8/LMV-Itineraire..pdf

On peut notamment lire dans ce lien extrait du N° 8 de “A Contretemps” et signé José Fergo : “La France de l’après-guerre, Louis Mercier va la vivre à Grenoble comme journaliste au “Dauphiné libéré”. Les temps ont changé, et d’abord pour l’anarchisme qui a perdu pied dans un monde où la subversion n’est plus à l’ordre du jour. Marianne Enckell écrit : “Il y a moins de dix ans que les communistes aux ordres de Staline ont écrasé la révolution espagnole. Dans l’immédiat après-guerre, ils occupent en France et ailleurs des postes ministériels et sont présents dans la presse, le monde syndical et intellectuel.” Pour l’anarchisme, c’est une longue traversée du désert qui commence. L’alternative qu’il choisit, avec d’autres minorités révolutionnaires, c’est “tenter de maintenir une politique ouvrière autonome”, pour reprendre la formule de Charles Jacquier. Cette alternative est sans doute logique, mais elle plus théorique que pratique. Le “ni l’Est ni l’Ouest” ne tient pas longtemps devant la logique des blocs. Pour Louis Mercier, cette position risque de mettre l’anarchisme définitivement hors course pour incapacité à saisir le monde tel qu’il est devenu. C’est le combat contre les visées hégémoniques du stalinisme et sa mainmise sur le mouvement ouvrier qui lui semble prioritaire. Il n’est sans doute pas le seul anarchiste à le penser, mais il en tire quelques conclusions pratiques dont on lui fera longtemps grief.” Louis Mercier s’efforce de rester fidèle à la pensée libertaire tout en informant les militants de la complexité de la situation, ce qui ne plaît pas à nombre d’entre eux qui préfèrent s’en tenir à des schémas préétablis, à l’orthodoxie libertaire, “au vieux discours anti-étatique archétypal et normatif de l’anarchisme”, ainsi que l’écrit Sylvain Boulouque.

Louis Mercier avance donc la thèse d’un “troisième front”, capable de s’opposer aux impérialismes de l’Ouest et de l’Est, surtout de l’Est. Car pour cet anarchiste fort de l’expérience espagnole, le principal ennemi est Staline. Il écrit : “Pendant des années, les communistes ont mené une campagne contre les « fascistes » juifs, disciples de Jabotinsky, mais aujourd’hui ils donnent une grande place à l’action de l’Irgoun Zvai Leumi dirigée contre la Grande-Bretagne. Toute lutte contre Londres est présentée par Moscou comme une lutte « progressiste ».” A ce propos, on peut constater que la marque de Moscou reste forte puisque Jabotinsky est encore perçu comme un “fasciste” selon la terminologie stalinienne.

Les kibboutzim suscitent toutefois bien des espoirs chez nombre d’anarchistes. “S’étant toujours intéressés aux expériences de travail collectif et aux modes de vie alternatifs conçus comme autant de lieux d’expérimentation de la société future, les libertaires se passionnent rapidement pour les kibboutzim” écrit Sylvain Boulouque. Il faut lire “Les collectifs palestiniens” de George Woodcock et “Les communes libres en Israël. Leur caractère, leur vie” de Jean Maline (publiés dans “Le Libertaire”) pour prendre la mesure de l’enthousiasme suscité chez les anarchistes. L’expérience des kibboutzim incite d’anciens combattants de la Guerre Civile espagnole à partir s’installer dans des kibboutz. Tel est le cas de Joseph Ribas qui dit y retrouver le même mode de vie que dans les fermes collectivisées d’Espagne.

Image. Des membres du kibboutz Ein Harod (Nazareth) dansent la hora, en 1936. Ce kibboutz fondé en 1921 est le premier grand kibboutz du pays.

Parmi les témoignages d’anarchistes relatifs à la vie dans les kibboutz, celui d’Augustin Souchy raconte un séjour en Israël, en 1952, dans un livre intitulé “Le Nouvel Israël, un voyage dans les kibboutz”. “Le Combat syndicaliste” publie une série d’articles intitulée “Impression d’Israël”, des articles empreints de sympathie pour les réalisations communautaires et les acquis sociaux de la Histadrout : l’Association générale des travailleurs de la Terre d’Israël. Cette profonde sympathie est un facteur déterminant dans la reconnaissance de l’État d’Israël par nombre d’anarchistes, anti-étatiques et internationalistes comme il se doit. C’est bien par ce biais que les anarchistes juifs sont, d’une certaine manière, parvenus à conjuguer leur identité culturelle et leur engagement idéologique.
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MessageSujet: Re: ANTISÉMITISME, SIONISME, antisionisme... Identité juive... UJFP, JJR...   Lun 18 Mai - 23:17

je ne partage pas l'optimisme des signataires de ce Collectif et la solution d'un « État palestinien » qui résoudrait les problèmes, mais tout à fait la nécessité de se battre « contre tous ceux qui se servent de l’argument de l’antisémitisme pour refuser de critiquer la politique désastreuse menée par Benjamin Netanyahou », parmi lesquels force est de compter des anarchistes, des post-ultragauche qui n'ont jamais rien de plus à dire sur la question, sauf à user des mêmes arguments que la droite, les "sionistes" et parfois les fascistes qu'ils prétendre combattre. Je ne signerai naturellement pas cet appel, mais je préfère lire ça que supporter le silence de supposés plus proches. J'imagine aussi que nombre des signataires, en tant que "Juifs", éprouvent le besoin de s'exprimer malgré tout, dans l'air empoisonné par cette question depuis, depuis, depuis...

Combattre l’antisémitisme et sanctionner la politique israélienne

Citation :
Soixante-quatre personnalités réunies par le collectif «Trop c'est trop» – appellent à la mobilisation pour que « tous les Etats européens reconnaissent l’Etat de la Palestine », et s'élèvent « contre tous ceux qui se servent de l’argument de l’antisémitisme pour refuser de critiquer la politique désastreuse menée par Benjamin Netanyahou ».

Ayant accueilli des Juifs victimes de l’antisémitisme et des survivants du génocide perpétré par les nazis, l’Etat d’Israël a le droit de vivre en paix et de voir ses frontières reconnues. A cet égard, nous restons fidèles à la double exigence affirmée par Pierre Vidal-Naquet au lendemain de la guerre de 1967 : défendre l’existence de cet Etat mais exiger aussi de lui l’évacuation des territoires conquis alors afin que puisse s’y établir un Etat palestinien.

Hélas, les élections législatives de mars 2015 et la formation du gouvernement qui en résulte nous éloignent encore davantage de cette issue. En effet, elles ont donné la victoire à Benjamin Netanyahou, lequel a déclaré ouvertement son refus d’un tel Etat. Forts de leur supériorité militaire, les gouvernants actuels de l’Etat d’Israël risquent donc de rendre impossible toute création d’un Etat pour le peuple palestinien. Comme on peut le constater, la poursuite de la colonisation de l’ensemble de Jérusalem et de la Cisjordanie ainsi que le blocus aérien, maritime et terrestre de Gaza, condamnent sa population civile, au mieux à survivre, au pire à mourir parmi les ruines.

Il faut donc des sanctions et des pressions internationales à l’encontre de cette politique. Nous sommes préoccupés, en France, par la montée de l’antisémitisme et des autres formes de racisme et nous les combattons. Mais nous nous élevons aussi, avec force, contre tous ceux qui se servent de l’argument de l’antisémitisme pour refuser de critiquer la politique désastreuse menée par Benjamin Netanyahou.

Les Israéliens désireux de mettre en œuvre une autre politique ont besoin de soutien et pensent que seules des sanctions prises à l’encontre de ce gouvernement peuvent être efficaces afin que soient reconnues les légitimes aspirations des Palestiniens à vivre en paix au sein de frontières sûres.

Seule une forte campagne d’opinion en France et en Europe peut permettre de contrer cette politique. Et c’est pourquoi, nous demandons que la France et tous les Etats européens reconnaissent l’Etat de la Palestine, comme vient de le faire la Suède, qu’ils votent pour son entrée comme membre à part entière des Nations unies et enfin qu’ils s’engagent à faire cesser toute vente d’armes, coopération militaire ou transfert de technologie susceptible d’un usage militaire vers Israël et à suspendre l'accord de coopération de l’Union européenne avec Israël. Nous demandons aussi que cesse toute poursuite contre les militants qui appelleraient au boycott des produits israéliens, même si certains d’entre nous ne sont pas favorables à un tel boycott.

« Trop, c’est trop ! », c’était le cri que plusieurs d’entre nous avions lancé en décembre 2001, avec Madeleine Rebérioux, Pierre Vidal-Naquet et Stéphane Hessel, lorsque des coups dramatiques étaient portés contre Yasser Arafat et l’Autorité palestinienne à Ramallah. Dans la continuité de leur action, nous appelons à une campagne au double mot d’ordre : « Combattons l’antisémitisme ! Soutenons ceux qui s’opposent en Israël à la politique de ce gouvernement, sur lequel des pressions sont indispensables pour qu’on sorte de cette impasse ! »

Les 64 premiers signataires

Tewfik Allal,
Etienne Balibar, Françoise Basch, Fethi Benslama, Sophie Bessis, Alexandre Bilous, Françoise Blum, Anne Brunswic,
Monique Chemillier-Gendreau, Patrick Chemla, Alice Cherki, Suzanne Citron, Catherine Clément,
Sonia Dayan-Herzbrun, Marianne Debouzy, Sylviane De Wangen, Michel Dreyfus,
Ivar Ekeland,
Jeanne Favret-Saada, Chérif Ferjani,
Jean Ganeval, François Gèze, Frédéric Goldbronn,
Lise Halbwachs, Mohammed Harbi, Françoise Héritier,
Jacques Jedwab,
Francine Kahn, Marcel-Francis Kahn, Philippe Kalfayan,
Abdellatif Laabi, Pascal Lederer, Catherine Lévy, Daniel Lindenberg,
Gilles Manceron, Denis Marx, Gustave Massiah, Jérôme Maucourant, Sophie Mazas, Marie-José Mondzain, Edgar Morin,
Véronique Nahoum-Grappe, Jean-Luc Nancy, Emmanuel Naquet,
Gilles Perrault, Michelle Perrot,
Jacques Rancière, Bernard Ravenel, Vincent Rebérioux, Michel Rotfus, Elisabeth Roudinesco,
Nourredine Saadi, Claudette Scemama, Abraham Ségal, Leila Shahid, Didier Sicard,
Pierre Tartakowsky, Jacques Testart, Marie-Noëlle Thibault, Michel Tubiana,
Georges Vigarello, Georges Wajs, Michèle Zemor, Idith Zertal.

Contact et signatures : trop-cest-trop@laposte.net

Trop, c'est trop! est un collectif d'individus constitué à la fin de l'année 2001 à l'initiative de Madeleine Rebérioux et Pierre Vidal-Naquet pour protester contre l'enfermement de Yasser Arafat à Ramallah et les coups portés par l'armée israélienne à l'Autorité palestinienne. Il s'est exprimé de nouveau quand de nouvelles menaces ont compromis encore davantage la paix dans la région qui passe par l'existence d'un Etat palestinien.
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MessageSujet: " Antisionisme et philosémitisme d'État "   Ven 22 Mai - 14:41


Antisionisme et philosémitisme d'État Alana Lentin Contretemps 21 mai 2015

Contretemps a écrit:
L'article récent d'Houria Bouteldja du Parti des indigènes de la république, « Racisme(s) et philosémitisme d'État ou comment politiser l’antiracisme en France ? », tentait d'éclairer le récit national autour de l'antisémitisme à travers le soutien occidental à l'État d'Israël. Ce texte a suscité plusieurs réactions dans la gauche radicale et entre en écho avec un débat encore en cours autour du philosémitisme. Nous publions ici une réaction de la sociologue des discriminations Alana Lentin, qui évoque son expérience de juive antisioniste pour condamner le philosémitisme d'État.

Vous pouvez retrouver dans la liste suivante des réactions et discussions autour du philosémitisme d'État : communiqué du MRAP, François Calaret, Denis Godard, Yitzhak Laor, Daniel Bensaïd, Ivan Segré, Michèle Sibony, Pierre Stamboul et Rudolf Bkouche de l'UJFP. 21 mai


Alana Lentin a écrit:
Antisionisme et philosémitisme d'État
L'équipe d'animation de BDS Sydney, un groupe actif au sein de l'université de Sydney, m'a demandé de participer à une table ronde traitant de la question « Pourquoi il n'est pas antisémite de boycotter Israël » le 14 avril 2015. Vous trouverez ci-dessous le texte correspondant à ma courte intervention.

Hannah Arendt fut descendue en flammes pour avoir parlé de l'envers de l'antisémitisme : le philosémitisme.

Mais elle était consciente du fait que l'antisémitisme repose en réalité sur l'amour apparent des juifs. Autrement dit, le philosémitisme génère de l'antisémitisme.

Arendt prenait part à un débat historique sur les conditions qui avaient mené à l'holocauste, mais le philosémitisme est également un problème actuel dans le cadre du rôle que jouent les juifs vis-à-vis de l' État d'Israël.

Il est indiscutablement antisémite de souhaiter que tous les juifs quittent la diaspora et vivent en Israël. Cela peut être une position prise par les partisans de l'État d'Israël (comme par exemple les Chrétiens sionistes) qui peuvent, au premier abord, apparaître comme tout sauf antisémites.

Pourtant, tout argument, quel qu'il soit, qui commence par « tous les gens appartenant au groupe x devraient » est ostensiblement raciste. Par exemple, « tous les demandeurs d'asile devraient attendre leur tour dans des camps de réfugiés » ou « tous les aborigènes devraient vivre en milieu urbain et non pas dans des communautés reculées ».

De la même façon, l'argument « tous les juifs devraient défendre/aimer Israël » semble dicter aux juifs ce qu'ils devraient tous faire et ne devrait pas être considéré autrement que comme les affirmations énoncées plus haut.

Si l'on adopte une position dénuée de racisme comme point de départ, ce qui revient à croire en une justice et en une liberté intrinsèques pour tous les êtres humains, on ne peut pas dans le même temps adopter comme point de départ une position qui dicte ce que tous les membres d'un groupe donné devraient penser, tout particulièrement si ce groupe a constamment été marginalisé et s'est vu refuser l'égalité des droits dans la société.

Actuellement, quand des juifs antisionistes (en Israël et à l'extérieur de ce pays) sont traités d'antisémites par des sionistes et/ou des coreligionnaires juifs, nous devons être en mesure d'affirmer que c'est antisémite en soi parce que c'est incompatible avec le principe de liberté et de justice pour tous et toutes.

En forçant tous les juifs à s'identifier au sionisme, une idéologie nationaliste, qui trouve son origine dans des idées racistes et d'exclusion qui sont apparues dans le contexte de l'Europe du XIXe siècle (l'âge d'or du racisme), on renforce l'idée qu'il n'y a qu'un seul lieu où il est acceptable que les juifs soient juifs, en d'autres termes, on soutient tacitement l'idée pleinement antisémite selon laquelle les juifs sont des étrangers dans le monde entier et que la seule solution à la « question juive » revient à les cloîtrer dans leur propre État.

C'est cette logique que la militante décoloniale Houria Bouteldja du Parti des indigènes de la république défend dans sa contribution récente intitulée « Racisme d'État et philosémitisme ».

Elle parle de la France mais je pense que les arguments qu'elle développe ne sont pas dénués d'intérêt en ce qui concerne l'Australie ou d'autres pays.

Elle démontre que malgré le philosémitisme officiel de l'État qui s'exprime par exemple dans le statut spécial accordé à l'holocauste, un statut qui n'est pas accordé aux autres génocides coloniaux, les juifs ne sont pas considérés comme des membres à part entière de la nation. Il existe encore une séparation entre les citoyens français et les juifs dans les discours officiels, même quand l'intention est d'adopter une attitude protectrice ou élogieuse à l'égard des juifs.

Cependant, la présence de juifs en France, ajoute Bouteldja, et le soutien de l'État à Israël, permettent à ce même État de semer la discorde entre les juifs et les autres groupes racialisés.

C'est quelque chose que j'ai souvent ressenti personnellement, en grandissant au sein de la diaspora. En tant que juif/ve, ou en effet en tant que musulman.e, qu'immigré.e, on n'est jamais un.e citoyen.ne à part entière, peu importe le niveau d'intégration qu'on a atteint.

Le philosémitisme provient clairement de la culpabilité que les Européens ressentent à propos de l'holocauste. Au lieu de le placer dans son contexte historique, en le reliant par exemple aux crimes du colonialisme et de l'impérialisme, ou à l'esclavage, qui furent tous commis contre les colonisé.es dans un premier temps avant de l'être contre les juifs dans les camps. Au lieu de parler de l'holocauste en tant que tel comme d'une politique cruelle d'annihilation qui a affecté non seulement les juifs mais aussi les rroms, les noirs, les musulmans et les homosexuels, on attribue aux juifs un statut spécifique de victimes les plus atteintes dans l'Histoire. Cela a pour effet de contraindre les juifs à adopter une position de supériorité (nous sommes l'élite des victimes) qui les met en rivalité avec ceux qui partagent leur condition de victimes. Quelle meilleure attitude à prendre pour un État, par exemple, la France, qui, dans les années 1960, torturait encore des Algériens, où l'ancien collaborateur Maurice Papon les faisait jeter dans la Seine, pour faire la preuve de son absence de racisme ?

Le philosémitisme d'État protège les États contre les accusations de racisme. En tant que juive, je ne veux pas cautionner ça.

En tant que juive, je ne veux pas être la victime chérie, la victime privilégiée. Je veux être aux côtés de ceux qui souffrent aujourd'hui et combattre avec eux.

En particulier dans le climat actuel, l'antisémitisme est caractérisé comme émanant de la population musulmane comme s'il s'agissait d'un phénomène récent illustré par des cas comme celui des meurtres à l'Hyper casher à Paris en janvier, sans qu'il n'y ait eu le moindre précédent historique. Ainsi, on oublie la complicité de l'État français avec les responsables de l'Holocauste, ou ici en Australie, le refus de l'État d'accueillir des réfugiés juifs d'Europe. On peut oublier l'exclusion des juifs de secteurs entiers du commerce ou de clubs de sport, et tant d'autres choses, objets d'une mémoire encore vivante, maintenant que les musulmans sont les uniques responsables de l'antisémitisme.

Selon Bouteldja, cela dispose les juifs à devenir des partenaires du gouvernement dans la mise en œuvre d'un racisme systémique contre la population musulmane.

Il est commode d'amalgamer l'antisionisme à de l'antisémitisme parce que cela a pour effet de relativiser ou même de faire disparaître l'antisémitisme propre à l'État, ce philosémitisme qui contraint tous les juifs à s'identifier à un État colonial raciste : Israël.

De mon côté, ce que je veux faire, c'est me servir de mon histoire, de l'héritage de mes grand-parents réfugiés (et, effectivement, sionistes) pour combattre le racisme sous toutes ses formes. Je ne laisserai pas un État raciste se servir de moi pour mener à bien ses objectifs contre les musulmans, qu'ils soient en Palestine, en Australie ou ailleurs.

Je ne me suis pas rendue dans le pays où je suis née depuis plus de dix ans car je refuse de soutenir la politique qui y est menée en mon nom. J'espère qu'un jour je pourrai emmener ma fille dans un pays gouverné par son peuple, le peuple qui vit là-bas, qui n'est pas considéré comme digne ou indigne sur la base d'un amalgame entre religion et nationalité, ce qui revient à une instrumentalisation de la Bible.

C'est seulement quand le sionisme aura été mis à bas que le combat contre le philosémitisme antisémite pourra commencer.

Traduction de l'anglais par Grégory Bekhtari.
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MessageSujet: Re: ANTISÉMITISME, SIONISME, antisionisme... Identité juive... UJFP, JJR...   Ven 22 Mai - 14:48

pour ma part, je doute des vertus du terme "philosémitisme d'État", qui a tout prendre est encore moins bon que la critique du "sionisme" actuel que représente le soutien à la politique d'Israël

voilà ce que j'en écrivais sur mon blog le 28 mars, ICI

Patlotch a écrit:
à propos d'une imposture de l'idéologie française : l'antisémitisme, les Juifs, le «terrorisme», les Autres et moi [extrait]

les premières victimes de l'antisémitisme sont par définition les Juifs. Rien de plus insupportable que la comptabilité comparative des morts, agressions et insultes à l'autre de l'autre, tant pour l'antisémitisme, tant pour l'islamophobie, tant pour le 'racisme anti-blanc'... même si elle n'est pas vide de signification. Mais les Juifs sont aussi et surtout, en masse, les victimes de la lutte contre l'antisémitisme, qui se retourne contre eux quand elle instrumentalise la mémoire du génocide nazi, avec la complicité française et le silence d'une immense majorité de français pendant l'occupation, accroissant les tensions créées par la folie capitaliste occidentale en Orient

cette instrumentalisation trouve ses sources au procès de Nüremberg, quand les "Alliés" occidentaux, aujourd'hui la so called « communauté internationale », ont dû se contorsionner juridiquement pour la qualification de "Crime de guerre" et de "Crime contre l'humanité" du génocide nazi, tout en évitant que la définition ne puisse en être retournée contre eux comme puissances encore colonialistes dont la France, contre les USA de la ségrégation institutionnelle, contre l'Afrique du Sud de l'Apartheid

cette instrumentalisation de l'antisémitisme remonte à la création de l'État d'Israël en 1947, non pas seulement pour accueillir la diaspora juive souhaitant s'établir sur une terre à elle, avoir un pays comme tout le monde, mais surtout pour installer dans la région, aux avant-postes des conflits par lesquels les puissances colonialistes occidentales, porteuses de la civilisation démocratique du progrès de l'humanité, et des valeurs universelles glorifiant la République française bourgeoise, entendaient s'approprier les bénéfices des richesses pétrolières et minières, posséder un avantage stratégique dans la guerre froide contre l'URSS et le nationalisme arabe ou les luttes de libérations nationales

cette instrumentalisation se poursuit depuis 70 ans, 70 ans de guerres et d'interventions occidentales, néo-coloniales et impérialistes dans la région, mettant en péril toutes les populations, au premier rang desquelles les Palestiniens, mais aussi celle d'Israël, qui vit dans la peur, et reconduit systématiquement tous les gouvernements guerriers de gauche comme de droite, dans des conditions aujourd'hui aggravées, car les États-Nations de l'Occident capitaliste sont prêts à tout pour maintenir leur suprématie, ou du moins, s'ils n'arrivent pas à enrayer la montée en puissance de la Chine et des pays émergents, le taux de profits des capitaux transnationaux appuyés sur leur puissance, leurs États nations et leurs organismes internationaux

il serait possible, mais je préfère l'éviter, de faire appel ici aux catégories de sionisme et d'antisionisme, celle à compréhension variable d'islamophobie, ou celle plutôt claire mais impropre voire démagogique de «philosémitisme d'État», puisqu'elle met la question juive au cœur d'objectifs dont elle n'est que l'instrument. Ces notions et les interminables polémiques qu'elles entraînent ne sont pas indispensables pour comprendre la logique de cette imposture, particulièrement gratinée en France, de l'instrumentalisation de l'antisémitisme. Imposture telle qu'on ne peut pas en parler sans être soupçonné ou accusé d'antisémitisme, le but étant ailleurs, empêcher de mettre en cause les intérêts et les politiques qui ont produit cette situation et la reconduisent depuis 70 ans

il y a une responsabilité des «peuples» en tant qu'ils se considèrent et agissent comme tels, quand ils votent et choisissent ou soutiennent des Pétains, des Hitler, des Obama, des Sarkozy ou des Hollande, des Netanyahu et des Hassad... et il n'est pas étonnant que d'autres «peuples» les tiennent pour responsables de politiques qu'ils ont choisies, soutenues, ou contre lesquelles ils n'ont rien fait : pas de détail quand on raisonne «peuple» et nation en tête... Au nom de leurs dirigeants responsables ou gênants, certains se prennent des bombes qui font centaines de milliers de victimes civiles, femmes et enfants, d'autres en retour des kamikazes ou desesperado n'ayant que la vie à perdre et le ciel à gagner pour massacrer quelques dizaines d'innocents, sans toujours le souci de distinguer races et obédiences : tu appartiens à tel «peuple», peu importe ta couleur, tu crois en tel dieu qui n'est pas le mien tant pis si je me trompe. Pour que ton «peuple» ait peur, tu dois payer, tu dois crever !... Mais laissons ce point ici

il n'existe pas à proprement parler un « philosémitisme d'État », les gouvernants français s'en foutent, des Juifs, autant que des «Musulmans». Ils roulent pour le Capital, et il est des capitalistes juifs, des hommes politiques juifs, des journalistes juifs, des idéologues juifs - peu importe la proportion - qui participent à cette imposture, qui n'est pas juive, mais idéologique au service de l'argent, du pouvoir, et de la domination capitaliste occidentale, et de leurs petites gueules à tous et toutes. Il est des Juifs, qui se disent tels ou le tiennent discrets, pour se dresser contre cette imposture instrumentalisant l'antisémitisme au service de ces intérêts. Aujourd'hui, ils ne peuvent pas parler sans qu'aussitôt de supposés amis de la lutte de classe, qui d'extrême-gauche ou anarchiste, qui radicalement démocrate pour la liberté d'expression et d'information, n'évoquent une «théorie du complot» «rouge-brun», ou un «confusionnisme» les renvoyant à une "alliance objective" avec les fascistes

c'est au point où la question de l'antisémitisme envahit les préoccupations de la gauche, de l'extrême-gauche, et de certains groupes de théorie radicale supposés s'en prendre au capital, alors qu'on voit traitée marginalement la question raciale, qui aura fait considérablement plus de victimes depuis des siècles que le supposé plus grand génocide de l'histoire contemporaine. Comment veut-on que puissent l'entendre, le comprendre ou l'interpréter, et l'accepter les héritiers de ces carnages, ou ceux qui vivent aujourd'hui les conditions qui en résultent ?
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MessageSujet: "Le contraire de la «haine de la Shoah». Sur un billet de Liliane Kandel"   Lun 25 Mai - 12:14

j'ai déjà évoqué Liliane Kandel et sa polémique contre le PIR, Parti des Indigènes de la République, dans décolonialité, vue des 'marxismes' et 'anarchismes' dogmatiques... et la 'communisation' ?

Le contraire de la «haine de la Shoah». Sur un billet de Liliane Kandel Norman Ajari, via Médiapart.

l'auteur fait des observations proches des miennes, quant à ce que vaut ce discours féministe, et se réfère comme moi à Christine Delphy

Le philosophe décolonial Norman Ajari, proche du Parti des indigènes de la République, revient sur la polémique qui a opposé Houria Bouteldja, porte-parole du PIR, et Liliane Kandel, ancienne du MLF, autour de la place de la destruction des juifs d'Europe dans les luttes anti-racistes en France.

Norman Ajari a écrit:

Au milieu du concert de réactions aussi vindicatives qu’incompréhensives suscitées par les prises de position de Houria Bouteldja et du Parti des Indigènes de la République sur le « philosémitisme d’État », un texte me semble mériter une attention particulière. Son auteure, l’ancienne militante féministe Liliane Kandel, fait partie de celles qui, selon Christine Delphy, « sont féministes mais […] ont des préjugés anti-arabes et anti-musulmans. Préjugés qui viennent de la société mais qui viennent aussi de leurs propres opinions : elles soutiennent les politiques colonialistes de l’Etat d’Israël, qui s’appuient sur ce racisme et le suscitent. De plus Claudie Lesselier, Liliane Kandel, Catherine Deudon et Françoise Picq, mettent en concurrence l’oppression des femmes et l’oppression des Juifs  – alors que personne ne leur demande de choisir » (Les Inrockuptibles, 6 mars 2015).

Toutefois, ce n’est pas le parcours de Kandel, ni ses prises de positions passées, qui m’intéressent, mais le billet qu’elle consacre au PIR. Il n’est pas d’un grand intérêt de répondre à ceux qui, peu imaginatifs, décrivent les Indigènes comme les héritiers des nazis ou des vichystes. Chaque texte émis par le parti suffirait à les contredire. Par contre, l’examen de l’intervention plus « audacieuse » de Kandel me semble à même d’éclairer l’opportunisme de ceux qui accusent aujourd’hui d’antisémitisme une parole qu’ils veulent voir disparaître, ainsi que les fondations théoriques de telles attaques. Penchons-nous donc sur cet ennemi dont je crois qu’il y a quelque chose à appendre.

Peut-on ne pas haïr la shoah ?

Le propos de Kandel, dans son billet intitulé « Le contraire du “philosémitisme » (elle semble d’ailleurs avoir créé son blog sur le Huffington Post pour l’occasion), est le suivant. Au terme d’un « rappel des faits » confus et laborieux mêlant, pour mieux perdre le lecteur, Charlie Hebdo, célébration de la supériorité morale des féministes blanches, et dénonciation de la lutte contre l’islamophobie, la bloggeuse finit par abattre ses cartes. Dans un premier temps, elle lance qu’en dénonçant le philosémitisme d’État, le PIR en appellerait virtuellement à renverser la vapeur, à proclamer que l’antisémitisme est le seul antidote possible. Écrire cela c’est oublier, ce qui est pourtant clair dès les premières lignes du texte de Houria Bouteldja, que le philosémitisme n’est pas l’autre ou le contraire de l’antisémitisme. Ç’en est une variation contemporaine, dictée par les impératifs politiques et géopolitiques de notre temps. Le philosémite, selon la boutade fameuse, c’est un antisémite qui aime les Juifs – mais qui, comme le rappellent les sorties de Barre, Chirac et Hollande citées en exergue du texte de Bouteldja, n’arrive toujours pas à se résoudre à les tenir pour pleinement français.

Toutefois, et c’est le point le plus intéressant, Kandel prend la peine de distinguer cet antisémitisme supposé du PIR d’autres formes de racisme anti-Juifs. Les négationnistes, les fascistes, l’extrême droite, sont écartés. L’affaire se précise : celui qu’elle prête aux indigènes se distingue de l’antisémitisme blanc. Toutefois, plutôt que de s’aventurer sur le terrain très fréquenté du « nouvel antisémitisme des banlieues », elle emprunte un chemin de traverse. Les indigènes nourriraient un ressentiment féroce contre l’holocauste
. Et cela car leur pensée politique se heurterait comme à un mur à ce qu’elle décrit ainsi : « La Shoah comme inconcevable dans la pensée des dominations – persécutions, discriminations ou injustices de tous ordres –, comme événement impossible à rabattre sur les injonctions militantes rituelles de la lutte “contre tous les racismes”. »

Que la destruction des Juifs d’Europe n’ait rien à voir avec la domination, et plus précisément la domination raciste, voilà une thèse bien invraisemblable, assénée à coups de masse ! Si bien que l’auteure n’a pas su rassembler les forces nécessaires pour l’étayer d’arguments. Éclairons à présent ce malheureux billet à la lumière d’un autre texte. Kandel semble avoir oublié que la revue Les Temps Modernes (alors même qu’elle faisait à l’époque partie de son comité de rédaction !) publia en janvier 2006 un article remarquable de Jean Améry, penseur juif rescapé d’Auschwitz. Dès la première page, on y lit ces lignes : « L’expérience vécue du Noir décrite par Fanon correspondait à certains égards aux expériences que j’avais moi-même vécues comme juif interné dans un camp de concentration » (1). À certains égards seulement, bien sûr. Mais la force de la comparaison suffit à mettre en doute le caractère « inconcevable » de la shoah revendiqué par Kandel. D’autant que dans ce chef-d’œuvre de la littérature concentrationnaire qu’est Par-delà le crime et le châtiment, Améry convoquait déjà Les Damnés de la terre de Fanon pour exposer les minces possibilités, pour le prisonnier du camp, de reconquérir sa dignité (2).

La thèse hallucinée de Kandel semble vaciller, mais c’est le lecteur qui est ahuri en parvenant à la conclusion de son billet : « Une étude récente » (cf Libération du 17 avril), notait un “retour à l'antisémitisme classique des années 30”. On aurait tort de négliger, pour autant, cette forme, autrement plus insidieuse, de l'antisémitisme moderne: la haine de la Shoah. Elle est largement partagée, bien au-delà des seuls Indigènes de la République ». La « haine de la Shoah », voilà le crime dont elle accuse les indigènes. Que répondre ?

Évidemment, nous haïssons la shoah, de la même haine immense qui doit s’abattre sur tous les crimes de masse. Nous la haïssons comme nous haïssons les colonialismes modernes, comme nous haïssons ce qu’a été la traite transatlantique. Et nous les haïssons d’autant plus franchement, avec d’autant moins de réserves, que nous savons que tous ces crimes abjects ont la même source : l’obsession de la suprématie blanche, dans ses infinies nuances et déclinaisons meurtrières. Césaire l’a dit dans son Discours sur le colonialisme, il y eut, avec le nazisme, importation à l’intérieur des frontières de l’Europe de la méthode colonialiste :
Aimé Césaire a écrit:

« Oui, il vaudrait la peine d’étudier cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXe siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère, c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, c’est l’humiliation de l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique. » (3)

Il n’est pas d’objectif plus absurde, ni plus malhonnête, que de transformer en délit la haine du crime en soi dont parle Césaire. C’est pourtant bien ce que cherche à faire Kandel. La tentation est grande alors de retourner à mon tour sa proposition, d’en faire voir l’envers caché, et de me demander si ce qu’elle proclame en vérité ne serait pas un terrifiant « amour de la Shoah » ?

L’obsession des génocides

Je n’accuse pas Kandel de vouer un culte aux bourreaux nazis ou de célébrer l’extermination des Juifs. Pour autant, il me semble qu’il y a bien un fond de vérité dans l’étrange injonction à « aimer la Shoah » qui transparaît en filigrane de son billet. C’est ce qui a été mis en lumière par le politologue Norman G. Finkelstein dans L’Industrie de l’Holocauste. Dans ce bref essai, l’auteur déconstruit ce qu’il nomme l’Holocauste (avec un H majuscule), à savoir une représentation idéologique de la destruction des Juifs d’Europe, caractérisée par sa définition comme un événement absolument unique et incomparable, ne devant être confronté à aucun autre crime de masse que ce soit (4). Or on a vu, avec le propos de Kandel sur le caractère « inconcevable » de la shoah, qu’elle se coule dans le moule de cette idéologie.

Dans la conclusion de son ouvrage, Finkelstein montre le paradoxe créé dans la pensée antiraciste contemporaine par la shoah. D’une part, elle a rendu les Européens plus sensibles à des formes de racisme qui auparavant allaient de soi, et pouvaient même participer du tissu social. Mais d’autre part, faire de l’extermination un étalon de mesure de la violence tend à en banaliser d’autres formes, et même à les rendre acceptables. Il me semble que cela éclaire l’objectif d’un argumentaire comme celui de Liliane Kandel, et le danger qu’il représente pour une réflexion politique décoloniale. La bloggeuse cherche à faire passer pour dérisoires les crimes coloniaux et les luttes anticoloniales, en les comparant à l’image divinisée et grossièrement idéologique de l’Holocauste qu’elle promeut. Une telle image rend insignifiant tout ce qui n’est pas elle-même. Kandel « aime la Shoah » en tant qu’elle est l’instrument qui lui permet d’exclure les discours de ses adversaires politiques, les indigènes, en les déguisant en complaintes négligeables.

Malheureusement, il me semble que les influences perverses de discours de ce genre sont bien réelles. J’en veux pour preuve des tentatives de bonne foi, mises en œuvre par des sœurs et frères afro-descendants, de faire reconnaître la traite transatlantique comme un génocide (et j’insiste bien sur ce terme de génocide). Le critère émis en 1948 par la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de l’ONU, selon laquelle un génocide, pour être reconnu, doit avoir été mû par une « intention » de détruire les victimes n’est pas problématique en soi. Il le devient si, et seulement si, notre pensée politique est obnubilée par l’idée que le génocide est le seul crime de masse, le seul crime contre l’humanité, qui mérite que ses victimes soient honorées et que son histoire soit connue et enseignée. Admettre cette idée, malheureusement, c’est déjà faire une concession décisive à l’industrie de l’Holocauste, et en conséquence nous condamner au silence.

Françoise Vergès est lucide lorsqu’elle écrit que : « C’est la privation du droit “naturel” à la liberté et la propriété de soi qui constitue le crime contre l’humanité de l’individu asservi. […] [C]e n’est pas parce que la traite négrière et l’esclavage ne sont pas comparables dans leur finalité avec le génocide des Juifs d’Europe qu’ils ne constituent pas un crime. Point n’est besoin d’entrer dans une rivalité obscène. » (5) La violence raciale a malheureusement adopté de nombreuses formes au cours de l’histoire, et la vigilance décoloniale doit être attentive à chacune. Elle doit le faire en aiguisant sa propre pensée, ses propres valeurs, sa propre politique, en se gardant de ce que Fanon nommait les « mimétismes nauséabonds ». C’est bien cette expérience-là que la lecture de ce dernier provoqua chez Jean Améry. En guise de conclusion, cédons-lui la parole : « Pour la première fois, moi, un Européen qui, pendant sa jeunesse, trouvait tout à fait normal d’entendre parler des colonies ou du colonialisme et qui regardait sans indignation des photos de Noirs transportant des fardeaux sous la surveillance de Blancs affublés de casques coloniaux, je me rendais compte qu’il n’y a rien de “naturel” à être l’esclave colonisé du colonisateur. […] Fanon expose la mystification qui se cache sous l’humanisme “blanc”, il met en question les valeurs “blanches” en général. » (6)

Merci à Liliane Kandel d’avoir participé à la publication d’un tel texte ; il mérite aujourd’hui d’être relu.

(1) Améry Jean, « L’homme enfanté par l’esprit de la violence » (1971), trad. Julie-Françoise Kruidenier et Adrian Daub, in : Les Temps Modernes, n° 635-636, Paris, Gallimard, 2005, p. 175.

(2) Améry Jean, Par-delà le Crime et le Châtiment. Essai pour surmonter l’insurmontable (1966), trad. Françoise Wuilmart, Arles, Actes Sud, 1995, pp. 191-192.

(3) Césaire Aimé, Discours sur le colonialisme (1955), Paris, Présence Africaine, 2004, pp. 13-14.

(4) Finkelstein Norman G., L’Industrie de l’Holocauste. Réflexions sur l’exploitation de la souffrance des Juifs (2000), trad. Éric Hazan, Paris, La Fabrique, 2001.

(5) Vergès Françoise, La mémoire enchaînée. Questions sur l’esclavage, Paris, Hachette Littératures, 2006, p. 144.

(6) Améry Jean, « L’homme enfanté par l’esprit de la violence », p. 176.
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MessageSujet: Re: ANTISÉMITISME, SIONISME, antisionisme... Identité juive... UJFP, JJR...   Mar 9 Juin - 23:19

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MessageSujet: Re: ANTISÉMITISME, SIONISME, antisionisme... Identité juive... UJFP, JJR...   Ven 19 Juin - 14:32


Patlotch antisémite ? Médiapart

« Sans compter les pauvres justifications concomitantes, ou à vrai dire, consécutives »


Patlotch a écrit:
je l'ai dit et le répète, je ne me suis pas justifié. Je n'ai pas à justifier, ni de n'être pas antisémite, ni de rien d'autre au demeurant. Je ne suis pas quelqu'un qui se justifie devant quelque autorité que ce soit. Je dis, point. Vous me croyez sur parole, tant mieux. Sinon tant pis, vous vérifiez ce qui est vérifiable, après c'est votre problème



mais comme en matière d'antisémitisme, les choses sont confuses, j'ai dit d'où je parlais, des Arabes ou des Juifs, des Rroms ou des Turcs, des Noirs ou des Pakis, etc. de mon quartier en particulier. Mes photos sont là, et l'on verra que les Juifs n'y sont pas en plus grande proportion que dans la vie, dans la ville. Et qu'aurait-on trouvé à me reprocher, si les Juifs que je rencontre, parmi les gens croisés dans mes promenades socio-poétiques, je ne les prenais pas en photo comme les autres ? Que j'ai voulu les éliminer, peut-être, comme vous, messieurs les accusateurs, les Arabes et les Noir.e.s des photos apportées ici ?



pourquoi se mettrait-on en position d'accusé dès qu'il est question des "juifs" ? Parce qu'il y a des accusateurs, comme vous, qui passent leur temps à dénoncer, à créer des amalgames, et qui essayent d'embrouiller ceux qui n'ont pas de ces questions une connaissance suffisante. Vous êtes un manipulateur, et un malhonnête homme, monomaniaque à un point maladif qui vous rend haineux, mensonger, sans nul respect de rien : qui croyez vous convaincre qui soit sain d'esprit et soucieux de se faire une idée par lui-même ?

avec moi, vous êtes tombé sur un os, parce que je ne laisse rien dans l'ombre, je cherche les explications, ou j'en fais l'expérience dans ma vie. Vous êtes tombé, non sur un militant bardé de certitudes, ou cherchant à avoir raison par dessus tout, vous êtes tombé sur la pire race qui soit en matière d'amour de la vérité, la race des artistes, la race des poètes


pourquoi ? parce que ce qui nous anime au plus fort, devant notre conscience, c'est la quête de la réalité, et par-dessous tout éviter d'abord de tricher avec nous-mêmes face à la réalité. Un artiste, un poète qui triche avec sa vérité, il n'est plus un poète. En tant que poète il est mort, et il le sait

cela ne signifie pas que nous ne puissions nous tromper, mais que nous sommes animés d'une éthique absolue de la vérité. Et si jamais ce que nous faisons, écrire, peindre, jouer de la musique, ne sonne pas juste en nous, nous recommençons, et nous savons très bien à partir d'où nous trichons avec nous-mêmes, et par conséquent à partir d'où nous mentons aux autres



vous devriez écouter jouer, et témoigner des musiciens juifs, dont certains sont réputés les meilleurs au monde sur leur instrument, des violonistes, par exemple


tenez, je vous offre un des moins connus, mais de mes préférés : Leonid Kogan. Et revenez me dire que ce son, un des plus beaux du monde, ne vous tire pas de larmes... Allez vers la beauté, et cherchez l'amour des autres, plutôt que le mal que vous imaginez en eux, jusqu'à l'inventer quand vous ne le trouvez pas : vous vivrez mieux, trouverez des moments de bonheur que vous aurez envie de faire partager à d'autres



[/url]Leonid Kogan plays Beethoven's "II. Adagio con molt' espressione" of Violin Sonata No.3, Op.12 No.3 - György Solchany, piano
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MessageSujet: Re: ANTISÉMITISME, SIONISME, antisionisme... Identité juive... UJFP, JJR...   Ven 19 Juin - 14:37



même source

Patlotch a écrit:
Pablo Abadan « Je préfèrerai rappeler plutôt, à notre ami Patlotch, que je ne peux soupçonner de racisme et d'antisémitisme, surtout aggravé, que la Shoah a ceci de particulier que ce fut une industrialisation de mort comme jamais il ne s'en ait produit dans l'Histoire Humaine. Et qu'elle visa deux communautés... Les Juifs et les Gitans, ainsi que les "asociaux", avec l'intention de s'étendre à d'autres, déjà commencée avec les Slaves... »



t'as oublié les Nègres, Pablo, mais c'est une habitude en France universelle des droits de l'homme européen, passons... Si l'on en parle comme "industrialisation" de la mort, c'est indiscutable (cf Robert Merle, La mort est mon métier, Primo Levi etc.), à condition de ne pas appeler mort industrielle les crimes impérialistes depuis la dernière guerre mondiale et même la première, les avions et les bombes, les armes chimiques, les défoliants dont périssent encore milliers de vietnamiens chaque année... étant tout sauf des produits industriels, c'est bien connu



quant aux références sur les techniques de mort, recyclées par les nazis, depuis Napoléon Premier en passant par l'Afrique sous domination coloniale allemande, on les trouve dans : La férocité blanche : des non-Blancs aux non-Aryens, ces génocides occultés de 1492 à nos jours de Rosa Amelia Plumelle-Uribe, on les trouve dans Sophie Bessis, l'Occident et les autres...


Sophie Bessis (صوفي بسيس), née en 1947 à Tunis, est une historienne et journaliste franco-tunisienne. Sophie Bessis est issue d'une famille de la grande bourgeoisie juive tunisienne.



c'est le B A BA à connaître sur ces questions avant de se prendre les pieds dans l'antisémitisme et les comparaisons oiseuses et morbides, et poisseuses de sang, de ce qui n'est pas comparable, à quoi tu t'engages là bien légèrement, Pablo



je n'en discuterai pas davantage ici, ce serait malsain, et piétiner un peu plus la mémoire juive de la shoah, pour en faire tout autre chose



(en gros : Nüremberg est le procès qui délimite ce qu'est un "crime contre l'humanité", en plein colonialisme occidental, il fallait que les Nations alliées soient épargnées par les textes qualifiant les crimes nazis, les juristes se sont cassés la tête pour ça, les Français voulant aller plus loin, mais les Belges... et les Américains avaient un problème, n'est-ce pas, avec les Nègres, ceux que tu oublies, Pablo, comme par hasard sur le terrain du billetiste de céans...)


il est étrange au demeurant que cette question soit ici comme un tabou, mais c'est une autre affaire, qui s'éclaire ailleurs... et je parie que chez Médiapart, on n'y viendra que très très difficilement. Pourtant, sans saisir ça, on ne comprend pas le monde actuel, et partant, on parle d'autre chose que des réalités présentes et de celles qui viennent, tragédie annoncée
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MessageSujet: Les Juifs, le sionisme et Israël, par Pierre Stambul   Mar 23 Juin - 2:11

à propos d'un texte de Pierre Stambull et d'une discussion sur Médiapart

Les Juifs, le sionisme et Israël, par Pierre Stambul, par Pierre Stambul  Stephane M. 22 juin 2015


Patlotch a écrit:
1) la France compte ~ 500.000 source Nombre de Juifs par pays, les manifs combien ?... Les a-t-on interrogés sur leur relation d'amour à la politique israélienne, au demeurant contestée dans ce pays-même. Quant aux sondages, on connait leur difficulté en France, pays incolore dont la mot "race" a été rayé de la Constitution pour entériner cette bonne nouvelle (certes les "Juifs" ne sont pas une "race)

2) j'ai du respect pour Pierre Stambul, mais ses convictions humanistes antiracistes ne feront pas le poids, ni en général le racisme universaliste humaniste ou prolétarien, qui ignore "la question indigène", cad "la question blanche", y compris chez les "marxistes", très en retard sur les théoriciens anglo-saxons, a fortiori "de couleur", et ailleurs dans le monde

3) un problème en France, c'est que l'antisémitisme n'est pas un racisme de classe (au double sens du terme). Les Juifs français ne sont pas, massivement, confrontés à des difficultés pour trouver un emploi, se loger, plus grande que la moyenne de la population

4) inversement, on peine à caractériser ce qu'on nomme "islamophobie" pour ce qu'elle est de fait, une prolophobie racialisée, ou racialiste

les positions relativement à la politique d'Israël, et au conflit dit palestinien, et plus généralement dans toute la région, ne sont pas le produit, seulement ou massivement, en France, sur des critères ethniques, raciaux ou religieux. Il y a aussi, même si elle ne s'exprime comme telle, une perception de classe

elle est très présente en banlieues populaires, même de façon inconsciente, mais ne trouve pas à s'exprimer, parce qu'aucun parti de gauche ou d'extrême-gauche ne le pose comme ça, et c'est dire ce qu'il leur reste du marxisme, hors quelques vieilleries trotskistes remises au goût du jour libertaire. Ni critique ni regret : constat

de son côté, le PIR peine à articuler contradictions raciales et de classe, et donne des bâtons pour se faire battre sur le terrain de l'antisémitisme (dernière en date, bien que moins pire que les précédentes : le "philosémitisme d'Etat"), mais ses analyses théoriques progressent

5) les Juifs français sont pris en otage par l'Idéologie française, on mène des politiques et l'on tient des discours qui en font des cibles, comme la population israélienne est prise en otage d'une politique internationale, celle du capitalisme occidental en crise voulant garantir son influence dans la région comme son approvisionnement en ressources (pétrole...)

ils ne sont pas pris en otage parce que juifs, mais on les assigne à leur judéité, redoublant leur revendication identitire juive, pour l'instrumentaliser, fabriquer et reproduire une politique qui n'a rien de philosémite en essence. En ce sens, on peut dire que l'antisémitisme est réinventé et reproduit par la prolophobie racialiste dont je parlais plus haut. Boucs émissaires si l'on veut, autant que les arabo-musulmans, dans l'absence de solution politique viable, toutes couleurs confondues, à la crise économique

6) on ne peut pas analyser ce qui se passe en profondeur en lisant ce qu'en disent les organisations dites représentatives de ces "communautés". Par conséquent se jeter à la face, ici ou ailleurs, telle déclaration ou extrait, ne vaut pas plus que tout débat politicien, entre militants assez éloignés des questions sociales qui couvent sous les questions abordées comme religieuses

7) à mon sens, toute analyse sur le terrain de la religion, que ce soit l'islamisme, l'antisémitisme ou l'islamophobie, quelle que soit la position pour ou contre, ou la recherche laïque d'un équilibre pacificateur,et par suite toutes les positions politiques qui en découlent, aussi humanistes seraient-elles, ne font désormais que participer, globalement, à l'idéologie française, pour le capitalisme français son Etat comme représentant de la confrérie internationale occidentale


conclusion : cette régression analytique, théorique et concrète, y compris sous l'aspect des livres de Todd et de Plenel, dans leur apparence salutaire, est à mon avis un signe que la situation est extrêmement grave et préoccupante. La France est globalement obsédée, elle se met toute seule des œillères, dans l'ensemble du champ politique et médiatique


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MessageSujet: Re: ANTISÉMITISME, SIONISME, antisionisme... Identité juive... UJFP, JJR...   Dim 28 Juin - 13:51







photos Patlotch 30 mars 2005
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MessageSujet: Re: ANTISÉMITISME, SIONISME, antisionisme... Identité juive... UJFP, JJR...   Dim 28 Juin - 14:01

photos 13 février 2015











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MessageSujet: Re: ANTISÉMITISME, SIONISME, antisionisme... Identité juive... UJFP, JJR...   Ven 3 Juil - 14:58

pas trouille de France


quartier en guerre ? enquête en paix
12 photos de Patlotch, 30 janvier 2015

pionce pirate

j'ai vérifié, à l'entour de pas loin, que le plan VigiPirate rouge est un plan de jour. La nuit, tous les chats sont gris, allez reconnaître un Arabe éclairé d'un Blanc ténébreux, un laïc à thèse d'un athée alcoolique, un musulman cool d'un catho chaleureux, un juif borgne d'un chanteur de blues



dessin de Wolinsky, assassiné le 7 janvier 2015
sorti d'une lointaine Humanité

ce dessin évoque la citation faussement attribuée à Sammy Davis, Jr. « Je suis noir, je suis borgne et je suis Juif, n'est-ce pas suffisant ? » Dans son livre d'entretiens autobiographiques Yes I Can (1965), il la considère comme « une blague raciste, nuisible et insidieuse »

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MessageSujet: Re: ANTISÉMITISME, SIONISME, antisionisme... Identité juive... UJFP, JJR...   Jeu 9 Juil - 2:13


et la question qui tue... Patlotch

pourquoi sont-ce principalement des théoriciens radicaux humanistes, prolétaristes et communisateurs juifs

qui refusent de considérer la 'race' comme structurelle historiquement au capitalisme ?  

Jacques Wajnsztejn de Temps Critiques, Clément Homs de la Critique radicale de la valeur (Wertkritik), Bernard Lyon né Dreyfus : "la race ne doit pas secondariser le genre", et Roland Simon de Théorie Communiste : un Noir est noir, un Blanc blanc, aucun rapport avec la structure du capital... pendants de Yves Coleman, NPNF Ni Patrie ni frontières : 2015 Mme Houria Bouteldja : les Indigènes de la République réussissent leur examen d’entrée dans l’extrême droite gauloise, 2004 :Saïd Bouamama un sociologue au service du voile... via Mondialisme.org site d'Henri Simon pour Échanges et Mouvements), Non-Fidès Base de données anarchistes insultant Angela Davis, Francis Cousin communisateur de Radio-Courtoisie chez les cathos intégristes, et Lucien Cerise entre ultragauche et extrême-droite proche d'Alain de Benoist, idéologue de la "nouvelle-droite"...fascisante européenne...

problème majeur pour tous ces gens-là : l'immigration non blanche-européenne, au nom d'universalismes humanistes, prolétariens, ou sionistes d'avant l'État d'Israël, avant-garde de la démocratie occidentale (Manuel Valls), sans parler de Corcuff et de ses ronds de jambe au "marxiste" Jean-Loup Amselle (Les nouveaux rouges-bruns dont le Parti des Indigènes...)

ceux qui dénoncent les "identitaires de gauche" (Germinal Pinalie, au nom de Marx...), le "communautarisme" qui hante les prolos racialisées dans les banlieues de "radicalisation"... "islamiste" (le RCA Réseau Communiste anti-gestionnaire proche de thèses genre-classe de Théorie Communiste), ont les mêmes arguments ou les mêmes silences que les Identitaires de Lorraine ou d'ailleurs, Fdesouche, Riposte laïque et ses féministes dont se rapproche l'anarchiste cocardier Claude Guillon, anarchistes infiltrés par les néo-cons ultra-sionistes (dont Yves Coleman est une tête de pont "anti-confusionnisme" assimilant antisionisme et antisémitisme... de gauche), etc. etc.

qui est le plus identitaire communautariste et le moins prolétaire, de ce "parti français de la trouille blanche" tous azimuts, ou des prolos nègres et arabes des quartiers populaires ?


qui prend qui pour un con ?


voire un antisémite...

afro
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MessageSujet: Re: ANTISÉMITISME, SIONISME, antisionisme... Identité juive... UJFP, JJR...   Jeu 9 Juil - 16:29

importé de décolonialité, vue des 'marxismes', 'anarchismes' et féminismes dogmatiques... et la 'communisation' ? 9 mai


aucune surprise de constater que l'on retrouve la même argumentation dans le Huffington Post
Le contraire du "philosémitisme" Liliane Kandel à qui on doit ces deux perles : « Il me semble néanmoins que le mouvement des femmes a bien travaillé : pour l'essentiel, dans les pays occidentaux, le féminisme a gagné.» "Le centre de gravité du féminisme s'est déplacé" Le Monde 19 octobre 2011. « je suis toujours surprise par la qualité de haine qu'Alain Finkielkraut suscite chez un certain nombre de personnes - sur les plateaux télé, dans les blogs, voire sur les listes "amicales" d'internet...» 20 octobre 2013

Liliane Kandel a écrit:

Le 8 mai 2015, le PIR (Parti des Indigènes de la République) fête ses dix ans d'existence. Invitée vedette: Angela Davis. C'est l'occasion de revenir sur l'évolution récente des positions de ce courant, et de ses compagnons de route.

Le 7 janvier 2015, douze personnes -dessinateurs et collaborateurs de Charlie hebdo, agents de police, agents de maintenance- étaient massacrées de sang froid par les frères Chérif et Saïd Kouachi.

Le 9 janvier, ce fut le tour de la policière stagiaire Clarissa Jean-Philippe puis des quatre clients juifs de l'épicerie casher de la porte de Vincennes de tomber sous les balles d'Amedy Coulibaly. Les trois assassins prétendaient agir au nom de l'islam.

Le 11 janvier, près de quatre millions de personnes manifestaient ensemble, pacifiquement, leur horreur des massacres, du fanatisme et de l'intolérance; ce fut la plus grande manifestation que la France ait connue depuis la Libération.

Les fausses notes, puis les réserves, la contre offensive enfin ne tardèrent pas. Une semaine après le massacre, Le Monde leur consacrait une double page. On y lisait qu'un "hebdo satirique n'est pas la France", et que "certains usages de la liberté d'expression sont offensants". D'aucuns réclamaient que le "droit à l'outrance s'applique à tous", et notamment aux négationnistes (Dieudonné, sans doute un oubli, n'était pas cité). Des universitaires lançaient un définitif "Non à l'union sacrée!" (celle du 11 janvier!) laquelle, selon eux, ne servait qu'à "désamorcer les colères sociales". Des militants du PIR, secondés par des journalistes, proclamaient: "Plus que jamais il faut combattre l'islamophobie". Le fanatisme, le terrorisme islamiste venaient de tuer 17 personnes; à peine étaient-ils mentionnés, du bout des lèvres, dans l'un des articles: les vrais ennemis s'appelaient union sacrée et islamophobie.

Bientôt, Mediapart publia l'appel à un meeting le 6 mars, là encore "contre l'islamophobie et le climat de guerre sécuritaire". Parmi les signataires, on relevait, en un étrange amalgame, les noms du PCF, du NPA, d'"Ensemble!", d'EELV, d'ATTAC, mais aussi du CAPJPO-EuroPalestine, des Indigènes de la République ou encore de l'UOIF, et de Participation et Spiritualité Musulmane. Les deux derniers avaient soutenu la Manif pour tous et refusaient le droit à l'avortement. Une grande partie des autres signataires avaient combattu depuis la première heure la loi de 2004 sur l'interdiction ("islamophobe") des signes religieux à l'école.

Les féministes furent cette fois les premières (et presque les seules) à réagir, avec véhémence. Certaines, alliées traditionnelles voire membres actives des groupes signataires (tels Attac ou le NPA) dénoncèrent d'emblée "des alliances contre nature". Elles se refusaient à "lutter contre le racisme avec des misogynes et des homophobes" et s'indignaient de voir, parmi les participants au colloque, des associations "militant activement contre la laïcité et contre l'émancipation des femmes". Elles rageaient: "Des partis et organisations 'de gauche' abandonnent les femmes? Les femmes s'organisent sans eux!". 25 associations féministes de toutes tendances dénoncèrent "la récupération de trop" ! A la veille de la Journée Internationale du Droit des Femmes le 8 mars, toutes ressentaient cet appel comme une véritable trahison de la part des organisations de gauche partenaires du meeting.

Caroline Fourest, compagne de longue date de Charlie, laissa éclater sa colère. A ces "progressistes qui crachent sur les morts du 7 janvier", elle rappelait que, depuis cette date, "les équipes de protection sont débordées par le nombre de cibles à abattre, d'amis menacés, en pleine explosion". Elle demandait: "les signataires de l'appel, habituellement si opposés entre eux, étaient-ils 'ensemble' contre le fait de nous protéger? 'Ensemble' pour nous traiter d' 'islamophobes'? 'Ensemble' pour refuser le droit au blasphème? 'Ensemble' pour légitimer l'intégrisme et l'extrême droite musulmane? 'Ensemble' pour refuser de soutenir Charlie Hebdo?"

Seul EELV, après un débat interne houleux, retira sa participation en raison de la présence d'organisations par trop "sulfureuses", notamment l'UOIF et le PIR, laquelle brouillait totalement le message que le meeting prétendait envoyer.

Celui-ci eut lieu, devant plusieurs centaines de personnes. Selon les témoins on y déplora autant le traumatisme du petit Ahmed, 8 ans, convoqué au commissariat pour avoir dit "je suis avec les terroristes" ou celui des mères voilées interdites d'accompagnement scolaire, que l'assassinat des dessinateurs de Charlie.

Et, dans la foulée, on appela à une grande manifestation pour le 21 mars, journée mondiale de lutte contre le racisme. Cette fois, les organisations les plus "sulfureuses", UOIF, CCIF ou PIR ne figuraient plus parmi les signataires. Certaines y appelaient néanmoins, de leur côté. Le PIR publiait, ainsi, un appel intitulé: "Non au(x) racisme(s) d'État, non au philosémitisme d'État!"; l'on y dénonçait "le traitement privilégié dont bénéficie la répression de l'antisémitisme par rapport aux autres racismes,... [traitement qui désigne] les Juifs à la vindicte des plus défavorisés dans la hiérarchie des racismes". Traduisons: si Myriam Monsonego, les trois Sandler, les quatre clients de l'épicerie casher sont morts, la faute en revient non à des islamistes fous mais....au "philosémitisme d'Etat", gauche et droite confondues, dont Merah, les Kouachi et Amedy Coulibaly sont les premières et principales victimes [1].

On aurait tort de croire à une initiative calamiteuse, un tract composé à la va- vite par un rédacteur moins précautionneux dans ses formulations qu'à l'ordinaire. Car la lutte contre ce "philosémitisme d'Etat" semble bien faire partie des nouveaux thèmes de mobilisation du PIR, longuement développés par Houria Bouteldja lors d'une conférence faite à Oslo le 3 avril: "Racisme (s) et philosémitisme d'Etat ou comment politiser l'antiracisme en France?";

ILS NE NOUS PARDONNERONT JAMAIS LE MAL QU'ON NOUS A FAIT

"Contre le philosémitisme d'Etat"! A-t-on pris la mesure de ce slogan, surgi deux mois après les massacres de janvier (et, manifestement, en réaction à ceux-ci)? En a-t-on mesuré la portée, et les résonances historiques? Les conclusions inéluctables? Suffit-il de souligner dans un amer sourire que, si l'antidote au "racisme d'Etat" est incontestablement l'antiracisme -d'Etat et/ou l'antiracisme citoyen-, l'antidote au "philosémitisme d'Etat" ne saurait être que... l'antisémitisme -antisémitisme d'Etat (exemple: Vichy) ou, pire encore, antisémitisme de masse (exemple: un pogrom)? Suffit-il de hocher la tête et d'affirmer, avec une sinistre Schadenfreude: "on le savait" ou: "enfin leur antisémitisme éclate au grand jour"? Je ne le pense pas. Car, si "antisémitisme" il y a (et pour autant que ce terme ait aujourd'hui le même sens pour tous ceux qui l'utilisent), ce n'est clairement pas celui des années 30, ni celui du facétieux fondateur du FN; ce n'est pas non plus celui, gras et glauque, de Dieudonné et de son acolyte Soral, ni celui des négationnistes, banalisateurs ou relativistes de tous ordres.

Le problème du PIR est ailleurs, et H. Bouteldja l'explique très clairement: "Je crois, dit-elle, qu'après la Seconde Guerre mondiale... et progressivement et de manière accélérée dans les années 1980, l'État-Nation a donné aux Juifs [une mission]: devenir la bonne conscience blanche, et faire de la Shoah une nouvelle 'religion civile' en la dépouillant de toute historicité." [2]

Les Indigènes de la République et leurs proches, dans leurs discours du moins, ne haïssent pas les Juifs en tant que tels (j'en ai connu qui avaient toujours un excellent ami juif, qui adoraient les histoires juives, prisaient les livres des frères Singer voire même, à l'occasion un concert de musique klezmer...). Leur haine virulente, l'objet unique de leur ressentiment est ailleurs: c'est la Shoah. Ou, plus exactement, sa signification historique et philosophique dans la mémoire et la conscience collective européenne. La Shoah comme inconcevable dans la pensée des dominations -persécutions, discriminations ou injustices de tous ordres-, comme événement impossible à rabattre sur les injonctions militantes rituelles de la lutte "contre tous les racismes".

Comme le disait à peu près un personnage de l'admirable trilogie d'Axel Corti Welcome in Vienna, les Indigènes de la République non plus "ne nous pardonneront jamais le mal que l'on nous a fait". Et cela n'a rien à voir avec la (trop fameuse) "concurrence des victimes". Cela a à voir avec l'incapacité de sortir d'une doxa omniprésente, et le refus farouche de penser l'histoire, le monde, l'extrême, autrement qu'en termes de rapports dominants / dominés.

Une étude récente (cf Libération du 17 avril), notait un "retour à l'antisémitisme classique des années 30". On aurait tort de négliger, pour autant, cette forme, autrement plus insidieuse, de l'antisémitisme moderne: la haine de la Shoah. Elle est largement partagée, bien au-delà des seuls Indigènes de la République.

______________________________________
[1] On remarquera la proximité notable de ce discours avec celui, prétendument plus savant, d'E. Todd dans son dernier livre "Qui est Charlie?"

[2] H. Bouteldja, ibid. Elle ajoute qu'il les aurait investis d'une seconde "mission": "devenir les porte-paroles de l'Occident ou plus exactement ses goumiers notamment par le biais d'un autre État-Nation colonial: Israël, qui, lui, a pour mission de garantir les intérêts occidentaux dans le monde, (les rendant ainsi ) complices de ses crimes"

Christine Delphy a écrit:

Déjà à cette époque [MLF années 70] je ne comprenais pas pourquoi certaines s’en prenaient au Coran et aux musulmans. Et un jour j’ai compris : elles sont féministes mais elles ont des préjugés anti-arabes et anti-musulmans. Préjugés qui viennent de la société mais qui viennent aussi de leurs propres opinions : elles soutiennent les politiques colonialistes de l’Etat d’Israël, qui s’appuient sur ce racisme et le suscitent. De plus Claudie Lesselier, Liliane Kandel, Catherine Deudon et Françoise Picq, mettent en concurrence l’oppression des femmes et l’oppression des Juifs  – alors que personne ne leur demande de choisir
.

Le contraire de la «haine de la Shoah». Sur un billet de Liliane Kandel Les invités de Mediapart 18 mai 2015

Le philosophe décolonial Norman Ajari, proche du Parti des indigènes de la République, revient sur la polémique qui a opposé Houria Bouteldja, porte-parole du PIR, et Liliane Kandel, ancienne du MLF, autour de la place de la destruction des juifs d'Europe dans les luttes anti-racistes en France.

Norman Ajari a écrit:
Au milieu du concert de réactions aussi vindicatives qu’incompréhensives suscitées par les prises de position de Houria Bouteldja et du Parti des Indigènes de la République sur le « philosémitisme d’État », un texte me semble mériter une attention particulière. Son auteure, l’ancienne militante féministe Liliane Kandel, fait partie de celles qui, selon Christine Delphy, « sont féministes mais […] ont des préjugés anti-arabes et anti-musulmans. Préjugés qui viennent de la société mais qui viennent aussi de leurs propres opinions : elles soutiennent les politiques colonialistes de l’Etat d’Israël, qui s’appuient sur ce racisme et le suscitent. De plus Claudie Lesselier, Liliane Kandel, Catherine Deudon et Françoise Picq, mettent en concurrence l’oppression des femmes et l’oppression des Juifs  – alors que personne ne leur demande de choisir » (Les Inrockuptibles, 6 mars 2015).

Toutefois, ce n’est pas le parcours de Kandel, ni ses prises de positions passées, qui m’intéressent, mais le billet qu’elle consacre au PIR. Il n’est pas d’un grand intérêt de répondre à ceux qui, peu imaginatifs, décrivent les Indigènes comme les héritiers des nazis ou des vichystes. Chaque texte émis par le parti suffirait à les contredire. Par contre, l’examen de l’intervention plus « audacieuse » de Kandel me semble à même d’éclairer l’opportunisme de ceux qui accusent aujourd’hui d’antisémitisme une parole qu’ils veulent voir disparaître, ainsi que les fondations théoriques de telles attaques. Penchons-nous donc sur cet ennemi dont je crois qu’il y a quelque chose à appendre.

Peut-on ne pas haïr la shoah ?

Le propos de Kandel, dans son billet intitulé « Le contraire du “philosémitisme” » (elle semble d’ailleurs avoir créé son blog sur le Huffington Post pour l’occasion), est le suivant. Au terme d’un « rappel des faits » confus et laborieux mêlant, pour mieux perdre le lecteur, Charlie Hebdo, célébration de la supériorité morale des féministes blanches, et dénonciation de la lutte contre l’islamophobie, la bloggeuse finit par abattre ses cartes. Dans un premier temps, elle lance qu’en dénonçant le philosémitisme d’État, le PIR en appellerait virtuellement à renverser la vapeur, à proclamer que l’antisémitisme est le seul antidote possible. Écrire cela c’est oublier, ce qui est pourtant clair dès les premières lignes du texte de Houria Bouteldja, que le philosémitisme n’est pas l’autre ou le contraire de l’antisémitisme. Ç’en est une variation contemporaine, dictée par les impératifs politiques et géopolitiques de notre temps. Le philosémite, selon la boutade fameuse, c’est un antisémite qui aime les Juifs – mais qui, comme le rappellent les sorties de Barre, Chirac et Hollande citées en exergue du texte de Bouteldja, n’arrive toujours pas à se résoudre à les tenir pour pleinement français.

Toutefois, et c’est le point le plus intéressant, Kandel prend la peine de distinguer cet antisémitisme supposé du PIR d’autres formes de racisme anti-Juifs. Les négationnistes, les fascistes, l’extrême droite, sont écartés. L’affaire se précise : celui qu’elle prête aux indigènes se distingue de l’antisémitisme blanc. Toutefois, plutôt que de s’aventurer sur le terrain très fréquenté du « nouvel antisémitisme des banlieues », elle emprunte un chemin de traverse. Les indigènes nourriraient un ressentiment féroce contre l’holocauste. Et cela car leur pensée politique se heurterait comme à un mur à ce qu’elle décrit ainsi : « La Shoah comme inconcevable dans la pensée des dominations – persécutions, discriminations ou injustices de tous ordres –, comme événement impossible à rabattre sur les injonctions militantes rituelles de la lutte “contre tous les racismes”. »

Que la destruction des Juifs d’Europe n’ait rien à voir avec la domination, et plus précisément la domination raciste, voilà une thèse bien invraisemblable, assénée à coups de masse ! Si bien que l’auteure n’a pas su rassembler les forces nécessaires pour l’étayer d’arguments. Éclairons à présent ce malheureux billet à la lumière d’un autre texte. Kandel semble avoir oublié que la revue Les Temps Modernes (alors même qu’elle faisait à l’époque partie de son comité de rédaction !) publia en janvier 2006 un article remarquable de Jean Améry, penseur juif rescapé d’Auschwitz. Dès la première page, on y lit ces lignes :

« L’expérience vécue du Noir décrite par Fanon correspondait à certains égards aux expériences que j’avais moi-même vécues comme juif interné dans un camp de concentration » (1). À certains égards seulement, bien sûr. Mais la force de la comparaison suffit à mettre en doute le caractère « inconcevable » de la shoah revendiqué par Kandel. D’autant que dans ce chef-d’œuvre de la littérature concentrationnaire qu’est Par-delà le crime et le châtiment, Améry convoquait déjà Les Damnés de la terre de Fanon pour exposer les minces possibilités, pour le prisonnier du camp, de reconquérir sa dignité (2).

La thèse hallucinée de Kandel semble vaciller, mais c’est le lecteur qui est ahuri en parvenant à la conclusion de son billet : « Une étude récente (cf Libération du 17 avril), notait un “retour à l'antisémitisme classique des années 30”. On aurait tort de négliger, pour autant, cette forme, autrement plus insidieuse, de l'antisémitisme moderne: la haine de la Shoah. Elle est largement partagée, bien au-delà des seuls Indigènes de la République ». La « haine de la Shoah », voilà le crime dont elle accuse les indigènes. Que répondre ?

Évidemment, nous haïssons la shoah, de la même haine immense qui doit s’abattre sur tous les crimes de masse. Nous la haïssons comme nous haïssons les colonialismes modernes, comme nous haïssons ce qu’a été la traite transatlantique. Et nous les haïssons d’autant plus franchement, avec d’autant moins de réserves, que nous savons que tous ces crimes abjects ont la même source : l’obsession de la suprématie blanche, dans ses infinies nuances et déclinaisons meurtrières. Césaire l’a dit dans son Discours sur le colonialisme, il y eut, avec le nazisme, importation à l’intérieur des frontières de l’Europe de la méthode colonialiste :

Césaire a écrit:
« Oui, il vaudrait la peine d’étudier cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXe siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère, c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, c’est l’humiliation de l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique. » (3)

Il n’est pas d’objectif plus absurde, ni plus malhonnête, que de transformer en délit la haine du crime en soi dont parle Césaire. C’est pourtant bien ce que cherche à faire Kandel. La tentation est grande alors de retourner à mon tour sa proposition, d’en faire voir l’envers caché, et de me demander si ce qu’elle proclame en vérité ne serait pas un terrifiant « amour de la Shoah » ?

L’obsession des génocides

Je n’accuse pas Kandel de vouer un culte aux bourreaux nazis ou de célébrer l’extermination des Juifs. Pour autant, il me semble qu’il y a bien un fond de vérité dans l’étrange injonction à « aimer la Shoah » qui transparaît en filigrane de son billet. C’est ce qui a été mis en lumière par le politologue Norman G. Finkelstein dans L’Industrie de l’Holocauste. Dans ce bref essai, l’auteur déconstruit ce qu’il nomme l’Holocauste (avec un H majuscule), à savoir une représentation idéologique de la destruction des Juifs d’Europe, caractérisée par sa définition comme un événement absolument unique et incomparable, ne devant être confronté à aucun autre crime de masse que ce soit (4). Or on a vu, avec le propos de Kandel sur le caractère « inconcevable » de la shoah, qu’elle se coule dans le moule de cette idéologie.

Dans la conclusion de son ouvrage, Finkelstein montre le paradoxe créé dans la pensée antiraciste contemporaine par la shoah. D’une part, elle a rendu les Européens plus sensibles à des formes de racisme qui auparavant allaient de soi, et pouvaient même participer du tissu social. Mais d’autre part, faire de l’extermination un étalon de mesure de la violence tend à en banaliser d’autres formes, et même à les rendre acceptables. Il me semble que cela éclaire l’objectif d’un argumentaire comme celui de Liliane Kandel, et le danger qu’il représente pour une réflexion politique décoloniale. La bloggeuse cherche à faire passer pour dérisoires les crimes coloniaux et les luttes anticoloniales, en les comparant à l’image divinisée et grossièrement idéologique de l’Holocauste qu’elle promeut. Une telle image rend insignifiant tout ce qui n’est pas elle-même. Kandel « aime la Shoah » en tant qu’elle est l’instrument qui lui permet d’exclure les discours de ses adversaires politiques, les indigènes, en les déguisant en complaintes négligeables.

Malheureusement, il me semble que les influences perverses de discours de ce genre sont bien réelles. J’en veux pour preuve des tentatives de bonne foi, mises en œuvre par des sœurs et frères afro-descendants, de faire reconnaître la traite transatlantique comme un génocide (et j’insiste bien sur ce terme de génocide). Le critère émis en 1948 par la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de l’ONU, selon laquelle un génocide, pour être reconnu, doit avoir été mû par une « intention » de détruire les victimes n’est pas problématique en soi. Il le devient si, et seulement si, notre pensée politique est obnubilée par l’idée que le génocide est le seul crime de masse, le seul crime contre l’humanité, qui mérite que ses victimes soient honorées et que son histoire soit connue et enseignée. Admettre cette idée, malheureusement, c’est déjà faire une concession décisive à l’industrie de l’Holocauste, et en conséquence nous condamner au silence.

Françoise Vergès est lucide lorsqu’elle écrit que : « C’est la privation du droit “naturel” à la liberté et la propriété de soi qui constitue le crime contre l’humanité de l’individu asservi. […] [Ce n’est pas parce que la traite négrière et l’esclavage ne sont pas comparables dans leur finalité avec le génocide des Juifs d’Europe qu’ils ne constituent pas un crime. Point n’est besoin d’entrer dans une rivalité obscène. » (5)

La violence raciale a malheureusement adopté de nombreuses formes au cours de l’histoire, et la vigilance décoloniale doit être attentive à chacune. Elle doit le faire en aiguisant sa propre pensée, ses propres valeurs, sa propre politique, en se gardant de ce que Fanon nommait les « mimétismes nauséabonds ». C’est bien cette expérience-là que la lecture de ce dernier provoqua chez Jean Améry. En guise de conclusion, cédons-lui la parole :

Jean Améry a écrit:
« Pour la première fois, moi, un Européen qui, pendant sa jeunesse, trouvait tout à fait normal d’entendre parler des colonies ou du colonialisme et qui regardait sans indignation des photos de Noirs transportant des fardeaux sous la surveillance de Blancs affublés de casques coloniaux, je me rendais compte qu’il n’y a rien de “naturel” à être l’esclave colonisé du colonisateur. […] Fanon expose la mystification qui se cache sous l’humanisme “blanc”, il met en question les valeurs “blanches” en général. » (6)

Merci à Liliane Kandel d’avoir participé à la publication d’un tel texte ; il mérite aujourd’hui d’être relu.

(1) Améry Jean, « L’homme enfanté par l’esprit de la violence » (1971), trad. Julie-Françoise Kruidenier et Adrian Daub, in : Les Temps Modernes, n° 635-636, Paris, Gallimard, 2005, p. 175.

(2) Améry Jean, Par-delà le Crime et le Châtiment. Essai pour surmonter l’insurmontable (1966), trad. Françoise Wuilmart, Arles, Actes Sud, 1995, pp. 191-192.

(3) Césaire Aimé, Discours sur le colonialisme (1955), Paris, Présence Africaine, 2004, pp. 13-14.

(4) Finkelstein Norman G., L’Industrie de l’Holocauste. Réflexions sur l’exploitation de la souffrance des Juifs (2000), trad. Éric Hazan, Paris, La Fabrique, 2001.

(5) Vergès Françoise, La mémoire enchaînée. Questions sur l’esclavage, Paris, Hachette Littératures, 2006, p. 144.

(6) Améry Jean, « L’homme enfanté par l’esprit de la violence », p. 176.
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MessageSujet: Réponse à Philippe Corcuff concernant le communiqué des Indigènes de la république sur le meurtre d’Halimi   Ven 10 Juil - 3:17

en relation avec les considérations de Philippe Corcuff sur le PIR et l'antisémitisme, une texte de 2006, réponse au demeurant valable pour Yves Coleman, pire que Corcuff...

Réponse à Philippe Corcuff concernant le communiqué des Indigènes de la république sur le meurtre d’Halimi mardi 21 mars 2006

Sadri Khiari a écrit:
Le propos est clair : il y a une politique qui s’enracine dans l’histoire coloniale et qui est réactivée aujourd’hui en fonction des enjeux contemporains. Cette politique alimente le racisme anti-juif tout en opposant entre elles les différentes catégories stigmatisées de la population. Les ressorts principaux de l’« engrenage concurrentiel », que craint à juste titre Corcuff, ne sont pas à chercher du côté des victimes du racisme mais d’abord du côté des logiques d’un système basé sur les hiérarchisations ethniques et du côté des politiques concrètes et des stratégies de ceux qui dominent.

Philippe Corcuff a notamment la lucidité de reconnaître que le postcolonialisme, c’est-à-dire la perpétuation de rapports politiques, sociaux et culturels issus de la colonisation, est constitutif de l’enchevêtrement des dominations au sein de la société française ; une lucidité que l’on trouve trop rarement, hélas, au sein du champ politique blanc, construit lui-même sur l’exclusion des populations issues des anciennes colonies.

Les critiques que formule Corcuff à l’égard du communiqué du Mouvement des indigènes de la république concernant le meurtre d’Ilan Halimi témoignent d’une approche trop abstraite des problèmes politiques et d’une lecture de ce communiqué altérée par des inquiétudes excessivement déterminée par les jugements négatifs voire les dénonciations dont l’Appel des indigènes de la république a été l’objet de la part de la plupart des composantes de la gauche.

Il est, certes, tout à fait légitime de s’en soucier puisque l’un des objectifs du Mouvement des indigènes est bien sûr de contribuer à l’élargissement d’un pôle véritablement anticolonialiste au sein de la gauche ; reste qu’il y aura toujours une tension entre cette volonté qui est une volonté de convergence et l’impératif majeur du combat indigène, en l’occurrence, celui de construire son chemin autonome, en fonction de ses propres enjeux (décalés, disjoints, voire antagoniques, avec les enjeux de la gauche réelle) et sans céder à la tentation de plaire ou de rassurer.

L’approche par trop abstraite de Philippe et ses inquiétudes l’empêchent ainsi de donner toute son importance à ce qui constitue, à mon sens, la signification et l’enjeu politique de l’affaire Halimi. Pourquoi ce fait divers, certes monstrueux et qui a pu mobiliser - l’enquête dira peut être et dans quelle mesure - des stéréotypes antisémites, pourquoi ce fait divers, donc, a-t-il pu devenir une affaire politique majeure, impulsée directement par le ministre de l’Intérieur et réalisant une quasi unanimité politique allant de la gauche à l’extrême-droite ? Pourquoi une majorité de la gauche a-t-elle défilé la main dans la main avec des sarkoziens, des racistes anti-arabes, des racistes anti-noires et, sans doute également, de véritables antisémites ? Pourquoi de telles convergences deviennent-elles de plus en plus nombreuses au nom de la défense de la république, de la laïcité, de la liberté d’expression ou de la lutte contre l’antisémitisme ?

Poser ces questions, c’est y répondre : l’enjeu de cette vaste convergence, par delà la sincérité humaniste qui peut animer quelques unes de ses composantes et leur inquiétude justifiée concernant la persistance de l’antisémitisme en France, ne peut être compris en dehors de l’offensive buschienne à l’échelle internationale et de celle, combinée, que mène la droite (et que continuerait sans doute de mener la nouvelle gauche plurielle si elle accédait au pouvoir en 2007) contre l’immigration et contre les populations issues des anciennes colonies : les Noirs, les Arabes, les musulmans.

Le drame d’Ilan Halimi et de sa famille a été exploité dans le cadre de cette offensive. L’enjeu réel de la mobilisation politique qu’il a suscité n’était pas la lutte contre l’antisémitisme mais la lutte contre les Arabes, les Noirs et les musulmans. Qu’on ne me fasse pas dire ce que je ne pense pas. D’autres enjeux tout aussi antipathiques existent également et constituent un des soubassements de cette offensive raciste : compétition électorale, politique néolibérale, etc.

Mais ces enjeux se réalisent concrètement dans l’opposition à une partie de la population en fonction de ses caractéristiques raciales, ethniques et culturelles, réelles ou supposées. C’est donc de racisme qu’il s’agit. Et je n’hésite pas à le dire : la manifestation de samedi dernier n’était pas une manifestation contre l’antisémitisme mais une manifestation raciste (1). De ce point de vue, il était tout à fait hypocrite d’en exclure Philippe de Villier : il y avait toute sa place !

On ne peut pas, comme le fait Philippe Corcuff, constater le « consensus large dans le monde politique français contre l’antisémitisme, ce qui n’est pas le cas pour les autres racismes (racisme anti-noirs, racisme anti-arabes, islamophobie, etc.) » sans analyser les forces et les enjeux qui agissent ce « consensus large ». Et ces forces ne sont pas seulement l’expression d’une plus grande prise de conscience par le monde politique français des méfaits de l’antisémitisme et d’une moindre prise de conscience des méfaits des autres racismes.

C’est pourquoi l’axe d’une intervention politique antiraciste ne pouvait pas être, comme l’aurait voulu Corcuff, la « mise en cause claire des dangers de l’antisémitisme » mais d’abord et avant tout la mise en cause claire des dangers de l’instrumentalisation de l’antisémitisme. Dire cela ce n’est certainement pas minimiser la question du racisme antijuifs, c’est au contraire pointer les circonstances et les politiques qui l’alimentent sans arrêt.

Le communiqué des Indigènes de la république est tout à fait explicite là-dessus : « Si cette dimension (antisémite) était avérée, cela ne ferait que confirmer nos avertissements répétés quant aux effets pervers du comportement d’une classe politique et d’une presse qui piègent et empoisonnent en permanence l’opinion publique par la banalisation d’un discours d’exclusion ethnique et religieux. ». Le communiqué dénonce « le traitement politico-médiatique de ce crime et alerte l’opinion sur les dangers d’une stratégie politicienne fondée sur l’exacerbation des différences communautaires, ethniques ou religieuses. ».

Il souligne que « le traitement d’exception accordé au racisme anti-juifs risque de construire ces derniers en boucs émissaires potentiels et de creuser les oppositions entre les différentes composantes de la société française dont un des fondements reste la hiérarchisation ethnique et raciale. Nous l’avions déjà dénoncé dans l’Appel des indigènes de la république : « Comme aux heures glorieuses de la colonisation, on tente d’opposer les Berbères aux Arabes, les Juifs aux « Arabo-musulmans » et aux Noirs ». »

Le propos est clair : il y a une politique qui s’enracine dans l’histoire coloniale et qui est réactivée aujourd’hui en fonction des enjeux contemporains. Cette politique alimente le racisme anti-juif tout en opposant entre elles les différentes catégories stigmatisées de la population. Les ressorts principaux de l’« engrenage concurrentiel », que craint à juste titre Corcuff, ne sont pas à chercher du côté des victimes du racisme mais d’abord du côté des logiques d’un système basé sur les hiérarchisations ethniques et du côté des politiques concrètes et des stratégies de ceux qui dominent.

La mise en cause abstraite des dangers de l’antisémitisme occulte cette réalité et risque de contribuer à banaliser le message qui transparaît dans la plupart des discours actuels sur l’antisémitisme : les Noirs, les Arabes, les musulmans sont le nouveau vecteur d’un antisémitisme a-historique dont l’Occident se serait débarrassé. De ce point de vue, il n’y a pas dans le communiqué des Indigènes de la république l’ombre d’une « concurrence des victimes » ; il y a au contraire l’avertissement que « le traitement d’exception accordé au racisme anti-juifs », instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme, contribue, à l’inverse de ses objectifs déclarés et souvent sincères, à alimenter l’antisémitisme. N’est-ce pas là la manière la plus pertinente de mettre en cause clairement les « dangers de l’antisémitisme » ? (2)

De ce point de vue, il n’y a aucune raison d’incriminer la « prudence » dont ferait preuve le communiqué quant à la qualification du crime dont a été victime Ilan Halimi. Certes, l’affaire du RER D devrait inciter tout le monde à la prudence ; les déclarations de Sarkozy au lendemain du crime et qui ont été démenties par la suite devraient également susciter la prudence. L’excellent communiqué de l’UJFP sur l’assassinat d’Halimi est tout aussi « prudent » que celui des Indigènes de la république : « le caractère antisémite de cet acte n’est pas avéré », peut-on ainsi y lire. A gauche, on n’oserait pas reprocher à cette association une telle affirmation.

Mais le Mouvement des indigènes de la république, comme les populations noires et arabes, est soupçonné de complaisance vis-à-vis de l’antisémitisme. Il est soumis en permanence à l’injonction de prouver la clarté de ses positions concernant les « dangers de l’antisémitisme ». A ce type d’injonctions, finalement racistes, les indigènes ne peuvent répondre que d’un revers de la main. J’entends parfaitement Corcuff lorsqu’il met en garde contre le risque de prendre nos adversaires pour boussole mais tenter de lever un soupçon plutôt que de le dénoncer, n’est-ce pas aussi prendre nos adversaires pour boussole ?

Mais, surtout, quand bien même de nouveaux éléments devaient confirmer le caractère antisémite de ce meurtre, cela ne modifierait pas le diagnostic quant à sa signification politique et à la manière d’y répondre.

Corcuff fait une autre critique abstraite et injustifiée au communiqué : « Il y a une tentation de disqualification d’un « anti-racisme » qui ne serait que « moral ». Mais n’y a-t-il pas aussi une composante morale dans notre combat ? » Il y a très certainement une composante morale dans notre combat qu’exprime la place centrale de la question de la dignité dans toute la démarche du Mouvement des indigènes (une chose que ne peuvent comprendre ceux qui se préoccupent seulement des « questions sociales »). Un des apports que le combat des indigènes peut apporter à une certaine gauche, c’est justement de réintroduire la dimension morale dans la politique. Mais ce que ne perçoit pas Philippe Corcuff, c’est que ce n’est absolument pas de cela dont il s’agit aujourd’hui.

Ce qui est en jeu, c’est la réduction du combat anti-raciste à la seule morale, assimilée à une « haine de l’Autre » non-historique, détachée de la lutte contre les conditions politiques, sociales, etc., qui engendrent tel ou tel type de racisme. Une telle réduction a une histoire, dont les mouvements de l’immigration et des quartiers se souviennent et qui a une incarnation très concrète : SOS-racisme et le vaste mouvement idéologique et politique qui, au lendemain des Marches pour l’égalité de la première moitié des années 80, a travaillé à décontextualiser le racisme spécifique dont sont victimes les populations issues de l’immigration coloniale et postcoloniales, à le dépolitiser en le moralisant, à le politiser en lui donnant comme contenu principal, la lutte contre le FN dans le cadre d’une compétition entre la droite et la gauche.

Cette tendance continue d’être hégémonique même si, pour une part, la cible a changé et que la lutte antiraciste est désormais concentrée sur la lutte contre les « nouveaux antisémites » que seraient les Arabes, les Noirs et les musulmans. Aujourd’hui, et c’est ce que dit le communiqué des Indigènes, on veut nous refaire le même coup : « Alors que la révolte de novembre avait replacé le débat concernant l’immigration postcoloniale sur le terrain du système de discriminations ethniques et raciales, ce crime crapuleux fournit l’occasion rêvée de le rabattre une fois de plus sur le registre d’un anti-racisme exclusivement moral fondé sur la lutte contre la « haine de l’Autre » et l’insécurité » (c’est moi qui souligne).

L’horizon d’un large rassemblement contre tous les racismes n’est d’ailleurs pas dénué d’ambivalences de ce point de vue : il risque de dissoudre les spécificités historiques et contextuelles de chacun des racismes dans une soupe exclusivement morale et non-politique, empêchant de voir les différentes déterminations qui construisent ces racismes et donc de les combattre.

L’« anti-racisme moral » ne doit donc être ni « en dessous », ni « au dessus » du « combat contre l’oppression postcoloniale », pour reprendre les expressions de Corcuff ; il ne fait sens qu’au cœur de ce combat anti-postcolonial comme au cœur du combat contre les autres rapports sociaux qui produisent ou alimentent le racisme.

Un dernier mot en ce qui concerne le reproche de céder à la « théorie du complot ». Je partage la méfiance que Philippe a souvent exprimée contre cette manière d’appréhender la politique, quoique je n’en vois pas de traces dans le communiqué des Indigènes sur l’affaire Halimi. Mais il est vrai qu’on n’est jamais à l’abri contre la tentation toujours vivace, de tout expliquer par le complot d’un état-major, d’une franc-maçonnerie plus ou moins secrète ou d’un quelconque lobby.

Ces théories ont pour conséquences involontaires d’exempter le système ou les multiples logiques non-intentionnelles qui concourent à faire de la situation ce qu’elle est et aboutissent finalement à l’idée qu’il suffirait de se débarrasser des « comploteurs » pour changer la donne. Cependant, ne pas tout expliquer en termes de complots ne signifie pas qu’il y n’y ait pas aussi des stratégies, des états-majors, des franc-maçonneries ou des lobby qui agissent, participent de la construction de l’histoire, fabriquent du politique et des rapports de forces.

La politique de Bush n’est pas menée par la seule abstraction du capital, de l’impérialisme ou des réseaux planants de l’Empire. La guerre de Sharon en Palestine a été conçue stratégiquement. Sarkozy n’est pas le pantin de puissances qui s’imposent unilatéralement à lui. La « classe politique » française, et ses relais - pour une part involontaires - médiatiques et intellectuels, est certainement « agie » par un faisceau de facteurs qu’elle ne contrôle pas ; elle agit également. Et s’il n’existe pas de « comité central » de cette « classe politique » qui mènerait l’offensive réactionnaire contre les populations issues de l’immigration, de multiples sphères et réseaux convergent et s’entrelacent autour de nœuds de pouvoir particulièrement décisifs. Je pense que Corcuff ne me contredira pas à moins de penser que la lutte politique n’a pas de raisons d’être.

Notes :

(1) Le communiqué de la LCR (je l’évoque parce que Philippe Corcuff en est membre) expliquant son refus de participer à cette manifestation ne dit évidemment pas cela mais il est plutôt bon. Il y est notamment écrit que la LCR « tient également à mettre solennellement en garde contre toute instrumentalisation politique de cette affaire, qui conduirait à la montée des tensions communautaires, nourrirait des amalgames dangereux, aboutirait à la stigmatisation de certaines catégories de la population ». J’ai du mal, cependant, à comprendre pourquoi la LCR s’abstient de préciser à qui elle pense lorsqu’elle parle de « certaines catégories de la population ». Est-ce une manière de ne pas reconnaître que la société française est, entre autres choses, basée sur des hiérarchies raciales, ethniques ou culturelles, ce que tout le monde sait sans le dire ?

(2) Je recommande vivement la lecture de : Joëlle Marelli, « Usages et maléfices du thème de l’antisémitisme en France », in La république mise à nu par son immigration, (Nacira Guénif-Souilamas dir.), éditions La fabrique, mars 2006, pp.133-159


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MessageSujet: Sionisme et « antisémitisme postcolonial » : une analyse essentielle inspirée d’Edward Saïd   Ven 10 Juil - 3:30



Sionisme et « antisémitisme postcolonial » : une analyse essentielle inspirée d’Edward Saïd. Sherine Soliman, Membre du PIR 10 janvier 2014

Sherine Soliman a écrit:
Tout français issu de l’immigration postcoloniale a de quoi se sentir intimement et racialement infériorisé par le sionisme qui poursuit son entreprise coloniale, et donc infériorisé par la politique française et ses discours soutenant cette idéologie. Dans l’imaginaire de millions de descendants de colonisés, la persistance du sionisme, de sa colonisation et de son racisme opératoire a des conséquences désastreuses qu’il serait temps de prendre en compte sérieusement dans toute discussion traitant du racisme en France.

Dans son ouvrage La Question de Palestine [1], l’intellectuel Palestinien Edward W. Saïd, analyse précisément et historiquement les origines du sionisme, et interroge la légitimité, unanime en Occident, d’une idéologie coloniale ayant causé tant de ravages. Dans l’introduction, partant du « soubassement existentiel » dont dépend la situation du peuple palestinien, il demande :

Edward W. Saïd a écrit:
« Nous étions sur le territoire appelé Palestine ; la spoliation et l’effacement dont nous avons été victimes et d’où ont résulté que presque un million des nôtres ont dû quitter la Palestine et que notre société est devenue non existante étaient-ils justifiés, fût-ce même pour sauver ce qu’il restait des Juifs d’Europe ayant survécu au nazisme? Quelle est la règle morale ou politique qui exige que nous abandonnions nos revendications pour notre existence nationale, notre terre, nos droits humains? Dans quel monde ne souffre-t-on aucune discussion quand on dit à un peuple entier qu’il est juridiquement absent, même si des armées sont levées contre lui, des campagnes menées contre son nom lui-même, l’histoire modifiée pour « prouver » sa non-existence? »

Ces interrogations fondamentales et plus que légitimes posées par Edward Saïd il y a plus de trente ans ne semblent pas intéresser le moins du monde nos penseurs et politiques aujourd’hui, alors même que le calvaire des Palestiniens colonisés continue ; alors même que le compteur des colonisés (et des colonies) grimpe, et que le nombre de réfugiés explose. Pour la France, la Palestine – géographiquement et humainement – c’est loin ; et les Palestiniens sont donc bien loin des « hommes », en tout cas de ceux dont l’humanité mérite d’être défendue lorsqu’elle est bafouée, insultée et niée depuis tant d’années.

Mais cela s’explique, et de manière simple : c’est qu’il y a plus grave (apparemment).

En ce début d’année 2014, suivant un processus enclenché depuis bien longtemps, c’est une autre menace raciste – une terrible menace dit-on – qui canalise l’acharnement « humaniste » des associations antiracistes, des médias et des politiques ; car ici, en France, à mille lieues de cette marge infra-humaine dans laquelle on relègue les palestiniens, on sent se lever un diabolique fléau autrement plus néfaste pour l’humanité toute entière ; et un fléau que l’on sentait déjà, depuis un bon moment, pointer le bout de son nez sous la plume soumise de très nombreux journalistes : il s’agit de l’inévitable « antisémitisme postcolonial ». L’idée commence à s’imposer. Petit à petit, elle fait son nid médiatique. Ecoutez : « antisémitisme postcolonial ! » L’expression fait froid dans le dos de la France, elle réveille ses pires démons. Et on comprend tout de suite que les dangereux tenants de ce racisme sont facilement identifiables à ces termes (idéologiquement) bien choisis : s’agissant d’un antisémitisme « postcolonial », les coupables haineux seront à chercher du côté des « postcolonisés » ; du côté de celles et ceux issus des territoires (anciennement ?) colonisés et dont – osent-ils dire dans leurs délires victimaires – les souffrances exagérées n’auraient jamais été assez prises en compte (quelques siècles d’esclavage, les tragédies du colonialisme, les autres génocides, etc.). Chez ces gens là qui, décidément, ressassent trop le passé, la place prépondérante qu’occuperait le génocide des Juifs aurait ainsi fait naître une rancœur et un rejet bassement réactionnaires qui auraient muté en un cruel antisémitisme (ponctué d’antisémites clichés, d’antisémites théories du complot… et d’antisémites projets en tout genre).

L’antisémitisme postcolonial donc.

J’aimerais, dans cet article, peser le poids idéologique d’une telle expression, « antisémitisme postcolonial ». Autant vous dire tout de suite que je le trouve insupportable ; non pas qu’un tel racisme n’existerait pas ou serait dénué de tout sens – là n’est pas mon propos [2] – mais parce que sa fixation « postcoloniale » me paraît relever de la plus cynique ironie et de la plus consciente diversion (en plus de s’opposer subtilement au climat islamophobe grandissant).

Pour dire ma pensée, j’aimerais simplement mettre cette menace brandie d’un antisémitisme résurgent en regard d’un autre fléau qui ronge notre société et notre monde ; un fléau qui, paradoxalement, n’inquiète aucune de ces associations, aucun de ces médias ou de ces personnalités politiques; un fléau qui se veut pourtant, dans ses manifestations très concrètes hors de France, comptable d’un nombre de victimes – blessées, expulsées, réfugiées et parquées dans des camps, assassinées, torturées, bombardées, colonisées – beaucoup plus lourd et surtout beaucoup moins virtuel que celui que laisse présager cet épouvantail de l’« antisémitisme postcolonial ».

Ce fléau raciste, colonial et déshumanisant, c’est le sionisme.

Ce sionisme chéri de nos gouvernants pèse, depuis des décennies et des décennies, de tout son colonialisme absolument raciste sur un peuple qui n’est pas juif, mais arabe. Et il est clairement soutenu, sur ses plans idéologique et politique du moins (mais pas seulement), par d’innombrables Français et par de nombreux journalistes, penseurs et dirigeants.

Qu’est-ce qui rend ce racisme là – un racisme non pas postcolonial mais toujours véritablement colonial dans les faits – si acceptable aux yeux de nos dirigeants et penseurs ? [3]

D’aucun me diront que les victimes du sionisme sont en Palestine, et que ma comparaison n’est donc pas pertinente. Et moi je réponds que le champ de nuisance du sionisme ne se limite pas à la Palestine. Les Palestiniens sont évidemment, et de très loin, les plus directement touchés car quotidiennement colonisés, bombardés, torturés, asphyxiés. Les martyrs, là bas, sont innombrables et Dieu seul connaît l’ampleur des souffrances auxquelles cette population est confrontée chaque jour. C’est dans leur chair que les Palestiniens ressentent le sionisme. Mais cette idéologie, comme l’a montré Edward W. Saïd (voir extraits plus bas), procède de la plus raciste des visions du monde de l’Europe coloniale et s’inscrit très rationnellement dans cet imaginaire européen qui infériorisait les Arabes et les non-blancs. Et c’est en cela, précisément, que tout descendant de colonisés, qu’il soit noir, jaune ou arabe, a de quoi se sentir infériorisé par la persistance d’un tel racisme colonial s’opérant continuellement dans l’indifférence complice et bienveillante du monde.

Le sionisme déshumanise – de manière très concrète – des millions de palestiniens en les privant de leurs droits humains les plus fondamentaux et inaliénables. Cela fait maintenant parti du paysage, cela fait partie « de la norme ». Mais qu’on se le dise bien : cette norme est raciste ; très concrètement coloniale et raciste.

Et j’en reviens donc à Edward W. Saïd, et à son ouvrage La Question de Palestine, plus précisément au chapitre intitulé « Le sionisme du point de vue de ses victimes ». Ce qui me semble crucial dans cet ouvrage et qui est brillamment mis en lumière dans ce chapitre détaillé et argumenté de dizaines de références et analyses capitales, c’est la double-dimension coloniale et raciste que le sionisme a directement hérité de son contexte européen d’émergence au 19ème siècle ; période des grands empires coloniaux européens. Aussi, ce n’est pas un simple essai que nous propose Saïd, c’est une puissante et irréfutable démonstration de ce qu’est le sionisme, ses origines, sa généalogie intellectuelle et culturelle, son contexte raciste de production, ses ressorts coloniaux et racialisants (les diverses théories scientifiques européennes sur l’inégalité des races ayant servi la justification du colonialisme sont d’ailleurs convoquées dans son argumentaire recontextualisant la formation et l’essor du sionisme). Cette idéologie qui ne trouve presque aucun adversaire dans notre paysage intellectuel et politique dominant, l’ouvrage de Saïd nous montre ainsi comment elle se fonde indéniablement sur une vision du monde raciste hiérarchisant les races et les cultures. Et cela, je pense qu’il est essentiel de le rappeler. Essentiel de rappeler qu’à l’heure où l’on déplore un « antisémitisme postcolonial », les décideurs politiques approuvent officiellement un racisme ostensiblement colonial.

Je laisse la parole à Edward W. Saïd évoquant ce qui s’apparente donc manifestement, dans le cas du développement du sionisme et de sa légitimation, à un pur racisme colonial (qui s’apparente, en l’état, à une arabophobie coloniale) :

Edward W. Saïd a écrit:
« Depuis les toutes premières périodes de son évolution moderne et jusqu’à ce qu’il aboutisse à la création d’Israël, le sionisme plaisait à un public européen pour qui la classification des autochtones des terres étrangères en plusieurs classes inégales était canonique et « naturelle ». C’est pourquoi, par exemple, tous les Etats ou mouvements des territoires anciennement colonisés d’Afrique et d’Asie, sans exception, s’identifient à la lutte palestinienne, la comprennent et la soutiennent totalement. A maints égards (…) il y a une incontestable ressemblance entre l’expérience des Palestiniens arabes aux prises avec le sionisme et l’expérience de ces peuples noirs, jaunes ou bruns qui furent dépeints comme des êtres inférieurs ou des sous-hommes par les impérialistes du dix-neuvième siècle. Parce que, bien qu’il ait coïncidé avec une ère où l’antisémitisme était le plus virulent en Occident, le sionisme a aussi coïncidé avec une période sans précédent d’acquisition de territoires par l’Europe en Afrique et en Asie, et c’était en tant que partie de ce mouvement général d’acquisition et d’occupation que le sionisme, initialement, avait été lancé par Theodor Herzl. Durant les dernières décennies de la plus grande période d’expansion coloniale européenne, le sionisme fit aussi ses premiers et déterminants préparatifs pour obtenir ce qui est maintenant devenu un large territoire d’Asie. Et il est important de rappeler qu’en se joignant à l’enthousiasme général de l’Occident pour l’acquisition de territoires au-delà des mers, le sionisme ne s’est jamais présenté sans ambiguïté comme un mouvement de libération juif, mais plutôt comme un mouvement juif d’implantation coloniale en Orient. (…)

Ce ne sont pas là des commentaires historiques dépassés et oiseux car (…) ils expliquent et même déterminent beaucoup de ce qui se passe aujourd’hui au Moyen-Orient. Le fait qu’aucune partie notable de la population israélienne n’a jusqu’à présent été capable de faire face à la terrible injustice sociale et politique faite aux palestiniens natifs indique combien sont ancrées les anormales (encore maintenant) perspectives impérialistes fondamentales du sionisme, sa conception du monde, sa conviction de l’infériorité de l’Autre. [4] »

Quelques pages plus loin, évoquant le projet de dépossession massive des Palestiniens et de sa justification dans l’esprit du fondateur du sionisme, Theodor Herzl :

Edward W. Saïd a écrit:
« (…) Il est clair que dans la pensée de Herzl cela ne pouvait avoir lieu qu’à la condition qu’il y eût, au départ, une tendance de l’Europe à considérer les autochtones comme négligeables. C’est-à-dire que ces autochtones entraient déjà dans une grille de classification plus ou moins acceptable, qui faisait d’eux, sui generis, des êtres inférieurs aux hommes blancs ou occidentaux – et c’est cette grille culturelle de leur époque que les sionistes comme Herzl se sont appropriées, l’adaptant aux seuls besoins de nationalisme juif en développement. (…) »

« Finalement, qu’a ressenti la victime quand elle a vu les sionistes débarquer en Palestine ? Que pense-t-elle de ce qu’on dit du sionisme aujourd’hui ? Où et comment, à ses yeux, les pratiques qu’elle subit s’inscrivent-elles dans l’histoire du sionisme ? Ce sont là des questions qui n’ont jamais été posées [5] ».

Ces questions qui ont directement trait au racisme, peu de journalistes, de politiques ou d’intellectuels se les posent en France trente-cinq ans plus tard. Elles ne grattent pas non plus la conscience de la Garde des Sceaux Christiane Taubira qui ne se lasse pourtant pas de citer Fanon (la blague !) et Césaire à toute occasion.

Ce qu’on observe en revanche, c’est que le combat antiraciste pour lequel se mobilisent tant d’associations, de penseurs et de politiques a incontestablement ses chantiers prioritaires. Et comme en témoigne l’infériorisation des Arabes qu’opère activement le sionisme depuis plus d’un demi-siècle – ces priorités ne se calculent pas sur la base concrète des victimes d’un racisme. Dommage pour les Arabes. Et pas seulement pour ceux de Palestine dont la tragédie est activement tolérée par les gouvernants français de droite comme de gauche. Mais aussi – dans le même mouvement et de manière moins violente – pour les Arabes ou Noirs de France, pour ces Musulmans, pour tous ces descendants de populations colonisées qui n’en finissent pas d’êtres concrètement discriminées, et qui le sont doublement par le sort qui est réservé à leurs semblables non-blancs toujours colonisés. Car ces populations sont bien – et c’est aussi pour cela que l’ouvrage de Saïd est important – historiquement concernées par ce colonialisme juif en ce qu’il puise ses ressorts idéologiques dans la vision du monde de l’Europe impériale du 19ÈME siècle.

Cela signifie 1) qu’une forme de colonialisme occidental continue de manière ostensiblement raciste ; et 2) que colonialisme européen, racisme et sionisme sont absolument indissociables. La résistance à l’un va donc inévitablement avec la résistance aux autres.

Et j’en reviens là au point central de mon propos : que tout français issu de l’immigration postcoloniale a de quoi se sentir intimement et racialement infériorisé par le sionisme qui poursuit son entreprise coloniale, et donc infériorisé par la politique française et ses discours soutenant cette idéologie. Dans l’imaginaire de millions de descendants de colonisés, la persistance du sionisme, de sa colonisation et de son racisme opératoire a des conséquences désastreuses qu’il serait temps de prendre en compte sérieusement dans toute discussion traitant du racisme en France.

Un exemple parmi tant d’autres : quand on voit un militaire israélien comme Arno Klarsfeld revendiquer haut et fort son sionisme et le droit d’Israël à coloniser des Arabes pour se voir ensuite attribuer, en France, un poste aussi symbolique que celui de « Directeur de l’Office de l’Immigration et de l’Intégration » : on peut mesurer combien reste opérante cette hiérarchie coloniale des peuples dont parle Saïd [6]. Quel poste un arabe français ayant pris publiquement les armes contre Israël pourrait-il espérer ?

Pourquoi est-ce que j’insiste là dessus, et pourquoi ai-je parlé de ce concert des discours dominants allant dans le sens d’un « antisémitisme postcolonial » ? Parce que cette soi-disant menace sonne à mes oreilles de fils d’immigré comme une grave mystification de plus jouant en défaveur des victimes concrètes et véritables du racisme ; c’est-à-dire du racisme en tant que système d’oppression émanant de structures de pouvoir. Et à cet égard, le constat est sans appel : à l’heure où le colonialisme raciste du sionisme continue de gagner du terrain (les colonies poussent comme des champignons) avec l’assentiment général de nos gouvernants ; à l’heure où ce racisme colonial occidental n’en finit pas de faire des ravages CONCRETS chez des millions et millions d’Arabes colonisés – et dans l’esprit de millions d’indigènes de France qui ne supportent plus de voir le racisme occidental s’acharner sur les leurs – on nous matraque cette menace d’un antisémitisme postcolonial qui gangrènerait nos quartiers.

Est-ce que ce monde est sérieux ?

Dans ce pays de France, ce n’est un secret pour personne, bien des gens qui ne sont pas humoristes revendiquent leur attachement, si ce n’est leur « amour [7]», pour Israël et le sionisme. Il y a d’ailleurs des situations qui sont plus parlantes que des déclarations. Je pense notamment au Président de la République François Hollande qui, s’adressant au CRIF (une assemblée acquise à la cause de l’apartheid), s’est permis de faire plus ou moins directement allusion, sous couvert « d’humour », à la sauvagerie des Algériens. Apparemment, il est de bon ton pour le président d’une ancienne puissance coloniale de renvoyer les Arabes à ces clichés qui ont justifié les si humanistes missions civilisatrices, les méthodes de répression qui allaient avec – la torture entre autres- et l’extermination que l’on connaît. Les sionistes du CRIF ont apprécié la boutade. Les médias en ont parlé discrètement quelques jours, et après une petite pirouette rhétorique de l’Elysée, l’affaire était close.

Le constat est affligeant mais s’impose de lui même : le racisme colonial passe décidément comme une lettre à la poste dans le pays des droits de l’Homme. Pourquoi ? Car le racisme, encore une fois, n’a de poids véritable que s’il est institutionnalisé. Et ce n’est pas l’antisémitisme postcolonial qui l’est, c’est le racisme colonial – et avec lui le sionisme colonial qui lui est consubstantiel – comme cet exemple le montre bien.

Nous voyons les nôtres continuer d’être les victime du colonialisme ; nous voyons le gouvernement français se faire l’éternel complice de ce colonialisme et de son racisme inhérent à l’encontre des nôtres : et on nous renvoie en pleine face, comme en guise d’avertissement, la résurgence d’un antisémitisme réactionnaire qui menacerait « la santé mentale » de notre société. Cet éternel deux-poids deux-mesures en dit long sur le racisme de notre société. Et Saïd, en 1979, l’avait déjà parfaitement identifié :

Edward W. Saïd a écrit:
« Toute personne bien intentionnée peut donc à la fois s’opposer au racisme sud-africain ou américain et soutenir la discrimination raciale pratiquée par le sionisme [8] (…)».

Voilà où nous en sommes toujours. Et voilà pourquoi il nous faut plus que jamais refuser cette normalisation du sionisme qui poursuit sa très raciste entreprise coloniale à l’encontre des Arabes palestiniens. Le refuser aussi car son soutien institutionnel de plus en plus décomplexé en France continue d’inférioriser – par sa reprise du racisme colonial en jeu – les populations issues de l’immigration postcoloniale.

Refuser le sionisme. Et répéter à ceux qui l’oublient ce qu’il signifie pour ses victimes, ce qu’il est et d’où il vient :

Edward W. Saïd a écrit:
« Il faut répéter que ce qui dans le sionisme visait les objectifs sans doute justifiés de la tradition juive – préserver le peuple de l’exclusion et de l’antisémitisme et rétablir son identité nationale – correspondait aussi à ces aspects de la culture dominante (où, organiquement, le sionisme avait sa place) qui rendaient possible pour les Européens le fait de juger inférieurs, négligeables et sans importance les non-Européens. Pour l’Arabe palestinien, c’est donc la collaboration qui a compté. (…) L’Arabe a fait les frais non d’un sionisme bienveillant – qui était réservé aux Juifs – mais d’une culture essentiellement puissante et discriminante dont le sionisme a été l’agent en Palestine. [9]»

L’Arabe continue, encore et encore, de faire les frais de ce racisme colonial. Pendant que les discours dominants en France continuent, encore et encore, de le tolérer et de le soutenir. Et de nous rabâcher cette menace d’un antisémitisme postcolonial.

Pour qui nous prend-on ?

Sherine Soliman, Membre du PIR


[1] Edward W. Saïd, « La Question de Palestine » (The Question of Palestine, 1979 Vintage Books éditions, New York). Réédité en 2010 chez Actes Sud pour la traduction française. Les extraits cités sont tirés de cette version.

[2] Il y aurait toutefois beaucoup à dire sur ce prétendu racisme postcolonial, de même que sur le racisme anti-blanc dont on parle beaucoup. A ce sujet, d’excellentes contributions sont apportées par Sadri Khiari. Par exemple : « Construire une organisation politique autonome anticolonialiste » : consultable ici : http://indigenes-republique.fr/construire-une-organisation-politique-autonome-anticolonialiste/

Lire aussi, du même auteur son texte : « Réponse à Philippe Corcuff concernant le communiqué des Indigènes de la république » : http://indigenes-republique.fr/reponse-a-philippe-corcuff-concernant-le-communique-des-indigenes-de-la-republique-sur-le-meurtre-dhalimi/

[3] « La plus importante réussite du sionisme fut d’obtenir la légitimation internationale pour ses propres réalisations, faisant ainsi apparaître comme négligeable le prix de ces réalisations pour les Palestiniens » (même si, encore une fois, ce prix se compte en millions de victimes, colonisées, massacrées, torturées et déshumanisées. NDLR)

Edward W. Saïd, La Question de Palestine, p140.

[4] Edward W. Saïd, opus cité : p 137 – 138.

[5] Edward W. Saïd, opus cité : p 140 – 142.

[6] Et la nomination d’Arno Klarsfeld au Conseil d’Etat ne viendra pas me contredire.

[7] Je pense bien sûr au « chant d’amour pour Israël et ses dirigeants » qu’a dit vouloir chanter Hollande, lors de son dîner avec Netanyahu le 17 novembre dernier, à Jérusalem. Cette déclaration a été filmée, et est très facilement accessible sur internet.

[8] Edward W. Saïd, opus cité, p.127.

[9] Edward W. Saïd, opus cité p.141.
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MessageSujet: sur le supposé "antisémitisme" du PIR.... contre la Wertkritik   Mar 14 Juil - 21:22

extrait d'un texte de Norman Ajari. Dans ce texte répondant à un article de la revue Vacarme (aussi "marxiste" que je suis catholique), à propos de l'antisémitisme supposé du PIR, l'auteur s'en prend à la Wertkritik. Clément Homs, le petit webmestre de PalimPsao, qui ne connait de "racisme" que l'antisémitisme contre sa communauté bien de chez lui, va faire pipi dans sa culotte achetée en solde à Moishé Postone

texte intéressant en tant que tel, parce qu'après les "oublis" remarqués de Temps Critiques, les apories du milieu radical de la Communisation, que les marxistes de la Wertkritik soient épinglés par le PIR, sur le plan théorique, pour leur orthodoxie eurocentriste au sujet du rapport entre capitalisme et racisme, c'est le début d'une déconfiture de ce qu'Ajari appelle le matérialisme abstrait et moi l'universalisme prolétarien

Vacarme critique les Indigènes : la faillite du matérialisme abstrait Norman Ajari PIR 12 juillet 2015

Paru dans le dernier numéro de la revue Vacarme, l’article « Pour une approche matérialiste de la question raciale » prétendait dérisoirement faire le procès des thèses défendues par le PIR en l’accusant notamment d’antisémitisme. Pour répondre à ces attaques, nous avons souhaité exercer notre droit de réponse de manière claire et argumentée. La rédaction de Vacarme a décidé de verrouiller le débat en refusant de publier ce texte.


Sur l’antisémitisme[13]

Norman Ajari a écrit:
Voyons à présent ce que les trois auteures ont à opposer au PIR concernant la « question juive » : « L’antisémitisme moderne a une dimension systématique. Il explique un monde menaçant et devenu rapidement trop complexe. Lié au conspirationnisme, il se présente comme la clé interprétative de toute la violence et du non-sens qui fonde la dynamique d’un ordre social sans autre but que sa propre reproduction. Cette explication du monde apparemment délirante a des effets bien réels. L’identification des juifs à l’argent, à un pouvoir abstrait et menaçant, perdure. Dans les moments de crise sociale, il revient en force, même à gauche. L’école allemande de la Wertkritik tente de comprendre ce lien tendanciel entre certaines formes de critique anticapitaliste et l’antisémitisme. »

Quelques lignes plus haut, le PIR était accusé d’être insuffisamment préoccupé par les transformations récentes du capitalisme, mais l’opportunité de lui imputer un nouveau crime le travestit soudain en chaînon manquant entre anticapitalisme et antisémitisme. Le trio navigue au radar. Il emprunte au courant philosophique postmarxiste de la Wertkritik et à Moishe Postone leur critique d’un « antisémitisme structurel ». Selon cette doctrine, l’antisémitisme contemporain procéderait toujours d’une même métonymie : l’assimilation du Juif à l’abstraction, à une puissance abstraite, occulte et impalpable, mais omniprésente. Ce cadre suppose que le discours qui s’est cristallisé au moment du national-socialisme conserve aujourd’hui toute sa pertinence analytique : le Juif incarnerait toujours le capitalisme financier, déconnecté du sang et du sol, opposé au vitalisme de l’industrie comme à celui de la race pure. Ce modèle strict permet d’isoler l’antisémitisme de toutes les autres formes de racisme, en le traitant comme un phénomène absolument singulier[14].

Tout l’effort du trio consistera à plaquer cette définition peu convaincante de l’antisémitisme sur les analyses des Indigènes : « Lutter contre l’antisémitisme, ce serait lutter contre le philosémitisme. Finesse dialectique mise à part, on retrouve là la vieille idée que les juifs, liés au pouvoir, tirent les ficelles ! » Aussi peu accoutumé à la dialectique qu’à la finesse, voilà ce que le trio retient de l’analyse du PIR selon laquelle l’État alimente la division entre les communautés racialement dominées[15]. C’est que nos auteures sont prises au piège d’un paradoxe de leur usage de la Wertkritik. L’« explication du monde apparemment délirante » dont elles prétendent faire l’exégèse semble contagieuse.  À la manière de la conscience malheureuse hégélienne, elles sont tellement fascinées par le flou rassurant de leur propre idée de l’antisémitisme qu’elles finissent par se confondre avec sa définition. Dans leur discours, ce n’est plus le Juif, c’est l’antisémitisme qui devient une menace abstraite. On veut le découvrir partout, surtout là où il n’est pas : dans le discours du PIR. Cette accusation, qui est l’une des plus grave qu’on puisse proférer, visait à discréditer définitivement les Indigènes sans effort. Mais cette perfide manigance médiatique est éventée.

Enzo Traverso, dont le trio cite un ouvrage, montre dans La Fin de la modernité juive que l’après seconde guerre mondiale, sans bien sûr signer la fin de l’antisémitisme, marque l’entrée dans une ère où il ne constitue plus le ciment de la socialité européenne qu’il fut trop longtemps. Bien au contraire, l’Europe postfasciste se rachète une virginité en s’organisant de plus en plus autour de cette religion civile que devient la mémoire de l’holocauste[16]. C’est ce phénomène, examiné au prisme de ses conséquences sur la vie des indigènes, que Houria Bouteldja a qualifié de philosémitisme. Le « philosémitisme » dont parle le PIR n’a, de près ou de loin, rien à voir avec un quelconque pouvoir juif, mais tout à voir avec l’instrumentalisation du « nom juif » – c’est-à-dire avec son impouvoir. La première caractéristique du philosémitisme, c’est précisément que ce ne sont pas les Juifs qui « tirent les ficelles », mais l’européocentrisme. Le philosémitisme est un antisémitisme, je me suis déjà exprimé à ce propos[17]. Mais, comme il ne se confond pas avec l’archétype grossier de « l’antisémitisme structurel » (puisque le philosémitisme valorise un idéal d’occidentalisation) le trio est incapable de l’analyser. C’est ainsi qu’il en est réduit à allonger la pensée de Bouteldja dans le lit de Procuste de la Wertkritik, dans l’espoir de crédibiliser une accusation d’antisémitisme qui ne convainc pas.

Malgré une grande déférence à leur égard, les auteures prennent la peine de préciser en note qu’elles ne partagent pas les positions des auteurs de la Wertkritik quant à Israël. Il faut dire que les opinions de ces derniers sont si farfelues qu’une telle indication est moins à porter au crédit de l’esprit critique du trio qu’à celui du sens commun le plus élémentaire. Plus significatif est le degré de la divergence. Les termes dans lesquels s’exprime la condamnation d’Israël sont soigneusement choisis : « Nous critiquons comme telles les exactions à Gaza, dans les territoires, la colonisation galopante en Cisjordanie, à Jérusalem Est. » Présentant ces crimes comme les excès regrettables d’une situation normale, le trio cherche à faire oublier que l’État d’Israël est un pur produit du colonialisme britannique. Il cherche à faire passer son sionisme modéré, son sionisme tempéré, pour un projet émancipateur. Comme l’explique Youssef Boussoumah dans une conférence éclairante, la création de cet État s’est moins présentée comme une « solution nationale à la violence antisémite » que comme une solution coloniale, pour laquelle la destruction des Juifs d’Europe constitua un événement légitimant et in fine une aubaine[18]. Comme le prouvent suffisamment les divers sujets que j’ai précédemment traités, il n’y a pas au PIR de « focalisation unique sur la question palestinienne, alimentée par les nostalgiques du panarabisme et les gauchistes français ». Mais le PIR est un parti décolonial, or Israël et colonialisme sont indissociables (et, que je sache, ni la nostalgie ni le panarabisme ne sont des crimes de droit commun).

De Hannah Arendt à Jean-Paul Sartre, en passant par Jean Améry, l’histoire des idées compte de nombreuses analyses pénétrantes des ressorts de l’antisémitisme. Que les affabulations de la Wertkritik aient été mises en avant renseigne sur le sens tout métaphysique que le trio donne à cette « économie politique » dont il a plein la bouche. Plus subtils, Horkheimer et Adorno distinguaient, dans leur Dialectique de la Raison, deux formes d’antisémitisme. D’une part celle, obsessionnelle et meurtrière, des nazis. De l’autre, celle des libéraux qui partent du principe que les Juifs constituent un groupe sans caractéristiques particulières, sinon l’opinion ou la religion. Postulant, à tort, l’unité réalisée des humains, cette thèse « sert à faire l’apologie de l’état de chose existant »[19] en négligeant les conséquences de l’existence des différences. La structure de cet antisémitisme libéral, dont l’objet n’est aujourd’hui plus les Juifs mais les indigènes, se retrouve dans l’argumentaire du trio. Elle explique sa critique assurée de « l’essentialisme ».

[suite dans le texte original]
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MessageSujet: FREUD et le MONDE EXTRA-EUROPÉEN, Edward Saïd   Mar 21 Juil - 1:44

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FREUD et le MONDE EXTRA-EUROPÉEN, Edward Saïd, Conférence à Londres 6 décembre 2001

Christiane Chaulet Achour a écrit:
Dans Freud et le monde extra-européen, Said relit l’ouvrage de 1939 de Freud, Moïse et le monothéisme, et montre ainsi non seulement qu’il faut faire advenir à l’écoute les récits des périphériques mais qu’il faut aussi relire les textes enlisés dans des interprétations soumises au diktat d’une idéologie justificatrice. Il le fait ici, à la lumière de l’histoire de la seconde moitié du xxe siècle et du conflit israélo-palestinien. Au cœur de cette relecture, on trouve la remise en cause d’une « judéité » étroitement définie et l’insistance sur les limites du rapport de Freud aux cultures non occidentales. Said s’attarde sur la vision qu’il donne de Moïse et d’Hannibal en des mises au point très stimulantes. Il revient ensuite sur ce qu’il entend par « monde extra-européen », c’est-à-dire « la culture des nations ayant émergé historiquement au lendemain de la Seconde Guerre mondiale après la chute des empires coloniaux et l’émergence de nombreux peuples et États en Afrique, en Asie et en Amérique ». Edward W. Said, lecteur de Fanon, relais et prolongement  2007

extrait p. 78-86
Edward Saïd a écrit:
Permettez-moi de revenir à Freud et à l'intérêt qu'il portait aux non-Européens, dans la mesure où cet intérêt imprime sa marque sur sa tentative de reconstruction de l'histoire primitive juive.

Ce qui me frappe à ce propos est que Freud semble s'être efforcé de ne jamais passer sous silence ou minimiser le fait que Moïse n'était pas européen - surtout si l'on garde à l'esprit qu'aux termes de son argumentation, le judaïsme moderne et les Juifs doivent essentiellement être considérés comme européens, ou du moins, appartenant à l'Europe plutôt qu'à l'Asie ou l'Afrique. Nous devons alors nous poser la question : pourquoi ?

Assurément, Freud ne voyait pas dans l'Europe le puissance colonisatrice malfaisante telle que devaient la décrire quelques décennies plus tard Fanon et les contempteurs de l'européocentrisme, et à l'exception de sa remarque prophétique sur les risques qu'il y avait à mécontenter les Arabes palestiniens en donnant une importance indue aux monuments juifs, il n'avait pas la moindre idée de ce qui se passerait en 1948, quand les Palestiniens s'apercevraient peu à peu que le peuple arrivé de l'étranger pour s'emparer de leur terre et s'y installer ressemblait aux Français établis en Algérie : des Européens investis de droits sur la terre supérieurs à ceux des autochtones non Européens.

De même Freud ne s'interroge que très fugitivement sur la réaction éventuelle - virulente, sinon violente - d'Arabes résolument non européens face à la matérialisation brutale de l'idée juive sous la forme du judaïsme nationaliste que représentait le mouvement sioniste. Il admirait Herzl, mais il faut tout de même reconnaître, à mon avis, qu'il hésitait, pour ne pas dire qu'il tenait un discours équivoque, sur la question du sionisme.

D'un point de vue instrumental, Moïse devait être extra-européen, pour qu'en l'assassinant, les Israélites aient quelque chose à refouler et à spiritualiser au cours de la grande aventure que constituerait la reconstruction d'Israël en terre étrangère. C'est une des manières d'interpréter ce que Yerushalmi appelle le « judaïsme interminable » de Freud : à savoir que le judaïsme était condamné à se souvenir de ce qu'il ne pouvait pas facilement oublier, mais que, malgré tout, il s'efforcerait encore et toujours de rendre Israël plus fort et plus puissant.

Mais cette hypothèse n'est pas la seule option possible. Une autre réponse, plus cosmopolite, nous est fournie par le concept du Juif non juif formulé par Deutscher. Ce dernier fait valoir qu'une grande tradition de dissidence à l'intérieur du judaïsme est représentée par des penseurs tels que Spinoza, Marx, Heine et Freud; ces hommes étaient des prophètes et des rebelles qui ont d'abord été persécutés et excommuniés par leurs propres communautés. Les idées qu'ils avançaient constituaient des critiques violentes de la société. Ces pessimistes croyaient que les lois scientifiques régissaient le comportement humain. Leur pensée était dialectique.

Ils voyaient dans la réalité un phénomène dynamique, et non statique, et la réalité était pour eux (comme dans le cas de Freud) incarnée par l'homme moyen sensuel  « dont les désirs et les aspirations, les scrupules et les inhibitions, les angoisses et les malheurs sont pour l'essentiel les mêmes, quelles que soient la race, la religion ou la nation auxquelles il appartient »; ils « s'accordaient sur la relativité des valeurs morales », ne donnant à aucune race, aucune culture, aucun Dieu unique le monopole de la raison et de la vertu; finalement, dit Deutscher, ils « croyaient dans la solidarité ultime de l'homme », même si dans la deuxième moitié du vingtième siècle, les horreurs de notre temps allaient obliger les Juifs à embrasser l'idéal de l'État-nation (qui est « le couronnement paradoxal de la tragédie juive »; même si, en tant que Juifs, ils ont jadis prôné l'avènement de « la société internationale d'êtres égaux, dans la mesure où les Juifs sont libres de toute orthodoxie ou de tout nationalisme juif et non juif

* Isaac Deutscher, The Non-Jewish and Other Essays, New-York, Hill and Wang 1968, p.35, 40

La relation difficile de Freud avec l'orthodoxie de sa propre communauté fait partie du complexe d'idées si bien décrit par Deutscher, qui oublie de mentionner ce qui à mon sens en constitue une composante essentielle : son caractère irrémédiablement diasporique, déraciné. C'est un sujet que Georges Steiner a traité avec passion pendant de nombreuses années. Mais j'aimerais tempérer ce qu'écrit Deutscher en disant qu'on ne doit pas voir ce trait comme exclusivement juif; à notre époque de vastes transferts de population, de réfugiés, d'expatriés et d'immigrants, il peut également correspondre à la conscience diasporique, errante, irrésolue, cosmopolite de quelqu'un se trouvant à la fois à l'intérieur et à l'extérieur de sa communauté. C'est aujourd'hui un phénomène relativement répandu, même si une compréhension de ce qu'est cette condition signifie est loin d'être monnaie courante.

Les méditations de Freud et son insistance à évoquer les non-Européens du point de vue juif fournissent, je pense, un admirable aperçu de ce que cette condition implique - ne serait-ce que le refus d'assimiler l'identité à certaines de ces hordes nationalistes ou religieuses dans lesquelles tant de gens veulent désespérément se fondre. Plus audacieuse est la pénétrante démonstration de Freud selon laquelle même pour l'identité collective la plus facilement définissable et identifiable, et la plus opiniâtre - c'est ainsi que l'identité juive se présentait à ses yeux -, il existe des limites inhérentes qui l'empêchent d'être pleinement incorporée dans une, et une seule, identité
.

Le symbole de ces limites, pour Freud, tient au fait que le fondateur de l'identité juive était lui-même un Égyptien, un non-Européen. En d'autres termes, cette identité ne peut se contenter de se penser ou de se façonner par elle-même; elle ne peut se constituer, ni même s'imaginer elle-même sans cette faille ou imperfection originelle radicale qui ne sera pas refoulée, parce que Moïse était égyptien, et de ce fait toujours en dehors de l'identité à l'intérieur de laquelle tant de gens se sont reconnus, et ont souffert - voire, plus tard, triomphé.

La force de cette pensée est, me semble-t-il, qu'elle peut être appliquée et parler à d'autres identités se sentant menacées - non par le biais de palliatifs sur ordonnance tels que la tolérance ou la compassion, mais, plutôt, comme une identité troublante, invalidante, déstabilisante : l'essence même du cosmopolitisme, pour lequel il ne peut y avoir de guérison, d'état de calme stoïque et d'apaisement, de réconciliation utopique même à l'intérieur de lui-même. C'est une expérience psychologique nécessaire, dit Freud, mais le problème est qu'il n'indique nulle part combien de temps elle doit être tolérée, ou si, à proprement parler, elle a une véritable histoire - l'histoire étant toujours ce qui vient après, et trop souvent, soit ignore, soit refoule la faille. Les questions que Freud livre à notre sagacité sont donc les suivantes : une histoire si indécise, et si profondément indéterminée, pourra-t-elle jamais être écrite ? Dans quelle langue, et avec quelle sorte de vocabulaire ?

La condition diasporique et se valeurs pourront-elles un jour aspirer à devenir le modèle politique régissant la vie entre les hommes ? Pourront-elles jamais devenir la fondation à peu près stable d'un État binational sur la terre des Juifs et des Palestiniens, dans lequel Israël et la Palestine seraient associés, plutôt que mutuellement hostiles à l'histoire, et à la réalité sous-jacente de l'autre ? Je le crois moi-même - autant parce que le sentiment incertain de l'identité chez Freud est un exemple si fructueux, que parce que la condition qu'il se donne tant de mal à élucider est en fait plus généralement répandue dans le monde extra-européen qu'il ne le soupçonnait.


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MessageSujet: La pauvreté juive, un tabou dommageable   Mar 21 Juil - 21:23



La pauvreté juive, un tabou dommageable Sasha Andreas Huffington Post 17 juillet

Sasha Andreas a écrit:
Je suis le réalisateur du premier documentaire sur les Juifs pauvres, qui sont bien plus nombreux que beaucoup ne le pensent. Malheureusement, je semble aussi être le seul à vouloir parler aussi frontalement de ce sujet tabou.

En préambule, cela vous surprendra peut-être d'apprendre que je ne suis pas juif; et pourtant, la monteuse et le cameraman que j'ai recrutés via Google ne le sont pas non plus. Il s'agit simplement d'un projet qui nous semblait important.

Lors du tournage à New York il y a 3 ans, j'ai eu la chance de rencontrer et d'interviewer Malcolm Hoenlein, parfois décrit comme l'un des Juifs les plus influents, ainsi que certaines des associations caritatives venant en aide aux Juifs dans le besoin. Il vaut la peine de préciser que plusieurs d'entre elles distribuent de la nourriture à tous, sans critère de religion, y compris à des populations arabes en Israël.

Voilà un sujet peu connu, dont je pensais qu'il intéresserait la presse, notamment communautaire; mais à ma grande déception, seuls 3 médias juifs dans le monde ont parlé avec ma productrice ou moi-même, dont un seul en France. D'autres ont fait des copier-coller d'articles parlant de mon documentaire, mais ne me répondent jamais quand je les contacte. En Amérique, c'est la même chose: nous avons tourné à New York, mais aucun média communautaire sur tout le continent américain de la Terre de feu au Saskatchewan n'a parlé de nous.

Quant à la presse généraliste, elle n'a couvert ma démarche que par à-coups, par exemple après l'agression antisémite de Créteil ou les attentats contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher. Chaque fois qu'il y a un drame, un média se réveille, alors qu'il faudrait faire un travail de fond pour démonter les clichés et les mensonges qui nourrissent la haine. D'après une association, il y a en France près de 70.000 Juifs vivant sous le seuil de pauvreté, soit 18 % de la population juive française.

Faire connaître cette réalité devrait être une priorité, et j'ai donc contacté plusieurs ministères pour demander du soutien. La cheffe de cabinet de Najat Vallaud-Belkacem a gentiment fait suivre ma requête à Fleur Pellerin... qui m'a encore une fois ignoré. Au lieu de cela, des associations subventionnées 'luttent' contre le racisme à coup de réunions stériles sur le thème: "le racisme, c'est mal."

De mon côté, je me démène pour obtenir l'appui de figures publiques prêtes à faire connaître cette cause. Guy Birenbaum a été l'un des premiers à partager mon travail avec ses lecteurs. Il faut dire que l'antisémitisme est un sujet qu'il connaît bien, s'étant notamment fait traiter de "youpin crétin"...

Dans le monde du cinéma, je ne suis personne, ce qui ne m'a pas facilité la tâche; seule Audrey Dana nous a donné un coup de main, d'autres préférant se contenter de postures vaines et de phrases creuses qui ne permettront jamais de faire baisser le racisme ou l'antisémitisme.

Aux Etats-Unis, je suis heureusement parvenu à ce que quelques personnalités parlent de mon documentaire sur les réseaux sociaux. C'est notamment le cas d'une des personnes les plus influentes du monde: le fondateur de Twitter, Biz Stone:

À ma grande déception, ce tweet ne m'a ouvert aucune porte.

J'ai également obtenu un coup de pouce de la légende de la Silicon Valley, Guy Kawasaki, qui a partagé notre bande-annonce
Guy Kawasaki a écrit:
Have you ever heard of Jewish poverty? First documentary about it is now online: [vidéo dans l'original]

https://www.reelhouse.org/jewsgotmoney/jews-got-money/ … 99c with discount code SHANATOVA
Reelhouse @reelhouse


Si vous aussi, vous en avez assez d'entendre que tous les Juifs ont de l'argent (ce qui n'est pas un crime, soit dit en passant), n'hésitez pas à en parler autour de vous.
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MessageSujet: Israël : le nouveau visage du nationalisme juif   Mar 21 Juil - 21:33

Israël : le nouveau visage du nationalisme juif Danièle Kriegel  Le Point 11 juillet

Nationalisme décomplexé et populisme décoiffant ! Ces facettes d'une même médaille sont incarnées par deux femmes ministres dans le gouvernement Netanyahu. De notre correspondante à Jérusalem



Ayelet Shaked et Yehuda Weinstein
Danièle Kriegel a écrit:
Ayelet Shaked n'a pas encore 40 ans et un visage à la Elizabeth Taylor : grands yeux verts, longs cheveux noirs et lèvres pulpeuses ; une jeune beauté à la tête du ministère de la Justice. Les commentaires machistes n'ont donc pas manqué et ont fait oublier le fond du problème, résumé en une phrase assassine par un député travailliste (aujourd'hui L'Union sioniste) : « Donner la Justice à Ayelet Shaked, c'est comme nommer un pyromane à la tête des services des pompiers… »

Mais il n'y a pas que la gauche qui s'inquiète. Récemment, le conseiller juridique du gouvernement n'a pas mâché ses mots à l'encontre de ceux qui « pensent que la séparation des pouvoirs est devenue peu claire et doit être redéfinie », dénonçant « des positions simplistes et sans fondement ». Personne n'a été dupe. La cible de Me Yehouda Weinstein n'était autre que la nouvelle ministre de la Justice.

Ayelet Shaked contre les bien-pensants, « ennemis d'Israël »


Numéro deux du Foyer juif, députée depuis 2013 du parti religieux d'extrême droite dirigé par Naftali Bennett, elle s'est fait une spécialité dans les déclarations fracassantes pro-colons et anti-palestiniennes. Cela, tout en étant le chantre de ceux qui, en Israël, veulent mettre au pas la Cour suprême accusée d'être « le suppôt du libéralisme de gauche et des tenants des droits de l'homme ». Tout en caressant dans le sens du poil le sentiment anti-élite de l'opinion publique, elle s'en est toujours pris à ce qu'elle exècre tout particulièrement : cette gauche qui, à ses yeux, ne cesse d'apporter de l'eau au moulin des « ennemis d'Israël ». Tout était donc prêt pour que cette épouse d'un pilote de chasse, mère de deux enfants, pas pratiquante mais très à cheval sur le patriotisme juif, soit la star du 4e cabinet Netanyahu, et devienne garde des Sceaux.

Aveled Shaked a écrit:
"They are all enemy combatants, and their blood shall be on all their heads. Now this also includes the mothers of the martyrs, who send them to hell with flowers and kisses. They should follow their sons, nothing would be more just. They should go, as should the physical homes in which they raised the snakes. Otherwise, more little snakes will be raised there."

"would be pounding the Arabs hard with bombs" when he flew, she laughed and then replied: "Yes."

Mais, voilà, depuis son entrée en fonction, on ne l'entend presque pas. Sa première grande apparition médiatique date du 20 juin dernier. Plus d'un mois après sa nomination. Une longue interview au journal du soir de la principale chaîne de télévision au cours de laquelle Ayelet Shaked a surtout manié l'art de l'esquive et de la retenue. Au chapitre des révélations, le plus intéressant fut en réponse à la question : « Quel est le meilleur conseil reçu depuis votre entrée en fonction ? » Réponse : « Réfléchir avant de parler ! »

On n'en saura pas plus. Même à la question pressante : « Peut-on savoir qui vous a donné ce conseil ? Un communicant ? Un proche ? » elle opposera un non catégorique ! Bref, si la jeune ministre, se conformant au slogan de campagne de son parti, ne s'excuse de rien, à commencer par ses positions extrêmes ou, comme on dit dans l'Israël d'aujourd'hui, ses vues très conservatrices, le message actuel est clair : je suis une femme qui entend travailler sérieusement et loin des fureurs médiatiques.

Nouvelle stratégie politique ou volonté de se démarquer de la manière de faire de son ancien parti, le Likoud, et de son patron, Benjamin Netanyahu, dont elle fut directrice de cabinet durant sa traversée du désert, entre 2006 et 2008 ? L'avenir le dira.

Miri Regev, pour une culture patriotique


Reste qu'en matière d'agitation et de scandales, c'est aujourd'hui sa collègue à la Culture et aux Sports, Miri Regev, qui triomphe. Avec son populisme extraverti, son amour de l'emblème national, dont elle aime s'envelopper en toutes circonstances, ses coups de colère brut de décoffrage et ses rires à la bonne franquette, cette femme à la cinquantaine épanouie met un large public dans sa poche, et pas seulement ses électeurs. Depuis son entrée à la Knesset, elle est passée de la 27e à la 5e place sur la liste du parti.

Gonflée à bloc par cette ascension ultrarapide, cette générale de brigade - elle fut chef de la censure militaire puis porte-parole de Tsahal - passée à la politique n'a pas l'intention de s'arrêter en si bon chemin. Et ce n'est pas une « clique d'artistes de gauche » qui va la faire renoncer à son agenda : récompenser les « patriotes » et punir ceux qui fournissent des munitions aux ennemis du peuple juif.

« Censure inacceptable ! »
clame le monde des arts, en utilisant parfois l'insulte. Pas de quoi perturber la générale Regev ! Lors d'une interview à un grand journal féminin, elle n'hésite pas. Voilà les artistes qualifiés de « culs serrés, hypocrites et ingrats » ! Par la même occasion, elle leur précise sa prochaine action : l'annonce des critères qui ouvriront ou fermeront la porte aux subventions de son ministère. « D'ici un mois, lâche-t-elle, le chef du syndicat des acteurs saura exactement ce qu'il peut ou ne peut pas [écrire]… » Ambiance !

Ayelet et Miri. Des enfances à l'opposé l'une de l'autre : la première dans les beaux quartiers de Tel-Aviv, la seconde à Kyriat Gat, une petite ville du sud du pays. Mais à l'arrivée, et en dépit de styles très différents, une même vision politique pour un Israël, État 100 % juif de la Méditerranée au Jourdain.
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MessageSujet: l’identité juive au-delà de la religion   Mar 21 Juil - 21:44

Ces deux ouvrages apportent des éclairages novateurs sur une question qui demeure essentielle: qu’est-ce qui fait l’identité juive au-delà de la religion?

Identités juives en Europe centrale. Des Lumières à l'entre-deux-guerres de Daniel Baric, Tristan Coignard et Gaëlle Vassogne

Citation :
La situation des juifs, partagés entre différentes identités nationales en formation en Europe centrale de la fin du XVIIIe siècle à la seconde guerre mondiale, est révélatrice des enjeux identitaires et politiques auxquels doivent faire face les minorités. La question de l'appartenance nationale se pose pour eux avec une acuité particulière, et ils apparaissent dés lors comme des individus au parcours à la fois singulier et paradigmatique. Les auteurs mettent en évidence à travers des chapitres consacrés à des personnalités emblématiques les mécanismes de la construction d'une identité personnelle dans un environnement complexe, qu'elle s'effectue dans la sphère privée ou publique, en passant par l'adhésion volontaire à une communauté, qu'elle soit culturelle ou politique. Les étapes de la construction d'identités apparaissent à travers des biographies qui s'inscrivent dans un vaste espace, depuis l'Europe centrale (Vienne, Prague, Budapest, Zagreb et Varsovie) jusqu'à Jérusalem et la Chine. Le parcours d'individualités juives permet de suivre l'émergence d'identités complexes, dans le contexte d'adoption d'autres cultures ou de réaffirmation d'un ancrage spécifiquement juif. A la fois chronologique et thématique, l'ouvrage analyse le lien entre écriture et identité, retrace la maturation de consciences politiques et met en évidence le rôle de Vienne, la grande métropole centre-européenne au cœur d'un vaste réseau d'échanges culturels. Ainsi apparaissent, sous un nouvel éclairage, des figures connues et méconnues de pédagogues, de rabbins, d'historiens, d'hommes et de femmes de lettres : Karl Kraus, Max Brod, Elias Canetti, mais aussi Veza Canetti, Klara Blum.


Die ersten Europäer: Habsburger und andere Juden - eine Welt vor 1914 de Felicitas Heimann-Jelinek


Jérôme Segal et Nonfiction a écrit:
Le livre sur les Identités juives en Europe centrale regroupe pour l’essentiel les textes correspondant aux interventions d’un colloque tenu en 2006 sous le titre «Individu, communauté, nation» et qui, manifestement, visait à aborder ces notions très générales à travers le cas des Juifs, considérés tour à tour comme adeptes d’une religion, «groupe se définissant sur un critère national», ou plus largement, personnes reconnues par d’autres comme étant juives. Les trois universitaires qui dirigent l’ouvrage se gardent bien de restreindre la définition de ce que signifie «être juif»: ils se contentent plus prudemment de constater que la situation des Juifs est «révélatrice des enjeux identitaires et politiques auxquels ces minorités doivent faire face».

Les quatorze contributions sont réparties dans cinq parties, «De la fin du XVIIIème siècle à 1848: émergence de consciences politiques», «Vienne, contacts et conflits», «Écriture et identité», «Jüdischer Selbsthass – Refus ou reflet de l’identité» et enfin «L’ouverture au Monde». Pour compléter cette approche intellectuelle et littéraire, on gagnera à consulter en même temps la publication accompagnant l’exposition du musée juif de Hohenhems (province du Vorarlbeg en Autriche) sur les Juifs vus comme les «premiers Européens».

Sioniste, socialiste et féministe

Dans l’introduction du livre sur les identités juives, les auteurs se réfèrent d’abord à cette remarque très juste formulée par Delphine Bechtel:

«La mobilité sociale et géographique des individus arrache ceux-ci à leur milieu naturel et les force à entretenir à leur identité, et à celle de leur groupe, un rapport désormais réflexif, objet de constantes redéfinitions.»


Ceci vaut bien sûr avant tout pour les intellectuels juifs et, au-delà des habituels Stefan Zweig, Karl Kraus ou des époux Canetti, la plupart des lecteurs découvriront des portraits méconnus comme celui du rabbin Moritz Goldmann, évoluant entre la Bohême et la Croatie au milieu du XIXème siècle (présenté par D. Baric). On découvre également l’étonnante Klara Blum, aussi appelée Zhu Bailan (1904-1971), qui vécut dans quatre cultures distinctes: la «culture juive», la culture viennoise, mais aussi les cultures soviétique et chinoise, car elle fut à la fois sioniste, socialiste et féministe.

La complexité de l’objet s’étend cependant bien au-delà du cercle restreint des intellectuels juifs, puisque le livre accompagnant l’exposition entend offrir «une image diversifiée d’une société transnationale» et les objets présentés dans la deuxième partie, après huit essais sur l’identité juive, complètent bien l’approche des universitaires français, essentiellement centrée sur quelques personnages importants. A côté des habituels objets de culte ou de vaisselle, trop souvent présents au cœur des collections dans les musées juifs, on trouve ainsi des photos de travailleurs, des décorations de soldats juifs de la Première Guerre mondiale ou encore de passionnantes reproductions de journaux ou d’affiches d’époque.

Bloch ne rejoignait par Herzl dans le projet sioniste, estimant que ce dernier avait tendance à abandonner les Juifs de la diaspora qui n’étaient pas prêts à partir

Dans le livre en allemand, les auteurs citent Martina Steer qui rappelle que ces mobilités des populations juives étaient en partie contraintes et que l’appartenance au judaïsme définissait des «structures transnationales» prédisposant les Juifs à devenir européens. Par rapport à l’identité juive, trois thèmes forts ressortent à la lecture de ces deux livres: les Juifs sont tour à tour considérés comme des sujets exemplaires de l’Empire austro-hongrois, comme des «premiers européens», ou comme les vecteurs de la modernité en Europe.


Des sujets exemplaires de l’Empire austro-hongrois

Pour le rabbin viennois Joseph Bloch (1850–1923), qui fait l’objet d’un chapitre écrit par Oshrat Silberbusch et sous-titré «Autrichien par loyauté, juif par passion», les Juifs étaient les seuls Autrichiens inconditionnels et, en même temps, il se prononçait «avec véhémence contre l’assimilation et pour l’affirmation d’une identité juive, à une époque où l’assimilation était la règle pour les juifs viennois jouissant d’un certain statut social». Pour lui, les Juifs représentaient un peuple unique, une tribu particulière (Stamm est curieusement traduit par «race» dans ce chapitre), mais Bloch ne rejoignait par Herzl dans le projet sioniste, estimant que ce dernier avait tendance à abandonner les Juifs de la diaspora qui n’étaient pas prêts à partir. Les Juifs avaient pour lui un avenir en Autriche, «à l’écart des deux partis nationaux», allemands et tchèques, pour le cas des Juifs de Bohême. Silberbusch évoque cet article de Bloch datant de 1885:

«Nous ne sommes les "frères" ni des Allemands ni des Tchèques et n’avons pas besoin de rechercher un tel honneur. Nous ne sommes ni des Germains ni des Slaves mais des Juifs autrichiens ou des Autrichiens juifs!»


L’Autriche est à cette époque l’image type d’un «Vielvölkerstaat», un Etat de plusieurs peuples, et Bloch va jusqu’à écrire:

«Si l’on pouvait construire une nationalité spécifiquement autrichienne, les juifs en constitueraient le fondement.»


En 1916, à la mort de l’Empereur François-Joseph, et plus encore à la fin de la Première Guerre mondiale, bien des Juifs qui suivaient Bloch ne verront plus leur avenir qu’en Palestine ou aux États-Unis. Au contraire, dans le chapitre rédigé par Gaëlle Vassogne, on suit le parcours de deux écrivains pragois, Max Brod et Egon Erwin Kisch. Ce dernier choisit en 1919 de participer à la création du parti communiste autrichien. Entre Prague, Vienne et Budapest, les intellectuels juifs entretenaient des relations étroites et le maire antisémite de Vienne, Karl Lueger, présidant aux destinées de la capitale de 1897 à 1910 (influençant le jeune Hitler à partir de 1907), ne se privait pas d’utiliser le terme «Judapest» pour évoquer la capitale hongroise.

On ne voit pas, ou alors on le dit tout bas, à quel prix les juifs sont devenus citoyens de l’Europe: en trahissant les visions de leur espérance

Theodor Lessing

Européens ou modernes?

Pour un auteur comme Theodor Lessing (1872-1933), qui a publié en 1930 La haine de soi ou le refus d'être juif et dont les écrits sont analysés dans un chapitre rédigé par Bernard Banoun, ce type de parcours, comme celui de Kisch, illustre ce «jüdischer Selbsthaß». Lessing écrit:

«On a coutume de se féliciter partout de ce que le juif a gagné en entrant dans la culture européenne et de ce que l’Europe a gagné par les juifs. Mais on ne voit pas, ou alors on le dit tout bas, à quel prix les juifs sont devenus citoyens de l’Europe: en trahissant les visions de leur espérance. En sacrifiant leurs rêves atemporels. Aujourd’hui le peuple n’est plus guidé par les sages pieux, mais par des avocats et des banquiers […]. Honte à tous les fils qui préfèrent, pour le monde luxueux des villes occidentales, se "consacrer à la littérature" ou "s’engager dans la carrière universitaire" au lieu de porter les pierres sur la route qui conduit à Yeruschalaïm.»

C’est bien au cœur de l’Europe centrale que les Juifs sont devenus européens. Pour Bloch, les Juifs constituaient avec la monarchie la seule alternative aux nationalismes qui déchiraient certaines provinces, mais ils servaient aussi de repoussoirs. Pour les Tchèques de Bohême, les Juifs représentaient la cinquième colonne allemande, pour les Ukrainiens de Galicie, ils étaient complices des Polonais et pour les Autrichiens «allemands», ils étaient alliés aux Tchèques. De l’avis de Catherine Horel, spécialiste des Juifs de Hongrie, la situation est plus complexe qu’il n’y paraît:

«Derrière la fascination de l’Occident se trouve également une douleur, celle d’être sans cesse rappelé à son origine centre-européenne, à mi-chemin entre civilisation et barbarie. Sortir du ghetto revient non seulement à quitter le monde juif orthodoxe, mais aussi, en s’appropriant les références de la société civile,  à devenir un Européen en phase avec les courants majeurs de l’époque qui sont d’inspiration occidentale. Le complexe pour les Juifs provient donc tout autant d’une judéité plus ou moins reniée ou enfouie, que d’un sentiment d’infériorité partagé par toute la région et qui dissimule parfois l’arrogance de la victime qui se veut supérieure à son bourreau.»

Mais s’agit-il de devenir européen ou «moderne»? C’est dans le livre accompagnant l’exposition autrichienne qu’on trouve, sous la plume de Diane Pinto, une distinction qui mérite réflexion. Selon cette historienne, les «premiers européens» sont plutôt à chercher dans les ordres monastiques du Moyen Âge, parmi les humanistes, les philosophes des Lumières, voire au sein de l’aristocratie, avec les mariages transnationaux stratégiques. Les Juifs annonceraient par contre davantage la globalisation: elle les considère plus cosmopolites qu’Européens. Diane Pinto récuse même l’expression «racines judéo-chrétiennes» lorsqu’il s’agit de l’Europe, car les Juifs ont toujours été placés à la marge. Elle cite à l’appui de cette thèse l’écrivain Heinrich Heine pour qui, en dehors du cas limité de la France postrévolutionnaire, le baptême constituait un point de passage obligé pour devenir européen. Après la Première Guerre mondiale, l’Europe s’est définie en opposition à la fois à l’URSS bolchévique et aux Etats-Unis capitalistes et matérialistes. Freud, Schnitzler, Kraus, Schönberg et tant d’autres ont été dans ce contexte avant tout cosmopolites.

L’Europe de Zweig, c’est celle des humanistes de culture française ou allemande, mais c’est aussi la tradition intellectuelle juive

Vocation idéaliste et cosmopolite

Cela vaut même pour Zweig, Européen convaincu, récemment célébré pour ses Appels aux Européens: si l’un des spécialistes de son œuvre, Mark H. Gelber, le présente dans le livre en allemand comme un «ardent défenseur de l’unité européenne», c’est «à considérer dans un cadre plus large marqué par le cosmopolitisme et les valeurs universelles.»  L’Europe de Zweig, c’est celle des humanistes de culture française ou allemande, mais c’est aussi la tradition intellectuelle juive (avec les influences de Theodor Herzl et Martin Buber). Dans un autre chapitre sur «Les juifs –les premiers européens», Erik Petry cite une lettre de Zweig à Buber datant de 1917:

«J’aime et j’approuve la diaspora comme signe de la vocation idéaliste et cosmopolite [du judaïsme], s’adressant à tous. Et je ne voulais pas d’autre union en esprit, en un peuple, à partir de mœurs, de coutumes, et autres synthèses dangereuses.»

Tout ceci ne définit pas précisément, de façon normative, ce qui fait l’identité juive, fut-elle diasporique chez Zweig ou essentialiste chez Lessing, et c’est sans doute dans les approches constructivistes que l’on trouvera les démarches les plus pertinentes pour aujourd’hui. A ce titre, l’article de Lisa Silverman «A la recherche de la "différence juive"» montre bien, à partir du cas des époux Canetti, que les gender studies peuvent apporter un certain renouveau aux jewish studies. «Juifs» et «non-Juifs» deviennent alors des constructions et Comment le peuple juif fut inventé dénoncée avec tant de bruit par Shlomo Sand ne s’avère qu’une simple construction.

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MessageSujet: La population juive retrouve un niveau proche de celui avant l'Holocauste   Mar 21 Juil - 21:56

le titre du Figaro est d'un goût à frémir...

La population juive retrouve un niveau proche de celui avant l'Holocauste lefigaro.fr 1er juillet

j'ai déjà eu l'occasion de citer les chiffres de la population juive mondiale, et de sa répartition, en rapport avec le cas que l'on fait de la question juive, ou plutôt de l'antisémitisme, relativement à d'autres génocides oubliés depuis la seconde guerre mondiale : comme quoi les Juifs ne sont véritablement que les orages d'intérêt et d'objectifs que l'on soutient en leur nom...

Avant la Seconde Guerre mondiale, il y avait quelques 16,6 millions de Juifs dans le monde.
Citation :

Selon une estimation du think-tank israélien Jewish People Policy Institute, le nombre de Juifs dans le monde s'élève à plus de 14 millions d'individus, répartis principalement entre Israël et les États-Unis.

Avant l'Holocauste, le monde comptait plus de 16 millions de juifs. Ils n'étaient plus qu'environ 11 millions à l'issue de la Seconde Guerre mondiale. Soixante ans plus tard, la population juive serait aujourd'hui en passe de retrouver son niveau d'avant-guerre, selon le Jewish People Policy Institute.

Dans un rapport publié en fin de semaine dernière, le think-tank, basé à Jérusalem, dénombre 14,2 millions de juifs à travers le monde. «Ces estimations tiennent compte du critère de la halaka (les autorités religieuses israéliennes considèrent un individu juif seulement si né d'une mère juive, NDLR) pour ceux qui vivent en Israël et du sentiment d'auto-appartenance pour les autres pays», explique le quotidien israélien Yediot Aharonot qui a révélé le rapport de l'organisation. Ce chiffre se porte à 16,5 millions si l'on tient compte de certains immigrants et les descendants non-observants, qui ne sont pas reconnus comme tel par les autorités religieuses, ainsi que les enfants issus de couples mixtes, très présents aux États-Unis.

Un changement de mentalité

C'est au cours de la dernière décennie, entre 2005 et 2015, que la population juive a connu le plus fort accroissement, 8 %, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. En cause: le fort taux de natalité en Israël qui est l'un des plus élevés parmi les pays occidentaux. Parmi les autres raisons invoquées, le président du think-tank, Avinoam Bar-Yosef, interrogé par Associated Press, note un changement de mentalité aux États-Unis. Selon lui, il est devenu plus «convenable» de se proclamer juif outre-Atlantique aujourd'hui qu'il y a quelques années. Ainsi, 59% des enfants dont un seul parent est juif s'identifient comme tel. Il explique notamment ce changement par les séjours en Israël proposé par la fondation Birthright Israël.

Sans surprise, Israël compte le plus grand contingent avec 6,1 millions de juifs. Les États-Unis et leurs 5,7 millions de juifs suivent de près. En troisième position vient la France (475.000), puis le Canada (385.000).
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MessageSujet: Eliyahu Eric Bukobza, peintre de l’identité juive multiple   Mar 21 Juil - 22:02


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Eliyahu Eric Bukobza, peintre de l’identité juive multiple IsraPresse 17 juillet


La ligature d'Yitshak, acrylique sur canevas


Dans le cadre de l’exposition United Colors of Judaica, organisée par le Musée du peuple juif à Tel-Aviv, l’artiste israélien d’origine tunisienne et né en France, Eliyahu Eric Bukobza, présente son travail axé sur le passé et le présent, l’ancien et le nouveau, l’anachronique et le contemporain, l’Orient et l’Occident. Pour IsraPresse, le peintre évoque son travail sur les questions d’identité ethnique, religieuse, culturelle et nationale.

Citation :

IsraPresse : Après des études de pharmacie, pourquoi vous êtes-vous tourné vers l’art ?

Eliyahu Eric Bukobza : En réalité, on naît artiste. J’ai toujours dessiné, été proche du monde de l’art. Mais je ne pensais pas en faire un métier. Comme tout fils de mère juive, j’avais l’option entre médecin ou avocat. J’ai choisi pharmacie, tout en continuant une activité artistique comme hobby. En 1989, le magazine israélien de décoration « Binyan & Diour » a publié en Une, un de mes tableaux peint pour mon intérieur. Du coup, nombre d’amateurs m’ont appelé pour acheter cette toile. A 32 ans, je me suis alors inscrit dans une école d’art de Tel-Aviv : Kalisher (aujourd’hui fermée). Pendant une dizaine d’années, j’ai poursuivi mes deux activités en parallèle. Depuis 5 ans, je me consacre exclusivement à la peinture.

- Comment qualifiez-vous votre style ?

- L’idée est d’avoir le sien propre. Je n’appartiens à aucune école. Mais j’ai des affinités avec celle de l’art Naïf, le douanier Rousseau, Matisse ou les peintres israéliens du 20e siècle comme Nahum Goldman ou Réouven Rubin. En fait, j’introduis de la peinture naïve (colorée, attrayante) dans l’art contemporain, à savoir dans des sujets non traités par les naïfs. Je suis motivé par les motifs cachés contrairement aux précédents. J’ai à la fois un regard extérieur et une attitude critique.

- Vos tableaux sont très colorés. Que symbolise pour vous la couleur ?

- Nous vivons dans un environnement saturé d’images (publicité, télévision). Il faut donc attirer le regard. Pour cela,

Une femme juive de Constantinople,
encre, aquarelle et acrylique sur papier


j’utilise plusieurs techniques dont celle des couleurs.

- Quelle technique utilisez-vous ?

- Cela dépend des idées. Je mélange technique traditionnelle (huile sur toile, aquarelle) avec des procédés modernes (acrylique, ordinateur). J’emploie plusieurs peintures dans un même tableau – encre et aquarelle, huile et acrylique – pour les nuances et une vision plus contemporaine. Je me sers aussi d’impression digitale.

- Qu’exprimez-vous à travers vos toiles ?

- Je définis mes œuvres comme de l’art contemporain juif, une exploration de l’identité juive multiple à l’heure du multiculturalisme. Aussi, mes tableaux se lisent-ils à plusieurs niveaux, comme la complexité de la vie. Une image en cache une autre, tel un jeu. Je m’en sers pour soumettre le spectateur à mes idées. J’effectue un travail sur le narratif. J’insinue des messages, dans un langage contemporain moins direct que l’écrit, qui permet l’ambivalence. Je tente ainsi de gérer les contradictions de mon identité plurielle en me mettant en scène dans mes tableaux.

- Que signifie à vos yeux l’exposition United Colors of Judaica ?


Bar Mitsva, acrylique sur canevas

- Je l’ai spécialement conçue pour le Beit Hatfoutsot, le musée de la Diaspora. C’est une commande du Musée. Elle traite de l’identité, du rapport au pays, du conflit israélo-palestinien. Ici, la démarche artistique est ancrée sur la généalogie, la famille du peuple juif. Mais au-delà, elle traite de racisme, de politique, de genre mais aussi d’immigration – des questions universelles qui intéressent tout le monde, pas seulement les Juifs.

- Comment définissez-vous votre propre identité ?

- Ma judéité fait partie de mon patrimoine culturel, de mon identité. Ma signature de même : Eliyahu est mon nom juif, Eric mon nom français et Bukobza mon nom oriental. Je possède donc une identité multiculturelle : francophone et israélienne ; juive et laïque ; de gauche et pacifiste. Je vis la culture israélienne, américaine, française et orientale au même niveau. Je ne fais pas de hiérarchie, ni de préférence. Je tente de créer une harmonie entre des parties qui ne ‘’collent’’ pas, de les intégrer, pas de les renier.

Propos recueillis par Noémie Grynberg

L’exposition United Colors of Judaica aura lieu du 17 juillet 2015 au 29 janvier 2016 au Musée de la Diaspora à Tel Aviv.
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